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 Rêve ou cauchemar ?

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Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
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Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Rêve ou cauchemar ?   Sam 19 Oct - 1:56

Cassidy était dans un état lamentable. Et si elle se doutait une seule seconde que Tristan était derrière la porte à épier, et qu’elle n’était pas aussi groggy, la jeune femme aurait très certainement réagi pour qu’il reste. Si elle avait su, ne serait-ce qu’une seconde ses intentions, elle l’aurait empêché de partir, elle l’aurait retenu, les larmes aux yeux. Peut-être que ce départ en silence était plus doux qu’un adieu déchirant. Mais cela elle ne le saura jamais.

Elle aurait tellement crié, hurlé mais là, la jeune femme ne faisait que dormir paisiblement dans son lit. Erwan resta à ses côtés, se demandant où se trouvait Tristan. Après quelques jours, il décida d’abandonner la demoiselle et rentra à l’Académie, inquiet pour le petit ami et même si il avait reçu de la part de la jeune femme un magnifique baiser qui ne lui était certainement pas réservé et il en était parfaitement conscient. Même si il se disait que Tristan n’avait pas cherché à retrouver Cassidy, ce n’était pas la peine de profiter de la situation, ils auraient du temps pour s’expliquer.

Mais lorsqu’il arriva, il eut droit à une foule de personnes venant s’enquérir de l’état de la directrice. Le remplaçant ronchonnait en déclarant que le Drakkari était parti sans laisser de mot et que ça l’embêtait parce qu’en attendant, les cours étaient suspendus. Et qu’il fallait absolument trouver un remplaçant. Erwan s’était figé sur place. Tristan parti ? Tristan abandonnait sa petite amie ? Non pas possible… quand Cassidy parlait de lui, il avait senti toute la confiance qu’elle avait pour lui. Toute l’estime, tout l’attention et tout l’amour que la demoiselle éprouvait. Non non non ! Pas comme ça ! Il ne voulait pas que son rival lui laisse le terrain libre ! Profiter d’une jeune femme complètement abattue sans se battre pour l’obtenir… non non non ! Mais qu’avait-il dans la tête ce Drakkari ?

Il voulut partir à Glindel. Mais sur la route, des animaux particulièrement effrayés lui chuchotaient des choses. Troublé il se dirigea vers le lieu indiqué et découvrit un cadavre… à la vue de la robe, il reconnaissait un peu le genre de vêtements de Cassidy. L’usurpatrice ? Les animaux lui chuchotèrent qu’un homme aux cheveux rouges s’était transformé en gros dragon et l’avait massacré. Erwan manqua de tomber à la renverse. Dragon ? Il n’en finissait pas avec les surprises ! Il chercha des traces mais celles-ci revenaient à l’académie. Et impossible de trouver la destination prochaine à cause de la boue, du verglas et de toutes ces choses qui empêchaient la traque.

Erwan se rendit ensuite à Glindel mais même son de cloche, personne n’avait vu le grand Drakkari depuis des jours. Le jeune homme soupira. Bons dieux ! Il le mettait vraiment dans une situation délicate ! Désormais il ne pouvait plus laisser Cassidy toute seule, hors de question qu’elle se retrouve de nouveau dans un état secondaire avec des envies de meurtre. Il ne la laisserait pas sombrer une nouvelle fois.

Il se dirigea vers le centre de guérison et retourna à son chevet. Plusieurs jours passèrent et elle ouvrit enfin les yeux, murmurant faiblement. Erwan qui avait veillé sur elle pendant plusieurs jours, prenant très peu de temps pour dormir, vint directement à son chevet, les cernes sous les yeux mais tentant de sourire faiblement.

-Doucement Cassidy… ne vas pas trop vite et prends ton temps…

Elle cligna lentement des yeux. Sa guérison avait été affreusement longue et la jeune femme avait des douleurs dans chaque muscle de son corps. Un doux feu l’envahissait aussi, pas aussi froide que l’on pourrait croire. Elle plaça lentement une main sur son cœur, cherchant à se remémorer ce qui s’était passé. Puis elle regarda lentement Erwan, d’un air d’incompréhension puis la pièce.

« Erwan… ? Où… sommes nous ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »

- Tu as été enlevée Cassidy. Retenue prisonnière. Et quand je t’ai trouvé, tout s’était effondré autour de toi…

Une nouvelle fois Cassidy cligna des yeux et grimaça. Elle se rappelait. C’était Erwan qui l’avait trouvé ? Mais que faisait donc Tristan ? Le cœur de la jeune femme se serra doucement alors qu’elle était aussi surprise de ne pas le retrouver à son réveil, lui qui se disait si proche d’elle. Beaucoup de questions l’envahirent et elle regarda Erwan avec crainte.

« Où est Tristan ? »

Erwan fit une grimace qui était beaucoup trop maladroite pour que ses paroles soient sincères.

-Euh Tristan ? Il… il a pris des vacances. Te voir dans cet état ça l’a un peu… enfin…

La jeune femme se redressa l’air grave, ignorant la douleur de ses muscles et ses blessures et regarda profondément Erwan dans les yeux.

« Tu es aussi doué que moi pour mentir. Il s’est passé quoi ?! »

Erwan se passa une main derrière la tête puis soupira en baissant lentement les yeux, murmurant à voix basse. Après tout, elle l’apprendrait bien assez rapidement alors que ce soit maintenant ou après. De plus, elle ne le laisserait certainement pas tranquille tant qu’elle n’aurait pas la vérité.

- Il est parti… Introuvable… Je n’ai pas réussi à le retrouver… Je suis désolée Cassidy… Je ne sais pas pourquoi il a pris la fuite… Peut être la peur de t’affronter parce qu’il n’a jamais cherché à m’écouter quand je lui disais que ce n’était pas toi à l’Académie…

La demoiselle ouvrit des yeux ronds puis lentement la bouche et resta silencieuse, cherchant à comprendre ce qu’il racontait, son cerveau patinant lamentablement dans la semoule à ce moment là. Elle resta très longtemps silencieuse. Tristan parti ? Pas possible ! Il n’était pas du genre à partir sans rien dire, surtout pas après toutes ses belles paroles.

« C’est… une blague Erwan ? Dis moi que c’est faux… Dis moi que… »

- Tu m’as demandé la vérité, je ne vois pas pourquoi je te mentirais…

Elle ne voulait pas y croire ! La jeune femme enleva brusquement la couverture et se prépara à descendre. Hors de question d’attendre ici ! Elle voulait en avoir le cœur net !

-Qu’est-ce que tu fais ? Arrêtes Cassidy ! Tu as toujours des fractures, tu ne peux pas sortir dans cet état !

Il voulut la forcer à se coucher, elle le repoussa.

« Laisse moi ! Je dois le retrouver ! C’est pas possible ! Il ne peut pas… Je rentre à l’académie »

A peine avait-elle posé les pieds à terre qu’une douleur lancinante s’empara de son corps. Incapable de tenir debout, elle tomba à plat ventre, un gémissement de douleur s’échappa de sa bouche. Et encore, elle continuait à ramper telle une larve, la voix tremblante. Vraiment pathétique…

Les guérisseurs, alertés par le bruit, arrivèrent rapidement dans la chambre et tentèrent de raisonner la jeune femme.

-Damoiselle vous ne pouvez pas sortir maintenant c’est…

« Rien à faire ! J’irais en rampant là bas si il le faut ! »

Une puissante décharge de magie s’était déversée dans la salle, cassant fioles et appareils magiques au passage. Les guérisseurs se regardèrent. L’un d’eux prononça un sort pour l’endormir. Elle tenta de lutter contre le sommeil.

« Non… Tris’…. »

Elle leva une main vers la porte, les larmes coulant le long de ses joues puis s’évanouit. Erwan se confondit en excuses aux guérisseurs, expliquant qu’elle était très chamboulée par la perte de son petit ami et qu’il paierait les réparations.

Les jours passaient au centre de guérison mais Cassidy ne parlait pas. Sa guérison fut vraiment très lente. Erwan, qui était habitué à ce comportement avant de la perdre, ne disait pas grand-chose, même si la douleur de la jeune femme qui se voyait sur son visage faisait de la peine à voir. Au final, ils avaient réussi à la maintenir en rajoutant tous sorts de protection qui l’empêchait de sortir de son lit.

Le temps passait très lentement. Erwan tentait de la distraire, lui apporter de la lecture, mais elle regardait constamment par la fenêtre sans rien dire. Toutes ses pensées étaient tournées vers un seul Drakkari et elle n’arrivait toujours pas à comprendre pourquoi il était parti sans rien dire. Elle l’avait déçue ? Il s’en voulait ? Mais après tout ce qu’elle lui avait dit, encore une fois il fuyait ? Non elle n’arrivait pas à y croire.

Une fois que les guérisseurs estimèrent que la jeune femme était plus ou moins remise, ils l’autorisèrent à rentrer, en lui indiquant qu’elle devait quand même éviter les déplacements. C’est donc très lentement qu’ils prirent le chemin du retour. Arrivés à l’Académie, des adultes étaient venus prendre des nouvelles de la directrice qui avait lancé un sourire, disait qu’elle allait bien. Erwan l’aidait à se déplacer et bizarrement, il ne se faisait pas éjecter dans tous les sens. C’est peut-être qu’elle était bien trop faible.

Elle arriva dans sa chambre en sa compagnie. Il n’y avait plus rien… plus de peinture, plus de traces de passage de Tristan, comme si il cherchait encore à se faire oublier une nouvelle fois. Comme si il avait voulu la préserver. La jeune femme laissa couler ses larmes en voyant le pendentif tâché de sang avec la chevalière. Elle comprenait de moins en moins ! Il partait sans sa chevalière ? Son bien le plus précieux ? Rompait-il vraiment ? Mais elle n’avait aucune nouvelle, rien. Cassidy avait retourné sa chambre, jetant tout par terre, alors qu’Erwan avait beau lui dire que ça ne servait à rien mais il finit par se taire car la jeune femme n’en faisait qu’à sa tête.

Cassidy regarda la chambre et les souvenirs ressurgirent dans sa tête. Tant de bons moments passés ici, à se câliner, passer des soirées en amoureux, lui peignant, elle lisant. Elle se laissa tomber au centre de la pièce, les mains sur le visage en sanglotant. Erwan l’enlaça contre elle mais la jeune femme le repoussa.

« Arrête s’il te plaît… »

- C’est juste une étreinte pour ne pas te laisser seule mais… si tu préfères avoir de la distance d’accord

Il resta juste à côté d’elle un moment puis se releva et déclara devoir rentrer chez lui puisque tout allait bien.

« Non attends ! »

Elle serra doucement ses doigts autour de la chaîne puis la remit autour du cou.

« Je viens dormir chez toi. Il est hors de question que je reste ici… si je veux éviter les nuits blanches et cauchemars… »

Erwan ne pouvait que bien comprendre et lui demanda ce qu’elle voulait prendre comme affaires, vêtements de rechange. Elle secoua la tête.

« Rien du tout… »

- Tu vas quand même pas porter des vêtements masculins quand même ?

« … »

C’est ainsi que Cassidy s’installa chez Erwan et très courtoisement, il lui laissa le lit alors que lui dormait sur le canapé. Le lendemain matin, la jeune femme était partie en ville pour acheter de nouvelles affaires. Lorsqu’elle revint chez Erwan, elle enleva robe, corset et enfila de nouveaux vêtements. Quand elle sortit de la salle de bains, celui-ci, qui était occupé à faire la vaisselle, laissa tomber une cuillère en la voyant arriver, bouche ouverte.

« Quoi ? J’ai un pli de travers ? »

Elle était différente. Ses cheveux étaient attachés en une couette et son visage était plus dégagé. Elle était vêtue d’une tunique sombre beaucoup plus masculine, un pantalon dans les tons marrons et une ceinture fine qui le retenait. A ses pieds une paire de bottes et Erwan aurait bien eu du mal à la reconnaître si elle ne vivait pas chez lui. Elle avait également un foulard noir noué autour de son cou, pour éviter d’attraper froid bien sûr.

- Heu...

La jeune femme était déjà sortie, laissant un Erwan complètement abasourdie. Elle tenta de reprendre du poil de la bête, se disant que finalement Tristan l’avait complètement abandonné, qu’il ne l’avait jamais aimé et que toutes ces belles paroles n’étaient que mensonges. D’ailleurs, la chevalière, elle l’avait retiré mais la conservait précieusement dans une de ses cachettes. Elle ne voyait aucun intérêt de le garder sur elle, surtout quand elle se rappelait des circonstances quand il lui avait offert.

Cassidy s’occupait de ses tâches de directrice et déjà, paraissait un peu plus renfermée, moins souriante avec les autres. La lettre qu’elle reçut dans la semaine de la part des Cheistams la chamboula une nouvelle fois et la convainquit sur Tristan. Elle était directement allée voir Erwan et lui avait montré la lettre, les larmes aux yeux.

« Il est… il est… je n’ai pas pu… je… »

-Cassy…

Elle ne se calmait pas. Il soupira et se pencha vers elle, passant une main dans sa nuque et approchant doucement les lèvres des siennes. C’était doux, rassurant, comme une étreinte. Chaud. Ca n’avait rien à voir avec les baisers passionnés de Tristan et c’était un peu plus maladroit mais c’était plutôt bien. Mais elle se retira rapidement et le regarda avec des yeux effarés.

« Hey mais ça va pas la tête ! »

Erwan secoua la tête.

- A chaque fois que tu te mettras à pleurer pour Tristan, à regretter, à t’en vouloir, je t’embrasserais. Au moins ça te fera penser à autre chose et tu pourras te défouler sur moi.

Elle se mit à grogner comme quoi il était complètement inconscient et qu’elle n’avait pas vraiment envie de baiser. Il lui fit un sourire taquin et retourna à ses occupations. La jeune femme grommela et ressortit de la maison, troublée.

Les journées passaient et se ressemblaient. En plus de ses devoirs de directrice, la jeune femme disparaissait certains jours et on ne la revoyait pas avant le coucher du soleil. Cela étonna Erwan car les premières fois, elle était couverte de boue, de feuilles et brindilles et même parfois des bosses. Quand il lui demandait ce qu’elle faisait, elle répondait qu’elle tentait de grimper dans les arbres pour admirer la vue assez ironiquement. Il savait que ce n’était pas vrai mais si elle préférait garder certains secrets pour elle, il n’allait pas insister non plus.

Cassidy, qui ne lisait jamais l’actualité, avait pris l’habitude d’acheter le journal. Et ce qu’elle y lisait un peu plus chaque jour, l’inquiétait énormément. Le souvenir de cette Kaär qui l’avait nargué, piégé était encore très présent. Très douloureux aussi. Elle y songeait beaucoup, des cauchemars la hantaient et elle n’était jamais vraiment tranquille. Erwan le savait puisqu’il venait voir si elle dormait et quand il la voyait transpirante, le corps agité, cela lui faisait beaucoup de peine et se sentait totalement impuissant parce que la jeune femme ne s’était plus jamais aussi bien ouverte qu’avant. Le départ de Tristan avait laissé une profonde cicatrice qui peut-être ne se refermerait jamais complètement. Et elle n’avait plus montré la moindre faiblesse devant lui, estimant certainement que le fantôme de Tristan continuerait de la hanter jusqu’à la fin de ses jours.

En achetant le journal une autre fois, elle avait appris qu’un véritable massacre avait eu lieu. La jeune femme s’était isolée sur un rocher près de la plage et regardait l’horizon. Erwan était venu la rejoindre et s’était installé à côté d’elle puis ouvrit le journal en soupirant.

- Encore des morts… Décidément cette guerre ne finira donc jamais

« Les Kaärs… ne changeront jamais… ils ne cherchent qu’à détruire ce monde… on ne peut pas les laisser continuer à faire ce qu’ils veulent »

Erwan regarda fixement Cassidy.

- Par ton statut tu es neutre Cassidy… Tu ne peux pas t’interposer dans cette guerre

« Plus maintenant… »

Elle s’était lentement redressée tout en fixant l’horizon, les quelques mèches détachées de sa queue de cheval flottant dans le vent.

« Je ne laisserais plus personne se faire avoir par ces monstres… Mon choix est pris, demain je vais proposer mon aide aux Cheistams et j’ai bien l’intention d’en éliminer le plus possible »

Cassidy rentra chez Erwan suivie de celui-ci. Pendant tout le trajet il tenta de la convaincre que ce n’était pas une bonne idée. Mais elle avait déjà réfléchi sur le sujet, décidant de changer d’apparence, de créer une illusion et que peut-être que la mort des Kaärs lui ferait passer des meilleures nuits. Il argumenta qu’elle ne s’était jamais réellement battue. La jeune femme s’était énervée et lui avait crié dessus en disant qu’il ne comprenait pas et qu’elle avait ses raisons. Il ne broncha plus.

Le lendemain matin, elle avait revêtu une nouvelle tunique et un pantalon, accroché la dague que Tristan lui avait offerte à sa ceinture dans un fourreau et préparer son sac ainsi que prendre son bâton qu’elle attacha en bandoulière dans le dos. La jeune femme avait pris la peine de prévenir le gérant qu’elle devait se déplacer assez régulièrement pour certaines affaires et qu’elle lui laissait les rennes de l’académie en attendant. Lorsqu’elle prononça la formule, son visage se changea, ses traits se modifièrent. Ses yeux devenaient verts, sa chevelure d’un roux flamboyant, des tâches de rousseur sur le visage mais elle avait gardé sa petite taille, se trouvant plus maladroite avec des centimètres en plus.

Elle allait partir discrètement, cape rabattue sur la tête, quand elle remarqua Erwan occupé à seller deux chevaux.

« Qu’est-ce que tu fabrique ? »

- Ca se voit pas ? Je prépare nos montures

« Hein ? Tu quoi ? Tu viens avec moi ? »

- Si tu crois que je vais te laisser seule face au danger, tu te trompes et puis un archer c’est toujours utile

« J’ai pas besoin d’aide tu sais… »

- Tu ne peux pas m’empêcher de m’enrôler aussi…

Cassidy grogna et le laissa la suivre.

Ils arrivèrent chez les Cheistams où ils se présentèrent comme deux mercenaires prêts à offrir leurs services contre les Kaärs. Le commandant fut ravi de voir arriver une mage et un archer, ce genre de combattants étant très efficaces. Il décida tout de suite de les tester en les envoyant rejoindre une petite garnison où les combats faisaient rage pour récupérer un morceau de terrain.

Cassidy et Erwan se rendirent à l’endroit de la bataille et on leur donna des positions, leur expliquant ce qu’on attendait d’eux. L’objectif était simple, tuer le plus de Kaärs possible pour assurer la victoire par supériorité numérique. Erwan avait jeté un coup d’œil à Cassidy qui semblait plus déterminée que jamais.

Une fois le signal lancé, la bataille commença, les deux armées courant vers le centre puis la confrontation eu lieu. Beaucoup de cris, de rugissements, le bruit d’épées s’entrechoquant, des boucliers pour les parades, des sorts magiques qui fusaient dans tous les sens.

Cassidy commençait à regretter en regardant autour d’elle comme au ralenti. Elle était incapable de tuer ! Paralysée, elle vit un Kaär foncer sur cette faible proie en hurlant lorsqu’il se retrouva criblé de flèches. Erwan venait de se planter devant Cassidy et la protégeait dans la confusion, et avait sorti une lame pour repousser un assaillant.

-Va-t-en ! Les champs de bataille, ce n’est pas fait pour toi ! Tu n’es pas capable de tuer et tu le sais bien

Cassidy avait le regard perdu dans le vide, tout lui semblait si flou, si lointain. Elle voyait Erwan sans le voir alors que sa vie défilait sous ses yeux. La joie, le bonheur, la douleur… la tristesse… Ce monde… personne ne pourra jamais trouver la paix… Tuer… ou être tuer. Il n’y a que les contes qui se terminent bien. La dure loi de la supériorité. Elle avait toujours cherché à avancer en aveugle. Mais être trop naïve ne lui avait rapporté que des ennuis… elle avait failli mourir plusieurs fois. Toujours son maître l’avait protégé… Tristan… Erwan… Erwan… ce type se démenait pour elle et elle ne le voyait même pas. Il n’y avait pas d’autre solution. Il n’était pas possible d’avoir une paix dans le monde tant que les Kaärs seraient en vie. Elle avait sorti la dague de son fourreau et le tenait en avant, les mains tremblantes.

Si elle ne tuait pas, elle se faisait tuer. C’était ainsi. Les rêves… la vie est beaucoup trop courte et ne tient qu’à un fil. Elle avait pensé au départ se laisser mourir pour rejoindre Tristan mais… elle mettait en jeu la vie d’Erwan et elle était fatiguée devoir réfléchir, devoir comprendre. A cet instant, un choc se produisit dans son cerveau. Ses pieds ne tremblaient plus, ses mains non plus. Son regard devint plus ferme et ses pieds réagirent pour elle, automatiquement.

Elle se mit à courir et passa devant Erwan. Le Kaär, qui n’attendait pas que la petite rousse réagisse, fut encore tout surpris quand elle enfonça profondément la dague dans son armure, la transperçant comme du beurre, une aura violette émanant de celle-ci. Les enchantements, c’est efficace. Il tomba au sol, mort.

Cassidy se lança ensuite dans un assaut meurtrier. Boules de feu, éclairs de glace, traits de lumière, tout son arsenal y passa même si elle se trouvait beaucoup trop lente encore. Erwan la défendait aussi, de tout Kaär qui s’approchait trop près d’elle. Ils se défendaient mutuellement et la bataille se termina enfin. Elle retira sa dague d’un autre corps, même si elle tenait l’arme comme un manche. Du sang avait giclé sur sa tenue mais elle s’en fichait, regardant la montagne de cadavres sans dire un mot. On vint les féliciter pour ce premier assaut.

Lorsqu’ils rentrèrent chez Erwan, la jeune femme était pensive. Elle n’avait jamais fait l’effort de regarder Erwan jusqu’à présent mais alors qu’il nettoyait son arc, fatigué par la journée, elle l’examina longuement. Ce n’était pas Tristan mais il avait son charme. Ils avaient des points communs, il avait été là pour elle, acceptant ses moindres caprices, sautes d’humeur. Il était là pour elle tout simplement. Gentil, cherchant toujours à la faire rire, à l’intéresser.

Elle s’approcha de lui et le regarda toujours. Il se tourna vers elle, surprit.

-Quoi j’ai une tache sur le visage ?

La jeune femme se pencha vers lui et l’embrassa tendrement avant de s’écarter en rougissant un peu.

« Je te dois bien un baiser pour celui que tu m’as donné sans crier gare la dernière fois… »

Il bredouilla. Et pour la première fois, elle l’invita à venir dans le lit avec elle. Au cours de la nuit en dormant, elle s’était instinctivement rapprochée de lui, se collant dans ses bras. C’était agréable, confortable, pas aussi chaud que Tristan mais apaisant et pour la première fois depuis longtemps, un sourire était apparu sur son visage en dormant.

Pourtant, tout n’était pas redevenu comme avant. Elle ne manifestait qu’un peu de douceur qu’avec Erwan. A l’académie elle était devenue, stricte, sévère. Totale opposé de la douceur et la gentillesse même. Beaucoup plus cinglante, provocante, et n’hésitant pas à être franche, trop franche, quitte à blesser. Une élève était même en pleurs après qu’elle lui ai dit qu’elle n’avait aucune disposition à la magie et qu’il vaudrait mieux qu’elle s’abstienne. Il lui arrivait de punir ceux qui faisaient de mauvaises blagues en les pendant sur une corniche dans le vide pour leur donner la trouille. On lui disait qu’elle devenait trop brutale, elle répliquait qu’il fallait bien les former à la discipline et qu’elle ne permettrait aucun écart dans son château. Même Erwan reconnaissait qu’elle agissait un peu trop strictement, mais elle se montrait grincheuse en chassant l’air de sa main.

Beaucoup plus sûre d’elle, volontaire, même sa démarche en était changée. De timide il ne restait plus rien et elle ne voulait plus être comme avant. On avait trop joué avec elle, c’était à son tour de s’amuser avec les autres.

Dans un même temps, elle progressait beaucoup pendant ses batailles avec Erwan. Elle avait inventé un nouveau style de combat, se servant de ses mains et gardant son bâton dans son dos pour avoir une plus grande aisance dans ses gestes. Elle en gagnait en aisance, rapidité et réputation au sein des troupes. Répondant sous le nom d’Eikä, elle semait le trouble parmi les Kaärs qui n’arrivaient pas à la descendre. Elle se perfectionnait, devenait de plus en plus puissante et on lui confia des missions plus délicates, qu’elle prenait soin de sélectionné selon ses envies. Elle était devenue brusque, autoritaire et ne reculait devant rien ni personne.

Le plus grand exploit connu à ce jour est qu’elle disparaissait parfois dans la forêt, qu’on entendait un grand déchirement suivi d’un bruit de secousse qui faisait trembler la terre. On retrouvait une Cassidy perchée sur le dos d’une créature maléfique et deux autres qui étaient aussi mortes à côté. Comment réussissait-elle à monter là haut ? Le mystère restait entier. Mais Erwan ne pouvait être qu’impressionné par ce petit bout de femme et qu’il savait que derrière toute cette couverture et cette carapace qu’elle avait forgé, se cachait toujours la petite Cassidy qu’il avait connu.

D’ailleurs ils se rapprochaient de plus en plus et Cassidy était beaucoup plus enthousiaste. Il l’emmenait souvent voir des animaux, lui expliquant les particularités et elle était toujours aussi attentive.

Un soir, alors qu’ils étaient dans le même lit, l’ambiance devenait torride. Jusqu’à ce qu’Erwan la coupe dans son élan, lui disant qu’elle pensait toujours à Tristan, qu’il le savait et que si elle voulait passer à une autre vitesse, il faudrait qu’elle arrête de penser au Drakkari, qu’il n’était pas que le remplaçant et qu’il ne fallait pas précipiter les choses.

Elle l’écouta attentive. Il leur fallut plusieurs mois avant qu’ils ne se considèrent vraiment comme un couple avec toutes les activités qui allaient avec. La jeune femme paraissait plus heureuse dès qu’elle franchissait le palier de la porte, et ils parlaient activement, même si elle gardait toujours ce petit air mi renfrogné, mi grincheux. Elle avait de drôles de répliques, était beaucoup moins timide et c’était même elle qui menait la danse, même si Erwan lui rappelait parfois qu’il était l’homme. Bref, tout se passait bien et elle avait l’impression de revivre, d’être morte pour mieux changer.

Un jour, une nouvelle requête des Cheistams vint interrompre la jeune femme. Elle se rendit au lieu demandé avec Erwan et ils se séparèrent, chacun étant suffisamment puissant pour se débrouiller sans aide ou d’accourir rapidement en cas de problème. Elle venait d’arriver et regarda autour d’elle, très méfiante, enfilant ses gants, son bâton toujours dans le dos. La demoiselle lança un sort de détection d’ennemis puis prit un air concentré pour repérer les alentours. Ce qu’elle remarqua tout de suite, c’était les deux adolescentes qui couraient dans le champ, poursuivies par un dragon !

Ses réflexes d’entraînement et d’expérience acharnée dans les missions, ainsi que sa méfiance devenue naturelle chez elle, la firent réagir aussitôt. Elle courut en direction du reptile et incanta un sort tout en déplaçant ses mains et continuant de courir d’un geste très vaste. Aussitôt une énorme barrière transparente se créa devant le dragon qui mit le nez en plein dedans et recula tout en étant projeté en arrière. La jeune femme continua de courir vers les enfants, pestant que ces petits gredins courent dans les champs plutôt que d’aller se cacher avec leurs parents ! Ils devraient penser à les surveiller un peu plus !

Elle se plaça devant eux, dans une position défensive, sans leur jeter un regard.

« Retournez chez vos parents, je m’occupe du dragon »

Il venait de charger à nouveau et elle tendit la main en faisant apparaître des lianes vertes qui attrapèrent solidement les pattes de l’animal. Jusqu’à ce qu’elle se fasse attaqué par le plus petit qui la traitait de méchante. Elle se tourna vers lui, délaissant le dragon, piquée au vif.

« Méchante moi ?! Non mais dis donc petit sacripan ! Tu es complètement fou pour courir comme ça dans les pattes d’un dragon ?! On t’a jamais rien appris à ce sujet ? Et puis qu’est-ce que vous fichez dehors comme ça… »

Non mais si il tenait à se faire bouffer, ce n’était pas son problème après tout… Si il ne voulait pas d’aide, elle n’avait qu’à repartir. L’autre fille commença à parler, c’était confus. Dragon pas méchant qui coure derrière sa proie ? Mouais à d’autres hein ! Ca parlait de Kaärs et la jeune femme en était encore plus irritée que d’être comparée à ces assassins et prit un air tellement féroce qu’elle ferait certainement aussi peur qu’un dragon là.

Une voix résonna et elle se tourna vers le dragon, sortant instinctivement la dague de son fourreau. Décidément elle devenait très nerveuse en ce moment ! Mais le spectacle qu’elle vit manqua de la faire tomber dans les pommes. Même après 7 mois, elle le reconnaîtrait entre mille. Même plus jeune, elle ne pouvait que le reconnaître. Tristan. Tout ce qu’elle avait tenté de cacher remonter à la surface et elle voulut hurler un « TOI ?!?! » de rage, de rancœur. Lui… il l’avait abandonné ! Il était parti loin d’elle ! Et s’était fait passé pour mort et il… il. Y avait pas de mots à mettre là-dessus.

Un regard horrifié aurait été trop simple. De la rage, de l’horreur, le choc, les mains qui tremblaient alors qu’elle tenait fermement sa lame dans la main, se retenant de ne pas se jeter dessus et de le blesser comme elle avait été blessée pendant ces très longs mois de souffrance ! Elle ne ressentait que dégoût et haine, bien curieux d’une jeune femme qui était si aimante et gentille. Ou c’était peut-être une illusion ! Raison pour laquelle elle ne baissa pas sa garde si facilement, reprenant un peu de consistance sur sa lame et on pouvait le dire, l’ambiance était extrêmement pesante. Il semblerait que la jeune femme mesurait chaque fait et geste du Drakkari, attendant un seul geste offensif pour le découper en morceaux. Mais bien sûr, il ne pouvait pas le reconnaître. Le petit garçon s’était jeté dans les bras du Drakkari, il n’y avait pas de danger apparemment mais ce revenant la dérangeait énormément.

Il s’expliqua comme si de rien n’était mais elle ne l’écoutait qu’à moitié. Toute perdue et sonnée et surtout, avec cette haine qui lui donnait envie de lui faire du mal alors que lui faisait comme si tout allait bien.

*Méchante… Méchante ! Tu as devant toi le plus grand des méchants gamin… capable de faire pleurer sa soi-disant princesse… Toi fort Tristan ? Redis le un peu pour voir et je me ferais un plaisir de te torturer avec de la magie, ça fait telleeeeeeement longtemps que j’attends qu’on règle nos comptes ! Bon ça va t’as pas l’air d’avoir viré Kaär mais crois pas que j’ai oublié… Punaise ! Pourquoi t’es là ?! Pourquoi tu rouvres cette blessure qui ne veut pas guérir ? Espèce de…*

Elle secoua la tête, chassant ce visage meurtrier mais restant quand même assombrit avant de tenter de regarder dans le vague sans le regarder. Une autre voix s’éleva et un colosse apparut sur le passage. Si au départ Cassidy avait repris une de ses positions défensives elle le reconnut rapidement, l’ancien maître de Tristan. Mais c’était quoi ce bazar ? Il fit la morale au Drakkari avant de leur dire de filer.

Apparemment il l’a connaissait. Elle secoua impatiemment la tête alors qu’il était galant et l’invitait à se joindre à eux. Cassidy fit un geste de main en avant, comme pour l’arrêter.

« Un instant je vous prie… Messire. Je vérifie que la zone est bien sécurisée »

Elle incanta un nouveau sort de détection, ce qui surprit très certainement le colosse.

« Vous savez, il est très facile pour des ennemis pour se faire passer pour des amis. Je prends mes précautions tout simplement »

La jeune femme siffla ensuite dans ses doigts et Erwan sortit de par les branchages pour se diriger vers eux.

- Un problème ? Oh… Bonjour Messire

« Tu n’as rien remarqué de bizarre ? »

- Heu non non tout est calme

« Très bien… »

Elle était encore plus renfermée la demoiselle, n’acceptant pas le bras du maître à Tristan, ce qu’Erwan remarqua de suite et se tourna avec un air d’excuse vers le colosse alors qu’elle croisait les bras.

- Heu… désolé pour le comportement d’Eikä, elle a toujours été très méfiante en terrain inconnu. Mais sinon elle n’est pas méchante, mademoiselle est généralement grincheuse, peu importe les gens qu’elle rencontre, elle n’a absolument rien contre vous et…

« C’est bon Erwan, je pense qu’il a compris, déjà que je passe pour une méchante aux yeux des enfants parce que j’ai interrompu leur jeu… »

Cassidy leva les yeux au ciel en poussant un soupir d’exaspération. Elle était même prête à repartir mais finalement se ravisa, se disant qu’elle chercherait bien à en apprendre un peu plus sur ce dénommé Jack. Super… Magnifiiiiiiiiiiique journée hein ?! Erwan lui restait cordial avec le maître à Tristan alors que Cassidy paraissait constamment en alerte et surtout, très perturbée par ce qu’elle venait de voir.

On les invita à s’asseoir et parler mais lorsqu’elle aperçut le Drakkari, qui avait repris son âge, son premier réflexe fut de porter la main au fourreau de sa dague. Erwan qui avait remarqué le trouble de sa compagne et aussi, venait d’apercevoir le revenant et posa fermement une main sur celle de Cassidy, comme pour lui faire comprendre qu’elle ne devait surtout pas se laisser envahir par la colère alors qu’apparemment, cette dernière n’avait qu’une envie, en découdre avec le Drakkari. Cet imbécile était toujours en vie et trainait sous son nez insouciant ! Cela la rendait vraiment nerveuse et Erwan du déployer des trésors de patience en serrant sa main, puis posant doucement une main dans son dos pour qu’elle se calme.

- Hum… il faut l’excuser, elle a eut une rude journée.

Erwan craignait surtout que Cassidy explose et révèle la véritable identité du Drakkari, devant une troupe joyeuse et il ne savait absolument pas comment s’en sortir. Ah si ! Un petit tranquillisant si elle commençait à trop parler, elle comprendrait puisque c’est pour son bien. Il espérait cependant ne pas arriver à cette extrémité.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Lun 21 Oct - 17:26

Ils jouaient…
Davis fêtait son anniversaire et son père, guerrier très investi de l’armée fantôme savait parfaitement à quel point son fils aimait jouer aux chevaliers. Il avait demandé à Jack de jouer avec lui, glissant une demande informulée pour qu’il sorte le grand jeu.
Jack était un chouette gamin. Enfin ce n’était plus du tout un gamin même s’il restait l’un des plus jeunes guerriers du groupe. Obligée d’intervenir régulièrement, la petite armée fantôme était en réalité une espèce de groupe de nomades. Les hommes et femmes qui le souhaitaient partaient devant, intervenir, sauver des vies, libérer des villages d’un traitement abjecte. Si tout se passait bien, les femmes et enfants, restés bien loin en arrière, parfaitement en sécurité, camouflé par un des mages du groupe, venaient alors les rejoindre. Ils ne pouvaient pas rentrer chez eux et cette solution avait donc été adoptée. Chacun dans ce groupe avait un rôle bien défini et primordiale, même s’il paraissait simple. La bonne entente, la cohésion, l’absence de tensions réelles et de jalousie aidaient au maintien de l’ordre et tous étaient extrêmement investis. Les enfants n’étaient certainement pas une bonne chose dans des batailles mais ils ne craignaient rien et étaient probablement bien plus en sécurité ici que dans leurs villages natales.
Quand aux villages traversés, un puissant sort était posé sur ceux que cette petite armée traversait et aidait. Tous se souvenaient de leur intervention, de leur bravoure mais sans pouvoir ni se souvenir des visages, ni du nombre, ni même précisément des noms. Certains villageois étaient épargnés et devenaient alors, de temps à autre, les contacts de l’armée dans ces recoins de leur monde. Ainsi, leur réseau d’informations devenait de plus en plus complexe et efficace… C’est ce qui était justement expliqué à la jeune femme.

L’ancien maitre de Tristan les avait accompagnés, elle et Erwan sur le lieu de la fête de ce village qui à défaut d’être grand savait organiser très vite une petite fête digne de ce nom. Il ne s’était en rien formalisé du comportement de la jeune femme, au contraire, cela lui avait tiré un sourire après une mine interloquée. Elle semblait de très mauvaise humeur pour ne pas dire très mécontente de les trouver là, après tout, on venait de leur piquer leur mission.
Mais il s’assura qu’on leur trouve une place, qu’ils soient bien entourés et qu’ils aient de quoi manger et boire autant qu’ils le souhaitaient. Ils s’étaient alors retrouvés entourés de personnes curieuses qui leur souriaient et ne les harcelaient pas de question, se contentant de quelques commentaires, essentiellement des félicitations sur leurs « exploits ». Eh bien oui, le couple était plutôt connu, même si ce n’était pas tout à fait officiel. Disons qu’entre héros, il valait mieux se connaitre. C’était probablement la raison pour laquelle on leur avait aussitôt ouvert les bras… Parce qu’ils étaient « de la même famille ».

C’était une femme, qui venait de leur servir à boire, qui leur expliquait justement le début de toute cette histoire, étrange rencontre. Elle parlait de Jack avec le sourire, n’oubliant pas de préciser « le Drakkari qui se transforme en dragon ». Elle ajouta que ce n’était pas une histoire de sort qu’on lui lançait, qu’il était ainsi et pouvait se transformer à volonté, elle, elle ne savait pas pourquoi, mais elle savait que les « dirigeants » ou plutôt « chefs » de leur groupe en savait davantage et que s’ils ne leur en parlait pas c’était qu’il y avait une bonne raison. Ce petit fait changeait tout de même beaucoup du « mal » qui pesait sur les épaules de Tristan, victime de ses transformations pour sa part.
Davis, le petit garçon, qui avait sans doute dû recevoir une bonne leçon de morale venait d’ailleurs de s’avancer et arriva près de la table d’Erwan et de Cassidy. Il avait l’air penaud.

- Pardon Madame… T’es pas méchante. J’ai cru que tu voulais faire mal à mon ami. Tu es très forte paske Jack, c’est très dur de l’arrêter !

Très impressionné, il semblait curieux et très enthousiaste mais un seul regard d’un adulte le dissuada de rester plus longtemps et de poser des questions et il s’empressa de retrouver les enfants de son âge pour leur raconter ce qui s’était passé.

Quand le dénommé Jack s’était transformé en un adolescent aux cheveux flamboyants, il avait eu la surprise de voir de la haine, de la rage dans le regard de la jeune femme qui lui faisait face. Elle avait voulu protéger ces jeunes gens et même s’il avait été très surpris et s’était cogné vraiment fort la tête, au point d’en être un peu sonné, il était assez admiratif devant tant de courage. Ou d’inconscience, ça restait encore à déterminer.
Il n’avait pas saisi pourquoi il y avait tant de colère dans les yeux de cette étrange demoiselle aux cheveux presque autant de feu que les siens, aux nombreuses taches de rousseur et aux captivants yeux verts. Il avait vraiment peiné à la fixer tant sa haine l’avait déstabilisé.

Il s’était habitué à ce que la première fois les gens aient peur de lui ou le voient comme une espèce curieuse, une bête de foire en quelque sorte. Mais une haine pareille, non, jamais il ne l’avait vue !
Il avait beau essayer de s’expliquer, il était très mal à l’aise et intimidé et ne savait trop que dire pour s’excuser vraiment. Parce qu’il se disait qu’elle méritait vraiment des excuses, plus que les autres… mais il ne savait pas comment faire.
Elle avait la main sur sa dague et il crut un instant qu’elle voulait l’attaquer. C’est pourquoi de son côté, il était resté sagement à sa place, sans rien tenter, se contentant d’essuyer l’assaut de Davis qu’il encourageait et complimentait comme s’il s’était agi de son petit frère.
Son maitre était par la suite arrivé et le jeune homme avait obéi sans demander son reste tandis que celui-ci s’occupait de « prendre la relève ».

Comme on parlait à Eikä et Erwan de l’organisation de l’armée fantôme, presque comme s’ils étaient de la famille, de nombreuses personnes s’étaient approchées, curieuses d’en apprendre davantage sur ce jeune couple assorti et dont la jeune femme semblait très peu… heureuse d’être présente.
Finalement, Jack réapparut.

Peu importe ce qu’il avait fait, il avait retrouvé sa taille normale, du moins celle qu’avait Tristan, l’ancien petit ami de la jeune femme qui se cachait sous une fausse identité. Mais il avait changé physiquement… ce qui ne s’était pas tout de suite vu bien sûr sur son corps d’adolescent.
Il était beaucoup plus mince, semblant avoir perdu pas mal de masse musculaire et surtout de son imposante carrure. Les muscles plus secs que jamais, il aurait gagné à prendre deux ou trois kilos vu son visage plus anguleux. Ses cheveux étaient coiffés en arrière, enfin il avait essayé du moins de les coiffer et cela rendait bien plus qu’avant même si ses yeux étaient obscurcis par les mèches rouges qui leur tombaient dessus. Ses joues portaient toujours le fin duvet presque blond qui prouvait son absence de barbe et donc de joues hérissons, ses oreilles autrefois très proches de celles des humains étaient à présent plus effilées sur le dessus, trouvant la courbe fine des oreilles pointues des elfes sans en avoir leur longueur. Ses canines étaient aussi plus longues puisque dès qu’il ouvrait la bouche pour faire un sourire plein de fossettes, elles apparaissaient, clairement plus longues et effilées que ses autres dents. La cicatrice sur son cou avait disparu aussi surprenant que cela puisse paraître. Cela se voyait à l’espèce de gilet en cuir marron qu’il portait ouvert sur son torse et qui dégageait donc largement sa gorge, seul vêtement qui couvrait celui-ci. Son pantalon sombre s’était ajusté à son corps d’adulte et ses bottes lui tenaient clairement parfaitement les pieds, montant jusqu’à ses genoux auxquels il portait de larges protège-genoux en cuir sans doute également. Il portait toujours ses gants, des mitaines du même matériau que son gilet et qui tout comme celui-ci miroitaient étrangement à la lumière de temps à autre alors qu’il semblait mate l’instant d’avant. Une grosse ceinture avec une boucle représentant un dragon presque aussi grande qu’une main maintenait son pantalon sur ses hanches. Les abdominaux apparents et plus prononcés qu’avant du fait de sa perte de poids, il portait toujours par contre la grande marque en forme de X qui lui barrait les pectoraux même si elle n’était qu’en partie apparente et à son cou… brillait une petite pierre orangée bien connue qu’il tripota d’ailleurs nerveusement en arrivant, même si on lui souriait.

Le jeune homme aperçut très vite Cassidy même si elle était toujours dissimulée sous son corps factice et surtout malgré la tête qu’elle tirait et il resta immobile une seconde à la fixer ainsi que l’homme qui se trouvait près d’elle, même si son attention semblait bien davantage fixée sur la jeune femme. Il semblait curieux et surpris de les trouver là mais rassuré aussi. Apparemment, ils étaient dans le même camp, c’était plutôt rassurant car même s’il ne frappait pas les femmes, il devait admettre que s’ils s’étaient battus tous les deux, il n’était en rien certain de pouvoir gagner… Parce qu’elle avait été d’une rapidité extrême dans ses sorts. Elle était peut-être même plus rapide que les mages de leur groupe.
Il s’avançait vers eux quand des exclamations l’arrêtèrent.

- Ah Jack ! T’es là ! On va pouvoir commencer ! J’espère que t’es en forme, sinon tu vas ramasser mon vieux !
- Ménageons l’ancêtre hein les mecs !


C’était un groupe de jeunes hommes qui devaient faire partie de l’armée puisqu’ils étaient tous vêtus pour voyager et combattre et portaient tous des armes. D’âges variés, ils s’étaient regroupés et fixaient avec une fausse colère, un vrai défi et un amusement certain le Drakkari qui s’était tourné vers eux avec un immense sourire.
On réclama l’attention de tous et toutes et ce fut le maitre de Tristan qui se présenta, montant sur une chaise même si vu sa carrure, il n’en avait clairement pas besoin pour se faire remarquer.

- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs ! Merci pour cet accueil et cette fête ! Je vous avoue que je commence à me tâter, est-ce que je préfère filer une dérouillée à ces pourritures de Kaärs ou est-ce que je préfère picoler à l’œil chez nos habitants éplorés que nous secourons.

Il y eut des rires nombreux et il sourit.

- Vous savez qui nous sommes même si certains l’oublieront très bientôt et vous savez donc qu’il ne faut pas perdre espoir, que nous sommes là et que nous nous battons pour que vos vies soient plus sûres. Nous nous sommes appelés « l’armée fantôme » et bien sûr dès que vous nous avez vus, votre question a été « pourquoi ce nom ? »… Nombreux d’entre vous nous soumettent l’idée qu’il faudrait davantage s’appeler « l’armée du dragon » ou quelque chose du genre en l’honneur de notre petite arme spéciale, notre point fort, que dis-je notre atout et vous avez peut-être raison mais l’atout en question est assez timide au final et tant d’honneur le gêne. N’est-ce pas Jack ?


Il était descendu de sa chaise et avait rejoint le jeune homme qui paraissait d’autant moins costaud aujourd’hui quand on se rappelait leurs carrures bien plus proches auparavant. Certes l’un d’eux était un vrai colosse mais aujourd’hui, le dénommé Jack paraissait moins… fort… Bien sûr il s’agissait de Tristan, Cassidy ainsi qu’Erwan l’avaient parfaitement reconnu… Mais pourquoi aller jusqu’à changer de nom ?
Le colosse venait de passer un bras autour des épaules de son « disciple », avec assez de force pour ébranler un petit arbre et celui-ci en éprouva le choc sans ciller alors qu’un sourire attendri éclairait le visage de son aîné.

- Ce petit machin nous aide beaucoup, je dois bien l’avouer. Même si c’est une tête de mule mal élevée qui n’écoute jamais ce que je lui dis et qu’il faut rosser de temps à autre pour le faire obéir ! Nous l’entrainons tout le temps parce qu’il en a besoin et que cette incroyable transformation qui nous aide tant n’est pas si facile à maitriser. Alors ce soir, vous allez avoir la chance d’assister à un de ces entraînements mais sous forme de jeu auquel vous pouvez même participer mais je pense que vous ne prendrez pas le risque… Quant à toi gamin, essaie de ne pas trop te faire amocher cette fois.

Le Drakkari fit une légère grimace avant de sourire. Les rires nombreux s’éteignirent et on fit rapidement de la place, positionnant les spectateurs en cercle autour du jeune homme et de ses « adversaires ». Ceux-ci étaient les jeunes gens qui avaient interpellé le Drakkari et qui lui souriaient à présent même s’ils essayaient toujours plus ou moins de le défier du regard et par quelques paroles.
Curieusement, Jack ne portait pas d’arme alors que ses adversaires si, que ce soit des dagues, des haches ou des épées. Ils se positionnèrent d’ailleurs en file indienne et le premier attaqua le jeune homme. Celui-ci évita les quelques premiers assauts simplement en s’écartant légèrement à la dernière minute, le pied sûr. Quand son adversaire, bien plus échauffé commença à compliquer ses attaques, se révélant être bien meilleur bretteur qu’il ne l’avait encore montré, le Drakkari commença à son tour vraiment à bouger. Il s’était assoupli et était devenu beaucoup plus rapide, semblant presque anticiper les attaques de son adversaire tant il se déplaçait avec rapidité et aisance.

En réalité, des musiciens s’étaient mis à jouer et il donnait bien plus l’impression de danser que de combattre même si pour l’heure il ne faisait qu’esquiver. Finalement, comme la foule bien que ravie de ce ballet s’impatientait un peu, Jack ou plutôt Tristan s’immobilisa. Son adversaire l’attaqua aussitôt de front. Mais encore une fois… le jeune homme n’était pas armé et écarquillant les yeux de peur, il chercha à se protéger le visage de ses bras lorsque l’autre leva son épée et l’abattit sur lui. Les spectateurs qui n’y connaissaient rien jusqu’ici poussèrent un cri d’horreur alors qu’un miroitement courait sur la peau du Drakkari. L’épée sembla rencontrer une surface dure, presque métallique vu le son qui se fit entendre lorsque la lame heurta du tranchant les bras nus du jeune homme.
Celui-ci les éloigna alors légèrement de son visage, un sourire amusé aux lèvres, plus du tout dans le jeu donc de paraitre effrayé. Son adversaire lutta un instant, cherchant à le faire reculer de force mais le jeune homme résista et ses muscles se contractèrent, jouant sous sa peau alors qu’à son tour il essayait de faire reculer l’épéiste. Sauf que lui, il y parvint, le repoussant même brusquement et ce furent des habitants qui le rattrapèrent dans la foule des spectateurs tant il avait basculé avec élan.

Tristan rabaissa les bras, ne portant aucune marque, aucune coupure, pas la moindre trace de sang alors qu’un nouveau miroitement courait sur sa peau tandis qu’il tournait sur lui-même, prenant la foule à témoin. Les grandes exclamations des uns et des autres, les regards éberlués et d’incompréhension ne furent pas en reste, pas plus par la suite quand il affronta ses autres adversaires les uns après les autres. Certains habitants s’y risquèrent sans grande conviction mais Tristan les ménageait contrairement à ses coéquipiers. Pourtant le jeune homme semblait fatiguer même s’il ne disait rien, tressaillant parfois, ses mâchoires se crispant sous un choc l’ébranlant un peu plus.

Quand à sa grande surprise son maitre se trouva face à lui, il pâlit un peu et sembla sur le point de renoncer mais celui-ci ne lui en laissa pas le temps et l’attaqua avec une force de titan. Cette fois-ci, le jeune homme esquivait et il devait pour cela sauter, faire des saltos et autre acrobaties, preuves de sa grande amélioration à ce niveau alors qu’il ne semblait plus toucher à une épée, contrairement à avant. A un moment, il ne put pas pour autant éviter le contact et un plus grand miroitement courut sur sa peau, plus fort, presque un rai de lumière alors que la hache du colosse s’abattait sur l’un de ses bras. Même sonorité violente alors que le jeune homme, les pieds fermement ancrés au sol ne pouvait s’empêcher de reculer de trois bons pas. Il grimaça, serra les dents, lutta un instant, les muscles tendus à l’extrême alors que l’homme en face ne semblait même pas donner tout ce qu’il avait. Puis le jeune homme poussa une exclamation de douleur. Aussitôt le maitre recula de quelques pas alors que l’élève tombait à genoux au sol, cette fois une main plaquée sur son bras d’où du sang coulait, grimaçant. Une main de son aîné pressa une de ses épaules alors qu’il lui marmonnait vaguement que ce n’était pas mal mais qu’il était encore bien faiblard… et d’aller désinfecter ça tout de suite.

Tristan se redressa sans un mot et s’éloigna sans le regarder alors que son maitre s’occupait de rassurer tout le monde en assurant que d’ici quelques minutes, l’extraordinaire capacité de cicatrisation du jeune homme couplé aux sorts de leurs amis mages auraient fait disparaitre cette égratignure… qui ne devait pas être une simple égratignure vu qu’on pouvait presque suivre le jeune homme à la trace avec les gouttelettes de sang qui dégouttaient par terre derrière lui. Mais il ne semblait pas pour autant traumatisé, souriant gentiment à ses amis, semblant s’excuser du regard de n’avoir pas mieux fait auprès de quelques jolies filles qui le dévoraient du regard et souriait cette fois-ci timidement à ceux qui le félicitait, prenant un air un peu gêné.

Un mage s’avança vers lui et examina son avant-bras avant de murmurer un sort. L’instant d’après effectivement, la blessure avait cessé de saigner et le Drakkari ne s’en préoccupait plus le moins du monde, se faisant inviter par une jeune fille qui voulait danser et qu’il accompagna galamment. Néanmoins, à plusieurs reprises aussi bien pendant ses combats que pendant cette danse, son regard s’égarait, toujours avec la même franche curiosité vers la table des deux hôtes supplémentaires et finalement, il s’avança vers eux, à la fin de la danse.
Il fit un petit mouvement de tête vers Erwan, affichant un sourire poli et digne.

- Messire… Bonjour. Vous devez être l’archer. On nous a parlé de vos exploits en effet… Je serais curieux de vous voir à l’œuvre. Ravi de faire votre connaissance… Tout ennemi des Kaärs est le bienvenu avec nous…

Puis son regard se posa sur la jeune femme rousse à la crinière assez… impressionnante et il lui fit un sourire timide puis totalement franc, ce qui pouvait aussi se qualifier de « tout à fait charmant et craquant », les yeux légèrement brillants, il devait la trouver jolie puisqu’il la détaillait discrètement du regard même s’il essayait de ne pas trop le montrer (ce qui ne marchait pas énormément non plus).

- Damoiselle… Je suis désolé pour l’incident qui s’est produit plus tôt et j’espère que vous m’excuserez ce manque de respect, je sais qu’il est mal de jouer sur ces idées d’attaques et tout mais… je ne pensais pas à mal. Je vous remercie d’avoir voulu intervenir et je…

Elle semblait… bizarre l’espace d’un instant et inquiet, il s’approcha d’un pas supplémentaire tandis qu’il parlait, n’arrivant pas à déterminer pourquoi il y avait de l’horreur dans son regard alors même qu’elle rougissait. Mais elle le coupa sèchement, l’envoyant balader et le jeune homme se raidit aussitôt, surpris et blessé. Quand elle réitéra sa demande pour qu’il s’en aille, son visage se ferma, ses traits se crispant un peu plus alors qu’il serrait impulsivement les poings. Pourtant, il s’inclina légèrement, se détendant en s’excusant une nouvelle fois et tourna les talons, secouant légèrement la tête comme s’il essayait de chasser une impression. Il alla rejoindre des confrères avec lesquels il entama une discussion animée. Ici, il semblait parfaitement intégré et accepté. Personne ne semblait avoir peur de lui, au contraire, tout le monde l’appréciait et semblait l’aimer. Et lui souriait, s’amusait même s’il paraissait plus timide et facilement gêné qu’avant. Des jeunes filles venaient aussi régulièrement le voir pour discuter ou danser et plusieurs semblaient plutôt enclines aux câlins, auxquels il répondait avec gentillesse et tendresse comme un très bon ami peut-être un peu trop proche…

De temps à autre pourtant, Tristan tournait la tête vers un certain jeune couple, examinant du coin de l’œil la silhouette de la jeune femme rousse qui s’exprimait si crûment mais était bien assez jolie pour qu’on lui passe ce défaut.
A un moment, sans que rien ne le présage, il fut pris de l’étrange besoin de lever le bras… alors qu’il n’avait aucune raison de le faire, absolument aucune. Il venait de lever le bras, le poing fermé, au-dessus de sa tête alors qu’il était en pleine conversation avec des amis. D’ailleurs ceux-ci le regardèrent bizarrement mais ne s’y attardèrent pas puisque tout aussi brusquement le jeune homme grimaça et se mit à serrer douloureusement les dents, sautillant sur place en lâchant un truc comme quoi ça le « brûlait ». Les conversations autour d’eux s’arrêtèrent et l’une des jeunes filles l’aida à enlever son gilet alors qu’il sautillait toujours sur place. Un de ses camarades lui versa aussitôt de l’eau sur la tête et celle-ci coula sur son torse et dans son dos. Aussitôt, cela l’apaisa et le jeune homme cessa de se trémousser, surprenant un regard peu amen de son maitre, il courba d’ailleurs l’échine et s’excusa dans un marmonnement.

Plusieurs personnes le regardaient bizarrement pour le coup et il semblait d’autant plus gêné, se cachant derrière les mèches rouges de ses cheveux. Mais quelqu’un lança quelque chose, une bêtise, quelque chose pour faire rire et l’incident fut aussitôt oublié, ce qui rassurait apparemment le Drakkari. Sans savoir pourquoi, il jeta un regard à la jeune femme rousse assise un peu plus loin qui le fixait avec insistance, comme en colère encore ou juste intriguée cette fois et il se détourna bien vite, ayant bien compris qu’elle ne l’appréciait pas. Rejoignant une jeune femme qui l’interpellait, avec le sourire, il tourna le dos à Cassidy. Son tatouage était toujours là, pentacle étrange qui s’était étendu et avait déjà récupéré sa petite taille normale… Mais il y avait quelque chose de différents… Dans son dos, deux cicatrices suivaient la grande courbe intérieure de ses omoplates en particulier mais autrement suivaient carrément le contour de ses omoplates, formant deux grossières formes géométriques pas tout à fait exactes l’une par rapport à l’autre. Elles semblaient tout aussi peu en volume que la croix en X sur son torse et donc très peu gênantes, juste des marques sur sa peau, presque comme un tatouage, mais suffisamment importantes et voyantes pour signaler la présence d’anciennes et graves blessures…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mar 22 Oct - 1:07

Cassidy n’en revenait pas. Une apparition, un fantôme qui se tenait devant lui et lorsqu’elle accompagna le colosse, la jeune femme s’était très discrètement ébrouée, chassant cette image de sa tête d’un certain Drakkari qui ne pouvait PAS être vivant. Non non non ce n’était pas possible malgré le fait qu’elle était extrêmement tendue et réfléchissait à vitesse grand v.

On les fit asseoir et il est vrai que la jeune femme n’était pas vraiment encourageante, se gardant de croiser les bras d’un air frustré, une jambe croisée au dessus de l’autre dans une attitude très nonchalante. Erwan était occupé à poser des questions, très poli comme à son habitude, alors qu’on leur expliquait le mode de fonctionnement de cette armée fantôme. Mais une chose intriguait Cassidy, comment cela faisait-il que les Kaärs étaient devenus plus virulents ? Ils avaient toujours été plus ou moins en retrait jusqu’à présent. Et pourquoi cette armée ?

Ce qui la surprenait, c’était de voir le maître de Tristan présent. Elle pensa que Tristan était certainement venu le retrouver pour passer ses nerfs sur autre chose, oublier la jeune femme ou quelque chose dans le style. Mais elle était aussi étonnée de savoir que c’était une organisation contre les Kaärs. Ainsi donc Tristan s’était tourné du côté de la justice ? Elle s’ébroua une nouvelle fois la tête. Tristan ne pouvait pas être vivant, elle s’était cogné la tête voilà tout.

Une dame vint leur servir à boire et expliqua sur le Drakkari qui se transformait en dragon. Le cœur de Cassidy se tordit très douloureusement et elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Non apparemment tout le monde était au courant ici. La mage croisa les bras et prit un air renfrogné. Il s’était transformé en quoi ? Attraction pour villageois ? Mouais… A défaut de séduire les filles, maintenant il préférait le gros dragon écailleux et gluant qu’il était ? Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi… Bizarrement, il n’avait pas l’air d’être une bête féroce ni d’avoir perdu son humanité. Lui qui se retenait à grand peine de démolir les barreaux de sa « prison » quand il se sentait perdre le contrôle.

C’est une pensée très bizarre que la jeune femme éprouva sur le coup.

*J’ai couché… avec un dragon ?!?! Yeeeeeeeeeeeerk !*

Elle n’avait jamais accepté cette forme de lui et aujourd’hui plus encore, la rancœur et la haine de la jeune femme s’étaient amplifiés en le revoyant, comme si de rien n’était. En même temps elle était sous une illusion, normal qu’il ne fasse pas attention. Elle aurait pu reprendre sa forme initiale et lui faire la surprise en le tirant par l’oreille ou plutôt… les bijoux de famille, si encore il en avait en tant que dragon.

La serveuse leur expliqua que seuls les chefs étaient au courant. Cassidy se tourna discrètement vers le colosse. En tant qu’ancien maître, il devait en savoir beaucoup sur le sujet. Elle se promit d’aller le questionner d’une manière ou d’une autre, tout en faisant taire sa petite voix intérieure qui lui soufflait d’ignorer tout ça, pour éviter de se faire encore plus de mal que nécessaire. C’est vrai, il avait rouvert une plaie le Drakkari, et pas qu’à moitié ! S’en rendrait-il compte ? Certainement pas, sinon il serait revenu vers elle. La jeune femme serra les dents et resta silencieuse.

C’était Erwan qui voulait en apprendre davantage, pensant faire plaisir à sa compagne mais il n’y avait aucune information.

Le petit garçon de tout à l’heure était revenu la voir, en s’excusant et expliquant qu’elle était plutôt forte. Elle haussa un sourcil. Tiens et si elle s’amusait à le faire rapetisser comme avant ? Bonne idée… Elle marmonna au gamin que ce n’était rien, que c’était passé et qu’elle avait déjà oublié la confusion de ce moment même si ce n’était pas vrai. Il retourna vite vers ses petits camarades.

Et enfin, il était réapparu. Cassidy venait de se crisper si violemment tout en se mordant la langue qu’un goût de sang amer se répandit dans sa bouche. Il avait beaucoup changé… et ça ce n’était pas normal.

*Toi aussi tu as remarqué ?*

Mais sa colère n’était pas pour autant dissipée, ne souhaitant qu’une seule chose, coller une baffe monumentale à son ex petit ami pour lui avoir fait un coup pareil. 7 mois de frustration, de rancœur, et de rage. Mais bien sûr, Erwan l’avait beaucoup aidé… quand elle ne se droguait pas aux potions pour effacer ces souvenirs, ces flashs qui rendaient sa vie très douloureuse. Elle sentit la main de son actuel petit copain, doux, attentif, d’un air de dire qu’il fallait qu’elle reste tranquille, inutile de gâcher la soirée en règlements de comptes.

Elle le dévisagea et remarqua la cicatrice de son enfance qui avait disparu. Mais celle du démon était toujours là ! A sa grande surprise, il portait toujours son pendentif qu’elle lui avait offert et elle se retint de laisser trop transparaître cet énorme choc. Pourquoi gardait-il ce truc là alors qu’il n’était plus avec elle ? La jeune femme se rappela alors que cette pierre s’incrustait sur lui quand il se transformait. Grimace un peu sadique.

*Tu crois que si je lui retire il ne se transformera plus en dragon ? … Mouais… très dangereux mais je veux juste voir si…*

Cassidy avait fermé les yeux un moment, cherchant à sentir les flux de magie et surtout sa propre signature qu’elle avait glissé dans le pendentif quand elle le lui avait offert. Un très bref et discret mouvement de l’index et elle sentit l’éclat résonner en elle. Toujours actif ce truc là. Elle comprenait de moins en moins et cela l’intriguait énormément.

Quand au physique du jeune homme, il était toujours pas mal mais… en même temps elle avait tellement de mal à le reconnaître. Plus cet air si fier sur le visage, ces expressions pour charmer, épater une galerie, il y avait vraiment quelque chose qui ne tournait pas rond. Elle en vint même à se dire très douloureusement que c’était à cause d’elle si il était comme ça et qu’en la fuyant, il avait retrouvé gentillesse et bonté. Mouais… rien que d’y penser lui donnait la nausée et elle tapa d’un coup sec au sol pour cacher sa fureur.

Alors qu’elle était toute occupée à penser, elle entendit la voix du maître de Tristan réclamer de l’attention. Allons donc, quoi encore ? Il expliqua un peu le principe de l’armée fantôme puis parla du « clou du spectacle », Tristan leur point fort, Tristan le dragon. Timide lui ?! Un rire amer et jaune éclata dans l’assemblée. Ah non c’est tout bonnement impossible ! Cassidy s’était mise à rire en entendant le mot timide alors qu’il n’y avait absolument rien de drôle puis toussa un coup alors qu’on la fixait puis croisa à nouveau les bras.

Pitié… elle risquait de se forger des abdos si on la faisait autant rire pendant toute la soirée ! Il collectionne les boxers roses à petits cœur maintenant ? Cassidy se retint et se mit à souffler. A défaut d’être en colère, elle avait l’impression que tout cela tournait au ridicule le plus complet.
Puis le « spectacle » commença. Si Cassidy avait regardé au départ, surtout qu’elle remarquait les regards très discrets mais présents du Drakkari, elle se leva en soupirant et agitant la main, sourire sarcastique puis tourna le dos pour sortir de cette foule surexcitée tout en lâchant une belle phrase.

« Ahlala… Complètement débile tout ça… Sérieusement ça l’amuse ? »

Elle s’éloigna d’une démarche assez désinvolte puis se plaça à l’écart, à l’ombre des arbres.

Ayant trouvé un arbre assez grand et avec une branche plutôt solide, la demoiselle prit son élan et sauta, prononçant un sort pour attraper la branche de l’arbre. Elle avait ensuite convenu de se placer très confortablement contre le dos de l’arbre mais résolument tourné à la scène.

Mais ce que les autres ne savaient pas, c’est que la jeune femme avait lancé un petit sort et tenait sa main en offrande, alors qu’une image apparaissait devant ses yeux. Elle pouvait tranquillement regarder sans qu’on ne remarque ses émotions. Le spectacle valait le détour mais elle ne comprit pas pourquoi il n’avait plus son épée, et ça rimait à quoi ce truc. Ah oui c’était impressionnant la régénération ! Ecailles ? Renforcer une partie de son corps pour la rendre plus solide. Si il était moins musclé, il devait forcément passer moins de temps à la pratique du combat et plus à la transformation dragon. Il était également beaucoup plus rapide, sûrement grâce à la fonte des muscles. Ca ne devait pas être facile de l'atteindre sans surprise désormais... Etait-il toujours un guerrier ?

Le cœur de la mage se tordit une nouvelle fois. Elle qui adorait le voir s’entraîner, le voir manier l’épée tel un peintre son pinceau. Sortant la dague de son fourreau, elle l’examinait attentivement.

« Que diable t’es-il arrivé… Pour que tu changes radicalement ta façon d’être… »

Le maître de Tristan était ensuite intervenu. Cassidy avait du mal à en saisir le sens.

*Heu… si j’ai bien compris il s’est transformé en souffre douleur ? Ca lui plaît de se faire taper dessus ? Je le connaissais pas aussi sado maso que ça…*

Apparemment c’était la fin du « spectacle ». Très discrètement, elle sauta de l’arbre tout en lançant un nouveau sort pour ralentir sa chute et revint se placer à côté d’Erwan. Qui se tourna vers elle en l’interrogeant du regard.

- Ca ne t’intéressais pas ?

Elle haussa les épaules, d’un air très ennuyé.

« Bouarf… J’en ai suffisamment vu et toute cette foule, ça me donne le mal de tête… Surtout lui en fait »

Erwan regarda à nouveau devant lui, mal à l’aise. Cassidy avait repris une position nonchalante et cette fois, avait posé ses mains croisées au dessus de sa nuque, regardant par ci, par là et elle s’ennuyait terriblement. Mais l’ombre du Drakkari qui venait par ici attira son attention. Une nouvelle fois elle se crispa mais ne laissa rien paraître.

Tristan s’adressa tout d’abord à Erwan et celui-ci manqua de faire tomber son morceau de pain. Heu non pas possible qu’il l’oublie aussi vite, surtout après toute la jalousie qu’il avait éprouvé à son égard. Cassidy était tout aussi surprise. De plus en plus louche cette histoire. Si il avait oublié Erwan alors… c’était mauvais signe tout ça. Elle grinça des dents en murmurant.

« Non mais c’est une blague là… Qui lui a retourné le cerveau ? »

Elle était surprise qu’il ne fasse même pas le rapprochement avec Cassidy. Aucun air de soulagement à ne pas le voir à côté de sa jolie blonde, aucune allusion, question, rien. Cela échauffa encore plus la demoiselle qui gardait un air plutôt pincé et très grincheux.

Il se tourna alors vers elle et la fixa. Cassidy avait à peine hausser les yeux alors qu’il s’exprimait. Il ne la reconnaissait même pas ? Il la vouvoyait ?!? Même avec cette apparence, encore et toujours il se trompait… il était tombé bien bas. Mais alors, pourquoi le regardait-elle avec une légère rougeur aux joues alors qu’elle était tout simplement scandalisée ? Il fit un pas en avant, elle décroisa les mains de sa tête, et prit un air des plus renfrognés.

« Oui ça va ça va c’est bon on a compris ! Pas besoin de prendre ce ton mielleux et de tourner autour du pot. C’était qu’un petit accrochage ! Je rêve quoi ! Toi en train de parler comme… comme… hum… ! Ah oui ! Un balai coincé dans le derrière. Non mais je vous jure… gnagnagna blablabla !»

Erwan prit un air craintif puis se tourna vers le Drakkari.

- Messire, veuillez excuser mon équipière, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, elle est particulièrement à cran aujourd’hui. La fatigue sans doute, nous avons eu une longue chevauchée et…

« Nan mais attends ?! Je vais trèèèèèèèès bien ! C’est juste que j’aime pas avoir un dragon à côté de moi ! Allez pshiitt ! De l’air ! Merci au revoir ! »

Elle avait agité frénétiquement la main comme pour chasser une mouche alors que Tristan tournait les talons, apparemment vexé. Mais ça faisait du bien à Cassidy qui ressortait une rancœur grosse de 7 mois. Mais alors qu’il avait le dos tourné, la jeune femme grimaça et porta sa main sur sa tunique au niveau de son cœur tout en respirant calmement. Erwan se mit à soupirer.

- Tu n’es pas obligée d’être comme ça Cassy…

« Je te rappelle qu’il s’est complètement fichu de ma gueule alors je me fiche de la sienne à son tour, c’est de bonne guerre… »

La jeune femme s’était calmée une fois que Tristan était parti. Le regardant tout aussi intensément, son cœur battant difficilement alors qu’il faisait l’insouciant alors qu’elle à l’Académie avait tant pleurer pour lui ! Mais il s’en fichait ! Il n’avait que faire d’elle ! Elle buvait un verre d’eau tout en l’examinant et une idée lui traversa l’esprit. Inspirant profondément, la mage prononça dans sa tête l’activation du tatouage, puis regarda intensément Tristan.

*Lève le bras droit pour voir…*

A sa grande surprise il s’exécuta et lui aussi paraissait surpris. Avant de sauter dans tous les sens, parlant d’une brûlure. On l’aspergea d’eau et la jeune femme se frotta doucement le menton. Très intéressant. Le tatouage fonctionnait mais si il l’avait renié, forcément il ne ferait rien. Et son air trop incrédule était particulièrement trop… innocent. Aucune expression sur son visage, murmure en se rappelant de la jeune femme. Elle commençait à se dire qu’il avait vraiment chercher à effacer toute trace d’elle. Et encore une fois c’était elle qui souffrait ! Alors que lui avait refait sa vie tranquillement sans chercher à s’inquiéter. Cassidy serra lentement le poing.

Cependant, on la détourna rapidement de Tristan. Un homme était venu s’asseoir à sa table, désirant apparemment faire la conversation.

- Eikä n’est ce pas un mot du langage des anciens temps ? J’en ai déjà entendu parler dans mes recherches. Ca signifie Flamme. Joli prénom en tout cas… Pourquoi l’avoir choisi ?

Cassidy répondit sans sourciller, toujours avec cette nonchalance, un brin de provocation dans la voix.

« Oh c’est très simple messire… Une flamme peut être source de réconfort et de chaleur. Guide nos pas sur les chemins les plus sombres… Mais si on ne la traite pas avec respect et attention, elle peut devenir destructrice et vengeresse. Les Kaärs… ont vraiment attiser la flamme de la haine »

Il continua de discuter, voulant en savoir plus sur leurs missions mais Cassidy regardait Tristan tout en buvant son verre d’eau. Oh tiens, une idée lui venait. Elle s’excusa et rejoignit d’une démarche plus assurée que féminine le Drakkari. Une petite pique ne lui ferait pas de mal.

« Au fait, ça me fait plaisir de te voir… Non vraiment ! Vois-tu, je pense que tu connais bien l’Académie Hysandra. Je t’ai déjà croisé là-bas… La directrice Dame Herediane sera absolument ravie de savoir que son excellent professeur est en vie… Après être parti lâchement sans laisser un mot ni une excuse… en laissant de l’incompréhension générale. Tu devrais arrêter de te la jouer preux chevalier parce qu’au final tu n’es rien qu’un lâche… »

Elle s’était rapprochée de lui dangereusement, à quelques centimètres de lui, et paraissait si sérieuse et intimidante qu’il était difficile de ne pas baisser les yeux.

« Tristan Konogan… »

La jeune femme observa sa réaction puis tourna la tête en levant la main d’un geste las.

« Je n’oublie jamais un visage… surtout pas le tiens… »

Alors qu’elle se rasseyait, la demoiselle était plongée dans ses pensées, essayant de mettre en place ce qu’elle apprenait au fur et à mesure. Elle l’observa, tout en buvant un alcool plus fort qu’on avait apporté et puis après tout elle s’en fichait, c’était une fête non ? Son esprit s’embuait petit à petit au cours de la soirée alors qu’une jalousie s’empara d’elle. Il faisait le malin parce qu’il avait un nouveau pouvoir ? Il épatait la galerie ? Une fête hein… Elle pouvait tout aussi bien faire la même chose et épater elle aussi. Après tout, nombreux se demandait comment deux jeunes gens tenaient tête aux Kaärs. Et puis elle en avait un peu marre de le voir monopoliser toute la soirée. Saint Tristan, le doux ! Whaaa…

Cassidy se leva d’un geste et réclama le silence. Elle avait le sourire de quelqu’un qui avait beaucoup trop bu et s’agitait devant sa place.

« Bien bien Damoiselles, Messires et Mesdames, le spectacle n’est pas terminé pour cette soirée et après la formidable prestation de Tris…. Heuuuuuu du Drakkari dragon, permettez-moi de rajouter une petite surprise… »

Elle cligna d’un œil avant et jeta la main en direction du feu au milieu, répandant de la poussière brillante. Des formes se formèrent, aussi brillantes et se placèrent à côté des musiciens. Elles ressemblaient à des nymphes, créatures mystiques et d’une grande beauté.La demoiselle claqua des doigts et avança au milieu d’une démarche beaucoup plus féminine mais en gardant une certaine fierté alors que les premières notes d’une musique se mit à retentir devant l’assemblée.

http://www.youtube.com/watch?v=s_1WdlYMHgE

Puis la jeune femme s’avança au centre de la pièce et se mit à chanter d’une langue ancienne qui n’était pas à la portée de tout le monde, message totalement invisible. Le plus étrange était surtout que les images de ses paroles avait empli toute la zone, plongeant la zone dans une lueur plus magique, des petites sphères virevoltants par ci par là comme si la foule se retrouvait devant les illusions, accompagné des chœurs de nymphes.

Une barque emplie de tristesse
Dérive dans une mer d'arbres, ballottée en tous sens
Elle transporte des âmes égarées
Le ciel s'éclaircit dans un instant de silence

Les gouttes du temps qui coulent sur les feuilles
Finissent par retomber sur le sol comme nos prières innocentes
Et même si ce qui se reflète à la surfasse de l'eau
N'est qu'un cercle de drames incessants

Tout homme se blesse un jour et porte sa douleur comme un fardeau
Blessant les autre en retour sans y penser
Alors qu'un horrible vent de cruauté se déchaîne sur nous
Je garde mes précieux sentiments bien enfouis au fond de mon coeur

En remontant les dunes dans le noir
On trouve un papillon ambré teinté de bleu
Tremblant, il porte sur ses ailes
Les mots du passé

Et si ces clés rouillées
Sont notre seul espoir
Nous devons protéger notre trésor
Avant que même l'amour ne devienne un crime

Enfonce la porte du désespoir pour aller de l'avant
Même dans un monde d'altruisme
Accepte la vérité, les mensonges, les trahisons et les péchés
Car ils sont à la fois forts, doux et fragiles

Toi qui supportes ce destin tragique
Toi qui luttes contre la pendule qui annonce le désastre
Peut-être qu'un jour tu lèveras les yeux vers le ciel
En priant pour entendre résonner une mélodie de paix...

Tes larmes de frustration sont des embruns argentés
Même dans un monde d'altruisme
Tu te souviens toujours clairement
Des esquisses d'un rêve passé

Tout homme se blesse un jour et porte sa douleur comme un fardeau
Blessant les autre en retour sans y penser
Alors qu'un horrible vent de cruauté se déchaîne sur nous
Je garde mes précieux sentiments bien enfouis au fond de mon cœur


Parfois elle regardait Tristan tout en souriant, mais peut-être était-ce du uniquement à l’alcool. Alors qu’elle laissait les chœurs de nymphe reprendre sa mélodie, la mage attira la surprise et les exclamations en éteignant le feu. Mais le plus impressionnant était que la jeune femme… brûlait ! Ou plutôt était à l’intérieur d’une aura de feu qui recouvrait tout son corps tout en restant suffisamment transparente pour continuer de voir les formes de la jeune femme qui dansait gracieusement tout en éclairant la foule.

Erwan s’était levé d’un bon, paralysé par ce que faisait Cassidy, prêt à l’arrêter au moindre problème. Elle venait de tracer des symboles tout en continuant de danser et la forêt toute entière disparue alors que toute la foule se retrouva en train de flotter dans les airs comme si tout cela était réel. De magnifiques paysages défilèrent sous leurs yeux émerveillés comme si ils étaient en train de voler. Les montagnes gelées de Frihold… le désert avec au loin la grande mer d’azur, les jungles verdoyantes, le passage au dessus des volcans, une aurore boréale. Cassidy gardait les yeux fermés comme si elle se concentrait sur les images pour les partager. La flamme continuait à brûler autour d’elle, comme pour l’entourer et la protéger d’une longue robe irréelle, se mariant bien avec ses cheveux.

Une fois la musique terminée, elle se mit à faire une courbette pour saluer exagérément son public puis décida de passer à un autre style de jeu.
« Bien bien… après l’éblouissement, place à un peu d’action… »

Elle venait de faire craquer les jointures de ses doigts et échauffait ses épaules avant de fixer l’assemblée et de croiser les bras.

« J’offre 100 pièces d’or à celui qui arrivera à me toucher. Allons Messires ne soyez pas timides… Même les membres de l’armée fantôme peuvent tenter leur chance. Ah et ne croyez pas que parce que je suis une femme je suis faible. Comme avec le Drakkari, prenez armes, n’importe quoi »

Cassidy venait de croiser les bras alors que quelques personnes s’avançaient timidement. Elle fit un signe de tête et un sourire des plus malicieux. Erwan plus loin se plaça la main sur la tête.

- Et c’est parti pour un nouveau tour…

Alors qu’un homme fonçait sur elle, il se retrouva brusquement propulsé en arrière, atterrissant contre le tronc d’un arbre. Ou plutôt l’arbre avait déployé ses branches pour amortir sa réception. Quand les autres comprirent qu’il n’y avait pas de danger, ils se donnèrent plus ou moins à fond. Les plus résistants faisaient partis de l’armée fantôme bien évidemment.

Mais alors qu’ils dégainaient armes et magie, un puissant bouclier se dessina autour de la jeune femme et envoya tout le monde valser par terre. Certains cherchaient à l’atteindre par surprise mais aussitôt, elle leva une main et des racines s’enroulèrent autour des chevilles en déséquilibrant les derniers debout.

Cassidy venait de tourner la tête vers Tristan et le regardait très intensément. Tellement intensément que son regard avait pris un léger reflet doré. Le mouvement fut si rapide que pas du tout visible à l’œil nu. Un craquement sonore se fit entendre au-dessus de la tête à Tristan et quelques copeaux lui tombèrent sur ses cheveux rouges. Elle avait le bras tendu en avant et le regard était redevenu vert. En effet, elle venait d’utiliser sa magie et sûrement l’alcool ! pour lancer sa dague en direction du Drakkari pile au dessus de sa tête.

Elle s’approcha de lui en hochant la tête puis sauta sur l’arbre en enroulant ses jambes autour du tronc pour récupérer sa dague d’un geste vif.

« En effet un peu faiblard encore… »

Cassidy remit la dague dans son fourreau puis s’éloigna gracieusement. La soirée continua alors qu’elle se sentait d’humeur d’enquêtrice. Elle partit vers la table du maître de Tristan, apportant une énorme chope de bière.

« L’invitée se doit d’apporter une consommation à son hôte pour le remercier. Permettez que je m’installe à vos côtés Messire »

Elle n’attendit pas et s’installa confortablement, pas vraiment féminin tout ça mais l’air embué de la jeune femme, malgré le fait qu’elle était toujours bien consciente, pouvait excuser son comportement. Le géant parla un peu de son petit numéro et elle répondit tranquillement, tout en prenant soin de le servir tout en apportant de croustillants détails sur leurs missions en binôme avec Erwan. Suffisamment longtemps pour voir l’homme devenir beaucoup plus bavard.

« Alors Messire, il y a quelques questions que j’aimerais vous poser. Jack… a changé d’identité. Il s’appelait Tristan Konogan avant. Pourquoi avoir changé de nom comme ça ? En tant qu’ancien maître, vous devriez avoir une petite idée… »

Elle l’écouta attentivement tout en le servant une nouvelle fois.

« Ce qui me frappe surtout, c’est son changement physique. Il était beaucoup plus musclé avant. Pourquoi avoir arrêté de se battre à l’épée ? Il en possédait une très jolie avant et semblait beaucoup y tenir. Vous comprenez ma surprise… Et puis son comportement... Tristan aussi timide ? Non mais j'ai jamais vu ça ! Comment ça se fait qu'il ait autant changé lui qui était si fier, un brin arrogant et provocant, toujours la réplique aux lèvres ? »

Une nouvelle fois elle l’écouta.

« Dragon hein… Vous pouvez me raconter quand il est venu vous voir, comment il se comportait et ce qu’il racontait ? Je suis très intéressée de savoir la raison qui la poussé à venir ici, surtout qu’il avait un bon travail à l’académie et… une certaine directrice qui était très attentionnée envers lui »

Elle ramena un genou vers elle, assise sur le banc et posa sa main sur son propre genou tout en continuant d’écouter.

« Et la transformation dragon, c’est du à quoi ? Vous l’entraînez à guérir ses blessures rapidement ? Ou bien il y a autre chose derrière ? »

Pourquoi elle s’intéressait tant à ça ? Elle devait savoir la vérité…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mar 22 Oct - 19:53

Qu’est ce que ça pouvait faire ?
De revoir son ex petit ami, pour lequel on avait d’indicibles sentiments, parti tel un lâche, annoncé mort, parfaitement vivant, en forme et joyeux. Il se cachait sous un nouveau nom, sous une nouvelle manière d’être. Pourquoi ? Et comment la demoiselle pouvait-elle réagir autrement que très mal ?

La fête battait son plein et les interventions du maitre de Tristan qui poussèrent le Drakkari à se présenter et à montrer une bien étrange performance firent leur petit effet.
Le jeune homme avait beaucoup changé en effet. Il était très différent et malgré sa résistance face à ses adversaires et la manière dont il les repoussait, avec une force certaine, il était indéniablement différent : moins fort qu’avant, moins impressionnant.
Quelque chose détonait et c’était tout à fait normal.

L’ancien Tristan aurait provoqué des ovations de la foule, par son caractère charismatique, son assurance, ses sourires charmants capables de faire rougir une femme mariée, sa manière d’être tout simplement. Même s’il avait fait des erreurs par le passé, même s’il s’était égaré du mauvais côté et que ça lui collait à la peau, il avait ce petit quelque chose qui forçait le respect et l’admiration, cette manière de sembler arrogant alors même qu’il était capable d’encourager et de soutenir les plus faibles sans faillir. Ce petit quelque chose l’avait abandonné ou peut-être le maintenait-il sous silence, pour une obscure raison.
Toujours est-il que ce Drakkari là n’était que l’ombre de l’ancien petit ami d’une certaine jolie mage. D’ailleurs, il semblait excessivement faible et fatiguée, lui qui auparavant aurait pu tenir un siège sans flancher devant le nombre d’ennemis.

Néanmoins, il menait la danse, même si ce n’était qu’en esquives. Quand il se retrouvait à attaquer, même s’il se protégeait d’une étrange façon qui semblait nécessiter toute son attention et sa concentration, il épatait son entourage… mais ce n’était rien, c’est certain, en comparaison de son maniement de l’épée, qui lui aurait permis, sans doute possible, de lutter à arme égale avec son maitre pourtant redoutable.
Il était normal que la jeune femme en soit surprise et bouleversée. Qu’était devenu le redoutable épéiste qui avait horreur de se séparer de son arme fétiche pourtant monstrueusement grande et lourde ? Qu’il maniait avec l’aisance d’une épée courte ?

Par la suite, le combat avait cessé, la fête repris.
Le jeune homme les avait alors rejoint Erwan et elle et il s’était montré poli et même gentil, ne semblant pas du tout reconnaitre celui qui avait attisé sa jalousie quelques mois plus tôt et qu’il aurait probablement dépecé avec ses dents plutôt que de le voir si proche de Cassidy… Oh et qu’il aurait encore plus dépecé avec ses dents s’il l’avait vu trainer avec une autre femme que la demoiselle alors qu’il était censé être avec celle-ci. Non, il ne semblait pas du tout le reconnaitre et donc ne pas être en mesure de faire le moindre rapprochement et quel rapprochement d’ailleurs ? Qu’avait-il oublié au juste ?

Pourtant, la demoiselle en face de lui se montra très désagréable. Tristan haussa d’abord un sourcil, surpris, la mine figée alors que seul ce tressaillement de sourcil indiquait sa surprise et son mécontentement, même inexprimé. Cette mimique là, appartenait à l’ancien Tristan, il la faisait parfois sans s’en rendre compte, la modulait un peu autrement lorsqu’une tenue de sa compagne lui déplaisait… ou au contraire, lui plaisait un peu trop.
Quand elle lui parla de balai coincé dans le derrière pour reprendre ses termes, pourtant, au lieu d’en sembler scandalisé, un franc sourire apparut sur le visage du jeune homme clairement amusé… Sourire qui s’éteignit pourtant bien vite. Erwan cherchait à rattraper le coup mais Cassidy était d’autant plus désagréable et quand elle dit ne pas apprécier d’avoir un dragon près d’elle, le jeune homme en sembla cette fois atteint et carrément blessé. Une peine sincère passa sur son visage qu’il ne semblait pas lui-même comprendre. Il se contenta d’une légère inclination et de s’éloigner sans demander son reste. S’il l’avait voulu, il aurait pu entendre les bribes de conversations entre le couple mais les bruits présents et la désagréable impression qu’il n’entendrait pas de bonne chose le convainquirent de simplement s’éloigner.

Il dansait et parlait avec ses amis et de jolies filles qui à défaut de connaitre l’ancien Tristan bourreau des cœurs, semblaient suffisamment apprécier le gentil et timide Jack pour le solliciter régulièrement. Cassidy chercha alors à utiliser le tatouage et le jeune homme en ressentit une brûlure même si son corps obéit à l’ordre lancé. L’assemblée put voir, non sans gêne pour certains, les grandes cicatrices qui marbraient le dos du Drakkari et qui étaient probablement responsable du mauvais agrandissement de son tatouage et donc d’une réception un peu chaotique des ordres lancés pour le forcer à obéir.
Il s’en était pourtant rapidement remis et si ce n’est le regard d’excuse lancé autour de lui pour se faire pardonner son comportement, le jeune homme ne semblait vraiment pas en avoir souffert, ni se douter une seconde que cela pouvait être arrivé… par le biais de quelqu’un et en particulier par le biais d’une petite rouquine impolie.

Un homme s’était approché de la table de la petite rouquine en question et Tristan s’était figé, écoutant la conversation en laissant ses sens réduire incroyablement la distance qui les séparait d’eux. Attentif, il paraissait surpris par ces révélations et quand il releva le visage vers la dénommée Eikä, il semblait plus impressionné et admiratif qu’autre chose.
Cette demoiselle était vraiment engagée pour la justice, il trouvait cela admirable… et sa manière de parler, assez crue et cassante ne le gênait pas plus que ça. Au contraire… il avait l’impression que c’était sa manière à elle de montrer qu’elle n’était pas une petite chose fragile, mais une personne forte qu’on pouvait énerver et qui savait s’exprimer… c’est vrai qu’en dehors de sa magie, elle ne paraissait pas bien dangereuse. Impressionnante si, certainement mais pas dangereuse.

Le jeune homme buvait tranquillement une chope de bière, pensant à ce qu’il venait d’apprendre quand la petite rouquine le rejoignit, ses cheveux de feu virevoltant autour d’elle. Comme elle venait dans sa direction, il voulut s’écarter pour ne pas la gêner mais apparemment, c’était lui qu’elle venait voir et quand elle se planta devant lui, il sembla surpris et plutôt gêné. Elle lui parla d’ailleurs rapidement, sans lui laisser vraiment le temps d’en placer une… De toute façon il était resté muet sur le coup, son visage passant pourtant par différentes émotions. Il fit un sourire timide plein d’incompréhension quand elle prétendit être heureuse de le revoir alors même que lui ne la connaissait pas, écarquilla les yeux de surprise quand elle parla d’Académie Hysan quelque chose et d’une jeune femme, une directrice… La surprise se mua en horreur quand elle déclara qu’il s’était lâchement enfui et qu’il n’avait rien d’un preux chevalier. Quand elle s’approcha de lui, beaucoup trop près et qu’elle prononça son nom, cette fois-ci, il déglutit difficilement, la bouche entrouverte, le regard fixé sur elle et les joues carrément rouges. Il essaya d’articuler quelque chose, ouvrant et fermant la bouche sans énergie ni efficacité. Mais elle le « menaçait » en lui avouant qu’elle n’oubliait pas un visage et en s’éloignant rapidement.

Elle s’était éloignée vite oui et lui était resté figé sur place, le regard dans le vague, ne répondant pas à ses amis qui lui parlaient, ni à la très jolie fille qui avait déjà un peu trop bu qui se pendit à son cou et aux vues de son manque de réaction, alla choisir le cou de quelqu’un d’autre.
Le jeune homme avait relevé les yeux et les posait sur cette jeune femme qui semblait tant le connaitre : peur, incompréhension, malaise, se disputaient la primeur dans son regard. Ses amis parvinrent à le tirer de sa léthargie et l’entraînèrent plus loin, parvenant apparemment au moins un peu…à le soulager à cet instant.

Mais la jeune femme présente, si étrange, belle inconnue, semblait avoir envie de se faire remarquer, d’exister… était-ce parce qu’elle avait ce besoin d’agir un peu inconsidérablement ? Ou cherchait-elle à accaparer un regard en particulier ?
En tous les cas, les gens surpris s’arrêtèrent de parler et se tournèrent vers la demoiselle qui se lançait dans un éblouissant spectacle. Ses démonstrations de magie étaient impressionnantes et sa voix enchanta l’assistance.

Un peu à l’écart du groupe Tristan, qu’on appelait aujourd’hui Jack s’était appuyé contre un arbre et l’observait, les bras croisés sur son torse, les sourcils froncés. C’était très beau, vraiment et il avait l’impression d’être le seul à pouvoir en saisir justement la beauté. Tous ses sens étaient en alerte, son cœur s’était mis à battre sur le même rythme que la musique et la voix enchanteresse qui résonnait à ses oreilles semblait avoir fait disparaitre toute autre forme de vie autour de lui.
Sans comprendre pourquoi, le jeune homme sentit que ses yeux le piquaient, comme s’il allait pleurer, un pincement éprouvait son cœur et il ne savait s’il trouvait cela douloureux ou agréable. Oui quelque chose l’atteignait, plus que les autres, il le savait, il le sentait.. ;

Quand la jeune femme se mit comme à brûler, il eut un imperceptible et incontrôlable mouvement, pas vers elle, comme s’il voulait intervenir, même s’il était loin, même s’il ne savait absolument pas quoi faire. Mais elle n’avait rien, elle faisait juste la plus incroyable démonstration de magie qu’il n’ait jamais vue et il savait qu’il assistait à quelque chose de tout à fait exceptionnel. Les participants riaient, s’amusaient, trouvaient le spectacle amusant et magnifique mais aucun n’avait la muette déférence du garçon figé par la stupeur et l’émerveillement. C’était tout à fait extraordinaire et comme si quelque chose, dans son cœur en était encore plus heureux et plus… fier… Comme s’il savait qu’elle était capable de choses aussi extraordinaires sans les avoir vu pour autant jusqu’alors. Jack avait froncé les sourcils, surpris et tendu par cette impression comme si ce n’était pas une bonne chose, comme s’il en avait peur.
Et puis elle arrêta tout et lança un défi.

Tristan écarquilla les yeux de surprise, se gardant bien de se proposer malgré que nombreux soient ceux à vouloir tenter leur chance. Elle proposait une belle récompense et nombreux étaient les intéressés qui déchantèrent bien vite devant la puissance de la mage. Pour sa part, le garçon n’avait pas fait un geste prouvant qu’il voulait tenter le coup, restant appuyé contre son arbre mais il surveillait tout avec la même manière d’observer les mouvements qu’il avait avant, tout en analyse des forces et faiblesses de l’adversaire. Cette jeune femme était vraiment puissante et débrouillarde et elle rabattit le caquet de nombreux hommes ce soir-là, même si son compagnon, qui la couvait pourtant du regard, ne semblait pas plus enchanté que ça, bien au contraire, plutôt agacé et un brin inquiet. Ce n’était pas une bonne chose ? Elle était si forte, il ne devait pas s’inquiéter de sa sécurité au moins…

Rebuté par toute forme de violence envers une femme, le jeune homme ne s’était pas avancé certes et même à présent qu’il la savait bien assez capable de se défendre, il ne bougeait pas… Peut-être parce qu’il n’avait pas non plus envie de se faire ridiculiser par une femme… Du moins par elle. Comme si ça aurait été…mal en quelque sorte.
Un bruit sec se fit pourtant entendre quelques instants plus tard et le jeune homme releva lentement les yeux vers la dague plantée juste au dessus de sa tête et qui avait dû lui couper quelques cheveux au passage. Wahou… ça c’était habile… et très dangereux. Elle lui en voulait ou quoi ?

La demoiselle l’avait rejoint et se permit un petit commentaire blessant alors qu’il s’écartait avec un sourire admiratif qui disparut aussitôt de son visage aux mots de la jeune femme. Il allait dire quelque chose, l’air tourmenté mais elle s’éloigna rapidement comme si elle n’avait aucun intérêt à rester près de lui et il referma la bouche, secouant la tête avant de s’éloigner.
Son maitre qui le surveillait du coin de l’œil le regarda s’éloigner, partir de la fête avec une mine grave et déçue.

Ledit maitre ne tarda pas pourtant à être rejoint par cette étrange et impétueuse jeune femme qui lui apportait à boire…Et qui avait pris grand soin de verser plus que de la bière dans le récipient qu’elle apportait, vidant quelques fonds de bouteilles d’alcool fort dedans, histoire d’accélérer sans doute un processus pour obtenir quelques réponses.
Au début surpris et ravi par l’attention, le colosse se fit soupçonneux, ayant bien vu comme elle semblait antipathique vis-à-vis de son petit protégé. Mais comme elle ne faisait que parler d’elle et d’Erwan au début, il abattit ses défenses et l’écouta avec attention, buvant verre sur verre, l’air de plus en plus embrumé et prompt à répondre à ses questions.  Qui ne tardèrent pas à se présenter.

Le colosse sembla pourtant s’attrister quand elle prononça le nom de Tristan et qu’elle avoua donc le connaitre. Son regard se perdit un instant dans le vague alors qu’il lui adressait une petite grimace.

- Ouais… j’étais son maitre. Quel sacré gaillard ce gamin. Le disciple dont j’étais le plus fier. C’est vrai que c’était une sacrée andouille vraiment douée pour s’attirer des ennuis, faire des bêtises et tout ça… mais c’était un chouette gamin… très enthousiaste, très prometteur, très courageux et bagarreur. Rien ne pouvait l’arrêter ce gosse… C’était pas vraiment mon idée hein… Ma sœur… Ma sœur l’aime beaucoup et elle a voulu lui donner une nouvelle chance. Plutôt qu’essayer de lui rappeler… Elle a préféré le refaçonner… pour qu’il ne souffre pas qu’elle a dit mais en même temps ce gamin n’arrive pas à la cheville de mon ptit mec ! Enfin, ce que j’en dis…

Il s’ébroua et descendit cul sec son verre, comme si ça pouvait l’aider à se sentir mieux et se tourna vers la jeune femme comme s’il avait oublié sa présence et ne s’en était rappelé que lorsqu’elle se remanifesta. Même si son discours n’avait pas dû énormément l’éclairer…
Il donna une amicale tape dans le dos de la jeune femme suite à sa nouvelle question qui rejoignait un peu la première… Il semblait la prendre à partie, si ce n’est que la tape amicale faillit propulser la demoiselle contre la table… heureusement qu’il contrôlait « un peu » sa force.

- C’est c’que j’dis. Jack ne vaut pas un clou à côté de Tristan… Tristan c’était un vrai mec, un vrai guerrier… Mais après ce qui s’est passé… le pauvre gosse n’était plus reconnaissable. Je sais que je devrais m’estimer heureux qu’il soit seulement comme il est aujourd’hui, capable de marcher, de bouger, de se débrouiller tout seul… Il a eu un gros accident… vraiment vraiment gros… Ma sœur était dans un de ces états… J’ai cru qu’elle allait devenir folle. Faut dire qu’elle en pince pour lui, c’est un secret pour personne ça. Il est resté si longtemps alité. C’est vrai qu’il est un peu pitoyable là mais vous savez, il a fait beaucoup, vraiment beaucoup de progrès ces trois derniers mois… Bientôt, je pense que j’arriverai à le remettre à l’escrime et je forcerai un peu plus sur ses entraînements, il redeviendra ce bel athlète qui faisait ma fierté… Pour l’instant, je dois le forcer à engloutir d’astronomiques quantités de nourriture… c’est comme si son corps en avait manqué trop longtemps… je sais pas trop… Mais ça c’est qu’physique, c’est vrai… Il est tellement différent… j’aimerais bien que mon petit crétin, ce sale môme prétentieux qui me lançait toujours qu’il allait un jour m’étaler, refasse surface. Ce gosse-là au moins avait du cran… Pas comme cette espèce de sainte-nitouche qui a au moins pour lui de se transformer en dragon !

Elle rebondit sur ce qu’il lui disait et cette fois-ci, un sourire franc naquit sur le visage du colosse qui se mit à rire, vraiment, comme si c’était très drôle.

- Ahaha ! Vous devez parler de la petite Herediane ! Vous la connaissez ? Quel beau ptit brin de femme franchement ! Ah ça…il en était dingue le petiot. Complètement. Je m’en suis bien rendu compte quand j’étais allé le voir dans cette Académie. Pour qu’il en vienne à me défier pour elle c’est qu’il devait être vraiment fou d’elle. Mais si vous voulez mon avis, c’est très bien qu’il soit parti. Oh ils allaient plutôt bien ensemble, hein, je ne vais pas dire le contraire… mais ils n’étaient pas FAITS pour être ensemble. Tristan était toujours… enfin… il y avait toujours eu cette partie de lui terriblement colérique, violente, ténébreuse que j’avais toujours sentie… tant qu’il était fort et prêt à risquer sa vie pour des bêtises, des batailles, courir les filles et tout, il était fort de se côté, gardait une muraille autour de lui… mais dès qu’il a été avec cette fille, il a commencé à relâcher son attention… Je craignais vraiment du jour où il craquerait, que quelque chose se briserait et qu’il lui ferait du mal… Ce jour-là, il ne serait plus capable de se supporter mais malgré mes avertissements, il s’en fichait même s’il avait au moins la décence d’y penser… Ca l’a forcément aidé à partir, enfin j’espère… Au moins la petite est en sécurité maintenant. Oh et détrompez-vous ma ptite dame ! Il n’est pas venu se présenter ici pour qu’on l’intègre dans notre groupe et tout… c’est lui qui l’a crée, de toute pièce, prétendant qu’il savait que quelque chose se tramait, qu’il fallait protéger, que c’était ce qu’il devait faire, une histoire de promesse aussi… mais bon ça c’était avant son accident… Depuis qu’il est revenu, il est tellement timide et réservé qu’il n’est plus du tout en état d’être chef de quoi que ce soit… mais avec les coups que je lui fiche sur la tronche, je vous garantie que je vais le faire redevenir imbuvable ce gosse !!!!

Il se remit à boire et même si elle fronçait les sourcils et lui reposait une question, il ne répondit pas tout de suite, apparemment sacrément imbibé et trouvant malheureux le simple fait qu’un verre soit vide. Finalement, il se retourna vers elle, l’haleine empestant l’alcool.

- Ahhh non… Ce n’est pas nous qui le transformons ni rien… C’est lui, tout court… Apparemment ce n’est pas un problème, ça fait partie de lui hein… Faudrait demander à ma sœur, c’est elle qui sait tout sur lui, vraiment tout… Pour l’instant cette résistance c’est la seule chose pour laquelle il est assez fort mais grâce aux potions de nos mages, on devrait pouvoir l’aider à reprendre plus vite l’entraînement, dès demain je pense, un vrai entraînement, de guerrier, pas de gros machin plein d’écailles même si j’avoue que c’est pratique. Il veut s’entraîner comme ça pour protéger les autres de son corps mais il serait plus efficace une épée à la main ce crétin ! Mais ça il peut pas me croire puisqu’il sait pas, il se souvient pas…Tsss, quel crétin !!!! Vous finissez pas votre verre ?

A partir de là, il cessa de répondre, piquant un roupillon sur la table en se mettant à ronfler bruyamment et en laissant probablement une certaine demoiselle sacrément troublée…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mar 22 Oct - 23:52

Il y a certains évènements qui peuvent changer une personne, un comportement. Cassidy était la preuve que même la plus naïve et innocente des demoiselles, pouvait virer en une femme rebelle, ne gardant pas sa langue dans sa poche. Elle avait très surprise en le regardant. En plus de ne plus se servir de son épée, elle ne pouvait que constater à quel point il semblait… faible. Presque épuisé. Lui qui cherchait tellement à être provocant, à vouloir dépasser son maître, elle avait pu lire la crainte dans ses yeux orangés, comme si il n’était pas entièrement sûr de ses capacités.

Oui… faiblard, le mot était juste.

Cassidy avait été très virulente, du fait qu’elle ne comprenait rien. Il agissait comme si de rien n’était, comme si la vie était belle et les oiseaux chantaient. Il n’avait pas l’air torturé comme elle l’avait été. Pas de signe d’inquiétude, rien. Et cet air souriant, naïf et innocent l’agaçait au plus haut point. Irritée, la jeune femme avait cherché à le repousser. Il semblait si fier de son apparence de dragon ? Eh bien elle lui montrerait que elle, ça ne l’intéressait pas le moins du monde. Et quoi de mieux que de montrer directement son antipathie ? Un dragon… bon bien sûr les dragons étaient gentils et sages en théorie… sauf les dragons corrompus. La seule chose qu’elle remarqua de familier, c’était son air un peu renfrogné qu’elle connaissait très bien.

Il se détourna et heureusement qu’il ne vit pas à ce moment là la grimace sur le visage de la demoiselle qui se tenait le cœur, comme si elle était allée trop loin dans ses propos. Elle n’était pas peinée, triste, du moins elle ne le montrait pas. Et quand Erwan lui parla, Cassidy fut catégorique. Voir Tristan évoluer dans ce monde sans le moindre souci la rendait folle de rage. Difficile de guérir de cette blessure.

Elle procéda ensuite à plusieurs tests et lorsqu’elle vit apparaître sur son dos des blessures, la jeune femme en fut très surprise. En même temps, peut-être s’était-il tourné dans une bataille. Mais montrer ouvertement son dos… enfin il est pas idiot à ce point quand même.

On vint lui parler un peu tout en lui demandant la raison de son prénom. Elle s’exprima assez clairement, ne se rappelant que trop bien des conditions qui l’avait poussé à l’utiliser. Bien sûr, son discours était tout à fait vrai. Elle voulait être une flamme, qui si au départ était bienveillante, elle s’était peu à peu transformée en quelque chose de plus dangereux. Brûlant tout sur son passage, chaque Kaär qui lui rappelait sa mésaventure et paierait au centuple ce qu’elle avait enduré. Elle avait pratiquement tout perdu ce jour là. Du moins… pas grand-chose mais Tristan, malgré le fait qu’il n’était pas venu la sauver, comptait plus que tout à ses yeux. Et sentir son monde s’écrouler à cause de ça…

Les premiers jours avaient été très durs. Ils étaient tellement fusionnels avant qu’un rien lui rappelait Tristan. Les peintures sur les murs de l’Académie, Orion qui passait de temps en temps, cette baignoire où ils avaient eu tellement de bons moments ensemble. Il faisait parti de son quotidien. Elle était devenue folle, complètement folle, buvant potion sur potion pour soulager sa peine. Divaguant à droite et à gauche, devenant encore plus maladroite, étourdie, complètement perdue. Jusqu’à se rendre compte qu’Erwan était toujours présent. Le fait de sortir avec lui l’avait calmé oui, elle l’aimait et se sentait bien avec lui. Malheureusement, elle avait toujours une légère sensation de vide et n’avait plus jamais brillé pendant ses jeux nocturnes. Pas qu’elle ne voulait pas, mais elle n’y arrivait plus malgré le fait qu’elle avait très envie de son actuel petit ami.

Perdue dans ses souvenirs, le regard penché vers la table, Cassidy s’ébroua la tête comme pour chasser de son esprit ces mauvaises pensées et décida d’agir encore une fois. Elle s’approcha de Tristan, un nouveau plan en tête. Cerner au mieux ses expressions. Et apparemment, il ne comprenait rien ! L’académie Hysandra ne lui évoquait rien du tout et le piquer sur le fait qu’il avait été lâche le laissa horrifié mais ce n’était pas l’impact qu’elle imaginait.

Alors elle s’approcha un peu plus près et lui murmura sa réelle identité. Oh… une petite avancée ? Ca par contre ça le faisait réagir, il semblait mal à l’aise, comme pris la main dans le sac. La jeune femme l’avait fixé très intensément en prononçant ce prénom qui était celui d’un mort, un fantôme et son regard était d’autant plus haineux comme pour lui faire cracher le morceau. Puis sans un mot supplémentaire, elle lui tourna le dos, le laissant réfléchir à ces paroles.

Pourtant, une chose avait agacé la demoiselle. Il se faisait remarqué mais à ses yeux, il avait énormément régressé. Et la boisson aidant, sous les yeux d’un Erwan médusé qui lui avait plus envie de se faire très discret, elle appela la foule. Inconsciemment, si elle cherchait à épater la galerie, c’était plutôt un certain Drakkari. Comme si elle avait envie de lui montrer… tous les progrès qu’elle avait fait. Qu’elle n’était plus aussi maladroite, qu’elle maniait la magie comme si c’était un art et surtout, depuis le départ du jeune homme, elle avait du profondément s’enfoncer dans cet entraînement quotidien, puisque c’était ce qui la rassurait le plus, avec Erwan. Elle avait énormément travaillé, délaissant un peu son rôle de directrice sauf quand elle avait besoin de se défouler. Elle était beaucoup moins fourrée dans la paperasse et avait engagé quelqu’un d’autre pour s’en occuper, prétextant qu’elle avait beaucoup de choses à faire.

Elle dansait, sûre d’elle, le sourire aux lèvres, envoutante et intrigante, dévoilant un feu ardent qui s’agitait autour d’elle. Cassidy avait beaucoup changé. Ce n’était pas le genre à se mettre en avant, à faire du rentre dedans et à étaler ses talents devant les autres. Dans d’autres circonstances, elle n’aurait même pas osé se lancer, elle n’aurait pas osé se lâcher. Mais aujourd’hui, la timidité s’était envolée.

Puis, elle décida de lancer un défi et s’amusa beaucoup. La mage pensait rencontrer un peu plus de difficultés mais si certains se battaient vaillamment, elle se doutait que les plus aguerris ne se donnaient pas à fond, parce que c’était une femme. Mais ne savaient-ils pas que certaines femmes étaient de grandes manipulatrices et qu’un homme incapable de se battre contre l’une d’entre elles était faible ? Comme cette Kaär qui l’avait brisée…

Elle ne savait pas si Tristan regardait ou pas mais alors, elle décida d’attirer une nouvelle fois son attention en le visant tout particulièrement. Non elle n’avait pas l’intention de l’éborgner ni de lui planter une dague en plein milieu de la tête pour vérifier que ce n’était pas un fantôme. Non… mais elle voulait peut-être lui faire un peu peur… et se contenta d’une remarque très blessante mais tellement réelle. Mais à vrai dire, elle ne s’attendait pas à ce qu’il réagisse. Soit il était beaucoup trop en confiance, soit au contraire il n’était pas assez rapide. Enfin quoiqu’il en soit elle s’était rapidement retirée.

D’humeur entreprenante, elle décida ensuite de cuisiner le maître de Tristan et avait pris soin d’apporter à boire. Il n’allait certainement pas la voir d’un bon œil, surtout qu’elle s’en prenait beaucoup au Drakkari et que ça ne devait pas vraiment lui plaire. Mais on peut tout résoudre autour d’un peu d’alcool. Elle s’exprima et alors, la jeune femme eut droit à des aveux assez surprenants.

Une première révélation très intéressante. Oui il s’agissait bien de Tristan mais il parlait comme si c’était Tristan, sans être Tristan. Il parlait de refaçonner, de Maud… pour éviter qu’il souffre. Mais enfin voyons de quoi souffrait-il ? Il était parti en la quittant comme ça, sans rien lui dire ! Si il souffrait pourquoi n’était-il pas revenu ? Il avait toujours été si fort. Elle était tout à fait d’accord avec lui, si ce nouveau Tristan était très gentil, poli, il lui manquait cette petite étincelle qui faisait qu’il était Tristan tout simplement.

Elle continua en posant une autre question, cachant son trouble. Il lui donna une claque dans le dos et elle manqua de s’étaler sur la table, le souffle coupé. Confirmation encore de ce qu’il disait et il parlait d’un accident. La jeune femme se crispa. Il avait essayé de mettre fin à ses jours ? De plus en plus étrange. Pendant un moment, elle s’inquiéta pour le jeune homme, se disant qu’il n’avait pas du voir des bonnes choses…

Puis, parlant de l’académie, faisant allusion à elle-même pour connaître la réaction du colosse, elle fut servie mais pas dans le bon sens. Le verre qu’elle tenait à la main était sur le point d’exploser alors qu’elle le serrait tout en grinçant des dents. Elle aurait tant voulu lui dire que Tristan avait mal tourné à cause de… de… qu’il y avait cette histoire de vengeance pour sa mère. Il était plus fragile avec elle ? Cela lui fit mal au cœur. Mais quand il parla de sécurité, la jeune femme manqua de lui crier qu’elle n’était pas une petite fille fragile et qu’elle irait même battre un bataillon de Kaärs si ça suffisait à lui faire comprendre que non, elle ne se laissait plus faire et n’avait plus rien à voir avec avant.

Elle fut également très surprise aussi d’apprendre qu’il avait créé ce bataillon et il parlait de promesse. La jeune femme ne se rappelait pas avoir fait une promesse de ce style mais peut être qu’elle avait oublié certaines choses en voulant complètement faire disparaître Tristan de sa vue.

Enfin, elle lui demanda pour la transformation. Apparemment Tristan agissait naturellement mais que son maître regrettait de ne pas le voir plus souvent avec une arme. Se défendre avec son corps ? Mais il est malade ! Il devrait pourtant savoir que certains mercenaires sont spécialisés dans l’attaque aux dragons et que toute la carapace du monde ne pouvait pas arrêter un sort bien lancé. Elle était assez bien au courant. Recevoir les coups hein… et il faisait comment pour se battre à part cracher du feu et donner des coups de queue ? Maud… Maud avait l’air d’être au courant de beaucoup de choses.

Cassidy ne put tirer aucune autre parole du colosse qui venait de s’écrouler dans un roupillon. Elle soupira lentement, l’alcool disparaissant petit à petit. Avec ce genre de nouvelles, ça pouvait tout à fait casser l’effet. Elle se leva puis s’enfonça dans la forêt à son tour. Erwan avait regardé toute la scène et se doutait bien que Cassidy avait eu droit à des révélations. Il était aussi choqué que renfrogné par tout ce qu’elle avait fait dans la soirée mais préféra la laisser seule pour l’instant.

Regardant l’horizon, la jeune mage était assise sur une petite corniche les pieds dans le vide qu’elle battait lentement d’un air songeur. Elle avait décidé de s’arrêter à cet endroit pour réfléchir, estimant qu’on ne viendrait pas la chercher en haut de cette falaise et de toute façon, même si la forêt était visible, c’était bien trop loin.

La blessure s’était rouverte et avec, plein de questions. Elle n’arrivait toujours pas à comprendre et manquait d’informations, d’éléments. Peut être qu’on lui avait lancé un sort d’oubli comme Aliéna avait fait pour elle. Peut-être que c’était Maud. Et si Maud avait décidé de se rapprocher de lui, profitant de la situation ? Le cœur de la jeune femme se serrant, se trouvant complètement stupide de ne pas s’être lancée sur les traces du Drakkari plus tôt. Mais avec ses jambes en miettes, il lui était impossible de bouger normalement avant deux bons mois.

Elle secoua la tête, perturbée. Continuer à lui faire du mal ? Se calmer avec lui ? Rhaaa c’était compliqué ! Parfois elle semblait être en pleine discussion interne et se permit même un sourire qui ressemblait plus à une grosse grimace.

*J’en étais sûre… Mais c’est pas si simple que ça… Et puis… je lui en veux toujours d’être parti sans penser le moins du monde à venir me voir… A moins qu’il voulait vraiment que je me mette avec Erwan… mais c’est pas son genre non plus à abandonner la partie comme ça…*

Nouvelle interruption alors qu’elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille.

*Mon cœur… mon cœur… a été un peu réduit en miettes. Déjà il faudrait que je sois capable de lui pardonner. Et puis… bon d’accord il est gentil mais un peu trop. Enfin déjà je suis un peu rassurée qu’il ne soit pas parti chez les Kaärs…*

Elle soupira, humant l’air de la montagne et laissa le vent frais caresser son visage, douce brise.

*Si ça se trouve son maître a raison… tout est de ma faute… je ne comprends même pas pourquoi… je cherche à faire mon intéressante quand il est là…*

Cassidy se mit ensuite à rire.

*Qui sait… J’étais vraiment comme lui avant ?*

Elle regarda les étoiles et cligna des yeux. Difficile de trouver une solution à son problème et beaucoup de questions trottaient encore dans sa tête, se rendant compte qu’elle s’intéressait au Drakkari malgré elle alors qu’elle allait très bien avec Erwan pourtant.

Un peu plus tard dans la soirée… alors que la plupart des villageois rentraient chez eux et que les membres de l’armée fantôme préparaient leur campement pour la nuit.

Tristan était toujours en train de vagabonder dans la forêt. Soudain, un bruit de feuilles qui s’agitaient et des branchages qui se pliait se fit entendre au-dessus de sa tête. Comme si une très grosse bête tombait du ciel… ou d’un arbre. Très rapidement, une silhouette était tombée pile dans ses bras qu’il rattrapa.

La petite rousse de tout à l’heure grimaça et geignit, les cheveux couverts de feuilles alors qu’elle ne se rendait pas compte tout de suite qu’elle avait atterrit dans les bras d’un homme et pas du gros champignon qui avait instantanément poussé quelques mètres plus loin.

« Rhaaaa ! Il faut vraiment que j’apprenne à mieux faire mon atterrissage… A moins que je sois encore bourrée avec ces litres d’alcool que j’ai avalé ! Beuuuh malade… demain je vais avoir la migraine je le sens… super… »

Elle s’arrêta de parler et gigota un peu en sentant qu’elle n’avait pas atterrit sur son champignon mais plutôt dans les bras de quelqu’un. Heu… bizarre là. Rouvrant les yeux, elle chercha à identifier l’individu, qui n’était pas vraiment visible dans l’obscurité.

« Ouarf ! Je hum… Je ferais mieux de vite retourner au campement. Hum… heu…désolé… »

Visiblement la politesse ce n’était pas son truc. Elle alluma une sphère d’un claquement de doigts et tomba nez à nez avec le visage d’un certain Drakkari… Tristan. Ouvrant les yeux d’un coup, la surprise se lisait sur son visage. Très rapidement, elle descendit de ses bras et secoua la tête, chassant un rougissement qui ne devrait pas être là.

Elle le pointa du doigt, visiblement elle avait du mal à aligner deux mots.

« Toi ?! Tu… tu… tu… heu… Sur tous les gens qui traînent dans les parages il fallait que je tombe sur toi ! »

Cassidy soupira et recula encore d’un pas, fronçant ses sourcils avec un air d’avertissement.

« Tu n’as riiiiiiien vu ok ? C’est juste un rêve hein ! Crois pas que j’ai fais exprès ! »

Très étonnant le hasard quand même. Elle se plaça une main dans les cheveux, pas pour enlever les brindilles ou feuilles mais uniquement pour reprendre une certaine convenance. Après ce qu’elle avait appris, la jeune femme avait un peu arrêté les critiques et insultes pour le moment. L’alcool aidant aussi !

« Bon ben… je vais dormir moi ! Bonne nuit… heu non ! mauvaise nuit ! et va pas t’imaginer des choses hein ! »

Elle avança d’un pas très énergique, faisant de grands mouvements avec les bras pour avancer plus vite et se cogna contre un arbre tout en pestant un truc du genre « Qui a planté un arbre ici ? » avant de disparaître en direction du campement.

Erwan attendait dehors près du feu et lui expliqua qu’on leur avait réservé une tente pour eux. Ils rentrèrent à l’intérieur. Ca ressemblait plus à une hutte, fixée sur des piquets, une large toile qui la recouvrait avec une bande découpée pour faire l’entrée. Un lit sûrement réalisé par magie avait été déposé et un cristal illuminait la tente. Cassidy se mit à soupirer et repris son apparence normale puis commença à se déshabiller.

Le jeune homme se rapprocha d’elle, l’air inquiet.

- Ca va Cassy ?

Elle se tourna vers lui, faisant un léger sourire tout en hochant la tête.

« Oui ça va… quand j’aurais décuvé ça ira mieux… »

- A quoi tu jouais là ? Tu étais vraiment bizarre ce soir. C’est Tristan qui te fait cet effet ?
« J’en sais rien… je suis choquée c’est tout… »

Elle lança en boule ses vêtements dans un coin de la tente puis sortit une tenue composée d’une chemise et un pantalon en toile d’une couleur sombre, faisant office de pyjama.

- Cassy… Je le vois… enfin… je regrette que tu ne sois plus comme avant. Douce… gentille… timide. J’essaie vraiment de tout faire pour te combler, te faire plaisir mais parfois c’est dur de te voir dans ces états…

Cassidy haussa les épaules.

« Je ne peux plus être comme ça et tu le sais bien… J’ai vraiment besoin de me défouler, de ne plus avoir l’impression de passer pour une faible qu’il faut toujours protéger… c’est comme ça Erwan»

Elle termina de s’habiller puis s’approcha de lui en le serrant dans ses bras.

« Mais je suis contente que tu sois là et tu le sais… »

La demoiselle s’agrippa à sa nuque et déposa un baiser sur ses lèvres. Un flash de Tristan refit surface devant elle et elle ferma les yeux pour se concentrer sur Erwan, lui, rien que lui et que c’était stupide de penser à Tristan maintenant. Ils finirent par s’écarter et il lui caressa doucement la joue.

- Dis moi… tu l’aimes toujours Tristan maintenant qu’il est de retour ?

La jeune femme resta silencieuse, partagée entre la colère et l’incompréhension.

« Je ne peux pas te le dire, ça fait tellement longtemps que… et puis j’ai tellement souffert à cause de tout ça. Je ne veux plus avoir à le revivre. Et puis il semble avoir bien refait sa vie, beau comme il est, il doit certainement avoir une autre fille dans sa vie désormais… enfin arrête de me parler de ça, ça me perturbe encore plus ! »

Ils finirent par se coucher dans les bras l’un de l’autre.

Le lendemain matin, ils se levèrent et rejoignirent les autres pour un petit déjeuner. Cassidy demanda à suivre les membres de l’armée fantôme sous prétexte qu’elle aimerait bien voir leur campement principal, histoire de pouvoir revenir en cas de besoin. On les laissa donc les accompagner.

Trois jours passés à chevaucher, s’arrêter, s’entraîner.

Si Tristan était suivi par son maître, Cassidy et Erwan n’étaient pas en reste et pendant leurs haltes et pauses pour faire souffler les chevaux, les deux jeunes gens s’entraînaient contre des golems de toute sorte que Cassidy créait. Il fallait le reconnaître, la petite mage était douée. Et elle formait un beau duo avec l’archer, sans avoir besoin de trop parler pour certaines de leurs attaques.

On voyait également qu’Erwan était très proche d’elle, la couvant du regard, se permettant une caresse par moment, une petite attention à un autre moment et Cassidy elle-même semblait aller mieux, comme si elle était un peu apaisée par quelque chose. Il lui arrivait même parfois de rire, ce qui n’était pas plus mal.

Depuis le dernier contact avec Tristan, elle ne lui avait pas vraiment reparlé, tentant de l’éviter soigneusement par gêne mais elle avait arrêté d’être aussi dure dans ses critiques, du moins pour le moment. Même si parfois quand elle l’entendait parler, elle soupirait en regardant Erwan et faisant des « gnagnagna » montrant l’ennui de la conversation.

Enfin, ils arrivèrent à destination.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mer 23 Oct - 20:44

Que de révélations !!!
La jeune femme était-elle surprise ? Sans doute.
Etait-elle satisfaite de ce qu’elle avait compris, ça peut-être pas.
C’était trop flou et les réponses n’avaient apporté que de nouvelles questions.
Qu’était-il donc advenu du Drakkari qui s’était lâchement enfui ? Quel accident avait pu suffisamment l’ébranler pour le métamorphoser à ce point ? Qu’avait-il oublié et dans quelles circonstances ? Et pourquoi Maud était-elle revenue en force dans sa vie ? Et à quel point ?

Le maitre de Tristan avait surpris la crispation chez la jeune femme qui le « cuisinait » lorsqu’il avait parlé de sa sœur à plusieurs reprises. Il n’avait pas vraiment fait attention à cette réaction pourtant, se doutant bien que même si elle connaissait Maud, la demoiselle ne ferait jamais le rapprochement entre la belle femme sexy et si désirable et son grand guerrier bourru de frère bien plus âgé qu’elle. Il s’était écroulé pour dormir un peu et ses révélations s’étaient arrêtées là sans doute sans apporter toute la satisfaction désirée au départ.

De son côté, Tristan était perdu.
Cette femme était bien agressive avec lui et il ne comprenait pas pourquoi. En règle générale, les gens l’aimaient bien, ils le trouvaient gentil et serviable même si ceux qui le connaissaient avant avaient cette étrange lueur dans les yeux comme s’ils étaient déçus et désolés pour lui. Il ne comprenait pas trop pourquoi. Tant d’éléments lui échappaient. Personne ne lui avait répondu quand il avait posé quelques questions sur qui il était avant. Tout le monde faisait comme si personne ne savait. Il se doutait que Maud avait dû leur demander d’éviter le sujet. Pourquoi ? Qui était-il avant ça ? Pourquoi craignait-elle tellement qu’il redevienne cette personne ? Que pourrait-il entendre qui le détruirait à ce point ?
En tous les cas, cette jeune femme qui lui avait donné une bonne leçon de magie le connaissait.

Il avait été surpris, interloqué par son caractère aussi flamboyant que ses cheveux. Elle n’avait pas la langue dans sa poche non et s’exprimait assez crûment. Il en avait été surpris au début, vexé et dépité qu’elle ne l’apprécie que si peu. Mais il y avait quelque chose d’assez charmeur dans cette attitude, sans qu’il ne se l’explique. C’était comme si elle dressait d’immenses murailles autour d’elle… et mettait quiconque s’en sentait le courage au défi de franchir ces murailles pour mieux la connaitre. Et il se surprenait à trouver cela des plus excitants ! Depuis quand diable aimait-il les défis ? Il pensait pourtant être plutôt sage, pas vraiment agressif et peu bagarreur mais il se surprenait à avoir une très forte envie de se bagarrer avec cette jeune femme.

Enfin c’était bizarre comme sensation, cette envie de se chamailler avec elle, comme si c’était important, comme s’il y avait un but à tout ça.
Elle le connaissait et ça lui avait fait une drôle d’impression. Elle l’avait reconnu mais apparemment, ce n’était pas une bonne chose. Quand il avait entendu parler de cette école qu’il avait quittée, il n’avait pas compris, puis elle avait parlé de quelqu’un qui comptait sur lui, une directrice qu’il avait lâchement abandonnée apparemment, sans explication. Il était surpris, outré et furieux d’apprendre qu’en fait il s’était si mal comporté avec une jeune femme. Aujourd’hui, les demoiselles avaient toute son attention. En fait, il adorait les femmes, ça il en était certain, il les admirait, les trouvait magnifique et avait mille et une façon de les décrire dans son esprit et des façons autrement plus imagées mais polies que ses camarades guerriers qui avaient malheureusement parfois le vocabulaire de planche à pain !

C’est vrai, les commentaires n’étaient pas toujours très plaisants à entendre, mais les jeunes femmes semblaient apprécier le simple fait qu’on les remarque alors qu’à se taire et se contenter d’être un brin timide et guère entreprenant il ne leur assurait que peu qu’elles l’intéressaient. Mais il y avait aussi une autre raison à cela, beaucoup plus profonde qui l’inquiétait un peu dans un sens.
Enfin… apparemment, il n’était qu’un sale type auparavant et il comprenait mieux pourquoi sa chère Maud s’était autant opposée à ce qu’on lui parle de son passé. Elle lui avait dit qu’il n’y avait rien de bon à en tirer, que cela était derrière lui et qu’il valait mieux justement s’intéresser au présent et à l’avenir. Il en avait compris qu’elle le connaissait mais peut-être peu au final et puis elle avait tant fait pour lui qu’il avait docilement obéi. De toute façon, il était dans un tel état à ce moment-là qu’il aurait cru et fait tout ce qu’elle lui disait sans émettre la moindre impression de refus.

Le jeune homme marchait depuis un bon moment déjà dans la forêt, dans un silence et avec une discrétion extrêmes. Il était devenu beaucoup plus discret, plus à l’affût. Ses sens étaient amplifiés et il n’avait aucun mal à repérer les animaux qui l’entouraient. La plupart sentaient ce qu’il était, certains ne s’approchaient pas mais les plus curieux et intelligents sentaient qu’il était rassasié et ne leur ferait donc aucun mal et s’approchaient de cet être étrange, humain qui avait l’odeur et l’aura d’un dragon. D’ailleurs sa forme de dragon avait beaucoup changée !
De dragon immature il s’était transformé en un animal extraordinaire même si on ne parlait plus alors d’animal, il était une catégorie, autre que l’animal, autre que l’homme, une catégorie à part dans laquelle se trouvait toutes les créatures magiques et étranges que les hommes étaient encore bien loin de totalement comprendre. Bien sûr Cassidy était bien trop loin et elle avait dû le prendre pour un gros machin indistinct monstrueux et peu engageant, plein d’écailles, de cornes et de crocs, plein de méchanceté et de fureur.

Mais il n’était pas du tout cela et une autre jeune femme, qui le connaissait très bien, le savait parfaitement et elle au moins savait voir toute la beauté de ce qu’il était devenu… Mais ça, la demoiselle mage ne pourrait s’en rendre compte que quelques jours plus tard.
Bref, il marchait, déambulant dans la forêt, passant de temps à autre sa main sur un tronc pour y laisser l’odeur légère mais bien présente de son caractère de dragon.

Quand il était tout seul, il avait l’impression parfois d’être différent et de laisser des pulsions étranges refaire surface. Il avait des mouvements différents, une démarche plus assurée, plus tranquille en même temps, son air timide et craintif disparaissait de son visage sans qu’il ne puisse s’en rendre compte et encore moins l’expliquer. Une fois éloigné des gens à qui il avait l’impression qu’il devait tout, et tout prouver aussi, il s’apaisait. Que donc lui était-il arrivé ? Lui le savait dans les grandes lignes… et il comprenait pourquoi Maud voulait le protéger mais il ne souhaitait pas qu’elle en souffre à sa place.

Le jeune homme repensa à la dague qui s’était fichée juste au-dessus de sa tête. Elle était d’une excellente manufacture, il pouvait l’affirmer. Il n’avait même pas cherché à l’esquiver comme s’il savait, vu l’angle qu’elle avait pris en partant, qu’elle ne le toucherait pas, allons bon, depuis quand s’y connaissait-il en arme ? Elle avait été forgée avec goût, si ce n’est avec amour dans un vrai travail d’artiste qui avait dû prendre bien du temps. Et il ignorait même d’où lui venaient ces connaissances. Son maitre lui affirmait qu’auparavant il était un incroyable guerrier qui maniait l’épée comme personne avec la même aisance que s’il n’avait tenu qu’un léger bout de bois. Qu’il n’avait peur de rien ni personne et qu’il était toujours pour une bonne bagarre lui permettant de mesurer ses forces.

Cette description l’avait surpris, totalement dérouté et beaucoup dégoûté. N’était-il donc qu’un rustre bourru qui ne pensait qu’à son nombril et ne cherchait qu’à devenir plus fort ? Apparemment oui. Quand il avait dit cela à voix haute, son maitre lui avait décoché un terrible coup de poing en plein mâchoire en lui assénant qu’il était un fier combattant en ces temps-là et un combattant utile contrairement à ces minables prestations actuelles. Dans un sens, il avait été flatté d’être considéré comme un si grand guerrier et terriblement blessé d’être vu comme aussi inutile aujourd’hui alors que sa transformation leur servait autant mais il devait avouer que c’était vrai…
Il ne savait pas se battre, il avait peur de se battre en règle générale et pourtant il sentait qu’il lui manquait quelque chose d’essentiel justement, comme si sa vie était totalement incomplète.

Ses entrainements lui avaient permis de se remuscler et de se rendre compte que ce n’était pas si facile. Il travaillait beaucoup sur sa transformation depuis quelque temps en attendant que les mages trouvent une potion qui pourrait annihiler les effets d’une potion justement qu’il avait pris des mois plus tôt et qu’il avait dû prendre longtemps et qui avait apparemment « empoisonné » son organisme en même temps qu’elle lui avait évité une morte certaine.
Bah tout ceci était bien compliqué mais il savait que sous peu il aurait droit à un entraînement intensif et il ne savait s’il devait s’en réjouir ce qui était bizarrement quelque part enfoui en lui ou s’il devait fuir à toutes jambes.

Alors qu’il marchait tranquillement après avoir observé une biche et son petit un instant, il entendit un craquement au-dessus de sa tête et relevant la tête eut juste le temps de tendre les bras pour rattraper la jeune femme qui tombait de la cime d’un arbre. Ou qui en sautait, difficile à dire.
A sa voix il la reconnut aussitôt même s’il voyait presque parfaitement dans l’obscurité et qu’il put donc admirer son visage quand elle se tourna vers lui. Apparemment, elle n’avait pas compris sur le coup où elle avait atterri. Ah ?! Etait-ce si habituel chez elle d’atterrir dans les bras d’un homme ? Pensait-elle qu’elle avait été rattrapée par son petit ami ? Parce que c’était bien ce que l’homme qui était avec elle était non ? Son petit ami.

En fait, non, elle devait s’attendre à un autre mode de réception. Il ne sentait pas qu’elle avait pris une grande quantité d’alcool mais après tout chacun réagit différemment à cette boisson et la jeune femme y était peut-être plus sensible que les autres voilà tout.
Il avait néanmoins les yeux écarquillés de surprise et n’osait pas trop bouger, ne sachant que faire, tenant ses bras tendus. Elle n’était pas bien lourde mais avec ses actuelles forces, il aurait dû rapidement flancher alors qu’en fait… cela s’avérait très facile de la tenir, elle. Etrange. Peut-être qu’elle lévitait un peu ? Certains mages de leur groupe le faisaient quand ils étaient fatigués parfois.

Quand elle comprit qu’elle avait atterri sur quelqu’un au final, enfin plutôt dans ses bras, elle cessa de marmonner toute seule et s’excusa simplement essayant plus ou moins de descendre mais prête à dévisager tout d’abord celui qui l’avait rattrapée, peut-être pour le remercier… ou pour éviter de le recroiser à l’avenir qui sait ?
Mais dès qu’elle l’avait aperçu à la lumière alors qu’il clignait des yeux, un peu ébloui, ses pupilles s’adaptant à la luminosité, elle avait réagi… un peu excessivement. Elle s’était si vite extirpée de ses bras que sa ceinture lui avait légèrement écorché la peau alors qu’il se contentait de se frotter les yeux avec une grimace, son regard ayant été un peu surpris par la si inattendue luminosité.

Apparemment elle n’était vraiment pas contente de le voir et elle le menaçait à moitié. En gros il n’avait pas le droit d’en parler, il n’avait même pas le droit de penser que ça c’était passé. Il haussait les épaules comme si de rien n’était, dans un geste des plus familiers pour dire qu’il n’y avait pas de problème et que si elle allait bien il en était rassuré, mais elle ne lui laissa pas le temps de s’exprimer lui souhaitant de passer une mauvaise nuit. Il écarquilla de nouveau les yeux, surpris et d’autant plus blessé. Mais elle avait vraiment une dent contre lui !
Par politesse et réflexe, il lui sauta une BONNE nuit à mi-voix, la regardant s’éloigner sans bouger.

Puis le jeune homme s’ébroua et rejoignit à son tour le campement sans plus se soucier de cette étrange et impolie jeune femme. Il était attendu par deux très jolies demoiselles dans sa tente et en fut le premier surpris, leur adressant un timide sourire en rougissant alors qu’elles s’avéraient bien assez peu timide pour trois.

Le lendemain matin, quand le jeune couple récemment arrivé dans leur groupe se leva, le jeune homme était justement en conversation avec les demoiselles qui lui avaient « tenu chaud » cette nuit, démontant avec elles sa tente même si la majorité de leurs affaires étaient par la suite magiquement réduites. Tristan se tint à distance de Cassidy après avoir surpris un regard assassin de la jeune femme vers lui, sûrement en rapport avec son atterrissage inachevé de la veille… bien qu’elle ait paru surtout furieuse quand riant à une de ses plaisanteries, une des demoiselles avait posé une main sur son torse, le tapotant gentiment.

Le jeune homme apprit rapidement que les jeunes gens les accompagnaient et seraient désormais intégrés à leur groupe et qu’il fallait se serrer les coudes en tant que justiciers. Il n’y trouva rien à redire, se contentant d’éviter la jeune femme même si ce n’était pas bien difficile. Non pas qu’il n’ait pas envie de parler avec elle, d’aborder son passé, d’en savoir plus, même si cela l’effrayait mais encore et surtout parce qu’elle semblait toujours autant haineuse à son encontre. De toute façon, quand il la croisait, il n’était jamais seul, ce qui évitait les conversations gênantes dans un sens. Et puis son petit ami semblait tout faire pour qu’elle se sente bien et finalement elle parlait avec quelques personnes et semblait un peu plus agréable avec les autres. Mais encore et surtout Tristan n’avait vraiment pas de temps pour lui.

Il devait régulièrement avalé une infâme mixture qui le faisait à chaque fois grimacer et semblait mettre son estomac à rude épreuve. Son maitre ne le lâchait pas à un seul instant, le poussant à s’entraîner et le jeune homme n’avait ni le droit de monter à cheval, ni celui de se transformer en dragon pour survoler les environs même si sa transformation et ses aptitudes au vol auraient plus que certainement surpris une certaine demoiselle. Il devait marcher ou courir, sauter, faire des pompes et des abdominaux plusieurs fois toutes les heures. A chaque pause, son maitre était encore plus exigeant et le poussait à se battre au corps à corps sans utiliser ses écailles ce qui semblait mettre d’autant plus à mal le garçon.

Cela dura quelques jours le temps de rejoindre leur planque principale qui était tout de même sacrément éloignée du village auquel ils s’étaient retrouvés.
Mais quand ils y parvinrent et que toutes les barrières magiques garantissant l’inviolabilité des lieux fut levée, ce fut un spectacle d’une rare beauté qui les attendait. Une partie du camp était installée dans la forêt, dans les arbres mêmes qui se rejoignaient par d’impressionnants moyens de passerelles, de poulies, de cordages, de tyroliennes et autres. Certaines permettaient alors de plonger derrière un amas de rochers qui semblant parfaitement ordinaire révélait une descente souterraine qui amenait au cœur même d’un très vaste bassin pratiquement invisible depuis les sentiers au-dessus et qui n’aurait semblé qu’hostile. Luxuriant, l’endroit recélait des arbres de toutes sortes et à l’abri, protégés par magie, des potagers, des champs avec ou sans animaux. Des cascades chutaient presque tout autour du bassin créant par endroits de vastes bassins dont certains semblaient régulièrement chauffés par magie vu comme ils fumaient. D’autres parois du bassin abritaient des grottes dans lesquelles étaient aménagées des habitations totalement invisibles à l’œil nu de l’extérieur, des tours de garde qui étaient également présentes dans les plus hauts arbres du bassin et du bord supérieur de celui-ci.
Cela grouillait de vie et de monde alors qu’un autre sort garantissait qu’aucun son ne trahisse la présence de cette petite ville cachée.

Quand ils arrivèrent, faisant passer les chevaux et attelage par un autre passage plus large et secret et également plus long, des éclats de voix joyeux accueillirent les revenants. Tout le monde semblait ravi de les revoir et il s’avéra que ceux qui restaient à l’arrière étaient bien nombreux. Que ce soit parce qu’ils se reposaient en attendant la prochaine expédition ou parce qu’ils n’avaient rien à faire sur un champ de batailles, hommes femmes et enfants étaient tous ravis de retrouver leurs proches.

On présenta Eikä et Erwan et ils furent accueillis sans méfiance, avec un réel plaisir. Les matrones commençaient déjà à leur parler de leur vie ici, à les conseiller et à les complimenter sur leur joli couple et le travail qu’ils avaient accompli ensemble et dont elles avaient entendu parler. D’ailleurs bien vite, sans même leur laisser le temps de discuter, on leur attribua une petite maison et on leur fit faire la visite des lieux qui dura du petit matin jusqu’au soir, même s’il était vrai qu’on prenait le temps, qu’il y avait maintes choses à voir et à faire et aussi qu’un long repas les avait occupés.

Tristan semblait avoir disparu tout comme son maitre et même si on leur disait beaucoup de choses sur tout ce qui avait été crée ici et comment fonctionnait cette organisation, personne ne fut vraiment en mesure de leur dire où ils étaient passés, et puis de toute façon, cela ne devait pas énormément les intéresser. Tristan semblait un peu différent ces derniers temps et ses nuits étaient très agitées vu comme il avait dû être éloigné du campement à chaque fois et aux vues de ses grimaces de douleur et crispation au cours de la journée tandis qu’on le gavait de cette horrible mixture. Mais le résultat valait les souffrances qu’il endurait, du moins ce fut l’avis général.
Car lorsque le jeune homme réapparut le lendemain midi, justement pour le repas, il était totalement différent.

Fini le gringalet maigrichon qui semblait sous-alimenté et prêt à défaillir au moindre effort, finie l’impression de faiblesse générale… Tristan était de retour.
Il marchait aux côtés de son maitre qui avait un grand sourire au visage et une fierté certaine dans les regards qu’il lui lançait de temps à autres. Les muscles que le garçon avait pris en une nuit étaient tout simplement impressionnants. Le Tristan musclé était parfaitement de retour. Il avait totalement retrouvé son corps d’avant. Son gilet révélait bien plus qu’il ne les cachait son torse d’athlète et ses impressionnants biceps, ses épaules larges et ses poings experts qui dès qu’ils se serraient contractaient de manière plutôt alléchantes ses fibres musculaires.
Les jambes bien plus musclées également, ce qui était tout de même caché par son pantalon, il respirait littéralement la force et la puissance et… son épée était accrochée dans son dos. Sa démarche aussi avait changé, d’hésitante, elle s’était faite assurée, comme dans la forêt quand il était seul. Il portait de très nombreuses marques de coups, des bleus et de fines coupures et il avait un œil au beurre noir mais il ne semblait plus s’en préoccuper que cela et tous les habitants présents le regardèrent arriver bouche-bée.

La première, une petite fille, le rejoignit en poussant de petits cris suraigus avant de se jeter dans ses jambes. Il la cueillit dans ses bras avec une facilité déconcertante avant de la soulever loin au-dessus de lui et de la presser contre son torse peu après alors qu’elle riait et gazouillait à gorge déployée, tirant sur ses joues. Ce qui devait en fait lui faire un peu mal mais il n’en laissa rien paraitre, se contentant d’être une fois de plus très… doux avec un enfant, adorable et gentil.

- Wahou ! C’est fou comme tu as grandi petite puce ! Tu es immense maintenant !
- DZaaaackkkkk !!!! Dzaaackkkk !!!!

Apparemment elle avait du mal à prononcer son nom mais elle était ravie d’être au centre de son attention. Beaucoup de gens s’étaient approchés, surpris et totalement subjugués par ce radical changement, les mages en étaient d’ailleurs les premiers surpris même s’ils avaient eux-mêmes forcés les doses.

- Mais c’est impossible qu’il soit redevenu ainsi si vite.
- Qu’est ce que vous avez fait au juste ! Il est… Il est… totalement remis.
- Ses muscles doivent lui faire horriblement mal !Ca ne peut pas se remettre aussi vite en place sans le torturer !
- Ne vous en faites pas… il a été bien trop occupé pour avoir mal…


Malgré les propos du maitre, les remarques s’enchainaient tandis que Tristan accueillait d’autres enfants et leur parlait avec une gentillesse de grand frère tout à fait adorable. Ses camarades guerriers l’avaient également rejoint et sifflait d’admiration en tâtant ses biceps qu’ils qualifiaient de « pas du tout de la gonflette, la vache ! » alors que des jeunes femmes s’approchaient certaines timidement, d’autres plus entreprenantes et ne se gênaient que peu pour venir à leur tour tâter la marchandise avec moult compliments ce qui semblait plus ravi que gêner le garçon victime de toute cette attention.

Tristan semblait un peu différent. Outre le fait qu’il avait retrouvé son corps d’athlète et se déplaçait avec plus d’aisance et moins de crainte comme si justement ce corps retrouvait le rassurait, il semblait moins timide même s’il se révélait très poli et qu’il se mit à rougir en détournant les yeux lorsqu’une jeune fille le complimenta avec un peu trop d’enthousiasme.
Du côté du maitre, beaucoup croyaient difficilement à ce miracle, cette incroyable remise à niveau dont il semblait lui-même avoir tant de mal à croire. Quelque chose l’avait fait revenir très vite à la normale, et ça ne pouvait pas être que ce « contre-poison ».
D’ailleurs le maitre voulut prouver que son élève, celui qui faisait tant sa fierté était de retour. Car alors que Tristan ne tenait toujours la fillette contre lui que d’un bras, il sortit brusquement son énorme hache et voulut frapper l’enfant.
Au son, à l’instinct, au conditionnement, Tristan réagit aussitôt. Son pied droit recula pour avoir un meilleur appui et le pousser à se déplacer de côté pour écarter légèrement la petite de la trajectoire de la hache, son épée avait littéralement jaillit dans sa main tant son mouvement pour en attraper la garde avait été rapide et la dégainer tout aussi rapidement. Il y eut un puissant bruit métallique quand les deux lames se heurtèrent, si violemment que les bras des combattants tremblèrent. Le colosse faisait un sourire tandis que détermination et défi brillaient dans les yeux de l’élève. Ils se défièrent un instant, la tension dans leurs muscles révélant qu’ils luttaient en force même si l’un utilisait ses deux mains et pas l’autre. Puis ils rompirent le contact d’une puissante rotation sur le côté qui éloigna les deux lames.

- Wah la vache ! Jack a tenu tête avec une épée !!! Mais c’est pas possible ! Le vieux est trop fort !
- Nan… mon petiot est de retour c’est tout !


Le maitre venait de dire cela affectueusement, rangeant son arme en ébouriffant affectueusement les cheveux de son disciple, s’éloignant rapidement, peu tourné vers les épanchements mais clairement ému et rassuré. Tous étaient sciés et félicitaient le jeune homme mais celui-ci, modeste, leur avoua être épuisé et avoir mal dans chaque centimètre carré de son corps et que cette attaque avait bien failli le faire s’écrouler.
Quelques filles gloussèrent en lui attrapant les bras alors qu’il reposait la petite, lui proposant aussitôt un massage suivant un bain bien mérité et qu’elles pouvaient l’aider à se laver s’il était à ce point courbaturé… et qu’elles pouvaient aussi bien l’aider à se déshabiller aux bains…
Au début surpris et souriant à cette attention, il rougit fortement en comprenant, son air innocent peiné par cette révélation et malgré la douleur que cela lui procurait, il se défendit à grands gestes impulsifs.

- Non non !!! Je peux me débrouiller tout seul ! Merci beaucoup mais…
- Allez Jack ! fais pas ton timide, elles vont bien s’occuper de toi, je te le garantie.
- Non merci…

C’est ce qu’avait grommelé le jeune homme, si rouge qu’il rivalisait presque avec la couleur de ses cheveux, vraiment gêné, ce qui le rendait apparemment encore plus mignon aux yeux des jeunes filles si « gentilles ».
Mais c’est vrai qu’il avait mal partout et que même respirer lui était douloureux. Il ne rêvait que d’un bain, un bon repas et un loooong sommeil réparateur bien mérité !!!!
Et il semblait parti sur cette idée.

Oh bien sûr, il avait remarqué la jeune femme à la chevelure de feu qui le fixait un peu plus loin. Elle avait un drôle d’expression. Comme elle semblait lui en vouloir pour une obscure raison, il n’avait pas cherché à l’approcher ces derniers jours mais apparemment sa colère envers lui ne s’était pas éteinte, bien au contraire. Là, elle le regardait avec stupeur, presque avec horreur. Pourtant, elle aurait dû être contente, elle qui l’avait traité de faiblard pouvait bien voir qu’il était devenu beaucoup plus fort. D’ailleurs, il n’y comprenait pas grand-chose. Après des jours de souffrance, son corps avait brusquement commencé à changer et ça avait été très douloureux, son maitre ne l’épargnant pas pour autant.Mais en même temps que cette musculature de guerrier, il avait retrouvé une aisance avec une épée qu’on lui prêtait depuis le début et à laquelle il n’avait pas voulu croire. Sa grande épée avait donc repris sa place dans son dos même s’il semblait encore un peu perdu et maladroit… enfin consciemment du moins.
Là, la jeune femme pourtant si jolie semblait plus horrifié qu’autre chose, il ne comprenait pas vraiment pourquoi et surtout pourquoi ça le peinait autant. Mais une odeur parvint à ses sens affutés et il se figea alors qu’une voix se faisait entendre.

- Eh bien, vous fêtez mon arrivée avant même que je n’arrive ?

Tout le monde se retourna d’un même mouvement, Tristan un peu plus lentement, un sourire illuminant déjà son visage. Maud, la sublime dame aux longs cheveux d’ébène et aux manières royales se tenait sur un haut cheval, portant des vêtements d’homme et un long manteau pour se protéger du grand air. Elle venait apparemment d’arriver par la grande entrée détournée qu’ils avaient empruntée la veille et avait pris soin de demander qu’on ne l’annonce pas. Elle semblait heureuse de revoir toutes ces personnes qui étaient assurément ses amis et aussi ses petits protégés. Mais quand son regard se posa sur Tristan, il s’illumina littéralement.

Le jeune homme jouait déjà des coudes dans la foule après avoir scandé son nom sous les rires amusés des autres. Il la rejoignit rapidement et elle se mit à rougir, l’admirant d’un œil expert en le voyant redevenu si grand, si musclé et si fort, presque confiant en lui-même. D’ailleurs elle semblait vraiment heureuse, plus qu’heureuse de le revoir alors qu’il arrivait vers elle. Elle passa d’ailleurs aussitôt qu’il fût à sa hauteur, une main dans ses cheveux rouges en bataille, une tendresse immense passant sur son visage. Mais le jeune homme ne l’entendait pas de cette oreille et il passa aussitôt ses bras autour de ses hanches, la soulevant pour la descendre de cheval avec la même facilité déconcertante malgré ses muscles tremblants et la douleur qui en irradiait. Elle se pendit aussitôt à son cou et il se laissa faire au début, l’enlaçant, l’air d’avoir un besoin terrible d’affection… pourtant il était bien plus grand qu’elle, bien plus imposant, mais elle paraissait pouvoir le rassurer mieux que si ça avait été elle qui était pleine de muscles !

Pourtant, le Drakkari se détacha rapidement d’elle, avec beaucoup de douceur, avant de prendre une mine sévère, l’air très embêté et inquiet.

- Maud !!! Tu ne devrais pas te déplacer dans ton état ! J’étais inquiet de ne pas te voir hier ! Où étais-tu ?
- Doucement monsieur le grand chevalier ! Je vais très bien, ne t’en fais pas…

Elle riait en lui caressant de nouveau les cheveux et s’il ferma les yeux, un peu apaisé, il se rebiffa rapidement, semblant perdre toute timidité, toute gêne une fois de plus.

- Non ! Tu dois faire attention !

Elle rit une fois de plus, prenant la foule à témoin du regard l’air de dire qu’elle avait une vraie maman poule sur le dos. D’ailleurs elle remarqua aussitôt les deux nouvelles têtes qui l’interloquèrent mais elle décida d’attendre un instant, de voir après…
Elle força Tristan à la regarder dans les yeux et lui fit un magnifique sourire, effleurant ses lèvres du bout des doigts.

- Nous allons très bien…

Il grommela même s’il paraissait troublé de son geste puis eut à son tour un sourire si beau, si touchant que Maud eut un demi-sourire agacé en entendant les soupirs de jeunes filles proches. L’instant d’après pourtant, elle ne sursautait même pas, pas du tout gênée, quand le jeune homme s’agenouilla devant elle et, écartant les pans de son manteau, collait une oreille attentive sur le ventre résolument rond de la jeune femme. Elle sourit, repassant une main dans les cheveux rouges du garçon tandis qu’il écoutait avec attention.

- Salut mon petit pote… Ta maman est une vilaine dame qui n’écoute pas mes conseils tu sais ?
- Ouuuh ! Doucement Jack ! Il réagit beaucoup à ta présence tu sais ! Ouie ! Bonjour les coups de pieds.

Le jeune homme releva lentement la tête avant de lui tirer la langue, l’air pourtant aux anges.

- Normal il te punit d’être une méchante maman ! De toute façon, c’est moi qu’il préfère ! Na !
- Ouie ! Ca c’est certain !... Doucement bébé… Je suis quand même censée te garder encore quelque temps avec moi… Tu seras bien assez tôt dans les bras de ce grand dadais !

Tristan se releva après avoir murmuré quelques mots au ventre rond de la jeune dame, ce qui sembla avoir pour effet de calmer aussitôt les mouvements du bébé à naître, curieusement. D’ailleurs, elle le regarda avec une admiration certaine et une affection d’autant plus grande alors qu’il la dominait de nouveau de toute sa hauteur.

- C’est fou comme il t’écoute… Oh Jack ! On dirait que tu as beaucoup récupéré ! Tu es aussi imposant qu’avant !
- Euh…merci… je me sens un peu plus… sûr aussi… mais j’ai mal partout ! Ton frère ne m’a pas ménagé… mais il a raison.
- Ca c’est clair que tu en avais bien besoin gringalet !!!!

Les commentaires furent salués par de nombreux rires joyeux alors que tous échangeaient des nouvelles avec le petit groupe qui avait escorté Maud et qui arrivait à sa suite.
La jeune femme d’ailleurs, les mains posées affectueusement sur son ventre chercha des yeux les jeunes nouveaux qu’elle venait d’apercevoir et s’exprima suffisamment fort pour que tous puissent l’entendre.

- Avons-nous de nouvelles recrues ? J’ai vu une jeune femme avec une chevelure digne de rivaliser avec celle de Jack !

Son beau sourire accueillait risquait pourtant de bien vite… disparaitre…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Jeu 24 Oct - 2:16

Tristan se trompait sur un point. Cassidy savait parfaitement que tous les dragons n’étaient pas pareils. Elle était instruite et ça, peut-être ne le voyait-il pas. Pourquoi avoir cherché une pierre de dragon dans une de ces ruines alors lors de ses voyages ? Elle savait que certains dragons représentaient la sagesse, que ceux qui n’étaient pas corrompus n’étaient pas intéressés par détruire sinon il y aurait beaucoup plus de massacres que ça ! Ces dragons là, on disait beaucoup de choses dessus. Certains avaient eu de la chance d’en croiser, d’autres encore se basaient sur des mythes et légendes. Mais Cassidy elle, n’avait rencontré qu’un dragon corrompu, cherchant à détruire une ville. Suffisamment pour être traumatisée et cela se comprenait parfaitement !

C’est peut-être pour cette raison qu’elle ne voyait les dragons comme de grosses bestioles gluantes, visqueuses et repoussantes. Enfin… personne ne sut réellement ce qui s’était passé en haut de cette falaise et c’était toujours un mystère.

Tristan fut sorti de ses pensées par une curieuse chute. Cassidy ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait et pourquoi elle avait atterrit dans les bras d’un homme. Quel hasard ! Mais elle ne le prit absolument pas dans le bon sens et lorsqu’elle se rendit compte à qui elle avait affaire, la jeune femme s’était très rapidement éloignée. Enervée oui. Mais il y avait quelque chose de différent dans sa façon de parler. Comme si elle choisissait ses mots pour éviter de trop l’insulter, jugeant qu’il en avait assez pris pour aujourd’hui.

Mais à croire que son mauvais caractère et ses paroles blessantes étaient devenues quotidiennes, elle ne fit que renforcer encore la douleur d’un Drakkari, qui ne comprenait rien. Elle hésitait à essayer de lui faire retrouver la mémoire. Peu importe Erwan, Tristan… n’était pas Tristan dans cet état de larve et il était de son devoir de lui rappeler qui il était. Parce qu’elle se sentait mal, parce qu’il y avait ce vide en elle qu’elle n’avait jamais réussi à combler. C’est comme si l’ombre de Tristan l’empêchait d’avancer et une chose était sûre, tant qu’elle ne saurait pas la vérité, la demoiselle ne vivrait pas mieux. Encore faudrait-il qu’elle change.

Elle partit très fièrement. Tristan n’était pas loin de la vérité, elle se mettait des barrières énormes, refusant tout contact, ou plutôt tout contact avec lui, étant blessante et méchante comme pour chercher à l’éloigner, à se trouver suffisamment de loin de lui. Et cela n’était pas plus mal. Il lui avait fait tellement de peine… tellement fait souffrir. Même si, maintenant qu’il était de retour, peut-être avait-elle envie de le reconquérir qui sait ?

Maud… elle avait beaucoup réfléchi là-dessus et peut être que Maud avait été suffisamment intelligente pour comprendre que quelque chose ne tournait pas rond. Elle savait pertinemment que Tristan était fou amoureux de Cassidy. Mais parfois elle craignait que cette dernière ne profite de la situation. Enfin là-dessus, les pensées de Cassidy étaient partagées. Mais il fallait qu’elle lui parle, pour comprendre, pour savoir ce qui s’était passé. C’était important après tout et après, elle aviserait.

La jeune femme avait eu une discussion avec Erwan qui peinait à la reconnaître parfois tellement elle était étrange. Il désirait plus que tout que Cassidy redevienne normale, comme avant et il désespérait de ne pas la voir changer. C’était même de pire en pire même si elle était un peu plus heureuse quand ils étaient seuls. Heureuse… pour Cassidy, ce qu’elle était dans le passé… la Cassidy du passé, était bien morte à l’heure actuelle. A la place restait une femme qui évoluait dans un sens qui n’avait rien de bon et il le savait très bien. Ce qu’il faisait n’avait pour effet que de retarder les effets. Il le voyait… elle faisait l’ignorante, se cachait sous une énorme carapace mais il le voyait. Elle n’avait jamais été comme ça.

Finalement ils s’endormirent et le lendemain matin, la jeune femme fut aussi renfermée que la veille. Elle jeta un coup d’œil à ce petit mouvement qu’une des femmes avait fait sur Tristan et prenait un air des plus haineux, grinçant des dents puis finalement détourna la tête.

La chevauchée fut bien longue et elle fut surprise de voir que Tristan courait à côté sous les encouragements de son maître. Elle avait longuement hésité à lui prêter sa monture mais elle était persuadée que si il voulait vraiment voyager autrement, il n’aurait qu’à se transformer en dragon. Son petit doigt le savait. Alors elle n’avait rien dit, continuant à s’entraîner de son côté. Elle semblait un peu plus aimable et il lui arrivait même de rire, ce qui était rare.

Ils arrivèrent enfin dans un lieu magnifique et vraiment bien organisé. Cassidy même reconnaissait la beauté du lieu. Une véritable société secrète, qui vivait en dehors des Cheistams. Quand même pour maintenir tout ça, il fallait le vouloir. Erwan était ébahi et contrairement à Cassidy, ça se voyait directement sur son visage alors qu’il posait des questions surtout sur l’équilibre de la nature dans ce lieu, comment ça fonctionnait. On les avait bien accueillis même si Cassidy faisait la tête. Et puis mine de rien, elle cherchait parfois Tristan du regard.

Si on leur avait attribué une maison, la jeune femme ne comptait pas rester une éternité ici. Maud devait certainement être dans le coin. Mais on ne leur laissait pas l’occasion de souffler, si bien qu’à un moment, Cassidy s’était énervée en chassant l’air de sa main en disant quelque chose de ce genre « Bon ça va ça va je suis pas idiote quand même ! On peut aller faire autre chose ? » Mais quand elle avait constaté que les hôtes faisaient une drôle de tête, elle avait tenté de se rattraper, sachant très bien qu’on ne les laisserait pas rester longtemps ici si elle était aussi désagréable.

Tristan n’était pas revenu et Cassidy ne pouvait s’empêcher d’y penser. Où était-il parti ? Elle n’avait pas besoin de beaucoup de temps pour comprendre alors qu’il venait d’apparaître pour le repas. Quand il arriva, la jeune femme manqua de faire tomber sa fourchette et le fixait, impressionnée par ce changement radical. C’était comme si il n’était jamais parti. Enfin il avait toujours un petit air différent mais… il ressemblait un peu plus à comme avant. L’image se rapprochait d’elle, la cicatrice toujours présente et elle se tint discrètement une zone plus bas que sa poitrine, grimaçant comme si quelque chose la gênait.

Mais une chose était sûre, une fois le malaise passé, elle ne perdit pas une miette du spectacle. Il était un peu redevenu lui-même même si ses expressions du visage restaient trop candides à son goût. Apparemment ça s’était fait très rapidement, en une nuit et elle le reconnaissait déjà mieux, lui qui était si déterminé quand quelque chose était important pour lui. Une fillette sauta dans ses jambes et presque après, le maître de Tristan tenta un coup. Que Tristan réceptionna parfaitement. Un mince sourire était apparu sur le visage de Cassidy.

*C’est déjà mieux… *

Elle buvait un verre d’eau. Un miracle qu’il soit aussi en forme ? Son épée dans le dos ? Peut-être bien. Mais il était toujours aussi beau son guerrier. La demoiselle secoua la tête rapidement et avala de travers alors qu’Erwan lui tapotait gentiment dans le dos.

Une discussion eut lieu, comme quoi des demoiselles voulaient lui faire prendre son bain. Il semblait fatigué le Drakkari et ce dernier tourna un regard vers Cassidy qui… eh bien qui cherchait encore à chasser cette expression conquise et rêveuse ! Le masque était rapidement revenu alors qu’elle adoptait un air horrifié, comme si il était soudain trop musclé à son goût. Elle détourna la tête et fit semblant de boire une nouvelle fois.

Lorsqu’une chose attira son attention… ou plutôt quelqu’un. Maud… Elle avait l’air d’aller plutôt bien et Cassidy fronça les sourcils. Elle était sensée être mariée quand même. Où était son mari ? Erwan examina cette jolie femme que Cassidy lui avait déjà parlée. Pour qui elle avait eu tellement peur… Parce que oui, Cassidy avait raconté à Erwan tout ce qui s’était passé. Parce qu’à un moment elle avait eu besoin de se confier. Et de dire à Erwan qu’elle se trouvait incapable car contrairement à Maud, elle n’avait jamais réussi à aider le grand Drakkari. Et il ne se doutait pas que cette histoire allait encore plus s’enfoncer dans ce sens là.

Cassidy l’examina puis chassa sa crainte.

*Très bien… je vais essayer de la choper et d’avoir une discussion en privé après je…*

Mais ses yeux s’agrandirent de stupeur et d’horreur quand elle observa la scène. Tristan qui la prenait dans ses bras, elle qui semblait très mais alors très heureuse. Cassidy commençait à trembler et serra sa fourchette dans la main. Et puis… tout s’enchaîna… comme cet éclair qui ne résonna que dans le cœur à Cassidy. Comme ce sort qu’elle lança dans sa tête avant de prononcer des paroles blessantes.

*Donne une gifle à Maud…*

L’instant d’après… elle n’était plus à sa place. Et ce que vit Maud, ce fut un jeune homme à côté d’une chaise vide, qui n’avait pas l’air d’avoir encore remarqué la disparition prématurée d’une certaine rousse.

Cassidy venait de rompre son sort d’invisibilité, empruntant le grand passage pour se retrouver à l’extérieur. Elle avait sur elle son bâton en bandoulière, sa dague, ainsi qu’une petite sacoche qui pendait du côté droit de sa hanche. Elle était vraiment très pâle, presque un fantôme. Marchant un peu au hasard, elle arriva vers la sortie, la respiration saccadée, le souffle court et son cœur qui se tordait très douloureusement. Jamais elle n’aurait cru ressentir une telle douleur.

Alors qu’elle avait l’intention de sortir, un garde qui surveillait les alentours l’interpella.

-Damoiselle, où partez vous comme ça toute seule ?

Elle avait la mine sombre, très sombre. Vraiment effrayante. Il lui bloquait le passage.

« Laisse moi passer… »

Pas de vouvoiement, rien, un avertissement. Le garde déglutit, comprenant que quelque chose n’allait pas et se mit en position défensive.

- Je regrette, je ne peux pas vous laisser sortir comme ça surtout que vous n’êtes pas vraiment…

Il s’était interrompu, une lueur avait attiré son attention. Cassidy avait les manches de sa tunique rabattues et sur son bras droit, se trouvait un bracelet métallique qui entourait une partie de sa peau. Comme pour cacher quelque chose qui ne devrait pas être là. Et la lumière verte qui s’en échappait se refléta sur le bracelet métallique. Très distinctement un grand symbole qui n’était toujours pas achevé mais le garde, qui comme par hasard avait quelques connaissances, reconnut vaguement ce que ça représentait. Il ouvrit les yeux de surprise et se préparait à déclencher l’alerte. Aussitôt, Cassidy lui avait asséné un violent coup de poing dans le ventre. Le souffle coupé, le garde se plia en deux. Puis elle utilisa ses mains pour administrer un violent coup derrière la tête, l’étourdissant suffisamment pour qu’il s’évanouisse. Il avait eu beaucoup de chance mine de rien…

La jeune femme ne disait rien de plus et continuait son chemin d’un pas lent, sortant de cet endroit qui lui donnait la nausée.

Elle se mit à marcher alors, sans monture, juste à pieds. La pluie commençait à tomber au-dessus d’elle et son visage était toujours aussi inexpressif. Lentement, luttant contre ses pulsions meurtrières, elle pensait et réfléchissait. Une mélodie qui lui parvenait dans sa mémoire et qui correspondait tellement bien à son état du moment. Mais tellement bien. Alors que la pluie dégoulinait dans ses cheveux, sur ses joues, se mélangeant aux larmes, finissant par se demander ce qui était encore possible à ce jour.



Elle marchait… sans savoir où aller. Sa vue se brouillait. Le ciel était gris, tout comme son cœur. Elle revoyait encore et toujours cette scène. Toujours… qui signait son arrêt. Son cœur la piquait, la tordait. Elle ne grimaçait plus, elle entendait bien le message. Mais sa douleur était beaucoup plus violente que ça. Pourquoi réagissait-elle comme ça ?

Ses pieds s’enfonçaient dans le sol devenu boueux. Elle marchait toujours… au hasard… sans réel but… alors que ses pensées se mélangeaient et devenaient confuses.

Tristan… je t’ai détesté… je t’ai adoré… tu étais mon monde à moi… celui pour qui l’impossible n’existait pas. Celui qui me donnait envie d’aller de l’avant… de rire… de sourire… tu étais toujours là pour moi… Et moi… je n’ai jamais réussi à t’aider… je ne t’ai jamais soutenu… quand tu allais mal tu me cachais toujours, gardant le sourire et faisant comme si tout allait bien. Tu gardais tes blessures enfouies au fond de toi et je n’ai jamais compris pourquoi… pourquoi malgré tout l’amour que je te portais tu n’as jamais essayé de me parler ? Bien sûr… tu m’en as dis des choses… mais peut-être pas suffisamment. Sinon tu ne serais jamais parti comme ça…

Elle ferma lentement les yeux, son masque de froideur avait disparu. Elle était totalement à découvert, cette petite demoiselle, qui s’était jurée ne plus jamais pleurer.

Tu étais tout pour moi… mais tu ne m’as jamais expliqué pourquoi tu étais parti… certainement que tu ne me faisais pas confiance et je pense que je ne comprendrais jamais réellement pourquoi. Je t’en veux… je t’en veux de m’avoir menti, de m’avoir laissé croire que tu étais mort… Tu as peut être eu beaucoup de douleur mais il suffisait juste… de m’en parler. Je n’ai jamais été ta lumière, Maud est bien plus efficace que moi. Elle t’a toujours tiré des ténèbres dans lesquelles tu t’es enfoncé. Elle t’as toujours soutenu, t’apportant un amour que je ne t’ai pas apporté. Tu as perdu la mémoire… je t’en veux… je vous en veux à tous les deux… de ne m’avoir jamais rien dit, d’avoir profiter de cette situation alors que je mourrais à petit feu dans mon coin…

Cassidy s’arrêta un instant, regarda en arrière. Le repaire des rebelles était loin à présent. Elle se remit à marcher.

Je pars… On ne m’arrêtera pas… Je pensais qu’Erwan m’aiderait à me défaire de toi… Finalement j’ai l’impression d’être encore plus bas que la dernière fois. Mais ne t’en fais pas, tu n’auras plus à te torturer pour moi. Tu m’as complètement oublié, ma disparition ne t’attristera pas, ne te peineras pas. J’emporte avec moi nos souvenirs, nos éclats de rire, nos moments où l’on était si heureux tous les deux… Ca restera mes plus beaux moments… Rien que toi et moi. Beaucoup trop court mais tellement… tellement bien. J’étais heureuse, je te remercie d’avoir illuminé ma vie, moi la fille trop sérieuse qui ne jurait qu’à travers les livres et la magie. Je suis peut être trop égoïste d’avoir voulu te garder pour moi toute seule. Je suis peut être trop stupide, d’avoir cru qu’avec mes sentiments je te retiendrais. Tout est de ma faute…

La jeune femme posa une main sur ses cheveux et s’ébroua lentement.

Erwan… je suis tellement désolée mais tu avais raison… ce qui se passe avec Tristan m’impacte trop et je ne suis plus capable de faire semblant d’aller bien. J’espère que tu trouveras une fille qui sera tout ce que je n’ai pas été. Souriante, gentille et attentionnée. Je t’aime oui… mais peut-être qu’il manquait un petit quelque chose que je ne trouvais pas dans notre relation. Tristan… tu vas avoir une famille désormais… ce n’est peut être pas avec moi mais… au fond de toi, tu es un type bien avec les autres maintenant. Tu es aimé, apprécié… Prends soin de Maud et transmet lui cet amour qui te rend si différent.

Troublée, elle continua de marcher et trébucha contre une racine, tombant dans la boue, sa tunique trempée et son visage qui s’était taché. Son cœur continuait à battre.

Je ne peux plus lutter… je n’ai pas la force de tenir cette promesse. Mais je vais faire une dernière chose… Je préfère mourir en combattante plutôt que de continuer à vivre comme si de rien n’était. Comme si je n’avais pas mal. C’est tout simplement impossible… Adieu Tris’… Je pense qu’au final… je n’ai jamais cessé de t’aimer… mais heureusement… tu ne t’en rappelle plus, alors tu ne seras pas triste, d’accord ?

Elle s’était mise à sourire en fermant les yeux. Sourire dans le vide, sourire triste qui se fanait sur son visage. La jeune femme s’assit sur un rocher et ouvrit sa petite sacoche. Des potions d’un liquide presque clair se trouvaient à l’intérieur. Elle les examina un instant, soupira, puis les but les unes après les autres en de grandes gorgées. Sa tête tournait, elle se sentait déjà mieux, comme si elle flottait et l’instant d’après, elle avait disparu.

Beaucoup plus loin, on commençait à peine à réaliser le départ d’une certaine jeune rouquine. Erwan venait de tourner la tête mais il était déjà trop tard. Il écarquilla les yeux, ne comprenant pas… ou peut être comprenait-il justement ? L’agitation qui régnait aux alentours ne le dérangeait pas, alors qu’il tentait de recoller des morceaux.

Soudain, une voix résonna à l’entrée du passage.

- Une Kaär ! Une Kaär dans nos rangs !

Les gens commencèrent à se regarder entre eux, sans savoir comment prendre la nouvelle. Le garde arriva en direction des « chefs » essoufflé et une grosse bosse sur la tête. Il posa ses mains sur ses jambes puis se redressa, paniqué.

- Une Kaär ! La petite rousse ! Elle est… elle est…

Il reprit sa respiration et souffla un grand coup.

- Elle possède la marque de Balthar sur son bras ! Je l’ai vu ! Il faut la rattraper ! Elle va prévenir les Kaärs…

Agitation régnait dans les rangs. Erwan n’en croyait pas ses oreilles. Cassidy une Kaär ? Mais non ! Pourtant il voyait bien les gens autour de lui qui ne comprenait pas plus que ça la situation. Il se mordit la langue puis se leva et hurla d’un air désespéré.

- Ce n’est pas une Kaär !

Le garde se tourna vers lui. C’était l’étranger qui était venu avec la petite rousse.

- Elle vous a tourné la tête ! J’ai vu sa marque ! C’est de la magie démoniaque ! Elle l’a cachait sous un bracelet !

Erwan déglutit. Il l’avait déjà vu ce bracelet mais ne savait pas ce qu’il y avait dessus. Pourtant il resta insistant. Au diable les conventions ! Il fallait qu’il s’explique.

- Non ce n’est pas une Kaär ! Elle les déteste ! Parce que… parce que… ils lui ont pris la personne la plus importante à ses yeux !

Il tourna son regard vers Tristan, assez gravement. Ca pour ça, il lui en voulait ! D’être parti même si au départ c’était la faute d’une Kaär !

- Elle cherche à se venger d’eux ! Je peux vous le dire, elle n’a jamais hésité à en éliminer un seul !

- Ouais ! Vous cherchez juste à la défendre, c’est tout !

- Non ! Mais bon sang, mettez vous un peu à sa place ! Ca vous ferait quoi si la personne qui partage votre vie disparaît du jour au lendemain sans laisser de trace ? Ca vous ferait quoi si vous appreniez sa mort ? Ca vous ferait quoi de la revoir un jour et d’apprendre que cette personne vous a complètement oublié, renié et refait sa vie alors que de l’autre côté vous étiez en train de souffrir au point de vous laisser dépérir ? Ca peut arriver à n’importe qui ! A toi ! A toi ! Ou encore toi ! On n’oublie jamais les fantômes du passé !

Il déglutit difficilement, étant parfaitement conscient qu’il était en train de dévoiler pas mal de choses et que Cassidy lui en voudrait énormément mais là c’était absolument nécessaire.

- Elle est complètement perdue ! Et je ne peux rien faire pour l’aider ! Je vous en prie… ne la jugez pas avant de la connaître… elle n’était pas comme ça avant. Je ne sais pas où elle est partie…

Oh et puis allez, on pouvait bien rajouter une dernière petite information !

- Ce n’est pas Eikä ! C’est…

Il s’arrêta d’un coup alors qu’on entendit une décharge électrique provenant de son brassard en cuir. Ce même brassard que lui avait offert Cassidy. Il grimaça et se tordit de douleur, avant de tomber en arrière et s’évanouir, inconscient. Visiblement Cassidy avait enchanté le brassard pour ne pas qu’on révèle son identité au cas où Erwan se faisait attrapé par des Kaärs.

Décidément cette fille ne faisait confiance à personne !

Plus loin, le pendentif à Tristan, à défaut de briller, semblait lui redonner des forces, le régénérer de cette nuit si courte comme pour l’aider à récupéré.

Beaucoup plus loin… à des heures et des heures de là… derrière la frontière du territoire Kaär, se trouvait une garnison. Un château s’élevait au milieu d’une plaine, entouré de remparts avec une cours assez vaste au milieu pour les séances d’entraînement.

Un grondement assourdissant résonna dans le ciel, suivi d’un éclair comme si l’orage n’était pas loin. Mais du ciel, descendit une énorme boule de feu qui fonça tout droit dans une des tours et l’explosa. De la fumée se dégageait alors que les Kaärs déclenchaient l’alerte d’un intrus. Une petite silhouette sortit des flammes comme si de rien n’était. Un sourire apparaissait sur son visage alors qu’elle sauta au milieu de la cours, gants aux mains et bâton à la main. Une chevelure rousse, un air des plus jmen foutiste sur le visage, elle dévisageait l’assemblée surprise par cette fille complètement suicidaire.

« Bonjour Messires ! J’ai un petit jeu à vous proposer… Eliminez moi avant que je vous anéantisse tous… et déchaîne les enfers… Montrez moi que vous n’êtes pas des mauviettes, je veux voir un beau combat ! »

Les Kaärs se regardèrent puis se jetèrent sur elle. Elle activa son bouclier et les repoussa tous dans une décharge d’énergie. Puis la jeune femme entama un véritable massacre, chaque Kaär mort allégeait sa peine, chaque attaque l’apaisait. Elle se sentait bien, forte ! Elle leur faisait payer son malheur, cette injustice. Puis elle se mit à courir, enflammant un tonneau au passage et le feu se répandit sur des planches et des poutres. Sautant à l’intérieur, elle réapparut sans la moindre blessure et continua à lancer des sorts, puis achevant certaines proies avec sa dague d’une lueur malveillante.

Puis le rythme s’accéléra alors que les plus expérimentés brisèrent sa barrière de magie qui disparut en une poussière lumineuse. Elle fit à la place apparaître une aura de feu qui l’entoura et continua à taper. Une flèche siffla à ses oreilles alors que sa vue se brouillait. Cette dernière vint se planter dans l’épaule de la demoiselle et un instant, elle crut voir la lumière, souriant, apaisée, comme si elle sentait la fin.

Mais elle n’allait pas leur faciliter la tâche ! Elle se releva et fit preuve d’encore plus d’intensité malgré les flèches qui pleuvaient sur elle. Tout y passa. Mais on arrivait à la toucher, lui donner des minces coups. Petit à petit, le visage de la jeune femme changea alors qu’elle venait de lancer une énorme décharge électrique à travers la zone, en touchant certains. Eikä avait disparu mais Cassidy était là. La petite blonde continuait de frapper, hurlant de rage, traçant un arc invisible et dégainant des flèches qui n’atteignirent même pas les archers puisque sa vue se brouillait.

Mais tous ceux qui s’approchaient d’elle, de près ou de loin, se prenait un retour de flammes particulièrement agressif. Le feu se répandit à l’intérieur du château, l’enveloppant d’un nuage noir bien visible.

Au fur et à mesure, quelques mèches blondes viraient au blanc et malgré la flèche plantait dans l’épaule, elle ne ressentait aucune douleur. Jusqu’à ce que l’effet de ses potions de droguée eurent raison d’elle. Le vertige la saisit et elle tomba à terre, souriant, attendant le coup final. Alors c’était ainsi… La fin… Elle serait libérée de cette souffrance.

Soudain, elle vit une ombre se mettre devant elle. Des cheveux rougeoyants… ah elle était déjà au paradis ?


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Ven 25 Oct - 21:17

Beuh… Il avait mal partout… Mais alors vraiment partout !
En plus d’un goût infect, cette horrible potion l’avait empêché de se reposer ces derniers jours. Il était épuisé et son maitre ne lésinait pas sur les entrainements qui avaient lieu toute la journée. Et quand ils étaient arrivés enfin dans leur planque, il s’était fait entraîner bien rapidement à l’écart par ledit maitre qui avait décidé d’accélérer un peu les choses et surtout de les corser. Il avait bien vu la différence monstrueuse, totalement inconcevable entre ses précédentes tentatives pour entraîner le jeune homme et celles actuelles. Eh bien ! Il avait décidé de se mettre sérieusement au travail ou quoi ? Le gamin semblait totalement différent, la nouvelle lueur dans son regard en lisait long sur sa motivation et chose curieuse, son corps semblait enfin suivre le rythme… mais il est vrai qu’il ne pouvait pas y avoir QUE la potion.

Avec un sourire amusé, le colosse se remémorait le magnifique début de raclée qu’avait subi le Drakkari face à la jeune mage fraîchement débarquée. Il avait dû en être sérieusement vexé même si le fait que la demoiselle soit jolie et qu’il ait donc probablement encore moins envie de lui faire du mal devait tout de même intervenir.
Tiens donc tiens donc…
Quoique, c’est vrai que la jeune femme avait un sacré niveau en magie, sa petite démonstration le fameux soir de ces rencontres en ayant ébahi plus d’un. Tous en fait… Mages compris. Qui essayaient de lui poser des questions, s’intéressaient à son savoir mais qui également très vexés d’avoir un niveau inférieur n’étaient pas forcément des plus… accueillants. Bah oui, c’étaient eux les stars avant.

Tristan souffrait clairement mais il ne disait rien et c’est un vrai sourire qui éclairait son visage, comme s’il était ravi de la force qui l’habitait et qu’il parvenait à mettre en œuvre, même si c’était pour une tâche aussi simple que de soulever de gros rochers. Son corps avait commencé à changer dès qu’il avait attrapé au vol l’énorme épée que lui avait lancée sans prévenir son maitre. C’était la sienne. Jusqu’ici, il ne semblait ni la reconnaitre ni savoir comment elle se tenait, ayant juste l’air du pire débutant qui soit. Mais là il l’avait rattrapée au sol, soupesée et admirée avec une affection toute particulière sans s’expliquer pourquoi. L’instant d’après commençait un combat et son corps suivant le besoin, suivant le même chemin de ses progrès redevenait celui du jeune athlète qu’il avait été.

Mais la rançon du succès était pour le moins… douloureuse. Ses muscles le lançaient terriblement comme s’ils s’étaient développés trop vite, ce qui était bien sûr le cas même si c’était leur forme initiale. Sa cicatrice à la gorge n’était pas pour autant réapparue…
Même se tenir droit était douloureux mais il subissait cette torture de bonne grâce, très fier de montrer ces nouveaux muscles et sans même s’expliquer d’où lui venait ce besoin de le montrer d’ailleurs…
« Regardez, regardez ! Je suis fort ! » c’est presque ce qu’il semblait dire… étrangement. Alors qu’il s’effaçait totalement il n’y avait de cela que quelques jours.

Ils étaient rentrés assez victorieux au final. Oui, victorieux, c’était le mot, comme si justement le grand Drakkari avait remporté une victoire. Sur lui-même probablement mais une victoire quand même.
Et tout le monde était enthousiasmé par ce retour et là, les regards semblaient être attirés à juste titre. Du moins c’est ce que semblait également penser une petite demoiselle qui malgré ses airs renfrognés et ses manières peu délicates cachaient comme elle pouvait une titanesque blessure.
Tristan s’était tourné vers elle alors que nombreux étaient ceux qui le félicitaient et que finalement il se mettait à minimiser un peu les efforts fournis. Quand il la vit, il tenta un léger sourire, se souvenant que trop bien qu’elle l’avait traité de faiblard quelques jours auparavant ce qui malgré le côté véridique de la chose l’avait vexé et finalement… elle pouvait se rendre compte à cet instant qu’il n’était pas si faiblard. Pendant un court instant, du fait de la distance, il crut voir de la surprise, de l’amusement, presque un certain apaisement dans le regard de la jeune femme. Comme si elle le reconnaissait là… Alors que lui ne savait toujours pas qui elle pouvait être.
Mais très vite son regard avait changé et c’est pour cette raison qu’il crut qu’elle avait vu quelqu’un d’autre avant de poser enfin les yeux sur lui. Le dégoût dans son regard et l’espèce de mépris qui l’accompagnait le secouèrent plus qu’il ne l’aurait cru. Pourquoi diable cette demoiselle le détestait-elle autant ? Parce qu’il était un dragon ?

Il secoua la tête et se détourna d’elle, fronçant les sourcils et secouant la tête comme s’il chassait une pensée quelconque qui serait gênante. Bah après tout, elle n’avait pas caché qu’elle ne l’aimait pas vraiment… mais en même temps elle ne semblait pas chercher à prendre contact avec les autres, ni à se faire des amis parmi eux. Pourquoi ? Parce qu’ils n’avaient pas l’armée Cheistam pour les soutenir ? La leur était pour l’instant très efficace pourtant !

Et puis Maud était apparue… Magnifique et rayonnante comme toujours. Tout le monde avait été surpris et ravi. Ici, on ne semblait pas faire plus de différences que cela même si elle était sans doute leur chef et bienfaitrice. On ne s’inclinait pas devant elle comme devant une reine, au contraire même, on l’accueillait avec des sifflements joyeux et des éclats de voix mais Tristan restait de loin le plus rapide et personne ne pouvait lui piquer sa place de premier, pour une excellente raison. Il se souciait d’elle, il s’occupait d’elle, de cette belle dame qui l’aimait tant, enceinte…
Personne ne comprit pourquoi dans ce moment de joie, Tristan leva soudainement le bras pour gifler Maud. Une chance qu’il ait mal partout et que ses gestes soient encore rouillés, il ne lui fit pas grand mal mais regarda sa main avec des yeux ronds tandis qu’un silence de mort s’installait, Maud se tenant la joue avec surprise et peine.
Tout s’enchaina, des hommes se jetèrent sur Tristan pour le clouer au sol mais avec une telle organisation qu’il semblait que ce ne soit pas la première fois que le jeune homme ait ce type de déviance. Le garçon tout surpris fut plaqué au sol avec violence et il grimaça sous la douleur de ses muscles tiraillés.

D’ailleurs il se mit soudainement à grimacer et à gémir, essayant de se tortiller sous la poigne de ceux qui le maitrisaient et ils semblaient d’autant plus surpris de sa nouvelle force qui les mettait à  mal. Il gémissait… comme ce fameux soir de fête… Quand son dos avait commencé à le brûler. Cela cessa tout seul mais il semblait avoir mal quand même et Maud avait brusquement pâli, le regardant avec inquiétude avant de relever les yeux, de fixer Erwan et la chaise vide à côté de lui où se trouvait peu avant une jeune femme rousse. Son regard courut de cette chaise vide à Tristan au sol qui s’excusait pitoyablement, lui jurant qu’il n’avait pas voulu, vraiment pas, qu’il ne savait pas ce qui lui avait pris. Elle pâlit un peu plus et dut s’asseoir, demandant à tout le monde de se calmer avec l’autorité d’une femme de poigne et à ceux qui maintenait son protégé de le relâcher. Il se releva lentement, la fixant avec inquiétude et regret mais elle lui fit signe d’approcher et quand il mit un genou en terre devant elle, elle passa doucement une main dans ses cheveux, l’observant avec une tension certaine avant de glisser la main sous son gilet dans son dos. Il grimaça lorsqu’elle appuya sur ses cicatrices et elle retira aussitôt sa main, le regard illuminé par une trouvaille… qui ne semblait pas vraiment la réjouir.

Tout s’enchaina très vite…
Cassidy était partie en catastrophe, bouleversée par ce qu’elle venait d’apprendre, ce qui était tout à fait normal. Et si on chercha à lui opposer une quelconque résistance, ce n’était décidément pas du tout une bonne idée vu son état. Il y eut un moment de battement entre l’instant où elle partit et celui où le garde vint donner une alerte des plus… surprenantes et inquiétantes. Ce moment, Maud le passa à être très pâle même si elle rassurait tout le monde quant à son état en disant que Tristan n’avait pas fait exprès, qu’il voulait chasser un insecte, ce qui était faux bien sûr mais docile et soumis, le jeune homme la laissait dire, fixant avec inquiétude son ventre rond puis son visage tourmenté. Finalement les esprits s’étaient calmés et on souhaitait fêter dignement le retour de la jeune femme par un gros dessert improvisé. Apparemment la dame avait des envies de sucré depuis qu’elle était enceinte assez importantes !

Tout se passait très bien… Jusqu’à ce que le garde posté à l’entrée pour la sécurité n’arrive, une belle bosse se formant déjà sur son front avec une nouvelle des plus bouleversantes.
Une Kaär était parmi eux, la jeune femme qu’ils avaient fait venir chez eux, qu’ils avaient accepté parmi eux, qu’ils avaient traité comme une égale était une Kaär. Bien des expressions passèrent sur les visages des personnes présentes. Beaucoup de surprise, de peur, d’incompréhension puis de colère se succédèrent.
Tristan fronçait les sourcils ne se remémorant que trop bien la tête outrée que la jeune rouquine avait eu lorsqu’elle avait été accidentellement accusée d’être une Kaär par les enfants. C’était comme si à ses yeux il n’y avait pas pire insulte, qu’elle préférait même encore mourir que d’être assimilée à un monstre pareil. Non, quelque chose ne collait pas et son cerveau tournait à plein régime.

Erwan essayait de la défendre alors que quelques personnes menaçantes l’encerclaient pour l’empêcher de s’échapper à son tour. Mais en même temps si elle avait abandonné son coéquipier… elle se doutait que ça tournerait mal pour lui.
Il était assez expressif et alors qu’on parlait de la marque de Balthar, il en semblait le premier surpris tandis que Maud remarquât un tressaillement chez Tristan qui s’était tourné vers le garde. Son visage se fermait, de plus en plus à mesure que les explications de l’un et de l’autre fusaient.
Elle avait perdu quelqu’un qu’elle aimait à cause de Kaär justement, elle les haïssait, il ignorait où elle était. Il racontait une bien étrange histoire cet archer et il semblait vraiment très amoureux de cette « traitresse ». Le visage de Maud se décomposa à mesure qu’elle entendait les explications du jeune homme qui s’évanouit brusquement alors qu’il essayait d’avouer quelque chose.
Un murmure courut dans l’assistance alors qu’ils ne savaient que faire. Kaär ou pas, ils ne pouvaient pas la laisser partir avec tous ces secrets sur l’emplacement de leur planque, leur nombre etc. D’une manière ou d’une autre cela risquait de tomber en de mauvaises mains.
Maud s’était redressée mais elle se figea en remarquant le regard vide du Drakkari et le léger tremblement qui agitait son corps. Brusquement, il sembla retrouver pied dans la réalité et alors qu’elle criait à tout le monde de chercher la jeune femme et de la ramener sans lui faire de mal, c’est un regard plein de peine et de regrets qu’elle posa sur lui alors qu’il lui faisait un clin d’œil.

- Jack…

Il ne l’écouta pas… et courut tout droit vers un des petits précipices de la cuvette qui n’était guère difficile à remonter mais qui là où il se trouvait tombait à pic. Le jeune homme n’hésita pas une seconde et se jeta dans le vide. Son corps fut parcouru d’un éclat puis se flouta brusquement pour être remplacé par celui du jeune et puissant dragon rouge et noir qui s’éloigna en poussant un grand hurlement, s’élevant rapidement dans le ciel par de puissants coups d’ailes.

- Ramène la vivante… Jack…

Elle avait murmuré alors qu’il était déjà beaucoup trop loin pour entendre. Pourtant, il poussa un autre hurlement comme pour lui répondre, cri rauque. Des équipes se formaient ici et là, on se préparait pour organiser les recherches.

Tristan de son côté devait faire une drôle de tête. Il ignorait si ses grimaces se voyaient quand il était sous sa forme de dragon. Que s’était-il passé au juste ? La jeune femme était installée pour manger et semblait à défaut d’être réellement joyeuse plutôt… occupée par son petit ami et pas vraiment contre le fait d’être là et puis… elle était partie d’un coup et on l’accusait à présent d’être une Kaär. Il était persuadé que c’était faux, complètement persuadé, personne ne lui en ferait démordre ! Mais comment expliquer cette certitude ? Parce qu’elle avait l’air, malgré son côté renfrogné et le fait qu’elle ne l’appréciait clairement pas, de quelqu’un de juste, droit et honnête ?
Il fit claquer ses puissantes mâchoires et réfléchit aux douleurs dans son corps. Elles avaient presque toutes disparu ! Du moins ne le gênaient-elles pas plus que quelques courbatures… c’était bien plus profond avant ça. Comme c’était étrange… Ca avait émané de son collier, cet étrange pendentif qu’il ne quittait jamais sous peine de se sentir totalement… seul et vulnérable, qui avait bien failli coûter une main à un de ses amis pendant une bagarre quand il avait failli le lui arracher. Ce pendentif auquel il tenait tant et qui était avec son épée son dernier lien avec une vie dont il avait tout oublié. C’était doux et frais et pour lui qui avait toujours une température élevée c’était assez apaisant, frais et en même temps aussi agréable qu’un bon bain de soleil. Ses forces l’avaient rejoint, il s’était sentit ragaillardi tandis que les tensions de son corps s’apaisaient, diminuaient.

D’où est-ce que cela venait ? Ca lui était déjà arrivé à quelques reprises sans qu’il ne se l’explique davantage mais jamais encore ça n’avait été aussi fort ! D’ailleurs il n’en avait parlé à personne ! Il avait bien trop peur que les mages veuillent examiner le bijou et il n’était ni prêt à l’enlever, ni prêt à laisser quelqu’un le tripoter au risque de l’abîmer. Cette chose là lui était précieuse. Il ne savait pas pourquoi ni comment il le savait mais il en était persuadé. D’ailleurs le bijou s’encastrait dans son front quand il se transformait mais aujourd’hui, sous sa forme de dragon plus grand plus fort et nettement plus beau, ses écailles brillaient tant avec le jeu de la lumière quand il les faisait doucement bouger qu’il pouvait parfaitement passer inaperçu.

Peu importe, ce n’était pas le moment de penser à cela. Il devait retrouver cette jeune femme totalement inconsciente de s’être éloignée seule. Il ignorait comment mais il avait l’impression que quelque chose n’allait pas, déjà parce que même si elle était sûre d’elle elle n’était pas folle au point de s’aventurer seule dans des lieux inconnus, ensuite… parce que quelque chose le lui disait… peut-être son instinct tout simplement, celui-ci était devenu si développé qu’il captait aujourd’hui des choses qu’il ne comprenait généralement pas tout de suite.

Il vola longtemps traçant de larges cercles concentriques autour de leur base. Puis à un moment son ouïe l’avertit qu’il y avait des animaux effrayés plus bas et il se rapprocha un peu du sol, remontant leur piste avant d’apercevoir beaucoup plus loin, vraiment loin le volute épais et sombre d’un feu qui n’avait absolument rien d’un joyeux feu de camp.
Rassemblant ses forces, le dragon s’éleva beaucoup plus haut, disparaissant dans les nuages pour attraper des courants aériens qui le porteraient davantage. Il lui sembla qu’il n’avait jamais volé si vite, son esprit s’embrouillait, il peinait à réfléchir mais il se retrouva finalement à faire un piquet.

Tout de suite, il repéra une silhouette gisant au sol, vit les guerriers Kaärs qui s’approchaient d’elle… Combien étaient-ils face à une seule jeune femme ? Des dizaines ! L’un d’eux leva son épée pour frapper.
Tristan n’essaya pas de faire mieux, il n’avait pas le choix. Il se retransforma au vol alors qu’il était à une dizaine de mètre de celui-ci et sortant son épée, écrasa sous son poids l’homme qui allait frapper qui avec le choc de l’impact s’évanouit. L’attaque prit tout le monde de cours alors qu’ils levaient les yeux vers le ciel, n’y comprenant rien et n’ayant probablement pas vu le dragon percer brusquement les nuages droit sur eux.
Le jeune homme lança un coup d’œil derrière lui à la jeune femme qui s’évanouissait, serra ses deux mains sur le manche de son épée et son regard devint terrifiant alors qu’il se sentait pris d’une colère mêlée d’une puissante euphorie, d’un goût, d’un besoin de combattre qu’il ne se connaissait pas.

- Vous… n’auriez… jamais dû… poser vos sales pattes… sur une femme…

L’instant d’après, le carnage commençait…



BAAAMMMM !!!!!

- Outch ! Doucement ! Doucement ! C’est moi ! Jack ! Le Drakkari ! Tout va bien ! Vous êtes en sécurité !!!!

Le jeune homme se massa le ventre en grimaçant. Wahou ! Elle avait de sacrés réflexes la jeune femme quand même. Elle se redressa en position assise, le fixant avec des grands yeux en regardant autour d’elle, l’air paniquée ou perdue et même… en colère.
Ils étaient sous le couvert des arbres et comme une odeur de fumée très diffuse se faisait sentir, ils devaient être plutôt loin des ruines de ce petit camp Kaär. Ils n’étaient pas très loin d’un petit ruisseau vu le glougloutement de l’eau qui s’entendait très distinctement et la journée touchait à sa fin vu comme le soleil déclinait au-dessus des arbres.

Tristan était à genoux proche de Cassidy, les mains bien en évidence, comme pour montrer qu’il n’était pas armé ni rien. Elle s'était réveillée en sursaut en tous les cas et son genou avait filé tout droit rencontrer l'estomac de son "sauveur". Son épée reposait en effet un peu plus loin, tout comme le bâton de la jeune femme qu’il avait pris soin d’installer à l’abri contre un arbre. La demoiselle quant à elle reposait sur un épais lit de mousse. Il était torse nu et de longues blessures lui tailladaient les bras et le buste, même une de ses joues.
Quand elle se tourna vers lui, il fit un timide sourire à la jeune femme qui comme elle se mettait à le fixer avec décidément beaucoup trop d’insistance réussit à le faire légèrement rougir et détourner la tête.

- Je… j’étais pas en train… de vous agresser. Je… je voulais juste examiner votre blessure… c… c’est tout… il faut la soigner rapidement avant que ça s’infecte….

Le jeune homme semblait gêné et un peu perdu mais il releva les yeux vers elle et lui fit un sourire rassuré, avouant à mi-voix qu’il était content de voir qu’elle allait bien. Elle faisait une bien étrange tête comme si elle était contente d’entendre ces mots et en même temps comme s’il la blessait cruellement avec de telles paroles. Il ne comprit pas.
Tristan regarda la demoiselle lancer une grimace, un coup d’œil peu amen vers la flèche qui lui traversait l’épaule… puis essayer de tirer dessus d’un coup sec !
Il poussa un grognement de désapprobation alors qu’il agrippait sa main pour l’empêcher de faire.

- Arrêtez ! ce n’est pas à traiter à la légère ! Si vous vous sectionnez un tendon vous ne pourrez peut-être même plus vous servir de votre bras comme avant et ça avec ou sans soutien de la magie ! Calmez-vous ! Je ne veux pas vous faire de mal ! Je suis venu vous sauver !

Elle écarquilla les yeux, le regardant et il crut qu’elle le prenait mal. C’est vrai qu’elle semblait très fière comme jeune femme.

- Euh… non ! Pas vous sauver… euh… vous prêter main forte… f…finir le travail ? En même temps c’est vrai qu’il n’y avait plus grand monde à… éliminer…

Cette fois-ci un léger sourire illumina le visage du jeune homme alors qu’il la poussait doucement à se rallonger, enfin plutôt essayer alors qu’elle commençait à lui sortir des paroles blessantes, l’envoyant balader, comme si elle n’avait absolument pas besoin de lui…

- Ca suffit maintenant ! Arrêtez !Vous n’êtes pas en état de vous la jouer grande guerrière résistante ! Vous avez perdu beaucoup de sang… Tout le monde se demandait ce qui s’était passé, ce qui vous avait pris… et si j’ai été plus rapide que Maud, aucun doute qu’elle m’aurait envoyé à votre recherche ! Vous savez, ce n’est pas bien de lui donner du souci comme ça… ce n’est pas bon pour le bébé !

A sa grande surprise, la jeune femme cessa aussitôt de lutter, comme s’il venait de lui infliger un violent coup. Alors qu’elle essayait de se redresser depuis un moment et que lui n’osait pas forcer de peur de lui faire mal, les muscles horriblement douloureux depuis la fin du combat, elle s’était rapidement arrêtée. Il crut voir des larmes briller au coin de ses yeux alors qu’elle détournait la tête pour ne pas qu’il la regarde. Il avait installé la mousse de telle sorte qu’elle était en déséquilibre, son épaule blessée largement surélevée pour que sa blessure ne soit pas en contact avec le sol, ni elle, ni la flèche qui n’aurait pas arrangé l’état de ladite blessure. Il essayait de voir comment la retirer mais le brusque silence et l’absence de réaction de la jeune femme gênait le Drakkari.

- Euh… il faudra peut-être… retirer votre chemise… pour que je soigne votre blessure dès que j’aurai retiré la flèche… Hum… s… Serrez les dents.

C’est ce qu’elle fit probablement car si elle se crispa, aucune plainte n’échappa à la jeune femme quand il cassa la pointe de la flèche pour retirer avec des gestes doux, lents et précautionneux le reste de l’arme de l’épaule de la demoiselle. Rassuré, il essayait de la toucher le moins possible, ayant bien vu qu’elle ne l’appréciait que très moyennement.

- Ca va… c’est fini… bravo… Vous êtes forte ! Euh… faudrait que… que je m’occupe d’arrêter l’hémorragie là… vous pourriez enlever votre tunique ? Je suis désolé, je vous laisserais bien le faire vous-même… mais malheureusement on a tendance à être trop superficiel avec ses propres blessures, je ne voudrais pas que vous soyez malade.

Un rire nerveux et silencieux sembla agiter la jeune femme qui ne se retournait pas. Blessé, il serra les dents mais posa doucement sa main sur sa taille, rougissant légèrement face à l’audace de son propre geste.

- S’il vous plait… je suis désolé… Je ne veux pas vous faire de mal… et je ne voulais pas vous blesser avec… l’inquiétude de Maud. C’est une femme formidable vous savez ! Je l’aime beaucoup… c’est pour ça que je ne veux pas l’inquiéter… et en plus si elle n’est pas bien quand son mari arrivera, il va beaucoup m’en vouloir, même s’il ne le dira pas et je me sentirai très mal… Alors s’il vous plait, ne le prenez pas mal… Je ne dirai à personne que je vous ai vu… je vous raccompagnerai jusqu’à la base et nous rentrerons séparément si c’est ce que vous voulez, personne ne le saura, votre honneur sera sauf, mais mademoiselle, s’il vous plait… je… je ne suis pas… je ne suis pas quelqu’un de mauvais, enfin j’essaie, laissez-moi vous soigner, je ne vous embêterai plus après… et euh… hum ?!

Elle s’était redressée et retournée très vite et il se retrouva soudain, à genoux comme il l’était, penché en avant inquiet, le visage très proche du sien. Ses joues se colorèrent légèrement alors qu’il louchait un peu pour la regarder dans les yeux, pris au dépourvu.
Mais alors qu’il semblait tétanisé par la gêne, elle se mit à parler d’une voix qu’il n’avait jamais entendu. Ce n’était pas le ton grognon, moqueur, agressif ou blasé… c’était autre chose, il ne savait pas trop quoi, mais c’était… mieux.

- Qu’est ce que tu as dit ?
- Euh… que je ne vous embêterai plus si je peux vous soi…
- Non pas ça !A propos de Maud.
- Oh… Que son mari allait bientôt rentrer ? Il se fait beaucoup de souci pour leur bébé. Il faut dire qu’elle a fait beaucoup de fausses couches… ils ne pensaient pas pouvoir en avoir un, un jour. Et donc…
- Elle est enceinte… de son mari ?!
- Bah… euh… oui… vous voulez qu’elle soit enceinte de qu…

Le jeune homme pâlit brutalement et écarquilla les yeux, tombant directement assis en arrière, déjà bien trop perturbé par la proximité de la jeune femme…

- Vous… Vous… Vous avez cru que… NON NON NON NON !!!!! Je… Je ne suis pas du tout… ce n’est pas… Enfin ils disent que c’est grâce à moi mais… mais c’est faux… ce sont… enfin les trucs de dragon ! Des écailles, du sang… j’ai… j’ai pas participé à la copulation ! Vous êtes folle ?!!!! Elle ! J’adore Maud ! Mais… mais pas comme ça ! C’est comme… une grande sœur ! Je… je vais être le parrain c’est tout ! Le bébé me parle, je le comprends… je… je traduis… c’est… c’est tout !

Il avait la tête baissée, l’air très gêné et un long silence s’installa avant qu’il ne relève timidement les yeux.

- V… vous avez vraiment cru que… Enfin Maud est très belle mais… qu’est ce qu’elle ferait avec un type comme moi, franchement… ?

Il sourit, cette fois-ci avec sincérité et secoua la tête amusé avant de lui demander de lui montrer sa blessure. La demoiselle s’exécuta sans rechigner cette fois, comme si c’était donnant donnant et il détourna rapidement le regard en remarquant que l’espèce de brassière qu’elle portait n’était pas des plus… couvrantes… Enfin rapidement n’était pas vraiment le bon mot. Il resta en arrêt un court instant, la bouche entrouverte avant de secouer la tête et de fermer les yeux en bafouillant des excuses. Il fut très occupé par sa blessure pendant les quelques minutes qui suivirent et appliqua dessus une épaisse mixture qu’il avait préparé plus tôt apparemment et semblait être un mélange de plantes et… d’une poudre rouge.
Il sembla remarquer son intérêt pour cette chose étrange. Après tout, même si elle était devenue renfrognée et bougonne la jeune femme était curieuse de nature et puis… probablement de bien meilleure humeur qu’un peu plus tôt.

- Ne vous en faites pas… ce n’est qu’une de mes écailles broyée… Ca ne vous garantira pas une guérison éclair mais… vous n’aurez aucune cicatrice et le tout aura vite disparu ne vous en faites pas… et vous devriez avoir très vite moins mal normalement, ça anesthésie un peu… enfin c’est ce qu’on m’a dit… Les mages… et les habitants les utilisent régulièrement, il n’y a aucun danger, je vous jure…


Il tentait un peu maladroitement de lui faire un pansement avec un mouchoir qu’il venait de tirer d’une de ses poches et avait la langue coincée entre les dents tandis qu’il essayait de faire un nœud.
Enfin, le jeune homme se retourna pour admirer son travail et sourit soulagé, lâchant un soupir.
Sauf que ses yeux quittèrent la blessure et qu’il ne sembla se souvenir que la jeune femme n’était au final que peu habillée qu’en la fixant pendant une longue minute totalement aux arrêts, les muscles de sa mâchoire se contractant brusquement, une lueur d'admiration dans le regard.

- Hum… Pardon !


Il s’était retourné, lui tendant son gilet au cas où elle ait froid… puisqu’elle ne pourrait que nouer sa tunique autour de ses épaules, risquant plus de se faire mal qu’autre chose si elle tentait dès maintenant de la réenfiler.
Il lui tournait toujours le dos, gêné, triturant le sol avec un bout de bois quand il sembla remarquer, sans que rien ne le présage qu’elle se tripotait les cheveux, se rendant probablement brusquement compte qu’elle n’était plus du tout… rousse et donc que sa véritable apparence s’était révélée aux yeux du jeune homme. D’ailleurs il avait des yeux dans le dos ou quoi ?! Comment pouvait-il s’en rendre compte ?

- Vous étiez déjà ainsi quand je suis arrivé…

Il se retourna doucement et lui fit un léger sourire.

- Ecoutez… je sais que vous ne m’aimez pas beaucoup… mais sachez que je ne vous poserai aucune question sur le pourquoi de cette apparence ou pourquoi vous êtes brusquement partie d’un endroit sécurisant… Ni comment vous avez fait pour vous retrouver si loin… Vous allez bien, c’est le principal.

Il sembla remarquer la question qu’elle ne posait pas et un grand sourire de gamin étira ses lèvres.

- Je vous ai reconnu à l’odeur… Oui parce que vous étiez différente, c’est vrai… mais votre odeur n’avait pas changé ! Vous sentez les fleurs… et… euh… je sais que mon avis ne doit pas beaucoup vous intéresser mais… vous êtes quand même… beaucoup plus belle en blonde… enfin je dis ça… je ne dis rien. Hum…

Il se passa une main dans les cheveux, les ébouriffant et remarqua le regard qu’elle posait sur lui, sur ses blessures… Ah ben oui, forcément, elle devait vouloir lui rendre la pareille. Sauf qu’elle était à plat la petite mage, complètement à plat et ça se voyait, même si elle faisait la fière !

- Ne vous en faites pas, mes blessures vont disparaitre toutes seules d’ici peu… l’avantage d’être un dragon… guérir vite et pouvoir soigner les autres… Essayez de vous reposer un peu… on ne va pas essayer de rentrer tout de suite, un orage risque d’éclater, je ne voudrais pas voler par ce temps… surtout en ayant un passager ce que je n’ai encore que très peu fait. Je vais aller chasser. Je reviens, je vous le promets ! Je vous laisse mon épée en attendant d’accord ? Je ne partirai pas sans elle, donc si vous y êtes accrochées, je ne peux pas partir sans vous… et… j’espère que vous n’aurez pas essayé de partir toute seule quand je reviendrai, vous avez besoin de repos damoiselle, vraiment…

Il se releva s’époussetant les genoux dans un réflexe qu’il avait auparavant avant de se relever en faisant craquer ses poings. Effectivement, ses blessures semblaient déjà s’être un peu résorbées. Et brusquement, allant à l’encontre de tout ce que son ton naïf, ses expressions candides et ses airs innocents présageaient, il fit un grand sourire un brin moqueur à la jeune femme.

- Et je n’attends aucun remerciement de votre part parce que vu la vue à laquelle j’ai eu droit il y a quelques minutes, je crois plutôt que c’est moi qui vous suis redevable.

Il rit, à peine surpris de sa propre audace apparemment, plus amusé qu’autre chose et tourna la tête en tout sens, se concentrant pour trouver un gibier proche.

- D’ailleurs je me suis loupé tout à l’heure en arrivant à vos côtés, en me retransformant en vol… je ne l’avais jamais fait avec une épée, mon corps de dragon absorbe ce que je porte normalement et me le restitue mais là c’était trop… d’un coup sans entraînement… j’avais l’épée… mais mes vêtements me sont tombés du ciel un peu après alors heureusement que vous étiez évanouie… parce que là, j’aurais eu vraiment honte sinon… quoique, être tout nu pour se battre, c’est quand même pratique !

Une aisance en paroles, en plaisanterie, un ton léger pour parler d’un sujet aussi intimidant, reconnaissables entre mille non ? Il lui fit un signe de la main puis s’éloigna rapidement et revint comme promis quelques minutes après, avec un marcassin, les blessures de son corps ayant encore rétréci.

- J’espère que vous avez faim damoiselle…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Sam 26 Oct - 2:25

Cassidy ignorait tout ce qui se passait et comme la plupart du temps, elle se confondait en méprises, tirait des conclusions hâtives et perdait son calme… très rapidement. Ca Erwan ne l’avait pas loupé et il savait parfaitement que tant que la jeune femme n’aurait pas le cœur net avec Tristan, tant qu’elle n’aurait pas de réponses, elle n’était pas vraiment prête de passer à autre chose. Pourtant elle était fière, admirative devant le corps de son ancien compagnon, qui, pour une raison obscure, était revenu à la normale.

Mais l’arrivée de Maud gâcha tout. La petite mage, tellement sûre et certaine que Tristan était directement retourné vers la grande dame, et que cette dernière avait profité de la situation, surtout après lui avoir dit qu’elle serait là au détour du chemin si Tristan se perdait. Beaucoup d’émotions s’exprimaient chez Cassidy et il est vrai que sa nature agressive, haineuse, ressortait beaucoup à travers ce symbole qui lui comprimait parfois le bras, l’invitant dangereusement à se laisser tenter. Mais à l’ancien Tristan, elle lui avait promis de tenir, de faire de son mieux même si parfois c’était difficile.

La voilà qui était partie pour une mission totalement suicidaire, pensant à de sombres paroles qui lui faisaient très mal. Mais au moins elle se rendait compte d’une jeune douloureuse. Tristan… elle n’arrivait pas à l’ignorer. Tout ce qui le touchait l’impactait, tout ce qui lui était arrivé la rendait curieuse, haineuse. Alors peut-être qu’au final, dans un petit coin de son cœur, elle l’aimait toujours. Mais plutôt mourir plutôt que de supporter cette situation !

Elle se battait avec honneur, ayant décidé d’en tuer le plus possible, sans leur laisser le temps de réagir. Ses mèches de cheveux devenaient blanches, la magie la quittait petit à petit. Et elle se maudissait ! Pourquoi il n’y avait pas plus ?! Pourquoi elle n’arrivait pas à débloquer cette partie qui pourtant était présente mais incapable d’utiliser le plein potentiel de cette magie ?

La flèche qu’elle reçut dans le bras ne lui fit même pas mal car elle était très certainement sous l’effet de ses drogues et continuait de se battre, jusqu’à ce que la drogue prenne le dessus. La jeune femme s’était évanouit, tout en apercevant une silhouette rouge. Oui elle était très certainement au paradis… ou en enfer qui sait.

De ce qui se passait, la demoiselle n’en savait rien, le noir était complet.

Lorsqu’elle reprit connaissance, elle sentit qu’on bougeait autour d’elle. Ayant acquis des réflexes étonnants, son pied était directement parti en un coup violent. Etre assise était trop peu dire, elle était carrément accroupie, les mains devant elle dans une attitude défensive, montrant les dents et fixant l’inconnu qui avait osé s’approcher. Visiblement, elle devait en avoir des nuits perturbées et le sommeil peu tranquille pour réagir de la sorte. Aucune confiance. Elle regarda ses mains et vit qu’on lui avait également retiré ses gants, qui établissaient une connexion avec sa magie et son bâton.

Eh bien pour fille presque morte, elle récupérait plutôt bien. La jeune femme entendit la voix de Tristan mais quand il prononça ce pseudo de substitution, cela ne calma pas pour autant Cassidy, outrée de voir que le Drakkari n’utilisait plus son véritable prénom. Elle se tenait fermement devant lui. Le vouvoiement, le prénom… c’était des choses qu’elle n’arrivait pas à accepter.

Elle tenta de remettre ses idées en place mais la drogue était toujours bien présente et sa vision se brouillait parfois. La demoiselle sentait qu’elle était posée sur une sorte de matelas assez doux. Lorsque sa vue revint peu à peu, Tristan se tenait face à elle, torse nu et couvert de blessures. Cassidy grinça des dents ! Mais il jouait à quoi là à la sauver pour mieux la détruire à petit feu ? Comme un dragon en effet. Elle le regardait avec insistance mais n’était pas encore en état de parler.

Il parlait d’examiner sa blessure et Cassidy parut… très impressionnante pour le coup. Son regard lançait des éclairs, comme un animal qu’on essayait de soigner et qui ne voulait apparemment pas se laisser faire. Elle grogna en regardant la flèche et l’attrapa pour tenter de la retirer d’un coup sec. Après tout… une blessure de plus ou de moins, quelle importance ! Mais il l’arrêta d’un geste.

La jeune femme voulut le repousser, souhaitant déclarer qu’elle avait vu pire ces derniers mois mais il parlait d’un sauvetage. Là elle se retint de rire car heu… sauver ou faire souffrir davantage ? Choix difficile… Il crut comprendre qu’elle n’avait pas besoin d’un sauvetage et changea sa phrase. Mais par pitié qu’il arrête ce vouvoiement ça la renfrognait encore plus !

Il voulut la rallonger et elle s’opposait farouchement à cela tout en prenant un air ironique.

« Nan mais sérieusement comme si j’avais besoin d’aide ! C’est bon ! Je… »

Il se fâcha un peu et si la demoiselle s’enflammait encore plus quand il la traitait de grande guerrière, elle se laissa retomber d’un coup. Aïe ça faisait mal là… C’est vrai. En même temps il aurait du la laisser mourir en guerrière ! Pas en pleurnicheuse ! Ses yeux brillaient mais elle ne sortit plus le moindre mot alors qu’il parla d’enlever sa tunique pour soigner. Elle voulut lui dire un truc mais… sa langue était comme faite de plomb, repensant à cette image de ce petit couple heureux qui attendait un enfant.

Finalement il cassa la flèche et elle ne broncha pas, ayant appris à ne plus montrer sa douleur, sa peine et encore moins pour les blessures physiques.

Tristan lui demanda alors d’ôter sa tunique et elle haussa les épaules. Autre chose qui avait bien changé, elle n’était plus aussi pudique qu’avant, même si son regard était pour le moment perdu dans le vide. Si le Tristan qui la connaissait la voyait, il serait certainement très surpris de la retrouver comme ça et ne comprendrait pas le moins du monde.

Le Drakkari posa la main sur sa taille et la jeune femme eut comme une crispation, comme si elle avait peur ou plutôt, comme si elle craignait qu’avec des gestes comme ça, ça pouvait lui rappeler des souvenirs bien douloureux. Il parlait de Maud et alors qu’elle écoutait qu’à moitié ce qu’il racontait, elle eut une expression bien étrange qui passa sur son visage. Avait-elle bien entendu ? Mari ? Pas Tristan ?

Heu… la drogue était forte… très forte certainement ! Elle demanda des explications tout en se tournant très rapidement vers lui, créature un peu sauvage qui le fixait intensément sans vraiment comprendre pourquoi il lui racontait ça maintenant. Maud… pas avec lui ? C’est vrai, le ton de sa voix avait changé et elle semblait plus curieuse de comprendre. Une longue révélation donna le vertige au cœur de Cassidy alors que Tristan venait de tomber en arrière. Ainsi donc… il n’avait rien fait ? Pour de vrai ? Elle s’apaisa et se sentit un peu mieux pour le coup.

Il lui avait enlevé sa tunique. La jeune femme avait ramener ses cheveux teintés de mèches blanches sur le côté machinalement, alors il eut une magnifique vu sur sa cicatrice dans le dos, sans qu’elle ne remarque ni ne fasse vraiment attention. Une autre blessure méritait son attention mais il était tellement troublé que le jeune homme n’avait fait attention à rien. C’était une blessure assez étrange, qui paraissait ancienne. Une sorte d’anneau brun et noirci avec de la peau normale en son centre. C’était comme si un objet encore brûlant avait été appliqué là-dessus et que cette marque n’était jamais partie.

Elle n’éprouvait aucune gêne et en fut d’ailleurs surprise. Mais après ces révélations, elle pouvait au moins le laisser faire. Finalement elle ne voulait plus mourir. Il était en train de moudre une poudre et elle le regarda alors qu’il s’expliqua. N’écoutant qu’à moitié les informations, trop heureuse de savoir que non au final Maud n’était pas avec lui, elle ne montra pas sa crainte énorme sinon il était sûr que la demoiselle aurait déjà sauté en l’air, refusant qu’on lui applique un truc de dragon sur elle.

Mais une autre chose la surprit… Elle venait de voir ses mèches blondes et fut frappée d’horreur. Ainsi c’était vrai il ne la reconnaissait pas ! Oui mais il devait y avoir une bonne explication. Elle se laissa faire pour son pansement improvisé mais en effet, quelque chose n’allait pas. Il avait l’air de comprendre et lui expliqua qu’elle était déjà ainsi. Bon dans un sens elle s’attendait à reprendre son apparence, sa magie s’épuisant rapidement. Mais qu’il parle d’endroit sécurisant et patati patata… elle faillit répliquer qu’elle n’était pas chez elle et qu’il n’y avait aucune sécurité… nulle part.

Alors qu’elle se demandait comme diable il avait fait pour la retrouver, il parlait d’odeur. Heuuuu il était sérieux là ? Elle était pleine de boue, sale et il lui trouvait encore une odeur de fleurs… Eh ben… les dragons ont la tête qui tourne apparemment. Il parlait… beaucoup trop… mais le fait d’être bavard l’aidait à mieux comprendre les choses.

Elle remarquait qu’il était blessé, et, ne souhaitant pas être redevable, voulut l’aider à son tour, juste gentiment mais il l’arrêta rapidement. Agacée, Cassidy leva les yeux au ciel d’un air de dire « Mais bien sûuuuur ! c’est tellement logique que les dragons se soignent ! Je suis pas stupide quand même ! ». Il parlait de la vue puis elle grommela. Et le jeune homme paraissait un peu plus… sûr de lui.

Elle se figea, reconnaissant un peu le comportement de Tristan et quand il parla d’être tout nu, l’imagination de la jeune femme repensa aux moments assez… intimes avec lui et elle détourna la tête pour cacher un rougissement croissant sur ses joues. Non mais il n’allait pas bien de dire ça ! Encore un peu et… eh bien rien.

Il revint avec une proie et malgré le gilet qu’elle avait laissé à terre tout en se relevant, Cassidy le regardait assez férocement, pas gênée le moins du monde d’être couverte uniquement par une brassière devant lui.

« Pas vraiment non… »

Elle leva les yeux au ciel une nouvelle fois et même si elle s’était un peu radoucie, ça n’avait rien à voir avec avant, à cause du caractère qu’elle s’était forgée.

« Mais nom d’une Kakarouette Tristan tu vas arrêter de me vouvoyer dit ? Sinon je fais la grève de la fin jusqu’à ce que tu me dises tu ! Et je ne bougerais pas d’ici, et c’est même pas la peine de me trainer de force si tu ne me tutoie pas ! »

La jeune femme s’agita en fixant le ciel. Bien sûr il lui était simple de partir très rapidement mais peut être que c’était l’occasion d’en apprendre davantage. Même si il était particulièrement agaçant. Elle faisait les cent pas puis secoua la tête en agitant ses cheveux blonds et blancs.

« Ah et il est hors de question que je te monte dessus… Non mais pervers ! Enfin non c’est moi qui suis perverse mais… enfin tu m’as comprise… aaaaaaaaaaah ! Fin, je préfère ma monture… enfin… mon cheval quoi ! Sinon je marcherais à pied ça me suffira bien ! Même si ça prend plus de temps, rien à fiche. Et puis j’ai le vertige en hauteur… heu non ! mais…fin… »

Elle s’arrêta net d’un coup alors que ça la piquait sérieusement du niveau de sa blessure. La jeune femme regarda son épaule en cherchant à comprendre, surtout que la douleur était de plus en plus intense. Le regardant un instant intrigué, elle le questionna à nouveau.

« T’as mis quoi dessus déjà ? »

Il lui répéta et elle devint aussitôt très blanche avant d’injurier copieusement son bras puis avait une attitude un peu de panique.

« Merde ! Pas ce truc là ! »

La jeune femme avait de plus en plus mal en serrant son épaule. Elle se mordit la langue tellement fort que du sang coula de sa bouche, traçant des lignes sur son menton. Elle jura une nouvelle fois en regardant son épaule, lança un sort pour éviter d’arracher le mouchoir de force et regarda sa blessure qui avait prit une couleur rouge vive, comme si sa peau réagissait vraiment, mais alors vraiment très mal. Elle tomba à genoux puis quand Tristan approcha, elle tendit la main en avant, lui demandant de rester à l’écart, que c’était à elle de se débarrasser de ça.

*On se calme !*

Elle se concentra et une flamme apparut dans sa main droite. Etrange rituel, elle appliqua sa main sur son épaule. Fermant les yeux, aveuglée par la douleur, et soudain très transpirante, elle convulsa un moment mais ne dégagea pas sa main. Puis, sa peau se résorba et une tache marron apparut autour de la blessure alors que Cassidy se calmait peu à peu, respirant difficilement en regardant le sol. Elle saignait encore mais ça allait déjà mieux. Le pauvre Tristan n’avait sûrement rien compris de cet étrange spectacle alors que la demoiselle se redressa tout en ramassant le mouchoir.

« J’aurais préféré guérir de manière plus naturelle mais bon… »

Cassidy s’approcha de lui et lui tendit le mouchoir en le regardant un peu vexé.

« Heu… écoute c’est pas que je veux pas mais… j’ai pas encore réussi à… »

Elle inspira profondément puis ébroua ses cheveux tout en les ramenant en arrière, cherchant ses mots pour éviter de le blesser même si quand même, ça avait du lui faire un peu de mal.

« Vaut mieux éviter de mettre des choses de ce genre sur moi. Enfin la magie et les dragons… pas bon… les dragons sont immunisés contre la magie, enfin presque, mais… ça peut aussi être dangereux. Enfin pour moi en tout cas »

La jeune femme s’approcha de lui et lui donna une pichenette sur le nez.

« C’est pas de ta faute tu pouvais pas savoir. Mais évite les trucs de dragon avec moi à l’avenir… Quand tu n’avais pas ta perte mémoire au moins tu avais la délicatesse d’éviter les trucs de dragon. Si tu peux faire ça je t’en serais trèèèès reconnaissante ! »

Elle lui donna le mouchoir puis tendit son épaule pour qu’il lui remette le bandage à nouveau, puisque le sang coulait toujours. Puis la jeune femme soupira.

« T’inquiète pas j’ai l’habitude… avant je me régénérais rapidement… mais depuis quelques temps, les guérisons sont très dures, douloureuses et d’autres blessures ne disparaissent jamais. Enfin c’est comme ça… »

La demoiselle se tourna vers lui et le fixa intensément une nouvelle fois. Elle était si proche de lui mais en même temps se sentait si éloignée. Mais, peut être serait-il préférable qu’elle donne une explication à nouveau sur les dragons. Elle soupira un instant, lui tourna le dos, puis le regarda à nouveau, sans aucune gêne.

« J’ai affronté un dragon corrompu il y a quelques années en arrière. Malheureusement j’ai gardé quelques… séquelles et c’est pour cette raison que j’accepte difficilement ce… genre de chose. Rien contre toi hein ! Enfin, je pense pas que tu te rappelles du traumatisme que j’avais avec cette histoire. Mais bon… »

Il paraissait peiné ou du moins, c’est ce qui lui semblait, de ce qui arrivait à la demoiselle. Cette dernière essuya un peu son sang autour de la bouche puis, certainement à cause de la drogue, et sans comprendre cette folie qui l’animait, elle s’approcha très dangereusement de lui.

« Oh si tu veux faire quelque chose pour m’aider, je pense que ça peut s’arranger. De plus, il est de tradition de… récompenser son sauveur… »

D’un geste expert et très naturel, elle entoura ses bras autour de son cou et sa nuque, le prenant par surprise, le força à pencher la tête en avant et déposa sur ses lèvres un magnifique baiser qui exprimait la passion, une certaine joie peut être, un soulagement intense. Comme si elle était condamnée à ne plus le faire. Son cœur cognait un peu plus fort dans sa poitrine puis elle s’écarta un peu de lui… avant de tomber sur le matelas en mousse, en se frottant contre celui-ci et faisant des drôles de bruit de satisfaction.

« Rrrrrrrrrrr rrrrrrrrrrrr »

Ah… la drogue…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Dim 27 Oct - 8:22

Tristan s’était éloigné pour aller chasser.
Il avait besoin de se nourrir rapidement, son corps commençait à le lâcher et quoi de plus normal après tous ses efforts. Il était plus fatigué qu’il ne l’aurait cru au final et ne s’en rendit compte qu’en s’éloignant de la jeune femme qu’il avait tout de même réellement « sauvée ».
Bien sûr, il s’était efforcé d’utiliser d’autres termes devant elle parce qu’elle lui avait lancé un regard peu amen. Oulàlà ! Quel caractère !
La demoiselle n’aimait décidément pas passer pour une faible petite chose et de toute façon, elle était loin de l’être. Tout le monde peut avoir besoin d’aide à un moment ou un autre mais elle semblait affirmer que ce n’était pas son cas et étrangement même s’il avait été dans son sens, cette réaction l’avait un peu blessé. Flûte, il ne pouvait pas faire le fier guerrier fanfaron.

En repensant à ce sentiment, Tristan fronça les sourcils. Depuis quand voulait-il faire les fanfarons ? C’était étrange… Il ne se souvenait pas d’en avoir jusqu’ici ressenti le besoin.
Il haussa les épaules, désinvolte puis s’adossa contre le tronc d’un arbre en repensant à ce qui s’était passé. Il devait y réfléchir. Il avait besoin d’y réfléchir. Seul, au calme.
Mais un jeune marcassin égaré eut le malheur de passer près de lui et le jeune homme repoussa ses pensées pour se concentrer sur la chasse qui ne dura qu’un très bref laps de temps.
Finalement, il fut rapidement de retour et lança un timide sourire à la demoiselle qui était fort heureusement toujours là. Au moins, grande blessée autoritaire et têtue, elle l’avait écouté !

Il posa l’animal au sol sans effort et lui adressa une petite phrase toute simple à laquelle elle répondit assez… sévèrement. Du moins au départ.

Tout s’était passé très vite au final.
Il avait commencé à se confier, à lui raconter beaucoup de choses sur lui, sur Maud, comme s’il se persuadait que tout ceci pouvait calmer la jeune femme, la rassurer. Et il avait eu raison même s’il n’avait malheureusement pour lui, fait jusqu’ici aucun lien.
Il avait pourtant senti les résistances de la jeune femme disparaitre et la peine sur son visage alors qu’elle se détournait de lui quand il avait parlé de Maud. Puis cette étrange lueur de joie, d’espoir quand il en avait dit un peu plus et avait répété ses paroles à sa demande. Elle avait eu un sourire si sincère, si beau qu’il en avait été profondément ébranlé. Il lui semblait familier d’ailleurs mais il ne se souvenait pas de l’avoir vu… Du moins aucune de ses amies ne lui évoquait la jeune femme et les émotions qu’elle lui avait montré pendant ce si court instant.

Au final, elle avait été bien plus conciliante pour la suite, se laissant soigner et il avait été aimable, bavard, s’expliquant pour ses cheveux, comme quoi il l’avait reconnue, même si elle n’avait pas la même apparence, ce qui semblait aussi la surprendre mais il ne savait pas pourquoi. Elle apprit aussi qu’il guérissait tout seul plutôt vite mais là encore elle semblait sceptique. Pourquoi ? Il l’ignorait mais après tout, elle était étrange cette jeune femme.

Quand il était revenu, il souriait timidement mais ce sourire disparut bien vite alors que la demoiselle se faisait « menaçante ».
Mais en fait, elle ne semblait pas en colère, juste agacée et elle tint un discours étrange, le rappelant par cet étrange prénom. Apparemment elle voulait qu’il la tutoie. Il ouvrit la bouche puis la referma à plusieurs reprises, sincèrement surpris et apparemment gêné avant de faire un nouveau timide sourire en rougissant, affirmant à mi-voix qu’il ne forcerait jamais une femme à quoi que ce soit. Elle enchaina d’ailleurs sur le fait qu’elle ne comptait pas l’utiliser comme monture et ses quelques réflexions montrant que son esprit dérivait un peu… perversement n’arrangèrent rien à la situation.
Le jeune homme penchait en effet la tête sur le côté, surpris et aussi curieux, dans une mimique adorable et comme il commençait à comprendre, son visage changea un peu et il se fit gêné. Euh… Elle venait de faire le rapprochement entre lui en tant que monture pour un simple… transport et… une toute autre forme de monture. Il voulut dire qu’il ne pensait pas du tout à ça alors que ses pommettes s’étaient légèrement colorées (bien moins qu’un peu plus tôt néanmoins) mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Il essaya de parler à plusieurs reprises et quand elle finit par l’écouter, il se contenta d’un léger sourire un brin timide mais aussi assez… impressionné et amusé au final. La même lueur admirative que bien plus tôt brillait dans son regard et il semblait prêt à rire aux éclats face à son attitude. C’est bien courageusement qu’il s’inclina légèrement dévoilant ses dents dans un sourire beaucoup plus large et assez… taquin.

- Bien damoiselle… Si v… tu veux que je te tutoie, j’essaierai… au mieux. Mais ce n’était qu’une forme de respect. Navré de t’en avoir… offusquée. Et si vraiment tu ne veux pas… voler, alors nous rentrerons à pied, ensemble… Ce sera juste plus long.

Il était tout de même un peu surpris et vexé qu’elle ne veuille pas profiter de sa transformation. Non pas qu’il avait envie qu’elle soit en extase devant lui, il ne fallait pas exagérer non plus, mais elle était bien la seule à ne pas être impressionnée et par prolongement, la seule à ne pas vouloir monter sur son dos.
Il l’avait déjà fait avec d’autres bien sûr mais jamais sur son dos et pour de très courtes distances. Son corps ne le supportait pas encore très bien et les instincts qui l’habitaient le faisaient se dégoûter de porter de si insignifiants humains… lui, qui était l’une des créatures les plus puissantes et magnifiques de ce monde. Il ne comprenait pas ces pulsions là, parfois elles l’effrayaient et sous sa forme humaine, ses compagnons d’arme savaient comment réagir pour l’empêcher de faire du mal autour de lui. Parce qu’il en avait déjà fait… Malheureusement. Cette pensée l’attrista profondément et il plongea un peu dans ses « souvenirs », s’éloignant du réel et de la jolie blonde qui se mit brusquement à s’agiter.

Elle le questionna, le sortant de ses pensées et quand elle apprit qu’elle avait été soignée avec une écaille de dragon, son visage se décomposa alors qu’elle semblait s’énerver.
Il fit un pas en arrière, surpris par la violence et l’insulte dans ses paroles. Mais comme elle se tenait le bras en grimaçant et que des larmes de douleur apparurent dans ses yeux, il comprit que cela n’avait rien à voir avec le fait qu’elle l’apprécie ou pas sous sa forme… de dragon. Ca l’atteignait… Très étrangement. Alors que cela avait permis de soigner en grande partie TOUTES les personnes qu’il connaissait, elle… n’en faisait pas partie, bien au contraire, elle semblait en souffrir.

Quand il vit qu’elle se mordait au point que de minces filets de sang zigzaguaient sur son menton, il écarquilla les yeux, paniqué et ne sachant que faire. Il… Il l’avait blessée ? Au lieu de l’aider il avait aggravé les choses ? Pâle comme un mort, le garçon tenta de s’approcher, mais elle l’en empêcha, se soignant toute seule comme elle pouvait. Sa blessure avait en effet changé de couleur et il ne comprenait pas pourquoi, ni comment, après tout, il n’était en rien guérisseur et elle haletait difficilement. Quelque chose dans son attitude, dans ce petit bout de femme blonde qui tentait de faire face seule à une blessure, à la douleur, le blessa plus profondément que toutes ses piques et tous ses essais de rejets envers lui. Une brusque douleur à la tête le fit papillonner des yeux alors que tout tournait autour de lui et qu’il la regardait, impuissant, elle qui voulait et pouvait se débrouiller seule…

Elle fit alors quelque chose d’étrange… avec une flamme, de sa main libre. Une chance qu’elle n’ait pas été atteinte à son bras droit. Etait-ce une espèce de cautérisation ? Ca y ressemblait en tous les cas. Elle appliqua la flamme sur son épaule et il crut qu’elle allait hurler de douleur mais elle se contint, se contentant de tremblant tant et si fort, qu’il fit plusieurs pas vers elle, s’arrêtant, à son tour à genoux à quelques centimètres parce qu’elle lui avait dit de ne pas approcher, parce qu’il ne voulait pas lui faire encore plus de mal que ce qu’il avait déjà fait. Il ne voulait pas ! Il ne savait pas du tout qu’elle réagirait ainsi ! Ca soignait les gens normalement ! Ca les soignait ! Ca ne les torturait pas !!!! A peine conscient de ses gestes, le jeune homme se rendit compte qu’il serrait les dents et que des larmes lui piquaient les yeux mais il ne fit pas un geste pour chasser ce comportement, non, pas un.

Enfin, la jeune femme se releva alors qu’il fixait, muet de stupeur, la tache marron qui s’était attachée à sa peau. Il avait bien vu quand elle s’était déshabillée qu’elle en avait une espèce… d’autre et surtout, il avait vu la marque au fer rouge dans son dos quand elle avait écarté ses cheveux blonds méchés de blanc. Il en avait d’ailleurs marqué un temps d’arrêt, ne comprenant pas pourquoi une si jolie jeune femme, si forte et indépendante portait une telle marque. Qui avait osé et comment avait-il pu s’y prendre ? Comment pouvait-on décemment infliger pareille blessure et pareille humiliation à une demoiselle ? Il se redressa également, proche d’elle, toujours très pâle et ne cachant pas le moins du monde son inquiétude.

Elle crut qu’il était vexé mais en fait il était juste rancunier, pas envers elle par contre, mais envers lui-même qui l’avait justement blessée.
Contrairement à ce qu’elle pensait, il n’était pas vraiment blessé par son attitude. Après tout, là, ce n’était en rien sa faute. Elle ne faisait que subir les rejets de son corps et il ne put s’empêcher de comprendre un peu pourquoi elle ne voulait pas qu’il l’approche. Souffrait-elle quand il était suffisamment près d’elle ?
Mais elle essayait de s’expliquer, c’était gentil et attentionné de sa part alors que le jeune homme s’était fait muet comme une carpe.

Elle parla de sa perte de mémoire et le regard du Drakkari se voila un instant, comme s’il comprenait, comme s’il imaginait parfaitement, comme si cela éveillait un écho chez lui, même si cette fois encore il ne prononça pas un mot, se contentant d’un léger acquiescement. Son incroyable actuelle capacité à discuter sans y être invité, pour tout et sa manière de se confier particulière à sa perte de mémoire semblait curieusement s’effacer, disparaitre très rapidement alors que seul son visage laissait passer quelques émotions par rapport à ce qui s’était passé. Oui il s’en voulait… et il était désolé.

Elle voulut qu’il lui refasse ce bandage de fortune et il fixa avec intensité le mouchoir entre ses mains un instant avant de s’en occuper avec des gestes d’autant plus précautionneux, même si ses mains tremblaient. Pourquoi était-il si triste, si inquiet de savoir qu’avant, elle pouvait se soigner toute seule, naturellement et que ce n’était plus le cas ? Qu’elle gardait des cicatrices ? Non ! Pourquoi ???!!! Ce n’était pas normal ça, pas normal du tout !!!!!
Elle souffrait…. Pourquoi ?!

Il ne lui demandait rien, rien de plus, comprenant parfaitement qu’elle ne veuille pas qu’il s’approche d’elle mais elle décida d’elle-même apparemment qu’il avait le droit de savoir, se faisant d’autant plus gentille. Quelque chose dans sa voix, dans son regard était si emprunt de tristesse qu’il sentit son ventre se tordre douloureusement. Elle souffrait beaucoup, il le savait… mais ce n’était pas à cause de sa blessure. Quoique… il avait trouvé dans sa sacoche pleins de fioles vides… il se doutait qu’elle avait dû… toutes les boire ou les finir avant d’aller se battre. Même s’il ne concevait pas son geste comme celui d’un renoncement, elle avait un attentionné petit ami tout de même, non ?, il ne pouvait pas s’empêcher d’y voir un appel au secours, une horrible, destructrice blessure, causée par il ne savait trop quoi et avec laquelle elle ne parvenait pas ou plus à vivre.

Elle lui parla de dragon corrompu et il tressaillit d’un coup, fortement, la regardant, les yeux écarquillés par la surprise et l’horreur. Elle avait affronté un dragon corrompu et s’en était sortie vivante. Mais ce n’était pas vraiment ça qui le surprenait, plutôt le fait que cela l’ait profondément traumatisée au point que son corps rejette aujourd’hui tout ce qui touchait au dragon et sans pouvoir l’expliquer, il baissa les yeux sur l’un de ses mollets, qu’il ne pouvait bien sûr pas voir du fait de ses bottes et de son pantalon, comme s’il savait qu’elle avait là une blessure… qui avait été grave et qui le resterait pour elle à jamais. Son geste dut lui échapper parce qu’elle ne fit aucune remarque, ne semblant pas remarquer son mange de paroles depuis un bon moment.

Soudainement elle s’approcha de lui et il put percevoir à quel point oui, elle avait bu ces fioles et… le fait que cela l’avait affectée bien plus qu’il ne l’aurait cru en réalité tant son comportement sans être ouvertement agressif était différent à présent qu’ils étaient seuls, comparé à sa façon d’agir quand d’autres personnes les entouraient. Elle semblait plus douce, plus calme, plus détendue aussi. Elle n’avait plus l’air de souffrir et cela l’apaisait grandement car il culpabilisait beaucoup de lui avoir fait du mal même s’il ne savait pas du tout comment le lui dire, c’était bien insignifiant comparé à ce qu’elle venait de vivre cette demoiselle.

Elle parlait du fait qu’il pouvait l’aider et une joie certaine illumina le visage du jeune homme surpris et ravi d’enfin servir à quelque chose. Il la fixa avec un léger sourire, bien plus inquiet au final qu’il ne le montrait et ouvrit aussitôt la bouche, même s’il avait froncé les sourcils, ne comprenant pas pourquoi maintenant elle parlait de sauveur.

- Qu’est ce que je p….

Sa phrase mourut dans sa gorge alors que la demoiselle, bien plus vive qu’il ne l’aurait cru, passait ses bras autour de son cou, le faisant d’autorité baisser la tête alors qu’il obéissait docilement sans même avoir le temps d’y réfléchir et… l’embrassait.
Elle l’embrassait oui… Et pas qu’un peu d’ailleurs.
Les bras figés le long de son propre corps, Tristan, ébahi, complètement sous le choc et accessoirement sous le charme de tant d’audace sentit son propre corps réagir. L’élancement dans sa mâchoire et le frisson qui courut sur sa peau alors que d’invisibles écailles tout à fait drakariennes et comparables à de simples minuscules fissures dans sa peau, se mouvaient très légèrement faisant passer un éclat sur sa peau avant de rendre celle-ci d’autant plus douce. Il sentit une vive tension lui comprimer les muscles et les yeux clos, ne sut trop s’il essayait de la contrôler ou de profiter de ce baiser qui venait de lui scier les jambes.

Elle s’écarta enfin, rompant le charme, lui permettant de respirer et il la regarda avec des yeux ronds, aussi raide qu’une statue. Elle s’allongea, ou plutôt se vautra sur l’espèce de lit de mousse et il bougea enfin légèrement, la regardant avec un mélange de surprise, d’indécision, de panique, de plaisir et d’horreur. Wahou… Ca c’était du baiser ! Elle était folle cette fille ? Il se rappela justement qu’elle avait bu n’importe quoi, qu’elle venait de se battre contre une garnison, qu’elle avait été blessée, mal soignée et donc encore plus blessée et traumatisée… c’était trop tout simplement, elle craquait, il n’avait pas à lui en tenir rigueur même s’il la fixait avec un certain amusement alors que dans un geste involontaire, le jeune homme se passait un doigt sur les lèvres.

Il s’éloigna un instant et revint, n’étant pas parti loin, avec un gros fruit évidé qu’il avait rempli d’eau et qu’il lui porta gentiment. Posant doucement sa main sur son épaule pour solliciter son attention, il lui fit un beau sourire, essayant de cacher le rougissement qui s’emparait de ses joues alors qu’il la fixait à cet instant, encore sous le charme du baiser, et encore très inquiet de ce qu’il avait ressenti à celui-ci.

- Tenez… euh… tiens. Tu dois avoir soif…

Il était accroupi près d’elle et venait de loucher peu galamment sur sa poitrine alors qu’elle se tournait vers lui, essayant tout de même de détourner vite la tête.
Il lui tendit sa chemise qu’elle avait laissée trainer un peu plus loin. Encore une fois elle put voir que ses blessures se guérissaient toutes seules et très vite. Elles n’étaient guère profondes à la base mais à présent, seules des lignes de peau plus claire étaient visibles.

- C… Couvre-toi… Je vais faire un feu et faire cuire la viande… Tu devrais essayer de manger un peu… Après on dormira et demain on commencera à rentrer, ne t’en fais pas.

Ce n’était rien comparé à un peu plus tôt et son côté bavard et pourtant cela semblait lui coûter, comme s’il n’arrivait plus à parler autant. Il faut avouer qu’elle l’avait pas mal surpris avec son baiser. Il lui sourit et s’éloigna rapidement pour faire ce qu’il avait dit.
Tout se passa rapidement de ce côté-là et en grande partie dans le silence. Le jeune homme semblait affamé et mangea de bon appétit tandis qu’il retrouvait en même temps des couleurs. C’est que son corps de dragon devait consommer pas mal d’énergie quand même !
Finalement, il s’allongea, de son côté, sur le dos, fixant les étoiles qui s’apercevaient entre les branches d’arbres au dessus de leur tête. Mais la nuit qui était tombée était fraiche, pour ne pas dire très fraiche et après avoir remarqué plusieurs fois que la jeune femme dont il ne connaissait pas le vrai nom et n’osait pas le lui demander, frissonner, il se releva et contre toute timidité, vint s’allonger près d’elle. Il ne la touchait pas, mais il était suffisamment proche pour qu’elle puisse avoir la chaleur du feu d’un côté, la chaleur qui émanait de son corps, de l’autre.

Quand elle se tourna vers lui, surprise, il lui lança un regard sévère et n’eut pas du tout l’air gêné de son geste, bien au contraire, plein d’assurance, il fit une moue et haussa les épaules, ce qui allongé ne rendait sans doute pas aussi bien que debout.

- Ca va hein ! Je ne vais pas te bouffer… Tu as froid, je reste là, c’est tout. Essaie de dormir…

Ca avait été marmonné mais avec calme et maitrise alors qu’il se tournait sur le côté, lui tournant le dos comme si de rien était.
Pour sa part, le jeune homme s’endormit très vite après lui avoir assuré qu’il était parfaitement aux aguets et que le moindre bruit le réveillerait. Elle put d’ailleurs le constater quand un animal s’approcha et qu’il redressa brusquement la tête en fixant les alentours, humant l’air avant de se rallonger. Rapidement, ses traits s’apaisèrent et même s’il avait remis son gilet et que celui-ci ne le couvrait que peu au final, il ne semblait pas avoir froid, sa peau devenue beaucoup plus chaude justement à cause de la différence de température, le protégeant sans mal.
Il ne sut pas ce qu’elle fit, ni si elle s’endormit vite ou pas mais le lendemain, il fut le premier réveillé et assis, la regarda dormir même s’il se doutait que ce n’était pas très correct.

Décidément… Elle était beaucoup plus jolie sous cette forme là. Ses longs cheveux blonds encadraient son visage plus fin et même si son corps en avait vécu des vertes et des pas mûres récemment, elle était franchement très attirante ! Il se força aussitôt à détourner les yeux, se morigénant mentalement. Elle ouvrit les yeux peu après et il lui fit un sourire assez provocant.

- Salut belle endormie. Ca va ? Prête à marcher ? S’il faut te porter, pas de problème, mais si tu ne remets pas ta chemise… là… on risque d’avoir un problème si…

Tiens donc… plus de timidité, une aisance certaine et une taquinerie réelle. Tristan revenait réellement. Du moins… avec elle.
Il lui fit un magnifique sourire avant de lui tirer la langue et pourtant son regard se perdit dans le vague alors qu'il repensait à ce baiser qu'elle lui avait donné... Assurément, elle n'était pas dans son état normal... mais il l'avait bien plus marqué et ébranlé qu'il ne l'aurait cru. Pourquoi ? Pourquoi était-il si différent ?

HS : tu peux écrire ce que tu veux et avancer autant que tu veux, je n’ai plus rien de spécial à mettre pour cette aventure là.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Dim 27 Oct - 10:38

Cassidy avait encore du mal à comprendre ce qui lui arrivait. Et le pire dans tout ça, c’est que Tristan la touchait toujours ! Pas moyen de l’oublier, hors de question de le voir avec une autre. Malgré le fait qu’au final, ils n’avaient jamais vraiment rompu puisqu’il avait pris la fuite comme un voleur.

Il lui avait sauvé la vie et la demoiselle était assez choquée comme ça ! Elle qui s’attendait à être au paradis ou un truc du genre, était rapidement redescendu sur terre. Tristan était très gentil et ne faisait que l’aider. Parfois, cela rappelait des anciens souvenirs à la demoiselle, il était devenu un peu comme elle dans le passé. Plus gentil, serviable… mais sa personnalité lui manquait et elle le regrettait. Même si c’était un coureur de jupons, un bagarreur, elle l’avait aimé comme ça.

Savoir qu’il ne se rappelait pas d’elle lui faisait beaucoup de mal au cœur mais c’était apparemment voulu. Il s’était passé quelque chose d’affreux et il avait tout oublié, même elle. Y avait de quoi être chamboulée !

Réagissant comme un véritable animal sauvage, Cassidy ne voulait pas se faire approcher, pas se faire soigner, préférant se débrouiller toute seule, ce qui ne facilitait pas la tâche à Tristan. En même temps elle ne lui avait rien demandé et il insistait, encore et encore. Bon, quand elle se calma un peu, la demoiselle l’examina sous tous les angles et réprima un frisson de plaisir.

Physiquement il était toujours… très bien. Enfin, depuis qu’il avait repris des forces. Bon par contre, ses canines et ses oreilles n’avaient pas retrouvé la longueur d’avant. C’était comme si son corps avait changé à cause de cette transformation de dragon. Et ça… elle n’était pas sûre d’apprécier. En fait même elle craignait les dragons… et préférait en repousser un plutôt que de montrer sa peur. D’ailleurs elle ne montrait plus qu’elle avait peur, peu importe le sujet. Sa carapace était devenue suffisamment forte pour ne pas qu’on se rende compte. Et puis, tout simplement, elle ne les aimait pas.

Tristan avait encore insisté pour la soigner et elle s’était finalement laissé faire. Mais lorsqu’il aborda le sujet de Maud, Cassidy paraissait vraiment interloquée. C’est vrai que la confusion était grande ! Elle aurait pu tout simplement demander, mais peut-être jugeait-elle cela trop douloureux. Même si elle faisait la fière, niveaux sentiments, la jeune femme n’avait plus aucune confiance en elle. Malgré le fait qu’Erwan se montre comme un parfait amant, même si quand même il avait aussi son mot à dire, elle n’arrivait plus à avoir ce petit déclic comme avant.

Joyeuse oui parfois, souriante de temps en temps mais encore une fois, impossible de savoir si tout cela était vrai ou pas. Après tout, elle avait été tellement chamboulée par la disparition de Tristan que Cassidy avait tout renié. Son passé, ses parents, sa personnalité… tout. Alors oui, elle jouait très souvent un jeu, à la manière de Tristan, pour se défendre, pour éviter de souffrir davantage et peut être qu’au final, tout cela était un peu inconscient.

Mais le soupir de soulagement qu’elle poussa l’étonna elle-même en apprenant cette nouvelle. Ce fin sourire d’espoir qui était apparu sur son visage alors que même le temps humide ne lui faisait plus aucun effet, comme si le plus beau des soleils était apparu. Mais pourquoi diable était-elle autant émotive quand ça concernait Tristan ? Elle devait le détester oui ! Lui en vouloir ! Mais elle ne pouvait s’empêcher d’être satisfaite de voir que Maud n’avait rien fait. Et ça changeait beaucoup de choses. Comme le fait qu’elle allait pouvoir lui parler plus calmement en évitant les piques assassines. Même si elle ne le montrait pas à Tristan, son estomac se tordit en pensant à cette gifle qu’elle avait laissée et était extrêmement gênée. Et puis, il fallait reconnaître qu’elle partait rapidement au quart de tour. Il faudrait bien qu’elle se calme pour éviter que son mauvais côté ne ressorte et fasse du mal à beaucoup de monde.

Quant à Erwan, elle n’y pensait pas vraiment pour le moment. Etrange non ? Alors qu’elle l’avait abandonné tout en prenant délibérément la fuite. Egoïste et ne pensant qu’à son intérêt personnel.

Lorsque Tristan eut terminé et ramena de quoi se nourrir, la demoiselle ne semblait pas le moins du monde emballée même si c’était encore une fois, bien gentil de sa part de s’occuper d’elle alors qu’il pourrait tout simplement partir. Mais Tristan avait toujours été attentionné au fond de lui, gentleman parfois, mais il n’était pas aussi… aussi comme elle avant voilà tout !

Elle le réprimanda assez brusquement, exigeant un tutoiement parce que cela l’agaçait plus qu’autre chose. Envolée la douce et gentille Cassidy même si depuis tout ce temps elle était plutôt grincheuse. On avait plus le droit à une grande râleuse qui n’avait pas la langue dans sa poche et parlait de perversité. Ah mais oui lui monter dessus… heu pas de cette façon voyons !

Elle ne pouvait s’empêcher d’avoir une imagination très bizarre et se mettait même à rougir en pensant à certaines choses sûrement très excitantes. Tout comme lui qui était plutôt assez intimidé. Mais c’est vrai qu’il lui avait tendu cette perche là ! Il s’excusa et fit des efforts pour essayer le tutoiement, même si elle jugeait qu’il y avait trop de formules de politesse à l’intérieur pour que ce soit complètement naturel. Il parla ensuite de rentrer à pied alors et elle lui en était reconnaissante. En même temps il valait mieux parce qu’elle se serait enfuie loin de lui très certainement ou qu’elle aurait utilisé le peu de magie qui lui restait pour se défendre.

Il ne disait rien mais elle savait aussi pertinemment que si il était un peu dragon, il y avait des choses qu’il pouvait voir facilement. Et ça… ce contact aussi proche, c’était à éviter dans l’immédiat. Elle s’estimait encore heureuse qu’il n’ait rien senti jusqu’à présent, ce qui lui permettait peut être un peu d’être « près » de lui jusqu’à ce qu’elle ait suffisamment d’informations. La demoiselle secoua la tête, hors de question de s’attacher de nouveau ! Elle n’en serait que plus perturbée !

Mais elle s’arrêta très rapidement de parler lorsqu’elle sentit son bras la démanger. Paniquée en comprenant ce qu’elle avait dessus, la mage se dépêcha de tracer un sort pour enlever le mouchoir afin de traiter la plaie à sa façon. Certainement sous le regard d’un Drakkari qui ne comprenait pas grand-chose. Mais heureusement dans sa panique, elle n’avait pas arraché ce bout de mouchoir, peut-être pour ne pas faire plus de peine à Tristan que ça ou plutôt parce qu’une fois qu’elle aurait arrangé le problème, elle en aurait besoin à nouveau.

C’était très étrange et difficile à imaginer. Au moins il allait comprendre pourquoi elle n’aimait pas les dragons. Bien qu’on ne lui avait jamais proposé une écaille pour guérir. Et puis, elle avait raison, ce n’était pas bon, pour elle qui avait déjà une régénération assez particulière, de mélanger tout ça. Cassidy regretta l’ancien Tristan sur le coup, qui lui n’aurait certainement pas osé faire ce genre de chose, comprenant tout à fait son rejet. Puisque oui, c’était un rejet du remède qu’elle était en train de faire là. Toute occupée et concentrée à enlever toute trace de cette mixture qui lui empoisonnait l’épaule, elle ne vit pas l’attitude de Tristan qui était bien impacté par cette situation. Pour ça heureusement qu’il avait oublié des choses, elle se voyait très mal lui expliquer en détails pourquoi elle avait aussi mal et aurait très certainement menti.

Elle tenta de lui expliquer, c’était certainement très maladroit mais c’était soit il comprenait, soit il ne comprenait pas. Et puis tant pis au moins elle faisait l’effort de lui dire la raison pour laquelle ça n’allait pas. C’est vrai, elle avait affronté un dragon corrompu et évoquer un traumatisme pouvait être tout à fait compréhensible. Elle n’éprouvait aucune curiosité à son égard, à son statut de dragon, comme si elle en savait suffisamment pour ne pas avoir envie d’en apprendre davantage. Et tout en lui parlant de cela, elle porta doucement une main à son propre cœur, un regard de regret et de tristesse alors qu’elle fixait le sol d’un air pensif.

Puis, Cassidy fit une chose très étonnante. La seule manière qu’elle trouva de le consoler, de ne pas trop le vexer, et en plus de le « remercier » dans un certain sens était de lui donner un baiser. Mais il fallait dire qu’elle en avait vraiment envie de ce baiser là après tout ce temps passé loin de lui. Ses lèvres étaient toujours aussi douces, chaudes et même si le goût avait un peu changé, la surprise du garçon l’empêchant de répondre également, elle était également trèèèèèèèès bien. Même d’ailleurs les petits oiseaux chantaient autour d’elle alors qu’elle se sentait sur un petit nuage de bien être.

Peut être l’avait-il remarqué, à quel point elle se détendait, s’apaisait à cette simple action. Les jambes étaient même un peu tremblantes et la tête lui tournait. Mais cela était sûrement à cause de la drogue qui lui faisait apprécier ce moment. Même si lui ne devait pas comprendre grand-chose, pourquoi était-elle aussi entreprenante et apaisée.

Puis elle se laissa carrément sur le lit de mousse en roucoulant très bêtement, apparemment elle se croyait vraiment au paradis. La demoiselle avait un beau sourire sur les lèvres comme si elle était particulièrement heureuse.

Un peu plus tard, elle rouvrit les yeux et regarda Tristan un instant qui venait de lui tapoter sur l’épaule. Grognant sur le fait qu’il la dérange dans son délire et brise le charme de cette retrouvaille un peu particulière, elle s’assit à nouveau, regardant ce qu’il lui tendait. Avoir soif après un baiser ? Eh ben en voilà une drôle d’idée ! Elle avait plutôt chaud maintenant oui et se surprit de sa propre audace. Mais comme ce simple baiser l’aidait à aller beaucoup mieux d’un coup, presque inconsciemment, elle ne rechigna pas à prendre ce verre de fortune et le porter à ses lèvres. Tiens donc, où était passé la fille méfiante qui n’acceptait pas la plus petite brindille qu’on pouvait lui offrir ? Qui voyait le mal partout et des méchants à tous les coins de rue ? A part Erwan, elle ne faisait plus confiance à personne. Enfin pour Erwan ça dépendait des choses, comme cet enchantement pour l’empêcher de dévoiler son identité.

Il lui expliqua alors ce qu’il comptait faire et partit dans les buissons. Mais Cassidy n’avait pas l’intention d’attendre sagement qu’on vienne la servir et mettait également la main à la pâte. De plus, il lui avait demandé de se couvrir, ce qu’elle n’avait absolument pas fait, estimant qu’elle avait trop chaud d’un, à cause de sa blessure, de deux à cause de ce baiser et elle était encore bien heureuse de ne pas avoir trop de fièvre.

La demoiselle entreprit de faire un petit campement avec des pierres, un endroit dégagé, le temps que Tristan revienne avec du bois pour alimenter le feu.

Avec sa dague, elle découpa le marcinet, l’éventra, le dépouilla. On passera les détails… puis l’embrocha sur un bâton en attendant de le cuire. Elle partit vite fait nettoyer sa dague dans l’eau, toujours dans une tenue des plus dénudées avec sa brassière. Même sa démarche avait changé depuis le temps de la petite Cassidy. Plus assurée, plus confiante. Du moins en apparence.

Elle revint rapidement et remarqua le regard interrogateur de Tristan. Cassidy haussa les épaules d’un air désinvolte.

« Erwan m’a un peu appris la survie en forêt… »

Cassidy ne s’étala pas plus dessus et s’installa sur un rocher pour manger son repas. Elle était d’ailleurs très pensive. Tristan lui était bien occupé à manger de son côté, reprenant des couleurs. Elle l’observa très discrètement pendant un court instant. Quand même… il n’était pas en état de venir la chercher ! Enfin peut être que c’était un reste de mémoire à toujours venir la secourir. Elle ne fit aucun commentaire, se dirigea vers le matelas en mousse improvisé et s’installa dessus sans dire un mot, fixant les ténèbres du bois.

Dans la nuit, le vent soufflait des courants d’air assez froid et la jeune femme grelottait, n’ayant pas remis sa tunique pour se protéger. Elle grinça des dents, jusqu’à sentir une source de chaleur derrière elle. La demoiselle se retourna, surprise, pour voir que Tristan n’était plus si loin que ça. Elle avait ouvert la bouche pour dire un truc mais Tristan avait été plus rapide, d’un ton qui ne souffrait d’aucune réplique. Elle soupira et se remit en place, fixant le feu.

Attendant un moment, incapable de dormir, Cassidy se retourna du côté de Tristan, fixant son dos puis très discrètement elle se redressa et vint s’agenouiller devant lui, l’observant même si il n’y avait pas beaucoup de lumière, juste le feu qui éclairait un peu. Elle l’observait.

Beaucoup d’émotions passèrent sur le visage de la jeune femme et elle ne savait pas laquelle prendre. De la colère, un grand soulagement, beaucoup de tristesse, un sourire toujours aussi conquis. Elle le regarda un long moment comme si elle n’aurait plus le droit de le regarder comme ça à l’avenir. Complètement indécise mais tellement rassurée qu’il aille bien. Même si cette histoire de dragon risquait de lui faire beaucoup de mal. Il ne fallait pas qu’elle s’attache ! Parce que le jour où il apprendrait… eh bien ça sera encore plus terrible que tout ce qu’elle aura déjà vu. Mais, et ça c’était bien malheureux, elle était incapable de le repousser totalement même en pensant à tout ce qu’elle avait vécu, ce n’était pas possible. La demoiselle prit distraitement et même instinctivement une mèche de cheveux du Drakkari qui trainait devant son visage pour l’arranger un peu plus en arrière.

Puis, se rendait compte de ce qu’elle faisait, elle secoua la tête, comme en colère contre elle-même et se leva pour aller à la rivière plus loin, s’aspergeant la tête d’eau pour calmer son esprit. Une fois cela fait, elle retourna se coucher et finit par s’endormir.

Le lendemain matin, elle était dans une position fœtus, la tête contre le lit en mousse, et un sourire encadrant son visage alors qu’elle dormait paisiblement. Cassidy se réveilla bien après Tristan et cligna des yeux, émergeant à peine et tentant de remettre de l’ordre dans son esprit. Elle avait très certainement rêvé hier et se trouvait en mission quelque part c’était ça ! Mais lorsqu’elle entendit la voix du Drakkari parvenir à ses oreilles, la demoiselle parut très surprise. Surtout par la phrase qu’il tirait qui lui rappelait… beaucoup de choses.

Il était plus provocant, même si toujours aussi gentil et Cassidy n’en croyait pas ses oreilles. Il tirait la langue, il était taquin… Bon si tout était redevenu normal, peut être aurait-elle eu droit à un baiser le matin et cela la faisait rougir en avance même si… elle ne devrait pas penser à ça et elle se redressa vivement, manquant de frôler son visage, louchant sur ses yeux avant de grimacer et se tenir le front.

« Les potions c’est bien… Mais bonjour la migraine après ! »

Elle s’étira de son bras valide en fermant les yeux un instant alors qu’elle cherchait à mettre de l’ordre dans ses mots.

« Ah eu… hum… oui c’est vrai ! Mais je comptais pas retourner là bas en brassière quand même. Et t’inquiète pas pour moi j’arrive très bien à me déplacer toute seule, c’est pas la première fois que je suis aussi… fracassée »

Rassurant ou pas ? Difficile à dire. Il la regardait toujours assise devant elle, et elle en profita pour lui donner une nouvelle pichenette sur le nez, prenant un air provocant.

« Quoi j’ai dis un truc qu’il fallait pas ? »

Elle s’étira une nouvelle fois et arrangea ses cheveux puis attrapa sa chemise et l’enfila, un peu difficilement à cause de son épaule avant de soupirer un grand coup, prenant un air désinvolte et le fixant une nouvelle fois.

« Au fait je suppose que tu te rappelles plus de mon prénom non plus… c’est Cassidy… dans le cas où ça t’intéresse »

Ni une, ni deux, elle se dirigea vers l’arbre pour récupérer son bâton. Tristan put remarquer une chose, les mèches blanches qu’elle avait encore la veille après son petit combat avaient repris une couleur normale, blonde, comme si elle avait bien récupérer pendant cette nuit. Elle accrocha son bâton en bandoulière, prête à partir alors que lui s’occupait de faire disparaître le feu.

Finalement ils se mirent en route. Cependant, la jeune femme était bavarde aujourd’hui et n’avait pas vraiment la langue dans sa poche. Peut-être estimait-elle qu’elle n’aurait plus jamais d’occasion pour parler avec lui de cette manière et qu’il valait mieux s’y mettre maintenant.

« Non mais en fait tu es quoi au juste ? Dragon ? Drakkari ? Enfin… je sais que tu as commencé à te transformer quand je t’ai donné cette pierre. Mais avant… tu me disais que tu avais une autre transformation que tu détestais »

Elle se mit soudainement à rire.

« Je me rappelle quand je te faisais rapetisser et que tu partais dans mon décolleté. Bon en même temps je te comprends, c’est chaud, moelleux… Un bon endroit pour un petit dragon »

Elle avançait en regardant droit devant elle puis jeta un coup d’œil discret à un Tristan qui avait l’air choqué. Cassidy haussa les épaules.

« Mais c’est bon ça me dérangeait pas… Quoique j’ai pas vraiment eu l’habitude d’avoir un bébé dragon à m’occuper et que je préfère quand même largement le Drakkari. C’est toujours pas contre toi mais les dragons… vaut mieux pas que je les approche. »

Cassidy réprima une grimace sans en dire davantage puis fronça les sourcils.

« Mais si tu es aussi un dragon qu’un Drakkari… c’est pas trop difficile pour coucher avec une femme ? Enfin je sais pas mais si je m’imaginais coucher avec un dragon, ça ferait assez… bizarre. Yiiiii ! »

Elle secoua rapidement la tête, imaginant faire des choses avec un gros dragon et ça l’emballait pas spécialement. Et si il se transformait au lit comme elle faisait la luciole autrefois ?

Aaaaaaaaaaah ! Quoique… ça la dérangerait pas plus que ça si ils devaient… heu ! elle s’emballait là ! Mais imaginer qu’il fasse des choses avec une autre femme lui donnait une curieuse étreinte dans l’estomac et l’absence d’un petit déjeuner n’était pour rien. Elle changea rapidement de conversation.

« Par contre, je le reconnais, tu n’es plus une mauviette ! Au moins c’est bien ça. J’aurais été extrêmement gênée de te remettre une raclée. Maintenant ça sera plus difficile mais c’est mieux comme ça. Et puis… faut reconnaître qu’au fond…hum ! tu es mieux comme ça…»

La jeune femme soupira un instant tout en regardant la plaine et les alentours. Le sol était toujours mouillé, boueux mais elle avançait tranquillement sans montrer la moindre faiblesse. Elle réfléchissait. C’est vrai que quand Tristan lui avait fait perdre la mémoire, la jeune femme n’avait pas vraiment apprécier et cherchait à recoller les morceaux malgré tout cela. Pensait-il pareil Etait-il curieux du passé ou préférait-il l’enterrer ?

« Au fait… je sais pas si tu t’intéresse à ce que tu étais avant… et même si Maud appréciera ce que je raconte mais mis à part ce petit problème à la fin… tu étais pas si mal que ça. Bon… moins poli ça c’est clair ! Moins bavard aussi… enfin ça dépendait pourquoi. Mais tu étais aussi… attentionné, souriant. Quand quelque chose te touchait et que tu te confiais… c’était vraiment touchant… Ah et aussi tu peignais beaucoup ! Ca je dois dire tu avais un sacré coup de pinceau ! Je ne sais pas si tu le fais toujours ou pas… »

Elle inspira alors qu’il répondait puis elle secoua ses cheveux.

« Bien sûr tu avais aussi des beaux défauts mais… enfin je pense que Maud ne serait vraiment pas d’accord pour en parler si ça peut te faire souffrir mais moi je pense… qu’on ne devrait pas s’oublier soi-même. Il faut savoir affronter ce que l’on est vraiment pour avancer. Y a que comme ça qu’on arrive à voir le bout du tunnel. Booon je sais que ce n’est pas facile mais… enfin je te dis ça parce que quand tu es parti je me suis beaucoup concentrée sur quelque chose que je repoussais au départ… Et même si c’est pas encore facile aujourd’hui, bah je pense que ça va mieux maintenant… »

Cassidy n’en dira pas plus. Si il voulait des informations supplémentaires, il devrait lui demander. Et encore elle semblait être dans un de ces bons jours, peut être que le baiser y était pour quelque chose ou peut être qu’elle profitait tout simplement. Même si sur le chemin elle pestait quand il fallait faire un détour, qu’elle râlait quand elle s’enlisait dans la boue mais au moins, une chose était sûre, elle n’était pas en train de l’humilier, de le narguer et discutait très tranquillement comme si de rien n’était.

A un moment, ils passèrent dans un passage étroit, une petite descente pleine de cailloux, un chemin avec des parois de chaque côté. Tristan passa en premier et Cassidy suivait mais voilà que la demoiselle était bien maladroite car elle se cogna contre une pierre et perdit l’équilibre, atterrissant dans les bras de Tristan qui venait de se retourner en entendant le bruit, surtout que la demoiselle jurait pas mal de sa maladresse, par réflexe certainement.

Elle secoua la tête, les mains posées sur son torse, écarquillant les yeux et soudain un peu rouge alors qu’elle détournait la tête pour s’écarter de lui rapidement, le souffle court.

« Pardon, j’ai trébuché… »

La demoiselle ravala sa salive et ils continuèrent leur chemin, puis, alors qu’ils arrivèrent en vue de leur repaire, elle bloqua net, ne faisant pas un pas de plus. Tristan parut étonné et Cassidy réfléchissait à une grande vitesse, se caressant le menton avant de le regarder très sérieusement et gravement.

« Ecoute… j’ai absolument rien contre toi… mis à part le fait que tu m’as laissé seule dans le passé mais… crois-moi, un jour tu me détesteras… comme les autres. C’est comme ça… Je pense que c’était important que je te parle de tout ça mais on aura peut être pas d’autre occasion de le faire. Hum… »

Puis elle se remit à avancer, songeuse, se disant qu’il faudrait bien qu’elle oublie ce moment, ou du moins qu’elle n’y fasse plus attention, de peur de souffrir.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Dim 27 Oct - 18:48

MANGER !!!!
Qu’est ce qu’il avait faim ! Il ne s’en était pas rendu compte auparavant mais il avait décidément bien besoin de manger et ses couleurs revinrent très rapidement en même temps qu’un sourire ravi. Décidément, les hommes et leur estomac…
Pendant qu’il partait chercher du feu, Cassidy s’était occupé de préparer le petit animal et il l’avait regardé avec une surprise certaine quand il était rapidement revenu, perturbé de l’avoir vue agir si vite, très surpris qu’une demoiselle aussi ravissante sache aussi bien manier sa dague et un peu déçu qu’elle s’en soit chargée à sa place alors qu’elle devait avoir bien mal au bras.

D’ailleurs elle sembla avoir besoin d’expliquer son geste, se contentant de dire que son actuel petit ami lui avait appris à se débrouiller dans la nature. Etrangement, Tristan n’en parut pas du tout soulagé ou heureux pour elle. Au contraire, son visage s’était fermé, comme s’il désapprouvait fermement qu’une demoiselle s’occupe d’une tâche pareille. Pourtant, il respectait clairement les femmes et même probablement un peu trop mais apparemment une chose aussi salissante était une affaire d’hommes… histoire de galanterie probablement. Il se contenta d’un hochement de tête comme pour la remercier et s’occupa du feu.

Et quelle drôle manière de s’occuper du feu d’ailleurs !
Après avoir savamment préparé un tas de bois pour qu’il prenne rapidement, il avait pris dans ses mains du petit bois. Un éclat passa sur son corps, différent de ceux qu’il avait eus jusqu’ici, peut-être plus intense avec le soleil qui se couchait et la lumière orangée qu’il dispensait dans le sous-bois. Le corps du jeune homme se mit alors à dégager une importante chaleur, alors qu’il respirait plus lentement. Le bois qu’il serrait dans ses mains commença à fumer légèrement et il le reposa calmement sous le tipi de plus gros bois formé. De petites flammèches ne tardèrent pas à apparaitre et à attaquer le bois alors qu’il fixait le tout avec une fascination certaine.

Le jeune homme s’occupa de construire une petite installation de fortune pour faire comme une broche au-dessus du feu et cuire rapidement l’animal.
Il mangeait de bon appétit après cela et sembla bien plus détendu par la suite.
Ce fut très rapidement d’ailleurs qu’il s’endormit une fois près de Cassidy contrairement à elle qui en profita pour l’observer. Il ne semblait pas s’en apercevoir, pourtant, quand elle toucha ses cheveux, il poussa un léger gémissement ravi, penchant aussitôt la tête vers la main qui le touchait, comme pour prolonger le contact. Mais elle s’était rapidement éloignée et finalement ce fut lui qui l’observa le plus longtemps le lendemain matin.

Qu’elle était belle cette demoiselle endormie, quand elle ne râlait pas sur tout ce qui bougeait, quand elle n’avait pas un masque de sévérité et de colère, quand elle était détendue, souriante…
Il remarqua bien vite que les mèches devenues blanche de sa chevelure semblaient avoir repris une couleur normale, ce qui l’interloqua beaucoup. Il se promit de poser la question à un mage, s’intéressant aux phénomènes magiques… ce qui ceci par contre différait assez radicalement de son attitude passée.
Quand elle se réveilla, il lui sortit une petite phrase et elle se redressa en le frôlant. Il lui sourit, l’observant avec inquiétude mais apparemment, elle n’avait qu’une bonne migraine. Quand elle s’étira, il fronça légèrement les sourcils… Déjà qu’elle s’était promenée ainsi une bonne partie de la soirée, ce qu’il avait trouvé relativement très… très très troublant, pas besoin non plus de lui exposer autant sa poitrine en s’étirant de la sorte. Il détourna les yeux… avec un petit temps de retard intéressé.

Elle disait aussi qu’elle avait été déjà blessée de la sorte par le passé. Enfin suffisamment pour ne pas avoir besoin de son aide en quelque sorte. Il se crispa un peu et se mit à foudroyer du regard le sol. Son petit ami, ce fameux Erwan, devait être un sacré irresponsable pour laisser sa petite amie se faire ainsi blesser. Mais à quoi jouait-il ? Qu’elle soit forte et indépendante au point de vouloir se battre, se débrouiller seule et tout, c’était une chose… Mais à ce point ? C’était exagéré, il ne devrait pas la laisser faire ! Mais qu’avait-il dans la tête ? certes les femmes étaient probablement bien plus capables que les hommes de mener plusieurs batailles de front, en amour comme en guerre, mais ce n’était pas une raison pour ne pas essayer de… la protéger un minimum.

Elle sembla surprise de le voir aussi troublé et s’amusa à lui donner une pichenette sur le nez, ce qui le surprit pas mal et le fit loucher légèrement alors qu’il l’observait en penchant la tête de côté. Il fit un geste comme pour l’aider pour sa tunique mais se ravisa, préférant ne pas la toucher… puisqu’elle ne semblait guère apprécier de toute manière, encore plus quand on lui portait assistance.
L’instant d’après, elle évoquait son prénom et il lui jeta un étrange regard alors qu’il ouvrait la bouche puis s’arrêtait, haussant les épaules comme si de rien n’était.

- C’est vous… ça dépend comment vous voulez qu’on vous appelle…Enfin... toi...

Rien de plus, il n’était clairement plus aussi bavard que la veille et le changement pouvait paraître assez troublant puisqu’il n’avait en rien l’air de mauvaise humeur.
Ils se relevèrent, se préparèrent, le jeune homme installant sa lourde épée dans son dos avec aisance puis ils se mirent en route, suivant les indications et la véritable carte que le Drakkari semblait avoir dans la tête.
Mais rapidement, la demoiselle sembla éprouver le besoin de parler, de s’exprimer. Il l’écouta, curieux, étrangement silencieux et intéressé par ce qu’elle disait… ou pas.

Elle parla d’une pierre qu’elle lui avait donnée et il porta instinctivement la main à son collier, serrant fort le pendentif au creux de son poing, sans la regarder, comme si elle pouvait le lui reprendre. Par contre, qu’elle parle d’une transformation qu’il n’aimait pas le laissa assez indifférent, il ne comprenait pas du tout de quoi elle parlait. Il ne se transformait qu’en dragon après tout… Quant à ce qu’il était… Maud le savait mais il ne lui avait jamais demandé de le lui expliquer, il avait bien assez peur de sa réponse… Pour l’instant il se contentait d’être… un Drakkari juste différent. Mais si on lui apprenait que c’était une forme de maladie ? Comment le vivrait-il ? Pourtant il se sentait bien… très bien même…

Elle parla alors de le rapetisser. Apparemment ils se connaissaient très bien tous les deux, ils étaient même très proches, c’est ce qu’elle semblait dire et ce qui semblait assez logique puisqu’elle avançait qu’il adorait se mettre dans son décolleté. Rien que ça ? Sur le coup, il s’arrêta net et elle le regarda avant de sourire, affirmant que cela ne lui posait pas problème ce qui confirmait l’hypothèse qu’elle était soit très peu pudique, soit… très attachée à lui pour lui permettre ces déviances. Apparemment elle préférait aussi davantage s’occuper de lui en Drakkari qu’en dragon, ce qui laissait étrangement supposer une très… personnelle manière de s’occuper qui cette fois ne lui provoqua pas le moindre rougissement et encore une fois elle affirmait avoir un problème avec les dragons, raison pour laquelle il ne comprenait guère qu’elle ait toléré ses précédentes transformations…

Il n’était pas sûr de comprendre ni de vouloir savoir. Il avait bien compris qu’elle le connaissait bien, plus que bien même, mais elle appartenait à son passé, un passé qui semblait terrible et qu’il n’était vraiment pas certain de vouloir retrouver, pas certain du tout en fait !!!
Pourtant, alors qu’il se remettait en marche, c’est un sourire pervers qu’il lui fit, posant directement les yeux, contre toute attente, sur son décolleté avant de la regarder dans les yeux avec une lueur étrange.

- Oh… je pense que c’est aussi un très bon endroit pour… un non petit dragon… Ca reste à… tester.

Et vlan ! Comment donner l’impression d’être un gros pervers avec une seule phrase courte, sans épanchements. Ce fut probablement au tour de la jeune femme d’être surprise et sous le choc mais ça, il n’y fit pas très attention. Elle se reprit alors et lui posa une question pour le moins… déroutante…
Apparemment, elle se demandait comment il faisait pour coucher avec une femme, semblant croire qu’il pouvait d’une seconde à l’autre reprendre sa forme imposante, majestueuse certes mais aussi titanesque de dragon et avoir tout de même envie de « copuler » avec une humaine. Pauvre humaine… elle se posait de bien étranges questions. Mais elle semblait trouver cela assez… déroutant pour ne pas dire répugnant, surtout elle qui n’aimait pas les dragons et il retint la phrase qu’il allait lâcher comme quoi elle semblait plutôt se poser pas mal de questions quant à son corps nu, qu’il pouvait bien lui montrer, audace particulière qui lui semblait tout à fait appropriée et très naturelle, se renfrognant juste un peu.

Il retrouva un demi-sourire quand elle avoua qu’il ne ressemblait plus à une mauviette et il crut percevoir une pointe d’admiration dans sa voix et son regard quand elle avoua qu’il était mieux ainsi. Tiens donc, elle lui avait pourtant donné l’impression la veille qu’il était trop musclé, juste très peu harmonieux ainsi. Apparemment c’était tout le contraire. De toute manière, lui-même se sentait tellement mieux ainsi que ça n’aurait pas changé grand-chose.
Pourtant, il se permit un sourire plus franc, se rapprochant légèrement d’elle, une certaine admiration dans le regard.

- Oh la raclée, je pense qu’il n’y aurait pas de problème…Vous… Tu es puissante, ça se sent… et comme je ne me battrais jamais contre une femme, tu aurais tôt fait de m’étaler… Ce qui ne rendrait pas la victoire moins importante bien sûr.

Poli, courtois et même assez galant pour lui faire un compliment tout à fait naturel alors qu’il secouait la tête amusé, semblant très mal s’imaginer se battre avec la demoiselle et surtout essayer de lui faire du mal.
Ils se firent silencieux un bon moment aussi, se contentant d’avancer, d’éviter racines et trous dans le sol. Tristan marchait d’un bon pas, qu’il avait tout de même ralenti et ce même si la jeune femme était assez aguerrie aujourd’hui pour le suivre à bon rythme, elle était blessée tout même… mais ils avançaient vite.

Et puis elle commença à aborder son passé et le jeune homme se crispa, évitant soigneusement de la regarder alors qu’elle parlait. Elle parlait de lui comme de quelqu’un de bien… enfin de pas si mal du moins et il ne sut pas comment le prendre. Qualifier quelqu’un qu’on appréciait apparemment beaucoup de « pas si mal » ce n’était pas très bon signe… ca n’avait pas grand-chose d’un compliment en fait. Sauf quand il se confiait et qu’il peignait apparemment, c’étaient les deux choses qu’elle semblait vraiment apprécier de lui. Elle ne parlait en rien de son amitié, il devait donc être un bien piètre ami. Ces révélations sur lui ne lui plaisaient pas, bien au contraire et il se renfermait totalement sur lui-même à l’heure actuelle. Elle parlait en code et il ne comprenait rien. Apparemment il était parti, elle s’était concentrée sur autre chose, elle considérait qu’il avait des défauts alors que jusqu’ici tout ce qu’il avait entendu ne semblait être qu’une suite de défauts justement. Non, il n’y comprenait pas grand-chose et si ça ne devait pas plaire à Maud, il ne comprenait pas pourquoi elle lui en parlait. D’ailleurs, son visage se fermait de minute en minute. Oui, il évitait de la regarder.

Il ne savait pas trop pourquoi mais le tableau qu’on lui adressait de cette ancienne personne ne lui plaisait pas. Surtout qu’il ne semblait pas plus que cela plaire aux gens qui l’entouraient. La preuve, elle-même semblait le détester pour une raison dont il ignorait tout et ne voulait franchement pas connaitre. Il se contenta de serrer fortement les dents puis de lâcher à mi-voix quelques mots.

- Je déteste la peinture. Et qui a dit que je voulais avancer ?

Rien de plus… d’ailleurs il s’enferma aussitôt dans son mutisme, ne semblant même pas regarder le regard horrifié que posait sur lui la jeune femme qui avait ralenti le rythme. Il se contentait d’avancer, fixant un point que personne ne voyait, le visage fermé mais le regard tourmenté sous ses mèches rouges rebelles un peu trop longues.

Quand elle glissa dans ce fameux petit passage étroit, il se retourna par instinct très rapidement et la rattrapa avec douceur par la taille, évitant soigneusement son bras, les pieds fermement ancrés dans le chemin pentu pleins de petits cailloux alors même qu’il glissait sur quelques centimètres du fait de l’élan de la jeune femme. Elle releva les yeux vers lui… des yeux de biche qu’il trouvait nettement plus expressifs et beaux noisette que verts comme sous sa forme cachée. Comme elle était légèrement plus en hauteur que lui et qu’il avait courbé l’échine pour encaisser le choc, leurs visages se retrouvèrent très proche l’un de l’autre. Il lui sourit simplement, l’air un peu inquiet, baissant les yeux sur ses chevilles pour s’enquérir de leur état mais elle semblait en pleine forme… si ce n’est la coloration de ses joues. Pourtant elle s’écarta vite et il parut peiné même s’il se détourna aussitôt, rabaissant les bras de chaque côté de son corps, lui tournant le dos en silence pour reprendre leur marche.

Ce fut l’un de leur dernier moment d’échange avant qu’ils n’arrivent en vue de la cachette de l’armée fantôme. Cassidy s’arrêta alors d’un coup et il se retourna vers elle, surpris par son attitude. Qu’avait-elle donc ?
Elle le regarda un instant comme si elle cherchait ses mots puis s’exprima. Elle disait qu’il l’avait laissée seule et à ces mots son regard s’était fait peiné et malheureux car si elle semblait très bien cacher ce qu’elle ressentait vraiment, faisant la fière et forte jeune femme, ses yeux, sous sa forme réelle la trahissait bien plus qu’elle ne semblait le croire… ou alors c’était parce qu’elle le regardait peut-être. Elle parlait du fait qu’il allait la détester, comme les autres… comme si elle cachait un lourd secret, comme s’il y avait quelque chose chez elle de… mal. Il pensa à la marque sur son bras…celle que le fameux garde qu’elle avait assommé avait reconnue comme un signe de Balthar et disait qu’ils n’auraient plus l’occasion d’en parler. Elle se remit à avancer mais il attrapa le poignet de son bras valide et l’arrêta ainsi.

Elle se retourna assez vite vers lui et vit que contre toute attente, il souriait, simplement.
Ce n’était pas le sourire timide de jeune homme naïf qu’il avait eu quand il l’avait revue la première fois, c’était un tout autre, simple, franc, plein de provocation et de taquinerie et dont le fait qu’il soit légèrement en coin laissait penser qu’il n’était pas mais alors vraiment pas innocent. Il s’avança vers elle, se retrouvant si proche, sans la lâcher pour autant, qu’elle dut basculer la tête en arrière pour la regarder dans les yeux.

- Je ne crois pas à cette histoire de Balthar. Ou quoi que ce soit d’autre. Tu es quelqu’un de bien, je le sens. Et si les autres te détestent, tant pis pour eux… tu seras plus disponible pour moi…

Qu’était-ce donc que cette allusion ? Et ce sourire de gamin alors ? Qu’essayait-il donc de dire alors qu’il se rapprochait dangereusement d’elle. Pourtant, il se contenta d’effleurer son front de ses lèvres, d’un baiser très chaste, se reculant sans rougir et sans paraître le moins du monde gêné, bien au contraire vu comme il lui tira la langue, d’autant plus taquin. Puis il tira doucement sur son poignet pour l’inciter à le suivre, l’air joyeux.

- Allez viens ! Tout le monde doit être très inquiet ! Et je sens les brioches tout juste sorties du four de Mélodie ! Miam !



Mais elle s’était arrêté, l’air gênée et il sut qu’apparemment, elle ne parvenait pas à se retransformer, à reprendre cette fausse identité. Il haussa les épaules, comme si ça n’avait pas la moindre importance, affirmant qu’elle n’en avait pas besoin ici.
Il repartit d’ailleurs d’un bon pas, l’air ravi à l’avance de manger des brioches chaudes justement, lui assurant par quelques mots, qu’elle ne risquait rien, que personne ne lui ferait de mal… comme si elle avait besoin de cette sécurité ! Elle était bien capable de se défendre toute seule, elle le lui avait déjà bien assez prouvé !

Mais comme l’avait annoncé le jeune homme, aucune antipathie ne fut manifestée quand ils réapparurent bien au contraire même !
Tous les accueillirent avec le sourire alors que la dénommée Mélodie, une belle adolescente aux longs cheveux châtains arrivait déjà avec un plein panier de brioche en les montrant ostensiblement à Tristan qui commença aussitôt à la suivre comme un petit toutou, le ventre grognant, ce qui provoqua le rire général.
Erwan était apparu aussi, pas du tout menacé contrairement à ce qu’on aurait pu croire. Il semblait très fatigué et fou d’inquiétude, heureux de revoir sa compagne bien qu’elle ne puisse pas se retransformer apparemment… S’il n’avait pas été enfermé et n’était pas captif, on ne l’avait clairement pas laissé partir à la recherche de la jeune femme et il avait dut se faire un sang d’encre.

Pourtant, alors qu’on laissait le jeune homme se rapprocher de sa compagne et l’enlacer, Tristan se retourna et leur lança un étrange regard avant de secouer la tête et de se réintéresser aux brioches que Mélodie lui agitait sous le nez, exigeant qu’il aille d’abord prendre un bain, ce à quoi il gémit qu’il promettait de le prendre juste après !!!!
Mais une femme d’âge mûr s’était avancé vers Cassidy interrompant ses retrouvailles avec son petit ami.

- Notre dame Maud veut voir demoiselle… Immédiatement s’il vous plait… Ne vous en faites pas… Tout va très bien pour votre ami et vous-mêmes, elle souhaite juste s’entretenir avec vous… apparemment vous auriez des choses à… vous dire.

Elle entraina la jeune femme à sa suite jusqu’aux maisons puisqu’apparemment Maud n’était pas venue accueillir les revenants !
Elle était sur le balcon de la sienne, un vaste balcon éclairé par la lumière du jour, ils avaient dû sacrément marcher vite pour arriver aussi tôt malgré la distance et ce même si Tristan l’avait porté inconsciente sur un bon petit bout de chemin la veille.
La jeune dame était installée dans un large et confortable fauteuil, son jumeau lui faisant face, légèrement en biais tandis qu’une grosse corbeille de fruit posée sur une petite table basse regorgeait de fruits et de brioches toutes fraîches justement. Elle avait les mains posées sur son ventre, affectueusement et regardait par le bord de son balcon justement, dont elle était proche, l’agitation qui régnait plus bas et la tête aux mèches rouges, si reconnaissables parmi les autres, d’un certain Drakkari qui venait de tenter de s’échapper avec des brioches alors qu’une demi-douzaine de demoiselles plus amusées que furieuses lui courait après sous les rires des autres. C’est qu’il plaisait d’autant plus avec son retour de muscles ce jeune homme.

Quand Cassidy arriva, elle l’invita à venir s’asseoir en face d’elle, sans ciller une seconde, pas le moins du monde surprise apparemment de voir la jeune femme blonde plutôt que la demoiselle rousse qu’ils étaient censés avoir accueilli entre leurs murs de pierres…
Elle lui fit un beau sourire, très digne, radieuse comme toujours et impeccable jusqu’au bout des ongles, ses longs cheveux noirs virevoltant légèrement autour d’elle sous la brise.

- Bonjour Cassidy. Bien rentrée de ta petite escapade d'hier on dirait...

Elle lui sourit, amusée.

- Je ne suis pas surprise de te voir comme tu as pu le constater… Même avec une autre apparence, il y a des petits gestes chez toi qui ne trompent pas. J’imagine que je te dois cette gifle d’hier… Une chance que Jack ait été si fatigué… Son tatouage j’imagine. J’avoue que je pensais qu’il était brisé, c’est ce que les mages ont affirmé… A croire que toi tu arrives encore à t’en servir, c’est intéressant… Oh et puis ton… nouveau petit ami même s’il n’a pas pu révéler ton identité sans se prendre un joli revers de ta confiance en lui a été suffisamment explicite pour que tous mes doutes soient levés.Une demoiselle ayant perdu la personne la plus chère à ses yeux à cause d’une Kaär… qui serait soi-disant morte mais en fait en pleine forme… Il n’avait pas vraiment la langue dans sa poche. Mais Jack n’a même pas tiqué… j’imagine que tu as remarqué sa mémoire… défaillante.

Nouveau sourire cette fois plein de tristesse et de remords avant qu’elle ne soupire, lui indiquant la corbeille et le petit déjeuner qui l’attendait tandis que la dame qui était venu la chercher leur apportait thé, café et chocolat chaud… chocolat dont Maud se servit un grand bol, marmonnant à son ventre qu’il allait la faire devenir obèse, apparemment le bébé avait de sacrés envies.
Elle releva les yeux vers la jolie jeune femme blonde et sembla pendant un instant la regarder avec la même pointe de rivalité que lorsqu’elles s’étaient vues à ce fameux jeu pendant ces quelques jours, comme en compétition pour gagner le cœur du beau Drakkari.

- Comment vas-tu Cassidy ? Tu sembles t’être plutôt… bien remise du départ de notre ami commun… Et j’avoue que tu as de bons goûts… même si cet Erwan n’est certainement pas aussi fringuant que Jack.

Jack… elle l’appelait Jack encore et malgré tout… alors qu’elles connaissaient toutes les deux pertinemment le nom du jeune homme. Ca… ça devait forcément cacher quelque chose…




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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Dim 27 Oct - 19:43

C’était sûr, ils avaient passé du temps sur la route et elle tentait de lui parler d’avant, espérant peut-être le faire réagir et il était beaucoup moins bavard qu’hier. Elle était même complètement surprise quand il se montra un peu plus pervers et resta un moment la bouche ouverte, telle une carpe qui avait du mal à le voir reprendre certaines habitudes. Ca c’était bizarre. Par contre elle s’attendait à ce qu’il ne frappe pas les femmes, ça, ça n’avait pas changé.

Mais une chose la peina énormément, même si elle ne le montrait pas, quand il parlait détester peindre. Pour un peu elle lui aurait bien montré des illusions de quoi il était capable, juste pour lui prouver qu’il se trompait. Ca lui faisait vraiment mal au cœur et elle se renfrogna rapidement, ne parlant pas plus que ça.

Et elle cria tellement en dégringolant dans les cailloux, qu’il put se rendre compte à quel point l’humeur de la jeune femme avait rapidement changé. Il la rattrapa et elle était un peu plus troublée mais s’éloignant rapidement, certainement encore vexée par ces dernières paroles.

Avant d’arriver, elle lui indiqua qu’il finirait par la détester. Et à sa grande surprise, elle eut presque l’impression de le retrouver taquin, malicieux alors qu’il la faisait basculer et qu’elle se retrouva nez à nez avec lui, audacieux pour frôler son front du bout de ses lèvres. Il parlait de marque de Balthar et elle s’assombrit. On l’avait vu avec ce symbole sur le bras ? Eh ben… elle devait être sacrément remontée. Et malgré tout, elle espérait ne pas avoir fait de mal. Elle ne répondit pas mais… n’en pensa pas moins.

*C’est bien ça le problème Tristan… Tu ne sens pas grand-chose… pour l’instant*

Il avait insisté pour qu’il la suive et la jeune femme obtempéra.

Elle s’arrêta pour lancer son sort d’illusion mais un juron sortit de sa bouche alors qu’elle regardait ses mains, l’air grave. Puis la demoiselle se mit à soupirer en levant les yeux au ciel, maudissant sa magie d’être aussi instable parfois.

« Parfait… parfait ! Il ne manquait plus que ça ! J’espère juste que les gens ici sont assez intelligents pour ne pas dévoiler ma couverture… Parce que si un seul d’entre eux ose en parler à l’extérieur… là je pense qu’il va y avoir des meurtres. ».

Il lui confirma qu’il n’y avait pas besoin de ça ici mais elle soupira quand même d’agacement. Magie bien capricieuse !

Ils arrivèrent au centre de la place et alors que Tristan suivait la fille aux brioches, Cassidy regardait à droite et à gauche, toujours aussi méfiante. Une voix bien familière s’éleva au milieu du reste. Erwan sortait de la foule pour se précipiter vers Cassidy et la prit dans ses bras en la serrant contre lui. Puis contre toute attente, il posa sa main sur son menton en l’embrassa tendrement, devant tout le monde. La jeune femme, au départ surprise par cet élan d’affection en public, puisque d’habitude Erwan préférait rester discret, ne le repoussa pas et elle passa les bras autour de sa taille pour répondre à son baiser avec ardeur. Il s’écarta alors et caressa doucement sa joue, alors que la demoiselle répondait par un sourire éblouissant et heureux de le retrouver.

« Pourquoi… pourquoi tu es partie comme ça Cassy ? Et ta couverture ? Qu’est-ce qui t’es arrivé ? J’ai eu tellement peur que tu fasses quelque chose de mal… toujours à partir en avant sans prévenir personne… »

Elle passa doucement une main sur les lèvres du garçon, apaisée et le sourire illuminant son visage.

« Ne t’en fais pas pour moi je vais très bien. Tu as si peu confiance en moi pour croire que j’irais faire n’importe quoi ? Décidément tu me connais bien mal. Dommage je ne t’ai pas ramené les cadavres des Kaärs que j’ai dégommé au passage mais je doute que tu en ai l’utilité. »

Il prit un air plus grave en passant doucement les mains sur ses épaules comme pour l’examiner. Elle ne broncha même pas, malgré le fait qu’elle était toujours blessée.

Elle se mit à sourire, charmante et tellement intrigante. Il soupira de soulagement, content de voir que la demoiselle n’avait rien.

Une dame d’un certain d’âge s’approcha d’eux et demanda à Cassidy de la suivre puisque Maud voulait lui parler. Cassidy esquissa un léger sourire, c’était parfait, elle n’avait pas besoin de demander une conversation en privé. La demoiselle donna son bâton à Erwan, tout en lui promettant que tout allait bien puis elle suivit sa guide.

Elles arrivèrent à la maison de Maud et cette dernière rejoignit la grande dame. Elle put rapidement se convaincre que la petite Cassidy si douce, si innocente, avait beaucoup changé. Elle était plus insouciante, désinvolte et n’avait rien à voir avec ce qu’elle était avant. Parfois ses expressions de visage changeaient, on avait l’impression qu’elle faisait un peu plus âgée, quand elle était pensive.

Cassidy se contenta d’un mouvement de main en la regardant, aucune expression de colère sur son visage, rien. Non un air tranquille, voire même amicale, alors qu’elle se fendit d’un sourire. Maud la saluait, lui parlant de son escapade.

« Bonjour Maud… cela fait tellement de temps qu’on ne s’est pas vues… Désolé d’avoir inquiété tout le monde de mon absence. Je ne pensais pas causer autant de soucis »

Elle s’installa sur le rebord du fauteuil, une jambe croisée au dessus de l’autre et les bras également croisés, écoutant le discours de Maud. Apparemment Erwan avait beaucoup parlé hier… et pas qu’un peu. Hum… il faudrait qu’elle ait une petite discussion avec lui, parce que ça c’était abusé ! Elle parlait également du tatouage. Cassidy resta calme, montrant un air un peu surpris.

« Ah je suis désolée pour cette gifle… En fait ce tatouage est devenu complètement instable. C’est assez particulier comme connexion et j’ai des petits soucis de magie en ce moment… Mais bon… je ne m’attendais pas à le revoir, donc je n’ai plus l’habitude de ce truc… c’était totalement involontaire »

Elle fit une petite pause avant de sourire.

« Effectivement Erwan est très bavard, un peu trop protecteur parfois. Il interprète beaucoup de choses même si il ne connaît pas tous les détails. J’ai beau lui dire que je suis passée à autre chose mais je ne pensais pas qu’il en viendrait à ce genre de discours »

Cassidy soupira et secoua la tête tout en regardant la corbeille et le plateau, se contentant de prendre un verre d’eau.

Maud parla alors d’Erwan puis se demandait comment elle allait tout en parlant de Tristan malgré le fait qu’elle connaissait sa véritable identité. Cassidy resta pensive, mais tout à fait naturelle, reposant le verre d’eau sur la table et ramenant ses bras en arrière, dans une posture très décontractée.

« Ca va très bien merci… Je suis passée à autre chose. Finalement je pense que je me suis trompée avec Tristan… on avait pas vraiment de points communs ensemble, contrairement à Erwan… et le fait qu’il soit parti était une bonne chose… enfin au départ c’est sûr j’ai eu du mal à accepter mais en y réfléchissant un peu plus… eh bien Erwan m’a bien ouvert les yeux. »

Elle se redressa, ayant apparemment la bougeotte et marcha dans la pièce tout examinant des bocaux, sculptures, d’un air distrait, se retenant même de toucher tout en continuant de parler à Maud.

« Erwan est un homme très gentil, attentionné… merveilleux ! Je le montre plus vraiment en public mais au moins en privé c’est vraiment très… intense. Enfin je t’épargne les détails mais au moins il comble ma vie et je suis très heureuse d’être avec lui. On envisage même de se fiancer d’ici quelques mois mais je lui ai dit d’attendre un peu. C’est très agité à cause de toutes ces attaques de Kaärs en ce moment… mais quand le moment sera le bon… »

Revenant près de Maud, elle attrapa son verre sur la table et le remplit d’eau avant de boire à petites gorgées, puis fixa à nouveau Maud, apparemment sincère.

Elle attendit, écouta, ne montra aucune émotion négative sur son visage si ce n’est qu’une affirmation et un hochement de tête.

« Par contre, je me demande quand même ce qui lui est arrivé ces derniers temps. Ca m’a fait un choc de le revoir c’est sûr mais j’ai entendu qu’il avait eu un accident. Et cela lui a fait perdre la mémoire. Il s’est passé quoi en fait ? »

Encore une fois, Cassidy écoutait attentivement, sans interrompre ni quoi que ce soit.

« Et cette apparence toute maigrichonne c’était normale ? Je comprends pas pourquoi tu l’as refaçonné sans lui laisser l’occasion de récupérer sa véritable personnalité ou ses souvenirs. Bon il avait vraiment des gros défauts mais… ça l’aurait fait souffrir à ce point ? Et en plus… tu sais très bien qu’il s’appelle Tristan… pas Jack. Pourquoi continuer à l’appeler ainsi ? »

Après avoir écouté, elle fit une grimace de rejet.

« De toute façon, je ne peux pas supporter les dragons, ça m’écoeure. Enfin si il s’épanouit comme ça, tant mieux pour lui. Il n’a pas un comportement bizarre parfois ? Genre des actes impulsifs à cause de cette nature ? Parce que de ce que je sais, les dragons sont très indépendants quand même… »

Elle s'arrêta un moment puis termina sur une dernière phrase.

« En tout cas je suis heureuse de voir qu’il s’est remis avec toi. De ce que j’ai entendu, tu l’as beaucoup soutenu ces derniers temps. Et félicitations pour le bébé, je suis sûre qu’il sera un très bon papa. En plus, il n’a pas l’air de courir derrière les filles maintenant alors je pense que ça doit être bien. C’est bien votre enfant, n’est-ce pas ? »
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Lun 28 Oct - 22:33

Tristan avait tout de même toujours pour lui, maintenant qu’il semblait redevenir lui-même, de désarmants sourires qui auraient mis en confiance les plus méfiants. C’était comme ça, il avait un charisme certain et respirait auparavant la confiance en lui-même ce qui avait tendance à lui attirer la sympathie, parfois de la jalousie mais souvent de l’admiration. Et même s’il semblait doucement se remettre d’un certain traumatisme qui l’avait suffisamment marqué pour le faire changer, ces sourires là, revenaient très vite à l’assaut.

Alors oui, il avait été gentil, doux, et même audacieux alors qu’il affirmait un déposant un baiser sur le front de la petite blonde qu’il n’allait pas la détester… enfin c’était tout de même dit de manière très détournée comme s’il craignait qu’elle ne se fâche s’il disait les choses directement. C’est qu’elle était assez impulsive et elle n’avait pas très bon caractère quand on la fâchait.
En tous les cas, selon lui, elle ne craignait rien ici et personne n’irait révéler son identité. Il affirmait qu’ils étaient justement dans la même galère et que d’autres membres de l’armée fantôme étaient des personnalités qui ne pouvaient pas directement s’engager dans cette espèce de guerre et le faisaient donc en secret ici.

D’ailleurs, il lui précisa avec un sourire que Maud et son mari en faisaient parti et avait financé une bonne partie des installations puisque pour forger toutes leurs armes nécessaires pour les combats, encore fallait-il avoir une forge et pour planter tous les champs et arbres fruitiers qui les nourrissaient ou le bétail qu’ils élevaient, encore fallait-il commencer à partir de quelque chose. Si le monde savait qu’ils étaient ainsi opposés au Kaärs, ils ne seraient probablement plus du tout vu de la même manière et seraient peut-être même en danger tous les deux. C’est pourquoi les secrets ici étaient monnaie courante, elle ne tarderait pas à s’en rendre compte.

Tristan ne s’en rendait pas compte, du moins c’était involontaire autrement mais il venait de faire un clin d’œil à sa propre situation. Après tout, n’était-il pas l’un des plus gros secrets qui avait été gardé ici ? Puisque Maud n’avait pas même cru bon d’avertir la jeune femme que son ancien petit ami était ici… et vivant ?!
Ils descendirent dans la planque si bien camouflée et plus que probablement introuvable de l’extérieur (à se demander comment ils l’avaient dénichée justement mais il était fort probable qu’un certain… dragon soit intervenu pour cela) et furent accueillis avec enthousiasme et aucune méfiance. Maud avait fait le nécessaire pour que ni cassidy, ni son compagnon ne soient vus comme des ennemis et heureusement après son histoire de marque de Balthar. Mais elle s’était portée garante de sa bonne foi et ceci bien plus que les paroles d’Erwan avait rassuré tout le monde.

Tristan délaissa rapidement Cassidy, même s’il lui fit un sourire, pour suivre la jolie adolescente et son plateau de brioches qui semblaient être à cet instant ses seules préoccupations. Il était même finalement très drôle à faire une mine de chien battu pour en avoir et tout le monde semblait le trouver adorable, davantage encore depuis qu’il avait repris poids et muscles aussi rapidement et miraculeusement ce qui lui donnait des airs de bel athlète si fort totalement à la merci d’une frêle demoiselle capable de vie ou de mort sur lui pour une histoire de brioches.
La joie était au rendez-vous et au final, c’était presque comme s’ils étaient juste partis en mission tous les deux… et pas comme s’il lui avait couru après pour éviter qu’elle ne se blesse. D’ailleurs comme promis, il n’aborda pas une seconde le sauvetage de la jeune femme, se contentant de dire quand les questions se firent pressantes, qu’il l’avait juste retrouvée dans une petite forêt et l’avait raccompagnée pour qu’elle retrouve son chemin… juste au cas où, en pure galanterie. Personne ne posa d’autres questions.

Pourtant, pendant qu’il poursuivait les brioches et que Mélodie, pour s’amuser avec lui était montée sur un gros rocher au centre de toutes les tables disposées là, le narguant, il s’arrêta et se retourna, ayant entendu du bruit probablement. Son regard se posa sur le couple enlacé un peu plus loin alors qu’Erwan s’enquerrait de l’état de sa dulcinée avec une inquiétude certaine. Elle semblait ravie de le revoir, toute souriante, plus du tout grincheuse contrairement à quand elle était avec lui. Il haussa aussitôt les épaules et se détourna pour se reconcentrer sur les brioches, chouinant auprès de la demoiselle qu’il ferait ce qu’elle voudrait s’il avait droit à une brioche chaude, ce qui ne tomba décidément pas dans l’oreille d’une sourde !!!!

Mais une dame vint rapidement interrompre les retrouvailles entre l’archer et la jeune mage, précisant à celle-ci que Maud lui demandait de lui accorder une entrevue, ce qui effectivement devait bien simplifier les choses à la petite mage. Maud radieuse comme toujours l’attendait ainsi que de quoi se sustenter mais la jeune femme sembla ne vouloir qu’un verre d’eau. La belle dame haussa un sourcil, surprise qu’elle rechigne ainsi devant la nourriture et croqua dans une brioche, histoire de lui montrer que celle-ci n’était pas empoisonnée. Mais après tout, si la jeune femme ne voulait pas se nourrir, c’était son problème, pour sa part, la question ne se posait plus puisque son ventre bien arrondi montrant l’avancée des mois la rappelait à l’ordre toutes les heures !
Elle sourit.

- Je t’en prie Cassidy. Ce n’est rien. Tu es une mage et un esprit fort par excellence. Nous n’avions juste pas convenu du secret de ce lieu et c’est ce qui inquiétait le plus les… habitants. Je suis tout de même contente de voir que tu vas bien…

Elle l’examina d’un regard expert, le même qu’elle avait posé sur elle en déclarant qu’elle était décidément fort jolie comme jeune femme, le même qu’elle avait eu en comprenant que c’était cette jeune femme que Tristan lui préférait : un brin d’admiration, une importante part de jalousie mais aussi un certain renoncement. Et là elle renonçait à la comprendre.
La demoiselle avait radicalement changé.
Où était la petite demoiselle timide, si renfermée, totalement asociale mais tellement craquante, touchante et charmante qui avait fait basculer le cœur de son grand et insensible Drakkari ? Où était la jeune femme coincée et perdue qui ne se mettait pas en valeur, quoiqu’elle était pire qu’avant sur ce point là et qui semblait tellement craindre la désapprobation de son prochain ? Elle ne semblait être qu’un spécimen d’indifférence, d’indépendance, d’audace, de mépris et de colère… Ouh… la mine joyeuse, effarouchée et timide de la jeune femme lui manquait pour le coup !
Maud toucha son ventre, rassurante, sentant le bébé s’agiter… Etait-ce à cause d’elle qu’il percevait ce type de choses ou… était-ce l’inverse ?

- Je vois… la magie est parfois capricieuse en effet… Mais nos mages pensaient que le tatouage de Jack était brisé… à fortes raisons…

Son regard s’était perdu vers l’extérieur alors qu’elle fixait le jeune homme aux cheveux rouges qui mangeaient ses brioches avec une joie sincère, jouant avec des enfants, essayant apparemment d’en porter le plus possible. Il plaisait tellement aux enfants malgré sa haute taille et ses muscles fraichement retrouvés… Pour eux, il inspirait la sécurité, la gentillesse… c’est ce que disaient ces bambins, tous sans exception. Comme c’était étrange. Elle sembla peinée un instant, comme en charge du plus terrible des secrets puis elle se reprit et se retourna vers Cassidy avec un beau sourire. Pour le coup, elle l’avait encore appelé Jack, évitant délibérément, sans se tromper un instant, son véritable nom.
Elle se contenta d’hocher la tête quand Cassidy commença à parler de son compagnon bavard mais se fit beauuucoup plus intriguée et attentive quand celle-ci se confia un peu plus dans le plus somptueux et réussi des mensonges.

Apparemment, elle s’était trompé à propos de Tristan, il ne lui convenait pas, contrairement à cet Erwan qu’elle semblait prendre pour le plus merveilleux des hommes. Et ils allaient apparemment se fiancer. Si Maud semblait perplexe mais plutôt rassurée, ces mots-là semblèrent la choquer alors qu’elle agrippait son ventre avec plus de force que nécessaire. Son regard se voila un instant et elle se reperdit dans ses pensées malgré son sourire triste.

- Je vois… c’est probablement mieux ainsi.

Elle avait parlé à mi-voix, pour elle-même, pas pour Cassidy mais peut-être assez fort pour que l’ouïe fine de la demoiselle l’entende, sans être celle experte de son ancien compagnon.
Et puis Cassidy commença à poser des questions sur Tristan, détournée, assez indirectes au final et très désintéressée mais un demi-sourire éclaira le visage de la belle dame alors qu’elle se contentait de réponses des plus évasives.

- Il a eu un accident oui…

Mais elle ne précisa pas quoi, évitant délibérément de répondre, observant le peu d’intérêt de la jeune femme en face d’elle se muer un instant en frustration dans son regard, juste une seconde alors qu’elle redevenait désintéressée.

- Oui, c’est dû à l’accident. Nous n’y pouvons rien. Je ne l’ai pas refaçonné, il est devenu ainsi tout seul. Et son nom… fait aussi parti de cet accident. Pour moi, pour nous, pour lui… il s’appelle Jack. Aussi longtemps qu’il en aura besoin.

Une phrase énigmatique de plus et une absence presque totale de réponse supplémentaire. Maud devait bien s’amuser, mais après tout, puisque Cassidy semblait avoir oublié le jeune homme et être heureuse, ces informations ne lui apporteraient rien…

- Si les dragons te dégoûtent alors évite de l’approcher, l’antipathie dans ton genre crée des tensions qu’il perçoit… c’est ce qui le rend… difficilement contrôlable. Sinon… il est très bien avec tout le monde. Mais puisqu’il t’écoeure nous ne devrions pas avoir de problème de comportement, je lui interdirai de t’approcher voilà tout, et il m’obéira… comme il le fait toujours.

Nouveau brusque et presque imperceptible changement d’expression de la jeune blonde alors qu’elle se reprenait aussitôt semblant croire que son ex rivale avait encore du mal à accepter sa présence auprès du beau Drakkari.
Elle abattit une dernière carte… qui n’était en rien sincère puisqu’au final elle savait que le mari de Maud était le père de l’enfant mais la jeune femme en face d’elle… parut surprise et satisfaite même de ces mots… au lieu de sembler juste amusée…
Un sourire sincère illumina le visage de la brune qui se passa une main dans les cheveux, les relissant d’un geste expert en se redressant, allant s’adosser au balcon.

- Ohhh… Je vois… Tu as eu une conversation avec Jack alors. Il t’a dit qu’il n’était pas le père n’est ce pas et à présent tu essaies de me faire croire, tout naturellement que tu n’en savais rien et que tu es ravie pour nous deux…

La mage prit une mine offusquée mais Maud leva la main pour l’arrêter, amusée, secouant ses cheveux noirs en riant d’un ton léger.

- Pas de problème, je ne t’en veux pas… et même si je me trompe ce n’est rien. Jack est assez chamboulé comme ça… je ne voulais pas aggraver les choses… J’en suis à environ six mois… d’où l’énorme ballon qui me sert actuellement de ventre. L’accident est survenu bien plus tard et il était suffisamment… oui bien assez traumatisé comme ça… Il devait déjà se reconstruire. Je lui ai fait croire qu’il n’avait aidé que par ses attributs de dragon et il m’a crue… Enfin c’est vrai… mais disons que d’autres attributs que ceux nommés ont servi… du genre de ceux en dessous de la ceinture.

Son sourire venait de s’élargir alors qu’elle prenait une mine rêveuse, caressant son ventre en disant avec aplomb, que oui, Tristan était bien le père.
Le visage de Cassidy se décomposa alors qu’elle pâlissait atrocement et glissait cette fois dans son fauteuil au lieu de rester assise sur l’accoudoir. La bouche entrouverte, elle ne semblait plus capable de dire quoi que ce soit, les yeux écarquillés d’horreur et semblait même avoir oublié comment respirer. Maud sourit d’autant plus et la rejoignit rapidement afin de l’empêcher de partir mais vu son état, la demoiselle n’en était probablement pas capable. Elle lui donna une tape sèche sur la tête mais en rien violente alors que la jeune femme ne l’avait même pas suivie des yeux.

- Menteuse…


Maud venait de se rasseoir, rapprochant son fauteuil de celui de la jeune blonde après avoir proféré ce petit mot si « innocent ». En voyant que Cassidy s’accrochait aux accoudoirs, y enfonçant ses ongles, elle soupira et tapota ses mains du bout des doigts avant de claquer justement des doigts devant son visage.

- Cassidy ! C’est bon ! Réveille-toi ! C’est un bobard, et un gros ! Je ne suis pas enceinte de Jack… Pas du tout…

Cassidy relevait lentement les yeux vers elle, soupçonneuse mais Maud lui fit un beau sourire désolé et en même temps… amusé.

- Je suis désolée mais là tu ne me laissais pas vraiment le choix. Tu m’as menti, j’ai fait pareil… Et tu mentais plutôt bien, alors j’ai dû sortir le grand jeu… Mais je t’assure, je te jure sur ma vie et celle de mon enfant que Tristan n’est pas le père… Il nous a aidés bien sûr mais certainement pas de cette façon, crois-moi.

Elle lui tapota la main, voyant de la colère se refléter dans le regard de la jeune femme et la sentant prête à exploser, elle mit ses mains bien en évidence de chaque côté de son visage, prenant une moue innocente.

- Je suis désolée… je te l’ai dit, je n’avais pas le choix… Tu faisais celle qu’il n’en avait plus rien à fichtre de lui ! Et même s’il t’a fait du mal et même si tu es passée à autre chose, ce dont je suis très heureuse pour toi et surtout rassurée… parce… parce que avec ce qui s’est passé, de toute façon il n’y aurait plus rien eu entre vous, que tu tiennes encore un peu, un tout petit peu à lui pour ce que vous avez vécu ensemble, c’est l’assurance que j’ai le droit de te dire ce qui s’est passé… autrement… ça aurait été hors de question… Tu semblais si froide et en colère il y a quelques instants… que j’avais l’impression que tu cherchais un moyen de le détruire ! Hors de question de te confier quoi que ce soit dans ces conditions, il est bien assez démoli comme ça… Je suis contente de voir qu’imaginer qu’il puisse t’avoir si vite oubliée avec une autre femme te mette encore dans cet état et crois-moi, il ne s’est rien passé entre nous, rien du tout… Alors maintenant, si tu veux vraiment savoir… je peux te montrer… Mais j’espère que tu dis vrai.. et que tes sentiments pour lui ont disparu, que tu t’es rendu compte que vous n’alliez pas ensemble… enfin je te crois, tu l’as dit toi-même, tu ne supportes pas les dragons… et c’est ce qu’il est…

Elle attendit que la jeune femme lui réponde, puis Maud se releva et alla chercher sur les étagères une boite devant laquelle Cassidy était passée deux fois. Elle en sortit une petite sphère pleine de nuance de rouge, des nuances comme des petits filins qui tournoyaient lentement, étourdissantes.
Elle revint s’asseoir devant la mage et posa l’objet devant eux. C’était un objet magique. La demoiselle devait connaitre. C’était un de ces nombreux objets qui permettaient de revoir des souvenirs en se plongeant littéralement dans ceux-ci. Pour faire bref, c’était un objet assez rare et précieux qui avait pour ainsi dire le même pouvoir qu’Aliéna, la sœur de Tristan et qui permettait d’assister aux souvenirs d’une personne d’un point de vue extérieur… comme en étant un fantôme qui suivait la scène sans jamais pouvoir intervenir.

- Puisque tu veux tellement savoir ce qui s’est passé… je vais te montrer… Et après ça… J’espère que tu le trouveras un peu moins monstrueux…

Maud se tut et posa sa main sur la sphère, prenant de son autre main celle de Cassidy. La sphère réagit aussitôt à son contact et les nuances se mirent à tourbillonner à toute vitesse, attirant leur regard en troublant le monde autour d’elle.

« Elles se retrouvèrent aussitôt dans la chambre de Cassidy. Tristan était là, il parlait à la fausse Cassidy, gentiment, suppliant, affirmant avoir un cadeau pour elle, il voulait qu’elle le reprenne, la suppliait en lui affirmant qu’il ferait tout pour se faire pardonner. Elle semblait ne pas en avoir grand-chose à faire de lui mais le suivit, pour voir ce cadeau. C’était le fameux moment où il l’avait entraînée dans la forêt. Il déclarait savoir qui elle était et son regard était très différent alors qu’il prétendait lui offrir son humanité, s’en prenant pour la première fois de sa vie à une femme. Sa transformation en un dragon rouge encore jeune et peu développé, rien en comparaison de ce qu’il devenait aujourd’hui, se fit alors qu’il le souhaitait, et cette fois donc, ce ne fut pas subi… Il la tua sans le moindre état d’âme en se jetant sur elle, comme une bête sauvage, les cris de la jeune femme à peine audibles sous les grognements du dragon et l’épaisseur de la forêt de pins dans laquelle ils se trouvaient. Puis il se retransforma… nu comme un ver, ses vêtements apparaissant quelques secondes tout juste après, autour de lui, tombant au sol. Il se rhabilla en silence sans un regard pour la femme massacrée, impossible à reconnaitre qu’il abandonna là, morte. Son regard avait changé… Il s’éloigna de la forêt et les deux fantômes lui emboitèrent le pas alors qu’il rentrait à l’Académie. Il semblait sûr de lui. Apparemment c’était le jour de son départ… Il passa dans leur chambre, cette fameuse chambre qu’il avait aménagée pour eux deux et contempla le tout un instant, les poings serrés, tremblant… Quelques larmes glissèrent au coin de ses yeux mais il les essuya rageusement avant de déposer avec douceur le collier de la jeune femme, taché de sang sur son lit.
L’instant d’après il faisait un sac avec le stricte minimum et sortait le reste pour le brûler, mettant le feu à tous ses tableaux. Puis il revint dans la chambre… fixa un instant les magnifiques peintures qu’il avait réalisées sur les murs, s’arrêta devant celle qui les représentait tous les deux, elle lisant au pied d’un arbre, lui l’observant d’une branche plus haut, si mignon enfant rieur… Il prit son épée, un sourire mauvais s’emparant de ses traits et abattit la lame sur la surface de pierre qui représentait son visage, laissant un trait net et bien plus profond que cela ne semblait possible qui décapitait littéralement son image. Reposant son épée, il s’attacha ensuite à tout repeindre et fit disparaitre, comme elle s’en était bel et bien rendu compte le moindre objet, la moindre allusion qui pouvait le rappeler à son souvenir.
Puis il partit…

Elles purent le voir s’éloigner, sans sembler avoir de but distinct si ce n’est celui de partir, sans se retourner… la mine fermée.
Le monde changea autour d’eux. On retrouva le jeune homme donnant un coup de main dans une ville par ici, attrapant quelques bandits par là, abordé par de jolies jeunes femmes qu’il remerciait mais évitait par là-bas puis un jour surprenant un groupe de trois Kaärs qui s’apprêtaient à violer une jeune fille d’à peine quinze ans.
Il voyageait simplement, ayant probablement acheté un cheval avec des récompenses récupérées ici et là, perdu dans ses pensées lorsqu’il avait entendu des supplications… que Cassidy et Maud, simples spectatrices ne pouvaient même pas entendre, preuve de la transformation que subissait le jeune homme. Il n’avait pas hésité et s’était rapidement approché pour trouver une jeune fille attachée et des monstres en train de l’insulter, de la frapper… et l’un d’eux déjà prêt à la violer vu les caractéristiques anatomiques qu’il manifestait, le pantalon sur les chevilles. Elle était blonde comme une certaine demoiselle et cette scène rappela à Tristan une chose qu’ils avaient vécue ensemble bien des mois plus tôt. Il se figea complètement, tremblant de la tête aux pieds puis sauta de cheval d’un bond, attrapant son épée avant de hurler à ces hommes de la relâcher. Ils le jugèrent du regard, lui dirent de se mêler de ce qui le regardait… Son regard flamboya et il les tua tous rapidement, sans la moindre hésitation… et sans ni se transformer en dragon, ni en cette horrible chose qu’il était devenue justement dans pareille situation beaucoup plus tôt.
La jeune fille semblait effrayée et croire qu’elle avait perdu trois bourreaux pour en retrouver un pire mais il la rassura, la couvrit de son manteau pour lui faire retrouver un minimum de pudeur puis la détacha avant de l’aider à monter sur son cheval et de la raccompagner jusqu’à chez elle. Elle pleurait beaucoup et ne sembla pleinement rassurée qu’en retrouvant sa famille. Tristan reprit aussitôt la route sans s’attarder mais passa la soirée suivante à s’entraîner pour oublier les images qui le hantaient.


De nouveau le paysage changea… Il était ici justement dans la vallée et quelques éléments rapides se placèrent en un défilé flou devant Cassidy et Maud pour expliquer la situation. Il avait retrouvé Maud et son mari, leur avait parlé de son idée de créer un groupe de sauvetage qui interviendrait et protégerait les habitants des Kaärs, ils l’avaient soutenu, ils avaient trouvé des volontaires mages et guerriers, hommes et femmes, parents ou simples jeunes, tous étaient impliqués et le traitaient avec hommage et respect. A cette époque, il était justement en train de construire sa propre habitation, la plus en hauteur de toutes celles présentes, au-dessus même de celle de Maud et de son époux qui grâce à lui, à ses écailles et son sang, parvenaient enfin à concevoir un enfant. Cela faisait quelques semaines déjà… de nombreuses semaines en fait. Souvent en excursion sans doute, il dormait dans une chambre d’amis chez Maud et son époux, celle attenante au balcon sur lequel se tenaient physiquement les deux jeunes femmes.
On voyait justement la chambre, plongée dans les ténèbres. Une tenue de combat se trouvait sur une chaise, toute propre et prête à servir, son épée, amoureusement installée sur un support qui lui était spécialement réservé. Le jeune homme était allongé, la lumière de la lune filtrant par le balcon ouvert. Il semblait torse nu, la couverture le couvrant à partir de la taille et… couvert de sueur, respirant par à coups et s’agitant en tous sens, marmonnant dans son sommeil, en proie à des cauchemars sans que le moindre doute ne soit permis. Soudainement, il se réveilla en sursaut, se redressant presque assis, en appui sur ses bras tendus, les mains à plat sur le matelas, les yeux écarquillés, hurlant le surnom de sa petite mage adorée.
Haletant, il fixa la chambre où il se trouvait, semblant se resituer plus ou moins et son visage s’attrista alors qu’il s’asseyait sur son lit, se prenant la tête dans les mains.

Finalement, il se releva, portant effectivement un pantalon et alla sur le balcon, il enjamba d’ailleurs rapidement le mur qui le séparait du vide et s’y jucha, regardant le monde étoilé qui s’étalait plus loin et plus haut, pas directement au-dessus de lui puisqu’ils étaient protégés par la voûte de pierre supérieure et les ombres que jetait son propre « chez lui » en construction. Il tripotait doucement son collier et soupira tristement, parlant tout seul à voix basse, comme s’il s’adressait à un fantôme ou comme s’il était somnambule.
Maud apparut alors, celle du passé, le rejoignant sur le balcon. Elle fixa d’abord son dos voûté avec tristesse et désarroi puis s’approcha et passa tendrement la main dans son dos. Il ne sursauta même pas, preuve qu’il l’avait entendue ou sentie arriver.

- Encore un cauchemar ?
- Comme toutes les nuits…
- Tu ne veux pas prendre une potion ?
- Tu sais bien qu’elles ne me font strictement rien… c’est même encore plus… violent quand j’en prends…
- …

Ils restèrent silencieux un instant puis il descendit de son perchoir agilement et elle le fixa avec un intérêt certain.

- Tu t’entraînes beaucoup ces derniers temps j’ai vu… tu es devenu très agile et beaucoup plus souple il paraît. Mon frère n’arrête pas de te complimenter. Il dit que tu n’as jamais été aussi fort.
- Tsss…
- Tristan, c’est pour la bonne cause, tu pourras protéger plus de gens.
- Ne te fiche pas de moi… Je ne m’entraîne pas pour protéger les autres, je m’entraîne pour être assommé par la douleur et la fatigue afin de pouvoir grappiller quelques heures, quelques minutes de repos sans penser à elle, c’est tout… c’est absolument tout…
- … Elle te manque toujours ?

Le jeune homme lui lança un regard grave avant de se détourner en soupirant tristement, regardant les étoiles avec un air lointain.

- Bien sûr qu’elle me manque… Je n’arrête pas de regarder les étoiles en me disant si… elle les voit comme moi… si elles sont pareilles chez elle… si… elle les regarde en pensant à moi… Comment pourrait-il en être autrement dis-moi ? Je devais le faire… Je devais… m’éloigner mais ne crois pas que ça passe… C’est de pire en pire, je… je vais devenir dingue…
- Tris…
- Non, s’il te plait ! Arrête… Tu ne sais pas ce que je ressens… Je… J’ai l’intention d’aller faire un tour à Glindel demain… enfin je partirai quelques jours. Juste histoire de m’assurer qu’elle va bien. Je sais que tu penses que c’est une mauvaise idée, et jusqu’ici je t’ai écoutée, mais je veux savoir comment elle va, si elle s’est remise, si… si elle va mieux, c’est… c’est tout ! Je ferai attention, elle ne me verra pas !
- Tristan…
- Non ! Je sais que tu crois que si je l’approche, je… je vais craquer et… et aller la voir mais… et… et je le croyais aussi ! Mais… j’en ai besoin… Je… Je peux pas rester plus longtemps sans… S’il te plait Maud, essaie de comprendre…
- Tris…
- NON ! Mon choix est fait ! Rien de ce que tu diras ne m’arrêtera !

La jeune dame semblait profondément inquiète et triste mais pas par ses paroles… Les larmes aux yeux, sans dire un mot, elle l’incita à s’adosser contre le mur du balcon et le regarda droit dans les yeux, caressant doucement ses joues qui ne portaient pas la moindre trace de barbe. Il comprit que quelque chose n’allait pas, se laissa faire, l’observant avec curiosité. Elle cherchait ses mots, semblait vouloir l’épargner, n’y parvint pas…

- Je savais que tu n’allais pas bien… Alors j’ai demandé à un de nos informateurs de faire un détour par là bas… J’ai eu des nouvelles il y a quelques jours… Je… Tris… elle… elle va bien. Elle s’est remise de ses blessures… lentement mais elle s’est remise… Ca va faire trois mois que tu es parti… Mais… il… l’informateur m’a dit qu’elle… qu’elle n’habitait plus vraiment à l’Académie en fait… Elle… Elle vit chez un certain Erwan, le… le garçon dont tu m’as parlé et que tu as laissé veiller sur elle. Que tu prétendais… plus adapté… pour elle… Ils les a vus ensemble à plusieurs reprises et apparemment, ils sont un couple aujourd’hui. T… Tris ?

- …
- Tristan ?
- …
- D… Dis quelque chose s’il te plait…
- C’est très bien. Je suis heureux pour elle.

Il avait parlé calmement mais elle remarqua aussitôt ses mains qui tremblaient et en relevant la tête ses dents si serrées qu’un mince filet de sang coulait sur son menton tremblant, les larmes qui glissaient lentement sur ses joues alors que ses yeux disparaissaient derrière sa frange un peu longue, mais qui brillaient comme ceux des chats malgré tout dans la pénombre, absorbant le moindre éclat de lumière, le revoyant de manière inquiétante, de manière fascinante surtout…

- Tristan…

Elle voulut le rassurer, lui parler, le soutenir, mais il se dégagea de la main qu’elle posait sur son épaule d’un mouvement brusque, enjamba le balcon et sauta dans le vide alors que sous le choc, elle hurlait son nom. Il se transforma aussitôt, déjà bien plus impressionnant dragon que celui qui avait massacré l’usurpatrice. Et il s’éloigna très loin dans le ciel, vers ces étoiles qu’il aimait tant, poussant un rugissement de douleur qui déchira le ciel.


Quelques jours semblaient s’être écoulés tandis que le paysage avait encore changé. Tristan était sur le terrain d’entraînement, avec son maitre… qu’il tenait sacrément en haleine. Si jusqu’ici le maitre avait toujours dépassé l’élève, ce n’était plus le cas à présent et le colosse semblait vraiment en difficulté face à la fougue de son disciple et sa puissance de frappe.
En effet plus agile qu’auparavant, Tristan semblait être devenu très doué pour esquiver ne cherchant plus à encaisser inutilement des coups qui lui donnaient des ouvertures mais l’épuisaient également et son maitre se fatiguaient bien plus que lui puisque l’élève s’était considérablement renforcé.
Ils mirent fin à leur combat, le colosse hors d’haleine fixant avec admiration, les mains sur les genoux, son disciple fringuant qui se tenait droit, une main sur les yeux pour fixer un vol d’oiseaux qui passaient au-dessus d’eux.
Ils se battaient tous les deux torse nu et le tatouage du jeune homme, encore intact, petit pentacle doré miroitait faiblement à la lumière du jour dans un coin de son dos… Quand il s’étendait, il couvrait toute la surface de son dos bien sûr mais depuis un bon moment, il était « muet ».

- Bravo gamin… J’avoue que là, tu m’as impressionné.

- Je ne fais qu’appliquer votre enseignement maitre.
- Sois pas si poli sale môme ! T’assures et tout le monde compte sur toi aujourd’hui, moi en premier… Je suis fier de toi.
- …Vieux bouc grincheux...
- Allez… je te le dis… Je voulais te faire la surprise mais on sait qu’un détachement, pas bien gros mais avec apparemment quelques gros poissons se dirige vers l’ouest. J’ai pensé que toi et moi, on pourrait aller leur donner une bonne raclée ! Maud doit se rendre dans le coin, on l’escortera avec une mage et on s’occupera de ces pourritures au passage.
- Pourquoi pas… Ca me semble une bonne idée. On va voir lequel de nous est le meilleur alors !
- Sale môme !!!!

Tristan s’éloignait en riant alors que son maitre lui balançait sa tunique qu’il venait de récupérer en même temps que la sienne, essayant soi-disant de lui faire mal, en réalité heureux et ravi de le voir devenu si fort et sûr de lui. Le gamin incertain qui avait tant à apprendre avait disparu… et ce nouveau petiot-là… forçait à présent le respect. Ils rentrèrent, allant manger, accueillis par la même bonne humeur et convivialité que Cassidy avait déjà pu voir dans cette communauté et de jolies jeunes femmes se battirent plus ou moins dans un duel de paroles pour pouvoir s’asseoir à côté du beau Drakkari qui leur souriait, assurant qu’il avait bien assez d’attention pour elles toutes… ce à quoi elles répliquèrent par des gloussements ravis et des rougissements
Ils transmirent la nouvelle et le lendemain prirent la route.
Maud fut effectivement déposée dans une petite ville avec la mage d’un certain âge qui ne la quittait jamais, veillant sur le bébé que portait la jeune femme comme sur son propre petit-enfant, mage douée apparemment, sans avoir bien entendu le niveau d’une certaine petite blonde.
Après quoi, les deux hommes allèrent trouver le détachement Kaär qui n’était constitué que d’une dizaine de tête et qui finalement s’avéra fortement… faible, de vrais débutants désorganisés même s’ils ne faisaient déjà d’ordinaire aucun prisonnier.
Apparemment, cet acte de violence, même sans les avoir pris à commettre un crime quelconque était devenu parfaitement normal chez le Drakkari.
Comme ils n’avaient rien de plus à faire, le maitre alla rejoindre une taverne tandis que Tristan annonça vouloir faire un tour.

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Lun 28 Oct - 22:33

HS : suite T_T

Il marchait tranquillement dans la forêt, parfaitement à son aise et capable de sentir le moindre danger à des centaines de mètres à la ronde tant son ouïe et son odorat étaient fins lorsqu’il perçut une voix dans le souffle du vent qui vint l’envelopper. Aliéna… c’était sa sœur. Elle lui parlait, lui murmurant qu’elle n’était pas loin, qu’elle était venue le voir, que le vent lui avait dit qu’il serait là, qu’elle avait des choses à lui dire… sur Cassidy.
L’intérêt du jeune homme s’éveilla aussitôt et c’est sans la moindre méfiance qu’il suivit le chemin tracé par le vent, abandonnant son attention si particulière d’origine.
Aliéna était bel et bien là, dans une clairière. Tristan perçut une légère tension magique quand il franchit le couvert des arbres pour entrer dans ladite clairière mais il n’y prêta pas attention, pensant que c’était elle qui avait crée cette bulle de protection comme elle le faisait parfois.

- Aliéna ! Ca va ? Je suis content de te voir… Tu parlais de Cass... ????!!!!!!!
- Tristan va t-en !!!!!!!!!!

Il écarquilla les yeux, se figeant net avant de voir une multitude de corps tomber d’arbres et se précipiter vers lui, armes au poing. Il y avait des hommes bien sûr et il y avait aussi… des espèces de trolls qui obéissaient corps et âme à leurs maitres qui sortaient à pieds, tranquillement du couvert des arbres.
Tristan voulut saisir son épée mais une brusque bourrasque le souleva du sol et malgré un effort certain, il ne se transforma pas, tombant lourdement au sol. Aussitôt, il chercha à se débattre mais ils étaient déjà sur lui, trop nombreux alors qu’il serrait les dents essayant encore et encore de changer de corps. Finalement, il fut immobiliser et fermement attaché à d’énormes bracelets mécaniques reliés à des chaines que l’on tendit à différents arbres. A genoux au sol, incrédule mais fou de rage, le jeune homme se débattait, sentant pourtant ses forces s’affaiblir rapidement, jetant des coups d’œil à sa sœur, menacée par une épée et qui pleurait en silence.

- Bonjour Tristan…

C’était un homme, apparemment leur chef, un grand échalas chauve aux joues marquées de veines noirâtres et qui était clairement un pratiquant de magie noire.

- Inutile de te débattre, la magie qui t’entoure t’empêche de te transformer, un sort fort long et complexe que tu aurais senti de loin si tu n’avais pas accouru près de cette jeune femme… et impossible à tracer en plein combat tu t’en doutes. Je vois que ton maitre et toi êtes bêtement tombés dans le piège de cette petite garnison de jeunes recrues… merveilleux ! Oh… plus tu forces sur ces bracelets plus ils aspirent ton énergie alors débats toi au final… ton corps déborde de cette énergie draconienne dont nous avons aujourd’hui tellement besoin… c’est très bien.

Le jeune homme arrêta de se débattre, haletant, foudroyant l’homme du regard, jetant des regards inquiets cette fois à sa sœur qui articulait faiblement des excuses. Pourquoi ? Pourquoi avait-elle l’air si ébranlée ? si… désolée ? ce n’était pas de sa faute si elle avait été piégée et s’il l’était à présent par son biais… non, ce n’était pas sa faute. Il allait se libérer, les massacrer…

- Ah Tristan… Tu étais si prometteur avant de te tourner subitement vers la justice… On raconte qu’une certaine demoiselle serait responsable de tes gentils états d’âme… Je ne la vois pas près de toi… je ne comprends pas que tu ne nous aies pas rejoints alors. Mais passons… Quel dommage, j’ai été si attristé de voir qu’un tel guerrier préférait jouer les pions aux mains de la « justice » plutôt que de servir ses propres intérêts…. Rejoins-nous Tristan et tu auras tout ce que tu voudras… Je sais ce que tu es, je connais tes origines… j’en sais bien plus que toi… Je pourrais t’apprendre à contrôler ton pouvoir, tes pouvoirs… Avec moi, tu deviendrais d’une puissance phénoménale, ne gâche pas un tel talent auprès de ces bouseux qui te servent de compagnons d’armes. Je ferais de toi un prince, un roi si tu le demandes ! Et un roi mérite la meilleure des reines… La femme que tu voudras, les femmes que tu voudras, un nom, un physique, n’importe quoi et elles te seront servi directement. Tu pourras en faire ce que tu veux, les violer, les violenter, tout te sera permis… Je peux lire dans ta tête… les pensées qui t’habitent le plus. Cette jeune femme, une mage hein… elle sera à toi… rien qu’à toi…

La rage du jeune homme sembla flancher un court instant alors qu’il fixait son interlocuteur avec une peine certaine et un profond désarroi, comme plongé dans des pensées tortueuses, comme en proie à un choix vraiment difficile. Mais il secoua violemment la tête et insulta copieusement le chauve.

- Compte pas sur moi croque-mort ! Je ne vous rejoindrai jamais ! Je défends ceux que vous opprimez aujourd’hui ! Je ne ferai plus de mal aux gens ! Au contraire…

L’homme semblait offusqué et en réponse, un de ses sous-fifre frappa violemment Tristan du pommeau de son épée en plein estomac, lui coupant le souffle en le faisant tousser. Il insista, réitérant sa demande mais le Drakkari ne flanchait pas et les coups devenaient plus forts, plus violents tandis qu’Aliéna les suppliait de le laisser tranquille. Alors l’homme perdit patience.

- Très bien… puisque ton choix est fait… Tu nous serviras quand même à quelque chose… Nous allons commencer par le début alors. Tu vois cette jeune femme, ta sœur… tu n’as jamais eu de sœur Tristan… C’est une Kaär, comme nous, une jeune et très talentueuse élémentaliste en quête de promotion que nous avons façonnée, étudiée et transformée afin de la faire passer pour ta sœur… comme si tu pouvais avoir une sœur, c’est une preuve une fois de plus que tu ne sais absolument rien de tes origines… pauvre enfant. Nous avons fait une copie de ta bague, nous avons même fait croire qu’elle était contre les Kaärs pour mieux que tu succombes à la tentation. Elle t’a étudié, a appris à te connaitre, à voir tes faiblesses… et surtout TA faiblesse… cette petite mage que tu aimais tant, que tu voulais chérir, protéger… une autre a pris sa place, t’a piégé et l’a cruellement blessée, même si à l’origine elle devait la tuer et a préféré la narguer, elle devait en fait l’éliminer directement, cette Cassidy semblait un peu trop…douée pour rester en vie…mais elle a voulu jouer, soit… J’avoue que c’était une grave erreur… Mais bon, si elle était douée, cette mage là était assez indépendante et apparemment elle avait plutôt envie de voir ce que les Drakkaris valent au lit… Elle t’a blessé, comme on lui avait demandé et tu aurais dû revenir vers nous mais… voilà… tu as su qu’elle était une copie… Dommage, le sort qu’elle t’avait lancé pour que plus que tout, toi, tu n’y voies que du feu, te séduisant à chaque fois que tu doutais était très réussi… Mais y avait ce gamin qui était plus malin que toi apparemment. Dommage, dommage… ça a presque marché…

Tristan avait considérablement pâli à mesure que ces informations lui étaient révélées mais quand on aborda le sujet de Cassidy… quand il sut que ce plan terrible, même s’il était tombé dedans comme un idiot et même si des précautions supplémentaires avaient été appliquées pour lui, venait d’eux, quand il comprit qu’ils avaient cherché à le berner et s’était servi de Cassidy pour cela, quand il comprit qu’ils voulaient la tuer… le jeune homme sembla devenir fou.
Il poussa un rugissement de rage en se redressant d’un bond, manquant s’étaler par terre de peu, tant ses chaines étaient tendues et il força dessus.
Apparemment, elles étaient faites pour lui résister et semblaient réellement pomper toute son énergie mais son regain de vigueur les mit à mal et elles commencèrent à grincer, prêtes à céder alors qu’il hurlait.

- SALOPARDS !!!!!! ORDURES !!!! VOUS N’AVIEZ PAS LE DROIT !!!!! JE VAIS VOUS TUERRRRRRRRRR !!!!!!!!!!


Il perdait complètement son calme et malgré ce qu’avait dit l’homme sur son incapacité à se transformer, un éclat passa sur sa peau, comme ce à quoi la jeune femme avait assisté justement depuis qu’elle l’avait revu… c’était comme si de minuscules écailles ondoyaient sur son visage, renvoyant l’éclat de la lumière, ça l’épuisait clairement mais il insistait et ses iris s’étalaient dans ses yeux, les rendant presque totalement orange. Les chaines grincèrent plus violemment mais l’un des hommes saisit son épée et frappa cette fois-ci du tranchant de la lame l’arrière des genoux du jeune homme, l’entaillant sévèrement. Il poussa un grognement de douleur en tombant à genoux par terre, luttant encore ce qui lui valut cette fois-ci une dague plantée directement dans l’artère fémorale.

- Tant que cette dague tient en place, tu ne te videras que lentement de ton sang… dès qu’on l’aura retirée par contre… tu mourras en quelques minutes, je te conseille de te calmer.


Le jeune homme souffrait clairement et crachait du sang mais même s’il ne voulait pas renoncer, son corps le lâchait, cette énergie de dragon, du moins de ce que prétendait le grand échalas semblant liée à son énergie globale. Il semblait même avoir du mal à garder les yeux ouverts.
Le meneur lui attrapa les cheveux pour le forcer à le regarder en face et le jeune homme grimaça.

- Malheureusement… Cette petite comédienne s’est beaucoup attachée à toi on dirait… Tu as vraiment un don pour te faire apprécier des gens Tristan même alors que nous avons commis d’horribles crimes en ton nom, même après toutes les déclarations des Cheistams, tu es vraiment étonnant, c’est dû à ton sang sans doute… étrange… Bref… Elle n’a rien à faire parmi nous.

L’homme près d’Aliéna, trancha brusquement la gorge de la jeune femme sous le regard impuissant de son « frère » qui ne hurla même pas, encore sous le choc de la révélation et juste totalement épuisé.
Puis le chef s’approcha et plaqua sa main sur le front du Drakkari. Il hurla de douleur à s’en arracher les poumons et à sa place, se retrouva alors épuisé, à plat ventre, le beau dragon rouge et noir qu’il devenait aujourd’hui. Les chaines s’étaient adaptées à sa taille plus que certainement magiques donc.

- Puisque tu ne peux pas nous servir vivants… alors nous nous servirons de toi… Quel dommage, un des derniers princes directs… c’est une vraie tragédie mais… la fin justifie les moyens et grâce à toi… nous pourrons créer de nouvelles espèces, merci jeune dragon…

Il fit un signe de tête à ses sbires tandis que les trolls maintenaient par précaution les pattes du puissant reptile au sol, ce qui n’était en rien nécessaire. D’autres hommes s’approchèrent, armés…

- Dis moi Tristan… Sais-tu quelle partie d’un dragon est la plus précieuse, la plus puissante? Tout le monde pense que c’est son cœur… Mais sa puissance n’est rien comparée à celle de chaque fibre de ses ailes… du moins si elles lui sont enlevées quand son cœur bat toujours.

Le dragon comprit, s’agita mais rien n’y fit et quand les haches s’abattirent sur ses ailes, il poussa un hurlement déchirant puis plus rien…
La scène s’effaça sur le rire hystérique de ce grand maitre de magie noire, ravi…

Celle qui se reforma montrait Maud, la mage qui l’accompagnait et son frère qui narrait, avec un entrain aidé par l’alcool dont il n’avait fort heureusement que peu abusé, son combat avec Tristan et la manière dont ils avaient fait mordre la poussière aux Kaärs. Maud s’inquiétait de voir que le jeune homme ne les avait pas rejoint mais grâce à un sort de détection lancé par la mage et posé sur le collier du jeune homme dont il ne se séparait jamais, ils savaient où il était et le rejoignait justement.
De l’agitation leur apprit qu’un bûcheron avait trouvé deux corps dans la forêt et qu’il venait de prévenir une garnison Cheistam qui patrouillait dans le coin.
Ils pensèrent à des Kaärs qu’ils avaient justement achevés un peu plus tôt…

Mais en rejoignant la clairière, ils découvrirent à leur grande horreur deux corps bien connus.
Il y avait d’abord Aliéna, la gorge tranchée, la peau glaciale, qui tenait dans sa main, paume ouverte vers le ciel, la réplique de la chevalière de Tristan… Mais Maud poussa un hurlement en reconnaissant la chevelure indiscipliné de son ancien amant chez l’autre corps.

Tristan s’était retransformé en humain et était dans un état… inqualifiable.
A plat ventre au sol, il avait des entailles sur chaque centimètre de sa peau et semblait avoir été vidé de son sang vu la pâleur de son corps. Son dos portait deux terribles entailles qui suivaient le contour de ses omoplates et laissaient apparaître ça et là, la couleur de ses os et cartilages justement. Le bas de son dos avait été tout aussi sauvagement tailladé.
Le maitre de Tristan retenait sa sœur devenue hystérique qui hurlait et pleurait, voulant l’approcher, le toucher…
C’est la mage qui le manipulait et remarqua sa peau froide alors qu’elle le retournait en douceur. Il avait les yeux clos, le coin des lèvres ouvert tant il avait hurlé. Une grosse entaille lui traversait le visage du coin supérieur gauche de son front, jusqu’à la ligne carrée de sa mâchoire à droite, deux lignes sanguinolentes encore marbraient ses paupières et le haut de ses joues sur six bons centimètres et sa gorge avait été ouverte sur son ancienne cicatrice. Les tendons tranchés, os brisés, il n’y avait plus grand-chose… de regardable chez le garçon…
De son torse jusqu’au bout de ses doigts, il avait été dépecé, probablement vivant et son corps, s’il avait essayé de le guérir au départ avait bien vite renoncé. Une profonde entaille sur son buste, à gauche laissait voir qu’on avait cherché à lui arracher le cœur mais les bouchers qui avaient agi s’étaient loupés et entaillant l’organe vital, l’avait laissé à sa place…
Maud avait arrêté de hurler quand on avait retourné le jeune homme et était en pleine spasmophilie, gémissant, les yeux écarquillés. Mais ce que dit alors la mage, la blessa encore plus…

- Il est toujours vivant…
- QUOI ?!


C’était le colosse qui cachait ses larmes, serrant les dents depuis quelques instants et qui venait de se retourner d’un coup. L’espoir dans la voix de l’homme se mua en désespoir de voir l’état de son disciple et la certitude qu’il ne pouvait pas survivre justement… Pourtant il voulait y croire de toutes ses forces. Maud s’était reprise, grave, véritable chef, plus que n’importe qui sans doute.

- Dépêchons-nous de le transporter à l’abri alors, il faut le soigner
- Non…
- Quoi ?! Il est vivant, vous venez de le dire , il…
- Nous ne pouvons pas, les Cheistams arrivent déjà, mes sorts m’en informent, ils seront là sous peu. Nous ne pouvons pas nous enfuir en espérant qu’ils ne nous remarquent pas, transportant un pareil… cadavre !
- Mais…
- Je vais lui donner une potion qui va davantage ralentir son cœur… il sera comme mort… nous aurons quelques heures pour que tu l’identifies, que les Cheistams reconnaissent sa mort et qu’ils l’enterrent… puis il nous faudra lui administrer l’antidote… Ce temps de latence sera profitable pour son corps, il souffrira moins. Et après… nous prierons les dieux pour que cet enfant-dragon soit suffisamment fort pour survivre…


Maud sembla hésiter une seconde puis hocha la tête…

La scène se flouta alors et celle qui se reforma montrait la fameuse base secrète. La vieille mage marchait justement vers la maison de Maud et elle entra, trouvant la jeune femme dans la chambre d’amis, assise au chevet de Tristan, comme toujours depuis apparemment un bon paquet de jours… ou plutôt de semaines. Le jeune homme était tout enrubanné dans des bandages, de la tête aux pieds et semblait profondément endormi.
La mage ôta les bandages et la peau neuve, reformée du jeune homme apparut, comme une seconde peau justement, comme la mue d’un dragon… Même si elle était beaucoup plus pâle que les autres parties de son corps elle semblait solide et presque toutes les cicatrices de son corps avaient déjà disparu. Maud attendit que son amie procède à tous les tests quotidiens et l’interrogea, rassurée de voir un sourire sur son visage.

- Alors ?
- Il est pratiquement guéri. Son corps est presque totalement régénéré et son cœur ne porte aucune séquelle de la blessure qu’il a subie… Mais c’est son dos qui m’inquiète le plus…
- Son dos ?
- Les cicatrices qu’il comporte ne disparaissent pas… et c’est normal vu ce qu’elles représentent. J’avais plusieurs théories mais la plus probables reste qu’on lui ait coupé les ailes sous sa forme de dragon.
- Quelle horreur !!!!
- C’est monstrueux bien sûr mais… il y a plus grave Maud…
- Quoi donc ?
- Les ailes d’un dragon correspondent à son âme en quelque sorte… elles sont sa force mais aussi sa faiblesse… En temps normal, s’en prendre à elles est mission impossible. Ceux qui ont agi savaient ce qu’ils faisaient mais… j’ai peur que…
- Qu’il devienne un dragon corrompu n’est ce pas ?


C’était une voix grave et masculine, harmonieuse qui venait de se faire entendre. Les deux femmes se retournèrent d’un bond, surprise et virent un homme de haute taille qui ressemblait énormément à Tristan si ce n’est que ses cheveux descendaient jusqu’à la moitié de son dos dans une crinière un peu plus disciplinée qui les fixait avec un sourire.
Il semblait épuisé et quelque chose le rendait… inhumain… peut-être le fait qu’on puisse percevoir le paysage à travers lui… ou le fait qu’il ait des cornes sur la tête et des griffes noires à la place des ongles. La mage commençait déjà à incanter mais il l’arrêta.

- Oui oui, je suis un démon mais ne vous en faites pas, je ne vous veux aucun mal… je veille juste sur mon fils.
- Votre quoiiii ???!!!
- Tristan… mon fils. Enfin ne vous inquiétez pas, je suis devenu démon… après l’avoir enfanté, il n’est pas démon… enfin pas plus que je ne l’étais avant de rencontrer sa mère.


En voyant les regards incrédules que portaient sur lui les deux femmes, le démon soupira puis vint s’asseoir sur le lit du jeune homme, replaçant une mèche de ses cheveux à sa place dans un geste tendre avant de se lancer dans le plus surprenant des récits.

- Je m’appelle Jack… et je suis un descendant direct de dragon. Vous devez connaitre la légende comme quoi les Drakkaris seraient le fruit de l’amour d’un dragon et d’un humain. C’est la vérité. Ma mère était une dragonne et mon père un humain. Ils se sont aimés tendrement puisque comme tous les dragons, ma mère était capable de devenir humaine à volonté, abandonnant plus que de raison sa forme reptilienne pour son grand amour. Malheureusement, les démons s’étant rendu compte de la puissante nouvelle espèce qui se créait par ces unions décidèrent de s’en mêler. Beaucoup les démasquèrent et les arrêtèrent mais malheureusement, mon père fut infecté lors d’un de ces combats et il fut marqué par un démon, tout jeune, endormi. Il fit tomber ma mère enceinte et transmit par ce biais ces gènes à son enfant, moi… Mi-humain, mi-dragon, j’étais infecté tout comme lui par un démon et ce fut rapidement perçu dès que je naquis. On me retira à ma mère et on dut éliminer mon père qui avait cédé à la possession. Pour protéger mon espèce mais répugnant à tuer un jeune descendant direct, je fus placé en isolation dans un cristal qui me purifia pendant des centaines d’années… Quand enfin je me réveillais, le monde que j’avais connu bébé avait disparu et j’étais un jeune adulte, sans parents, ma mère meurtrie par le chagrin ayant versé dans le mal et ayant été tuée par des humains primitifs. J’explorais le monde, curieux et avide de tout, et je rencontrai la mère de Tristan dont je tombai immédiatement amoureux. Je croyais ne plus être infecté et nous fîmes un enfant très vite, désireux de fonder une famille. Malheureusement ses souffrances pendant la grossesse et mes recherches m’apprirent que j’avais transmis ces fameux gènes endormis chez moi, à mon fils qui était en train de tuer la femme que j’aimais et qui risquait de naitre, monstrueuse espèce dévastatrice. Je la quittai alors que contrairement à mes semblables je n’éprouvais nul besoin auparavant de m’éloigner, afin de passer un pacte avec des démons supérieurs. J’en devins un, leur offrant toutes mes années de vie, être fantomatique aux pouvoirs suffisants pour arrêter les mutations de mon fils à naitre. Tristan naquit et grandit, me ressemblant étonnamment et plein d’une humanité qui me félicita d’avoir agi ainsi… Tout bascula avec la mort de sa mère et cette chose commença à reprendre son emprise sur lui, le dévorant de l’intérieur, il se laissait mourir, sentant instinctivement que c’était mauvais alors même qu’il aurait pu guérir par ses gènes de dragon de cette blessure. Je passai alors un pacte avec lui, un semblant de pacte pour le guider et être toujours auprès de lui pour l’aider à maitriser ce mal grandissant qui le dévorait un peu plus à chaque nouvelle blessure. Il était persuadé d’avoir pactisé avec un démon mais il n’en était rien et la veine promesse que je lui fis sur sa mère n’était que pour l’encourager à vivre. Il devint fort et courageux et tomba amoureux de cette petite fille qui le fascinait tant petit… je compris aussitôt qu’elle était à la fois son salut et… son plus grand fléau. Sous l’amour qu’il lui portait, il abaissa ses défenses, concentré uniquement sur elle et faillit la détruire quand ce mal ressurgit en lui, prêt à agir. Il la quitta, musela ce mal par toutes sortes de blessures qu’il s’infligeait à lui-même, fou de douleur de l’avoir perdue. J’étais là pour le guider, pour aider son corps à guérir en utilisant ses gènes de dragons quand il cherchait à en finir… mais parfois l’autre démon était plus fort, il prenait son corps, essayant de s’emparer de sa forme draconienne. Mais même inconscient Tristan luttait et ce n’était alors qu’une sous forme monstrueuse et terriblement douloureuse qui ressurgissait… Cela a duré plusieurs années, puis il l’a revue… cette jeune femme. Ca a été pire, puis merveilleusement mieux… et petit-à-petit, grâce à elle, il a commencé à détruire ce mal pour vivre enfin avec cette part de lui-même qu’il repoussait et l’empêchait d’être entier, un prince dragon, apte à la protéger… Vous connaissez la suite… En lui coupant ses ailes… ces hommes lui ont fait beaucoup de mal mais pas que physiquement. Les dragons sont affiliés aux démons… disons que nous sommes une même espèce… certains sont partis vers le bien, d’autres vers le mal. Tristan était affilié pour aller vers le mal avec la forme beaucoup plus puissante que lui offrait le bien… Les dragons corrompus sont les dragons rendus fous. Les hommes pensent qu’ils le deviennent seuls, mais c’est faux… en perdant ses ailes, il a perdu une partie de lui et ses résistances ont de nouveau flanché… Le reste de partie démoniaque qui l’habitait et était en train de disparaitre a enflé de nouveau et se trouve là… tout près de prendre le dessus sur lui. S’il y parvient, Tristan deviendra un monstre horrible qui s’orientera vers les Kaärs et n’aura aucune pitié envers vous tous.
- Par tous les dieux…


C’était la mage, Maud étant beaucoup trop abasourdie pour parler. Ils tournèrent tous la tête, instinctivement et virent que Tristan avait ouvert les yeux, faiblement et fixait son père, semblant avoir tout entendu de la conversation. Pendant un instant, admiration, amour, fierté brillèrent dans ses yeux puis il se mit à hurler, à s’en arracher les poumons, s’agitant dans son lit, pris de violents tremblements. Maud et la mage s’efforcèrent de le calmer, de le contrôler mais rien n’y fit.

- Ca y est… ça commence…
- Non !!!! Qu’est ce qu’on peut faire ?!!!!!
- Si Tristan devient un dragon corrompu, vous devrez le tuer avant qu’il ne retrouve ses forces… mais il y a un moyen d’empêcher cela…
- LEQUEL ?!!!
- Je vais prendre son mal… ça me tuera, je disparaitrai définitivement et il faudra donc l’aider à lutter contre le reste de démon qu’il lui restera pour qu’il le détruise enfin, seul. Mais… ses souvenirs mourront avec moi.
- Quoi ?
- Il ne se souviendra de rien… ni de ce qu’il est, ni de qui il est, ni de ce qu’il a vécu… Rien… alors il aura besoin de vous, vraiment… Est-ce que vous pouvez faire ça pour mon fils ?
- B…Bien sûr ! Sauvez-le, je vous en prie.

- NOOOOOOOOOOONNNNNNNNN !!!!!!!

Ca c’était Tristan par contre, entre deux contorsions douloureuses, entre deux hurlements qui alertaient tout le monde en bas, dans la cité cachée. Il se débattait et semblait épuisée mais sûr de lui.

- Tuez-moi ! Ne touchez pas à mes souvenirs ! Non ! Non ! Non !!!

- Désolé mon fils… mais tu n’as pas ton mot à dire.
- Non !!!! CASSSID.... !!!!!!!

La voix du jeune homme mourut dans sa gorge alors que son « fantôme de père » se jetait sur lui, passant au travers de son corps. Le Drakkari cessa de s’agiter et s’endormit aussitôt alors que son père devenait de plus en plus pâle, souffrant en silence, son image s’estompant alors qu’il murmurait un adieu au jeune homme avec un sourire plein de fierté…

- Il sera comme un enfant qui apprend tout de la vie… prenez soin de lui… Adieu petit prince…

Et il disparut…


Tristan se réveilla quelques jours plus tard et Maud, toujours à son chevet, ayant installé un deuxième lit dans la pièce le regarda avec inquiétude, le saluant gentiment. Il la regarda avec surprise, pencha lentement la tête de côté puis lui fit un magnifique mais timide sourire.

- Euh…B… Bonjour… V… Vous êtes qui ? Je… je suis où ?
- Bonjour… Je m’appelle Maud… Tu es ici en sécurité, chez moi, tes amis, ceux que tu aimes sont proches ne t’en fais pas… tout va bien… Tu te souviens de moi ?
- Euh… Pardon… non…
- Ce n’est pas grave… tu as eu un gros accident, tu as perdu la mémoire… Est-ce que tu te souviens de quelque chose sur toi ?
- …
- Ton âge ?
- …
- Ce que tu faisais dans la vie ?
- …
- Ce que tu aimais ?
- …
- Q… Quelque chose ?
- … Mon nom.
- Oh tu… tu te souviens de ton nom ? c’est formidable Tr…

- Jack… Je m’appelle Jack, n’est ce pas ?

Il lui faisait un si beau sourire, si heureux, si franc qu’elle referma la bouche, les yeux pleins de larmes et lui répondit oui, caressant ses cheveux. Il ferma aussitôt les yeux en disant qu’il aimait bien…

La scène avait disparu, changeant une nouvelle fois pour un enchaînement d’images cette fois-ci, on le revoyait, devenu donc incroyablement gringalet malgré la nourriture qu’il engloutissait, sa manière de s’intéresser à tout, de sourire, d’être timide, quand il avait réappris à marcher puisqu’ayant totalement oublié comment faire, puis courir, sauter… seul se transformer en dragon lui semblait naturel, cela lui arrivait souvent quand il avait un espace suffisamment dégagé et s’il se déplaçait encore difficilement sous sa forme humaine, une fois dragon, il était agile et s’envolait avec une aisance extraordinaire… »


Maud venait d’interrompre le flot d’images, de souvenirs et elle et Cassidy se retrouvèrent sur ce fameux balcon qui avait vu passer tant de choses, tant d’évènements au cours des derniers mois.
Heureusement que la jeune mage était assise parce qu’elle semblait sur le point de défaillir. La future maman lui effleura la main.

- Le vrai Jack nous a laissé ces souvenirs… sans que je ne sache trop comment… ils étaient là et j’ai pu les découvrir il y a quelques mois… Mais il nous est impossible de les rendre à Tristan, lui ne voit absolument rien, comme si son corps bloquait cette magie… tu auras compris que si je l’appelle Jack… ce n’est pas sans raison, mais tu n’as pas tort, ce n’est pas son vrai nom… ça reste néanmoins un hommage… tant qu’il en voudra du moins… J’imagine que tu dois comprendre pas mal de choses… mais il y a quelque chose que je voudrais te montrer, un dernier point que je n’ai découvert que très récemment quand je passais en revue tout ceci, espérant que si jamais tu nous retrouvais un jour… je pourrais te montrer tout ça… et arrêter de porter seule tout ce fardeau parce que j’étais la seule à en savoir autant, et que ça me minait de ne pas pouvoir en parler à quelqu’un…

Elle refit un geste avec le cristal et le monde disparut une dernière fois autour d’elle.

« Le temps avait été largement remonté et le lieu n’était en rien inconnu pour la jeune mage, bien au contraire, c’était là qu’elle avait passé tant de temps à se remettre des blessures dont cette fichue Kaär meurtrière était à l’origine.
Elle put d’ailleurs s’observer allongée sur un lit, entourée de machines et couvée du regard par un Erwan aux abois. Toujours sous sa forme de « fantômes » avec Maud, elle put voir alors arriver celui qu’elle croyait si vite parti, celui qui soi-disant ne s’était pas intéressé à son état, n’avait pas eu le cran de venir la voir, d’affronter son erreur. Tristan était là, pâle comme un mort, paniqué, faisant un dérapage à peine contrôlé tant il avait couru rapidement jusque là. Il voulut entrer dans la chambre puis se figea en voyant Erwan, s’interdisant l’accès de la chambre quand il découvrit celle qu’il aimait, allongée, dans un état… intolérable.
A cause de lui…
Il pâlit un peu plus si c’était possible, écoutant avec attention la conversation entre des guérisseurs que son ouïe fine percevait. Ils disaient qu’elle allait aller bien… qu’elle allait guérir… Maud et l’actuelle Cassidy pouvaient également l’entendre, semblant avoir la même sensibilité que lui alors qu’il semblait un tout petit peu, vraiment un tout petit peu rassuré.

Il articula silencieusement son nom, obligé de se retenir au mur pour ne pas tomber au sol tellement il était déchiré de la voir dans cet état… Et puis Cassidy, la Cassidy en vrac, se réveilla, se redressa, Erwan voulut l’arrêter et elle l’embrassa. Quelque chose changea alors dans le regard du Drakkari qui observait la scène. Dans son regard, quelque chose sauta, l’amour et l’espoir, la culpabilité et la tristesse firent place à un curieux renoncement… Il souffrait de ce baiser, un vrai martyr, mais il en était aussi soulagé. Un sourire plein de douleur éclaira son visage alors que des larmes obscurcissaient sa vue.

- Tu as encore des sentiments pour lui alors…


Phrase énigmatique vu qu’elle avait tout oublié de cet homme avant de le revoir et qu’elle ne pouvait pas l’entendre de toute manière. Elle délirait à cause des potions…mais elle l’avait fait… Elle l’aimerait… Il prononça sa prière, celle demandant à Erwan de prendre soin de la jeune femme, puis un adieu d’une voix tremblante à celle-ci… Il détacha sa main du mur et fixa son regard dessus, elle était agitée de tremblements incontrôlables, il décida de l’ignorer puis tourna les talons et s’éloigna… Mais un objet tomba d’une bourse qu’il avait constamment à la ceinture ces derniers temps et qui avec sa course s’était en grande partie détachée.
Une jeune femme l’interpella, l’arrêtant net. Elle avait ramassé cet objet et lui dit qu’il l’avait perdu… Il lui fit un charmant sourire, assurant que ça ne lui appartenait pas puis partit… Mais au lieu de se concentrer sur le départ du jeune homme les souvenirs qu’il lui restait, plus flous, imprécis se concentrèrent sur cette jeune femme, s’offrant ainsi à Cassidy et Maud, qu’il imaginait observer cette boite bordeaux sous toutes les coutures puis trouver le discret loquet, presque invisible qui la verrouillait… Alors elle l’aurait ouverte et aurait découvert son contenu, un contenu qu’il connaissait par cœur pour le contempler si souvent sans trouver le courage de le dévoiler… Un anneau d’or finement travaillé incrusté de fines pierres de différentes couleurs et d’une pierre précieuse qui semblait être une pierre de lune dont les éclats particuliers affirmaient sa rareté, semblant contenir un arc-en-ciel, une pierre sculptée qui représentait un livre sur lequel était incrusté, travail remarquable, de plus petites pierres, des rubis d’un rouge sang très vif qui représentaient quant à eux la patte d’un ours, image conforme du dessin d’une certaine chevalière… Elle aurait observé l’inscription gravée à l’intérieur de l’anneau et aurait soupiré face au romantisme de ce « A toi pour l’éternité ». »

Le souvenir disparut totalement et Maud et Cassidy se retrouvèrent de nouveau sur le balcon, la future maman se levant pour aller religieusement reposer dans son coffret son cristal sphérique.
Sa voix semblait curieusement hachée alors qu’elle évitait de regarder la jeune femme.

- Maintenant tu sais… Excuse-moi à présent… je suis fatiguée, je vais aller…m’allonger… Mais... heureusement que tu es passée à autre chose Cassidy... parce que le Tristan que tu as connu... est mort... en emportant comme image ton souvenir... Passe une bonne journée...


Elle s’éloigna aussitôt, sans se retourner vers la jeune mage, préférant probablement la laisser digérer seule… ces révélations.

HS : et la lectrice aussi MOUAHAHAHAHAHAHAHAHAH !!!!!
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mar 29 Oct - 2:19

Cassidy avait prit un air pour le moins nonchalant. A cause de sa méfiance naturelle, la demoiselle avait joué la carte de l’insouciance, comme si tout allait très bien et affrontait Maud sans laisser déborder ses sentiments. Elle était plus vive mais gardait une sorte de politesse tout en discutant. Et elle n’hésita pas à parler d’Erwan comme un homme de très bon goût, contrairement à Tristan qui lui était parti lâchement comme un voleur.

Si Maud savait… à quel point Cassidy souffrait en disant ces mots. Elle-même n’y croyait pas vraiment et était encore trop chamboulée mais à ce petit jeu de mensonge, elle se débrouillait très bien. Parfaitement même. Alors qu’elle cherchait à soutirer des informations, dans la plus grande confidence, sans avoir l’impression de s’inquiéter pour Tristan. Mais comme elle avait mal la petite mage et n’était pas sûre de tenir trop longtemps dans le jeu qu’elle s’était imposé.

Elle entendit un peu Maud dire que les choses étaient mieux comme ça. Elle parlait de l’accident puis du dragon qu’elle ne souhaitait pas approcher et la dame lui répondit par l’affirmative, en répliquant qu’il n’approcherait pas d’elle. A ce moment là, le regard de Cassidy s’était fait lointain puis elle fixa Maud un instant et même si elle tentait de faire bonne figure, une étrange expression passa dans ses yeux. Du regret, de la souffrance et quelque chose d’autre, de plus profond mais que Maud ne pourrait certainement pas identifier. Quoiqu’il en soit, la raison pour laquelle Cassidy ne préférait pas approcher un dragon était très bonne même si elle n’en parlait pas.

Maud parla alors de son bébé. Et Cassidy eut un choc, une nouvelle fois, même si elle avait voulu feindre l’indifférence. L’apprendre de Maud, c’était encore plus dur ! Alors Tristan était donc bien le père. Encore une fois elle se demandait si il était pas préférable d’en finir et elle devint très pâle, en s’accrochant au fauteuil, prenant une énorme grimace, les yeux brillants et détourna la tête un instant, ne savant pas comment se contenir. Elle était perdue ! Ca c’était sûr ! Et malgré ce qu’elle laissait croire, il semblerait que la demoiselle était beaucoup plus impactée que ce qu’elle pensait.

La dame aux cheveux noirs réagit et lui expliqua, d’une petite tape sur la tête, que c’était un mensonge et qu’elle mentait. Cassidy la regarda, cligna lentement des yeux et s’essuya son front couvert de sueur. Son cœur avait fait un bond dans sa poitrine et elle aurait très bien pu avoir une crise cardiaque.

Elle l’écouta, disant qu’elle aurait pu faire du mal à Tristan avec ces révélations. Et qu’elle ne devrait plus l’aimer. Ca par contre… Cassidy n’était plus sûre de rien. Oui bien sûr elle détestait les dragons mais… était-ce vraiment voulu ? Maud voulait une réponse et Cassidy, après avoir le regard perdu dans le vide, releva lentement la tête, faisant disparaître son masque, prenant un air plus… chamboulé mais restait calme.

« Tu me demande si je n’ai plus de sentiments pour lui… Mais… est-ce que pour réagir de cette façon je n’ai plus de sentiments pour lui vraiment ? Je n’ai pas compris ce qui lui arrivait mais… il y a encore beaucoup de flou dans mon esprit. Mais si ça peut te rassurer sur un point, je n’ai jamais voulu lui faire du mal… je… je ne peux pas… »

Maud fit apporter un objet magique et évidemment, Cassidy le reconnut directement. Il s’agissait d’une de ces choses qui permet de récupérer les souvenirs. Et le premier souvenir, était pour le moins pas vraiment joyeux.

Cassidy regarda, elle se crispa, se figea en le voyant détruire tout ce qui les touchait, tout ce qui leur appartenait et déjà à ce moment là, la mine de la mage était devenue beaucoup plus triste, témoin de cette disparition qui l’avait pesé.

Une nouvelle scène où elle le vit affronter des hommes très méchants, s’en prenant à une femme blonde. On aurait dit que Tristan ne voulait pas partir du côté obscur mais qu’il était extrêmement troublé. Cassidy ne disait rien.

Encore une nouvelle scène où cette fois on voyait Tristan qui voulait monter son groupe pour contrer les Kaärs. Elle voyait ce petit repaire qui se construisait et Tristan qui façonnait déjà sa maison. Elle voyait qu’il avait des cauchemars et d’un geste instinctif, la demoiselle avait commencé la main avant de la laisser retomber contre son corps, triste.

Elle le vit s’approcher du balcon et avoir une discussion avec Maud. Et les paroles de Tristan, la transpercèrent de toutes parts alors qu’elle serrait le poing, tremblante, se mordant la langue pour éviter de craquer. Parce que si elle s’était rétablie elle serait venue le chercher ! Peu importe ce qu’il aurait raconté, elle ne l’aurait pas laissé comme ça ! Tout son corps tremblait alors que la demoiselle, peinée, avec des yeux humides de larmes. Maud raconta alors et c’est vrai, à ce moment là, elle ne pouvait compter que sur Erwan et qu’elle s’était rapprochée.

Puis… le gros drame. Cassidy ne perdit pas une miette du spectacle. Les révélations, la cruauté des Kaärs et surtout Aliéna. La jeune femme se mit à crier même si personne ne pouvait l’entendre quand on trancha la gorge de la pauvre femme.

« Noooon ! »

Elle tremblait de rage, même si elle ne pouvait rien faire. Cassidy examina le chef avec attention, comme si elle voulait lui faire payer ce qu’il était en train de faire, la main sur sa dague qui tremblait alors qu’elle avait encore du mal à croire qu’il s’agissait d’une illusion. Puis soudain, elle vit le plus horrible spectacle qui pouvait être et elle du se mordre fortement la langue pour ne pas hurler. Cependant, autre chose s’était produit. Elle venait de s’agripper son cœur si fortement comme si on lui faisait directement du mal. Du genre à s’enfoncer les ongles dans sa chemise, comme si elle cherchait à se calmer. La douleur ne passait pas.

La suite était aussi atroce et elle ne retint pas ses larmes cette fois là en voyant le corps du Drakkari. Des larmes qui coulaient le long de ses joues et tombaient sur le parquet. Son cœur continuait de se serrer douloureusement et un évènement inattendu se produisit. Cette aura de feu que Tristan avait déjà vu était réapparue autour de la jeune femme, l’entourant, la réchauffant. Ce n’était pas agressif, au contraire, cette forme de flamme ne la brûlait ni elle, ni ce qu’il y avait aux alentours. Mais apparemment la magie de la mage était suffisamment capricieuse pour ressortir à ce moment là. Elle regarda lentement la main, consciente que Maud la voyait sous cette forme, et des regrets apparurent dans ses yeux. Elle se mit à haïr ces hommes.

Mais la suite, fut encore plus déchirante. Alors qu’il semblait guérir, on tenait un discours des plus sinistres. Dragon corrompu ?! Pourquoi… pourquoi ne lui avait-on jamais. Elle se crispa, comprenant certaines choses. La grande surprise, cette révélation au sujet de son père, de ce démon auquel elle ne comprenait absolument rien. De tout ça. Et finalement… qu’il deviendrait un dragon corrompu. La flamme s’agita autour de Cassidy mais n’en devint pas pour autant agressive. C’est le cœur en miettes qu’elle apprit tout… un descendant des dragons direct… elle ne pouvait pas plus mal tomber. Elle craignait cela même si son cœur lui, préférait quand même tenter… encore une fois. Le père de Tristan se sacrifia pour lui, pour sa vie et il perdit tous ses souvenirs alors que même à la fin Tristan n’aurait jamais voulu… Mais c’était tout ce qu’il restait à faire. Cassidy faillit tomber en arrière, ne disant plus un mot, les yeux rougis. Et heureusement qu’elle était assise.

La suite… ces souvenirs avant qu’il ne parte. Tout cela démarrait à cause de ce baiser à Erwan. Et cette bague, qu’elle n’aurait jamais. Maud s’exprima une nouvelle fois alors que Cassidy ne faisait rien pour arrêter ses larmes. Son cœur se serrait encore plus douloureusement et la flamme qui dansait autour d’elle se mit à disparaître, très lentement. Elle n’en revenait pas. Alors que Maud cherchait à s’en aller, Cassidy se redressa lentement.

« Maud je… il… dragon… si seulement… »

Elle inspira profondément avant de prononcer ces quelques mots qui voulaient tout dire et rien dire.

« Quand tout le monde se détourne de toi… pense-tu sincèrement qu’on peut te laisser une deuxième chance malgré ce que tu es ? »

Puis elle sortit de sa poche un mouchoir, prononça quelques mots. Le mouchoir se modela, se reforma… en une peluche. Un petit dragonnet rouge qu’elle posa sur la table basse avant de tourner les talons et ouvrir la porte.

Qu’elle ne fut sa surprise de croiser Tristan en face d’elle, qui lui proposait à manger. La demoiselle le regarda lentement, toujours aussi pâle puis se força à sourire, ce qu’elle n’avait jamais fait devant lui jusqu’à présent. Contre toute attente, elle lui prit doucement la main qui tenait la brioche puis avec sa deuxième main à elle, elle la posa sur la brioche, parlant d’une voix lointaine.

« Garde là pour toi… C’est gentil merci mais… je n’ai pas très faim aujourd’hui… »

Elle passa devant lui et murmura un « désolé » à peine audible. Depuis quand était-elle aussi polie ? Très bizarre tout ça… Avant de prendre le chemin du retour, pensive et très pâle. La jeune femme arriva vers la maison ou Erwan l’accueillait. Mais elle ne s’attarda pas, se confondit d’un sourire devant lui et récupéra son bâton et une nouvelle sacoche qu’elle se mit à remplir, sous le regard interrogateur d’Erwan.

« J’ai quelques affaires à régler je vais m’absenter. Mais ne t’inquiète pas je ne ferais rien de bizarre. Dis à Maud que j’avais besoin de faire quelque chose… »

Elle déposa un baiser sur son front et sortit. Empruntant le passage, elle disparut dans les profondeurs de la forêt.

Beaucoup plus loin, la demoiselle était debout sur le plateau d’une falaise, faisant les cent pas et réfléchissant à tout ce qu’elle venait d’entendre. Elle s’en voulait… énormément. Et Tristan… elle ne savait plus quoi faire avec ça ! Est-ce qu’elle l’aimait ? Ou plus du tout ? Non c’était impossible !

« Désolé… désolé…. Désolé… »

Elle s’arrêta, se mit à pleurer, la main sur son cœur.

« Pourquoi ça… pourquoi… Tris… pourquoi tu ne m’as pas cru ? Pourquoi… tu t’es contenté de ce baiser ? Pourquoi… »

Ses sentiments étaient complètement mélangés. Refaire sa vie hein… Elle ne savait plus ce qu’elle devait faire, ce qu’elle pouvait faire, même si une chose était évidente à ses yeux.

« Je ne peux pas… Tenter, tenter… encore une fois ! Mais à chaque fois c’est la même chose… Si Tristan tu… tu me rejettes pour ça… tout sera pire… dix fois pire… et je t’aurais encore fais souffrir… si seulement j’étais là… »

De longues heures passaient alors que la petite mage, tiraillée par des pensées, des questions sans réponses, des remords. Il ne se rappellerait jamais d’elle. Non jamais… mais plus le temps avançait, plus elle se disait… qu’elle l’aimait toujours au final. Elle était assise en haut de son plateau, regardant les étendues de plaine devant elle, cherchant une multitude de solutions mais aucune ne lui convenait. La pluie tombait sur ses cheveux dorés alors qu’elle était toujours en arrêt. Puis finalement, elle finit par se redresser. Son choix était fait…

Quelques jours passèrent et Cassidy ne revenait pas à la planque. Erwan essayait de rassurer les autres, en expliquant que c’était dans ses habitudes de partir comme ça, trop indépendante pour rester installée à un seul endroit.

Dans le journal qui était envoyé, une étrange nouvelle se répandait. A la une s’étalait la photo d’une nouvelle forteresse… ou plutôt des ruines. Le feu était toujours présent, des cadavres de Kaärs un peu partout. On racontait à l’intérieur que le petit groupe avait fait un véritable massacre, démembrant, brûlant, ne laissant aucune âme qui vive. Les murs étaient complètement enfoncés, les tours détruites. Beaucoup de spéculations couraient. On se demandait si c’était l’armée fantôme. On racontait qu’il n’y avait aucune trace malgré la pluie et que armée fantôme ou pas, ces mercenaires étaient suffisamment rusés pour ne pas se trahir. Certains encore plus fous, disaient que c’était l’œuvre des gardiens. Le mystère était entier. Mais on se réjouissait de ce genre de combattants qui apportaient un peu plus de sécurité dans ce monde. Trois garnisons avaient été entièrement détruites.

Beaucoup plus loin, au milieu des ruines, une silhouette rousse avançait. Auréolée de cette aura de feu, avançant dans la boue, son bâton dans le dos et son air qui ne souffrait d’aucune pitié. Autour d’elle, des cadavres… c’était monstrueux et apparemment, la jeune femme avait bien récupéré de sa dernière escapade, plus vivante que jamais.

Un homme respirait encore, un trouillard qui s’était planqué. Il ferait l’affaire. Elle prononça un sort et tendit la main, comme si elle souhaitait l’étrangler.

« Toi là ! Je te laisse la vie sauve… A une condition… Votre chef… celui qui corromps les créatures de ce monde. Tu dois le connaître je pense et si tu ne le connais pas tu as intérêt à vite le retrouver… Il a arraché les ailes d’un dragon… Je veux que tu lui transmettes un message… »

Elle s’approcha lentement de lui, le regard plongé dans les ténèbres.

« Dis lui que Eikä l’enverra en enfer. Qu’il me retrouve… je l’attendrais. Si il ne veut plus perdre d’hommes dans cette guerre, il faudra qu’il vienne me détruire personnellement… »

Une grande ombre s’était dressée derrière Cassidy et le soldat, en la voyant, se figea encore plus que lorsque la petite mage était devant lui. La terreur se lisait dans ses yeux alors qu’elle le relâchait et qu’il déguerpit sans demander son reste. La jeune femme soupira, se tourna et reprit son chemin.

Un jour plus tard, elle était de retour. Vêtue de sa cape de voyage, elle avait reprit l’apparence de Cassidy. Boueuse, sale, elle semblait pourtant en très bonne forme. Erwan, en la voyant apparaître, se rapprocha d’elle. Il la sermonna en lui disant qu’ils avaient lu pas mal de choses et qu’il se demandait si elle n’avait rien fait de mal, surtout avec ces choses bizarres qui se passaient en ce moment. Elle haussa les épaules, prétextant qu’elle était passée à l’académie pour apporter les parchemins qu’on lui avait demandés.

Mais aujourd’hui, était un jour spécial. Apparemment un entraînement avait lieu, sûrement en prévision d’une prochaine attaque alors que Cassidy s’avançait, l’air curieuse.

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mer 30 Oct - 11:49

Elle savait… Oui, à présent, elle savait.
Maud avait une mine grave quand elle rangea avec une délicatesse presque religieuse la petite sphère cristalline qui lui avait permis de faire tant de révélations à la petite mage. Elle semblait beaucoup tenir à l’objet et s’y être plongé à suffisamment de reprises pour ne plus être totalement ébranlée quand elle voyait tout ceci.
Ce n’était certainement pas le cas de Cassidy.

Quand elle avait sorti ce mensonge sur sa grossesse, la jeune dame cherchait à obtenir une réaction chez la petite mage, une réaction qui lui prouverait qu’elle n’était pas aussi désintéressée qu’elle essayait de le faire croire quant à l’état de son ex petit ami. Ce n’était en rien mesquin même si cela pouvait être perçu ainsi, ce n’était qu’une espèce de test, une vérification pour se rassurer.
Maud savait que Cassidy avait beaucoup souffert, du moins elle s’en doutait suffisamment pour savoir que la jeune femme avait dû être dans un état vraiment… difficile à dépasser.
Les changements radicaux de son comportement ne lui avaient pas non plus échappé et elle ne savait si elle devait mettre cela sous le compte d’une blessure qui peinait à guérir, cicatrice d’un amour trahi ou sur celle plus inquiétante d’une haine viscérale qui avait besoin d’être assouvie.

Si la jolie blonde affirmait être passée à autre chose, Maud en était rassurée, c’est certain… Mais elle ne savait pas non plus comment le prendre. La jeune femme semblait être si vite passé à autre chose comparé à Tristan qui n’avait cessé de penser à elle tous ces longs mois avant son grave accident, qu’elle n’arrivait pas à déceler s’il s’agissait justement d’une espèce de bouée de sauvetage ou si… elle ne tenait pas tant que ça au Drakkari finalement.
Il y avait de quoi douter, il y avait de quoi s’inquiéter et comme elle semblait tout de même curieuse bien que profondément blasée d’apprendre ce qui lui était arrivé, la dame se devait de vérifier.

Elle souhaitait tellement lui dire ce qu’elle n’avait pas pu raconter à une autre personne, ce qu’elle n’avait cessé de ressentir en voyant le regard vide, perdu dans le vague du jeune homme qui pensait autrefois tellement à la jeune mage. Lui dire qu’il n’était pas parti sans regretter, qu’il ne l’avait pas fait de gaieté de cœur. Elle avait besoin de le défendre. Parce qu’il était un adorable jeune homme dans le fond, il le prouvait bien aujourd’hui avec sa perte de mémoire, et puis… il était très amoureux… à l’époque… Tellement amoureux que s’il n’avait pas perdu la mémoire, elle ignorait combien de temps encore ils auraient pu l’occuper loin de la jeune femme qu’il aimait tant.

Elle avait souvent visionné ces souvenirs. Et elle savait que ce qu’ils renfermaient était très dur, elle en avait fait les frais elle aussi. Pouvoir enfin partager ce secret, c’était énorme, son propre frère n’en savait pas tant et heureusement !
Oui, au moins Cassidy avait-elle réagi à son annonce comme quoi elle était bien enceinte de Tristan. Elle s’empressa de la rassurer bien sûr, il n’en était rien mais la profonde douleur qu’elle avait vue dans les yeux de la jeune femme était ce dont elle avait besoin pour être sûre de ne pas se tromper en lui confiant la vérité.
Et la petite mage fut servie… découvrant l’envers du décor qui était décidément bien sombre et dramatique.

Tout prenait sens, enfin presque et si elle avait été inquiète de sa révélation comme quoi elle détestait les dragons, Maud se doutait que tout ceci changerait les choses. Peut-être qu’elle aurait moins peur de lui, peut-être qu’elle cesserait de penser que quelque chose ne tournait pas rond chez Tristan. Il était un descendant des dragons, un descendant direct, probablement le dernier aussi proche vu le temps que son père avait passé dans un cristal. Et il avait tout perdu… S’il avait eu la merveilleuse nouvelle de savoir qu’il avait un père justement, qui tenait assez à lui pour un tel sacrifice, il l’avait aussitôt vu mourir et ce n’était peut-être pas plus mal qu’il n’en sache rien, plus de mère non plus et une fausse sœur qu’il avait appris à aimer qui n’existait désormais plus non plus. Si Cassidy avait encore été avec lui… dans quel état l’aurait-elle trouvé ? Et de toute manière… qu’est ce que ça aurait donné eux deux ? Aurait-elle supporté tout ceci ? Peut-être, peut-être pas. Serait-ce arrivé s’ils avaient été ensemble à ce moment-là ? Malheureusement probablement et il l’aurait peut-être perdue elle aussi dans cette attaque Kaär alors oublier… c’était encore bien mieux car il ne s’en serait jamais relevé.

Maud avait surveillé Cassidy plus que les scènes pendant toute la durée de ces longues et lourdes révélations. Elle avait vu la jeune femme laisser tomber son masque de froideur et d’indifférence, et être totalement ébranlée par tout ce qu’elle apprenait. Elle la vit pleurer, se rebeller contre ces images comme si elle voulait changer cela alors même qu’elle n’avait aucune prise sur ces évènements. Un sourire naquit sur ses lèvres, discret, triste aussi. Elle ne l’avait pas oublié de son côté, elle avait plus que probablement encore de l’affection pour lui, même si elle en aimait un autre aujourd’hui et elle l’avait aimé bien assez fort pour ne pas supporter la simple idée qu’il ait autant souffert, sans qu’elle n’en sache rien.
Oui Cassidy pleurait… Et cela rassurait Maud… Ainsi, elle était sûre, bien plus qu’avec les mots prononcés par la petite mage, que celle-ci ne ferait aucun mal à son ancien amant.

Tout prit fin et elle semblait vraiment ébranlée, les yeux légèrement rouges, la mine défaite, l’air… de ne pas savoir comment gérer tout ce flot d’informations, tout ce flot de mauvaises nouvelles qui jetaient enfin la lumière sur ce qui s’était passé. D’ailleurs, ses premiers mots étaient un peu incohérents. Maud lui sourit, apaisante.

- Oui… J’ai compris, tu n’aimes pas les dragons. Ce n’est pas grave… .

Elle sortit alors une phrase des plus énigmatiques et bien entendu, Maud crut qu’elle parlait de Tristan. Une deuxième chance… le monde qui se détournait…

- Je ne te demande pas de lui laisser cette chance là… ne t’en fais pas. Les autres l’ont fait, ce sont ses amis à présent, tous sans exception mais personne ne t’obligera à faire de même. Chacun ses choix, je sais que celui-ci est dur. Si tu arrives à le faire, tu ne le regretteras pas je pense mais si tu n’en es pas capable, sache que nous l’entourons et que nous l’aimons tel qu’il est…


Elle observa avec surprise le tour de magie de la jeune femme et le petit dragon créé, pensant que cela confirmait ce qu’elle avait justement compris. Donner une deuxième chance au jeune homme qui avait été lâche ou très courageux de ne pas affronter la situation qui le mettait en avant comme un idiot incapable de faire la différence entre sa petite amie et cette autre femme. Ah…Si elle savait… Cassidy ne serait probablement pas aussi… sévère inconsciemment. Parce qu’elle l’était, elle ne le montrait pas mais dans son cœur, elle devait encore beaucoup lui en vouloir, même involontairement, de ne pas avoir compris alors qu’Erwan si.
Et s’il avait compris ? Ils n’en seraient pas là.
Et s’il avait agi ? Ils n’en seraient pas là.
La faute incombait au jeune homme, peu importe la manière dont on tournait les choses au final.

Maud observa Cassidy partir, se sentant extrêmement fatiguée et lasse. Son bébé la fatiguait beaucoup aussi bien sûr, mais c’était cette conversation, cette situations qui l’avaient le plus épuisée. Mais elle était heureuse d’avoir pu rétablir un peu de justice et de compréhension. Non, il ne l’avait pas oubliée d’un claquement de doigts, bien au contraire. Elle avait été sa dernière pensée avant de tout oublier…


Tristan attendait tranquillement, mâchonnant pensivement une brioche. Toutes les maisons étaient reliées par un assemblage de ponts aériens et d’escaliers sculptés directement dans la pièce comme les principaux murs des habitations, c’était un travail presque artistique et qui durerait probablement longtemps. Malgré la proximité, justement, chaque habitation semblait isolée des autres et les labyrinthes de couloirs, ponts, escaliers, passerelles et autres donnait un charme fou à l’ensemble et devait donner le tournis à ceux qui n’en avaient pas l’habitude.
Bref, le jeune homme attendait au pied de l’un de ces escaliers, semblant savoir d’instinct que c’était par celui-ci que descendrait la jeune femme qu’il avait escorté le matin même.

Il fit un beau sourire dès qu’il aperçut Cassidy et il vint vers elle, la mine enjouée, un air gamin au visage. Il lui proposa aussitôt une brioche qu’il avait durement gagnée apparemment et lui avoua qu’il ne lui en donnerait qu’une parce qu’il adorait trop ça, d’un air un peu penaud et en même temps conspirateur. Il semblait tellement innocent et tellement loin des préoccupations de son interlocutrice, lui qui ne se souvenait pas, lui qui avait au moins l’esprit tranquille, qu’il vit une seconde les lèvres de la jeune femme s’étirer en un sourire douloureux, qui se fit sincère.
Il faillit en lâcher le bout de brioche qu’il venait de mettre dans sa bouche. Quand elle posa ses mains sur la sienne pour lui dire qu’elle n’avait pas faim, il rougit carrément et se dépêcha d’avaler pour lui répondre. Il semblait un peu déçu pourtant… mais surtout inquiet, scrutant le visage de la jeune femme sans gêne cette fois puis la maison de Maud.

- Ah… euh… D… D’accord… C’est pas grave. Tu dois être fatiguée, pardon. A tout à l’heure peut-être.


Un grand et beau sourire tout simple alors qu’elle passait à côté de lui et qu’elle s’excusait. Le sourire du jeune homme s’effaça alors qu’elle disparaissait derrière lui et il fronça les sourcils, se retournant, la suivant du regard, inquiet et perplexe.
L’instant d’après, d’une démarche énergique, il gravissait les escaliers pour aller parler à Maud.


Il ne vit pas la jeune femme pendant plusieurs jours par la suite, sachant juste qu’apparemment, il ne devait pas l’approcher, du moins éviter. Tristan sembla peiné quand Maud le lui ordonna mais il acquiesça, navré d’avoir mise mal à l’aise l’étrange jeune femme. Encore troublé par son changement de comportement, il ne pouvait pas savoir qu’avec ce qu’elle avait appris, même un court instant, elle avait juste eu besoin et envie d’être gentille avec lui.

Les jours passèrent très vite pendant l’absence de la jolie blonde et se ressemblèrent beaucoup. Il y avait les entrainements réguliers des combattants, les rires, la joie d’être ensemble, groupe solidaire lié par les mêmes objectifs, les repas étaient toujours très chaleureux et les enfants se mêlaient avec joie aux adultes qu’ils voyaient en général comme des héros.
Tristan passait beaucoup de s’entraîner avec son maitre et ne lésinait décidément pas sur les efforts. Si son adresse était revenue, il comptait la dépasser encore et toujours et le colosse ravi, voyait les progrès établis avant l’accident du jeune homme revenir progressivement.

Fait surprenant, ses cicatrices dans le dos semblaient beaucoup moins marquées, larges et visibles qu’avant. Mais en même temps, avec tout le tonus musculaire qu’il avait repris peut-être les étirait-il un peu en jouant sur ses muscles justement. Il s’entraînait aussi beaucoup à se transformer, essayant de varier la difficulté et cela ne semblait plus aucunement douloureux comme ça l’était bien des mois plus tôt.

Erwan était vu comme l’un des leurs et Tristan le premier se montrait gentil avec lui. D’ailleurs, cela devait être assez choquant et perturbant pour le jeune archer vu comme il semblait mal à l’aise au départ. Après tout, il avait piqué la copine du Drakkari même si vu la situation, on ne pouvait pas vraiment parler de piquer qui que ce soit à qui que ce fut. Aucune jalousie ne pointait le bout de son nez chez le jeune homme, l’amnésie aidant bien il était courtois et curieux de tout. Même s’il s’avéra vite qu’ils n’avaient pas beaucoup de points communs, sans doute parce qu’Erwan devait encore émettre quelques réserves vis-à-vis du Drakkari ou parce qu’il s’inquiétait pour Cassidy. D’ailleurs, il avait fait une drôle de tête lorsque très innocemment, Tristan lui avait demandé où était passée la jolie mage.


Quand Cassidy revint enfin, elle devait être plus qu’épuisée de ses récents exploits, personne ne semblait rien savoir quant à son isolement, sa détresse et surtout ses récents prodiges même si Tristan avait été le premier surpris, lisant tranquillement perché dans un arbre, sur une grosse branche, le journal qui leur relatait les exploits qu’ils étaient censés avoir mené et pour lesquels ils n’avaient en réalité rien fait. Etrange… Il se souvenait suffisamment bien de l’état du poste de garde, de la garnison et des lieux dans lesquels il avait trouvé la jeune femme quand il s’était porté à son secours quelques jours plus tôt et pour lui, la coïncidence n’avait pas son mot à dire dans cette histoire.

Ce fut Erwan qui accueillit la jeune femme et la morale n’était probablement pas le meilleur des accueils justement mais elle restait évasive, donnant les explications qui lui chantaient même si personne n’écoutait en catimini leur conversation. Le respect régnait un peu trop comme ça. Mais alors qu’ils allaient traverser la grande place, dégagée qui servait aussi bien de lieu de spectacle que de danse de temps à autre, un combat faisait rage.
Enfin faire rage était un peu exagéré… C’était plus un amusement qu’autre chose. Les paris amicaux étaient lancés et Tristan et son maitre s’avérèrent être leur objet.
Les deux hommes semblaient vouloir se lancer dans un combat de gladiateurs !
Pieds nus, le corps à peine couvert par une espèce de pagne et par un casque pour protéger leur visage, les poignets cerclés de bracelets de force larges et solides ils attendaient qu’on leur octroie une arme selon les avis généraux.
Le maitre eut droit à son arme de prédilection, une hache de petite taille comparée à la sienne et un bouclier. Tristan par contre reçut également un bouclier mais se retrouva armé d’un trident alors qu’on lui lançait, taquinerie, qu’il n’aurait pas le cran de délaisser l’épée pour ceci.

Relevant le défi avec un sourire, sous les encouragements extatiques de ses admiratrices, le jeune homme s’arma et le combat commença.
En effet, l’épée était son arme de prédilection car il était très bon épéiste justement même s’il avait appris à se battre peu importe l’arme. La preuve de sa récupération se montrait aujourd’hui dans sa polyvalence. Loin de paraître intimidé et inquiet, le jeune homme parait les attaques d’une rare force et violence de son maitre sur son bouclier qui commençait déjà à se cabosser. L’homme était rapide et il semblait vouloir mettre un terme au combat très rapidement et par une victoire indubitable !

Mais le gamin face à lui avait vraiment récupéré et il ne se laissait pas faire.
Tristan se battait d’ordinaire avec une épée dont la taille pouvait paraitre démesurée et une arme plus petite aurait prouvé d’avantage son adresse au combat, le trident, bien plus court même s’il faisait presque sa taille et surtout beaucoup plus maniable le prouva donc très bien. S’en servant tout d’abord avec la fluidité d’une fine lame comme il l’aurait fait en escrime, Tristan ne tarda pas à voir les avantages de son arme et à commencer à coincer le tranchant de la hache face à lui entre les dents de cette pique.
Feinte, esquive, attaque, le garçon ne lésinait pas, roulant parfois par terre pour éviter un coup, avec adresse et agilité, fatigant son maitre.

Les encouragements fusaient, les tentatives pour distraire les combattants et les amener à faire des erreurs également mais ils s’amusaient comme des fous, ça se voyait. Si le maitre portait un casque complait, Tristan portait quant à lui un heaume de chevalier qui de face ne lui protégeait donc que les joues, le front et le nez, ses yeux et sa bouche étant parfaitement apparents, son sourire et le pétillement dans son regard assuraient donc de sa bonne humeur les spectateurs.

Cela dura un bon moment, puissance et adresse au rendez-vous. Aucun ne semblait prêt à lâcher du terrain à l’autre et ils contractaient tant et si bien leurs muscles pendant les attaques et affrontements qu’ils semblaient plus vouloir se lancer dans un concours électif de personnage le plus impressionnant et craquant que dans un vrai combat.

Finalement, on les arrêta, annonçant un match nul et les deux hommes se serrèrent respectueusement la main, le corps luisant de sueur.
Le maitre semblait très satisfait des prouesses de son élève et alla aussitôt se rafraichir avec une pinte de bière, arguant à qui voulait l’entendre qu’il était tout près de lui mettre une monumentale raclée et que celui qui avait fait cesser l’affrontement n’était qu’un idiot.
Déjà deux autres combattants les remplaçaient sur le terrain et se livrait au même jeu un peu dangereux mais avec bien moins de prestance et surtout… bien moins impressionnants.

Tristan s’étira en baillant, portant son casque qu’il avait ôté de sa tête, faisant craquer ses articulations et détendant ses muscles. Des jeunes femmes le félicitaient et il répondait par de beaux sourires et une certaine modestie même s’il s’avéra qu’il jouait un peu le paon avec elles, fiers d’attirer leurs regards et surtout leur estime. Il but d’ailleurs plusieurs verres d’eau, acceptant d’être servi par chacune d’elle pour « ne pas faire de jalouse » parce qu’il les trouvait toutes « charmantes », ce à quoi elles répondirent en riant. Il s’était assis sur un banc, soupirant en rejetant la tête en arrière alors que la plupart retournaient voir l’entraînement tandis que certaines lui tenaient compagnie histoire qu’il ne « sèche pas son futur combat » quand une chevelure blonde attira son attention.

Le Drakkari se redressa et vit Cassidy en compagnie de son petit ami qui se fit aussitôt alpaguer par l’un des hommes ayant apparemment des ennuis avec son cheval. Il faut dire que l’archer était très sollicité depuis qu’on avait appris qu’il savait si bien aider et soigner les animaux.
Tristan rejoignit la jeune femme après avoir salué ses compagnes qui lui firent un sourire, retournant voir les combats.
Elle était dans un drôle d’état et il fut un peu surpris mais n’en fit en aucun cas étalage, se disant qu’elle aurait probablement très envie d’un bon bain sous peu.
Il l’avait rejointe avec le sourire et pourtant alors qu’il s’avançait, il la détaillait du regard avec bien autre chose que de la curiosité d’ailleurs… ou alors une forme de curiosité très peu innocente. Se recoiffant d’une main dans un geste qui pouvait ne pas être si innocent justement il vint se planter devant elle.

- Salut. Tu es revenue alors… On s’inquiétait un peu, c’est bien.

Apparemment, le tutoiement ne lui posait plus vraiment de problème et s’il baissait la tête aujourd’hui, c’était bien davantage pour la regarder dans les yeux que parce qu’il était mal à l’aise. Pourtant, son regard changea et il sembla un peu moins fier et assuré qu’un peu plus tôt lorsqu’il s’était avancé vers elle, moins fanfaron aussi…Parce que fanfaron, il semblait le redevenir justement.

- Ah… J’ai vu Maud au fait. Je sais que je ne dois pas t’approcher, je le fais exceptionnellement pour te demander pardon si je t’ai causé du tort ou mise mal à l’aise… Je respecterai cette demande… je comprends hein, si tu n’aimes pas trop les dragons… enfin, désolé, je ne voulais pas paraître agressif ou je ne sais quoi… C’est bien que tu sois revenue… on va bientôt manger et c’est un peu la fête avec ce qui est arrivé à ces fichus Kaärs… J’espère que tu as faim cette fois.


Il lui fit un gentil sourire et s’apprêtait apparemment à dire autre chose, le regard curieusement navré et ravi en même temps quand la voix de Maud l’interrompit. La jeune femme venait d’arriver à ses côtés et posa doucement une main dans le dos du jeune homme qui la regarda soudain gêné, comme s’il venait d’être pris en faute.

- Désolé Maud ! Je voulais juste m’excuser hein, ce n’était pas…
- Je t’en prie Jack… Tout va bien voyons. Très beau combat… Tu devrais te rapprocher un peu, ça va bientôt de nouveau être à toi… ça fait un moment que ça dure maintenant, je pense que ce sera le dernier combat, nous commençons à avoir faim avec vos petites parades et jeux d’hommes qui repoussent l’heure du repas, allez file !
- D’accord, à tout à l’heure !

Il s’éloigna aussitôt docilement alors que Maud se tournait vers Cassidy avec un sourire en coin.

- Je ne sais qui de lui ou de toi a le plus besoin d’une bonne douche… Ils iront à la cascade après, tu n’auras qu’à…faire ce que tu veux à ce moment-là ou tu peux y aller maintenant si tu le souhaites mais reste pour manger… les gens s’interrogent quant à ton intérêt pour notre… groupe.

Elle poussa un léger soupir mais paraissait enjouée.

- Bravo pour tes exploits, ils sont dans les journaux… Heureusement que tu arrives à rester... discrète. Tu nous as beaucoup aidés je l’avoue mais… j’étais assez inquiète de ton départ précipité, je suis contente de voir que tu es revenue Cassidy… Jack était assez inquiet à ton propos d’ailleurs, il voulait partir à ta recherche, pensant que tu avais… des ennuis. Il est adorable mais bon… j’ai vu cette histoire de dragon avec lui, il ne devrait plus t’approcher… En tous les cas, j’espère que tu as faim, les filles ont cuisiné pour un régiment !

Pourtant, elle laissa tomber son masque de bonne humeur alors que des applaudissements retentissaient pour saluer les exploits des combattants qui venaient de cesser leur affrontement.
Cette fois-ci, Maud semblait plus inquiète, plus proche aussi, comme une amie.

- Comment vas-tu ? Tu semblais assez chamboulée après… enfin tu sais quoi…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mer 30 Oct - 15:33

Cassidy était tellement chamboulée. Maud n’avait pas compris sa dernière phrase mais apparemment… c’était tout à fait normal puisque Cassidy était resté dans le flou total. Elle parlait de seconde chance à Tristan. Un mince sourire triste était apparut sur les lèvres de Cassidy. Elle voulut lui dire quelque chose, peut être qu’elle se serait trouvé une bonne alliée maintenant qu’elle était rassurée sur Tristan et Maud. Cassidy ouvrit la bouche, suppliait presque Maud du regard de tenter de comprendre. Mais de la peur se lisait dans les yeux de la jeune femme. Toujours cette peur, cette honte. Alors, elle ne fit qu’une chose, sortir un mouchoir et le transformer en petite peluche de dragon rouge. C’était tout ce qu’elle se sentait capable de faire. Au moins le futur bébé aurait déjà un doudou… si Maud en voulait.

Elle sortit et aperçut Tristan. Une nouvelle fois, son cœur se tordit de douleur alors que malgré tout… elle ne savait plus quoi penser de lui. C’est vrai qu’elle lui en voulait de ne pas avoir compris tout de suite, d’en être arrivé là, de ne pas rester sagement en attendant qu’ils s’expliquent. Non il avait pris la fuite. Simplement et purement. Laissant une mage complètement meurtrie, malheureuse derrière lui. Non ça il ne l’avait pas vu. La jeune femme, perdue dans ses pensées, redressa la tête pour regarder Tristan. Elle aurait tellement voulu qu’on ne lui enlève pas ses souvenirs… peut être qu’ils auraient eu encore une chance. Peut-être… ou peut-être pas.

Cassidy se mit à lui sourire tristement, posant sa main sur la sienne alors qu’elle remarquait son rougissement. Mais il rougissait avec toutes les femmes maintenant ! Elle n’était plus différente à ses yeux. Elle était une femme parmi tant d’autres, pas sa petite princesse qu’il aimait d’un amour fou et pouvait déplacer des montagnes rien qu’en la regardant. Tout ce qu’elle avait tenté de faire, le sortir des ténèbres, l’aider à devenir quelqu’un de bon, s’était soldé par un échec. Et c’est bien Maud qui avait réellement fait quelque chose. Pas elle… tous ses efforts, sa déclaration d’amour, la confiance qu’elle avait en Tristan… tout avait disparu de son esprit alors que son père emportait dans la tombe tous ses souvenirs. Cassidy doutait énormément et plus encore. Alors elle avait effleuré sa main, la main de la jeune femme était aussi chaude que celle du Drakkari dragon, pas froide, pas glacée. Non… aussi chaude. Et elle affirma qu’elle n’avait pas faim et qu’il pouvait la garder pour lui.

Puis elle s’éloigna.

Une énorme remise en question au sommet de ce plateau de montagne alors qu’elle se défoulait sur ses émotions, son passé… Tout y passait ! Les images dansaient devant sa tête. Si elle avait tenté de faire croire à Maud qu’elle avait oublié directement Tristan, ce n’était pas vrai.

Bien sûr, les espions de Maud avaient vu une jeune femme qui vivait chez Erwan, qu’ils trainaient souvent ensemble mais… le vrai moment où elle se mit à sortir avec lui était bien après la mort de Tristan… quand elle était sur ce champ de bataille contre les Kaärs, qu’elle voulait se laisser mourir pour le rejoindre parce qu’elle était incapable de se battre et de tuer. Mais Erwan était là… et c’était peut être une chance. Seule, elle serait morte. Mais elle avait pensé qu’il fallait peut être se donner une seconde chance car lui ne la lâcherait pas. Et qu’elle ne voulait pas qu’une autre personne meurt par sa faute.

Mais avant d’en arriver là… l’eau avait beaucoup coulé sous les ponts. Elle se remémorait…

Cassidy, vêtue d’une tenue masculine, était assise sur une petite colline à l’écart de Glindel. Deux béquilles étaient posées à côté d’elle alors qu’elle fixait l’horizon, ce même horizon qu’un certain Drakkari fixait en retour. Elle ne comprenait pas et son regard était triste, douloureux. Alors… elle se mit à fredonner une nouvelle mélodie.



Se balançant doucement en caressant l’herbe gelée, ses cheveux flottant dans le vent alors qu’elle se remémorait ces moments heureux. Elle venait de se laisser tomber dans l’herbe et soupirait en regardant le ciel, tendant une main bandée en avant, observant les nuages. Peut être qu’au même moment un grand dragon parcourait le ciel, lui aussi fou de douleur par la distance.

Elle se revoyait encore, alors qu’elle examinait leur ancienne chambre. Kimmy avait fait attention de bien faire toute la poussière malgré cette pièce qui restait silencieuse, sans un bruit alors qu’avant c’était rempli de joie et de bonheur. Elle s’était approchée du mur et l’effleurait doucement, à la recherche des images de son passé, à la recherche de cette peinture qui avait été faite avec amour. Se collant contre le mur froid, elle pleurait, se laissait tomber à genoux malgré ses jambes en piteux état, le suppliant de revenir.

Elle se revoyait une nouvelle fois, sur cette plage, allongée sur un rocher tout en observant les étoiles et pensant à lui, en regardant les étoiles en espérant le voir surgir de derrière. Alors qu’au même moment, un autre regardait ces mêmes étoiles. Dommage qu’ils étaient aussi éloignés… ils auraient pu se comprendre.

Et elle revoyait encore cette image où elle se changeait devant le miroir et portait ses doigts à sa blessure sous sa poitrine. Cette espèce d’anneau bruni et noirci qui n’avait rien de sexy. Ses petites blessures avaient disparu très lentement mais ça avait fini par disparaître. Mais ceci, tout comme ses jambes, résistait en une guérison. Comme si elle était forcée de toujours rester dans cet état.

Puis, sortant de ses souvenirs douloureux, le visage de Cassidy se fit plus ferme et elle se redressa, prit ses béquilles et commença à avancer… ou plutôt à s’éloigner de Glindel. Elle se fit soudain enlacée par derrière alors qu’une voix résonnait à ses oreilles.

- Où crois tu aller ainsi belle demoiselle ?

« Lâche moi Erwan ! Jvais aller le chercher ! Par la peau du derrière si il le faut ! Je le laisserais pas s’en sortir comme ça ! Il doit être chez Maud ! J’en suis sûre ! Jvais aller voir si elle n’a pas des infos ! Je veux en avoir le cœur net ! »

Erwan la serra un peu plus contre elle, très doucement, posant sa tête dans ses cheveux.

- Tu ne peux aller nulle part dans ton état… Si tu y tiens vraiment alors vas-y… mais pas avant d’être totalement remise…

« C’est pas mes jambes qui me retiendront ! J’apprendrais à voler si il le faut ! »

Erwan ne savait pas quoi dire, pas quoi faire pour calmer la demoiselle qui continuait de forcer le passage. Si bien qu’à force, surpris par la ténacité de la demoiselle, il la lâcha sans faire exprès et elle roula en avant. Ses jambes déjà en miettes étaient en vrac, chaque coup était comme des millions de pic qui lui brûlaient le peu d’os qu’il lui restait. Elle hurla en se tenant les jambes. Erwan secoua la tête, sortant de ses pensées, et se précipita vers elle en tremblant et la reprit dans ses bras alors qu’elle cherchait à s’éloigner encore de lui.

- Pardon Cassy… pardon… Mais ça me fait mal de te voir dans cet état… Tu sais bien qu’on ne peut rien faire… et qu’ici il y a encore des gens qui comptent sur toi… Arrête ces folies et rentrons… Je ne te laisserais pas tomber, peu importe le temps que ça prendra mais crois moi… si tu y tiens, on ira le chercher mais… guéris d’abord…

Encore une fois elle pleura longuement alors qu’il la prit dans ses bras pour rentrer à Glindel.


La Cassidy du présent s’ébroua lentement, ces images étaient encore trop douloureuses. Elle s’était mise avec Erwan après mais pourquoi elle pensait encore à ça ? Alors qu’elle se shootait régulièrement aux potions pour oublier… pour oublier tout ça… Et qu’elle avait presque réussi. Presque… parce qu’aujourd’hui, tout lui était revenu en pleine face tel un mauvais boomerang qu’on avait tenté de jeter très loin. Mais… il lui restait quelque chose à faire. Et elle ne revint pas au repaire avant plusieurs jours. Aller tuer des Kaärs lui procurait un certain soulagement mais cela restait une maigre consolation.

Et puis, après plusieurs jours à vadrouiller, elle revint enfin.

La jeune femme avait vite fait dit à Erwan qu’elle n’avait fait qu’un détour à l’académie pour vérifier deux trois trucs et ramener les parchemins. Il ne broncha pas. Elle se tourna en entendant les cris de la foule en délire et s’approcha d’une rambarde en montant un escalier, pour voir de quoi il s’agissait. Elle reconnut tout de suite Tristan et son maître, dans un combat acharné.

Curieuse et attentive, elle examinait le dos de Tristan et remarqua que ses blessures faites sous forme de dragon étaient en train de disparaître. Mais en même temps, on avait l’impression qu’au fil des jours, il n’avait fait que s’améliorer. Le tatouage était toujours visible et elle en avait un pincement au cœur en le voyant, sa signature magique, bien que très floue, était toujours présente. Elle-même ne comprenait pas ce qui s’était passé.

Cassidy appuya son coude contre la rambarde en fer, la main sur la joue. Elle trouvait Tristan particulièrement doué, rien à avoir avec la première fois où elle l’avait revu. Et… toujours aussi séduisant. A cette pensée, elle s’ébroua rapidement la tête, comme pour s’empêcher d’avoir ce genre de pensée perturbante mais trop tard… elle l’avait eu quand même.

Inconsciemment elle encourageait presque Tristan à faire de son mieux, séduite, comme elle l’avait toujours été par ces combats. C’était comme si elle le connaissait par cœur… elle l’avait tellement observé durant ses entraînements. Chaque mouvement qu’il faisait, chaque coup… elle les connaissait parfaitement, qu’il allait frapper à ce moment, qu’il allait feinter à celui-là. Mais il semblait aussi beaucoup plus fort qu’avant. Une bonne chose. Même si… il faudrait éviter qu’il se retrouve seul. Avec toute sa force si les Kaärs apprenaient qu’il était en vie… ça serait très mauvais… Et il vaudrait mieux éviter que Eikä traine trop à côté de lui dans un territoire hostile… ou du moins sans faire aucun prisonnier. Pour éviter un nouveau piège. Elle s’ébroua une nouvelle fois alors que le spectacle se terminait, se demandant ce qui la poussait à avoir ce genre de pensées.

Elle était plongée dans ses pensées, quand Erwan fut réquisitionné pour s’occuper d’un cheval et n’avait pas vu Tristan qui s’approchait d’elle. C’est vrai pourtant, elle l’avait reconnu plus fanfaron, fier et il attirait toujours la galerie. Elle avait serré un peu la rambarde à ce moment là, comme une certaine forme de jalousie même si elle tentait, malgré tout, de rester calme.

Cassidy entendit la voix de Tristan et elle fut… surtout surprise. Elle se retourna vers lui. Il semblait avoir moins de problème à la tutoyer et c’était peut être déjà un grand pas même si il était toujours un peu gêné en la regardant. Il était en train de s’excuser, parlait qu’il appréciait qu’elle soit revenue et surtout de cette raclée aux Kaärs. Ah… les nouvelles allaient vite. Elle n’expliqua pas qu’elle était derrière tout ça et attendait. Quelque chose avait changé dans son attitude, son regard. Elle avait l’air beaucoup moins agressif, pas vraiment effrayée même si parfois elle baissait les yeux vers le côté.

Une chose était claire, la jeune femme n’était pas en train de le fuir là et après ce qu’il avait vu d’elle ces premiers jours, c’était quelque chose d’encourageant. Elle s’apprêtait même à dire quelque chose même si il avait eu la même idée mais Maud était arrivée et avait coupé court à la discussion. Tristan avait l’air d’être un peu penaud et après un court échange, il repartit docilement.

Cassidy regarda Maud et la salua d’un signe de tête, cherchant encore quelle attitude adopter même si la demoiselle était suffisamment boueuse et fatiguée pour ne pas être complètement fermée. Elle était juste… toujours un peu peinée. Maud lui parla d’aller se laver à la cascade mais lui demanda de rester pour parler de son intérêt pour le groupe. Elle imaginait que c’était peut être à cause de son comportement de la dernière fois et qu’elle restait un gros mystère pour tout le monde. Cassidy hocha doucement la tête.

Ses yeux s’agrandirent de surprise quand Maud lui apprit qu’elle était au courant. Cette fois, on retrouva chez la jeune femme un air qu’elle abordait très souvent dans le passé, suivi d’un fin sourire, mi impressionné mi malicieux alors qu’elle se rappuyait contre la rambarde, regardant Tristan du regard, qui parlait d’un ton enjoué.

« Décidément, rien ne t’échappe… »

Elle se redressa et s’étira lentement le bras en hauteur tout en fermant les yeux puis se mit à sourire un tout petit peu.

« T’inquiète pas pour la discrétion, je ne laisserais jamais les Kaärs faire un rapprochement entre mes actions en solo et l’armée fantôme. Les journaux peuvent bien raconter ce qu'ils veulent mais seuls les Kaärs savent réellement à qui ils ont affaire. J'ai brouillé les pistes...»

La demoiselle marqua une pause et agita une mèche de ses cheveux blonds, l’air distrait. Elle se garda bien de dire qu'elle avait lancé un défi au chef qui avait fait tant de mal à Tristan, souhaitant voir rouler sa tête sur le sol. C’était comme si on masque tombait à côté de Maud, comme si elles étaient dans la même galère.

« Ca va… j’ai beaucoup réduit ma consommation de nourriture mais je ne suis pas contre manger un morceau… si ça peut aider à rassurer tout le monde sur mes intentions »

Puis, Maud aborda ce lourd secret qui les liait. Cassidy se tourna vers Maud, et elle aussi laissait tomber son masque. Elle avait l’air incertaine, hésitante, une attitude qui rappelait beaucoup l’ancienne Cassidy lorsqu’elle était complètement perdue durant ce concours contre Maud.

« Ca va… Je commence à avaler cette histoire et je comprends mieux… A ce propos, je te remercie de t’être occupé de lui… Je pense que malgré tout il en avait besoin et aujourd’hui au moins, il ne souffre plus, il a l’air heureux, en forme… Il récupère vite aussi et ça c’est une bonne chose. C’est vraiment bien… »

Mais est-ce que Cassidy avait l’air dans son assiette ? On ne dirait pas, vu comment elle serrait lentement le barreau tout en baissant la tête, honteusement.

« Je suis aussi désolée de t’avoir menti… tu vois ces derniers temps, je ne pense pas être entièrement sincère avec moi-même. Enfin je pense que tu l’as remarqué… j’ai toujours été très mauvaise actrice et même si je m’améliore, bah ça ne sera pas possible de me cacher entièrement »

Elle tira une grimace, faisant une pause, regardant le ciel et un vol d’oiseaux qui passait.

« Mais aller dégommer des Kaärs, ça me soulage un peu de tout ce qui s’est passé. C’est peut être pas grand-chose mais moins il y en a et mieux c’est… Un petit apaisement passager. Enfin j’imagine qu’un jour j’arriverais à faire face à tout ça… »

Puis, la demoiselle se tourna vers Maud, une lueur de détermination brillant dans ses yeux, un regard qui voulait dire beaucoup de choses mais tellement vaste aussi. Elle hésita un instant, ferma, les yeux, inspirant profondément, un peu fébrile, tremblante.

« J’ai beaucoup réfléchi tu sais… à propos des dragons. Enfin… de lui. Et je pense que ce n’est plus nécessaire qu’il m’évite. J’aime pas les dragons oui… mais je peux bien faire un effort pour celui-là. Non ne t’inquiète pas, je ne chercherais pas à lui faire du mal, à le blesser. Mais c’est peut être un peu stupide le comportement que j’ai eu jusqu’à présent avec lui et je me sens un peu honteuse. Qui sait… j’arriverais peut-être à mieux l’accepter »

Elle n’avait plus cette réticence, ce dégoût. C’était comme si ces quelques jours avaient aidé à faire de la place de son esprit et même si de la crainte se lisait dans ces yeux, on pouvait remarquer que Cassidy faisait vraiment un effort énorme. Et la détermination qui se voyait sur son visage montrait vraiment qu’elle était prête pour ça. Oh bien sûr, elle pourrait en souffrir elle. Mais c’était elle, pas Tristan. La jeune femme attendit une réponse de Maud, acquiesça d’un signe de tête et parut un peu plus apaisée, avant de passer sur un autre sujet.

« Comment va le bébé ? »

Puis, alors qu’elles discutaient encore un peu, Maud insista pour que Cassidy aille se laver à la cascade, ce à quoi la demoiselle répondit qu’elle ne préférait pas ça la dérangeait pas et elle avait l’habitude. Mais le regard de la dame ne souffrait d’aucune réplique et Cassidy se dépêcha de s’éclipser rapidement.

Elle arriva rapidement à l’endroit mais entendit des éclats de rire, des conversations.

Discrètement, la jeune femme s’était cachée derrière une rangée de buissons où les feuilles formaient une sorte d’éventail et… malgré elle était en train d’espionner. Elle reconnut rapidement Tristan au milieu, vêtu d’un boxer, à l’aise, parfois intimidé. La jeune femme se mit à rougir en l’examinant, sans comprendre pourquoi. Il était toujours aussi… attirant. Elle se pencha un peu plus en avant… tellement que les feuilles plièrent sous son poids et qu’elle tomba la tête la première dans l’eau dans un grand plouf même si l’eau n’était pas profonde. Elle releva la tête, secouant ses cheveux mouillés, les vêtements près de son corps et révélant sa silhouette alors que son regard se porta devant un Tristan abasourdi, elle complètement rouge. Elle bredouilla et tenta de se redresser, mais elle ne fit que tomber sur le derrière tout en glissant vers la sortie sans pour autant se retourner avec un air d’excuse comme quoi elle s’excusait et qu’elle n’avait rien vu. Eh ben…

Elle rentra dans sa maison et changea de vêtements, décidée à mettre de la distance avec ces pensées.

*Bon d’accord il est toujours aussi beau mais aaaaaaaah ! nan nan nan Cassy ! Pas la peine de fantasmer là-dessus ! Ce n’est pas digne de toi ! Grrrrrrrrr*

L’heure du repas arriva. Erwan était revenu et Cassidy paraissait de meilleure humeur d’un coup, comme si on venait de lui enlever une épine du pied mais sa bonne humeur, elle avait du mal à comprendre à quoi était-ce du… Peut-être au retour d’Erwan très certainement. Mais elle était également troublée, rougissante en évitant de poser son regard sur Tristan.

Une question se posa alors lors du repas, et on demanda à Cassidy ce qu’elle avait l’intention de faire. La jeune femme avait un peu mangé mais pas des masses non plus. Elle avait croisé les bras, chassant la gêne de son regard, respirant un instant tout en baissant le menton, puis se redressa, pour qu’on l’entende bien.

« Je suis une mercenaire… je me suis engagée chez les Cheistams pour traquer les Kaärs et je cache mon identité pour préserver ma neutralité. Croyez moi, je n’ai aucunement l’intention de dévoiler votre cachette ni les personnes qui s’y trouvent. Et puis… être à vos côtés peut aussi permettre d’apporter un peu mon aide même si je suis plus spécialisée dans la destruction que la création. Je n’ai pas peur de me battre, je ne suis pas faible et mon seul objectif est de faire disparaître les Kaärs de ce monde »

Elle s’arrêta un instant, reprenant un instant cette sévérité qui l’accompagnait souvent en ce moment. Puis elle se radoucit.

« Mais si je peux être utile, d’une quelconque façon, alors je me plierais volontiers. Nous avons des intérêts communs, pour le bien de ce monde… »

Puis elle se rassit tranquillement, se trouvant bien pompeuse quand même mais elle avait toujours été maladroite pour faire des discours. Même si une petite voix lui criait qu’elle ne restait pas que pour les Kaärs mais pour un certain Drakkari. Ca bien sûr… elle essayait de l’ignorer.

Une journée était passée et Cassidy était assise devant le palier de sa maison temporaire. Elle s’amusait distraitement à faire apparaître des papillons multicolores d’un signe de la main, en utilisant sa magie. Les papillons voletaient autour d’elle et elle les regardait d’un air distrait.

Assise sur une marche, le coude sur la jambe et la main soutenant son visage, elle soupirait. Jusqu’à ce qu’une ombre attira son attention. Une ombre qui s’était arrêtée dans le chemin et ne le continuait pas. La demoiselle redressa lentement la tête et aperçut Tristan. Apparemment il regardait avec curiosité les papillons qui dansaient autour de la jeune femme. Intriguée, elle l’appela.

« Hey Tristan ! Viens voir par ici ! »

Il semblait hésiter et elle se mit à râler en se redressant.

« T’inquiète pas, viens ! Je veux juste savoir un truc »

Le Drakkari approcha mais elle n’arrivait pas à distinguer l’émotion qui percevait sur son visage. Elle le regarda lentement puis désigna les papillons.

« Tu t’intéresses à la magie ? Enfin je dis ça parce que si tu t’es arrêté ici, doit bien y avoir une raison… »

Elle crut comprendre qu’il était curieux de ce genre de choses. Contrairement à l’ancien Tristan qui en avait très peur au contraire. C’était peut être l’occasion de lui en apprendre un peu plus là-dessus surtout que la demoiselle, malgré ses airs de grincheuse, se déridait un peu quand elle parlait de magie. Un mince sourire apparut sur ses lèvres alors qu’elle s’étirait. Au moins ça lui ferait prendre l’air. Elle l’invita alors à le suivre.

Ils sortirent et passèrent dans la forêt. La jeune femme n’avait pas pris son bâton et avançait d’un pas plutôt lent, les mains dans le dos, regardant autour d’elle quelques libellules qui s’arrêtaient à un point d’eau et repartaient.

« La magie des humains est partout. Dans l’air que tu respires, dans l’eau que tu bois, sur la terre que tu foules. On a beau dire que les humains ont inventé la magie, c’est faux. C’est un don des dieux. Des courants d’énergie se baladent un peu partout dans notre monde. Le plus important pour un mage, c’est de savoir les sentir et connaître le bon code pour les utiliser »

Elle marmonna un mot et agita la main, des petites sphères lumineuses venant d’apparaître autour d’eux et tournant d’un air joyeux, certaines venant se placer devant le nez de Tristan avant de repartir dans l’autre sens, puis revenir à la charge.

« Tous les humains ont un peu de magie entre eux, mais les mages, ceux qui se concentrent sur la pratique, dépassent les règles pour matérialiser leurs pensées… du moins, cela joue sur le plan physique même si certains sont capables de manipuler les pensées ou le corps, ce que je déteste même si… ça m’est déjà arrivé de l’utiliser au départ… »

La demoiselle soupira un instant en pensant au tatouage puis chassa de son esprit cette pensée.

« Les mages les plus puissants sont capables d’incanter tellement vite qu’on peut croire qu’ils le pensent avant de parler. Chacun a sa spécialité. Moi je trace des runes même si maintenant, pour les sorts les plus basiques, ça ne se voit plus »

Ils passèrent sous un arbre et elle prononça un autre sort alors que la branche la plus basse se plia et se souleva, pour éviter à Tristan de se pencher en avant. Elle passa derrière lui puisqu’il n’y avait pas beaucoup d’espace, et se cogna encore une fois le pied dans une racine en poussant en juron tout en se rattrapant à ce qui passait devant, Tristan. Elle resta un instant dans ses bras, abasourdie, avant de se racler la gorge et de s’écarter, les joues un peu rouges.

« Heu… ça par contre c’est une mauvaise manie chez moi que de trébucher un peu partout… désolé… »

Elle secoua la tête et reprit son chemin, cherchant à cacher sa gêne.

« On peut faire beaucoup de choses avec la magie… Disparaître, étouffer les sons, créer des objets, protéger, améliorer… Je suis plus spécialisée dans le combat parce que… hum… certaines circonstances fait qu’on se concentre plus sur une branche qu’une autre. »

Cassidy s’arrêta devant un arbre puis s’arrêta en l’examinant.

« Mais ça m’empêche pas de connaître deux trois trucs en plus. Viens avec moi… »

Elle incanta un sort et ses pieds furent entourés d’une lueur rose. D’un bond tout en ayant l’impression de léviter, elle sauta sur la première branche de l’arbre. Puis continua comme ça jusqu’à arriver jusqu’au sommet et d’avoir une magnifique vue sur les horizons. Tristan la rejoignit, peut être un peu plus difficilement qu’elle puis elle le regarda.

« C’est pas la même sensation que de voler mais nous les humains, ça nous permet de nous rapprocher de ce que nous n’avons pas »

Puis elle sauta dans le vide. Comme pour l’autre fois, les branches et feuilles se pliaient sous son poids, comme pour alléger sa chute. Un gros champignon poussa à l’endroit d’atterrissage et elle tomba dessus mollement avant de le faire disparaître et se redresse en époussetant la tunique, les cheveux couverts de feuilles et de brindilles.

Tristan descendit à son tour, il paraissait un peu curieux, ce qui engageait la jeune femme à faire quelque chose qui l’intéresserait sûrement.

« On a aussi la possibilité de déplacer les objets… plutôt les invoquer dans ce cas là… »

Elle tendit la main en avant et marmonna des paroles bizarres, faisant apparaître une grosse brioche dans sa paume qu’elle lança en direction de Tristan.

« Pratique, pas vrai ! Par contre me demande pas d’en apporter plus, je fais pas pousser les brioches, je les invoque, je pense qu’on m’en voudra si je ramène la corbeille ici ! »

La demoiselle l’observait attentivement avant de continuer son chemin avec lui, parlant toujours de magie et répondant aimablement à ses questions. Où était passée la farouche demoiselle incorrecte et vulgaire ? Un petit peu disparu pour le moment.

Finalement la journée passa vite et ils rentrèrent. Les jours suivants, Cassidy se retrouvait, comme par hasard, dans le chemin à Tristan mais c’était plus maladroit qu’autre chose alors qu’elle lui rentrait dedans, faisait tomber un bol d’eau à ses pieds et elle jurait à chaque fois, réprimandant sa maladresse.

A partir d’un certain jour, elle passa beaucoup de temps à l’extérieur et même si parfois Tristan cherchait à la suivre, la demoiselle lui indiquait qu’elle avait besoin de faire quelque chose et que cette fois elle ne pouvait pas l’amener avec elle mais elle le rassurait en disant qu’elle ne partait pas très loin et qu’il pouvait être sûr qu’elle rentrerait toujours avant la nuit tombée.

Les jours passaient et Cassidy semblait de plus en plus fatiguée quand elle rentrait.

Poussiéreuse, boueuse, et de mauvaise humeur. Une fois même elle avait bandé ses mains comme si elle s’était fait mal avec quelque chose. Mais quand on ne lui posait pas des questions là-dessus, elle était très correcte, toujours aussi grincheuse mais correcte.

Un jour même, alors qu’Erwan lui avait demandé d’aller prendre sa douche, parce que là ce n’était plus possible, et qu’elle s’était rendue à des douches publiques pour changer de la cascade, surtout après sa dernière aventure, la demoiselle avait laissé ses affaires sur le banc, même si elle gardait ses sous vêtements dans la cabine. Elle grimaça en se lavant, regardant les fines coupures qui s’étaient incrustés dans ses bras, mais rien de très méchant. Ce n’est que lorsqu’elle sortit de la douche en entendant des rires enfantins, qu’elle comprit… qu’elle avait été bien peu prudente ! Une petite jambe sortait déjà de la pièce en courant.

Le regard de Cassidy changea, plus comique qu’autre chose et c’était certain, elle avait du bien se faire remarquer au passage !

« Aaaaaaaaaaaah ! Mes friiiiiingues ! »

Sans demander son reste, elle avait remis sa brassière et sa culotte tout en courant sur la place du village, cherchant des yeux les garnements pour qu’on lui rende ses affaires ! Les passants la regardaient bizarrement mais elle s’en fichait, apparemment de mauvaise humeur, les dents en avant. Drôle de façon de se tenir en public ! Finalement elle les retrouva et s’était même arrêtée sur le sol en faisant une glissade alors que les coupables se cachaient devant quelqu’un de très grand. Elle s’avança, sans faire attention à son interlocuteur, trop occupée à gronder les enfants.

« Je vous ai trouvé ! Rendez moi mes vêtements maintenant ! Grrrrrr ! »

Puis elle leva lentement la tête et aperçut Tristan avant d’avoir un bond en arrière, surprise de le voir ici. Il avait une drôle d’expression sur le visage puisqu’elle était très peu couverte pour le coup. Sa blessure à l’épaule avait disparue même si la tache brune restait. Elle avait soudain l’air embarrassée puis plus sévère.

« Huuuum… me regarde pas trop comme ça tu as un regard bizarre. Je préfère quand tu fais ton timide… »

Elle le contourna, attrapa ses vêtements en grognant alors que les enfants partaient en riant puis elle prit le soin de se rhabiller devant Tristan, d’une manière un peu trop sensuelle mais tout à fait normale pour elle même. Il pouvait constater qu’elle avait pris du muscle, ce qu’il n’avait certainement pas vu la première fois. Quelques abdos se dessinaient sur son ventre, ses bras, elle faisait moins fragile qu’avant mais son bras était toujours entouré d’un bracelet en métal. Elle s’ébroua en envoyant de l’eau un peu partout, glissant sur ses vêtements alors qu’elle cherchait à s’essorer les cheveux. Puis elle invita Tristan à se pencher en avant, alors que le jeune homme semblait vraiment paralysé mais obéit quand même, on ne sait pas trop comment, puis lui donna une pichenette sur le nez.

« Tssss voyeur… »

En même temps elle n’avait pas fait exprès ! Espérons que Maud ne lui en veuille pas. Puis elle s’éloigna lentement, l’eau dégoulinant toujours sur son dos.

Cela n’empêcha pas Cassidy de bien se comporter avec Tristan quand il lui demandait quelque chose, de lui apprendre de nouveaux trucs quand il la questionnait sur la magie, sous l’œil d’un Erwan… pas vraiment content à vrai dire quand il la voyait avec elle. Pourtant la jeune femme grognait beaucoup, expliquait à son copain que Tristan s’intéressait à la magie, rien de plus et qu’elle ne faisait que lui expliquer des trucs dessus.

Les mains de Cassidy étaient rapidement redevenues normales, apparemment sa guérison marchait mieux et elle en était la première étonnée. La demoiselle avait décidé de se rendre chez Maud, sûrement pour demander quelque chose mais lorsqu’elle arriva à la porte, Cassidy surprit une conversation un peu animée.

- Maud les récoltes sont toutes en train de mourir ! C’est très mauvais signe. Comment allons tenir le prochain hiver si nous ne pouvons pas stocker ?

- Impossible de les faire pousser, nous avons tout essayé, magie, engrais… rien à faire, il va falloir tout jeter

D’habitude, avant son changement de comportement, Cassidy serait certainement partie, déclarant qu’elle ne pouvait rien faire mais ce n’était pas le cas. Cette fois elle annonça son entrée en toquant à la porte et regarda les dames autour de Maud, apparemment un peu inquiètes.

« Pardon, j’ai un peu entendu votre conversation. Il se passe quoi ? »

On lui expliqua à nouveau que les récoltes étaient fichues et qu’il était impossible de faire pousser quelque chose, que c’était très mauvais et que les habitants risquaient de mourir de faim l’hiver prochain si on ne trouvait pas une solution.

« Maud, tu me permets d’aller jeter un coup d’œil ? »

On finit par lui donner l’autorisation et Cassidy redescendit, cherchant son bâton chez elle, puis se dirigea vers les champs. Elle avait vu Tristan au passage et lui faisait signe de venir, lui qui était intéressé par la magie, devrait pouvoir en apprendre un peu plus sur sa façon de faire.
La jeune femme s’était accroupie et regardait les plantations, mortes, comme si quelque chose les avait détruites. Elle fronça les sourcils puis prit une poignée de terre dans sa main en la portant à son nez puis incanta une formule dessus. Des éclairs crépitèrent autour de sa main et elle se retrouva propulsée en arrière, encore une fois contre Tristan tout en grognant une nouvelle fois. Puis elle se tourna vers lui, comme si c’était devenu naturel de se faire éjecter contre un séduisant Drakkari et lui montra la masse de terre.

« Regarde ça… tu ne sens rien de bizarre ? »

Elle le laissa faire puis hocha la tête en parlant pour lui.

« Oui… magie maléfique. Je pense que ce sont ces créatures volantes qui parcourent le ciel et attaquent les villes. Non ils ne nous ont pas repérés mais… j’ai l’impression qu’ils dégagent une sorte de poussière qui s’est répandue sur les cultures, empêchant de cultiver. Involontaire, c’est peut être le bouclier de magie qui n’est pas assez puissant pour ça… »

Cassidy se tourna vers les autres, inquiets qui attendaient le verdict et comprenaient qu’on ne pouvait rien faire. La jeune femme secoua la tête.

« Je n’ai pas dis que je ne pouvais rien faire… Rassemblez tous les mages disponibles ici, tous les paysans… il va falloir agir en collectif »

Eh bien pour une mage qui se la jouait perso, on pouvait dire qu’elle était un peu différente à ce point là. Puis elle ordonna que chacun se positionne à un endroit qu’elle attribuait. C’était des endroits stratégiques, au bord des plantations et il fallait le dire, le réseau était plutôt grand. Elle-même sortit son bâton et se plaça au milieu des plantes, incantant un premier sort pour léviter à quelques centimètres de là. Puis elle prononça un autre sort pour amplifier sa voix.

« Je vais utiliser un sort pour purifier la terre et renforcer le bouclier. Il faudra reprendre mes paroles pour que toute la zone soit touchée. Ne vous inquiétez pas, si vous êtes unis, ça marchera très bien »



Elle inspira profondément et ferma les yeux, se concentrant. C’était la première fois qu’elle tentait un sort de cette envergure, surtout que pour que ça fonctionne, elle devait transmettre un peu de sa magie à chaque personne présente, ce qui représentait une tâche assez difficile. Mais Cassidy semblait déterminée à bien faire, certainement pour se rattraper de son arrivée catastrophique.

Puis elle se mit à incanter, ou plutôt chanter, une jolie mélodie, tout en agitant avec fluidité son bâton devant elle. Le vent se leva doucement, dansant dans ses cheveux dorés, agitant les feuilles des arbres et tirant un frisson aux plantations mortes. Elle continua sa mélodie et un pentacle doré apparut sous ses pieds, l’auréolant de lumière alors que des petites sphères lumineuses se dirigèrent vers chaque personne présente. Des sillons se tracèrent dans la terre, partant de Cassidy à chaque point, formant ainsi un énorme réseau.

Le vent soufflait toujours dans ses cheveux alors qu’elle semblait danser sur place, moins énergiquement que la dernière fois, mais elle avait une certaine grâce malgré ses vêtements plus masculins, sa tunique sombre et son pantalon d’une couleur similaire. Au moins une chose était sûre, elle avait l’attention de tout le monde. Les sillons devinrent plus importants, se creusant dans la terre, entourant les plantes et les cultures mortes, les englobant et les protégeant.

La jeune femme rouvrit les yeux. Ils étaient devenus dorés, résultat d’une magie dépassant toute l’imagination. Elle ne savait pas comment elle l’utilisait et ça arrivait plutôt aléatoirement mais apparemment à ce moment là, c’était plus un besoin vu la complexité du sort. Elle agita la main, invitant les mages et habitants à reprendre sa mélodie. La magie était complètement visible à l’œil nu, formant des courbes généreuses dans les airs, s’infiltrant un peu partout.

Le chœur des habitants reprenait de plus belle, renforçant le sort et la lumière qui se répercutait un peu partout. C’était beau, c’était uni. Soudain, les plantes et plantations reprenaient des couleurs, s’ouvraient et commençaient à pousser, la terre semblait plus fertile, plus vivante. Tout poussa petit à petit, encore plus magnifique qu’avant et certainement d’une très bonne qualité, encouragé par l’incantation de ce grand groupe.

Cassidy reprenait, continuait à incanter, la détermination se lisait dans son regard alors qu’elle y mettait toutes ses forces pour transmettre sa magie à tout le monde. Petite mage qui avait tellement évoluée ces derniers mois et qui se lâchait complètement en magie même si elle prétendait ne s’en servir que pour détruire. Que cachait-elle encore au fond d’elle cette demoiselle ?

Cassidy leva son bâton vers le ciel et fixa la barrière invisible qui recouvrait et cachait cette petite planque inconnue aux yeux des autres. Elle se concentra encore plus et de la lumière émanant de son corps se dirigea vers les hauteurs, englobant ce nouveau bouclier d’une nouvelle énergie sous le chœur des habitants qui était impressionnant et gorgé d’une magie extrêmement puissante. Les regards des spectateurs étaient surpris, les enfants admiratifs. Elle ferma les yeux pour se concentrer encore plus, fit une grimace à cause de la quantité d’énergie dépensée puis lorsqu’elle eut terminée, la lumière s’évanouit dans les airs, en de petites poussières dorées devant tout le monde.

Sa lévitation s’arrêta et elle descendit au milieu des plantations. Tout avait été soigné, la terre était de nouveau brillante et les cultures appétissantes. Elle rouvrit les yeux alors qu’une de ses mèches blonde avait tourné au blanc et s’appuya sur son bâton, un peu fatiguée après avoir utilisé tant de magie. La demoiselle se mit à sourire et on reconnut pour le coup, la Cassidy d’avant, même si ce n’était certainement que temporaire. On la félicitait, lui faisait des compliments auxquels elle ne répondait qu’elle n’avait fait que son devoir. Ca la changeait de dégommer des Kaärs.

Plus haut, Maud observait la scène alors qu’Erwan la rejoignait. Ca lui arrivait parfois de faire un rapport ou deux, très gentil et puis il ne s’était pas joint à la joie générale, allez comprendre pourquoi.

- C’est bon, je me suis occupé de l’enclos des poulains. Le petit blanc est guéri

Il regarda dans la même direction que Maud et aperçut Cassidy au milieu de la foule, alors qu’elle avait une main derrière la tête et paraissait gênée devant tant d’attentions. Erwan se mit à sourire tendrement.

- C’est bien qu’elle retrouve un peu de couleurs ici… Quand quelque chose tient à cœur à Cassidy… elle est capable de déplacer des montagnes…

Erwan regarda de nouveau la foule et aperçut Tristan qui s’approchait de Cassidy.

Elle râlait encore une fois alors qu’il avait attrapé une brioche de la corbeille qui se trouvait plus loin, en lui faisant un sermon comme quoi il allait finir par devenir énorme à force de manger des brioches. Etrangement elle parlait d’un ton mi-amusé, mi-taquin alors qu’il faisait genre de cacher sa brioche. Cassidy lui donna une pichenette sur le nez et en profita pour récupérer la brioche, qui passa plusieurs fois de main en main, comme lui voulait absolument la garder et elle, lui piquer pour l’embêter.

Elle termina par la prendre, ouvrit la bouche et la mit à l’intérieur, ressemblant à un hamster puis mordit dedans avant de la reprendre dans sa main tout en tirant la langue d’un air de défi à Tristan. Tout ceci, très naturellement. Ils se chamaillèrent pendant un bon moment encore, quand Erwan qui observait la scène, fronça les sourcils.

Le soir, alors que Cassidy rentrait, elle trouva Erwan assis sur une chaise, apparemment penché sur un livre. Il leva la tête quand elle passa la porte. Elle était allée faire un petit tour en forêt, et c’était devenu quotidien. Erwan releva la tête quand elle arriva.

- Tu as passé une bonne journée ?

« Heu… oui comme d’hab, pourquoi tu me demandes ça ? »

- J’ai remarqué que tu étais plutôt… enfin différente avec Tristan comme si… tu lui avais pardonné tout ce qu’il t’avait fait…

Elle fronça les sourcils, apparemment contrarié et marcha dans la pièce en enlevant sa cape et soupirant.

« Il aime la magie… je lui montre c’est tout ! »

- Et la brioche c’était aussi de la magie ?

Cassidy ouvrit grand la bouche, abasourdie. Il avait vu ? Mais elle ne faisait rien de mal là… Juste qu’elle lui avait fait la morale alors qu’il voulait s’empiffrer et c’est tout. Quoique elle n’avait pas été méchante avec lui. La demoiselle se gratta lentement la tête, ne semblant pas comprendre pourquoi Erwan avait l’air un peu… frustré oui c’était le mot.

« Heu… mais y a rien de spécial Erwan ! C’est simplement hum… amical ! Je vois pas pourquoi tu fais une fixation dessus… En plus il m’a oublié, tu veux que je dise quoi ? Retourner dans ses bras, le draguer alors que je suis avec toi ? Pffff mais n’importe quoi ! »

Et pourtant, la mage savait à quel point elle était perturbée ces derniers temps. Elle ne se rendait pas compte de ces petits rapprochements, de son caractère qui changeait au contact de Tristan, elle s’adoucissait mais c’est à peine si elle s’en rendait compte. La demoiselle, vexée et voulant couper court à la conversation, enleva ses vêtements qu’elle envoya bouler sur une chaise en les jetant rapidement sur celle-ci, puis se glissa dans le lit, tout en arrangeant bien le duvet et ferma les yeux, tournant le dos à Erwan.

« Je dors moi ! Bonne nuiiiiiiit ! »

Pauvre petite mage, elle ne pouvait pas comprendre que son copain était si inquiet de voir qu’elle changeait au contact de Tristan. Alors que lui n’avait récolté qu’air grognon et mauvaise humeur. Tristan, elle ne le revoyait que depuis quelques jours mais c’était différent. Et il avait tout à fait le droit de se montrer jaloux de temps en temps.

Cassidy n’avait pas très bien dormi cette nuit, hantée par les cauchemars de Tristan, pensant à ces moments de bonheur qu’ils avaient eu. Elle se rappelait encore très bien cette scène, le rire de la Kaär alors qu’elle se retrouvait enfermée, les images de Tristan qui ne comprenait rien et continuait de vivre avec son double qui était un imposteur. Apparemment, elle se tournait et retournait dans son lit, en sueur, la grimace sur son visage. Elle revoyait Tristan peiné, loin d’elle, dans les dernières images. Puis ce coup sadique des Kaärs qui lui avaient coupé les ailes. Une brûlure l’envahit alors qu’elle se redressa d’un coup dans son lit en criant.

« Nooooooooon ! »

Elle ouvrit les yeux puis cligna lentement des paupières. Sa respiration était saccadée et elle était trempée de sueur. La jeune femme passa une main sur sa tête, s’essuyant le front, cherchant à calmer son esprit. Erwan s’était réveillé et se redressa également, tentant de la prendre dans ses bras.

- Cassy ? Ca va ? Qu’est-ce qui se passe ?

Il était encore tout ensommeillé alors qu’elle tremblait encore. Elle se retourna un instant vers lui tout en se calmant, son rythme devenant plus normal mais la jeune femme était toujours traumatisée par ses pensées. Bien sûr ce n’est pas la première fois qu’elle rêvait de ce genre de drame, mais c’était de plus en plus fort. Elle s’approcha d’Erwan et déposa un baiser sur son front ainsi qu’un sourire savamment déguisé.

« Je vais bien ne t’inquiète pas… C’était encore un mauvais rêve mais ça ne fait que passer… Je vais aller faire un tour, ça me calmera »

Puis elle s’était habillée, avait prit sa sacoche ainsi que sa dague et sortit de la maison. Peut-être qu’avec l’ancien Tristan elle serait restée, qu’elle lui aurait expliqué. Mais pour Erwan, c’était bien trop personnel pour qu’elle l’aborde avec lui.

La ville était encore bien endormie, c’était l’aube et pas un bruit, ni aucune animation dans les ruelles désertes. Elle avançait d’un pas rapide, tout en ouvrant sa sacoche et buvant une potion. Oublier… elle devait oublier… mais combien de cauchemars avait-elle fait jusqu’à présent ? Elle n’arrivait pas à tous les compter. Et seules les potions l’aidaient à devenir complètement soûl, au point d’avoir un peu de répit. Une fois elle avait quand même essayé d’en prendre une avant de dormir mais le résultat avait été catastrophique. Elle soupira, se demandant combien de temps tout cela allait durer.

Elle sortit et on la laissa passer, le garde savait que Cassidy aimait sortir pour se balader mais qu’elle revenait toujours.

La demoiselle avançait dans la forêt sans bruit, seul quelques animaux sifflaient, piaillaient, d’un air endormi en fêtant l’arrivée du petit matin. Elle se mit à bailler puis… à chanter n’importe quoi… apparemment dans un état assez éméché. Un petit clapotement d’eau se fit entendre alors qu’elle passait devant une rivière.

La jeune femme sauta sur les pierres pour passer de l’autre côté, mais elle voyait tout flou, perdait l’équilibre et alors qu’elle était au milieu, plouf ! Cassidy tomba dans l’eau, emportée par le courant. On aurait dit une branche d’arbre qui se laissait porter le long de la rivière alors qu’elle était en train de couler, faisant des bulles à la surface, puis arrêta de se débattre, comme si c’était joliiiiiiiii le courant et les petites lumières qui dansaient devant ses yeux.

Heureusement pour elle, Cassidy n’avait pas été la seule à faire une petite marche matinale. On l’attrapa rapidement et la hissa hors de l’eau, se retrouvant alors dans les bras d’un séduisaaaaaant et beaaaaaaau jeune homme. Elle reconnut tout de suite Tristan et lui décrocha un tellement beau sourire qu’il pouvait en être troublé alors qu’elle racontait absolument n’importe quoi.

« Triiiis’ ! Que fiche-tu ici ? Tu voulais prendre un bain ? L’eau est un peu froide mais elle reste bonne tu sais… »

Puis elle secoua la tête, tentant de remettre de l’ordre dans ses esprits. Heu oui… pas bon pour elle les potions.

« Alors comme ça le chevalier dragon est venu secourir sa petite princesse ? Tu sais ce qu’on raconte à la fin de l’histoire ? Atta je vais te montrer… »

Cassidy s’agrippa à son cou et s’empara de ses lèvres pour déposer un magnifique baiser sur ses lèvres, se retenant d’un frisson alors qu’elle se serrait contre lui, toute mouillée mais apparemment elle allait très bien. Le Drakkari par contre lui… devait être un peu chamboulé pour l’occasion.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Jeu 31 Oct - 19:20

Plusieurs jours s’étaient ainsi écoulés, répétitifs, lorsque Cassidy revint enfin auprès de l’armée fantôme. Etait-ce auprès de son petit ami ou auprès de personnes ayant les mêmes idéaux qu’elle ? Ou… autre chose ?
Tristan s’était approché pour la saluer, ravi et beaucoup moins timide et il trouva la jeune femme changée. Elle semblait épuisée certes mais elle n’avait pas cet air bougon qu’il lui avait connu lorsqu’ils s’étaient rencontré, elle la mage sauveuse et lui le grand dragon qui lui avait fait une si mauvaise première impression. Poli, il s’excusait, il s’en voulait de lui avoir fait du mal si c’était bien le cas, c’était parfaitement sincère et il souhaitait qu’elle sache qu’il s’efforcerait de ne plus l’importuner. Mais la demoiselle ne semblait pas vraiment de cet avis au final et s’ils avaient chacun des arguments nouveaux à avancer, Maud les interrompit et Tristan repartit sans insister.

Les deux jeunes femmes avaient à parler et il y eut quelques échanges qui étaient plus que nécessaires afin d’éclairer la situation. Oui, Maud se doutait que Cassidy était derrière ces dernières interventions et c’était normal puisque ce n’était pas revendiqué et donc pas l’œuvre des cheistams et qu’eux-mêmes n’avaient encore rien fait…
Elle se contenta pourtant d’un sourire. Les uns et les autres pouvaient croire ce qu’ils voulaient, tant que les personnes présentes ne risquaient rien, elle n’avait rien à dire. Quand la jeune mage parla du fait qu’elle ne mangeait pas grand-chose, Maud fronça les sourcils. Il lui semblait qu’elle ne l’avait pas encore vu participer aux banquets en effet mais la demoiselle ferait mieux de se nourrir correctement si elle voulait continuer d’imposer pareil rythme à son corps… sauf si elle souhaitait le… détruire…
Et puis elles en vinrent à des sujets plus… gênants et secrets.

Peut-être la surprit-elle mais Maud posa finalement doucement sa main sur l’épaule de la jeune femme, se faisant apaisante en lui souriant avec bienveillance.

- Je comprends que tu sois perdue Cassidy… Ca fait beaucoup de choses à avaler d’un coup et si tu as besoin de te défouler… ça parait normal. Il ne souffre plus, c’est vrai… et nous devrions nous en réjouir mais je me doute bien que tu souffres de son amnésie. Au moins sais-tu aujourd’hui que ce n’était pas volontaire et ça, c’était sans doute nécessaire pour que tu lui pardonnes, au moins un peu. Je suis contente que tu aies décidé de… supporter sa présence, il sera content je pense de l’apprendre, il m’a semblé sincèrement peiné lorsque je lui ai demandé de ne pas t’approcher et mes paroles n’ont eu que peu d’impact puisque à peine rentrée, te voilà accaparée par lui. Mais ne te force pas non plus… Si tu ne peux pas l’accepter…. Je comprendrai.

Dire qu’elles avaient semblé rivales des mois plus tôt, il n’en était plus rien et au final, Tristan n’avait plus ni l’une, ni l’autre, c’était probablement lui le plus gros perdant. Cassidy parla du bébé et le visage de Maud s’illumina.

- Bien, très bien ! Je n’ai jamais pu pousser aussi loin mes précédentes grossesses. Je voulais tellement d’un enfant mais… ce n’était pas possible. Aujourd’hui si et… j’ai tellement hâte. Ja…enfin Tristan… lui parle souvent, on dirait vraiment qu’ils arrivent à communiquer tous les deux, c’est adorable… Bientôt je serais maman… Oh d’ailleurs tu devrais bientôt voir mon époux. Il est plus vieux que moi bien sûr mais… c’est un homme adorable et à présent que nous allons avoir un enfant, notre couple s’est transformé !

Finalement elles se séparèrent.
Tristan avait mené son dernier combat et s’était rendu aux cascades plutôt bien entouré. Il n’était pas le seul garçon du petit groupe qui s’était déplacé, mais assurément celui qui attirait le plus les regards et les compliments à ce moment-là. C’est qu’il s’était bien battu le jeune guerrier, surtout maintenant qu’il avait tant récupéré !
Ils étaient justement en train de parler des combats et de s’asperger comme des gamins, les jeunes filles du groupe s’étant assise sur des rochers, observant les garçons qui se chahutaient en riant. C’étaient eux qui avaient besoin d’une bonne douche mais il fallait croire qu’un certain public les avait suivis jusqu’ici et que les jeunes hommes ne semblaient pas en reste pour montrer leurs muscles et faire montre d’un comportement bourré de testostérone.
Comme tous ses compagnons, il était en boxer, probablement le plus craquant du groupe maintenant qu’il avait retrouvé sa carrure d’athlète. Moins gêné qu’avant, beaucoup plus fanfaron, il semblait vouloir, avec ses camarades, faire un défilé devant ces demoiselles afin qu’elles élisent le plus mignon d’entre eux justement.

Soudainement, ils entendirent un craquement et virent « quelque chose » tomber à l’eau entre les rochers sur lesquels se trouvaient les filles et Tristan justement. Il avait de l’eau presque jusqu’aux hanches d’où il était. Tous surpris, avaient sursauté… Mais c’est bien le Drakkari qui se reprenant le plus vite, compris que ce quelque chose était quelqu’un et voulut aider la personne en question avant de se rendre compte qu’il s’agissait de Cassidy, d’écarquiller les yeux et de se figer sur place, les pommettes rouges et l’air soudain très gêné. Il ouvrit la bouche mais elle déguerpit aussitôt sans demander son reste, balançant derrière elle, une réplique comme quoi ça glissait.
Un gros blanc s’installa avant que les conversations ne reprennent entre les jeunes, conversations auxquelles ne se joignit pas le jeune homme qui fixait l’endroit par lequel elle venait de disparaitre et les petites trainées d’eau qu’elle avait laissé derrière elle, une drôle d’expression au visage.

Finalement, il la revit un peu plus tard, à l’heure du repas, mais elle évitait de le regarder et blessé, il se souvint que Maud lui avait demandé de ne pas l’approcher. Ah oui… c’est vrai… Elle n’aimait pas les dragons, donc elle ne l’aimait pas du tout. Pourquoi ? Elle ne le connaissait même pas… il n’était pas méchant pourtant…Il se trompait bien sûr, mais ça, impossible de le savoir.
En tous les cas, elle semblait vouloir… être des leurs en quelque sorte mais après tout, ils étaient tous dans la même galère et si elle luttait aussi pour un monde meilleur alors qu’elle l’apprécie ou pas, elle allait bien devoir le côtoyer, car il comptait participer activement aux changements de leur monde.

Elle se rassit et mangea tranquillement aux côtés de son petit ami qui semblait très heureux de la retrouver même s’il ne se manifestait pas… autant qu’il l’avait fait quelques jours plus tôt. Ce n’était d’ailleurs pas plus mal.
Quelques personnes posaient des questions à la jeune mage et elle semblait… différente, plus souriante, plus ouverte, plus… heureuse en quelque sorte. C’était étrange, mais pas désagréable. Elle avait un si beau sourire. Tristan rabaissa les yeux sur son assiette, fixant son contenu intacte et le délaissa, se levant et s’éloignant bien vite sans attirer l’attention malgré ses cheveux rouges si voyants. Il se contenta de dire à ceux qui l’interrogèrent du regard qu’il se sentait fatigué et allait faire une petite sieste voilà tout. Même si ce n’était pas vrai. Et il se surprit lui-même à mentir à ceux avec lesquels il avait toujours été honnête, aussi loin que remontent ses souvenirs.


Ce fut le lendemain que Cassidy et lui eurent la première vraie conversation sans pique et sans impression de menace émanant de l’un ou de l’autre.
Il venait simplement de transporter un énorme fagot de bois aux grandes cuisines pour les fours de la cité, respectant la demande qui lui avait été faite, quand il vit la jeune femme assise sur le perron de sa maison.
On ne leur avait pas attribué une grande demeure bien sûr mais c’était par mesure temporaire puisqu’on ignorait encore combien de temps ils resteraient. Mais c’était douillet et chaleureux et ils ne semblaient pas s’en plaindre. Il passait juste, revenant distraitement lorsqu’il vit des petits papillons multicolores et trop lumineux et brillants pour être naturels à cette heure de la journée et en ces lieux. Aussitôt il s’arrêta et observa le spectacle, intrigué. Il semblait s’agir de magie… mais il n’en était pas tout à fait sûr. Après tout, elle était une mage mais… il y avait des choses étranges chez elle. Comme le fait qu’elle se cache sous une autre apparence, même s’il avait compris que c’était pour ne pas qu’on fasse du mal aux siens, mais encore et surtout, son espèce de réaction allergique à ses écailles. Etait-ce pour ça qu’elle n’aimait pas les dragons ? Elle y était allergique ? Pourtant, elle ne s’était pas mise à gonfler de partout lorsqu’il l’avait portée pour la tirer de ce champ de bataille… Etrange…

Elle remarqua sa présence et l’interpella. Elle l’appelait encore par ce nom là « Tristan »… Elle lui avait dit qu’avant il s’appelait comme ça et il la croyait bien sûr mais… c’était étrange et il se sentait curieusement distant de ce nom, comme s’il ne représentait rien pour lui. Quoique… Il le trouvait joli quand même. Il hésita mais vint finalement vers elle.

- Euh… oui… ça… ça m’intéresse. Je n’y connais pas grand-chose… mais les mages peuvent faire de très jolies choses avec alors… j’aimerais comprendre comment ça marche.

Et elle s’en donna à cœur joie pour lui expliquer. Enfin disons que son air d’ennui et de mélancolie disparut au profit d’un beau sourire tout simple et tellement agréable. Il la suivit docilement dans la forêt et elle lui parla de la magie, marchant tranquillement. Elle parlait avec une passion sincère et sans comprendre pourquoi, il se détacha complètement du reste du monde alors qu’il était avec elle. Sa voix semblait plus douce, plus lente aussi, c’était presque comme si elle racontait une histoire, une belle histoire, un conte d’antan. Pour la peine, s’ils avaient été immobiles, il se serait probablement allongé par terre sur le ventre, le menton dans les mains, totalement absorbé par son discours. Et ça l’intéressait sincèrement alors qu’il s’émerveillait de mieux comprendre son monde et tout ce qui l’entourait. Très attentif, les yeux brillants d’admiration et d’intérêt, il suivait ses moindres mouvements et buvait presque ses paroles, ponctuant son intérêt de beaux sourires qui auraient franchement pu paraître enjôleurs.
Il n’avait jamais vraiment osé demander des explications aux mages de leur groupe, assez honteux comme ça d’en être réduit à avoir si peu de connaissance sur tout à cause de sa perte de mémoire. Parfois, cela le gênait beaucoup et il avait vraiment honte mais d’ordinaire, il faisait comme si de rien n’était. Mais avouons-le, il était ravi d’avoir des réponses et puis la petite demoiselle expliquait plutôt… bien, très bien même !

Elle semblait anticiper ses questions avant même qu’il ne les prononce, insistant sur un point, en détaillant un autre, à croire qu’elle arrivait à savoir ce qu’il pensait juste en voyant son regard. Et voyait-elle seulement à quel point il était admiratif ? Elle n’allait pas tarder à le savoir…
Alors qu’elle faisait se relever une branche par magie et qu’il pensait devant elle, bouche bée puis arborant le même sourire qu’un gamin devant un tour de magie justement, elle trébucha et chuta.
Il semblait encore plus rapide qu’auparavant et ses instincts plus qu’aiguisés alors qu’il se retournait pour la rattraper. Il devait craindre de mal la rattraper ou disons de positionner… maladroitement ses mains là où il ne fallait pas car il se contenta d’ouvrir les bras, les refermant sur elle pour lui éviter de chuter mais l’ayant surtout rattrapée contre lui. Il se crispa légèrement en la sentant aussi proche de lui mais alors qu’il baissait un regard inquiet sur elle, elle s’écarta en rougissant. Il rabaissa lentement ses bras, haussant les épaules comme si de rien n’était… avant de prononcer une petite phrase dont l’innocence restait assez douteuse.

- Bah… C’est pas grave… C’est mignon. Et puis je peux te rattraper si tu tombes, peu importe où et quand…

Etait-ce vraiment innocent ? Quand on voyait son beau sourire… oui certainement mais son regard brillant, un brin lubrique pouvait quant à lui laisser le doute s’installer.
Elle s’éloigna assez vite, reprenant leur conversation, comme si elle cherchait au contraire à oublier très vite ce moment. Tant pis…
Il continuait de la suivre et de l’écouter religieusement, intéressé par tout ce qu’elle pouvait dire et très sage, silencieux même, un vrai petit élève modèle. Elle fit une chose étrange avec des arbres et il la suivit en escaladant, plus lentement certes mais avec agilité. Quand elle sauta, il examina la hauteur d’un œil expert. Maintenant qu’il allait mieux, il aurait très bien pu sauter de là et se transformer et se retransformer avant de toucher le sol, ça aurait pas mal freiné sa chute à n’en pas douter mais avec toutes les branches il préférait ne pas le faire et puis, elle lui montrait de la magie. D’ailleurs, une question le taraudait mais il n’osait pas la poser. Et lui ? est-ce qu’il faisait de la magie justement en se transformant en dragon ou… est-ce que c’était autre chose ?

Admiratif, il l’avait rejoint alors qu’elle se lançait dans une nouvelle prouesse magique qui fit apparaitre une brioche devant le jeune homme. Là par contre, il la regarda comme si elle était un véritable messie et ses explications comme quoi elle ne faisait que transporter cet objet d’un endroit à un autre ne changèrent en rien l’intérêt et l’admiration du jeune homme qui mordit dans sa brioche avec enthousiasme. Par la suite, il lui posa de nombreuses questions sur son choix de magie, pourquoi les runes ? S’il y avait une histoire d’affinités… Comment elle avait appris la magie, combien de temps cela lui avait-il pris, est-ce qu’elle apprenait encore aujourd’hui, pourquoi certains mages s’amusaient-ils à changer la couleur des plantes quand ils se promenaient en forêt. D’ailleurs elle le regarda étrangement à cette question là et il prit un air un peu boudeur et intimidé en rétorquant que si, ça lui arrivait de croiser des feuilles censées être vertes et qui étaient bleues et que ça sentait la magie.

Ils passèrent beaucoup de temps ensemble au final et il finit par rentrer avec elle, la tête bourdonnante de nouvelles informations et un sourire ravi au visage. D’ailleurs alors qu’il la laissait encore assez loin de sa maison puisqu’il partait dans le sens opposé, il se mit une main dans les cheveux, rougissant légèrement en évitant de la regarder.

- M… Merci… c’était… bien. Tu expliques vraiment bien et tu as une jolie voix… tu devrais enseigner… Les enfants adoreraient tes histoires !... Enfin… moi je les aime bien… euh… bonne soirée.

Il s’éloigna rapidement, évitant de la regarder mais en lui faisant un signe de la main, rentrant rapidement chez lui.
De temps en temps, ils se croisaient, lui arborant un immense sourire et arguant qu’il avait de nouvelles questions. D’ailleurs il ne la ménageait pas avec celles-ci, semblant curieux de tout ce qui pouvait toucher la magie et la plupart de ses questions étaient plutôt pertinentes. Est-ce que les mages pouvaient prédire le temps qu’il allait faire ou ce n’était que les médiums ? Lui, savait toujours justement quel temps il ferait, était-ce parce qu’il sentait un peu la magie ? Pourquoi disait-on que les Drakkaris ne pouvaient pas avoir de dons comme c’était le cas des autres espèces ? Et quand et pourquoi ces dons se manifestaient-ils ? Est-ce qu’ils étaient une représentation de la sensibilité des gens à la magie ? Il lui apprit d’ailleurs contre toute attente que Maud en avait justement un de don, en toute innocence, ne semblant pas savoir ce qu’il avait le droit de dire ou de ne pas dire.

- Oui, elle arrive à voir ce qui va se passer. Enfin c’est une espèce de prémonition mais elle ne le contrôle pas très bien, ça peut arriver cinq minutes après ou des mois plus tard. Toute seule, elle n’a aucune prise dessus mais si elle dort avec moi… elle peut interroger le futur un peu plus et plus facilement… Elle dit que c’est parce que je suis un dragon… C’est vrai ?

Il semblait gêné quand il parlait de dragon devant Cassidy mais sa mine penaude était si mignonne et sincère qu’il aurait été bien cruel de ne pas répondre à cet adorable jeune homme non ? Ou du moins… de lui en tenir rigueur.

D’ailleurs elle put rapidement assister justement au fait que son nouveau statut et sa toute nouvelle énergie de dragon étaient bénéfiques pour les mages et objets magiques du coin…
La première fois que cela arriva, c’était peu après l’intervention de la jeune femme pour sauver les plantations.
D’ailleurs ce moment là marqua un tournant dans l’histoire de la petite cité. Tous l’avaient accueillis plus ou moins avec le sourire et avec plus ou moins d’entrain mais à partir de son exploit, auquel tous participèrent sous ses directives, elle fut vue comme un membre de la famille, un membre à part entière qui avait et aurait toujours sa place ici.

Tristan y repensait justement, essayant de se détendre avant que la pompe à magie ne s’actionne. Elle avait été si courageuse et n’avait pas hésité à donner tout ce qu’elle avait pour les aider. Quand elle avait demandé son avis justement, il s’était senti proche d’elle et ce n’était pas seulement parce qu’elle avait été éjectée dans ses bras et qu’impulsivement il l’avait réceptionnée avec plus de douceur que nécessaire. Elle lui demandait son avis, elle semblait vouloir voir s’il retenait ses « leçons ». Il avait été si fier de pouvoir lui répondre, lui faisant un sourire désarmant alors même que la situation était grave et qu’il se sentait d’autant plus idiot donc de sourire comme ça.
Mais il avait dut s’éloigner quand elle avait fait de la magie. Elle n’avait rien dit pourtant mais il l’avait senti, ou perçu peut-être, il ne savait pas trop. Quand elle était tout contre lui, qu’il effleurait juste la peau de ses mains de la sienne, un vague sentiment d’hésitation et une profonde cogitation l’avaient agité. C’était comme s’il avait senti qu’elle hésitait à lui dire quelque chose alors même qu’elle réfléchissait déjà à comment les aider. Et ce qu’elle hésitait à lui dire c’était qu’il était un dragon sans doute et qu’aussi sûrement que son corps avait rejeté cette toute petite part de lui-même quand il avait voulu la soigner, sa magie serait bloquée par lui s’il cherchait à aider…

Il avait juste reculé, se contentant d’observer et détestant par ailleurs le rôle de simple observateur mais ça valait tout de même le coup car le tout était totalement inqualifiable.
Alors qu’elle lévitait au-dessus de ceux qui s’apparentaient à cet instant à ses disciples, dépensant une énergie magique insoupçonnée pour les inciter à l’aider, il pensa aussitôt à un ange, ses cheveux blonds voletant autour d’elle et sa mine impliquée lui donnant un air de ravissement torturé. Qu’elle était jolie cette petite mage !
Et il n’était pas le seul à le penser…
Mais après cet exploit, sa beauté autant que ses talents de mage furent pleinement reconnus et il fut étrangement peiné de voir comme elle souriait à ses frères d’armes, ses hésitations et son léger rougissement alors qu’ils la complimentaient.

Quand elle était redescendue, elle semblait épuisée et ça personne ne semblait vraiment le comprendre. Pourtant lui, il avait fait quelques pas dans sa direction, la mine soucieuse, une main tendue vers elle et le cœur battant, avant de s’arrêter dans son geste et de rabaisser la main. Elle n’apprécierait certainement pas son aide… Elle était indépendante, très indépendante. Et il était un dragon…
Plus haut, ils étaient observés par Maud et Erwan mais ça, ils l’ignoraient et quand Tristan s’approcha un peu plus, ayant caché son précédent trouble en attrapant une brioche, ce fut mal interprété, même si pour sa défense… Elle lui piqua sa brioche !

Elle le sermonnait gentiment et la foule répondit par un rire sincère. Il haussa les épaules, lui jetant un sourire innocent en cachant ladite brioche derrière son dos mais elle s’approcha bien trop près de lui pour la récupérer et il resta figé sur place une seconde avant de se mettre à chouiner et d’essayer de la récupérer. D’ailleurs ils se chamaillèrent un moment, elle tenant curieusement en équilibre sur un pied, tendant l’autre jambe qui s’appuyait contre le ventre de Tristan, sa main portant la brioche la plus éloignée possible du jeune homme alors même que son autre main s’appuyait avec bien peu de force sur une des joues parfaitement douce du garçon. De son côté, à peine gêné d’avoir le souffle coupé par un genou dans le ventre qu’il maintenait contre lui pour l’empêcher de s’échapper, Tristan tendait son autre bras pour attraper l’objet de sa convoitise et même s’il était beaucoup plus grand qu’elle, cette position le mettait curieusement à mal… et tout le monde en riait beaucoup alors qu’ils semblaient justement avoir cessé de voir ce fameux tout le monde autour d’eux, se disputant juste comme deux gamins.
Il finit par la récupérer mais elle s’en empara de nouveau très vite et pour mettre fin au combat, la mit dans sa bouche même si bien sûr, elle ne pouvait pas complètement entrer dedans. Tristan s’approcha aussitôt avec un sourire des plus déstabilisants, beaucoup trop près en murmurant que ça n’allait certainement pas l’arrêter mais il se figea sur place à quelques centimètres d’elle, la regardant alors comme s’il se rendait tout juste compte de ses gestes.

Et au lieu de rougir ou de faire une mine attristée pour la culpabiliser, il pâlit, la regardant avec un mélange de peur et de colère… auquel mit fin un de ses amis en l’attrapant par les épaules, beuglant qu’ils devaient faire la fête. Le jeune homme s’éloigna avec ses amis en souriant, sincère et heureux.
Pourtant, une de ses amies s’approcha de Cassidy et lui fit un clin d’œil.

- T’as eu de la chance, j’ai bien cru qu’il allait carrément « t’embrasser » pour récupérer sa brioche. Tu vis dangereusement toi ! Mélodie lui a fait le coup une fois, ça ne l’a pas arrêté ! depuis elle lui fait des tas de brioches !!!!

Elle fit un sourire malicieux puis rejoignit les garçons en reprenant en chœur une chanson qui se scandaient justement dans les rangs.

Ce fut l’après-midi justement que l’on demanda au jeune homme de donner un peu de son énergie. Ce furent les enfants qui vinrent chercher Cassidy, l’appréciant apparemment et voulant se faire pardonner de lui avoir piqué ultérieurement ses vêtements. Ils lui apprirent que les mages allaient faire le plein d’énergie grâce à Tristan et qu’ils pourraient mieux utiliser chacun leur don après ça. Ils disaient que c’était un peu un secret mais qu’ils savaient comment ça se passait et où. Ils l’amenèrent jusqu’à une petite habitation qui contrairement aux autres n’était pas construite dans la roche mais perchée dans un arbre. C’était un arbre certainement plusieurs fois centenaires, une espèce rare qui conduisait merveilleusement bien la magie. D’ailleurs son tronc était veiné d’argent et semblait presque respirer comme un cœur dispensant ses battements autour de lui. Quelques personnes étaient présentes mais la plupart vaquaient à leurs occupations. Apparemment, ça n’avait rien de secret mais les enfants imaginent très vite des choses qui n’existent pas.

Tristan était là justement, torse nu et on traçait des runes sur son corps avec une espèce de peinture de différentes couleurs à dominantes argent et rouge. Les enfants se cachaient dans les buissons et avaient intimé à Cassidy de faire de même, mais était-ce vraiment nécessaire.
Finalement, le jeune homme alla se mettre contre l’arbre, le dos collé à l’écorce, les bras de même, les paumes à plat contre la surface qui semblait aussi lisse qu’un miroir, la tête légèrement renversée en arrière et les yeux clos. Il repensait justement à ce qui s’était passé le matin même quand les mages présents récitèrent quelques sorts. Mais ils ne semblaient pas vraiment utiles. En effet, l’arbre s’était mis à réagir dès qu’il avait senti le Drakkari contre lui. Les pulsations qui l’animaient accélèrent, les veines argentées se mettant à briller doucement tandis que les runes sur le corps du jeune homme en faisaient autant, il grimaça un peu mais s’apaisa vite alors que la magie des lieux semblaient se renforcer, devenir plus palpables, les mages semblaient d’ailleurs beaucoup plus à l’aise, comme s’ils percevaient mieux les différents courants. Le phénomène prit fin aussi rapidement qu’il avait commencé et Tristan redescendit du nœud de racines sur lequel il s’était perché. Les runes en peintures avaient disparu et il semblait un peu fatigué, baillant en s’étirant.

- Merci Jack. Bon tr…Oups… tu rajeunis cette fois !

Le jeune homme baissa aussitôt les yeux sur son propre corps alors que celui-ci semblait se flouter comme lorsqu’il se transformait. A la place de celui-ci se tint alors cette fois, un petit garçon d’environ huit ans, le petit garçon qu’il avait été, franchement craquant et à l’air totalement paniqué.

- Wah ! Mais euhhhh !!!!!!

Il avait la voix tellement plus aigue que sa voix masculine que les adultes présents ne purent s’empêcher de rire alors qu’il se mettait à grogner que ce n’était pas drôle. Mélodie l’accompagnait justement et elle riait certainement le plus. Elle s’approcha de lui, ne semblant pas gênée qu’il nage dans ses vêtements et le prit gentiment dans ses bras alors qu’il s’époumonait qu’il pouvait très bien se débrouiller tout seul.

- C’est vrai, mais tu es beaucoup trop craquant comme ça. J’ai envie de m’occuper de toi.
- …
- Ne fais pas la tête Jack.
- Si on va se baigner et que j’ai le droit de te voir toute nue, je ferai pas la tête !

- Pervers !!!!

Il avait dit ça avec un regard beaucoup trop lubrique pour un petit garçon de cet âge et elle se mit à rire, lui donnant une tape sur la tête juste pour la forme, s’éloignant en le portant. Le jeune garçon salua les mages de la main mais son regard semblait davantage dire qu’il ne rigolait pas du tout malgré son sourire rieur.

Finalement, il s’était baigné avec les autres enfants qui avaient bien vite abandonné Cassidy pour jouer avec lui et quand il avait eu une taille un peu plus d’adulte, il s’était transformé en dragon pour qu’il puisse utiliser son dos et sa queue comme un toboggan. Il avait dû barboter longtemps d’ailleurs parce qu’il semblait aussi fatigué que les bambins le soir-même.
C’est pensif qu’il rejoignit sa maison qui lui semblait bien vide quand il quittait l’animation de la grande place. Comme toujours, il alla se percher sur le mur de son balcon et fixa les étoiles d’un air pensif, le menton dans la main. Il adorait les étoiles…

Sans savoir ce qu’il en était pour une certaine jeune mage, Tristan eut également une nuit agitée et finit par abandonner tout espoir de dormir davantage. Se levant, il s’élança de son balcon et se transforma donc pour aller faire une petite ronde.
Le soleil ne s’était pas encore levé et il s’émerveillait de pouvoir si bien voir dans l’obscurité, sa vue étant déjà très développée sous sa forme drakkarienne devenait stupéfiante quand il était un dragon et tous ses sens fonctionnaient si bien qu’il avait l’impression de se réveiller justement quand il était en dragon. Aucun danger n’était à signaler en tous les cas et il sourit, se laissant chuter pour se transformer entre les arbres de la forêt. Il avait pris son épée et une fois de plus… loupa sa transformation. L’épée restait dans son dos pourtant mais ses vêtements semblaient davantage récalcitrants à se rematérialiser en même temps que lui… et un jeune homme qui apparait brusquement, l’épée dans le dos mais complètement nu… c’est quand même assez spécial.

Il jura, frustré de ne toujours pas y parvenir et se rhabilla avant de se mettre à marcher tranquillement, pensif…
Il repensait à ce fameux jour… à ce fameux mauvais tour.
Les enfants trouvaient Cassidy un peu grincheuse. C’est ce qu’ils lui avaient dit. Il avait répondu qu’en fait elle était très gentille mais qu’elle était un peu… réservée voilà tout, ne sachant même pas trop pourquoi il lui cherchait une excuse. Ils avaient acquiescé… Et avaient apparemment décidé de la sortir de sa réserve. En lui piquant ses vêtements.

Ca il ne l’avait compris que bien trop tard, quand il avait vu les enfants arriver vers lui en courant, poursuivis par une véritable furie qui portait en tout et pour tout… des sous-vêtements. Il s’était rendu compte qu’elle aimait la solitude et qu’elle appréciait ses petites escapades toute seule dont elle revenait régulièrement dans un drôle d’état qui nécessitait justement une douce mais il ne semblait pas être le seul et les garnements avaient bien préparé leur coup. Seulement, quand elle avait débarqué ainsi vers lui, courant à en perdre haleine en vociférant, faisant se retourner bien des passants sur son chemin, dont la plupart eurent d’intéressants fantasmes la nuit suivante, il avait été… sacrément troublé. Elle fit un bond en arrière en le voyant alors qu’il était figé sur place pour sa part, la bouche entrouverte et la détaillant ouvertement du regard… sans sembler le moins du monde gêné. Embarrassée puis sévère, elle le gronda légèrement alors qu’il refermait la bouche dans un léger claquement mais ne détournait pas les yeux pour autant. Il ne bougea pas quand elle s’approcha de lui, se contentant de la suivre du regard, tellement crispé qu’il semblait tétanisé. Ah ça… c’est qu’elle était canon la petite mage. Les enfants avaient vite déguerpi enfin pas très loin, observant la scène… mais pas lui qui en semblait totalement incapable.

Elle se rhabilla devant lui et oui, c’était sans doute un peu trop sensuel. Il se crispa un peu plus, semblant sur le point de craquer tandis qu’un léger éclat passait sur sa peau. Une fois plus décente, même si le regard du garçon qui l’observait n’avait guère changé, comme s’il était toujours plongé dans ses pensées, elle lui fit signe de se baisser et il obtempéra, la gorge sèche. La pichenette sur le nez le fit s’ébrouer mais le commentaire eut un tout autre effet. Son expression se fit en effet beaucoup plus froide, même carrément fermée alors qu’il était si jovial peu avant. Il se redressa dignement et tourna les talons en marmonnant.
Quoi donc ? Juste quelques mots qui pouvaient être assez flatteurs et qui ressemblaient fort à : « une douche froide… tout de suite… »… juste avant qu’il n’entre en collision avec une branche basse d’un arbre fruitier qu’il ne semblait même pas avoir vu, qui le fit chanceler une seconde puis reprendre sa route en marmonnant toujours les mêmes mots… qui semblaient être l’occupation de ses pensées à l’heure actuelle.

Tristan soupira et lâcha un grognement en repensant à cette histoire. Il ne se sentait même pas gêné de sa réaction face à la jolie blonde. Qu’est ce qu’elle était belle ! Il s’en était déjà rendu compte bien sûr… mais à présent il avait une et une seule certitude… Moins elle portait de vêtements et plus elle était magnifique, époustouflante et band… ah non, ça ce n’était pas correct.

- Mais vrai…

Il grimaça et secoua la tête, rageur envers ses propres pensées avant de soupirer. Il se souvenait aussi du curieux sentiment qui l’avait envahi alors qu’il la fixait… C’était agréable et tellement douloureux en même temps… Pourquoi ?
Il marchait toujours tranquillement quand il entendit soudain des bruits d’éclaboussures qui n’avaient rien de naturel, comme si quelque chose se débattait dans le cours d’une rivière proche au courant rapide qu’il connaissait plutôt bien. Il pensa à un animal et se rapprocha rapidement. Grand bien lui en prit même s’il écarquilla les yeux en voyant une petite tête blonde émerger entre deux eaux et descendre si vite le courant. Cassidy ????!!!!Mais… Mais qu’est ce qu’elle faisait là ?!

Il rejeta aussitôt son épée pour libérer son dos et ses épaules de ses mouvements et plongea les bras et une partie de son torse dans l’eau après avoir descendu le courant sur plusieurs mètres pour attraper la jeune femme qui se débattait décidément trop faiblement. Il la tira de l’eau glacée rapidement et la prit dans ses bras, tout contre lui le temps de l’en éloigner et qu’il retournait auprès de son épée. Elle rouvrit les yeux et le regarda, crachotant faiblement l’eau qu’elle avait avalée même si elle semblait plutôt… en forme. Inquiet, il lui fit un beau sourire, s’étant agenouillé dans l’herbe en la tenant toujours contre lui. La peau de la jeune femme se perlait légèrement, comme si elle avait froid.

- Euh… non… je ne voulais pas prendre un bain. Toi apparemment si par contre…

Elle avait bu ou quoi ? Elle paraissait complètement… saoule !
Apparemment c’était le cas car elle commença à lui parler de chevalier dragon et de princesse, joyeuse et toute papillonnante, adorable, charmante et vraiment de bonne humeur et pas gênée du tout !!! Surtout quand elle s’accrocha fermement à sa nuque pour se hisser contre lui, frôlant sa peau de la sienne trempée avant de l’embrasser avec une fougue de premier grand amour. Et d’ailleurs elle resta un moment plus que nécessaire contre ses lèvres alors que lui, totalement sous le choc ne trouvait rien de plus intelligent à faire que d’être bouche bée, ce qui sembla donner l’autorisation à la jeune femme d’approfondir un peu plus le baiser. Il devint très rouge puis très pâle alors qu’un long frisson l’agitait et qu’une fois de plus sa peau se couvrait de ce frémissement, de ce chatoiement étrange, petit éclat de lumière. Et pourquoi au juste serrait-il ses bras sur elle comme ça ? Et pourquoi diable avait-il fermé les yeux ?!!!!!!

Tristan se reprit, secouant légèrement la tête en se détachant de la jeune femme, juste un peu mais elle ne semblait pas vexée, se contentant de faire de petits bruits joyeux qu’on aurait davantage attribués à un bébé babillant qu’à une jeune femme mûre. Lui semblait sous le choc et il la regarda étrangement avant de serrer brusquement les dents et de se crisper, respirant avec plus de difficulté qu’il ne l’aurait cru. Elle dut s’en rendre compte parce qu’elle lui demanda s’il allait bien et… elle passa la main dans ses cheveux. Il se calma aussitôt et releva la tête en lui faisant un sourire.

- Je vais bien… c’est bon… toi tu as froid…

Il l’allongea avec douceur sur l’herbe et l’instant aurait pu être parfaitement romantique ou torride vu la manière dont il se penchait sur elle, mais ce n’était que par précaution. Déjà il se redressait et ôtait sa veste pour la déposer sur elle, inquiet.

- Tu devrais ôter tes vêtements trempés, tu vas attraper froid…  Tu… tu as bu ? tu sembles assez…

Il s’arrêta de parler, se rendant apparemment compte que les vêtements de la jeune femme, devenus moulants à cause de l’eau la rendait un peu trop… sexy…

- On… On devrait peut-être… attendre que tu ailles mieux avant…d… d’aller retrouver les autres… enfin… On n’est pas obligés… de rentrer tout de suite. Si tu veux.

Drôle de phrase alors qu’il s’était cette fois allongé à côté d’elle et que malgré ses hésitations, il semblait tout à fait à l’aise, lui lançant un beau sourire charmeur.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Jeu 31 Oct - 22:17

Cassidy parlait avec Maud. Elle tentait d’être moins froide qu’avant, comme si la jeune femme avait estimé que le secret que la dame lui avait confié était suffisant pour qu’elle accorde sa confiance. Et pas une seule fois elle ne mentit sur ses activités ni ses émotions, ça c’était peut être un grand pas en avant. Elle se mit même à sourire en entendant parler du bébé, la joie de Maud était communicative.

Puis vint ce petit moment gênant dans la cascade où la jeune femme déguerpit bien vite sans demander son reste, encore troublée de jouer les voyeurs. Enfin, pendant le banquet, elle avait plus ou moins donné ses intentions et Erwan même était fier d’elle, qu’elle se sociabilise un peu alors que jusqu’à présent, la jeune femme avait toujours été très renfermée avec les autres, sans ouvrir la bouche autrement que pour sortir des répliques cinglantes ou méchancetés. Pourtant, lorsque Tristan quitta la table, même si il était discret, elle fut une des premières à le remarquer, ne comprenant pas ce qu’elle avait dit qui pouvait le renfrogner.

Enfin, un jour après, ils se croisèrent à nouveau. Et ce fut elle qui l’aborda, voyant qu’elle l’intriguait. Il était vrai que Cassidy n’avait pas perdu certaines choses et même si elle ne voulait pas le montrer au départ, elle se fit un plaisir d’expliquer à Tristan tout ce qu’elle savait. On pouvait voir qu’elle avait passé beaucoup de temps à étudier, qu’elle était très instruite et certainement encore plus depuis qu’il était parti. La jeune femme avait été très troublée quand il l’avait rattrapé dans ses bras, même si son air était un peu… plus pervers que d’habitude. Elle s’était raclé la gorge et faisait comme si de rien n’était, continuant.

Il aurait très bien pu lui poser cette question sur les dragons et elle aurait pu tout à faire répondre mais sûrement préférait-il éviter pour ne pas la brusquer ou lui rappeler cette colère envers ces créatures. Lorsqu’elle eut terminé, il était absolument ravi et lui déclara qu’elle devait peut être enseigné. Alors qu’il partait, la jeune femme eut une expression de tristesse sur le visage. Elle n’avait plus vraiment la patience et même son académie… la dégoutait au final. Non elle n’avait rien contre les autres mais il y avait trop de souvenirs qui l’empêchaient d’être aussi naturelle qu’avant. Et même si elle s’efforçait de vaquer à ses tâches pour ne pas tout laisser tomber.

Le temps passait et ils parlaient beaucoup de magie, plus qu’avec Erwan qui connaissait beaucoup plus que Tristan. Et lorsqu’ils parlèrent des dons et de Maud qui en avait un, tout en expliquant qu’en dormant avec elle elle pouvait en avoir, la jeune femme se figea et se crispa un instant. Puis elle finit par acquiescer d’un signe de tête.

« Oui… c’est quelque chose de très spécial… mais très rare aussi »

Elle n’avait pas dit grand-chose mais se promit de lui expliquer un peu plus cette histoire quand elle se sentirait prête.

Puis vint l’histoire où elle devait aider avec sa magie. Si elle était un peu plus appréciée, bien que gênée, la jeune femme avait terminé sur un air plus décontracté en piquant la brioche de Tristan. Mais alors qu’elle l’avait dans la bouche, la jeune femme parut très surprise. Le regard qu’il avait sur le coup, son expression du visage… enfin elle ne s’attendait pas à ce qu’il approche mais… peur ? colère ? Qu’avait-elle fait ? Elle fut d’autant plus troublée, voire même son estomac se tordit douloureusement quand on lui expliqua qu’il n’hésitait pas à faire ce petit jeu avec une autre fille… très innocemment.

Ce jour là, elle était rentrée dormir, cette expression sur le visage de Tristan la mettait mal à l’aise.

Un autre jour, elle avait pu observé un étrange évènement. C’était vraiment quelque chose d’impressionnant et on voyait vraiment que Tristan faisait beaucoup d’efforts, était serviable et volontaire. Elle le regarda attentivement alors qu’il se liait à l’arbre. Il y avait quelque chose de particulier dans cette scène et elle pouvait tout aussi bien sentir la magie qui émanait autour de lui. Même si au bout d’un moment, elle avait instinctivement cramponné sa main à son cœur et tentait de reprendre une respiration normale.

Puis il se transforma… enfin elle le revit comme quand il était petit et elle fit un joli sourire conquis. Il était tellement mignon à cet âge là aussi. Même si elle se renfrogna rapidement après les échanges de paroles qui ne l’emballèrent que très peu.

Il y avait aussi cette fois là où elle se retrouva en sous-vêtements devant lui mais même si il y avait un petit malaise, la demoiselle gardait une certaine contenance comme si justement, elle n’avait pas perdu cette habitude avec lui d’apparaître en sous-vêtements. Mais lorsqu’elle lui donna une pichenette sur le nez, la jeune femme fut assez… interloquée et surprise. Ce n’était pas vraiment la réaction qu’elle attendait. Elle grinça des dents quand il se prit la branche de plein fouet mais comme il était dans un état… assez bizarre, elle ne le rattrapa pas.

Et puis, il y avait eu cette discussion avec Erwan, cet affreux cauchemar la nuit même et son envie de complètement oublier tout ça grâce à des potions. Mais la jeune femme n’était clairement pas dans son assiette et décida quand même de sortir, tombant dans la rivière. Heureusement qu’un certain Drakkari passait par là… Drakkari qui fut récompensé d’une bien étrange manière.

Cassidy était totalement absorbée par son baiser et malgré le fait qu’elle soit complètement à l’ouest et dans un état assez… fracassé, ce simple baiser fut le meilleur remède contre les cauchemars ! Oh bien sûr, elle profitait énormément mais on ne va rien dire à une pauvre demoiselle esseulée qui demande un peu d’affection ? Si Erwan voyait ça… il serait certainement furieux. Mais il n’était pas là. Et tant mieux d’ailleurs.

Cassidy observa Tristan qui n’avait pas l’air dans son assiette. Elle se fit plus attentive, plus alerte, comme si l’effet de la potion avait déjà disparu alors qu’elle lui demandait avec beaucoup de douceur et une pointe d’inquiétude dans la voix si ça allait. Heureusement qu’elle était ailleurs, sinon, elle se serait certainement plus inquiétée que ça… ou aurait été vexée. Mais elle se contenta de passer la main dans ses cheveux rouges, comme pour l’aider à s’apaiser.

Il la rassura et indiqua qu’elle devait avoir froid. Oh mais qu’il ne s’inquiète pas ! Après un baiser pareil elle ne pouvait qu’avoir chaud. Hem… quand même il s’était vite écarté et si au départ il se collait un peu à elle pour la réchauffer, il lui tendit sa veste alors que la mage était allongée dans l’herbe, poussant un petit soupir de plaisir alors qu’il la bordait et qu’elle grogna en prenant un peu plus la veste contre elle.

Quand il lui parla d’enlever ses vêtements et si elle avait bu, la jeune femme avait rouvert les yeux et s’était redressée, manquant de se cogner contre lui qui était accroupi à côté d’elle et prit l’air d’une petite fille coupable qu’on venait de prendre la main dans le sac. Elle faisait d’ailleurs très enfantine sur le coup, ramenant ses deux index l’un vers l’autre, en évitant de le regarder, prenant une petite voix.

« Maaaaais… je n’ai bu que une ou deux pitites potions ! Heu non ! Trois plutôt ! Ou bien… rhaaaa je sais plus en fait ! »

Il devait certainement s’interroger au fait qu’elle se drogue alors qu’apparemment, la demoiselle ne résistait pas vraiment mais elle n’était pas en état de lui expliquer. Et quelle aurait été sa surprise de voir qu’il était l’objet de ses mauvais rêves et d’une inquiétude assez… grande quand même. Malgré le fait que la demoiselle ne montrerait jamais qu’elle s’inquiète complètement pour lui.

Elle grogna qu’il avait raison et entreprit de lui faire un petit effeuillage bien en règle. La demoiselle commença par décrocher la dague de sa ceinture et la déposa à côté de l’épée à Tristan. Puis elle enleva la boucle de sa ceinture, retira ses bottes, son pantalon et tira sur sa tunique pour l’enlever. D’ailleurs, ce fut un peu drôle parce qu’elle était restée la tête coincée à l’intérieur avant de grommeler et de la retirer complètement, s’ébrouant la tête comme un chien mouillé, envoyant de l’eau un peu partout. Il parlait d’attendre alors qu’elle était en sous vêtements, lui offrant une jolie vue et elle acquiesça d’un signe de tête.

Puis elle s’assit dans l’herbe et tassa les feuilles, brindilles, comme pour se faire un petit nid confortable, agrippa fermement le gilet et tenta de se mettre dans une bonne position, comme si elle avait décidé de piquer un petit somme. Malheureusement, après quelques minutes, la jeune femme s’était recroquevillée en claquant des dents. Mauvaise idée que de rester en sous vêtements au milieu d’un bois !

Cassidy se redressa puis regarda Tristan… avant de se rapprocher de lui pour être… complètement dans ses bras ! Oula… le pauvre. Il avait l’air un peu perturbé mais la jeune femme releva la tête pour le regarder, comme si elle avait entendu ses pensées muettes et prit un air un peu plus sérieux même si elle donnait plus l’impression de rire.

« Ca va ca va ! Tu es un vrai feu de bois ambulant, ça va bien me réchauffer ! Non je sais tu es un dragon maiiiiiiis… en fait si j’aime pas les dragons… c’est parce que… c’est parce que… »

Malheureusement Tristan n’en apprit pas plus parce que la jeune femme avait l’air d’avoir sommeil et elle reposa la tête sur son torse tout en se blottissant contre lui, l’air de rien. Sa peau ne grelottait plus et elle avait l’air d’aller mieux.

Alors qu’il devait se poser bien des questions, pendant que la jeune femme dormait paisiblement contre Tristan, une chose étonnante se produisit. Une petite lumière dorée était apparut sur l’épaule de la demoiselle, cette même épaule qui avait été blessée quelques jours plus tôt. Cette lueur se positionna sur la brûlure de couleur marron et à son contact, commençait à se résorber, disparaître petit à petit… jusqu’à ce que son épaule redevienne intact, enlevant toute trace de cet accident.

Elle avait le sourire aux lèvres, apparemment en train de faire de très beaux rêves et lorsque Tristan bougeait un peu, elle se collait de nouveau contre lui, frottant la tête contre son torse et marmonnant des mots bizarres. Puis, une petite heure plus tard, la demoiselle se réveilla. Commençant par s’étirer royalement et lentement, elle secoua la tête, puis replaça ses mèches de cheveux blonds derrière ses oreilles, cligna plusieurs fois des yeux pour apercevoir la silhouette de Tristan.

Le magnifique sourire qu’elle lui offrit au réveil l’étonna très certainement. Elle murmura lentement en le regardant, sans avoir l’intention de bouger pour le moment.

« Alors là… je suis encore en train de rêver… »

La demoiselle tâta le torse du Drakkari, comme pour s’assurer que c’était bien du vent. Heu… c’était quand même solide ici… Elle fronça les sourcils, intriguée, puis se redressa un coup en touchant son visage puis… tira sa joue alors qu’il émit un petit « aie » qui était tout à fait réel. Les yeux de Cassidy s’agrandirent sous le coup de la surprise alors qu’elle s’écarta de lui, gênée et bafouillant très rapidement.

« Heu… je… hum… »

Elle regarda la rivière plus loin, son absence de vêtements et commençait à remettre ses idées en place. Ah c’est bon, elle se rappelait ! Rouge pivoine, la demoiselle tourna la tête pour ne pas qu’il remarque son trouble, s’injuriant mentalement d’avoir pu se retrouver dans cette situation.

« Merci »

Ce fut le seul mot qui sortit de sa bouche alors qu’elle se dirigea vers ses vêtements pour les remettre avant de le regarder, un air plus sévère sur le visage.

« Hey ! En profite pas pour te rincer l’œil ! Et c’est quoi ce regard de… rhooo décidément ! »

Elle leva lentement les yeux au ciel tout en se rhabillant. Sa brûlure sur l’épaule avait totalement disparu et il put bien le remarquer cette fois ci. Elle, pas du tout. Mais il y a de fortes de choses que la jeune mage soit vraiment très surprise ce soir en se regardant dans un miroir. Après avoir remis ses vêtements, elle semblait réfléchir sur ce qu’elle avait l’intention de faire.

Tristan lui, proposait de rentrer mais la jeune femme ne l’entendait pas de cette oreille. Quelque chose semblait lui venir à l’esprit et elle l’attrapa par la main, apparemment encore sous l’effet de ses drogues.

« Attends ! Je vais te montrer quelque chose ! J’ai presque fini et je vais avoir besoin de ton avis. Enfin je pense que tu peux m’aider ! »

Oui oui… il venait à peine de la sauver d’une rivière et elle réclamait encore son aide. Demoiselle bien étrange.

Cassidy l’entraîna derrière elle. Ils sautèrent sur les pierres pour traverser la lumière et elle l’entraîna plus loin dans la forêt… beaucoup plus loin. La jeune femme savait où elle allait, comme si elle avait emprunté ce chemin de nombreuses fois. Ne lâchant pas sa main… pour ne pas qu’il se perde bien sûr ! elle avançait, contournant un buisson, passant devant un arbre à l’énorme tronc pour enfin arriver à ce qui semblait être une sorte de roche, toute simple. Elle lui lâcha la main en s’avançant un peu plus, et lui dit sur un air malicieux.

« Tu sens quelque chose ? »

Il avait l’air de se concentrer et répondit, pas trop sûr de lui mais apparemment oui, il arrivait à détecter un petit peu mais très faiblement. Elle hocha la tête.

« Pas mal… effectivement il y a quelque chose ici… »

La demoiselle toucha la roche de sa main et traça une rune lumineuse et violette sur la surface. On entendit un bruit de glissement et la roche se rétracta, jusqu’à former un passage. Elle l’invita à le suivre.

« J’ai vraiment du ruser pour protéger cet endroit. C’est un peu ma cachette et je n’ai pas vraiment envie qu’on me trouve ici… »

Elle avançait dans cette pièce sombre et claqua des mains. Des cristaux Lumis s’allumèrent les uns après les autres alors qu’ils s’enfonçaient un peu plus profondément.

« Au fait… tu savais que les dragons pouvaient ressentir la magie des humains ? Il peut même arriver… qu’un dragon qui se lie à un humain puisse complètement ressentir sa magie ? Comme une sorte de lien. Ca peut être aussi une aide… Comme ce que tu me disais avec Maud. Mais combine un mage et un dragon et on peut avoir un duo très puissant. Enfin… c’est ce qu’on m’a expliqué… mais j’ai jamais eu l’occasion de voir ça puisque les dragons sont… enfin ils n’ont jamais été proches des humains… »

Cassidy souffla un instant, l’air de rien, parlant de ça comme si elle parlait du beau temps. Pour une personne qui n’aimait pas les dragons, elle en savait un peu plus que ce qu’elle laissait entendre. Puis elle haussa les épaules.

« J’ai beaucoup étudié… ça faisait parti de mon apprentissage »

Elle se mit à sourire.

« Enfin pour la connexion magique tu devais le savoir un peu… puisque tu arrives à recharger les objets des mages. C’est… sympa ce que tu fais pour eux. Je t’ai vu à l’œuvre… »

Elle s’arrêta enfin, allumant les derniers cristaux qui étaient fixés un peu partout sur la paroi. Au centre, se trouvait une sorte… d’atelier. Beaucoup de morceaux de bois qui s’étalait, de plusieurs longueurs. Des copeaux trainaient dans un coin. Un petit tabouret ainsi qu’une sorte de tapis, des outils qui servaient apparemment à façonner le bois. Et au milieu de tout ça, se trouvait un berceau.

Un magnifique berceau au bois brillant et d’une très bonne qualité, la forme qui avait été donnée était élégante, soignée. A l’intérieur il y avait un matelas qui avait été disposé ainsi qu’une couverture, d’une origine certainement elfique visible grâce au rafinement du tissu, de couleur bleu foncé avec des bordures dorées. Sur le devant du berceau, on pouvait reconnaître une sorte d’illustration, de dessin taillé dans le bois, pas terminé mais qui ressemblait à s’y méprendre à un dragon. Même si le style était moins bon que celui de Tristan. Plus loin sur le côté, tout un tas de bouts de bois qui avaient été sculptés grossièrement, mais on remarquait une progression dans les premiers essais. Voilà ce qui expliquait les coupures sur les mains de Cassidy ces derniers jours !

Elle s’approcha du berceau et regarda Tristan, d’un air interrogateur.

« Qu’est-ce que tu en penses ? J’ai l’intention de l’offrir à Maud et j’aurais besoin de ton avis pour savoir si ça peut lui plaire… »

Il voulait répondre mais son regard se porta sur le petit bureau avec une chaise contre la paroi, où traînait… un objet dissimulé sous des feuilles. Lorsque Cassidy capta son regard, elle s’empressa d’aller vers son bureau, trop brusquement pour que ce soit naturel et enroula rapidement et précieusement cet « objet » dans les feuilles qui le recouvrait. D’autant plus que ça dégageait… une certaine magie. Et elle se mit à rougir en cafouillant une nouvelle fois.

« Heu ça… c’est rien ! Rien du tout ! J’ai oublié… de le ranger ! »

Elle ramena son précieux contenu plus loin et le disposa dans une petite caisse avant de revenir vers lui et s’ébroua rapidement.

« Hem ! Alors ? Le berceau ? »

La demoiselle s’assit sur le petit tabouret et prit un outil avant de fixer le dessin de dragon tout en tirant la langue.

« J’avais envie de faire un dessin de dragon… parce que quand même c’est un peu grâce à toi qu’elle a pu avoir un enfant. Donc ça peut être bien… Mais si tu trouves que c’est pas bien, je peux toujours lisser le bois avec ma magie pour faire un autre dessin… »

Elle le fixa d’un air interrogateur.
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Ven 1 Nov - 17:59

Quelle imprudence !
Mais à quoi jouait-elle cette petite mage étrange au juste ?
Elle ne mettait peut-être personne d’autre en danger mais elle, elle se mettait constamment en danger. Depuis qu’il l’avait vue ce fameux jour dans un champ et qu’elle avait cherché à protéger les enfants avec lesquels il jouait, il l’avait trouvée étrange mais depuis longtemps, ce qualificatif ne suffisait plus du tout !
Elle était… têtue, obstinée et parfois très intolérante quand elle n’était pas d’accord sur un sujet mais elle pouvait aussi être tellement investie et gentille, tellement généreuse et juste qu’il n’arrivait pas à savoir lequel de ces comportements était le vrai… même s’il s’en doutait un peu.

Tristan avait eu le temps d’y penser même s’il n’en donnait pas l’impression. Il était clair que quelque chose n’allait pas chez cette jeune femme. Non non, il ne la prenait pas pour une folle, il ne pensait pas qu’elle avait un grain ou qu’elle était en danger pour autrui.
Il se disait juste qu’il y avait quelque chose chez elle de terriblement triste et en colère… Quelque chose qu’elle prenait grand soin d’emmurer comme si montrer ses émotions était la pire faute, la pire faiblesse qu’elle put commettre et avoir.
Il avait surpris une ou deux fois dans son regard une douleur qu’il n’avait pas comprise mais qui lui semblait terrible.
Certains de ses gestes semblaient automatiques mais certainement pas naturels.

Que lui avait-on fait pour qu’elle soit si… malheureuse ? Si renfermée ?
Etait-ce à cause de son petit ami ? Tristan ne connaissait pas vraiment Erwan. Il ne lui parlait plus beaucoup passé les premiers jours parce qu’il avait senti l’antipathie du jeune homme à son égard sans savoir pourquoi ni ce qu’il avait pu faire. Mais bien sûr, comment aurait-il pu se douter que l’archer lui en voulait d’avoir justement blessé la femme qu’il aimait, d’être responsable de toute cette douleur que le Drakkari percevait aujourd’hui chez la jeune femme, même quand elle pensait faire parfaitement face et ne rien laisser passer ?
Pourtant, pensant que c’était justement à cause d’Erwan, qu’il était incorrect avec la jeune femme, Tristan s’inquiétait bien plus qu’il n’aurait dû le faire en simple connaissance de la demoiselle, et il en voulait à cet homme.
Il avait traversé de nombreux villages au cours de ses petites missions et il avait pu voir des femmes se laisser frapper par leur homme, aveuglées par l’amour qu’elles leur portaient. Parfois il craignait que ce soit également le cas de la petite mage mais il se rappelait ensuite quelle force se dégageait d’elle, quelle indépendance et cela n’allait vraiment pas ensemble. Si Erwan levait la main sur elle… il le regretterait très vite.


Oui, de nombreuses pensées traversaient le Drakkari alors qu’il tirait de l’eau cette petite maladroite sérieusement éméchée par l’abus de potion. Elle ne semblait pas avoir eu vraiment peur même si elle peinait à reprendre son souffle après cette semi-noyade.
Il sembla sous le choc quand elle l’embrassa et tout son corps se crispa à ce baiser comme s’il s’y opposait ou peut-être comme s’il le marquait… un peu trop et qu’il devait se faire violence pour ne pas y céder. C’est qu’elle avait un petit ami quand même ! Alors d’accord elle était… un peu bourrée mais quand même ! Ce n’était pas une raison pour lui faire perdre honneur et crédibilité !
S’ensuivit un étrange échange entre lui apparemment gêné et perturbé par ce qui venait de se passer et elle, innocente, souriante et tellement naturelle qui semblait au final bien s’amuser. Par contre, elle changea totalement d’expression quand il lui demanda si elle avait bu et elle fut si enfantine, si mignonne, si adorable que le jeune homme écarquilla les yeux avant de paraître… totalement sous le charme de cette gamine penaude. Elle aurait pu lui faire avaler n’importe quoi à cet instant qu’il l’aurait crue sur parole. Mais il se reprit vite et le ravissement laissa la place à une profonde inquiétude qu’il s’empressa de dissimuler.

Il voulut lui dire quelque chose mais elle commença à se déshabiller et il oublia instantanément ce dont il voulait lui parler. Il pouvait tout aussi bien s’agir de la ramener jusqu’à chez elle en la portant ou bien de lui demander pourquoi elle l’avait embrassé ou encore ce qu’elle faisait seule dehors à pareil heure ou bien même pourquoi elle n’était pas remontée toute seule sur la berge, le courant n’étant pas non plus trop fort pour un nageur de leur âge, mais il ignorait bien sûr qu’elle ne savait pas nager. Non apparemment, peu importe ce dont il s’agissait, le jeune homme n’en avait plus du tout conscience et seul un gémissement étouffé lui échappa alors qu’il ne ratait décidément pas une miette du spectacle.

Et il fallait dire qu’elle faisait ça plutôt…bien, très bien même ! Enfin si ce n’est la légère fausse note quand elle se coinça la tête dans sa tunique et se mit à se débattre avec celle-ci mais vu le sourire amusé et sincère du jeune homme au final, ça ne gâchait pas grand-chose.
Elle commença alors à se faire un petit nid douillet, nullement gênée apparemment d’être en pareille tenue devant lui et prit sa veste puisqu’il avait délaissé son gilet ce matin et avait pris une veste même s’il la portait ouverte sur son torse, décidée à s’en faire une couverture. Le jeune homme sembla apaisé, l’observant faire alors qu’il se relevait pour étendre ses affaires sur une branche afin qu’elles sèchent plus facilement.

Mais quand il se rassit, en appui sur ses mains, la tête renversée en arrière pour regarder le ciel qui se colorait grâce au soleil levant, il put sentir une peau bien fraiche se coller contre la sienne. Il sursauta légèrement et se redressa sans comprendre, fixant avec un mélange de gêne et … d’autre chose, la petite mage qui se blottissait contre lui et argua très vite qu’elle n’aurait pas froid au moins comme ça. Ce n’était pas faux et… et ce n’était pas désagréable du tout mais… mais quand même quoi, il était un peu… enfin…
Elle commençait à s’expliquer pour les dragons mais bailla et ne finit pas sa phrase, s’assoupissant contre lui dans une position assez inconfortable. Il la regarda en faisant une étrange grimace qui fut bien vite remplacée par un sourire.

Le jeune homme s’allongea donc en la bougeant la moins possible et la garda contre lui… enfin à moitié avachie sur son torse, prenant soin de recouvrir le dos de la demoiselle de sa veste. Bizarrement, il n’avait pas du tout envie de la voir malade… parce qu’elle était déjà suffisamment un cas en étant en forme, difficile d’imaginer ce qu’elle serait en malade et probablement mauvaise malade d’ailleurs.
Elle se cala d’ailleurs mieux contre lui à plusieurs reprises et s’il frissonna sous ses gestes, il ne la repoussa pas un instant.
Pour sa part, Tristan ne s’endormit pas même si la nuit avait été courte mais il se sentait si calme, bien et apaisé que c’était presque comme s’il dormait au final. D’ailleurs si l’un de ses bras était calé sous sa tête, l’autre s’était bien vite doucement posé contre le dos de la jeune femme comme pour la maintenir contre lui.
Bah oui ! Si en plus de toutes ces galères elle devenait somnambule et retournait dans la rivière, il aurait du mal à expliquer la situation aux autres plus tard… Et ce qu’il fallait seulement parler de ce qui se passait à qui que ce soit ? Probablement pas non…

Un beau sourire éclaira son visage alors qu’il se sentait curieusement très bien, vraiment très bien… et il ne loupa pas du tout la guérison miracle de la jeune femme, posant par la suite sur elle un regard plein d’incompréhension et d’admiration. Mais combien de secrets cachait-elle ?
Par contre, le réveil fut bien singulier. Quand elle commença à bouger contre lui, relevant unnnn peu trop doucement et sensuellement une jambe contre les siennes, il baissa les yeux et lui fit un sourire charmeur, prêt à sortir une phrase un brin provocante qu’il n’eut fort heureusement pas le besoin d’articuler… parce qu’au lieu de sembler gênée ou boudeuse, elle lui souriait d’une manière qu’il n’avait encore jamais pu voir et il eut l’impression de se prendre un coup de poing dans l’estomac même si curieusement, ce coup de poing là ne faisait… pas mal du tout. Mais ce fut sa phrase qui le frappa le plus. Comment ça elle était en train de rêver ?

Il n’eut pas le temps de s’interroger davantage sur ce sujet qu’elle tâtait son torse… enfin… il trouvait bien davantage qu’elle le caressait plus qu’elle ne le tâtait d’ailleurs parce qu’un long frisson lui parcourut l’échine. Elle commença alors à passer une main sur sa mâchoire carrée et il entrouvrit la bouche par automatisme comme s’il voulait lui gober la main au passage mais elle tira sur une de ses joues et il protesta dans un grognement et un petit cri de douleur même s’il semblait plus blasé qu’autre chose ou alors… taquin peut-être… comme si la situation l’amusait beaucoup. Déjà, elle se redressait et bafouillait et vu le sourire qu’il lui lançait, un brin moqueur, oui, il était bien taquin, beaucoup moins gêné… et même carrément pas du tout gêné pour le coup. Il en profita d’ailleurs pour l’observer quand elle rougit et se contenta d’hausser de manière désinvolte les épaules à son remerciement. Mais quand elle se rhabilla il fut beaaaucoup moins désinvolte et son comportement espiègle semblait redevenir une habitude vu l’air innocent qu’il prit alors même qu’il semblait fasciné par l’observation de ses fesses.

- Toute peine mérite récompense. Je profite d’un très beau paysage que nous offre mère nature, vous ne pouvez pas me le reprocher jolie demoiselle.

Sa manière de tirer la langue, son sourire en coin, décidément, Tristan était de retour. Il se releva en soupirant puis l’invita gentiment à rentrer avec lui, mettant les mains en évidence, promettant sur l’honneur de ne dire à personne ce qui s’était passé au risque que des jaloux veuillent l’épier et la voir pareillement habillée. Petite manière détournée de dire que nombreux étaient les hommes à l’avoir remarquée, malgré tous ses efforts pour ne pas faire féminine et ne pas se mettre en valeur. Et puis…lui savait ce qu’il y avait en dessous… d’où la lueur gourmande dans son regard probablement.

Mais alors qu’il commençait déjà à s’éloigner, elle l’arrêta et se décida apparemment à lui montrer quelque chose que personne encore n’avait vu. Surpris et pour le moins troublé lorsqu’elle prit sa main, il la suivit malgré les obstacles dans la forêt et resserra avec plus de douceur que nécessaire sa main sur celle menue de la jeune femme. Ils arrivèrent dans un coin de la forêt qu’il ne se rappelait pas avoir déjà traversé mais en même temps, la forêt était immense. Quand elle lui demanda s’il sentait quelque chose, il fronça les sourcils et comme si elle comprenait, elle lâcha sa main ce qui lui facilita grandement la tâche d’ailleurs. Les yeux clos, il respirait lentement, écoutait et crut pressentir une pulsation magique lente, régulière émaner de la roche devant lui.
De peur de se tromper, il l’avança avec réserve mais elle semblait contente de sa réponse et lui dévoila alors un passage. Voici donc où elle disparaissait si régulièrement ces derniers temps ? Mais pourquoi ?
Elle le guida, la magie dont elle semblait regorger illuminant progressivement leur chemin.

Muet, Tristan écoutait avec la même attention qu’il avait toujours eu envers elle. Son côté bavard semblait s’être en grande partie éteint et fascination, respect et intérêt semblaient être les maitres mots de son actuel comportement alors qu’il l’écoutait révérencieusement.
Elle lui dévoila alors pourquoi elle disparaissait…
Elle s’était construit un atelier et travaillait sur… un berceau et vu tous les essais, tous les copeaux, elle devait y avoir passé un temps énorme !
Pourtant, quand Tristan vit le berceau au lieu d’avoir une sincère surprise il se crispa d’un coup, des émotions bien connues passant dans son regard : peine et colère… encore.
Il secoua légèrement la tête, se reprenant aussitôt et passa avec délicatesse une main sur le bois même sans y avoir été invité alors que la jeune mage lui demandait son avis avec un enthousiasme teinté d’une certaine crainte de jugement des plus adorables.

Mais comme il levait la tête, il vit un objet sur la table un peu plus loin… un objet auquel elle devait sacrément tenir et ne pas vouloir dévoiler pour réagir de la sorte. Le jeune homme se détourna poliment en baissant les yeux, montrant par là qu’il respectait tout à fait son intimité et ne lui poserait pas de question gênante… Quoique… ça par contre, l’ancien Tristan ne se serait pas gêné.
Elle se réintéressa au berceau et lui expliqua qu’elle voulait sculpter un dragon,lui demandant si ça lui allait. Sauf qu’il faisait le tour de l’objet en silence et qu’il passa derrière elle au passage. Sauf qu’au lieu de réapparaitre de l’autre côté, il s’arrêta et contre toute attente passa ses bras autour d’elle en l’enlaçant.
Il avait remis sa veste bien sûr mais ne semblait toujours pas avoir compris qu’une veste, cela se ferme puisqu’elle était largement ouverte sur son torse. Comme la jeune femme était assise, elle était beaucoup plus petite que lui pour le coup mais ça ne semblait pas vraiment le gêner alors qu’il pliait les genoux pour mettre son menton sur l’une de ses épaules, sans la moindre gêne, et si proche que c’en était probablement… troublant.

- C’est magnifique… Maud sera très heureuse de ce cadeau. J’ignorais que tu tenais tant à elle. Rien ne t’oblige à faire ce dragon…même si je suis honoré que tu penses à moi malgré ce que je suis… Je ne m’attribuerai pas le mérite de ce qui est arrivé, je n’y suis probablement pour rien mais s’ils ont envie de le croire…

Oui oui, il la serrait dans ses bras, l’ayant bien sûr immobilisée dans son geste du même coup, pourtant, il desserra lentement son étreinte, passant beaucoup trop doucement ses mains le long des bras de la jeune femme pour prendre les outils qu’elle tenait et les ôter d’entre ses doigts. Il les posa sur le petit bureau proche sans s’éloigner, d’une main et cette fois enlaça ses mains des siennes même si forcément ses paumes se posaient sur le dos des mains fines de la jeune femme.
Quand il reprit, sa voix se fit un peu plus sévère.

- Mais je n’aime pas… tu t’es fait mal pendant tout ce temps pour faire ce cadeau. J’ai bien vu tes blessures. Je sais que ce n’est pas grave mais… je n’aime pas… Je ne veux pas qu’on te fasse de mal même si ce « on » c’est toi-même…

Il resserra un peu plus ses doigts sur les siens en soupirant tristement comme s’il avait vraiment souffert de la voir dans cet état et comme s’il était vraiment rassuré au final de voir que ce n’était que ça. Par contre son menton bougea légèrement sur son épaule, comme s’il rapprochait son visage du sien.

- Tu m’as montré cet endroit… je le trouve magique. Tu es… vraiment une femme surprenante. Mais je ne comprends pas ton copain… Tu as beau sembler très indépendante, moi, à sa place… même si tu devais m’en vouloir, je voudrais savoir où tu disparais comme ça, j’aurais peur de ce qui pourrait t’arriver, même si tu te bats très bien et même… si tu es très forte… Je ne te connais pas beaucoup… mais je m’inquiétais quand même tu sais… ça me faisait de la peine de te voir si fatiguée et… blessée. Comme ce jour-là… quand je t’ai trouvée au milieu de tous ces Kaärs…

Etranges paroles qui échappaient au jeune homme, teinté d’un intérêt certain qu’il ne semblait pas vouloir camoufler.
Il s’était vraiment rapproché par ce qu’il appuya soudainement une de ses tempes contre l’opposée de celle de la jeune femme, le léger mouvement de sa peau indiqua qu’il souriait. Sa voix d’ailleurs grave et un peu trop profonde un peu plus tôt se fit plus… joviale, un brin taquine.

- Tu es gênée ? Pardon… J’entends ton cœur qui bat vraiment fort…


Il la lâcha enfin mais ce ne fut que pour l’inciter à se tourner vers lui alors qu’il s’accroupissait pour mettre son visage à sa hauteur. Là encore, il lui prit les mains, comme s’il avait besoin d’avoir un contact avec elle pour s’exprimer, comme si c’était la seule manière qu’il avait de parler en fait. Ses pupilles étaient très dilatées mais ce devait être dû à la pénombre des lieux malgré tous les cristaux. Il souriait d’un très et même trop beau sourire et semblait toujours taquin même s’il se refit sérieux lâchant une de ses mains pour effleurer son visage en remettant une de ses mèches blondes en place. A présent il chuchotait plus qu’il ne parlait.

- J’ignore ce qui trouble assez ton cœur et ta vie pour que tu te fasses autant de mal avec des potions. Je devrais être content elles m’ont permis de te connaitre un peu mieux et de te voir… bien peu habillée ce que j’avoue apprécier. Je ne te poserai pas de question… mais je m’efforcerai de t’aider à arrêter. Et ça devrait te plaire… A chaque fois que tu auras envie d’une de ces… choses qui te font tellement de mal, tu n’auras qu’à me le dire, on aura même un signal rien qu’à nous si tu veux, on ira s’entraîner ensemble. Tu pourras te défouler autant que tu veux sur moi, magiquement, physiquement, peu importe, tout ce qu’il faut pour que tu te sentes mieux. J’y gagnerai beaucoup pour ma part, c’est très égoïste en fait… j’apprendrai à devenir plus fort et toi… tu gagneras un punching ball…

Finalement il était encore un peu bavard mais ça n’avait plus rien à voir avec le moment où elle l’avait revu… Oui, là, il était très différent. Parler autant semblait lui être difficile même s’il semblait investi comme si c’était nécessaire. Et puis… avec ce qu’il disait, il avait de quoi la troubler pour un bon moment. Finalement, il se redressa, un sourire plein d’enthousiasme et de sincérité aux lèvres avant de lui faire un clin d’œil pour le moins aguicheur, posant ses deux mains sur sa propre tête, ce qui ouvrait un peu plus sa veste et ce qui du coup n’était sans doute pas une bonne idée sauf si son but était un message peu implicite « regardez mes abdos ! ils sont beaaauux hein ? »
Mais alors que la demoiselle faisait une bien étrange tête et qu’il lui semblait qu’elle était passée par plusieurs teintes, il se rapprocha brusquement d’elle, les mains sur ses genoux, le visage à quelques centimètres à peine du sien.

- Une dernière chose. Je sais que Jack n’est pas mon vrai nom. Je sais que tout le monde prend des pincettes pour me ménager mais… pas toi… et je t’en remercie. Tu es la seule à être honnête à ce sujet… et puis… dans ta bouche, cet autre nom sonne plutôt bien… Alors dorénavant, je vais m’appeler Tristan… et tu vas voir, je vais devenir très fort !

Il se redressa comme si de rien n’était et également comme s’il ne l’avait pas du tout mise dans une situation très gênante et propre à la faire rougir. Rieur, adorable, il était un peu dans la provocation mais pas non plus dans l’immoralité ou l’irrespect, bien au contraire.D’ailleurs c’est plein d’une énergie toute neuve qu’il se mit à tourner de nouveau autour du berceau, admirant un détail ici, observant un trait là, posant des questions sur le choix de la forme un instant après et même… une question très surprenante en lui demandant si c’était le type de berceau qu’elle aimerait avoir pour son enfant justement. Bah… quitte à la troubler et la mettre mal à l’aise.

Mais contre toute attente, avant même qu’elle ne soit remise et ne lui donne une réponse… approximative, il se dirigea vers l’établi et s’empara de la petite caisse où se trouvait l’objet qu’elle lui avait caché, très curieux, n’essayant même pas de nier et faisant même apparemment exprès pour l’embêter. Il essayait d’ailleurs de l’ouvrir, exagérant ses gestes et allant exprès au ralenti pour lui donner le temps de réagir… en grands pompes !

- C’est quoi ? C’est quoi ? C’est quoi ?

Elle voulait revoir Tristan ? Bonne nouvelle, le turbulent jeune homme curieux, pervers et des plus troublants et charmeurs était lui vraiment de retour aujourd’hui !
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Sam 2 Nov - 1:06

Quelle étrange coïncidence quand même. A croire que tout cela était le fruit du destin… ou peut être même des dieux qui s’amusaient à les rapprocher l’un de l’autre, pour les aider à se réconcilier et s’apprécier à nouveau.

Effectivement Tristan avait raison. Elle se mettait constamment en danger, sans se poser de questions, fonçant dans le tas, comme si elle cherchait à mettre des mots sur sa fatigue ou un jour être suffisamment blessée pour souffrir différemment. Enfin c’était bien particulier. En fait, depuis qu’elle s’était retrouvée sur un champ de bataille, la jeune femme y était toujours retournée, prenant de plus en plus de risques mais en même temps, elle avait très rapidement progressé. Pourtant, cette partie de magie ancienne, car oui elle en était presque sûre à présent, puisqu’elle avait commencé à lire les notes que Tristan lui avait laissé mais sans jamais les finir, ne voulait pas se déclencher. Ou quand elle la sentait, c’était un peu à n’importe quel moment mais jamais quand elle le voulait.

Elle ne se souciait plus des blessures même si ça mettait du temps à guérir. Parce qu’avant, Tristan était constamment là pour la protéger et Erwan, même si il était bien utile à distance, ne remplacerait jamais un vrai guerrier capable de prendre les coups à sa place. Il la sermonnait pourtant à chaque fois, mais Cassidy s’en fichait, déclarant que ce n’était que des petites coupures, blessures et que ça partirait. Même si à chaque fois, ça partait très lentement. Elle avait ce besoin de se convaincre que Tristan ne reviendrait pas la chercher, qu’il était mort et que de toute manière, il avait toujours été le seul à pouvoir la raisonner complètement.

Erwan n’avait jamais réellement insisté, trop inquiet de revoir cette pâle copie de Cassidy, qui avait tenté de le tuer. Et qui sait ce que serait devenue la jeune femme si elle avait appris que son copain était mort de sa propre main.

Tristan ne comprenait pas effectivement et Cassidy n’était pas prête de lui dire. Pourquoi lui rappeler ce qui s’était passé alors qu’il avait suffisamment souffert ? Devoir tout lui dire pouvait causer un terrible choc et elle ne voulait pas qu’il éprouve des remords pour elle. Aujourd’hui il allait bien et tant qu’il ne la questionnerait pas, elle ne se voyait pas lui en parler au détour d’une conversation. Il était le seul à pouvoir franchir la limite de son passé, à avoir envie de savoir. Bien sûr, elle lui avait révélé certaines choses mais le reste ne revenait qu’à lui.

Ce petit accident les força à se parler, d’un autre sujet que la magie. Mais Cassidy ne semblait pas du tout malheureuse, au contraire, elle allait bien, était joyeuse, souriante et tellement enfantine dans ses expressions, ce qui pouvait forcément faire craquer Tristan. Le pire dans tout ça, c’est qu’elle ne réfléchissait plus, agissant instinctivement et très naturellement et heureusement qu’elle était tombée sur lui… Quoique… enfin c’était Tristan et quoi qu’elle pouvait en dire, la jeune femme gardait toujours le Drakkari dans ses pensées… peut être même un peu son cœur. Mais ça c’était trop tôt pour le dire encore.

Elle fit des choses bien étrange, sous les yeux d’un Tristan très interloqué, pas consciente du tout que ça produisait un petit effet. La jeune femme s’assoupit, se réveilla, toujours en train de croire qu’elle rêvait mais lorsqu’elle se rendit compte du contraire, en profitant bien de ce moment par la même occasion, elle se redressa rapidement et ne put paraître que gênée, troublée et encore un petit peu éméchée mais suffisamment lucide pour retrouver un peu de contenance.

Il parlait de peine et de récompense. Elle fronça les sourcils et s’approcha dangereusement de lui.

« Tu as été peiné de venir me chercher ? Je pensais que pour les chevaliers, rien que de sauver les gens était un plaisir pour eux »

Cassidy haussa un sourcil puis secoua la tête en battant rapidement l’air de la main, les yeux fermés.

« Fais pas attention, j’ai pas encore récupéré complètement »

Quoi de mieux que de rentrer alors ? Mais pourquoi donc cette idée de le conduire à sa cachette lui avait traversé l’esprit ? Il ne pouvait pas la connaître mais… ceux qui connaissaient suffisamment Cassidy savait très bien qu’elle n’était pas du genre à se confier, à montrer ses secrets… comme ça. La potion y était pour quelque chose très certainement mais peut être qu’inconsciemment, il n’y avait pas que ça. Peut-être espérait-elle l’impressionner, lui faire partager son petit secret… quelque chose de ce genre sans doute.

Ils arrivèrent rapidement et elle lui lâcha la main doucement pour qu’il se concentre mieux. Un dragon a ses instincts, il est naturel. Mais lui avait tout à apprendre puisqu’il est né Drakkari. Pourtant, elle savait bien à quel point le jeune homme pouvait apprendre rapidement, quand ça l’intéressait. Alors qu’elle lui dévoilait son passage, la jeune femme parlait de cet étrange lien avec les dragons. Elle resta pensive… c’était même encore plus puissant qu’un tatouage. Il fallait vraiment une symbiose, un sentiment vraiment très fort. Enfin c’est ce qui se disait. Et puis jamais personne n’avait réussi cet exploit.

Puis enfin, son atelier apparut sous les yeux du jeune homme. Cassidy était fébrile, alerte, alors qu’elle cherchait à lui montrer ce qu’elle avait fait et tout le temps qu’elle avait passé dessus. Elle n’en tira que colère et peine. La demoiselle se mordit la lèvre et bascula la tête sur le côté.

Eh ben… ça tombait un peu à l’eau son truc. Maud n’aimerait pas ? Elle décida d’ignorer sa réaction, surtout parce qu’il avait regardé un autre truc plus loin et heureusement qu’elle avait mis des feuilles dessus, pas pour le protéger non, mais plutôt parce qu’elle était toujours aussi bordélique et que son bazar la suivait partout.

Elle était rouge, cacha l’objet, et ne voulait apparemment pas lui montrer. Peut-être avait-elle peur qu’il se moque d’elle. Et pourtant, si il était fin observateur, il put remarquer le serrement des mains de Cassidy sur cet objet caché, comme si c’était quelque chose d’extrêmement précieux à ses yeux. Elle le rangea rapidement et contourna le berceau tout en lui demandant son avis sur la touche finale.

Mais alors qu’il avait disparu de son champ de vision, et que Cassidy semblait surprise, elle manqua de sursauter lorsqu’elle se sentit enlacée, manquant de lui faire tomber ses outils tellement elle était abasourdie, sans comprendre ce qui lui arrivait. C’était bien Tristan là ? Elle rêvait pas ? Instinctivement, son cœur se mit à battre très vite alors qu’elle se sentait comme apaisée, bien, détendue… et beaucoup plus qu’avec Erwan avec qui s’était devenu tellement quotidien qu’au final elle ne s’en rendait plus compte. La jeune femme ne bougea pas, cligna plusieurs fois des yeux et tenta de chasser ces pensées de sa tête.

Tristan se mit alors à parler, s’appuyant contre elle. Il commençait à parler et elle ne pouvait qu’attentivement l’écouter. Il était content d’elle. Elle se sentit un peu plus fière et voulut s’exprimer même si cette étreinte avait complètement changé sa langue en plomb. Il prit ses outils et les déposa, continuant en expliquant qu’il n’aimait pas, qu’elle se fasse du mal. La jeune femme avait une drôle d’expression sur son visage puis regarda instinctivement ses mains, songeuse, des souvenirs refaisant surface. Pourquoi… il devait être certainement comme ça avec les autres. Qu’on se blesse ne lui plaît pas. Son maître lui avait bien dit qu’il préférait protéger avec son corps pour que les autres n’aient pas mal. Alors pourquoi… pourquoi cherchait-elle toutes ces excuses, alors qu’il ne semblait s’adresser qu’à elle ? Pourquoi pensait-il ça si elle lui était inconnue à ses yeux ? D’où ça venait cette pensée qu’elle devait éviter de se blesser ? Cassidy n’en savait rien.

Il parla ensuite de Erwan et la demoiselle se crispa un peu, pas vraiment sûre d’elle, alors qu’elle baissait lentement la tête. Elle devait lui dire, lui expliquer pourquoi elle était comme ça. Et bien sûr qu’Erwan avait essayé mais Cassidy l’avait toujours… repoussé en disant que tout allait bien, qu’elle ne faisait rien de mal. Juste quand elle partait en mission, elle venait avec lui. Tristan avait l’air inquiet et c’est vrai qu’elle n’avait cessé de se donner en spectacle depuis le début. Son cœur battait un peu plus vite et il le remarqua.

Très rapidement, la jeune femme rougit, se rendant compte qu’il écoutait vraiment tout. Décidément c’était difficile de lui cacher quelque chose !

Alors, il vint se placer devant elle, mettant ses mains sur les siennes, ce qui ne ralentit pas le cœur de la demoiselle pour autant alors qu’elle le fixait dans les yeux, ayant tout le plaisir de l’admirer de près. Il était toujours aussi beau… elle s’habituait même à ses canines un peu plus longues et ses oreilles légèrement plus pointues. Comme si ce petit changement ne la dérangeait plus du tout en fait. Comme si à ses yeux il était toujours séduisant.

*Allooooooooo Cassyyyyyyyy ! Réveille toi ! Réveille toi ! Danger ! Danger ! Hum non tout compte fait on peut continuer un peu…*

Le discours qu’il tint eu beaucoup d’impact sur elle puisqu’elle avait légèrement serré ses mains, les yeux aussi brillants, chamboulée, troublée de ce qu’il racontait. Et si il savait… que c’était des cauchemars sur lui ? Qu’elle regrettait qu’il ne se rappelle plus ? En même temps il lui offrait une très bonne occasion de se défouler sur lui pour tout ce qu’il avait fait. Mais étrangement, elle n’avait plus envie de lui faire du mal. Quoique… il avait un bon argument. Le rendre plus fort… ça elle était tout à fait d’accord. C’était un bon objectif. Le rendre aussi fort qu’avant… L’aider… oui elle pouvait le faire !

Il venait de s’étirer et la jeune femme loucha sur ses abdos, le trouvant trèèèès attirant mais elle se troubla une nouvelle fois quand il la complimenta tout en lui disant qu’il tenait à changer de prénom. Là elle avait failli tomber complètement de son tabouret sous le choc ! Il reprenait son prénom ? Ca c’était un très grand pas en avant. Enorme même ! Elle se mit à balbutier puis il lui posa des questions, la bombardait même sans lui laisser le temps d’y répondre, parlant même d’enfant.

Là elle devint encore plus embarrassée et complètement rouge, se passant une main dans les cheveux pour tenter de lui répondre qu’elle n’avait jamais vraiment réfléchi à avoir un enfant. Puis il en profita pour prendre la caisse et demander ce qu’il y avait dedans. La jeune femme secoua très rapidement la tête de gauche à droite pour retrouver ses esprits et se redressa un coup en se jetant de lui de toute sa force avec une exclamation du style « Aaaaaah touche paaaaaaaaas ! »

Elle avait ralentit sa chute. Avec sa magie, il n’avait pas heurté le sol de plein fouet mais flottait encore un peu. Cassidy l’avait encerclé de ses bras autour de sa taille, telle une joueuse de rugby sur terre, et se retrouvait la tête sur le bas de son torse. Avant de vite se reprendre pour s’asseoir sur ses jambes et tenter de récupérer la petite caisse. Mais c’est qu’il semblait serrer fort le Drakkari !

Elle passa à une autre stratégie. D’un geste de la main, elle fit apparaître une brioche au moment où il allait parler et la plaqua dans sa bouche.

« Attaaaaaaaque de briiiiiiiooooche ! »

Cela lui permit de dégager la petite caisse et de la poser plus loin alors qu’elle s’installait plus sur son torse, comme si c’était très naturel, l’air de rien. Il était bien marrant d’ailleurs sur le coup. Elle prit un air faussement sérieux, un air qui ressemblait à une vengeance pour l’avoir autant troublé et, rentrant dans son petit jeu, pour qu’il oublie carrément la petite caisse, la demoiselle s’approcha très rapidement de lui et mordit dans la brioche. Plusieurs fois même.

Elle s’arrêta nez à nez devant lui, dans une position pour le moins… intrigante puisqu’elle lui bloquait les bras et louchait sur ses yeux. Avant de s’écarter doucement, les cheveux en pagaille et le teint tout aussi rouge. La demoiselle voulut parler, dire quelque chose mais son ventre se mit à gargouiller et elle fit une grimace. Depuis quand elle avait faim maintenant sans raison ? En même temps le matin s’était levé et aucun des deux n’avait pris de petit déjeuner. Elle marmonna, pour cacher son trouble.

« Je vais faire le petit déjeuner… »

Enfin… le transporter plutôt ! Elle étala une sorte de couverture mauve par terre puis prononça quelques formules pour faire apparaître une corbeille remplie de brioches, des fruits, quelques boissons ainsi que des services. Il s’approchait et elle l’invita à s’asseoir alors qu’elle semblait réfléchir.

« Heu… j’irais chercher d’autres fruits… parce que j’ai quand même pris un petit stock là de brioches et… on va sûrement se poser des questions… »

Elle se mit à rougir doucement puis se servit également. L’ambiance était plutôt bonne même si Cassidy, pour le coup, faisait plus réservée comme si elle ne savait plus comment se tenir, comment faire. Pour briser le silence, elle décida de répondre à des choses qui l’avaient interpellé tout à l’heure.

« Pour en revenir à Erwan… en fait au départ il essayait mais je suis pas vraiment du genre… enfin j’ai un sale caractère et je pense qu’il a compris… enfin je sais pas trop mais… je le vois… il n’insiste pas trop et parfois j’ai l’impression qu’il a peur de quelque chose. Et puis de toute façon, quand je m’éloigne comme ça, je ne cherche… pas vraiment à me mettre en danger… »

Elle faisait glisser le doigt sur son verre. Tristan avant, savait que Cassidy avait manqué de tuer le jeune homme, ce qui le rendait moins persévérant, surtout que c’était à cause d’une grosse dispute que cela été arrivé. Elle continua à manger, lentement, pensive. Puis des mots sortirent de sa bouche.

« Le premier seigneur du monde, dragon libre, est en chaque homme libre et valeureux »

Elle était songeuse en prononçant ses mots et releva les yeux devant lui pour s’expliquer.

« La phrase du code… quand ça va pas. Enfin attends toi surtout à des entraînements de nuit alors… »

Cassidy lui tira la langue et prit un air plus complice, mi touchée, mi contente, toujours sans savoir quelle attitude abordée. Ils passèrent un bon moment à manger comme ça, se chamaillant parfois, c’était bien. Puis elle se tourna vers le berceau.

« Pour Maud, je pense que c’est important de savoir que tu as aidé, même un peu, pour avoir cet enfant. Et… elle a l’air vraiment très heureuse. Enfin si je fais ça, c’est plutôt pour me faire pardonner… j’ai pas très bien réagi le premier jour de mon arrivée… »

Elle but un peu de jus d’orange, puis le regarda à nouveau, un air malicieux sur le visage.

« Mais si tu ne veux pas que je me blesse alors… fais ce dessin à ma place. Je serais bien obligée de le faire sinon ! Mais c’est pas grave si tu peux pas, je t’en veux pas, c’est juste une proposition. »

Cassidy avait posé la main sur sa tête, observant Tristan d’un air curieux, tout en attendant sa réaction. Une chose était sûre, ça lui faisait plaisir de voir qu'il redevenait un peu comme avant même si elle avait un sérieux pincement au coeur en repensant qu'il ne se rappelait plus d'elle au final, ce qui lui faisait tout de même assez mal même si pour le moment, l'effet de la potion était toujours présent, du moins, tentait-elle de s'en persuader !
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Dim 3 Nov - 11:29

Eh bien… Pauvre petite mage ! Elle avait de quoi être plutôt surprise !
Se réveiller dans les bras d’un jeune homme bien connu mais pour qui elle-même était assez inconnue était déjà bien assez troublant. Se rendre compte qu’il ne s’agissait pas d’un rêve l’était encore plus. Tristan avait semblé surpris quand elle avait cru rêver justement. Pourquoi diable rêverait-elle de lui et avec un sourire si… adorable et un regard charmé comme si elle ne voulait surtout pas se réveiller justement ? Ca n’avait pas de sens… Elle détestait les dragons et elle avait un petit ami !
Pour quelqu’un qui détestait les dragons d’ailleurs, elle en avait fait des efforts avec lui depuis qu’elle était rentrée de son… escapade solitaire. Et il lui en était très reconnaissant. Mais… pourquoi un rêve ?

Mais quand elle avait repris conscience de la situation, quand elle s’était rendu compte que ce n’était décidément pas du tout un rêve et qu’ils étaient bien tous les deux, dans la réalité, elle dans ses bras et lui ne semblant pas vraiment la repousser, elle avait été gênée, s’était rhabillée. Et il est vrai que le Drakkari avait plutôt l’œil qui trainait, la regardant faire sans gêne. Sa manière de détourner pudiquement les yeux et de paraitre gêné, excessivement poli semblait s’être sérieusement… amoindrie. D’ailleurs un sourire en coin éclairait son visage alors qu’il se rinçait l’œil et quand il aborda le fait que c’était un peu sa récompense, elle lui sortit une phrase par rapport à la chevalerie.
Et là, on aurait cru entendre l’ancien Tristan, le pervers peu gêné qui avait si vite appris à la petite demoiselle, des mois plus tôt, qu’elle aurait bien du mal à lui résister.
Il avait haussé les épaules puis lui avait fait un charmant sourire en arrêtant de la regarder ostensiblement.

- Je n’ai absolument rien d’un chevalier. Et puis… si un chevalier doit détourner les yeux devant un tel spectacle, ce n’est qu’un idiot aveugle qui ne sait pas apprécier… Et je n’ai pas du tout envie d’être ça…

Petit compliment détourné ? Ou pas détourné du tout ? En tous les cas son grand sourire innocent pouvait assez laisser penser à la jolie demoiselle qu’elle hallucinait ses paroles, encore sous l’emprise des potions. C’est peut-être pour cette raison qu’elle ne releva pas sa remarque… Ou alors elle décida de l’ignorer, difficile à savoir.

Ils quittèrent ce petit lieu d’accident qui aurait pu, peut-être, être tragique à la jolie blonde et elle décida alors de lui montrer un de ses secrets, un gros secret.
Peut-être qu’il ne la connaissait pas bien, peut-être qu’ils ne se parlaient pas énormément non plus puisque souvent, il lui posait des questions et semblait boire ses paroles, intéressé par tout ce qu’elle disait. Mais il n’était pas dupe non plus. Il avait bien vu à quel point elle était indépendante et secrète et il comprit très vite qu’elle n’avait amené personne d’autre ici, pas même son petit ami. Tristan était touché qu’elle partage un tel secret avec lui, même s’il ne comprenait pas pourquoi elle lui faisait tant d’honneur. Etait-ce parce qu’il l’avait sauvée ? Non parce que dans ce cas ça n’allait pas aller… il comptait la sauver aussi souvent que possible. Cette petite demoiselle lui inspirait des faits héroïques bien plus que leur rêve de paix et de justice.

La petite demoiselle avait sculpté, crée un petit berceau pour l’enfant de Maud et il en fut sincèrement surpris. Surtout qu’elle s’y était sacrément investie, plus que de raison sans doute. Cela expliquait ses blessures et il regrettait qu’elle se soit autant fait mal même si son geste était adorable. Il ne vit pas bien sûr qu’elle était blessée par son regard premier… ce regard qui n’était pas vraiment dû à son travail mais à autre chose, quelque chose qu’il ne pouvait pas dire et dont il n’avait probablement même pas conscience.
Mais la suite valait le détour. Il l’enlaçait, lui parlait avec douceur et était décidément sacrément proche de la demoiselle, conscient de son cœur qui s’emballait… même s’il mit ceci sur le compte de la gêne du fait de sa proximité… Ce qui ne le fit pas s’éloigner pour autant.

Pourtant, alors qu’il lui faisait face, tellement mignon avec ses cheveux rouges qui lui tombaient devant les yeux et son beau sourire un brin intimidé même s’il s’efforçait de le cacher, il vit quelque chose sur le visage de la demoiselle. Quelque chose d’étrange.
D’abord il avait parlé de l’aider et elle avait répondu en serrant ses mains. Pendant un très bref instant, il crut que par cette étreinte, elle essayait de lui dire quelque chose qui ne franchissait pas la barrière de ses lèvres, mais il ne comprit pas, ne décoda pas… et se dit finalement que si elle avait quelque chose à lui dire, elle le ferait, en tant et en heure.
Mais ce fut réellement sa déclaration comme quoi il allait demander à ce qu’on le rappelle Tristan qui fit passer le plus d’émotion sur le visage pourtant si fermé de la petite blonde.
D’ailleurs il n’en identifia pas la plupart, ne comprenant que quelques bribes. Elle semblait contente et rassurée… et encore cette espèce d’espoir qu’il ne parvenait pas à cerner. Par contre elle ne trouvait plus ses mots. Il décida de chasser sa gène, de lui envoyer en quelque sorte une petite bouée de sauvetage en faisant comme s’il ne remarquait rien. Et comment ? En débordant d’énergie et en lui posant des tas de questions qui semblaient pourtant toutes l’intéresser. Curieux jeune homme si dynamique !

Mais ce fut réellement sa tentative pour savoir ce qu’elle cachait dans ce coffret qui provoqua une réaction plus… physique chez la jeune femme. Si elle avait vraiment voulu lui faire mal, elle aurait pu y aller carrément mais apparemment, ce qu’elle cachait l’intimidait suffisamment pour qu’elle soit plus maladroite et de manière très contradictoire… plus douce.
En vraie joueuse de rugby, très peu douée d’ailleurs, elle l’avait crocheté à la taille et le fit tomber par terre, ce qui même avec de l’élan n’aurait décidément pas fait grand mal au jeune homme qui était devenu bien plus solide qu’avant contre tout faux semblant !
En tous les cas, elle voulait récupérer la boite alors que les yeux ronds, le jeune homme l’observait, surpris de la voir à ce point… s’exprimer alors que d’ordinaire justement elle était si fermée. Cela l’amusa d’ailleurs aussitôt et une joie non feinte au visage, il serra un peu plus ses mains sur la boite, ce qui donnait sans doute l’impression à la jeune femme de tenter d’enlever un objet à une statue !

Elle lui ordonnait de la lui rendre, d’une voix plus aigue que d’ordinaire, troublée et le visage rouge mais il s’agissait apparemment bien plus de gêne que de colère. Elle était vraiment craquante et il résistait, la narguant en tirant la langue ne semblant pas du tout sentir la pression des mains de la jeune femme sur les siennes et ce même quand elle essaya de lui pincer les bras. N’y tenant plus, il se mit à rire et… elle en profita pour lui enfoncer une brioche dans la bouche en sortant une étrange phrase… et pas une petite brioche, non… une grosse ! qui l’étouffa à moitié alors qu’il ne pouvait même pas fermer la bouche et tenter de mâcher. Il fut si surpris, se mettant à loucher sur la pâtisserie qu’il desserra l’étreinte de ses mains et elle en profita pour récupérer son bien. Jalousement !

La petite caisse fut éloignée de lui mais il aurait très bien pu la récupérer, du moins si la demoiselle n’avait pas été à califourchon sur les hanches du Drakkari, lui maintenant les bras au sol de chaque côté de sa tête, ses doigts fins enserrant ses poignets… Pour être honnête, il ne sentait pas une réelle pression, du moins elle était largement insuffisante pour le maintenir physiquement immobile mais… il ne chercha pas à se dégager, troublé de la voir si proche de lui.
Quelle étrange mine elle avait, comme si elle savait comment le « punir » pour ce qu’il venait de faire. Et quelle étrange punition. Quand elle se mit à grignoter la brioche, elle l’aida plus qu’elle ne le punit en réalité… Mais au final la voir s’approcher toujours plus près de son visage ne laissait pas le jeune homme indifférent, ses pommettes se coloraient d’ailleurs légèrement alors qu’il avait tout simplement arrêté d’essayer de respirer pour commencer et… de se débarrasser de ladite brioche.

Elle ne s’arrêta que lorsque leurs nez s’effleurèrent et si elle se figea, semblant seulement se rendre compte de leur proximité, lui l’observa, sans loucher, son regard passant de ses yeux à ses lèvres avec de nouveau une curieuse lueur dans le regard, toujours à moitié étouffé par la brioche qu’il devait pourtant à présent être en état de mâcher. Elle se redressa mais un peu trop brusquement, ses mains glissant de ses poignets jusqu’à son torse alors qu’elle s’asseyait finalement à côté de lui. D’ailleurs, il suivait des yeux le moindre de ses gestes, s’étant mis à mâchonner lentement et bien plus longtemps que nécessaire la brioche qui l’étouffait un peu plus tôt. Lui aussi se redressait, s’asseyant lentement mais au lieu d’être rouge et clairement gêné comme elle, il semblait plutôt assez intrigué, perplexe mais certainement pas dérangé par ce qui venait de se passer… et encore une fois… il la regardait avec bien assez d’intensité pour que ce soit perturbant.
Quand le ventre de la demoiselle se mit à gronder, cela chassa le petit malaise qui s’était installé malgré eux et il sourit malgré lui, amusé alors qu’elle s’occupait apparemment de faire venir de quoi les sustenter. Il déglutit enfin et c’était plus difficile qu’il ne l’aurait cru alors qu’il fixait son dos, toujours en tailleur pour sa part, une nouvelle lueur de peine et de colère dans les yeux, qu’il chassa en décidant de clore ses paupières quelques secondes.

Le jeune homme s’était relevé, approché et les voilà qui mangeaient tranquillement, pourtant un peu gênés au final. Il y avait eu quelque chose dans leur bagarre, quelque chose de tellement naturel, de tellement simple et instinctif que ce moment passé, ils ne savaient plus trop comment réagir l’un face à l’autre. Elle semblait gênée de ce qui s’était passé et lui… désolé d’être responsable de cette gêne au final. Elle lui parla quand même et il lui fit un sourire sincère.

- Ne t’en fais pas… Mélodie fait toujours des brioches pour un régiment. Je n’en mangerais pas autant autrement… Un de nos mages est spécialisé dans la duplication donc nous avons constamment des stocks importants de matières premières… c’est son seul rôle d’ailleurs au sein de notre groupe, c’est déjà bien assez fatigant…

Encore cette Mélodie… C’est que décidément il semblait bien la connaitre alors qu’il souriait, le regard dans le vague en parlant de la gentille adolescente qui semblait tellement aimer le taquiner.
Il haussa les épaules et mangea tranquillement, moins que d’habitude pourtant, semblant cette fois-ci davantage intéressé par les fruits. D’ailleurs quand il voulut en attraper un, il sembla troublé de le voir tenir au bout de ses doigts et le posa devant lui avant de secouer vigoureusement la main, perplexe…
Mais l’ambiance n’était pas mauvaise au final alors qu’il la remerciait et marmonnait mine de rien qu’elle ne devait pas bien manger si son corps commençait à se manifester ainsi.
Il l’écouta quand elle parla d’Erwan, mais ne dit rien, l’air très absorbé par sa contemplation d’une brioche ou… comme s’il se retenait de dire quelque chose, les sourcils froncés. Ce gars n’avait pas beaucoup de cran… Il ne le comprenait pas.
Finalement, il prononça quelques mots, d’un air distant.

- Tu ne cherches pas à te mettre en danger ? Je n’en suis pas si sûr… De toute façon peu importe, s’il veut te laisser tranquille, tant mieux pour lui. Ce ne sera pas mon cas.

Il tourna les yeux vers elle et lui fit un nouveau magnifique sourire qui se fit très taquin, voire carrément provocant.

- On ne t’a pas prévenue ? Je suis têtu. Et là… si tu crois pouvoir te la jouer martyre dans une bataille… bah tu vas avoir du mal avec moi sur le dos… Enfin je dis ça… Je te laisserai pas faire des bêtises… c’est tout.

La fin était plus bougonne qu’autre chose alors qu’il marmonnait dans son verre avant de boire, ce qui provoquait une légère résonnance d’ailleurs. Mais au final, il était un peu en train d’avouer que s’ils se battaient en tant qu’alliés, il ne la laisserait pas tomber et même… qu’il la protégerait en quelque sorte. Pas un chevalier vraiment ?

Quand elle parla de leur phrase code, le jeune homme sembla surpris puis un beau sourire joyeux éclaira son visage alors qu’il déclarait bien aimer et être prêt à être sollicité peu importe l’heure. D’ailleurs il ajouta qu’elle n’avait pas à hésiter à venir frapper chez lui, peu importe le moment si elle en avait besoin. Il serait là. Mais peut-être le disait-il avec un regard un peu trop sérieux… ou un peu trop investi parce qu’il lui sembla qu’elle rougissait… Mais il n’en était pas sûr.
Ils avaient fini de manger et elle retourna auprès de sa création alors qu’il la suivait docilement, faisant bien peu de bruit pour un si grand gaillard. Apparemment, elle voulait s’excuser auprès de Maud. Il ne dit rien. Mais quand elle lui demanda de faire le dessin, il se crispa et observa l’ébauche, de nouveau animé d’un étrange regard. Puis il tourna les yeux vers elle, les posa sur ses mains qu’il avait pu voir bandées, blessées. Un profond soupir lui échappa alors qu’il se mettait à marmonner en détournant les yeux.

- Je serais un bien grand menteur si je commençais déjà à ne pas être capable de t’aider alors que je viens de m’engager à le faire. Soit… Je ne te laisserai pas te blesser encore, tu es bien assez maladroite même si… c’est extraordinaire ce que tu as fait hein… Je vais le faire, je vais le faire… Mais… faut pas non plus t’attendre à ce que ce soit… enfin… je sais pas… je pense pas être très doué…


Il marmonna quelque chose d’autre d’inaudible, apparemment assez gêné finalement et sans doute inquiet de la décevoir. Surtout qu’il s’agissait plus de sculpter dans le bois que de dessiner. Il prit les outils et pour un soi-disant novice il choisit très bien, remplaçant ceux qu’elle avait pris par un burin plus fin et une espèce de long pic qui allait probablement l’aider à sculpter très légèrement les contours débutants du dragon…
Alors qu’il s’installait devant le berceau, quelque chose d’étrange se produisit. Son regard se perdit dans le vague comme s’il se plongeait dans ses souvenirs ou quelque chose qui y ressemblait et ses mains se mirent à trembler sur les outils avant qu’il ne se reprenne en secouant la tête et en lançant un regard plein de perplexité auxdits outils. Oui, il semblait totalement avoir oublié la présence de la jolie mage et au final, c’était presque davantage son corps qui semblait le guider que son esprit.

S’il pensait ne pas être doué, détester les travaux manuels, il s’avéra très vite que ce n’était pas réellement le cas et ce que sa mémoire avait occulté, son corps lui s’en souvenait… Comme ceci par exemple. Ne tremblant pas une seconde quand le burin commença à mordre le bois, il semblait avoir retrouvé toute sa dextérité, ambidextre curieusement plus à l’aise en gaucher, adroit. Le dragon commença rapidement à prendre forme, figure plate mais réaliste sur le berceau. Il n’essayait probablement pas de se reproduire mais il devait avoir une image assez précise de ce à quoi ressemblait un dragon pour en faire un, davantage stylisé tout en lignes et en courbes élégantes. Concentré, il ne semblait même pas se rendre compte de ce qu’il faisait et lorsqu’il se mit à battre des paupières, comme sortant d’un état de transe, il fut sacrément surpris de voir le travail qu’il venait d’accomplir, se reculant lentement en posant les outils sur la table, pensif et troublé.
Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis se tourna vers Cassidy et l’observa d’un air assez… fermé avant de se mettre à lui sourire d’un air un peu penaud.

- Il faut croire que tu avais raison… encore une fois… Et que tu me connaissais bien… Ca… Ca te va ?

Ils parlèrent un peu puis se rendant (ENFIN) compte du temps qui était passé, il décida de rentrer pour ne pas inquiéter davantage le groupe, lui disant qu’elle pouvait rentrer quand elle voulait mais avec un ton légèrement menaçant, plus taquin qu’autre chose, il affirma qu’elle n’avait pas intérêt à faire n’importe quoi et que si elle se blessait en essayant d’en faire plus… il lui en voudrait. Le tout dit avec un clin d’œil et un sourire aguicheur.
Il la laissa donc un peu tranquille et elle avait plus que probablement besoin de cette tranquillité pour se retrouver justement… Et lui aussi.

La journée se déroula sans encombre autrement. Il alla faire une ronde et fit un rapport à Maud et aux autres puis déclara vouloir reprendre le nom de Tristan pendant le déjeuner, montant sur une table pour se faire voir et entendre. Probablement que cela ne plut guère à un certain archer mais pour les autres passé le moment de surprise, il fut félicité et accueilli avec des sourires et encouragements. Plus besoin de faire attention à ce qu’on disait à présent, plus de crainte de lapsus. Maud sembla surprise bien sûr, le regardant avec une joie certaine néanmoins… Pourtant, très vite son regard quitta le garçon pour se poser sur la petite mage qui mangeait tranquillement aux côtés de son petit ami. Elles échangèrent un regard qui était difficile à déterminer mais Maud lui sourit et fit un imperceptible mouvement de tête, comme pour dire « merci ».
Le plus heureux par contre, était sans conteste le maître de Tristan qui sanglotait et furieux de sangloter justement, attrapa son disciple par un pied en l’envoyant valser plus loin avec une force titanesque avant de se mettre à se bagarrer avec lui, l’insultant, ce qui lui valait également des insultes dudit disciple, ravi de voir autant de joie chez son maitre… Le tout bien entendu, sous les rires généraux. Quelque chose semblait s’être décoincé chez tout le monde et la tension qui existait jusqu’alors se dissipa, même si on ne se rendait compte de sa présence qu’à présent qu’elle disparaissait. Et tout ceci grâce à une petite mage… qui semblait être la seule à réussir à le changer au final.

D’ailleurs, dans l’après-midi, le colosse alla directement la voir alors qu’elle discutait apparemment avec des mages encore très intéressés et curieux d’en apprendre davantage sur la manière dont elle s’y était prise pour sauver les plantations. Bah oui… ça n’avait rien de réellement connu… ça restait même bien plus complexe qu’ils ne l’auraient cru et leurs essais à petite échelle n’avaient absolument rien donné. La soif d’apprendre était peut-être commune aux mages au final.
Ils les laissèrent seuls alors qu’il demandait à lui parler et malgré sa carrure impressionnante, l’homme semblait assez peu agressif et surtout au contraire, totalement inoffensif.
Il lui sourit, il semblait sincèrement heureux. D’où ils étaient, ils pouvaient assister à un entraînement sur un terrain prévu à cet effet. Justement, Tristan était en train de montrer quelques frappes à ses camarades, leur apprenant ses connaissances presque innées d’épéiste alors que ravis ils l’imitaient… et que les enfants également présents et admiratifs, faisaient de même avec des épées en bois. D’ailleurs, ils le faisaient plus ou moins en cachette et quand Tristan les vit et les rejoignit ils crurent probablement se faire gronder. Mais le jeune homme avait vraiment quelque chose avec les enfants, adorable, accroupis au sol pour être à leur hauteur, il les replaçait avec douceur et les mettait en ligne pour qu’ils ne frappent que le vide pour l’heure, leur donnant des conseils alors que fous de joie qu’on leur porte un tel intérêt, ils obéissaient immédiatement.

- Merci…

C’est ce que venait de dire le colosse après un long moment de silence.

- Quand j’ai su qui tu étais vraiment et… tout ce que je t’avais révélé… j’ai eu peur de ce que tu allais faire et je m’inquiétais vraiment pour lui… pour ce qui risquait de se passer. Mais contre toute attente, tu l’aides plus que n’importe qui d’autre. Depuis que tu es réapparue, même s’il a perdu la mémoire, il va mieux, il déborde d’énergie, il récupère et progresse si vite que j’ai peine à croire qu’il était en si piteux état il y a peu… Et il retrouve son identité. Il t’aime bien, c’est certain. Merci. Vraiment. Et… je suis désolé quand… il y a quelques mois j’ai pu faire croire que je désapprouvais votre histoire. Je sais à quel point il tenait à toi. Enfin jsuis pas doué… jvais arrêter le massacre. Bonne journée.

Il s’éloigna rapidement. Bah oui… il ne s’en rendait probablement pas compte mais il devait lui faire de la peine quand même avec de telles paroles même si au début c’était pour la remercier et l’encourager à continuer dans cette voix mais ceci était assez… implicite au final.
La journée passa très vite et la suivante aussi… Dans la matinée, très tôt, le soleil se levant à peine, le jeune homme partit de chez lui et probablement devait-elle être éveillée à ce moment là, une des rares éveillées.. L’ombre du dragon se refléta sur la cité alors qu’il s’était laissé tomber, humain, de son balcon avant de se transformer très rapidement… Il est clair que cela n’avait plus rien à voir avec ses transformations quand ils étaient encore ensemble, il aurait eu largement le temps de s’écraser au sol auparavant.

Elle devait se promener également ou bien réfléchir justement ou même se rendre dans son espèce de boudoir personnel, peu importait, il n’en savait rien, simplement qu’il n’avait pas senti son odeur dans la cité quand il était parti. Oh il ne la cherchait pas et n’essaya à aucun moment de la retrouver au final, il faisait juste un tour d’horizon mais peut-être qu’inconsciemment il était amené, malgré lui, à se rapprocher, ou qu’elle le suivait, difficile à dire mais en terme de vitesse, elle ne pouvait certainement pas rivaliser avec un dragon.
Il s’était élevé très haut dans le ciel et fit quelques figures aériennes, pris de cette joie exaltante qu’il ressentait à chaque fois qu’il volait.

Puis le jeune homme retourna au-dessus de la forêt, trouva une petite clairière et s’arrêta de voler au-dessus d’elle, décidé apparemment à s’entraîner à se retransformer. Sans savoir qu’il n’était peut-être pas… tout seul dans le coin. Du moins sans y faire attention.
Il prenait un peu d’élan par rapport à son vol puis brusquement, son image se troubla alors que tout semblait scintiller autour de lui, les contours de son corps de dragon irradiant littéralement comme un soleil estival sur une surface d’eau claire. Très vite, ces contours devinrent ceux d’un humain alors qu’il arrivait très proche du sol, à peut-être deux mètres de hauteur, pas plus.
Sauf qu’il se loupa… totalement.
Concentré sur sa transformation, il atterrit très mal, face contre terre, tout habillé mais… sans son épée… Qui sembla surgir du néant l’instant d’après et atterrit à côté de lui.

Il grogna, peu satisfait, se retransforma et redécolla avant de faire plusieurs fois la même expérience. Il eut droit au même résultat la fois suivante, exactement… juste après, son épée fut dans son dos mais ses bottes lui tombèrent directement sur la tête. La troisième fois, il était habillé mais tomba sur le dos dans un bruit sourd, ne semblant pas du tout craindre le choc alors que la forme de son corps s’imprimait légèrement dans le sol… Son épée apparut, dans son étui certes mais lui atterrit de tout son poids sur l’estomac, le pliant en deux.
Une autre fois il réatterrit sur le dos et cette fois le fourreau de son arme tomba… vide à ses côtés… alors qu’il devenait tout pâle tandis que la lame se plantait juste entre ses jambes à quelques centimètres à peine d’un endroit assez… stratégique. Il mit plus de temps à s’en remettre cette fois.
Rageur mais persévérant bien qu’épuisé par toutes ses transformations à voir la sueur qui commençait à faire briller ses muscles, il retenta le coup une dernière fois.

Le jeune homme fit un atterrissage parfait, une réception magnifique, atterrissant sur ses jambes comme un sauveur directement tombé du ciel, son épée attachée dans son dos, il y porta d’ailleurs fièrement la main à la garde, dans une position qui avait tout de la frime… Bref, il se la jouait un peu… avant de sentir un courant d’air, de baisser les yeux, de se rendre compte qu’il était nu comme un ver ! Il écarquilla les yeux alors que ses vêtements tombaient devant lui et que dans un réflexe, surpris, il faisait deux pas en arrière… Il se prit alors le pied gauche dans une racine haute, fit des moulinets avec les bras pour se rétablir, n’y parvint pas et se vautra lamentablement en arrière… Si ce n’est qu’il venait d’heurter un petit arbre mort au passage d’une de ses mains, que la vibration fut tout de même assez forte et que de ce fait, l’une des branches prêtes à se détacher lâcha… et alors qu’il se retrouvait étalé sur le dos… elle tomba directement sur son entrejambe.
S’il avait poussé des cris de protestation et de frustration jusqu’ici, la douleur le rendit pourtant muet alors qu’il se pliait en deux, incapable d’émettre le moindre son.

Là encore il lui fallut quelques instants pour se remettre mais il semblait aller bien au final et se redressa en marmonnant avant d’ôter son baudrier de son dos pour enfiler ses vêtements en grimaçant un peu.

- Mouais… c’est pas encore ça… Peut-être qu’en laissant plus mes instincts fonctionner… bah oui mais mes instincts s’en foutent des vêtements… peut-être que…

Il se figea soudainement en levant le visage vers le ciel, humant l’air.
Il pâlit si brusquement que même son épée ayant bien failli le faire parler comme une fille un peu plus tôt ne l’avait probablement pas autant effrayé. Muet de stupeur, il tourna sur lui-même avant de fixer un point dans la forêt, dans un arbre et cette fois-ci, ses joues se tintèrent de rouge alors qu’il grimaçait.

- Cassidy ? T… t’es là de… depuis longtemps ? Dis moi que non, pitié…

Voilà que la jeune femme sortait de l’ombre de l’arbre en sautant au bas de celui-ci avec une étonnante agilité et il ne savait si elle était gênée ou amusée, ses pommettes étaient un peu rouges bien sûr mais en même temps… elle semblait… rire. Il comprit sans même qu’elle ne lui réponde qu’elle avait probablement assisté à tout ce fiasco et il perdit pas mal contenance, bafouillant avant de marmonner tout seul et de finir par soupirer. De toute façon… c’était fait… Elle souriait… Et il se dit qu’elle risquait de le taquiner longtemps à ce sujet, ce qui curieusement ne le gênait pas plus que ça… même si c’était humiliant.

- Tu me cherchais pour… te défouler avant de me trouver en train de faire l’idiot à poil ? Le spectacle n’était pas trop ridicule ? Non parce qu’il va falloir que j’enlève ce sourire moqueur de ton visage, j’espère que tu es en forme !

Il essayait de bien le prendre même s’il était gêné et au final un peu inquiet. Bah oui… elle l’avait vu complètement nu et si elle trouvait ça drôle… c’était un peu vexant… ou alors c’était la situation qu’elle trouvait drôle… Il ne savait pas trop. Il essayait de récupérer les restes de son honneur mais au final… Ce sourire, le rire qui brillait dans ses yeux et qu’elle avait dû retenir… étaient vraiment éblouissants. Il devait avoir faim… car son estomac semblait se tordre douloureusement à cet instant. Quoique… ce n’était pas si douloureux justement.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Dim 3 Nov - 15:41

Au départ, ce n’était pas du tout prévu que Cassidu conduise Tristan à sa petite cachette. L’effet des potions devait y être pour beaucoup dans cette histoire parce qu’elle n’était pas du genre à se confier aussi facilement. Mais au fond d’elle, elle devait certainement penser qu’il serait de bon avis, surtout que ça concernait Maud et que Maud avait beaucoup veillé sur lui, donc il devait quand même bien la connaître à force.

Cette petite révélation valut un beau rapprochement et Cassidy était complètement tiraillée dans tous les sens, se demandant ce qu’ils étaient en train de faire, si c’était mal ou pas mais étrangement, elle qui était si farouche aux contacts avec lui, ne l’avait pas repoussé pour autant, préférant prolongé le contact, quitte à avoir encore plus mal en retour. Qu’est ce ça pouvait être douloureux. Des souvenirs ressurgirent mais elle préféra les effacer de sa tête, comme si c’était mal, comme si elle ne devrait pas.

Il l’occupa suffisamment pour qu’elle pense à autre chose, même si, dans un mouvement instinctif pour protéger un de ses secrets, la demoiselle avait sauté sur le Drakkari et avait trouvé une astuce pour le déconcentrer. Parce qu’il lui était impossible de lui faire lâcher sa précieuse petite caisse. Hop une brioche et on y pense plus !

Pourtant, c’est très instinctivement que Cassidy réagissait. Elle voulait se venger ? Le mettre mal à l’aise à son tour ? Et pourtant elle ne faisait que reproduire un de ces petits jeux qu’ils utilisaient tellement quand ils étaient encore ensemble, moment de complicité, de rire et de bonheur. Elle avait agi sans se rendre compte de ses agissements, spontanément même si c’était très dangereux, voulant certainement manger sa brioche pour le punir. Elle remarqua son rougissement et son regard qui changeait vite d’endroit alors qu’elle s’arrêtait à son nez, surprise et troublée, avant d’engloutir le bout qu’elle tenait dans la bouche, manquant d’avaler de travers, et s’assit à côté de lui, s’ébrouant un coup comme si elle cherchait à faire fuir ce malaise. Pourquoi ? Même avec Erwan elle n’avait jamais… la jeune femme grogna, se mit à rougir à nouveau, passa une main dans ses cheveux blonds comme pour tenter de se réveiller et enroula une mèche blonde autour de son doigt, alors que son ventre grogna et mit fin à ce léger malaise.

Ils commencèrent à manger et elle décida d’engager un peu la conversation. Tristan répondait et lorsqu’elle entendit le prénom de l’adolescente, l’expression qu’aborda Cassidy se fit très… boudeuse et grincheuse comme si ce simple prénom lui donnait des envies de jalousie. Mais il ne fallait pas voyons ! Incapable de contrôler les mouvements de son visage. Pourtant, elle devait s’y attendre. Tristan était beau, séduisant et les femmes intéressées devaient être nombreuses. A cette évocation, la main de la demoiselle trembla et la biscotte qu’elle tenait dans la main se fendit alors qu’elle grogna une nouvelle fois et tenta de changer de sujet.

Elle aborda Erwan et c’est vrai, elle ne savait pas pourquoi il était comme ça. Si seulement une fois il s’amusait à reproduire la scène, peut être reverrait-elle son passé… ce qui n’était pas une bonne chose pourtant. Mais ça Tristan ne pouvait pas le savoir. Il parlait qu’il la suivrait souvent et qu’il était très têtu. Un fin sourire malicieux apparut sur les lèvres de la jeune femme, une allure de défi, de provocation, comme si elle le défiait d’essayer d’arriver à la suivre.

Machinalement, elle lui avait donné son code. Comme par hasard le même qu’il avait donné il y a des mois plus tôt, quand il savait qu’elle irait mal. Cassidy savait qu’il ne pouvait pas se rappeler mais, au moins s’efforçait-elle un peu de montrer que si il l’avait oublié, elle ne l’oublierait pas elle. Malgré les nombreuses potions et compagnie.

Puis, elle commença à le provoquer, lui demandant de finir le travail à sa place. Tristan avait toujours été un manuel même si aujourd’hui il prétendait le contraire. Elle ne voulait pas le forcer, risquant de le contrarier mais… après tout un jour il la détestera alors autant tester de nouvelles choses non ? Il avait l’air un peu réticent, posant une nouvelle fois les mains sur les siennes, puis se mit au travail. Elle s’était mise derrière lui, discrète, l’observant faire et reconnaissait bien ses mouvements, cette précision qui ne l’avait pas quitté.

C’est d’ailleurs avec ces souvenirs que Cassidy, après beaucoup de pratique, avait réussi à former ce berceau. Parce qu’elle se rappelait suffisamment des mouvements de Tristan quand il sculptait toutes sortes de choses dans son petit atelier à l’académie. Bien sûr, elle avait du prendre un livre pour les détails plus techniques mais au final, la raison qui l’avait poussé à faire ce berceau, en plus de se faire pardonner, c’était de rendre un peu hommage à ce Tristan qui avait tout perdu dans ses souvenirs.

Et elle resta bouche bée devant son travail. Lui s’était un peu assombrit puis fit un sourire penaud, lui posant une question. Instinctivement, elle posa une main avec douceur sur l’épaule à Tristan tout en murmurant quelques mots.

« C’est très beau et… digne de toi »

Puis elle relâcha sa main et eut de nouvelles pensées.

*Je pourrais aussi te dire que tu étais trèèèès bon au lit mais je ne sais pas dans quel sens tu pourrais le prendre, oui je vais le garder pour moi aaaaah et si tu avais tout oublié ? Me demande si tu es meilleur qu’Erwan…*

Cassidy secoua vivement la tête, puis pour éviter qu’il ne lise à travers ses pensées, la demoiselle mit ses mains derrière la tête d’un air décontracté tout en lui faisant un clin d’œil.

« On ne t’as pas prévenu que j’étais aussi très têtue ? Je me demande si tu seras capable de te suivre surtout que, j’ai l’habitude de me fourrer dans des situations souvent inconfortables… j’espère que tu seras prêt »

Elle lui tira la langue. Il décida alors de rentrer tout en la mettant en garde et elle battit l’air de sa main, un sourire adorable sur le visage, beaucoup moins agressive que ce qu’il avait vu quand il l’avait revu pour la première fois et même elle était… plus attentive.

« Oui oui message reçu ! Si je me fais encore mal, je pense que j’aurais du mal à éloigner un certain Drakkari qui viendra me tirer les oreilles ! Je vais faire attention… »

Oulà… elle faire attention ? Au moins c’était positif elle n’était pas contre. Et le regarda partir un petit pincement au cœur. Le visage de la demoiselle se ferma, devenant plus déterminé et elle retourna à son établi, prit sa caisse et une craie, traça un pentacle sur l’établi, sortit l’objet de son conteneur et incanta une formule alors qu’une douce lueur mauve et orangé jaillit de ses mains.

Elle revint cependant pour le déjeuner et accueillit avec tout le monde l’annonce de Tristan. Il était clair que Cassidy ne savait plus où se mettre, ni comment réagir mais tout le monde avait l’air content, surtout le maître de Tristan. Elle faillit s’étouffer avec son verre d’eau et Erwan la regarda un instant, suspicieux avant de retourner dans son assiette.

Lentement la jeune femme redressa la tête et croisa le regard de Maud alors que la petite mage était complètement gênée, se raclant la gorge, ne sachant pas comment la dame allait le prendre. Elle se contenta d’un merci muet alors que Cassidy avait envie de lui dire qu’elle ne savait pas trop ce qu’elle avait fait pour… ça, encore trop peu confiante dans ses capacités pour croire qu’elle était capable d’aider Tristan.

Dans l’après midi, on lui posait des questions au sujet de son sort impressionnant. Elle était en train d’expliquer qu’elle n’avait fait que canaliser l’énergie de chacun pour le rediriger vers les plantations mais ne savait pas trop comment l’expliquer sans en dire trop. Elle n’aimait pas vraiment se gonfler d’orgueil parce qu’elle avait une capacité magique plus importante que les autres. Non au moins, la modestie était restée chez elle.

C’est toute surprise que Cassidy vit le maître de Tristan la rejoindre et demanda à lui parler. Elle acquiesça d’un signe de tête et si au départ les paroles partaient d’un bon sentiment, cela se tassa rapidement alors qu’il avoua ne pas avoir voulu au départ approuver leur relation. La jeune femme avait hoché doucement d’un signe de tête, regardant distraitement Tristan en train de s’amuser avec les enfants. Tout ça c’était encore douloureux mais au moins, d’après le maître de Tristan, elle avait bien aidé… même si la demoiselle en doutait et qu’elle ne mettait ces changements que sur le coup du hasard, refusant de croire qu’elle faisait quelque chose de bien.

Si Tristan avait un peu changé, c’était aussi le cas de Cassidy. Elle était moins fermée, mais toujours aussi grincheuse ! On avait l’impression que si elle était malpolie, incorrecte, parfois insultante, cela avait fini par se tasser et même Erwan le reconnaissait alors que parfois, quand elle rentrait le soir, elle se jetait dans les bras de son homme en lui faisait un gros câlin, pour une raison on ne peut plus obscure. Mais elle était bien mieux, n’hésitait pas à donner un coup de main même si elle râlait quand parfois elle n’y arrivait pas. Bref… la jeune femme se sentait mieux… même si elle ne voyait aucun changement en elle. Au moins, elle faisait l’effort de ne plus prendre de potions pour l’instant et s’endormit paisiblement une fois la journée passée.

Cassidy était encore sortie tôt ce matin. La raison ? Parfois elle avait beaucoup de mal à dormir, se demandant ce qui lui arrivait, elle qui était si renfermée avant. Difficile de croire que Tristan avait un effet bénéfique sur elle, et même si cela lui effleurait l’esprit, qu’il n’était pas étranger à cela, la demoiselle refusait d’y croire. Tout ce qu’elle pensait, c’était qu’elle ne faisait profiter de ces moments, avant qu’il ne se mette à la détester, et si elle pouvait l’aider d’une façon ou d’une autre, c’était toujours une petite consolation.

Mais rien à faire, le sommeil ne revenait pas. Elle se tourna lentement dans le lit et regarda Erwan qui dormait paisiblement. Un sourire s’étira sur les lèvres de Cassidy. Depuis quelques temps, elle sentait que l’archer était un peu ailleurs et elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Serait-ce parce qu’ils ne faisaient plus rien au lit ? Depuis qu’ils étaient ici, il est vrai que la jeune femme n’avait plus vraiment fait ces petits jeux, comme si elle s’en sentait honteuse. Mais il n’y avait pas de raison ! Son sourire se transforma en grimace alors qu’elle glissa très discrètement hors du lit et s’habilla. Emportant encore une fois sa dague qui ne la quittait jamais.

Elle sortit de la petite maison, regardant autour d’elle et inspirant profondément, jusqu’à sortir de la planque, perdue dans ses pensées. Elle marcha un long moment, tête basse, visage fermé, se demandant ce qui la tourmentait autant alors qu’elle devrait heureuse. Tristan redevenait lui-même, Erwan l’aimait, elle se sentait plus apaisée dans cet endroit. Mais impossible de mettre un nom là-dessus ! Impossible de comprendre pourquoi elle réagissait de cette manière, ce qui l’agitait.

Elle arriva enfin aux alentours d’une petite clairière et s’arrêta devant un arbre énorme, aux branches accueillantes. Marmonnant un mot de pouvoir, elle sauta jusqu’à la première branche et se cala contre le tronc, sortant sa dague instinctivement pour l’observer un long moment. Tristan… tellement mystérieux mais tellement lui. Elle était peinée de ne plus rien représenter à ses yeux et la seule chose qu’elle avait gardé de lui, et qui ne la quittait pas, était cette dague.

Pourquoi d’ailleurs ? Parce qu’elle voulait se venger de tous les Kaärs, estimant qu’une seule avait suffit pour détruire leur bonheur, leur petit monde à eux. Elle ne voyait Tristan que comme un fantôme et malgré le fait qu’elle lui en avait énormément voulu de ce départ, qu’on ne lui ait rien dit, elle avait toujours du mal à lui en vouloir. Enfin elle aurait pu, elle le montrait plutôt bien, même si maintenant qu’elle connaissait la vérité, tout était différent.

Un bruit attira son attention alors que son regard se dirigea vers le centre de la clairière. Et ce qu’elle y vit valait le détour. Tristan qui s’écrasait au sol d’une manière qui ne ressemblait pas du tout à ses habitudes. La jeune femme grogna et se plaqua une main sur la bouche, s’efforçant de ne pas rire même si ses pitreries étaient très drôles. Elle se positionna un peu mieux sur sa branche pour mieux l’observer.

Chaque tentative était désastreuse. Apparemment il essayait de se matérialiser en entier mais sans y parvenir complètement. Elle grimaça quand l’épée manqua de le castrer, murmurant un petit gémissement, compatissante. La demoiselle rangea sa dague dans son fourreau et se frotta doucement le menton, levant parfois les yeux au ciel, comme si elle réfléchissait. Mais son sourire était grand alors qu’elle l’examinait. La dernière position fut très bonne et elle se retint d’éclater de rire alors qu’il faisait le fier, tout nu, ce qui enlevait beaucoup de… charme mais rendait la situation très marrante même si à la fin, cela ne devait pas vraiment lui faire du bien.

Il se redressa puis se figea, se tournant en direction de sa cachette. Le sourire de la jeune femme devint coupable alors qu’elle essayait encore de se cacher entre le feuillage. Elle aurait du utiliser un sort de dissimulation mais la surprise l’en avait empêché ! Bon de toute façon, ça servait à rien de rester ici, puisque de toute façon il l’avait repéré.

Elle sauta agilement de l’arbre, se retrouvant accroupie pour amortir le choc, puis se redressa lentement et avançant vers lui, le sourire haut jusqu’aux oreilles, alors qu’elle évitait de repenser à cette situation pour ne pas lui faire de peine. Ah lala… ce n’était pas la même chose, un Drakkari tout nu au milieu d’une clairière même si il était toujours très attirant. Mais il est vrai que ses pitreries étaient une bonne distraction. Elle était rouge, alors que lui cherchait à se contenir en sortant une phrase un peu provocante, piquée au vif. Cassidy lui répondit, d’un air amusé.

« Oh je pense pas avoir tout vu ! J’aurais bien voulu te voir avec le caleçon sur la tête aussi, je suis sûre que tu aurais été très sexy ! T’inquiète pour ma forme, après ce que je viens de voir, je pense pouvoir tenir toute une journée entière… si je ne t’imagine pas tout nu comme un ver dans des positions très… suggestives »

Elle lui tira la langue, c’était trop pour elle ! Mais alors qu’il s’approchait d’elle, Cassidy remarqua qu’il s’en fichait d’être toujours si peu… habillé et la demoiselle le regarda un peu différemment, certaines pensées lui venant à l’esprit. Son sourire se transforma alors qu’elle devint toute rouge et extrêmement gênée. Mais ce qui marqua le plus ce moment, ce fut le corps de la demoiselle qui devint soudain très lumineux, comme une luciole. Au départ, elle ne s’en rendit pas compte alors qu’il la regardait étrangement et fronça les sourcils.

« Quoi ? J’ai une tache sur la figure ? »

Elle tendit la main en avant par instinct et se rendit compte que son bras et sa main étaient dorés. L’expression sur le visage figée, la surprise se lisant sur ses yeux et la bouche ouverte, il y eut un grand silence de la part de la demoiselle alors qu’elle semblait rougir encore plus. Puis elle cria.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! »

Regardant ses mains, balbutiant, elle fila instinctivement se cacher derrière un buisson même si ça ne servait pas à grand-chose puisque la lumière irradiait ledit buisson. Une petite tête sortit puis se baissait aussitôt en voyant que Tristan regardait toujours. Puis, se rendant compte que c’était inutile, elle sortit, penaude, tout en le regardant et cherchant à s’expliquer.

« Heu… je… ça va passer ! »

*Mais non ça ne passera pas crétinette !*

Elle se mordit la langue, regarda le sol, puis n’y tenant plus, marmonna une phrase du genre « De l’eaaaaaaaau froide ! » puis lança un sort qui fit apparaître un petit nuage au-dessus de sa tête qui déversa une quantité d’eau gelé sur la demoiselle qui avait fermé les yeux et retenu sa respiration, complètement trempée. La couleur dorée disparut de son corps alors qu’elle rouvrait la bouche et les yeux en croisant les bras, ses vêtements complètement mouillés et… moulants, ce qui n’était certainement pas mieux.

Cassidy regarda Tristan, se demandant qui était le plus troublé au final.

« Hum bon… je te laisse tranquille avec tes atterrissages à poil et tu me poses pas de question sur ma… heu mon changement de couleur d’accord ? »

Elle lui fit un sourire tellement craquant qu’il ne pouvait que fondre et oublier… enfin vu que ses formes étaient bien visibles, il devait bien en profiter pour la regarder, petite consolation pour tout ce qu’elle avait vu avant. La demoiselle avait ce petit air gêné sur le visage. Ils discutèrent un moment, et, une fois que chacun se remit de ses émotions, elle lui expliqua qu’elle y allait et lui promit qu’elle ne répéterait rien à personne.

Plutôt que de retourner au village, la jeune femme se dirigea vers sa cachette. Elle y resta enfermée toute la journée jusqu’à la nuit tombée. Erwan, qui commençait quand même à s’inquiéter, était parti voir Tristan pour savoir si celui-ci ne l’avait pas vu. Mais il n’obtint aucune réponse de sa part. Erwan haussa alors les épaules, pensant qu’elle était encore partie il ne savait où, et que même en la cherchant il ne la trouverait pas.

Ce n’est qu’au milieu de la nuit qu’une silhouette apparut discrètement dans le village, se dirigeant vers la maison de Tristan. Cassidy tenait cette petite caisse serrée contre son corps tout en tremblant légèrement. Elle n’avait pas l’air d’avoir mal, ni de s’être blessée, c’est juste qu’elle était très méfiante et vérifiait autour d’elle si personne ne l’avait remarqué.

Elle resta un instant devant la porte de Tristan, gênée, sans savoir si elle devait le prévenir ou bien… partir à toutes jambes ! Mais Cassidy n’eut pas le temps de réfléchir davantage qu’elle entendit du mouvement derrière la porte. Elle sursauta, posa la petite caisse devant la porte, toqua deux coups et fila comme si elle avait le feu aux trousses, se dépêchant de se mettre hors de la vue du Drakkari qui serait bien surpris de voir cet objet qu’elle tenait tant à cacher.

Lorsque Tristan ouvrit la porte, il put voir sur le sol cette petite caisse qui avait éveillé sa curiosité et malgré le fait que la jeune femme était vite partie, il savait parfaitement de qui c’était. Seulement, Cassidy avait peut être peur qu’il n’aime pas, qu’il lui rende et au fond d’elle, la jeune femme n’avait pas vraiment envie de voir ça. Elle serait bien moins peinée si il ne l’ouvrait pas devant elle. Depuis quand ça la dérangeait ? A vrai dire elle n’en savait rien mais son corps réagissait d’instinct pour savoir que cela la blesserait suffisamment.

Dans la petite caisse, Tristan trouva deux choses. Il y avait une sacoche déjà, apparemment faite à la main. Il put constater tout le soin qui avait été apporté à sa réalisation. Une sacoche de couleur noire, avec une bandoulière, dans un cuir qui paraissait inconnu, un morceau pour rabattre par-dessus l’intérieur pour protéger le contenu et sur le devant, des symboles élégants en guise de motifs. Cette sacoche dégageait une certaine énergie, qui n’était peut être pas entièrement humaine. Une lettre l’accompagnait.

Tristan, voici un petit truc qui pourrait t’être bien utile. Il ne s’agit pas d’une sacoche ordinaire comme tu pourras le ressentir si tu y fais bien attention. Je sais que parfois un dragon peut aller très loin et cela te servira pour emporter avec toi des choses supplémentaires, ce que tu ne peux pas faire en forme de dragon. Je t’ai dis qu’elle n’était pas ordinaire, cela signifie que tu peux mettre n’importe quoi à l’intérieur. Par exemple si tu avais besoin de mettre un régiment de brioches, ça passerait très bien. Il n’y a pas vraiment de fond donc tu n’es pas limité avec le contenu. Aussi, ça devrait pouvoir t’aider avec tes transformations. Si je ne me suis pas trompée, cette sacoche devrait savoir rester à sa place, autour de ton torse, quand tu te rematérialises en Drakkari. Si ça ne marche pas, c’est que je ne suis pas une bonne mage ! Avec tout le temps que j’ai passé dessus, y a intérêt à ce que ça marche ! En quoi cela devrait t’aider ? Parce que cette sacoche tu peux la sentir, calle ton énergie sur cet objet et tu commenceras à comprendre comment ça fonctionne pour éviter d’apparaître à poil au milieu d’un champ. Pour te donner plus d’informations, si j’ai bien compris, un dragon n’a pas besoin de vêtements (sinon ça serait beau tiens !). Alors il faut que tu arrives à penser à tes vêtements, à ton épée, comme si ça faisait parti de toi. Attention dans quel sens ! Pas quand tu te transformes en dragon mais uniquement quand tu cherches à redevenir Drakkari. Visualise tes vêtements, comme si ça faisait parti de tes écailles, de ton corps, comme si c’était quelque chose de normal, la sacoche t’aidera à trouver cette sensation. Voilà… c’est pas grand-chose mais si ça peut t’aider… c’est bien.

Il devait être très certainement surpris, et surtout, se demander comment une personne qui n’aimait pas les dragons pouvait être autant appliquée à l’aider. Il finirait bien par comprendre, si elle daignait lui en parler. Mais Cassidy était déjà rentré chez elle et se glissait sous le duvet à côté d’Erwan, assez angoissée, se demandant comment il accueillerait ce présent.

Le lendemain matin, de bonne heure, la jeune femme était montée jusqu’en haut de la cascade et se tenait sur une des pierres plates. Les yeux fermés, en tailleur, elle était très certainement en train de méditer pour regagner son énergie de la veille. Elle resta un long moment concentrée puis se releva et s’échauffa en faisant des gestes et mouvements amples, traçant des symboles dans les airs, murmurant, des paroles, très concentrée. Alors qu’elle semblait danser, la jeune femme avait inconsciemment penché la tête en avant alors qu’elle était très près du bord et apercevait Tristan beaucoup plus bas.

La demoiselle ne pouvait s’empêcher de penser si il avait trouvé son cadeau, si ça lui plaisait, si… enfin il fallait qu’elle arrête de se poser des questions !

Cela semblait l’avoir perturbée, ou alors elle avait envie de se donner en spectacle mais elle glissa sur le rebord, fit de grands moulinets avec ses bras pour retrouver son équilibre mais cela ne changea rien. Elle fit un grand saut dans le vide, en avant, et chuta en poussant un cri qu’elle n’avait pas pu retenir.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Rêve ou cauchemar ?   Mer 6 Nov - 10:18

La vie était bien étrange… Et bien cruelle. Mais si joueuse.
Vie ou divinités ? Qui tirait les ficelles au final ?
Pouvait-on espérer que le hasard soit le seul responsable de cette situation ? Quel aveugle, quel naïf se laisserait aller à croire une telle absurdité ? Il y avait trop de choses, trop d’éléments qui se rencontraient et se heurtaient avec fracas, un trop grand enchainement de hasard, un trop grand enchainement de circonstances et d’évènements bien venus.
Qu’est ce qui avait fait au juste qu’il avait renoncé et était parti ?
Qu’est ce qui avait fait qu’elle n’était pas en état de lui courir après pour le ramener par les oreilles dans l’état le plus digne ?
Qu’est ce qui avait fait qu’elle avait mis si longtemps à se remettre ? Son état physique réellement ou celui aussi psychologique de ce départ précipité qui n’avait pas de raison d’être ?
Qu’est ce qui avait fait qu’elle avait renoncé ? Sa résignation ou l’annonce subite qu’il était mort ? Et mort comment ? Un guerrier ?
Qu’est ce qui avait bien pu le mener à la mort lui qui semblait être vacciné contre celle-ci tant il l’avait frôlée ?
Qu’est ce qui avait bien pu la pousser à changer à ce point, jusqu’à lui ressembler inconsciemment ?
Qu’est ce qui avait bien pu la pousser à rechercher la vengeance et à vouloir rendre ce monde plus sûr alors même qu’à des lieux de là, il faisait de même ?
Qu’est ce qui avait bien pu faire qu’il s’était retrouvé seul, isolé au mauvais moment et que cela lui avait coûté la mémoire à défaut de la vie ?
Qu’est ce qui avait pu faire qu’ils s’étaient croisés, enfin, retrouvés face à face alors même qu’il commençait justement à aller mieux ?
Qu’est ce qui avait fait qu’elle n’avait pas cherché à le tuer, à se venger réellement comme elle avait tant voulu le faire ?
Qu’est ce qui avait fait que le jeune homme si différent physiquement et mentalement ait pu retrouver très vite, depuis qu’ils se revoyaient, un comportement et un corps, une force plus apte à lui ressembler ?
Qu’est ce qui avait pu faire qu’il sache la trouver quand elle avait fui, risqué sa vie sur un champ de bataille ?
Qu’est ce qui avait fait qu’il avait pu la retrouver, se promenant au même moment, lorsque droguée elle était tombée dans cette rivière ?
Qu’est ce qui avait fait qu’elle laissait sa colère disparaitre pour se réintéresser à l’homme qu’il était ?
Qu’est ce qui avait fait qu’elle avait abaissé ses défenses pour lui, malgré son état de dragon, lui apprenant ce qu’elle savait sur la magie et aujourd’hui lui montrant ce que personne d’autre ne savait sur son boudoir personnel ?
Qu’est ce qui avait fait qu’ils étaient si proches ?
Qu’est ce qui avait fait… qu’il semblait avoir envie et besoin d’être proche d’elle ?

Hasards ?
C’eût été trop simple, bien trop simple et la vie n’avait rien de simple.
Etait-ce un jeu des divinités ?
Peut-être… Il est vrai que les dieux ne se manifestaient que peu mais lorsqu’ils le faisaient, leur fonctionnement, leur manière de penser échappaient constamment aux mortels, leurs sujets.
Etaient-ils bienveillants ou malveillants ? Avaient-ils des intentions ? S’intéressaient-ils réellement à certains de leurs « enfants » ?
Parce qu’il avait aussi toujours eu ce… « truc » entre eux… Cassidy et Tristan, à leur grand dam, s’étaient assez rapidement aperçu qu’un lien puissant existait entre eux et ce même lorsqu’il avait été brisé par l’espèce de désir de protection du jeune homme qui s’était soldé par un vol de souvenirs de quelques mois de la vie de sa compagne, quelques années plus tôt. Atténué en réalité, oui, mais certainement pas brisé. Il y avait cette attirance parfaitement réciproque même si de son côté, le jeune homme l’avait très bien caché alors que sa pauvre petite mage se torturait tant les méninges et le cœur en ne comprenant décidément pas du tout cet étrange jeune homme.
Et puis… il s’était totalement remis en place et restauré et depuis cet instant, ça n’avait cessé d’être de plus en plus fort. Ils en venaient à déduire les phrases de l’autre, ses ressentis, dans ses mimiques ou ses gestes, même lorsque l’autre en question dormait.

Pour beaucoup ça serait passé pour mignon, un signe d’amour, un signe assez fort et communicatif.
Pour certains, cela était… plus.
Pour eux, c’était juste naturel.
Tristan était soi-disant mort et à fortiori, la mort, il l’avait plus que frôlée, ces jours-là… elle l’avait étreint avec bien trop de vigueur et ne l’avait pas laissé repartir intacte. A tout priori, il n’y avait plus rien… Mais comment expliquer toutes ces choses qui les rapprochaient. Leur comportement qui changeait en présence de l’autre était un indicateur qui ne passait pourtant pas inaperçu. Entre elle qui semblait de bien meilleure humeur, plus gentille, investie et autrement plus sociale et lui qui redevenait le Tristan d’avant l’accident, physiquement mais aussi dans son comportement… Il y avait de quoi se poser des questions…
Les autres remarquaient oui…
Mais pas eux apparemment.

Oui Maud avait remarqué et contre toute attente, elle ne semblait pas du tout en colère, au contraire. Elle savait que ces progrès étaient dus à Cassidy, même si la demoiselle en question semblait refuser d’y croire. Etait-ce une manière de se protéger ? Peut-être après tout… N’était-ce pas mieux ainsi ? Elle était peinée qu’il l’ait oubliée… Mais s’il n’avait rien oublié justement, comment aurait-elle réagi ? Aurait-elle pu lui pardonner sa trahison ? Aurait-elle pu résister à l’envie d’être avec lui comme elle était depuis plusieurs mois ? Une jeune femme profondément amoureuse qui avait besoin de se sentir protégée et soutenue, même si elle ne le disait pas… Et alors qu’elle était en couple avec Erwan, comment aurait-elle réagi face à son ancien amant ? L’aurait-elle nargué ? Aurait-elle nié en bloc au contraire ?
Elle regrettait mais… oui, c’était la bonne question : n’était-ce pas mieux ainsi ?

Le maître de Tristan aussi était de la partie. Il avait bien remarqué, il était probablement le plus touché par les progrès du jeune homme et il vint même en toucher quelques mots à la petite mage. Ce qui était quand même un sacré pas pour lui qui avait au début tant craint son retour quand il avait su qui elle était réellement. D’accord, il était maladroit et certes, dans ses remerciements, probablement la blessa t-il mais l’intention était là et la reconnaissance plus encore !


Tristan était assis en équilibre sur le bord du balcon de sa maison, la plus en hauteur de toutes celles de la cité. Il affectionnait particulièrement cet endroit, appréciant se retrouver en hauteur. Les jambes dans le vide, nullement gêné ou pris de vertiges, le beau jeune homme semblait perdu dans ses pensées alors qu’il passait doucement ses doigts sur un sac tout neuf qui était en bandoulière en travers de son torse. Il n’avait pas dormi de la nuit, tout occupé à le découvrir et à jouer avec comme un gamin.
De nombreuses pensées lui traversaient l’esprit alors qu’il observait la cité endormie. Bien sûr, dans un sens, il regrettait de ne pas s’être reposé, il sentait la fatigue peser sur ses épaules entre son manque de sommeil dû à ses cauchemars et celui dû à sa nuit blanche, mais il ne regrettait pas et dans le monde solitaire de la fin de la nuit, il avait tout loisir de réfléchir, de penser à sa vie actuelle et à tous ceux qui l’entouraient.

Il repensa avec un léger sourire à la cache secrète de la jolie petite mage à laquelle il pensait si souvent depuis qu’elle faisait en quelque sorte « partie de la famille ». Il avait été si surpris qu’elle la lui montre et il était aujourd’hui en mesure de la retrouver sans mal. Y entrer était autre chose mais il ne le ferait pas sans y être invité de toute manière, trop touché par sa gentillesse… même si elle était probablement très gentille aussi à cause de sa réaction après ingurgitation d’une importante quantité de potions. Ceci par contre le faisait grimacer. Elle devait se sentir mal pour en avoir besoin, parce qu’elle n’avait rien d’une droguée et cela ne semblait guère agréable… Bien sûr, il avait eu l’impression, dès leur premier regard, qu’elle en voulait à la terre entière et surtout à lui, qu’elle détestait tout et tout le monde, qu’elle souffrait de quelque chose de profond… mais il ne pensait pas que c’était assez profond pour qu’elle en arrive à cela… parce que vu la manière dont elle avait traité son corps, sa blessure quand il avait voulu la soigner de cette flèche, ce n’était pas une chochotte. Non… il détestait la simple idée qu’elle puisse souffrir. Celui lui donnait encore plus envie de la connaitre et encore plus, cet étrange sentiment, un besoin réel de lui porter secours… de la protéger. Alors même qu’elle n’avait certainement pas besoin de lui vu sa force de frappe magique.

Il est vrai qu’il pensait souvent à elle quand il se retrouvait seul, et surtout lorsqu’il se perchait sur le bord de ce balcon, son lieu préféré assurément. Avant c’était parce qu’il était peiné qu’elle le haïsse pour ce qu’il était et qu’il ne comprenait pas toujours. Plus tard, ça avait été plus de la curiosité et une joie sincère qu’elle lui parle de magie et passe outre sa colère envers lui.
A présent c’était… un peu différent.
Il se remémora ce moment passé ensemble dans sa cachette, parce que c’était bien ce que c’était, une cachette. De ce qu’ils avaient partagé, échangé, leurs jeux, leur bagarre… Plusieurs choses l’avaient surpris même s’il n’avait rien dit…
Il y avait sa façon de réagir à son étreinte quand il l’avait enlacée : elle ne semblait pas vraiment en colère contrairement à ce qu’il aurait cru… Il avait trouvé cela agréable de la serrer dans ses bras, s’était surpris à saisir un flot de détails comme le rythme de son cœur, l’odeur de sa peau et la température de celle-ci. Ces détails n’étaient pas du tout à l’ordre de ses préoccupations au départ mais il les avait saisis malgré tout. Il y avait eu son regard quand il avait parlé de Mélodie, le même qu’elle avait eu lorsqu’il lui avait dit un jour que Maud pouvait accroire son don en dormant avec lui. Ce regard là par contre il ne l’avait pas compris. Et quand malgré ce qu’il semblait pouvoir croire, il avait réussi à faire ce dragon sur bois et qu’elle l’avait complimenté, il s’était senti gonflé d’orgueil et de fierté, bien trop pour son simple petit geste d’ailleurs. Il lui avait souri d’un air entendu, prenant exagérément une pose de conquérant, elle avait souri, presque ri il s’était sentit bien…

Tristan soupira, se passant la main dans les cheveux avant de s’allonger sur le côté, toujours sur le bord du balcon qui n’était décidément pas bien large mais sur lequel il semblait sans mal conserver son équilibre. Il aimait bien voir le jour se lever, il l’observerait d’ici, comme souvent… La tête surélevée puisque la tempe dans sa main, il sourit puis rougit légèrement en repensant à un autre évènement pour le moins surprenant.

Il s’entrainait. Il en avait besoin et surtout envie aujourd’hui. Jusqu’alors, il avait été bloqué dans une espèce de médiocrité qui le dégoûtait mais il ne pouvait guère mieux faire tant qu’il n’aurait pas tout réappris. Néanmoins, son esprit était intact et avoir conscience de sa propre faiblesse, même s’il ignorait tout de sa force passé, était terriblement vexant et humiliant.
Bien sûr, comme il était capable de se transformer en dragon, il était tout de même très utile et le dragon lui avait une forme bien plus puissante et bien plus efficace qui n’était pas à négliger dans les combats qu’ils menaient. Bien au contraire. Il pouvait survoler les champs de bataille, même si c’était risqué, et intervenir rapidement.
Mais aujourd’hui, oui… il devenait fort, très fort même. Et il devait apprendre à se retransformer rapidement et à intervenir. Il l’avait fait justement quand il avait secouru Cassidy…
Mais il s’était retrouvé pour le moins sacrément découvert alors que ses vêtements ne réapparaissaient pas en même temps que lui. Outre le fait que c’était assez gênant, même si au moins, l’effet de surprise était là, ses vêtements ou l’armure légère qu’il portait parfois pour un combat, le protégeaient tout de même.

Il se remémora cet entrainement peu orthodoxe qu’il s’était imposé et qu’il était obligé de faire loin de tout public, parce qu’il avait besoin de se concentrer et parce qu’il se doutait de son ridicule. Il avait parfaitement raison, il était un peu ridicule mais tellement drôle. Et la petite mage qui l’observait alors qu’il se croyait seul avait dû curieusement se détendre en voyant ses pitreries, même si elles étaient involontaires.
Quand il l’avait remarqué, il s’était senti honteux, perplexe et perdu, ne sachant trop où se mettre. Elle l’avait rejoint finalement et il essayait de jouer dans la provocation peut-être…Mais elle n’était pas en reste et se moquait gentiment malgré son grand sourire. Il se doutait qu’elle devait le trouver drôle ou même ridicule justement mais curieusement, cela ne le gênait pas. Après tout… ce n’était pas grave. Elle avait sans doute raison.

Avant qu’elle ne s’avance dans la clairière, il avait enfilé son boxer mais s’était arrêté là, laissant ses vêtements par terre et alors qu’il venait la rejoindre, il vit avec surprise le regard de la jolie jeune femme changer.
Certes, elle semblait fatiguée et certes elle paraissait également beaucoup plus joyeuse, un brin moqueuse par rapport à d’habitude. Mais elle paraissait ailleurs, perdue dans ses pensées, l’observant alors qu’il penchait la tête surpris qu’elle ne le taquine pas plus. Allons bon. Qu’avait-elle ? Elle le trouvait toujours maigrichon ? Pourtant elle avait dit que c’était mieux non ? Inconsciemment, il se tint un peu plus droit et carra les épaules. Mais ce n’était pas nécessaire et la brusque manifestation magique de la jeune femme le prit au dépourvu.
Euh… elle brillait là.

Non mais sérieux ! Elle brillait ?
Totalement pris au dépourvu et ne comprenant pas, le jeune homme la fixait bouche bée et lorsqu’elle comprit ce qui lui arrivait, la jeune femme sembla terriblement gênée, allant se réfugier derrière un buisson comme si… eh bien presque comme si elle s’était retrouvée aussi nue que lui quelques instants plus tôt. Pendant une seconde alors qu’elle tentait de se cacher derrière un arbuste, ce qui se traduisit par un arbuste luminescent d’ailleurs, le Drakkari se troubla, son regard se voilant alors qu’il vacillait une seconde, portant une main à son visage. Mais il se redressa presque aussitôt comme si de rien n’était et ce fut un sourire immense qui fendit son visage alors qu’il l’appelait gentiment, sans moquerie, juste avec un amusement certain.

Elle finit par revenir vers lui et comme elle ne semblait en rien en danger, il se détendit, souriant d’autant plus, hésitant même, voulant tendre la main pour toucher sa peau, surpris par tant de curiosités que pouvait faire cette petite demoiselle. Mais elle se prit une douche glacée et cela chassa totalement l’étrange éclat de son corps. Le seul petit inconvénient… la tendance très moulante que prirent ses vêtements. La gorge du jeune homme s’assécha alors qu’il la détaillait du regard, son sourire ayant disparu, remplacé par un plus léger, un brin curieux et un coup d’œil assez… intéressé.
D’ailleurs il eut l’étrange réflexe de plaquer ses mains sur son entrejambe, alors même que de toute façon, il portait déjà un boxer, que ce n’était en rien plus couvrant et qu’il était déjà dans cette tenue depuis un moment maintenant devant elle.

Pris d’égards pourtant, il se retourna et alla enfiler ses vêtements sans poser de question. Ce fut elle qui gênée lui demanda alors de ne pas l’embêter là-dessus. Torse nu, il se tourna vers elle et lui fit un adorable sourire, haussant les épaules.

- D’accord… Mais c’est dommage, ça t’allait plutôt bien… ce petit air de luciole.


Tristan sur son perchoir soupira en repensant à cette réplique. Ce n’était pas très… développé et certainement pas intéressant… Mais c’est vrai qu’elle lui avait évoqué une petite luciole… une adorable petite luciole. Mais à la voir redevenue normale, trempée, les vêtements si près du corps, toute innocence avait déserté ses pensées et celles qui l’avaient envahi l’avait laissé… surpris et un brin penaud. Plus il y repensait plus il trouvait sa propre réaction normale et en même temps plus il se la reprochait.
Il la trouvait belle…
Oh il n’était pas le seul. Les autres parlaient de temps en temps d’elle. Ils évoquaient son mauvais caractère largement pardonné par son adorable minois. Il faisait comme s’il n’y était pas sensible mais ces propos l’agaçaient souvent. Elle était telle qu’elle était. Que savaient-ils d’elle ?! Absolument rien ! Alors de quel droit se permettaient-ils de juger ?! Ils ne jugeaient pas… ils commentaient, ils appréciaient… et lui ne l’acceptait pas, comme c’était étrange !

C’était la veille et il avait l’impression que cela datait de plusieurs jours tant tout cela lui semblait lointain, presque vu par quelqu’un d’autre. Et pourtant c’était si proche.
Fermant les yeux, il revit l’éclat doré qui avait émané de ce petit corps mince… Elle était plus petite que lui, beaucoup plus petite… en fait, elle n’avait pas de grande différence de taille avec les autres femmes de la cité, sauf quelques unes comme Maud qui dépassaient un peu la norme, et pourtant… elle lui semblait bien plus petite, bien plus vulnérable, bien plus… à protéger que toutes les autres. Alors même qu’elle était sans nul doute la plus puissante des mages de ce groupe et qu’elle était par extension bien plus forte que lui justement. Comme c’était contradictoire.

Elle était vite partie pourtant… Il ne l’avait pas revue de la journée, se doutant pourtant un peu de ce qu’elle faisait et d’où elle était. Mais il n’avait pas cherché à l’embêter, s’entraînant d’arrache pieds et aidant les uns et les autres dans une bonne humeur communicative.
Il n’était pas plus gêné que ça qu’elle l’ait vu aussi ridicule et nu comme un ver au final. Déjà parce que son air rieur la rendait beaucoup trop joli pour qu’il veuille l’effacer, ensuite parce qu’il ne l’avait jamais vue aussi joyeuse et ce sans sentir l’odeur des potions sur elle, et puis enfin, le sourire magnifique qu’elle lui avait offert pour l’inciter à ne pas lui poser de question sur sa brillance lui avait tant et si bien retourné l’estomac, qu’il n’avait rien pu avaler au déjeuner !!!

Le sourire du jeune homme s’élargit alors qu’il laissait l’un de ses pieds se balancer lentement dans le vide. Se remémorer ce sourire n’était guère difficile et il avait encore un effet suffisant sur lui pour lui donner de curieuses crampes dans l’estomac. Il avait pensé à leur rencontre fortuite toute la journée, même s’il était occupé, ce qui lui avait valu quelques esquives assez mal maitrisées mais suffisantes pendant ses combats.
Il était déjà bien fatigué lorsque Erwan était venu le voir.

Plus que jamais, le Drakkari sentit l’antipathie que lui portait le jeune homme pour une raison qu’il ignorait. Ce garçon ne l’aimait pas et c’était tout à fait normal vu le mal qu’il avait fait à Cassidy… Mais lui ne le savait pas et ne le comprenait pas. Et lorsqu’il lui demanda s’il avait vu la jeune femme, Tristan comprit bien vite qu’il pouvait tout simplement s’agir de jalousie.
Pourtant il mentit. Il se doutait bien d’où elle était mais il ne trahirait ni son secret, ni sa confiance, ah ça non ! Intérieurement, il était très fier et même assez orgueilleux de se rappeler qu’il partageait justement un secret avec la jolie jeune femme, une chose dont elle n’avait même pas parlé à son petit ami, à son… fiancé.

Cette pensée là pourtant le peina et il se crispa.
Etait-il le seul à voir que quelque chose ne tournait pas rond dans ce couple ?
Quand Cassidy lui avait parlé d’Erwan, elle avait été gentille bien sûr mais… il s’attendait à voir dans son regard les sentiments qu’il voyait régulièrement dans les yeux des femmes parlant de l’homme qu’elles aimaient, de l’amour, du respect, de la tendresse, de la passion. Il avait vu le respect, il avait vu la tendresse mais amour et passion, point de signe avant-coureur. Pourquoi ?
N’était-elle pas heureuse ?

Elle avait dû rentrer au final et il espérait qu’elle n’avait pas eu de problème avec son compagnon… Après tout, il devait moyennement apprécier le fait qu’elle s’isole autant sans rien lui dire.
Le jeune homme grimaça, venant de s’enfoncer les ongles dans la joue en crispant le poing. Il se rassit et soupira tristement, fixant ses mains posées sur ses jambes et le vide.
Il l’avait bien dit à la jeune femme… A la place d’Erwan, il n’accepterait pas de la voir autant s’isoler, il n’accepterait pas de ne pas savoir si elle était en sécurité. Ce gars là était soit d’une confiance aveugle, soit d’une connerie monumentale ! Il semblait si faible à ne même pas insister ! A sa place, non ! il voudrait savoir si elle allait bien ! et puis il serait quand même peiné de voir qu’elle ne souhaitait pas rester auprès de lui ! Non à sa place… A sa place ? Il n’était pas à sa place… Et il n’y serait pas de toute manière alors à quoi bon penser cela ?

Tristan secoua la tête et rentra chez lui pour aller boire un verre d’eau avant de retourner sur son perchoir. Exprès, il avait demandé et aidé pour la construction en faisant un bord suffisamment large pour que ce soit parfaitement confortable, contrairement à celui de Maud qui, plus fin avait une forme élégante.

Doucement, il posa ses doigts sur la sacoche contre son flanc, l’observant avec un sourire. Comme il avait été surpris de découvrir ce cadeau et d’autant plus la petite lettre. Elle l’avait beaucoup touché et quand il avait compris que c’était probablement là-dessus que la demoiselle avait passé sa journée, il avait ressenti de nouveau cette brusque crispation au niveau du ventre. Ca faisait un peu mal quand même mais… c’était agréable.
Et c’était à cause de ce cadeau qu’il n’avait pas dormi. Comme un gamin, il s’était amusé avec longtemps, mettant tout ce qui lui tombait sous la main dedans puis le ressortant et recommençant l’expérience comme si le tour de passe-passe pouvait brusquement cesser de fonctionner.

Oui, elle l’avait énormément surpris et comprendre qu’elle avait passé tant de temps sur quelque chose pour lui, tant de temps à s’interroger sur sa transformation, cela lui donnait envie de croire qu’au fond, elle l’aimait bien. Et ça c’était vraiment très agréable.
Oh, il ne s’était pas lassé de ce petit jeu, mais il avait décidé d’arrêter au bout d’un moment après avoir essayé d’y faire entrer tout ce qui trainait chez lui et se promettant d’essayer avec d’autres choses dès que le jour serait levé. Mais il n’avait pas réussi à s’endormir malgré l’heure plus que tardive…
Il repensait au fait qu’elle n’ait que toqué au lieu de lui remettre en main propre, ne comprenant pas pourquoi. Il repensait au visage de la jeune femme qui lui souriait avec tant de franchise alors même que ce sourire cachait, il le sentait dans chaque fibre de son corps, une blessure déchirante. Il repensait à tout ce qui leur était arrivé depuis qu’ils s’étaient « rencontrés ». Il repensait à ses baisers aussi… alors qu’elle était sous le joug de potions qu’elle ne supportait pas. Il repensait à la sensation de ses lèvres dans ces baisers si… plein de ce quelque chose qu’il ne voyait pas dans son regard lorsqu’elle parlait d’Erwan. Il repensait à la sensation que lui avait procurée sa peau quand il l’avait portée pour la première fois, touchée, enlacée.
Et il repensait avec une pointe d’amusement et de regret ses tentatives pour comprendre cela, pour le reproduire, enlaçant une des filles qui l’aimaient bien, en portant une autre… Mais ça n’avait rien à voir. Ce qu’il avait décidé d’appeler ce « frisson électrique » ne se produisait qu’avec la petite mage. Etait-ce sa magie ? Ou autre chose ? Il devrait avoir honte de penser ainsi et pourtant… il n’y arrivait pas.

Rester allongé sur son lit ne lui servant à rien, il s’était installé sur ce perchoir pour réfléchir mais au final, même s’il pensait à bien d’autres choses, ces quelques idées revenaient un peu trop souvent. Son sourire, l’odeur de sa peau, sa douceur, la violence qu’avaient provoquée en lui ces baisers… Violence oui… c’était exactement ça. Violent…

Il n’avait même pas remarqué qu’une certaine petite mage s’était levée bien tôt, une fois encore, alors que le ciel peinait tellement à devenir clair, se zébrant d’orangé et de rouge. Une certaine petite mage qui avait curieusement choisi l’un des plus bel endroit pour s’installer et méditer.
L’espèce de vaste cuvette dans laquelle ils se trouvaient était en effet surmontée de hauts murs naturels de pierre couverts de ci de là de végétation ou totalement à nu du fait des nombreux filets d’eau qui s’écoulaient. Il était bon de savoir qu’en effet, s’ils semblaient relativement enfoncés dans la terre par rapport à la hauteur normale bien au-dessus de leur tête, des cavernes souterraines en cours d’exploration descendaient encore plus bas et un immense lac souterrain s’était formé grâce à l’écoulement de toutes les rivières du coin justement dans cette cuvette, cela alimentait probablement les nappes phréatiques de toute la région mais ça, c’était encore à vérifier.
Toujours est-il que la jeune femme avait apparemment choisi l’une des petites cascades près d’un mur de pierre justement dans lequel se dressaient certaines habitations. Tristan n’en était pas bien loin justement, il adorait le bruit des cascades, le trouvant apaisant.

Elle méditait peut-être, s’échauffait peut-être mais elle profitait elle aussi de la vue, sans que la « vue » en question ne semble s’en douter. Mais quand elle glissa… Tout bascula.
La plupart des gens dormaient encore pour ne pas dire tous, somnolant pour tirer encore quelques heures de sommeil. L’agitation commencerait bien assez tôt.
Seules les vigies qui avaient été relayées un peu plus tôt étaient âmes éveillées et actives dans ces lieux.

Tristan était toujours plongé dans ses pensées quand à travers le grondement léger de la petite cascade, il entendit un cri tout ce qu’il y a de plus humain. Il ne vit même pas que son collier s’était brusquement mis à briller. D’un bond, il s’était levé, en équilibre sur le bord de son balcon. Il vit aussitôt, trouvant l’origine du cri, la petite silhouette qui chutait et ses cheveux blonds. Cassidy.
Honnêtement, il ne se rendit qu’à peine compte qu’il avait déjà sauté dans le vide pour sa part et que l’instant d’après il se transformait en dragon. Se retenant de pousser un puissant grondement qui aurait pu se traduire par un très explicite « j’arrive », il ressentit avec plaisir, la sensation des muscles puissants de son corps reptilien qui lui donnaient l’impression d’être invincible.
Quelques battements d’ailes, un plongeon et un brusque rétablissement juste sous la jeune femme lui permirent de la rattraper mais ce ne fut pas sans mal. Pour commencer, elle atterrit sur son dos alors qu’il avait instinctivement aplati les écailles hérissées de son épine dorsale, beaucoup plus longues que certains prenaient naïvement pour des cornes. Euh… franchement, les cornes, ça ne pousse pas dans le dos mais bref…

Alors elle ne s’entailla certainement pas, et heureusement, en lui atterrissant dessus… mais même si elle n’était pas bien lourde, bien moins d’ailleurs qu’il ne l’aurait cru, la vitesse de son choc leur fit vivre à tous les deux un impact assez étourdissant. Alors qu’il écartait largement les ailes sur les côtés pour être sûr qu’elle ne glisserait pas sur le côté de son dos. Bien malheureusement, cela impliqua qu’elle heurte les articulations de la naissance des ailes en question et elles étaient encore suffisamment douloureuses pour qu’il voie trente-six chandelles.
Secouant la tête pour se reprendre puisque malgré leur état qui les faisait planer et leur évitait une chute violente, ils se rapprochaient dangereusement d’un mur, il fit une embardée pour s’en éloigner. Il essaya de communiquer, même si ça se traduisait par des grognements, ignorant qu’elle pouvait le comprendre. Il essayait de lui dire de s’accrocher… Il sentait l’odeur de sa peur, les tremblements de son corps.

Il ignorait totalement comment il avait fait mais brusquement, il imposa de force des sensations à son esprit, des ordres, des idées, claires, pas organisées comme des phrases bien sûr, mais suffisantes pour qu’elle y soit contrainte, pour qu’elle les écoute.

- Calme-toi ! C’est moi. Accroche-toi. Ca va aller.

Oui c’était bref… et il ne pouvait pas non plus lui dire comment se mettre ou quoi que ce soit parce qu’il peinait déjà bien assez comme ça.
En effet, dès qu’elle l’avait touché, outre la douleur administrée par un genou sur une des articulations en question, il avait cru qu’il allait se retransformer, comme si son corps de mage, inconsciemment, le forçait à redevenir… Drakkari ou pour faire plus clair : humain.
Lutter contre cela l’avait surpris et épuisé alors même qu’il n’avait déjà pas beaucoup de forces à revendre.
Se reprenant, le dragon s’était élevé, soulagé par la position que venait de prendre la jeune femme, un peu plus en avant sur son dos, ne gênant plus ses ailes, par quelques puissants battements, bien plus haut au-dessus de la cité, bien au-dessus de la cascade aussi…
Mais ses forces l’abandonnaient.

Il n’avait jamais porté qui que ce soit sur son dos en volant. Non qu’elle soit lourde mais la sensation était étrange et son corps de dragon peinait bien plus à l’accepter que ne l’aurait fait son corps d’homme. Comme si le raisonnement n’était pas du tout le même pour l’un et pour l’autre.
Tout se passa alors très vite…
La peur, il la sentait toujours chez la petite mage, même si elle semblait un peu différente, il n’avait pas le temps de s’en soucier.
Avisant un espace suffisant entre quelques arbres, il fit un plongeon, freinant brusquement sa chute au dernier moment en écartant les ailes, la force de répulsion faisant le reste et… il lâcha totalement sa transformation qu’il peinait tant à maintenir.

Plus lourd, beaucoup plus lourd, que la jeune femme, leDrakkari chuta bien plus vite qu’elle et atterrit au sol, bien plus bas bien avant de ce fait. Elle était encore probablement sous le choc et incapable de réagir, poussant un cri de surprise suite à la disparition de son support draconien, elle tomba et très mal d’ailleurs, si elle avait atterri au sol seule, outre la hauteur de la chute, sa position lui aurait été probablement fatale.
Mais heureusement pour la demoiselle, un jeune homme était là pour la réceptionner. Tristan la rattrapa, pile poil en dessous-d’elle alors qu’elle tombait. Ses bras se serrèrent aussitôt sur elle alors qu’il semblait totalement amortir le choc et la vitesse de chute, ses bras animés de cet étrange éclat qui courait de temps à autre sur sa peau.

Le silence revint aussitôt alors qu’il la serrait contre lui, une main sous ses genoux, l’autre sur le bras le plus loin du sien, son propre bras soutenant le dos de la jeune femme. Il la portait plutôt haut par contre, les muscles des bras contractés et de ce fait, le front appuyé contre les cheveux de la jeune femme.
En fait, la forêt n’est jamais bien silencieuse du fait des sons ambiants qui la peuplent : les animaux, le bruit du vent dans les feuilles. Pourtant tout sembla se taire pendant quelques secondes avant de reprendre. Il desserra enfin un peu son étreinte, donnant par là, un peu moins l’impression que justement, s’il ne la serrait pas ainsi contre lui, il pouvait la perdre.

Décalant son visage du sien, le jeune homme fit un sourire des plus adorables alors qu’elle relevait enfin les yeux vers lui…
Mais soudain il pâlit, chancela alors qu’il la tenait toujours contre lui et… s’écroula par terre. Le tout sans la lâcher bien évidemment.
Heureusement Tristan tomba sur le dos et ne sembla en rien se faire mal même s’il fit une légère grimace. Décidément, il était solide. Mais il avait fermé les yeux et haletait, toujours aussi pâle et son front se couvrant de sueur.
Le jeune homme ne relâchait pourtant pas son étreinte définitivement, gardant la petite mage contre lui et lorsqu’elle s’inquiéta pour lui et que même sa voix lui parvenait difficilement, il tenta un sourire rassurant, les yeux toujours fermés et la tête légèrement renversée en arrière.

- Ca… Ca va, je vais bien… J’ai trop forcé c’est tout. Fatigué… Ah… P… Promis… T’es pas lourde mais… je vais juste… reprendre…mon souffle cinq minutes…

Ménager l'égo d'une demoiselle en lui assurant qu'elle était un poids plume ? Rien que ça ? Il était déjà dans la galanterie malgré la situation ?

Il se tut, respirant de nouveau par à coups, mais un large sourire barrant son visage cette fois alors qu’il avait bougé ses mains, maintenant à présent la petite mage contre lui, ses doigts effleurant doucement son dos à travers le tissu de sa tunique.
Pour sa part, fort heureusement, il avait dû réussir à suivre ses conseils et était habillé… Enfin autant qu’il l’était lorsqu’il s’était jeté dans le vide… Pieds et torse nus, portant comme toujours son collier qu’il ne quittait jamais, il avait un bien étrange look avec sa sacoche passée en bandoulière autour de son torse… mais c’était un peu la preuve qu’il avait apprécié le cadeau non ? Puisqu’il ne l’avait pas quitté…
Sa respiration s’apaisait tandis que ses muscles crispés se détendaient rapidement, il se fit plus calme et sembla même un instant prêt à s’endormir mais il rouvrit les yeux et observa la jeune femme, parfaitement conscient de leur proximité et du fait que c’était lui…qui la forçait un peu pour le coup. Un sourire taquin éclaira son visage.

- Bonjour au fait…
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Rêve ou cauchemar ?
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