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 Un voyage pour apprendre à mieux se re-connaître ?

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AuteurMessage
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Messages : 594
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 24

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un voyage pour apprendre à mieux se re-connaître ?   Sam 1 Mar - 0:13

HS : Helloooo miss !!! Joyeuuuux anniverrrsssaaaiiiireeeuuuuuuuhhhh et comme promis voici un mess pour te gonfler à bloc. Bon, ce n'est pas du top niveau mais je suis encore rouillée et surtout claquée à 1h du mat :p En tous les cas bonne lecture vieille peau, je pense fort à toi et je t'adoooore <3:
 

Comment ce salopard avait-il pu oser ?! Ce n’était tout simplement pas…possible ! Pourquoi ???!
Tristan tentait de maitriser ses nerfs alors qu’il retournait à la fête, puis, en constatant l’absence de Cassidy, tandis qu’il retournait chez les parents de la jeune femme. Son coeur battait si vite qu’il lui faisait mal. La rage faisait encore trembler ses mains et il se sentait une envie irrépressible de…dévorer cet odieux personnage !
Dévorer… Il pensait se faire à ses pulsions de dragon, mais certaines le surprenaient encore et malheureusement, il ne savait pas toujours comment réagir. Le tout était de rester calme, juste calme. De toute manière, ce n’était rien… Avant, il se transformait en un monstre, il perdait le contrôle, totalement, aujourd’hui, il savait que c’était différent et qu’il resterait toujours conscient, même aveuglé par la colère.

Il marchait vite et pourtant, il eut l’impression de mettre une éternité pour rejoindre enfin sa petite mage blessée. Oh elle ne souffrait d’aucune séquelle… du moins d’aucune séquelle physique. Celles qui la meurtrissaient encore étaient bien plus graves et bien plus profondes. Il prit soin de faire assez de bruit en arrivant pour la prévenir de son arrivée, pour ne pas l’effrayer davantage. La voir dans cet état lui fit mal même si elle tentait déjà de faire bonne figure.

Pourquoi ?
Ca aurait dû être une journée parfaite !
Ils venaient de se fiancer, ils étaient officiellement ensemble, renonçant aux aventures d’un soir, renonçant à tromper l’autre dans un moment d’égarement, décidés à passer leur vie ensemble, du moins c’est ce qu’ils semblaient se dire. Il se souvenait de son visage ému et rayonnant peu avant la cérémonie quand elle lui avait dit à peine y croire, alors que ses yeux brillaient tant ! Il lui avait souri, l’avait gentiment taquinée mais dans son coeur, c’est vrai, il ne pensait pas comme elle. Pour lui… c’était déjà comme ça qu’il voyait les choses, de manière idéale certes mais… c’était ainsi. Ce serait elle ou aucune autre. Ce serait la seule femme qu’il prendrait pour fiancée, c’était dit.

Tout s’était bien passé. Ils s’étaient regardés comme s’ils étaient seuls au monde et pendant la cérémonie, ils semblèrent un bon moment seuls au monde même si Tristan s’adressait à la foule. Au contraire même, presque toutes les personnes présentes pouvaient affirmer qu’il semblait plus parler à la demoiselle qu’à quiconque. Bon… peut-être y était-il allé un peu fort dans ses déclarations mais tout était vrai et tout ce qu’il brûlait de lui avouer sans trop oser de peur de paraître excessivement faible était ressorti. Aujourd’hui, il avait bien le droit d’être particulièrement sensible non ? Quand ils s’étaient embrassés… ça avait été magique, comme toujours. Et même plus encore. Qui plus est, de petites lumières éclatantes les entouraient, comme si les dieux approuvaient leur union. Et n’était-ce pas justement le cas ? N’étaient-ils pas destinés à finir ensemble ? Il avait failli se sentir mal tant son baiser était doux et agréable et pendant un court instant, oui, le monde cessa de tourner, les oiseaux de chanter dehors, les respirations des spectateurs se firent inaudibles. Il n’y avait plus qu’eux sur cette terre, dans ce monde. Il l’aimait…
La journée s’annonçait merveilleuse ! Au début ils étaient incapables de se lâcher la main, se jetant de temps à autre des sourires timides, les pommettes rougies par l’émotion, ils profitaient des acclamations et félicitations de tous. Puis ils avaient dû vaquer à leurs devoirs de roi et reine du jour et ils avaient été séparés… Mais ça… Ca, ça n’aurait jamais dû arriver.

Si quelques jours plus tôt, ils avaient subi une attaque qui avait mis à mal le corps du jeune homme et les nerfs de sa compagne, le craquage de celle-ci avait été bénéfique pour leurs échanges et ils avaient pu bien davantage communiquer à ce propos qu’auparavant. Sans doute parce qu’il n’osait guère aborder le sujet de ses ressentis en tant que dragon, sachant à quel point elle désapprouvait et sans doute parce qu’elle pensait qu’il n’avait aucune réponse à ses questions, ils étaient restés tous les deux trop silencieux et cachottiers et c’était apparemment inutile. Elle avait besoin de savoir tout ceci pour être rassurée mais il est vrai qu’il songeait qu’elle savait déjà tout ceci. Il fallait bien… Sinon comment pouvait-elle être si sûre d’eux. Décidément, elle était bien courageuse ! En tous les cas, son discours avait semblé la rassurer et la détendre et si elle ne lui avait posé que très peu de questions, il savait qu’une fois remis, il en subirait probablement de nombreuses autres et c’était tout à fait normal.


Là… Toutes ces questions, toutes ces choses étranges qui les concernaient, assurément elle n’y pensait pas. Comme il s’y attendait, il la trouva sur son lit, désemparée, pâle, légèrement tremblante, recroquevillée sur elle-même. Tristan marqua un temps d’arrêt pour se défaire de la haine et de la crispation qui avait envahies son corps en la voyant ainsi. Il savait bien qu’elle avait voulu forcer un peu les choses pour qu’ils puissent se retrouver au plus tôt, que le traumatisme de son corps était loin d’être assimilé, accepté et au moins en partie guéri. Elle avait encore mal et il le voyait parfois sur son visage quand le regard noisette se perdait dans le vague. Certes, elle s’était consolée avec lui et il n’en avait été que plus doux, tendre et passionné avec elle même si ce n’était pas pour ces raisons… Mais cet homme avait tout fait capoter et il lui avait assurément rappelé… cet horrible moment. Savoir qu’elle allait mal, qu’elle était malheureuse blessait bien évidemment le Drakkari, c’est le contraire qui aurait été surprenant.

Il la rejoignit en douceur alors que déjà elle essayait de reprendre le pas, le contrôle sur la situation et minimisait les choses. Elle lui dit qu’elle allait bien, qu’elle avait besoin d’être un peu seule, qu’il n’avait pas besoin de se priver pour elle. Il fronça aussitôt les sourcils. Parce que pour elle, il était capable d’apprécier une fête à laquelle elle ne participait pas ? N’avait-elle pas compris toutes ses phrases au temple ? Il l’aimait ! Que diable allait-il faire loin d’elle ? Il se faisait déjà bien assez de mauvais sang en étant juste à côté !
Il finit par l’attraper et la porter à l’extérieur alors qu’elle résistait mais sans grande force et surtout sans utiliser la magie. Se rendait-elle compte qu’elle l’avait utilisée, sans faire exprès, sur lui quelques minutes auparavant ? S’en voulait-elle ? Avait-elle peur ? Pourtant, il n’avait rien, elle le voyait bien non. Ils finirent dans une clairière et il insista pour voler avec elle. Apparemment c’était le mieux qu’il ait trouvé pour l’heure pour lui changer les idées et lui vider la tête, plus efficace encore que l’embrasser. Il avait d’étranges certitudes mais elles étaient loin d’être stupides !

Une demoiselle traumatisée n’avait certainement pas envie de beaucoup de contact, même avec l’homme qu’elle venait de prendre pour fiancé, ça paraissait tout à fait… logique, non ? Alors que ça… c’était la liberté qu’il lui offrait, ni plus ni moins, la possibilité de laisser un peu ses peurs, inquiétudes s’éloigner, relâcher la petite proie fragile qu’elle représentait encore…
Elle refusa au début alors qu’il s’était déjà transformé mais il poussa une espèce de… soupir, ce qui était toujours surprenant venant d’un dragon, tout drakkari qu’il soit et il attendit patiemment qu’elle se décide, jouant avec une branche d’arbre d’une de ses pattes en la surveillant du coin de l’oeil jusqu’à ce qu’elle cède à ses grands yeux orangés tristes auxquels il était décidément bien difficile de résister. Oui, elle finit par céder et ce fut libérateur pour tous les deux alors que le dragon s’envolait déjà. D’ailleurs, étrangement, il semblait avoir une meilleure impulsion que d’ordinaire, son décollage fut plus vif, plus rapide et bien plus puissant, l’herbe s’était bien sûr aplatie sous ses pattes mais même la terre se fissura quand il décolla brusquement. Il n’avait pas besoin d’élan comme beaucoup d’humains le croyaient bêtement. Non, les dragons n’avaient pas besoin de courir sur une trentaine de mètres pour pouvoir décoller… encore heureux !!!!

Mais il redescendit plutôt vite malheureusement. Ce n’était pas qu’il était réellement fatigué, mais sa transformation lui semblait fluctuante et il ne voulait pas courir le risque de la lâcher alors qu’ils volaient ensemble, au risque de la blesser. Oh, ça allait pourtant, mais son corps de dragon avait aussi besoin de se remettre et celui-ci était très frustré de ne pas avoir su dominer dans cette fichue bataille contre ce gros plein de soupe pourtant bien moins vif que lui. Il n’avait pas l’air fatigué mais ses tentatives pour ses coiffer le matin même n’étaient plus qu’un très lointain souvenir vu sa coupe de cheveux lorsqu’il la récupéra habilement dans ses bras comme toujours. Il devait y avoir de l’électricité statique car ils semblaient encore plus ébouriffés que d’habitude !!!

Il était inquiet néanmoins et déjà se demandait comment la distraire de ses sombres pensées, comment lui redonner le sourire puisqu’apparemment la fête, ils ne risquaient pas d’y retourner de sitôt. Oh il avait bien remarqué ses canines trop longues et pointues mais en vrai gentleman ou par un amour certain, il faisait comme si de rien n’était. Malheureusement, manque d’inspiration ou peur de mal faire, le grand Drakkari n’était guère inspiré. Elle avait bien assez mangé et il était donc inutile de lui parler de biscuits, elle n’avait ni l’envie ni l’énergie de s’entraîner, c’était certain, ils ne pouvaient pas voler… Peut-être avait-elle besoin de discuter. Mais comme le lui dire sans risquer de la braquer ? C’est pour cette raison qu’il lui demanda juste ce qu’il pouvait faire pour elle, il n’y avait absolument aucune arrière pensée derrière ces paroles, pas la moindre. Aussi fut-il très surpris par sa réponse. Elle s’était rapprochée de lui, posant les mains sur son torse en commençant doucement à le caresser, il fronça les sourcils, interloqué. Mais que dire de ses paroles ? Décidément… il l’avait pervertie. Où était la petite demoiselle rougissante, naïve et complètement coincée, si innocente ? Elle était si provocante aujourd’hui, pleine d’assurance et presque de culot alors qu’elle le prenait tellement au dépourvu qu’il restait bouche bée, surpris. Oh bien sûr, elle l’embêtait un peu, elle le taquinait, histoire qu’il lui prouve le contraire, pourtant Tristan demeura initialement immobile, inquiet pour sa chère et tendre. Allons bon… N’essayait-elle pas de se vider la tête d’une étrange manière ? Enfin, il voulait bien lui servir de dérivatif, mais était-ce vraiment bon pour elle ? Apparemment oui… Et puis il lui avait dit qu’il lui ferait oublier tous ces hommes, le chef des Kaärs compris, sous ses caresses… Apparemment, ça s’appliquait encore plus aujourd’hui alors qu’il se montrait d’autant plus contrôlé, calme, patient et tellement doux, si puissant contraste par rapport aux bourreaux de la jeune femme. Câlin, il lui déclara très vite en lui mordillant l’oreille qu’aujourd’hui, elle ne devait penser qu’à elle, uniquement à elle et qu’il ferait tout ce qu’elle voudrait…

Euh… oui, effectivement, ça augmentait le contraste là !
Mais bon, n’était-ce pas bienvenue de la part du jeune homme ? En tous les cas, il était, il est vrai, d’autant plus attentif et réceptif au moindre frémissement de sa peau et très vite les petites taquineries et tentations devinrent insupportables. Oui, heureusement qu’il y avait des buissons pas loin, bien plus confortables que le sol dur et froid des sources, leur petit coin secret. Il ne fit pas la moindre remarque, pas le moindre geste à l’encontre des canines pointues de la jeune femme et ce même lorsqu’elle lui mordit assez… brusquement la gorge, par taquinerie et plaisir au départ sans doute mais avec plus de force que prévu sans doute.

La fête battait son plein beaucoup plus loin, sans eux, ce qui ne semblait guère tracasser le jeune homme qui caressait tendrement la hanche de sa fiancée alors qu’elle était blottie tout contre lui. Il se permit d’ailleurs de lui murmurer qu’elle portait sa tenue préférée, ce à quoi elle répliqua, suspicieuse qu’elle était complètement nue… ce qu’il ponctua d’un sourire d’adoration par un « justement » si rêveur et sincère qu’il était impossible de lui reprocher quoi que ce soit. Oh ils auraient pu rester longtemps ainsi mais bon… On risquait de se demander où ils étaient passés et si on les cherchait sans les trouver, ça allait encore faire plein d’histoires !
Alors qu’ils s’étaient rhabillés et marchaient main dans la main, lui toujours aussi silencieux, elle le remercia, ce qui l’arrêta net alors qu’il la fixait avec sévérité. Il grommela en détournant les yeux, flatté par le « bonus » certes mais tout de même agacé.

- Tu es ma fiancée… Je dois mieux m’occuper de toi et aujourd’hui… tu n’as pas le droit de me dire non quand je décide de prendre soin de toi alors… humph… T’as pas à dire merci…Et puis... j'en ai bien profité aussi...

Etait-il obligé d’appuyer autant sur le « ma fiancée » ? Probablement pas, il le fit et sans doute cela fit-il plaisir à la demoiselle, il n’eut pas le temps de s’en rendre compte, déjà elle vacillait et il la rattrapait. Elle semblait toute faible, épuisée, par sa grossesse et peut-être aussi un peu leurs galipettes. Inquiet malgré ses paroles, Tristan la porta en silence avec mille précautions, marchant lentement jusqu’à chez ses parents, renonçant à retourner à la fête.
Il la dévêtit prudemment et la glissa sous les couvertures, la bordant avant de l’observer dormir un instant. Le jeune homme soupira et s’éloigna pour aller chercher son sac. Il s’assit dans un fauteuil dans la chambre de sa compagne, la surveillant un instant avant de se décider à ouvrir un épais manuscrit sorti de son sac magique puis un carnet et un crayon sur lequel il semblait… annoter certaines choses… assez sérieuses.

Elle ne sut rien de la fin de la journée mais il la passa avec elle, à l’observer, à veiller sur elle, prenant de temps à autre sa température en posant sa main sur son front, s’assurant qu’elle allait bien. Il entendit les habitants quitter petit-à-petit la fête pour rentrer imbibés la plupart chez eux, du moins vu le vacarme. Quand les parents de la jeune femme rentrèrent, son fiancé s’était assoupi dans son fauteuil et c’est Marilyn qui vint s’assurer de son état, le couvrant d’une couverture, ce qui le réveilla. Bien sûr, elle en était navrée, mais ce n’était pas plus mal et alors qu’il se frottait les yeux, il expliqua que Cassy s’était sentie mal, fatiguée, le bébé lui prenant son énergie. Belle-maman lui reprocha de ne pas être venu la prévenir pour retourner s’amuser pour sa part mais il déclara avec un sourire et une telle sincérité qu’il était parfaitement à sa place qu’il n’était pas facile d’en être autre chose qu’émue. Il salua ses beaux-parents, se déshabilla et se glissa aux côtés de son adorable compagne toujours profondément endormie qui se colla aussitôt à lui dès qu’il fut sous les couvertures, ce qui tira un large sourire attendri au jeune homme.

Le lendemain, c’est un doux réveil qui l’attendait alors qu’elle semblait timide, craquante, adorable à croquer. Sa petite phrase, petite demande sur ses impressions par rapport à leurs fiançailles, au fait qu’il soit fiancé à sa « jolie mage » tira inévitablement une taquinerie au demoiseau.

- « jolie mage » ? C’est qui celle-là ? C’est quoi cette arnaque ? Je croyais être fiancé à une demoiselle belle à se damner et sexy à en crever !

Il lui sourit tendrement, s’emparant de ses lèvres en sentant immédiatement que ses dents avaient retrouvé leur forme initiale. Il lui fit ouvrir la bouche néanmoins, les examinant d’un oeil expert, au cas où, mais ça avait l’air d’aller. Elle aussi semblait bien aujourd’hui, en forme, ce n’était pas le cas de la majeure partie du village qui avait un peu trop abusé de la fête, y compris des parents pour qui, selon les dires, ce n’était plus des activités de leur âge. Ils les laissèrent très vite, se rendant chez le maitre de la jeune femme.

Tristan autrefois n’était pas du tout à l’aise avec la magie, pour une obscure raison dont il n’avait jamais rien dit à Cassidy. Mais tout était différent désormais…Depuis qu’ils s’étaient retrouvés alors qu’il avait perdu la mémoire,il avait fait énormément de progrès et s’était investi pour mieux comprendre et concevoir la magie. Il ne semblait plus ni gêné, ni effrayé, bien plus calme et mesuré, bien moins fermé aussi. Pourtant il pressa légèrement plus fort la main de sa compagne lorsque la porte de chez le mage de la demoiselle s’ouvrit toute seule pour les accueillir. Ah oui.. Si Cassidy était forte, expérimentée, puissante… ce n’était rien comparé à son maitre bien évidemment qui avait pour lui une expérience que le jeune homme soupçonnait de « difficilement avouable » tant elle devait être colossale. Et les surprises s’enchainaient… Après un bien court et peu autoritaire sermon, le maitre devina que les choses avaient changé pour le jeune couple, beaucoup changé… Savait-il pour leur séparation ? Pour les horribles périodes qu’ils avaient vécues chacun de leur côté ? Aie… Lui aussi allait lui reprocher d’être parti ? Apparemment non. Mais il sut tout de suite que Cassidy était enceinte. Si Tristan ne réagit pas à cela, ou à peine, il se crispa très brutalement lorsqu’il parla d’épreuves et tout dans ses paroles semblait aborder l’incompatibilité légendaire entre mage et Drakkari.

Il devina également pour la partie dragon de Tristan et le jeune homme haussa à peine un sourcil, redevenu imperturbable, silencieux. Cassidy posait des questions par rapport à sa grossesse et sembla perturbée d’apprendre qu’elle risquait d’être sacrément vulnérable. D’autant que c’était encore très tôt et que le bébé semblait avoir un impact important, vraiment important sur elle. Tristan ne disait rien ou presque, se contentant d’écouter et de boire son thé pensivement. Il se crispait parfois à certaines paroles mais c’était si minimes que ça passait inaperçu. Quand ils commencèrent à parler des entrainements de magie de la jeune femme, le Drakkari se fit poliment distant, décidant de ne pas les gêner, après tout, c’était le maitre de la demoiselle… Il était invité mais n’avait rien à faire dans cette conversation, même s’il avait eu très envie de dire un peu plus tôt que de toute façon, lui protégerait la jeune femme, peu importe le danger ! Mais bon… ça tout le monde le savait déjà !

Ils passèrent un bon moment chez le mage. Puis vint le moment de partir et Tristan se dit qu’elle devrait revenir le voir seule, qu’il y avait peut-être des sujets dont ils devaient parler ensemble, en tant que mages. Elle partie devant pour arroser les plantes comme l’en avait menacé le vieil homme. Tristan l’observa faire, resté en arrière, l’esprit peu tranquille. Le mage le sentait et était proche de lui depuis un moment, attendant apparemment qu’il s’exprime. Bonne tactique puisque Tristan finit par rompre le silence, d’une voix assurée mais chuchotante, histoire de ne pas se faire entendre par la demoiselle.

-« pas tous les jours qu’une mage est enceinte d’un drakkari… »
- Mh…
- Oui, autrement dire jamais…
- …
- Je sais que Cassy et moi… Mais je serais là. Je la protégerai.
- Je crois que tu sais de quoi il faut avant tout la protéger…
- Je ne partirai pas. Peu importe ce qu’il m’en coûtera !
- … Tu dis ça maintenant, comme tous les Drakkaris ont dû le dire à leur compagne mais au final… est-ce que tu te doutes seulement de ce qui t’attend ?

Tristan était un peu agité, contrairement au mage qui était d’un calme à toute épreuve, s’exprimant comme s’ils parlaient du soleil et de la pluie et non de l’avenir du jeune couple.

- … Plus ou moins oui.
- C’est très difficile à imaginer néanmoins de ce que j’en sais et quand ça surviendra tu…
- … Ca a commencé.
- Déjà ?… Hum… Surprenant…
- Cassy n’est pas vraiment… ordinaire, nous le savons tous les deux…

Le Drakkari s’était assombri, surveillant la jeune femme joyeuse un peu plus loin, soudainement, sa bonne humeur et sa joie de vivre avaient disparu. Il sentit sur lui le regard du maitre de la jeune femme un instant mais ne tourna pas les yeux vers lui.

- Ca a commencé hier soir… Pour l’instant ça va, c’est diffus, je sais que ça deviendra pire avec le temps et si ce que j’ai lu est vrai… Enfin… je resterai de toute manière. Ce n’est rien comparé à la douleur d’être loin d’elle.
- …
- S…S ‘il vous plait, le vieux, faites… juste en sorte qu’elle aille bien. Ses sautes d’énergie ne sont pas normales, ça va trop vite, beaucoup trop vite ! Si le bébé devient un danger pour elle je… je ne sais pas ce que je ferais, je…Dites-moi ce que je pourrais faire pour l’aider…

Ils discutèrent encore un moment, le temps que Cassidy arrose les plantes. Puis alors qu’elle revenait, le Drakkari fit disparaitre quelque chose dans sa sacoche, sans dire un mot à ce sujet. Ils prirent congés et rentrèrent chez les parents de la jeune femme.
Après quelques jours passés avec la belle-famille, Tristan proposa de rentrer à la cité fantôme pour célébrer leurs fiançailles avec Maud qui risquait d’être hystérique et de plus en plus enceinte s’ils ne se dépêchaient pas. Ils promirent de revenir bientôt et finirent par quitter le village.
Depuis quelques jours Tristan était redevenu un peu distant mais ce n’était pas vraiment involontaire, il laissait Cassidy échanger avec sa mère sur sa grossesse, elle était harcelée par de nombreuses jeunes femmes qui voulaient connaitre leur histoire et elle prenait beaucoup de temps à méditer. De son côté, il allait souvent s’entrainer et quand il ne s’entraînait pas, il lisait et prenait des notes dans un carnet.
Mais surtout, le jeune homme semblait fatigué… Des cernes se dessinaient désormais un peu sur sa peau légèrement plus pâle. Mais comme Cassidy s’était réveillée à plusieurs reprises pour le trouver debout en train de lire ou de fixer les étoiles, elle en avait sans doute conclu qu’il avait des insomnies et comme il était toujours aussi tendre et passionné dès qu’ils s’embrassaient… ce qui partait très vite vers autre chose que de simples baisers, il n’y avait pas vraiment de quoi se faire du mouron.


Une fois à la cité, ils furent accueillis par des tonnerres d’applaudissements et des vivats de tous. Ils eurent à peine le temps d’arriver qu’une grande fête commença et dura jusqu’au petit matin… Durant celle-ci, personne ne chercha à leur causer du tort, à l’un d’eux comme à leur couple. Au contraire tout le monde était ravi et la demoiselle dut accorder au moins autant de danse que son grand compagnon. D’ailleurs, combien de fois dut-il venir à sa rescousse pour lui permettre de se reposer un peu, c’est qu’elle était très sollicitée !!! D’ailleurs c’est bien installée entre ses bras à l’écart, du moins un peu, de la fin de la fête qu’elle s’endormit. Il sourit et la porta jusqu’à leur chambre, saluant ceux qui étaient encore debout et éveillés. Ce n’était probablement pas la grossesse qui la fatiguait autant aujourd’hui et elle dormait déjà si profondément qu’il eut toutes les peines à lui faire lâcher la prise qu’elle assurait sur son cou pour leur permettre à tous les deux de s’allonger.
Leur retour à la cité marqua réellement le nouveau comportement du jeune homme. Il était toujours très doux, très amoureux, présent et câlin mais quelque chose avait changé… Quelque chose de non négligeable. Peu importe à quelle heure elle se réveillait le matin, il était debout, habillé, assis près du lit généralement. Il la saluait tendrement, l’embrassait, la câlinait mais ça n’allait jamais plus loin puisqu’il partait très vite s’entraîner. Bien sûr, il prenait très à coeur sa mission de protecteur mais les cernes de plus en plus prononcés sous ses yeux laissaient penser à un certain surmenage. Surtout qu’il semblait estimer que tant que sa compagne était bien entourée, entre autre par Maud, enceinte jusqu’aux yeux, il pouvait la laisser seule. En fait, il semblait toujours aussi empreint de tendresse et d’amour pour elle donc elle ne pouvait pas vraiment lui reprocher de ne pas assez faire attention à elle. Chaque jour, il lui rapportait un cadeau d’un de ses entrainements ou de ses missions de reconnaissance avec ses camarades. Ca allait des fleurs cueillies avant de rentrer, aux corbeilles de fruits, aux biscuits et même… différentes proies, se fiant aux envies de la demoiselle pour essayer de satisfaire sa gourmandise… alimentaire du moins.

Bref, il était là… mais pas tout à fait. Le soir, il semblait de plus en plus épuisé et étrangement, il s’allongeait même parfois avec une chemise ou une tunique ce qui la faisait un peu ronchonner… mais toujours moins que lorsqu’elle apercevait les traces/marques laissées par ses entrainements, des bleus, de fines coupures, apparemment elle était contre le fait qu’on abîme son chéri, mais il fallait bien ça pour qu’il devienne plus fort !!!!

Il semblait pourtant ravi et très attentif à tout ce qu’elle lui disait lorsqu’elle lui racontait ses journées, ses discussions avec Maud, ce qu’elle avait découvert sur un nouveau sort ou sur les bébés dans son livre… Une fois, ils avaient abordé le sujet de l’Académie et il s’était rapidement avéré qu’ils étaient dans une impasse… Dans un sens il était prêt à la suivre même s’il ne savait trop comment justifier son retour et comment ne pas se faire détruire par la petite lutine de leur connaissance, mais il était aussi très engagé aujourd’hui dans l’armée fantôme et ça… ce n’était plus négligeable… Néanmoins il fallait faire des choix et il refusait qu’elle sacrifie son école. Finalement il fut décidé qu’ils allaient tenter l’Académie qui de toute façon n’était pas si loin que ça et qu’ils pouvaient quand même rapidement passer d’un lieu à l’autre en volant… Enfin relativement rapidement. Le jeune homme semblait d’ailleurs assez nerveux mais il avait accepté, conciliant, comprenant qu’elle s’inquiétait du retard accumulé.
Ils s’accordaient encore quelques jours histoire de profiter tous les deux et de peaufiner leurs excuses bidons pour le retour justement de Tristan quand les raisons de la distance de Tristan et de sa fatigue croissante furent révélées.

Il faisait d’énormes efforts pour avoir l’air bien, normal et tout mais elle le connaissait mieux que personne, et mieux que personne elle sentait, sans réussir à savoir de quoi il s’agissait, que quelque chose n’allait pas. A chaque fois qu’elle l’interrogeait de toute manière, il éludait la question ou avait une réponse toute prête « entrainement difficile », « j’essaie de me battre au sol transformé maintenant, je me prends des sacrés coups et la transformation est difficile à tenir quand tous mes réflexes me disent de m’envoler », « je n’ai pas très bien dormi cette nuit ». Parfois il semblait prêt à lui dire quelque chose mais presque aussitôt sa mâchoire se crispait et il changeait de conversation.
Pourtant, dès qu’ils avaient un moment tous les deux, c’était très bien… Combien de magnifiques couchers de soleil observèrent-ils de la terrasse, elle blottie entre ses bras, frottant doucement une de ses joues contre le tissu doux de sa tunique !!! Elle passait beaucoup de temps chez Maud, à méditer ou le nez dans ses bouquins, bref, ils ne se reprochaient rien… ou presque. Mais un jour, alors qu’elle était justement chez leur amie commune, le frère de Maud débarqua en trombe dans l’appartement du tout jeune couple dans lequel se trouvaient les deux femmes, ouvrant violemment la porte en vociférant les noms de sa soeur et de la petite mage.
Il semblait soucieux, inquiet même et ne sembla soulagé que lorsqu’il les aperçut et ce même si sa soeur le foudroyait du regard puisque ayant sursauté, elle s’était renversé une tasse de thé sur le coin de sa nouvelle robe.
Derrière lui, venaient deux de ses nouveaux et jeunes élèves, du moins qu’il perfectionnait et qui devaient avoir l’âge de Tristan… et qui portaient justement le Drakkari, l’un lui tenant les bras, l’autre les jambes. Alors que les deux femmes passaient par plusieurs expressions pour arriver très vite à l’inquiétude et la peur, il donna des ordres secs, rapides, concis. Le jeune homme fut installé rapidement (et sans grande douceur) sur un des canapés tandis qu’un guérisseur suivait justement, arrivant à son tour avec force bruits et vociférations. Il examina rapidement le jeune homme qui ne semblait pas porter de traces de coups, de blessures du moins avant de finalement se redresser en soupirant.

- Bon, ce n’est pas grand chose… Il n’a juste pas encaissé du tout ce sort, mais ça ira. Ca l’a sacrément secoué et assommé et il se réveillera avec un sacré mal de crâne donc donnez lui cette potion s’il semble souffrir… mais il ira bien. Que s’est-il passé au juste ?
- Bah… C’est ce que j’aimerais bien savoir ! On faisait juste une mission de routine et puis ceux qu’on suivait nous tendaient un piège. La bagarre a commencé et d’ordinaire, Tristan s’en occupe très bien, seul, en moins de deux, mais il semblait ailleurs, ralenti… On s’est battus et on a gagné sans mal mais il n’a eu aucun mouvement pour éviter le sort qu’un embusqué a lancé vers lui !
- Curieux… D’ordinaire Tristan encaisse mieux que ça… Tu l’as fait forcé sur les entraînements ? Il semble épuisé !
- Non pourtant… c’est lui qui les réclame… Je ne sais pas trop. Tsss, Cassidy, je me doute que vous vous aimez et que vous avez plein de temps à rattraper mais faut pas me le crever autant toute la nuit le petiot… Ca doit y aller pour les coït dis moi…
- Ca suffit ! Non mais… rooooh, dehors, malpoli !!!!


Ca c’était Maud qui venait d’attraper l’oreille de son frère, immense colosse plus âgé qu’elle, qu’elle sortit pourtant comme un gamin en faute sans le moindre problème. Elle fit sortir le guérisseur et les guerriers, pas de la même manière mais c’était limite avant qu’elle ne se retrouve seule avec Cassidy qui depuis le début était très proche de Tristan et semblait morte d’inquiétude pour lui. Pourtant dès qu’elle commença à caresser ses cheveux, les traits du Drakkari se détendirent, un sourire bienheureux éclairant son visage alors qu’il se tournait dans le divan en gémissant doucement.

Oui… Il y avait de quoi s’inquiéter et s’interroger… parce que les paroles du guérisseur n’étaient pas sans conséquence et bien trop lourdes de sens…Qu’arrivait-il au beau jeune homme ? Comment ignorer tous ces étranges et discrets signaux ? Maud l’observa un moment alors qu’elle parlait tout bas et sans obtenir de réponse, à son fiancé avant de finalement venir s’asseoir à côté d’elle, lui prenant les mains en les pressant. Elle grimaça une seconde, ayant sans doute reçu un coup de pied de son bébé qui prenait de plus en plus ses aises vu la taille de son ventre. Elle semblait gênée, embêtée, pour ne pas dire honteuse.

- Cassy… Faut que je te parle de quelque chose. Je n’ai pas osé jusqu’ici parce que je pensais que c’était à lui de le faire et puis je n’ai pas tout compris, ce ne sont que majoritairement des suppositions mais… tu dois savoir…

Elle posa son regard sur le sac que le jeune homme portait en bandoulière, soupira, puis se lança.

- Il y a quelques jours, alors que vous passiez du temps avec moi, j’ai voulu chercher quelque chose dans le sac de Tristan, un livre qu’il avait cherché pour moi. Il ne faisait pas vraiment attention, vous étiez en train de rire des plaisanteries de mon époux… C’est là que je suis tombée sur un manuscrit… je ne sais pas comment il se l’est procuré mais c’est un livre qui contient apparemment des témoignages de Drakkari par rapport à leur vie amoureuse, à leur concubine… à leur enfant à naitre. Qu’il se renseigne pour vous deux est très bien ! Mais… Il n’y avait pas que ça… Tristan… Tristan tient apparemment un journal depuis qu’il a retrouvé la mémoire, de peur de perdre de nouveau tout ce qui compte pour lui. Au début du moins ça ressemblait à un journal de ce type… mais… de… depuis quelques jours, il note… des choses… étranges. A propos de magie… des raisons des départs des Drakkaris, de… blessures… du bébé qui le repousse.

Pauvre Cassidy ça faisait beaucoup bien sûr et surtout ça paraissait incohérent, elle n’avait pas l’air de comprendre. Maud se mordit la lèvre inférieure puis se dirigea vers Tristan dont elle souleva la chemise sans demander ni l’autorisation ni l’approbation tout simplement de sa compagne. Là sur le torse musclé du jeune homme se trouvaient des traces fines et en train de disparaitre, qui ressemblaient fortement à des brûlures. Maud prit une main de Cassidy et la posa sur une des brûlures en voie de guérison… C’était exactement la même taille, la même forme. Normal que la petite demoiselle se recule rapidement mais son amie l’arrêta aussitôt.

- Attends !!!! Ce n’est pas pour rien qu’il s’est tu à ce propos ! Tristan devait chercher une solution… Ou… Ou peut-être que ça ne lui fait pas mal mais qu’il ne voulait pas t’en parler de peur que tu aies un comportement exagéré ! Cassy… Il… Il va bien… Il guérit pendant la journée comme tu peux le voir. Après tout, c’est un dragon… Calme-toi… Il va sans doute bientôt se réveiller et il aura besoin que tu sois là, calme… calme-toi et parlez-en… je sais, c’est beaucoup, encore une fois, mais vous avez l’habitude à force…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un voyage pour apprendre à mieux se re-connaître ?   Dim 2 Mar - 14:22

Discuter avec le maître de Cassidy, voilà une bonne idée ! Ou peut être pas… Le vieillard n’était pas aussi sénile que certains pouvaient le croire et ce n’est pas parce qu’il passait ses journées à cultiver ses plantes, lire et autres activités qu’il était complètement fini. Certains disaient qu’il était à la retraite ce qui était vrai. Mais Tristan avait raison, le mage avait énormément d’expérience. Il était bien reconnu par les Cheistams qui avaient souvent chercher à le séduire pour rejoindre leurs rangs, séduits par ses exploits mais le vieil homme avait toujours été contre ces guerres et ne servait que leur monde et les dieux. Les conflits humains ne l’intéressaient guère.

Cassidy… Cette jeune fille à l’époque qui débordait de magie avait très tôt attiré son attention. Mais les raisons en étaient obscures. Comment ce mystérieux mage pouvait prendre sous son aile une fille de roturiers, qui n’avait aucune lignée dans la magie, ni grand statut ? C’est un peu plus tard que certaines choses furent dévoilées et toute une série de complots, manège de séduction, furent opérés autour du mage et de son apprentie bien naïve qui ne se doutait de rien, bien heureuse de réaliser son rêve sans savoir que quelque chose de plus lourd pesait sur ses fragiles épaules.

Il faisait parti de ces mages capables de déceler les fluctuations des énergies d’Ascadian. Invisibles à l’œil nu mais palpables pour un esprit entraîné. Cela allait de soit que la présence d’un bébé à l’intérieur du ventre de Cassidy soit immédiatement détecté, tout comme l’énergie bien plus présente et non dissimulée de dragon, partie de Tristan qu’il avait finalement accepté. Tout comme la partie démon qui semblait s’être volatilisée et qu’il avait bien du mal à comprendre comment, Cassidy n’ayant pas l’air d’avoir souffert d’un quelconque rituel contre son bien aimé. Ce monde dissimulait bien des secrets et pour un érudit comme lui, difficile de tout savoir.

Ils parlaient d’entraînement ensuite et même si le vieil homme restait imperturbable, calme, cela ne l’empêchait pas d’observer l’attitude de Tristan. Bien sûr, il se doutait parfaitement de cette histoire de Drakkaris qui partaient et pouvait tout à fait comprendre que cela pouvait préoccuper le fiancé, même si il ne savait à vrai dire pas grand-chose de leur lien étroit, du moins de leurs aventures et souffrances. En revanche leur amour l’un pour l’autre était vraiment très fort. Et un étrange lien se formait, ce qui était tout de même assez surprenant. Un drakkari et un humain…

Le vieil homme congédia Cassidy en lui demandant de s’occuper de ses plantes, prétextant de rhumatismes. Elle était sortie grincheuse et râlant en lui demandant comment cela pouvait être possible et qu’il allait vraiment rouillé à rester ici mais elle était quand même sortie, laissant les deux hommes seuls. Et la discussion était nécessaire. Il s’était appuyé sur son bâton en regardant son apprentie sortir, l’air un peu tourné dans ses pensées. Le mage ne pensait pas blesser Tristan en parlant de cette union peu ordinaire et ne désapprouvait pas leur relation ni cette grossesse, c’était juste une mise en garde comme quoi plus encore pour une mage, porter un enfant Drakkari était une tâche peu évidente et qu’elle ne devrait pas être aussi insouciante. Il n’était pas né de la dernière pluie non plus et se doutait que cette grossesse était totalement imprévue, peut être même certaines choses s’étaient déjà… activées. Il le sentait après tout.

C’était Tristan qui le sortit de ses songes en déclarant que ce n’était pas du tout commun. Ils discutèrent à nouveau, lui voulant l’avertir également, calme mais il ressentait une certaine forme de stress chez le Drakkari bien que ça l’impressionnait de le voir lutter contre cet état. Tristan semblait lui demander quelque chose et même si il ne le regardait pas, les yeux du vieil homme devinrent imperturbables.

- Cassidy a beau être encore une enfant… mais il ne faut pas la sous-estimer. Dans un sens elle a de la chance d’avoir une quantité de magie aussi… conséquente. Oh ça bien sûr le bébé doit apprécier, après tout les dragons ont toujours été curieux de cette magie humaine même si je ne dirais pas que la magie est totalement humaine puisque les dragons ont été créé grâce à la magie d’après les vieilles légendes… certains auront beau dire que c’est très différent, pour moi je dirais que l’on forme un tout dans ce monde… Quoiqu’il en soit… ça doit lui plaire

Il marqua une pause puis chercha quelque chose dans une de ses étagères, une petite boite qui renfermait un cristal de forme élégante dans lequel semblait danser une petite flamme bleue.

- Si vraiment un jour elle fait un malaise et ne se réveille pas, faudrait que quelqu’un le casse à côté d’elle mais il n’y aura pas de deuxième charge. C’est vraiment dans le pire des cas. Je ne peux pas prévoir ce qui peut se passer.

Le vieil homme s’approcha de Tristan et lui mit le cristal dans la main qui dégageait une vive chaleur.

- Si cela peut te rassurer un peu, peu importe ce qu’il se passe, si tu devais partir ou t’absenter que cela deviendra trop… important, elle a toujours un allié de taille à ses côtés… qui a bien évolué d’ailleurs même si c’est encore bien récent. Alors ne te sens pas fautif si tu ne peux pas tout assumer. Oh et au pire des cas, je pourrais bien intervenir bien que ça risque de terminer en duel de magie et la dernière fois qu’elle a perdu… hum ça je vais le garder pour moi

Un très léger sourire se dessina sur les lèvres du vieil homme. Il était conscient que Tristan ne pourrait pas totalement repousser ce mal, et que de lutter contre risquait de provoquer plus des réactions assez risquées. Mais il lui donnait juste un remède au cas où. Il ne cherchait pas à le retenir près de Cassidy contrairement au père de la jeune femme, comme si certaines choses devaient au final se produire mais que cela ne devait pas représenter une gêne, que le plus grand danger était de ne pas savoir quand lâcher prise.

Il ne fit pas d’autre commentaire et laissa le petit couple rentrer chez eux.

Cassidy n’avait fait aucune remarque, si ce n’est un ton enjoué en demandant à Tristan si son maître ne lui avait pas fait peur, il pouvait être bourru parfois. Rien de plus ne fut dit et les jours suivants se passèrent bien. Cependant plusieurs fois Cassidy avait été tentée de demander à Tristan au sujet des Drakkaris qui partaient, peut être voulant une confirmation ou lui demander ce qu’il ressentait mais elle n’en avait pas le courage. Peut être qu’elle avait peur d’entendre certaines choses qui ne lui feraient pas plaisir.

Ensuite, ils rentrèrent à la cité et tout se passa très bien. Rien ne vint troubler leur arrivée et les gens étaient heureux. Contrairement au reste d’Ascadian, il semblait y avoir peu de personnes sans scrupules à la cité. Certainement parce que l’armée veillait au grain et qu’un comportement inacceptable devait entraîner un bannissement de la communauté. Bref, la joie se lisait sur les visages et Cassidy riait, semblait enthousiaste, même si parfois elle se tenait le ventre en grommelant. Il fallait dire qu’elle entamait son deuxième mois de grossesse et donc que les changements physiques commençaient à se voir. Parfois elle semblait même craintive pour son ventre, surtout que les tiraillements qu’elle éprouvait n’étaient guère appréciables. Et pourtant elle faisait de gros efforts mais n’hésitait pas à se caler dans les bras à Tristan quand elle sentait un coup de fatigue. Mine de rien ça l’aidait à se sentir un peu mieux… ou du moins peut être était-ce mental.

Les jours se ressemblaient ou peut être pas. Au départ Cassidy n’était pas trop insistante avec Tristan au sujet de ses réveils trop tôt. Mais elle faisait sa boudeuse les premiers jours, comme quoi il restait pas avec elle dans le lit et qu’elle avait l’impression de moins en profiter et qu’il allait devoir se rattraper ! Effectivement, il tentait de la satisfaire et lui faire plaisir un peu tous les jours, surtout qu’elle semblait être bien angoissée de sa grossesse, regardait son ventre en refusant de le voir s’agrandir, bref ses hormones jouaient bien dans l’histoire.

Elle passait beaucoup de temps avec Maud et c’était également une bonne chose puisque cela permettait à Cassidy de passer ses journées plus sereinement. La jeune femme lisait beaucoup également, méditait pour regagner des forces mais cela ne l’empêchait pas de sortir prendre l’air pour marcher, arguant qu’elle n’était pas une grand-mère et que de la marche c’était très bon aussi ! En revanche, le fait de ne pas voler avec Tristan s’avéra assez dérangeant même si elle ne le disait pas vraiment.

En effet, parfois elle lui demandait pour faire un tour mais il trouvait toujours un prétexte pour repousser les leçons de vol, surtout parlant de sa grossesse et que ce n’était peut être pas très bon pour l’enfant. Elle s’était d’ailleurs énervée un jour, à croire qu’elle ressentait réellement un manque à ce sujet là et d’avoir aussi peu d’informations. Après tout, la jeune femme était un peu plus vive. Elle parlait dans le salon les bras croisés tout en faisant les cent pas puis se tournait vers lui qui était allongé sur le canapé, visiblement à moitié en train de dormir.

« Mouais… mais tu le fais exprès ? Les séances de vol ensemble c’est important aussi ! Comment veux-tu qu’on arrive à se coordonner si on en fait jamais ? Je suis pas convalescente quand même ! A force de t’épuiser à l’entraînement, on a plus le temps pour voler ensemble ! Non mais je t’assure tu as de la chance que je sois pas guérisseuse et que je n’y connaisse pas grand-chose. C’est de pire en pire tes séances j’ai l’impression ! Un jour tu vas tomber dans les pommes et on va pas y comprendre grand-chose ! »

Il ne disait rien… Ou du moins il savait des choses mais ne voulait pas l’alarmer… ce qui lui laissait une fiancée inquiète de son état quand même, râlant sur le fait qu’il ne dormait pas assez la nuit et surtout qu’elle ne comprenait absolument pas à quoi c’était du… surtout qu’il ne disait absolument rien. Elle avait beaucoup grommeler dans son coin et même si il était toujours aussi attentionné, la demoiselle se faisait plus sévère en insistant pour qu’il consulte un guérisseur quand même. Il avait répondu évasivement.

Et d’ailleurs, le jour d’après, il avait trouvé un sujet pour empêcher la jeune femme de ramener encore une fois sur le tapis son étrange fatigue. Sa responsabilité avec l’académie. Apparemment, ses hormones s’agitaient et la rendaient beaucoup plus grincheuse. Elle avait répliqué que pour le moment elle ne savait pas trop quoi faire… qu’en plus elle était enceinte et que ce n’était peut être pas trop le moment pour retourner s’occuper de son école. Tristan insistait vraiment pour qu’elle y retourne mais lorsqu’il parla de son investissement pour l’armée fantôme et qu’il se voyait mal retourner à cette académie, la demoiselle vit rouge.

« Alors ça c’est plus important que moi ? Tu veux que je retourne là bas mais tu préfères ce que tu fais ici ? Je te rappelle que tu m’as abandonné, que t’as décidé de faire autre chose et maintenant t’as du mal à te décider ? Bah t’as qu’à y rester si ça te chante ici ! M’en fiche, si tu tiens tant que ça à ce que je parte et retourne là bas y a pas de soucis ! En même temps t’as raison, je me suis absentée suffisamment longtemps pour rester avec toi et pas trop de brusquer mais je vais pas t’imposer de me suivre quand même ! »

Un éclat doré était apparu dans ses yeux noisettes alors qu’elle se mit à taper du poing sur la table, certainement pour manifester sa peine et son agacement, à vrai dire, elle peinait à réfléchir pour le moment. Mais une étrange chose se produisit alors que c’est sans difficulté que les copeaux de la table volèrent, arrachant un bon bout au passage du poing de la jeune femme alors qu’elle semblait se rendre compte de ce qui se passait, clignant des yeux qui reprenaient une lueur normale et qu’elle grimaça en regardant sa main, enlevant les copeaux et se détournant de lui pour chercher une serviette un peu humide et poser sa main dessus.

« Ca doit être la faute à la grossesse… ça va ça va… viens si tu veux mais si tu veux pas bah reste là… »

Peut être était-elle moins sensible et trop fière pour admettre que ça lui faisait du mal qu’il émette des réticences à l’accompagner. Quoiqu’il en soit, il n’eut pas besoin de justifier sa fatigue ce jour là.

D’autres journées passèrent où il tentait de lui faire plaisir même si elle semblait un peu perdue et lointaine parfois, se reprochant ses colères passagères. Et surtout peut être regrettait-elle silencieusement de ne plus pouvoir voler avec lui, sans comprendre pourquoi il s’efforçait de se fatiguer toute la journée et même si il avait encore les ressources le soir pour des activités nocturnes. Elle ne le comprenait pas et cela l’agaçait. Les autres fois où elle voulait engager une conversation sérieuse, il trouvait toujours le moyen de se dérober ou changeait de sujet, ce qui faisait pousser un profond soupir d’exaspération à sa compagne.

Le jour où la révélation fut annoncée, Maud était venue rendre visite à Cassidy. Si Cassidy tentait de faire bonne figure, ses traits soucieux et sa mine légèrement renfrognées laissaient penser qu’elle n’allait pas si bien que ça. D’ailleurs elle venait à peine de préparer le thé et désirait peut être demander à la dame pourquoi Tristan était si fatigué en ce moment. Peut être qu’elle voyait des choses qui dépassaient les pensées de la petite mage. Cependant elle n’en eut pas l’occasion puisque le maître de Tristan rentra un peu brusquement dans la petite maison, ce qui fit également sursauter Cassidy, même si elle ne fit tomber qu’un seul biscuit sur sa robe avant de le récupérer rapidement.

Voir Tristan inanimé lui fit ouvrir des yeux ronds de surprise et elle en lâcha son gâteau pour s’approcher de lui en prononçant d’une voix remplie d’inquiétude son surnom, devenant tout à coup très pâle. Mais un guérisseur arriva rapidement alors qu’elle ne comprit pas tout à fait ce qui s’était passé réellement. Sort ? Mal encaissé ? Epuisé ? Elle écoutait d’une voix distraite tout ce qui se disait autour d’elle mais ne lâchait pas pour autant son regard du beau Drakkari endormi. Ainsi donc ses mises en garde n’avaient servi à rien ? Il se ménageait si peu qu’il en finissait par être… imprudent.

Elle soupira lentement en se passant une main sur la tête, la faisant glisser de son front à son nez tout en se mordillant la langue. A part du repos, il n’y avait rien d’autre à faire. La demoiselle ne semblait pas entendre Maud qui renvoyait sans sommation tout ce petit monde. Passant doucement une main dans les cheveux du jeune homme, comme pour se rassurer de son contact, elle murmura quelques mots plus pour elle-même que son entourage.

« Qu’est-ce que tu as encore fait hein Tris’… »

Maud la laissa un instant dans sa contemplation silencieuse, puis elle s’approcha d’elle en lui prenant les mains, ce qui eut pour effet de ramener Cassidy à la réalité, elle qui était totalement dans son monde et focalisé sur son fiancé endormi. Il ne semblait pas réellement souffrir… cependant pour quelqu’un qui pratiquait la magie, ne pas souffrir physiquement ne voulait pas dire qu’il n’y avait aucun problème. Certaines choses sont bien vicieuses et elle en avait fait les frais il y a quelques semaines.

La jeune femme regarda Maud qui voulait lui expliquer quelque chose. Elle disait que Tristan aurait du lui en parler. Première nouvelle qui fit se serrer le cœur de la demoiselle qui avait essayé, tant de fois, d’avoir des informations au sujet de son étrange fatigue qui ne voulait pas partir. Apparemment Maud avait été un peu curieuse et avait découvert un manuscrit que tenait Tristan… mais ce qui l’intrigua c’était cette histoire de départ, de bébé qui repousse. Combien de fois avait-elle essayé d’aborder ce sujet avec Tristan sans en trouver le courage ? Aujourd’hui elle le regrettait bien mais il n’était pas sûr qu’il lui aurait répondu, se contentant certainement de dédramatiser la situation à ce sujet, se faisant fier, rassurant. Dire qu’il devait partir était à double tranchant puisqu’il ne pouvait pas connaître la réaction de Cassidy à l’avance. Elle soupira longuement et ouvrit un peu la bouche.

Maud venait de soulever la chemise à Tristan et une nouvelle fois, les traces de brûlures lui firent écarquiller les yeux. Au début, elle crut que c’était peut être Alanir qui avait fait quelque chose mais l’esprit dragon fit taire rapidement ses pensées, expliquant qu’il n’avait rien à voir avec ça. Mais lorsque Maud posa la main de Cassidy sur le torse de Tristan, la jeune femme comprit et se sentit encore plus meurtrie alors qu’elle retira vivement sa main en reculant de quelques pas, horrifiée par ce qu’elle pouvait faire, la bouche légèrement tremblotante, manquant de trébucher contre la table basse derrière elle.

La dame l’arrêta d’un geste, tentant de l’apaiser. Tristan qui cherchait une solution dans l’ombre sans lui en parler, pensant gérer tout seul l’affaire. Comme il en avait tellement l’habitude. Elle parlait de comportement exagéré et même si Cassidy secoua la tête lentement, une autre voix beaucoup plus sévère se fit entendre dans sa tête.

*Tu plaisantes j’espère ! Je ne t’ai jamais vu aussi tendue et de mauvaise humeur que depuis ta grossesse avec lui et un rien t’agaces… qu’il ne t’en parle pas est normal. L’humaine aux cheveux noirs a raison, tu te serais certainement emportée !*

*C’est pas une raison pour me cacher ce genre de choses qui NOUS concerne Alanir… En sortant dans cet état il se met en danger, peu importe ce qu’il dit… T’as pensé si il se fait capturer à nouveau par les Kaärs ?! Certes peut être qu’il ne mourra pas mais il y a pire que la mort et tu sais très bien ce que ça fait….*

Le dragon se mit à grogner. Il est vrai qu’elle marquait un point là-dessus, vaquer à ses occupations alors qu’il était vraiment faible n’était pas une bonne idée. Maud lui conseilla de parler avec lui, de trouver une solution ensemble. Cassidy soupira et posa son front dans sa main avant de redresser sa tête vers Maud, l’air désolé.

« J’ai essayé de lui demander… je voulais lui parler de cette histoire de départ de Drakkari mais j’avais peut être un peu peur de la réponse… il m’avait dit… que je devais lui demander si il avait un comportement bizarre et qu’il ne me cacherait pas la vérité… je dois le prendre comment ? Je t’assure que j’ai fais ce que j’ai pu… Oui je pourrais mal le prendre mais là… comment puis-je prendre encore cette histoire ? Alors que ça nous concerne tous les deux… finalement ça ne change pas… »

Maud paraissait désolée pour elle. Il fallait quand même avoir sacrément de patience pour accepter tout cela calmement et ce que Cassidy reprochait au Drakkari, c’était d’avoir encore failli à ses paroles… car il se croyait fort, capable de gérer ça tout seul. Elle ne savait même pas si elle devait s’énerver, se mettre à pleurer… et puis les hormones ça y joue hein. Elle serra lentement les poings tout en tremblant, murmurant quelques paroles.

« Si les Kaärs leur avaient tendu un piège pour capturer Tristan… il n’aurait pas été en état de se défendre, de se battre… même si il était avec son maître… il ne dit rien à personne et n’a pas pu éviter un coup alors imagine une attaque programmée ? Et je devrais rester calme ? Je ne sais pas Maud là… honnêtement… »

Elle baissa lentement la tête.

« Si je reste là dans mon état, je risque plus de m’énerver… donc je vais sortir un coup, m’aérer la tête et revenir un peu plus calme, ça sera mieux pour tout le monde… si tu pouvais veiller sur lui le temps que je revienne… j’en aurais pour une petite heure au moins… merci »

Puis elle tourna les talons sans dire un mot de plus et sortit de la maison. La jeune femme marchait d’une allure assez rapide, avec l’idée en tête de sortir de la cité. Puis elle se mit à courir dans le bois, les larmes coulant le long de ses joues, aveuglée par la tristesse, par le doute et le chagrin. Elle arriva à un endroit dégagé, où s’élevait une petite falaise naturelle puis sauta dans le vide. Aussitôt son dragon de feu se manifesta, prêt à la réceptionner.

Mais plutôt que d’atterrir bien normalement, elle manqua de louper le dos du dragon et se réceptionna comme un sac à patates, un peu n’importe comment sur son dos, sous les grognements de son allié. Tentant bien de se remettre en selle et attrapant les rênes dorés qui venaient d’apparaître, la jeune femme reprit un peu plus d’assurance.

« On met de la distance Alanir ! Je sais pas si ça changera grand-chose à son état mais j’ai besoin de souffler un coup. »

Le dragon donna un coup d’ailes et s’envola droit vers le ciel, prenant de l’altitude. Il y avait pas mal de nuages aujourd’hui, l’automne étant déjà bien en route alors que Cassidy abordait une mine soucieuse mais un peu plus calme, le fait de voler lui faisant énormément de bien et lui permettant de remettre ses idées en place.

« Qu’est ce que je peux faire ? Si j’avais su… je n’ai pas envie qu’il se fasse du mal par ma faute… ça risque d’empirer… je devrais… »

*Tu ne peux pas. Le guérisseur t’as mis en garde la dernière fois, un enfant de Drakkari développe un instinct de survie important et si on cherche à le déloger de sa place il absorbe l’énergie de sa mère… Je sais que tu ne veux pas qu’il souffre mais d’un, je ne pense pas qu’il acceptera que tu prennes ce risque si tu peux y laisser la vie, de deux, Drakkari trop fier pour montrer qu’il a mal et préférera gérer la situation tout seul.*

« Il reste quoi alors comme solution ? A part se séparer c’est la seule chose que je vois pour le moment… mais si on fait ça, pas sûr qu’il encaisse un deuxième coup… enfin si j’insiste sur son investissement pour son groupe là… oui mais si jamais il lui arrive quelque chose et que je ne suis pas là pour le sauver ? »

Elle était soucieuse, tracassée et soupira sans vraiment profiter du paysage. Et puis, le fait qu’il lui ait encore caché quelque chose lui faisait beaucoup plus de mal qu’elle ne pouvait l’admettre, se demandant si un jour ces petits secrets n’auraient plus lieu. Mais c’était trop lui demander alors… Cassidy ferma un instant les yeux. Prenait-il en compte ses pensées ? Parfois elle ne savait pas vraiment. Le ciel se dégageait alors qu’elle sentait le vent sur ses joues, ce qui lui permettait de se maintenir éveillée.

Comme promis, elle revint une heure plus tard, peut être un peu plus calme et en forme qu’elle l’avait été avant. Voler était décidément une activité qui lui convenait et pour ce qu’elle venait d’apprendre, peu importe que cela fasse plaisir à Tristan ou pas, elle en avait eu bien besoin !
Maud était resté au chevet de Tristan et remarqua que Cassidy avait repris des couleurs, semblait plus vive et pas au bord de l’explosion comme tout à l’heure. Après avoir échangé quelques mots, elle partit. Cassidy resta seule avec Tristan, caressant doucement ses cheveux, lentement, inlassablement, jusqu’à ce qu’il finisse par ouvrir les yeux pour la trouver assise à côté de lui alors qu’elle l’examinait, sa mine triste parlant pour elle. Il ne parla pas mais elle murmura quelques mots.

« Devais-tu en arriver là pour qu’on vienne à parler de tes problèmes de fatigue ? »

Il ne répondit pas, sachant certainement qu’elle avait du apprendre, d’une manière ou d’une autre, de quoi il s’agissait. La jeune femme posait ses grands yeux noisettes sur le beau guerrier, un air d’incompréhension et malheureux sur le visage.

« Je sais… pourquoi tu es aussi fatigué… et je ne comprends pas pourquoi tu m’en as pas parlé alors que ça me concerne aussi… un peu… »

Elle soupira longuement tout en continuant de caresser ses cheveux.

« Je voulais t’en parler… de cette histoire de Drakkari qui partait… j’y ai réfléchi également… peut être que c’est trop tôt pour avoir un enfant à cause de ça oui… mais Alanir m’a rappelé que prendre le risque de l’enlever est un risque énorme pour moi. J’ai pas de problème à l’accepter mais je ne peux pas te dire si ça se passera bien ou pas… et je pense que c’est la dernière chose que tu souhaites non ? »

Cassidy fit une légère pause et attrapa de sa main, un biscuit qui était posé dans une coupelle sur la table basse, l’air songeur.

« Il est hors de question que tu continues ainsi… si ça commence comme ça, qu’est ce que ça sera après ? Peut être que tes blessures seront plus douloureuses… on ne peut pas savoir… ou il faudrait que tu te reposes sans que je sois à côté de toi… j’en sais rien j’ai pas beaucoup d’informations à ce sujet… mais si il faut que je m’éloigne de toi le temps que ça passe alors c’est peut être la meilleure chose à faire… »

Elle était sérieuse et semblait avoir bien réfléchi à cette idée, même si cela la peinait de risquer de le perdre à nouveau et de ne pas être là pour le soutenir. Mais si c’était la seule chose qu’il y avait à faire…

« De toute manière, tu as bien dit que tu étais investi dans ton projet ? Qu’est ce que tu reviendrais faire à l’académie, à part pour mes beaux yeux, alors qu’il est évident que tu te sentes plus à l’aise ici ? Là bas tu n’auras qu’une chambre… pas d’espace pour voler, surtout si on doit garder le secret sur tes origines… et là je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus… »

La jeune femme baissa lentement la tête, se mordillant la lèvre inférieure, le laissant ingurgiter les informations, mais oubliant bien de dire à quel point ça lui avait fait de la peine qu’il lui cache ce genre de chose.


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un voyage pour apprendre à mieux se re-connaître ?   Mer 5 Mar - 22:48

Cassidy…
Pourquoi tant de problèmes, tant d’histoires, tant de barrières entre eux ? Pourquoi tout ça, pourquoi tout simplement cet étrange lien qui semblait les lier inébranlable était-il présent alors que tant de choses se liaient contre eux ?
Oh Tristan n’était pas vexé par les paroles du maitre de la jeune femme, juste attentif et inquiet, bien plus qu’il ne le montrait. Pour elle comme toujours… Après tout, il n’avait guère à se faire de souci pour lui-même vu qu’elle pouvait le soigner de presque tout grâce à cet étrange lien, à la magie que la jeune femme consacrait corps et âme au bien être de son compagnon.
Mais il est vrai que leur union était… étrange. Elle n’avait rien de normal. Après tout, où avait-on entendu parler de l’union d’une mage et d’un Drakkari. Outre le fait que d’ordinaire on trouvait bien peu de femmes parmi les mages, plutôt du côté des guérisseurs et que l’on trouvait également très peu de filles chez les Drakkaris, les couples étaient presque improbables statistiquement. Et puis, si les Drakkaris étaient vraiment à ce point attirés par la magie, ce qui avait fait de lui longtemps une exception puisqu’il ne surmontait sa peur de celle-ci que depuis peu, les mages devaient énormément s’en méfier, non ?
Bref, eux deux, c’était improbable, comme on ne cessait de le dire, jusqu’à la conception de cet enfant pas du tout voulu… Et Tristan craignait que ça joue. Oh il n’avait rien contre ce petit être à naitre, mais il s’inquiétait pour Cassidy. Déjà, ses fatigues, son appétit, ses fluctuations magiques n’étaient en rien normales et certainement pas après un temps si court ! Est-ce que le bébé n’était pas tout simplement en train de dévorer sa magie ? Est-ce qu’il ne la tuait pas à petit feu ? Quels étaient les risques ? Avait-il hérité de ses gènes de dragon qu’il tenait lui-même de son père mais donc aussi… malheureusement, de démon ? Ce qui avait fait que l’horrible monstre avait été éjecté de sa conscience, de son corps, c’était bien le fait qu’il s’accepte enfin en dragon, et non comme un être incomplet, invulnérable qui s’attribuait toutes les fautes.

Mais s’il avait gagné en force, en puissance, en sérénité, il avait aussi énormément changé même s’il luttait contre cette partie plus qu’animale, réellement prédatrice de son être. Conserver son humanité était nécessaire au risque de faire du mal à sa bien aimée mais c’était bien plus que ça aujourd’hui. Il savait, d’instinct à quel point les dragons pouvaient être égoïstes, sauvages, têtus… pour ne pas dire bornés… Ils pensaient différemment des humains et n’avaient pas les mêmes valeurs. Il se demandait même parfois ce qu’ils connaissaient de l’amour. Devenir totalement dragon… ne serait-ce pas perdre ses sentiments pour l’adorable petite mage ? Ca l’effrayait… tellement, même s’il ne disait rien. Elle l’acceptait lui, son petit ami, son fiancé en partie dragon, mais elle n’acceptait pas les autres dragons et donc… elle n’acceptait pas réellement totalement du moins, ce qu’il était. Et il le comprenait… parfaitement.

Cassidy ne fut pas éloignée d’eux très longtemps mais ils parlèrent assez pour rassurer un peu le jeune homme angoissé. Tristan secoua légèrement la tête quand le maitre parla de ne pas la sous-estimer mais il ne dit rien, le laissant parler jusqu’à ce qu’il ait fini. Il lui confia un cristal, lui dit qu’il ne pouvait pas tout gérer et que s’il devait partir, lui-même pourrait l’aider… ou Alanir aussi sans doute. Ainsi il savait ? Enfin Tristan supposait qu’il s’agissait de cela mais Cassidy ne lui avait pas confié en avoir parlé à son maitre donc ça aussi il le sentait ? Décidément… Quel étrange personnage. Pourtant, il se permit de répliquer, sans doute parce que c’était dans son caractère tout simplement.

- … Je ne la sous-estime pas. Cassidy est la femme la plus forte, la plus généreuse, la plus douce et la plus courageuse qu’il m’ait été donné de rencontrer… Mais elle ne sait pas se ménager, elle n’a pas conscience de ses limites ou les ignore tout simplement pour le bien des autres et… j’ai peur que ce soit dangereux pour elle, surtout en ce moment avec le bébé qui lui pompe toute son énergie. J’accepte ce cristal… Merci… Mais je ne partirai pas. Quoi qu’il arrive, je ne laisserai pas Cassidy ! Je vous crois quand vous dites que vous pourriez intervenir et… je vous crois quand vous dites qu’elle pourrait tenir le choc… mais je ne peux pas l’abandonner, pas encore… j’ai déjà tellement ébranlé sa confiance en moi… en nous… Elle y croit encore, comme une naufragée s’accrochant à l’épave de son navire. Je ne veux pas lui donner la moindre raison de douter, et certainement pas de douter de mes sentiments… je l’aime… Je resterai, peu importe ce qui arrivera…

Il semblait néanmoins nerveux et l’air près à dire quelque chose, quelque chose d’important, à se confier sur « cette chose qui avait déjà commencé ». Mais il se tut parce que Cassidy venait de rentrer en rouspétant un peu pour la forme ou à cause de ses hormones, difficile à dire. Il rangea discrètement le cristal et sa boite dans son sac qu’il ne quittait décidément jamais et inspira profondément avant de l’accueillir d’un tendre sourire. Sur le retour, tout semblait aller pour le mieux et la petite mage était si guillerette qu’elle l’apaisa alors qu’elle se faisait curieuse. D’ailleurs, il la taquina en prétendant que son maitre lui avait dit qu’elle allait devenir une horrible mégère terriblement têtue et rancunière pendant sa grossesse, ce à quoi elle répondit d’une mine choquée alors qu’il riait et l’arrêtait pour la prendre contre lui et l’embrasser passionnément. Non, décidément, aimer autant l’embêter gentiment ne changeait pas…

Dans les jours qui suivirent, bien des choses se passèrent. Peut-être, oui, aurait-elle dû lui faire part de ses inquiétudes, lui demander plus d’informations sur ce qu’il pouvait vivre et ressentir par rapport au bébé. Après tout, il lui avait promis d’être plus honnête… du moins si elle l’interrogeait sur un sujet… Néanmoins, tout dire spontanément… Là dessus, il n’avait rien promis du tout et si elle ne remarquait rien, trop occupée par sa grossesse, alors il ne l’inquiéterait pas, elle devait être ménagée après tout, non ?
Mais il est vrai qu’il était étrange, pensif, perdu. Et toujours le premier debout, prêt à partir. Sa fatigue ne passait pas inaperçue et elle la lui reprocha à plusieurs reprises alors qu’il usait de différents prétextes pour ne pas lui dire que le responsable était tout simplement leur enfant qui n’était encore qu’un petit machin riquiqui à peine concevable !

Les séances de vol par contre… C’est vrai qu’il n’avait pas de très bonnes excuses pour les éviter, si ce n’est la crainte qu’en liant leurs esprits comme ils le faisaient quand ils volaient, elle ne voit une vérité dérangeante alors qu’il était justement en train d’en chercher une solution avant de l’aborder directement avec elle… Le plus tôt possible parce qu’on lui demandait déjà bien trop de cachotteries et qu’il n’avait pas l’intention de lui en faire éternellement… Il avait juste besoin de réponses pour la rassurer avant cela… une fois qu’il saurait, il lui expliquerait, sans risquer donc de la voir paniquer, perdre le sommeil et l’appétit… ou pire… vouloir s’éloigner de lui, ça… il n’était pas sûr de parvenir à le gérer !

Pourtant, il essayait de la calmer, un peu… Il lui disait que ça allait, qu’il était préoccupé en ce moment. Et c’était vrai. Il s’entrainait beaucoup, il voyait différentes tactiques avec les groupes formés par cette communauté en rébellion, il tentait aussi une petite chose secrète, pour elle, juste pour elle afin que tout aille pour le mieux mais il ne pouvait rien lui en dire, trop heureux de pouvoir lui en faire la surprise, son esprit et son corps étaient si sollicités, si entrainés, si tiraillés que même la nuit seul moment d’apaisement, il continuait d’y penser… Et puis il y avait les brûlures aussi. Oh ce n’était pas très douloureux quand même ! Un humain aurait hurlé, un humain n’en guérirait tout simplement pas si facilement… Lui ça allait. Tant qu’il était éveillé, s’il sentait la morsure brûlante commencer, il n’avait pas qu’à redresser légèrement les fines écailles de sa peau, comme quand il se transformait, juste un peu et il n’avait rien. Mais dès qu’il dormait, qu’il n’était pas attentif, là, ça le blessait et ça le réveillait en sursaut. Au début il crut que c’était un accident des pouvoirs de la jeune femme, puis qu’il s’agissait d’Alanir mais vu les fréquences et la manière dont ça se produisait, il comprit bien vite que ce n’était ni l’un, ni l’autre… Ce n’était que le bébé qui le repoussait, ce bébé qui ne voulait pas de lui… Et qui à seulement deux mois étaient déjà si fort et intelligent à travers sa mère que c’en était tout simplement effrayant !!!

Comment le dire à la mère en question ? Elle risquait de si mal le prendre, de si mal réagir… Alors il réfléchissait, se documentait, demandait les faveurs que des connaissances lui devaient un peu partout sur Ascadian pour en savoir plus, juste un peu plus.
Mais voler lui manquait aussi beaucoup. D’ailleurs, il ne volait quasiment pas lui non plus, se sentant très vide et très seul lorsqu’il le faisait sans elle, décidément, ils étaient vraiment liés !
Elle lui fit la morale à ce propos une fois et il se contenta de lui promettre qu’ils voleraient très bientôt ensemble et qu’il ne la surprotégeait pas du tout, que ce n’était pas ça, qu’il devait juste s’entrainer un peu mieux autrement avant de pouvoir se consacrer un maximum à elle. Mais il fatiguait quand même beaucoup et même en essayant de faire bonne figure, il savait qu’elle le voyait… sans mal d’ailleurs.
Et puis il y eut l’énorme clash à propos de l’Académie…

Tout était partie d’incompréhensions en fait. Il craignait juste qu’elle ne s’ennuie et qu’elle gâche son rêve pour être avec lui, ce qu’il tolérait difficilement tant son bien-être comptait pour lui. Il avoua, c’est vrai, qu’il ne savait guère quoi y faire, ni comment expliquer son retour, mais certainement pas qu’il ne voulait pas la suivre. Seulement il aurait des choses à régler et devrait agir isolé dorénavant et cela demandait aussi beaucoup d’éléments à régler avant tout. Il voulait néanmoins essayer. Pour qu’elle soit bien, auprès de ses élèves, dans cette école qu’elle avait crée, afin de profiter un peu aussi… parce que les lutines seraient bien contentes de la revoir en forme et qu’il savait que depuis son départ, elle s’était désintéressée de ce qui faisait jusqu’alors sa fierté. Elle ne le comprit pas comme ça malheureusement, ne se fiant qu’aux premiers sens de ses mots maladroits. Déjà d’ordinaire pouvait-elle mal le comprendre mais là, avec ses hormones en pleine ébullition et le discours peu clair du jeune homme du fait de sa fatigue… ce fut l’explosion.

La demoiselle était si énervée, qu’elle le cloua sur place dès ses premiers mots, sans doute seulement grâce à son ton colérique…et peut-être un peu blessé aussi mais ça, il n’en était pas sûr. Néanmoins, il comptait déjà répliquer, ouvrant la bouche pour lui couper la parole, s’avançant avec un léger sourire penaud, prêt à lui dire qu’elle n’avait pas bien compris, qu’il allait lui expliquer, prêt à se faire tout mignon, tout penaud et gentil et passer la journée avec elle pour se faire pardonner… Mais elle fit l’erreur de prononcer quelques mots meurtriers. Il se fichait pas mal qu’elle lui crie dessus, qu’elle soit en colère, qu’elle lui reproche des choses, qu’elle s’énerve, qu’elle lui en veuille, qu’elle ait des mots plus forts et hauts que nécessaires… Il se fichait même qu’elle l’envoie balader en lui disant justement qu’il pouvait bien rester là si ça lui plaisait tellement. Mais elle lui rappela qu’il l’avait abandonnée… Qu’il avait fait cette énorme bêtise. Le jeune homme pâlit si brutalement que s’il venait d’avoir été frappé par un sort mortel, cela n’aurait pas été différent, son air penaud disparut de son visage alors qu’il se fermait totalement, hermétiquement à tout propos qu’il soit bon ou mauvais par la suite, ses muscles se tendaient sous sa peau alors que la voix de la jeune femme lui arrivait si étouffée qu’il comprit qu’il commençait à mal penser, à mal tourner. Peine, colère…
Elle lui avait pourtant dit lui avoir pardonné cette erreur… Que ce n’était pas vraiment leur faute, pas tant que ça sa faute plutôt celle d’un destin qui s’acharnait un peu trop… Oh bien sûr, il savait qu’elle minimisait les choses pour qu’il aille bien, pour qu’il se sente bien, qu’il ne s’en veuille pas trop et qu’il arrête de tout se reprocher. Après tout, elle veillait sur lui autant qu’il veillait sur elle. Et là… elle… Elle…
Trop difficile à encaisser tout simplement…

Ce ne fut que lorsqu’elle frappa la table, le faisant sursauter et le sortant de sa torpeur en se faisant tout de même mal qu’elle parvint à le ramener à la réalité. Tristan secoua légèrement la tête, l’air surpris, choqué et inquiet qu’elle se soit blessée et avançant déjà vers la jeune mage, soucieux de son état. Mais c’est limite si elle ne l’envoya pas bouler, coupant court à la conversation alors qu’il semblait peiné l’espace d’un instant et qu’elle passait à côté de lui pour s’occuper de sa main. Il la regarda, la gorge nouée, baissa la tête et sortit. Pourtant, il n’alla guère loin, s’installant au pas de la porte, dehors, assis, les genoux relevés, le regard perdu dans le vide, les dents serrées. Après tout, il n’avait que la monnaie de sa pièce, il l’avait abandonnée… Oui… et elle alors ? Ne l’avait-elle pas laissé seul avec une espèce de sorcière ? Alors qu’elle savait qu’il ne connaissait rien à la magie ?! Lui reprocher de ne pas s’être sortie de ce piège d’elle-même était tout aussi abstrait et stupide que lui en vouloir d’avoir fui… Elle savait aujourd’hui à quel point il avait peur, était mal à l’aise et peu confiant contrairement à ce qu’il montrait. Ce n’était pas gentil… non… vraiment pas.

Il mit du temps à s’en remettre cette fois là et ne compta pas les heures qu’il mit avant de rentrer finalement et d’aller la voir alors qu’elle avait dû être épuisée par le bébé, dormant déjà profondément. Il n’eut même pas le courage de s’allonger à ses côtés et préféra le canapé… sans parvenir à fermer l’oeil.
Le lendemain, l’incident semblait oublié d’un côté comme de l’autre. Du moins, tous les deux, penauds, ne cherchaient pas à se reprocher ce qui s’était passé et préféraient… faire comme si de rien n’était… même si ce n’était pas du tout le cas bien sûr.
Oh bien sûr, les nuits suivantes ils les passèrent ensemble mais s’il était toujours aussi tendre, Tristan ne semblait plus aussi passionné, un peu oui, mais loin de ses excès à peine retenus !

Mais même s’il évitait de le laisser paraître, oui, ne plus voler avec elle lui manquait énormément aussi. Et il espérait qu’ils puissent reprendre très vite.
Et puis tout avait basculé… Il avait été ramené chez lui par des camarades, un guérisseur l’examinant sous le regard si inquiet de sa jolie compagne qui ne parvenait pas à comprendre à quoi il jouait, qu’est ce qui lui arrivait. Etrangement, alors que la jolie blonde passait une main dans ses cheveux, Tristan pourtant inconscient inclina légèrement la tête vers elle, comme pour prolonger l’agréable contact.
Tristan ne sut rien de la suite, totalement inconscient, épuisé et assommé par un sort retors. Pourtant, Maud en savait encore une fois bien plus qu’elle ne le laissait paraître et renseigna un peu Cassidy, ce qui n’était en fait guère rassurant. Les deux femmes parlèrent un peu et Maud sembla un instant avoir regretté ses confessions auprès de la jeune femme vu ce qu’elle lui rétorquait. Aie… Bourde ? Mais bon, après tout, elle avait tendance à être du côté de la petite mage… en tant que femme et en tant que femme enceinte aussi…

Le problème c’était que Cassidy semblait réellement blessée et peinée par les dernières révélations. Oui, et c’était normal que ces cachotteries lui posent problème, néanmoins, si Tristan lui avait promis d’être honnête, qu’arrivait-il donc au jeune homme pour qu’il faille autant à ses paroles ? Cassidy partit, elle avait besoin de s’aérer, des se changer les idées et c’était probablement préférable à un énervement excessif. Ses hormones s’agitaient, on ne pouvait pas décemment lui reprocher d’être excessive et puis il fallait vraiment être idiot pour ne pas remarquer que ses plus grandes réactions étaient liées, inévitablement à l’état et au comportement de son étrange compagnon. Elle s’était éloignée rapidement et de ce qu’elle fit, ni Tristan, ni Maud ne purent le savoir. Aller voler avec Alanir prouvait bien à quel point elle se sentait mal et perdue, trahie, désemparée par l’attitude du Drakkari. Après tout, c’est avec lui qu’elle préférait voler, non ? Enfin, ça ce n’était même pas sûr. Après tout Alanir était un dragon mort, sur lequel elle avait quand même un certain contrôle, qui était son ami et ne la trahirait pas. Tristan en revanche…

Quand Cassidy revint, Maud n’avait pas l’air d’avoir bougé et le soulagement sur son visage prouvait qu’elle avait eu quand même quelques doutes par rapport au retour de la demoiselle. Après tout, on ne savait pas comment elle pouvait réagir si elle était trop peinée ou énervée.
Maud lui assura qu’il ne semblait pas aller mal, que tout se passerait bien s’ils en parlaient, qu’ils devaient avant tout communiquer… Elle lui demandait aussi de ne pas trop tenir rigueur au jeune homme de son manque de confession, sans doute avait-il après tout une bonne raison. Elle lui rappela, un peu inutilement, à quel point le grand jeune homme tenait à sa petite mage sans laquelle il était si perdu…

- Cassy… n’oublie pas qu’il ne prendrait jamais le risque de te perdre.

Sur ces bonnes paroles, elle la laissa après un sourire encourageant.
Décidément, la petite mage s’était trouvée une amie fidèle.
Combien de temps resta t-elle à veiller au chevet de son fiancé ? Difficile à dire, longtemps en tous les cas. Fait surprenant, dès qu’elle fut auprès de lui et qu’elle commença à passer une main dans ses cheveux, les traits du jeune homme se détendirent alors qu’il semblait, même inconscient, aller beaucoup mieux. D’ailleurs, les cernes sous ses yeux semblaient s’estomper et que dire des marques sur son torse. Sa tunique était restée relevée sur son torse et les blessures semblèrent légèrement scintiller l’espace d’un instant avant de se résorber progressivement. Il guérissait… Des blessures qu’elle lui avait infligées, il guérissait juste par un contact tendre prolongé. Décidément, il y avait des choses étranges entre eux, vraiment étranges…

Il finit enfin par ouvrir les yeux, baillant à s’en décrocher la mâchoire et s’étirant avec un sourire ravi comme s’il venait… de très bien dormir tout simplement. La voir à côté de lui ne provoqua nul stress chez le jeune homme, preuve qu’il ne semblait guère au courant de ce qui lui était arrivé, du moins mettait-il du temps à s’en rappeler. Il sourit à la jolie jeune femme en lui murmurant un « salut » ensommeillé mais ravi avant de se rendre compte de sa mine triste et de se redresser, déjà, sur un coude, inquiet, ses yeux se posant sur son ventre comme s’il craignait qu’elle ne se sente pas bien à cause du bébé.

Elle ne se décrispa pas, parlant de ses problèmes de fatigue et le jeune homme pâlit légèrement, comprenant enfin et faisant le lien avec ce qui lui était arrivé, tournant la tête à droite et à gauche, comme surpris à présent de se retrouver… chez eux. Ah oui, c’est vrai ! Il se battait ! Mais il était soucieux, pas fatigué hein, juste soucieux, choqué et… Il n’avait pas vu l’homme surgir derrière lui. Ses réflexes l’avaient fait se retourner, éviter son premier sort, mais pas le deuxième… Heureusement qu’il était solide quand même ! Mais de quel type de sort s’agissait-il ? Peu importe, on avait dû le ramener ici et… elle avait dû apprendre, d’une manière ou d’une autre ce qui lui arrivait… Aie ! Aie ! Aie…

Il ne savait pas quoi lui dire et baissait déjà coupablement les yeux alors qu’elle lui disait qu’elle savait pour sa fatigue et ne comprenait pas pourquoi il ne lui en avait pas parlé. Oui, ça les concernait, tous les deux, mais la manière dont elle en parlait l’interloqua alors qu’il relevait son regard orangé vers elle, fronçant légèrement les sourcils, surpris. Comme elle caressait encore ses cheveux, il se détendit, presque somnolant, appréciant la caresse en fermant à demi les yeux, malgré la situation… compliquée. Elle ne lui laissa pas le temps de placer un mot sans avoir fini juste après. Elle parla de « trop tôt » pour avoir un enfant. Euh… C’est que maintenant qu’elle s’en rendait compte ? Il ne comprit pas très bien de quoi elle parlait mais ouvrit la bouche quand il saisit qu’elle lui demandait ce qu’il voulait en gros : qu’elle avorte ou non. Quoiiiiii ?????!!!! Mais non ! C’était hyper dangereux !!! Jamais, il n’avait formulé le voeu de… Mais… Mais non ! Pourquoi disait-elle ça maintenant ? Et que diable Alanir venait-il faire dans cette histoire ? Enfin… Il raisonnait la petite mage en fait donc c’était plutôt… une bonne chose, non ?
Non mais non !!!! Il était hors de question de lui faire courir le moindre danger !!!! Etait-elle folle ou quoi ?! Non !!! Il était totalement contre !
Oh mais elle n’avait pas fini, lui parlant déjà de s’éloigner alors qu’il faisait aussitôt une drôle de tête, l’air de s’être pris une sacrée gifle. Le laisser se reposer seul. S’éloigner de lui…Elle l’acheva avec sa déclaration sur l’Académie… Elle voulait repartir seule, le laisser ici puisqu’il était mieux ici justement… Oh bien sûr, ça partait d’une très bonne intention hein ! Mais ça lui prouvait que décidément, elle n’avait rien compris de ses paroles quelques jours plus tôt. En même temps, il n’était pas revenu dessus trop blessé par sa répartie ! Mais quand même quoi !!! Elle était en train… de le larguer ou quoi ?
Le jeune homme put enfin sortir de sa torpeur et de son silence ayant le temps d’en placer une et il ne s’en gêna pas… même s’il y eut un léger blanc alors qu’il s’était redressé, assis, la regardant avec sévérité, tristesse et incompréhension. Comme elle baissait la tête, décidant de gérer seule sa propre tristesse qu’entrainait une telle décision, il se mit à marmonner tout seul, quelque chose qui ressemblait à « pas de chance », « vraiment une bêtise »… des bribes alors que déjà il refermait ses bras sur elle et l’attirait tout contre lui pour l’enlacer tendrement.

- … Mouais… Tu ferais mieux de t’asseoir princesse… Parce que pour éclaircir tout ça, je sens que ça va être long… très long…

Il l’avait attirée sur ses genoux et pressa doucement ses lèvres sur une de ses tempes, la berçant légèrement en essayant de l’apaiser d’une caresse réconfortante sur ses épaules. Le jeune homme soupira, se détachant légèrement pour la regarder, il ne semblait pas vouloir lui mentir mais même s’il allait mieux grâce à elle, avait guéri et récupéré, là il semblait triste et fatigué. Il se permit pourtant une petite taquinerie, preuve que ça n’allait pas si mal.

- Dis princesse… Si tu veux me larguer, tu peux le dire directement hein… Ca ne me fera pas renoncer pour autant, mais tu peux toujours essayer…

Sourire un peu sarcastique alors qu’il se mettait à tripoter son collier, pensif.

- Cassy… Pour commencer, je suis d’accord, je t’ai caché ce qui se passait et j’en suis navré, mais je te promets que j’avais l’intention de t’en parler et pas plus tard qu’aujourd’hui… Ce matin même, juste avant de partir en mission. Mais peu après mon réveil, j’ai reçu… enfin un courrier qui m’a perturbé et j’avoue que je ne savais pas comment aborder le sujet avec toi et assurer alors que moi-même je n’arrivais pas à gérer. Tu sais, ça a été très dur pour moi de te « mentir »… Et je ne l’ai pas fait de gaieté de coeur, ni par prétention, ni parce que je me crois assez fort pour tout encaisser, loin de là… Mais parce que je craignais vraiment ta réaction. Oh, je ne te sous-estime pas mon ange, je sais à quel point tu es forte, courageuse et indépendante… Mais t’avouer que le bébé me repousse… Je savais que ça allait te blesser…et que tu gérerais très mal cette nouvelle.  Je ne sais pas comment ni par qui tu l’as su, sans doute par Maud via une de ses visions, peu importe, c’est bien que tu le saches même si j’aurais préféré avoir eu le temps de te le dire directement.

Il soupira tristement en se pinçant l’arrête du nez, l’air d’autant plus éprouvé avant de refixer son regard dans le sien, l’air de ne rien vouloir lui cacher.

- Ton bien-être compte plus que tout pour moi. J’ai fait des recherches dès que j’ai su que tu étais enceinte. J’avais tellement peur, surtout que ça arrive… vraiment trop tôt… Et pour te répondre, je refuse catégoriquement que tu prennes le moindre risque en essayant d’avorter. Peu importe ce que je risque Cassy, c’est aussi mon enfant, et j’ai tout autant que toi… euh presque autant que toi, droit de décider de son avenir. Et tu sais… même si tu ne courrais pas le moindre risque, je refuserais, quel monstre serais-je si je voulais t’infliger un tel traumatisme ?! Euh… enfin bon… J’ai fait des recherches je disais… parce que je ne voulais pas te perdre, parce que je ne voulais pas te faire de mal, parce que je voulais être le plus parfait possible pour toi… et le bébé. Et comme tu l’as si justement dit… parce que je t’ai déjà abandonnée… Plus d’une fois d’ailleurs et toujours à cause de cette fichue peur, cette certitude que je ne serai jamais à la hauteur. Enfin ça, j’imagine que tu le savais déjà de Maud mais l’entendre de ma bouche, ça doit être bien aussi…

Nouveau soupir du jeune homme alors qu’il la repoussait doucement, l’asseyant dans le canapé avant de se lever, d’aller chercher son sac et d’en sortir, en se rasseyant près d’elle, un épais manuscrit. Apparemment c’était un amalgame de copies d’extraits de journaux, de témoignages et autres qui avaient dû nécessiter bien des faveurs pour être aussi épais. Il sortit également le fameux journal « intime » dont Maud avait parlé, beaucoup plus fin, dont la couverture était griffonnée comme souvent sur ses parchemins, d’un croquis de la jolie jeune mage. Une lettre se retrouva également sur la table basse, pliée et dont l’écriture, la sienne probablement, n’était pas visible.
Il lui tendit l’épais manuscrit, prenant soin de le soutenir au cas où, pour qu’elle ne soit pas surprise par son poids.

- Beaucoup de gens, aussi surprenant que ça puisse paraître, me devaient quelques… faveurs. Je les ai réclamées en demandant tous les témoignages que ce soit directs ou indirects donc des personnes visées ou de voisins, amis, connaissances, de couples comportant un Drakkari et de ce que ça avait donné avec un enfant. Ce n’est pas pour rien que ton maitre disait que nous deux c’était spécial. Jusqu’ici, je n’ai eu aucun témoignage d’un Drakkari et d’une mage… Déjà parce que des femmes mages, ça ne court pas les rues, elles sont plutôt guérisseuses et quant à la puissance… tu es une véritable exception, un diamant à l’état brut qui doit susciter bien des convoitises j’en ai peur. Les mages hommes sont plutôt tournés vers leur savoir, la magie et guère intéressés par une vie de famille et pour ceux qui le sont, qui irait s’enticher, à part toi, du caractère… malsain des Drakkaris ? Irresponsables, bagarreurs, insouciants, téméraires, jaloux, égoïstes, rancuniers… Qui serait attiré par ça dis moi ?

Oulà… Le Drakkari semblait avoir une bien piètre estime de lui-même pour le coup, mais il en parlait comme si c’était tellement normal qu’il devait penser ainsi depuis bien longtemps déjà.

- Bref… Tu peux lire tout ce que tu veux… Je n’ai rien à te cacher et mieux vaudrait que je te fasse un résumé même si tu y verras peut-être des choses que j’ai raté. Apparemment… Il n’y aurait de place que pour un Drakkari dans la « famille ». Le bébé repousse donc son parent Drakkari, bien que ce soit assez spécial pour les femmes de mon espèce, mais en même temps tu l’as constaté, s’il y a peu de femmes mages, il en va de même pour les femmes Drakkaris. Curieusement, nos gènes semblent tendre vers un héritier masculin bien généralement ! Donc… le bébé, repousse celui de son espèce pour garder tout l’amour pour lui de son autre parent. C’est compréhensible. Il ne comprend pas que sa mère puisse aimer quelqu’un d’autre autant… plus que lui… De différentes manières apparemment, en agitant les hormones de sa mère bien généralement… voir même en lui coupant toute attirance pour son compagnon. J’avoue que je ne sais pas du tout comment ça marche. Mais il n’était pas difficile de se douter qu’avec ton énorme capital magique… le bébé aurait une arme d’autant plus efficace. Oh, je pense qu’il cherche aussi à prendre soin de toi, à te protéger et qu’en cas d’attaque tournée vers toi, il pourrait bien t’aider à décupler ta magie.  Mais pour l’heure… C’est à moi qu’en veut notre enfant… Et disons que je suis loin de la préoccupation paternelle habituelle « tu crois que le bébé m’aimera ? » d’un mielleux écoeurant… Je sais que le bébé ne m’aime pas et ne veut pas de moi. Tant que tu es consciente, il ne peut pas faire grand chose mais dès que tu dors… Eh bien, il peut davantage sans doute récupérer de magie et l’utiliser contre moi. Ne me demande pas comment ce petit machin de même pas deux mois peut faire une chose pareille. Au final, c’est un concentré de magie et… de toutes les caractéristiques des Drakkari à l’état brut ! Tant que moi-même j’étais réveillé je pouvais me protéger c’est vrai. Avec mes écailles. Sa première attaque m’a surpris mais j’ai tout de suite compris, même si ça arrive exceptionnellement tôt si on en croit tous ces témoignages. Dès que je dors par contre, si lui attaque… je n’ai pas encore les réflexes de me protéger de la même manière, d’où les brûlures. Mais tu as bien vu, ce n’est rien de sérieux. Oh je pourrais m’en protéger, mais ce serait devenir un peu plus dragon… et je sais à quel point cette partie de moi te répugne. Enfin bref… j’étais obligé de te les cacher, imagine comment tu aurais réagi. Tu ne m’aurais même pas écouté et tu te serais attribuée toute la faute alors que c’est le bébé qui utilise ton corps, toi je sais que tu ne me feras jamais de mal ma princesse.

Il lui fit un tendre sourire, effleurant une de ses joues du bout des doigts. Il semblait reprendre des couleurs et se sentir mieux, soulagé d’un grand poids.

- Encore une fois, néanmoins, ces cachotteries étaient temporaires, je cherchais juste comment pallier le problème avant de t’en parler et donc avant que tu ne réagisses avec excès dans le bon sens comme d ans le mauvais. Mais je n’ai pas vraiment trouvé de solutions. Le matin, je me levais vite et je m’habillais pour que tu ne vois pas les brûlures et mes nuits étaient entrecoupées par ces réveils brutaux mais au final, ça ne faisait pas vraiment mal, un peu bien sûr, mais je suis un dragon… alors ça va. La bonne nouvelle c’est qu’en étant près de moi, en t’occupant de moi, de ce que je sens, tu m’as très vite guéri et je me sens revigoré comme si j’avais dormi plus de dix heures, c’est assez impressionnant. Je n’ai rien trouvé pour nous aider dans ces témoignages, j’ignore comment faire, comment agir pour le mieux. Mais ce ne sont pas ces… petites choses qui me feront m’éloigner de toi et encore moins renoncer à toi. J’espère que tu le sais… Par ailleurs, ce livre là, contient toutes les annotations que j’ai pu faire justement à propos de mes ressentis, du seuil de douleur, de l’intensité, tout ça. Je voudrais que tu le lises. Encore une fois, je me suis contenté d’écrire, toi, avec du recul et un autre regard, peut-être que tu y verras tout autre chose… Mais on trouvera, ne t’en fais pas.

Il se tut un instant, l’observant en silence alors qu’elle semblait prête à poser une question. Il l’interrompit aussitôt, ne la laissant pas parler, se passant une main dans les cheveux, un peu nerveux.

- Ah oui… Je n’ai pas fini. Tu te doutes, j’espère, que ce n’était que pour ça que j’étais évasif, que je ne te répondais pas vraiment et plus encore que je refusais de voler avec toi. Je craignais que tu ne sentes par notre lien tellement plus fort quand nous volons, que quelque chose n’allait pas, que tu te focalises dessus… Que ça te hante. Je m’inquiétais voilà tout. Mais pour être honnête, c’était bien difficile pour moi de ne plus voler avec toi, vraiment difficile, ça me manquait tous les jours, presque physiquement, tout comme m’éloigner de toi bien sûr, mais j’avais l’impression que ça calmait un peu le bébé… et qu’il te fatiguait moins quand je n’étais pas dans le coin alors… Mais maintenant que tu sais j’espère qu’on pourra vite voler ensemble. D’ailleurs je suis en forme hein !!! On peut y aller juste après… cette longue discussion qui doit être difficile pour toi… Oh…Ce n’est pas la fatigue qui m’a fait louper mes esquives tout à l’heure. Enfin, bien sûr, ça a dû jouer, mais c’est autre chose. En fait, c’est ce que j’ai reçu ce matin, ce qui m’a empêché de te parler… Ce n’est sans doute rien en fait hein, je sais qu’on est plus fort que ça, de toute façon, ça n’arrivera pas… Ce… C’était un ancien mercenaire qui me parlait d’un couple qu’il avait rencontré. Le Drakkari, contre toute attente, était resté jusqu’au bout de la grossesse… Mais une fois le bébé né, c’est sa compagne qui l’avait rejeté, toute à son enfant, ne ressentant apparemment plus le moindre sentiment pour le géniteur qu’elle aimait autrefois profondément. Il l’aimait encore lui… Mais plus elle. Elle l’a rejeté. Il en est mort de chagrin… Enfin… ce ne sont que des suppositions bien sûr… Une histoire de sentiments qui se transfèrent… Juste une histoire, pas de quoi s’inquiéter mais c’est vrai que ça m’a un peu embrouillé l’esprit… pardon…

Ah ben là forcément, elle faisait une drôle de tête, toute pâle et ouvrant la bouche, mais il l’interrompit une fois de plus, cette fois d’un léger baiser. Très léger parce qu’il ne fit qu’effleurer légèrement ses lèvres des siennes avant de lui faire un clin d’oeil complice et de lui tendre la lettre pliée.

- Et enfin… Ca, c’est la dernière chose que j’avais à te dire. Je me suis mal expliqué quand j’ai parlé de l’Académie… et tu l’as mal pris, pourtant, je ne pensais pas à mal. Je voulais juste que tu n’abandonnes pas ton rêve pour moi et il me semblait logique que tu serais plus épanouie si tu faisais ce que tu aimais… Mais que de mon côté, j’avais aussi besoin de m’investir pour l’armée fantôme. Ah non, attends, laisse moi finir cette fois ! Je n’ai jamais dit que je voulais être loin de toi, te laisser seule ou quoi que ce soit de ce genre. Cassidy… je t’ai demandé d’être ma fiancée, pas pour sauver les apparences, parce que c’était ce que je souhaitais, parce que je t’aime, parce que je veux être avec toi. Je compte rentrer à l’Académie avec toi… Néanmoins… pas comme tu l’entends. Tout à l’heure, quand je t’ai laissé parler… tu as peint un si noir tableau de ce qui nous attendait, de ce qui m’attendait là bas. Et c’est parce que je ne veux pas vivre ça et surtout ne pas te faire vivre ça que… j’ai pris les devants, pour nous deux. J’ai contacté les Cheistams avec lesquels nous sommes en relation en tant qu’alliés… Je leur ai annoncé, avec l’appui du mari de Maud et de mon maitre qui fut l’un des meilleurs capitaines Cheistams, que j’étais vivant, repenti, que je consacrais mon énergie à essayer, comme eux, de préserver ce monde de la folie Kaär. Ca a pris un peu de temps bien sûr, après tout, j’ai commencé avant que nous ne partions chez tes parents… J’ai révélé à un haut dirigeant tout sur mon identité, oui, y compris ce que je suis vraiment… On m’a cru… On m’a compris et entendu… Ceci est une copie de la lettre de remerciement que je leur ai envoyé il y a deux jours… en réponse à leur demande pour que je devienne un chevalier indépendant, oeuvrant pour le bien… Je serais officiellement reconnu, on ne me donnera plus la chasse du côté des Cheistams, je pourrais continuer d’oeuvrer de mon côté et surtout.. je ne te ferai aucunement pâtir de mes erreurs passées.. Je ne ternirai pas ta réputation, ni ton nom, encore moins ton école… Quant à ce que je suis vraiment… eh bien… Je me disais que puisque nous étions allés aussi loin tous les deux pour nous fiancer… peut-être que nous n’avions plus besoin de cacher ça non plus… Ou si… mes pour cela… je sais que tu me trouveras de toute manière un sort… et sinon, je m’entraînerais… jusqu’à pouvoir me transformer à volonté en jeune dragon qu’on confond aisément avec un oiseau de loin, non ?

Il s’arrêta enfin, la gorge sèche et avisa la tasse de thé à présent froid de la jeune femme qu’il descendit d’un trait avant de faire une légère grimace. Beuh… froid, ce n’était pas très bon. C’est un air tout timide qu’il tourna vers la jolie mage, ce qui contrastait tellement avec son imposante carrure, le fait qu’il soit un guerrier et encore plus un dragon. Finalement, il avait juste fait au mieux et s’il avait agi dans son dos, c’était aussi pour lui faire une bien surprenante surprise… Qui n’était peut-être pas si désagréable, si ? Il sembla rentrer légèrement la tête dans les épaules, oui, timide et penaud, mais tellement mignon, ses yeux orangés la fixant avec la même tendresse, la même intensité qu’au premier jour… Comment avait-elle pu passer, oui, à leurs tout début de retrouvailles, à l’Académie, à côté de la signification d’un tel regard… Tant d’amour torturé, tant d’amour maitrisé, à peine ?

- Bon ben… voilà, là j’ai fini… et je ne vais plus parler pendant deux jours, trop fatigant… Câlin !!!!!!! hum...T'es fâchée ?

Pourquoi « câlin » ? Oh parce qu’il lui en faisait un tout simplement, l’enlaçant avec un grand sourire presque innocent bien qu’un peu inquiet et ça… difficile de le cacher… Et pour le ton penaud, avec sa voix grave, décidément... ça faisait bizarre...
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un voyage pour apprendre à mieux se re-connaître ?   Ven 7 Mar - 14:52

Tristan n’avait pas tort au sujet de la haine que Cassidy vouait aux dragons. Combien de fois la jeune mage avait-elle montré son désintérêt, son dégoût auprès de ces créatures qui ne semblaient pas connaître la notion du pardon, qui étaient au final, totalement différents des humains de ce monde ? Certainement de nombreuses fois. Elle voyait ça comme un échec, comme un dur retour de la réalité et si Alanir ne l’avait pas protégé, peut être aurait-elle été complètement défigurée, dans un piteux état alors qu’elle poursuivait un objectif un peu fou. Pourtant Tristan était une exception. Parce qu’ils avaient passé leur enfance ensemble, parce qu’il lui semblait plus rempli d’humanité et si il lui posait la question de savoir si cela la dérangeait, sa nature de dragon, elle lui aurait répondu avec beaucoup de vivacité qu’elle l’aimait comme il était. Après tout, elle appréciait les séances de vol avec lui mais peut être au final, continuait-elle de le voir toujours comme Tristan… Drakkari mais… dragon à part entière ? Peut être pas vraiment et on sait bien le mal que cela peut faire. Elle-même ne s’en rendait pas compte finalement. Mais si il lui fallait se retrouver devant un dragon, la mage n’aurait que deux réactions, l’attaque ou l’ignorance. Où étaient les limites de cette haine ? De cette colère envers eux ? Que Tristan lui demande de les accepter était totalement impossible. Elle détournerait encore le sujet pour mieux se focaliser sur lui mais pas eux…

Un long moment s’écoula alors qu’elle lui caressait les cheveux, le regardant étendu et parfaitement calme alors que Maud était sortie, lui rappelant juste une vérité, qu’il ne voulait pas la perdre. N’était-ce pas un peu rassurant au final ? Quoiqu’il en soit, la jeune femme était un peu plus calme, sereine, même si la douleur de ces révélations n’avait pas encore quitté son cœur et qu’elle se demandait ce qu’il était préférable de faire. Pas assez de solutions à son goût et s’éloigner était la seule chose qu’elle voyait même si Cassidy ne savait absolument pas comment elle pourrait gérer cette nouvelle épreuve.

Elle s’était un peu mieux assise dans le canapé, plus confortablement, puis releva un peu la tête du Drakkari pour qu’il la pose sur ses genoux alors qu’elle continuait de le caresser, les yeux perdus dans le vide. Il est vrai qu’il s’était passé beaucoup de choses ces derniers temps et ses nerfs étaient à vif, en particulier en raison de cette histoire d’académie. Oui peut être avait-elle mal compris ce jour là mais elle s’était sentie énormément blessée et malheureuse, pensant qu’il préférait rester ici que de l’accompagner, ce qui était peut être faux. Mais elle allait assez mal comme ça et le fait de le voir au ralenti ces derniers temps n’arrangeait pas les choses. Une forme d’inquiétude on pourrait dire.

Cassidy avait bien remarqué à son réveil qu’il n’était pas dans le lit et même avant ! La chaleur du Drakkari lui permettait toujours de bien dormir, de se sentir en sécurité mais là ce n’était pas le cas et elle avait eu une sensation de vide alors que ses yeux se remplissaient de larmes, pensant toujours qu’il ne voulait pas l’accompagner et préférait se faire plus distant. Elle avait réfléchi et avec un peu de recul, ses mots avaient dépassés sa pensée. Lui rappeler qu’il l’avait abandonné n’était peut être pas une bonne idée et elle ne semblait pas l’avoir réalisé sur le coup, certainement trop vexée et triste qu’il ne s’exprime pas plus que ça sur sa fatigue. Il est vrai qu’elle ne voulait pas non plus mettre des distances avec lui et cela la rendait triste au final. C’est tout naturellement et même timidement qu’elle l’avait rejoins, sans trop vraiment s’étendre sur la soirée d’hier, sans même trop s’excuser, ne sachant pas quoi dire et estimant avoir eu mal aussi.

Il finit par se réveiller et elle le regarda d’une mine inquiète avant de se lancer dans un discours, continuant de le caresser, tristement même si elle était un peu fâchée. Heureusement pour elle, la séance de vol avec Alanir était une bonne chose puisqu’elle était beaucoup moins colérique, juste peut être un peu blasée d’apprendre cette nouvelle et qu’elle attendait des explications sérieuses ! Que dire ? Quoi faire ? Elle commença d’abord par dire qu’elle était au courant de ce qui se passait avec lui et paraissait peinée de ne pas en avoir discuté plus tôt. Puis elle fit des suppositions, argumentant sur le fait de que de toute manière il était bien mieux ici, sans savoir exactement comment elle allait le gérer. Mais sa santé passait avant le reste et si cela voulait dire mettre un peu de distance pour ne pas qu’il ait trop mal… Car si le bébé commençait déjà à le repousser, elle n’imaginait pas ce que cela ferait dans quelques mois, une fois qu’il serait bien installé. Cela risquait d’être beaucoup plus sérieux que ce qu’il y avait à l’heure actuelle.

Elle acheva son discours par un soupir en baissant lentement la tête, fatiguée elle aussi par ces nouvelles révélations, se préparant déjà au pire. Mais de pire, il n’en était rien. Puisque le jeune homme s’était redressé tranquillement pour la prendre contre lui avec une extrême douceur tout en déclarant que ça risquait d’être long. Elle se fit d’autant plus attentive, ouvrant en grand les yeux, l’examinant un instant avant de les refermer, se collant un peu plus contre son torse.

Il commença par une première phrase, soi-disant qu’elle devrait être plus directe pour le larguer.
La demoiselle s’était brusquement redressée en le regardant droit dans les yeux, un regard d’incompréhension, un regard comme quoi jamais elle n’avait eu dans l’idée de s’éloigner de lui parce qu’elle ne l’aimait plus. Ce n’était pas ça le problème ! Et elle n’avait jamais eu envie de le quitter une nouvelle fois mais si ils y étaient contraints… alors il n’y avait pas d’autre choix.

D’après ce qu’il disait, et qu’elle était attentive à la moindre de ses remarques, Maud avait raison, il lui avait caché la vérité pour ne pas qu’elle le prenne mal et il avait un peu raison d’avoir agi ainsi, parce que dans son état, il était impossible de savoir comment elle pouvait le prendre. Mais l’apprendre l’aurait certainement affolée, elle qui déteste faire du mal et elle aurait préféré s’enfermer plutôt que de le voir vivre ça. Cela aurait été déroutant aussi de savoir que le petit être dans son ventre refusait son papa et entraînerait une certaine gêne entre les deux tourtereaux. Enfin elle ne pouvait pas vraiment lui en vouloir mais elle n’avait pas encore eu le temps de bien y réfléchir en détail.

Il se redressa et partit chercher un gros grimoire apparemment bien rempli. La demoiselle eut un sourire en voyant qu’il y avait encore un croquis d’elle. Décidément pour agir ainsi il devait être vraiment bien amoureux et attiré. Comment ne pas se sentir un peu flattée et réellement rassurée face à tous ces petits gestes qui prouvaient encore une fois l’amour du Drakkari ? Ce journal qui contenait ses souvenirs, pour ne pas l’oublier une nouvelle fois.

Tristan parla à nouveau alors qu’elle prit le manuscrit dans ses mains, un air interrogateur dans le visage puis fronça les sourcils en entendant le début de sa phrase. Aussi surprenant disait-il ? Comment cela pouvait-il être surprenant ? Il avait toujours été volontaire et les gens ici semblaient beaucoup apprécié le Drakkari, il devait être également comme ça au cours de ses voyages. Cela la chagrinait ce qu’il racontait. Ainsi donc le petit commençait déjà à faire des préférences ? Non ce n’était pas comme ça que cela devait se passer ! Elle paraissait scandalisée quand il parlait de ses hormones mais c’est vrai qu’elle avait été un peu nerveuse ces derniers jours. Enfin, sa distance à cause de sa fatigue était plus responsable de son énervement que le fait de ne plus l’aimer. Et elle ne voulait en rien le fatiguer davantage après tout.

Il disait également que c’était une arme pour le bébé sa magie. De plus en plus étrange et enfant ou pas, elle détestait être utilisée de la sorte pour faire du mal, que ce soit pour une protection ou autre. Fière et complètement ancrée dans ses idées, pousser Cassidy à faire des choses totalement contraire à ses valeurs ou ses sentiments n’était pas une bonne chose. Une autre chose attira son attention et elle se fit plus crispée alors qu’il avait conscience que « sa partie dragon la répugnait » et la demoiselle baissa vivement la tête, se sentant comme une enfant prise en flagrant délit. Oui c’est vrai mais pas vrai en même temps ! Elle l’aimait lui… Tout cela la chamboulait et le doute s’installa dans son cœur. L’aimait-elle suffisamment alors qu’elle n’acceptait décidément pas cette partie dragon ? Difficile de le dire et elle se sentit un peu ailleurs pendant un instant. Sa caresse sur le visage la rappela à l’ordre alors qu’elle le regardait en se mordant la lèvre inférieure. Elle ne pouvait pas lui en parler, cela l’anéantirait.

Cependant une chose lui venait à l’esprit mais il lui fit signe de se taire alors qu’il lui racontait vraiment tout. Ce chamboulement par rapport à une femme qui avait repoussé son compagnon Drakkari. Elle s’en sentit choquée et extrêmement mal à l’aise puis secoua rapidement la tête. Ca n’arriverait pas ! On ne la forcerait pas à changer d’avis comme ça ! Puis également il parlait d’une surprise comme quoi il avait révélé son identité aux Cheistams et que cela se passait plutôt bien, qu’il était repenti et que de cette manière, il pourrait la suivre sans craindre les conséquences. Cependant, savait-il que sa réputation était un peu… entachée pour le moment. En effet pendant ces longs mois, la demoiselle s’était montrée beaucoup plus renfermée, sévère, voire cruelle à son académie, punissant les élèves désobéissants, rentrant dans une spirale négative et une véritable expression glaciale, imperturbable.

Elle baissa la tête lentement, apparemment mal à l’aise et tripota doucement ses doigts en l’écoutant, se contentant d’un sourire très discret qui s’apparentait plutôt à une grimace. Il disait également que ce n’était peut être pas la peine de cacher sa véritable nature à l’académie. La jeune femme soupira. Dire ou ne pas dire ? Dans un sens, les élèves seraient certainement très curieux oui… mais imaginons qu’il y en ait un qui avait une mauvaise expérience avec les dragons ? Disons, que si ses parents avaient été tués par un dragon corrompu, comment réagirait-il face à un de ces dragons même si celui-ci n’était pas corrompu ? Difficile d’imaginer comment cela pourrait se passer ! A vrai dire la jeune femme n’avait pas vraiment envie de se prendre la tête à ce sujet et secoua la tête tout en faisant un geste de la main assez désinvolte, l’air de dire qu’il faisait comme il voulait, que la décision lui revenait.
Elle le regarda finir la tasse de thé puis se tourna vers elle pour la prendre dans ses bras, adorable comme d’habitude et tellement difficile d’y résister. Cassidy resta silencieuse un instant, se laissant bercer, collant sa tête contre son torse et ferma les yeux avant de les rouvrir, plus déterminée que jamais, et relever ses yeux noisettes vers lui.

« Oui je suis fâchée… »

Elle se dégagea de lui, posant le manuscrit sur la table basse et se déroba en se redressant, la mine sévère et les mains sur les hanches, le regardant un peu de haut, comme un petit enfant qu’elle était sur le point de réprimander.

« Ce que j’ai entendu ne me fait pas plaisir et ça me rend triste… »

Oulà… était-elle rancunière à ce point pour ne pas prendre en considération ses révélations et n’en faire qu’à sa tête ? Cependant, la suite se révéla différente de ce qui pouvait être attendue alors qu’elle s’accroupit vers lui, pas calmée pour autant.

« D’où est-ce que les Drakkaris sont irresponsables, insouciants, égoïstes et rancuniers ? Je ne t’autorise pas à penser ça de toi et des autres… Ce n’est absolument pas vrai ! Et si tu penses toujours à ça, je finirais bien par te prouver le contraire. Tu l’as dis toi-même… les gens sont prêts à t’aider, à te rendre service… tu as une image bien faussée de toi… et des autres. Et même si oui, tu m’as abandonné une fois, tu as essayé de le faire pour mon bien, croyant bien faire et ça tout le monde fait des erreurs alors… j’étais juste énervée la dernière fois, un peu blessée que tu veuilles plus t’investir ici plutôt que de me suivre… je dois être un peu égoïste au final… »

Elle posa doucement sa main sous le menton du Drakkari et lui releva doucement la tête. Il avait besoin d’être rassuré, et elle était un peu scandalisée de voir que son estime de lui-même était aussi basse. Il avait vraiment besoin d’elle, qu’elle lui ouvre les yeux, qu’elle soit présente à ses côtés pour l’aider à se construire, à avoir confiance en lui. Caressant du bout de son pouce son menton, elle le regarda intensément.

« Je te remercie de m’en avoir parlé… peut être que j’aurais mal réagi oui… mais bon j’y vois plus clair et maintenant on va essayer de trouver une solution. Mais je pense qu’on a suffisamment parlé pour l’instant, enfin surtout toi donc je propose qu’on en profite pour faire une balade dans le ciel, en plus il fait beau aujourd’hui… Ca ne fera pas de mal »

La jeune femme effleura doucement ses lèvres des siennes avant de sourire un instant et de se tourner pour déclarer qu’elle allait se changer, le laissant à ses pensées alors qu’elle se dirigeait vers la chambre. Elle ne le laissa pas longtemps tout seul et revint rapidement, vêtue d’une tenue cavalière alors qu’il sortait la selle de son sac et qu’ils se dirigeaient vers le balcon pour s’élancer dans le ciel tous les deux.

Effectivement, sortir était une bonne idée et un véritable plaisir pour l’un comme pour l’autre, même si la demoiselle avait déjà eu sa séance de vol avec Alanir, elle ne s’en lassait pas de cette liberté dans le ciel. Si il est vrai qu’elle préférait voler avec Tristan, elle avait également un lien bien particulier avec l’esprit dragon qui rendait chaque expérience différente.

Les mains accrochées aux lanières en cuir, les cheveux flottants dans le vent alors que l’air lui fouettait le visage, le dragon volait librement, avec beaucoup d’aisance, comme si le fait de discuter lui avait enlevé un poids. Cassidy arrivait un peu à le ressentir, d’une manière qu’elle ignorait, comme si elle arrivait à se mettre à sa place et c’était une bien étrange sensation. Pour sa part elle était également plus détendue, décontractée et ce n’était pas plus mal.

Le paysage passait à une allure folle alors qu’ils admiraient la beauté de ce monde. Mais gare aux courbatures pour la demoiselle le lendemain ! Ils finirent par se poser dans une petite clairière, près d’un coin d’eau, souriant et se posant sur les pierres un peu refroidies par l’air frais alors que la jeune femme était assise contre Tristan, son dos reposant contre son torse alors qu’elle regardait la surface de l’eau d’un air apaisé, prenant doucement les mains du jeune homme alors qu’il fredonnait une chanson tout en se laissant bercer. Peut être que cette fois n’y avait-il pas besoin de paroles mais ils avaient peut être bien besoin de se retrouver, retrouver cette proximité entre eux avant qu’il ne s’écarte d’elle. Elle disait qu’elle l’aimait, petit murmure à travers les clapotements de l’eau alors qu’elle frottait le derrière de sa tête contre le torse du jeune homme. Tout allait mieux à présent.

Elle repensa cependant à ce qu’il avait dit, au sujet des femmes qui finissaient par ne plus aimer leur compagnon et la jeune femme secoua lentement la tête.

« Tu sais… au sujet de cet enfant… et du fait qu’il pourrait me forcer à ne plus t’aimer… je vais m’assurer que ça n’arrive jamais. Je n’ai pas envie de m’éloigner de toi et je déteste qu’on dirige mes sentiments alors… peut être que c’est un peu l’avantage que j’ai, la méditation aide bien à prendre conscience des choses… j’ai l’impression plutôt que c’est un ordre. Et j’aime pas ça… même si c’est notre enfant, il n’a pas le droit de décider pour moi… et puis oublier un homme aussi séduisant et adorable que toi… non vraiment, je ne me laisserais pas faire ! »

Peut être cherchait-elle à le rassurer mais en tout cas elle était tout à fait sincère et déterminée alors qu’elle serrait un peu plus ses mains sur ses bras. Non elle ne l’abandonnerait pas, même avec un enfant. C’était Tristan, et puis il disait bien qu’ils avaient un lien tous les deux, c’était bien l’occasion de pouvoir le vérifier.

Puis ils finirent par rentrer, soulagés, plus confiants. La jeune femme avait pris le lourd manuscrit pour le poser sur le bureau alors qu’elle n’avait pas pris la peine de se changer et inspectait d’un œil expert les commentaires, les annotations, alors que Tristan préparait une tisane pour deux derrière. Elle semblait songeuse puis fila dans la chambre, cherchant quelque chose puis revint avec un bracelet métallique couvert de runes, que le jeune homme devait bien reconnaître.
Cassidy se réinstalla sur la chaise devant le bureau alors qu’il posa la tasse à côté d’elle et qu’elle lui montra le bracelet.

« Bon je t’ai dis qu’on trouverait une solution. Alors j’ai pensé à ça. Le gros problème c’est que tu ne peux pas dormir, être vigilant et qu’en plus ce vilain petit Drakkari chipe ma magie pour en faire des feux d’artifices ! »

Elle fit une grimace malicieuse même si le fait d’être « utilisée » contre son gré ne lui plaisait pas vraiment. Caressant doucement le bracelet, elle continua sur sa lancée.

« J’utilise ce bracelet pour entraver ma magie. Ce n’est absolument pas risqué sauf quand on l’utilise trop longtemps. Mais là ça serait uniquement pour la nuit. Mon maître me demandait de le mettre quand j’étais plus jeune pour éviter… enfin j’avais tendance à faire de la magie en dormant et j’ai failli faire un trou dans le toit d’une auberge un jour donc… »

Elle se mit à rougir lentement, consciente de sa maladresse et triturant son bracelet d’un air gêné. Cela ne devait pas être facile la magie pendant l’adolescence. Enfin en même temps elle était un peu spéciale.

« Enfin au moins ça bloquera la nuit et évitera les brûlures. Ensuite j’ai aussi pensé que Tonton Alanir pouvait un peu intervenir et… »

Apparemment l’esprit dragon venait de se réveiller puisqu’elle leva un instant les yeux au ciel comme si elle l’écoutait tout en s’arrêtant dans son explication avant de faire un sourire malicieux dans le vide. Une personne qui ne serait pas au courant du lien qu’elle entretenait avec son esprit dragon la jugerait folle de parler dans le vide et d’avoir de curieuses réactions.

« Oh ça va ça va hein ! Tonton ça te va bien ! Et puis c’est vrai quoi vous êtes un peu de la même famille non ? Et puis t’es un peu comme le bébé aussi, on cohabite ensemble… Rhoooo mais quel susceptible ! »

Elle se gratta doucement le menton avant de regarder à nouveau Tristan avant de secouer la tête d’un air malicieux.

« Bon, ce que je disais c’est qu’Alanir partage un peu la même… marque ? signature ? qu’un dragon. Même si ça reste un esprit il y a toujours cette espèce d’aura qui cohabite avec la mienne, dans mon corps et dans mon esprit. Alors peut être qu’en se faisant un peu plus apaisant, il pourrait finir par convaincre le bébé, ou du moins, le calmer… surtout si il est à moitié dragon le petit… ils ont quelques points communs après tout. Y a aucun risque pour moi en tout cas. »

La jeune femme se redressa de sa chaise en buvant un peu de la tisane puis se pencha sur les feuilles du manuscrit en tournant les pages d’un air sérieux.

« Par contre tu m’as bien dit qu’il t’attaquait pendant la nuit avec ma magie non ? Mais ça c’est parce que je suis mage. Comment ça se passe avec les femmes humaines ? Leur bébé Drakkari n’a aucune solution pour repousser son géniteur non ? Alors d’où viennent les douleurs si ce n’est pas d’origine magique ? »

Il s’exprima un peu, répondant à sa question, donnant son avis sur ses idées et la jeune femme hocha lentement la tête tout en prenant des notes sur une feuille de parchemin d’un côté d’un air songeur. Au moins ce qui était bien avec elle, c’est que quand cela lui tenait à cœur, la demoiselle se sentait vraiment investie dans sa tâche et faisait tout pour la mener à bien. Ils restèrent un moment là, lui la regardant, elle écrivant, réfléchissant, puis ils décidèrent de s’allonger un moment dans le canapé alors qu’elle déclarait avoir un coup de fatigue.

La fin de la journée se passa bien alors qu’ils riaient et semblaient avoir retrouvé un brin de complicité. Taquineries, un petit bain ensemble où ils se massaient avec amour et tendresse et peut être même un peu plus alors que leurs jeux d’eaux devenaient un peu plus… acrobatiques. Cassidy ayant certaines envies à satisfaire et là encore elle prouva à son compagnon qu’elle avait toujours une grande attirance pour lui. Petits baisers coquins, malicieux… avant de passer aux choses sérieuses et qu’ils se retrouvèrent un bon moment après allongés sur des serviettes étendues au sol, un peu haletants mais le sourire aux lèvres.

Finalement ils s’endormirent et elle prit soin de mettre son petit bracelet, lui demandant de lui donner des informations si il sentait une gêne.

Le lendemain matin, la jeune femme avait prévu de réaliser leur tatouage. Le retour à l’académie était pour le lendemain et elle voulait en profiter un peu pour faire ça, surtout qu’après, il n’était pas possible de prévoir si ils auraient plus de temps que ça ou pas. Elle lui avait montré un des croquis, c’était une forme élégante, qui ressemblait un peu à une flamme dansante mais orné d’un autre symbole qui représentait plus la douceur et la tendresse de la demoiselle en question.
Tristan connaissait un tatoueur et ils s’y rendirent à deux, même si elle n’était sincèrement pas rassurée et que, douillette comme elle était, il devait sentir ses crispations à la moindre aiguille qui s’enfonçait dans sa peau alors qu’elle fermait les yeux en serrant des dents et qu’il se faisait apaisant à côté d’elle. Elle ne fut pas mécontente de repartir et demanda en contrepartie beaucoup de massages à Tristan, prétextant qu’elle avait eu très mal et que ça la piquait encore tout en tirant une moue boudeuse. Lui au contraire était resté parfaitement calme.

« Au fait… ça va se voir ton tatouage sur tes écailles quand tu te transforme ? A moins que ça reste en dessous… »

Question un peu bête mais elle était tout à fait curieuse.

Le lendemain, le départ était imminent. Chacun récupérait quelques affaires et Cassidy râlait beaucoup pour la forme en tentant de mettre des vêtements dans son sac. Elle tentait de cacher son anxiété mais ça Tristan avait du le deviner. Ils saluèrent les gens de la cité qui étaient venus pour leur départ et Cassidy était en grande discussion avec Maud qui semblait souriante et lui proposait de revenir quand elle voulait. Cependant la petite mage était toujours aussi tendue. Elle avait insisté pour revenir à cheval, cela lui laissait un peu plus de temps pour réfléchir et s’immerger à nouveau dans ce monde qu’elle avait créé.

Ils ne mirent pas beaucoup de temps à rentrer à l’académie, même si cela leur prit une journée et que Cassidy était extrêmement nerveuse, même avec Tristan à côté qui tentait de la rassurer. Alors qu’ils arrivaient, le soleil venait de disparaître derrière les collines et c’était une arrivée très discrète, l’obscurité jouant en leur faveur alors que Cassidy avait demandé un retour sans grande cérémonie. De plus, Erwan devait toujours être à l’académie pour s’occuper des animaux ! Alors venir le soir, c’était pouvoir l’éviter au moins…

Qu’est-ce que cela faisait bizarre de se retrouver ici et même si ils avaient laissé leurs chevaux à l’écurie, une certaine lutine était venue leur souhaiter la bienvenue même si elle aurait certainement beaucoup de questions à poser…
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