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 Progression ou régression ?

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Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra


Messages : 841
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 28

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Progression ou régression ?   Mar 25 Mar - 20:08

Bon pour un premier jour de retour c’était plutôt… mal parti ! Si Cassidy se sentait mal à l’aise par rapport à Erwan, du fait qu’elle ne savait pas comment se comporter avec lui, ses hormones la rappelèrent à l’ordre bien rapidement et provoquèrent chez la demoiselle un bel évanouissement. On pouvait aussi mettre ça sur le compte de leur long trajet de la veille ainsi qu’une fatigue qui n’irait pas en s’arrangeant. Comment prévoir que le pendentif de Tristan réagirait alors qu’elle n’était pas si en danger que ça, pas seule et même si elle l’avait été, les lutines lui auraient très certainement porté secours.

Oh c’est sûr, avoir la petite mage dans ses bras un instant devait être bien cruel pour Erwan qui ne s’attendait absolument pas à ce qu’elle tombe dans les pommes. Il n’avait jamais été très bavard avec d’autres personnes et par surcroit, pas vraiment renseigné sur les aléas d’une femme enceinte. Cependant il la tenait très délicatement jusqu’à ce que le Drakkari revienne au galop, comme porté par un instinct dont l’archer n’avait aucune connaissance. D’ailleurs, il semblait vraiment très surpris en le voyant arriver et serra peut être la petite mage dans une attitude un peu trop protectrice.

Il est vrai que lorsque Tristan avait déboulé dans la pièce, le jeune homme était penché sur le visage de la demoiselle, mi embarrassé mi nostalgique sans voir qui arrivait. La première chose qu’il entendit était une sorte de … grognement ? un truc comme ça en tout cas qui prenait une tonalité humaine. C’était vraiment très étrange mais il ne pouvait ni identifier un dragon ni même… autre chose. C’est pour cette raison qu’il se fit si protecteur, reprenant des réflexes de sa vie dans les bois, prêt à se défendre contre ce qui venait d’arriver.

Et quand il releva la tête pour croiser le regard de… l’agresseur ? le perturbateur ? il reconnut Tristan et la surprise pouvait sur le visage d’Erwan qui ne s’attendait absolument pas à ça. A croire que le petit couple était lié d’une manière ou d’une autre. Il ne parla pas, les mots restants coincés dans sa bouche, voulant expliquer la méprise et surtout ne pas mettre en colère le fier Drakkari. Et surtout qu’il ne l’accuse pas sans raison comme c’est dans les gênes des membres de ce peuple. C’est un regard antipathique qu’il croisa alors qu’il ouvrit des yeux ronds avant de froncer les sourcils. Eyh oh ! Il n’allait quand même pas l’agresser sans raison non l’enragé ? Bon d’accord c’est vrai qu’il était toujours amoureux de la petite mage mais il n’allait quand même pas oser abuser d’elle, la respectant beaucoup trop pour se permettre d’avoir un geste ne serait-ce qu’un peu déplacé envers elle.

Cependant, même si un air de défi se lisait entre les deux jeunes hommes, se toisant du regard, Erwan ne montra aucun signe de résistance en desserrant son étreinte du corps de Cassidy. Il était assez sage et surtout savait pertinemment qu’elle ne lui appartenait pas, étant fiancé avec ce grand dadais agressif. Peut être voulait-il s’expliquer alors que l’archer ouvrait la bouche pour donner une version des faits, tout simplement, comme l’aurait fait n’importe quelle personne qui aurait été témoin de la chute de la directrice. Cependant Tristan ne lui en laissa même pas l’occasion, se contentant d’un regard assez… furieux alors que ses crocs s’agrandirent un instant tout en prononçant clairement une menace, ce qui laissa un Erwan totalement perplexe.

Bon, il était certainement un ennemi déclaré. Le regard du jeune homme s’assombrit alors qu’il baissait la tête en serrant les poings. Le faire payer… pour ce qu’il n’avait pas fait ! La seule qui avait le droit de dire quelque chose c’était bien Cassidy. Mais lui… ce Drakkari… c’était comme si il venait de s’établir chef du territoire, chef de la petite mage… et Erwan avait même cru voir danser dans les yeux de Tristan une lueur qui n’avait rien d’humaine. Il se tassa. Ne disant rien et n’étant pas du genre à provoquer la bagarre. Et puis il savait très bien que le Drakkari aurait très facilement le dessus sur lui. Ce n’était pas une bonne idée, surtout que Cassidy avait besoin d’être examinée. Il serra les dents tout en fixant le sol, sentant monter une adrénaline en lui, une sensation d’avoir envie de lui coller une bonne droite pour avoir oser le soupçonner alors qu’il devait le savoir, jamais il n’aurait oser faire quoi que ce soit.

L’archer les regarda sortir, totalement perdu, sans dire un mot mais plongé dans une profonde réflexion. Oh… pourtant il n’était pas le seul à avoir observé la scène… et cela se ferait savoir assez tôt.

Cassidy ne sut rien de ce qui s’était passé, de cette confrontation purement masculine et c’était peut être mieux. Ce n’était apparemment qu’un petit malaise, du à la fatigue, quelque chose comme ça. Pourtant lorsque Kymmie apparut, elle dévisagea Tristan et ne semblait pas très contente, les bras croisés tout en voletant dans les airs alors qu’elle le fixait faire les cent pas. Elle se plaça devant lui, le forçant à s’arrêter dans sa marche.

- Ce n’est pas le bon moment pour en parler mais je pense qu’une petite mise au point va s’imposer ce soir…

Elle n’en dit pas plus mais son air montrait vraiment qu’elle était contrariée et que le jeune homme venait de marquer un premier mauvais point… Sur ce, elle inspecta vite fait Cassidy puis marmonna retourner donner des ordres à la cuisine tout en disparaissant dans un craquement sec.

Cassidy se sentait vaseuse, peu après le départ de Kymmie et fit la grimace alors qu’elle ouvrait doucement les paupières. Elle avait été allongée et… Que s’était-il passé ? Difficile de se rappeler pour l’instant alors qu’elle sentait une vive douleur émaner de son ventre mais qui heureusement diminua petit à petit alors que sa vision redevint à peu près normale. Tristan était à ses côtés et se pencha sur son visage, totalement paniqué en posant toute une série de questions. La jeune femme se passa une main sur la tête puis répondit d’une voix un peu plus assurée alors qu’elle reprenait des couleurs.

« Ca va, ça va je vais bien… juste un petit malaise »

Elle l’examina un instant en clignant des yeux puis posa sa main un peu froide sur la joue du jeune homme, comme si la demoiselle tentait de le calmer un peu. On leur donna quelques conseils, surtout pour Cassidy qui devait impérativement se reposer et éviter de trop en faire. La jeune femme eut un petit rire nerveux, tentant de dire que c’était bon, c’était passé.
Accrochée autour du cou à Tristan, la demoiselle se laissait porter et lorsqu’il arriva à l’étage des chambres, sachant que son bureau était juste à côté, un grand sourire illumina son visage.

« Hey dépose moi plutôt dans mon bureau. Ca va je vais beaucoup mieux maintenant… »

Il refusa. La demoiselle prit un air faussement boudeur et une attitude de gamine alors qu’elle battait les pieds dans le vide en disant qu’elle avait besoin de travailler et tout et tout ! qu’elle ne serait pas tranquille tant qu’elle n’aurait pas lu ses courriers ! Mais il fallait dire que Tristan avait des arguments… plutôt convaincants. Au départ il parlait d’amener ses affaires dans leur chambre puis en voyant que cela n’avait que peu d’effets, il l’embrassa. La jeune femme s’empourpra et se laissa conduire plus sagement.

Cependant, il se fit un peu plus… sombre en demandant ce qui s’était passé avec Erwan. Une lueur passa dans les yeux noisettes de la demoiselle alors que ce passage lui revenait à l’esprit et qu’elle semblait très embarrassée d’être tombée dans les vapes devant lui. Elle ignora le regard de Tristan, balbutiant quelques mots en disant qu’il ne s’était rien passé, du moins essayait car il la coupa court. Là elle ouvrit des yeux ronds en entendant sa phrase puis se gratta lentement la tête, le regard peut être un peu trop naïf, touchant.

« Heu… mais pourquoi il me ferait du mal ? C’est pas son style ! »

C’était bien le seul homme qu’elle avait rencontré (mis à part Tristan) qui n’avait pas essayé de profiter d’elle aussi bien la première et la deuxième fois. Devait-elle rappeler à Tristan qu’elle avait vécu chez Erwan un moment lorsqu’elle était blessée il y a des années en arrière ? Et qu’il n’avait jamais rien tenté et c’est peut être pour cette raison qu’elle était restée aussi longtemps. A part cet incident de boisson et cette jalousie pour Tristan il n’y avait rien eu… il n’avait jamais posé la main sur elle pour la frapper. Mais le rappeler à Tristan n’aurait pas été une bonne chose peut être, lui qui voulait tout faire pour être à la hauteur et lui faire oublier les autres. Et cela devait être assez douloureux pour lui. C’est pourquoi elle baissa la tête sans rien dire de plus.

Il la força à se reposer alors qu’elle boudait dans le lit, tirant une drôle de tête alors qu’il avait l’intention de peindre. La journée passa rapidement alors qu’elle lisait les courriers, prenaient des notes. Mais une fois Tristan parti à l’extérieur l’après midi, la jeune femme pesta sur le fait qu’elle n’avait pas tous ses documents sous sa main et se dirigea vers son bureau pour des raisons plus pratiques.

Elle resta un bon moment à l’intérieur, son cerveau chauffant beaucoup alors qu’elle lisait, annotait, préparait des choses par ci par là alors que son suppléant lui avait laissé des informations qu’elle tentait de déchiffrer. Ce n’était pas facile du tout de se remettre dans le rythme mais elle le devait bien. Parfois elle se penchait à la fenêtre, tentant d’apercevoir Tristan dans le parc. Mais les terrains d’entraînement étaient à l’autre bout, alors difficile de voir quoi que ce soit d’ici.

Il l’entraîna ensuite dans la salle de bains pour la détendre et lui faire un massage qu’elle apprécia grandement. Mais heureusement que Cassidy ne vit pas l’expression de Tristan lorsqu’il regardait son ventre. C’est vrai qu’elle approchait bientôt des trois mois et ça commençait déjà à se former. Cependant, c’est à peine si elle regardait vraiment, préférant ne pas tenir compte de son changement morphologique. Peut être avait-elle peur que son compagnon finisse par la repousser alors elle faisait comme si de rien n’était.

Pourtant le soir, elle était plus fatiguée que ce qu’elle pensait et c’est sans rien faire de plus que la demoiselle prit place dans le lit, peut être un peu trop tôt alors que Tristan finissait quelque chose.

Le lendemain matin, elle semblait apaisée et remplie d’énergie, comme si une nuit l’avait rechargé à bloc. Petit moment tendre et coquin avec son compagnon alors qu’elle s’amusait avec lui et promettant de ne pas trop travailler, ce qui pourtant n’était pas gagner la connaissant.
Ils s’étaient habillés et entraînante, elle proposa au jeune homme de peut être faire un petit tour à Glindel dans l’après midi si il ne faisait pas trop froid. Cependant, alors qu’elle avait fini de s’habiller et Tristan aussi, l’ombre de la lutine était apparue. Apparemment elle n’avait pas décoléré d’hier et se tenait fermement devant la porte. Elle demanda à parler, que c’était important et que les choses devaient être mises au point rapidement. Cassidy fit la moue face à son amie.

« Huuum… Kymmie ça peut pas attendre ? J’ai très faim et… »

Le petit déjeuner apparut en un claquement de doigts sur la table basse face au canapé.

- Tu peux manger ici… Il faut qu’on parle de ça maintenant. Je n’ai pas envie que ce genre de choses se reproduisent… peut être même pire…

Cassidy ouvrit des yeux ronds tout en fixant son amie d’une lueur d’inquiétude, se demandant ce qui l’agaçait autant mais elle obéit en prenant la main de Tristan, sans savoir que lui-même avait déjà eu un premier appel. Elle regarda avec gourmandises les viennoiseries et mordit avec avidité dans un croissant alors que Kymmie s’installa en face d’eux, apparemment embarrassée.

- Bon… Le message s’adresse surtout à Tristan mais je pense que tu es en droit de savoir Cassy, surtout que tu pourras peut être arriver à mieux le raisonner que moi à ce sujet…

La jeune femme manqua de s’étouffer dans son croissant puis se tourna vers Tristan puis Kymmie sans avoir l’air de comprendre.

« Heiiiiiiiiiiiin ?!? Mais de quoi tu parles Kymmie ? »

- Hier quand tu t’es évanouie, je surveillais la scène au cas où… histoire que tu quittes la salle sans encombre, surtout dans ton état… enfin je ne sais pas exactement comment vous marchez vous les humaines mais je sens des variations au niveau de ta magie et il faut faire un peu attention. Enfin ce n’est pas de ça que je voulais parler. Erwan t’avait rattrapé. Normal en même temps, cela aurait étonnant qu’il te laisse choir sur le sol. Mais… LUI il est arrivé et…

La colère semblait danser dans les yeux du petit être alors qu’elle lançait un regard flamboyant au jeune homme.

- J’ai presque cru qu’ils allaient se battre ! Ce n’est pas un comportement à adopter dans une école, je pense que vous le savez bien. Déjà que les ados sont difficiles à gérer alors si les adultes s’y mettent… surtout qu’il jetait un regard qui était bien plus… animal qu’humain ! Ou plutôt dragon non ?

Cassidy ouvrit lentement la bouche, lâchant son croissant et se plaquant la main contre ses lèvres. Comment pouvait-elle savoir ?

- La peinture dans votre chambre ne passe pas inaperçue… et puis je reste dans le coin au cas où… Je vous ai entendu parler de ça… Non mais sérieusement Cassy ! Un dragon quoi ! Qui a l’air d’avoir des problèmes à contrôler ses pulsions ! Je sais que les humains sont de vrais coqs parfois mais on est pas dans une basse-cour ici… Non mais tu sais comment sont les jeunes… si il y en avait un qui cherchait à te toucher par défi je n’ose pas imaginer comme celui là réagirait. Mordre ? Défigurer ? Il peut faire beaucoup de mal… déjà que les Drakkaris sont un peu… mais les dragons…

Cassidy venait de se lever, tentant de calmer son amie qui fulminait et qui apparemment n’avait pas laissé passer cette scène. En même temps, il était normal qu’elle s’inquiète, les dragons n’étaient pas réputés pour être tendres… et surtout avec un autre homme qu’il pouvait considérer comme un rival. Qu’ils règlent leurs histoires à l’extérieur mais pas de grabuge dans l’académie, c’est tout ce qu’elle demandait. La jeune femme parla d’une voix douce. Peut être s’attendait-elle que les pulsions de Tristan ressurgissent à un moment ou un autre.

« Kymmie… Arrête de t’inquiéter. Tristan essaie vraiment de faire des efforts pour s’intégrer… et je ne pense pas qu’il a l’intention de faire du mal à qui que ce soit ici… Laisse lui un peu de temps et… »

- Cassidy, tu ne peux pas tout lui excuser quand même !

La jeune femme se tut et baissa lentement la tête, apparemment très gênée et ne sachant pas quoi répondre. Kymmie était peut être un peu moins discrète que Cassidy mais en même temps c’était nécessaire qu’une personne extérieure vienne observer. Une chose était sûre, Tristan aurait peut être beaucoup de mal à regagner l’estime de la lutine qui le jugeait entièrement responsable de ce qui s’était passé. Peut être cela lui faisait du mal, mais Kymmie était surtout inquiète pour sa maîtresse et ne voulait pas que les choses tournent mal à cause de lui.

- Alors un petit conseil, te demander d’être discret ne sera certainement pas possible mais si tu tiens au moins un peu à Cassidy, cesse de jouer le gros mâle dominant dès que tu en as l’occasion. Et si tu veux régler tes comptes avec Erwan, même si j’ai pas vraiment compris pourquoi autant d’animosité, fais les à l’extérieur de cette académie.

Cassidy n’osait plus rien dire, n’ouvrait plus la bouche. Peut être que Tristan parla un peu, elle l’écouta mais cela lui avait un peu coupé l’appétit. Toujours un sujet qui revenait… elle ne pouvait pas le voir mais elle ne pouvait pas non plus faire grand-chose.

Après le départ de Kymmie, la jeune femme se sentait un peu mal à l’aise, mordillant doucement sa lèvre inférieure, se demandant si elle ne devait pas être plus sévère. Cela lui faisait peur parfois le comportement de Tristan qu’il pouvait avoir avec les autres… il avait peut être besoin d’être aidé, encouragé mais comment pouvait-elle faire si elle ne le surprenait pas au bon moment ? Cependant, ils finirent par sortir, elle encore un peu choquée par cette trop cruelle vérité.

Elle resta un bon moment dans son bureau, difficile de se concentrer avec ce genre de pensées et plusieurs fois elle tenta de demander à Alanir de l’aider. Malheureusement il ne pouvait rien faire là-dessus, il n’était qu’un esprit et qu’elle devrait accepter Tristan comme il était. Ce à quoi elle répondit qu’elle n’était pas un dragon elle, ni une femelle, ni quoi que ce soit d’autre et qu’elle aurait un peu de mal à continuer de l’accepter si il tendait trop vers cette voie ! Une discussion sans aucune sortie.

La jeune femme finit par beaucoup travailler, se concentrant uniquement sur son travail et décidant laisser le temps faire les choses. Elle était même très gentille avec Tristan, lui demandant comment se passait ses journées, lui rappelant toujours que si il perdait le contrôle il devait lui dire, des choses comme ça… Mais il était parfois un peu bougon. En même temps cela faisait un moment qu’il n’était pas vraiment sorti mais elle ne lui en tenait pas rigueur, se contentant de le masser parfois pour le détendre, discuter avec lui, taquiner… bref un comportement humain… qui ne lui allait pas toujours, lui qui rêvait de sortir pour aller voler et faire d’autres activités plus draconiques.

Il est vrai que l’ambiance se refroidit un peu un beau jour alors qu’Erwan venait lui faire un rapport de ses activités. En même temps elle gérait la comptabilité et il avait besoin de certains matériaux, nourritures pour les chevaux et autres créatures, des choses comme ça. Au détour du chemin, il lui avait demandé si elle voulait bien qu’ils restent amis, juste comme ça, parce qu’il n’aimait pas avoir l’impression d’être en froid avec elle. Cependant elle n’eut pas le temps de donner une réponse que Tristan arriva et vint se placer entre eux sans qu’elle ne l’entende venir, déjà menaçant alors qu’Erwan fronça les sourcils et soupira d’un air las.

La jeune femme paraissait peinée et posa une main dans le dos de son compagnon pour lui dire de se déplacer que c’était bon et elle termina vite la discussion avec Erwan sans lui donner aucune réponse. Cependant une fois dans leur chambre, la jeune femme se lâcha et ses hormones ne devaient pas y être étrangers.

« Bon sang Tris’ ! Je peux savoir ce que tu cherches à faire ? Kymmie a dit quoi à ce sujet ? Ce n’est pas parce que je parle avec Erwan qu’il se passe quelque chose. On parlait des fournitures à commander c’est tout… des choses sans importances ! Vraiment parfois tu es… rhaaaaaaa ! »

Elle ne termina pas sa phrase, un peu blessée par le manque de confiance de son compagnon, comme si elle allait embrasser l’archer une fois qu’il avait le dos tourné ou peut être qu’il ne la croyait pas capable de le repousser. Elle n’osa pas lui dire qu’il lui faisait penser à un mâle en train de couver sa femelle mais cela aurait été fort réducteur et elle avait préféré empoigner quelques affaires pour aller prendre une douche et se calmer l’esprit. Cependant, ce trouble resta un petit moment et pendant plusieurs jours.

Elle ne savait pas vraiment comment se conduire, estimant faire ce qu’elle pouvait pour qu’il soit bien, encourageante mais il était tout simplement grincheux alors elle prenait un peu de distance, un petit malaise s’étant installé.

Pourtant il fut de courte durée alors qu’un matin, elle était retournée dans sa chambre pour chercher un livre qu’elle avait laissé là et qui devait lui servir pour remplir une note. En voyant les traces rouges au sol, ses yeux devinrent un peu plus sévères alors qu’elle ouvrit la porte en grand, apparemment pas d’humeur pour le gronder comme il se devait.

« Hey Tris’ ! Je sais que tu aimes bien peindre mais tu sais que Kymmie est de mauvais poil en ce moment alors tu pourrais faire att… »

Elle s’arrêta un instant, le voyant étendu par terre dans un sale état puis toute inquiète, s’approcha de lui en refermant la porte assez brusquement et posant sa tête sur ses genoux alors qu’elle venait de s’asseoir à côté de lui, une goutte de sueur coulant à côté de son front.

« Tris’ ! Tris’ ! C’est pas drôle là ! Par les dieux, qu’est ce que t’as encore bien fichu ? »

Remettant ses cheveux en arrière et prenant une meilleure position, elle se pencha en avant pour l’embrasser tendrement. Elle le fit même plusieurs fois alors qu’elle lui serrait les mains, murmurant d’une voix faible qu’elle était désolée et qu’il avait intérêt de se réveiller ! Après un moment suffisamment long pour laisser l’inquiétude de la demoiselle grandir, il finit par se réveiller et lui raconta ce qui s’était passé.

Ainsi il essayait donc de voler ? En même temps elle ne pouvait pas lui reprocher mais au moins elle devrait être un peu plus sympa avec lui et cela leur permit de se réconcilier un peu.
Pourtant elle ne le voyait pas souvent et parfois même certains élèves venaient lui demander où était passer le beau professeur d’armes, puisque certains voulaient lui poser des questions ou peut être un peu continuer l’entraînement. Elle faisait toujours un sourire assez stressé en déclarant qu’il avait beaucoup de choses à faire et qu’il était en plus au service des Cheistams même si elle savait pertinemment que c’était bien autre chose… Comment ne pas avoir peur qu’on l’identifie ? Certains avaient des dons bien particuliers… Et cela stressait beaucoup la petite mage.

Un matin il la réveilla et par une nuit sombre, la traina à l’extérieur en sautant par la fenêtre. Elle ne l’aurait pas cru capable de ça ! Mais en même temps, Cassidy avait déjà réfléchi à cette éventualité. Que se passerait-il si un professeur ou un élève qui n’arrivait pas à dormir le voyait se transformer ? Les elfes voient très bien dans le noir après tout. Elle ouvrit grand la bouche puis incanta avec une rapidité déconcertante pour une femme enceinte. Aussitôt ils furent entourés d’une magie juste perceptible autour d’eux qui eut pour effet de les camoufler aux yeux d’un insomniaque qui aurait été pris d’une soudaine envie de regarder par sa fenêtre.

Seulement cette dépense agit directement sur la fatigue de la petite mage qui ne se laissa pas retomber comme il faut sur la selle comme un sac de patates, étouffant un bruit alors que son ventre heurta le cuir devant, ce qui n’était pas vraiment confortable. Il lui fallut un moment pour se réveiller et il dut le sentir alors qu’elle reprenait un air plus concentré, même si elle se laissait plus porter qu’autre chose, son ventre la tirant furieusement à cause de l’impact. Eh ben en émotions fortes… en fait c’était même plus lui qui en profitait qu’elle puisque la demoiselle était à moitié en train de dormir, éprouvée par ces longues journées où elle faisait tout pour récupérer une réputation un peu plus appréciable et remettre de l’ordre dans l’administration.

Il devait le sentir et même si elle lui disait par pensée mentale que ça allait, Tristan semblait penser que le bien être de la demoiselle passait avant le reste et même si il devait être déçu que la balade était de courte durée, il expliqua qu’ils allaient rentrés puisque ça n’allait pas et rebroussait déjà chemin.

« Non attends pas comme ça ! »

Il s’arrêta dans les airs, ne semblant pas comprendre alors que la jeune femme reprenait son souffle.

« Tu veux qu’on rentre comment par la fenêtre avec cette taille là ? Et puis même si tu atterrissais dans le parc on pourrait te voir ! Je ne pense pas réussir à utiliser une deuxième fois le sort de camouflage donc tu trouves un terrain pas trop loin de l’académie et on rentre à pied. »

Première sortie en vol pas aussi sympa que prévue ? En même temps ils n’étaient pas à la cité, il ne pouvait pas se changer au gré de ses envies sans penser que personne ne pouvait le voir… et donc susciter des questions. Finalement il finit par se poser près d’un des murs et ils longèrent la façade pour emprunter le portail. Heureusement d’ailleurs car une lanterne s’était approché d’eux en leur demandant de décliner leur identité alors qu’ils arrivaient près des jardins. Ce n’était que le surveillant qui faisait son rôle de vérifier qu’aucun élève ne vadrouillait dehors… La jeune femme jeta à Tristan un regard du style « Tu vois je te l’avais bien dis » et après avoir dit qu’ils vérifiaient juste quelque chose, le surveillant les laissa passer.

Alors qu’elle remettait pour sa part sa chemise de nuit tout en baillant, elle remarqua son air un peu dépité alors qu’il était assis sur le lit. La jeune femme le regarda un instant avant de sortir sa brosse et se passer un coup vite fait puis monta sur le lit et posa ses mains sur ses épaules, tentant d’être apaisante.

« Je sais que tu avais envie de me faire plaisir mais crois moi… même en pleine nuit on peut toujours nous voir… Mais tu sais, quand je volais avec Alanir, on se débrouillait autrement. J’avais trouvé un petit coin à la plage inaccessible, sauf si on utilise la magie et ça… les élèves ne sont pas encore assez entraînés pour y arriver. Alors j’allais là bas et on décollait. C’est suffisamment à l’écart pour ne pas être vu, j’ai bien vérifié. Ou sinon je sautais en haut d’un arbre et en arrivant au sommet, Alanir apparaissait et me réceptionnait. Personne ne regarde ce qui se passe en haut des arbres… »

Elle essayait de se faire rassurante, caressant doucement son torse. Cela lui donnerait peut être de nouvelles idées pour voler. Elle se tassa un peu et posa son menton contre son épaule, l’air un peu triste.

« Je suis désolée… c’est pas que je n’ai plus envie de voler mais… avec tout ce que je fais en ce moment… et ces fichus hormones qui me laissent pas tranquilles ! Je sais que c’est important pour toi et moi aussi j’en ai envie mais… attends que je me repose quelques jours et ça ira mieux… »

Ils finirent par s’endormir.

Elle avait promis, alors la jeune femme avait lâché son travail pour se reposer et y aller plus tranquillement afin de pouvoir profiter d’une meilleure séance de vol qui arriva un peu plus tard et leur fit beaucoup de bien.

Quelques jours étaient encore passés. Kymmie surveillait toujours Tristan ou le faisait surveiller, décidant d’intervenir au moindre de ses agissements un peu déplacés. Cassidy avait décidé, elle, de ne pas tenir rigueur à Tristan de son comportement même si plusieurs fois, elle lui avait dit que ça l’inquiétait un peu et qu’elle espérait que ça se passe bien. Après tout, il lui avait demandé de se confier… mais comment tout lui dire sans lui faire de la peine ou le blesser ? Difficile…

C’était un de ces jours où Tristan était parti faire un tour pour le compte des Cheistams, elle ne savait pas trop quoi. Il faisait froid, la température redescendait mais le soleil était toujours présent. La jeune femme était partie à la petite crique, décidant de faire une pause et prenant un bol d’air marin qui ne pouvait lui faire que du bien. Vêtue d’une robe dans une matière un peu plus chaude, elle avait quand même pris un chapeau, car avec la réverbération de l’eau, difficile de voir sans être totalement aveugle.

Elle était assise en tailleur dans le sable, fixant l’horizon, plongée dans ses pensées.

- On profite des derniers rayons du soleil avant la saison des pluies jolie demoiselle ?

Erwan marchait d’un pas tranquille pour s’asseoir à côté d’elle. La jeune femme émit un petit sourire. Il y avait quelques jours, elle avait accepté de garder un bon contact avec lui, et même si Tristan était jaloux… elle avait quand même besoin de parler avec quelqu’un de familier, de tout et de rien, surtout depuis que Maud n’était plus là.

« Peut être bien… le soleil fait du bien au moral… »

Il resta un instant silencieux avant de se tourner vers elle.

- Au fait… ça se passe bien avec Tristan ?

La jeune femme baissa lentement la tête puis le fixa à nouveau avec un sourire.

« Oui oui très bien ! Il est toujours aussi attentionné avec moi, on est fiancés, on va avoir un enfant, j’ai tout pour être heureuse ! »

- Hum… en es-tu certaine ? Ca ne te fait rien quand il est un peu plus… je sais pas comment dire ça mais parfois il me fait penser à un animal… qui cherche à défendre son territoire… à montrer qu’il est le dominant. Ca arrive chez les animaux qui vivent en clans… ou qui ont un certain système de hiérarchie… c’est… un peu bizarre…

Erwan connaissait bien les créatures à défaut de connaître les humains. Et pour tout dire, Tristan était tellement jaloux avec lui alors qu’il se tenait quand même à distance de Cassidy et avait certaines réactions assez instinctives. Cassidy soupira lentement en traçant des lignes dans le sable.

« Ah ça… oui ça me fait un peu quelque chose… et j’aimerais parfois qu’il ne soit pas autant… mais plus le temps avance plus je me dis que c’est impossible. »

Elle s’arrêta de tracer ses traits dans le sable, apparemment perturbée mais redevint beaucoup plus assurée.

« Mais une chose est sûre, malgré son comportement, je l’aime… je ne pourrais pas me passer de lui… c'est comme une sorte de sentiment qui me fait chaud au coeur... je ne sais pas comment l'expliquer... j’espère juste que lui… ne deviendra pas sauvage ou un truc du genre… et qu’il ne soit plus attiré par moi qui suis humaine alors qu’il est …. Drakkari »

Oh si elle lui en parlait à Tristan, il dirait bien le contraire mais comment lui dire d’aller contre sa nature ? Ca la laissait perplexe et peut être que ce pincement au cœur n’avait pas été ignoré par Erwan, qui pourtant ne fit absolument rien, pas même une accolade, lui donnant juste une douce petite tape sur l’épaule.

- Comme je le dis toujours, il faut arrêter de se tracasser pour le futur et savourer le moment présent... c’est grâce à ce genre de souvenirs qu’on évite de tomber dans une dépression.

Il se mit à sourire doucement, enfonçant ses mains en arrière dans le sable et regarde le ciel, mélange de bleu et de nuages blancs. Un coup de vent souffla et emporta le chapeau de Cassidy. Erwan qui avait de meilleurs réflexes, voulut le rattraper mais alors qu’il se levait un peu, sa jambe semblait se dérober sur lui et il tomba à la renverse sur Cassidy, surpris. Elle poussa un petit cri alors qu’il se retrouva au-dessus d’elle, alors qu’il avait prit soin de ne pas la toucher, les mains et les jambes écartés de chaque côté de la jeune femme pour ne pas lui faire de mal.

Oulà… position un peu gênante pour la demoiselle qui le fixa un moment, toujours aussi surprise et qu’il se releva, la jambe un peu tremblante, et même si ils étaient seuls, hors de question qu’il abuse du moment ! Elle le regarda un instant alors qu’il se dirigea vers le chapeau pour le ramasser en le boitillant et qu’elle se releva pour enlever le sable de sa robe et le regardait.

« Qu’as-tu à la jambe ? »

- Rien, t’inquiète pas pour ça, je soignais un Salfisi et un autre est arrivé en fonçant dans ma jambe, croyant que je lui faisais du mal. C’est qu’une petite douleur ça va par…

Apparemment il minimisait l’affaire que ses jambes se dérobaient une nouvelle fois sous lui tout en grinçant des dents. Cassidy qui n’était pas en état de faire de la magie s’approcha rapidement de lui pour le soutenir. Malheureusement il l’entraîna dans sa chute, un peu trop lourd pour elle et la demoiselle se retrouva sur lui, encore toute surprise alors qu’il était à nouveau allongée dans le sable et qu’elle le fixait d’un air sévère, pas vraiment… consciente de sa position mais s’inquiétant plutôt pour lui.

« Pas si mineure que ça la douleur on dirait… »
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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes


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MessageSujet: Re: Progression ou régression ?   Sam 29 Mar - 23:12

Une prison…
Une jolie prison.
Une jolie prison dorée.
Une grande et jolie prison dorée.
Mais une prison…
Heureusement qu’elle était là.

Ils étaient rentrés depuis bien deux semaines déjà… N’était-ce pas plus d’ailleurs ? Il lui semblait que cela faisait des mois. Oui, rentrés depuis deux semaines… Et Tristan ne s’y faisait pas, mais alors pas du tout.
Tant de choses s’étaient produites une fois de plus en peu de temps ! A croire que l’inactivité ce n’était pas pour eux. Il s’inquiétait d’ailleurs à ce propos. Pour elle, pour le bébé… Elle ne devait pas être trop sous tension, c’était mauvais pour elle. Le bébé à la rigueur… Il se doutait que celui-ci saurait se protéger en faisant cesser sa maman, mais jusqu’où Cassidy était-elle prête à aller avant d’être rappelée à l’ordre ? Ses hormones étaient toutes chamboulées et avec elles, ses émotions.
Elle l’avait bien prouvé dès le lendemain de leur retour.

Leur retour d’ailleurs… Tristan n’avait pas été très bien accueilli même s’il s’en doutait par les petites lutines. Pourtant, sans savoir pourquoi, il avait le secret espoir qu’on ne lui reproche pas trop son attitude. Il pensait sincèrement qu’au cours de ces longs mais houleux mois passés à l’Académie, Kymmie s’était rendu compte de l’amour sincère que le Drakkari portait à sa petite mage adorée et que cet amour là n’avait rien de rationnel. Il pensait que ça se voyait… Après tout, Maud le lui avait bien assez répété, pour bien des choses, il était impossible à cerner mais dès qu’il s’agissait de Cassidy, il ressentait bien trop d’émotions pour être insensible et surtout impassible. Pour elle, il avait connu toutes les émotions : de la joie au désespoir, de la jalousie à l’altruisme, de la haine à l’amour ou n’était-ce pas le contraire au final ? L’amour avait-il remplacé la haine avant d’être de nouveau substitué à l’amour ? Il l’avait aimée et détestée. Il l’avait adorée et lui en avait voulu. Il l’avait admirée et s’était vu déçu. Elle était tout, son bonheur et sa tristesse, son salut et sa perdition… Pouvait-on sincèrement penser qu’il avait fait exprès de lui faire aussi mal ? Une fois de plus ? Ou la petite lutine se doutait-elle justement que ce n’était pas fait exprès mais marquait-elle tout de même le coup pour ne plus jamais qu’il recommence ? Pour qu’il soit d’autant plus attentif à la jeune femme et ne l’en chérisse que davantage ?

C’était sans doute cela, les petits êtres ailés étaient malins, doués et parfois, enfin souvent énigmatiques. Réussir à les approcher était déjà bien peu aisé pour un humain, s’en faire des amis davantage. Cassidy avait assurément réussi là un autre exploit mais aujourd’hui cet exploit portait un peu préjudice à son compagnon.
Oh dans un sens c’était bien que les petites créatures soient si véhémentes à l’encontre du responsable des malheurs de leur amie mais n’auraient-elles pas du voir avant tout la joie, le bonheur revenus dans les iris noisette ? Car oui, il l’avait fait souffrir, assurément, mais en étant de nouveau avec elle, ne la rendait-il pas heureuse ? Au moins un peu ?

Tristan se souvenait encore parfaitement de ces fameuses révélations chez les moines. Quand il avait tout confié à la belle jeune femme, qu’il lui avait appris que même s’il avait tout oublié, elle… quelque part, il s’en souvenait. Oh, il l’avait bien vue… Cette fierté, cet immense soulagement et cette joie qu’elle avait vite chassée comme si elle la trouvait un peu malsaine. Après tout, elle avait encore dû croire que c’était mal de se réjouir d’être la seule chose dont il puisse se souvenir pendant un temps… Mais pour son ego, pour sa fierté de femme amoureuse, c’était un bien beau cadeau. Parfois, il surprenait encore cette lueur dans son regard, comme si elle se remémorait toutes leurs dures épreuves et cet instant magique, cette délivrance de savoir enfin… D’autant plus lorsqu’il avait avoué ne pas être dérangé par Alanir, bien au contraire, il avait été si sincèrement admiratif, un brin élogieux qu’elle n’avait pu en être que flattée…

Mais bref… Les lutines n’avaient pas vu ça… Elles ne semblaient qu’en colère, haineuses même. Ca l’avait blessé, sans qu’il ne sache vraiment pourquoi et pendant une seconde, il avait été à son tour en colère. Quelque part, il était soulagé qu’elle soit intervenu tant il ignorait comment il aurait réagi à ces sentiments négatifs qui commençaient à l’envahir. Heureusement qu’elle était gentille et douce avec lui, ça compensait… Ca compensa beaucoup par la suite mais pas toujours suffisamment.
Quand le lendemain, ils s’étaient levés, ils étaient joyeux, heureux et Tristan l’avait bien affirmé en l’embrassant devant tout le monde sa petite mage chérie ! Oh ça ferait sans doute jaser mais au moins à présent tous étaient fixés et on cesserait de les questionner de manière indiscrète, ou un peu moins… Tout avait bien trop vite changé.
Il savait qu’elle avait des responsabilités, il s’était empressé de lui faciliter les choses en s’occupant des siennes, prêt à essayer d’alléger celles de la mage autant qu’il puisse le faire, même si ce n’était pas grand chose. Il l’avait laissée, se doutant qu’elle aurait une conversation avec son amie lutine… Il ne pensait pas revenir si tôt, si vite, dans un tel état d’inquiétude.

Pourquoi donc le collier s’était-il activé ? Difficile à dire mais avec les changements du jeune homme peut-être que la pierre autour de son cou avait également évoluée… Après tout pourquoi pas ? Il était plus sensible au monde extérieur, capable de devenir beaucoup plus fort, bien plus résistant et également de manière contradictoire, bien plus vulnérable face à ses émotions humaines. Son inquiétude pour Cassidy n’avait rien de surprenant ni d’inconnu… Peut-être que la sensibilité de la pierre aux dangers que pouvaient courir la jeune femme était devenue très… personnelle. Après tout, pour Tristan, Erwan était bel et bien un danger… Un danger auquel il essayait de ne surtout pas penser, la blessure était encore trop profonde et trop douloureuse.

Trouver Cassidy dans les bras de l’archer lui hérissa aussitôt le poil, au sens propre ! Il semblait réellement étrangement plus… imposant alors qu’il rejoignait rapidement les jeunes gens. Et pour cause, le jeune homme ne semblait que peu se rendre compte de la légère transformation qu’il subissait : ses écailles se redressaient, apparaissant, minuscules, sans doute à cause de la peur… de la colère aussi. C’est vrai qu’il semblait hors de lui et prêt à frapper l’archer, sans réfléchir davantage, pourtant il n’en avait rien fait. Il était juste très menaçant, sombre et comme prêt à attaquer. Que dire de son grognement qui avait plus ressemblé à celui d’un animal qu’à celui d’un humain ? Oui, sans doute avait-il attiré l’attention d’Erwan par son comportement étrange, mais quelle importance ? Il était juste inquiet pour Cassidy et même si effectivement, l’archer avait pris soin d’elle, même s’il était très gentil, même si effectivement, il n’avait pas semblé profiter de la situation les deux fois où la demoiselle et lui avaient cohabité, ça n’empêchait pas un coeur amoureux de s’emplir de jalousie et de rancoeur. Car cet homme avait été le petit ami de celle qu’il aimait plus que tout et probablement plus longtemps que lui-même… Ca… Ca lui faisait mal, vraiment mal, même s’il n’arrivait pas trop à dire pourquoi ? Sans doute parce que entre eux… bah… aucun malheur n’était venu se glisser ! Alors pourquoi ?… Pourquoi ?

Tristan avait peur… Sincèrement peur de ce que pourrait faire Cassidy… Oh bien sûr, il savait qu’elle l’aimait, enfin il y croyait du moins mais… Et si ce n’était pas assez ? Et si avec toutes ses hormones en ébullition, si avec tous les changements provoqués par le bébé, elle finissait par le détester, le repousser, comme ce que prédisaient les écrits qu’il avait lus… Si elle préférait Erwan finalement ?
Bien des choses se passaient dans la tête du grand Drakkari qui semblaient pourtant n’agir que par instincts de mâle dominant égoïste.
Il était rapidement parti, non sans une sourde menace envers son rival et c’est inquiet qu’il tournait en rond dans l’infirmerie, rongeant son frein, inquiet de l’état de sa compagne. Il se souvenait que la petite lutine était apparue et lui avait vaguement parlé mais il n’écoutait pas vraiment et seul l’instant où sa compagne ouvrit les yeux, apparemment en forme finalement, parvint à sortir le jeune homme de son agitation fébrile.
Par un fait très étrange, l’inquiétude lui donnait des airs enfantins alors qu’il ne cessait de lui jeter des regards, même très brefs alors qu’il l’avait ramenée dans sa chambre et la surveillait un peu.

Bien sûr, elle l’avait rassuré, elle minimisait comme toujours et ne voulait pas vraiment suivre les consignes de ménagement qu’on lui avait données. Il l’avait embrassée pour la calmer un peu, ça avait marché… Mais peut-être plus sur lui que sur elle au final. D’accord, extérieurement il semblait juste un peu inquiet alors qu’en réalité il était toujours très fébrile. Décidément, il recommençait à cacher ses émotions, ce n’était pas très bien mais il savait qu’elle serait mal à l’aise et inquiète pour lui si justement il paraissait trop tendu à cause de son état. Bref… pour elle, il devait les ménager…

C’est vrai qu’il l’interrogea un peu de but en blanc à propos d’Erwan. La réponse de la demoiselle néanmoins le surprenait un peu. Mais dans un sens ça lui ressemblait. Pourquoi diable son ancien petit ami lui ferait du mal ? Peut-être avait-il vu trop de choses horribles, peut-être était-il finalement très négatif mais lui en voyait bien des raisons, bien nombreuses, pour qu’il lui fasse du mal… Parce qu’il ne supportait pas cette rupture, qu’elle soit enceinte d’un autre, d’ailleurs pouvait-elle seulement prouver que son enfant était bien de Tristan, parce qu’il refusait qu’elle ait un autre homme dans sa vie, parce qu’il refusait de la laisser face à sa naïveté et donc retourner direct dans les bras de celui qui l’avait tant fait souffrir… Il y avait bien des raisons pour lesquelles un homme amoureux perdait bien facilement la tête et surtout les idées claires. Ca ne serait pas surprenant, il devait juste veiller au grain. Mais apparemment il se trompait. Erwan était probablement bien mieux que ça… A son grand dam, d’autant plus à même donc de séduire de nouveau, peut-être, l’adorable jeune femme.
Oui, elle fit bien de ne pas rappeler au Drakkari à quel point l’archer était droit, honnête et admirable… car elle lui aurait probablement prêté des qualités qui faisaient défaut au guerrier… et puis, ce n’était pas parce qu’il semblait tolérer la présence, lointaine, de son rival qu’il avait réellement accepté ce qui s’était passé. Après tout… Elle, elle n’avait pas à s’inquiéter, ni à être jalouse puisqu’il n’avait fréquenté aucune autre femme et pourtant les occasions ne manquaient pas ! Alors que lui…

Travail chacun de son côté, douche, soirée tranquille…
Bien vite, ils s’étaient endormis. Enfin elle du moins, lui avait fixé très tard le plafond pensivement, incapable de dormir, l’esprit embrumé de souvenirs. Le lendemain, elle était en meilleure forme. Lui n’avait pas très bien dormi mais s’il était fatigué, il ne le montra pas, tout occupé à sourire à sa compagne, caresser son visage et l’embrasser tendrement. Fait étrange, il ne tentait pas grand-chose, fait surprenant pour l’incorrigible pervers obsédé par le corps de sa petite mage ! Fait qu’elle lui rendait d’ailleurs très bien en temps normal !
Ils allaient partir déjeuner lorsque Kymmie était venue leur porter le petit déjeuner… et faire la morale au Drakkari par la même occasion. Si Tristan avait commencé à se faire une tartine tranquillement, il ne la toucha pas, ni à quoi que ce soit d’autre, déchantant aussitôt de cette radieuse journée qui commençait face aux reproches de la petite lutine.

Au début… C’était tout à fait justifié et le jeune homme baissa lentement les yeux. Bon d’accord, sur ça, elle avait raison, il avait été un peu… un abruti la veille. Mais franchement, il n’avait pas fait exprès ! Ce n’était quand même pas sa faute s’il s’inquiétait tant pour elle et refusait qu’on lui fasse du mal ! Bon d’accord, c’était sa faute. Mais à ce sujet que ce soit Erwan ou un autre homme, il aurait agi de la même façon étant donné ce que la demoiselle avait récemment vécu… Après tout, elle avait quand même été assommée, shootée aux potions et violée ! Ah ben ça bien sûr elle ne l’avait pas dit à sa copine lutine ! Peut-être que là au moins celle-ci aurait compris l’inquiétude du Drakkari… et sa fureur. Bon il y avait aussi le fait qu’il n’aimait pas Erwan… C’était plus fort que lui. L’archer était probablement, il l’avait bien prouvé, un très bon gars, un compagnon doux et attentionné, mais il ne l’aimait pas ! Na !… Cassidy était SA petite amie, pas celle de ce… de ce… gars trop bien !
Qu’il y ait été un peu fort, ok, d’accord, mais de là à le lui reprocher avec tant de véhémence. Et puis le couperet tomba et tout devint beaucoup plus clair. Animal… Dragon… Elle savait pour lui.
La colère dans cette voix flûtée, le mépris… Ah ben elle ne devait pas beaucoup aimer les dragons en tous les cas. Peut-être l’un deux avait-il fait du mal à son peuple… Peut-être songeait-elle aux faits de violence des dragons corrompus… Sa première phrase sur ses problèmes de contrôle le vexa un peu, mais ce n’était rien… enfin rien dont il ne puisse se remettre. La suite par contre…  « Déjà que les Drakkaris sont un peu… mais les dragons… » Y avait-il pire insulte que ça ? Ne même pas finir sa phrase ? Comme s’il ne méritait même pas un qualificatif, comme s’il n’y en avait pas pour justifier son mauvais comportement.

Tristan se crispa d’un coup. Oh il n’était pas en colère, pas du tout même. Seulement il détourna un peu plus la tête, la gorge nouée, fermant les yeux pour chasser les larmes qui lui picotaient désagréablement les yeux. C’est vrai… Il avait bêtement cru que tout serait différent à présent. Que tout irait bien… Mais s’il y avait bien une chose que son histoire lui avait apprise c’est que dès qu’il était avec la jolie mage, les choses… n’allaient jamais bien très longtemps. Ils devaient être maudits… Cassidy s’était levée pour calmer le jeu, elle ne faisait pas attention à lui, ce n’était pas plus mal, il n’aurait pas supporté son regard à cet instant. Apparemment, elle n’y arrivait pas très bien, Kymmie enfonçait toujours un peu plus ce fichu clou rouillé ! Et elle avait bien du cran de s’en prendre ainsi à un dragon qui selon ses propres dires ne se contrôlait pas, c’était même totalement inconscient. Que ferait-elle s’il s’énervait ? Elle pouvait disparaitre bien vite mais pas Cassidy, c’était un peu dangereux comme attitude !

Oh bien sûr, le fait que Cassidy le défende rassura un peu le Drakkari ou du moins apaisa un peu son coeur blessé mais ce n’était pas grand chose, sans doute parce qu’il sentait qu’elle n’était pas aussi convaincue qu’elle voulait le faire croire. Elle lui fit finalement des recommandations, qu’il se batte à l’extérieur en gros s’il voulait régler ses comptes avec l’archer et une menace à peine voilée quoique non prononcée selon laquelle il n’avait pas intérêt à toucher à un cheveu des élèves.
Tristan releva lentement les yeux, fixant la lutine avec cette étrange intensité déstabilisante dont il était capable et qui pouvait tout aussi bien faire rougir une jolie demoiselle que faire baisser les yeux à un grand gaillard selon le contexte. Braqué, le jeune homme était devenu glacial et inexpressif, ayant un visage si neutre qu’il en était presque morne, les bras croisés sur son torse, les muscles apparemment contractés sous sa chemise. Il fit un imperceptible mouvement de la tête, prononçant un seul mot d’un ton froid :

- Bien

Rien de plus. Il jeta un regard à Cassidy, se désintéressant de la lutine. Il sembla juste se rappeler qu’il devait avoir l’air complètement… bah pire qu’avant et esquissa pour elle, juste pour elle un léger sourire peu sincère pour la joie, sincère pour le remord du moins. Il avait jeté un très rapide coup d’oeil un instant plus tôt à la pendule de la chambre et ne s’attarda pas davantage, ni en explications, encore moins en sourire.

- J’ai un cours dans dix minutes. J’y vais. A tout à l’heure.

Aie… Il le vivait mal… Mais comment faire autrement en même temps ? Pourtant, s’il ne vint pas manger non plus à midi, apparemment sorti à Glindel selon les dires des élèves, il était là le soir, comme si de rien était… et lui avait rapporté ses biscuits préférés, apparemment décidé à se faire pardonner.
Elle essaya une ou deux fois d’aborder le sujet de Kymmie et de son discours moralisateur mais après avoir vu son compagnon se fermer à plusieurs reprises, elle finit par renoncer, lui faisant sans doute assez confiance, de manière très gentille au final.
Ca se passait plutôt bien, elle faisait des efforts même s’il sentait que des fois elle le surveillait, sentant qu’elle se posait les mêmes questions que son amie. Il ne pouvait pas lui en vouloir parce que c’était vrai, mais il pouvait qu’elle doute de lui… Parce qu’elle doutait de lui… Tout le temps. Mais après toutes les souffrances qu’il lui avait fait endurer, c’était probablement un juste retour des choses !

Très vite l’absence de liberté qu’offrait l’Académie vint hanter le jeune homme et gâcher ses journées. Il hésitait vraiment à trop s’éloigner, inquiet pour la petite mage et ne voulant pas la laisser seule, encore plus avec Erwan dans le coin même si évidemment, Erwan ne lui ferait jamais de mal. Hanté par le secret de son identité et toutes ses tentatives pour museler ses instincts de dragon, Tristan était de plus en plus tendu.
Oh ce n’était pas de la faute de Cassidy. Au contraire, elle était gentille, adorable, prévenante avec lui mais elle devait bien le sentir s’éloigner, se crisper et puis son regard lointain ne pouvait guère la tromper non plus, il se sentait un peu emprisonné et aujourd’hui, plus que jamais, l’enfermement avait tendance à lui peser.
Il était de plus en plus bougon, essayant de s’entrainer de son côté pour se transformer en mini dragon, s’isolant pour tenter inlassablement de devenir discret mais ça prenait du temps et il en était si épuisé qu’il n’avait même pas la force de voler généralement. Et puis avec les différents entrainements réalisés dans la journée pour les classes différentes, il n’avait pas tant que ça de temps au final !

Il y avait aussi eu cette fois, c’était peu après le discours moralisateur de Kymmie, où le jeune homme avait encore vu rouge quand Erwan s’était un peu trop approché de sa chère et tendre. Il s’était à peine rendu compte de ce qui lui arrivait. Le simple fait de voir l’archer si proche de sa chère et tendre l’avait mis dans une colère noire et il avait eu des envies de meurtre, la tête pleine d’images qui attisaient sa rage !
Pourtant, il n’avait pas frappé, sans doute parce qu’il se contrôlait quand même un minimum, mais c’est très jalousement qu’il s’était placé entre sa compagne et l’ancien amant de celle-ci, bien trop conscient de sa peur et des raisons de celles-ci qu’il ne pouvait décidément pas formuler sans risquer de paraitre ridicule.

Il ne se rendit réellement compte de son geste que lorsqu’il tourna la tête suite à la pression de la main de la jeune femme sur son dos. Apercevoir ses yeux pleins de peine et d’une certaine déception lui fit mal au coeur et le remit à sa place… Bien plus que ses paroles une fois qu’ils furent seuls dans leur chambre. Là, c’est vrai, elle avait été assez claire à ce sujet, s’énervant carrément bien qu’il puisse tout à fait comprendre pourquoi. Pour le qualifier, elle non plus n’avait pas fini sa phrase. Il l’avait regardée, peiné, avait acquiescé, s’excusant à mi-voix et se faisant penaud par la suite, évitant de le regarder. Comme par hasard, elle était très sollicitée à ce moment là pour le travail et ils n’avaient pas passé beaucoup de temps ensemble immédiatement après cet incident. Ce n’était pas plus mal. Il n’était pas vraiment prêt à en discuter.

Mais ça dura quand même, cette espèce de malaise. Ni l’un ni l’autre ne semblait réellement savoir comment en sortir. Il était silencieux quand ils mangeaient, elle lui parlait uniquement de sa journée, évitant soigneusement de parler d’Erwan, même si elle l’avait vu. C’était comme si d’un commun accord ils évitaient d’envenimer la situation mais n’osant pas parler du problème parce qu’il y avait des risques justement, ils restaient aussi un peu bloqués, un peu… chacun dans leur coin, blessés et inquiets des réactions de l’autre. Cela ne prit réellement fin d’ailleurs que lorsqu’elle le retrouva groggy et ensanglanté…
Comment avait-il fait au juste ? C’est vrai qu’il avait pu après le lui expliquer, même s’il avait vu son stress et son inquiétude. Le rapace qui l’avait attaqué devait tout de même être sacrément grand et féroce pour s’en prendre au petit dragon rouge. celui-ci avait sans doute dû réussir à voleter jusqu’à une fenêtre du couloir et s’y engouffrer avant de se retransformer, de retourner dans leur chambre et de tourner de l’oeil avant d’avoir pu faire quoi que ce soit. D’ailleurs ça c’était assez surprenant… il ne s’évanouissait pas si facilement en règle générale tout de même !
En tous les cas, la petite mage s’était fait bien du souci pour lui et il avait bien vu à ses yeux pleins de vives émotions quand il avait repris conscience qu’il lui avait encore fait très peur… sans le vouloir évidemment. Elle avait dû être si inquiète et lui si désolé de l’avoir inquiétée qu’ils s’étaient aussitôt rabibochés comme si rien ne s’était passé, se souriant et se câlinant gentiment même si évidemment… tout n’était pas résolu ou plutôt… rien ne l’était.

Très vite aussi, les Cheistams avaient pris contact avec le jeune homme et il les avait rejoints en dehors de l’Académie. Apparemment, il devait passer des tests quelconques, ils lui posaient probablement beaucoup de questions pour savoir s’il était réellement un allié et c’était tout à fait normal aux vues de son passé.
Le jeune homme s’y était très vite plié avec une pointe d’enthousiasme certaine tant il devait être heureux de quitter un peu l’enceinte de l’Académie pour une « bonne raison ».
Pourtant… Il avait eu droit à une nouvelle scène peu après ses premières sorties justement avec les Cheistams. Sans doute les petites lutines étaient-elles au courant que le jeune homme était en passe de devenir « chevalier » s’il se comportait bien, Cassidy éclairant probablement la situation pour qu’il trouve un peu grâce aux yeux de celles qui le détestaient tant. Toujours est-il que c’était une Kymmie furieuse qui une fois de plus était apparue dans leur chambre alors qu’il était occupé à peigner patiemment les cheveux de sa belle en train de lire. De ce qu’elle vociféra, accusatrice et apparemment surtout très inquiète, une des petites lutines qui récupéraient magiquement les tenues sales pour les laver avait trouvé du sang sur les vêtements que le jeune homme portait quelques heures auparavant, alors qu’il était censé être avec les Cheistams… en apprentissage des règles et encore en discussion pour prouver sa bonne foi. Cela n’avait rien de normal en effet et le comportement du jeune homme n’allait pas dans le sens de sa prétendue innocence. Il s’était en effet crispé aussitôt, fixant avec cette intensité troublante qu’il utilisait si souvent ces derniers jours, la petite lutine. Celle-ci ne semblait pas l’avoir remarqué, tout occupée à lui rappeler qu’il n’avait pas intérêt à provoquer du grabuge, qu’il en allait de la réputation de l’Académie, mais aussi de celle de Cassidy, qu’il pouvait porter préjudice à tout le monde en se battant comme un mâle dominant, comme un adolescent victime de ses pulsions.
Comme toujours Cassidy était là pour lui porter secours, le défendant ou du moins essayant, arguant qu’il s’agissait probablement d’une erreur, n’importe quoi, analysant d’après les paroles de son amie ailée qu’il n’y avait pas assez de sang justement pour qu’il ait tué quelqu’un, donc que ce n’était probablement rien. Elle le défendait oui, puisque lui restait silencieux, terriblement silencieux, détournant les yeux. Elle cherchait son appui, une confirmation dans ses yeux, mais son silence était éloquent et une espèce d’aveu dissimulé non ? Pas réellement, mais ça, elle ne pouvait pas le savoir, même alors qu’elle s’adressait d’une voix douce à lui, ne s’énervant pas, cherchant à communiquer tout simplement.
Après un regard sur la jeune femme, un autre plus froid à la lutine et de nouveau un plein de tendresse pour celle qu’il aimait, il avait murmuré que ce n’était rien, qu’elle n’avait pas à s’en faire… mais rien de plus et peut-être lui faisait-elle confiance bien sûr, mais ce genre de réponse n’était guère satisfaisant au final.

Que diable cachait-il une fois de plus ?
Pourquoi ne s’était-il pas plus défendu que cela si vraiment la petite lutine se trompait ?
Et pourquoi s’enfermait-il toujours plus dans un silence morbide ? Bien des questions que devait se poster sa pauvre compagne. Lui qui était si jaloux, si agressif. Elle lui avait jeté un regard inquiet le jour où un élève lui avait fait un compliment au détour d’un couloir, la trouvant juste jolie et se permettant une remarque tout à fait sage, juste aimable au final. Même si elle disait à Kymmie qu’il faisait des efforts, son comportement agressif et lointain devait la gêner… autrement, elle ne l’aurait pas fixé avec tant d’insistance, un peu crispée, comme si elle s’attendait à le voir sauter à la gorge de l’adolescent. Pourtant il avait à peine haussé un sourcil avant de fixer intensément l’adolescent puis de lui sourire, hochant la tête en confirmant ses paroles. Oui elle était jolie… comme toujours.

Il semblait secret…Oui, mais ce n’était pas à cause d’elle…
Pendant des jours il s’était entrainé. Sa taille de dragonnet ayant été un fiasco en grande partie, du moins tant qu’il ne serait pas à même de mieux se défendre dans le cas d’une attaque, tout pataud qu’était son corps de bébé dragon, il avait bien vite renoncé pour tenter autre chose… Dont elle fut plus que témoin un jour, ou plutôt une nuit… en plein milieu d’une nuit.
C’était avec cet élan qui le caractérisait tellement, totalement improvisé, tellement surprenant et imprévisible qu’il l’avait réveillée d’un baiser avant de l’attraper, la portant contre lui… et de sauter par la fenêtre. Il s’était transformé, tout fier, ayant hâte de lui montrer, ayant hâte de voler avec elle, en manque de ce lien si particulier, doux et étroit qui se mettait entre eux juste comme ça, surtout aujourd’hui alors qu’il peinait tant à communiquer avec elle.
Mais il aurait dû la prévenir… de ses derniers efforts et de ceux qu’il avait enfin réussi à rendre automatiques. Parce qu’elle eut juste peur déjà à cause de son action assez… surprenante et encore et surtout du risque qu’il prenait à se dévoiler ainsi aux yeux de n’importe quel insomniaque de l’école.

Son incantation ne passa pas inaperçue pour le grand dragon car lui-même était très sensible à la magie, sentant un secousse dans ses écailles alors qu’elle incantait pour les masquer aux yeux d’autrui. Une chance d’ailleurs qu’il n’ait pas fait obstacle à la magie de la jeune femme, autrement elle en aurait eu besoin de beaucoup plus pour venir à bout de sa résistance. L’espèce de petit nuage magique qui les entoura un court instant perturba pourtant un peu son vol, lui embrumant très momentanément l’esprit. Faire de la magie comme ça, sans le prévenir, était tout aussi risqué que l’espèce de surprise ratée qu’il venait de lui faire. Parce que ça les affectait tous les deux beaucoup. Lui en risquant de l’étourdir, elle en prenant le risque d’être désarçonnée à cause de la fatigue. Il la sentit glisser maladroitement sur la selle alors que d’ordinaire elle était tellement à l’aise et il se crispa aussitôt, inquiet, essayant de la sentir, la percevoir alors qu’il se rendait compte avec une pointe de panique que le lien entre eux… était quasiment imperceptible, comme s’il ne parvenait pas…à se lier à elle. Inquiet, il essaya de la secouer un peu en douceur, de la dérider, de rattraper un peu les choses même s’il était blessé qu’elle n’ait ni vu ni compris ce qu’il voulait faire quand il avait sauté depuis cette fenêtre. Les pensées de la jeune femme lui parvenaient à peine et il reprit bien vite le chemin de l’Académie, ne voulant pas s’éterniser si elle n’allait pas bien. Elle pouvait toujours essayer de le rassurer, il n’entendait quasiment rien et elle ne devait pas percevoir beaucoup plus. Pourtant, il la comprit étrangement de manière très nette lorsqu’elle voulut le faire atterrir ailleurs. Il pensait réussir son atterrissage dans leur chambre mais apparemment… elle n’avait toujours pas remarqué. Tant pis…
De toute manière, tout était gâché, il n’avait même plus le coeur de le lui dire…

Obéissant, il s’était retransformé, la fixant avec inquiétude en la soupçonnant mais curieusement d’autant plus silencieux. Qu’il soit déçu ou penaud, il aurait au moins dû s’excuser ou râler un peu, mais non au contraire, il se taisait, une fois de plus, obéissant juste sagement… sans poser de question.
D’ailleurs quand ils furent interrompus par un gardien leur demandant leur identité, il eut tout loisir de retrouver le petit regard de miss je sais tout qui l’avait par le passé autant agacé qu’amusé. Bizarrement, c’est ce regard qui le dérida un peu, lui arrachant un léger et fugace sourire : tout n’avait pas changé au moins.
Ils étaient vite rentrés et elle se coiffait rapidement avant de le rejoindre alors que morose, il fixait le vide, assis sur leur lit sans sembler vouloir ni se déshabiller… ni bouger d’ailleurs.
Elle lui parla gentiment, essayant de se faire apaisante, gentille, lui parlant même d’Alanir. Sa douceur et sa tendresse étaient autant de preuve d’amour qu’elle lui offrait. Parce qu’après le coup qu’il venait de lui faire elle pouvait tout aussi bien être en colère… très en colère même !!!! Mais il était comme ça après tout, un peu surprenant et si elle le grondait dans ces conditions et que le jeune homme venait à faire taire ces pulsions joyeuses qui n’étaient à l’origine que pour lui faire plaisir, elle le regretterait bien vite. Néanmoins, elle en avait du recul si elle pensait ainsi… ou alors elle l’aimait vraiment beaucoup… Ou les deux.

Elle essayait de lui donner des idées, gentille, douce vraiment. Elle l’était tant qu’il n’osa pas lui dire qu’il travaillait depuis des jours sur ses écailles et avait enfin réussi à faire en sorte de pouvoir changer les couleurs selon sa volonté pour les rendre aussi noire que la nuit. Et alors, même les plus nyctalopes des créatures aurait peiné à le repérer dans le manteau sombre de cette nuit sans lune. Un peu blessé qu’elle l’ait cru capable de courir aussi bêtement un tel risque alors qu’il n’était pas le seul dont la réputation était en jeu, il ne pouvait se résoudre à lui dire ce qu’il en était réellement. D’accord, il n’était guère surpris que la piteuse vision humaine n’ait pas aidé la demoiselle à voir qu’il n’était pas rouge mais noir ce soir là mais de là à ce qu’elle le croit aussi inconscient… ou alors aussi victime de ses pulsions… Jamais il ne l’aurait mise ainsi en danger voyons ! Il aurait pris le risque seul… Pourquoi en doutait-elle donc ?

C’est pour cette raison qu’il ne disait rien alors qu’elle proposait des solutions pour qu’ils volent ensemble. Une boule d’amertume s’était bloquée dans la gorge du jeune homme qui avait bien envie de répondre qu’il n’avait plus très envie de voler avec elle de toute façon. Oh juste sous la frustration, la vexation, juste pour le coup, pas sincèrement évidemment. Mais ça lui aurait fait de la peine, beaucoup de peine et c’était bien la dernière chose qu’il souhaitait.
Néanmoins, elle était prête à faire des efforts, voulait qu’il attende un peu pour qu’elle soit reposée et qu’ils puissent revoler ensemble. Il ne tourna pas davantage la tête vers elle, se contentant d’un léger haussement d’épaules évocateur. Il était prêt à lui dire que ce n’était pas la peine, qu’elle faisait ce qu’elle voulait et même presque qu’il s’en fichait lui. Mais ce n’était pas vrai… Et puis il essayait de les maitriser… toutes ces émotions brusques qui le prenaient à partie si vite. Quand c’était elle, juste elle, il pouvait se maitriser, enfin un peu… juste un peu. Il se contenta donc d’un léger « désolé » à mi-voix, un de plus, sans la regarder mais cessa de lui tourner le dos, conscient de sa fatigue et qu’elle risquait d’essayer longtemps de le sortir de sa torpeur au détriment de son repos, de sa santé. C’est tendrement qu’il l’avait enlacée, s’excusant encore tout bas en caressant ses cheveux, même si sur le coup il n’en avait pas spécialement envie alors qu’elle se blottissait tout contre lui. Mais ce geste l’apaisa, le rassura presque autant que lorsque c’était elle qui caressait ses cheveux. Rapidement il se détendit et ne tarda pas à la suivre au pays des rêves.

S’ils parvinrent à voler peu après, cela resta tout de même bien trop peu par rapport aux besoins qu’ils avaient et bien trop court. Elle parce qu’elle était fatigué, lui parce qu’il le ressentait même si elle prétendait le contraire. Le lien se rétablissait, un peu, c’était mieux. Même s’il n’était pas beaucoup plus bavard à propos de lui. Elle n’était pas beaucoup mieux en fait. Ils parlaient de leurs journées mais jamais vraiment d’eux ou de leurs ressentis, pourtant, ils en auraient eu bien besoin…
Surtout que les nuits portent conseils… ou reproches.

Il s’était absenté deux jours cette fois pour les Cheistams. Apparemment, ça avançait bien et il semblait sur une bonne voie pour devenir l’un d’entre eux même s’il ne parlait jamais de ce qu’il disait ou faisait là bas, lui promettant juste que tout allait bien, qu’il ferait en sorte que ça se passe bien. Quand il lui avait annoncé le temps pendant lequel il serait absent, il l’avait sentie soucieuse et était venu déposer un tendre baiser sur son front, rien de plus… En même temps, ces derniers temps, il ne tentaient pas beaucoup plus justement, comme s’il était bloqué dans une certaine distance, comme si finalement certaines reproches prononcées avaient fini par le faire douter de lui-même et de ce qu’il pouvait faire à la petite demoiselle sans le vouloir.
C’est gentiment qu’il lui avait annoncé qu’il serait de retour le lendemain dans la soirée normalement mais qu’elle n’avait pas besoin de l’attendre, qu’il ferait au plus vite. Puis il avait chastement effleuré ses lèvres, lui souhaitant une bonne journée avec cette tendresse si caractéristique dans sa voix à défaut de la toute aussi caractéristique passion qu’elle connaissait bien, de ses baisers.
Mais il était rentré plus tôt…
Beaucoup plus tôt.

Le jeune homme était revenu dans l’après-midi. Il paraissait un peu fatigué mais plutôt content et un large sourire barrait son visage alors qu’il semblait impatient et heureux de retrouver sa compagne. C’est sans attendre qu’il s’était rendu dans son bureau, une main dans son dos… Mais en le trouvant vide, il avait rejoint la chambre, tout aussi vide. Kymmie était apparue, comme si elle surveillait ses moindres allers et venues et lui avait annoncé d’une voix neutre que la petite mage était à la crique, là où elle aimait bien se ressourcer. Le sourire du Drakkari s’était un peu figé mais il avait remercié poliment la lutine avant d’ôter son sac en bandoulière, de se recoiffer d’une main puis de remettre en place rapidement une ou deux fleurs du bouquet qu’il cherchait à dissimuler.
Sans plus attendre, c’est d’un pas énergique qu’il était ressorti, se retenant de se mettre à courir pour aller la retrouver. Même s’il avait chevauché avec lui encore peu avant, son cheval hennit joyeusement en le voyant passer, Tristan y répondit d’un simple sourire… que l’animal semblait étrangement percevoir, même de loin.

Il fit le chemin jusqu’à la crique en pratiquement la moitié du temps nécessaire tant il marchait vite, quitte à sentir ses muscles l’élancer douloureusement, mais peu importe ! Elle lui avait manqué ! Il avait hâte de la serrer dans ses bras !
Mais ce qui l’attendait n’était pas la joie qu’il avait naïvement imaginé, ni les retrouvailles amoureuses, ni les rires amusés. Non… Eux ne semblèrent pas le voir. Mais lui… il les voyait. Oh oui… Il les voyait même très bien.
Ils les avaient entendus avant même de les voir. D’abord la voix de Cassidy qui parlait, même s’il n’arrivait pas à entendre encore ce qu’elle disait, pensant qu’elle s’adressait à Alanir. Et puis la voix d’Erwan, très proche, qui fit se tendre chacun des muscles du jeune homme.

Il put les voir au moment où le chapeau de Cassidy s’envolait et donc celui où, bon prince, Erwan voulut le rattraper avant de se vautrer sur la petite mage. Enfin bien sûr ce n’était pas de sa faute, apparemment il avait à la jambe. Mais quand même quoi ! Et pourquoi diable avait-elle eu aussi peu de réaction ? Etait-ce à cause de son traumatisme ? Où était-ce autre chose ? Quelque chose de beaucoup plus gênant à laquelle il ne voulait pas penser ?
Cassidy était une grande maladroite quand elle était gênée mais son « archer » n’était guère mieux, voire peut-être pire. A peine la situation s’améliorait-elle alors qu’il s’expliquait vaguement sur ce qui lui était arrivé que de nouveau ils se retrouvaient dans une position… embarrassante.

La première fois, Tristan n’avait pas bougé. Il ne fit pas plus de mouvement à la deuxième chute, pour ce deuxième rapprochement. Figé sur place, sur une bute un peu au-dessus d’eux, il était si discret et léger dans ses pas, tel un prédateur que les deux « amis » ne l’avaient pas entendu arriver. A leur défense, ils étaient en train de discuter et de plus le soleil projetait leurs ombres dans leur dos donc ils n’avaient pas pu voir le Drakkari arriver… pas même son ombre justement.
Au début, il avait accéléré le pas, se rapprochant davantage avant de sentir un vague de haine l’envahir en voyant le vermisseau au-dessus de sa chère et tendre, beaucoup trop proche. Il sentait déjà sa mâchoire le picoter et il avait des envies de déchiqueter ce gringalet assez… intéressantes ! Mais les paroles de la demoiselle lui étaient revenues… Enfin ses paroles, plutôt ses marmonnements dans la nuit. Elle parlait dans son sommeil. C’est comme ça qu’il avait appris qu’elle se faisait réellement du souci, qu’elle s’inquiétait de voir les paroles de Kymmie se concrétiser. Ca l’avait surpris et blessé de comprendre qu’elle n’avait pas tant que ça confiance mais comme elle semblait parler toute seule, ou plutôt à son dragon dans son sommeil, il avait pu percevoir aussi la détresse dans sa voix alors qu’elle murmurait sa peur de le perdre. Il s’était calmé, l’avait embrassée doucement, enlacée, elle s’était apaisée. Ses paroles étaient restées. Depuis, il faisait beaucoup plus attention, plus d’effort que jamais et elle l’avait bien remarqué… ça correspondait un peu au moment où il avait commencé à se renfermer encore plus, de plus en plus, à taire ses sentiments, ses impressions, se contentant de superficielles informations sur sa journée plutôt que d’honnêtes réponses sur ses ressentis.
Alors qu’il se sentait si haineux face à ce spectacle qui représentait bien une de ses plus grandes peur, il avait repensé à ça, s’était enfoncé les ongles de sa main libre dans la paume pour faire passer la colère. Et ça avait été pire…

Oh il n’était pas plus en colère non. Mais son subconscient avait apparemment envie de le torturer, sans doute pour le punir. Autoflagellation tordue ? Peut-être… Quand ils avaient volé ensemble, plusieurs fois, surtout les toutes premières, il avait senti et perçu bien des choses chez Cassidy. Dont certaines l’avaient beaucoup gêné et blessé. Elle n’y était pour rien évidemment, elle ne pouvait pas s’empêcher de penser, pas même à ça et puis il n’était même pas sûr que ce n’était pas lui qui inconsciemment fouillait son esprit, sans savoir comment. Mais revoir à cet instant, comme s’il y assistait, d’un point de vue extérieur qui était d’autant plus étrange et d’autant plus douloureux, les différents rapprochements entre les deux jeunes gens quelques mois plus tôt, leur mise en couple et toutes leurs activités de couple justement, ce n’était vraiment pas mais alors vraiment pas… agréable. Et puis… Même s’il aurait dû être heureux de voir cette Cassidy aller un peu mieux auprès de son archer adoré, il n’éprouvait que de la jalousie… et du désespoir.
Son visage s’était progressivement décomposé alors qu’il devenait blême, n’ayant pas le moindre contrôle sur ce qu’il voyait, ne sachant ni comment le faire cesser, ni comment l’oublier. Victime de ses propres capacités, le jeune homme n’avait peut-être que besoin de cette petite assimilation, ce petit amalgame avec la scène qui se passait actuellement et qui n’était que maladresse et ce qui s’était passé ces derniers mois. Il n’avait pas oublié, il n’oublierait jamais et il avait encore mal… très mal.
C’est à peine s’il entendit la voix de Cassidy qui parlait de la douleur à la jambe de l’archer, pas si minime. Sans doute se relevait-elle à cet instant, inquiète et voulant l’examiner ou le pousser à aller voir un guérisseur. Peut-être était-il en train de l’aider et de ronchonner, le Drakkari l’ignorait, à moitié aveuglé par des souvenirs qui ne lui appartenait pas et les remords qui eux… lui appartenaient totalement !
Qui l’avait alors remarqué d’abord ? Cassidy ou Erwan ? L’un d’eux avait dû surprendre un léger mouvement rouge, celui du vent qui ébouriffait les cheveux du guerrier figé sur place, crispé, tendu, pâle et totalement… inerte, le regard vide et même pas fixé sur eux, juste sur l’horizon, sur la mer et le soleil aveuglant. Que ce soit elle ou lui, l’autre ne prit pas plus d’une seconde pour suivre le regard de l’intéressé(e) et voir que le grand Drakkari était là et qu’il avait probablement vu un bon bout de la scène. Erwan devait s’attendre à un nouvel éclat de colère et Cassidy aussi probablement parce qu’elle le rejoignit rapidement en prononçant son surnom d’une voix… vraiment tendue.

Tristan sortit enfin de sa torpeur, baissant lentement les yeux vers la petite mage qui lui parlait, apparemment inquiète, très embarrassée et les joues si rouges qu’on aurait cru la prendre en flagrant délit pendant une bêtise. Il battit plusieurs fois des paupières, comme surpris de se retrouver là et ayant la désagréable impression d’entendre comme des échos alors qu’elle lui parlait vite, ne finissant aucune phrase ou presque, comme quoi ce n’était pas ce qu’il croyait, qu’il ne devait pas rentrer plus tard plutôt, mais que c’était bien aussi qu’il soit là. Elle semblait s’embrouiller un peu, même beaucoup. Il détourna le regard d’elle alors qu’elle lui parlait toujours, fixant Erwan qui serrait discrètement les poings, prêt à se défendre si le Drakkari devenait encore à moitié fou. Il se désintéressa pourtant rapidement de lui et revint fixer ses yeux orangés sur la demoiselle qui avait posé les mains sur son torse. Jusqu’alors glacial et figé, il lui fit un beau sourire, un brin penaud, comme s’il n’avait pas écouté un seul mot de ce qu’elle venait de lui dire, lui tendant timidement les fleurs qu’il lui avait rapportées…

- Mais c’était pas une très bonne idée… J’aurais plutôt dû les mettre direct dans un vase mais… enfin j’ai pas trop réfléchi et… je voulais te voir. Tu me manquais… Je… Enfin… j’ai pensé à toi en les voyant et… mais… bon enfin… faut les mettre dans un vase... Oui... un vase...

Fait curieux, il ne parlait pas du tout de ce qui venait de se passer, ni même qu’il pensait la trouver seule à l’origine ! Elle ne semblait pas vraiment rassurée d’ailleurs, le pensant probablement sous le choc puisqu’il avait quand même dû assister au moins à une des chutes ou au moins une des positions embarrassantes que ça avait impliqué. Pourtant il faisait un léger sourire penaud et ne semblait pas en colère. Il reposa les yeux sur Erwan puis de nouveau sur la petite mage, parlant d’une voix calme, dégagée, même si ce n’était pas ce qu’il ressentait réellement.

- Tu ferais mieux de l’accompagner se faire soigner. Tu es directrice. S’il lui arrive quelque chose, c’est toi que ça embêtera le plus. Et si sa jambe a vraiment besoin de soin… il ne vaut mieux pas tarder.

Ah… il était là depuis quelques minutes quand même…

- … Et moi je vais rentrer mettre ces fleurs dans un vase et t’attendre… enfin, je crois que je peux assurer le dernier cours aujourd’hui, un facultatif, ça évitera de le rattraper. Je suis rentré plus tôt, autant en… profiter. A tout à l’heure alors. Mais tarde pas trop hein… Kymmie avait l’air de dire qu’elle avait fait des plats que tu aimes bien ce soir…

Il lui fit un sourire d’autant plus tendre, d’autant plus gentil, d’autant plus gêné avant de se baisser vers elle et de l’embrasser, cette fois-ci avec beaucoup plus de passion. De manière très brève certes, mais avec passion… Une passion qui laisse un peu trop sur sa faim sans doute.
Sans lui laisser le temps d’en dire davantage, il avait adressé un vague signe de tête à Erwan puis s’était éloigné avec les fleurs, du même pas énergique qu’à l’aller… ou presque.
Que fit-elle ? Il n’en sut rien, du moins au début…
Pour sa part, il ne mentit pas et rentra directement à l’Académie afin de mettre les fleurs dans un joli vase qu’il plaça dans leur chambre. Peu après, il s’était changé et ressortait pour proposer un cours à ses élèves les plus sportifs !
Combien de temps mit-elle ? Que fit-elle entre temps ? Repassa t-elle par son bureau ? En tous les cas l’activité calma son compagnon… Pourtant, elle dut sans doute s’inquiéter en ne le trouvant pas, ni dehors, ni dans leur chambre mais heureusement, elle eut le réflexe de vérifier la salle de bains et le trouva à moitié endormi dans son bain, les yeux clos et la tête renversée en arrière contre le sol dallé, tout son corps disparaissant sous la surface de l’eau. D’ailleurs les bulles s’étaient quasiment toutes évaporées pour laisser le corps du jeune homme un peu trop bien… se deviner. Il ouvrit paresseusement un oeil quand elle arriva, sourit, sortir sans gêne du bassin en se séchant, ne semblant pas remarquer qu’elle voulait apparemment le rejoindre ou bien le remarqua t-il justement avant de dire, en s’étirant qu’il avait passé un peu trop de temps dans ce bassin.

Il retourna dans leur chambre et elle le trouva appuyé sur le côté contre un mur, fixant le ciel sombre dans lequel des millions d’étoiles s’allumaient.
Elle l’avait rejoint une fois de plus, il avait bien dû voir sa gêne et qu’elle avait envie de parler aussi mais une lutine était apparue pour leur dire qu’un Cheistam était aux grilles et demandait à parler à la directrice.
Cassidy accepta alors qu’on guidait ledit Cheistam jusqu’à son bureau, elle se rhabillant rapidement pour l’y attendre. Etrangement, Tristan ne lui demanda rien, se contentant de la suivre et ne sembla pas le moins du monde surpris quand ledit Cheistam entra.

C’était une femme, légèrement plus grande que la moyenne, qui semblait avoir leur âge, approximativement, aux cheveux blonds-roux bouclés et aux yeux verts félins. Elancée, svelte, elle avait des airs d’elfe, peut-être de demi-elfe et semblait parfaitement mesurer le moindre de ses mouvements malgré la fine armure qu’elle portait sous la longue cape de voyage qui la recouvrait et dont elle libéra son visage quand elle entra. Elle s’inclina avec un respect solennel face à Cassidy, la fixant avec autant de curiosité que d’une étrange fascination, comme si elle tentait de la percer à jour et… se détendit en souriant en apercevant Tristan avant de faire un vague léger mouvement de tête, comme… amusée.

- Dame Herediane. Navrée de me présenter si tardivement, je vais m’efforcer d’être brève et de ne pas encombrer davantage votre soirée. Je suis le capitaine Valay, et oui, pour faire court, je suis une femme, ça arrive… Je suis venue vous voir pour vous parler de votre compagnon, Tristan.

Le jeune homme qui s’était placé près de Cassidy, même s’il restait debout, se crispa d’un coup et écarquilla légèrement les yeux, comme si apparemment, il ne voulait pas trop… de cette intervention.

-Je pense que c’est inutile, capitaine… Nous en avons déjà parlé, ce n’était qu’une simple erreur, je ne…
- Et moi je pense que c’est utile, chevalier. Je crains que vous cherchiez à faire un peu trop de zèle.

Elle tourna de nouveau les yeux vers Cassidy, sembla saisir son inquiétude, même si elle l’interpréta mal. Ah oui, c’est vrai… cette histoire de sang sur ses vêtements… Oui, sauf que la jolie capitaine ne semblait pas au courant de leur légère altercation à ce propos. Elle soupira d’un air las.

- Voyez-vous, tous les nouveaux subissent un rite de passage, on les malmène un peu, ils sont chahutés, se voient confier des corvées. Tristan par son ancien statut de Kaär et le fait qu’il ne soit pas constamment présent a tout de suite été vu comme… celui à remettre le plus à sa place. Ca ne partait pas d’un mauvais sentiment mais les hommes sont souvent stupides quand leur ego est mis en jeu. Nos chevaliers se sont un peu trop emballés, je ne l’ai su que sur le tard, ce n’était pas mon unité. Je suis navrée des extrêmes qu’ils ont pu prendre Tristan, sincèrement, et je suis d’autant plus surprise et admirative de ton absence de répartie. Un homme de ton gabarit et de ton expérience au combat aurait eu tôt fait de leur répondre… et d’en massacrer quelques uns. Je pense que cette absence de répartie, surtout venant d’un Drakkari t’a forgé une très bonne opinion malgré tout de la part de tes camarades… d’autant plus ta demande de non-sanction quand nous avons découvert l’affaire. C’est désormais réglé… J’ai demandé ta mutation dans MON unité et nous allons te former comme il se doit. Si je suis là c’est surtout pour t’apprendre que tu as pu et su nous convaincre ainsi et que nous t’adouberons sous peu. De plus ta demande concernant cette Académie a été entendue, en grande partie acceptée et le reste est encore sous étude… mais c’est en bonne voie.

Elle souriait d’un air entendu, semblait contente, même heureuse d’annoncer ces nouvelles qui firent sourire le jeune homme. Elle ne s’attarda pas davantage, arguant que son cheval l’attendait et qu’il avait un sale caractère rancunier, qu’elle ferait mieux de ne pas trop le faire patienter.
L’instant d’après, elle était déjà partie, laissant les deux jeunes gens seuls… et ayant une fois de plus besoin d’une bonne discussion… peut-être même avec l’appui d’une petite lutine un peu trop curieuse ! Pourtant si Tristan souriait apparemment content de la nouvelle, il paraissait aussi un peu gêné et attrapa doucement la main de sa compagne en l’invitant penaud une fois de plus, à descendre manger…

- Euh... On pourra parler après si tu veux... Mais là... j'ai faim moi.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Progression ou régression ?   Mar 8 Avr - 21:08

Que de malaises et de troubles dans les jours qui avaient suivi ! Si Cassidy avait confiance en son compagnon, cela ne l’empêchait pas de douter de temps en temps. Parce qu’il était un dragon justement. Et il lui arrivait de penser que parfois il puisse perdre le contrôle et ne la voit plus comme avant. C’était très compliqué pour sa petite tête puisqu’elle s’inventait de nombreuses discussions, arguments positifs et négatifs, troublée, en proie aux doutes.

Et si l’appel de sa race draconique devenait plus forte ? Oui mais il l’aimait et jamais il ne la ferait souffrir une nouvelle fois. Et si il devenait plus distant jusqu’à ce qu’elle finisse par le détester ? Non, il savait pertinemment qu’elle risquait de devenir instable. Et si ça ? Et si cela ? Torturée ? Oui un peu… ce que Tristan cherchait à éviter, à savoir la ménager, n’était peut être pas gagner pour cette demoiselle qui ne cessait de se poser un peu trop de questions.

Avant qu’Erwan ne la rejoigne sur la plage, la jeune femme avait passé en revue tout ce qui s’était passé ces derniers jours, les bons moments comme les tristes, cherchant apparemment une solution. Ou peut être devraient-ils discuter… Moui… Ca ce n’était pas facile d’aborder les choses. Il suffisait de voir l’espèce de tension dès qu’il se passait quelque chose avec Erwan justement. Alors elle ne savait plus, peinait à trouver ces mots, à lui en parler, surtout qu’il le prenne mal et se sente blessé. Et pourtant n’était-ce pas ce qui était en train de se passer ? Au final, même en adoptant une attitude gentille et douce, cela ne réglait pas le problème.

Oh il est vrai qu’elle avait très peur de le perdre, peur qu’il change… comme lui craignait certainement qu’elle le repousse une fois l’enfant né. Et pourtant, la jeune femme savait pertinemment qu’un enfant ne la séparerait pas de Tristan. Alors elle devrait peut être lui faire un peu confiance. Oui mais voilà, il était à demi dragon et c’était quelque chose de très obscur pour elle, aussi documentée était-elle. Et même si Alanir tentait de la persuader et l’encourager à ne pas se prendre la tête avec ça, que Tristan avait l’air d’être quelqu’un de bien et qu’il avait « vu » sa détermination à ne pas l’abandonner cette fois ci. Pourtant, c’est à juste raison que Cassidy avait déclaré qu’elle n’en savait pas suffisamment sur les dragons pour éviter les… surprises. Et c’est ce qu’elle cherchait à faire, ne pas que la situation empire d’un coup. Vouloir tout prévoir, refuser les imprévus… pas si facile que ça pour leur petit couple déjà bien touché par les rebondissements et scénarios plus ou moins désastreux !

Elle se rappelait également des conversations avec Kymmie et auxquelles la lutine n’était pas vraiment emballée par le retour du Drakkari, du moins, pas après l’avoir vu adopter une attitude assez effrayante de son point de vue. Si la première fois Cassidy n’avait pas su quoi répondre à la lutine, prise de court et surtout perplexe par rapport à l’attitude de Tristan qui s’était totalement renfermé, elle n’avait jamais abandonné et tentait de convaincre Kymmie de l’honnêteté et des efforts de son compagnon. Lui montrant qu’il se comportait bien en société, lui expliquant, patiente, que cela prendrait un peu de temps mais qu’il avait vraiment promis de faire des efforts, que ce n’était pas si facile que ça pour lui qui retrouvait un environnement presque totalement inconnu. Des choses comme ça. Elle s’était même énervée en déclarant qu’il n’était pas un paria, que cette fois-ci ça se passerait bien et qu’il fallait l’encourager dans cette voie. Parfois, c’est sûr Cassidy doutait un peu car Kymmie avait également ses arguments. Comme quoi justement il fallait qu’il se rachète d’avoir tout abandonné d’un coup. Les remords c’était une chose mais l’action en était une autre et c’est cela qu’elle attendait. Elle ne pouvait pas s’appuyer sur les paroles de Cassidy et même si cette dernière était profondément heureuse avec le beau Drakkari, Kymmie n’oubliait pas que la demoiselle était rapidement passée du rire aux larmes. Qu’il lui faudrait un moment d’observation avant de se prononcer.

La fois où du sang avait été retrouvé sur une des chemises de Tristan, Cassidy avait poussé un soupir las, tentant de se faire entendre raison comme quoi ce n’était pas grand-chose, qu’il y avait bien une explication à cela mais en aucun cas il n’y avait eu d’atteinte sur un des élèves de l’école sinon elle serait rapidement au courant. Pourtant Tristan ne répondit pas par l’affirmative et cela la fit douter une nouvelle fois alors que la demoiselle n’arrivait pas à lire cette complicité dans les yeux du Drakkari. Il n’y était pour rien non ? Pourquoi ne disait-il rien ? Cela la laissa perplexe.

Plusieurs fois elle tenta de lui demander la raison de ce sang ou de cet air un peu lointain mais il détournait rapidement la conversation, qui la laissait vexée alors qu’il était simplement soucieux. Il était vrai que la demoiselle était fort boudeuse parfois et se repliait aussi sur elle-même, manière de prendre du recul sur les choses.

Il lui arrivait parfois dans son bureau de se laisser distraire par ces pensées, secouant la tête et parlant toute seule en murmurant que c’était bien un casse-tête alors qu’elle se penchait sur ses parchemins en soupirant de lassitude.

Puis, assise dans le sable, elle repensa à leurs tentatives pour voler ensemble. Oui fatigue, elle l’était en ce moment, trop torturée par beaucoup de choses. Mais elle savait qu’elle avait fait de la peine à son compagnon qui était pourtant si heureux à l’idée d’une balade dans le ciel. Certes il avait pensé au camouflage physique mais était-ce vraiment suffisant à l’heure où certains étaient capables uniquement de percevoir une aura, un mouvement sans pour autant voir de leurs yeux ? Peut être était-elle totalement paranoiaque ou bien prudente mais elle n’avait pas remarquée son changement de couleur, trop occupée à faire disparaître leur « présence » aux yeux du monde.

Enfin il y avait eu ce fameux jour où il devait s’absenter pendant deux jours et qu’il avait laissé une petite mage bien inquiète. Surtout qu’elle lui avait argué que deux jours sans lui c’était quand même bien trop long et qu’il devrait revenir vite sinon elle allait s’ennuyer. Oui c’était vrai, la nuit passée loin de lui donna une sensation de vide à la petite mage.

D’ailleurs elle avait sorti une chemise de son cher et tendre pour se blottir tout contre celle-ci, se rassurant comme elle pouvait sur son odeur. Le bébé pouvait-il en profiter pour renforcer son emprise sur la jeune femme ? Apparemment pas vu la poigne dont elle faisait preuve tout en agrippant le tissu froissé de la chemise de Tristan en marmonnant plusieurs mots en dormant. Elle était très inquiète pour lui et le savoir éloigné… la rendait vraiment triste. Peut être craignait-elle aussi qu’il adopte sa forme de dragon et parte… bien plus loin. A vrai dire, difficile de penser.

N’arrivant pas à dormir très longtemps ce jour là, elle s’était assise sur le rebord de la fenêtre, songeuse, la chemise de Tristan reposant sur ses genoux et regardant les étoiles alors qu’elles disparaissaient les unes après les autres, faisant place au jour. Pourquoi avait-elle un poing dirigé vers le cœur alors que ses yeux brillaient ? Pourquoi les doutes et les peurs l’assaillaient-elle ? Personne pour la rassurer, personne pour se blottir dans les bras, et cela lui rappelait un bien trop mauvais souvenir.

Kymmie était venu discuter, sentant que sa maîtresse n’allait pas bien, et lui proposa même de prendre le petit déjeuner dans sa chambre alors qu’elle avait quand même bien du mal à avaler quoi que ce soit. Une chose était sûre et la lutine devait bien le remarquer, quand Tristan n’était pas là… cela impactait directement la petite mage. Serait-ce ce fameux lien qui les réunissait qui se manifestait ?

Cassidy passa la matinée dans sa chambre sans se décider à sortir et puis finalement, elle décida de faire un tour à la crique, histoire de se changer les idées… ou peut être pas puisqu’elle ne faisait que ruminer des pensées… pensées interrompues par Erwan qui était venu lui tenir compagnie. Il savait que Tristan n’était pas là puisqu’elle lui en avait parlé. Et il voyait bien aussi à quel point elle en était impactée même si devant lui elle tentait de se montrer forte… mais en même temps lui faisait peur de ses craintes.

Personne ne se doutait que Tristan serait de retour bien plus tôt, sinon Cassidy aurait été directement aux nouvelles. Et même si la discussion avec Erwan avait ravivé certaines peurs de la part de la demoiselle.

Et alors qu’ils discutaient, elle ignorait être observée et pas qu’un peu ! Surtout qu’une suite d’actions malheureuses auraient bien pu faire réagir un certain Drakkari. Naïve et ne pensant certainement pas au double sens de leurs actions mise à part une grande maladresse, Cassidy semblait plus se soucier de l’état de l’archer que de leurs positions plus ou moins… inconfortables ? D’ailleurs elle avait froncé les sourcils alors que la demoiselle se retrouvait au-dessus, lui les bras tendus le long de son corps, tel un piquet, respirant à peine de peur d’effrayer la demoiselle qui pouvait rapidement être effarouchée si il tentait le moindre geste pour le peu… maladroit. Et quelle torture cela devait être pour lui qui repensait à bien des choses… même si cela ne semblait pas avoir effleuré l’esprit de Cassidy… du moins pas pour l’instant.

Elle grommelait naturellement en se redressant et s’écartant d’Erwan en l’examinant de haut en bas, un air suspicieux sur le visage.

« Mouais… Ah les hommes ! Toujours en train de minimiser les blessures ! Faut dire que tu en fais beaucoup ces derniers temps aussi… pense à prendre des congés aussi hein. Allez montre moi ta jambe ! »

Erwan ouvrit des yeux ronds, les fesses dans le sable et se redressant et apparemment paniqué à l’idée qu’elle découvre sa blessure. Il tenta de relativiser, tout en sachant que c’était peine perdu avec ce petit bout de femme qui était intransigeante, lorsqu’elle avait une idée derrière la tête.

- Quoi ?! Mais… c’est bon Cassy ! Je t’assure que c’est rien du tout, pas la peine de…

Elle avait attrapé sa botte puis retirée d’une force vive en la posant dans le sable puis avait remonté le pan de son pantalon pour découvrir une grosse tache violacée et rouge par endroits. Une espèce de pâte verte semblait avoir était appliquée peu de temps auparavant. Elle releva la tête pour regarder avec colère l’archer qui avait un air piteux.

« Tu te moques de moi là ! Rien du tout ?! Je sais que tu connais les remèdes médicinaux mais si c’est pour courir partout sans prendre de repos, ça partira jamais ! Allez, on file voir un guérisseur, si vraiment t’insiste pour vite te rétablir, y a qu’avec un bon diagnostic que tu y arriveras »

La jeune femme venait à peine de se relever et c’est là qu’elle le vit ! Son expression du visage si fâché et un peu soucieux changea et s’anima en une surprise profonde. Peut être un mirage oui ! Elle venait de voir son beau compagnon qui fixait l’horizon, le regard perdu dans le vide. Bouche bée, elle n’ouvrit que très peu la bouche, cherchant à se remettre les idées en place et se posant des questions. Erwan fronça les sourcils en la regardant puis récupéra sa botte et se tourna dans sa direction en apercevant Tristan. Lui aussi était très surpris et se mit sur la défensive, prêt à réagir au moindre problème.

Cassidy s’avança alors, un peu hésitante, son teint devenant un peu plus blanc alors qu’elle dévisageait le beau Drakkari. C’est vrai qu’il était très jaloux… et surtout envers Erwan ! Ca elle ne pouvait pas lui en vouloir. En plus avec leurs maladresses il pouvait croire que des choses s’étaient passées !

« Tris’ ? »

Elle parlait d’une voix mal assurée en le rejoignant. Ah ben ça pour une surprise… Puis baissant la tête et rosissant à vue d’œil, c’est très embrouillée qu’elle tenta de lui expliquer la situation. Elle aurait préféré se jeter à son cou, l’embrasser avec passion en déclarant qu’il lui avait beaucoup trop manqué en un jour à peine mais peut être était-ce inapproprié à ce moment là…

« Heu… on faisait que discuter hein ! J’étais… je… heu… Erwan est… j’ai… j’avais… besoin de… non ! heu ! je veux dire… il est… enfin on… tu… »

Mouais c’était pas gagné apparemment… et pourtant c’est bien le manque de confiance qu’elle lui reprochait il y a plusieurs jours alors pourquoi devoir s’expliquer alors qu’il n’y avait rien eu de mal ? Peut être avait-elle peur qu’il prenne l’archer pour cible alors qu’il n’avait rien fait cette fois là encore même si c’était un malheureux hasard de circonstances.

A sa grande surprise, alors que la demoiselle posait ses mains sur le torse de son compagnon, il ne fit aucune remarque qu’elle aurait pu attendre mais uniquement lui tendit les fleurs en se contentant de quelques phrases maladroites mais touchantes alors qu’elle s’attendait plutôt à un interrogatoire ou un débordement. Elle regarda les fleurs, touchée par ses paroles et par son geste. Elle lui manquait… elle lui manquait…

Le cœur de la jeune femme se serra dans sa poitrine alors qu’elle dévisagea son beau guerrier, sans plus se soucier d’Erwan et ça peut être que Tristan l’avait remarqué. Elle était totalement concentrée sur lui et malgré ses peurs et ses doutes, la demoiselle ne pouvait s’empêcher d’être rassurée de retrouver son compagnon comme si il était parti bien trop longtemps à son goût. Oh elle avait envie aussi de lui dire qu’il lui avait énormément manqué, qu’à cause de ça elle n’avait que très peu dormi la nuit et s’enquérir également de son état était une de ses questions alors qu’elle l’examinait avec attention, tout en étant émue par le bouquet de fleurs.

Elle ouvrit la bouche pour lui parler, peu importe ce que pouvait penser Erwan et sans réfléchir sur le fait que cela pouvait être douloureux l’archer mais Tristan lui coupa la parole en déclarant qu’elle devait l’accompagner. Ouvrant les yeux un peu plus grands et louchant un instant, son air avait l’air de se demander si c’était une bonne idée. Après tout il n’appréciait que très peu l’archer et sa jalousie était vraiment forte mais n’était-ce pas une marque de confiance ? Bon en même temps, il savait pour Erwan, après tout elle n’avait pas été discrète, se croyant seule. Quant à savoir à quel moment il était arrivé, ça restait un mystère…

La demoiselle hésita et posa sa main sur celle de son compagnon, voulant apparemment s’exprimer. Mais tout ce qu’il trouva à dire c’était qu’il allait s’occuper des fleurs, faire un cours… rien que ça. Et avant qu’elle n’ouvre la bouche, il l’embrassa, lui faisant tourner la tête un instant, trop court et même pas le temps de lui rendre ! Et le jeune homme était déjà parti, la laissant seule avec Erwan.

Elle se retourna vers l’archer, le regardant un instant avec un sourire d’excuse puis finalement décida de l’accompagner chez un guérisseur comme cela était prévu.

Le verdict tomba. Il avait besoin de repos, éviter la marche et surtout de travailler ses prochains jours, la blessure risquant de s’étendre si il bougeait trop. Le guérisseur déclara même que c’était une blessure bien douloureuse et qu’il était surpris que le jeune homme ne bronche pas plus que ça. Un peu l’effet de l’acide mais en moins puissant. Le vieil homme râlait, parlant de jeune inconscient et recommanda fortement de garder le repos pendant plusieurs jours en évitant les déplacements.

Cassidy ramena Erwan chez lui, discutant un peu sur le chemin qu’effectivement, il ferait mieux de rester chez lui pour le moment, tant que ce n’était pas guéri. Puis avait froncé les sourcils en insistant bien dessus, surtout qu’elle le connaissait assez pour savoir qu’il était du genre à minimiser ce genre de choses.

Puis elle rentra à l’académie, cherchant Tristan des yeux mais ne le trouvant pas, retourna dans son bureau. Le temps passa alors qu’elle resta un instant penchée sur une pile de papiers mais sans travailler pour autant. A vrai dire, la demoiselle avait certaines envie…

Fronçant les sourcils devant un parchemin faisant la liste du matériel pour le nettoyage de l’académie, elle la laissa tomber sur la table, soupira un instant en se pinçant le nez puis après avoir jeté un bref regard à sa fenêtre où le jour était encore visible, elle sortit de son bureau et se dirigea tout droit vers le terrain d’entraînement où se trouvait Tristan. C’est sous l’œil d’élèves un peu surpris de trouver la directrice ici qu’elle se déplaçait en grandes enjambées, si cela était possible.

Tristan lui tournait le dos et ne l’avait certainement pas remarqué. Quoique… avec son odorat bien développé, il devait bien avoir remarqué sa présence bien qu’il ne le laissait pas paraître ou faisait comme si de rien n’était. Ne se décourageant pas pour autant, elle lui tapota doucement le bas du dos pour manifester sa présence et attendit qu’il se retourne pour prendre un air très sérieux, sachant très bien que les élèves voulaient très certainement… écouter la conversation. Se raclant un instant la gorge, c’est sans sourciller qu’elle lui tint ces quelques paroles.

« Je suis en train de m’occuper du réapprovisionnement du matériel pour le combat. J’aimerais que tu me montres ce qu’il faut remplacer »

Pas de « si tu as le temps… » ou « tu es occupé ? » non ! Elle exigeait une visite de l’état des lieux tout de suite ! Et sa voix ne souffrait d’aucune réplique. C’est un peu surpris que Tristan s’exécuta pour la mener vers le petit local où était entreposé toutes sortes d’armes. Sans rien dire, la demoiselle ferma la porte derrière eux, ou plutôt la verrouilla magiquement alors qu’elle s’occupa également d’insonoriser la pièce aux oreilles des plus curieux.

Tristan ne semblait pas trop comprendre où elle voulait en venir alors qu’un sourire apparaissait sur le visage de sa compagne et qu’elle s’approcha dangereusement de lui au moment où il demandait si elle voulait vraiment venir inspecter ou bien…

« Pas si vite Messire le beau Drakkari ! Tu crois vraiment que j’allais te laisser filer comme ça ? Après ce baiser bien frustrant ? Hum… je vais devoir me venger… »

Et effectivement elle venait de passer ses mains sous la chemise de son beau compagnon bien trop sensuellement puis les retira d’un geste et s’enroula autour de sa nuque pour l’embrasser avec les intérêts et surtout tout ce manque qu’elle avait ressenti le jour d’avant. Il n’était pas en reste et s’enchaîna alors un petit jeu coquin. Les vêtements tombèrent les uns après les autres, les deux jeunes gens bien plus chauds qu’il y a quelques minutes alors que Cassidy avait envie d’assouvir son manque et surtout lui prouver à quel point il lui avait manqué.

Elle était en train de déposer de petits baisers dans son cou alors qu’il la souleva de terre pour la poser sur la table au milieu du local lorsque des petits coups se firent entendre à la porte, comme si quelqu’un frappait. Légèrement haletante et rouge, la jeune femme répondit quand même, oubliant complètement que personne ne pouvait l’entendre et bien heureusement.

« Pas maintenant ! Je suis en pleine hum… inspection oui… très bonne inspection… »

Les coups se firent plus insistants alors et Cassidy se mit à grogner mais…

Le décor bascula et elle se redressa d’un mouvement vif, le visage se tordant en une grimace et ouvrant d’un coup les yeux, se demandant où elle était. Toute personne qui serait rentrée à ce moment là aurait bien ris. En effet, la directrice venait de bondir de son fauteuil, faisant tomber une liasse de parchemins au sol. Ses cheveux étaient en désordre, un filet de bave semblait avoir coulé le long de sa bouche et de l’encre violette s’était apparemment imprimée sur une de ses joues rougies par l’accumulation de sang à cet endroit.

Elle tourna rapidement la tête, reprenant à peine ses esprits et paraissait horrifiée de voir qu’elle s’était endormie, tout en tentant de s’arranger comme elle pouvait, les joues complètement rouges. Un petit coup pour essuyer la bave, un peu d’ordre dans les cheveux et hop ! elle était presque fringante pour accueillir son visiteur. C’était sans oublier sa tache d’encre qui s’étalait sur sa joue mais par politesse, le professeur qui voulait lui demander quelque chose ne lui fit aucune remarque alors qu’elle se confondit en sourires, apparemment très enjouée… ou peut être cachant ses… rêves précédents comme si on était capable de lire dans sa tête.

Après avoir régler la formalité, un énorme sourire bien gêné sur le visage, la jeune femme s’ébroua puis referma la porte derrière elle en faisant une drôle de tête et soufflant un grand coup avant de se laisser glisser le long de la porte. Portant sa main à son visage, elle se trouva bien ridicule d’avoir de tels rêves alors que son compagnon n’était pas si loin que ça. Désireuse de le voir, pour au moins aller lui parler, la demoiselle se dirigea vers la sortie.

Mais du terrain d’entraînement, en passant par le réfectoire à leur chambre elle ne le trouva pas. Bon il était passé par là, car les fleurs étaient bien disposées dans un vase sur un rebord de leur chambre. Soucieuse, la jeune femme se mit à réfléchir un instant tout en fixant les fleurs. Il était peut être parti prendre une douche… ou un bain. Comme cela faisait deux jours qu’il était parti, c’était un peu normal.

A son grand soulagement, la demoiselle le retrouva dans l’eau et diantre ! qu’il était tentant ! Se mordillant la lèvre inférieure et tout un tas d’idées et surtout une très intéressante en tête, la demoiselle avait pour intention de le rejoindre dans une même et seule intention. Cependant, lui n’était pas de cet avis et sortit bien trop rapidement à son goût. Quelle torture ! Ne pas pouvoir… surtout après le rêve qu’elle avait fait.

La jeune femme baissa lentement la tête, lui ne devait pas avoir remarqué son air troublé et son envie de discuter avec lui… ou autre chose d’ailleurs. Alors elle se dirigea vers la chambre tout en enfilant sa nuisette, bien décidée à enfin pouvoir avoir une discussion et plus affinités… avec lui. Malheureusement on jouait contre eux et une lutine vint l’informer de la visite d’un Cheistam en cette heure tardive. Tiraillée entre l’avis qu’on la laisse tranquille avec son cher et tendre pour une soirée en amoureux et son devoir, elle finit par choisir la deuxième solution, répondant d’une voix morne qu’elle allait venir.

Mais dès que la lutine fut partie, la jeune femme enleva rapidement sa nuisette pour chercher une autre robe, apparemment assez énervée.

« Rhaaaa mais c’est pas vrai ! »

De quoi parlait-elle ? De Tristan qui ne soufflait pas un mot ? De sa robe qui la boudinait ? De l’heure déjà fort avancée ? Elle regarda un instant Tristan qui n’avait apparemment rien à dire et après s’être habillée, la demoiselle se dirigea vers son bureau en sa compagnie.

Elle resta debout, s’adossant contre le meuble en bois où trainait un bon nombre de parchemins et croisa les bras, apparemment d’humeur assez nerveuse. Et le… enfin plutôt la Cheistam entra. Cassidy plissa un instant les yeux et ne put s’empêcher de la dévisager du regard. Jeune, du moins du même âge qu’eux, elle était plutôt pas mal… mais la suite ne plut qu’à moitié à la directrice.

La Cheistam semblait comprendre la surprise de Cassidy qui n’en était pas vraiment une. Cependant les femmes d’un certain rang, surtout en tant que guerrières, était rare. Pourquoi Cassidy se crispa-t-elle ? Parce qu’elle avait plus de points communs avec Tristan qu’elle-même ? Déjà… leur vocation. Et puis, elle restait quand même sur la défensive… surtout lorsqu’il s’agissait d’une femme… et que ses hormones la rendait encore plus jalouse que d’habitude même si là il n’y avait absolument rien.

Elle haussa un sourcil quand elle demanda à parler de Tristan. Ce dernier ne semblait pas vraiment vouloir y avoir affaire. Cassidy resta stoïque, repensant à la tache de sang, se demandant bien ce qu’il avait fait. Et toute la vérité fut ainsi dévoilée alors qu’il semblait avoir été malmené par les autres Cheistams et ne semblait pas avoir riposter. Pour cela, la demoiselle en était rassurée et même heureuse, au moins elle allait pouvoir prouver à Kymmie qu’elle se trompait !

Cependant la suite la laissa un peu… dubitative. Hein ? Dans SON unité ? Mais… mais… mais… c’est une femme ! Bon, Cassidy faisait bien confiance à Tristan mais… ne jamais sous-estimé les intentions d’une femme. Surtout qu’ils allaient se côtoyer… peut être même plus qu’eux-mêmes… il était vrai que Cassidy et Tristan ne se voyaient que pendant les repas, ou la nuit… quand il ne partait pas pendant plusieurs jours… C’était peut être un peu douloureux même si elle devait plutôt être fière de lui pour son comportement et de ce qu’il avait fait. D’autant plus qu’il avait fait une proposition pour l’académie.

Oh il est vrai que Cassidy avait quelques rapports… assez houleux avec les Cheistams. Du moins avec les plus hauts gradés mais cela restait encore un mystère à éclaircir. Que la proposition vienne de Tristan devait être une bonne preuve de confiance quand même. Elle ne s’attardait pas trop et répliqua repartir, laissant les deux jeunes gens en place alors que Cassidy semblait plonger dans ses pensées.

Elle cligna des yeux avant de regarder Tristan et de le prendre par la main.

« Oui tu as raison… manger… »

La demoiselle ne décrocha pas un mot au réfectoire et regarda son assiette, sans très grand appétit alors qu’elle devrait être heureuse pour son compagnon. Elle se força cependant à manger un peu même si le cœur n’y était pas. Attendre de retourner dans la chambre pour s’expliquer, discuter.

Une fois le repas terminé, ils retournèrent dans leur chambre. A peine posée sur le lit que Kymmie apparut, venant apparemment s’excuser à Tristan de l’avoir si injustement soupçonné, sous les airs d’une Cassidy qui semblait dire « Je te l’avais bien dis ! ». Puis elle les laissa tranquille alors que Cassidy se laissa tomber sur le lit, regardant Tristan à l’envers.

« Pfouuuuu quelle journée ! »

Devait-elle parler d’Erwan ? De ce qui s’était passé ? Elle ne savait pas si c’était une bonne chose. Finalement, elle décida de ne rien lui dire tant qu’il ne lui poserait pas de questions à ce sujet, même pas pour lui dire l’état de l’archer. Elle se redressa et se dirigea vers lui, timidement.

« Eh bien… je suis contente pour toi…Chevalier… c’est bien ce que tu voulais au final ? Si ça te plaît alors c’est vraiment super… Et puis au moins comme ça Kymmie va arrêter de t'embêter avec ça ! Tu verras... au final elle va finir par se rendre compte qu'elle avait tort... mais je suis vraiment fière de toi »

Il semblait vouloir savoir si elle allait bien. Ce à quoi elle répondit d’un air évasif en agitant la main.

« Oui oui… fatigue là… j’ai pas beaucoup dormi la nuit dernière mais ça ira mieux aujourd’hui… »

Elle fit une pause, silencieuse, avant de venir se blottir contre lui, respirant avec délice son odeur et écoutant les battements de son corps, l’enlaçant un peu trop fortement de ses bras.

« Tu… tu m’as manqué aussi… c’est pour ça… que j’arrivais pas à beaucoup dormir… »

Elle resserra sa prise un instant et cela devait le déboussoler un peu car il dut la réconforter comme quoi il était là… on était loin de la soirée à faire des galipettes dans le lit comme elle avait prévu au départ. Finalement elle se calma et après l’avoir embrassé, lui demanda malicieuse.

« Aloooooooooors ? Tu as demandé quoi ? »

Qu’il lui réponde ou pas, ils terminèrent la soirée sur une note assez spéciale alors qu’elle monta sur le lit, le regardant se déshabiller.

« Ah au fait… je ne m’inquiète pas pour toi mais… si le capitaine Valay ose te faire du rentre dedans, je crois qu’on va pas être copines… »

Il semblait surpris, elle haussa les épaules et se mit à rougir en détournant la tête.

« Bah c’est une femme ! Et elle a demandé à te faire entrer dans son unité alors… je vais être jalouse ! C’est comme si tu allais passer plus de temps avec elle qu’avec moi ! Et ça… je ne peux pas… »

Elle avait baissé la tête alors que le cristal Lumis à côté d’elle clignotait dangereusement, témoin de sa jalousie ou autre chose. Heureusement qu’il était là pour la calmer et c’est très tranquillement qu’elle s’endormie dans ses bras.

Le lendemain ils passèrent un long moment au lit, elle qui geignait de le voir partir. Mais il fallait se rendre à l’évidence, il avait des cours à assurer et plein de choses à faire. Cependant il se promit de se rattraper dès qu’il le pourrait. Voilà qui rassura un peu la demoiselle.

La journée fut assez tranquille… si ce n’est qu’en milieu d’après midi, pleine de bonnes intentions, Cassidy se dirigeait vers le terrain d’entraînement, un sourire aux lèvres et un petit panier dans les mains. Décidée à passer un moment avec son beau Drakkari, elle avait pris soin de vérifier son planning pour vérifier sa disponibilité, c’est d’un pas ferme qu’elle se dirigeait vers son terrain de prédilection.

*Je vais lui proposer un pique nique, ça lui fera plaisir j’en suis sûre ! En plus je sais qu’il aime ce genre d’encas… et puis on va pas le faire ici… je vais l’amener dehors, on va aller faire un tour en volant… ça lui fera du bien. Je suis sûre que ça doit lui manquer plus qu’à moi de se balader en dragon… oui c’est une bonne idée ! Et puis peut être qu’on en profitera pour… rhoooo Cassy t’emballes pas hein c’est qu’une petite sortie hein ! mais bon j’espère qu’il sera content…*

Malheureusement, elle n’eut pas le temps d’aller plus loin qu’une autre silhouette attira son attention. Erwan avançait en boitant au milieu des arbres, sa sacoche de soins pour les créatures fixé autour de sa taille, et bien déterminé à mener à bien son travail malgré les recommandations du guérisseur. Elle resta fixement plantée là avant de secouer la tête, poser son panier sur une souche d’arbre avant de partir en direction de l’archer, très déterminée à l’arrêter dans ses actions.

« Erwan ! Qu’est ce que tu fiches ici ? Tu as bien entendu le guérisseur non ? Rhaaa décidément tu n’en fais qu’à ta tête ! C’est quand même sérieux ce que tu as. C’est bon, on peut arriver à se débrouiller pendant ton repos alors tu vas aaaaaah ! »

Elle venait à peine de le rejoindre et lui de lever la tête que la demoiselle trop pressée venait de se cogner contre une racine. Erwan, qui n’allait quand même pas la laisser tomber, la réceptionna dans ses bras alors qu’elle se redressait déjà.

« Merci ! Hem… Et ce n’est pas une excuse pour rester hein… Tu retournes chez toi et je vais t’accompagner. Non mais sérieusement… on va finir par te la couper cette jambe… »

Cassidy secoua lentement la tête. Encore un hasard de circonstances. Et si elle ne l’accompagnait pas, il risquait de rester dans le coin, têtu comme il était. C’est pour cette raison qu’elle avait décidé de l’accompagner. Malheureusement, sa petite sortie avec Tristan tombait à l’eau alors…

Elle était revenue bien tôt pourtant mais le panier avait disparu et Tristan… bah Tristan avait l’air occupé ailleurs puisqu’elle ne le trouva pas. Ce ne fut que le soir qu’elle le retrouva au lit. La jeune femme était fatiguée et lui souriait lui demandant si il avait passé une bonne journée. Bah… après tout, elle trouverait bien un autre moment pour sortir avec lui.

Cependant, malgré les jours qui passaient, impossible de trouver un moment avec lui. En effet, le jeune homme était très occupé entre ses appels chez les Cheistams, ses cours, son aide et il ne semblait pas, mais alors pas du tout se ménager. Comme à chaque fois qu’elle le cherchait la demoiselle ne le trouvait pas, et pensant qu’il avait du travail, elle se rendait chez Erwan pendant une petite heure chaque jour, histoire de lui tenir compagnie mais très gentiment. Il lui avait demandé de vérifier certaines choses sur les petites créatures dont il avait la charge et elle devait lui faire un bilan à chaque fois des améliorations, changements…

Lorsqu’elle croisait Tristan le soir, et malgré l’envie, il était impossible de faire quoi que ce soit à part dormir et parler des choses futiles de la journée. Pas même de bain ensemble… Bon elle comprenait tout à fait qu’il soit occupé mais quand même.

Même qu’un jour en plaisantant, elle lui avait dit qu’il était bien occupé ces derniers temps et qu’elle se demandait bien ce qu’il faisait parce qu’elle ne le trouvait pas. Mais qui sait… peut être savait-il qu’elle passait un peu de temps avec Erwan, après tout, elle ne s’en cachait pas et c’était uniquement parce qu’elle n’arrivait pas à le trouver… et pour le rapport sur l’activité de l’archer au sein de l’académie. Cependant, il n’y avait pas de raison de s’inquiéter après tout, il ne se passait rien de spécial.

Erwan reprit quelques jours après son activité et elle fut bien soulagée de ne plus devoir aller chez lui. Mais toujours aussi déçue, elle n’arrivait pas à trouver Tristan, qui semblait être surchargé. Cela ne pouvait pas durer plus longtemps, d’autant plus que son ventre commençait à devenir bien rond et elle paniquait beaucoup… A vrai dire, cela la dérangeait… surtout qu’elle se sentait seule à gérer ce problème alors que lui, semblait à chaque fois d’éviter d’aborder le sujet de sa grossesse… il ne faisait pas comme avec Maud, écoutant le bébé à travers le ventre… rien. Le troisième mois de grossesse approchait… et il semblait difficile de reculer désormais.

Cependant, Cassidy en avait plus qu’assez de ne pas passer plus de temps que ça avec son compagnon. C’est pourquoi à l’aube d’une nouvelle journée, elle accueillit son homme, presque couchée sur lui, l’embrassant avec beaucoup de passion et caressant ses cheveux, attendant sagement qu’il se réveille et lui demandant si il avait bien dormi avant de prononcer ces quelques mots.

« Bon écoute… demain c’est le week end. Alors tu annules tout ce que tu avais prévu, cours de rattrapage, activités avec les élèves, missions chez les Cheistams. Je veux que tu sois présent, à l’académie pour une fois ! »

Sur ces quelques mots et sans lui laisser le temps de lui poser davantage de questions, elle s’habilla rapidement, déclarant qu’elle avait beaucoup de choses à faire aujourd’hui et le laissa sur place.

Et en effet, la demoiselle avait de quoi faire. Elle passa la matinée dans son bureau à écrire des choses sur un parchemin, regarder des cartes, faire des listes. Puis l’après midi, elle se rendit à Glindel… ou plutôt elle emprunta le portail de Glindel pour aller bien plus loin.

Elle ne rentra à l’académie qu’en soirée, apparemment épuisée mais ravie, un grand sac et plusieurs paquets attachés à l’arrière de sa monture. Pour une fois Cassidy ne chevauchait pas sa belle jument blanche qui avait pris un petit coup de froid dernièrement. Erwan lui avait donc conseillé une autre monture en attendant, un jeune cheval tacheté de noir et de gris.
Tranquillement elle empruntait le sentier qui séparait Glindel de l’académie, passant par la forêt. Il commençait à faire sombre puisque le jour baissait et il faisait bien froid. La demoiselle était toute emmitouflée dans une lourde cape. Elle était toute rêveuse et en train d’imaginer la journée de demain qui serait très certainement magnifique lorsque quelque chose la tira de ses pensées.

Une petite créature venait de filer tout droit sous les pattes du cheval sans crier gare. Dans l’obscurité, elle n’avait rien vu mais le cheval, qui devait être un peu peureux, avait senti l’espèce de créature poilue qui se faufilait sous ses pattes. Il se mit à hennir, affolé, se cabra en avant en oubliant sa cavalière qui ne s’y attendait absolument. Désarçonnée, elle tomba dans le vide sans avoir le temps de rien faire et heurta violemment une grosse roche directement dans le dos. Un craquement sinistre se fit entendre mais sur le coup de la douleur, la demoiselle s’évanouit aussitôt, sans comprendre ce qui lui arrivait et c’était peut être mieux ainsi…

Le cheval qui n’était pas vraiment la monture de Cassidy fila vers l’Académie sans demander son reste.

Très peu de temps après, ce fut Tristan qui arriva au triple galop, très pâle et heureusement que sa vision était un avantage car il remarqua tout de suite la frêle silhouette étendue au sol, immobile. Heureusement elle respirait encore. Son pendentif avait du l’informer du danger que courait la demoiselle.

De ce qui se passait, Cassidy ne sut rien. Elle était très pâle.

Kymmie avait vu Tristan revenir au château, Cassidy dans les bras et avant même qu’elle n’ait le temps d’ouvrir la bouche, le jeune homme paniqué lui avait demandé d’aller chercher un guérisseur en toute urgence, que ça n’allait pas du tout.

Lorsque Cassidy ouvrit les yeux, tout était flou autour d’elle et elle se sentait extrêmement groggy. Elle ne sentait absolument plus rien dans son dos ou du moins… c’était comme si elle était totalement paralysée. Le vieux guérisseur de Glindel était posé au-dessus d’elle alors qu’elle était dans sa chambre. Difficile de trouver Tristan alors qu’elle pouvait à peine bouger la tête et se sentait bien vaseuse. Une sorte de perfusion avait été planté dans son bras alors que le vieil homme semblait parler avec elle pour voir si elle était consciente.

- Du calme damoiselle… vous avez fait une sacré chute apparemment…

Elle cligna un instant des paupières, un peu paniquée et inquiète.

- Vous vous rappelez de qui vous êtes ? Où vous êtes ?

La jeune femme répliqua d’une voix un peu faible avant de tourner un peu la tête, cherchant apparemment quelqu’un.

« Tri… »

Le Drakkari sembla se rapprocher d’elle pour indiquer sa présence alors qu’elle cherchait à prendre sa main mais le guérisseur avait besoin d’avoir de la place pour agir.

-Bon… pas de troubles mentaux c’est déjà bien…

Cependant la porte s’ouvrit brusquement, laissant passer un Erwan complètement livide et apparemment, il se fichait bien de savoir que c’était un lieu privé, s’inquiétant beaucoup de l’état de la jeune femme.

- Messire ?! Que… que s’est-il passé ? Cassy est… Cassy…

Un peu embêté par cette nouvelle interruption, surtout que le Drakkari stressé à côté d’elle n’était pas vraiment, le guérisseur tenta de temporiser ce nouvel arrivant.

- Elle va bien… enfin façon de parler mais… ses vertèbres sont en bouillie…

Cassidy grimaça. Oye… autant que ça… Erwan manqua de tomber au sol, n’arrivant pas à croire que cela ait pu se produire.

- Je… je… sa jument était malade alors je lui ai donné un autre cheval… je ne pensais pas que ça pourrait… arriver…

Simple coïncidence ou intention déguisée ? A voir la tête de l’archer, apparemment il n’y était pour rien. Cependant pour Tristan qui pouvait tout à fait, et à juste raison, penser que l’archer cherche à faire du mal à son ancienne compagne en se vengeant, paraissait d’un coup plus menaçant alors qu’il s’approchait de lui, cette fois sans trembler.

Un échange entre les deux hommes auquel Erwan clamait qu’il n’avait rien fait, qu’il venait juste aux nouvelles. L’ambiance était orageuse. Ce fut le guérisseur, comprenant qu’il était impossible de faire quoi que ce soit dans ces conditions, qui décida de passer à l’action. Aussi petit était-il par rapport aux deux autres hommes, surtout par rapport au Drakkari, il les attrapa par le col de la chemise et les poussa dehors.

- Cette femme a besoin de repos et de soins ! Réglez vos comptes à l’extérieur merci !

Puis il referma d’un geste brusque la porte en grommelant comme quoi les jeunes étaient trop fougueux de nos jours.

Le temps semblait s’écouler un moment et heureusement, aucun cri ne provint de la chambre. Erwan semblait camper sur place, voulant avoir des nouvelles aussi, même si il se tenait bien éloigné de Tristan. Finalement après un long temps d’attente, le guérisseur sortit, épuisé pour donner son diagnostic.

- Bon…ce n’est pas joli joli… Son dos a encaissé le choc dans sa chute et tous les os sont broyés… la guérison va être longue… très longue. Je n’ai pas pu faire grand-chose à part l’ausculter, lui donner une potion pour endormir la douleur, une autre pour reformer les os. J’ai des collègues qui utilisent la magie pour ça mais étant enceinte d’un Drakkari… ça serait… compliqué. Elle va finir par se rétablir mais repos obligatoire d’une semaine, je repasserais d’ici là pour vérifier que tout est en ordre. Bonne soirée Messires et prenez bien soin d’elle surtout… elle va en avoir besoin.

Sur ce, il prit congé en saluant les deux hommes.

Eh bien pour une surprise… tout tombait à l’eau encore une fois.

Cassidy à l’intérieur laissait aller ses larmes… elle se sentait triste. Malgré ses efforts il fallait que cela lui tombe dessus alors qu’elle fixait tristement le plafond.

Erwan faisait un pas pour rentrer dans la chambre mais c’était sans compter Tristan qui avait aussi son mot à dire…


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Progression ou régression ?   Dim 20 Avr - 21:13

Tristan se tenait en appui, son bras gauche appuyé contre le mur du couloir alors qu’il était ostensiblement tourné vers la porte close. Il ne disait rien, pas un mot, pas un son. Parfaitement immobile, c’est à peine s’il semblait respirer, les bras croisés sur son large torse. La tête légèrement baissée vers le sol, son regard orangé disparaissait sous les mèches flamboyantes de ses cheveux qui poussaient décidément trop vite. A côté du calme félin du Drakkari, l’agitation de l’humain à ses côtés n’en paraissait que plus fébrile. Erwan, en effet, au contraire ne semblait pas tenir en place, faisant des allers et venus très courts puisqu’il ne s’éloignait jamais de plus de quelques pas de cette porte fermée, cette porte qui les empêchait de savoir ce qu’il en était.
Oui, il était nerveux et semblait presque agacé de la froideur de son « compagnon d’attente », tournant de temps à autres la tête vers lui, comme s’il se demandait ce qu’il pouvait bien faire à rester… aussi calme alors que derrière cette fichue porte, le destin de la femme qu’ils aimaient tous deux était incertain.
Mais le calme apparent n’était qu’une façade. Enfin non, Tristan était calme… Et c’était d’autant plus inquiétant ! Le calme était le cas extrême de ses émotions, d’autant plus ces derniers temps… Avec tout ce qui s’était passé. Elle avait bien eu l’occasion de le voir après tout. Même si ce n’était pas forcément une bonne chose. Cassidy…

Malgré sa quasi immobilité une légère crispation agita le corps du Drakkari alors qu’il serrait les dents en s’exonérant au calme. Calme… Rester calme. Il avait failli craquer. Ce n’était guère passé loin !


Il était raide comme la justice, chaque muscle de son corps tendu alors qu’il posait un regard vide sur la silhouette mince tandis que le guérisseur, expert, s’agitait autour de la demoiselle. Pâle, si pâle, il ne remarquait même pas son propre tremblement et n’était pas capable d’aligner deux pensées cohérentes, encore moins capable d’expliquer par quel instinct il avait pu agir calmement et si bien juste avant… pour la ramener ici, sans aggraver son état. Il n’avait pas besoin de la toucher pour savoir que sa peau était froide, pas comme celle d’une morte, mais pas bien loin non plus. Il n’avait pas besoin de la regarder pour remarquer qu’elle ne tressaillait pas comme elle l’aurait dû aux légères manipulations du guérisseur, alors qu’elle était encore inconsciente.

Quand elle avait ouvert les yeux, il s’était raidi davantage et ne s’était même pas aperçu qu’il retenait sa respiration. Elle avait prononcé son surnom, d’une voix pâteuse, faible, écorchée, comme si elle avait hurlé. Il se redressa immédiatement et s’approcha. N’importe quel humain aurait été bruyant dans ce déplacement, se serait trahi par bien des sons, de pas, de respirations. Mais pas lui, plus lui… Tout ça était en train de prendre fin, ce combat qui avait commencé il y a bien des années. C’est d’un pas pourtant rapide mais feutré qu’il s’était avancé, l’éclat rouge de ses cheveux parvenant à la demoiselle. Il avait pâli un peu plus en la voyant blêmir rien qu’à essayer de tourner la tête. Elle avait une mine… affreuse et même si elle tenait le choc, la douleur dans ses yeux ne pouvait mentir, elle.

Le guérisseur se plaça entre eux, prenant le pouls de la jeune femme. Il n’avait pas dit un mot dans ce sens au jeune homme pour lui demander de s’écarter ou quoi que ce soit, pourtant, même si ses yeux étaient obstinément fixés sur sa bien-aimé, Tristan s’était écarté d’un pas, léger, rapide, sans la moindre hésitation, sans la moindre surprise. Il se tenait à l’écart, semblant attendre la permission d’approcher, serrant les poings pour cacher le tremblement qui agitait ses mains.
Elle cherchait des réponses sur son visage. Il tenta d’esquisser un sourire rassurant, même s’il n’avait pas envie et que ce simple mensonge par omission lui retournait l’estomac. Soudain, la porte s’était ouverte.
Tristan avait fait un demi-tour impeccable et s’était déplacé avec l’expérience et l’assurance acquises ces derniers jours à force d’entrainement et de persévérance, croyant à un danger. Ce n’était qu’Erwan, inquiet, terrorisé apparemment.
Le Drakkari ne dit pas mot, se contentant de se redresser lentement, serrant les dents et se retournant vers la jeune femme, une lueur d’inquiétude dans les yeux. Apparemment, il se désintéressait totalement de l’archer, mieux, il l’ignorait, bien plus insultant somme toute qu’une jalousie adolescente !

Mais l’archer avait eu le malheur d’être honnête, de parler… A propos de la jument. Cassidy avait pris un autre cheval sous les conseils de cet homme et… elle avait eu un accident. Tout sembla se passer au ralenti. La tension violente dans les muscles du grand Drakkari alors que ses yeux s’agrandissaient d’horreur… et de fureur ! La haine…
Quand au juste avait-il commencé à devenir aussi habile, aussi fluide dans ses gestes ? Il avait toujours été après tout, le grand gaillard frappant fort et encaissant sans mal, certainement pas l’agile esquiveur, l’agile bretteur ! Pourtant tout dans ses gestes respirait la simplicité et le naturel. En deux pas, il était venu s’approcher d’Erwan et avec un élan certain, l’attrapant par le col de sa tunique de ses deux mains en le soulevant du sol, menaçant !

Erwan n’était pas aussi grand que lui certes, mais il était déjà bien plus grand que Cassidy. Se rendait-il compte à cet instant de la différence impressionnante de taille entre la mage et le guerrier, alors que sa grosse demi-tête de différence avec Tristan était comblée par le brusque soulèvement de celui-ci qui mettait leurs visages à la même hauteur, menaçant l’autre en lui soufflant littéralement à la figure, plein de hargne et d’une colère explosive. D’ailleurs, il hurlait.

- Toi ?!!! C’est toi qui lui as fait ça ?!!!!!


D’accord, ce n’était pas vraiment une question… Mais ce n’était pas non plus une accusation sans fondement, sans raison. Et si Erwan était trop occupé à se défendre et à loucher sur le visage furieux beaucoup trop près du sien, le guérisseur qui les calma immédiatement, remarqua tout de suite le tremblement qui agitait le Drakkari. Il était furieux, inquiet, fou de rage même et il avait besoin de le passer sur quelqu’un. Toute cette tension était mauvaise pour lui mais s’il cédait maintenant personne ne les arrêterait et le gamin en face, bien que costaud, n’avait pas du tout l’air capable de rivaliser en force brute avec le grand gaillard aveuglé par la colère !
Pourtant, Erwan n’avait pas semblé inquiet, voire intimidé, au contraire, il répondait presque par la même colère, furieux qu’on puisse le soupçonner sans doute, de vouloir du mal à celle qu’il aimait tant… Et surtout que ce soit ce grand abruti maladroit qui l’accuse !

Le guérisseur avait agi vite, les agrippant chacun par le col de la chemise en les étranglant à moitié avant de les pousser dehors sans ménagement. Pourtant s’il semblait dire qu’ils pouvaient bien se battre en dehors de ces murs, ses yeux pleins de menaces voilées disaient le contraire. Non, ils feraient mieux de se tenir à carreaux… histoire de le laisser travailler comme il se doit !!!
Et voilà comment ils s’en étaient retrouvés là…

Tristan serra lentement les poings contre son torse, les paupières closes, essayant d’occulter les pas nerveux de son collège stressé pour se focaliser sur ceux à l’intérieur de la pièce. Oui, il avait bien failli frapper aveuglément. Il était si furieux… Si furieux de ce qui s’était passé. Pourquoi ?! Pourquoi avait-il fallu que ce soit elle ? Pourquoi alors qu’il n’était pas là ?! Si seulement il avait été avec elle, jusqu’à la dernière seconde, il aurait pu lui éviter le plus gros de la chute. Mais non, au lieu de ça… Ses muscles se détendirent lentement, ses épaules se décrispant. Erwan dut remarquer le changement parce qu’il se tourna vers lui. Comment aurait-il pu se douter que c’était parce que le Drakkari savait que la porte allait s’ouvrir et qu’ils allaient enfin savoir ? Il n’eut rien à dire, le guérisseur sortait et semblait surpris de les trouver calme et pas en train de s’arracher la tête… ou l’un des deux morts et l’autre pleins de coquards… bon peut-être pas mort quand même…

Il donna son diagnostic tandis que les deux hommes se mettaient de manière assez synchrone en face du guérisseur, droits comme des « i ». Ce n’était pas le plus agréable des diagnostics mais certainement pas le plus noir non plus. Il n’était pas question de paralysie, il n’était pas question de perte quelconque. Il est vrai que la magie et les soins associés sauvaient beaucoup aujourd’hui. Tristan se détendit légèrement, décodant les non-dits pourtant rapidement. Dos en miettes signifiait attelles, corsets et autre pour la maintenir droite afin que ses os se ressoudent parfaitement. Dos en miette signifiait aussi paralysie temporaire… Os broyés signifiait douleur… incommensurable alors même qu’elle aurait dû être morte déjà ou incurable avec la médecine terrienne. Il parla du bébé… Encore ça… Encore ce… cette chose qui la mettait en danger. A cause de lui ! Parce que c’était bien sa faute si elle était enceinte actuellement, elle ne l’avait pas eu toute seule ce bébé !!!! Il se contenta d’un hochement de tête pour les recommandations et d’un remerciement d’une voix plus grave que d’ordinaire. Déjà, le guérisseur s’éloignait, laissant les deux hommes seuls face à cette porte entrouverte dans laquelle on apercevait une petite demoiselle fragile et qui semblait bien éprouvée…
Erwan fit un pas pour aller voir la jeune femme, sans doute inquiet et pleins de remords. C’était sans compter sur Tristan. Vu son état, la demoiselle ne pouvait pas vraiment les voir, tourner la tête devant être douloureux avec sa nuque raidie par la torsion des muscles et le traumatisme subi par son corps. Mais elle dut bien entendre le choc. D’un poing qui s’abattait violemment… dans un craquement sourd sur du bois.
Le poing du Drakkari venait de frôler le visage de l’archer, se logeant juste devant lui, à quelques millimètres à peine de son nez, lui coupant le passage. Les muscles tendus de ses bras faisaient courir les filaments violets de ses veines de ses phalanges douloureusement endolories à son biceps disparaissant sous la manche de sa tunique. Il lui avait ainsi coupé net la route, menaçant, plus que jamais. Pourtant il ne le regardait pas, une fois de plus, parlant de la même voix basse, presque sans émotion.

- Dix minutes… Je te laisse… Dix minutes seul avec elle. Après ça… Tu sors. Sans rechigner.

Rien de plus, il enlevait déjà son poing, se détournant de lui, sans même attendre de réponse. En même temps, en connaissant la jalousie du grand « rouquin » il fallait y voir un effort considérable car il aurait très bien pu également refuser de les laisser seuls ensemble. Or, il lui donnait un instant… seul à seule et s’éloignait même. Pas de réelle menace. Erwan ne se fit probablement pas prier mais ça le jeune homme n’en savait rien, ne se retournant pas, s’éloignant vers les salles de bains dans lesquelles il entra du même pas, refermant la porte. La mine sombre, ses yeux disparaissaient toujours sous sa frange désordonnée trop longue. Mais alors qu’il s’appuyait contre le mur, il s’assit lentement au bas de celui-ci, porta la main à son visage et y planta fermement ses crocs, serrant jusqu’à ce qu’un mince filet de sang coule le long de son poignet, étouffant son hurlement sourd. Larmes de douleur qui coulaient sur ses joues… Mais quelle douleur ? Celle de ne pas être arrivé assez vite ? celle de la savoir si mal ? Celle de savoir qu’on ne pouvait pas facilement la soigner à cause de sa descendance qui colonisait le corps de sa chère et tendre ? Celle d’avoir senti ses larmes alors que le guérisseur sortait, d’avoir compris qu’elles lui étaient adressées… qu’elle ne pouvait pas le voir, pas tout de suite sans pleurer, sans… craquer ? Celle de comprendre qu’elle avait besoin d’un ami en premier ordre avant d’avoir besoin de son compagnon cette fois ? Tout cela parce qu’elle pensait probablement bêtement l’avoir déçu ? Celle… d’être incapable, là, alors qu’il avait eu si peur, si mal pour elle, d’improviser une de ses imprévisibles répliques qui la surprenaient si bien et la faisaient si facilement sourire ?… Ou était-ce… tout le reste ?

Seul, loin d’elle, il pouvait se laisser aller…
Lui aussi pleurait, bien plus facilement qu’elle ne le croyait, bien plus facilement qu’elle n’en avait conscience. Ces derniers jours avaient été une suite de difficultés, de douleurs, de torture… Tristan ferma les yeux, ses larmes les lui brûlaient, accentuant l’or entourant son iris, se remémorant. Tout avait commencé à basculer avec Maud…
Cassidy pensait avoir eu la dernière conversation avec la jeune dame, mais c’était bien lui qui était venu la voir, très tard, alors que la jolie mage dormait profondément, juste avant leur départ. Elle semblait l’attendre. Ils avaient bu un verre, elle un jus de fruits, lui touillant inlassablement dans un café sans sucre qu’il n’avait jamais bu au final. Il ne disait rien, semblant curieusement intimidé et elle avait attendu patiemment.

- Et si tu me disais ce qui t’amène Tris, qu’on puisse aller se coucher ?
- Je… Je… enfin c’est… hum… c’est un peu… gênant.
- A propos de Cassy ?
- Hum… oui…
- Et ?
- Bah… Euh… c’est… à propos de… enfin tu vois ! Tous les deux… quand on… Je veux savoir si avec le bébé… je risque pas de… enfin de lui faire mal quoi… D’une… d’une façon ou d’une autre. C’est juste que… Enfin je sais que c’est bête mais… Si le bébé ne veut pas trop que je l’approche, est-ce que si on… tous les deux… il ne risque pas de le lui faire payer en la blessant… ou je sais pas trop quoi ?
- …
- Euh… je… hum…
- Tu parles de vos relations sexuelles là ?
- Ah ! Euh…

Le jeune homme s’était brusquement mis à rougir sous le regard surpris de sa vieille amie qui avait froncé les sourcils alors qu’il détournait pudiquement la tête, gêné, acquiesçant vaguement.

- Enfin… tu … en sais plus que nous là dessus alors…
- Tris ?
- O… Oui ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Hein ? Euh… bah… euh… pour… pour pas lui faire de mal… C’est… c’est juste pour…
- Tu ne lui ferais jamais consciemment du mal et tu le sais très bien, surtout dans ce domaine, tu es beaucoup trop…
- …
- Attends ! Tu rougis encore ?! Tris ?! Mais qu’est ce que… ?!
- Bah… c’est juste… c’est juste qu’avec elle… je… je… au début j’arrive à réfléchir un peu, je fais attention et tout… mais… mais j’oublie vite et… enfin c’est… je perds un peu les pédales avec elle, c’est pas toujours très clair.

Il était encore plus rouge qu’un instant plus tôt et évitait tout contact visuel avec Maud qui écarquillait les yeux de surprise. Elle vint vers lui, lui attrapa le visage entre ses mains et l’observa, le forçant à la regarder alors qu’il semblait encore plus gêné. Tout à coup elle fit un immense sourire, un air de petite fille espiègle au visage.

- Noooooooooooooon !!!! C’est si bien que ça ??????

Tristan avait écarquillé les yeux, ayant retrouvé ses couleurs naturelles, il passa d’une teinte bronzée terriblement sexy en… une couleur très approximativement proche de ses cheveux en même pas une seconde, essayant de se faire tout petit, affreusement gêné et penaud alors qu’elle insistait pour qu’il réponde. Il grimaça, s’échappant de sa prise, se détournant en prenant une mine grave, torturée, reprenant ses couleurs.

- Non… Bien mieux encore.

Maud semblait aux anges, ravie, trépignant d’impatience et de joie, s’étant levée et sautillant sur place sous la moue mi-agacée, mi-gênée de son pour le coup fort timide ami.

- Olalala ! Quand elle saura ça elle…
- Elle rien du tout !!!! Maud ! Je suis venu t’en parler ! A toi, juste à toi ! Cassy ne doit pas savoir !
- Hein ? Mais pourquoi ? Elle serait contente de savoir l’effet qu’elle te fait tu sais ?!

Tristan avait grimacé douloureusement.

- Non justement ! Tu imagines si elle en prend conscience… Elle voudra tout faire pour que je ne me pose pas de question, que je n’y pense pas et ça lui ferait prendre des risques justement ! Et puis… tu l’as bien compris… Si déjà en étant naturelle, juste elle, elle… enfin, elle m’attire… Si jamais elle commence à forcer les choses… ça… ça sera intenable pour moi et à l’Académie ce n’est pas comme ici… On ne pourra pas faire n’importe quoi !

Ils avaient continué de discuter un moment alors que le jeune homme insistait pour qu’elle ne dise rien. Elle avait promis mais lui avait effectivement recommandé la prudence. Si effectivement, il était capable, si facilement de perdre les pédales avec elle, le temps de s’y faire, il devrait être prudent afin de ne pas la blesser ou de provoquer une réaction du bébé se sentant « attaqué » pendant leurs jeux amoureux. Après tout, le simple fait de la tenir dans ses bras avait bel et bien commencé à faire réagir le bébé non ? Qu’en serait-il pendant une partie de… gymkhana ? Le jeune homme se fichait bien de souffrir d’une manière ou d’une autre mais Cassidy ne devait souffrir d’aucun préjudice.

Ce qu'il ne savait pas néanmoins... C'est que Maud...inquiète et miss "je fourre mon nez partout",n'ayant pas de nouvelles du petit couple... n'allait pas tarder à envoyer une lettre pleine de ces récentes révélations à son amie. Après tout... Elle avait bien le droit de savoir, non ? Et un rapport complet de cette conversation était encore la meilleure des options !!! Une certaine lettre... qu'elle risquait fort de recevoir... durant sa convalescence.

Il ferma les yeux, se remémorant douloureusement la suite des évènements. Il avait bien essayé de porter un deuxième bracelet mais c’était presque intenable les premiers jours tant ça lui engourdissait le bras et lui faisait mal. Aujourd’hui il était davantage habitué certes… mais l’effet ne lui semblait plus que très lointain. Après tout, il était un dragon aujourd’hui, d’autant plus résistant… d’autant plus à même de se dépasser non ?

Que dire de Cassidy ? Elle était si belle… si désirable. Il ne pouvait pas se cacher son attirance pour la jeune femme. Il peinait à ne pas céder à la moindre de ses pulsions, même celle de l’enlacer trop longuement, trop tendrement l’effrayait, il craignait bien trop de dériver. Et puis elle avait des hormones explosives aussi. Elle semblait totalement… imprévisible, bien plus que lui. Parfois elle lui criait dessus, sans raison, l’instant d’après, elle ne se souvenait même plus de la raison de sa colère et lui faisait un câlin, ravie de le voir ou ayant tout oublié de leur dispute… C’était assez surprenant… et effrayant. Et quand elle l’embrassait… Il avait l’impression de mieux ressentir ses émotions, sa détresse, ses inquiétudes. Bien sûr qu’il voulait la rassurer ! Il y arrivait un peu. Mais ce n’était pas une raison pour se laisser aller, pour risquer de… enfin… de la mettre à mal.

Retrouver l’Académie avait été beaucoup plus difficile qu’il ne l’aurait cru. Aujourd’hui, il était tellement différent par rapport à l’instant où il avait quitté ces murs. Tout avait changé. Sa perception de la magie était efficace certes mais ses instincts plus affûtés, plus libres étaient également d’autant plus fort. Sa soif de liberté n’avait rien d’anormal et n’avait pas à être entravée ici. Pourtant, dès qu’ils avaient passé la barrière magique, Tristan avait ressenti un légère pression comme si au fond, entre ces murs, il ne serait jamais libre, comme si au final, il était coupé du monde extérieur ici, même si ce n’était pas vrai. C’était une insidieuse sensation, désagréable. Il n’en avait pas fait part à sa compagne. L’accueil des lutines haineuses n’avait pas aidé non plus même s’il comprenait très bien leur colère. Pourtant, elles savaient leur maitresse assez intelligente pour ne pas ramener ici un homme qu’elle jugeait dangereux, capable de lui faire du mal. Quoique… L’amour rendait bêtes et aveugles les plus brillants esprits alors rien n’était sûr.
En tous les cas, elles exprimaient clairement leur colère pour toutes les souffrances que le vilain Drakkari avait fait endurer à leur amie. Elles avaient bien raison, pourtant, ça lui faisait mal, plus qu’il ne l’aurait cru.

Les jours suivants, il avait bien prouvé à quel point il était… plus instinctif qu’avant. Outre le fait qu’il était revenu en trombe auprès de sa compagne, il y avait son immense colère et sa jalousie vis-à-vis d’Erwan qu’il refusait de laisser trop proche de Cassidy. D’ailleurs même elle finit par le prendre mal, lui faisant la morale, sans grande autorité, sans méchanceté certes mais… c’était douloureux quand même. Ne pouvait-elle donc pas comprendre ses sentiments ? Ce n’était pas que de la jalousie. Cet homme… Cette homme avait été le compagnon de SA fiancée ! Il avait eu droit à ses sourires pleins de vie et de douceur, même si ça n’avait pas été réellement le cas vu le gouffre dans lequel elle était tombée. Il avait eu droit de l’embrasser, de la câliner autant qu’il le souhaitait, de coucher avec elle ! Si en plus le Drakkari avait su à quel point la demoiselle s’appliquait à la tâche, nul doute que ce serait lui, aujourd’hui, qui ruminerait de sombres pensées dans un coin en montrant les crocs à qui prendrait le risque de l’approcher.
Il détestait les voir ensemble. Il détestait les voir proches ! Il avait peur, il était terrorisé… Ici, il ne se sentait pas bien, pas libre, ni de vivre, ni d’être lui-même mais ça encore, ce n’était que secondaire tant qu’ils étaient ensemble et qu’elle allait bien. Elle était un peu en déni de son côté, semblant croire que le bébé avait cessé de repousser son compagnon, que ça suffirait. Ce n’était que le début, ça ne suffirait jamais et lui le savait bien, le sentait bien. C’est aussi pour cette raison qu’il avait peur. Jusqu’à quel point ce fichu foetus pouvait-il agir sur la demoiselle ? Jusqu’à quel point pouvait-il réussir à les séparer ?

Il avait peur… Et il ne savait pas comment lui dire. C’est vrai qu’elle semblait déçue quand il s’énervait, faisait preuve de jalousie et il regrettait aussitôt son attitude sans savoir non plus comment la changer au juste. Mais que dire ? Il était un homme après tout ! Elle ne pouvait pas lui demander d’agir avec le recul, l’attitude mâture et désinvolte de quelqu’un qui n’en aurait rien à faire, d’un adulte expérimenté. Il n’était qu’un gamin… Elle l’oubliait bien vite. Si on calquait leur âge sur leur durée de vie… au final n’était-il pas considérablement plus jeune qu’elle ? 26 ans… quand on en vit 300… Qu’est ce que c’est ? Elle en était à un quart de sa vie… lui… un douzième ! Bon, ce n’était pas vraiment comparable. Déjà, un Drakkari n’arrivait que bien rarement à cet âge puisque bagarreurs comme ils étaient… ça ne finissait pas toujours très bien. Ensuite ils grandissaient à la même vitesse que les humains et avaient donc à peu près leur maturité au même âge pour les plus raisonnables, même si ça restait rare. Mais ils vivaient plus longtemps…Tellement plus longtemps. D’ailleurs, le jeune homme chassait toujours cette pensée de son esprit, refusant d’y songer maintenant, il ne pouvait pas, il n’en avait pas la force, sa décision était prise depuis bien longtemps de toute manière.
Alors oui… Ils avaient le même âge au final tous les deux. Et il pouvait être très fort, très mature sur bien des choses. Mais certainement pas quand ça la concernait… Non, quand ça touchait à la petite mage, rien n’était simple, rien n’était facile. Il se sentait l’ivresse du premier amour… Sans doute parce qu’elle était son premier amour justement… Et qu’il refusait de voir cela cesser.

Bref… Il la décevait. Souvent ces derniers jours. Il l’avait vu et senti et puis la petite lutine bleue n’arrangeait rien en l’épiant constamment. Ca, ça l’énervait carrément mais bon, il n’y pouvait rien après tout.
Il fit entendre un léger bruit sourd en redressant la tête, l’appuyant avec trop d’énergie contre le mur froid de la salle de bains, heureusement inoccupée à l’heure actuelle. Il ne voulait voir personne. Baissant les yeux vers ses mains, il en observa le tremblement qui les agitait encore, se sentant inutile et pitoyable, un rictus de mépris pour sa propre personne aux lèvres. Même voler… n’avait plus de sens ici. C’était leur truc… Leur petit truc rien qu’à eux, qui était censé les aider, les faire aller bien, aller mieux quand ils seraient stressés. Sa surprise pour voler avec elle était tellement tombée à l’eau qu’il s’était juré de ne plus JAMAIS la tenter, peu importe la raison, peu importe le contexte, le lieu… Plus jamais il n’essaierait de la surprendre en l’amenant voler. Colérique et rancunier ? Peut-être un peu oui. L’attitude de la jeune femme ne l’avait pas plus blessé que ça pourtant. Mais quelque chose s’était cassé, quelque chose qui lui semblait pourtant solide. Il ne savait pas trop quoi. Il sentait qu’elle le jugeait sur ses actes, même sans faire exprès, même involontairement. Il le sentait. Il ne savait pas comment, mais il le sentait. Dans ses regards, dans sa respiration. Il grogna tout seul en pressant de sa main intacte les profondes morsures laissées par ses dents sur son autre main.
Quelque chose s’installait… Quelque chose de froid et de dur… Elle lui manquait tellement. Leurs contacts, tous ceux qui n’avaient pas besoin d’être prudents, réfléchis, tout ce naturel lui manquait temps. Mais ce naturel n’était pas bon…
Il l’avait chassé, après tout, c’est ce qu’elle voulait, même sans le lui dire, même sans s’en rendre compte.

Les Cheistams l’avait contacté pour commencer à le former, ça avait été une libération. Ca occupait son esprit et son corps même si ça avait été très dur au début.. Un long début. Oh il n’aimait pas plus que ça être loin d’elle mais il pouvait penser à autre chose, arrêter de se faire du mal à penser à eux, à ce qu’elle attendait de lui et à toutes les déceptions au final qu’il lui apportait.
Il s’investissait beaucoup dans son rôle de professeur mais celui de Cheistams semblait lui tenir aujourd’hui particulièrement à coeur. Il ne lui racontait jamais ce qu’il faisait, ni combien de temps, ni comment ça se passait, apparemment il n’en avait pas le droit. Juste quelques informations comme ça, histoire de la rassurer mais rien de bien précis. En tous les cas il s’était bien gardé de lui dire que ses compagnons d’entrainement le maltraitaient. Ce n’était pas qu’un rite de passage, ils y allaient sévèrement, vraiment sévèrement ! Et ils connaissaient le principe. Ne jamais frapper au visage, ne pas laisser de marque visible… pas directement visible du moins.
Jamais il ne s’était défendu. Ni quand on l’avait insulté, ni quand on l’avait frappé, ni pour les embuscades, ni pour les entrainements truqués. Il encaissait sans broncher, trouvant un certain apaisement dans cette punition, comme si ça le lavait un peu de tous ses pêchés et de toutes les déceptions qu’il apportait à celle qu’il aimait tant.

Il était parti deux jours une fois. Comme souvent depuis un moment, il ne montrait pas vraiment d’émotions plus… significatives que cela même s’il était toujours gentil, doux et prévenant. Impossible pour lui de savoir que son départ impactait tant la jolie jeune femme. Mais il n’était pas en reste de son côté et il s’était senti malheureux et seul le soir, allongé près du feu de camp, fixant les étoiles qu’il aurait voulu contempler avec elle… Sans savoir qu’à des kilomètres de là, la demoiselle faisait de même, certes, perchée sur un rebord de fenêtre plutôt qu’allongée dans l’herbe, mais le principe était le même.

Ce n’était qu’un entrainement de routine, un peu plus long…
Il s’était dépêché de rentrer. Pourtant, comme ça avait été dur de trouver sa jolie compagne dans les bras d’un autre. Au sens littéral du terme ! Décidément ces deux là étaient bien maladroits.
Depuis plusieurs jours justement, le jeune homme s’entrainait à ne pas devenir à moitié fou quand Erwan était dans le coin… Parce qu’il voyait bien à quel point il peinait la belle jeune femme à chaque fois. Pourtant ce n’était vraiment pas simple à vivre ! Là, il avait de quoi s’entrainer, un énorme challenge. Et il sut pourtant dans la seconde qu’il allait le perdre. La colère enflait dans son coeur, la rage, la jalousie, un profond égoïsme aussi qui le dégoûtait de lui-même. Non ! C’était SA mage, la sienne, à lui tout seul !!!! Pourquoi brusquement son regard s’était-il perdu dans le vague ? Pourquoi s’était-il remémoré toutes ces images de ce jeune couple devant lui, se trouvant, s’enlaçant, s’aimant ? Impossible de le savoir mais ça le calma aussi sec, le plongeant dans une si profonde détresse qu’il en demeura totalement immobile, incapable de réagir. Ca faisait tellement mal…

Cassidy l’avait vu, l’avait rejoint pourtant et c’était bien grâce à elle, une fois de plus, qu’il était sorti de sa torpeur, la fixant incrédule pendant quelques secondes alors qu’elle lui parlait, un peu inquiète, apparemment… un peu honteuse aussi. Pourtant elle n’avait pas à avoir honte, ce n’était pas de sa faute. Il lui avait donné les fleurs, maladroit, presque robotique dans ses gestes, lointain. Bien sûr elle avait voulu parler mais il ne lui en avait pas laissé le temps. Poussant sa confiance de la jeune femme à l’extrême, il lui avait même dit de s’occuper d’accompagner Erwan, mais il avait raison, c’était un peu son rôle aussi. Pourtant, ces paroles lui coûtaient. Mais il devait lui faire confiance. La confiance était tout… Et il savait lui avoir manqué de respect en donnant l’impression, bien des fois encore peu avant, de ne pas lui faire confiance. Oui, il avait confiance en elle, bien plus qu’elle ne l’imaginait en fait. Alors oui, il avait juste prononcé ces quelques paroles, avant de l’embrasser et de s’éloigner, frustrant mais adorable au final.

Si seulement il avait su ce qui s’était passé ensuite ! Si seulement il avait su pour ce rêve érotique… Pauvre petite demoiselle, il l’aurait probablement beaucoup charriée avec cette histoire mais il l’aurait aussi… adorée, trouvant cela rassurant et flatteur et ravi de voir que finalement… il n'était pas le seul !!!! Même s’il s’y était fait depuis le temps ! Alala… pauvre petite demoiselle, elle devait être sacrément gênée de se retrouver si vite devant un interlocuteur un peu curieux alors même qu’elle n’avait pas fini de se remettre les idées en place.

Elle vint le retrouver alors qu’il était dans son bain. Le jeune homme avait fait ce qu’il avait prétendu. Il était bel et bien rentré, serrant les dents en s’efforçant de penser que tout irait bien et de changer toutes les idées malsaines qui lui venaient en tête. Puis il avait mis les fleurs dans un vase, l’avait disposé sur la table basse dans leur chambre avant de partir assurer son cours. Quand enfin il avait fini celui-ci, il se sentait las, fatigué, sans doute parce qu’il n’avait pas arrêté de penser qu’il était idiot d’avoir insisté pour que sa compagne accompagne l’archer. Et puis quoi encore ?!!!! Dans son bain, il essayait de se détendre, faisant vaguement des bulles, tout seul, pensif, l’air soucieux. L’eau était si chaude qu’elle rougissait sa peau mais il ne semblait pas s’en rendre compte. Il avait fermé les yeux, songé à elle et les avait tout de suite rouvert en grognant. Non, penser à elle… ce n’était pas la meilleure des idées, surtout pas en ce moment…
Il s’était à moitié assoupis et elle était entrée. Ca l’avait réveillé et il était sorti rapidement, l’ayant vu esquisser un geste, comme si elle comptait se déshabiller. Ah non non non non !!!! Déjà qu’il avait du mal en temps normal alors ici, avec toute cette eau chaude, les parfums entêtants des sels de bains !… Mauvais plan !!!! Il avait besoin d’un environnement plus calme, plus serein… et si vraiment… enfin… Ils avaient besoin de discuter sans doute tous les deux, et pas qu’un peu. Mais une lutine vint les avertir de la présence d’un Cheistam qui s’avérait être une femme… éclaircissant quelques points avec Cassidy. Belle, jeune, elle ne semblait pourtant pas outrancière, restant à sa place et ne tentant pas d’approche sournoise. D’ailleurs, même si elle tutoyait Tristan, elle ne lui faisait pas de rentre-dedans en présence de Cassidy en tous les cas. Elle repartit, les laissant seul alors que le jeune homme semblait vouloir éviter la discussion en allant… manger. Mais Cassidy manquait d’appétit à cause de tout ceci et si lui mangeait de bon coeur, il s’en aperçut bien vite, posant discrètement sa main droite sur celle, gauche, de la petite demoiselle alors qu’elle chipotait de son autre main, la nourriture dans son assiette. Il la pressa doucement, même sans la regarder, peut-être juste pour lui dire qu’il était là. Ca marchait au moins un peu.

A peine avaient-ils rejoints leur chambre que Kymmie apparut pour s’excuser, au moins un peu. Tristan aurait eu tout loisir de se montrer un brin prétentieux, voire complaisant, l’air de dire qu’il avait raison au final, qu’on l’accusait à tort, mais c’est à peine s’il lança un regard à la petite lutine, se contentant d’un haussement d’épaules désinvolte et de parler à mi-voix d’un ton neutre comme s’il parlait de la pluie et du beau temps.

- Ce n’est rien.

Rien de plus. Apparemment ça lui suffisait. Il ne vit pas le regard surpris que lui lançait la petite lutine ou ne le montra pas, occupé à tripoter les livres sur une étagère, tournant le dos à sa chère et tendre. Il entendit un léger son étouffé alors que la demoiselle s’avachissait sur le lit, le regardant d’une drôle de façon. Il détourna aussitôt les yeux, l’air de rien, les fermant en serrant le poing en réalité. Hum… Se concentrer sur les livres était une bien meilleure idée ! Sauf qu’elle le rejoignit, lui parlant. Elle lui parlait de ce qui avait été révélé un peu plus tôt, chevalier oui… Elle parlait de Kymmie, même haussement d’épaules alors qu’il ne retournait pas les yeux vers elle. Elle lui dit qu’elle était fière de lui… Il tressaillit, écarquillant légèrement les yeux, plissant légèrement les lèvres, touché. Tournant enfin la tête vers elle, il se contenta d’un sourire franc et léger, remarquant enfin son teint pâle et sa mine fatiguée, fronçant aussitôt les sourcils en se tournant totalement vers elle, inquiet, lui demandant comment elle allait, baissant aussitôt les yeux vers son ventre, inquiet de ce que pouvait lui infliger le bébé. Sauf que brusquement, elle se blottit contre lui alors qu’il accusait le coup, refermant les yeux en essayant… de ne pas trop savourer ce contact adoré. Sauf que ses paroles le forcèrent à la regarder, à baisser les yeux sur cette adorable bouille levée vers lui, timide. Elle le regardait, oui, ses grands yeux noisette plein d’une petite détresse alors qu’elle avouait qu’il lui avait manqué, la raison de sa fatigue. Et elle le désarma totalement. Il se crispa légèrement, la fixant avec un air figé avant de détourner les yeux, les joues en feu, une de ses larges mains venant se glisser dans le dos de la demoiselle, l’autre délicate, caressant ses cheveux, l’appuyant un peu plus contre lui alors que c’est d’un ton très maladroit et haché qu’il marmonnait quelques paroles rassurantes. Tristan qui rougissait, gêné et troublé… ça, ce n’était pas vraiment commun !

Elle devait aller déjà bien mieux car très vite, elle se préoccupa de ce qu’il avait pu demander, se faisant… gamine agaçante et des plus espiègles, lui pinçant un bras, le ventre en réitérant ses questions d’une voix de petite fille curieuse. Il rechigna un peu au début mais elle était tellement craquante qu’il finit par s’asseoir sur le lit alors que déjà elle le rejoignait et se lovait contre lui comme un chat. Il rit d’un ton léger en la sentant frotter doucement sa tête contre son torse malgré sa tunique, comme si elle réclamait ses caresses. Il se mit aussitôt à caresser tendrement un de ses bras du bout des doigts, amusé… avant de se lancer, en prenant grand soin de regarder ailleurs.

- J’ai juste demandé que ton travail soit reconnu à sa juste valeur. J’ai demandé aux Cheistams de s’engager davantage pour l’Académie s’ils voulaient vraiment que nous nous engagions pour les aider. Que l’Académie avait aussi besoin de leur aide et de leur soutien. J’ai demandé à ce que te soient alloués plus de moyens, plus de droits aussi, peut-être faire passer une espèce de loi pour que les villages le voulant puisse aider l’Académie puisqu’aujourd’hui ce n’est pas possible en vertu des lois qui régissent notre royaume… Et j’ai aussi demandé à ce que toi, tu sois rémunérée comme tu le mérites. Quitte à ce que tu te consacres au futur de ce monde, que tu sois reconnue en tant que telle également par notre souveraineté. Ce point n’était pas négociable et a été approuvé par tous… surtout très appuyé de la part du Capitaine Valay que tu as vu tout à l’heure.

Il sourit, évitant quand même de la regarder. Eh bien, mine de rien, le jeune homme s’intéressait beaucoup à l’Académie et savait comment elle fonctionnait et quels étaient les points faibles de celle-ci. De là à ce qu’il intervienne de lui-même. Ah il était loin le temps du jeune homme rebelle, prisonnier, furieux, qui détestait être emprisonné entre ces murs. Finalement, elle avait réussi à la lui faire aimer, sa belle Académie, mission accomplie !!!!
Il finit par tourner vers elle, déposant tendrement un baiser sur son front en murmurant tout bas qu’elle n’était pas la seule à bouger un peu ici… Et qu’il voulait le meilleur pour elle. L’impulsif et irréfléchi Tristan avait décidément bien grandi !

Il se redressa finalement pour se changer, prenant son temps comme toujours pour ôter sa tunique, ses muscles devant être douloureux vu la légère gêne qu’il semblait éprouver pour certains mouvements. C’est là qu’elle laissa planer une légère menace vis-à-vis de la capitaine un peu trop familière. S’il sembla surpris, il rit rapidement, lui assurant en s’approchant beaaaucoup trop près de son visage, lui volant un furtif baiser, qu’elle n’avait pas à s’en faire… Qu’il fallait se lever bien tôt pour compter rivaliser avec elle. Ca, ça semblait lui plaire étant donné son demi-sourire fière. Ils étaient épuisés, pourtant, il avait continué de la câliner longtemps, comme pour lui prouver ses paroles. Gentil, comme toujours…

A partir de là, pourtant ça n’avait pas arrêté. Si le matin, ils s’étaient gentiment câlinés, s’en aller plus loin, les jours suivants n’avaient pas été de tout repos. Il y repensait, là, tout seul, dans cette fichue salle de bains, avec ses fichues pensées sombres, ses fichues inquiétudes, ses fichues peurs, ses fichus remords.
Il ne savait rien du pique-nique prévu par la jeune femme. Il ne l’avait vu, que du coin de l’oeil, s’éloigner, l’air furieuse, avec Erwan. Il avait été tenté de les rejoindre, pris d’une furieuse jalousie une fois de plus. Mais il s’était abstenu, difficilement, mais il l’avait fait, s’efforçant à rester calme tandis qu’il poursuivait son cours, troublé et inquiet malgré tout. D’ailleurs, c’est l’un de ses élèves, un grassouillet tire-au-flanc totalement incapable en combat, pourtant une des matières obligatoires en première année qui avait trouvé le panier repas et en avait englouti le contenu pendant une des épreuves sportives, une course d’orientation, plus ou moins… Bref, il s’était mis dans un coin pour manger quoi. Tristan l’avait retrouvé, en train de somnoler tranquillement et l’avait sévèrement réprimandé, lui offrant pour la peine des heures des corvées… Mais le grassouillet n’en semblait pas plus indigné que ça. Sans doute parce que le Drakkari mesurait deux têtes de plus que lui et qu’il semblait franchement mécontent… Bref… ne pas discuter !!!!

Oui… ils étaient très occupés ces derniers temps. Surtout lui. C’était normal, il avait besoin de trouver un certain équilibre. Le camp d’entrainement des Cheistams n’était pas installé bien loin de l’Académie et il n’avait donc pas tant que ça de chemin à faire mais c’est vrai que ça en faisait des éléments… Entre ses entrainements justement, les mises au point pour son adoubement, ses cours, ses différentes sorties en plus avec des groupes d’élèves, régulières pour former les plus motivés… il avait du travail. Pourtant il n’en avait pas tant que ça, mais même lorsqu’il aurait dû avoir du temps libre, le jeune homme demeurait… introuvable. Allez donc savoir où il allait encore se planquer !!! Il avait totalement abandonné la peinture dans leur chambre. Et tout l’épuisait et l’agaçait ces derniers temps. Pourtant, dès qu’il était avec Cassidy, il se faisait doux et gentil, même lorsqu’il sentait, chaque jour, l’odeur lointaine mais bien présente, d’Erwan sur elle.

Et il y avait eu ce matin… Oui le matin de cette même journée. Il avait ouvert les yeux sur le visage radieux de la jeune femme, ses cheveux projetaient des éclairs dorés sur ses joues par le jeu du soleil dedans. Il sourit aussitôt, glissant une main dans son dos, tendre, s’étirant paresseusement, ce qui se traduisait par « étirement très sexy de muscles un peu trop en renforcement ces derniers jours histoire de montrer une plastique superbe digne d’un mannequin, quuuuoiii je ne suis pas super canon ? ». Elle était allongée sur lui et son poids ne le gênait pas du tout, il en profita pour soupirer d’aise, l’observant, les paupières à moitié closes, en souriant tendrement. Elle ne lui avait pas laissé plus de temps que ça de se réveiller, exigeant avec une pointe d’autorité terriblement aguichante qu’il soit présent pour le week end… Et les sous-titres étaient assez flagrants « rien que pour moi » semblaient dire les lèvres muettes de la demoiselle. Surpris, il haussa un sourcil mais ses paroles se perdirent dans sa gorge. Elle s’était levée. Et c’est sans gêne qu’elle se déshabillait devant lui, lui tournant le dos pour enfiler une robe pour la journée. Il déglutit difficilement, plaquant aussitôt le drap sur son entrejambe en étouffant un gémissement d’admiration ! Et c’était repartit…
Heureusement qu’elle sortit vite, lui souriant gentiment en annonçant qu’elle était occupée aujourd’hui. Il se retrouva tout seul, se rallongeant sur son oreiller avant d’éclater de rire, se passant une main sur le visage, amusé, ravi… Comme un adolescent.

C’est amoureux, ravi, plein d’enthousiasme qu’il se leva d’un bon pour se préparer, puis baissant les yeux, conclut que la case douche froide serait nécessaire une fois de plus. Ce ne fut qu’après celle-ci qu’il avait pu se dépêcher de se désister pour le week end, bien décidé à ne se consacrer qu’à la petite mage, bien au-delà de ses espérances… et totalement impatient de la retrouver au plus tôt et d’en profiter avec elle. Oui, elle avait raison. Ca faisait bien trop longtemps qu’ils n’avaient pas juste été tous les deux, ça lui manquait tellement… mais il pensait que c’était à sens unique ça !

La journée avait filé, rapide… C’est tout content qu’il l’attendait dans leur chambre, redisposant nerveusement un bouquet de fleurs sauvages qu’il était allé lui cueillir pendant une pause dans la forêt. Un peu nerveux, surpris et amusé de l’être, Tristan tenta une énième fois de se coiffer. Ses cheveux poussaient à une vitesse folle tout de même ! Oh il parvenait bien à les coiffer… trente secondes. Dès qu’il s’occupait d’un autre côté, clac, le côté à peine coiffé reprenait ses droits. Bah au moins ce n’était pas une masse emmêlée de cheveux, ils étaient juste rebelles, ébouriffés, mais terriblement doux et surtout… ne semblaient justement jamais emmêlés malgré tous les mauvais traitements que le jeune homme leur faisait vivre en les ébouriffant par nervosité. Grognant, il abandonna, observant son reflet qui lui renvoyait l’image d’un sublime jeune homme qui avait minci ces derniers jours, s’asséchant, faisant ressortir le dessin de ses muscles… Mais il restait toujours sacrément imposant. D’ailleurs il fronça les sourcils, il avait l’impression d’avoir pris un ou deux centimètres… Il venait de se décider à allumer des bougies quand une violente douleur lui enserra le coeur, le privant de son souffle en faisant danser trente-six chandelles devant ses yeux. Il trébucha et en tomba au sol, sonné, clignant plusieurs fois des paupières face au cristal autour de son cou qui brillait de mille feux. La peur le fit bondir sur ses jambes. Il ne réfléchit même pas, ne gémissant qu’un mot, qu’un nom… le surnom de sa princesse. Déjà il était dehors mais bien en peine de dire s’il était passé par la porte… ou la fenêtre. Il courait… comme si sa vie en dépendait, des vifs picotements lui brûlant la peau, sa transformation qui menaçait de se faire. Il résista… Il devait courir là, il le savait, entre les arbres… entre les arbres.

Le jeune homme était bien incapable de dire combien de temps il avait mis pour filer, tout droit, jusqu’à sa compagne évanouie… mais lorsqu’il arriva, ses genoux l’élançaient douloureusement et il peinait à respirer. Il blêmit en voyant la petite mage au sol. Il avait probablement croisé son cheval en courant mais ne s’en était même pas aperçu. En même temps… il avait coupé par la forêt, prenant au plus court !

- Cassy !!!!!

Il croyait avoir hurlé son nom… Ce n’était qu’un gémissement étouffé, tremblant, bien plus aigu que d’ordinaire qui lui avait échappé alors qu’il se jetait à genoux à côté d’elle. Déjà, il allait l’attraper, la soulever, la secouer pour lui faire reprendre conscience. Mais là aussi, une chose surprenante se produisit. Il avait à peine effleuré sa peau de ses doigts qu’il se figea dans son geste, l’esprit envahi de pensées, d’images, pas les siennes… celle d’un passé très proche. Sa chute, le craquement. Il se laissa tomber en arrière, choqué, les yeux écarquillés. Non pas parce qui venait de se passer, ça il s’en fichait totalement à l’heure actuelle mais par ce qu’il venait de comprendre. Non… pitié… Il se rapprocha, tremblant de la tête aux pieds, vit sa poitrine se soulever légèrement et cela sembla totalement le calmer.

Comment avait-il alors agi ? Il était tout aussi incapable de le dire. Il se souvenait juste, vaguement d’avoir réagi comme s’il savait exactement quoi faire… Comme si dans son sang, dans son esprit, quelque chose le guidait. il s’était dirigé rapidement vers un certain type d’arbre et en avait arraché l’épaisse écorce. L’arbre en question avait la largeur adéquate pour qu’il glisse, centimètre par centimètre l’écorce au niveau de la nuque, puis du dos de la jeune femme, jusqu’à ses pieds, l’englobant totalement dans cette gangue de bois, cette protection pour éviter qu’une manipulation malheureuse n’aggrave les choses. La bouger en effet à cet instant, sans précaution aurait entrainé des dégâts irréparables. Il le savait… Il le sentait. Même s’il ignorait comment au juste.
C’est avec les mêmes gestes experts et une précaution quasi militaire qu’il l’avait prise contre lui, se redressant, puis avait marché d’un bon pas, dans une cadence si difficile avec l’urgence de la situation. Faire trois pas, s’arrêter, vérifier qu’elle n’avait pas changé le rythme de sa respiration. Trois pas, s’arrêter…
C’était dur de tenir, c’était dur de ne pas courir, d’appeler à l’aide. Mais il devait faire attention…il devait… c’était son devoir ! Il avait promis…
Il était blême lorsqu’il avait franchi les grilles de l’Académie et sa voix tremblait lorsqu’il avait demandé à Kymmie, qui venait d’apparaitre, d’aller chercher un guérisseur. La petite lutine avait-elle vu ses yeux pleins de panique, ses joues encore humide de ses larmes et de la sueur qui glissait de son front tant il était concentré dans ses gestes ? Il n’en savait rien. Il s’en fichait. Le guérisseur avait été là en un temps record alors que le jeune homme attendait dans leur chambre, raide comme la justice, tenant dans ses bras sa compagne toujours immobilisée par l’écorce. Le guérisseur avait semblé surpris, en bien, par cette précaution… Il s’était affairé aussitôt.
La suite… on la connaissait.

Tristan gémit doucement, serrant les dents, essuyant d’un revers rageur de la main, les larmes qui s’étaient remises à couler le long de ses joues simplement parce qu’il se remémorait ce qui s’était passé… Il avait eu si peur pour elle !!!!
Puis lentement, il se releva, s’avança près d’un miroir en fixant son reflet. Plongeant les mains dans l’eau, il s’aspergea généreusement le visage, se tapotant, fortement, les joues, la nuque, s’essuyant sommairement. Son nouveau reflet était totalement maitre de lui-même, plus assuré, plus fort, plus calme. Il devait être fort…
Le Drakkari sortit rapidement de l’Académie… afin d’aller régler une affaire… importante.

Peu après, il était de nouveau devant la porte de leur chambre et entra, sans toquer, sans hésiter. Craignait-il de les trouver en train de s’embrasser ? Quoi qu’il en dise, il ne pouvait pas affirmer que non. Les doutes étaient encore là. Pas vis-à-vis d’elle, ça aurait été trop simple sinon. Erwan qui s’était assis sur une chaise, à côté du lit, releva aussitôt la tête et jeta un coup d’oeil rapide à l’horloge, comme s’il voulait arguer qu’il n’avait pas eu droit à son temps ! Sauf que cela faisait déjà douze minutes qu’il était là.
Comme mû par une promesse informulée, il se releva, salua Cassidy gentiment en lui promettant de revenir la voir et sortit. Tristan se tenait en retrait, il le salua juste d’un léger signe de tête. Il était en train de lire les recommandations du guérisseur, écrites sur un parchemin. Apparemment, grâce aux corsets et attelles, la petite demoiselle ne risquait pas grand chose si on la bougeait. Il y avait des conseils, des demandes… Il les enregistra rapidement alors qu’une petite voix timide l’appelait. Pas vraiment timide, plutôt éprouvée et malheureuse. C’est vrai qu’elle ne pouvait que bien peu bouger et chacun de ses muscles devait la faire affreusement souffrir… Il s’approcha d’elle d’un pas lent. Sauf qu’à peine entrait-il dans son champ de vision que le jeune homme était témoin de la détresse de sa compagne. Ses yeux noisette se remplissaient de nouveau des larmes qu’elle avait probablement effacées devant Erwan, ses lèvres se plissaient en une moue douloureuse, une douleur muette, bien plus grande que celle qui terrassait son corps. Elle ouvrait la bouche, probablement pour demander pardon, ou une autre absurdité de ce genre, mais elle n’en eut pas le temps alors que d’un geste vif, le Drakkari lui mettait avec guère de ménagement un cookie dans la bouche, qui lui cloua aussitôt le bec alors qu’elle louchait aussitôt sur celui-ci surprise. Il poussa un léger grognement, s’asseyant à côté d’elle, le lit craquant légèrement, preuve de la récente prise de muscles du garçon. Il ne la regardait pas, restant de profil, ses cheveux rouges cachant de toute manière une bonne partie de son visage. Pourtant un sourire se dessina justement sur son profil tandis que du même geste rapide que précédemment, il se penchait sur elle, effleurant ses lèvres des siennes pour s’emparer du morceau de cookie qu’elle ne pouvait pas prendre dans sa bouche et donc avaler, se redressant légèrement en mâchonnant pour sa part. Elle semblait toujours surprise et n’avait pas réagi, pas vraiment, mais au moins ses larmes s’étaient asséchées dans ses yeux.

- Mange avant de t’étouffer.

Elle obéit… sans enthousiasme. Il soupira une nouvelle fois avant de, toujours aussi surprenant de vivacité, se glisser à quatre pattes au-dessus d’elle, un air lubrique au visage.
Il ne s’appuyait pas contre elle, ne voulant pas lui faire mal évidemment mais une de ses mains s’était perdue dans ses cheveux et l’autre reposait près de sa tête. Il approcha son visage du sien, jusqu’à la faire rosir malgré elle puis déposa un baiser léger sur ses lèvres, un autre sur son front et très vite sembla lancé dans un jeu tendre, doux, plein de simples effleurement qui consistait à couvrir son visage et son cou de ses baisers. Jeu bref cependant, il arrêtait déjà.

Avoir une si charmante demoiselle à ma totale merci… J’en demandais pas tant…

C’était donc ça… Il essayait juste de dédramatiser. Et même si c’était bizarre, pas vraiment réussi et tout… c’était une belle attention, qui ne fonctionnait pas si mal. Après tout, elle savait que lorsqu’il réagissait ainsi… il allait bien, non. Il la fixa dans les yeux, semblant lire dans son esprit, comme bien trop souvent depuis quelque temps.

- Maintenant ça suffit. Tu arrêtes de penser que tu gâches tout. Tu arrêtes de penser que je suis en colère. Tu arrêtes de penser tout court. Cassy… Tu vas bien, c’est tout ce qui compte pour moi princesse… D’accord ? et puis… Bon… Quitte à avoir un week end de libre, le passer avec toi au lit… ça me va plutôt bien moi.

Bien sûr que ce n’était pas du tout ce qui était prévu et bien sûr que ça n’avait rien de drôle de passer le week end alité mais on pouvait au moins accorder au jeune homme le mérite de sa persévérance et de sa gentillesse… Parce qu’il insistait, ponctuant ses paroles de tendres baisers. Finalement il se glissa à côté d’elle, attrapant un autre cookie du sac qu’il avait rapporté apparemment des cuisines et le glissa devant ses lèvres, arguant qu’il était certain qu’elle n’avait rien mangé de la journée, que ce n’était pas bien et tout… Ne lui laissant pas tant le choix au final, murmurant d’une voix terriblement provocante qu’elle avait plutôt intérêt à être sage si elle ne voulait pas qu’il la punisse. C’était tout lui ça… Un autre aurait pris toutes les précautions du monde pour éviter ce qui pouvait faire penser à la validité actuellement perdue de la demoiselle. Pas lui. Il était franc, naturel, pleins de taquineries et d’attentions parfois perverses. Mais c’était justement lui qu’elle aimait. Pas un autre. Et puis il savait que c’était temporaire. Pourtant, il se redressait déjà et sans lui laisser le temps de protester, avec précaution, la souleva lentement pour se glisser derrière elle, une jambe de chaque côté de la mince silhouette pour qu’elle appuie confortablement contre lui. Il l’enlaça, tendre, câlin, peut-être avec plus de force que nécessaire, sa voix perdant un très bref instant son assurance.

- J’ai eu tellement peur…

C’était vrai en même temps. Heureusement qu’elle ne pouvait pas voir ses yeux plein de peine et d’une inquiétude pas encore totalement maitrisée. Il caressa sa joue, ses bras, semblant vouloir lui montrer que si elle avait perdu sa motricité, pour l’instant, elle ressentait encore les choses…et il le lui prouverait aussi longtemps et souvent que nécessaire.

- Ca va aller princesse, je te le promets… Tout ira bien. Ce n’est qu’une blessure… Ca aurait pu être plus grave. Tu vas t’en sortir… sans perdre tes capacités. C’est juste temporaire. Je sais que c’est dur. Mais je serai là, je t’aiderai… Tes amies lutines aussi bien sûr mais… mais moi d’abord. Je t’aiderai à réapprendre, je t’aiderai… Je te jure que je ferai tout pour que tu oublies si tu as mal, pour que tu t’appuies sur moi quand tu retrouveras tes capacités. Je serai là, quoi qu’il arrive. Je te le jure. Je t’aime ma princesse… Je t’aime tant… Pardon… de ne pas avoir été près de toi pour te rattraper…

Ah… La culpabilité ! Enfin.. Elle était bien présente celle-là. Pourtant il ne pouvait pas constamment être avec elle et il le savait parfaitement. D’ailleurs elle ouvrait la bouche pour répliquer mais il ne lui en laissa pas le temps. Malgré l’inconfortable position que ça lui offrait, Tristan garda silencieuse sa compagne d’un étourdissant et très long baiser… un peu à l’envers mais terriblement troublant, laissant s’attarder ses lèvres sur les siennes puis sur sa joue, son oreille, murmurant encore ses sentiments, caressant toujours tendrement ses bras. On lui avait déjà installé un de ces corsets inconfortables oui… mais au moins sa colonne vertébrale était à l’abri et pouvait se ressouder en paix. Il la câlina encore un bon moment, la rassurant et ils se nourrirent de cookies et de jus de fruits apportés par les lutines discrètes… mais qui semblaient quand même épier leur conversation pour le coup. Puis c’est sans qu’elle le lui demande qu’il glissa ses mains dans sa nuque pour dénouer ses muscles crisper, avec des gestes encore plus tendres et bizarrement encore plus… tentants que d’ordinaires… ou c’était l’abstinence qui faisait ça… à voir.

Oh bien sûr, elle avait sangloté un peu entre ses bras mais il avait bien vite fait sécher ses larmes et avait réussi à condamner et à démonter la moindre phrase prononcée dans laquelle elle se culpabilisait. Le Tristan prince charmant était de retour apparemment… Et il prit grand soin de faire rire et sourire sa compagne longuement. Mais comme elle était à moitié assommée par ses potions, ça ne dura pas très longtemps.
Le lendemain par contre elle semblait plus vaseuse. Il l’avait vite distraite en se déshabillant, d’accord, seulement à moitié, mais c’était quand même une intéressante moitié. Il fut d’autant plus doux et attentif au moindre de ses désirs et caprices et surprit son sourire apaisé quand il caressa longuement son ventre, comme s’il essayait de communiquer avec le bébé. Ils passèrent du temps à lire aussi… lui tenant un épais livre dont il tournait les pages alors qu’elle était appuyée contre lui. Il insista aussi pour leur bain ensemble alors qu’elle semblait bizarrement un peu gênée. Mais bon… Elle avait eu tout loisir de se rincer l’oeil au moins et lui aussi… même s’il détestait les bleus dans son dos.
Le week end passa très vite et le jour suivant aussi. Erwan était également passé voir la jeune femme et si Tristan s’était légèrement crispé à chaque fois, elle devait bien le sentir vu comme ils étaient proches physiquement, il avait chaque fois, sans rechigner, accepté de sortir un peu, de les laisser ensemble, tolérant, gentil. Bref… Il progressait. Et elle aussi… elle allait mieux… bien mieux et à une vitesse étourdissante. Ca n’avait d’ailleurs rien d’humain. Mais son sourire faisait tellement plaisir à voir ! Il faut dire que son compagnon ne se consacrait plus qu’à elle, parlant de tout et de rien, de ses projets, d’eux deux. Elle en avait terriblement besoin voilà tout. Et au final, cette blessure aidait, un peu… Son sommeil était douloureux et agité cependant et le guérisseur lui prescrit donc une potion pour la douleur un peu plus forte… Ce fut d’ailleurs le mardi matin qu’elle en découvrit… les effets pour le moins… surprenants.
Drôles de sons à son réveil… de flux et de reflux…

Et pour cause, elle se redressait toute seule à présent, pas encore maitresse totale de son corps, mais pas loin, écarquillant les yeux de surprise alors qu’elle était… sur le sable. enfin presque. Une grande couverture était disposée sur le sable et elle était appuyée contre son cher et tendre qui la regardait avec un sourire tendre, une autre couverture disposée sur eux les coupant de l’air frais de la fin de nuit. Allons bon… Qu’est ce qui s’était encore passé ? Ce qui s’était passé ? Oh pas grand chose… Si ce n’est qu’il avait voulu jouer le romantique sans doute… En profitant de son sommeil pour la porter de l’Académie, jusqu’à la crique, sans trop la bouger, en pleine nuit. Le ciel se découvrait juste, les premiers rayons d’un soleil levant qui s’annonçait sublime, rayant les étoiles de leur manteau sombre. Elle semblait vraiment surprise et perturbée alors qu’il l’observait toujours sans bouger, appuyé sur le côté, torse nu comme toujours. Les quelques rayons se reflétaient dans ses yeux de chat, rendant un éclat pour certains inquiétants, pour d’autres fascinants. Elle ouvrait la bouche, surprise, voulant sans doute dire quelque chose mais il fut plus rapide et s’empara aussitôt de ses lèvres dans un baiser… pas très… sage avant de murmurer juste quelques mots tout bas.

- Bon anniversaire, princesse…

Suivi d’un clin d’oeil complice, l’air de rien.

- Et attention, ceci n’est que le touuuut début de la journée !

Il lui sourit, la couvant du regard, ignorant encore à quel point elle avait pu récupérer dans la nuit, ne se préoccupant que de son bien-être. Après tout, le reste n’avait jamais été… très important.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Progression ou régression ?   Mer 23 Avr - 17:09

Encore une fois tout allait de travers… Et ça ne portait pas d’une mauvaise intention. Elle était tellement enthousiaste à l’idée de passer un week end en amoureux ! Et le sourire de son compagnon lorsqu’elle lui avait annoncé la nouvelle lui avait donné encore plus envie de rendre ces deux jours mémorables. Malheureusement le destin était farceur et ce qui aurait pu être un magnifique moment tomba complètement à l’eau dès le moment où elle chuta.

Bien évidemment, la demoiselle ne s’en était pas rendue compte tout de suite et c’est dans sa chambre qu’elle se réveilla, complètement hagarde et une douleur lancinante lui traversant le dos alors qu’elle tentait d’appeler faiblement Tristan. Elle l’appelait… elle avait besoin de lui… de sa présence… de sa voix… comme une petite fille qui avait fait une mauvaise chute et qui avait besoin d’être rassurée. Mais Erwan était entré et avait expliqué très rapidement ce qui s’était passé. Des informations importantes pour le guérisseur mais qui eurent un impact très explosif sur Tristan.

Le jeune archer ne semblait pas se rendre compte au départ de la colère du Drakkari mais déjà il fronçait les sourcils, la rancœur se lisant sur son visage. Comment pouvait-il savoir ce qui pouvait se passer ? C’était totalement ridicule ! Il n’avait rien fait du tout et ne pensait pas lui faire du mal ! Cependant, devoir raisonner encore une fois le Drakkari était trop pour lui. Il pouvait lire dans ses yeux qu’aucune excuse, qu’aucune explication ne lui conviendrait. Que c’était déjà perdu d’avance. La seule qui méritait des explications, c’était bien Cassidy.

Heureusement que le guérisseur était plus sensé qu’eux et les congédia rapidement, sous les yeux d’une Cassidy encore bien déboussolée, trop vaseuse pour leur crier d’arrêter leur petit manège et qu’elle n’avait pas besoin de ça pour le moment, qu’il y avait plus grave. Cependant elle se retrouva seule avec le guérisseur qui ne soufflait pas un mot, sûrement pour éviter de la choquer ou la stresser davantage, d’autant plus qu’elle était enceinte. Il se contenta juste de dire qu’elle avait eu beaucoup de chance et que les dieux devaient la protéger. Un sourire amer parcourut le visage de Cassidy. Parfois elle se posait la question… même si prier les dieux n’était pas fréquent chez elle.

Enfin il la laissa. Peu de temps après Erwan rentra. Elle écarquilla doucement les yeux, surprise, ne s’attendant absolument pas à le voir et surtout se demandait pourquoi Tristan ne l’avait pas fait déguerpir, aussi… jaloux pouvait-il être. L’archer se plaça en face d’elle, inquiet, se passant une main dans ses cheveux l’air gêné. Il aurait bien voulu la faire rire ou changer les idées, malheureusement, ce n’était pas si simple que ça et il était bien maladroit. Il se contenta donc de s’asseoir sur une chaise en face d’elle, déclarant des excuses, vraiment mal à l’aise et ne se doutant absolument pas qu’un accident aurait pu arriver.

Cassidy s’était mise à sourire, minimisant l’accident et déclarant qu’elle se remettrait rapidement. La seule chose qu’elle lui demanda était de lui rapporter les paquets qui étaient encore sur le cheval et les mettre dans sa chambre, même si elle savait bien que cela ne lui serait plus vraiment très utile à présent que le week end était gâché.

Elle soupira, le dos totalement droit, souffrant en silence et se remémorant les instants passés.
Lorsque Tristan avait annoncé qu’il avait insisté auprès des Cheistams pour qu’elle soit payée, que son école bénéficie d’aides, ce jour là, la demoiselle s’était mise à sourire, enthousiaste. Et pourtant pour une fois… elle n’était pas totalement honnête. Que les Cheistams commencent à venir mettre leur nez dans son école ne l’emballait pas des masses. Pourtant elle devrait en être ravie… mais Tristan ne savait pas, Tristan ne pouvait pas savoir ce qui se tramait… et là les Cheistams avaient une bonne raison pour l’atteindre. Oh, peut être qu’ils ne pensaient pas tous comme ça… Mais elle savait… que ce soit chez les gentils ou les méchants, il y a toujours une partie sombre ou lumineuse… les assassins de la mère de Tristan en faisaient parti… Tristan qui s’était enrôlé chez les Kaärs n’avait pas un si mauvais fond au final… et il y en avait d’autres des comme ça. Son maître l’avait toujours mis en garde. Cette proposition de mariage arrangé avec le capitaine n’était-il pas une demande un peu trop intéressée pour être totalement honnête ?

Cependant, pour ne pas décevoir Tristan, la demoiselle n’avait rien dit et décida de garder pour elle cette partie assez sombre de son histoire, qui pourrait faire totalement basculer le jeune homme. Elle ne pouvait pas se permettre de lui en parler maintenant. C’était beaucoup trop risqué… pour lui et pour elle.

Elle serra les tissus de son drap d’un air inquiet, refusant d’en parler à Erwan puisque c’était privé. Tristan revint bien trop vite et elle n’eut pas vraiment le temps de se morfondre. Heureusement Erwan n’avait rien tenté mais il sortit bien vite, ne voulant certainement pas avoir une nouvelle querelle avec le Drakkari.

Une fois la porte refermée, la jeune femme ne souffla pas un mot. Mais qu’est-ce que son esprit carburait ! Ses pensées divaguaient, de l’inquiétude, des doutes… de la culpabilité et des remords… Ce week end aurait du être merveilleux ! Elle espérait tellement avoir un moment avec lui… juste lui. Parce qu’il lui manquait ! Parce qu’elle était excédée de ne pas pouvoir profiter de lui si souvent que ça… Parfois elle avait envie d’être méchante, de lui dire qu’il prenait son rôle de chevalier bien trop à cœur. Mais… elle ne pouvait pas lui enlever ça… car à part elle, cela lui faisait un but, c’était quelque chose qu’il voulait depuis tout petit… et c’était sûrement un rêve. Et elle ne pouvait pas le retenir par pur égoïsme même si parfois ses sentiments prenaient le dessus sur la raison.

Ses yeux noisettes étaient embués de larmes. Elle s’en voulait… elle s’en voulait de ne pas avoir été plus attentive, plus prudente. Seulement Tristan ne la laissa pas avec ses larmes et lui coinça un gâteau dans la bouche alors qu’elle le regardait avec surprise. C’est sûr, elle manquait d’appétit et voulait peut être juste… dormir jusqu’à ce que ça passe. Il lui sortit quelques paroles rassurantes, d’arrêter de penser. Ses caresses, ses baisers la firent frissonner… mais en même temps elle se disait qu’il aurait fallu attendre qu’elle se blesse pour qu’il soit plus présent ! Que sinon c’était chacun dans son coin. Et que dire de ses rêves tellement… révélateurs de ses envies actuelles ?

Caresses, baisers, elle ressentait tout mais n’ouvrait pas pour autant la bouche, fermant paresseusement les yeux alors qu’il se plaçait derrière elle pour s’excuser à sa grande surprise. Et une belle déclaration qui était tellement rare chez lui mais particulièrement touchante et sincère qu’elle ne pouvait venir que du fond de son cœur. Doucement elle posa ses mains sur les siennes pour les presser doucement, le laissant parler. Savoir qu’il l’aimait la rassurait, la comblait mais elle ne voulait pas pour autant qu’il se mette à culpabiliser.

Pleurant un peu, s’accusant de responsable, de regretter ce qu’elle avait fait, il semblait vouloir lui démontrer qu’elle n’y était pour rien et cela la calma.

Elle le laissa l’embrasser avant de se mettre à parler, caressant doucement ses mains, cherchant un peu à dédramatiser la situation alors qu’elle était en pleurs il y a quelques minutes.

« Je suis une grande maladroite n’oublie pas ça… Des chutes de cheval j’en ai fais plein… même en dragon… ça ne m’a jamais empêché de remettre le pied à l’étrier une fois que ça allait mieux. Bon j’avoue que là j’ai été particulièrement poisseuse… Ca doit être la fatigue de la grossesse. »

A ces mots, le grand Drakkari semblait se crisper alors qu’elle secoua la tête pour tenter de lui prouver que ce n’était pas si anormal.

« C’est pas parce que c’est un enfant de Drakkari qu’il est plus épuisant que les autres ! On en a parlé avec Maud… Les envies de dormir et les coups de fatigue ça arrive alors… j’aurais peut être du envoyé quelqu’un à ma place mais je voulais vraiment choisir moi-même les choses à acheter pour notre week end… enfin bon c’est comme ça… »

Elle pressa une nouvelle fois ses mains.

« Ne t’inquiète pas… tant que tu serras près de moi je ne pourrais que vite me remettre… c’est comme si tu me redonnais de l’énergie ! Pratique ! »

Elle fit un faible sourire avant de se coller un peu plus dans ses bras. Il avait envie de la faire rire et chacune de ses réflexions faisait en effet du bien à la demoiselle puisqu’elle souriait, battait des mains et l’ambiance semblait être bien revenue. Cependant sa fatigue l’emporta sur le reste ainsi que les potions et elle s’endormit très rapidement.

Mais la soirée ne semblait pas être finie. Alors qu’elle dormait paisiblement dans les bras de Tristan, le dos douloureux et que tout était calme et paisible dans l’académie, la jeune femme se mit soudain à gigoter, un peu transpirante et à marmonner quelques mots bizarres. C’est d’un seul élan qu’elle se mit à crier un mot, un seul.

« Non ! Pas ça ! »

Couverte de sueur, elle semblait avoir fait un sacré cauchemar. Tristan qui était toujours un peu sur ses gardes l’avait retenu alors qu’elle semblait avoir voulu se redresser par réflexe de son lit, le corps tremblant. Il lui demandait si ça allait, si elle se sentait bien tout en la dévisageant. La jeune femme avait hoché doucement la tête en clignant légèrement les yeux. Un rêve… ce n’était qu’un mauvais rêve.

Mais il n’en sut pas plus car elle s’assoupie de nouveau aussitôt sans pour autant lui dévoiler sa crainte même si il devait s’en douter. Le perdre peut être… quelque chose de ce genre là.
Le lendemain matin elle était en effet bien vaseuse et pas vraiment dans son assiette mais son cauchemar de la nuit ne semblait pas refaire surface. Tristan n’avait pas envie de l’embêter avec ça non plus et si vraiment c’était grave elle lui en aurait parlé. Mais pour le moment ce n’était pas très inquiétant et puis, Tristan semblait surtout vouloir lui redonner le sourire malgré la fatigue, malgré la douleur. La demoiselle le regardait faire ses petits défilés, un sourire aux lèvres, bien qu’elle disait regretter de ne pas pouvoir bouger pour faire… bien plus.

Elle fut surprise lorsqu’il caressa son ventre, signe comme quoi il acceptait, un tout petit peu plus l’enfant et c’est émue qu’elle le regardait faire, sans rien dire, pour ne pas briser le contact. En effet, la jeune femme se sentait un peu perdue les jours précédents et même si Tristan prenait un peu de distance, sûrement pour éviter de faire réagir le bébé, elle avait peur de se retrouver seule à devoir le gérer et ce n’était vraiment pas une bonne chose pour elle. Après tout, la petite mage avait aussi peur de cette grossesse aussi bien que son grand compagnon même si elle cherchait à minimiser ses craintes.

Lorsqu’Erwan passa, il ramena plusieurs paquets. La jeune femme lui demanda juste de déposer le tout dans un coin, près de son coffre personnel. Il se renseigna sur son état, auquel elle répondit en faisant une grimace mais tout en jetant un furtif coup d’œil à Tristan, craignant de le voir mal réagir. Heureusement il se comportait bien et même si la tension était palpable entre les deux jeunes gens, il semblerait que la guérison était le seul sujet de préoccupation et par respect, aucun ne voulait engager de conflit ouvert.

Tristan avait jeté un regard curieux à l’attirail que fixait Cassidy. En le voyant, le visage de la demoiselle s’assombrit un peu alors qu’elle ne pouvait pas décoller de son lit, froissant un peu la couverture alors qu’elle prit une moue assez lointaine.

« Des bricoles que j’avais récupéré à Glindel et ailleurs pour ce week end… Mais bon ça servira bien pour un autre jour »

Elle ne s’étendit pas plus sur le sujet, ne voulant pas une nouvelle fois se rappeler de cet accident qui l’empêchait aujourd’hui de vivre la journée de ses rêves. Il semblait être compréhensif à ce sujet et devait bien remarquer la peine dans les yeux noisettes de la jeune femme. C’est pourquoi il proposa très rapidement de prendre un bain ensemble. Cassidy avait ouvert des yeux ronds puis fixa la porte de sa chambre. Et si ils croisaient du monde ? Elle détestait être faible ! Elle détestait le montrer ! Et les meilleures excuses du monde ne suffirent pas à faire changer d’avis le beau Drakkari qui était convaincu qu’un petit bain ne pouvait lui faire que du bien.

Elle se sentait un peu gênée de dépendre de lui mais le jeune homme prenait cette mission très au sérieux, ce qui fit rire un instant la demoiselle alors qu’elle s’amusait à éjecter de l’eau sur son beau compagnon tout en prononçant une petite phrase qui pouvait être interprétée de différentes façons.

« Je devrais me faire mal plus souvent comme ça au moins tu passerais plus de temps avec moi ! »

Comportement tout à fait égoïste… mais elle ne lui laissa pas le loisir d’y réfléchir davantage alors qu’elle se tournait déjà vers lui, les cheveux recouverts de mousse, un beau sourire sur son visage alors qu’elle se pendait à ses lèvres pour l’embrasser. Au final elle en avait bien besoin.
La journée du lundi fut très tranquille également. Cassidy dormait beaucoup, prenait son temps pour manger et son compagnon en profitait pour sortir quelques fois, lui qui avait si besoin de voir un peu l’extérieur, ce qui n’était pas vraiment autorisé pour elle pour le moment. Cependant, il y avait quelques progrès dans sa guérison. Elle arrivait peu à peu à se redresser sur le lit, ce qui était une amélioration flagrante.

Mais alors que Tristan passait dans un couloir, il se retrouva poussé magiquement vers une porte qui s’ouvrit à la volée, le conduisant dans une salle de classe vide. Kymmie apparut devant lui et elle était apparemment très, mais très gênée alors qu’elle voletait très légèrement, baissant les yeux un instant, l’air de chercher ses mots mais restant silencieuse. Il est vrai que l’accident de Cassidy n’était pas passé inaperçu tout comme le sauvetage de son compagnon. La lutine était un peu rancunière mais elle devait quand même bien reconnaître que pouvoir flairer le danger et porter secours à Cassidy n’était pas une mauvaise chose.

- Hum… merci… pour elle. Pardon… je pense que je t’ai mal jugé dès le départ mais amnésie ou pas… elle a quand même beaucoup souffert de ton départ la première fois. J’ai appris beaucoup de choses en peu de temps, c’est vrai que je réagis très vivement mais il faut bien que tu comprennes que Cassidy est une fille bien sensible qui ne savait plus où elle en était. Et puis apprendre que tu étais un dragon, c’était vraiment la chose de trop…

Encore des reproches ? Elle ne l’avait appelé que pour lui faire des reproches ? Cependant, si la lutine était aussi maladroite que sa grande amie, elle se tenait devant Tristan en faisant des gestes négatifs de ses petits bras tout en secouant la tête.

- Je l’ai bien vu qu’elle était heureuse avec toi ! Vraiment ! Tu es indispensable dans sa vie. Mais moi je suis une lutine et… disons qu’une de mes consoeurs a eu un problème avec un dragon justement. Je pense que tu t’en doutes un peu… nous sommes de deux éléments différents… toi le feu… nous la terre… le feu brûle la terre, les arbres… et justement…

Elle s’arrêta un instant, se frottant les index l’un contre l’autre avant de relever la tête un instant.

- Avant de venir travailler ici, nous vivions dans les bois. Pour éviter d’attirer l’attention des Kaärs, nous choisissons des endroits difficiles d’accès, parfois sur une chaine de montagnes. La lutine en question se trouvait au point d’eau avec sa fille… un dragon est arrivé au même moment, voulant se désaltérer… on ne sait pas vraiment ce qui l’a conduit à agir ainsi… à part sa nature… mais il s’est précipité sur la petite d’un coup et avant même d’avoir le temps de fuir… elle… trop rapide…

Kymmie devint pâle et regarda ailleurs. Les dragons étaient impulsifs, jamais elle ne comprendrait ce comportement mais c’était comme si… il n’était pas possible de parler avec eux. Sa méfiance était tout à fait justifiée et lui reprocher serait vraiment injuste. Oui peut être qu’elle pouvait penser que Tristan était humain mais… les lutines étaient des créatures pourchassées, chassées, pour de mauvaises raisons. Des petits êtres sensibles et fragiles malgré leur puissance. Il était normal qu’elles se méfient de tout ce qui bouge.

La suite du sujet n’était que des recommandations, elle disait être soulagée de savoir que Tristan n’était peut être pas comme les autres et que c’était plutôt une bonne chose.
Du côté de Cassidy, elle s’amusait avec Orion qui était venu la voir dans sa chambre. La demoiselle s’amusait à lancer une balle en laine dans la pièce et le chaton, devenu plus grand, s’amusait avec avant de lui rapporter pour qu’elle lui relance.

Cette fois la balle atterrit près de la grande bibliothèque. Le petit chat se jeta dessus, peut être avec un peu trop d’entrain puisqu’il heurta le bas de la bibliothèque. Que se passa-t-il à ce moment là ? Energie sortie de nulle part ? Pouvoir spécial ? Mais une sorte de champ de protection entoura l’animal, entraînant le déséquilibre de la bibliothèque. Elle vacilla en arrière, se bloquant au mur puis comme un effet de balancier, bascula en avant.

Cassidy s’était redressée d’un mouvement, très inquiète pour son chat en l’appelant par son nom alors qu’il ne semblait pas vouloir bouger. Trop tard, elle leva les bras en avant, incantant tellement rapidement qu’il était impossible de suivre ses gestes et miraculeusement, la bibliothèque freina sa course. Ce qui n’empêcha pas les livres de commencer à sortir de leurs étagères.

Nouveau mouvement de panique, alors que la mage tendit l’autre main, arrêtant d’un geste la chute des livres. C’est dans cette position, toute surprise et bien spéciale, que Tristan rentra dans la pièce pour constater les dégâts. Le chat qui jouait avec sa balle sous une bibliothèque et des livres retenus par magie.

Trop concentrée pour voir l’entrée de Tristan, Cassidy utilisa sa magie pour remettre la bibliothèque en place puis tout en agitant les mains de loin, les livres reprirent leur place respective les uns après les autres. Elle semblait très surprise de pouvoir utiliser encore sa magie malgré la fatigue et l’effet des potions. C’était un exploit, d’autant plus qu’utiliser des sorts demandant de l’énergie sans son bâton, ce n’était pas si simple que ça.

Tristan semblait vouloir lui dire qu’il aurait pu arranger ça tout seul puisqu’il arrivait mais elle secoua la tête, trouvant qu’elle se rendait un peu plus utile que d’habitude pour le moment.
Et puis, il y avait ce fameux jour… où elle se réveilla bercée par le bruit des vagues. Fronçant les sourcils sans s’y attendre, la demoiselle se redressa un instant en clignant des yeux. Rêvait-elle ? Le levée du jour était magnifique malgré le froid de la saison et c’est un peu grelottante qu’elle se blottit un peu plus contre son compagnon, un sourire aux lèvres. Mais lorsqu’il lui parla de son anniversaire, la demoiselle en fut toute surprise. Cela lui était complètement sorti de la tête avec tout ce qui lui était arrivé !

Se laissant embrasser, elle se mit à rire et caressa doucement ses cheveux rouges, l’embrassant à son tour.

« Heureusement que tu es là pour y penser ! Avec toutes ces potions je perds un peu la tête je pense… ou peut être est-ce ton corps si désirable et non exploitable entièrement pour le moment qui me dissipe… »

Petit tirage de langue alors qu’elle le regardait d’un air affectueux. Elle n’arrivait pas encore à bien marcher aujourd’hui, même si il la soutenait, pour avancer un peu plus longtemps, le jeune homme était encore obligé de la porter.

Mais la journée fut magnifique. Tristan avait prévu tout plein de choses pour cet évènement si spécial, malgré le fait que c’était en semaine. Elle passa une très bonne journée, ponctuée de rires et de moments complices, romantiques. Heureuse… oui alors que le soleil finit par se coucher.

Un jour de plus se passa. Cassidy récupérait vraiment bien. Tristan était parti prendre une douche et la jeune femme pensait qu’il était temps de commencer à bouger par ses propres moyens. Rester inactive toute la journée, cela ne lui plaisait pas vraiment. Mais alors qu’elle posait les pieds sur le sol et faisait un premier pas, une décharge se fit sentir dans son dos alors qu’elle tomba à genoux au sol, les mains en avant pour amortir la chute.

Jolie chute… elle grimaça mais… ses yeux brillaient d’une détermination nouvelle alors qu’elle serrait doucement le poing.

*Pour lui… je dois progresser… pour lui… je guérirais plus vite… pour qu’il soit fier de moi… pour lui faire plaisir… parce que je dois arriver à récupérer…*

Peut être que ces mots avaient un impact sur son combat. C’était comme pour sa cécité, elle trouvait toujours une solution pour ne pas rester faible. Alors elle incanta doucement et son corps se mit à devenir bien plus léger, décollant du sol, flottant à quelques centimètres du sol. Souriante, la jeune femme admirait ses progrès et fit même quelques flottements à droite et à gauche. Lorsque Tristan revint dans la pièce, elle le salua gonflée de fierté en lui montrant ce qu’elle savait faire.

Les jours suivants se passèrent bien puisqu’elle progressa à une vitesse fulgurante, surtout avec Tristan qui était là pour l’encourager et l’aider quand elle avait besoin d’apprendre à marcher. Bonne humeur, sourires… la guérison était plus courte que ce que le guérisseur avait prévu.
D’ailleurs pour fêter ça, elle se fit un soir beaucoup plus charmeuse, mettant une petite nuisette sexy alors que son compagnon revenait dans la chambre. A force de caresses et câlins, ils passèrent à des choses plus sérieuses, d’autant plus que la petite demoiselle était clairement en manque. En témoignait toute son insistance et son plaisir décuplé au cours de la soirée même si elle avait mis son propre bracelet autour de son poignet… au cas où. Pourtant elle brilla d’une jolie lueur dorée alors qu’ils profitèrent un bon moment des capacités retrouvées de la demoiselle.

La semaine d’après, une fois que la jeune femme fut complètement sûre d’être guérie et après une visite chez le guérisseur, elle dut se rendre dans une ville voisine, assez loin d’ici, pour régler une affaire par rapport à un courrier qui lui avait été envoyé. Estimant qu’une réponse courrier lui ferait perdre du temps, la demoiselle préféra aller sur place. Bien évidemment, Tristan l’accompagnait et c’était normal puisqu’elle lui avait proposé.

Cela dura juste une journée, ils séjournèrent dans une auberge pendant la nuit avant de reprendre le chemin du retour.

Le petit couple fit une halte dans une petite forêt près d’un point d’eau pour grignoter un coup avant de repartir. Assis au bord de l’eau, Cassidy n’avait pas qu’une seule idée en tête et très vite son compagnon l’attira… beaucoup alors qu’elle se rapprochait de lui. D’abord taquine, elle lui coinça un morceau de pain dans la bouche avant de croquer l’autre moitié.

Puis, elle passa les mains sous sa chemise, vérifiant qu’il n’y avait personne dans les alentours, un regard terriblement tentant alors qu’elle lui glissait quelques mots.

« Hum… et si on s’attaquait à un autre dessert ? J’ai besoin d’un peu de motivation supplémentaire pour avancer sinon je sens que je n’arriverais pas à me déplacer… »

Sourire coquin alors qu’elle attendait sa réponse, déposant de petits baisers dans son cou.
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