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 Deux mondes, un choix : destruction...

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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Deux mondes, un choix : destruction...   Mer 30 Avr - 22:47

Pauvre petite mage… Décidément, elle n’avait guère de chance ! A croire que le sort s’acharnait contre elle. Le sort… ou le destin. Mais dans quel but ? Oui, quel était le but de tout ceci ? Sa chute aurait pu être mortelle !
Heureusement pour elle, son prince charmant était bien vite arrivé à sa rescousse même s’il se sentait mal et totalement démuni face à cet accident, il avait eu de bons réflexes qui avaient probablement évité des dommages irréparables au dos de la jeune femme. Le plus surprenant dans tout ceci… c’est qu’elle voulait encore faire la forte.
Ca marcha plutôt bien avec Erwan, et ce même s’il n’était pas particulièrement dupe. Seulement malgré toutes ses excuses et toutes ses recommandations, tous ses conseils et ses gentilles paroles, il devait bien sentir que si la demoiselle devait se confier, cette fois, ce ne serait pas auprès de lui. Parce que c’était pas pour lui qu’elle avait des regrets bien évidemment, mais pour ce week end qu’elle aurait dû passer en forme et debout auprès de son cher et tendre.

C’est vrai qu’elle avait de quoi être surprise de voir Erwan entrer à la place de Tristan mais cet ordre valait mieux que l’inverse parce que au final, si Tristan était rentré le premier, il n’aurait pas laissé son rival les rejoindre par la suite et pour sa part, ne serait certainement pas sorti.
Il avait profité de ce moment seul, s’isolant pour essayer d’étouffer sa propre peine, ses propres inquiétudes et la panique qui l’avait pris et avait laissé des marques, plus qu’il ne l’aurait cru. Evidemment… Dès que cela touchait à l’adorable jeune femme, il était totalement désemparé, tout était tellement plus intense. Etait-ce donc ça aimer ? A la folie ?

Quand il l’avait rejointe, il était si calme, si maitre de lui-même que rien n’aurait pu laisser penser à quel point il était malheureux et déboussolé peu avant. D’ailleurs Erwan le voyait dans une certaine continuité troublante. Après tout, le Drakkari était calme tandis qu’ils attendaient un verdict tendu et calme de nouveau alors qu’il rejoignait la jeune femme. Ne ressentait-il donc rien ? Pour le coup, on aurait pu le croire, même si c’était tout l’inverse en réalité. Il ressentait… bien trop de choses au contraire, certaines troublantes, beaucoup déstabilisantes, mais il fallait faire avec… pour le moment. Etait-elle vraiment surprise de son comportement taquin, joueur, à tout dédramatiser et un brin pervers sous le sourire tendre ? Non, certainement pas, après tout, elle avait l’habitude de le voir ainsi, même si ces derniers jours justement cette attitude avait dû lui manquer. Retrouver son fiancé aussi… lui-même n’était qu’un élément rassurant parmi tous ceux qu’il voulait mettre en oeuvre pour qu’elle se sente bien, en sécurité et protégée. Biscuits, paroles, petite déclaration l’air de rien, il semblait particulièrement timide ces derniers jours, le lui prouvant plusieurs fois en détournant les yeux et en rougissant. C’est vrai qu’il lui faisait de plus en plus le coup ce qui par contre ne lui ressemblait pas beaucoup. Il avait toujours été si sûr de lui après tout…

En tous les cas, le jeune homme s’appliquait pour rassurer sa compagne et se montrer particulièrement adorable et elle en avait bien besoin. D’ailleurs, les jours qui suivirent, pleins d’attention, de tendresse et de moments ensemble certes, sans doute loin de ce qu’elle avait imaginé à l’origine pour leur week end, semblaient faire le plus grand bien à la jeune femme… et à son compagnon ravi. C’était vrai… Ces moments-là s’étaient rapidement faits trop rares depuis qu’ils étaient de retour à l’Académie… et il était temps de les retrouver et d’essayer… de ne plus les laisser filer de la sorte !

Quand elle s’était exprimée à propos de sa chute alors qu’il la câlinait tendrement, le soir-même, quelques heures à peine après son accident, il s’était crispé un peu. Normal puisqu’elle parlait du bébé. Il s’en voulait déjà tellement pour ça. Plus il y pensait et plus il avait de peine et regrettait. Après tout, ils ne semblaient vraiment pas prêts tous les deux et tout s’enchainait de manière à les en convaincre. Bien sûr qu’il voulait rester avec elle, il n’en avait jamais été autrement et ce bébé aurait dû d’autant plus les lier l’un à l’autre mais ça n’aurait certainement pas dû être une obligation justement et puis… les histoires des Drakkaris étaient compliquées. Mage humaine et guerrier Drakkari… Y avait-il plus grande opposition ? Sans doute que oui parce que l’un comme l’autre, ils avaient changé, beaucoup évolué au côté de cet amour impossible et au final qui pouvait les observer aujourd’hui sans les trouver parfaitement assorti, sans ressentir, même totalement insensible, le lien si puissant qui les liait l’un à l’autre ?

Il savait qu’il n’était pas assez là… Elle n’avait pas besoin de le lui dire après tout, il en avait tout aussi conscience qu’elle. Mais avec le bébé, sa peur de lui faire du mal pendant des jeux… adultes, il était bien obligé de s’éloigner un peu de toute manière. Parce que l’envie avait toujours été là, ce jeu de séduction entre eux était si fort et insistant encore aujourd’hui, comme au premier jour, au premier un minimum sérieux du moins, c’était dur de la regarder sans la déshabiller du regard… Des fois il se trouvait nul, stupide, pervers… Mais était-ce vraiment mal d’être si attiré par la jeune femme qu’il ne pouvait s’empêcher de la désirer, même dans la tendresse la plus absolue ? Bien sûr, ça ne se voyait pas forcément. Quand il la prenait dans ses bras, déposait un baiser tendre sur son front, ses lèvres, sa gorge, heureusement pour lui, il avait apprit à se maitriser suffisamment pour que son corps ne se manifeste pas… trop, pas trop vite du moins. Et ça encore, heureusement qu’ils s’étaient retrouvés alors qu’il avait suffisamment d’expérience pour pouvoir gérer, qu’est ce que ça aurait été sinon ? Mais oui… bref, il ne pouvait pas s’empêcher, même dans ces moments de tendresse, d’avoir des papillons dans le ventre. Il devait si vite fermer les yeux, compter, réciter des positions de défense, des noms d’arme pour se concentrer sur autre chose. Ne se rendait-elle pas compte du pouvoir qu’elle avait sur lui ? Bien sûr que non, même habituée à son compagnon, la demoiselle resterait probablement toujours innocente sur ce point là. Toujours à rechercher sa fierté, elle ne pouvait décidément pas voir que la fierté n’avait jamais été là, remplacée par une admiration béate, depuis le tout premier jour, même si alors, elle était bien maladroite cette admiration…

Elle s’était réveillée dans la nuit, faisant des cauchemars. Il était si sensible à son état que les légers gémissements de la jeune femme l’avait rapidement tiré de son sommeil alors qu’il s’asseyait sur leur lit, la fixant, inquiet. Dans la pénombre, difficile de voir grand chose pour un humain, mais lui voyait si bien… Il observait le visage si expressif de sa compagne qui dans son sommeil ne perdait rien de sa superbe, bien au contraire. Il l’observait et en appréciait chaque mimique. Elle commençait à s’agiter et il avait serré les dents, soucieux. Quand elle avait hurlé, perçant le silence de leur chambre, il avait légèrement sursauté même si aussitôt il avait ceinturé la jeune femme pour lui éviter de se redresser dans son état ce qui aurait fait plus de mal que de bien. Elle avait un peu de fièvre et tremblait. Si la fièvre n’avait rien de surprenant par rapport à son état médical, son cauchemar plus proche du délirium qu’autre chose, il n’en était pas moins pleins de questionnements et d’inquiétude, caressant doucement son visage, embrassant son front en la berçant et en lui demandant si tout allait bien, plein d’une tendresse rassurante.
Il n’en apprit pas davantage alors qu’elle s’assoupissait entre ses bras sous ses caresses et le lendemain, la voyant fuir légèrement son regard quand il ouvrit la bouche, l’air soucieux, il comprit qu’elle ne voulait pas être embêtée à ce sujet et n’insista donc pas. Les cauchemars, il connaissait… Il ne lui parlait pas des siens… elle n’avait pas à lui parler de ceux qui la hantaient.

Les jours s’étaient enchainés. Il y avait eu cette tendresse, cette douceur, au premier plan. Il y avait aussi cette première fois pendant laquelle il avait touché son ventre, comme s’il voulait communiquer avec le bébé. Mais il avait l’air un peu inquiet une fois de plus et c’est en voyant qu’il n’y avait pas de réaction négative que par la suite il avait rendu, très vite, ce geste automatique, le renouvelant à de multiples reprises. Il lui volait aussi souvent des baisers, même légers, profitant sans la moindre honte de son état et jouant beaucoup avec ceci d’ailleurs, l’embrassant passionnément en la surprenant avant de s’éloigner, un sourire aux lèvres, se mettant hors de sa portée. Elle rouspétait aussi sec et râlait, rougissante, essayant de faire comme s’il ne l’intéressait pas, embrassait mal ou comme si elle n’était pas ouvertement furieuse de ne pas pouvoir se venger, mais il remarquait à chaque fois son petit sourire amusé, plein de charme et de sincérité. Elle avait besoin de ces actes légers, elle avait besoin de l’homme qu’elle aimait.

Quand Erwan était passé, il s’était poliment tenu en retrait, sans intervenir, mais sans trop s’éloigner non plus. Il faisait des efforts… Pour elle évidemment.
Par contre il fixait avec curiosité les sacs rapportés par l’archer et ressemblait fortement à un chat impatient battant l’air de sa queue soyeuse, prêt à aller fourrer sa tête dans les sacs en question dès que sa maitresse aurait le dos tourné. Bon, il ne faisait rien, mais il semblait si curieux qu’elle avait fini par s’expliquer. A sa tête, il avait changé d’expression, détournant totalement son attention des paquets pour la rejoindre et s’asseoir à ses côtés. Elle s’était détournée de lui, sans doute encore blessée et sensible à son état actuel, mais quand elle avait senti le poids du jeune homme sur le lit alors même qu’il s’était une fois de plus déplacé sans bruit, elle avait tourné la tête avant de se faire aussi sec redresser et enlacer. Il la pressait ardemment contre son torse, l’air de rien, cachant son visage dans les cheveux d’or de sa compagne, une main crispée dans sa nuque mais de manière si délicate au final qu’il lui chatouillait la peau à la naissance de son gorge, il parlait tout bas, comme à chaque fois qu’il avait quelque chose de particulièrement sérieux à lui dire.

- Ca servira… n’importe quel jour. Après tout… on a toute notre vie ensemble, tu auras bien assez le temps de me montrer.

Petite piqûre de rappel… Il voulait passer sa vie à ses côtés, rien de nouveau là dedans. Qu’elle soit émue ou surprise, il ne la lâcha pas alors qu’elle cherchait à le regarder en le repoussant un peu et quand elle parvint finalement à observer son visage, le regard intimidé du jeune homme et ses joues rosissantes étaient autant de preuves de sa sincérité. Pourquoi diable devenait-il si timide ?
Il ne lui laissa pas le temps d’en profiter, enchainant sur le bain alors qu’elle semblait très hésitante et il comprenait tout à fait son inquiétude, s’approchant à nouveau dangereusement d’elle, soufflant très près de son visage.

- Ne t’en fais pas… Si quelqu’un me voit te porter, maintenant qu’ils savent qu’on est ensemble… je ferai mine de te séquestrer dans un jeu pervers… personne ne comprendra que tu es blessée. Et puis… Même ainsi, tu es loin d’être faible.

Autre piqûre de rappel ? Il semblait toujours pouvoir brusquement lire dans son esprit, sans raison apparente. Et ça ne devait pas être un truc de dragon vu leur manque de lien justement sous cette forme de ces derniers temps. Il l’avait portée avec douceur, et c’est encore plus doux qu’il l’avait aidée à se déshabiller. En réalité, elle ne dépendait pas que de lui puisque les lutines étaient là pour aider leur amie, en particulier dans cette mission justement de bains même si comme ils étaient ensemble, on pouvait aussi laisser un peu le rôle au jeune homme. Il faisait le pitre pour la faire rire, grognant en détournant les yeux dans un marmonnement comme quoi même toute cassée elle était affreusement sexy, il n’avait pas joué à se déshabiller hors de sa portée cette fois, se glissant dans l’eau avec elle, la sachant encore plus vulnérable et sujette à sa peur de la noyade alors qu’elle ne pouvait même pas se débattre dans l’eau s’il la lâchait. Mais il était d’autant plus attentif et prévenant. Jouant avec elle après l’avoir adossée suffisamment haute sur les marches, il avait apporté un petit poids métallique d’un de ses bricolages dans l’école et ils avaient commencé un étrange jeu. Il lui demandait de lui jeter le poids quelque part dans l’eau pleine de mousse sans qu’il ne regarde et il devait le retrouver, se fiant à ses sens pour le bruit d’éclaboussures et pour tâtonner le fond de la vaste baignoire. A chaque fois, sa tête et son visage pleins de mousse faisaient tant glousser sa compagne amusée de le voir en « papy » qu’il souriait, ravi, heureux. Sa phrase bien sûr n’était pas passée inaperçue et même s’il avait donné l’air de ne pas l’avoir entendue, il s’était légèrement crispé, désolé et malheureux de lui avoir causé du tort, même involontairement et même en ayant également souffert de cette distance.

Il y avait eu l’intervention de Kymmie aussi… dans une salle vide. Tristan semblait surpris sur le coup même s’il s’était fait silencieux, écoutant respectueusement le petit être du début à la fin, sans se troubler, comme toujours.
Elle avait parlé de Cassidy évidemment… et du mal qu’il lui avait causé, même s’il n’avait au final… agi que pour son bien, stupidement et de manière totalement inverse au réel besoin de la jeune femme, mais pour son bien, encore et toujours. Légère reproche dans la voix de la lutine alors qu’elle disait que savoir qu’il était un dragon faisait une chose de plus, difficile à admettre. Il nota aussitôt l’émotion dans sa voix. Elle continuait de voleter sur place, mais plus nerveusement et si avant c’était par gêne qu’elle détournait les yeux, à présent, il surprenait de la peur, de la rancune, de la tristesse aussi. Il l’écouta oui, sans l’interrompre. Elle lui parla longuement tout de même, lui faisant également des recommandations, semblant un peu inquiète de le voir rester silencieux et pensant certainement à une certaine rancune. Mais alors qu’elle avait fini et qu’elle le laissait sortir, qu’il se dirigeait vers la porte, il s’arrêta devant celle-ci, tournant le dos au petit être qui devait se sentir un peu mieux après avoir parlé, même si la fin avait été plus montre de son caractère impulsif et autoritaire. C’est d’une voix très douce que le jeune homme s’exprima, très calme, sans la moindre menace.

- Dis à tes soeurs… que de moi, elles n’ont à craindre aucun feu, car je n’en ai pas… et puis… ça n’a rien de surprenant que les dragons s’en prennent à vous. Je ne sais pas d’où ça vient, mais je sais des choses de mes ancêtres, c’est dans mon sang… si les humains vous convoitent pour votre magie qu’en est-il des dragons qui en sont irrémédiablement attirés ?… Mais fuir est inutile… Fais ce que tu veux de ces paroles mais… je te promets de vous protéger toi et tes soeurs de tout dragon qui osera approcher ses sales pattes un peu trop près d’ici.

Il s’était retourné à moitié, offrant un sourire renversant à la petite lutine quand il parla de sa promesse mais alors qu’il parlait d’un de ses éventuels semblables, les yeux qu’ils rouvraient, plissés par son sourire sincère, étaient pleins d’un engagement certain, de sincérité et de promesses, presque aussi. de colère. Considérait-il ce lieux comme son territoire ? Et ces habitants comme ses protégés ? Peut-être, difficile à dire… Il ne lui laissa d’ailleurs pas le temps d’en dire quoi que ce soit, se retournant aussitôt et sortant vivement de la pièce pour rejoindre sa chère et tendre avant de s’arrêter devant la porte de la chambre de celle-ci, de soupirer en faisant la grimace puis de s’éloigner, guilleret pour chercher des biscuits qu’il était à l’origine parti chercher en quittant la pièce.

Quand il avait finalement rejoint sa compagne, Tristan l’avait trouvée dans une singulière position et avait penché la tête de côté, surpris. Il faut dire que la petite mage était particulièrement drôle -et adorable évidemment- figée dans sa position à demi-redressée, les mains en l’air en train de protéger son petit chat. Oh  bien sûr, son acte magique était impressionnant et même s’il n’y connaissait que peu de choses, Tristan savait reconnaitre quelque chose d’hors du commun ou plutôt de la norme et il savait qu’elle peinait à réaliser ce genre de choses en temps normal en pleine possession de ses capacités. Alors là… évidemment. Il pouffa devant sa mine un peu crispée et tendue, particulièrement mignonne et la rejoignit avec son assiette de biscuit, très vite rejoint par Orion qui voulait également sa part, arguant qu’il pouvait très bien ramasser les affaires. Avant même qu’elle n’ouvre la bouche, il savait ce qu’elle allait lui marmonner quant à son inutilité. Il la fit vite taire d’un baiser puis d’un biscuit.

Enfin, elle s’était réveillée sur la plage alors qu’il la fixait, impatient et peinant à le cacher malgré tout son contrôle sur lui-même. Ainsi, il avait profité de son sommeil profond à cause de la potion un peu plus forte pour la transporter ici… pour son anniversaire qu’elle semblait elle-même avoir oublié. Il fronça les sourcils, un peu mécontent de l’apprendre. Il tiqua tout de même à ses paroles, ravi du compliment avant de la taquiner, arguant que c’était plutôt les potions. Ils se chahutaient déjà gentiment, un bon moment alors qu’il l’embrassait et la câlinait. Dès qu’ils se furent suffisamment essoufflés ainsi il s’occupa de leur préparer le petit déjeuner contenu dans un sac préparé par les soins des lutines qui étaient apparemment ses complices du jour.
Peu après, il l’avait soulevée, lui annonçant qu’ils allaient passer la journée à Glindel. Bien sûr, elle s’était crispée et s’y était opposée ne voulant pas se montrer un peu diminuée aux yeux des habitants et aux yeux de qui que ce soit d’ailleurs. Il l’avait rassurée d’un de ses sourires charmeurs, lui annonçant que tout le monde était au courant. Elle avait pâli, semblant se décomposer sur place alors qu’il lui volait un baiser et en profitait pour s’expliquer.

- J’ai dit que je voulais te faire une surprise pour ton anniversaire, que tu serais ma princesse et donc que je devrais te porter toute la journée avec ou sans ton accord et que si tu arrivais à tenir justement à me laisser faire tu aurais droit à ton dernier cadeau ce soir, à savoir me demander ce que tu veux, y compris d’aller piquer une tête dans le lac et de danser à poil dans la grande salle ! Du coup tout le monde veut se prêter au jeu pour que tu gagnes… Je ne leur ai pas dit la vérité évidemment… mais l’enjeu est réel.

Adorable sourire de la part d’un adorable compagnon décidément très consciencieux. Il la transporta ainsi dans son dos ou entre ses bras toute la journée même s’ils s’asseyaient souvent pour participer à une activité ou une autre. La petite ville semblait en effet, très majoritairement s’être passé le mot et de multiples activités les attendaient. L’Académie avait apporté beaucoup d’importance à Glindel et une certaine renommée, les habitants et commerçants trouvaient là une manière de remercier une petite mage bien investie et une personne en or tout simplement. Que ce soit les multiples petites dégustations, les jeux, les spectacles organisés par les enfants et auxquels le si grand mais gentil Drakkari participait, les prenant sur son dos, des épreuves de courses de nombreux couples dont l’homme portait également sa compagne, pour jouer, provoquèrent d’autant plus l’hilarité et la bonne humeur et au final, même si elle râlait un peu parfois, Cassidy semblait heureuse. Son compagnon le remarquait bien à sa manière de se presser dans son dos, ce qui malgré les tissus de leurs vêtements lui mettait une curieuse boule dans la gorge. Elle souriait et riait aux éclats, pleine de vie et de joie, oubliant un peu sa douleur, au grand plaisir de son compagnon. Finalement ils étaient rentrés et à peine passaient-ils les grilles qu’elle réclamait son cadeau, toute fière d’avoir tenue toute la journée sans céder à sa fierté qui malgré les apparences sauvées, voulaient qu’elle se débrouille seule.
Outre les jeux, il l’avait tout de même gâtée… une jolie robe turquoise très très très décolletée était venue rejoindre les vêtements de la demoiselle même si on se demandait sérieusement si c’était un cadeau pour elle ou pour lui. Il avait réussi à dénicher un manuscrit de magie dont peu d’exemplaires existaient encore, plutôt ancien et bien conservé, sans parler des jolies boucles d’oreille assorties au bracelet qu’il avait un jour gagné pour elle qui avaient été offertes en fin d’après-midi, apportées discrètement par un enfant.

Mais alors qu’ils étaient dans les jardins, ce fut Erwan qui surgit devant eux, l’air surpris de les voir d’ailleurs. Tristan marqua un arrêt, sourit gentiment malgré son coeur qui se serrait et alors que l’archer balbutiait un bon anniversaire à son amie, le Drakkari l’arrêta.

- Inutile. Attends, je vais la porter jusqu’à son banc préféré et tu pourras lui souhaiter de vive voix sans avoir à me supporter dans les parages.

Wah… Gentil le Drakkari. Laissant les deux jeunes gens bouche bée, dont une toujours entre ses bras qui devait quand même bien avoir vu la légère crispation de sa mâchoire, Tristan se dirigea effectivement vers un banc qu’elle affectionnait. Ce n’était pas où elle méditait… Curieusement, c’était un banc, un peu isolé, étroit, au milieu des fleurs, encore ouvertes à cette époque, un endroit étrangement coupé du reste, calme et apaisant. Il s’en souvenait… Pourtant, elle ne l’avait évoqué qu’une fois… quand il était arrivé ici plus d’un an auparavant. Au final, il était attentif à tout ce qu’elle disait ce grand dadais, quoi qu’il en dise.
Rapidement, il s’était éloigné, les laissant seuls, sans insister ni rien, souriant juste tendrement à sa compagne, rapportant le panier emprunté le matin même aux cuisines.

D’ailleurs, il ne revint pas chercher Cassidy, ce fut elle qui rentra dans l’Académie même, s’appuyant sur Erwan, à moitié soutenue ou plutôt portée par lui. L’entrée avait été décorée en son absence et apparemment Tristan avait bel et bien décidé de ne rien laisser au hasard, quitte à la gêner. C’est la grande salle qui avait été le plus aménagée et illuminée de bougies, lanternes et fleurs. Et contrairement à ce que la jeune femme, très intimidée pour le coup, pouvait penser, ce fut un concert d’applaudissements qui l’accueillit de la part de ses petits élèves. Oh, bien sûr, elle avait été horrible avec eux pendant une période, mais ils n’avaient pas oublié tout ce qu’elle faisait pour eux, ni son investissement sans retenue et sa gentillesse immense depuis qu’elle était revenue au bras de son Drakkari. Les professeurs aussi étaient là, certains plus démonstratifs que d’autres, tous très gentils et respectueux. Après tout, la jeune femme était admirée, quoi qu’elle ne pense et apparemment son compagnon avait bien décidé de le lui prouver aujourd’hui.
Les lutines s’étaient tuées à la tâche pour préparer tous les plats que la jeune femme adorait et cela semblait d’ailleurs particulièrement au goût de chacun. En plus, elle ne semblait pas plus que ça malmenée par sa grossesse depuis sa chute, comme si le bébé s’était mis en veille. Quant à son dos, impossible de se douter de quoi que ce soit, Tristan y avait bien fait attention quand il avait choisi sa robe pour le matin, elle couvrait totalement le corset qui lui maintenait le dos, son honneur était sauf.

Quand il remonta avec elle, bien plus tard dans la soirée, alors qu’elle semblait s’endormir sur place, elle le sermonna à moitié, d’une voix endormie, mais elle souriait aussi semblant heureuse, lui assurant qu’elle se vengerait et qu’il avait bien intérêt à tenir sa promesse de lui obéir… quand elle aurait trouvé moyen de lui faire payer tout ceci. C’est en riant d’un ton léger qu’il l’avait déshabillée et lui avait passé sa chemise de nuit après avoir remplacé son corset par un autre plus souple et moins désagréable pour la nuit. Puis lui-même s’était changé avant de se glisser à ses côtés. Elle dormait déjà mais elle s’était tout de même blottie contre lui en le traitant d’idiot gamin à mi-voix d’une voix engourdie. Il lui murmura qu’il l’aimait et lui-même épuisé par toute cette agitation s’endormit aussitôt.

Oui, les jours passaient…
Tristan avait eu des courbatures après la journée d’anniversaire de sa chère et tendre même s’il n’en avait rien dit. En même temps, il ne s’entrainait plus ses derniers jours et avait pris des positions inconfortables en la portant toute la journée. Même si elle n’était pas lourde, ça lui avait fait un peu mal, mais pas suffisamment évidemment pour qu’il le cite.
Il était allé prendre une douche pour se détendre et fut tout surpris, une fois de plus, en revenant, de trouver sa compagne en train de faire de la magie, toute fière et de progresser encore… si vite, fulgurante de vivacité et de détermination. Passé la seconde d’incompréhension, il avait souri, l’observant avec attention et admiration, ne cherchant nullement à l’arrêter, très fier de ses efforts et ne voulant surtout pas la freiner en si bon chemin, ne sachant que trop bien que seul l’effort la ferait progresser et guérir rapidement.
Néanmoins, le visage sérieux, il finit par rapidement la rejoindre et l’enlacer, glissant son visage une fois de plus dans ses cheveux pour cacher ses joues rouges, son corps tremblait légèrement alors qu’il la pressait contre lui, ne brisant pas pour autant sa magie, comme si son corps n’y faisait plus obstacle. C’est un murmure qu’il laissa couler jusqu’à son oreille, d’une voix étrangement grave et peu assurée.

- Tu es tellement forte ma princesse… Tu vas y arriver, je le sais.

Rien de plus… Il reste un instant comme ça, sans bouger puis s’éloigna, comme si de rien était, évitant de la regarder alors qu’il savait qu’elle le fixait de ses yeux ronds de surprise, et qu’elle fixait en particulier son teint encore légèrement coloré. Décidément ces quelques jours de convalescence leur faisait le plus grand bien à tous les deux.
C’est nonchalant qu’il se vautra paresseusement sur leur lit et l’observa, encourageant ses efforts, la tête dans le vide, allongé sur le dos, les yeux dégagés pour une fois. Elle progressait et peut-être au final que lui aussi. D’ailleurs n’était-elle pas rassurée sur eux deux à le voir comme ça ? Ne semblait-il pas humain, plus tendre, joueur et gentil que la majorité des humains justement ?

Le guérisseur était revenu plus tôt que prévu et avait dû s’asseoir, les yeux ronds en constatant les progrès de la jolie jeune femme. D’ailleurs celle-ci, ravie toute sage, attendait patiemment qu’il finisse de l’examiner et ne cessait de jeter des regards à son compagnon quand le guérisseur faisait un de ses nombreux commentaires positifs. Le regard de fierté, d’admiration et de tendresse que lui renvoyait alors Tristan devait être une suffisante récompense pour ses efforts vu sa mine radieuse.
C’est vrai qu’il l’aidait beaucoup, insistant pour masser plusieurs fois par jours ses épaules, et son dos, du moins ce qu’il pouvait toucher sans risquer de lui faire trop mal. Ses efforts et la guérison la forçaient en effet à se crisper et elle était bien souvent très nouée. Pratique d’avoir un masseur à portée de main… et curieusement, il semblait s’améliorer, ayant vraiment du temps pour apprendre pendant ces longs instants quels mouvements de ses mains détendaient le plus sa compagne. Mais même s’il l’aidait, c’est elle qui progressait, avec sa volonté de fer, sa détermination, son envie de guérir et aussi le fait qu’elle soit rassurée sur sa relation avec le grand Drakkari, elle guérissait tellement vite et bien. Il ne disait rien mais admirait en silence, troublé par une chose qu’il ne pouvait avouer… Une chose à laquelle il ne s’attendait vraiment pas et qui le mettait tellement à mal ces derniers temps. Pourquoi avait-il commencé brusquement à rougir et à être plus sensible aux contacts et réflexions de sa jolie compagne ? D’accord, ils ne faisaient pas grand chose en tant que couple ces derniers temps et ça devait lui peser… mais quand même, ça ne devait pas avoir une si grande incidence ! Et puis… c’était lui qui évitait toujours que les choses n’aillent trop loin, certainement pas elle et ses hormones en folie !

Finalement, le guérisseur avait demandé au jeune homme de sortir, voulant continuer d’ausculter la jeune femme, ce qui nécessitait apparemment qu’elle se déshabille en partie et il voulait tester sa rééducation ce qui risquait de prendre du temps. Savait-il qu’ils étaient ensemble ? Probablement le voyait-il à leurs échanges de regards et pourtant… il avait demandé au jeune homme de sortir, surprenant son léger rougissement dès qu’il en évoqua la raison. Tristan ne se fit pas prier et embrassa le front de sa compagne, lui disant gentiment qu’il allait en profiter pour donner un de ses cours actuellement en retard.
Il y mettait du coeur là dedans… D’accord, il avait laissé tomber un peu les Cheistams pour l’instant, même si plusieurs fois la jolie capitaine était venue à l’Académie pour lui parler. Mais ses cours, il continuait de les assurer, au moins en partie, donnant des exercices à réaliser à défaut de pouvoir les exécuter avec ses élèves.
Ce furent donc les lutines qui prirent le relais quand le guérisseur partit, se faisant présentes et attentives auprès de la petite mage même si elle n’avait plus vraiment besoin d’aide pour se déplacer tant elle persévérait et progressait.
Sans doute avait-elle pris tranquillement sa douche en solitaire, pensant tranquillement au moyen de fêter ses progrès. En tous les cas, Tristan ne l’avait pas croisée aux douches et c’est tout naturellement et tranquillement qu’il entra dans leur chambre. Ca se voyait qu’il sortait de la douche justement… Il savait faire beaucoup de choses et était même talentueux dans pas mal de domaines mais apparemment se sécher correctement était une capacité qu’il lui manquait… ou alors était-ce pour paraître encore plus sexy ? Ses cheveux un peu humides encore retombaient comme souvent ces derniers temps sur ses yeux et son torse était encore plein de petite gouttelettes d’eau. Ses vêtements à la main, il ne portait en tout et pour tout que la serviette qu’il avait nouée autour de ses hanches… un peu bas d’ailleurs et s’était sans le moindre doute promené ainsi dans le couloir sans éprouver une quelconque gêne, même s’il avait croisé quelqu’un.

- Lut ! Alors le guérisseur a dit q… ghhhhhhhhhhhhhhh ???!!!… C… Cassy… ???

Naturel, simple, il s’était brusquement figé sur place alors qu’il refermait la porte, ses yeux se posant sur l’adorable jeune femme allongée sur leur lit qui lui faisait un sourire des plus séducteurs. Le jeune homme vira au cramoisi en moins d’une seconde et détourna aussitôt les yeux. Euh… oui… pourquoi pas ? Une attitude de plus qui ne lui ressemblait pas !

- Ca… Cassy ! Qu’est ce que tu fais ? Hum… tu… tu ne devrais pas… hum… cette tenue est un peu… tu… tu vas attraper froid. Je… je t’ai interrompu en plein essayage ? P… Pardon… je… je sors.

Sortir ? Pourquoi sortir ? Et pourquoi croyait-il ou voulait-il croire que c’était un essayage ? Qu’elle ne l’attendait pas lui, réellement dans une tenue… très mais alors très tentante. Pourquoi rougissait-il comme ça.
Elle allait beaucoup mieux. Pourtant il fut surpris par sa vivacité quand alors qu’il essayait de sortir elle l’enlaça, collant sa poitrine contre son dos, le figeant sur place. C’est d’une petite voix timide, adorable, levant un visage innocent vers lui qu’elle avait demandé si elle ne lui plaisait pas ainsi. Etait-ce une demande sincère ou avait-elle compris qu’il était troublé et en jouait-elle ? Difficile à dire, son compagnon semblant perdre tous ses moyens devant la bouille adorable levée vers lui. D’ailleurs il n’avait même pas pu réfléchir, s’empêcher de se pencher sur elle et de l’embrasser passionnément, s’étant retourné, la pressant bien vite contre son torse alors qu’il murmurait d’une voix hachée, tremblante qu’elle lui plaisait au contraire « un peu trop ». Elle avait souri contre ses lèvres, le taquinant en lui demandant plus de précision, remarquant à quel point il semblait aussitôt perdre de nouveau ses moyens. Allons bon… à croire qu’ils étaient revenus aux tous débuts de leur relation sauf que cette fois… les rôles de timide et de provocateur étaient inversés. Il marmonnait, s’agitait un peu et perdit évidemment sa serviette, ce qui eut pour effet d’enfin rétablir la donne… Elle se mit à rougir à son tour, ne pouvant probablement toujours pas s’en empêcher. Cela dut aider le jeune homme à se ressaisir car il se refit provocant, la soulevant de terre sans le moindre problème en la ramenant vers leur lit en souriant, arguant que le petit oiseau blessé qu’elle était devait faire un peu attention quand même et que cette robe n’était qu’une invitation à la déshabiller… Elle avait souri, il en était certain, mais n’avait rien dit. Ils s’étaient embêtés, taquinés l’un après l’autre, embrassés beaucoup aussi. Il était toujours sur ses gardes néanmoins et ne risquait pas de céder, trop inquiet, même si l’envie était là, comme toujours évidemment.
Sauf qu’elle avait plus d’un tour dans son sac et devait bien remarquer la réserve du jeune homme alors que son corps le trahissait tandis qu’il caressait une de ses hanches en l’embrassant dans le cou. Peut-être mit-elle cela sur le fait qu’il s’inquiétait pour son dos mais elle contourna rapidement le problème, intelligente comme toujours. Elle allait mieux et il était temps d’en profiter. Elle s’agrippa fermement à sa nuque, ce qui le fit frissonner mais pas autant que les phrases crues, provocantes et terriblement excitantes qu’elle lui glissa tout bas à l’oreille. Il se crispa un peu, serrant le drap du lit sous elle, fermant les yeux. La vérité… c’est que ce qu’elle venait de dire… oh ça le rendait encore plus dingue et ne pas céder était bien difficile, un vrai combat. Elle effleura alors ses lèvres des siennes, devenue bien trop experte en la matière avant de lui glisser avec un sourire qu’il avait toujours… une certaine promesse à tenir, celle de son anniversaire.

Tristan avait rouvert les yeux aussitôt, complètement piégé alors qu’un silence s’installait brièvement entre eux. La panique se lut dans ses yeux alors qu’il se trouvait complètement piégé. en réalité, bien sûr, il mourrait d’envie de faire l’amour avec sa chère et tendre, son corps lui manquait à un tel point qu’il ne pouvait s’empêcher de laisser ses pensées vagabonder, même conscient, mais il craignait toujours de la blesser par rapport au bébé, et en plus il y avait son dos aujourd’hui et… et… sauf qu’il tenait toujours ses promesses, elle le savait et… il lui en avait fait une, qu’elle utilisait diablement bien contre lui. Il balbutia quelques paroles pour la dissuader mais elle l’embrassait dans le cou. Il gémit, désarmé, céda, reconnaissant qu’elle en vienne à utiliser cette promesse qui le déculpabilisait un peu et le libérait tellement.
A peine se fit-il sérieux d’ailleurs qu’elle se mit aussitôt à briller, ayant remarquer probablement dans ses yeux orangés la lueur de désir si significative d’une nuit éprouvante mais tellement agréable qu’il avait à chaque fois. Cette fichue lueur qu’il n’avait plus ces derniers temps, pas en face d’elle en tous les cas.
Pourtant, il faisait attention, très attention. C’était comme leur première fois, il insistait pour qu’elle ne fasse rien, se laisse faire, pour qu’il gère, qu’elle se détende. Alors d’accord, ce n’était peut-être pas leur jeu amoureux d’échanges torrides et de mini combat de domination consentie mais c’était quand même… merveilleux, comme toujours entre eux et ça leur avait tellement manqué qu’ils semblaient l’un comme l’autre un peu trop sensibles et soulagés en même temps. Tristan était plus doux que d’ordinaire, la câlinant plus que de raison, l’embêtant, la torturant de ses caresses et de ses baisers, s’amusant à la faire tourner en bourrique par des coups de bassin trop lents alors même qu’il se torturait lui-même ainsi. Ils riaient, s’embrassaient, heureux… Finalement, il s’endormit tout contre elle, blotti comme un enfant trop grand contre sa poitrine alors qu’elle lui caressait les cheveux. Un beau sourire apaisé éclairait le visage du grand jeune homme dans son sommeil alors que ses effleurements sur sa tête lui tirait de légers gémissements.
Eux deux, c’était… spécial.

Le lendemain, étrangement, il semblait rayonnant de bonheur, encore plus qu’avant et était d’autant plus câlin, enfin un peu plus détendu… naturellement tout simplement. Mais ils devaient quand même.. faire attention.
Le temps passait, elle marchait quasiment toute seule sur de longues distances désormais. Il y avait eu alors ce séjour dans une autre ville, pour une affaire de lettre. Tristan suivait bien gentiment comme toujours. Une halte pour le retour, une taquinerie avec de la nourriture alors qu’il souriait, se prêtant au jeu, la laissant effleurer ses lèvres dans une caresse tentante. Mais sentir ses mains sous sa chemise et entendre les paroles de la belle jeune femme mirent très vite une toute autre idée en tête chez le jeune homme que celle de « simple moment de tendresse ». Il se crispa légèrement puis sourit, la poussant sans prévenir dans l’herbe, la retenant tout de même dans sa chute, se glissant au-dessus d’elle, provocant et un brin… menaçant, pour jouer, s’approchant très près de son visage.

- Hum ? Je ne vois pas trop comment je pourrais aider. Tu as une idée toi ?

Il sourit alors qu’elle le repoussait avec une sacrée force quand même, se retrouvant d’autorité au-dessus de lui, vautrée sur son torse en le surveillant du coin de l’oeil, le laissant loucher sur ses lèvres et son décolleté. Elle se pencha sur lui pour l’embrasser légèrement, le frustrant, lui faisant un clin d’oeil avant de faire mine de réfléchir. Il éclata de rire puis se figea d’un coup avant de la repousser brusquement. D’une torsion de la hanche, il avait roulé sur le côté en la pressant contre lui avant de l’éloigner du même mouvement et de se redresser d’un bond. Il y avait juste eu un sifflement et la jeune femme devait fixer avec des yeux ronds l’énorme épée plantée dans le sol à l’endroit même où ils étaient allongés l’instant d’avant.
Dans le prolongement de l’épée, énorme, étrangement familière, une main, puissante, attachée à un poignet cerclé d’un bracelet de force couvrant tout l’avant bras de son porteur, au bout de celui-ci un biceps impressionnant à faire pâlir le maitre de Tristan, véritable colosse pourtant. Un homme torse nu, dans une position d’attaque parfaite, penché légèrement en avant, le visage en partie caché par ses cheveux qui masquaient ses traits dans l’ombre qu’ils y jetaient. Pantalon de cuir sombre brillant d’un étrange éclat, hautes bottes qui semblaient particulièrement souples, ceinture épaisse ceinturant un pantalon porté très bas, torse parfaitement sculpté… mais à l’excès, large, puissant qui inspirait une montagne infranchissable, épaules si larges qu’on aurait pu poser un verre dessus sans craindre de le faire tomber même en bougeant, abdominaux très prononcés, couverts de cicatrices, dont… une, très grande en forme de X qui semblait étrangement profonde et récente. Un sourire éclaira le visage de l’inconnu, aux dents blanches éclatantes, un sourire aux canines trop longues et trop pointues pour être humaines alors qu’une voix grave, caressante, provocante, bien connue chuchotait.

- Pas mal gamin…

L’homme se redressa, relevant comme si elle ne pesait rien son énorme épée qu’il posa en appui sur une de ses larges épaules. Elle semblait fumer légèrement et c’est un véritable sillon net, précis qu’elle avait laissé dans le sol… l’herbe autour, verte pourtant, brunie, brûlée à certains endroits. L’autre bras ballant il toisa le petit couple alors que Tristan, accroupi s’était placé devant sa compagne qui s’était également redressée, surprise mais vive et observait leur agresseur par dessus l’épaule de son compagnon. Le Drakkari en question se relevait déjà, avant même d’apercevoir le visage de l’homme, se mettant en garde, prêt à se battre, constatant avec une surprise certaine que l’inconnu… mesurait bien presque une tête de plus que lui, dépassant certainement les deux mètres. Sauf que le jeune homme se figea, écarquillant les yeux, totalement pris au dépourvu, tout comme sa compagne alors que l’inconnu les toisait avec un sourire plein de provocation, sadique presque…

La différence était énorme certes mais… quand même ! C’était impossible une telle ressemblance. Car devant le petit couple se trouvait… Tristan qui semblait s’amuser de leur surprise, haussant légèrement un sourcil aussi noir que son épaisse crinière de cheveux qui défiait plus que jamais les lois de la gravité, dressée sur sa tête, cascadant jusqu’en bas de ses omoplates, maintenue attachée par une cordelette au niveau du haut de sa nuque. Un oeil orange, l’autre bleu clair, le côté de son visage de cet oeil différent avait été sacrément amoché vu les cicatrices qui le marbrait, en forme de griffures, de brûlure qui avait laissé des traces. Une longue cicatrice très fine partait carrément du côté gauche de son visage, celui de l’oeil orange jusqu’au bas de sa mâchoire, à droite, descendant dans son cou jusqu’à la naissance de son épaule. Ses oreilles pointues avaient considérablement poussées, plus longues encore que celles des elfes pure race anciens, sa peau bronzée luisait légèrement, preuve de la présence de petites écailles hérissées prêtes à servir pour le défendre. Un très léger bouc complètement blond doré lui marquait légèrement son menton, mais très légèrement, le faisant paraitre plus viril et plus âgé que ce que le visage imberbe de l’actuel Drakkari supposait. Démesurément plus grand et plus musclé, il était beaucoup plus impressionnant que son colosse de maitre et d’autant plus effrayant, ses yeux brillaient de l’excitation du tueur, sa main droite se serrant un peu plus sur le manche de son épée. Son corps était couvert de cicatrices qui semblaient anciennes, preuves de nombreux combats.
Le jeune couple était sous le choc, aussi pâle et surpris l’un que l’autre, bégayant leur incompréhension, ne parvenant pas à formuler une seule phrase. L’homme qui ressemblait à Tristan sourit et attaqua avec  une fluidité et une rapidité surprenante, visant ouvertement la jeune femme qui se redressait.
Le Drakkari réagit aussitôt voulant le bloquer, vif et reprenant totalement contrôle de lui-même, oubliant la surprise et tout le reste, agissant par instinct. Il voulut le bloquer, il savait qu’il y arriverait, son adversaire arrivait de face après tout, impossible de le manquer. Pourtant, c’est avec une vitesse inhumaine que l’homme, trop lourd, trop imposant pour bouger ainsi, le passa sans la moindre difficulté, s’écartant juste d’un pas, de quelques centimètres seulement, souriant. Tristan le vit passer à côté de lui alors qu’il allait lui-même encaisser le coup, abattre son épée énorme sur la petite mage désarmée.

Il s’entrainait beaucoup ces derniers temps et les entrainements des Cheistams l’aidaient beaucoup, il avait énormément progressé, surtout en vitesse et le prouva à cet instant, parvenant à faire une rotation sur une de ses jambes et à se reglisser immédiatement devant l’agresseur, trop près pour que l’autre puisse l’éviter cette fois. Pourtant le brun freina considérablement sa course, remettant aussitôt son pied, un instant plus tôt d’appui, devant lui, s’arrêtant totalement. Malgré cela, il heurta Tristan. Sauf que s’ils avaient exactement le même appui tous les deux, leur réaction face à l’impact ne fut pas du tout la même. L’homme bougea à peine tandis que Tristan était projeté au sol, un craquement sourd se faisant entendre au moment où son épaule entrait en contact avec le bras de son adversaire plus grand. Il serra aussitôt les dents, une douleur terrible l’élançant immédiatement. Il n’avait pourtant pas le bras cassé, alors pourquoi… ?
Il baissa les yeux et les écarquilla, ses doigts étaient poisseux de sang alors même qu’il n’avait que de toutes petites, fines égratignures mais…un énorme bleu se formait déjà sur sa peau. Quoi ???? Si vite ?!!!! Il releva les yeux, surprenant l’éclat sur la peau de l’homme debout. Il avait… hérissé des écailles, comme des armes ? Si vite ? le laissant s’embrocher lui-même sur ces fines aiguilles ? Alors que pour sa part il devait énormément se concentrer pour réussir ne serait-ce qu’à absorber un peu les coups… l’autre avait fait les deux ???? S’était protégé et défendu… si vite ? Instinctivement ????

Ce premier échange n’avait pas duré cinq secondes, tout se passant avec une rapidité ahurissante qu’un simple humain n’aurait jamais pu suivre… heureusement que la petite mage avait quand même un peu d’expérience dans les événements totalement imprévus et surprenants mais elle aussi était sous le choc et ne suivait que bien difficilement. Il se redressa d’un bond, se plaçant devant elle, ayant surpris le regard de son étrange double posé sur lui d’abord avec un certain amusement puis sur la jeune femme plein de hargne, de haine, de violence à peine contenue.

- Va t-en Cassy !!! Tout de suite !!!!

C’est ce que le jeune homme avait hurlé alors que le brun bougeait de nouveau, de la même façon. De la même façon Tristan chercha à le bloquer, même si c’était sur l’autre côté cette fois, de la même façon l’autre esquiva, de la même façon il l’arrêta encore, essayant de faire appel à ses propres écailles. Il n’y parvint pas… De la même manière il fut projeté au sol alors que son autre épaule se faisait blesser. Cassidy avait crié son nom, s’était redressée, approchée. Il la repoussa sans ménagement, ayant juste le temps d’essayer de faucher les jambes de l’autre qui réattaquait déjà. Il l’évita d’un saut… totalement inhumain, avec tellement d’élan qu’il atterrit beaucoup plus loin, lui même un peu surpris apparemment et agacé que son saut groupé et donc sans effet l’envoie si loin du couple. Tristan avait plongé la main dans sa sacoche, en tirant son épée qu’il avait toujours sur lui à défaut de dans son dos, poussant vivement Cassidy loin de lui.

- VA T-EN !!!!!!!

Sentant-elle la peur, l’urgence dans sa voix ? Avait-elle vu, repérée ce que lui avait vu ? A savoir… à quel point cet homme qui lui ressemblait était fort, dangereux ???? Elle ne l’aurait jamais laissé seul face à ce danger, jamais, il le savait… Le brun aussi vu son sourire moqueur alors qu’il s’avançait vers elle encore une fois. Tristan se redressa, se plaçant entre eux et arrêtant cette fois de sa lame celle de son ennemi. Il y était allé à deux mains, de toutes ses forces, sautant littéralement sur le côté pour empêcher l’attaque de front qui visait sa compagne. L’autre n’y allait qu’à une main. Pourtant, il savait même avant de la toucher, d’instinct qu’il allait échouer. Il sentait que son adversaire pouvait esquiver, plus rapide que lui malgré sa carrure, bien plus rapide que lui. Et réattaquer aussitôt. Même s’il le stoppait un peu, Tristan serait blessé une fois de plus alors que l’autre n’avait rien, pas la moindre égratignure. D’ailleurs il sentait, de ce même instinct, que l’homme n’avait pas besoin de s’arrêter, il aurait pu continuer son attaque, aurait totalement alors déboité l’épaule de son adversaire à tous les coups, pourtant il s’arrêtait… il… jouait. Cet homme n’avait rien d’un homme… outre le fait qu’il lui ressemblait énormément, il sentait comme… un dragon…
Bref, une contre-attaque de plus ratée. Malgré sa force et son élan, il ne valait rien face au brun dont le bras s’abaissa à peine sous la puissance du choc alors qu’un bruit terrible de métal s’élevait dans la plaine, faisant s’envoler des oiseaux dans un périmètre de trois cents mètres au moins. Tristan sentit pour sa part ses deux bras repartir au-dessus de sa tête, le choc ayant fait rebondir sa lame alors qu’il n’avait pas le moindre contrôle dessus, contrairement à l’autre. Il s’était trop approché dans cette attaque. Le brun bougea un peu, déviant sa lame mais lui entaille tout de même le côté du ventre. S’il n’avait pas bougé son arme néanmoins, l’inconnu l’aurait embroché, ni plus ni moins !
Elle essayait d’incanter derrière lui, d’appeler un Alanir surpris et récalcitrant sans doute mais conscient de la situation de dominé total que vivait le compagnon de son hôte. Tristan cria un autre de ses ordres.

- Va t-en ! Protège le bébé !




Le bébé… Ces derniers jours il s’était fait tellement plus proche de ce côté là, il caressait son ventre… Et puis le jour de son anniversaire, le soir, il avait fait tellement mieux. Ce n’est pas pour rien qu’ils s’étaient endormis si vite. Après tout, alors qu’elle assise sur le lit, il s’était agenouillé par terre, caressant son ventre du bout des doigts, ventre qui s’arrondissait à peine et avait approché son visage, un peu intimidé avant de commencer à parler d’une voix… touchante.

- Euh… salut toi. Je ne sais pas encore trop ce que tu es… un petit gars ou une fillette mais… je… je t’aimerai quoi que tu sois. Je sais… que j’ai été nul jusque là, mais j’avais un peu les jetons en fait, ça me fait très peur tout ça… de pas être à la hauteur et tout mais…je… j’aime ta maman, plus que tout au monde et… et même si c’était pas prévu, je t’aime toi aussi et… et j’ai hâte de faire ta connaissance. S… S’il te plait… Ne… ne me repousse plus. Je ne veux pas te voler ta maman, je veux juste l’aimer et la protéger. S’il te plait, donne moi une chance, ne me repousse pas, laisse moi l’occasion de te prouver que je t’aime aussi…laisse moi démolir ces légendes, ces préjugés… je veux être… ton papa, être là à chaque instant de ta vie. Je veux rester avec vous… multiplier mon amour. Et tu ne comprends probablement pas un mot de ce que je dis… mais… mais au moins je l’aurai dit.

Il s’était redressé tout rouge et pataud, conscient qu’à défaut d’une compréhension des mots, le bébé pouvait percevoir sa tendresse et le fait qu’il avait arrêté de se méfier aussi. Cassidy n’avait rien dit, se contentant de l’enlacer mais il avait surpris des larmes au coin de ses yeux, les ignorant, trop gêné pour parler…


Le bébé comptait. Elle devait penser à lui avant tout. Ca au moins, ça sembla la réveiller et la faire réagir même si tout dans son visage exprimait son refus de s’éloigner de son compagnon. Etrangement, le grand brun s’était figé, posant son regard étrange sur le ventre de la jeune femme. Une haine sans nom s’afficha sur son visage, déformant ses traits charismatiques malgré ses cicatrices, il repoussa Tristan qui lui barrait la route avec une facilité déconcertante, faisant partir son poing fermé sur le manche de son épée vers son visage, lui cassant le nez direct d’un seul coup alors que sa main libre s’ouvrait, crispée et semblait se transformer, pleine de griffes, lui déchirant le torse comme si c’était du beurre. Le jeune homme trop surpris ne hurla même pas, repoussé directement dans l’herbe alors que de légères gouttelettes de sang semblaient voleter autour de lui… Même pas deux secondes pour faire ces gestes. Il n’avait pas le temps de se lever, pas le temps de la protéger. Il eut juste le temps de se redresser sur un coude, le torse et le visage ruisselant de sang, voyant sa compagne prise au piège, la lame s’abattre sur elle… Non… non…

Un énorme bruit de gong se fit entendre alors que l’épée heurtait un champ de force doré d’une puissance incroyable, juste autour de la jeune femme. Cette fois-ci, elle rebondit totalement. Il avait frappé si fort que son arme s’échappa de sa main et vint se ficher à quelques centimètres à peine du Drakkari blessé qui pâlit. c’était… son épée… mais cette lame était noire… totalement noire… Ces cheveux aussi… Qu’est ce que…

S’il semblait en colère à l’entente de l’existence du bébé, le brun parut tout à coup hors de lui, faisant volte face, bien plus vite que ses agressés qui suivaient son regard et restaient totalement scotchés sur place. Là, sous leurs yeux il y avait… une autre Cassidy… Une… QUOIIIIIII ????!!!!!!
Différente… Ils ne comprirent pas du tout ce qui se passait, n’en eurent pas le temps. Le brun attaqua, à mains nues, son corps brillant légèrement alors que d’épaisses écailles le recouvraient comme une armure, des pointes menaçantes, de dragon assurément cette fois alors qu’il tentait de frapper. Elle était rapide aussi… et avait apparemment déjà préparé ses incantations, ses pièges. Le sol s’amollit sous les pieds de l’attaquant, des branches et racines d’arbres surgissant de partout pour l’attraper et le ligoter alors qu’il hurlait, une rage sans mesure, des torrents d’eau déferlaient comme pour le noyer, des armes blanches étaient apparues brusquement dans les airs tout autour de lui, s’abattant violemment dans un torrent de poussière et de bruits métalliques. De si nombreuses runes, tracées à une si grande vitesse alors qu’elle commandait chacune de ses actions avec calme et vivacité. Sauf que ça n’avait duré qu’un très très très bref instant, déjà, elle semblait… disparaitre pour se retrouver auprès des deux jeunes gens, un Tristan figé sur place, une Cassidy tout aussi surprise mais déjà agenouillée aux côtés de son compagnon, terrifiée par ses blessures pourtant peu graves. Elle les effleura chacun d’une de ses mains… et ils disparurent.

Cette disparition vive, très rapide, bien plus que les transports en portail leur souleva le coeur alors que tous deux se retrouvaient debout, dans une caverne aux côtés du double de la jeune blonde. Ils s’écroulèrent à genoux au sol tous les deux, Tristan crachant du sang, Cassidy nauséeuse mais le soutenant déjà, inquiète probablement.

- C’était juste…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Deux mondes, un choix : destruction...   Mer 30 Avr - 22:53

Ils tournèrent tous les deux la tête vers la jeune femme qui parlait et la dévisagèrent, Tristan très très pâle, repensant probablement à la fois où il avait trompé sa belle compagne avec une autre, qui lui avait volé son apparence, son regard passant de l’une à l’autre avec une terreur palpable. Elle s’en rendit compte, enfin l’inconnue, car elle sourit, apaisante.

- Ne t’inquiète pas, tu ne te trompes pas. Elle est Cassidy… moi aussi mais celle qu’elle risque de devenir d’ici cinq ans. Je vais vous expliquer. Tu es fou d’avoir tenté de te combattre. Je te connaissais meilleur observateur. Tu aurais tout de suite dû voir que tu ne pouvais pas le vaincre, qu’il ne te tuerait pas… mais te blesserait assez pour… enfin…

Ils ouvraient la bouche comme des poissons hors de l’eau, totalement sous le choc et figés comme des statues, Tristan ayant complètement oublié la douleur de ses blessures pourtant légères. De… quooooooiiiiiiii ????!!!!! Devenir ? Cinq ans ? Deux Cassidy ? Se combattre soi-même ? Tuer ? Hein ?! Mais elle ne leur laissa pas le temps de se remettre du choc, ordonnant ni plus ni moins à Cassidy de soigner son compagnon. Ils sortirent un court instant de leur mutisme figé et elle l’embrassa aussitôt, se souvenant de ses blessures, faisant fi du sang qui ruisselait sur son visage. Etrangement cela fonctionna mieux que jamais, son nez se ressoudant aussitôt, les blessures disparaissant de son torse et les bleus s’effaçant, comme si la présence de cette autre Cassidy aidait, même si elle fixait le couple qui s’embrassait avec… une douleur certaine. Ils s’en rendirent bien compte quand ils se tournèrent vers elle alors que Tristan enlaçait sa compagne compulsivement, inquiet, protecteur. Pas le temps de poser la moindre question. Elle ouvrit la bouche et leur raconta l’histoire la plus surprenante, la plus absurde qu’ils aient jamais entendu…

Elle venait du futur. De leur futur… et leur raconta ce qu’elle avait vécu, ce qu’ils allaient vivre si rien n’était changé. Elle parlait bien, les mimiques semblables à celles de Cassidy mais son visage était différent. Quelque chose… s’était brisé en elle, la joie n’existait plus, l’amour non plus probablement, ou alors bien caché. Petite coquille vide. Ces cinq ans l’avaient beaucoup marquée, d’innombrables combats, de guerres. Elle leur raconta leur amour… Elle leur raconta leur participation à des combats et la fois où tout avait dérapé. Elle n’était pas enceinte depuis si longtemps, ça aurait dû arriver dans peu de temps. Elle était avec lui pour son adoubement. Il y avait eu une attaque. Il s’était battu, avait été grièvement blessé, à la merci de son adversaire. Elle était intervenue avec sa magie alors même qu’elle combattait déjà de son côté. Elle en avait trop demandé à son corps… mais elle tenait le choc. Seulement sa magie avait attiré les dragons/monstres corrompus des Kaärs qui s’étaient jetés sur elle. Il avait essayé de la protéger, il était blessé, ça ne servait à rien. Elle avait peur de ces bêtes, elle leur en voulait aussi, elle les détestait après tout. Alanir était intervenu aux yeux de tous dans un combat sans merci, la protégeant, la sauvant… mais elle avait été terriblement blessée aussi. Elle avait perdu le bébé… et Alanir.
Quand elle s’était réveillée, le manque avait été immédiat même si elle semblait encore sous le choc et ne pas comprendre, elle l’avait appelé son dragon, tout en touchant son ventre d’un air choqué et vide. Tristan était là… Il n’avait rien pu faire. Elle était devenue folle, totalement. Un mois dans le coma avait suffi à lui faire retrouver ses forces et elle avait alors acquis et dépassé des capacités que le plus puissant mage aurait trouvé terrifiant. Elle ne s’étendait pas sur ce qui s’était passé… Si ce n’est que sa magie s’était étendue et avait fait énormément de mal. Des monstres avaient été réveillés, des démons avaient eu accès à leur monde, librement, sans passer par le biais d’humains, sans qu’on puisse l’expliquer, sans qu’on puisse déterminer comment une magie, n’importe laquelle d’ailleurs pouvait être responsable de ceci. Il avait voulu l’arrêter, elle ne l’avait pas reconnu, l’avait blessé si grièvement qu’il aurait dû mourir et il n’avait dû qu’à l’éboulement du bâtiment dans lequel ils se trouvaient, sa survie face à la magie destructrice qui avait anéanti tous les autres êtres vivants autour d’elle. Leur lien s’était déchiré, en grande partie. Elle s’était échappée, elle ne savait trop comment, avait semé le chaos. On avait tenté de l’arrêter, de la contrer, de la combattre… Elle ne savait plus elle-même qui elle cherchait à venger, comment sa raison avait pu lui échapper. Toute cette période, elle semblait la raconter comme si elle l’avait vécue en retrait, victime de son propre corps, emprisonnée dans sa propre raison. C’était probablement le cas. On devait l’arrêter. Tous s’étaient entraidés, les dragons apportant leur contribution aux humains. Ils avaient aidé à sauver Tristan, un Tristan à peine remis de ses blessures et de celle, la pire de voir son aimée ne plus le reconnaitre, le blesser. Il avait changé… trop brutalement. Ils avaient mené leur premier combat, elle l’avait massacré sans peine mais avait détourné un peu sa colère d’autrui. Pendant trois ans et demi ils s’étaient combattus. Etait-ce donc cela le dessein des dieux. Combattus, déchirés l’un l’autre…
Le monde avait changé, s’était transformé… Finalement ils avaient réussi, à plusieurs à la vaincre et à sceller ses pouvoirs… en grande partie. Elle avait totalement repris conscience de sa vie, d’elle même, et avait passé des jours à pleurer dans un cachot, enfin pour toutes les pertes qu’elle avait subies, pour tous les crimes qu’elle avait commis… bien malgré elle. Un conseil s’était réuni, on l’avait acquittée, son maitre intervenant pour la protéger, beaucoup voulant la voir survivre, aider à reconstruire leur monde détruit, se souvenant de qui elle était et de ce qu’ils lui devaient. Seuls les dragons s’étaient prononcés favorablement sur son exécution… dont Tristan. Elle avouait ne pas l’avoir reconnue et avoir senti les derniers fils de leur lien se briser quand il avait jeté un regard de dégoût et de haine sur elle quand elle avait été libérée. Il la haïssait, du plus profond de son être, mais elle n’avait pu le voir qu’à présent que la folie l’avait quittée et qu’elle était de nouveau victime de ses sentiments humains. Près de deux ans pour reconstruire leur monde, le remettre en état. Beaucoup la détestait parmi les survivants… d’autres s’opposaient à cet avis, arguant que ce ne pouvait pas être elle. Quel choc lorsqu’elle avait découvert que sa folie qui n’était en réalité pas vraiment dirigé vers autrui avait en réalité permis le renaissance de monstres, l’invasion de démons et donc qu’indirectement… elle avait été l’élément moteur pour une progression fulgurante des Kaärs. Les dragons, les guerriers s’étaient battus pour freiner cela, mais c’était elle aussi qu’il fallait éliminer, elle et son incroyable pouvoir dont se nourrissait cette armée du mal, sans qu’on explique comment, sans qu’on explique pourquoi. Les yeux de la jeune femme, endurcie et détruite par toutes ces horreurs se remplirent brièvement de larmes lorsqu’elle annonça la mort de ses parents suite à une attaque, la destruction de l’Académie, l’exécution barbare de tous les étudiants, le viol collectif des étudiantes… Toutes ces horreurs dont elle se sentait apparemment totalement responsable. Elle n’avait eu de cesse de reconstruire, de se plonger dans ce travail pour oublier, au point de s’en rendre malade, de perdre la santé, le sommeil. Les dragons avaient prospéré, se multipliant comme si la présence d’ennemis devait forcer leur présence. Mais ils avaient envahi le monde des humains, égoïstes, plus plein de suprématie que jamais, imbus, réclamant paiement constamment pour leurs actes à une population déjà bien éprouvée. Cassidy avait alors réussi à refaire de la magie… une bonne magie, à force d’efforts et de soutien. Elle avait commencé à reconstruire, plus vite, mieux… à aider à repousser les Kaärs, subissant les blessures comme si de rien était… Les dragons s’inquiétaient de sa puissance qu’ils convoitaient pourtant. Ils avaient demandé à Tristan de l’éliminer, il avait intenté à sa vie, directement, dans la chambre qu’elle occupait chez son maitre. Elle l’avait laissé faire. Avait voulu du moins. Le maitre était intervenu, avait réussi on ne sait comment à repousser le Drakkari devenu dragon, extrêmement puissant, redoutable. Celui-ci avait alors annoncé avec un sourire mauvais qu’il tuerait alors la jeune femme avant qu’elle ne devienne un danger. Et elle ne savait trop comment, il avait réussi à rallier suffisamment de mages à sa cause pour créer un portail… remonter le temps et venir la trouver, la tuer, là… alors qu’elle était encore vulnérable et que le Tristan actuel était beaucoup trop faible pour la protéger. Elle avait réussi à créer avec son maitre son propre portail pour venir se sauver elle-même…

- Moi je ne voulais pas spécialement… Après tout ce que j’ai fait. C’était peut-être… mieux d’éviter tous ces morts, tous ces… Mais tu le sais aussi bien que moi Cassidy, notre maitre est malin, intelligent. Il a très vite compris que ce serait tout aussi désastreux, que l’histoire ne devait pas être réécrite mais que quitte à subir des distorsions, elle pouvait bien être « améliorées ».

Bien sûr, le vieil homme parlait toujours par énigme !!!! C’était probablement sa façon de dire que même s’ils n’en avaient pas le droit, vu que le Tristan du futur avait déjà changé le cours du temps, ils pouvaient essayer de le changer à leur tour, de l’améliorer et d’éviter tout ceci.
Les actuels jeunes gens étaient sous le choc, clairement. Mais alors que Cassidy était blême et désemparée par ces nouvelles, c’était dur de se parler à soi-même quand même !!!! Tristan tout aussi choqué pourtant, se releva et s’avança vers le double plus âgé. Elle portait de nouveau des tenues très couvertes, il sentait que cela ne cachait pas que sa féminité aujourd’hui mais aussi des cicatrices, au même titre que son propre double. Plus de lien… plus de guérison. Elle détourna les yeux, malgré ses cinq ans de plus, elle ne semblait pas plus à l’aise, au contraire, elle avait clairement honte et puis… le regarder devait être difficile pour elle alors qu’elle l’avait perdu. Sauf qu’il passa ses bras autour d’elle et l’attira contre son torse. Il ne criait pas, ne s’indignait pas… alors que derrière lui sa propre petite mage s’approchait, surprise. Les deux jeunes femmes durent avoir la même surprise de voir des larmes glisser sur les joues du grand jeune homme, mais si l’une eut immédiatement les yeux embués de larmes aux paroles prononcées, l’autre sourit d’un air entendu, reconnaissant celui qu’elle aimait sans doute.

- Pardon… de ne pas avoir su te protéger, te sauver… Ca n’arrivera pas Cassidy. Je te jure… Je te jure que je ferai tout pour changer ce futur ! Alors fais pas cette tronche ! Je vais botter les fesses de mon double, il ne touchera aucune d’entre vous et tout ira bien ! Fais moi confiance !!!!

Ce sourire de gamin sur son visage, ce sourire si tendre, innocent, plein de confiance et de certitudes… c’était probablement le plus beau des cadeaux à faire à ce futur blessé, éprouvé, démoli par toutes ses horreurs. Cassidy semblait encore un peu déboussolée de s’observer elle-même mais la même motivation brillait dans ses yeux. Très vite, ils organisèrent un plan. La Cassidy du futur, bien plus puissante, attirerait le Tristan du futur dans différents endroits, le sèmerait et le ferait tourner en bourrique aussi longtemps que possible. Pendant ce temps… Cassidy et Tristan devrait rejoindre la montagne et le temps dédié au dragon qu’elle avait visité quand elle cherchait à les retrouver, les approcher. Là bas, il devrait rencontrer ses pairs et devenir un vrai dragon pour pouvoir s’affronter lui-même, sinon, il n’aurait pas la moindre chance. Cela signifiait aussi qu’il devait abandonner son humanité, au risque prégnant de devenir glacial comme son double et plein d’instincts violents. Mais c’était la seule solution. Déjà, rien qu’en parlant de leur plan, ils durent changer deux fois d’endroits, le grand dragon brun les traquant efficacement.
Cassidy devait rester à l’abri quoi qu’il arrive, au risque de se faire prendre et que tout… ne devienne pire encore même si la Cassidy du futur ne disait rien à ce propos, ne voulant rien avouer…

Elle les déposa enfin à cette montagne… Et ils rencontrèrent les dragons. Curieusement, ils semblaient les attendre et s’ils se firent méfiants, agressifs en voyant et sentant la petite mage, tous se calmèrent en présent du Drakkari et nombreux furent ceux à… s’incliner devant le jeune homme à sa propre surprise. C’est une voix de dragon, d’un immense dragon bleu saphir, qui s’exprima mais que bien sûr la petite mage et son compagnon Drakkari comprenaient.

- Nous t’attendions jeune prince…

Des rugissements s’élevèrent de partout, ils s’étaient placés en cercle autour d’eux dans une vaste clairière et encore… ils n’étaient pas tous là. Tristan tremblait un peu contre sa compagne étrangement, pas de peur, d’une certaine impatience, son regard trahissant sa curiosité, ses attentes. Comprendre, apprendre…
Long discours pour leur expliquer la situation alors qu’ils jetaient tous un regard peu amen à l’humaine comme si elle n’avait pas le moindre intérêt à leurs yeux. Mais au moins, ils n’étaient plus en colère, surprenant bien assez la tendresse dans le regard que leur « frère » posait sur la jeune femme effarouchée et n’appréciant clairement pas d’être là. Ils promirent de l’aider, de le former, le temps manquait… il fallait faire vite, ce serait difficile. Ils s’installèrent dans une chambre dans le temps alors qu’on leur demandait de les rejoindre dans la grande salle à manger, ancienne salle à manger plutôt, un peu plus tard. Les dragons, même si la salle était immense ne rentreraient jamais à plus de cinq ou six… mais le nombre de tables, de chaises s’expliqua enfin pour la petite mage déjà venue… Car quand ils arrivèrent dans ladite salle c’est une trentaine d’humanoïde qui paraissait tous désespéremment jeunes et superbes qui les attendaient avec un sourire complice face à leur surprise. Celui qui paraissait le plus âgé, dans les dragons qui s’étaient adressés à eux, assurément le chef, faisait à peine quarante ans et quarante ans en super forme !!!! Les hommes étaient tous torse nu, vêtus de pantalon de cuir luisant comme celui du Tristan du futur et les femmes, jeunes, nombreuses, portait des robes dans la même matière qui ne couvraient que bien peu de peau, ressemblant plus à des amazones qu’autre chose. Bruns, blonds, rouquins, il y avait de tout chez ces jeunes gens qui riaient de la surprise du couple. Eh bien oui… en réalité… tous les dragons, les vrais du moins, pas les semi-monstres des Kaärs, étaient capables de se transformer… Tristan se mit à sourire, cachant à grand peine son émotion. Il n’était pas tout seul… Il n’était plus tout seul.

- Bienvenue frère… Tu as mis du temps à nous rejoindre… c’est normal, tu es tellement jeune et tu te croyais Drakkari avant tout. Bienvenue chez toi.

Apparemment même si le temps était à l’urgence, on ne pouvait couper à cette petite fête d’accueil où tous lui sautèrent dessus avec familiarité, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Les manières étaient étranges, différents, chacun humait le parfum de l’autre, le reconnaissant, les peaux se frôlaient de trop près, les contacts étaient nombreux. C’était une véritable imprégnation de l’autre, contacts fermes, bagarreurs en jeux des dragons hommes, plus sensuels et caressants de la part des dragonnes femmes qui semblaient surprise par ce nouvel arrivant. Tristan ne faisait d’ailleurs pas du tout tache parmi ses confrères. Son futur était totalement hors norme, lui était déjà plus guerrier et plus attirant que nombreux des hommes présents. Comme quoi… même chez les dragons, il se détachait du lot. On lui parlait de tout, de ses origines, de son entrainement, de ce qui l’attendait, de ce qu’il devait apprendre, connaitre. Il ne s’était pas rendu compte que sa petite amie se tenait chaque instant un peu plus en retrait, se crispant quant aux discours l’encourageant à abandonner son humanité. Et puis, ce ne fut que longtemps après, s’en voulant un peu d’ailleurs mais sachant qu’elle comprendrait sa joie et son étourdissement, trop de choses d’un coup après tout, qu’il se rendit compte qu’elle n’était plus dans la salle. Il ne comprit pas tout de suite, pensant qu’elle était juste éprouvée et était allée s’allonger ou discuter avec Alanir… sauf que le soir-même, elle était introuvable… il la chercha… ne la trouva pas. Quelques paroles aidèrent son coeur à souffrir un peu plus. Quelques paroles de ses frères qui le soutenaient dans sa détresse, glissaient des paroles acerbes sur la jeune femme, le guidaient vers un choix, vers un devenir, sans souffrance, fait d’éternelle liberté, d’éternels plaisirs…
Trop mal… trop mal… Il oublia. Abandonna…

Tristan sexyyyy :p (certes il est blond, mais c'est la bonne bouille ^^)

Spoiler:
 

Tristan surpris trop mignoooonnnn

Spoiler:
 

Gamin et pervers avec ça :p
Spoiler:
 

Tristan pas gentil T_T

Spoiler:
 

C'est un mix entre le précédant... et celui-là :

Spoiler:
 
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Deux mondes, un choix : destruction...   Jeu 1 Mai - 22:22

Encore une fois, quelque chose se tramait contre eux… Le calme avant la tempête… Et pourtant les jours précédant « la surprise » ne firent qu’accentuer la douleur d’une pauvre petite mage cherchant à avoir une vie normale avec son compagnon. Si sa chute avait été dramatique, elle s’en sortait pas si mal que ça. Parfois il lui arrivait de penser que c’était son corps qui était résistant ou bien… et si ce lien avec Tristan la protégeait des attaques les plus fortes ? A vrai dire, c’était toujours un gros mystère pour elle. Mais le jeune homme fit tout pour qu’elle se sente bien les jours d’après.

Juste un peu avant de partir en mission à l’extérieur de l’Académie, la jeune femme était passée à la plage, se perchant sur un rocher, repassant en détail les derniers jours un sourire aux lèvres. Elle discutait très certainement avec Alanir même si il était difficile de le deviner. Il lui arrivait souvent de solliciter l’esprit dragon ces derniers temps, encore plus que d’habitude, pour qu’il lui parle de l’état de l’enfant ou même parfois ils parlaient de… dragons. Elle essayait pourtant de comprendre, elle essayait d’accepter mais sans un choc, Alanir se doutait bien qu’il lui serait impossible de lui faire accepter Tristan… et que c’était bien lui qui se contenait pour le moment. Pourtant l’esprit dragon essayait, tentait. Mais Cassidy avait ses raisons. Demi dragon oui ! Drakkari oui ! Dragon entier… non… Cela lui faisait trop peur… elle avait peur des instincts bestiaux de ces créatures… elle avait peur que les sentiments d’amour ne soient pas les mêmes. Et ce n’était pas Alanir qui pouvait la rassurer puisqu’il parlait juste des « pulsions » avec les femelles, naturelles, d’une passion dévorante, à l’état brut, contrairement aux humains. Pourtant il ne pensait pas mal faire. Mais Cassidy aimait comprendre, aimait contrôler et ça… c’était incontrôlable.

Alors elle secoua la tête pour se remémorer les derniers moments. Comme cette fois où il l’avait rejoins sur le lit en déclarant qu’ils avaient la vie pour faire plein de choses. A ce moment, difficile d’imaginer si elle pleurait de joie ou de tristesse… même si on se doutait que c’était de la joie. La jeune femme avait murmuré en serrant la main de son compagnon, qu’ils resteraient toujours ensemble… toujours… qu’elle ne pouvait pas imaginer sa vie sans lui.

Puis il y avait eu ce petit jeu dans la mémoire. Au départ terriblement réticente, il avait l’air de savoir lire en elle comme dans un livre ouvert, déclarant qu’elle n’était pas faible. Elle grogna, disant que d’avoir le dos en miettes quand même et d’être incapable de bouger ce n’était pas très pratique. Mais à force de caresses et de tendres baisers, elle fut bien obligée d’abdiquer rapidement. La baignade dans le bassin lui fit le plus grand bien. Bien sûr, elle lui parla de son manque de présence ces derniers temps… comme quoi tous ces petits moments lui manquaient. Parfois elle aimerait en faire beaucoup plus pour lui, souhaitant lui rendre la pareille, se trouvant bien maladroite et indigne d’un homme aussi exceptionnel que lui et elle sentait également ce petit lien entre eux qui se renforçait… encore plus que si il se transformait pour voler. Elle souriait, riait, en le voyant faire, mais déclarant qu’elle le préfère quand même en beau et vigoureux jeune homme plutôt qu’en papy. L’ambiance était bon enfant et il avait bien fait. Un sourire apparut sur le visage de la jeune femme au bord de son rocher alors qu’elle huma avec délice l’air marin.

De ce qui s’était passé avec Kymmie, Cassidy n’en sut rien, la petite lutine ne voulant pas embêter son amie encore une fois avec ça et ne voulant pas l’inquiéter davantage. Cependant les paroles que Tristan avaient prononcé ce jour là avaient eu un effet plus que positif sur Kymmie et la troupe de lutines. Elles étaient devenues beaucoup plus cordiales avec lui, même si certaines restaient toujours intimidées. Depuis ce jour, son linge n’avait jamais été aussi bien lavé, elles lui préparaient des fois des plats qu’il aimait spécialement pour lui et certaines lui faisaient des confidences sur Cassidy, lui apprenant des infos intéressantes qui pouvaient bien lui être utiles. Des choses qu’elle aimait, des anecdotes. Apparemment elles avaient envie de se faire pardonner de leur mauvais comportement mais c’était surtout Kymmie qui s’était rapprochée de Tristan. Même qu’elle n’hésitait pas à jouer le rôle de confidente et renseignait au mieux possible le Drakkari si il éprouvait des doutes pour sa chère et tendre. Elle lui devait bien ça au final. Pourtant elle ne savait pas pour autant envahissante et reconnaissait les moments pour discuter et les autres pour vaquer à ses occupations.

Il y avait aussi eu cet acte étrange de magie qui avait fortement surpris Cassidy. A vrai dire, elle ne s’attendait pas vraiment à ça… Et cela la surprenait autant que cela lui faisait peur. Qui était capable, dans son état, d’accomplir des prouesses magiques ? Elle voulait se persuader que n’importe qui en était capable mais au fond d’elle qu’il n’en était rien. Qui était-elle ? D’où lui venait cette magie ? Ses parents et famille n’avaient jamais été tournés vers la magie… alors pourquoi elle ? Autant de doutes et d’interrogations qui furent interrompus par la présence de Tristan alors qu’elle faisait un sourire gêné tout en faisant léviter les livres et les remettant à leur place alors qu’il lui avait apporté des biscuits, ce qui lui valut des cris de joie. Elle se remémorait ce moment, soucieuse. Peut être devait-elle se pencher plus sérieusement sur les recherches de Tristan au sujet de son héritage familial. Il y avait certainement quelque chose à ce sujet. Deux oiseaux piquèrent une tête vers l’océan pour attraper un poisson et remontèrent aussitôt pour s’envoler plus loin.

Que dire de la journée d’anniversaire ? Anniversaire qu’elle avait complètement oublié avec tout ce qui lui arrivait ? Cela avait été une des plus belles journées de sa vie… elle se rappelait parfaitement de l’année dernière où il l’avait conduit dans un petit lieu magique, dans l’intimité la plus totale et lui avait offert sa chevalière, qu’elle portait d’ailleurs maintenant toujours autour de son cou. Cette journée là était beaucoup plus festive mais toute aussi merveilleuse. Au départ elle l’avait regardé avec inquiétude mais comprenant qu’il avait élaboré tout un plan pour ne pas qu’on se doute de son accident, elle lui en fut extrêmement reconnaissante.

Elle soupira de plaisir, s’appuyant sur son coude en regardant l’eau bleue, repensant aux multiples jeux de l’après midi, à cette émotion qui se lisait sur le visage de la petite mage et qui pourtant cherchait à ne pas être aussi émotive. Elle se plia de bonne volonté aux multiples jeux et tout le monde à Glindel était au courant de leur couple. Au départ, elle avait si peur que cela soit mal interprété… mais Tristan faisait tellement d’efforts, serviable, attentionné, que personne ne pouvait lui en vouloir. Oh peut être ses rivaux amoureux ? Mais la joie sur le visage de la directrice qui était tellement renfermée avant faisait plaisir à voir. Parfois elle se montrait un peu plus coquine en lui demandant de faire des petits détours, pour s’embrasser derrière un arbre, le mur d’une maison. Quand ils faisaient les jeux, elle se montrait particulièrement investie, encourageant son compagnon pour avancer plus vite. Ca n’avait rien du dragon mais… c’était une journée normale… sans pleurs… sans trucs bizarres… sans anomalie… et il n’y avait rien de mieux pour plaire à la petite mage. La robe le soir lui fit énormément plaisir même si elle ronchonnait pour la forme en disant qu’elle était bien aérée cette petite robe !

Puis il y avait Erwan qui fit son apparition. Cassidy se rappelait encore de la surprise sur son visage lorsqu’il n’avait pas paru jaloux ou désireux de le repousser. Elle se rappelait l’avoir regardé, surprise, étonnée, se demandant si il était sûr de lui. Apparement oui. Elle se rappelait également de la discussion avec Erwan, qui en avait profité pour lui offrir une petite sculpture en bois représentant une licorne.

- Alors comment va ton dos ?

« Beaucoup mieux ! C’est vraiment… je sais pas mais ça guérit vite je trouve

- Tant mieux alors et avec Tristan comment ça se passe ?

« Si tu savais… c’est comme si il avait compris… comme si il ne voulait plus me faire de peine. Oui je me sens mieux aujourd’hui avec lui… c’est différent »

Elle avait l’air tellement heureuse ce jour là et son sourire s’était illuminé en parlant de Tristan. Comme quoi cela n’avait rien à voir avec la dernière fois où elle doutait de lui. Au contraire elle semblait avoir retrouvé une grande confiance au jeune homme qui ne faisait que se confirmer de jour en jour. Il avait proposé de la porter gentiment et le jeune homme devait bien constater qu’il n’avait aucune chance face à son rival. C’était lui qu’elle aimait… quoiqu’il en disait il ne pouvait pas forcer ses sentiments.

Le repas dans la grande salle… les applaudissements… elle se sentait si gênée mais avec Tristan c’était comme si… elle n’était pas seule au final… comme si il lisait dans ses pensées, qu’il pouvait deviner ses doutes, ses peurs. Elle aimait bien son académie mais… jamais elle n’avait ressentie autant d’apaisement auprès de Tristan. Car mine de rien elle se sentait bien seule. Il devait le remarquer, à voir comment elle examinait avec fébrilité ses oreilles pointues tous les soirs. A voir qu’elle déclarait devant les autres que la forme de ses oreilles était du à un mauvais sort et qu’elle n’arrivait toujours pas à le conjurer. Il lui arrivait de douter d’elle, de se trouver différente des autres humains, même si elle avait une famille. Mais ce soir heureusement, elle n’y pensait pas puisque le jeune homme s’appliquait à rendre la soirée mémorable.

Le soir, la jeune femme avait remercié Tristan. Elle était vraiment bien et lui aurait très certainement sauté dessus comme une petite fille joyeuse. Elle s’était blottie contre lui. Il y avait eux… il n’y avait qu’eux… et ils pouvaient se comprendre… même si elle se promettait de tout faire pour qu’il se sente bien ici. Peut être que ça l’aiderait à voir les choses d’un autre œil.
Cela aussi elle y pensait du haut de son rocher. Tristan… avait des gênes de dragons bien particuliers. Elle voulait savoir, elle voulait le comprendre et surtout elle savait à quel point il était exceptionnel lorsqu’il s’investissait. Mais qui s’occupait de lui ? C’est vrai… il faisait beaucoup pour elle mais elle avait l’impression de ne pas vraiment le comprendre. Alors peut être que cela lui ferait plaisir… oui un tout petit peu plaisir… si ils parlaient de lui… uniquement de lui. Qu’elle commence à l’accepter. Ca ne pouvait pas être si mal que ça non ? Même si elle avait la trouille de ce qui pouvait arriver. Mais elle devait faire en sorte qu’il se sente bien aussi… et qu’il parle un peu plus… sans qu’elle ne se braque. Oui, pendant cette petite course, elle aurait tout le loisir de lui en parler. Cela sonnait comme une promesse.

Et puis il y avait eu ce jour, peu après son anniversaire. Elle voulait qu’il soit fier d’elle. Elle voulait qu’il voit qu’elle pouvait y arriver. Mais si sa magie était exceptionnelle, c’était bien lui, et uniquement grâce à lui qu’elle accomplissait des miracles. Et ça elle ne se gêna pas pour lui dire ce soir là alors qu’il s’approchait d’elle pour lui murmurer qu’elle était forte. Alors au début, concentrée, comme il s’était vautré sur le lit, elle avançait, flottant dans les airs, recherchant son regard, son admiration alors qu’elle souriait. Puis elle se coucha à côté de lui, se mettant à quatre pattes pour le rejoindre même si ça lui tirait encore dans le bas du dos. Elle lui avait pris les bras, le regardant droit dans les yeux, prise d’un air très sérieux et impliqué alors qu’elle avait prononcé ces mots.

« Tris’… je deviens forte uniquement quand tu es là… avec moi. J’ai l’impression que je peux accomplir n’importe quoi… tant que tu te tiens à mes côtés. Alors si on reste ensemble toute notre vie je risque de devenir très très puissante ! »

Elle avait rougi, rit en prononçant sa dernière phrase mais pourtant c’était tellement vrai. C’était une façon de le rassurer sur ses sentiments, lui qui avait besoin d’être rassuré, là il ne pouvait pas louper cette phrase tellement révélatrice. Elle était restée un instant silencieuse avant de porter la main à son cœur et retraçant un fil invisible jusqu’au cœur de Tristan, murmurant d’une toute petite voix timide.

« Je le sens… un peu plus chaque jour… je comprends… »

Puis elle se coucha à côté de lui, rougissante, sans rien dire de plus mais peut être qu’il n’y avait pas besoin d’autres mots.

En repensant au retour du guérisseur, la jeune femme se sentit très fière et même rouge, après tout ce qui s’était passé par la suite. Elle allait assurément beaucoup mieux et Tristan y était forcément pour quelque chose. Contrairement à la fois où elle s’était sentie abandonnée, cette fois il avait beaucoup aidé dans sa guérison, même si il essayait de minimiser les choses, indiquant qu’elle était la seule responsable de ses progrès. Elle se faisait beaucoup plus sévère. Mais là le guérisseur était totalement abasourdi face à ses progrès fulgurants, déclarant qu’il n’avait jamais vu personne se rétablir aussi vite de toute sa carrière. Cassidy avait même fait un clin d’œil à Tristan.

Et puis il était sorti, le guérisseur avait vérifié que la jeune femme arrivait à se déplacer correctement, ce qui était le cas. Elle était totalement guérie. Ce jour là, la demoiselle se rappelait avoir lu la lettre de Maud au sujet de Tristan qui avait des doutes et des peurs au sujet de leurs ébats amoureux. Il était temps de le convaincre du contraire, surtout que les envies de la demoiselle étaient bien renforcées ces derniers temps. Petite nuisette sexy, mise en valeur alors qu’elle l’attendait nonchalamment sur le lit, prenant une moue très tentante. Oh c’est sûr pour le provoquer, elle l’avait provoqué, s’amusant de sa soudaine timidité. Et il était temps qu’elle prenne les choses en main. Petites caresses, baisers dans le cou, la serviette qui chuta fut un signal intéressant alors qu’elle semblait toujours aussi surprise de l’anatomie de son compagnon. Il la porta jusqu’au lit, elle riait doucement. Embrassades, caresses, elle semblait être devenue maîtresse dans les jeux de séduction, même si elle avait glissé son bracelet anti magie autour de son poignet, évitant tout désagrément.

Il n’avait pas l’air de céder même si elle sentait tout son corps réclamer le contraire. Elle avait essayé plusieurs approches mais la seule façon de le convaincre, c’était de lui parler de sa promesse alors qu’elle prit une petite moue boudeuse, déposant quelques baisers dans son cou. Tâtant son beau corps musclé, baladant ses mains à des endroits stratégiques, elle semblait avoir envie de le faire plier cette fois là et c’était à elle de le mettre en confiance. D’ailleurs elle reconnu tout de suite la lueur dans les yeux de son compagnon, cette lueur de désir, d’envie, qui n’était plus sortie depuis longtemps. Elle s’était mise à briller de son côté et l’embrassait avec plus d’ardeur alors qu’il la déshabillait. Il voulait diriger, elle le laissa faire alors, consciente qu’il avait besoin de ça pour se rassurer. Cependant la nuit qu’ils passèrent fut formidable ! Comme d’habitude. Encore plus pour Cassidy qui se fit d’autant plus émotive, à cause de la période d’abstinence et ne cessait d’approuver son compagnon qui savait la rendre dingue de lui. Oh oui elle aimait faire ça avec lui… et cela semblait avoir débloquer quelque chose en eux. Se sentir rassurer. Elle était apaisée en s’endormant et d’excellente humeur.

Oui, alors que le sourire se voyait sur son visage, peu de temps avant de prendre le départ, elle s’était redressée de son rocher pour rejoindre son compagnon et donc entamer leur petite mission.

Leur petite escapade avait bien démarrée. Mais alors qu’ils rentraient, la jeune femme était vraiment désireuse de faire une autre activité intéressante. Provocante assurément, ils roulèrent dans l’herbe alors qu’elle se retrouvait au-dessus de lui et qu’elle allait lui déclarer vouloir beaucoup plus de lui. Pourtant, elle n’avait rien senti venir… surtout pas cette lame qui s’était fichée dans le sol alors qu’un colosse était apparu devant eux. La jeune femme ouvrit en grand la bouche, les mains posées dans l’herbe, alors qu’elle plissait les yeux pour deviner l’origine de cette attaque. Elle loucha… en pensant reconnaître la personne. Non c’était impossible.
Un combat s’ensuivit entre les deux hommes même si clairement l’autre avait l’avantage. Elle tenta de se redresser alors que Tristan se mettait en avant. Mais Cassidy avait bien apprit une chose, la magie était capable de produire des effets étonnants et une personne qui était offensive, familière ou non, était un danger à détruire. Surtout que le Drakkari mordait la poussière pour l’instant. Elle hurla son surnom alors qu’il tombait à chaque fois. Cette fois elle allait riposter ! Non mais faire la potiche en détresse c’était pas son truc !

*Alanir ! Au combat !*

Elle commença à incanter son dragon alors que le sol fumait autour d’elle. Une fois, elle avait dit à Tristan qu’Alanir était un seigneur du feu tout comme lui était un seigneur du ciel. Cela signifiait qu’il était capable de détruire la carapace du plus solide des dragons… maniant le feu mieux que personne. Seulement, le fait d’être un esprit et qu’il ne soit pas totalement encore en harmonie avec Cassidy le rendait un peu plus faible qu’avant. Mais tant pis ! Pas le choix maintenant.

Tristan supplia Cassidy de fuir. Elle secoua la tête, s’insurgeant.

« Hors de question que je te laisse seul ! On se bat ensemble ! Je te laisserais pas derrière moi ! »

Il répéta plusieurs fois son ordre mais elle ne bougeait toujours pas, même si l’hésitation était grande. Il parla de l’enfant. Cela la fit un peu plus réagir. Faible… elle était faible.

* Cassidy ! Fais attention ! Ecoute ce que dis Tristan. On ne peut pas le vaincre comme ça. Regarde un peu, il est bien plus expérimenté que nous ! Un seul coup et c’est fini !*

Elle hésita… il s’approchait. Elle grinça des dents, paralysée par la peur, même si Alanir commençait à se douter que ça n’irait pas et voulait intervenir. Il n’en eut pas le temps. Un énorme champ magnétique l’entoura alors que la jeune femme regarda autour d’elle, surprise. Elle vit la femme qui s’approchait d’eux et agissait avec une rapidité déconcertante. Ouvrant un peu plus grand la bouche, Cassidy crut voir… son double. Elle ressentait le même type d’aura mais en beaucoup plus puissante même si il semblait manquer quelque chose… L’homme avait du mal à résister à la magie et ne fut que ralenti alors que la nouvelle arrivante se dépêcha de téléporter le jeune couple bien loin d’ici.

Oui c’était bien la Cassidy du futur. Mais celle-ci semblait lasse, désespérée. La plupart de ses cheveux avaient viré au blanc, sûrement à cause de l’usage intensif de la magie. Fatiguée, usée, les yeux cernés à force d’avoir trop pleurer, c’était choquant et traumatisant. Cassidy sentit la peur de Tristan et lui prit la main pour le rassurer et elle fit bien même si l’inconnue s’expliqua un peu. Risquait de devenir dans cinq ans ? Ah oui effectivement, elle la regarda étrangement pour le coup, les sourcils levés très haut sur son front mais sortant de sa torpeur, elle embrassa Tristan pour soigner ses blessures même si elle se sentait mal à l’aise face à son elle du futur, commençant à comprendre que le pire était arrivé. Puis elle leur expliqua tout…

Au fil de des explications, le visage de la Cassidy du présent devint pâle… très pâle… les yeux embués de larmes alors qu’elle écoutait son récit. Alanir… c’est vrai qu’elle en était devenue un peu trop proche. Elle serrait lentement le poing, la gorge nouée. Comment cela avait-il pu arriver ? Comment ? Non il y avait un problème quelque part… c’était impossible… la sorcière ? Peut être… oui ça devait être elle qui l’avait poussé… le livre maudit qu’elle n’avait pas fini d’interpréter. Quelle stupidité que de ne pas avoir continuer d’en lire le contenu ! Cassidy tremblait, baissait la tête, comme si elle avait vécu elle-même tout cela. Elle s’en sentie encore plus mal vis-à-vis de Tristan. Se sentant totalement responsable alors qu’il était tellement merveilleux avec elle. La Cassidy du futur, même si elle voulait bien faire, avait réveillé quelque chose de très profond chez Cassy. Les doutes… la peur… le manque de confiance… elle avait peur… tellement peur de blesser son être aimé… qu’il se détourne d’elle… Elle craignait de le perdre. Cela lui fit l’effet d’une énorme gifle alors qu’elle se sentit si piteuse tout en tremblant, la tête baissée… Que fallait-il faire ? Qu’elle était la bonne décision à prendre ? Elle n’était pas assez forte… pas encore. Il lui manquait quelque chose et elle ne progressait pas assez vite.

Elle vit Tristan prendre l’autre Cassidy dans ses bras pour la consoler, comme il l’aurait fait avec elle, déclarant qu’il allait s’occuper de son autre lui. Cassidy baissa la tête, honteuse.

« Tris’… arrête de tout porter sur tes épaules… je… je suis là aussi… si je ne suis pas capable de te protéger à quoi je sers ? Si je ne suis pas là quand tu as besoin de moi ? Tu t’occupes toujours du moi, tu es toujours le premier à faire passer mon intérêt avant le tien et c’est bien ça le problème ! J’aimerais tellement faire aussi bien que toi et ne pas ressembler à une potiche ? »

La Cassidy du futur, alors que Tristan semblait vouloir nier, déclara qu’elle avait raison. Avant de tousser dans sa main. Du sang se projeta dessus, ce qui donna à la Cassidy du présent un mouvement de recul.

- Mon temps est compté… Si tu me vois puissante, sache que j’ai du faire beaucoup de choses, beaucoup de sacrifices pour en arriver là… cela n’aurait pas du se passer comme ça. C’est juste que… je pense… que je n’ai pas pris la bonne décision, au bon moment. Et ce choix arrivera vite… plus vite que tu ne le crois

Des paroles mystérieuses que Cassidy ne comprit pas vraiment sur le coup. Même si l’autre se permit de rajouter une dernière phrase.

- Ton cauchemar prendra vie si tu ne le fais pas

Là par contre, Cassidy réagit, pâlit une nouvelle fois en reculant, heurta un caillou tout en tombant sur le derrière au sol, le regard fuyant alors qu’elle tremblait et évitait de croiser le regard de Tristan. Elle savait ! Elle savait pour ça aussi ! Par contre prendre la bonne décision… ça elle ne voyait pas vraiment comment ça allait venir. Cependant il y avait plus grave à l’heure actuelle.

Ils décidèrent du plan et plusieurs fois Cassidy s’y opposa, quand ça parlait de perdre son humanité, de devenir dragon. Elle se figea, se crispa, alors que sa voix résonnait dans la salle, fixant Tristan, une expression de peur sur son visage. C’était comme si elle hurlait.

« Non non ! Y a un autre moyen ! Jveux pas qu’il devienne comme ça ! Pas lui ! Non je veux pas prendre ce risque ! Je veux pas le perdre ! Et je n’irais pas là bas sinon je les massacre tous ! Vous m’entendez ! TOUS ! »

D’accord… elle qui voulait faire des efforts à connaître Tristan et accepter sa partie dragon, voilà que cette urgence faisait tout tomber à l’eau et devait peut être le peiner également. Mais elle avait ses propres raisons alors que la nausée lui montait et qu’elle pointait Tristan du doigt tout en tremblant.

« Je peux pas accepter de te perdre Tris’… non mais attends… attends… je suis une… une… une humaine moi ! Si tu deviens dragon, qu’est ce qui me dit pas que tu vas… fin Alanir m’en a parlé ! Ca n’a rien à voir les sentiments de dragons et d’humains ! Rien à voir ! Moi oui je t’aimerais toujours pour TOI Tristan ! Je veux bien t’accepter TOI uniquement TOI ! Etre NORMAL ! Non non non… perdre ton humanité… c’est comme si tu t’éloignais de moi… non je peux pas… je le supporterais pas… »

Elle pleurait… ses nerfs craquaient… vraiment… littéralement. Elle se détourna d’eux et s’assit plus loin dans la caverne, pleurant en silence. Elle avait peur, beaucoup trop peur pour accepter. Mais comme le disait justement l’autre Cassidy, y avait-il vraiment le choix ? Elle soupira un instant, parlant assez fort pour se faire entendre.

-Très bien… Donc en gros, tu préfères que Tristan ne prennes pas ce risque donc son double va vous retrouver, il te tuera très certainement et tu laisseras des milliers d’innocents mourir uniquement parce que tu ne veux pas lui laisser la chance de le laisser devenir plus fort ?

« Au risque de briser notre couple ? Non merci ! »

- Toujours aussi égoïste… Il faut que tu saches qu’un jour ou l’autre ça arrivera, si tu retardes l’échéance, ça sera pire…

« Jm’en fiche ! »

Pauvre Tristan… Il ne devait plus savoir quoi faire. Et surtout se heurter à autant de haine, autant de colère à l’égard des dragons. Cassidy se balançait sur son rocher, silencieuse. Elle devait être en grande conversation avec Alanir, puisque lorsque cela n’allait pas, surtout avec cette histoire, son esprit dragon restait son seul confident. Après un long moment, elle se releva, morne, résignée et complètement blasée.

« Ok… »

Plus rien ne sortit de sa bouche après ça mais leur arrivée chez les dragons fut une nouvelle pique au cœur qui la blessa encore plus. Elle tremblait mais tentait de rester digne. En les voyant, l’envie de meurtre était grande… très grande. Elle se contenait difficilement et ça Tristan avait du mal à le voir, trop curieux et occupé par ce qui lui arrivait. Une nouvelle gifle. Ils l’acceptaient parce que… elle était avec le prince… ah la bonne blague !

La jeune femme ferma les yeux, mordant sa langue. Le goût âcre du sang coula dans sa bouche alors qu’elle restait stoïque, complètement fixe. Alanir la rassurait du mieux qu’il pouvait mais lui non plus n’était pas à l’aise ici. Ce n’était plus… sa maison. Il avait été un dragon corrompu après tout. Et aussi loin que remontait ses souvenirs, il avait toujours dormi dans une caverne. Il se détachait toujours des autres pour son attitude solitaire et surtout… son refus d’adopter une forme humaine. Un dragon discret, à l’écart des autres… toujours. Il n’avait jamais éprouvé ce besoin. Quoique… Cassidy l’avait fait réfléchir sur certains points au sujet des humains.

Une chose étonnante se produisit. Si Tristan avait l’impression de ne plus être seule, la jeune femme à ses côtés, avec ses oreilles mi pointues… l’était plus que jamais. Mais ça il ne pouvait très certainement pas le savoir ni s’en douter, de ce malaise qu’elle ressentait. Jalousie… possession… Les mots de l’ancien lui donnèrent un coup de poignard en plein cœur. Il n’était pas Drakkari mais… dragon ? Ses craintes se confirmaient alors qu’elle baissait lentement la tête, écoeurée, n’acceptant pas cette vérité.

Et Tristan était trop occupé à ses… jeux. Elle devrait être heureuse pour lui… ce n’était pas le cas… c’était très loin d’être le cas. Elle avait tellement peur qu’il s’éloigne d’elle. Si Tristan avait toujours cru que Cassidy le repousserait un jour ou l’autre… ce n’était pas tout à fait vrai. Elle ne se manifestait guère, elle était très maladroite là-dessus mais ses sentiments pour le beau Drakkari étaient toujours aussi sincères même si aujourd’hui elle doutait à le laisser « perdre son humanité ». Elle se tenait la tête entre les mains, à l’écart. Et puis… la goutte d’eau qui fit déborder le vase.

Deux dragonnes passèrent devant elle alors qu’elle était assise sur un banc bien à l’écart, avec peu de passage, refusant de s’alimenter et parlaient avec animation du beau dragon arrivant. Séduisant et sexy, elles ne tarissaient pas d’éloges dessus et voulaient très certainement « approfondir » les choses avec lui une fois qu’il aurait passé les rites de passages. D’ailleurs elles parlaient aussi de la « petite humaine corrompue » et semblaient bien étonnées qu’il ait choisi une compagne aussi… faible et « pourrie de l’intérieur ». Elles n’avaient pas vu Cassidy. Pourtant celle-ci ne loupa pas un seul mot de ce qui était dit. Elle ouvrit la bouche dans une attitude de défi, ses crocs s’agrandissant. Puis elle se leva et s’avança vers les deux dragonnes même si elles étaient plus imposantes qu’elle.

« La ptite humaine faible elle vous emmerde ! »

Jamais elle n’avait tapé aussi fort ni aussi rapidement. Ses yeux passèrent au doré alors qu’elle fixait ses adversaires et les coups partirent. La première se prit un coup dans l’abdomen ce qui la projeta en arrière contre le mur dans un craquement sonore. La seconde qui voulait apparemment en découdre poussa un rugissement de colère tout en levant la main mais encore une fois Cassidy esquiva le coup, balayant avec son pied les jambes de la dragonne, d’un mouvement net et précis alors qu’elle se retrouva au sol.

La petite mage ne s’arrêta pas là et s’assit sur la dragonne, dégainant sa dague, même si celle-ci aurait pu facilement se dégager. Mais le regard que Cassidy lui lançait était vraiment… inquiétant. Une envie de tuer… une envie de se venger… Alanir la ramena bien heureusement à la raison.

Elle fronça les sourcils, se redressa et recula, la lame toujours tendue en avant, lançant un avertissement alors que ses canines et ses yeux redevinrent normaux.

« Ne… vous approchez pas… de lui ! »

Puis elle tourna les talons et courut vers la sortie… il lui fallait prendre l'air... un peu... ça devenait irrespirable ici.

Cassidy n’était pas revenue vers Tristan… Il allait très certainement mal le prendre et comment ne pas le voir comme un abandon ? Il est vrai que la demoiselle avait toujours eu des réticences avec les dragons, les voir là n’avait fait que raviver ses mauvais souvenirs et c’est pour cette raison qu’elle s’était enfuie, ne supportant la vue de ceux qui n’avaient pas eu envie de leur pardonner. L’impression d’être traiter comme une intruse. Mais malgré l’amour qu’elle portait pour Tristan, elle ne donnait plus de signe de vie ? Serait-ce parce qu’elle croyait qu’il allait changer en tant que dragon ? Perdre son humanité… ce n’était pas rien ! C’était perdre TOUT d’eux-mêmes… Leur histoire… leur enfance… là où ils avaient été élevés… c’était comme si lui n’était pas de ce monde d’humains même si… elle était quand même bien spéciale également.

Les journées passaient, et alors que Tristan était de passage dans une petite ville, une petite dame âgée avait sollicitée son aide. Elle l’avait remercié de l’aider à porter ses affaires, surtout qu’un grand gaillard comme lui, ça ne courait pas les rues. Voulant absolument lui donner quelque chose en retour, malgré le refus poli du jeune homme, la vieille dame parla alors de son dos.

- Je peux retrouver toutes sortes de choses… mais également… des personnes…

Avait-elle remarqué le regard un peu perdu du jeune homme ? Un regard qui témoignait d’une tristesse ? Se doutait-elle qu’il avait « perdu » quelqu’un ? Cependant l’intérêt qui se lisait dans les yeux du Drakkari prit tout son sens alors qu’elle le tirait par la manche pour le faire rentrer chez elle. Elle semblait joyeuse de pouvoir aider son sauveur alors qu’elle poussa quelques babioles d’une table et qu’elle expliqua faire un thé, laissant le beau Drakkari s’installer à table alors qu’elle faisait chauffer l’eau. La vieille dame ne lui posa pas de question, se contentant d’un beau sourire en lui disant qu’elle espérait que le thé soit bon alors qu’elle lui apportait une tasse et s’installa devant lui, une carte d’Ascadian posée devant elle.

- Visualise la personne que tu cherches mon garçon et alors je serais capable de la voir et de t’indiquer la zone dans laquelle elle se situe. C’est pas la première fois que je fais ça et ça a toujours très bien fonctionné ! Alors alors…

Elle prit doucement la main du Drakkari et ferma lentement les yeux. Etait-ce une bonne chose ? Vraiment ? Au dessus des tasses de thé fumantes, une image se forma, autour d’un brouillard de vapeur, résultat des pensées de Tristan. Cassidy se trouvait dans une forêt assez tropicale comme on pouvait le voir sur les plantes et arbres derrière elle. Son visage était triste, désemparé, alors qu’elle fixait un point dans le vide. Un instant après, un jeune homme se rapprocha d’elle… A la couleur des cheveux on devinait aisément qu’il s’agissait d’un Drakkari, même si ce n’était pas Tristan. Torse nu, carrure imposante, il semblait un peu plus âgé qu’eux deux même si c’était de peu. Ses traits du visage dégageaient un petit quelque chose qui lui donnait un charisme certain, un peu angulaires. Ses yeux orangés semblaient rempli d’une sorte de douceur et d’un sentiment de protection. Ses cheveux étaient moins rebelles que ceux de Tristan et certainement un peu plus longs. Quelle surprise de retrouver Cassidy avec un autre homme !

La scène continua de se tourner alors que Cassidy semblait pleurer en fixant le Drakkari, un poing en direction de sa poitrine. Elle secouait la tête mais ses paroles qui sortirent de ses lèvres étaient muettes. Elle semblait vraiment désespérée, regardant le grand Drakkari qui l’écoutait avec attention alors qu’elle baissait la tête, après avoir fini de parler. Un très mince sourire apparut sur les lèvres de l’homme qui s’approcha avec beaucoup de précaution d’elle, soulevant un instant délicatement son menton pour qu’elle relève la tête. Parlant à son tour même si Tristan ne pouvait pas l’entendre. Il avait l’air rassurant, caressant doucement sa joue puis… déposa un baiser sur son front. Mais qui était-il donc ?!

Si la petite vieille avait essayé de deviner l’endroit, elle ne le trouva pas et cela la fit bien râler. C’était comme si quelque chose « bloquait » son don et l’empêchait de la situer. Etait-ce Cassidy qui avait fait exprès ? Etait-ce elle qui voulait rester tranquille ? Quant à la réaction de Tristan… eh bien ça Cassidy n’était pas là pour le voir.

Douze jours étaient passés depuis la disparition de Cassidy. Que s’était-il passé ? Comment les choses avaient-elles évoluées ? A part ce minuscule indice dont Tristan avait été « témoin », il était devenu évident que la jeune femme avait tout laissé tombé. C’était une journée ordinaire pour les Cheistams… ou presque.

Le froid commençait à se faire plus intense puisqu’on approchait de l’hiver. Pluies glacées, boue et vents cinglants étaient de la partie. Dans une vaste plaine, deux petites armées s’affairaient. Aux étendards des uns et des autres, on pouvait comprendre qu’il s’agissait encore d’une tentative d’invasion des Kaärs, toujours repoussés par les Cheistams, leurs espions étant efficaces. Mais cela ne leur avait pas permis de voir le danger qui ne planait pas si loin que ça du territoire neutre. De ce que les Cheistams en avaient conclu, les Kaärs auraient amené une petite troupe d’élite, traversant les jungles épaisses pour passer inaperçu. La présence d’un fort effectif laissait penser qu’ils avaient créé des portails d’invocation pour ramener leur camarade. Cette zone était très certainement un emplacement stratégique et pour une obscure raison, les Kaärs menaient de nombreux préparatifs sous l’œil très méfiant des hauts gradés Cheistams, qui n’avaient pas l’air de comprendre pourquoi cette zone alors qu’ils étaient coupés du reste de leur armée. Bien sûr, des espions patrouillaient pour vérifier qu’aucune troupe ennemie n’arrive dans l’autre sens mais l’attitude des Kaärs défiait toute logique aujourd’hui.

Un élément était cependant… troublant. Combien y avait-il de chances pour que cette bataille se déroule pas loin de la cité de l’armée fantôme ? Mauvais hasard… Heureusement, les habitants étaient bien à l’abri, protégés grâce aux nombreux sorts d’invisibilité et il ne faisait aucun doute que les mages se relayaient pour renforcer les protections et les guetteurs observant toute activité un peu suspecte.

Le terrain était boueux, il avait plu toute la nuit. Les soldats Cheistams se réchauffaient du mieux qu’ils pouvaient à l’aide de feu alors que les responsables étudiaient soigneusement une carte à l’abri dans leur tente, émettant des hypothèses pour déjouer les pièges des Kaärs. Tristan était certainement dans le coin. Repousser les envahisseurs faisait parti de son travail après tout même si les chevaliers étaient plutôt appelé pour d’autres styles de missions, il semblait qu’aujourd’hui la présence de chevaliers plus expérimentés était une bonne chose.
Enfin, un éclaireur Cheistam annonça que l’activité des Kaärs s’intensifiait. En effet le plus gros de l’armée s’avançait d’un pas organisé vers la partie Cheistam. Un de leurs chefs était en tête, chevauchant un cheval noir, lourde armure et le regard glacial mais qui ne souffrait d’aucune peur. Il avait l’air très confiant au déroulement du combat, ce qui n’était peut être pas un bon présage.

Les Cheistams se mirent en place également. Un héraut scandait grâce à la magie ce message destiné aux envahisseurs. Si ils s’avançaient encore et ne rentraient pas chez eux, alors l’armée Cheistam se mettrait en route. Un sourire moqueur apparut sur les lèvres du chef Kaär. D’un geste de la main, il ordonna à ses troupes de se mettre en route. Hurlements de guerre, cris d’intimidation, l’armée des Kaärs semblait survoltée. Les Cheistams étaient plus disciplinés, étant moins barbares et se contentèrent d’avancer en ordre alors que derrière, archers et mages préparaient leurs sorts et techniques pour attaquer sur une longue portée.

Pour le moment, les chevaliers Cheistams n’intervenaient pas. Les hauts gradés préféraient observer le déroulement de la bataille avant d’envoyer leurs meilleurs éléments et Tristan ne dérogeait pas à la règle. Cependant, étant placé aux premières loges, le jeune homme eut droit à tous les commentaires de ses supérieurs et leurs impressions.

Deux scènes… deux moments importants… et pourtant… tout ne faisait que commencer…
Deux armées qui se rapprochent…
Une cape flottant dans le vent…
Des cris de provocation…
Ses mains se posèrent sur les pans d’une tunique bleutée…
Le choc de deux épées qui se rencontrent…
Une main passant dans les cheveux…
Le hurlement des blessés…
Rajuster un serre tête frontal fait de bois…
Le sourire triomphant du chef Kaär se battant contre un adversaire coriace…
Une expression neutre…
- Vous avez perdu…
Une main s’agrippant à une selle…
Une multitude de portails s’ouvrant un peu partout sur le terrain…
Un grondement de dragon…
La surprise et la panique des Cheistams combattants…
- Il est temps de…
Des monstres qui sortent des portails...
Une forte impulsion dans courant d’air puissant au large…
Une arme en approche…
Le masque tombera…

A la vue des portails qui s’ouvraient, laissant apparaître des créatures maléfiques dans la zone de combat, les dirigeants Cheistams ne purent cacher leur grande surprise, n’en croyant pas leurs yeux. Et pourtant, c’était bien la situation qui se renversait, les Kaärs reprenant du terrain, grâce à leurs alliés qui sortaient des portails, de plus en plus nombreux… féroces… dangereux. Les soldats étaient entraînés pour se battre contre d’autres hommes… pas des monstres que seuls les aventuriers les plus courageux peuvent vaincre.

Cela s’agitait dans tous les sens. Ceux qui étaient resté en retrait n’avaient pas l’air de comprendre ce qui se passait. Les généraux se réunirent dans leur tente, cherchant une explication à cette invocation de portails beaucoup trop importante. On mettait en place les cristaux de communication d’urgence. D’après les experts, ce type d’invocation reste très rare. Il faut trouver un terrain ou une zone regorgeant d’une grande dose de magie. Quelques livres de magie interdite permettaient également de réussir l’invocation des portails. En revanche, tous étaient catégoriques. En désactiver un prenait beaucoup trop de temps… c’était même mission impossible vu les circonstances. Un des capitaines s’emporta, déclarant que leurs hommes étaient sur le terrain et qu’ils allaient être repoussés. Que si on ne trouvait aucune solution, c’était tout leur territoire qui était en danger avec ces monstres qui apparaissaient à la chaine sans pouvoir en arrêter le nombre. Le mage qui se trouvait dans le cristal de communication ne savait plus quoi dire et personne ne trouvait de solution à ce problème. A part prier les dieux…
Les dirigeants ressortirent de sous la tente, regardant leurs soldats céder à la panique. C’était un massacre… Aucune issue…

Pour couronner le tout, c’est un immense portail qui apparut au-dessus de la forêt où se trouvait… la cité de Maud ! Invisibilité ou pas, tout monstre qui sortirait de ce portail se retrouverait très certainement dans la cité et sèmerait la panique. Et ça… ça devait faire réagir Tristan qui devait comprendre le danger qui planait au-dessus de leurs têtes…
D’ailleurs, une grande créature ailée poussa un cri monstrueux tout en sortant du portail. D’autres suivront…

Avant même que Tristan ait le temps de faire le moindre geste, le moindre pas, quelque chose attira son attention. Une comète ? Un projectile ? L’espèce de trainée qui avançait à vive allure traversa le portail d’un bout à l’autre puis percuta la créature ailée de plein fouet. Sous la puissance du coup, elle fut repoussée bien plus loin que la forêt, dans un hurlement sinistre, avant de replier ses ailes, tombant au sol dans un terrible choc, morte. Chose curieuse, le portail en haut de la cité diminua de volume… avant de disparaître.

L’espèce de trainée ralentit sa cadence pour se retrouver au dessus du champ de bataille, surplombant la mêlée générale. Une forme aussi grosse devait attirer l’attention… bien l’attention puisque plusieurs regards se levèrent dans la direction de cette créature recouverte d’un feu vivant. Ami ou… ennemi ?

Un énorme dragon flamboyant observait la scène. Il ressemblait étrangement à Alanir… sauf qu’il semblait avoir autre chose. Une sorte d’armure bien plus solide, composée d’une braise spéciale, recouvrait plusieurs parties de son corps. Il semblait plus puissant, plus majestueux et battait l’air de ses ailes pour se maintenir à la bonne hauteur. Sur son dos se trouvait une petite silhouette fine… bien familière pour Tristan, même si avec la lumière que dégageaient les flammes il était difficile de la distinguer complètement.

Un des capitaines fit une grimace en fixant avec dégoût la nouvelle apparition.

- Fichus Kaärs… voilà maintenant qu’ils dressent des créatures maléfiques… c’est écoeurant…

Il leva le bras pour donner un signal.

- Mages ! Abattez moi cette chose !

Déjà les mages se mettaient en position en incantant un sort très puissant capable de détruire n’importe quoi. La cavalière ne semblait pas avoir vu l’incantation car elle n’ordonna pas à sa monture de bouger. Si Tristan avait un doute ou ressentait un malaise, il ne put cependant pas empêcher le tir des mages. Une énorme explosion résonna dans les airs alors qu’une boule gigantesque d’énergie magique se dirigea à toute hâte vers l’intruse.

Un nouveau choc dans les airs alors que le sort venait d’atteindre sa cible, dans un fracas épouvantable. Un rugissement de colère se fit entendre alors que le dragon de feu se retrouva dissimulé par la fumée de l’explosion, ne permettant pas de voir ce qui se passait. Le capitaine se mit à sourire. Mais lorsque la fumée se dissipa, la petite cavalière se trouvait toujours juchée sur son dragon, le bras tendu en avant, indemne. Un énorme champ de magie l’avait entourée elle et sa monture, stoppant nette l’attaque lancée contre elle.

-Que… que…

La jeune femme semblait incanter à son tour un sort alors que ses yeux étaient devenus dorés. Levant la main dans les airs, des petites sphères lumineuses apparurent un peu partout dans l’espace à haute altitude. Beaucoup de têtes se levèrent, étonnées, pendant un bref instant, devant l’acte incroyable de magie qui se déroulait sous leurs yeux. Puis elle cria en abaissant la main. Aussitôt, les petites sphères foncèrent vers le sol à une vitesse fulgurante, dans une pluie dorée qui recouvrait toute la zone, atteignant Kaärs et monstres tout en épargnant les Cheistams.

Un des capitaines utilisa une jumelle pour tenter d’identifier cette mystérieuse sauveuse avant de bégayer, sans vraiment croire à ce qui se passait.

-D… Dame… Herediane ?!?

Ils se regardèrent entre eux, suspicieux, sans comprendre ce qui se passait.

Mais la jeune femme ne s’arrêta pas là. D’un geste de la main, elle invoqua son bâton puis ferma les yeux un instant. De fines lignes dorées apparurent sur son bâton alors que la lumière s’intensifiait d’un côté et de l’autre, douce lueur jaune qui prit une proportion plus grande, de la taille d’une hallebarde. Puis le dragon plongea vers le sol à une vitesse vertigineuse alors qu’elle prononça un mot totalement inconnu.

Alanir redressa le nez et se mit à mi-hauteur, suffisamment haut pour toucher les créatures les plus grandes. Il fila comme une fusée alors que Cassidy tenait son bâton perpendiculaire, tranchant tout ce qu’il rencontrait. Ces attaques réduisirent le nombre de monstres, ce qui surprit les Kaärs, eux qui ne s’attendait pas à un sauvetage aussi inattendu !

Une fois le tour terminé, elle sauta d’Alanir et roula au sol, se retrouvant à côté de la mêlée générale avant de rendre à son bâton une apparence normale et foncer dans le tas. La jeune femme semblait être difficilement identifiable… certains changements étaient troublants. De longs cheveux dorés qui descendaient jusqu’à ses fesses et noués en une grande natte, les yeux dorés qui fixaient le champ de bataille sans que cela ne la trouble. Elle portait une sorte de diadème sur le front en bois, certainement pour dégager ses mèches pendant le vol. Une tunique bleutée légèrement ouverte, ressemblant plus à une chemise et laissant entrapercevoir un débardeur plus pâle en dessous, dessinant légèrement ses formes. Un pantalon moulant clair, retenu par une ceinture. Ses oreilles étaient plus pointues que jamais… tout comme ses canines aussi pointues bien visibles lorsqu’elle ouvrait la bouche pour incanter un sort.

Mais le plus inquiétant résidait dans la fine cicatrice qui traversait son œil droit de haut en bas, qui avait l’air ancienne sans pour autant lui avoir enlevé son œil, ce qui était certainement un miracle. Elle se jeta dans la mêlée, repoussant tout adversaire se trouvant sur son passage avec une facilité déconcertante, à coup d’éclairs lumineux et de rayons d’énergie, utilisant parfois son bâton pour frapper un adversaire tout en se dirigeant vers un des portails.

Alanir décrivait des cercles autour d’elle, empêchant certains projectiles de l’atteindre. Mais c’est bien le dragon qui se prit un autre sort puissant sur le corps, un énorme projectile magique envoyé dans sa direction. Une nouvelle détonation retentit alors que de la fumée se forma autour de lui ainsi qu’un hurlement de dragon, dont on ne savait pas si c’était de la douleur ou de la rage.

Très rapidement, une silhouette s’élança à l’extérieur du nuage de fumée et roula sur le sol, entraînant au passage quelques Kaärs qu’il assomma.

Une silhouette humanoïde, qui se dirigea aussitôt vers Cassidy, se battant à ses côtés à la force de ses poings. Un Drakkari… plus précisément celui que Tristan avait vu dans la vision quelques jours auparavant. Ce fameux Drakkari qui se trouvait avec Cassidy. Il était torse nu, vêtu d’un unique pantalon et de bottes, une lourde ceinture en fer autour de sa taille. Un seul regard avec Cassidy qui avait envoyé une boule de feu sur le monstre le plus proche leur permit de se comprendre.

Il se plaça devant elle, la protégeant, les poings tendus en avant et montrant les crocs d’un air menaçant alors que la jeune femme se mit à incanter des paroles inconnus. Tout son corps se mit à briller de manière surréaliste alors qu’elle lâcha son bâton dans les airs et se tint le poignet de sa main gauche. Sur le plat de sa main se trouvait un symbole mystique qui apparut avec l’incantation. Le vent dansait dans ses cheveux, la magie s’accumulait autour d’elle. Elle prononça un dernier mot tout en rouvrant les yeux.

La magie opéra. Deux longues lames apparurent dans les mains du Drakkari qui les empoigna fermement sans se poser de questions. Malgré la lourdeur des armes, il les maniait comme si il s’agissait de dagues très légères. La jeune femme s’arrêta d’incanter alors que le Drakkari fonça pour abattre ses ennemis, ceux qui approchaient d’un peu trop près la petite mage. Et il fallait reconnaître que c’était un combattant plutôt doué. Aucun ennemi n'approchait du périmètre autour de la petite mage, même en y venant à plusieurs, même si les Kaärs prirent le contrôle de plusieurs monstres, le Drakkari avait entamé une véritable danse de destruction, un tourbillon d'une rage pure au combat. Un orc approcha par derrière. Le Drakkari se retourna, frotta ses lames l’une contre l’autre. Du feu apparut sur le contour de celles-ci. Il poussa un rugissement tout en faisant un effet de poussée vers l’avant. Le feu s’intensifia et l’orc se mit à voler sur le terrain, entraînant à sa suite bon nombre de ses camarades.

Cassidy semblait occupée avec un portail. Elle avait la main tendue en avant et une sorte de trait de lumière la connectait à celui ci. Après un moment, le portail se mit à disparaître. Les Cheistams, revigorés par cette aide soudaine, redoublèrent d’efforts contre leurs ennemis.
Mais c’était surtout Cassidy et le mystérieux Drakkari qui couraient de portail en portail pour les fermer. Elle, en train d’incanter sur chacun d’entre eux, lui, tuant tout ce qui s’approchait de la petite mage.

La bataille faisait rage et les chefs Kaärs donnaient des instructions. « Tuez Herediane ! » Elle était occupée à fermer un portail, les yeux ouverts, alors qu’un sort fut envoyé dans sa direction de dos. D’un geste souple, elle se pencha en avant. Le Drakkari réceptionna le sort dans ses lames qu’il croisa devant lui dans un geste de protection. Les lames brillèrent, il poussa un grondement et repoussa le sort en arrière, qui repassa au dessus de Cassidy et atteignit de plein fouet celui qui l’avait lancé, faisant des dégâts au passage.

Comprenant que leur plan avait échoué, les Kaärs prirent la fuite, alors que le chef qui semblait si triomphant, resta planté là, regardant la petite mage comme si il voyait une revenante.

-Ce… n’est pas possible ! Elle devrait être morte ! Non…

C’est à ce moment là que la pauvre Cassidy, ayant utilisé une bonne partie de sa magie, en profita pour s’effondrer alors que le dernier portail disparaissait, sa mission étant accomplie. Le Drakkari tourna légèrement la tête alors qu’il était en prise avec deux trolls des montagnes particulièrement coriaces.

- Cassy non ! Pas maintenant !

Il redoubla d’efforts pour achever rapidement ses adversaires. Au même moment le chef des Kaärs hurla de rage et fonça vers la petite mage, dague à la main, cherchant à la tuer pour de bon cette fois. Le Drakkari tenta de se tourner pour intervenir mais une autre personne fut plus rapide que lui et atteignit le Kaär, trop aveuglé par sa rage pour voir ce qui arrivait derrière lui.

Le mystérieux Drakkari, comprenant que quelqu’un d’autre défendait la petite mage, en profita pour asséner le coup final à ses adversaires, leur tranchant la tête dans un rugissement furieux avant de retomber au sol, cherchant apparemment sa respiration. Son visage était couvert de poussière, de boue et de sueur alors qu’il s’essuyait le front d’un revers de main. Ses armes disparurent dans une petite gerbe d’étincelles dorées et orangées alors qu’il se tourna pour fixer le « sauveur ».

Il le reconnut aussitôt. Mais ne manifesta ni peur, ni crainte, rien, alors que son visage reprit une expression plus normale… presque un air mitigé entre le défi et la méfiance. Il croisa les bras, s’approcha de la petite mage évanouie alors que Tristan semblait la dévisager, semblait chercher à comprendre ce qui avait bien pu se passer… ou tout simplement avait-il pensé avoir attendu trop longtemps qu’elle revienne. Il est vrai que beaucoup de questions pouvaient être posées… et qu’un certain Drakkari en savait peut être un peu plus…

Cependant, le Drakkari fixa du coin de l’œil les Cheistams qui arrivaient, sans laisser plus de temps à Tristan de se remettre de ses émotions.

- Par respect pour elle, je vais te laisser le choix. Soit tu t’en occupes mais tu ne la laisses surtout pas aux mains de ces Cheistams soit… je l’emporte avec moi.

Il croisa les bras, curieux de connaître la réponse du Drakkari qui avait vécu dans l’ignorance et l’abandon ces derniers temps. Pouvait-il encore pardonner ? Mais les yeux de l’interlocuteur à Tristan trahissaient autre chose. Une crainte… un doute… un malaise… et surtout… quelque chose qui ne serait certainement pas simple à encaisser pour le jeune homme.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Deux mondes, un choix : destruction...   Dim 4 Mai - 10:47

Il y avait eu cette phrase, adorable par rapport à sa magie, elle devenait plus forte grâce à lui, pour lui. Il avait entrouvert la bouche sous la surprise, détourné les yeux, les joues légèrement rouges alors que son regard trahissait son émotion et sa joie. Il avait grogné pour la forme, faisant comme si de rien était. Mais il était touché, plus que touché… elle avait parlé du lien et il l’avait embrassée parce que les mots en eux-mêmes ne servaient plus à rien entre eux à cet instant.

Il y avait eu cette nuit aussi… durant laquelle elle lui avait rappelé à quel point il était dingue d’elle et à quel point le cacher était un jeu risqué et dangereux. Quand était-elle devenue si forte dans ces jeux de provocation, de tentation ? Bien sûr qu’il avait toujours peur de lui faire mal mais il avait encore et surtout honte de vouloir autant oublier cette peur. Elle lui en donna l’occasion et il lui en était si reconnaissant qu’il se sentait encore plus égoïste. Mais dans les yeux de la petite mage, il y avait toute la sincérité du monde. Une fois de plus il avait eu tort de se taire, il aurait dû tout lui dire. S’il avait voulu diriger, c’était quand même par rapport à son dos, il ne fallait pas que ses progrès soient réduits à néant à cause d’un faux mouvement. Plus doux que jamais, il n’en était pas moins passionné pour autant et allongé contre elle, par la suite, un sourire d’extase au visage, il n’avait cessé de lui murmurer des remerciements jusqu’à ce qu’il s’endorme. Lui aussi il en avait besoin et l’abstinence ne lui réussissait pas. En tous les cas, tout dragon qu’il soit, il contrôlait ses pulsions et ça, ce n’était pas un mal !!!!!

Il y avait enfin eu ce moment, cette sortie, petite mission brève. Sur le chemin du retour, les choses devenaient particulièrement intéressantes sous des baisers enflammés… jusqu’à l’attaque. Tout était allé très vite ! Et s’il n’y avait pas eu l’intervention de cette personne, Cassidy serait probablement morte. Mais quelle personne !!!! C’était sa copie conforme, enfin presque, plus vieille, plus triste, plus forte, plus détruite, de cinq années. Cinq terribles années dont elle leur expliqua tout et qui fut une terrible révélation. Au cours de celle-ci la petite mage du présent semblait devenir plus pâle à chaque instant, plus meurtrie, plus détruite, comme leur interlocutrice. Tristan désarmé, ne savait que faire et se haïssait de sa faiblesse et de ne pas avoir pu aider et sauver celle qui était toute sa vie. Comment avait-il pu lui-même devenir si monstrueux ? Comment avait-il pu seulement cesser de l’aimer ? Comment avait-il pu souhaiter la tuer ?!! C’était incompréhensible ! Il ne serait pas devenu ainsi juste parce qu’elle était devenue folle et avait accidentellement permis une libération de monstres et pleins de morts. Non, il l’aimait trop. Elle était son tout ! Il y avait autre chose… Etait-ce sa transformation en dragon qui l’avait rendu ainsi ?

Il avait été confronté à son propre double et la puissance de celui-ci dépassait l’entendement. C’était une créature, plus du tout un être humain. Il en avait encore vaguement l’apparence, mais juste l’apparence, son coeur, son âme étaient ceux d'un dragon et d’un tueur. C’était horrible ! Il ne voulait pas que ça arrive, non il ne voulait pas !!!! Désemparé de voir les deux jeunes femmes malheureuse, Tristan se préoccupa d’abord de celle du futur. Parce que la sienne l’avait encore lui justement et qu’elle savait qu’elle pouvait compter encore et toujours sur lui, quoi qu’il arrive. Elle savait qu’il ne voulait pas renoncer à elle et qu’il se battrait de toutes ses forces pour que tout ceci n’arrive pas. Or, la Cassidy du futur avait perdu cet amour, cette confiance, il voulait les lui rappeler, juste un peu, pour qu’elle croit en eux. Ils pouvaient y arriver ! Ensemble, ils étaient… indestructibles. Oui peut-être… mais seulement ensemble. Or la séparation allait arriver plus rapidement que prévu avec son lot de catastrophes, de conséquences graves. Mais ça ils ne le savaient pas encore.
Il avait dit qu’il se battrait contre son double. Que dire d’autre ? C’était SON double ! C’était à lui de gérer cela et de toute manière, maintenant qu’il connaissait son but, à savoir tuer la petite mage, SA petite mage, il ne pouvait pas laisser celle-ci s’approcher de lui !!!!
Les mots que sa Cassidy prononça lui firent écarquiller les yeux de surprise et d’horreur alors qu’il semblait vraiment choqué. Elle ? Une potiche ? Son coeur se serra douloureusement alors qu’il n’avait pas le temps de répliquer. Que lui aurait-il dit autrement ? Cette réplique méritait une gifle même s’il ne porterait jamais la main sur elle pour autre chose qu’une tendresse et un amour profonds. Mais elle la méritait cette gifle. Ne se rendait-elle pas compte que c’était parce qu’elle était là qu’il pouvait agir ainsi ? Parce qu’il l’avait elle qu’il avait envie de toujours se dépasser ? Que la protéger et l’aimer étaient ses seuls buts dans cette vie ? Qu’elle l’avait protégé de bien pire, en particulier de lui-même et de ses pensées tordues et mauvaises ? Ne se rendait-elle pas compte qu'elle lui sauvait la vie chaque jour ? Ne comprenait-elle pas qu'elle s'occupait de lui, le faisait vivre, sourire, être heureux, simplement en existant, en était si belle, si merveilleuse, si extraordinaire ? Ne comprenait-elle pas qu’il veuille la protéger au péril de sa propre vie était la seule chose sur laquelle il serait intransigeant ? Ne voyait-elle pas à quel point il l'aimait et à quel point il avait mal qu’elle ne comprenne pas que c’était irrémédiable ? Elle était son poison et son remède. L’amour faisait si mal mais tellement de bien aussi en même temps. Il ouvrait et fermait la bouche bêtement, incapable de dire un mot, trop choqué et de toute façon, on ne lui en laissait pas le temps.

L’autre Cassidy les avait interrompu en toussant du sang. Tristan écarquilla un peu plus les yeux, horrifié. Même si ce n'était pas SA Cassidy, il ne put s’empêcher de poser une main sur son épaule, inquiet, même si ce n’était pas son présent, il ne pouvait s’empêcher d’aimer celle-ci et de vouloir son bien. C’était une situation effrayante et perturbante. Les mots qu’elle prononça perturbèrent la jeune mage qui semblait paniquée. Tristan vint vers elle, enlaçant ses épaules de ses bras, essayant de se faire réconfortant alors qu’il n’arrivait pas à parler, la gorge nouée. Il n'était pas assez fort… Non, il était tellement faible. Même s’il se la jouait, il n’avait aucune chance contre son double. Comment faire pour devenir plus fort ? Pour protéger celle qu’il aimait ????
Sa petite mage s’en était quand même cassé la figure et il l’aidait doucement à se relever, inquiet, comme toujours.

Ils discutèrent d’un plan et la seule solution fut rapidement mise en avant… Tristan devait rejoindre ses confrères et changer… très vite. Il n’aurait pas le temps nécessaire, pas l’expérience de son double, mais s’il faisait les choses bien, peut-être pouvait-il devenir assez fort pour le contrer. Bien sûr, il n’aurait pas son endurance et donc le combat devrait aller très vite mais il pouvait en arriver à égaler la force de son adversaire… un moment. C’était en théorie faisable. En théorie. Mais ça voulait dire devenir dragon et ça signifiait aussi en grande partie, ou totalement avec le temps qui était compté devenir comme eux, abandonner son côté humain. Effrayant. Surtout pour sa petite compagne. Elle semblait en colère alors qu’elle hurlait mais lui il ne vit que la peur. Elle était haineuse envers les dragons mais il sentait que ce n’était pas tourné vers lui, même si ça le blessait un peu. Elle ne voulait pas le perdre…
Ses phrases suivantes furent autant de mots que de coups de poignard alors que raide comme un piquet, totalement inutile, il l’observait et l’écoutait, la bouche entrouverte, le visage peiné, ne sachant que faire, que dire. Elle avait donc si peur de le perdre ? si peur qu’il change et ne l’aime plus ? Elle l’aimait… tant que ça. Il se sentit très mal… Parce qu’alors qu’elle était malheureuse, lui ressentait une profonde joie : elle l’aimait ! Elle l’aimait donc tant que ça ?! Il mettait bien du temps à le comprendre en effet, mieux vaut tard que jamais. Ses larmes chassèrent vite fait ses pensées néanmoins alors qu’il s’approchait pour la câliner, la rassurer. Mais elle s’était éloignée, elle pleurait, elle avait mal et peur. Désemparé, figé dans sa position, bras tendu vers elle, il avait pâli, malheureux. L’autre Cassidy intervint.
Leur échange fut étrange. D’un côté la voix de la sagesse, qui avait souffert de milliers de pertes, de morts, de culpabilité, de l’autre la petite demoiselle esseulée, égoïste mais tellement humaine qui refusait de perdre son amoureux. Tristan baissa les yeux, malheureux. Qu’elle déteste les siens et donc lui-même par extension, ce n’était pas grave, il ne lui en voulait pas, mais il se sentait inutile, ne pouvant pas l’aider, ne pouvant rien faire, comme trop souvent quand elle avait besoin de lui. Pourquoi diable l’aimait-elle autant alors ?

Ils se rendirent chez les dragons et tout changea, tout bascula. Leur accueil était étrange, tout comme leur appellation alors que Tristan était le premier surpris. Pourquoi l’appelaient-ils « prince » ? Etait-ce un surnom donné à chaque jeune dragon ? Après tout, ils étaient si prétentieux et ambitieux qu’ils semblaient tous se prendre pour des rois, rien de bien surprenant alors. Pourtant, malgré tout, il était fébrile, joyeux, plein d’agitation… Il avait toujours eu envie de les rencontrer, pour leur parler, pour apprendre et comprendre ce qu’il était, ce qu’il devait être. Bien sûr, il n’avait jamais franchi le pas parce qu’il savait pertinemment que Cassidy ne le voulait pas, là il en avait l’occasion. D’accord, il avait un peu honte d’en profiter ainsi mais mine de rien… ça lui faisait plaisir. Pas à la petite mage. Il ne comprit pas assez vite à quel point elle se sentait mal ici.
Il savait à quel point elle détestait ses oreilles, ses différences, à quel point elle était effrayée de ne plus être totalement humaine, à quel point ça l’inquiétait et la rendait malheureuse. Il avait toujours des petits gestes tendres pour lui rappeler que quoi qu’elle soit, il l’aimait, mordillant ses oreilles, jouant avec ses canines du bout de sa langue quand il l’embrassait un peu passionnément. Il l’aimait telle qu’elle était… Il ne pensa pas à quel point ça pouvait la blesser qu’il trouve enfin des gens qui lui ressemblaient alors qu’elle, elle restait toute seule. Comme trop souvent il ne réfléchit pas assez et la blessa, cruellement, à cause de son enthousiasme, à cause de ses sourires, à cause de son intérêt alors même qu’elle était juste à côté, celle qui craignait de le voir changer et l’abandonner. Et quoi de plus normal ? Eux étaient sa vraie famille non ?
Une famille qui l’avait faite souffrir ! Enormément ! L’avait-il oublié ça aussi ?

Il était si enthousiaste malgré l’urgence de la situation qu’il ne remarqua pas que sa compagne était malheureuse et s’éloignait, leur lien étant étouffé par toute la magie qui émanait des dragons. Il ne vit pas le combat, mini combat, qu’elle mena contre deux dragonnes qui le trouvait à leur goût tandis qu’après avoir expliqué la situation à ses confrères, le jeune homme écoutait leurs conseils, les épreuves qu’ils allaient lui imposer pour forcer son corps à s’accepter. Heureusement que Cassidy n’était pas à côté, ils disaient qu’il y avait des chances, en précipitant sa transformation, pour qu’il ne puisse plus prendre sa forme humanoïde pendant quelques années, trois quatre ans en général. Quel coup… Ca par contre, ça ne lui plaisait pas des masses quand même !

Non il ne savait pas que sa compagne allait se battre… il ne savait pas qu’elle allait devenir dingue. Il ne savait pas que quelqu’un OSAIT l’insulter ! Certes les dragonnes étaient très belles mais son coeur battait toujours pour sa petite mage, ça ça devait durer, tant qu’elle serait près de lui il pourrait devenir fort, il pourrait progresser !
En tous les cas, elle fit bien de réagir, il y avait certaines choses qui ne pouvaient pas être ignorées. Les deux dragonnes durent être vraiment surprises par sa force et sa hargne mais la petite mage prit la fuite finalement. Peut-être juste pour s’aérer, peut-être juste pour réfléchir, mais elle ne revint pas et cela signa le début de la fin pour Tristan.

Quand Tristan se rendit compte qu’il n’avait pas vu sa petite mage depuis quelques heures déjà, il culpabilisa beaucoup, s’en voulut et content de toutes les explications qu’il avait eues, prit congé, bien décidé à tout résumer à sa compagne, en omettant les mauvais points quand même, sinon elle deviendrait dingue. Oui, il s’en voulait de l’avoir un peu oubliée l’espace d’un instant et surtout de n’avoir par remarqué qu’elle s’était éloignée. Un peu gêné, il passait d’une pièce à l’autre avec un air coupable, s’excusant, mais chaque fois le silence et le vide lui répondaient. Il commença à s’inquiéter, fronçant les sourcils, la cherchant partout, commençant à crier son nom puis à paniquer. L’horreur d’une idée le traversa… Et si les dragons l’avaient croquée ?!!! Il perdit la tête, crochetant le meneur à la gorge sous sa forme humaine, hurlant des menaces, l’air à moitié fou, les autres surpris le calmèrent expliquant qu’ils n’y étaient pour rien. Les deux dragonnes intervinrent, celles qui avaient affronté Cassidy. Elles ne précisèrent pas leur discours, se contentant de dire que la petite humaine avait perdu la tête, les avait frappé puis s’était enfuie en courant. Tristan écarquilla les yeux, courut à sa recherche à l’extérieur, l’appela, la chercha pendant des heures. Il hurla son nom sur un rocher donnant une vue plongeant sur un paysage vertigineux, pendant des heures il hurla, l’appela, jusqu’à en perdre la voix, ne pouvant plus prononcer son surnom que d’une voix rauque. Les dragons, ses confrères l’avaient soutenu, essayant de l’aider et finalement s’étaient concertés pour le laisser tranquille pour l’heure, lui rappelant régulièrement, à tour de rôle, que s’il acceptait totalement sa part dragon, s’il renonçait au Drakkari pour devenir plus fort, il progresserait, la sauverait puisque c’était ce qu’il voulait… et il arrêterait de souffrir. Tentation trop grande pour un coeur malheureux.

Dans la nuit, très tard, des bruits violents réveillèrent les dragons assoupis. Leur chef humanoïde retrouva le jeune dragon qui poussaient les énormes battants d’une porte dans les profondeurs du temple, on lui en avait à peine parlé mais il savait où les trouver. Comment ? Difficile à dire. Plusieurs portes. Il avait choisi l’une d’elle. Le grand brun s’avança, mettant la main sur l’épaule du jeune homme.

- Attends ! Tu n’es pas prêt ! Tu ne peux pas déjà y aller ! Ton corps ne le supportera pas ! Tu dois faire des tests avant ! Si on se trompe sur toi ou si c’est la mauvaise porte, tu risque de…

Le jeune homme s’était retourné vers lui, un regard effrayant au visage, il l’avait aussitôt lâché son épaule, incapable de dire pourquoi il avait eu si peur l’espace d’un instant. Quelque chose dans ses yeux faisait vraiment peur alors qu’il était encore si faible. Sans dire un mot, se détournant de lui, le Drakkari entre dans l’espace libéré, jetant vaguement un coup d’oeil vers le sommet des portes. Elles étaient si hautes qu’on peinait à en voir le sommet et ce n’est pas pour rien qu’elles s’enfonçaient autant sous terre… il y avait tout un monde sous la montagne. Toujours sans un mot, tournant le dos aux ténèbres à l’intérieur de la porte, le jeun homme commença à refermer les battants, une lueur s’élevant, faiblement, à l’intérieur au fur et à mesure qu’il fermait les énormes battant qui tiraient sur ses muscles. Son confrère, pâle, inclina lentement la tête…

- B…Bonne chance.

Un simple sourire lui répondit puis un bruit sourd quand les portes se refermèrent. Le silence… Ainsi disparut le jeune homme. Quand le dragon raconta ce qu’il avait vu, tous parurent surpris, surtout qu’il ne l’ait pas empêché d’agir, qu’il ne l’ait pas retenu.

- Comment il pouvait savoir où aller ?! Et qu’il fallait passer par là ? C’est un vieux rite ça ! Plus personne ou presque ne l’utilise ! Certains d’entre nous ignorent même son existence !!!! C’est trop dangereux ! Il faut des années pour réussir à éveiller notre potentiel et renier notre humanité, mais au moins c’est un passage sûr ! Pourquoi il est allé…
- Il n’avait pas le temps ! Voilà pourquoi !
- Mais… il…
- Je ne peux pas te dire comment, ni pourquoi, mais si l’un de nous peut y arriver sans se préparer, c’est lui… Si on ne se trompe pas c’est…


Ils en discutèrent longuement, sur plusieurs jours… Certains passaient régulièrement devant les lourdes portes placées dans un cercle parfait, d’autres essayaient d’en apprendre davantage sur ces fameuses portes et ceux qui n’en savaient rien étaient bien choqués de comprendre de quoi il s’agissait et que personne au juste ne comprenait ce que c’était.

- Et si on se trompe ?
- Alors il est déjà mort.
- Un mois à attendre pour savoir…
- C’est un moyenne.
- Tu penses qu’il mettra plus ?
- s’il est vivant ? Alors qu’il n’a passé aucun rite, qu’il sait à peine se transformer et se protéger ? … oui il devrait mettre le double… s’il survit.

- Vous parlez de moi ?

Torticolis collectif alors qu’une trentaine de têtes se tournaient vers le jeune homme silencieux, tellement silencieux que trente dragons ne l’avaient pas entendu arriver, qui venait d’entrer dans la pièce, appuyé contre un mur, un sourire carnassier aux lèvres. Il avait changé… énormément changé. En pantalon de cuir comme ses camarades, un peu ajusté aux muscles de ses jambes, hautes bottes sombres et large ceinture argentée, il fixait ses frères, s’amusant de leur surprise. Il était torse nu et ne portait pas la moindre stigmate sur ce qu’il venait de faire, d’accomplir. On crut un instant que le dragon avait rêvé, qu’il n’était jamais entré dans cette pièce, mais les changements parlaient pour lui. Il était prêt. Ca faisait cinq jours…






Très bien, c’était prouvé, démontré… Elle avait une dent contre lui !!!!
Tristan baissa les yeux sur le petit parchemin qu’il tenait à la main et fronça les sourcils, grognant, agacé. Non mais sérieusement ! L’envoyer faire des courses quoi !
Bon, d’accord, il ne s’était pas bien comporté pendant son adoubement mais et alors ? il avait le droit non ? C’était SON adoubement !
Voilà qu’Eleyna lui en avait fait tout un drame ! Elle l’avait pourtant prévenu. Qu’il devait être calme, sage, tranquille. Mais elle disait ça, un peu stressée, elle-même angoissée malgré ses airs de maitrise parfaite, par ce qui allait se dérouler. Mais quand il n’en avait fait qu’à sa tête, limite de rater cet évènement si important, tout son air stressé mais si amusant avait disparu et elle était apparue telle qu’elle était. Une furie, ni plus ni moins.
Le jeune homme soupira en portant la main à son crâne. Il sentait encore une grosse bosse sous ses doigts, c’est qu’elle frappait dur ! Et elle n’avait pas fini de se venger d’ailleurs. Elle avait donné à tout le monde différentes tâches, différentes missions pour aujourd’hui, plus ou moins importantes et qui allaient déterminer leurs tours de garde. Il s’en fichait un peu de ça mais la compétition lui plaisait bien et il voulait montrer à quel point il était meilleur que tous les autres. Il avait sincèrement cru entendre son rire diabolique lorsqu’il avait découvert sa propre mission : aller faire des courses et préparer un gâteau pour le général. QUOI ?!!! Ah oui… l’anniversaire du général. C’était ça le grand thème, mais il avait sans doute la mission la plus pourrie ! Certains organisaient des épreuves, des animations, allaient chasser. Et lui il se retrouvait à devoir faire un gâteau. Pitoyable ! Ces humains étaient.

- Ooooh !

Il avançait d’un bon pas dans la petite ville, ruminant tout seul lorsque le léger cri lui avait fait tourner la tête. C’était une petite vieille, pas mal rabougrie, qui venait de trébucher sur une pierre et tombait en avant, son panier de course lui échappant alors que des passants à côté d’elle se retournaient, surpris, tendaient la main. Pas assez rapide.
L’un d’eux cligna plusieurs fois des paupières en se retrouvant la main à quelques centimètres d’un bras musclé. Wahhhh ! Mais il avait surgi d’où ce grand gaillard. Une main sous le panier en osier, son autre bras entourant la petite vieille qui avait le visage à quelques centimètres à peine du sol, le jeune homme un genou en terre avait tout du preux chevalier, super héros intervenant à la dernière seconde. Les passants s’éloignèrent rapidement alors qu’il se redressait comme si de rien était et remettait la femme sur ses pieds. Celle-ci, reconnaissante, semblait aux anges que son panier n’ait pas été renversé, regardant avec amour et gourmandise son contenu. Elle le remerciait, enthousiaste. Il haussait les épaules, se redressant de toute son… impressionnante taille avant de faire un sourire désarmant.

- Protéger et servir. C’est mon travail Dame.

Bon d’accord, les passantes autour durent avoir une mini crise cardiaque, pas la vieille dame, ce n’était plus de son âge sans doute même si elle lui faisait un beau sourire en retour. Sauf qu’alors qu’il lui rendait son panier… eh bien il s’avéra qu’elle n’avait pas trébuché pour rien et que le panier, trop rempli était beaucoup trop lourd pour la petite vieille qui peinait à le porter à deux mains… alors avec une seule, sans difficulté comme le jeune homme, ce n’était pas trop possible. Il ferma un court instant les yeux, soupira, sourit et lui reprit des mains, lui proposant cordialement son aide alors qu’elle avait une mine de chien battu heureux. Drôle de petite vieille, Tristan s’en sentit aussitôt… gêné dans le sens où ce n’était pas très normal ni habituel. Néanmoins, elle profita de sa gentillesse, le tirant dans les quatre coins du marché pour acheter ce qui lui manquait et finalement, le jeune homme se retrouva à faire les courses avec elle et à les lui ramener.
Elle voulait le remercier, lui parla de son don alors qu’il arrivait chez elle. Tristesse chez le Drakkari ? Non… mais changement de comportement, ça c’était certain. Il s’était arrêté d’un coup, crispé, les yeux perdus dans le vague. Elle avait compris, l’avait entrainé à sa suite.

Au début, il ne voulait pas et finalement,après avoir posé les courses sur une petite table, il s’était retrouvé assis, tendu. Elle avait usé de son don, après lui avoir apporté une tasse de thé. Le jeune homme était tellement crispé qu’il ressemblait plus à une statue qu’autre chose et ne semblait pas vraiment entendre ce qu’elle lui disait. Elle avait attrapé sa main en lui faisant un sourire bienveillant avant d’hausser les sourcils surprises.

- Oh… Vous avez la peau chaude jeune homme. Bon… concentrez-vous.


En fait… Il n’avait pas très envie de se concentrer justement ou peut-être un peu, juste un petit peu. Sa fierté était quand même en jeu. Il s’était dit qu’il avait tort, avait voulu penser à autre chose mais c’était déjà trop tard. Sous ses yeux, l’image de la petite mage s’était formée. Elle n’allait assurément pas bien, triste, abandonnée… C’était l’image qu’elle donnait. Un frisson avait couru sur la peau du jeune homme alors qu’il fronçait légèrement les sourcils avant de les hausser l’instant d’après. Un homme s’était approché de la demoiselle. Un Drakkari. Il ne vit pas vraiment le reste, ou à peine, sans en avoir réellement conscience, fixant la scène, le regard vidé de toute expression, de tout sentiment. Apparemment on prenait soin d’elle, ou qu’elle soit.
Il était immobile alors que la vieille dame essayait finalement de localiser la jeune femme de la vision, ayant eu un petit sourire amusé à cette vision, qui s’était crispé à cause de l’apparition de cet homme. Elle surveillait son « sauveur » du coin de l’oeil, mais comme il n’avait pas l’air énervé, elle avait persévéré, c’était un tort. Sauf que son don de localisation ne fonctionnait pas alors qu’elle s’acharnait, agacée.
Tristan avait posé son autre main sur la sienne alors qu’elle relevait les yeux, il faisait un beau sourire, un de ces magnifiques sourires dont il avait tellement l’habitude quand il jouait à son jeu de séducteur. Il s’était redressé en la remerciant, simplement, avait annoncé devoir partir, l’avait fait sans précipitation. Alors elle n’avait pas de raison de s’en faire, il semblait aller bien. Peut-être qu’il allait bien finalement. Une fois à l’extérieur, il avait marqué un temps d’arrêt en fixant le ciel au-dessus de sa tête. Le vent avait forci d’un coup, les nuages s’accumulaient au dessus de la petite ville. Il y eu un léger rictus, reste de son sourire en baissant les yeux vers ses mains couvertes de ces marques. Aujourd’hui, il n’était plus le même. Plus rien n’importait vraiment après tout.



- Ouuuuinnnn !!!! Eley !!! C’est pas juste !!!!!!

Voix chouinarde, grosses larmes de crocodile, air dépité. C’est ce que la pauvre capitaine devait actuellement supporter et encaisser de la part de son général. L’homme pourtant bien plus âgé qu’elle qui respirait la force, l’expérience et la sagesse avait un caractère très particulier. Tout le monde l’adorait pour son sens de la justice, ses conseils et son comportement irréprochable dès qu’il était question de mission ou de faits de guerre, mais c’était aussi un grand gamin, très excentrique et qui semblait en admiration béate devant la magnifique jeune femme. Il n’était pas le seul d’ailleurs, quasiment tous les hommes du régiment en pinçaient pour elle et les autres étaient juste trop fiancés ou mariés pour l’être. Superbe dans son armure légère, ses épaisses boucles blondes cascadant dans son dos, c’est d’une torsion féline qu’elle s’était retournée pour encaisser l’attaque de son supérieur. Qui lui avait sauté dessus… pleurnichant en se blottissant contre elle et geignant d’autant plus en remarquant qu’elle avait justement son armure et que frotter sa joue contre sa poitrine n’avait donc rien d’agréable à ce moment là. Elle tiqua aussitôt et lui asséna sans ménagement un coup de son poing fermé sur le haut du crâne alors qu’il geignait de plus belle.

- Général ! C’est du harcèlement sexuel ! Vieux pervers !
-Ouiiiiiinnnn Je suis pas vieux !!!!!!


Un autre coup le calma alors qu’il la fixait en pleurnichant un peu avant de se mettre à sourire, son visage marqué un peu par le temps et les combats s’éclairant. Il l’aimait bien. Cette fille avait un cran hors du commun. Etre une femme chez les Chevaliers, ce n’était pas courant et certainement pas au titre de Capitaine, de meneuse de troupes etc. Cette gamine avait une sacrée poigne, une autorité naturelle et un caractère très… intolérant. Elle finit par lui demander, suspicieuse, pourquoi il pleurnichait encore. Le général reprit totalement son sérieux avant de soupirer d’un air las, se redressant et écartant le pan d’une tente dans laquelle on faisait essayer les nouvelles armures à certains jeunes chevaliers. Elle comprit tout de suite la raison de son dépit.

Tristan. Ca lui allait parfaitement, mais alors plus parfaitement ce n’était juste pas possible sans doute. Le côté chevalier avec armure légère, côte de maille fine, tunique aux couleurs de l’armée Cheistam… wahou ! Il tourna les yeux vers elle, lui faisant un de ses magnifiques sourires. Depuis quand avait-il des cils aussi longs et sombres, ça lui donnait un air si candide malgré la masculinité de ses traits. Elle se crispa avant de baisser les yeux. A côté d’elle, le général marmonnait tout seul.

- Dire que mon armure à moi on l’a faite sur mesure, exprès pour que je sois super beau dedans. Lui la sienne n’est même pas encore là et voilà, il est juste trop parfait. C’est pas juste. J’aime les femmes, les dieux m’en sont témoins, j’aime les femmes, mais pour cet homme je… je… Il est tellement beaaauuuu !
- Général !!!!


Nouveau coup sur la tête alors qu’elle l’abandonnait là, gisant par terre. L’instant d’après, elle entrait comme une furie sous la tente alors que certains hommes rougissaient ou glapissaient, pourtant la majorité étaient en partie habillés mais peu osaient réellement s’estimer digne du regard de la jolie capitaine. Elle alla se planter à côté de Tristan alors qu’une toute jeune recrue, un garçon qui devait avoir une quinzaine d’années aidait le jeune homme à mettre en place les différentes pièces de son armure. Ses yeux brillaient d’admiration et elle marqua un arrêt, scandalisée de voir que les paroles du général qui n’étaient en fait qu’un avertissement, s’avéraient vraies. Nom de… le gamin avait à peu près la mine qu’une vierge effarouchée devait avoir en voyant le grand Drakkari pour la première fois. Celui-ci d’ailleurs prit doucement des mains de son aide le ceinturon et l’épée qu’il tenait, lui faisant un beau sourire en le remerciant gentiment. La capitaine suivit l’échange alors que le pauvre garçon devenait cramoisi, baissant les yeux en balbutiant. Elle vit rouge, donnant un coup de pied directement dans les fesses du grand jeune homme qui se tourna vers elle, un air de surprise au visage, ayant à peine bougé, qui ne gâchait rien à la beauté de ses traits et le rendait même… un brin innocent. Manquait plus que ça. Il eut droit aussi à un deuxième coup de pied alors qu’il la fixait avec incompréhension.

- Tristan ! Laisse ce pauvre gamin tranquille ! Tu ne vois pas comment tu le perturbes ?!
- Oh… Je te perturbe… Luc ?

Il avait dit ça d’une voix terriblement suave, souriant, se détournant de la capitaine pour attraper le menton du jeune garçon, se rapprochant de lui en courbant l’échine puisqu’il devait le dépasser de plus d’une tête et demie.
Temps d’arrêt pour le dénommé Luc qui releva des grands yeux gris vers son interlocuteur en rougissant encore plus si c’était possible. Il était sacrément perturbée et se mit à balbutier des mots qui n’avaient ni queue ni tête, fixant le visage du Drakkari penché sur lui, tremblotant légèrement.

- Tsss…

Tristan avait émis un léger petit soupir, entre le soupir et le rire avant de se redresser, riant franchement en ébouriffant les cheveux du gamin en face de lui d’un air complice. Il haussait les épaules, l’air de dire que c’était n’importe quoi avant de fixer la blonde capitaine en lui tirant la langue puis en souriant peu après.

- Du calme, du calme, je ne vais pas le violer, ne t’en fais pas !

Apparemment, elle ne l’entendait pas de cette oreille et alors que Luc rougissait de nouveau à cette phrase, Eleyna se mettait à frapper durement le Drakkari qui grognait et se débattait gentiment sous l’oeil bienveillant du général, à l’entrée de la tente. Ces deux-là s’entendaient comme chien et chat, toujours en train de s’embêter et de se battre… Enfin Eleyna en train de battre le garçon plutôt. Au début il avait eu quelques réticences en sachant ce qu’il était, mais c’était un gentil garçon au final, même s’il avait beaucoup changé quelques jours plus tôt.
Il fut interrompu dans ses pensées par un jeune chevalier qui venaient lui annoncer qu’il était attendu dans la tente de commandement pour discuter des opérations. Il tourna un regard peu amen vers la ligne des Kaärs en face. Lui n’était pas vraiment pour la semonce, ces monstres devaient être exterminés avant de faire davantage de mal. Il ne comprenait pas les jeunes qui pouvaient s’y enrôler. Dernier regard vers Tristan, lui aussi avait-été un Kaär après tout, parce qu’il avait fait de mauvais choix. En face, pendant la bataille, parce qu’il savait qu’elle aurait lieu, il y aurait aussi sans doute de chouettes gosses qui se fourvoyaient. Mais eux n’auraient probablement pas la chance de faire machine arrière.

Finalement tout le monde s’était préparé et se tenait prêts. Le général expliqua le plan à ses subordonnés. Certes ils se disputaient mais dès que c’était un peu plus sérieux, Tristan et Eleyna étaient de tous les plus impeccables. Le lieutenant et la capitaine. Il était vite monté en grade le petit dragon. Mais bon, rien de surprenant après tout. On avait besoin d’hommes de poigne et il avait rapidement été admiré et comme il travaillait plus dur que les autres, et qu’il ne pouvait pas se rendre aussi disponible que possible au sein de l’armée, le faire monter en grade était encore la meilleure option.
Ils attendraient les ordres pour bouger, ils ne faisaient pas partie du régiment principal et même sans ça, ils étaient tous les deux d’excellents atouts à garder en réserve. La capitaine, très droite sur le petit promontoire sur lequel elle se trouvait et observait la scène avec attention, tourna légèrement la tête vers le jeune homme qui pour sa part était paresseusement assis, le menton dans une main. Il ne semblait pourtant pas fatigué… Elle soupira et attendit, suivant l’échange.

Tout se passa extrêmement vite par la suite. Il y avait eu la première attaque, l’assurance de ce petit groupe de Kaärs… Puis l’apparition, impossible en théorie, de dizaines de portails d’où sortaient toutes sortes de créatures. C’était la débandade ! Ils ne pouvaient pas se battre contre ça, pas de simples soldats, ils n’étaient pas assez forts, même avec toute la volonté du monde. Elle rageait de ne pas pouvoir intervenir, de devoir attendre les ordres, prête à enfourcher son cheval pour intervenir. Nouveau regard vers Tristan, elle frémit. Il était debout, elle le voyait de profil. Son regard orangé s’était intensifié alors qu’il fixait la bataille avec une impatience certaine, un sourire sadique mais ravi aux lèvres. Il mourrait d’envie de se joindre à la fête, ça… c’était sûr !!!! Et il n’avait pas peur ! Pas la moindre trace d’hésitation, d’appréhension. Décidément, ce mec était totalement fou. Elle surprit alors l’éclat dans ses yeux, le léger frémissement d’air autour de lui. Il n’allait quand même pas… rien du tout en fait.

Parce qu’alors qu’elle voyait les généraux prêts à réclamer leur aide, une autre aide avait surgi de nulle part. Enfin au début on crut à une attaque ennemie mais il s’avéra bien vite que ce n’était pas le cas. Oui… C’était même tout le contraire. Elle n’avait pas donné l’ordre de tirer pour sa part, elle n’était en rien dans l’angle de visée, demandant à son petit régiment de se tenir prêt, ayant enfourché sa monture avec une agilité surprenante. Tout à coup, il y avait eu cette espèce de… comment appeler cela ? Une météorite ? C’était tout enflammé, terriblement rapide et elle n’avait pas vraiment compris d’où ça sortait mais ça les aidait, ça elle en était certaine. Quand elle avait entendu l’ordre, elle avait eu juste le temps d’hurler un contre-ordre, qui n’avait pas été entendu. Pourquoi ? Parce qu’elle avait vu le changement chez le Drakkari. Son sourire s’était effacé d’un coup alors qu’il fronçait les sourcils. Elle avait plissé les yeux, attrapant une lunette et l’étirant d’un coup sec pour avoir une meilleure vue sur… une étrange créature toute de flamme et une cavalière bien singulière. Même de loin et en plein mouvement, elle l’avait reconnue. Tristan aussi apparemment même s’il était immobile, ne laissant transparaitre aucune émotion, bonne ou mauvaise. Il l’avait reconnue non ? Alors pourquoi ?
Un nuage de fumée s’était élevé autour de l’étrange créature et sa cavalière tandis que la capitaine se mordait la lèvre, scandalisée de cette attaque contre une alliée. Coup d’oeil vers Tristan : il n’avait pas tressailli.
Elle se demanda une seconde pourtant si la jeune femme était toujours leur alliée avant de se morigéner d’en douter. La preuve en fut donnée aussitôt alors que la demoiselle, si c’était bien elle, se contentait de continuer le combat sans se préoccuper de ceux qui venaient de l’attaquer et qui la reconnaissait ENFIN !

La jeune capitaine restait bouche bée devant le spectacle le plus ahurissant et inattendu qu’elle ait jamais vu. Dès que les portails s’étaient ouverts, dès que les monstres avaient surgi, son excellent instinct de survie, celui animal qui l’habitait depuis toujours, lui avait soufflé que cette bataille serait sa dernière, quoi qu’elle fasse. Ils n’avaient aucune chance. Même elle ne pourrait pas en combattre plus de quelques uns et ils étaient si nombreux. Tristan à la rigueur s’il parvenait à « s’éveiller » pouvait vraiment les aider, les sauver mais elle n’était même pas sûre que ce soit suffisant. Il était épuisé, elle le savait, il donnait bien le change, mais elle, elle connaissait la vérité sur l’état du jeune homme.
Alors cette aide… oui cette aide tombait à point nommé ! Même si c’était une aide totalement inattendue et… surprenante !

Elle les balayait tous ! Elle les détruisait tous ! C’était… extraordinaire, il n’y avait pas d’autre mort pour cela ! Quand la petite mage avait-elle acquis une telle puissance ? Certes, elle avait entendu des rumeurs sur l’intérêt que certains de ses supérieurs portaient à la surprenante jeune femme et elle avait bien compris que c’était par rapport à ses pouvoirs, mais de là à imaginer qu’une personne si jeune soit capable d’une telle prouesse !!!! Et quelle créature avait-elle dressée pour être en si parfaite coordination avec elle ?
Elle se battit au sol également et la capitaine reprit ses esprits, donnant l’ordre d’attaquer, anticipant les consignes de ses supérieurs, comme toujours, aidant les soldats dépassés et allant combattre, lame au poing, en direct avec les pires créatures, soutenant la petite mage qui aussi puissante qu’elle soit ne devait pas se charger de ce combat seule, pas à ses yeux du moins.
Elle avait lancé l’attaque, tournant la tête vers son lieutenant immobile qui fixait la scène. Elle ouvrit la bouche pour hurler son nom et lui dire de se dépêcher, d’un ton bien sûr aussi hargneux que d’habitude mais il avait relevé un regard glacial vers elle, sachant pertinemment ce qu’elle allait dire avant de bondir d’un saut sur son cheval et de le jeter au triple galop dans la mêlée… Pourtant il en sauta très vite. Lui n’était pas un cavalier, non, ce n’était pas son rôle.

Néanmoins, leur intervention était tardive et visait surtout à empêcher les créatures trop parties en avant à sortir du terrain au risque qu’elles envahissent la forêt puis aillent s’en prendre aux villages. Bien sûr, personne ne se doutait de la présence de la cité fantôme mais comme apparemment Cassidy se chargeait déjà très bien de cette zone là en particulier avant les autres, ils n’avaient pas de souci à se faire.
Il y avait aussi eu cette autre attaque vers la créature de feu qui s’était transformé ou dont avait chuté un autre personnage, un Drakkari, celui de la vision de Tristan. Il se battait comme un beau diable auprès de celle qu’il protégeait comme la prunelle de ses yeux, bien plus d’ailleurs.
Tout fut fini ou presque… Les portails s’étaient tous fermés, enfin grâce à Cassidy, le dernier dans un sifflement qui laissait clairement entendre que ce n’était pas tâche facile. Les combattants, revigorés tuaient les dernières créatures…et la petite mage s’était écroulée alors que le chef Kaär fou de rage attaquait. Eleyna vit l’attaque, venant d’être désarçonnée, elle combattait à présent à pied contre une bestiole répugnante pleine de tentacules. Elle écarquilla les yeux, ouvrit la bouche en voyant le drame se faufiler sur leur sauveuse.

- Tr…

Elle n’eut pas le temps d’en dire plus. De toute façon, quelle utilité y avait-il à appeler ? Il avait certainement vu. Bien sûr que oui. Il voyait… tout ici après tout.
Elle savait qu’il était à plusieurs mètres derrière elle, elle le savait pertinemment, mais ce n’était tout simplement pas possible. Il devait juste être dans un angle mort, loin devant elle, c’était impossible de couvrir cette distance en si peu de temps. Elle vit juste l’éclat argenté d’une armure et celle de cheveux rouges alors qu’il « apparaissait » derrière le chef Kaär, l’espèce d’ordure qui allait frapper une femme à terre. Son propre ennemi l’attaqua, elle détourna les yeux, une seconde, peut-être deux. C’était assez.

Tristan était arrivé derrière son adversaire et un craquement métallique s’était fait entendre alors qu’aussi surprenant que celui puisse paraître, il lui arrachait littéralement son plastron de protection et donc les deux parties métalliques qui couvraient son buste, d’une seule main. Le chef surpris, la respiration coupée sous le choc se retourna légèrement, lame au poing, prêt à frapper, il n’en eut pas le temps. Nouveau craquement, bruit de déchirure cette fois alors qu’il fixait hébété la main qui s’enfonçait dans sa poitrine. Néanmoins, s’il avait pu parler de cette expérience, il aurait témoigné de ce qui l’avait réellement tué la seconde suivante. Ce n’était pas la douleur, trop choquante pour être réellement possible à comprendre, ce n’était pas la blessure mortelle, c’était ce regard effrayant, plus effrayant que l’enfer qui était plongé dans le sien. Il y vit la mort aussi sûrement que si elle s’était tenue devant lui, faucheuse ricanante, et son coeur s’arrêta aussi sec.

De son côté, l’autre Drakkari venait de se défaire de ses adversaires, tombant au sol, à bout de forces, sans doute comme la petite mage bien pâle. Tristan desserra son poing, se redressant légèrement alors qu’aussitôt, le corps libéré glissait au sol. Contrairement à ses camarades, il ne portait pas de gants pour se battre et ses bras étaient dégagés. Parfaitement compréhensibles quand on voyait cette scène, car sa main toute crispée était belle et bien surmontée de griffes redoutables qui auraient fait fuir le plus téméraire des félins. Les très fines écailles qui s’étaient dressées sur sa peau étaient si efficaces qu’elles débarrassaient totalement sa main du sang, plus efficacement que s’il l’avait essuyée sur un tissu quelconque, elles gouttaient juste au sol, lentement.
Il fixait le reste de ses camarades qui se tuaient les derniers monstres et poursuivaient les Kaärs trop lâches. Parfait. Il fallait des prisonniers à interroger.
Déjà on récupérait les blessés, déjà les Cheistams s’approchaient, des généraux en particulier, les plus gradés, ceux qui ne se battaient pas et ne faisaient qu’orchestrer… Ah bien sûr, la petite mage. Le Drakkari se relevait. Tristan rabaissa enfin les yeux sur la petite mage.

Les changements étaient vraiment… troublants. Elle était méconnaissable. Vraiment… Ses cheveux trop longs qui pourtant ne poussaient pas trop vite, son style vestimentaire qui lui allait à ravir pourtant, sa puissance hors du commun, ses yeux dorés, ses oreilles allongées, ses canines presque aussi longues que les siennes, la cicatrice sur son visage qui semblait dater de beaucoup trop longtemps par rapport à son réel temps d’absence.
Le Drakkari s’adressa à lui, Tristan relevant lentement les yeux vers lui, ne semblant pourtant guère l’écouter, tout à son mutisme et son attitude désinvolte.
Lui aussi avait changé… Enormément.
Accepter de devenir un dragon, perdre son humanité… C’était pour cela qu’ils avaient été séparés à l’origine. Ca avait marché vu son apparence. Un peu trop bien sans doute.

Il ne ressemblait pas au Tristan du futur, cette espèce d’amas de muscles tout couturé de partout, plein de haine et d’ambition. Pourtant, lui aussi avait grandi, assurément et avait dû finalement atteindre et dépasser le mètre 90 alors qu’il en faisait moins à son entrée, un an plus tôt, à l’Académie, enfin un peu plus d’un an plus tôt. Ses yeux étaient toujours orangés mais semblaient avoir changé sans que ce soit explicable. Outre le manque d’intérêt flagrant qui y brillait, un lent tourbillon gris bleuté, très pâle s’y mouvait. Trop lentement pour qu’un oeil normal non exercé le repère, mais bien assez présent pour fasciner n’importe quel humain d’un seul regard trop appuyé sans doute. Ca avait renforcé son regard évidemment, regard qui disparaissait moins sous les mèches désordonnées de ses cheveux. Un peu plus courts, ils étaient en bataille et… avaient foncé, tirant presque sur le bordeaux par endroit, plus rouge à d’autres, des mèches carrément noires tranchant l’ensemble en lui donnant assurément la coupe de cheveux la plus « tendance » du moment. Ca lui allait plutôt bien, même très bien et ça avait en quelque sorte adouci ses traits devenus légèrement plus carrés. Il respirait l’assurance et la force sous son armure. Mais à part tout ceci, à part les griffes qui s’étaient résorbées en ongles au bout de ses doigts, c’était les marques sur sa peau qui étaient les plus flagrantes. Il restait parfaitement reconnaissable, parfaitement semblable au Tristan plein de sourires, dragueur, jaloux et bagarreur mais il avait changé. Oh nulle cicatrice sur le corps du jeune homme, du moins le peu qu’on puisse en voir, c’est à dire son visage, son cou et ses avant-bras mais de fines zébrures légèrement plus foncée que sa couleur de peau, qui semblaient luire légèrement quand il bougeait et qui lui donnaient très étrangement une légère ressemblance avec un tigre, ou alors c’était son regard de félin qui faisait cela. Pourtant, ce n’étaient pas des cicatrices, ça semblait parfaitement naturel et ça ne ressemblait pas non plus à des formations d’écailles.
Il fixa intensément son interlocuteur qui lui demandait de faire un choix avant de baisser un court instant les yeux vers Cassidy, d’hausser les épaules et de s’éloigner.

Sauf qu’il marqua un temps d’arrêt juste à côté de la jeune femme et sans la regarder, saisit une de ses chevilles et commença à bouger légèrement comme s’il comptait la trainer ainsi jusqu’au camp. Bien sûr Alanir, outré ou juste scandalisé et en colère ouvrit la bouche pour hurler quelque chose mais Tristan tourna la tête vers lui en lui tirant carrément la langue, comme un gamin, sachant apparemment pertinemment quelle réaction il allait tirer chez le Drakkari et sa nouvelle apparence, même si pour l’heure il n’en savait rien, avant d’attraper la petite mage par les poignets, s’accroupissant près d’elle, la redressant sans mal, la laissant retomber sur son épaule et se relevant comme si de rien était, pas du tout gêné par son poids.

Apparemment… Il avait fait son choix.
Les généraux arrivaient près de lui alors qu’il n’avait pas fait deux mètres, le Drakkari sur ses talons, montés sur leur cheval, lui demandant de leur remettre la jeune femme pour qu’ils la soignent. Mouais, pas que… Ils semblaient surpris, nerveux pour la plupart. Tristan releva les yeux vers eux, haussa une nouvelle fois les épaules et les ignorant superbement, passa à côté d’eux sans leur répondre ne serait-ce que verbalement alors que leur mâchoire semblait se décrocher. L’un deux, carrément en colère s’apprêtait sans doute à faire quelque chose mais le général qui supervisait le jeune homme l’arrêta d’une main sur son épaule. Il n’avait pas l’autorité, le rang pour faire ça, mais quand il s’agissait de ses hommes, il prenait des risques, constamment. Après tout, il avait les pires cas de l’armée Cheistams lui.

- Je te conseille de ne pas l’énerver… Je vais veiller à ce qu’elle soit soignée et à ce qu’elle accepte de nous parler un peu au moins de ce qui vient de se passer. Elle le sera aussi bien que n’importe où dans le camp que je sache. Vous n’avez pas besoin de vous en mêler sauf s’il y a autre chose…

Ah oui, subtil rappel comme quoi il ne trempait pas dans leurs magouilles, quelles qu’elles soient… mais qu’il n’était pas dupe pour autant.
Tristan n’entendit pas, il était déjà loin. Apparemment il comptait juste retourner au camp.
Et c’était le cas alors qu’il se dirigeait vers une tente éloignée des autres. Elle était très grande, comme devait l’être celle d’un gradé sans doute. La magie permettait bien des choses et les transports en particuliers de tout ce matériel qui permettait un confort certain aux Chevaliers et aux soldats. Le jeune homme repoussa de sa main libre un rideau dévoilant une « chambre ». Apparemment on coupait ainsi la pièce principale qui devait permettre d’avoir les malles et un espace suffisant pour une réunion, repas etc. et la chambre en question qui se constituait d’une table de nuit, d’une lampe, de quelques livres et… de deux lits qui avaient été rapprochés pour n’en former qu’un. Avec une curieuse délicatesse malgré le transport qui laissait à désirer, Tristan fit glisser Cassidy sur le matelas avant de se redresser, le regard sombre. Il se tourna vers le Drakkari, le fixant de nouveau intensément en silence, comme s’il attendait que celui-ci agisse puisque apparemment c’était lui qui s’occupait de la jeune femme maintenant.
Il le vit s’accroupir aussitôt, manipuler vaguement quelque chose, mais il ne regardait pas vraiment en réalité, trop occupé à laisser son regard vagabonder sur une malle ouverte dans laquelle on pouvait apercevoir des vêtements masculins, qui s’éparpillaient ici et là… et une autre d’où s’échappaient des vêtements féminins parfaitement rangés et sans doute classés. Le Drakkari, enfin l’inconnu, semblait s’inquiéter, à juste titre pour la jeune femme dans les vapes qui en avait assurément trop fait, peu importe la personne qui l’examinerait !
Soudain une voix féminine se fit entendre.

- Tris ? Tu es là ? Les gars ont dit que tu étais rentré ! Tu sais ce qui s’est pas… waaaahhhh ???!!!!!

La jeune femme était arrivée rapidement, armure et visage tachés de sang, pas moins jolie et sérieuse pour autant, après tout, elle avait l’habitude. Elle s’était figé dans la tente, le grand volet de celle-ci se rabattant derrière elle alors que le rideau écarté lui permettait de voir les deux Drakkaris et la petite demoiselle allongé sur le lit. Quel curieux tableau. Il y en avait un, apparemment dévoué corps et âme à la petite demoiselle, plutôt beau garçon, musclé tout bien comme il faut. Et il y avait l’autre Drakkari, en armure, qui était tout à fait digne d’être sur un tableau et qui se tenait autant que possible à distance, le regard détourné, les bras croisés sur son torse. Et le centre, le noyau de tout ceci, une petite demoiselle, ravissante, bien pâle et qui avait… changé de manière radicale ! Elle n’avait plus rien à voir avec la fraiche jeune femme qu’elle avait pu rencontrer à l’Académie !!!! C’était donc bien elle la responsable de cette victoire ?!!!
Elle fixa les trois personnes l’une après l’autre avant de tiquer et de retrouver son caractère… explosif, vociférant sur Tristan.

- Ok, elle a besoin de soin. Mais je peux savoir pourquoi tu l’as mise dans ma chambre ! Sur MON lit ?!!!!! Tu pouvais pas me prévenir au moins ?!!!!
- C’est aussi mon lit je te rappelle…

Gros blanc… La jeune capitaine devint rouge de chez rouge, l’air scandalisée en plaquant une main sur sa bouche, même si elle était pleine de sang, se barbouillant un peu plus le visage au passage. Elle pointa un doigt accusateur sur le jeune homme mais les mots et la force lui manquaient apparemment tandis que le jeune homme lui faisait un de ses sourires renversants. Elle se rapprocha et l’attrapa par sa ceinture, le tirant vers elle, l’attrapant pour lui faire une violente prise qui l’envoya s’écraser sur le sol alors qu’il ne faisait rien pour résister ou ne pouvait pas tout simplement. Il s’écroula, hilare alors qu’elle vociférait.

- Crétin ! Crétin de…! Dis pas ça comme ça ! Tu ne dors jamais ici ! J’avais le droit de récupérer cet autre lit ! De toute façon on n’aurait jamais dû nous coller dans la même tente ! Jamais ! Tu n’es qu’un… Sous-entendre que toi et moi…!!!! Ahhhhh prends ça et ça ! Et arrête de rire !!!!!

Tristan riait toujours apparemment alors qu’elle lui enfonçait son pied dans les côtes, essayant de faire un mouvement de vis. Elle ne cherchait probablement pas vraiment à lui faire mal, mais l’échange était plutôt amusant alors qu’elle reprenait conscience de la situation et se rapprochait de l’autre Drakkari, non sans avoir balancé un dernier coup de pied dans les côtes de celui au sol. C’est un air inquiet qui s’était installé sur son visage alors qu’elle demandait des nouvelles de la jeune femme était sincère. Elle vit la méfiance dans les yeux du Drakkari et mit ses mains bien en avant devant elle, lui jurant qu’elle ne lui voulait aucun mal, mais qu’elle avait une formation de premiers soins si ça pouvait aider. Apparemment, elle aussi était plus ou moins au courant de certaines pratiques dans les rangs Cheistams et elle rassura aussitôt l’inconnu.

- Ne vous en faites pas. Elle est en sécurité ici avec nous. Chaque tente est sécurisée et liée au nombre de personne qui « l’habitent ». Tristan et moi partageons la même, seuls nous-mêmes et ceux que nous invitons à y entrer peuvent s’y rendre. Personne ne pourra venir vous y surprendre. C’est vraiment efficace… surtout pour les femmes du régiment, certains hommes ne sont pas très subtils vous savez. Je ne lui veux vraiment aucun mal… je… je m’inquiète juste. Je ne sais pas qui vous êtes, ni comment vous avez fait, mais merci… Sans vous, nous étions fichus et…
- Ouais, bon faut pas exagérer quand même.
- Tris ! On avait absolument aucune chance et tu le sais !
- Non, on allait s’en sortir, très bien tous seuls…
- Crétin ! Tu ne peux pas reconnaitre que…
- Fiche-moi la paix !

Elle s’était rapprochée, furieuse comme toujours et comme toujours voulait probablement le boxer pour lui rentrer un peu de plombs dans la tête mais cette fois-ci il n’acceptait pas. Et il lui prouva à quel point il se laissait faire pendant ses crises de colère. Sans la moindre difficulté il stoppa son poing et le retint à lui en faire mal alors qu’elle le fixait avec surprise. Il évitait de regarder dans la direction de Cassidy, même inconsciente. Il semblait en colère, un peu. Il serra les dents brusquement, s’écartant, relâchant compulsivement sa prise, la main tremblante alors qu’elle écarquillait les yeux, tendant la main pour le retenir. Son bras encore ? Elle savait bien qu’il n’était pas remis. Elle prononça son surnom pour l’empêcher de sortir si vite mais il s’éloignait déjà, prêt à s’éloigner et loin sans doute.

- Tr…
- Je vais aider les blessés et faire ma première ronde, fais ce que tu veux d’eux, je m’en fiche !
- Ikael !!!!!

Il s’était stoppé net dans son mouvement avant de tourner légèrement la tête vers elle, la légère colère ayant laissé place à de la simple stupeur. Elle ne détourna pas les yeux mais ne semblait vraiment pas à l’aise. Il grimaça, marmonna, s’avança près d’une des malles, la sienne sans doute, plongea le bras dedans et en ressortit aussitôt une petite boite qu’il lança à la volée à la jeune femme avant de sortir aussi sec, la défiant du regard.

Elle soupira, tremblante, comme si elle avait craint qu’il ne la frappe. Puis secouant la tête, elle se tourna vers le Drakkari et s’approcha, posant la petite boite sur un coin du lit, sans trop s’approcher pour lui prouver sa bonne foi.

- Il y a un coin douche ici, je vais aller me débarrasser de tout ce sang. Tu pourras y aller après aussi si tu veux, et te changer avec les vêtements de Tristan, il ne dira rien, il s’en fiche de toute façon. Utilise cet onguent pour les blessures de ton amie, il est d’une redoutable efficacité et a été préparé par la meilleure guérisseuse, une elfe, aucun risque, prends en pour toi aussi… Et mets-en sur sa cicatrice, même si elle est ancienne, ça l’aidera à se résorber, enfin un peu. C’est tellement dommage qu’un si beau visage soit abimé.

Elle sourit, s’éloigna, puis sans se retourner, parla lentement.

- Je veillerai sur elle si tu veux, je te promets que tu n’as rien à craindre de moi, j’admire bien assez cette jeune femme pour ne pas lui causer le moindre tort… Si… si tu sais quelque chose sur ce qui lui est arrivé, si tu sais pourquoi elle a disparu… je t’en prie… je t’en supplie, explique le à Tristan… Il ne dira rien, il ne te demandera rien, il est trop têtu, mais il veut savoir, je le sens bien. Je suis… une emphatique, ce n’est pas pour rien qu’ils m’ont collée avec lui. Il a changé c’est vrai, mais je ressens encore toutes les pulsions de ce que sont à présent ses « sentiments ». Pour l’instant il n’y a que moi qui peut à peu près le canaliser en le forçant à faire… ce qu’il veut vraiment quand il fait semblant. Mais… c’est tellement… Aide-le s’il te plait. La revoir l’a… pas mal chamboulé j’ai l’impression… Enfin, fais ce que tu veux. Si tu es son nouveau copain je comprends que tu ne préfères pas en parler… Ahahah…

Elle sourit, se tournant vers lui, les joues légèrement rouges mais tellement sincère, se passant une main dans ses épaisses boucles blondes. Puis elle se rendit compte qu’elle se barbouillait encore de sang, repartit dans son excentricité et soulevant un autre rideau s’engouffra dans la petite salle d’eau magique. Sérieusement ? C’était juste un rideau qui la séparait de la pièce principale en temps normal ? Soit Tristan n’était pas souvent là, soit elle n’avait pas peur de se retrouver dénudée devant lui parce que la perversité de celui-ci n’était plus à démontrer.
Il y eu des bruits métalliques et elle ressortit soudainement, l’air pressée et d’avoir oublié quelque chose. Elle avait ôté son armure toute seule et se trouvait juste en pantalon et tunique, pointant un doigt vers le Drakkari, sérieuse.

- Oh… et si tu comptes lui parler, attends un peu. Il est… en colère là. Vaut mieux pas l’approcher quand il est comme ça. Ca ira mieux dans quelques heures, après avoir volé un peu.

Bien sûr, elle savait qu’il était un dragon. Elle le suivait depuis son entrée chez les Cheistams après tout. Mais la capitaine semblait en savoir un peu beaucoup. Sans doute était-elle au courant de tout, ou presque, concernant son lieutenant. Elle retourna aussi sec dans la salle de bains et prit vraiment son temps. Mais quand elle ressortit, vêtue d’une nouvelle tunique et d’un pantalon qui avaient été soigneusement pliés, elle respirait la détente et la vivacité en même temps, ravie, un air enfantin au visage, les joues rougies par l’eau chaude, essayant de sécher puis de coiffer ses cheveux avant de se mettre à chouiner que ne ce n’était juste pas possible. Ah ben oui, les boucles, c’est un nid à noeuds !!!!
Mais alors qu’elle ressortait, elle se stoppa net, en voyant… Cassidy éveillée. Mais alors encore plus différente que ce qu’elle aurait cru. Ce n’était pas que physique… C’était bien pire que ça. Elle la salua un peu craintivement pour le coup puis se détourna pour aller mettre son armure dehors histoire qu’un des aides la récupère et la nettoie. Alors qu’elle ouvrait la bouche, la voix de Tristan s’éleva.

- J’ai rapporté le repas Eleyna.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Deux mondes, un choix : destruction...   Dim 4 Mai - 10:48

Elle se tourna vers lui. Il avait les bras chargés d’un plateau qui croulaient sous les plats. Bien sûr, les repas étaient collectifs mais ils pouvaient très bien décidé de se joindre aux autres ou pas sans doute. Il posa le plateau, ayant sans doute pris bien assez pour un régiment et incluant donc les deux « locataires ». S’attendait-il à ce que Cassidy soit réveillée. Peut-être mais quand il la vit, il eut quand même un choc, se crispa, les muscles de sa mâchoire jouant sous sa peau alors qu’il détournait les yeux, puis déclarait aussitôt qu’il ressortait.
Cette fois la capitaine n’eut pas le temps de l’arrêter, il était sorti. Aie, plus difficile qu’il ne l’aurait cru. Elle soupira.

- Mangez… Je vais aller voir mes supérieurs. Ils veulent sans doute en savoir plus et il est certain que vous ne parlerez pas à n’importe qui et qu’il est hors de question qu’un inconnu s’approche et s’occupe de vous. Je vais faire une requête pour arranger un peu tout le monde, être parmi les Cheistams ne vous plait pas, je le vois.

Elle les salua, ressortit à son tour et revint plus d’une heure après, l’air exténuée, attrapant vaguement une assiette à présent froide qu’elle engloutit en un temps record avant de se tourner vers le Drakkari et sa protégée qui soit s’était rendormie, soit sommeillait vaguement, elle aurait dû être morte après tout après une telle utilisation de magie.

- Tout est arrangé, vous ne restez pas ici. Certains étaient récalcitrants mais mon général se fait du réel souci pour votre amie et ne veut pas non plus qu’elle reste là, c’est dangereux pour elle. Néanmoins, nous devons en apprendre davantage donc j’ai été désignée pour que vous m’en appreniez un peu plus même si évidemment, dans mon rapport, ne figurera que ce que je jugerai important. Il faut du temps pour faire confiance, je le sais, rien ne presse pour l’heure. Nous irons dans la cité fantôme, Tristan nous y rejoindra, il a reçu l’ordre par cristal, où qu’il soit, il ne pourra pas l’ignorer. L’armée fantôme a été prévenue, dont leur responsable. Ils nous attendent. Si vous pensez que c’est possible, nous pouvons partir sur le champ, juste le temps de préparer un sac et on y va…

La nuit était tombée depuis longtemps mais finalement c’était mieux ainsi. La cité étant toute proche, le trajet ne durerait pas. C’était des membres de l’armée qui étaient venus les escorter, leur faisant apparemment confiance mais jetant un regard surpris et inquiet vers une de leur petite membre, l’adorable mage… qui était avec un tout autre Drakkari aujourd’hui. Finalement, une fois à la cité, ce fut Maud qui les accueillit, plus enceinte que jamais et que tous couvaient du regard comme s’ils s’attendaient à ce qu’elle accouche d’une seconde à l’autre. Quand elle vit Cassidy, de nouveau dans les vapes, elle cria son nom, inquiète, voulant absolument la voir, ne comprenant pas, essayant de comprendre, l’air malheureuse de retrouver sa chère amie dans cet état.

Après quelques échanges de base, elle les accompagna en grognant et soufflant pas mal que ce sport ferait arriver plus vite le bébé, dans les nombreuses marches qui menaient jusqu’à « l’appartement » de Tristan. Apparemment c’est là qu’ils allaient résider et c’était plutôt une bonne idée puisqu’il y avait deux chambres et donc qu’ils pourraient être toujours ensemble, à se protéger et à… en apprendre davantage. Sauf que lorsqu’ils entrèrent… ils découvrirent Tristan étalé par terre, immobile.
Maud surprise, horrifiée se plaqua la main devant la bouche tandis que malgré son mauvais caractère et ses insultes, Eleyna s’agenouillait aussitôt à côté de lui, inquiète. Vu sa position, il était tombé d’un coup, probablement alors qu’il marchait dans le couloir. Il n’avait plus son armure et s’était apparemment lavé et changé. Quand ? Difficile à dire. Probablement pendant ses vadrouilles. Mine de rien, il était là avant eux, prêt à plus ou moins les accueillir, ayant aéré les pièces. Mais que lui arrivait-il. Il était étalé sur le ventre, le visage légèrement de côté, masqué par ses cheveux en partie. Elle posa une oreille sur son dos. Ouf, il respirait ! Mais alors.
Un léger gémissement se fit entendre alors qu’elle écarquillait les yeux puis se mettait à glousser, essuyant les légères larmes de peur qui avaient perlé à ses yeux.

- Idiot…

Elle sourit, secouant la tête avant de relever les yeux vers les trois autres.

-Ne vous en faites pas, il est juste endormi.
- Endormi ???? Comme ça ? C’est un truc de dragon ça ?
- Hum non… Ca faisait juste trop longtemps qu’il ne dormait plus. J’avais raison. C’était bien par rapport à elle. Elle l’a au moins débloqué là dessus, ce n’est pas plus mal.


De quoi parlait-elle ? Impossible de le savoir alors qu’elle attrapait en se relevant un bras du jeune homme et le tirant dans tout le couloir jusqu’au salon, sans le moindre ménagement sous le glapissement de Maud. Elle relâcha même son bras sans délicatesse alors qu’elle s’approchait pour lui demander si elle voulait de l’aide pour le mettre sur le canapé, Eleyna la fixa, incrédule.

- Ah non, certainement pas, il mérite de dormir par terre ! Ca lui fera une bonne leçon !

Rien de plus. Elle remercia Maud. Elles deux ne se connaissaient pas apparemment mais le courant passait et elles sympathisaient déjà même si la grande dame semblait quand même un peu méfiante. Elle aida le Drakkari à installer la petite mage dans la chambre principale tandis que la capitaine prenait celle d’amis, déclarant que Tristan dormirait par la suite sur le canapé et voilà tout !Elle n’était pas tendre avec lui, certes, mais cela semblait de bonne guerre.
Que se passa t-il de la soirée ? Impossible de le dire, chacun vaquant à la salle de bain, la cuisine ou dans sa propre chambre selon ses envies. Mais le lendemain, le Drakkari put retrouver Eleyna accroupie à côté de son confrère, un verre d’eau à la main, l’observant qui dormait toujours profondément avant de hurler à son oreille, lui versant le contenu de son verre sur la tête.

- Alllllerrtteeeee !!! Attaque de trollllllssss !!!!!

Il rouvrit aussitôt les yeux. C’était quand même impressionnant, comme s’il avait été un automate que seule une fonction particulière et d’autres d’urgence pouvaient tirer de son mode veille. Quelle agilité alors qu’il se remettait debout. Ca aussi ça avait beaucoup évolué ces 12 ou plutôt 13 avec aujourd’hui, derniers jours. Mais personne ne peut évoluer si vite sans conséquence et il n’était pas surhumain, quoi qu’il en dise. Alors qu’elle s’amusait de sa blague de très mauvais goût, le jeune homme cherchant à droite et à gauche, en position de défense ses adversaires. Alors même qu’il n’avait pas le temps de se tirer de son sommeil et de se rappeler des évènements de la veille, il grimaça, son équilibre se rompant aussitôt alors que ses jambes ne le retenaient clairement pas. Heureusement pour lui, sa capitaine était là pour le rattraper. Enfin plus ou moins. Elle avait d’excellents réflexes mais pas très tendre. Magistral coup de pied dans le plexus qui l’envoya directement dans un des canapé, lui coupant le souffle.

- Trois à zéro en faveur d’Eleyna.
- Gh… Bjour…

Le jeune homme bailla en se passant une main dans les cheveux, pas du tout énervé apparemment par le réveil. Elle s’arrêta et grogna. En sortant du lit, elle, elle ne ressemblait à rien. Lui par contre. Les cheveux en bataille et l’air ensommeillé, il était… beau, simplement trop beau. La nature était bien cruelle. Ca par contre… Soit c’était dû à sa prétendue absence de sommeil ces derniers temps, soit il avait changé aussi sur ce plan mais il paraissait totalement vaseux, ne parvenant pas à mettre ses « circuits » en marche. Elle soupira, ouvrit un rideau en laissant entrer le soleil qui se levait et qui vint toucher la peau du jeune homme. Les étranges rayures sur son corps brillèrent légèrement, enfin sur son visage et ses bras et il soupira d’aise, un sourire magnifique aux lèvres avant de s’allonger sur le canapé… dont elle le sortit d’un coup de pied.

- Je fais pas ça pour que tu lézardes ! Gros tas !!!! Bouge de là !!!
- Maisssss… Eleyna méchante !

Nouveau frottement de la main dans ses cheveux alors qu’il se redressait en essayant de s’étirer.
Un bruit de pas derrière lui lui fit tourner les yeux. Bien sûr, il n’avait pas vu Alanir peu avant qui suivait l’échange avec une probable inquiétude quant à la folie de ces deux là. Mais quand il se tourna, put le voir, ce n’est assurément pas sur lui que son regard se fixa, mais sur la petite silhouette blonde qui venait de le rejoindre. Chacun d’eux au final n’était pas dans une tenue formelle, tout au contraire, enfin sauf Tristan qui s’était endormi tout habillé mais ça ne dérangeait personne. Ils ressemblaient à un groupe d’amis séjournant ensemble. Oui mais entre amis, ce genre de regard n’existe pas. Tristan avait posé les yeux sur Cassidy. Il était toujours au soleil et ses marques dorés brillaient légèrement alors que son regard blasé mais amusé se vidait. De la peine s’y refléta l’espace d’une très courte seconde. Il détourna rapidement les yeux, devenu muet alors qu’il avait commencé une phrase au préalable par rapport au petite déjeuner. C’était inutile.

Nouveau gros blanc, grosse tension. Mais Maud devait avoir dormi sur le palier de la porte ou avoir un radar de réveil parce qu’elle débarqua aussitôt pour les saluer et leur faire un immense câlin même si elle-même fut choquée par le regard de Cassidy et son attitude par la suite, alors que Tristan, encore une fois se tenait aussi éloigné que possible d’elle ou partait carrément du groupe par intermittences. La dame leur avait préparé une journée pour profiter et se remettre et tester aussi un peu la Cheistam. C’était pour les détendre, pas de pression… Après tout, il n’y avait pas vraiment d’impératif. Tristan semblait boudeur, refusant de faire la visite et distant toute la journée même si de temps un temps, un observateur attentif pouvait voir les regards très brefs qu’il posait sur la petite mage qui avait… trop changé. Oui son comportement était très étrange et Maud voulait vraiment en savoir plus mais elle semblait aussi avoir compris que ce n’était pas à elle qu’il fallait en parler alors qu’elle surveillait du coin de l’oeil Tristan.
Le soir arriva vite et tandis qu’ils étaient tous conviés à une petite fête, Tristan s’éloigna rapidement une fois de plus, allant se percher sur un rocher près de la cascade qui s’écoulait bruyamment, le regard vide, jouant vaguement avec l’éclat de la lune sur les marques de ses bras.
Il entendit un léger craquement, tourna la tête et reconnut le nouveau Drakkari de Cassidy. Sa voix était sèche, agressive alors qu’il le fixait de son regard félin.

- Qu’est ce que tu veux ?!
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Deux mondes, un choix : destruction...   Dim 4 Mai - 18:25

Quelle surprise… Quel choc… Peut être pas pour tout le monde. Qui aurait pu penser qu’une petite mage s’était préparée pour l’occasion, sauvant la vie de nombreuses personnes ? Empêchant l’invasion d’une armée de monstres sur Ascadian. Son arrivée coïncidait trop bien pour croire à un simple hasard. C’était très loin d’être le cas. Enchainant les actes de magie les plus puissants, aidée par son allié, la jeune femme était appliquée, concentrée dans sa tâche, même si l’absence d’émotions se lisait sur son visage. C’était comme si elle remplissait un rôle. On pouvait parler de ces serviteurs sans âme ni esprit qui exécutent correctement leur mission avant de s’éteindre. Et c’était bien ce qui se passait pour le moment !

Sauf que Cassidy semblait avoir épuisé toutes ses forces dans son combat. Elle n’avait pas vu Tristan… et peut être que c’était mieux ainsi. Car une fois le dernier portail disparut, son corps la lâcha et elle tomba au sol, inconsciente. Le Drakkari avait l’air de savoir que ce n’était pas la première fois qu’elle faisait un malaise, d’où la remarque qu’il sortit, d’un ton inquiet cependant, que cela arrive pile à ce moment. Mais en même temps, il s’y attendait.

Il n’eut pas besoin de regarder trop longtemps pour « sentir » la présence de Tristan même si il était occupé de son côté. Mais lorsqu’il eut fini d’achever ses adversaires, le Drakkari se tourna vers le « sauveur ». Et il ne fut pas le moins du monde surprit de l’état de son bras, haussant à peine un sourcil en apercevant les griffes. Après tout il était bien placé pour savoir comment ça fonctionnait un dragon. Mais tout dans l’attitude de Tristan, dans son regard, traduisait une antipathie certaine. En même temps ils étaient partis pendant un très long moment… c’était tout à fait normal qu’il réagisse comme ça. Cependant le Drakkari avait cru les paroles de Cassidy… et c’est pour cette raison là qu’il lui laissa le choix même si il aurait pu la transporter très rapidement en sécurité. Cela lui laissait tout le loisir de constater les « dégâts » de ce qu’il était devenu.

Le regard était soutenu avant que Tristan ne cherche à s’éloigner. Le visage du Drakkari changea, la colère se lisait sur son visage. C’était tout ? Tout ce que ça lui faisait comme effet ? Pas un mot ? Alors qu’il avait dit tellement souvent qu’il ne laissera pas Cassidy ? Même pas de demande d’explication ? Décidément le Drakkari était descendu vraiment très bas dans son estime ! Son sang bouillonnait déjà, impulsif alors qu’il montra les crocs. Mais la goutte d’eau finale était la façon dont Tristan voulait trimballer la pauvre petite mage déjà bien affaiblie ! Alors qu’il allait riposter en ouvrant la bouche, manifestant sa déception, Tristan se retourna d’un air provocateur pour lui tirer la langue et continuer son chemin en la portant comme un sac à patates.

Le Drakkari grinça des dents, le regard noir, serrant un poing qui tremblotait. Depuis cette disparition et après tout ce qui s’était passé, il en était devenu bien plus nerveux, sensible. D’ailleurs il craignait même son attitude auprès des humains. C’était vraiment le grand saut pour lui, qui avait toujours été… hors normes. Et la réaction de Tristan ne faisait qu’amplifier sa déception. Heureusement que Cassidy était… différente. Elle n’aurait jamais tenu le coup de le voir ainsi sinon et se serait très certainement tenue responsable. A croire qu’on avait voulu que son bien en la modifiant mais bien sûr, certaines choses restaient quand même noires dans le tableau.

Il se contenta de suivre, n’ouvrant pas plus la bouche en suivant le Drakkari, refusant presque qu’il amène Cassidy devant tout le monde, son corps se crispant alors qu’il serrait les dents et mettait au défi la moindre personne qui chercherait à s’approcher d’eux. Heureusement les Cheistams ne posèrent pas de problème, même si le Drakkari se doutait bien qu’il y aurait… des remontées. Mais quel crétin ce Tristan !

Le Drakkari était vraiment de mauvais poil et voulait surtout prendre la fuite avec sa protégé. Le regard qu’il lançait aux Cheistams était vraiment peu amen et il aurait suffit d’un seul geste pour qu’il réagisse aussitôt. Le campement le laissait assez curieux, surtout de ce point de vue mais il ne s’attarda pas dessus, sa tâche étant plus importante.

Ils arrivèrent dans une grande tente et lorsque Tristan déposa Cassidy avant de poser les yeux sur le nouveau Drakkari, il se heurta à un regard très sombre, plein de rancœur et de méfiance. Cependant, il n’eut pas l’occasion de remettre le Drakkari à sa place, qui aurait bien besoin qu’on lui apprenne les « règles » alors que Cassidy se retrouva secouée d’une crise de tremblements assez violente dans son inconscience. Ni une, ni deux, le Drakkari réagit aussitôt en fouillant dans la besace qu’il avait attachée à sa ceinture pour en sortir une seringue et une petite fiole contenant un liquide vert. D’un geste calme et habitué, il fit sa petite opération avant de redresser la manche de la petite mage… qui portait la trace d’une grande cicatrice en diagonale, assez ancienne également avant de piquer son bras et lui injecter le produit.

Très doux, avec beaucoup de précaution, il retira la seringue pour la poser sur un meuble à côté et prit sa main, lui parlant d’une apaisante… dans une langue draconique.

- Là… Là… Ca va aller… du calme…

Tristan ne semblait pas regarder la scène qui se déroulait devant lui. Les tremblements de Cassidy cessèrent rapidement alors qu’elle reprenait une respiration un peu plus normale. Peu de temps après, une autre personne entra. Une personne familière pour le Drakkari même si il ne l’avait vu qu’une seule fois. L’échange entre les deux le laissa dubitatif, et ses gênes de dragon ressortaient alors qu’il avait une attitude des plus méfiantes envers cette nouvelle. Heureusement que Cassidy ne savait pas… heureusement que Cassidy ne pouvait pas… elle aurait très mal interprété tout ça et les dieux seuls savent ce qu’elle aurait été capable de faire dans ces conditions.

Lorsqu’elle s’approcha pour prendre des nouvelles, le Drakkari qui était jusqu’à présent, accroupi à côté de sa petite mage, se redressa de toute sa hauteur. Il était aussi impressionnant que Tristan et ses yeux flamboyants témoignaient de sa méfiance, et surtout d’une ardente défense, refusant de la laisser approcher un peu plus de la petite mage, montrant une nouvelle fois les crocs, pas vraiment amical cette fois là. Et il avait de quoi quand même ! Trainé de force dans un camp Cheistam, c’était pas du tout dans ses plans !

Elle parla de premiers secours, il haussa lentement les épaules, comme si tous les secours « humains » ne seraient pas suffisants pour soigner le mal qui rongeait la petite mage réapparue. L’humaine tenta de le rassurer alors que le Drakkari levait un sourcil vraiment peu appréciateur, rien que le fait d’être dans une tente Cheistam ne le faisait pas se sentir en sécurité, quoi qu’on en disait. La capitaine le remercia pour ce qu’ils avaient fait, même si Tristan semblait faire le fier, rejetant cette aide. Depuis le début il n’avait pas ouvert la bouche mais là c’était trop tentant, le Drakkari présent se mit à ricaner, moqueur mais surtout… blasé.

Il regarda avec attention l’échange pour observer le bref échange et surtout, une faiblesse dans le bras de Tristan. Tiens donc… il l’avait déjà vu ça… enfin Cassidy en avait déjà parlé et elle faisait des recherches dans son coin pour savoir d’où ça pouvait provenir parce que Tristan n’avait jamais voulu lui révélé cette faiblesse. Mais aujourd’hui… elle serait bien incapable de faire quoi que ce soit. Autre nouveauté, un autre prénom. Oh… on lui avait donné un prénom dragon ? Soit c’était ça, soit il ne connaissait absolument rien aux dragons et pour un ancien de cette race, cela ne faisait aucun doute qu’il connaissait les us et coutumes de son ancienne… tribu puisqu’il en faisait parti… quoique bien solitaire après tout. Encore un autre mystère. Combien y en avait-il ? Il soupira lentement avant de se détourner de ce Drakkari qui l’écoeurait de plus en plus.

La capitaine était revenue à la charge, pour parler d’un onguent qu’il posa à côté de lui. Apparemment le Drakkari ne semblait même pas vouloir l’utiliser… comme si il savait d’avance que ça allait échouer. Il ne dit cependant rien, tout en la laissant continuer de parler. La conversation changea alors qu’il la regardait intensément. Elle parlait de Tristan, du fait qu’il avait changé, qu’il devait l’aider, lui expliquer. Il haussa une nouvelle fois les sourcils. Expliquer à ce petit crétin qui a vraiment l’air de s’en fiche pas mal ? M’enfin… il ne pouvait pas lui en vouloir… après tout… il comprenait sa partie de dragon et il redoutait que cela arrive… cependant… il l’avait sur estimé et cru bien plus fort pour empêcher de devenir comme ses congénères. Cruelle vérité.

Elle finit en pensant qu’il était peut être son copain. Alors là le Drakkari parut très choqué, comme si cette simple appellation ne lui avait même pas traversé l’esprit. Il regarda la capitaine traverser la pièce avant de revenir et lui sortir le conseil le plus stupide qu’elle ait pu lui sortir. Lui peur ? D’un gamin ? D’ailleurs il se fendit d’un grognement agacé. Bon en même temps il ne pouvait pas lui en vouloir puisqu’elle ne connaissait pas son identité et surtout ce qu’il représentait… Rester calme… rester calme…

Il inspira profondément quand elle repartit et se tourna vers Cassidy, toute trace d’animosité disparaissant de son visage alors qu’il s’asseyait sur le lit à côté d’elle, la regardant doucement, un air protecteur et soucieux sur le visage. Il aurait pu aller coller une bonne droite à ce petit morveux et lui brûler les écailles au troisième degré mais… pour elle… pour Cassidy… il allait devoir refouler sa colère. Même si elle n’avait certainement pas conscience des efforts qu’il allait devoir produire.

Veillant sur elle sans quitter son chevet, quelques temps après, la jeune femme cligna des yeux en grimaçant puis les ouvrit complètement. Elle mit un moment avant de retrouver la vue… l’utilisation de son autre magie lui provoquait parfois des migraines, parfois des cécités. Heureusement cette fois là, ce n’était que passager alors qu’elle commençait déjà à se redresser et qu’elle appelait son dragon.

« Alanir ? Où sommes nous ? »

Le Drakkari baissa lentement la tête. Le visage de Cassidy était inexpressif, peut être manifestait-elle un très léger étonnement alors qu’elle clignait lentement des yeux en essayant d’identifier cette pièce, qui était… très peu commune des habitudes d’Alanir en temps normal. Mais elle n’avait plus ces expressions sur le visage qui la rendaient tellement humaine… tellement… vivante. Ce n’était en rien comparable à ce qu’elle était avant. On avait l’impression qu’elle vivait mais sans rien ressentir… ni joie… ni douleur… ni peine… ni sentiments…

Il n’eut pas le temps de répliquer qu’Eleyna était sortie pour saluer Cassidy. Cette dernière la regarda, d’un air inexpressif. Elle se rappelait de cette personne, elle était venue à l’académie une fois… pour faire les présentations. Oui elle se rappelait que Tristan avait décidé de s’engager chez les Cheistams. Elle ne lui avait rien dit à ce sujet, n’ayant pas à s’imposer dans ses choix personnels. Après tout… ils étaient juste deux amis d’enfance qui travaillaient au même endroit. Cependant, le fait d’être en compagnie d’une Cheistam la laissa perplexe. Elle resta un long moment silencieuse avant de se tourner vers Alanir et descendre trop rapidement du lit, sans éprouver la moindre douleur, sans faire la moindre grimace, sans rien…

« Alanir nous partons maintenant. Désolé pour ce dérangement Heleyna mais je n’ai rien à faire avec les Cheistams… et vous devriez bien le savoir. »

Aucune colère dans sa voix alors qu’elle parlait d’une voix neutre. Oui c’est vrai, la capitaine devrait savoir que la Dame Herediane restait neutre… si elle était intervenue, ce n’était certainement pas pour sauver les Cheistams de leur petite guerre, cela ne l’intéressait absolument pas. Cassidy venait de se redresser en rabaissant sa manche et marchait d’un pas décidé en direction de la sortie, Alanir voulait dire quelque chose, la capitaine également mais ce fut la voix de Tristan qui brisa le silence.

Cassidy stoppa net dans sa marche alors qu’il passait la tente. Et pour dire, elle n’était pas si loin que ça que lui. Elle le dévisagea un instant, ayant à peine le temps de voir les changements physiques qu’il était déjà ressorti. Mais au moment où il se trouvait en face d’elle, elle avait très inconsciemment porter la main vers son cœur à elle comme si… il y avait quelque chose. Puis comme il ressortait, cela la surprit. Après un an d’absence, elle aurait pensé qu’il pose au moins une question. Cependant… elle connaissait Tristan pour sa discrétion, son refus de parler de lui et même si ils étaient des amis d’enfance, chacun avait sa vie de son côté. Elle se retourna et fixa Alanir.

« J’ai fais quelque chose qu’il ne fallait pas ? »

Elle n’avait pas couru derrière lui comme elle l’aurait fait en temps normal mais restait plantée là. Heleyna put ressentir la tension d’Alanir alors qu’il était bien crispé, ce dernier s’approchant de Cassidy même si la détresse apparut dans ses yeux un court instant. On aurait dit que les rôles avaient été inversés.

- C’est rien… c’est rien… tu sais comment il est après tout… tout ce temps passé à l’écart. Enfin vous aurez certainement d’autres occasions pour discuter mais j’ai cru comprendre qu’il était très pris par ses nouvelles fonctions

Il mentait… pour la préserver même si il n’y avait rien à préserver. Cependant il espérait secrètement au fond de lui qu’elle n’était pas si… inexpressive que ça. Mais apparemment cela ne faisait ni chaud ni froid à la jeune femme comme si elle parlait avec une certaine politesse, comme si c’était les usages.

« Ah… bien je comprends… »

Rien de plus. Voilà qui devait encore plus intriguer la capitaine pour le moment mais elle se contenta de donner quelques ordres avant de sortir pour aller arranger le tout. Cassidy se mit à soupirer en restant seule avec Alanir.

« Peuvent pas s’occuper de leurs affaires ? Je n’ai pas de compte à leur rendre… »

- Elle n’a pas l’air de te vouloir du mal…

« C’est une Cheistam, Alanir. Et tu sais bien que nous ne leur devons rien… Tu veux pas te transformer et on part par la voie des airs ? »

- C’est une mauvaise idée Cassy… Respectons un peu les… coutumes des humains pour…

Cassidy se mit à soupirer d’un air las.

« Mais je ne suis pas une humaine moi… »

Alors qu’elle s’apprêtait à sortir de la tente, une vive douleur traversant son cœur l’arrêta brusquement. Elle porta sa main à son cœur, fermant les yeux. Ses oreilles bourdonnaient… les battements de son cœur accéléraient alors qu’elle se tordit en deux, prise d’un mal inconnu. Alanir paniqua.

- Quoi ?! Si vite ?! Mais je viens à peine de… à moins que ce soit…

Il ne lui en fallut pas plus pour réagir alors qu’il approcha derrière la jeune femme qui ne disait plus un mot, ne comprenant pas vraiment ce qui lui arrivait et qu’elle se laissait reposer sur le lit, Alanir la tenant contre son torse, la serrant contre lui, la berçant alors qu’elle perdait peu à peu conscience.

- S’il te plaît Cassy… Je t’en supplie… je n’aime pas te voir comme ça… je vais trouver une solution… je te le jure… mais je ne suis pas aussi fort… que toi pour ça… Pourquoi… pourquoi…

Il la serra un peu plus dans ses bras, alors qu’il la sentit se détendre un peu. Décidément cette première journée de retour dans leur monde s’avérait bien dangereuse… Elle avait besoin de lui… et lui… l’ignorait. Ne pouvait-on imaginer pire scénario ?

Lorsque Heleyna revint, le plateau de nourriture n’avait pas été touché. Alanir, même si il avait desserrer sa prise, restait au chevet de Cassidy qui semblait avoir reprit des couleurs alors qu’elle semblait si pâle l’instant d’avant. Il n’avait pas manger, ne s’était ni douché, ni changé. La situation avait l’air assez grave pour qu’il ne bouge pas d’un pouce, refusant de la laisser seule et même si tout allait mieux pour l’instant.

Il se redressa au message d’Heleyna, la regardant avec méfiance puis secoua la tête. Elle était naïve de croire que Cassidy dirait quoi que ce soit… Cependant, un point l’intéressait et pour cela il ferait n’importe quoi. Elle voulait peut être aider Cassidy. Elle parlait de confiance. Si les choses s’arrangeaient alors… oui il parlerait puisqu’il tenait toujours promesse. Il s’approcha d’Heleyna, éclairé par la lueur d’une chandelle qui vacillait, rendant son visage encore plus intimidant qu’à l’ordinaire.

- Je pense que vous connaissez la réponse de Cassy… Elle ne vous dira jamais rien… Rien de ce qu’elle fait… ni de ses capacités… rien…

Il se détourna d’elle un instant, jetant un bref regard à la petite mage endormie et se connectant à elle pour vérifier qu’elle ne pouvait rien entendre. Son regard se perdit dans le vide alors qu’un air de tristesse apparut sur son visage.

- En revanche moi… je peux vous donner les informations que vous attendez… en contrepartie d’un service… la confiance c’est bien ça ? Je ferais n’importe quoi pour qu’elle retrouve le sourire… n’importe quoi… et je n’ai qu’une parole.

Alanir se retourna de nouveau vers la capitaine, l’air déterminé.

- Je vous expliquerais… mais réfléchissez-bien… car ce service risque d’être très dur à honorer.

Il n’y avait qu’une seule solution et c’était plutôt un arrangement correct. Il donnait les informations et elle offrait son aide. Après tout si elle était emphatique cela pourrait bien servir même si il ne connaissait pas encore le dénouement de cette situation.

Finalement Alanir décida de partir le soir même, portant la petite mage dans ses bras, sans ressentir la moindre douleur. Il connaissait bien la cité fantôme même si il ne le voyait que par les yeux de Cassidy auparavant. Là… tout était différent. Et il y avait une personne qu’il voulait voir… à qui il voulait expliquer ce qui s’était passé.

Le dragon avait longuement réfléchi pendant cette marche. Il s’était beaucoup humanisé quand même pour en arriver à faire un échange de services. Jamais il n’aurait fait quoi que ce soit pour une humaine… jamais… mais Cassidy… était vraiment spéciale. Il savait ce dont elle avait besoin et pour l’instant, cela s’annonçait guère facile pour eux… peut être qu’il pourra avoir plus d’informations plus tard mais le dragon priait, qui pouvait bien l’entendre, qu’il fallait que ça marche.

Il vit accourir la grande dame vers eux, inquiète pour Cassidy qui se tenait dans ses bras. Alanir se contenta d’un mouvement de tête respectueux pour elle avant de plonger ses yeux rouges dans les siens, d’un regard empli de franchise même si il minimisait les choses.

- Elle va bien ne vous inquiétez pas… Je suis… Alanir. Juste un ami de Cassidy qui veille sur elle. Vous n’avez rien à craindre de moi

Avec ses oreilles pointues et ses canines plus longues que la normale, on pouvait se douter qu’Alanir était à peu près de la même trempe que Tristan et qu’il n’était pas tout à fait Drakkari. Peu d’échanges, si ce n’est qu’ils arrivèrent à la maison de Tristan pour apercevoir celui là étendu sur le sol. Pendant un instant, l’envie de lui marcher dessus fut très tentante, cependant il ne s’y autorisa pas. Il ne s’inquiéta même pas pour son état, passant avec la petite mage pour la conduire à la chambre de Tristan, si familière à ses yeux mais si… douloureuse pour lui également.

Déposant la jeune femme sur le lit, il se contenta de retourner dans la cuisine pour manger un bout, sans ouvrir la bouche, sans parler avec Eleyna à part pour lui souhaiter une bonne nuit et de retourner dans la chambre avec Cassidy.

La nuit semblait calme… ou presque. Puisque c’est un hurlement féminin de douleur qui résonna dans la chambre qu’occupaient Cassidy et Alanir. Si Eleyna était sur le qui vive et ouvrit vivement la porte pour vérifier que le curieux Drakkari n’avait pas fait quelque chose de mal pendant leur sommeil, la scène qui se déroulait sous ses yeux était… bien étrange. La jeune femme était étendue sur le lit, vêtue d’une robe de nuit qui la couvrait entièrement, le Drakkari assis contre le dos du lit, Cassidy dans ses bras qu’il berçait, apparemment habitué par ce genre de crises. Il releva la tête en voyant Eleyna puis la secoua doucement.

- Ne vous en faites pas… elle fait souvent des cauchemars… c’est… normal… il va falloir vous y habituer…

Cassidy pleurait et marmonnait des mots même si c’était totalement clair pour être compris.

« Pas Tris’… je vous en prie… pas lui… laissez le tranquille… je préfère mourir plutôt que de… »

Il soupira un instant, s’excusa auprès d’Eleyna puis continua de la bercer en lui disant des paroles bienveillantes et rassurantes.

La fin de la nuit fut plus paisible. Le lendemain matin, Alanir se réveilla avant Cassidy et la laissa dormir. Il remit son pantalon mais resta torse nu, refusant de porter les tenues de Tristan. Il sortit de la chambre et regarda la scène qui se déroulait sous ses yeux, cette capitaine avait l’air bien spéciale pour traiter Tristan de la sorte… Il fronça un instant les sourcils mais ce fut la présence de Cassidy arrivant derrière lui, les cheveux détachés et en pagaille, lui arrivant jusque dans le bas du dos, qui le sortit de ses pensées.

Elle le regarda un instant puis regarda Tristan et Eleyna, ne comprenant absolument pas pourquoi on l’amenait ici maintenant. Mais avant qu’elle n’ait le temps d’ouvrir la bouche, fixant un instant Tristan avant de regarder ailleurs, comme si rien ne s’était passé pendant la nuit, ce fut Maud arrivant qui enleva le léger malaise, mais très certainement pas pour longtemps. Déjà Cassidy s’approchait d’elle pour la saluer mais ça manquait… d’enthousiasme, juste une politesse plus qu’autre chose.

« Oh bonjour Maud ! Comment vas-tu ? »

Cassidy ne la laissa pas vraiment répondre, regardant le ventre de la future maman, réfléchissant apparemment, puis reprit d’une voix neutre, sans aucune intonation dans la voix.

« C’est ton deuxième enfant ? »



Aussitôt, le silence retomba alors que tout le monde se regardait, gêné. Pourquoi Cassidy parlait-elle de deuxième enfant alors qu’elle savait très bien qu’elle n’avait pas encore accouché ? Alanir fut celui qui réagit le plus rapidement, prit d’un gros doute.

- On est quel jour ? Quelle année ?

Lorsqu’on lui annonça avec un certain malaise, il se crispa aussitôt, vraiment très surpris. Autant que ça ? Ce n’était pas normal… Cassidy le regarda un instant, sans se départir de son calme, sentant la tension qui planait dans les airs avant de balancer une petite phrase.

« Désolé pour la confusion… »

Rien de plus, rien de moins. Eh bien la pauvre… elle ne parlait pas des masses. Alanir se retenait de parler mais c’était encore un peu trop tôt. Il trépignait cependant sur place, la détresse se lisant parfois sur son visage alors qu’il reprenait un peu plus tard un air normal. Maud ne dit rien de plus et décida de faire la visite surtout pour la capitaine puisque Cassidy connaissait déjà.
Cependant la jeune femme semblait très distante, parlait très peu, ne souriait pas… elle regardait mais semblait tellement lasse de tout ça. La journée passa bien lentement pour elle.

Le soir, alors que tout le monde était à la petite fête, Alanir avait décidé de rejoindre Tristan. Il ne savait pas encore ce qu’il devait faire et comment bien le faire, surtout qu’il s’attendait certainement à une certaine indifférence et ne sachant pas si cela allait changer grand-chose à la situation. Tristan l’avait tellement déçu lors de ce premier jour, qu’il craignait que le grand Drakkari ne s’asseoit sur les souvenirs de la petite mage plutôt que de lui venir en aide. Mais alors qu’il approchait, le ton de son cadet fit ressortir toute la rage et la peine qu’il accumulait depuis très longtemps.

Très rapidement il s’approchait de lui, une lueur froide dans son regard. Oh Tristan pouvait très bien le bloquer mais ce simple fait lui ferait encore plus mal alors il valait mieux pour lui d’accepter les coups sans broncher. Le premier fut un formidable coup de poing en plein dans le thorax. Si le coup ne le fit pas basculer en arrière, une chose étonnante se produisit. C’était comme si Tristan avait ressenti une brûlure de niveau modérée à l’intérieur de son corps, comme si il avait réussi à passer le passage des écailles.

- Premièrement ptit crétin, on ne parle pas sur ce ton quand on s’adresse à un aîné. Tes « congénères » ne te l’ont pas appris ?

Il ne lui laissa pas le temps de répliquer qu’il lui envoya un magnifique uppercut dans la mâchoire, sans lésiner sur les moyens. Nouvelle sensation de brûlure au niveau de la mâchoire cette fois.

- Deuxièmement, c’est la dernière fois que t’essaie de trainer Cassy par les pieds. La prochaine fois que tu fais preuve d’irrespect envers elle, cette petite brûlure ne sera rien en comparaison de ce que tu peux recevoir

Alanir croisa lentement les bras, regardant ce Drakkari avec une antipathie certaine. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais soudain il se figea, une forme ayant attiré son attention. Plus bas sous la cascade, une petite silhouette avançait dans le calme de la nuit. Alanir se crispa un instant en la voyant là.

Cassidy, qui ne l’avait certainement pas entendu, se tourna dos à eux et enleva sa tunique et son corset, ayant apparemment l’idée de prendre une douche ou un bain ici. Quoiqu’il en soit, de se lever. Mais alors qu’elle enlevait le tissu pour le poser au sol, et comme les Drakkaris voyaient très bien dans l’obscurité, des marques apparurent… En effet, dans le dos de la jeune femme, en plus du tatouage qu’elle avait fait avec Tristan se trouvait quelque chose d’effroyable. De longues cicatrices anciennes parcouraient son dos comme si on s’était amusé à le lui lacérer. Mais le plus choquant était certainement la taille des « griffes » en question qui laissait supposer l’attaque d’une très grosse bête.

Si Tristan serait bientôt au courant de ce qui s’était passé, ce n’était pas le moment qu’elle s’expose en face de lui. Trop de regrets se lisaient dans les yeux d’Alanir, de la culpabilité, de la douleur et de l’impuissance. Il sauta aussitôt de pierre en pierre avant de sauter à l’eau en grimaçant, Cassidy ne s’étant pas figée à son arrivée.

- Hey ! Qu’est ce que tu fais ici ? Tu n’es pas à la fête ?

« Tu sais bien que ça m’intéresse pas ces trucs… je viens me poser loin de toutes ces agitations… »

- Non mais t’es pas discrète, les gars pourraient venir se rincer l’œil ici et puis…

Cassidy avait levé la tête, en apercevant Tristan plus haut. Elle secoua lentement la tête puis se rhabilla.

« Ok ok… je vais plus loin… On se retrouve tout à l’heure »

Puis elle reprit son chemin. Alanir remonta à côté de Tristan, très mal à l’aise et ayant perdu de sa superbe. Dès que ça concernait Cassidy, il devenait plus doux, moins violent… plus… humain. Mais il reprit un ton imposant.

- Je sais que t’en a rien à foutre d’elle mais je pense que c’est important que tu comprennes ce qui s’est passé et pourquoi nous n’avons pas pu revenir… malgré ce qu’elle a fait, tu n’as pas l’air prêt de lui pardonner et puis… t’as peut être pas totalement maîtrisé tes pulsions de dragon alors… on peut pas t’en vouloir complètement.

Il sortit un petit cristal de sa poche et avant que Tristan riposte, il l’enclencha. Une vive lueur les envahit alors qu’ils se retrouvèrent propulsés… dans les souvenirs d’Alanir et Cassidy.
C’était cette fameuse nuit où elle prenait la fuite. Chevauchant son beau dragon de feu, Cassidy avait les yeux brouillés de larmes alors qu’elle sanglotait, la voix désespérée.

« Pourquoi Alanir ? Pourquoi ?! Qu’est ce qu’elles ont ces femelles ? Moi une mage pourrie de l’intérieur ? Moi faible ? Tristan… Tristan il ne me traite pas comme ça… mais ceux qui lui ressemblent si… je ne peux pas… je peux pas supporter ça… et ça me rend malade… »

Elle continuait de sangloter, le temps qu’elle se calme. Puis, la jeune femme voulait rebrousser chemin pour reprendre le chemin de la demeure des dragons, blasée, lorsqu’une mélodie résonna dans les airs. Cassidy fronça les sourcils, tournant la tête un instant.

« C’est… allons jeter un coup d’œil ! J’espère juste que Tristan ne va pas trop s’inquiéter… »

Alanir se mit à rugir et ils prirent une direction dans les airs, guidés par cette mélodie. Elle les amena du côté de la mer, hésitante, la jeune femme prit quand même le large. Beaucoup plus loin se trouvait une très grande île d’où provenait le chant. Curieuse, elle rentra dans cet endroit inconnu.

La végétation était très particulière. C’était une sorte de forêt tropicale, avec des plantes inconnues, des arbres qui avaient des formes très différentes de ce qu’on trouvait sur Ascadian. On entendait les bruits des animaux environnants. De là d’où provenait le chant, se trouvait une sorte de temple à l’architecture blanche et raffiné, un endroit hors du commun lorsqu’on voyait le côté sauvage de l’île. Alanir se posa au sol mais resta à côté d’elle, par sécurité.

Une silhouette descendit les marches et accourut dans leur direction. C’était une fillette qui devait avoir à peine 10 ans, de longues oreilles pointues, des cheveux bleus, et un air enjoué. Elle était vêtue d’une petite robe blanche et semblait très heureuse d’accueillir ses visiteurs.

- Bienvenue Cassidy ! Enfin te voilà ! Tu en as mis du temps pour venir jusqu’ici et…

Elle semblait chercher quelque chose mais ne le trouva pas, même si Alanir se trouvait à côté.

- Tristan n’est pas avec toi ?

Cassidy était abasourdie. Elle faisait vraiment une drôle de tête et dévisageait la petite fille sans comprendre la situation.

- Heu… attendez ! Comment vous me connaissez ? Et pourquoi vous connaissez également Tristan ?

Elle prit un petit air mystérieux.

- Ah ça… tu vas vite le découvrir… Alors il n’est pas là ? Dommage… ça risque d’être plus compliqué que prévu.

« Je… je peux aller le chercher mais je pense pas que c’est le bon moment parce que… »

La petite fille leva la tête comme si elle était en transe puis se mit à grimacer.

- Ah je vois… faille inter-temporelle ? Obligation d’accélérer son processus dragon c’est bien ça ? Aie… Décidément ça tombe vraiment au mauvais moment mais tant pis… si tout va bien ça ne prendra que quelques jours et…

Cassidy la coupa, choquée et surprise.

« Quoi quelques jours ?! Attendez ! Je ne reste pas ici moi ! Je retourne près de lui… Il a besoin de moi-même… même… peu importe ! J’ai pas envie de l’inquiéter pendant plusieurs jours… ou au moins le prévenir… il ne supportera pas de… »

- Oh mais il va être suffisamment occupé avec ses rites de passage…

« … Oui mais… c’est pas une raison… je ne veux pas l’abandonner… »

- Tu préfères abandonner les autres gens qui te sont chers ? Maud par exemple ? Ton cauchemar va se réaliser petite Cassidy…

Elle avait l’air de s’amuser la petite, alors que Cassidy ne s’amusait pas, mais alors vraiment pas. Une vision apparut sous leur nez. On voyait la cité de l’armée fantôme détruite… des monstres qui couraient partout… tuaient les habitants… Maud… était allongée par terre… une grosse créature avec des serres coupantes plantées dans son ventre alors qu’elle était en train d’agoniser… appelant à l’aide. Cassidy était horrifiée.

« ASSEZ ! C’EST BON ! Je dois faire quoi alors ? »

Le sourire de la petite s’élargit alors qu’elle sautillait sur place.

- Oh c’est très simple… Il faut que tu débloques ta magie antique… et alors tu pourras les sauver.

« Ma quoi ? »

- Oh voyons… tu te doutes bien que tu n’as pas qu’un seul type de magie quand même ? C’est ton héritage… et il est nécessaire pour l’équilibre d’Ascadian… ton devoir est de protéger ce monde pour éviter qu’il ne sombre dans la folie et le chaos

Cassidy était mi blême, mi moqueuse, secouant la tête.

« Rien que ça ? Bon… autant m’y mettre rapidement alors… »

La petite s’inclina gracieusement et lui indiqua l’entrée du temple. Cassidy soupira et la suivit à l’intérieur alors qu’Alanir disparut.

La vision changea…

La pluie tapait fort dans la jungle, sur les feuilles, dans les arbres. Cassidy était trempée mais elle tentait de se concentrer pour lancer des sorts. Elle n’y arrivait pas. Une énorme panthère avec des défenses sortie d’un buisson et fonça droit sur elle alors que la jeune femme disparut pour réapparaître plus loin, se mettant à courir, trébucha sur une racine et hurla. Alanir se manifesta et carbonisa la grosse panthère.

Cassidy se redressa et passa ses bras autour de ses épaules, l’air triste et blasé.

« Je n’y arrive pas Alanir… sans Tristan… ce n’est pas possible… sans lui… je n’y arrive pas… je le sens… je sais… il doit s’inquiéter… je dois le retrouver… je dois le rassurer ! »

La vision changea une nouvelle fois.

Cette fois elle était étalée sur un lit, dans une pièce spacieuse et aérée. Presque magique et féérique. Cependant, dans ce décor de rêve et au milieu des couvertures de soie bleue, Cassidy avait l’air dans un très mauvais état. Elle était blanche, respirait lentement et tenait sa main au ventre. A la porte, la petite fille se trouvait en compagnie d’un homme au costume noir. Un air sévère planait sur son visage alors qu’il regardait la petite mage sérieusement atteinte. Il se mit à parler.

- Elle ne s’en sort pas ?

- Son état ne fait que d’empirer de jour en jour… le bébé réclame son père… et elle… elle réclame son fiancée… elle part dans des délires où elle l’appelle… elle se tort de douleur et de chagrin… la fièvre ne fait que monter… elle ne pourra jamais accomplir sa mission dans cet état.
- Je vois…


Un bref aperçu à la fenêtre montrait qu’il neigeait fort dehors. Puis l’homme prononça sa sentence.

- Retirez lui l’enfant…

La petite fille aux cheveux bleus regarda d’un air grave l’homme qui venait de donner l’ordre puis sans rien dire de plus, elle hocha la tête en signe d’approbation.

Lorsqu’elle entra dans la chambre pour annoncer la nouvelle à la mère, celle-ci se redressa faiblement, horrifiée, puis porta les mains à son ventre, un air suppliant sur le visage.

- Non non ! Je vous en prie ! Ne me le retirez pas ! Je vais… je vais mieux ! Je vais réussir ! Non ne prenez pas notre enfant… pas l’enfant de Tristan… non s’il vous plaît… s’il vous plaît… je ferais tout ce que vous voudrez…

C’est avec un air de regret que la petite fille endormie Cassidy puis l’amena dans une autre salle en la faisant léviter puis déposer sur une table. Toutes sortes d’appareils magiques étaient là. Elle entrava la jeune femme aux poignets et chevilles puis procéda à l’extraction. Seulement, même dans son sommeil, on ne pouvait pas louper les hurlements de la jeune femme qui se débattait telle une diablesse, en sueur, alors qu’on lui retirait ce qui lui tenait le plus à cœur depuis qu’elle était ici. Elle hurla de longues heures et appelait Tristan et finit par se taire alors que la petite fille arrêta les appareils, apparemment bien fatiguée et lasse.

Sur le ventre de Cassidy se trouvait une horrible brûlure orangée… témoignage de l’arrêt de grossesse trop rapide.

La scène changea une nouvelle fois pour voir une multitude de scènes. Des fragments.
Une Cassidy blasée qui touchait son ventre vide… Une autre en train de laisser couler ses larmes… Une autre qui tentait de s’entraîner sans aucune amélioration… Regardant les étoiles le soir tout en caressant tendrement sa bague à l’annulaire du bout de son autre main…

Une nouvelle scène…

Cassidy se trouvait dans une salle en sous sol, au milieu d’un pentacle. Elle était vraiment blasée alors que la petite lui expliquait ce qui allait se passer.

- Nous allons renforcer Alanir afin qu’il puisse devenir plus puissant avec toi… Vous serez reliés par un symbole mais cela demandera beaucoup de temps et d’entraînement avant d’arriver à quelque chose. Je pense que ça devrait te plaire.

« Allez y… Qu’on en finisse… »

Les symboles au sol se mirent à briller alors que Cassidy grimaça, remplie d’une nouvelle lumière très puissante. L’opération dura un moment même si cela se passa en accéléré pour les spectateurs. Une fois la manipulation terminée, un symbole triangulaire apparut sur le dos de la main de Cassidy qui le regarda avec étonnement.

La scène changea…

Elle était dans sa chambre, regardant le plafond quand quelque chose se manifesta. Une lumière se mit à briller et soudain, une forme se manifesta devant elle. Un Drakkari apparut sous ses yeux et tomba au sol. Cassidy ouvrit les yeux ronds en s’approchant de lui mais constata qu’il était complètement nu.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH »

Elle se mit à rougir et recula de quelques pas tout en reculant en arrière.

- Aie mes oreilles ! Doucement Cassidy avec ça ! C’est moi… Alanir…

La jeune femme se redressa en le regardant et le dévisageant alors qu’il essayait tant bien que mal de se redresser sur ses jambes alors qu’il n’avait pas l’habitude de marcher. Elle se tourna et alla chercher bien vite des affaires dans l’armoire pour lui tendre.

« Comment… comment as-tu… »

- C’est ce truc là… Ca nous a harmonisé en quelques sorte pour que je puisse prendre une apparence humaine mais comme tu le vois je n’ai jamais réussi à… marcher. Tu veux bien m’aider ?

Cassidy s’exécuta gentiment, en l’aidant à s’habiller.

La suite, ils la passèrent sur le lit en discutant… au moins ça l’occupait et elle n’était plus toute seule… et dans sa tête.

La vision changea une nouvelle fois… Cette fois Tristan la connaissait bien puisque c’était la scène qu’il avait vu.

Cassidy regardait Alanir d’un air triste.

« J’ai peur Alanir… Et si Tristan ne me pardonnait pas ? Et si il changeait trop en dragon et qu’il ne… m’aimait plus ? Ne m’acceptait plus ? Ca fait trois mois Alanir… Il ne sait rien et on ne peut pas quitter cet endroit… Je n’ai pas réussi à franchir la zone d’énergie… je n’y arrive pas… »

Il se mit à sourire et l’embrassa sur le front.

- Ne t’inquiète pas… Tu as bien réussi à me faire changer moi… Alors je t’assure que tu vas y arriver avec lui aussi… Je te le promets on va trouver une solution…

« Il me manque tellement… »

La scène changea à nouveau. Encore une multitude de fragments.

Cassidy qui s’impatientait… Cassidy qui avait des crises en pleine journée… Elle se tenait le cœur en regardant le ciel, les yeux humides de larmes… Elle s’entraînait jusqu’à l’épuisement. Quelques efforts… Des yeux dorés… mais elle n’avait le cœur à rien.

Nouvelle scène…

Elle lançait toute une série de sorts et se concentrait sur les créatures pour les éloigner d’elle. Puis, d’un coup, elle se tint la tête et tomba au sol. Une petite créature avait vu l’ouverture et plongea sur elle. Elle possédait des fines griffes et sauta au moment où Cassidy fermait les yeux en murmurant le surnom de son bien aimé. Le coup parti trop vite. Le sang coula sur sa joue alors qu’une entaille se dessinait sur son œil droit.

Encore une nouvelle scène alors qu’il faisait plus chaud ce jour là alors qu’Alanir et Cassidy marchaient dans la forêt. Elle regarda Alanir un instant.

« Partons d’ici ! »

- Tu veux réessayer ?

« Oui ! C’est bon je dois être prête maintenant ! »

Alanir se transforma en dragon et ils décollèrent à une vitesse impressionnante. Arrivés à la limite de l’île, le dragon accéléra pour passer à travers le champ d’énergie qui les maintenait prisonniers. Cassidy hurla de rage alors qu’elle utilisait sa magie pour forcer le passage. Ses crocs s’allongèrent… Puis, une violente impulsion qui étourdit les deux partenaires avant qu’ils ne retombent au sol, encore échouer…

Nouvelle vision…

Assise sur la chaise devant un bureau dans sa chambre, une lumière à côté d’elle, Cassidy écrivait une lettre. Les larmes coulaient sur le parchemin alors qu’elle continuait d’écrire… la main de plus en plus tremblante. Elle regarda un instant sa bague puis plia avec beaucoup de précaution la lettre avant de la mettre dans une enveloppe.

Encore un changement de décor…

Elle était totalement blasée… dépitée et ne semblait pas prête à s’entraîner aujourd’hui alors qu’ils allaient dans la forêt, la détermination commençant à faiblir. Mais alors qu’ils marchaient, un rugissement de dragon familier se fit entendre alors qu’un beau dragon rouge approchait de l’île et même semblait chercher quelque chose.

Cassidy se redressa un instant, le reconnaissant entre mille. Il était en effet, le portrait craché de Tristan… Elle hurla, les larmes tombant le long de ses joues et fit des grands signes de bras alors qu’Alanir était très sceptique.

« TRIIIIIIIIIIIIIIIIIS’ ! ON EST LAAAAAAAAAAAAA ! »

Alanir tapota le bras de Cassidy et secoua la tête.

- Je pense pas que c’est lui…

« Mais si voyons ! Ca ne peut être que lui ! »

Elle avait retrouvé le sourire, la joie de vivre et faisait de grands signes de bras jusqu’à ce que le dragon approche d’eux. Mais il était bien trop rapide. Voyant Alanir, il le percuta de plein fouet alors que le dragon, encore peut entraîné à sa nouvelle forme physique, tomba dans des buissons en arrière. Cassidy ne comprit pas et regarda le dragon furieux devant elle, sans perdre son sourire.

« Tris’… tu m’as retrouvé ! Si tu savais comme je suis heureuse ! J’ai plein de choses à te raconter mais j’ai envie de te dire quelque chose avant. C’est pas grave que tu sois un gros dragon ! C’est pas grave que tu sois différent de moi… Désormais je vais t’accepter comme tu es et si je dois faire des efforts je les ferais… pour toi… parce que je t’aimes… tu m’as tellement manqué… »

Elle était soulagée alors que le dragon était clairement inamical comme si celui-ci était… sauvage. Alanir hurla en arrière, lui criant de s’écarter alors que Cassidy tourna le dos pour le regarder.

« Enfin Alanir ! Tristan ne me… »

Cassidy n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’un coup de griffe puissant s’abattit sur son dos. Elle eut à peine le temps de réagir, de réaliser que Tristan venait de la frapper qu’elle tomba en avant. Le dragon rugit de colère et la lacéra de coups, tous plus mortels les uns que les autres. Le sang volait alors qu’elle roulait au sol… incapable de se défendre, inoffensive…

Le sang tacha les plantes… les arbres… les créatures se cachèrent. C’était un véritable massacre de la petite mage qui était devenue totalement inespressive. On se demandait même comment elle faisait pour encaisser des coups aussi gros. Alanir hurla, se transforma en dragon de feu et fonça contre son adversaire.

S’ensuivit un long combat jusqu’à ce que l’autre dragon reparte, mortellement blessé.

La scène changea…

Cassidy avait été déposé par Alanir dans une sorte de petit bassin. Elle se retrouvait totalement submergée par l’eau alors que celle-ci se teinta en rouge. Ses blessures cicatrisèrent, ses cheveux flottaient autour d’elle alors qu’elle semblait si pâle. Alanir pleurait. La petite fille aux cheveux bleus se tenait près de lui et tentait de la soigner autant que possible.

- Ses blessures sont très graves… Je vais pouvoir lui soigner mais… les cicatrices resteront…

Alanir se fit plus déterminé.

- Je vais chercher Tristan, c’est le seul à pouvoir la guérir complètement.
- Tu ne peux pas…
- J’y arriverais !
- Tu ne peux pas t’éloigner d’elle et vous n’êtes pas assez forts pour franchir la barrière, c’est impossible
- Alors on va la laisser dans cet état ?
- Elle finira par s’en remettre…
- Pas tant que Tristan ne sera pas près d’elle ! Elle a besoin de lui ! Ca fait presque un an qu’elle attend pour sortir et vous ne la laissez même pas le voir !
- Le temps compte…
- Le petit a raison…


C’était l’homme en costume noir qui venait d’arriver et s’approcha de la jeune femme, sans montrer aucune émotion sur son visage. Il prononça une autre sentence encore pire que la première. Alanir ne l’aimait pas, il montrait les crocs et serrait les poings.

- Détruisez son lien avec le dragon !

Alanir tapa sur la table à côté et se mit à rugir.

- QUOI ?! Mais vous êtes malade ! Tristan est tout pour elle ! Vous ne pouvez pas !
- Klartos a tort avec cette histoire de sentiments… tant qu’elle l’aime elle ne bougera pas… autant qu’elle soit compétente à défaut d’être amoureuse… Obéissez…


Il sortit de la salle alors qu’Alanir contenait difficilement sa rage.

- Rassure toi je ne vais pas lui détruire son lien… Juste le sceller… Ses sentiments seront scellés mais ça ne sera pas irréversible… Une fois sortis d’ici, ça sera à toi de voir ce qu’il convient de faire…

Alanir regarda la petite mage inerte et hocha doucement la tête.

-Il y a une autre chose que je dois te dire… Le dragon était bien préparé… Il y avait un poison mortel dans ses griffes qui refuse de sortir du corps de Cassidy… Elle n’en mourra pas mais… il faudra lui faire une piqure par jour, histoire que ça ne se propage pas plus… Comment la guérir ? Seul le lien de leurs sentiments y arrivera… ça risque d’être très dur… vraiment très dur…

Nouvelle vision…

On retrouvait la Cassidy inexpressive, dénuée de sentiments. Elle se battait bien, avait beaucoup progressé mais… il lui manquait quelque chose… c’était trop plat.

Retour au présent pour les deux jeunes hommes.


Alanir avait la mine grave. Rien que le fait de replonger dans ses souvenirs avait ravivé en lui une profonde douleur. Il jeta un coup d’œil à Tristan, le regard qui signifiait que désormais il savait… il avait vu sa faiblesse… il avait vu sa douleur et surtout les profonds regrets de ne pas avoir pu empêché tout ça… et pourtant… il tourna les talons… En arrivant à la maison, il laissa la lettre à l’attention de Tristan sur le canapé, hésitant mais la laissa quand même.

Le lendemain matin, il avait appelé la capitaine, encore éprouvé par cette nuit et s’était rendue chez Maud. Le dragon s’installa dans un coin, adossé contre le mur. Les deux personnes qu’il devait tenir au courant de la situation. Il les dévisagea tour à tour puis rompit le silence.

- Pour commencer, je ne suis pas un Drakkari mais un dragon… J’étais un dragon corrompu même… avant que Cassidy ne me sauve. Nous sommes liés tous les deux même si aujourd’hui j’ai plus de liberté qu’avant. Je vais vous expliquer pourquoi elle est dans cet état…

Il commença alors son récit, en omettant les détails de sa présence sur cette île, juste que c’était pour sauver la cité fantôme, et qu’il fallait que Cassidy s’entraîne. Il leur expliqua qu’ils étaient restés un an là bas. Il donna les détails sur l’avortement… sur l’attaque du dragon. Il parla de la douleur de Cassidy d’une voix tremblante alors qu’elle semblait incapable de vivre si Tristan n’était pas près d’elle. Et puis il annonça qu’on lui avait scellé le lien qui l’unissait à Tristan et que son corps était empoisonné, si bien qu’elle avait besoin d’un remède chaque jour pour éviter que cela empire. Il disait que tous les sentiments de la jeune femme avaient été coupés afin qu’elle ne souffre pas trop et remplisse son rôle. Il avait les yeux brillants alors qu’il était lancé dans son récit.

Mais sa réaction la plus impressionnante était à la fin, quand il se mit à genoux devant les deux dames, chose qui n’était pas très… draconique et mit les mains en avant en les suppliant.

- Cassy ne méritait pas ça… Elle méritait… d’être heureuse avec Tristan… Si il existe un seul moyen pour qu’ils retournent ensemble… pour qu’elle retrouve le sourire… si vous avez une idée pour les aider à se retrouver… je vous en supplie… aidez-là… je n’ai pas l’habitude de me confier aux humains mais Cassidy a toujours cru en moi et là aujourd’hui elle a besoin qu’on l’aide… et je ne peux rien faire… j’ai tout essayé… vous les connaissez…

La détresse du beau dragon faisait peine à voir alors qu’il accomplissait un acte vraiment louable… demander l’aide des humains…

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