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 Parce qu'abandonner n'existe pas...

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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Date d'inscription : 09/05/2012
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Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mar 6 Mai - 18:21

Qu’était-il advenu de Tristan ? Si les dégâts dont le jeune homme ne savait encore rien du côté de celle qui avait été toute sa vie étaient tout à fait détectables, du moins, un seul coup d’oeil suffisait pour savoir que quelque chose de grave s’était produit, que quelque chose s’était brisé, il était bien difficile de savoir ce qu’il en était du côté du grand Drakkari. A quel point avait-il changé ? A quel point devenir un dragon l’avait-il affecté ? A quel point devoir brutalement se transformer l’avait-il ébranlé ? A quel point la perte de son humanité était-elle un tournant irréparable ? A quel point avait-il perdu ce qui faisait de lui l’homme que chérissait cette petite mage ?

Il ne réservait pas un accueil chaleureux en tous les cas et le regard qu'il posait sur Cassidy était bien difficile à identifier au final alors que la bataille venait de prendre fin. Il n’avait pas l’air inquiet. Il ne s’était pas jeté au sol en l’appelant, en cherchant son pouls avec peur, en la serrant contre lui. Non rien, il ne s’était même pas penché vers elle, se contentant de ce regard froid qui ne disait rien de bon. Que dire de son attitude ? Faire comme s’il comptait trainer la jeune femme jusqu’au camp par les pieds, c’était quand même étrange. Irrespectueux, oui sans doute. Pourtant, il ne l’avait pas fait, il n’avait fait que mimer l’action, esquissant un très bref rictus quand il avait senti son compatriote se tendre derrière lui, prêt à le frapper. Bon d’accord, il n’avait pas pris la jeune femme dans ses bras, manquant de délicatesse mais il n’avait pas non plus été brutal en la mettant sur son épaule, restant libre de ses mouvements, d’utiliser une de ses mains mine de rien si un adversaire au sol se redressait d’un coup. Enfin ce n’était probablement pas pour ça qu’il agissait ainsi, il devait juste être rancunier. Son attitude ne plaisait pas à Alanir, c’était bien normal après tout. Les dégâts étaient profonds… et pourtant, pour lui, il s’était écoulé bien peu de temps comparé à celui vécu par la mage et son dragon.

Celui-ci ne semblait pas vouloir qu’on s’approche de la petite mage, certainement pas ces Cheistams dont il ne savait rien. Mais qu’il adhère ou pas à l’idée, Tristan ne les laissa pas la toucher, les ignorant superbement, ne leur accordant qu’un bref regard moqueur que bien peu osaient réellement défier, même en pensée. Les choses avaient changé… Pas pour le meilleur.
Une fois dans la tente, le grand jeune homme s’était fait distant, se tenant à distance et semblant n’en avoir rien à faire des manipulations qu’effectuait Alanir sur la petite mage, ni ses paroles rassurantes, ni ses gestes. Oui… il s’en fichait quoi.
Puis Eleyna les avait rejoint, s’était présenté. Elle n’avait même pas frémi devant l’attitude clairement agressive et protectrice de l’impressionnant nouveau venu, se contentant d’un sourire rassurant. La suite n’avait été que des échanges divers tandis que Tristan partait, après avoir été appelé par un étrange prénom, ce qui ne semblait pas vraiment lui avoir plu d’ailleurs.
Alanir avait probablement plus que de quoi être déçu… et ce n’était encore que le début.

Eleyna était gentille quand même, elle essayait d’aider, comme elle pouvait, même si elle semblait comprendre que l’homme en face d’elle en voulait à son lieutenant, bien plus que de raison d’ailleurs… Elle sourit quand il eut l’air choqué par rapport à sa « demande » s’il était le nouveau petit ami de la jeune femme. Le pauvre avait l’air perturbé pour le coup. Mais il interpréta mal son conseil, ce qu’elle sembla deviner aussitôt étrangement… Enfin tout s’expliquait si elle était effectivement une personne ressentant de l’empathie au point que cela en soit une espèce de « don ».

- Oh non tu n’as pas peur de lui. Ce n’est pas ce que je dis. Si je te conseille de ne pas l’approcher… C’est surtout pour lui en fait.

Elle esquissa un léger sourire triste sans en dire davantage. Pourtant elle sembla le vouloir, ouvrant la bouche puis la refermant. Après tout, ça ne la regardait que peu pour le moment.

Le Drakkari ne sut rien de leurs échanges, ni du réveil de Cassidy mais quand il apporta le repas et qu’il se retrouva en face de la jeune mage, il se crispa et sortit bien vite, réellement odieux par ce comportement. Même pas un mot… Etait-il réellement devenu aussi infect ?
Et comment Alanir se retenait-il de ne pas lui refaire le portrait ? En tous les cas, Cassidy avait réagi, mais ça, Tristan ne l’avait pas vraiment vu, il était parti bien trop rapidement. Il manqua un autre échange pleins de révélations et d’informations pourtant. Mais il ne pouvait pas vraiment les entendre, déjà bien trop loin pour ça.
Il ne sut même pas que la jeune femme s'était brusquement écroulée. Il fut juste mis au courant qu’ils devaient se retrouver à la cité fantôme et il ne fit rien pour venir les aider pour le chemin ni rien. Sauf que une fois qu’ils furent dans l’appartement de l’ancien jeune couple, ils purent retrouver un Tristan assez amorphe… et très endormi surtout.

Impossible de savoir pour lui que Cassidy allait mal, ni pourquoi elle était dans cet état, ni son manque de réaction face à lui, ni tout le reste en fait. Maud avait été surprise du petit groupe qu’elle accueillait mais adorable comme toujours même si elle peinait vraiment à se déplacer aujourd’hui. Comment elle-même aurait-elle pu savoir que si la petite mage avait été consciente, si elle n’avait pas été privée de tous ses sentiments, elle aurait souffert de la simple vue de ce ventre si rond ?Comment pouvait-elle ne serait-ce qu’imaginer les infamies qu’avait vécu sa chère amie ? Non elle ne le pouvait pas et c’était tant mieux…

Quand ils étaient entrés dans l’appartement, c’est Eleyna qui s’était portée au chevet de Tristan et malgré ses affirmations comme quoi il pouvait bien dormir par terre, elle semblait à la fois soucieuse et rassurée. D’ailleurs certains de ses gestes, une fois de plus pouvaient être très mal interprétés. Elle venait en effet, accroupie près du jeune homme de passer une main dans ses cheveux rouges méchés de noirs, ça lui allait plutôt bien ça par contre. Ou le fait qu’elle dépose une couverture sur lui au bout d’un moment après lui avoir ôté sa ceinture pour ne pas qu’il se fasse mal, avec des gestes experts. Oui ça pouvait être mal interprété mais est-ce que quelqu’un s’en souciait seulement ?

Elle avait été très intriguée par ce que lui avait dit Alanir avant qu’ils ne quittent le camp par rapport aux réticences de la jeune femme qui ne lui dirait rien mais que lui pouvait, contre un service. Elle l’avait fixé avec intensité avant de faire un demi-sourire. C’est à mi-voix qu’elle avait avoué que ça dépendait du service, mais que si elle pouvait aider, elle le ferait… C’est sûr qu’elle ne s’attendait pas à la demande du surlendemain matin… Mais chaque chose en son temps, Alanir devait réunir les bonnes personnes et jouer ses cartes au mieux. Pour ceux qu’ils voulaient sauver et surtout celle qu’il voulait sauver de cette apathie !

C’est au cours de la nuit qu’elle s’était relevée d’un bond après avoir entendu un hurlement. Attrapant sa rapière, elle avait ouvert la porte de la chambre du « couple » d’un coup sec, prête à en découdre apparemment, avant de se figer devant le spectacle. Mais ce ne furent pas réellement les paroles du dragon qui l’arrêtèrent, plutôt sa mine malheureuse qu’il ne pouvait décidément pas cacher alors que Cassidy était si près de lui. Elle ouvrit la bouche, la referma, se contentant de s’excuser pour le dérangement, comprenant bien qu’il était inutile de proposer son aide. Seul cet homme pouvait actuellement aider la jeune femme. En refermant doucement la porte, elle avait été prise d’un doute et s’était dirigé vers le salon pour retrouver Tristan dans la même position que celle dans laquelle elle l’avait laissé. Elle s’accroupit près de lui, écoutant sa respiration. Il ne faisait pas semblant, le cri ne l’avait même pas réveillé. Normal après tout… Elle passa de nouveau une main dans ses cheveux et tâta sa nuque en grimaçant. Finalement elle s’était relevée, rajustant inutilement la couverture sur lui puisqu’il n’avait pas bougé justement. D’ailleurs quand elle l’agressa au réveil le lendemain, il était évident qu’il n’avait absolument pas fait le moindre mouvement dans son sommeil malgré ses cheveux décoiffés. Pas de marque rouge sur le visage là où sa joue avait toute la nuit appuyé contre le sol dur et froid. Pas la moindre bosse, pas le moindre bleu là où son front avait dû violemment taper contre le sol quand il s’était, comme elle l’imaginait si bien, effondré brusquement. Cassidy était rapidement arrivée et Tristan qui commençait à marmonner, apparemment ayant beaucoup de mal à se réveiller se tut aussitôt.

Heureusement que Maud coupa le malaise mais elle parut surprise et choquée par toutes les transformations subies par Cassidy et qu'elle n’avait pu qu’apercevoir. Surtout quand elle vit son manque d’expression. Les deux femmes semblèrent aussitôt tiquer quand elle parla de deuxième enfant et encore plus quand Alanir demanda en quelle année ils étaient. Tristan qui s’était assis dans le canapé et leur tournait le dos ne bougea pas d’un pouce de son côté, s’en fichant royalement, une fois de plus. Pourtant, il aurait dû sentir le regard noir que le dragon lui lançait. Il était clair que le temps ne s’était pas écoulé de la même manière pour les deux groupes… Seulement 12 jours. En seulement 12 jours il était devenue une petite ordure indifférente se fichant de celle qu’il avait prétendue plus importante que tout. La haine pouvait vraiment devenir… un ennemi.

Pourtant, le Drakkari sembla avoir un très léger tressaillement lorsque la jeune femme s’excusa pour « la confusion » mais c’était sans doute parce qu’il était en train de se relever et passant à côté d’eux, l’air grognon annonça qu’il allait se doucher. Maud lui proposa de faire la visite avec eux mais il déclina, les laissant seuls, prétextant qu’il avait autre chose à faire. Mais il était clair pour tout le monde qu’il ne voulait pas être avec eux ou plutôt… avec ELLE.
Tout le monde semblait être à la petite fête le soir finalement… Sauf Tristan qui fut rapidement rejoint par Alanir. L’accueil ne fut que peu sympathique et la réponse… en conséquence.

Alanir avait surpris Tristan en le frappant. Réellement ? Pourtant le jeune homme n'avait pas cherché à esquiver le premier coup. Ne l'avait-il pas vu venir ? C'était assez décevant dans ce cas là pour un guerrier. Mais même s'il ne s'y attendait pas ou n'était pas très rapide, ce qui était totalement contredit par rapport à son attitude sur le champ de bataille, la veille, il aurait au moins dû chercher à esquiver le second coup. Or il ne bougea pas davantage, la tête légèrement baissée, mauvaise idée d’ailleurs, ça rendait l’uppercut plus facile. Bien plus facile… Oh c'était douloureux, très douloureux même et assez surprenant en fait. C'était quand même très étrange cette sensation de brûlure, vivace. La douleur était interne, la commissure de ses lèvres s’étira très légèrement, trop peu pour que son adversaire le voit, assez pour le conforter dans ses propres croyances. En plus le Drakkari en face de lui était en train de lui hurler dessus et pas qu'un peu en fait.
Tristan ne répondit pas à cette agression alors soit il comprenait qu'il avait mal agi en manquant de respect à son aîné, soit il s'en fichait. Mais étrangement, il n'était pas vraiment agressif avec le dragon... Parce que c'en était bel et bien un. Il n’avait rien dit quand il avait entendu son nom bien sûr, mais il avait tout de suite compris. Alanir… était un dragon ! Et un esprit de surcroît, ça partait vraiment dans des domaines encore inconnus. On ne pouvait que difficilement croire à tout ceci. Il y avait cette histoire de manque de respect envers lui et envers Cassidy... Bien sûr, envers Cassidy, logique.

Non Tristan n'avait rien dit, n'avait pas bronché. Pourtant une légère grimace de douleur lui échappa tandis que des points rouges dansaient derrière ses paupières closes. Oui, en effet, son corps ne pouvait pas encore très bien encaisser... Il aurait dû s'y attendre. De toute manière, même s'il l'avait pu, l'homme en face de lui était, de ce qu'il savait aujourd'hui, de ceux dont on usait pour détruire les mauvais dragons. Son feu devait passer toutes les barrières alors même s'il ne voulait pas le tuer, même s'il ne voulait que lui donner une leçon, même si ce n'était rien par rapport à ses réelles capacités, ça faisait mal et quelque part, dans son corps, sous ses vêtements qu'il gardait bien longtemps comparé à son exhibitionnisme passé, son corps ne pouvait de toute manière pas encaisser. Mais ça bien sûr, il n'allait pas le dire, il n'était pas faible... et puis il s'en fichait...

Et puis il avait eu les paroles du Drakkari en face de lui, puis sa soudaine interruption alors qu'il se tournait. Tristan suivit son regard et aperçut Cassidy qui se déshabillait alors que lui-même restait immobile, tourné vers elle. Heureusement qu'Alanir était là pour préserver la pudeur de son amie parce qu'elle ne semblait vraiment pas les avoir remarqués et agir étrangement. Se baigner toute seule dans une cascade, de nuit ? C'était peu habituel quand même, surtout qu'il y avait une salle de bains dans "leur" appartement. Alanir était loin de lui à ce moment là, s'occupant d'éloigner la petite mage mais il dut bien tourner la tête vers son interlocuteur et le voir réagir. Tristan avait bien dû apercevoir les marques dans son dos. Son visage n'avait alors trahi qu'une simple et légère surprise alors qu'il se détournait déjà, masquant ainsi son visage à la vue du « petit couple ».

Alanir l'avait rejoint, lui avait parlé, lui avait dit qu'il devait lui montrer, lui faire comprendre. Il avait l’air en colère, et d’avoir mal aussi, son regard trahissait sa douleur vis-à-vis de Cassidy. Quelque chose s’était passé et même s’il en voulait au jeune homme, il semblait aussi vouloir lui expliquer et aussi… lui donner une chance en quelque sorte. Avant de lui avoir laissé le temps de dire quoi que ce soit, il avait enclenché un cristal et les avait projeté dans des souvenirs.
Tristan, même si c'était en accéléré et par épisodes seulement, put ainsi voir tout ce qui était arrivé à celle qui était sa fiancée auparavant. A celle qu'il aurait dû normalement soutenir, quoi qu'il arrive.
Il y avait des indices, des mots qui confirmaient ce dont il se doutait déjà dès qu'elle était apparue. Douze jours s'étaient écoulés pour lui, tellement plus pour elle. Tellement de dizaines de jours, de centaines d'heures à souffrir et pleurer. Des souffrances terribles auxquelles la majorité des êtres humains n'auraient pas survécu. C'était aussi peut-être pour ça qu'il y avait tant de colère chez Alanir. Quand il avait compris à quel point il s'était écoulé peu de temps pour le jeune homme, pour le soi-disant amoureux transi, il n'y avait décidément aucune raison pour qu'il soit ainsi, aussi distant, aussi en colère, aussi... indifférent. Ou alors sa transformation l'avait vraiment transformé, totalement, et le pire était arrivé, la grande crainte de Cassidy avant qu'elle ne devienne cette espèce de zombie : il ne l'aimait plus, ne ressentait plus rien... Comme un dragon. Parce qu'il n'y avait plus rien d'humain chez lui.

Tant de souffrances... Comment avait-elle pu survivre au juste ? On lui avait tout pris... Son bébé, la présence de son fiancé, on l'avait forcée à s'améliorer, à se battre, on l'avait brisée, blessée, maintenue enfermée... Pendant sans doute une année. Un an... 12 jours... Ca correspondant... Chaque jour pour lui était donc un mois pour elle ? Et pendant tout ce temps, elle avait continué de croire, ignorant la différence de temps écoulée entre leurs "deux mondes" qu'il lui pardonnerait quand il saurait, qu'il serait là pour elle. Tous ces espoirs, toutes ces certitudes qu'elle avait constamment répétés à Alanir, avec la pureté et l'innocence de sa si douce humanité, de son si grand amour. C'était sans doute ça le pire pour le pauvre dragon. Il avait vécu toutes ces souffrances avec elle, avait cru en ses espoirs, en ses certitudes. A présent qu'elle avait tout perdu, y compris celui qu'elle aimait quand on lui avait "volé" leur lien, elle n'était plus elle-même. Et lui, il voyait alors qu'elle avait cru en un homme, inutilement. Que celui qu'elle aimait ne la méritait décidément pas et ne tenait pas ses promesses. Il s'en fichait... et il méritait les pires tortures lui-même pour cela.
La rendre plus efficace en la privant de son amour... Sanction obligée après son imprudence avec un dragon rouge qu'elle avait pris pour lui. Alors qu'elle acceptait enfin son fiancé et leurs différences, alors qu'elle l'aimait enfin en entier, pour tout ce qu'il était et pas seulement une partie... elle avait été attaquée, si grièvement blessée qu'elle aurait dû mourir. On lui avait pris leur lien. Scellé soi-disant. Bref, on les avait privé l'un de l'autre complètement et elle avait perdu la mémoire sur eux deux, tout s'expliquait. Au moins le comportement neutre, inexpressif de la jeune femme avait une raison d'être.

C'était horrible, décidément plus qu'horrible. Tout ce qu'elle avait vécu et qu'il voyait lui aussi... Pourtant, le jeune homme ne bougea pas tout le long de ces différentes scènes, observant en fronçant légèrement les sourcils, sans rien dire, sans grimacer et sans faire montre du moindre chagrin.

Heureusement qu'Alanir s'éloigna rapidement, sans attendre de réaction du jeune homme, car il l'aurait probablement frappé en le voyant rester aussi indifférent à la nouvelle, à toutes ces nouvelles, à toutes ces horribles nouvelles. Il n'était pas inexpressif lui, contrairement à Cassidy qui semblait incapable de ressentir quoi que ce soit, juste indifférent, comme si elle ne représentait plus rien.
Quand Alanir eut disparu, le jeune homme se retourna lui aussi, l'ayant observé partir sans bouger et s'éloigna à son tour. Mais pas pour rentrer chez lui... Bien au contraire.
Alors qu'il marchait dans le village, une jeune femme l'aborda en souriant, ayant remarqué son absence et lui apportant à manger. Il lui sourit aussitôt, gentiment, un brin dragueur, la remerciant en prenant l'énorme sandwich qu'elle lui avait fait. Elle rougit à son sourire, baissant timidement les yeux alors qu'il lui relevait aussitôt le menton en lui disant qu'elle ne devrait pas cacher un si joli minois. Elle rougit d’autant plus face à son sourire, captivée par son regard qui avait si peu et tellement changé en même temps.
Il ne rejoignit pas les autres chez lui ce soir-là.

D'ailleurs le dragon dut bien s'en rendre compte le lendemain matin. Soit le jeune homme s'était levé tôt, soit il n'avait pas dormi là... La couverture sur le canapé était en effet parfaitement pliée, la lettre n’avait pas bougé d’un millimètre et le manque de bruit dans la cuisine et le couloir laissait entendre qu'il avait dû être discret pour sortir... s'il était rentré...
Eleyna dut également s'en faire la remarque car elle fronça les sourcils en passant à côté du canapé, passant sa main dessus. Cassidy venait aussi de se lever, toujours jolie malgré la cicatrice sur son visage, toujours inexpressive alors qu'elle aussi remarquait peut-être ou peut-être pas, l'absence du jeune Drakkari.
La capitaine fut surprise que Alanir lui demande de but en blanc de venir avec lui, chez Maud, qu'il devait leur parler à toutes les deux. Ils laissèrent Cassidy devant un déjeuner même si la capitaine notait le manque d'enthousiasme de la jeune femme. Ah oui, elle était vraiment bizarre et très différente de la demoiselle qu'elle avait rencontrée à l'Académie.

Ils se retrouvèrent chez Maud, les deux femmes assises, écoutant leur bien étrange interlocuteur qui leur révéla, à leur tour, une histoire des plus surprenantes. Bien sûr, il ne disait pas tout, il omettait certains détails mais dans les grandes lignes, il leur raconta tout alors qu'elles au moins avaient des réactions, des réactions normales !!!! Maud avait plaqué les mains sur sa bouche et des larmes ruisselaient silencieusement sur ses joues alors qu'elle comprenait tout ce que sa pauvre amie avait vécu. De son côté la jeune capitaine écarquillait les yeux, devenue extrêmement pâle, tremblant légèrement. Elle avait vu et connu des horreurs, mais ça... ça dépassait les pires histoires qu'elle ait entendues... et de très loin et même si elles, elles ne voyaient pas toutes ces scènes et heureusement, l'émotion dans la voix du dragon humanisé était bien suffisante pour leur prouver son affection pour la petite mage, ainsi que l'horreur de tout ce qu'elle avait vécu.

Mais le plus impressionnant restait à venir. Si l'une comme l'autre n'avait pas été choquée d'apprendre qu'Alanir était un dragon, sans doute parce qu'elles en connaissaient un autre, elles ne s'attendaient certainement pas à ce qu'il fasse une demande aussi formelle, ni ne s'agenouille devant elles, soumis, totalement à leur merci. Elles échangèrent un regard surpris, puis bienveillant alors que le Drakkari était toujours au sol. Ce fut la jeune capitaine qui effleura l'un de ses bras et l'incita à se redresser avec un beau sourire, s'étant accroupie près de lui. Ses yeux étaient pleins de larmes. Ah, c'est vrai qu'elle prétendait avoir un don, une certaine empathie. Elle l'enlaça sans lui laisser le temps de comprendre ce qui lui arrivait.

- Tu souffres tellement...

Ce n'était pas une question, juste un constat alors qu'elle constatait être quand même bien plus petite que lui et s'éloignait avec un sourire encore plus large, le même que celui que Maud arborait.

- Demander de l'aide de cette manière ne doit pas être simple pour toi... Mais c'était inutile, je t'aurais bien moi-même aidé à te relever mais avec mon énorme ventre, je ne peux déjà pas cuisiner et donc voir mes mains alors à tous les coups je t'aurai assommé ou alors c'est toi qui aurais dû me relever ahahaha...

Maud plaisantait, elle essayait du moins, alors même que sur ses joues, il y avait encore les traces rouges de ses larmes. Elle grimaça en se relevant puis attrapa les mains du dragon, un sourire rassurant aux lèvres. Cette fois, c'était Eleyna qui enchainait.

- Même avant que tu ne nous parles, dans notre esprit il était clair qu'il fallait les réunir. Au moins, nous savons maintenant ce qui s'est passé... Et c'est horrible et choquant et... traumatisant... Mais...
- Alanir c'est ça ? Il te regarde bizarrement Eleyna...


Apparemment, elles avaient sacrément sympathisé la veille, semblant se comprendre. La jeune femme releva les yeux vers le dragon surprise.

- Oh tu es méfiant ? Parce que je suis une Cheistam ? Je comprends mais ne t'en fais pas, ce que j'ai appris ne sera certainement pas dans mon rapport et je peux très bien dire que je n'ai pas eu d'informations ou bien que Cassidy a connu un boost temporaire de magie, inexploitable, je suis au courant des convoitises que certains portent sur elle, même si je n'en sais pas plus et...
- Je ne crois pas que ce soit pour ça qu'il te regarde ainsi.
- Hein ? Ah euh... Bah alors...
- Il se pose des questions sur toi et Tris je pense.
- Ah ce petit crétin ! Il va m'entendre celui-là ! Non mais quel idiot qui...
- Tu devrais lui préciser que vous ne couchez pas ensemble...
- HEINNNN ????!!!! De... de QUOI ?!


Elle tourna des yeux ronds et horrifiés vers Alanir avant de se mettre à sourire, un peu moqueuse.

- Noooon, tu as cru que nous deux nous... ahahaha... Elle est bonne celle-là.
- Tu le choques un peu là... A sa mine je crois qu'il se demande pourquoi tu ris comme ça.
- Oh ? Euh... Pardon Alanir. Ce n'est pas drôle, c'est vrai, désolée. Tu dois être bien assez perturbé par les manières d'agir des humains sans que j'en rajoute une couche. Désolée, je ne me moque pas de toi, ne t'en fais pas. C'est juste que...
- Tristan n'est pas son genre…
-Hum… Oui c'est ça.
- Elle préfère des cheveux blonds, une taille plus réduite, des traits plus fins, un corps plus svelte et... le genre féminin encore et surtout.
- Qu…. Waaaaaaahhh !!!! T... T'as deviné ????


La capitaine était devenue cramoisie, balbutiant apparemment très surprise alors qu'elle articulait difficilement des "comment" à répétition. Maud fit un immense sourire, décidément, une vraie sherlock !

- J’ai vu le regard que tu posais sur Cassidy, ce n'était pas l'un de ceux qu'on pose sur une rivale...
- roooh, ça va hein !!!!


Les deux humaines semblèrent se rappeler de la présence du dragon et s'excusèrent en se tournant vers lui, l'invitant à s'asseoir, le rassurant gentiment. Oui bon la conversation avait pris une bien étrange tournure, mais au fond, c’était peut-être un peu rassurant. En tous les cas, elles voulaient l’aider, même sans qu’il ne demande, plus encore maintenant ! Plus que jamais !

- Nous allons t'aider Alanir, ne t'en fais pas, pour nous aussi c'est important qu'ils se retrouvent... Même si nous sommes encore choquées par tout ce que tu nous as appris…
- Je vois bien ton inquiétude, je ressens ta colère et ta rancoeur… Tu en veux à Tristan ? Oulà… rien que son nom te met en colère. Oui, c’est vrai qu’il… enfin… il a changé… mais… mais je pensais sincèrement qu’avec elle… C’est bizarre quand même. Je ne vois pas trop comment faire. On va trouver bien sûr mais.
- Hum… Tout reste à voir… Plusieurs avenirs sont possibles malheureusement, dont presque tous sont peu réjouissants, nous devons bien les orienter ou…

Maud s’interrompit. C’est vrai qu’elle avait des visions et était probablement la plus à même de parler d’avenirs possible. Mais était-elle seulement capable de les visualiser ? A quel point son pouvoir s’était-il amélioré ? Sans doute peu, elle n’avait jamais été une voyante reconnue et elle l’avait dit elle-même à Cassidy. Seul dormir avec Tristan l’aidait à forcer ses visions et son pouvoir, rien d’autre. Elle était inquiète elle aussi. Cette situation ne lui plaisait pas. Elle n’avait pas eu de nouvelles de Tristan depuis un bon moment mais elle savait pour ce qui lui était arrivé, via Eleyna qui lui parlait par lettres depuis quelques temps déjà sans qu’elles ne se soient encore rencontrées, ce qui expliquait leur contact facile alors qu’elles étaient si différentes, et puis ses visions avaient dû l’aider à le voir… changer. Néanmoins ce qu’il était devenu ne lui plaisait pas… Et si elle avait de la peine pour la petite mage, elle aussi était en colère contre le grand Drakkari. Et il y avait de quoi. Mais ce n’était pas la raison de son interruption. Non… apparemment pas.
En fait, Alanir en les observant à tour de rôle, sans doute un peu perturbé par ses récents rapports avec les humains avait bousculé la table basse de son pied. Une petite peluche bien connue, offerte par Cassidy, qui s’y trouvait était alors tombée sur le sol. Rien de bien dramatique, elle n’était pas vraiment fragile après tout, surtout si elle voulait résister à un bébé mais la grande dame avait entrouvert la bouche et écarquillé les yeux, tremblant légèrement avant de se relever avec une vivacité impressionnante comparé à un peu plus tôt. Ses joues s’étaient empourprées et elle semblait essoufflée, comme si elle avait couru.

- Une vision !… Vite, venez !!!!!

Elle leur attrapa à tous les deux la main pour qu’il la suive mais son « vite » fut quand même sacrément ralenti par les capacités de son corps alors qu’elle grognait contre son gros ventre et le bébé qui n’était décidément pas prêt à sortir, trop bien installé ! Heureusement, elle n’habitait pas une maison très en hauteur contrairement à Tristan et pour elle, tous les habitants avaient travaillé ensemble afin d’installer des systèmes de treuils un peu partout, une sorte d’ascenseur qui fonctionnait avec une manivelle… enfin un ascenseur qui au lieu d’aller de haut en bas partait plutôt en diagonale. Il lui fallait bien ça pour continuer de s’occuper de toute l’organisation de la cité sans risquer d’accoucher en plein milieu des marches et puis c’était bien pratique au final.
Ils arrivèrent finalement dans la place de la cité et regardant à droite et à gauche, fermant les yeux, elle semblait essayer de situer sa vision avant de les entrainer une nouvelle fois derrière elle, relevant un peu sa robe longue pour faire de plus grands pas. Finalement elle les fit s’accroupir derrière une charrette pleine de foins pour les écuries toutes proches. Le point de vue donnait sur un petit muret de pierre qui avait été taillé pour donner une espèce de long banc en arc de cercle près d’un des points de chute d’une des cascades, un de ceux qui descendaient très profondément sous terre, qui donnait accès, bien plus bas, à un bassin naturel via des escaliers étroits un peu plus loin. De leur point de vue, ils pouvaient voir sans être vus. Maud trépignait, obligée de s’asseoir et de s’adosser à moitié contre la charrette encore à cause de son gros ventre.

- Pitié allez !!! Je ne me suis pas trompée, je ne me suis pas trompée ! On n’a pas influencé dedans !!! Allez fichue vision !!!!

Elle se tut soudainement. Et pointa ses deux mains dans deux directions opposés alors que tous trois se faisaient silencieux et observateurs.
Apparemment Cassidy n’avait pas attendu Alanir pour aller se dégourdir les jambes et elle marchait. Sans but… clairement, sans expression. Maintenant qu’elles savaient, les deux femmes n’en étaient que davantage attristées mais ce n’était pas ça que Maud voulait leur montrer. Dans la direction totalement opposée, Tristan s’avançait, les yeux baissés vers le sol. Ils ne semblèrent se remarquer que lorsqu’ils furent à une dizaine de pas l’un de l’autre, s’arrêtant du même mouvement ou presque, de manière, très… étrange et presque synchrone d’ailleurs. Tristan avait relevé les yeux, semblant avoir remarqué l’odeur de la jeune femme et son regard se posa sur Cassidy qui le fixait aussi. Elle ouvrit la bouche, probablement pour le saluer poliment à défaut d’autre chose puisque eux deux, ça n’avait jamais existé à ses yeux actuels. Sauf que le jeune homme secoua vivement la tête, la rabaissant en l’ignorant et la dépassa rapidement sans la regarder. Ah oui, effectivement, elle pouvait croire qu’il lui faisait la tête là. Mais après tout peu de chose semblait aujourd’hui importer la jeune femme autrefois si... expressive. Eleyna attrapa le bras d’Alanir alors qu’il se redressait, l’air fou de rage. Elle avait surpris le sourire plein d’impatience et d’espoir de Maud. Elle le força autant que faire se peut à se baisser en lui grognant d’attendre, mais gentiment, observant la scène avec attention. La jeune femme était-elle seulement éprouvée par ce qui venait de se passer. Elle n’en donnait pas vraiment l’impression, en même temps, elle, comme Tristan, était de profil par rapport aux espions qui les observaient. Ca ne donnait qu’une vue réd
Elle se remit à marcher, au moment pile ou lui s’arrêtait. La tête toujours baissée, le jeune homme s’était effectivement totalement immobilisé, il serrait les poings et ceux-ci tremblaient vraiment beaucoup alors qu’il grimaçait en serrant les dents aussi apparemment, ils étaient assez prêts pour le voir.

Aussi brusquement qu’il s’était arrêtait, il se retourna, faisant demi-tour et rejoignit en courant la jeune femme qui marchait en s’éloignant de lui et qui ne sembla pas l’entendre arriver. Il l’arrêta… d’une curieuse manière… lui attrapant les cheveux. Elle se les tira bien sûr un peu toute seule du coup en continuant d’avancer mais il avait aussi bougé le bras, rajoutant du mou juste au moment du choc, comme pour ne pas qu’elle se fasse trop mal. Elle tourna la tête vers lui. Elle ne paraissait pas vraiment surprise ou alors c’était juste une surprise polie, du genre de celle utilisée pendant une réunion ennuyeuse. Il détourna la tête, faisant la grimace.

Une nouvelle fois, Eleyna empêcha Alanir de bouger, elle-même surprise par la tournure des choses. Non, il ne devait pas se mettre en colère, surtout pas maintenant. Certes le geste de Tristan pouvait apparaitre irrespectueux, voire brutal, méchant et totalement moqueur de la part d’un dragon mais elles, elles avaient remarqué quelque chose d’autre, quelque chose que même humanisé aujourd’hui, le grand dragon ne pouvait pas encore totalement comprendre et ce n’était pas plus mal. C’était même très bien au contraire.

- Viens…

C’est ce qu’avait soufflé le Drakkari à la jeune femme sans la regarder, lui tournant le dos sans lâcher ses cheveux mais les tenant suffisamment à la pointe, vu leur longueur, pour qu’elle puisse se déplacer sans mal. Ses premiers mots depuis qu’elle était réapparue. Il ne lui avait encore rien dit d’autre, ni un regard de plus de quelques secondes, ni ne l’avait volontairement dévisagée, encore moins lui avait-il parlé. Un premier mot… d’une voix mal assurée, grave aussi. Elle le suivit, sans doute parce qu’elle n’avait rien de mieux à faire et s’en fichait pas mal… ou parce qu’ils étaient amis de ce qu’elle croyait et que même si elle ne ressentait plus rien, l’amitié avait toujours été importante pour elle.

Il finit par lâcher lentement ses cheveux avant de se tourner vers. Bref regard sur la jeune femme qui le fixait. Il détourna aussitôt les yeux en grognant puis plaça ses mains sur ses épaules. Il la touchait… directement. Sans y avoir été obligé et appuya dessus pour la forcer à se baisser mais pas très fort, juste fermement. Ils n’avaient jamais été aussi proches l’un de l’autre, enfin sauf quand elle était inconsciente pendant son transport peu gentleman, depuis leurs changements mutuels. Il la faisait s’asseoir à califourchon sur le muret, un pied dans le vide, l’autre au sol, puis ôta rapidement ses mains, évitant encore de la regarder mais seulement… par intermittence alors qu’il se déplaçait, sortant de son champ de vision pour… s’asseoir derrière elle, plongeant une main dans le sac en bandoulière qu’elle lui avait confectionné et qu’il portait ce jour-là. Il leva une main au dessus de sa tête vivement et la rabaissa avec une douceur certaine alors que la lumière de la matinée accrochait l’éclat d’une petite brosse qu’il commençait à passer dans les cheveux de la jeune femme. Loin de son regard noisette, il se décrispa, ses traits s’adoucissant tandis que son regard se remplissait un très bref instant d’émotions… Des émotions ? Non, plutôt des pulsions, sans doute provoquées par l’odeur de la jeune femme. Mais il ne faisait rien d’autre que lui brosser les cheveux avec la même délicatesse qu’il avait toujours eu avec elle, défaisant les noeuds avec tellement de douceur qu’elle ne devait sans doute même pas s’en rendre compte. Elle commença à articuler son surnom, de sa voix neutre, inexpressive. Il ne la laissa pas parler.

- Tes cheveux ont vraiment poussé… Ils sont très beaux…

Oulàlà… Les deux femmes derrière la charrette trépignaient, ravies, observant la scène en essayant de tout écouter au mieux, mais étant suffisamment proches pour entendre les paroles prononcées à mi-voix. Apparemment, elles étaient ravies de la tournure que prenaient les choses et ne cessaient de lancer d’immenses sourires plein d’impatience à Alanir, comme pour lui dire qu’elles avaient raison, que tout n’était pas perdu, qu’il devait observer, qu’il devait bien se rendre compte…
Tristan donna pourtant une petite tape sèche, mais certainement pas douloureuse, sur le sommet du crâne de la jeune femme, grognant, apparemment agacé.

- Mais tu n’en prends vraiment pas soin ! Tu exagères ! Ils sont magnifiques tes cheveux ! Ils m’ont toujours fait penser à des fils d’or et toi tu…

Il s’interrompit d’un coup en détournant la tête alors qu’elle semblait se tourner légèrement vers lui. Mais en faisant cela, il exposa un peu plus son visage aux observateurs… Et là, on ne pouvait clairement pas manquer le très léger rougissement, mais rougissement quand même, qui coloraient ses pommettes. Il se reprit en grognant, marmonnant, comme si de rien était.

- Oui bon, j’essaie de rattraper le coup alors bouge pas toi hein !!!

Elle semblait obéir docilement. Après tout… on l’avait un peu dressée pour ça non ? Il se releva à plusieurs reprises et passa un long moment ainsi alors qu’elle lui tournait légèrement le dos. Quand finalement il se redressa, c’était une petite oeuvre d’art qu’il avait accomplie. Peut-être que tout n’avait pas changé chez lui… Car les cheveux de la demoiselle avaient été magnifiquement coiffés dans une très belle tresse qui coulait dans son dos, piquetée de très nombreuses petites fleurs d’hiver qu’il venait de ramasser autour de la cascade, juste à côté, deux autres tresses plus fines ceignaient le haut de son front dégageant son visage. En tous les cas ça lui allait bien. Elle s’observa ou plutôt observa son travail dans le reflet de l’eau beaucoup plus bas alors que justement les deux femmes, derrière la charrette se regardaient avec surprise. Ah oui, elles n’étaient pas vraiment au courant de cette petite capacité du Drakkari. Drakkari ou dragon qui avait enfoncé les mains dans les poches de son pantalon et tournait ostensiblement la tête dans une autre direction, un brin gêné malgré tout… Un brin large alors.
Elle le regardait alors il finit par déglutir difficilement et se tourner vers elle. Un bon mètre les séparait quand même l’un de l’autre alors qu’il l’observait, le léger tourbillon dans ses yeux semblant légèrement accélérer alors qu’il fixait les prunelles noisette vides. Il baissa la tête, puis, enfin, un léger sourire lui échappa, s’agrandissant alors qu’il relevait les yeux vers elle puis approchait sa main de son visage. Il ne toucha pas sa joue mais fut suffisamment prêt pour sentir la chaleur du corps de la jeune femme contre sa paume alors que son ton changeait du tout au tout, un brin haché mais très doux.

- Cette cicatrice n’arrive même pas à te rendre moins belle… Ca ne me surprend même pas. Cassidy… je…Pour hier je…  Oh et c’est ta faute aussi hein !

Hein ???? c’était quoi ce changement radical d’un coup alors qu’il détournait les yeux rapidement, en faisant une grimace ? Il l’accusait ? Nouveau tremblement alors qu’il lui tournait le dos, renversant la tête en arrière, fixant le ciel très bleu au-dessus d’eux, il esquissa un faible sourire, les mèches de ses cheveux s’agitant. Le soleil se mit à luire un peu plus sur les étranges rayures sur son corps. Il ferma les yeux, la voix bizarrement tendue, comme s’il avait la gorge nouée.

- … j’étais inquiet…

Il grogna et prétexta qu’il devait partir, s’éloignant d’un pas vraiment rapide sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit et sans se retourner une seule fois pour voir son visage.
Les trois espions quant à eux étaient assez choqués mais plutôt contents de voir que finalement le jeune homme réagissait. Etait-ce par rapport à ce que lui avait appris Alanir ? Mais… pourquoi ? Et comment surtout ? Où étaient les pulsions ? Il était clairement en colère alors où était la rage monstrueuse suite à son indignation ? la colère incontrôlable ?

Sauf que les trois espions étaient placés dans une ruelle, une ruelle dans laquelle Tristan passa justement. Il semblait un peu bizarre, même s’il ne les vit pas, concentré, dubitatif. Mais une jeune femme venait de surgir devant lui, un magnifique sourire aux lèvres. C’était celle qui lui avait apporté un sandwich le soir d’avant et qui l’avait si facilement approché. Il releva les yeux vers elle surpris alors qu’elle tendait la main vers lui, serrant le poing.

- Tiens ! Tu as oublié ça chez moi cette nuit. C’était sous le lit. Et euh… M… Merci.

Tristan fit aussitôt un sourire séducteur, semblant totalement oublier ce qui s’était passé juste avant, récupérant l’objet, petit, qui restait invisible aux yeux du petit groupe qui avait réussi l’exploit de changer de point de vue pour ne pas se faire voir justement.
Elle rougit avant de se tortiller sur place.

- Euh… dis… je… je voudrais bien que…
- Oui ?
- Tu… Tu veux bien m’aider un peu plus ?… Genre… Maintenant ?

Sourire de prédateur à présent alors qu’il s’approchait de la jeune femme qui avait relevé les yeux vers lui. Il confirma alors que rougissante, elle tournait les talons et s’éloignait rapidement, le jeune homme la suivant de près… très près.
Ah ben pour un bon comportement il en avait un… très mauvais juste après. Maud semblait indignée, mais certainement pas autant qu’Alanir que retenait toujours Eleyna.

- Mais qu’est ce qui lui a pris ? C’est quoi cette histoire ? Et avec Margaux ???!!!! Je n’aurais jamais cru que… Alors qu’il se décoinçait un peu avec Cassidy mais qu’est ce que…
- Je ne sais pas. J’étais trop loin, mon empathie ne fonctionnait pas. Déjà qu’avec lui elle est hyper brouillée, alors dès que je suis trop loin ça ne marche pas.
- Non mais sérieusement !!!!


Elles continuèrent de parler entre elles un moment, finissant par se relever parce que plusieurs personnes les entendit et les vite dans cette étrange position et c’est vrai que cela pouvait apporter matière à se poser des questions. Alanir s’était finalement éloigné alors qu’elles lui promettaient de réfléchir de leur côté à comment aider le petit couple et ce même si elles paraissaient toutes deux furieuses et déçues. Finalement la journée s’écoula rapidement et ils rentrèrent à peu près tous en même temps. Enfin non, il manquait encore Cassidy qui était chez Maud, la dame voulant parler un peu seule à seule avec la petite mage, espérant sans doute capter des émotions, même s’il n’y avait rien à faire. Alanir et Eleyna étaient donc rentrés en même temps en fin de journée. Tristan était déjà là, assis dans le canapé. Il semblait tenir une lettre dans sa main. Il se releva alors qu’ils entraient et cacha ledit papier derrière son dos avant de faire un sourire mi-amusé mi-grognon à la jeune capitaine, grimaçant presque aussitôt.

- Ah… Tout le monde n’est pas là. Je pensais que vous rentreriez ensemble. Eleyna, tu veux bien aller chercher Maud et… Cassidy ? Pas envie de bouger ! Dépêchez-vous, j’ai chassé et on fait un barbecue ensemble ce soir du coup. Alanir va me donner un coup de main pendant que tu vas le chercher.

Plutôt aimable comme idée, même si elle lança un regard méfiant aux deux hommes, semblant hésiter à les laisser ensemble, surtout après ce qui s’était passé dans la matinée. A peine avait-elle refermée la porte en effet que Tristan s’approcha du dragon et lui tendit la lettre qui avait été posée sur ses affaires et qu’il cachait dans son dos l’instant d’avant. Elle n’avait pas été ouverte, encore moins lue. Son regard était sombre, presque intimidant à ce moment là. Bon certainement pas pour le grand dragon mais un humain lui aurait eu quelques… craintes.

- Tiens… J’en veux pas de cette lettre. Ca m’intéresse pas de lire ces mots…

Bien sûr, la réponse ne se fit pas attendre. Et quoi de plus normal ? Alanir l’avait pourtant prévenu… Il n’avait plus intérêt à manquer de respect à la petite mage et puis trop c’était trop ! Il y avait trop de choses, ça n’en était qu’une de plus et le gamin méritait de se prendre un coup beaucoup plus sérieux. Après tout, si lui, naturellement n’était pas capable de bien agir avec celle qu’il prétendait aimer, alors avec assez de coups, il pourrait peut-être le ramener à la normale et lui faire entendre raison. Le poing partit très vite. Pourtant Tristan l’arrêta sans la moindre difficulté, sa main englobant simplement le poing serré et puissant qui tendait vers son visage. Sa paume semblait avoir amorti tout le choc violent mais certainement pas la brûlure, bien plus intense que celle de la veille, vraiment plus intense. Pourtant le jeune homme ne retira pas sa main, se rapprochant, pliant son bras pour se retrouver nez à nez avec son congénère, l’air en colère lui aussi, l’air prêt à en découdre. Ses doigts se serrèrent fermement mais certainement pas assez pour lui faire mal, sur la main du dragon alors qu’une très légère odeur de brûlé se répandait autour d’eux, mais c’était sans doute parce que leurs sens étaient développés. Il ne le laissa pas parler, il ne le laissa rien dire, rien faire de plus, ni se dégager, ni tenter de frapper de nouveau. Sa voix était pleine d’une sourde menace, pleine de prétention aussi alors qu’il parlait bien plus fort que nécessaire.

- ELLE ME LES DIRA ELLE-MÊME !

Il grinça des dents, serrant un peu plus sa main, baissant un court instant les yeux pour les relever vers Alanir dont la force dans cette espèce de lutte sur place, sembla disparaitre ou s’amenuiser suite à cette phrase. Bah… C’est vrai quoi ! De quoi parlait-il ?

- Ces mots… Elle me les dira elle-même… Ou on les lira ensemble… quand je l’aurai sortie de son état de zombie !!!! Alors garde la ta lettre ! Elle ne me sert à rien !

… Nouveau retournement de situation. Apparemment, ça le dragon ne l’avait clairement pas vu venir parce qu’il écarquillait les yeux de surprise et d’incompréhension. Oulà… Le jeune était bipolaire ou bien juste… plus maladroit que jamais ? Et il faisait quoi avec cette fille alors… enfin quand même malgré ce qu’il disait, il avait…
Ils se séparèrent d’un coup alors que la porte d’entrée s’ouvrait sur les trois femmes. Tristan serra son poing, cachant sa paume blessée, la secouant légèrement en grimaçant. Il les accueillit d’un signe de sa main valide et d’un sourire enthousiaste.

- Salut les filles ! On s’occupe du barbecue, asseyez-vous. Alanir tu peux te charger de l’allumer ? La cheminée pour est sur la terrasse et moi je vais servir un verre à ces dames !

Quel… enthousiasme pour le boudeur renfermé. Eleyna lui lança un nouveau regard suspicieux tandis que Maud, éberluée, le suivait des yeux alors qu’il passait à la cuisine. L’instant d’après il revenait avec des cocktails et jus de fruits pour tout le monde. La capitaine grimaça alors qu’il passait près d’elle et serra sa main droite qui n’avait absolument rien avant d’observer celle du jeune homme… sur laquelle la légère marque de brûlure avait totalement, bien trop vite, disparu qu’il agissait comme si tout allait pour le mieux. Pour attraper le sac qu’elle avait fabriqué pour lui, Tristan tendit le bras et effleura juste légèrement la jeune femme, s’excusant aussitôt, penaud avant de se passer une main dans les cheveux en regardant ailleurs, s’adressant à elle trois, mais donnant bien trop l’impression de ne parler qu’à la jeune mage.

- Euh… Pendant que je chassais… j’ai vu des marrons et des châtaignes alors j’en ai ramassé… pleins… Ca… Ca vous dit avec le barbecue ? Enfin en apéritif pendant que le reste cuit ? Ou comme vous voulez en fait... Je vais les mettre à chauffer…

Il se redressa rapidement en souriant, presque innocent, presque humain au final avant de leur annoncer qu’elles avaient intérêt à être sages pendant son absence et à profiter du moment. Il rejoignit rapidement Alanir dehors, qui utilisait probablement ses pouvoirs pour s’occuper du barbecue. Il sortit… une mini montagne de marrons et de châtaignes avant d’aller chercher la viande qu’il avait laissée à la cuisine et de venir le retrouver une fois de plus sur la terrasse tandis que les jeunes femmes discutaient, sans doute contentes de se faire un peu dorloter.

- Hum…

Une espèce de grognement plus qu’autre chose alors qu’il tendait un verre au dragon, évitant de le regarder lui aussi, comme dans une querelle de rivaux, comme dans un défi entre un ami et un amoureux. Le jeune homme jeta un regard aux filles à l’intérieur, ses traits s’adoucissant. D’ailleurs elles les rejoignirent vite dehors sous ses grognements de protestation mais elles voulaient profiter des étoiles. Elles s’installèrent dans des fauteuils près d’eux tandis qu’ils surveillaient le barbecue et que Tristan faisait des allers-retours en cuisine pour chercher des salades qu’il avait apparemment… aussi préparées. Sauf qu’il n’était pas très bon en cuisine, même simplement et ça ce n’était pas vraiment nouveau. Alors difficile de croire qu’il avait agi seul. Alors qu’il rejoignait Alanir une fois de plus pour lui tendre un plat pour les premiers morceaux de viande cuite, il se crispa brusquement en se tournant vers elle. Il lui tournait le dos peu avant, donc il était bien le seul à ne pas avoir pu voir le léger frémissement parcourir sa peau et encore, il fallait être vraiment très près pour le remarquer. Il posa le plat, rentra sans un mot, les plantant là… et revint peu après pour poser une veste qui vu la taille était à lui, sur les épaules minces de la jeune femme, sans rien dire, détournant bien vite les yeux en s’éloignant quand elle tourna son adorable minois vers lui.

Après tout… tout n’était peut-être pas totalement perdu. Si ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mer 7 Mai - 17:36

Tout était totalement perdu ? Vraiment ? Peut être que oui… Peut être que non… Les gestes ne trompaient pas mais… il y avait encore beaucoup d’énigmes à élucider. Et Alanir le savait bien…

Il avait décidé de tout raconter à Tristan, ne sachant pas encore comme celui-ci allait le prendre. Cela allait-il le faire réagir ? Apparemment pas… Peut être éprouvait-il de la pitié à l’égard de la petite mage qui n’avait jamais eu envie d’abandonner. Malgré la séparation de son fiancé, malgré la disparition de leur enfant… Elle avait toujours cru en eux… Elle voulait croire en eux… Car c’était l’espoir de le retrouver à la sortie, de se jeter dans ses bras en pleurant, de s’excuser en boucle d’être partie et de ne pas être revenue qui la maintenait en vie… Mais à côté de ça elle ne progressait pas… Parce qu’il lui manquait la présence nécessaire pour le faire… Parce qu’elle ne comprenait pas tout ce qu’on lui racontait… Par pitié qu’on lui laisse Tristan et elle progresserait ! Mais ça ce n’était pas possible puisqu’il avait son propre combat à mener de l’autre côté. Alanir avait vu la détresse dans les yeux de la petite mage et tous ces sentiments, tout ce malheur, l’avait profondément affecté alors qu’ils revenaient enfin dans la réalité… Parce que Tristan ne se conduisait pas comme il l’avait espéré… Parce qu’il était furieux que le Drakkari ignore la petite mage après seulement 12 jours d’attente… Parce que tout était disproportionné et qu’elle était celle qui avait le plus souffert sur les deux. Du moins en termes de temps et d’attente. Alors oui il était furieux, oui il ne comprenait pas le comportement de Tristan et pour la première fois il avait envie de griller un dragon pour mauvais comportement. Mais il ne le faisait pas… car il restait le seul espoir de Cassidy… Si le lien était vraiment scellé, si il arrivait à le débloquer, alors elle retrouverait tout… mais encore, que se passerait-il si Tristan, après avoir accompli sa tâche, la snobait ? Lui répliquait que c’était fini entre eux ? Alanir ne donnait pas cher de sa peau pour savoir ce que ferait Cassidy… Et ça ne serait certainement… pas très bien… Sans issue oui…

Alanir était parti sans chercher à voir les émotions ou plutôt le manque d’émotions de Tristan. Car il serait très certainement en colère et lui aurait refait le visage… rien que pour la forme… rien que pour cette sorte de dédain. Alors il était parti mais… n’avait peut être pas dit son dernier mot.

La nuit fut tout aussi désagréable puisqu’une fois par soir, Cassidy hurlait… Elle pleurait, elle tremblait… elle appelait Tristan dans son sommeil. Apparemment ce qu’elle avait oublié, son inconscient se forçait de lui rappeler, essayait de combattre… Ou peut être était-elle plongée dans un tourment sans fin, où elle se voyait séparée de Tristan. Ca et les piqures à faire une fois par soir. Alanir n’avait pas vraiment besoin de dormir mais… il fallait reconnaître que cette situation le faisait horriblement souffrir et cela le fatiguait également.

Le lendemain matin, il réunit les deux femmes. Il savait que Maud avait toujours compté pour Cassidy et même si elles étaient rivales à une époque, les deux femmes avaient beaucoup sympathisées, se soutenant, enfin c’était surtout Maud qui soutenait Cassidy et essayait de l’aider, aussi bien pour sa grossesse qu’à décrypter Tristan. Et puis il était normal qu’elle soit mise au courant. Concernant la Cheistam il était encore un peu hésitant même si elle lui avait soufflé le premier jour, tenter de l’aider si elle le pouvait. Cassidy ne la connaissait pas plus que ça… Mais elle était souvent avec Tristan et c’était peut être la seule à pouvoir lui en apprendre plus sur ce qu’était devenu le beau Drakkari… surtout en ce qui concernait ses nombreux secrets. Et ils auraient peut être besoin de ça pour comprendre ce qui était nécessaire… pour le bien des deux.

Alors oui il avait laissé Cassidy toute seule, qui mangeait sans aucun entrain mais se sentait bien obligée de le faire puisque ça lui permettait de garder en bonne santé ses fonctions vitales. La demoiselle avait l’habitude de passer du temps sans son dragon à côté d’elle alors… elle était cependant lasse de rester ici alors qu’elle n’était décidément… plus vraiment à l’aise dans cet endroit. Pourquoi ? Parce qu’elle avait passé un an à l’écart du monde… Parce qu’elle ne se sentait plus à sa place avec tous ces humains, alors qu’elle était assurément différente des autres. Et parce qu’elle avait pris l’habitude d’être seule… c’est tout.

Du côté d’Alanir, il avait raconté toute son histoire, avec beaucoup d’émotions dans la voix. Ca aurait pu le faire sourire… lui qui était si neutre avant dans ses expressions du visage… Lui qui ne semblait pas ressentir tant d’émotions que ça et agissait comme un dragon, tout simplement. Il se rappelait que c’était Cassidy qui avait réussi à lui donner des sentiments, des émotions humaines. Il se rappelait pendant cette année à quel point la petite mage s’était battue pour qu’il devienne plus expressif. Elle y était arrivée et cette fois c’était à son tour de l’aider… même si il n’avait pas la même emprise que Tristan pouvait avoir.

Il tremblait en racontant son récit, il avait encore une fois l’impression de répéter tout ce qui s’était passé. Oui il souffrait. Cependant, le dragon aurait fait n’importe quoi pour que sa petite mage aille mieux. Qui aurait deviné que le dragon solitaire demanderait de l’aide aux humains ? Il s’était toujours refusé d’avoir affaire à cette race inférieure, faible. Cassidy lui avait ouvert les yeux. Il était suppliant, à genoux, n’importe lequel de ses anciens confrères se serait moqué de lui mais… il s’en fichait… parce qu’il avait été renié des dragons, exilé et… il ne se sentait plus vraiment proche d’eux.

Les réactions là ne se firent pas attendre alors que la Cheistam, emphatique, avait l’air d’avoir compris sa détresse alors qu’elle se rapprochait de lui. Maud aussi parlait et ils étaient tous chamboulés par ces terribles nouvelles. Cependant un détail semblait heurter l’esprit dragon. La proximité entre Eleyna et Tristan. Il se fit d’ailleurs plus insistant en la dévisageant, voulant certainement être rassuré sur le fait qu’il n’y avait rien entre eux. Heureusement que Maud était plus perspicace et avait compris, avant même que les mots ne sortent de la bouche du dragon, le scénario qu’il avait dans la tête.

A leur conversation, il pencha légèrement la tête sur le côté, fronçant les sourcils. Ah apparemment il n’y avait rien entre eux. Par contre il ne comprit pas tout à fait ce que racontait Maud mais… il avait compris qu’il n’y avait rien à craindre. Alanir semblait soulagé d’avoir de l’aide. Cela lui redonnait un petit espoir, un tout petit espoir… qu’elles allaient l’aider… qu’elles allaient aider Cassidy et cela le réconforta un tout petit peu alors que la reconnaissance se lisait dans son visage, se redressant lentement alors qu’il les dépassait amplement. La voix de Maud qui avait l’air d’avoir vu quelque chose le fit trébucher en arrière mais il s’empressa de la suivre, un peu perplexe.

En effet, Cassidy en avait un peu marre d’attendre dans cet appartement. Elle ne savait pas quoi faire, n’avait pas d’idée, pas d’entrain. Marcher lui ferait peut être du bien… ou partir s’entraîner… puisque c’est ce qu’on attendait d’elle. Il faisait froid dehors mais elle n’avait même pas pris la peine de se couvrir, se contentant d’enfiler une des nombreuses robes de la penderie même si cela ne lui rendait pas son air plus expressif. Elle n’avait même pas pris la peine de se coiffer, d’habitude c’était Alanir qui s’en occupait et ses cheveux emmêlés s’agitaient dans le vent glacé alors qu’elle marchait dans les allées de la cité, sans même s’occuper des autres qui devaient la dévisager d’une drôle de manière.

Elle était arrivée à un endroit et marchait sans but, divaguant à droite et à gauche. Jamais elle n’aurait prévu voir Tristan sur le chemin. Et perdue comme elle était, elle ne le remarqua qu’au dernier moment, s’arrêtant net et levant la tête. Puis elle se mit à dévisager lentement le Drakkari. Ses marques dorées sur le visage étaient nouvelles, elle se demandait d’où ça pouvait venir. Elle n’arrivait pas à capter ses expressions. Bon… Tristan n’avait jamais été très expressif ni démonstratif à ses yeux. Elle s’étonnait quand même qu’il ne lui parle pas tant que ça, comme si il s’était passé quelque chose. Fatigue ? Il avait beaucoup de choses à faire après tout. Cependant elle ne comprenait pas pourquoi il l’évitait et l’ignorait, ça n’avait jamais été le cas avant non ? Mais cela ne la peinait pas plus que ça… si il ne voulait pas parler, alors elle ne l’en empêchait pas. Elle s’en fichait après tout même si c’était son ami d’enfance. Pourtant elle ouvrait la bouche, au moins pour le saluer, simplement mais déjà il reprenait sa marche en secouant la tête.

La jeune femme haussa les épaules et continua alors de son côté, songeant à aller s’entraîner un peu plus loin puisque c’est tout ce qu’elle savait faire. Alanir de son côté, regardait la scène d’un air suspicieux. Il était clair et évident que Tristan s’en fichait royalement de sa petite mage et il montrait déjà les crocs, un air de colère sur le visage. Cependant, alors que Cassidy continuait sa route comme si de rien n’était, elle sentit une résistance au niveau de ses cheveux. Intriguée, elle continua quand même à avancer mais quelque chose ou bien quelqu’un la… retenait. La demoiselle s’arrête, tourna très lentement la tête, pour entendre un mot, un seul. Un ordre ? Ca n’avait pas l’air d’en être un mais d’une invitation.

Elle le pensait contrarié contre elle et maintenant il… il se manifestait ? D’une curieuse manière quand même. La pauvre ne se rappelait plus grand-chose de lui… Elle se rappelait qu’ils se chamaillaient souvent quand ils étaient petits, qu’en le retrouvant à l’âge adulte il était plus discret mais certainement… pas comme ça ! C’était une sorte de contact là. Elle le fixa une nouvelle fois, penchant très légèrement la tête sur le côté, une de ces mèches blondes se balançant devant son visage. Mais pourquoi agissait-il ainsi ? Et pourquoi voulait-il qu’elle s’assoit ? Elle obéit cependant sans broncher… comme ça… ne savant pas vraiment à quoi s’attendre. Alanir de son côté venait d’avoir un léger sursaut alors qu’il regardait Cassidy avec surprise.

- Curiosité ?

Il avait prononcé ce mot à voix très basse, pour que seules ces interlocutrices puissent l’entendre mais peut être ne comprenaient-elles pas encore pourquoi il prononçait ce mot.

Cassidy ne pouvait pas voir Tristan de dos mais elle comprit qu’il était occupé à brosser ses cheveux. Elle voulut ouvrir la bouche pour lui dire que ce n’était pas vraiment nécessaire ce qu’il faisait, qu’elle s’en fichait de ses cheveux mais le jeune homme semblait lire dans ses pensées et répliqua directement en parlant de la beauté de ses cheveux. Elle se figea et se crispa un peu, ouvrant de nouveau la bouche, voulant prononcer son prénom mais il continua sur sa lancée. Râlant sur le fait qu’elle ne s’en occupait pas et il lui donna une tape qu’elle sentit à peine sur la tête. La jeune femme haussa les épaules d’un air indifférent puis elle tourna lentement la tête vers lui, sûrement pour le regarder. Il grogna une nouvelle fois en indiquant vouloir arranger les choses. Pas bouger… ça elle savait faire. La demoiselle resta silencieuse pendant toute la durée de l’opération, bien droite, le regard vide, les mains l’une sur l’autre alors qu’elle regardait sans regarder devant elle.

Lorsqu’il eut fini, Cassidy se redressa et regarda ce qu’il avait fait, son reflet qui apparaissait dans l’eau, sans aucune expression. Il lui arrivait quoi ? Jamais il n’avait agit ainsi avec elle ! Cependant, même si son expression du visage n’y était pas, elle ressentit une petite pique au fond de son cœur, en se demandant d’où ça pouvait venir. Elle voulait le remercier poliment mais il avait déjà enchaîné en se rapprochant tout près d’elle, sans pour autant la toucher alors que les yeux noisette tentaient de suivre la trajectoire de sa main. Elle l’écoutait parler… il voulut dire un truc pour hier, parlant de sa beauté, puis se rabattit aussitôt en disant que c’était de sa faute. Nouvelle fois elle haussa les épaules et phrase bien étonnante à la suite quand il déclara être inquiet. Curiosité de la part de la demoiselle qui le regardait très étrangement et voulait certainement répliquer qu’elle avait l’habitude de ça… et qu’il ne devait pas s’inquiéter. D’ailleurs depuis quand s’inquiétait-il pour elle ? Ce n’était pas logique. Déjà il tournait les talons pour prétexter faire autre chose.

La demoiselle le regarda partir même si elle fit quelque chose d’étonnant. Alors qu’il s’éloignait, elle avait avancé d’un pas en avant, la bouche légèrement entrouverte, le bras tendu en avant comme si elle avait eu envie de le retenir et resta un moment dans cette position. Avant de refermer la bouche, laissant retomber sa main contre son corps, secoua lentement la tête et reprit son chemin dans la direction opposée.

Alanir semblait abasourdi. Il voyait bien que Cassidy voulait réagir mais ça bloquait, ça avait l’air de bloquer. Cependant, les choses ne semblaient pas perdues parce qu’elle manifestait des signes bien étranges. Mais alors qu’il semblait se radoucir à propos de Tristan, une nouvelle action le fit regretter ses pensées. Il fronça les sourcils un instant en voyant cette nouvelle arrivante et comprenant qu’il y avait quelque chose de très louche là-dessous, le dragon ouvrit la bouche en montrant les crocs, prêt à bondir sur ce crétin qui avait l’air de jouer un double jeu ! Heureusement qu’Eleyna le retenait et pas qu’un peu ! Tous ses muscles étaient contractés, crispés, alors qu’il avait envie d’avancer pour lui coller une nouvelle droite. Ca voulait dire quoi ça ?! Il jeta un coup d’œil à Maud, cherchant à comprendre la situation, cherchant à comprendre pourquoi il était aussi proche d’une autre… trop rapidement. Ou peut être savait-il déjà que les pulsions de Tristan le rendaient plus… enclin à les assouvir.

Il soupira un instant avant de suivre les deux femmes. Au final Eleyna voulait continuer de visiter la ville et il la suivait alors, bien curieux de découvrir ce monde d’humains qu’il n’avait pu voir que grâce aux yeux de Cassidy. Quant à la jeune femme, alors qu’elle s’entraînait, une personne passa pour lui dire que Maud voulait lui parler.

La porte de la maison de Maud s’ouvrit alors que la petite mage entra, toujours aussi inexpressive alors que la dame l’accueillait avec un grand sourire. Mais elle aurait pu être peinée, Cassidy n’aurait même pas réagit pour autant. Maud la convia à s’installer dans le grand fauteuil en face tout en lui présentant quelques petits gâteaux et du thé. Cassidy obéit en s’installant devant elle, regarda un instant les petits plats présentés mais n’y toucha pas. Elle qui était si gourmande d’habitude !

- Alors Cassidy ! Tu t’es bien remise depuis hier ?

La demoiselle haussa lentement les épaules en détournant légèrement la tête, regardant ailleurs avant de répondre de manière très polie.

« Bof… C’était pas grand-chose, je suis pas vraiment fatiguée et puis… j’ai tenu mon rôle c’est l’essentiel. Ca aurait été catastrophique si les portails étaient restés ouverts… »

Non mais elle parlait de ce qu’elle avait fait plutôt que de se soucier de son propre état de santé ? Généralement Cassidy ne faisait pas vraiment attention à elle-même mais là c’était bien pire ! Maud eut un sourire crispé, après tout, avec ce qu’elle avait apprit, les mots de son amie la peinèrent encore plus alors qu’elle tentait de ne pas y faire trop attention tout en buvant une tasse de thé.

- Hum… et avec Tristan ça se passe comment ?

Nouveau haussement d’épaules alors que la demoiselle répondait très poliment, un peu trop en fait, restant aimable et ne réagissant même pas au prénom de celui qui avait été son fiancé il y a quelques jours de ça.

« Il est bizarre… il dit des choses bizarres… enfin pourtant tu le sais bien, on a jamais été très proches… je sais pas ce que je lui ai fait. Bon après tout je m’en fiche il est libre de faire ce qu’il veut… »

Un très léger mal de tête l’agita alors qu’elle prononçait ces mots, portant la main à son front d’une manière désinvolte en fronçant les sourcils. Autant de phrases malheureuses pour Maud. Cassidy reposa ses mains l’une sur l’autre mais Maud ne loupa pas la jolie bague qui était toujours présente au bout de son annulaire. Ca c’était étrange quand même… si vraiment on lui avait coupé son lien, pourquoi ne pas lui avoir enlevé cette bague qui pourtant était son cadeau de fiancailles ? Elle décida de creuser un peu plus l’histoire.

- Dis moi tu as une très jolie bague… Elle vient d’où ?

Cela semblait faire un peu plus réagir Cassidy qui se crispa un coup en regardant le bijou qui ornait son doigt. Les muscles de son visage de déformèrent, bien qu’on ne pouvait pas savoir si il s’agissait de douleur, de regrets, de colère… mais une petite réaction quand même, une.

« Je… je m’en rappelle plus. Ca doit être à cause de mon… accident. Comme je savais pas d’où elle venait, j’ai voulu l’enlever mais… enfin je sais pas j’ai l’impression d’avoir un vide quand j’essaie de la retirer… alors bon je la garde, elle est pas si dérangeante que ça »

Drôle de discours qu’elle tenait là. Un indice ? Une interprétation possible ? Maud ne parla pas plus mais semblait réfléchir alors qu’elle restait avec son amie, qui n’était d’ailleurs pas très bavarde à vrai dire.

Du côté d’Alanir, il rentrait à l’appartement de Tristan avec Eleyna. Le Drakkari était là et semblait plutôt enthousiaste alors que le dragon le regardait avec… beaucoup de méfiance. Il regarda Eleyna sortir avant de voir Tristan qui s’approchait de lui, un air sombre sur le visage, en le regardant. Le dragon soutint son regard alors qu’il lui tendait la lettre. Les mots qu’il prononça le retournèrent et il ne fallait que ça pour déclencher la fureur du dragon qui déjà relevait le poing pour l’abattre sur ce petit crétin qui s’amusait avec les sentiments des autres ! Mais Tristan retint son coup, refusant de se faire frapper une fois de plus. Alanir montra les crocs et grogna, menaçant. C’était un grondement sourd, grave, caressant alors qu’il amplifia l’intensité de ses flammes. Encore heureux qu’il se retenait… il aurait pu lui brûler le bras.

Cependant, Tristan prononça des mots très surprenant. Les sourcils d’Alanir s’écartèrent de ses yeux alors qu’il relâcha un peu sa prise de main. Avait-il bien entendu ? Tristan insista en déclarant qu’il allait la sortir de cet état, ce qui semblait le surprendre et pas qu’un peu. Cependant le dragon n’était pas dupe et la scène du matin lui revint en mémoire. Il avait peur… à quoi jouait-il ? Alors qu’il ouvrait la bouche pour répliquer, les filles entrèrent. Heureusement qu’elles avaient un peu trainé pour venir… oh ça c’était normal.

Cassidy qui était toujours chez Maud n’avait pas bougé d’un pouce. Elle avait même l’air de s’ennuyer sérieusement, comme si elle était en transe. Lorsqu’Eleyna arriva pour dire que Tristan les attendait et avait prévu un barbecue, la jeune femme ne réagit même pas. Elle se contenta de relever la tête pour sortir de son immobilisme pour regarder Eleyna tout en secouant la tête négativement.

- Non merci… pas faim… pas envie… et je dois m’entraîner…

Les deux dames échangèrent un bref regard. Eh bien c’était pas gagné ! Elles essayèrent de l’amadouer, se faisant entraînantes, vantant les talents de chasse de Tristan. Lui disant que ça lui ferait du bien de manger un peu. Que c’était l’occasion de passer un bon moment ensemble. Et comme Cassidy ne bougeait toujours bien, ce fut Maud qui l’empoigna fermement par le poignet en déclarant qu’elle allait quand même la suivre, prétextant qu’elle ne ferait pas l’affront de résister. Cassidy se laissa faire mais il fallait vraiment que Maud la traine pour la faire venir.

Alors qu’elles arrivaient, Alanir lançait un regard vraiment suspicieux à Tristan, cherchant à comprendre le sens de ses paroles. Tristan semblait enthousiaste et passa juste à côté de Cassidy pour récupérer son sac alors qu’Alanir lança un regard furieux à Tristan mais rendait la situation drôle car il avait l’air de dire « Hey je suis pas un allume marmite moi ! Mon feu ne sert pas à ça ! ». Cependant il s’éloigna, un peu outré, pour obéir, mais de très mauvaise grâce.

Tristan parlait de châtaignes et marrons et même si Cassidy n’avait pas l’air de comprendre le message qui s’adressait à elle, elle regarda rapidement Maud et Eleyna, histoire qu’elles répondent. Le jeune homme avait laissé des verres sur la table du salon dont un qui était spécialement adressé à Cassidy. D’ailleurs il avait donné l’origine des différentes boissons alors qu’elle prit le verre qui devait avoir été préparé pour elle. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas pu goûter à ce mélange, éloignée des humains. Elle s’étonnait de savoir quand même comment Tristan avait pu… préparer comme par hasard ce style de boisson. Un goût sucré et fruité comme elle l’aimait… Elle en but une gorgée.

Eleyna et Maud voulaient profiter des étoiles dehors et tirèrent encore une fois Cassidy qui ne décollait pas du salon. La jeune femme fut bien obligée de les suivre, se sentant emportée par les deux plus joyeuses. Elles regardaient les étoiles tout en papotant alors que la petite mage restait silencieuse, se contentant d’observer la voûte stellaire sans dire un mot. Tristan apporta à manger mais Cassidy ne daignait même pas en profiter vraiment. Cependant, lorsqu’il revint avec une veste pour la poser sur ses épaules, la demoiselle releva rapidement la tête vers lui. Avait-elle vraiment froid ? Même cette sensation elle ne le sentait pas… ou ne voulait pas la sentir. Elle le remercia d’une voix très basse avant de continuer à regarder les étoiles, mangeant un peu mais sans terminer son assiette.

Maud et Eleyna discutaient beaucoup, Alanir tenait toujours le verre que Tristan lui avait donné, tentant d’analyser la situation. Puis après un long moment où l’activité principale de Cassidy était de regarder les étoiles tout en caressant machinalement sa bague au doigt, la demoiselle se redressa en déclarant vouloir aller dormir, souhaitant une bonne nuit à tout le monde et sans attendre de réponse, se dirigea à l’intérieur de l’appartement, la veste toujours sur ses épaules qu’elle ne voulait apparemment pas enlever de ses épaules. Alanir la suivit docilement, en remerciant tout le monde.

Cette nuit était ordinaire… Piqure avant de dormir et cri au milieu de la nuit de Cassidy qui faisait encore des cauchemars alors qu’Alanir tentait de la bercer avec douceur.

Le lendemain matin, Alanir fut le premier à se réveiller, suivi d’Eleyna. Cassidy dormait toujours et Tristan était certainement sorti dans la matinée. Il salua la Cheistam et s’installa en face d’elle pour le petit déjeuner, bavardant très timidement avec elle. Le dragon avait surtout l’air curieux sur la vie humaine, comment ça marchait, maintenant qu’il pouvait poser des questions. Cependant, deux questions étonnantes furent poser à Eleyna au milieu du reste.

- Au fait, vous savez ce que Tristan a à son bras ? J’ai remarqué votre échange sous la tente des Cheistams et… enfin ça m’a interpellé car ça ne datait pas d’hier. Cassy faisait déjà des recherches à ce sujet mais comme elle ne peut plus… enfin vous voyez quoi…

Elle lui répondit alors qu’il accusait le coup en silence en hochant la tête.

- Et pourquoi la dernière fois vous m’avez dit que je ne pouvais pas le rejoindre… pour lui ? Il est tellement faible avec son corps de dragon qu’il risque de se casser quelque chose si on en vient à se battre ?

Phrase maladroite mais c’était pour lui une manière de comprendre pourquoi il ne devait pas intervenir… même si il méritait toujours une très bonne correction. Le dragon était toujours torse nu, refusant porter les vêtements de Tristan et ne semblait apparemment pas gêné du tout. En même temps il ne connaissait pas les usages des humains. Il but une gorgée d’eau avant de mordre dans une pomme et de réfléchir aux révélations d’Eleyna.

Le reste de la journée se passa plutôt bien, chacun vaquant à ses occupations et Cassidy était certainement la première surprise du comportement de Tristan. Alors que ses cheveux étaient encore… sans dessus dessous, il était revenu la voir dans le salon pour encore s’occuper d’elle tout en laissant en évidence une boîte de ses gâteaux préférés sur la table basse. Si au départ elle n’y toucha pas, la jeune femme finit par en prendre un… puis deux… puis trois… sans vraiment s’en rendre compte.

Elle était sortie pour s’entraîner et alors qu’elle marchait en ville, la demoiselle vit Tristan apparemment en grande discussion avec une autre fille. Elle ne voyait pas qui cela pouvait être mais les observa tous les deux un moment. Sans qu’on ne s’aperçoive elle avait… très instinctivement, prit une attitude animale en montrant les crocs, dans une attitude de défi. Puis secoua la tête en continuant son chemin.

Au même moment Alanir était chez Maud et tentait d’expérimenter le thé qu’il reniflait avec beaucoup de curiosité, n’ayant jamais goûté ce genre de truc. Il sursauta d’un coup devant Maud, levant les yeux au ciel et ouvrant grand la bouche, un peu ébahi et ne prononça qu’un seul mot.

- Jalousie ?!

Maud le questionnait du regard et il reposa la tasse de thé qu’il tenait dans ses mains encore maladroites avant de mieux lui expliquer tout en baissant lentement la tête.

- Cassy a toujours eu un très gros défaut… avant. Elle était extrêmement jalouse et possessive. La première femme qui osait poser les yeux sur Tristan… elle bouillonnait et se contenait difficilement de mal réagir. D’ailleurs avant que l’on… parte de chez les dragons… elle manqua de… massacrer deux femelles qui avaient des vues sur lui… j’ai pu la retenir mais c’était tout juste… Je le sais parce que je peux sentir ses émotions… en tant qu’esprit relié à elle. Et là justement… c’est ce qu’elle vient de ressentir à l’instant…

Il garda la tête baissée, très embarrassé. Si Cassidy commençait à manifester des émotions négatives alors… ce n’était peut être pas une bonne chose du tout. Mais il ne pouvait rien y faire… D’un geste maladroit il reprit la tasse pour la poser sur ses genoux, pensif.

- Au fait… Y a un truc que je comprends pas… Tout le monde ici était au courant qu’ils étaient fiancés ces deux là ? Alors pourquoi cette… cette fille ose… tout en sachant pertinemment que Tristan et elle étaient…

Il tremblait légèrement et s’agitait sur son fauteuil… avant de sortir quelques mots bizarres.

- Ou c’est peut être qu’elle n’était pas assez… efficace au lit et donc qu’il saute sur d’autres occasions…

Alanir serra lentement le poing. Oulala… la discussion prenait une allure plutôt surprenante là pour le coup ! Maud se mit à parler, tentant de répondre au mieux à ses interrogations.
Pendant ce temps, Cassidy marchait dans la cité, flânant à droite à gauche. Il faisait très froid aujourd’hui et le sol était particulièrement… glissant. Alors qu’elle empruntait un escalier, la demoiselle glissa et tomba en avant. Ses genoux prirent le sol de plein fouet alors qu’elle dégringolait jusqu’en bas. Grimaçant, elle se redressa, un peu sonnée, pour continuer son chemin. Mais Tristan avait certainement senti ou remarqué qu’elle était tombée et se pointa devant elle en insistant pour désinfecter ses blessures.

Elle avait haussé les épaules, peu emballée, se permettant une phrase encore totalement indifférente, alors qu’une bosse apparaissait sur son front.

« Une blessure de plus ou de moins… quelle importance après tout ? »

Finalement Tristan avait réussi, on ne sait par quel miracle, à s’occuper d’elle.

Nouvelle soirée qui passait, pas plus d’amélioration. Cassidy était partie se coucher tôt mais Tristan était occupé à regarder les étoiles sur la fenêtre. Alanir arriva derrière, l’air encore suspicieux alors qu’il s’adossa à la rambarde à côté de lui, ne le regardant pas, serrant très légèrement le bord en bois.

- Au fait… elle m’a dit… que tu réagis bizarrement avec elle… enfin… que tu es gentil… un truc comme ça mais…

Il tapa d’un coup sur la rambarde, comme pour tenter de le faire réagir.

- Je ne sais pas à quel jeu tu joues Tristan avec elle mais fais attention… fais vraiment attention… si jamais… si jamais je me rends comptes que tu la mènes en bateau juste pour qu’elle retrouve ses sentiments pour toi… alors… alors… je… je…

Sa voix était hachée, tremblante, faisant cette menace lourde de sens, sous entendant qu’il n’avait pas le droit de briser ses espoirs. Si vraiment Cassidy finissait par retrouver la mémoire… si vraiment elle faisait une déclaration à Tristan… alors ses sentiments risquaient de faire beaucoup de grabuge… comme c’était le cas pendant un an alors qu’elle était si mal. Il serra un peu plus les barreaux puis prétexta aller dormir et le laissa seul, sans finir sa menace mais qui était très certainement… assez violente.

La journée d’après, Tristan agissait comme si de rien n’était. Couvrant de petites attentions Cassidy avant de repartir, sous le regard de celle-ci, toujours un peu plus intriguée par le Drakkari qui n’avait jamais autant agi avec elle. Alanir marchait cette fois dans les ruelles et arriva près de la place centrale. Quelques gamins jouaient avec une balle en se la passant, ou visaient une sorte de panier en hauteur, sorte de basket sur Ascadian. La balle tomba alors à ses pieds.

Les enfants, enjoués, se mirent à rire et lui demandèrent la balle. Le dragon les regarda un instant, se mit à sourire, et se pencha pour prendre la balle en cuir et s’appliqua pour l’envoyer à un enfant. Celui-ci le remercia puis lui proposa de se joindre à eux. Alanir se mit à sourire en réponse. Ce n’était pas son genre mais le dragon devenait de plus en plus humain, toujours plus curieux sur ce monde qu’il méprisait auparavant, jugeant les humains très faibles et… mauvais. Grâce à Cassidy, il s’était peu à peu ouvert à ce monde. Ils firent quelques passes alors que le dragon trouvait ce jeu amusant. Les gamins n’avaient pas leur langue dans leur poche et le questionnait.

- T’es un dragon comme Tristan ?
- Tu peux te transformer alors ?
- Il doit être content Tristan d’avoir quelqu’un comme lui ! Vous vous entendez bien ?


Questions gênantes alors qu’Alanir bredouillait tout en regardant la balle en cuir qu’il tenait. Les gamins changèrent de cible, parce qu’apparemment Cassidy venait d’arriver. Alanir prit son plus beau sourire, avec la ferme intention de faire jouer Cassidy avec eux car le jeu l’amusait beaucoup. Il se dirigea vers elle.

- Hey Cassy ! Viens jouer avec nous ! C’est marrant ! Allez s’il te plaîiiiiiiiiiiit !

Il trépignait sur place, se faisant autant enjoué que possible, alors que Cassidy était tout simplement perdue dans ses pensées, trop de choses se bousculant dans sa tête. Finalement, il lui lança le ballon, pensant qu’elle le rattraperait. La demoiselle tendit les bras en avant, instinctivement. Troublée oui… elle était troublée et Alanir le sentit bien trop tard. Ses yeux passèrent au doré et plutôt que de rattraper le ballon dans ses mains, un éclair doré sortit d’une de ses mains, atteignant la balle ronde qui fut éjectée avec beaucoup de puissance directement dans une fenêtre d’une maison aux alentours, qui se brisa alors que la balle atterrit chez un propriétaire, peut être pas très content. Ses yeux repassèrent au marron noisette alors qu’elle fixait la fenêtre puis Alanir, un très bref instant horrifiée par ce qu’elle avait fait. Le dragon l’appela doucement par son surnom mais elle pivota et s’enfuit bien loin de lui.

On disait qu’elle était partie méditer dans la journée et la demoiselle ne revint que le soir pour partager le repas avec les autres. Troublée… elle était troublée… et pas qu’un peu. Trop de pensées dans sa tête pourtant vide… trop de flashs… qui ne lui appartenaient pas. Elle ne parlait pas comme à son habitude et prit son verre pour boire. Quelques secondes suffirent. Le verre explosa pour envoyer des projectiles un peu partout sur la table, armes dangereuses. Alanir, qui avait un excellent instinct, avait levé le bras devant le visage d’Eleyna qui mangeait en face de Cassidy et à côté de lui, pour éviter qu’elle ne reçoive les projectiles dans la figure. Ses écailles apparurent d’un coup alors qu’un bruit de verre rebondit sur bras avant de tomber dans l’assiette d’Eleyna. Une fois l’attaque passée, il replia son bras… et fixa Cassidy d’un air bizarre.

Cette dernière s’était levée très rapidement, raclant la chaise, dévisageant les trois personnes devant elle et respirant difficilement. Elle tourna les talons et fonça dans la chambre de Tristan. A entendre les bruits de tiroirs qui s’ouvraient et se fermaient très sèchement et rapidement, on aurait dit qu’elle retournait la chambre pour chercher quelque chose, empressée. Elle revint plus tard à table, un identifiable bracelet métallique autour de son poignet… Bloquer sa magie hein ? Cependant elle ne fit aucune remarque, aucune réflexion et continua à manger tranquillement. Elle n’enleva pas son bracelet pour autant et le conserva sans l’enlever les jours à venir.

Pendant la nuit, Alanir, qui regardait Cassidy et craignait qu’elle ne fasse encore des cauchemars, eut une idée tout à faut saugrenue. Il l’attrapa délicatement dans ses bras sans la réveiller et la porta sur la pointe des pieds jusqu’au salon. Vérifiant que Tristan dormait bien, il s’approcha tel un félin près de lui et déposa la demoiselle sur le canapé, bien assez grand pour deux personnes avant de filer bien vite, avant que Tristan ne se réveille de mauvaise humeur en lui demandant de ramener son fardeau.

La petite mage avait soupiré dans son sommeil puis s’était blottie tout contre le grand Drakkari. Elle poussa un petit couinement adorable tout en cherchant sa chaleur, un sourire apaisé sur son visage alors qu’elle enfonçait un peu plus sa tête contre le torse du beau jeune homme. Etrangement, la lumière dorée se réveilla autour d’elle. Elle dura à peine cinq minutes mais était bien présente même si Cassidy dormait. Sa magie était-elle en train de s’agiter ? De devenir imprévisible ?

Le lendemain matin, elle se réveilla en baillant mais lorsqu’elle se vit contre Tristan en battant des paupières, la demoiselle recula, tomba sur les fesses sur le sol puis recula sans demander son reste tout en s’excusant et retournant dans la chambre de Tristan, encore surprise de s’être retrouvée contre lui pendant la nuit.

La matinée passa vite alors qu’elle était partie… encore se poser sur son rocher au dessus de la cascade, certainement pour méditer mais elle pensait à tout autre chose… sa main était collée à son cœur… depuis quelques jours déjà il lui arrivait des choses étonnantes. Des périodes d’inconscience, des flashs bizarres avec Tristan… l’impression d’avoir le vertige et surtout une grosse douleur émanant de son cœur comme si quelque chose voulait sortir… se libérer… elle ne comprenait pas. Mais après tout, elle ne devait PAS se poser de questions, elle était née pour remplir un ROLE. Et les histoires d’humains ne devaient PAS avoir de place dans son esprit. Mais elle se sentait cependant torturée.

Alors qu’elle rentrait pour manger à midi, la demoiselle aperçut Tristan… air séducteur auprès d’une fille qu’elle ne voyait toujours pas, un peu cachée dans une ruelle, Cassidy resta un moment à les observer, sans dire un mot. Jusqu’à ce que son corps se manifeste et lui rappelle quelque chose de bien trop douloureux. Des larmes tombèrent lentement de ses yeux alors que son visage était toujours aussi neutre. Elle posa sa main sur sa joue, sentant quelque chose d’humide, troublée. Puis, un nouveau choc. Sa main se porta à son cœur, elle tremblait et reculait de quelques pas, fermant les yeux en secouant la tête. Mais que lui arrivait-il ?!
Elle tourna les talons et courut dans la direction opposée, heurtant un homme qui portait un panier de fruits au passage.

- Eyh jeune fille ! Regardez un peu où vous marchez ! Non mais les jeunes de nos jours…

Il n’avait certainement pas reconnu Cassidy. Elle courait, sans savoir où aller mais voulant certainement trouver un endroit calme. Un petit chemin menait aux galeries souterraines, où se trouvait de grands lacs. Elle s’engouffra à l’intérieur sans hésiter. Alanir allait certainement réagir… heu… en fait…

En parlant du dragon il était tranquillement posé… plutôt allongé sur la rambarde dans une position très atypique, à la manière d’un paresseux, torse contre la barrière plutôt large, les bras et les jambes pendant dans le vide à la manière d’un paresseux alors qu’il grognait en dormant, tel le bienheureux lézard profitant des rayons du soleil de midi avec une trèèèèèès grande satisfaction.

Cassidy était embrouillée… totalement embrouillée. Elle rêvait oui ! Trop étrange pour que ce soir réel ! La grotte était couverte de morceaux de pierres qui donnaient un peu de luminosité même si cela restait assez obscur. Elle continua de courir, trébuchant un instant, s’écorchant les genoux et les mains avant de se redresser et de courir et… PLOUF !

Elle venait de tomber directement dans un des lacs souterrains, endroit profond où elle n’avait pas pied. Alors qu’elle se rendait compte de la situation, il était trop tard. La jeune femme ne se débattit même pas… pensant qu’elle finirait bien par se réveiller. Elle ouvrit un instant la bouche, l’eau s’infiltrant dans ses poumons. Ses yeux se fermèrent… lentement. Aucune résistance alors qu’elle s’enfonçait dans l’obscurité du lac, telle une poupée inanimée… sombrant peu à peu dans l’inconscience.



Elle se redressa d’un bond et cracha, hoquetant et s’étouffant à moitié. Une personne était assise à côté d’elle. Une personne qui était même penchée au dessus d’elle alors qu’elle tentait de l’identifier. Boh… où était le lit ? Où était la lumière ? Elle réalisa bien trop tard qu’elle se trouvait toujours dans cette caverne et qu’elle ne rêvait pas alors que la personne en face d’elle lui parlait, voix tellement familière.

« Tristan ?! »

Choquée… n’en revenant pas. De la surprise résonnait dans sa voix alors qu’elle se redressait déjà, l’air de rien, lui également. Elle regarda autour d’elle, craintive. Puis d’un geste, elle broncha et se tint la tête de ses mains comme si elle était devenue sourde, comme si quelque chose lui faisait du mal alors qu’elle reculait de quelques pas avant qu’elle ne se calme. Elle redressa la tête vers Tristan et lui pu lire une expression de… de colère et de crainte sur son visage alors qu’elle manquait d’hurler, se lâchant complètement après son mutisme de ces derniers jours.

« Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi t’es comme ça avec moi ?! Qu’est ce qui se passe ?! Pourquoi tu… Je ne dois pas… je ne suis pas humaine ! jpeux pas ressentir quelque chose ! alors pourquoi tu… pourquoi tu… rhaaaaaaaa ! non c’est pas possible ! c’est pas possible ! je suis née pour défendre ce monde ! pas pour tourner en rond ! je ne dois pas être là ! je n’ai rien à faire avec des humains ! »

Elle martela son torse de ses petits poings, très doucement, très légèrement, sans chercher à lui faire du mal. Puis sa voix se fit plus suppliante, d’abord très bas… puis de plus en plus fort.

« Réveilles moi ! Réveilles moi ! Réveilles moi ! REVEILLES MOI !!! »

Quelle étrange demande… Sans le savoir, c’était comme si elle lui demandait de la faire redevenir comme elle était avant alors qu’elle-même pensait juste être plongée dans un long sommeil et que tout ceci n’était que fictif. Alors qu’elle prononçait ces quelques mots de plus en plus fort, son bracelet qui jusque là avait tenu son rôle d’entraver sa magie fit un drôle de bruit comme une détonation. Il explosa alors que le bout métallique sauta en l’air. Elle continua de le frapper de ses petits poings, les yeux fermés, la rage l’envahissant, une aura dorée l’envahissant mais pas celle qui d’habitude montrait ses envies du moment.

Plus loin, un gros rocher se mit à scintiller puis explosa dans un gros bruit de fracas envoyant des projectiles un peu partout. On aurait dit que la magie de Cassidy devenait instable… très instable, alors qu’elle tremblait et ne semblait pas vouloir s’arrêter jusqu’à ce qu’on l’assomme ou qu’on la libère.

Retrouver des émotions… n’était-ce pas un début encourageant ?

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Sam 10 Mai - 21:59

Dédain…
Alanir était en colère vis-à-vis de Tristan, de l’indifférence dont celui-ci semblait faire preuve envers la petite mage qu’il avait prétendue plus importante que tout au monde, si longtemps. C’est vrai que pour un amoureux fou, il tournait bien vite la page et surtout, il était assez… changé. Son amour ne devait pas être si fort que ça pour sa petite mage s’il pouvait autant changer. Changer… Ce qui faisait si peur à la jeune femme justement auparavant, avant qu’elle devienne cette espèce de zombie. Il ne donnait pas vraiment l’air d’avoir résisté à tous ces changements et encore, rien n’expliquait sa soudaine indifférence, sa manière de se comporter. Dédain oui… c’est ce qu’Alanir lui reprochait. S’il avait su la vérité sa colère n’en aurait-elle pas été encore plus grande ?
L’avenir le leur apprendrait peut-être… ou pas.

Il n’était pas rentré. Mais peut-être n’était-ce pas si mal. Après tout, son manque de réaction face aux abominations qu’il venait de voir lui aurait valu de terminer en barbecue non ? Il n’avait pas vu la lettre. Tant mieux.
C’étaient ensuite les jeunes femmes, Maud et Eleyna, qui avaient été informées de ce que la petite mage avait subi et elles au moins avaient des réactions. Pauvre Alanir qui s’abaissait bien bas pour aider celle qui était aujourd’hui bien plus que son amie. Mais il n’avait pas besoin d’en faire tant et elles le lui montrèrent bien. Certes, elles n’étaient pas au courant de la manière dont se comportait auparavant ce grand dragon mais elles se doutaient que ce n’était certainement pas dans ses habitudes.
En tous les cas, elles ne lui refusèrent par leur aide, bien au contraire.
D’ailleurs à peine étaient-ils en train d’en discuter que Maud eut une vision et les traina à sa suite pour leur permettre d’assister à une scène… surprenante. Ce n’était qu’un début, mais un début quand même, d’espoir.

Tristan… réagissait. C’était un peu maladroit, c’était étrange et ça se voulait désinvolte. Mais il réagissait.
Cassidy l’avait fixé un instant, comme interloquée, si tant est qu’on puisse voir une certaine expression sur son visage déshumanisé mais il avait détourné les yeux, ayant une idée en tête. Et cette idée, c’était la coiffer. Oui, c’était un contact. Il faisait attention, vraiment attention. D’ailleurs s’il lui avait tiré légèrement les cheveux pour la retenir l’instant d’avant, à présent qu’il coiffant les minces fils d’or, ses gestes étaient très doux, mesurés, peu de risque qu’il lui fasse mal, même seulement légèrement.
De leurs côtés, les observatrices avaient tourné la tête dans un bel ensemble vers Alanir, ne comprenant pas pourquoi il prononçait un mot, juste un, étrange, or contexte. De quoi parlait-il donc ? Mais elles ne posèrent aucune question et lui ne manifesta pas le besoin de les informer sur la raison de ce terme et de sa prononciation, ils observaient, tous trois surpris, Maud la dernière apparemment. Après tout… Pour elle, il était impensable que ce couple ne se retrouve pas, tout simplement.

Il parlait un peu. Oh pas beaucoup mais il lui parlait quand même et c’est déjà un beau progrès. Il la sentit se crisper bien évidemment, reconnaissait le léger mouvement d’épaules signifiant qu’elle y avait une tension due à une crispation. Après tout, il la connaissait, même à présent qu’elle ne ressentait plus rien, même à présent qu’elle l’avait oublié. Il connaissait son corps à défaut de connaitre le reste aujourd’hui. Et même si elle avait beaucoup changé elle aussi, ce petit, très léger mouvement, il le connaissait. Ce n’est pas pour rien qu’il ne voulait pas la laisser parler, il avait une bonne raison. Enfin du moins s’en convainquait-il, la coupant. Pour l’instant… mieux valait sans doute qu’il en soit ainsi. Combien de temps la coiffa t-il ? Difficile à dire mais longtemps. Maud râlait tout bas que le bébé s’agitait, ayant très vite adopté pour sa part une position plus confortable. Ce que les autres manquèrent, elle l’identifia très bien pour sa part. Cette dernière mise en place d’une petite fleur entre les croisements de la longue natte, c’était bien plus un effleurement, une caresse qu’une réelle remise en place mais ça seule une experte pouvait le remarquer.

Ils les observèrent l’un en face de l’autre. Elle qui voulait le remercier, très belle effectivement, lui qui tentait un compliment maladroit, tentait de parler, puis reprenait des habitudes qu’il avait avant… Faisant une légère moue en grognant. Inquiet. Il était inquiet. Ca semblait sincère. Bien sûr, même différente elle allait lui sortir, plus que certainement une éternelle absurdité comme quoi il ne devait pas s’inquiéter, mais il partit, un léger sourire aux lèvres avant qu’elle ne s’exprime. Pourquoi ? Difficile à dire.
Il loupa évidemment son mouvement vers lui. Mais c’était sans doute bien mieux ainsi.

Espoir oui… Espoir trop vite déchu par le même jeune homme qui l’avait donné. Il parlait avec une jeune femme, ils semblaient très proches et apparemment, il avait passé du temps avec elle la nuit dernière. Le sourire qu’il lançait, plein de séduction, sa manière de carrer les épaules, de se redresser, ce fichu petit sourire en coin justement qui le rendait si craquant… Tout était utilisé. Oui, il jouait double jeu, c’était la seule explication possible après tout. Les pulsions… Qu’il en soit la victime obligée ou la victime consentante, il réagissait comme un paon faisant la roue. Après tout, tout dans son attitude respirait la tentative de séduction non ? Normal donc qu’Alanir soit furieux et normal que les deux femmes soient surprises et indécises face à un tel comportement.

Tristan avait disparu et ne sembla pas réapparaitre aux yeux des trois espions en mission secrète de toute la journée. Visite du reste de la ville, explications, Alanir subissait un peu mais au moins ça lui permettait sans doute de réfléchir un peu.
Ce fut Maud qui se retrouva seule avec Cassidy un peu plus tard et son estomac se tordit quand son amie arriva, son masque inexpressif au visage. Décidément, même dans les malheurs ils étaient accordés ceux-là. Enfin non… pas cette fois. Tristan n’était pas inexpressif, souvent bougon, mais pas inexpressif. Ce n’était qu’avec la jolie mage qu’il semblait le devenir justement. Malheureusement.
Maud s’inquiétait pour la jolie blonde. Pour sa part, elle avait beaucoup plus de mal avec sa cicatrice à l’oeil qui la perturbait beaucoup. Elle essayait d’être gentille et polie mais remarqua parfaitement le manque d’appétit et de gourmandise de la demoiselle. C’était quand même renversant de voir à quel point un seul changement, un tout petit changement, la rupture (ou presque) de son lien avec son amoureux l’avait… transformée. C’était comme si cette seule différence la changeait totalement, comme si elle n’avait plus rien d’humain. Comme s’il n’y avait plus rien… de naturel et d’heureux chez elle. Alanir ne mentait-il pas ? Etait-ce vraiment le seul changement ? Bien sûr, on l’avait abrutie d’épreuves, de difficultés et on lui avait retiré son enfant, mais quand même !!!!
C’était quand même complètement fou. Elle s’enquérait de son état, la jeune femme répondait sans émotion, simplement, poliment. C’en était tellement malheureux. Elle sourit quand même.

- Oui… Merci beaucoup. Tu nous as tous sauvés.

C’était dur de ne pas montrer sa tristesse à la jeune femme. La voir dans cet état l’affligeait réellement. Cassidy avait toujours été une boule d’émotion. Envers Tristan en particulier, il était celui pour lequel elle réagissait le plus au quart de tour, avec le plus de conviction. Mais le reste aussi comptait. Elle aurait dû être… différente. Cette Cassidy robotique ne lui plaisait pas. Mais alors vraiment pas ! Alanir pouvait en être sûr ! Elle allait tout faire pour les aider ces deux là ! Et très vite ! Il fallait trouver le moyen de les pousser l’un vers l’autre, de les pousser à se retrouver tout simplement. Tristan devait comprendre… C’était à lui de gérer cette histoire, non ? C’était bien ce que disait le dragon !!!
Elles parlèrent, enfin surtout Maud pour ne pas dire que Maud, elle essayait après tout de mettre en confiance la jeune femme avant de commencer à lui poser des questions l’air de rien. Sur Tristan par exemple…
Maud pâlit légèrement à ses paroles. C’était encore plus grave que ce qu’elle pensait. La petite demoiselle ne semblait rien ressentir. C’était bien mal parti !
La question sur sa bague eut plus de succès et ramena un sourire à la dame enceinte jusqu’aux yeux. Elle ne dit rien. Il ne fallait pas gâcher ce petit signe, ce petit espoir. Tout n’était pas perdu, elle pouvait réagir.

Ce fut peu après qu’Eleyna vint les chercher pour… un barbecue improvisé.
Cassidy opposa une certaine résistance, blasée comme toujours, inexpressive. Il fallut un long moment pour réussir à la faire venir mais et encore, c’était en passant par la force physique qu’elles y parvinrent. Son manque d’enthousiasme pour tout était assez flagrant et malheureux. Et elles devaient vraiment redoubler d’efforts et de joie pour parvenir à la convaincre.

De leurs côtés, les deux hommes parlaient. Ou presque.
Alanir avait voulu frapper, il avait tout à fait raison. Tristan lui rendait la lettre, ne voulant pas la lire. C’était bien assez pour se faire carboniser par le grand dragon trop sensible qui voulait sauver sa petite mage. Mais le Drakkari avait stoppé l’attaque de son aîné, net, et ne comptait pas se faire frapper, restant ferme. Pourtant il semblait avoir mal alors que la brûlure s’intensifiait. Il ne bougea pas, s’exprimant, brusquement mais avec une certaine émotion, sans doute plus… par colère qu’autre chose. De la colère ou… de la passion. Il avait cloué le bec de son congénère en tous les cas. C’est la présence des jeunes femmes, ou plutôt leur arrivée qui pu clore le débat entre les deux hommes.

C’est un drôle de manège que Tristan menait alors avec les trois jeunes femmes. Enthousiaste, gentil bien qu’un peu plus gêné dès qu’il était près de Cassidy, il se montrait très serviable et attentif avec elles. Les deux hommes aux fourneaux et à leur service, c’était quand même assez intéressant. D’ailleurs, le geste du jeune homme, poser sa veste sur les épaules de la demoiselle « amnésique », n’échappa à personne. Elle semblait d’ailleurs la première surprise. Normal. Elle ne se souvenait plus. Elle ne mangeait pas des masses. Mais elle mangeait. C’était déjà ça.
Elle finit par partir se coucher avec Alanir. Tristan ouvrit la bouche mais la referma aussitôt, se détournant en fronçant les sourcils. Il proposa aux filles de rester tranquillement assises, il s’occupait de tout, ranger, débarrasser… Pourtant alors qu’il allait passer la porte de la véranda pour aller dans la cuisine, un bruit d’assiettes brisées se fit entendre. Eleyna écarquilla les yeux et se releva aussitôt, allant le rejoindre alors que Maud, se tournant vers eux saisissait les mouvements du jeune homme. Tristan pressait son bras droit de sa main gauche, au niveau du coude, un genou au sol, l’autre relevé à demi, les dents serrés, plaquant son bras contre son torse.

- Tris ! Tris !!!! At…

Eleyna avait pâlit, passant une main dans le dos du jeune homme mais il se relevait déjà, relâchant son bras en faisant une grimace désolée, penaud en se tournant vers Maud, comme si de rien était ou presque avant de frotter vivement le coude, ennuyé.

- Ah… Euh! Désolé les filles ! Je vous ai fait sursauter… ahaha… C’est ma faute, j’ai voulu la jouer un peu trop costaud et apparemment je ne pouvais pas prendre autant d’assiettes et de plats en même temps et passer par l’ouverture de la porte… j’ai tapé mon coude contre le mur. Ca fait maaaaalllll !!!!!

Il avait l’air si sincère qu’il aurait été malvenu de ne pas le croire. Surtout qu’il bougeait le bras en râlant mais sans sembler le moins du monde gêné, y compris quand Eleyna voulut l’examiner, le pressant doucement alors que gentil, il souriait, lui assurant qu’elle s’inquiétait pour rien. Peut-être… Mais en tous les cas, elles l’aidèrent malgré ses protestations, Maud l’aidant à débarrasser tandis qu’Eleyna ramassait les morceaux de plats brisés, concentrée dans la tâche… ou par ses pensées peut-être.

Pourtant, peu après, alors que Maud était rentrée chez elle, que Tristan était passé par la salle de bains et que comme toujours ces derniers temps, il en ressortait habillé, il s’écroula sur le canapé, apparemment épuisé, s’endormant aussitôt. Enfin… c’est ce dont il eut l’air tout du moins.
Il ne se manifesta pas quand Cassidy hurla dans la nuit, une fois de plus. Eleyna si… Même si c’était déjà arrivé, elle vint voir, plus calmement néanmoins, si tout allait bien. Mais la jolie blonde qui se débattait et semblait si déchirée dans son sommeil était profondément endormie. La capitaine retourna dans sa chambre, pensive. Elle avait bien pris en notes toutes les explications du dragon et quelque chose la chiffonnait justement ou plutôt l’aidait à espérer au même titre que Maud, même si elle ne connaissait que peu l’étrange petite mage. Après tout… si Cassidy était si inexpressive et indifférente au monde, comment se faisait-il que dans son sommeil, ce ne soit plus du tout le cas ? Est-ce que quelque chose, chez elle, effectivement, se rebellait contre son actuelle prison de chair et de sens endormis ?

Le lendemain, c’est impeccable que la jeune guerrière alla rejoindre le dragon à une table de petit déjeuner. Elle nota la couverture pliée de Tristan sur son canapé et passa une main sur le matériau. Le jeune homme devait être parti depuis un moment déjà, c’était une certitude même. Elle s’installa donc en face d’Alanir et se servit un énorme bol de café, lui en proposant gentiment alors qu’il semblait assez interloqué par la substance en question. Il était gentil, c’est vrai un peu timide, carrément marrant pour la capitaine qui le regardait avec amusement par dessus son bol. Il ressemblait à un Drakkari pour l’heure et sa douce ignorance, ses questions timides le rendaient vraiment mignon.
Mais il aborda des questions plus sérieuses après avoir demandé des choses totalement insignifiantes, à propos de la nourriture, des constructions des bâtiments, des manières dont étaient formés les soldats, autant de choses dont Cassidy ne savait sans doute pas tout voire pas grand chose. Pourtant, Eleyna ne se crispa pas à sa question, se contentant de le regarder puis de reposer lentement son bol en soupirant, croisant ses mains devant elle.

- Tu peux me tutoyer tu sais. Personnellement, vouvoyer m’ennuie très vite, même si tu es probablement bien plus vieux que moi, nous sommes à présent complices d’un plan diabolique visant à rabibocher ces deux idiots… Bon d’accord, l’idiot et la belle si tu préfères donc… Ce serait mieux si tu nous voyais comme des alliées et au mieux, des amies. Pour te répondre après… Je ne sais pas ce que Tristan avait par le passé au bras mais ça a dû disparaitre parce que ses douleurs actuelles sont totalement nouvelles, il ne les manifeste que… enfin depuis ce qui s’est passé avec leur double respectif.

Elle ne dit rien de plus, semblant fascinée par le contenu de son bol, plongée dans ses pensées et ses souvenirs probablement et pas forcément joyeux. Elle n’avait pas pris de pincettes. Après tout, elle savait que lui et Cassidy étaient liés et donc qu’il devait être au courant, parfaitement, de toute l’histoire avec les doubles et elle ne cherchait pas à cacher qu’elle savait. Comment ? Tristan avait dû lui en parler. Mais quand et pourquoi ? Le jeune homme ne devait pas cacher grand chose à sa capitaine si c’était bel et bien le cas.
Nouvelle question de la part d’Alanir qui semblait décidément bien curieux de ce monde d’humain mais aussi des secrets dont son confrère semblait encore une fois être entouré. Il parlait de cette fois, dans la tente, quand elle lui avait demandé de ne pas le rejoindre. Son regard se voila soudainement un peu alors qu’elle souriait gentiment en haussant les épaules.

- J’avoue que je ne sais pas trop. Faible… je ne pense pas que ce soit le mot. Je ne sais pas grand chose de ce qui s’est passé. Il n’a pas voulu m’en parler. Mais… tout ce que je sais c’est ce que les guérisseurs m’en ont dit. Tristan devrait faire attention. Il semble tout le temps… sur le qui-vive et prêt à exploser de fureur. C’est peut-être un truc de dragon, je ne sais pas, mais il n’était pas comme ça avant. Ce qu’il a fait ne l’a pas vraiment arrangé. Enfin je ne sais pas trop ce que c’est… Mais physiquement aussi il doit attendre. Son corps n’a pas suivi je crois… Alors si, peut-être que faible s’impose. Je ne sais pas si tu l’emporterais vraiment facilement sur lui… mais je sais que tu pourrais lui faire très très mal… avec pas grand chose. Et ça, actuellement, c’est un problème. Je ne sais pas combien de temps il tiendra, ni à quel point il est réellement atteint… Mais heureusement que vous êtes arrivés. Je sais que ça va te paraitre fou, voire peut-être impossible, barbare pour une partie d’ailleurs… Pour les prisonniers que nous voulons faire parler, il y a la torture physique évidemment mais la pire est la privation de sommeil. Prive un homme trois jours de dormir, complètement, et il avouera tout ce que tu veux. Je sais que c’est peut-être barbare mais il n’y a pas de pitié à avoir pour les Kaärs. Eh bien… Un être humain, toute race humanoïde confondue de ce que j’en sais, ne devrait pas tenir plus de dix jours sans dormir. Et encore, au bout de huit jours, il tomberait dans le coma en ayant grillé quasiment tous ses neurones, au bout de dix il serait mort. Je sais que ça peut paraître improbable… mais avant votre retour… Tristan n’avait pas dormi une seule fois. Il n’a donc pas dormi douze jours d’affilés… C’est pour cela que j’étais inquiète quand nous sommes arrivés ici le premier soir. J’ai cru que… enfin… Il redort au moins et ça fait beaucoup. Je n’arrive même pas à comprendre comment il a pu tenir si longtemps et être toujours d’attaque pour les entrainements. Bien sûr il ne me disait rien mais j’ai demandé à mes hommes de le surveiller à tour de rôle. Pas un instant de somnolence, rien… Je t’avoue que le premier matin avec vous… je craignais qu’il ne… se réveille pas tout simplement. Hum… pardon, je me suis peut-être un peu emballée… J’aime bien lui crier dessus et être sévère avec lui mais j’aime bien Tristan. Il a été promu lieutenant à juste titre et c’est un excellent chevalier. Mais… je préférais le Tristan qui avait encore Cassidy auprès de lui alors s’il pouvait… « revenir » en même temps qu’elle, ça me plairait bien. Il y a des chances d’ailleurs, vu comment il réagit… peut-être pas beaucoup et pas assez pour toi… Mais ça ne peut que s’améliorer non ?

Elle se tut, apparemment embêtée d’en avoir peut-être un peu trop dit mais il valait mieux trop que pas assez non ? Et puis, elle se mordit la lèvre, comme si elle voulait dire autre chose mais s’interrompit. Elle fit bien, Cassidy venait de se lever et les rejoignit. Indifférente… toujours. A croire que rien ne la sortirait de cette transe là.

Tristan était revenu peu après, s’étant sans doute entrainé vu son front moite de sueur mais il portait une veste et une fois de plus, ne se promenait donc pas torse nu comme son congénère. Mais celui-ci avait bien raison de rester ainsi. Après tout c’était un plaisir pour les yeux et s’il était plus à l’aise ainsi c’était tant mieux, non ?
Après une douche, le jeune homme les avait rejoint et se montrait une fois de plus gentil et proche avec Cassidy, enfin un peu, souvent gêné, détournant la tête ou autre mais gentil. Il la coiffa une fois de plus longuement, bien plus que nécessaire, l’attrapant de la même façon que la veille, une manière de faire qui risquait fort de devenir une habitude pour un moment passé ensemble, bien spécial, très particulier. Cette fois, il l’avait fait asseoir de côté sur le canapé, s’asseyant derrière elle, profitant qu’elle lui tourne le dos pour poser un petit sac pleins de biscuits près d’elle, l’air de rien. Il n’avait rien dit, mais l’avait poussé doucement vers elle, comme pour lui dire qu’au final, c’était pour elle et juste pour elle. Elle n’avait pas réagi. Mais au fur et à mesure qu’il la coiffait, il l’avait vu plonger la main dans le sac, sans sembler s’en rendre compte et croquer un biscuit. Alanir et Eleyna se planquaient dans la cuisine ou sur le balcon, les observant l’air de rien, ce qui semblait un peu plus gêner Tristan qui marmonnait mais certainement pas changer ses gestes.

La journée s’écoulait, différemment pour chacun. Il était rapidement ressorti, vaquant dans la cité, aidant ici et là pour quelques tâches réclamant de la force ou juste un peu de gentillesse. Il ne semblait pas avoir tant que ça changé. Ou alors… régressé dans ses vices passés car dès qu’une jeune femme passait il changeait radicalement d’attitude, devenant dragueur, au moins un peu, ne disant rien dans son sens mais prenant tous les signes extérieurs du séducteur. D’ailleurs, il ne remarqua même pas qu’une certaine petite mage l’observait justement pendant une de ses discussions avec une jolie brunette plutôt grande.
Par contre, Maud qui était avec Alanir sursauta quand il prononça « jalousie » d’un voix surprise, fronçant les sourcils, interloquée. Il lui expliqua alors et elle se fit aussitôt pensive, réfléchissant intensément apparemment. Cette histoire poussait vraiment loin tout ce qu’elle pouvait savoir de la magie. Par contre, elle n’était pas vraiment surprise de Cassidy était jalouse, elle se souvenait bien comment la petite mage avait réagi avec elle-même alors qu’elle était avec Tristan depuis seulement quelques heures. Son cher et tendre l’obsédait littéralement et le jeune homme était bien bête de croire le contraire. Mais néanmoins qu’elle ressente de la jalousie actuellement, c’était bon signe non ? Enfin, c’était un mauvais point certes mais au moins c’était une émotion et ça c’était déjà énorme. Elle comprit aussitôt que la réaction de veille avait également été captée par le dragon. Décidément, il était bien pratique. Elle nota dans sa tête l’histoire des dragonnes, c’était un fait que ne développait pas Alanir mais il y avait fort à parier que Tristan n’était pas au courant ou alors… il était tombé bien bas. Le grand dragon semblait gêné quand il commença à parler de tout autre chose, de ce qu’ils avaient vu la veille justement quand le Drakkari flirtait avec une certaine Margaux. Maud eut un demi-sourire, un peu triste, tournant la tasse entre ses mains. Elle ne répondit pas tout de suite, ce qui permit à Alanir de sortir une autre phrase vraiment déstabilisante et cette fois-ci la future maman éclata de rire.

- Je suis surprise que tu me poses la question. Il me semble que chez les dragons, il n’y a pas vraiment de fidélité, du moins de ce que j’ai pu en lire mais après nous autres humains sommes totalement ignorants à propos de vous. Mais je vais essayer de te répondre quand même. Moi aussi j’ai été surprise. Mais pas la même surprise que toi sans doute. Tristan… a toujours beaucoup plu aux femmes. Bien sûr il est beau et charismatique mais il a toujours même en faisant l’idiot, dégagé un petit quelque chose qui le rendait… unique. Quand il a changé, après avoir failli mourir, avec son amnésie étrange, c’était encore plus fort. Mais ce n’est pas ça le sujet réel. Bien sûr, tout le monde sait qu’ils étaient fiancés… mais voilà, Cassidy est revenue, Tristan aussi et… ils s’ignorent, elle ne lui saute pas au cou, il ne la protège pas jalousement. Leur relation paraît totalement… brisée pour n’importe quel humain et c’est normal. On pourrait les croire fâchés dans le meilleur cas, séparés dans le pire. Bien sûr, ce n’est pas une bonne raison pour autant de se mettre entre eux, mais je peux comprendre les jeunes femmes du coin de vouloir tenter leur chance.

Elle s’interrompit, encore amusée par ce qu’il avait dit et posa une main réconfortante sur une des siennes.

- Mais pour le reste ou plutôt comme tu appelles ça… son « efficacité » au lit, tu te trompes complètement. Tristan était totalement comblé sur ce plan avec Cassy. S’il venait à enchainer les « occasions » comme tu dis, ce serait sans doute plutôt pour combler ce manque justement. On en avait discuté ensemble, Cassy et moi et Tris et moi… Il m’a avoué avoir eu beaucoup de mal à croire à sa virginité tant même la première fois était magique, même si elle s’obstine à croire que ce n’est pas le cas, Tris, très timide à ce sujet étrangement quand il s’agit d’elle, m’a affirmé, et j’avoue avoir été un peu vexée sur le coup, que même les fois les moins…  « biens » étaient à mille lieux en mieux que n’importe quelle extraordinaire nuit avec une conquête ou une autre. C’est aussi une histoire d’alchimie après tout. Et entre eux… elle est là. Enfin pour lui en tous les cas, pour elle je n’ai jamais été vraiment sûre mais… pour lui ça marche, c’est certain.

Avait-elle réussi à rassurer le dragon ? Difficile à dire, mais sans doute un peu quand même.
Loin d’eux se passait une toute autre scène. Tristan était en train de parler justement avec la jeune fille qu’il avait abordé quand il avait sursauté légèrement et s’était retourné d’un coup, partant d’un pas rapide en jetant des regards à gauche et à droite sans dire un mot à son interlocutrice. Il retrouva bien vite Cassidy et la rejoignit en trottinant, fixant ses genoux et ses mains écorchés. Il s’approcha, lui demandant comment elle allait et bien sûr, si elle déclina son aide, il insista, la faisant descendre prudemment jusqu’à une petite fontaine et s’y asseoir, sortant un mouchoir de sa besace qu’il ne quittait plus avant de le mouiller et de nettoyer les légères plaies, les sourcils froncés. Ce fut bien vite une fiole d’alcool qu’il sortit du même sac magique et dont il appliqua une partie du contenu, très fort sur les blessures. Au moins ça désinfectait tandis qu’il grinçait des dents à ses paroles.

- T’es pénible ! C’est important pour moi !

Bon, il n’avait pas parlé fort, mais fermement... en ronchonnant et en évitant soigneusement, une fois de plus, de la regarder. Il lui avait quand même dit de faire attention mais avait surtout agi étrangement en appliquant l’alcool. Il savait que ça brûlait et que l’ancienne Cassidy aurait pleurniché un peu pour le coup. C’est dans un geste qui ne semblait pas du tout calculé qu’il s’était alors penché sur la blessure qui venait d’être désinfectée, soufflant doucement dessus, ça apaisait la sensation de brûlure après tout et donnait au contraire une impression de froid. Lentement il releva le visage vers elle, le vent soulevant ses mèches rouges et noires alors qu’il la fixait puis lui grommelait de faire un peu attention… qu’il ne voulait pas qu’elle se fasse mal. Elle s’en fichait évidemment, haussant les épaules comme si de rien était. Il détourna les yeux, serrant légèrement le poing, se détendant aussitôt. Après tout, c’était inutile.

Alanir l’avait menacé le soir même, sa voix pleine de hargne et de colère. Tristan n’avait même pas tressailli au coup sur la rambarde, son aîné ne finissant pas de proférer sa menace et s’éloignant juste. Tout seul, le grand jeune homme bascula lentement sa tête en arrière, observant les étoiles, son regard se voilant l’espace d’une seconde. Un très bref sourire éclaira son visage alors qu’il fermait les yeux. Jouer hein ? Peut-être avait-il raison de dire cela. Après tout, c’était un peu ça, non ? Oui, sans doute. Il soupira et rouvrit les yeux. Si seulement lui-même savait où tout ceci risquait de mener. En fait, il n’avait tout simplement pas compris l’allusion d’Alanir, ne captant vraiment pas qu’il était en train de parler de son comportement de joli coeur avec les autres demoiselles. Après tout, s’il n’était pas explicite, il ne fallait pas demander au Drakkari de faire des efforts de compréhension !!!

Journée suivante, fort semblable. Le Drakkari disparait une partie de celle-ci. Eleyna semblait devenir nerveuse par rapport à un élément qu’elle n’aurait pas cité devant Alanir et décida d’en discuter avec Maud alors qu’elles deux cherchaient des solutions pour le jeune couple. Pendant ce temps, Alanir découvrait les curiosités humaines dont un jeu qui semblait lui plaire mais qui fit excessivement réagir Cassidy. Enfin pas vraiment elle, plutôt… sa magie.
Effectivement, elle semblait horrifiée de ce qu’elle venait de faire et s’en alla rapidement alors qu’Alanir ne devait pas trop savoir quoi faire entre les enfants qui avaient eu peur et pleurnichaient un peu pour leur ballon et la petite mage qui avait sans doute besoin d’aide mais aussi d’être seule. Bizarrement Tristan surgit rapidement et quelques mots des enfants lui apprirent ce qui s’était passé. Il les rassura, caressant au passage une terre qui semblait bien fragile sous une de ses grandes mains. Il alla voir le propriétaire qui semblait plus ennuyé qu’en colère en fait et qui rendit rapidement la balle tandis que le Drakkari proposait aussitôt de remplacer la fenêtre immédiatement avec un de ses sourires charmeurs. Il disparut à l’intérieur après avoir renvoyé la balle aux enfants, sans même jeter un coup d’oeil à Alanir. On aurait pu croire qu’il ne restait pas très loin, au cas où, veillant au grain, qui c’est ?

Pourtant, le jeune homme n’en dit pas le moindre mot, y compris le soir-même alors qu’ils dinaient tranquillement. Mais un autre incident se produisit à table, dans le même style, enfin qui semblait être lié du moins. La demoiselle avait fait exploser son verre, sans que rien ne le laisse présager. Heureusement qu’Alanir avait de bons réflexes en effet alors que Cassidy s’éloignait rapidement et qu’Eleyna sortait, pâle, un énorme bout de verre de son assiette. Wahou ! Ca c’était fort quand même. Elle remercia le dragon d’un regard et remarqua du coin de l’oeil la courte mais bien présente réaction de Tristan. Quand Cassidy s’était levée d’un coup, lui-même s’était à demi-relevé, comme pour la suivre ou pour la retenir avant de se figer et de se rasseoir, le regard dans le vague. Elle revint vite après avoir apparemment retourné leur… ancienne chambre et il sembla aussitôt remarquer le bracelet, détournant les yeux tandis que sa main serrant sa fourchette se crispait légèrement. Comme elle ne disait rien par rapport à ce qui se passait, qu’un léger malaise s’était installé, il le rompit en proposant de refaire le service pour ceux qui voulaient encore manger. Ca eut le mérite de détendre un peu l’atmosphère tandis qu’il lui jetait de fréquents mais très brefs coups d’oeil.

Mais la véritable preuve de son intérêt pour la jeune femme arriva la nuit même. Alanir avait eu une idée particulièrement tordue, et bien pensée avouons-le, de réunir les deux anciens tourtereaux dans leur sommeil. Et si Cassidy fut installée au côté du jeune homme et qu’elle eut une réaction adorable en cherchant à se blottir contre lui, pour sa part il fut… assez pleins de retours vis-à-vis de cette attitude. Il dormait, c’était certain, sa respiration étant lente et mesurée. Il dormait sur le dos. Mais à peine leur peau s’étaient-elles effleurées, à peine avait-elle soupiré en cherchant à se blottir contre lui qu’il se tourna aussitôt sur le côté. Sans voir ce qu’il faisait, sans savoir comment elle était donc, il glissa un bras dans le creux de cou, soutenant sa tête et se rapprochant d’elle, prenant une de ses jambes entre les siennes, la deuxième de la demoiselle, surplombant une des siennes, elles étaient juste imbriquées tandis qu’ils étaient d’autant plus proches. Le deuxième bras se glissa au-dessus de la jeune femme, sur sa taille alors que dans un réflexe tout à fait incroyable, à la juste mesure de celui de l’amour inconscient de sa compagne, il la couvrait de la couverture et la prenait un peu plus contre sa chaleur avant de soupirer, le nez enfoui dans ses cheveux blonds. Il souriait, apaisé. Et même la lumière dorée de la demoiselle… ne le tira pas de son sommeil.

Ce fut plutôt sa chute le lendemain qui le réveilla. Ils n’avaient pas bougé de la nuit, blottis étroitement l’un contre l’autre. Elle avait dû ouvrir les yeux et sursauter en se rendant compte qu’elle était dans les bras d’un homme qui n’était pas Alanir. Elle s’était rapidement reculée et était tombée du canapé heureusement pas très haut et c’était ce qui avait réveillé Tristan qui ouvrit paresseusement un oeil, l’air totalement sur une autre planète, puis un deuxième alors qu’il ne comprenait clairement rien à ce qu’elle disait. Il tendit doucement la main l’appelant mais elle était déjà partie depuis au moins cinq bonnes minutes. Il fronça les sourcils et se redressa tant bien que mal, l’air toujours groggy. Cette fois-ci il ne partit pas, déjeunant avec tout le monde ou presque tout le monde puisque Cassidy sembla attendre qu’il parte pour sortir de la chambre. Eleyna lui jeta un regard inquiet en voyant qu’il semblait toujours dormir sur place alors qu’elle lui parlait depuis une bonne demi-heure. Il s’était changé et était sorti en marmonnant que l’air frais lui ferait du bien. Ca, elle n’en était pas certaine.

Il ne la vit pas… quand elle le surprit en train de discuter avec une jeune femme, peu avant midi alors qu’il était nonchalamment appuyé contre une balustrade et qu’elle tâtait l’un de ses biceps en riant sans doute à une plaisanterie. Il était trop loin pour la sentir, la voir et à des kilomètres des pensées qui habitaient la jeune femme. Pourtant, alors qu’il parlait tranquillement, il se crispa brusquement et tomba à genoux par terre, toussant fortement, comme s’il s’étouffait. Ses yeux s’agrandirent d’effroi. Il ne dit pas un mot à la jeune femme avec laquelle il parlait, pas un, se contentant d’un cri, un surnom, cinq lettres. Il courait à en perdre haleine, renversa plusieurs personnes. Il savait où aller, il le savait parfaitement. Il avisa le passage d’un seul coup d’oeil, n’adressa qu’un très bref, furtif regard à l’escalier, sauta par l’un des vastes trous béants, très haut au dessus de ces lacs souterrains. Soit c’était l’eau, soit c’était la pierre qui l’accueillerait une dizaine de mètres plus bas. De toute façon il ne réfléchissait pas. C’était de la pierre et il entendit un craquement de la part de ses genoux quand il atterrit, les pieds bien à plat. Il ne fit pas attention à la douleur, ni aux lésions, courut. Ce lac… Il savait que c’était celui-ci. Il plongea directement, nageant vers le fond, sa vue pourtant très bonne dans le noir, floutée par l’eau. Il ne la trouva pas immédiatement mais refusa de remonter avant. Ses poumons étaient en feu quand finalement il aperçut les cheveux dorés, elle avait dû se déplacer en coulant… ou quelque chose. Il l’attrapa rapidement, colla ses pieds contre le sol, ferma les yeux. Il avait besoin d’aide pour le coup…
Leur remontée n’était pas possible niveau vitesse, même pour le meilleur des nageurs, ils semblaient en effet avoir été littéralement soulevés jusqu’à la surface.

Tristan sentit les ténèbres s’abattre sur lui et secoua aussitôt vivement la tête. Pas maintenant.
Il réussit à sortir la petite mage de l’eau malgré les pierres glissantes et la rejoignit. L’eau était glacé, et lui-même tremblait. Il colla rapidement son oreille contre sa poitrine, ne capta aucun battement et ni une ni deux lui arracha littéralement son corset. Renversant la tête de la jeune femme en arrière, lui ouvrant la bouche, il appliqua ses mains sur sa poitrine et appuya fermement. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois avant de se jeter sur ses lèvres, lui pinçant le nez pour insuffler de l’air, de la vie, dans ses poumons. Il répéta l’opération plusieurs fois. L’appelant alors même qu’il était à bout de souffle. Et soudainement elle réagit, se mettant à tousser, se redressant alors qu’il reculait légèrement, les mains tremblantes mais un sourire soulagé aux lèvres. Il l’aidait doucement d’une main à se mettre sur le côté, tapotant son dos alors qu’elle toussait tandis qu’elle l’observait, cherchant à l’identifier. C’est vrai qu’elle ne voyait pas très bien comparée à lui, il sourit un peu, inquiet et lui demanda si ça allait, c’est sans doute sa voix qu’elle identifia alors. Elle se relevait et il l’imita aussitôt, gardant une main près d’elle, prêt à l’aider si ça n’allait pas mais apparemment, elle n’avait pas vraiment besoin de lui. Sauf qu’elle se crispait, se tenant la tête.

Il pâlit même si ça elle ne pouvait pas le voir, posant une main sur une de ses épaules, l’appelant, la voix tendue alors qu’elle… avait juste eu l’air surprise, très surprise quand même. Elle s’éloigna rapidement de lui et il rabaissa lentement son bras en se crispant un peu. Une fois de plus. Un coup de plus.
Sauf que l’instant d’après elle avait l’air en colère… Ah..;Euh… Elle lui en voulait de l’avoir sauvée ? Euh… ça ce n’était pas tellement habituel. Mais il n’y avait pas que de la colère. Tout à coup, elle s’était mise à parler, tellement par rapport à son mutisme récent qu’il écarquilla les yeux de surprise, ouvrant la bouche, bêtement, sans rien dire, accusant le coup. Apparemment, elle lui reprochait sa manière d’être. Il lui avait déplu à ce point ? Il déglutit, baissant les yeux. Un de plus. Elle disait aussi qu’elle n’était pas humaine mais ça… il ne savait pas trop quoi en penser en fait et puis ça n’avait pas vraiment d’importance. Ses autres paroles étaient douloureuses. Elle n’était plus Cassidy. Il devait l’accepter. La petite mage avait été dévorée par ce petit soldat. Non, pas tout à fait, sinon elle n’aurait jamais réagi ainsi. Du moins, c’est ce qu’il valait mieux croire. Et puis les coups sur son torse… n’avaient pas la moindre force. Sa voix par contre elle, en avait beaucoup. Sa manifestation magique aussi. Peut-être aurait-il dû fuir face à celle-ci, ou tout simplement avoir peur mais il ne manifesta pas la moindre crainte.

Elle perdait apparemment le contrôle. Son bracelet éclata littéralement sous la puissance de sa magie. Elle brillait et un rocher plus loin fit pareil que le bracelet. N’importe qui de censé se serrait éloigné, craignant de subir le même sort. Mais Tristan n’était pas très censé et la démonstration de la colère actuelle de la jeune femme, de ses émotions contradictoires mais de ses émotions au moins, ne l’effrayait pas. Pourtant, il saisit d’un geste vif les poignets qui allaient frapper son torse et les immobilisa avant d’un geste d’autant plus rapide, les plaquer sur son torse en entrainant leur propriétaire avec eux. Il serra ses bras autour d’elle, tout doucement, avec beaucoup de délicatesse et plia légèrement les genoux pour mieux se « rapprocher » d’elle, assez en tous les cas pour en se reculant très légèrement, venir poser ses lèvres sur le front de la demoiselle, y déposant un long mais chaste baiser. L’instant d’après, il glissait une de ses mains dans ses cheveux et la pressait de nouveau contre son torse en parlant tout bas.

- Je suis là, c’est fini… Tout va bien. C’est fini… Ca va aller, je te le promets.

C'est fini... De quoi parlait-il ? de la noyade ? Ou de ce qu'elle avait vécu pendant une longue, très longue année... ? Rien de plus que ces mots, en boucle tandis qu’il caressait doucement ses cheveux en la pressant contre lui. Oh bien sûr, en vérité, il n’avait aucune idée de la manière dont elle allait réagir mais elle semblait se détendre, au moins un peu. Il frissonna légèrement, sentant également qu’elle avait la chair de poule alors qu’elle ne sentait pas ressentir le froid. Il réagit aussitôt.

- Tu vas prendre froid… Laisse moi faire, je ne te ferai aucun mal.

Et sans lui laisser le temps de réagir, de se plaindre, de dire que ce n’était pas nécessaire, il glissa une main sous ses genoux et la souleva du sol pour la porter… comme avant. C’est-à-dire comme lorsqu’il semblait la considérer comme une petite princesse. De la même manière, sans la laisser réagir ou profitant honteusement de son trouble, il remonta à la surface d’un pas vif, nullement gêné par son fardeau. La lumière du dehors leur agressa les yeux mais il ne vacilla pas, la serrant un peu plus contre lui quand le vent frais les entoura. Presque tout le monde était parti déjeuner. Les rues étaient désertes. C’est d’un pas assuré qu’il se dirigea alors vers les sources chaudes publiques qu’ils avaient déjà expérimentées. Il la reposa devant une petite cabine et en ouvrit une porte.

- Déshabille toi et laisse tes vêtements ici puis rejoins moi de l’autre côté, l’eau chaude te fera du bien… Tu t’en fiches peut-être mais pas moi. Je ne veux pas que tu prennes froid… Je t’attends de l’autre côté alors… ne t’en va pas.

Il lui fit un léger sourire, beaucoup plus tactile, effleurant une de ses joues du bout de ses doigts avant de grimacer sous le froid mordant et de s’engouffrer lui-même dans l’une des cabines. Il n’avait pas menti, il l’attendait de l’autre côté. Ce n’était pas très profond mais très chaud en tous les cas, une vraie bénédiction par rapport au froid extérieur qui tombait rapidement. Il était assis, la tête renversée en arrière, pensif et perdu par rapport à ce qui venait de se passer mais probablement pas autant qu’elle. Il entendit la porte de la cabine qui s’ouvrait, celle qui donnait du côté des sources et il rabaissa la tête pour vérifier que c’était bien la jeune femme. Oh c’était bien elle… Mais elle l’avait un peu trop pris aux mots. Il était en boxer pour sa part mais euh… elle avait un peu trop pris sérieusement le « déshabille-toi » et sa nudité, même alors qu’elle avait beaucoup trop de marques et de cicatrices, sembla beaucoup marquer le jeune homme qui détourna aussitôt les yeux en rougissant.

- Aaaahh mais euh ! Cassy ! T… Tu pouvais rester en sous-vêtements et… ahhh mais non reste c’… c’est pas grave mais… euh… enfin… on… on n’est que tous les deux…ça… ça va…

Il retourna les yeux vers elle et se crispa encore plus. Elle semblait totalement figée, ne semblant pas savoir quoi faire alors qu’elle n’avait pas un pied dans l’eau et était donc totalement nue et exposée à la vue de n’importe quel voyeur… y compris lui-même. Il se redressa d’un coup, brusquement, la rejoignant, de l’eau jusqu’à la taille pour l’attraper, les joues rouges, et la faire entrer dans l’eau avec lui, lui montrant évidemment qu’elle avait pieds et donc rien à craindre.
Il n’avait pas pu s’empêcher de regarder… le corps superbe de la jeune femme qui avait été tellement éprouvé par de trop nombreuses blessures… trop… de cicatrices. Sauf qu’elle aussi avait pu avoir un aperçu de son corps dont elle avait tout oublié et l’aperçu… valait aussi bien le détour. Ses muscles s’étaient un peu asséchés mais il n’avait pas vraiment pris plus de muscles, ce qui était plutôt bien car il avait actuellement le bon équilibre, pas trop pour que ce soit moche, bien assez et plus pour que ce soit miam mioum à souhait. Sauf que… son torse nu comportait lui aussi des marques dorées, assez espacées et courtes, ses jambes également qui s’étaient un peu plus musclées elles. Mais c’était surtout… que lui n’avait pas la moindre trace de blessure. Pas la moindre ! En fait, même l’énorme cicatrice en forme de X sur son torse qui faisait toujours culpabiliser sa chère et tendre avait… disparu, totalement, comme si elle n’avait jamais existé. Il était juste… intacte de toute bataille. Contrairement à elle. Le yin… et le yang.

Il balbutiait, râlant faiblement qu’elle ne devait pas s’exposer à la vue de tous comme ça et lui expliquant en insistant bien que pour sortir tout à l’heure, elle devait prendre un peignoir sur l’une des piles avant d’aller dans la cabine pour s’habiller avec pour rentrer à l’appartement. Après tout, il ne pouvait pas la laisser remettre ses vêtements trempés et puis il fallait faire attention. Pourquoi était-elle aussi… ignorante ?! C’était quand même bizarre ça !
Enfin il se détendit alors qu’ils étaient proches l’un de l’autre, à une longueur de bras de se toucher. Il tourna la tête vers elle, apparemment, elle le regardait en silence depuis un moment. Il l’avait calmée l’espace d’un instant mais ne savait pas si ça durerait longtemps. Il l’observa à son tour et baissa lentement la tête, son menton semblant légèrement trembler.

- … Pardon…

Il leva une main vers elle et cette fois-ci la posa doucement sur sa joue, du côté de son oeil blessé, relevant les yeux vers elle, des yeux plein de tristesse et de détresse.

- J’aurais tellement voulu… pouvoir te protéger de tous ces coups. Mais… enfin… comme toujours je n’étais pas là. Je suis désolé Cassy… vraiment… Mais je suis là maintenant… Je suis là…

Il laissa échapper un léger rire avant de détourner les yeux mais posant une main sur une des siennes, dans l’eau, sur la pierre du bassin. Ils ne disaient plus rien alors qu’elle ne semblait vraiment pas comprendre de quoi il parlait. Sans doute voulut-elle lui parler, lui poser des questions ou s’énerver à nouveau peut-être. Mais elle n’en eut pas le temps. L’eau était très chaude et elle n’avait sans doute pas assez mangé le matin, ça remontait, elle commençait à s’étourdir et puis le choc de sa noyade avait dû l’épuiser même si elle en avait vu des pires dernièrement. Il ne dit rien mais la retint doucement, la guidant pour sortir de l’eau et enfiler son peignoir. Peu de temps après, lui-même en avait enfilé un, enlevant son boxer et prit leurs vêtements trempés. Il ne lui laissa pas le temps de s’en plaindre une fois de plus et la porta, délicatement dans ses bras. Peut-être la menace d’Alanir faisait-elle effet mais en tous les cas, il faisait très attention. Elle semblait à moitié évanouie alors qu’il la portait et rentrait dans l’appartement. Eleyna était chez Maud et comme personne ne répondit quand il entra, Tristan ne chercha pas Alanir et alla installer la jeune femme dans leur ancienne chambre, l’allongeant doucement sur le lit en balançant leurs vêtements trempés par terre. Il posa avec précaution une serviette sous ses cheveux alors qu’elle le regardait faire, à peine consciente et alors qu’il se redressait, soit elle avait une crispation dans la main, soit elle voulait lui dire quelque chose parce qu’elle avait agrippé la manche de son peignoir. Il la regarda, eut un demi-sourire et s’assit sur le lit, caressant doucement son visage du bout des doigts alors qu’elle semblait sombrer un peu plus. Sauf qu’il battit plusieurs fois des paupières, sentant l’appui de son bras faiblir et s’allongea, cinq minutes, juste cinq minutes à côté d’elle…
Ils se blottirent aussitôt l’un contre l’autre alors que leur tenue ne s’y prêtait absolument pas. Le mouvement de Tristan sur les jambes de la demoiselle remonta trop suggestivement le bas du peignoir tandis qu’elle blottie contre son torse en écartait bien trop radicalement les deux pans. Mais bon… peau brûlante contre peau brûlante, c’était sans doute mieux.

Eleyna rentra peu après, trébuchant sur une flaque d’eau, s’apprêtant à hurler apparemment avant de se figer en voyant Alanir appuyé dans l’encadrement de la porte de la chambre qu’il occupait avec Cassidy. Elle le rejoignit rapidement. Il semblait heureux et inquiet en même temps, l’air de ne pas savoir quoi penser. Elle suivit son regard et découvrit le petit couple enlacé. A les voir comme ça… comment se douter qu’eux deux ça allait si mal ? Elle se mordit la lèvre et l’invita à se pousser, refermant doucement la porte avant de l’inviter à la suivre sur le balcon. Elle semblait surprise et indécise alors que lui-même voulait probablement lui poser des questions par rapport à la normalité de l’actuelle situation. Elle l’interrompit.

- Alanir… Il…. Il y a quelque chose dont je voudrais te parler à propos de Tristan. Maud m’a fait remarquer et je l’ai bien vu… que Cassidy portait toujours sa bague malgré ce qui s’était passé. Et… et toi tu as bien dû voir que de son côté, Tristan ne porte pas la sienne… Eh bien… Il ne la porte pas au doigt c’est vrai, mais pour une très bonne raison… Je… je sais ce qui s’est passé… enfin je crois. Il l’a toujours… Dans son poignet de force gauche. Il y a une toute petite poche prévue à cet effet, il l’a demandé au tanneur du camp. Je n’étais sûre de rien avant que je ne vois la manière dont il fixait la bague de Cassidy mais je sais que je ne me trompe pas… Je… Et avec ce qu’on vient de voir… Rien n’est perdu je le sais ! On va y arriver, tu vas voir !

Elle lui fit un sourire, s’attendant probablement à ce qu’il lui en demande plus sur ce qui s’était passé par rapport à la bague et prête à lui répondre s’il semblait… conciliant du moins mais avant tout, elle lui fit un grand sourire.

- Maud et moi avons eu l’idée de les enfermer dans la même pièce… pour les forcer à discuter et à se rapprocher mais… le mieux ce serait une caverne toute froide… là où ils seraient obligés de se faire des câlins pour se tenir chaud…Enfin les contacts pourraient aider non ?

Un grand sourire plein d’enthousiasme, une touche de perversité. Très bien… il n’était plus difficile de savoir pourquoi elle et Tristan se chamaillaient souvent. Ils étaient pareils.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Dim 11 Mai - 17:31

Restait-il un espoir ? Est-ce que la demoiselle luttait contre cette magie qui l’emprisonnait ? Il y avait des signes qui ne trompaient pas. Un geste vers Tristan, un regard un peu moins inexpressif parfois. Un semblant de curiosité en découvrant ou redécouvrant cet homme qu’elle n’avait au final que très peu connue. Et des questions sans réponse… Elle avait beau chercher dans sa mémoire, jamais le Drakkari n’avait fait preuve de ce genre d’actions envers elle. Et ça la troublait beaucoup. Qu’il s’intéresse en partie à elle… Qu’il manifeste un contact, une réaction. Comme si il était un peu maladroit. Peut être pensait-elle que depuis son absence d’une année entière même si c’était bien moins, elle avait changé sans s’en rendre compte. Après tout, elle avait renié ses émotions humaines, elle avait accepté de se vouer uniquement à sa tâche, sa mission, sans broncher. Elle n’avait pas le droit de ressentir quoi que ce soit parce que ce n’était pas inscrit dans son contrat. Et peut être que des entités au-dessus d’eux en attendaient beaucoup d’elle. Pas le droit à l’erreur. Et pourtant… elle se serait faite très certainement réprimandée en sortant un tel discours qui ne lui allait pas du tout. Mais elle se manifestait quand même, tournant un bras dans la direction de Tristan, comme si elle avait eu envie de le retenir, sans trop savoir pourquoi.

Elle était passée chez Maud par la suite. Comment s’étaient-elles rencontrées déjà ? Par l’intermédiaire de Tristan il lui semblait. Après tout, dans ses tâches à l’académie, la promotion de l’établissement en était l’une des missions. Tout était tellement flou dans sa tête… Elle savait qu’elle s’entendait très bien avec elle, même qu’elles partageaient des points communs… des discussions. Malheureusement, ce qui lui plaisait avant ne semblait plus avoir autant d’importance à l’heure d’aujourd’hui. Rien à dire de spécial, rien à raconter, elle était tout simplement vide même si le questionnement sur sa bague la fit réagir un peu plus que d’ordinaire. Inconsciemment, elle y tenait à cet objet et ça Maud ne l’avait pas loupé. En posant les bonnes questions, peut être arriverait-elle à en apprendre plus.

Le lien d’amour entre elle et Tristan était-il le seul responsable de sa perte d’enthousiasme ? De vie ? C’était uniquement un tout… Mais l’attaque du dragon avait fait volé en éclats le dernier espoir de Cassidy, sa dernière touche d’innocence et de naïveté. Alors qu’elle avait reçu les coups, elle n’était déjà plus elle-même comme si toutes les souffrances qu’elle avait enduré se terminaient en apothéose avec cette dernière catastrophe. Trop mal pour avoir mal… Trop désespérée pour avoir un espoir… Alors oui, cette période d’une année l’avait beaucoup trop changé et même si on ne lui avait pas enlevé son lien, comment aurait-elle réagi face à Tristan ? Ses remords de l’avoir abandonné quand il avait besoin d’elle ? Son refus de l’accepter pour ce qu’il était ? Sa pitoyable performance alors qu’elle n’arrivait absolument à rien… Mais le lien scellé avait accompli le reste. Elle regardait Maud un instant puis baissa les yeux, examinant sa bague, seule chose qu’elle faisait… qu’elle avait toujours fait, n’éprouvant plus le besoin de compagnie.
Alors quand on chercha à la sortir de sa léthargie, lui parlant de barbecue, c’est à peine comme si cette idée l’emballait. Non mais quelle idée justement ! C’était quoi déjà ? Il fallait faire quoi ? Un plaisir humain ? Et alors, si elle n’avait pas était aussi vide, peut être aurait-elle été admirative de Tristan et même soulagée de voir qu’il avait toujours quelques attitudes… humaines et loin de ce qu’on attendait d’un nouveau dragon. Ca Alanir le voyait bien lui ! Tristan ne devrait pas être autant… à proximité des humains malgré tout. Peut être qu’au final était-il un peu comme avant.

Cassidy observait Tristan… de temps en temps… son manège… son sourire… la veste posée sur ses épaules. Il y avait un certain parfum bien familier dessus même si… elle ne se demandait pas si c’était celui d’Alanir. Elle mangea un peu, regarda les étoiles, rien de bien spécial et rien d’intéressant à raconter, à dire mais… ce sentiment de curiosité ne la quittait pas et ça Alanir le voyait parfaitement ou plutôt le ressentait. Cela était plus facile à interpréter chez le dragon qui fronçait les sourcils et lançait des regards furtifs à la jeune femme et passant ensuite sur Tristan. Pas vraiment insistant mais suffisamment voyant alors qu’il tenait une assiette de viande dans la main et semblait pour le coup un peu ailleurs.

Alors qu’ils étaient rentrés, et que le dragon s’appliquait à « soigner » son ancienne protectrice, un bruit de verre brisé résonna. Cassidy, qui fixait un point flou devant elle, releva aussitôt la tête, comme si cela l’avait fait sortir de son état de songe. Elle se tourna vers Alanir en lui demandant d’où venait ce bruit. Le dragon sortit de la chambre pour voir ce qui se passait et entendit la phrase de Tristan. Cogné ? Hum… Il fronça les sourcils, peu convaincu par cet argument, cependant, il ne pouvait pas savoir si le beau Drakkari était juste peiné et faisait n’importe quoi, si vraiment il n’avait pas fait attention ou encore autre chose. Il referma la porte de la chambre alors que Cassidy le regardait, d’un air interrogateur.

- Tristan a fait tombé des assiettes… c’est tout.

Il s’assit à côté d’elle sur le lit alors qu’elle restait tout autant silencieuse, se passant machinalement une main l’une sur l’autre. Puis, d’un geste, elle tourna la tête vers Alanir, le regardant très sérieusement alors que le dragon s’était relevé pour enlever sa ceinture.

« Il… il ne s’est pas.. fait mal ? »

La ceinture avait était enlevée mais en entendant la phrase de Cassidy si… enfin une phrase témoignant de l’intérêt de la jeune femme pour le Drakkari, Alanir oublia de retenir son pantalon qui descendit bien vite, rattrapé par la loi de la gravité. Il la regarda, la bouche ouverte tel un poisson. Un intérêt ? Un intérêt pour Tristan ? Elle le regardait en penchant légèrement la tête sur le côté, attendant une réponse. Pour le coup, le dragon ne savait pas trop quoi dire, se frottant lentement la tête tout en se débarrassant de son pantalon.

- Je pense… que ça va… il râlait surtout mais bon tu sais comment sont les Dra… Drakkaris hein ! Même quand ils ont mal, ils jouent les indifférents !

Elle le regarda un instant puis se coucha sans rien rajouter de plus. Alanir avait failli parler de dragon, mais se rappela de justesse que la demoiselle avait complètement oublié que Tristan en était un et lui rappeler… n’aurait pas été une très bonne chose au final… pas tout de suite en tout cas.

Effectivement pendant la nuit, la demoiselle hurlait encore. Alanir qui était toujours éveillé, avait vu la capitaine Cheistam rentrer dans la chambre, ou du moins ouvrir la porte pour vérifie. Le dragon secoua lentement la tête en soupirant, désespéré de ne pouvoir rien faire de plus, à part tenter de la calmer un petit moment.

Le lendemain matin, il sortit en premier de la chambre et même si il était un esprit, la fatigue était bien présente sur son corps humanoïde alors qu’il baillait en se décrochant presque la mâchoire, montrant des canines supérieures aux humains et même aux Drakkaris normaux et qu’il rejoignait Eleyna pour prendre le petite déjeuner. Même les cernes sous ses yeux ne le rendaient pas plus moche alors qu’il se frottait doucement les cheveux, à la manière d’un chat, s’étirant. Oh oui lui aussi avait l’air d’en souffrir des cauchemars à Cassidy. Cependant, il décida de rompre le silence en posant des questions à la capitaine, une pointe de curiosité dans la voix. Connaître un peu mieux le monde de Cassidy, n’était-ce pas tenter de s’intégrer un peu ? Après tout… jamais il n’aurait imaginé une seule seconde que d’esprit il retrouverait une forme plus pratique. Il n’avait pas prévu tout ça… il n’avait pas prévu s’attacher à la petite mage… il n’avait pas prévu ressentir de l’intérêt dans ce monde qui n’avait pourtant aucun attrait à ses yeux. N’était-ce pas une belle progression de la part du dragon déchu ?

Cependant à travers ses questions d’un intérêt général, il se repencha sur le cas de Cassidy et Tristan, voulant apparemment en apprendre plus, peut être pour faciliter les choses. Après tout ils étaient liés tous les trois dans leur complot, ce n’était pas plus mal que d’échanger les informations, si cela pouvait aider. Et il était tout à fait pour donner également d’autres renseignements sur Cassidy, si cela pouvait aider tout le monde et surtout si cela pouvait la faire sortir de son mutisme. Eleyna répondit alors qu’Alanir semblait avoir totalement oublié le contenu de son bol, bien trop concentré pour apprendre de nouvelles informations. Elle disait que c’était nouveau. Décidément ils n’avaient que bien peu d’informations à ce sujet. Oh bien sûr, apprendre qu’elle savait pour cette histoire du futur le fit tiquer, pensant Tristan bien trop secret pour parler de ce genre de choses. Cependant, on ne pouvait pas en voulait au Drakkari qui avait vraiment été… seul à ce moment là. Normal qu’il se raccroche à quelque chose parce que… même si lui et Cassidy avaient été enfermés, Tristan n’en savait rien et il aurait très bien pu y rester… alors oui il lui pardonnait d’avoir parlé de ce problème à une personne extérieure, même si encore il ne savait pas trop comment qualifier la relation entre Tristan et Eleyna.

Il enchaîna sur cette réplique qu’il avait surprise, parlant d’une quelconque faiblesse. Même si il était un dragon, les rituels de ses pairs ne l’intéressaient pas plus que ça mais il est vrai que c’était quand même très risqué. Eleyna s’était lancée dans une très longue réplique, suffisamment riche en informations pour permettre au dragon de comprendre… et surtout de ménager un peu le pauvre Drakkari qui en avait bien bavé même si il savait pertinemment que personne parmi ses congénères n’aimait être traité avec pitié… cependant, ce n’était pas très égal… et éviter que les coups partent un peu trop violemment… surtout que lui il pouvait très bien mettre dans un sale état n’importe quel dragon un peu trop imprudent. Alors, les informations étaient appréciables. Elle parlait de colère… alors que même si il l’avait frappé il n’était pas encore rentré dans une rage sans précédent. Peut être essayait-il de maîtriser ses pulsions ? Peut être tout simplement… savait-il que Cassidy n’avait jamais vraiment accepté sa part de dragon et donc qu’il était instable ? Peut être attendait-il beaucoup d’elle ? Mauvais contrôle de ses émotions… elle parlait de faiblesse physique également, ça lui semblait logique après tout. Le dragon souriait jaune dans sa tête… ça lui faisait beaucoup penser à Cassidy qui était incapable de progresser si Tristan n’était pas à ses côtés… pourtant la fillette, qui était sûrement une servante des divinités, lui avait bien dit que son pouvoir enfoui au fond d’elle était bien présent et extrêmement puissant. Et pourtant, elle ne l’utilisait pas correctement et n’y arrivait pas. Il se rappelait également que Tristan faisait des miracles quand elle était à côté de lui-même si… même si le futur n’avait pas été clément envers eux.

Alanir se frotta doucement le menton. Oh pour ça il regarda avec plus de douceur la capitaine, voulant certainement lui faire comprendre que même si ses pulsions de colère à lui étaient plutôt conséquentes, il n’essaierait pas de blesser sérieusement Tristan. Encore plus avec cette révélation. Elle lui parla alors du manque de sommeil, du fait qu’il aurait du devenir fou… et que c’était bien qu’ils soient revenus maintenant. Cassidy agissait-elle sur son état ? Rien n’était sûr sans réelle confirmation.

Alanir entrecroisa ses doigts devant son bol. Lui aussi voulait s’exprimer, rajouter des informations, peut être dire les signes d’espoir qu’il avait interprété. Malheureusement Cassidy en avait profité pour se lever et les rejoindre.

Elle avait défait sa tresse pour dormir et avait, encore une fois, les cheveux en pagaille. En même temps elle ne prenait pas vraiment soin d’elle-même. Alors qu’elle s’attablait en regardant sans réel entrain le petit déjeuner, Tristan arriva dans la pièce. Il s’était placé derrière elle en l’attrapant encore une fois par les cheveux. Elle semblait avoir comprit son intention puisqu’elle se redressa et le suivit docilement jusqu’au canapé du salon. Etrange son comportement alors qu’elle se laissait faire… puis se mit à manger quelques biscuits qui avaient été posés là. C’était comme si c’était quelque chose de naturel chez elle, comme si elle retrouvait un peu ces anciens goûts.

C’est lors d’une visite chez Maud que Alanir ressentit encore une fois une émotion particulière chez Cassidy. Il devenait important d’expliquer alors le pourquoi du comment. Si c’était plutôt encourageant, cela laissait le dragon perplexe, sachant pertinemment comment Cassidy était capable de réagir en cas de jalousie excessive. Il posa une question à Maud et l’écouta en silence. Ainsi donc, les humains profitaient également de la situation… il tremblait et le contenu de sa tasse décrivit des cercles tremblotants. La nature était tellement mal faite… montrant les crocs un instant puis inspirant profondément pour évacuer sa colère, il écouta Maud qui parlait de la relation entre Tristan et Cassidy. Pour lui, il est vrai qu’un dragon avait pas mal d’exigences, surtout quand on connaissait leur impulsivité, leurs émotions presque bestiales pendant l’acte… rien à voir avec les humains donc. Oui Maud le rassurait un peu et il fit un sourire très timide avant d’acquiescer d’un signe de tête tout en reposant la tasse sur la table basse en face de lui et regardant Maud avec beaucoup de sérieux.

- C’est vrai ! Vous… Broumphf ! Tu… tu as raison au sujet des dragons. Mais infidélité… pas vraiment comme chez les humains en fait. Nous avons des émotions plus proches des animaux que des humains et c’est pour cette raison qu’il est difficile de comprendre un dragon. Certes, un dragon ne se limite pas à une compagne forcément et les compagnes, plus soumises, se plient aux mâles dominants. C’est une question d’hormones… ça nous attire… ça nous pousse vers nos pulsions et notre odorat est bien plus développé que le votre. Alors forcément, nous ne réfléchissons pas, nous n’avons pas de morale, du moment que nous obtenons une satisfaction, nous sommes comblés.

Il croisa les bras tout en se recalant un peu mieux dans son fauteuil, se vautrant presque dedans tout en émettant un grognement peu appréciateur.

- Enfin je dis nous… mais je ne suis pas vraiment comme eux. Mis à part dans ma jeunesse, je me suis vite exclu des autres dragons alors… c’est différent pour moi. Mais il y a aussi autre chose… certains dragons revendiquent une femelle favorite. Une question d’alchimie sans doute… cela reste très rare, tout comme les naissances de dragon mais un mâle qui désigne sa femelle sera moins enclin à laisser les autres s’approcher d’elle. Comme défendre une possession. Et lorsqu’un autre tourne autour d’une femelle déjà « marquée » eh bien… le mâle se bat pour défendre sa propriété… c’est d’ailleurs assez violent et il n’est pas rare que les deux y laissent des écailles…

Quelle explication ! Maud n’en avait forcément pas besoin d’en savoir autant mais c’était peut être une façon pour Alanir d’échanger également sur leurs différences. Il se rembrunit un instant avant de froncer les sourcils.

- En voyant Tristan, en l’écoutant, j’ai cru que même si il devenait un peu plus dragon ça serait… différent des autres… je pense que j’en attendais un peu trop de lui. Vois tu même si un dragon a une femelle favorite, ça ne l’empêche pas de tourner à droite et à gauche en fonction de ses envies et la femelle n’a rien à dire. Je ne voulais pas en parler à Cassy mais la mettant un peu en garde qu’une fois qu’il aurait franchi ce cap, qu’une fois qu’il accepterait un peu plus cette partie de dragon… ses émotions allaient évoluées. Car nous ne fonctionnons pas de la même façon. Mais elle en avait peur… et je ne savais pas quoi faire pour la convaincre du contraire… enfin aujourd’hui j’en sais plus rien…

Etait-il en train de répondre à lui-même au comportement de Tristan ? Séducteur avec les autres mais… légèrement attentionné avec Cassidy ? Il secoua lentement la tête puis changea de sujet, un sourire se dessinant sur le visage alors qu’il repensait à une scène particulièrement intéressante.

- Quant à ce qu’éprouve Cassidy pour Tristan pendant leurs hem… jeux ? Eh bien… je ne sais pas comment décrire cette émotion mais depuis le temps que je la connait… elle est parfaitement comblée… suffisait de voir quand elle couchait avec ce gringalet d’Erwan, c’était totalement différent et une satisfaction vraiment ridicule à chaque fin… j’avais beau tenté de la persuader qu’elle ne pourrait pas remplacer Tristan et que ce petit jeune n’était pas pour elle mais… elle s’en contentait… fichue tête de mule quand même !

Bon… c’était quand même assez cru comme discussion mais voilà qui pouvait également un peu rassurer Maud au sujet de Cassidy même si la demoiselle jouait la fille effarouchée et toute timide à chaque fois.

Alors que ça discutait bien chez Maud, Cassidy semblait avoir des réactions bizarres. Surtout qu’elle n’avait pas vu le verglas dans la descente et qu’autre chose semblait suffisamment la troubler pour qu’elle n’y fasse pas attention. Mais déjà elle se redressait comme si la douleur ne se manifestait pas, comme si elle n’était même pas tombée et continua son chemin d’un pas vif… jusqu’à croiser le chemin de Tristan. Si au début elle s’était faite récalcitrante, la demoiselle fut bien contrainte de le suivre sans dire un mot, comprenant qu’elle n’aurait pas le dernier mot avec lui. Elle ne pouvait s’empêcher d’être curieuse à son égard. Pourquoi réagissait-il à la moindre de ses blessures ? Elle n’était qu’un outil non ? Un objet ? Il devrait l’ignorer ! Elle n’avait pas besoin… mais pourquoi se sentait-elle aussi apaisée quand il appliquait l’alcool sur ses blessures ? Oui elle ne pleurnichait pas, elle ne se crispait pas mais… une lueur bizarre passa dans les yeux de la demoiselle pourtant inexpressive. Elle tenta de le repousser alors qu’il insistait, parlant de l’importance pour lui, ce qui manqua de la faire basculer en arrière dans la fontaine justement. Léger tremblement qui agitait ses mains alors qu’elle le laissa faire puis haussa rapidement les épaules d’un air étrange, reprenant un peu trop vite son air inexpressif.

De ce qui se passa la journée suivante, autant de signaux d’alerte pour Alanir qui put voir de la peur… de l’incompréhension dans l’esprit de Cassidy. Il ne parla pas à Tristan quand ce dernier arriva pour arranger la situation avec les enfants, ce dernier semblant l’ignorer royalement. Il ne réagissait pas plus que ça, le soir où Cassidy revint avec un bracelet bien trop connu, jetant un léger regard sur celui-ci, machonnant un morceau de viande, l’air songeur.

Et puis il tenta quelque chose le soir même… depuis qu’elle était ici, Tristan avait réussi à la faire réagir. C’était peut être très mal venu de sa part de donner la petite demoiselle à ce Drakkari si désinvolte dont il ne savait rien de ces réactions. Mais c’est très discrètement qu’il jeta un coup d’œil au « couple » un peu plus tard et le dragon ne put s’empêcher de sourire un peu alors qu’il retournait dormir et pour une fois, la nuit n’était pas agitée par les hurlements de Cassidy.
C’était le lendemain matin que tout se bouscula alors qu’elle se retrouva fort surprise de se retrouver dans les bras de Tristan, elle-même ayant prit une position très… rapprochée dans son sommeil. Oh et pourtant au réveil elle se sentait bien… très bien même… apaisée… pas de cauchemars… s’en était même étonnant ! Pourtant elle reçut un choc en apercevant Tristan à côté d’elle et se dépêcha bien vite de retourner dans sa chambre… honteuse de se retrouver blottie près d’un homme qui avait très certainement une compagne même si elle ne connaissait pas grand-chose de Tristan.

Vers les coups de midi, alors qu’elle errait encore une fois sans but, une scène l’arrêta. Choc ? Pourtant il n’y avait rien grand-chose ? Et pourtant quelque chose grandissait en elle, quelque chose qui lui faisait peur, quelque chose qui n’avait pas le droit de se manifester ! Chamboulée, elle avait prit la fuite, sans savoir où aller, envie de se cacher, envie de se réveiller et c’est le contact de l’eau qui répondit à ses attentes. Mais elle ne savait pas nager, elle le savait alors c’était trop tard… ou pas !

Elle se réveilla d’un coup, cherchant à comprendre ce qui se passait, tremblante, tentant d’identifier l’inconnu qui l’avait extirpé de là. Pas même un merci pour le pauvre Tristan. C’était comme si elle cherchait d’abord à avoir des réponses à ses questions avant même de s’occuper de son état. Elle ne comprenait pas d’où venait cette rage alors qu’elle désirait vraiment être réveillée. Sa magie qu’elle maintenait plus ou moins se manifesta mais alors qu’elle allait continuer son manège, deux mains fermes l’empoignèrent, la forçant à se rapprocher de lui. Sa respiration était saccadée, son cœur battait trop vite mais elle s’immobilisa d’un coup, sentant un contact, une pression douce et protectrice alors que ses yeux s’ouvrirent en grand sous le coup de la surprise, fermant aussitôt la bouche. Ses muscles se détendirent, l’aura dorée autour d’elle perdit de sa puissance. Elle se concentrait uniquement sur les mots de Tristan sans comprendre grand-chose et pourquoi cela avait autant d’effet sur elle. Peu à peu, sa respiration se ralentissait, sa tête devint un peu plus lourde sur le torse de Tristan comme si elle se laissait faire, comme si c’était une manière de dire qu’elle se reposait un peu sur lui cette fois là.

Des mots… des simples mots… un nouveau flash dans sa tête alors qu’elle se faisait plus docile, plus calme, fermant paresseusement les yeux et ne voulant apparemment pas décoller de cette position. Il lui parla du froid qu’elle ne ressentait pas et avant même qu’elle ne s’exprime, il la souleva du sol comme si de rien n’était. Cassidy n’avait plus l’habitude d’être portée de cette façon mais elle avait retrouvée son air inexpressif puisqu’elle ne réagissait même pas, au fait qu’il la repose. La seule chose surprenante qui arriva, c’était au niveau des bras de la demoiselle. A vrai dire, elle ne savait pas où les poser… devant elle… au-dessus d’elle… et puis finalement, très instinctivement, elle les enroula autour du cou de Tristan comme si cela était le geste le plus naturel du monde. Fermant les yeux à la sortie, elle resta silencieuse mais… sa tête carburait de pensées, ça c’était sûr !

Il l’amena aux sources chaudes et encore une fois insista pour qu’elle se détende en quelques sorte. Docile, elle obéit… un peu trop bien, sans avoir l’envie de partir, le rejoignant… toute nue. Bah quoi ? Un an toute seule ça laissait des traces… même qu’Alanir avait certainement pu voir… et pas qu’une fois. Bah en même temps il la voyait en toutes circonstances non ?

Rentrant dans la cabine, elle se déshabilla lentement. Une brève émotion passa sur son visage mais une fois qu’elle fut sortie, plus rien ne passait sur son visage neutre. Pourtant ce fut Tristan qui réagissait en bredouillant des paroles comme quoi elle ne devrait pas être comme ça. Hésitante, elle resta nue devant lui, dévoilant son corps bien trop meurtri pendant cette année. La tresse de cheveux qu’il avait fait ce matin était mouillée mais tenait bien cependant. Elle semblait avoir prit un peu de muscles, du moins sans être trop dessinée, ça n’avait rien à voir avec avant où elle était toute fragile et malgré le fait qu’elle ne mange que très peu. En revanche, les nombreux coups de griffes qu’elle avait reçu, étaient autant de signes malheureux pour les yeux. On pouvait aisément deviner que le dragon qui l’avait attaqué avait vraiment été cruel, de profondes entailles se dessinant sur tout le corps de la demoiselle, marques en diagonales, des traces un peu noires par endroits. Comment avait-elle fait pour rester en vie alors qu’elle avait l’air d’avoir été littéralement déchiquetée dans tous les sens ? Il y avait également cette grande tache orangée au niveau de son ventre, toujours présente. Cela avait un peu une consistance épaisse. Il y avait également des sortes de petits cercles dans son bras droit, ou plutôt gros cercles, qui sous entendaient que le dragon avait certainement prit le bras de sa proie dans sa gueule avant de la secouer dans tous les sens pour la balancer plus loin. Effectivement c’était horrible… et rien n’avait pu empêcher cela.

Pourtant elle portait toujours autour du cou son pendentif, toujours avec cette chevalière qui pour une raison, ne la quittait pas, tout comme la bague. Elle le regardait curieusement alors qu’il s’approcha d’elle pour la forcer à rentrer dans le petit bassin, s’installant à côté d’elle. La jeune femme semblait perdue dans ses pensées, regardant la surface de l’eau jusqu’à ce qu’une voix attire son attention. Elle redressa lentement la tête sans comprendre un mot de ce qu’il disait. Des excuses… ne pas avoir été là… La jeune femme ouvrit lentement la bouche mais elle n’eut pas l’occasion de parler vraiment. Il y avait des petits contacts, comme cette main qui se posait sur sa joue puis se posant sur son autre main. Une drôle de lueur s’alluma dans les yeux de Cassidy.

Cependant, avant même de l’approfondir, une faiblesse s’empara d’elle alors que Tristan l’invita à sortir, mettre un peignoir et la conduire jusqu’à chez lui. Elle se laissa faire sans broncher, encore moins quand il la porta une nouvelle fois, passant nonchalamment ses bras autour de sa nuque alors qu’elle tentait de s’appuyer un peu plus sur lui… en fait elle paraissait lourde mais peut être était-ce parce qu’elle était complètement détendue ou pas vraiment stressée.

Il la déposa sur le lit et s’affaira autour d’elle. Mais alors qu’il semblait avoir terminé, la main de la jeune femme s’agrippa avec une vivacité très surprenante sur la manche de Tristan. Elle semblait le dévisager, lentement, serra un peu plus sa prise et ne broncha même pas lorsqu’il s’allongea à côté d’elle et ferma les yeux. Le contact avait l’air de lui faire du bien puisqu’elle en profita pour se blottir davantage contre lui, poussant un léger grognement de satisfaction alors qu’elle enfouissait sa tête dans son torse, apaisée, calme.

Alanir venait de finir sa sieste au soleil et n’avait pas entendu les deux jeunes gens rentrer dans l’appartement. Il s’étira très longuement avant de cligner des yeux et de se diriger vers l’intérieur, sûrement pour chercher de quoi grignoter. Mais en passant dans le couloir, il sentit sa botte s’enfoncer dans une flaque d’eau. Louchant un instant, il regarda le sol pour voir plusieurs trainées qui menaient à la chambre de Tristan.

Très lentement, il passa la tête dans l’entrebaillement de la porte et le spectacle le laissa… muet. Il ne resta pas seul longtemps, mitigé par l’attitude de Tristan, très vite rejoint par Eleyna qui regardait aussi ce qui se passait avant de l’entraîner sur le balcon. Il obéit docilement et regarda l’horizon, sans trop savoir comment réagir après avoir vu ça… Cassidy avait l’air bien… comme la fois où il l’avait laissé sur le canapé. Il empoigna la rambarde en écoutant Eleyna. Elle lui parlait de la bague, il se crispa un instant, en colère, avant qu’elle n’explique qu’il y avait une raison et qu’il conservait quand même sa bague. Moui… draguer les autres femelles était-ce une bonne raison ? Cela le laissa dubitatif. Puis elle aborda l’idée de les laisser dans une caverne pour qu’ils puissent… se réchauffer. Il ouvrit la bouche et s’étira une nouvelle fois.

- Pas mal mais… faudrait trouver une caverne fermée… trop flagrant non ?

Il baissa lentement la tête.

- T’as raison y a des signes… elle… elle dort mieux… à côté de lui… et elle ne fait pas de cauchemars… quand on était là bas, c’était tous les soirs qu’elle hurlait… là… enfin je sais pas… j’espère juste… qu’il n’y a rien… qu’il ne profite pas… enfin je sais plus quoi penser de lui en fait ! Parfois on a envie de taper ce petit crétin et d’autres fois…

Il redressa lentement la tête, plongeant son regard rougeoyant dans celui d’Eleyna, une drôle d’expression sur le visage.

- On ne peut que… l’admirer… garder un côté humain après ce qu’il a subi lui aussi… c’est pas si simple que ça…

Alanir resta ensuite bien silencieux, les compliments ne faisaient pas parti de son vocabulaire, surtout pour ce Drakkari.

Un moment passa avant que Cassidy ne décide de se réveiller. Elle grogna très légèrement puis cligna des yeux en se voyant contre quelqu’un. Relevant lentement la tête, elle reconnut Tristan. Une nouvelle lueur passa sur son visage mais elle ne se déplaça pas, ne bougea pas, l’observant tout simplement en train de dormir. Il finit par se réveiller à son tour et le jeune homme put identifier quelque chose de… nouveau. Si un œil humain n’aurait pas saisit la différence, lui en était capable. C’était encore trop fin pour être totalement visible mais il semblerait que la cicatrice qu’elle portait à l’œil se résorbait un peu. Un tout petit peu mais… c’était quand même le cas. Elle resta allongée alors que Tristan finit par sortir de la pièce, la laissant certainement reprendre ses esprits.

Le repas fut bien calme même si Cassidy jetait parfois de brefs regards à Tristan, très rapidement mais visibles quand même.

Une nouvelle soirée passait, où chacun vaquait à ses occupations.

Le lendemain matin c’était presque une journée ordinaire. Tristan s’occupait toujours de Cassidy quand elle arrivait, avec un peu plus d’insistance. C’était devenu presque naturelle alors qu’elle s’asseyait sur le canapé tout en mangeant les biscuits qu’il avait encore laisser là. Elle se permit même de lui dire merci avant de s’éloigner et de sortir de l’appartement.

Tristan était parti s’appuyer sur le balcon cette fois encore et il fut rapidement rejoint par Alanir qui arriva dans son dos une nouvelle fois. Il hésita un instant puis ouvrit la bouche pour parler.

- Tu me détestes ?

Inutile d’attendre une réponse. Pourtant le dragon avait beaucoup réfléchi pendant cette nuit. Il ne savait pas si cela allait aider ou pas mais Tristan avait besoin parfois d’un petit coup de pouce et il en restait persuadé.

- Trois mois… Cassy était inexpressive pendant trois mois… je n’ai jamais rien pu faire pour la sortir de son état… je n’ai jamais pu ressentir ses émotions et pourtant…

Il se tourna très sérieusement vers Tristan, le vent flottant dans ses cheveux alors qu’il croisa les bras devant lui.

- Il t’as même pas fallu quelques jours pour qu’elle réagisse… à ton contact. Si tu as l’impression qu’il ne se passe rien chez elle tu te trompes. Curiosité… trouble… colère… peur… et… jalousie… ses émotions…

Alanir était toujours aussi maladroit pour s’exprimer, cependant, il tapota doucement l’épaule de Tristan, d’un geste plus amical qu’agressif avant de tourner les talons, s’arrêter net à nouveau et se tourner un instant vers lui sans le regarder.

- Ah et dernière chose… ça ne se voit pas non plus mais… elle se soucie de toi également.

Puis il repartit à l’intérieur, réfléchissant à son programme de la journée.

Cassidy était assise au dessus de la cascade, surplombant la cité. Les cheveux flottant dans le vent de sa grande tresse dorée, elle avait les yeux fermés et semblait méditer tranquillement, faisant le vide dans son esprit. Cela l’apaisait, cela lui faisait du bien, après tout ce qu’elle avait vécu ces derniers temps. Elle pressa ses mains l’une contre l’autre puis sentit une présence derrière elle. Inutile de savoir qui ça pouvait bien être… Tristan.

Il s’installa à côté d’elle, en silence, sans dire un mot, voulant peut être lui tenir compagnie. Sans qu’il ne s’y attende, la demoiselle ouvrit la bouche pour parler même si c’était incohérent et maladroit.

« Merci pour hier… c’était… gentil de ta part »

Elle baissa lentement la tête, hésitante sur ses mots, sur ses paroles.

« Depuis… que je suis revenue ici… y a… des choses bizarres… mais surtout une en particulier qui ressort. Je me rappelle… je me rappelle avoir donné une promesse à quelqu’un… de ne jamais l’abandonner… de ne jamais le laisser… et alors qu’il y avait un évènement très important pour lui… je n’étais même pas là… pour l’encourager… le soutenir… je n’aurais pas du… j’ai l’impression qu’il m’en veut. Ca ne devrait rien me faire mais c’est pas le cas… »

Cassidy serra ses mains l’une contre l’autre, tremblante, les yeux cette fois embués de larmes comme si le simple fait de se rappeler ce souvenir douloureux lui faisait du mal et tous les regrets qu’elle éprouvait.

« Je n’avais pas le droit d’être comme ça… je n’ai pas le droit d’avoir des émotions… humaines parce que mon rôle est tout autre… mais je m’en veux surtout… de ne pas avoir tenu cette promesse. »

Les larmes semblaient couler le long de ses joues alors qu’elle regardait le ciel. Il faisait froid et Tristan avait apporté une veste pour la poser une nouvelle fois sur ces épaules, elle la petite mage qui ne ressentait plus le froid.

« Je ne peux m’empêcher de penser où il est… ce qu’il fait… si je ne l’ai pas entraîné vers sa chute… mais je pense que toutes les excuses du monde ne suffiraient pas à me racheter… à réparer cette promesse… »

Un rire nerveux sortit de sa bouche.

« Je ne sais pas pourquoi je te racontes ça à toi mais… ça fait un peu de bien d’en parler… »

Elle le regarda un instant, toujours cette drôle de lueur dans les yeux noisettes, quelques mèches se détachant de la longue tresse.

« Et puis c’est bizarre mais tu me fais penser à lui ! »

La demoiselle n’ouvrit plus la bouche, laissant un Tristan complètement perplexe et choqué par ces révélations. Elle s’était exprimée… pour la première fois… sur ses émotions. N’était-ce pas encourageant même si elle n’avait pas l’air de se rendre compte de l’étrangeté de cette situation. S’étirant un moment, elle reposa sa main sur la pierre… ou plutôt sans faire exprès, elle l’avait posé sur celle de Tristan. Son regard parcourut son bras pour regarder leurs mains avant de détourner vivement la tête, ses joues commençant à prendre une teinte un peu plus rouge alors qu’elle semblait prendre une meilleure position, sans pour autant enlever sa main de la sienne, regardant toujours l’horizon.

Même avec cette révélation, Tristan ne se montra pas plus distant pour autant. Il semblait même se rapprocher peu à peu d’elle et la demoiselle avait l’air de plus en plus d’apprécier sa compagnie. Ses yeux noisette qui prenaient un drôle d’éclat quand il se faisait plus attentionné, les muscles de sa bouche qui bougeaient légèrement quand il ramenait ses biscuits favoris. Elle était également très maladroite, tournant la tête pour l’observer parfois et trébuchait sur le sentier alors qu’il courait à son secours pour l’aider. Elle ne le touchait pas vraiment mais certains de ses gestes laissaient vraiment croire que la barrière était mince. En plus, elle retrouvait quelques couleurs. Bref, le changement était vraiment présent.

Egalement la nuit, elle dormait mieux. Sauf que le lendemain, un drame se produisit.

Après avoir passé un peu de temps ensemble le matin, Tristan s’était éclipsé et Cassidy… bah elle marchait comme à son habitude dans la ville, certainement pour aller à son coin préféré avec l’intention de méditer. Le jeune homme avait été réclamé à une des nombreuses cavernes qui se trouvait autour de la cité. En effet, on avait détecté un risque d’éboulement à cet endroit là, quelques pierres étaient déjà tombées et les hommes avaient besoin de récupérer leurs outils, étant donné qu’ils exploitaient cette caverne pour les minéraux qu’elle leur apportait et servaient pour la prospection. Le jeune homme s’était plié de bonne volonté dans cette tâche.

Cependant, un gros morceau se détacha de l’entrée alors que certains hurlaient de reculer. Il y avait encore un jeune, paralysé par la peur. Tristan n’avait pas eu le choix. L’attrapant par le bras, il l’avait balancé à la sortie, se sacrifiant à sa place, prêt à recevoir tout l’éboulement sur lui dans un grondement assourdissant. Il n’aurait certainement pas le temps d’agir à cette vitesse là. Mais quelque chose ne le laissa pas seul.

Une petite silhouette s’était matérialisée à ses côtés avec une rapidité déconcertante qu’elle ne pouvait que s’être téléportée. Elle attrapa la main de Tristan pour l’attirer un peu plus en arrière dans la caverne, mais juste d’un pas. Des yeux qui passaient au doré alors qu’elle prononça un mot bizarre tout en tendant la main vers le plafond et serrant fermement la main de Tristan sans pour autant lui broyer, comme pour le forcer à rester tranquille. Une sorte de dôme lumineux se forma autour d’eux et les morceaux de roche ne firent que de glisser d’un côté et de l’autre. Malheureusement, cela reboucha l’entrée justement, les plus gros recouvrant la lumière, les bloquant de l’extérieur, les laissant dans le noir complet.

Une fois que l’éboulement s’arrêta, Cassidy arrêta son sort puis ferma les yeux pour retrouver une couleur plus ordinaire avant de se tourner vers Tristan, le visage inquiet même si elle ne voyait absolument rien dans le noir… contrairement à lui.

« Tu… tu vas bien ? »

Alanir n’avait pas tort… elle se souciait réellement de lui et le manifestait encore plus dans le noir quand on ne pouvait apparemment pas la voir. Elle n’attendait qu’une réponse de sa part avant de reprendre une voix un peu plus monocorde en déclarant qu’ils allaient attendre qu’on débouche le passage pour eux, que c’était un peu risqué de tout faire de leur côté.

Alors qu’elle levait les bras devant elle, certainement pour aller s’asseoir dans un coin en attendant, elle se « heurta » à quelque chose… tiens du tissu ? Oh… un bras… elle était en train de profiter un peu là non ? Apparemment pas, puisqu’en se rendant compte de son erreur elle s’excusa bien rapidement et continua son chemin… pour trébucher contre une pierre. Bien entendu il la rattrapa et l’aida à s’asseoir.

S’ensuivit alors un long moment… très calme… trop calme… mais comme Tristan voyait plus dans le noir qu’elle, il eut tout le loisir d’observer de nouvelles expressions sur le visage de Cassidy. De l’inquiétude… de la peur… elle semblait également chercher dans quelle direction il se trouvait et tatonnait le sol avec sa main avec un peu trop d’innocence pour être réellement… sans objectif. Lui, avait l’air de comprendre qu’elle avait froid ou plutôt le ressentait-il car il se rapprocha d’elle et la prit dans ses bras pour la réchauffer. Un rire crispé sortit de la bouche de Cassidy.

« Dis… c’est tous les Drakkaris qui sont chauds comme ça ou c’est juste toi ? »

Manière peut être de détendre l’atmosphère même si c’était très étonnant de sa part. Il n’empêche, être dans les bras de Tristan, ce n’était pas si désagréable que ça… le pire c’est qu’elle se rappelait de ce genre de contact… comme dans un rêve… comme si elle l’avait déjà ressenti… mais savait que ce n’était pas bien. Pourtant elle ne bougea pas et se cala même un peu plus contre lui. Elle l’aimait bien oui… il avait une odeur apaisante… elle pouvait sentir son cœur qui battait dans sa poitrine, l’oreille collée contre son torse, à moitié assoupie alors qu’elle se balançait gentiment. Elle semblait vraiment bien détendue, ses muscles se décontractaient même si elle restait toujours attentive à ce qui se passait.

Se parlèrent-ils durant tout ce temps ? Ca eux seuls pouvaient le savoir…

Cependant de l’autre côté, c’est une Eleyna et une Maud perplexe qui se rendirent près d’Alanir pour comprendre pourquoi il y avait eu un éboulement et si c’était pas lui le responsable. Le dragon ouvrit la bouche grande comme une carpe avant de faire des mouvements très bizarres, agitant les bras dans tous les sens, apparemment pas du tout au courant de ça. Ou peut être une danse tribale…

- Quoiiiiiiii ? Mais… mais non ! J’ai rien fait moi ! J’étais juste en train… Broumphf ! C’était Helëne qui voulait me faire goûter des crêpes et puis… et puis… elles étaient bonnes les crêpes en fait… avec du chocolat… et de la confiture aussi… mais c’est tout ! je le jure ! j’ai rien fait !

Marrant de voir un dragon rougir et balbutier de la sorte. Mouais la danse des crêpes… Surtout avec les taches de chocolat autour de sa bouche, qui le rendait encore plus adorable.

Finalement Tristan et Cassidy furent dégagés de là mais ni l’un ni l’autre n’avait envie de raconter ce qui s’était passé à l’intérieur… même si décidément le côté inexpressif de Cassidy était en train de… disparaître petit à petit.

La fin de la journée se passa sans accident supplémentaire mais apparemment, on prenait un malin plaisir à jouer avec les deux jeunes gens.

Cette fois Cassidy avait décidé de changer d’endroit pour méditer. C’était dans un coin où se trouvait de multiples jardins, des fleurs entretenues avec amour, un bel endroit magique et féérique un peu à l’écart des habitations. Elle était assise sur un banc sous un arbre et portait une tunique un peu décolletée ce jour là, toujours trouvée dans la garde robe de la chambre de Tristan. Son pendentif avec sa chevalière reposait fièrement sur le dessus, ne se gênant pas pour le mettre à la vue de tout le monde… ou s’en fichant peut être. Les yeux fermés, elle ne faisait attention à rien mais… une sorte de petit couinement la fit sortit de son état… ou plutôt la sensation qu’on lui retirait quelque chose.

Cassidy ouvrit les yeux d’un coup pour apercevoir une sorte de tout petit singe sautillant d’une patte sur l’autre devant elle et portant… son pendentif autour de son cou. L’expression si neutre de la demoiselle passa à la colère… grosse colère alors qu’elle montrait les crocs et ne semblait pas, mais alors pas contente du tout !!

Elle se redressa d’un bond, tendant la main en avant.

« Heeeep ! Rends moi ça tout de suite ! »

L’espèce de singe lui montra son derrière, la provoquant, puis détala dans les allées des jardins, une Cassidy furieuse qui hurlait sur ses talons. Il passait dans des buissons, zigzagant sur les sentiers et surtout l’entraina vers une allée où les fleurs exotiques étaient très… spéciales. Cassidy les écartaient de ses bras alors que de la fumée multicolore se projeta en l’air, atterrissant sur la demoiselle qui s’en fichait, un seul objectif en tête dans son esprit.

La poussière retomba sur elle, la colorant de rouge, de violet, de vert… un véritable arc en ciel alors qu’elle faisait ressortir ses crocs, rendant la situation encore plus comique à ce qu’elle n’était déjà. Elle se mit à rugir, passa sous des branchages, ce qui compléta le tableau en la parant de petites feuilles dans ses cheveux et sur sa tenue. Le singe sauta alors sur une personne de grande taille qui était le dos tourné, pour atterrir… sur sa tête. L’homme surprit se retourna en entendant un rugissement dans sa direction, suivi d’un beau « JTE TIENS SALE PETIT VOLEUR ! »

Ses yeux étaient passés au doré un très court instant alors qu’elle fit un saut… pas vraiment humain mais plus félin, plongeant sur le malheureux qui tomba à la renverse sur le dos et qu’elle attrapa le petit singe avant de décrocher le pendentif et le remettre à son cou, à cheval sur « l’inconnu » et grondant le farceur.

« C’est très important pour moi cette chevalière alors pas touche ! T’as pas intérêt à revenir me la piquer sinon je te transforme en hamster ! »

Le singe partit en couinant, n’écoutant pas ses avertissements. Cassidy soupira… tellement expressive quand ça lui tenait à cœur oui… surtout une personne qui ne perdait pas une miette de ce qui se passait… dans une position des plus troublantes mais avec une magnifique vue sur le décolleté en question. Elle était bizarre la jeune femme. Ses cheveux avaient prit une couleur rouge et orangée, ses joues et son décolleté étaient teintées de bleu et de vert, sa tenue d’une poussière rosée et ses mains et bras jaunes… un vrai clown !

Lorsqu’elle se concentra sur l’homme, voulant apparemment s’excuser, la surprise qui se lisait sur son visage était parfaitement visible alors qu’elle ne bougeait pas pour autant, paralysée certainement. Il avait atterrit dans un coin d’herbe douillet, alors heureusement il n’avait pas pu se faire bien mal. Elle dévisageait lentement Tristan… un peu confuse… puis fit un geste improbable.

Lentement, elle porta ses mains aux joues du jeune homme, avec énormément de lenteur, puis posa ses paumes de main fraiches sur ses joues, comme si elle cherchait… à se rappeler de lui… Elle resta un instant immobile, silencieuse, caressant doucement ses joues même si elle lui étalait de la poussière jaune dessus. Après un moment, elle fronça les sourcils et étira ses joues, au niveau de ses marques dorés, le pinçant un peu au passage.

« Dis donc toi ! C’est de la peinture ça ?! C’est pour faire Drakkari sauvage ? »

C’était peut être pas très gentil mais elle ne lui laissa pas le temps de répliquer, de riposter. En effet, un mince sourire venait de s’étirer sur les lèvres de la jeune femme alors qu’elle passa avec beaucoup de douceur, comme avant… comme quand ils étaient encore ensemble… sa main dans les cheveux rouges et noirs du jeune homme. Un sourire…

« Mais… ça te va bien… »

Difficile de savoir si elle parlait des marques qu’il avait ou des cheveux. Malheureusement, si Tristan réagissait… ou pas… il n’en eut pas l’occasion. Car en effet Cassidy venait de redresser sa tête, elle qui était si proche de lui et grimaça en sentant un bourdonnement dans ses oreilles alors que sa tête devenait de plus en plus lourde.

« Gnnn… dodo… »

Sans se rendre compte de ce qui lui arrivait, elle ferma les yeux et se retrouva couchée sur son torse, endormie. La suite elle n’en sut rien… mais elle se retrouva sur le lit avec un Tristan qui voulait apparemment qu’elle se lave alors qu’il insistait pour la conduire à la salle de bains.
Elle grogna un moment mais s’exécuta quand même en le suivant, prenant la peine de se déshabiller devant lui à côté de la douche, sans aucune gêne. Si ce n’était que lui voulait apparemment s’occuper d’elle ou du moins l’aider. Sa drôle de tête fit rire bien du monde en tout cas.

Le jour d’après, elle se réveilla alors qu’elle entendait Maud parler avec animation à Eleyna. Apparemment elle avait prévu d’organiser une fête, une petite réception dans une des salles de fête de la cité pour fêter l’arrivée de l’hiver. Jetant un coup d’œil à la fenêtre, Cassidy put voir les premiers flocons qui tombaient dans le ciel. La demoiselle s’étira lentement, baillant un coup, cherchant à remettre de l’ordre dans ses idées. Un pincement au cœur alors qu’elle sortit de la chambre pour les rejoindre. Elles se tournèrent vers elles, souriantes et enjouées.

- Ah Cassy tu tombes bien !
- On organise une petite fête ce soir et puis on pensait que ça serait bien dommage que tu restes dans cette… tenue
- Oui on va s’occuper de toi ce soir et puis je suis sûre que ça ferait plaisir à Tris’ !


Cassidy les dévisagea lentement puis se mit à rougir en entendant le surnom du Drakkari. En échange de regard complice entre les deux femmes victorieux se fit visible alors que Cassidy ne parlait assurément pas. Maud prit les mains de Cassidy pour l’entrainer chez elle, suivie d’Eleyna, déclarant qu’il y avait plein de choses à faire.

Pendant toute la journée on s’occupa d’elle-même si Maud déclarait qu’elle n’avait évidemment pas le talent de Tristan pour ce genre de choses. Que ce soit maquillage, tenue, coiffure et mêmes recommandations, Cassidy eut droit à la totale. Elles s’amusaient beaucoup à lui faire essayer de nombreuses tenues, des accessoires, chacune y mettant de son grain de sel, chuchotant parfois à voix basse pour trouver LA tenue qui ferait craquer Tristan. Décolleté mais pas trop, souligné la taille… sans laisser apparaître ces horribles cicatrices… et puis les chaussures… bracelets… tout devait être parfait …

Elles avaient complotées pour que Tristan et Cassidy se rejoignent à un endroit bien précis, un peu éloigné de la salle de fêtes mais dans un endroit très romantique. D’ailleurs le jeune homme avait reçu une lettre… de la part de Maud même si elle l’avait fait écrire par une main inconnue pour le stratagème qui l’invitait à se rendre à cet endroit à 19 heures pour démarrer la soirée et en insistant bien qu’il ne le regretterait pas. Dire à Cassidy de se rendre au même endroit, à la même heure, était un jeu d’enfant puisqu’elle ne broncherait pas.

Il leur fallut une bonne journée pour préparer la demoiselle et le soir commençait déjà à arriver même si la neige était toujours présente et tombait, recouvrant la cité et ses habitants joyeux sous un épais manteau blanc.

Cassidy semblait beaucoup plus nerveuse que d’habitude alors que Maud lui donnait les dernières recommandations tout en lui mettant une cape sur les épaules pour qu’elle ne prenne pas froid. La jeune femme parfaitement présentable, tenait un petit paquet carré dans ses mains, qu’elle avait fait un peu plus tôt dans la journée, quand Maud et Eleyna étaient parties dans un coin pour écrire ladite lettre à Tristan. Pensive, elle tremblait un peu alors que les deux dames tentaient de la rassurer, lui donnant le lieu de rendez vous.

La jeune femme marcha lentement, serrant le petit paquet dans ses mains, même si elle ne semblait pas vraiment expressive. Les gens se préparaient à rejoindre cette fête apparemment et certains étaient plus enthousiastes que d’autres, parlant de la musique, de la nourriture… surtout les femmes qui gloussaient en regardant les garçons qui passaient.

Cassidy avançait lentement, jusqu’à arriver à la place centrale. Elle se trouvait encore un peu éloignée du lieu de rendez vous. Cependant, une conversation entre plusieurs filles, la firent se figer sur place. Apparemment elles étaient en grande discussion sur Tristan, le beau et séduisant jeune homme, et elles ouvraient les paris pour savoir qui aurait l’honneur d’attirer son attention ce soir… qui ramènerait le jeune homme chez elle.

La petite mage se crispa en entendant ces paroles. Pourquoi ?! Ca ne devrait rien lui faire pourtant… Elle resta fixe, continuant d’écouter le reste de la conversation. Tristan par ci… Tristan par là… Tristan… bon au lit ? Quelque chose résonna dans sa tête comme un coup de gong. Elle grimaça et se tint la tête… Dans son esprit embrumé, une image… une seule… deux jolies amazones qui tenaient exactement le même discours… deux jolies femmes qui échangeaient leurs avis sur Tristan. Ca faisait mal… très mal…

Ce qu’elle tenait dans la main glissa et un bruit de verre brisé résonna sur le sol marbré de la place de la cité. Elle avait du mal à entendre… elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Une dame bienveillante qui avait vu le début de malaise de Cassidy tenta de l’appeler, de lui poser une main apaisante sur l’épaule pour voir si elle allait bien.

La demoiselle se mit à hurler de rage en montrant les crocs et recula de quelques pas, tendant la main en avant comme pour chasser quelque chose de son regard. L’aura destructrice se forma autour d’elle et une traînée dorée partie de sa main en ligne droite. Beaucoup trop grande, beaucoup trop dangereuse, elle trainait jusqu’au sol. Un énorme jet de lumière passa sur la fontaine, la brisant au passage, dégommant le sol marbré et vint exploser une caisse qui trainait juste en face.

Gros silence dans la foule qui la dévisageait, qui murmurait… chuchoter… des mots dans sa tête… mage corrompue… folle… qui résonnaient… qui la rendaient folle. Elle devint menaçante, la respiration haletante, très pâle.

« N’APPROCHEZ PAS DE MOI ! »

On la trouvait bizarre, elle recula un moment, un bruit de verre explosa d’une fenêtre. Des enfants pleuraient, certains criaient, surpris par ce qui se passait.

Cassidy tourna les talons et courut loin de tout ce monde… loin de lui. Pourquoi ? Pourquoi ça lui faisait aussi mal… Qu’est-ce qui allait pas dans sa tête ?

Tristan avait du accourir, en entendant les bruits de magie, qui ne passaient pas inaperçus. Alanir arrivait également. Apparemment le dragon était déjà à la salle de réception. Il avait d’ailleurs revêtu un costume d’humain qui lui donnait des allures plus nobles et regarda Tristan avec beaucoup de surprise, ne comprenant pas la situation.

- Cassy n’était pas avec toi ? Elle devait te rejoindre ?

Il se figea sur place alors que sa peau devenait transparente, devenant aussitôt très pâle. Murmurant quelques mots pour lui-même mais aussi à l’attention de Tristan.

- Elle s’est enfuit…

Puis le dragon se volatilisa dans les airs devant tout le monde.

Très loin de là, Cassidy était effectivement en train de fuir la cité. Des larmes glacées tombaient le long de ses joues… son aura avait disparue mais elle était un danger… elle représentait un danger… elle ne pouvait pas rester ici… elle risquait de faire du mal aux humains et ce n’était pas ce qu’elle voulait. Elle pouvait blesser quelqu’un… non décidément sa place n’était pas ici… elle ne se contrôlait pas, elle n’arrivait plus à se contrôler.

Passant à travers les arbres et buissons, son visage se faisait griffer, elle mettait les bras en avant mais cela ne servait qu’à déchirer la magnifique robe bleue de princesse que Maud lui avait confectionnée. Elle se coinça un moment sa cape dans une branche, manquant de s’étouffer et la retira tout en continuant à courir, loin d’ici, loin de ce monde.

Sa robe se déchirait au passage un peu plus alors qu’elle trébuchait plusieurs fois, sortant de la forêt pour aller beaucoup plus loin. Très mauvaise idée puisqu’en passant près d’un buisson, elle réveilla une horde de corbeaux en colère qui l’attaquèrent alors qu’elle étouffa un cri, emmêlant ses cheveux alors qu’elle se recroquevillait sur place. Heureusement ils finirent par la laisser tranquille… mais.

Un grondement sinistre résonna dans le ciel. Elle se redressa lentement et ce qu’elle vit la paralysa sur place. Le dragon rouge… celui qui l’avait si froidement amoché, l’avait retrouvé… en même temps avec sa magie instable… c’était très simple.

Elle hurla de terreur et recula, incapable de faire quoi que ce soit. Trébuchant contre une roche, elle tomba par terre, s’effritant les paumes des mains. Cette fois… elle n’en réchapperait certainement pas.


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Ven 16 Mai - 22:45

Etrange petite demoiselle torturée.
Torturée, elle l’avait été, de trop de manières, trop longtemps, trop intensément. Que restait-il aujourd’hui d’elle à part une coquille vide ? Alanir voulait l’aider à redevenir elle-même à travers le lien qui l’unissait à son fiancé. Mais y avait-il seulement quelque chose à récupérer ?
Elle et son dragon évoluaient dans ce lieu plein de vie et d’humains qui les accueillaient avec plaisir. Si ceux-ci étaient refroidis et inquiets du manque de vie de la demoiselle, ils étaient heureux de faire la connaissance de cet étrange Drakkari curieux de tout. Enfin surtout les jeunes femmes étaient heureuses ! C’était un plaisir pour les yeux que cet homme là. Maladroit dans son humanité qu’il découvrait tout juste grâce à Cassidy, encore plus du moins au contact de tant d’humains, adorable dans ses paroles, craquant physiquement, il plaisait beaucoup, même aux enfants qui l’accueillaient avec ravissement, y découvrant un nouveau compagnon de jeu ! D’ailleurs même après l’accident du ballon et de la magie de Cassidy, ils invitèrent souvent le Drakkari à venir jouer avec eux, lui parlant de nombreux, très nombreux jeux, très heureux de pouvoir lui en apprendre plus. Il est vrai que sur les amusements, ce n’était certainement pas Cassidy qui avait pu lui en apprendre quelque chose !

Alanir était effectivement parfaitement accepté dans la petite communauté. En particulier par Maud et Eleyna qui étaient devenues vraiment complices dans leurs plans divers pour rabibocher le petit couple. D’ailleurs Maud s’amusait beaucoup à taquiner la capitaine qu’elle avait tout loisir de se rincer l’oeil sur les deux Drakkaris à toute heure de la journée. Elle avait raison d’ailleurs mais était-ce utile de le préciser ?
Le Drakkari/ dragon et la capitaine échangeaient pas mal aussi. Autour des deux protagonistes qui les intéressaient. Elle lui avait appris pour la fragilité actuelle du jeune homme même si elle ne semblait pas elle-même capable de la cerner à cet instant. Elle parlait aussi de son sommeil retrouvé grâce à Cassidy. Etait-ce un hasard ? Qui croyait encore au hasard dans l’entourage de ces deux-là ? Plus guère de monde en réalité.
Parler leur faisait du bien à tous les deux.

Il y avait eu aussi la conversation avec Maud. Celle-ci avait très surprise par toutes les révélations d’Alanir bien que très malheureuse d’apprendre tout ceci qui décidément n’étaient pas de bonnes nouvelles. Ainsi, Tristan agissait comme ses pairs ? Il avait peut-être désigné la petite mage comme sa préférée mais il continuait de satisfaire ses pulsions ailleurs ? Etait-ce donc ça la finalité ? Alanir avouait s’être attendu à autre chose et elle comprenait parfaitement de quoi il parlait. Elle aussi était profondément déçue du comportement du jeune homme. Après tout, il était fou de Cassidy. Pourquoi diable renoncerait-il à cela ? Pour devenir plus fort et la protéger de lui-même, de son double venu la tuer ? Sans doute… mais de là à se perdre totalement au passage ? C’était tellement malheureux et le dragon en face d’elle avait beau dire qu’il ne savait trop comment la prévenir, elle n’avait aucune réponse à lui donner. Parce qu’il n’y en avait aucune. Il était adorable de se préoccuper autant de la petite mage mais comment pouvait-on annoncer à une personne que l’être aimé, une fois changé, n’aurait plus que des pulsions pour ressentis et qu’elles seraient assouvies autant par elle que par les autres ? C’était bestial… Juste…. bestial. Elle soupira, se prenant la tête entre les mains, maudissant mentalement les dragons et Tristan. Elle se souvenait avec quelle férocité il avait déclarer l’aimer plus que tout. C’était un tel gâchis. N’était-il même plus capable d’aimer au final ?

Alanir avait alors enchainé sur un terrain un peu plus léger et apaisant, mais aussi assez suggestif, parlant à son tour des ébats du jeune couple, de l’ancien couple plutôt. Il fit mal de parler d’Erwan néanmoins, Maud pâlissant légèrement avant de baisser les yeux tristement.

- Dans un sens… C’est bien de savoir que c’était mieux avec Tristan… Est-ce qu’elle le lui a dit ? Il a beau être responsable de cette histoire, je sais que ça l’a démoli et qu’avant de changer, même s’il ne disait rien, il n’était pas encore remis. J’avais peur que ça le change en mal, il détestait Erwan… J’ai appris qu’il travaillait toujours à l’Académie… je n’ose même pas imaginer comme il a dû souffrir de les voir l’un près de l’autre. Il est tellement jaloux et possessif… et en parler à Cassy n’était pas possible. Elle aurait culpabilisé… Alors qu’elle n’y est pour rien. C’est malheureux;.. parfois j’en viens à douter. On dirait que tout… tout les éloigne l’un de l’autre.

Elle se reprit en secouant la tête. Après tout, ils n’étaient pas là pour juger de si ça valait réellement le coup ou non mais pour les rabibocher et là, il y avait du boulot… même si de son côté, Tristan semblait plus proche, enchainant de petites attentions anodines.

Il y avait eu leur première nuit ensemble et le réveil brutal par la demoiselle et subi surtout par la demoiselle. Il y avait eu l’accident de la jeune femme et le secours d’un certain Drakkari pas si indifférent finalement. Le simple contact d’une étreinte avait calmé la magie qui s’emballait, deux bras rassurants autour d’une petite demoiselle meurtrie et chamboulée, qui hurlait des paroles incohérentes. Il l’avait soulevée de terre, la portant tout contre lui pour remonter à la lumière, un frisson courant sur sa peau quand les mains froides de la demoiselle avaient effleuré sa nuque pour se nouer autour de celle-ci.
Peu après, ils étaient au chaud dans les bassins après une scène mignonne mais intimidante. Une demoiselle totalement nue, pas du tout pudique, seule face à un homme qui à l’origine était le moins pudique des deux. Il l’avait rapidement soustraite à son propre regard en l’entrainant dans l’eau mais ses yeux s’étaient quand même posés sur elle, remarquant sa peau légèrement bronzée par ses entraînements en pleine air pendant une année, remarque son corps mince devenu si ferme et galbé par lesdits entrainements. Il s’était mordu la langue. Il valait mieux ne pas sortir tout de suite, non… Il valait mieux… qu’elle se mette dans l’eau.
Légers contacts, à peine, doux, rassurants, amicaux, ou plus peut-être, bienveillants.
Ils avaient encore dormi ensemble peu après et il avait mis du temps avant d’ouvrir les yeux, fixant ses iris noisette sans ciller, un léger sourire aux lèvres, observant la cicatrice qui avait changé. Il avait murmuré son prénom puis s’était redressé sans rien dire et était sorti de la pièce, lui demandant de se reposer.

Entre temps, Eleyna et Alanir avait assisté à leur état de « semi-couple adorable endormi dans les bras l’un de l’autre » tous les deux surpris, tous les deux interloqués. Elle lui avait alors parlé de la bague, l’avait vu se crisper, grogner, comprenant qu’il pensait aux autres femmes, elle avait secoué la tête.

- Non… Attends, je ne pense vraiment pas que ce soit pour ça. Il l’a perdue une fois… Tu n’étais pas là. Je ne l’avais jamais vu dans cet état… Je pense juste… qu’il ne veut plus la perdre.

Parlait-elle vraiment de la bague là… ou de la petite mage ? Difficile à dire. Même elle ne savait pas trop. Il lui avait parlé des baffes qu'il voulait coller à Tristan mais avait aussi marmonné quelque chose comme quoi, finalement, le jeune homme ne s’en tirait pas si mal. Après tout, il côtoyait des humains tous les jours, était gentil et serviable et puis… même avec Cassidy il avait des réactions qui n’étaient pas… si mauvaises.

Des journées qui s’écoulaient… Des attentions, des gentillesses, des moments ensembles, des moments seuls. Chacun de son côté ou tous ensemble. Les diners… Se rendaient-ils seulement compte qu’ils se surveillaient mutuellement ? Probablement pas. Ils n’auraient plus levé les yeux autrement. Il y avait eu aussi la fois où Alanir était venu trouver Tristan, seul, sur le balcon pour lui parler, ne laissant pas le temps au garçon de lui répondre. Une question rhétorique qui fit baisser les yeux du jeune homme sur son aîné et froncer ses sourcils. Une histoire de mois et de souffrance. Une histoire de jour… et d’espérance.
Il lui avait même tapoté l’épaule, parlant d’émotions, maladroit et pataud avec les mots, il parlait de Cassidy… qui se souciait de lui. Le dragon s’était éloigné rapidement alors que son cadet le fixait, haussant un sourcil dubitatif avant de faire un de ses fameux sourires en coin, moqueur, tellement provocant et de lever les yeux vers le soleil, semblant lui faire un clin d’oeil complice.

Il avait revu Cassidy peu après alors qu’elle méditait et l’avait écouté parler, sans rien dire. Que de paroles dans la bouche de la petite mage inexpressive. Que d’émotions sur ce visage de marbre. Elle était sacrément chamboulée et malheureuse, se livrant, vulnérable. Elle parlait de promesse et de rôle, d’émotions qu’elle ne devait pas ressentir, de culpabilité, d’abandon et de tristesse. Il l’écouta sans rien dire, les mots s’entortillant dans son esprit si légers et si lourds en même temps. Tout en l’écoutant parler, il avait posé doucement une veste sur elle, celle qu’il portait l’instant d’avant, poussant plus loin que quelques jours plus tôt, son geste d’attention. Il tenait à la main une écharpe colorée qu’il avait aussi glissée autour de sa gorge, l’effleurant à peine, gestes simples, pas vraiment fuyants, mais prudents, délicats. Sa veste portait son odeur, son écharpe celle de ses cheveux quand il sortait de la douche. Quand elle avait terminé de parler, ne le regardant pas vraiment, le silence s’était installé et elle avait posé malencontreusement sa main sur la sienne, ne l’avait pas enlevée, avait rosi en se détournant légèrement. Il n’avait rien dit… puis lentement s’était relevé et avait doucement posé une main sur ses cheveux, le sommet de sa tête, la lui caressant légèrement en se penchant vers elle, très proche, la fixant dans les yeux avec un sourire.

- A ta place… Je ne m’en ferais pas trop. Après tout, personne ne pourrait en vouloir plus de quelques secondes à cette bouille d’ange.

Sourire plus large alors qu’il se redressait et s’éloignait en lui faisant un petit salut de la main. Rien de plus. Pourtant, une fois loin d’elle… il s’était appuyé contre un mur en serrant les poings et les dents, enfonçant ses ongles dans la peau de ses paumes.
Rien n’avait changé pourtant. Sauf en bien. Chaque jour il la coiffait. Parfois deux fois par jour, accusant le vent d’avoir emmêlé ses cheveux pour les coiffer avant qu’elle aille se coucher. Ils n’en étaient que plus beaux et plus doux d’ailleurs, donnant l’impression qu’elle était constamment auréolée de soleil. Chaque petit geste avait sa place, chaque… contact, sous le regard inquiet mais bienveillant de ceux qui s’inquiétaient tant pour leur avenir commun.

Il y avait eu… l’accident. On avait demandé l’aide du jeune homme pour les risques d’éboulis dans un souterrain. Il y avait plus que des risques. Il était parvenu à repousser un gamin tétanisé mais n’avait pas pu, lui-même bouger, sentant un violent élancement dans chacun de ses muscles qui l’avait laissé figé sur place. Bien sûr, il fallait que ça arrive maintenant !!!! Il n’avait plus le temps de bouger ! Ca risque de faire très mal. Sauf que… rien du tout. Parce qu’une petite mage veillait au grain ou avait vu, pressenti le danger et l’avait sauvé, juste à temps même s’ils se retrouvèrent coupés du monde extérieur pendant plusieurs heures. Elle avait été d’une redoutable efficacité et sa puissance magique avait largement dépassé le niveau qu’il lui connaissait, c’était certain. N’empêche, il lui en devait une là et une belle !!!
L’obscurité était totale… mais pas pour lui alors qu’il fixait avec surprise et curiosité la petite mage devenue si douée et si… morte de l’intérieur aussi. Enfin pas tout à fait ça par contre, pas de ce qu’il voyait. Son regard inquiet, sa mine perturbée… Il la rassura sur son état alors qu’elle redevenait neutre. Oui attendre. C’est ce qu’ils avaient de mieux à faire. Quand elle le heurta, il ne bougea pas, ne s’effaçant pas, la laissant se guider en tâtonnant dans le noir et s’éloigner gênée de l’avoir peut-être un peu trop « touché ». Alors qu’elle trébuchait, il vint enserrer ses épaules de ses larges paumes, la retenant en la guidant avec douceur, s’asseyant près d’elle. Il l’observa longuement dans le noir, clairement avantagé par rapport à elle et un sourire qu’elle ne pouvait pas voir éclaira ses traits. Sa peau se hérissait légèrement. Elle avait la chair de poule. Il se redressa et lui attrapa la taille pour lui signaler sa présence quand il s’assit derrière elle, une jambe de chaque côté des siennes, l’enlaçant de ses bras avant de demander doucement.

- C’est mieux là ?

Il portait une tunique tellement ouverte sur son torse ce jour-là, qu’avec ou sang, elle devait en ressentir la chaleur de sa peau et puis avec les manches de son vêtement constamment relevées, il lui donnait un contact direct avec sa peau. D’ailleurs elle avait posé ses mains sur ses avant-bras avant de murmurer une petite phrase mignonne. Il sourit, répliquant sur la même touche d’humour provocante.

- A toi de me le dire…

Ouh… Euh… Oui, certes !
Ah c’est vrai qu’elle avait Alanir comme Drakkari aussi.
Elle se tourna un peu plus contre lui et il referma davantage ses bras sur elle, soufflant tout bas.

- On devrait éviter de parler… pour économiser l’oxygène.

Il avait raison évidemment. Alors au lieu de parler, il la serrait doucement dans ses bras, caressant de temps à autres ses cheveux, rassurant bien que ses gestes soient difficiles à interpréter.
Pauvre Alanir qui s’était à moitié fait agresser après une succulente dégustation de crêpes faites pour lui par une demoiselle qui le trouvait très à son goût et qui comptait l’appâter par ses bons petits plats. Maud et Eleyna le questionnaient alors qu’il semblait le plus surpris des trois. Finalement Tristan et Cassidy avaient été libérés, se séparant rapidement l’un de l’autre quand on avait dégagé le passage, d’un même mouvement. Elle sans doute parce qu’elle ne pensait pas avoir le droit et lui… lui sans doute sans raison.
Et dire qu'avant tout ceci... cette isolation leur aurait servi à bien d'autres... choses. Très intéressantes...

Et enfin… il y avait eu cette drôle de journée.
Tristan était dans les grands jardins exotiques aménagés par magie et qui conservaient des plantes équatoriales et de toute saison malgré le froid de l’hiver qui s’abattait sur la cité fantôme. C’était un endroit calme, tranquille, qu’il affectionnait particulièrement et dans lequel il se sentait bien. Il avait refermé sa bourse depuis un moment déjà ayant inhalé bien assez de la poudre violette produite par la plante qu’il connaissait bien, vaste fleur au pistil coloré. Maud avait été surprise qu’il veuille planter cette fleur là, sceptique. Elle connaissait les propriétés hallucinogènes, de drogues du pollen et se doutait que Tristan aussi. Elle avait raison. Si un sort entourait la plante pour empêcher les enfants de l’approcher, ce n’était pas le cas des adultes avertis même si rare étaient ceux à vouloir se frotter aux longues et meurtrières épines. Il s’était éloigné en se frottant le nez et s’était assis bien plus loin, en tailleur, respirant tranquillement, les yeux clos en réfléchissant quand brusquement quelque chose lui avait sauté sur la tête. Il s’était vaguement retourné alors que déjà une véritable sauvageonne lui sautait… dessus et pas sur la tête, elle !

Et la sauvageonne… c’était Cassidy et son décolleté imprenable !
Et elle était… plutôt bariolée pour le coup ! Et pas qu’un peu. Il ne comprit pas tout ce qui se passait alors qu’elle récupérait des mains d’un singe voleur le collier qu’il lui avait volé, le remettant à son coup en le caressant du bout des doigts puis en fixant son attention sur sa… victime.
Il déglutit difficilement. Elle était à califourchon sur ses hanches et… ferait bien de cesser de gigoter en se frottant à lui de la sorte !!!!! C’est la pensée qui le traversa alors qu’il crispait ses mains dans les brins d’herbe, respirant par à coups. Et qu’elle arrête de se pencher en avant sur lui comme ça aussi parce que ses seins…euh… ses yeux ! Ses yeux !!!! Ses yeux étaient euh… non pas ses yeux…
Pourtant, il s’inquiéta pour elle, avant tout.

- Cassy ? Ca va ? Tu…

Il ne finit par sa phrase, phrase à peine entamée…
Ses mains sur ses joues… Douces, si douces malgré tous ses entrainements, malgré une année de souffrance. Il se fichait bien de la peinture à cet instant, refermant à demi les yeux, un peu plus, encore un peu plus, apaisé par sa caresse, les rouvrant brusquement alors qu’elle lui pinçait les joues en tirant dessus et qu’il lâchait un petit glapissement de douleur !
Drakkari sauvage ? Mais… Mais c’était méchant ça ! Pourquoi elle… Nouvelle coupure de pensée. La main dans ses cheveux c’était radical pour inhiber toute volonté chez le jeune homme. Il ferma de nouveau à demi les yeux avant d’entendre son compliment et de les rouvrir, mais plein d’un sentiment… difficile à qualifier. De la détresse. Ca ressemblait à de la détresse. Mais elle n’eut pas le temps de le voir. Se redressant avant de se coller à lui et de s’endormir… profondément.
Le silence revint aussitôt alors que les yeux tristes du jeune homme fixaient le vide au-dessus de lui. Les hautes branches des arbres tropicaux qui les protégeaient, le fin dôme au-dessus d’eux qui épargnait ce lieu magique de la rudesse de l’hiver. Lentement ses mains crispées se détendirent et quittèrent l’herbe pour se glisser dans le dos de la petite mage sur lui, juste une étreinte…

Il l’avait ramenée chez eux et l’avait laissée dormir, assis à côté d’elle, la surveillant avec attention et quand elle avait fini par émerger, il lui avait grogné gentiment qu’elle ressemblait à un drôle de tableau et qu’elle avait bien besoin d’une bonne douche. Il l’avait accompagnée jusqu’à la douche, s'inquiétant de son état, lui ramenant des affaires propres, ne s’attendant sans doute pas, en revenant à la voir nue comme un ver, pas pudique pour deux sous, tournée vers lui dans toute la suprématie et la beauté que pouvait offrir son corps. Il écarquilla les yeux, ouvrit la bouche, détourna la tête aussitôt.

- Mais mais mais maissss !!!! Me dis pas que je peux entrer si tu… ah mais Cassidy ! Non mais tu… Va dans la baignoire ! Ou couvre- toi !!!!!

Il était sorti rapidement, les joues rouges, la tête pleine d’image. Pourtant, il était resté près de la porte de la salle de bains, sans bouger, jusqu’à ce qu’elle ressorte, arguant qu’il devait coiffer ses cheveux, l’observant avec attention alors que la fine chemise blanche qu’elle portait collait à sa peau et moulait sa taille et sa poitrine à cause de la vapeur d’eau dans la salle de bains. Il avait grimacé en se détournant, lui posant une veste sur les épaules… une fois de plus.

- Eyh… euh… tu… tu devrais pas te déshabiller comme ça devant les garçons tu sais !… Ca se fait pas… Ils pourraient croire que tu… alors qu’en fait… fais attention c’est tout…

Il lui avait souri finalement, passant une main dans ses mèches blondes, d’autant plus doux dans ses gestes quand il l’avait coiffée, effleurant de ses doigts la chaine de son collier. Après tout… lui-même ne quittait jamais le sien.

Et puis il y avait eu ce bouleversement, qui devait tout changer. Les rapprochement, les changements… A quoi pouvaient-ils bien servir, face à CA ?!
Tout avait commencé avec un petit mot le matin même. Il s'était levé tôt, difficilement, réveillé par ses sens affolés. Décidément, depuis qu'il était dragon, ses sens exacerbés le torturaient. Il était resté de longues minutes allongé, sans bouger, fixant la grande baie vitrée d'un air vide, peinant à garder les yeux ouverts. Il s'était redressé lourdement, trébuchant en se prenant les pieds dans le drap qui le recouvrait. Maladroit et pataud tant il somnolait encore, il heurta de son tibia une des hautes chaises disposées près du bar qui servait de jonction entre la cuisine et le salon. Il grimaça, secoua la jambe pour se dépêtrer de son drap puis alla préparer du café. C'est avec un grand bol fumant qu'il se rendit sur la terrasse, observant la cité fantôme encore plongée dans les ténèbres. Il passa une main dans sa crinière rouge et noire ébouriffée puis sur son visage avant de boire le contenu brûlant du bol puis de retourner à l'intérieur, attrapant des vêtements dans sa besace puis passa dans la salle de bains.
Rapidement, il était sorti alors que tout le monde semblait encore dormir et s'était éloigné bien vite. Il avait à faire. Un peu plus tard, dans la matinée, une fillette était venue lui apporter un petit mot plié en quatre avant de repartir à toutes jambes sans lui avoir laissé le temps de demander de qui cela venait. Il était en train d'aider justement pour les installations pour la fête, ses muscles servant pour le transport de grandes poutres qu'on allait planter dans le sol pour tendre entre ceux-ci de grands luminaires. Il fallait aussi tendre les vastes surfaces de toile vernie qui protégerait des premiers flocons qui risquaient de tomber le soir-même. La grande salle qui allait servir pour la fête avait beau être assez vaste pour que tous tiennent à l’intérieur, profiter de la nuit qui promettait d’être belle, bien que singulièrement fraîche allait plaire.
Il avait posé sa charge dans un coin, les plus matinaux travailleurs souriant en voyant que le grand Drakkari avait apparemment un succès discret pour ce jour. Il déplia lentement la feuille de papier et fronça les sourcils.

"A 30 pas de la fontaine qui chante, à demi-dissimulée dans la pénombre discrète jetée par une grande façade offrant à la vue de tous les affres du temps, à 19h tapantes, attends-moi. Je nourris le secret espoir que tu seras là. Je te promets que tu n'en auras aucun regret. A très vite beau Drakkari.
Une demoiselle conquise"


Comment se douter qu'il s'agissait de Cassidy ? Oh c'était totalement impossible. Déjà parce qu'elle n'agissait pas du tout ainsi. Oh bien sûr, elle s'intéressait à lui, du moins était-elle curieuse vis-à-vis de lui et avait-elle eu de petits gestes encourageants. En plus Alanir l'avait affirmé, il comptait pour elle. Mais la demoiselle ne s'exprimait pas beaucoup tout de même et surtout pas comme ça. Il grimaça puis sourit. Le style était intéressant et puis qui disait admiratrice disait aussi... bien plus.
Il rangea le papier dans une des poches et se remit au travail, un sourire aux lèvres, conquérant.
Comment se douter que la petite mage était en train de subir les séances d'habillages, de maquillages et de coiffure imposées par Maud et la capitaine. Complices, elles étaient réellement liées par le secret projet de rabibocher le jeune couple et cherchaient comment faire au mieux. Leur plan n'était pas mauvais d'ailleurs.
Tristan attendrait de son côté, certain de voir débarquer une demoiselle esseulée. Lorsqu’il verrait Cassidy, magnifique, sa beauté remise au goût du jour par les soins vestimentaires qu’elle ne se portait plus elle-même, il serait conquis. Ils passeraient la soirée ensemble à s’amuser, à parler, à se confier. Et puis ils iraient se promener, Tristan tenant la main de la demoiselle pour ne pas qu’elle glisse sur du verglas. Elle glisserait probablement et il la rattraperait, la berçant contre son torse musclé pour la rassurer, l’enlaçant plus que nécessaire. Timidement, il relèverait son visage et s’emparerait de ses lèvres dans un passionné baiser. La demoiselle serait surprise et le sort qui maintenait leur lien muet se briserait, elle se souviendrait et sauterait à son cou. Ils riraient de toute cette mésaventure, restant enlacés, à s’embrasser, longtemps dans le froid avant de rentrer en riant à la salle des fêtes pour se réchauffer. Tout le monde verrait leur amour revenu et s’en réjouirait, les félicitant. Heureux, ils ne se quitteraient pas de la soirée avant de partir, avant les autres, profiter seuls de pouvoir parler, s’embrasser, se retrouver… Oui, c’était un plan parfait !
Si tout se passait comme prévu néanmoins. Et… rien, évidemment, ne se passa comme prévu.

Tristan attendait tranquillement, adossé contre la fontaine en question. Si on l’appelait ainsi, c’était parce qu’elle avait été taillée dans un bloc d’une pierre violette. En son centre, une sculpture s’élevait et était percée de myriades de petits trous.En fonction de la puissance de l’eau qui s’écoulait, par magie des interstices prévus à cet effet, un petit sifflement, différentes notes, s’élevait. C’était un travail d’artiste qu’avait entrepris un vieil homme talentueux et son oeuvre impressionnait toujours.
Le jeune homme patientait, le regard offert aux flocons de neige qui tombaient encore et qui fondaient sur sa peau chaude. Il avait neigé toute la journée, d’abord très peu puis, brusquement la température avait chuté et les flocons étaient tombés plus drus, à la grande joie des enfants comme des adultes qui étaient ravis de faire la fête dans ce lieu rendu enchanté.

Le Drakkari baissa les yeux finalement vers ses bottes noires qui crissaient légèrement sur la neige et qui étaient assorties à son pantalon sombre. Une chemise bordeaux ajustée, très ajustée même, moulait son torse et il avait remonté les manches jusqu’à ses coudes, gardant ses bracelets de forces. Une veste marron complétait sa tenue, ouverte sur sa chemise. A son oreille gauche, nouveauté, brillaient deux petits anneaux d’argent, l’un dans le lobe de son oreille, l’autre bien au-dessus dans le cartilage. Il avait dû faire cette petite folie dans la matinée, ce qui n’était d’ailleurs pas une mauvaise décision du tout. Ca lui donnait un air de brigand, un peu pirate mais un très très sexy pirate alors.
Les mains dans les poches de sa veste, il ferma les yeux, écoutant les rires joyeux des habitants de cette cité si heureuse malgré l’horreur qui pouvait régner en ce monde. L’odeur de la nourriture lui parvenait aussi. L’odeur des gens. Il sentait, sans même avoir besoin de les voir, les adolescents qui essayaient de faire du charme à des demoiselles. Il sentait aussi les hormones, les odeurs de toutes ces femmes en quête d’un homme à aimer, ou juste d’un homme avec lequel s’amuser. Quelle importance au final ?

Il songea à la petite mage qu’il n’avait pas vue de la journée et fronça les sourcils. D’ordinaire elle passait beaucoup de temps dehors. Sans doute étaient-ce les restes de sa longue péripétie d’une année dans une terre inhospitalière, à lutter, se battre. Oui… Peut-être.
Le froid de l’hiver avait dû la décourager. Elle serait sans doute là ce soir, après tout, son dragon était là, lui, il sentait son odeur… qui semblait très curieusement très proche d’une table sans doute d’où ce dégageait une odeur de crêpes. Tiens donc… Le jeune homme sourit, de son sourire en coin qui avait tout de la provocation et de la sournoiserie parfois.
Il soupira une nouvelle fois en levant les yeux vers le ciel. Bien que la lune se voit plutôt bien, de lourds nuages blancs se profilaient à l’horizon. Il ferma les yeux, humant l’air de la nuit. Il y aurait probablement une tempête avant la fin de la soirée. Il avait bien fait d’en avertir Maud.

Il soupira en se passant une main dans les cheveux, tentant vaguement de remettre en place les mèches rouges et noires, disparates de sa crinière ébouriffée. Il avait été surpris qu’elle lui demande avec autant d’applomb, la veille, de lui prédire la météo. Elle avait dû avoir une vision. Il sourit. Ou alors elle avait compris. Elle était douée pour les puzzles après tout. Et il était évidemment un puzzle. Cassidy aussi. Nouveau soupir alors qu’il secouait la tête, se reconcentrant sur l’instant présent en essayant de deviner quelle demoiselle pouvait avoir jeté son dévolu sur lui. Sans doute Catherina. Elle ne cessait de le dévorer des yeux depuis qu’il était rentré et elle n’arrêtait pas de lui faire des compliments sur ses transformations physiques. Apparemment, elle le trouvait craquant comme ça et ne manquait pas une occasion de lui caresser les cheveux, jubilant auprès de ses amies présentes, pour lesquelles il se faisait adorable et docile, qu’il avait les cheveux aussi doux que la fourrure d’un chaton. Pas étonnant qu’elle aime les caresser.
Elle avait peut-être enfin franchi le pas de s’approcher de lui… sans ses amies…

Il s’éloigna doucement de la fontaine, marchant vers le temple et son énorme horloge. Il n’avait eu aucun mal à décrypter les indices du message. Il entendait la foule se presser près de la fontaine qu’il venait de quitter alors qu’il s’appuyait contre le mur ouest, le visage dissimulé dans la pénombre. Sauf que brusquement, un énorme éclair de magie illumina une partie de la cité, un violent craquement qui lui vrilla si fort les tympans qu’il dû se plaquer les mains sur les oreilles, fléchissant les genoux, étourdi et surpris, un peu sonné. De la magie… qui s’échappait ? Qui échappait à un contrôle ? Il se redressa aussitôt et se guida à l’instant et à l’odeur de brûlé pour trouver l’origine de tout ceci, arrivant rapidement près de la fontaine qu’il venait de quitter, coupée net en deux, écarquillant les yeux de surprise. Elle n’avait pas explosé, elle était coupée… totalement, en deux parts si nette qu’on aurait cru qu’une épée aiguisée venait de trancher une construction… de beurre. Une caisse en bois était éventrée elle et fumait un peu, d’où l’odeur. Des personnes paniquées se serraient les unes contre les autres, des femmes surtout qui semblaient choquées. Il avait cru voir un vif éclat bleu, disparaitre au sud de la fontaine.

Inquiet, surpris, le jeune homme rassurait la foule, demandant ce qui s’était passé alors que des discours vagues et incohérents lui répondaient. Alanir arrivait aussi et avait l’air surpris et inquiet, tenant un discours incohérent en parlant de… Cassidy. Enfin non, son discours n’avait rien d’incohérent mais Tristan s’était figé d’un coup en entendant le surnom, ses sourcils se haussant, disparaissant sous les mèches de ses cheveux qui tombaient sur ses yeux. Le pauvre dragon n’eut qu’à peine le temps de parler davantage qu’il disparaissait alors que le calme revenait à peine sur la place. Maud se déplaçant lourdement n’était pas encore arrivée tandis que Eleyna avait couru derrière Alanir, juste assez vite pour entendre ses paroles et exprimer une inquiétude et une horreur certaine. Tristan posa les yeux sur elle puis son regard s’assombrit d’un coup alors lui jetait… le bouquet de fleurs qu’il tenait dans une de ses mains depuis qu’il patientait, avant de sauter d’un bond sur la fontaine brisée et de sauter de l’autre côté de celle-ci, évitant la foule, se mettant à courir droit vers la forêt.
Maud arrivait en pestant et soufflant contre son ventre et se figea en voyant l’agitation et ne Eleyna hébétée.
Elles devaient calmer tout le monde… Même si la voix forte de la dame eut tôt fait de ramener le calme. Après tout, ils avaient tous l’habitude de la magie et elle ne tolérait pas une débandade pareille. Tout tombait apparemment à l’eau. Mais c’est la jeune capitaine qui fut la plus surprenante, donnant à son tour le bouquet à Maud.

- J’ai un mauvais pressentiment. J’y vais !

Elle la planta là. Elle-même devait faire un spectacle le soir-même. Excellente escrimeuse, elle avait revêtue une longue jupe colorée sacrément évasée et une chemise très… courte et provocante au décolleté un peu outrageant d’ailleurs, ses lourdes boucles blondes rousses venant cacher ce que le tissu blanc peinait à garder à l’abri des regards. Une fine rapière battait son flanc alors qu’elle s’était mise à courir à son tour, se louant d’avoir eu la bonne idée de mettre des bottes et une cape car il faisait… sacrément froid. Seulement… Elle n’avait pas la moindre idée d’où chercher, d’où aller… Et ce ne fut que le vent qui l’y aida. Le vent et ses brutaux caprices.

Cassidy s’était enfuie, loin… Elle courait vite désormais, sans doute grâce à son entrainement et grâce à son absence de sensibilité face à la douleur et face au froid. Pourtant, de la sensibilité elle en avait sans doute bien plus que ce que cet état ne prévoyait. Car si elle était réellement insensible, que faisaient ces larmes sur ses joues, cette douleur dans son coeur, ce cri dans sa tête ?!
Elle avait couru… loin, jusqu’à se faire attaquer par des corbeaux qui cherchaient à lui crever les yeux, jusqu’à débouler dans une vaste clairière pour leur échapper. Ils la laissèrent aussitôt tranquilles mais pas à cause de la clairière… plutôt à cause de l’énorme reptile qui venait de percer les nuages et hurlant, plongeait sur la petite mage pour le coup terrorisée et impuissante. Elle qui était si forte.
Il déploya ses ailes de chaque côté de son corps à une dizaine de mètres du sol pour s’éviter de s’écraser comme une pierre, mais conservant sa vitesse et son emprise sur sa pauvre petite proie qu’il ne louperait pas cette fois ! Qu’il ne laisserait pas vivre… ses pattes avant, griffues, aux griffes démesurées, celles-là même qui avaient lacéré son corps mince de toute part, sans répit, se tendirent vers elle, une convulsion les agitant, la soif de sang et le désir de déchiqueter le corps fragile.
Sauf qu’à à peine un mètre de la jeune femme, à à peine un mètre de continuer et finir le travail, l’énorme reptile fut violemment repoussé de côté… par un gros caillou !!!!
Oui… Oui oui, un gros caillou… Qui venait de l’autre bout de la clairière !Ca ne lui avait pas fait grand mal à part le pousser à atterrir plus loin maladroitement et à le faire hurler de colère et de frustration, se tournant vers l’origine de cette interruption… qui devait encore être sous les arbres. Il ne s’en préoccupait déjà plus, fonçant, au sol, sur la petite mage à terre, ouvrant une gueule béante en poussant un hurlement traumatisant… plus que traumatisant pour la jeune femme qui avait déjà subi la furie de ses griffes et de ses crocs. Elle était au sol… désarmée, et incapable de se défendre, baissant déjà probablement la tête, fermant déjà probablement les yeux devant la mort… probablement… Il la tenait… Ou pas…
Reflet argenté que jetait la lune sur un pantalon sombre comme la nuit. Des bottes qui s’ancraient au sol, de chaque côté de son corps vulnérable, un corps justement, qui se dressait, une ombre qui lui cachait la lune, des muscles qui se contractaient… un choc violent comme si on avait frappé deux instruments du même métal l’un contre l’autre et une voix tremblante, grave, pleine d’une haine qui semblait s’insinuer dans la terre même.

- Toi… Toi… On dirait bien… que les dieux m’ont entendu finalement…

C’était la voix de Tristan, mais une voix rendue beaucoup plus grave par la fureur.
Le jeune homme était nez à nez avec l’énorme reptile, les mains agrippées à ses puissantes mâchoires, tenant sa tête monstrueuse à distance, n’ayant pas bougé d’un centimètre durant et après le choc, comme s’il luttait à arme égale ou presque. Le dragon louchait légèrement sur « l’humain » prétentieux qui le défiait, mais sa colère sembla le heurter… et quelque chose d’autre aussi. Peut-être était-ce le sourire au visage de l’humain prétentieux, cet immense sourire ravi alors qu’il laissait éclater sa joie, reculant un bras, ne le tenant plus à distance qu’avec une seule de ses mains. Le dragon avança aussitôt la tête, attaquant mais n’arriva en réalité pas à avancer du tout alors qu’un frisson parcourait ses écailles. Il rabaissa les yeux sur la silhouette humanoïde qui protégeait le sujet de sa mission, de son assassinat, de son massacre… Ce n’était qu’un minuscule cloporte comme les autres… Mais celui-là l’avait arrêté à mains nues. Il devait être fatigué. Pourtant le frisson n’avait rien d’accidentel. Il fit un pas en arrière, sentant soudainement ce qui essayait de s’insinuer dans son corps alors que ses caractéristiques de monstre modifié n’auraient jamais dû le lui permettre. Il sentit le danger que représentait l’humanoïde face à lui…et la peur s’insuffler dans ses membres. Il rompit le contact avec lui d’une ruade et se jeta, gueule béante sur le ridicule petit Drakkari. Un instant trop tard.

Le vent s’était levé d’un coup… Enfin non, il soufflait déjà, légèrement, mais il tourna totalement, sa force et sa pression augmentant d’un coup, semblant tourbillonner autour de l’humanoïde qui était… Au début léger, il soulevait des feuilles qui avaient été arrachées durant leur course respective dans les bois, des brindilles, de petites pierres, la neige…ah tiens… sa veste qui trainait un peu plus loin sur le manteau blanc de neige de la clairière. Le Drakkari avait parlé si bas qu’on pouvait à peine l’entendre, calme… le calme avant la tempête.

- Tu ne la toucheras plus…

Le dragon ouvrait la gueule pour l’attaquer. Tristan avait fléchi les jambes, les tournant d’un quart de tour, en appui sur le talon d’un pied, sur les orteils de l’autre, son bras gauche se reculant loin derrière son épaule. Il partit si vite, si violemment qu’il était impossible de suivre des yeux son poing serré qui vint faucher le dragon en plein poitrail alors que le jeune homme s’avançait d’un coup en avant. Que pouvait une peau humaine, des os humains contre les écailles tranchantes d’un dragon, contre les os de pierre de ces créatures mythiques. Rien… même en étant capables d’utiliser ses écailles à cet instant, il ne pouvait pas grand chose. Avant du moins.
Un sifflement alors que son poing partait en avant, un raisonnement sonore, violent contre les écailles et une onde de choc qui… déformait l’air autour des deux corps, qui déformait la peau écailleuse. Le raisonnement sembla venir une éternité après le coup alors que celui-ci propulsait avec une force et une violence impressionnantes, l’énorme reptile à une dizaines de mètres plus loin. Surpris, il avait chancelé et s’était écroulé sur le côté, se redressant rapidement en fixant le ridicule humain. Son cri de douleur avait été couvert par le rugissement de l’humanoïde qui aurait glacé les écailles des plus courageux.

- JAMAAAAAIIISSSS !!!!!!!!

Un rugissement, c’était un rugissement animal, terrible, tonitruant qui s’était élevé dans la vallée et avait fait trembloté le ciel. Le vent se tut subitement comme effrayé avant de resouffler de plus belle, encore plus violemment.
Tristan s’avança de quelques pas, ne quittant pas des yeux son adversaire qui rugissait de défi en réponse, décollant aussitôt, comme s’il ne souffrait pas le moins du monde pour préférer une attaque aérienne, sa spécialité.
Le jeune homme ne broncha pas. Tristan n’avait pas son épée… elle était probablement à l’appartement et il n’avait au final que ses poings et cette force surprenante pour se battre. Mais ça ne semblait pas du tout le gêner. Lentement, alors que le dragon s’élevait dans les airs, il déboutonna sa chemise et sans se retourner vers la petite mage au sol derrière lui, il fit tomber son vêtement sur elle, parlant d’un ton ronchon mais curieusement très doux pour la situation. Une recommandation…

- N’attrape pas froid…

Ah ben oui, elle avait perdu sa cape dans les buissons probablement, à force de s’abimer de partout à courir n’importe comment.
Il s’était mis torse nu et les courtes mais élégantes marques sur son corps brillaient légèrement, argentée sur sa peau sous les rayons de la lune. Il eut un léger soupir, se crispant en levant les yeux vers la masse qui plongeait sur eux. La colère remontait, dévorante. Cette fois, il ne pouvait plus se retenir. Un sourire apparut sur son visage… Tant mieux.

Le jeune homme s’éloigna rapidement en courant de Cassidy, se plantant au milieu de la clairière et serra les poings, crispant ses muscles comme s’il voulait soulever une énorme charge en poussant un grognement d’effort. Le vent redoubla d’intensité autour de lui, la neige se soulevant en tourbillons immaculés. Le dragon fondit sur lui. Tristan leva le bras et frappa l’air, le vide. L’animal se retrouva littéralement éjecté sur le côté, s’écrasant au sol. Mais avant qu’il n’ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il était de nouveau dans les airs, soulevé par un courant d’air… chaud, comme ceux qu’il prenait pour voler, qui disparut aussitôt, le refaisant chuter au sol.
Bon, il avait les écailles épaisses mais quand même ce n’était pas agréable… du tout. Il s’apprêtait à mieux atterrir si l’humain, quoi qu’il soit, recommençait mais celui-ci changeait constamment de tactique et le rejoignit très, trop rapidement, une fois encore, le frappant de son poing serré et le repoussant dans un même craquement violent.

Tristan frappait avec de l’air, en entourant son corps, une partie du moins, pour attaquer le mastodonte. C’était la seule chose qui pouvait marcher contre cette bestiole et il était… furieux apparemment, ne laissant pas un instant de répit à son adversaire. Pourtant celui-ci répliquait tout aussi furieusement et frappa à plusieurs reprises de ses griffes, des ses pattes, le jeune homme, pris au dépourvu lorsque celui-ci bondit sur son dos alors qu’il était en plein vol, lui assenant un coup de pied tout aussi puissant que ses poings, l’envoyant s’écraser au sol, faisant voler la neige et enfonçant le sol sur une vingtaine de centimètres.
A un instant néanmoins, le dragon parvint à saisir entre ses mâchoires meurtrières, le poing qui l’attaquait. Mais plutôt que de réagir comme n’importe quel être vivant effrayé et contemplatif face au danger de la situation et le risque de perdre un membre, l’humanoïde face à lui avait ricané s’arrachant la peau, du moins sentait-il l’odeur de son sang, sur tout le bras, enfonçant celui-ci jusqu’à l’épaule dans la gueule du dragon. Un autre craquement sinistre… Il avait fait exprès pour le frapper de l’intérieur ? Il avait besoin d’élan pour frapper ? Même en le comprenant, le dragon ne parvint pas à l’arrêter et quand il comprit la situation dans laquelle il se trouvait, il ne parvint pas davantage à fuir. L’humanoïde ne le laisserait pas partir… Il n’était pas construit pour ressentir la peur… Pourtant, il pensait la sentir à cet instant, face à la rage vivante de cet être qui n’avait rien d’un humain, face à sa force et son envie surtout, de tuer.

Un cri s’éleva de la forêt. C’était Eleyna qui les retrouvait enfin, essoufflée, ayant couru un bon moment sans doute et ayant été guidée par les afflux inexpliqués de vents, les courants changeants qui l’avaient conduite ici. Elle écarquilla les yeux face au combat de titan… enfin d’un titan face à un humanoïde. Pourquoi diable Tristan ne se transformait-il pas ???!!! Il frappait de ses poings, de ses jambes, de ses coudes, rugissant sa rage qui couvrait à peine les mugissements du vent autour de lui. Ses sauts improbables, comme portés, soulevés par le vent même qui l’entourait, ses voltiges et ses attaques inhumaines contre un être qui aurait dû ne faire qu’une bouchée de lui… C’était quand même… un peu épique. A la mesure même, peut-être, de ce qu’une certaine petite mage, avait accompli en arrivant sur ce champ de bataille, un matin avancé, sur une créature de flammes.

En parlant de la petite mage… Elle était agenouillée dans la neige, l’air terrifiée, une chemise bordeaux sur ses épaules minces. Eleyna cria son nom, se rapprochant rapidement d’elle, touchant sa peau glacée par le froid ambiant et griffée par sa course dans les bois. Elle essayait de la secouer un peu, de la bouger, mais la demoiselle immobile fixait les scènes se déroulant sous ses yeux, le menton tremblotant, ses yeux noisette encore embués de larmes. Un crépitement se fit entendre à côté d’elle tandis que le pauvre Alanir réapparaissait aussi brusquement qu’il avait disparu. N’ayant heureusement pas perdu au passage les vêtements qu’il portait pour la fête, il semblait groggy, sonné. Eleyna porta son attention sur lui, venant le soutenir alors qu’il s’approchait déjà rapidement de Cassidy, la prenant contre lui, avant de se tourner, lui aussi vers le combat, sans doute surpris… ou pas.

Un combat à sens unique depuis un moment. Tristan avait fait chuté, volé, tombé, dégringolé son adversaire à de multiples reprises. Ses hurlements de rage avaient couverts le vent lorsque faisant montre d’un effort encore plus grand, il s’était quasiment accroupi au sol, contractant ses muscles encore plus si possible, l’air fou tandis que d’énormes pierres se mettaient à tourbillonner autour de lui avant de s’abattre sur le dragon, de petits arbres qui se déracinaient et suivaient le même chemin. Les chutes répétées qui creusaient toujours un plus la terre, jusqu’à creuser un réel cratère duquel n’émergeait plus que la masse indistincte du reptile et les cris de colère, des bruits de coups du jeune homme.

Eleyna se redressa et se précipita jusqu’audit cratère avant de sauter dedans… enfin… il n’était pas très profond non plus, on voyait encore une partie de son corps alors qu’elle parlait. Elle hurlait pour couvrir le vent, vent qui sembla diminuer, de plus en plus avec le temps, qui le faisait déjà depuis un moment d’ailleurs.

- Tristan ! Tristan ! Arrête !!!!
- Nan !!!!
- Tristan !!!
- Nan ! Crève ! Crève ! Crève ! Crève ! Crève !!!!
- Tristan ! Il est mort ! Arrête !!!

Brusque silence dans la clairière, plus un souffle de vent, plus un bruit de coups, à peine le bruit de respiration, celle du dragon près de sa petite protégée, celle de celle-ci, celles des deux amis…
Eleyna qui avait ceinturé Tristan, entourant sa taille de ses bras en parvenant enfin à le tirer de sa colère, de son combat déjà gagné, de le tirer à la vue des deux autres. Il haletait alors qu’elle lui répétait en boucle qu’il était mort, que c’était terminé. Même si c’était déjà terminé depuis un bon moment déjà…

- Tristan…
- …
- Tu… Pense à Cassidy ! Tu as dû lui faire peur, elle…

Le jeune homme avait brusquement tourné la tête, la redressant en fixant la petite mage plus loin. Eleyna le lâcha alors qu’il se retournait complètement vers Cassidy et marchait rapidement vers elle. Il était trempé de sang, mais sans doute presque uniquement de celui du monstre qu’il venait d’abattre. Il l’avait rapidement rejointe, soucieux, l’inquiétude se lisant ses yeux orangés, dans ses pupilles dilatées autour desquelles tournait le lent tourbillon bleuté-argent. Il jeta un furtif regard à Alanir, tandis qu’Eleyna récupérait sa veste pour l’apporter à la petite mage que la course dans la forêt avait un peu… déshabillée quand même. Il venait trop vite vers elle, comme un danger. Pourtant, il ne l’était pas… dangereux, juste inquiet alors qu’il se laissait tomber à genoux près d’elle, les mains dans la neige, apparemment désolé.

- C… Cassy ! P… Pardon ! Je… Je voulais pas te faire peur ! Je… Je… Il devait juste crever ! Il n’avait pas le droit de te… Il… Il n’avait pas le droit… non… pas le droit…

La passion dans sa voix, la colère… qui mourrait dans sa gorge alors que celle-ci semblait se serrer comme sous le coup d’une émotion trop intense. Il la fixait, n’osant pas davantage s’approcher. De près c’était flagrant. Trempé de sang, il ne semblait pas blessé pour autant. Il baissa les yeux avant de les relever vers elle, plein d’assurance et d’approcher sa main de sa joue, sans la toucher, la regardant le plus sérieusement du monde.

- Je vais botter les fesses de tous tes vilains cauchemars, alors ne t’en vas pas loin de moi…

Ah oui… c’est vrai qu’elle s’était enfuie et qu’il n’était sans doute pas très content des circonstances. En tous les cas, il ne voulait pas qu’elle parte et il voulait la protéger, assurément. Un sourire sur les lèvres du jeune homme, qui n’avait plus rien de sournois, juste adorable. Eleyna venait de poser la veste du garçon sur les épaules de la jeune femme et il en attrapa les pans les fermant rapidement en détournant les yeux en remarquant que dans sa course, dans les déchirures continues, elle avait sacrément fait plonger son décolleté et que la vue était assez… flagrante !

- N… N’attrape pas froid.

Les mêmes mots… plein d’attention. Il se releva, Alanir aussi, soutenant sa petite protégée alors que lui n’avait pas dit un mot pour le Drakkari. Ils devaient rentrer, avant d’attraper froid, afin de rassurer tout le monde aussi. Depuis le temps, la fête avait probablement commencé finalement. Eleyna soupira de bien-être de voir les choses se finir ainsi même si elle fixait encore avec appréhension à tour de rôle, l’énorme bestiole et le ridicule petit humanoïde qui l’avait abattu. Comment avait-il seulement pu arriver à une telle chose ? Il n’aurait jamais dû être capable de…

BAAAAAMMMM !!!!

Elle se retourna d’un coup, posant des yeux horrifiés sur Tristan qui venait de s’écrouler dans la neige, les yeux écartés, haletant de nouveau et se précipitant vers lui en l’appelant. Il était debout une seconde plus tôt, il… Cassidy avait été encore plus rapide qu’elle, une véritable terreur se lisant dans ses yeux alors même qu’elle ne devait rien ressentir, qu’aucune émotion ne devait transparaitre sur son visage angélique. Tristan respirait bruyamment mais il se mit à rire, d’un ton léger, la rassurant gentiment, son regard se faisant juste fatigué, très fatigué.

- Ah… Ahaha…pardon. Ma faute. J’crois que j’en ai trop fait. Je suis vidé… Plus un pet d’énergie… Aie… je vais avoir des courbatures demain….

Il chouinait un peu sur la fin, exagérant les choses ou plutôt les minimisant, souriant d’un air joyeux. Il n’avait pas l’air d’avoir mal, posant un regard difficile à saisir, entre la douceur et la bienveillance sur la petite mage inquiète.
Eleyna prit le contrôle des opérations, elle soutenant la demoiselle tandis qu’Alanir était chargé d’aider Tristan à marcher… ou plutôt le porter à moitié car le jeune homme tenait à peine sur ses jambes, même s’il essayait de rester digne. Ils devaient rentrer. Et sans magie pour le coup parce que là, c’était probablement dangereux de l’utiliser.

Rentrer ne leur fut pas si difficile ni long… Cassidy avait fait de sacrés zig zag dans la forêt et Tristan aussi en suivant son odeur. La cité n’était pas si loin finalement mais la fête battait son plein et la musique était si forte bien que cachée par les champs de force que personne n’avait dû entendre le terrible combat. Ils évitèrent la grande place, passant dans l’ombre pour aller jusqu’à l’appartement de l’ancien couple. Là, Eleyna confia une bassine pleine d’eau chaude, des serviettes chaudes et tout un matériel de désinfectant et de pansements dans les mains d’Alanir tandis qu’elle entrainait elle-même Tristan dans la salle de bain pour qu’il se débarrasse de tout le sang qui le recouvrait. Elle finit par rejoindre Alanir et Cassidy dans la chambre qu’ils occupaient. Le dragon finissait de nettoyer à l’eau, la peau de sa protégée qui était en sous-vêtements, débarrassée de sa robe déchirée.

- Ca va ? Tu t’en sors ? Tu as besoin d’aide ? Comment tu te sens Cassy ?
- Laissez… je vais faire… Allez vous amuser tous les deux. C’est bon. Je reste avec elle. De toute façon, on n’est pas trop en état de sortir nous deux. Profitez de la fête.

C’était la voix de Tristan qui claudiquait jusqu’à la porte de la chambre en grimaçant un peu. Il avait enfilé un pantalon lâche, rouge, qui reprenait la couleur de ses cheveux, enfin d’une partie seulement. Tout propre, les cheveux encore très légèrement humides et le torse aussi (décidément, il ne savait pas se sécher correctement) il souriait d’un air apaisant. Eleyna et Alanir s’étaient redressés, ouvrant la bouche dans un bel ensemble mais il les interrompit.

- Eleyna ! Ils attendent ton spectacle et Maud doit s’inquiéter, rassure là… et… Alanir…

Il s’était tourné vers le dragon. Ce même dragon qui lui avait quelques jours plus tôt dit d’un ton si sérieux, demandé plutôt d’un ton si sérieux, s’il le détestait, connaissant déjà la réponse, du moins le pensait-il. Tristan venait de poser une main sur une de ses épaules. Ils étaient tous les deux si grands, autant l’un que l’autre ou presque, ça se jouait à quelques mèches de cheveux. Le jeune homme fixait intensément son aîné.

- Tu as le droit de t’amuser Alanir. Vas-y. Toi aussi on t’attend. Les humains t’aiment bien. Je veille sur Cassidy. Je te le promets…

Rien de plus. Il enlevait déjà sa main et se désintéressait totalement d’eux avant d’attraper l’énorme boite de premier secours apportée par Eleyna et de trouver de quoi désinfecter les petites plaies de la jeune femme, soupirant en imbibant un énorme morceau de coton, semblant avoir déjà oublié la présence des deux autres.

- Pfffff ! Regarde moi ça ! Tu es toute égratignée de partout ! Bon… Tu ferais mieux de t’allonger, je risque d’en avoir pour un moment… en particulier pour enlever les aiguilles de pin de tes cheveux ! Tu as ramené un sapin avec toi ou quoi ?!

Eleyna, trouvant les actes et paroles du jeune homme très encourageantes, tira rapidement Alanir à l’extérieur, un grand sourire au visage alors que le pauvre dragon semblait un peu sous le choc.
Elle se fit enjouée, le taquinant en lui disant que l’air surpris ne lui allait pas trop et qu’il était bien plus mignon en tant que… gourmand de crêpes. Parler de crêpes raviva aussitôt l’attention du dragon bien que son regard se fasse vague alors qu’il essayait probablement de capter les émotions de sa petite mage.

- Il ne lui fera aucun mal tu sais… J’ai vu ses yeux. Tu n’as pas à t’en faire. Allez viens.

Et sans lui laisser le temps de protester, elle l’entraina en riant à la fête, allant rapidement rassurer Maud et abandonnant le dragon au stand de crêpes près duquel il « campait » avant tout ce drame.

Tristan, silencieux, de son côté, malgré son air fatigué et ses gestes lents et maladroits comparés à d’ordinaire, s’appliquait beaucoup, désinfectant chaque blessure de la petite demoiselle selon le même rituel. Il s’excusait par avance, appliquait le désinfectant et soufflait délicatement sur la blessure, même très légère écorchure.
Il était resté torse nu finalement et pour sa part ne portait que de très fines et minces griffures sur son bras sur lequel il n’était plus censé lui rester de peau et sur son torse musclé. Les fines marques sur son corps avaient retrouvé leur éclat terne, contrastant à peine avec la couleur de sa peau bronzée. Il s’était assis sur le lit, à côté d’elle, appliquant des pansements sur les écorchures les plus profondes, en particulier les sales coups de becs donnés par les corbeaux. Il banda délicatement sa cheville, toujours en silence, un silence pesant, qu’elle s’était probablement tordue en tombant, terrorisée par le dragon qui voulait sa mort. Puis, lentement, il se pencha sur elle et entreprit d’enlever et de poser dans la bassine au sol, toutes les aiguilles de pin et les feuilles mortes qui s’emmêlaient dans les fils d’or de ses cheveux. Assis en tailleur, le visage très près du sien, il fronçait les sourcils légèrement sous la concentration, ne faisant pas attention à ce qu’elle faisait et au fait qu’elle le regardait. Quand il s’en rendit compte, il achevait à peine sa tâche et détourna rapidement les yeux, gêné.

- Hey.... T'as pas intérêt à t'excuser ou à me sortir une bêtise quelconque hein... Je m'en fiche de cette fête moi. Tant que tu vas bien, c'est bon et... Enfin c'est vrai... Y a rien à dire et si tu t'excuses... Bah je t'embrasse moi !

Il lui fit un sourire un peu pervers, amusé, retrouvant son côté taquin dont il avait outrageusement fait étalage à l'Académie quand il lui volait des baisers pour un oui ou pour un non. Ce n'était peut-être pas bien, elle devait le savoir ça et donc elle ne le provoquerait sans doute pas. C'était mieux...

- Hum… tu…

Il tressaillit, portant une main à sa tête en grognant qu’il devait être sacrément fatigué avant de s’allonger, brièvement à côté d’elle, sur le côté, et de la regarder. S’il hésita une seconde, cela ne se vit que peu alors qu’il agissait rapidement, enlaçant une de ses mains d’une des siennes. Elle avait l’air… si chamboulée, perturbée. Enfin ses traits tentaient de rester neutres mais ses yeux, ses yeux qui parlaient tant pour elle auparavant étaient remplis d’incompréhension, de peur, de surprise, de soulagement aussi peut-être, même… peut-être de joie. Il restait avec elle après tout. Malgré ce qui s’était passé sur la grand place. Malgré tout ce qui se passait. Il lâcha sa main, pour poser sa paume brûlante contre sa joue encore glacée par les flocons de neige, suivi d’un doigt les contours rosés laissés par ses larges qui avaient gelé sur ses joues quand elle courait. Il se rapprocha, un peu, juste un peu, parlant tout bas, rien que pour elle.

- Tu te souviens de ce que tu m’as dit… pour cette promesse ?

A voir son regard légèrement différent, interloqué peut-être, oui, elle se souvenait. Ce qu’elle lui avait dit. Qu’elle avait fait une promesse, l’avait rompue. S’en voulait et… qu’il lui faisait penser à la personne pour laquelle elle avait justement juré d’être présente. Nouvel effleurement sur sa joue. Il sourit.

- Je ne te laisserai pas la briser une seconde fois… Alors… reste avec moi.

Phrase énigmatique ? Pas tant que ça au final alors qu’il lui faisait un clin d’oeil complice avant de poser ses lèvres sur son front. Juste un effleurement, léger, une seconde, peut-être deux, sans doute moins. Il avait dû la surprendre pour le coup et la faire réfléchir à toute vitesse. Pourtant alors qu’elle relevait les yeux sur le visage du jeune homme, c’est un Tristan endormi qu’elle découvrit, un sourire apaisé aux lèvres tandis que tout naturellement, il avait placé une main sur sa taille, sa respirant se faisant lente et régulière. Ah oui… il était vraiment… fatigué.
Furieux combat... qui avait duré si longtemps et s'en sortir sans blessure... Vraiment ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Dim 18 Mai - 21:12

Ne plus savoir ce qui est bien ou mal… Ne plus savoir ce qu’il est juste de faire… juste de ressentir. Alors que Cassidy courait un peu au hasard dans la forêt, sans chercher à se retourner, aucune hésitation dans ses pas, autant de pensées se bousculaient dans sa tête. Pourquoi… pourquoi les filles qui parlaient de Tristan la faisaient réagir ? Pourquoi sa magie devenait-elle instable ? C’est sûr il était gentil mais au point de… bah en fait elle ne savait pas vraiment elle-même ce qu’elle ressentait alors… ses réactions étaient très étranges.

Et pourquoi ces larmes dans les yeux ? Elle repensait à tous ces derniers moments passés ensemble… il était présent, beaucoup plus qu’avant, c’était comme si il s’avançait petit à petit, comme si il avait une certaine douceur envers elle, une tendresse, qu’elle ne comprenait pas toujours. Il lui avait dit qu’on ne pouvait pas lui en vouloir et elle n’était pas sûre de comprendre le sens de sa phrase. Les paroles des filles, parlant de Tristan avec une certaine envie, avaient eu un impact sur elle c’était certain ! Ca la rendait folle sans savoir précisément la raison.

Elle se rappelait encore… de sa chaleur dans la caverne alors qu’ils étaient collés l’un contre l’autre. Le trouble qu’elle avait ressenti, l’écoute attentive de sa respiration alors qu’ils ne pouvaient pas se voir. Elle se rappelait de son étreinte, douce, chaleureuse, qui l’avait calmé dans le noir. Réfléchir à ce moment là ? Pas vraiment. Elle appréciait le moment, elle appréciait le contact avec cet homme alors qu’elle ne devrait pas. Se demandant ce qu’elle pouvait bien lui trouver. Mais n’arrivant pas à mettre des mots, des émotions sur ces pensées.

Et puis il y avait eu ce drôle d’accident à la serre. Elle lui avait offert un sourire… et accessoirement autre chose. Elle avait souri, avait fait un compliment sur son apparence. Un compliment qui sortait du cœur sans aucune raison, comme ça… comme si il n’y avait rien d’autre, comme si oui elle s’intéressait à lui et le découvrait pour la première fois. Elle ne faisait pas exprès, c’était certain. Et encore après en se réveillant, la jeune femme avait exposé son corps nu sans aucune honte, ni gêne alors que la Cassidy d’avant aurait tout fait pour cacher les marques de son corps, ces cicatrices qui l’avaient fait souffrir.

Mais plus rien n’avait d’importance désormais. Elle ne devait pas rester à côté des humains. Sa magie était dangereuse, elle risquait de blesser quelqu’un et encore une fois elle s’éloignait, pour ne pas croiser les regards, pour ne pas avoir ce drôle de sentiment qui lui tordait l’estomac à chaque fois. Malheureusement, cette fuite n’était vraiment pas une bonne idée.

Les becs des corbeaux elle s’en fichait, les aiguilles qui s’enfonçait dans sa peau ne la dérangeaient pas, elle ne ressentait même pas le froid, trop occupée à courir. Jusqu’à ce qu’un monstre s’approche d’elle. Que s’était-il passé déjà ? Comme dans un flash back, elle revoyait ce monstre devant elle. Elle se voyait lui dire quelque chose… pourquoi avait-elle été si… optimiste ? Alors qu’il était clairement effrayant ? Peut être avait-elle cherché à nouer un dernier contact avec un dragon ? Pensant qu’il était comme Alanir, donc qu’il pouvait s’arrêter, qu’il pouvait discuter. Mais elle se trompait, car la bête n’avait absolument rien d’humain… les dragons étaient des animaux… rien de plus. On ne pouvait rien en tirer, on ne pouvait pas aller contre leurs pulsions.

Elle s’était retrouvée sur le ventre puis s’était retournée pour fixer son bourreau, les membres paralysés par la terreur, fermant les yeux pour accepter ce destin tragique. Car Cassidy n’avait pas la force de le battre, elle était totalement traumatisée et rien ne l’aurait sorti de cet état. Cependant, un grand choc résonna à côté d’elle. Un gros rocher avait été lancé et elle le regarda lentement alors qu’une silhouette apparaissait à côté d’elle. Tristan… que faisait-il là ?! Drakkari ou pas, il allait se faire tuer ! Mais la jeune femme n’avait pas la force d’ouvrir la bouche, pas la force de lui dire de s’en aller. Il disait une phrase incompréhensible. A ce moment là, elle ne le comprit absolument pas et puis après tout quelle importance ? Mais le voir se faire tuer sous ses yeux…ce n’était pas ce qu’elle demandait. La jeune femme essaya de bouger mais ses muscles refusaient de lui obéir. Elle ne voulait pas !

Pourtant, du spectacle, elle n’en loupa pas une miette et même si son cerveau marchait au ralenti, elle captait tout ce qui se passait de la scène. Le vent qui faisait une furieuse danse, comme contrôlé par quelqu’un, la rage qui s’élevait clairement du Drakkari, le combat titanesque. D’où tenait-il cette force alors qu’elle était si faible ? Après un an d’entraînements elle n’était assurément pas à son niveau. Encore une autre phrase bizarre… hein ? Mais il racontait quoi ?! Il savait… il savait ce qui s’était passé ? Mais… comment ? Comment pouvait-il savoir ? Il se découvrit encore un peu alors qu’il lançait la chemise dans sa direction, lui donnant un conseil. Cassidy écarquilla lentement les yeux alors qu’il retourna à l’assaut de son adversaire. Elle frémit quand l’énorme bête lui attrapa la main alors que Tristan ricanait.

Eleyna était arrivée sur place mais Cassidy ne semblait même pas la voir, fixant la scène, les yeux horrifiés, tremblante et les larmes dans les yeux alors qu’elle ressemblait plus à une statue. Les bruits extérieurs ne l’atteignaient pas… elle ne réalisait rien… Alanir avait fini par réapparaître sous sa forme humaine. Bien sûr, même étourdi il n’avait pas perdu une miette du spectacle, et l’instabilité du vent lui parut tout à fait… normale. Car lui savait… lui se doutait… et puis il avait entendu suffisamment de choses sur Tristan pour savoir… que comme lui avait la possibilité de manipuler le feu, pour l’autre Drakkari c’était bien l’air son élément.

Il s’était approché de Cassidy, lançant un regard d’incompréhension à Eleyna mais ne disait pas un mot, également impacté par cet accident auquel il n’avait fait qu’assister, impuissant. Le combat était féroce, violent. Alanir restait immobile, regardant fixement la scène. Il n’avait pas assez de force actuellement pour aider Tristan mais après tout… avait-il seulement besoin d’aide.
Le Drakkari emmena sa proie dans un cratère qu’il venait de former et hurla des paroles emplies de rage, en boucle, couverts par le bruit du vent. Il est vrai que cela pouvait faire peur à Cassidy, qui s’était un peu plus serrée contre Alanir, craintive. Jamais elle n’avait vu Tristan dans cet état et ça lui faisait quelque chose. Eleyna était partie le rejoindre mais il revint assez rapidement vers elle. La vue du sang fit écarquillé les yeux d’horreur de Cassidy si cela était possible et elle eut un haut le cœur. Pourquoi ? A cause de son esprit tout chamboulé parce que du sang, elle en avait vu et pas qu’un peu sur le champ de bataille. Cependant, après ce qu’elle avait vu de Tristan ces derniers jours, elle ressentit un certain malaise, tremblante, ses cheveux complètement emmêlés alors qu’elle le fixait sans pouvoir autant ouvrir la bouche pour lui dire quelque chose.

Il arrivait vite… trop vite. Elle se crispa un peu… pourtant ce n’était pas un dragon lui, non ? Le jeune homme avait l’air vraiment inquiet, vraiment en colère et surtout, animé d’une émotion énorme. Elle le regarda, lentement, battit des paupières alors que ses yeux observait le sang, alors qu’elle l’observait assis dans la neige devant elle et qu’il prononçait encore des paroles qui avaient difficilement du sens pour elle. Il ne voulait pas lui faire peur… il avait voulu… la protéger de ce cauchemar. Il savait alors… les yeux noisette de la mage prirent une intensité étonnante alors qu’elle écoutait sa déclaration. Rester près de lui… rester près de lui… alors qu’elle n’avait pas le droit…

Lentement, elle avait ouvert la bouche, voulant lui dire que c’était inutile, que sa magie était instable et qu’elle ne contrôlait absolument rien quand elle était à proximité d’humains mais sa voix se perdit dans sa gorge. Après tout… c’était comme une demande ? De rester près de lui ? Et lui devait bien rentrer dans ces conditions. Il s’agenouilla près d’elle, encore une petite attention envers elle, encore un conseil de ne pas attraper froid.

Puis tout le monde se releva pour reprendre le chemin du retour, Cassidy ne pouvant décidément pas prendre la fuite face à son sauveur. Alanir ne faisait qu’observer, il ne disait rien de spécial, peut être parce que ce n’était pas le moment. Mais il réfléchissait beaucoup… songeur au sujet du comportement à Tristan. Il jouait à quoi en fait ? Bon c’est sûr, il l’avait sauvé mais que ressentait vraiment le Drakkari au sujet de la petite mage ? Difficile de deviner… Mais alors qu’il était perdu dans ses pensées, ledit Drakkari était tombé dans la neige. Cassidy s’était dérobée de lui et s’accroupit à côté de Tristan, ses yeux trahissant une émotion intense d’inquiétude et d’horreur alors que le jeune homme minimisait la situation. Elle fronça alors très lentement les sourcils, peut être pas si convaincue qu’il ne voulait le laisser croire.

Cependant elle n’ouvrit pas la bouche et le cortège reprit la marche, Alanir grognant en soutenant Tristan pour l’aider à avancer. Après un long moment, où la petite mage commençait à s’assoupir, ils arrivèrent à la cité. Cependant Alanir l’avait beaucoup observé durant le trajet, se doutant bien qu’elle n’avait pas encore eu son remède ce soir et que c’était une question d’heures avant qu’elle ne se sente très mal. Tristan devait bien ressentir la crispation dans les muscles de son confrère, l’inquiétude pour la petite mage, l’impatience de rentrer… pourtant personne ne disait rien.

Alors qu’ils étaient arrivés et que tout le monde s’affaira d’un endroit à l’autre pour s’occuper des blessés, Alanir aida Cassidy à enlever sa robe puis l’allongea sur le lit, la regardant doucement, une expression d’inquiétude au fond de ses yeux. Il venait de sortir de sa besace la seringue ainsi que le remède et lui administra rapidement avant de se pencher sur le corps de la demoiselle, qui avait subi bien des blessures, bien qu’elle ne disait rien, les yeux perdus dans le vague.

- Cassy… Pourquoi… pourquoi es-tu partie ?

Elle ne répondait pas. Il soupira et se concentra sur ses émotions, sur ce lien qui les unissait et chercha l’émotion de Cassidy qui avait entraîné toute cette histoire. En s’en rendant compte, il ouvrit doucement la bouche, surpris, puis prit un air beaucoup plus douloureux et triste, cherchant une infirmation de ce qu’il venait de découvrir.

- Tu étais… tu étais… ja…

A peine avait-il prononcé le début de ce mot que la jeune femme eut une réaction bizarre. Son regard se fit honteux, elle se crispa et détourna rapidement la tête. Heureusement Alanir n’eut pas le temps d’en parler davantage qu’Eleyna revenait déjà pour lui proposer son aide. Mais cela avait suffit pour confirmer ses craintes. Il la regarda lentement alors qu’elle ignorait ses yeux posés sur elle. Elle se crispa un peu plus en secouant lentement la tête, tentant de se calmer et trembla beaucoup pour éviter que sa magie ne reprenne le dessus une nouvelle fois.

Mais juste après Eleyna, Tristan arriva en les priant de retourner à la fête, qu’il allait s’occuper de la petite malade. Alanir sursauta et se tourna vers le jeune homme, voulant lui dire que ce n’était pas grave, mais celui-ci n’eut pas le temps de riposter que Tristan avança deux bons arguments, un en faveur d’Eleyna. Quant à lui, le dragon se fit légèrement crispé même si il ne le montrait pas spécialement, croyant toujours que Tristan lui en voulait, pour une obscure raison. Il fut donc bien surpris de le voir parler des humains et de profiter de la soirée. De plus, Cassidy s’était redressée, voulant très certainement faire autre chose ou ne pas passer pour une malade, c’était au choix. Alanir la regarda lentement puis fixa Tristan, surprit, alors que celui-ci s’approchait déjà de Cassidy pour s’occuper d’elle.

Elle le dévisagea lentement alors qu’il lui demandait de se recoucher pour s’occuper d’elle. La demoiselle obéit sans opposer la moindre résistance. Alanir se fit trainer par Eleyna à l’extérieur et cette dernière avait l’air plutôt contente du déroulement des évènements. Mais le simple fait de parler de crêpes, ranima le désir d’Alanir qui décida, pour cette fois, de faire confiance à l’autre Drakkari, bien que beaucoup de questions restaient en suspend.

Cassidy s’était recouchée alors qu’elle observait Tristan qui prenait beaucoup de temps pour la soigner. Il avait une certaine douceur et ne laissait rien au hasard. Un regard d’incompréhension brillait dans ses yeux noisettes. Depuis quand était-il comme ça ? Depuis quand voulait-il s’occuper d’elle ? Elle soupira un instant et ferma les yeux. Peur… oui elle avait peur de sa magie.
Ca serait quoi la prochaine fois ? Mais étrangement, quand il était à côté d’elle, la demoiselle se sentait plus calme, plus stable et certainement un peu apaisée. Il lui disait de ne pas s’excuser, de ne rien dire tout simplement. Elle le regarda plus intensément. Pas la peine de s’excuser non… elle était partie volontairement, de son propre chef et ne s’attendait pas à ce qu’on soucie d’elle et qu’on cherche à la rattraper. C’était peut être ça le plus gênant pour elle. Mais… quoi dire ? Rien… Tristan pensait se douter qu’elle sortirait une bêtise et fit une menace plutôt… originale. L’embrasser si elle disait une bêtise.

Oh il aurait bien pu le faire… puisque la petite mage grogna un coup mais ne fit pas part de sa réflexion, comme quoi les bisous, c’était pour les humains, pas pour elle. Cela aurait été une grosse bêtise cette déclaration non ? Elle détourna lentement la tête. Cependant, alors qu’il se tournait, certainement pour déposer la serviette mouillée plus loin, quelque chose attira son attention. Un tatouage qui s’étendait dans son dos un peu au dessus des omoplates. Un tatouage qui lui était vraiment familier. Alors qu’il ne la regardait pas, la jeune femme se mit à balbutier, surprise, fixant des yeux cette marque qui n’avait rien d’étranger pour elle. Un nouveau flash apparu dans sa tête alors qu’elle se tint rapidement la tête en grognant. Mais lorsqu’il revint vers elle, la jeune femme avait repris une expression un peu plus neutre.

Pourtant après ce léger silence, le jeune homme commença une nouvelle déclaration, assez hésitant, alors qu’elle tournait à nouveau son regard vers lui, penchant légèrement la tête sur le côté alors qu’il rapprochait la main de sa joue. Une très légère teinture rosée vint teindre la peau froide de Cassidy en sentant, même sans l’avoir, le contact de la main chaude de Tristan. Il lui parlait de sa promesse. La jeune femme le regarda avec beaucoup de surprise, effectivement, sans comprendre où il voulait en venir. Oui effectivement abandonner quelqu’un… ne pas être là pour lui… elle écarquilla les yeux quand il lui demanda carrément de rester pour lui. De la briser une seconde fois… Où voulait-il en venir ? Avait-il au final besoin d’elle alors que rien ne le laissait entendre ? Le cœur de la jeune femme tambourina dans sa poitrine alors qu’elle tentait de lire en lui, voulant comprendre le sens de ses paroles. Et pourtant, il se contenta d’un baiser rapide sur le front avant de s’affaisser légèrement sur elle, la respiration plus lente, dans ses bras.

Lentement, la jeune femme le regarda, le dévisagea. Mais qui était-il donc ? Que voulait-il ? D’un geste lent et hésitant, elle avait placé une main dans ses cheveux et les caressait doucement, distraitement. Ils étaient doux, c’était agréable et une sensation plutôt apaisante. Alors que de son autre bras elle le maintenait contre elle, tendrement, le berçant. Les yeux noisettes de la demoiselle fixaient le mur en face d’elle, même si elle donnait l’impression d’être perdue et inexpressive. Des larmes coulaient le long de ses joues qu’elle ne retenait pas même si elle les sentait rouler dans son cou, sans savoir vraiment ce qui la faisait pleurer. Elle resserra un peu sa prise sur Tristan, appréciant son odeur, respirant doucement et se calant un peu mieux sur le lit. Pour un contact direct là… il était torse nu et elle en sous vêtements. Alors là l’occasion était bien belle pour apprécier l’instant présent. Elle murmurait doucement, des paroles inaudibles, sans pour autant enlever sa main des cheveux du jeune homme. Des paroles un peu plus fortes, même si il était évident qu’il ne les avait pas vraiment entendus.

« Qu’est-ce que tu veux réellement Tristan ? Qu’est-ce que tu attends de moi ? »

Sur ces questions sans réponse, elle ferma lentement les yeux, et tout comme lui, ne tarda pas à s’endormir pour le rejoindre dans le pays des songes, collée contre lui, sans la moindre gêne et une position bien plus protectrice que ce qu’elle aurait pu se permettre en étant réveillée.

Alanir revint tard avec Eleyna. Il avait l’air d’avoir passé une bonne soirée. Le petit duo s’approcha sur la pointe des pieds de la chambre de Tristan pour apercevoir le petit couple endormi. Un sourire apparut sur les lèvres d’Eleyna alors qu’Alanir était toujours aussi surpris du comportement du Drakkari, se demandant ce qu’il pouvait bien penser pour agir de la sorte. Bien sûr, devenir d’un coup dragon, renier son humanité, c’était quelque chose, il devait être un peu instable mais avec Cassidy… il avait l’air de moins l’être. A moins qu’il jouait un jeu. Le pauvre dragon ne savait plus du tout que penser !

Eleyna l’avait attiré en arrière. Elle était bien plus enthousiaste que lui et était prête à y croire. Le grand dragon hocha doucement la tête, l’air pensif, espérant qu’elle ne se trompait pas. Car il savait que Cassidy changeait, petit à petit. Si elle venait à se rappeler de Tristan alors… là seulement ça serait bien plus compliqué surtout qu’elle était capable du meilleur comme du pire. Enfin, il ne se pencha pas plus en détail et tout le monde partit dormir, lui profitant du canapé pour la nuit.

Le lendemain matin, difficile de savoir qui s’était réveillé en premier entre Tristan et Cassidy. Il est vrai que tous les deux étaient épuisés la veille et qu’une longue grasse matinée n’était pas de refus pour cette fois là. Elle avait ouvert lentement les yeux tout en faisant une petite mimique adorable, ayant vraiment très bien dormi. Voir Tristan dans ses bras, même si ils avaient bougé en dormant tout en prenant une position bien plus confortable ne semblait pas plus la déranger que ça. D’un geste timide et hésitant, elle passa doucement sa main sur le visage du jeune homme et la fit glisser très lentement dans ses cheveux, ce qui eut pour réflexe de le faire réagir alors que des expressions apparaissaient sur son visage. Il était vraiment adorable quand même.

Finalement il se réveilla également et après être resté un peu avec elle, se souciant de son réveil, de savoir si elle avait bien dormi, il se redressa, s’habilla et partit déjeuner le temps qu’elle finisse d’émerger. La demoiselle s’étira à son tour et après avoir fait un tour dans la garde robe pour prendre une de ces jolies robes bien attirante à souhait, elle sortit également de la pièce pour aller déjeuner à son tour.

Tristan n’était pas là, d’après Eleyna et Alanir, il était sorti faire une course. La jeune femme haussa doucement les épaules et s’assit en leur compagnie, alors qu’Eleyna tentait d’avoir plus de détails. Drôle d’attitude chez Cassidy, qui, mal à l’aise, marmonnait dans son bol de chocolat chaud tout en détournant le regard, les joues rouges. Cependant, Tristan mettait du temps à rentrer.

La petite mage déclara alors sortir, ne voulant certainement pas attendre qu’il rentre. Elle avait pris l’écharpe coloré qu’il lui avait apporté un jour, pour une raison… inconnue et se hâta de sortir, avec peut être un peu trop d’enthousiasme. Alanir avait la tête dans sa tasse de café et semblait réfléchir intensément.

- C’est quand même étrange tout ça… J’ai pensé à ce que tu avais dis au sujet de la bague… peut être… peut être que oui mais… si il tient tant que ça à cet objet et au lien que ça représente avec Cassy pourquoi diable se laisse-t-il draguer par la gente féminine ? C’est peut être ses pulsions de dragon… M’enfin là j’ai l’impression que plus je le vois, plus il m’étonne…

Oui Alanir se posait des questions au sujet de Tristan mais il n’arrivait toujours pas à accepter cette histoire avec les autres femmes même si les humaines étaient bien cruelles et opportunistes… enfin… celles qui n’avaient aucun scrupules.

Cassidy était sortie alors que les flocons tombaient doucement dans le ciel. Elle tendit la main en avant pour en prendre quelques uns dans sa paume, respirant doucement, de la brume se formant autour de sa bouche. Puis elle ferma les yeux, huma doucement l’air froid du début d’hiver en ramenant sa main vers son cœur puis rouvrit lentement les yeux tout en fronçant les sourcils et courut dans une direction définie.

Elle trottina, passa par une ruelle, puis une autre, emprunta un escalier puis vit soudain Tristan en conversation avec un troupeau de demoiselles qui tentaient apparemment de le séduire. Sans savoir ce qui lui prenait vraiment, la demoiselle accéléra le pas, mais dans sa course, ses pieds dérapèrent sur le sol glissant alors qu’elle bouscula Tristan qui n’avait rien vu venir du tout. Elle reprit lentement son souffle, sans pour autant s’occuper de lui et se redressa comme elle pouvait pour faire face aux filles, le regard bien peu accueillant alors qu’elle les fixait sans sourciller, à la manière d’un animal en colère, poussant un grognement et montrant ses canines dans une attitude d’intimidation.

Les filles arrêtèrent de rire et la dévisagèrent. Le ton n’était guère amical. Cassidy ne disait rien mais ses yeux parlaient pour elle. Une sorte de… jalousie qui commençait à grandir de plus en plus. Elles restèrent hésitantes alors que Cassidy faisait un pas en avant, comme si elle voulait se jeter dans la mêlée et se battre, comme si elle refusait cette drague… même si elle s’étonnait elle-même d’avoir ce genre de réaction insensée. Finalement, elle attrapa le bras de Tristan, leva un peu le nez dans une attitude très digne, voire un peu snob et l’entraîna à sa suite sans parler, sans dire un mot. Parce que de toute manière, elle ne pouvait pas lui expliquer pour quelle raison elle avait agi ainsi.

Alors qu’elle resserrait lentement sa prise sur le bras de Tristan, la demoiselle marchait un peu au hasard, les cheveux emmêlés, songeuse. Un comportement qui rappellerait sans aucun doute celle de Tristan quand il se plaçait entre elle et Erwan. Ce n’était qu’un juste retour des choses après tout. Au final, il insista pour la coiffer, même si elle ne disait rien. Mais après tout… ne restait-elle pas près de lui comme il l’avait demandé ? C’était déjà ça… même si il risquait peut être de regretter cette soudaine et imprévue présence à ses côtés.

Alors, comme Tristan n’avait pas vraiment le choix, il emmena Cassidy partout avec lui puisqu’elle le suivait comme son ombre. Pour aider des personnes qui en avaient besoin, comme un déchargement de fournitures. Au départ, elle restait à côté les bras croisés sans rien dire mais le jeune homme lui avait balancé un sac pas trop lourd, en lui demandant d’aider aussi, ça l’occuperait plutôt que de ne rien faire. Ils avaient fait un tour aussi sur le terrain d’entraînement et elle le regardait s’entraîner, assise sur un banc, jusqu’à voir d’autres admiratrices qui le dévoraient du regard. A ce moment là, la petite mage s’était relevée, placée juste devant elle, cachant la vue de Tristan, tout en demandant d’une voix intimidante si l’une d’entre elle avait aussi envie de se battre, même toutes ensemble car elle avait une grande envie de se défouler… ou peut être de… assumer son droit d’être à côté du beau Drakkari. Les autres filles ne semblaient pas avoir envie de se mesurer à Cassidy. Après tout, avec ce qu’elle avait fait la dernière fois en magie, personne ne voulait réellement se frotter à elle.

Il y avait aussi ce repas où Tristan l’avait trainé et qu’elle était à côté de lui, bougonne, mangeant une sorte de sandwich alors qu’elle fixait d’un mauvais œil l’anneau dans son oreille. Comme le regard de Tristan se faisait plus insistant, elle se mit à parler, et pas sûr qu’il veuille entendre son explication.

« A un moment, alors que j’étais en mission discrète pour les Cheistams… y a… bien longtemps puisque je cachais mon identité… je suis tombée sur une grosse brute perverse et dragueur avec le même genre d’assemblage… pas très délicat… et rentre dedans… jpense pas vraiment que j’ai envie de t’associer à ce genre de… personne… t’as l’air bien trop noble pour ça… ‘fin c’est ce que tu dégages hein »

Hem… pas très gentil hein mais n’était-ce pas une sorte de révélation de goûts détourné ? Ou peut être qu’elle s’intéressait suffisamment à lui pour lui dire ce genre de choses non ? Oui bon elle aurait pu être plus claire en lui disant qu’elle n’aimait pas les gars qui portaient des boucles d’oreille non ? Elle but une gorgée d’eau, sans rien dire davantage. Associer le côté noble à son rang de prince dragon ? Enfin elle ne savait pas… et comment pouvait-elle être certaine de ce qu’il dégageait ? Elle ne bronchait pas, donnant l’air de ne pas s’en soucier plus que ça ou plutôt, ne voulait pas le montrer.

Le reste de la journée se passa normalement ou presque. Tristan avait déclaré devoir faire un truc, il l’avait laissé près de la fontaine, assise sur un banc, avant de s’éloigner. Sauf que quand il revint à l’endroit où il l’avait laissé, tout un attroupement s’était formé… un peu plus loin. Et quel spectacle il découvrit ! Des filles semblaient horrifiées mais personne ne voulait s’approcher plus près… car la jeune femme qui était accroupie à côté d’une autre par terre, le bras tendu comme si elle avait l’intention de frapper, les canines retroussées, et une aura dorée autour d’elle, ne semblait guère agréable. Une certaine petite mage qui avait attendu que Tristan ait le dos tourné pour frapper injustement une de ses admiratrices. Lorsque les filles le virent arriver, elles lui demandèrent tout de suite de l’aide.

Cassidy s’était lentement tournée et en apercevant Tristan, elle fit un petit saut en arrière, s’écartant de la fille en question qu’elle tenait par la gorge et qui avait apparemment reçu quelques soufflés au visage, ses cheveux emmêlés montraient qu’une furie s’était jetée sur elle. La petite mage regarda un instant Tristan, honteuse, détourna le regard puis courut à travers la foule qui s’écartait à son passage pour s’enfuir.

Mais alors que Tristan voulait peut être la rattraper, les autres filles se placèrent devant elle, voulant donner leur version des faits.

- On bavardait tranquillement et elle s’est jetée sur nous !
- Camille a voulu s’interposer mais Cassidy n’a rien voulu entendre, elle s’est jetée sur elle en la battant !
- Cette fille est un vrai danger public, on ne faisait rien de mal !
- Huuum beau gosse tu veux pas m’embrasser ? Je guérirais beaucoup plus vite…


Décidément Cassidy adoptait un comportement très étrange ! Et comment la discréditer alors qu’elle n’était même pas là pour se défendre ? Fuir… n’était-ce pas accepter ? Et puis elle avait l’air plutôt honteuse pour le coup. Cependant, si Tristan décida de la rejoindre, pour une raison ou une autre, il la retrouva encore en train de faire quelque chose de très bizarre.

Elle se trouvait à la cascade, debout sur une pierre… entièrement nue et sous le jet d’eau qui la trempait entièrement alors qu’elle croisait les bras sous sa poitrine, un air renfrogné et boudeur sur le visage. Bien évidemment, elle ne passait pas forcément inaperçue, surtout que des hommes en profitaient pour se rincer l’œil, certains chuchotant qu’elle devait avoir bien froid et qu’il fallait la réchauffer. Mais apparemment, Tristan ne voulait pas laisser la petite mage dans cet état et s’était rapproché d’elle pour lui tenir chaud… ou bien la cacher à la vue des autres. Quel étrange comportement !

La soirée se passa plutôt bien, même si Cassidy restait silencieuse et qu’elle n’expliquait pas son comportement même si Alanir avait détecté une énorme jalousie venant de sa part qui ne faisait que s’amplifier avec le temps.

Le lendemain matin, la jeune femme avait décidé de méditer un peu à l’écart, au sommet de la cascade, estimant peut être que son comportement de la veille était inacceptable et qu’elle devrait bien apprendre à se maîtriser. Inspirant lentement, les cheveux dans le vent, l’écharpe de Tristan accrochée autour de son cou, son visage tentait de se faire apaisé alors qu’elle écoutait les bruits ambiants de l’eau qui dégringolait jusqu’en bas. Ce n’est qu’après un moment, alors qu’elle commençait à avoir faim et voulait invoquer une brioche mais… quelque chose d’un peu plus lourd lui tomba directement sur la tête, l’assommant à moitié.

Elle regarda l’objet avec curiosité, passa doucement sa main dessus, fronça les sourcils, le mit sur son bras et reprit le chemin de l’appartement à Tristan. A l’intérieur, se trouvaient Eleyna et Alanir, en grande conversation sur un sujet d’humains apparemment et Tristan qui faisait quelque chose à l’écart mais sans savoir quoi exactement. La jeune femme reprit un ton neutre alors que tous se tournèrent vers elle et elle jeta un regard à Alanir alors qu’elle tenait… une selle bien particulière dans les bras.

« Cquoi ça ? »

Il ouvrit la bouche, tel un poisson hors de l’eau, manquant de faire tomber sa tasse de thé qu’il tenait et regarda Tristan, très nerveux un instant avant de regarder Cassidy, un peu tremblant et choississant bien ses mots.

- Comment tu as trouvé ça ?

« Je voulais invoquer une brioche et ce truc m’est tombé sur la tête… »

Gros silence dans la pièce alors qu’Alanir, mal à l’aise, ne savait pas vraiment quoi dire pour expliquer l’utilité de cet objet. Il ferma les yeux, inspira profondément, avant de donner une réponse… peut être pas la meilleure mais…

- C’est une selle de dragon…

« QUOIIIIIIIIIIIIII ?!?! »

Elle avait lâché la selle par terre et venait de faire un bond en arrière, faisant apparaître les flammes d’Alanir autour d’elle avec une rapidité déconcertante, en position de combat, comme si elle était prête à se battre, la haine et la colère se lisant soudain dans ses yeux pourtant si inexpressifs. Alanir soupira un instant, posa sa tasse de thé, et se pencha en avant pour ramasser la selle, un air malheureux sur le visage.

- Cassy… ce n’est pas ce que tu crois… je sais ce que tu penses des dragons mais fais moi confiance celui là… celui là est spécial…

Son cœur battait vite à la petite demoiselle crispée alors qu’elle ne changeait pas de position, méfiante.

« Pffff ! Y sont tous pareils de toute façon ! Y ont rien d’humain, on peut pas communiquer avec eux… cpas pour rien qu’ils vénèrent leur créatrice Sariel… aussi orgueilleux qu’elle… trop fiers… et ils se sentent supérieurs aux autres… souviens toi Alanir… suis corrompue pour eux, y a rien à faire »

Le dragon tremblait, ferma les yeux mais le ton de sa voix était plus clair, plus insistant.

- Mais ils ne sont pas tous comme ça ! Oui peut être que la plupart t’ont… fait du mal ! Oui ce sont des têtes de mules mais ne les condamne pas tous ! Et puis tu as bien réussi à me changer non ?!

Les flammes autour de la jeune femme disparurent, alors qu’elle semblait un peu plus attentive. Pauvre Tristan… même si son congénère le défendait, la partie n’était pas gagnée. Cassidy se radoucit lentement.

« Oui mais toi… toi c’est différent… »

- Je ne suis pas le seul à être différent Cassy… S’il te plaît ouvre les yeux… tu le sais au fond de toi… tu le sais qu’il te manque quelque chose quand on vole ensemble… un vide oui… je le sens… mais si tu faisais l’effort de connaître celui là… alors… je… je pense fermement que ça te ferait changer d’avis sur celui là… c’est ce que j’ai envie de croire

Message adressé à Tristan discrètement ? Il fallait croire que oui même si il ne regardait pas l’autre Drakkari. Cassidy ne répliqua pas. Elle hésitait et finalement… cette hésitation laissait entendre qu’Alanir n’avait pas tort et qu’elle s’en rendait un peu compte… un tout petit peu… qu’il y avait quelque chose. Elle observait longuement la selle, réfléchissant. Puis… alors qu’elle ouvrait la bouche.

« Alors je vais… »

Elle grimaça alors qu’un nouveau flash venait de se présenter à elle, au moment où ses yeux se posèrent sur sa signature magique, gravée dans la selle. Elle vacilla un instant, regarda tout le monde, troublée, puis ressortit dehors, certainement pour réfléchir à tout ça…

En fait, après avoir erré un moment, la jeune femme était partie chez Maud, pour discuter un peu avec elle. Et pourtant Cassidy n’était pas du genre à discuter alors c’était un peu bizarre. D’ailleurs lorsqu’elle ressortit, la demoiselle semblait un peu hésitante et mal à l’aise puis fonça en direction de la forêt, sans revenir avant la fin de soirée. Personne ne savait où elle était allée mais si Alanir n’avait pas disparu, cela ne devait pas être si loin que ça.

Le lendemain, elle fit pareil, disant même à Tristan qu’elle devait faire quelque chose d’important mais tentait de le rassurer qu’elle n’allait pas très loin et que c’était sans danger. Ce n’est que le soir qu’il apprit ce qu’elle mijotait. La demoiselle était assise sur un muret, pas loin du chemin qui menait à l’appartement de Tristan, elle tenait un foulard rouge dans les mains et semblait assez… nerveuse alors que ses pieds se balançaient dans le vide et que les premières étoiles apparaissaient dans le ciel.

Lorsqu’elle aperçut Tristan, la petite demoiselle sauta au sol et vint se planter devant lui, hésitante, tremblante et ouvrit la bouche pour murmurer d’une voix timide.

« Dis…tu veux bien venir avec moi… s’il te plaît ? J’aimerais te… te montrer quelque chose… alors… ça me ferait plaisir que tu m’accompagnes… »

Elle ferma les yeux en serrant son foulard dans la main mais à sa grande surprise, il accepta.
Elle se plaça derrière lui et se suréleva grâce à la magie pour lui bander les yeux, puis lui prit la main pour le guider. Ils sortirent de la cité et commencèrent à marcher dans la forêt, les bruits de la nuit résonnant dans l’obscurité. Elle avait apparemment allumé sa sphère de lumière pour se déplacer en silence, sans parler. Mais sa main était un peu moite, témoignage de sa nervosité. Ils passèrent sous des arbres, des feuillages, elle veillait à ce qu’il ne se fasse pas mal, l’avertissant des obstacles et enfin elle finit par s’arrêter.

Au final, elle s’arrêta à un endroit puis se plaça derrière lui pour réitérer la même manipulation, s’élevant dans les airs pour lui enlever son foulard… au départ, il ne vit qu’un épais rideau de feuilles devant lui mais d’une formule prononcée par la petite mage, les feuilles s’écartèrent pour laisser place à un petit sentier menant vers un des plus beaux endroits près de la cité.

Devant eux se trouvait une petite clairière qui semblait avoir résisté à la neige même si le ciel était dégagé. L’herbe était verte, soyeuse sous leurs pieds. Mais le plus étonnant se trouvait en face d’eux. Un arbre au tronc gigantesque prenait une bonne place de la clairière. Ses branches et feuilles étaient illuminées de petites lumières dorées et argentées. Des sortes de lucioles voletaient un peu partout dans l’endroit, donnant une ambiance assez romantique à l’endroit. L’arbre était entouré par un point d’eau, d’une eau très claire et pure qu’on y voyait le fond et des poissons qui se déplaçaient. Un petit pont en bois naturel semblait avoir été conçu pour se rendre jusqu’à l’arbre. Et dans un coin de la clairière se trouvait un magnifique bassin avec des petites pierres autour. La fumée qui s’en dégageait sous entendait qu’il s’agissait d’une source chaude.

Tristan devait certainement être surpris et ne pas comprendre où Cassidy voulait en venir mais chaque chose en son temps alors que, fébrile, elle le prit par la main pour lui faire passer le pont. Décidément cette source d’eau semblait avoir été implanté là par magie… Ils étaient également suffisamment loin de la cité pour ne pas que les sensations de Tristan ne se déclenchent sur les autres humains ou bien était-ce tout simplement que cet endroit était coupé hors du temps.

Elle posa délicatement sur le tronc de l’arbre et un passage s’ouvrit à l’intérieur, les laissant voir un aménagement complet et très original. Le mobilier était en bois et on ne dirait pas qu’on se trouvait à l’intérieur d’un arbre puisqu’il y avait quelques séparations. La pièce principale était composée d’une petite table coquette où des services avaient été posés avec au milieu des petites fleurs et une chandelle. Des cristaux illuminaient la pièce, à défaut d’avoir des fenêtres, ce qui donnait une ambiance tamisée. Un peu plus loin… se trouvait un canapé, qui lui avait été déplacé ici apparemment. Lorsque Tristan jeta son regard dessus, Cassidy sortit une phrase très révélatrice.

« Maud m’a dit que c’était bien le canapé… enfin c’était utile d’en mettre un alors… je l’ai apporté ici »

Des arches et des rideaux séparaient les autres pièces. Cassidy semblait gênée et regardait ses pieds, lentement, semblant mal à l’aise dans ses paroles.

« Je… je voulais te remercier pour la dernière fois alors… j’ai beaucoup réfléchi… hier… enfin il fallait que je pense à autre chose ! et puis je me suis dit… que peut être… ça… ça te ferait plaisir… et puis… depuis que j’ai eu… enfin depuis que je peux utiliser cette… magie… je vois des choses que je ne voyais pas avant… cette clairière… est spéciale… personne ne peut y accéder sans y avoir été invité… la forêt protège ce lieu… si on passe à côté, on est directement redirigé à côté… mais moi… je peux la sentir… ça fait parti… de cette magie ancienne et millénaire… fin voilà quoi et je voulais… partager ça… avec toi… »

Elle se mit à rosir légèrement puis grogna en se dirigeant vers un rideau, en disant qu’elle devait encore préparer des choses. Mais elle ressortit rapidement, tenant une petite besace dans sa main. La demoiselle avait enlevé sa cape, dévoilant une robe vraiment très sensuelle, moulante, dans un tissu blanc et décoré de motifs argentés, vaporeux par endroits, léger décolleté et se tourna vers lui, un regard inquiet sur le visage.

« Dis… tu veux juste bien me… me faire ce truc ? Alanir dit sinon que je risque d’aller très mal et comme je risque d’oublier et que c’est bientôt l’heure… ça évitera de gâcher la soirée. »

Cassidy lui fit un timide sourire alors qu’il acceptait, s’installant sur le canapé avec elle, pour lui faire cette piqure dont elle se serait bien passée après tout. Consciente de ce malaise, elle le remercia poliment puis lui demanda de s’installer à table, parce qu’elle allait chercher les plats en cuisine.

La demoiselle revint rapidement très chargée de plats. Elle aurait pu utiliser la magie mais avec sa nervosité, Cassidy l’avait complètement oublié ! Trop chargée, elle s’emmêla les pieds et trébucha. Tristan réagit à l’instinct et la rattrapa puis lui proposa de l’aider à porter les plats alors que la petite demoiselle rougissait à vue d’œil. Finalement, ils s’installèrent pour manger.
De ce que Tristan remarqua, ce n’était que des plats qu’il aimait, même les plus difficiles d’accès, par rapport à la viande, aux ingrédients… elle devait être partie avec Alanir pour faire ses commissions mais le jeu en valait la chandelle. Tiens donc se rappelait-elle donc de ses mets favoris ?

« Je savais pas trop ce que tu aimais… alors j’ai fais un peu au hasard… j’espère que tu aimeras quand même… »

Rire nerveux alors qu’elle commençait à manger. Elle s’était beaucoup appliquée et apparemment son inconscient l’avait encore aidé… dans les goûts de Tristan… ou du moins ce qu’il aimait avant de faire tous ses trucs de dragons. Ils mangèrent même si elle était un peu intimidée et ne savait pas vraiment quoi raconter, tremblant légèrement. Il y avait même une bouteille d’un vin sucré sur la table, ce qui n’était peut être pas une bonne idée… cependant c’était sur les recommandations de Maud alors…

Le repas se passa bien, alors qu’elle faisait des efforts pour être plus expressive avec lui, plus enjouée que d’habitude et puis… à voir les verres qu’elle enfilait, l’alcool aidait bien à ça et elle semblait surtout se décoincer au fur et à mesure. A la fin du repas, elle le prit par la main, enthousiaste, lui disant qu’ils allaient tester le bassin d’eau chaude et qu’avec les lucioles et les bruits de la forêt, ça serait vraiment très bien ! Ses joues étaient un peu rouges, sûrement à cause de l’alcool, alors qu’elle l’entraînait vers la sortie.

Elle le planta devant la source et commença à se déshabiller… devant lui, rechignant même à lui demander de l’aide pour enlever son corset. A sa grande surprise, toutes les traces de cicatrice avaient disparues alors qu’elle se retournait vers lui, toute nue, le dévisageant avec curiosité.

« Ah ! C’est un sort d’illusion ! Je pensais… enfin pour une soirée comme ça… je voulais juste faire disparaître ces marques… pour une fois… et puis c’est drôle quand je pense à toi ma magie marche beaucoup mieux ! ça en devient instinctif ! »

Elle se mit à rire une nouvelle fois. Oula… pour sortir des trucs comme ça elle devait être vraiment alcoolisée. Puis elle le gronda en disant qu’il ne s’était toujours pas déshabillé et entreprit de le faire… avec un peu trop de talent quand même, bien aidée par l’alcool. Ca ressemblait un peu à leurs jeux d’autrefois, où elle déboutonnait sa chemise, caressant son torse de ses doigts puis passant ses mains sur ses hanches alors qu’elle enlevait sa ceinture puis son pantalon. En un peu plus soft quand même, même si son inconscient ou son lâchage était un peu trop efficace.

Une fois déshabillé, elle l’entraîna dans le bassin et resta à côté de lui. Même si ce à côté de lui finit par devenir… collée à lui alors qu’elle se rapprochait de plus en plus, timidement. Après un moment de silence, alors qu’il était assis, la demoiselle se plaça vraiment devant lui alors qu’elle était à sa hauteur, vraiment une bonne vue pour lui et qu’elle plaçait ses bras sur les épaules du Drakkari, le regardant droit dans les yeux, les joues rouges mais un petit quelque chose d’indéfinissable au fond des yeux, qui pouvait être interprété de différentes manières.

Elle posa une de ses mains sur la joue du Drakkari et la caressa du bout de son pouce, semblant le dévisager du regard alors qu’elle se permit un seul mot.

« Tris’… »

Son surnom… prononcé d’une manière… particulière. Comme si elle se rappelait… comme si elle avait compris quelque chose… ou pas… Sans lui laisser le temps de répondre, elle se pencha doucement sur ses lèvres pour déposer un baiser. Mais pas le baiser discret ou timide ! Un vrai baiser ! Pas de ceux qu’on utilise avant de s’amuser, pas ceux plein de passions mais un vrai baiser de douceur, de tendresse, tellement typique de Cassidy… tellement elle-même. Son corps n’oubliait pas oui… et ce baiser en était la preuve alors qu’elle se collait un peu plus contre lui, passant ses bras autour de sa nuque, l’approfondissant toujours un peu plus.

Cassidy était là… elle était toujours là… et ne semblait pas avoir tout perdu… finalement.

Seulement, lorsqu’elle se décolla de ses lèvres, la demoiselle le regarda un instant puis fit basculer sa tête dans le creux de l’épaule du jeune homme, peut être en train de s’assoupir, sans dire un mot de plus.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Ven 30 Mai - 15:45

- Cassy…

Il n’avait même pas encore ouvert les yeux quand il avait prononcé son prénom d’une voix rendue rauque par ses hurlements de la veille. Il n’avait pas regardé, il n’avait pas réfléchi, il ne s’était même pas encore remémoré tout ce qui s’était passé. Il avait juste respiré… et senti son odeur et sa chaleur blottie contre la sienne.
Lentement Tristan avait rouvert les yeux pour fixer le visage adorable relevé vers lui. C’est vrai… Elle avait changé. Malheureusement.
Terriblement changé.
Mais même sa cicatrice sur son oeil, qui sembler s’estomper ces derniers jours, ne ternissait pas la beauté qui avait si facilement fait chavirer bien des années plus tôt, le coeur du jeune homme. Son air neutre par contre… la rendait si fade et triste par rapport à son caractère enjoué, engagé. Mais cet air-là ne semblait pas définitif. Depuis qu’il l’avait retrouvée, il avait pu constater l’étendue des dégâts qu’elle avait reçu. Il avait contemplé comme s’il y était les horreurs qu’elle avait pu subir. Et même s’il ne semblait pas vraiment réagir face à celles-ci, même s’il ne semblait pas plus surpris et touché que ça, il réagissait. Il s’était rapproché d’elle après tout et cela avait commencé à marquer un changement chez la jeune femme si fermée.

Maud lui en avait parlé un jour, vaguement.
Le surprenant à fixer la jeune femme enjouée, heureuse de vivre, dans la cité. C’était peu de temps après leurs retrouvailles. Elle était si belle et rayonnante. Elle ne savait pas encore qu’elle était enceinte. Elle était juste heureuse et donnait des conseils, échangeait avec les autres mages. Il l’observait discrètement, posant sur elle un regard qu’il ne se serait pas permis si elle avait pu le voir l’observer. Maud avait souri en le rejoignant et avait passé une main dans ses cheveux, affectueusement avant de s’asseoir près de lui.

- Vous deux… Vous êtes comme deux étoiles.

Il avait relevé la tête vers elle, surpris, fronçant les sourcils ce qui ne gâchait décidément rien à ses traits d’éphèbe.

- Oui… Vous formez un équilibre. Si l’un de vous s’éloigne, l’autre revient, le rapproche ou se rapproche. Deux étoiles, proches, tiennent dans le cosmos grâce à l’autre. Vous êtes perdus l’un sans l’autre. Sans Cassidy… tu n’as jamais été toi-même dans le passé et tu t’es refusé tout bonheur sans savoir même pourquoi. Dès qu’elle a été près de toi… Tu as trouvé la paix et l’amour. Et de son côté, elle n’a jamais compris pourquoi son univers restait vide et sérieux… avant de te retrouver et de réapprendre les sentiments que tu avais essayé de lui soustraire. A croire que les Dieux ont de biens étranges desseins. Créer un couple parfait, à l’amour que de simples humains ne peuvent pas concevoir… et lui faire traverser bien des épreuves pour tester ces sentiments…

Il l’avait embêtée et taquinée en disant qu’elle se faisait bien philosophe, que ça devait être son côté « grand-mère ». Elle s’était offusquée aussitôt, l’insultant copieusement mais avait surpris néanmoins le nouveau regard posé sur la petite mage. Un regard qui n’était pas serein, comme si au final, il croyait à sa théorie mais malheureusement uniquement aux mauvais aspects : ces épreuves, ces souffrances qui ne se termineraient probablement jamais.



Bref… Il avait ouvert les yeux sur son visage, sur ses prunelles noisette qui le fixaient sans ciller avec cette étrange curiosité.
La veille lui revint en mémoire avec une vivacité étourdissante : la fuite de la jeune femme, l’attaque du dragon, son propre combat pour la défendre, pour la protéger de cet horrible cauchemar, sa dépense excessive d’énergie, sa haine viscérale, sa colère grondante. Il en avait trop fait, beaucoup trop fait. Dans un sens c’était une bonne chose, la demi-mesure était risquée face à un tel monstre mais d’un autre côté, ce n’était pas un vrai dragon, il le savait, il le sentait… Le combat n’aurait pas été si simple autrement. Son pouvoir, cette capacité aussi surprenante que magnifique, tout comme celle d’Alanir, il l’avait utilisé à l’excès et son corps, épuisé, le lui avait bien fait comprendre par la suite quand il l’avait brusquement lâché. Heureusement que les autres étaient là pour le soutenir, il aurait été incapable de rentrer à pied sans aide et c’était assez.. humiliant d’ailleurs.
Le bain brûlant lui avait fait du bien néanmoins et il avait repris un peu de force avant de rejoindre les autres dans la chambre qu’occupait Cassidy. Il les avait chassé, plus ou moins, courtoisement certes mais ils avaient été rapidement seuls, lui et la jolie blonde encore perturbée par tout ce qui s’était passé. Il avait vu la terreur sur son visage quand le dragon lui avait foncé dessus et il était heureux dans un sens que cette expression l’ait désertée… Ca ne lui allait pas du tout au teint !
La suite… il s’était occupé d’elle, patiemment, en parlant peu, juste pour râler autrement. Et puis il y avait eu ces quelques gestes, ces quelques allusions et une que bien sûr, elle ne pouvait pas comprendre. Il lui avait parlé de sa promesse. Comme elle avait oublié, elle ne pouvait pas comprendre, sans doute se parlait-il plus à lui-même qu’autre chose mais c’était peut-être un indice au fond. Après tout… Celui qu’elle avait abandonné c’était lui alors s’il lui disait que pour ne pas briser de nouveau sa promesse elle devait rester avec lui… Ah mais les subtilités dans ce genre ce n’était pas vraiment le fort de la demoiselle, même avant. C’était sans doute mieux ainsi d’ailleurs. Il avait aussitôt regretté ses mots après tout. Mais il n’était pas parti, il était resté près d’elle, gentil et prévenant avant de s’endormir comme une masse, rattrapé par sa dépense d’énergie et le sommeil en retard qu’il n’avait pas encore totalement récupéré…

Il s’était si vite endormi près d’elle… Ce n’est que le lendemain matin qu’il se réveilla d’ailleurs. Pas un réveil dans la nuit, pas un seul. Il n’avait même pas bougé, restant tout contre elle, une main sur sa hanche, comme pour la garder un peu près de lui, juste un peu. En fait, si, il avait bougé… la suivant ou alors peut-être était-ce elle qui l’avait suivi. En tous les cas, ils étaient toujours blottis l’un contre l’autre quand ils s’étaient réveillés.
C’est vrai que lui aussi avait changé. Il ne s’était pas rincé l’oeil alors qu’elle était à moitié nue contre lui, il n’avait pas fait la moindre réflexion. Mais sur ce plan, ce n’était pas la première fois qu’il agissait ainsi.
C’était elle la première à avoir ouvert les yeux. Oui, ils avaient dormi longtemps tous les deux cette fois et si les rideaux sombres n’avaient pas été tirés, ils auraient été réveillés bien plus tôt, même par le soleil pourtant tardif de ces premières journées d’hiver.
C’était elle qui l’avait réveillé. Enfin plutôt sa douce caresse sur son visage et dans ses cheveux. La même qui avait fini de l’apaiser et de le faire plonger dans un profond sommeil quelques heures plus tôt. Amusant de voir que c’était en caressant ses cheveux qu’elle l’avait totalement détendu et que c’était en les caressant de nouveau qu’elle lui faisait ouvrir les yeux. Il gémit doucement dans son début de réveil, rapprochant son visage de la source de cette douceur et inconsciemment, du visage de la demoiselle.
Les deux yeux orangés du jeune homme la fixèrent d’ailleurs un instant alors qu’il les ouvrait. Il n’avait pas l’air surpris, non, son odeur l’avait déjà renseigné sur leur promiscuité. S’il semblait presque indemne de son terrible combat de la veille, il n’avait à présent plus ni marque de griffures, ni de coups, ni le moindre bleus malgré les sacrés chocs qu’il avait pu encaisser. Ils s’observaient sans bouger, les yeux dans les yeux, aucun des deux ne rompant le contact visuel. Elle n’avait probablement pas besoin de baisser son regard vers le bas de son visage pour savoir qu’il lui souriait gentiment, ses iris orangés s’illuminant légèrement comme à chaque fois qu’il esquissait un sourire.
Il finit par ôter sa main de sa hanche et par rompre le contact visuel, refermant les yeux en s’allongeant sur le dos, s’étirant en baillant en faisant jouer les muscles de son torse. Il s’assit sur le lit, continuant de s’étirer en grimaçant un peu.

- Pffff… Courbatures… Je m’y attendais. Ca va ? Bien dormi toi ? Comment tu te sens ? Tu as meilleure mine en tous les cas.

Il lui sourit en se relevant, continuant ses mouvements tranquillement, faisant craquer ses articulations quand il insistait un peu trop.
Il finit par se détourner d’elle, cherchant dans ces placards qui avaient un jour été communs pour attraper de quoi se changer. Il lui sourit une nouvelle fois, comme si de rien était et lui dit gentiment de prendre son temps pour se lever et de se ménager aujourd’hui. L’instant d’après, il était sorti et saluait d’un signe de tête Alanir et Eleyna… Alanir qui devait faire les frais d’une courte nuit d’amusements qui ne pouvait pas lui faire de mal et encore et surtout, les frais de soutenir une amie avec une sacrée gueule de bois. Pauvre Eleyna, elle avait dû un peu trop abuser des bonnes choses le soir précédant. En même temps avec tout le stress subit, normal qu’elle ait voulu oublié tout cela dans l’alcool, apparemment elle n’avait pas dû être suffisamment saoule pour être indécente mais assez pour avoir le fameux revers de la médaille à présent. D’ailleurs quand Tristan la salua en prononçant son nom, même si c’était à mi-voix, elle se plaqua les mains sur les oreilles, toute pâle et les cheveux en bataille, replongeant le nez dans son bol de café en gémissant.

- Tchuuut, pas si fort… ouuuuh j’ai mal aux cheveux.

Elle et Alanir formaient bien la paire ces derniers temps et à force de le côtoyer, elle commençait à bien le connaitre et à savoir à quel point il était ignorant sur le monde des humains. Elle releva le visage vers lui, grimaçant de le voir si grand alors qu’il s’était approché, apparemment un peu inquiet et sérieusement interloqué par ce qu’elle venait de dire. Elle traduisit aussitôt.

- Ca veut dire que j’ai mal à la tête Alanir, t’inquiète… j’ai juste un peu trop picolé… Mais y avait trooop de beaux garçons à me proposer des verres aussi et je sais pas dire non moi et toi tu m’en as pas proposé d’ailleurs, t’es méchant !

Elle sourit en le voyant encore plus interloqué et l’air gêné, se moquant gentiment de lui, sans doute pour le rassurer sur son état réel. Elle s’arrêta en voyant Tristan revenir et attraper une pomme avant de lancer qu’il sortait, évitant apparemment toutes les questions que ces deux là voulaient sans doute lui poser. Pas si bête le Drakkari.
Mais bon, ils avaient Cassidy pour les interrogatoires. Et si Alanir avait découvert la veille, après l’incident avec le dragon que la demoiselle était sérieusement jalouse Eleyna avait bien envie de pousser un peu plus loin les investigations.
Mais la demoiselle n’était pas très loquace au final. Mais ses joues rouges étaient un net progrès, d’ailleurs la capitaine ne se gêna pas pour lancer un clin d’oeil complice au dragon. Les choses étaient en marche.
Effectivement, Tristan ne rentrait pas. Pourtant, au début, il n’était pas allé très loin.
Au début, il ne voulait pas spécialement sortir, pas tout de suite du moins mais l’urgence de la situation l’avait fait s’éclipser rapidement. Il n’était pas loin, vraiment pas loin. Il avait descendu quelques marches avant de se glisser dans une ruelle entre deux maisons suspendues, un peu comme pour la sienne mais en beaucoup plus bas. La neige était sacrément tombée dans la nuit et dans cette ruelle non dégagée, il s’enfonça jusqu’à mi-cuisses mais ne s’arrêta pas pour autant. Dans les escaliers quelqu’un aurait pu le voir. La pomme qu’il tenait lui échappa alors que ses jambes le lâchaient, encore plus sous l’effort de marcher dans la neige. Il grimaça en tentant vaguement de se retenir à un mur mais la neige amortit sa chute avant tout, c’était le principal. Serrant convulsivement ses membres douloureux, il s’allongea dans la neige en haletant faiblement, retenant un hurlement en serrant les dents jusqu’à en faire saigner ses gencives. Le goût de son propre sang, la buée autour de son visage, la sensation de la neige fondue dans son dos à cause de sa température, tout cela l’apaisa rapidement et il finit par se redresser, mettant prudemment un pied devant l’autre avant de se rendre compte avec soulagement qu’il n’avait pas à s’en faire davantage.

De son côté, la petite mage avait également fini par sortir et ils ne s’étaient pas croisés dans les escaliers heureusement.
Alanir s’exprimait, à peine Cassidy partie, à propos de la bague. Eleyna qui semblait dormir, vautrée dans le canapé en maudissant l’alcool releva lentement la tête vers lui. Elle avait l’air un peu perdue, et assez triste pour le coup, sans doute un peu plus sensible ce jour-là sur ce sujet…

- Je… Je ne sais pas trop. Je ne sais pas comment vous fonctionnez moi mais… J’en ai parlé avec Maud, qui le connait depuis bien plus longtemps que moi. Elle m’a dit qu’elle était très très déçue de son comportement. Qu’il se comportait vraiment comme un imbécile. Je… pense que c’est vrai et qu’il ne devrait pas faire ça à Cassidy… Mais en même temps… Il a changé. Enfin là, ça a l’air d’aller un peu mieux, mais… s’il est vraiment plus dragon, plus… animal en quelque sorte, j’imagine que ses pulsions sont moins contrôlables et… est-ce qu’on peut vraiment lui reprocher de se planter ainsi ? Bien sûr que ce n’est pas bien… et peut-être qu’il n’y a rien à faire mais… s’il avait pu les contrôler, de toute manière ça aurait été grâce à elle, parce qu’elle était là pour le soutenir. Or, malheureusement, le destin semble s’amuser avec eux et avoir choisi pile le mauvais moment pour ça… Tu penses vraiment que c’est une coïncidence si Cassidy a été appelée PILE au moment où il avait le plus besoin d’elle ?

La jeune femme grimaça, se couvrant le visage d’un oreiller, l’air un peu… honteuse.

- Ahhh, désolée, je parle trop et je dis n’importe quoi quand j’ai la gueule de bois !!!

N’importe quoi ? Ca ce n’était pas si certain…

Tristan était tranquillement en train de revenir de sa « course à faire » quand des demoiselles l’avaient abordé, inquiètes de l’avoir vu absent à la fête de la veille. Touché par leur solicitude ou donnant l’impression de l’être, il sourit, s’excusant, plaisantant gaiement avec elles alors qu’elles voulaient s’assurer de son bien-être, l’une d’elle répliqua aussitôt d’ailleurs qu’il avait l’air tendu et aurait bien besoin d’un massage. Une autre renchérit aussitôt qu’elles étaient tout à fait d’accord pour le détendre un peu et se relayer pour le « masser ». Il haussa un sourcil, amusé et c’est ce moment là que choisit Cassidy pour lui tomber dessus… ou presque. En fait elle avait glissé, tout près de lui et le heurta sur le côté alors qu’il avait le réflexe de la voir arriver du coin de l’oeil et d’aussitôt la rattraper par le bras le plus proche de sa main. Sauf qu’elle se désintéressa aussitôt de lui pour… grogner. Ah ben pourquoi pas ?

Elle ne fit rien de plus envers le groupe de jeunes femmes mais s’empara rapidement d’un bras de sa « proie » et l’entraina à sa suite très dignement, peut-être même un peu trop. Tristan fronça aussitôt les sourcils. Oui… « proie » c’est un peu ce dont il venait de se donner la furieuse impression. Elle avait l’air énervée et ses cheveux ébouriffés rappelaient curieusement la fourrure d’un animal hérissé par la colère et les menaces précédant une bataille. Il finit par l’arrêter doucement.

- Eyh… Calme toi. Ca va ta cheville ? Et tu as vu tes cheveux ???

Sa cheville c’était parce qu’elle avait dû se la tordre en glissant et ses cheveux… avaient vraiment besoin de voir une brosse. Il soupira, l’invitant à venir s’asseoir. Sauf qu’avant toute chose, après l’avoir fait s’asseoir sur un banc qui devait subir un sort parce qu’il n’était pas couvert de neige et qu’il était agréablement réchauffé par le soleil il posa sur ses genoux le paquet qu’il tenait depuis un moment déjà, sa course.

- Bon… Ca va servir tout de suite alors… Vas-y ouvre, c’est pour toi… J’avais demandé à Maud de… Enfin… je suis juste allé le récupérer tout à l’heure, c’est tout.

Apparemment il n’avait pas manqué le fait que même si elle portait une écharpe colorée, chaude et épaisse, elle n’en portait pas moins rien de plus sur le dos que sa robe. Et ce n’était pas sa robe qui pouvait la protéger du froid ! Même lui portait une veste, épaisse, dans le style veste canadienne, bicolore au niveau du bout des manches et du col, fourrée et agréable à regarder comme à porter.
Le paquet qu’il venait de poser sur les genoux de la demoiselle n’était pas très pesant. Il venait effectivement de le récupérer chez Maud et la jeune femme put rapidement découvrir que c’était une veste, tout aussi chaude et au moins ajustée à sa taille et ses épaules sveltes contrairement à celle que le jeune homme lui avait temporairement prêté. Pourtant Tristan détourna rapidement la tête, gêné, constatant seulement à cet instant, alors qu’elle l’enfilait que c’était exactement la même que la sienne… en plus petite ! Les voilà assortis à présent. D’ailleurs, il s’efforça de dissiper ce malentendu rapidement.

- Hum… bon choix… Elle est… chaude, ça te… enfin… n’attrape pas froid. C’est tout…

Les mêmes mots que la veille peu avant son combat alors qu’il se faisait rassurant et bienveillant et aussi juste après alors qu’il semblait timide, gauche, tellement touchant dans son incapacité à s’exprimer clairement.
Il s’accroupit dans la neige, le petit manteau blanc qui recouvrait le chemin sur lequel ils étaient depuis le matin du moins puisqu’elle était régulièrement dégagée par les bras puissants des guerriers. Doucement il observa sa cheville, rassuré au moins de voir qu’elle avait quand même mis des bottes. C’était déjà ça… Maud avait dû les placer dans sa penderie. Heureusement, la demoiselle ne semblait guère en état de réfléchir ces derniers temps. Comme toujours, il portait sa sacoche et quand il se releva, il s’assit derrière elle, comme à son habitude maintenant, sortant la brosse consacrée à la jeune femme ou peut-être à toutes les femmes d’ailleurs, pour la coiffer en silence. Ils ne disaient rien, l’un comme l’autre et pourtant il ne sembla pas vraiment surpris qu’elle se lève et le suive peu après alors qu’il adaptait son pas au sien, un léger sourire aux lèvres. Apparemment, ça ne le gênait pas vraiment qu’elle le suive, surtout qu’il ne la forçait à rien.
Elle pouvait au moins en découvrir un peu plus sur l’homme qu’elle avait totalement oublié. Comme sa gentillesse et sa promptitude à aider son prochain, comme ses sourires simples et faciles… Il lui en retournait souvent, comme pour la mettre à contribution et il ne la ménageait pas vraiment, ne faisant pas comme si elle n’était pas là, au contraire, l’invitant à aider, à participer, peut-être aussi…à se retrouver elle-même.
Le terrain d’entrainement fit du bien au jeune homme même s’il n’était pas très en forme et plutôt lent et malhabile ce jour-là. Mais il restait quand même un sacré escrimeur et le prouva bien vite aux blanc-becs qui prétendaient le vaincre. De la dispute, des menaces, il ne sut pas grand chose, pour ne pas dire rien du tout, se contentant de la rejoindre un peu plus tard en demandant ce que voulaient les filles qui étaient venues un peu plus tôt. Elle avait juste détourné le regard l’air un peu en colère, il n’avait pas insisté.
Ils avaient de nouveau aidé puis il avait fini par se rappeler de l’heure de déjeuner et lui avait proposé de grignoter quelque chose à l’extérieur avec lui. Elle avait accepté comme tout depuis le début de la matinée. Elle ne quittait pas sa veste pour l’heure mais en même temps c’était normal vu le temps frisquet. Ils avaient pris une espèce de sandwich chaud à la boulangerie. C’était Mélodie qui les avait accueilli d’ailleurs et avait vivement remercié le jeune homme pour son aide quelques jours plus tôt, saluant Cassidy avec engouement même si la demoiselle ne le lui rendait pas du tout.

Ils étaient en train de manger tranquillement, appuyé contre une rambarde près d’une rivière surplombée de l’une des cascades de la cité, un peu plus au sud.
Tristan avait posé ses coudes sur la rambarde, penché en avant, levant de temps à autre légèrement son bras pour porter son sandwich à sa bouche, perdu dans ses pensées. Elle était à sa gauche… C’est probablement pour ça qu’elle ne cessait de lui jeter des regards. Il finit par s’en rendre compte, se tourna vers elle en lui demandant ce qui se passait… Elle ne répondait pas alors il insista sans méchanceté, sans même changer de ton. Et il eut tort parce que ce qu’elle disait n’était certes, pas très gentil… Il ne s’énerva pas pourtant. Pendant une courte seconde, un éclair de tristesse brilla dans ses yeux orangés, rapidement suivi par de l’amusement, juste de l’amusement.

- Quelqu’un que j’admire beaucoup m’a dit un jour que les apparences ne font pas tout et qu’elles sont souvent une façade… Je pense que cette personne songeait davantage à ce que ce soit une barrière, un bouclier mais je ne lui ai jamais vraiment demandé. Cet homme était sans doute une belle ordure mais si cette simple petite ressemblance te fait penser à lui alors c’est qu’au final, pour toi, je lui ressemble beaucoup plus que ce que tu voudrais faire croire. Peut-être que je ne suis qu’un gros nul moi aussi… Enfin… Tu ne le sais probablement pas mais dans le Sud d’Ascadian, c’est tout à fait banal ce que je porte, une coutume même… Et… il n’y a rien de noble chez moi.

Il se tut, un sourire aux lèvres, perdu dans ses pensées, l’éclat de tristesse repassa un court instant dans ses yeux alors qu’il fixait l’eau. D’ailleurs il porta doucement la main à son oreille, faisant tinter légèrement les deux petits anneaux d’argent dont l’un portait comme pendentif un minuscule croissant de lune. Il semblait plus se parler à lui-même qu’autre chose quand il reprit la parole, le regard toujours perdu dans le vague.

- Et puis… C’était une promesse.

Une promesse ? Quelle drôle de promesse que voilà. Et puis pourquoi n’avait-elle été réalisée que maintenant ? De qui diable la tenait-il ? N’avait-il pas tout simplement voulu faire plaisir à l’une de ses conquêtes. C’est vrai que ça lui donnait un air un peu exotique quand même puisqu’il n’avait en rien les traits d’une grosse brute épaisse. Après tout, cette gueule d’ange faisait déjà bien assez de ravages pour que l’idée de « gros nul » ne soit même pas abordée. Non, il n’avait rien d’un type aux airs patibulaires, après tout, il semblait plutôt gentil et doux et surtout tellement mignon qu’aucune demoiselle de la cité n’y était totalement insensible !!!! Alors peut-être oui, était-elle en train de lui dire plus ou moins que ça ne lui plaisait pas tout simplement mais ce n’était pas clair du tout. Et sans clarté, aucun d’eux ne pouvait y croire grand chose ! Que ce soit dans ce discours ou plus réellement, dans leurs sentiments et raison d’être.

Peu après, il avait déclaré devoir faire quelque chose, seul, la laissant près de la fontaine. Etait-il vexé par rapport à ce qu’elle lui avait dit ? Si c’était le cas. Il ne le montrait pas. D’ailleurs, alors qu’il revenait, il s’assurait que le petit sac de papier qu’il avait glissé dans sa sacoche était bien fermé. Les biscuits encore chauds qu’il avait récupéré avant de venir retrouver la jeune femme resteraient plus longtemps chauds justement s’ils restaient dans sa sacoche. Après tout, c’était un accessoire magique et il avait depuis longtemps arrêté d’essayer de comprendre comment il fonctionnait et quelles étaient ses limites.
Cassidy serait probablement contente de l’attention ou plutôt du geste. Enfin contente non, probablement pas. Elle ne semblait pas ressentir grand chose contrairement à ce que prétendait Alanir mais elle mangeait les biscuits qu’il lui apportait généralement alors…
Sauf que le jeune homme se figea en arrivant aux environs de la fontaine, s’arrêtant dans son geste, un pied légèrement relevé, fixant l’attroupement sans comprendre. L’instant d’après, il s’était repris et pressait le pas pour rejoindre la fontaine, fronçant les sourcils. C’était un véritable troupeau de filles qui se trouvait là. Il se rapprocha rapidement, bien plus grand qu’elles toutes, apercevant Cassidy accroupie à côté de sa « victime » qui semblait sérieusement étourdie. Et elle était dans une sacrée position d’attaque. De nouveau, l’impression fugace d’avoir affaire à une créature féline particulièrement farouche s’imposa à son esprit, elle feulait presque comme un chat en colère là ! Les filles se retournèrent vers le grand jeune homme interloqué et certains vinrent carrément se blottir contre lui d’un air apeuré, cherchant du réconfort alors qu’il ne semblait pas comprendre la situation, suivant des yeux les mouvements des unes et des autres alors qu’une demoiselle appuyait son visage contre son torse en s’agrippant à sa tunique. Cassidy avait relevé les yeux, l’observant avant de changer radicalement, honteuse oui, sans doute, s’éloignant bien vite. Cela le surprit encore plus alors que le jeune homme aidait la pauvre victime à se relever, tendant vainement un bras pour retenir la petite mage.

- Cassy att…

Sauf que déjà, il était retenu par son troupeau qui se justifiait et ne cessait de laisser échapper des jérémiades. La dénommée Camille ne semblait pas plus amochée que ça et avait plus eu de peur que de mal à n’en point douter. Ses joues étaient très rouges mais le froid vivifiant n’y était pas non plus étranger. Les paroles échangées par rapport à la petite demoiselle n’étaient pas des plus gentilles, au contraire même. Danger public… C’est vrai qu’elle avait fait fort là quand même ! Quelle mouche l’avait piquée cette fois ?! Bon, d’accord elle était différente, changée et totalement… enfin… Elle ne ressemblait en rien à l’ancienne Cassidy. Mais elle se croyait, se savait plutôt investie d’une mission très importante, elle se privait de ses droits humains alors pourquoi diable avait-elle agi ainsi ? Qu’est ce qui motivait son geste ? En quoi gifler cette jeune femme était-il nécessaire à la sauvegarde du monde. Assailli de toutes parts, Tristan essayait de calmer les esprits, son calme et ses paroles réconfortantes faisant beaucoup, ses magnifiques sourires et son beau visage encore plus… Il guida la demoiselle qui en faisait des masses sur son agression et non sans raison jusque chez le guérisseur, au cas où même s’il n’était pas plus inquiet que ça avant de se mettre en quête de la petite mage. Elle n’avait probablement pas quitté la cité, du moins l’espérait-il. C’était la deuxième fois déjà, près de lui qu’elle agissait de manière inconsidérée alors que d’autres femmes étaient autour. Qu’est ce qui lui prenait ?

Il l’appela un moment, la cherchant sans obtenir de réponse jusqu’à entendre des sifflements admiratifs et des chuchotements pressés. Il se dirigea aussitôt dans cette direction, sans vraiment réfléchir jusqu’à voir cette fois un attroupement de mâles ravis. Le jeune homme suivit leur regard et se figea bien plus qu’un peu plus tôt, la bouche entrouverte.
Au moins avait-il retrouvé la petite mage…
Sauf que la demoiselle en question était… toute nue !!! ENCORE ????!!! Oui et devant pleins d’hommes cette fois qui plus est ! Pleins d’hommes qui n’étaient pas du tout indifférents. Encore moins à l’image de somptueuse naïade qu’elle renvoyait à laisser l’eau glacée caresser son corps rendu plus pâle sous le froid hivernal. Ah mais ça avait tout d’un magnifique tableau ! Lequel de ces hommes n’aurait pas voulu être à la place de cette eau glaciale qui glissait dans un chant cristallin sur les épaules minces, caressait les hanches souples, se perdait dans le creux de ses reins pour s’entortiller autour des jambes fuselées par l’entrainement. Ses longs cheveux qui l’entouraient relevaient plus qu’ils ne cachaient son manque de pudeur plein d’orgueil. Oh, ils étaient nombreux à vouloir venir la réchauffer, formulant des paroles pour le moins salaces ! Tous faisaient fi des cicatrices, ou alors ne les apercevaient-ils pas vraiment, tout entiers à leur fantasme vivant.
Entre son moment de surprise et son moment d’action, Tristan ne laissa guère plus d’une poignée de seconde s’éterniser. Déjà il bousculait la foule des mâles vicieux et escaladaient d’un bond la petite rambarde contre laquelle ils s’étaient bien plus tôt appuyés pour déjeuner. Il ôtait sa veste et attrapait fermement une des hanches de la demoiselle pour la tirer vers lui, hors du filet glacial de l’eau, la prenant contre lui, frictionnant ses épaules de sa veste qu’il avait posé sur elle, la soustrayant totalement du regard des hommes en se plaçant devant elle, grand et protecteur en la pressant contre lui pour réchauffer sa peau glacée… Elle ne semblait même pas le ressentir alors que même lui grimaça en passant ses mains dans ses cheveux, le froid commençant déjà à y former de petits stalactites. Les hommes avaient grogné de dépit.

- Roh ! Tristan !!! T’exagères ! Laisse-nous un peu…
- FOUTEZ LE CAMP !

Le jeune homme hurlait en tournant la tête vers ses confrères, ses yeux orangés plein de fureur… Ses yeux qui semblaient insulter les hommes présents, les traiter de tous les noms pour avoir été suffisamment stupides et égoïstes pour laisser cette jeune femme sous ce filet d’eau glacée, pour avoir préféré se rincer l’oeil plutôt qu’intervenir. L’attroupement se dispersa alors qu’il ne laissait pas le temps à la demoiselle de répliquer, l’emmitouflant comme il pouvait dans sa veste et la soulevant de la pierre humide sur laquelle elle était… pieds nus évidemment !. La serrant contre lui, il la porta rapidement sur le chemin, manquant à plusieurs reprises de glisser malgré son pied pourtant sûr. Pressé et apparemment inquiet, il rentra rapidement jusqu’à « chez eux » et ouvrit la porte d’un coup de pied, le visage fermé. Eleyna et Alanir devaient être chez Maud car l’appartement était vide. Il ouvrit de la même manière la porte de la salle de bains et sans lâcher la jeune femme commença à faire rapidement couler un bain brûlant. S’asseyant sur le bord de la baignoire en la prenant ainsi sur ses genoux, il enleva la veste qui entourait le corps mince de la demoiselle, détournant rapidement les yeux et se débarrassa de sa tunique en grande partie mouillée par l’eau qui recouvrait peu avant la demoiselle et sans lui laisser une fois de plus, le temps de protester, il l’attira contre lui. Ouhhhh… Quel choc !!!! Non seulement leur peau n’avait pas du tout la même température à cet instant, mais plus encore c’était une sensation bien spéciale qui se présentait là. Il frictionnait de nouveau ses épaules avec une serviette. Le jeune homme frissonna légèrement sans pour autant desserrer son étreinte.

- Qu’est ce qui t’a pris…

Il ne devait pas s’attendre à avoir de réponse puisque ce n’était pas vraiment une question… Quand l’eau fut suffisamment haute, il déposa la jeune femme dans la baignoire et se redressa en évitant soigneusement de la regarder.

- Je vais chercher tes affaires… Toi reste là, réchauffe toi et ne sors pas de là avant mon retour ! Tu as besoin de te réchauffer. Je… reviens.

Il secoua la tête puis sortit rapidement, attrapant une autre veste pour se couvrir avant d’aller essayer de traquer les vêtements de la jeune femme qu’il finit par ramener. Elle avait dû aller sous la cascade et s’y déshabiller car ses vêtements étaient aussi trempés qu’elle. Quand il revint finalement, l’air toujours un peu en colère, il signala juste sa présence en toquant à la porte puis en poussant celle-ci pour déposer sur une chaise des vêtements secs pour la jeune femme, grognant d’un ton sec.

- Reste encore dans l’eau et essuie toi bien en sortant. Je vais faire un feu.

Il en prépara un rapidement, voulant réchauffer la vaste pièce principale pour éviter qu’elle n’attrape froid une fois de plus. Quand elle le rejoignit, ils étaient tous les deux silencieux mais ça ne dura guère puisque Alanir et Eleyna rentraient déjà. Heureusement. Tristan sentit le regard du dragon dans son dos, se doutant qu’il devait s’inquiéter de voir la jeune femme prendre un bain à cette heure-ci. Mais le Drakkari pour sa part ne desserra pas les lèvres de la soirée, ni pour expliquer ce qui s’était passé, ni pour demander à la petite demoiselle les raisons de son acte, évitant sciemment tout contact visuel et tactile avec elle.

Le lendemain, elle était sortie tôt alors que Tristan ne lui jetait qu’un bref regard, la tête dans son bol de café. Eleyna avait certes raconté à Alanir que Tristan n’avait pas fermé l’oeil avant de retrouver Cassidy quelques jours plus tôt, pourtant, cela ne s’était jamais vu sur le visage du garçon. Il aurait dû perdre rapidement du poids, avoir les traits tirés et de lourds cernes sous les yeux, le regard injecté de sang, un teint grisâtre. Or il n’avait rien de tout cela, il paraissait en forme. Ce matin-là pourtant, il semblait fatigué… ou alors c’était l’étrange profondeur de son regard alors qu’il rabaissait les yeux vers son bol de café tandis que la capitaine observait son manège avec la petite mage. Que diable s’était-il passé pour qu’il réagisse de la sorte.
Finalement, il avait rangé un peu, affûté ses armes avec un soin méticuleux, polissant le manche et la lame de celles-ci tandis que les deux complices discutaient gaiement sur les différentes fêtes et leurs raisons chez les humains. Décidément Alanir était curieux de tout et Eleyna se faisait une joie de répondre à ses questions et il n’y avait pas vraiment besoin d’avoir un oeil exercé pour remarquer qu’elle multipliait, plus que nécessaire, les légers contacts avec le dragon, riant à sa naïveté, le taquinant souvent, l’encourageant à se questionner.
Tristan esquissa un léger sourire, à peine surpris. Ses armes reposaient sur la table basse proche du canapé sur lequel il avait élu domicile. Il semblait lire un vieux, très vieux livre à la couverture de cuir rouge, passant régulièrement, geste nerveux, une main dans ses cheveux rouges et noirs.
Il était ainsi lorsque Cassidy revint brusquement, interloquée en rapportant un objet… bien connu. Tristan se redressa légèrement pour tourner la tête, sans doute un peu curieux. La conversation des deux complices avait cessé et Alanir semblait dans tous ses états alors qu’il questionnait la jeune femme. Mais quand il lui dit ce que c’était… eh bien la réaction de Cassidy n’avait absolument rien de surprenant en fait. Dégoût, horreur, haine alors qu’elle lâchait la selle. Tristan se détourna de la scène et seule Eleyna qui le regardait à cet instant surprit sa crispation. Certes Alanir essayait de rattraper un peu les choses, de la calmer, de se faire rassurant et gentil, calme et prévenant, de lui expliquer, de la raisonner. Mais elle était têtue quand même et ses paroles étaient sans doute, certes normales après ce qu’elle avait vécu, mais bien malheureuses dans cette situation.

Pourtant le dragon faisait bien les choses et était bel et bien en train de pousser la petite demoiselle à réfléchir. Il y avait cette histoire de vide chez elle quand ils volaient, et que le dragon en question n’était pas comme les autres. Mais Tristan n’écoutait pas vraiment. quand Cassidy avait dit que tous les dragons étaient orgueilleux, qu’ils n’avaient rien d’humain, il s’était levé sans un mot mais en douceur, ne se préoccupant pas davantage des autres pour sortir sur la terrasse avec son livre et sans veste qui plus est, le rouvrant comme si de rien était et simplement comme si toutes ces jérémiades l’empêchaient de lire. Il avait refermé la porte coulissante derrière lui, sans doute pour avoir la paix. Mais son ouïe était probablement assez développée pour qu’il suive malgré tout la conversation. Ou pas.
Ce ne fut que lorsqu’elle ressortit, troublée et chamboulée probablement que Tristan revint à l’intérieur, se remettant sur le canapé en reprenant son manège avec ses cheveux ébouriffés, lisant tranquillement.

Alanir semblait en colère, ou peut-être peiné de sa réaction et Eleyna qui l’avait remarqué se mordit la lèvre, s’approchant du canapé pour parler au jeune homme.

- Euh Tris… tu…
- Tu as besoin d’aide pour cuisiner ?
- euh… Non…
- Il y a une attaque quelconque ?
- … Non
- Alors on a besoin de moi dans la cité ?
- … Non…
- Dans ce cas laisse moi lire tranquillement s’il te plait.

Elle ouvrit la bouche surprise de sa manière de faire alors qu’il paraissait si sérieux, n’ayant même pas levé le nez de son livre. Mais sans doute pour éviter qu’Alanir et lui se bagarrent et surtout sans doute parce qu’elle n’était pas d’un caractère facile, elle prit son élan et lui sauta dessus pour l’embêter, lui tirant les cheveux, le pinçant et bien d’autres alors qu’il se débattait en ronchonnant. Pourtant un léger sourire était réapparu sur ses lèvres pendant qu’ils se chamaillaient. Elle avait probablement bien fait.

Le lendemain, Tristan passa sa journée à aider dans la cité à droite et à gauche et à se faire draguer aussi, occasionnellement. Cassidy avait apparemment quelque chose de prévu ce jour là parce qu’elle ne l’avait pas suivi. Quoique après l’incident de leur seule journée passée ensemble, elle ne se manifestait plus vraiment. Il rentrait, fatigué, se passant une main dans les cheveux en essayant d’étirer sa nuque raide et ses muscles douloureux lorsqu’il l’avait vue, portant toujours son écharpe et l’attendant apparemment.
Quand il arriva à peu près à sa hauteur, elle manifesta clairement que c’était lui qu’elle attendait avant de parler… très différemment de quelques jours plus tôt. Beaucoup d’émotions dans sa voix. Des émotions qu’elle n’était pas censée manifester aux dernières nouvelles. Elle paraissait si fragile et timide qu’il aurait été bien cruel de l’ignorer, non ?
Tristan avait haussé un sourcil à ses paroles, surpris avant d’hocher lentement la tête en signe d’accord et de se retourner. Il allait s’accroupir mais elle se suréleva avant qu’il ne le fasse par magie. Il se laissa guider sans broncher, pas le moins du monde méfiant, comme s’il lui faisait totalement confiance.

En tous les cas, ça valait le déplacement car quand elle lui rendit la vue, le jeune homme put voir un paysage totalement incongru, sphérique et qui n’avait absolument rien de… normal en hiver !!! Alors qu’il observait les alentours, le regard brillant d’un certain intérêt, surpris et émerveillé par l’endroit sans doute, Tristan sentit une petite main fraiche se glisser dans la sienne et l’attirer, le guider sur le chemin à suivre. Il emboita le pas à la jeune mage et découvrit l’intérieur de l’arbre. Ah ben ça non plus ce n’était pas du tout habituel. Il observait le mobilier, fronçant les sourcils à la vue du canapé et encore plus après l’explication de Cassidy. S’il y avait du Maud là dessous… Il valait mieux être méfiant non ?
Elle s’expliqua sur la raison de ce « cadeau » alors qu’il l’observait étrangement. Elle était clairement gênée. Elle parlait plus. Elle paraissait timide et reconnaissante. Il ouvrit la bouche pour lui dire que ce n’était pas nécessaire mais se retint heureusement suffisamment longtemps. Elle voulait partager cela avec lui. S’il avait prononcé ces mots, elle aurait pu croire qu’il s’en fichait au fond. Il ne dit donc rien, se contentant d’observer de nouveau autour de lui, choisissant d’ignorer son teint rosissant. Elle s’éloigna pour revenir… sans sa cape et il haussa un sourcil, surpris, les muscles de son cou et de ses épaules se contractant alors qu’il détournait légèrement les yeux. Non mais c’était quoi cette tenue ?!
Elle voulait qu’il lui fasse sa piqûre. Il hocha la tête, s’asseyant près d’elle sur le canapé avant de poser doucement son bras sur une de ses jambes. Il avait ôté sa veste, révélant une tunique beaucoup plus moulante pour ce jour qui avait dû faire des ravages pendant la journée et donc il délassa le col d’un geste nonchalant. Avec des gestes plus précautionneux et doux que nécessaire, il piqua une veine de la jeune femme après avoir préparé la seringue et lui injecta doucement le contre-poison qui ne l’aidait que bien peu finalement.

Elle se relava vite quand il eut fini, le remerciant alors qu’il allait se mettre à table, comme elle le lui avait demandé et attendait patiemment. Elle revint trop vite, trop chargée, chuta. Il se releva aussitôt, l’attrapant pour la coller contre lui alors que son autre main décrivait un mouvement fluide dans l’air qui réagit aussitôt en… retenant en l’air les différents plats. Il aurait pu parfaitement faire le contraire. Utiliser son don pour la rattraper et s’occuper physiquement des plats. Révélateur ? Peut-être…
Finalement il l’avait aidé, ils s’étaient mis à table pour manger. Elle avait effectivement fait tout ce qu’il aimait et il ne manqua pas de le lui dire en entendant sa phrase timide, lui souriant gentiment.

- Non… C’est parfait. Merci. Mais tu n’avais pas besoin d’en faire autant…Ni me remercier tu sais. Je voulais juste… enfin… tu n’avais pas besoin de me remercier pour ça.

Il rabaissa les yeux sur son assiette pour manger, remarquant avec quel engouement la jeune femme descendait les verres alors que lui… n’en avait bu qu’un finalement. Voyant qu’elle était intimidée et gênée, il détendit l’atmosphère en lui parlant de tout et de rien, sur ce qu’il avait fait à la cité aujourd’hui, sur un barrage qu’il devait aider à construire, omettant et il faisait bien, de parler des gazelles qui lui tournaient autour. Il l’observait par dessus son verre, se décoinçant progressivement avec l’alcool. Ah… ça, ça n’avait pas vraiment changé. Il eut à peine le temps de finir qu’elle lui prenait la main et l’entrainait à sa suite pour se baigner. Son tout nouvel enthousiasme faisait plaisir à voir et il la suivit sans opposer la moindre résistance. Déjà… elle commençait à se déshabiller devant lui, attrapant même ses mains pour les placer dans son dos sur les lacets de son corset qui lui posait problème à cet instant.
Il déglutit difficilement mais obéit, ses doigts glissant doucement du tissu à la peau de la jeune femme par intermittence alors qu’il défaisait lentement les noeuds. Elle finit par se tourner vers lui, reconnaissante alors qu’il fronçait les sourcils, surpris de ne plus voir de marques dans son dos et détournant rapidement les yeux quand elle se mit face à lui, les mains sur les hanches, inconsciente apparemment du pouvoir de son corps et de son pouvoir d’autant plus grand lorsqu’aucun vêtement ne la couvrait !
Une soirée comme ça… Pour une soirée comme celle-ci, elle ne voulait plus avoir ses marques ? Pourquoi ? Elle disait qu’elle s’en fichait pourtant. Il tourna la tête vers elle, surpris. Mauvaise idée.
Elle s’était rapprochée et même si elle était beaucoup plus petite que lui, ses joues rougies levées vers lui, ses yeux brillants et son sourire adorable n’étaient pas pour l’aider à mieux gérer la nudité de la jeune femme. Et pourquoi s’était-elle rapprochée ?

- Euh Cassy tu…

Sa voix mourut dans sa gorge. Sans doute parce qu’elle venait de glisser les mains sur sa large ceinture et la lui ôtait sans autre forme de préambule.

- T’es pas encore déshabillé ! Fallait le dire si tu avais besoin d’aide hein…

Ah… Elle était en train de le déshabiller…QUOI ????!!!!Euh… Mais non là !!!! Qu’est ce qu’elle fabriquait ?! C’est vrai que Cassidy était devenue plutôt douée dans ce jeu là avant leur séparation. Elle savait le rendre dingue d’un baiser, elle savait le faire gémir d’impatience malgré lui en lui ôtant sa tunique en prenant grand soin de ponctuer le tout d’innombrables caresses… Il n’avait pas oublié ceci. Il n’avait pas oublié comment elle était. Et peut-être qu’elle non plus sur ce point. Parce qu’elle se débrouillait encore très bien !
Ses doigts fins qui glissaient sur les muscles de son torse avec lenteur, les redessinant légèrement avant de s’attaquer à ses abdominaux, glisser sur les côtés en caressant ses hanches pour attraper les bords de son pantalon. Figé sur place, Tristan semblait incapable de réagir, détournant la tête, les joues rouges et les poings serrés, légèrement tremblant alors qu’elle le déshabillait sans sembler remarquer son trouble puisqu’elle l’entrainait dans l’eau.

L’instant était propice aux excès, à s’écarter du droit chemin. Ils étaient seuls, éloignés de la cité même si ce n’était pas trop, dans un lieu inaccessible, dans un bassin d’eau chaude, nus l’un près de l’autre et elle déjà bien alcoolisée… Il serra les dents, s’étant assis contre un rebord de pierre, basculant la tête en arrière pour essayer de se détendre, fixant un moment les étoiles avant de fermer les yeux, son corps se décrispant. Sauf que de légers mouvements d’eau lui communiquèrent les rapprochements de la jeune femme. De plus en plus proches. Il releva la tête, les yeux brillants d’intérêt alors qu’elle s’était redressée, s’étant rapprochée tout près de lui. Il baissa aussitôt les yeux sur sa poitrine, comme fascinée alors qu’elle caressait son visage. Il eut juste le temps de relever le regard vers elle qu’elle l’embrassait longuement, tendrement, les bras passés dans sa nuque, se collant contre lui. D’abord singulièrement surpris, d’autant plus en la sentant se glisser sur ses hanches, Tristan écarquilla les yeux, relevant ses mains qu’il plaqua avec trop de brusquerie sur le dos de la jeune femme pour la rapprocher de lui, ce qui l’obligeait un peu à se déboiter le cou pour combler leur actuelle différence de taille inversée. Ses mains crispées dans le dos de la demoiselle relâchèrent pourtant progressivement leur prise alors qu’il répondait avec la même douceur à son baiser.
Quand elle arrêta et glissa la tête contre son épaule, il ne tenta rien, se contentant de caresser ses cheveux blonds qui s’étalaient en partie dans l’eau, de caresser doucement son dos en murmurant tout bas son surnom, la laissant s’assoupir.

Ce ne fut qu’au bout d’un long moment qu’il sortit de l’eau en la portant et se dirigea vers l’arbre, se glissant à l’intérieur. Il allongea doucement la petite demoiselle sur le canapé , la recouvrant. Après s’être sommairement habillé, restant ainsi torse nu, il s’assit confortablement près d’elle, plus vautré qu’autre chose alors qu’elle redressait la tête pour la poser sur son ventre. Il sourit, lui caressa les cheveux un moment encore, enfin surtout ses épaules avant de s’assoupir à son tour.
Il n’en avait pas profité. Pourtant il avait l’occasion, le bon moment, les raisons pour non ? Alors pourquoi n’avait-il rien tenté ? Pourquoi alors que c’était la demoiselle elle-même qui l’avait embrassé ? Euh… Cassidy venait de l’embrasser là quand même !!!! Plus important donc, qu’est ce qui arrivait à la petite mage si indifférente ?
Elle finit par ouvrir les yeux le lendemain matin et il devait être réveillé depuis un moment puisqu’il fixait le vide, réagissant en baissant les yeux quand elle l’appela. Il sourit légèrement, remontant déjà sur elle la couverture qui glissait alors qu’elle se redressait.

- Salut. Oui tu t’es endormie. Oui tu es nue. Non je ne t’ai pas touché. Et oui je suis resté avec toi. On devrait en profiter pour rentrer, il n’est pas tard, on devrait arriver avant le petit déjeuner et au moins les autres ne s’inquiéteront pas…

Ah oui, c’est vrai que la veille, il avait totalement oublié les autres. Il lui sourit gentiment, caressant une de ses mains en se relevant, s’étirant paresseusement avant d’aller chercher les vêtements de la jeune femme, les lui tendant avant de se retourner galamment. Etait-elle vexée par sa réaction ou mécontente de ce qui s’était passé ? Difficile de savoir puisqu’elle ne le montrait pas si c’était le cas. Et puis Tristan ne semblait pas en colère ou déçu. Il n’avait rien dit pour le baiser néanmoins, mais elle devait s’en souvenir, non ?
Peu après, ils étaient dehors et marchaient pour rentrer à la cité. Le jeune homme prit sans que rien ne le présage la main de Cassidy dans la sienne, se contentant juste de la tenir pendant le trajet. Alors qu’ils étaient arrivés à la cité et qu’ils étaient tout proches de l’appartement, il s’arrêta et lui dit un beau sourire.

- Au fait, merci pour hier. C’était bien…

Rien de plus, il reprenait déjà sa marche et entrait, la précédant de peu. Alanir devait être un peu inquiet, Eleyna préparait déjà du café. Ils les accueillirent, rassurés tous les deux sans doute avec un peu trop d’enthousiasme, demandant où ils étaient etc.

- Vous étiez où ? On s’inquiétait !!!!

Eleyna eut un immense sourire, donnant un coup de coude à Alanir, l’air de trépigner d’impatience et de curiosité. Ah, apparemment, elle pensait qu’ils avaient fait une sortie « en amoureux » ou quelque chose du genre puisqu’elle guettait les réactions chez les deux jeunes gens. Tristan la coupa dans ses délires.

- On est juste allés faire un tour et on s’est endormis. Désolé…

Bien sûr, il n’y avait pas eu juste ça mais bon… Ils ne pouvaient pas vraiment le savoir. Eleyna semblait agacée par la réponse et scrutait le visage de Cassidy dans l’espoir d’y trouver les sentiments qu’elle avait un jour éprouvés pour le grand Drakkari. Mais si la jeune femme était beaucoup plus expressive qu’avant, elle n’était pas guérie pour autant. Et puis elle semblait distante aussi, comme si elle pensait avoir mal agi ou comme si elle s’inquiétait pour ce qui s’était passé le soir précédant. C’est vrai que le jeune homme n’était pas très loquace. Il dut sentir cette tension car il se tourna vers elle pour lui faire un beau sourire.

- On mange et je te coiffe après ? Non parce que tes cheveux ont bien besoin d’être nattés aujourd’hui… Et puis après on pourrait aller s’entrainer ensemble si tu veux bien… Tu sembles beaucoup plus à l’aise pour les combats au sol et à mains nues et j’aimerais bien tester ça… Enfin si tu veux bien sûr.

Beau sourire de nouveau alors qu’il l’invitait à venir s’asseoir à côté de lui pour le petit déjeuner. Tristan semblait un peu plus familier et puis c’était probablement bon signe qu’il se montre davantage proche. Pauvre Alanir qui ne devait décidément pas le comprendre et sans doute sacrément se torturer les méninges à tenter de le cerner.
Tout se passa comme l’avait dit le garçon néanmoins. Ils mangèrent tranquillement puis il la coiffa en prenant son temps, l’invitant à se regarder dans le miroir pendant qu’il la coiffait pour qu’elle voit comment il faisait, ses gestes doux dans ses cheveux. D’ailleurs, quand il eut terminé, il se permit de lui dire que ça lui allait bien, même si tout lui allait…
Par contre il lui conseilla une tenue plus masculine pour l’entrainement et alla lui-même se changer, optant pour un pantalon plus souple et une tunique très très très ajustée sans manches. Apparemment il comptait avoir chaud.


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Ven 30 Mai - 15:47


Ils étaient partis s’entrainer, laissant les deux compères en plan en leur proposant néanmoins de les rejoindre aussi plus tard s’ils le souhaitaient mais ils ne voulaient probablement pas le faire ou pas autrement qu’en cachette du moins.
Tristan proposa à Cassidy d’aller s’entrainer dans la forêt plutôt pour éviter de partager le terrain d’entrainement et sans doute aussi pour éviter un autre incident avec ses groupies mais ça il ne le précisa pas non plus. Ils s’entrainèrent tous les deux et pas qu’un peu d’ailleurs, lui la conseilla dans ses attaques pour qu’elles aient plus de force, elle ayant remarqué de légères ouvertures dans sa défense. C’était partagé, c’était complémentaire. Ils finirent par s’arrêter, en nage, un sourire aux lèvres alors que le jeune homme préparait déjà un feu pour leur éviter d’attraper froid. La clairière qu’ils avaient choisi était toute enneigée et ça avait été un très bon exercice au départ de marcher dans la neige haute même s’il était clairement avantagé par rapport à elle. Ils finirent par s’asseoir, ils avaient dégagé presque toute la neige de la petite clairière pendant leur entrainement, bavardant à propos de magie. Elle le regardait, l’air curieuse mais pas non plus prête à s’exprimer apparemment. Il lui sourit gentiment. Elle s’interrogeait probablement par rapport à son pouvoir et s’il ne pouvait probablement pas lui dire la vérité sans l’effrayer, il pouvait au moins le lui montrer un peu. une petite tornade enneigée se forma à leurs pieds, s’élevant paresseusement, de petites pierres commencèrent à faire de même, leurs cheveux aussi, c’était comme si la gravité était totalement chamboulée et même des brindilles enflammées s’élevaient du feu alors qu’il fixait toujours la petite mage en souriant.

- Tu t’es beaucoup améliorée quand même… Magiquement mais aussi physiquement. Avant tu n’aurais jamais pu me tenir tête plus de quelques secondes. C’est rassurant de te savoir si forte même si… tu crois probablement que tu ne l’es pas encore « assez ».

Ils finirent par rentrer, c’était déjà l’heure de déjeuner et l’entrainement les avait affamés. Chacun vaqua à ses occupations l’après-midi après une bonne douche et un repas mérité. Et puis le soir arriva…
Eleyna était restée avec Alanir une bonne partie de la journée et ils étaient allés voir Maud tous les deux. La capitaine avait alors posé une question qui semblait la gêner depuis un moment.

- Dis Alanir… Cassy a oublié Tris… Mais elle se souvient de son ex ?
- Oui. Et des autres aussi.
- … Tris le sait ? Non parce que pas sûre qu’il apprécie… enfin si ça lui fait quelque chose, ce ne sera probablement pas très agréable.


Etrange d’aborder la question alors que le soir même le Drakkari allait l’apprendre, sans le vouloir sans doute. Ils étaient à table, parlant de tout et de rien. Eleyna avait essayé de mettre en avant que le jeune homme et la petite mage s’entendaient plutôt bien ces derniers temps, qu’ils formaient un beau duo, essayant probablement d’évoquer des souvenirs chez la demoiselle qui pensait si peu connaitre son ancien compagnon. C’était lui malheureusement qui avait semblé vouloir insister sur le fait qu’elle ne se rappelait plus de lui ou qui au contraire, peut-être, au fond, cherchait à réveiller sa mémoire endormie.

- T’as bien un petit ami non ?

Il avait dit ça d’un ton léger, sur le ton oui, de la conversation. Alanir et Eleyna échangèrent un regard alarmé mais c’était déjà trop tard. C’était sans remarquer cet échange, peut-être un peu rougissante mais certainement pas honteuse que la petite demoiselle avait répondu qu’elle en avait un, Erwan, mais qu’ils avaient rompu depuis un moment même si elle ne souvenait plus très bien pourquoi.
Tristan s’était crispé ou alors il s’était mordu la langue peut-être. En tous les cas, ce fut très bref et il haussa les épaules d’un air nonchalant.

- Bah… Tu ne resteras pas longtemps célibataire je pense… Une fille mignonne comme toi… Ca plait. Tu l’as bien vu avec ces gros vicieux qui te reluquaient sous la cascade la dernière fois.

Plaisanterie, sourire, finalement, il n’avait pas l’air en colère, même si lorsqu’il rabaissa les yeux sur son assiette, un bref éclair de tristesse, une fois de plus, brilla dans son regard.
Chacun était allé se coucher finalement.
Tristan se tournait et se retournait sur le canapé, ne parvenant pas à trouver le sommeil. Il repensait à ce qu’il venait d’entendre. Il repensait à ce baiser… Elle n’avait strictement rien dit par rapport à ça. Est-ce qu’elle avait oublié ? Est-ce qu’elle VOULAIT oublier plutôt ? Il secoua la tête, il ne devait pas y penser, c’était déjà bien assez troublant comme ça. Il ferma les yeux. Ses lèvres portaient encore le goût acide-sucré du vin qu’elle avait bu.
Le jeune homme se redressa en grognant et se leva, se passant la main dans les cheveux. Il dormait torse nu cette nuit là enfin pour l’instant il ne dormait pas beaucoup. Agacé de ne pas trouvé le sommeil, il alla boire un verre d’eau avant de s’approcher de la terrasse, observant le ciel dégagé. Il risquait de neiger fort le lendemain mais pour l’heure le temps était clair. Un mouvement attira son attention et il tourna les yeux. Si lui était au chaud à l’intérieur, une petite silhouette bien connue affrontait le froid de l’hiver. Surpris, il la rejoignit rapidement après avoir déposé son verre. Elle était pieds nus sur la surface de pierre glacée de la terrasse et portait une robe de chambre pas très… pas très très couvrante et un peu trop transparente avec les rayons de lune. Il déglutit, se rapprochant d’elle en l’appelant doucement.

- Eyh… Cassy… Qu’est ce que tu fais là ? Tu n’arrives pas à dormir ? Reste pas là tu vas attraper froid.
- Tu crois ?
- Euh…Oui. Allez viens. Ta peau est glacée déjà. Tu…
- Réchauffe-moi alors.

Il n’y avait pas de provocation dans sa voix, juste cette espèce de naïveté sérieuse alors qu’elle venait blottir son visage contre son torse et que lui se figeait sur place. Pas qu’à cause de la fraicheur de sa peau, ni de celle de sa main qui se posait sur ses pectoraux… Il ferma les yeux, serrant les dents alors qu’elle ne faisait rien de plus. Rien…
Il la repoussa brusquement contre la rambarde, avec bien plus de brusquerie que nécessaire justement sauf qu’alors qu’elle semblait peinée par son comportement, il s’empara brusquement de ses lèvres… Comme ça, sans prévenir ! C’était un baiser plus brusque et impatient que doux et pourtant elle ne le repoussa pas, se contentant de porter ses mains à son cou. Il adoucit aussitôt son baiser, le rendant plus tendre alors qu’elle était toujours bloquée contre la rambarde et qu’il se pressait contre elle. Il recula la tête, rougissant, balbutiant en s’excusant sauf qu’elle lui rendait déjà la pareille… alors qu’ils perdaient tous les deux les pédales.
Il ne savait plus très bien comment mais il l’avait soulevée du sol, la pressant contre lui alors qu’elle entourait ses hanches de ses jambes pour l’aider. En tâtonnant, les lèvres toujours scellées aux siennes, il avait retrouvé la porte menant à l’intérieur, pas celle donnant sur la chambre qu’elle partageait avec Alanir, celle donnant sur le salon. Il l’avait ouverte et s’était engouffré à l’intérieur pour fuir le froid de l’extérieur. La porte refermée, il avait été très occupé à s’appuyer contre un mur, embrassant la jeune femme agrippée à lui, caressant son dos qu’il sentait parfaitement malgré le tissu qui la couvrait. Elle l’avait lâché reposant pieds à terre alors qu’il semblait un peu groggy. Doucement elle avait pris sa main et l’avait attiré à sa suite jusqu’à ce local qu’il lui avait caché par le passé. Elle y entra et lui laissa le soin de refermer la porte alors que déjà sa magie bloquait tout bruit pour l’extérieur. Il n’attendit même pas qu’elle finisse, la saisissant de nouveau par la taille avec plus de force que nécessaire en pressant ses lèvres, avidement, contre les siennes. Il la sentit mordiller sa lèvre inférieure alors qu’il la soulevait du sol pour l’asseoir sur une table de la pièce et gémit doucement en frémissant. Elle passait les mains sur son torse, lui tirant des frissons alors qu’il lui ôtait habilement déjà sa chemise de nuit. Il recula pour la regarder alors qu’elle semblait inquiète l’espace d’un instant. Il posa ses lèvres sur sa cicatrice à l’oeil, sur celles sur son bras, ses épaules, son ventre, de multiples petits baisers lui prouvant qu’il se fichait bien de ces marques. Une luminosité inhabituelle lui fit relever les yeux et remarquer qu’elle brillait légèrement. Il sourit et glissa ses mains sur sa peau, se collant à elle en murmurant son surnom. Il frémit quand elle l’attira un peu plus contre elle, l’incitant à se débarrasser de son pantalon immédiatement alors qu’il obéissait docilement. Elle le repoussa tout aussi, si ce n’est plus brutalement encore, que lui un peu plus tôt le faisant chuter au sol, se glissant à califourchon sur ses hanches. Un sourire espiègle illuminait le visage de la jeune femme alors qu’il lui laissait de très bon coeur, le loisir de mener la danse, du moins le début de la danse. Sauf qu’elle semblait vouloir le torturer un peu avant cela, s’amuser à le caresser légèrement, l’embrasser, le titiller, alors qu’il lâchait des grognements rauques impatients, ses pupilles dilatées ne mentant pas sur ses intentions et pensées. D’ailleurs il ne tint guère davantage, poussant un grondement en les retournant, se glissant au-dessus d’elle alors qu’elle semblait plus amusée et ravie d’avoir gagnée, qu’effrayée. Agacé d’avoir perdu à ce petit jeu-là et conscient qu’elle trouverait bien moyen de le lui faire payer, il glissa son visage dans sa gorge.

- Je te parie que dans dix secondes, ce petit sourire suffisant aura disparu de ton visage au profit de gémissements à réveiller un mort…

Il redressa la tête, amusé de constater le défi qui brillait dans les prunelles noisette, défi qui semblait lui dire « prouve-le ». Il fit aussitôt glisser une main sur une de ses hanches, un sourire de prédateur aux lèvres.

- Je t’aurais prévenue…

Tristan rouvrit les yeux, fixant le plafond, sentant le moelleux sous son dos, du canapé qu’il n’avait jamais quitté. Voilà que le jeune homme rêvait de son ancienne compagne à présent. Il secoua la tête, essayant de chasser les pensées qui envahissaient encore son esprit embrumé par le sommeil. Il savait bien ce qu’il aurait fait dans une telle situation… De longs et langoureux préliminaires impatients à se repaître des gémissements de la jeune femme suivis d’un jeu de domination et de plaisirs, de corps nus et transpirant, de voluptueux égarements, de passionnées étreintes. Il grogna pour lui-même et se redressa finalement, se sentant furieusement à l’étroit dans son pantalon et n’en étant… vraiment pas surpris.
Il se passa une main sur le visage, envisageant déjà d’aller prendre une douche froide pour se calmer ou… de sortir faire un tour. Il y avait bien de quoi le satisfaire dehors après tout. Mais alors qu’il marchait d’un pas trainant vers la salle de bain, il se figea, se tournant lentement vers la terrasse illuminée par les rayons de la lune. Cassidy était dehors, comme dans son rêve, le visage offert au ciel, les yeux clos.
Il resta immobile un instant avant de la rejoindre avec hésitation. Il n’y avait plus qu’à espérer que ce ne soit pas un rêve prémonitoire, surtout pas !!!!!

- Eyh… Euh… Tu vas attraper froid… Viens.

Elle avait rabaissé les yeux sur lui, surprise, lui souriant timidement avant de détourner légèrement le regard. Ah c’est vrai qu’il était torse nu et qu’il avait probablement une sacrée euh… ah mais non, ça elle ne pouvait pas trop le voir avec l’obscurité. Il détourna les yeux, les joues roses avant de lui attraper la main et de l’attirer à l’intérieur avec lui.
Il la fit s’asseoir sur le canapé et posé sa couverture sur ses épaules, la frictionnant doucement.

- Ca va ? Tu n’arrivais pas à dormir ? Tu peux rester là avec moi si tu veux… Je voulais me faire un chocolat chaud. Tu en veux un ?

Il se leva et alla préparer doucement les deux chocolats, dans le noir, pas du tout gêné par l’obscurité, enfin semi-obscurité plutôt. Il revint rapidement et s’assit près d’elle, lui mettant doucement une tasse entre les mains. Ils burent chacun de leur côté sans rien dire puis au bout d’un moment, il passa un bras autour de ses épaules et l’attira contre lui.

- Hum… Tu seras mieux comme ça. Ca va ? Tu as assez chaud ?

Gentil et prévenant, il parla avec elle, par chuchotement, pendant un moment, des étoiles, de tout et n’importe quoi avant que finalement, ils ne s’allongent, continuant de discuter, vaguement, des propos de plus en plus incohérents, somnolant, blottis l’un contre l’autre, avant de s’endormir… Néanmoins il s’était mis du côté du vide cette fois et elle était donc bien au chaud avec d’un côté le dossier du canapé et de l’autre un grand et brûlant Drakkari… qui câlinait doucement une de ses bras.
Le lendemain matin, elle se réveilla après lui. Il était déjà levé et une odeur de crêpes embaumait l’appartement, faisant aussitôt sortir Alanir de la chambre et s’il chercha dans un premier temps Cassidy, une fois rassuré, il suivit l’odeur jusque dans la cuisine. Et comme Eleyna surgit de sa propre chambre en se frottant les yeux quelques instants plus tard, en baillant et demandant qu’est ce qui sentait si bon, tous comprirent que le cuistot du jour… devait être le Drakkari. Et effectivement, toujours torse nu, ses marques légèrement lumineuses sur ses muscles saillants, le jeune homme accueillit ses hôtes d’un sourire, bien matinal ce jour là.

- Salut tout le monde. Bien dormi ? Ah Alanir, viens, t’aimes tellement les crêpes, je vais te montrer comment on les fait. C’est facile tu vas voir. Eleyna, assis toi, tu es au radar ! Oulala, je vais devoir te coiffer princesse, tu as vu l’état de tes chev…

Le jeune homme enjoué, plein d’énergie et contagieux dans sa bonne humeur se figea brusquement alors qu’il parlait, tourné vers Cassidy, écarquillant légèrement les yeux avant de pâlir et de se détourner, posant malencontreusement la main sur la plaque chauffante magique qu’il utilisait. Il poussa un grognement de douleur, reculant aussitôt en lâchant sa poële sauvée par Alanir et son amour des crêpes. Le Drakkari ouvrit la bouche, la referma puis marmonna rapidement qu’il allait passer de l’eau froide dessus avant de disparaitre dans la salle de bains. Eleyna totalement réveillée le suivit des yeux, échangeant un regard avec Alanir… surprise et un peu alarmée.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Dim 1 Juin - 20:36

Ces derniers jours avaient été très étranges. Réelle progression ou bien était-ce autre chose ? Pourquoi Cassidy réagissait-elle ? Pourquoi manifestait-elle des émotions ? Des signes ? C’était comme si quelque chose l’intriguait dans le fond, même si elle n’en disait absolument rien.

Il y avait ce regard au saut du lit, ce regard fixe alors qu’elle dévisageait le Drakkari doucement, sa respiration lente et régulière, ne se perturbant pas. A quoi pouvait-elle penser dans sa petite tête ? Oh on pouvait très bien se dire qu’elle ne pensait à rien mais… ce n’était pas le cas. Tristan lui parlait gentiment, doucement, lui disant quelques paroles rassurantes avant de la laisser seule. Mais il était gentil avec elle… après tout, n’était-il pas venu la sauver ?

Puis il y avait cet étrange sentiment qui l’agitait, cette jalousie croissante qui sortait de nulle part alors que la jeune femme était partie à sa recherche et le retrouvant en très charmante compagnie. Elle ne pourrait pas expliquer pourquoi elle s’était interposée ainsi et la raison pour laquelle cela la dérangeait fortement de le voir se faire draguer par d’autres femmes. Cela ne la concernait pas au final, si ? Il pouvait faire ce qu’il voulait de sa vie, il avait le droit de se faire draguer et jamais elle ne devrait chercher à l’en empêcher mais… elle refusait. Et dans sa petite tête ce n’était pas facile à cerner. Alors elle s’éloignait avec lui, pour ne pas paraître trop bizarre, ou peut être que sa réaction n’était ni calculée ni anticipée.

Tristan lui avait offert une petite veste. A ce moment là, elle ne réagissait pas vraiment au sujet de sa cheville ou de son présent, observant tranquillement ce vêtement qui ne pouvait être l’objet que d’une attention certaine. Mais même si son regard ne trahissait absolument aucune émotion, ses doigts s’étaient serrés sur la veste en question, légèrement tremblante, mais pas assez pour que Tristan ne le remarque. Elle avait lentement baissé la tête. Un merci aurait suffit mais elle était incapable de le formuler. Froid ? Le froid ne lui faisait rien. Du moins elle ne le ressentait pas. Oh peut être que si elle tombait malade, ça serait différent mais pour l’instant ce n’était pas le cas.

Elle l’avait suivi ensuite, cherchant à découvrir son monde, très curieuse par le connaître un peu plus, lui, le grand et beau Drakkari qu’elle avait pourtant oublié. Pendant tous les moments de la journée, elle l’observait, elle participait, sans vraiment d’enthousiasme mais elle participait c’était déjà ça. Parfois, la jeune femme semblait être ailleurs, comme perdue dans des pensées dont seule elle en savait le sens. Regardant le ciel pendant un moment d’inattention, baissant la tête en direction le sol. Parfois, il lui arrivait d’ouvrir très légèrement la bouche, comme pour lui dire quelque chose, mais le monde autour d’eux l’en empêchait. Et puis elle se sentait suffisamment ridicule comme ça. Incapable de prononcer le moindre mot. La seule chose qui la fit vraiment réagir, c’est le troupeau d’admiratrices sur le terrain d’entraînement et encore une fois, impossible de savoir d’où lui venaient ces pulsions. Quand il avait tenté de la questionner, elle avait détourné la tête, apparemment de mauvaise humeur et fâchée, peut être même très honteuse.

Puis, peu après, alors qu’ils mangeaient, elle lui avait fait part de son manque de goût pour son nouvel achat. Très maladroitement, trop maladroitement. Pour ne pas dire que ça ne lui plaisait pas, directement, elle était passée pour une allusion qui n’avait rien à voir. Elle devrait ne pas s’en soucier mais n’était-ce pas justement, une preuve qu’elle l’observait, et aussi maladroite pouvait-elle être, faisait preuve d’attention envers lui alors que jusqu’à présent, ses changements physiques ne l’avaient pas fait réagir ? Lorsqu’il répondit, elle fut comme piquée au vif et détourna bien trop rapidement la tête, peut être contrariée, honteuse de lui faire part de ce qu’elle pensait. Oui bon il faisait ce qu’il voulait après tout elle n’était pas sa sœur ni… sa petite amie après tout. Quand il parla de promesse, cela l’acheva et elle n’ouvrit plus du tout la bouche, comme si elle s’inclinait, d’un air de dire qu’à l’avenir elle ne dirait plus rien sur lui, même si il décidait de se raser le crâne !

Finalement il s’absenta et une nouvelle catastrophe arriva alors que la demoiselle perdait encore une fois les pédales. Oui, qu’on parle de Tristan, ça la mettait dans tous ses états, surtout quand il s’agissait de drague. Ce n’était pas bien ce qu’elle faisait… et ce sentiment de honte l’envahit encore plus lorsque ledit Drakkari revint, sûrement très surpris et étonné de voir qu’elle faisait encore des bêtises ! Alors plutôt que de s’exprimer, puisque de toute manière ça ne servirait à rien, puisqu’elle ne pouvait pas expliquer ses gestes, elle préféra s’enfuir. L’idée de se passer sous l’eau bien froide et gelée était une bonne solution et l’aiderait à se remettre les idées en place. Elle ne semblait même pas faire attention aux hommes qui la dévisageaient, qui avaient des envies bien déplacées. Mais au moins c’était fait, les hommes de la cité avaient eu le privilège de voir une Cassidy nue, elle qui aurait été tellement choquée auparavant, de se présenter dans son plus simple appareil.

Elle ne réagissait même pas, bien que d’avoir vu Tristan la rejoindre, cela ne l’avait même pas fait reculé. Peut être n’en était-elle pas capable ou bien… elle ne le craignait pas lui tout simplement. Etait-ce une illusion ou s’était-elle un peu plus blottie contre lui quand il était venu tout contre elle ? Peut être… peut être pas… Tristan ne lui laissa même pas le temps de protester. En même temps, elle n’était pas en état de le faire, ni même de réagir, ni même de lui expliquer son comportement. Lorsqu’il l’attira à lui dans la salle de bain, et cela, même si il ne le voyait pas, les yeux de la demoiselle s’écartèrent avec surprise en sentant le contact si… intime contre sa peau. Elle sentait… elle sentait cette légère sensation. Sa peau froide contre une beaucoup plus chaude, leurs corps mêlés et mouillés, ce contact si unique qui pouvait rappeler des choses. Elle ouvrit légèrement la bouche, troublée, mais il s’était déjà écarté alors que le jeune homme le déposa dans la baignoire en lui expliquant ce qu’il faisait, mais préférant la laisser seule.

Elle soupira, regardant la surface de l’eau dans la baignoire, songeuse, un regard triste se dessinant sur son visage alors qu’il était occupé à faire son feu dans la pièce d’à côté. Quelques larmes coulèrent le long des joues de la demoiselle, larmes humides qu’elle avait bien du mal à sentir à cause du froid et de son séjour sous la cascade. Cassidy prit un peu d’eau dans ses mains, le regard lointain, puis les amena sur le visage en s’éclaboussant plusieurs fois, tentant de remettre ses pensées en ordre. Elle mit d’ailleurs un moment à sortir de la baignoire et le rejoignit ensuite, silencieuse, n’ouvrant pas la bouche pour s’exprimer sur ce qui s’était passé.

Et puis, il y avait eu cette scène… ce choc.

Elle était terriblement choquée et tout un tas de paroles, guères gentilles, sortirent de sa bouche alors qu’elle apprenait la vérité sur cette curieuse selle. Comment pouvait-elle faire preuve de tact alors qu’elle ne se rappelait plus du tout de ce qu’était Tristan ? Elle le pensait Drakkari ! Alors oui ça devait lui faire bizarre de voir son ancienne compagne être aussi virulente… comme elle l’avait été avant. Son amour pour lui la freinait dans ses déclarations, elle était plus attentionnée envers lui, malgré cette gêne qu’elle ressentait à l’égard des dragons, c’est bien parce qu’elle l’aimait qu’elle s’était toujours refusée d’être aussi catégorique ! Mais ce n’était plus le cas… Et la vérité faisait beaucoup de ravages. Elle ne semblait même pas se préoccuper de Tristan, trop en colère pour s’arrêter tout bonnement dans ses paroles.

Alanir grinça des dents. Il tentait de lui expliquer mais… lui dire la vérité sur Tristan, maintenant, aurait plus chamboulée la petite mage qu’autre chose. Elle ne l’aurait peut être plus approché. C’était certainement trop tôt. Mais en attendant… lui devait bien souffrir de ces paroles malheureuses. Et pourtant, Cassidy s’était arrêtée dans son délire, elle semblait prête à y réfléchir, à reculons oui, mais sa curiosité l’emportait sur sa haine et pourtant… un atroce mal de tête vint la couper dans sa réflexion. Il fallait qu’elle fuit, il fallait qu’elle prenne de la distance et faire autre chose. Ce n’était pas bien… oui il y avait un lien avec ces maux de tête mais… lequel ?
Alanir avait laissé retombé sa main en la voyant sortir et soupira. Oui il avait bien vu que Tristan s’était absenté mais pour une fois, le grand dragon paraissait plus peiné qu’en colère contre lui. Il pouvait bien comprendre à quel point cela devait lui faire du mal… il pouvait comprendre que plutôt que d’exploser il préférait s’absenter… et pour une fois il ne voulait pas le forcer à courir derrière la petite mage. Mais comment les faire se rapprocher si même elle ne voulait pas apprendre à le connaître véritablement ? Plutôt que de se concentrer sur Tristan, il s’approcha de la selle pour la ramasser délicatement. Peut être devrait-il être jaloux que Cassidy préférait Tristan à lui mais… le bonheur de la jeune femme passait avant ses intérêts à lui. Se replongeant dans ses souvenirs, il se rappelait du discours d’Eleyna la veille, quand elle avait parlé combien Tristan avait besoin de la petite mage et que tout était fait pour les séparer. Ce jour là, il s’était fait plus farouche, plus animé, et avait frappé du poing sur la table, l’air peiné et triste, devant la grimace de la jeune femme, encore bien alcoolisé.

- Destin… destin ! Y a pas que le destin là dedans ! Tu ne l’as pas vu… tu ne l’as pas vu alors qu’elle se sentait vraiment seule et ignorée chez les dragons ! Et lui… on ne peut pas lui en vouloir d’être heureux d’avoir retrouvé une famille mais quand cette famille n’a de cesse que de condamner Cassidy, de ne pas l’accepter malgré ce qu’elle a fait, comment peut-elle les apprécier ? Comment peut-elle accepter qu’on la repousse comme ça ? Mais elle n’avait pas envie de partir… parce qu’elle voyait qu’il était heureux… curieux… juste une envie de prendre l’air… mais crois moi elle se sentait tellement piteuse de ne pas être capable de retourner vers lui rapidement ! De ne pas faire ce que l’on attendait d’elle… Elle était prête à l’accepter oui… à accepter qu’il était un dragon… à accepter peut être qu’il lui en voudrait éternellement pour cet abandon d’un an et qu’elle n’était même pas à ses côtés ! Elle voulait se battre pour lui ! Si cela était dur pour lui, cela l’était autant pour elle… et je suis vraiment triste mais… il n’appartient qu’à eux de se… retrouver. J’espère juste que Tristan arrivera… à surmonter ça. Parce qu’elle les fait les efforts ! Ca se voit pas mais… elle ressent quelque chose pour lui, qu’on m’arrache les ailes si je me trompe !

Il avait tout dit d’un trait, sans reprendre sa respiration une seule fois, une expression animée et peinée sur son visage, devant une Eleyna qui ne devait pas avoir tout compris. Et c’était d’autant plus malheureux pour lui… si en effet Cassidy ressentait quelque chose pour Tristan, alors ce qu’il faisait, ses réactions, devaient un peu lui faire du mal. Et si il se détournait totalement d’elle malgré le fait qu’elle se rappelle ? Cela aurait été un choc supplémentaire vraiment pas envisageable et cela ne devait pas arriver.

Tristan semblait distant, lointain. Alanir ne disait rien, tenant juste la selle dans ses bras, serrant les dents et contrairement à ce qu’Eleyna pouvait penser, il se dirigea juste dans la chambre de Tristan pour y déposer la selle sur une chaise et cela, malgré le fait que Cassidy détestait tout ce qui pouvait lui rappeler sa haine des dragons. Curieux non ?

Mais Cassidy avait envie de se changer les idées. Elle était allée voir Maud, un peu par hasard, et c’était elle qui l’avait poussé à faire quelque chose pour remercier Tristan. Il fallait bien un peu l’orienter sur le droit chemin ? Oh en fait cela avait été plus subtil que ça, Cassidy faisait vraiment la tête et c’est à force de poser des questions que Maud avait compris que quelque chose tracassait son amie et que la meilleure chose à faire pour se changer les idées c’était d’organiser une activité ou quelque chose d’intéressant. Elle avait également dit, très subtilement, que Tristan adorait les sorties surtout quand c’était original et que ça lui ferait bien plaisir, surtout venant de sa part. Elle ne s’attendait pas à ce que Cassidy accepte aussi rapidement de le faire, surtout que la demoiselle avait rajouté que ça serait une bonne occasion pour le remercier. Cela avait du faire plaisir pour Maud qui devait voir que la petite demoiselle semblait faire des efforts dès qu’il s’agissait de Tristan même si elle gardait pour elle le fait que le côté dragon du jeune homme pouvait peut être… ne pas aider. Mais bon, il fallait y croire.

Et c’est pour cette raison que Cassidy avait vraiment pris beaucoup de temps pour tout organiser. Trouver le lieu idéal, faire la préparation des plats, vraiment tout contrôler… ça l’occupait bien en effet, et l’histoire des dragons ne vint pas hanter son esprit. Mais une chose était sûre, au moins elle s’investissait pour Tristan, n’était-ce pas encourageant ?

Le soir, elle paraissait extrêmement tendue et nerveuse. Des émotions qui ne devraient même pas avoir lieu et peut être que Tristan était le seul à ne pas remarquer que ses changements n’opéraient en règle générale qu’avec lui… ou quand ça le concernait. La petite demoiselle était fébrile, elle voulait vraiment que ça lui plaise et semblait vouloir recueillir son avis et ses impressions. Après tout le mal qu’elle s’était donnée, elle espérait peut être désespérément qu’il apprécie ce geste. Alors qu’elle le conduisait, Cassidy ne faisait que lui jeter des coups d’œil, guettant ses réactions, même si elle n’arrivait pas à détecter grand-chose chez le beau Drakkari.

Suite des évènements où elle lui demandait qu’il lui injecte son calmant puis elle se faufila bien vite pour aller chercher les plats, toujours aussi stressée par les impressions de Tristan. Sa maladresse la rattrapa à ce moment là alors qu’elle trébucha. Dans un réflexe naturel, elle ferma les yeux… pour se retrouver calée contre un torse et lorsqu’elle les rouvrit, les plats qu’elle avait lâchés flottaient dans les airs. Elementaliste ou don ? Elle le remercia, très gênée et maladroite, avant de finir de déposer les plats sur la table. Mais sa phrase d’après laissa la petite mage vraiment peinée après tous les efforts qu’elle avait fait… pour lui. A quoi ça servait alors ? Honnêtement ? Elle baissa la tête, triste, et se concentra sur son assiette ou plutôt sur la bouteille qui trainait, histoire de penser à autre chose, vivant cette phrase plus comme quelque chose du genre que ça l’intéressait pas vraiment ou un truc comme ça.

Elle fit bien de boire puisque cela la décoinça pour le reste de la soirée et effectivement elle était beaucoup plus vivante, animée, agitée… bref… Cassidy quoi.

La fin de la soirée fut très… particulière. Oui elle redevenait un peu elle-même. C’était un moment hors du temps et si on ne savait pas pour sa perte de mémoire, alors on pourrait presque croire… que Cassidy était toujours avec Tristan. Vu comment elle se comportait avec lui, cela ne faisait aucun doute. Après tout, elle ne faisait pas ça avec tous les hommes. Ou bien était-ce l’alcool ? Mais elle semblait bien plus heureuse et c’est sans aucune pudeur qu’elle se retrouvait nue en face de lui, guettant ses réactions avant qu’elle ne le déshabille et entre dans l’eau avec lui. Mais ce n’était pas encore suffisant…

Elle le regardait, elle l’observait et c’était comme si son corps la poussait à aller plus loin. Se rapprochant de lui, c’est sans prévenir qu’elle l’embrassa, avant de s’assoupir doucement dans ses bras. Peut être était à cause de la journée qui avait été bien épuisante pour elle… oui sans doute.

De la suite de la soirée, elle n’en sut rien même si quand il l’allongea sur le canapé, elle vint très rapidement poser sa tête sur son ventre, un sourire ravi aux lèvres, marmonnant des mots incompréhensibles même si le surnom d’un certain Drakkari revenait parfois alors qu’elle frottait sa tête contre le torse du Drakkari en question.

Le lendemain matin, la jeune femme cligna des yeux en gémissant, un léger mal de tête encore en place mais pas comme ceux de d’habitude. Elle se tourna un peu et vit Tristan au-dessus d’elle. L’appelant doucement, il se mit à réagir et lui parler… trop neutre peut-être comme si il s’en fichait de ce qui s’était passé. Elle marmonna un peu et puis… les images lui revinrent en mémoire. Pendant un très bref instant, de la honte apparut sur son visage. Elle secoua lentement la tête et reprit un air bien plus neutre. Après tout ça ne lui avait rien fait et même pas cette soirée ne lui avait fait plaisir, c’est du moins ce qu’elle imaginait.

La demoiselle se rhabilla en silence, sans rien dire de plus, rangeant rapidement et faisant disparaître le mobilier, laissant l’endroit comme avant qu’elle l’avait trouvé. Puis ils prirent le chemin du retour, elle, très silencieuse, le regard perdu dans le vague. C’est juste au moment où ils s’arrêtèrent devant l’appartement que le jeune homme le remercia très brièvement. Elle le regarda, hocha doucement la tête, puis le suivit à l’intérieur.

Eleyna était vraiment dans tous ses états, en revanche, Alanir savait ce que Cassidy avait fait et ne semblait pas du tout surpris. Normal, il l’avait aidé à récolter certains ingrédients pour le repas inaccessibles sans avoir la capacité de voler. Cependant, il dévisageait avec curiosité la petite mage si inexpressive et Tristan à côté… pas vraiment charmé pour un sou. Il fronça les sourcils avant que le verdict tombe. Faire un tour… dormir… A ces paroles, un éclat de tristesse passa dans les yeux de Cassidy avant qu’elle ne redevienne plus neutre. Cependant, si elle avait ressenti quelque chose, Alanir semblait l’avoir perçu et ses sourcils se froncèrent alors qu’il scrutait avec un peu de colère dans les yeux Tristan qui semblait si nonchalant.

Il parla ensuite de la coiffer, de s’entraîner. Elle hocha lentement la tête sans autre forme de procès puis s’installa à table pour manger tranquillement, sans rien montrer si ce n’est un certain regret désormais par rapport à ce qu’elle avait fait. Le repas se passa tranquillement sans que personne ne parle vraiment et même si Alanir continuait de poser des questions à Eleyna sur la vie humaine, l’air de rien, pour cacher le trouble que semblait avoir Cassidy. Puis elle le laissa faire alors qu’il la coiffait. C’est vrai qu’il s’y prenait vraiment bien et faisait preuve de beaucoup de douceur pour un guerrier, même si ces mains semblaient être taillées pour le combat plus que pour le talent de coiffeur.

Elle le remercia poliment, puis, alors qu’elle passait dans sa chambre pour se changer, Tristan en fit de même mais lorsqu’il revint, Alanir passa tout près de lui, parlant d’une voix calme, peut être un peu déçue mais… si lui ne disait rien, qui pouvait le faire ? Il chuchota d’une voix à peine inaudible.

- Rien fait hier ? Après tout le mal qu’elle s’est donnée pour toi ? Peut être que tu ne préfères pas nous en parler mais sache le… ça l’a rendu… triste… pas besoin de rentrer dans les détails enfin… peut être qu’un repas à l’ambiance légèrement romantique n’a pas vraiment d’intérêt pour un dragon… Mais… peut être que je me trompe hein…

Il le laissa là et retourna près d’Eleyna, devenant apparemment très curieux sur l’organisation des humains, comment ce monde était dirigé et surtout avec une si grande population. Cassidy revint peu après et emboîta le pas de Tristan. Elle était vêtue d’un pantalon qui lui moulait le bas du corps, pour ne pas la perturber dans ses déplacements et une petite tunique dans le même style, plus aérienne et ouverte.

Dans la petite clairière enneigée, elle se tenait face à lui, en position de combat, puis se jeta sur lui à son signal. Elle semblait analyser ses mouvements et agir en conséquence, cherchant ses failles, cherchant ses faiblesses alors qu’il la conseillait. Curieusement, cela lui rappelait quelque chose… mais elle ne saurait dire quoi. Ce vague moment d’inattention la déstabilisa alors qu’il tendait le poing en avant, lui laissant juste le temps de s’accroupir au sol puis d’enchainer sur un mouvement latéral de jambe alors qu’il sautait pour l’éviter. Aucun des deux ne semblait vouloir laisser du terrain à l’autre mais ils étaient totalement complémentaires et équilibrés, comme si au final, ils se connaissaient très bien. Et cela troublait Cassidy et pas qu’un peu !

La fin du combat, elle avait bien transpiré malgré le froid, de la buée se formant autour de sa bouche, son front perlant de sueur et quelques mèches blondes trempées se collaient à ses joues alors qu’elle s’assit dans la neige à ses côtés. C’est vrai qu’elle éprouvait de l’intérêt pour lui… pour ce qu’il était… pour cet homme qui avait été son camarade de classe et ne savait que très peu de choses sur lui. Il fit apparaître une petite tornade et suréleva des brindilles, des petites pierres. C’était sans aucun doute un élémentaliste !

Elle semblait dessiner des formes dans la neige alors qu’il prononça une phrase bien malheureuse. C’était pourtant un compliment mais un éclat de tristesse passa de nouveau dans les yeux de la petite mage, faisant une grimace, alors qu’elle repliait ses jambes sur elle et posa ses mains dessus, dans une position de protection alors qu’elle posait sa tête dessus.

« Merci… c’est gentil ce que tu dis mais… tu te trompes… Si vraiment j’étais forte… si vraiment c’était le cas… je n’aurais pas été enfermée pendant un an… si j’étais forte… je n’aurais jamais abandonné cette… personne quand il avait besoin de moi… j’aurais fais face… alors que je ne suis qu’une fuyarde… j’aurais tout supporté mais je me cache… je me mens… ce n’est qu’une façade Tristan… pendant un an je n’ai même pas été capable d’utiliser Ariavana… de débloquer cette capacité… alors… mais c’est gentil quand même… si tu as remarqué mes… »

Tout en parlant, elle venait de ramasser de la neige dans la paume de sa main mais alors qu’elle l’examinait, la demoiselle s’arrêta dans ses paroles, regardant fixement devant elle, comme si elle venait de se rendre compte de quelque chose de très important. La neige dans sa main détonna et fut projetée dans toutes les directions alors qu’elle ouvrait doucement la bouche, avant de secouer lentement la tête et se racler la gorge. Quel discours… perturbant non ?

« Hem… toi tu es un élementaliste c’est bien ça ? J’avais bien remarqué ta façon d’utiliser le vent la dernière fois… enfin un peu… je te croyais plus guerrier que mage… enfin c’est bien aussi hein ! J’aime bien ! Heu… on refait une petite manche ? »

Oulà… pour quelqu’un qui ne parlait pas des masses, voilà qu’elle paniquait plus que nécessaire ! Elle détournait la tête en parlant, comme si elle ne voulait pas qu’il l’observe, comme si il allait lire en elle ce qu’il ne fallait pas mais alors pas vraiment.

Finalement, ils rentrèrent à l’appartement mais alors qu’Alanir voulait préciser quelque chose au sujet de la mémoire de Cassidy, il n’en eut pas le temps. Et c’est le soir au repas que tout éclata. Si, quand Eleyna tentait de rapprocher Tristan et Cassidy, cela eut pour effet de beaucoup gêner la petite mage, même qu’elle rossissait à vue d’œil tout en trouvant le contenu de son assiette fortement intéressant, ce fut Tristan qui la troubla davantage en lui demandant si elle avait un petit ami.

Elle se crispa aussitôt, très mal à l’aise puis ferma un instant les yeux. Que répondre à ça ? Que répondre oui ? Elle se rappelait… elle se rappelait… Cassidy secoua la tête, serra les dents et avec beaucoup de lenteur et de précaution, elle mentionna Erwan… c’est tout. Mais alors qu’elle finissait de parler, sa fourchette glissa de sa main et tomba dans son assiette dans un bruit de vaisselle alors qu’elle se frottait vigoureusement la main… ou plutôt le doigt où se trouvait sa bague.

« Ah ah ! J’ai rien, faux mouvement je crois… »

Tristan enchaina sur le fait qu’elle trouverait rapidement quelqu’un, ce à quoi elle répondit par un grand froncement de sourcils, pas vraiment emballée pour trouver quelqu’un d’autre justement. Le repas se termina dans le silence et chacun regagna sa chambre.

Si Tristan faisait un rêve vraiment flatteur et intéressant, Cassidy n’arrivait pas à trouver le sommeil. En effet, Alanir dormait paisiblement à côté, dans une position qui pouvait s’apparenter à celle d’un chat, respirant tranquillement. Elle avait les bras derrière la tête et fixait le plafond, troublée et ne trouvant pas le sommeil. Trop de choses se bousculaient dans sa tête. Devait-elle en parler ? Non… Tristan… Tristan risquait de très mal le prendre. Elle se passa la main sur ses lèvres, songeuse. Avant de jeter un regard à Alanir, se redresser en chemise de nuit et se dirigea vers le balcon sur la pointe des pieds, décidant de regarder les étoiles dans le ciel, faisant fi du froid de l’hiver. Au moins, cela la calmait, un peu.

Seulement, elle ne resta pas seule très longtemps, car l’objet de ses questions était apparu, comme par hasard, derrière la vitre et la rejoignit. Elle entendit sa voix, encore une fois il était attentionné, s’inquiétant de son état, ne voulant pas qu’elle attrape froid. Cassidy se tourna doucement vers lui et sourit très légèrement. La présence de Tristan la réconfortait, la rassurait. Mais bien vite, il la tira vers l’intérieur, en lui posant des questions et voulant lui faire un chocolat chaud pour l’aider à ne plus avoir froid. Sans un mot, elle prit la tasse et en but le contenu, des questions toujours présentes dans sa tête.

Mais elle fut surtout très surprise quand il l’attira vers elle, un bras autour de ses épaules, alors qu’elle rougissait à vue d’œil. C’était agréable… c’était bien… elle se sentait en sécurité avec lui… mais comment lui dire ? Comment lui dire ce qu’elle pouvait bien ressentir ? Peur qu’il devienne distant tout à coup ? Peur… qu’il lui en veuille ? Elle acquiesça d’un hochement de tête puis se laissa doucement bercée dans ses bras, l’écoutant parler et répondant, parlant de tout et de rien, jusqu’à finir par s’endormir. Oui c’était indéniable, son sommeil était plus doux à ses côtés.
Le lendemain matin, lorsqu’elle se réveilla, la jeune femme tâta le canapé pour le retrouver vide à ses côtés. Elle se leva avec la couverture posée sur elle, parce que… parce que l’odeur était agréable voyons !

Tristan semblait vraiment enjoué et content jusqu’à buter sur un mot… mot qui fit également tilter Cassidy, du moins, la fit se crisper un instant alors que Tristan se brûla et qu’il partit précipitamment dans la salle de bain. Elle resta un instant interdite, puis grommela en déclarant qu’elle était encore fatiguée, posa la couverture sur sa tête et repartit vers le canapé en s’enroulant totalement dans la couverture, invisible aux autres, surtout… pour qu’on ne voit pas ses expressions du visage.

Un peu plus tard, Tristan ressortit comme si de rien n’était mais Cassidy elle, semblait s’être rendormie, ou plutôt elle ne bougeait plus. Alanir vint la secouer doucement alors qu’elle sortit la tête de la couverture, baillant, adorable, des sillons humides creusés sur ses joues. Elle prétexta avoir eu une poussière dans les yeux… ce que personne ne crut vraiment au final.

Peu de temps après le petit déjeuner, Cassidy sortit et décida de rendre visite à Maud. La dame commençait à trouver les visites de la petite mage, beaucoup plus fréquentes, ce qui était peut être très encourageant, puisqu’elle apprenait à se confier. La jeune femme s’installa dans un fauteuil, alors que Maud préparait un thé, plus pour elle, puisque Cassidy avait déjà mangé le matin. On avait l’impression que Cassidy cherchait à parler mais ne trouver pas les mots. Alors Maud lui posait des questions, l’air de rien, puisque cela marchait plutôt bien. Elle lui demanda comment ça s’était passé leur petit dîner romantique.

Cassidy se crispa puis détourna le regard, donnant l’impression de souffrir énormément. Elle se passa doucement les mains sur ses lèvres, bredouillant des mots, donnant l’impression d’avoir fait quelque chose de mal et d’interdit, avant de murmurer quelques mots, une révélation, à voix très basse.

« Je… je l’ai… embrassé… »

Puis elle baissa rapidement la tête, honteuse. Maud voulait certainement en savoir un peu plus, mais elle ne voulait pas non plus bousculer Cassidy, ce qui ressemblait à un énorme effort chez la petite mage qui ne se confiait pas des masses ces derniers temps.

« Oui… je l’ai embrassé et… et… j’ai aimé ça ! »

Elle secoua lentement sa tête, pas convaincue, puis se redressa et fixa Maud, des larmes commençant à couler dans ses yeux, désespérée.

« Non en fait je n’ai pas aimé ça ! »

Quel étrange discours incohérent et pourtant… elle baissa lentement la tête, les larmes continuant de couler le long de ses joues, alors que sa voix devenait plus forte, plus assurée, et qu’elle grimaçait comme si on lui avait fait du mal.

« C’est beaucoup plus fort que ça ce que j’ai ressenti… beaucoup plus.. Maud… je comprends pas ! Je comprends pas ! Pourquoi je… avec lui ? Pourquoi… Est-ce qu’il… aaaaaaaaah ! »

Elle se tenait la tête dans les mains en la secouant frénétiquement. Si Maud avait eu envie de la consoler, Cassidy s’écarta un peu, tremblante, en s’inclinant et s’excusant de son comportement avant de fuir bien vite. Une seule chose l’apaisait vraiment, c’était de méditer. Se connecter à la magie, à la terre, c’était tellement rassurant pour elle.

Toute la journée elle ne bougea pas de son rocher surplombant la cascade, ne revenant même pas pour manger. Ce fut Tristan, inquiet certainement pour elle, qui vint la rejoindre. Elle portait la veste qu’il lui avait offerte ainsi que l’écharpe même si elle avait les yeux fermés. Pourtant, la demoiselle semblait avoir deviné qui était là sans même devoir les ouvrir. Apparemment oui, il s’inquiétait pour son état et lui avait apporté de quoi grignoter puisqu’elle avait refusé de revenir pour manger à midi.

Alors que la demoiselle ouvrait les yeux, elle lui offrit un sourire en le remerciant puis prit un des petits pains et croqua dedans en fixant l’horizon, silencieuse comme à son habitude. Tristan respectait son silence et restait assis à côté d’elle, perdu dans ses pensées. Cassidy hésita un instant, avala sa bouchée en manquant de s’étouffer et lui demanda quelque chose d’assez particulier, d’une voix très hésitante.

« Dis… si par exemple… tu étais à la place de cette personne… et que je t’avais laissé tombé… est-ce que tu… m’aurais pardonné ? »

Il semblait surpris par la question et lui répéta la même chose que la dernière fois. Elle fit une grimace.

« Non mais vraiment sérieusement… si c’était toi… si c’était à toi que ça arrivait et pas à quelqu’un d’autre… »

Il dit à nouveau qu’il pardonnerait même si ça prendrait un peu de temps. Elle hocha doucement la tête, perdue dans ses pensées. Inspirant profondément l’air frais et glacé, quelques mèches rebelles se détachant de sa natte et suivant la direction du vent, la demoiselle se tourna vers lui, un peu plus assurée, un sourire timide sur le visage même si elle se grattait légèrement le menton, interrogative.

« Au fait… est ce qu’à partir d’aujourd’hui tu viens bien dormir dans la chambre avec moi ? C’est… peut être bizarre que je te demande ça mais… je me sens bien avec toi et… je dors beaucoup mieux… je… je fais moins de cauchemars… ça ne dérangera pas Alanir de nous laisser… enfin si tu veux hein… je te force pas… »

Tristan accepta. Elle semblait vraiment heureuse quand il lui annonça, se mit à rougir et baissa les yeux en trouvant refuge dans la nourriture et en le remerciant même plusieurs fois.
La fin de la journée se passa plutôt bien et ils restèrent ensemble jusqu’au coucher. Alanir n’était pas du tout contre l’idée que sa protégée dorme avec Tristan… même si ça lui ferait certainement bizarre. Il demanda à tout hasard à Eleyna si il pouvait la rejoindre, sans imaginer une seule seconde que cela pouvait être interprété un peu différemment. Bah oui il appréciait bien cette… alliée ? Ou… amie ?

Cassidy semblait assez intimidée le soir, alors qu’elle avait revêtue sa chemise de nuit, à côté de Tristan qui se préparait pour la nuit. Il se coucha d’ailleurs avant elle et tendit un bras pour qu’elle le rejoigne. Elle n’hésita pas vraiment et vint, presque malgré elle, se blottir doucement contre lui, un soupir bienheureux sortant de sa bouche alors qu’elle se calait dans le creux de son épaule et qu’il remontait la couverture sur eux pour ne pas qu’elle attrape froid. Ils discutèrent un peu. Oui Cassidy semblait un peu plus ouverte, un peu plus souriante… un peu plus elle-même. Mais c’est le lendemain matin que tout s’enchaina.

Si il l’avait coiffé au saut du lit et qu’ils avaient sagement déjeuné, elle était sortie bien précipitamment pour revenir plus tard en prenant Tristan par la main pour le conduire pas loin de la sortie. Apparemment elle commençait à tenir compte de ses conseils et s’habillait plus chaudement, du moins pour lui faire plaisir. La jeune femme semblait un peu anxieuse, sa main moite témoignait de son stress alors qu’elle l’amenait vers le tunnel pas loin de la sortie où les attendait… une luge plutôt grande, trop grande pour un enfant. Elle le regarda lentement puis se déroba à son regard avant de lui parler.

« Les enfants aiment bien ce jeu, alors j’ai pensé qu’on pouvait en profiter pendant une sortie… j’ai jamais vu comment ça marchait et ça peut être marrant ! »

Elle marmonnait un peu alors qu’il décida de la suivre et si au départ, elle trainait la luge, il prit rapidement le relais pour ne pas qu’elle s’épuise. Ils marchèrent pendant un moment, allant dans les hauteurs, discutant de tout et de rien, de la vie de la cité, elle, en train de se demander combien de temps ils resteraient ici, lui déclarant autant qu’il le faudra, puis des activités, même si il évitait bien évidemment le sujet des demoiselles qui ne faisait que contrarier Cassidy.

Arrivés en haut, ils mangèrent un peu le repas qu’elle avait préparé puis elle s’approcha de la luge et tourna autour, se demandant comment ce drôle d’engin fonctionnait. Ce fut encore lui qui la guida, en disant qu’elle n’avait qu’à se placer devant et qu’il la retiendrait à l’arrière.
Finalement après une explication théorique, ils se mirent en place et Tristan fit glisser la luge. La pente n’était pas très raide mais étrangement, Cassidy en profita pour plus se serrer contre les bras du grand Drakkari, comme pour se rassurer. Ils glissèrent un moment et elle se fit un peu plus enthousiaste alors qu’ils filaient à toute vitesse et qu’elle se sentait bien plus rassurée dans les bras de Tristan.

Cependant, alors qu’il dirigeait la luge, zigzaguant entre les obstacles, le jeune homme ne vit pas un tout petit rocher au sol, à cause de la neige qui ensevelissait tout et rendait la vision bien difficile après tout. La luge vacilla, la secousse entraina Tristan et Cassidy hors de la luge. Etrangement, il l’avait rattrapé et les deux jeunes gens roulaient dans la neige, lui la protégeant et elle, s’agrippant à lui, jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent et qu’elle se retrouve au dessus de lui, la poudreuse autour d’eux se soulevant.

Elle se redressa lentement, surprise et haletante, posant les mains sur le torse du jeune homme, ne sachant pas quoi dire de drôle ? d’amusant ? d’intéressant ? pour commenter leur chute. Elle était bien occupée à le regarder, le dévisager dans la neige. Ses cheveux rouges et noirs, soyeux, reposant dans la neige gelée, son visage légèrement rougi par le froid et la vitesse, alors qu’il avait un petit air malicieux et pas du tout ennuyé même si la situation était quand même… assez particulière.

Elle le fixait avec la même douceur, fronçant un instant les sourcils, légèrement tremblante, et sans dire le moindre mot, elle leva une main pour la poser dans ses cheveux et le caresser doucement, des flocons de neige tombant autour d’eux. Sa main était beaucoup plus fraîche que la chaleur du jeune homme. Elle la fit glisser le long de sa joue, doucement, tranquillement. Elle ne devrait pas… Cassidy ferma un instant les yeux et secoua la tête, se mordit la langue, se maudissant intérieurement de ses pensées actuelles qui ne devraient même pas exister. Elle continuait de caresser doucement la joue de Tristan, ce qui lui tira un très léger frissonnement, qui n’avait rien à voir avec le froid actuel. La demoiselle fronça lentement les sourcils puis, arrêtant de réfléchir, elle rapprocha son visage de celui de Tristan. Elle pouvait bien se permettre pour une fois ? Non parce que le message de la nuit où elle était alcoolisé n’était peut être pas assez fort peut être ? Peu importe ce qu’elle pensait, elle posa doucement son front contre celui de Tristan, respirant très doucement, le cœur battant un peu plus vite, tellement vite, que cette variation, le Drakkari avait bien du l’entendre, sauf si il était trop troublé pour parler.

Elle ignora sa migraine, grimaçant un instant.

« Tris’… je… »

Pas le temps d’en dire davantage qu’un gros morceau de neige se détacha de la branche au dessus d’eux et atterrit sur la tête de Cassidy qui s’ébroua vivement en redressant la tête, toute surprise. Avant qu’un rire très nerveux sortit de sa bouche et qu’elle fixa la branche, mal à l’aise.

« Ah ah ah ! Ca va j’ai compris ! Le message est passé merci ! »

Heu certes… était-elle vraiment folle ? Peut être bien… La demoiselle se redressa et tendit la main pour aider Tristan à en faire de même, devenant tout à coup très bavarde.

« Bon on devrait rentrer et se mettre au chaud non ? Un bon chocolat au bord de la cheminée ça fera du bien ! Ah mais c’était très bien j’ai bien aimé ! C’est marrant de faire des glissades aussi ! Enfin surtout avec toi ! Enfiiiiiiin ! Bref ! Heuuuuu tu m’as compris hein ! »

Pauvre Tristan qui ne devait absolument rien comprendre et surtout pas pourquoi elle passait d’un état de zombie à une communication très animée. Non ce n’était pas compréhensible et puis… elle ne semblait pas prête à en parler.

Ils rentrèrent finalement mais la demoiselle semblait déjà plus expressive. Finalement ils décidèrent d’aider à droite à gauche, se retrouvant un peu plus complice d’heure en heure. Il fallait dire que Cassidy multipliait les occasions, semblant redevenir un peu elle-même. Et puis elle apprenait à redécouvrir Tristan et il fallait dire que le beau guerrier avait toute son attention… sauf quand d’autres filles passaient et qu’elle grognait, devenant bien plus sauvage au passage.

Oui décidément, elle l’appréciait bien, alors qu’elle le regardait aider à transporter des planches, assise sur un muret et mangeant un pain au chocolat. Il avait l’air quand même un peu fatigué, et c’est pour cette raison qu’elle le rejoignait, voulant l’aider à porter mais lorsqu’il lui dit, gentiment, qu’elle pouvait se reposer, la jeune femme eut un sourire malicieux, ferma un instant les yeux pour les rouvrir alors qu’ils avaient viré au doré et elle porta à elle toute seule une planche, en demandant où il fallait la mettre. Puis lorsqu’elle l’eut déposé, elle se tourna vers Tristan et porta son index à ses lèvres, comme si elle lui disait que c’était un secret.

Puis elle s’éclipsa alors qu’il était toujours en train d’aider et lorsque la demoiselle revint, elle portait dans sa main un petit panier rempli de brioches et les tendit à Tristan avec une gourde d’eau, en lui disant que ça lui ferait un bon goûter. Oh apparemment, elle se rappelait aussi de son amour pour les brioches.

Se rendre utile… faire des efforts… se faire remarquer. N’était-ce pas flagrant qu’elle avait bien changé en peu de temps ?

Mais la journée n’était pas terminée. Alors que Tristan avait laissé Cassidy près de leur petit coin d’eau, magique, elle regardait la surface de l’eau, songeuse. Et si elle se trompait ? Et si… ça ne marchait pas ? Elle se mordilla la lèvre inférieure, une lueur d’inquiétude passant dans ses yeux noisettes. Tristan revint rapidement et lui tendit un sachet de biscuits au chocolat, ses préférés. La petite mage l’accueillit à bras ouverts, en le remerciant très chaleureusement. Son enthousiaste devait faire plaisir à voir.

Cependant alors qu’elle mangeait lentement, appréciant chaque bouchée, elle devint plus raide, plus crispée et chercha bien ses mots.

« Au fait, pour la dernière fois, c’est pas que je te considère comme un gros nul mais… j’aime pas les boucles d’oreilles, c’est tout… ça fait partie… de mes goûts voilà ! »

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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Dim 1 Juin - 20:37


Encore cette histoire ? Cela devait lui faire mal au cœur à Tristan après tout qu’elle revienne à la charge. Mais comme il semblait ne pas comprendre, la demoiselle se lança dans une tirade… assez surprenante.

« Tu vois… j’aime pas les poivrons mais j’aime les biscuits au chocolat… j’aime pas nager mais j’aime voler dans le ciel et me sentir libre et loin de tout… j’aime pas les rats de bibliothèque mais j’aime les guerriers… surtout ceux qui protègent leur princesse ! »

Elle souriait et n’avait certainement pas calculé ce qu’elle venait de dire, presque inconsciemment. Tournoyant lentement un biscuit entre ses doigts, son regard changea du tout au tout alors qu’elle réalisait ce qu’elle avait balancé. Regardant un instant Tristan, paniquant alors qu’il commençait à ouvrir la bouche, certainement pour répliquer par rapport à ce qu’elle venait de dire, elle prit ce qu’elle avait sous la main, c'est-à-dire le biscuit, et le fourra à moitié dans sa bouche, laissant l’autre moitié dehors. Il referma la bouche, surprit et pour encore plus le troubler, elle se rapprocha très rapidement de son visage et entreprit de croquer l’autre moitié, effleurant au passage ses lèvres alors qu’elle avait posé sa main sur la sienne. Pauvre Tristan…

Elle avala sa moitié de biscuit et confirma en conclusion que voilà ça faisait parti de ces goûts et puis voilà quoi ! Mais que de toute manière il pouvait bien faire ce qu’il voulait sans tenir compte de son avis. Même si, et cela elle se garda bien de lui dire, ça lui faisait quelque chose… encore plus à l’idée de savoir d’où il tenait cette promesse.

Le reste de la soirée se passa sans que quiconque ne parle de cet accident, du moins, Cassidy ne voulait pas approfondir le sujet si Tristan n’en parlait pas et peut être avait-elle peur de ses paroles après tout.

Le lendemain matin, après ce qui était devenu leur rituel, brossage de cheveux, petite sortie dans la cité, Cassidy avait laissé Tristan en lui disant qu’elle avait quelque chose d’important à faire dans la matinée mais elle se redirigea vers l’appartement, rentra dans sa chambre, prit la selle qui s’y trouvait et revint vers Alanir, apparemment très sérieuse. Il était justement avec Eleyna, en train de parler comme à son habitude alors qu’elle le coupa et lui fit une demande troublante.

« S’il te plaît apprends moi ! »

Le dragon ouvrit grand la bouche, se grattant la tête, sans comprendre.

- T’apprendre quoi ?
« Ca ! Ce dragon… »

Il manqua de tomber de sa chaise tout en la fixant avec des yeux ronds.

- Mais… mais… mais…

Elle grimaça et ferma les yeux un instant, prise d’un mal de tête comme à son habitude.

« Je sais que ça peut te paraître bizarre… que j’aime pas les dragons mais… je sens que j’ai besoin de savoir… que j’ai besoin de connaître… enfin ça me fait mal à la tête quand j’essaie d’y penser mais… tant pis ! ça me travaille depuis un moment et puis c’est pas comme si un dragon allait surgir devant moi comme ça non ? »

Eleyna et Alanir échangèrent un regard bref, lourd de conséquence. C’était bien ce qui pouvait arriver ! Pourtant Alanir accepta et la conduisit à l’extérieur, dans un petit coin tranquille et calme de la cité afin de faire son cours. Il avait posé la selle sur une branche couchée d’un arbre à sa hauteur alors que la demoiselle s’était assise dans la neige et l’écoutait avec attention.

Alanir ne savait pas par quoi commencer et comment dire les choses sans que cela ne se rapporte à Tristan. Il expliqua alors que c’était possible d’avoir un lien avec un dragon, lui rappelant les choses qu’elle avait appris par le passé pendant son séjour dans le temple. Il lui expliqua qu’il était possible de les chevaucher et que certains étaient bien plus humains qu’ils ne paraissaient. Cassidy ne comprenait pas pourquoi un dragon qui était si… sauvage acceptait de se faire monter dessus. N’était-ce pas dégradant pour eux ? Alanir affirma que non, pas plus que ça, puisqu’il y avait une certaine entente. Ce n’était pas une histoire de monture et de cavalier mais de partenaires. Si cette selle existait, c’est que le dragon en question acceptait cette entente et que cela ne le dérangeait pas. C’était une sorte de communication, un état. Il disait également que c’était possible de partager bien plus qu’une chevauchée mais aussi des sensations, des émotions…

« Donc… si j’ai bien compris, ce dragon… si il est différent des autres, il a des émotions humaines alors ? »

- On peut dire ça comme ça… les dragons n’ont pas d’humanité, oui tu as raison sur le fait qu’ils sont… animaux, qu’ils fonctionnent aux pulsions mais certains cherchent à se dégager de ça et tentent d’avoir un équilibre entre leur véritable nature et les humains dont ils sont si près… enfin… j’en connais qu’un seul. Mais il faut avoir vécu parmi les humains pour être aussi… torturé par ces deux penchants… si ça peut te rassurer, je ne pense pas qu’il serait capable de faire du mal à qui que ce soit sauf… si on cherche à le blesser, lui ou son entourage.

Elle hochait la tête, investie, tentant de comprendre, même si le cas pratique ne serait pas pour tout de suite. Ensuite, Alanir insista pour qu’elle monte sur la selle, même si c’était bizarre de le faire sur une branche, ce qui n’avait rien de stable. Peut être désirait-il qu’elle retrouve ses sensations.

Malheureusement, alors qu’elle montait sur la selle, cette dernière tourna et la jeune femme tomba sur le dos dans un grognement, ce qui aurait fait rire bien du monde. Alors à la place, elle prit la selle dans les mains, étudiant ses gravures et surtout… sa signature magique, pas si anodine que ça. Elle aurait été vraiment bête si le lien entre elle et ce dragon ne se faisait pas dans son esprit. Et pourtant…

Alors qu’elle regardait la selle, cette dernière se volatilisa soudainement sous ses yeux et la demoiselle poussa un autre grognement de protestation.

« Heyyyyyyyyy ! »

Puis elle courut dans une direction, comme ça, comme pour la retrouver un peu plus loin mais ce fut une surprise qui l’attendait. Car en effet, la selle venait d’atterrir devant Tristan qui n’était pas si loin que ça au final ! La demoiselle se troubla et se rapprocha de lui avec beaucoup de précautions.

« Hem… désolé… je savais pas que tu étais dans le coin. Ca va ? Elle ne t’est pas tombée sur la tête ? J’étais en train de l’examiner et elle a disparue sous mes yeux. Heureusement qu’elle n’a pas atterrie trop loin ! »

Tristan faisait une drôle de tête en la regardant elle, puis la selle. La jeune femme ne semblait pas le remarquer, fit un sourire timide en disant qu’elle serait de retour pour le déjeuner et elle repartit aussitôt.

Oui en effet, que fichait-elle à se renseigner sur les dragons ? Quelle mouche l’avait donc piqué ?

En effet, la demoiselle était de retour pour manger et encore une fois, elle semblait plus apaisée et moins soucieuse. Elle déclara à Tristan, que pour se rattraper de sa matinée, elle le suivrait partout et qu’il pouvait lui demander ce qu’il voulait cet après midi, qu’elle obéirait à tout ce qu’il dirait. Quelle gentille invitation n’empêche…

D’ailleurs pendant l’après midi, elle semblait plutôt bien, et même si certains contacts se produisirent, des contacts pas vraiment évitables mais surtout… des rapprochements en fait.
La nuit se passa bien et Cassidy semblait un peu mieux de jour en jour, voire progressait plutôt vite.

Seulement, le lendemain matin, alors que Cassidy s’était glissée hors du lit pour aller acheter de quoi faire un bon petit déjeuner à Tristan, elle entendit une révélation surprenante. Sortant tout juste de la boulangerie, des brioches préparées par Mélodie et après avoir récupéré une jolie fleur dont les pétales étaient de la même couleur que les cheveux de Tristan, une conversation attira son attention. C’était quelques filles qui discutaient de Tristan apparemment mais… pas seulement.

- Dis donc quand même ça fait un moment que je n’ai pas vu Tristan…
- Mais si ! Encore hier il était là !
- Non mais tu sais de quoi je parle ! Il ne s’est pas transformé en dragon depuis un moment
- C’est vrai maintenant que tu m’y fais penser…
- Que lui arrive-t-il ? C’est sa vraie nature pourtant, c’est peut être un peu inquiétant… lui qui aimait tant descendre de son balcon et faire un tour dans le ciel.


Non, elle n’était pas réveillée et avait mal entendu… c’est tout. Ce n’était pas vrai. Cassidy s’était arrêtée net, bouche bée, tremblante. Non… lui ? un Dragon ? Mais… il ne faisait pas du tout dragon au contraire ! Elles racontaient n’importe quoi !

Soucieuse, elle rentra rapidement à l’appartement, Tristan venait de se réveiller. Elle déposa les brioches sur la table mais se ferma totalement à la discussion, blanche comme un linge, jetant des coups d’œil furtifs au jeune homme sans savoir comment aborder le sujet. Elle se laissa même coiffer mais tremblait alors qu’elle se laissait faire.

N’y tenant plus, elle le regarda très sérieusement, hésitante, avant de lui demander si elle pouvait lui parler… avec plus d’intimité. Alanir la dévisagea lentement mais ne disait rien. Il replongea la tête dans son café, faisant comme si il n’avait rien entendu.

La jeune femme conduisit alors Tristan assez loin, sortant de la cité, et s’arrêtant près d’un cours d’eau avant d’avancer sur un gros rocher, regardant l’eau, Tristan derrière elle. Son malaise était palpable alors que ses mèches dorées s’agitaient autour d’elle, restant un long moment silencieuse.

« Alors c’est vrai ce qui se raconte… tu… tu es… un dragon ? »

Elle était très hésitante, mâchait ses mots et ne semblait pas du tout à l’aise, tremblante. Gros silence de la part de Tristan qui ne répondait. Oui… non ? Pourquoi ne disait-il pas non ? C’était vrai ? Vrai de vrai ? Il était… Elle entendit les bruits de pas du jeune homme qui s’éloignait, visiblement mal à l’aise par cette révélation qui avait été répandue. Mais Cassidy inspira un bon coup et malgré la peur qui lui tenaillait le ventre, elle redescendit de son rocher, courut en direction de Tristan et vint se placer devant lui en prenant ses mains, l’obligeant fermement à rester avec elle.

« Attends ! Ne pars pas ! Je… je savais pas… »

Cassidy baissa les yeux et des larmes apparurent à l’intérieur de ceux-ci, brillant dans ses yeux noisettes alors qu’elle serrait les dents. Elle inspira lentement, ferma les yeux, sentant le mal de tête revenir. C’était d’ailleurs très troublant et elle parlait à voix basse.

« Oui j’aime pas les dragons… je pense que tu l’as assez remarqué mais… mais… »

Elle avala sa salive, déglutissant avec peine mais parla avec plus de conviction, plus de force, comme si elle voulait vraiment le persuader de ses paroles.

« Mais toi… tu es… tu es… pas tout à fait comme eux… t’es pas quelqu’un d’orgueilleux… t’as l’air de bien apprécier les humains… j’ai pas l’impression que tu te sens supérieur… t’es quelqu’un de gentil… attentionné… tu aides les gens… tu restes simple… si j’avais su… si j’avais su… j’aurais pas été aussi… je suis désolée… même si ça m’excusera pas… je voulais pas… je voulais pas te faire de mal… je t’aime… bien… tu sais… »

La demoiselle resserra un peu plus sa prise sur les mains du Drakkari, fermant les yeux, attendant un instant avant de parler encore plus fort.

« Je ne t’abandonnerais pas ! Je ne te laisserais pas tomber ! J’ai une promesse à tenir et peu importe ce que tu es, ça n’a pas d’importance ! Je vais faire des efforts ! Si il le faut… J’apprendrais à t’accepter tel que tu es parce que ça serait vraiment minable de ma part de bloquer sur ta véritable nature… même si t’as des pulsions bizarres, même si je peux pas toujours te comprendre… si… si tu veux toujours de moi alors je resterais à tes côtés quoi qu’il arrive… »

Elle pleurait… vraiment… les larmes dégoulinaient le long de ses joues et elle tremblait. Le puzzle commençait à se former… d’autres choses bizarres remontèrent dans son esprit mais elle les balaya pour l’instant. Chaque chose en son temps. Puis, elle enlaça le Drakkari dans ses bras, murmurant tout bas, plus pour elle-même que pour lui.

« Je ne t’abandonnerais plus…»
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Lun 9 Juin - 13:39

Alanir s’était emballé alors que Eleyna lui parlait. Elle ne cherchait pas à l’énerver évidemment, elle ne faisait que s’exprimer mais c’était sans compter sur les récents gains d’humanité du dragon et sur le fait qu’il ne contrôlait pas toujours, ou plutôt jamais, ses émotions quand il s’agissait de sa petite mage. Alanir était si protecteur que même la capitaine se surprit à douter un instant, très bref, de ses intentions. Oh bien sûr, il était celui qui cherchait le plus à l’aider à retrouver ses esprits, son passé, son amoureux, mais il agissait avec une telle ferveur pour elle, un tel amour inconditionnel. Elle avait souri, pas vraiment choquée par son comportement même s’il lui avait vrillé les tympans alors qu’elle avait déjà bien trop mal à la tête. Non… Elle se trompait. Il y avait certes de l’amour pour la petite mage, mais ce n’était pas celui d’un homme transi pour sa douce, plutôt celle d’un grand frère un peu trop émotif et protecteur et qui avait bien assez souffert des souffrances de sa petite soeur, souhaitant les voir, assurément, enfin cesser et le plus vite possible. Que de paroles passionnées !
Et elle s’était empressée de poser une main apaisante sur une des siennes, aussi pour le faire cesser de crier si fort c’est vrai.

- Oui, elle fait des efforts, je le sais moi. Et je pense que lui aussi doit bien s’en rendre compte quand même. Il n’est pas idiot, ni aveugle que je sache.

Non, le Drakkari n’était pas vraiment réputé pour l’être, du moins sauf s’il s’agissait de celle qu’il aimait et manque de chance pour eux, il pouvait être extrêmement stupide quand cela concernait la petite mage. Mais pas à ce point quand même !!!!
Il y en avait eu des choses encore une fois, des éléments, de-ci, de-là, des évènements qui pouvaient influer en bien ou en mal. Tristan n’avait pas vraiment réagi à propos de la selle, se contentant de sortir tout simplement pour ne pas écouter, probablement tous les quolibets que son ex fiancée donnait à ceux de son espèce. Car même si ce qu’elle pouvait penser de lui ne semblait plus lui faire grand chose, il pouvait très bien s’énerver qu’elle insulte ses pairs et ça, difficile de le justifier autrement que par la vérité !!!

Et puis il y avait eu cette soirée.
Cette très étrange soirée.
La petite demoiselle avait tout organisé et semblait très nerveuse quand elle l’avait abordé. Tristan, docilement, lui avait souri, acceptant son invitation sans rechigner un instant, se laissant guider sans la moindre méfiance, sachant sans doute qu’il ne risquait rien et qu’elle lui éviterait toute rencontre fortuite avec un obstacle. Ce qu’elle avait fait pour lui, pour le remercier était bien au-delà, pour le jeune homme tout du moins, de ce qu’il attendait. D’ailleurs comme il n’attendait absolument rien en retour de son « sauvetage », forcément c’était très « au-delà ».
Il était très surpris tout d’abord et même si cela ne se voyait pas spécialement, il observait dans les moindres détails l’endroit où il se trouvait. De ce lieu qui n’avait rien de visible pour un non-initié, à l’aménagement auquel s’était adonnée la petite mage, jusqu’au repas qu’elle avait confectionné exprès pour lui, choisissant ses mets préférés alors même qu’elle avait tout oublié.
Il lui avait fait sa piqûre avec bien plus de douceur que nécessaire, prenant garde et manipulant la seringue avec habileté, caressant, inutilement, légèrement la peau autour de la piqûre pour faire passer la pointe de douleur provoquée par celle-ci.
Il était surpris de tous ces gestes, de toutes ces attentions alors qu’elle était si virulente avec les autres ou simplement totalement indifférente. Il eut, bien malheureusement, des paroles polies qui firent beaucoup de mal à la jolie jeune femme. Involontaires, évidemment…
Et pourtant, elle s’était trompée. Oui. ELLE.
En interprétant si mal ses paroles. Il lui disait qu’elle n’aurait pas dû se donner toute cette peine, qu’il voulait juste… Il n’avait pas terminé là-dessus, se coupant, ne voulant pas encore lui dire qu’il voulait la protéger alors qu’elle savait si bien se protéger toute seule et n’avait assurément pas besoin de lui pour cela. Il n’y avait rien de plus. Il était surpris et touché par son attention, mais aussi très gêné, ne comprenant pas comment interpréter son comportement actuel. Remerciait-elle tout le monde ainsi ou… commençait-elle à se rappeler ? Et si elle se rappelait, que devait-il dire et faire ? Un seul pas de travers pouvait bien effrayer cette biche effarouchée !
Alors oui… des paroles bien malheureuses. Pourtant il faisait honneur au repas, se régalant de manière si claire que c’était bien difficile de le manquer. Mais elle s’était déjà probablement tellement enfoncé dans le crâne qu’elle avait mal agi que c’était impossible de la faire revenir en arrière et elle comblait ce petit éclair de tristesse par l’alcool alors qu’il la regardait descendre les verres avec une certaine inquiétude. Il n’avait rien à lui dire. C’était elle qui gérait après tout. Il n’avait… certainement pas son mot à dire.
Il y avait eu leur baignade nue, les sensations violentes de leur peau l’une contre l’autre, de ce baiser qu’elle lui avait donné. Il aurait suffi qu’il relève la tête, la repousse légèrement pour l’embrasser, l’empêchant de s’endormir. Il se serait collé contre elle en pressant avidement ses lèvres contre les siennes, caressant sa peau jusqu’à ce que ses gémissements plaintifs le poussent à aller plus loin. Mais il n’avait rien fait, se contentant de la rentrer à l’intérieur, la séchant sommairement, de la couvrir, de veiller sur elle une bonne partie de la nuit. Le lendemain, il n’avait pas voulu être brusque ou indélicat, ne sachant juste pas comment se comporter. Mais juste avant de rentrer dans l’appartement où les attendaient Eleyna et Alanir, il l’avait remerciée une fois de plus. Alors pourquoi diable s’entêtait-elle à douter d’elle ainsi ?
Mais la demoiselle n’y était pour rien au final. Après tout, elle était certes neutre, mais lui aussi. Même quand il souriait, il ne semblait pas totalement sincère. Est-ce qu’elle l’avait senti finalement ?

Face à Eleyna et Alanir, il avait essayé d’être… discret, ne voulant pas gêner la demoiselle. Après tout, même si effectivement le dragon était de la partie, il se doutait bien qu’elle n’avait pas parlé de tout cela devant la capitaine et il ne voulait pas la mettre dans l’embarras. Eleyna était si curieuse qu’elle risquait d’insister pour voir cet endroit s’il disait qu’ils avaient passé la nuit dans un endroit magnifique. Et elle allait se faire indiscrète en demandant plus de détails. S’il l’ignorait, elle comprendrait que quelque chose s’était passé et insisterait. Or Cassidy semblait avoir oublié. Elle avait agi en ayant bu, il ne pouvait donc attribuer son comportement à rien. Soit elle agissait ainsi parce qu’elle en avait envie et dans ce cas, la gêner de la sorte risquait de la braquer. Soit elle avait eu un comportement totalement débridé juste pour s’amuser, juste pour un soir, juste pour un coup et l’alcool l’avait arrêtée avant et dans ce cas, elle s’en ficherait. Pas lui…
Finalement, le jeune homme réfléchissait et pas qu’un peu même. Malheureusement pour lui, ça ne se voyait pas et passait juste pour une certaine indifférence voisée. Et comme Cassidy ne semblait pas réagir, il se conforta dans l’idée qu’il avait bien fait de ne rien dire. Bien sûr, lui ne pouvait pas, à défaut d’Alanir, ressentir ses émotions et il était plutôt doué, auparavant, pour manquer même les plus évidentes. Alors surprendre un court instant de tristesse dans ses yeux noisette, n’était-ce pas trop lui demander ?
Ils avaient mangé, il l’avait coiffée. Toujours doux et méticuleux, il mettait un soin évident dans ses gestes mais sur un point elle avait tort, il était certes plus fait pour être guerrier que coiffeur, mais il n’avait ce type de comportement, de gestes, qu’avec elle après tout…
Comme si c’était la seule qu’il pouvait, bien plus qu’il ne voulait, coiffer.
Elle alla se changer tandis qu’il enfilait rapidement une tenue plus confortable pour s’entrainer. Il l’attendait, profitant de la vue qu’offrait le balcon quand Alanir l’y rejoignit une fois de plus, soufflant tout bas des paroles qui sans être agressives, ou inamicales, portaient de bien affûtées épines. Il l’avait planté là alors que Tristan ouvrait la bouche, surpris, se tournant vers lui.
Il fronçait les sourcils, secouant la tête. Il devait se tromper non. Il n’avait rien dit de mal ! Au contraire, il l’avait remerciée ! Pourquoi disait-il cela ? Et comme Cassidy ne semblait pas aller mal quand elle le rejoignit, le jeune homme mit de côté l’avertissement de son confrère, bêtement.

Pourtant il l’avait fixée plus que nécessaire, un léger sourire aux lèvres alors qu’ils marchaient ensemble vers un terrain plus dégagé pour s’entraîner. Et l’entraînement fut intense pour tous les deux, plein d’un certain défi, plein de limites à repousser.
Ils se complétaient, évoluant l’un avec l’autre bien plus que l’un contre l’autre. Elle s’était tant améliorée. Une quinzaine de jours s’étaient écoulés pour le jeune homme, un an pour la demoiselle. Elle avait renforcé son corps bien plus qu’il ne l’en aurait cru capable mais c’était sans doute aussi parce qu’il ne pouvait pas voir ses progrès autrement que progressivement auparavant. Là, il était confronté à un vrai mur d’améliorations ! Elle aurait pu faire face à un gradé Cheistam en combat armé et en combat à mains nues à un adversaire bien plus grand et lourd qu’elle !!! Elle était forte, c’était indéniable. Elle anticipait la majorité de ses mouvements, réagissait au quart de tour pour tous. Bien sûr, il n’était pas totalement sérieux mais beaucoup trop à son goût pour un combat contre une mage. Elle n’avait plus besoin de lui. Depuis déjà bien longtemps, c’était certain.
Ils faisaient une pause, lui l’observant alors qu’elle buvait à longues gorgées à la gourde qu’il lui avait tendu. Elle devait avoir soif vu l’avidité avec laquelle elle buvait, de petites gouttelettes cristallines s’échappant du goulot et glissant, furtives, entre ses lèvres, sur ses joues autrefois de porcelaine, aujourd’hui colorées par ses longs entraînements extérieurs, se perdant dans ses tempes ou dans la naissance de sa gorge. Elle avait tellement changé. Elle n’était plus la petite demoiselle en détresse. Elle n’était plus la jeune mage si peu habile dès qu’il ne s’agissait plus de magie. Non. Elle n’avait plus besoin de lui.
Il lui avait pourtant fait un compliment, qu’elle rejeta pourtant pas méchamment certes, mais qu’il reçut comme une claque. Evidemment, si elle était restée enfermée c’était aussi parce que personne n’était venu la tirer de là. Il ouvrit la bouche pour parler, voulant lui assurer qu’elle se trompait sur ses capacités mais elle le coupait déjà et ce n’était pas plus mal, il ne savait trop que dire. Elle parlait de son pouvoir. Un sourire triste étira les lèvres du jeune homme même s’il se reprit très vite.

- Je n’ai rien d’un mage. C’est plus… un don disons. Et je le maitrise encore très mal. Je sais que c’est censé être incompatible avec mon… espèce, mais il y a des mystères partout après tout, non ? Mais… D’accord. Reprenons.

Il s’était déjà relevé, lui tendant la main pour l’aider, même si elle n’en avait pas besoin évidemment. Ils s’entrainèrent encore un moment, intensément pour éviter, oublier, sans doute, leur trouble respectif.
Ils étaient rentrés. Ils avaient diné en discutant avec leurs deux comparses, Tristan avait posé une question malheureuse. Une de plus. Pourquoi diable demandait-il cela d’ailleurs ? Pourquoi se faisait-il autant de mal ? Après tout, il savait que Cassidy l’avait oublié. Ou alors s’en fichait-il au fond ? En tous les cas, elle avait répondu sincèrement. Sa réaction étrange pour sa main baguée n’échappa pourtant à personne, pourtant c’était Tristan qui le plus rapidement avait tourné la tête vers elle, avant même Alanir qui ressentait pourtant les émotions de la jeune femme. Alors oui il avait enchainé sur le fait qu’elle retrouverait rapidement quelqu’un mais c’était juste parce qu’il pensait l’avoir gênée, détournant les yeux de la bague qu’il lui avait offerte, pleine de promesses pour leur avenir ensemble. Un avenir compromis.

Chacun dormait. Lui fantasmait quand il s’était réveillé troublé avant de surprendre une petite mage un peu trop pensive sur le balcon glacé. Rapidement il l’avait rejointe pour l’attirer à l’intérieur, plein de petites attentions, prévenant, curieusement beaucoup plus quand personne ne les observait d’ailleurs. Et alors qu’ils étaient juste tous les deux, il multipliait les contacts, tant et si bien qu’il l’avait prise contre lui. Pourtant, il était torse nu ce soir-là et jusqu’alors préférait éviter ce genre de contact. Pas cette fois apparemment. D’ailleurs, ils avaient fini allongés l’un contre l’autre, discutant, de plus en plus faiblement, apaisés par la présence de l’autre en oubliant leurs tracas respectifs, s’endormant rapidement.
Dans la nuit, elle se blottit contre lui tandis qu’il resserrait son étreinte et remontait très naturellement la couverture sur elle pour ne pas qu’elle attrape froid. Ils étaient si bien l’un contre l’autre.
Pourtant, si le lendemain, ce fut un jeune homme joyeux qui accueillait Alanir et Eleyna, plein d’entrain et d’une joie de vivre certaine, très occupé à faire des crêpes, ce qui sembla d’ailleurs temporairement faire ignorer au dragon que la petite mage émergeait… du canapé, tout bascula quand il prononça un surnom bien connu pour la jeune femme, totalement involontairement. Il s’était interrompu aussitôt pourtant, blêmissant et maladroit, se brûla même la main avant d’aller la mettre sous l’eau froide dans la salle de bains.

Finalement le jeune homme était revenu dans la cuisine, en souriant, s’excusant à grand renfort de mimiques exagérées. Il trouva une échappatoire dans l’apprentissage des crêpes auprès d’un dragon des plus attentifs et apparemment fasciné. Pour le coup, Tristan avait trouvé comment se mettre son comparse dans la poche, l’encourageant même à essayer à son tour mais devant ses gestes maladroits, il réquisitionna une Eleyna très volontaire qui se glissa dans le dos du grand Drakkari, guidant ses mains et l’aidant à faire avec un enthousiasme certain. De son côté, Tristan préparait la table du petit déjeuner, souriant en s’arrêtant un instant, observant sa capitaine ravie aider son ami encore plus ravi et qui poussait des exclamations en faisant des mimiques adorables dignes d’un enfant heureux. Tristan tourna à plusieurs reprises la tête vers le canapé, hésitant, mais comme Cassidy ne se manifestait pas, il ne tenta rien. Ce fut Alanir qui alla la lever pour manger et si personne ne dit rien quant aux marques de ses joues, le jeune homme se crispa et se détourna, allant chercher le sucre dans le placard. Il le chercha un moment d’ailleurs. Sans doute parce qu’il était DEJA sur la table. Mais personne ne le lui signala non plus.

Cassidy était partie voir Maud. Tristan rangeait à ce moment là, l’observant sortir du coin de l’oeil, la mine sombre. Ce fut Eleyna qui le sortit de sa morosité en lui donnant une retentissante claque dans le dos qui le fit grogner de douleur avant qu’elle ne tire doucement sur ses cheveux en bataille.

- Viens ! Faut qu’on s’entraine tous les deux ! Je te préviens, tu vas souffrir !!!!

Et elle avait bien raison. Ce n’était pas du tout le même entrainement qu’avec Cassidy. Eux deux s’entrainaient aussi beaucoup à l’escrime, ce qui demandait des efforts de chaque instant quand on connaissait leur niveau respectif excellent. En plus, la capitaine s’amusait à troubler son compagnon d’armes. Au début elle ne disait rien, se contentant de se mouvoir avec une grâce digne de sa part demi-elfe, cherchant à le feinter, à percer sa défense, mais le jeune homme était réactif et excellent bretteur après tout même s’il semblait se fatiguer rapidement de ses attaques intermittentes.

- Au fait, tu as dormi avec Cassidy. C’était bien ?

Tristan loupa se loupa aussitôt dans sa défense, faisant une erreur de débutant en essayant de parer l’attaque par le plat de sa lame. Mauvaise idée, celle de son adversaire glissa le long de la sienne et lui aurait mordu le poignet si, experte une épée à la main, Eleyna n’avait pas aussitôt stoppé son attaque. Elle reculait déjà, un petit sourire satisfait aux lèvres alors qu’il paraissait à la fois furieux et gêné, marmonnant tout seul. Elle le fixa, attendant sa réponse.

- Oui et alors ?!

Il avait parlé rapidement en réattaquant à son tour, manquant la faire tomber en arrière par la violence de son attaque. Elle para et esquiva.

- Non, non rien.

Des mots simples mais un petit sourire satisfait qui agaça le jeune homme. Elle ne dit rien de plus mais il se montra beaucoup plus maladroit avant d’enfin se reprendre après de longues minutes d’échec. Apparemment, le sujet restait sensible.
Bien sûr, aucun d’entre eux ne pouvait savoir ce qui se passait chez Maud, de l’aveu d’une petite demoiselle troublée, à son incompréhension et sa fuite stratégique. Ils finirent par rentrer, tous les deux épuisés mais ravis de leur entrainement même si Tristan s’était fermé et bougonnait dans son coin. Par contre, après sa douche, vautré sur le canapé, il semblait guetter le moindre bruit et sembla plusieurs fois déçu de ne voir qu’Alanir et Eleyna. Cassidy n’était pas rentrée manger. Il avait pourtant longuement guetté la porte sous les regards complices que lançait la capitaine à son ami dragon et finalement, il était ressortit, avec un sac de biscuits, des petits pains tout chaud et quelques fruits.
Il ne trouva pas immédiatement la petite mage, passant d’abord chez Maud en se demandant si elle ne passait juste pas du temps avec leur amie commune. Mais la future maman lui assura que la jeune femme l’avait quittée la matinée même, donc depuis un bon moment déjà, et qu’elle ne l’avait pas revue depuis.
Inquiet, il se mit à sa recherche sérieusement cette fois et finit par la retrouver, sur un rocher, en train de méditer. Il la rejoignit rapidement mais sans geste brusque. Pourtant, elle le sentit arriver de loin sans doute car elle rouvrit les yeux. Au moins elle était habillée suffisamment chaudement pour rester à l’extérieur ainsi. Elle ne semblait pas aller mal lorsqu’elle l’accueillit de son sourire alors pourquoi diable n’était-elle pas rentrée ? Il ne le lui demanda pas, se contentant de s’asseoir à côté d’elle et de lui tendre la nourriture en marmonnant qu’elle devait manger quelque chose. Ils restèrent un moment silencieux jusqu’à ce qu’elle pose une question… saugrenue.

S’il était celui qu’elle avait abandonné, aurait-il pardonné ? Il se crispa, l’observant avec surprise et insistance avant de répéter ce qu’il lui avait déjà dit à ce propos, haussant les épaules. Mais apparemment sa réponse ne plaisait pas, ne suffisait pas à la jolie jeune femme car elle la reposait, insistant sur ses réactions s’il était la victime réelle de cet abandon. Tristan ne paraissait pas énervé, ni plus perturbé que cela, se contentant d’un léger sourire, lui donnant une petite tape sur la tête, caressant ses cheveux du même geste.

- Eh bien… Si c’était moi… J’aimerais savoir et comprendre pourquoi d’abord et bien sûr, je serais sans doute un peu triste et rancunier… Mais… je te pardonnerais, bien sûr, même si ça prendrait sans doute un peu de temps.

Sa réponse devait lui convenir car elle n’insista pas, se contentant de paraître pensive. Adorablement pensive. Elle ne mangeait plus et lui l’observait avec une certaine curiosité, se demandant ce qui pouvait bien se passer dans cette petite tête pour qu’elle en vienne à lui poser une telle question. Mais elle en avait une autre en stock, pas moins surprenante d’ailleurs. Il l’écouta sans l’interrompre quand elle la formula, la fixant avec intérêt. Elle voulait qu’il dorme avec elle. Elle dormait mieux avec lui… Lui aussi évidemment. Il lui fit un sourire doux et totalement sincère, effleurant, inutilement, une de ses mains en acceptant bien volontiers, sans la moindre hésitation. Il ne s’attendait certainement pas à ce qu’elle se trouble autant de sa réponse mais ne l’en trouva que plus craquante, l’observant manger sans se départir de son sourire, plus amusé qu’autre chose cette fois. Il la sermonna gentiment pour qu’elle arrête de le remercier néanmoins, précisant à mi-voix qu’il dormait bien aussi avec elle alors que ça l’arrangeait, mais sur un ton détaché, l’air de rien malgré son regard perdu dans le vide.

Le soir, effectivement, ils étaient rentrés ensemble et Cassidy avait annoncé à Alanir vouloir dormir avec Tristan. Par contre, la demande que formula le pauvre dragon auprès d’une Eleyna ensommeillée qui avait passé l’après midi à s’entrainer contre toute sorte d’adversaire valait franchement le détour. Elle avait ouvert la porte en baillant et s’étirant, louchant sur le torse d’Alanir avant de relever la tête en grimaçant contre sa taille pour le fixer directement. Il lui demanda s’il pouvait passer la nuit avec elle, ce à quoi à elle répondit par un instant de non réponse, figée, le fixant avant de devenir cramoisie et d’ouvrir et fermer la bouche, incapable de parler puis de se reculer en marmonnant, lui ouvrant la porte. C’est vrai que Alanir était un dragon, très ignorant sur les us et coutumes des humains, elle ne pouvait pas lui en vouloir même si, réveillée à présent, elle lui annonça de but en blanc ce que pouvait signifier ses paroles avec l’absence de gêne et surtout de « censure » qui la caractérisaient si bien. Ah ben forcément, ça pouvait porter à confusion.

- Bon du coup, d’accord hein, mais si je m’accroche à toi dans la nuit tant pis pour toi !!!! N’empêche tu aurais vu ta tête quand je t’ai « traduit » ce que pouvait vouloir dire tes paroles ! Installe toi. Tu préfères quel côté ?

Pauvre dragon, il n’avait pas choisi la plus facile à comprendre des amies.
De leur côté, Tristan et Cassidy étaient seuls dans la chambre, elle intimidée, lui pas du tout, comme toujours. Il lui avait demandé si ça ne la gênait pas qu’il se mette torse nu, elle ne semblait pas contre. Rapidement, il s’était allongé, s’étirant dans le lit en faisant jouer comme avant les muscles de son torse. En la découvrant un peu figée et encore debout, il sourit et tendit une main vers elle, l’invitant à le rejoindre. Ce n'était pas vraiment pour qu’elle se colle à lui de la sorte mais lorsqu’elle fut tout contre lui, il ne la repoussa pas pour autant, refermant au contraire doucement ses bras sur elle alors qu’elle se calait contre lui. Elle avait la main posée sur son torse, lui une dans son dos qu’il bougeait légèrement, caressant sa peau à travers le tissu de sa chemise de nuit. Ils n’avaient pas parlé de faits bien importants, se contentant de banalités avant de finalement s’endormir. Elle avait vaguement posé une de ses mains sur le poignet du jeune homme, s’étonnant sans doute d’y trouver une fois de plus un de ses poignets de force qu’il ne quittait pour ainsi dire presque jamais. Mais elle n’avait rien dit et lui n’avait pas vraiment remarqué.
Le lendemain, elle s’était vite éclipsée et il avait été surpris quand elle était rentrée en coup de vent avant de l’entrainer à sa suite, nerveuse mais enthousiaste. Il l’avait suivie en souriant, s’amusant de son état et avait découvert, sceptique, la luge alors qu’elle évitait une fois de plus de le regarder alors qu’elle parlait. Il faisait froid ce jour-là et très beau, le soleil tapant sur la neige d’une blancheur immaculée les éblouissant. Il avait accepté immédiatement de se prêter à ce jeu avec elle, faire de la luge. Elle n’en avait jamais fait, vraiment ? enfin… Du moins de ce qu’elle se souvenait ? Il devait remédier à ça. Très vite, il lui avait pris la corde reliée à la luge qu’elle trainait et très naturellement avait également… saisi sa main pour l’aider à marcher dans la neige haute, tenant bien au chaud dans sa paume celle qui risquait bien plus de se rafraichir, de sa compagne. Ils marchèrent un moment alors qu’il l’observait du coin de l’oeil s’ouvrir un peu plus, toujours un peu plus.
Ils haletaient quand ils arrivèrent au sommet de la côte qu’ils avaient décidé d’escalader et mangèrent tranquillement alors qu’il avouait se régaler, gentiment. Ils avaient bien mérité ce réconfort après leurs efforts. Elle le fit sourire par ses manières de chercher à comprendre comment la luge fonctionnait. Il la rejoignit et se glissa derrière elle, posant doucement ses mains sur ses épaules en lui expliquant à mi-voix, l’incitant à se placer tandis qu’il se glissait derrière elle, serrant ses bras sur elle et plaquant ses jambes contre la luge, les bottes légèrement dans la neige pour orienter l’engin.

- Tu es prête ?

Il parlait tout doucement en serrant un peu plus ses bras alors qu’elle même tenait ses mains sur le rebord de bois de la plateforme sur laquelle ils étaient assis. Elle se recula un peu plus contre lui en voyant la pente qui se profilait alors qu’il guidait doucement la luge sur le plat pour l’heure. Il sourit, resserrant son étreinte, donna une impulsion et la luge bascula. Au début, la pente n’était pas trop sévère mais elle le devint rapidement davantage alors qu’ils prenaient pas mal de vitesse. L’obstacle qu’il ne vit pas aurait été évitable s’ils n’avaient pas été à deux sur la luge et donc si elle ne s’enfonçait pas un peu plus que d’ordinaire dans la neige. En tous les cas ils furent tous les deux surpris et déstabilisés par un joli vol plané suivi de très nombreuses roulades, serrés l’un contre l’autre, qui donnèrent bien trop le tournis au jeune homme.

Ca avait tout d’une chute fortuite, d’un conte de fée qui se termine bien, d’un moment follement romantique alors qu’ils se pressaient l’un contre l’autre avant de s’immobiliser. Lui, groggy se retrouvait sous elle comme souvent dans leurs jeux passés. Elle, adorable, les cheveux pleins de minuscules flocons de neige. Elle avait également les joues rosies par la vitesse et sans doute l’amusement et ses yeux noisette brillaient. Il la fixa un instant alors qu’en se redressant, elle envoya involontairement des mèches blondes caresser l’angle de sa mâchoire, le faisant frémir. Elle le caressa et il ferma aussitôt les yeux, ses traits se détendant. Elle cessa sa caresse si agréable et il rouvrit les yeux alors qu’elle venait coller son front contre le sien, contact doux. Il releva les mains, les posant dans son dos. Il les avait laissé glisser dans la neige quand ils s’étaient arrêtés, la libérant de ses bras. Là, les yeux de nouveau clos, trop proches d’elle, il les passait de nouveau autour du corps mince de la jeune femme, l’attirant un peu plus contre lui, respirant lentement son odeur. Sa voix le fit frémir alors qu’il rouvrait les yeux pour la regarde même si elle était trop proche pour qu’il le fasse sans légèrement loucher. Son surnom prononcé ainsi était… grisant. La neige qui leur tomba dessus les interrompit alors qu’elle s’éloignait déjà de lui. Il ne comprit ni son rire nerveux, ni ses mots, la fixant sans bouger, redressé sur les coudes. L’instant d’après il était debout, ne comprenant pas davantage ses paroles et surtout sa voix un peu hystérique. Qu’avait-elle au juste ? Pourquoi parlait-elle ainsi ? Pourquoi avait-elle l’air si… perturbée ? Il l’observa puis baissa lentement la tête.

- Oui c’était bien… D’accord… Rentrons si tu veux.

Pourquoi réagissait-elle ainsi ? Elle ne voulait pas rester seule avec lui ? Si c’était ça elle avait probablement raison mais pourquoi diable lui avait-elle proposé cette sortie alors ? Sauf si… Elle s’en était rendu compte. Il grimaça, réfléchissant en essayant de se convaincre que ce n’était pas possible puis de comprendre que c’était l’explication la plus logique pour expliquer la gêne de la demoiselle. Effectivement, elle changeait beaucoup trop vite de comportement. Alors soit un détail lui échappait… soit elle s’était rendu compte que sa proximité avec le jeune homme et ses contacts avaient un incidence plus que certaine sur le corps dudit jeune homme et s’était-elle aperçue qu’elle était seule avec un homme auquel elle plaisait apparemment… un peu du moins et préférait-elle retrouver les autres avant qu’un incident se produise. L’évidence était telle qu’il s’insulta copieusement, mentalement du moins. Il faillit lui parler, voulant s’expliquer mais en se rendant compte qu’il ne savait absolument pas quoi dire, il se résigna et demeura silencieux, marchant à côté d’elle, honteux. Ils avaient aidé alors qu’il restait pensif et énervé contre lui-même par rapport à ce qui s’était passé. Mais comme Cassidy ne semblait pas lui en vouloir, il finit par se détendre. Après tout, elle l’avait oublié lui, mais elle savait comment fonctionnait les hommes, grâce à Erwan entre autre. Normal qu’elle ne soit pas plus troublée que cela. Contrairement à lui.

Ils passaient du temps ensemble, l’air de rien, mais c’était beaucoup, il y avait du progrès, des deux côtés. Alors qu’elle grignotait ses biscuits, elle se remit brusquement à lui parler, toujours aussi surprenante dans le choix de ses sujets. Elle lui parlait… Des anneaux qu’il portait à l’oreille. Il haussa un sourcil, surpris qu’elle revienne à la charge à ce propos mais curieux de ce qu’elle allait bien pouvoir dire. Elle s’était lancée dans une tirade surprenante sur ses goûts, touchante, adorable. Il l’écouta avec un sourire, amusé, jusqu’à ce qu’elle parle de guerrier et de princesse. Là il se crispa légèrement mais sans se départir de son sourire même s’il eut l’air triste l’espace d’un court instant. Mais elle ne le laissa pas répliquer, lui enfonçant un biscuit dans la bouche, frôlant ses lèvres des siennes quand elle croqua dans le morceau qui dépassait. Il resta abasourdi, les yeux écarquillés, ne pensant même pas à mâchonner son biscuit et il lui fallut bien quelques secondes pour commencer à le faire alors qu’il la fixait, troublé. Elle faisait comme si de rien n’était… Mais ce n’était pas rien… Justement.
Il ne dit donc rien… Pourtant, le soir, après sa douche, il ne portait plus ses pierçings…
Elle s’était un peu plus blottie contre lui pour dormir, il avait remarqué son sourire. Elle ne semblait pas… mécontente de son geste, même sans être ponctué de paroles.

Le lendemain, il s’entrainait tandis que Cassidy avait décidé d’en apprendre davantage sur son passé, sur la selle et sur le dragon dont parlait Alanir. Le jeune homme aurait été fortement surpris sans doute de tous les compliments qu’on pouvait faire sur lui en son absence et finalement, ce n’était pas plus mal qu’il soit loin. Cassidy avait besoin d’être seule avec son ami pour en apprendre davantage. Et la présence de Tristan ne l’aurait pas aidée…
Mais c’était un réel progrès, un vrai bond en avant qu’elle s’intéresse ainsi à ce qui lui faisait tellement peur. On ne pouvait pas l’interpréter autrement que comme un désir de sortir de sa torpeur de zombie pour avancer dans ce monde qui réclamait qu’elle se souvienne.
Tristan s’était entrainé puis était allé courir. Il revenait de sa longue course justement, marchant tranquillement pour calmer ses muscles endoloris par l’exercice rendu compliqué par la neige. A présent, il devait s’entrainer avec son pouvoir car celui-ci nécessitait qu’il s’améliore, même si ça lui prenait énormément d’énergie à chaque fois qu’il le travaillait il devait absolument progresser dans ce domaine. Son combat avec le dragon qui en avait après Cassidy le lui avait bien montré, il était capable de se battre à un bon niveau mais le prix à payer par la suite était… élevé.
Il fixa ses mains en marchant, les marques très légères et courtes qui les marbraient, dorées, brillant légèrement au soleil, ses poignets de force dont l’un renfermait un secret qu’il gardait si jalousement…
C’est alors qu’il marchait, pensivement en pensant à tout ce qui s’était passé récemment avec le retour de Cassidy et les changements qu’avait connu la jeune femme qu’il entendit un sifflement. Il eut juste le temps de faire un pas en arrière que la selle qui avait un jour été la sienne, celle dont l’harnachait auparavant sa compagne du moins, atterrit à ses pieds. Surpris, abasourdi plutôt et déjà en position de défense, prêt à se battre, il vit la petite mage arriver en courant, l’air frais autour de sa bouche formant un petit nuage vaporeux tandis qu’elle semblait tout aussi surprise que lui.

Il se crispa alors qu’elle s’expliquait et se contenta d’hocher lentement la tête, ramassant la selle pour la lui tendre, sans lui proposer de la porter ou quoi que ce soit. De toute façon, elle était déjà repartie. Il s’ébroua puis s’éloigna, totalement en sens inverse pour aller s’entrainer. Oui… S’entrainer, échappatoire à la hauteur de ses attentes actuelles.

Ils mangèrent ensemble comme prévu et Tristan jeta un regard surpris à Alanir qui semblait plutôt content de la tournure que prenait les attitudes de la jeune femme. D’ailleurs, celle-ci suivit le grand jeune homme toute l’après-midi, ce qui ne semblait pas vraiment le déranger, au contraire. D’ailleurs, il lui proposa une activité pour le moins originale. Il s’agissait d’escalader les stalactites et stalagmites formés par une cascade qui avait gelée. Elle semblait assez surprise mais enthousiaste alors qu’il lui montrait comment se placer dans un premier temps, la soutenant pour lui montrer comment se hisser de quelques centimètres, d’elle-même après lui avoir donné deux petites pioches et avoir accrochés des petites pointes métalliques à ses bottes. Ce n’était en rien une tâche simple et il aurait intéressant de savoir comment le jeune homme en était-il arrivé à apprendre cela. En tous les cas, il était un professeur patient et la guidait au départ en guidant ses mains et ses jambes, la rattrapant doucement quand elle glissait en la pressant plus que nécessaire contre lui. Oui, des contacts, qui se multipliaient.

Finalement ils commencèrent l’ascension, lentement, elle insistant pour passer devant et donc au-dessus. Ils étaient attachés l’un à l’autre par une corde solide et il continuait de guider ses gestes, en dessous d’elle. D’ailleurs, elle se débrouillait extrêmement bien, progressant très vite. Auparavant, elle aurait été bien incapable d’apprendre aussi rapidement et surtout de faire preuve d’autant de persévérance et d’enthousiasme dans une activité aussi physique mais son corps s’était renforcé et lui permettait aujourd’hui des activités qu’elle n’aurait pu réaliser sans se blesser avant. Ce ne fut pas sa faute lorsqu’elle glissa. Un énorme morceau de stalactite se détacha soudaine sous sa main, se fissurant jusqu’à l’appui de son pied… Elle fut surprise mais s’arc bouta. Seulement sa prise n’était pas assez bonne pour supporter d’un coup tout son poids et elle chuta. Bien sûr, elle était accrochée au jeune homme donc si celui-ci tenait bon, elle ne risquait rien. Pourtant, il se décolla dangereusement du mur de glace pour la rattraper en pleine chute et la plaquer contre la glace, entre ses appui, la maintenant contre lui. Non, ce n’était pas nécessaire, mais pourtant il l’avait fait, la regardant avec un sourire.

- Ca va ?

Ils reprirent leur souffle une seconde puis il l’aida à grimper sur ses épaules pour continuer l’ascension lentement, plus sûrement sans doute. La vue dégagée que leur offrit enfin le point culminant valait vraiment le détour et ils restèrent un moment à se reposer et à l’observer, très proches l’un de l’autre, leur main frôlant celle de l’autre, juste un peu. Finalement, ils étaient descendu en rappel, rapidement et avaient rejoint la cité en commentant leur ascension et les gestes de l’autre. Il semblait heureux de lui avoir appris et montré quelque chose qu’elle ne connaissait pas et elle, simplement d’avoir passé du temps avec lui. L’activité les avait affamés et épuisés et ils mangèrent de bon appétit le soir, commentant leur expédition avec enthousiasme auprès de leurs amis en mangeant. Le soir, ils se retrouvèrent une fois de plus seuls dans la chambre. Ils s’étaient encore blottis l’un contre l’autre alors qu’il prolongeait les contacts entre eux, caressant doucement son dos et ses bras alors qu’elle faisait un très léger, probablement involontaire, ou presque, mouvement de sa main sur son torse. C’était bien. C’était agréable… Blottis ainsi l’un contre l’autre, un spectateur aurait cru que tout ce drame ne s’était pas réalisé, un de plus, dans la longue liste de ceux qu’ils avaient vécus.

Le lendemain, il se réveilla seul, sans la présence du corps tiède menu de la jeune femme contre le sien. Vautré sur le ventre, la couverture aussi descendue que son pantalon qui ceignait tout juste ses hanches, il gémit, sans ouvrir les yeux, tâtonnant le matelas à côté de lui pour la retrouver et en profiter peut-être pour lui faire un câlin, sans raison, pendant qu’elle dormait encore. Même si elle ne dormait plus en fait. Il trouverait bien une excuse. Ne sentant rien, il redressa lentement la tête pour constater que le lit était vide et que l’odeur de la jeune femme s’était quelque peu effacée. Elle s’était levée depuis quelque temps déjà. En grognant il se retourna et s’extirpa du lit, s’étirant avant de se coiffer de ses mains puis de se frotter paresseusement les yeux. Il rejoignit la cuisine dans laquelle se trouvaient déjà Alanir et Eleyna. Cassidy arriva peu après avec des brioches ce qui lui valut de longs regards gourmands de la part des trois autres qui mangeaient avec appétit même si Tristan remarqua bien vite qu’elle n’avalait pas grand chose. Peu après, il l’attira sur le canapé pour la coiffer, rituel matinal qui était devenu une habitude certaine. Il caressait ses cheveux comme depuis quelques jours déjà mais ses doigts s’aventuraient aussi désormais sur ses épaules, dans son dos, alors que ce n’était pas nécessaire, comme il l’avait prouvé par le passé du moins. Il remarqua ses tremblements mais ne dit rien, se doutant bien qu’elle parlerait d’elle-même ou pas du tout de toute manière.
Alors quand elle lui demanda de l’accompagner à l’extérieur pour parler, il accepta aussitôt avec un sourire, allant chercher sa veste. Les autres ne leur accordèrent pas la moindre attention, pourtant dès qu’ils furent sortis, Eleyna se tourna vers Alanir, suspicieuse.

- Qu’est ce qui se passe ? C’est moi où y a un truc louche là ?

Mais ni l’un ni l’autre ne pouvait vraiment savoir ce qui était sur le point de se passer. Tristan suivait Cassidy. Elle marchait vite et s’éloignait clairement de la cité. Il ne jeta pas pour autant un regard en arrière, se contentant de la suivre, inquiet de sa mine grave. Il s’était habitué à la voir subir ses piqûres chaque soir et pendant un bref instant, il craignit qu’elle lui dise que ce n’était plus assez mais il l’aurait vu dans ce cas… non ?
Elle finit par s’arrêter, lui aussi alors qu’elle s’éloignait un peu, lui tournant le dos et parlant d’une voix blanche. Quand enfin elle s’exprima, c’était pour lui demander de confirmer une évidence, pour lui demander de répondre à une question douloureuse. Que pouvait-il faire ? Lui mentir ? Elle méritait la vérité. Lui dire ce qu’il en était ? Ses paroles lui revinrent en mémoire. Elle détestait les dragons, il ne serait pas une exception. Il avait compris ce qu’il avait toujours refusé de croire jusqu’alors. Bien sûr que c’était douloureux mais c’était ainsi, voilà tout.
Le silence répondit mieux que lui.
Le jeune homme fixait le dos de son ancienne petite amie, ses cheveux devenus si longs qui lui rappelaient qu’il n’avait pas été là pour les voir pousser, qu’il n’avait pas été là pour l’aider et la protéger quand elle avait besoin de lui. Il baissa la tête et s’éloigna lentement en faisant volte face. Il n’avait plus envie de répondre, ni d’essayer. Maintenant qu’elle savait ce qu’il était, ce serait bien plus simple ! Elle ne l’approcherait plus, il serait alors plus facile de…
Sauf qu’elle l’avait rattrapé, enserrant ses mains des siennes. Il n’aurait jamais cru que de si petites mains pouvaient avoir une telle poigne et une telle… autorité.
Et elle se lança alors dans de longues paroles comme seule elle en était capable. Si elle en était encore capable justement, c’était bon signe non ? Elle était étrange dans ses paroles, pas toujours très cohérente, mais passionnée ! Les larmes qui brillaient dans ses yeux et qui glissèrent lentement sur ses joues étaient autant de preuves de sa sincérité tandis qu’elle lui parlait, s’attachant à lui, à le connaitre, à l’accepter. Il la fixa tout du long, surpris, de plus en plus même si ça ne pouvait guère se voir sur son expression figée. Et puis elle ne le regardait pas, elle ne pouvait pas se rendre compte. Elle déclarait ne plus l’abandonner, tremblante d’émotion alors qu’elle voulait le serrer dans ses bras ce qui signifiait clairement qu’elle se retrouvait la tête contre son torse, entourant de ses bras le buste du jeune homme.

Sauf qu’il réagit au quart de tour. Ses mains se posèrent sur ses épaules alors qu’il la repoussait fermement, sans lâcher sa prise pour autant. Et cette fois elle put le voir en colère… En colère et triste en même temps. Pourtant c’est d’une voix suppliante, bien plus qu’énervée qu’il lui parla tout bas.

- Arrête de pleurer, s’il te plait, arrête…

Il resserra la prise de ses mains sur ses épaules, les serrant convulsivement avant de les relâcher et de poser avec autant de douceur qu’il avait été brusque l’instant d’avant, ses paumes brûlantes sur les joues de la jeune femme, les encadrant totalement de sa chaleur, essuyant dans un effleurement les gouttes cristallines qui traçaient de fines arabesques sous ses yeux.

- Arrête, je t’en prie…S’il te plait…

Se rendait-il compte à quel point il s’était penché vers elle pour parler aussi bas et à quel point sa voix était chargé de supplique ? Sans doute pas ? Il voulait juste qu’elle cesse de pleurer après tout. Il réitéra sa demande une fois de plus, se penchant un peu plus vers elle, frôlant de ses lèvres ses paupières et ses cils dans lesquels étaient accrochées autant de larmes d’émotions refoulées. Il s’attardait sur la cicatrice de son oeil, en suivant le contour de ses lèvres plus que de son souffle.

- Ne pleure pas… Princesse… Ne pleure p…

Sa propre voix était morte dans sa gorge tandis qu’il posait ses lèvres sur les siennes cette fois, dans un simple effleurement appuyé qui ne dura que quelques secondes mais qui lui sembla durer une éternité, bien assez long pour qu’il se rende compte de l’erreur de son geste. Mais elle avait cessé de pleurer sous la surprise et ses lèvres s’étaient entrouvertes contre les siennes. Résister à l’envie d’approfondir ce baiser était certainement la chose la plus difficile qu’il ait eut à faire jusque là et pourtant, il pensait depuis longtemps avoir contemplé les paysages de la difficulté et de la souffrance. Il dut se faire violence pour s’empêcher d’apaiser sa soif de passion, pour faire taire le bourdonnement dans sa tête. C’était si dur avec elle. Ils avaient raison. Il n’y arriverait pas. Il allait échouer. Une fois de plus.
Pourtant, il parvint à se reculer pour enfouir son visage dans ses cheveux blonds qu’il n’avait pas attachés ce jour là et qui voletaient autour d’elle tel la toile de la plus habile des araignées. Ses cheveux, si doux, si parfumés, si léger. Il la pressa contre son torse plus fort que nécessaire, ses mains se serrant dans son dos, sentant malgré l’épaisseur de ses vêtements les cicatrices qui déchiraient sa peau. Il glissa ses lèvres jusqu’à son oreille, parlant si bas qu’elle pouvait à peine l’entendre.

- …Merci…

Rien de plus.
Ils restèrent enlacés ainsi pendant de longues, de très très longues minutes, sans parler, sans bouger, respirant par à coups, trop occupés à penser à ce qui venait de se passer, les joues aussi rouges l’un que l’autre mais incapables de le voir évidemment. Finalement, ce fut lui qui rompit le contact et plia les genoux pour mettre son visage à hauteur du sien, caressant ses joues pour ôter les vestiges de ses larmes de son visage. Lui aussi avait les yeux brillants, bien assez pour laisser entendre que s’il n’avait pas versé de larmes, elles avaient tout de même envahis ses yeux. Un sourire tendre éclairait son visage alors qu’il l’observait.

- Merci… de vouloir m’accepter Cassy… Ca me rend heureux. Vraiment. Venant de toi… oui… Pardon de te l’avoir caché. Mais je ne voulais pas… que tu aies peur de moi. Ou… que tu me détestes… encore.

Encore ? Pourquoi encore ? Il sembla se rendre compte de son erreur et se contenta d’hausser les épaules, prétextant sans doute l’émotion. Ils se regardaient, un peu bêtement, ne sachant probablement pas comment réagir face à de telles révélations et surtout après le baiser du jeune homme, même s’il avait été léger. Mais soudain celui-ci se redressa, aux aguets, crispé, chacun de ses muscles se tendant alors qu’il levait la tête vers le ciel, fixant les environs en fronçant les sourcils. Soudain, il écarquilla les yeux d’horreur. Au-dessus d’eux, le ciel était clair, dégagé, il n’y avait qu’une légère brise et pourtant…
Il lui attrapa brusquement la main et l’entraina à sa suite.

- COURS !!!!!!


Dernière édition par Tristan Konogan le Lun 9 Juin - 22:58, édité 1 fois
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Lun 9 Juin - 13:40



- COURS !!!!!!

Rien de plus… Elle dut comprendre l’imminence du danger au ton de sa voix tremblante d’inquiétude car elle lui emboitait déjà le pas. Ils s’étaient lâchés pour courir plus vite. Il plongea la main dans sa sacoche qu’il ne quittait presque jamais et en sortit une… corne de brume. Il la porta aussitôt à ses lèvres et alors qu’il peinait déjà à récupérer son souffle, il souffla dedans à plusieurs reprises, très fort. Un son qui portait loin, puissant, grave. Elle tourna la tête derrière eux, il lui attrapa aussitôt la main pour l’inciter à regarder devant elle. Il avait bien raison. Brusquement, derrière eux, une énorme vague de neige blanche s’était élevée. Difficile de dire si elle était réellement compacte tant elle virevoltait violemment. Le vent s’était levé, puissant tandis que le ciel devenait d’un coup très sombre. Une tempête de neige. Dans les environs, elle étaient réputées pour leur violence et leur imprévisibilité. C’était pour cette raison que ce lieu ne comportait que peu d’habitations, les raisons pour lesquelles les villes avaient d’énormes remparts de pierres protégés par la magie. C’était aussi pour ça que les Kaärs ne cherchaient que peu la cité fantôme dans le coin. C’était dangereux. Ils couraient toujours à en perdre haleine lorsqu’ils arrivèrent à la cité. Il ne lui laissa pas le temps d’hésiter, saisit sa main et la prenant brusquement dans ses bras, sauta dans le vide pour arriver plus vite, pas le temps de passer par les échelles ou le tunnel.

Bien plus bas, une agitation frénétique avait lieu. Les habitants et les mages s’activaient. Tous ceux qui avaient des dons les sollicitaient pour aider les mages à dresser ce qui était les prémisses d’une énorme barrière magique, une coupole lumineuse qui était en train de recouvrir la cité. Mais pas assez vite.
Tristan ne dut pas réussir à amortit leur chute par son pouvoir ou alors il n’essaya pas tout simplement. Le sol se fissura légèrement sous ses bottes quand il atterrit lourdement au sol. Il relâcha aussitôt Cassidy, lui hurlant d’aider les mages. S’il hurlait c’est parce que le vent hurlait puissamment et apparemment il n’y pouvait pas grand chose. Alanir et Eleyna étaient également présents, aidant comme ils pouvaient. Un mage cria à Tristan qu’ils n’arriveraient pas à dresser la barrière à temps. Il se figea puis courut directement sans accorder un regard à quiconque vers un point précis de la cité, un arbre.

Cassidy l’avait déjà vu. Lorsqu’elle était encore elle-même du moins. Il utilisait ce vieil arbre, qui avait bien des centaines et des centaines d’années pour drainer son énergie de dragon et en faire bénéficier la cité et les mages qui en avaient besoin. Là, c’était un cas d’extrême urgence et l’arbre le sentait. Ses branches s’étaient hérissées de longues pointes acérées. Tristan n’hésita pas une seconde et se rua contre le tronc. Il ne hurla pas quand il enfonça violemment ses mains sur deux épines qui avaient surgi du tronc de chaque côté de son corps, ni quand les branches, comme vivantes se plièrent vers lui, s’entortillant autour de son en enfonçant de la même manière les longues épines dans sa chair. Tristan ferma les yeux. Ses marques dorées s’étaient mises à briller tandis que les branches, le tronc, les racines de l’arbre se couvraient d’arabesques, le corps du jeune homme aussi, de plus en plus, des arabesques qui se répandaient dans la terre jusqu’à chaque mage en décuplant ses forces. Chacun sembla comprendre ce qui se passait et agit comme il devait le faire, dressant la barrière qui fut complétée juste à temps alors qu’une véritable tempête de neige déferlait l’instant d’après sur eux. Malgré les sons étouffés par la barrière, les mugissements du vent, les chocs violents de la neige et d’arbre déracinés laissaient clairement entendre ce qu’ils avaient frôlés. Des cris de joie s’élevaient de partout, des vivats et des félicitations, des accolades !

Cassidy avait énormément aidé avec sa magie. En fait elle avait probablement réalisé la moitié de la barrière à elle seule et toute la méfiance accumulée ces derniers jours de la part des habitants disparut face à sa prouesse alors qu’elle était assaillie de toute part par des mages qui la félicitaient et des habitants ravis de pouvoir la compter dans leurs rangs.
Eleyna soulagée, se joignit à la troupe, donnant une accolade méritée à la jeune femme en la félicitant, encore impressionnée par ses capacités magiques avant de demander avec un clin d’oeil appuyé à Tristan ce qu’il en pensait, se figeant en remarquant qu’il ne répondait pas et pour cause, qu’il n’était pas avec eux. Elle se retourna, l’aperçut contre l’arbre et surprit Cassidy, la devançant, qui rejoignait déjà le jeune homme, l’air vraiment inquiète et prête à cramer l’arbre. Maud qui s’était jointe, tardivement, à la « fête » l’arrêta à temps.

- Non, attends, ne fais rien contre l’arbre, ça blesserait Tristan… Attends.



Comme si elle s’attendait à être appelée à cet instant, la guérisseuse de la jeune dame surgit brusquement près d’eux en fixant d’un oeil peu amen, le garçon blême et évanoui, la tête pendant lamentablement dans le vide, encore maintenu par l’arbre. Elle posa doucement la main sur l’écorce.

- C’est bon, tu peux le relâcher à présent.

Comme s’il l’entendait et plus encore l’écoutait, l’arbre relâcha aussitôt son étreinte et le jeune homme bascula en avant, retenu par une Cassidy bien plus alerte que les autres alors que la guérisseuse lui sommait de l’aider à l’allonger. Tristan était très pâle et ses marques ne brillaient plus du tout. Il respirait mais faiblement et il avait plusieurs entailles ruisselantes de sang dont les plus sévères étaient assurément celles de ses paumes qui avaient été traversées de part en part. Pourtant alors que la guérisseuse essuyait lentement le sang pour constater les dégâts, une absurdité se matérialisa devant elles toutes et Eleyna et Alanir qui les avaient rejointes. Tristan saignait certes mais il n’avait pas la moindre blessure. C’était comme si sa peau saignait, aux endroits même où il s’était fait transpercer par les épines. 

- Il faut l’emmener chez lui, l’allonger, bander ses « plaies » et le laisser se reposer. Ce n’est rien, il a trop donné d’un coup c’est tout, et a voulu dépasser ses propres limites. C’était risqué mais il ira bien, ne vous en faites pas… Il est juste assommé de fatigues. 

Pourtant, même si elle disait ça, Eleyna ne semblait pas moins inquiète. Ce fut Alanir et un autre grand gaillard qui aidèrent à transporter Tristan qui pesait son poids tout de même tandis que Cassidy et Eleyna les précédait pour préparer le lit du jeune homme et de l’eau chaude comme le demandait la guérisseuse partie chercher ses fioles. Ils se retrouvèrent rapidement tous à l’appartement. Tristan ne moufta pas quand on versa de l’alcool sur ses mains, ses cuisses, ses bras et son torse qui saignaient tout seuls, ni quand on banda son corps. On s’occupa longuement de lui mais rapidement, il sembla effectivement retrouver un peu de couleur.

- Il doit se reposer. Veiller à ce qu’il s’hydrate bien surtout et prévenez moi s’il se sent mal quand il se réveillera. Mais ça devrait aller, ce n’est rien d’autre qu’un excès de dépense…

Elle partit rapidement tandis que tout naturellement, Tristan se retrouvait avec une petite mage bien connue comme garde-malade. Il ne sut rien de ce qui se passait. Bien plus tard, il finit par ouvrir les yeux,frémissant et grimaçant aussitôt de douleur quand il porta une main à son front, non pas qu’il ait mal à la tête, plutôt à la main en fait. Ah oui… Il se souvenait de ce qui s’était passé, normal. Son surnom prononcé d’une voix inquiète lui fit tourner la tête. Cassidy était à côté de lui, assise sur le lit. Elle le regardait avec inquiétude mais il n’y avait pas que ça. Elle tenait dans ses mains l’un de ses poignets de force… et avait trouvé apparemment, la petite cache secrète dans laquelle, au bout d’une fine lanière de cuir, était attachée son ancienne bague de fiançailles. Elle ne disait rien là dessus, s’inquiétant de son état simplement, pourtant il voyait dans ses yeux qu’elle avait mal, et pas que de le voir ainsi. Il se redressa lentement en grognant de fatigue et de douleur, avançant doucement une main vers son visage, s’enquérant de son état. Elle disait aller bien. Ses yeux fuyants disaient le contraire. Doucement il lui prit le bracelet de force des mains alors qu’elle n’opposait pas la moindre résistance. Elle semblait un peu honteuse et gênée d’avoir trouvé la bague mais aussi peut-être triste, indécise par rapport à ce qui signifiait. Son silence fut une excuse pour qu’il parle.

- C’est à cause… de la bague ?

Elle ne dit rien mais il surprit un éclat vif dans son regard alors qu’elle changeait de sujet, lui tendant un verre d’eau en suivant les instructions de la guérisseuse. Il le prit et le but, la remerciant avant de prendre l’anneau d’argent, le détachant et le faisant doucement tourner entre ses doigts. Il prit sa main et l’y déposa, ne cherchant apparemment pas à le lui cacher.

- J’ai aimé une jeune femme il y a… longtemps maintenant. Elle était exceptionnelle et brillait autant de détermination, de courage, d’intelligence et bien trop souvent d’imprudence. Je l’aimais plus que tout au monde et je n’arrivais pas à croire en ma chance d’être aimé d’elle en retour. C’était quelqu’un… de vraiment merveilleux. Qui forçait l’admiration. Cette bague c’est elle qui me l’avait offerte. Ce que je ne savais pas… C’était à quel point elle avait peur pour moi. A quel point elle avait des peurs et des doutes à mon propos. Parce que je suis un dragon… Même si à l’époque je ne l’étais pas totalement… Je n’ai pas vu tous les efforts qu’elle faisait alors qu’elle haïssait les dragons. Je n’ai pas compris… à quel point je la dégoûtais et à quel point elle pouvait détester cette partie de moi. J’étais tellement égoïste… Que je n’ai pas compris quand elle avait besoin de moi. Et j’ai compris bien trop tard qu’elle m’avait laissé une chance que je n’avais pu saisir. Parce que j’étais trop bête et trop faible pour comprendre. L’avoir perdue m’a… démoli. Mais je le méritais après tout… parce qu’elle je ne l’avais jamais méritée, pas un seul instant. Je l’ai détestée de m’avoir laissé, d’être partie, mais que pouvais-je contre cela ? J’ai été faible et stupide, je l’ai perdue… Peut-être que je ne méritais juste pas d’être aimé, que ce soit d’elle ou de qui que ce soit. Mais je garde cette bague pour me rappeler de ce que je suis et de ce que j’ai perdu… C’est tout. Tu… Tu comprends ?

Il souriait tristement, désolé qu’elle ait pu la trouver, désolé de l’incidence que cela pouvait avoir sur elle alors qu’il avait bien remarqué à quel point elle était sensible quand des demoiselles lui tournaient autour. Mais il avait aussi dit la vérité.
Il releva la main, la posant sur sa joue, doucement.

- Je suis content que tu n’aies rien… Je m’en serais voulu si tu avais été blessée. Au... Au fait, je voulais te dire quelque chose. Je... me suis persuadé que Alanir se trompait et tout mais... Tu sais quand tu m'as emmené avec toi... la surprise. La soirée qu'on a passé ensemble. C'était... bien. J'ai vraiment aimé. Beaucoup... Mais... mais je ne savais pas trop comment le dire et te remercier alors que tu en faisais autant pour moi et du coup j'étais un peu maladroit... J'espère, vraiment, que tu n'as pas cru que ça me déplaisait parce que... j'ai vraiment adoré... Vraiment, je te jure...

Son sourire s’attendrit alors qu’il passait maladroitement ses bras autour d’elle pour l’enlacer. Instant de battement, de silence juste avant que la porte ne s’ouvre sur Eleyna et Alanir qui semblèrent surpris de les voir ainsi puis vinrent s’enquérir de l’état du jeune homme qui finit par se relever pour leur prouver qu’il allait bien, même s’il avait les joues roses et surveillait du coin de l’oeil sa petite mage qui avait veillé jusqu’au soir sur lui, patiemment…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mar 10 Juin - 15:39

Quelle étrange situation ! Que de rebondissements, d’activités, qui leur permettaient de se rapprocher à nouveau petit à petit. Et cela, même si Cassidy semblait omettre certains détails. Oh bien sûr, elle ne disait rien, ne parlait pas vraiment de ses sentiments et cela semblait sonner si creux pour la petite mage et pourtant… il y avait des signes, des gestes qui ne trompaient pas. Comme lorsqu’elle faisait quelque chose de pas bien et qu’elle devenait très bavarde pour tenter de camoufler ses gestes… mais cela, peut être que Tristan ne s’en rendait pas forcément compte. Et elle n’allait pas chercher plus loin, ne le désirant peut être pas.

C’est vrai, elle était peut être un peu triste pour la surprise préparée. Pourquoi ? Parce qu’il ne semblait pas enthousiaste ? Parce qu’elle avait l’impression qu’il était juste poli, plus que véritablement heureux ? Oh oui… la petite mage avait bien vu des choses dans son esprit, dans sa tête, des choses qu’elle n’aurait pas du voir… et qu’elle était incapable de reproduire. Alors, peut être le fait qu’il n’exprime pas vraiment de sentiments sur son visage, suffisait pour la petite demoiselle dans son observation.

Ils étaient allés s’entraîner après et effectivement, elle avait beaucoup progressé. Forcée surtout ! Que faire de plus pendant une longue année après tout ? Toujours repousser ses limites, toujours se dépasser, pour vite sortir de là ! Et sur la fin, encore et surtout, elle avait perdu de vue son objectif principal même si le sauvetage de l’armée Cheistam et de la cité fantôme, étaient des objectifs supplémentaires. Mais oui, aussi elle n’était pas invincible, elle ne pouvait pas faire tout toute seule et surtout, même si Alanir était là, il lui manquait la seule personne capable de l’aider à se dépasser. Alors, oui, ses capacités avaient un goût amer dans sa bouche… parce qu’elle n’avait ressenti aucun enthousiasme à les développer. C’était ainsi… c’était tout… et la perte de ses émotions humaines l’avait achevé.

Elle s’était essuyée un instant le front après avoir bu, perturbée par ce qu’elle lui disait, perturbée de se confier à lui alors qu’elle devrait rester secrète, discrète. Et Cassidy changea directement de conversation, lui parlant de son pouvoir, très évasivement, ce à quoi il répondit qu’il s’agissait d’un don. Elle hochait doucement la tête, sans chercher à s’étendre davantage sur le sujet.

La question pendant le repas la troubla énormément. Oui elle se rappelait de choses ! Mais certainement pas des meilleures ! Elle savait qu’elle avait été avec Erwan mais seulement pour… se changer les idées ? Camoufler des pensées certaines ? Elle savait que ce n’était pas bien ! Elle savait qu’elle n’aurait du rien faire avec Erwan même si elle l’avait apprécié un peu dans le passé et qu’ils avaient quelques points communs ! Mais son propre comportement la dégoutait ! Et la décharge qu’elle reçut au niveau de sa bague, n’était qu’un excellent indicateur de l’énorme bêtise qu’elle avait sûrement fait et qui lui avait été retiré… Pourquoi ? Pour ne pas qu’elle culpabilise ? Pour qu’elle arrête de se faire du mal ? Docile, elle ne chercha pas à se poser des questions supplémentaires, ayant trop peur de découvrir une vérité bien dérangeante. Et cela l’agaça encore plus au fond d’elle… Si vraiment elle avait renié tous ses sentiments humains, quel mal y avait-il à savoir ce qui s’était réellement passé ? Quel mal… non en effet… tous ses sentiments n’étaient pas perdus… juste un peu en sommeil.

Puis, de la nuit passée ensemble, à la matinée un peu spéciale, jusqu’à se retrouver assise sur un gros rocher, Cassidy était passée par beaucoup de phases et d’émotions. Mais il y en avait un qui était particulièrement heureux, même si il s’inquiétait pour la petite mage, c’était bien son grand ami dragon. Même si celui-ci s’empourprait un peu lorsqu’Eleyna vint se placer derrière lui pour l’aider, lui le grand maladroit pour tenir une poêle dans la main ! Il avait secoué rapidement la tête, prétextant la… chaleur même si cela portait à confusion, puis se contenta de grogner et de manifester sa surprise et son étonnement dans l’art de la création de crêpes.

En effet, Cassidy avait seulement besoin de réfléchir… un peu trop d’ailleurs. Et bien malgré elle, toutes les pièces du puzzle concordaient un peu trop bien ensemble pour qu’il s’agisse réellement d’un hasard. Elle ne s’attendait pas vraiment à ce que Tristan la rejoigne et pourtant, c’est avec beaucoup de crainte et d’hésitation qu’elle lui posa plusieurs questions. Un peu rassurée sur la fin… cela signifiait qu’elle pouvait continuer… à voir un peu plus loin… peut être à se rapprocher un peu plus de lui… jusqu’à… comprendre, avoir un déclic, n’importe quoi qui l’aiderait à refouler ce sentiment de honte qui l’habitait jusqu’à présent !

Et puis, il y avait eu leur nuit passée ensemble. Si la scène de ménage entre Alanir et Eleyna était plutôt marrante, lui le grand dragon qui la fixait d’un air incrédule tout en écarquillant les yeux en écoutant son discours, tout en marmonnant qu’il ne savait pas et s’excusait de ses paroles même si elle ne lui en tenait pas rigueur, alors qu’il renchérissait en disant que les humains étaient vraiment des êtres particuliers à son goût, du côté de Cassidy et Tristan, l’ambiance était plus timide, réservée.

Au départ, la jeune femme avait hésité un instant, peut être encore un peu timide, mais elle le rejoignit bien rapidement par la suite, oubliant très rapidement ses préjugés et finissant dans ses bras, tout en parlant de tout et de rien pour camoufler ses pensées, souriant doucement alors qu’elle enfouissait sa tête dans son torse, pas gênée du tout au fait qu’il n’ait pas de chemise ou de tunique sur lui et agissant naturellement. Enfin après tout, Alanir était torse nu lui aussi.

Le lendemain, elle l’entraîna pour un nouveau jeu, assez enthousiaste. Oh peut être continuait-elle à faire des efforts, s’acharnant auprès de lui et désirant passer plus de temps à ses côtés. Cela lui permettrait également d’avoir encore des petits déclics, des flashs, et mine de rien, même si ça lui faisait très mal à la tête, et qu’elle aimait se torturer, la demoiselle était déterminée à en apprendre un peu plus. Même si lui ne se rendait pas compte qu’elle luttait contre un sort qui avait été lancé contre elle, et la forçait à garder son état de zombie, la présence de Tristan l’aidait à se dépasser même si ça, elle se gardait de lui dire.

La demoiselle avait sourit quand il lui avait pris la main et n’avait pas cherché à rompre le contact, se contentant de donner une petite impulsion à sa main, comme pour lui dire qu’elle le sentait, qu’elle appréciait le contact, ou juste pour lui dire qu’elle ne le lâcherait pas. C’était même un jeu bien sympathique et même si ils avaient mangé en silence, elle, l’observant par moments mais détournant bien vite le regard, rougissant à cause du froid, la demoiselle n’avait rien dit même si cela la démangeait. Elle préféra se concentrer sur la luge et les indications de Tristan en hochant vigoureusement la tête, ses mains devenant un peu moites et pas trop rassurée même si elle avait quand même l’habitude de voler avec un dragon !

La descente était grisante et peu à peu, l’adrénaline l’envahit alors qu’elle se calait un peu plus sur le torse de Tristan, poussant même une petite exclamation enthousiaste… qui se transforma en cri quand la luge dérapa et qu’ils roulèrent dans la neige, elle, fermement agrippée contre le Drakkari, les yeux fermés, attendant la fin de la chute. Moment romantique ? Oui en effet ! Et elle semblait bien s’en être rendue compte, examinant le Drakkari, vérifiant en premier lieu si tout allait bien, reprenant doucement sa respiration avant de poser ses mains sur ses joues. Tiraillée par ses pensées, fermant un instant les yeux et secouant la tête, mordillant sa lèvre. Faire ou pas faire ? Dire ou pas dire ? Pourtant l’ambiance était bon enfant, elle pourrait même… vérifier… oui c’était une occasion en or !

Mais alors que la jeune femme commença à ouvrir la bouche, de la neige atterrit sur sa tête, et elle réagit au quart de tour, comme habituée à ce genre d’évènement bizarre, qui n’avait rien à voir avec Tristan. Elle épousseta la neige sur ses épaules, dans ses cheveux, soupira un instant tout en secouant la tête, maudissant une quelconque entité extérieure puis, comme à chaque fois qu’elle était gênée, la demoiselle proposa de rentrer. Oh, des pensées de Tristan, il avait tort mais comment le savoir si il ne s’exprimait pas ou si elle ne disait rien ? C’était bien compliqué. Si Alanir était là, peut être aurait-il dit à la petite mage de se bouger le derrière et de révéler ses véritables pensées ! Mais le beau dragon était tellement occupé avec Eleyna ces derniers temps, qu’il n’était pas là pour la guider.

Elle fit comme si de rien n’était, comme si elle marquait des pauses entre les divers informations qu’elle apprenait ou comme si elle était indécise quant à la décision à prendre. Cela la torturait, elle se prenait la tête et parfois, elle regrettait son séjour sur l’île, là où elle n’avait pas spécialement besoin de penser justement… du moins… de ce qu’elle se rappelait. Cependant, elle continuait dans ses efforts et passait toujours un peu plus de temps avec Tristan.

Cette fois elle avait décidé de lui reparler de ses anneaux, un peu farouche, un peu insistante mais essayant d’être plus sincère dans ses paroles. Et cela restait un peu maladroit même si elle faisait des comparaisons de goût… elle avait faillit rajouter qu’elle trouvait que les Drakkaris dégageaient un certain… charme ou un petit quelque chose qu’il n’y avait pas chez les humains mais… heureusement qu’elle s’était retenue parce que cela aurait été encore plus révélateur de ses pensées actuelles ! Cependant, c’est paniquée qu’elle lui mit dans la bouche un de ses biscuits tout en reprenant une habitude du passé, un petit jeu entre eux lorsqu’ils s’amusaient à se séduire. Cherchait-elle à lui faire oublier ses paroles ? Ce n’était peut être pas la meilleure solution même si cette scène était légèrement… révélatrice. Lorsqu’ils s’étaient relevés pour retourner à l’appartement, tout un tas de sentiments et de pensées s’agitaient dans le cerveau de Cassidy, tellement hésitante… alors qu’elle se passait nonchalamment la main sur ses lèvres… ce n’était pas… assez… et pourquoi… en demander plus ? Pourquoi se torturait-elle de la sorte ? C’était horrible ! Pour elle comme pour lui !

Pourtant, lorsqu’il la rejoignit au lit, et qu’elle était déjà à quatre pattes sur celui-ci, la demoiselle s’arrêta un instant sur son oreille, et un sourire, légèrement heureux, marqua son visage. Il écoutait un peu ce qu’il disait et elle s’en sentait un peu plus… importante à ses yeux ? Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais la referma bien vite, regardant un instant le vase rempli de ses fleurs préférées, couleur soleil posé sur l’étagère, avant de se blottir dans les bras de Tristan et de fermer les yeux bien rapidement.

Cependant, pendant la nuit, elle avait eu le temps de réfléchir et c’est après avoir fait une petite balade matinale qu’elle était revenue bien rapidement pour demander une faveur spéciale à Alanir. Le dragon avait du mal à y croire ! Pourtant il s’empressa de s’excuser auprès d’Eleyna pour aider la petite mage à faire le point sur le passé. Et elle ne pouvait qu’encourager cela, elle qui voulait également que le petit couple se retrouve.

Alanir avait beaucoup de patience et, il est vrai, défendait plutôt bien Tristan assez indirectement. Il essayait d’ouvrir les yeux à Cassidy, de lui expliquer réellement ce qu’elle ne pouvait pas voir. Tout s’enchaîna lorsque la selle disparut sous ses yeux pour atterrir devant Tristan. Simple hasard ou coïncidence ? Pourtant elle semblait aller bien, pas vraiment effrayée ni dégoûtée par la selle, alors qu’elle remercia gentiment le Drakkari en la récupérant avec précaution. Autant de gestes encourageants pour lui.

L’après midi fut assez spéciale et la demoiselle semblait beaucoup plus entrainante, bien plus apaisée, alors qu’elle se faisait initiée à cette nouvelle activité. Elle avait hoché la tête, puis regarder le haut de la cascade avec une pointe d’appréhension. Tristan lui donnait les bons conseils et elle se collait peut être un peu trop contre lui, cherchant à se rassurer. La demoiselle en retrouvait même des expressions humaines comme la concentration, l’envie d’apprendre. Elle avait des mimiques adorables alors qu’elle tirait légèrement la langue, concentrée dans sa tâche. Puis ils commencèrent l’ascension. Si au départ la petite mage était hésitante, c’est à force d’encouragements qu’elle continua à avancer. La hauteur ne la dérangeait pas et elle était bien appliquée dans sa montée.

Sauf qu’une de ses prises loupa et qu’elle se crispa rapidement, tendant tous ses muscles, grimaçant sous l’effort. Mais cela ne suffit pas à éviter sa chute. Pourtant, alors qu’elle commençait à tomber, elle sentit une main qui la ramenait contre la paroi et la plaquait un peu plus. Les yeux fermés, Cassidy n’avait rien vu venir, respirant doucement alors qu’elle était totalement crispée, manquant de tout faire tomber. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, Tristan lui souriait alors qu’elle l’examinait, rougissant à coup sûr à cause de l’effort. Son cœur battait rapidement mais ça aussi c’était la faute à l’effort ! Elle balbutia un moment, ne trouvant pas les mots, cherchant peut être une phrase à dire pour détendre l’atmosphère mais cela ne vint pas alors qu’elle hocha vigoureusement la tête tout en murmurant un petit merci.

Ils arrivèrent finalement en haut et la vue étant époustouflante, comme le petit air frais qui s’agitait autour d’eux. Heureusement qu’elle portait une écharpe autour du cou. Elle souriait un instant, inspirant l’air frais, sa main reposant nonchalamment à proximité de celle de Tristan, perdue dans ses pensées, mâchonnant son sandwich de l’autre main. Elle ne parlait pas vraiment, sans savoir quoi dire exactement mais il n’y avait pas vraiment de paroles à dire. Ce fut lui qui rappela qu’il fallait descendre et contrairement à la montée, cela se fit rapidement. Et alors qu’ils rentraient, elle lui prit la main, avançant à côté de lui.

« C’était vraiment bien ! J’ignorais qu’on pouvait escalader de cette façon ! En tout cas… tu me surprends de jour en jour tu sais… »

Elle se mit à sourire doucement alors qu’il lui parlait des techniques, de la pratique, peut être pour cacher le trouble qui l’envahissait.

Et puis il y avait eu l’annonce de la vérité… une vérité difficile à digérer à vrai dire. Elle semblait être beaucoup plus distante en revenant, ignorant tout ce qui se passait autour d’elle, perdue dans ses pensées et hésitante par rapport à la suite. Cassidy avait demandé à Tristan de l’accompagner, essayant de ne pas paraître trop nerveuse et pourtant c’était impossible et ça, même Eleyna et Alanir l’avaient remarqué.

La jeune femme marcha un long moment, peut être parce qu’elle cherchait ses mots, peut être parce qu’elle avait besoin de réfléchir un moment. Quoiqu’il en soit, elle ne semblait pas énervée, juste… très surprise, alors que quelques jours auparavant, elle l’aurait très mal pris. Elle inspira profondément en s’arrêtant puis se confessa.

Tristan ne parlait pas, ne disait rien. Alors, elle prit les devants… et se plaça devant lui pour sortir un de ces discours où elle était tellement impliquée, tellement elle-même et surtout, elle était en train de s’excuser pour toutes les atrocités qu’elle avait sortie sur les dragons… sur lui mais surtout, elle n’avait pas l’intention de l’abandonner, parlant bien plus fort que nécessaire et surtout, ses larmes coulaient le long de ses joues, émotions refoulées depuis si longtemps qu’elle n’arrivait que bien peu à maîtriser à ce moment là. Peut être parce que ça lui tenait à cœur…

Elle s’était serrée contre lui et il l’avait un peu repoussée, lui demandant d’arrêter de pleurer. Cassidy aurait bien voulu obéir mais c’était impossible… totalement impossible. Il redemanda, elle baissa la tête en serrant les dents. Mais véritablement, elle sentit les lèvres du Drakkari sur les siennes. Les sanglots qui l’agitaient se calmèrent aussitôt. Encore ?! C’était agréable… bien agréable… alors qu’elle se décrispait petit à petit tout en fermant les yeux. Le mal de tête lui revint, plus lourd, plus fort. Il lui vrillait les tympans et pourtant, elle ne se décolla pas de lui… bien plus forte que ce qu’on avait essayé de lui faire au final !

Ce fut lui qui rompit le contact, elle, bien troublée, ne le regardait que peu, en même temps ils étaient collé l’un contre l’autre alors… Elle semblait chercher dans ses pensées pourquoi ce contact était aussi agréable, pourquoi avec lui… pourquoi… elle semblait chercher à se rappeler et encore plus lorsqu’il la remercia et qu’il semblait vraiment heureux de l’apprendre. Elle resserra sa prise contre lui avec douceur, collant un peu plus la tête contre son torse, respirant son odeur comme si elle se sentait apaisée, comme si elle avait pris la meilleure décision au final. Elle tiqua sur le dernier mot qu’il prononça et alors que Tristan s’écartait, la demoiselle l’examinait un peu plus, le regardant attentivement puis ouvrit la bouche, pour dire quelque chose mais il ne lui en laissa pas le temps.

Elle n’avait rien vu venir, rien senti alors qu’il paniqua et lui ordonna de courir. Se doutant qu’il n’agirait pas de la sorte si ce n’était rien, elle se laissa entraîner à sa suite, commençant à prendre de la vitesse, ne posant aucune question, le regardant faire et ne comprenant pas. Comment lui dire qu’ils pouvaient arriver bien plus vite si lui se transformait et elle invoquait Alanir pour voler ? Pas moyen de lui parler alors qu’elle s’agitait, haletant, ayant à peine le temps de reprendre sa respiration, ses pas s’enfonçant dans la neige épaisse alors que Tristan l’attrapa puis sauta, d’un saut assez impressionnant puis lui ordonna d’aller aider les autres.

Nan mais en quoi ça concernait l’équilibre du monde ça ?! Elle n’avait pas à… à utiliser sa magie pour ce genre de choses ! Mais pourtant, elle tourna les talons et rejoignit les autres mages. Elle avait passé bien trop de temps auprès de Tristan pour retrouver un certain libre arbitre… bien différent de ce qu’on avait prévu d’elle. Mais peut être et surtout… elle l’écoutait lui… elle faisait ça pour lui, parce qu’il lui avait demandé. Pas sûr que ça aurait marché avec n’importe qui d’autre, elle qui ne voyait plus d’intérêt dans ce genre de sauvetage.

Et pourtant, elle s’était précipitée avec les autres mages, le regard sérieux, strict, sans se laisser aller à la peur ou à la panique. Ce n’était pas vraiment le moment.

« Focalisez vous tous sur le côté ouest de la cité ! Je me charge de la partie est, toute seule »

On la regarda étrangement, incrédulité et avec surprise. Bien sûr, ils savaient tous que Cassidy pouvait réaliser des exploits mais là couvrir un espace aussi grand, en aussi peu de temps, c’était une mission impossible ! Pourtant, son air ne souffrait d’aucune réplique et laissait entendre qu’il valait mieux qu’ils obéissent alors qu’elle s’était déjà tournée vers l’autre côté.

Elle avait longuement inspiré tout en fermant les yeux. Sa magie de base ne serait pas assez rapide, en revanche, ce n’était pas le cas de celle qui était ancrée en elle. Elle prononça un mot de pouvoir, un seul et rouvrit les yeux. Ses prunelles avaient pris une jolie teinte dorée alors qu’elle se concentrait sur sa tâche. On lui demandait de s’accorder avec les autres pour former une barrière capable de contenir la tempête. Levant les bras devant elle, une source lumineuse jaillit de ses mains et commença à se former au niveau d’une des extrémités de la cité.

La lumière jaillissait et une puissance assez impressionnante s’en dégageait. Le dôme commençait à se former, bien rapidement, une mince couche lumineuse et presque transparente qui montait haut dans le ciel à une vitesse impressionnante, bien plus que celui des mages de l’autre côté, qui peinaient à avancer. Elle pouvait aussi partager sa magie mais dans le temps imparti, elle risquait plus de frôler le malaise. Cependant, alors qu’elle tendait toujours ses mains en avant, elle sentie une autre source de magie qui ne provenait pas d’elle. La signature était on ne peut plus claire. Elle l’avait déjà reconnue ! C’était Tristan et autre chose… une magie qui se transférait aux mages… alors que celle de Tristan diminuait petit à petit, bien plus faible.

Son visage paraissait choqué alors qu’elle comprenait ce qu’il était en train de faire, en train de se vider de son énergie pour les autres. Elle secoua lentement la tête, manquant bien de s’arrêter dans son acte de magie. Mais elle serra les dents et redoubla de puissance, de vitesse. Vite finir ce travail, c’est tout ce qu’elle demandait pour aller porter assistance à celui qui sacrifiait son énergie pour le bien des autres. Sa tête lui faisait mal, ses mains tremblaient, mais elle ne vacilla pas. Une envie de vomir remonta dans sa bouche, le malaise, la nausée… trop de magie d’un coup. Il n’était pas le seul à repousser ses limites.

Elle donna une dernière impulsion magique pour coller la moitié de son dôme à celui des autres et ce dernier se souda très naturellement. Le ciel s’obscurcit, la tempête tonna au-dessus du dôme doré. Des gouttes de sueur perlèrent sur le front de la petite mage qui faisait un effort surhumain, les mains agitées de lumière dorée car oui elle n’utilisait pas son bâton à ce moment là, bien campée sur ses deux jambes et laissant passer la catastrophe naturelle.

Puis le calme revint, le vent avait réduit d’intensité. Très lentement, elle fit disparaître sa moitié de dôme, qu’elle avait créé à elle toute seule, légèrement tremblante alors qu’on venait la féliciter et la tête qui tournait affreusement. Ses yeux reprirent une couleur normal même si elle voyait un peu flou. Mais elle n’entendait pas les voix des autres alors qu’elle sentait l’énergie de Tristan se réduire, très faiblement encore une fois. Sans écouter les autres, elle bouscula tout le monde sur son passage et malgré sa fatigue, malgré son mal de tête, elle courut en direction de l’arbre, sachant qu’il se trouvait là, un air paniqué sur le visage.

Sur le chemin, Cassidy manqua de trébucher plusieurs fois, chancelante, reprenant sa course, avant de voir le spectacle d’un Tristan amorphe, collé contre l’arbre. Ceux qui étaient déjà là et en face d’elle purent voir l’expression de terreur qui s’affichait sur le visage de la petite mage, autrefois si neutre. Une expression tellement puissante mais encore et surtout… rappelant trop bien l’ancienne Cassidy qui paniquait dès qu’elle voyait son cher et tendre subir des dégâts. Elle hurla son surnom en courant vers lui, d’une voix remplie de panique, en levant la main en avant comme pour incanter un sort capable de desserrer l’étreinte de l’arbre.

Ce fut la voix de Maud qui l’arrêta, quand elle parla de « blesser Tristan ». Automatiquement, la petite mage s’arrêta dans son geste en grognant, docile, tremblant de tout son corps alors qu’elle le regardait avec un air rempli d’inquiétude croissant. La guérisseuse parla à l’arbre qui relâcha son étreinte. Cassidy se plaça juste à côté de Tristan et posa ses mains dans son dos pour l’aider à ralentir sa chute, avec beaucoup de douceur, de tendresse. Son regard ne trompait personne mais encore et surtout, ceux qui la connaissaient le mieux. C’était bien CE regard qu’elle avait déjà eu, dès que Tristan allait mal, dès qu’elle s’inquiétait pour lui et se sentait terriblement impuissante. Ce regard, pas comme quand on regarde un ami mais… une personne bien plus importante à ses yeux.

Elle le serra doucement dans ses bras, se dévoilant complètement à la vue de tout le monde, se fichant de ne pas être neutre ou désinvolte pour le moment, se fichant totalement si on commençait à avoir des doutes au sujet de son amnésie, se fichant de ce qu’on pouvait dire d’elle. La jeune femme était agenouillée au sol, tenant le beau Drakkari dans ses bras dans une étreinte très tendre, attendant le verdict de la guérisseuse alors qu’elle examinait son corps, grosse curiosité qui se présentait là.

Cependant, ce n’était pas la seule curiosité qui survint, puisqu’en apercevant le sang, la demoiselle avait penché sa tête vers Tristan, très instinctivement, puis s’arrêta un peu trop proche de son visage pour que cela ne soit pas remarqué. Elle loucha lentement, regardant un instant ses lèvres puis elle commença à réaliser l’absurdité de son geste. Tout son esprit était bien remué ! Dans un moment aussi dramatique que celui là elle voulait juste… l’EMBRASSER ?!?!?! Comment ça l’embrasser ? Pourquoi ? Pourquoi en avait-elle envie ? Avait-elle des pulsions ?! Quelque chose qui ne tournait pas rond chez elle ?! Elle écarta son visage du sien, laissant la guérisseuse faire son travail, se mordant si fortement la langue avec ses canines que le goût du sang envahit sa bouche et qu’elle ferma les yeux pour cacher son trouble.

Le verdict de la guérisseuse tomba. Il avait dépassé ses limites, besoin de repos, blablabla… Cassidy ne disait rien, reprenant un masque assez lourd, comme si elle en avait bien trop montré jusqu’à présent. Alanir aida à transporter Tristan alors que Cassidy suivait Eleyna pour préparer le lit. La petite mage semblait évasive et bien ailleurs, pas vraiment en état d’en discuter ou de dire quoi que ce soit. Elle regardait Tristan qui fut déposé sur le lit, écoutant les instructions de la guérisseuse en hochant la tête lentement à tout ce qu’elle disait, sans même la regarder, complètement dans un état second elle aussi. Alanir qui avait senti que Cassidy avait besoin de rester un peu seule, convainquit Eleyna de faire un tour dehors pour voir si personne n’avait besoin d’aide.

Au départ, Cassidy restait debout devant la porte, regardant le corps de Tristan, étendu, lui le beau Drakkari qui respirait lentement. Elle porta lentement sa main à sa bouche, comme pour se mordiller les doigts, son masque d’indifférence retombant et faisant place à de l’inquiétude alors qu’elle s’approchait de lui pour s’asseoir sur le lit, l’observant en silence. Puis elle passa doucement sa main sur le front à Tristan, sentant la chaleur, puis prit une petite serviette humide pour le poser à cet endroit là.

Elle le regarda avec tristesse tout en caressant ses cheveux. Doucement, distraitement.

« Crétin… dès que ça concerne les autres tu en fais toujours trop… quitte à te faire du mal toi-même… »

Cassidy se mordilla doucement la lèvre, de nouveau les yeux remplis de larmes.

« Fais attention à toi… je suis sérieuse hein… je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose de mal… »

Elle veilla sur lui patiemment, sans se reposer une seule fois. Le contrecoup serait certainement terrible. La demoiselle caressait doucement son bras puis en profitait pour remouiller la petite serviette et la reposa sur son front. Puis, son regard fut de nouveau attiré par les lèvres du jeune homme alors que de multiples questions se posaient pour la jeune femme. Elle en avait eu tellement envie… et encore maintenant.

Se mordillant un instant la lèvre, hésitante, elle lui pinça le bras pour vérifier qu’il dormait bien. Puis elle se pencha au-dessus de lui. Il était tellement adorable quand il dormait ce beau jeune homme… tellement… Sa tête lui faisait encore mal et pourtant, elle se pencha doucement en avant, pour s’emparer de ses lèvres avec beaucoup de douceur, tendrement, égoïstement. Le contact de ses lèvres contre les siennes alors qu’elle avait sa main plaquée sur la joue du beau jeune homme… le frisson qui l’envahissait et lui donnait envie de bien plus… ce qui la choquait.

Elle finit par se décoller de ses lèvres, caressant doucement son visage du bout de son pouce.

« Je sais que je n’ai pas le droit mais… enfin… pardonnes moi… »

Le temps passait et elle restait toujours à côté de lui… puis sa main s’arrêta sur son bracelet de force alors qu’elle caressait doucement son bras. Ce bracelet qui ne le quittait pas durant la nuit. Curieuse, elle lui enleva doucement de la main puis examina le bout de cuir, remarquant la petite poche secrète. L’ouvrant… elle découvrit une bague qui lui déchira le cœur alors qu’elle ne disait plus rien même si… cette bague lui était étrangement très familière. Alors qu’elle le tenait dans la main, l’examinant, elle serra les dents et se crispa, portant une de ses mains à la tête et haletant un moment. Rapidement, elle remit la bague dans le bracelet et attendit…

Tristan finit par rouvrir les yeux. Elle prononça son surnom d’une voix inquiète mais ne bougeait pas, tenant toujours le bracelet dans sa main, indécise, complètement perdue, surprise. Beaucoup d’émotions sur son visage passaient. Il se redressa et lui demanda si il s’agissait de la bague, elle se crispa et détourna lentement la tête. Secrètement, Cassidy espérait qu’il ne savait pas pour ce qu’elle avait fait et pourtant… pourquoi l’avait-il embrassé, elle pour la calmer un peu avant ?

Elle tendit bien rapidement le verre d’eau, ne voulant apparemment pas savoir de qui il s’agissait et parlait d’une voix bien trop énergique.

« La guérisseuse tient à ce que tu t’hydrates régulièrement donc bois… s’il te plaît… »

Tristan ne rechigna pas mais il prit le bracelet et remit la bague dans la main de Cassidy. Elle se crispa un instant mais ne disait rien de plus. Ce fut lui qui parlait de cette femme qu’il aimait. Expliquant comment elle était, les dragons qu’elle détestait… tiens elle lui ressemblait un peu cette femme… ce dégoût pour les dragons ? mais peut être que ses parents étaient morts de la griffe d’un dragon corrompu oui peut être…

Mais… elle trouva aussi ses paroles très stupides… le regard de la jeune femme se fit plus sévère alors qu’elle ne le regardait pas, comme si elle n’approuvait pas ses mots. Elle ferma ses yeux et serra les dents pour faire taire ses émotions, s’empêchant de parler et puis de toute façon, il continuait sur sa lancée.

Il était rassuré pour elle. La jeune femme se crispa encore plus, sachant qu’elle en avait fait un peu trop beaucoup et que c’était un miracle d’être encore debout à ce moment là ! Elle se mit à sourire un peu bêtement tout en le regardant, l’air de dire que oui tout allait bien, qu’elle n’avait pas mal. Puis il changea de sujet en déclarant qu’il avait vraiment aimé sa soirée. Elle ne savait plus quoi penser après tout ça… ne voulait-il d’elle que comme une simple amie, c’est tout ?

Mais il l’avait prise dans ses bras alors qu’elle se laissa faire jusqu’à ce qu’Alanir et Eleyna viennent et posent des questions. Si Cassidy n’avait pas bougé, ce n’était pas le cas de Tristan qui se redressa et montra qu’il allait bien. Et si elle ne bougea pas dans un premier temps, restant sur le lit en les écoutant parler puis elle inspira profondément et se redressa avant de se redresser, prenant un air plus vif et pinça le dos de son grand « malade ».

« Pop pop pop mon grand ! Non mais tu crois que tu vas te lever maintenant ?! La guérisseuse a dit que tu as besoin de repos donc cette fois tu vas m’écouter, tu retournes dans ton lit et tu ne sors que quand je te le dirais ! Non mais oh ! Même les guerriers ont besoin de repos ! »

Elle était gentille, limite un peu mère poule alors que le duo dragon/demi elfe la regardaient assez étrangement, alors que la jeune femme tira Tristan vers le lit et le força à retourner sur le lit, le poussant doucement en arrière, un air féroce sur le visage.

« Et m’oblige pas à employer la manière forte hein… »

En quoi consistait la manière forte ? Ca personne ne le sut puisque Tristan s’était recouché docilement en faisant un sourire d’excuse aux deux comparses. Alanir proposa à Eleyna l’idée de manger, il mourrait de faim ! Et même si Eleyna n’était pas une bonne cuisinière, Cassidy conseilla exceptionnellement d’aller voir aux cuisines de la cité, il y avait toujours des plats qui étaient servis et elle se refusait de laisser Tristan tout seul.

Ils revinrent rapidement avec une grande assiette creuse remplie d’un potage avec des morceaux de viande dedans, un plat chaud bien agréable par ce temps froid. Elle remercia Eleyna et la jeune femme vint rapidement s’asseoir à côté de Tristan sur le lit, prenant une cuillère et la tendit vers Tristan, voulant apparemment le faire rire. En plus comme c’était un bouillon, cela lui permettait de se nourrir et de s’hydrater en même temps. Elle lui disait qu’elle serait son infirmière pour la soirée et qu’elle s’occuperait bien de lui, le tout dit avec un sourire malicieux. Non mais… il lui avait bien parlé d’une autre fille hein ? Alors pourquoi était-elle aussi gentille alors qu’elle n’avait pas l’air d’apprécier les filles qui lui tournaient autour ?

Une fois qu’il eut terminé de manger, elle reposa l’assiette sur un meuble à proximité, passant à côté d’une chaise où se trouvait la selle de dragon adossée dans la chambre, oui oui, bien présente puis elle ouvrit un tiroir, semblant chercher quelque chose, grommelant pour la forme car elle ne trouvait pas.

Finalement, elle poussa un cri de victoire et sortit un petit flacon vert et s’approcha du lit, toute contente, à côté de lui. Mais elle s’arrêta avant de réaliser qu’elle avait oublié quelque chose et leva les yeux au ciel. Aussitôt, Alanir apparut derrière la porte même si il s’était annoncé en toquant, tenant la seringue dans sa main pour lui faire sa piqûre alors qu’elle s’était assise sur le lit et détournait la tête. Le dragon ne disait pas grand-chose mais il leva la tête pour regarder Tristan et faire un hochement de tête plutôt encourageant avant de repartir.

Cassidy se redressa et prit le flacon dans ses mains, un air de conspiratrice sur son visage.

« Bien on va passer aux choses sérieuses ! »

OUlà oulà… de quoi parlait-elle là maintenant ?

« Mets toi sur le ventre… je vais te masser le dos. Avec tout ce que t’as fais, tu dois avoir le dos en compote ! Et ça te fera pas de mal ! »

Il finit par obéir, ne voulant certainement pas la vexer et la demoiselle se posa à côté de lui, prenant de l’huile dans ses mains. Puis elle commença à masser le jeune homme avec beaucoup de bonne volonté et d’implication, comme elle en était capable. Investie oui c’était le bon mot. Elle savait où le masser et comment bien le faire. Ca non plus, la demoiselle n’avait pas oublié… elle n’avait pas oublié comment lui faire un bon massage détente, histoire qu’il se calme et s’endorme, le laissant récupérer complètement. Mais alors qu’elle le massait, son regard se porta sur le tatouage du beau Drakkari, entre les omoplates. Elle l’avait déjà vu et cela aurait été stupide de nier le contraire ! Elle s’attarda légèrement dessus, le regard perdu dans le vague, crispée et heureusement que Tristan ne pouvait pas la voir.

*Je lui dis ? Mais… si il me repousse après ? Si je me trompe… Ca ne peut pas être une nouvelle coïncidence ! A moins… à moins qu’il ne veut pas… Cassy ! arrête de te torturer ! Si VRAIMENT il voulait dire ce qui se passe il en parlerait non ? Mais… Tristan a toujours été…. Rhaaaaaaaaa je sais pluuuuuuuuuuuuus ça m’agace ! Zen… Zen…*

Mais elle continua sans ouvrir la bouche, s’appliquant. En temps normal, elle l’aurait peut être aguiché mais elle resta tout simplement sage, ne parlant pas pour autant.

Puis, lorsqu’elle eut terminé, sans savoir si il s’était assoupi ou non, et même cela lui était égal, elle se déshabilla à côté de lui, ramassa sa chemise de nuit et vint se blottir à côté de lui pour la nuit. Oui elle réagissait comme si de rien n’était mais ce n’était pas vraiment le cas après tout… pour elle en tout cas.

Le lendemain matin, ils se réveillèrent lentement et Cassidy s’étira un instant avant d’émerger. Tristan avait l’air réveillé lui depuis peu plus de temps mais cela elle ne pouvait pas le savoir. Elle se contenta de lui faire un sourire timide en le saluant, bougeant un peu dans le lit et lui demandant si ça allait mieux qu’hier. Apparemment c’était le cas. La jeune femme continua à sourire puis ils finirent par se lever.

Elle se dirigea dans un premier temps dans la salle de bain, pour faire un brin de toilettes mais surtout se passer un peu d’eau sur le visage pour se réveiller. Après tout, elle n’était pas encore totalement remise d’hier alors l’eau fraîche qu’elle s’aspergea sur le visage lui fit le plus grand bien. Mais alors qu’elle s’essuyait les joues avec la serviette, tout en regardant son reflet dans le grand miroir, sa cicatrice à l’œil attira son attention. Elle semblait un peu plus réduite, plus effacée, comme si cela commençait à guérir. Cependant Cassidy ne se réjouissait pas pour autant. Fronçant les sourcils et se demandant comment un tel miracle était possible, car la créature qui lui avait fait ça avait, apparemment injecté une substance censée empêcher toute guérison. C’est ce qu’on lui avait dit, et elle avait pris ça comme un gros échec, se sentant encore trop faible pour se faire toucher…

Elle tapota délicatement ses joues avec la serviette, soupira en fermant les yeux, puis après s’être habillée, sortit de la salle de bain. Tout le monde était déjà présent pour le petit déjeuner et Eleyna et Alanir semblaient d’humeur enjouée, ayant amené de quoi se restaurer et déclarant que les citoyens étaient venus leur apporter le petit déjeuner, pour un peu remercier leurs sauveurs de la veille. Chacun s’installa autour de la table. Cassidy mangeait plutôt avec bon appétit. Mais au moment où elle levait la main pour prendre une brioche, une autre main avait effleurée la sienne. Elle regardait son propriétaire, il s’agissait de Tristan, aussi surpris qu’elle d’avoir eu le même geste au même moment. La petite demoiselle bredouilla puis devint rouge en retirant sa main. Pourquoi ?! Elle devrait l’éviter, sachant maintenant qu’il aimait une autre fille ? Et devrait arrêter les contacts, les coups de chaud… Elle regardait son bol de chocolat, sous le regard d’Alanir et d’Eleyna qui s’échangeaient des regards complices. Puis la petite mage s’empourpra, repris une brioche, la coupa en deux et posa l’autre moitié devant Tristan en détournant la tête. Hem certes pourquoi pas ! Y avait-il un message subliminal dans le fond de cette brioche ?

Cassidy termina de manger, puis, geste faisant parti désormais de la routine, elle se posa sur le canapé avec Tristan qui venait derrière elle pour la coiffer. Se laissant aller, la demoiselle ferma les yeux. Comme la veille, elle sentit les mains du jeune homme glisser un peu plus bas, sur ses épaules, à la naissance de sa nuque mais contrairement à la dernière fois, elle ne se crispa pas, le laissant faire et trouvant cela bien agréable. Puis, à la fin, elle regarda Tristan, hésitante, pour lui faire une requête.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mar 10 Juin - 15:40

« Dis… c’est possible d’aller à la ville la plus proche d’ici ? J’aimerais aller voir quelque truc alors ça serait bien… enfin si t’es encore fatigué d’hier on y va pas hein pas grave ! »

Finalement, tout le monde décida d’y aller. Parce que de toute manière, Alanir ne pouvait pas rester si loin d’Alanir et laisser Eleyna toute seule n’était pas gentil non plus. Toute la petite bande s’habilla alors et se mit en route mais au moment où Cassidy allait monter à cheval, Tristan la rejoignit et enroula une écharpe autour de son cou, râlant pour la forme comme quoi elle avait encore oublié de se couvrir !

Le trajet fut relativement court même si c’était plutôt loin de la cité. Quoique il y eut un petit souci au moment où Alanir voulut monter sur un cheval. En effet, il n’avait jamais fait ça ! Il semblait plus pratique qu’il suive par la voie des airs, cela lui dégourdirait les ailes, et Cassidy, pour ne pas se la jouer solo avec son dragon, préféra rester avec les deux autres.

Ils arrivèrent finalement, harnachant leurs montures à l’endroit dédié puis finalement se séparèrent. Alanir était très intimidé, voire trop nerveux pour se balader tout seul et découvrir les humains et c’est une Eleyna enjouée qui décida de l’accompagner en le tirant par le bras, en déclarant qu’il n’avait pas besoin d’être aussi stressé pour ça. Tristan et Cassidy restèrent seuls. Ils se regardèrent un instant, embarrassés avant de commencer à marcher au milieu des ruelles. La neige avait tout recouvert sauf les rues principales qui avaient été dégagées par magie. Les maisons étaient recouvertes de neige sur les toits et cela donnait un certain style.

Si des filles regardaient Tristan sur son passage, Cassidy ne s’en formalisait pas, alors qu’elle était un peu perdue dans ses pensées à l’heure actuelle. On la regardait également mais plus comme une créature un peu bizarre et étrange. En effet, le bout de ses oreilles légèrement pointues laissait perplexe. Les elfes sont plutôt grands et elle était toute petite… y avait de quoi se poser des questions. Mais à part un regard de curieux, personne ne vint l’interpeller.

Ils entrèrent dans une bibliothèque et Cassidy commença à fouiller dans les différents ouvrages, plus par curiosité que réelle recherche. Mais n’était-ce pas encourageant de sa part de s’intéresser à quelque chose. Elle était montée sur une échelle pour prendre un vieux livre en hauteur mais continuait d’observer Tristan du coin de l’œil. Distraite, elle fronça les sourcils quand elle se rendit compte que le livre ne venait pas, coincé entre deux épais ouvrages. Tirant un coup trop fort et insistant, le livre glissa d’un geste traître dans sa main. La pauvre était complètement déséquilibrée par l’effort qu’elle avait donné et commença à chuter en arrière. Cependant, elle n’eut pas le temps de rencontrer le sol, que deux bras l’avaient déjà rattrapée alors qu’elle avait fermé les yeux, se préparant à encaisser l’impact. Les rouvrant, elle rencontra deux beaux yeux orangés qui ne pouvaient appartenir qu’à un seul Drakkari. Cassidy cligna doucement des paupières alors qu’il lui demandait si ça allait, la serrant dans ses bras. Elle le regarda, curieuse, puis lui fit un beau sourire en hochant la tête alors qu’il la remettait à terre.
Puis ils ressortirent sans rien acheter et s’arrêtèrent dans une boutique qui vendait des gâteaux en tout genre. Tristan proposa à Cassidy de prendre ce qui lui plaisait, ce à quoi elle lui demanda de confirmer avec une lueur d’envie dans le regard. Finalement, c’est un bon paquet qu’ils avaient pris, la jeune femme montra un réel intérêt pour beaucoup de biscuits ! Elle tenait son petit sac et mangeait avec avidité, une envie qui faisait plaisir à voir quand on la connaissait si terne depuis son séjour sur cette île.

Alors qu’ils continuaient leur marche, de la musique s’élevait d’une des grandes maisons, où des personnes s’affairaient autour. Curieuse par le bruit, Cassidy prit la main de Tristan tout en mettant son sachet dans sa sacoche en bandoulière qu’il gardait avec lui et entra à l’intérieur. C’était une petite troupe qui se produisait et des gens dansaient… enfin… surtout des couples mais Cassidy ne tilta pas vraiment. Ses yeux noisettes brillèrent d’excitation alors qu’elle tira Tristan par la main tout en le regardant.

« Viens ! J’ai bien envie d’essayer ! »

Comme elle semblait vraiment enthousiaste, le Drakkari se plia de bonne volonté et après avoir posé leurs manteaux et affaires à l’endroit prévu, ils se rendirent sur la piste de danse. Cependant, alors que Cassidy commençait à prendre les mains de Tristan et faisait des pas maladroits, elle se rendit compte qu’elle lui marchait sur les pieds au final et son sourire se mua en une expression de gêne après quelques pas seulement.

« Heu désolé… on peut arrêter hein… c’était… ridicule de ma part… »

Elle se sentait un peu piteuse mais le beau Drakkari, maintenant qu’il était là, ne s’arrêta pas et lui montra comment elle pouvait poser ses pieds sur les siens et qu’il la guiderait. Cassidy finit par obéir, non sans une certaine hésitation. Finalement cela se passait plutôt bien. Elle grimaça un instant, un nouveau flash apparaissant dans sa tête alors qu’elle colla cette dernière contre le torse à Tristan. Finalement, après un moment, le mal de tête passa et elle se débrouilla de mieux en mieux, finissant par compléter parfaitement les pas de Tristan. Elle avait un bras dans le dos du jeune homme et l’autre qui la guidait alors qu’il la faisait tournoyer lentement sur elle-même. La petite mage le regardait et souriait timidement. Plus rien ne comptait à part lui et elle, juste sur cette piste de danse alors qu’ils étaient un peu plus collés l’un contre l’autre, favorisant les contacts.

La musique finit par s’arrêter alors qu’ils semblaient se dévisager, elle clignant des yeux comme si elle se rappelait de quelque chose et ouvrit la bouche pour lui en faire part. Mais on ne lui en laissa pas le temps.

- Mesdames et Messieurs, nous avons trouvé notre couple gagnant ! Applaudissez bien fort le Drakkari et la petite demoiselle blonde !

Au départ, Cassidy n’avait pas tilté. Et elle ne comprit pas pourquoi tout le monde les fixait en applaudissant. La jeune femme finit par sursauter un instant en écarquillant les yeux puis en devenant bien rouge.

« Couple ?! »

On les invita à monter sur l’estrade alors que le présentateur les mit sous les feux de projecteur alors que Cassidy cherchait plus à se cacher derrière Tristan, marmonnant qu’elle était désolée, qu’elle ne pensait pas mal faire, qu’elle ne savait pas, tout en se cachant derrière l’imposante silhouette du Drakkari. On leur paya alors les consommations, pour les récompenser de leur prestation. Tristan avait été très ferme là-dessus et commanda pour Cassidy une boisson légère et surtout pas alcoolisée. La pauvre continuait de s’excuser en boucle mais elle finit par s’arrêter alors que le jeune homme l’apaisa.

Ils finirent par ressortir, le rouge aux joues, puis, Tristan la conduisit vers une petite place dallée avant de la faire asseoir sur un banc. Il lui expliqua qu’il devait faire un truc et qu’elle pouvait attendre ici en mangeant des biscuits et qu’il ne serait pas spécialement long. Elle le regarda s’éloigner, pensive. Quelques minutes passèrent et alors qu’elle avait le nez dans ses biscuits, la demoiselle releva la tête lentement, ayant une impression bizarre. Elle se redressa et se dirigea vers une ruelle sombre et discrète.

Contre un mur, se trouvaient trois lascars en train d’embêter une fille, sortant toutes sortes de paroles crues. Cassidy se figea sur place. Le ton monta d’un cran, la fille commençait à taper ses persécuteurs qui ne voulaient pas la laisser partir. Cassidy regardait la scène sans réagir, sans savoir quoi faire exactement même si ça la dérangeait et lui faisait quelque chose. Elle recula d’un pas, voulant repartir discrètement mais ses jambes engourdies se dérobèrent et elle tomba contre une petite caisse, faisant du bruit et attirant l’attention. Au moment où les trois hommes tournèrent la tête pour analyser la provenance du bruit, l’autre fille profita de cette occasion pour se faufiler entre eux et déguerpir vite et loin !

Ils pestèrent mais en apercevant Cassidy, les hommes s’approchèrent d’elle. La pauvre était paralysée, sans savoir pourquoi. Elle devait se défendre ! Elle savait le faire non ? C’est à ce moment là que l’excès de magie utilisé ces derniers temps eu raison de son corps et alors qu’elle se redressait faiblement, voulant retrouver Tristan, une grande sensation de froid l’envahit et elle retomba au sol, inerte.

- Bon au moins on aura moins de problèmes avec celle là !
- Oui ! En plus elle est bien fichue ! J’ai hâte de la déshabiller pour en voir un peu plus !
- Ramassez là on va la trainer jusqu’à l’entrepôt, personne ne verra rien.


Oh et pourtant, la petite mage ne resta pas seule bien longtemps puisque Tristan, qui avait certainement senti le danger, était revenu bien vite. Après avoir réglé son compte aux trois vilains, il prit Cassidy dans ses bras et constata que sa peau était gelée malgré la présence de ses vêtements chauds. Apparemment non… Cassidy ne pouvait pas toujours se défendre toute seule et il venait de l’apprendre à ses dépens.

Il retrouva rapidement Alanir et Eleyna, transportant toujours la petite mage, alors que ceux-ci n’étaient pas loin d’une boutique de vêtements et qu’Eleyna insistait pour qu’Alanir mette une certaine chemise qui le mettrait en valeur. Mais lorsque le dragon sentit la présence des deux autres, il eut à peine le temps de se tourner pour voir la petite mage pâle dans les bras de Tristan.

- Cassy !

Alanir s’approcha d’eux, inquiet, suivi par Eleyna.

- Qu’est-ce qui… qu’est-ce qui s’est passé ?

Il avait posé une main sur le front de la jeune femme et grimaça. Tristan s’expliqua rapidement et Alanir se crispa en marmonnant quelques paroles.

- Fallait bien que ça arrive maintenant ça…

Au regard interrogateur des deux autres, le dragon se passa une main dans les cheveux, ennuyé de devoir parler de ça maintenant même si il parlait à voix basse pour ne pas que les passants ne l’entende.

- Cassy… Cassy a toujours eu du mal à récupérer de sa dépense magique… Du moins… depuis qu’on est passé sur cette île. Malgré tous les efforts qu’elle faisait, elle avait toujours des malaises quand elle en faisait trop ou ne prenait pas le temps de se reposer. J’étais… chargé de la ramener… quand… ça lui arrivait. Je pense… qu’elle a utilisé pas mal de magie ces derniers temps enfin surtout… et puis elle en a fait qu’à sa tête comme d’habitude, c’est pas une révélation ça.

Il se frotta la tête, gêné.

- Mais elle devrait pouvoir s’en remettre. Faut juste qu’elle se repose et évite d’utiliser la magie pendant une journée et ça ira mieux !

Finalement ils décidèrent de rentrer, ne pouvant pas se permettre de rester ici. Comme Alanir ne pouvait pas la prendre en selle, il avait été dit que Tristan la prendrait devant lui sur sa monture.
Rentrant à l’appartement très discrètement pour ne pas attirer l’attention, la demoiselle fut déposée sur le lit où elle commençait à retrouver des couleurs. Elle se réveilla en milieu d’après midi, marmonnant un coup en se tenant la tête puis cligna des yeux pour constater que Tristan se trouvait à côté d’elle. Elle ne semblait pas être surprise d’avoir fait un malaise et le regarda un peu honteuse de l’avoir fait s’inquiéter pour ça.

Finalement, elle se releva avec l’intention d’aller dehors pour prendre l’air. Tristan insista pour la suivre, ne voulant pas la laisser toute seule et surtout la surveiller pour qu’elle ne fasse rien d’imprudent ! Après tout, elle avait toujours été comme ça. Mais il semblerait que Cassidy avait retrouvé des forces, bien plus rapidement que nécessaire, même si elle se faisait vraiment très sage, se contentant de marcher, d’aider les habitants avec Tristan. Ils firent une pause un moment.

Elle était assise sur une grosse caisse et croquait une pomme, pensive. Un couple passa pas loin d’eux et la petite demoiselle les regarda un instant, se crispant et paraissant très mal à l’aise en les regardant si rapprochés l’un de l’autre. Elle ramena une de ses mèches en arrière et jeta un coup d’œil à Tristan tout en prenant un air triste et plongeant son regard dans sa pomme.

« Au fait, à propos de ce que tu m’as dis la dernière fois… sur cette fille… tu me fais penser un peu à moi au final… Pas le droit d’aimer et… l’impression permanente de décevoir la personne qui comptait à nos yeux. L’impression de ne pas être à la hauteur… je suis comme toi. Cette personne que j’ai abandonnée… je me rappelle avoir eu beaucoup de… respect pour lui. C’était un homme drôle… attentionné… serviable et… sacrément fort même si il faisait tout pour que je n’en sache rien, il avait une énorme faiblesse. Je voulais l’aider mais je me sentais inutile… Il disait… qu’il suffisait que je sois là pour aller bien, pour être heureux. En fait je pense que malgré toutes mes bêtises que j’ai du faire, il ne m’a jamais rien reproché… je n’aurais jamais compris pourquoi… »

Elle fit un drôle de sourire triste en balançant ses jambes en avant et en croquant un nouveau morceau de sa pomme.

« Oh et surtout ! il avait l’art et la manière de dire des choses qui portaient à confusion et à cette époque, je me mettais dans tous mes états, interprétant mal ses maladresses. Il y avait autre chose aussi… quelque chose qui se mettait entre nous… quelque chose qui me dérangeait mais j’ai le sentiment que ce séjour sur cette île m’a tellement fait culpabiliser, j’ai eu le temps d’y réfléchir maintes et maintes fois que je me suis dis que si jamais il me pardonnerait, si jamais il m’acceptait encore une fois malgré le fait que je sois partie sans rien dire, sans le prévenir eh bien… peu importe ce malaise, je l’accepterais définitivement et je ferais tout pour me rattraper de tout ce temps perdu… même si au final il n’y a que quelques jours qui sont passés. Je voulais juste… le revoir sourire… lui dire que tout allait bien et que j’étais là maintenant… fin… ma mémoire a un peu sautée avec l’accident et je suis incapable de savoir où il est et ce qu’il fait. Mais je pense que si vraiment il ne m’en voulait pas… peut être qu’il se serait manifesté. Sauf si il ne sait pas où je me trouve pour l’instant… »

Elle déglutit un moment avant d’avoir un rire bizarre, crispé.

« Par contre, je t’ai parlé d’Erwan la dernière fois mais… disons que ce que je ressentais pour Erwan était bien en-dessous de ce que je ressentais pour cet autre homme. C’était bien plus fort… bien plus… »

Ses yeux brillaient et elle râle comme quoi elle avait une poussière dans l’œil avant de reprendre un œil plus sérieux et menaçant Tristan avec sa pomme.

« Ah mais toi par contre ! J’ai cru… que j’allais te gifler hier pour tes paroles ! Pas la mériter ? Faut que t’arrêtes ! Personne n’est parfait et tout le monde fait des erreurs ! Les couples parfaits ça existe pas ! Ou rechercher la perfection ça te ronge de l’intérieur ! Et puis tu l’as frappé ? Tu lui as dis des choses méchantes ? T’as abusé ? T’as pas l’air d’être le genre de gars capable de ça… et si tu trouves que tu lui as quand même fait du mal… bah je sais pas mais son avis est aussi important, si vraiment ça allait pas elle t’en aurait parlé non ? Ou peut être que c’est juste que tu manques de confiance en toi tout simplement. Mais surtout y a toujours une solution, alors je suis sûre que tu peux faire en sorte de la mériter… »

Elle secoua la tête, ayant parler d’une traite, défendant cette fille qu’elle ne connaissait même pas.

Cassidy semblait hésitante et se tut un instant, indécise sur ce qu’elle allait dire.

« Par contre s’il te plaît… je ne pense pas que tu l’ai perdu cette fille… tu l’auras véritablement perdue… quand tu arrêteras de croire en elle. »

Sur cette phrase énigmatique elle lança le trognon de pomme dans une poubelle à côté d’elle puis courut dans l’énorme allée pour aller voir des enfants qui faisaient une bataille de boules de neige et demanda à se joindre à eux, le temps que Tristan digère tout ce qu’elle venait de lui dire. Elle avait l’air de bien s’amuser, de tirer la langue et se conduisait comme une véritable gamine. Il finit par les rejoindre et surtout attrapa la petite mage au moment où elle voulait utiliser la magie pour faire un bonhomme de neige puis lui montra comment il fallait faire avec les mains. Les enfants riaient, Cassidy le regardait faire avec beaucoup d’intérêt même si elle grimaça un instant avant de porter la main à son front.

Puis ils partirent repartir et s’occupèrent différemment en cette fin d’après midi avant de prendre le repas.

Un peu avant le coucher, Tristan était sorti sur la terrasse et regardait les étoiles. Tout doucement, Cassidy était venue le rejoindre et s’adossa à côté de lui. Autre chose avait attiré son attention. Hésitante, elle resta au départ silencieuse, avant de poser une question qui lui brûlait les lèvres, surtout qu’Alanir lui avait fait un peu peur.

« Au fait… tu t’es pas transformé en dragon depuis un moment non ? Tu penses pas… que tu devrais le faire ? Alanir dit que c’est pas bon de rester toujours en humain pour un dragon alors… »

Il se crispa et lui répondit qu’il ne pouvait et ne voulait pas pour l’instant, que c’était dangereux pour tout le monde. Elle sursauta et le regarda très sérieusement, inquiète pour lui.

« Alors tu vas attendre d’avoir mal pour ne pas que les autres soient en danger ? Pourquoi… je m’inquiète pour toi ! Et si il t’arrivait quelque chose ? Si… je veux pas que tu… enfin… écoute… dis moi ce qui va pas… je veux te soutenir… je veux t’aider… »

Le jeune homme répondit uniquement, comme quoi il allait bien et qu’elle saurait tout au moment voulu. Cassidy serra un peu plus la barre de bois dans sa main, détournant le regard pour regarder les étoiles, soupira un instant puis se fit plus neutre.

« D’accord… »

Net instant de silence alors que la neige tombait en flocons devant eux.

« Alors si jamais il t’arrivait quelque chose… si jamais je sens que ça ne va pas… alors j’utiliserais tout ce que j’ai dans le ventre pour te sortir de là. Et tu ne m’empêcheras pas ! Je t’ai dis que je ne t’abandonnerais pas et j’ai le sentiment que tu n’es pas toujours sincère quand tu souris… c’est comme si je savais que ça allait pas aussi bien que tu cherchais à le montrer. Me demande pas pourquoi mais je le sens, je le sais. Mais je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. Parce que… parce que… »

Elle ferma les yeux, tremblant fortement, comme si elle se retenait de dire quelque chose. Se mordant la langue, elle sentit le gout âcre du sang dans sa bouche.

« Ce monde n’aurait plus d’intérêt si tu venais à disparaître !!! »

Cassidy rouvrit les yeux, surprise d’avoir prononcé ces paroles qu’elle pensait si fort mais sans vouloir les dire. Elle paniqua, ne le regarda pas, honteuse et craignant certainement la réaction du Drakkari. Elle craignait qu’il ne se pose trop de questions, elle craignait qu’il s’éloigne d’elle mais elle ne lui laissa pas l’occasion de dire quoi que ce soit alors qu’elle tournait déjà les talons d’un pas énergique.

« Pardon… jvais prendre l’air, ça me fera du bien et t’inquiètes pas je vais pas loin »

Sur ce, elle commença à se diriger vers la sortie.
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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Feuille de personnage
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mar 17 Juin - 12:25

Apparemment, ses pierçings n’étaient pas au goût de la petite mage. C’était bien dommage pour ce qu’ils représentaient et il en était un peu attristé, tiraillé entre cette vieille promesse qui s’était rappelée à lui ces derniers temps et l’envie de faire plaisir à la petite mage. Pourtant, il y avait toute une symbolique derrière et si elle avait autant voyagé que lui vers le sud-est, son jugement aurait probablement été différent. Pour elle, cela lui rappelait sans doute un peu trop l’homme peu recommandable qui avait plus que certainement eu des propos déplacés à son égard. Alors que lui y voyait tout autre chose. Faire tinter doucement les anneaux à ses oreilles lui remémorait l’odeur du sable brûlant, la température étouffante du désert des sables qu’il avait traversé, ses combats et entrainements dans un environnement bien trop chaud par rapport à ce qu’il avait connu, ce qui le rendait lent et maladroit. Il se souvenait de ces princes du désert aussi. Il y avait le peuple du désert et sa manière si particulière de vivre mais encore et surtout ces guerriers qui ne semblaient obéir à personne si ce n’est à leurs propres lois, protégeant leurs confrères, obéissant à leurs dieux… Chacun d’eux portait ces anneaux, peuple magnifique, guerriers plus trapus mais au charme certain, leur peau basanée, leurs yeux si sombres, leur courage arrogant. Ce n’était pas des Kaärs même si ceux-ci étaient très nombreux dans ces contrés. Il avait beaucoup appris à leurs côtés même si ça ne l’avait pas aidé à l’époque à revenir sur le droit chemin. Ces anneaux lui rappelaient ses aventures là-bas et sa promesse aussi…

Le soir-même quand il était venu la retrouver, il avait vu son adorable minois s’éclairer d’une joie sincère bien que timide en constatant qu’il avait retiré ses anneaux. Il avait souri doucement. Après tout… il voulait quand même lui faire plaisir. Mais alors qu’elle venait se blottir contre lui, il se permit de dire quelques mots.

- La dernière fois, je ne les ai pas enlevés parce que tu n’avais pas été claire et sincère avec moi. Aujourd’hui tu m’as clairement dit que ça ne te plaisait pas. Ca me suffit.

Rien de plus alors qu’il détournait pudiquement les yeux même si dans la semi-obscurité de la chambre ce n’était que peu utile puisqu’il était celui des deux qui y voyait le mieux à n’en pas douter. Elle n’avait rien dit, mais il avait senti sa main se serrer et se desserrer doucement sur son torse.

Il y avait ensuite eu cette curiosité charmeuse qui la caractérisait tant qu’elle avait manifesté vis-à-vis de la selle, ses questions posées à Alanir, la disparition de la selle qui avait « attaqué » Tristan. Bien sûr, elle, elle n’avait pas compris. Lui si et il l’avait observée s’éloigner avec la si désagréable impression amère que laissait le mensonge et la trahison. Mais que pouvait-il dire et faire à ce moment-là ? Elle progressait… mais elle n’était pas prête. Néanmoins son enthousiasme faisait plaisir à voir et il se sentait tout drôle de son attention envers ce fragment de leur passé commun.
L’après-midi avait été très agréable bien que bien plus aventureux et il lui avait fait découvrir avec un entrain sincère bien que canalisé une activité qu’il était certain qu’elle n’avait jamais réalisée jusqu’alors. C’était un peu le but non ? Lui faire découvrir quelque chose. Titiller sa curiosité pour la pousser à redevenir plus Cassidy…

Mais l’activité était dangereuse. Non pas qu’elle risque réellement quelque chose, il la surveillait et s’était encordé avec elle pour la retenir si elle chutait mais il y avait eu de multiples contacts. Tout d’abord ceux pendant qu’il lui expliquait comment positionner son corps par rapport à la surface glacée, le plus proche possible pour que ce soit plus simple. Il y avait eu les effleurements, les moments où elle s’appuyait contre lui alors qu’il lui montrait comment doser sa force de tenue etc. Mais le plus flagrant bien sûr, le plus troublant, avait été lorsqu’elle avait chuté. Ce n’était pas de sa faute ! Elle s’en sortait très bien, mieux que bien même ! Il l’avait beaucoup observé pendant leur entrainement ensemble, elle s’était tellement fortifiée et renforcée qu’il pouvait lui proposer une telle activité. Mais elle dépassait de loin ce qu’il attendait d’elle. Elle apprenait vite et bien, l’écoutait avec attention, testant, tentant. Il pensait bien qu’elle y arriverait mais surtout qu’elle progresserait moins vite. Or elle n’avançait certainement pas comme une débutante.

Ce n’était pas sa faute si sa prise avait lâché, c’était les risques à escalader une chute gelée !
Mais ils étaient encordés, elle ne tomberait pas beaucoup, il n’avait qu’à s’accrocher fermement pour éviter de chuter à son tour et l’aider à remonter lentement. Elle ne risquait rien. Alors pourquoi avait-il tendu ses muscles et un bras derrière lui, légèrement sur le côté pour la saisir au vol et la ramener à l’abri, dos contre la paroi gelée, face à lui ? Elle n’était pas en danger alors pourquoi prendre ce risque. C’était elle qui venait de se faire une belle frayeur, pourtant ils haletaient légèrement tous les deux alors qu’il la pressait, plus que de nécessité, de son corps contre la paroi. Rassurant, il s’enquerrait déjà de son état, lui assurait que c’était très bien, l’encourageait à continuer. Elle rougissait. Il la trouva mignonne… Ils reprirent l’ascension pour une vue à couper le souffle !

Ils restèrent silencieux, étrangement contemplatifs tous les deux, sans doute heureux de l’effort fourni et de cette récompense très particulière qui leur était ainsi offerte et ne devait pas être accessible à grand monde tant les rochers étaient escarpés sur le flanc enfoncé de la colline d’où s’échappait la cascade.
Quand ils rentrèrent et qu’elle lui prit la main, il sourit et ne la retira pas. Il ne répondit pas à ses paroles, se contentant d’un sourire d’ange qui valait franchement le détour et la récompensait probablement de sa patience avec lui…
Mais il se reprit bien vite de sa gêne et de ses joues légèrement rosies par le plaisir en parlant de ses capacités à progresser et d’une prochaine sortie plus longue mais qui offrirait probablement une vue encore meilleure ! Etait-elle dupe de son changement de sujet ? Probablement. Ils étaient bien naïfs et faibles tous les deux sur ce terrain.

Et puis elle avait appris la vérité…

Elle lui tournait le dos alors qu’il l’observait, en retrait, de quelques pas. Il avait senti la tension chez la petite mage alors qu’ils marchaient un moment pour s’éloigner, parce qu’elle voulait discuter. Il s’attendait à ce qu’elle lui dise qu’elle ne voulait plus dormir avec lui, une banalité du genre mais qui, il le savait, l’aurait blessé au fond. Mais apprendre qu’elle savait pour lui… Non, ça il ne s’y attendait pas et ne sut évidemment pas comment réagir face à telle annonce. Oui, en retrait derrière elle, il accusait le coup. Elle ne parlait pas méchamment, pas avec colère, pas avec rancune, juste avec inquiétude. Mais cette inquiétude aussi le blessait. Il n’allait pas lui faire de mal. C’était de ça qu’elle s’inquiétait ? Qu’il en ait après elle ? Il avait combattu un dragon, enfin un monstre ayant la forme d’un dragon pour elle ! Il avait eu l’occasion mille fois de lui faire du mal, si elle s’inquiétait pour cela… C’était douloureux. Pourtant, il se trompait complètement. Elle avait juste, probablement, peur d’apprendre que c’était vrai, que leur différence était plus important que ce qu’elle pensait mais encore et surtout… que tout ce qu’elle avait dit sur les dragons avait sans doute été très mal pris par le jeune homme. Ce n’était pourtant pas le cas…

Mais l’implication de la jeune femme, la puissance de son engagement, la douceur de son indulgence, ses paroles, toutes ses paroles si porteuses de sens auraient fait plaisir à Alanir qui craignait tant qu’elle ne redevienne jamais elle-même, même si évidemment elle progressait. Il aurait dû être touché par ses mots. Par cette implication, par cette passion qui l’animait. Il l’était. Mais ses larmes l’horrifiaient. Elle pleurait. Il détestait la voir ainsi. Il lui demanda d’arrêter, suppliant mais elle n’y parvint pas. Seules ses lèvres sur les siennes parvinrent enfin à sécher ses larmes alors qu’elle semblait surprise, le manifestant par un léger frémissement, de son geste. Ca n’avait pas duré longtemps et pourtant ils étaient tous les deux troublés. Quelques mots pleins de sens de la part du jeune homme, des remerciements et tout bascula… ENCORE !

Cette fois c’était une horrible et monstrueuse tempête de neige qui se finit rapidement fort heureusement car elle aurait pu durer des jours comme c’était parfois le cas mais dans ces conditions, ils avaient le temps de se préparer à la cité. Tristan et Cassidy s’était quand même un peu éloignés et ils durent courir à en perdre haleine pour précéder la tempête et lui échapper. C’était normal qu’elle ne voit rien, ne sente rien. Lui-même avait peiné à le remarquer et pourtant, son don de l’air lui donnait constamment des allures de station météo ! Il n’avait pas vraiment réfléchi à la portée que pouvaient effectivement avoir ses paroles sur la petite mage quand il lui ordonna d’aider les autres. C’était si simple et logique dans son esprit, mais elle avait changé, l’espace d’un instant, il l’avait oublié alors qu’il essayait de sauver leur vie… Heureusement qu’elle l’écouta car sans elle ça aurait été perdu d’avance. C’est très rapidement qu’il avait rejoint l’arbre en sachant pertinemment que ce qu’il allait faire était stupide et dangereux, qu’il risquait d’inquiéter tous ses amis, et s’il comprenait bien, de l’inquiéter elle. Mais il était question de la survie de tout le monde. Alors que l’arbre puisait son énergie bien trop vite, surtout pour son corps affaibli, il regarda, tout ce qui se passait autour de lui, comme au ralenti. Il y avait l’agitation de tous, les cris, les pleurs tandis que quelques meneurs organisaient les relais magiques. Il vit quelques mages peu doués déjà épuisés se redresser, revigorés en sentant sa magie qui se dispersait partout dans le sol. Non, pas sa magie, son énergie. Les femmes emmenaient les enfants à l’abri dans des caves profondes prévues à cet effet. Ceux-ci pleuraient, effrayés même s’ils obéissaient. Les guerriers s’agitaient, renforçant les flancs escarpés de pierres dans le cas où certaines se décrocheraient sous l’impact et s’écraseraient dans la cité.
Et il y avait elle. Inimitable. Magnifique et effrayante en même temps.

Elle était toute seule dans son propre périmètre, couvrant la moitié du dôme à elle seule. C’était stupide et dangereux pour elle mais comment aurait-il pu le lui reprocher alors qu’il réalisait un acte du même calibre ? Au moins aurait-il une excuse pour échapper à son courroux, si elle tenait le coup. Mais de toute manière, l’un comme l’autre, ils n’avaient pas le choix. Dès l’instant où ils avaient fait partis de cet endroit, où elle avait aussi décidé de le protéger lui, ils s’investissaient trop, se mettant en danger, comme toujours. Ce n’était pas une habitude qui changeait, même si elle, justement, elle avait changé. Il l’observa jusqu’au dernier instant. Ses yeux devenus dorés, ses cheveux qui voletaient autour d’elle, défiant la gravité sous l’effet de sa magie si puissante, le dôme qui se formait, si résistant et tellement plus vite que celui crée par tous les mages en état de la cité. Elle était si forte. Elle l’était tellement devenue oui. Comment pouvait-elle craindre quoi que ce soit ? Rien ni personne ne pouvait rivaliser à ce niveau, du moins c’est ce qu’il croyait, se souvenant douloureusement de son propre double et de sa puissance. Se souvenant du dragon, qui lui ressemblait tant, qui l’avait attaquée et qui avait voulu la tuer. Ce n’était clairement pas le moment pourtant, il sentit un liquide chaud couler sur ses joues. Ce n’était pas du sang, celui-ci glissait des plaies provoquées par les épines, c’étaient des larmes évidemment. De frustration et de honte. De désespoir aussi. Finalement, quoi qu’il fasse, ce n’était jamais suffisant, ou bien… il arrivait trop tard.

Mais qu’elle était belle ainsi, sous l’éclairage réduit à cause de la tempête qui s’abattait déjà sur le dôme, qui frappait alors qu’elle tenait bon. Elle rayonnait de puissance, elle était dans son élément, impressionnante, tellement impressionnante. Il sourit doucement en articulant son surnom tout bas puis les ténèbres s’abattirent sur ses yeux, le plongeant dans le noir et sur chaque centimètre de son corps, le tirant sournoisement dans l’inconscience.

Alors forcément, du reste, il ne sut rien. Ce n’était pas une semi-inconscience dans laquelle il aurait pu être le témoin éloigné de ce qui se passait autour de lui et privilégié de l’attention que lui portait son entourage et en particulier une petite mage sévèrement chamboulée ! Mais il était totalement inconscient, vraiment, c’est pourquoi il grimaça, perdu, ne trouvant pas ses repères, se guidant sur la voix de la petite mage, se rendant compte qu’il était sur un lit, les mains et les jambes entourées de bandages. Elle lui parlait… Elle était encore en un seul morceau. Contrairement à lui. Rassurant… Oui, c’était rassurant, il s’en sentait déjà mieux d’ailleurs !!!
Même si bien sûr, il n’y avait pas de quoi se réjouir car il savait qu’elle en avait trop fait aussi. Qu’elle avait accompli un acte magique qui nécessitait, pour le même rendu, énormément de mages.
Pauvre Alanir et Eleyna qui avaient, eux, assisté à la détresse de la jeune femme et ne pouvaient certainement pas facilement l’oublier. Certes, cela montrait ses sentiments envers le jeune homme, des sentiments pas toujours simples, qui la torturaient mais des sentiments justement !

Elle était si prévenante avec lui, restant à ses côtés plus que de raison sans prendre de repos alors qu’elle en avait tellement besoin. Il ne sut rien de ce baiser qu’elle lui volait,  ce n’était sans doute pas plus mal.
Finalement, il avait ouvert les yeux, perdu oui, cherchant ses repères dans cette chambre qu’il « retrouvait » ces derniers jours avec la demoiselle. Elle était là, tout près de lui, plus pâle que lorsqu’il l’avait vue, plus tôt, dans la journée, avant l’incident. Il se redressait déjà un peu inquiet, se figeant, troublé de leur proximité alors qu’ils avaient déjà été bien plus proches que ça.  
Elle était figée, tenant son bracelet. A cause de la bague évidemment. Cela le peinait, bien plus qu’il ne l’aurait cru. Bien sûr, lui n’avait pas oublié et il n’avait pas le droit de lui reprocher de ne pas se souvenir car elle n’avait en rien choisi d’être dans cet état… C’était de sa faute après tout, il « aurait dû » être à ses côtés de ce qu’il en avait compris. Mais ça le rendait triste cette histoire.
C’est avec beaucoup de précaution qu’il avait sorti le bijou, drôlement lourd qu’elle avait fait confectionner pour lui, sa simplicité s’opposait à la complexité de celle qu’il lui avait offerte, mais il ne l’en trouvait que plus belle, les fins mais élégants dessins entrelacés sur le métal précieux lui rappelant la demoiselle, sans qu’il ne sache trop pourquoi.
Il lui en avait parlé, pour qu’elle comprenne un peu, s’exprimant sur un amour qui sonnait beaucoup comme « passé » dans sa bouche. Néanmoins, il parlait avec précaution, surveillant ses réactions mais cela ne semblait pas évoquer grand chose chez la jolie demoiselle. Non… Elle ne se sentait pas concernée. Normal… Elle ne se souvenait pas…
Peut-être que si elle avait parlé à ce moment là, ça aurait été plus simple mais il ne tirait aucune réaction, du moins le pensait-il.

Il était rassuré de la voir près de lui et en forme même si elle était pâle et qu’il craignait un peu pour sa santé. Elle faisait tant comme si de rien n’était. Un rappel s’imposa à son esprit. La jeune femme avait passé un an à s’entraîner d’arrache pieds et à beaucoup souffrir pour en arriver à ce niveau. Il devait arrêter de penser qu’il pouvait et devait la protéger alors même qu’elle était totalement apte aujourd’hui à se débrouiller seule, peu importe la situation. D’ailleurs elle le prouvait à cet instant. Ils avaient probablement fait la même performance plus tôt dans la journée. Sauf que lui n’avait pas tenu tandis qu’elle… eh bien elle tenait le choc. Elle l’avait dépassé et de loin. Bizarre ce goût amer qu’il sentait dans bouche, âcre peut-être, sans doute celui du sang, il avait dû se mordre pendant sa « bêtise ».

Il ne savait pas trop pourquoi ni quand il avait bougé mais il la tenait dans ses bras avant même de s’en rendre compte et ne sut pas comment réagir à son propre geste. C’était agréable, doux. Son parfum avait changé, il l’avait tout de suite remarqué ça. Mais ça ne le gênait pas vraiment. Elle sentait toujours un peu les fleurs mais c’était un peu plus… épicé. Sans doute parce qu’aujourd’hui sa peau avait davantage l’odeur du soleil que celle des livres. Il pencha doucement la tête, la perdant dans son cou, tenté un instant d’y déposer ses lèvres. Un très court instant.
Qui fut heureusement interrompu par Alanir et Eleyna qui venaient s’enquérir de l’état du jeune homme. Il s’était levé pour les rassurer, très vite éloigné de la petite mage, un peu trop vite d’ailleurs, comme l’aurait fait un petit garçon pris en faute, les yeux baissés face à l’adulte autoritaire. Il s’agitait, cela n’était pas trop au goût d’une certaine demoiselle qui prenait très au sérieux son rôle de garde-malade et s’empressa de le menacer pour qu’il retourne au lit. Mais elle n’en avait pas besoin, il hochait déjà docilement la tête en remontant sur « leur » lit, frottant sa nuque et ébouriffant ses cheveux avant de s’allonger en s’étirant, la gratifiant d’un « Oui madaaaame » qui se voulait juste un peu taquin.

Il ne fit même pas attention aux regards surpris que les deux comparses leur lançaient et posaient surtout avec insistance sur la petite mage transformée en parfaite petite infirmière. Ils cherchèrent à manger, leur rapportèrent et elle voulait même l’aider à manger alors qu’il était parfaitement capable de se nourrir seul. Il accepta néanmoins à la condition qu’elle mange aussi avec lui, rechignant dès qu’elle faisait mine de le « nourrir » sans s’être servie de son côté. L’idée du ragoût était excellente mais que dire de ces incessants baisers détournés par le biais d’une cuillère alors ? Ca non plus ils ne semblaient pas s’en rendre compte. Enfin ils ne le montraient pas, parce que le jeune homme pour sa part en avait parfaitement conscience.
Néanmoins, la remarque de la demoiselle comme quoi elle serait son infirmière le fit tiquer et le naturel revint rapidement alors qu’il riait, sincère.

Wah ! Une infirmière sexy pour moi tout seul ? J’en ai de la chance.
Il ne dit rien de plus, elle ne sembla pas choquée de ses paroles mais à vrai dire, il ne voyait pas toujours son visage, surtout quand elle ne le regardait pas. Il ne comprit pas ce qu’elle faisait quand elle farfouilla dans les placards. Alanir passa pour lui faire sa piqûre alors qu’il la surveillait depuis le lit, ne disant rien mais rechignant mentalement, parfaitement capable pour sa part de la faire cette piqûre !
Et l’instant d’après elle parlait de… massage !!!! Surpris, le jeune homme ne bougea pas, campé sur place ne sachant quoi répondre. Puis il se trouva un peu, rougi, détourna la tête, lui assura que ce n’était pas nécessaire, qu’il allait très bien, que ce serait plutôt à lui de le faire vu comment elle s’occupait de lui mais elle insistait et était toujours aussi tête de mule quand elle s’y mettait. Il finit par enlever sa tunique, se mettant torse nu et se glissa sur le ventre. Elle avait raison, il était tendu et pas qu’un peu, chacun des muscles de son dos tendu par des courbatures qui ne dataient probablement pas que de l’incident du matin. Il avait croisé les bras sous sa tête tournée sur le côté, fixant la grande baie vitrée dont les rideaux n’étaient pas encore tirés, leur reflet y apparaissant légèrement. Sauf qu’à peine posait-elle les mains sur lui qu’il se crispa et enfonça sa tête dans l’oreiller en étouffant un grognement. Elle retira immédiatement ses mains, probablement inquiète de lui faire mal alors qu’elle faisait attention et justement, y mettait vraiment beaucoup d’application et de douceur. Elle frotta ses mains l’une contre l’autre en lui demandant, heureusement, à mi-voix, probablement un peu blessée si elle avait les mains froides. Il valait mieux croire cela plutôt que ses gestes ne plaisaient pas au jeune homme. Il retourna la tête sur le côté, un peu plus, essayant de la regarder directement. Il semblait surpris, secouant vivement le visage de gauche à droite.

- Hein ? Euh… Non… Non pas du tout ! C’est juste que…

Il remit sa tête sur l’oreiller, évitant de la regarder, les joues de nouveau légèrement roses.

- J’… J’aime bien… C… C’est tout…

Elle n’avait rien dit, ne le gênant pas davantage mais ses mains s’étaient rapidement de nouveau posé sur son dos alors qu’elle reprenait cette caresse apaisante. Il ne dit rien de plus non plus, pourtant, dans le reflet de la vitre, il aurait juré l’avoir vue sourire. Cette pensée l’apaisa presque autant que le massage qu’elle lui prodiguait et elle le détendit très rapidement. Il somnolait mais ne s’était pas endormi lorsqu’elle s’arrêta, les yeux mi-clos, un sourire ravi aux lèvres. Il ne la vit pas se déshabiller et ce n’était pas plus mal mais lorsqu’elle le rejoignit, il se retourna doucement pour la prendre entre ses bras, embrassant son front dans un geste impulsif bien que doux, caressant son dos en remontant la couverture sur eux, soufflant un « merci » à mi-voix avant de s’endormir.

Elle avait assurément besoin de repos après son exploit de la veille et n’en avait certainement pas pris, à un seul instant tandis qu’elle veillait sur lui. Il ne fut pas surpris donc de se réveiller le premier, bien avant elle.
La demoiselle s’était blottie contre lui, comme avant. La tête contre son torse, une de ses mains reposant doucement sur ses pectoraux, elle la bougeait très légèrement par petites crispations pendant son sommeil. Il la regarda avec douceur, souriant, caressant doucement ses cheveux qui s’étalaient en corolle d’or autour de son visage. Ses doigts glissèrent jusqu’à son front puis son oeil serti d’une cicatrice. Elle s’estompait, il le voyait bien, ça lui faisait plaisir. Il en suivit délicatement le contour du bout des doigts, l’effleurant à peine. Elle avait eu tellement de chance de ne pas perdre un oeil, la griffure était profonde pourtant. Il pencha la tête, s’étirant la nuque au point de se faire un peu mal mais déposa quand même ses lèvres, tout en douceur sur l’ancienne blessure, priant les dieux qu’un jour, elle disparaisse complètement. Du moins, il avait envie de l’espérer. Un si joli visage ne devrait être marqué que par les cernes d’une longue nuit de passion, par les marques laissées par d’appuyés baisers et la couleur rosie d’une tendresse pudique. Par rien d’autre…

Dès qu’elle ouvrit les yeux, elle lui sourit et comme toujours, cette cicatrice disparut immédiatement au regard du jeune homme qui répondit aussitôt à son sourire. Ils étaient si proches l’un de l’autre. Ca n’avait rien de normal même s’ils essayaient de prétendre cette situation innocente. Elle aurait pu l’être. S’il n’y avait pas eu ces regards qui attendaient tant, ces gestes hésitants et presque immédiatement interrompus. Elle lui demandait déjà comment il allait et il se redressa sur un coude pour la regarder, lui faisant un sourire d’ange.

- D’après toi j’ai l’air d’aller mal ? Je suis en super forme… Grâce à toi, c’est certain.

Il évoquait son massage évidemment mais aussi toutes ses petites attentions et le fait qu’elle l’ait veillé toute la journée de la veille. Ils s’étaient levés et il l’attendait à la cuisine, discutant avec les deux autres qui étaient allés chercher des brioches et des fruits. Apparemment, ils dormaient toujours ensemble, ce qui surprenait encore pas mal Tristan. Après tout Eleyna n’était pas de celles qui se laissent facilement envahir et plutôt égoïste, elle avouait sans détour agir pour son propre bénéfice en général. Mais bon, tout le monde peut bien changer après tout.
Le geste avec la brioche n’échappa à personne. Tristan lui s’était un peu crispé de la voir ainsi détourner les yeux de lui mais quand elle partagea la brioche, il lui fit aussitôt un grand sourire en la remerciant bien qu’ayant toujours la désagréable impression d’être observé par le duo de choc.
Gestes devenus quotidiens par la suite, coiffer la belle demoiselle en prenant toujours grand soin de ses cheveux, et en multipliant plus que de raison les contacts sur son cou et le haut de ses épaules. Il lui proposa de lui faire une tresse courte pour la journée et elle accepta d’un mouvement de tête mais elle semblait ailleurs, il ne s’en formalisa pas et continua tranquillement de la coiffer, prenant son temps. Sa question par la suite enjoua tout le monde et c’est une véritable expédition qui se mit en place. Elle portait sa veste au moment de partir mais avait oublié l’écharpe qu’il s’empressa d’enrouler délicatement autour de son cou, remarquant son sourire penaud. Pendant une très courte seconde, il se demanda si la petite demoiselle ne faisait pas exprès d’oublier mais il n’y avait pas vraiment de raison pour qu’elle le fasse. Après tout, ça se saurait si elle cherchait à obtenir son attention et quelques gestes rien que pour elle, non ????

Par contre la difficulté d’Alanir pour monter à cheval et la finale décision qu’il suivrait par les airs fit bien rire tout le monde même si le grand dragon semblait un brin vexé. Pourtant, Eleyna alla lui tapoter le dos en lui faisant un sourire encourageant, lui jurant que ce n’était pas plus mal pour lui faire oublier l’incident alors même qu’elle se retenait à grand peine de rire et lui promettant de lui apprendre à monter à cheval dans les jours qui suivraient. Après tout, il voulait tant apprendre des humains que ceci serait une expérience supplémentaire non ?
Tristan fut surpris que Cassidy ne le suive pas néanmoins. Ca devait faire un moment qu’elle n’avait pas volé avec son dragon. Avant qu’elle ne change, le vol lui manquait rapidement or ça faisait déjà plusieurs jours qu’elle s’en privait. Il hésita à le lui dire puis renonça, ne voulant pas qu’elle le prenne comme un refus qu’elle chevauche avec lui et Eleyna.
Alanir devait être heureux de voler même s’il dut faire pas mal de cercles autour d’eux qui progressaient beaucoup moins vite. Tristan, devenu beaucoup plus sensible et très réceptif à ses pairs pouvait presque sentir la vitesse du vent sur son museau… Alors qu’il n’était qu’un humain justement. Du moins… depuis un bon moment déjà.

Très vite, lorsqu’ils furent arrivés, Tristan et Cassidy se retrouvèrent… tout seuls et si Alanir n’avait pas été aussi stressé de se retrouver seul parmi tant d’humains, encore maladroit avec les us et coutumes et si une certaine capitaine n’avait pas été un brin trop enjouée pour être qu’amicale en l’accompagnant, ils auraient franchement pu croire à un complot visant à les laisser seuls, à les presser un peu trop l’un vers l’autre. Tristan ne savait pas vraiment quoi dire ni quoi faire. Avant, ça aurait été simple. Avant qu’il ne change bien sûr. Mais surtout avant qu’ELLE ne change. Il n’était plus bien sûr de ce qui pouvait plaire à la demoiselle aujourd’hui et s’il devait contenir ses gestes, le fait d’être dans un milieu extérieur dans lequel on ne les connaissait pas multipliait les sources d’erreurs et de conflits qui pouvaient l’amener à énerver, lasser, ennuyer la demoiselle. Ils marchaient silencieusement l’un à côté de l’autre dans les ruelles de ce qui avait tout d’un village de carte postale de Noël pour n’importe quel terrien !
Ils visitèrent la petite ville ensemble, marchant sans se presser certes mais d’un bon pas puisqu’elle était devenue sportive après son année sur l’ile et que lui l’avait toujours été. Ils regardaient un peu tout mais elle n’était plus aussi émerveillée pour bien peu comme auparavant, comme il s’en était douté d’ailleurs.

Le coup de la bibliothèque n’était en rien prémédité !!!!
Il l’observait retrouver ses marques et habitudes de recherches, légers froncements de sourcils et mordillements de lèvres qu’auparavant il trouvait un peu trop… sexy pour n’être réservé qu’à de vieux bouts de papiers, et s’était détourné pour éviter de trop y penser. Après tout, si elle s’intéressait de nouveau aux livres ce n’était pas plus mal, c’était même un progrès. Mais Cassidy avait surtout beaucoup changé par rapport à eux deux, elle devait au fond, garder des habitudes qui lui étaient propres, comme son amour des livres. Quoique… il n’était sûr de rien. Etait-ce un geste encourageant ou non alors. Par contre sa maladresse… Ca assurément, ça n’avait pas changé. Il lui tournait le dos quand il l’avait entendue bloquer sa respiration lorsqu’elle avait basculé en arrière, pour se préparer au choc évidemment. Il s’était retourné d’un coup, rapidement, évaluant la situation d’un regard mais n’étant même pas surpris de se rendre compte qu’il était déjà prêt à la réceptionner avant même d’avoir analysé la situation justement. Même si peu de temps s’était passé pour lui, il sentait la différence par rapport à l’année passée, date de leurs débuts ensemble. Il s’était quand même pas mal renforcé… Elle ne pesait rien entre ses bras, au contraire, ça avait quelque chose de doux et de rassurant de serrer ce corps mince contre le sien. Il se penchait déjà sur elle…

- Ca va ?

Apparemment oui. Mais pourquoi diable mettait-il si longtemps à la poser par terre ?
Il le fit, avec un temps de retard, toussant pour cacher son trouble et se détournant pour se réintéresser à un livre parlant de dragon mais son contenu semblait beaucoup le décevoir car il le remit en place en grognant et soupirant.
La biscuiterie qui suivit eut nettement plus de succès. Il avait franchement hésité à lui proposer craignant d’essuyer un refus ou une certaine indifférence mais encouragé par sa récente gourmandise, il lui proposa d’y entrer tout de même. Il faisait beaucoup plus chaud  à l’intérieur et l’espace de la boutique était envahi de mille senteurs différentes de délicieux biscuits en tout genre et à tous les parfums. Les yeux brillants de la jeune femme et sa manière d’essayer d’observer tout l’étalage alors qu’il y avait des gens plus grand qu’elle devant eux le rassurèrent et lui firent plaisir. Alors qu’elle observait autour d’elle, il posa doucement une main dans son dos. Elle tournait déjà la tête pour le regarder, curieuse.

- Attends… Après tu choisiras tous le gâteaux que tu veux, tu peux tous les goûter si tu veux. Prends ton temps.

Elle semblait surprise et encore plus enthousiaste, ressemblant à une petite fille en lui demandant presque si elle avait vraiment le droit, levant un peu plus son adorable minois vers lui. Ses joues rosies par le froid, ses grands yeux noisette et du fin anneau doré qu’il leur connaissait si bien brillant -et pas de larmes cette fois !- une mèche blonde rebelle qui s’échappait de sa tresse et glissait légère et élégante sur son front puis le long d’une de ses tempes, devant son oreille, se perdant sur sa veste et dans son écharpe, ses lèvres rosées comme le seraient une fleur délicate qui semblaient si douces et si sucrées… Tristan tourna rapidement la tête en confirmant, se mordant la langue, les joues rouges, souffrant un peu de la température plus élevée pour le coup ! Mais elle ne semblait pas le remarquer, tout occupée à essayer de voir les biscuits. Les gens devant eux étaient quand même nombreux, la preuve, ils étaient bloqués contre la porte d’entrée et ça n’avançait pas beaucoup. Il finit par se retourner vers elle, la voyant s’échiner à se mettre sur la pointe des pieds, sans utiliser la magie, sans même y penser apparemment… Il sourit, la trouvant bien trop adorable ainsi et réfléchissant à peine à ce qu’il faisait, il l’attrapa d’un coup par la taille alors qu’elle ne s’y attendait certainement pas vu son petit cri de surprise. L’instant d’après, il la soulevait du sol et la juchait assise sur ses épaules, tenant ses jambes, levant légèrement la tête vers elle pour lui demander si elle voyait mieux ainsi. Elle semblait encore plus ravie et voyait au moins ses chers gâteaux à présent ! Il ferma les yeux un instant. Elle avait posé les mains sur sa tête pour se tenir et même si la situation ne s’y prêtait pas, le contact lui, était agréable, tellement agréable.
Finalement ça avait été leur tour et il ne l’avait fait descendre que lorsqu’elle avait fait son choix, un choix très large d’ailleurs. Heureusement qu’il l’avait reposée car ils n’auraient pas pu passer la porte ainsi tous les deux. Il lui proposa de porter son sac mais la demoiselle y tenait probablement beaucoup trop et lui dit, malicieusement, qu’elle ne lui laisserait pas lui piquer tous ses biscuits. Ce qui eut pour effet de faire très franchement rire le jeune homme et un bon moment.

Alors qu’ils vaquaient encore d’une rue à l’autre, l’attroupement et la musique poussèrent la petite mage à quitter ses biscuits et à attirer le jeune homme vers l’origine de tout ceci. Il ne sentit évidemment pas le poids du paquet de biscuits lorsqu’elle le mit dans sa sacoche magique. C’était le principe après tout. Une troupe, de la danse… Et une demoiselle bien surprenante qui tenait vraiment à essayer elle aussi. Surpris, il se prêta à son caprice de bon coeur, la suivant sans rechigner. Bien au contraire ! Il souriait presque autant qu’elle même si pendant un douloureux instant il repensa à toutes les fois où ils avaient dansé ensemble. Mais comble de souffrance ou d’ironie d’une mélancolie du passé, il allait pouvoir revivre en accéléré les progrès de la demoiselle en danse, passant d’un niveau inexpérimenté à celui d’une danseuse émérite confiante envers son partenaire et dont les mouvements fluides faisaient tourner bien des têtes.
Oui, au début, elle n’était pas très douée. Pourtant, elle ne lui faisait pas mal quand elle lui marchait sur les pieds. Encore une fois, son poids plume ne risquait pas de le blesser. Elle semblait si dépitée et gênée… Il lui sourit, la trouvant aussi craquante que la première fois qu’elle lui avait fait ce type de remarque. Doucement, il l’attira un peu plus vers lui, l’invitant à poser ses pieds sur ses bottes.

- Vas-y, n’aie pas peur, tu es tellement légère, tu ne me fais pas mal. Je vais te guider un peu comme ça pour commencer, tu verras, ça va… venir vite.

Il avait failli dire « revenir vite ». Mais ça aurait sans doute interpellé la jeune femme. Il lui sembla qu’elle se crispait à un moment mais comme elle ne disait rien et qu’elle s’améliorait de minute en minute il ne s’en inquiéta pas. Les musiques s’enchainaient sur le même tempo et progressivement, les gestes maladroits de la demoiselles se firent plus agiles, aériens, experts même. Il n’avait pas besoin de la regarder et elle n’ont plus. Ils se guidaient mutuellement. Il ne faisait qu’évaluer l’espace autour d’eux pour l’inciter à bouger d’une façon ou d’une autre et elle semblait parfaitement anticiper ses demandes. Oui, ils dansaient merveilleusement bien tous les deux et ne s’étaient même pas aperçu que progressivement la piste s’était libérée autour d’eux. De temps à autres, lorsqu’ils s’éloignaient l’un de l’autre, ils se souriaient, reformant aussitôt un contact quel qu’il soit. Leurs mains se frôlaient, s’enlaçaient alors qu’ils semblaient tour à tour liés si étroitement l’un à l’autre et séparés par bien trop d’espace ! Contacts, oui, ils en avaient, beaucoup même, elle improvisant un geste de flamenco en caressant doucement la joue de son partenaire, envoûtante sous son regard conquis, lui glissant une main au creux de ses reins pour la ramener brusquement contre lui en baissant le visage si près du sien, bien trop près du sien !!!!

Ils se souriaient, ravis à la fin de la musique alors qu’elle semblait pensive, vouloir lui parler avant qu’on ne les élise « couple gagnant ».
Pour sa part, le jeune homme ne se troubla pas le moins du monde et la guida à sa suite, remarquant évidemment sa gêne mais la camouflant sous sa propre assurance. Elle était toute gênée, embarrassée ne sachant pas quoi faire ni quoi dire, désolée alors qu’il lui souriait gentiment, plus amusé qu’autre chose, lui parlant tout bas pour ne s’adresser qu’à elle.

- Arrête, il n’y a pas de mal. On a très bien dansé, profites-en…Et puis, moi j'ai aimé.

Peut-être préférait-il voir tout ceci comme une gêne plutôt qu’un dégoût. Oui, bien sûr, il préférait qu’elle soit embarrassée de le mettre dans une telle situation qu’écoeurée de les imaginer ensemble en tant que couple. Il lui commanda un cocktail de fruits sans alcool et prit la même chose, probablement pour ne pas attirer l’attention sur son choix pour la jeune femme. En effet, la serveuse qui lui tendait déjà la commande pour la demoiselle ouvrait la bouche pour faire un commentaire. Après tout, une petite victoire ça se fête et si un jeune homme ne voulait pas que sa compagne ait un verre dans le nez et n’en soit que plus… « ouverte » soit c’était parce que la demoiselle en question avait l’alcool triste, soit parce qu’elle était enceinte… Or Tristan ne savait pas ce dont elle se rappelait et préférait éviter de la voir se crisper et souffrir, une fois de plus !
Elle ne le remarqua pas évidemment et c’était tant mieux. Ils s’étaient éloignés, quand même un peu gênés l’un vis à vis de l’autre mais tout de même contents de leur danse. Ils avaient marché un moment avant qu’il ne l’abandonne près d’une fontaine. Il partait pour une bonne raison, mais une raison qu’il ne pouvait pas évoquer devant elle même s’il comptait revenir avec une excuse galante qui était de lui chercher un chocolat chaud pour mieux apprécier les biscuits. Juste avant de s’éloigner, il caressa une de ses mains du bout des doigts puis se redressa et partit d’un bon pas.

Il n’aurait jamais dû s’éloigner d’elle, car un drame faillit bien se reproduire…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mar 17 Juin - 12:26

Comment aurait-il pu prévoir une telle chose ? C’était impossible !
Il était devant un stand, attendant patiemment son tour quand une violente douleur l’étreignit entièrement. Il ne savait pas si ça venait de son coeur, de son crâne mais ça faisait mal, tellement mal !!!! Bien sûr, son collier ne lui servait plus à grand chose à cet instant car il l’anticipait totalement et de loin. De toute manière ce n’était pas parce qu’elle l’avait oublié que c’était réciproque et il y avait bien des choses qu’il ne lui avait pas encore avouées à son propos…
Très rapidement il était revenu à leur lieu de rendez-vous et était devenu pâle en voyant qu’elle n’était pas là. Rapidement, il s’était enquis auprès des passants de la présence éventuelle d’une belle demoiselle blonde, plutôt petite, une cicatrice sur l’oeil. Certains l’avaient vue, d’autres pas, ceux qui l’aidèrent néanmoins ne pouvaient que peu lui dire quand ils l’avaient aperçue et ils le perdirent plus qu’autre chose. Finalement c’est une petite fille au bras de sa mère qui demanda si la demoiselle avait de très longs cheveux. Tristan s’accroupit aussitôt près d’elle, presque un peu trop vite d’ailleurs, lui faisant un peu peur sans le vouloir, acquiesçant vivement. Elle finit par lui montrer une direction, une ruelle… Il y courut, pris d’un énorme, mauvais, pressentiment.
Tout ceci n’avait duré que quelques minutes, juste le temps pour les trois gaillards de se diriger vers la demoiselle qui avait alors perdue connaissance. C’est sa peur que Tristan avait sentie avant tout. Alors qu’il demandait autour de lui, il avait été pris d’une autre douleur mais moins forte celle-ci lorsqu’elle avait perdu connaissance. Lorsqu’il arriva sur place, c’était un spectacle qu’il n’aurait jamais dû voir qui l’attendait. Trois grands types qui avaient tout de mercenaires barbares de passage, barbus, grossiers et écoeurants qui n’avaient assurément rien du prince charmant ! L’un d’eux avait attrapé les bras de la jeune femme et le deuxième était si pressé de découvrir la marchandise qu’il soulevait déjà la robe de la jeune femme avant même d’avoir aidé son collègue à la mener dans un coin plus tranquille. Quant au troisième, il poussait des grognements ravis en se passant la main sur l’entrejambe.

Tristan se figea.
Bien sûr, il pouvait y avoir pire comme scène. S’il les avait surpris à peine quelques minutes plus tard par exemple… en train d’accomplir leur sale besogne de mâles irrespectueux en rut !!!!
Mais elle ne savait pas ce qui s’était passé pendant ces quelques jours, eux non plus. Même si la réaction du jeune homme était parfaitement compréhensible. Un très bref instant une autre scène se superposa sur celle-ci. Les trois lascars l’avaient entendu arriver et avaient relevé la tête mais s’ils paraissaient prêts à en découdre une seconde plus tôt, ils s’étaient détendus. Le jeune homme était blême, il ne semblait pas agressif, les yeux écarquillés, le visage défait mais sans qu’une expression particulière n’y transparaisse. De même, il ne s’écoula que quelques instants, des secondes ici avant que les trois monstres n’osent demander :

- Tu veux te joindre à nous bonhomme ? Y en a bien assez pour quatre !

Cela redonna vie au jeune homme qui releva la tête vers eux. Ses pupilles s’étaient dilatées à l’extrême comme avant lorsqu’il était très en colère ou un peu trop… sensible aux tentatives de séduction de sa chère et tendre.
Un grognement sourd monta de sa gorge. Il en semblait lui-même surpris bien qu’il fixe toujours avec fureur les trois hommes. Il se rapprocha rapidement d’eux, menaçant et écarta celui à terre d’un coup de pied qui n’atteignit pas sa cible mais l’éloigna provisoirement. L’autre, surpris et énervé lâcha la jeune femme. Tristan s’accroupit aussitôt pour la réceptionner, lui évitant ainsi de taper sa tête contre le sol dur et froid. Mauvaise idée, l’un d’eux en profita pour le frapper même s’il ignorait duquel il s’agissait mais à vrai dire, il ne s’en rendait même pas compte. Il fixait le vide, trop en colère, trop… beaucoup trop. Il baissa les yeux vers ses mains qu’il sentait se transformer, toute sa peau le brûlait de cette transformation qu’il cherchait à retardait, ses os lui faisaient mal. On l’avait pourtant prévenu ! Le jeune homme serrait les dents, essayant de se calmer à tout prix ne sachant que trop bien ce qui risquait d’arriver s’il se transformait maintenant. Alors le coup il ne le sentit pas. Il avait tellement envie de tuer ces types !!! De les déchiqueter en tout petits bouts !!!! L’air autour de lui s’était fait terriblement lourd et pesant alors que de petites aiguilles de pin commençaient à défier les lois de la gravité sans qu’il ne l’ait demandé. Son pouvoir allait lui échapper, c’était le risque encouru, pas le seul malheureusement.
Finalement son regard accrocha le visage de la demoiselle. Il avait l’impression que sa peau était froide sous ses vêtements mais c’était probablement dû à la température extérieure. La voir ainsi le calma. Non pas qu’il se réjouisse de la trouver évanouie sans savoir ce qui lui était arrivé mais la voir tout simplement. Il devait se calmer pour elle avant tout. Sinon, ce qui arriverait aux autres ne serait rien en comparaison de ce qui risquait d’arriver à et pour la jeune femme. Il l’allongea délicatement par terre puis se redressa, carrant les épaules avant de faire face à ses adversaires qui avaient à présent la présence d’esprit de reculer un peu en croisant le regard noir du Drakkari.

- Vous n’auriez… jamais dû la toucher.


Ce furent ses seuls mots pour ces sales types. Il se déplaça rapidement vers eux, ne prenant ni la peine d’utiliser son corps de dragon, ni celle de sortir sa lame. Il se contenta de frapper, de frapper, de frapper… De plus en plus fort. Il en délaissait l’un pour en rattraper un autre etc. Lorsqu’il termina, rapidement, lui-même ne sentait que vaguement l’impact de leurs coups sur son corps et contempla avec dégoût les trois individus qui avaient pas mal d’os cassés et étaient méconnaissables tant leurs visages étaient déjà tuméfiés.
Il se désintéressa aussitôt d’eux pour retourner près de la demoiselle. Cette fois, il toucha maladroitement une de ses joues et s’inquiéta de trouver sa peau si froide, la prenant dans ses bras et la pressant plus que de raison contre son torse pour la réchauffer, ouvrant sa veste pour la blottir contre sa tunique, barrière plus mince à la chaleur de son torse.

- C… Ca va aller, je vais trouver Alanir. Ca va aller, je te promets…

Il s’était relevé bien vite, un peu trop sans doute, voyant des points lumineux danser devant ses yeux. Rapidement, il s’ était éloigné et avait cherché les deux autres qui « s’amusaient » près d’un magasin de vêtements. Eleyna embêtait Alanir comme d’habitude pourtant les deux oublièrent totalement ce qu’ils faisaient en voyant le Drakkari revenir avec la pauvre petite demoiselle dans un sacré état. Mais quand on lui demanda ce qui s’était passé, le grand jeune homme dut s’y reprendre à plusieurs reprises, apparemment chamboulé, peinant à formulé sa pensé et encore très très en colère. Eleyna le remarqua aussitôt et vint presser une de ses épaules, l’incitant à rester calme, ce à quoi il répondit d’un simple acquiescement.
La révélation que fit Alanir blessa le jeune homme plus qu’autre chose. Elle en avait trop fait. C’était de sa faute ! Il lui en avait beaucoup demandé et elle avait dû veiller sur lui, ne se reposant pas assez. Il s’en voulait… Beaucoup. Heureusement qu’il était arrivé suffisamment tôt pour qu’aucun mal ne lui soit fait mais tout de même, c’était lourd à porter.
Il ne dit rien cependant, se contentant de suivre les recommandations qu’on lui donnait.
Rapidement, il avait demandé à Alanir de prendre le relais et de porter la jeune femme. Pas parce qu’il ne voulait pas la porter mais parce que c’était plus facile pour enlever sa propre veste et en envelopper la petite mage. Il valait mieux éviter qu’elle n’attrape davantage froid !
La chevauchée lui parut interminable alors qu’il continuait de la presser doucement contre lui. Elle avait besoin de repos, d’un bon lit et qu’on arrête de lui causer des soucis surtout !

Oui, ils rentrèrent rapidement et Tristan confia bien vite Cassidy aux deux autres pour lui faire prendre un bain, Eleyna parce qu’elle était une femme et Alanir parce que la relation qu’il entretenait avec la demoiselle était assez particulière. En tous les cas le Drakkari ne tenait pas à voir son ancienne compagne nue, ça c’était certain. Au bout d’un moment, ils la ramenèrent dans la chambre. Elle portait une chemise de nuit et il les aida à lui sécher les cheveux avant de l’allonger bien au chaud dans le lit, rajoutant des couvertures. Il ne demanda même pas l’avis aux autres avant de se changer à son tour et, restant torse nu, de venir se blottir contre elle pour la réchauffer, frictionnant doucement ses épaules, frissonnant à la sensation de sa peau glacée !

Quand elle finit par ouvrir les yeux, il lui sourit, rassuré, caressant doucement son visage en lui demandant comment elle allait. Elle semblait honteuse, ce qu’il s’efforça de chasser en appuyant doucement son front contre le sien, murmurant tout bas un « j’ai eu peur » timide.
Ils restèrent un moment blottis l’un contre l’autre alors qu’il l’invitait à se réchauffer contre lui. Il hésitait quand elle se releva, ne voulant pas qu’elle exagèrent alors qu’elle était si mal et avait réussi si facilement à lui faire croire que tout allait bien. Ils étaient sortis ensemble, aidaient sagement, lui la soulageant dès qu’elle voulait porter une charge un peu lourde, la devançant pour une tâche fatigante, mais pas trop non plus. Juste assez pour se montrer beaucoup plus présent et impliqué que d’habitude mais pas au point de lui laisser croire un seul instant qu’il la croyait faible.
Quand ils firent une pause pourtant, il fut soulagé. Il préférait qu’elle fasse attention et se restreigne jusqu’à être certain qu’elle allait vraiment bien, même si elle donnait bien le change !

Ce fut pendant cette pause, alors qu’elle mangeait une pomme et qu’il la regardait avec attention, pour bien autre chose que s’assurer de son état de santé, qu’elle se fit de nouveau très bavarde et lui parla de sa confession sur la bague… Avant de parler de sa propre personne qu’elle ne « méritait pas ». Les compliments qu’elle lui faisait étaient agréables à entendre tout de même et il fut touché bien qu’attristé de constater une fois de plus à quel point ils pouvaient se ressembler dans leur peur de déplaire à l’autre et de leurs certitudes de ne pas être à la hauteur. Leur perfectionnisme mutuel était un autre trait de leur caractère qui prouvait à quel point ils « s’étaient bien trouvés ». Alors pourquoi se perdaient-ils autant ?
Il la laissa parler sans l’interrompre une seul fois, attentif. Il avait envie de lui prendre la main, de lui dire que tout irait bien et de chasser ce sourire triste de ses lèvres. Mais il ne pouvait pas… C’était si dur…
Ce qu’elle dit sur Erwan fut une claque supplémentaire et un apport de plaisir en plus également. Il n’aimait pas qu’elle parle de lui mais il était heureux qu’elle dise qu’eux deux ça avait été mieux même s’il était frustré qu’elle ne lui en dise pas plus. Mais bon, c’était un juste retour des choses après tous ses secrets, toutes ses erreurs.
Mais avant qu’elle n’aborde Erwan, elle avait parlé de cette personne qu’elle avait abandonnée et du fait que celle-ci… ne se manifestait pas, preuve d’une rancune certaine. Il s’était un peu crispé avant de poser doucement la main sur la sienne, voulant parler mais il n’en avait pas eu le temps puisqu’elle avait enchainé.
Elle continua un moment de parler, finissant de manière énigmatique, ce qui lui ressemblait beaucoup. Il sourit. Arrêter de croire en elle ? Ca… ça risquait d’être très difficile !!!

Il y eut le bonhomme de neige et la bataille de boules de neige pour rentre cette tension entre eux moins triste, moins forte, moins funeste pour ce qu’ils avaient un jour été. Il jouait avec elle, riant, bien qu’amer de constater tout ce qu’elle avait oublié. Il la trouvait belle ainsi à s’agiter exagérément et frémit lorsqu’elle l’utilisa comme bouclier pour se protéger des boules de neige, se cachant à l’abri derrière lui. Il avait d’ailleurs passé la main dans son dos, attrapant une des petites mains, la serrant doucement, rassurant…
Ils s’étaient promenés, étaient passés prendre un chocolat chaud chez Maud qui fut surprise en bien de les voir tous les deux. Même si Cassidy n’avait pas récupéré la mémoire, ses progrès étaient flagrants et elle ne rata pas la manière dont le jeune homme semblait la couver du regard, l’air de rien.
Il se crispa un peu lorsqu’elle demanda les dernières nouvelles et que Cassidy avoua avoir fait un malaise. Elle était plus bavarde, c’était bon signe. Néanmoins, elle n’évoqua pas les trois hommes. Soit elle ne s’en rappelait pas, soit elle ne voulait pas en parler, il ne savait pas trop. Lui-même n’avait pas osé aborder le sujet, se souvenant un peu trop bien de ce qu’elle avait vécu et que théoriquement elle n’avait pas oublié.
Ils étaient rentrés et avaient mangé tôt avec Alanir et Eleyna. Puis les deux derniers avaient discuté au coin du feu, la capitaine apprenant un jeu au dragon si curieux, un jeu de cartes apparemment, auquel elle devait être douée vu ses cris de victoire.

Tristan s’était paresseusement appuyé contre la rambarde du balcon, dehors, la tête renversée en arrière, respirant profondément l’air glacé de la nuit. Il portait son pantalon pour dormir et sa veste ouverte sur son torse nu, pieds nus, faisant fi du froid de la pierre. Quand Cassidy était venue près de lui, il n’avait pas bougé, se contentant d’un léger sourire. Chacun resta longtemps immobile et silencieux avant qu’elle ne se décide à parler pour lui parler… de sa transformation.
Ah ça, il ne s’y attendait pas du tout et rabaissa la tête, surpris, vers elle, restant un instant silencieux, l’observant.

- Non… Ca va. Et puis je ne peux pas. Actuellement ce n’est pas possible. Ce serait risqué pour tout le monde et je ne veux blesser personne.


Apparemment sa réponse n’avait pas du tout plu à la jeune femme et elle le lui fit savoir en répliquant aussitôt. Avoir mal… C’était déjà le cas non ? De toute façon, il ne pouvait pas y avoir pire que ce qu’il endurait actuellement, si ? Il devrait probablement la demander au grand dragon mais n’était pas tellement sûr de vouloir savoir finalement. Il se crispa un peu plus en l’écoutant. Elle s’inquiétait sincèrement pour lui… Que répondre à ça ?

- Ca va, ne t’inquiète pas. Tu comprendras quand ce sera le moment mais pour l’instant, c’est ainsi, c’est tout.

Il valait mieux l’interrompre maintenant. Elle s’emballait. Il n’aimait pas la savoir si inquiète. Sa réponse ne lui plaisait pas, il le sentait bien mais il ne chercha pas à revenir sur ses paroles. Elle devait les accepter. Pour l’heure c’était le mieux à faire, ce n’était pas une question de choix mais de devoir. S’il lui avait expliqué elle aurait mieux compris. Mais sans doute lui en aurait-elle voulu et il ne voulait pas qu’elle lui en veuille. Et puis il aurait été forcé d’en dire plus. Alors elle aurait découvert la vérité et il n’était pas certain de sa réaction. Cette réaction qui pouvait faire tellement de mal…
Autour d’eux tout redevint silencieux un moment alors qu’il l’observait du coin de l’oeil. Elle n’était pas très habillée, elle risquait d’attraper froid. Il se redressa pour ôter sa veste dans le but de la poser sur ses épaules mais elle l’interrompit en parlant, encore plus engagée qu’un peu plus tôt, plus encore peut-être que lorsqu’elle avait dit vouloir l’accepter. Des paroles simples mais si porteuses de sens, si pleines de vérités à peine dissimulées.
Bon d’accord, ce n’était pas très clair, même sacrément confus et elle mélangeait tout mais ça montrait à quel point ça la touchait, c’était une belle preuve de son intérêt.
Et puis sa dernière phrase… On aurait pu croire qu’elle la criait alors qu’elle la chuchotait en réalité, furieusement, comme si elle cherchait à s’étouffer elle-même pour s’empêcher de le dire. Juste quelques mots. Des mots qui firent se figer le jeune homme, lui écarquillant les yeux de surprise. Plus d’intérêt ? Pourquoi disait-elle cela ? Ca voulait dire tellement de chose. Du moins ça pouvait vouloir dire tant… Il ne pu s’empêcher de songer au sens unique qui l’intéressait, celui qu’il visait évidemment mais qui semblait si difficile à atteindre. Est ce qu’elle l’ai… Il n’eut pas le temps de se poser davantage la question que se rendant compte de ses paroles, confuses, la petite demoiselle s’éloignait déjà pour aller prendre l’air et pas en tenue des plus couvertes !
Mais elle n’alla pas très loin.

Il saisit sa main avant qu’elle ne s’en rende compte alors qu’elle avançait, la stoppant net dans sa course. Sans doute plus surprise qu’honteuse à cet instant, elle tourna la tête vers lui. Bloquant sa main en l’empêchant de fuir, il en profita pour se rapprocher d’elle, plongea son autre main dans les longs filaments d’or de ses cheveux, saisit sa nuque et plaqua sans autre forme de préambule ses lèvres sur les siennes. Il la sentit sursauter comme si lui-même avait sursauté tellement ils étaient proches. Il la sentit trembler légèrement, peut-être par peur mais il ne relâcha pas pour autant la pression ni de ses mains, ni de ses lèvres. Au contraire, il se rapprocha d’elle, la plaquant contre le mur glacé, un bras venant ceindre sa taille alors que son autre main remontait jusqu’à son menton qu’il lui relevait d’autorité pour mieux prolonger ce baiser volé. Elle frémit, sans doute à cause du froid du mur et fit l’erreur d’entrouvrir les lèvres, peut-être par envie, peut-être juste pour parler, pour le repousser. Il en profita pour caresser sa langue de la sienne, remarquant le goût âcre de son sang aussitôt, le chassant par un long, terriblement long et passionné baiser. Elle avait finalement relevé ses mains glacées jusqu’à son torse mais ne l’avait pas repoussé, serrant ses mains sur le col de sa veste tandis que lui caressait du bout des doigts sa joue.

Ils ne savaient assurément pas ce qu’ils faisaient à ce moment là, ni l’un ni l’autre, si c’était bien ou mal mais ils s’embrassaient, pour de vrai cette fois, et comme c’était bon !
Ce fut lui qui finit par rompre leur baiser mais seulement pour l’attirer rapidement à l’intérieur, dans leur chambre. Il avait bien fait. Alanir sortait en grognant prendre l’air sur le balcon, vexé de perdre au jeu auquel il jouait avec Eleyna mais elle se moquait gentiment de lui, l’invitant à retenter. Tristan et Cassidy étaient à l’intérieur à présent. Il pressait doucement son visage contre son torse, refermant la porte tout doucement pour ne pas éveiller les soupçons. Il s’éloigna.
Elle ne bougeait pas, ne sachant probablement pas quoi faire ou quoi dire après un tel étrange geste qui les avait laissé tous les deux un peu surpris. Il revint vers elle avec une couverture. Il avait enlevé sa veste et ses muscles étaient encore un peu contractés par le froid. Doucement il posa la couverture sur elle pour la réchauffer.

- Désolé… Je ne voulais pas te donner froid avec le mur…Je…

Elle ne bougeait pas…
Il caressa ses cheveux, glissant une main sur sa nuque alors qu’elle lui tournait toujours le dos et doucement l’invita à se retourner vers lui, avançant timidement le visage cette fois pour déposer un baiser beaucoup plus chaste sur ses lèvres. Il crut la sentir frissonner mais n’en était pas sûr.

- Tu as dit… Ce que tu as dit tout à l’heure. Plus d’intérêt… Tu comprends donc ce que je ressens. Si je venais à te faire du mal à cause d’une erreur, ce serait tout aussi horrible pour moi… Pour l’instant, je ne veux pas me transformer, c’est un choix. Mais ça ira ne t’en fais pas pour moi, je te le jure. Je ne veux pas te faire du mal, je ne veux faire de mal à personne et surtout, surtout pas à toi… S’il te plait… Ne t’en fais pas pour moi.

En même temps alors qu’il rabaissait une fois de plus son visage vers elle comment décemment pouvait-elle lui refuser quelque chose ? Parce qu’il était quand même craquant le grand Drakkari, surtout quand il s’y mettait. Il frissonna en effleurant de nouveau ses lèvres des siennes, davantage lorsqu’elle passa ses mains fraiches dans sa nuque même si ce geste le rassurait. Il l’attira doucement jusqu’au lit pour s’y asseoir, la câlinant doucement en continuant de l’embrasser mais beaucoup plus sagement. Il ne tentait rien de plus même si ça ne semblait pas être si simple pour lui vu comme il semblait peiner à respirer à certains moments mais comme il ne rompait un baiser que pour mieux en reprendre un nouveau, elle ne pouvait guère contester. Ils étaient tous deux surpris et perdus face à ce qu’ils étaient en train de faire, même si ce n’était que s’embrasser. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne semblait regretter lorsqu’ils s’allongèrent finalement, blottis, lui la caressant longuement, sa main glissant le long de son dos alors qu’il se remémorait avec une certaine souffrance mêlée de plénitude le goût sucré de ses lèvres. Il avait tellement envie de lui dire…

Ils n’étaient pas aptes à en discuter pour l’heure, encore troublés, mettant tout ceci sur le compte de l’émotion, peut-être parce qu’il avait eu peur pour elle le matin même et elle la veille. Peut-être que ce n’était que ça. Pourtant ils s’étaient parlés en quelque sorte de ce qu’ils ressentiraient face à la perte de l’autre et ça… ça parlait tout seul !
Ils se regardèrent longtemps, sans rien dire, sans rien faire d’autre et finalement s’endormirent encore plus troublés, encore plus gênés aussi. Mais ils se cherchaient et à force… ils finiraient bien par se trouver. Le lendemain matin, après une très bonne nuit comme toujours depuis qu’ils dormaient de nouveau ensemble, Tristan s’était levé bien plus tôt, encore gêné parce qui s’était passé et ne voulant pas ennuyer ou brusquer la demoiselle, même si pour sa part, il ne regrettait rien ! Bien au contraire, un sourire apaisé flottait sur ses lèvres lorsque les autres s’étaient levés.
Mais Alanir comme Eleyna remarquèrent bien vite l’étrange crispation entre les deux jeunes gens qui évitaient de se regarder et en conclurent rapidement qu’ils devaient être en plein blocage et avaient besoin… d’un petit coup de main.
Et ils finirent par trouver un moyen pour le moins… peu orthodoxe !!!!
Tristan était allé s’entraîner la matinée et en rentrant pour le déjeuner, il était allé prendre une douche. Cassidy rentrant peu après avec Alanir (sur un signal établi au préalable) ne savait pas que le jeune homme s’y trouvait et Eleyna en profita, discrètement, pour lui demander d’aller chercher une serviette de bains dans la salle d’eau alors qu’elle-même préparait le repas. La demande était incongru mais la demoiselle était encore trop docile et sans doute bien trop pensive pour faire réellement attention. Sauf qu’à peine rentrait-elle dans la salle de bains que quelqu’un verrouilla la porte derrière elle. L’eau ne coulait pas à ce moment-là mais la pièce était embuée et une voix grave s’éleva dans un grognement.

- Eleyna, je t’ai déjà dit d’attendre dehors quand je prends ma douche ! Ce n’est pas correct pour…

Tristan avait sorti la tête de la douche, ses cheveux encore plein de savon alors qu’il essayait de voir sa capitaine trop curieuse. Sauf que ce n’était pas une capitaine, c’était une Cassidy et les murs de la douche étaient assez… transparents… même si la buée aidait un peu. La buée oui mais la suite non. Tristan sursauté, surpris, rougissant avant de reculer rapidement en balbutiant des excuses. Maladroit pour le coup, il glissa sur le savon qui lui avait échappé, ne récupéra pas son équilibre et s’assomma à moitié en tombant et en frappant de sa tête le mur carrelé.

Alanir et Eleyna entendirent un résonnant bruit de chute et la capitaine sourit en se frottant les mains. Apparemment, elle ne s’inquiétait pas du tout pour son collègue et était plutôt très contente de son coup, sachant pertinemment que Cassidy ne pourrait pas s’empêcher de vouloir aider.
Et effectivement, la petite demoiselle se portait déjà au secours du grand guerrier groggy qui ne sembla pas spécialement ravi d’ailleurs, la vapeur d’eau ajustant un peu trop à son goût les vêtements de la jeune femme. Il avait la tête qui lui tournait un peu trop et ne réagissait pas beaucoup. En se pressant de vouloir l’aider, la demoiselle, maladroite et ça c’était habituel, bascula en avant et il la rattrapa mais malheureusement pour eux ils se retrouvèrent dans une position… compromettante. Elle habillée mais en partie trempée d’eau chaude puisque le jet d’eau s’était remis en marche quand elle était tombée, lui complètement nu, sous elle, trempé depuis un moment, le corps encore plein de mousse, très très très troublé par le spectacle.

- C… C… Cassy ! Je… C… Ca va ?

Ah ben ça… difficile à dire, surtout qu’ils risquaient d’être bloqués ici un moment et que le meilleur moyen de ne pas attraper froid était de rester sous l’eau chaude… sous laquelle ils étaient actuellement justement !

P.S : Bon, c’est merdique je sais, et bâclé aussi mais bon, ce sera mieux la prochaine fois. Tu peux mettre tout ce que tu veux. Les dragonnes vont débarquer donc si tu veux le lancer tu peux mais retiens juste que de toute façon Tris s’en débarrassera et rejoindra Cassidy même si elle n’entendra pas la conversation tenue… ou peut-être que si, à voir, ça dépend de ce que tu veux mettre. En tous les cas tout est jouable actuellement Smile Déso pour le retard.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mer 18 Juin - 0:13

Pauvre demoiselle ! Apparemment les situations gênantes et maladroites se succédaient pour elle et le beau Drakkari. Difficile de ne pas craquer dans ces conditions.

Il y avait eu ce moment, qui aurait pu vite tourner au drame si Tristan n’était pas intervenu. Elle était paralysée sur le coup, se remémorant des choses bien trop choquantes et ne tint pas le coup. Alors, heureusement que Tristan était là pour la sauver encore une fois et la protéger. Décidément elle arrivait toujours à se débrouiller pour être en difficulté et ne pouvait pas rester seule sans faire tourner la situation à son désavantage. Et puis, elle s’était aussi bien fermée à Alanir et le pauvre dragon avait bien du mal à percer ses véritables émotions. C’est comme si il se heurtait à un mur. Sûrement ne voulait-elle pas l’inquiéter ou ne pas qu’il se doute de quelque chose. Car elle n’était pas sûre de savoir comment il réagirait au final et si ce qu’elle cachait était légitime ou pas.

La demoiselle n’avait pas bronché lorsqu’on s’était occupé d’elle, ni qu’on la déshabille pour la mettre dans l’eau, ni la porter dans le lit. Elle réagit uniquement au moment où Tristan décida de la rejoindre, alors qu’instinctivement, la petite mage s’était rapprochée de lui dans son sommeil, reprenant des couleurs, un sourire bienheureux sur le visage alors qu’elle frottait doucement son nez contre le torse du beau jeune homme.

Lorsqu’elle se réveilla plus tard, battant des paupières et un mal de crâne qui s’estompait au fur et à mesure, elle ne fut pas surprise de son état. En revanche, elle était extrêmement étonnée de retrouver Tristan avec elle dans le lit, le regardant alors qu’il la questionnait et que Cassidy baissait les yeux, un peu honteuse qu’il s’inquiète autant pour elle. Après tout, il ne lui avait pas dit qu’il viendrait chaque fois la protéger et elle n’imaginait même pas comment cela s’était passé. Même si il était un dragon, ce n’était peut être pas évident tout ça. Cassidy ferma un instant les yeux, silencieuse, se remémorant la scène avant de la chasser rapidement de sa tête. Bien sûr qu’elle avait eu peur ! Bien sûr que cela lui rappelait une douloureuse expérience ! Mais elle savait désormais y faire attraction à cause de son accident et même si cela effleurait son esprit, les émotions, autrefois si présentes sur le visage de la jeune femme, n’étaient plus présentes. Difficile de trouver un indicateur pertinent au sujet de son état du moment même si elle progressait vraiment rapidement depuis qu’elle était proche de Tristan et ça, personne ne l’avait loupé, encore moins Alanir qui l’avait vu complètement indifférente et neutre dans les derniers mois de son « entraînement ».

Alors, plutôt que de fondre en pleurs dans les bras de Tristan, cherchant réconfort et apaisement, elle s’était rapidement levée, même si elle resta un instant bien au chaud et profitant du Drakkari avec qui elle se sentait bien et en sécurité, mais pourtant cherchant certainement à prendre l’air pour se changer les idées même si ce n’était pas vraiment conseillé dans son état. Le jeune homme n’avait pas l’air de l’en empêcher et la suivit durant tout son trajet. Se changer les idées, oui apparemment c’était ce qui était au programme alors qu’elle cherchait à se rendre utile à droite et à gauche, sous l’œil bienveillant du Drakkari.

Elle souriait timidement alors qu’elle le regardait porter des caisses plutôt lourdes, posant un bras sur son épaule comme pour l’encourager. Cependant, la légère sueur qui s’écoulait sur le front du Drakkari ne passa pas inaperçue pour la petite mage. Elle l’observait un moment et semblait estimer qu’il se fatiguait à force d’aider. C’est pour cette raison qu’elle exigea une halte et ne lui laissa pas d’autre choix que de la suivre alors qu’elle prit une pomme d’une corbeille de fruits destinée aux travailleurs de la cité.

Posée sur sa caisse, elle ne put s’empêcher de s’exprimer, voulant plus que certainement faire passer un message même si c’était plutôt dur de le remarquer tellement elle semblait parler sans rien savoir d’eux deux. Après tout, elle ne guettait pas ses réactions, regardant droit devant elle alors qu’elle se remémorait des évènements qui amenaient des questions et lui donnaient mal à la tête. Elle s’enflamma un peu en parlant de cette fille qu’il avait aimée et pensait avoir perdu. Bien qu’elle se trouvait devant lui et ne semblait avoir perdu… que la mémoire apparemment.

Cependant, elle ne semblait pas attendre de réaction de sa part ou peut être semblait-elle l’éviter puisqu’elle passa d’un air triste à un autre beaucoup plus enjoué et souriant alors qu’ils s’amusaient avec les enfants. D’ailleurs elle prenait un malin plaisir à se cacher derrière lui plus que de raison, l’entourant un instant de ses bras, puis le relâchant alors qu’il lui prenait la main. Un sourire beaucoup plus sincère apparut sur le visage de la petite demoiselle alors qu’elle lui répondit par une simple pression, comme si elle était là, présente, à ses côtés.

Puis ils se rendirent chez Maud et Cassidy ne semblait toujours pas comprendre que la dame observait les progrès du petit couple. Il était vrai que Cassidy paraissait bien plus expressive et se serrait un peu trop près de Tristan même si elle n’avait pas l’air de s’en rendre compte. Alors qu’elle prenait la tasse de chocolat en remerciant Maud, cette dernière lui demanda si ça allait. Nouveau regard fuyant de la part de Cassidy qui se dépêcha de regarder la couleur brûnatre de sa tasse chaude.

« Ca va… juste fait un malaise tout à l’heure mais ça va… j’ai… récupéré assez vite… »

Elle resta plutôt évasive et ne fit paraître aucune émotion qui laissait deviner ses pensées. Avait-elle oublié ce qui s’était passé ? Ou fuyait-elle le sujet ? C’était plutôt la deuxième réponse même si il était bien difficile de le deviner car elle se fermait hermétiquement à l’évocation de ce souvenir, bien malheureux rappel de tout ce qui lui était arrivé.

Finalement ils rentrèrent et elle le remercia encore une fois, son sourire ravi faisait plaisir à voir alors qu’elle lui agitait un nouveau petit sac rempli de biscuits au chocolat. Elle semblait tellement contente que la demoiselle lui ordonna de se pencher légèrement en avant. Alors qu’il s’abaissait, elle en profita pour lui faire un bisou sur la joue, tout simplement, comme ça, avant de le gratifier d’un sourire bien innocent.

Le repas se passa bien et chaque « couple » vaquait à ses occupations. Cassidy était uniquement vêtue d’une chemise de nuit alors qu’elle partit rejoindre Tristan à l’extérieur, des questions trottant dans sa tête et surtout, elle aimait lui tenir compagnie. En le voyant pieds nus et la chemise ouverte, elle fit un très discret sifflement désapprobateur. Dragon ou pas, il risquait d’attraper froid non ? Cependant, elle ne s’en formalisa pas.

La neige tombait à petits flocons et elle restait silencieuse un instant avant que son visage ne se fige et qu’elle aborde avec beaucoup de difficultés la question du dragon. Après tout, Alanir semblait penser que c’était un peu risqué de ne pas changer de forme pendant un moment. Elle semblait inquiète, vraiment et se souciait de l’état de Tristan malgré le fait qu’il était un dragon et que le jeune homme devait bien reconnaître que les dragons n’avaient pas été tendres avec elle ! Mais sa réponse renfrogna la petite mage alors qu’elle secoua rapidement la tête, n’ayant pas l’air de le comprendre.

Si elle ne se trompait pas, si ce que son instinct lui soufflait était vrai, alors il n’était peut être pas totalement sincère par rapport aux risques mais surtout, faisait passer les autres avant lui. C’était tout à fait honorable mais au prix de quel sacrifice ? C’est mathématique, il y a toujours une contrepartie à la décision. Il lui cachait quelque chose mais elle également, alors elle pouvait bien comprendre. Ne pas vouloir affoler, ne pas inquiéter… mais si elle découvrait ce qui se passait réellement par hasard, ne serait-ce pas pire ?

Alors, elle tenta de lui faire comprendre qu’elle tenait un peu trop à lui pour qu’il n’en fasse qu’à sa tête et souffre en silence. Le message n’avait pas l’air très clair et comme d’habitude, elle était tellement maladroite dans ses paroles, qu’il n’était pas facile pour Tristan de comprendre. Il réagit quand même rapidement à la suite, un peu trop précipitamment, ne voulant pas l’inquiéter et restant patient avec elle. Cassidy s’était crispée et avait fermé les yeux un moment, réfléchissant. Non ça n’allait pas… non… Mais également, elle repensa à SES propres pensées, ce qu’elle lui cachait et qu’elle ne lui disait pas… uniquement pour la même raison que lui. La peur qu’il la repousse, qu’il la rejette ou qu’il se fasse moins… intime ? moins… présent ? Qu’il comprenne qu’elle n’avait plus besoin de soutien parce qu’elle savait suffisamment de choses pour connaître la vérité ? Non elle ne savait décidément pas comment il allait réagir, ce qui allait changer et retarder l’échéance… c’était s’accrocher à ce doux rêve qui était en train de se produire. Ou plutôt l’ignorance de choses tellement importantes…

Mais si elle semblait accepter ces paroles définitives, la jeune femme n’avait pas l’air de vouloir s’arrêter et chercher à bien lui faire comprendre qu’elle ne le laisserait pas tomber comme ça, que si quelque chose arrivait elle utiliserait tout ce qu’elle avait à disposition pour l’aider, bref elle s’embrouillait, voulant pourtant dire une chose clair… le soutenir… lui tirer la tête hors de l’eau si il commence à se noyer, l’empêcher de se perdre ou de souffrir tout seul ! Son esprit s’agitait furieusement et rien de réellement structuré ne sortit de sa bouche.

Or la dernière phrase prit beaucoup de sens. Elle se refusait pourtant de le dire, d’en parler. Mais il fallait bien qu’elle le fasse réagir, qu’elle le réveille et qu’il n’accepte pas cette condition, cette décision égoïstement sans savoir que derrière lui, une petite demoiselle en raconta un peu plus que nécessaire même si ça pouvait être interprété de différentes manières. Et pourtant, c’est bien ce qu’elle lui disait non ? S’ouvrir… déclarer ses sentiments et son importance. Cependant, elle avait peur, horriblement peur, qu’il lui pose la question, qu’il lui demande si elle ne se rappelait vraiment de rien ? Si… elle ressentait quelque chose pour lui ?

Ses pensées la rattrapèrent et elle marmonna comme quoi une petite sortie ne pouvait lui faire que du bien. Pour se dérober un peu à son regard, pour ne pas avoir droit aux questions gênantes. Elle faisait quelques pas, juste comme ça, mettant ses paroles à exécution mais il l’arrêta. La jeune femme se tourna vers lui, effectivement surprise, ne s’attendant pas à ce qu’il la retienne. Peur… peur de ce qu’il pouvait lui dire. Et pourtant, c’était très loin de ce qu’elle attendait.

En fait, elle ne le vit même pas venir, même pas le temps de réagir alors qu’il plaqua avec douceur ses lèvres contre les siennes. Cassidy ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait mais son corps ne se rebiffa pas, ne se crispa pas. Elle sentit ses jambes faiblirent et son cœur battre à une allure folle alors qu’il se rapprochait un peu plus d’elle. La demoiselle tremblotait, frissonnait et une fois la surprise passée, elle s’étonna à apprécier ce beau et passionné baiser. C’était comme une drogue… un biscuit au chocolat ! mais en beaucoup plus fort. D’où lui venait cette émotion tellement prenante ? D’où lui venait cette envie ? Automatiquement, elle ouvrit légèrement la bouche, prête à approfondir un peu plus et se laissa totalement aller dans ses bras, posant doucement les bras sur son torse pour mieux se coller contre lui. Le temps semblait s’arrêter, elle avait fermé les yeux et le froid semblait être devenu le dernier de ses soucis !
Pourtant il s’arrêta et elle grogna instinctivement comme frustrée d’être arrêtée avant de se figer en se rendant compte de ses… réactions un peu trop naturelles alors que Tristan la prit par la main pour la ramener à l’intérieur. Ah oui effectivement, avec Eleyna et Alanir dans le coin, cela risquait de gâcher le moment !

Il la laissa au milieu de la chambre alors que la jeune femme semblait encore dans un autre monde, ailleurs, et certainement en train de réaliser ce qui s’était passé. Après tout on ne l’avait pas embrassé depuis un moment dans sa période temporelle à elle. Mais ce qui la choquait plus que tout, c’est que plutôt que de ne rien ressentir du tout, c’était tout le contraire ! Comme la dernière fois qu’elle était alcoolisée. Troublée de savoir qu’elle avait vraiment apprécié ce geste, ses yeux se perdirent dans le vague alors qu’il déposa une couverture sur ses épaules, se justifiant en disant qu’elle ne devait pas attraper froid.

Elle resta statique, toute perdue dans ses pensées. La main chaude de Tristan dans sa nuque la ramena à la réalité alors qu’il déposa un nouveau baiser sur ses lèvres qui la fit frissonner. Serait-elle vraiment grossière de lui dire qu’elle appréciait et qu’elle voulait prolonger le moment ? Il se mit à parler, des paroles troublantes, qui ne faisaient que confirmer les hypothèses de la demoiselle. De ce que sa mémoire se rappelait, ils étaient dans le même village pendant leur jeunesse, rien de spécial puis s’étaient retrouvés à l’académie alors qu’il cherchait du travail… c’est tout. Alors, soit elle était véritablement aveugle et n’avait VRAIMENT pas vu qu’il y avait plus qu’une relation cordiale, soit il tenait à elle… d’une certaine façon soit… il y avait certaines choses qui avaient été effacées de sa mémoire. Et cela ne restait pas impossible même si elle avait du mal à l’accepter. Qui était-il pour être aussi proche ? Avait-il un lien avec cette personne dont elle peinait à se rappeler ? Et pourquoi le voyait-elle dans ses flashs ? Dans ses rêves ? C’était tellement difficile à croire… mais si vraiment c’était le cas, elle ressentirait quelque chose pour lui non ? A moins qu’elle soit froide comme la pierre et n’ait jamais eu de véritables sentiments… Cette perspective lui faisait peur.

Il insista sur le fait qu’il ne lui ferait pas de mal et même si son visage était vraiment adorable, ne donnant pas envie de le questionner encore, elle haussa un sourcil un peu perplexe, l’examinant et voulant croire de toutes ses forces que ça irait bien pour lui. En fait, on se demandait vraiment qui pouvait faire du mal à qui. Avec la magie d’Alanir, elle était tout aussi capable de faire du mal à un dragon et se défendre mais, peut être que Tristan ne voulait pas qu’elle voit la partie sauvage de lui-même, ce qui la paralyserait et c’était peut être une bonne chose.

Cependant, le jeune homme l’embrassa une nouvelle fois, ce qui abaissa toutes les défenses de la petite mage. Elle ferma un instant les yeux, se délectant de ces petits contacts simples, comme si cela était possible, comme si elle n’en avait pas eu depuis bien longtemps, passant ses bras autour de sa nuque avant de se blottir contre lui. Si lui se contentait de baisers et en voulait peut être plus, il n’était pas le seul à avoir ce genre de pensées. Cassidy sentait au fond d’elle qu’il manquait quelque chose… quelque chose entre eux… Elle ne savait pas encore de quoi il s’agissait mais les baisers sages ne l’éclairaient pas et pourtant, la demoiselle s’en satisfaisait, suffisamment troublée pour vouloir aller plus loin tout de suite.

De multiples questions tourbillonnaient dans sa tête et pourtant elle les fit taire en appréciant simplement l’instant présent, finissant par le regarder alors qu’ils étaient allongés sur le lit, sans rien dire de plus, sans sous entendre quoi que ce soit. Elle finit par s’endormir après quelques minutes, mais terriblement bien et apaisée.

Le lendemain matin, c’est très timidement qu’elle s’éveilla en le regardant et souriant très légèrement, se rappelant de la veille avant de s’étirer, apparemment en pleine forme. Soit elle avait beaucoup dormi soit… en tout cas, quelque chose l’avait rechargée à bloc ! Cherchant de la main Tristan dans le lit, elle ne le trouva pas. Renfrognée, elle se redressa sur ses jambes, les cheveux en pagaille, tentant de mettre de l’ordre dedans. Pendant un bref instant, le souvenir de la veille revint en mémoire alors qu’elle se passa une main sur les lèvres, un sourire rêveur. Prolonger ce contact ou recommencer. Etait-ce cruel de sa part de le souhaiter ? Normalement ce sont les couples qui s’embrassent ! Et ils n’étaient pas un… Son attention se porta sur sa bague alors qu’elle se frottait machinalement un œil, l’air pensif. Que dire ? Que faire ? Brusquer les choses ? Mauvaise idée !

Elle s’habilla rapidement en sélectionnant une tenue bien féminine et mise en valeur, soulignant ses formes, d’une texture légèrement aérienne mais savamment travaillée par endroits. Plusieurs fois elle se regarda dans la glace, fébrile, faisant vraiment attention à son habillement, sa manière d’être. Elle grimaça un instant puis se tint la tête de manière totalement ridicule avant de parler à son reflet dans le miroir.

« Tu es vraiment ridicule ma pauvre ! Comme si je devais faire ça pour… enfin je comprends pourquoi je fais ça mais… broumpf ! »

Elle inspira un bon coup, même plusieurs fois, comme si la nervosité l’avait envahi avant de poser la main sur la poignée de la porte et de l’ouvrir. Tout naturellement, elle avança comme si de rien n’était pour rejoindre ses compères à la table pour le petit déjeuner et se fit très enjouée alors qu’elle les retrouva en les saluant, le sourire aux lèvres.

« Salut Alanir ! Bonjour Eleyna ! Beau temps aujourd’hui n’est-ce pas ? Le soleil a l’air de revenir un peu malgré la neige, c’est agréable ! »

Oulà… elle n’était absolument pas discrète et bien trop émotive, ce qui laissait planer quelques interrogations au-dessus de sa tête. Passant devant eux, qui devaient être abasourdis, elle se dirigea vers la partie cuisine, mais toujours visible pour les autres attablés. Apparemment, elle cherchait un bol propre mais alors qu’elle montait sur un tabouret et ouvrit distraitement un meuble en hauteur (qui contenait toutes sortes de casseroles et non les bols !), la voix d’Eleyna attira son attention alors qu’elle prononçait un prénom bien connu alors que la demoiselle tendait la main pour « attraper » un bol. Aussitôt elle tourna la tête pour regarder et sa main agrippa le bord d’une casserole qu’elle tira malencontreusement en avant. Comme elles étaient toutes empilées, le tout dégringola dans un fracas épouvantable sur un plan de travail, heureusement vide. La jeune femme retourna la tête pour constater sa bêtise puis, avait l’intention de redescendre. Malheureusement elle tourna la tête du mauvais côté, trop perturbée, et se prit la porte du meuble ouvert sur le nez alors qu’elle poussa un juron plaintif. Eh ben… chamboulée la pauvre.

Elle s’excusa plusieurs fois et se dépêcha de ranger, cherchant rapidement un bol et venant se mettre à table, extrêmement tendue et se contenta d’un petit « salut » tout timide à Tristan, attrapant un morceau de pain et semblant chercher le bon bout pour le couper. Et lorsqu’elle coupa le pain, son mouvement était resté en action alors qu’elle essayait désespérément de découper la table, évitant soigneusement le regard de Tristan, très troublée.

Le jeune homme s’était aussi installé à table, à côté de Cassidy qui après avoir compris que son morceau de pain était découpé depuis longtemps, avait carrément le nez dans son bol comme si elle y trouvait un intérêt particulièrement intéressant à celui-ci. Tristan demanda alors qu’on lui passe le sucre et Cassidy réagit sans qu’on lui dise quoi que ce soit et sans relever la tête, tâtonna les différents bocaux pour poser devant lui le pot de confiture de fraises. Hum… effectivement, il y avait comme un léger malaise. De plus, elle rougissait très légèrement et tenta même de se justifier très maladroitement alors que personne ne lui demandait quoi que ce soit.

« Whaaaa ! Chaud le chocolat ! Me suis brûlée la langue ! »

Finalement, ils se séparèrent, Tristan décidant de s’entraîner et Cassidy d’aller faire un tour alors qu’elle mettait sa veste offerte par Maud. A vrai dire, elle ne savait pas vraiment comment occuper sa journée. Etre avec Tristan ? Difficile de le regarder après ce qu’ils avaient fait hier ! Même si elle était tout à fait conquise et voulait même recommencer… et pourtant…

Elle était songeuse en marchant dans les allées, s’arrêtant à un coin d’eau et commença par lancer des pierres dans le bassin, voulant certainement faire des ricochets mais sans y arriver. Puis elle soupira un instant puis remonta au-dessus de la cascade pour méditer même si pour le moment… ses pensées étaient plus tournées vers un certain Drakkari et elle n’arrivait absolument pas à se concentrer. Alors elle redescendit et alla proposer son aide, pour faire n’importe quoi, du moment que ça lui occupait suffisamment l’esprit pour qu’elle n’ait pas besoin de penser !

On lui demanda alors de faire l’inventaire d’un entrepôt avec d’autres personnes. L’engouement collectif l’apaisa et elle y trouva une échappatoire. Elle était en train de rendre sa liste lorsqu’Alanir se présenta à elle, s’enquérant de son état et lui faisant comprendre que c’était bientôt l’heure de manger. Cassidy déglutit lentement. Croiser Tristan à nouveau… comment lui parler ?

Elle suivit docilement Alanir jusqu’à l’appartement. Arrivée là, elle enleva sa veste et constata que Tristan n’était pas encore rentré. Eleyna lui demanda d’aller chercher une serviette dans la salle de bains et la jeune femme ne se posa aucune question, encore bien trop troublée pour se demander l’utilité d’une serviette de bain pour préparer un repas.

La petite mage n’eut pas le temps de protester qu’à peine entrée dans la pièce, la porte se referma derrière elle alors qu’elle tourna rapidement la tête sans comprendre ce qui lui arrivait à part le bruit du verrou. Elle fronça un sourcil, regardant devant elle la pièce emplie de buée qui ne l’aidait pas à voir quoi que ce soit. Mais lorsqu’elle entendit la voix de Tristan, la petite mage se figea d’un coup et devint très très rouge. Il venait d’ailleurs de passer la tête à travers la douche alors qu’elle le dévisageait avec incrédulité, les bras balants et sans savoir quoi faire et comment réagir.

Aussitôt, elle l’entendit s’excuser alors qu’elle détournait la tête, complètement rouge. Mais le bruit de la chute la fit sortir de sa paralysie et comme cela était prévu, la demoiselle avança vers lui, la voix légèrement rauque, inquiète pour lui.

« Hey Tris’ !? Tuuuuuuuuuuuuuu… »

La buée et les flaques d’eau n’aidant pas, elle glissa sur le sol humide dans un cri de surprise alors que la jeune femme agita les bras pour tomber en avant, rattrapée par le beau Drakkari. Leur position n’était pas des plus confortables et n’aidait pas non plus à garder les idées claires ! Surtout que l’eau chaude tomba sur la tête de Cassidy qui poussa un nouveau grognement, ne s’attendant pas à ce petit effet. Effectivement, Tristan avait une jolie vue sur le décolleté de la demoiselle, qui en plus avait fait des efforts pour prendre une tenue plutôt tentante ce matin sans rien savoir de la suite mais elle se tenait au dessus de lui, les yeux instinctivement fermés à cause de l’eau qui coulait dans ses cheveux et sur son visage, assise sur son ventre et cherchant à poser ses mains un peu à l’écart. Sauf qu’en cherchant à faire comme ça, elle ne faisait qu’effleurer le torse du jeune homme, ce qui ne l’aidait certainement pas à conserver des pensées cohérentes. Il lui demandait si ça allait, la demoiselle s’ébroua un instant la tête, se calant un peu mieux sur le torse du Drakkari ce qui n’était certainement pas une bonne idée et chassa l’eau de ses yeux avant de les rouvrir et le regarder en ramenant une de ses longues mèches trempées en arrière.

« Je… oui ! »

Sauf qu’elle se rappela qu’il était tombé aussi et une expression inquiète passa sur le visage de Cassidy alors qu’elle réagissait comme très instinctivement, s’inquiétant pour lui et le montra d’une très étrange manière alors qu’elle se rapprocha de lui pour coller ses lèvres contre les siennes et l’embrasser avec tendresse… avant de se dégager en se rendant compte de son geste… surprise, le regardant droit dans les yeux, reprenant son souffle, une expression adorable passant sur son visage.

« Heu…. Héhé ! Bisou magique ! Tu savais pas ? Il paraît que ça guérit toutes les blessures, même les plus graves ! Et comme tu étais tombée et que je m’inquiétais pour toi bah… voilà quoi… »

Comment dire qu’inconsciemment elle se rappelait de leurs baisers qui leur permettaient mutuellement de se guérir ? Encore une fois elle agissait par instinct mais semblait bien troublée pour le coup, rouge et regardant un peu ailleurs. Elle se colla un peu plus contre Tristan, sûrement pour profiter de sa chaleur, ses vêtements devenant de plus en plus collants alors que ni l’un, ni l’autre ne semblait vouloir bouger. L’un, certainement à cause de quelque chose qui commençait à prendre un peu de place et l’autre, craignant certainement de glisser certainement, même si à la fin, elle devait bien sentir que quelque chose se passait en-dessous.

Elle resta un instant immobile, Tristan également, gênés tous les deux sans savoir quoi faire. Puis elle rouvrit timidement les yeux et le regarda, le dévisagea. Etait-elle cruelle de vouloir à nouveau s’emparer de ses lèvres ? Cette sensation qui lui plaisait tellement, ce goût unique encore meilleur que la meilleur des friandises, cette sensation de chaud et de froid permanent… le vertige… elle en avait envie mais hésitait. Et plus le temps passait, plus la tentation était forte.
Alors que Tristan ouvrait la bouche pour parler, elle s’était mordillée la langue avant de poser une nouvelle fois ses lèvres sur les siennes pour lui voler un nouveau baiser et ça n’avait rien à voir avec une quelconque blessure cette fois ! Bien plus passionné, comme si elle cherchait à lui rendre ce qu’il avait fait la veille, avec les intérêts !

Tristan glissa un peu sur le sol, s’adossant contre un mur, voulant trouver une meilleure position et sans avoir l’eau qui coulait dans les yeux. Il ne semblait pas contre l’idée de s’embrasser une nouvelle fois et pendant un petit moment, ce fut un échange bien intense où chacun prenait le contrôle de l’autre. Cassidy se laissait guider par ses instincts, se troublant… elle allait un peu plus loin… toujours un peu plus loin… comme si elle le connaissait depuis toujours alors que ses gestes, au début hésitants, semblaient de plus en plus assurés. Elle glissa doucement le bout de ses doigts sur le bras du jeune homme puis décrivit des arabesques sur le torse de celui-ci. Puis elle lui fit un suçon dans le cou, en plantant très délicatement ses canines plus affutées que celles d’un humain ordinaire avant de remonter dans le creux de sa mâchoire en le couvrant de petits baisers. Elle avait bien arrêté de penser là et de se laisser aller !

Si Tristan n’était pas contre, la peur de mal faire était toujours présente, même si ses défenses faiblissaient peu à peu alors que lui-même commençait à se prendre au jeu. Bien trop rapidement, un soulèvement caractéristique se fit ressentir au niveau des jambes de la demoiselle alors qu’au même moment, une lueur dorée s’échappa du corps de la demoiselle en question, éclairant le Drakkari très surpris de voir que son ancienne compagne avait toujours gardé… certains réflexes qui ne voulaient pas disparaître.

Cassidy voulait aller plus loin. Elle s’était arrêtée, surprise, en regardant sa main qui avait prit une couleur dorée. Sans savoir ce que cela signifiait, une chose était sûre, arrêter tout de suite lui ferait ressentir un vide énorme et une sensation d’inachevé. En même temps après une année entière d’abstinence, ça pouvait se comprendre mais… il fallait reconnaître que Tristan la rendait dingue… avec pas grand-chose. Ses baisers, ses caresses, sa façon de mordiller son oreille de manière si sensuelle, sa main qui passait vers son bas ventre qui la faisait frissonner. Etait-ce bien ? Ou pas ?

La jeune femme murmura quelques paroles inaudibles pour elle-même puis fixa de son beau regard noisette le Drakkari devant elle avant de l’embrasser une nouvelle fois, murmurant une simple chose à son oreille.

« Arrête moi si tu ne veux pas aller plus loin… »

Elle recommença à l’embrasser avec beaucoup de tendresse, douceur, comme elle en était capable. Il ne l’arrêta pas, ne s’en sentant peut être pas capable. Prenant cela pour un feu vert, elle claqua des doigts pour insonoriser la salle avec bien plus de précision qu’auparavant. On entendait toujours l’eau qui coulait mais leurs voix n’étaient pas audibles de l’extérieur. Puis elle fit tournoyer lentement son doigt sur lui-même en désignant quelque chose sur le rebord du lavabo. Un bracelet de force qui lévita dans les airs avant de s’arrêter devant Cassidy. Elle avait bien remarqué celui autour de son poignet droit mais l’autre à gauche, il l’avait enlevé. Apparemment elle était consciente de la magie qui se dégageait de ces objets et comment ça marchait. Après tout, s’étant harmonisée avec la magie d’Ascadian, il lui était possible de connaître certaines fonctions. Avec beaucoup de douceur, elle lui attacha le deuxième bracelet, tout en lui volant un nouveau baiser.

Ils se cherchèrent… se retrouvèrent… semblant se connaître comme jamais et Cassidy ne se posa pas la question de savoir pourquoi elle en savait autant, pourquoi chaque geste, chaque caresse leur tirait un gémissement de plaisir alors qu’il l’aida à retirer ses vêtements mouillés, se relevant et la coinçant alors contre le mur.

Elle s’agrippa à lui, poussant un nouveau gémissement de plaisir alors qu’ils allaient… peut être un peu plus loin. Sauf qu’elle s’arrêta net, posa doucement un doigt sur les lèvres de Tristan et prononça un nouveau sort sur la sortie de l’eau chaude en râlant à moitié.

« Rhoooo fichez moi un peu la paix ! »

Son sort n’eut apparemment aucun effet, si ce n’était que l’eau continuait à couler alors qu’elle haussa les épaules en lui murmurant qu’elle lui expliquerait après, que ce n’était pas quelque chose d’important.

Finalement, ils se lancèrent. Depuis quand n’avait-elle pas ressenti ce genre de sensation ? Depuis quand n’avait-elle pas été aussi expressive et démonstrative ? Les retrouvailles faisaient du bien et elle y trouva un certain plaisir, encourageant son compagnon et prononçant son surnom alors qu’elle atteignait le sommet plus d’une fois, ses ongles s’enfonçant parfois dans le dos nu de son compagnon. C’était bien… c’était agréable… et tout ce qui l’avait peiné semblait avoir disparu de sa tête alors qu’elle appréciait tout simplement le contact.

Il l’avait attiré vers le jet d’eau chaude, après avoir repris son souffle. Cassidy souriait et se blottissait contre lui, caressant doucement son dos alors qu’ils se tenaient chaud. Aucun des deux ne s’exprima sur ce qui s’était passé, même si Cassidy commençait à comprendre ce que cela signifiait. Mais elle était bien trop fière pour revenir sur sa position, même si le fait d’avoir autant apprécié avec lui la troublait. Après tout elle avait été violée, elle s’était forcée à coucher avec des hommes qu’elle n’aimait mais avec lui… avec lui… c’était tout simplement magique.

Finalement, ils s’étaient rincés et Tristan était sorti le premier, pour apporter des vêtements à la demoiselle car les siens étaient mouillés. De ce qui se passa à l’extérieur, elle n’en sut rien alors qu’elle l’attendait sagement et le remercia alors qu’il lui tendait les vêtements.

Le repas se passa dans le calme, même si aucun des deux ne voulait raconter ce qui s’était passé dans la salle de bain, l’un aussi rouge que l’autre. Tristan demanda à sortir après pour faire un tour et Cassidy proposa aussitôt de sortir pour l’accompagner. Il l’avait aider à se couvrir, alors que la demoiselle avait toujours autant de mal et puis… elle marchait un peu bizarrement aussi.

La neige recommença à tomber dans les allées alors qu’ils marchaient, l’un contre l’autre, chacun perdu dans ses pensées. Ils s’arrêtèrent près d’une des fontaines, Cassidy venant de s’assoir et fixant ses jambes, pensives. Apparemment, ce qui venait de se passer lui trottait dans la tête et elle ne savait pas comment l’aborder. Pourtant, son regard se fit plus déterminé alors qu’elle avait l’intention de s’exprimer ce qu’elle ressentait actuellement.

« Tris’ je… »

Elle se figea quand deux individus attira son attention. Son sang ne fit qu’un tour alors que l’aura qui se dégageait du duo d’inconnues s’approcha de leur direction. Les yeux noisette de Cassidy s’agrandirent de surprise, de stupeur puis tout son corps vibra de haine alors que des souvenirs refaisaient surface. C’était deux magnifiques femmes, très peu vêtues… des dragonnes.

Aussitôt, Cassidy se leva et vint se placer devant Tristan, montrant les crocs, menaçante et prête à attaquer si elles continuaient d’avancer comme ça ! Elle était clairement dans une position offensive et la magie qui se dégageait de la petite mage s’éleva d’un cran alors qu’elle semblait prête à se jeter dessus. De l’incompréhension… ou pas ! Elles venaient certainement chercher Tristan.

Mais alors qu’elle se préparait à bondir, haineuse, deux grands bras l’entourèrent juste à temps alors que les pieds s’ancrèrent fermement dans la neige, glissant un peu. C’est qu’elle avait de la force quand elle était en colère !

- Cassy non ! Ecoute tu ne dois pas…

Elle semblait ne pas écouter Alanir qui s’efforçait de la maintenir calme. Le dragon avait senti juste avant la vague de haine qui avait envahi la petite mage et s’était hâté de sortir, Eleyna sur les talons. Il jeta aux dragonnes un regard antipathique alors que Tristan déclarait qu’il allait voir ce qu’elles voulaient, s’éloignant déjà avec elles. Tout esprit combatif disparut de Cassidy alors qu’elle le regardait partir, retombant très molle dans les bras d’Alanir, baissant la tête, presque les larmes aux yeux. Elle ne faisait pas le poids… elle n’était pas comme eux… quelle idée de croire que Tristan la préférerait à celles de son espèce !

Alanir porta la petite mage complètement perdue jusqu’à l’appartement et la déposa sur le lit. Elle ne prit même pas la peine d’enlever son manteau qu’elle venait de s’allonger tout en plaquant furieusement un oreiller sur sa tête, boudant et grognant. Le dragon soupira avant de refermer la porte et de se masser les tempes. Eleyna lui demanda si ça allait. Il avança dans le salon et se prépara un nouveau café qu’il engloutit d’un trait avant de s’asseoir, soucieux.

- Ca ira… enfin je crois…

Eleyna n’était pas vraiment dupe. Il avait les mains croisés devant lui, assis dans un fauteuil et fixait le sol avant de relever un œil et de la regarder.

- Juste avant qu’on ne… parte de la demeure des dragons, il y eut un conflit…

Il s’installa un peu plus dans son fauteuil, en réfléchissant de la manière de dire les choses. Cela ne ferait rien avancer mais en discuter avec une alliée et amie pouvait faire du bien parfois.

- Cassy s’était retrouvée toute seule dès le premier jour. Tristan était très curieux de son environnement et les autres dragons voulaient le connaître et sans le vouloir vraiment, il la délaissa. Elle était dans un coin quand des dragonnes sont passées à côté sans la voir. Elles disaient… que Cassy était une mage corrompue… faible… maléfique… et aussi qu’elles avaient envie de faire des folies avec son… fiancé…

Alanir se passa une main dans les cheveux, fébrile. Eleyna devait pouvoir comprendre la situation et ce que Cassidy avait pu ressentir.

- Cassy est devenue complètement folle… le cœur brisé… et le fait d’être totalement seule dans un monde qui refuse de l’accepter… qui la traite en inférieure… et qui en plus, que les dragonnes n’avaient aucun respect pour le couple qu’elle formait avec Tristan… ça lui a fait très mal… si je n’avais pas réussi à la résonner, elle aurait très certainement tué celles qui la meurtrissaient. Enfin… je pense qu’elle s’en rappelle… du moins des choses sur elle… et que bon ça lui fait pas du bien…

Alanir soupira une nouvelle fois alors qu’Eleyna parlait avec lui, voulant certainement réconforter le grand dragon. Tristan revint un peu plus tard et demanda où se trouvait Cassidy. On lui indiqua la chambre.

Il retrouva la jeune femme dans la même position que l’avait laissé Alanir, inerte, l’oreiller sur sa tête, les bras étendus de chaque côté d’elle. S’inquiétant un peu pour elle, il l’appela gentiment en soulevant l’oreiller alors qu’elle se redressa lentement, les plis de la couverture gravés sur son visage, se frottant les yeux.

« Ca va trèèèèèèèès bien ! T’inquiète pas pour moi ! J’ai juste fait une sieste vite fait ! »

Elle s’assit sur le lit à côté de lui, abordant un sourire qui sonnait complètement mais alors complètement faux. C’était totalement forcé et elle faisait vraiment un effort. Mais quand il commença à s’inquiéter pour elle, la jeune femme inspira profondément, tapota doucement la tête du Drakkari, en le regardant, un air un peu plus triste sur le visage, sans être plus précise que ça.

« T’inquiète pas je m’en remettrais ! Je suis solide quand même ! Ah ah… »

Puis Cassidy grogna en déclarant qu’un peu d’exercice physique lui ferait du bien, avant de chercher d’autres affaires dans l’armoire et d’enfiler une tenue plus sportive.

« Tu veux venir avec moi ? Je vais aller courir un peu, ça évitera que je m’encroûte à force de rester dormir ! »

Finalement il décida de l’accompagner et ils commencèrent à courir sur un petit sentier tracé. Certains guerriers et autres personnes empruntaient ce sentier qui sortait de la cité pour se dépenser et se maintenir en condition physique. Ils venaient de prendre une bonne allure, Cassidy tenant plutôt bien le rythme, tout en passant sous quelques arbres et bifurquant derrière un buisson. Malheureusement, Cassidy semblait ailleurs dans sa course et son pied rencontra malencontreusement une roche ensevelie sous la neige. Sa cheville émit un craquement sinistre mais elle ne hurla pas alors qu’elle venait assurément de se fouler la cheville, voire même un os fracturé !

Elle commença à chuter en avant, faisant des gestes pour se retenir mais c’était peine perdue. Tristan la rattrapa, et si elle le laissa faire, se sentant honteuse quand même, elle ne semblait pas s’en faire plus que ça pour l’état de sa cheville alors que son pied droit décrivait quand même un angle inquiétant !
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Ven 20 Juin - 10:29

Ca n’allait… Pas du tout !

Qu’est ce qui lui avait pris de l’embrasser ainsi ?! C’était super dangereux ! Il n’était même pas sûr de la manière dont il pouvait réagir ! Elle l’avait déjà embrassé et ça n’avait pas été simple et lui-même l’avait embrassée quelques jours plus tard, mais c’était très bref, il avait tout fait pour ! Ne surtout pas s’attarder sur ses lèvres ! Ne surtout pas oublier la situation dans laquelle ils se trouvaient ! Ne surtout pas oublier le danger qu’elle courrait près de lui ! Ne surtout pas… apprécier !!! Mais comment faire autrement qu’apprécier au juste ?

Ils l’avaient pourtant prévenu ! Ils lui avaient dit que c’était un choix dangereux, beaucoup trop risqué pour lui tout d’abord et pour son entourage également. Ils lui avaient dit que c’était aussi risqué pour elle, pour la petite mage, mais s’il ne prenait pas ce risque maintenant, il n’y en aurait plus aucun autre. Il savait ce qui lui arriverait à la minute où il avait posé le pied dans cette fichue cité des dragons. Ils devaient l’aider. Ils allaient l’aider à devenir plus fort… Mais il savait aussi que ce qu’il perdrait en contrepartie lui arracherait tout ce qui comptait pour lui.

Souvenirs…
Elle n’avait pas besoin de le lui dire. Il le ressentait depuis bien assez longtemps. Son dégoût pour ce qu’il était, sa colère envers cette injustice, ce caprice du destin qui faisait que le seul homme qu’elle ait jamais aimé et qu’elle aimerait probablement plus que nul autre était aussi un des membres de ce qu’elle détestait le plus. Il sentait sa méfiance. Il sentait sa peur. Parfois, quand elle l’embrassait, quand elle se faisait trop rapidement pressante, il sentait son inquiétude de le voir se détourner d’elle… Comme si sa peur de mal faire n’était pas déjà suffisamment importante ! Comme si elle ne la dévorait pas déjà suffisamment.
Quand elle avait su ce qu’il était réellement, même si elle avait fait des efforts, même si elle en faisait constamment, il avait remarqué les légers mouvements de recul involontaires, l’odeur de la peur… qui collait bien trop souvent à celle si délectable de sa peau. Elle aimait voler avec lui, elle aimait l’homme qu’il était, elle ne cessait de faire des efforts, de se forcer à l’accepter. Ca le rendait si malheureux… Bien sûr il comprenait… Après ce qu’elle avait subi, il ne pouvait que comprendre… Mais savoir qu’elle se forçait tant pour lui, qu’elle s’obligeait à être différente pour lui, c’était une punition qu’il ne supportait pas bien. Evidemment, il n’avait rien dit, comme toujours.

Qu’aurait-il pu dire de toute façon ? Qu’il se rendait compte de ses efforts, les appréciait mais qu’ils l’attristaient également parce qu’elle n’était pas totalement elle-même à cause de ça, à cause de ce qu’il était ? Elle s’en serait voulue, aurait culpabilisé, l’aurait rassuré comme elle le faisait si facilement et si bien sans même en avoir conscience mais de son côté elle aurait continué de souffrir avec justement en plus, le poids de la culpabilité, l’impression de ne pas être à la hauteur aussi probablement. Elle se montait si facilement la tête.

Cette situation était impossible, sans fin, sans fondement, sans dénouement heureux. Tant qu’il se cantonnait à ce qu’il était, à ce qu’il savait alors que la curiosité le démangeait d’en apprendre davantage sur ceux qui lui ressemblaient, elle l’aimerait… A la minute où il rejoindrait ses pairs, où il deviendrait plus dragon, il la perdrait… Parce qu’il changerait trop, parce qu’elle ne le supporterait pas, parce que ses émotions humaines disparaitraient, parce que le Tristan qu’elle aimait, la seule chose qui la reliait à cette… « chose » qu’elle détestait, cesserait d’exister ? Trop de raisons qui se rejoignaient en une seule. Il la perdrait… Et probablement n’en serait-il même pas attristé vu le peu d’émotions que semblaient ressentir les dragons. Et il l’aurait fait souffrir… Tellement souffrir.

Il y avait tellement réfléchi, avait tourné le problème des nuits et des nuits dans sa tête alors qu’elle dormait, adorable, pelotonnée contre lui, frottant de temps à autre une de ses joues contre son torse en murmurant son surnom. Elle était enceinte de lui… Elle portait son enfant, un enfant dont ils ignoraient tout. Drakkari ou dragon ? Que serait cet être ? Il avait conscience, de ce qu’il avait lu, que les bébés Drakkaris étaient gourmands en magie, fatigants pour la mère bien sûr, mais celui-ci l’étaient largement plus que la moyenne ! Cassidy était si forte, bien plus qu’elle n’était en mesure de le voir elle-même, lui le voyait, s’en émerveillait, l’en admirait mais il avait peur. Le bébé lui prenait tellement d’énergie ! Il craignait tant de voir cet enfant se transformer, changer, la tuer peut-être. Il avait peur… Pas prêt à être père et probablement trop inquiet sur ce qu’il était lui-même pour être un père digne de ce nom pour le petit bout de chou à naitre, il n’en était que plus apeuré pour celle qu’il aimait. Il ne pouvait pas la quitter quoi qu’il arrive ! Il ne pouvait pas la laisser… Sur ce point, il sentait qu’elle était rassurée par sa nature, un peu du moins. Un Drakkari abandonnait constamment son enfant et l’autre parent, aucun cas d’abstinence n’existant à ce jour. Mais lui n’était pas que ça après tout. Son côté dragon lui permettrait peut-être de rester. Ce même côté qu’elle n’acceptait pas. Ce même côté qui l’effrayait…

Il avait déjà fait son choix. Il ne changerait pas. Même s’il voulait savoir ce qu’il était réellement, même s’il voulait apprendre, comprendre, il ne pouvait pas prendre le risque de la perdre. Pourtant, tout lui semblait surfait, très prétentieusement, il se croyait au-dessus de tout cela. Son amour pour la demoiselle était si fort qu’il était persuadé que rien ne pourrait le défaire, pas même changer, surtout pas changer. Comment brusquement pouvait-il cesser de vivre pour cette si craquante petite mage blonde ? Comment brusquement pouvait-il cesser d’être aussi fou d’amour et de désir pour cette demoiselle qui ne se rendait pas compte du quart de son pouvoir sur son vulnérable compagnon ? C’était absurde ! Rien ne pouvait défaire cela ! Mais il ne prendrait pas le risque… Il ne la perdrait pas !!!


Et puis il y avait eu toute cette histoire, cette monstrueuse histoire. Une de plus. Encore quelqu’un qui voulait faire du mal à sa chère et tendre, encore quelqu’un qui voulait la blesser, cette fois, la tuer. Quelle horreur de découvrir que ce quelqu’un était lui-même, dans seulement cinq minuscules petites années. Cinq ans… et changer autant… Le futur de la jeune femme aussi avait changé. Elle était… brisée, démolie, affaiblie et mourante, il le sentait, avant même de la voir tousser du sang, même s’il essayait de se convaincre du contraire. Ses pires cauchemars… La voir détruite… par lui-même. Tout était de sa faute… La jeune femme n’y était pour rien. Il avait toujours su que sa magie était puissante mais incontrôlable, beaucoup trop liée à ses émotions, capable du meilleure comme du pire. La Cassidy du futur ne l’avait pas dit ainsi, ne le pensait même probablement pas du tout, mais tout était de sa faute. S’il avait été plus fort, il aurait su la protéger tout d’abord ou l’arrêter dans sa folie magique et rien de toute cette horreur ne serait arrivée… Rien… Tout ceci parce qu’il était faible et lâche. Faible parce qu’il ne pouvait rien pour l’aider. Lâche parce qu’il refusait de prendre un risque qu’ils pouvaient combattre ensemble ! Non… Rien n’était la faute de la petite mage, même si elle ne cessait de se convaincre du contraire. Elle, elle vivait avec cette magie tous les jours et elle avait enduré bien assez de souffrances en tentant de la canaliser, en subissant ses caprices.
Il avait peur… Il avait vu, combattu son futur. Ce futur était si puissant, bien plus qu’il n’aurait seulement imaginé pu le devenir dans de longues années ! Il n’avait aucune chance de le battre, de l’arrêter actuellement ! Avait-il seulement la moindre chance de le ralentir ? Son double était un dragon… Un vrai dragon… Il l’avait senti. Il n’avait peur de rien, il vivait par pulsions, des émotions puissantes, enivrantes, parfois débordantes. Il n’était victime d’aucune crainte ni pour lui ni pour son entourage, aucune émotion ne venait parasiter ses gestes. C’était un guerrier parfait… Et il n’avait aucune chance de l’arrêter…

Cette simple distorsion du continuum espace-temps était inconcevable et donnait mal à la tête par toutes les situations étriquées qu’elle sous-tendait. Ils n’avaient pas le temps de s’interroger sur cette magie, sur ces absurdités, ou même simplement sur les risques que courait leur présent et les modifications du futur que cela entrainerait immanquablement. Ils devaient agir.
La Cassidy du futur y avait déjà réfléchi, même si elle essayait d’amener son point de vue avec un minimum de douceur. Après tout, elle se connaissait bien et savait à quel point elle pouvait être butée et têtue quand elle le voulait.
Une solution qui amenait bien trop de conséquences… La Cassidy du futur lui faisait confiance, celle du présent beaucoup moins. Parce qu’elle l’aimait. Parce qu’elle avait peur. Parce qu’il était le seul qu’elle ne voulait surtout pas perdre. Alors elle ne le blessa que peu par ses réactions. Parce qu’il savait tout ça. Il avait envie de le lui dire, de lui promettre de rester tel qu’il était, de ne pas changer, lui jurer qu’elle n’avait pas à s’inquiéter. Mais il ne pouvait pas promettre quelque chose d’impossible. Et elle le savait probablement aussi bien que lui…
Il y avait eu l’arrivée chez les dragons. Ils avaient peur tous les deux, de se perdre bien sûr. Pourtant, il n’avait pas compris la frénésie qui l’avait envahi en se trouvant enfin parmi ses pairs. Elle était la seule à compter véritablement alors pourquoi était-il si heureux d’en voir d’autres des comme lui ? Pourquoi s’intéressait-il à tout ? Pourquoi même avait-il envie de faire la fête ? Comment avait-il pu autant la délaisser ?
Il aurait dû résister… Mais comment résister à une chose dont il ignorait tout ? Lui ne savait pas… Son corps de dragon par contre, euphorique, prenait le pas grâce à la présence de confrère, l’humanité refluait déjà, ses sentiments aussi. Il ne le savait pas… Il ne s’en rendit compte qu’en remarquant qu’elle avait disparu, bien plus tard, qu’en remarquant que pendant quelques heures, il avait cessé de penser à elle et que ses sentiments… s’étaient déjà amenuisés.


Tristan détourna finalement les yeux du plafond, revenant dans ce présent tourmenté. Il voyait si bien désormais dans la nuit. Il entendait si bien. Il sentait si bien. Bien peu de chose pouvait lui échapper aujourd’hui. Parce qu’il avait réellement changé. Et dire qu’il pensait ses sens développés lorsqu’ils étaient améliorés suite à son accident, tout le reste. Il était si loin de la réalité ! C’était comme s’il avait été aveugle, sourd, agnosique toute sa vie avant que l’handicap sur ses sens ne soit brusquement levé. L’odeur de la petite mage blottie contre lui hantait la pièce, ses propres vêtements à chaque fois qu’elle ne faisait que l’effleurer. Pour un être humain, c’était imperceptible sans doute, il ne se le demandait plus vraiment, mais pour lui c’était si fort. Il baissa les yeux sur elle, cessant de fixer les rideaux immobiles sur la baie vitrée de leur ancienne chambre. Elle était si pâle encore aujourd’hui comparée à lui. Pourtant, sa peau avait bronzé avec ses entraînements d’une année à l’extérieur. Il leva très lentement une main et effleura, à peine, la peau de son visage, si délicate malgré ce qu’elle avait vécu. Elle était douce et tiède comme de la porcelaine oubliée près d’un feu de cheminée. Se calant sur sa respiration lente, régulière, à peine audible, ses doigts glissaient doucement sur ses traits, ses pommettes hautes qui reprenaient les couleurs rosées des émotions qu’elle retrouvait, des sourires qu’elle réesquissait, la ligne creuse oblique, délicate, des muscles de son visage, partant d’une de ses tempes et passant sous ses pommettes, preuve incontestable que son visage s’était affinée cette dernière année. Parce qu’elle avait perdu du poids évidemment, vu comme elle se nourrissait ça n’avait rien de surprenant, parce que les dernières traces de l'enfance l’avait désormais totalement désertée, l’abandonnant femme, si désirable dans un monde d’hommes, de désirs et d’irrespect.
Ses doigts effleurèrent ses tempes, suivirent la forme effilée de ses oreilles si différentes. Comment le monde la voyait-il aujourd’hui ? Il ressentait la peur et l’hostilité parfois. Il ne comprenait pas pourquoi. Qu’y avait-il dans la forme de ses oreilles qui gâchait la beauté de ses traits ? En quoi cela venait-il chambouler le délicat tableau de son visage ? Il ne comprenait pas les humains et leur méfiance… Comment la voyaient-ils au juste ?
Elle frémit alors qu’il frôlait de nouveau une de ses temps et il suspendit son geste avant de le reprendre, perdant ses doigts dans ses cheveux d’or. Aujourd’hui il pouvait en surprendre toutes les nuances. Ils avaient éclairci, encore avec cet entraînement évidemment. Là de l’or blanc, presque argenté, là or brûlé, mèches dorées tirant sur le roux, blond vénitien si rare, là une mèche plus courte, ici une interminable. Les coiffer tous les jours lui avait déjà permis de voir tout ceci, mais il observait quand même, encore. Elle bougea doucement son visage contre son torse nu, une de ses mains, plus fraîches posée sur ses pectoraux glissant sur ses abdominaux. Sa peau frémit, ses muscles se contractant légèrement sous la caresse involontaire de la jeune femme. Il délaissa ses cheveux, effleurant du pouce ses lèvres plus rosées que dans l’après-midi. Ils s’étaient embrassés vraiment longtemps alors ?

Il ferma les yeux, le frôlement des lèvres de la demoiselle sur les siennes lui revint aussitôt en mémoire. Oui… Longtemps. Il avait réussi à s’en contenter. Et il ne savait même pas comment…
Quand il l’avait embrassée brusquement à l’extérieur, il l’avait instantanément regretté, connaissant les risques qu’il faisait encourir à la jeune femme. Mais elle se laissait faire. Ses lèvres étaient si douces, sa peau frémissait contre la sienne. Il avait oublié… L’espace d’un instant, il avait oublié tout le reste, pourquoi il faisait tout ceci, pourquoi il était là, pourquoi il se battait, pourquoi tout en fait. Il n’y avait plus qu’elle. Elle n’avait couru aucun risque finalement. Il pensait que ce serait plus douloureux… mais ça ne l’était pas tant que ça. Il y avait un tel apaisement dans le simple fait de pouvoir l’embrasser. Elle avait l’air d’apprécier autant que lui. Non évidemment… Ca elle ne le pouvait pas vraiment. Elle avait oublié après tout.

L’appartement était parfaitement silencieux lorsqu’ils avaient arrêté de s’embrasser. Elle semblait perdue, hésitante. Ses yeux brillaient. Heureuse et triste à la fois, c’est l’impression qu’elle lui avait donnée pendant un instant, un court instant alors qu’il prenait doucement son visage dans ses mains et embrassait son front, l’attirant un peu plus contre lui dans le lit. Elle n’avait opposé aucune résistance quand il avait caressé son dos. Il ne s’était pas dérobé lorsqu’elle s’était un peu plus blottie contre lui, cherchant dans le creux de ses bras la place qui lui avait jadis été réservée, consacrée.
Elle s’était si vite endormie. Pas lui. Il s’était détendu un moment, assoupi sans doute mais pas vraiment endormi, pas assez longtemps. A présent qu’il l’observait, il ne pouvait s’empêcher de s’en vouloir pour son audace, sa bêtise, son égoïsme et de les savourer néanmoins, eux qui lui avait donné l’espace d’un instant, la sensation que tout n’était pas fini. Qu’elle était toujours là. Que rien n’était arrivé…

Il porta sa main libre à ses yeux, essuyant des larmes qui n’auraient pas dû y être. Choisir c’est renoncer. Son choix… Il devait le payer. Il se souvenait…
Devenir suffisamment fort en renonçant à son humanité et donc à être aimé et sans doute à aimer la belle demoiselle. Qu’y gagnerait-il ? Un dernier geste d’amour avant d’oublier ce que c’était qu’aimer. Oublier tout ce qui faisait de lui l’homme qu’elle avait toujours adoré malgré ses défauts, ses caprices et son trop grand charisme. Devenir un roi des cieux, développer ce don qu’il possédait selon ses pairs. Devenir un dominant. Avoir toutes les femmes, toutes les dragonnes qu’il voulait. Même elle, la petite mage, ne pourrait pas résister à ce charme devenu draconique s’il s’y mettait sérieusement pour la séduire. C’est ce qu’ils disaient du moins… Au fond ça devait être vrai… Ou bien rester lui-même, faible, incapable de la protéger de lui-même, de ce qu’il deviendrait de toute façon, la voir périr de sa propre main, juste pour quelques jours de plus avec elle… C’était tellement égoïste. Elle avait trop à offrir au monde. Elle avait trop à offrir au peuple d’Ascadian. C’était une jeune mage si douée et qui cachait encore bien des secrets. Il ne savait pas pourquoi ses oreilles étaient ainsi à l’époque, ni maintenant d’ailleurs, il ne savait pas ce que cachait le secret de ses origines, le peu qu’il avait appris avec ses parents n’avait que titillé sa curiosité après tout… Il se fichait de ce qu’elle pouvait bien être. Elle était Cassidy. Sa fiancée… Et si pour la protéger il devait accepter de la perdre, il le ferait… Mais elle souffrirait… Lui ne se souviendrait plus de ce qu’il ressentait évidemment, mais elle si… Il allait encore lui faire du mal. Comme d’habitude.

Ils lui avaient laissé faire un choix qu’il ne pensait pas possible. Une alternative cruelle et douloureuse, dangereuse et instable, mais une alternative… traduite par une lutte de chaque instant. Enfin ils… Pas ses pairs, pas véritablement. Plutôt « ceux » qu’il avait trouvé derrière « sa » porte.
Le jeune homme inclina doucement la tête jusqu’à appuyer ses lèvres contre le front de la demoiselle endormie. Sa respiration lui chatouillait le torse, glissait, brûlante jusqu’à son flanc opposé. Elle frémit doucement sous la caresse de ses lèvres, murmura son surnom, il la pressa contre lui, juste un peu plus, voulant égoïstement en profiter tant qu’il le pouvait encore.
Il finit par s’endormir.

Il ne dormit que peu néanmoins mais c’était bien suffisant après les trop longues journées sans dormir qu’il avait pu passer avant qu’elle ne revienne dans « leur temps ». Elle s’était retournée dans son sommeil mais soit il l’avait suivie, soit elle l’avait entraîné à sa suite car il avait le ventre collé au dos de la jeune femme, ses jambes suivant la légère flexion des siennes, ses bras l’entourant alors qu’elle était toute blottie sous la couverture. Il se dégagea avec lenteur pour ne pas la réveiller, la recouvrant soigneusement, embrassa sa nuque, se leva, s’habilla et sortit. Il ne fit que quelques pas hors de la chambre avant de se mettre à chanceler, heurtant un mur de son épaule, s’y retenant en battant des paupières, grimaçant silencieusement. S’ébrouant, le jeune homme se redressa, les autres dormaient encore. Tant mieux. Il n’attendit pas, laissa sa sacoche à l’intérieur mais en tira après une hésitation son épée qu’il attacha dans son dos, sortit rapidement.
Il partit ainsi deux bonnes heures, s’entrainer, certes mais peu, restant surtout longtemps, pensif, perché sur un arbre, observant le ciel au-dessus de lui, les bras derrière la tête. Finalement il revint manger avec les autres. Les douleurs dans ses bras et dans ses jambes étaient passées finalement, rapidement, tant mieux.

Alanir et Eleyna étaient déjà attablés quand il revint et ils faisaient une drôle de tête. Comment savoir que Cassidy était trop enjouée pour que ce soit normal. Et eux, comment pouvaient-ils savoir que ce brusque revirement était dû aux longs baisers que les deux jeunes gens avaient échangés une partie de la nuit ? Juste quand il entrait, Eleyna le saluant, il entendit un bruit de chute et arriva très rapidement à la cuisine pour voir la petite mage en équilibre qui semblait plutôt… troublée. Et les deux autres qui avaient sursauté, bien que le regard fixé sur Cassidy ne manquèrent pas le léger sursaut du jeune homme lorsque la demoiselle se prit la porte du placard sur le nez. Il avait même levé et tendu un bras avant de le rabaisser rapidement, serrant le poing et détournant la tête. Après tout, elle se débrouillait très bien toute seule.
Pourtant, alors qu’elle n’était apparemment plus totalement maitresse de ses gestes et de ses pensées, il l’observait par dessus son bol de café et n’importe qui aurait juré avoir aperçu un sourire amusé sur les lèvres du jeune homme. Surtout le coup du chocolat trop « chaud ». Eleyna la fixait subrepticement, comprenant bien vite, instinct féminin oblige, que quelque chose se passait entre les deux jeunes gens et que quelque chose s’était également probablement produit la nuit passée. Elle en fit part très vite à Alanir quand ils furent seuls, histoire de mettre en place un plan diabolique mais en tous les cas, elle n’était pas dupe des excuses de la jeune mage. Enfin sauf si le « chocolat » en question était un nom de code pour parler du Drakkari. Non parce que si c’était le cas, le « chocolat » devait être très « chaud » oui !

Il était ressorti vite finalement. Elle aussi mais ils n’avaient pas passé la matinée ensemble. Peut-être trop gênés pour. Même si ce n’était pas très bon signe pour eux deux de rester aussi peu communicants après ce qui s’était passé.
Tristan avait croisé Maud pendant son entraînement. Elle ressemblait de plus en plus à une montgolfière selon ses dires mais il la trouvait toujours aussi charmante. L’accouchement était pour bientôt, elle avait l’air de s’en réjouir même si son plaisir était terni par l’absence d’identité de celle qu’elle voulait nommer comme marraine de l’enfant. Tout le monde savait dans la cité que depuis qu’elle était enceinte, ses visions s’étaient multipliées, plus nombreuses, plus précises et pouvant se projeter beaucoup plus. Elle n’avait pas l’air de se promener, plutôt de venir le voir sur le terrain d’entraînement. Elle lui fit signe et il la rejoignit alors qu’ils marchaient un peu, lentement. Elle resta silencieuse longtemps, la mine grave, ce qui n’était déjà pas très courant chez elle avant de s’arrêter et de se planter devant le jeune homme qui la fixa une seconde. Il fixa ses mains, l’air de savoir ce qu’elle comptait faire mais ne se déroba pas lorsqu’elle le gifla violemment. Ils n’étaient pas très loin du terrain d’entraînement et plusieurs têtes curieuses se relevèrent. Elle frappait sacrément fort quand même et lui avait carrément tourné la tête de profil d’une seule claque. Il retourna lentement le visage vers elle, la fixant gravement.

- Ca va mal se terminer Tristan !
- … Je sais.
- Crétin !

Elle venait de le pousser de toutes ses forces mais c’est à peine si elle l’ébranla alors qu’il restait droit, relevant les yeux vers le ciel tout bleu au-dessus d’eux. Il faisait si beau aujourd’hui. Elle avait découvert la vérité alors. Il n’était pas surpris qu’elle lui en veuille, qu’elle soit en colère. Il comprenait. Même s’il avait encore un peu envie d’y croire.
Elle finit par s’éloigner en l’insultant, mais il avait vu des larmes au coin de ses yeux. Il soupira. Elle se faisait beaucoup trop de soucis, ce n’était pas bon pour le bébé. Mais elle ne l’écouterait pas de toute manière.

Néanmoins cette histoire l’avait suffisamment touché pour qu’il arrête de s’entraîner et rentre. Il passait un temps fou sous la douche, pensif, n’ayant pas vraiment faim, pensant un peu trop aux sens de ces paroles et à ce qu’elle signifiaient. Et puis il y avait eu Eleyna qui entrait dans la douche. Ca l’avait un peu agacé mais au moins sorti de ses pensées alors qu’il râlait un peu pour la forme. Sauf que ce n’était pas Eleyna et que ça… c’était troublant. Il ne l’avait pas sentie entrer, l’eau chaude étourdissant ses sens, chute douloureuse, elle qui venait s’enquérir de son état qui chutait aussi et se retrouvait à califourchon sur son ventre, l’eau qui coulait et trempait ses vêtements déjà ajustés, un décolleté un peu trop prononcé pour la période hivernale, des mains douces qu’il connaissait qui effleuraient son torse…
Drôle de moment… Elle était… trop proche, beaucoup trop proche ! Il s’inquiéta pour elle, elle aussi, l’embrassa.

Il ne s’y attendait tellement pas qu’il la fixa incrédule alors que l’eau continuait de s’écouler sur eux, la bouche entrouverte, ses yeux orangés ne la quittant pas alors qu’elle évoquait une raison qui aurait été absurde pour n’importe qui d’autre, pas pour lui. Quelque chose dans ses paroles lui faisait mal mais son baiser était si doux que ça le chassait, un goût aigre-doux finalement. Elle rougissait, le regardait puis évitait de le faire. Il baissa les yeux sur ses lèvres, tentantes, fit très mal d’agir ainsi puisque son regard accrocha son décolleté, le dessin parfait des vêtements qui collaient à son corps et en révélait un peu trop pour l’imagination d’un jeune homme sain d’esprit ! Sa gorge s’assécha et ses muscles se contractèrent légèrement alors qu’il détournait rapidement les yeux, essayant de penser à autre chose. Elle prenait un peu appui sur lui, peut-être pour se relever… non elle frissonnait et au contraire se colla un peu plus à lui, maladroitement… Il ferma les yeux, serrant les dents ! Mauvaise idée !!! Elle ne se rendait pas compte de la situation ? Que la seule chose qui séparait leur deux corps c’était actuellement les vêtements qu’elle portait et qui étaient trempés ?!!! Compter calmement… Il devait compter calmement pour chasser cette première impression, mauvaise !
Son odeur, si proche, trop proche. Ses cheveux même trempés chatouillaient son torse.
Les yeux toujours clos, il avait ouvert la bouche pour s’excuser, essayer de bouger doucement, sans la repousser violemment comme il aurait dû absolument le faire à cet instant, pour la protéger, mais elle l’embrassa et il rouvrit aussitôt les yeux, louchant sur le visage collé au sien. Il les referma, passa ses bras dans son dos pour la coller contre lui, approfondit leur baiser, passionnément, relevant légèrement la tête du sol trempé. Une de ses mains quitta le dos de la demoiselle pour tâtonner autour de lui, trouver appui sur le sol pour l’aider à se redresser, assis, à s’adosser contre le mur de la douche, à la plaquer un peu plus contre lui, à chercher, quémander ses lèvres dans un gémissement étouffé.

Elle s’y connaissait en tous les cas, et le rendait dingue de ses baisers. S’il ne tentait pas grand chose, à moitié groggy et certainement pas à cause de sa chute, il se rattrapa vite.
Gémissant quand elle mordilla son cou, il avait serré un peu fort peut-être ses mains sur ses hanches, sentant à travers le tissu trempé le frisson qui avait parcouru la jeune femme à ce simple geste. Il lui soutira aussitôt ses lèvres pour lui rendre les tentants baisers qu’elle lui octroyait, se perdant dans le dessin parfait de sa gorge et de ce décolleté un peu trop tentant. Les doigts fins qu’elle passait dans ses cheveux, encourageants, le guidaient… Il appréciait la poigne ferme qu’il en ressentait de temps à autre.

Il n’était pas assez fou pour tenter de se le cacher à lui-même. Il la désirait… comme un fou par contre, ça c’était certain. Quant à le cacher à la demoiselle… Ca risquait d’être compliqué. Déjà qu’habillé ça ne serait certainement pas passé inaperçu alors là… Il avait glissé une de ses mains jusqu’à l’une des jambes repliées de la demoiselle et la caressait doucement en remontant le tissu, l’air de rien, atteignant sans mal sa cuisse quand un brusque changement de luminosité lui fit rouvrir les yeux. Comme il avait le visage toujours perdu dans la gorge de la jeune femme, occupé à couvrir de baiser millimètre par millimètre sa peau, il ne comprit pas tout de suite et crut qu’aussi sournoisement qu’on les avait enfermés, on venait les… « réveiller ». Mais non ! C’était elle !!!!

Il recula la tête, surpris, ne s’y attendant pas, une lueur de tristesse brilla dans ses yeux mais très brève, le désir y prenait bien trop de place ! Elle n’avait pas changé… Et il trouvait toujours cela aussi… excitant… Comme s’il avait besoin de ça…
La surprise qu’il voyait dans les yeux noisette le ramena à la réalité. Elle avait oublié… Elle ne savait pas ce que c’était, ni pourquoi. Ca aussi ça faisait mal… C’était un rappel… Un de plus !
Elle semblait interdite, certes, mais ne perdit pas le Nord pour autant, lui murmurant la phrase la plus absurde à laquelle il ait jamais eu droit !
Pendant un très bref instant, un sourire clairement amusé éclaira son visage tandis que l’impression tenace qu’il était la pucelle effarouchée de ce « petit couple » et elle l’homme expérimenté mais doux qui tentait de se faire conciliant malgré un désir certain… et commun.

Il avait eu envie de rire… Mais comme elle l’embrassait de nouveau, il avait oublié et avait cherché ses lèvres, un peu plus. Bien sûr que c’était un feu vert ! Ne le sentait-elle pas ? Physiquement ça se voyait bien qu’il avait envie d’elle quand même ! En tous les cas, si elle ne s’en rendait pas compte, il avait de quoi être vexé dans sa fierté d’homme. Mais elle s’en rendait parfaitement compte évidemment, seulement elle lui laissait encore le choix de reculer alors même qu’elle n’avait pas du tout envie qu’il fasse ce choix. C’était peut-être pour cette raison qu’elle l’avait aussi rapidement de nouveau embrassé. Il lui en était reconnaissant… Car si elle n’avait pas agi ainsi, peut-être que rien du reste ne serait arrivé. Sans doute…

Eleyna qui avait l’oreille collée contre un verre et le verre lui-même collé contre la porte de la salle de bains depuis quelques minutes déjà venait de cesser d’entendre les légers gémissements et paroles des jeunes gens. Elle se redressa en souriant, tendant le verre à un Alanir curieux qui se demandait déjà depuis un moment ce qu’elle faisait.

- On dirait qu’on ne va pas manger tout de suite. Viens, je vais te montrer un autre jeu, faut que je m’occupe l’esprit pour ne pas trop penser à ce qu’ils font là-dedans sinon ça va me donner des idées bizarres et tu risques d’en faire les frais mon vieux ! Tu connais le tarot ?

Elle l’entraina à sa suite en riant. De toute manière, le sort de Cassidy était efficace et effectivement à part le bruit de l’eau… on n’entendait plus grand chose.
De son côté, le jeune homme fut surpris qu’elle fasse venir à eux son autre bracelet de force avant même qu’il ne pense à l’urgence de le récupérer justement. Un sourire éclaira son visage alors qu’il l’en remerciait en répondant un peu trop passionnément à son baiser, glissant ses lèvres jusqu’à son oreille puis sa gorge. Longs baisers interminables, caresses étourdissantes alors qu’il semblait avoir un peu recouvré ses esprits et était bien davantage maitre de ses gestes. Il profitait qu’elle soit juchée sur lui pour lui enlever ses vêtements, trop lentement et avec un peu trop de caresses vu les gémissements de la jeune femme, mais chacun était étouffé d’un baiser troublant pour les deux jeunes gens. Il la regardait avec une attention certaine à présent, ne détournant plus le regard du tout, l’observant avec attention, encore plus lorsqu’elle fut complètement nue au-dessus de lui. Ses doigts effleurèrent doucement ses cicatrices, toutes ses cicatrices alors qu’il avait cessé de l’embrasser, la regardant juste, elle totalement vulnérable face à son regard brûlant. Tendrement il vint poser ses lèvres sur les siennes, soufflant tout bas :

- Tu es tellement belle…

Il la sentit frémir sous ses paroles ou était-ce parce qu’il lui soufflait dans l’oreille ? En tous les cas il l’avait repoussée à côté de lui, s’était redressé, pas du tout gêné par sa nudité, bien au contraire, l’avait aidée à se relever, l’avait embrassée en la plaquant contre un mur, comme la veille mais avec beaucoup moins de vêtements cette fois. Elle semblait exactement savoir ce qu’il avait en tête car elle avait passé ses bras, fermement autour de sa nuque au moment même où il cessait de caresser sa taille, son ventre, ses cuisses pour lui attraper les hanches et la soulever sans la moindre difficulté, l’appuyant contre le mur. Lèvres scellées, ils gémirent tous les deux lorsqu’il se colla tout contre elle. Il chercha son accord dans ses yeux mais elle le lui avait déjà donné après tout. Il avait le tournis, l’état limite était proche, il le sentait mais il se contrôlait avec elle, il ne savait ni comment, ni pourquoi, mais il se contrôlait. C’était rassurant et il priait pour que cela continue ainsi. Aussi doux qu’il l’avait toujours été, la surveillant avec inquiétude, il franchit l’espace entre eux mais le sourire de la demoiselle, ses longs frissons électriques et ses ongles qui s’enfonçaient dans son dos le rassurèrent alors qu’il sentait ses propres jambes trembler et sa tête tourner un peu plus. Ah oui… c’est vrai… Eux deux, ça avait toujours été… spécial. Premier coup de rein, premier gémissement étouffé, le premier d’une bien longue série.

Ils n’étaient plus sous le jet d’eau chaude depuis un bon moment et c’est de la sueur qui glissait dans le dos du jeune homme, se perdant dans ses reins au niveau desquelles les jambes de la jeune femme qui lui faisait face étaient croisées. Et pour s’arc-bouter, elle avait une sacrée endurance qui à son grand plaisir lui laissait au moins une main libre de temps à autre pour la caresser un peu plus, se délectant d’un instant magique auquel il ne croyait plus. C’était pire que tout ce qu’il croyait tant c’était merveilleux. Ses sens amplifiés… Ah… ça avait vraiment du bon des fois !
Sacré entrainement que voilà, pas si facile que ça à tenir comme position ! Et puis le sol glissait quand même. Mais aucun d’eux ne s’en souciait réellement.
Il n’avait pas compris ce qu’elle faisait avec le jet d’eau chaude, il ne se souvenait plus de ce qu’elle lui avait dit ni comment elle avait atterri dans la douche avec lui. Ils étaient juste… merveilleusement bien. Ses gémissements lui tordaient l’estomac de plaisir à chaque fois et il ne pensait pas être tant capable de se délecter du sentiment de plénitude qu’il percevait dans ces sons… C’était… parfait.

Finalement, il l’avait lentement reposée au sol, la soutenant en remarquant ses jambes tremblantes et la pressa contre lui sous l’eau chaude. Ils ne disaient rien, encore un peu étourdis tous les deux mais il caressait tendrement son dos du bout des doigts, elle faisait de même, c’était assez amusant en un sens de voir avec quel mimétisme ils agissaient. Il finit par se détacher d’elle, lui offrant un dernier et chaste baiser en murmurant tout bas qu’il allait lui chercher des vêtements secs. Il sourit, sortit de la douche pour attraper une serviette, se fichant bien d’être tout nu apparemment face à la jeune femme et tant mieux après ce qu’ils venaient de faire !
Mais à peine sortit-il que deux têtes émergèrent du salon, Alanir qui le regardait en penchant légèrement la tête de côté, tic propre à sa chère amie et Eleyna qui avait un sourire goguenard aux lèvres et qui vint aussitôt l’asticoter.

Alooooooooooors ?

Il rougit aussitôt et détourna les yeux en grognant ce qui était en soi le pire aveu qu’il puisse faire. Elle paraissait ravie et souriait en l’embêtant. Tristan ne releva pas les yeux vers le dragon, ne sachant pas trop si lui avait compris ce qui se passait et dans quel état il était d’ailleurs… parce qu’il avait bien compris à quel point le dragon était protecteur avec la petite mage. Il entra dans la chambre, cherchant des affaires mais en revenant vers la salle de bains s’arrêta net et les regarda, dévisageant Eleyna avec un air sévère.

- Laisse la tranquille avec ça, d’accord ?
- Oh mais je ne comptais pas l’embêter… Y a que toi qui le mérite.

Il grogna mais elle sourit en voyant le regard du jeune homme se perdre un instant dans le vague tandis qu’un très court mais bien réel sourire béât éclairait son visage. Il secoua aussitôt la tête, porta ses vêtements à Cassidy et finalement tous se mirent à table… très tardivement, ce qui expliquait les grognements affamés de la Capitaine soutenue par son nouvel ami dragon.
Peu après manger, il sortit et elle l’accompagna ce à quoi il ne s’opposa pas le moins du monde, acquiesçant d’un signe de tête à sa tenue lorsqu’il la jugea assez chaude.
La neige était tombée pendant le repas malgré le ciel de nouveau clair et leurs bottes crissaient sur la surface blanche alors qu’ils marchaient l’un à côté de l’autre en silence, les joues rouges et certainement pas à cause du froid, plutôt à cause des souvenirs d’une douche un peu trop agitée… Même si pour sa part le jeune homme se sentait merveilleusement bien ! … Enfin presque…

Il la surveillait du coin de l’oeil alors qu’elle marchait, semblant un peu gênée mais ne grimaçant pas. Il se passa une main dans les cheveux, un peu inquiet, n’osant pas formuler une question dont la réponse l’effrayait. Finalement ils s’étaient arrêtés et il hésitait, tout près d’elle à poser une main sur une des siennes, tout simplement, l’air de rien, naturellement, par envie plutôt lorsqu’elle s’était mise à parler, s’interrompant aussitôt pour sauter sur ses jambes. Son attitude si féline le frappa une fois de plus et il chercha des yeux l’origine de sa colère qui ne tarda guère à se montrer.
Les deux dragonnes évidemment.
Tout obnubilé par la jeune femme, il ne les avait même pas senti venir. Par contre, les habitants de la cité ne pouvaient pas les louper !!! Déjà parce qu’elles n’étaient guère plus couvertes que la dernières fois qu’ils les avaient vues, ensuite parce qu’elles étaient terriblement belles et séduisantes, enfin parce qu’elles dégageaient une telle dose d’oestrogène qu’aucun homme à dix mètres autour ne pouvait pas brusquement se sentir à l’étroit dans son pantalon !
Belles, terriblement sensuelles, le sachant parfaitement, elles se déplaçaient avec la grâce des prédatrices droit vers les deux jeunes gens, le regard fixé sur le Drakkari qui s’était également redressé.

Ce fut Alanir qui la coupa dans son attaque pleine de haine et aussi d’aveux… Elle protégeait clairement Tristan des deux séductrices et c’était flagrant pour n’importe quelle femme présente vu que les hommes eux étaient un peu dans l’incapacité de penser à cet instant. Eleyna était figée un peu en retrait, les sourcils froncés et la main portée à la garde de son épée qu’elle avait enfilé à sa ceinture à toute allure en sortant avec Alanir. Elle fixa le dos immobile de Tristan qui était devenu imperturbable, fixant les deux dragonnes sans bouger, le visage aussitôt plus froid, ne semblant pas troublé par les grognements et les tentatives pour se débattre de la petite mage blonde à tout juste quelques centimètres de lui.
Il ne regarda ni l’un ni l’autre avant de déclarer froidement qu’il suivait les dragonnes pour voir ce qu’elles voulaient, ne jetant pas un regard à Cassidy. Il ne valait mieux pas après tout. Il ne voulait pas qu’elle le voit… ainsi. Il leur emboitait déjà le pas alors qu’elles souriaient, victorieuses, chacune venant se pendre à un des bras du jeune homme qui marchait à vive allure, comme elles d’ailleurs.

Le reste, il n’en sut rien…
Eleyna était surprise et curieuse et ce fut Alanir une fois de plus qui lui en apprit davantage alors qu’elle semblait furieuse à la fin, insultant copieusement un Tristan absent. Elle était d’ailleurs si engagé et énervée qu’elle attrapa Alanir par le col de la tunique qu’il portait (pour une fois), le secouant vivement et elle avait de la force pour une demi-humaine.

- Mais pourquoi t’es pas plus en colère !!!! C’est pas juste ! Ce crétin qui part avec elles !!!! Raaahhh, Tristan imbécile !!!! Elle se souvient vraiment d’après toi ?! C’est bien !… Mais non c’est pas bien ! A cause de lui ! Il est pas capable de voir plus loin que le bout de son nez ! Foutu mâle incapable de ne pas faire les yeux doux dès qu’il est question de bai… Hum… pardon…

Elle se calma, respirant longuement, calmement et s’assit à côté de lui sur le canapé. Après un moment à grogner, elle redevenait à peu près calme. Elle évoqua avec Alanir ce qui s’était passé le midi même, disant que Tristan ne pouvait pas y rester indifférent… Mais son argument ne faisait pas vraiment mouche puisque le jeune homme était déjà parti sans même regarder la petite mage… Qu’ils l’avaient déjà surpris trop souvent en train de se faire draguer et de draguer d’autres femmes dans la cité et que vu le charme et l’attirance que dégageaient les deux dragonnes, le mâle qui pouvait y résister ne devait pas être si attiré par les femmes justement !!!!
Ils étaient inquiets tous les deux… et tristes face à cette situation… Parce que la petite mage méritait des efforts égales à ceux qu’elle fournissait…

Tristan finit par rentrer. Il avait les cheveux un peu plus ébouriffés et semblait assez fatigué, las quand il poussa la porte. Il se figea face aux deux regards inquisiteurs qui le fixaient avec un peu… d’hostilité qui fit se figer le grand jeune homme, surpris. Eleyna surtout paraissait particulièrement agressive, le fixant avec une méfiance et même une sacrée… colère !!!!
Il secoua la tête, les rejoignit et demanda où était Cassidy. A peine eut-il leur réponse, que l’air soucieux, il se dirigea vers leur chambre, y entrant doucement avant de venir s’asseoir sur le lit au côté de la jeune femme, surpris de la voir dans une telle… position.
Il effleura doucement une de ses mains puis souleva timidement l’oreiller.

- Cassy ? Ca va ?

Elle se redressa rapidement alors qu’il était penché sur elle et il dut se reculer pour éviter la collision, pas dupe du tout face à son énergie feinte et sa bonne humeur qui n’en était pas réellement une. Elle paraissait tendue et son sourire sonnait tellement faux qu’il se sentit un peu triste qu’elle en use ainsi avec lui.
Il ne comprit pas de quoi elle parlait alors qu’il réitérait sa question. Se remettre ? Se remettre de quoi ? Mais déjà elle s’était levée, elle voulait faire du sport, elle se changeait, devant lui qui plus est, mais bon après ce qu’ils avaient fait dans la douche… la pudeur n’était plus trop au rendez-vous, surtout qu’elle n’était plus du tout pudique depuis son retour de son île. Il fronça les sourcils, craignant comprendre son malaise et silencieux l’observa faire avant de murmurer qu’il l’accompagnait. Il s’était de nouveau un peu fermé, l’air pensif. Il alla prévenir les deux autres et la rejoignit dehors. Elle avait besoin de se défouler. Ca se voyait… Elle courait avec trop d’énergie. Il se sentait mal… L’exercice ne lui faisait pas vraiment de mal pour l’instant, au contraire, ça l’aidait mais il se sentait mal parce qu’il avait l’impression pressante qu’elle allait mal et elle refusait de lui dire, de lui en parler… Déjà qu’ils n’avaient pas discuté de ce qui s’était passé un peu plus tôt alors avec ça par dessus. La bonne humeur de cette journée avait totalement disparu pour le laisser amer et un peu grognon même s’il semblait plus indifférent qu’autre chose alors qu’il courait à côté d’elle, sans rien dire, la surveillant du coin de l’oeil. Il eut la désagréable impression, très rapidement, qu’inconsciemment, elle cherchait à le punir ! Comment expliquer qu’elle passe constamment sous des branches basses alors qu’il était tellement plus grand qu’elle. Il s’en prit plusieurs retours d’ailleurs même si ça ne lui faisait pas vraiment mal et elle était légèrement devant lui quand elle buta contre une roche et tomba.

Tous ses muscles se tendirent alors que déjà ses bras venaient l’entourer et qu’il la retenait, l’empêchant de tomber. Le craquement sec lui avait glacé le sang et il fit aussitôt s’asseoir la jeune femme malgré ses protestations véhémentes. Elle ne disait plus rien, l’air seulement embêtée de ce qui lui arrivait, pas de souffrir ce qui ne le rassurait pas vraiment. Très précautionneusement, l’ayant fait s’asseoir sur un rocher, il s’agenouilla dans la neige et souleva le bas de son pantalon, maintenant son talon en place… Mais son pied gardé naturel formait déjà un angle peu… habituel avec sa cheville. Il grimaça, inquiet, vraiment inquiet, pâlissant rapidement et tâta doucement autour de sa cheville. Il devint blême en découvrant l’énorme bleu qui se formait déjà sur toute sa cheville et la bosse qui pointait d’un côté. Assurément son os. Il respira lentement et posa doucement ses mains préalablement plongées dans la neige sur la bosse, s’attendant à l’entendre hurler de douleur, à ce qu’elle le repousse mais elle ne disait rien… Il releva les yeux pour découvrir qu’elle ne grimaçait même pas… Elle aurait dû être toute pâle, le coeur au bord des lèvres face la douleur… Mais non.

- C… c… Cassy… je… Ca… Ca va ? Tu n’as pas mal ?

Non… Apparemment non. Il fronça les sourcils, encore plus inquiet ! Elle n’avait plus de nerf ou quoi ?!!!! Il se releva et alla détacher un gros stalactite qui descendait d’une branche d’un arbre, le brisa en deux et en fixa chaque partie de manière à recouvrir presque totalement la cheville de la jeune femme, maintenant le tout avec sa tunique ajustée qu’il venait d’ôter, faisant un bandage improvisé.

- Je… Je t’amène chez la guérisseuse, ça va aller, ne t’en fais pas, on va…

Mais elle s’en fichait, elle ne voulait pas… Et puis elle disait que ça allait, qu’elle n’avait pas mal de toute façon. Il ne pouvait et ne voulait pas la croire parce que ce n’était pas normal tout simplement. Il fronça les sourcils et se releva en la prenant d’autorité dans ses bras, ne la laissant pas se débattre.

- Cassidy ! Ca suffit ! Arrête ! Je t’amène chez la guérisseuse ! S’il te plait ! Arrête ! Je ferai ce que tu veux après mais arrête, viens avec moi !

Ses arguments semblaient fonctionner, au moins un peu. Il caressa doucement ses cheveux, la regardant avec une telle inquiétude qu’elle dut bien le percevoir. Ils s’étaient pas mal éloignés et il marcha très prudemment pour ne pas trop la secouer, la pressant contre lui.
Ils finirent par arriver chez la guérisseuse que Tristan pressa d’aider sa compagne. Elle s’occupa aussitôt de la jeune femme et demanda au Drakkari de sortir. Il attendit patiemment de l’autre côté… Enfin non, pas vraiment patiemment puisqu’il faisait les cent pas. Quand enfin la guérisseuse revint le voir, elle paraissait soucieuse. Il la rejoignit rapidement.

- Elle va bien, ne t’en fais pas. Je vais te donner de quoi changer son attelle et ses bandages, ainsi qu’une potion pour la douleur… Mais elle ne semble pas avoir mal… C’est étrange Tristan. Je n’ai jamais vu ça. Elle devrait hurler de douleur… Elle s’est brisée la cheville, l’os est cassé en trois parties, ça va prendre du temps à ressouder. Fais attention à elle surtout…
- Oui…

Il retourna dans la pièce à côté et rejoignit la petite mage qui avait une solide attelle à la cheville. Il lui sourit doucement et caressa une de ses joues, s’accroupissant près d’elle.

- C’est bon Cassy, tu peux sortir. La guérisseuse a dit que c’était bon… Mais on va faire attention d’accord ? Allez… je te porte, d’accord ?

Il la prit doucement dans ses bras, tout aussi doucement qu’il agissait d’ailleurs avec elle. Il la souleva du sol sans le moindre problème, la portant comme une petite princesse, embrassant doucement son front. Il fixait un peu, de temps à autre, sa jambe, un peu inquiet de ce comportement. Pourquoi n’avait-elle pas mal au juste ?
Il marcha un moment à l’extérieur puis finit par décider d’aller dans une des immenses serres, là où elle lui était brusquement tombée dessus un jour alors qu’ils se rapprochaient un peu. Il y entra rapidement. Il faisait terriblement chaud et bon à l’intérieur comparé au froid glacial de l’extérieur. Il marcha un moment avec elle à l’intérieur, la portant toujours en silence. Il finit par s’asseoir dans l’herbe sous des hautes plantes aux allures de forêts tropicales, l’installant à côté de lui, s’allongeant sur le flanc en la regardant.

Il prit sa main dans la sienne, la caressant tendrement de son pouce.
Elle semblait toujours triste et pleine de faux-semblant. Il fronça les sourcils et s’assit, la regardant et lui sourit, essayant de prendre sur lui.

- Cassy… Faut qu’on parle. Je… Tout à l’heure… Tu t’es énervée contre les dragonnes… je… ne suis pas dupe. Je me doute que tu es… en colère par rapport à elle et que c’est pour ça que tu es fâchée. Ecoute, je suis désolé d’être parti si vite mais je ne voulais pas que tu me revoies en colère… La dernière fois, je t’ai fait peur. C’était à moi de régler cette affaire.

Elle fronçait les sourcils, l’air de ne pas comprendre. Il détourna les yeux, son regard se voilant sous la colère qui l’habitait encore.

- J’ai… appris ce qu’elles ont dit sur toi et ce qu’elles ont fait. Ca n’aurait pas dû arriver Cassidy, je suis désolé. Je voulais qu’elles sachent que je ne le tolérerai pas… Je suis désolé… Je déplore ce manque d’égalité qui existe même chez les dragons mais si ça peut te garantir le respect que tu mérites.. Hum… pardon. Je t’expliquerai… mais c’est encore frais et je ne veux pas m’énerver et gâcher un moment avec toi.

Il s’était un peu emballé et s’allongea, se taisant, se contentant de fixer les plantes vertes au-dessus d’eux, sans parler, un bon moment, serrant doucement sa main dans la sienne. La vérité, il ne leur avait pas fait de mal mais il avait bien failli. Elles avaient tenté de le séduire. C’était plus dur que ce qu’il croyait mais c’était… difficile. Le souvenir de la jeune femme avait suffi, pour l’instant du moins. Il serra les dents, essayant de songer à autre chose. Il finit par se souvenir qu’elle lui avait parlé un peu plus tôt ou du moins avait essayé. L’après-midi était déjà bien avancée. Il se tourna de nouveau sur le côté, elle aussi. Il caressa sa joue, approcha son visage du sien et posa doucement ses lèvres sur les siennes avant de se reculer.

- Dis… Ce qui s’est passé… Ce midi… C’était pas juste comme ça tu sais ? Je… Enfin c’était vraiment… bien et… Enfin… Ca comptait… pour moi.


Il était tout rouge, mais alors vraiment rouge et il tenta de se soustraire à son regard en l’embrassant tendrement et longuement… Apparemment gêné, il évitait de la regarder en l’entrainant tout contre lui, la pressant contre son torse pour qu’elle se repose en marmonnant que là, elle l’avait bien méritée sa sieste et qu’elle ferait mieux d’en profiter.

Ils restèrent un bon moment dans la serre à se reposer, sans vraiment parler ou très peu, se tenant la main. Il la lui fit visiter de long en large en la portant dans son dos alors qu’elle posait son menton sur une de ses larges épaules et se cramponnait à ses épaules et son torse en souriant et en riant, le guidant là où elle voulait aller.
Ils finirent par rentrer. Alanir se fit inquiet bien entendu mais Tristan le rassura et s’occupa aussitôt des soins de la jeune femme, ils paraissaient tous joyeux, au moins un peu.

Après manger, Tristan insista pour qu’elle vienne avec lui. Il s’éloigna un moment de la cité mais pas trop, portant toujours la jeune femme. Il lui demanda de bien s’accrocher et escalada un très haut arbre pour s’y jucher avec elle, observant les étoiles en la prenant sur lui.
Ils observèrent longtemps les étoiles alors qu’il les lui décrivait l’air de s’être intéressé à l’astronomie, faisant voleter la neige sur l’arbre, autour d’eux.
Ils finirent par redescendre et rentrer. Alanir et Eleyna étaient sortis voir un spectacle de danse organisé par quelques habitants.
Il la laissa s’installer dans le canapé et vint la rejoindre avec une tasse fumante de chocolat chaud, prenant sa jambe blessée qu’il massait délicatement, faisant très attention.

- J’ai toujours pas tenu ma promesse… Tu as été sage alors… qu’est ce que je peux faire pour vous ma dame ? Enfin… sois pas trop méchante quand même… Faut que je puisse encore m’occuper un peu de toi…
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Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Sam 21 Juin - 18:18

C’était merveilleux… et tellement douloureux à la fois. Allongée sur le lit après avoir vu les deux dragonnes, Cassidy ruminait. Elle repensait à ce moment dans la douche alors qu’ils s’étaient retrouvés l’un contre l’autre. Elle se rappelait de ce désir éprouvé pour le beau Drakkari mais se trouvait bien cruelle de penser ainsi. Et pourtant… elle ne l’avait pas fait avec lui uniquement pour satisfaire une pulsion. C’était autre chose, bien autre chose. Un acte d’amour ? Depuis quelques temps maintenant, elle se doutait que la relation avec Tristan était bien plus profonde qu’une simple amitié. Elle l’avait vu… ce flash… cette lumière qui apparaissait autour d’elle… symbole bien étrange qui signifiait tellement. Ce n’était jamais arrivé avec Erwan. Mais c’était déjà arrivé oui…

Elle l’avait fait avec Tristan… mais son corps se rappelait que ce n’était pas la première fois. C’était comme si elle le connaissait par cœur, comme si ils avaient longuement eu le temps de se découvrir, de s’apprivoiser. Ce qu’elle avait ressenti pour lui sous cette douche était bien au dessus de tout. Honnêtement… de tout… La jeune femme avait voulu lui dire, voulu lui en parler. Mais peut être qu’il le prendrait mal. Peut être qu’il ne profitait que de la situation mais elle ne le sentait pas profiter justement. Alors lui dire… ce qu’elle pensait réellement de ça, cela les aiderait un peu à avancer…

Et puis il y avait eu les dragonnes. Un nouveau souvenir avait ressurgit dans la tête de Cassidy. Elle devait défendre quelque chose, quelqu’un. Ou peut être refusait-elle simplement que l’on s’approche trop près de Tristan. Mais elle devait bien se rendre compte de l’évidence. Même si elle avait vécu des choses avec Tristan, il était tout à fait normal qu’il soit plus en phase avec ceux de sa race. Un dragon hein… elle n’avait aucune chance et même lui finirait par la rejeter… Avoir des sentiments pour un dragon… c’était injuste, c’était cruel ce qui leur arrivait ! Elle ne savait pas si elle devait croire en lui ou pas… pas savoir si il jouait un jeu ou pas… mais d’après lui, elle avait de l’importance à ses yeux… jusqu’à quand ? Quand se terminerait cette torture ? Peut être jamais… Peut être qu’elle devrait lui en parler mais il était peut être trop tard…

Elle s’était calmée, respirait lentement même si les larmes n’avaient pas coulées malgré le fait que ses yeux étaient brillants. Tristan était revenu, comme si de rien n’était. Impossible de savoir de quoi il avait parlé ou fait mais… cela devait être… quelque chose de mieux qu’avec elle oui possible.  Après tout elle était plus proche de l’humaine que du dragon donc… normal qu’il ne ressente pas les mêmes choses qu’avec ses pairs. Et la pauvre fille en était extrêmement peinée.
Tristan se manifesta, lui demanda si ça allait. Que restait-il à faire ? Sourire oui. Sourire comme si tout allait bien même si il n’était pas dupe. Elle ne chercha même pas à faire semblant. Quoi elle aurait du lui en parler ? Elle aurait du lui dire qu’elle éprouvait une forme extrême de jalousie car peut être qu’elle ressentait quelque chose pour lui, quelque chose de suffisamment fort pour qu’elle ne souhaite pas le partager ? Comment l’aurait-il pris ? Comment aurait-il réagi ? Après tout il restait un mystère pour elle et elle peinait bien à comprendre tout ce qui lui arrivait avec son statut de dragon.

Alors elle décida de se changer les idées, d’aller courir. En fait non, elle ne savait pas, dans sa course, qu’elle lui faisait du mal mais ses pensées étaient brumeuses, embrouillées. Dire ? Pas dire ? Elle détestait les dragons ! Elle détestait tout ça parce que parce que… elle était jalouse et égoïste voilà tout ! Etait-elle vouée à aimer une personne sans aucun retour ? Aimer en silence sans rien dire ? Tout se troubla dans sa tête et elle ne vit même pas le rocher, se faisant griffer par des petites branches au passage. Son corps passa en avant mais ce fut Tristan qui la réceptionna alors qu’elle évitait de le regarder, encore plus sonnée par les précédents évènements que l’état de sa cheville.

Tristan la posa sur une roche sans lui laisser le temps de protester. Elle regardait toujours ailleurs, réticente et lorsqu’il appliqua de la neige sur sa cheville, elle ne broncha même pas. Après tout, elle avait l’habitude de tout ça. Levant doucement les yeux vers lui alors que le jeune homme semblait très inquiet, elle secoua lentement la tête.

« La chute ? Non non je sens rien… ça va… »

Elle le regarda faire avec surprise alors qu’il coinça un morceau de stalactite autour de sa cheville, ne comprenant pas où il voulait en venir. Le jeune homme parla de la guérisseuse, qu’il devait l’amener là bas. Cassidy commença à faire un sourire gêné, crispé, peut être ne désirant pas l’inquiéter.

« Chez la guérisseuse ? Pourquoi ? Mais ça va bien ! T’inquiète pas pour moi ! Je dois juste avoir un bleu rien de plus. Ca ne m’arrêtera pas. Et puis je sens rien, j’ai pas mal ! Tout va bien Tris… tout… »

Il insista en la portant et en déclarant faire tout ce qu’elle voudrait après. La jeune femme ronchonna pour la forme en croisant les bras, comme quoi y avait pas besoin de faire tout ça mais elle ne se débattit pas, le laissant la diriger. Après tout, avec ce qu’elle venait de voir, elle n’était pas vraiment en état de riposter ou de se défendre.

Le petit couple rentra et Tristan la laissa chez la guérisseuse. Cassidy se laissa examiner sans broncher, regardant le mur droit devant elle. Même pas de cri de douleur lorsque la guérisseuse fixa l’attelle. Elle partit ensuite chercher Tristan qui revint rapidement en expliquant que ça allait, qu’ils sortaient. La jeune femme se laissa porter une nouvelle fois et ferma les yeux sans dire un mot. Après tout, elle ne savait pas quoi dire, les mots ne venaient pas…

Il l’emmena dans la serre et la déposa dans l’herbe, s’asseyant à côté d’elle. Sa caresse sur sa main l’apaisait, même si l’image des dragonnes ne disparaissait pas de son esprit. Il se mit alors à parler d’elles justement. Cassidy fronça un instant les sourcils, sans savoir où il voulait en venir. Fâché ? Lui ? Il continua en disant qu’il avait appris ce qui s’était passé là bas… qu’il déplorait le manque d’égalité. Pouvait-il lire dans son esprit ce à quoi elle pensait à ce moment là ? Ce n’était pas qu’un manque d’égalité ! Ce n’était pas uniquement parce qu’elle était corrompue mais aussi… Sauf que Tristan avait l’air d’avoir du mal à rester calme, alors elle ne disait rien, se contentant de frotter sa bague au doigt en silence, petit signe de sa pensée mais peut être pas assez fort pour qu’il ne le remarque.

Puis il se tut et elle le sentit s’allonger à côté d’elle. Au moins ils n’avaient rien fait… Voilà qui la rassurait… un peu… Elle se blottit un peu contre lui, glissant dans l’herbe, perdue dans ses pensées. Tristan fit un étrange aveu et cela semblait réveiller un peu la demoiselle qui ouvrit légèrement la bouche alors qu’il l’embrassait, lui tirant un nouveau frisson agréable, avant de la prendre contre lui pour ne pas qu’elle voit. Pourtant, elle prononça juste une petite phrase, d’une voix émue.

« Pour moi aussi ça comptait… pour moi aussi… »

Rien de plus alors qu’elle s’assoupit dans ses bras, décidant que c’était certainement la meilleure chose à faire.

Puis finalement, Tristan décida de lui faire visiter. Cassidy avait repris de l’énergie et semblait en bien meilleure forme et de meilleure humeur. Elle le guida, les bras autour de son cou, humant doucement le parfum du jeune homme, collant parfois un peu sa tête dans le creux de son cou. Parfois elle lui demandait d’accélérer, d’autres fois de passer sous des arbres en fleur.

Alors qu’ils étaient en train de regarder un parterre de fleurs, la demoiselle s’était doucement redressée pour déposer un baiser sur la joue de Tristan, à défaut de pouvoir atteindre ses lèvres. Puis elle lui murmura un petit « merci » avant qu’ils ne prennent le chemin du retour.

Alanir pointa le bout de son nez en écoutant ce que racontait Tristan mais il hocha doucement la tête sans faire de commentaire. Après tout, le jeune homme était pour l’instant le plus apte à pouvoir veiller sur elle. Personne ne parla de l’accident et l’humeur était plutôt bonne, même si Cassidy se faisait bien plus timide, une fois qu’il y avait un peu de monde.

Finalement, Tristan insista pour que Cassidy vienne avec elle. Elle hocha la tête, curieuse puis il la porta pour la mener à un arbre dans la cité, afin d’observer le spectacle des étoiles. Alors qu’il étalait ses quelques connaissances en astronomie, la demoiselle observait la voûte étoilée, songeuse. Avant de se mettre à sourire doucement et prendre dans sa main dans la sienne.

« Tu sais… j’ai toujours aimé regarder les étoiles… parce qu’elles me donnent l’impression de me guider quand je me perds ou bien… ramener mon esprit vers ce qui a de l’importance pour moi… »

Drôle de phrase alors qu’elle serra doucement sa main.

« Je t’expliquerais mieux demain… je ne suis pas totalement prête… mais je te dirais… je dois le faire… »

Elle s’adossa un peu contre lui alors qu’ils restèrent silencieux, l’un contre l’autre. Tristan finit par les faire redescendre et ils rentrèrent à l’appartement. Apparemment le jeune homme avait l’intention de bien profiter de la soirée et lui demanda ce qu’elle désirait. Le massage, mine de rien, lui faisait du bien alors qu’elle porta la main à sa bouche, faisant mine de réfléchir.

« Huuuuuuuuuum je veux un gâteau au chocolat apporté par le plus sexy des cuisiniers ! »

Elle se mit à sourire et à rire. Tristan s’exécuta et partit en cuisine pour s’en occuper. Il avait ensuite revêtu une tenue qui le mettait bien en valeur, le faisant ressembler à un prince charmant. Pendant que le gâteau cuisait, il avait apporté quelques biscuits et jouait son rôle à merveille, s’inclinant respectueusement devant elle. Puis elle lui demanda de danser avec lui. Mais comme elle ne pouvait pas se déplacer, il la prit dans ses bras et dansa pour deux. La demoiselle en profita pour l’embrasser tendrement, comme si elle avait l’intention de profiter de la soirée, comme si elle craignait ce qui pourrait arriver quand elle finirait par lui dire la vérité.
Ils savourèrent le gâteau puis elle lui demanda de se déshabiller et en prenant son temps ! Les yeux de la demoiselle s’allumèrent de plaisir et de désir alors qu’elle le fixait.

Massages, brossage des cheveux… il s’en occupa comme une petite princesse toute la soirée et finalement ils partirent se coucher, commencer à divaguer tous les deux, tendrement blottis l’un contre l’autre.

Le lendemain matin, Tristan s’était levé avant Cassidy et il avait déposé une paire de béquilles avant qu’elle ne se réveille, histoire qu’elle puisse marcher toute seule si elle avait besoin de se lever. Mais à peine avait-il rejoint les autres qu’Alanir s’approcha de lui, souriant.

- Dis, ça te dirait d’aller chasser ? Je pense qu’on pourrait faire plaisir à ces dames en ramenant le repas pour cette fois !

Cela cachait autre chose, puisqu’Alanir avait également l’intention de parler à Tristan, le temps de la chasse. Le dragon n’avait pas pris grand-chose, décidant de se débrouiller à mains nus. Ils marchaient dans la forêt d’un pas décidé, traquant le gibier mais Tristan n’était pas dupe et il demanda rapidement ce qu’il lui voulait.

- Décidément je ne suis pas discret… Mais tu as raison… je devais te parler.

Il inspira profondément, regardant un vol d’oiseaux à travers les feuillages avant de se prononcer.

- Tu as parlé à Cassy de… tu sais quoi ? Je sais que tu fais d’énormes efforts avec elle, je l’ai bien remarqué mais… enfin… elle risque de ne pas comprendre ce qui peut t’arriver…

Apparemment pas. Alanir soupira un moment et grogna entre ses dents.

- Je ne pense pas que les autres dragons t’ont parlé de moi mais il faut que tu saches qu’à leurs yeux j’ai toujours été considéré comme un marginal. Pas vraiment d’accroche, pas vraiment de pulsions et puis… le pouvoir que j’ai me demande de conserver une part de lucidité. Si j’agissais par pulsions… y aurait plus beaucoup de dragons enfin ça… c’est spécial. Cependant il y a autre chose qu’il faut savoir… j’ai toujours méprisé les humains pendant ma vie de dragon. Des êtres inférieurs, faibles… des insectes qui couraient dans tous les sens et se reproduisaient à une vitesse fulgurante… et pourtant…

Il semblait peiné d’avoir agi ainsi et des remords se lisaient sur son visage.

- Je n’aurais jamais cru rencontrer une humaine s’accrocher avec autant de force à ses objectifs… elle était différente des autres… déjà parce que son énergie dépassait de très loin celle des humains mais également… elle était celle qui avait peut être le pouvoir de changer les choses…

Alanir continuait à marcher sans trop savoir où il allait, toujours suivi de Tristan qui l’écoutait.

- J’ai appris à la connaître, j’ai appris à découvrir son monde à travers ses yeux. Bien sûr, il y a des choses injustes mais d’autres choses qui sont tellement belles… et quoiqu’on en dise, peu importe ce que les autres en pensent, votre amour… votre histoire… impose le respect. Je sais ce qu’on dit des dragons… mais Cassy m’a aidé à changer… elle était très patiente… même quand ma magie lui échappait, elle ne s’est jamais arrêtée de lutter… et c’est peut être grâce à ça qu’aujourd’hui, je suis différent de ma vie de dragon… je ne pense pas qu’une autre personne en soit capable…

Le vent vola dans ses cheveux flamboyants alors qu’il marqua une pause, s’arrêtant au milieu d’une clairière, humant doucement l’air.

- Si il y a bien une personne qui peut t’aider aujourd’hui à maîtriser ce que tu deviens, c’est bien elle. Car elle en sait bien plus que tous les humains réunis sur les dragons. Grâce à mes connaissances, ses questions… alors si tu l’aimes toujours… si tu tiens vraiment à elle… alors fais lui un peu confiance. Peut être qu’elle n’arrivera jamais à se défendre seule face à des bandits, des voyous, peut être qu’elle est toujours un peu traumatisée par les brutes de ce monde mais toi… elle sera toujours avec toi… si encore tu veux bien d’elle…

Il se mit à sourire doucement. La décision de Tristan lui appartenait. Il ne voulait pas que Cassidy souffre mais le grand dragon savait pertinement que seule la présence de Tristan réduisait sa souffrance, que sa lutte était bien plus importante. Alanir émit un rire nerveux tout en se passant la main dans ses cheveux.

- Décidément elle me file de très mauvaises habitudes ! C’est elle la pro des longs discours !

Le dragon se tourna vers Tristan, attendant d’avoir une discussion avec lui mais quelque chose attira son attention. Il fronça les sourcils puis se mit en position de défense, flairant l’air, trouvant que quelque chose n’était pas normal. Un grondement sourd se fit entendre. La terre se mit soudain à trembler, le sol vibrer et ils furent cloués au sol, rattrapés par la loi de la gravité. Le monde semblait se disloquer et se déchirer.

Puis le sol s’arrêta de trembler mais une énorme chose se tenait non loin d’eux. Ils étaient toujours dans cette clairière mais quelque chose ne tournait pas rond. Alanir gronda en examinant leur adversaire. Un énorme monstre au corps solide comme la pierre se tenait en face d’eux. Il ne possédait qu’un œil qui les dévisageait avec avidité, dévoilant une rangée de crocs aiguisés, reposant sur ses quatre pattes et possédant des piques qui recouvraient certaines parties de son corps, le rendant menaçant. En se redressant de toute sa hauteur, il devait être à environ 10 mètres, ce qui rendait difficile toute lutte.

Spoiler:
 

- Manquait plus que ça ! D’où ça sort ce truc là ? Jpeux même pas appeler Cassy, c’est comme si on était sur un plan parallèle…

La situation n’était pas très engageante pour les deux Dragons. Très loin de là, une petite mage n’avait pas l’air de sentir le danger.

Tournant en rond dans sa chambre d’un air fébrile, Cassidy réfléchissait. Son air soucieux témoignait de ses pensées qui n’étaient pas très joyeuses. Reposant sur des béquilles en bois, elle parcourait les contours du lit en sautillant. Puis, hésitante, elle s’arrêta et fixa un point invisible en hauteur, déglutissant difficilement.

« Tris’… il faut qu’on parle maintenant… »

Elle grimaça un instant, soupirant longuement, puis baissa la tête, vraiment honteuse.

« Tu… tu te souviens quand je te disais que je me cachais derrière une façade ? Eh bien… voilà en fait… je devrais pas te le dire mais pardon ! je peux plus faire semblant ! Tu… je… enfin je ressens quelque chose pour toi de vraiment intense… et je pense que c’est pas si étranger que ça avec cet homme que j’ai connu… et si lui et toi êtes le même… Peut être qu’on m’a fait oublié, c’est ridicule mais j’ai pas tout oublié… pas la façon dont tu me regardes… pas tes caresses… pas… quand tu m’embrasses… »

Cassidy soupira et leva les yeux au ciel, se trouvant tout à fait minable avant de s’affaler sur le lit, posant ses béquilles à côté d’elle et murmurant à voix basse.

« Me pardonner hein ? Si vraiment je l’ai abandonné… M’enfin je pense pas le mériter… même si… même si… »

Elle se prit la tête entre ses mains, perplexe et grimaçant douloureusement, tiraillée entre ses choix, sa décision et redoutant ce qui pouvait se passer après. Fermant les yeux, elle se remémora tous les moments passés ensemble, aussi bien ces flashs que les derniers jours qu’ils avaient passé ensemble. Ne rien lui dire était totalement égoïste de sa part et pas vraiment courageux. Si vraiment elle l’avait abandonné, si c’était bien lui, alors elle devait l’assumer et arrêter de le faire tourner en bourrique, rien que pour passer un peu plus de temps avec lui ! La jeune femme prit un air plus sévère puis reprit ses béquilles pour se faire plus déterminée, plus franche.

« La vérité c’est que… »

Pas le temps d’en dire plus qu’une douleur l’irradia de haut en bas en provenance de son cœur. Elle étouffa un gémissement, ses jambes ne tenant pas, surprise par le choc, et retomba en arrière sur le lit alors qu’une scène apparaissait devant ses yeux, un pressentiment, un danger imminent. La jeune femme ouvrit lentement la bouche, frappée par la terreur.

« Non… Tris’… »

Elle le sentait… Elle sentait qu’il était en danger. Et qu’il ne s’en sortirait pas tout seul, même si Alanir était avec lui. La jeune femme regarda sa jambe meurtrie et grimaça. Pas de moyen de transport… pas de possibilité de courir vite… et du temps elle n’en avait pas à disposition. Les battements de son cœur s’accélèrent. Si elle continuait à réfléchir aussi longtemps, le pire pourrait se produire. Fermant un instant les yeux, la jeune femme serra les dents avant de reprendre ses béquilles, se redresser du lit et sautilla vers l’armoire. Lâchant les béquilles et ouvrant en grand les portes, se maintenant sur un pied alors qu’elle cherchait avec hâte la tenue qu’elle avait portée le premier jour qu’elle était revenue dans le monde. Trouvant la tunique rapidement, elle posa la main dessus, murmura un mot alors que sa main devenait brillante et qu’une pierre azur, semblant avoir été fondue dans le tissu, se trouvait désormais dans sa main.
Elle l’examina un instant. Jamais la petite mage n’aurait imaginé qu’elle devrait se servir de ça pour cette raison là. Un sourire mitigé apparut sur son visage. Elle devait le faire.

« Emmène moi s’il te plait… »

Une lueur bleutée l’entoura et elle disparut de la pièce…

La situation que vivait Tristan et Alanir ne s’arrangeait pas. La créature gigantesque ne tenait pas à les laisser partir et le champ qui les entourait empêchait toute tentative de fuite. Le colosse s’approcha en poussant un rugissement épouvantable sortit de sa gueule. Aplatir ses proies de sa large main était facile et même si il était plutôt grand, ses mouvements n’en restaient pas moins rapides.

Alanir se tenait à côté de Tristan et grinçait des dents. Quelle issue pouvait-il y avoir ? Impossible de contacter Cassidy, c’était terminé ! Et puis dans son état, elle n’aurait pas pu les rejoindre ! Le dragon resta fièrement dressé devant la vision, attendant le coup décisif. Il ne vint jamais. Car autour d’eux s’était dressé un énorme dôme doré regorgeant d’une puissante magie. La créature hurla de colère quand sa main heurta une surface solide qui n’était pas de la bouillie de dragon. Un dôme qui ressemblait fortement à ce qu’avait vu Tristan il y a quelques semaines de cela.

Une silhouette marchait d’une démarche soutenue et légèrement féline en direction des deux dragons, encore sous le choc ou peut être pas, de cette intervention inattendue. Ses cheveux blonds nattés flottaient dans le vent léger qui s’était levé, ses bottes s’enfonçaient dans la neige laissant des traces de pas fines, le regard déterminé, Cassidy entra dans la bulle pour s’approcher des deux Drakkari. Elle ne boitait pas et n’était retenue par des béquilles, comme si sa cheville avait guérie miraculeusement en peu de temps. Mais ce qui voulait dire aussi qu’elle avait peut être fait quelque chose d’assez important… au point de guérir miraculeusement.

Il y avait autre chose qui avait changé, elle portait le même genre de tenue que lors de son retour, une tenue mauve, un pantalon sombre avec une tunique fluide avec un léger décolleté faisant apparaître son pendentif où la chevalière de Tristan reposait sur le dessus. Le tissu dessinait ses formes et les mettaient en valeur, peut être un peu découverte pour cet hiver mais la demoiselle ne semblait pas s’en formaliser. Ses yeux étaient dorés alors qu’elle vint se planter à côté d’Alanir, observant la créature belliqueuse qui avait recommencé ses attaques en tapant sur l’énorme sphère qui ne faiblissait pas, et Cassidy non plus.

- T’as failli être en retard…

Alanir se tenait les bras croisés, soulagé, ne semblant pas plus que cela étonné par la guérison miraculeuse ou peut être se permettait-il une petite pointe d’humour pour dédramatiser la situation. Cassidy ne semblait pas perturbée ni déboussolée pour le moment, juste un peu ailleurs pendant un instant.

« Ces bestioles là sont réputées pour être les pires prédateurs des dragon… Peut être a-t-il été attiré dans le coin… en hiver, ils aiment bien sortir pour profiter de la brume, des tempêtes de neige… ça ne les perturbent pas… et même un humain seul y laisserait sa peau… »

Alors que fallait-il faire ? Fuir ? Mais Cassidy savait bien qu’une fois ses proies désignées, la créature ne les lâcheraient pas jusqu’à sa mort. La demoiselle commençait à faire un pas, pour avancer, pour se battre et protéger ce qui lui tenait à cœur. Mais quelqu’un lui prit la main, quelqu’un qui refusait qu’elle aille toute seule devant le danger. La jeune femme s’arrêta et se retourna pour observer Tristan. Son regard se fit plus doux et sa voix beaucoup plus honteuse alors qu’elle porta doucement sa main vers la joue du Drakkari, un peu craintive, des remords se lisant dans la prunelle de ses yeux qui étaient devenus dorés.

« Tris’… écoute… je… je suis désolée… vraiment désolée… je voulais te parler… mais je… j’en étais incapable… »

Elle ferma les yeux et secoua lentement la tête, ne trouvant pas plus les mots pour lui parler, pas plus le moyen de lui faire deviner ce qu’elle voulait lui dire. Non cela avait toujours été très dur… Elle eut soudain une idée, en espérant qu’il arrive à comprendre ce qu’elle n’arrivait pas à dire, honteuse comme elle était. La demoiselle prit le poignet de Tristan, celui où se trouvait la bague dans le bracelet de force et dirigea sa main vers son cœur à elle, le regardant droit dans les yeux avec insistance.

« Crois en moi… »

Cette phrase qu’elle avait prononcé il y a quelques jours, de continuer de croire en cette femme qu’il pensait avoir perdu. Mais elle ne s’arrêta pas là puisqu’elle posa sa propre main, celle avec sa bague de fiancailles, au niveau du cœur de Tristan.

« … et en nous. »

Etait-ce un message qu’elle voulait faire passer ? Cela en avait tout l’air… Puis, sans lui laisser le temps de parler, elle s’agrippa à son cou et l’embrassa avec passion, quitte à lui faire tourner la tête maintenant, quitte à ce qu’il comprenne les similitudes. Sa tête lui fit mal pendant un moment alors que les derniers flots de souvenirs lui revinrent en mémoire… sa disparition… sa visite chez les dragons… tout ce qui s’était passé et dont elle se doutait déjà. Elle se détacha à contrecoeur de lui, caressant une dernière fois sa joue et prononçant trois mots contre son oreille.

« Je t’aime Tris’… »

Puis elle se détourna de lui et avança d’un pas décidé vers la créature, prête à se battre.
Pourquoi… pourquoi intervenait-elle ? Pourquoi voulait-elle se battre ? Au départ elle ne savait pas… elle ne savait plus… ce qui faisait battre son cœur… ce qui lui donnait envie de déplacer les montagnes…  ses pas continuaient de se former dans la neige alors qu’elle avançait lentement et que sa mémoire ressassait au moment où elle fermait les yeux… les rires… les sourires… ce passage au temple, lui tellement beau dans son costume… si séduisant… ce regard orangé dans lequel elle s’était perdue de trop nombreuses fois, ce regard doux qui la faisait frissonner… ces bras protecteurs dans lesquels elle aimait se caler… mais il était un dragon… elle se rappelait sa peur de le craindre… sa peur de le perdre… elle se rappelait leurs sorties quand ils volaient ensemble… ressentir la même chose… ce lien… si fort… si puissant, qui existait entre eux et qu’elle n’aurait jamais cru possible.

La créature tapa rageusement sur le dôme…
Pour le voir encore sourire… Pour le voir déchargé de toute peine…
Sa magie s’amplifiait petit à petit alors qu’elle serrait et désserrait le poing…
Les nuits blotties bien au chaud et la sensation d’être en sécurité…
Elle se concentra…
Tristan… son monde tournait autour de lui…

Pourquoi se battait-elle ? Pour l’équilibre du monde ? Pour un objectif dépassant ses pensées ? Pour être une marionnette aux pouvoirs bien supérieurs à ceux du commun des mortels ? Elle était peut être bien égoïste mais si la personne qui comptait le plus à ses yeux cessait d’être… alors le monde n’aurait plus de saveur… et c’était peut être bien le moment d’être forte…

Elle avançait, sortant du globe. La créature avait l’air de comprendre qu’elle en était l’origine et commença à envoyer les piques qui recouvraient certaines parties de son corps dans la direction de Cassidy. Alanir retint Tristan pour ne pas qu’il intervienne. Et il y avait de quoi, car la jeune femme formait devant elle des boucliers dorés, plus petits mais les piques se heurtaient sur chaque bouclier, en se fracassant dans une pluie de petites pierres qui s’éparpillèrent. La magie s’éleva d’un cran alors que la jeune femme fit une incantation plutôt surprenante.

« Je suis la messagère des filles de lumière…
Je suis le bras de la justice qui trace son chemin…
Pour une étincelle qui disparaît, mille d’entre elles renaîtront…
Sur ma vie j’ai fais le serment de préserver l’équilibre…
Mon corps est le réceptacle de l’énergie de ce monde…
Pour protéger ceux qui me sont chers, j’invoque la puissance mystique…
Anaraviria ! »


Alors qu’elle était en train de parler, son corps s’illumina plusieurs fois, ses cheveux prirent une teinte surnaturelle et des marques se formèrent sur son visage, ses bras, ses jambes, tout son corps. Des marques courbées, fines et pointues qui fuselaient et l’illuminaient avec puissance. Une fois que son incantation fut terminée, l’air s’intensifia dans la clairière et le niveau de magie dépassa largement ce qui était disponible avant… cela n’avait en tout cas rien d’humain ce qui se dégageait de Cassidy.

Elle se mit dans une position accroupie, fixant la créature qui allait attaquer puis d’une seule contraction, elle s’envola et atterrit sur son bras. La créature grogna et agita son bras alors que Cassidy se dégageait déjà en faisant un plongeon arrière dans le vide, semblait flotter dans les airs. Des petites sphères dorées apparurent autour d’elle et fondirent sur le géant dans des détonations moyennes qui provoquèrent un léger nuage de fumée sans pour autant lui faire du mal. Battant ses bras dans l’air, la créature chercha à choper la petite mage qui évitait en glissant à droite et à gauche. Puis Cassidy disparut d’un coup pour réapparaître derrière sa proie, invoquant des sphères plus grandes qu’elle lança dans le dos du monstre qui hurla de douleur devant sa chair qui devenait noir. Furieux, il se tourna rapidement pour contre attaquer mais la petite mage était rapide, très rapide. Eclairs de lumière, orbes, elle cherchait ses points sensibles, semblant jouer avec lui. Elle l’avait un peu écarté de Tristan et Alanir, pour qu’il se détourne d’eux.

Le géant se mit à rugir et envoya de nouvelles piques que Cassidy contra en façon apparaître un bouclier en face d’elle. Les piques explosèrent dans un craquement sinistre. La jeune femme lévita jusqu’aux pieds du géant qui leva ses bras en l’air, avec l’intention d’y mettre toute sa force. Au dernier moment elle fit un bond en arrière et tendit les bras en avant en prononçant un mot de pouvoir. Des petites zones blanches apparurent autour du monstre et des grandes chaines jaunes s’élancèrent, chaines matérialisées du vide, pour s’enrouler autour des bras et des pieds du colosse. Les chaines se tendirent alors que la créature hurlait sa rage, frustré de se faire mener par le bout du nez par une humaine.

Cassidy ne lui laissa pas le temps de se libérer qu’elle avait mis ses mains en joue comme si elle tenait un arc. Et effectivement une lumière se forma au niveau de ses bras, formant une arme presque aussi grande que la jeune femme. Un pentacle se forma sous ses pieds alors que la magie s’accumulait autour d’elle, une flèche se formant et semblant se gorger de puissance. Cassidy tendit le bras, ferma un œil pour viser un endroit bien précis et décocha sa flèche qui partit en une trainée ardente, atteignant sa cible en plein cœur et la transperçant d’un bout à l’autre. Le géant hurla de douleur, vacillant, mais cela ne semblait pas l’achever.  Dans un dernier élan, il se rua vers la petite mage qui commençait à s’essouffler. Elle invoqua un mur invisible devant lui et il se cogna dedans, titubant de quelques pas, étourdit.

La jeune femme murmura une nouvelle invocation en fixant son dos de main droite. Une marque rouge se forma dessus et les deux armes d’Alanir apparurent dans ses mains.

*Divertis le un moment, va falloir qu’on l’achève à trois !*

Alanir sortit du dôme et dans un rugissement provocateur, le Dragon se lança sur la créature, tentant d’entailler ses mains, ses pieds. Il était plutôt agile et esquivait les coups alors que la créature se tournait vers lui, agacée, et laissa tomber Cassidy pour le moment. La demoiselle en profita pour se concentrer une nouvelle fois en tendant les mains en avant. Des particules lumineuses s’élevèrent pour former une colonne partant du sol, jusqu’à ses mains. L’objet devint de plus en plus solide. La petite mage empoigna la « garde » de cette nouvelle arme puis la lança en direction de Tristan. Lorsqu’il la réceptionna, il put sentir l’énergie qui s’en dégageait et qui lui était transmise mais plus surprenant encore, elle reprenait la forme et les caractéristiques de l’arme de Tristan.

*Tris’, écoute bien. Alanir fait distraction, je vais me charger de faire tomber cette créature et tu donneras le coup final. Frappe derrière la nuque et ça devrais l’achever. Fais moi confiance, ça doit marcher !*

Ils n’avaient pas vraiment le temps de s’expliquer, juste de s’écouter et de faire comme il était dit. Alanir continuait d’asséner des coups, faisant tourner en bourrique le monstre qui n’arrivait pas à l’atteindre. Mais le dragon faiblissait au fur et à mesure, il n’avait pas une endurance énorme en humain et cette forme qu’il n’avait pas encore bien utilisée pour combattre. Cassidy courut dans une direction et une fois de plus, elle invoqua les chaines qui sortirent de terre et s’enroulèrent autour des chevilles du colosse. Puis elle fit un mouvement sec du bout de ses mains, de toutes ses forces. La créature hurla et, déséquilibrée, tomba à la renverse alors qu’Alanir s’écartait pour ne pas se faire écraser.

Tristan s’élança en avant et appliqua la demande de Cassidy. La créature touchée poussa un dernier hurlement de haine avant de laisser retomber sa tête, dégageant un nuage de poudreuse, anéantie. Le décor se modifia et tous se retrouvèrent à l’endroit de base. Les armes disparurent.

Cassidy faiblissait, ses marques disparurent alors qu’elle paraissait soudainement très fatiguée. Mais elle se mit à sourire doucement en tendant la main en direction de Tristan.
Malheureusement, le combat et la quantité de magie utilisée eurent raison de ses dernières forces et avant même qu’elle n’ait le temps de le rejoindre, de faire ne serait-ce qu’un pas, ses yeux se fermèrent et elle tomba dans l’inconscience alors que Tristan la rattrapait déjà.

Alanir semblait interdit en la regardant, comme si il venait d’avoir un souvenir qui frappa son esprit. Il secoua lentement la tête, impuissant, avant de s’approcher de Tristan, cherchant à lui parler, déglutissant et le regard incertain sur l’avenir en soupirant. Encore une demande… encore une requête… et celle là était grave. Difficile de savoir si elle pourrait s’en sortir cette fois là. Le silence et le vent glacial furent les seuls éléments témoins de la scène.

Puis le dragon s’approcha de Tristan.

- Pour que tu comprennes ce qu’elle a fait… il vaut mieux que tu vois ça par toi-même… mais tu seras le seul à pouvoir agir désormais…

Il se doutait que ce ne serait pas facile ! Pourtant il lui avait un peu parlé mais cela tombait vraiment mal. Enfin… c’était les épreuves qui les aidaient à se renforcer et celle là n’était pas des plus simples.  Le dragon posa une main sur le front de Tristan. Lui-même ne venait que de voir ce souvenir très rapidement et peut être que Cassidy avait ouvert un peu son esprit au dragon, dans l’espoir qu’il transmette la vérité à Tristan et pourquoi elle était dans cet état.

Le décor se brouilla devant Tristan alors qu’il se retrouvait dans sa chambre avec Cassidy, assez nerveuse, armée de ses béquilles et tournant en rond en sortant son discours comme quoi elle devait lui parler. Puis la décharge qu’elle se prit et la précipitation avec laquelle elle s’était emparée de cette petite pierre avant de disparaître.




Ils se retrouvèrent dans un espace qui pouvait s’apparenter au paradis… si ce n’est que l’endroit avait de grandes similitudes avec le domaine où avait vécu Cassidy pendant un an. Ici, l’herbe était verte et brillante, de petits tapis de fleurs colorées étaient parsemés d’un endroit à l’autre. Derrière se trouvait l’habitation dans une architecture pouvant s’apparenter à un temple. Une fontaine avec une statue représentant une dame qui tenait un vase rajoutant de l’eau vers le centre et des petits papillons qui voletaient joyeusement. Cassidy marchait à cloche pieds et s’adossa au rebord de la fontaine en appelant, un appel de détresse.

La petite fille qui l’avait accueillit pendant un an sur l’île se mit à glousser puis descendit les marches qui menait au jardin d’un air guilleret.

- Déjà de retour Cassy ? Je ne pensais pas que tu te servirais de la pierre aussi tôt… Tu savais pourtant bien que tu n’avais droit qu’à un seul essai alors…

« Aide moi s’il te plaît ! Tristan va… Tristan est… »

La fillette posa un doigt sur ses lèvres, la regardant malicieusement.

- Je sais déjà…

Cassidy secoua la tête, mi en colère, mi paniquée.

« Dans ce cas, interviens ! Je m’en fiche de mon passé ! Je m’en fiche de renforcer mes pouvoirs ! Ca n’a aucun intérêt si Tristan n’est plus là ! »

Le sourire de la petite fille s’élargit, très curieuse apparemment.

- Tiens donc… voilà qui n’est pas commun du tout. Je ne pensais pas que tu récupérerais tes sentiments et émotions aussi rapidement. A croire que le dragon tenait vraiment à ce que tu te rappelles de lui… et ta volonté intérieure également. On avait parié avec Klartos… lui ne donnait même pas une semaine pour que tu te rapproches à nouveau de Tristan.

Décidément les dieux avaient des jeux bien étranges et bizarres ! Cassidy fit un geste brusque de son bras en avant, fixant la petite fille qui prenait un peu trop son temps pour expliquer les choses.

« Bon d’accord d’accord j’ai compris ! Mais plutôt que de parler de mes sentiments, on peut intervenir ? Nan parce que le temps défile là ! »

La petite fille se mit à sourire en secouant la tête puis s’approcha de Cassidy avant de s’asseoir sur le banc en face de la fontaine.

- Calme toi… nous sommes dans un espace temporel… ça signifie que le temps sur Ascadian est bien plus lent qu’ici. Une seconde s’écoule pour une heure ici. Et je pense que c’est important d’en parler justement.

« Ouais bon ! Vous allez me faire quoi ? Me punir pour ne pas lui avoir parler plus tôt ? M’enfermer un an de plus ? »

- Oh non c’est fini tout ça…

« Alors quoi ? »

- La vérité… c’est qu’on ne peut pas intervenir aussi facilement que ça sur Ascadian.

Cassidy ouvrit lentement la bouche, interdite, puis se laissa tomber par terre, regardant le sol d’un air triste. Puis elle releva la tête quelques minutes après, s’essuyant les larmes de ses yeux.

« Alors guéris moi cette fichue cheville ! Ca c’est possible au moins ! Et j’irais le sauver. »

La petite fille haussa un sourcil intéressé alors qu’elle observait Cassidy, effleurant le banc en marbre blanc du bout de son doigt.

- Hum oui effectivement c’est faisable mais… toute guérison accélérée est accompagnée d’une contrepartie, pas vraiment agréable. C’est risqué… très risqué…

« C’est pas grave ! Si c’est la seule chose à faire alors je le ferais… »

- Tu n’as pas bien compris Cassy. Ton corps est affecté par un poison qui ne peut être retiré. Seule l’injection du remède t’évite des douleurs atroces et insupportables. En soignant ta cheville, on va devoir monopoliser l’énergie de ton corps et donc… ça accélérera le processus. Le remède n’aura plus d’effet et cela entraînera une paralysie et…

« Pas grave ! Si mes souvenirs sont bons, y a un truc entre moi et Tristan qui nous permet de nous guérir. Ca marchera j’en suis sûre ! »

- Vraiment ? Mais es-tu vraiment sûre de ses intentions ? De ce qu’il est ?

Cassidy se mit à sourire et semblait vraiment déterminée, sûre d’elle et pas du tout craintive. Elle porta les mains à son coeur, comme pour se rassurer, ses mèches blondes flottants dans le vent, inspirant profondément. Les papillons voletèrent autour d'elle, formant une danse multicolore.

« Je suis prête à parier et j’ai confiance en lui… On trouvera une solution… ensemble… c’est ça qui nous aide à avancer ! »

La petite fille sauta de son banc et s’approcha d’elle doucement, s’accroupissant à côté d’elle.

- Bien bien… si tel est ton choix… je suis quand même étonnée que tu utilises ta pierre à cette fin là. Tu ne voulais pas devenir plus puissante ? Et connaître la vérité à ton sujet ?

Cassidy fit un beau sourire sincère, nullement ennuyé et le regard perdu dans le vide. Puis elle leva les yeux au ciel... un ciel azur où s'agitait quelques nuages même si l'endroit avait l'air bien tranquille.

« Dire que non serait mentir mais… je préfère progresser et devenir forte à ses côtés plutôt que de le faire dans mon coin… c’est lui qui me rend plus forte… plus que n’importe quel autre procédé… et je préfère être près de lui et le soutenir… tant qu’il en aura besoin. Renoncer à lui pour avoir un peu de pouvoir… pour mieux me comprendre… non… C’est ma décision et je ne reviendrais pas dessus. »

La petite fille se mit à sourire en hochant doucement la tête. Puis elle frappa dans ses mains. Une lumière entoura Cassidy et elle disparut alors.


Alanir retira sa main du front de Tristan, apparemment très gêné. Personne n’avait dit à Cassidy pour Tristan… et maintenant elle avait peut être pris une décision, en toute ignorance, qui n’allait en rien arranger les choses finalement, malgré toute sa bonne volonté et ses sentiments.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mar 24 Juin - 12:17

Pour elle aussi…
Pour elle aussi ça comptait !
Tristan ferma les yeux en souriant. Ils ne se voyaient pas tous les deux, bien trop blottis l’un contre l’autre. Il ne répondit pas, se contentant d’enlacer la main posée sur son torse, doucement, inclinant son visage pour l’appuyer contre les cheveux de la jeune femme. Et alors qu’elle somnolait entre ses bras, qu’il respirait lentement son odeur, celui des fleurs proches se mélangea à celui de la demoiselle pour former une senteur qu’il connaissait bien à présent, une image se formant dans son esprit, une musique semblant s’emparer de son ouïe.
Musique qui était si proche des airs d’Orient chez les terriens, envoûtante… Un regard vert d’eau qui le fixait avec une intensité tellement troublante, un visage parfait, des lèvres étirées en un léger rictus taquin, tellement rouges, une lourde masse de cheveux plus noirs que la nuit qui coulaient sur des épaules minces mais musclées, glissaient sur un corps divin. Elle le fixait, sans ciller, amusée, provocante, approchant ses lèvres de son oreille pour murmurer quelques mots dans la langue des dragons, une main qui effleurait doucement son torse, qui appuyait dessus pour le faire basculer en arrière, si forte et si douce en même temps.

- Tu es à moi Ikael…


Tristan rouvrit immédiatement les yeux, la gorge sèche, tremblant légèrement avant de serrer un peu plus contre lui la petite mage endormie. Il n’y pouvait sans doute déjà plus rien. Pourtant, elle avait tellement progressé. Elle ne se souvenait pas, d’accord, enfin du moins c’est ce qu’il croyait mais il avait vraiment l’impression qu’elle tenait à lui. Tout était si compliqué…
Elle disait que ça comptait pour elle aussi… Si ça comptait c’est qu’elle tenait à lui, plus que par une simple amitié, du moins, essayait-il de s’en convaincre. Chez les humains, on ne s’embrassait pas quand on était juste amis, si ? Il n’était plus tellement sûr. Qu’est ce qui se faisait chez les dragons et qui ne se faisait pas chez les humains ? Il ne savait plus… Tout se mélangeait, de plus en plus. Il serra lentement le poing, la pressant encore un peu plus contre lui. Non, pas maintenant, il devait rester lui-même aussi longtemps que possible. Pour comprendre, pour l’aider, et pour pouvoir lui dire au revoir quand le moment serait venu. Il y avait tellement cru… Que ça pouvait bien se terminer, qu’ils étaient différents, qu’ils y arriveraient… Mais elle n’était plus là… Il avait cru la perdre. Et s’était perdu au passage…

Quand elle se réveilla, il semblait tout à fait normal alors qu’il avait en réalité passé un bon moment à penser, à réfléchir à tout ce qui lui arrivait, tout ce qui leur arrivait. Il avait compté les discrètes petites encoches réalisées sur l’un de ses bracelets de force, levé le nez vers le ciel. Oui, tout avait une fin après tout.
Il lui sourit gentiment, effleurant son visage du bout des doigts avant de l’embrasser. Chacun de ses gestes avec elle était excessivement doux comme s’il avait peur de ses propres gestes. Parce qu’il en avait peur de toute façon. Ils s’étaient promenés, lui la portant alors que calée dans son dos, elle le guidait comme elle l’avait parfois ou plutôt souvent fait lorsqu’ils volaient ensemble. C’était avant… Un passé révolu. Bien sûr elle ne s’en souvenait pas mais elle était curieuse de tout, elle en avait appris beaucoup sur cette selle et la connaissant, connaissant son intelligence, il savait qu’elle devait se douter de quelque chose justement à propos de cette selle, de lui qui était un dragon, de leur proximité, de leur complicité et de cette manière qu’ils avaient de se connaitre… par coeur…

Elle l’avait constaté dans la douche non ? Difficile de faire plus et moins concret en même temps. Ils se connaissaient… Même si elle ne se souvenait pas vraiment de lui, son corps ne l’avait pas oublié le moins du monde et elle réagissait à la moindre de ses caresses, encore plus après cette trop longue année d’abstinence pour la jeune femme. Et lui qui savait qu’elle aimait tant s’accrocher à sa nuque, le regarder dans les yeux par moments, comme pour s’assurer que pour lui aussi c’était bien… Comme si ça pouvait ne pas être bien !
Il fit abstraction sans mal, du moins extérieurement, de la sensation du petit corps blotti contre le sien. Heureusement qu’ils étaient habillés… pas sûr qu’il ait pu être aussi « calme » si la demoiselle avait appuyé sa poitrine contre son dos sans rien porter pour les préserver de ce contact !!!
Il obéissait docilement à la moindre de ses indications, lui faisant visiter le coin. Il ne parlait pas beaucoup, il l’écoutait plutôt. Elle lui parlait des plantes qu’elle connaissait… Elle redevenait bavarde, c’était bon signe non ? Il pressa un peu plus ses jambes contre lui, s’en rassurant.
Il n’avait pas vraiment réagi à son baiser sur sa joue… Enfin si, et elle dut bien le prendre, ravie de provoquer un effet chez le jeune homme qui s’était brusquement figé sur place. Mais ce n’était pas par rapport à elle, malheureusement… Deux yeux verts lui avaient semblé luire dans la pénombre en face d’eux. C’était impossible évidemment mais pendant un très court instant, il y crut, déglutissant avant de se remettre à marcher.

Ils étaient rentrés, avaient mangé, étaient ressortis… Pour voir des étoiles. Elle était ravie, lui parlant gentiment dans une confession adorable. Les étoiles, des guides… C’était vrai… Il leva un peu plus la tête, fixant une des lunes qui n’était qu’un mince croissant au-dessus d’eux, une étoile qui partait du milieu de son arc de cercle, une autre, une autre, encore un peu plus loin… Oui des guides, qui le ramèneraient là où il serait bientôt, si loin de ce monde humain. Il détourna les yeux, se contentant de sourire à la jeune femme. Il n’avait pas relevé sa phrase. Parce qu’il n’avait pas cherché à la comprendre. Elle allait mieux, c’était tout ce qui comptait désormais. Il acquiesça doucement quand elle lui affirma mieux lui parler le lendemain. Il écoutait de toute façon, quoi qu’elle veuille lui dire… Dans sa voix pourtant, il perçut une tension révélatrice d’une pointe d’inquiétude, d’incertitudes. Oui, même ça il le sentait. Il ne savait pas ce que c’était. Mais ça l’inquiétait évidemment. Tout sentir était une torture… Pas que chez elle.

Il serra lentement les dents, évitant tout geste brusque. Il devait cesser dès maintenant de se torturer. La morosité n’était pas bonne. Elle allait s’en rendre compte. Il ne saurait pas lui expliquer, elle serait triste. Il ne voulait pas qu’elle soit triste. Profiter tant qu’il en était encore possible. Négatif… Depuis quand était-il si négatif ?
Ils étaient descendus, il la portait toujours pour la ramener à l’appartement, il la sentit étreindre un peu plus son cou et ses épaules de ses bras et un sourire étira ses lèvres. Non… il ne cesserait pas d’y croire, ni d’espérer, jusqu’à ce qu’on lui prouve que c’était trop tard, il espérerait… Jusqu’à la dernière seconde. Il le lui devait !

Ils étaient seuls à l’appartement et il dut se faire violence un instant. La vérité ? Bien sûr qu’il aurait voulu profiter de cet instant ! Leur petite aventure dans la salle de bains l’avait laissé plus affamé qu’il ne l’aurait cru. Ils avaient raison. C’était une torture. Il serra un peu plus la lanière du bracelet de cuir qu’elle lui avait elle-même remis dans la douche sans savoir probablement à quel point il en avait besoin à cet instant là.
Il s’était assis près d’elle, lui tendant une tasse fumante de lait chocolaté. Elle semblait aller bien tandis qu’il massait doucement sa cheville blessée. La guérisseuse avait dit qu’elle irait bien, il la croyait mais s’il pouvait la soulager un peu, il le ferait.
Il lui devait un caprice et s’empressa de le lui rappeler. Pour s’occuper aussi probablement. Pour ne pas trop penser. Penser n’amenait rien de bon pour lui ces derniers temps !

Elle était toute enthousiaste, réclamant un gâteau au chocolat. Il rit et s’exécuta. Il passa un moment à la cuisine après avoir allumé un feu, la laissant devant celui-ci. La cuisine n’avait jamais été son fort mais il avait retenu quelques petites leçons d’Elodie tout de même et il ne se débrouillait pas si mal même s’il prenait bien plus de temps que ne l’aurait pris une personne plus « expérimentée ». Finalement il était parti se changer pour elle, revêtant une tenue confectionnée par Maud : un pantalon droit légèrement ajusté bordeaux, une chemise noire à manche bouffante rentrée dans ledit pantalon qui faisait très XVIIIème, une épaisse ceinture à boucle d’argent et il avait même tenté de se coiffer un peu. Ca marchait plutôt… bien, disons que ses mèches rouges et noires étaient un peu plus ordonnées mais pas moins ébouriffées sur son crâne. Et bien sûr qu’il était craquant ! C’était quand même un peu le but même si lorsqu’il l’avait rejointe, il avait marqué un temps d’hésitation. Habillé comme ça, effectivement, il faisait très prince même si les couleurs reprenant justement celles de ses cheveux le faisaient tout droit sorti d’un grand mix d’époques terriennes. Après tout, les petits terriens qui avaient rejoints l’Académie de la jeune femme avaient mis du temps à s’habituer à toutes les possibilités immenses qu’offrait la magie à défaut d’une quelconque technologie.

Il était adorable, se faisant des plus gentleman, gardant un discours toute la soirée très élogieux même s’il semblait parfaitement honnête. Il la gavait de biscuits et de chocolat chaud en attendant que le gâteau soit cuit. Ils avaient plus ou moins dansé ensemble et même si elle ne pouvait pas réellement danser justement, il avait apprécié sentir la poigne ferme d’une de ses mains sur son bras, comme s’ils allaient valser… même si c’était lui qui la portait pour l’heure. La danse… ça aussi c’était revenu. Il s’était penché doucement à son oreille en murmurant quelques mots.

- Tu as eu beau dire que ce n’était pas ton truc il y a quelques jours… je trouve que tu te débrouilles bien…

Le « il y a quelques jours » faisait évidemment référence à leur arrivée à la cité, lorsque la demoiselle était encore si fermée, neutre au monde… Quand Tristan et Alanir avaient eu une discussion, lorsque le jeune dragon avait appris de son aîné tout ce qui était arrivé à la petite mage. Elle était venue se baigner, se mettant nue devant eux sans paraitre gênée. Quand Alanir lui avait demandé pourquoi elle n’était pas à la fête, elle avait répondu que ça ne l’intéressait pas vraiment. La fête, la danse… Elle avait changé. Il le lui disait. Qu’il l’avait remarqué évidemment…

Ils s’étaient embrassés à la fin de la danse. Enfin elle l’avait embrassé plutôt et il avait appuyé son front contre le sien en soupirant d’aise, finissant par se rasseoir avec elle… Enfin il se laissa plutôt brusquement tomber sur le canapé, elle sur lui alors qu’ils riaient, un peu, juste un peu. Après avoir un instant caressé son visage alors qu’elle était à moitié allongée sur lui, il s’était relevé pour aller chercher le gâteau, tout chaud et il l’avait observée manger avec un sourire. Elle paraissait bien…Elle paraissait presque « heureuse ». Ca lui faisait du bien quelque part… Il le sentait.
Il pensait avoir rempli sa part du marché mais comme elle osait une nouvelle requête, il n’osa pas trop la lui refuser même s’il hésita pendant un bref instant à lui obéir. Se déshabiller ? Pourquoi pas… Mais elle prenait des risques. Il s’en amusa tout de même, prenant tout son temps, un peu trop même. Après tout, il avait toujours été assez doué à ce jeu-là, lui volant rapidement un baiser étourdissant histoire de l’embêter, un peu plus. Il s’était rapidement retrouvé en boxer et s’était arrêté là, la rejoignant sur le canapé en riant de ses demandes incongrues. Elle avait un instant caressé une des marques dorées sur les côtés de son torse mais ne s’était pas attardée dessus.
C’est de lui-même qu’il reprit le massage et la câlina par la suite alors qu’ils discutaient de tout et de rien. Elle ne semblait pas mécontente qu’il s’occupe autant d’elle et lui ça lui convenait parfaitement donc tout était pour le mieux, non ?
Enfin presque…

La nuit, il la passa en partie à l’observer dormir, essayant de chasser la mélancolie et toute cette négativité qui l’envahissait et qui n’était en rien bon signe pour la suite. Il espérait toujours oui. Même si les chances s’amenuisaient chaque jour.
Le lendemain, un peu groggy encore, endormi, les cheveux plus du tout coiffé, le jeune homme avait rejoint la cuisine en s’étirant. Il était torse nu, comme souvent depuis que tout le monde savait pour ses marques et il battit plusieurs fois des paupières, pas réveillé, lorsque Alanir l’aborda en essayant de faire « ami-ami ». Le jeune homme fronça les sourcils à sa demande, se massant la nuque de sa main mais il avait rapidement acquiescé, allant s’habiller dans la chambre, récupérant avant sur le perron, les béquilles qu’il avait commandé à un des artisans de la cité pour la jeune femme. D’ailleurs, avant de partir, il s’arrêta près du lit, sourit, déposa un baiser sur le front de la jeune femme, devint cramoisi en voyant que Eleyna le fixait depuis le pas de la porte d’un oeil goguenard et sortit rapidement en refermant la porte derrière lui.
Les deux dragons s’étaient rapidement éloignés de la cité. Comme Alanir n’était pas armé, Tristan avait décidé de faire de même. De toute façon, ils pouvaient bien, à deux, battre du gros gibier à la main ! Ce serait un petit challenge voilà tout !
Mais il n’était pas dupe pour autant. Son aîné ne lui avait encore jamais fait une telle proposition alors forcément, ça devait cacher quelque chose. Peut-être pas, peut-être qu’il voulait juste être gentil mais il avait bien trop appris à se fier à son instinct…

- De quoi tu voulais me parler ?

Oui bon, dit comme ça, ça faisait très extralucide évidemment. L’avantage de cette phrase c’est qu’elle faisait très « intelligent », genre le beau jeune homme perspicace, un peu sherlock sur les bords qui se doute qu’il y a anguille sous roche. Et dans le cas où il se tromperait, il passerait juste pour quelqu’un voulant faire la conversation. C’était gagnant dans les deux sens, pourquoi se priver ?
Apparemment, il avait vu juste parce que le dragon commençait déjà à parler, et pas qu’un peu d’ailleurs, rappelant bien intensément une certaine demoiselle qui par le passé était bien bavarde. Mais c’était agréable… Mais le sujet abordé déplut très rapidement à Tristan qui se crispa et évita de regarder son aîné, fixant son regard sur l’horizon avant de secouer doucement la tête de droite à gauche. Lui parler… Qu’est ce qu’il pourrait bien lui dire ? Que ce qu’il faisait actuellement était stupide et dangereux ? Ca l’était et elle le savait déjà… C’était peut-être dangereux pour lui en ce moment mais au moins les autres ne risquaient rien. Il ouvrit légèrement la bouche, voulant s’exprimer, voulant dire à son aîné justement ce qui risquait d’arriver et en quoi il avait peur, en quoi, ils étaient différents tous les deux…Mais déjà Alanir enchainait. Ce n’était pas plus mal, il ne se sentait pas vraiment d’en parler. Il aurait dû tout lui dire. Ca l’aurait influencé. Cassidy l’aurait su d’une manière ou d’une autre. Il ne voulait pas qu’elle soit triste… Pas encore. Au moins avait-il remarqué ses efforts avec la petite mage. Ce n’était pas si simple mais pour l’instant ça fonctionnait et c’était le principal.

Il l’écouta parler sans l’interrompre. Il parlait de lui, c’était quand même assez rare alors le Drakkari se fit d’autant plus attentif peut-être pour mieux essayer de comprendre le vieux dragon. Mais ses paroles sur Cassidy, sur ce qu’elle avait fait, sur elle tout simplement, sa persévérance, sa manière d’être, tout chez elle étaient absurdes, inutiles. Il l’écouta.
Il l’écouta lui dire qu’elle pouvait l’aider, qu’elle était bien la seule personne à le pouvoir, qu’elle était forte, qu’elle saurait grâce à tout ce qu’elle avait appris comment le soutenir au mieux. Il remarqua la demande informulée, sans peine, du dragon. S’il l’aimait toujours… Evidemment. Alanir cherchait à s’assurer que la petite demoiselle n’était pas en train de se faire avoir tout simplement, il la protégeait. S’il voulait d’elle, s’il tenait à elle, s’il l’aimait… Tristan pouvait être peu apte à comprendre certaines subtilités quand ça touchait la jeune femme par le passé mais il était intelligent et beaucoup de choses avaient changé. Il haussa lentement un sourcil. C’étaient des demandes formulées comme de simples phrases dans une conversation. Il cherchait à savoir s’il l’aimait encore. Quelle stupidité. Il esquissa un rictus moqueur. Il savait déjà tout ça… Alanir n’avait pas besoin de lui dire qu’elle était forte, ni qu’elle pouvait l’aider. Il le savait parfaitement…
Il ouvrait la bouche pour répliquer à ce propos, s’approchant de son confrère avec la ferme intention d’être suffisamment catégorique pour que celui-ci le comprenne une bonne fois pour toutes ! Mais ils furent interrompus.
Et encore… on chercha à tout faire disparaitre. Et cette fois-ci, c’était lui qui était visé !

Un monstre venait d’apparaitre alors que tout semblait se fissurer effectivement, les plongeant dans un « autre monde ». Seulement Tristan un instant plus tôt très droit s’était effondré tout comme son camarade mais lui se bouchait les oreilles en gémissant. Si effectivement l’air autour d’eux semblait se fissurer, forcément, le jeune homme qui maitrisait le vent devait le ressentir bien plus que son confrère et ça n’avait rien d’agréable !!!!
Il se redressa, tremblant légèrement encore, secouant la tête, se tenant près d’Alanir en l’écoutant parler, hochant gravement la tête en fixant leur adversaire. Il serra les dents et les poings et ferma un court instant les yeux pour les rouvrir, les perdant dans le vague, fléchissant légèrement les jambes pour mieux les ancrer dans le sol, appelant son pouvoir de toutes ses forces parce qu’ils en auraient besoin pour lutter face à cette chose. Il pouvait faire mieux ! Il pouvait lutter contre cette chose… Il sentit que quelque chose n’allait pas, ne fut pas assez rapide et fut éjecté quelques mètres plus loin dans une espèce de petite explosion qui le laissa un peu groggy alors qu’il fixait ses mains avec horreur, tentant de se reconcentrer… Il ne sentait rien, rien du tout. Où qu’ils soient, il n’était pas assez fort pour y trainer son pouvoir. Agir ainsi était une très mauvaise idée, il se sentait épuisé comme si quelque chose avait drainé son énergie, ce pouvoir évidemment, mais sans donner le moindre retour. Déjà Alanir l’avait attrapé par les épaules et avait bondi en arrière pour l’éloigner un peu du monstre qui les fixait avec une délectation certaine. Il lui semblait qu’il lui parlait, qu’il lui expliquait « où » ils étaient et qu’il ne pouvait pas se servir de son don ici. Mais il l’entendait comme à travers un brouillard. Contacter Cassidy ? Non ! Surtout pas ! Elle ne devait pas être mêlée à ça… Il ne voulait pas qu’elle se retrouve face à ce… monstre. Il pensa à elle… un peu trop fort et cela permit probablement à un petit lien drôlement éprouvé et coupé de se ressouder alors qu’elle-même pensant à lui sembla brusquement tout savoir d’eux, tout savoir de ce qui leur arrivait.

Alanir voulait affronter les choses avec bravoure et dignité. Quoi ? Mourir comme ça ?!!! Tristan n’en revenait pas, mais lui-même sentait bien dans quelle galère ils étaient. Ils avaient évité quelques coups mais ils devaient courir alors que le monstre n’avait qu’un pas à faire. Il commençait à se sentir mal. C’était stupide d’avoir essayé d’utiliser son don, surtout dans son état, il le savait mais il refusait que cela se finisse ainsi. Alors qu’ils allaient se faire écraser, proche de son camarade, le Drakkari tenta une nouvelle fois d’appeler son don. Alanir ne le regardait pas, il ne l’en empêcherait donc pas. Son corps lui faisait mal mais il tenta une fois de plus, de toutes ses forces de se dépasser. Ca ne marchait pas et il n’était pas assez rapide de toute façon. Il ferma les yeux et entendit un choc sourd, les rouvrant aussitôt pour reconnaitre le dôme doré formé par une certaine petite demoiselle qui donnait bien du fil à retordre à ceux qu’elle considérait comme ses ennemis !
Il tourna rapidement la tête, la cherchant des yeux, la vit les rejoindre. Alanir ne semblait même pas surpris, lui s’inquiétait déjà. Pourquoi n’avait-elle plus ses béquilles et surtout que venait-elle faire ici ?!!!!! Elle n’était pas censée être blessée et loin d’eux ? Il la pensait en sécurité ! Il frémit quand la créature s’acharna sur le dôme mais elle, elle ne semblait même pas s’en rendre compte alors qu’Alanir se permettait une petite touche d’humour. Et puis c’était quoi cette tenue aussi ????

Tristan écouta distraitement ce qu’elle disait, la fixant, immobile, ne sachant pas quoi dire, ni quoi faire, déjà parce qu’il ne se sentait pas très bien, ensuite parce qu’il ne voulait pas qu’elle soit là. Il aurait voulu continuer de la croire en sécurité. Loin de lui… mais en sécurité. Elle était forte pourtant, il le savait. Mais il venait de se prouver à lui-même que si elle ne réussissait pas toute seule, il ne pourrait rien faire pour l’aider, il ne savait pas quoi faire. Il savait déjà, avant même qu’elle ne parle qu’elle allait se battre contre cette chose. Que ce soit un tueur de dragon ou un danseur de claquettes n’y changeait rien. C’était un monstre… Il voulait les tuer et les dévorer probablement, elle ne devait pas être mêlée à ça. Il voulait proposer une autre stratégie. Il l’attirerait pendant qu’elle et Alanir fuiraient. Il savait déjà qu’elle refuserait mais il pouvait toujours essayer. Mais il n’arrivait même pas à parler.
De toute façon, elle avait déjà pris sa décision et avançait au devant de la mort, au devant d’un combat trop dangereux. Cela le réveilla et il s’empara de sa main, fermement, il ne parlait pas et pourtant les deux autres personnes sous ce dôme auraient pu jurer l’avoir entendu hurler un « non » autoritaire mais décisif.

Il la fixait, le menton légèrement tremblant, ses yeux orangés fixant l’énorme créature et la petite demoiselle tour à tour alors qu’il bougeait lentement la tête, de droite à gauche, la panique se lisant clairement dans son regard. Non, il ne pouvait pas la laisser faire. Elle caressa sa joue, son tremblement cessa alors qu’il fermait à demi les yeux sous sa caresse. Il appuyait sa joue contre sa main, voulant probablement prolonger le contact. Elle lui parla, il la regarda. Il ne comprenait pas ce qu’elle disait. Lui parler ? De quoi ? Elle semblait inquiète et honteuse, encore, il pressa la main appuyée contre sa joue de la sienne, s’inclinant légèrement vers elle. Et là, elle fit la chose la plus étrange et insensée à laquelle il ait pu s’attendre en cet instant un brin dramatique, bien trop dangereux pour une telle discussion !
Elle lui fit effleurer sa poitrine de sa main ce qui en soi aurait été très bien peu importe la situation mais avec moins de témoin ça aurait été mieux mais ses mots étaient porteurs de sens. Croire en elle ? Mais il croyait déjà en elle, pourquoi disait-elle… Il se figea alors qu’elle venait de porter sa propre main à son torse, le caressant légèrement par dessus sa tunique, finissant sa phrase. Il fronça les sourcils, surpris. « En nous »… Que voulait-elle dire ? Il ouvrit la bouche mais déjà elle l’embrassait un peu trop passionnément, le laissant essoufflé et surpris, l’achevant de quelques mots qui n’avaient que bien trop de sens aux yeux du jeune homme.
Des yeux qu’il écarquilla, devenant blême, figé sur place alors que déjà, elle s’éloignait et franchissait le dôme.

Cassidy… Elle l’aimait alors ? Vraiment…
Il secoua vivement la tête pour se réveiller, sortant de l’état de léthargie dans lequel elle l’avait plongé. Il chercha à la rejoindre à la retenir, cria son nom mais Alanir l’arrêta, finissant par le plaquer au sol dans la neige tant il se débattait. Il hurla encore plus fort lorsque le monstre s’en prit à elle. Mais elle était forte… incroyablement forte et rapide et il n’y pouvait pas grand chose. Il continuait de se débattre mais de plus en plus faiblement, assistant à un exploit qu’il n’aurait pas cru possible et pourtant il avait eu vent des prouesses que pouvaient réaliser un mage puissant ! mais Cassidy était probablement au-dessus de tout ça de toute manière !
Mais même elle avait ses limites et finalement elle eut besoin d’eux.Heureusement car ils se sentaient un peu inutiles les deux dragons, enfin surtout le plus jeune et donc probablement le plus impulsif.

Il était à genoux par terre, ayant à peine remarqué que son aîné l’avait relâché, pressé contre la barrière, soucieux, les yeux écarquillés par l’inquiétude, serrant les dents et les poings, l’encourageant en silence, terrorisé à l’idée de ce que pourrait lui faire cette sale bête. Pourtant, comme dans un monde au ralenti, il sentait encore les lèvres de la petite mage posées sur les siennes, si douces… Elles avaient laissé le même goût sucré, comme du miel qu’il avait senti sur sa peau lorsqu’il l’avait couverte de baisers sous cette douce. Pourquoi étaient-ils là ?! Il aurait voulu… qu’elle soit en sécurité. Pourtant, elle était exactement à l’endroit où elle devait être pour sauver ceux qu’elle aimait. Son meilleur ami et celui dont elle était si vite, retombée amoureuse…

Quand elle demanda de l’aide à Alanir, celui-ci s’était déjà avancé, anticipant probablement et allant aussitôt l’aider, aussi leste et habile que la jolie jeune femme. Pas difficile de comprendre de qui il avait appris à se servir de son corps humain après tout ! Et puis c’est à lui qu’elle lança une arme. Il fut surpris mais la rattrapa sans mal, ou presque. Son bras lui fit mal lorsqu’il saisit la garde mais c’était prévisible après son acte complètement stupide, il l’empoigna donc également de sa seconde main, relevant les yeux vers la petite demoiselle, attentif à la voix qui résonnait dans son esprit alors qu’il était toujours sous le dôme pour sa part.
Il l’écouta, hocha du chef et lui obéit au doigt et à l’oeil. Il était prêt lorsque la créature chuta. C’était un formidable travail d’équipe qui aurait fait la fierté de bien des stratèges, jonction parfaites entre magie et art guerrier.
Il attendit le bon moment, ne sortant pas à couvert, ce qui risquait d’attirer l’attention du monstre et de faire rater le plan. Il attendit. Heureusement que Cassidy enchainait vite car Alanir n’aurait pas tenu plus longtemps, il devenait lent et la créature, elle, était loin d’être fatiguée ! Ces chaines qui sortaient du néant étaient tout de même impressionnantes ! Tristan s’en servit quand le monstre tomba pour avoir un bon appui et escalader rapidement pour asséner le « coup fatal ». Et c’en était un vu la force qu’il y mettait, un peu trop d’ailleurs puisque la tête fut quasiment tranchée net alors qu’une entaille dans la nuque suffisamment profonde suffisait bien assez ! L’arme qu’il tenait disparut alors qu’il essuyait d’un revers de main le sang qui avait giclé jusqu’à son visage. Le décor changeait et avec un soulagement certain, il « sentit » de nouveau le vent autour de lui, rassurant. Un large sourire étira ses lèvres, l’adrénaline lui faisait tourner la tête. Il se sentait bien, fort et encore plus avec ces deux là ! Ils formaient un trio de choc !

Son sourire s’élargit en repensant à la petite mage qui l’avait embrassé devant son « meilleur ami », le souvenir du goût de ses lèvres le fit frissonner alors que ses mots lui revenaient avec d’autant plus d’intensité en mémoire. Il se retourna pour la voir, sautant au bas du monstre, souriant jusqu’à la voir vaciller, le bras tendu vers lui, de s’écrouler. Il écarquilla les yeux et la rejoignit non pas en courant mais dans une parfaite glissade contrôlée qui aurait valu des applaudissements ravis aux enfants de la cité. Juste à temps il la rattrapa alors qu’elle lui tombait littéralement dessus. Blême de nouveau, il la secoua doucement, assis dans l’herbe, passant une main, qu’il venait d’essuyer sur son pantalon, sur le visage de la jeune femme, prononçant son surnom, d’une voix curieusement étouffée.

- Cassy… Cassy…Ah ! Tu… tu es fatiguée hein ? Ca va… C’est bon… C’est fini… Je… je…



Alanir ne disait rien, il était en retrait. Tristan s’en fichait en fait. Il voyait la poitrine de la jeune femme se soulever lentement. Elle respirait donc ça allait hein ?! Mais elle en avait trop fait évidemment, comme la dernière fois…
Il se débarrassa rapidement de sa veste, la passant doucement autour de la demoiselle et la boutonnant jusqu’en haut du col pour ne pas qu’elle risque de prendre froid, de tomber malade, surtout pas !

Il entendit des pas derrière lui, Alanir qui lui parlait, des mots qu’il ne comprenait pas vraiment. Il n’était pas inquiet ? Alors c’était bon signe non ? Si… Il était inquiet, très inquiet même et ses mots le montraient bien, eux. Le seul à pouvoir agir, c’est ce qu’il avait dit…C‘était effrayant de responsabilité ! Puis le dragon posa une main sur son front et il vit tout…
Il vit tout… Son discours embrouillé alors qu’elle essayait de lui parler, les mots qu’elle aurait voulu lui dire, sa prise de conscience du danger qu’ils couraient, son geste étrange. Il se retrouva de nouveau dans ce monde qu’elle semblait avoir connu pendant toute une année et qui l’avait énormément démolie, changée. La fillette qu’il avait déjà vu dans le passé que lui avait présenté Alanir était là. Elles discutaient. La passion dans la voix de Cassidy… son choix. C’était lui qu’elle cherchait à sauver, seulement lui… Pourquoi ?
Sa décision de prendre temps de risque pour guérir et pouvoir intervenir. Il n’en était même pas surpris, assistant, impuissant à cette étrange conversation qui le mettait au centre de tout. Elle prenait ce risque pour… Mais elle parlait… de souvenirs, de ce qu’il y avait entre eux. Elle se souvenait ?????!!!!!! Quoi ?!… Elle… elle se souvenait ? Vraiment ?! C’était impossible autrement, elle n’aurait jamais dit une telle chose…

Du moins c’est ce qu’il y avait à espérer, à penser, à croire. Elle n’aurait pas parlé ainsi si elle était totalement indifférente. Les progrès récents de la jeune femme lui revinrent en mémoire. Oh bien sûr, depuis le tout début, il les comptabilisait et essayait de les analyser, un peu, sans en donner l’air en général, mais il le faisait… Parce que ça comptait pour lui. Elle avait tellement changé en quelques jours. Alanir l’avait dit lui-même, à peine s’étaient-ils retrouvés que la jeune femme avait commencé à réagir à sa présence alors que des mois d’un mode zombie avaient confiné son coeur et blessé son corps sans qu’il ne lui soit donné le moindre égard.

Et puis la fin aussi, elle, était pleine de révélation, ce que la jeune femme avait dit juste avant que son « plan » ne soit mis à exécution. Cette pierre qu’elle venait d’utiliser pour le sauver devait lui servir à devenir plus forte et à comprendre ses origines. Même ça, il le lui avait pris. A croire qu’il demeurait un sacré égoïste quoi qu’il fasse, même quand il ne faisait rien justement. Mais ce n’était pas ce qui restait le plus pour le jeune homme, ce n’est pas ce qui s’imposait à son esprit. C’est lui qu’elle avait choisi avant tout. Elle était plus forte que ce futur qu’ils avaient détruit. Elle tenait assez à lui pour tout risquer, encore. Elle avait encore fait un sacrifice pour lui, un sacrifice qu’elle ne regrettait pas, qui la rendait… heureuse…

Alanir retirait sa main et Tristan battit plusieurs fois des paupières, ses pupilles s’accoutumant de nouveau à la luminosité ambiante qui blessait un peu les yeux d’ailleurs avec toute cette neige. Pauvre dragon qui ne devait pas savoir quoi faire et quoi dire. Sans doute parce qu’il n’avait rien à faire et dire. Il l’avait annoncé, c’était à Tristan d’agir à présent. Mais sans doute avait-il peur. Sans doute son coeur était-il plein d’espoir. Il ferait mieux de cesser d’espérer alors.
Le Drakkari était figé sur place, toujours assis dans une position inconfortable dans la neige, Cassidy sur ses genoux alors qu’il soutenait la tête de la petite mage d’un de ses bras. Il fixait le vide quelque part, au sol, ne regardant pas son camarade, quand un mot sortit de sa bouche :

- Idiote…

Alanir s’était crispé derrière lui et l’avait sans doute regardé avec tristesse, voire colère face à ce mot… Mais le jeune homme s’en fichait apparemment, de se prendre une raclée de son aîné, de tout le reste aussi. Il murmura de nouveau ce mot, mais sa voix était plus hachée, plus faible aussi. Le silence s’installa de nouveau. Une nouvelle tempête, moins violente ne devait pas être loin vu le mugissement du vent qui n’était certainement pas dû au garçon au sol.
Celui-ci éclata brusquement de rire, un rire si sincère et en même temps presque névrotique qu’il prouvait l’état du jeune homme.
Oh il ne se moquait pas, pas du tout même.
Il riait, ses épaules agitées de tressaillements et pleurait en même temps, se penchant sur la petite mage, comme pour la couvrir de son corps, pressant son visage contre le sien.
Il riait et pleurait en passant fébrilement ses mains dans les cheveux en grande partie défaits de la jeune femme.
Il riait et pleurait en enlaçant une de ses mains, en pressant son corps mince contre le sien.

Alanir s’était approché, surpris de cet état un brin hystérique mais il ne fit rien pour empêcher le garçon d’agir. Il ne fit rien quand Tristan se pencha un peu plus sur elle, se contentant d’entendre ce qui perturbait autant le jeune homme.

- Tu es là… Tu es revenue… Ma princesse… C’est fini… Tu es là…

Il s’exclamait, presque imposant ses quelques mots entre deux sanglots et pourtant il chuchotait, comme s’il ne voulait parler qu’à elle, uniquement à elle.
Pourtant, il se reprit rapidement, essuyant ses larmes d’un revers de main, pâlit en voyant son aîné le fixer à moins d’un mètre, accroupi dans la neige, sans doute en train de s’assurer qu’il ne faisait rien à la petite demoiselle, détourna les yeux, rougit, marmonna qu’ils devaient tout de suite rentrer et se releva en la portant, la couvant du regard alors qu’elle était déjà au plus proche de lui.

Ils rentrèrent rapidement et Eleyna paniqua un peu. Tristan s’empressa d’aller chercher la guérisseuse après avoir déposé Cassidy sur leur lit mais celle-ci semblait très sceptique, voire négative alors qu’elle auscultait la petite mage, foudroyant le jeune Drakkari du regard comme si c’était de sa faute si l’état de la demoiselle s’était aggravé. Bon, c’était de sa faute certes mais il n’avait pas fait exprès non plus !!!
Il se fit tout petit pendant l’examen même s’il écoutait avec une attention certaine. Alanir se tenait en retrait avec lui et lui posa, à sa grande surprise, une main sur l’épaule, comme pour l’encourager. Il ne disait rien, se contentant d’un regard insistant. Un regard qui semblait signifier qu’il y avait certaines choses que la magie des guérisseurs ne pouvait pas comprendre. Ce quelque chose entre eux, si fort, qui les avait tellement aidé par le passé… Il hocha légèrement la tête, accepta sans rechigner les nombreux sermons que lui fit la guérisseuse et les hurlements hystériques d’Eleyna que seul Alanir parvint à calmer et qui accusait le jeune homme de ne pas l’avoir protégée. Ce n’était pas aussi injuste que cela pouvait sembler et il baissa piteusement la tête, soumis, triste aussi…

Mais il n’attendit pas qu’elle se calme pour filer dans la salle de bain faire couler un bain puis porter la petite demoiselle de la chambre à la salle de bain, s’y enfermant sans un regard pour les deux autres, marmonnant juste qu’il s’occupait d’elle.
En douceur, il la déshabilla et la déposa doucement la baignoire, l’y allongeant alors que ses cheveux s’étalaient en corolle liquide autour d’elle. Il se débarrassa à la hâte de ses propres vêtements, restant en boxer pour venir s’asseoir derrière elle, la soutenant contre son torse. Sa peau était si froide… Il prit son temps pour la laver, tout en douceur, lui fit même un shampoing, maintenant la tête de la jeune femme contre son torse, déposant des baisers légers dans sa nuque, sur ses épaules, dans ses cheveux, lui parlant tout bas.

- Tu as encore pris tellement de risque…

Il caressait son dos, ses doigts rencontrant ses cicatrices, son tatouage aussi… qu’il connaissait si bien.

- Et à cause de moi évidemment… Enfin pardon… POUR moi… Ce n’est pas pareil, c’est vrai.

Doucement, il rinça ses cheveux puis vint appuyer son front contre le sommet de son crâne, dans son cuir chevelu trempé, serrant doucement ses bras musclés sur le corps mince de la demoiselle, la voix légèrement tremblante.

- Je suis tellement heureux… que tu sois enfin revenue… J’avais si peur que… Enfin… Merci…merci…

Il avait arrêté de lui parler, encore troublé, s’était redressé, l’avait séchée puis lui avait passé une chemise de nuit avant de la porter de nouveau dans leur chambre. Lui-même avait encore la peau humide et ses cheveux gouttaient dans sa nuque et sur ses joues, il sortit en boxer, sans se troubler, tout occupé à transporter son si précieux paquet. Il l’installa dans le lit et la recouvrit, s’agenouillant par terre, le visage près du sien, la regardant en pressant doucement une de ses mains. Ce fut Eleyna, loin d’être si indifférente qu’elle le prétendait à la détresse de son ami qui en passant entra dans la chambre et l’ensevelit sous une serviette épaisse en lui grognant de se sécher et de se couvrir avant d’attraper froid lui aussi. Il obéit rapidement mais revint vite auprès de la jeune femme, la surveillant pendant plusieurs heures sans rien faire d’autre qu’être à ses côtés, sans bouger, ses jambes commençaient même sérieusement à s’ankyloser lorsque une potion concoctée par la guérisseuse, à base de vitamines, qui devait l’aider à se remettre plus vite leur fut apportée. Il ne se redressa que pour suivre les instructions, en préparer une première dose puis rejoindre doucement la petite demoiselle en tentant de la lui faire boire, par minuscules gorgées, de temps à autre.
Elle ne se réveillait pas… On avait beau lui avoir dit que c’était normal après toute la magie qu’elle avait utilisée, il pensait aux paroles de cette étrange fillette. Etait-elle… paralysée ? Encore. La dernière fois que ça lui était arrivé, il avait mis bien du temps à la sortir de sa torpeur… Non, elle semblait juste endormie… Comme dans un coma. Ce qui ne lui plaisait pas davantage d’ailleurs.

Alanir et Eleyna étaient également venus voir et aider, du moins c’est ce qui lui semblait mais il n’en était pas si sûr. Quelqu’un lui avait apporté à manger, mais il n’avait pas faim. Finalement, il s’était relevé, s’asseyant sur le lit… Au fil des heures, il s’était rapproché d’elle, toujours un peu plus pour finalement finir sous les couvertures avec elle, la prenant doucement contre lui, essayant de la réchauffer par sa propre chaleur, caressant ses cheveux.

Eleyna avait fait signe discrètement à Alanir dans la soirée alors que celui-ci semblait épuisé et étrangement peu enthousiaste, même quand elle avait fait des crêpes pour le requinquer ! Bon d’accord, son amie était dans un sale état mais lui était carrément… étrange. Il l’avait rejointe en trainant les pieds mais l’avait rejointe en silence. La porte de la chambre restait ouverte, au cas où. Tristan restait éveillé, et apparemment comptait le rester un moment. Il s’était légèrement surélevé avec des oreillers et son torse servait actuellement d’oreiller à la petite mage dont il caressait les cheveux et le dos, ses mains se perdant sous la couverture dans ses mouvements lents. La tête inclinée vers la sienne, il lui racontait, tout bas, une histoire de chevaliers et de princesse, probablement une histoire que lui racontait sa mère autrefois. Et ce n’était certainement pas la première qu’il lui racontait d’ailleurs. Il voulait qu’elle l’entende. Il ne savait pas quoi dire mais il voulait qu’elle l’entende. Ils sourirent tous les deux, enfin surtout Eleyna et s’éloignèrent à pas de loup. Elle essaya de rassurer le dragon au mieux sur son état, lui assura que c’était bon signe, lui confirma que d’un point de vue humain, les réactions de Tristan étaient excellentes et même lui devait sentir qu’il agissait bien pour la jeune femme.

Il la veilla toute la nuit sans ressentir ni la faim, ni la soif et encore moins la fatigue. Parfois il parlait, de tout et de n’importe quoi, parfois il se taisait de longues minutes en continuant de la caresser doucement. Le matin arriva rapidement et ce ne fut que lorsque la lumière revint dans la chambre, parce qu’il avait oublié de tirer les rideaux, qu’il se rendit compte de l’heure. Il sourit, s’étira doucement en la plaçant confortablement sur les oreillers et effleura son oreille de ses lèvres.

- Tu as vu ça ? J’en oublie même de dormir… Mais c’est parce que je m’inquiète tu sais… J’ai envie que tu te réveilles. S’il te plait… Réveille-toi. J’ai tellement de choses à te dire moi aussi princesse… J’ai besoin de toi pour tout dire, tout formuler… Tu m’as tellement manqué…

Elle ne bougeait pas évidemment. Il se releva sans soupirer pourtant, se contentant de rester assis un moment à la regarder. Puis il se leva en lui annonçant qu’il allait préparer sa potion vitaminée, qu’il allait la mettre dans un jus d’orange, que ça aurait meilleur goût ! Il embrassa doucement son front, hésita, effleura ses lèvres des siennes, se donna l’impression d’être un horrible voleur, réitéra son geste avec le même sentiment de honte qui s’estompa rapidement alors qu’il se redressait déjà et allait fermer les rideaux. Il sortit, fit demi-tour, revint déposer un dernier baiser sur ses lèvres et murmura tout bas :

- Je t’aime.

L’instant d’après, il était dans la cuisine où l’attendait une Eleyna curieusement plus fraiche que d’ordinaire et qui semblait inquiète. Apparemment Alanir n’était pas au meilleur de sa forme et la preuve en était, il n’était pas à la table du petit déjeuner. Il finit par les rejoindre d’une démarche trainante, clairement affecté par l’état de la petite mage. Tristan le salua distraitement et voyant qu’il n’y avait plus que peu de fruits et pas grand chose à manger, il sortit rapidement chercher des brioches et des oranges.
Quand il revint, il trouva la cuisine déserte et lâcha tout ce qu’il portait pour se précipiter dans la chambre et trouver les deux compères en train de replacer Cassidy sous ses couvertures.

- Qu’est ce qui s’est passé ????!!!!!

Sa voix était pressante, inquiète alors qu’il contournait déjà rapidement le lit pour se placer au chevet de la jeune femme prenant sa main et son pouls en tremblant légèrement. Eleyna dut répéter ce qu’elle lui disait car il ne semblait pas entendre et il la fixa avec un temps de retard, semblant avoir du mal à comprendre. Apparemment, ils avaient entendu un bruit de chute et l’avait tout simplement trouvée par terre. Elle était pourtant censée être paralysée non ?! C’était absurde !  Il y avait peut-être un brin trop d’agressivité dans sa voix quand il le fit remarquer mais la capitaine ne semblait pas s’en formuler, comprenant sa détresse. Ce fut elle qui ressortit pour chercher la guérisseuse, lui expliquant tout et elle-même semblait très perplexe alors que Tristan refusait de quitter la jeune femme. D’ailleurs il était tellement têtu qu’il se mit même en tête de préparer le cocktail vitaminé et le jus de fruits de la jeune femme dans leur chambre. Ce fut la guérisseuse qui le fit sortir après l’avoir examiné d’un simple coup d’oeil en grognant qu’il ne rendait pas service à la petite mage en se fatigant autant.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mar 24 Juin - 12:18


Pourtant il n’était pas fatigué… Du moins était-ce l’impression qu’il avait.
Maud aussi était passée, inquiète, dépassée par toutes les récentes révélations que lui firent les deux compères. Elle observa Tristan qui semblait à la fois plein d’espoir et plus abattu à chaque heure qui passait. Signe du destin ou pas, son propre frère, le maitre du jeune homme vint chercher celui-ci en fin de matinée, lui demandant de venir l’aider pour une patrouille car ils avaient repéré un groupe de Kaärs rodant près de la cité. Le jeune homme ne voulait pas partir mais ils furent trois à le mettre à la porte et ce fut le solide maitre qui prit la relève. Il remarqua sans mal les cernes sous les yeux du jeune homme et son teint pâle et tiqua aussitôt. Il connaissait le gamin depuis des années et s’il y avait bien une chose injuste que mère nature lui avait appris c’était que peu importe ce qu’il faisait, il était beau à tomber en toute circonstance. Deux nuits blanches ne ternissaient pas ses traits, des blessures ne le rendaient pas plus pâles ou moins beaux. C’était ainsi, une injustice certes mais une vérité au fond. Alors que là, lui semblait vif mais son corps… était loin d’être aussi réactif. D’ailleurs lorsqu’il lui envoya un arc et un carquois de flèches, le jeune homme bougea trop tard et se prit l’arme solide en châtaignier en plein front. Mauvais ça…

- Ressaisis-toi gamin ! Elle ira bien ! A toi d’assumer ton rôle pour l’instant, de protéger tout le monde et de la protéger elle.

Cela sembla redonner temporairement de l’énergie au jeune homme mais même ses confrères remarquèrent qu’il semblait justement dans un état second. Lui-même le savait. Pour l’instant il tenait, même s’il ne savait pas trop comment mais au moment où son corps le lâcherait, ça risquait de mal finir. Mais il ne pouvait pas fuir son devoir et ils avaient tous raison, il devait s’aérer, faire quelque chose de concret plutôt que contempler ce visage pâle qui était encore dans cet état à cause de lui…

Il suivit, marchant dans la neige sans remarquer à quel point il était épuisé, à quel point tout ce qui le maintenait debout pour l’heure était une immense dose de stress et les vains espoirs auxquels il s’accrochait désespérément. Malheureusement, les Kaärs étaient plus nombreux qu’ils ne le prévoyaient. C’était une patrouille égarée mais une patrouille nombreuse et plutôt bien armée et prête à se défendre. Il regretta un instant la présence d’Eleyna qui était resté près de Cassidy et aussi d’Alanir dont elle s’inquiétait plus que de raison de l’état. C’était une excellente guerrière et à deux ils se seraient bien complétés. Il aurait eu particulièrement besoin d’elle à cet instant, il se sentait terriblement lent alors qu’il esquivait, frappait. L’arc n’était pas son arme de prédilection même s’il tirait parfaitement bien, son maitre y ayant veillé, et il l’abandonna bien vite pour dégainer une épée plus courte qu’il avait prise pour le déplacement. Ils ne devaient pas les laisser approcher de la cité, quoi qu’il arrive. S’ils s’étaient contentés de s’éloigner, ils n’auraient rien fait, mais ils se dirigeaient vers la cité et après une semonce pour leur demander, de partir, ils avaient attaqué directement les jeunes guerriers, l’armée fantôme avait répliqué aussi sec ! C’étaient des combats à mort… Encore… Les plus jeunes recrues fuyaient. Tristan ne les poursuivit pas, ce n’était que des gamins après tout, qui avaient fait une erreur… qui ne méritait pas pour autant de mourir. Un sourire étira ses lèvres. Il pensait comme elle de nouveau. Sa petite distraction lui valut une belle entaille sur le bras gauche qui se mit aussitôt à ruisseler de sang alors que la douleur l’étourdissait, beaucoup plus intense qu’il ne l’aurait cru, trop intense. Il en avait lâché son épée, ça ne lui était jamais arrivé !

Son maitre vint à sa rescousse, fendant son assaillant en deux de sa hache, mais ils étaient plus en difficulté qu’ils ne l’auraient cru. Contre toute précaution, il se servit de son don, pas beaucoup, juste un peu pour les déséquilibrer. Ca suffit pour leur conférer la victoire et pour lui donner des vertiges qu’il attribua devant les autres à la perte de sang. Mais alors que l’un de ses camarades voulait stopper l’hémorragie, il découvrit que le jeune homme ne portait aucune blessure, une fois de plus, alors que celui-ci, se vantait taquin d’être bien plus costaud qu’eux et de guérir beaucoup plus vite. Cela détendit tout le monde sur sa maladresse comme sur son léger malaise, même son maitre qui le surveillait pourtant avec méfiance. Mais eux ne pouvaient pas comprendre ce choix invraisemblable et plutôt stupide qui le poussait à trop agir… Elle, elle comprendrait. Elle comprenait toujours. Elle lui en voudrait probablement un peu, mais elle comprendrait, il le savait… Après tout, elle lui avait fait le coup plusieurs fois. Les blessures que l’on ne peut pas voir ne sont peut-être pas absentes pour autant…

Il le sentait… Son bras gauche était tout engourdi et il avait du mal à serrer le poing. Ca continuait de saigner un peu, semblant davantage être un résidu de la vive hémorragie subie précédemment. Une de ses artères devait être touchée… ou une grosse veine peut-être. Ca guérirait vite de toute façon. Il rentra à la cité avec les autres, récupéra une brioche chez Elodie et retourna à l’appartement. Sur le chemin, il dut s’arrêter, s’adossant au mur d’une maison, grimaçant légèrement. Il se sentait vaseux, c’était sans aucun doute la fatigue qui le rattrapait. Son ventre se serra alors qu’il franchissait la porte, inquiet de nouveau, au centuple, pour la petite mage. Sauf qu’il n’y avait personne à la cuisine alors qu’il déposait la brioche encore chaude. Il se figea, des éclats de voix lui parvenant de la chambre, il s’y dirigea, s’arrêta dans l’embrasure.

Maud, la guérisseuse, Eleyna et Alanir… Ils étaient tous là ! C’était déjà l’après-midi, ils parlaient avec animation, à une petite demoiselle qu’on avait aidé à s’adosser dans le lit et qui fixait tout le monde un peu timidement, apparemment ayant eu droit à un savon elle aussi. Elle était moins pâle… Elle était réveillée.

- Cassy…

Les conversations cessèrent aussitôt alors que tout le monde se retournait vers la porte et le jeune homme blême, de nouveau, qui s’y trouvait. Il avait des traces de brûlures sur les joues et les mains à cause de la petite bataille et un bandage très sommaire entourait son biceps gauche, perlé de sang mais ça n’avait absolument pas d’importance. Il la fixait, parfaitement immobile, les bras de chaque côté du corps, ses yeux orangés ne la quittant pas alors que Maud, assise à cause de son gros ventre dans un fauteuil, tendait le cou pour le voir. Les autres avaient cessé d’exister de toute manière. Il fit un pas vers elle, un tout petit pas, un autre plus rapide, le suivant davantage, arrivant en quelques enjambées très rapides, presque trop, au pied du lit. Pourtant, il avait ralenti en arrivant tout près de celui-ci, ne la quittant pas des yeux et c’est dans une révérence digne d’un prince qu’il mit un genou en terre tout près d’elle, le dos très droit, comme l’aurait fait un prince de conte de fée bien connu pour arriver au lit de sa promise endormie.
Ses lèvres articulèrent silencieusement, une fois de plus, le surnom de la jeune femme. Il ne le savait pas, mais l’assistance retenait son souffle alors que la petite demoiselle le regardait avec ce qui ressemblait beaucoup trop à de l’inquiétude. Il gémit et se jeta avidement sur ses lèvres pour l’embrasser, caressant son visage, la serrant contre lui, euphorique, incapable de dire le moindre mot, appuyant finalement en tremblant, son visage contre sa gorge alors que des gloussements amusés et joyeux s’élevaient autour d’eux.

- Tu es réveillée… Ma princesse…

Juste quelques mots alors qu’il relevait un visage clairement heureux vers elle, la regardant comme s’il avait peur d’y croire. Il ne savait pas si elle était effectivement paralysée, encore ou pas, ce qu’il devait faire ou ne pas faire mais ils étaient ensemble, elle allait mieux, il espérait qu’elle se souvenait toujours aussi… C’était une bonne chose non ? La guérisseuse fronça les sourcils en s’approchant de lui, ayant remarqué les signes que lui-même s’interdisait de voir alors qu’il lui parlait tout bas, enfin essayait parce qu’il peinait à parler à la petite mage justement.

- Tu… Tu… te rappelles ? Tu sais qui je suis ? Hein ?

Si elle avait oublié, il pourrait le lui rappeler, comme il venait de le faire. Pourtant Eleyna s’était assombri encore davantage que la guérisseuse même si lorsque Alanir, apparemment ravi, se tourna vers elle, elle lui sourit comme si de rien n’était. Mieux valait qu’il ignore tout lui aussi. Pour l’instant. Il n'avait pas oublié la lettre qu'avait voulu lui donner Alanir et il était toujours curieux de savoir ce qui y était écrit... Mais il la lirait avec elle, uniquement... avec elle. Il l'avait promis. Non ? A présent... Un nouveau combat pouvait commencer.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mer 25 Juin - 14:32

Que d’évènements ! Que de rebondissements ! Et un déroulement plutôt heureux même si le bonheur ne dure jamais trop longtemps. Cassidy s’était finalement confiée, avait soudain révélé son secret. Elle avait prit un risque énorme, un pari douteux, sans savoir comment Tristan finirait par réagir. Elle connaissait également ses craintes, son envie de protéger, et le fait de ne pas avoir été mis en avant lors de ce combat pouvait faire bien des dégâts. Et pourtant, dans le feu de l’action, elle n’y pensait pas. Mais quoi faire de plus ? Chaque personne a ses ennemis naturels, une faiblesse, qui ne peut être contrée qu’avec l’aide d’un soutien supplémentaire. Et justement là, peut être aurait-il du remarqué que malgré toutes les faiblesses de la petite mage, elle n’arrivait finalement à se réveiller que lorsqu’il était présent.

De ce qui se passa après son combat, elle n’en sut rien, ou presque rien. Même si le repos était de mise, ce repos à chaque fois qu’elle en faisait bien trop, certaines paroles prononcées lui parvinrent dans le flou, effleurèrent sa conscience. Elle voulut bouger, se réveiller et chuta lourdement du lit. Son esprit n’était toujours pas prêt. Et puis, finalement, elle se réveilla en début d’après midi.

La jeune femme se mit à gémir en reprenant une respiration plus normale. Allongée sur le dos, elle battit un instant des paupières pour fixer le plafond, se sentant dissimulée sous une tonne de couvertures. Cherchant à remettre ses idées en place, ce fut très difficile. Son dernier combat l’avait complètement vidée, utiliser de la magie à un niveau qui n’avait rien d’humain l’avait quand même un peu impactée. Elle était vaseuse et tourna légèrement la tête, cherchant des yeux du monde, étant seule. Mais bien vite, Alanir ouvrit la porte et s’approcha d’elle, bien heureux de la retrouver réveillée. Après tout, ce n’était pas facile du tout pour le dragon qui était intimement lié à elle.

Il appela Eleyna, qui appela Maud, qui appela la guérisseuse et tout le monde finit par se retrouver dans la chambre. Tous ? Non… il manquait quelqu’un à l’appel. Les yeux noisettes parcoururent l’assemblée, cherchant à remettre ses idées en ordre. Tout lui revint en mémoire, le combat, l’entretien avec l’étrange fillette. Elle grimaça un instant, sentant ses muscles endoloris, alors que la guérisseuse lui posait quelques questions pour vérifier son état de santé alors qu’Alanir l’adossait contre le lit. Cassidy hocha lentement la tête, encore un peu perdue dans ses pensées, mi honteuse, mi triste, ne sachant pas trop ce qu’elle devait faire. Peut être s’excuser oui… à tous ceux qui se sont inquiétés pour elle… mais elle ne savait pas trop comment le faire… n’aimant pas particulièrement ces moments.

Et puis, il entra. Tous les regards se tournèrent vers lui. Cassidy le sentit directement et l’observa. Son air fatigué, sa surprise, les blessures sur son visage et sur son bras qui la firent frémir, se demandant encore où il avait bien pu aller… Si son cerveau mettait du temps à redémarrer, cela ne l’empêchait pas d’avoir une multitude de questions à poser et pourtant… ce n’était pas le moment. Tristan s’approcha d’elle alors que la petite mage redoutait sa réaction. Allait-il être en colère pour ce qu’elle avait fait ? Il y avait bien de quoi…

Tristan s’approcha d’elle, au départ hésitant, puis un peu plus rapidement, puis il s’agenouilla et déposa sur ses lèvres un baiser qui lui avait tant manqué. Elle s’accrocha à ses lèvres. Le réveil était bien agréable… oui elle ne rêvait pas… elle le savait alors que ses lèvres entraient en contact avec les siennes, signe de douceur et de tendresse. Il lui parlait, il semblait heureux, nullement fâché. Comme si rien de désastreux n’était arrivé. Elle lui fit un timide sourire puis leva la main vers lui avec un peu de difficulté pour la poser sur la sienne. Tristan lui posa des questions, elle hocha d’un signe de tête.

Si cela était difficile encore pour elle de se remettre, revoir Tristan lui donnait une énergie nouvelle alors qu’elle le fixait dans les yeux, si heureuse et si émue en même temps, les yeux brillants alors qu’elle caressait doucement sa main.

« Tris’… oui je me souviens… mon premier amour… mon fiancé… La personne qui compte le plus à mes yeux… »

Elle serra doucement sa main puis détourna la tête honteuse, se retenant de rajouter qu’il était l’homme qu’elle avait abandonné pendant un an. Mieux ne valait pas en parler devant tout le monde. Elle inspira profondément puis tendit les mains vers son cou et se rapprocha de lui.

« Je suis tellement heureuse de te retrouver… si tu savais… si tu savais comme j’ai eu peur… »

Cassidy laissa tomber doucement quelques larmes le long de ses joues alors qu’elle le serrait un peu plus contre elle, se fichant bien des douleurs, et voulant bien le tenir dans ses bras. C’était vrai… c’était vrai… il était avec elle… il ne voulait pas la repousser. Maud finit par parler aux autres, déclarant qu’il valait mieux les laisser tranquilles le temps qu’ils se retrouvent et qu’ils auraient tout le temps de discuter après. Tout le monde sortit alors de la pièce, les laissent tous les deux. Après tout, ils avaient tellement de choses à se dire !

Tristan commença par demander si ça allait, comment elle se sentait, tout en restant près d’elle. Cassidy hocha doucement la tête.

« Plein de courbatures mais ça ira… j’ai pas l’impression d’être si paralysée que ça au final… »

Elle se mit à sourire doucement alors qu’il s’asseyait sur le lit à côté d’elle. Par où commencer ? Quoi dire ? Après un instant de silence, Cassidy finit par ouvrir la bouche pour s’exprimer.

« Je… je sais pas comment te dire… mais… même si je dormais… je t’entendais parfois… ça faisait du bien. Et je suis heureuse de ce que tu penses… je craignais vraiment que… que tu m’en voudrais une fois que tu saurais la vérité… »

Cassidy baissa les yeux, un peu honteuse.

« Bien avant de me rappeler, je savais qu’il y avait un truc entre nous, je savais qu’on était bien plus que des amis. Mais je ne voulais pas t’en parler, parce que des parties m’échappaient encore… je ne savais pas comment tu pouvais réagir… j’avais certaines impressions mais je ne voulais pas… que tu me repousses une fois que je me rappellerais… alors je… voulais en profiter… profiter d’être avec toi… »

Il la regarda un instant, la câlina en faisant bien attention de ne pas lui faire mal puis lui répondit, des paroles apaisantes, gentilles. Cela redonna le sourire à Cassidy alors qu’elle caressait doucement son visage, passant sa main dans les cheveux noirs et rouges, sur ses marques. Il avait changé physiquement en quelques jours et elle n’avait pas vu tout ça… De la peine et des regrets se lisaient dans les yeux de Cassidy.

« On peut sortir marcher un peu ? Je pense que ça ira et j’ai besoin de prendre l’air. »

Tristan accepta volontiers. Il l’aida à se mettre debout alors qu’elle luttait encore un peu, faisant quelques pas puis l’aida à s’habiller. Elle fouilla un instant dans un tiroir, la mine soucieuse et hésitante, avant de sortir la fameuse lettre que lui avait donné Alanir un jour. Enfin, Tristan l’attrapa par la taille et c’est en la soutenant pour qu’elle se réhabitue à marcher qu’ils sortirent. La jeune femme se mit à rire.

« He bien… je pense que je suis dispensée de magie pendant une semaine ! J’ai l’impression d’être faite de guimauve »

Petit rire alors qu’ils sortaient de l’appartement et marchaient dans les rues. Tristan l’amena jusqu’aux jardins, car au moins, là bas ils seraient tranquilles. Alors qu’ils marchaient entre les allées colorées, Cassidy se mettait à parler, elle lui racontait ce qu’elle avait vécu pendant un an… un an de souffrance, de douleur… mais il méritait bien qu’elle s’exprime maintenant.

« J’ai cru que j’étais entrée dans un monde sans issue… je devenais folle… Un an sans toi… en fait c’est à ce moment là que je me suis vraiment rendue compte qu’avoir été séparée de toi ça m’a plus affaiblie que renforcée… Bien sûr, j’ai été formée… j’ai été entraînée… mais y avait un gros vide… si tu savais… si tu savais à quel point tu me manquais… et puis je me suis trouvée ridicule… on me demandait juste de m’améliorer pour pouvoir sortir et j’étais incapable de le faire… un vrai cercle vicieux… »

Elle marcha lentement à côté de lui et prit sa main avec douceur, les yeux encore brillants.

« Mais maintenant c’est terminé tout ça… Je ne veux plus jamais être séparée de toi… plus jamais… »

Si Cassidy avait vécu un an sans avoir de contact avec Tristan, elle n’en avait pas pour autant, perdue son observation. Le lien aidant bien, elle sentit sa crispation et ressentit une certaine hésitation de la part du Drakkari. Il y avait quelque chose qui n’allait pas. Même si elle le sentit, la jeune femme fit genre de ne rien avoir vu et elle s’installa à côté d’un parterre de fleurs, sous un arbre aux feuilles rosées. Elle sortit la lettre de sa poche, un peu froissée, et semblait hésiter alors que Tristan venait de s’adosser contre l’arbre tout en maintenant la petite mage contre lui.

« Tu sais… si j’ai réussi à me rappeler de toi… c’est parce que tu étais là… tu as fais tellement pour moi… chaque chose, chaque geste me rapprochait de toi… je me pensais anéantie… vide… je ne sais pas si je dois te remercier mais pour toi ça doit être normal… mais… merci quand même… je n’étais plus très sûre de moi avant de perdre la mémoire… j’espérais au fond de moi que tu me pardonnerais, que tout irait bien, malgré ce que j’avais fait… j’ai toujours donné l’air d’y croire car je me suis accrochée à toutes tes paroles, tout ce que tu m’avais dis… que si on s’expliquait… tout s’arrangerait… j’ai écris ça à un moment où j’étais désespérée parce que je ne savais pas si j’aurais trouvé les bons mots. Je voulais te parler… j’aurais voulu que tu me répondes… mais ça ce n’était pas possible… »

Elle lui tendit la lettre alors qu’elle regardait devant elle. Il l’ouvrit et la porta à la hauteur de la jeune femme pour qu’il la lise en même temps qu’elle.

Tris’, je ne sais pas par où commencer ni comment le formuler. Plusieurs mois se sont déjà écoulés… Je me demande toujours si tu arriveras à m’accepter malgré cette absence mais je finirais bien par sortir de là et j’espère que tu ne m’en voudras pas de t’avoir laissé. Pour commencer, saches que je ne suis pas partie dans le but de t’abandonner. J’étais vraiment heureuse pour toi… Tu venais de retrouver une famille, c’était normal que tu sois curieux. Mais tu sais bien que moi et les dragons… ce n’est pas ta faute ! Pourtant je ne me sentais pas à ma place… c’est un peu dur de se faire observer de cette façon, d’être l’impression d’être considérée comme un déchet et de ne pas être acceptée. Je comptais revenir, je ne pensais pas que je serais entraînée à l’écart pour être formée… Au départ, j’imaginais que ce serait l’affaire de quelques jours mais c’était bien plus que ça… je continue de m’accrocher à l’espoir que tu ne m’en veuilles pas et je ne peux m’empêcher de penser à toi à chaque seconde qui passe. Notre lien, je le ressens mieux maintenant et je comprends ce que ça fait quand on est séparés. Une douleur de tous les instants, une souffrance…

J’ai énormément réfléchi, je réfléchis encore. Et je m’en veux… je m’en veux de t’avoir dit de telles choses, mes dernières paroles… que j’avais peur pour toi… que j’avais peur pour tes origines… j’aurais voulu te dire une dernière fois à quel point je t’aimais et j’aurais du être là pour te soutenir ! Bien sûr que j’ai peur de tout ça, ça m’effraie… mais pour toi… mais parce que je t’aime… je suis prête à accepter ce que tu es, je suis prête à passer cette épreuve avec toi… mais je ne sais pas encore ce qui se passera de ton côté… je ne sais pas à quel point tu auras changé… et te laisser l’impression que je suis partie comme une voleuse sans avoir pu m’expliquer me rend horriblement honteuse. Mais pourtant, je sais que tu es en vie, je sais que tu as du vaincre ton double car tu en étais capable. J’espère que la Cassy de l’autre monde te guidera et t’aidera, à défaut de moi…

Six mois c’est trop long… Alors quand je sortirais d’ici… si tu veux toujours de moi… alors je te promets que je ferais tout pour rattraper cette longue absence. Je t’écouterais et puis… on fera plein de choses… on ira voler ensemble et découvrir les plus beaux paysages d’Ascadian… on ira déguster les meilleures spécialités de chaque royaume… on participera à des soirées, des bals… je serais ta princesse et tu seras mon prince… les autres nous envieront pour ce couple que l’on forme malgré notre différence… on retournera à l’académie, tu donneras tes cours, tu apprendras aux jeunes à se défendre et je te regarderais faire… et puis… on se mariera ensemble devant les dieux… pour être unis envers et contre tout. Et enfin… on aura de nouveau un enfant… c’était peut être trop tôt là mais je tiens vraiment à fonder une famille avec toi… une famille heureuse… soudée… c’est mon rêve…

Attends moi…

A toi pour l’éternité…

Cassy


Elle avait relevé la tête et regarder ailleurs, ne sachant pas trop quoi dire, devenant soudain moite dans le dos de Tristan, un peu gênée. Il l’avait retourné et lui avait parlé, comme il le faisait d’habitude. La jeune femme se mit à sourire doucement en écoutant ses paroles, en le laissant faire. Cela faisait tellement de bien de le retrouver. Il lui expliqua aussi ce qui s’était réellement passé pendant son absence. Elle l’écouta et lui répondit, engageant la discussion avec lui.

Puis ils se relevèrent et partirent chez Mélodie pour récupérer des brioches. L’adolescente avait l’air contente du déroulement des évènements.

Enfin ils rentrèrent à l’appartement pour apprendre que Maud avait organisé une petite fête dans la soirée en l’honneur de Cassidy. Tout le monde semblait heureux, le banquet était grand même si il se déroulait dans une des énormes salles de la cité à cause du froid. Les gens dansaient, riaient, s’amusaient et ne perdaient pas une occasion de faire la fête. Même si les demoiselles regardaient Tristan avec une déception certaine. La jeune femme, pendue au bras de son Drakkari, ne semblait pas avoir perdu son côté sauvage et semblait presque grogner d’intimidation en les fixant sans ciller, attendant qu’elles détournent le regard.

Tristan était attentionné avec sa petite mage, il semblait vouloir profiter de la soirée avec elle, l’amenant déguster des plats, la faisant danser. Elle récupérait vite et le poison ne semblait plus être qu’un lointain souvenir alors que ses pas devenaient assurés. De multiples fois elle l’embrassait au cours de la soirée, se fichant bien des regards et de ce qu’on pouvait dire d’eux, étroitement enlacée avec son Drakkari. Elle était souriante même si derrière les airs du grand guerrier, la demoiselle se doutait que quelque chose se tramait. Elle ressentait quelque chose, une inquiétude, bien dissimulée derrière ses sourires, une certaine crainte, dont il ne voulait rien dire. Cela gâcha un peu le moral de Cassidy de savoir qu’il cachait quelque chose.
Finalement, Maud « emprunta » Cassidy à Tristan en s’excusant, déclarant qu’elle voulait discuter un peu avec son amie et que Tristan en avait bien profité. La dame était assise sur une chaise et grignotait alors que Cassidy la rejoignait, baissant les yeux.

« Je… je suis désolée de t’avoir inquiété aussi longtemps…

Maud paraissait souriante et rassura Cassidy, heureuse de voir que tout était en train de s’arranger. Cependant, la petite mage fixait Tristan qui était parti se servir à boire alors que d’autres hommes l’abordaient pour discuter. Elle se mordilla doucement la lèvre.

« Il n’a pas l’air de profiter de la soirée… »

- Qu’est ce qui te fait dire ça ?

Maud paraissait surprise. Tristan était pourtant souriant, parlait avec animation et n’était pas isolé dans un coin. Cassidy se mit à sourire tristement, l’air songeur.

« Même si je ne l’ai pas vu depuis un an, je n’ai pas perdu mon sens de l’observation et ce lien si spécial entre nous… j’ai l’impression de ressentir que quelque chose ne va pas chez lui… il cache quelque chose… »

Elle se rappelait des jours précédents, quelque chose l’avait dérangé… et également, le fait qu’il ne veuille plus se transformer en dragon était très inquiétant à vrai dire… Elle se mordilla doucement la lèvre.

- Tu devrais lui en parler…

« Tu sais quelque chose ? »

- Non il ne m’a rien dit mais mes visions m’ont montrées des choses…

Cassidy l’observa, hésitante et inquiète, tiraillée entre l’envie de savoir et d’avoir peur de ces révélations.

« Je ne vais pas lui en parler tout de suite… ça gâcherait la fête et même si il ne va pas spécialement bien, ça ruinerait tous ses efforts de paraître joyeux »

- Ne tardes pas trop alors… et il te faudra insister, il ne te le dira pas facilement…

« C’est si grave que ça ? »

-…

Cassidy soupira lentement en se passant une main dans les cheveux. Qu’est ce qui avait bien pu se passer pour qu’il refuse de lui dire ? Une grosse bêtise encore ? Une crainte ? Ils n’étaient pas si différents au final et peut être craignait-il que sa révélation la mette en colère. La jeune femme posa sa main sur son menton, pensive.

« Et alors c’est pour bientôt l’accouchement ? Ca fait bien un moment non ? »

Maud se remit à sourire et déclara que le petit allait bientôt se manifester mais qu’il ne semblait pas pressé de sortir, ce n’était qu’une question de jours. Cassidy se mit à sourire, puis salua la dame pour retourner voir Tristan.

Eleyna et Alanir avaient passé toute la soirée ensemble même si parfois, le dragon s’approchait de Cassidy et Tristan pour qu’elle goûte des crêpes, ce qui fit bien rire Cassidy. Finalement, la fête se termina et tout le monde rentra.

La petite mage était en train de se déshabiller dans la chambre avec son compagnon, examinant un instant ses marques dans le dos en grimaçant, puis fit un sourire encourageant.

« Ca commence à partir ces trucs là, c’est une bonne chose… »

Tristan la regardait, un air rêveur sur le visage, alors qu’elle enfilait une petite nuisette très sexy. Apparemment, même si cela la torturait, la jeune femme ne semblait pas vouloir en parler maintenant et elle était devenue suffisamment forte pour cacher son trouble, même si elle se doutait que si elle arrivait à deviner ses émotions, il pouvait tout aussi bien en faire de même…
Elle s’allongea dans le lit à côté de lui, effleurant du bout des doigts son torse musclé, suivant la courbe de ses abdominaux, remontant jusqu’à son cou et l’examinant sous tous les angles, comme si elle n’avait pas pu se rincer l’œil depuis longtemps. Puis, elle se posa à califourchon sur son ventre et l’embrassa avec passion, quelques mèches blondes tombant dans le creux de son cou et le chatouillant. Puis elle se décolla de ses lèvres et caressa son visage du bout de ses doigts, conquise.

« Tu es toujours aussi beau Tris’… »

La jeune femme se jeta une nouvelle fois sur ses lèvres alors qu’il l’attirait vers lui en la pressant contre son torse. Puis elle s’écarta une nouvelle fois, haletante, mais c’était pour mieux happer une de ses oreilles légèrement pointues du bout de ses petites canines. Petit gémissement qui fut tiré une nouvelle fois. Après tout, elle avait eu une looooooooooongue période d’abstinence et après s’être fait rassurée et pardonnée dans l’après midi, la jeune femme ne voyait pas en quoi elle n’avait pas le droit de profiter de son homme. Après tout, elle ne savait rien…

Ils roulèrent sur le lit, dans une lutte acharnée, chacun reprenant le dessus, dominant et dominé tour à tour, comme si cela leur avait manqué. Elle n’avait pas oublié comment le rendre dingue, et en même temps, c’était une manière de se rassurer sur son pouvoir de séduction avec lui. Entre deux baisers, elle lui murmurait haletante qu’elle l’aimait… Il gémit et recommença à l’embrasser, caressant ses courbes fines, se perdant un instant dans sa cascade de cheveux. A force de réchauffer la température, la petite mage finit par se mettre à briller et le Drakkari semblait bien à l’étroit dans son boxer.

Elle s’arrêta un instant, le regardant puis émit un petit rire.

« Tssss… y a pas à dire, tu me fais toujours autant d’effet… et ça serait peut être plus agréable que sous la douche tu crois pas ? »

Il grogna, un peu hésitant, mettant en avant le fait qu’elle était pas encore remise mais elle se fit malicieuse.

« Huuuum oui c’est vrai je suis rouillée mais… t’inquiète pas je me sens vraiment bien là… »

Et pour l’empêcher de répondre, elle l’embrassa avec beaucoup d’énergie et de fougue, à califourchon sur lui, voulant à tout prix le faire céder alors qu’elle tendait la main à tâton pour prendre son deuxième bracelet de force qu’il avait déposé sur la commode avant de lui mettre autour du poignet. Où était passé la petite Cassidy qui n’osait pas le brusquer ? Pas le faire et tellement soucieuse de voir qu’il n’avait peut être pas envie ? Apparemment elle se souvenait très bien de ses paroles, lorsqu’il avait dit qu’un homme avait toujours des envies. Après tout ce temps d’abstinence, elle voulait le satisfaire encore plus que sous la douche et fêter ces retrouvailles avec les intérêts !

Elle traça vite fait un sort mineur pour camoufler leurs bruits puis retourna à sa tâche, rôle de dominante alors qu’elle le guidait d’une main douce mais investie. Car après tout, elle en avait besoin, de se rassurer, de se sentir bien. Et au moins ça leur permettait de penser à autre chose ! Elle avait prit les choses en main et ne semblait avoir rien perdu pendant un an, s’amusant à le redécouvrir, appréciant chaque coup de bassin alors qu’il reprenait le dessus, n’étouffant pas ses gémissements, en sueur alors qu’elle prononçait son surnom.

Oui elle aimait ça… elle l’aimait… elle se sentait bien avec lui… et c’était encore mieux que sous la douche maintenant qu’elle avait récupéré sa mémoire et ses capacités. Ils finirent par s’arrêter et s’endormirent, elle très apaisée, souriant et déposant un dernier baiser tendre sur ses lèvres avant de se blottir dans ses bras.

Mais la nuit fut très courte car de l’agitation régnait dans l’appartement alors qu’Eleyna semblait complètement hystérique. Tristan fut le premier à entendre ce qui se passait. Apparemment Maud venait d’accoucher. Alors qu’il se redressait, Cassidy finit par se réveiller également et demanda la raison de ces bruits. Tristan lui expliqua un peu et finalement, elle cligna des yeux et après s’être habillés, ils se rendirent chez la dame.

Si Cassidy semblait encore en train de dormir et bien courbaturée, elle se réveilla bien rapidement alors qu’un petit comité était rassemblé autour de la dame, tenant son bébé dans les bras. Des félicitations, des personnes enthousiastes. Elle paraissait épuisée mais heureuse. Cassidy s’approcha d’elle pour la féliciter gentiment puis prétexta prendre l’air, alors qu’elle n’était pas vraiment réveillée. Elle en profita pour s’adosser contre la rambarde du balcon de Maud, alors que Tristan arrivait. Bien sûr qu’il savait ce qu’elle pouvait ressentir ! Il lui demanda timidement si ça allait. Elle ne le regardait pas, posant doucement une main sur son ventre qui avait autrefois abrité une vie et parla d’une voix peu convaincante.

« Oui ça va… je suis… heureuse pour Maud… »

Gros moment de silence alors que l’air frais s’engouffra dans ses cheveux libres dans le vent, alors qu’elle serra un instant la rambarde avant de parler d’une voix souffrante de détresse.

« Non en fait ça ne va pas !! »

Elle se tourna vers lui et se jeta dans ses bras, accusant le contrecoup. Etant isolée de tout le monde, elle n’avait eu personne pour partager sa peine, sa douleur, à part Alanir qui ne savait pas trop comment s’y prendre. Cassidy vivait cette situation comme un échec. Elle avait été trop faible… elle avait perdue leur enfant… des larmes coulaient le long de ses joues alors qu’elle enfouissait sa tête sur la chemise de Tristan, ne pouvait pas s’arrêter.

Il la berça, la calma et la prit dans ses bras pour la porter, l’embrassant tendrement. Il se faisait apaisant puis il décida de sortir un peu en la portant, marcher leur ferait le plus grand bien, ils présenteraient leurs félicitations plus tard dans la journée.

Il fallut beaucoup de patience à Tristan pour arriver à chasser la déprime de Cassidy, décidant de l’amener à ses endroits préférés, en profitant pour la coiffer. Puis il lui proposa de lui faire un massage. Beaucoup de pitreries pour faire rire la demoiselle qui semblait finir par faire son deuil de cet enfant qu’elle n’avait plus. Et puis il se fit rassurant. La matinée passa, puis le midi où ils avaient décidé de casser la croûte en haut de la cascade, endroit préféré pour méditer de la jeune femme.

Elle semblait hésitante en mangeant son sandwich puis se tourna vers Tristan, timidement.

« Tris’ au fait… je sais… que ça ne va pas…enfin toi je veux dire. Tu me caches quelque chose et j’aimerais bien qu’on en parle maintenant… »

Il se crispa un moment et semblant hésitant. La jeune femme posa doucement la main sur la sienne, se voulant rassurante.

« Je sais ce que tu ressens… de la peur… tu ne sais pas comment je vais réagir… que je peux être en colère mais ça n’arrivera pas… je préfère que tu me dises et qu’on trouve une solution ensemble… »

Elle se rapprocha de lui et le prit dans ses bras, murmurant, rassurante.

« Tu as ma parole, je ne m’énerverais pas… alors maintenant arrête de cacher ce que tu as sur le cœur et dis le moi… et puis… je t’ai entendu… dans mon sommeil… tu voulais tout me dire… tout me formuler… et j’ai besoin de savoir… pour qu’on avance… »

Finalement, à force de persévérance, il finit par se confier. Pendant toute sa confession, elle ne lâcha pas sa main, l’écoutant attentivement, écarquillant un peu les yeux. Puis à la fin, alors qu’il détournait la tête, elle l’embrassa tendrement en posant ses deux mains sur son visage, suffisamment longtemps pour lui faire perdre son souffle. La demoiselle caressa doucement ses cheveux.

« En étant enfermée pendant un an, je m’attendais à ce qu’il y ait des conséquences… et même là on s’y attendait non ? Bon d’accord, c’est vrai que je devrais me fâcher mais… pas contre toi… tu as fais ce que tu pensais être juste non ? Et puis avaient-on le choix ? Et t’en vouloir pour ça serait vraiment cruel de ma part après tout ce que tu as fais pour nous… »

Oui sacré nouvelle à encaisser quand même. Elle posa doucement une main sous le menton du jeune homme, le regardant très sérieusement.

« Tris’… j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir… alors je ne t’en veux pas… on trouvera une solution, je te le promets… que tu sois encore là avec moi est un merveilleux cadeau alors… autant le garder non ? Ca ne sera pas simple mais… on y arrivera… »

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mer 2 Juil - 3:57

Elle s’était réveillée !
Tristan serrait doucement contre lui le corps mince de sa compagne.Il avait cru percevoir de l’inquiétude et même de la honte mais n’en était pas sûr. Peut-être que la fatigue lui jouait encore des tours. Il en avait pris l’habitude après tout. Mais ce n’était pas une vision, elle était bien éveillée près de lui, tout près de lui. Son souffle contre sa gorge était une caresse frissonnante alors qu’il ne percevait que bien loin les gloussements amusés de leurs spectateurs. Maud, victime totale de ses hormones versait d’ailleurs quelques larmes de joie !
La petite mage aussi ne tarda pas à faire de même, mais c’était un juste retour des choses après ce qui leur était ENCORE arrivé. Ils étaient tous si heureux de la voir réveillée et à peu près entière, plus encore quand Tristan réapparut et qu’il fut clair pour chacun et encore plus pour la petite demoiselle, qu’il n’allait pas partir loin d’elle. N’empêche, ce baiser était digne d’une sacrément belle histoire d’amour non ? La guérisseuse détourna d’ailleurs le regard en marmonnant que les jeunes étaient beaucoup trop fougueux ces derniers temps. Bien sûr, ce n’était que de l’inquiétude vis-à-vis de sa patiente, une certaine joie face au petit couple qui se reformait. Ce n’était qu’un bref baiser mais il leur donnait de la force tandis qu’il l’interrogeait déjà, craignant évidemment qu’elle ne l’ait encore oublié. Il avait bien assez souffert d’être le seul à être rayé de son existence, il ne voulait pas revivre ça !!!
Mais elle se rappelait et le lui prouva dans une phrase simple mais si douce qui lui donnait des papillons dans le ventre alors qu’il appuyait son front contre le sien en humant, prudemment, son odeur.
Elle disait qu’elle avait eu peur. De quoi ? Elle parlait de ce combat tout récent ou… de sa longue année d’absence ? Peur de quoi ? De ses épreuves ou de ne pas le revoir ? Peur qu’il ne veuille pas d’elle ? Il ne savait pas mais espérait secrètement que ses peurs n’étaient tournées que vers lui, ainsi, par son étreinte alors qu’il avait pris place sur le lit lui montrait-il qu’elle n’avait pas, jamais, à avoir peur. Qu’il était là, toujours là… Même s’il s’en était fallu de peu pour que ce ne soit pas le cas, mais ça, elle l’ignorait. Il la pressa plus contre lui, sentant ses larmes se glisser dans le col de sa veste et glisser légèrement sur son torse, caressant doucement son dos à travers ses vêtements pour la consoler.

Les autres étaient sortis mais il ne s’en était pas aperçu tout de suite, se contentant de relever la tête et de jeter un regard reconnaissant à Maud qui guidait la petite troupe, soutenue par Alanir à cause de ses actuels coups de fatigue. Le dragon sembla lui jeter un regard un instant mais il ne l’identifia pas. Il sentait une profonde reconnaissance, du soulagement mais aussi encore de la peur. Pourquoi ? Les paroles pleines d’avertissement de son confrère lui revinrent à l’esprit mais il les ignora, ne les comprenant pas davantage, se recentrant sur la petite mage. Il la repoussa doucement, l’aidant à mieux se caler contre les oreillers.

- Ca va ? Comment tu te sens ?

Lui aussi semblait un peu perdu et maladroit. Pendant un bon moment, ils avaient été comme deux étrangers qui se rapprochaient et il ne savait trop encore quel comportement adopter. C’était dur de savoir, c’était dur d’agir et elle risquait de comprendre aussi qu’il n’était plus tout à fait le même, il voulait la ménager… Ca faisait déjà beaucoup à encaisser, elle avait besoin d’un peu de temps. D’un geste un peu maladroit, il caressa ses joues, essuyant ses larmes, ses sourcils si arqués par l’inquiétude qu’ils disparaissaient presque totalement sous les mèches bicolores qui lui retombaient sur le front.
Ses paroles le rassurèrent. C’était plutôt bon signe si elle arrivait à bouger non ? S’il avait bien compris la vision que lui avait montré Alanir, elle était censée être paralysée si elle continuait d’être « malade » donc s’il n’arrivait pas à l’aider… Si elle pouvait bouger, même si elle avait mal partout, ça voulait dire qu’elle allait mieux, non ?

Alors comme ça elle avait entendu ce qu’il disait… Il rougit un peu et détourna les yeux en grimaçant légèrement mais finit par la regarder avec un sourire. Ses dernières paroles lui valurent une douce caresse sur la main et un baiser sur le front alors qu’il relevait déjà son autre main et la glissait dans les filaments dorés de ses cheveux.

- C’est apprendre la vérité qui m’a permis de ne plus t’en vouloir Cassy… pas le contraire. Je pensais que… enfin peu importe ce que je pensais. Je ne t’en veux pas, je te jure.

Nouveau sourire alors qu’elle semblait si honteuse et presque piteuse. Il l’écouta, sourit encore plus. Il la gratifia d’une nouvelle caresse dans ses cheveux blonds, lui relevant finalement doucement le visage vers lui après avoir glissé sa main jusqu’à son menton, lui lançant un sourire si taquin qu’elle ne pouvait pas y rester totalement insensible.

- Et même amnésique tu t’es montée la tête quoi. Pour changer…

Léger ton moqueur dans sa voix mais il n’avait pas du tout l’air en colère, au contraire. Il sembla hésiter puis se passa une main dans les cheveux, se frottant énergiquement la nuque, un peu gêné.

- J’avoue que je ne savais pas… trop quoi faire non plus. J’avais envie… d’être gentil, mais j’avais peur et je t’en voulais de m’avoir oublié aussi… Même si ce n’était pas de ta faute bien sûr. Tu étais si différente de la Cassy que j’ai connue à l’Académie. Je voulais me rapprocher de toi bien sûr, même si j’étais encore rancunier, et j’avais envie d’être avec toi mais comment savoir si ce qui t’avait plu chez moi dans le passé pourrait encore te séduire ? Comment savoir si nous n’avions pas trop changé tous les deux ? Je n’étais pas prêt à accepter que tu me repousses moi non plus alors j’ai préféré… être distant au départ, résister… Ca valait mieux pour nous deux.

C’est qu’il s’en était posé des questions le jeune homme ! Effectivement, comment être certain qu’elle ne le repousserait pas, comment passer totalement au-dessus de ce qui s’était passé alors que l’abandon était encore si frais pour lui. Bien sûr, il s’était passé énormément de choses, des deux côtés. Mais ils avaient aussi besoin de temps pour surmonter cela. Il se rapprocha un peu d’elle, s’allongeant à ses côté, sur le flanc en passant un bras sous sa tête alors qu’il l’attirait doucement contre lui, caressant sa taille du bout des doigts.

- Moi aussi je voulais profiter… Mais c’est terminé maintenant… Tu te souviens, c’est le principal. On est ensemble…

Il frémit sous sa caresse et pencha la tête vers elle, fermant paresseusement les yeux comme un gros chat l’aurait fait à sa place. Il ne ronronnait pas, mais c’était limite. Quand elle voulut sortir il lui jeta un coup d’oeil un brin surpris mais pas vraiment inquiet, lui faisant confiance en se redressant déjà, l’aidant à faire de même, ne discutant pas. Apparemment, il ne voulait pas jouer au petit copain poule ! Elle s’appuyait doucement sur lui alors qu’il l’aidait à s’habiller, laçant son corset et la couvrant chaudement pour ne pas qu’elle attrape froid. Il fronça les sourcils en la voyant prendre la lettre, ignorant comme elle pouvait être au courant de la présence de celle-ci dans ses affaires mais la demoiselle était si pleine de mystères que se poser des questions n’apportait jamais grand chose si ce n’est d’autres questions.
Il la soutenait doucement alors qu’elle marchait lentement, allégeant au maximum son poids pour qu’elle ne se fatigue pas alors qu’elle était déjà si concentrée à faire marcher les muscles de ses jambes. La paralysie n’était pas sans conséquence, même aussi brève, elle devait renvoyer les bons signaux à son cerveau et elle s’en sortait plutôt bien alors qu’il l’encourageait à voix basse dans le salon, évitant les regards de leurs amis curieux.
Ils étaient finalement sortis, continuant leur manège, Tristan insistant dans les marches un peu gelées par le froid de peur qu’elle ne trébuche. Sa phrase lui valut une réaction pour le moins équivoque du jeune homme qui s’était arrêté. En effet, écartant doucement un bord de l’écharpe qu’il avait passé autour de la gorge délicate, il y passa très brièvement la pointe de sa langue brûlante comparée à la température extérieure, la fit doucement claquer contre son palais en se redressant, pensif puis secoua la tête derrière elle.

- Hum… Non, tu n’en as pas le goût, ça va…

Il lui fit un sourire taquin alors qu’elle renversait la tête en arrière pour le regarder et il pressa un peu plus ses mains sur sa taille, la caressant de ses pouces.

- Regarde où tu vas princesse.

Tout semblait aller plutôt bien quand même ! Finalement, il avait relâché prudemment sa taille mais enfermait une de ses mains dans une de ses larges paumes, prêt à la soutenir si elle avait la moindre faiblesse, marchant à ses côtés sans remarquer les regards curieux des habitants qui ne comprenaient franchement pas tout au petit couple !

- Mais pour la magie… Une semaine c’est le minimum oui ! Et si je te vois déroger à la règle, t’es privée de bisou !

Ouuuh la menace !!!! C’était assez risqué quand même, il se privait aussi par la même occasion mais vu la crispation légère de la jeune femme, il avait quand même fait mouche !
Ils se promenaient main dans la main, au ralenti évidemment. De toute façon, même si elle allait bien, il ferait toujours de plus grandes enjambées qu’elle. Mais ce rythme ne semblait pas déranger le jeune homme qui restait attentif à ses efforts, la sentant se crisper par moments, sans doute à cause de ses courbatures mais ne la couvant pas non plus. Elle était forte et le lui avait prouvé, il ne l’étoufferait pas.
Elle lui parlait de son enfermement après un moment d’hésitation et de silence, de ce qu’elle avait vécu. Oh elle ne le décrivait que peu, elle ne voulait probablement pas qu’il souffre de ce qu’elle avait vécu mais sa manière de s’exprimer, le choix de ses mots, l’émotion dans sa voix étaient autant d’indicateurs de sa souffrance. Oui elle avait souffert… Enormément. Il pressa un peu plus sa main dans la sienne, silencieux. Un an… Elle avait vécu un an dans cet état de douleur, de culpabilité et de désespoir. Elle avait souffert de nombreuses blessures physiques, d’encore plus morales. On lui avait arraché son enfant… Mais ça, il ne voulait pas en parler, il ne savait pas comment et il se disait que si elle ne le faisait pas, il ne la forcerait pas. Après tout… Que pourrait-il dire ?

Il se sentait plus égoïste que jamais. Alors qu’elle lui parlait, qu’elle lui disait qu’il lui avait manqué, il se sentait bien, heureux. C’était horrible de se réjouir de cette souffrance, il le savait mais il n’arrivait pas à s’en empêcher. Avant il n’aurait pas été comme ça, il le savait. Il aurait juste été malheureux pour elle, compatissant. Aujourd’hui, il se sentait bien de savoir qu’il avait tout le temps occupé ses pensées… Comme il se sentait bien de savoir qu’il occupait celles de bien la moitié des jeunes femmes de la cité !
Ses mots suivants le firent se crisper et arrêter de réfléchir bêtement. Ne plus être séparés… Il leva la tête vers le ciel. Déjà, la lune était présente même si la journée n’était pas encore terminé et que le ciel était très bleu au-dessus d’eux. Le croissant nouveau lançait un nouveau mois. L’autre lune, sa petite soeur, ne tarderait pas à réapparaitre également. Il déglutit, ne dit rien, se contentant de presser la petite main dans la sienne. Il n’y avait rien à dire…
Il s’assit derrière elle alors qu’elle appuyait son dos contre son torse et qu’il l’incitait à se reposer contre lui. L’écorce dans son dos ne le gênait pas grâce à sa veste même si le tronc était noueux, il ferma paresseusement les yeux, la tête légèrement renversée en arrière. Il ne s’était pas rendu compte qu’il était si fatiguée. Elle s’agitait un peu entre ses bras et ses cuisses, il rabaissa les yeux sur elle, ne voyant pas son visage, l’écoutant.

Sa gorge se noua à ses paroles. Parce qu’il était content qu’elle se souvienne, que ça aille bien entre eux, qu’elle soit entre ses bras à cet instant. Parce qu’il était triste qu’elle ait été si malheureuse aussi. Elle avait été enfermée si longtemps… Au moins en prison, il y avait les droits de visite. Elle n’avait même pas eu droit à ça !
Il déplia sa lettre et le glissa devant la jeune femme, posant doucement son menton sur l’une de ses épaules, y déposant un baiser qu’elle pouvait à peine sentir à travers ses vêtements. Il lut… et eut l’impression de la voir, penchée sur ce parchemin, écrire cette lettre, seule, si seule, éclairée par une bougie tremblotante, ses larmes laissant des sillons rosées sur ses joues pâles.
Ses mots écrits étaient aussi durs à lire qu’il s’y attendait et montre de ce qu’elle avait enduré, de sa souffrance, de sa douleur d’être si loin et enfermée. Il lut sans s’arrêter, prenant son temps pour digérer chaque mot, notant ses excuses sur son départ, la réflexion qu’elle avait eu à ce propos, sa façon de s’engager à l’accepter quoi qu’il advienne même s’il sentait qu’au fond, elle espérait qu'il ne change pas trop. Etait-elle déçue à ce propos ? Il ne savait pas. Elle semblait mal à l’aise alors qu’il reposait doucement la lettre à côté d’eux. Elle ne disait rien, regardant l’horizon qui ne devait guère être lointain à cause de toutes les plantes qui poussaient autour d’eux. Il l’appela tout bas mais elle ne réagit pas vraiment. Bien sûr, ses dernières phrases avaient fait mouche. Elle voulait qu’ils soient ensemble. Qu’ils fondent une famille. Cette pensée le déchira mais il n’y pouvait plus rien désormais. Il devait s’occuper d’elle avant tout.
Attrapant une de ses jambes, il la fit se retourner d’une pression vers lui, la prenant sur ses genoux en la pressant contre lui alors qu’il lui permettait ainsi de grandir un peu. Ils avaient le visage presque à la même hauteur, elle légèrement plus haute que lui, mais de deux centimètres tout au plus.

- Eyh…

Tendrement, il posa ses lèvres sur les siennes puis prit son visage dans ses mains, le lui caressant avec douceur pour l’attirer après contre lui alors qu’elle se blottissait contre son torse. Il sentait et entendait sa respiration légèrement hachée, probablement retenait-elle un sanglot. Ce qu’elle avait enduré, il ne le souhaitait à personne. Il glissa ses mains sous sa veste pour caresser son dos à travers sa robe, faisant de légers cercles concentriques.

- C’est fini d’accord ? C’est fini maintenant… Je ne t’en veux pas Cassy. Je te jure. Je t’en ai voulu, mais c’était plus de l’incompréhension qu’autre chose. Tu vois, tu t’en faisais pour rien. Comment pourrais-je t’en vouloir ? Ce n’était pas de ta faute. Tu n’as jamais voulu tout ça. Je suis vraiment malheureux de ce qui t’est arrivée, crois-moi. N’oublie pas néanmoins que le temps a été différent pour nous deux. Tu as souffert pendant toute une année, je ne t’ai perdue que douze jours. J’en étais malheureux évidemment mais ce n’est rien face à ce que tu as vécu. Je suis désolé… Je n’avais pas vu la manière dont ils te traitaient… Tu aurais dû venir me voir, tu n’aurais pas dû t’effacer pour moi, pour me faire plaisir en pensant que j’avais besoin d’être avec ma « famille »… Cassy, regarde-moi s’il te plait…

Elle décolla son visage de son épaule pour le regarder. Il voyait beaucoup de choses dans ses si beaux yeux noisette aux multiples nuances. Il caressa de ses pouces ses pommettes hautes et du dos de la main ses joues rosées par le froid, effleura d’un index la cicatrice de son oeil qui se résorbait. Elle le regardait dans les yeux et il la fixa sans ciller un instant de silence avant de souffler tout bas.

- C’est toi ma famille. Que tu en aies douté, ne serait-ce qu’un instant me laisse croire que je ne te l’ai pas assez montré, j’en suis navré… C’est toi qui comptes… Juste toi.

Si elle était triste et chamboulée encore par tous ses souvenirs, il ne loupa pas le sourire angélique bien que timide qu’elle lui adressa, ses joues s’empourprant un peu plus. Elle semblait si ravie de ses paroles qu’il en rit avant de l’embrasser longuement. Elle se reblottit bien vite contre son torse, un sourire aux lèvres cette fois alors qu’il caressait de nouveau son dos. Il n’avait rien dit sur l’enfant. Il n’y avait rien à dire une fois de plus.
Il ne parla que peu de ce qui s’était passé pour lui, se contentant de dire rapidement que lui aussi avait vécu des épreuves, pas comme les siennes évidemment, qu’il avait subi des échecs lui aussi et s’était senti très mal sans elle. Elle voulait en parler, comprendre plus, il le savait, il le sentait mais il n’était pas encore prêt pour.

La nuit commençait à tomber lorsqu’ils rentrèrent, portant des brioches et Cassidy semblait tellement plus vivante et joyeuse en apprenant pour la fête alors qu’elle était sans doute épuisée qu’il ne put s’empêcher de sourire et de se joindre à son enthousiasme.
Ils s’y rendirent rapidement, retrouvant Eleyna en pleine séance d’apprentissage de danse avec Alanir qui semblait aussi peu doué que la petite mage à ses débuts. Mais s’il était comme elle, d’ici peu, il serait une étoile brillante de la piste de danse. Tristan guidait sa jolie compagne, lui ayant galamment proposé son bras.
Il restait prudent avec elle même si une fois de plus il n’était pas protecteur à l’excès. Ils dansèrent, mangèrent, discutèrent, rirent, surtout lui alors qu’il la voyait grogner presque face à d’autres femmes. Il caressa sa taille du bout des doigts alors qu’elle relevait un visage angélique et innocent vers lui. Il devait lui dire… Tant qu’elle était près de lui ça allait évidemment mais ce n’était pas simple pour autant. Maud les sépara d’un énième baiser improvisée par la petite mage qui semblait décidée à rattraper un quota de câlins et de tendresse de toute une année. Il leur fit un signe de tête, discutant avec ses camarades guerriers, sans se douter de la conversation.
Maud était surprise évidemment de la perspicacité de la petite mage. C’était vrai leur histoire de lien. A ce point quand même ? Elle ne laissa planer qu’un avertissement qui ne sembla pas rassurer la petite mage pour autant. Bien au contraire.

Elle était vite revenue près de lui et ils avaient profité de la soirée jusqu’à son terme, tout le monde semblant particulièrement heureux de retrouver la petite mage « normale » même si la majorité ignorait le fin mot de l’histoire.
Ils étaient finalement rentrés et il s’étirait devant la baie vitrée de leur chambre, fixant les étoiles jusqu’à tourner la tête par rapport à ses paroles. Les cristaux illuminaient bien la chambre même s’ils étaient un peu tamisés à ce moment-là. Il fixa ses marques avec ce regard si intense qui la faisait tellement facilement rougir en temps normal. Un sourire planait sur son visage alors qu’il examinait les courbes fines, élégantes et terriblement séductrices de son corps. Il referma les rideaux et alla s’allonger, torse nu, la fixant alors qu’elle examinait ses marques. Nombreuses, celles-ci s’estompaient bien ces derniers temps, il le sentait même à travers ses vêtements, leur relief commençant à disparaitre. Avec un peu de chance, elle n’en garderait aucune… Beaucoup de chance. Elle n’était pas comme lui après tout.
Elle l’avait vite rejoint et commençait à le caresser alors qu’il effleurait un de ses bras du bout des doigts, la tête appuyée contre son autre bras replié. Il surprit dans son regard une lueur de soulagement alors qu’elle passait bien du temps à caresser ses pectoraux, s’assurant que cette horrible cicatrice en forme de X avait belle et bien disparu. Comment et pourquoi ? Ca elle ne pouvait pas le deviner évidemment puisque ladite cicatrice avait résisté un long moment tout de même. Aujourd’hui, il n’en portait plus aucune, sauf celle légère due à sa blessure dans la matinée sur son bras, mais elle ne tarderait pas à s’estomper totalement.
Il se laissa caresser avec un sourire, l’observant avec une attention certaine procéder à son examen aussi visuel que tactile. Quand elle se glissa au-dessus de lui, il referma doucement ses mains sur sa taille et redressa légèrement la tête pour accueillir ses lèvres des siennes, sa respiration se coupant vite sous ce baiser merveilleux qu’elle lu offrait… et sous les suivants aussi. Il se contenta de sourire à sa remarque, happant ses doigts qui caressaient sa joue de ses lèvres en les mordillant.

Ils s’embrassèrent et c’était doux et merveilleux comme ça l’avait toujours été. Non, bien plus encore. Si c’était encore possible du moins. Il n’avait pas une respiration régulière mais ça ne semblait pas le gêner alors qu’il répondait avec ferveur à ses baisers. Quand elle s’écarta de lui, il grogna, gémit à son mordillement, le lui rendit sur sa gorge en serrant ses mains sur ses hanches les remontant sur son dos dans une caresse plus proche d’une tentative de massage tant il y exerçait une pression pleine d’un désir certain de continuer.
Ils luttèrent un moment, jouant comme des enfants, peu conscients apparemment, que leur jeu et leurs rires se faisaient quand même un minimum entendre hors de leur chambre. Bien sûr, aucun n’y mettait réellement de force. Dans son état elle ne pouvait pas faire de magie pour rééquilibrer la donne certes, mais elle restait consciente de la force de son partenaire qui gagnerait probablement quoi qu’il arrive s’il devenait sérieux. Mais il n’y avait rien de sérieux. C’était juste un jeu auquel il la laissait gagner en résistant à peine, s’amusant de son regard brillant de sa petite victoire quand elle le renversait de côté. Petit-à-petit le jeu simplement câlin était devenu plus haletant, plus osé, plus séducteur. Les caresses plus appuyées, les baisers plus passionnés, les mordillements plus fréquents partageant un même frisson chez les deux jeunes gens. Il avait rouvert les yeux en souriant lorsqu’elle se mit à briller et lâcha un gémissement appréciateur. Sa nuisette était loin d’être très couvrante et avec leur amusement actuel, elle avait bien été forcée de la remonter pour être plus libre de ses mouvements. Elle couvrait à peine le haut de ses cuisses à présent mais c’était surtout le peu d’épaisseur du tissu qui séduisait le jeune homme. Parce qu’avec la lueur qui s’échappait de son corps, la jeune femme n’avait pas l’air de remarquer qu’il en était devenu presque parfaitement transparent, révélant son corps divin à son compagnon aux sens déjà bien échauffés. Il caressa doucement ses hanches, sa taille, sa poitrine même si cela ne changeait rien à ladite transparence alors qu’elle frémissait sous ses caresses. Mais elle aussi avait de la répartie, l’embrassant en scellant ses mains au matelas des siennes. Ses paroles captèrent tout l’intérêt du jeune homme. Elle voulait continuer ? Plus agréable que sous la douche ?

Les sens embués, embrouillés, empêtrés dans le désir qu’il ressentait pour la demoiselle et qui dépassait de loin ce à quoi il s’était attendu, il se rappela de sa convalescence et détourna les yeux une seconde pour se remettre un peu avant de la regarder, serrant ses doigts des siens, inquiet.

- Tu sais… Je suis ravi de ce qu'on fait hein, mais tu es en forme et j’aimerais que tu le restes… Tu étais encore dans le coma il y a seulement quelques heures, tu…

Elle répliqua, il fronça les sourcils, plissant les yeux, méfiant, pas tellement sûr mais elle avait un atout de choix pour vaincre, simplement l’embrasser.
Elle n’eut guère besoin d’insister pour le faire céder. Elle avait libéré ses mains, tenant son visage entre ses paumes fraiches et il pressa les siennes sur ses cuisses en gémissant sous ses baisers. Il sentit ses propres pupilles se dilater, ses reins s’enflammer et pendant un court instant, il eut peur mais elle semblait le devancer, attachant déjà à son poignet son bracelet de force. Après ça il sembla aller parfaitement bien et heurta une jolie résistance en essayant de retourner la jeune femme qui se la jouait amazone farouche et dominante ce qui semblait encore davantage plaire à son compagnon si possible !
Vaincu, il se laissa docilement faire, obéissant et particulièrement attentif. Il ne s’inquiéta pas quand elle traça son sort, se contentant de l’observer avec une impatience certaine, presque celle d’un caprice enfantin. Il la fixa en peinant à déglutir lorsqu’elle ôta sa nuisette, la regardant comme si tout avait cessé d’exister, y compris le lit sur lequel ils se trouvaient, lui obéit quand elle lui demanda de se déshabiller. Ce côté assuré, dominateur allait fort bien à la demoiselle et le séduisait beaucoup apparemment, laissant loin derrière lui la notion de mâle dominateur qu’avait pu évoquer Alanir auprès de son amie capitaine.

Il s’était passé un an pour elle… Mais elle n’avait rien oublié. S’il avait pu croire à cause de la vieille dame qui lui avait montré sa compagne qu’elle l’avait remplacé, il ne doutait pas d’être resté le seul. Il se souvenait encore combien elle avait culpabilisé pour Erwan… Même si c’était toute une année, c’était à lui et lui seul qu’elle avait pensé durant tout ce temps. Pourtant, un court instant il douta parce qu’il lui semblait que c’était diablement mieux, ce qu’il pensait justement impossible. Comment diable s’était-elle autant améliorée ? Il se souvint que ses sens étaient plus réceptifs avec un temps de recul mais encore et surtout que la jeune femme avait forgé son corps pendant un an et franchement, c’était au plus grand plaisir de son compagnon. Elle semblait vouloir le rendre dingue par ses lentes ondulations sur ses hanches alors qu’il s’agrippait aux siennes en gémissant et haletant, il découvrit le sourire joueur et mutin de la jeune femme qui avait bien besoin qu’il lui rende la pareille ! Ce qu’il s’empressa de faire l’instant suivant, la renversant d’un brusque mouvement de hanche, l’embrassant passionnément, mordillant les bras qui se nouait autour de sa nuque, calquant sa respiration sur la sienne, jouant sur cette même respiration pour changer rythme ou angle de ses coups de bassin. Il n’était pas certain que son sort réussisse totalement à les isoler vu leurs retrouvailles mouvementées mais il s’en fichait royalement, bien au contraire, il éprouvait une joie perverse en espérant que tout le monde entende, sache… qu’ils étaient ensemble, que c’était merveilleux, juste… merveilleux.

Ils s’étaient arrêtés haletants depuis un moment déjà quand la demoiselle avait senti son compagnon bouger et ses mains se glisser autour d’elle pour la soulever. Si c’était déjà pour recommencer, il avait poussé loin le rythme de l’insatiabilité parce qu’elle était clairement épuisée et pensait probablement l’avoir complètement épuisé aussi ! Elle gémit doucement entre ses bras, sortant du semi sommeil dans lequel elle était plongée.

- Mh ?
- Chut… Dors princesse, tout va bien. Je nous remets juste sur le lit.
- On n’est plus sur le lit ?

Sa voix toute ensommeillée et ses yeux qu’elle frottait doucement de ses deux poings fermés étaient deux facteurs adorables qui lui valurent de doux baisers papillons sur le front et un léger rire aussi.

- Nous… On est par terre, sur la couverture mais par terre, je pensais quand même que tu t’en serais rendu compte.
- Mghnon…

Rien de plus alors qu’elle se laissait porter et qu’en souriant il l’installait sur le lit, attrapant la couverture et s’allongeant près d’elle en les recouvrant. Elle poussa un soupir d’aise en se blottissant tout contre lui et il la câlina un peu, s’endormant également très vite.

Des éclats de voix réveillèrent le jeune homme qui finit par se lever en comprenant la situation, s’habillant quand Cassidy émergea, pas du tout réveillée et l’air d’avoir besoin d’encore pas mal d’heures de sommeil pour se remettre de sa nuit agitée. Il lui expliqua brièvement ce qu’il avait entendu et ils rejoignirent les autres. Maud était aux anges et tout le monde devait être à peu près dans le même état, prenant de ses nouvelles, posant des questions, s’émerveillant devant le poupon que berçait sa mère. La guérisseuse semblait épuisée également mais ravie et surveillait le nouveau-né avec la même attention que l’aurait fait une grand-mère.
La petite mage alla la féliciter puis sortit, encore pas mal ensommeillée apparemment. Plus grand que la majorité des spectateurs, Tristan apercevait le bébé, un sacrément beau bébé qui n’avait pas dû être simple à accoucher. Il n’alla néanmoins pas le voir, ni tenter de lui parler comme il l’avait fait avant, se contentant d’un clin d’oeil pour Maud puis d’un sourire avant de sortir rejoindre Cassidy, se mettant à un mètre d’elle, inquiet de ce que pouvait provoquer chez elle l’évènement.

- Cassy… Ca va ?

Il n’avait aucune idée de ce qu’elle pouvait ressentir, il ne l’avait pas vécu, se contentant de l’observer, d’attendre. Il remarqua la main qu’elle portait à son ventre, sa légère crispation alors qu’elle essayait de lui mentir pour le rassurer.
Et enfin elle fut honnête. Il avait déjà ouvert les bras quand elle s’y jeta avec toute la détresse qu’elle avait dû garder pour elle si longtemps. Il la pressa contre son torse en accueillant ses mots vibrant de chagrin, d’un appel à l’aide aussitôt, en accueillant l’élégant corps mince agité de sanglots. Il serra les dents… Ca lui faisait quelque chose à lui aussi évidemment mais ce n’était tellement rien comparé à elle qu’il avait juste le droit à cet instant de partager sa peine et de la soutenir, autant qu’il le pourrait.
Le soleil se levait à peine sur un spectacle malheureux provoqué par un homme cruel qui avait torturé celle qu’il aimait pendant toute une année. Il la sentait trembler contre lui et rapidement glissa une main sous ses genoux pour la porter. Il s’éloigna discrètement du comité, de tous et marcha un moment en la tenant contre lui, parlant tout bas, embrassant son front, caressant ses bras et son dos. Il s’était arrêté pour s’asseoir à plusieurs endroits, une fontaine, un banc etc. Chaque fois, il la pressait un peu plus contre lui et sortait les seules choses qui lui venaient à l’esprit, il ne savait que dire d’autre.

- Ce n’est pas de ta faute… Tu n’y es pour rien. Tu n’étais pas faible, tu n’étais pas une mauvaise mère, tu n’étais rien de tout ça. Tu étais attentionnée, tu avais accepté l’idée, tu faisais des efforts, le bébé le sentait, le savait. Il ressentait tout ce que tu ressentais, il a souffert avec toi parce que je n’étais pas là. On te l’a enlevé Cassy, on te l’a arraché, ce n'est pas toi… Tu n’as rien fait de mal… Rien du tout.

Elle avait besoin de pleurer. C’était normal. Du moins le pensait-il. Alors il la laissait pleurer, mais était là, rassurant et présent, parce que c’était la seule chose à faire. Finalement ses larmes s’étaient taries au bout d’un long, très long moment. Elle ne pleurait plus que par légers sursauts, sanglots étouffés. Quand elle se calma finalement, il l’embrassa, la câlina, la poussa à s’allonger dans l’herbe de la serre dans laquelle ils se trouvaient, la massa longuement en essayant de détendre ses muscles endoloris, de dénouer ses nerfs tendus. Quand il sentit qu’elle allait mieux, il la taquina, l’embêta, la tenta, l’embrassa beaucoup encore et surtout se fit très taquin en mettant en avant qu’elle était sacrément vieille aujourd’hui. Cela redonna un peu d’énergie à la jeune femme qui se mit à le frapper doucement pour se venger tandis que déjà il emprisonnait ses lèvres des siennes. Ca n’avait aucune importance après tout. Elle allait mieux…

Ils mangeaient en haut de la cascade quand elle se fit interrogatrice. A propos de lui et de son comportement. Il se crispa un peu mais comprit bien vite qu’il ne pouvait plus vraiment se cacher.
Elle parlait de ne pas s’énerver. S’énerver ? Oh il n’avait pas vraiment peur qu’elle s’énerve… Si c’était aussi simple, il la laisserait volontiers faire.
Il détourna les yeux, pensif, fixant le vide. Elle avait besoin de savoir… Il lui raconta brièvement, une fois de plus, sans le moindre détail qu’il avait fait des erreurs, qu’il s’était perdu également et qu’il avait été difficile de se retrouver… Il lui avoua avoir douté d’elle, furieusement douté d’elle, avoir cru qu’elle l’avait effectivement abandonné, avoir… mal agi aussi. Mais il ne disait pas en quoi ni comment, c’était bref, peu clair, pas le moins du monde explicatif. Elle accueillait bien les choses, mais c’est parce qu’elle ne savait pas vraiment… Il tourna la tête vers elle.

Il la fixait avec une certaine tristesse et énormément de culpabilité aussi. Elle était douce et gentille. Elle n’avait pas changé finalement. La seule chose qui l’avait réellement rendue différente à un moment c’était bien leur lien brisé. A présent qu’elle l’avait retrouvé et qu’elle avait récupéré ses souvenirs dans le même temps, elle semblait… Elle-même. Il sentait qu’elle était encore très éprouvée par tout ce qui s’était passé, que ça avait laissé des traces toutes ces histoires, bien plus que les cicatrices sur son corps mince. Sa lettre lui avait bien révélé dans quel état terrible de souffrance elle était pendant cette trop longue année. Il lui devait la vérité évidemment, mais il n’avait pas envie de la faire souffrir, ni de la mettre en colère. Elle avait bien assez vécu de douleurs, de souffrances ces derniers temps. Il avait essayé de s’expliquer par quelques mots brefs mais ce n’était pas assez, il le savait. Elle ne le pressait pas évidemment et ça intervenait davantage dans sa pensée qu’elle était revenue, qu’elle était réellement près de lui, elle, pas l’ombre d’elle-même qu’il avait connu lors de leurs retrouvailles premières sur ce champ de bataille. Il soupira tristement, vaincu et inquiet et prit ses mains dans les siennes. Elles étaient rafraichies par le froid de l’hiver. Il les pressa doucement et déposa même un baiser dans chacune de ses paumes avant de porter les doigts fins à son visage, les posant sur ses tempes. Nouveau profond soupir et regard inquiet de la part du jeune homme qui s’humectait les lèvres, nerveux.

- Regarde dans mon esprit, ce qui s’est passé…Tu n’as pas à te servir de la magie, on va utiliser notre lien, essaie juste de te détendre. Je vais te montrer… Cassy… je… Fais attention… Ne te laisse pas submerger par ce que j’ai pu… ressentir.

Il la fixait, inquiet, oui vraiment inquiet. Finalement il se détendit, assis en tailleur en face d’elle alors qu’elle avait fait de même, il ferma les yeux et les souvenirs, visions si nettes, affluèrent dans l’esprit de la petite mage.
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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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MessageSujet: Re: Parce qu'abandonner n'existe pas...   Mer 2 Juil - 4:03

Ils étaient de nouveau sur la montagne sur laquelle ils avaient retrouvés les dragons. C’était le jour de leur arrivée. Tristan était en train de discuter avec animation, tout sourire, avec les « siens ». Cassidy n’était déjà plus près de lui mais il ne l’avait pas remarqué. Ca devait être après l’accrochage de la jeune femme avec ses deux dragonnes puisque celles-ci venaient de revenir dans la salle, l’air agacées, très agacées… Elles semblaient même carrément bouder ! Cela ne les empêcha pas pour autant de se rapprocher et de faire les yeux doux au beau jeune homme qui les regarda avec une certaine surprise. Il était adorable avec son air d’incompréhension, n’ayant clairement pas saisi qu’elles lui faisaient du gringue alors même qu’elles s’émerveillaient devant son « corps » de guerrier, formulant leur espérance de voir le jeune homme s’en servir.

- Hum, tous ces muscles en action, ça doit être quelque chose quand même.
- Tu ne voudrais pas nous montrer, Tristan ?

- Euh… Oui, bien sûr ! Vous avez un terrain d’entraînement pas loin ?

Et non, il n’avait clairement pas compris. Pourtant ce type de subtilité avait toujours été son fort mais il était fiancé et avait une compagne pour le moins jalouse, répondre un peu trop à ce type de question pleine de sous-entendus sans avoir la belle à ses côtés pour prouver que ce n’était que de l’humour n’était pas très prudent, ni pour ces femmes, ni pour lui ! Une petite mage en colère, ce n’était bon pour personne !
Elles allaient insister quand il tourna la tête à droite et à gauche, fronçant les sourcils, de plus en plus, parlant assez fort pour être entendu par plusieurs autres dragons humanoïdes.

- Quelqu’un a vu Cassidy ? Elle n’est plus dans la salle. Cassy ????!
- Bah, ne t’en fais pas, frère, ton humaine a dû aller s’allonger dans une des chambres.


C’était le dragon qui l’avait accueilli dès son arrivée, très grand et imposant, il l’était tout autant sous sa forme humaine même s’il avait l’air moins athlétique que son jeune hôte qui semblait sceptique.

- Ah ?… Je vais aller la rejoindre alors. Elle ne doit pas être très à l’aise. Vous l’avez traitée brutalement par le passé, ça se comprend. C’est par où ?

L’humanoïde venait de passer un bras autour de ses épaules, lui faisant fléchir les genoux sous l’impact, l’apostrophant d’un grand rire joyeux en l’entraînant vers ses camarades.

- Ce n’est pas très solides ces petits machins ! Les humains sont très faibles tu sais. Ton humaine n’avait rien à faire là. En tous les cas pas sans un de nos frères à ses côtés. Tu dois rester avec nous, nous avons beaucoup de choses à t’apprendre. Tu es comme nous, tu es un prince même, tu es bien venu pour nous demander de l’aide non ?
- Euh… oui mais… Pourquoi vous m’appelez prince et… Cassy n’est pas faible !!!
- Comparé à nous, elle l’est… Ahhh, laisse tomber un instant tu veux, je vais t’expliquer tout ça…
- D’accord mais…
- Ne t’en fais pas, tu la rejoindras après et tu te feras bien pardonner par quelques acrobaties nuptiales, non ?

Il avait resserré son bras sur ses épaules, l’entraînant un peu plus vers les autres. Tristan fronçait les sourcils, peu convaincu et n’appréciant clairement pas qu’on parle ainsi de sa fiancée mais comme il ne voulait pas se mettre les dragons à dos et plus encore comme ils avaient tous deux besoin de leur aide, il ne dit rien, les muscles de sa mâchoire se contractant, seuls signes de sa tension et de sa désapprobation.
Il semblait écouter ses camarades mais d’un oreille distraite au départ, jetant de rapides regards autour de lui.

Il finit par les écouter avec plus d’attention, parce qu’il était curieux déjà et parce que c’était nécessaire ensuite. Il ne comprenait pas tout. Il y avait une histoire de sang, de don aussi. Un don ? Comme il était Drakkari à la base, du moins, c’est ce qu’il avait cru pendant des années, on lui avait rapidement appris qu’il n’aurait pas le moindre don. Bien sûr Cassidy disait de même, que le sien ne s’était jamais manifesté même s’il n’en était pas si sûr vu sa puissance quand elle s’y mettait sérieusement, ce qui était encore plus vrai aujourd’hui, après son année d’entraînement. Alors qu’on lui parle de don, forcément, ça l’interloquait un peu. Ils lui disaient que tout le monde n’avaient pas de « don », disons d’un pouvoir ressemblant à celui d’un élémentaliste mais pouvant le surpasser au-delà de ce qu’on pouvait imaginer, il ne savait pas s’ils exagéraient un peu les choses… Bref, qu’en gros, ils avaient senti que lui en avait un, que c’était dans son odeur, ce qui lui fit rapidement comprendre que leurs sens étaient bien plus développés que les siens !!!! Et que forcément, il était amené à être plus puissant, qu’il devait s’en enorgueillir et que grâce à cela, il deviendrait réellement puissant. Ce qui lui plaisait moins, c’était le délai qu’ils annonçaient. Il avait la solution à leur problème, mais pas le temps. Des années ? Il ne les avait pas !

- Après dans les rivalités de clan, on a pu voir des jeunes développer leur don dans l’urgence, sans doute fallait-il un choc vraiment important. C’est vrai que selon notre histoire ça a dû beaucoup aider mais rien ne remplace un apprentissage lent et sûr. Ces gamins étaient inexpérimentés et ils ont pu aider mais peu s’en sont sortis.

Rassurant.

Ils étaient en train de lui parler de rites d’initiation, d’épreuves pour être mieux accepté, il n’était pas assez idiot pour ignorer qu’ils voulaient tout simplement le tester, que ce soit coutumier ou non n’y changeant pas grand chose. Il les écoutait mais ne s’intéressait plus vraiment à ce qu’ils disaient. Il ferait ce qu’ils voudraient tant qu’il l’aidait à battre ce double et à devenir assez fort pour déjouer leur futur qu’ils avaient entraperçu et qui n’avait rien mais alors vraiment rien de reluisant !

- Il faudra qu’on te fasse tout visiter. Dans les sous-sols de ce temple se trouvent les plus anciennes fondations ! On raconte que nos aînés y passaient leurs rites d’initiation et de formation avant, que ça les aidait à devenir dragon à part entière, du moins combattants, souverains du monde. C’est probablement l’un des lieux les plus anciens de ce monde ! Personne ici ne sait vraiment ce qui s’y passait mais ça ne devait pas être simple. On raconte même qu’en y descendant de nuit, on y entend encore les gémissements de douleur des initiés.

Sympathique…

Le dragon qui lui parlait, un plus petit, blond comme les blés et aux grands yeux verts devait être à peine plus âgé que lui, enfin c’est ce qu’il croyait. Il était beaucoup plus mince et agile vu ses acrobaties suspendu aux immenses lustres du plafond mais n’en paraissait pas faible pour autant. Il était si enthousiaste que c’était presque communicatif. Tristan eut un demi-sourire, cet enthousiasme lui rappelant une petite blonde qui pouvait tout aussi facilement s’emballer et pour des choses tout aussi glauques parfois ! Son regard se perdit un court instant dans le vague alors qu’il redressait déjà la tête et s’excusait auprès de son interlocuteur.

- Merci pour toutes ces… informations. Navré mais ma fiancée n’est toujours pas revenue et je ne compte pas la laisser plus longtemps seule. Discutons demain si tu veux bien. Et tu me montreras cet endroit.

L’autre hochait la tête, nullement vexé apparemment. Non, il faisait vraiment jeune finalement avec ses bouclettes qui rajeunissaient ses traits. Il paraissait encore plus curieux et enthousiaste, ses yeux brillant.

- Alors c’est vrai ? Tu es avec une humaine ? Mais comment ça marche ? et ça veut dire quoi « fiancé » ? Ah tu me diras demain ! A demain !!!!

Un dragon plus âgé que le Drakkari aurait exigé des réponses immédiates comme ça avait été le cas du grand brun qui n’avait cessé de l’asticoter en traitant sa compagne de « faible créature ». Il ne semblait vraiment pas l’apprécier et même semblait-il dégoûté, le cachant néanmoins devant le grand jeune homme, du moins un peu. Il n’était pas le seul… La majorité semblait être du même avis. Seul le petit blondinet était curieux et ne semblait pas juger ce que lui disait Tristan. Il se mit aussitôt à asticoter une jolie jeune femme pour qu’elle vienne chasser avec lui, se désintéressant du Drakkari qui ne put s’empêcher de sourire. Lui, il l’aimait bien…
Il sortit, ne remarquant pas le regard peu amen que lui lançait le grand brun et les chuchotements que lui soufflait le groupe qui s’était placé en cercle autour de lui. Il ne remarqua pas non plus la colère dans les yeux de quelques dragonnes, se pressant de sortir pour aller retrouver Cassidy.

Un sourire un peu penaud au visage, il était sorti cueillir quelques fleurs dans les vastes espaces verdoyants qui semblaient perpétuer même à cette altitude. Il en avait ramassé de toutes les couleurs et bougeait légèrement la tête en articulant sans bruit, comme s’il répétait un discours d’excuse, touchant et mignon en même temps. Elle pouvait se rendre compte que le garçon si sûr de lui, peu importe la situation ne l’était en réalité que parce qu’il prenait le temps de mettre un minimum ses idées au clair.
Il finit par l’appeler un peu dehors mais ne la trouvant pas en conclut qu’elle devait avoir trouvé un endroit où se reposer. Il fouilla l’espèce de temple, d’abord tranquillement, impressionné par les vastes sculptures qui titillaient son côté artiste, très curieux devant la forme de l’architecture de certaines arcades. Il la chercha un bon moment et petit à petit, sa poigne se resserra sur les tiges qu’il serrait délicatement au départ, ses sourcils se fronçaient sous les mèches désordonnées de cheveux qui lui tombaient sur les yeux, ses pas se faisaient plus rapides, sa voix plus pressante.

- Cassy ! Bon arrête, d’accord, j’ai compris… Je suis désolé de ne me manifester que maintenant …et je suis désolé d’être venu là. Je sais que tu n’aimes pas… Mais je suis là, je suis moi-même tu vois bien. S’il te plait… Arrête. Ou si on doit jouer à cache-cache donne moi au moins un indice. Je vais me faire pardonner, je te jure, on peut aller voler ensemble et descendre jusqu’au restaurant que tu avais bien aimé ! Tu sais celui avec les desserts… Bon, on rentrera tard mais on n’est pas obligés de passer la nuit ici si tu n’es pas bien. Cassy, s’il te plait… Cassy ?! Youhou ! J’ai dit que j’étais désolééééééé !!!!!

Mais elle ne pouvait pas lui répondre, peu importe ce qu’il dirait, elle ne lui répondrait pas, parce qu’elle était déjà loin évidemment. Il la chercha longtemps, finit par réellement s’inquiéter, balança les fleurs par une des vastes fenêtres sans verre, juste un trou béant élégamment décoré pour admirer le ciel et courut dans tout l’édifice en l’appelant et soudain, il s’arrêta dans sa course, vacilla une seconde en écarquillant les yeux, secouant vivement la tête comme s’il voulait s’empêcher de perdre conscience. Bien sûr, il ne pouvait pas du tout faire le rapprochement à ce moment-là pour ce malaise mais il correspondait à l’instant à partir duquel elle avait disparu et donc le moment où leur lien, qu’il avait toujours senti bien plus qu’elle, s’était amenuisé, comme mis en sourdine, comme si elle était trop éloignée. Et c’est ce qu’il crut d’ailleurs, qu’elle était juste partie, loin de ces êtres qu’elle ne pouvait plus supporter après ce qu’ils lui avaient fait… Loin de lui aussi… Surtout loin de lui.
La suite ? Il était sorti à l’extérieur en titubant un instant puis avait totalement retrouvé son équilibre. Il l’avait appelée des heures durant du haut d’un promontoire, avait essayé de se transformer mais ses émotions, trop vives à cet instant, jouaient contre lui et il en avait été incapable. De toute façon, il ne savait pas où chercher. Des dragons étaient sortis après l’avoir vu s’agiter un bon moment dans tout l’édifice puis au dehors, certains l’avaient approché, d’autres non, aucun n’avait parlé, se contentant de le fixer, avec curiosité ou avec un mépris à peine voilé. Comment comprendre la détresse du jeune homme ? Elle n’avait rien de reconnaissable pour eux. Un mâle qui perdait sa femelle se battait non ? Il combattait celui qui la lui avait arrachée ! Il ne se morfondait pas dans d’inutiles appels. Et si cette femelle était partie, soit il la poursuivait et la ramenait de force, soit il en prenait une autre. Décidément, leur frère avait bien trop vécu parmi les humains. Mais c’était terminé à présent…

Quelques heures plus tard, il s’était redressé de son rocher, les yeux secs, le visage fermé et l’air totalement vague. Etait-il réellement conscient en se relevant ? Certainement pas… Encore abasourdi par l’abandon qu’il n’avait pas vu venir et qui n’en était pas un, abruti de chagrin, le jeune homme marchait sans s’en rendre compte, guidé par il ne savait trop quoi, par son propre destin tout simplement. Il ignorait tout de cet endroit et l’avait prouvé au départ, plus tôt dans la journée, par ses pas hésitants dans les dédales de couloirs. Or, là, il avançait sans la moindre hésitation, le pied sûr, guidé par quelque chose. Ce n’étaient que des murmures, le vent qui sifflait doucement à ses oreilles une mélodie apaisante. Il l’avait suivie à l’intérieur et était descendu dans les entrailles de la montagne par des escaliers vertigineux, étroits et terriblement escarpés. Toujours en suivant son guide ou son instinct peut-être, c’est sans s’en apercevoir qu’il descendait parfois deux marches, évitant ainsi l’une d’elle abîmée par le temps qui aurait cédé sous son poids. Il ne fixait pas cette roche creusée sur laquelle il descendait, assuré, non, il avait toujours le regard fixe, comme s’il se contentait d’écouter. Et ça suffisait.

Ce lieu dont lui avait parlé le blondinet un peu plus tôt, il l’avait finalement atteint. C’est là que l’avait trouvé un des dragons d’ailleurs, le grand brun qui l’avait accueilli si chaleureusement mais paraissait aussi totalement insaisissable. Tristan s’était assis par terre en tailleur et fixait tour à tour les quatre immenses portes qui lui faisaient face. Qu’était-ce que cet endroit ? Il n’en avait aucune idée évidemment même si quelque part, son instinct lui soufflait que c’était un endroit important, et ancien, qu’ici, peut-être il pourrait obtenir l’aide dont il avait terriblement besoin. Chaque porte comportait un symbole énorme et légèrement brillant, se détachant de la pierre noire, obsidienne, dont semblait être fait chaque énorme battant. Cassidy, qui était une mage, connaissait bien sûr de très nombreux symboles, elle les avait appris, mémorisé, parfois un peu modifié pour des expériences pas toujours totalement réussies. Mais lui, il n’y connaissait rien. Comment se douter que ces signes tarabiscotés de partout avaient pour simple signification les noms des éléments de ce monde ? Eau, terre, feu, air. Tout simplement. Il les fixait tour à tour, sans montrer la moindre expression, pas même curieux d’être là, pas même surpris non plus d’ailleurs. Puis il s’était relevé et était allé à celle sur sa gauche, posant une main à plat sur l’un des battants tellement énorme, disproportionné… Chacune de ces portes ouvertes devait pouvoir permettre à un dragon d’y entrer alors pour un humanoïde, forcément, tout était… énorme. C’était là que son « frère » l’avait vu, en train de pousser une porte pour y entrer.
Pendant un bref instant, des émotions que le Drakkari ne pouvait pas voir étaient passées sur le visage du dragon-humain : surprise, peur, inquiétude, jalousie aussi… beaucoup de jalousie, mépris, rancune, soulagement à peine voilé. De toute façon, même s’il lui avait fait face, il n’aurait probablement pas plus compris. Il ne lui prêta pas la moindre attention alors que l’autre essayait vaguement de le retenir, surveillant les autres portes avec une certaine méfiance nimbée de peur. Il avait refermé les portes.

Même s’il n’était plus très expressif, Tristan fut surpris de ce qu’il découvrit à l’intérieur et il y avait de quoi. Ce n’était plus du tout la montagne… La porte avait disparu dès que les battants avaient été refermés et il se trouvait dans un paysage immense, son regard ne portant pas assez loin pour en déterminer les limites : des montagnes aigues, des prairies verdoyantes, le glougloutement d’une rivière. Il entendait tout…mais tout était terriblement assourdi, comme s’il avait écouté à travers une vitre, une très épaisse vitre.
Des volutes d’air et de sable, un sable qu’il n’avait même pas remarqué tournoyèrent près de lui avant de donner forme à quatre humains… qui ressemblaient beaucoup aux dragons transformés qu’il avait pu voir. Les oreilles légèrement pointues, des crocs luisant par leurs sourires entendus, l’oeil vif, chacun était différent. Deux hommes et deux femmes. L’un des hommes paraissait âgé, l’autre jeune, dans la force de l’âge. L’une des femmes n’était qu’une gamine, tandis que l’autre ravissante devait avoir le même âge que lui. Celle-ci était si blonde que ses cheveux en paraissait blancs et elle fixait des yeux d’un bleu clair à couper le souffle sur lui avec plus encore d’intensité que les autres. Il ressentit un tiraillement dans l’estomac, le besoin de s’agenouiller devant des puissances qui le dépassaient mais il ne le fit pas. Le vieil homme haussa un sourcil, la jeune femme esquissa un sourire mutin, la moins surprise des quatre assurément. Ce fut elle qui parla d’une voix étrangement douce et apaisante même si elle aussi paraissait étouffée.

- Bonjour Tristan…
- …
- Tu ne connais pas encore ton véritable nom n’est ce pas ? Il viendra…
- Vous allez m’aider ?
- …
- C’est vous qui allez me faire devenir plus fort ?
- C’est à toi de devenir plus fort. Ici tu le peux, bien plus rapidement qu’à l’extérieur mais tu peux encore y renoncer. Ce ne sera pas simple. Ni sans douleur. Nous sommes là pour te guider.
- Je ne partirai pas.
- Tu nous as entendu… C’est que tu étais prêt à venir ici.
- Il est temps pour toi de devenir un vrai dragon.


C’était l’homme jeune qui avait parlé, le fixant avec une intensité déstabilisante et un air bien plus sévère que son congénère plus âgé. Le visage de Tristan se détendait, comme si brusquement, tout cédait autour de lui et comme s’il n’était plus aussi « triste ». Il redevenait plus lui-même, le prouvaient la défiance dans son regard, son sourire un brin méprisant et sa posture plus assurée. Il fixait son interlocuteur sans sourciller.

- Je ne renoncerai pas à mon humanité.

Les quatre semblèrent surpris, mais moins la blonde qui souriait discrètement sans le regarder.

- C’est pour ça que je suis là non ? C’est ce à quoi tout ça doit aboutir non ? Me faire devenir plus fort, un vrai dragon en oubliant ce que l’humanité m’a appris…
- En effet.
- Eh bien je refuse. Je peux gérer les deux ! Je ne suis pas idiot ! Je sens que c’est possible !
- Non.
- Si ce n’était pas possible, alors qu’est ce que je suis depuis des mois au juste ?
- Ni dragon, ni humain Tristan. Si tu veux devenir plus fort tu dois y renoncer.
- Mais je…
- Un vrai dragon, puissant, assez fort pour battre celui que tu es devenu dans un autre temps, ne peut pas ressentir ces émotions « humaines ». Elles te rendent faibles, hésitant, elles te rendent inutiles dans un combat, incapable de faire les bons choix.
- …
- Il y a un moyen…

Les trois dragons-humains s’étaient tournés d’un seul mouvement vers la blonde qui fixait Tristan. Celui-ci l’observa en fronçant légèrement les sourcils. Le jeune s’emporta.

- Tu n’y penses pas ! Ce serait reculer pour mieux sauter ! Il est incapable de gérer ça ! Ce n’est qu’un gamin ! Il est en retard sur tout ! Il n’a pas besoin de son « humanité » morbide !
- Sans cette humanité morbide comme tu dis si bien, il se ficherait pas mal de ce que son « futur » pourrait faire à notre époque et il n’aurait pas empêché plusieurs attaques de Kaärs de s’en prendre aux nôtres, ce n’est pas parce que nous ne prenons pas parti aux délires guerroyants humains que nous sommes insensibles à leur tentative de corruption. Les plus jeunes et fragiles d’entre nous y sont particulièrement dupes, l’aurais-tu oublié ? L’humanité n’est pas une plaie. C’est une faiblesse certes, mais ce n’est pas une plaie. S’il la contrôlait, il pourrait devenir bien plus fort qu’un pure souche.
- Impossible !
- Pour nous évidemment, et pour tout dragon standard certes… Mais il a vécu en tant qu’humain pendant plus de vingt ans… - - C’est possible.
- Si ça échoue tu connais les conséquences !
- J’ai foi en lui.
- Tu délires ! Les siècles te montent à la tête !

- Eyh ! Je suis toujours là ! De quoi vous parlez !
- Impertinent tu…
- Aussi impertinent que n’importe quel dragon plutôt…


Le jeune s’était calmé, un peu, du moins s’ était-il tu, grognant tout seul. La blonde s’était tournée vers Tristan, un sourire mi-figue, mi-raisin aux lèvres.

- Tes sens, que tu sais pourtant bien développés aujourd’hui, sont encore en sommeil. Tu te transformes en dragon, certes, mais jamais plus de quelques heures. Tu es plus humain qu’autre chose. Si vraiment tu souhaites le rester et devenir plus fort, il y a un moyen, pousser la dualité de tes deux natures à leur paroxysme. Humain tu l’as été, égoïste ou terriblement généreux, haineux ou profondément amoureux. Ce sont des émotions que beaucoup prétendent inutiles mais qui, si tu en conservais un certain contrôle pourraient te faire émissaire auprès de la race humaine. Mais ça a un prix. Tu seras constamment sur le fil de l’épée, capable de verser à tout moment d’un côté comme de l’autre. Et chacun d’eux aura une conséquence… Tes sens, tes émotions, tout va être décuplé à un point que tu ne peux pas le moins du monde imaginer. Dis-toi que pour l’heure, tu ne ressens rien encore… et que tu ne sentiras qu’à ce moment là, le monde qui t’entoure. Tu seras aussi bien victimes de tes pulsions humaines, que de celles dragonnes. Deviens trop humain… et tes émotions t’anéantiront, au sens propre du terme… Aucun humain ne peut ressentir avec l’intensité d’un dragon, tu deviendrais fou… dans le meilleur des cas évidemment. Mais si à l’inverse tu verses trop dans ton côté dragon, tu seras totalement victime de nos sens et l’humanité te rebutera, t’apitoiera comme elle le fait pour la majorité d’entre nous. Tu détesteras probablement l’humanité avec toute la violence propre à ta nature pour le mal qu’ils t’ont fait et qu’aucun de nous ne tolérerai et il y a de fortes chances pour que tu tues, sans compter, par envie, par amusement, par faim aussi. Est-ce que tu comprends ?

Tristan était devenu blême mais la fixait toujours sans bouger. Après tout, il n’avait pas vraiment le choix, devenir plus fort tout en restant humain, ce n’était certainement pas une mince affaire, il le savait bien avant d’arriver ici, alors qu’il y pensait, sentant la colère et l’inquiétude pas le moins du monde camouflées de sa compagne. Elle ne voulait pas qu’il change… Etait-ce pour cela qu’elle était partie ? Sans doute… Il pensait qu’elle resterait pourtant mais… Peut-être qu’il lui en avait trop demandé, une fois de plus. Elle se remettait à peine de son handicap, de son état de future mère. Et tout ceci était sa faute alors oui, il lui en avait trop demandé, il s’en voulait. Mais s’il y parvenait, alors elle irait mieux. Elle n’aurait pas peur… Un instant sa gorge s’était serrée. Elle n’acceptait pas le dragon en lui de toute manière. Quoi qu’il fasse…
Le jeune en face de lui semblait lire sur son visage le cheminement de ses pensées et les quatre dragons en savoir vraiment beaucoup trop sur lui, sur ce qu’il était, la raison de sa présence et toute sa vie !

- Elle est partie. Elle s’est enfuie parce que ce que tu es, elle ne peut l’accepter ! Résigne- toi, ne lutte pas ! Nous sommes ta famille et elle le sait ! Tu crois que si elle est partie sans même te dire adieu, cette humaine reviendra sous prétexte que tu n’as pas « trop » changé ?
- Darek !
- Il doit bien l’entendre ! Quelle idée stupide de copiner avec les humains, avec une humaine, une mage et surtout avec CETTE humaine ! Ce gamin est plus victime de ses pulsions qu’un jeune dragon en pleine adolescence ! Les émotions qu’il ressent sont traitres. Et pourquoi elle hein ?! Elle est…


Sa voix mourut dans sa gorge alors qu’il fixait les yeux orangés plein de fureur qui l’observaient sans ciller. Les pupilles agrandies par la colère, un sourire moqueur aux lèvres et le corps déjà en position d’attaquer, Tristan fixait son interlocuteur avec un air de défi insolent.

- Dis ce que tu veux le vieux, insulte moi, traite moi de fou de tout tenter, mais insulte ma fiancée et tout esprit que tu es, je t’éclate !

Les trois autres souriaient, amusés, même le jeune fit de même très vite, l’air soudain très intéressé devant cet excès de rage et d’envie de guerroyer.

- Aussi mordant qu’un dragon hein… Je vois. Alors commençons pour voir ce que tu as vraiment dans les tripes gamin !

Son image se flouta en autres volutes plus épaisse de sable et à sa place se tint rapidement un dragon doré. Il était loin de la carrure inquiétante de ceux que Tristan avait pu voir à la surface et les trois autres qui se transformaient le lui confirmèrent. Chacun d’eux n’était pas très grand… Ils étaient comme lui ou plutôt il était comme eux. Ils étaient fait pour…
Déjà ils décollaient dans un ensemble impeccable. Alors qu’un dragon bien plus grand et plus lourd devait prendre un minimum d’élan pour s’envoler, ce dont lui-même avait encore besoin, eux semblaient s’élever comme s’ils ne pesaient rien, avec la délicatesse de papillons, commençant à virevolter avec une aisance qui lui rabattit le caquet immédiatement. D’accord… Il était vraiment mauvais comparé à eux. Sa transformation ne lui prit qu’un court instant alors que déjà il tentait de l’imiter mais à peine s’éleva t-il qu’il comprit son erreur en les voyant fondre sur lui… Ce n’était pas une leçon de vol, mais une… de combat !

La scène changea enfin.
Ce n’était qu’un enchainement d’évènements brefs, comme des souvenirs isolés qui se chevauchaient les uns les autres. Alors qu’il était dragon et qu’il tentait maille que maille de combattre dans les airs le dragon doré qui l’envoyait constamment s’écraser violemment au sol, ne le ménageant pas une seconde, plongeant ses crocs aiguisés avec une aisance terrible entre les écailles pourtant solide. Tout esprit qu’était censé être cet être, ce lieu lui redonnait vie, pas pour très longtemps néanmoins puisque les quatre dragons devaient se succéder régulièrement, disparaissant dans un souffle de vent tour à tour. Le doré était le plus virulent de tous et imposait de sévères raclées à son cadet prétentieux. Ils avaient raison, sa transformation ne tenait jamais bien longtemps.
Dans une scène, le jeune Drakkari était chancelant, se retenant à un arbre. Il ne comprenait pas vraiment comment ce lieu était possible, quelle magie hantait cet endroit mais il s’y faisait. Il semblait épuisé et il était certain que ses quatre maitres le privaient de sommeil. Couvert de bleus et de contusions diverses, il avait encore sa large cicatrice en X sur le torse, celle que détestait tant sa bien aimée.

Les séances de vol se poursuivaient, c’était la dragonne blonde qui l’entraînait le plus et le mieux pour celles-ci. sous sa forme draconnique, elle était plus éblouissante que les autres, ses écailles étaient d’un blanc si étincelant qu’elles renvoyaient les couleurs de l’arc en ciel au moindre miroitement, son aisance dans les airs la rendait plus majestueuse que tout autre être eût pu l’être dans ce monde… Il apprenait et petit-à-petit, tenait plus longtemps, esquivait mieux.
C’est sous sa forme humaine qu’ils lui apprenaient à maitriser son don. Du moins c’est ce qu’ils voulaient mais celui-ci devait mettre des années à se révéler encore, il n’était pas dragon depuis très longtemps en effet.
Il avait besoin d’un certain état d’esprit pour y parvenir et ils avaient bien l’intention de forcer cet état d’esprit…

Le jeune homme était en train de boire à grandes goulées l’eau fraiche du ruisseau près de lui, la main serrée sur sa gourde. Il venait de se passer de l’eau sur le visage, effaçant les traces de son précédent combat qui lui avait valu encore de belles écorchures.
Le dragon doré redevint humanoïde près de lui et lui adressa un sifflement dédaigneux.

- Utilise tes écailles.
- Hein ?
- Pour cacher tes blessures… Utilise tes écailles. La peau humaine n’est qu’un assemblage de minuscules écailles. On t’a appris à les renforcer lors d’une attaque frontale mais elles peuvent être utilisées de bien d’autres manières. Tu ne dois jamais laisser voir à tes ennemis tes blessures. Tu guéris vite en tant que dragon certes, mais si tu peux camoufler tes dégâts, ton aplomb effrayera ton ennemi et il te craindra davantage, fera des erreurs… Tu y parviendras mieux avec ton don… Ton élément est celui qui donne le plus conscience de son corps après tout.
- …

Il lui fit un signe de tête, il le suivit, rejoindre les trois autres et à leur demande s’assit dans l’herbe, les fixant avec curiosité. Il ne savait pas trop depuis combien de temps il était là, il avait perdu la notion des heures, des jours mais il devait faire vite, il le savait. Il sentait bien qu’ils le savaient aussi et qu’ils désapprouvaient sa manière de se presser mais il n’avait pas le choix. Si Cassidy était restée ici avec lui, il aurait été rassuré de son état. Or elle était loin et il n’avait aucune idée de où elle était ni comment elle allait. Son double devait toujours la poursuivre. Il devait se dépêcher d’aller lui régler son compte, de lui prouver que tout allait bien, de… Une douleur aigue lui traversa le crâne tandis que rebondissait par terre la pierre de la taille d’un poing que venait de lui jeter en plein front le dragon doré agacé de le voir dans le vague. Il grimaça mais se rassura en se rendant compte qu’il n’avait pas si mal que ça et que finalement, en effet, son corps devenait vraiment plus fort grâce à eux. Il n’avait pas à dire merci. Il n’y avait pas de mot pour le dire dans la langue des dragons. Ils enseignaient à leur cadet voilà tout. Dans ce lieu, c’était leur rôle même si cela faisait bien des années que personne ne s’était aventuré là…
La dragonne blanche lui parla et il se fit attentif.

Tristan, nous avons trouvé un moyen pour pousser ton don à se réveiller. Tu le sais sans doute depuis un moment maintenant mais nous sommes tous des souverains du ciel. Certes, tous les dragons sont des maitres du ciel, nous volons, c’est dans notre nature. Mais certains ont des dons… Le feu, l’eau, la terre, l’air. Alanir, le dragon que ton humaine a cherché à sauver, qui est devenu un paria chez nous était un dragon de feu. Ce sont ceux dotés de la plus grande puissance qui soit, de vraies machines à tuer, des destructeurs, ils peuvent brûler absolument tout, même les os de dragons qui résistent pourtant aux feux humains. Les dragons de la terre sont les plus massifs d’entre nous, les plus résistants, ils évoluent au sol avec la même aisance que le plus habile des mammifères terriens. Les plus puissants d’entre eux vivent dans les contrées du sud, là où les sables et la chaleur écrasante décourageraient nombre d’êtres vivants. Ils provoquent parfois des tempêtes et sont réputés pour leur souveraineté sans égale. Ceux dotés du don de l’eau vivent comme tu t’en doutes près des sources de leur pouvoir, ce sont les dragons amphibies et ils évoluent aussi bien dans l’eau que dans l’air, adaptables, ils sont les plus pacifiques et discrets d’entre nous et il est très rares d’en croiser. Enfin, ceux dotés du don de l’air, comme nous quatre et comme toi, tu t’en doutes, sont les plus petits de notre espèce… Mais de loin aussi, les plus... rapides !!! Le ciel nous appartient et personne ne peut nous battre à la course. Nous volons bien mieux que les autres et nous pouvons changer les courants pour nous porter plus haut et plus vite si nous le désirons. Ceux qui ont un don néanmoins ne sont pas nombreux. Tu es le premier à contrôler l’air, du moins à en être capable, depuis longtemps.

Tristan les écoutait, attentif, ne bougeant pas, semblant boire leurs paroles même si la question demeurait. Qu’avaient-ils trouvés pour lui faire révéler ce « don » ?
La fillette se releva et traça d’une branche un cercle au sol, étroit, autour de lui alors qu’il fronçait les sourcils. Ils lui expliquèrent qu’ils allaient lui faire revivre ses propres souvenirs, ses propres pensées, les plus difficiles, les plus rageantes, celles qui avaient  provoqué le plus d’émotion chez lui, de mauvaises émotions et qu’il ne devait, sous aucun prétexte ressortir de ce cercle. Il ne semblait pas comprendre mais bien rapidement le sens de ces mots lui apparut. Car devant ces yeux, effectivement, d’horribles scènes reprenaient vie, en commençant par la mort de sa mère, en finissant par le départ de la jeune femme. Un départ auquel il n’avait pas assisté certes mais qui était criant de vérité, la jeune mage, blessée, en larmes qui sautait sur le dos d’un dragon de feu pour s’éloigner de là. Il ne l’entendait pas, il ne savait pas quelle était la vraie raison mais ce n’en était pas moins difficile. Pour cette scène là pourtant, il ne semblait qu’abattu et passif, épuisé par la résistance précédemment faite. Le pire était sans nul doute d’assister au viol qu’elle avait subi, le voir aussi précisément que si cela se passait maintenant, à quelques mètres à peine de lui. Oui, ça, ça avait été le pire, il s’était relevé en hurlant, manquant de peu de sortir de ce fameux cercle, serrant les dents, les poings, s’obligeant à regarder dans une auto torture sadique pour se rappeler ce qu’il n’avait pas pu empêcher. Chaque fois, il ressentait toute sa propre haine avec une force qu’il ne soupçonnait pas. Ils avaient raison, c’était horrible…
Chaque fois, sous la colère, son corps cherchait à se transformer, à se libérer des chaines de la raison. Empêcher sa propre transformation était si douloureux.
Quand enfin cette épreuve prit fin, il s’écroula au sol en gémissant. Trop c’était trop…
Devoir rester « humain » face à cela… comment le pouvait-il au juste ? Alors qu’il était à genoux au sol une petite voix bien connue s’éleva soudain.

- Tris ? Tris !!!!

Il releva si vite la tête que ses vertèbres craquèrent alors que son regard orangé s’illuminait d’une joie et d’un soulagement sans précédent, fixant la petite mage blonde à quelques mètres devant lui qui le fixait avec inquiétude et semblait perdue.

- Tris ? Qu’est ce qu’on fait ici ? Tu… Tu vas bien ?

Il n’arrivait même pas à parler, se relevant d’un bond en s’approchant d’elle d’une vive enjambée, semblant totalement oublier ses blessures, ses courbatures, ses contusions diverses et variées jusqu’à se figer alors qu’elle lui ouvrait les bras, son visage exprimant un panel d’expressions : de l’abattement, de la tristesse, de la résignation. Il retourna un regard noir vers les quatre dragons, grognant entre ses dents.

- Ca vous amuse ?

Il s’éloigna, tournant le dos à l’apparition qui disparaissait déjà, attrapa Darek par la gorge et lui décocha une violente droite. Ce qui sembla plus amuser encore le dragon et rendre fou de rage le jeune homme qui se transforma et s’éloigna rapidement vers une des petites montagnes. Ils se concertaient du regard pour savoir qui d’entre eux retournerait déjà entraîner le garçon, sans lui laisser le temps de souffler. La fillette se dévoua sur une phrase avec un sourire.

- Apparemment, il commence à comprendre qu’elle ne reviendra pas.

Et elle en semblait la plus enchantée des quatre, amusée, joueuse alors que la blonde la fixait avec une certaine consternation.
Les scènes changeaient, le jeune homme aussi. Progressivement des marques dorées avaient commencé à apparaître sur son visage et sur ses bras. Il semblait surpris, pas autant que les quatre autres. Leur tentative avait fonctionné et son don s’était réveillé. Il en avait été le premier surpris lorsque des feuilles s’étaient mises à virevolter autour de lui mais il avançait.

Le cinquième jour de son initiation touchait à sa fin et il allait sortir, il le savait. Il n’était pas prêt, mais il n’avait pas le temps de faire beaucoup mieux. Néanmoins, avant, les dragons avaient voulu lui parler une dernière fois et c’était le dénommé Darek qui s’exprimait en le fixant, le le laissant pas parler.

- Quand tu auras compris que ta place n’est pas avec une humaine et qu’elle ne peut t’accepter tel que tu es, tu reviendras parmi nous et nous pourrons finir de t’apprendre ce que tu dois savoir en tant que dragon.
- …
- Mais si, comme tu le crois dur comme fer, elle peut accepter ce que tu es alors tu devras nous le prouver. Avant la prochaine nuit sans lune. Si elle t’aime pour ce que tu es avant ce moment là, nous admettrons notre erreur, tu seras libre de tes choix. Mais si tu échoues, tu devras revenir ici et ne plus nous quitter, devenir un vrai dragon… Alors, as-tu réellement confiance en elle.

Tristan s’était relevé avec un sourire provocant. Ses cheveux étaient encore entièrement rouges et il semblait fatigué mais pas moins sûr de lui. Il ne leur répondit pas, se contentant d’un sourire encore plus taquin, l’air de dire qu’ils allaient devoir préparer leurs excuses et il sortit sans autre forme de procès.
Il avait retrouvé les autres dragons qui étaient surpris de le voir, surpris qu’il sorte si vite. Il ne savait pas si ce qu’il avait fait était normal ou non. Ni ce qu’il devait encore faire à cet instant. Il les laissait l’accueillir mais n’attendit pas bien longtemps avant de quitter la cité des dragons pour sa propre chasse.

Il ne savait pas trop ce qui le guidait. Le vent, la magie ? Peu importait… Il se retrouva finalement non loin de l’Académie, inquiet d’en être si proche. Son double était là, le Tristan plus âgé, assis sur un rocher. Ses cheveux noirs plus longs luisaient sous le soleil tandis qu’il passait sa main sur son épée. Au grincement qui se faisait entendre, il devait y passer plutôt ses écailles. Il ne releva même pas la tête quand le jeune homme se retransforma, atterrissant souplement devant lui.

- L’air hein ? Il parait que c’était mon don à l’origine… Trop… faible. Inutile. Faire des jolies voltiges et fuir, voilà à quoi ça sert. Tu ne penses sérieusement pas réussir à me vaincre avec ça. Si ? Ou alors c’est que tu es encore plus idiot que je ne le pensais.

Tristan se crispa un peu, se tenant déjà prêt à esquiver avec la certitude qu’il n’était vraiment pas plus fort que quelques jours plus tôt. En fait, il n’avait pas l’impression que ça ait servi à quoi que ce soit. Cinq jours pour devenir plus fort… Rien ne lui avait enseigné comment se battre soi-même ! Son double se relevait, faisant danser dans sa main des flammes, ce qu’il ne pensait pas possible tout simplement. N’était-il pas censé contrôler le vent ? Et comment diable avait-il pu changer de don ? C’était totalement impossible. Son double semblait lire dans son esprit, normal, c’était LUI.

- Disons que j’ai fait un petit échange… pas totalement volontaire. Où est ton humaine ?
- En sécurité.
- Je vois… Elle s’est barrée hein ? Laisse moi deviner… C’était trop dur de te voir devenir dragon ? Tu le sens davantage. Bien… Un bon moyen de me battre, si tu avais cinq ans pour apprendre oui.
- Elle est juste assez loin de toi pour que je puisse te démonter la gueule sans m’inquiéter.
- Elle n’a pas accepté oui. Elle n’acceptera jamais. Aide moi à l’éliminer. Crois-moi, le monde s’en portera bien mieux. Tu n’as pas vu ce qu’elle a permis, ce qu’elle a fait. Moi oui. Elle va détruire ce monde ! Du moins y participer. Ne sois pas naïf. Si elle ne m’a pas assez aimé pour se contrôler, pour m’épargner, elle ne t’aimera pas davantage. On est juste… d’intéressantes distractions et je sais que pour l’instant tu penses que c’est la femme de ta vie et blablabla, mais crois-moi, elle ne vaut pas une dragonne et n’en vaudra jamais une. Ce n’est qu’une humaine… particulièrement gênante. On est pareils tous les deux. Ne la laisse pas faire de toi son pion comme elle l’a fait trop longtemps avec moi.
- Je ne suis pas comme toi.
- Tu crois ça ?

Le Tristan plus âgé eut juste le temps et l’instinct de reculer d’un bond, n’ayant pas vu venir l’attaque qui avait bien failli l’envoyer au tapis. Tristan lui-même était surpris de sa vitesse et de la facilité avec laquelle il avait sorti son épée attachée dans son dos pour frapper, encore plus de la force de l’impact qui fendit un deux le rocher sur lequel se trouvait son double. Cela déclencha les hostilités et ils commencèrent un combat de titan qui dura longtemps mais qui semblait déjà beaucoup plus équitable. Tristan se prenait de sacrés coups mais son double aussi et ça le réjouissait. Mais il faiblissait, l’autre non. Il ne savait pas comment il avait pu obtenir son pouvoir mais il s’en servait bien, lui non… Les brûlures sur ses bras et son torse, qui avait littéralement calcinées sa tunique lui faisaient mal et tendaient douloureusement ses muscles. L’autre s’en rendait parfaitement compte et ne s’épuisait pas, le narguant, l’houspillant avec véhémence en le traitant de faiblard, lui rappelant durement à quel point il était encore faible, tellement faible.

Tristan se relevait d’une énième chute contre un arbre qui lui avait encore davantage meurtri le dos, évitant d’une roulade l’attaque de son adversaire. Il ne comprenait pas. Il n’arrivait pas à réfléchir. Si cet homme était son futur, pourquoi l’attaquait-il ainsi ? Ne craignait-il pas en le tuant de disparaitre également ? L’évidence lui apparut alors. Il n’était pas sérieux, il jouait juste. Il n’avait aucune chance. Jusqu’à ce qu’apparaisse Cassidy du moins. L’autre lui avait violemment cloué la main au sol de la pointe de son épée, la transperçant presque de part en part, la douleur aigue, lui vrillant les sens, quand il fut brusquement projeté plus loin par une onde magique dorée. Tristan se redressa rapidement tandis que l’autre émettait un grondement puissant et inquiétant.

- Je croyais en avoir fini avec toi.
- Tu me connaissais mieux à l’époque Tris, je suis coriace tu sais.

C’était Cassidy. Enfin celle du futur évidemment, dans un état pire que ce qu’ils avaient pu voir auparavant. Sans doute avait-elle réussi à éloigner un moment le dragon mais il le lui avait fait payer en retour. Elle était couverte de blessures et ses cheveux entièrement blancs paraissaient encore plus pâles qu’avant. Elle paraissait à bout de force et il ignorait comment elle avait pu les retrouver tout d’abord et surtout, utiliser de la magie dans son état. Son ancien amant poussa un grondement de rage en se jetant sur elle, se transformant en un immense dragon noir, bien plus que le jeune Tristan ne l’avait jamais été. Mais cette attaque envers un visage bien connu qui était bien le seul à lui donner la force nécessaire réveilla le jeune homme. Il oublia de réfléchir, il arrêta tout simplement, fermant les yeux, les rouvrant sur des pupilles tellement énormes et sombres que ses yeux entiers semblaient noirs. Il fut entre la mage et le dragon en un instant, sans savoir comment. Il avait lâché son épée, se plaça en garde, arma son bras, frappa de toutes ses forces. Ca aurait pu paraître totalement idiot et ça l’était, mais il agissait sans réfléchir et c’était bien sa seule chance face à son lui si expérimenté. Son don se manifesta enfin et une puissante onde de choc heurta la gueule béante qui se dressait face à lui, repoussant le dragon sur des dizaines de mètres, faisant littéralement éclater les cornes et pointes sur sa mâchoire monstrueuse. Lequel était le plus surpris ? Le dragon qui se retrouvait la tête en bas, à moitié sonné contre un arbre, la petite mage à bout de force derrière lui, ou bien le jeune guerrier qui ne fixait même pas ses poings mais tremblait encore de l’impact et serrait les dents, prêt à recommencer.
Son adversaire se retransforma, se massant la mâchoire en grognant.

- Intéressant.
- Tu ne la toucheras pas.
- Tu crois ? Je vais t’éclater morveux, ensuite je la tuerai, puis je retrouverai ta mage et je m’occuperai également d’elle. Ptêt que je la violerai d’abord… Tu crois que ça la tuerait si je me retransformait PENDANT que je la viole ? Je pense que oui, pas sûr, expérience à tenter tu ne crois pas ?

Le mettre en colère n’était franchement pas la meilleure idée qui soit car déjà, le jeune Tristan revenait à l’assaut en poussant un rugissement aussi intimidant que celui de son confrère, fou de rage. Peut-être l’autre avait-il deviné que ses émotions étaient pour l’heure ses ennemis mais il faisait un choix dangereux car brusquement il dut faire face à une force et une colère qui dépassaient de loin ce à quoi il s’attendait. Ils ne se battaient pas encore à arme égale bien sûr, mais presque… ce n’était vraiment pas si loin et l’air était censé être le don du jeune homme… Vu le vent qui sifflait, les pierres qui volaient dans sa direction, oui, il l’avait réveillé.
Et plus les minutes passaient, plus le jeune homme paraissait en colère, fort et incapable de percevoir qu’il se dépassait beaucoup trop. Un court instant de faiblesse lui valut voir son ennemi disparaissait de devant lui, se retrouvant trop vite, sans qu’il ait compris près d’une Cassidy de plus en plus pâle qui parvint juste à éviter la lame qui filait vers elle, pas la main qui la saisit à la gorge et la plaqua violemment contre un arbre alors qu’elle s’y agrippait pour résister à l’étranglement. Déjà Tristan revenait à l’assaut, se figea en voyant la lame si près de la gorge de la jeune femme, fit l’erreur de se transformer et de tenter de refermer ses mâchoires sur son adversaires qui le repoussa en frappant de son épée, traversant ses écailles avec aisance, le brûlant, il ne savait trop comment en le faisant couiner de douleur et se redresser d’un bond pour tenter de se dépêtrer de la lame sur laquelle il s’était bêtement empalé. L’autre repoussait violemment la jeune femme, se retransformait et ruait sur son adversaire bien trop leste et petit pour encaisser l’assaut du mastodonte et de ses cornes. Il parvint à se redresser après avoir roulé un moment, le corps endolori par toutes les piques qui s’étaient glissées entre ses écailles. Il chargea en grondant, toutes griffes sorties, ne vit que trop tard la raison pour laquelle son adversaire ne continuait pas de le piétiner, ne vit que trop tard que ses crocs ne se refermait pas sur une des pattes noires d’encre du monstre, aveuglé par la haine, il entendit juste un gémissement de douleur, sa vision prenant trop de temps à lui faire réaliser qu’il enfonçait ses dents dans la chair délicate d’une humaine qui s’était dressée entre lui et son adversaire, créant encore un mur pour le protéger, un mur de magie. Il n’avait pas vu… Aveuglé par la haine, par ses pulsions meurtrières, guidé par ses instincts de dragon… Il n’avait pas vu. Il se retransforma immédiatement en soutenant la jeune femme, l’appelant alors qu’elle chancelait. Tremblant de la tête aux pieds, Tristan fixait le visage blême qui essayait de lui sourire tendrement, si tristement. De ses mains, il essayait d’arrêter le sang qui s’obstinait à s’échapper du corps mince par les plaies béantes qu’avaient laissées ses crocs d’une de ses épaules jusqu’à sa hanche. Il était à genoux par terre, la maintenant contre lui en gémissant, l’appelant, la suppliant.
Son double s’était retransformé et restait en retrait, observant la scène d’un oeil goguenard.

- Ah ben super, tu m’as bien aidé sur ce coup ! C’est qu’elle est résistante !

Tristan ne l’écoutait même pas, ultime provocation qui ne l’atteignait pas. Elle essayait de parler, mais simplement respirer lui demandait trop d’effort, il le savait, il le sentait.

- S’il te plait… S’il te plait… Pardon… Pardon… Pardon… Je voulais pas… Je voulais pas…
- Ca… va Tris… Empêche le… Gagne… Pas ta faute… Change notre futur…
- Cassy ! Cassy ! S’il te plait non ! Ne me laisse pas ! Ne m’abandonne pas toi aussi ! Je t’en supplie ! Je voulais pas ! Me laisse pas ! Me lai…

Elle avait fermé les yeux, il avait senti son dernier souffle sur son visage qu’il avait tellement penché près du sien alors qu’il la berçait, pressait ses blessures en gémissant. Il effleura ses lèvres d’une main tremblante alors que déjà son image s’estompait, devenant transparente avant de disparaître. Il l’avait tuée… Il l’avait…

- Allez, relève-toi, je vais