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 Parce que je veux te protéger...

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Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
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Messages : 855
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Parce que je veux te protéger...   Ven 15 Aoû - 21:45

Il y avait des petits efforts, Cassidy le sentait. Et elle encourageait Tristan à chaque fois qu’elle trouvait ça bien, souriant lorsqu’il faisait bien les choses et boudant lorsqu’il était maladroit. Du moins, elle voyait sa brusquerie comme une maladresse. Des pulsions à maîtriser, à contrôler. Mais à chaque fois elle l’encourageait. C’était déjà mieux, beaucoup mieux.

Et il y avait eu Kayla. Qui voulait faire comprendre à Cassidy qu’elle n’aurait jamais le dernier mot. Alors la petite mage était intervenue, imposante, déterminée à défendre l’homme de sa vie. Tant que Kayla était là, ils ne pouvaient pas progresser correctement. Mais le risque était énorme.

Une fois que la dragonne fut partie, la petite mage semblait choquée. Mais qu’est-ce qui lui avait prit de faire ça ?!? Elle jeta un regard au pauvre Tristan qui ne comprenait pas grand-chose. Cependant, elle avait ses comptes à régler avec la dragonne. Mais après cette annonce, ils n’eurent pas vraiment de moment ensemble. Eleyna occupait Tristan et Cassidy méditait… sans méditer… Elle avait peur… terriblement peur. Ca lui arrivait de douter, de ne plus croire en elle. Peut être aurait-elle du attendre encore un peu… peut être aurait-elle du la repousser autrement. Mais ses nerfs étaient sacrément sensibles et elle craignait exploser de magie un jour ou l’autre, mettant en danger les habitants de la cité. Ca, Tristan ne pouvait pas le savoir. Mais autant lorsqu’il était normal elle aurait pu s’apaiser, autant là… c’était à elle de l’aider.

Il y avait aussi cette petite fille qui croyait fort en elle. Ce n’était pas un hasard qu’elle lui propose cette solution. Mais pourquoi donc ? Y avait-il autre chose que le fait de revendiquer Tristan ? Pas de hasard non… peut être pas finalement.

Le grand jour, elle enfila une tenue plus confortable et attacha sobrement ses cheveux, Tristan à côté d’elle. La demoiselle se tourna vers lui, tentant de faire bonne figure. Mais à travers leur lien, elle ressentait quelque chose… quelque chose qui lui faisait penser que Tristan n’acceptait pas si bien que ça ce risque majeur. Pour lui… Devoir tout chambouler, sans savoir si elle allait gagner ou pas. Et pourtant, lorsqu’il prononça ces quelques mots magiques avant de partir, le cœur de la demoiselle battit fortement dans sa poitrine. Avec un message comme ça, elle était remontée à bloc et comptait bien réussir !

La dragonne ne semblait pas inquiète en voyant le petit cortège rejoindre la place centrale de la cité. La tension était palpable du côté d’Eleyna et Cassidy même si cette dernière tentait de ne pas rassurer plus que nécessaire sa rivale, ce qui la conforterait dans sa très rapide victoire. La petite mage avait passé beaucoup de temps à réfléchir. Elle avait pensé aux risques, elle avait pensé à l’ampleur de la tâche mais surtout et encore… son manque de confiance en elle qui ressurgissait de temps en temps. En effet, malgré les paroles rassurantes de la petite fille dans son rêve, Cassidy ne pouvait s’empêcher de douter. Elle ne savait pas ce qu’était les épreuves, elle ignorait tout du monde des dragons et face à elle se trouvait une adversaire plutôt bien préparée et surtout… c’était réservé aux dragons.

Elle se tenait là, adossée contre la fontaine, un sourire victorieux sur le visage, nullement inquiète et dévorant Tristan des yeux. Après tout, les dragons se sentaient supérieurs aux autres et même si la petite mage l’intriguait très certainement, elle n’était cependant pas prête à la considérer comme son égale. D’autres dragonnes s’étaient brûlées à la défier alors une humaine… c’était tellement prétentieux…

Mais alors qu’ils avançaient, Cassidy s’était rapprochée de Tristan pour prendre sa main. Sûrement dans un geste réconfortant, apaisant. Elle n’avait pas oublié ses dernières paroles et comptait bien les honorer ! Mais comment tourner en sa faveur l’issue du défi ? La petite blonde n’en savait absolument rien mais tentait de garder un visage déterminé même si la dragonne n’était pas du tout dupe. Elle devait sentir sa peur, ses sentiments anxieux qui l’agitait et son sourire fut d’autant plus grand alors qu’elle demanda aux autres de les suivre. Elle jaugea un instant Eleyna, déclarant que n’étant pas une dragonne, elle ne pouvait pas les accompagner.
Ce fut Alanir qui réagit directement en grognant et prenant la main d’Eleyna, soutenant du regard celui de Kayla. Le genre de regard intense et plein de détermination, qu’elle l’accompagnerait et que cela, c’était bien autorisé même si ça restait… exceptionnel. Surprise au niveau de la dragonne qui trouva son « ancien frère » aussi curieux que la petite mage. Elle avait déjà entendu vaguement parler d’Alanir, ce dragon bien solitaire qui ne se mélangeait pas aux autres, qui ne voulait pas prendre part à leurs pulsions et avait toujours eu une façon d’agir différente de ses pairs, avait-elle entendu dire.

Elle secoua une main gracieuse d’un air légèrement impatient avant de reprendre sa route, menant aux souterrains non loin de la cité. Si les dragons voyaient parfaitement, ce n’était pas le cas de Cassidy et d’Eleyna. La petite mage invoqua une orbe dorée pour leur permettre de voir où elles mettaient les pieds même si cela n’empêcha pas Cassidy de trébucher un instant.
Le petit groupe arriva dans un espace sans aucune issue. Un lac souterrain s’animait mais l’eau était parfaitement calme et paisible. Kayla fit des grands gestes de ses mains. L’eau se mit à tourbillonner, buller, et un passage se forma au milieu du lac alors que la façade de roche en face d’eux devint floue et légèrement lumineuse. La dragonne fut la première à passer sur le passage qu’elle venait de créer et passa au travers de l’espèce de portail très naturellement. Tristan et Cassidy, qui marchaient toujours côte à côte, passèrent en deuxième, suivis du dernier couple. Si Cassidy était nerveuse, angoissée, cela ne l’empêcha pas de déterminer le don de sa rivale. Ainsi donc elle maîtrisait l’eau… mauvais ça pour elle qui était plutôt feu, du lien qu’elle partageait avec Alanir.

La lumière qui les attendait de l’autre côté les éblouit mais lorsque les yeux se rouvrirent, la petite troupe put contempler un spectacle vraiment surprenant. Ils n’étaient plus du tout dans un souterrain mais une large étendue d’herbe, d’arbres et forêts, de points d’eau. Tout cela très irréel puisqu’il n’y avait pas de neige. Où avaient-ils atterris ? Dans quelle zone ? A moins que cela ne soit un de ces très nombreux passages qui ne se révèlent que sous certaines conditions.
Kayla leur fit signe d’avancer, une fois que chacun et chacune put reprendre ses esprits pour admirer la vue, les dragons étant quand même les mieux servis avec leur vision perçante. Ils empruntèrent un petit sentier et arrivèrent à un endroit qui avait des allures d’arène. Vaste colisée pourvu de gradins en pierre pour accueillir les visiteurs et sol couvert de sable, des colonnes surmontées d’arcs leur permettaient d’accéder à ce lieu bien mystique. Des statues représentant des dragons se trouvaient sur des piliers en hauteur et on pouvait avoir l’impression qu’ils observaient la scène, imperturbables.

La dragonne se retourna et fixa ses invités, nullement inquiétée ou angoissée, contrairement à Cassidy.

- Bien… vous allez prendre place dans les gradins pendant toute la durée des épreuves. On ne bouge pas et on n’intervient pas. Les images seront retransmises par magie dans le ciel car si le centre de ce lieu représente le début des épreuves, elles ne se dérouleront pas toutes à l’intérieur…

Cassidy serra un peu plus fort la main à Tristan, attendant un réconfort de sa part, mais sachant qu’il ne viendrait pas. Après tout, elle devait assumer ses actes, elle devait se montrer forte devant lui. N’avait-elle pas dit qu’elle devait le mériter après tout ? Au péril de sa vie ? Peut être pas… Un dragon… ne pouvait pas se faire aussi mal qu’un humain et elle ne savait pas du tout ce qui l’attendait ! Puis elle lâcha la main de Tristan, avec regret mais son regard se fit plus déterminé alors qu’elle serrait son autre poing.

Les autres s’installèrent dans les gradins, laissant les deux rivales au centre du « ring ». La statue la plus proche s’illumina alors qu’une voix résonna dans les airs, dans une langue draconique.

- Aujourd’hui, Cassidy défie l’aîné Kayla dans une série d’épreuves qui ne laissera la place qu’à un vainqueur. La récompense est simple, la femelle gagnante disposera du mâle Ikael et le possédera selon son bon vouloir, la perdante devra se retirer du jeu de séduction, selon les codes de notre noble race.

Cassidy secoua la tête, rageuse, et fit quelques pas devant la statue animée, totalement réveillée pour le coup, voire un peu trop téméraire.

« Hep l’entité là ! T’appelles pas Tristan comme un bout de steak qu’on se dispute la dragonne et moi ! C’est totalement dégradant et irrespectueux pour lui ! »

Gros silence dans l’assemblée alors qu’Alanir se tapait le front de sa main, marmonnant quelque chose comme quoi la petite mage n’arrivait pas à garder sa langue dans sa poche. Kayla semblait amusée par la situation mais la statue ne punit pas la petite mage, préférant commencer la première épreuve.

- Le premier défi mettra en avant votre bon sens, votre ingéniosité et fera travailler votre mémoire. Regardez attentivement ce qui se passe et au signal, l’épreuve commencera…

Des petits carrés étaient apparus dans les airs et vinrent se poser dans deux délimitations de carré étendus au sol. On pouvait en compter une vingtaine. Assemblés les unes aux autres, ils formaient un symbole bien compliqué, de courbes, traits, semblant représenter un symbole mystique pour les dragons, le symbole de la sagesse. Puis ils se mirent à léviter et s’envolèrent dans les airs, traçant des courbes, lancés un peu n’importe où en dehors de l’arène, voire à des kilomètres plus loin.

Alanir s’était crispé et avait regardé la scène, son rythme cardiaque s’accélérant, clignant un instant des yeux, semblant se remémorer quelque chose de marquant. Il déglutit un instant puis regarda le ciel bleu au-dessus d’eux, plus pour lui-même que les autres.

- Vingt cartes hein…

Le visage de Cassidy se modifia aussi, laissant paraître une surprenante émotion. Ses yeux brillaient alors qu’on pouvait lire une profonde tristesse et qu’elle reculait d’un pas, ne semblant pas vraiment en croire ses yeux. C’était donc ça ? C’était donc bien ça ? Elle secoua lentement la tête de gauche à droite alors que Kayla observait attentivement sa réaction. Cette petite humaine était bien étrange. Une gerbe de lumières rouges s’éleva dans le ciel et la dragonne prit sa forme animale, narguant la petite mage qui était à pied, elle !

Alanir serra les poings et se mordilla la lèvre avant de se lever en balançant les bras en direction de Cassidy.

- ALLEZ CASSY ! MONTRE LUI CE QUE T’AS DANS LE VENTRE !

La jeune femme s’ébroua, semblant reprendre ses esprits et entama une course. Mais sous les acclamations d’Alanir, la demoiselle s’emmêla les pieds et tomba droit dans la poussière, les bras en avant. Nouveau changement d’expression d’Alanir qui détourna la tête comme si il n’avait rien vu et sifflota, apparemment très mais alors très gêné !

Elle se redressa un instant, secouant la tête, puis se mit à courir en direction de la sortie, même si dans sa course elle restait extrêmement pensive. Les souvenirs remontaient dans sa mémoire… elle se rappelait. Souvenirs qui furent partagés avec Tristan, sans le vouloir, en raison de leur importance dont leur témoignait la petite mage.

Cassidy était occupée à lancer des sorts sur des cibles artificielles qu’elle avait créées dans une petite clairière. Aux alentours, se trouvaient de grands arbres colorés, étranges et mystérieux, rappelant fortement un climat tropical. Elle semblait blasée, lançait ses sorts au hasard sans atteindre ses cibles, et la fatigue se lisait dans ses yeux. Alanir était plus loin, allongé dans l’herbe et semblait complètement en nage, épuisé lui aussi.

La demoiselle semblait en colère contre elle-même. Elle était en train de lancer un énième sort, lorsqu’une voix harmonieuse se manifesta derrière elle.

- Bonjour Cassidy

La petite mage pivota et lança un sort sur l’intruse qui avait osé l’interrompre dans son entraînement. Mais son sort ricocha contre une sorte de bouclier transparent, teinté d’orange.

- Ola olà… doucement avec ta magie ! Un accident est vite arrivé…

Cassidy examina l’inconnue de haut en bas. Des courbes félines, de taille plutôt grande, un visage plutôt joli mais sans plus, deux yeux orangés qui la fixaient avec intensité et une cascade de cheveux rebelles de la même couleur que ses yeux, dans les tons oranges et jaunes, ce qui donnait un curieux mélange. La nouvelle arrivante était vêtue d’une tenue confortable, plutôt masculine, et ses courbes laissaient entendre qu’elle semblait en forme physiquement. Cassidy la regarda, contrariée.

« T’es qui toi ? »

- Eh ben… on m’avait pourtant dit que t’étais polie et bien élevée, je suis déçue…

« Pas le temps à perdre en bavardages, je dois continuer à m’entraîner pour sortir de là… »

La petite mage s’était déjà retournée pour se concentrer à nouveau sur ses cibles. La nouvelle arrivante soupira un instant avant de baisser les épaules, lasse, puis se remettre à sourire.

- Ce n’est pas en faisant comme ça que t’arriveras à progresser…

« Ca finira bien par marcher ! »

- Tu ne t’y prends pas de la bonne façon ! Il faut…

Cassidy se retourna une nouvelle fois, après avoir loupé une fois de plus sa cible. Elle était apparemment de très mauvaise humeur et pas ouverte à la conversation.

« Bon d’accord d’accord ! Qu’est-ce que tu me veux ? Non parce là tu me gênes et j’avance pas alors balances ton message et repars d’où tu viens ! »

Quelle malpolie… Alanir qui s’était redressée et marchait avec un bâton, d’une démarche maladroite, s’approcha pour tenter de la raisonner.

- Cassy… Arrête d’en vouloir à toutes les personnes de cette île… je sais que c’est dur pour toi mais…

Elle le foudroya du regard et le dragon se fit tout petit d’un coup, ne voulant pas que sa petite maîtresse ne rentre dans une rage folle.

- Il a raison… Je suis venue pour t’aider…

« M’aider à quoi ? »

- A t’entraîner pour…. que tu progresses plus vite !

Cassidy soupira en l’observant une nouvelle fois puis détourna la tête.

« Tristan… Tristan m’aidera à progresser en moins d’une semaine, je doute que tu puisses en faire autant… »

La dame soupira puis ferma les yeux avant de réapparaître.

- Et là c’est mieux ?

Cassidy se figea sur place en l’examinant de nouveau. Car devant elle se trouvait Tristan. C’était lui, ses mimiques, son sourire craquant, lui sous tous ses détails… sauf… pas d’étincelle d’amour dans les yeux. La jeune femme se mit à soupirer.

« Reprends ta forme normale, je ne supporterais pas que tu joues avec ça… »

La nouvelle venue reprit sa forme tout en portant son pouce à sa bouche, semblant réfléchir.

- Je vois pas pourquoi tu t’obstines dans un entraînement qui ne marche pas, ça te coûte quoi d’essayer un peu quelque chose de différent ?

Cassidy ne répondit rien et détourna lentement la tête. La dame se mit à sourire puis s’approcha d’elle, un peu plus chaleureuse d’un coup.

- Alors c’est décidé ! Je serais ton entraîneuse à partir d’aujourd’hui ! Je m’appelle Ysa !

« Mettons nous au boulot le plus vite possible »

- Oui oui bien sûr… Leçon n°1, avoir l’énergie nécessaire pour rester le maître de ses capacités… ça passe par le repos !

Cassidy ouvrit la bouche par protester mais Ysa venait de lancer un sort et Cassidy tomba dans ses bras, endormie. Alanir tenta d’avancer plus rapidement, inquiet pour la petite mage qui était soutenue par la curieuse dame.

- Eyh ! Vous avez fait quoi ???

- Calmes toi… elle est juste en train de dormir… son gros problème c’est qu’à force de s’épuiser comme ça elle n’arrivera à rien et crois moi… vu ce que je vais lui faire subir, elle aura intérêt de se reposer… et de toute manière, elle tombera rapidement de fatigue tous les soirs et dormira bien, je vais suffisamment l’épuiser et l’occuper pour que cela soit le cas…


Alanir broncha mais ne montra aucune résistance.


Elle grimaça en reprenant ses esprits alors qu’elle ne s’arrêtait pas dans sa course, faisant apparaître ses yeux dorés pour avoir plus d’énergie magique. La dragonne ne semblait pas inquiète du tout et prenait un peu son temps à vrai dire. La jeune mage en profita pour sauter dans un arbre comme un chat, qui l’avait intrigué, et redescendit très rapidement, tenant une feuille pour le moins étonnante. En effet, celle-ci s’était repliée sur elle-même, formant ainsi un étrange petit sac que Cassidy fit passer à son bras.

Où étaient les objets mystiques ? La demoiselle ferma un instant les yeux puis les rouvrit, prenant une direction. Elle sauta de nouveau dans un arbre, retirant d’une des hautes branches un des petits carrés de pierre et continua sa route. Plus vite… ce n’est pas assez rapide… dirait-elle. Ce qui était impressionnant c’est qu’elle avait l’air de savoir où se trouvait chaque pièce, comme si elle avait mémorisé leur trajectoire. Ici dans un buisson, l’autre dans une petite caverne. Son sac se remplissait rapidement alors qu’elle courut vers un autre point. Méthodique, efficace, la petite mage progressait à grands pas et ne semblait pas faire de détours inutiles.

Cassidy se tenait négligemment adossée contre un arbre, regardant Ysa qui jouait avec des petits rectangles bruns dans ses mains.

« Alors, c’est quoi mon entraînement ? »

La dame soupira un instant en baissant les yeux au sol.

- Ce que t’es impatiente…

Alanir restait assis sur un rocher, son bâton dans la main, et observait la scène. Ysa s’approcha un instant de Cassidy et lui montra les morceaux rectangulaires avant de les faire flotter dans les airs.

- Voici vingt cartes. Observe bien leur trajectoire, je vais les envoyer dans chaque coin de l’île. L’objectif de cet exercice est de les ramener toutes, le plus rapidement possible.

Cassidy ne semblait pas convaincue, voire même blasée par cet « entraînement ».

« … C’est tout ? »

- Oui

« Et en quoi ça va m’aider de partir à la chasse aux cartes ? »

- A développer ton endurance, ton ingéniosité, savoir utiliser ta magie sur des tâches biens précises en respectant des délais.

« Mouais… »

- Discutes pas et file !

Cassidy se mit à râler et se tourna pour partir tranquillement dans une direction, se prenant les pieds dans une racine et trébuchant. Alanir fit une grimace, Ysa un sourire plutôt compatissant.
La scène devint floue pour réapparaître.

Une Cassidy toute rouge, épuisée, qui tenait quelques cartes dans ses mains.

- C’est tout ?

« … »

- Cassy… je peux t’appeler par ton surnom ? Hum ? Tu n’utilises pas la magie…

« Jvoudrais bien t’y voir ! »

Ysa prit les cartes dans ses mains et les renvoya dans les airs.

- Recommence…

« QUOIIIIIIIIIII ?!? Mais j’ai passé trois heures à récupérer SEULEMENT 5 cartes… »

- Je t’ai demandé de m’en rapporter 5 ? Non ! Tu reviens avec toutes les cartes ! Et rapidement !

Cassidy se mit à grogner et pester contre ce jeu complètement débile qui ne servait absolument à rien et qui lui pompait toute son énergie.

- Est-ce que je t’ai dis que c’était simple ? Non ! Alors tu recommences jusqu’à faire cet exercice correctement

La scène disparut. De multitudes d’autres scènes apparurent, montrant les progrès de Cassidy. Elle semblait épuisée mais à chaque fois Ysa la renvoyait tant qu’elle n’était satisfaite. Il y avait des progrès. Après avoir compris qu’elle ne pourrait jamais récupérer toutes les cartes, la jeune femme s’était servie de son environnement pour trouver un arbre qui faisait pousser des feuilles prenant une forme désirée. Une autre fois elle revenait bien plus vite. Mais à chaque passage, Ysa la renvoyait.

La dernière image montrait une Cassidy très rapide, cela se voyait grâce à ses yeux dorés et l’absence de fatigue sur son visage alors qu’Ysa comptabilisait les cartes.

- C’est mieux mais… tu ne prends jamais la dernière… c’est celle qui se trouve dans le point d’eau, pourquoi ?

Cassidy détourna la tête. Ce fut Alanir qui s’exprima.

- Elle ne sait pas nager…

Sourire désolé d’Ysa en regardant la petite mage qui ne semblait vraiment pas intéressée pour plonger pour une carte qui ne servait à rien.

- C’est embêtant ça… mais pas insurmontable


Cassidy secoua lentement la tête. Elle savait… elle savait. Freinant net sa course, elle arriva à un immense point d’eau. Un petit lac très certainement. Alors qu’elle regardait son reflet dans l’eau, la demoiselle secoua la tête, effrayée. Elle attrapa une pierre qu’elle lança pour tenter d’évaluer la profondeur mais cela ne la rassura pas pour autant.

Un rire résonna derrière elle alors que Kayla apparaissait sous forme de dragon avant de se transformer en humaine, le regard moqueur et fier.

- Alors on a peur de l’eau ?

« … »

La dragonne fit quelques gestes de ses mains et son carré de pierre remonta à la surface, se trouvant dans une bulle alors qu’elle la récupérait dans sa main avant de se détourner.

- Bon… je pense que le point est pour moi… si tu n’arrives pas à récupérer cette pièce je vais vite pouvoir terminer l’épreuve.

Elle se retransforma et s’envola, triomphante.

Cassidy restait plantée à regarder la surface de l’eau. De la colère se lisait dans ses yeux alors qu’elle serrait les poings, tremblante. Il ne fallait pas qu’elle perde ! Hors de question ! Après beaucoup d’hésitation, elle activa ses yeux dorés en poussant un rugissement de guerrière et courut en direction de l’eau, tout en se jetant dedans. Un grand SPLASH retentit alors qu’elle faisait carrément un gros plat, heurtant de plein fouet la surface de l’eau et s’enfonçant dessous.
Les minutes s’écoulèrent et elle ne remontait pas. Alanir commença à s’inquiéter sérieusement.
Elle n’était toujours pas prête à affronter l’eau !

Pourtant, sur l’écran, les trois spectateurs furent témoins d’une scène étonnante. L’eau se mit à bouillir de plus en plus. Quelque chose d’énorme émergea à la surface, de grandes écailles, une gueule semblable à celle d’un dragon et sur le dessus, se tenait la petite mage qui se cramponnait avant d’être doucement glissée vers le sol, son carré à la main, soufflant fortement et trempée mais apparemment en forme. Elle se redressa, les jambes toujours tremblantes, et avança la main vers la créature en la remerciant avec gratitude. Il s’agissait d’un cousin des dragons, qui vivait apparemment dans les endroits maritimes. La créature répondit par une douce tonalité avant de replonger une nouvelle fois.

Dans l’arène, Eleyna semblait un peu intriguée. Elle avait entendu vaguement que Cassidy n’était pas très à l’aise et la fébrilité d’Alanir puis son grand soulagement lui valut un regard interrogateur. Le dragon leva lentement les yeux au ciel.

- Oui Cassy n’a jamais été très adroite dans l’eau. Mais… il y a bien longtemps, on lui a appris que parfois pour surmonter un obstacle, il fallait oser demander de l’aide… quelque chose dans ce style là…

Il resta de nouveau silencieux et se concentra sur la suite des images.

Cassidy activa de nouveau ses yeux dorés et continua son chemin, accélérant grâce à la magie car elle avait du retard à rattraper !

Elle plongea sous un gros tas de racines, sous lesquelles se trouvait une autre partie. Sa petite taille avait ses avantages et apparemment, la dragonne aurait du mal à passer par là.

Mais c’est plus loin qu’elle retrouva Kayla, bien occupée à tenter d’éteindre les flammes d’un feu magique qui englobaient une bonne zone, et l’empêchait d’accéder à une autre pièce. Cassidy se mit à sourire, avant de s’approcher tranquillement, revancharde.

« Alors on a du mal avec le feu ? »

Sans hésiter et sans attendre de réponse, la petite mage traversa les flammes comme si de rien n’était. Aucune brûlure, aucune souffrance et une assurance certaine alors qu’elle ressortait déjà avec la pièce en question, sous le regard de Kayla, très surprise que la petite mage utilisait une magie de feu… de dragon apparemment. Elle devait faire le rapprochement avec Alanir et en trouva la petite humaine encore plus fascinante, se doutant bien que ça ne devait pas être simple d’utiliser un pouvoir de dragon… pour une simple humaine.

Cassidy courut vers le dernier emplacement, une falaise brutale qu’elle devait escalader car la pièce se trouvait dans un creux et heureusement que ses yeux dorés lui donnaient des nouvelles ressources, lui permettant de repousser les lois physiques alors qu’elle grimpait de la force de ses mains et ses pieds. Plus d’une fois elle manqua de tomber, cependant, tout comme sa détermination, Cassidy tenait bon.

Après avoir terminé, elle revint à l’arène, d’une vitesse défiant de loin les capacités humaines, mais la jeune mage était suivie de très près par Kayla, qui ne comptait pas lâcher l’affaire !
La demoiselle dérapa sur le sol, soulevant un nuage de poussière, avant de se jeter devant son socle et de poser le sac à côté d’elle en sortant les pièces. Elle inspira profondément en commençant à les placer alors que Kayla vint à son tour se positionner devant son socle. La concentration se lisait dans les yeux de Cassidy.

* Allez ma grande, souviens toi ! C’est pas le moment de flancher !*

Cassidy était agenouillée dans l’herbe, observant un cadre. Ysa était accroupie à côté d’elle alors que la demoiselle tentait de déplacer les pièces pour reconstruire le dessin. Sur son visage, se lisait l’incompréhension totale, l’impression de perdre un temps monstrueux. Après un temps, elle jeta les pièces plus loin et croisa les bras en détournant la tête.

« Ca m’énerve ça ! J’arrête ! Ca sert à rien, je sais pas ce que tu veux m’apprendre Ysa mais je vais m’amuser à reconstruire un puzzle pour te distraire ! »

Ysa se laissa retomber dans l’herbe puis donna une tape derrière la tête de Cassidy.

- Rhoooo mais tu t’écoutes parfois ? Tu es une mage ! Tu devrais bien savoir que tous les combats ne se règlent pas avec la pointe d’une épée ! Ou d’un bâton dans ton cas…

Cassidy souffla et posa ses mains sur le sol, s’appuyant dessus avant de regarder de nouveau la femme aux cheveux orangés.

« Honnêtement ? Je ne vois pas le sens de cet entraînement… D’accord je dois bosser ma mémoire… oui je peux tomber sur des êtres capables de mémoriser plus vite que moi… mais… pas d’intérêt… »

- Le sens de cet entraînement n’est pas visible au premier abord mais tu finiras par comprendre… un jour… pour l’instant tu dois me faire confiance.

La jeune femme soupira et regarda fixement Ysa. Quelque chose au fond de ses yeux l’obligeait à obéir, elle ne saurait pas dire quoi exactement, mais cette femme cherchait vraiment à faire quelque chose. Le fait de toujours penser à Tristan perturbait ses pensées, ses réflexions mais au moins il y avait peut être quelque chose d’obscur derrière tout ça. Elle soupira et recommença son puzzle.


Cassidy se mit à sourire. Oui elle comprenait à présent ce qu’on attendait d’elle… Elle comprenait qu’elle ne devait pas échouer. Pas après tout cet entraînement ! Ses mains gracieuses et vives déplaçaient les carrés avec assurance, elle avait fait des puzzles bien plus compliqués et bien plus de pièces que ça ! Ysa avait bien pris le soin de varier les motifs et le nombre de pièces.
Lorsqu’elle posa la dernière pièce au centre du socle, le symbole s’illumina d’une couleur violette et se repercuta dans les airs alors que Kayla se redressait, lâchant sa pièce qu’elle allait mettre, surprise en comprenant que Cassidy avait gagné. Mais cela n’effraya pas la dragonne pour autant. Après tout, ce n’était qu’une épreuve… Il en restait suffisamment.

- Bien joué… pour une humaine… Mais je pense que tu as eu un peu de chance quand même

Cassidy ne disait rien. Elle restait statique, ses mains parcourant avec douceur les carrés du symbole, sans faire attention à ce qui se passait autour d’elle. Puis elle posa doucement ses mains dans le sable et serra les poings en tremblant. Des gouttes tombèrent sur la surface du symbole alors qu’elle serrait les dents. Puis, sans crier gare, la demoiselle poussa un rugissement de douleur en tapant le sol de ses mains. Heu… certes… elle venait de gagner la première épreuve alors d’où lui venait cette douleur ? Cette tristesse ? Alanir sauta lestement la barrière et courut vers la petite mage. Il se plaça elle pour entourer ses bras autour du corps frêle mais aujourd’hui bien plus musclé qu’auparavant de la petite mage. Elle trembla dans ses bras et laissa retomber sa tête contre son torse alors qu’Alanir lui caressait doucement les cheveux.

- Cassy… je sais ce que tu ressens… mais ressaisis-toi ! Elle n’aurait jamais voulu que tu te mettes dans cet état… Ne gâche pas ta chance… Et ne la déçois pas…

Elle se redressa lentement et essuya ses larmes d’un revers de manche en hoquetant un peu, levant la tête vers Alanir qui la regardait avec douceur. Il sourit avant de caresser sa joue et remonta dans les gradins pour se placer à côté d’Eleyna, la mine pensive. Cassidy jeta un coup d’œil à Tristan, qui semblait ne pas comprendre la situation. Elle se promit de lui expliquer peut être… enfin si il en avait quelque chose à faire ! Mais elle ne pensait pas que ça le ferait réagir actuellement. La demoiselle soupira et s’essuya doucement le front. Elle avait un peu faim.

Cependant, la statue s’illumina de nouveau et la deuxième épreuve fut annoncée.

- A présent, votre nouveau défi mettra en avant vos compétences de traqueuse et chasseuse… La première qui aura récupéré sa proie sera déclarée gagnante de cette épreuve

Devant les deux femmes, apparurent deux créatures qui ressemblaient à des moutons, de même taille, même si ils avaient des défenses et une fourrure lisse et verte, ce qui pouvait se confondre avec le paysage. Au signal lancé, les créatures poussèrent un cri et… partirent tellement vite qu’il était impossible de savoir de quel côté.

Cassidy connaissait ce genre de créature. Très difficile à traquer et attraper, à chaque fois qu’on s’en approchait, leur vitesse devenait affolante. Ils avaient même le don de disparaître pendant quelques secondes pour semer le doute. Kayla prit directement la voie des airs alors que Cassidy ressortit de nouveau en courant.

Elle n’avait eu que très peu de repos mais une nouvelle fois elle activa ses yeux dorés pour pouvoir courir plus vite, regardant dans toutes les directions pour ne pas se tromper de sens. Mais comment retrouver une aiguille dans une botte de foin ? Difficile à dire ! Alors qu’elle courait, se laissant aller à son instinct, un nouveau souvenir refit surface.

Cassidy était assise sur un banc et fixait Ysa. Cette dernière était accroupie au sol et caressait un petit animal, semblable à un lapin qui était allongé sur le ventre et couinait de plaisir quand la dame lui gratouillait le ventre. La petite mage semblait regarder avec curiosité cette personne qui semblait autant la perturber que la troubler. Alanir, un peu plus loin, tentait de marcher tant bien que mal avec son bâton, trébuchant par moments mais se redressant toujours.

« Alors je vais encore chercher les cartes aujourd’hui ? »

- Non on va changer d’exercice.

Cassidy s’étira lentement, amenant ses bras vers le ciel tout en fermant les yeux dans une grimace indicative.

« Génial, ça me changera »

Ysa prit le lapin dans ses bras et se mit en face de Cassidy.

- Ta tâche aujourd’hui consiste à ramener ce lapin ici.

Le regard de Cassidy vira à l’embêtement avec un mélange de surprise. Elle posa sa main sur son front et soupira.


Dernière édition par Cassidy Herediane le Ven 15 Aoû - 21:56, édité 1 fois
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 15 Aoû - 21:51

« Non mais c’est quoi tes jeux Ysa ? C’est ça un entraînement ? D’abord tu me fais ramener des pièces et maintenant un lapin ? Sincèrement je ne te comprends pas… ça ne va pas m’aider… »

- Il est encore trop tôt pour toi de le voir. Mais ne te fie pas à son apparence, ce lapin est bien plus rapide qu’il n’y paraît…

Cassidy souffla en croisant les bras et détourna la tête. Ysa déposa le lapin au sol et le lâcha en soufflant un mot. Presque instantanément, la petite créature disparut, sous les yeux surpris de Cassidy.

L’image se dissipa. On retrouve une Cassidy complètement essoufflée et épuisée qui écartait quelques branches. Des coupures fines sur ses joues, ses bras. Ses cheveux qui commençaient à devenir vraiment longs en pagaille autour d’elle. Elle se dirigea d’un pas incertain vers Ysa qui attendait sur le banc, alors que le soleil déclinait.

« C’est impossible ! Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! »

- En es tu sûre ?

Ysa se redressa et siffla. Le lapin réapparut en couinant et se jeta dans les bras d’Ysa. Alors qu’elle le caressait, la dame observa Cassidy alors que la petite mage semblait vraiment dégoûtée.

- Tu veux apprendre à maîtriser la magie mais tu n’es pas capable d’apprendre les bases. Cassy… avant même d’utiliser ta magie humaine, tu devrais plus te concentrer sur l’énergie de ce monde. Les humains ont modelé la magie pour servir leurs propres intérêts mais cela ne se résume pas qu’à ça. Tu as la possibilité de voir cette énergie… chaque être, chaque plante, chaque parcelle d’air regorge de cette énergie. Si tu es capable de la ressentir, alors tu comprendras ce que fait ce petit pour fuir aussi vite.

Cassidy grogna.


La jeune femme se déplaçait à toute vitesse une nouvelle fois, après avoir activé sa magie. Elle semblait savoir où aller, comment y aller et ne perdait pas son temps. A un instant elle s’arrêta, inspira profondément l’air, se tourna, dans un sens, puis un autre et reprit sa course avant de s’arrêter et se cacher derrière un buisson, immobile et statique. Sa patience finit par payer car l’étrange créature décida de se manifester à côté d’elle. Tout doucement, la jeune femme approcha. Quand elle la vit, la créature tourna la tête mais Cassidy était bien rapide. Elle traça un symbole dans les airs dans sa direction alors que l’autre disparaissait pour reprendre sa course.

« Jte tiens ! »

Puis la demoiselle se remit à courir à toute vitesse, suivant une route invisible. Elle venait de tracer un symbole de pistage pour traquer sa proie. Mais plutôt que d’attendre que celle-ci ne s’arrête, la jeune femme se lancer à ses trousses dans un cri de combattante. Elle passa derrière quelques buissons et déboucha sur une route de terre en pente et bien glissante. La petite mage battit rapidement des bras mais se rendit compte que ça ne suffirait pas. Alors elle se mit à fléchir les jambes et se laissa glisser jusqu’en bas avant de continuer sa course.

Ignorant les branches, les arbres, elle ne s’arrêtait pas. Des coupures apparurent sur son visage, ses cheveux s’emmêlèrent alors qu’elle semblait avoir perdu toute notion de douleur, de temps. La créature réapparaissait parfois avant de disparaître à nouveau. Toujours concentrée, Cassidy arriva dans une petite clairière, toujours sur les traces de la créature. S’arc boutant légèrement, la petite mage se mit à bondir en avant pour passer au dessus de la créature et se retrouver devant elle en se réceptionnant sur ses pieds. Mais juste un peu avant qu’elle ne l’attrape, un symbole apparut dans les airs. Les mains de Cassidy se resserrèrent sur sa proie qui se débattait. Pourtant, ce symbole était annonciateur d’une mauvaise nouvelle.

Et elle s’en rendit compte en revenant à l’arène, la créature dans les bras, voyant une Kayla triomphante. Le visage de Cassidy se ferma alors qu’elle avançait.

- Pas mal… tu as quand même réussi à l’attraper… mais aucun humain ne peut être aussi rapide qu’un dragon dans une épreuve de chasse, saches le.

Cassidy soupira en lâchant la petite bestiole qui s’échappa bien vite.

- C’est fini pour aujourd’hui. Une égalité. Demain il y aura deux nouvelles épreuves et je compte bien les gagner… Si je gagne… alors tu auras perdu…

Cassidy détourna la tête, ne voulant pas regarder cette dragonne. Elle s’approcha des spectateurs et croisa lentement les bras, regardant ailleurs. Alanir se mit à s’exprimer.

- Tu aurais besoin d’une bonne douche, et de soigner tes coupures.

Elle haussa lentement les épaules sans répondre, encore vexée d’avoir perdue la deuxième épreuve. Une autre personne aurait été très heureuse d’avoir si peu de retard avec la dragonne mais pas Cassidy. Elle vivait cela comme un échec et cela la mettait de mauvaise humeur.

Ils finirent par rentrer à l’appartement. Cassidy s’était isolée dans un coin et contemplait le ciel qui devenait plus sombre, petit à petit, une tasse de chocolat chaud dans ses mains. Comme à son habitude, elle n’était que très peu couverte et ne semblait pas s’en plaindre alors qu’elle semblait réfléchir, ou plutôt se remémorer un autre souvenir. Il est vrai que cette première journée d’épreuves l’avait fortement troublé, même Alanir, qui n’était pas si bavard dessus, même si les performances de la petite mage ne l’étonnaient pas vraiment.

Un autre souvenir… tellement fort alors qu’elle serrait sa tasse dans ses mains.

Il faisait nuit, Cassidy était assise sur les marches de cette étrange demeure, les coudes posés sur les genoux, les mains dans le creux de sa mâchoire alors qu’elle semblait être plongée dans de profondes réflexions.

- Tu n’arrives pas à dormir ?

C’était Ysa qui venait de s’adosser contre un des piliers, les bras croisés, ses yeux orangés observant la petite mage mal à l’aise.

« Je ne peux pas m’empêcher de savoir ce qu’il fait… où il est… »

Ses yeux brillaient de larmes alors qu’elle tentait de détourner la tête puis regarda un instant son ventre, apparemment très malheureuse. Ysa se redressa et vint s’asseoir à côté de Cassidy.

- Je n’arrive pas à comprendre pourquoi tu t’accroches autant à lui alors… que ce qu’il risque de devenir ne te plaît forcément pas.

« Dragon ? C’est vrai… ça me fait un peu peur… peur de le perdre… peur de le voir devenir différent… »

Elle baissa ses mains et croisa ses doigts, prenant une nouvelle position et regardant le ciel.

« Mais… je l’aime… et peu importe ce qu’il peut devenir, peut importe qui il peut l’être, je ne veux pas m’échapper, m’éloigner de lui parce que sa nature m’effraie. Il est… enfin j’ai connu peu de garçons mais aucun ne me fait autant vibrer que lui, aucun autre n’a cette étincelle dans les yeux, cette chaleur, ce réconfort. Il est peut être un peu fragile, il veut toujours bien faire mais je le sens au fond de moi que c’est avec lui que je veux être… et je l’aiderais à surmonter tout ça… je veux le rendre heureux… »

Ysa se mit à sourire sans regarder Cassidy.

- Il y aura toujours des gens, des choses, qui vont chercher à vous séparer…

« Dans ce cas je me battrais pour nous ! Et puis, les problèmes ne peuvent pas arriver éternellement… une fois que la tempête est passée, le soleil réapparaît… »

- Tssss… c’est pas plus mal que tu relativises ptite tête !

Ysa donna une légère tape sur la tête de Cassidy qui grogna et grimaça en clignant les yeux dans une moue adorable.

- Alors concentre toi sur ton entraînement… on ne fait jamais rien par hasard. Et va te coucher ! Je te veux demain en pleine forme car la prochaine étape sera un degré au dessus de ce que je t’ai demandé jusqu’à présent !

« Tssss… mais c’est un entraînement… un entraînement… épuisant ! T’es sûre que t’es humaine toi pour m’imposer ça ? »

Sourire mystérieux d’Ysa alors qu’elle se redressait en s’étirant.

- Peut être que oui… peut être que non… qui sait…

Cassidy se mit à bailler avant de rentrer, sans avoir l’air de chercher à comprendre le sens de la phrase d’Ysa.


Elle s’était redressée pour rentrer lorsqu’elle tomba nez à nez avec Tristan. Ils décidèrent de rester un peu de temps ensemble. Peut être que le peu de paroles qu’il lui lança aidèrent la petite mage à se convaincre qu’elle faisait la bonne chose.

Le lendemain matin, ils retournèrent au point de rencontre. Kayla semblait en forme et même si elle restait intriguée par les performances de Cassidy, cela ne l’empêchait pas de penser qu’une humaine ne pourrait jamais vaincre une dragonne.

Elles étaient au centre de l’arène quand la statue s’illumina pour présenter la prochaine épreuve.

- Avez-vous un bon instinct ? C’est ce que nous allons découvrir dans cette nouvelle épreuve… Une seule gagnante… celle qui touchera le cristal au bout du parcours…

Le ciel s’était soudainement illuminé et un sort affecta les deux rivales. A voir leur regard, on pouvait deviner qu’elles avaient perdu la vue. Lentement, Cassidy dénoua le bandeau rouge qu’elle avait attaché autour de son cou le matin même et cacha ses yeux avec. Même si elle ne voyait déjà plus rien, l’absence de regard la dérangeait. Elle se mit en position sur la ligne de départ à côté de Kayla qui elle, avait naturellement fermé les yeux.

*Regarde moi bien Tris’…*


Un bruit  de cloche résonna dans les airs et elles s’élancèrent. Au lieu d’avoir les yeux dorés, c’est tout son corps qui fut irradié de lumière et lui donnait l’énergie nécessaire pour avancer. Le parcours était cependant semé d’embûches. Des lumières bleues apparurent de nulle part, dans la trajectoire des deux concurrentes. Si Cassidy ne faisait pas attention à ce qui se passait d’à côté, elle se contenta d’esquiver habilement, sans se faire blesser, effectuant sur la fin une roulade au sol.

La terre se mit soudain à trembler et à se soulever, telle des piliers de plus en plus haut au fur et à mesure que Cassidy avançait. Mais cette dernière semblait savoir ce qui se passait car elle ne montra aucune hésitation à sauter dans le vide, comme si elle s’attendait à ce genre de choses. Les piliers poussèrent ensuite de façon décroissante et encore une fois elle intercepta le changement d’altitude, pouvant aisément redescendre au sol. La jeune femme continua sa course effrénée. Cette fois ci ce fut carrément des pans de murs naturels qui se formèrent, un véritable labyrinthe de végétation ! Encore une fois Cassidy semblait se fier à un merveilleux instinct pour en trouver la sortie.

Une fois à l’extérieur, des pans de bois se dressèrent sur son passage. Elle incanta rapidement. Une boule dorée sortit de ses doigts et percuta la première façade de plein fouet, laissant un trou suffisamment grand pour qu’elle puisse se faufiler. Les pans se répétaient et inlassablement elle répétait les actions.

Puis, sur la suite, un lac venu de nulle part se forma juste sous ses pieds. Elle eut juste le temps d’incanter un nouveau sort qui lui permettait de marcher sur l’eau et continua sa course.
Décors naturels, obstacles à casser, la petite mage semblait vraiment déchaîné et même si Kayla suivait, elle n’avait sûrement pas autant de hargne que la petite mage ou peut être même un abus de confiance total envers elle-même. Des lianes voulaient s’enrouler sous les pieds de Cassidy, mais la petite mage sauta pour mettre de la distance et accéléra sa vitesse.

Le cristal se rapprochait mais un nouvel obstacle apparut, un grand pan de métal qui obligeait de s’agenouiller. La petite mage ne freina pas sa vitesse, à toute allure et glissa au dernier moment pour passer en dessous. Elle tendit la main en l’air et toucha le cristal violet qui s’illumina alors qu’Alanir se leva, apparemment satisfait de la prestation de la petite mage. Cette dernière enleva le bandeau rouge de ses yeux et se tourna pour voir une Kayla essoufflée, juste derrière elle. La dragonne semblait abasourdie et commençait vraiment à être en colère d’être coiffée au poteau par la représentante d’une race complètement inférieure à la sienne. Un rire nerveux s’échappa de sa bouche.

- Comment… comment tu peux faire ça ?

Cassidy haussa lentement les épaules, dédaigneuse.

« Entraînement basique… »

Cela agaça encore plus Kayla. Elle savait que la petite mage mentait car personne n’était capable de réaliser ce genre de choses. Cependant la jeune femme se remit à parler, posant doucement son index sur ses lèvres, l’air sérieux.

« Hum… un jour j’ai été privée de ma vue pendant plusieurs jours… suite à un accident. Je me suis servie de ce temps pour aiguiser mes sens sans avoir besoin de ma vue, c’est tout. »

Puis elle murmura, d’un air de défi tout en fixant Kayla avec des yeux brillants.

« Après tout… les épreuves qui nous sont imposées sont là pour voir si on décidera de baisser les bras… ou de s’en servir pour devenir plus fort… »

Une allusion à ce qui lui était arrivé, chose à laquelle Tristan s’en était énormément voulu mais après tout, aujourd’hui, ce qui s’était passé bien avant lui était d’une grande aide. Cassidy se détourna pour rejoindre les autres. Apparemment ils avaient le droit à une petite pause avant de faire la dernière épreuve de la journée. Si Cassidy gagnait, elle serait victorieuse. Sinon, l’ultime épreuve serait lancée et elle le savait bien.

Un foulard noué sur les yeux, Cassidy cherchait son chemin à tâtons même si elle n’avait pas trop de difficultés à avancer.

« T’es sûre que c’est vraiment nécessaire ? »

Ysa se tenait à côté d’elle et l’examinait attentivement.

- Et pourquoi pas ? Après tout, n’importe quel humain serait ravi de se servir de ses instincts. Tu imagines même pas l’avantage que tu peux avoir comme ça ?

Cassidy soupira et enleva le bandeau de ses yeux pour fixer Ysa.

« Ca me rappelle des mauvais souvenirs… »

Ysa pencha légèrement la tête sur le côté avant de donner une petite tape sur la tête de Cassidy.

- Tu veux parler de cet accident dont lequel Tristan se sent toujours responsable ?

Cassidy se crispa, de surprise, et de douleur avant de baisser la tête. Ysa s’installa sur un rondin de bois et croisa les jambes.

- Tu sais… tu peux toujours décidé d’enterrer ce souvenir malheureux et continuer à le voir négativement ou bien… de te servir de ce que tu avais appris à ce moment là pour progresser.

Cassidy fit une drôle de tête et n’avait pas l’air de comprendre. Ysa se mit à sourire gentiment avant de se relever et de donner une tape affectueuse dans l’épaule de Cassidy qui grogna.

- Après tout, les épreuves qui vous sont imposées sont là pour voir si vous allez décider de baisser les bras ou de vous en servir pour devenir plus fort.

Cassidy grogna une nouvelle fois et secoua la tête, exaspérée.

« Les épreuves… font souffrir… »

- Ca c’est ta vision des choses… mais elles peuvent également devenir une aide pour t’aider à… changer le cours des choses

La jeune mage soupira et renoua son bandeau sur les yeux pour continuer l’entraînement.


Cassidy était en train de manger un sandwich tout en repensant à ce souvenir. Elle ne l’avait pas vu venir mais finalement, Ysa devait avoir une capacité, un peu comme Maud, pour savoir ce qui se passerait ou peut être se doutait-elle de ce qui pouvait arriver. A vrai dire elle n’en savait absolument rien et ce n’était pas maintenant qu’elle en saurait plus. Cependant, l’épreuve qui arrivait laissait une Cassidy tendue et sur les nerfs, c’est pour cette raison qu’elle n’était pas très bavarde.

Un bruit retentit alors que Cassidy se redressa, l’air soucieux et tendu alors qu’elle se plaça en face de Kayla. Le vent se leva et fit voler la poussière autour d’elles, dans les cheveux de Cassidy, alors qu’elles se dévisageaient. La statue s’anima une nouvelle fois pour annoncer les règles.

- Un duel, un combat, seule la plus forte l’emportera. Celle qui restera debout sera la gagnante de cette épreuve.

L’air s’intensifia alors que les deux femmes se mirent en posture défensive alors que le signal fut lancé. Kayla posa négligemment une main sur sa hanche, sans attaquer.

- Tu ferais mieux d’abandonner tout de suite. Je risque de te blesser… les humains sont fragiles après tout…

Cassidy secoua la tête.

« C’est toi qui devrait te méfier ! »

Elle activa ses yeux dorés et bondit en avant. Kayla fit un pas de côté pour l’éviter mais Cassidy était déjà relancée à l’attaque en prenant appui sur le sol et pivotant déjà. Kayla l’attrapa par le bras et l’éjecta contre un des murs de l’arène. Un grand choc retentit et quelques pierres tombèrent alors que Cassidy se relevait déjà, sa barrière l’ayant protégé. Elle poussa un hurlement de guerrière et bondit de nouveau en avant. Kayla retint la main de la petite mage alors que cette dernière visait son ventre et l’immobilisa en la dévisageant.

- Tu crois honnêtement tenir tête à un dragon dans un duel comme ça ? Redescends sur terre

Cassidy serra les dents et lança son pied en avant dans l’effet de faire un croche pattes. Kayla lui lâcha la main et s’écarta un peu avant de lui donner un coup de genou dans les côtes, ce qui éjecta Cassidy bien plus loin alors qu’elle retomba dans la poussière, puis s’éloigna, gardant le sourire.


- Tes tentatives sont inutiles petite mage… Tu le vois bien, tu n’es pas à la hauteur… et Ikael sera enfin libéré de ton emprise… Tu t’attaques à plus gros que toi alors sois gentille, trouve un humain et laisse Ikael rejoindre sa VRAIE famille

Des paroles blessantes, mais tellement véridique. Les yeux de la petite mage disparurent sous sa mèche de cheveux blonds. Elle montra les crocs et serra les poings dans le sable alors qu’elle tentait de se redresser, les bras tendus, tremblante. Puis Cassidy inspira profondément avant de relever la tête en direction de Kayla, qui ne se séparait pas de son sourire.

Alanir semblait tendu lui aussi, en observant Cassidy comme si il avait peur de la voir exploser. Il murmura pour lui-même.

- Elle ne devrait pas la provoquer… ça risque de mal finir…

« JE SUIS SA FAMILLE !!! »

Elle semblait hors d’elle tout en se redressant lentement, titubant légèrement.

« Vous l’avez forcé à devenir comme ça !!! Ce n’est pas qu’un dragon ! Et je sais qu’au fond de lui il ne veut pas finir comme vous !!! Alors je ne te laisserais JAMAIS l’emmener ! Tu m’entends ?! Il faudra me passer sur le corps ! Tristan a le droit de faire ses propres choix ! De choisir sa propre voie ! »

Elle haletait un peu alors que l’air autour d’elle devint plus pesant, la magie plus présente et électrique.

« Il est maladroit… je le sais… il se rend pas compte de tout ce qui se passe… mais ensemble, j’arriverais à le sortir de cet état ! Et tu ne m’en empêcheras pas ! »

La terre sous ses pieds était comme écrasée, des fissures apparurent alors que tout son corps s’illumina de lumière, encore plus puissante qu’avant, extrêmement intimidante et peut être même instable. Kayla regarda avec beaucoup d’intérêt mais semblait un peu inquiète, un tout petit peu. Mais elle ne se séparait jamais de cet air fier et parfois moqueur, hautain, sur ce qu’elle était.

- Ridicule… Ikael révélera sa vraie nature… tu ne fais que le forcer à rester dans la médiocrité

Cassidy serra les dents. Son aura tripla de volume alors qu’elle s’élança à toute vitesse vers Kayla, tirant son bras droit vers l’arrière pour lui décocher un nouveau coup. Kayla leva la main pour encore l’arrêter et lui faire comprendre qu’elle ne pourrait jamais rivaliser avec une force de dragon.

« DEGAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAGE ! »

Elle venait de tendre son poing en avant. Kayla l’avait réceptionné mais le choc souffla une chaleur surnaturelle autour des deux rivales, une tension magique dans les airs. Kayla grimaça et perdu son sourire pour la première fois. Lentement, ses pieds, si stables jusqu’à présent, glissèrent vers l’arrière. Cela fit peur à Kayla qui relâcha directement la pression pour s’écarter. Cassidy avait encore changé, cette fois c’était ses cheveux qui avaient pris la même couleur que son corps, un doré surnaturelle qui n’avait rien d’engageant. Même Kayla put sentir cette sensation qui n’avait absolument rien d’humain. Intimidant… effrayant.


Dernière édition par Cassidy Herediane le Ven 15 Aoû - 22:25, édité 4 fois
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 15 Aoû - 21:53

Cassidy venait de disparaître et réapparaître derrière Kayla. Cette dernière s’énerva et voulut la frapper. Mais la petite mage s’était de nouveau téléporter derrière elle. Elle continua ce petit manège un moment jusqu’à ce que Kayla devienne plus rapide. Elle frappa, faisant apparaître une main écaillée aux griffes acérées. Le sang gicla, un cri s’éleva. Sauf que Cassidy n’avait pas bougé d’un pouce alors que Kayla recula en se tenant le ventre, du sang perlant sur ses mains.

La petite mage recula un instant. Sa haine se lisait sur son visage, ses oreilles s’étaient légèrement allongées, ses crocs étaient bien plus menaçants. Mais c’est son regard qui était le témoin du grand changement. Aucun scrupule, aucun remord ne se lisait dans le fond de ses yeux. Une envie de meurtre, de tuer, puissante. Et puis… tout bascula dans les souvenirs.

Les cheveux dorés surnaturels, fantomatique qui s’agitaient dans le vent. Les crocs plus pointus, les oreilles affinées. Une aura dorée si puissante autour d’elle. En face, la rouquine aux mèches dorées haletait lentement. Cassidy se mit à pousser un rugissement de rage en courant droit vers Ysa. Cette dernière activa un bouclier transparent et orangé. Elle tenait bon. Derrière, Alanir qui hurlait à Cassidy d’arrêter.

Des fissures apparurent dans la défense d’Ysa alors que l’aura de Cassidy s’amplifiait, agressive, destructive. Le bouclier se brisa en mille morceaux, des petites étincelles s’évaporant dans le ciel. Une masse d’énergie dorée partant du poing de Cassidy percuta de plein fouet Ysa qui tomba à la renverse. La petite mage sauta au-dessus de la rouquine et donna un nouveau choc d’énergie dans son ventre. Une onde autour d’elles apparut, les cailloux tremblèrent, le sol vibra, fissuré de toute part, formant un cratère autour d’elle. Ysa hoqueta et se mit à cracher du sang alors que Cassidy était au-dessus d’elle, ne se rendant apparemment pas compte de ce qu’elle avait fait.




Cassidy cligna lentement des yeux, secoua la tête et grimaça alors qu’elle reprenait une apparence plus normal. Elle regarda lentement sa main, du sang coulait sur ses doigts. La petite mage la regarda et se mit à trembler alors qu’Ysa cracha à nouveau un filet de sang. Cassidy l’appela d’une voix inquiète alors que cette dernière tentait de sourire faiblement.

« Ysa ! Je… je… attends je vais te soigner ! On va te ramener… ça…ça…va »

- Oh non Cassy… je pense pas… m’en sortir… des côtes cassées… des organes en bouillie…

Cassidy semblait effrayée et se posa à genoux à côté de la rouquine, les yeux brillants de larmes.

« J’ai… j’ai… j’ai… »

Ysa continua de sourire puis posa une main sur la joue de Cassidy, parlant d’une voix rassurante.

- Chut… calme toi… ce n’est pas ta faute… je connaissais les risques… arrête de t’inquiéter…

Les larmes coulèrent sur les yeux à Cassidy, roulant le long de ses joues et tombant sur le corps d’Ysa.

« Ne pars pas s’il te plaît ! S’il te plaît…

- Cassy… tu te rappelles… ce que tu m’as dis… au sujet de Tristan ? Con…continue de te battre… pour lui… avec lui… je suis sûre… que vous formez un beau couple… tous les deux… malgré vos différences… vous irez loin… ce n’est… pas un… hasard… y a pas de… hasard…

Cassidy tremblait de tout son corps, cherchant maladroitement à faire quelque chose, les larmes ne s’arrêtant pas de couler alors qu’elle tremblait.

« Ar… Arrête de parler ! On va te soigner… Ysa !!! »

Ysa attrapa le poignet de Cassidy et le serra un peu dans la poigne de sa main, avant de balancer quelques mots avec le peu d’énergie qui lui restait.

- Va le sauver Cassy ! Ou alors tout ce qu’on aura fait ici n’aura servi à rien ! N’oublie pas… n’oublie pas ce que je t’ai appris… et vivez… tous les deux… je… suis heureuse de t’avoir connue… ptite tête !

Sourire affectueux alors qu’elle lui donna une tape amicale sur la tête avant de cracher un nouveau filet de sang et de s’assoupir.

« Non… Non YSA ! YSAAAAAAAA !!!!!! C’est ma faute !!! Pardoooooooon !!!! »

Mais Ysa n’ouvrait pas les yeux, son cœur s’était arrêté de battre alors que Cassidy tentait de la secouer. La petite mage ferma les yeux, pleurant à chaudes larmes, un Alanir ne sachant pas comment réagir derrière. Cassidy posa sa tête sur le ventre d’Ysa tout en continuant de sangloter. Puis elle se mit à hurler, levant la tête vers le ciel. Un hurlement de rage, de désespoir.
Le vent s’agita, l’atmosphère devint électrique. Des décharges de magie impactèrent les arbres autour d’eux, les rochers, telle une tornade furieuse faisant sortir les émotions de Cassidy.
Alanir hurla et courut pour attraper la petite mage alors qu’un arbre menaçait de lui tomber dessus.

Puis, les ténèbres s’abattirent sur elle…


Un instant d’inattention et Cassidy chargea sur Kayla. Cette dernière semblait paralysée par la peur, ou quelque chose d’autre. Elle chuta lourdement au sol, Cassidy assise au dessus d’elle. Tout se passa en quelques fractions de secondes à peine.

Une lame de dague bien connue tendue sous la gorge de Kayla. Une lame entourée de feu. Mais elle s’était arrêtée alors que la dague menaçait la chair de la dragonne. Alanir s’était levé et hurlait à Cassidy d’arrêter, que c’était terminé. La jeune femme leva lentement la tête et croisa le regard de Tristan. Presque instantanément, son regard de tueur se transforma en incompréhension, écho d’un souvenir passé. Elle observait le beau jeune homme et semblait réaliser qu’elle allait commettre un acte impardonnable. Non… elle ne devait pas… pour lui… de la détresse se lisait dans les yeux de la petite mage.

Kayla, qui avait senti une faiblesse chez son adversaire, attrapa son poignet qui tenait la dague et le plia d’un coup sec. Un craquement sonore se fit entendre Cassidy eut à peine le temps de sentir la douleur intense, cuisante que son esprit lâchait. Les ténèbres l’envahirent…

- Fragiles ces humains…

De ce qui s’était passé ensuite, elle n’en sut absolument rien. Lorsqu’elle revint à elle, des chuchotements autour d’elle. Elle reconnut la voix d’Alanir et Eleyna.

- Elle l’a fait exprès ! Elle savait ! Elle savait ! Pourquoi lui casser le poignet ?!
- Calme toi Alanir… c’est fait… tout ce qui compte c’est qu’elle se rétablisse vite…
- Mais comment pourrait-elle voler avec… avec cette douleur ? La dragonne savait ce qu’elle faisait…


Cassidy ouvrit lentement les yeux et se redressa lentement sur le lit. Il y avait Eleyna et Alanir assis sur des chaises et Tristan dans un coin. Alanir se crispa.

- Eyh Cassy… ça… ça va ?

« … Je suis restée comme ça combien de temps ? »

- Une journée… mais l’épreuve est dans quelques jours enfin…

Le dragon semblait mal à l’aise. Cassidy les regarda les uns après les autres, soupira et se leva. Elle grimaça en s’appuyant sur son poignet. Alanir se leva aussi.

- Doucement ! Faut que tu te reposes… après ça…

« Besoin de prendre l’air je reviens… »

Et elle se dirigea vers la sortie, manquant de se manger une porte au passage.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 29 Aoû - 13:12

Des épreuves… Elle avait choisi de mettre sa vie en péril en affrontant une dragonne dans des épreuves réservées aux dragons… C’était totalement fou, absurde et d’une dangerosité sans égal. Décidément, elle ne savait que prendre des risques inconsidérés et se mettre gravement en danger. A croire qu’il n’y avait que ça pour elle de toute manière. Certes, elle ne supportait pas que la dragonne traine autour de son fiancé qui déjà normal avait du mal à rester indifférent, mais de là à prendre de tels risques. Se rendait-elle compte de ce qu’il adviendrait si elle échouait ? Et même si par chance et talent elle parvenait à vaincre son adversaire faite, elle, pour ces épreuves, cette réussite serait-elle seulement viable aux yeux des dragons ? Probablement pas non… Enfin, vu leur égoïsme et leur fierté, ils seraient probablement suivistes de leurs propres lois et règles. Au final elle ne risquait de gagner qu’un répit et voir Kayla s’éloigner un peu. Mais ça en méritait probablement les risques.

Elle s’était entrainée plusieurs jours d’affilé et ils ne se voyaient qu’à peine ce qui frustrait déjà beaucoup le jeune homme qui avait droit en retour à des entraînements physiques éreintant de la part de sa capitaine. Après tout elle avait peu apprécié, au même titre qu’Alanir d’apprendre que le jeune homme gagnait si facilement les faveurs de sa compagne, tout ça parce qu’elle craignait qu’il aille voir ailleurs si elle ne le satisfaisait pas un minimum, se sacrifiant pour lui. Encore. Oh ça, ça n’avait pas plu au dragon déjà qui refusait de voir sa maitresse et amie être aussi stupide dans ses agissements pour un mâle encore plus stupide. Et pour Eleyna… Eh bien en tant que femme elle désapprouvait et n’en méprisait que davantage son lieutenant. C’en était arrivé à un point que la seule qui défendait encore le jeune homme était bien Cassidy. Etrange tout de même ce que l’amour faisait faire, la seule à croire en lui et lui pardonner ses agissements. Pourtant Alanir avait eu droit à des questions pour le moins inquiétantes de la part d’Eleyna. Qu’en était-il réellement de l’état du jeune homme pour commencer ? Est-ce que, s’il n’agissait pas de la sorte aujourd’hui ce n’était pas ce qu’il gardait un peu au fond de lui ? Pouvait-on réellement dire qu’il était manipulé ? Ou était-ce qu’il était réellement au final ? Un gros égoïste incapable de voir le mal qu’il faisait, incapable de se soucier des autres… incapable d’aimer.
C’étaient des questions inquiétantes oui car si finalement Tristan redevenait lui-même, s’il était constamment en équilibre entre deux états aussi radicalement opposés que se passerait-il en situation de crise ? S’il devait se battre par exemple. Perdrait-il le contrôle sur lui-même ou bien serait-il blessé à force de se concentrer sur cet équilibre. Osciller entre deux états… constamment… Etait-ce juste ? Pas du tout…

L’indifférence de Tristan, le manque d’amour dans ses yeux. C’était probablement bien plus douloureux que ces épreuves qui l’attendaient. Et peut-être qu’elle espérait tout simplement, que son acharnement par amour pour le jeune homme le réveillerait de cet état si détestable. Peut-être que c’était pour cela qu’elle prenait un tel risque aussi. Parce que d’autres avaient confiance en ses capacités. L’étrange petite fille par exemple. Parce qu’elle avait passé un an à s’entrainer si durement que ça ne pouvait pas être sans raison.
Le fameux jour de l’épreuve, elle paraissait nerveuse même si elle s’obstinait à le cacher. Et même s’il était assez indifférent jusqu’alors, Tristan avait un peu changé et là, il s’inquiétait un peu pour elle tout de même, ne comprenant pas trop ce qui se passait, y compris avec des explications. Après tout, comment une humaine pouvait-elle prétendre combattre au même titre qu’une dragonne ? Pendant qu’elle se préparait, c’est vrai, il l’observait avec une pointe de désapprobation. En réalité, pour lui, c’était du temps perdu et puis il n’appréciait pas tellement de ne pas avoir droit de la voir ni de la toucher depuis quelques jours. Ou à peine. Mais bien au fond, bien caché, il y avait ces étranges sensations qu’il ne comprenait pas : de la peur, de l’inquiétude, de la colère aussi. Enfin la colère, il comprenait tout à fait mais pas le pourquoi elle était tournée vers lui-même.

C’est vrai, il avait eu quelques mots des plus encourageants finalement et si lui ne ressentait rien à travers leur lien amoindri, les autres purent voir le regard déterminé de la petite mage qui montrait encore plus que sa démarche motivée, sa détermination à vaincre.
Ils avaient rejoint Kayla et son petit air satisfait, totalement confiante en ses capacités et s'étaient mis en marche. Comme celle-ci observait avec un air un peu trop insistant, sans doute pour cette raison et bien d’autres, Cassidy lui prit la main. A la surprise générale, s’il baissa les yeux, surpris par le geste, il demeura ainsi et pressa même légèrement sa main de la sienne. C’est vrai qu'à cet instant, de profil, alors qu'il ne regardait pas la petite mage et donc que le manque d’amour dans ses yeux n’était pas visible, alors qu’il semblait toujours aussi grand et fort et sa grande main tellement rassurante, on aurait pu croire qu'il n’avait pas changé.

Il y eut aussi le refus de la dragonne qu’Eleyna assiste à la « cérémonie » mais si la capitaine comptait bien envoyer clairement Kayla se faire voir et avec des termes aussi polis que le peu de considération et d’affection que pouvait lui inspirer cette « morue », ce fut Alanir qui la défendit d’une manière tout à fait adorable. Tristan semblait d’ailleurs assez intrigué par la réaction et les observait en penchant légèrement la tête même s’il ne dit rien.
D’ailleurs, la capitaine qui si elle n’avait pas revêtue la fine armure légère elfique de son peuple ne sortait jamais sans sa lame sembla encore plus surprise et fronça les sourcils en observant son ami. C’est que le timide dragon pouvait se montrer déterminé lui aussi. Elle eut fortement envie de le charrier à ce propos mais parvint à s’abstenir. Ce n’était clairement pas le moment après tout.
Ils se mirent en marche et pendant tout le cheminement Cassidy et Tristan gardèrent leurs mains enlacées, même si ce n’était pas nécessaire et il est vrai que pour le jeune homme, aujourd’hui si quelque chose n’était pas « nécessaire », il ne le comprenait pas vraiment.

L’endroit où ils atterrirent finalement était des plus surprenants, franchement semblable à la clairière « magique » de Cassidy et ils prirent un moment pour admirer les lieux et sentir toutes les énergies qui y circulaient. Il y eut les explications de Kayla, ils se placèrent dans les gradins, attendirent et tout commença. Ce furent d’abord les statues… et franchement des statues qui parlent, en soi, c’était déjà beaucoup !
Et bien sûr, le caractère de la petite mage ne tarda pas à revenir au galop malgré toute sa bonne volonté. Tout le monde demeura perplexe quand elle se mit à défendre Tristan auprès de la statue, et lui le premier d’ailleurs. Une histoire de steak qu’il ne comprenait pas. C’était déjà l’heure de manger ? S’il finit par comprendre, il n’en fut pas moins intrigué, bien au contraire, fixant Cassidy avec un intérêt certain. C’est qu’elle était quand même…pleine de surprise. Et il aimait bien.

La première épreuve n’avait absolument rien de simple et de toute façon, il était couru d’avance que rien ne serait simple. Même pour les deux dragons dans les gradins ce n’était pas évident alors pour Eleyna à demi humaine. Elle écarquillait les yeux, marmonnant que les dragons étaient des malades, que c’était des épreuves totalement tirées par les cheveux et bien trop… titanesques.
Mais apparemment, Cassidy, elle, semblait plus rassurée et Alanir aussi… Parce que lui savait des choses que les autres ignoraient et en particulier que Tristan ignorait, un Tristan pour le moins très intrigué et qui le fut bien plus peu après quand une vision s’imposa à son esprit. Vu le temps que prenait l’épreuve, il avait bien celui de voir toutes ces bribes de passé concernant la petite mage mais c’était si surprenant qu’il crut tomber de son siège la première fois. Les autres, trop concentrés sur l’épreuve ne remarquèrent pas son trouble alors que surpris, il observait tout… A la fois ce qui se passait réellement sous leurs yeux et ce qui s’était passé il y a de cela… plusieurs mois.
Des visions qui allaient se succéder au cours des épreuves, des visions étranges et troublantes et qui lui apprendraient que rien n’était simple, que tout ce qu’il croyait savoir sur la petite mage aujourd’hui était loin en réalité de ce qu’elle était, qu’elle était très forte, courageuse, téméraire, persévérante mais aussi… dangereuse.
Elle avait eu une étrange amie-alliée pendant son enfermement et pour une raison inconnue, celle-ci l’avait préparée aux épreuves qui allaient suivre, toutes. C’était totalement inattendu et c’était surtout tant mieux car si elle n’y avait pas été préparée, elle n’aurait absolument eu aucune chance face à Kayla. Que ce soit cet étrange puzzle qu’elle parvint à gagner juste avant Kayla et qui lui demanda bien de la persévérance et de plus le courage d’affronter sa terrible peur de l’eau et aussi de faire appel à une grosse bestiole d’ailleurs… Que ce soit la chasse qu’elle aurait remportée à quelques secondes près et qui dépassait l’entendement de toutes les capacités humaines et intellectuelles normales… Que ce soit cette course en étant aveugle… Que ce soit ce combat des plus surprenants… Elle était bien au dessus de n’importe quel humain. Et même quasiment au-dessus de Kayla qui n’était pourtant pas une faible dragonne…

Si elle était encouragée par des éclats de voix de ses spectateurs, ce n’était certainement pas le cas de la dragonne mais celle-ci n’en avait cure en réalité. Tristan était perturbé et semblait vraiment avoir du mal à gérer les deux états : celui de vision directe de ce qui se passait, celui du passé tourmenté de la jeune femme et même si personne ne le voyait, il était de plus en plus impressionné et respectueux vis-à-vis de la demoiselle.
Si elle perdit la deuxième épreuve de la journée, la chasse, ce n’était franchement pas de beaucoup et même si elle s’en voulait à cause du prolongement des épreuves, elle s’était battue comme une lionne ! Ses amis l’accueillirent avec bien des félicitations, même Tristan qui était assez admiratif et très intrigué. Il ne parla pas des visions qu’il avait pu voir, après tout, il ne savait pas si c’était normal ou non mais il avait l’étrange impression qu’en parler ne ferait que du mal autour de lui. Les souvenirs continuaient d’effleurer la conscience du jeune homme même à l’appartement et il se contentait de rester immobile à ces moments là, ayant bien compris la leçon après s’être pris un mur pendant cet état de « semi-conscience ». Il resta un peu avec elle le soir alors qu’elle semblait toujours troublée et ailleurs, lui dit qu’elle avait été forte, assez timidement, qu’elle avait presque gagné… Mais il ne parla pas des visions une fois de plus. Ni ce jour-là… ni le lendemain.

Ce fameux jour, les épreuves semblèrent encore plus difficiles. Le parcours qu’elle fit sans voir était juste impossible à réaliser déjà pour quelqu’un qui avait toujours vécu aveugle alors pour une personne temporairement privée de sa cécité… Et même s’il savait qu’elle avait un jour été aveugle, même s’il savait encore une fois grâce aux visions qu’elle avait été entrainée pour ces épreuves, la sensibilité de ses autres sens était si faible comparée à celle des dragons que sa vitesse, son habileté et toute son attitude étaient bouleversantes. En fait, elle était carrément plus efficace aveugle que voyante… moins maladroite du moins. Son départ catastrophique de la veille avait quand même été salué par un silence sacrément surpris, gêné et un brin amusé.
Elle était réellement époustouflante et même Kayla devait bien l’admettre. Si elle pensait que la petite mage avait eu de la chance la veille, elle ne pouvait pas le prétendre aujourd’hui car ce n’était certainement plus de ça dont il était question. A moins que les dieux fassent tout pour la demoiselle, il était impossible qu’elle agisse de la sorte. Certes, elle avait entendu bien des choses sur la jeune femme et au sein de la cité, elle avait appris son étrange disparition de toute une année mais c’était… impossible… Juste impossible pour un humain de faire tout cela. Qu’était-elle au juste alors ?
Kayla était furieuse de voir une humaine réussir à lui tenir tête de la sorte. C’était censé être impossible là quand même !!!!! Elle passait pour quoi elle ! Et puis une pointe de surprise, d’agacement voire même d’inquiétude commençait à se faire ressentir. Après tout, là… Elle pouvait perdre.

Et ça faillit être davantage le cas encore peu après. Un combat… Faire combattre une humaine et une dragonne. C’était d’une telle absurdité ! Même Tristan s’était redressé, inquiet, quand il avait entendu cette épreuve. Euh… Elle avait beau être solide sa petite mage là, ça, ce n’était juste pas pareil ! On ne pouvait pas faire s’affronter deux créatures aussi… différentes !
Et pourtant pendant un bon moment Cassidy sembla l’emporter. S’il y avait eu des échanges de coups et que Cassidy en prenait plus que son adversaire, elle semblait aussi remarquablement bien encaisser, faire des rétablissements parfaits et revenir à la charge ! Un vrai combat de tigresse qui aurait émoustillé bien des hommes et en aurait surtout beaucoup flatté !
Mais une fois de plus, Kayla fit l’erreur de trop parler et de prononcer des paroles qui si elles avaient pour le but de déstabiliser la petite demoiselle, la mirent dans une colère noire alors qu’elle s’emballait, défendant son cher et tendre une fois de plus. Et même si Alanir avait proféré à mi-voix un avertissement qui prévint les deux autres, aucun ne s’attendait à une telle démonstration de fureur. Mais si tout le monde chez les dragons s’obstinait à dire que le jeune homme justement était un dragon et devait se comporter comme telle, Cassidy fut la seule à ne pas être catégorique dans ses affirmations. Qu’elle ait ou pas totalement accepté la forme du jeune homme, elle ne disait pas, elle, qu’il n’était QUE humain. Au contraire, elle disait qu’il était les deux et elle avait été la seule à le prétendre, la seule à l’affirmer, la seule à défendre ce point de vue…

Et même s’il n’était que peu conscient par rapport à d’habitude de ce qui se passait autour de lui, Tristan le remarqua et en fut aussi surpris qu’étrangement… heureux.
Le terme médiocrité fut très mal accueilli par la petite mage par contre. Encore plus mal que tout le reste. Peut-être tout simplement parce qu'elle en avait MARRE, littéralement, que tout le monde ne cesse de dire qu’ils n’étaient pas faits pour être ensemble et que ça ne marcherait pas, qu’ils n’arriveraient à rien ensemble. Que ce soit les mages qui pensaient qu’une des leurs n’avait rien à faire avec un guerrier. Que ce soit les dragons qui refusaient que leur confrère considère une humaine comme son égale et non comme sa « putain » ce qui était déjà peu apprécié en général. Que ce soit tout le monde qui les voyait si différent et pourtant si heureux et complémentaires. Trop c’était trop… Tout simplement…

Et la petite demoiselle prouva aussitôt qu’elle pouvait tenir tête, oui, même à une dragonne. Le combat avait totalement basculé et de l’égalité légèrement en faveur de Kayla, la bataille s’était transformé en une supériorité écrasante de la part de la petite mage sur son adversaire. Elle n’allait en faire qu’une bouchée oui. Et elle aurait vaincu probablement si Tristan n’avait pas été là, à l’observer. Une fois de plus, il avait vu ses souvenirs et en avait été tout embrouillé et troublé. Une fois de plus le monde autour de lui s’était fait assourdi. Il entendait les autres, il les voyait vaguement, encourager la petite mage, tandis que lui observait une toute autre scène comme s’il était proche de toucher Cassidy et son amie. C’était la même femme à ce moment là. Une véritable guerrière qui ne pouvait que gagner mais une tueuse qui s’oubliait et en s’oubliant perdait toute prudence et toute pitié. Ce n’était qu’un accident… Mais il s’était tellement habitué à la voir douce, pacifique, si généreuse et juste que la voir tuer quelqu’un lui retourna l’estomac et ce même si c’était involontaire. C’est avec une crainte certaine mêlée d’horreur qu’il fixait la petite mage en train de ridiculiser totalement la dragonne pour le coup sérieusement terrorisée !
Alanir avait beau dire que c’était fini, ce n’était pas le cas… Et le court instant durant lequel la demoiselle cessa d’être cet être froid et cruel ne lui porta guère chance. Elle avait arrêté pour lui. Pour ne pas passer pour une tueuse à ses yeux peut-être ou pour bien d’autres raisons, après tout, il ne pouvait déjà que peu la comprendre, à présent elle lui était presque totalement incompréhensible… Il la fixait. Elle le regardait, la main arrêtée au lieu d’appuyer sa lame sur la gorge de son adversaire. La victoire avait mis trop de temps à être annoncée, peut-être parce que les statues avaient perçu son hésitation…

En tous les cas Kayla en profita et brisa d’un coup sec le poignet de la jeune femme. Un seule coup suffit, elle était bien trop vulnérable à cet instant et puis… son corps humain, sans cette puissante magie qui l’enveloppait et la protégeait n’était pas des plus solides non plus…
Tous s’étaient redressés, Alanir le premier en hurlant un « non » puissant d’inquiétude, désespéré à l’idée de la distance qui le séparait de la jeune femme et des autres coups que pouvait porter la dragonne, même si elle ne le fit pas. Tristan par contre… semblait avoir eu un vif revirement de conscience car lui qui était déjà debout, muet de stupeur, ne s’était même pas rendu compte qu’il avait déjà escaladé les gradins pour descendre au plus vite auprès de la jeune femme… Pauvre petite demoiselle inconsciente, blessée, grugée, malheureuse, pleine de culpabilité. Combien de temps les dieux joueraient-ils encore à ce jeu ?


Eleyna et Alanir discutaient. La jeune capitaine essayait de calmer, de tempérer son ami qui décidément ne parvenait guère à garder son calme justement. Il n’avait cessé de faire des allers et venues dans la chambre de Cassidy et à chaque fois que ses yeux se posaient sur elle, il paraissait si furieux qu’un rien l’aurait poussé à s’attaquer à la dragonne responsable des malheurs de la petite demoiselle. Cassidy était pâle et tremblante quand ils l’avaient ramenée chez « eux » et la guérisseuse les attendait déjà en compagnie de Maud qui avait dû « voir » l’incident au moment où il se produisait, comme trop souvent, elle n’avait pas le moindre contrôle sur ses visions et leur moment d’apparition. A peine Alanir était-il entré d’ailleurs en portant la petite demoiselle inconsciente que la guérisseuse avait pris la directive des opérations et avait aboyé des ordres clairs et secs, apparemment aussi inquiète que les autres. C’est qu’elle s’y attachait à cette éternelle maladroite et puis elle était bien au courant de ce qui lui arrivait actuellement et à quel point elle souffrait à cause de son crétin de fiancé par fichu de se contrôler. Elle le tolérait très mal. Et le garçon faisait d’ailleurs les frais de ses regards lourds de reproche. Elle avait déjà fait installer la petite mage sur son lit et l’auscultait avec une attention certaine, inquiète pour son bras mais aussi pour son état général car la demoiselle avait encore fait des folies avec sa magie, poussant son corps, peut-être au-delà de ses limites et ce même si elle avait été « formée » pendant un an à les repousser… Alanir semblait comme un lion en cage et Eleyna avait dû déployer des trésors de patience et de gentillesse pour réussir à le faire sortir de temps à autres, à lui faire prendre un thé pour essayer de le calmer. Ce n’était pas aller en s’arrangeant. Pourtant, la guérisseuse était finalement sortie, en ayant fini, la mine sombre, allant s’adresser à eux deux et Maud qui attendait également.

Elle est affaiblie… et épuisée. Elle a besoin de se reposer. La cassure de son poignet a beau être net, la force avec laquelle il a été brisé ne fait aucun doute et l’os est broyé par endroit. Elle doit être très prudente et surtout ne pas se servir de son poignet. Quelques tendons ont été touchés mais pas sectionnés heureusement… Néanmoins un rien pourrait aggraver cet état. Tout mouvement risquerait d’entrainer beaucoup de souffrance et je recommande d’immobiliser complètement son poignet pour éviter tout incident… Mais la connaissant… Néanmoins, si elle continue à se servir de sa main comme si de rien n’était, elle altérera grandement sa guérison et pourrait bien souffrir toute sa vie et certainement ne jamais récupérer pleinement l’adresse de cette main. Quant à sa magie, je pense que vous savez déjà tous qu’elle a beaucoup forcé aux vues de son état émotionnel… Elle a besoin de repos… Je compte sur vous.

Non, décidément, Kayla n’y était pas allée de mainmorte. Tristan était sur le pas de la porte de la chambre. Il avait suivi le petit cortège à l’intérieur et sous les regards furibonds de la guérisseuse s’était fait prudemment discret en se mettant dans un coin de la pièce sans bouger. Etrange comme le puissant dragon si égoïste et victime de ses pulsions pouvait ressentir son actuelle impuissance face à des êtres tout à fait capables de le mettre à terre s’il n'était pas sage : la guérisseuse et sa magie qu’elle semblait réserver pour sauvegarder la vie, le puissant dragon de feu et son tempérament tout aussi enflammé qu’il partageait plus que de raison avec la belle blonde et Eleyna et sa férocité au combat certainement due à son entrainement d’elfe… même si elle ne l’était qu’à moitié. Seule Maud paraissait inoffensive… Etait-ce sans raison que le jeune homme s’était tourné vers elle pour parler quelques jours plus tôt ? Certainement pas… Même si ses souvenirs étaient présents bien que flous et sans importance tant qu’il se refuserait aux sentiments, c’était certainement le côté inoffensif de la jeune dame qui l’avait poussé à se montrer moins renfermé… Elle, elle avait appris la réelle raison de cette prise de potion et elle semblait tout à fait savoir qu’Eleyna était dans les parages à ce moment là, même si elle n’avait rien dit ou fait dans ce sens.

Maud repartit avec la guérisseuse après avoir demandé aux autres de veiller sur la jeune femme, de lui donner rapidement des nouvelles, demandant aussi et surtout à Eleyna de veiller sur les deux garçons : Alanir parce qu’il était dans tous ses états et Tristan à cause de son côté imprévisible si égoïste justement.
La capitaine avait jeté un bref regard à ces deux « fardeaux » et semblait capable de gérer. Etrangement, ils étaient tous épuisés alors que c’était bien Cassidy et Cassidy seule qui vivait ces épreuves et poussait son corps et sa magie. Ils étaient inquiets pour elle sans doute et c’était pour cela. Enfin Alanir était bien au-delà de cela en fait, il semblait encore en colère que sa petite maitresse prenne de tels risques. Pas sûr qu’il pardonne un jour à Tristan les risques qu’il lui faisait encourir une fois de plus.
Après le départ de la guérisseuse et de Maud, enfin un peu avant tout de même, Tristan était retourné dans la chambre, sans un mot, s’asseyant par terre dans l’angle d’un mur, silencieux. Pourtant Alanir n’avait pas tardé à l’attraper par le col de sa tunique et à le sortir avec un peu trop de vigueur avant de l’apostropher sévèrement.

- T’as pas intérêt à la toucher tu entends ?! Ni maintenant, ni dans les prochains jours ! Elle tolère peut-être ce que tu lui fais subir mais pas moi ! Et il est hors de question que tu dégrades son état et avec ta brutalité c’est clair que tu la blesseras !

Le jeune homme papillonnait des yeux, n’ayant pas l’air réellement de comprendre. Alanir avait beau l’avoir saisi par le col et l’agripper fermement, ils faisaient la même taille à quelques millimètres près et donc il n’avait pas à le soulever du sol pour mettre son visage à sa hauteur, menaçant, comme il aurait dû le faire avec la majorité des mâles du coin. Il fronça les sourcils, prenant un air contrit, un brin curieux qui, comble d’exaspération, le rendait encore plus craquant. Sauf que ça énervait plus Alanir qu’autre chose justement. Ce n’était pas de sa faute. Il se faisait un sang d’encre pour Cassidy. Il détestait ce qui lui arrivait une fois de plus. Non mais franchement ! Ce n’était pas juste du tout ! Elle avait passé un an à souffrir ! Un an à se battre, à s’entraîner, à être blessée puis privée de son amour de toujours ! Elle avait perdu son enfant, sa confiance en elle, sa certitude envers son petit ami qu’elle aimait tant ! Elle craignait tellement de le perdre et pourtant elle s’était désespérément accrochée à lui avec une foi qui défiait l’entendement, comme s’il était le plus fort, comme s’il pouvait gagner, lutter, comme si eux deux c’était juste… inébranlable. Elle l’avait aimé encore plus à travers ses souffrances, avait souffert pour lui, s’était battu pour lui, n’avait cessé d’y croire… Elle l’avait retrouvée en étant incapable de reconnaitre en lui cet homme qu’elle aimait et il avait essayé de la ramener. Elle avait réussi à revenir à elle… Ils s’étaient retrouvés, aimés et il était encore tout troublé en se rappelant des paroles d’Eleyna et de ce que signifiait leurs matinées prolongées au lit. Cassidy était heureuse avec son fiancé… Elle l’aimait, elle se battait pour lui, elle l’avait toujours fait… Mais elle avait eu à peine le temps de le retrouver, à peine le temps de profiter d’un court répit, d’un court repos après toutes ses souffrances qu’on lui imposait une nouvelle épreuve de taille. Son Tristan, celui auquel elle croyait désespérément, n’existait plus. Le Tristan dragon que tout le monde semblait appeler Ikael était aussi égoïste que tous les autres dragons, aussi brutal et impulsif… Enfin presque… Elle n’avait cessé de se sacrifier pour lui… Alors c’est vrai qu’il faisait quand même quelques efforts pour comprendre, pour être sage et c’était surprenant de voir comme elle arrivait à le maintenir près d’elle alors même que Kayla, somptueuse dragonne était si proche. De temps à autre, il avait des gestes, des paroles, brèves mais présentes qui n’avaient rien à faire dans le comportement d’un dragon. Mais c’était si peu par rapport à tout ce qu’elle faisait pour lui. C’était si peu par rapport à ce qu’elle était en train de faire ! Elle avait pris un risque terrible, inconsidéré ! Elle voulait se battre pour lui certes, mais là, elle mettait en jeu leur relation et c’était terriblement risqué car aussi forte soit-elle, la petite mage n’était physiquement pas une dragonne et c’était un défi… de dragons. Elle prenait le risque de le perdre… Un risque qu’il n’aurait jamais voulu courir s’il avait été lui-même, ça, Alanir en était certain. Elle se mettait une pression monstrueuse, elle se faisait tellement de mal en se disant que c’était sa manière de le mériter, sa manière de montrer qu’elle avait le DROIT d’être avec lui. Et le résultat… ils l’avaient sous les yeux. Elle était blessée et épuisée… Et encore, même si Kayla n’avait pas besoin de lui casser le poignet pour gagner, elle aurait pu faire bien plus, elle aurait pu lui causer bien plus de dommages… C’était peut-être juste stratégique de lui imposer cette petite blessure pas si petite justement qui l’handicaperait beaucoup, peut-être simplement méprisant. Mais ce combat n’aurait jamais dû exister… Il était absurde, totalement absurde et Alanir en avait marre, mais vraiment marre de voir Cassidy souffrir comme cela ! Il envoya Tristan en arrière, oh pas très fort ! Le mur était tout proche, c’était plutôt une bousculade méprisante qu’une réelle brutalité après tout il ne voulait pas lui donner loisir d’avoir de quoi se plaindre de lui à Cassidy ou à qui que ce soit. Pourtant, il pointa un doigt accusateur sur lui, montrant les crocs, inconscient du regard qu’Eleyna posait sur lui, un brin amusée, un brin respectueuse aussi.

- Je te dis que t’as pas intérêt à essayer de coucher avec elle ! Maitrise toi par tous les dieux ! Tu es un dragon ok et tu subis des pulsions auxquelles je préfère ne pas penser ! Mais tu vas lui faire du mal, vraiment beaucoup de mal si tu essaies de la forcer à quoi que ce soit ou seulement essayer de…

Il arrêta de parler en fixant le jeune homme. Autant un regard de défi condescendant avait envahi les prunelles du jeune homme lorsque l’interdit avait été prononcé, autant ledit regard s’était troublé lorsque le dragon avait parlé de la possibilité de la blesser. Apparemment, ça avait quand même de l’impact. Bougon, le jeune homme le repoussa sèchement mais pas bien fort en s’éloignant, l’air de rien pour retourner dans la chambre mais que ce soit dû aux paroles de son aîné ou pas, il ne tenta aucun geste déplacé, quel qu’il soit vers la petite mage évanouie et ce durant toute la journée !

Pauvre Alanir qui ne savait plus où donner de la tête. Eleyna le consola gentiment en lui faisant des crêpes, voulant encore et surtout préparer quelque chose à manger qui plairait un peu à la petite mage car vu le peu qu’elle mangeait et sa dépense énergétique, elle allait finir par tourner de l’oeil quand elle serait réveillée.
Ils avaient longtemps discuté et ils étaient encore en train de le faire lorsque Cassidy avait finalement ouvert un oeil puis l’autre. Eternelle discussion, la même qui tournait en boucle depuis le matin. Alanir qui s’offusquait du geste de Kayla, Eleyna qui tentait de le rassurer, certaine que la petite mage trouverait une solution… Tristan releva légèrement la tête avant les autres quand elle s’éveilla et pourtant il était loin, toujours assis dans son coin avec l’air persistant de bouder.

Déjà elle se levait pour prendre l’air alors qu’elle devait se reposer et n’était clairement pas en état de faire grand chose. Alanir était inquiet, Eleyna se mordait la lèvre inférieure, n’osant pas intervenir sans doute, contemplant la petite mage qui déjà cherchait à sortir… prendre l’air apparemment. Elle n’avait franchement pas l’air en forme, toute pâle et encore plus maladroite, jetant un regard inexpressif vers sa main et son poignet immobilisés, comme si ça ne représentant rien alors même qu’elle devait avoir mal… vraiment mal. Déjà, elle était sortie en claquant la porte, n’écoutant pas les recommandations, n’écoutant rien, probablement trop chamboulée une fois de plus par tout ce qui lui arrivait.

Elle aurait eu besoin de Tristan à ce moment là. De son Tristan. Qu’il la prenne dans ses bras et la cajole tendrement comme il savait si bien le faire, lui assurant que tout irait bien, la félicitant aussi d’être si forte et dévouée. Qu’il la fasse rire et chasse ses inquiétudes de ses beaux sourires et de ses baisers passionnés. Mais au lieu de ça, elle était seule, tellement seule à devoir affronter trop de choses, trop de difficultés, trop de souffrance.

Elle était sortie assez vite malgré la douleur et n’avait pas pris de veste une fois de plus. Dehors, il faisait froid. Il avait neigé un moment durant la journée et le sol était recouvert d’une couche de neige de quelques centimètres et de verglas par endroit. C’était assez risqué pour une maladroite comme elle mais de toute façon, elle n’en faisait qu’à sa tête depuis un bon moment déjà.
La petite demoiselle avait probablement besoin de réfléchir seule… et de s’en vouloir aussi. Elle tenait tellement à réussir les deux épreuves de cette journée. Pour réussir… pour gagner cette fois là, pour ne pas avoir à affronter cette dernière épreuve qui était… adaptée uniquement pour les dragons. Parce qu’elle partait cruellement handicapée. Elle était humaine… pas dragonne. Enfin pas tout à fait humaine, certes, ça c’était certain mais elle était quand même bien plus proche de l’humain que du dragon et en vol, qu’est ce qu’un humain pouvait contre un dragon au juste ? En plus de cela elle était blessée même si ça, elle s’en fichait probablement complètement, prête à se bousiller la main pour gagner. C’était ainsi…
Elle vivait si mal l’échec…

La petite demoiselle s’était assise sur le bord de l’une des fontaines de la cité, son regard sombre, fermé lui avait évité d’être abordée par quelques personnes comprenant qu’elle voulait être seule et si sa main ne lui avait pas fait si mal probablement aurait-elle continué sa route au lieu de s’arrêter et d’observer son reflet dans la fontaine glacée d’un air si vide. Elle était probablement en train de s’accuser et de se rabâcher cet échec qui n’en était franchement pas un quand on voyait contre « quoi » elle se battait lorsque des hommes l’abordèrent. C’étaient des guerriers. Deux en fait. Des compagnons d’arme de Tristan qui avaient eu le plaisir certain d’assister à la petite promenade de la jeune femme lorsqu’elle était totalement nue et à voir les regards brûlants qu’ils posaient sur elle, s’ils étaient courtois, ils n’en étaient pas moins prodigieusement intéressés. Ils n’étaient vraiment pas méchants au fond, lui proposant juste d’aller boire une boisson chaude ce qui vu le froid environnant était finalement gentil, avouant avec un sourire mutin qu’elle les avait beaucoup éblouis la dernière fois. La demoiselle semblait ailleurs même si elle les écoutait un peu. L’un d’eux tendit sa main pour prendre la sienne, valide, et l’aider à descendre de la fontaine puisque le sol était verglacé, insistant sur le chocolat chaud et le fait de manger quelque chose qui lui ferait probablement beaucoup de bien vu sa pâleur. Peut-être était-elle juste trop fatiguée pour réfléchir et les repousser. Peut-être s’en fichait-elle royalement. Peut-être en avait-elle marre que son petit ami soit aussi égoïste et malsain avec elle alors qu’elle méritait tellement d’attention, surtout en ce moment. En tous les cas, cette fois elle ne les avait pas violemment repoussés en se défoulant sur eux comme elle l’avait fait avec les autres quelques jours plus tôt. Mais alors qu’il tirait légèrement sur sa main pour l’entrainer à sa suite une ombre se dressa au dessus de la petite mage et donna une tape sèche et rapide sur la main du guerrier pour « l’éloigner ».

Tristan referma aussitôt ses bras sur la jeune femme qui s’était redressée et qui leva vers lui un regard probablement interloqué alors qu’il menaçait du sien les deux hommes en face de lui. Eux aussi étaient au courant de ce qui s’était passé quelques jours plus tôt, en fait tout le monde le savait à priori et s’ils n’avaient pas envie de se frotter au grand guerrier, ils avaient encore moins envie d’engager un combat avec le dragon qu’il était à présent. Et Tristan pouvait être très susceptible par le passé quand il s’agissait de sa compagne. Si l’actuel dragon n’était pas facile à cerner et paraissait très égoïste, voire distant, avec la jeune femme, ils n’avaient pas envie de voir si cette susceptibilité pouvait revenir au galop…ou non.
L’autre mit bien ses mains en évidence, un sourire aux lèvres.

- Du calme Tris’, on voulait juste qu’elle aille près d’un feu et qu’elle mange quelque chose.
- …

Le jeune homme ne répondit rien mais esquissa un rictus pour montrer ses crocs d’un air provocant, les fixant sans ciller jusqu’à ce qu’ils s’éloignent après avoir souhaité une bonne journée au couple, même si ce fut assez précipité. Les muscles crispés du jeune homme se détendirent finalement alors qu’il pressait toujours la petite demoiselle fortement contre lui, lui faisant partager sa chaleur et encore et surtout cette tension qui semblait l’habiter un instant plus tôt. Il finit par la lâcher en détournant aussitôt la tête, lui tendant… une veste sans un mot. Mais curieusement, le froid semblait plus l’atteindre que d’ordinaire car le haut de ses pommettes s’était légèrement coloré alors qu’il évitait de la fixer.
Sans doute était-elle surprise, voire plus, de le voir ainsi… Mais elle ne le taquina pas et si elle fut contente de cette petite preuve d’égoïsme justifié qui ressemblait à s’y méprendre à de la jalousie, il ne le remarqua pas puisqu’il ne la regardait pas vraiment. Remerciement à mi-voix de la jeune femme tandis qu’elle prenait la veste pour l’enfiler. Il sembla aussitôt se rappeler de son récent handicap et la lui reprit avant de l’aider à la mettre, un peu maladroit mais très lent dans ses gestes ce qui lui demandait un effort certain, après tout, il ne maitrisait que peu sa force et ses gestes brusques depuis qu’il était davantage dragon.

Il l’aida même à boutonner sa veste avant de sortir de son sac l’écharpe de la demoiselle, la lui passant autour du cou. Finalement, n’ayant toujours pas prononcé un mot, il lui prit la main et l’entraina prudemment à sa suite à cause de la neige et du verglas. Bien obligée de le suivre et probablement curieuse de voir ce qu’il avait en tête, elle obtempéra jusqu’à ce qu’il l’amène en haut d’une des cascades après un moment de marche, très précautionneux tout d’un coup quand elle marchait, lui jetant de fréquents mais très brefs regards, en particulier à son bras blessé et détournant presque aussitôt les yeux, comme gêné.
Pour le coup, Ikael avait vraiment un comportement étrange, voire anormal vu ses récentes impulsions, vu son comportement égoïste et imbu de lui-même. Petite attention ? Regain de conscience ? Difficile à dire mais il faisait attention à elle, vraiment… pour une fois. Et la petite demoiselle si découragée et malheureuse en avait probablement besoin plus que de n’importe quel soin ! Finalement ils arrivèrent après un bon moment à marcher sur une pente en haut d’une cascade et il lâcha sa main, sortant de son sac une couverture qu’il étala par terre dans la neige avant de l’inviter à s’asseoir, toujours sans prononcer un mot.

Ils surplombaient la cité. Elle venait souvent en haut des cascades toute seule pour réfléchir. Peut-être était-ce la sensation du vide, l’air frais, ce sentiment de liberté qui lui rappelait tant le vol avec lui qu’elle recherchait en ce lieu. En tous les cas ils y étaient ensemble à présent. Une nouvelle fois, le jeune homme plongea la main dans son sac qui pouvait à peu près tout contenir et en sortit cette fois-ci une grande gourde, deux tasses et un petit panier. La gourde s’avéra contenir un chocolat chaud qu’il avait probablement mis dedans juste avant de sortir vu qu’il était encore brûlant et le panier tout un tas de petits biscuits. Après l’avoir servie, sous son regard probablement « médusé » parce que franchement, même en faisant de petits efforts de temps à autre, il n’avait absolument rien fait de semblable depuis qu’il avait changé, le jeune homme releva finalement les yeux vers elle, un air de petit garçon fautif accroché au visage.

- … Je… Tu dois manger. Et tu as été blessée. La guérisseuse a laissé une potion pour toi pour la douleur. Mais… je sais que tu n’aimes pas les potions et… Elle a dit que tu dois faire attention… J’ai… pas envie que tu aies mal. Et… je… Tu… tu as été… très forte. Vraiment. Je… enfin… je sais que tu es forte et pas totalement… humaine. J’ai bien compris. Mais… tu… tu aurais dû gagner. Tu… pouvais. Tu… Enfin je… P… Pour moi tu as gagné…

Il détourna brutalement la tête en rougissant beaucoup d’un coup, peinant apparemment autant à s’exprimer qu’à comprendre ce qui lui arrivait, passant une main sur une de ses joues sans comprendre les réactions de son corps d’humain. Il jeta un bref coup d’oeil à la jeune femme qui souriait et qui, adorable, ne voulant pas gâcher ses progrès et probablement ravie de cet inattendu revirement et de ces réactions qu’elle avait tellement souhaité voir ces derniers jours, mettait fin à son supplice en faisant comme si elle n’avait rien remarqué, buvant une grande gorgée de son chocolat chaud. Adorable… Comme toujours. Elle essayait toujours de l’aider, de le sauver, de se sacrifier… Là, elle lui évitait d’être gêné ! Carrément ! Elle le remercia alors même que son coeur était peut-être torturé par mille souffrances à cause de ce qui s’était passé, à cause de ce qu’elle s’était remémoré, à cause de ces épreuves auxquelles elle n’aurait jamais dû être confrontée, le remerciant juste… Un remerciement. Et elle que méritait-elle pour tout ce qu’elle faisait ?… D’ailleurs Cassidy lui fit un magnifique sourire, si beau que le garçon qui avait retourné vers elle son visage d’ange, apparemment content d’avoir bien fait comme le prouvait son petit air fier et pas du tout blasé pour le coup, se crispa légèrement et s’il ne détourna pas la tête, son regard s’égara vers le vide alors qu’un sourire victorieux éclairait son visage.

Il réagissait…
Il n’y avait pas vraiment d’explication au « pourquoi » de ces réactions mais il réagissait et en bien cette fois à tout ce qu’elle faisait, à sa souffrance, aux épreuves qu’elle faisait pour réussir à le « garder » et de la même manière qu’il l’avait encouragée en lui disant de ne pas perdre, non pas comme une demande mais comme un ordre, ces mots, ces réactions devaient aider la petite demoiselle à garder courage et à se battre, encore et toujours.
Ils ne parlèrent pas pendant un long moment. Pour une raison ou une autre, Tristan se montrait presque gentil. Bien sûr, il était encore bien loin de son comportement habituel avant de se retrouver plus dragon qu’humain. Bien sûr, il n’était que l’ombre du galant jeune homme prévenant qui peinait tant à contenir ses sentiments pour sa petite amie. Mais il se comportait plutôt bien. Il ne semblait pas s’ennuyer du tout à ne rien faire en étant près d’elle. Il ne semblait même pas victime de ses pulsions pourtant si exigeantes ! Ou alors c’était dû aux remontrances d’Alanir… c’était également fort possible, après tout il n’osait guère le provoquer…
Il poussa un peu plus vers elle le panier plein de biscuits en marmonnant de sa voix grognonne qu’elle devait manger, une fois de plus. Finalement, il avait remarqué… qu’elle ne mangeait pas beaucoup, qu’elle se mettait en danger. Et peut-être, au final, avait-il aussi remarqué que c’était lié de bien trop près à lui… Ils ne parlaient pas parce qu’ils n’avaient plus grand chose en commun. Avant, il l’aurait écoutée des heures, un sourire conquis aux lèvres. Elle aurait été blottie entre ses bras, lui narrant une histoire ou une autre, lui parlant de magie ou de vol, lui parlant tout simplement, de sa voix cristalline dont il ne se lassait décidément jamais. Il l’aurait câlinée tout en l’écoutant et aurait probablement fini par l’interrompre de quelques légers baisers sur sa nuque si pâle. Au début, elle aurait sans doute résisté, continuant de parler mais penchant légèrement la tête un sourire aux lèvres pour mieux accueillir cette caresse. Puis sa voix se serait progressivement éteinte, ils se seraient passionnément embrassés puis fixés à bout de souffle, conquis l’un par l’autre. Peut-être aurait-il tenté d’aller plus loin, peut-être l’aurait-elle guidé pour d’ailleurs. Mais rien, rien au monde n’aurait pu être à l’égale mesure de leur complicité et de leur amour.

Aujourd’hui, il était égoïste et même s’il faisait de grands efforts pour elle, même si de temps à autre, l’ombre du gentil Tristan semblait regagner sa place, il restait terriblement individuel et incompréhensif. Pourtant, il était perdu. Par tout ce qu’il avait appris, par tout ce qu’il voyait, par la certitude d’un mieux dont elle lui avait déjà maintes fois parlé mais auquel, sans ses sentiments, il ne pouvait avoir accès. Curiosité par rapport à cet amour si beau et innocent qu’elle lui portait alors même qu’il n’était plus celui qu’elle aimait. Il pensait que c’était normal que les humains l’idolâtrent mais elle était tellement au-dessus de tout cela. Il la trouvait gentille… et douce et puis son sourire, son si beau sourire… parfois, bien souvent même, il lui tordait l’estomac. C’était comme avoir faim et ça faisait un peu mal, mais il aimait bien quand elle lui offrait… Et puis, il était vraiment mal quand elle était triste. Même si elle essayait de lui cacher de son côté, il sentait bien l’odeur que laissaient ses larmes au coin de ses yeux, odeur de sel et d’amertume.
Elle aurait pu lui parler, de tout et n’importe quoi. Essayer d’évoquer chez lui des souvenirs, de le faire revenir… Mais c’était trop, beaucoup trop qu’elle supportait depuis bien trop longtemps. Elle ne pouvait pas tout gérer. Elle était forte certes… mais humaine aussi, en partie du moins. Elle ne pouvait pas tout réussir en gardant la tête haute, elle ne pouvait pas tout accepter. Alors là, probablement, était-elle lasse… Rageuse d’avoir échouée, inquiète pour la suite même si elle ne le montrait pas, peut-être même se posait-elle mille et une questions, mangeant tout de même distraitement, pour lui, parce qu’il faisait l’effort de « s’occuper » un peu d’elle.

Elle fixait le vide, la cité bien en dessous d’eux et il y eut de la tristesse pendant un court instant dans ses adorables yeux noisette. Une profonde lassitude aussi, une fois de plus, ce qui ressemblait de bien trop près aussi à un début de renoncement, à la peur et à l’incompréhension. Pourquoi s’acharnait-on ainsi sur elle ?
Il le vit ou le ressentit peut-être, difficile à dire… Toujours est-il que la demoiselle frissonna légèrement quand il posa une main sur la sienne, celle blessée. Avec une précaution qui ne ressemblait pas du tout à son actuelle maladresse draconique, il tourna lentement son poignet, examinant l’attelle provisoire posée par la guérisseuse et qui devait maintenir le bras de la demoiselle en place. Il n’avait guère eu l’occasion de s’approcher pendant qu’elle le lui posait après tout. Le poignet recouvert d’onguent pour hydrater et enrichir le corps pour l’aider à cicatriser était recouvert d’un épais bandage puis attaché à deux épaisses baguettes de bois. Mais c’était encombrant et nul doute que la demoiselle chercherait à s’en débarrasser pendant l’épreuve, se fichant bien d’avoir mal… même si c’était à vie. Elle pouvait être si inconsciente après tout quand ça la concernait. Au lieu de reposer son poignet contre elle puisqu’elle l’appuyait contre une de ses jambes croisées en tailleur, il le reposa sur sa propre cuisse, la poussant ainsi à détendre un peu le haut de son bras et son épaule. Le jeune homme ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, hésitant, l’air plus grognon et de nouveau gêné, dessinant distraitement dans la neige du bout des doigts quelque chose qu’elle ne pouvait pas voir. Finalement, sa voix se fit entendre, un brin hésitante, loin de son effronterie récente et de sa sécheresse.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 29 Aoû - 13:19

- Tu as mal ? Enfin… je sais bien que tu as mal… Je… Kayla n’avait pas besoin de te faire ça. Je ne sais pas si elle a fait exprès ou pas mais… j’aime pas… p… Pardon…

Là, elle s’était figée sur place. Il le sentait à la vive tension qui l’anima soudainement et qui crispa sur sa jambe le poignet de la demoiselle, ce qui bien sûr fit très mal à l’intéressée qui grimaça à peine, voulant faire abstraction de la douleur sans doute. Elle avait quand même lentement tourné les yeux vers lui, ne comprenant probablement pas ce qui lui prenait. Une fois de plus, ses joues se colorèrent légèrement alors qu’il baissait piteusement les yeux… Comme avant…

- Il y a… enfin… Dans ma tête c’est encore… très embrouillé… Mais je sais que tu comptes pour moi. Et que… je pensais pas pareil avant. Et tu m’as dit que tu n’aimais pas comment je suis maintenant et qu’avant c’était différent et bien et… Des fois je vois ce que tu veux dire et d’autres fois, ça marche pas et ça m’énerve. J’ai du mal à parler et à agir… Je sais que je suis un dragon. Que c’est ce que je dois être mais… tu as dit que je n’étais pas que ça et je sais que c’est vrai… mais… je me souviens pas très bien… Alanir… enfin… j’aime pas quand il me tape dessus c’est vrai… Mais il me dit des trucs et… et quand il discute avec Eleyna j’écoute. C’est vrai que je ne comprends pas bien quand il veut te protéger, quand il dit que tu es plus forte que les dragons, quand il dit qu’on peut voler ensemble et tout ça mais… et c’est ça qui me fait penser que c’est vrai… je… je suis content quand il dit ça. Je sais pas comment l’expliquer. Mais… Je sais que tu fais tout ça pour moi… Et que c’est à cause de moi. J’aime bien que tu te battes pour moi. Je sais que ce n’est pas normal chez une humaine mais chez toi… je ne suis pas vraiment surpris. Je ne sais pas pourquoi. Je le sais… c’est tout. Mais… j’aime pas que tu sois blessée. Ca me plait pas. Tu es forte… très forte. Je sais que tu allais gagner… Et c’est ça qui n’a pas plus à Kayla. C’est pour ça que je crois qu’elle a fait exprès de te casser le poignet… Elle ne l’admettra pas mais je l’ai senti… qu’elle avait peur et qu’elle te détestait pendant un moment… sans doute parce qu’elle a senti aussi que je serais content si tu gagnais à ce moment-là…

Il ne releva pas les yeux. Il rougissait un peu plus et jouait toujours distraitement avec la neige. Il ne portait plus ses bracelets de force mais d’autres beaucoup plus fins tout argentés et de cuir, ciselés de nombreux symboles. Il semblait pas mal chamboulé par tout ce qu’il disait, voire complètement perdu et inquiet. Pourtant, profitant de ne pas croiser son regard, il continua.

- Je n’ai pas très bien compris ce que disaient les « esprits » pour l’épreuve suivante mais j’ai entendu Alanir en discuter avec Eleyna après, pendant que tu étais… évanouie. Ils disaient que comme tu n’es pas dragonne les règles sont différentes et que… qu’il pensait que cette épreuve, tu espérais ne pas l’affronter. Parce que justement… tu es encore bien plus défavorisée que pour les autres… Enfin, je… ce que tu as fait, je ne suis pas bête, je sais bien qu’aucune humaine n’en aurait été capable… Mais tu ne peux pas voler. Alors… Enfin… il disait que tu… aurais un dragon du coup pour t’aider et je sais bien que toi et Alanir vous volez ensemble et que ça marche bien mais… j’ai repensé à tout ce que tu as dit et j’aimerais bien essayer moi aussi et… je… au moins Kayla ne tenterait rien contre toi si c’était moi parce que… parce que je ne veux pas que tu sois encore blessée en fait… tu… tu comprends ?

Là il la regardait avec un sérieux qui ne ressemblait pas à l’égoïste et insouciant dragon. Pendant un court instant, le visage du jeune homme refléta un éclat de douceur et de prévenance, bref certes mais bien présent. Elle avait raison de s’accrocher. Elle ne l’avait pas perdu, pas encore, même après tout ce qui s’était passé… Il était toujours là. Peut-être pas conscient, peut-être stupide et maladroit mais tout à fait capable de comprendre certaines choses et apparemment, dragon ou humain, Tristan était sensible au charme de la demoiselle… Parce que là, ce n’était certainement pas qu’une histoire de coucherie !

Mais l’effort demandé pour être aussi calme et gentil lui pesait apparemment et le gênait quand même pas mal. Tout chamboulé par ce qu’il disait, faisait et même peut-être ressentait pour la petite humaine, troublé, il ne tarda pas à se refaire égoïste et dominateur. Mais pas méchamment. Se contentant juste de grogner d’un air bougon en s’allongeant sur la couverture, posant nonchalamment la tête sur ses genoux et récupérant sa main valide pour la poser d’autorité dans ses cheveux en bataille. C’est que ça, c’était une belle découverte dont il ne se lassait pas vraiment. D’ailleurs, dès la première caresse, il ferma paresseusement les yeux en marmonnant tout bas qu’ils s’entraîneraient quand elle irait mieux, le lendemain, après un repos bien mérité !
Et ça ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde non plus.

Ils finirent par rentrer et peut-être était-elle soulagée de le voir réagir de la sorte, peut-être avait-elle besoin de le voir aller dans son sens et pas dans celui de cette insupportable et beaucoup trop sexy dragonne car la petite demoiselle semblait un peu moins… malheureuse, un peu moins en colère, un peu plus… elle-même. Bon, bien sûr, elle jouait probablement pas mal la comédie aussi pour ne pas que ses amis se fassent du souci pour elle, beaucoup trop prévenante une fois de plus mais c’était tout de même pas mal. Tristan ressortit seul en prétextant avoir quelque chose à faire et un seul regard d’Eleyna vers la petite mage suffit à convaincre la première de suivre le jeune homme. D’accord, elle avait peut-être de l’espoir et voulait croire en son fiancé actuellement incapable de se rendre compte de toutes ses maladresses envers elle, mais elle n’était pas folle pour autant et ne prendrait certainement pas le risque de le laisser vagabonder seul dehors avec une dragonne dans le coin qui s’amusait régulièrement à ôter ses bracelets pour le tenter. En parlant de bracelets, ce fut Alanir qui répondit à la question muette de la petite mage par rapport à ceux qui ceignaient les bras du guerrier. Apparemment, ils en avaient demandé à celui qui lui avait fabriqué le sien et il lui en avait fabriqué d’eux, moins encombrant et bien plus efficace qu’un seul ce qui s’avérait utile avec ses pulsions plutôt… contraignantes. Au moins, cela expliquait son calme alors qu’ils n’étaient que tous les deux.

Probablement les deux guerriers étaient-ils partis s’entrainer car ils ne revinrent que dans la soirée, bien après que la guérisseuse soit repassée pour voir l’état de sa petite convalescente et s’insurger en découvrant les projets de celle-ci, à savoir ne pas se ménager une fois de plus.
Alanir avait préparé maladroitement la table et la nourriture sous les directives d’une Cassidy très pensive et qui ne semblait guère prête encore une fois à se confier… ou quoi que ce soit d’ailleurs.
Même si elle avait un peu parlé au dragon bien sûr de ses inquiétudes mais encore et surtout du brusque revirement encourageant de Tristan. Restait à savoir à présent ce qu’il était prudent de faire. Choisir de voler avec Alanir qui la connaissait et avec lequel elle était à l’aise ou tenter le tout pour le tout même si elle avait quelques jours pour s’entraîner avec son compagnon qui malgré sa bonne volonté peinait déjà à ne pas faire de bêtises en tant que dragon sans avoir à accepter l’idée de porter une humaine sur son dos.

Pourtant, le jeune homme semblait fanfaron en rentrant, un grand sourire aux lèvres. Pas mal d’égratignures, les cheveux givrés de neige après s’être entrainé mais apparemment… content.
Alanir qui fronçait les sourcils face à ce comportement plutôt inapproprié puisque la petite mage était quand même blessée et que les jours s’annonçaient sombres, peu heureux, déjà qu’ils ne l’avaient guère été récemment mais Eleyna lui fit un sourire rassurant en venant poser une main sur son bras, lui murmurant gentiment d’attendre.
Et pour cause, le grand jeune homme tendait… ce qui ressemblait fort à un cadeau à sa « fiancée ». Ravi, dans une attitude de félin ou sans doute de bon dragon aimant se percher en hauteur, il grimpa habilement sur le dossier du canapé dans lequel elle était installée, lisant juste avant leur arrivée, l’observant avec une impatience certaine. Bien sûr, elle ne pouvait pas l’ouvrir toute seule avec sa main… même si ce fut Eleyna qui dut le rappeler au garçon qui grogna, s’empourpra et l’aida les gestes maladroits, un peu brusques à défaire l’emballage.
Apparemment, en perdant sa douceur, sa tendresse, ses sentiments, le jeune homme avait aussi perdu la notion de « présent » car le cadeau était pour le moins… saugrenue…

Cassidy tripotait en fronçant les sourcils l’espèce de large étau de cuir percé qui mettait tellement en joie son compagnon et qui surprenait autant la petite demoiselle que son dragon de feu, c’était certain. Heureusement une fois de plus Eleyna intervint en venant près de la petite mage, sortant « l’instrument de son paquet » et le passant à son poignet. Ce n’était ni plus ni moins qu’un protège-poignet, épais, plutôt long puisqu’il s’arrêtait peu avant le coude, sacrément renforcé de petits assemblages de métal, au niveau de la main, il ceignait le pouce, protégeait les jointures des doigts et s’il était légèrement étroit pour la capitaine, il semblait parfaitement ajusté pour la petite mage aux membres plus fins. Alanir très curieux comme toujours observait l’objet en comprenant apparemment son utilisation mais certainement pas le brusque geste plein de bon sens de son camarade. Eleyna sourit gentiment et vint donner une tape amicale à Tristan (qui le déséquilibra un instant) avant de tendre l’objet à Cassidy.

- Figurez-vous que Tristan a eu une idée et une bonne idée pour une fois ! Ca devrait te protéger et t’immobiliser le poignet en évitant des mouvements maladroits et une blessure de plus inutile. Les baguettes de bois qui te tiennent le poignet actuellement te permettent peu de mouvement même si elles sont moins étouffantes que cet équipement. On les utilise à l’armée pour qu’un combattant puisse continuer de se battre même avec un poignet cassé, j’avoue que je ne pensais pas à cette éventualité mais l’idée est bonne. Le tanneur a rapidement réalisé cette petite merveille !
- Humph…

Ca c’était le jeune homme qui boudait un peu mais qui souriait quand même, laissant Eleyna enlever le bandage et l’attelle de la petite mage pour l’aider à enfiler le protège-poignet. Tout le monde était surpris et l’idée était plutôt bonne, le genre d’idée qu’aurait eu Tristan justement… Même si, si le jeune homme avait été là, jamais une telle blessure n’aurait été infligée à la petite mage, pas sans qu’il ne devienne violent avec la responsable du moins.

Cassidy sembla une fois de plus comprendre son fiancé et sa gêne car si elle le remercia d’un adorable sourire qui le troubla, elle changea vite de sujet et ils passèrent à table. Le repas était très bon, Alanir se débrouillant merveilleusement bien à présent avec le barbecue même si ses compétences culinaires se limitaient à cela. D’ailleurs le dragon de feu était très animé et apparemment plein d’espoir pour la suite, persuadé que Cassidy allait réussir ou peut-être exagérait-il pour redonner le moral à la petite mage. Finalement tout le monde partit se coucher et comme toutes les nuits depuis que les épreuves avaient commencé Tristan retourna en bougonnant pour la forme sur le canapé. Après tout, il ne fallait pas prendre le risque qu’il la blesse davantage et dormir ensemble était déjà risqué alors risquer de craquer et d’être tenté par la petite demoiselle…
Pourtant, il ne râla pas, sans doute parce que Eleyna avait profité de leur sortie pour avoir une conversation avec lui et s’assurer qu’il ne ferait pas de bêtise. Et même s’il était encore tout en impulsivité et en manque cruel de réflexion, le jeune homme était plutôt calme grâce à ses bracelets, surprenant vu la manière dont il se jetait peu de temps encore auparavant sur la petite mage… Décidément ni le dragon de feu, ni la capitaine n’avaient apprécié apprendre à quel point la jeune femme se sacrifiait pour son fiancé afin de le garder ! Et il avait eu droit à des sermons par dizaine ! A croire que ça finissait par rentrer…

Le lendemain, il ronchonna quand Cassidy se réveilla et vint le tirer de son sommeil, même si c’était d’un doux baiser sur le front. Pourtant, il s’empressa de déjeuner avec elle et de sortir pour commencer au plus tôt un entraînement pour le moins… inhabituel…
Enfin inhabituel pas vraiment puisqu’il n’y avait pour ainsi dire… aucun progrès.
Il s’était montré aussi grognon et pressé que d’ordinaire pendant qu’elle se préparait et n’avait pas voulu l’aider à se coiffer, arguant qu’il en avait déjà bien assez fait ce qui était une rechute pour le moins peu agréable.
Pauvre petite demoiselle, l’amélioration de la veille était déjà un lointain souvenir et ça n’allait pas aller en s’arrangeant…

Son poignet lui faisait mal tout de même donc elle devait être prudente et Alanir insista pour être présent ne connaissant que trop bien la force et la maladresse dont pouvait faire preuve un dragon et qui pouvait s’avérer clairement dangereux pour la jeune femme. Dans son état, de toute façon, la guérisseuse l’avait bien précisé, elle ne devait pas faire d’excès, bien au contraire, elle devait être terriblement prudente et si elle avait pu avoir son mot à dire, elle aurait exigé que sa patiente reste immobile pendant la première semaine. Mais ils manquaient de temps… C’était impossible et de toute façon, même en sachant qu’elle avait besoin de se reposer, Cassidy ne prendrait pas le risque de ne pas s’entrainer avec cette épreuve qui l’attendait. Surtout qu’une difficulté majeure se présentait…

Même avant qu’il ne devienne… aussi dragon du point de vue de son comportement, Tristan avait mal supporté sous sa forme dragon que Cassidy monte sur son dos, il craignait vraiment son comportement quand ses pulsions meurtrières étaient autant à fleur de peau. Certes, l’actuel Tristan n’avait pas autant d’égard pour sa fiancée mais il était d’autant plus dangereux. Il avait fallu des jours pour parvenir à se déplacer seulement en marchant ensemble, la régression était on ne peut plus énorme ! De plus, il y avait deux réels inconvénients. Cassidy devait en effet voler sur l’un des deux dragons pour se mesurer à Kayla. Tristan, dans son état normal était le plus adapté pour une telle épreuve. Même s’il n’avait pas eu de don et cela revenait un peu au même puisqu’il était incapable de s’en servir, il était taillé pour la vitesse et ses ailes dépassaient de beaucoup l’envergure de celles de la dragonne d’eau alors qu’ils faisaient presque la même taille. Malheureusement, actuellement les choses ne se passaient pas bien. Il n’était pas lui-même et ils avaient besoin de beaucoup de temps pour parvenir à « l’adapter » tout d’abord à l’idée, encore plus pour voler avec lui… Davantage pour être réellement à l’aise avec sa cavalière… D’un autre côté, il y avait Alanir qui connaissait par coeur la petite mage et volait très bien avec elle. Malheureusement, il faisait partie des dragons les plus massifs et contre une adversaire comme Kayla qui n’était pas des plus imposantes pour son espèce et qui semblait être sacrément bonne en vol, lui qui était longtemps resté un esprit était clairement désavantagé… Mais il faisait une monture bien plus sûre que Tristan… Dilemme…

Malgré les efforts, il s’avéra rapidement que c’était peine perdue…
Tristan avait beau avoir fait de belles promesses et vouloir s’investir un peu, ça ne menait à rien. Ils insistèrent deux jours de suite, de courtes séances, de cours essais puisque Cassidy était épuisée et que même si elle persévérait, son corps lui la lâchait. Mais régulièrement.
Ils essayaient… Et ça ne marchait vraiment pas. Alanir dut intervenir à de multiples reprises durant les réflexes violents du dragon qui ne supportait pas si bien finalement la petite cavalière et quand enfin ils réussirent à voler, outre le fait que Kayla se moqua d’eux une fois de plus, Tristan ne parvenait pas à rester dans les airs plus de quelques secondes. En fait, il décollait à peine, semblant totalement perdre ses moyens avec Cassidy sur son dos. Pourtant, il avait prétendu par le passé que son poids ne le gênait pas du tout, qu’il était à l’aise avec elle, ce n’était apparemment pas totalement le cas de sa part dragon.
Et il s’énervait…

A cause d’Alanir qui le repoussait quand il avait des mouvements brutaux, voire des claquements de mâchoires beaucoup trop près de la jeune femme, qui le plaquait au sol en grognant… Plus encore quand il lui donnait des conseils. Il semblait aussi furieux envers lui-même de ne pas parvenir à faire ce qu’il prétendait. Mais sa colère était telle parfois qu’il valait mieux ne pas essayer de le raisonner ou de lui parler. Le troisième jour fut le pire… Il tomba plusieurs fois brutalement, malmenant beaucoup sa pauvre cavalière qui grimaçait de douleur malgré tous ses efforts pour rester stoïque. Alanir qui était toujours flanqué d’Eleyna le prit très mal lorsque Tristan, tout à son égoïsme et à sa fierté se mit à hurler sur la petite mage après s’être retransformé.
Tristan n’aurait jamais agi ainsi en temps normal, pas sans excellente raison, pas sans avoir craint pour la vie de la demoiselle ou quelque chose du même genre. Là, ce n’était que de la prétention, de la fierté, il se défendait de son échec en lui rejetant la faute dessus, hurlant justement que c’était de sa faute, que c’était stupide, qu’il n’avait pas à la porter, que ça ne servait à rien, qu’il était un dragon et n’avait rien à faire avec une humaine de toute manière. Beaucoup d’autres paroles terribles, blessantes et d’une cruauté gratuite pour la pauvre demoiselle qui s’accrochait désespérément à leur couple. Alors même qu’il avait tant progressé par étape certes mais progressé ces derniers jours, il fut bien plus violent ainsi qu’il ne l’avait jamais été et la blessa probablement plus que jamais… Bien sûr, les trois autres ne savaient pas tout mais même s’ils avaient su, ça n’aurait en rien pardonné ce brutal accès de violence verbale.
Pauvre petite demoiselle malmenée… C’en était décidément beaucoup trop et si elle se referma aussitôt, enfermée dans ses peurs, ses doutes et sa culpabilité, sa magie tout aussi malmenée que ses sentiments ses derniers jours, s’agita autour d’elle. Mais un mal pour un bien survint quand Alanir fou de colère d’entendre de telles horreurs absurdes se rapprocha rapidement et se mit à frapper son congénère, de plus en plus fort tandis que Tristan, surpris, ne tardait pas à répondre. Sous sa forme humaine, le jeune homme se débrouillait bien mieux que son aîné, raison pour laquelle celui-ci ne tarda pas à se transformer. Si les deux créatures s’affrontèrent un court instant tandis que celui de feu s’acharnait sur son cadet irrespectueux, il fut rapidement évident que Tristan, moins massif que son congénère, ne pouvait pas lutter. Il réussit finalement à se dégager, se retransformant, de fines griffures lézardant son corps d’humain, une morsure, adaptée à sa taille près de la gorge. Furieux et profondément vexé, il s’enfuit à toutes jambes dans la forêt tandis qu’Eleyna soutenait Cassidy, lui intimant de ne pas trop bouger…

Ils rentrèrent pour la soigner et son air perdu et lointain ne rassura personne, encore moins la guérisseuse quand elle vint voir sa petite patiente. Il semblait évident à présent qu’il ne servait à rien de s’acharner à voler avec Tristan et qu’elle ferait mieux de s’entrainer avec Alanir… Ce fut ainsi que commença la suite de leur entrainement à tous deux, dans l’après-midi et le jour suivant. Si Tristan avait été aperçu dans la cité, il ne rentra pas ni celui-ci, ni celui d’après.
Il ne chercha plus à les voir, ni les rejoindre, ni même aller à l’appartement, encore trop vexé probablement et il valait sans doute mieux…
Qu’une personne haineuse, un adepte des Kaärs ou même un dragon rejette Cassidy était une chose pour la demoiselle, elle pouvait encaisser… Mais que son fiancé actuellement certes peu conscient de ses actes mais et bien celui qu’elle aimait, celui qui la chérissait tant il y a encore peu le fasse… C’était tout autre chose.
C’était sa voix, ses gestes, son visage adorable qui se faisait furieux, son regard d’ambre qui était aussi accusateur au lieu d’être doux et plein de tendresse…

Il ne rentrait pas… Et Alanir préférait cela. Cassidy le vivait mal, très mal… Elle avait à peine ouvert la bouche depuis l’incident et se nourrissait à peine. Il avait l’impression de la revoir quand elle avait perdu ses sentiments pour le jeune homme, c’était même peut-être pire… parce que là, il savait qu’elle les avait toujours, et en souffrait donc atrocement.
Il préférait que Tristan reste loin, n’aggrave pas les choses même s’il en discutait souvent avec Eleyna quand Cassidy se reposait ou était sous la douche ou encore méditait…
Un miracle n’aurait pas été de trop… mais des miracles, ils n’en voyaient aucun.

Finalement, le jour J arriva. Tristan ne réapparut pas pour autant. Depuis la veille, personne ne l’avait vu, sa présence semblait encore flotter autour de la cité donc il ne devait pas être loin mais il ne vint même pas les rejoindre pour aller à l’arène, il ne chercha pas à venir encourager la petite mage… Ce qu’il avait fait les premiers jours avait vite déserté son comportement. Egoïste, il ne restait plus qu’à espérer que Kayla n’en ait pas trop profité… Mais ceci semblait inévitable malheureusement.
Eleyna ouvrait la marche, ne disant pas un mot. Alanir venait ensuite avec Cassidy, surveillant avec inquiétude la jeune mage stoïque et terriblement renfermée. Elle s’était une fois de plus vêtue d’une tenue plus cavalière, masculine et c’était Maud qui l’avait coiffée d’une tresse serrée. Elle avait été rapidement mise au courant de la mésaventure et semblait vraiment chagrinée de ce qui arrivait, incapable de prédire ce qu’il adviendrait de cette journée. A voir son air vraiment inquiet et la pression de main qu’elle avait exercée sur une épaule d’Alanir pour lui souhaiter bonne chance ce jour-là, il y avait fort à parier en réalité qu’elle connaisse l’issue de l’épreuve, assez funeste pour vouloir le faire comprendre sans le formuler à voix haute.

Eleyna ne disait rien en effet mais réfléchissait et maudissait son lieutenant. Elle avait reçu régulièrement des instructions ces derniers jours et pour l’heure, on lui demandait de rester en poste près de la « puissante directrice ». L’inactivité ne lui plaisait vraiment pas mais au moins elle pouvait en apprendre davantage sur la cité fantôme et sur leurs forces de frappe contre les Kaärs.
Toute cette histoire la dépassait de très loin et elle commençait à en avoir assez. Rien ne valait les camps d’entrainement et leur sévère organisation qui ne laissait que bien peu de place à l’imprévu. Là, tout était constamment chamboulé et ce n’était pas pour lui plaire. En plus, son don d’empathie jouait à la girouette. Autant percevait-elle parfaitement la détresse d’un Alanir sur les nerfs, autant ne ressentait-elle plus rien de la part de Cassidy.

Kayla les attendait comme les précédents jours près d’une fontaine, apparemment impatiente d’en finir, un air narquois au visage. Elle devait parfaitement savoir ce qui s’était passé puisqu’elle observait Cassidy avec un intérêt certain, toujours cette indéfectible curiosité mais mêlé d’une pointe de mépris et de joie. Après tout, elle n’avait pas vraiment aimé qu’une si « faible chose » lui tienne autant tête dans des épreuves de dragon…

La selle que Tristan avait fait confectionner sur l’épaule, Alanir avait insisté pour qu’ils la prennent. Même s’ils avaient l’habitude de voler ensemble en effet, il fallait assurer le maximum de confort, selon lui, à la petite mage. Elle avait de plus en plus mal à la main, il le percevait et la douleur était presque aussi intense que le jour où la blessure lui avait été infligée. A tel point qu’il se demandait si elle ne risquait pas de perdre connaissance en plein vol en cas de choc. Chaque vibration était déjà risquée alors s’ils devaient se lancer dans des acrobaties aériennes, ça risquait d’être… difficile à gérer. Il pensait sérieusement que l’attacher à la selle était ce qu’il y avait de plus prudent mais à ses propositions, la jeune femme ne répondait que d’un regard peu amen ou se détournait, ne parlant pour ainsi dire quasiment jamais depuis l’incident avec son amoureux.
Ils finirent par arriver à l’embouchure des tunnels « magiques » et entrèrent dans l’arène. Enfin presque du moins.

Eleyna qui ouvrait la marche juste derrière Kayla venait en effet de se figer et Alanir qui suivait des yeux Cassidy sans regarder lui-même où il mettait les pieds la heurta, se figeant aussitôt, rougissant et balbutiant des excuses alors que la capitaine semblait guère en avoir cure, fixant le centre de l’arène. Il suivit son regard, fronça les sourcils, furieux et se tourna vers Cassidy qui relevait lentement les yeux, perdue l’instant d’avant probablement dans ses pensées.
En effet, au centre de l’arène se trouvait Tristan, parfaitement reconnaissable avec sa haute stature et ses cheveux bicolores. Il était torse nu et se tenait parfaitement immobile, leur tournant le dos, fixant le ciel bleuté au-dessus d’eux.
Il n’avait pas réagi au regard de Kayla qui semblait aussi surprise que les autres, ni à celui d’Eleyna, ni à celui d’Alanir. Pourtant, un frémissement agita ses muscles lorsque Cassidy posa les yeux sur lui et s’ils ne pouvaient le voir déglutir, il le fit difficilement néanmoins avant de se retourner vers eux, ancrant son regard dans celui de la petite mage. A l’instant même où leurs yeux se fixèrent, leur lien qui n’était plus qu’un fin murmure assurant juste plus ou moins l’état de « vivant » de l’autre se renforça brusquement. Tout à coup, c’était comme s’il n’avait jamais cessé d’être, comme si rien de ces derniers jours n’étaient arrivés, comme si la brusque intervention de ces « fantômes » n’avait pas existé. Mais le plus flagrant, que personne ne pouvait manquer et surtout pas elle qui le connaissait si bien, c’était ce regard ambré qui la fixait sans ciller et qui semblait porter un univers de culpabilité et de tristesse mais encore et surtout d’amour et de tendresse. Le même regard qu’elle avait tant souffert de ne plus voir ces derniers jours.
En même temps que leur lien se rétablissait néanmoins, un léger aperçu de ce que pouvait ressentir l’autre passa chez les deux jeunes gens. L’un malheureux et coupable, l’autre épuisée, inquiète, perdue et tellement désespérée par cette suite de catastrophes.

Plus personne ne bougeait et Tristan et Cassidy encore moins. Elle parce qu’elle ne savait probablement pas trop croire et qu’elle était à la limite de la rupture entre ses blessures, sa fatigue et son état instable magique. Lui parce qu’il se souvenait, au moins partiellement, de ce qui s’était passé et qu’il avait de quoi s’en vouloir à vie. Comment se faisait-il que le jeune homme ait « repris conscience » ? Ca c’était impossible à dire, impossible à expliquer et tout le monde aurait probablement voulu comprendre…
Kayla qui semblait avoir compris était la seule mécontente de la tournure de la situation alors que personne ne savait ni quoi dire ni quoi faire. Il fallait dire qu’un lien certain s’était tendu entre les deux fiancés et qu’il semblait tellement fragile dans son amour et sa confiance que le risque de le briser était…énorme. Mais forcément, risquer de briser ledit lien ne gênait pas vraiment la dragonne qui semblait certes aussi surprise que les autres mais plutôt peu amen par rapport à ce changement. Elle était certes intéressée, curieuse face à l’humanité « d’Ikael » mais elle n’aimait pas sa manière de se sacrifier pour les humains et de les considérer comme ses égaux.
Elle avança donc la première dans l’arène, rompant le fragile équilibre alors que l’étrange atmosphère pesante qui s’était installée disparaissait.

- Eh bien eh bien Ikael ! Tu es matinal aujourd’hui dis-moi.

Elle s’était rapidement rapprochée de lui et chercha à attirer son attention de sa démarche chaloupée, balançant ses longs cheveux noirs sur le côté. Tristan ne moufta pas, l’ignorant superbement. Ca, forcément, ça ne plut que très moyennement à la dragonne. Surtout qu’il fixait toujours Cassidy qui ne semblait pas avoir bougé d’un millimètre, soit trop surprise, soit trop partagée dans ses émotions pour réagir, soit persuadée qu’elle rêvait ou qu’il y avait un piège quelconque.

- … P… Princesse… je…

Ah oui, là c’était bien lui, il n’y avait que lui à user de ce surnom après tout ! Kayla fronça davantage les sourcils, clairement en colère cette fois, foudroyant la petite mage du regard puis le jeune homme, ne comprenant pas ce revirement et bien décidée à lui provoquer une chute beaucoup plus grave cette fois-ci ! Un parce que s’il tenait tant à cette fragile petite chose, il serait forcé d’accepter l’idée qu’elle n’était pas faite pour voler quand elle se serait rompue le cou et deux parce que la fragile petite chose n’était pas censée lui tenir tête avec autant de force et de vigueur et qu’elle ne laisserait JAMAIS une humaine la vaincre. Déjà qu’aucune dragonne n’y était parvenue, il ne manquerait plus qu’une humaine la vainque !
Et toute à sa fureur égoïste, elle se rapprocha une fois de plus du jeune homme, passant une main dans son dos musclé avant d’enlacer sa taille de ses bras, caressant son ventre à la vue de tout le monde, ôtant l’instant d’après ses propres bracelets amoindrissant son charme de dragonne. Non pas un comme elle l’avait déjà fait, mais les deux !

Tristan aurait dû totalement oublier Cassidy à cet instant, la présence des autres, où il était et probablement jusqu’à son propre nom d’ailleurs, totalement centré sur la belle dragonne et la déshabillant aussi probablement sur place. C’était sans doute la réaction qu’elle attendait d’ailleurs. Sauf que si les muscles de sa mâchoire se firent plus saillants, témoins de la tension qui l’animait, il ne se retourna même pas vers elle, se contentant d’un ordre sec.

- Lâche-moi Kayla.
- Que…
- Lâche-moi !

Il n’avait toujours pas lâché des yeux Cassidy mais ses mains enserrèrent fermement les poignets de la dragonne, les lui tordant presque tandis qu’il éloignait ses mains de son torse et la repoussait. Elle écarquilla les yeux en reculant, outrée et réellement furieuse, n’y comprenant rien. Mais ce n’était pas encore complètement fini… Le plus humiliant était à venir à ses yeux. En effet car Tristan mit un genoux en terre devant eux tous et s’inclina bien bas, cessant de fixer Cassidy, courbant l’échine parfaitement soumis et implorant… Ca par contre, ça s’entendait plus au léger tremblement de sa voix.

- Je ne me défendrai pas de mes actes. J’en répondrai sous peu, je le jure. Mais pas maintenant. Ce temps, nous ne l’avons pas. Tu m’as protégé et défendu au péril de ta vie et tu as pris des risques inconsidérés pour moi et pour… nous. J’ignore encore pourquoi tu me défends et pourquoi tu te bats encore pour ça après ce que j’ai fait. Je me contente de t’implorer de voler avec moi pour cette épreuve. Laisse moi t’aider à protéger ce que tu n’as cessé de sauvegarder trop longtemps seule. Je sais que je n’ai droit à aucun pardon ni aucun égard et je ne te les demanderai pas. Laisse moi juste en partie prendre le relais. Je sais que nous n’avons pas volé ensemble, je sais que ça n’a rien donné… Mais aie confiance en ce lien qui nous unit. Là… maintenant c’est bon, ça marchera… Je sais que nous pouvons y arriver. Je refuse de te laisser te battre seule… Mais si tu acceptes… Sache que lorsque j’aurai dépassé une certaine limite dans ces épreuves, limite temporelle après le début de l’épreuve, je recommencerai à changer, à devenir cet abruti qui doit bien sommeiller quelque part au fond de moi pour parvenir à exister. Tu devras m’empêcher de te blesser… Je sais que tu m’en veux… Mais laisse moi t’aider. S’il… S’il te plait…

Il serra les dents, s’arrêtant de parler, sa mâchoire se crispant un peu plus. Il ne savait pas quoi dire, pas quoi faire et pendant un court instant son regard se voila alors qu’il fixait le sol… d’impuissance et de tristesse. Apparemment, de toute manière, il n’y avait qu’à elle qu’il s’adressait… et donc qu’à elle de décider.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Mer 3 Sep - 12:48

Que de malheurs, quelle épreuve douloureuse pour la pauvre petite mage. Elle tentait de ne pas y penser, de ne pas croire que le sort s’acharnait malheureusement sur elle mais c’était dur, très dur. Et voir son fiancé dans cet état était la pire des tortures, pire encore que toutes ces épreuves sur l’île, pire que tout ce qu’elle avait vécu. Dès que ça le touchait lui, elle perdait tous ses moyens, elle se sentait vraiment ridicule et plus très confiante sur la suite des évènements.
Les épreuves s’étaient enchainées et la petite mage savait pourquoi elle se battait, la raison de cet affrontement. Et même si Tristan n’était toujours pas très démonstratif, même si aucun signe d’intérêt ou d’admiration ne brillait dans ses yeux, pas d’encouragements, rien, la jeune femme se disait que ces épreuves n’étaient pas faites pour rien. Après tout, elle avait été entraînée, on savait certainement qu’elle défierait une dragonne, un jour ou l’autre. Alors ce qu’elle traversa là, lui permit de se concentrer sur autre chose que sa douleur.

Cassidy avait été bien entraînée et même si Tristan n’avait vu que des bribes de ses souvenirs, de son acharnement, des encouragements de cette étrange personne qui l’entraînait, il ne pouvait pas totalement se rendre compte du nombre d’heures, du temps passer à répéter inlassablement les mêmes tâches. Et du temps, elle en avait eu… Enormément même. Dire que l’île avait une certaine énergie qui permettait de rapidement récupérer était un autre secret, ce qui expliquerait la raison pour laquelle Cassidy semblait aussi sûre d’elle, aussi assurée, comme si elle avait fait ce genre d’exercices des millions, non, des dixièmes de milliers de fois !

Le soir, quand il l’avait complimenté, la demoiselle avait légèrement souri, très timidement. Ce n’était peut être pas grand-chose, mais c’était un petit encouragement quand même et elle s’y raccrochait.

Le lendemain, les épreuves étaient encore plus terribles mais Cassidy tentait de garder une bonne conscience. Elle le sentait, elle le voyait. Le sourire de Kayla qui disparaissait peu à peu de son visage, cette surprise certaine et surtout cette humiliation qu’elle lui faisait vivre, elle la petite humaine qui n’avait rien du dragon ni de la créature surnaturelle ! Mais lorsqu’elles se lancèrent dans un combat à mains nus, cela se termina mal, très mal.

Cassidy était vraiment en colère, même furieuse ! Les paroles de Kayla l’atteignaient, elle aurait voulu que Tristan intervienne mais il ne le faisait pas… car il n’était pas dans son état normal justement. Elle aurait eu besoin de sa voix, de son air apaisant, pour ne pas péter un câble et tout envoyer balader. Mais lorsque Kayla parla de la médiocrité des humains, cela acheva la petite mage. Une colère sans nom, terriblement destructrice. Elle avait un côté humain certes, mais une autre partie d’elle était différente. Et au nom de tous les humains, elle se devait de faire souffrir cette dragonne un peu trop présomptueuse ! Des heures et des heures d’entraînement… un destin malheureux… elle apprécia… la peur dans les yeux de Kayla, ce très léger tremblement qui l’agitait alors que la petite mage se tenait au dessus d’elle, sortant avec une vivacité surprenante la lame de sa botte. La jeune femme savait pertinemment quoi faire et elle était extrêmement dangereuse pour n’importe quel dragon. Car le pouvoir qu’elle partageait avec Alanir lui permettait de percer n’importe quelle défense. Un pouvoir pour assassin… pour meurtrier.

Que s’était-il passé exactement ? Qu’est-ce qui l’avait poussé à relever la tête vers Tristan ? Une voix dans sa tête qui lui hurlait d’arrêter… Tout était brumeux dans son esprit mais le visage de Tristan, en face d’elle, réussi à la calmer. Même si il n’était pas dans son état, il était juste à côté d’elle et la petite mage repensait à toutes les paroles, tous les encouragements, qu’il lui avait déjà dit alors qu’il était normal. Elle ne pouvait pas faire ça… Cela la dégoutait. Sa main était moins sûre sur la poignée de la dague. Mais Kayla, comprenant la faiblesse, lui brisa l’os du poignet. Cassidy ne hurla pas et bien heureusement d’ailleurs. C’était comme si elle s’était entièrement vidée de son énergie avant de fermer les yeux, devenant pâle et tombant sur le côté, ignorant ce qui se passait.

Mais lorsqu’elle se réveilla, la jeune femme semblait avoir du mal à reprendre ses esprits. Elle savait d’avance qu’elle avait perdue le combat, ce qui l’amènerait à la dernière épreuve. Elle avait échoué oui… et voler avec Tristan, ce n’était pas gagné ! Alors que tout le monde s’inquiétait pour elle, Cassidy ne jeta qu’un regard simple, fuyant, avant de sortir dehors, comme ça. En chemise de nuit, pieds nus, sans se soucier plus que ça de son état.

Elle réfléchissait, regardant un instant le sol, des larmes gelées au fond de ses yeux alors que la honte de la défaite pesait sur elle. Ne se souciant pas plus que ça du froid, elle finit par s’asseoir à la fontaine, certainement plus par fatigue que pour ménager ses pieds glacés. Sa main était posée sur le rebord alors qu’elle regardait la surface de l’eau, l’esprit ailleurs, incapable de réfléchir pour l’instant. Ses yeux se portèrent un instant sur l’attelle de son poignet. La petite mage eut un regard de regrets, de honte et elle soupira tout en détournant les yeux. Mais il était difficile pour elle de savoir ce qu’elle voulait. Tuer la dragonne ? Oh… à ce moment là elle en mourrait d’envie. Mais voir Tristan l’avait sorti de cet état, comme si elle savait que ce n’était pas bien, qu’elle ne devait pas avoir ce genre de réaction. Qu’elle ne voulait pas… le décevoir, lui faire peur, qu’il la voit comme un monstre alors que maintenant des envies de meurtres ressortaient.

Mais alors qu’elle était toute à sa réflexion, une voix lointaine semblait vouloir de ses pensées. Elle ne savait pas vraiment à qui elle avait affaire, ne regardait pas, se contentait de pencher légèrement la tête sur le côté en faisant la moue tout en balançant les pieds le long du petit muret. On lui prit la main, elle se leva, sans réagir plus que ça. En ce moment, elle ne savait pas vraiment quoi vouloir, juste peut être un peu de tranquillité. Du moins, rien ne l’intéressait et elle n’était pas si loin de cette coquille vide d’il y a une semaine ou deux.

Cependant, elle se sentit attirée vers un corps plus chaud qui l’arracha presque de cette personne qu’elle ne connaissait pas. Nul besoin de savoir de qui il s’agissait puisqu’elle avait reconnu son odeur, cette chaleur et cette douceur. Cela la réveilla un peu alors qu’elle cligna un instant des yeux, cherchant à comprendre pourquoi. Tristan qui venait la récupérer ? Qui restait calme qui plus est ? Elle n’arrivait pas à y croire. Cassidy l’observa un moment, non ce n’était toujours pas le Tristan qu’elle connaissait mais il y avait un petit changement. Elle fut surprise aussi de le voir apporter de quoi se couvrir, un geste d’attention plutôt aimable et heureusement qu’il n’avait pas oublié ses bottes ! Elle se mit à sourire très légèrement, gratifiante, et cherchant même à reprendre ses esprits. Même si il était maladroit, elle le laissa faire, regardant un instant ses mains mais sans trop le fixer, pour ne pas briser le contact.

Le jeune homme l’attira à sa suite et curieuse, voulant découvrir d’où venait cet étrange revirement de situation, le suivit. Il n’avait pas oublié ça… à quel point elle aimait se percher en hauteur. Eberluée, elle regarda le paysage, la cité tout en bas, de l’air s’engouffrant dans ses cheveux alors qu’il l’invita à s’asseoir à côté d’elle. Ses yeux se posèrent sur la sacoche qu’elle lui avait offerte. Cette sacoche, à la base, cadeau utile mais aussi pour l’aider à mieux apprivoiser sa transformation, à garder ses vêtements. Un sourire discret apparut sur le visage de la demoiselle alors qu’elle se remémorait les tentatives du jeune homme et ses vêtements qui ne voulaient apparemment pas réapparaître sur lui. Elle détourna lentement la tête, l’air plus triste. C’était avant… maintenant… peut être qu’il s’en fichait d’être un humain. Peut être qu’il préférait cette forme animale. Oui animale… impulsive. Elle n’aurait jamais cru le voir un jour ainsi, le pensant bien trop fort pour perdre toute cette humanité. Oui mais elle se trompait… Qu’avait-il cherché ? Que voulait-il ? Pensait-il devenir plus fort en tant que dragon ? Pour mieux la protéger pour ne pas la perdre ? Aurait-elle été égoïste de le supplier de ne jamais tomber dans cette voie ? Mais le résultat était bien là aujourd’hui et il en payait les frais. Elle ne savait plus que penser à ce sujet… elle ne savait pas si elle devait l’accepter ou bien le repousser. Tout était confus dans sa tête… et pour autant, elle n’aimait pas plus que ça les dragons. Du moins les autres, comme cette Kayla. Alors… pourquoi elle l’acceptait lui ? Peut être aurait-il dit qu’il ne la méritait pas, peut être aurait-il était tout simplement scandalisé… elle n’en savait rien et n’avait plus envie de réfléchir.

Elle s’était assise, fixant l’horizon, lorsqu’il attira son attention en sortant des choses étonnantes de son sac. D’abord surprise, étonnée, elle se mit à sourire avant de le remercier. Peut être que tout n’était pas perdu, alors qu’elle prenait le verre entre ses mains, l’air interrogateur. Et alors, il se mit à parler. C’était très loin des longues tirades de Tristan, de son engouement, de son enthousiaste mais il s’inquiétait, il était un peu plus attentionné… Elle appréciait et l’observait très discrètement avant de le remercier et de boire un peu. Il avait parlé de potion, elle avait grimacé, avant de jeter un bref regard à son poignet.

Non au final, elle ne disait pas grand-chose, voyant comme un encouragement dans ses actes et ne voulant pas rompre la magie de l’instant même si la demoiselle ne pouvait s’empêcher d’avoir le cœur un peu plus réchauffé par ses paroles qui contrastait avec le froid de l’hiver. Cependant, tout n’était pas terminé et elle trouvait ça terriblement cruel. Impossible de le cerner, impossible d’avoir une connexion avec lui grâce à leur lien, lui qui était si fier de le voir auparavant… n’était plus que l’ombre de lui-même. Elle peinait, elle doutait et se demandait encore combien de temps cela allait durer. Sa patience n’était pas éternelle, ses colères aussi redoutables que sa détresse et sa magie instable qu’elle maintenait tant bien que mal. Il y avait aussi ce pendentif que son double du futur lui avait remis, pendentif qu’elle avait modifié et qui puisait directement dans sa magie, dans son énergie, quand il était sur le point de faire des bêtises. Le Tristan d’avant aurait certainement été très en colère contre elle, mais quel choix avait-elle après tout ?

Elle tenait son gobelet de sa main valide et but maladroitement une gorgée. A vrai dire, elle n’était pas du tout gauchère. Soudain, elle se mit à frissonner en sentant un contact sur son poignet blessé et tourna la tête vers Tristan, intrigué. Celui-ci n’était pas brusque, c’était comme si il faisait attention. Cassidy pencha légèrement la tête sur le côté, l’observant dans ses faits et gestes. Il avait l’air de regarder sa blessure, de tenter de comprendre. La demoiselle détourna lentement la tête, se sentant encore plus médiocre et honteuse. Il guida sa main pour la poser sur sa propre cuisse, ce qui surprit la petite mage. Les paroles qui suivirent la surprirent d’autant plus.

Il lui parlait de sa douleur, la jeune femme se crispa, repensant à ce cuisant échec qui l’obligeait à aller jusqu’à l’épreuve finale. Ce qu’il disait sur Kayla il s’en doutait. Mais ses paroles laissaient apercevoir un fond d’espoir. Au moins il se doutait de ce qui se passait, il faisait des efforts, même si ce n’était pas très stable. Elle grimaça légèrement quand il parla de dragon mais s’apaisa rapidement quand il expliqua qu’il était bien plus que ça. Il reconnaissait qu’elle était différente d’une humaine… puis il expliqua la peur de Kayla et un rictus apparut sur le visage de la demoiselle. Peut être que si elle l’humiliait suffisamment, cette dernière laisserait Tristan tranquille. Ou la frapper encore et encore jusqu’à ce qu’elle se mette dans le crâne que le beau dragon Drakkari était déjà pris et que la petite fiancée de celui-ci était particulièrement combative. Ca devait être dans leurs mœurs ça non ? Se plier devant les plus puissants, les plus forts ? Mais Kayla continuerait de la considérer comme une humaine… à moins qu’elle ne se transforme en dragon, jamais elle n’attirerait son attention. Mais si elle ne le pouvait pas à cause de sa race, peut être que si elle lui faisait peur, lui laisser le doute de la tuer véritablement, la menacer, peut être qu’elle finirait par partir… enfin, normalement si elle gagnait la dernière épreuve, elle n’aurait pas besoin d’aller jusque là… enfin normalement…

Elle voulut se faire plus hargneuse envers Kayla mais alors qu’elle tournait le regard vers Tristan, elle aperçut la timidité, la gêne de celui-ci et les trésors d’effort qu’il faisait pour tenter de lui parler.

Et en effet, le jeune homme aborda la prochaine épreuve, en lui proposant même de voler ensemble car il craignait que Kayla tente de la blesser si elle volait avec Alanir. Pour ça, la demoiselle n’était pas vraiment inquiète, car le grand dragon de feu avait une armure naturelle de sa nouvelle forme qui brûlait quiconque osait le toucher. Après tout, depuis qu’il était devenu un esprit, sa forme de dragon actuelle n’était faite que de flammes. Seule Cassidy pouvait chevaucher avec lui car elle partageait un lien avec lui qui lui permettait de ne pas se brûler. Mais l’attention de Tristan était vraiment touchante et si elle avait le choix, oui elle voulait voler avec lui. Car il avait aussi son mot à dire et elle se voyait très mal voler avec Alanir pour remporter la dernière épreuve si le principal concerné était ici même… une manière de se prouver qu’il voulait vraiment rester avec elle et la faire gagner.

Alors la jeune femme se mit à sourire timidement, un peu plus contente et heureuse de ses paroles, de sa détermination, de vouloir essayer. Elle attrapa un biscuit dans le petit panier qu’elle grignota pensivement, sans savoir quoi dire. La fatigue, bien trop présente ces derniers temps, l’empêchait d’avoir une réflexion correcte.

Ils finirent par redescendre et rentrer à l’appartement. Tristan voulait apparemment sortir à nouveau, accompagné par Eleyna qui ne le lâchait pas. Cassidy était posée dans le canapé, un peu plus calme et discutait avec Alanir, enfin elle lui demanda juste à quoi servait les nouveaux bracelets de Tristan. Le grand dragon plissa un instant les yeux. Après tout, lui n’avait jamais eu de forme humaine et ne connaissait pas l’utilisation de ce genre d’objet… Mais en tant que dragon, il était bien plus sage que les jeunes, peut être à cause de son âge et ne se rappelait pas avoir eu des pulsions aussi… élevées. Il répondit par déduction logique, en déclarant que Tristan semblait bien plus calme qu’avant et que peut être que ça avait un rapport. Du moins, c’est ce qu’il ressentait. Il avait déjà entendu parler de ses anciens bracelets et savait à peu près leur fonctionnement.

Elle n’était guère bavarde et Alanir ne savait pas quoi dire. La petite mage se contenta de prendre un livre, n’importe lequel, qu’elle ne lisait pas vraiment, juste pour faire croire qu’elle était occupée. Ca ne l’intéressait pas et elle essayait en vain de mettre des idées sur ses pensées, une compréhension sur l’état de Tristan, n’importe quoi qui l’aiderait à tenir et à se persuader qu’au fond il n’était pas lui-même actuellement.

Lorsqu’ils revinrent, la demoiselle leva tranquillement la tête curieuse. Tristan vint se percher à côté d’elle et lorsqu’elle ouvrit le paquet, avec beaucoup de peine, sans comprendre à quoi servait ce curieux objet, ce fut Eleyna qui l’éclaira. Une gentille attention au final. Elle se mit à sourire, encourageante, alors qu’Alanir observait la scène du coin de l’œil, les bras croisés, sans intervenir pour le moment.

La demoiselle remercia Tristan très sincèrement, semblant heureuse sur son comportement plutôt positif mais comme elle le sentait encore un peu perturbé, la demoiselle proposa de passer à table.

Elle n’était guère bavarde pourtant, même si tout le monde faisait des efforts et elle semblait toujours ailleurs, bien qu’elle faisait effort de sourire ou de répondre quand on lui parlait. Mais elle aussi avait changé. Où était passé le moulin à paroles ? La demoiselle si enthousiaste, si enjouée ? Où était passée cette détermination ? Si elle avait vraiment été normale, elle aurait sûrement proposé de participer à la cuisine, de servir Tristan en le taquinant, de parler de la dernière épreuve dont elle ne ferait qu’une bouchée car tant que son fiancé la soutenait elle était capable d’accomplir des miracles. Elle aurait été de bonne humeur, même avec son handicap. Mais certainement pas cette fille solitaire qui mangeait distraitement tout en tentant de faire bonne figure.

Ils finirent par se coucher et c’est très tôt le lendemain que Cassidy réveilla Tristan en passant dans le salon. A vrai dire, elle n’avait pas beaucoup dormi… elle n’y arrivait plus toute seule… trop de questions et le lit était bien trop grand pour elle. Peut être une heure ou deux de sommeil. Les leçons de vol l’angoissaient. Elle ne savait pas que penser. Mais arrivant à côté de Tristan, elle semblait enjouée, voulant le mettre de bonne humeur.

Mais ça ne marchait pas et elle le sentit bien. Son cœur se crispa quand il refusa de la coiffer. D’abord triste, elle se raidit et décida de voler les cheveux flottants, car avec son poignet, impossible de se coiffer toute seule ! Elle avait juste cet espèce de diadème qui entourait son front et empêchait ses longs cheveux de venir devant ses yeux.

Pourtant, l’entraînement fut catastrophique et tous les espoirs de la veille furent anéantis en même pas quelques heures. Elle était épuisée, fatiguée, cela ne se passait pas comme ils voulaient.

Pourtant Cassidy était douce et même encore elle avait du mal à monter sur son dos. Elle sentait sa crispation et cela la mit de plus en plus mal à l’aise. Alanir intervenait souvent. Le dragon de feu, sous forme humaine, tentait d’éviter d’utiliser son pouvoir du feu, au risque d’handicaper Tristan… peut être même à vie. Après tout, il pouvait lui enlever définitivement sa capacité de voler rien qu’avec un coup au bon endroit. Et cela le rendait furieux aussi.

Les jours passaient, Cassidy désespérait de plus en plus. Lorsqu’il finit par lui hurler dessus, elle tomba sur le sol en arrière, tremblante, s’appuyant sur le mauvais bras et un hurlement sorti de sa bouche alors qu’elle tomba en arrière avant qu’elle ne se morde furieusement la langue, le sang perlant le long de sa bouche, les yeux en larmes.

Alanir intervint une nouvelle fois et hurla sur Tristan. Il allait le frapper jusqu’à ce qu’il confesse son mauvais comportement. Mais Tristan était meilleur guerrier que lui alors il ne tarda pas à prendre sa forme de dragon du feu. Si le combat était féroce, Alanir se retenait bien, au risque de brûler Tristan. Chaque coup que Tristan lui portait ne faisait que se blesser lui-même, des douleurs cuisantes, des brulûres, il se faisait mal lui-même. Alanir enchaînait aussi et lorsque Tristan réapparut sur forme humaine, ses coupures ressemblaient plus à des brûlures et de la chair carbonisée bien qu’aucun point vital n’avait été atteint.

Elle ne vit pas Tristan partir mais était dans un tel état de larve qu’elle ne réagit même pas. C’était comme si elle s’était enfermée dans sa conscience, comme si elle n’était qu’une poupée sans vie. Elle ne se déplaçait que très peu.

Lorsqu’Alanir lui proposa de s’entraîner, elle ne réagissait pas. Si Tristan ne voulait pas d’elle, ne voulait plus se battre pour repousser sa partie dragon, elle ne voyait pas l’intérêt de réussir cette épreuve ! Totalement déboussolée, ailleurs.

Ils allaient bien s’entraîner sauf que la véritable version était toute autre. Si on avait l’impression qu’ils faisaient quelque chose ce n’était pas le cas. Car Cassidy refusait de monter sur Alanir, refusait de se battre. Il avait tout essayé de la convaincre mais elle ne voulait pas, elle ne voulait plus. Elle restait assise sur un rocher, fixant l’horizon sans le voir, passant toute sa journée dans la même position, sans savoir à quoi elle pensait exactement. Peut être des remords, de la culpabilité, emprisonnée dans ses pensées. Elle ne se battait plus… elle ne voulait plus.

Le fameux jour, c’est à peine si elle voulait se lever pour y aller. Ce fut Alanir qui vint la voir dans la chambre alors qu’il la trouvait étendue sur le lit, en train de fixer le plafond, sans aucun mouvement.

- Tu ne te prépares pas ?

« … »

Le dragon soupira puis ouvrit l’armoire pour sortir des vêtements qu’il posa sur le lit.

- Je sais ce que tu penses, je sais ce que tu ressens… mais tu ne vas pas la laisser gagner quand même, je te croyais plus combattive que ça. Et puis on sait bien tous les deux que Tristan n’est pas dans un état normal…

Elle cligna un instant des yeux pour se redresser pour fixer le grand dragon, l’air perdu.

« J’ai plus envie d’y aller… je n’en ai pas la force Alanir… »

Il fronça les sourcils.

- Si tu n’y vas pas tu le regretteras et Tristan…

La voix de la demoiselle se fit plus colérique, colère dissimulée depuis des jours et des jours alors qu’elle montrait les crocs d’un air menaçant.

« Tristan… Tristan… Tu l’as bien vu ?! Il n’est pas rentré ! Il m’a abandonné ! Et je dois aller défendre quoi moi là bas ? Oooooooh je vais aller massacrer cette poulette volante jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus bouger une seule patte ! Et tu sais quoi ?! Je vais déclarer forfait ! Je ne vais pas continuer à me battre pour un crétin pas capable de gérer ses pulsions !! Je lui ai fais quoi ?! Ca suffit là ! J’en ai marre… je sais même plus ce que je veux faire, où je veux aller… JE SAIS PLUS VOILA ! »

Alanir la fixa, imperceptible, l’écoutant jusqu’au bout. Il pouvait voir les larmes dans les yeux de la demoiselle, sa lassitude, et ses nerfs qui craquaient.

- Bon… d’accord d’accord… mais au moins allons là bas et on verra ce que tu feras

Il prit la selle de Tristan dans ses bras et Cassidy le regarda sans comprendre
.
« Tu fais quoi avec ça ? Tu comptes peut être la mettre sur ton dos ? T’es tombé sur la tête mon pauvre… t’as même plus d’écailles, elle tiendra même pas sur toi. »

Alanir était crispé et tendu. Inutile de discuter avec Cassidy, il ne savait même pas d’ailleurs pourquoi il prenait cette selle alors qu’elle avait pertinemment raison. Porte bonheur, une impression ? Il ne savait pas et se laissait juste guider par son instinct mais ce n’était en aucun cas car la demoiselle avait besoin de plus de confort puisque cette selle était très loin d’être adaptée pour lui. En fait, il ne pouvait pas porter de selle mis à part ce matériau spécial qui lui servait d’armure, de selle et des rênes.

Cassidy finit par sortir d’un pas décidé, habillée mais pas prête pour autant. Elle avait revêtu la protection pour son poignet, peut être pour pouvoir taper Kayla en évitant de se faire mal davantage. Elle semblait bien maussade sur le chemin et ne parlait pas. Autre fait étrange, Alanir avait insisté pour qu’elle prenne sa potion pour la douleur. La jeune femme l’avait regardé avec défi et l’avait vidé d’une traite alors qu’elle n’y avait jamais touché.

Cassidy avait toujours très mal réagi aux potions et si elle croyait pouvoir tomber dans les pommes avec celle là, ce n’était pas le cas et le résultat était même surprenant. Certaines mèches de ses cheveux étaient devenues rouges, ce qui contrastait énormément avec sa blondeur. Personne ne fit de commentaire… après tout, c’était quand même très surprenant comme réaction quand on savait que Tristan avait les cheveux rouges…

Ils arrivèrent à la fontaine et Cassidy semblait aussi froide, ne jetant même pas un œil à la dragonne. Ils marchèrent en silence et lorsqu’ils arrivèrent à l’arène, la demoiselle releva lentement la tête pour apercevoir Tristan, qu’elle ne croyait vraiment pas être ici. Elle le regarda et au moment où elle croisa son regard, la petite demoiselle sentit l’état de Tristan. Si elle était plutôt harassée, perdue, avec une rancœur énorme envers les dragons, mélangé d’un air de douleur et de tristesse, elle sentit la culpabilité et l’air coupable de Tristan, ce qui eut pour effet de la faire se figer dans ses pensées.

Mais encore une fois, elle resta fixe, se demandant si elle n’était pas en train de dormir tout simplement et qu’elle se réveillerait sous peu. Alors elle n’eut pas trop de réaction envers lui. Cependant, il prononça son surnom, sans même se préoccuper de Kayla. La bouche de la demoiselle s’ouvrit légèrement. Oui c’était forcément un rêve… Ca ne pouvait pas être vrai…

Pourtant, Kayla s’approcha de Tristan et enleva très rapidement ses deux bracelets. Le regard de Cassidy changea, devenant plus noir. Une sensation de meurtre, de combat… si c’était un rêve elle ne risquait rien non ? Son corps s’était soudain enflammé, sa protection alors qu’elle avançait un pied en poussant un grognement sourd, menaçante, les crocs en avant, prête à se jeter sur la malheureuse et la réduire en tas de cendres ! Après tout elle en avait bien besoin là !

Mais la réaction de Tristan la surprit encore plus, car elle ne s’y attendait pas. Il repoussa la dragonne fermement avant de s’agenouiller devant Cassidy. Elle avait beau entendre ses paroles, l’effet de la potion, la fatigue des derniers jours, altéraient son jugement, si bien qu’elle croyait être en train de rêver et se pinça fortement la joue pour tenter de reprendre ses esprits. Il parlait normalement… il était normal… que croire ? comment y croire ? Elle n’en savait rien. Il disait qu’il voulait l’aider cette fois là… pour cette épreuve. La demoiselle resta figée un instant, faisant disparaître sa barrière de feu de son corps.

Puis à la fin de ses paroles, elle avança rapidement dans sa direction, un peu trop rapidement, et s’accroupie à côté de lui en l’examinant. Sa main se leva alors qu’elle semblait être prête de lui décrocher une violente gifle ! Mais cette gifle ne vint jamais car elle posa doucement la main sur la joue du Drakkari, l’examinant doucement. Elle parla, hésitante, cherchant son regard.

« En es-tu sûr ? Veux tu vraiment faire cette épreuve avec moi ? »

Il répondit affirmativement. Elle caressa doucement sa joue même si elle ne savait que penser en ce moment. Cependant, il était revenu à temps et voulait un peu se battre cette fois là. Et voir un sourire victorieux sur le visage de la dragonne ne lui plaisait pas des masses.

Elle murmura pour que seul lui puisse entendre.

« Cette épreuve est pour nous deux… je ne l’aurais jamais fait sans toi… j’étais prête à abandonner si tu n’intervenais pas, d’une manière ou d’une autre… et je l’aurais massacrée… cette dragonne. On va dire que tu arrives au bon moment… »

Pour l’heure elle ne se prononçait pas mais elle semblait plus combattive qu’avant. Se redressant doucement, elle demanda à Alanir de donner la selle à Tristan.

Les esprits dans les statues expliquèrent le déroulement de l’épreuve. Une course… à travers cet endroit. Il y avait des grands cercles de magie dans les airs qu’il fallait franchir pour valider l’étape avant d’arriver au final.

La selle avait été un peu modifiée. En effet, Cassidy ne pouvait se servir que d’une main, elle serait déséquilibrée à s’appuyer que d’un côté. La hanse avait été placée sur le milieu de la selle, ce qui lui permettait de conserver un certain équilibre. On demanda aux rivales de se mettre sur la ligne de départ. Tristan se transforma avec la selle sur le dos. Cassidy se fit aider par Alanir pour monter. Elle sentit la connexion avec le beau jeune homme et attrapa la hanse. Mais elle n’avait pas vraiment le temps de se concentrer là-dessus.

D’un mot magique, elle fit apparaître ses yeux dorés. Sa magie, elle en avait plus que besoin maintenant pour tenir et éviter une autre douleur physique. On donna le coup d’envoi. Les deux dragons s’élancèrent.

Cassidy était fermement installée sur le dos de Tristan. Heureusement il avait compris le malaise car ses écailles s’étaient repliées sur ses jambes, lui permettant d’être fixée bien à sa place. Elle espérait juste ne pas avoir à bouger.

Les anneaux de magie étaient disposés à des endroits très stratégiques et techniques. Juste au bord d’une rivière, un autre en traversant toute une forêt d’arbres où il fallait manier intelligemment pour éviter de s’en prendre un, entre des falaises. Un autre se trouvait très haut dans le ciel et obligeait à monter presque à l’horizontal avant de piquer une tête vers le sol pour valider celui d’après. Pas de doute, cette course était extrêmement complexe et mettait bien en avant la technique de vol.

Si Cassidy aurait été émerveillée et heureuse, ce n’était pas le cas aujourd’hui. Elle était concentrée pour être le moins gênante possible pour son partenaire, même si c’était difficile pour elle. Avant de partir, elle avait noué son bras dans une écharpe pour éviter de l’utiliser et se tenait sur le dos de Tristan uniquement grâce à la force de son deuxième bras et de sa magie.
Ils arrivèrent enfin à la ligne d’arrivée, Kayla bien plus loin derrière.

Mais alors que Cassidy s’empressait de descendre de Tristan, murmurant un merci, sa fatigue et tout ce qu’elle avait vécu, plus la dose de magie supplémentaire utilisée pour rester en seule, eut raison de ses dernières ressources. Même pas le temps de célébrer leur victoire, elle s’évanouit alors qu’Alanir s’était précipité pour la récupérer, l’arrivée se trouvant au centre de l’arène.
Non elle n’aurait pas le temps… mais au moins ils avaient gagné…

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Sam 6 Sep - 6:32

Une erreur… encore une. Une de plus. A croire qu’il ne ferait jamais que ça… Des erreurs.
Avant de la retrouver, tout était si simple pourtant. Il vivait sa vie de guerrier, sa vie de Kaär aussi malheureusement. Il s’était égaré, avait changé de voie et sa soif de justice, de chevalerie, d’honneur et de fierté s’était dissipée. Il n’était qu’un homme parmi tant d’autres, bien plus beau que la majorité, bien plus fort que ses camarades, bien plus intelligent aussi. Mais il s’était enfermé dans cette médiocrité humaine, sombre et sanglante. Si médiocrité il avait connue, et il l’avait connue, c’était bien à cette époque. C’était bien… avant elle.
Sa vie était simple oui. Il vivait, combattait, errait au gré des ordres mais encore et surtout de ses envies, sans attaches, sans la moindre peur, couchant avec toutes ces femmes si sensibles à ses charmes. Déjà qu’elles étaient nombreuses, celles attirées par les hommes forts, les combattants, devant son charmant minois, comment auraient-elles pu ne pas succomber. Mais s’il était l’amant reconnu et si apprécié, quelles femmes avaient-ils aimé ?
Une seule. Jamais qu’une.
Et au fond de lui, le tout jeune homme qui avait bien failli blesser la jeune mage de l’époque avait honte de ce revirement, honte de ces peurs, honte de ces errances, de ces comportements malsains.
Quand il l’avait finalement revue, retrouvée dans cette Académie, tout était devenu si compliqué…
En sept ans, elle avait incroyablement changé. Du moins s’en était-il convaincu. De jolie petite fille, elle était devenue une charmante demoiselle puis une si époustouflante jeune femme… Telle une fleur des plus précieuses, son corps avait mis plus de temps que la moyenne pour se façonner en celui d’une femme mais le résultat était à la mesure de l’attente. Tout ce qui se dégageait d’elle, force, courage, prestance, intelligence, intuition, sagesse… se cachaient un peu derrière sa timidité et sa modestie. Mais elle était là… Elle était elle. Et il avait l’impression de la voir et de la comprendre comme aucun homme, jamais, ne pourrait la comprendre et la voir.

Mais aimer à ce point était si dangereux…
Il l’aimait. Peut-être était-ce parce qu’il n’avait jamais aimé une autre personne qu’il s’attachait autant à ses sentiments. Peut-être qu’il pourrait en aimer une autre plus fort… il savait qu’elle y avait songé déjà. Peut-être même plus d’une fois. Il avait déjà surpris son regard jaloux quand une autre lui tournait autour, il n’avait pas manqué la peur et la tristesse pour autant… Lui savait. Peut-être que ce qu’elle pensait, que ce qu’il pensait était juste au départ. Peut-être l’aimait-il au départ aussi fort parce qu’il n’avait jamais aimé. Mais il savait qu’il n’y avait qu’elle, qu’il n’y aurait qu’elle. Il n’avait jamais pu aimer car il ne pourrait aimer qu’une personne dans sa vie, et c’était elle.
Et pourtant, il n’avait cessé de la blesser.

A cause de lui, elle avait souffert de bien plus de blessures que ce qu’auraient pu causer en toute une vie, sa maladresse et les risques qu’elle prenait.
A cause de lui, elle avait enduré des souffrances émotionnelles que jamais elle n’aurait connu si elle n’était pas tombée amoureuse de lui…
A cause de lui… Elle ne cessait de souffrir, elle ne cessait de pleurer, elle ne cessait d’avoir peur, elle ne cessait… d’être blessée.

Il ne comprenait pas pourquoi elle l’aimait malgré tout. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui pardonnait tout et d’où elle tirait sa force de le consoler et de lui dire que ce n’était pas de sa faute. Elle faisait tellement d’efforts pour lui. Elle en avait tellement fait. Il le savait, il les avait vus, même quand il feignait ne pas le remarquer, même quand il était distant et angoissé, se fermant si hermétiquement à elle alors qu’ELLE, elle avait la patience et le courage de l’attendre, de l’encourager à revenir, à s’ouvrir à elle. Et petit-à-petit, elle avait gagné tant de victoires sur lui. Elle l’avait apprivoisé comme on apprivoise un animal sauvage. Et pour elle, il devenait l’homme fort et solide dont elle avait sans doute plus besoin qu’elle n’oserait se l’admettre.

Il l’aimait tant…
Pour toutes ses qualités et tous ses petits défauts. Pour son sourire et son rire qui le transportaient de bonheur. Pour ses baisers si maladroits au départ et qui étaient devenus si vite aptes à le rendre dingue de désir, à bout de souffle, fou de tendresse aussi, si ému… Elle l’embrassait comme si elle lui disait « je t’aime ». Elle l’embrassait comme elle l’aimait. Sans retenue. Sans condition… Sauf par jeu, évidemment.
Il lui avait fait tellement de mal…

Tristan venait de s’enfuir.
Il fuyait une fois de plus. Son éternel talent de couard sans coeur. La fuite.
Il s’était énervé. Enfin Ikael s’était énervé. Pour l’heure il n’était plus que lui. Cet être si égoïste, empli de pulsions et de sauvagerie. Il avait eu beau faire des efforts, essayer, certes, il avait un peu mieux compris les humains, il les acceptait, les estimait un peu et ses souvenirs se précisaient mais il n’était pas le Tristan qu’elle aimait. Il n’était qu’un monstre ayant volé le visage de son cher et tendre et pour l’heure, elle avait, bien malgré elle, abaissé sa garde déjà bien abîmée, déjà bien affaiblie. Elle avait cru qu’ils réussiraient. Mais il l’avait déçue et lui avait fait du mal. En la repoussant, ne faisant rien pour freiner ou arrêter sa chute, tressaillant à peine lorsqu’elle hurla de douleur à cause de son bras quand elle heurta le sol, détournant son regard comme si elle ne comptait pas. Elle comptait tant… Il la blessa bien plus encore, par ses mots, par son regard de fureur et de mépris, par sa colère.
Tristan avait déjà été en colère… Très en colère, mais il se contenait toujours devant elle. Même quand ça la concernait. Il avait déjà été malheureux, il lui avait déjà fait regretter ce qu’elle faisait ou avait fait mais pas en hurlant. Pas comme ça… Pas en dirigeant des accusations faussées sur elle. Elle avait tellement besoin de lui. Elle avait tellement besoin d’un espoir, aussi maigre soit-il, auquel se raccrocher pour se battre, pour vaincre. Mais même ça il le lui retira, même ça, il le détruisit…

Alanir l’avait bien amoché. Bien sûr, le grand dragon n’avait pas fait grand chose. En fait, il s’était plutôt transformé et Ikael s’était blessé seul. Les poings majoritairement… il avait des brûlures sur le torse aussi là où les mains de son aîné s’étaient appliquées pour le repousser quand il était humain, là où ses pattes avaient heurté son corps de dragon. Alanir était bien plus puissant que lui… ça ne faisait aucun doute. Depuis le départ… Même s’ils avaient eu le même âge, il aurait probablement été plus fort, dragon depuis toujours, dragon de feu qui plus est.
Ikael, toujours furieux et blessé s’était enfui finalement, comprenant qu’il n’avait aucune chance face à son camarade, comprenant qu’il n’avait rien de mieux à faire de toute façon.
Comme il s’entrainait avec Cassidy, il était parti tel qu’il était habillé à ce moment-là, torse nu. Pourtant, dans son espèce de combat avec Alanir, il avait fait tomber sa sacoche et ne l’avait pas ramassée avant de se mettre à courir loin d’eux, très loin, indifférent à tout, sauf à sa colère et à son égoïsme frustré.

Il avait couru vite mais guère longtemps.
Quelque chose lui martelait le crâne. Une terrible migraine qui l’étourdissait de plus en plus et il en était si perturbé qu’il heurtait des obstacles, de plus en plus nombreux, dans la forêt. Il finit par heurter violemment du front une branche basse qui le précipita au sol avec une force sans appel due à sa vitesse de course. Il bascula donc brusquement sur le dos, atterrissant très mal sur une souche, se sonnant à moitié. Il était encore plus en colère mais ne se mit pas à hurler rageusement. Ce qu’il venait de faire, de dire tournait inlassablement dans sa tête, lui martelant le crâne comme un marteau aurait martelé un morceau de fer sur une enclume. Ce n’était pas à cause de la branche. C’était à l’intérieur.
Ces images qui tournaient en boucle, ces sons, ces voix, le visage torturé de la petite mage abasourdie par tant de violence, brutalisée par sa méchanceté et sa cruauté. Ce visage adorable, ce visage qui n’aurait dû esquisser que des sourires de joie, de bonheur… Une profonde révulsion face à sa détresse, face à sa peur, face à son désespoir. Il se mit à hurler de douleur en se tenant la tête, serrant si fort ses mains sur ses tempes, les pressant avec une telle conviction qu’il se serait probablement blessé si brusquement son regard ne s’était pas éclairci. Du sang coulait sur ses lobes d’oreille alors qu’il papillonnait des yeux, étourdis, tâtant ces « blessures » qui n’en étaient pas, chancelant en essayant de se relever. L’horreur dans ses yeux ambrés qui avaient changé… ce que personne d’autre qu’elle n’aurait remarqué.

- Cassidy…

Murmure prononcé d’une voix enrouée juste avant qu’il ne s’évanouisse sans même comprendre ce qui lui arrivait.
Lorsque Tristan rouvrit les yeux, il était pleinement conscient de lui-même, il ne ressentait plus de colère, si ce n’est envers lui-même. Les récents évènements qu’il avait plus ou moins suivis ces derniers jours s’imposèrent à son esprit et ses yeux se remplirent de larmes alors qu’un violent tremblement agitait ses muscles. Il n’avait pas envie de se transformer. Il tremblait… face à ce qu’il avait fait, de fureur envers lui-même, de tristesse et de culpabilité. Les yeux grands ouverts sur le ciel au-dessus de lui, totalement dégagé ne voyaient que ces images. Images qui cessèrent avec une voix.

- Surprenant…

Il tourna lentement la tête vers la voix et ne sembla qu’à ce moment-là se rendre compte qu’il n’était plus dans la forêt. Il n’y avait même pas d’arbres d’ailleurs. Il connaissait cet endroit. Ses souvenirs le rattrapaient. Il était dans l’arène et en face de lui, il y avait… les fantômes. Enfin si c’étaient bien des fantômes !
Comment avait-il atterri là ? Il l’ignorait et se fichait bien de le savoir d’ailleurs. En voyant ceux qui avaient contribué aux horreurs commises auprès de la femme qu’il aimait, il se sentit envahi d’une rage sans précédent, une furieuse envie de tuer qu’il fit rapidement refluer en serrant les dents, fermant les yeux, se concentrant sur les souvenirs, bien plus lointains, de la douceur des baisers et des sourires de Cassidy pour s’apaiser, ne serait-ce qu’un peu.

- Eh bien… Il semble que tu sois plus intelligent que nous le pensions.

Relevant les yeux vers les fantômes qui le fixaient, Tristan leur jeta une regard plein d’une sourde menace.

- Oui… C’était fragile, si tu t’étais énervé contre nous, tu serais redevenu « Ikael »…
- Je l’ai senti oui. Pourquoi est-on ici ?! Et à quoi jouez-vous ?! Pourquoi avoir fait ça ?! Que vous vouliez me tester, que vous vouliez me faire souffrir parce que je n’ai pas respecté ma promesse d’accord ! Mais Cassidy n’avait rien à voir avec ça ! Vous n’aviez pas le droit ! Elle ne vous a rien fait ! Vous n’avez aucune idée de ce qu’elle vaut ! Vous n’aviez pas le DROIT !
- Droit ? Parler de « droit » à des entités immatérielles est un peu… surfait Tristan… Mais tu te trompes. Elle avait tout à voir avec cette histoire ta petite mage pas tout à fait humaine.
- Que…
- Elle est surprenante et… très étrange et même si nos avis d’esprit divergent à ce sujet, elle est aussi fascinante que l’est votre… « amour ». C’est pour elle que tu as passé cette promesse et que tu ne l’as pas respectée également. Et c’est elle qui prétendait t’aimer malgré tout pour toi, alors que tu es aussi un dragon. Il fallait lui donner une leçon, lui faire comprendre. Mais j’avoue que nous n’avions pas prévu cela… Ni ces épreuves, ni la force avec laquelle elle défend ses sentiments à ton égard et te défend d’ailleurs. Ni non plus… la possibilité que tu prennes petit-à-petit, légèrement, le pas sur ta partie dragon… jusqu’à la dominer. Avec ce que nous t’avions fait tu n’aurais jamais dû en être capable et ceci… sort de l’ordinaire.
- Comme je vous l’ai dit mes frères, j’affirme que ces grâce à ses sentiments qu’il en a été capable.
- Absurde ! Dois-je te rappeler qu’il n’en avait pas en tant que dragon !
- Cessons de penser en toute logique, il semble que la logique n’ait pas lieu d’être ici.
- Que dire des exploits qu’elle a accompli ici-même ? Cette jeune femme semble être capable d’utiliser une magie plus ancienne que nous et je vous rappelle que notre mort ne date pas d’hier !
- Vraiment surprenant…

- LA FERME !!!!!!!!

Tritan venait de hurler et les esprits sous leur forme humaine se tournèrent d’un même mouvement vers lui, surpris de l’outrage mais encore et surtout surpris tout court, non qu’ils l’aient oublié… plutôt qu’ils ne s’attendaient pas à tant de véhémence de la part du jeune homme. Les yeux de l’aînée dragonne parcoururent le visage du jeune homme, observant son torse qui se soulevait de manière irrégulière, le sang qui avait coulé jusqu’à ses larges épaules depuis ses oreilles. Il avait l’air épuisé et toujours en colère. Elle sembla parfaitement comprendre ce qu’il allait dire, ce qu’il voulait faire avant même qu’il n’ouvre la bouche.

- Tu es encore fragile. Nous ignorons pourquoi et comment mais tu as réussi à repousser ta nature de jeune dragon égoïste. Ton corps ne supporte pas très bien ces chamboulements et le dragon de feu t’a blessé. Tant que tu restes ici, la magie de ces lieux t’aidera à te contenir… Nous t’accordons un répit Tristan… Soit tu vas rejoindre ta petite mage maintenant et tu auras quelques instants avec elle en étant… toi-même. Soit tu restes ici à l’attendre pour avoir une chance de ne pas la laisser affronter seule cette dernière épreuve. Mais nous ignorons combien de temps tu auras pour rester toi-même pendant cette épreuve. Si tu redeviens Ikael pendant le vol, tu seras probablement tel que tu t’es comporté depuis quelques jours avec elle… Peut-être parviendras-tu à te contenir… Qui sait… Peut-être pourras-tu redevenir « toi-même » mais pas tout de suite… A toi de voir.

Sans lui laisser le temps de répondre, ils avaient tous disparu et le jeune homme était resté bouche bée et tremblant. Calmer sa colère n’avait pas été aisé une fois de plus… Ce n’était jamais facile en fait. Mais là, il leur en voulait, il s’en voulait. Sans même s’en rendre compte, il s’était mis en mouvement… pour sortir de là, pour aller la rejoindre, gémissant tout bas son surnom. Puis il s’était figé, à deux pas de la sortie, tremblant encore plus avant de baisser les yeux vers ses mains, la bague à son doigt, la tête pleine d’images d’eux deux heureux, puis de la tristesse qui n’avait cessé d’habiter le regard de sa compagne ces derniers jours à cause de lui, à cause de tout ce qu’il lui avait fait. Il se souvenait de tout, même du pire, surtout du pire. Il chancela, se laissa tomber par terre, entourant ses genoux de ses bras et se mit à sangloter en l’appelant dans un murmure si bas qu’il n’était même pas sûr lui-même de parler…
La journée passa, puis la deuxième alors qu’il s’était fait à l’idée de rester là, de l’attendre, de combattre avec elle, un peu…Il ne voulait qu’une chose… La rejoindre, la prendre dans ses bras, lui dire que c’était fini. Mais s’il sortait, s’il le faisait, ça ne serait pas vraiment fini et la peur de ce qu’il était capable de lui faire l’horrifiait. Il aurait peut-être dû partir ailleurs, quitter cet endroit… la quitter elle. Mais elle était en train de mener un combat pour lui… Il ne pouvait pas la laisser.

Tout à sa honte et à sa détresse, conscient du mal qu’il avait fait, étourdi par ses fréquents maux de tête, Tristan oublia totalement la faim et la fatigue, passant des heures assis à essayer de méditer comme elle lui avait appris et petit-à-petit conscient, de plus en plus, du pouvoir qui circulai t dans ses veines et qu’il ne maitrisait encore pas du tout.


Et finalement elle arriva.
S’il n’avait pas eu les joues aussi imberbes, le jeune homme aurait pu témoigner de son attente d’une barbe piquante de deux jours mais ce n’était pas le cas, il semblait attendre depuis peu et pourtant les yeux posés sur le petite demoiselle prouvait une longue réflexion pleine de culpabilité et de tristesse. Il avait parlé, sans même s’en rendre compte… Pourtant, il avait passé deux jours à réfléchir à ce qu’il pouvait lui dire, à ce qu’il pourrait faire pour, à défaut de se faire pardonner, se faire un minimum accepter à ses côtés. Bien sûr, il y avait la possibilité qu’elle refuse de voler avec lui, auquel cas il serait resté là pour rien, mais c’était peu cher payé…
Quand elle était arrivée, il avait vu la lassitude sur son visage, l’espoir qui s’était terni puis évanoui dans son beau regard noisette. Malgré la honte qui aurait dû lui faire baisser les yeux, il soutint pourtant son regard, pour lui dire que c’était lui, pour lui montrer et même si elle sembla s’en rendre compte, elle n’en semblait pas plus… heureuse que cela. Trop chamboulée, trop épuisée, trop à bout tout simplement… depuis trop longtemps. S’il avait su ce qu’elle avait dit à Alanir, ce qu’elle avait fait, à savoir son refus de continuer de se battre pour lui, il n’en aurait pas été malheureux… C’était amplement mérité après tout et il n’avait que le juste retour des horreurs qu’il lui avait fait vivre. C’était si peu. Qu’elle renonce à lui. Peut-être que c’était mieux pour elle d’ailleurs. Non ?

Il avait parlé et il s’entendait parler avec un curieux détachement. A sa propre surprise il se rappela qu’il avait passé des heures à réfléchir, à penser par elle et à culpabiliser… Certes il avait médité un peu mais il n’avait pas dormi… Pourtant, il ne se sentait pas le moins du monde fatigué, persuadé que de toute manière, il était incapable de dormir… sans elle.
Il fixait ce visage indifférent, ravagé par la tristesse et les doutes. Combien de coups lui avait-il déjà porté ? Combien continuait-il de lui porter ? Où trouvait-elle la force et le courage encore de s’accrocher à lui. Non, il ne savait pas qu’elle était pourtant sur le point de renoncer, qu’elle l’aurait probablement fait si Alanir n’avait pas été là. Encore une fière chandelle, une de plus, qu’il devrait à son compatriote.
Comme pour la selle. Quel étrange instinct avait-il poussé le dragon à prendre une selle qui n’était pas faite pour lui ? La certitude ou plutôt l’espoir que Tristan apparaisse ? Peut-être. Un bon instinct. Un instinct partagé par la petite demoiselle malgré tout car quand elle comprit qu’elle ne rêvait, son regard s’illumina légèrement. C’était très faible et diffus, elle avait trop souffert et était trop épuisée et souffrante mais c’était là.

Kayla avait essayé de se mettre entre eux, encore… Enlevant ses deux bracelets cette fois. Mais il avait tenu bon. Parce que c’était Cassidy… La seule qu’il aimait. Parce qu’il était capable de lutter contre ses pulsions. Il se sentit un instant sur le point de céder à cette autre part de lui-même. Il le savait… il serait constamment en équilibre… Mais non, il ne voulait pas de cet équilibre ! Il était Tristan ! La seule femme qu’il désirait, qu’il aimait était la douce blonde en face de lui. Il voulait tant la prendre dans ses bras, lui montrer que tous ses gestes si brutaux et maladroits n’existaient plus. Qu’il ne lui ferait plus jamais tant de mal. Abattu par la honte et le chagrin, trop coupable, il n’aurait rien tenté pourtant. Mais il est vrai que parvenir ainsi à repousser Kayla surprit tout le monde, en particulier l’intéressée… Et c’est vrai, il se surprit un peu lui-même. Mais il ne voulait plus lui faire du mal. Il fallait que ça cesse. Il était fort ! Il était plus fort que ça ! Il ne la trahirait pas ! Pas encore !

Alors Cassidy était venue vers lui. Elle avait levé la main et il n’aurait pas bougé si elle l’avait frappé. Au contraire, il aurait tendu l’autre joue parce qu’elle devrait le frapper plus d’une fois pour réussir à ne serait-ce que « commencer » d’équivaloir tout ce qu’il lui avait comme mal. Mais elle le caressait juste, posant sa main sur sa joue. Il frémit à sa caresse, son corps semblant réagir à sa présence alors que les étranges stries dorés sur son corps semblaient luire au soleil, un peu plus que l’instant précédent. Il avait fermé les yeux, sa peau se hérissant légèrement sous la chair de poule qu’elle lui avait provoquée, d’une seule caresse. L’émotion lui noua la gorge et les larmes qui  le menaçaient lui brulèrent les yeux alors qu’il plissait davantage les paupières pour les chasser. Rouvrant lentement son regard ambré vers elle, il la fixa, détestant la fatigue sur les traits si fins, détestant de voir les pommettes hautes de la petite demoiselle se creuser à cause du peu qu’elle mangeait comparé au temps qu’elle veillait, il détesta le plissement de la commissure de ses lèvres qui autrefois était constamment étiré en un léger sourire mutin et qui témoignait aujourd’hui de tous les sourires crispés qu’elle avait dû esquisser au cours des derniers jours alors qu’intérieurement elle voulait tout sauf sourire, il détesta le si faible espoir dans ses yeux si fascinants alors qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’espérer, de croire en eux. Il voulut lui demander pardon mais il n’arrivait pas à parler, se sentant plus horrible, plus monstrueux que jamais. Et pourtant… elle était presque apaisante…Il avait faiblement hoché la tête à sa demande. C’est tout ce dont il était capable pour le moment. Ses paroles suivantes ne le rassurèrent pas vraiment mais là encore il demeura silencieux, baissant juste les yeux, coupable.

Et puis l’épreuve commença.
Il enfila la selle sur son dos d’humain et se transforma. Magnifique dragon rouge et noir, élancé, ses muscles puissants roulaient sous ses fines écailles qui miroitaient au soleil. Ses yeux orangés, immenses se fixèrent sur la petite mage alors qu’il inclinait la tête vers elle, respectueusement, s’aplatissant au sol pour qu’elle puisse monter sur lui, vu que ses mouvements étaient réduits pour l’heure à cause de sa main blessée. A peine fut-elle sur son dos que leur lien se renforça brusquement. Il percevait sa respiration, la magie énorme qui émanait d’elle, la douleur aussi, amoindrie par la potion mais bien présente, une profonde lassitude et une grande fatigue. Une fois qu’elle fut bien installée, avec l’aide d’Alanir qui semblait donner des avertissements muets au jeune homme. Il fit se redresser ses écailles et une large bande d’écailles vint se reformer sur les jambes de la jeune femme, les lui immobilisant alors qu’il émettait un faible grognement interrogatif pour la jeune femme afin qu’elle lui dise si tout allait bien. Sa main valide effleura son encolure et il ébroua légèrement la tête. Etrangement, sous sa forme de dragon, il était resté totalement Tristan et semblait confiant, essayant d’être apaisant pour la petite mage. Elle le boostait par sa magie, il en était conscient. Il la ressentait, elle et sa magie. Elle devait tenir…

Il déploya ses immenses ailes de chaque côté de son corps quand sonna le départ et là… Tout fut différent. Certes, elle n’était pas en état d’apprécier le vol, ni tout ce qu’il pouvait représenter mais elle devait bien être consciente de la différence. C’était très différent d’avant… Bien mieux. Mieux, c’était le mot. Il avait décollé à une vitesse que sa carrure ne pouvait pas laisser soupçonner. Ses immenses ailes devaient y être pour beaucoup mais encore et surtout la grande impulsion qu’il avait donné au sol. La brusque accélération était tout sauf prévisible et même Kayla qui devait pourtant connaitre ce type de dragon et qui l’avait déjà vu voler fut surprise. Il était déjà bien au-dessus d’elle dans les airs et filait à une vitesse folle. Il aurait bien demandé à Cassidy, via leur lien, de se coucher sur son encolure, adaptant sa position sur la selle pour ne pas trop être brutalisée par le vent qui sifflait et pour faciliter son vol mais elle l’avait fait instinctivement. Elle savait comment faire… Alors même que sa manière de voler différait énormément de celle d’Alanir. Ils filaient entre les obstacles et Tristan avait acquis une maitrise de son corps totalement ahurissante. Les virages à la dernière seconde ne lui faisaient pas peur, bien au contraire, il en jouait pour grappiller toujours un peu plus de terrain, pour agrandir l’écart avec Kayla alors qu’elle volait elle-même très vite. Ses ailes l’handicapaient pour le passage dans les anneaux mais à chaque fois, il avait la même attitude, plongeant sur l’un d’eux, couchant ses ailes sur son corps au dernier moment en passant au milieu du grand cercle, les rouvrant à peine sorti de celui-ci. Il frôlait les arbres, heurta l’eau de ses pattes. Il évitait pourtant les vrilles et autres acrobaties qui aurait davantage creusé l’écart mais malmené la jeune femme.
Une profonde sensation de liberté faisait palpiter le coeur du dragon mais il n’était pas heureux. Elle n’était pas heureuse elle… Il ne pouvait pas l’être. Elle n’allait pas bien. Il ne pouvait pas être bien… Pourtant il aima voler avec elle, même si ce n’était pas la joie sans limites que ça aurait dû être.

Finalement ils étaient arrivés premiers, bien devant Kayla, si loin devant elle d’ailleurs que même si Tristan avait perdu le contrôle, ils auraient gagné. A sa grande surprise, il ne le perdait pas… Mais alors qu’il se posait rapidement pour ne pas faire vivre une minute de plus d’épuisement à sa jolie compagne, il sentit quelque chose changer…Au moment où elle s’évanouissait, il se sentit perdre le contrôle. Alanir était déjà là, la réceptionnant dans ses bras alors qu’elle n’avait plus le moindre contrôle sur son corps et son esprit rompus. Eleyna et Alanir avaient crié le nom de la jeune femme. Et cela réveilla Tristan qui baissa sa tête de dragon vers la jeune femme. L’inquiétude, la peur eurent raison de ces impulsions qui le guettaient et il demeura lui-même, réitérant la surprise des fantômes pour l’heure absents. Du moins invisibles.
Il gémit et si son aîné eut un mouvement de recul avec la petite mage, voulant la protéger, il comprit rapidement que le jeune homme n’avait aucune intention malsaine vis-à-vis de la jeune femme… Kayla, rageuse ne prit même pas le temps de se poser, s’envolant bien plus loin, boudeuse face à son échec et certainement pas bonne perdante ni… prête à renoncer à une éventuelle vengeance quelle qu’elle soit. Eleyna dit à Tristan de se retransformer mais si le jeune homme comprit et essaya, il s’avéra rapidement qu’il ne parvenait à rien. Ne pouvant pas s’occuper de ce problème alors que la santé de la jeune femme était défaillante, les deux autres sortirent rapidement de l’arène et rejoignirent la cité, Eleyna courant chercher la guérisseuse tandis qu’Alanir s’empressait, avec mille précautions, de ramener la petite mage à l’appartement et de la déposer sur son lit.
Tristan avait dû s’envoler pour sortir de l’arène, ne pouvant pas passer par le passage emprunté par les autres et les limites étranges de ce lieu magique s’étaient brusquement effacées alors qu’il se retrouvait dans le froid mordant de l’hiver, un vent puissant et glacé perturbant son vol.
Il s’empressa de voler jusqu’à la cité ce qui étrangement lui prit énormément de temps comparé à ce qu’il avait eu l’impression de parcourir à pieds quelques jours plus tôt en tant qu’Ikael.

Il alla se poser maladroitement sur le bord du balcon de leur appartement alors que déjà Eleyna et la guérisseuse, un peu essoufflée celle-ci, étaient arrivées. Elle avait demandé à ce qu’on la déshabille en partie pour qu’elle puisse mieux respirer, la laissant en sous-vêtements et l’examinant avec un empressement pour le moins inquiétant. La manière dont elle fronçait les sourcils et plus encore dont elle marmonnait entre ses dents durant son examen n’était en rien rassurante. Inerte, telle la plus belle des poupées de porcelaine, Cassidy prenait des airs de belle au bois dormant. Sa peau pâle rivaliserait de clarté avec ses longs cheveux d’or et ses lèvres n’en paraissaient que plus roses, plus tentatrices.

Eleyna s’était empressée, en entrant dans la pièce, d’ouvrir la grande porte coulissante de la baie vitrée pour Tristan pour lui donner une meilleure vue et lui permettre d’entendre. Si Maud qui était arrivée sur ces entrefaites semblait surprise par ce geste et inquiète de voir le puissant prédateur si près de sa petite victime, ce n’était pas vraiment le cas des autres. Eleyna parce qu’elle percevait sa détresse, Alanir parce qu’il ressentait mieux que quiconque son cadet et lui aurait sauvagement brûlé la moindre partie de son corps écailleux qui oserait être « agressif » et la guérisseuse… oh parce qu’elle ne l’avait pas vraiment remarqué pour l’heure, laissant cette affaire aux autres.

Elle finit par arrêter ces légères manipulations, lançant un regard désolé sur la petite demoiselle avant de s’asseoir sur l’une des chaises de la chambre en soupirant, se tamponnant le front.
De son côté, Tristan ne cessait d’essayer de se transformer mais il ne parvenait à rien, prisonnier de son corps de dragon mais totalement maitre de ses actes et pensées, il n’en était que plus malheureux de ne pouvoir être plus proche et avait réussi à se glisser sur la terrasse malgré sa taille en se contorsionnant, jetant son regard orangé tourmenté sur sa douce victime.

- Elle est épuisée… Je crois que je n’avais jamais vu un tel état d’épuisement et de lassitude. Cette petite est ROMPUE d’épuisement ! Magiquement, physiquement et psychologiquement… De toutes manières ces trois états sont si liés chez elle que c’est un miracle si elle n’a pas un pied dans la tombe aujourd’hui ! Je suis au courant de toute cette histoire, de son enfermement d’un an et de ses entraînements. Elle n’était pas prête à ça ! Aussi forte et entrainée soit-elle, elle avait besoin d’amour et de réconfort ! Ce que TU aurais dû lui donner petit crétin ! Au lieu de la torturer comme tu l’as fait !

Elle s’était tournée vers le dragon en le foudroyant du regard avec une telle agressivité et une telle conviction que le prédateur s’affaissa au sol, coupable, soumis et apparemment plus qu’honteux !
Un gémissement faible  lui échappa alors qu’il tentait vainement de communiquer, fixant toujours comme il le pouvait sa compagne.

- Oh non ! Tu n’auras personne comme ça ! Elle pourra dire ce qu’elle voudra, c’est de TA faute et seulement de TA faute si elle est comme ça ! Tu cherchais à quoi ? La tuer ? Et ton imbécile de dragonne ?! Pas mieux elle en tous les cas. Son poignet est en miettes et bien sûr, comme vous ne m’avez pas écouté elle a aggravé sa blessure ! Elle pourrait bien en souffrir toute sa vie ! J’ignore même si je peux la guérir ! Je ne peux pas tout guérir ! Elle est trop épuisée pour que son corps récupère et plus cela prendra de temps, plus longue, douloureuse et incomplète sera sa guérison !

Nouveau gémissement du dragon alors qu’elle lui lançait un autre regard méprisant. Les autres étaient silencieux. Alanir, pâle, dans un coin de la pièce, Eleyna qui instinctivement, comme pour le réconforter s’était rapprochée de lui et Maud, assise sur le lit qui pressait la main valide de la jeune femme au pouls si faible et fuyant.

- Tu ne peux rien faire ?
- La gaver de potions n’est pas la solution, elle les supporte mal et à tous les coups penserait à tort être remise trop tôt. Cassidy a besoin de beaucoup de repos et de calme, d’un environnement saint et protecteur. Mais c’est surtout sa fatigue magique qui m’inquiète… J’en ai vu des belles au cours de ma vie mais elle a une capacité magique qui dépasse l’entendement et je doute qu’elle ait encore atteint ses limites. Mais là… elle est si basse, c’est effarant… Comme si elle n’était rien de plus qu’une humaine sans don, c’est à peine si on peut détecter un peu de magie en elle et ça c’est dangereux… je l’ai dit, tout est lié chez elle. Si elle la perd, même temporairement pendant sa convalescence, ça pourrait être fatal.


Tout le monde sembla horrifié par la nouvelle et Alanir était devenu encore plus pâle. Pendant un court instant d’ailleurs, Eleyna se prit à penser avec une certaine panique qu’il pouvait probablement disparaitre lui aussi. Alors que Maud demandait ce qu’ils pouvaient faire, tout le monde s’étant mis à parler en même temps, un brusque claquement leur fit à tous lever la tête.
C’était Tristan ou plutôt le dragon qu’il était actuellement qui avait bondi sur le rebord du balcon et s’était envolé la seconde puissante. Le claquement de ses ailes lorsqu’il les avait déployées avait été si fort qu’on aurait cru à un coup de tonnerre. L’instant d’après, il s’élevait si vite et si haut dans le ciel couvert qu’ils le perdaient de vue.
Personne ne sembla comprendre son comportement même s’il semblait fuir, une fois de plus la vérité et ses responsabilités, ce qui bien sûr agaçait énormément la guérisseuse et les autres. Maud ne voyait rien dans ses visions et cette absence de « futur » pour son amie l’inquiétait énormément.

Finalement, la guérisseuse avait concocté et préconisé différents traitements : des bains de plantes pour le poignet blessé à mettre juste dans une petite bassine, des potions administrées par piqûres pour la douleur, les plus sobres et aux moindres risques qu’elle connaisse mais malheureusement les moins efficaces également, du repos et du calme aussi… Enormément. Elle avait été recouverte de couvertures puisque très rapidement à la limite de l’hypothermie avec sa faiblesse. Depuis… elle se reposait et les heures étaient horriblement longues dans l’attente de son réveil. Alanir semblait également très faible mais que ce soit dû à la magie de la jeune femme qui s’échappait ou à son immense inquiétude pour elle, le résultat restait le même. Eleyna l’aidait, essayait de prendre soin de lui tandis que Maud avait dépêché différents guerriers dans les environs pour essayer de trouver des plantes rares que la guérisseuse pensait bénéfiques pour la jeune femme. Le départ de Tristan avait abasourdi tout le monde et si une fuite temporaire devant ce dont il était responsable pouvait être acceptée, ce n’était pas le cas d’une fuite à long terme, comme ce qu’il faisait actuellement. Si Alanir en avait eu la force et surtout la capacité de le poursuivre sans les limites géographiques imposées par son lien avec Cassidy, il l’aurait retrouvé… et le lui aurait fait payé son énième crime contre la jeune femme, son énième lâcheté… N’était-il donc que cela ???? Un couard ?!!!!

Et puis finalement, deux jours plus tard…

Eleyna et Alanir étaient installés dans le canapé, discutant. Enfin Eleyna discutait, Alanir lui fixait la porte de la petite mage, troublé et inquiet, faible et presque silencieux. Elle essayait de le réconforter, de le soulager un peu mais elle ne parvenait à rien et ce constat l’inquiétait d’autant plus. Quand brutalement, la porte d’entrée s’ouvrit à la volée. Depuis la fin de la journée de la dernière épreuve, la neige tombait drue dans la cité, une véritable petite tempête. Si la guérisseuse venait tous les jours, des mages l’accompagnaient pour la protéger de la bise glacée. Un vif courant d’air d’un froid polaire s’engouffra dans la pièce principale tandis qu’Alanir se relevait d’un bond, suivi d’Eleyna. Ils se figèrent sur place en reconnaissant Tristan, qui, essoufflé, peinait à fermer la porte. Ni une, ni deux, le dragon lui sauta à la gorge, lui enfermant le cou dans une de ses mains et le soulevant du sol en décochant de son autre main une formidable droite en pleine face de sa victime !

- Comment as-tu osé ???!!!!! Comment as-tu osé l’abandonner une fois de plus ! CRETIN ! Je vais te…
- Alanir non !


Le cri d’Eleyna l’avait arrêté tandis que sa fureur retombait un peu et qu’il jetait un regard peu amen au jeune homme. Premier constat, sa peau était glacée, deuxième, il avait l’air épuisé et respirait comme s’il avait couru un marathon, troisième… il était tout nu… Mais alors vraiment tout nu… Et Eleyna se détourna rapidement en marmonnant tandis que sur le coup, Alanir relâchait son cadet. Les doigts du dragon avaient laissé une profonde emprunte sur sa gorge mais le jeune homme, s’il se tint au mur, chancelant, ne s’en soucia pas davantage, le repoussant faiblement en appelant Cassidy d’une voix si enrouée qu’il devait avoir les cordes vocales sacrément abimées par le froid. Eleyna sortit de sa torpeur et vint le soutenir alors qu’il menaçait de s’écrouler lui rappelant son absence de vêtements alors qu’il tournait vers elle un regard vide.

- Cassy…
- Oui mais là t’es tout nu Tris ! Faut que tu t’habilles ! Et que tu te réchauffes !
- La guérisseuse… Tu dois lui donner ça… Pour Cassy… S’il te plait…

Poli même dans ces circonstances, c’était bien Tristan. Les deux ne semblèrent remarquer qu’à cet instant que s’il ne portait pas sa sacoche, ni de vêtements par la même occasion, il tenait un sac dans une de ses mains tremblantes de froid et probablement de fatigue. Alanir sembla comprendre, peut-être de quoi il s’agissait ou peut-être juste à l’instinct car sans rien dire il attrapa le sac et sortit en trombe de l’appartement pour ramener quelques minutes plus tard la guérisseuse. Eleyna qui n’avait pas tout compris empêcha Tristan, sans le moindre mal vu sa faiblesse, d’aller dans la chambre, même s’il répétait en boucle, comme un fou,  dans un murmure, le nom de sa bien aîmée. Elle l’avait trainé dans la salle de bain, lui coulant un bain brûlant en l’encourageant à s’y glisser… Bon bien sûr, même en évitant soigneusement de le faire, elle ne pouvait s’empêcher de le détailler du regard et aussi de se demander avec un gloussement nerveux s’il avait des engelures… mal placées parce que si c’était le cas, il allait beaucoup souffrir…De la buée se dégageait de son corps glacé rencontrant la surface liquide brûlante tandis qu’il semblait redécouvrir la chaleur mais sans le moindre enthousiasme. Il reprenait des couleurs et elle remarqua à cet instant que les marques de brûlures laissées par Alanir n’avaient pas disparu… Des griffures s’étalaient aussi sur ses bras à présent et il semblait si fatigué, oscillant légèrement, assis dans la baignoire, répétant en boucle le surnom de la petite mage, apparemment incapable de s’occuper de lui-même. Elle lui demanda ce qui s’était passé et il la fixa un si long instant d’un air vide qu’elle crut qu’il ne l’entendait pas.

- Une… plante… Une fleur… Le double de Cassy m’avait montré une fleur… Pour l’aider… Pour la sauver… si elle était trop fatiguée… Elle savait… Elle savait ce que j’allais faire….Elle savait mais elle ne m’a pas empêché;.. Elle ne m’a pas empêché… Cassy… Cassy… Je voulais pas… Je voulais pas…
- Oui… Je sais Tris… Mais… C’est quoi cette plante ? Où est-ce que tu l’as trouvée ?
- Je sais pas… Loin… Très loin. Volé longtemps… Je l’ai trouvée et… les dragons voulaient pas que je la prenne… Reparti… volé… Et puis redevenu humain… tombé… mal… froid… j’ai couru… toute la nuit… toute la journée… Cassy…
- Quoiiiii ????!!!! Tu as couru…. Tu viens d’où Tris ?! Depuis quand tu…
- Loin… Loin… Cassy… Cassy…
- Il est en état de choc, inutile. Aide-le à se réchauffer… La plante qu’il nous a ramenée va énormément aider. Je prépare ça pour Cassidy. Donne lui des vêtements et à boire…

C’était la guérisseuse. Déjà elle retournait au chevet de la jeune femme tandis que Eleyna remplissait son rôle. Rapidement, Tristan sembla se remettre même s’il avait toujours l’air hagard.  La guérisseuse sortit finalement avec un sourire rassurant pour les trois qui attendaient. Alanir qui ne disait rien vis-à-vis de Tristan mais le regardait avec moins de rancoeur, Tristan qui s’était fermé à tout, Eleyna qui en avait marre d’être entourée de zombies… Finalement alors qu’elle faisait quelques préconisations mais rassurée et beaucoup plus enjouée quant à l’état de la jeune femme qui ne devrait pas tarder à se réveiller, Tristan en profita pour e glisser dans la chambre. Il observa la jeune femme, sa gorge se nouant, la rejoignit, caressa ses cheveux d’or puis déposa un baiser sur son front.

- Je suis… désolé… Si désolé…

Alors il s’assit sur une chaise en pressant sa main, la caressant doucement, tendrement, sans faillir, sans la quitter jusqu’à ce qu’elle ouvre enfin les yeux, bien des heures plus tard et qu’il fuit aussitôt son regard noisette, pressant plus fort sa main… plus coupable encore face à ses yeux qui le connaissaient si bien… Il avait légèrement pâli en la constatant réveillée, probablement parce que là il devait affronter son destin... ou plutôt les conséquences de ses erreurs. Pourtant, il n'avait pas lâché sa main, la pressant un peu plus... La sienne tremblait alors que sa voix semblait si... hachée.

- S... Salut...
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Mer 10 Sep - 21:50

Cette histoire commençait à devenir réellement compliquée et Cassidy aurait bien eu besoin d’un peu de simplicité dans sa vie pour le moment. Elle ne savait pas quoi faire, comment le faire et si elle allait dans le bon sens ou pas. Encore aider Tristan à accepter sa part dragon mais tout en gardant une conscience était une chose, mais devoir supporter cette attitude si cruelle et égoïste en était une autre. Elle avait peur, elle était déboussolée et aucun signe ne lui laissait croire qu’elle avait juste ou faux. L’attente était tout simplement intolérable, sans savoir quand exactement il reprendrait conscience si un jour c’était le cas. Il y avait des encouragements, des petits moments d’espoir, aussi vite balayés qu’ils ne s’étaient manifestés.

Et puis, il y avait eu cette fameuse épreuve. Sur toute la durée du chemin, elle ne savait pas ce qu’elle décidait de faire. Disputer cette épreuve ? Avec Alanir ? Ca serait le dragon qui ferait tout le travail car elle se laisserait porter. Pouvait-elle avoir un peu d’espoir de voir apparaître Tristan au détour du chemin ? Après ce qu’il lui avait fait vivre ces derniers temps, elle en doutait. Même si dans son cœur, l’inquiétude pour le beau jeune homme était bien présente. Elle tentait d’être forte, de faire celle qui s’en fichait, mais son cœur était brisé car elle ne trouvait aucune issue à ce problème.

Une vague d’haine s’empara d’elle lorsqu’elle aperçut Kayla. Oui elle devrait la tuer… son instinct la poussait à lui faire du mal, la détruire. Elle se retint avec grand peine mais ne savait pas jusqu’à quand.

Et puis elle le vit. Au milieu de l’arène. Ses pulsions meurtrières s’apaisèrent un instant. Elle se rendit compte avec douleur et beaucoup d’ironie que même comme ça, Tristan arrivait à la calmer, d’une manière ou d’une autre. S’en était vraiment trop. Il y avait eu toute cette scène, si troublante. Il semblait maître de lui-même. Alors la jeune femme lui parla. Après tout, il était là, il s’était un peu battu et elle ne se voyait pas l’abandonner comme cela, en plein milieu, alors qu’il y avait enfin quelque chose de vraiment positif.

Lui dire qu’il était arrivé à temps… avant qu’elle ne commette un meurtre oui. C’était la seule solution qu’elle avait envisagé pour apaiser un peu sa peine. Laisser libre court à ses pulsions, réveiller la partie bestiale en elle qui ne demandait qu’à se manifester. On ne l’aurait certainement pas reconnue…

Alors elle se plaça sur son dos et ils décollèrent. Si la situation n’avait pas été aussi dramatique, la demoiselle n’aurait pas été dans cet état. Elle se serait amusée. Ils auraient eu un esprit de compétition, l’envie de gagner ensemble. Elle aurait apprécié la vue, apprécié retrouver ces sensations avec lui. Mais aujourd’hui, elle était seulement très concentrée, luttant contre la fatigue, la douleur, luttant pour rester en selle. Si leur lien fonctionnait, elle n’en avait pas la force de le décrypter maintenant. Epuisée mentalement, moralement, physiquement. Vite gagner cette épreuve pour au moins que cette fichue dragonne les laissent tranquille.

Et cela passa assez rapidement. Malheureusement la jeune femme n’eut pas le temps de se monter triomphante, de défier Kayla du regard, de lui lancer une remarque cinglante comme quoi elle pouvait dégager maintenant, quelque chose de cruel, méchant. Au lieu de cela, son corps décida de la lâcher et elle se retrouva dans le noir complet, sans savoir ce qui se passait.
Toute la suite elle n’en sut rien. Mais si elle était plongée dans une sorte de coma, son esprit lui, continuait à fonctionner, d’une curieuse manière.

Elle avait l’impression d’avoir froid, entièrement nue, grelottant et recroquevillée sur elle-même alors que les larmes tombaient dans le vide. Elle se trouvait dans un espace sans fin blanc, perdue entre deux espaces, refusant de partir d’ici. Une voix résonna dans l’immensité de l’espace.

-Tu ne te réveilles pas Cassidy ?

« Je ne veux pas ! »

- Pourquoi cela ?

« Il est… il est… je n’arrive plus à supporter… je n’arrive plus à tenir le coup… je me sens fatiguée… j’ai besoin de m’éloigner… je ne veux plus le voir dans cet état. »

- Tu ne vas pas rester éternellement ici quand même ?

« J’en sais rien… laissez moi tranquille… j’ai eu ma dose de trucs bizarres pour la vie là… »

- Mais malgré ça tu l’aimes toujours ?

C’est quoi ce genre de questions ?! Elle cligna un instant des yeux, arrêtant de sangloter, cherchant la provenance de la voix sans arriver à la trouver puis posa ses mains dans le vide, serrant un instant les dents, secouant la tête avant de parler d’une petite voix mais terriblement déterminée.

« Oui ! »

- Alors tu ne devrais pas être ici…

« J’ai besoin d’un peu de calme… »

Elle se coucha dans ce grand espace et en avait fini avec les questions bizarres, refusant de parler davantage. Bien entendu, la demoiselle ne savait rien de ce qui se passait autour d’elle et décida de ne pas se réveiller les jours d’après, ayant besoin de recul, ou ne sachant même pas à quel moment elle déciderait de s’éveiller, pour à nouveau supporter cette épreuve qui était bien dure pour elle et mettait vraiment ses nerfs en vrac.

Lorsque Tristan revint après les jours d’absence, Alanir avait levé la tête. La rage bouillonnait en lui mais apparemment il y avait une bonne raison. Le jeune homme semblait dans un état normal et il avait rapporté quelque chose d’intéressant. Le dragon l’inspecta un instant, avant de prendre le sac et de l’amener chez la guérisseuse. Cela le fit froncer les sourcils. Il l’avait volé aux dragons ? Parce qu’ils ne voulaient pas ? En même temps une des leurs avait subi une humiliation. Combien de temps avant de les voir arriver pour une vengeance quelconque ? Les dragons les plus jeunes ne réfléchissaient pas, une expédition punitive pouvait être montée. Kayla ne pouvait plus s’approcher de Tristan, du moins pour une raison qui le dépassait car jamais dans sa vie de dragon il n’avait vu ce genre d’exploit. Kayla pourrait chercher à atteindre Cassidy, d’une façon ou d’une autre. Si la petite mage venait à se faire tuer, le contrat serait rompu.

Alanir soupira. Les dragons n’avaient que faire des humains, et il ne savait pas ce qui pouvait arriver. Tout ce qu’il espérait, c’est qu’ils ne cherchent pas à atteindre la cité, rien que pour traquer par le nombre une humaine.

Il secoua lentement la tête et retourna vers Eleyna, qui s’était rassise sur le canapé, après s’être occupé de Tristan. Il fixa un instant la porte, se demandant ce qui pouvait se dire, se passer derrière puis il se mit à observer discrètement Eleyna avant de s’adosser un peu plus dans le dossier.

- Si tu veux partir d’ici pour souffler un peu, fais le… Je sens que tu commences à en avoir assez de tous ces chamboulements… tu m’as bien dit que tu étais dans… l’armée des humains ? Ce qui se passe ici est bien différent, ça n’a rien à voir avec ce que tu as l’habitude d’affronter.

Il regarda en face de lui, enlaçant ses doigts les uns contre les autres, ne montrant aucune émotion négative, restant calme. Après tout, en tant que dragon, il pouvait sentir pas mal de choses et il n’était pas bête. En revanche il ne savait rien au sujet de la surveillance dont était issu Cassidy. Il pensait qu’elle restait ici car elle était quand même attachée à la petite mage, d’une manière ou d’une autre. Comment ne pas s’y attacher d’ailleurs ? Même si elle ne brillait pas en ce moment. Le grand dragon ferma un instant les yeux, comme si il cherchait à se reposer.

Cassidy s’était finalement réveillée. Papillonnant un instant des yeux et se sentant encore assez faible, la jeune femme ouvrit les yeux. Elle se sentait installée dans un lit chaud et moelleux. Chaque centimètre de son corps était extrêmement douloureux mais elle sentait la douleur disparaître un tout petit peu. Elle remua un instant les doigts de sa main gauche et fit une grimace. Son esprit n’arrivait plus à aligner deux pensées correctes. Elle tourna lentement le regard et les contours flous d’une personne se dessinaient à son chevet. Une personne aux cheveux à dominance rouge. Alanir ? Elle ne savait pas… L’image devint plus claire et elle reconnut Tristan à côté d’elle. Ce dernier détourna rapidement les yeux lorsqu’elle croisa son regard. Elle sentit qu’il pressait doucement sa main, tremblant un peu et lui répondant. Que faisait-il ? Avait-elle rêvé cette course ? Qu’est-ce qui était vrai ? Qu’est-ce qui était faux ? Elle ne savait plus où elle en était et perdait la tête… Pourtant la douleur diffuse et bien présente dans son poignet la rappela à l’ordre. Elle s’était battue avec Kayla… et après il y avait eu cette course ? Etait-ce réel ou pas ?

La demoiselle observa Tristan. Il semblait plutôt calme et pas comme les jours précédents. Elle arrivait à lire du regret dans son regard, de la culpabilité. Cassidy inspira un instant, ne sachant pas quoi dire, ne sachant pas comment répondre, quoi lui dire. Elle regarda le plafond, cherchant une réponse à travers les fines marques qui s’y trouvaient. Mais il n’y avait rien. Tristan n’avait pas l’air de vouloir se manifester, il n’infirmait ni affirmait sa réflexion? A moins qu’il ne savait pas quoi dire. Après tout, elle savait à quel point quand quelque chose la touchait, et qu’il en était le responsable, le jeune homme se refermait sur lui-même. Elle se rappelait de son manque de confiance en lui. Et dans quel état elle était à présent ? Il ne pouvait que s’en vouloir d’avoir permis cela.

La demoiselle hésitante, se tourna de nouveau vers lui, timidement, cherchant à attirer son attention.

« Tris’ ? »

Il ne répondait pas, semblait mal à l’aise, évitant soigneusement son regard. Elle soupira un instant devant ce manque de réaction. La demoiselle commença à se redresser sur le lit, et malgré la douleur, repoussa la couverture loin d’elle, faisant le geste de se lever mais il se mit à réagir, un peu plus paniqué et insista pour qu’elle reste ici à se reposer.

La demoiselle le regarda un instant, surprise alors qu’il la poussait doucement sur le lit. Il n’y avait aucun doute, il était normal pour le moment mais pour combien de temps encore ? Cela la perturbait… à quel moment allait-il redevenir ce dragon si inexpressif, presque indifférent d’elle ? Elle n’avait pas envie vraiment de le voir arriver mais en même temps, la demoiselle cherchait encore à comprendre.

Sans se gêner, elle attrapa son bras et le pinça. Il la regarda sans comprendre, alors qu’elle cherchait justement à se rassurer qu’elle ne rêvait pas. Il aurait pu l’embrasser, au moins elle aurait été fixée !

« Rhoooo allez… fais pas ton insensible ! Sinon tu m’aurais même pas empêchée de sortir ! Je veux juste vérifier que je ne rêve pas… »

Elle cherchait son regard. La demoiselle se racla doucement la gorge. Il était mal à l’aise et elle ne savait pas quoi faire, comme faire, pour le faire parler un peu. Encore une fois elle se sentait impuissante. Après tout, il avait réussi à sortir de son état sans son aide… elle se sentait inutile, incapable et tout ce qu’elle avait tenté de faire n’avait servi à rien. C’est bien des réponses dont elle avait besoin maintenant !

« Tris’… écoute… j’ai besoin de savoir… tu n’es… tu n’es… dans combien de temps tu vas… »

Clairement perturbée par ce qui se passait, la demoiselle se mit à trembloter, la bouche tremblante, sur le point de craquer. Elle serra ses mains sur la couverture, puis, n’y tenant plus, alors que Tristan regardait ailleurs pour ne pas affronter ce regard sûrement, elle se jeta sur lui avec une vivacité surprenante alors qu’elle l’enlaçait tendrement et avec une forte poigne, l’empêchant de se dégager, enfouissant sa tête dans son cou, laissant couler des larmes humides contre lui, tremblotant doucement.

Certaines paroles lui venaient à l’esprit mais elle ne savait pas quoi dire. Juste trouver un court répit dans ses bras… si cela ne devait pas durer, autant en profiter maintenant. C’était aussi étrange car quand elle était dans ses bras, la fatigue disparaissait, sa magie devenait plus stable, elle ne la sentait plus sur le point d’exploser à n’importe quel moment. Difficile de réaliser que même si il lui avait fait du mal, le simple fait de le savoir normal aidait la petite mage à retrouver une certaine contenance, même si elle ne savait pas pour combien de temps encore il resterait comme ça.

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 12 Sep - 21:36

Il ne s’était pas rendu compte de la fatigue et de la faim occasionnées par ses deux jours d’attente dans l’arène. Attendre… Attendre et songer à tout ce qu’il avait fait. C’était si long… Il était resté assis en tailleur au sol si longtemps. Cassidy lui avait appris à méditer, un peu du moins, à ouvrir son esprit et à se calmer, faire le vide pour mieux réfléchir. Il apprenait vite et elle était bon professeur. Il avait eu la singulière impression qu’elle était tout près de lui, le conseillant alors qu’il prenait place. Cette pensée lui avait arraché une vive douleur et il avait crispé la main sur son torse en murmurant le surnom de la jeune femme d’une voix étouffée par la douleur que provoquait la simple évocation de la demoiselle.
Dieux qu’il l’aimait… Il l’avait toujours tant aimée, bien avant de savoir même ce que signifiait ce mot.
Tout s’était précipité. En mal évidemment. Rien n’allait jamais bien tant qu’il était près d’elle de toute façon, tant qu’il resterait à ses côtés… Il l’avait bien compris ça.
Ils avaient certes remporté la course et rien de surprenant à cela, il était FAIT pour voler plus qu’aucun autre dragon et si elle était bien plus à l’aise avec Alanir pour le moment, tout esprit qu’il soit, le dragon de feu n’avait aucune chance de battre son cadet à la course. Même à moitié immatériel, il était bien trop « lourd » pour cela, n’ayant pas du tout le même corps. Après tout, c’était un dragon combattant, un vrai tueur capable d’arrêter les siens et pour être en mesure de se battre contre tous les autres son corps était en conséquence, beaucoup plus massif, beaucoup plus résistant.

Cette épreuve aurait pu… aurait DU être amusante. Ils auraient ri de ce décollage impressionnant même si celui-ci aurait arraché des cris de terreurs à n’importe qui. Elle, elle aurait ri oui, grisée par la vitesse et la liberté, connectée à son amoureux par ce lien unique et étrange. Ils auraient enchainé la voltige, les acrobaties, elle l’aurait guidé, encouragé, aurait imposé des impulsions à son corps, le conseillant, le menant comme elle menait aussi bien l’homme qu’il était également.
Toutes ces épreuves auraient dû être ensemble. Il l’aurait encouragée à tue-tête dans les gradins, il aurait horriblement boudé lorsqu’elle aurait demandé cet affrontement mais l’aurait encouragée, entrainée, supportée comme personne. Chaque instant de répit n’aurait offert que des moments de douceur et de tendresse et il aurait veillé jalousement sur sa petite princesse. Elle aurait dû repousser en riant ses regards de chien battu et ses baisers trop insistants. Elle se serait réfugiée dans ses bras à chaque instant de doute ou de frustration. Non… Elle n’aurait jamais douté. Elle n’aurait jamais eu peur parce qu’au moindre instant d’hésitation, il lui aurait rappelé quelle femme extraordinaire elle était et l’amour qu’il lui portait, la confiance aveugle qu’il avait pour elle… Ces épreuves n’en auraient pas été… Ca n’aurait été qu’un pari, un jeu. Il aurait été là à chaque instant. L’homme fort dont elle avait besoin et celui qu’il s’était promis de devenir pour ces beaux yeux noisette.
Ils auraient été ensemble. Ils auraient réussi… ensemble.

Elle était dans un état peu enviable la petite mage quand elle s’était retrouvée au sol après leur victoire. Elle semblait si faible et tremblante, si pâle… Tristan s’était efforcé de se retransformer mais il n’était parvenu à rien. Pourtant, il avait tellement besoin de la prendre dans ses bras à ce moment là, de l’appeler, de lui demander de se réveiller, besoin de voir son regard victorieux posé sur lui, de voir ses lèvres frémir avant de s’étirer dans un sourire ravi, besoin de voir ses yeux sans cette tristesse énorme qu’il n’avait pu manquer quand elle l’avait rejoint au centre de l’arène…
Il avait suivi, en tant que dragon et avait lutté contre le besoin qu’avait apparemment son corps, comme l’avaient prédit les fantômes, de redevenir cet Ikael, ce monstre d’égoïsme et d’indélicatesse. Il ne voulait pas être comme ça. Ce n’était pas lui ça ! Non, il ne voulait pas ! Il avait changé, s’était tellement amélioré pour elle ! Mais c’était si facile… si facile alors qu’il l’aimait si fort. Ikael était différent. Il ne pensait qu’à lui. Il tenait à l’humaine mais sans plus. Elle était un jouet qu’il ne voulait pas partager, c’était tout. Et il en souffrait bien plus qu’il n’aurait su l’expliquer.

La guérisseuse avait annoncé les faits, l’état de la demoiselle, préoccupant. Sa magie était étroitement liée à ses émotions tout comme son état général. Elle était malheureuse, perdue, abattue et dans un état de détresse bien trop profond, elle ne pouvait pas aller bien. Et puis elle avait forcé malgré toutes les mises en gare sur son poignet blessé, ce n’était pas pour l’aider, bien au contraire. Elle risquait d’atrocement souffrir au réveil. Elle avait besoin d’aide. La guérisseuse ne savait même pas si elle pourrait se réveiller seule. Bien sûr, ça c’était sans savoir ce qui se passait aussi dans l’esprit de la jeune femme car cela personne ne pouvait le savoir à part elle-même et son étrange interlocuteur/trice.
Tristan était parti alors brusquement, se rappelant ce que le double de la douce jeune femme lui avait dit rapidement avant de mourir par rapport à une plante qui pouvait aider. Une plante jalousement gardée par les dragons et qui pourrait aider la petite demoiselle.
Il n’était pas redevenu Ikael… Il était parti pour chercher cette plante. Il ne savait pas du tout si ça pouvait l’aider réellement mais se sentir inutile et impuissant lui était insupportable. Il n’avait rien fait, rien pu faire pour lui éviter toutes ces souffrances psychiques et physiques alors s’il pouvait ne serait-ce que tenter quelque chose, il devait absolument le faire. Et ce même s’il ne savait s’il reviendrait victorieux ou non de cette escapade.

Il était revenu, en trombe et avec un manque de pudeur assez indécent.
Dehors une tempête de neige n’avait cessé de souffler durant deux jours et un feu crépitait dans la cheminée en continu afin de garantir une température suffisante dans l’appartement. Cassidy était veillée tour à tour par Maud, la guérisseuse, Alanir et Eleyna même si cette dernière se tenait respectueusement en retrait tout à fait consciente de son manque de compétence et surtout d’intimité avec la jeune femme.
Pourtant, c’était elle qui avait été la plus réactive quand Tristan était revenu si brusquement. Bien que troublée par la nudité du jeune homme et peut-être d’autant plus par le fait que le froid ne rendait pas son physique moins flatteur, elle avait arrêté Alanir avant qu’il ne frappe le jeune homme. Du moins pas plus que la magnifique droite qui vaudrait probablement un joli cocard au demoiseau. Le dragon était si en colère par son nouvel abandon de sa chère et tendre qu’il l’aurait probablement massacré. C’est elle qui avait pris les choses en main si on pouvait appeler ça ainsi en s’occupant du jeune homme à la peau glacée. Le forcer doucement à prendre un bain, à s’habiller et à boire un café brûlant à défaut de réussir à lui faire avaler quelque chose.
Et puis il s’était installé au chevet de Cassidy et il n’avait plus bougé. Elle l’avait observé un instant alors qu’elle sentait Alanir encore tendu. Tristan était inoffensif à cet instant, elle le voyait bien, enfin pour tous sauf pour lui-même. A voir le regard torturé qu’il posait sur la belle jeune femme il devait ressasser toutes ses actions. Et en souffrir.

Elle était pensive elle-même, installée dans le canapé, fixant le vide en pensant au couple brisé et reconstitué qui ne cessait de vivre des épreuves chaque fois plus difficiles. C’était si injuste… Elle n’avait pas entendu Alanir arriver près d’elle et pour le coup, se maudit, furieuse envers elle-même de voir ses réflexes de guerrière s’émousser en présence du dragon un peu trop innocent. Il lui parla et elle fut surprise par ses paroles, un sourire discret étirant ses lèvres alors qu’elle étouffait un bâillement, fatiguée. Elle le regarda et lui tendit la main pour l’inviter à venir s’asseoir à côté d’elle alors qu’il rougissait une fois de plus dès qu’elle serra sa main dans la sienne. S’allongeant à demi sur le canapé elle le gratifia du poids de ses jambes sur les siennes, fixant le plafond avant de lui répondre avec un sourire un peu triste.

- Tu sais Alanir… Si on m’a envoyé ici c’est pour surveiller Cassidy, juger du danger qu’elle pouvait représenter, veiller sur l’intérêt magique qu’elle offre aux Cheistams en étant de leur côté. Je ne dis pas que c’est ce que moi-même je souhaitais mais je ne la connaissais que peu auparavant. Je la savais juste très jalouse à propos de son petit ami mais peu de choses vraiment sur elle. J’ai appris à la connaitre et je l’apprécie beaucoup crois-moi. Néanmoins, toutes ces histoires sont épuisantes et vraiment malheureuses… La discipline de mes hommes me manque et la facilité de gestion des problèmes des camps d’armes également. Mais je ne partirai pas si facilement. Vois-tu, je suis à demi-elfe et tout ce qui touche à la nature comme tu le sais me tient énormément à coeur. L’une des miens m’a prédit il y a de nombreuses années, je n’étais qu’une enfant, qu’un jour je rencontrerai un homme à la chevelure de flammes et dont le coeur serait plus chevaleresque que le plus courageux des chevaliers, qui porterait sur ses épaules des secrets épiques, qu’il serait l’un de ceux aidant à changer le cours de notre monde et que mon destin était de l’épauler s’il m’acceptait à ses côtés. Je ne l’avais guère crue malgré les rituels de nature qu’elle avait faits. Mais elle m’avait aussi prédit que le jour où je le rencontrerai il me sauverait la vie et.. de nombreux autres détails que je ne vais pas te citer. Il s’est avéré que le jour où j’ai rencontré Tristan, il m’a sauvé la vie et n’a cessé de le faire depuis… Beaucoup de choses correspondaient si bien. Peut-être que je suis superstitieuse… Mais lorsque je vois la force et le courage dont fait preuve Cassidy et la puissance qu’elle possède, je sais que c’est vrai… Si quelqu’un… peut faire quelque chose pour notre monde, ce sera elle. Enfin bref… je n’irai nulle part pour l’heure. Et le jour où je devrai m’éloigner Tristan devra probablement faire de même. Alors autant que ce soit lorsque cette histoire aura trouvé un meilleur… dénouement. Tu y crois toi ? Après tout ce qui s’est passé… qu’elle lui pardonnera ?

Elle semblait soucieuse en posant cette question même si elle s’efforça de chasser l’inquiétude de son visage l’instant d’après, s’amusant à troubler le pauvre dragon et à s’amuser de ses joues écarlates.


De son côté, Tristan veillait, à son poste, indéfectible. Immobile, tenant dans sa main celle valide de Cassidy il profitait de son silence et de son état d’inconscience pour la fixer. Les souvenirs ne cessaient de le hanter mais il les repoussait pour l’heure, pas du tout apte à les gérer seul. La douleur de la voir ainsi le meurtrissait déjà beaucoup, se rappeler, preuves à l’appui qu’il en était l’unique responsable l’aurait fait s’éloigner, par peur, par lâcheté. Peur du danger qu’il représentait pour elle. Lâcheté d’aimer alors qu’il n’était capable que de lui faire du mal. Elle l’avait tant soigné par sa simple présence. A cet instant, il priait les dieux pour que ce soit réciproque et que sa présence l’aide, la soigne un peu. Il avait besoin d’y croire, de se persuader que leur lien n’était pas totalement perdu. Car s’il l’avait senti dans l’arène et quand elle avait volé avec lui, il en avait aussi senti la fragilité et fugacité. Il était si ténu… Lui avait-il donc fait tant de mal ? Non… Bien plus encore.

Ses yeux dévoraient la petite demoiselle qui ne paraissait que bien plus petite et bien plus fragile dans ce lit beaucoup trop grand. Il l’avait bordée soigneusement, un peu plus, un peu mieux, par précaution, par tendresse mais il n’osait toucher sa peau si ce n’est la main qu’il serrait. Sa peau si pâle, diaphane l’avait toujours surpris. Elle lui faisait penser à une fleur de porcelaine par sa douceur, d’ivoire même. Il aurait pu s’allonger à côté d’elle mais il ne l’avait pas fait… Parce qu’il avait peur et honte aussi. Et qu’il ne se débarrasserait probablement pas facilement de ces deux insoutenables sentiments.
Il ignorait ce qui se passait autour de lui, dans la pièce d’à côté. De toute manière ça n’avait aucune importance. Il était près d’elle, c’était tout ce qui comptait. Et à la crainte de ne pas la voir se réveillait se superposait celle de la voir ouvrir les yeux et de constater toute la colère et le mépris qu’il devait à présent lui inspirer. C’était aussi pour cette raison qu’il avait fui son regard.

Car elle avait fini par ouvrir les yeux.
Il ne savait depuis combien de temps il était assis sur cette chaise, le dos raide, chassant la douleur de son corps qu’il avait camouflé sous des apparats inutiles. Il lui semblait que ça ne faisait qu’un instant et en même temps qu’une éternité s’était écoulée. Quand elle ouvrit les yeux néanmoins, son coeur fit une brutale embardée et son pouls s’emballa. Certes il détourna vite les yeux d’elle mais son émotion était elle bien présente. Elle était réveillée ! Elle semblait épuisée malgré ses deux jours de semi-coma mais elle s’était réveillée !!!!
Néanmoins, il avait préparé bien des discours dans sa tête, bien des idées, bien des choses à pouvoir lui dire, pour s’expliquer, pour s’excuser… Mais quand il croisa le beau regard noisette de la jeune femme, sa voix s’éteignit dans sa gorge et seul un mot haché parvint à se frayer un chemin jusqu’à ses lèvres alors qu’il peinait.. Peinait à ne pas s’enfuir en courant, à ne pas s’écrouler en pleurant… A ne pas… Il ne savait trop quoi d’ailleurs.

La pauvre était en plein doute de tout ce qui s’était passé et avait besoin d’aide et de confirmation mais il était incapable, une fois de plus de l’aider, même pour ça. Son regard d’ambre s’était fixé sur un coin de la pièce tandis qu’il serrait les dents et très fort le poing qui ne serrait pas la main douce de la petite mage. Il sentait qu’elle le regardait et il en rougissait d’ailleurs, peu mais c’était tout de même voyant. Culpabilité… Oh tellement… Dans ses yeux, sur son visage. Il devait avoir l’air terriblement abattu et ses dents serrées ne rendaient sa mâchoire que plus carrée, peut-être plus virile, peut-être plus sévère, difficile à dire. Elle chercha plusieurs fois à attirer son attention, à vérifier qui il était peut-être aussi. Mais il ne disait rien, il ne faisait rien, à part avoir l’air coupable et éviter de la regarder comme s’il n’en avait tout simplement pas le droit. Pourtant, il était attentif car il réagit immédiatement quand elle essaya de se relever, retrouvant sa voix pour le coup.

Ses mains s’étaient posées sur ses épaules avec une douceur surprenante quand on voyait sa carrure et qui contrastait radicalement avec la brusquerie et la maladresse d’Ikael. Ses mains tremblaient légèrement et il n’avait pas une prise sûre mais sa voix se fit pressante alors qu’il s’inquiétait terriblement pour elle, ayant remarqué sa grimace de douleur.

- Non ! Cassy ! Reste allongée… Tu es… s’il te plait… Doucement… reste… allongée… Tu dois te reposer… Je…

Rien de plus, il était devenu cramoisi alors qu’elle tournait les yeux vers lui et qu’il détournait aussitôt les siens, enlevant rapidement ses mains, les serrant sur ses propres jambes. Il sursauta légèrement quand elle le pinça, la fixant avec surprise et encore plus quand elle lui expliqua plus ou moins pourquoi elle le faisait. Qu’elle ne rêvait pas ? Pourquoi parlait-elle de rêver ou de ne pas rêver ? Il ne comprenait pas et le regard qu’il posait sur elle, son air de chien battu bien qu’attendrissants l’un comme l’autre étaient trop perdus et trop inquiets. Quand elle voulut parler, il prit peur davantage, ayant peur oui, de ce qu’elle pouvait lui dire et il se fit d’autant plus stoïque et crispé alors que dans sa tête se bousculaient des phrases d’excuse, des discours qui n’avaient aucun sens pour lui, les mots se perdaient, la raison aussi. Il ignorait ce qui traversait l’esprit de la demoiselle et encore plus qu’elle se croyait inutile, qu’elle n’avait pas participé à son « retour » alors que c’était tout le contraire. Mais avec leur absence de communication ni l’un ni l’autre ne pouvait avancer à ce sujet.

Et finalement elle prononça encore quelques mots, hésitants, d’une voix inquiète, pas même de réelles phrases. Il ne comprit même pas ce qu’elle voulait dire. Le trouble de la jeune femme le surprit et le prit au dépourvu alors que le jeune guerrier se tournait vers elle en haussant les sourcils, ceux-ci disparaissant sous les mèches rouges et noires désordonnées de ses cheveux un peu trop longs à présent. Inquiet pour elle, qu’elle se sente mal ou quoi que ce soit, oui, il avait tourné les yeux vers elle mais un peu tard alors que déjà elle se jetait entre ses deux bras, contre son torse musclé. Il ne sursauta même pas mais se figea d’un bloc, ses muscles puissants se tendant comme la corde d’un arc, si fort qu’ils lui firent mal, plus que l’étreint de la demoiselle sur ses blessures invisibles. Elle tremblait, elle pleurait…

Le visage enfoui dans le bas de son cou, les bras passés autour de son torse elle serrait si fort le tissu de sa tunique dans son dos qu’elle devait se faire mal et si seule sa main valide pouvait réellement l’agripper, l’autre blessée était à peine en reste, quitte à ce qu’elle se fasse encore plus mal… Ses lèvres frémissaient contre sa peau, des sanglots étouffés tandis que ses larmes brûlantes par la douleur qu’elles contenaient chacune glissaient avec une lenteur blessante sur sa peau. Ce n’était pas une agression… Il ressentait la tendresse dans cette étreinte qui était tout sauf violente.

Le beau jeune homme devint pâle et ses yeux se remplirent de larmes mais la seconde suivante ses bras avaient enveloppé la petite demoiselle et la pressaient convulsivement contre son torse alors qu’il se redressait un peu contre le lit. Une de ses mains dans son dos, l’autre se perdant dans ses longs cheveux d’or, il était à des années lumières de la maladresse et surtout de la brutalité d’Ikael qui était bien incapable de témoigner une telle tendresse. Si fort et musclé soit-il, peu d’hommes pouvaient se gausser d’être aussi doux que le guerrier et ses gestes si mesurés, attentionnés. Il était cet homme qu’elle avait craint de ne plus voir, si doux, si certain dans le moindre de ses gestes. Il avait étouffé ses larmes, fermant les yeux et serrant plus fort les dents en gémissant faiblement avant de prononcer le surnom de la demoiselle d’une voix où douleur, tristesse, culpabilité et tendresse se disputaient la primauté.

- Cassy… Cassy… princesse… Ma princesse…

Dans un élan qui le surprit lui-même, s’étonnant de sa propre audace, le jeune homme repoussa tout doucement sa compagne blessée. Peu, juste quelques centimètres alors qu’elle gardait ses mains sur sa taille, levant vers lui un doux visage surpris et inquiet. Ses yeux étaient rouges de larmes et elle lui semblait si pâle et fragile, son regard plein de question et d’inquiétude. Il la fixa dans les yeux, les lèvres tout aussi tremblantes que les siennes, releva ses mains jusqu’à son visage alors que ses pouces essuyaient avec une telle délicatesse qu’il ne semblait pas la toucher, les larmes au coin de ses yeux. Et puis la prenant probablement plus que de raison au dépourvu, rapidement, il s’était penché sur son adorable minois et ses lèvres avaient caressé les siennes dans un effleurement aussi léger que fugace. Il se recula presque aussi rapidement et devint de nouveau très rouge, fuyant son regard et ouvrant et fermant la bouche en essayant vainement d’articuler quelque chose, peut-être une excuse.

C’est à ce moment là que la porte s’ouvrit brusquement et que le jeune homme, comme pris en faute, bondit littéralement entre les bras de la douce demoiselle, reculant dans la pièce avant de fixer ceux qui entraient. Il y avait la guérisseuse et derrière Alanir et Eleyna surpris puis ravis de voir Cassidy éveillée. Mais devant…il y avait Maud qui fondit littéralement sur Tristan en hurlant son nom. Mais ce n’était certainement pas un cri de joie ! Il était raide comme un piquet, la fixant alors que déjà elle était devant lui et lui décochait une gifle d’une telle violence qu’elle imprima de ses ongles quatre griffures bien nettes sur sa joue droite. Sa voix outrée couvrit les sourires et surtout les paroles du dragon et de son amie guerrière qui s’enquerraient de l’état de la petite mage.

- COMMENT AS-TU OSE ?!!!!!

Tristan la fixa, immobile, de côté, encore sonné par sa gifle. Déjà, sur sa joue une marque rouge venait équilibrer le cocard qui se formait sur son oeil gauche, une des griffures saignait légèrement alors qu’il n’avait même pas moufté ne serait-ce qu’un peu.
Maud se remit à hurler, moins fort, mais tout de même assez pour donner mal aux oreilles à tout le monde dans la pièce.

- Comment as-tu osé t’éloigner d’elle après tout ce que tu lui as fait ?! Comment oses-tu te repointer ici comme une fleur et seulement la regarder après ce que tu lui as fait ?! C’est de ta faute Tristan ! Tu devais la protéger ! L’aimer !

Le jeune homme semblait se ratatiner sur place et reculait par petits pas presque imperceptibles. Devenu blême, il portait les mains à son visage et serrait ses tempes, pas à cause de la gifle, ni du cocard, à cause des images qui se bousculaient dans sa tête aux paroles de Maud et qu’il ne pouvait pas contrôler. Il tremblait et semblait perdre la notion des lieux et du temps se mettant à gémir en glissant contre un mur jusqu’au sol en articulant silencieusement le nom de la jeune femme qu’il aimait tant.
Et si celle-ci était surprise par le comportement de son amie et la hargne qu’elle manifestait envers le beau garçon même si c’était totalement justifié, elle l’était probablement plus encore de voir que personne ne réagissait à part elle. Mais elle n’eut pas le temps d’intervenir car le but recherché de cette brutale engueulade ne tarda pas à se manifester. La peau du jeune homme s’était mise à miroiter légèrement, comme chaque fois que les minuscules écailles de sa peau se mouvaient, une des petites particularités de son appartenance draconique. Et s’il était habillé depuis son bain, ses mains, son visage ainsi que son cou et le haut de sa gorge puisqu’il n’avait pas noué le col de sa tunique (qui selon les coupes provocantes de Maud descendait indécemment bas) eux étaient nus… et se couvraient de marques violacées.
Maud fronça les sourcils, se tournant vers Eleyna.

- On dirait que tu avais raison…


Aussitôt les évènements revinrent à la mémoire du jeune homme…
Il était parti rapidement et avait volé à une vitesse étonnante, bien plus vite qu’un dragon moyen. Il avait rejoint la montagne des dragons qui l’avaient accueilli mais aussi méprisé pendant toute la durée de son séjour chez eux. Il s’y était presque imposé en tant que chef. Ils avaient déjà eu vent de l’histoire de Cassidy. Il ne savait pas trop comment ni par qui mais ils savaient et étaient en colère. Alors quand il avait cherché à récupérer cette plante que les dragons gardaient jalousement et aux vertus qui ne demandaient qu’à être découvertes alors que les humains et leur savoir pour la culture auraient pu en fournir davantage, ils avaient été furieux. Plusieurs s’y étaient opposés, du moins quand ils avaient su que c’était pour la petite mage responsable de l’humiliation d’une des leurs. S’ils respectaient suffisamment le jeune dragon qui avait su combattre et gagner contre plusieurs de ses aînés ils avaient envie de venger la dragonne et certains fomentaient déjà des plans de revanche. Tristan s’y était farouchement opposé, toujours sous sa forme de dragon qu’il ne pouvait pas quitter. Il ne savait si c’était parti des plantes ou de la protection de Cassidy mais il avait dû se battre contre les plus jeunes, les plus… impulsifs et ils n’étaient pas des plus braves, l’attaquant à plusieurs, lui, leur aîné de peu certes mais leur aîné quand même. Il avait reçu plusieurs coups mais ce n’était que peu de choses pour son corps de dragon. Finalement il était reparti, filant à toute allure entre les nuages à cette vitesse fulgurante…

Un brutal mal de crâne lui avait alors foudroyé le crâne et il avait cru un instant que la foudre l’avait touché car elle tonnait depuis un moment autour de lui. Il s’était senti faible et mal et sa transformation avait lâché… beaucoup trop haut… bien trop haut pour survivre.
Il avait chuté comme une pierre alors qu’il tentait vainement de se retransformer. Et puis il avait senti contre lui le collier que Cassidy lui avait offert, la chaleur rassurante de la pierre, il s’était concentré de toutes ses forces, sachant instinctivement que faire. Et s’il ne parvint pas à se retransformer, il invoqua son pouvoir, celui qui était si capricieusement lié à ses émotions comme l’était la magie de sa compagne à ses sentiments. Sa chute avait ralenti grandement et il avait pu un instant comme flotter dans les airs mais il ne maitrisait pas du tout, il avait au contraire besoin d’apprendre ce qui risquait d’être long et fastidieux… Son pouvoir avait cessé de fonctionner alors qu’il était à une dizaine de mètres de la cime des arbres. Il était tombé… Mais en cette période, nul  feuillage auquel se raccrocher. Sa chute avait été longue et terriblement douloureuse alors qu’il cherchait à se raccrocher à des branches qui lui meurtrissaient les flancs, les mains, le torse. Il parvint à s’arrêter totalement finalement encore bien au-dessus du sol, les mains en sang, tout étourdi, les deux bras passé au dessus de deux grosses branches, les pieds en équilibre sur une autre, haletant. Et puis celle qui soutenait ses jambes avaient lâché et il n’avait plus de force, ses bras avait glissé et outre la branche qu’il se prit entre les jambes et qui le fit presque s’évanouir sous la douleur, le reste était flou. Il savait juste qu’il avait repris connaissance dans la neige, allongé et qu’il avait terriblement mal dans le bas du dos et à la tête. Il s’était redressé avec énormément de difficulté, constatant l’absence de ses vêtements et qu’il grelottait dans le froid hivernal. Au loin il avait entendu des cris de loups. Serrant les dents, la main toujours crispée sur la sacoche dans laquelle en tant que dragon il avait pris les fleurs (sacoche qui avait avec sa taille d’humain plus l’air d’un énorme sac qu’autre chose) il avait fait un pas qui lui avait presque arraché un cri de douleur alors qu’il portait une main à ses côtes. Mais il avait secoué la tête et s’était aussitôt mis à courir de toutes ses forces… Il ne savait plus combien de temps, il ne savait plus jusqu’à où et il ignorait même comment il avait pu s’y retrouver dans cette tempête continue alors que même les animaux, pour la majorité, se terraient dans leurs terriers.


Il reprit conscience sur les évènements qui se déroulaient à cet instant, son regard cessant d’être perdu dans le vide alors que déjà la guérisseuse l’avait rejoint, se tenant un peu devant Maud. C’était sa voix qui l’avait ramené alors qu’elle lui ordonnait gentiment d’ôter sa chemise… sans chercher à cacher les dégâts cette fois. Il baissa la tête, rougit et obéit. C’est vrai… avant d’arriver, instinctivement, il avait demandé à son corps de cacher les dégâts et les fines écailles qui étaient capables sous sa forme de dragon de lui faire changer de couleur pour se fondre dans la nuit, avaient eu un effet très différents sur son corps d’homme. Comme elle devait s’y attendre, au point qu’il se demandait si tout le monde n’avait pas par hasard assisté à sa « vision », elle grimaça devant les marques violacées de toutes tailles qui couvraient le torse et les bras du beau jeune homme. Mais aussi colorées soient-elles, elles n’altéraient pas plus que le froid son physique, du moins c’était le marmonnement lascif qu’avait prononcé Maud et si elle le fixait avec inquiétude et qu’il s’avérait que tout ceci avait été une mise en scène pour le forcer à se dévoiler, ce qu’elle lui avait dit tout comme la gifle étaient mûrement réfléchis et parfaitement… honnêtes.
L’examen rapide de la guérisseuse valut à Tristan de se faire violemment remettre en place plusieurs côtes qui le firent tressaillir et plusieurs fois il détourna rapidement la tête en se mordant la langue sous les palpations… plus nombreuses que nécessaires pour s’assurer que ses os et ses organes étaient entiers mais en même temps… s’il avait couru si longtemps ça ne devait pas être très grave.

Elle finit par conclure qu’il devait se reposer lui aussi. Et lui prit même la main pour l’amener près de la petite mage que les deux alliés, Alanir et Eleyna, avaient pris grand soin de garder au lit pendant toute l’intervention des deux autres. Elle s’arrêta et mettant les mains dans le dos du jeune homme le poussa vers la petite demoiselle qu’il fixait avant de baisser les yeux, coupable, encore bien malheureux de ce qu’il avait fait et désolé du baiser qu’il lui avait volé. Mais déjà la guérisseuse interrompait toute forme de communication.

- Vous avez besoin l’un de l’autre pour guérir donc faites avec ! Cassidy tu as besoin d’un bon bain, d’un shampoing et qu’on change ton attelle ! On va éviter les potions puisque tu n’aimes pas ça mais tu supportes très bien la fleur rapportée par Tristan, je te prépare de quoi faire plusieurs tisanes dans la cuisine. Tristan tu dois te ménager et arrêter de faire cette tête de chien battu, tu es très craquant certes mais le sourire te va mieux et pour ta santé je te recommande de te ménager ! Sur ce, je fais sortir de cet appartement Maud, Alanir et Eleyna pour aller manger chez Maud donc vous êtes obligés de vous débrouillez ensemble pour tout y compris manger ! Essayez de progresser un peu d’ici notre retour ! Bon courage !

Et sur ces entrefaites, elle tourna les talons, un étrange sourire mutin aux lèvres alors qu’elle emportait dans son sillage tous les autres protagonistes dont le léger sourire en coin, bien qu’inquiet de la part d’Alanir et Eleyna laissait fortement présupposer un plan !
Avant qu’ils n’aient le temps de réaliser tout ce qui se passait, pauvre petite mage à peine réveillée, Tristan et Cassidy se retrouvèrent tout seul dans le grand appartement silencieux, si silencieux qu’on entendait le vent mugir contre les grandes baies vitrées et le froid s’insinuer, le feu devait être éteint… Silencieux et perturbé l’un comme l’autre, Tristan n’osait plus de nouveau regarder la jeune femme et elle ne savait probablement pas mieux comment réagir même si la présence de tout ce petit monde lui avait clairement signifié qu’elle ne rêvait pas et que tout s’était bien déroulé comme elle le croyait… Peut-être parce qu’elle n’avait pas eu de réponse à sa question, peut-être parce qu’elle ne savait toujours pas combien de temps elle avait avec son fiancé avant qu’il ne change de nouveau, peut-être parce qu’elle ne comprenait pas tout et avait du mal à se réveiller et à se rendre compte aussi qu’elle devait avoir un peu faim. Finalement, la voix du jeune homme se fit entendre alors qu’il se relevait très raide dans ses mouvements mais ça c’était probablement à cause de ses contusions et puis ni Alanir, ni Maud ne s’étaient excusés pour les marques sur son visage quand même ! Mais c’était mérité après tout…

- Je… Je vais te faire couler… un bain… Je… Re… Reste là, je reviens… vite… Promis…

Il laissa la porte ouverte, sortant rapidement même s’il boitait légèrement et l’eau se fit rapidement entendre dans la salle de bains alors qu’il remplissait la baignoire. Il ne tarda guère à revenir, l’eau coulant toujours alors qu’il l’observait puis détournait rapidement les yeux, les joues rouges, se rappelant des bains mais encore et surtout de ceux qu’ils avaient pris ensemble avec ou sans activité très nocive pour garder le volume d’eau dans ladite baignoire, du corps de la belle jeune femme… Non… Il n’avait pas le droit d’y penser ! Plus jamais !

Il se porta à sa haute, un brin surpris de voir qu’elle ne s’était pas relevé alors qu’il s’attendait à ce qu’elle n’en fasse qu’à sa tête. Il hésita une seconde puis vint timidement s’asseoir sur le lit mais loin d’elle, fixant ses mains qu’il frottait vigoureusement l’une contre l’autre. Puis enfin sa voix se refit entendre. Il ne parlait pas très fort et semblait avoir peur de la moindre de ses paroles mais il finit par relever lentement les yeux sur elle avec un peu plus d’assurance, la fixant sans ciller malgré toute la détresse dans ses yeux orange.
Il avait compris ce qu’elle avait voulu lui demander… sans y parvenir.

- Je ne vais pas… J’ai réussi à… Je suis moi. Je ne changerai plus Cassidy. C’est terminé. C’était suffisant. Ils ont compris. Ils m’ont laissé…ou c’est moi… Je ne sais plus…

Il rabaissa rapidement la tête avant d’enchainer, se relevant sans lui laisser le temps de parler.

- Je vais te porter jusqu’à la salle de bains si tu veux bien… Po… Pour pas que tu te fasses mal.

De nouveau il releva lentement les yeux, cherchant un signe d’acquiescement, fléchissant déjà les genoux en tendant les bras vers elle, hésitant et malheureux… Mais bon, ils n’avaient pas vraiment le choix même s’il semblait oublier qu’elle risquait d’avoir besoin de lui et pas seulement pour aller jusqu’à la salle de bains ! Et si penser à elle sous la douche était déjà troublant pour lui, y assister risquait de l’être encore plus… quoique… C’était bien davantage le souvenir de ce qu’il avait fait en tant qu’Ikael qui le meurtrissait et le troublait, elle, elle l’avait toujours… ébloui et juste ébloui après tout. Non ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Dim 14 Sep - 18:56

Pourquoi l’aimait-elle encore ? Pourquoi arrivait-elle encore à poser les yeux sur lui après tout ce qui était arrivé ces derniers temps ? Elle se rappelait encore de la brutalité dont il avait fait preuve, de ses progrès comme ses rechutes, comme ce manque de soutien, cette absence de lien qui pourtant était si fort entre eux. Alors pourquoi se jetait-elle sur lui en le serrant dans ses bras ? Si elle avait vraiment été en colère, peut être que cela n’aurait pas été le cas. Et pourtant, c’était comme si les rôles étaient inversés, c’était comme si lui avait été gravement blessé, proche de la mort et qu’elle craignait qu’il ne se réveille jamais. Mais il avait sa conscience. Il lui avait terriblement manqué et au fond d’elle, la petite demoiselle savait bien, qu’il n’était pas totalement responsable de tout ça. Elle se savait impulsive elle aussi et ne réfléchissait pas par moments, se laissant emporter par des pulsions. Mais plutôt que de lui en vouloir, de s’éloigner de lui, elle préférait profiter de ce moment car celui-ci était incertain. Pas d’explications, juste une profonde étreinte. Elle se sentait mieux dans ses bras, si apaisée. Comment cela était-ce possible ? La même personne qui avait deux parties contraires ?

Elle ne voulait pas réfléchir et juste, profiter, encore un peu, faisant glisser sa tête contre son épaule, inspirant légèrement son odeur. Si elle n’était pas aussi épuisée, peut être aurait-elle sentie qu’il n’allait pas si bien que ça… qu’il était blessé. Mais elle ne voyait rien.

Cependant, Tristan réagissait. Elle sentait le contact de ses mains se resserrer doucement contre sa taille, l’entourant de ses bras protecteurs dans lesquels elle pouvait se laisser aller et pleurer en silence. Elle frissonna doucement quand il posa sa main sur sa tête et son cœur fit un bond quand il prononça son surnom avec douceur. Elle en avait tellement rêvé ces derniers temps… rêver… espérer… et peut être que c’est ce qu’elle voulait au final, se réveiller et de constater qu’il était redevenu comme avant, prêt d’elle. La petite mage ne se sentait pas capable d’affronter une nouvelle fois la personnalité d’Ikael. Car c’était épuisant sur le long terme, car sans indication il est plus dur de croire à un heureux dénouement. Alors elle savoura cet instant.

Il la surprit en la repoussant légèrement. La petite demoiselle le fixait attentivement, ses joues creusées par les larmes, cherchant à comprendre un peu. Mais il s’avança en avant pour déposer un très léger baiser sur ses lèvres, ce qui redonna un peu d’énergie à la demoiselle. Ca n’avait rien à voir avec avant et il lui semblait que cela faisait si longtemps qu’il ne l’avait pas réellement embrassé. Elle se sentait mieux, certes. Souriant légèrement, voulant tendre une main en avant pour l’inciter à la rejoindre, ils n’eurent pas le temps de vraiment se retrouver.

Car la porte s’ouvrit à la volée, laissant venir un petit défilé. Cassidy fut la première à voir le visage fermé et furieux de Maud. Mais elle ne comprenait pas tout… avait-il fait quelque chose de grave ? D’ailleurs Tristan se recula bien trop vite, rompant tout contact, extrêmement craintif comme si il n’avait pas le droit. Que s’était-il passé ? Combien de temps s’était écoulé ? Elle ne savait rien de la conclusion des épreuves ni de ce qui avait ensuivie. Elle ne pouvait pas savoir que Tristan était parti pendant deux jours pour revenir après. Mais elle ne tarda pas à le découvrir.

Maud était vraiment furieuse contre Tristan. Elle parla d’une voix hargneuse, parlant de protection, qu’il l’avait abandonné. La demoiselle ne comprenait absolument rien et son esprit embrumé n’arrivait pas à se rappeler des derniers évènements. Etait-ce parce qu’il était redevenu normal ? Lui reprochait-elle de ne pas avoir réussi à maîtriser son côté draconique ? Cassidy n’en savait rien, mais lorsqu’elle vit le jeune homme se couvrir de marques, la demoiselle ouvrit de grands yeux sans savoir ce qui lui arrivait, la bouche légèrement ouverte. Maud prononça une nouvelle phrase en direction d’Eleyna qu’elle ne comprit pas aussi et cela l’agaça aussi d’être mise à l’écart même si elle venait à peine de se réveiller. Raison de quoi ?

Alors, tout ce qui s’était lui apparu en vision dans la tête. La première partie fit réagir étrangement la jeune femme. Son cœur semblait une fois de plus haïr les dragons pour tout ce qu’ils leur faisaient subir car même si Tristan avait fait des erreurs, ils étaient les uniques responsables de cette tragédie. Alanir, et maintenant Tristan. Elle fixait le vide quand son regard était devenu, pendant un bref instant, plus froid, plus meurtrier, ses bras tremblants alors qu’elle serrait de sa main valide le bout de la couverture.

Et puis il y avait eu la suite. Elle put assister, impuissante, à sa chute. Et en tant que spectatrice, difficile de voir d’où venait ce ralentissement. Elle ne comprit pas pourquoi il ne se retransformait pas mais ce n’était apparemment pas voulu. Elle grimaça, peinée, en le voyant dégringoler le long des arbres, souffrir énormément et faire tout ce trajet dans la douleur et complètement nu. Alors que la vision s’effaça de son esprit, elle comprit un peu ce qui s’était passé. Il voulait la soigner, rapporter une plante rare et cela expliquerait pourquoi Maud était aussi en colère alors qu’elle croyait qu’il était parti sans rien dire.

Puis la guérisseuse avait demandé à voir les blessures de Tristan. Si Eleyna et Alanir étaient à côté de Cassidy, c’était presque inutile car elle ne bougeait presque pas, encore groggy de ce qui venait de se passer. La guérisseuse semblait avoir un plan car les jeunes gens devaient rester seuls pendant que les autres partaient chez Maud. Cassidy cligna lentement des yeux. Tristan était assis à côté d’elle, il ne bougeait pas, elle ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. C’était si difficile de faire comme si tout allait bien après ce qui c’était passé.

Il lui proposa un bain et partit s’en occuper mais alors que la petite mage était dans la chambre, elle ne bougeait pas, regardant un instant ses mains. Inquiète pour les blessures de Tristan, inquiète pour ce qui allait se passer, elle resta un long moment sans se déplacer, craignant même qu’il redevienne brutal d’ici quelques minutes. Mais lorsqu’il revint dans la chambre, le jeune homme était tout à fait normal. Il semblait inquiet mais même, évitait de trop se coller à elle en s’asseyant, comme si il n’en avait pas le droit. Et il répondit à sa question muette, alors que la demoiselle, le regardait, surprit, cherchant à s’assurer qu’il disait vrai. Après tout, il lui faudrait plus que ça pour qu’elle soit tranquillisée.

Le jeune homme l’avait conduit jusqu’à la salle de bains. Après l’avoir aider de se débarrasser de ses vêtements, il l’aida à s’installer dedans. Pour éviter de la regarder sans rien faire, il lui proposa un shampoing auquel elle ne dit pas non. C’était comme si la petite demoiselle cherchait ses mots, cherchait à dire quelque chose. Le bain lui fit beaucoup de bien et elle se rendit compte à quel point elle était courbaturée, ses muscles douloureux. Ce n’était pas si simple que ça.

Il l’aida ensuite à dormir, la sécha et lui mit des vêtements propres et frais. Tristan l’amena ensuite dans le salon et décida de la coiffer, car cela lui évitait de se retrouver en face d’elle et d’affronter son regard. Mais alors qu’il démêlait les multiples nœuds, après tout elle s’était beaucoup négligée ces derniers jours, la demoiselle ouvrit la bouche.

« Il s’est passé quoi exactement ? »

Tristan s’arrêta un instant dans son action, ne comprenant peut être pas la question qui manquait de précision.

« Tu dis que c’est terminé… Mais comment as-tu… pu retrouver tes esprits ? »

Elle baissa lentement la tête, la voix teintée de tristesse et de regrets.

« J’ai fais tout ce que j’ai pu… pour essayer de te faire redevenir normal… je t’ai appelé de nombreuses heures… j’ai essayé de t’appeler à travers notre lien… mais c’est comme si tu n’entendais rien… comme si cette autre partie de toi ne voulait pas te laisser… je sais plus où j’en suis… ce que j’ai pu faire… ça n’avait pas l’air d’avoir d’impact… »

Elle avait baissé lentement la tête, ne sachant pas trop quoi dire, mais on pouvait facilement deviner qu’elle s’était sentie si inutile. Non elle ne lui en voulait pas. Mais elle s’en voulait à elle de ne pas l’avoir su l’aider, l’aider à se réveiller, l’aider à se sortir de là. Elle avait peur, elle se sentait mal et aurait besoin d’explications supplémentaires.

Le jeune homme hésita un moment et lui en apprit un peu plus. Cela était certainement plus facile en étant de dos car elle ne pouvait pas voir ses réactions. Ses paroles la rassurèrent un peu. Puis il lui proposa d’aller manger. Il la porta jusqu’à la table et insista pour préparer le plat, car il était, après tout le moins handicapé des deux. Il ne broncha pas en coupant les légumes ou la viande, malgré la faiblesse musculaire qui devait l’étreindre. Tristan avait essayé de faire un des plats préférés de Cassidy.

Elle le remercia timidement et ils mangèrent en silence. Si l’un comme l’autre n’était pas responsable de tout ce qui s’était passé, il n’empêche que cela les avait rendus un peu distants. Cassidy n’appréciait pas cette distance. Elle devrait être heureuse et s’en réjouir, mais la fatigue mentale y était pour beaucoup de chose après tout. La jeune femme le remercia pour le repas. Elle aurait bien voulu faire quelque chose pour lui mais avec son bras dans cet état, c’était impossible.

Ils étaient assis dans le canapé, au coin du feu, lui regardant les braises dans l’âtre et elle feignant de lire un livre même si elle ne lisait rien du tout. La demoiselle le regarda un instant, puis avant même qu’il réagisse, elle s’approcha de lui, se releva, et frôla ses lèvres des siennes avant de s’écarter, sourire timide sur le visage. Puis elle leva doucement sa main valide pour replacé une de ses mèches rouges derrière son oreille avant de caresser un instant son visage.

« Tu dois te demander pourquoi je ne t’en veux pas après tout ce que tu m’as fais non ? »

Elle le sentit se crisper sous ses doigts.

« Peut être parce que je savais qu’au fond de toi, ce n’était pas ce que tu voulais. Je ne savais pas comment faire non plus, mais t’en vouloir… j’en suis incapable… car… tu sais… j’ai vécu un an sans te voir… j’en ai souffert… terriblement… alors si je t’en voulais maintenant, alors que tu es redevenu normal… je le regretterais. Je me suis rendue compte sur cette île que peu importe ce qui arrive, si, tu veux toujours de moi, malgré ta nature, malgré ce que tu ai, alors je n’ai pas de raison de te repousser. Tu trouveras peut être ça un peu trop gentil mais crois moi… essaie de vivre une seule année éloignée de la personne que tu aimes, je t’assure, tu vois les choses différemment après. »

Elle s’assit de nouveau à côté de lui, fixant le plafond.

« Ca ne sera pas simple du tout de se réhabituer l’un à l’autre… après ce qui vient d’arriver… mais on va y arriver. »

La demoiselle semblait mi ironique, mi pensive en balançant la phrase d’après.

« On devrait songer à vivre dans un coin reculé sans donner d’adresse pour que personne ne vienne nous embêter ! »

Rire nerveux qui sortit de sa bouche alors qu’elle caressait l’ouvrage de cuir. Un instant hésitante, elle le fixa. Puis la demoiselle se détourna de lui, se mettant dos contre lui et cala doucement sa tête contre son épaule alors qu’elle feuilletait son livre distraitement. Après tout, elle ne savait pas trop comment se comporter exactement, mais cela lui faisait trop mal au cœur de s’éloigner de lui.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Mer 17 Sep - 17:06

Cassidy…
Ses yeux noisette qui ne comportaient aucune colère. Juste… Incrédulité, espoir… Elle pensait même rêver… Rêver… Quelle douloureuse claque. Elle rêvait de le voir redevenir lui-même. Elle espérait tellement qu’il sorte de cet état égoïste et blessant. Ce simple constat était si douloureux. Comprendre à quel point elle avait eu peur… et mal. A cause de lui. Une fois de plus.
Son adorable visage qui trahissaient les seules expressions de soulagement, de joie… d’amour.
Ses larmes qui témoignaient de ses souffrances et qu’elle laissait enfin s’échapper entre ses bras après les avoir trop longtemps contenues ou au contraire subies seule. Il se sentait terriblement mal alors que l’étreinte de la jeune femme lui procurait un profond bien-être. Il s’en voulait de ce qu’il avait pu faire et plus encore de se sentir soulagé alors qu’elle se blottissait contre lui. Il ne savait ce qu’il craignait le plus… Qu’elle le repousse, furieuse ou au contraire qu’elle l’accepte aussi facilement ? Elle était si douce, si généreuse, elle le lui avait prouvé à de multiples reprises malgré son caractère de tigresse face à certaines situations, elle le lui prouvait encore.

Il ne pleura pas parce qu’il n’en avait pas vraiment le droit même s’il en avait envie. Parce qu’il devait être fort à présent et rattraper toutes ses erreurs, les unes après les autres et ça commençait maintenant, en ne fuyant pas et en acceptant ces larmes dont il était le seul responsable même si elles lui déchiraient le coeur.
Son doux visage dans son cou frémissait à cause du soulagement, du chagrin, de ces nerfs qu’elle relâchait enfin. Soulagement oui, ce devait être le sentiment prédominant dans le coeur de la petite demoiselle. Enfin il était lui-même ! Et elle avait bien assez attendu !
S’il l’avait embrassée, ça avait été horriblement léger et bref.
Bien sûr, il en crevait d’envie. Après tout, il avait tout le temps envie de l’embrasser, ce n’était pas nouveau ça ! Mais le simple fait d’effleurer ses lèvres rappela à son esprit les souvenirs de la brutalité avec laquelle il l’avait précédemment embrassée, brutalité ou indifférence… Quelle approche était la pire pour la jeune femme ? Difficile à dire. Entre l’homme qu’elle aimait qu’elle avait toujours conceptualisé comme merveilleusement doux et prévenant et l’image de celui qui était soit brutal justement, impatient et égoïste ou juste totalement insensible à son bien-être et son bonheur, oui, lequel était le pire ?

Bonheur… Il en ressentait pourtant simplement en la serrant contre lui. Et il s’en sentait également terriblement égoïste. Il ignorait bien sûr que son baiser bien que rassurant pour la jeune femme l’avait un brin frustrée. Elle avait probablement bien davantage besoin de le voir fort, maitre de lui-même et de nouveau lui-même justement que de constater à quel point il s’en voulait. Parce que culpabiliser ne menait à rien pour l’heure, à part la rassurer sur le fait qu’il était effectivement Tristan et non Ikael.

Il est vrai qu’il s’était vite reculé, s’échappant de ses bras avec une surprenante douceur vu la rapidité de ses gestes, après tout le jeune homme était très habile en général, quand tout le convoi était entré dans la chambre.
Une fois de plus Cassidy dut assister impuissante à une suite d’évènements qui n’avaient que peu de sens à ses yeux même si, vive et intelligente, même encore embrumée par la fatigue et les douleurs de son corps, elle comprenait à peu près ce qui se passait.
Cette vision, il n’avait pas du tout voulu la partager, c’était tout ce qu’il y avait de plus involontaire. Mais aussi sûrement que leur lien s’était réveillé quand ils avaient été près l’un de l’autre, il s’était embrasé au contact de ce si bref mais bien réel baiser. Peut-être que ce n’était rien d’autre, juste un faible échange de sentiment que cette caresse presque volée, mais entre eux la limite entre physique et magique était si ténue après tout qu’il était difficile de saisir la nature de ce qui les enchainait l’un à l’autre, ce qui liait définitivement leur destin, comme s’il était impossible pour eux de cheminer bien longtemps l’un sans l’autre. Etrange concept tout de même, troublant…
Elle avait vu sa chute suivant sa retransformation involontaire. C’était probablement parce qu’il n’avait pas sa sacoche, l’ayant brutalement rendue à Alanir suite à leur combat, que ses habits ne s’étaient pas rematérialisés avec lui. En fait, ils l’avaient fait mais il était si préoccupé par sa transformation et sa brutale chute qu’il n’y avait guère fait attention. Ils avaient probablement atterri quelques centaines de mètres plus loin, mais il ne les avait pas cherchés, il y avait plus urgent et il ne réfléchissait pas des masses à ce moment là. Alors oui il avait eu froid et les arbres n’avaient pas été tendres durant sa chute même si ses vêtements n’auraient pas freiné grand chose de toute manière mais il était entier et même couvert d’ecchymoses il ne semblait pas plus souffrir que ça ou du moins ne le témoignait pas. Mais pour cacher ce qu’il ressentait réellement, d’ordinaire, le jeune homme était plutôt doué…

Oui, il s’était absenté durant deux longues journées durant lesquelles elle était dans une espèce de douloureux coma. Mais il ne l’avait pas fait de gaieté de coeur. Il l’avait fait pour elle, pour l’aider, pour la secourir un peu, pour enfin jouer au preux chevalier après avoir été trop longtemps ces derniers jours l’horrible monstre du conte. Et il avait pris des risques en agissant ainsi. Dont celui, tellement dangereux, de se perdre, de ne pas revenir par caprice et égoïsme. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, le jeune homme était totalement lui, avec tout son lot de sensibilité et d’humanité qui ne le rendaient que plus malheureux de tout ce qu’il avait fait. Franchement… Comment était-il censé se remettre de ce qu’il lui avait fait ? Comment était-il censé la regarder en face sans se détester chaque seconde de sa vie ?
Eux deux… ça n’avait jamais été une bonne idée. Le destin et tous ses intervenants s’acharnaient à le leur faire comprendre alors qu’eux s’obstinaient à rester ensemble. Pourquoi au juste ? Souffrir encore ?

Les brutales accusations de Maud n’avaient pour but que de faire apparaître les blessures du jeune homme, du moins de le déstabiliser suffisamment pour qu’il perde le contrôle sur son corps et cesse de les cacher. Si l’idée de la mise en scène venait de Maud, Eleyna l’avait entrainée en avouant à la dame qu’elle avait senti à travers son don une grande gêne physique chez le jeune homme, une profonde fatigue, bien sûr un incommensurable mal-être mais ça ça n’avait rien de surprenant. Elle soupçonnait qu’il était blessé… Et elle avait raison même si tout ceci ne fut pas vraiment expliqué ni à la petite mage qui s’éveillait ni au pauvre Drakkari perturbé.
Rapidement, on les avait laissés seuls et ça faisait plus que certainement parti d’un plan bien pensé pour les pousser à discuter et à se retrouver loin de la pression de leur groupe.

Le malaise entre eux était énorme et persistant. Malgré le départ de leurs amis, ils n’avaient pas essayé de se rapprocher l’un de l’autre. Tristan parce qu’il n’osait pas la toucher évidemment et elle… eh bien elle n’en avait pas eu vraiment l’occasion et puis elle était perturbée elle aussi quand même. Se rendre compte que tout ce cauchemar était terminé même si c’était un soulagement c’était aussi un gros chamboulement !
Il était allé lui faire couler un bain, la guérisseuse le préconisait pour détendre les muscles de la demoiselle qui devaient être douloureux et c’était peu dire d’ailleurs, pauvre petite demoiselle. Quand il revint il lui assura qu’il était lui-même et qu’il ne changerait plus et il put voir la tension dans les épaules de la jeune femme se relâcher même si elle semblait surprise et un brin nerveuse, comme si elle voulait lui demander quelque chose sans oser s’y risquer.
Les questions arrivèrent peu après… Mais avant cela, il resta tout du long avec elle dans la salle de bains, l’aidant puisqu’elle avait mal partout et qu’elle devait absolument éviter de se servir de sa main blessée pour faciliter sa guérison. Et puis Tristan la connaissait, droitière parfaite elle était extrêmement malhabile de sa main gauche et puis il lui devait bien assistance après tout ce qui s’était passé, c’était le minimum.

Il l’avait aidée à se dévêtir et si son regard s’était troublé en fixant le corps de la jeune femme et la légère sécheresse de ses muscles due à son alimentation pour le moins peu régulière de ces derniers temps, il avait vite détourné les yeux. D’accord il s’en voulait aussi beaucoup pour ça, même s’il n’avait guère fait mieux de son côté mais pourquoi diable alors ne pouvait-il s’empêcher de la trouver merveilleusement belle et attirante ? Pourquoi ne pouvait-il s’empêcher de laisser ses yeux glisser sur le corps mince, si bien formé de la belle demoiselle ? Pourquoi ne pouvait-il repousser ce bas instinct ? Alors qu’il s’en voulait tant… comment parvenait-il à éprouver autant d’attirance dans un si bref instant ?
Il devait veiller sur elle et se rattraper… Comment ? Il l’ignorait encore mais il chercherait et essaierait.
Le bain était chaud et plein de mousse alors qu’il l’aidait à se glisser dedans et rapidement il se mit à faire un shampoing à ses longs cheveux d’or qui avaient bien besoin qu’on s’occupe un peu d’eux, beaucoup trop négligés ces derniers jours, surtout vu les noeuds qui s’y étaient formés. Il prit son temps, tout en douceur et en délicatesse comme il le faisait toujours avec elle. Attentif, il remarqua bien vite la gêne dans ses mouvements même légers et ne tarda pas à la comprendre. Elle devait être grandement courbaturée. En fait même s’il ignorait ce qui s’était passé le fameux jour de la dernière épreuve il se doutait qu’elle ne s’était pas assez échauffée et toute la pression de ces dures journées était trop vite retombée laissant le corps de la jeune femme plein de douleurs que seul le temps, des étirements et manipulations pourraient chasser. Il se promit, s’il y parvenait, de l’aider dès qu’il le pourrait, se contentant de l’aider à sortir de la baignoire pour l’heure, à se sécher puis à enfiler des vêtements confortables.

Par la suite, ils s’étaient retrouvés dans le salon et si par le passé un moment comme celui-ci alors qu’ils étaient seuls, se serait inévitablement soldé par de longues étreintes passionnées, la gêne présent les en empêchait pour l’heure. Il lui avait séchée les cheveux et s’était mis à les coiffer, longs mouvements doux et réguliers, il veillait à ne pas lui faire mal, tenant ses cheveux quand il tombait sur un noeud, d’une extraordinaire patience dans cette action qui rebutait plus d’un homme. Mais lui avait toujours semblé apprécier la coiffer après tout.

Il en était là de ses gestes, profitant de ne pas voir son adorable visage pour se débarrasser de ses faux semblants et laisser toute sa tristesse s’étaler dans son propre regard quand elle se mit à lui parler. Sa première question, il ne la comprit pas évidemment, elle était beaucoup trop vaste et il ne savait qu’elle était sa réelle interrogation. Lui demandait-elle pourquoi il était parti ? Lui demandait-elle ce qui s’était passé après l’épreuve ? Lui demandait-elle pourquoi il n’avait pas su repousser « Ikael » ? Lui demandait-elle ce qu’il avait fait avec Kayla ? Lui demandait-elle… Il n’eut pas le temps d’y penser davantage qu’elle éclaircit sa pensée et une boule de détresse et de tristesse obstrua presque totalement la gorge du jeune homme, rendant sa respiration difficile. Il s’était figé, crispé alors qu’elle continuait, malheureuse et apparemment pleine de regrets.
Il l’écouta sans l’interrompre, comprenant ses peurs et ses doutes, y compris ce qu’elle ne disait pas, le ressentant à travers leur lien fraichement retrouvé. Elle avait besoin de savoir, qu’il lui explique et pour cela il devait parler, il devait accepter de parler de ce qui s’était passé et engager réellement la conversation entre eux car pour l’heure ils ne s’étaient qu’à peine parlés.

Il hésita un long moment avant de reposer doucement la brosse sur la table basse près d’eux, respirant profondément. Il la sentit se crisper un peu et commencer à se tourner vers lui, peut-être parce qu’elle ne le voyait pas et qu’elle craignait évidemment à tout instant, malgré ce qu’il avait dit de le voir redevenir cet être qu’elle exécrait, peut-être aussi parce qu’elle craignait de le voir fuir la conversation et fuir tout court alors que c’était ce qu’il ne devait pas faire justement. Mais il l’interrompit dans son mouvement en passant délicatement ses mains sur ses épaules, y imprimant une douce pression pas désagréable et qui aurait pu, à la longue, aider les muscles de la jeune femme à se détendre. Sa voix était mal assurée quand il commença à parler, terriblement bas, puis petit-à-petit il se fit un peu plus assuré, mais elle devait l’entendre dans sa voix, le regret, le profond regret d’exister tout simplement et d’aimer une femme qu’il ne parvenait qu’à blesser.
Il avait saisi ses peurs et le prouva immédiatement.

- Tu te trompes… Ca a servi… Tout ce que tu as fait… Ca a servi. Je… Je ne sais pas encore trop comment l’expliquer… Je parviendrai à le faire quand j’aurais compris moi-même. Pour l’instant, tout ce que je sais, c’est que je ne suis plus ce… cet abruti qui t’a maltraitée pendant des jours. Et que c’est grâce à toi…

Il la relâcha, se leva. Il se sentait mal et perdu et ne savait pas encore trop quoi dire non plus. Et puis il n’osait pas vraiment l’affronter, ne serait-ce que son regard. Il avait besoin d’un peu de temps lui aussi et puis mine de rien le jeune homme n’avait plus dormi depuis plus de quatre jours et rien mangé depuis autant de temps. Son corps était affaibli, qu’il en ait conscience ou pas. Pour chasser son trouble il s’était mis à cuisiner même si ce n’était vraiment pas son point fort. Pourtant, patient et voulant bien faire, il passa du temps à essayer de lui préparer à manger lui demandant timidement de se reposer pour l’instant. Le résultat fut assez concluant même si c’était bien peu comparé à ce qu’il aurait voulu faire pour elle. Ils ne prononcèrent pas un mot durant le repas, Cassidy faisait l’effort de manger tandis que lui n’arrivait guère à avaler grand chose à cause de son estomac noué. Il se sentait nauséeux de tristesse et de honte et ne se souvenait pas avoir vécu pareil mal-être. Ah si… Quand il l’avait trompée contre sa volonté avec l’usurpatrice, quand il s’était laissé berner et ils savaient tous les deux comment ça avait terminé. Il s’était enfui loin d’elle, persuadé que c’était lui rendre service que de renoncer à son amour. Quelle idée stupide ! Pourtant une fois de plus elle l’effleurait… Pourquoi ? Parce qu’il avait désespérément besoin de se raccrocher à quelque chose pour moins se détester. Désespérément besoin de se dire que si le problème venait à ce point de lui, il y avait une chance de bonheur pour la jeune femme, s’il partait, s’il… n’était plus là pour la blesser, jour après jour.

Oh non, la distance entre eux n’avait rien d’agréable. Au contraire, elle était oppressante et plus le malaise durerait plus profondes seraient les cicatrices…
Il avait rapidement fait la vaisselle, la désagréable tension entre eux lui rappelant que les autres n’étaient toujours pas rentrés. Au moins auraient-ils pu distraire, occuper la demoiselle. Lui ne lui servait pas à grand chose après tout… Du moins tant qu’ils n’auraient pas fait un pas l’un vers l’autre.
Le canapé était confortable et il était épuisé… Pourtant, la fatigue ne venait pas alors qu’il était assis si près d’elle et si loin en même temps. Il l’écoutait respirer et suivait du coin de l’oeil ses gestes de « fausse » lecture, le regard fixé sur l’âtre qu’il avait alimenté, la fascination des flammes n’atténuaient pas la vision en boucle de tout ce qu’il lui avait fait et son incompréhension quant au comportement de la jeune femme. Elle ne le repoussait pas… Mais en même temps il ne savait pas s’il avait droit de l’approcher. Il ne comprenait pas pourquoi elle ne hurlait pas… Il ne comprenait rien. Il avait juste envie de se rouler en boule et d’oublier… Oublier… Plus encore que l’envie de la prendre dans ses bras… Mais c’était si égoïste… Il devait vivre avec. C’était son fardeau… Juste le sien…

Et puis tout bascula. Une fois de plus…
Grâce à elle et toute la magie dont elle était capable sur lui.
Il n’avait rien vu venir alors qu’elle embrassait doucement ses lèvres. Ce fut une torture de fugacité mais un réel paradis de douceur et de plaisir. Il avait d’ailleurs instinctivement fermé les yeux, savourant sa caresse. C’était si doux, si bon. Il l’avait presque oublié et tout son corps se détendit alors qu’il se sentait merveilleusement bien l’espace d’une très courte seconde. Il se crispa pourtant l’instant d’après alors qu’elle lui parlait. Pourquoi elle ne lui en voulait pas après tout ce qu’il avait fait ? Oui… il se le demandait, à chaque instant. Tendu, le jeune homme avait rouvert les yeux, la fixant de son regard de félin sans détourner les yeux cette fois et faisant un très léger hochement de tête. Pourtant, un certain soulagement l’avait étreint. Il avait bien entendu ? Elle ne lui en voulait vraiment pas ? Bon bien sûr, il ne comprenait pas pourquoi… Mais c’était si bon dans un sens de savoir qu’elle n’était pas rancunière à ce propos alors même qu’elle avait toutes les raisons de l’être. Elle répondit gentiment à sa question muette tout en caressant du bout des doigts son beau visage. Avait-elle remarqué que les marques dorées sur ses joues étaient moins marquées qu’avant ? Plus pâles ? sur le reste de son corps elle ne pouvait que peu le constater car il avait vite remis sa tunique mais sur son visage c’était certain…
Oui, elle lui parla… Et même si certaines de ses phrases étaient terriblement douloureuses pour le jeune homme qui se sentait incapable et monstrueux, les autres le rassurèrent, le surprirent, le confirmèrent dans son admiration et dans son amour pour la demoiselle.

C’était vrai… Elle avait passé un an loin de lui et il n’osait imaginer sa souffrance. Après tout, ils avaient été séparés 7 mois alors qu’ils n’étaient ensemble que depuis peu, elle refaisant plus ou moins sa vie, plutôt moins que plus d’ailleurs, avec Erwan en croyant son amoureux mort, lui souffrant puis « oubliant »… Mais s’ils avaient eu de multiples brèves séparations elle avait connu de nouveau un an éloignée de l’homme qu’elle aimait… C’était si injuste et dur… Pas étonnant qu’elle relativise autant même si c’était d’une grande maturité et d’une profonde sagesse de penser ainsi à son jeune âge. Lui n’avait passé que douze jours sans elle et il avait failli perdre la raison… Alors elle ? Son courage et sa force étaient décidément deux qualités par lesquelles elle le surprenait chaque jour un peu plus. Bien des paroles se bousculèrent à ses lèvres, un peu folles, un peu exagérées peut-être, trop passionnées pour leur difficile situation. Il ne dit rien. Pas tout de suite. Mais le regard posé sur elle était empli de reconnaissance et de fierté… Fier d’elle… Heureux de sa manière de penser même s’il ne comprenait pas… Et même s’il avait bien envie de lui dire qu’elle devait lui en vouloir au moins un peu. Même s’il n’était pas lui-même, même s’il ne le voulait pas tout ça…
Se réhabituer l’un à l’autre… Ce n’était pas gagné en effet. Très loin d’être gagné même. Et puis brusquement, de but en blanc, elle avait jeté cette phrase inattendue. Vivre loin… Se cacher un peu en gros pour se retrouver… Alors qu’elle s’appuyait contre lui déjà faisant comme si de rien n’était.
Probablement était-ce un tout… Un tout de ce qu’elle avait fait, de ce qu’elle avait dit, de son baiser et de cette attitude pour se rapprocher doucement de lui en tâtant le terrain pour être sûre que ça convienne au jeune homme. En tous les cas, elle brisa quelque chose en lui. Un verrou… Qui venait d’il ne savait trop où… Car soudainement, il releva les bras alors qu’elle lui tournait le dos et l’en entoura avec une grande tendresse. Il ne serrait pas fort et elle pouvait se retourner à tout instant ou s’échapper de ses bras quand elle le souhaitait mais il l’avait enlacée, appuyant une de ses joues contre le sommet de la tête de la demoiselle, ses cheveux d’or chatouillant sa peau. Et il se mit à parler… Mal assuré puis… révélateur, reprenant cette question qu’elle lui avait posé avant de manger ! Comme s’il avait enfin trouvé comment lui dire, comment tout dire…

- Sans toi je ne serais pas revenu… D… Détrompe-toi Cassy… Tout ce que tu faisais, le… le moindre geste… le moindre effort… comptait. C’est… C’est très difficile à expliquer, à définir… C’était moi… et en même temps ce n’était pas moi. C’est comme si j’étais… prisonnier de moi-même. Parfois j’étais totalement inconscient… en fait, à chaque fois que j’essayais de rester conscient et surtout de l’arrêter… de… m’arrêter plutôt… c’était horrible. Ca faisait tellement mal… Toujours, depuis que je suis dragon, j’ai senti cette part de moi violente, égoïste, dominatrice, infidèle même et terriblement jalouse, inhumaine… Ca m’effrayait évidemment mais je me disais que je pouvais gérer… contrôler… Ils m’avaient parlé d’équilibre… les… fantômes. Que ce que je faisais me ferait osciller, que je ne pouvais pas tout gérer… Je ne sais pas trop encore ce que ça voulait dire mais… mais je crois que repousser à ce point les caractéristiques de mon espèce n’a rendu cet aspect de moi que plus agressif et prégnant… Quand ils l’ont activé… je n’ai rien pu faire. Je te jure… je te jure que j’ai essayé, j’ai lutté de toutes mes forces… Mais… Mais ça ne marchait pas et… parfois je voyais tout ce que Ikael… tout ce que JE faisais… Tout ce que je te faisais subir, mes trahisons, mes indifférences, ma méchanceté, mes…

Il se tut un instant, la gorge sèche, essuyant d’un revers de main les larmes qui perlaient à ses yeux. C’était douloureux d’en parler, plus qu’il ne l’aurait cru et parler autant encore plus. Mais il lui avait juré… Il lui avait juré de parler avec elle si elle le lui demandait. Il avait juré de faire cet effort, de se confier davantage, de PARLER, puisqu’elle y attachait tant d’importance et que de son côté elle avait fait tant d’efforts pour lui.

- Je ne contrôlais rien… Du moins je le croyais… Pourtant je m’efforçais de revenir et je pense que… que c’est ça qui faisait que de temps à autres… j…j’étais moins méchant, moins stupide, moins égoïste… Quand tu me souriais… la douleur disparaissait un peu. Je me sentais mieux et j’avais encore plus envie de redevenir moi. Mais toutes les impatiences, toutes les pulsions d’Ikael… enfin de moi-même étaient si fortes. Je n’étais rien face à elle, tellement rien… Mais je te jure que j’ai lutté Cassy… de toutes mes forces. Il se fichait de toi… Il… Il… je…voulais te tromper… avec n’importe quelle femme, n’importe quelle femelle, le plus possible. Moi je ne voulais pas ! C’est… je t’aime… je ne voulais pas te faire de mal… Jamais… Je voyais tous tes efforts… Grâce à eux je m’accrochais et je ne sombrais pas… Je sentais bien que si j’arrêtais de lutter… je me perdrais et que je ne redeviendrais jamais moi-même… Pourtant c’était plus facile de cesser de lutter. Mais je ne voulais pas de cette vie… J’… J’ai détesté certaines de tes actions, te voir si tendre avec moi alors que… alors que j’étais un monstre… J’ai détesté que tu acceptes ainsi de… de coucher avec moi alors que je… je ne faisais rien de bien, alors que je me fichais de ton plaisir et de ton bonheur… Mais cette colère m’aidait aussi… Cette indignation en voyant la manière dont « je » te traitais. Alors parfois, parfois j’arrivais un peu à revenir, un tout petit peu… Mais ça ne durait jamais…plus d’une seconde ou deux…

Son étreinte se fit plus forte alors qu’il tremblait et qu’elle devait bien s’en rendre compte. Très respectueuse, elle le laissait parler, ne l’interrompant pas, peut-être aussi parce qu’elle était surprise qu’il se confie autant alors qu’il semblait peu avant muré dans son mutisme et sa tristesse. Et puis, elle avait eu l’habitude de ses fuites, pas de son courage sur ce point là…Peut-être avait-elle aussi besoin d’entendre tout cela… sans l’interrompre, de comprendre et de savoir qu’au fond, ce qu’elle faisait avait de l’importance. Oui la pression était un peu plus forte sur son corps mince, d’émotion mais aussi d’une légère pointe de colère qu’elle put aisément entendre dans sa voix, une colère qui n’était pas vraiment dirigée vers elle, plus une révolte qu’un réel accès de rage.

- Alors ne dis pas, comme tout à l’heure, que ce que tu faisais ne servait à rien. Sans toi Cassy… Sans toi, je ne serais pas revenu. Je ne serais pas là… C’est ta voix, tes mots, ta douceur, ta tendresse, ta gentillesse, ton amour qui m’ont aidés à revenir progressivement ou au moins à ne pas céder… Q… Quand l’épreuve a été terminée et que tu t’es évanouie, j’ai voulu te secourir, te rattraper mais je n’arrivais plus à redevenir humain. Pourtant c’était bien le cadet de mes problèmes. J’étais sur le balcon pendant qu’on t’examinait et que la guérisseuse annonçait ton état… L’état dans lequel tu étais une fois de plus à cause de moi… J’avais tellement honte… Et j’étais si malheureux… Etrangement, je n’étais pas redevenu Ikael contrairement aux menaces des fantômes. Je l’ai senti prendre le dessus à la fin de l’épreuve mais je l’ai repoussé, trop inquiet pour toi… J’aurais donné ma vie à cet instant juste pour que tu ailles bien… que tu ouvres les yeux. Alors pendant que tout le monde était occupé par toi, que j’assistais impuissant aux conséquences de mes actes, ils sont apparus… Personne ne regardait. Il n’y avait que moi… Ils étaient bizarres… Elle… Elle a dit que j’étais probablement plus humain que dragon et que j’avais choisi ce que je voulais être… pour l’instant. Je n’ai pas cherché à comprendre davantage… J’étais moi… Je pouvais t’aider un peu avec cette plante… je devais partir la chercher tout de suite… J’ai mis du temps parce que pendant le retour, la fatigue et la faim je pense ont eu raison de ma transformation et j’ai dû finir à pied… mais peu importe… Je n’ai pas changé… Je suis resté maitre de mes pensées, de mes actes et… de mes regrets.

Il se racla la gorge, son tremblement ne s’était que peu atténué et il ne semblait pas aller mieux mais parler ne pouvait que leur faire du bien, à l’un comme à l’autre.

- Je t’aime… Je t’aime tellement… Je n’ai jamais douté de mon amour pour toi. J’ai souvent douté du tien parce que je n’ai jamais vraiment… compris pourquoi tu m’aimais moi… Mais quand j’entends tout ça… Cette manière que tu as de croire en moi… en nous… Je me sens stupide de douter… Je me sens… bien aussi… que tu m’aimes. C’est bête hein ! mais… mais… Douze jours sans toi… ont été horribles alors un an… je n’ose imaginer comme tu as souffert princesse… Mais je pense que ça n’était pas pire que me voir et constater que je n’étais pas vraiment là… je suis désolé… Si tu savais comme je suis désolé… Mais… je vais me rattraper… Je vais être meilleur, je vais te faire oublier le moindre geste irrespectueux que j’ai pu avoir envers toi… Je vais être moi Cassy… Je te jure… Je te jure que je ne te ferai plus jamais vivre une telle chose. Merci… Merci ma princesse… Merci d’être aussi… parfaite…

Il avait soufflé le dernier mot à son oreille, un de ces fameux gestes taquins qui la faisaient toujours frissonner, par lequel il la taquinait auparavant tout le temps. Souffle brûlant sur son oreille, qui coulait dans son cou. Elle voulut se retourner pour probablement le démentir, dire quelque chose, mais il ne lui en laissa pas le temps. Alors qu’elle glissait entre ses bras pour lui faire face, s’éloignant un peu de lui, il la serra étroitement contre son torse mais non sans avoir attendu qu’elle se retourne. Elle eut à peine le temps de constater le sourire taquin sur le visage du jeune homme, celui qui montrait clairement qu’il allait l’embêter un peu alors qu’elle se retrouvait plaquée contre lui et qu’il s’emparait fiévreusement de ses lèvres…

Ce ne fut pas un baiser très long… Parce qu’il ne savait pas encore très bien ce qu’elle voulait, ce qu’il avait le droit de faire mais très tendre et passionné. Un vrai baiser pour lequel il était un peu trop doué. Il l’avait sentie se détendre entre ses bras car même s’il avait été rapide, il n’y avait aucune agression ni brutalité dans ses gestes, au contraire, il n’était que tendresse et douceur… Tout l’opposé d’Ikael alors qu’une de ses mains se perdait dans ses cheveux qu’il caressait doucement. Il recula finalement la tête, poussant doucement son nez du sien, juste un peu, petite caresse, soufflant tout bas qu’il l’aimait alors qu’elle lui faisait un sourire magnifique qui faisait beaucoup trop fourmiller son estomac. Elle s’était blottie contre lui, calant sa tête dans son cou alors qu’il gardait ses bras autour d’elle, caressant tendrement son dos. Oui… ils y arriveraient. Il devait prendre sur lui et dépasser sa tristesse et sa culpabilité. Elle avait besoin de lui… pas de son ombre !
Alors que le silence s’était réinstallé entre eux même si cette fois ce n’était pas du tout gênant, le crépitement des flammes se faisant entendre alors qu’il la câlinait très sobrement, le jeune homme se remit à parler avec une détermination certaine.

- Faisons-le !

Euh… Certes…
Elle avait relevé la tête vers lui, un peu incrédule. De quoi parlait donc son compagnon ? Non parce que s’il voulait faire des galipettes, certes c’était un pas certain à faire pour qu’elle oublie la brutalité d’Ikael sous les caresses expérimentées et un peu trop connaisseuses de son amant adoré, et il faudrait probablement qu’il réitère ladite expérience beaauucoup de fois pour qu’elle oublie réellement et soit rassurée, mais ce n’était assurément pas le moment. Si ? Après tout, elle était blessée et épuisée… Et lui aussi… Enfin ça n’empêchait pas grand chose pour le jeune homme mais… quand même ! Il dut comprendre ses pensées car il rougit légèrement en détournant les yeux, se mordillant la langue.

- Ah non !… Euh… je… voulais dire… Partons… Juste tous les deux.

Là, elle s’était redressée, apparemment surprise que sa phrase pas si anodine ait bien été entendue et acceptée par le grand Drakkari. Pourtant, il retournait déjà les yeux vers elle et lui décochait un sourire sublime, se redressant lui aussi, enthousiaste.

- Oui ! Partons tous les deux ! Quand tu seras remise… Prenons un moment pour nous. Rien que nous… On pourrait aller dans un coin reculé le temps de se retrouver, d’être un peu tranquille et peut-être même après partir à l’aventure ! On fait un duo de choc tous les deux ! Ou on pourrait aller dans un village reculé, dans le sud ou le nord, comme tu veux et avec la magie changer d’apparence aux yeux des autres… Comme ça personne ne nous reconnaitrait et on pourrait… avoir un peu la chance de vivre ensemble sans craindre une catastrophe.

Son sourire s’agrandit alors qu’il prenait délicatement son visage entre ses mains, la fixant avec beaucoup trop de tendresse pour un seul regard.

- Je veux être avec toi… Ainsi… Princesse… On aurait du temps pour nous… Oh bien sûr il faudrait aller voir tes parents avant pour les rassurer et… autres formalités mais après… Tu.. ça ne te plairait pas ?

Si probablement… Sinon elle n’en aurait pas parlé… Par autres formalités, même s’il ne l’avait pas dit, elle avait probablement compris qu’il parlait d’apprendre la nouvelle de la perte du bébé à sa famille puisqu’ils ne savaient pas… Ca faisait une mauvaise nouvelle à revivre mais il voulait qu’elle soit bien et entourée de ceux qu’elle aimait. Bien sûr, il y avait l’Académie également et il fallait qu’elle choisisse quelqu’un pour lui succéder sérieusement puisqu’ils étaient partis sans donner de nouvelles pendant trop longtemps… D’ailleurs, il était surpris de ne pas avoir vu débarquer encore le grand amoureux transi de la belle mage… Erwan après tout, ne cessait probablement pas d’espérer retrouver l’amour de la jeune femme et se faisait très vite du souci pour elle. Il se rembrunit légèrement en songeant que lui au moins était incapable d’imposer le comportement schizophrène qu’il avait eu ces derniers jours à la belle demoiselle… Et autres regrets qui lui faisaient détester ce qu’il était mais bon… Après tout il était profondément jaloux… profondément amoureux… Et elle le lui rendait bien…

Ils parlèrent un peu tous les deux… Avec beaucoup d’enthousiasme, se retrouvant petit-à-petit même si c’était encore très timoré. Puis alors qu’ils avaient fait le tour de la question pour le moment, se promettant d’en reparler et qu’elle semblait songer à tout ce qu’il lui avait dit en bien peu de temps, tenant sa promesse pour se confier finalement, il la souleva sans qu’elle ne semble s’y attendre. Quand elle lui demanda d’ailleurs ce qu’il faisait, il répondit de son air taquin, un beau sourire aux lèvres qu’elle devait attendre un peu pour savoir. Il l’embêtait de nouveau, oui.

Il se rendit dans leur chambre, portant la jeune femme comme une petite princesse avant de l’allonger sur le lit. Elle le fixait de nouveau incrédule alors qu’il ôtait sa tunique et s’échauffait légèrement les bras de quelques mouvements. Les marques sur son corps s’étalaient un peu partout mais il ne semblait une fois de plus pas vraiment souffrir. Par contre son geste n’était pas de ceux qu’on pouvait ignorer et si, bien involontairement, victime de ses sentiments pour le jeune homme et peut-être aussi d’une certaine impatience de le voir bel et bien rattraper ses erreurs elle observait tous ses mouvements, surtout quand il avait commencé à se déshabiller, elle s’était mise à rougir, probablement incertaine.
Il la rejoignit sur le lit alors qu’elle s’était assise et caressa une de ses joues. Il l’éclaira rapidement sur ce qu’il faisait.
Après tout… il n’avait enlevé QUE sa tunique.

- Laisse-moi t’aider avec ta robe pour l’enlever et surtout laisse-moi te masser s’il te plait. Tu es pleine de courbatures et de douleurs musculaires, je l’ai bien vu. Et j’ai bien l’intention de prendre grand soin de ma princesse, à commencer par d’interminables massages pendant que tu te reposes. S’il te plait…

Pas de doute, c’était bien Tristan pour être aussi attentionné alors qu’il lui faisait un de ses sourires trop craquants pour être licites. Il ne lui laissa pas lieu de refuser et de toute façon, elle avait énormément besoin de ces massages et encore plus probablement de sa tendresse, de le retrouver, lui, son prince charmant. Alors elle avait obéi et il passa les deux heures suivantes, sans interruption à la masser avec un professionnalisme certain, prétendant même que lui n’avait pas mal, que ça ne le dérangeait pas… Elle s’endormait de temps à autres, sommeillant, se détendant même si au début c’était douloureux. Son corps se dénoua rapidement et si elle restait en sous-vêtements, sous les mains brûlantes et expertes de son amoureux qui s’était emparé de l’huile de massage qu’elle gardait dans la table de chevet, elle devait probablement avoir l’impression d’être aussi vulnérable que protégée.
Il l’avait même invitée à se tourner sur le dos au bout d’un très long moment, continuant de la masser, les jambes, le ventre, frôlant à peine sa poitrine, insistant sur son visage et après s’être lavé les mains sur son cuir chevelu, prenant tout le temps nécessaire pour qu’elle aille mieux.

Tant et si bien qu’il avait arrêté depuis quelques minutes quand elle rouvrit les yeux, assoupie l’instant d’avant. Il était allongé à côté d’elle et caressait doucement son ventre du bout des doigts en fixant son visage d’ange. Il n’avait jamais semblé gêné par la marque sur son ventre ni par celles qui cicatrisaient et disparaissaient progressivement sur le reste de son corps. Celle de son oeil persistait encore un peu, mais guère, elle ne serait bientôt plus qu’un souvenir. En la voyant ouvrir les yeux, il sourit et se pencha sur elle, embrassant chacune de ses paupières alors qu’il la sentait frémir. Il ne s’était pas vraiment reposé apparemment mais c’était probablement mieux. Il avait besoin de s’occuper et surtout de s’occuper d’elle pour aller mieux. Pourtant le regard qu’il posait sur elle, même encore triste et plein de regrets était direct, tendre et amoureux, déterminé. Il voulut dire quelque chose car il ouvrit la bouche mais s’interrompit en entendant la porte d’entrée s’ouvrir puis se refermer. Ils avaient laissé la porte de leur chambre ouverte et les têtes d’Alanir et de Maud ne tardèrent pas à se faufiler dans l’embrasure alors que le jeune homme se relevait docilement mais cette fois sans geste brusque. Il fit un clin d’oeil à Cassidy en caressant son épaule droite, évitant délibérément de la toucher  plus bas au risque de solliciter son bras blessé.

- Je te laisse à ton fan club princesse. Profites-en bien parce qu’après je te garde pour moi…

Son assurance fit sourire Maud qui lui donna une tape dans le dos alors que déjà il sortait, un sourire aux lèvres. Elle seule était entrée dans la chambre. En dehors de celle-ci se trouvaient Alanir et Eleyna. Si le jeune homme fit un bref salut vers son aîné qui semblait… étrange, Eleyna lui adressa un rapide hochement de tête :

- Entrainement ? Allez… Viens, ça te défoulera !

Il hocha la tête, remettant sa tunique récupérée en sortant de la chambre et attrapa une veste. Il avait plutôt dans l’idée de chercher de quoi faire plaisir à sa compagne pendant qu’elle profiterait de la présence de Maud et d’Alanir pour parler et se remettre un peu… mais se défouler n’était pas mal non plus… Disons en plus de sa précédente idée, pas à la place de celle-ci.
Il ne s’entraina que peu finalement et le soir quand il revint, il avait fait confectionner un sacré paquet de biscuits pour la petite mage, dont la majorité au chocolat avait probablement le but inavoué de l’aider à reprendre un peu de poids… un tout petit peu… du moins ce serait un plus après l’alléchante soupe de légumes accompagnée de charcuterie que Mélodie était venue apporter un peu avant leur retour…
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Cassidy Herediane
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Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Dim 28 Sep - 9:30

Ce n’était pas comme ça que cela aurait du se passer non… Vraiment pas… Cassidy n’avait pas vraiment hésité à faire ce pari fou, à défier une dragonne, par on ne sait quel instinct. Mais à aucun moment elle n’aurait pu penser que cela se terminerait mal. Enfin mal… tout était relatif… Elle se serait battue comme une lionne. Elle aurait vu dans le regard de Tristan la fierté, l’inquiétude, mais une fierté quand même. Elle l’aurait ébloui oui. Lui montrer qu’elle était capable de tenir tête à un dragon, de le protéger lui. Elle se serait peut être énervée ou peut être n’aurait-elle été que triomphante. Parce qu’elle aurait eu ses appuis, ses conseils. Parce qu’il était sa source de motivation au final. Mais elle essayait de faire sans, car elle savait pertinemment que le Drakkari qui était face à elle n’était en rien dans son état normal. Elle en était persuadée, qu’une part de lui tentait de se manifester mais sans plus de résultat. Et elle avait eu peur, très peur. Car sa partie dragonne n’était pas si simple à retenir près d’elle. Combien de fois avait-elle pu bien pensée qu’il s’envolerait pour la laisser seule ?

Elle aurait été tellement fière, tellement triomphante, après sa victoire, de dévisager Kayla, de prendre un peu de hauteur pour lui montrer que non, Tristan ne lui appartenait pas. Et que si elle comptait s’approcher de lui, elle le défendrait bec et ongles. Ils auraient fêtés ça toute la nuit… Mais non elle était étendue au sol, cherchant, comme à son habitude, à en faire trop. Habitude qu’Alanir réprimandait sévèrement. Après tout, lui-même se rappelait bien que la petite mage avait tenté de le raisonner quand il était corrompu. Elle avait insisté, il lui avait brûlé une jambe, jusqu’au bout elle s’était battue, ne voulant pas croire à une issue malheureuse, ne voulant pas croire que les dragons corrompus étaient véritablement dénués de toute conscience. Elle était tellement naïve… imprudente. Mais quand la petite mage se vouait à une tâche, elle n’abandonnait pas, sauf si le temps avait raison de sa détermination. Sauf si on la blessait suffisamment. Les blessures physiques ? Ca ne la dérangeait pas. Mais qu’on la heurte dans ses pensées, des paroles blessantes, et elle pouvait finir par renoncer. Tristan… c’était particulier. Parce que oui, elle avait passé bien trop de temps sur cette île pour lui en vouloir, pour prendre le risque de s’éloigner de lui.

Et là, maintenant, elle se réveillait, juste incompréhensive. L’observant dans la plus belle lueur de la pièce, sonnée, incapable de réfléchir mais avec un peu d’espoir. Leur échange n’avait été que fugace, trop rapide pour être totalement reconnu par la demoiselle dans un état second. Pourtant, tout un cortège arriva, une mise en scène, à laquelle elle ne comprenait pas grand-chose. Le seul éclat de véritable lucidité de la demoiselle remontait à cette froideur dans ses yeux, cette haine lorsqu’elle voyait les dragons repousser Tristan. Personne n’avait fait attention à elle à ce moment là mais Alanir avait subitement relevé la tête en la regardant et, discrètement, avait pincé l’épaule de la petite mage pour lui faire reprendre ses esprits alors qu’il avait une main posée sur son épaule justement.

Le manège ne dura pas longtemps et pourtant, pour Cassidy, tout semblait se passer en accéléré. Tristan la conduisit dans la salle de bains et il avait raison, elle avait encore du mal à se déplacer. En même temps, elle ne s’était pas réveillée depuis deux jours, toutes les blessures, la mauvaise alimentation avait eu raison d’elle. Le bain lui fit du bien, détente des muscles mais son esprit était occupé à réfléchir aux récents évènements. Elle devait parler avec lui. Tristan était tout aussi silencieux, certain mal à l’aise et elle pouvait tout à fait le comprendre. N’importe qui n’apprécierait pas qu’on utilise son corps d’une mauvaise façon…

Puis il l’avait amené dans le salon pour la coiffer. Alors elle s’était confiée. Comme il était normal, elle pouvait bien. Et puis il fallait bien que quelqu’un parle. Même pour se rassurer de savoir qu’il était toujours lui-même, qu’il allait tout lui dire maintenant. Elle fixait un point invisible droit devant elle, silencieuse, regrettant encore ses gestes et ses paroles. Mais Tristan prit la parole. Il lui expliqua que ça lui avait servi sans savoir pourquoi. La demoiselle se mordilla doucement la lèvre. Alors cela avait vraiment eu de l’effet ? Cette simple déclaration la rassura un tout petit peu et elle s’apaisa.

Ils passèrent à table et elle mangeait silencieusement. Sans savoir quoi raconter réellement à part le remercier, et toujours aussi vaseuse pour avoir des idées claires et censées. Tristan n’était guère bavard, il semblait maladroit et elle n’avait pas la force de « ressentir » leur lien pour mieux le comprendre. Peut être parce qu’elle ne voulait pas trop en faire, ou qu’elle se trouvait encore trop faible pour réfléchir intensément, difficile à dire.

Et pourtant, alors qu’ils étaient assis au coin du feu, elle, faisant mine de lire sans aucun intérêt et malgré son amour pour la lecture, la demoiselle se tourna rapidement vers lui pour l’embrasser. Car elle en avait envie, car elle voulait lui rendre son baiser, car elle voulait encore se convaincre que tout ceci était réel cette fois. Malgré le léger froid entourant, malgré la chaleur du feu, ses lèvres étaient douces, alors qu’elles auraient du être gercées par le froid. Cassidy apprécia le contact et se blottit un peu plus contre lui, parlant avec douceur, s’exprimant une nouvelle fois. Tout en parlant d’une voix rassurante, de la raison qui l’animait, de cette rancune qu’elle n’avait pas, elle ne remarqua pas la différence dans ses marques du visage. Après tout, elle était encore faible, pas très réactif, et si un ennemi débarquait pour la blesser, il n’aurait aucune peine à le faire.

Il se mit à parler une nouvelle fois, l’aidant à se blottir contre lui, elle encore toute surprise par ce qui lui arrivait. Elle pouvait sentir son odeur envoûtante, les battements de son cœur qui s’accéléraient alors qu’il prenait la parole. Il se fit plus précis, lui rappelant des choses horribles, lui rappelant qu’il voulait la tromper même si c’était pas lui. C’était dur à entendre pour la petite mage. Mais on pardonnerait bien à une personne prise dans un envoûtement, elle était une mage,  elle comprenait, même si c’était dur, elle pouvait comprendre. Peut être l’avait-elle un peu surestimé. Pensant qu’il redeviendrait rapidement lui-même si elle tentait plusieurs approches. Ca n’avait pas fonctionné comme elle l’avait espéré mais ça avait fonctionné quand même !

Elle attendit, respirant un coup, assimilant ses paroles qui la réconfortèrent un peu. Il regrettait vraiment ce qui s’était passé. Et il ne voulait plus revivre ça. Ses gestes, ses paroles, la convainquirent plus que toute autre action. Elle se détendit dans ses bras, formulant un timide sourire alors qu’elle pensait que le plus dur était passé. Pour le moment, elle ne pensait pas aux dragons. Mais peut être, quand elle serait remise, que cette haine contre eux reviendrait. Pour tout ce qu’ils leur avaient subir. Car au final oui, ils n’y étaient pour rien… Ce n’était que des choses qu’on leur avait fait. Et par contre, sa rancœur risquait d’être très forte envers eux. Mais ce n’était pas ses pensées du moment.

Il déclara qu’il l’aimait. Cette nouvelle lui fit chaud au cœur alors qu’elle glissa doucement ses bras autour de sa taille pour l’enlacer tendrement, le pressant contre elle, appréciant sa chaleur. Il la trouvait parfaite. La demoiselle fit une grimace, ne se trouvant absolument pas parfaite. Il l’idéalisait un peu. Après tout, elle se débrouillait toujours pour se mettre dans des situations plus compliquées les unes que les autres, par amour il lui arrivait de ne pas réfléchir. Mais elle n’était pas en état de casser ce moment en lui déclarant qu’il se trompait.

Alors qu’elle ouvrit la bouche, le jeune homme ne lui laissa pas le temps de parler. Car il déposa sur ses lèvres un magnifique baiser qui la fit frissonner de plaisir. Paresseusement, elle ferma les yeux pour mieux en profiter. Effectivement, ça changeait beaucoup des baisers de ces derniers jours. Il faisait attention, elle le sentait, encore plus qu’avant. Elle était si bien dans ses bras, si apaisée en ce moment. Le cauchemar était donc bien terminé. Elle se mit à sourire un peu plus en se blottissant contre lui, poussant un soupir de profonde satisfaction alors qu’elle laissait sa tête reposer contre le torse du jeune homme. Les yeux fermés, elle était prête à s’endormir un peu contre lui, car malgré tout, il lui redonnait de l’énergie, bien plus que son propre corps n’était capable et elle n’arrivait jamais à l’expliquer.

Alors qu’elle somnolait gentiment, une phrase de Tristan attira son attention. Cassidy rouvrit les yeux et se tourna vers lui, un peu interloquée, le regardant sans comprendre. Faire quoi ? Que voulait-il donc ? Déjà… heu oui pourquoi pas… Elle semblait chercher ses mots alors qu’il répondit à sa question muette. Partir ensemble tous les deux. La demoiselle écarquilla les yeux. Il était d’accord ? Ce qu’il racontait était plein d’enthousiasme, d’envie et cela attira le sourire attendri de la demoiselle. Elle n’avait pas parlé de partir par hasard au final, car oui elle avait grand besoin d’être dans un endroit secret, inconnu, pour pouvoir partager un peu de bonheur avec son compagnon. Il parlait de ses parents pour leur annoncer la nouvelle. Là, Cassidy baissa la tête. Elle n’était pas vraiment prête à en parler et n’était pas du genre à s’épancher dessus, surtout quand la nouvelle en question était triste ! Et que dire de ses longs cheveux ? De ses canines bien plus pointues qu’avant ? Elle ne le savait pas elle, mais ses parents pouvaient fortement s’inquiéter que ce qu’ils redoutaient le plus était arrivé. Il y avait eu un changement physique. Et elle n’était pas prête de les affronter, pour cette image, pour expliquer le pourquoi du comment. Pourtant, elle chassa ces pensées de son esprit et se redressa un peu pour prendre les mains de Tristan dans les siennes, les caressant doucement.

« Rien ne me ferait plus plaisir que de partir à l’aventure avec toi. C’est une super idée ! On pourrait voyager un peu, découvrir des choses ensemble et puis se poser un moment en vivant une vie… presque normale non ? Bon c’est pas aussi excitant que voyager mais prendre du temps pour nous deux, ça sera merveilleux oui ! »

Ses yeux brillaient d’envie et de plaisir. Ils discutèrent un moment de ce projet, apportant chacun un petit détail, quelque chose qui le rendrait plus proche. Cassidy souriait, elle semblait avoir retrouvé une certaine volonté et se sentait plus apaisée.

Après un moment, lorsqu’ils eurent épuisé tout leur dialogue, il décida de la porter. Cela la fit beaucoup rire. Elle était dans ses bras et ne pouvait se sentir qu’agréablement surprise qu’il se confie autant après tout ce qui s’était passé. Elle se sentait bien mieux et finalement, rassurée d’avoir pu faire quelque chose pour lui.

Il l’emmena sur le lit et lui proposa un massage. La jeune femme marmonna qu’elle devait être sacrément rouillée alors mais elle accepta. Se posant sur le ventre, la tête sur l’oreiller, elle semblait un peu réticente au départ, se rappelant encore une fois tout ce qui s’était passé, cette brusquerie qu’elle n’avait guère apprécié. Mais lorsque Tristan commença, la demoiselle se détendit peu à peu. Il faisait vraiment bien les choses, s’appliquait et le massage dura un long moment. Elle se sentait s’évader peu à peu, oubliant la douleur, oubliant les malheurs, oubliant ce qui s’était passé. Ses yeux se fermaient de temps à autre alors qu’elle somnolait gentiment. Ce n’est que peu de temps après qu’elle se rendit compte que Tristan avait terminé. Elle rouvrit lentement les yeux en souriant. Ca faisait du bien de le retrouver.

Elle le regarda, l’observant, posant une main sur la sienne tendrement. Tristan voulait dire quelque chose mais il avait entendu les autres qui rentraient et donc décida de s’éloigner. Elle acquiesça d’un signe de tête, le regardant s’éloigner avec Eleyna.

Maud et Alanir s’étaient rapprochés d’elle. Maud s’asseyant sur le lit et Alanir, attirant une chaise à lui pour se poser en face d’elle. Ce fut Maud qui prit la parole en premier.

- Comment te sens-tu ?

« Ca va… Les choses semblent être redevenues normales… Il n’est plus comme il y a quelques jours… »

Maud souriait, contente pour son ami, mais Alanir semblait un peu moins convaincu. Il croisa les bras, en regardant fixement la petite mage, inquiet.

- Ce n’est pas terminé Cassy, je ne crois pas…

Elle le regarda surprise. Il secoua lentement la tête avant de se remettre à parler.

- Il n’a pas l’air de vraiment comprendre ce qui lui arrive. C’est pas ça que tu me parlais ? L’équilibre ? Un rien peut le faire rebasculer dans l’autre sens, sans savoir réellement si il pourra reprendre le dessus. Après tout… il n’a rien empêché… il n’a pas empêché sa partie dragonne d’être brutale avec toi, d’être désagréable, de vouloir partir… c’est encore trop récent… d’ailleurs je comprends pas pourquoi tu lui fais pas la tête, pour qu’il regrette ses agissements !

Maud ne semblait pas vraiment d’accord et regarda surprise le grand dragon qui s’exprimait. Rappeler ça à Cassidy maintenant n’était pas un bonne chose. Pourtant il avait toutes ses raisons.

- On pensait que tout était fini au moment où tu étais redevenue toi-même, il t’avait dit, expliqué ce qu’il avait fait et pourtant… ça s’est quand même passé au moment où on s’y attendait le moins.

Cassidy semblait un peu triste et perdue.

« Mais je lui fais confiance… il m’a dit… que ça ne se passerait pas comme ça… pourquoi tu dis tout ça ? »

- Je tiens à toi et je ne veux pas que tu souffres à nouveau. Il est… fort… un peu imprévisible parfois mais je pense qu’il peut y arriver. Mais je pense que si il change à nouveau, plutôt que de céder à ses avances, à faire ce qu’il demande, tu devrais plutôt le bloquer, l’entraver.

Cassidy ouvrit lentement la bouche puis la referma.

« Je n’aime pas agir comme ça non plus… »

Maud ne savait pas trop quoi dire. Elle posa une main sur la jambe d’Alanir et se fit rassurante.

- C’est bon, ça ira. Tu te fais beaucoup de soucis et ça se comprend. Mais ne t’inquiète pas pour lui, je suis sûre qu’il arrivera à mieux se contrôler. Après tout, c’est plutôt encourageant de sa part.

Elle se mit à sourire doucement.

Ils changèrent de sujet et parlèrent des fêtes de fin d’année. Alanir n’y connaissait pas grand-chose alors Maud s’occupait de lui expliquer alors que Cassidy se reposait. Ils passèrent le reste de la journée ensemble et Alanir ne fit plus de remarques pessimistes.

Lorsque Tristan revint le soir, il avait apporté un gros paquet de biscuits qui fut salué par des cris de joie. Apparemment Cassidy ne voulait pas penser aux menaces d’Alanir. Elle gardait ça dans un coin de sa tête mais ne comptait pas en parler. Car ce dont avait besoin Tristan pour le moment, c’était de la confiance, pas qu’elle doute de lui ! Elle mangeait ses biscuits alors qu’il était assis sur le lit.

« Bien passé ta journée ? Pas trop mal ? »

Il la rassura. Elle se fendit d’un sourire joyeux.

« Quand j’irais mieux, ça sera moi qui te fera des massages ! Après tout, ça fait des jours que tu n’as pas vraiment eu de repos… »

Ils parlèrent joyeusement, de tout et de rien, cherchant à planifier un peu leur journée de demain. Tristan fut sage et ne tenta rien durant la nuit, si ce n’est baisers et tendres câlins.
Le lendemain matin, le jour se levait sur la petite cité. Cassidy avait dormie dans les bras de Tristan et lui fit un salut timide lorsqu’elle croisa son regard orangé. Il avait voulu la faire rire, déposant sur ses lèvres un baiser et était tout à fait serviable, lui apportant son petit déjeuner. La guérisseuse avait conseillé à Cassidy d’éviter les déplacements mais à voir la mine triste de la demoiselle en fixant l’extérieur, Tristan, en bon prince, lui avait proposé une sortie tout en la soutenant pour qu’elle puisse prendre l’air.

Elle avançait à petits pas, s’appuyant un peu trop fort au bras de son Drakkari, souriant et s’amusant de ses capacités de grand-mère. Elle taquinait Tristan en déclarant qu’il fallait qu’il profite car une fois qu’elle arriverait à marcher normalement à nouveau, il devrait s’accrocher pour la suivre partout où elle irait !

Alanir et Eleyna suivaient derrière, discutant de tout et de rien, certainement le dragon avait envie d’améliorer ses compétences au combat et qu’ils allaient s’entraîner.  Tristan et Cassidy étaient devant alors qu’il l’aidait galamment à descendre les marches qui menaient à la place centrale de la cité. Un petit attroupement s’y trouvait, de bon matin, entourant une personne. Cassidy regarda par curiosité alors qu’ils continuaient d’avancer, mais sans aucune intention de s’arrêter.

Ce fut un enfant qui, en se faufilant entre les jambes des adultes, qui fixa rapidement la petite mage en la pointant du doigt, couvrant les conversations des autres.

- Elle est là !

Grognement étouffé alors que la foule se tournait dans la direction de la demoiselle et laissant passer un homme à l’expression très inquiète.

- Cassy ?!? C’est bien toi ?!

Elle le reconnut tout de suite alors qu’il s’avançait vers elle d’un pas dynamique, soucieux. Erwan. Cassidy ouvrit doucement la bouche sur le coup de la surprise. Il s’était passé tellement de choses pendant ces jours qu’elle avait complètement oublié sa vie d’avant… enfin… et même une année entière.

Erwan vint se placer devant elle et s’arrêta, reconnaissant Tristan, même si il remarqua que celui-ci aussi avait changé. Derrière, Alanir s’était crispé et montra les crocs, pas très content de voir ce nouvel arrivant.

Cassidy s’était avancée un peu en avant, alors que Tristan ne bougeait pas.

« Erwan ? »

- Qu’est-ce que tu fiches ici crevette ?

Alanir ne tenait décidément pas en place et vint se placer presque devant Cassidy, réagissant la place de Tristan et bien moins… poli et réservé que lui. Il croisa les bras, fixant de haut cet intrus, la mine renfrognée. Erwan cligna lentement des yeux en apercevant ce nouvel arrivant, ne le connaissant pas, surpris que ce nouveau, Drakkari, apparemment, et proche de Cassidy lui adresse la parole comme si il le connaissait.

- Pardon ?

- Tu m’as bien compris crevette…

- Heu… on se connaît ?

Cassidy soupira et vint se placer devant Alanir, posant doucement une main sur son épaule pour l’apaiser.

« Alanir arrête voyons… Ce n’est pas très respectueux. Désolé Erwan, c’est… une longue histoire. »

Elle ne semblait pas être crispée, mal à l’aise, face à l’arrivée d’Erwan et tentait de faire bonne figure. Celui-ci se désintéressa d’Alanir pour observer Cassidy et rien ne lui échappa. Ni la cicatrice qui traversait son œil, son bandage autour de son poignet droit, sa mine un peu blanche et ses cheveux très longs. Il semblait abasourdi.

- Nous n’avions plus de nouvelles de toi depuis des semaines… Je pensais… qu’une chose… de grave était arrivée…

Il fixa de nouveau son poignet avant de jeter un regard en biais à Tristan, le déclarant sûrement responsable de cette blessure alors qu’il devait tenir à elle comme à la prunelle de ses yeux ! Cela jeta un froid dans l’assemblée même si Alanir grognait et pestait dans son coin. Cassidy rejeta une mèche de cheveux dorés en arrière avant de lever la tête pour fixer Erwan, très calmement.

« Tout va bien… désolé… j’étais malade alors Tristan m’a ramené ici pour me soigner. Je n’étais pas en état de prévenir qui que ce soit mais ça va mieux maintenant, tout est rentré dans l’ordre. »

Erwan ne semblait pas convaincu, pourtant il ne disait rien. Il se contenta de sourire doucement, se déclarant soulagé avant de jeter un nouveau regard légèrement accusateur sur Tristan. La demoiselle se mordillait la tête en fixant ses pieds.

- Très bien. Je viens aussi te donner des nouvelles car il y certaines choses que ton responsable ne peut pas gérer tout seul alors… enfin sauf si ça te dérange maintenant. Je sais que je tombe un peu à l’improviste alors…

Cassidy secoua lentement la tête, fit un sourire en direction d’Erwan.

« Non non je comprends tout à fait ! »

Elle se tourna vers les autres, l’air un peu embarrassée.

« Désolé, je lui dois bien ça, après tout c’est vrai il y a certaines choses que je dois savoir si je peux aider… »

La demoiselle s’éloigna avec Erwan, qui parlait vraiment travail, laissant le trio en plan. Alanir semblait être le plus remonté et fixait Tristan avec sévérité.

- Et ça ne te dérange pas son manège ?

Visiblement, il aimait encore moins Erwan. Il ronchonna en croisant les bras et regardant les deux humains s’éloigner, pas satisfait par la tournure des évènements.

- Non mais elle exagère ! Cassy a vraiment la tête à l’envers parfois ! Tout ça parce qu’elle trouve qu’Erwan est…

Il n’avait pas vraiment fait exprès de parler à voix haute, du moins, son air incrédule alors qu’il s’arrêtait dans son élan laissait penser qu’il n’avait pas contrôlé le volume de ses paroles. Alanir avait tourné la tête en direction de Tristan, certainement très curieux par l’information, après tout Alanir et Cassidy partageaient beaucoup, mais il n’en dit pas plus, grognant une nouvelle fois.

- Huuuuuuuuuuuum… Il vaut mieux que tu ne saches pas…

Faisait-il exprès ? Ou pas ? Difficile à dire. Mais le dragon avait repris un air sévère puis s’était redressé de toute sa hauteur avant de pointer du doigt l’endroit d’où étaient partis les deux amis.

- En tout cas hors de question qu’elle retourne avec ce petit humain ! T’as peut être fait d’énormes bêtises mais… non j’accepterais pas qu’elle traîne avec lui de nouveau ! Hrumpfh ! Dans tous les cas, ne la laisse pas avec lui !

Fierté de dragon ? Léger sentiment de supériorité envers les humains ? Cela était tout à fait logique chez un dragon et parfois, Alanir oubliait où il se trouvait mais on ne pouvait pas lui en vouloir. Il était franc, un dragon de feu et disait ce qu’il pensait.

Finalement, ils s’occupèrent différemment ce début de matinée.

Cassidy était restée un moment avec Erwan quand même et lorsqu’elle revint à midi pour manger, seul Tristan était là, occupé avec les assiettes. Elle s’approcha doucement de lui, tellement innocente même si la demoiselle semblait un peu troublée et ailleurs. Enlaçant doucement son homme dans le dos, elle colla sa tête contre son torse.

« Ca va ? Désolé mais je devais le suivre. Après tout, je n’allais pas l’ignorer alors qu’il s’est inquiété et a fait tout le déplacement pour venir me voir. »

La demoiselle choisissait bien ses mots, elle ne voulait pas que Tristan croit des choses ou se fasse des idées pour rien.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Jeu 2 Oct - 19:23

Elle s’était crispée…
Quand il avait parlé de ses parents, elle s’était crispée. Mais il se rendit aussitôt compte qu’il l’avait anticipé. Ca n’avait rien de surprenant après tout. Cassidy était ainsi. Toujours inquiète pour ceux qu’elle aimait. Et ceux qu’elle aimait et qu’elle cherchait le plus à protéger et préserver étaient sans nul doute ses parents. Sans doute avait-elle toujours instinctivement senti leur inquiétude à son égard sans savoir sur quoi elle se fondait, à savoir ses étrangetés depuis qu’elle était bébé et dont elle semblait tout ignorer. Si Tristan savait, il n’avait jamais révélé ce secret, comme il l’avait promis aux parents de la demoiselle. Ils protégeaient leur enfant et elle le leur rendait bien en cherchant à tout prix à les préserver des tumultes de sa vie. Sa douceur, sa bienveillance… qualités de plus qu’il admirait tant chez elle. Il n’était pas surpris non, qu’elle se crispe… Il la connaissait, peut-être mieux qu’il ne se connaissait lui-même, il connaissait la pureté de son coeur, la tendresse de ses gestes même si parfois ça ne se voyait pas au premier regard. Elle voulait les préserver oui et elle imaginait leur peur, leur tristesse en apprenant qu’ils avaient perdu leur petit-fils ou leur petite-fille. Ils seraient anéantis par la nouvelle et encore plus par la simple idée de la souffrance de leur fille. Ils s’inquiéteraient pour ses cheveux trop longs qu’elle ne semblait guère vouloir couper, du moins tant qu’un certain jeune homme serait là pour en prendre soin. Ils s’inquiéteraient pour tous ses changements et ils remarqueraient les effets de cette année de disparition, même si elle ne leur racontait pas cette histoire là. Ils s’inquiéteraient et souffriraient des blessures, cicatrices persistantes qui marbraient encore sa peau diaphane.

Il ne fut pas davantage surpris qu’elle ne parle pas d’eux dans les quelques phrases qu’elle lui adressa, qu’elle chasse le sujet en le taisant. Pour l’instant c’était trop tôt et peut-être valait-il mieux se contenter de lettres plutôt que de visites à sa famille… Mais elle devrait bien leur dire de toute manière, à un moment ou un autre… Car lorsque le terme de sa grossesse arriverait, ils ne comprendraient pas en restant sans nouvelles et elle s’en voudrait.
Néanmoins, il comprenait sa peine et ses inquiétudes et décida lui aussi de laisser le sujet de côté pour l’instant. Il y avait encore tant à réparer, tant à faire, qu’elle puisse échapper un peu encore à tous ces tracas lui convenait parfaitement mais il voulait juste qu’elle sache qu’il y pensait, qu’il n’oubliait pas, que lui aussi se souciait de sa famille et qu’il était là pour elle, indéfectible soutien… Il lui devait bien après tout ce qu’il lui avait fait subir ces derniers jours. C’était juste pour qu’elle sache et elle avait probablement compris. Elle le comprenait si bien… Pas toujours c’est vrai… Mais elle comprenait et semblait apprécier quand il agissait ainsi, soucieux, consciencieux. Lui rappelant qu’il n’était pas l’homme vil, cruel et égoïste dont il s’était plu à dresser lorsqu’ils s’étaient retrouvés, la première fois, à l’Académie.

La joie et l’enthousiasme de la demoiselle s’étaient, elles, dirigées vers ce possible départ, un abandon dans une vie d’aventures et de tranquillité qu’ils avaient pleinement mérités l’un comme l’autre. Et le sujet les passionna rapidement. Si elle semblait surprise de le voir si passionné c’était oublier à quel point il tenait profondément à elle et à quel point chaque instant à ses côtés comptait pour lui. Mais il est vrai que ces derniers temps, il avait été si différent de tout ceci que, même si elle était heureuse, elle avait peut-être besoin d’un peu de temps pour se remettre et se réhabituer à l’homme qu’elle aimait… Plus encore, elle avait probablement besoin de beaucoup de temps pour ne pas craindre à chaque instant de le revoir devenir le ténébreux dragon égoïste.
Ils discutaient avec passion, échafaudant différentes théories de voyages, rêvant d’aventures à deux mais aussi de tranquillité et ça aussi ça semblait la surprendre… Il n’avait pas du tout l’air contre juste se poser et vivre à deux, lui l’éternel guerrier guidé par l’aventure. Mais c’était oublier qu’il aimait la demoiselle bien plus que l’aventure justement et puis… tout à ses côtés était une aventure à ses yeux, même s’il ne le formulait pas.

Ils en avaient passé du temps à parler et progressivement, l’un comme l’autre, ils s’étaient détendus, elle lovée contre lui, triturant sa tunique de ses mains menues aux longs doigts fins quand elle réfléchissait, lui caressant tendrement ses cheveux et ses bras, la pressant contre lui avec une joie trop difficile à dissimuler.
Elle s’assoupissait entre ses bras quand il l’avait ramenée dans la chambre et longuement massée de gestes doux, tendres et expérimentés. Et s’il l’avait senti très tendue au départ, il n’en fit pas la moindre remarque, comprenant une fois de plus les peurs qui animaient ce petit coeur si malmené.
Il s’appliqua d’autant plus, bien plus longtemps que nécessaire, voulant lui faire plaisir et la voir apaisée. Ca semblait plutôt bien marcher car elle s’était presque rendormie et il déposa de légers et doux baisers sur son visage quand elle rouvrit les yeux vers lui, caressant sa main indemne du bout des doigts.
Avec le retour des autres, Tristan s’éloigna. Conscient du regard lourd de reproches et antipathique que lui lançait son camarade dragon il évita soigneusement de le regarder, adoptant juste un léger signe de tête de salut envers Maud. Il se sentait probablement beaucoup plus coupable que les torts que lui attribuaient ses amis au final.
Eleyna l’avait fixé de son regard vert avant de l’entrainer à sa suite, préférant ne pas utiliser son don tant elle sentait déjà la souffrance de son camarade d’armes.

Inconscients de ce qui se disait dans l’appartement, Tristan et Eleyna s’entraînèrent d’arrache-pieds et elle ne fut guère surprise de le voir si obstiné à combattre alors qu’il semblait si épuisé, laissant un instant devant elle, tomber son masque de douceur et de gentillesse. Elle préférait ne rien dire… Il n’y avait rien à dire. Et puis il était comme elle au final, elle comprenait son désarroi et si proches sur ce point, ils savaient l’un comme l’autre que seule une dépense physique pouvait aider un peu à apaiser ces blessures à vif. C’était bien du désespoir qu’elle avait vu l’espace d’un instant dans l’ambre de ses yeux. Tellement prévisible chez lui… La pauvre guerrier avait pourtant de quoi subir un sérieux sifflement d’oreilles car Alanir lui en voulait à juste titre, et pas qu’un peu. Catégorique et sombre de pronostic il n’épargnait décidément pas Cassidy à la grande surprise de Maud également présente. Mais si la petite mage semblait un peu surprise et triste d’entendre ces mots qu’elle DEVAIT entendre de toute manière, Maud perçut, peut-être plus qu’elle, la détresse chez le dragon de feu. Il souffrait de tout ce qu’elle avait subi et s’en voulait probablement de son impuissance mais encore et surtout il en voulait à la jeune femme d’avoir été si aveuglé par son amour au point de céder à son compagnon et d’excuser tous ses gestes pourtant impardonnables. Oui, peut-être que c’était tout ce qu’il voulait lui dire… Qu’elle ne devait pas épargner Tristan sous prétexte qu’elle l’aimait, pas se sacrifier de la sorte. Le message passait plus ou moins mais l’idée principale était probablement que personne ne voulait voir le beau jeune homme redevenir ce monstre d’égoïsme et de pulsions.
Mais Alanir avait raison… Il fallait faire attention…

Beaucoup plus tard, ils rentrèrent et ce ne fut que parce qu’il ne pouvait qu’à peine soulever son épée. Favorisée avec sa rapière, la capitaine avait toujours été admirative de l’adresse de son lieutenant à manier une arme si lourde. Il devait déjà avoir le corps en compote, s’il ne pouvait plus parer ses attaques c’était probablement que ses doigts pouvaient à présent à peine se serrer sur le manche sans qu’il n’en souffre. En quittant le terrain d’entraînement Tristan retourna à la boulangerie dans laquelle il avait commandé des biscuits pour Cassidy et quand elle le vit revenir avec le sac en question, Eleyna eut la sincère conviction qu’il comptait gaver la jeune femme pour combler sa malnutrition récente… Nan mais franchement même s’il y en avait pour tout le monde, ce sac était énorme !!!!
Mais il fut accueilli avec la joie et l’euphorie même pleinement méritée. La demoiselle ravie grignotait les différentes sortes avant même de passer à table en arguant l’excuse qu’il fallait bien qu’elle voit lesquels elle préférait tandis qu’attendri, Tristan la fixait en silence, très discret quand il avait croisé son aîné une fois de plus, trop conscient sans doute des sourds mépris et colère qu’il lui inspirait.

Cassidy, adorable, s’intéressait à son bien-être une fois de plus et il la rassura aussitôt à ce sujet, pas totalement honnête bien sûr mais comment l’être de toute façon ?
Lui dire ce qu’il ressentait réellement ne serait-ce pas blesser plus cruellement encore la petite demoiselle par trop éprouvée ? Il se contentait de sourire en la regardant grignoter ses biscuits, espérant, c’est vrai, rattraper toutes les privations qu’avait connu son corps ces derniers jours par sa faute encore une fois. Elle parlait de le masser, qu’il manquait de repos et ses lèvres s’étirèrent légèrement alors qu’il glissait une main sur son visage de petit ange effarouché, caressant sa peau dans une caresse à peine effleurée.

- Ca va, ne t’inquiète pas… Remets-toi et j’irai encore mieux.

Ca c’était vrai. Si elle allait bien alors il irait bien également. Ils avaient mangé rapidement et ne s’étaient pas attardés près d’Alanir et Eleyna. Tout le monde était éreinté par les derniers évènements et ils avaient tous besoin de repos, surtout Cassidy qui dans son semi-coma, au fond, ne s’était guère reposée. Tristan qui avait remis sa douche pour passer à table à plus tard la rejoignit dans leur chambre au bout de quelques minutes. Difficile de dire s’il voulait se laver de son entrainement ou de sa culpabilité, en tous les cas, il avait frotté si fort et utilisé de l’eau si chaude que sa peau était cramoisie quand il l’avait rejointe. Les cheveux encore humides, du moins un peu, décidément devenus trop longs lui tombaient beaucoup trop sur les yeux et descendaient dans sa nuque, aussi ébouriffés que d’habitude. Il s’était habillé dans la salle de bain et semblait décidé à garder une distance respectable avec sa compagne, comme le prouvait sa tenue d’ailleurs, pantalon et tunique certes diablement ajustée mais bien trop couvrante chez l’impudique jeune homme ! Et s’il hésita un instant à la rejoindre dans leur lit, ce moment d’égarement n’échappa pas à la douce demoiselle qui eut tôt fait d’attraper une de ses mains et de le tirer doucement vers elle, n’ayant probablement pas du tout envie qu’il s’éloigne encore après tout ceci. Finalement il avait obéi et s’était allongé près d’elle même s’il semblait beaucoup trop tendu et gêné. Malaise qui ne s’était dissipé que lorsqu’elle s’était blottie étroitement contre lui, réclamant doucement ses câlins et si elle n’avait rien dit sur sa tenue, à la manière dont elle frottait doucement sa joue contre le tissu qui couvrait son torse une petite voix dans sa tête lui disait qu’elle n’appréciait pas énormément… Mais c’était probablement mieux pour le moment. Au moins pouvait-elle être rassurée quant à ses actuelles pensées et à propos de son comportement. Ikael était après tout moins pudique encore que son alter ego et il ne s’embarrassait guère de tendresse.

Bien qu’un brin hésitant au début, Tristan s’était mis à câliner la petite demoiselle dans ses bras, caresses légères sur sa peau et dans ses cheveux, elle semblait apprécier car sa voix adorable mourut petit-à-petit dans sa gorge alors qu’elle se pelotonnait un peu plus contre lui. Elle s’endormit bien vite tout contre lui et il ne tarda guère à la suivre, enfouissant son nez dans ses cheveux d’or aux senteurs de fleurs. Elle avait raison, il était épuisé et ne se souvenait même plus de sa dernière nuit de sommeil en tant que Tristan ou en tant qu’Ikael d’ailleurs. Il ne s’était même pas aperçu qu’il était si fatigué mais ne tarda pas à le constater. Il lui semblait qu’il venait juste de s’endormir alors que quelques heures déjà s’étaient écoulées lorsque les cauchemars qui terrifiaient ses rêves eurent raison de son sommeil et le réveillèrent en sursaut. Allongé sur le côté, Cassidy blottie contre lui, il fit un bond en se redressant à moitié, poussant un cri qui resta bloqué dans sa gorge. La nuit était calme, froide mais tranquille et pourtant il venait d’échapper aux ténèbres furibondes de ses songes où tempêtes et rappels de ce qu’il avait récemment accomplis s’enchainaient diaboliquement. Essoufflé, il s’étouffait plutôt, peinant à respirer, moite de sueur, le front brûlant et le regard fiévreux, tremblant des pieds à la tête. D’ordinaire, la petite demoiselle s’éveillait aussitôt, parfois même avant lui et le rassurait, tendre, pour qu’il se calme, mais ses blessures, la fatigue et probablement la décoction de fleur avaient eu raison d’elle car elle n’avait pas même ouvert un oeil. Pourtant, malgré son profond sommeil, elle avait poussé un léger gémissement quand son « oreiller-matelas » s’était agité et le cherchait mollement à tâtons de sa main valide. Elle prononça son surnom d’une voix étouffée et sa voix le calma alors qu’il tournait un regard alerte vers elle, pris au dépourvu de constater que même endormie elle parvenait à le secourir. Il se rallongea près d’elle et elle enfouit son visage dans son torse en émettant un gémissement adorable, l’apaisant un peu tandis qu’à son contact, il se calmait progressivement.
Pourtant, la nuit du jeune homme s’arrêta là, trop apeuré par l’idée de revivre ceci, il refusa le sommeil dont il avait encore besoin pourtant et passa le reste de la nuit à regarder son petit ange endormi, à la câliner tendrement, déposant de doux baisers sur son visage en espérant, c’est vrai, pouvoir un jour faire disparaitre toutes ses cicatrices…

S’il était épuisé et pas du tout reposé après cette nuit pour le moins agitée et franchement pas en bien, Tristan n’en montra rien le lendemain quand Cassidy ouvrit finalement les yeux. Il n’était pas tard et il hésita un instant à l’encourager à se rendormir mais elle avait relevé les yeux vers lui en le saluant timidement et si elle n’était clairement pas réveillée le regard fugace qu’elle posa sur ses lèvres ne trompa pas le demoiseau qui se baissa aussitôt sur elle pour l’embrasser. Il ignorait pourquoi mais il avait eu la nette impression que c’était la seule chose qu’elle exigeait de lui à cet instant là, un baiser, tendre, pour lui rappeler qui il était et que la nuit n’avait rien effacé, bien au contraire…
En tous points parfait, le jeune homme s’évertuait à faire rire la douce demoiselle, à la rendre joyeuse de mille câlineries et tout autant de singeries. Il faisait le pitre, se mettant même à faire le poirier sur le lit alors qu’elle ramenait vivement ses jambes à elle de peur qu’il ne lui tombe dessus, le poussant sans ménagement en le taquinant. Il engagea une bataille d’oreillers alors qu’elle pestait gentiment que ce n’était pas juste à cause de sa main, ce à quoi il répondit par une bataille d’oreillers sans les mains pour lui… ce qui se traduisait par le jeune homme, les mains dans le dos, attrapant un oreiller en serrant les dents sur le tissu et essayant de taper sa compagne avec ce qui évidemment donnait plus de légers coups/caresses qu’une réelle agression. Il la chatouilla sans lui laisser de répit et alors qu’elle demandait grâce, hilare, geignant qu’il la maltraitait en essayant vainement de se défendre, il l’embrassa si passionnément bien que les mains sagement posées de chaque côté de la tête de la jeune femme, en appui, qu’elle perdit souffle et dignité en passant d’une peau d’albâtre à une couleur cerise en moins de deux secondes.

Ils finirent blottis l’un contre l’autre, essoufflés, elle caressant maladroitement ses cheveux de sa main gauche en éprouvant leur longueur et lui, la tête posée sur son ventre qu’il caressait doucement à travers le tissu de sa chemise de nuit, comme pour faire disparaitre du gommage de ses doigts la cicatrice qu’avait laissé la perte de leur enfant.
Il la sentait trembler légèrement et comprit bien vite qu’elle était loin d’être remise à ce sujet et qu’elle aurait eu besoin de temps pour l’accepter, pas d’une nouvelle catastrophe sur le coin du nez… Il n’attendit pas et se redressa, se glissant au-dessus d’elle, en appui sur ses mains et ses genoux, la frôlant à peine en la regardant avec un sérieux à toute épreuve, déclarant de but en blanc qu’il l’aimait avant qu’un sourire espiègle ne fende son visage un peu trop séduisant et qu’il ne se lève en clamant qu’il allait lui préparer le petit déjeuner et qu’elle avait intérêt à rester au lit avec un bon bouquin en attendant.
Elle devait aussi vouloir lui faire plaisir car elle obéit et il se dépêcha de la rejoindre avec de quoi nourrir un bataillon, ayant favorisé tout ce qu’elle aimait évidemment et s’amusant un peu avec la nourriture par la suite en essayant de lui faire manger de tout.

Ils se changèrent, saluèrent Eleyna et Alanir, l’un comme l’autre apparemment peu matinaux, normal après le temps passé au chevet de la petite mage et la guérisseuse vint faire une visite à la  convalescente. Elle ne jeta qu’un regard vers Tristan, sans doute était-ce bien suffisant pour s’assurer que son état s’améliorait et elle passa un moment à examiner la petite mage. Elle lui refit son attelle mais ne s’en contenta pas, arguant qu’elle avait vraiment besoin de restaurer au plus vite sa magie et de ne surtout pas l’utiliser si elle voulait être en mesure de réellement récupérer et de soigner les dommages qu’avait subi son corps. Elle fit beaucoup de recommandations et interdit formellement à la jeune femme toute activité, lançant un regard lourd de signification à son fiancé pour bien lui spécifier TOUTE activité. Finalement elle était ressortie mais si le temps ce matin là n’était pas aussi clair que la nuit passé, l’enfermement ne convenait pas du tout à la jeune femme, surtout après avoir vécu quasiment à l’extérieur pendant toute une année.
Tristan la regardait lorgner sur l’extérieur quand il s’était rapidement absenté pour rejoindre la guérisseuse et la prier de laisser Cassidy au moins sortir un peu, qu’il la soutiendrait, qu’elle ne ferait pas d’efforts. Elle rechigna pas mal mais il insista tant et si bien en prétendant que l’enfermement ne convenait pas à la santé de la jeune femme, qu’elle finit par accepter.

C’est tout sourire que le jeune homme revint rapidement auprès de la belle demoiselle pour lui voler un tendre baiser, et, taquin, lui proposer en observant attentivement son visage, de sortir un peu, lui assurant qu’il en avait une autorisation de la guérisseuse. Le doux visage de la jeune femme ne tarda pas à s’illuminer, de telle sorte que son sourire fit disparaitre, un instant, aux yeux de son compagnon, la cicatrice qui meurtrissait toujours son oeil. Elle le regardait avec même une pointe de méfiance, la première joie passée, lui maugréant d’une voix adorable qu’elle se vengerait s’il lui mentait. Mais il s’était doucement penché vers elle et en prenant son visage entre ses mains l’avait tendrement embrassée en lui faisant une promesse enfantine à « croix de bois, croix de fer ».
L’instant d’après, il l’aidait à passer des vêtements chauds, prenant son temps pour nouer les lacets de ses bottes au risque qu’elle trébuche dessus, dehors c’était déjà bien assez glissant comme ça avec le verglas ! L’emmitouflant dans une veste épaisse et son écharpe colorée il y ajouta un bonnet par prévention et une fois prêt lui aussi sortit avec elle. Alanir et Eleyna s’étaient joints à eux et si les deux autres parlaient d’aller s’entrainer, la capitaine expliquant gaiement quelques techniques de combat, Tristan et Cassidy menaient la marche. Il avait passé d’autorité un bras autour de sa taille et la soutenait alors qu’elle serrait sa main valide sur celle du jeune homme qui la soutenait avec tant de force. Elle ne risquait pas de tomber ainsi, il ne le permettrait certainement pas ! Même si elle rouspétait sur son état de grand-mère le jeune homme ne disait rien, se contentant d’un pâle sourire lorsqu’elle parla de le semer. Il espérait voir ce jour arriver rapidement. Sa vivacité lui manquait…
Il venait de lui suggérer à mi-voix de se rendre à la serre pour profiter du climat plus doux et des senteurs de fleurs quand il repéra du coin de l’oeil l’attroupement. Inquiet, le jeune homme se crispa légèrement, craignant plus qu’il n’était prêt à l’avouer de voir la dragonne revenir. Dans son état actuel et derrière tous les faux-semblant il se savait bien incapable de défendre correctement la petite mage si elle tentait quoi que ce soit et Alanir serait probablement le seul à pouvoir réellement intervenir. Inconsciemment, il avait légèrement crispé sa main sur la taille fine de la jolie demoiselle qui se désintéressant totalement du groupe avait levé un adorable minois vers lui, le regard plein d’interrogation et aussi… de malice, de douceur. Ce simple regard le rassura alors qu’elle l’apaisait sans même s’en rendre compte comme trop souvent. Il sourit, pris de l’envie irrépressible de l’embrasser, là, en pleine rue, se contint difficilement en s’amusant de ses faiblesses pour elle, son sourire en coin qu’elle aimait tant venant aussitôt de réapparaitre et d’adoucir sa mâchoire carrée.

La voix de l’enfant mit fin à sa lutte contre cette envie de l’embrasser et fit s’emballer son coeur d’une panique qu’il ne comprenait pas vraiment. Instinctivement, même s’ils s’étaient tous tournés vers l’enfant, il rapprocha d’un geste Cassidy de lui, protecteur, ses muscles se contractant, prêt à faire face à toute agression, quelle qu’elle soit !
Mais les surprises s’enchainaient, un peu trop vite et avec décidément bien trop de mauvais goût. Car c’était bel et bien Erwan qui venait de se glisser hors de l’attroupement et qui avançait vers eux. Il le reconnut immédiatement car contrairement à eux deux, Erwan n’avait pas le moins du monde changé, quoi de plus normal, leur départ de l’Académie se comptait en semaines ! Certes lui avait subi des transformations à cause de son sang dragon mais Cassidy avait disparu pendant une année et en portait des marques bien trop indélébiles !
Erwan… Après tout ce qu’ils avaient vécu et leur besoin de se retrouver, de recoller les morceaux il fallait que ce type débarque. Tristan s’était figé d’un bloc tandis que sa main se relâchait étrangement sur la hanche de sa compagne. Un profond désespoir venait de lui étreindre le coeur et pendant un court instant il eut l’impression que tout basculait, que tout allait dans un ralenti atroce autour de lui…

Alanir semblait mécontent, Cassidy surprise alors qu’elle s’avançait un peu, Eleyna surprise, croisant les bras et essayant en vain de retenir l’impétueux dragon de feu mais Tristan… Tristan était devenu blême tout simplement et fixait la scène qui se déroulait sous ses yeux en serrant si fort la mâchoire qu’il se fit mal immédiatement !
Erwan qui était surpris d’à peine reconnaitre celle qu’il aimait, Alanir qui intervenait avec une surprenante agressivité que personne ne comprenait vraiment. Après tout, le dragon partageait le corps de la petite mage, sa colère alors que cet humain avait pris soin d’elle était-elle légitime ? Que cachait-il ? Pourquoi autant de ressentiment et de manque de considération ? Ca ne pouvait pas être qu’une histoire d’espèce. Tristan ne bougea pas pour l’arrêter et encore moins pour se joindre à lui dans cette semi-insulte plutôt vérifiée puisque qu’Erwan n’avait clairement pas la carrure d’un guerrier !
Il aurait dû être content que le dragon l’estime suffisamment pour ne pas l’appeler de la sorte mais il n’écoutait pas vraiment et il était incapable de bouger au final.
Finalement ce fut même Cassidy qui intervint alors que son ami était incrédule et son autre ami un peu trop feu follet décidément bien peu aimable…

Des mots… Des regards. Ceux sur Cassidy, ceux sur lui… Erwan s’inquiétait. Il était venu parce qu’il se faisait du mauvais sang pour elle, parce qu’il craignait le pire. L’inquiétude sur son visage plutôt agréable à regarder alors qu’il fixait les blessures de celle qu’il aimait, la colère à peine dissimulée et la rancune quand il en accusa d’un simple regard un Tristan immobile et silencieux qui s’il le fixait semblait plutôt… ne pas le voir.

Le mensonge de la jeune mage, même s’il était salvateur, n’améliora pas l’état de son fiancé dont les poings serrés s’étaient mis à trembler. Elle lui cherchait des excuses, encore. C’était toujours de sa faute et elle… elle lui cherchait toujours des excuses. Il en avait assez… qu’elle le protège alors qu’il ne faisait rien de bien, absolument rien de bien avec elle. De toute façon Erwan n’était même pas dupe, personne ne l’était, qui croyait-elle donc tromper ? C’était gentil, c’était généreux, mais tellement inutile.
Elle avait prononcé une excuse qui n’en avait pas l’air avant de s’éloigner avec Erwan, parce qu’il était venu pour elle, pour la voir, pour l’informer. Parce qu’elle avait besoin d’aider et de se sentir utile aussi sans doute. Une excuse… avant de s’éloigner de lui, sans un regard, sans un mot de plus, pour ne pas inquiéter probablement, pour régler cette affaire rapidement aussi sans doute. Elle voulait tellement en faire… Elle aurait pu agir autrement. Mais elle était maladroite elle aussi et elle oubliait vite… que sa jalousie était à la mesure de celle de son fiancé, sa souffrance égale à la sienne. Elle oubliait oui… parce qu’elle ne faisait absolument rien de mal et qu’il n’y avait aucune raison pour qu’on puisse croire qu’elle avait une idée derrière la tête, aucune. Non ?

Le jeune homme les fixa alors qu’ils s’éloignaient puis baissa lentement les yeux vers le sol, la gorge nouée et l’estomac si remonté qu’il s’attendait à rendre son petit déjeuner d’une seconde à l’autre. Alanir lui parla, le fixa, sévèrement… parla oui, beaucoup trop. Eleyna s’était approchée de Tristan avec une hésitation qui aurait dû l’avertir levant la main pour la poser dans son dos et interrompant son geste à la dernière seconde. Elle se crispa en entendant la première phrase du dragon, lui faisant de gros yeux pour lui dire de se taire mais il était passionné et pas encore totalement au point sur les comportements humains ça c’était certain !
Tristan tourna lentement la tête vers son congénère avec une lenteur qui ne laissait présager rien de bon. Déranger… Si ça le dérangeait ? Non… C’était même une négation… Si ça ne le dérangeait pas… Il lui posait vraiment la question ? Ca aurait pu être cocasse, il en aurait ri s’il ne s’était pas senti si mal, oui, probablement. Il n’eut pas le loisir de répondre, ne l’aurait pas fait de toute manière, la phrase suivante était pire. Il parlait de Cassidy… Parce qu’elle trouvait Erwan… Et il s’était interrompu… Tristan le fixait de son regard beaucoup trop perçant et déstabilisant alors qu’il complétait sa phrase, dans son esprit du moins. Quoi donc ? Gentil ? Mignon ? Salvateur ? Concerné ? … Parfait ? Contrairement à lui. Il le savait, tout le monde le savait… Cassidy et Erwan allaient parfaitement ensemble, ils étaient assortis, la même silhouette fine et peu inquiétante, la même joie de vivre, la même maladresse, des goûts communs… Tristan rabaissa la tête. Il le savait parfaitement tout ça. Lui et Cassy… Ils formaient un beau couple mais ils n’étaient pas du tout assortis, vraiment pas. Et au fond de lui, il finissait par se dire que c’était le message qu’on cherchait à leur faire passer, que c’était pour cette raison qu’il ne faisait jamais rien de bien, qu’il lui faisait constamment du mal. Peut-être que c’était la seule chose à comprendre au final.
Alanir était en train de causer de gros dégâts sans même s’en apercevoir. Ce n’était pas de sa faute, il ne faisait pas exprès, bien au contraire, il cherchait à bien faire et il semblait plutôt du côté de son congénère malgré tout, mais il le blessait, à chaque mot un peu plus. Devant les yeux du guerrier passaient des scènes qui le hantaient encore et qu’il haïssait au plus haut point. Elles faisaient parties de ses cauchemars, ceux atroces qui laissaient agonisant, tremblant, éprouvé, malheureux, fiévreux. Ce fameux jour pendant lequel ils avaient revolé ensemble, ce fameux jour durant lequel elle avait pensé à Erwan tandis que lui se posaient des questions stupides, parfaitement masculines, une histoire de performance, d’inquiétude à ce sujet, de comparaison… Elle n’avait rien fait. C’était lui qui avait fouillé, sans le vouloir. Les scènes bien trop intimes de sa compagne et de ce gringalet s’étaient gravées au fer rouge dans son esprit. Elle n’y pensait probablement même pas. Lui oui… Presque tous les jours depuis. Atroce.

Ca recommençait d’ailleurs. Il n’avait pas le moindre contrôle là dessus. C’était bien la dernière de ses préoccupations pendant sa formation chez les dragons. Devenir plus fort était sa priorité… Pas… être égoïste. Il détestait ces moments. Il les détestait vraiment. Eleyna ne le savait pas mais contrairement à Alanir, elle avait compris, elle, que quelque chose n’allait vraiment pas pour Tristan. Cet aîné qui lui ordonnait de « ne pas la laisser avec lui ». Tristan releva un regard vide vers lui, se sentant sans force et démuni alors que les visions avaient heureusement cessé. Il le fixa une seconde, sans rien dire, sans rien faire, puis s’éloigna alors que sa capitaine le regardait faire d’un air désolé et qu’Alanir, probablement surpris et dégoûté par ce manque de réaction ouvrait la bouche pour lui lancer sans doute une phrase provocante histoire de le réveiller un peu. Malheureusement pour lui Eleyna fut bien plus rapide et décocha au pauvre de dragon de feu un superbe coup de genou en plein dans les parties et çaaaa, ça n’avait rien d’agréable puisque le pauvre se retrouva plié en deux à gémir pitoyablement, le souffle coupé et des larmes plein les yeux. Mais alors qu’il relevait la tête, sans doute un peu fâché et n’y comprenant rien, voulant probablement savoir pourquoi elle le brutalisait de la sorte, il se figea en voyant la colère dans le regard de son amie, la colère et la tristesse, ses yeux pleins de larmes ce qui n’était franchement pas courant chez elle alors qu’elle soufflait à mi-voix.

- Mais qu’est ce que t’es con parfois…

Elle lui tourna le dos et s’éloigna elle aussi. Oh pas beaucoup, allant juste passer ses nerfs en insultant copieusement un buisson tout enneigé et quand il s’approcha timidement, désolé et inquiet elle l’accueillit sans agressivité, s’excusant même.

- … Navrée… Mais c’était nécessaire là.  Tu n’es… tu as beau essayer tu n’es pas humain. Peut-être que tu nous comprends, peut-être que tu ressens des choses mais Tris’ est humain à la base bien plus que beaucoup d’entre nous. Tu n’as pas la moindre idée de la souffrance qu’il a dû ressentir en voyant Erwan et de ce que TU lui as infligé. Toi qui sais à quel point tout est exacerbé chez lui… tu… tu lui dis tout ça. Tu veux qu’il se comporte bien et tu attises sa jalousie… franchement c’est tellement stupide que ça me surprend venant de toi. Tu voulais quoi ? Lui faire perdre le contrôle ?! Tristan se déteste pour tout ce qu’il a pu faire à Cassy ! Il fait déjà tellement d’efforts pour se comporter avec elle sans lui faire peur, sans lui faire voir à quel point il est malheureux…Voilà que le cher Erwan de mademoiselle princesse se pointe comme une fleur et qu’elle l’accueille bien gentiment. Tu crois qu’il ne se sentait pas déjà assez mal comme ça ?! J’ai… Je n’ai pas activé mon don d’accord ? Et pourtant naturellement j’ai senti un tel désespoir chez lui que personnellement si je ressentais ça j’en finirai avec la vie directement sans me poser de question ! Tu n’as pas le droit d’exiger des réactions de lui, de… de lui parler comme ça ! Il essaie ! D’accord ?! Il essaie d’être bien ! Il est revenu ! Alors qu’il aurait pu s’enfuir il est revenu ! Là il ne s’est pas énervé ! Il n’a rien dit ! Il essaie par tous les dieux ! Tu es un dragon ! Tu sais à quel point c’est dur vos histoires de pulsions !

Elle s’interrompit en grognant se passant une main sur le visage et se pinçant l’arrête du nez pour essayer de contrôler sa propre colère alors que son ami, très timide comme souvent avec elle, semblait très honteux et vraiment désolé. Il faut dire qu’il était très sage en général avec elle et l’écoutait beaucoup, se faire gronder par quelqu’un qu’on apprécie et avec tant de véhémence… ça ne fait jamais plaisir ! Elle finit par lui prendre une main, la pressant doucement, calmée.

- Je sais bien que tu n’as pas fait exprès, tu es trop gentil pour ça et tu dis ce que tu penses, c’est bien… mais c’est trop fragile pour l’instant. Il peut encore décider de disparaitre… Je sais ce qui s’est passé quand il a fui Cassidy la dernière fois pour la laisser à Erwan. Sa faute est tout aussi grave aujourd’hui… Alors… ne le tente pas. S’il te plait.

Elle lui sourit gentiment et l’invita à l’accompagner chez Maud pour tenir la jeune maman au courant de toute cette histoire vu qu’elle était un peu la reine mère de toute la cité ! Si elle semblait déjà au courant de l’arrivée d’Erwan, comme quoi rien ne lui échappait, l’annonce de la réaction de Tristan ne sembla pas davantage la surprendre même si elle se fit silencieuse elle aussi, inquiète. Oui… tout allait si vite, tout était si maladroit, une fois de plus.
Eleyna et Alanir partirent s’entrainer pour penser à autre chose et s’occuper et elle partit rejoindre Tristan qui s’était installé à côté d’un petit lac isolé dans un coin de la cité et jetait des cailloux minuscules dans l’eau, les jambes repliées contre son torse, la tête sur ses genoux, fixant la surface par endroits gelée d’un air vide.
Elle vint s’asseoir à côté de lui et essaya pendant plusieurs minutes de lui parler alors qu’il ne donnait même pas un signe comme quoi il aurait remarqué sa présence.

- Tristan… je comprends si tu es triste et en colère, c’est normal… être ici et voir Erwan revenir ça ne doit pas te rappeler de bons souvenirs et je sais à quel point tu as mal supporté leur relation mais… Cassidy ne cherchait pas du tout à te faire de peine tu sais… Encore moins à se venger. Elle est si douce et gentille. Elle aide une fois de plus voilà tout. D’ailleurs j’espère qu’elle ira doucement sinon la guérisseuse va être furieuse ! Elle… Enfin… Ce que vous avez récemment vécu c’est dur, peut-être qu'elle a besoin d’une routine aussi, Erwan est plus simple et plus… enfin ils se ressemblent… Je ne veux pas dire que c'est mieux que vous ! Enfin je… elle et toi, tu sais bien….
- Te fatigue pas… Mes sentiments n’entrent pas en considération Maud.

Il s’était redressé de toute sa hauteur et lançait un regard étrange sur elle. Pas en colère, pas triste, pas rancunier, juste vide. Ce vide qu'elle détestait voir chez lui. Elle avait envie de lui dire de ne pas repousser ce qu’il ressentait mais déjà il lui souhaitait une bonne journée à mi-voix et s’éloignait d’elle, assez vite pour lui faire comprendre qu’il voulait être seul…

Plusieurs heures plus tard, alors que Alanir et Eleyna étaient rentrés pour annoncer qu’ils passaient aux sources chaudes avant de venir manger, surpris mais contents de trouver Tristan dans l’appartement, ils étaient ressortis. Ils avaient dû s’entraîner dur car Alanir était sacrément sale et ébouriffé ! Tristan, demeuré seul avait commencé à mettre le couvert quand une certaine petite demoiselle s’était gaiement glissée dans son dos pour lui faire un tendre câlin avant de s’excuser avec un choix de mots laissant clairement entendre qu’elle avait dû y réfléchir sur tout le chemin du retour. Tristan retint une grimace douloureuse alors qu’elle serrait ses bras sur ses bleus, demeura immobile un instant pour reposer ses assiettes sur la table.
Puis il posa ses mains sur celles de la jeune femme et en défit doucement mais autoritairement l’étreinte. Il la sentit se crisper à son geste, encore plus alors qu’il se tournait vers elle et qu’elle ouvrait déjà la bouche, probablement pour s’excuser. Sauf qu’elle n’en eut pas le temps.

Parce qu’il venait de la saisir par les hanches d’une poigne puissante, la soulevant du sol avec une facilité déconcertante et se retournant pour la déposer la seconde suivante assise sur le bord de la table. La pression de ses mains ne s’était pas relâchée que déjà il s’était approché d’elle, collant son corps au sien dans ce rééquilibrage de leur différence de taille, les hanches du jeune homme venant taper dans un bruit sourd contre ledit bord de table. Déjà il s’était emparé si fougueusement de ses lèvres qu’il lui vola souffle, contenance et probablement dignité vu le rougissement brutal qui s’empara de la jeune femme. Elle n’avait même pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait alors qu’il l’embrassait passionnément dans une position pour le moins… un brin gênante pour un observateur extérieur. La surprise l’avait laissée bouche bée alors qu’elle lui abaissait ainsi trop facilement la barrière de ses lèvres et de ses dents. Mauvaise idée… Les baisers du jeune homme, sérieux, étaient très déroutants et il avait probablement décidé de lui court-circuité le cerveau vu la ferveur qu’il y mettait. D’ailleurs si une de ses mains pressait toujours sa taille alors qu’il la maintenait fermement contre lui, l’autre aventureuse lui pressait une jambe dans une caresse certes ferme mais pas le moins du monde brutale… bien au contraire. Ce n’était pas égoïste, ce n’était pas imposé, bien qu’un peu, c’était terriblement passionné et… suppliant étrangement. Il ne la laissa même pas se reprendre et ne serait-ce qu’essayer de contre-attaquer et se recula en la relâchant, lui soustreyant rapidement son regard, comme s’il avait un peu honte de ce qu’il venait de faire… ou peut-être parce qu’il se réjouissait du frisson qu’il avait senti s’emparer du corps de la demoiselle, et qu’il voulait le cacher. Difficile à dire. C’est avec douceur qu’il l’aida à descendre de la table alors qu’elle fronçait les sourcils en le regardant, ouvrant la bouche pour parler, lui dire quelque chose, surprise par son comportement mais s’interrompant face à l’autre surprise plus prégnante, la nouvelle coupe de cheveux du jeune homme qui avait amorcé ce changement pendant son absence.

Bien plus courts, décidément ils poussaient bien trop vite, ses cheveux toujours aussi doux alternaient des mèches rouges et noirs, plus ordonnées elles étaient même… soigneusement coiffées en arrière, dégageant son front, ce qui affirmait ses traits beaucoup trop harmonieux aux dires de certains et lui donnaient très étrangement l’air beaucoup plus adulte et masculin qu’il n’en avait déjà l’air… euh… c’était possible ça ?

Elle semblait carrément abasourdie là, vraiment troublée mais il n’eut pas le temps de lui demander si ça lui plaisait, son petit sourire en coin plaqué aux lèvres alors qu’il s’amusait clairement de son trouble, car déjà le duo revenait en discutant. S’il eut un bref silence gênant, tout le monde s’affaira rapidement, sauf la petite mage rendue encore plus maladroite avec son attelle et ils passèrent à table. Personne ne parlait vraiment et il était clair et net qu’il y avait un malaise et pas des moindres. Malgré son air encore plus séducteur Tristan ne disait pas grand chose, les yeux baissés vers son assiette, tripotant sa nourriture du bout de sa fourchette bien plus qu’il ne la mangeait. S’il y eut des débuts de conversation, ça restait très sommaire. Alanir semblait faire la tête par rapport à Erwan, Tristan être plongé dans un mutisme équivoque et Eleyna coincée entre ces deux énergumènes à ne pas savoir quoi dire. Pourtant ce fut le jeune Drakkari qui rompit la gêne.

- Tu aurais pu l’inviter à manger quand même… Ca m’étonnerait que vous ayez fini de discuter de toute façon.



Surprise générale alors que trois têtes se tournaient vers lui. Etait-ce parce qu’il savait qu’elle n’avait pas fini de parler avec lui ? Ou parce qu’il parlait d’inviter à la même table que lui son rival. Si Alanir avait eu droit à un sermon, il dut rapidement l’oublier puisqu’il le fixait d’un air abasourdi et de ne pas, mais alors absolument pas réussir à cerner son cadet. Mais peut-être que Cassidy était la plus surprise encore, difficile à dire. Un demi-sourire étira les lèvres du jeune homme qui tripotait toujours sa nourriture, ne relevant pas les yeux vers eux.



- C’est ton ami après tout… 



Silence d’autant plus équivoque. Oui là, certes plus personne ne comprenait. A tel point que le jeune homme releva finalement les yeux, l’air de bien s’amuser pour sa part et leur sourit d’un sourire un… peu trop renversant.



- Parlez pas tous en même temps surtout. C’est bon hein ! De toute façon Cassy va probablement retourner papoter avec lui cet aprem’… Je me trompe ?



Vu comme elle baissait piteusement les yeux vers son assiette avec une hésitation certaine,en ayant l'air de chercher ses mots, tout le monde en conclut que oui et elle devait probablement grandement avoir hésité à en parler un peu plus tôt de peur de mettre Alanir en colère et Tristan… encore plus. Mais son fiancé réagissait… étrangement bien. Beaucoup trop bien même… Est-ce qu’il avait compris qu’il n’avait pas à s’en faire ? Même s’il lui venait la présence d’esprit de comprendre l’amour que lui portait la petite mage, les paroles d’Alanir ne l’auraient pas rassuré et il aurait eu tout de même peur… Alors qu’est ce qui se passait ????
Il sourit une fois de plus, lança un nouveau sujet de conversation, parlant d’aller chasser l’après-midi même et proposant à Alanir de venir avec lui pour lui montrer quelques techniques de chasse au tir à l’arc. Si le dragon était de mèche il n’en montra rien car surpris au début, il sembla interloqué et ravi de l’idée… même si le comportement du cadet était franchement étrange. Pauvre petite demoiselle qui ne devait pas bien comprendre. L’après-midi même, peu après manger, ils partirent chasser, Eleyna s’absentant pour écrire et envoyer une lettre à ses supérieurs pour les tenir au courant de ses rapprochements avec l’armée fantôme, bénéfiques aux deux camps alliés. Tristan avait carrément proposé à Cassidy que Erwan vienne à l’appartement pour qu’elle se repose un peu tout de même. Il l’avait tendrement embrassée en partant. Il n’avait pas l’air en colère, ni jaloux… Il se comportait vraiment bien en fait, ça ne lui ressemblait pas beaucoup mais les derniers jours à l’Académie il avait ainsi également… beaucoup plus sage et confiant.

Ils partirent une bonne partie de l’après-midi et s’il ne sut rien de la conversation de deux « amis », encore moins de leurs actions et des probables maladresses entre l’un et l’autre qui portaient plus que de raison à confusion, tout bascula un peu plus tard. Ils avaient voulu prendre l’air, Cassidy détestant rester trop longtemps enfermée et ils avaient marché dans les rues. Elle avait glissé sur un pavé verglacé et il l’avait aussitôt secourue pour qu’elle ne se fasse pas mal, la rattrapant comme il pouvait alors que pendant un instant leur équilibre fut incertain… Il la tint plus que nécessaire contre lui… Probablement parce qu’il en avait eu envie et besoin… Mais un cri perça le silence du froid et cette étreinte pas si amicale, pas que. Un hurlement plutôt. Une voix éraillée, par la colère sans aucun doute, quoi d’autre ?

Cassidy et Erwan tournèrent la tête d’un même mouvement vers l’origine, l’un parce qu’il craignait probablement pour son grade, l’autre parce qu’elle voulait sans doute éviter les dégâts, ils se cognèrent le menton et le front respectivement au passage. Déjà Tristan était près d’eux et il ne fit pas dans la dentelle. Erwan lâchait tout juste Cassidy, s’assurant qu’elle tenait son équilibre et elle mettait les mains en avant pour calmer son jaloux petit ami mais celui-ci venait de violemment repousser l’archer sur le côté… Vraiment fort d’ailleurs. Il ne lui avait pas décoché une droite ! Il aurait pu, il frappait avec une telle force d’ordinaire, pourtant là, sa main plaqué à plat sur le torse du jeune homme il n’avait fait qu’y imprimer une vive pression, pour l’éloigner… Erwan en eut le souffle coupé et heurta un muret de pierre. Cassidy voulait probablement arrêter tout ça mais Tristan n’insistait pas, il venait déjà de se tourner vers elle et se jetait littéralement sur elle en fait. En colère ? Non… Elle put voir une seconde, juste une son regard où ne brillait qu’une indicible terreur, le regard qu’elle levait sur son petit ami décidément trop grand alors qu’il la faisait basculer au sol, ce regard qui accrochait alors l’origine de cette peur, les énormes pierres qui fondaient sur eux. Un énorme bruit, monstrueux, d’éboulement, plus rien…

Ils se promenaient près d’une des descentes vers les lacs souterrains, à flanc d’une des montagnes rocheuses. Ils n’avaient pas fait attention, ils n’avaient pas vu… Que le gel et le dégel de l’eau qui ruisselait entre les pierres de ce massif qui les surplombait avaient creusé des sillons toujours plus profond, avaient fragilisé cet échafaudage naturel jusqu’à ce qu’il se rompt… quand ils étaient dessous…
Erwan avait échappé aux dégâts en étant repoussé sur le côté par Tristan, le muret qu’il avait heurté était suffisamment écarté de la chute très ciblée de cet incident. Le petit couple n’avait pas eu le temps d’en faire de même. Si malheureusement il n’avait guère pu empêcher sa fiancée d’heurter durement le sol de son dos et de se faire probablement très mal, Tristan avait eu l’excellent réflexe de mettre une main derrière sa tête, lui épargnant ce choc là même si ses phalanges lui faisaient un mal de chien ! L’autre bon réflexe ? Avoir attrapé ses mains et les avoir plaqué contre son torse… Si elle les avait écartées de son corps en tombant, son actuelle blessure n’aurait été rien comparé à ce qu’elle aurait alors eu. Il s’était jeté sur elle pour la protéger de son corps. Parce qu’il était un dragon. Parce qu’il était résistant… Ses écailles le protégeaient déjà avant même qu’ils ne soient au sol mais elles ne pouvaient pas tout protéger. Même si la chute avait été courte et restreinte, d’énormes pierres leur étaient tombé dessus et l’une d’elle l’avait tellement sonné qu’il avait cru que son crâne s’ouvrait en deux et à la sensation poisseuse dans sa nuque, ça ne devait pas être très loin de la vérité ! Sur son dos, ça pesait des tonnes ! Du moins c’était l’impression qu’il en avait et il peinait, quasiment couché sur la demoiselle à ne pas l’écraser de tout ce poids, luttant dans cette position tellement inconfortable pour ne pas perdre connaissance, l’odeur de son propre sang lui soulevait le coeur ! Avec le silence retombé si vite, bien plus vite que cet accident que personne n’avait vu venir, la respiration de la petite demoiselle s’était faite pressante. Elle aussi était sonnée mais elle réfléchissait si vite, elle comprenait si vite… Sa voix paniquée, si aigue quand elle avait peur qui s’élevait, qui l’appelait alors qu’il la sentait se crisper, probablement essayait-elle d’appeler sa magie. Elle n’était pas en état… vraiment pas. Il serra ses mains contre lui, au risque de faire mal à son poignet blessé, se faisant pressant, concis.

- Cassy, calme toi, tout va bien. N’utilise pas ta magie, c’est bon, ça va, je tiens… Ils sont déjà en train de nous dégager. Respire calmement, tout va bien… tout va bien.

L’odeur du sel… Elle pleurait ? Peut-être il ne savait pas. Elle avait peur tout simplement. Il n’osait pas bouger de peur de provoquer un autre mini éboulement et comme il était plus grand qu’elle il ne put donc qu’effleurer son front de ses lèvres en lui murmurant en boucle que tout allait bien qu’il était là, que ça irait. Pour la calmer, lui changer les idées il lui expliqua comment en rentrant de chasse, il l’avait vue près de cet endroit et la fissure terrible qui avait fait craquer la roche au-dessus d’elle. Il avoua ne pas avoir réfléchi, s’excusant d’une petite voix penaude qui dans l’obscurité lui donnait l’air de n’avoir même pas atteint la puberté. Il essayait de la distraire alors qu’il la sentait trembler sous lui, par peur, pour lui évidemment, il la rassurait encore et encore. Il sentait bien ses mains si douces qui s’agrippaient à sa veste comme si elle le maintenait contre elle et entier en faisant cela.
Aussi traumatisant que ce soit comme expérience, cela ne dura guère plus d’une dizaine de minutes avant qu’un rai de lumière ne filtre jusqu’à eux et que, bientôt des mains puissantes enlèvent les pierres qui pesaient sur le dos du jeune homme avant de les libérer. Lui soupira de soulagement et relâcha ses muscles douloureux, acceptant l’aide des mains qui voulaient les relever, Alanir qui déjà enlaçait sa petite mage adorée, Erwan un peu plus loin, très pâle qui avait dû avoir quelques projections de pierres quand même puisqu’il était examiné par un guérisseur… La guérisseuse qui déjà se préoccupait de l’état de Cassidy toute tremblante qui ne voulait pas le quitter des yeux et les regards de ses confrères et amis, celui de son maitre qui le fixaient avec surprise et inquiétude alors qu’il tenait debout… ils ne savaient trop comment. Ce n’est qu’à cet instant qu’il ressentit, Cassidy en sécurité, une douleur aigue lui traverser le bras et il tourna la tête, fixant avec surprise son épaule déboitée certes mais encore et surtout le bout de métal qui autrefois avait garanti une sécurité à cette falaise en maintenant des pierres en place mais lui avait encore et surtout traversé la chair comme si c’était du beurre. Il observait l’objet incrédule… C’était un pic très fin, à peine la moitié de la largeur du petit doigt mais qui lui avait traversé l’épaule de part en part et, il s’en rendait compte avec horreur, avait dû frôler de trèèèès près si c’était cette épaule la gorge de sa belle compagne… Et ça… ça lui fit bien plus mal que la blessure en elle-même !!!!
Déjà la guérisseuse le rejoignait, apparemment très inquiète alors qu’il marmonnait tant bien que mal à ceux qui l’entouraient qu’il allait bien, que ce n’était rien et qu’il n’avait mal que parce que son épaule était à moitié déboitée… Un peu têtu quand même mais le pire c’est qu’il semblait on ne peut plus honnête alors que déjà elle s’occupait d’essayer de le soigner malgré ses protestations !

Cassidy semblait en état de choc, le fixant avec une expression qu'il n'arrivait pas à déchiffrer et il fronça les sourcils en s'approchant d'elle, s'échappant de la bonne garde de la guérisseuse qui en pestait de plus belle. Il ne faisait même pas attention à la foule qui les entourait, se contentant de fixer la petite demoiselle couverte de poussière de pierres et légèrement tremblante. Lui aussi en était recouvert, un peu de sang aussi mais peu, il ne saignait pas beaucoup au final. Il caressa doucement une de ses joues du bout des doigts en l'appelant dans un murmure pour qu'elle le regarde, se concentre sur lui.

- Eyh... Je suis ton chevalier... Tu as oublié ?

Petit sourire en coin, petit sourire taquin, suggestion comme quoi c'était à lui de la protéger. Non, il n'oubliait pas...
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 24 Oct - 22:14

Tout était passé si vite… Tout avait basculé… Cassidy tentait tant bien que mal de discuter avec Erwan, même si parfois, son regard partait dans le vague alors qu’elle levait les yeux vers le ciel, animée par une pensée que seule elle pouvait connaître. Erwan la reconnaissait bien là, même avant qu’elle ne se rappelle de Tristan, quand il l’avait sauvé la première fois, elle se perdait toujours dans l’immensité du ciel jusqu’à ce qu’il la ramène sur terre. Elle se contentait alors de cligner des yeux puis de tourner à nouveau son regard noisette vers lui, un léger sourire sur le visage légèrement timide et craquant. On ne pouvait pas lui en vouloir.

C’est à ce moment-là qu’elle glissa, marchant sur le sol verglacé, et qu’Erwan la rattrapa alors qu’elle se sentait tomber, dans une position pour le moins très romantique. Il la tenait par la taille alors qu’elle était légèrement penchée en arrière, resserrant sa prise plus que nécessaire. Son regard croisa celui de l’archer. Les joues de la demoiselle commençaient à se teinter d’une couleur rose alors qu’elle examinait Erwan, comme si elle venait à peine de se rendre compte de sa présence. Ou du moins de se rendre compte de sa présence comme « homme » et non comme interlocuteur. Elle ne comprit pas vraiment d’où venait cette chaleur, cette rougeur et commença à froncer les sourcils, tentant de retrouver ses esprits. Elle était si naïve et n’arrivait même pas à comprendre les réactions de son cœur. Peut-être se mentait-elle ? Peut-être n’était-elle pas totalement sincère et refoulait tous ses sentiments, les gardant cachés, pour ne pas avoir besoin d’y réfléchir ? Et pourtant on la connaissait bien plus prise de tête que ça !

Seulement, elle n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche pour dire un mot, une explication, un déroulement. Lequel d’ailleurs ? Demander à Erwan d’arrêter et que ça ne valait pas le coup ou bien autre chose ? Ca on ne le saura jamais puisqu’un cri bien familier pour la petite mage venait de percer à travers les parois de la montagne rocheuse de laquelle ils se trouvaient. Elle ne comprenait pas et aussitôt, son regard dériva vers la source du cri. Erwan avait l’air d’avoir compris car il s’écarta aussitôt de la petite mage, craignant que cela soit mal interprété, ne voulant pas attiré de nouveau les foudres du grand guerrier. Il était prêt à sortir une excuse… ou bien dire la vérité, il ne savait pas encore. Mais devant Cassidy ce n’était pas une bonne idée. Maladroit comme ils l’étaient, ils se cognèrent alors qu’Erwan s’écartait d’un pas en arrière.
Cassidy secoua la tête, grimaçante, craignant le pire. Elle ne voulait pas que Tristan se jette sur Erwan alors qu’il n’y avait rien. Et le fait que cette histoire de personnalité de dragon était encore si fraîche dans sa tête, tout comme les mises en garde d’Alanir, lui faisaient extrêmement peur. Encore un peu groggy par ce qui lui arrivait, elle secoua rapidement la tête pour reprendre ses esprits, son cœur battant à cent à l’heure alors qu’elle cherchait à reprendre son souffle. Elle mit les mains en avant et les secoua de gauche à droite, une expression inquiète et mal à l’aise sur le visage.

« Non attends Tris’ c’est pas ce que tu… »

Pas le temps de finir sa phrase qu’il plongea sur elle. Heu certes… Elle ne comprit pas, ferma les yeux, lorsqu’un énorme bruit se fit entendre au-dessus d’eux. La situation avait basculée très rapidement et la demoiselle n’avait rien vu venir. Haletante et impuissante, elle ne put qu’entendre qu’un bruit de gravas qui s’écroulaient au-dessus d’eux. Elle se sentit ridicule. Elle qui arrivait si instinctivement à créer une barrière pour se protéger n’était en rien capable pour le moment. Elle qui aurait pu les transporter plus loin était juste sur le derrière et choquée encore par les éléments actuels. Peut être ne devrait-elle pas être aussi dure avec elle-même, avec tout ce qui lui est arrivé ces derniers jours. Et puis sur le coup, son attention s’était relâchée alors que le danger était bien le cadet de ses soucis, bien déterminée à dissiper le malentendu naissant !
Et pourtant, c’est bien comme ça qu’elle était. Coupable, culpabilisant. Ses nerfs lâchèrent et quelques larmes partirent de ses yeux alors qu’elle se sentait dans un autre monde, comme si tout s’était arrêté, comme si elle ne se rendait plus compte de ce qui se passait autour d’elle. Lorsque le bruit s’arrêta, elle entendit la voix de Tristan, apaisante. Mais comment pouvait-elle être tranquille et calme quand elle ne savait rien de la situation, que si effectivement une roche s’était détachée au-dessus d’eux par quel moyen le jeune homme avait-il réussi à bloquer… uniquement avec son dos ? Alors même toutes ses paroles rassurantes ne l’aidèrent pas à se calmer, elle ne bougeait pas mais était tremblante comme une feuille alors que des pensées envahirent son esprit.

*Ne t’évanouis pas… Ne t’évanouis pas…*

Finalement, ils furent dégagés de là et tous semblaient soulagés que la petite mage ait l’air indemne mais ce n’était pas le cas du grand Drakkari, qui grognait et faisait des frayeurs à tout le monde. En même temps, il n’était pas dans un bon état et on pouvait même se demander comment il arrivait à tenir après ce qu’il avait fait.

Cassidy se pencha en avant, haletait, toussait. Elle cherchait à faire partir la poussière qui avait infiltré sa bouche un court instant et semblait penser que la situation était tout à fait irréelle. Où étaient-ils ? Que faisaient-ils ? Les dieux se jouaient-ils d’eux ? Pourquoi la roche avait craqué à ce moment ? Pourquoi ? Peinée, angoissée, le traumatisme d’une année passée à lutter contre des choses les plus irréelles les unes que les autres lui ressurgit en pleine tête. Des personnes bizarres, elle en avait croisé. Tout se chamboulait dans sa tête et elle finissait réellement par croire qu’on lui en voulait vraiment, malgré le fait qu’on lui clamait que tout ce qui avait été fait était pour son bien et la préparer à sa « mission ».

Alors que la guérisseuse l’examinait pendant que la jeune femme était dans un état second, ses yeux perdus dans le vide, la pensée de Tristan vint frapper son esprit et la fit sortir de cet état très particulier dans lequel elle s’était plongée. Elle l’observait.

Tristan tenta encore de minimiser la situation, et cela, même si Cassidy devint blême en apercevant la grande pique de fer plantée dans son bras comme si de rien n’était. Elle s’approcha de lui alors qu’il prononça une réplique bien à lui. La petite mage ouvrit lentement la bouche, leva un bras, détourna les yeux pour tenter de trouver les bons mots. Bien sûr qu’elle était contente qu’il l’ait sauvé ! Bien sûr qu’elle était soulagée qu’il n’était plus dragon comme avant ! Bien sûr qu’elle était consciente que les blessures étaient inévitables et qu’il ne faisait que la protéger ! Mais quand bien même… Quand bien même… Qu’aurait-elle fait s’il était vraiment mal ? S’il avait sombré dans les ténèbres et était redevenu comme quelques jours plus tôt ? Elle en avait marre des malheurs…

Pour le coup Erwan passait vraiment au second plan. C’était peut être ce que Tristan voulait voir au final… Qu’elle ne s’inquiétait que pour lui et qu’il restait le grand favori de son cœur et de ses priorités.

Finalement elle resta là, la bouche ouverte, aucun son ne sortant de sa bouche alors qu’elle secouait la tête sans savoir quoi dire. Quoi au final ? Le remercier ? Quoi lui dire ? C’était délicat… Elle se permit alors de poser doucement une main sur son bras, examinant la longue tige de fer qui lui taillait la peau.

« Enlève ça maintenant… Je vais bien merci… mais reste pas avec ce truc dans ton bras »

Le jeune homme finit par obtempérer mais il n’y avait pas à s’inquiéter puisqu’il semblait bien récupérer. Elle se fit plus sévère et tout en l’attrapant plus impatiemment par le bras, et l’entraîna à sa suite, voulant s’écarter de cette bande de curieux. Cependant, elle jeta un regard désolé à Erwan, se rappelant enfin de sa présence.

« Excuse moi… Je vais l’accompagner jusque chez nous, on continuera de discuter plus tard… »

Tristan semblait vouloir faire comprendre que tout allait bien et qu’il n’y avait pas besoin de repos, pourtant, l’air de reproche de la petite mage le convainquit d’obéir et de la suivre.
Lorsqu’ils arrivèrent, elle le conduisit dans sa chambre et lui ordonna de rester là, qu’elle allait s’occuper de lui rapporter de quoi manger et se nettoyer, même si il méritait plus une bonne douche et peut être des soins attentifs ?

Alors qu’elle retournait dans la cuisine pour chercher de quoi se restaurer ainsi qu’une bassine d’eau et d’un torchon propre, son regard se perdit dans le vague. Elle prononça un sort pour faire léviter le plateau repas et la bassine d’eau (son poignet n’étant toujours pas rétabli) puis rentra dans la chambre, serviette sur l’épaule.

Le plateau repas se déposa de lui-même sur le lit alors que la bassine à ses pieds et que la petite demoiselle se pencha en avant, l’air soucieux, mouillant la serviette dans la bassine avant de s’asseoir à côté de lui. Elle posa doucement le chiffon sur sa joue pour enlever des traces des poussières puis se mit à lui parler, choisissant soigneusement ses mots.

« Tu sais… je sais que tu veux à chaque fois me protéger, me sauver… et à chaque fois… j’ai peur pour toi… je ne peux pas m’empêcher de me demander si ça va être grave… si jamais tu t’évanouis pour de bon… j’ai peur aussi… même si je suis aussi contente en même temps que tu veilles sur moi »

Elle se mit à sourire timidement. Apparemment le Drakkari tenait plus à se faire pardonner de ces derniers jours, mais elle ne pouvait pas totalement lui reprocher le fait qu’il s’occupait bien d’elle. Elle en avait peut être besoin, qu’il soit rassurant à chaque fois, qu’il lui dise encore et encore que non il ne partirait plus, non il ne changerait plus.

Le soleil commençait déjà à diminuer, à travers la brume de cette saison hivernale. Elle s’excusa ensuite, disant qu’elle devait quand même terminer la discussion avec Erwan et qu’elle reviendrait vite. Déjà Cassidy était partie du studio pour retrouver l’archer.

Elle le retrouva bien et s’excusa une nouvelle fois. Pourtant elle ne resta pas longtemps avec lui. Quelque chose tracassait la petite demoiselle alors qu’elle tournait un instant le regard vers le ciel, alors qu’ils marchaient en direction du logement provisoire d’Erwan. Elle déclara encore au jeune homme qu’elle était vraiment désolée mais qu’elle devait vérifier quelque chose.

D’un pas vif, elle ne se dirigea pas vers le studio, dans le but de retrouver Tristan mais en direction de la forêt, en-dehors de la cité. Elle semblait soucieuse, inquiète, et regardait un peu partout. Pendant un moment, elle resta en hauteur sur un rocher, regardant la profondeur de la forêt. Ses pensées vagabondèrent sur les derniers évènements.

Depuis qu’Erwan était revenu, il semblerait que la tension était légèrement palpable autour d’eux. A vrai dire, Tristan se comportait bizarrement. Si il ne manifestait aucune jalousie, cela pouvait cacher quelque chose de bien plus lourd. Et que dire sur ce désespoir qu’elle ressentait de temps à autre sans savoir d’où cela venait ? Après tout ils étaient connectés tous les deux. Il lui avait tout que tout allait bien, comment s’inquiéter ? Pourtant, elle était persuadée que quelque chose ne tournait pas rond et elle aurait bien voulu discuter avec lui pour éclaircir les choses, mais il aurait encore démenti un quelconque état. Après tout ce qui s’était passé, cela n’étonnait guère la petite mage que Tristan cherchait encore à lui éviter bien des maux et douleurs.

Et pourtant, en revoyant Erwan, elle avait réalisé à quel point sa relation avec Tristan était bien compliquée. Peut être devrait-elle retourner avec l’archer ? Hors de question alors qu’elle détournait la tête d’un air déterminé. Elle n’avait pas fait TOUT ça pour rien. Maintenant que Tristan était redevenu à peu près normal, cela aurait été vraiment très méchant de sa part de la lâcher alors qu’il faisait tant d’efforts pour lutter contre sa nature. Et pourtant, elle était impatiente, partir loin, avec lui, se resouder, recoller les morceaux, et oublier tout ça… oublier tout ce qui leur arrivait.

Elle avait été très surprise aussi que Tristan soit aussi peu… jaloux ? Oui elle attendait plus à ce qu’il la défende farouchement… Enfin elle ne savait plus que penser. Peut être qu’Alanir aurait une meilleure réponse à sa question muette. Si tôt Tristan voulait se montrer sympathique avec Erwan, si cela cachait autre chose… et elle n’en savait rien. La jeune femme soupira un instant, serra les dents et se prit la tête dans les mains en la secouant doucement de gauche à droite.
Oui se retrouver, s’épanouir… oublier ? faire l’ignorante ? Attendre que ça passe ? Il s’était passé tellement de choses entre elle et Tristan qu’au final, elle n’était plus sûre d’adopter la bonne attitude. Son cœur se serra doucement. Oui il fallait faire quelque chose là maintenant… mais pour le moment elle avait autre chose à faire.

Lorsqu’elle sortit de ses songes, Cassidy secoua la tête, allumant une orbe dorée à côté d’elle. Il commençait à faire sombre, elle était au milieu de la forêt. Cependant sa raison était bonne. Car après un moment elle se décida à crier le nom du dragon qui partageait son corps et son esprit. En effet, la pauvre ne sentait plus sa présence et elle commençait à s’inquiéter sérieusement. S’il s’était passé quelque chose de grave ? Après tout, même si elle ne lui parlait pas beaucoup ces derniers temps, elle tenait beaucoup à lui et pensait plus au dragon qu’aux pouvoirs qu’il pouvait lui offrir. Elle était comme ça.

Elle courrait dans la forêt, cherchant par instinct, appelant à travers les arbres et le silence de la nuit tombante, de plus en plus inquiète de n’avoir aucune réponse. Et pourtant, elle n’aurait pas du s’inquiéter pour lui.

Car en effet, Alanir était bien dans la forêt, installé dans une clairière, allongé dans la neige, torse nu comme à son habitude, il fixait le ciel d’un air grave. Le dragon avait eu besoin de s’isoler un instant des humains car il se sentait parfois perdre le contrôle de ses émotions, ce qui n’était pas une bonne chose.

Il se rappelait, non sans la moindre douleur, sa tentative pour rendre Tristan jaloux. Il voulait juste bien s’assurer qu’il ne laisserait pas l’archer faire ce qu’il souhaitait, que Cassidy était naïve, très manipulable et en état de choc. Alors il voulait juste lui rappeler que la petite mage pouvait avoir des doutes. Et qu’il ne devait pas laisser ce genre de choses arriver. Etait-ce son côté dragon qui parlait ou cette autre partie, typique des humains, qui ressortait en lui à force de les côtoyer ? Après tout, il avait connu la jalousie dévastatrice de Cassidy, ses moindres doutes, ses colères, ses peurs, l’impression de ne pas être à la hauteur. Défendre farouchement ce qu’elle aimait. Ca restait bien particulier quand même. Et il avait pensé comme elle, sans réfléchir aux conséquences.

Elena n’était pas contente et si, le coup qu’elle lui avait lancé lui avait fait affreusement, le dragon eut un instant de frayeur. Ne jamais réveiller le dragon qui dort… Elle avait joué avec le feu et pas qu’un peu. Car dès le moment où l’humaine lui avait balancé cette sanction, il avait perdu toute notion d’humanité, agissant avec ces anciens réflexes, prêt à riposter bien plus fort et avec plus d’intensité. Pour un dragon, un seul coup aurait suffit, elle aurait peut être été surprise de le voir réagir ainsi. Il aurait rétracté ses griffes, envoyer un coup bien placé pour balayer l’affront et l’humiliation qu’elle lui avait fait.

Peut être qu’Elena n’avait rien vu, trop occupée à le sermonner, et pourtant alors qu’il haletait sur le sol, ses canines s’étaient agrandies, son regard s’était fait plus bestial alors qu’il poussait un grognement de douleur. Cela s’était joué à très peu de choses près. Et pourtant, lorsqu’il avait relevé la tête, quelque chose l’avait retenu. Heureusement qu’il partageait un lien avec Cassidy, heureusement qu’il fréquentait les humains depuis quelques semaines déjà, cela devait être la raison de son repli et pourtant… elle avait eu beaucoup de chance. La mésaventure de Tristan ne lui avait-elle donc rien appris ? Ne pas contrarier un dragon, ne pas lui rentrer dedans. Et pourtant, c’est ce qu’elle faisait sans se poser de questions. Elle l’avait encore plus blesser par ses paroles suivantes… bien plus que ce que disait son visage puisqu’il la regardait à peine.

Il avait attendu qu’elle se défoule sur son buisson, le coup qu’elle lui avait envoyé se dissipant peu à peu. Il s’approcha un peu, hésitant, maîtrisant ses pulsions qui lui donnaient envie de rendre la pareille à cette humaine. Et pourtant il n’avait rien fait, à part l’écouter distraitement. C’est du moins ce qu’il laissait penser. Il avait bien imprimé quand elle avait parlé d’histoires de pulsions, qu’il était un dragon. Elle ne savait pas à quel point il le savait car de base, il était bien plus dragon que Tristan et bien plus vieux aussi même dans ce corps jeune.

Cependant il n’avait rien dit, ne s’était pas énervé, il aurait pu en envoyant des remarques très sarcastiques comme quoi il était effectivement dragon et ne pouvait pas comprendre les humains, mais qu’elle, elle ne le comprenait pas non plus. Si sa réaction était exagérée, comment pouvait-elle lui reprocher ce qu’il avait appris directement par Cassidy ? La souffrance de la jalousie… Au final, c’était plutôt la petite mage qui était à blâmer.

Ils s’étaient entraînés plus tard, pendant tout le temps, Alanir était resté extrêmement docile, voire absent. Même la partie de chasse avec Tristan n’en avait que le nom puisque le dragon n’avait clairement, ni l’envie ni la motivation de « chasser ».

Si il avait accouru au moment où Cassidy en danger, en se rendant compte qu’elle allait bien il s’était éclipser, voulant, depuis bien longtemps, prendre un peu ces distances avec ce monde qui était très différent du sien.

Le dragon huma lentement l’air, les yeux fermés, la tête appuyée dans les mains alors qu’il regardait la brume qui se formait autour de lui, l’air frais de la nuit. Il ne savait plus depuis combien de temps il était là, mais ça lui faisait du bien d’être éloigné de l’agitation familière des humains. Au moins, même si il ne pouvait pas partir bien loin, il retrouvait un peu ses marques d’ancien ermite dans son ancienne « famille ». Soupirant un instant, il cligna des yeux. Soudain, ses oreilles se tendirent un peu alors qu’un cri familier, encore lointain, parvint à ses oreilles. Il entendit Cassidy qui l’appelait, inlassablement, le cherchant. Le dragon s’était redressé soudain, curieux, étonné qu’elle ait pensé à lui alors qu’elle était si occupée avec ses humaines auparavant.
Une seule pensée dans son esprit les connecta à nouveau et si au départ, la petite mage devait être bien loin, elle s’était rapprochée en sentant leur connexion dans son esprit. Car elle avait arrêté de l’appeler et apparut rapidement derrière des buissons, si vite qu’il se doutait qu’elle avait très sûrement utilisé la magie pour aller plus vite. Elle était toute rouge la petite mage, haletante, reprenant son souffle, alors qu’il se redressait sur ses avant-bras pour mieux l’observer, elle qui était venue le chercher, le retrouver, magnifique déesse éclairée de la lumière de son orbe dorée, en haut de la pente qui débouchait sur la clairière.

Elle coura dans sa direction, l’inquiétude se lisant sur son visage alors qu’elle parlait tout en courant pour le rejoindre, lui disant qu’elle s’inquiétait pour lui, pourquoi il était là tout seul, si elle avait fait quelque chose de mal peut être. Mais alors qu’elle était concentrée sur ses paroles, en pleine descente, la petite mage n’avait pas vu le caillou un peu plus gros recouvert par la couche de neige. Alanir, trop en train de réaliser ce qui se passait, n’eut pas la réaction instantanée.
Elle trébucha dans un petit cri et se mit à rouler le long de la pente. Alors que le dragon se rendait compte de la situation, il s’était redressé un peu trop vite, pour entamer un sprint afin de récupérer la malheureuse inquiète. Dans son élan, et comme à chaque fois qu’il était troublé, ses jambes ne fonctionnaient plus correctement et il s’effondra un instant dans la neige dans un bruit sourd avant de secouer la tête, des flocons s’attachant dans ses cheveux rouges et reprit sa course pour la récupérer.

L’orbe de Cassidy s’était éteinte au même moment que sa chute. Alanir la souleva délicatement en avant, regardant la petite mage, inquiet. Ses yeux étaient fermés et sa peau bien pâle. Il la secoua un peu, remit ses mèches blondes en arrière, tapota doucement ses joues, avec plus de douceur qu’on pouvait le supposer des dragons et parla d’une voix étouffée, légèrement coupable.

- Non non non non non Cassy ! Allez réveille toi petite humaine ! C’est rien hein d’accord ? Je suis… je suis… pardon ! Je voulais pas… t’inquiéter…

Il bredouillait un peu, laissant tomber son masque d’indifférence, ou tout ce qu’il avait montré jusqu’à présent, baissant lentement la tête, resserrant sa prise sur les épaules de la frêle mage puis la serra un peu plus contre lui, dans une attitude de protection, la prenant contre son torse même si il savait qu’elle n’avait pas froid, aussi peu couverte était-elle.

Alanir redressa la tête, réfléchissant à toute vitesse. Il prit délicatement la petite mage évanouie dans ses bras, et entama alors le chemin du retour, même si il aurait préféré se cacher derrière elle afin qu’elle le sorte de là. Ca ne lui ressemblait pas.

Grâce à sa très bonne vision nocturne, il n’eut aucun mal à retrouver le chemin de la cité. Car de l’autre côté, l’inquiétude gagnait certains.

Et en effet, Erwan était parti retrouvé Tristan. Après tout, Cassidy lui avait bien dit qu’elle revenait et ce n’était pas le cas ! Lorsqu’il rejoignit le Drakkari, occupé à déplacer des affaires, il lui adressa la parole d’un air hésitant mais légèrement suspicieux.

- Tu n’aurais pas vu Cassy ? Elle m’a dit qu’elle revenait mais ça fait bien trois bonnes heures qu’elle est partie…

Que répondre à ça ? Quoi dire ? Là il venait de faire une annonce choc à Tristan. Alors qu’ils décidèrent de la chercher dans la cité, tous ensemble, se rendant compte de la disparition d’Alanir en plus et après plus d’une demi-heure de recherches, où les tensions devaient être présentes, les deux compères réapparurent.

Le petit groupe était en train de chercher du côté de la fontaine lorsqu’une grande silhouette apparut et s’éclaira à la lueur de la magie des torches. Alanir avait le visage fermé et continua lentement son chemin vers l’appartement. Son regard semblait dire qu’il n’était pas disposé à répondre aux questions qu’on pouvait lui poser.

Il se contenta d’un bref « Elle est venue me chercher dans la forêt et a trébuché dans la neige » comme explication. On lui ouvrit la porte et déposa la petite mage avec attention sur le lit, vérifiant qu’elle n’avait rien et tourna les talons.

Alanir ne partit pas très loin. En effet, il s’était installé sur le balcon, comme il aimait souvent le faire, allongé sur la rambarde et soupirant très lentement.
Erwan finit par partir également, lâchant quelque chose comme quoi il reviendrait le lendemain pour voir si tout va bien.

Seul Tristan et Cassidy restaient dans la chambre. La petite mage semblait vraiment épuisée et cachait bien son état de fatigue depuis des jours, peut être même pire que ce qu’on pouvait penser ou imaginer. Pourtant elle dormait paisiblement et on serait bien incapable de connaître son état actuel. De ce qui se passa, elle n’en sut rien.

Ce n’est que quelques heures plus tard qu’elle se réveilla, encore groggy. Un regard sur la droite lui montra que Tristan l’observait, sans vraiment dire quoi que ce soit. Elle grogna et se mit une main sur la tête. Alanir avait du la ramener. Cependant, elle n’était pas pour autant rassurer sur l’état du dragon et déjà elle se levait, faisant fi de ses impressions, pour avoir une discussion avec le dragon.

Mais ça devrait attendre, car Tristan en avait bien besoin lui d’une explication alors qu’il se mettait devant elle en insistant pour qu’elle retourne se coucher.

« Ca va ca va Tris’ ! T’inquiète pas pour moi. Je cherchais juste Alanir, j’ai pas compris pourquoi il est parti s’isoler et ça m’inquiète un peu alors je voulais voir que tout allait bien… »

Elle mit les mains derrière son dos et fit un sourire timide, comme pour tenter de le convaincre qu’il la laisse passer.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Dim 7 Déc - 13:03

Oui, tout s’était passé si vite…
Le danger… Elle était en danger. Il ne parvenait plus vraiment à se souvenir. Il savait juste qu’il rentrait de la chasse et que celle-ci ne lui avait pas permis d’apaiser son coeur tourmenté même si son visage restait de marbre. Il se souvenait vaguement avoir remarqué qu’Alanir n’avait pas l’air dans son assiette mais ne pas s’être risqué à lui poser de questions, trop inquiet même s’il n’osait se l’avouer d’être repoussé aussi par son aîné. Alanir… L’étrange dragon corrompu repenti qui s’intéressait tant aux humains grâce à Cassidy. Se souvenait-il pleinement de sa vie d’avant ? De son comportement d’avant ? Sans doute un peu… Assez pour se rendre compte à quel point la générosité, la douceur, l’humanité de cette petite demoiselle l’avaient… transformé… Se souvenait-il avoir attenté à sa vie ? Tristan espérait que non… Le poids de cette culpabilité serait bien trop dur à porter quand on voyait l’amitié fusionnelle qui les liait l’un à l’autre.

Il avait remarqué son comportement fermé lui qui était si curieux d’ordinaire. Il avait entendu, en s’éloignant, Eleyna sermonner le grand Drakkari bien plus tôt et espérait que ce n’était pas à cause de lui qu’il n’allait pas bien au final. Il avait hésité à plusieurs reprises, inquiet en tant qu’ami mais il ne savait plus comment penser et comment agir. L’humain en lui s’intéressait à autrui et voulait savoir comment allait son ami dragon, mais la créature elle… respectueuse et arrogante, égoïste lui rappelait que ce sentiment de compassion était inutile, peut-être offensant… Il n’avait rien dit. Ils rentraient sans se parler, deux grands et solides jeunes hommes qui s’apercevaient de tellement loin.

Pourquoi l’avait-il cherchée des yeux ? Parce qu’il l’avait toujours fait même sans s’en rendre compte. Tant qu’elle n’était pas à ses côtés, oui, il la chercherait… S’était-il déjà aperçu qu’il l’avait cherché toute sa vie ? Probablement pas…
Son regard d’ambre s’était posé sur la menue silhouette qu’il aurait reconnue à des centaines de mètres de distance, ses longs cheveux d’or qui cascadaient jusqu’à ses reins et dans lesquels le vent jouait un bien doucereux ballet, son corps qu’il connaissait par coeur, son image s’imposant à ses yeux qu’il fermait pour maitriser un peu mieux, inutilement, la vague d’émotion qui lui submergeait le coeur et lui nouait la gorge, comme à chaque fois. Elle ne l’avait pas vu mais ce n’était pas grave, elle devait être perdue dans ses pensées et il en était presque heureux. Il allait venir la rejoindre et peut-être, si elle était suffisamment pensive, ne remarquerait-elle sa présence que lorsqu’il enlacerait tendrement sa taille de ses bras, arrivant dans son dos. De son nez il dégagerait les mèches blondes au niveau d’une ses oreilles et glisserait ses lèvres sur sa nuque avant de souffler timidement ses sentiments à son oreille… Juste pour la surprendre, pour lui rappeler et parce qu’il en avait désespérément envie… et besoin. Il hésitait tant à lui dire, à lui montrer.

Il savait ce que ses actes horribles et inqualifiables le rendaient détestables aux yeux de presque tout le monde dans la cité. Il avait tant malmené la douce jeune femme. Mais ce n’était pas pour se faire rattraper qu’il voulait agir ainsi. Pas… que…
Comment lui dire ?
Et puis ses jambes qui le guidaient déjà vers celle à laquelle il était inexorablement lié, les douleurs qui s’envolaient, juste en la voyant, simplement parce qu’elle était là alors qu’il ne contrôlait pas sa mâchoire, ses lèvres qui s’étiraient dans un sourire charmé et charmeur. Quelle étrange et douce muse les dieux avaient donc créée… Elle faisait sourire tant de gens, apaisait tant de coeurs mais lui… ce qu’elle provoquait chez lui, c’était juste…
Et il aperçut Erwan…
Tristan se figea dans sa marche, un pied légèrement relevé. Son sourire disparut de son visage alors qu’il observait l’archer, de loin, qui parlait à la jeune femme, archer qui de temps en temps effleurait sa main plus dans sa gestuelle langagière qu’en le faisant réellement exprès. Son coeur se fit de plomb dans sa poitrine, de métal glacé si lourd qu’il l’étouffait à moitié, la douleur de nouveau, une vague de haine, de colère possessive… La tentation de fondre sur l’humain et de lui décocher son poing en pleine mâchoire, blindant sa peau de ses écailles pour lui faire vraiment mal, l’éprit un instant qui lui sembla durer une éternité alors que ses muscles se tendaient déjà. L’envie de l’éloigner d’elle, de sa princesse, éloigner cet homme, cet homme qui plus que n’importe quel autre devait rester loin d’elle… Cet homme qu’elle avait aimé… Il se maitrisa en se mordant furieusement la langue jusqu’à ce que le goût de son propre sang le rappelle à l’ordre et il n’aurait su dire si le regard qu’il détournait du petit « couple » était brouillé par des larmes de douleur, de rage ou d’impuissance.

Il s’était retourné pour marcher vers les grandes cuisines du village, apporter la proie qu’il avait attrapée pour le diner du soir qui devait être en commun comme bien souvent, faisant un lent décompte dans sa tête. Comme à chaque fois qu’il cherchait à contrôler ce qui le dépassait : désir ou rage…
Et puis l’instinct, brutal, nouvelle brusque vague d’émotion qui lui ébranlait le coeur. Danger. Il n’avait pas réfléchi cette fois. Il n’en était pas capable. Il avait blêmi, le lourd sanglier sur ses épaules était tombé dans un bruit sourd alors qu’il hurlait le nom, non, le surnom de sa compagne en se retournant vivement, courant comme si sa vie en dépendait. Il n’avait pas alors aperçu leur promiscuité et heureusement pour eux trois ne s’en rendit même pas réellement compte, pas à cet instant du moins. Il ne vit pas la tendresse dans le regard d’Erwan. Il ne vit pas le trouble chez sa si douce petite amie, ni son rougissement, ni la soudaine hésitation qui allait la faire hésiter par la suite… Il ne vit que l’origine du danger qui se manifestait si tard par rapport à son propre instinct : ce pan de roc qui se scindait en myriades de pierres de différentes tailles, certaines énormes, d’autres minuscules, toutes les tailles, ces pierres qui tombaient sur celle qu’il aimait. Brutalement il avait repoussé Erwan et lui avait probablement ainsi sauvé la vie.

Mais c’était sur elle qu’il s’était jeté pour la protéger, plongeant légèrement sur le côté, mû par ce même instinct. La vérité, c’est que ce qu’il prenait pour son instinct était une manifestation primaire de son pouvoir et c’est probablement ce qui leur évita de finir aplati. Par le plus heureux des hasards en effets les deux plus grosses roches tombèrent de chaque côté d’eux mais ne les touchèrent pas et au contraire les protégèrent d’une partie des autres pierres. Hasard… Non pas tellement… Néanmoins, le jeune homme était bien en train d’amortir lui-même les chocs, grâce à ses écailles même s’il dut vite se rendre compte d’un phénomène troublant en serrant la petite mage contre lui… Il y avait quelque chose de bizarre.

Il ne put pas faire grand chose pour la rassurer, pour la calmer, la sentant mal, plus qu’elle n’aurait dû l’être. Peut-être était-ce par leur lien mais soudainement il sentit quelque chose s’effriter entre eux, devenir terriblement fragile, quelque chose de grave était en train de se produire, il ne savait pas quoi, ni pourquoi… Mais une brusque terreur le fit trembler des pieds à la tête même s’il reprit aussitôt, le faisant passer pour un nouvel amorti de chutes de pierres. Il ne dit rien. Il ne pouvait rien faire…
On les dégagea et il s’inquiétait pour elle déjà alors que tout le monde s’était rassemblé pour les secourir. Elle était si pâle et lui semblait tellement fragile. Inquiet, le grand jeune homme voulait s’accroupir près d’elle, effleurer une de ses épaules du bout des doigts quand il remarqua, par les autres, la pique qui lui traversait l’épaule, louchant dessus sans comprendre. Il n’avait même pas mal… Enfin à peine, comme si ce n’était rien et ça le surprenait d’ailleurs pas mal. Elle avait remarqué aussi et ça la sortit de sa transe car elle était déjà près de lui, encore plus pâle. Il essayait de la rassurer, pourtant le plus honnête du monde… mais elle ne le croyait pas vraiment.

Pourtant, il se sentit rassuré… L’inquiétude s’évanouit. Elle s’inquiétait pour lui et il balaya bien loin de son esprit l’impression fugace de morcellement qu’il avait éprouvée au moment même où la pauvre demoiselle se mettait à douter d’elle bien plus que de raison. Il crut que ce n’était qu’une impression passagère à cause du danger. Il oublia. Parce qu’elle était près de lui, inquiète et ne le croyant pas… Comme elle l’avait toujours fait. C’est vrai… Elle ne l’avait jamais réellement cru quand il lui disait que ça allait et même s’il est vrai qu’il minimisait toujours un peu ses mésaventures il ne lui mentait pas vraiment. Tant qu’elle était près de lui, étrangement, la douleur était moindre et tant qu’il l’avait… il guérirait.
Peut-être était-ce égoïste mais il se sentit heureux d’avoir toute son attention. Sa propre jalousie l’écoeura, son égoïsme le faisant copieusement s’insulter, mentalement du moins. Pourquoi avait-il tant besoin qu’elle se tourne ainsi vers lui ? Qu’elle oublie Erwan ? Etait-il aussi… minable ?
Mais sa joie et ses remontrances furent de bien courtes durées, elle ne parlait pas comme d’habitude, elle n’était pas comme d’habitude, sa posture, ses mots, son articulation… ce n’était pas comme d’habitude non… Il avait senti des changements dont elle-même n’était probablement même pas encore pleinement consciente et une nouvelle vague de peur l’éprit alors qu’un souvenir si douloureux s’imposait à son esprit… Le rappel qu’il avait vu des différences certes mais sans les remettre en question quand le double de la jeune femme s’était approprié sa vie. Sa gorge se nouait alors qu’il avait envie d’arracher son bras de sa main et de courir loin, vraiment loin, fuir ce souvenir qu’il ne pourrait jamais oublier, fuir la terreur de revivre ce moment. Il serra les dents mais elle insistait et un instant la douce inquiétude dans son regard la convainquit que c’était bien elle. Il hocha la tête, pourtant crispé, complètement raide et obéit docilement alors qu’elle parlait à Erwan. Non… Il y avait quelque chose d’étrange, il le sentait, dans son odeur, il l’entendait dans sa voix. Personne ne le remarquait ou quoi ?!!!! Ses sens plus développés, leur lien si étroit lui permettaient plus que probablement de ressentir, légèrement, ce que personne d’autre ne pouvait réellement voir, pas encore du moins.

Il se laissa mener jusqu’à l’appartement et pousser dans sa chambre même alors qu’il essayait de la rassurer et de lui dire qu’il allait bien. Sa propre voix le surprenait… Elle lui semblait si lointaine. Il se rendit compte qu’il n’était pas pleinement rassuré… Et qu’il n’osait même pas lui parler, lui demander ce qu’elle avait, ce qui n’allait pas. Depuis quand il n’osait pas ???? Il n’était guère difficile de répondre à cette question là et il baissa piteusement les yeux, coupable.
Elle l’avait laissé dans la chambre et il l’entendait dans la cuisine faire couler de l’eau. Lentement il se dirigea vers la grande penderie et s’examina dans un des miroirs après avoir ôté sa tunique. La barre métallique, guère épaisse lui avait quand même troué la peau de part en part. Et pourtant, s’il portait de plaies, l’une dans le dos, l’autre sur l’avant de l’épaule, elles ne saignaient presque pas et ne semblaient l’une et l’autre pas profondes du tout. Il fronça les sourcils, ne comprenant pas… Il s’était déjà débarrassé de ses bottes et de son pantalon, le tout plein de poussière de pierres lorsqu’elle le rejoignit dans la chambre alors qu’il s’était docilement assis sur le lit. Il ouvrit la bouche pour lui dire qu’il pouvait aller se doucher, qu’elle n’était pas obligée de s’occuper de lui ainsi mais un seul regard sur elle le rendit muet alors qu’il sentait sa gorge se nouer. Sa mâchoire se crispa. S’il ne pouvait plus poser les yeux sur elle sans se sentir aussi coupable et monstrueux que ce qu’il ressentait à cet instant, il ne pourrait plus jamais la regarder et encore moins dans les yeux ?!! Mais qu’est ce qui s’était passé pendant cet accident au juste ? Brusquement entre eux… ce fossé, énorme… un fossé si profond, si sombre, si large… Il avait peur et n’osait pas le franchir. Ou bien il ne savait plus comment le faire. Il demeura silencieux, se laissant faire alors qu’un frisson courait sur sa peau au moment où elle le toucha, prenant temps et minutie pour le débarrasser de toute cette poussière. Elle n’avait même pas louché sur ses abdos comme elle le faisait d’ordinaire mais là… ça n’avait pas la moindre importance.

Le silence pesant entre eux fut rompu par la demoiselle qui le remerciait ou… enfin ce qui ressemblait à un remerciement du moins. Il releva lentement les yeux, ne comprenant pas ce qu’elle voulait lui dire, le visage soudain si ouvert à ses émotions : trouble, incompréhension. Bien ? Pas bien ? Que devait-il faire ? Et dire ? Et… Elle était contente ou en colère ? Il ne savait pas… Il avait immédiatement rabaissé les yeux sur ses propres mains posées sur ses cuisses et avait ouvert la bouche quelques secondes, incapable de parler avant de se lancer timidement :

- Euh… je… je… Désolé… je voulais pas… te… te faire peur. C’est juste que…

Il se tut un instant, serrant les poings et relevant les yeux sur elle mais cette fois débarrassé de son air troublé, la fixant un court instant avec une détermination inébranlable.

- C’est à moi de te protéger. Tu ne peux pas me perdre. Moi oui…

Parlait-il réellement de blessure ? Ou d’éventuellement quelque chose d’autre ? Après tout il était avéré que le jeune homme guérissait grâce aux baisers de sa compagne, à sa simple présence et bien plus rapidement qu’elle ! Même les plus graves s’estompaient grâce à elle ! Mais l’inverse n’était pas totalement vérifié… Elle le maintenant en vie. Mais lui ?… N’était-ce pas à lui de prendre les coups ? En toute… normalité ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à l’accepter ? Pourquoi ne comprenait-elle pas qu’il se sentait utile et protecteur ainsi ? Pourquoi ne voyait-elle pas qu’il devenait plus fort et qu’en maitrisant chaque jour mieux son corps il pouvait mieux se protéger, mieux la protéger… Savoir qu’il lui faisait peur… donc encore du mal. Ca le rendait… triste.

Il allait dire quelque chose au bout de quelques minutes qu’elle avait passée à le soigner et à s’occuper de lui mais elle se redressa après l’avoir plus ou moins forcé à s’allonger pour lui annoncer qu’elle allait terminer sa discussion avec Erwan. Il se crispa un peu, ouvrant de grands yeux surpris en la fixant, ne comprenant pas davantage. Pourtant un doux sourire éclaira rapidement le visage du jeune homme.

- D’accord.

Mais alors qu’il se redressait légèrement, en quête d’un baiser, baiser guérisseur ou simple besoin du coeur qu’elle ne lui avait pas encore donné. Etait-elle si pressée que cela de quitter cette pièce ? Elle ne l’ignora pas évidemment, elle n’était pas ainsi mais elle semblait perdue dans ses pensées et ne le vit même pas faire tournant déjà les talons en ajoutant qu’elle reviendrait rapidement. Déjà la porte de leur chambre se refermait alors que le jeune homme dans une position semi-relevée se sentait frustré et abandonné, troublé de constater que ce baiser perdu lui manquait horriblement. Il se laissa retomber sur le matelas, les sourcils froncés, tout à sa réflexion. Quelque chose n’allait pas chez elle… Mais il n’arrivait décidément pas à savoir quoi et après tout ce qui s’était passé, même si c’était tout à fait normal qu’elle en ait assez, il craignait vraiment de lui poser des questions… Parce qu’elle avait toutes les raisons de le repousser, toutes les raisons de lui en vouloir. Une stupide idée lui vint à l’esprit : elle lui en voulait. Oui… Elle le détestait d’avoir été si faible, de ne pas avoir tenu face à sa personnalité draconienne, elle le détestait de ne pas avoir été avec elle sur cette île. C’était ça non ? Elle en avait assez de souffrir… Assez de constater qu’il n’était jamais là quand elle avait vraiment besoin de lui.

Le jeune homme poussa un profond soupir de tristesse, submergé par toutes les émotions qu’il éprouvait en même temps dont ce si vil désespoir qu’elle avait même réussi à ressentir finalement. Il ferma les yeux pour se forcer à faire le point, à se calmer, la fatigue accumulée par de longues nuits sans sommeil ou presque le rattrapa aussitôt et il s’endormit pour un monde peuplé de ses pires cauchemars.

Elle avait retrouvé son ami archer mais finalement lui aussi elle le quitta rapidement et en mentant qui plus est ! Prétendant retrouver son fiancé alors qu’elle partait à la recherche de son ami dragon. Aucun des deux jeunes hommes amoureux et jaloux ne le sut évidemment mais elle partit à sa recherche, pleine de doutes et de peur, d’interrogations et probablement d’un énorme et retentissant ras-le-bolisme sur sa vie trop agitée. Elle s’inquiétait pour Alanir. Comme elle s’inquiétait toujours pour tous ceux qui comptaient pour elle. C’était aussi cette part d’humanité, de tendre générosité qui rendaient Tristan si fier d’elle, si admiratif aussi.
Il ne sut rien de sa recherche qui devenait désespérée, de son ressenti comme il ne savait rien des sentiments qui agitaient le grand dragon de feu, encore moins sur le danger qu’avait encouru un peu plus tôt dans la journée l’excentrique capitaine.

Tristan rouvrit les yeux. Il faisait complètement nuit à présent et il se redressa lentement en fixant les alentours de la pièce. Le plateau qu’elle lui avait préparé, intact, était toujours là. Il bougea prudemment son épaule blessée. Il n’avait pas mal, défit le bandage qu’elle lui avait confectionné pour remarqué les marques blanchâtres de cicatrices bien présentes mais loin des blessures qu’il avait un peu plus tôt. ses doigts tâtèrent la boursoufflure. Rien… Pas la moindre douleur. S’il était surpris et fronçait les sourcils, il ne se posa pas davantage de question et se leva, attrapant un pantalon dans son placard qu’il enfila rapidement. Un sourire joyeux aux lèvres, s’exonérant à chasser ses pensées malsaines et à être celui qu’elle méritait, il sortit de la chambre avec son plateau pour le remettre à la cuisine, entonnant un joyeux, et légèrement forcé :

- Ton chevalier est réveillé princesse ! Tu sais tu pouvais venir me voir, je ne me serais pas rév…

Il se figea en découvrant que le reste de l’appartement était aussi sombre que sa chambre, pas de feu, pas de lumière, pas de présence. Surpris, un peu inquiet puis attristé, il alluma les cristaux présents, regardant vaguement l’horloge suspendue dans la cuisine. Elle était partie depuis un bon moment déjà voir son archer. Il serra les dents, sentant une brûlure caractéristique dans sa mâchoire et secoua la tête pour se calmer, rangeant juste lentement ce qu’elle lui avait préparé. Il voulait manger avec elle… Pour s’occuper et se changer les idées mais ne voulant pas quitter l’appartement de peur qu’elle rentre entre temps, il se mit à ranger et à préparer le tas de linge qui serait magiquement lavé par l’une des filles de la cité qui avait un curieux don pour l’aider.

Il rangeait des livres par ordre alphabétique depuis quelques longues minutes déjà quand on toqua à la porte. Distraitement il avait répondu d’entrer, pensant à Maud. Mais ce n’était pas Maud. C’était Erwan, qui était venu voir Cassidy… Cassidy qui aurait dû apparemment être là, du moins de ce qu’elle avait prétendu. Et bien sûr ce n’était absolument pas le cas. En voyant son rival, le visage du Drakkari s’était fermé, les muscles de sa mâchoire jouant légèrement sous sa peau, la faisant paraître plus carrée qu’elle ne l’était déjà alors qu’il se redressait en croisant les bras sur son torse. Et il jubila un court instant de sa taille par rapport à l’archer. On se faisait plaisir comme on pouvait hein ! Mais cette sensation fut chassée dès que l’archer parla. Tristan se crispa un peu plus alors que tendresse pour la jeune femme et inquiétude à son égard se disputaient dans son regard.

- Elle est parti te rejoindre aussitôt après m’avoir soigné. Elle m’a dit qu’elle revenait vite. Je pensais qu’elle était avec toi.

Le même sentiment rassembla alors les deux jeunes hommes, un peur, une inquiétude prégnante pour celle qu’ils aimaient tous deux plus que de raison. Déjà Tristan attrapait une veste qu’il enfilait à la va-vite en guidant l’archer vers la sortie, lui donnant clairement des ordres.

- Descends jusqu’au camp d’entrainement ! Dis que tu viens de ma part et que Cassy a disparu, que tout le monde la cherche ! Si jamais elle fait un malaise par manque de magie elle peut-être n’importe où toute seule et pas en meilleure posture ! Je pars chercher dans les souterrains ! C’est plein de bassins profonds, j’espère qu’elle n’y est pas. On se rejoint sur la place ! Désigne des équipes de minimum cinq personnes pour les points cardinaux de la cité et six hommes pour fouiller les serres et jardins. On y va !

Clair, net, direct, un vrai meneur, Tristan montrait clairement ce que ces quelques temps dans l’armée Cheistam lui avait enseigné. Il était un bon stratège quand il agissait par instinct, il savait se faire obéir et mener ses hommes et même s’il n’avait probablement pas le moins du monde envie de lui obéir, d’être à sa botte ou tout ce qui pouvait s’y apparenter, Erwan devait bien reconnaitre que sur ce point, le grand Drakkari se débrouillait plutôt bien. D’ailleurs heureusement qu’il restitua mot pour mot ce qu’il lui avait dit car autrement les hommes auxquels il s’adressa ne l’auraient probablement pas écouté. Déjà ils obéissaient et se mettaient en recherche comme une machine bien huilée, tout le monde appelant la jeune femme. Tristan avait envoyé Mélodie voir si elle était chez Maud et tout le monde fut bien rapidement mis au courant de la disparition de la jeune femme. Ils cherchaient depuis un moment déjà, la tension familière de la peur s’insinuant dans tous les coeurs avec plus ou moins de force. Ils avaient allumé tant de torches, d’orbes et de cristaux que la cité était presque éclairée comme en plein jour. Tristan avait fait tous les souterrains rapidement, du moins ceux facilement accessibles, laissant ses sens le guider mais il n’arrivait pas à la ressentir, incapable de dire où elle était et même… si elle allait bien. Ca le terrorisait alors qu’il entendait sa propre panique s’insinuer de plus en plus dans sa voix quand il l’appelait, s’époumonant !

Il était ressorti, rejoignant les autres près de la fontaine pour les trouver aussi bredouille que lui et était déjà prêt à se transformer et prendre son envol lorsque Alanir était apparu en tenant Cassidy. C’était l’un des camarades de Tristan qui l’avait vu alors que tous se retournaient. Un profond soulagement mêlé d’inquiétude envahi le visage du Drakkari, mais aussi plus que probablement celui de l’archer alors que tous deux se portaient à la hauteur du dragon. Sauf que si Erwan était inquiet, bien que plus timide et très investi pour la petite mage, il ne connaissait pas Alanir et n’était clairement pas conçu pour ressentir et voir le genre de petits détails dangereux. Tristan avait brusquement tendu le bras sur le côté, plaquant une main sur le torse de son rival mais pas pour le doubler ou pour lui dire que c’était SA petite amie, juste pour lui éviter de mettre en colère le dragon qu’il sentait déjà tendu, réellement sur les nerfs. Erwan le fixa sans comprendre, peut-être furieux de le voir ainsi essayer de contrôler sa vie et ses actes alors que Tristan fixait son aîné avec un mélange de soumission, de crainte, de respect et de gratitude.

Il hocha la tête à son explication, s’en contentant, ce qui n’était clairement pas le cas de son compatriote et déjà pressait le pas devant lui pour lui ouvrir la porte de l’appartement puis celle de leur chambre. A peine l’avait-il déposée sur le lit néanmoins qu’il quitta l’agitation qui régnait dans l’appartement où plusieurs personnes s’étaient engouffrées, s’isolant sur le balcon. Tristan se refit chef de meute et demanda à tout le monde de sortir, les pressant de faire silence et de laisser la jeune mage se réveiller tranquillement et dans le silence, qu’il veillait sur elle et les tenait au courant. Il crut surprendre une vive lueur de jalousie et d’envie dans le regard d’Erwan mais n’en était pas certain alors que déjà l’archer sortait en imposant sa venue le lendemain. Il ne dit rien, referma les portes et rejoignit en silence la jeune femme.

Elle lui avait menti… Enfin un peu. Elle avait rejoint Erwan oui mais elle n’était pas restée avec lui. C’était plus à l’archer qu’elle avait menti au final. Parti chercher comme elle l’avait fait pour lui une petite bassine d’eau chaude et une serviette, il lui tamponna doucement le front et les joues de la serviette tiédie. Resté seul avec elle il l’avait doucement débarrassée de ses vêtements humides de neige et avait frictionné doucement ses mains et ses pieds après lui avoir passé un peignoir épais et tout douillet. Même si elle ne pouvait pas vraiment avoir froid, il s’inquiétait pour elle et prenait soin de sa petite princesse…

L’agitation dehors se calma alors que les troupes de recherches se dispersaient, allaient diner ou passaient encore un peu de temps dehors. La nuit était encore toute neuve.
Quand il eut fini son petit manège, Tristan s’assit sur une chaise qu’il tira près du lit. Il avait recouvert et bordé la petite mage si bien qu’elle donnait plus l’impression d’être dans un nid que dans un lit. Il passa un long moment à côté d’elle, sans la quitter, ne s’étant pas lui-même débarrassé de sa veste, la fixant juste, la tête bourdonnante de questions et de craintes, se remémorant ce qu’il lui avait fait ces derniers jours, ce dont, bien plus qu’il ne l’avouait, il se rappelait si bien… Trop bien.

Quand enfin elle ouvrit les yeux, même si sa respiration calme et régulière l’avait rassurée, il sentit une douce chaleur réchauffer son pauvre petit coeur éprouvé et un sourire s’empara aussitôt de ses lèvres. Décidément… L’observer, juste l’observer était un vrai élan de sport pour son corps. Voilà que son coeur s’emballait et qu’il se sentait tout intimidé et… euphorique. Juste parce qu’elle ouvrait les yeux, juste parce qu’elle le regardait. Il devait vraiment être… très idiot. Du moins c’est ce qu’il pensait.

Déjà elle essayait de se lever, ne se rendant probablement pas compte qu’elle ne lui avait même pas souri, qu’elle ne lui avait même pas demandé comment elle était arrivé là, qu’elle ne l’avait pas rassuré sur son état. Elle était bien cruelle. Mais ne s’en rendait probablement pas compte. Elle en avait assez tout simplement. Et il était certainement de trop dans sa vie dans ces instants de réflexions et de doute ! Oui, elle se levait malgré son état. Tristan se crispa et se redressa lui aussi, tellement plus grand. Ses cheveux étaient de nouveau un peu décoiffés alors qu’il baissait les yeux sur elle, la dominant de toute sa haute taille en fronçant les sourcils. Il ne lui avait rien dit non plus. Ne lui demandant aucun compte alors qu’elle se justifiait d’une explication pour le moins banale, succincte qui ne le rassurait pas vraiment. Elle lui fit un magnifique sourire qui ébranla un instant sa détermination alors que son regard s’attendrissait. Mais déjà il crispait de nouveau les mâchoires. Pourtant, c’est d’un geste très doux qu’il se pencha légèrement vers elle, la souleva par la taille et la reposa sur son lit, l’y allongeant, appuyant doucement mais fermement sur ses épaules. Enfin non, il ne l’allongeait pas vraiment, il l’adossait à un énorme coussin pour soulager son dos. Une de ses mains remonta jusqu’à sa joue qu’il effleura d’une caresse à peine effleurée, parlant très bas.

- Doucement princesse. Tu as fait une mauvaise chute. Ménage ton dos s’il te plait. Alanir t’a ramenée ici. Il est sur la terrasse. S’il te plait… Reste ici, je vais le chercher, je vous laisse parler juste tous les deux mais ménage toi s’il te plait… Déjà que tu risques d’avoir des bleus demain…


Trois « s’il te plait » dans la même tirade ? Oulà ! Elle avait dû sacrément l’inquiéter quand même. Il lui sourit tendrement, lui faisant confiance, pressant gentiment une de ses mains avant de sortir aussitôt prévenir le dragon de feu. Celui-ci était dehors, depuis des heures, vautré sur la rambarde, le regard perdu dans le vague. Tristan hésita un instant avant de le rejoindre, l’appela et n’obtenant pas de réponse lui tapota un bras en se tenant tout de même à bonne distance. Quand son aîné se redressa il s’écarta légèrement en évitant de le regarder.

- Cassidy est réveillée. Elle veut te voir, elle s’inquiète pour toi. M… Merci de l’avoir ramenée. Désolé si elle s’est blessé à cause de moi. Je ne savais pas que… Enfin… Je vous laisse discuter en paix, je sors donc… je n’écouterai rien… Hum… A plus tard.

Il sembla hésiter à ajouter quelque chose mais ne le fit pas. Encore une fois il se tenait à bonne distance de son aîné, comme s’il sentait que celui-ci non plus n’était pas dans son état normal, comme s’il ne voulait pas l’énerver. Comme s’il… voulait se faire tout petit, conscient probablement que leur malaise devait être dû direct ou indirectement à lui et ses récentes erreurs.
Comme promis, il inclina légèrement la tête, respectueusement, loin de sa hargne et de son impétuosité habituelles et rentra dans l’appartement avant de le quitter aussitôt, lui disant de prendre son temps pour parler à la jeune femme.
Bon d’accord elle avait dormi un moment quand même et il était tard mais de toute façon aucun impératif ne les guettait le lendemain.

La cité était beaucoup plus silencieuse qu’il ne l’aurait cru quand il se retrouva seul dehors. La température avait chuté et il sentit sa peau frissonner du gel qui menaçait ce soir-là. Frottant ses mains l’une contre l’autre, il descendit jusqu’à la grande place et alla toquer dans les vastes cuisines pour voir s’il y avait encore quelqu’un. Mélodie et une de ses amies qui aimaient toutes deux tant cuisiner étaient encore là. Le diner avait été servi en commun deux bonnes heures plus tôt et elles étaient en train de préparer la pâte pour les brioches du lendemain matin afin qu’elle puisse lever pendant la nuit. Elles accueillirent le jeune homme en souriant et en rougissant légèrement alors qu’il venait s’asseoir sur un tabouret. Mélodie sortit aussitôt une petite marmite de ragoût qu’elle avait préparé et qu’elle comptait apparemment leur apporter une fois sa tâche finie.

- Je m’inquiétais pour vous. Entre toi qui était blessé tout à l’heure et Cassidy qu’on ramène dans les vapes… Je voulais monter vous apporter à manger dès que j’aurais fini ici.
- C’est adorable Mél… Merci.

Elle devint toute rouge alors qu’il déposait un baiser sur une de ses joues, reconnaissant. Et sa meilleure amie gloussa bien qu’un brin jalouse tout de même. Elles demandèrent comment allait la jeune femme et il répondit qu’elle semblait bien se remettre mais qu’il préférait qu’elle se ménage pour l’instant même s’il était certain qu’elle n’en ferait vite qu’à sa tête.
Il hésita un instant puis leur demanda, un de ses plus beaux sourires aux lèvres s’il pouvait les solliciter encore un peu pour l’aider à faire des cookies pour la jeune femme. Un sourire complice passa entre les deux demoiselles qui trouvaient décidément ce garçon adorable et tellement attentionné et puis il était vraiment craquant hésitant et intimidé, ses pommettes légères rosies par le froid ou la gêne.
Elles acceptèrent de bon coeur de l’aider et heureusement qu’elles étaient là car il n’était pas vraiment doué et ne savait décidément pas du tout comment s’y prendre. Mais il mettait du coeur à l’ouvrage et au bout d’un moment de délicieux cookies chocolatés tout dorés sortirent du four. Il se brûla légèrement en voulant les mettre trop vite dans un plat et se mit à agiter la main en grognant ce qui fit également rire ses spectatrices amusées. Finalement, le jeune homme les remercia et chacune eut même droit à un baiser du jeune homme sur le front alors qu’elles devenaient aussi cramoisies l’une que l’autre face à ses compliments et remerciements. L’instant d’après, la hanse de la petite marmite dans une mains, un plat plein de cookies dans l’autre, il ressortait affronter le froid de l’hiver pour remonter jusqu’à l’appartement. Cela faisait bien une demi-heure à présent, ils devaient avoir fini de parler, non ? Non probablement pas ou ils avaient de quoi parler après tout le temps sans discuter réellement tous les deux, juste tous les deux… Il allait les laisser tranquilles, préparer la table… Ca devrait leur faire plaisir non ?
Il commençait à gravir les marches quand une voix l’arrêta.

- Tris ?

Il s’arrêta, faisant volte face, curieux et surpris de voir Eleyna avancer vers lui. Il fronça davantage les sourcils en apercevant sous son ample manteau l’éclat reconnaissable de son armure. Elle semblait gênée, hésitante, inquiète même. Soucieux, il posa aussitôt son plat en équilibre sur le petite marmite au sol, s’avançant vers elle.

- Eleyna ? Qu’y-a-t-il ?
- J’ai… appris pour Cassidy. Elle va bien ?
- Ca… devrait aller. Enfin c’est ce qu’elle dit. Elle n’a pas l’air plus que ça affectée. Mais elle a besoin de repos, ça se voit… Mais toi tu…
- Et ton bras ?
- Je vais bien.
- …
- Eleyna qu’est ce qui se passe ?
- Je… Je retourne à ma place Tris.
- …
- Je n’ai rien à faire ici. Ce n’est pas… Enfin je…
- Qu’est ce qui s’est passé ?
- Hum… T… Tout à l’heure. Alanir et moi… enfin je me suis disputée avec lui. J’ai… Dis lui que je suis désolée s’il te plait. Je… Je ne sais pas trop ce qui m’a pris, je me suis emballée et… Enfin je sais que tu vas mal et il… enfin non… J’ai… je n’aurais pas dû.
- C’est à cause de moi ?
- Non ! Non Tris… Ce n’est pas… C’est moi… J’ai réagi… comme je l’aurais fait avec un humain… auquel je tiendrai… un peu trop je pense et… Ca doit cesser c’est tout. Alanir est un dragon. L’espace d’un instant je l’avais vraiment oublié face à sa gentillesse et sa curiosité et… ensuite j’ai… eu peur… Bêtement et… Vous n’êtes pas pareil tous les deux. Et on se ressemble encore moins. De toute façon rester ici tout ce temps était une erreur. Ma place est sur un champ de bataille, pas ici… Et tu n’es pas fait non plus cesser de te battre Tris… Tu le sais bien.

Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais s’interrompit, baissant la tête, conscient qu’il ne pouvait pas lui faire changer d’avis, simplement en jetant un oeil à son air déterminé. Il effleura une de ses mains, inquiet et curieusement triste, elle le remarqua aussi.

- Tu es sûre ?
- Oui… Mais tu sais où me trouver. Ce n’est qu’un au revoir et j’ai besoin… de faire quelque chose d’utile.
- … d’accord.
- Ne sois pas triste s’il te plait.

Elle s’était approché tout près, trop près. Il sentait son odeur, fut surpris de découvrir en la voyant si près de lui à quel point elle tenait autant de l’elfe et de l’humain en même temps. Les traits ciselés des elfes, la fraicheur de l’humaine. Avant qu’il n’ait le temps de comprendre, elle avait passé ses mains autour de sa nuque et s’était collée tout contre lui. Elle était bien plus grande que Cassidy mais toujours plus petite que lui. Il hésita une courte seconde puis referma ses bras sur elle timidement alors qu’il sentait ses doigts effleurer les cheveux plus courts du haut de sa nuque.

- Tu es mon seul véritable ami Tris… Prends soin de toi s’il te plait. On se revoit bientôt…

Il ne dit rien, se sentant impuissant, se contentant d’acquiescer juste légèrement alors que déjà elle le lâchait et se reculait lui faisant un beau sourire et lui donnant un sec coup de poing dans l’estomac.

- Et entraine toi un peu sinon tu vas finir tout mollasson ! La prochaine fois qu’on se battra j’espère avoir droit au meilleur combat de ma vie.
- … Promis.

Elle lui sourit et se retourna, attrapant un sac qu’il n’avait même pas vu avant cela, le mettant sur son épaule. Il ouvrit la bouche pour lui proposer au moins de diner avec eux, comprit qu’elle ne le faisait pas pour une excellente raison et qu’elle ne voulait probablement pas recroiser Alanir de peur de ce qu’il pourrait lui dire ou faire… ou ne pas faire peut-être. Elle s’éloignait déjà de quelques pas lorsqu’elle s’arrêta. Il comprit que quelque chose n’allait pas et la rejoignit, posant une main sur une de ses épaules alors qu’elle se retournait et posait sur lui un regard torturé.

- Tris… Je… J’ai hésité… Je ne savais pas… si je devais te le dire ou pas… Mais tu as besoin de toutes les armes possibles pour ce combat-là.
- Eleyna ? Qu’est ce que…
- Ne m’en veux pas s’il te plait… Mon don… je… je l’ai utilisé… Je… Je ne sais pas si elle en a simplement conscience mais… Tris… Elle a des sentiments pour cet homme… forts…

Elle devait s’attendre à un choc, raison pour laquelle elle cherchait ses mots, hésitait, et avait même failli ne rien lui dire. Mais les paroles d’Alanir trouvaient aussi un sens. Il devait se battre pour Cassidy. Parce qu’un autre lion trainait dans la savane à cet instant et qu’il pouvait lui ravir sa petite mage-guerrière. Il devait être préparé à lever les doutes de la jeune mage et à lui prouver que si elle aimait Erwan et bien elle l’aimait, lui, un million de fois plus !!!! C’est du moins ce que pensait Eleyna. Qu’elle devait lui dire, qu’il devait savoir pour se préparer. Elle s’attendait à voir de la peine, de la résignation aussi peut-être mais de la force et du courage, un défi, cette inébranlable foi en leur amour, cette prétention chevaleresque, cette confiance un brin échaudée refaire surface. A la place, ce qu’elle vit la fit douter de son geste. Le beau jeune homme s’était tellement crispé qu’elle aurait juré avoir entendu ses articulations se tordre, claquer. Son visage était devenu glacé, inexpressif puis tout à coup beaucoup trop expressif… Ses mâchoires si serrées que son menton en tremblait légèrement, ses épaules qui semblaient s’affaisser, un peu, alors qu’il semblait si brusquement moins imposant, tellement moins fort. Et ses yeux… ses yeux qui se remplissaient de tristesse, d’impuissance et de désespoir… Ce même désespoir qu’elle avait déjà aperçu… Mais plus encore qui se remplissaient de larmes.

Elle resta bouche-bée devant cette apparition, ouvrant et fermant la bouche sans savoir que dire. Attrapant vivement ses mains légèrement tremblantes en les pressant, se demandant si elle n’avait pas fait une horrible et dévastatrice erreur. Pourtant aussi vite qu’il s’était abattu, le jeune homme se redressa et lui retirant une main, se la passa sur les yeux d’un revers de manche assez brusque avant de lâcher un léger rire qui sonnait faux.

- Ahaha… Je n’ai que ce que je mérite après tout… Merci de me l’avoir dit.
- Tris…
- C’est bon… T’inquiète… Je m’en doutais déjà je crois mais… je voulais pas trop… y croire…

Il lui sourit gentiment alors qu’elle fronçait les sourcils à cause de la très brève grimace douloureuse qui avait effleuré le visage du jeune homme. Elle remarqua ce que personne n’avait encore vu, posant une main sur une de ses joues en touchant une de ses marques, sourcils d’autant plus froncés.

- Tris… Tes marques… Elles n’étaient pas plus… dorées ? Moins ternes ? Plus vives avant ?

Il sembla sincèrement surpris et se passa une main sur l’autre joue, frottant légèrement.

- Je ne sais pas… Probablement que mon corps est en train de changer… enfin ils m’avaient dit que j’étais en transition, c’est probablement de ça dont il s’agit.

Elle hocha la tête, convaincue, le croyant sur parole. Elle hésitait à le laisser seul mais il avait l’air d’aller bien et son propre cheval s’impatientait plus bas dans le froid hivernal. Elle le salua, l’enlaça une dernière fois en lui redemandant de l’excuser auprès des autres, enfourcha sa monture et disparut dans la nuit.

Tristan quant à lui soupira, un peu triste de la voir partir puis se reprit, saisit la petite marmite et le plats de cookies et remonta jusqu’à leur appartement.
La porte de sa chambre était toujours close mais il n’entendait rien et n’avait vraiment pas envie d’écouter aux portes. Il prépara la table pour trois, mettant le ragoût à mijoter et les biscuits au four pour qu’ils restent un peu chaud encore.
Après quoi il s’activa pour allumer un feu qui réchauffa rapidement la vaste pièce devenue glaciale avec le temps. Après quoi seulement, il alla prendre une douche mais passa… énormément de temps dans la salle de bains.
Et pour cause…
Un bon moment plus tard un timide « toc-toc » se fit entendre à la porte de la chambre dans laquelle discutaient les deux amis. Tristan attendit d’avoir une réponse pour l’entrouvrir et juste y passer la tête. Alanir et Cassidy étaient assis sur le lit et devaient être en train de discuter. Elle était dans ses bras et même s’il connaissait leur amitié fusionnelle il ressentit un léger pic de jalousie à l’idée qu’il aurait souhaité être à la place de son confrère dragon. Etait-ce lui ou elle semblait un peu… tourmentée. Elle avait les yeux rouges ou c’était à cause… de la fatigue ? Elle se les frottait souvent quand elle était fatiguée et avec son teint de porcelaine ils se teignaient rapidement de rose.
Il leur fit un beau sourire néanmoins, chassant ses pensées.

- Salut… Hum… le diner va bientôt être prêt. Cassy… je t’ai fait couler un bain, prends ton temps d’accord ?

Apparemment ils comptaient l’écouter parce qu’elle se relevait déjà et ouvrait la porte, passant à côté de lui en l’effleurant alors qu’il se retenait pour ne pas l’enlacer et la garder juste pour lui. Il lui ouvrit galamment la porte de la salle de bains et apparemment il lui avait préparé un bain mousseux brûlant… à la lueur de nombreuses bougies. Alors qu’elle semblait surprise, il effleura ses lèvres des siennes et se recula aussitôt en lui disant de profiter. Tiens… il rougissait encore.
L’instant d’après, il la laissait seule et rejoignait Alanir qui s’était vautré dans un fauteuil près de la cheminée. Il hésita un moment et vint s’asseoir en face de lui, lui annonçant avec force diplomatie et prudence le départ d’Eleyna et surtout les excuses qu’elle souhaitait lui faire mais qu’apparemment elle n’osait pas vraiment lui faire en face. Le grand jeune homme choisissait bien ses mots ne voulant pas vexer le dragon et ne tenant rigueur ni à l’un ni à l’autre de cette situation.

- Elle semblait vraiment désolée Alanir. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne veux pas le savoir. Je me doute que c’est à cause de moi et je suis désolé… Mais…enfin… elle s’en voulait vraiment pour ce qu’elle avait fait. Et elle avait l’air… plutôt triste de partir comme ça… et de t’avoir fait du mal… ou de la peine, je n’ai pas très bien compris…

Il hésita à dire autre chose, s’abstint et quand Cassidy les rejoignit, ils se mirent à table. Tristan conscient du malaise présent essayait de parler de tout et de rien, de faire en sorte que tout se passe au mieux mais il ne savait pas si cela servait à grand chose. Heureusement il était déjà très tard et ils étaient tous fatigués, la soirée ne s’attarda pas trop donc.
Alors qu’il faisait la vaisselle, s’étant désigné d’office, il essayait d’imaginer la journée du lendemain, de prévoir, mais ça aussi ça devenait… complexe. Finalement il rejoignit Cassidy qui était en train de se préparer pour la nuit et lui demanda poliment si elle voulait qu’il aille dormir sur le canapé. Devant sa mine surprise il se justifia.

- Je sens bien que quelque chose ne va pas et que tu es un peu chamboulée… Toi et Alanir vous vivez ensemble depuis tellement longtemps. Si tu as besoin de dormir avec lui… Je comprends tu sais… Et si tu as besoin de temps pour m’accepter à tes côtés… Je comprends aussi.

Il lui sourit gentiment, ne lui laissant pas le temps de répondre alors que son visage se faisait à la fois plus sévère et déterminé.

- Mais… Je veux que ce soit clair quand même. Je déteste voir Erwan si proche de toi. Tu n’es peut-être pas consciente de ses sentiments pour toi mais moi oui. Et plus que n’importe quel homme j’ai dû mal à… supporter qu’il te touche ou s’approche tant de toi… Mais j’ai confiance en toi… et je… sais… que tu… tiens à lui. Alors pour toi je vais faire l’effort de me comporter comme quelqu’un de bien et de civilisé mais ne va pas croire que c’est… facile.

Il lui sourit tendrement, ayant apparemment hésité sur pas mal de mots puis se pencha ses lèvres et y déposa les siennes dans un baiser plus long, profitant probablement de sa surprise. C’est vrai que comme il n’avait pas du tout manifesté de jalousie, qu’il lui annonce de but en blanc qu’il l’était bel et bien, jaloux et probablement pas qu’un peu et que finalement il se maitrisait si bien, ça surprenait non ? Il en profitait un peu honteusement c’est vrai… Mais pour sa défense, ses lèvres étaient beaucoup trop tentantes !!!
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Dim 7 Déc - 21:06

L’accident… Cette chose qui lui avait tant fait peur et puis il était là… pour la protéger. Mais elle ne savait pas comment réagir, pas quoi lui dire. Elle essayait faiblement, de se rattacher à lui, de montrer un peu d’attention, de douceur. Mais ces derniers jours, elle l’avait bien trop fait ! Oh bien sûr qu’elle avait bien apprécié quand il l’avait soulevé pour lui donner un de ces baisers qui lui donnait le vertige mais il lui en faudrait bien plus pour qu’elle soit soulagée. Cette image la hantait… aussi bien qu’elle l’effrayait. Elle avait peur… Alanir avait réussi à lui faire un peu peur et peut être à ne pas pardonner toute suite… même si cela restait inconscient. Elle n’avait plus l’habitude, elle ne savait plus comment agir avec lui, même si il disait qu’elle l’avait aidé, il ne lui avait jamais réellement montré ouvertement, la laissant seule, oui, bien seule…

Alors, elle semblait plutôt distante mais ne savait pas trop quelle attitude adopter. La jeune femme le ramena à la maison et lui tint un discours, maladroit. Elle essayait les contacts mais c’est comme si son corps refusait de trop en fort, comme si elle n’était plus maîtresse de ses mouvements. Il répondit. Qu’il devait la protéger. Elle se crispa à la phrase suivante. « Ne pas le perdre ». Elle avait failli le perdre ! L’avait-il oublié ? Elle avait eu peur, elle avait eu des doutes énormes, ils ne volaient plus ensemble, ils s’étaient énormément éloignés et il lui confiait tout simplement qu’elle ne pouvait pas le perdre. C’était assez contradictoire. Elle se mit à sourire même si son cœur pensait autre chose. L’un comme l’autre se tourmentait, mais pas pour les mêmes raisons et comme d’habitude, ils ne communiquaient pas vraiment… se sentant aussi inutile l’un que l’autre.

C’était suffisant pour la perdre encore plus dans ses esprits, alors qu’elle parlait de s’éloigner pour aller vers Erwan. Aucun réflexe, rien, pas même un baiser. Ce n’était pas volontaire mais la pauvre était véritablement en train de craquer. Elle avait besoin aussi de s’isoler, de faire le point. Tout n’était qu’ombre chez elle, et la petite mage se demandait si elle n’était pas en train de perdre la tête. Et puis Alanir, son ami, ne répondait plus, ne semblait pas être là…
La course dans les bois lui permit de penser à autre chose même si elle était extrêmement inquiète. Elle tomba en avant et puis… le trou noir.

Elle avait ouvert les yeux, lentement, faiblement, papillonnant un instant. Elle n’était plus à l’extérieur, cherchant son incorruptible dragon. Pourtant lorsqu’elle souffla un instant, sa poitrine se soulevant comme si elle émergeait lentement. Son cerveau était embrumé, flou mais une seule chose la tracassait pour l’instant, Alanir. Elle savait que le dragon était quand même un être sensible, parfois très vulnérable malgré l’image qu’il montrait. Enfin il était corrompu avant ! C’est pour cette raison que sa fragilité était d’autant plus forte. Alors c’est sûr, ce n’était pas très sympa pour Tristan mais il y avait des choses que lui-même ne pouvait pas encore comprendre. Après tout, ils n’avaient pas eu le temps de discuter de son séjour sur l’île et cela même si c’était très important. Un an passé avec pour seule compagnie Alanir, et un moment Ysa… Une année entière à discuter, à se soutenir, à apprendre à se connaître, c’était même plus qu’elle n’avait jamais fait avec Tristan ! Et elle connaissait les points faibles du dragon.

Alors il est vrai que pour le coup, la petite mage se redressa bien rapidement, soucieuse, refusant de discuter avec son compagnon, comme si pour le moment, c’était l’état d’Alanir qui la préoccupait le plus… Ou peut être était-elle simplement perdue… Ou encore avait-elle pris l’habitude de ne plus se soucier des réactions de Tristan puisque jusqu’à présent, il se fichait et se moquait d’elle, du moins quand il était encore dans cet état second qui lui avait fait tant de mal. Elle n’avait pas la bonne réaction mais pouvait-on la blâmer entièrement ?

Elle avait oublié le reste du monde, comment elle avait été transportée là, et se tourna vers Tristan alors qu’il la bloquait et qu’elle tentait de lui donner une réponse même si dans le ton de sa voix, l’inquiétude pour le dragon était perçante. Elle s’était efforcée à sourire, parce qu’elle savait certainement que Tristan la laisserait faire et pourtant, il la força à s’adosser dans le lit. Elle ne lutta même pas mais le regarda avec incompréhension. Etait-elle vraiment la seule ici à ne pas se rendre compte de son comportement ? Elle craquait oui, feignait l’indifférence, feignait tout, tout le monde. C’était inconcevable.

Tristan lui parla et elle se fit plus attentive, le regardant un instant et cligna des yeux. Ainsi c’était Alanir qui l’avait ramené ? Au final ce n’était pas si grave que ça si il arrivait encore à avoir le bon sens pour la ramener jusqu’à un endroit sûr. Cela l’apaisa un tout petit peu alors que la tension se relâcha dans ses muscles et qu’elle soupira de soulagement un instant, un court instant. Elle n’avait pas remarqué que Tristan semblait bien plus nerveux, inquiet et peut être soucieux de son état. La jeune femme hocha très lentement la tête alors qu’elle le regardait s’éloigner.

Alanir regardait le ciel sombre, ou du moins, donnait l’impression de le regarder. Que faire ? Comment réagir ? Il était perdu lui aussi ! Et encore c’était très étonnant pour un dragon pur souche, corrompu qui plus est, ait autant de retenue. Il aurait pu tout simplement se transformer et faire un carnage dans la cité. Oui… Mais quelque chose le retenait, sans savoir trop quoi exactement. Il n’entendit ni ne vit Tristan, bien trop préoccupé pour dire quoi que ce soit. Et quand ce dernier lui tapota l’épaule, le dragon se mit à sursauter, vraiment très, trop étonné de se faire tirer ainsi de ses réflexions.

Il se redressa, les sens en alerte, et observa son confrère d’une drôle de manière, le dévisageant presque, semblant même le jauger du regard. Mais il n’arrivait pas à cacher sa rancœur envers celui-ci et même si il était plutôt de son côté face à Erwan. Sa rancœur d’avoir laissé Cassidy, de ne pas avoir lutté plus contre leurs pulsions. Alanir n’était pas très compréhensif car lui-même s’était laissé aller aux ténèbres. Mais contrairement à Tristan à ce moment là… il n’avait personne pour le sortir de ce cauchemar…

Il écouta Tristan, ne soufflant pas un mot. Mais lorsqu’il eut terminé, le fier dragon se mit à grogner, un grognement non identifiable, qu’on ne pourrait pas dire si c’était de colère, de lassitude ou encore autre chose.

- Tsssss… cette petite idiote…

Puis il s’éloigna sans rien dire de plus, ni justifier le fond de sa pensée. Déroutant quand même. Il avait rentré les mains dans les poches de son pantalon avant de se diriger vers la chambre et de rentrer en refermant la porte derrière lui. Le dragon s’assit à côté d’elle sur le lit, sans dire un mot. Cassidy le fixa lentement, assise, et n’éclata pas non plus, l’observant. Le silence entre les deux était bien présent. Ce n’est que lorsque la jeune femme sentie le dragon un peu se relâcher qu’elle se redressa une nouvelle fois et se rapprocha de lui, tenant avec douceur son bras.

« Alanir… je ne sais pas ce que tu as fait, ce qui s’est passé… je sais que c’est vraiment dur pour toi… merci… de ne pas être parti plus loin… »

Le dragon, qui jusque là fixait le mur, baissa les yeux et tourna la tête en direction de Cassidy, se faisant soudain plus triste, désorienté, attendant qu’elle le guide. La demoiselle se mit à sourire doucement, tentant de le rassurer. Elle porta sa main blessée à la tête du dragon et lui caressa doucement les cheveux.

« Reste pas comme ça… Si dans ton cœur y a un malaise alors… va… je suis persuadée que peu importe ce que c’est, ça va s’arranger… surtout si ça en vaut la peine… »

Il ferma les yeux paresseusement alors qu’elle passait la main dans ses cheveux puis les rouvrit doucement, l’inspiration lui montant enfin, le déclic nécessaire. Il se redressa, se pencha pour déposer un baiser sur le front de la petite mage, avant de lui dire de ne pas bouger, qu’il revenait. Elle ne le suivit pas, lui faisant confiance.

Alanir marchait d’un pas vif dans la neige. Mais au fur et à mesure qu’il avançait, son regard se fit bien plus hésitant, bien plus marqué. Il ralentit un peu la cadence avant de s’arrêter près d’un arbre, s’adossant à celui-ci et inspira profondément en rejetant la tête en arrière. Il lui fallait encore un peu de temps. Sa main se dirigea vers sa poche et il en sortit un petit objet qu’il regarda silencieusement. Puis, un sourire timide, tellement adorable, apparut sur son visage alors qu’il serra un peu plus l’objet dans la paume de sa main et reprit son chemin. Humant l’air, il rebroussa alors chemin, se rendant compte qu’il avait un peu erré sans connaître la destination. Ses pas le ramenèrent à l’appartement.

Il aperçut alors Eleyna et un sourire éclaira son visage alors qu’il ouvrit la bouche, avec la ferme intention de l’appeler. Mais lorsqu’il vit Tristan, son cri se perdit dans sa gorge. Un bref regard sur le côté et il se cacha derrière une caisse, grognant pour lui-même du manque de chance. Et bien malgré lui, il entendit une bonne partie de la conversation. Au fur et à mesure, il tourna le dos à la caisse et se laissa tomba sur le sol, l’expression de son visage si joyeuse au départ changeant petit à petit, remplacée par des traits difficiles à identifier. Des mots… des mots horribles qui résonnaient dans sa tête alors qu’il restait parfaitement immobile… « peur… » « pas pareil… » D’où lui venait cette douleur qui s’emparait de sa poitrine, tel le plus brûlant des feux ardents ? Ca faisait mal… Mais le pire restait à venir… Quelque chose s’était cassé dans son esprit, tel un éclat de verre que l’on broyait avec une force vigoureuse.

« Ami… Ami… Ami… ».

Cassidy se tenait en face d’Alanir. Il grognait encore alors qu’il n’arrivait pas à tenir sur ses jambes d’humain et se mit à pester.

- Décidément je ne tiendrais jamais cette forme ! Les bipèdes c’est pas pour moi !

Cassidy s’accroupit à côté de lui et le regarda avec douceur.

« Bien sûr que si tu vas y arriver… Tu verras, c’est quand même plus agréable de marcher à côté de moi… »

Il secoua la tête d’un air rageur et grognait alors que Cassidy tendait la main.

« Allez t’inquiète pas, on va insister ça va bien finir par passer ! Et quand tu me doubleras à la course de bipèdes, je pourrais être fière de toi ! »

Le dragon à quatre pattes redressa lentement la main tendue de la petite mage, un air d’incompréhension sur le visage.

- Pourquoi tu fais tout ça ? Pourquoi tu ne me laisse pas ? Après tout… j’ai fais beaucoup de mal autour de moi… Je… je suis un dragon ! et toi une humaine ! On a rien à voir ensemble ! On a pas les mêmes façons de voir les choses ! J’étais corrompu… j’aurais pu te blesser… pourquoi tu es gentil avec moi ?

La petite mage se mit à râler pour la forme et lui donna une petite tape brusque sur la tête.

« Idiot ! T’as fini avec ce genre de réflexions ! C’est parce qu’on est amis tout simplement ! Et ça… ça changera jamais ! Dragon ou humain…»

Il la dévisageait. Malgré tout ce qu’elle subissait, la petite mage était toujours présente pour les autres, elle n’abandonnait personne. Il le savait, il le sentait au fond de lui. Alanir se mit à sourire timidement et attrapa la main qu’elle lui tendait, la serrant dans la sienne et se redressant… enfin… il avait plus de force qu’elle et en fait c’est elle qui dégringola sur lui. Elle se mit à rire.

« Oups ! Pas assez de force ! »


Le pauvre dragon se tenait la tête entre les mains, inspirant profondément, cherchant une réponse dans son esprit.

Cassidy dormait dans l’herbe, complètement épuisée mais pas si mal que ça. Alanir était assis à côté d’Ysa, qui mâchonnait une pomme machinalement. Le dragon se mit à parler.

- Cette humaine est vraiment imprévisible. J’ai beau être un dragon elle ne change jamais d’avis…
-Huuum ?!
- Elle me traite comme un « ami »…
- Aaaaaaah !


Ysa avala son morceau de pomme puis se tourna pour observer Alanir, un sourire sur les lèvres.

- Il est vrai que contrairement aux dragons, les humains marchent beaucoup aux sentiments, aux émotions… ce n’est pas comme chez nous… et tu le sais. Les dragons se respectent, il y a toujours eu cette loi du plus fort mais dans la hiérarchie, les amis ça n’existe pas. Les humains ont besoin d’amis… pour tenir… pour ne pas sombrer dans la folie… ils n’ont pas l’habitude de vivre exclus… à part quelques phénomènes…
- Oui mais je comprends pas ! Ca consiste en quoi ? Et puis on se chamaille souvent avec Cassidy ! Parfois on est pas d’accord sur un point… on se fait la tête…
- Je ne suis pas la bonne personne pour t’expliquer ça…


Ysa se fit plus pensive alors que son regard se perdit dans le vide.

- Le pardon… les excuses… si la personne en vaut vraiment le coup, alors on arrive toujours à se réconcilier… Mais je pense que tu comprendras mieux quand tu seras sorti d’ici… expérimenter tout ça quoi… C’est pas évident mais au moins tu es quelqu’un de curieux, donc je pense que tu comprendras vite…

Alanir pencha légèrement la tête sur le côté et soupira en regardant de nouveau Cassidy.


Un léger coup de vent s’agita dans les cheveux d’Alanir alors qu’il s’enfonçait les ongles dans ses joues, cherchant quelque chose, un avis. Mais son cœur avait prit une forme de fer… comme si il ne battait plus dans sa poitrine. Il secoua la tête, grogna une nouvelle fois puis laissa tomber sa tête contre le dos de la caisse avant d’inspirer profondément et s’évaporer en poussière brillante qui se dissipa dans les airs.

Cassidy attendait patiemment sur le lit quand Alanir se volatilisa à côté d’elle, vraiment très agité. Sans lui laisser le temps de parler, il prit les mains de la petite mage dans les siennes et la regarda d’un regard suppliant.

- Cassy… S’il te plaît… Allons voler ensemble !

« QUOI ?!? Maintenant ?! Pourquoi ? Heu il est tard là Alanir, ça ne peut pas attendre demain ? Et puis si on part comme ça, Tris’ va s’inquiéter et… »

- S’il te plaît… S’il te plaît… J’ai besoin… de voler…

La petite mage l’examina. Il s’était passé quelque chose pour que le grand dragon décide d’un coup de tête de prendre la voie des airs. Ce qu’il devait résoudre ne s’était pas bien passé. Elle examina ses joues griffées, quelques gouttes de sang perlaient. Elle se mordilla lentement la lèvre inférieure avant d’acquiescer d’un signe de tête.

Sans prendre la peine de s’habiller, elle se dirigea vers la fenêtre et l’ouvrit en grand, observant pour voir si il y avait quelqu’un qui pouvait les voir. La voie étant libre, elle fit un signe au dragon qui sauta par la fenêtre et se métamorphosa en grand dragon de feu. A son tour, elle enjamba la fenêtre et se retrouva sur son dos.

Ils décollèrent et Alanir fonça droit dans le ciel, à une vitesse défiant le vent, ses puissantes ailes ayant soif de liberté et d’espace. Très rapidement ils disparurent dans les nuages, alors que la cité se réduisait à vue d’œil. Cassidy était troublée alors qu’elle se tenait avec une main sur les rênes de son dragon. L’air lui fouettait le visage comme autant de gifles mais elle ne disait rien, laissant Alanir se calmer par lui-même. Il monta encore plus haut et fila encore plus loin, bien loin… et soudain, alors qu’ils étaient suffisamment éloignés de la cité, le dragon poussa un puissant rugissement de douleur et de colère qui se répercuta comme un profond grondement de tonnerre dans le ciel sombre et obscur. Cassidy pouvait sentir la peine et la douleur de son dragon, sans comprendre ce qui était la cause de son chagrin. Elle se blottit un peu plus contre lui, se penchant en avant.

L’air lui faisait du bien, la vitesse et la sensation de liberté n’étaient pas désagréables même si elle se sentait affreusement vide. Tout comme Alanir, elle avait mal, sans trop savoir pourquoi ni comment. Elle n’était pas sincère avec elle-même, tout simplement.

Au moins le vol leur permit une chose à tous les deux, laisser aller leur peine, leur colère, leurs doutes et leurs peurs mais aussi c’était tellement libérateur. De ce qui se passait avec Eleyna, personne n’en sut rien mais ils rentrèrent suffisamment tôt pour ne pas éveiller les soupçons, Cassidy passant par la fenêtre, suivie d’Alanir qui fit un magnifique saut.
Elle ne savait plus que penser mais encore une fois, faire passer l’intérêt des autres avant les siens alors qu’ils se rasseyaient sur le lit, ne se regardant pas. Ce fut Cassidy qui rompit le silence.

« Alanir… J’ignore ce qui s’est passé mais… sache que je suis là… et que je ne t’abandonnerais jamais… je ne sais pas si c’est suffisant… je ne sais pas dans combien de temps ta peine disparaîtra… mais je suis là… je serais toujours là pour toi… »

Elle se tourna vers lui pour l’enlacer fort dans ses bras, le berçant un peu, tellement fusionnelle avec lui et voulant partager ses malheurs. Lorsque Tristan toqua, on ne savait pas qui tenait l’autre dans ses bras mais Cassidy avait enfoui sa tête sur le torse d’Alanir, son front posé sur son torse et elle tourna légèrement la tête dans la direction de Tristan. Encore malheureuse de penser qu’elle l’avait oublié… après tout il avait été tellement distant ces derniers jours qu’elle avait du mal à retrouver ses habitudes avec lui. Elle ne savait plus comment s’y prendre et la présence d’Erwan n’arrangeait en rien les choses.

Elle écouta Tristan puis se redressa en hochant lentement la tête, jetant un bref regard à Alanir puis ouvrit la porte pour se diriger dans la salle de bain. Lorsqu’elle aperçut l’arrangement, toutes ces bougies, le soin qui avait été apportée à la décoration elle jeta un regard à Tristan reconnaissant et un peu plus vivant, semblant contente et touchée par son geste. Il effleura doucement ses lèvres, geste qu’elle n’attendait pas, et se mit à rougir en retour, surprise, même si on ne pouvait pas voir grand-chose à cause de l’obscurité.

Alanir était sorti de la chambre. La virée nocturne lui avait fait beaucoup de bien et cela lui avait évité de piquer un scandale devant tout le monde. Car il n’était pas vraiment sûr de ses actes au moment où il avait entendu, bien malgré lui, ces paroles qui l’avaient profondément blessé au final. Cependant il se sentait un peu apaisé et essayait de ne pas y penser pour l’instant.
Tristan, qui malheureusement n’était au courant de rien, s’approcha de lui alors que le dragon tripotait machinalement une espèce de figurine en bois, la même qu’il avait sorti avant de rentrer à l’appartement, le regard absent. Il se hérissa quand Tristan tentait, avec beaucoup de tact, de parler du départ d’Elena. Le dragon resta impassible mais n’écouta presque pas le reste des paroles. Il se contenta de le laisser parler, ne le regarda pas et tourna sa tête vers le feu, montrant ses crocs et y jeta la petite figurine avec violence.

- Rien à faire ! Bon débarras !

Rien de plus, rien de moins… Et pourtant il était bel et bien incongru à ce moment là… Cependant il ne fit aucun autre commentaire alors que la figurine se désintégrait sous ses yeux, l’air absent sur son visage. Cassidy était revenue de son bain. Elle avait enfilé une jolie robe, enfin c’était Tristan qui lui avait posé des affaires sur un meuble et revenait, un peu déboussolée, les bulles du bain ne lui ayant apporté aucune réponse. Elle se mit à sourire timidement et mangea en silence, Tristan tentant de mettre un peu d’animation et pourtant, il n’y avait pas grand-chose à faire, Alanir étant très renfermé et Cassidy… eh bien le malaise l’empêchait de se conduire naturellement. Elle aurait tant voulu l’expliquer à Tristan mais comment le faire sans craindre sa réaction ?

Pas grand-chose à signaler du repas et chacun se prépara pour la nuit. Alors que Cassidy était en train d’enlever sa robe, galérant un peu, Tristan lui fit une étrange proposition. Si bien qu’elle s’arrêta dans son élan et se retourna vers lui en le regardant, incrédule, clignant lentement des yeux comme si elle avait mal entendu. Il s’expliqua un peu plus, semblant comprendre ce qui se passait. La petite mage se fit hésitante, leva doucement les yeux au ciel comme pour chercher ses mots mais il ne lui en laissa pas le temps. Le jeune homme se mit à parler d’Erwan, de ce qu’il ressentait, qu’il avait confiance en elle. La demoiselle détourna lentement la tête, indécise. Au moins, il n’était pas indifférent à la présence de l’archer et peut être cela lui remonta un peu le moral. Et elle appréciait ses paroles.

Mais alors qu’il ne s’attendait à rien d’autre, le jeune homme se pencha vers elle pour déposer un baiser sur ses lèvres. Au départ crispée, elle se détendit peu à peu. C’était chaud, rassurant… et peut être un peu trop court aussi ! La jeune femme cligna des yeux, prit lentement ses mains dans les siennes et semblait reconnaissante de ses paroles.

« Merci… bien sûr que tu peux dormir avec moi… mais comme tu l’as dis… il va me falloir un peu de temps… j’aimerais t’expliquer… mais je ne sais pas comment le faire car tout est encore très confus dans ma tête… mais promis… quand je serais prête, j’essaierais… »

Elle semblait avoir oublié quelque chose car alors qu’elle se tenait proche de Tristan, la jeune femme l’interrogea du regard.

« Au fait… Elena est encore en train de s’entraînée ? C’est rare qu’elle loupe le dîner quand même… »

Tristan lui expliqua qu’elle était partie. Si au début Cassidy paraissait surprise, un peu déçue que cette « amie » soit partie sans rien dire à personne, la douleur d’Alanir lui revint en mémoire et elle devint blême. Les morceaux commencèrent à se recoller lentement, le puzzle se mettait en place. Elle n’était pas sûre mais il lui semblait qu’Alanir et Elena étaient très proches avant… Que s’était-il passé ? Une dispute ? A ce point ? Pour partir sans rien dire ? La petite mage était choquée, fixant le vide, effrayée et craintive jusqu’à ce que Tristan la rappelle un peu sur terre.
Elle le regarda un instant.

« Hum… c’est juste que je ne me serais pas doutée qu’elle allait partir comme ça… sans dire au revoir à Al… heu à tout le monde hein ! Ca fait un moment qu’elle est ici ! Et puis y a les fêtes de fin d’année quoi ! Bête qu’elle loupe ça alors que les choses commencent à redevenir à peu près normales… enfin un peu quoi… »

Sourire nerveux, crispé, alors qu’elle serrait un peu plus les mains de Tristan. Quel étrange comportement ! Un coup elle donnait l’impression de lui en vouloir, le coup d’après, elle laissait entendre que les choses étaient un peu mieux. Mais heureusement il ne fit pas plus de commentaires que ça. Cassidy demanda à Tristan de l’aider avec sa robe et le remercia puis l’attira vers le lit à côté d’elle, derechef. Elle se coucha sur le côté, lui tournant le dos, mais attira un bras de Tristan à elle et poussa des petits gazouillements tout en lui souhaitant une bonne nuit. Finalement ce n’était pas si mauvais que ça non ?

Sa nuit n’était pas trop agitée et le lendemain matin, elle se réveilla avant Tristan. S’étirant lentement, elle se tourna vers lui. Il s’était rapproché d’elle durant son sommeil, elle pouvait sentir sa chaleur. C’était étrange… même si elle n’avait pas vraiment froid… la chaleur de Tristan était rassurante… chaleureuse. Elle se mit à sourire et se redressa en mettant en arrière une mèche blonde qui lui tombait sur le visage et observa avec tendresse le Drakkari qui dormait paisiblement. Elle connaissait ses traits par cœur, même dans la pénombre de la pièce. Ses lèvres douces, si tentantes, parfaites et irrésistibles. Son visage un peu enfantin et si apaisé quand il dormait, nettoyé de toute trace de sentiment négatif, ses cheveux rouges en bataille qui lui donnaient un côté rebelle, sa peau douce et légèrement bronzée… ses yeux… que dire de ses yeux… si ce n’est qu’elle se perdait et se sentait dans un autre monde lorsqu’il la fixait avec tendresse… Oui c’était son point d’ancrage… Même si aujourd’hui elle peinait à être « normale » avec lui, même si elle avait clairement des difficultés à retrouver la complicité passée. Mais lorsqu’il dormait, de longues nuits elle avait prié qu’il redevienne comme avant, de longues nuits elle avait tant espéré… son vœu était accompli, mais les dégâts avaient été terribles. Elle avait envie de retrouver cette tendresse avec lui mais son corps se braquait, elle avait du mal à sourire, du mal… elle ne savait pas ce qu’il pensait dans sa tête… elle le savait pas très honnête avec elle, car, dans les moments où elle sentait leur lien, seule la douleur était présente. Et pourtant, elle refusait de l’accepter.

Posant doucement une main sur la joue de son homme, elle le caressa tendrement… une idée pour le moins entreprenante en tête. Elle se penchait en avant pour mettre à exécution son plan, timidement, mais voulant faire un effort, quand quelque chose attira son attention. Fronçant les sourcils, elle toucha de nouveau sa joue. Il manquait quelque chose là non ? Impossible de dire quoi… Après un court instant de réflexion, elle se rappela ! Le flash dans sa tête. C’était quand il avait voulu les sauver pendant cette avalanche, quand l’arbre avait pompé son énergie et que les marques dorées de son visage avaient disparues… qu’il était presque en train de mourir.

Un horrible doute assaillit la petite mage. Elle posa doucement ses mains sur les épaules de Tristan et le secoua vivement, l’appelant.

« Tris’ ! Tris’ ! Réveille toi s’il te plaît… »

Le jeune homme semblait surprit de ce réveil et encore plus du visage inquiet que sa compagne avait en le regardant. Elle aurait du le réveiller d’un baiser mais ce n’était pas le cas. Lorsqu’il ouvrit les yeux, elle était soulagée mais toujours aussi craintive. Il ne comprit pas. Elle toucha doucement ses joues.

« Tes marques… là… tu sais tes trucs ! Je… pourquoi… elles sont pas… pourquoi tu les as… enfin… elles étaient plus… et c’est quand tu n’as plus d’énergie que… que…. »

Elle semblait terrorisée, peureuse, et avait peur d’avoir fait encore quelque chose de mal. Tristan tenta de la calmer en lui sortant le même discours qu’Elena. Mais ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que malgré tout son calme et ses airs pour l’apaiser, leur lien envoya une décharge à Cassidy, suffisant pour lui faire comprendre qu’il n’était pas totalement honnête.

La petite demoiselle fronça lentement les sourcils, secouant la tête, pas convaincue, ses yeux devenant brillants.

« Pourquoi t’es pas plus explicite ?! Tu crois pas que je le vois ! Je sais que c’est dur ! Je sais que tu veux me ménager mais… ne me laisse pas dans le flou ! J’ai peur ! J’ai peur pour toi… parce que… parce que… à chaque fois… j’ai peur que tu redeviennes comme ce… cet espèce de monstre d’égoïsme et d’indifférence que t’étais !!!! »

Elle se redressa en arrière, plaquant ses mains sur les lèvres, les yeux écarquillés par la surprise. Elle l’avait dit… c’était sorti tout seul… les yeux embués de larmes, ne voulant pas l’entendre riposter, ne voulant pas entendre des mots qu’elle ne voulait pas, elle se déroba de ses bras, ouvrit la porte en trombe et sortit carrément de l’appartement, sans prendre la peine de passer un manteau sur ses épaules. De ce qu’il fit, elle n’en sut rien, déjà trop loin pour se rendre compte.

Mais si Tristan avait l’intention de la suivre, ou pas, il croisa Alanir, allongé sur le canapé, en train de mordre distraitement dans un bout de pain.

- Je lui courrais pas derrière tout de suite si tu veux mon avis… Elle va revenir toute seule…

Le dragon ne semblait pas avoir beaucoup dormi aussi, on pouvait voir les traces des cernes sous ses yeux. Il s’étira un instant et se mit debout, observant son cadet et tentant de comprendre ce qui l’agitait.

- Je sais… Je peux comprendre… un peu du moins… m’en demande pas trop…

Si Tristan ne semblait pas trop attentif, Alanir se fit plus sévère et posa ses bras sur ses épaules.

- T’as pas la tête à écouter, je le conçois ! Mais là maintenant tu vas ouvrir bien grand tes oreilles si tu tiens à elle car je ne répéterais pas tout ça deux fois, c’est bien compris ptit con ?!

Il ne sut pas trop quoi, ce qui l’avait décidé, si c’était la menace ou si c’était en parler de l’intérêt qu’il avait pour elle, mais il devait avoir capté un peu plus son attention.

Alanir se tenait en face de lui et inspira profondément, les bras croisés.

- Jvoulais pas te vexer ou t’énerver la dernière fois à propos d’Erwan… Mais t’as peut être pas bien compris ce que je voulais dire… désolé si je suis allé… trop loin… tu t’es pas demandé pourquoi j’ai dis ça ?

Il fit une légère pause.

- Parce que ce type est pas fait pour elle point ! Il lui autorise tout ! Absolument tout ! Elle retournerait chez les Käars, il la suivrait sans problème ! Il n’a aucune volonté ! Ce gars est complètement fou d’elle et il serait prêt à n’importe quoi pour la récupérer ! Elle ferait des bêtises, il la suivrait… elle serait incohérente il lui pardonnerait… mais t’as pas vu ce que j’ai vu… t’as…

Il inspira profondément, cherchant à calmer sa colère, car à force de s’emporter, il avait finit par serrer ses mains sur ses avants bras… quitte à y faire des trous…

- Quand t’es parti comme un crétin la première fois… elle s’est engagée chez les Cheistams… à tuer pour cacher sa peine… à se mélanger sur un champ de bataille… Erwan… Erwan n’a JAMAIS réussi à l’arrêter… Ce n’était pas pour elle… Elle n’aurait jamais du se salir les mains de cette façon… et pourtant… parce que t’étais pas là ! Parce qu’elle a cru qu’en faisant des bêtises, ça la soulagerait ou que tu reviendrais pour l’en empêcher… Et puis… Erwan… le pauvre gars… jlaime pas parce que c’est une crevette mais personne n’aimerait passer à la deuxième place… personne… et c’est aussi ce qu’elle a ressenti quand cette saleté de dragonne lui a prouvé qu’elle était capable de t’avoir rien qu’en agitant ses hormones sous ton nez ! Qu’elle n’était pas à la hauteur pour lutter contre ça… être à la seconde place, faire des efforts mais pas voir de résultat…

Alanir fit les cent pas.

- Je pense qu’elle en a assez bavé… Elle craque c’est tout ! Parce qu’elle a passé un an coupée du reste du monde à souffrir… à penser à toi… qu’ensuite elle était en état de zombie, ça c’est bien car tu l’as aidée à retrouver la raison mais après… après… même pas quelques jours de tranquillité qu’après t’avoir retrouvé ta partie dragonne prend le dessus… t’imagine même pas le centième de la douleur qu’elle a ressentie… contre quoi elle s’est battue… sans aucun espoir de réussite… c’était pire que l’île ça… te voir et même pas te retrouver… mais je pense que tu t’en doute un peu…

Il se pointa de nouveau devant Tristan.

- Alors oui peut être qu’elle est distante mais c’est pas parce qu’elle t’en veut ! Elle était tellement heureuse que tu redeviennes normal ! Mais elle a tellement eu l’habitude de ton indifférence qu’elle ne sait absolument plus comment se comporter. Je sais que c’est difficile pour toi, je sais même pas combien de temps tu tiendras mais j’espère le plus longtemps possible car elle ne supportera pas qu’un nouveau truc lui tombe sur le nez… elle a besoin de toi… pas dans une semaine… maintenant… elle a besoin de ta présence, que tu la rassures… et qu’au moins cette fois sa présence ait un impact…

Tristan n’avait pas l’air de comprendre quoi faire et comment faire. Après tout, Alanir lui faisait pas mal de remontrances mais il n’y avait aucune aide. Le dragon se passa la main dans les cheveux.

- Elle a besoin que tu te conduises normalement… comme avant… tu sais les trucs d’humain quoi ! les petites attentions… les cadeaux… les surprises ! bon c’est pas mon truc ça mais elle aime bien ! Une vie plus simple quoi ! elle veut juste te retrouver… retrouver cette complicité avec toi… car pour le moment t’es qu’un inconnu qu’elle n’a pas vu depuis une bonne année et qui dévoile une partie qu’elle n’a pas vraiment envie de revoir pour le moment… tiens par exemple le bain là ça lui a fait plaisir ! je sais pas ce que t’as mis là dedans mais elle a vraiment apprécié…

Il reprit son souffle. Finalement, celui qui connaissait le mieux Cassidy c’était bien Alanir. Mais le dragon était bien maladroit en parlant. Il voulait bien faire, mais ne savait absolument pas quel impact ça allait avoir. Et pourtant on savait à quel point il prenait sur lui pour discuter, conseiller… Jamais il n’avait fait un aussi long discours avec Tristan !

Alors qu’il continuait de discuter, essayant de l’aiguiller sur la petite mage, une autre scène se déroulait plus loin.

Cassidy courrait un peu au hasard, les larmes coulant le long de son visage. Elle avait tellement peur… peur de le perdre à nouveau. Trop occupée dans son choc, elle ne vit pas la personne en face d’elle et la percuta de plein fouet.

- Cassy ?! Qu’est-ce que tu…

Elle se débattait pour repartir. Un peu trop faiblement, ne le regardant pas, toujours traumatisée par ce qu’elle avait vu. Car Tristan ne lui dirait absolument rien, il n’avait peut être pas de réponse et si c’était pour voir débarquer à nouveau des dragons, elle ne se sentait pas assez en force pour lutter cette fois là.

- Non non non tu vas rester ici… Regarde toi, on dirait que tu fuis un démon là…

Ouille… pas très gentil de la part d’Erwan. Lorsqu’elle se rendit compte de son comportement qui ne passait pas inaperçu, la petite mage s’apaisa un peu et s’écarta d’Erwan.

-Tu es sûre que ça va ? Regarde toi… Tu vas attraper froid…

Cassidy ne répondait toujours pas et semblait vraiment ailleurs. Le froid ne la dérangeait pas, ni sa tenue très voyante. Il râla et posa son manteau sur ses épaules.

- Viens je vais te faire un chocolat… mais reste pas au milieu de la rue devant tout le monde comme ça…

Le jeune homme la conduisit jusqu’à son logement temporaire et elle le laissa faire sans opposer la moindre résistance, alors qu’il la tenait par la main. Erwan l’aida à s’asseoir sur une chaise. Elle semblait blanche, perdue, et vraiment désorientée. Alors qu’Erwan lui faisait chauffer un bon bol de lait chaud, il tenta d’engager la conversation timidement.

- Alors qu’est-ce qui s’est passé ? Dispute avec Tristan ?

« … »

Erwan se mit à soupirer puis s’installer en face d’elle, posant le bol devant.

- Tu sais, tu peux m’en parler hein… enfin bon prends ton temps… je reviens…

Il sortit de la maison, la laissant seule. La petite mage était vraiment, mais vraiment perturbée et lorsqu’il revint, elle n’avait pas changé de place. Un rire nerveux sortit de sa bouche.

- Bon Cassy c’est fini, tu m’inquiètes vraiment là, je préfère quand tu souris… Si ça va si mal que ça avec Tristan, alors reste pas avec lui, tu vas pas continuer à te faire du mal…

Elle ne répondit pas. Il se posa en face d’elle et soupira doucement. Puis soudain, elle se mit à parler.

« Je suis vraiment bête… j’aurais pas du le planter là… mais… c’est sorti tout seul… je voulais pas le dire et pourtant… je ne sais pas ce qu’il va penser… »

- Dire quoi ?

Elle hésita un instant, le regarda, mit ses mains sur le bol pour se réchauffer.

« Lui dire qu’il était un monstre… qu’il était égoïste et indifférent… jveux pas qu’il redevienne comme ça… »

Erwan soupira lentement.

- Pourtant tu t’y attendais non… c’est un demi dragon après tout… il y a trop de mystères sur ces créatures, on ne sait absolument pas comment elles peuvent se conduire… Tristan… doit être proche d’eux… Tout ce que je sais c’est que ça me fait mal de te voir souffrir comme ça… J’aimerais pouvoir t’aider… faire quelque chose pour toi… il n’y a qu’à me demander…

Il posa après beaucoup d’hésitation une main sur la sienne. Elle ne broncha pas et il la regarda attentivement, caressant de son pouce le dos de la petite main frêle.

« C’est gentil mais je dois arriver à régler ce problème… »

- Tu n’y arriveras pas seule… Tu sais que tu peux compter sur moi… parce que… parce que…

Il la regarda avec tendresse, hésita, puis se leva, fit le tour de la table et se mit à genou à côté d’elle. Il attira son visage dans ses mains et s’approcha dangereusement de ses lèvres. Elle ne se déroba pas, le regardant approcher. Elle avait besoin d’amour… besoin d’un homme… un pas trop complexe… quelqu’un qui pourrait panser les blessures de son cœur brisé. Et c’est pour cette raison… qu’elle ne se déroba pas.

Retour à Alanir et Tristan, après avoir beaucoup discuté… les deux hommes étaient prêts à faire quelques petites choses dans l’appartement en attendant le retour de Cassidy. Et la jeune femme ne tarda pas à revenir, même si elle avait passé toute la matinée à l’extérieur. On entendait ses pas sur le perron de la porte alors que la porte s’ouvrit péniblement. La petite mage apparut derrière, les bras chargés de gros rouleaux de parchemin, sous les yeux abasourdis des garçons.

Elle se dirigea vers la table du salon et déposa le tout dessus, les joues rougies par le froid. Ce n’était pas le seul changement, elle portait un manteau assez chaud, qu’elle s’empressa d’enlever, dévoilant une magnifique robe vaporeuse et violette, décolleté mais pas trop vulgaire, confection de chez Maud, ce qui pouvait laisser penser que la jeune femme était partie faire un tour chez la dame. Elle se mit à sourire discrètement en faisant un petit salut. Alanir prétexta aller chercher quelque chose à l’extérieur pour laisser le petit couple tranquille.

Cassidy regarda Tristan, ouvrit lentement la bouche, se mit à rougir. Elle semblait aller un peu mieux que tout à l’heure et s’était calmée. Mais lui ne pourrait pas comprendre d’où lui venait ce changement de comportement. Elle vit qu’il regardait avec curiosité les cartes.

« Ah ça ! C’est notre prochaine destination ! Et tu vas m’aider à choisir… »

Il la regardait, incrédule, même si c’était difficile de savoir si c’était à cause de son nouveau regain d’énergie ou bien de sa phrase. Elle prit un rouleau et lui tapa le front avec d’un petit coup sec.

« Fais pas cet air, tu sais très bien de quoi je parle… »

Heu apparemment non… Elle soupira, prit la carte qui montrait le royaume Kalendaar, la partie nord ouest du royaume et la regarda attentivement.

« Bah tu sais… ce qu’on avait dit… qu’on allait faire une petite pause… et partir un peu ailleurs… ça nous fera pas de mal… alors je m’étais dis que ça serait bien qu’on commence à y réfléchir car j’aimerais partir après les fêtes… »

Elle le regarda un peu plus sérieusement alors qu’il avait contourné la table et qu’elle avait les mains posées de chaque côté de la carte avant de se mettre à parler.

« Tu sais… je suis vraiment désolée d’avoir réagi comme ça… c’est vrai que je suis à cran… mais j’ai réfléchi et je pense aussi… enfin j’apprécie beaucoup Maud et les gens ici mais là, dernièrement, on a eu beaucoup de choses… négatives… alors je pense que le mieux pour nous retrouver… c’est vraiment de s’éloigner du reste… ça prendra le temps qu’il faudra… mais j’ai pas envie de te lâcher aussi… parce que un, un bel homme comme ça dans la nature, si une autre femme te drague, je risque de faire un massacre, deux… j’ai vraiment envie qu’on retrouve ce qu’on avait avant… je t’ai pas vu depuis un an… j’ai beaucoup de temps à rattraper et crois moi… la récompense est beaucoup plus intéressante que de ne pas faire d’efforts… je ne veux pas te laisser tomber… oui bien sûr, je suis un peu en colère, je t’en veux, un peu, d’avoir mis du temps à sortir de cet état… mais au final… je sais que t’es pas comme t’étais pendant ces derniers jours… je veux rester avec toi, qu’on retrouve notre petite vie de couple car je veux toujours continuer de vivre avec toi…»

La jeune femme avait beaucoup parlé, s’était mise à rougir et semblait avoir eu une profonde réflexion à ce sujet. Elle avait machinalement caressé sa bague de fiancailles au doigt tout en parlant, prise d’un intérêt certain. Puis, alors qu’elle sentait que Tristan allait parler, car cela ne le laissait certainement pas indifférent, elle l’arrêta tout de suite avant qu’il ne parle.

« Après ce que je t’ai balancé, c’est vrai… tu dois te demander pourquoi je te sors tout ça… je pense que j’ai eu tout le temps de craquer là… ça va mieux… je dis pas par contre que je vais redevenir rapidement comme avant avec toi… mais si t’es prêt à faire des efforts alors moi aussi… ensemble… on va oublier ce qui s’est passé et on va vers l’avant… »

Le pauvre Tristan ne savait pas trop quoi penser mais elle paraissait si sincère et si franche qu’il était difficile de lui en tenir rigueur.

« Bon alors t’en pense quoi ? Perso j’aimerais bien aller à Frihold, un petit village enneigé au milieu de nulle part… y en a tellement là bas on se fondra rapidement dans la masse ! »

La fin de la matinée passa plutôt vite et ils finirent par aller manger. Cassidy prévint Tristan qu’elle irait faire quelques courses à la ville voisine et quand il demanda à l’accompagner elle lui fit un sourire mystérieux comme quoi il ne pouvait pas venir avec elle et qu’il ne serait pas déçu mais qu’elle lui promettait un petit bain aux sources chaudes juste en rentrant pour se faire pardonner de son absence.

C’est donc en début d’après midi qu’elle partit avec Alanir.

L’après midi se passa plutôt bien, si ce n’est quelques… rumeurs dans la cité auxquelles Tristan eu droit.

La première c’était un groupe de commères qui discutaient activement du comportement de Cassidy. Elles se posaient des questions sur la petite mage qui avait été interceptée par Erwan tôt le matin en chemise de nuit, qu’elle était rentrée chez lui et qu’en ressortant, elle semblait aller mieux. Elles étaient en train de papoter au sujet du fait si l’archer avec essayer de reconquérir la petite mage. Certaines disaient que non, Cassidy n’était pas corruptible et trop attachée à Tristan, d’autres se disaient qu’il s’était passé quelque chose, vu le sourire qu’elle affichait en sortant !

La deuxième rumeur provenait de deux gardes qui contrôlaient les allers et sorties. Apparemment Erwan était parti en début d’après midi…

Troublant quand même…

Cassidy revint dans l’après midi mais semblait un peu moins joyeuse… dérangée par quelque chose. Pourtant elle tenta de sourire alors qu’elle rejoignait Tristan en lui demandant si son après midi s’était bien passé. Elle tenait toujours à prendre un bain avec lui en tout cas !
Mais lorsqu’ils allèrent aux sources et qu’ils se déshabillèrent pour entrer dans l’eau, quelque chose ne tournait pas rond. La jeune femme semblait… un peu ailleurs et se tordait les mains sous l’eau. Tristan ne disait rien, mais bon c’était plutôt tendu.

« Hum… je pense que je fais une drôle de tête mais ça ne s’est pas passé comme je voulais en fait… »

Elle semblait au bord des larmes une nouvelle fois. Tristan voulait apparemment savoir mais sans la forcer non plus.

Cassidy releva lentement la tête vers lui, un peu hésitante.

« Je te montre mais… ne t’énerve pas d’accord ? C’est déjà assez dur comme ça… »

Oulala… En fait il s’était passé un truc avec l’archer et il risquait de s’énerver ? C’était ça… Doucement elle se rapprocha de Tristan et posa une main sur son front pour qu’il voit ses souvenirs.

Cassidy marchait dans les rues animées de la petite ville, Alanir à ses côtés. Elle semblait très enthousiaste en regardant à droite et à gauche. Il y avait un marché avec plein de jolies décorations pour les fêtes de fin d’année. Elle semblait heureuse et voulait simplement faire plaisir.

« Aaaaaah tu vas voir c’est magique la fin d’année ! On offre des cadeaux, on passe un bon moment ensemble »

Alanir grommela.

- Jvois pas à qui offrir quelque chose…

« Ah heu… Maud ? Elle est toujours gentille et elle t’as pas mal soutenue d’après ce que j’ai entendu, c’est l’occasion de la remercier »

-Hum…

Cassidy flânait et montrait, excitée, des choses à Alanir. Elle avait l’air de vraiment faire de gros efforts pour être bien, pour oublier le passé, comme elle l’avait dit à Tristan bien plus tôt. Cependant, certaines personnes la dévisageaient, même si elle ne le voyait pas. Les humains la regardaient, suspicieux. Il est vrai que même si ses oreilles étaient pointues, elle ne faisait pas penser à un elfe et sa cicatrice à l’œil lui donnait une très mauvaise impression. Qui oserait faire du mal à une femme ? Et les humains avaient toujours eu peur de ce qui était inconnu pour eux… surtout qu’en souriant, la petite demoiselle dévoilait deux canines pas vraiment… humaines au final. En plus avec la peur des Käars, les gens restaient méfiants… même si elle semblait inoffensive.

Elle se penchait à un étalage pour regarder une rangée de bijoux et chercher attentivement quand une voix enfantine résonna à ses oreilles.

- Maman, la dame avec les longs cheveux blonds c’est une elfe ?

Cassidy se mit à sourire et commençait à pivoter pour répondre que non, qu’elle était humaine. Mais même à voix basse, elle put entendre la réponse de la mère.

- Non Kylian, ce n’est pas une elfe… ne t’approche pas de cette… créature… elle est peut être dangereuse…

Le sourire de Cassidy disparut de son visage alors qu’Alanir, qui avait aussi entendu, pivota et serra les poings, prêt à riposter. La petite mage l’arrêta en l’attrapant par le bras tout en murmurant à voix basse, une voix terne.

« Non Alanir s’il te plaît… ne te fais pas remarquer… »

- Pourquoi ?! T’as bien entendu comment elle t’as appelé…

« C’est bon… c’est bon… je ne vais pas m’emballer pour ça… »

Mais le ton de sa voix montrait qu’elle était extrêmement peinée. Elle releva la tête. A chaque fois qu’elle regardait quelqu’un, la petite mage se rendait compte qu’on la dévisageait, avant de détourner rapidement la tête, pour ne pas croiser le regard de cette étrange arrivante… qui n’avait pas les mêmes caractéristiques que les humains.

Elle secoua la tête et continua son chemin, s’arrêtant à un autre stand, un objet l’intéressant.
« Bonjour, j’aimerais bien avoir…

- Vous devriez partir…

« Heu pardon mais j’ai de l’argent et j’ai… »

- Vous m’avez entendu partez maintenant ! vous faites fuir ma clientèle…

Alanir se mit à grogner, outré et prêt à attaquer. Cassidy soupira en détournant la tête, calma le dragon d’un geste de la main et continua son chemin. Elle avisa un homme assis par terre, qui faisait la manche et mit quelques piécettes dans son gobelet.

- Oh miiiiiille merci ! les dieux vous le rendront…

Il semblait malheureusement fortement alcoolisé le gars même vêtu d’une grosse cape.

« Je m’excuse mais… les gens de cette ville ne sont pas accueillants ici ? »

- Oh faut pas leur en vouloir hips ! Vous leur faites peur… hips

Elle ouvrit lentement la bouche.

« Peur ? »

- Mais ouiiiiiiiiii ! vous savez… c’est rare les filles avec des oreilles pas comme les elfes hips ! et puis avec toutes les créatures bizarres des légendes hips… les gens sont méfiiiiiiiants… ils jugent… hips… enfin si vous enlevez les oreilles et cette horrible cicatrice sur l’œil vous seriez une jolie humaine hips ! mais au fait vous êtes quoiiiiiiiiiii ?!?

Cassidy ne répondit pas et tourna les talons, Alanir faisant un scandale en pleine rue.

- C’est comme ça qu’ils te voient ?! C’est CA les humains ?! Parce que tu n’es pas comme eux ?! C’est ridicule ! Non mais ça veut dire quoi ça ?

Cassidy parlait à voix basse.

« Laisse Alanir c’est bon… rentrons… »

-Mais… mais…

« RENTRONS ! »


Alors que le souvenir s’estompait, les larmes coulaient sur les joues de Cassidy. Ce n’était pas Erwan non… mais un autre problème. Elle l’avait montré à Tristan pour ne pas lui cacher mais maintenant, ce dont elle avait le plus besoin, c’est qu’il l’aide à surmonter cette nouvelle épreuve !

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Mer 10 Déc - 13:14

C’est vrai… Il n’avait  pas eu réellement le temps de s’en rendre compte, ni le temps, ni la tête à.
Eleyna et Alanir s’étaient rapprochés et la demi-elfe si… particulière semblait vraiment apprécier le grand dragon-esprit-corrompu-repenti. Il était si gentil, si étrange, si drôle et touchant qu’elle n’avait pas réellement fait attention. Elle avait oublié ce qu’il était. Ca ne comptait pas vraiment. Elle l’aimait bien et pour elle il était… juste un homme parmi tant d’autres, si différent du commun des mortels. Et puis elle s’était souvenu. Quelle mauvaise idée !

Face à Tristan, alors qu’elle parlait d’une voix curieusement intimidée, elle qui était si « grande-gueule », elle se sentait désarmée. Le grand jeune homme la fixait avec tant de bienveillance et de tendresse qu’elle se rendit compte à ce moment-là que lui non plus ne la considérait pas juste comme sa capitaine. Il était son ami et même si elle passait plus de temps à lui taper dessus qu’à le seriner de gentillesses, elle se rendait compte à quel point il comptait… Comme tout ce petit monde qu’elle avait intégré si facilement et dans lequel elle avait trouvé une sérénité qui l’effrayait.
Elle avait envie de lui parler, de se confier et peut-être d’être totalement honnête. Mais elle n’était probablement pas prête et elle ne voulait pas davantage le tracasser. Elle voyait bien la fatigue sur son beau visage et malgré tous ses efforts la tristesse dans le lent et si discret tourbillon bleuté au sein de son regard orangé. Ce regard si hypnotique dont il usait un peu trop fréquemment, sans même s’en apercevoir. S’il n’avait pas été victime de ses pulsions, s’il n’avait pas brutalement changé, elle savait qu’il aurait vu, compris, ri de ses rapprochements avec son compatriote dragon. Il l’aurait taquinée un peu, l’aurait ennuyée beaucoup et ils auraient passé du temps à s’entrainer et discuter.

Mais au final les pulsions du jeune homme avaient engendré des dégâts si importants qu’il y en avait même que personne n’avait vus… Du moins pas encore.
Ils ignoraient tous deux qu’ils étaient écoutés et surtout qu’ils étaient écoutés par Alanir.
Pauvre dragon… Il découvrait les sentiments humains et leur traitre revers, le tout un peu trop vite et avec un peu trop de force. Tristan l’avait vaguement évoqué devant lui. En tant que dragon il vivait tous ses sentiments humains avec plus de force et il y avait fort à parier que c’était ce que vivait à présent son aîné. Il écoutait mais il n’entendait pas vraiment. C’était probablement mieux ainsi même s’il y avait de nouveaux dégâts, importants et douloureux.

Qu’Alanir rentre si vite auprès de la petite mage et qu’il insiste tant pour voler avec elle ne parvint pas à la connaissance de Tristan et c’était une chance. Le jeune homme se serait inquiété, probablement même les aurait sermonné… Un sermon d’amour. Car même s’il se trouvait incapable et horriblement monstrueux, même s’il savait qu’il faudrait beaucoup pour racheter ses fautes, il ne pourrait s’empêcher de s’inquiéter pour elle et probablement de mettre des limites à sa folie. Cette folie généreuse. Quelles étaient donc les limites du coeur de cette petite demoiselle après tout ?

Le jeune homme était resté encore quelques instants avec Eleyna, ils avaient parlé, avaient plus échangé d’une étreinte et d’un regard que pendant leurs discours respectifs. Puis elle était parti et il s’était senti brusquement triste et abandonné. Avec la distance que sa chère et tendre avait plus ou moins consciemment mise entre eux, il se retrouvait au final bien seul.
Il ne s’était rendu compte de rien, tout occupé qu’il était à tenter vaguement de réchauffer le diner, faire en sorte que les cookies préparés à l’attention de sa compagne restent chaud et à faire cette petite surprise qui n’en était pas une dans la salle de bain. Il n’avait pas réellement cherché à lui faire plaisir. Enfin si… Mais il n’y avait aucune, absolument aucune intention de rachat ou quoi que ce soit derrière. C’était impulsif, totalement instinctif, il voulait juste voir un sourire sur ses lèvres… honnête.

Il y avait passé suffisamment de temps pour que leur balade nocturne passe totalement inaperçue. Et quand il leur avait parlé et qu’ils avaient répondu il ne se doutait réellement de rien.
Elle ne sourit pas… Il sut rapidement qu’elle ne le ferait pas ou que ce serait forcé quand elle vit sa « surprise ». Son coeur lui fit mal, bien plus qu’il ne l’aurait cru. Dans ses yeux, juste du soulagement et de la surprise. Surprise qu’il pense à elle, qu’il fasse quelque chose de gentil, soulagement probablement de constater qu’il en était encore capable. L’avait-il marqué si vivement au fer rouge ? Oui probablement. Même s’il s’en doutait déjà, le jeune homme s’en sentit profondément abattu l’espace d’une très brève poignée de secondes. Il effleura ses lèvres bien plus pour lui éviter d’avoir à sourire alors qu’elle n’en avait probablement pas encore réellement « envie » et ragaillardi par la pensée, le défi qui naissait dans son esprit : refaire de ce visage angélique ce qu’il était réellement : rayonnant, éblouissant.. chasser les doutes, les inquiétudes, probablement pas les rancoeurs… Mais essayer jusqu’à son dernier souffle. Ce n’était qu’un si bref baiser aussi pour savoir s’il avait encore le droit et mine de rien, il s’attendait presque à ce qu’elle le gifle. Mais elle avait rougi et l’avait ainsi rassuré. Un peu.

Il la laissa rapidement tranquille, ne voulant ni la gêner ni l’envahir et retourna au salon puis, plus hésitant sur la terrasse. Il tentait avec tact, aplomb et courtoisie d’expliquer le départ d’Eleyna à Alanir mais alors qu’il s’attendait à trouver un écho à l’agitation de la semi-elfe, il ne vit que froideur et dureté chez le grand dragon. La violence de ses propos malgré sa courte tirade surprit autant le grand jeune homme qu’elle l’énerva et il crispa automatiquement les muscles de son corps, presque furieux en fait que le dragon parle ainsi de son amie. S’exonérant au calme, à la maitrise de son corps et de ses sentiments, il se contenta de se détourner en serrant les poings, ne comprenant pas mais s’interdisant de poser des questions. Autant ne pas envenimer les choses… Car si Alanir et lui venaient à se taper dessus pour une raison ou une autre il savait pertinemment de quel côté serait Cassidy… Et il avait déjà bien trop de combats à régler. Après tout, si le dragon se fichait de la demi-elfe… tant pis, c’était triste… mais il n’y pourrait rien…

Le repas fut horriblement gênant et Tristan n’arriva pas à avaler grand chose tant il avait la gorge nouée de constater dans quelle ambiance ils se retrouvaient. Auparavant, c’était si joyeux… Etait-ce vraiment encore à cause de lui ce… malaise ? Décidément… il en avait fait des dégâts.
Après la vaisselle, il avait rejoint Cassidy, l’avait trouvée en train de batailler avec les lacets qui fermaient sa robe, se souvenait vaguement avoir déposé plusieurs vêtements pour elle sans faire attention et s’être senti… intimidé quand elle les avait rejoints dans le salon. Quelle surprise de constater qu’il pouvait à ce point oublier comme elle était belle… Son pauvre coeur ne s’y habituerait-il donc jamais ?!

Il hésita sur le pas de la porte à venir glisser ses mains sur les siennes en douceur, à l’aider avec cette lenteur si caractéristique quand il essayait un peu, c’est vrai, de la séduire. De là, il la voyait légèrement pencher la tête, dégager sa nuque pâle et si tentatrice qu’il avait tant envie d’embrasser tendrement, sans arrière pensée, sans quoi que ce soit d’autre en tête, lui murmurer qu’elle était belle, si belle. La crainte qu’elle le repousse le retint. La crainte de la gêner. La crainte de l’effrayer alors qu’il posait un regard peu amen sur ses propres mains… Avant elle les adorait ses mains… brûlantes, habiles, un peu trop sans doute. Mais c’étaient les mêmes qui s’étaient posées avec égoïsme et brutalité sur elle et ça… il savait qu’elle ne pouvait pas l’oublier. Doucement… Etape par étape. Mais par où commencer ?

Il s’était avancé, lui avait parlé, gentiment, essayant d’être aussi neutre que possible. Ne pas lui montrer la tristesse que lui arrachait ses propres mots, ne pas lui dire tout ce qu’il avait envie de lui dire… Choisir des mots plus… corrects que « Je crève de jalousie à voir ce sale rat te tourner autour ! Nan mais tu as idée à quel point tu es belle ? Désirable ? Et à quel point les regards se tournent vers toi ? S’accrochent à toi ?! A quel point j’ai envie de leur filer une raclée ! De leur dire de te fixer avec respect ! A quel point j’ai envie de te soustraire à leurs regards qui te déshabillent ! Je lui casse la figure s’il te retouche ! Sérieusement !!!! »… ce n’était pas correct.. Il devait vraiment se maitriser…
Il essayait… Mais tout contrôler était si dur. Elle lui manquait ! Dieux qu’elle lui manquait ! L’enlacer à en avoir des fourmillements dans les bras, l’embrasser à en avoir mal, chuchoter tendrement à son oreille, s’occuper d’elle, la câliner des heures, l’envie de lui dire à quel point il était dingue d’elle et à quel point c’était si dur, si dur de jouer un minimum les indifférents pour qu’elle ne croit pas qu’il était complètement à sa merci. Tout gérer…Ne pas lui dire à quel point il était jaloux. A quel point il s’en voulait. Ménager ses peurs. Etre le plus correct, le plus parfait face à ce qu’il lui avait infligé. Trop c’était trop et l’envie de l’embrasser l’emporta alors qu’il ne se rendait même pas compte de ce qu’il faisait… Elle ne l’avait pas repoussé la fois d’avant, le culot et le réel besoin de son corps d’avoir juste ce contact, juste celui-là, lui firent espérer qu’elle ne le repousse pas cette fois-là. Elle ne le fit pas… Mais elle ne le crocheta pas non plus à la nuque comme elle l’aurait fait avant. Oui… Quelque chose était cassé. Il le sentit au goût de ses lèvres, à sa crispation, à la respiration de la jeune femme qui restait calme. Un coup de poing dans l’estomac, l’envie de tomber à genoux en sanglotant et en lui demandant pardon.

Il se recula juste, blindant son coeur comme il le pouvait encore.
Il ne vit pas les légers indices qui auraient dû le rassurer, le fait qu’elle se décrispe en reconnaissant Tristan et non Ikaël dans ce geste certes imposé mais tellement doux, le fait qu’elle rouvre les yeux, yeux qu’elle avait donc fermé à cette caresse si brève, le fait qu’elle prenne ses mains étonnamment froides, bien plus qu’avant, qu’elle ait l’air un peu… rassurée.

Le constat suivant lui donna envie de rire jaune. Car autant elle avait, inconsciemment, blessé son fiancé, autant l’évènement fut immédiatement oublié par le jeune homme tout à sa joie de son autorisation. C’est vrai ? Il avait droit de dormir avec elle ? Dans le même lit ? Il en avait tellement envie… Le fait qu’elle ait envie de lui parler, de s’expliquer… Autant de cadeaux pour le jeune homme qui sentait son coeur s’alléger. Quand elle lui demanda pour Eleyna il se contenta de lui répondre poliment qu’elle retournait se battre dans l’armée et qu’elle avait passé, selon elle, trop de temps ici à ne pas agir pour sa cause. Il ne révéla pas, évidemment, ce que lui avait dit la jeune femme mais expliqua qu’elle était navrée de partir ainsi, préférant ce départ à des adieux douloureux sans doute. Elle avait l’air soudain très bizarre, comme si quelque chose d’horrible s’était passé ou allait se passer. Curieux et inquiet pour elle il l’appela doucement et elle répondit quelques paroles plutôt gentilles et cachotières. Mais il ne s’en formalisa pas, ne se doutant pas de grand chose, se contentant de lui sourire.

- Je pense qu’elle a surtout besoin d’un peu de temps pour se recentrer sur ses combats… Rien ne dit qu’elle ne reviendra pas d’ici quelques jours et pour les fêtes… si elle n’est pas là j’irai la chercher… Même si… Enfin Alanir semblait… content qu’elle soit parti, c’est bizarre, je croyais qu’ils s’entendaient bien…

Petite manière de dire qu’elle comptait et qu’il ne la laisserait pas de côté. Même s’il semblait assez dupe pour la mauvaise humeur de son compatriote. L’air de rien.
Par contre quand elle lui demanda de l’aide pour sa robe, il se troubla un peu, hésita et remarqua le léger tremblement qui agitait ses mains, le chassa, obéit avec douceur en l’effleurant à peine, faisant bien plus attention que nécessaire et même… détournant pudiquement les yeux ! Comme il le faisait quelques mois plus tôt quand ils s’étaient retrouvés après sa fuite de l’Académie, quand il avait perdu la mémoire et était si poli et… courtois… et timide surtout !
Quand elle lui tourna le dos, une fois allongée,son visage se détendit un peu et il se contenta d’observer la jeune femme ou plutôt sa nuque un moment sans bouger. Quand enfin elle s’endormit, plutôt vite, il se redressa sur le coude, laissant son autre bras immobile contre les côtes de la jeune femme, l’observant. Ses pupilles dilatées miroitaient légèrement avec les lueurs des myriades d’étoiles dont la lueur filtrait par les rideaux non tirés de leur chambre. Sur son visage un sourire attendri alors qu’il ne pouvait s’empêcher de demander à son coeur pourquoi aimer était synonyme de tant de souffrances.
Ils avaient au moins un contact. Elle l’acceptait dans son lit, elle prenait même son bras. Il se sentait soulagé. Un peu du moins. Il la trouvait belle… Tellement belle… Ses cheveux d’or semblaient argentés avec la lueur des étoiles et de la lune levante, les environs enneigés n’en reflétaient que plus la clarté et par écho sa chevelure semblait s’en éclairer. Il la trouvait pâle à la fois si forte et fragile, peau de porcelaine si délicate. La cicatrice sur son oeil ne parvenait même pas à l’enlaidir, même s’il la détestait cette cicatrice… Car rien n’aurait dû venir toucher le visage de la jeune femme avec plus de pression que la caresse d’une fleur, celle d’un baiser. Elle esquissait un léger sourire qui lui retournait l’estomac alors qu’il bougeait légèrement. Pourquoi diable les dieux étaient-ils si cruels ? Tant de beauté, de saveur, de douceur inaccessibles… Toujours en appui sur son coude, il se tordit à moitié le bras pour pouvoir caresser doucement ses cheveux tout en continuant de l’observer. Longtemps, jusqu’à ce qu’une brûlure de courbature lui élance tout le bras…. Jusqu’à ce que son regard voilé de fatigue ne cède au sommeil qu’il repoussait autant que possible, de peur de ce qu’il y verrait une fois de plus… Sommeil. Le seul état pendant lequel il n’avait plus aucun contrôle sur ces « souvenirs ».

Il cauchemarda une partie de la nuit mais le contact de la jeune femme, comme toujours l’apaisait. Et si aujourd’hui son coeur lourd de chagrin nécessitait qu’il soit honnête et lui en dise plus, même s’il ne le faisait pas et donc ne pouvait pas réellement être en paix, elle lui apportait un sursis plus que nécessaire. Il dormit peu, se réveillant souvent et ce n’est qu’au matin que son sommeil se fit plus réparateur, correspondant de manière surprenante au moment où il s’était davantage rapproché d’elle.
En effet, quand la demoiselle avait ouvert les yeux elle avait bien dû se rendre compte que d’une manière ou d’une autre, Tristan avait réussi, sans la réveiller à passer son deuxième bras sous elle, sous sa tête. Il était tout contre elle et en même temps ne l’enserrait pas de ses bras. Le bras qu’elle avait pris reposait sagement sur sa taille et était de temps à autre agité d’un léger tremblement, réflexe moteur dû à un rêve. Epousant la forme de son dos il s’était collé à elle, le nez enfoui dans ses cheveux, humant son parfum, un sourire aux lèvres. Elle l’avait vu bien davantage en se tournant vers lui et en constatant l’étrange réflexe du jeune homme qui resserrait un peu son bras sur sa compagne venant de bouger. Léger gémissement qui s’échappait de ses lèvres alors qu’il souriait dans son sommeil et articulait d’une voix pataude le surnom de la jeune femme alors qu’un sourire d’autant plus large étirait ses lèvres. Quand elle caressa sa joue, il gémit, un gémissement plus aigu et tout endormi qu’il était, chercha sa main de sa joue, rapprochant son visage pour prolonger le contact. Elle le caressait si doucement et c’était tellement agréable, il frissonna même à ses contacts, elle devait bien se rendre compte de l’effet qu’elle avait sur lui… Ou pas. Parce que brusquement le jeune homme se fit réveillé en sursaut !

Secoué comme un prunier malgré sa carrure par rapport à la petite demoiselle, le pauvre Drakkari, hagard ouvrit puis cligna un instant des yeux, l’air tout embrumé par le sommeil. Ne comprenant pas ce qui se passait, il se redressa sur un bras, l’air inquiet, voire paniqué, pensant probablement qu’on les attaquait alors qu’il semblait vraiment difficile pour lui de s’éveiller réellement. Surtout qu’elle parlait fort pour une heure si jeune !
Si Tristan était toujours aussi terriblement présentable et sexy au saut du lit, là il semblait falloir vraiment beaucoup de temps pour éveiller sa lucarne car malgré tous ses efforts ses yeux semblaient refuser le simple fait de rester ouverts ! Cassidy lui parlait, d’une voix un peu aigue et vraiment inquiète et quand il connut l’origine de son trouble et de ce réveil brutal le jeune homme poussa un grognement de soulagement en se laissant retomber sur le matelas, se frottant les yeux en baillant ostensiblement, exactement comme l’aurait fait un chat d’ailleurs, ouvrant grand la bouche sur ses canines pointues.
Elle l’avait réveillé pour ça ? Sérieusement ??? Prenant sur lui, le jeune homme caressa doucement un bras de la jeune femme en la fixant avec un sourire pas totalement réveillé.

- Ne t’inquiète pas princesse, ce n’est sans doute rien… Probablement que je suis en transition. Ceux qui m’ont formé m’ont dit que mon « pouvoir » tel que tu l’as vu ne serait utilisable que sur une courte durée, qu’il fallait que je m’entraine beaucoup, pareil pour les écailles et tout… C’est sans doute qu’un changement physique parmi d’autres. Mais au moins je sais que tu profites de mon sommeil pour me regarder jolie demoiselle…

Il essayait de plaisanter malgré tout. Et il avait été honnête, totalement honnête. La vérité c’est qu’il n’en savait rien. Certes, il était horriblement fatigué ces derniers temps mais ce n’était pas à mettre sur autre chose que le manque de fatigue… et ça il n’était pas prêt à lui expliquer… se disait qu’il ne le serait jamais réellement. Mais c’est vrai qu’elle insinuait le doute dans son esprit. Parce qu’elle semblait si inquiète et si douce, si belle et si vulnérable. Il ouvrit la bouche, touché, pour lui dire, lui jurer que ça allait, qu’il était juste un peu fatigué et qu’elle ne le perdrait pas, qu’il n’allait pas… changer. Mais elle l’avait devancé et sa vivacité le surprit ! Cette année sur cette ile avait fait d’elle une mage tellement apte à contrôler son corps, leste telle une panthère. Ce qu’il trouvait aussi un peu trop… sexy pour son bien-être, mais c’était une chose à part. Le pauvre jeune homme encore tout endormi et qui avait eu tant de mal à assembler quelques mots cohérents à la suite n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Elle avait senti quelque chose entre eux, preuve que leur lien s’était… affiné, renforcé malgré cette triste mésaventure. Elle avait l’air au bord de la crise de nerfs, les yeux pleins de larmes et même si elle ne parlait pas fort, il eut l’impression qu’elle avait hurlé. Peut-être parce qu’il ressentit pendant un bref instant sa terreur au moment où elle le traitait… de monstre.

Tristan se redressait un peu faiblement ayant bien compris que sa nuit s’arrêtait là et prêt à discuter… un minimum avec la demoiselle si elle en ressentait le besoin, chassant sa fatigue comme il le pouvait, ajustant d’une main la chemise qu’il portait, pour ne pas la gêner. Il se figea à l’entente de ces quelques mots destructeurs, les yeux qu’il baissait coupablement, prêt à développer des trésors de patience pour la convaincre de se calmer, que tout irait bien, s’étaient relevés sur le visage de sa petite princesse… Princesse qui semblait horrifiée par les mots qu’elle venait de prononcer. Son pâle visage d’ange avait blêmi, ses mains si douces qui se plaquaient sur ses lèvres comme pour retenir, arrêter les mots qui lui avaient déjà échappé. Il écarquilla légèrement les yeux, sans doute parce qu’il pensait qu’elle n’oserait jamais le dire directement, ouvrit la bouche presque aussitôt pour parler, tendit les bras vers elle… Mais déjà elle s’échappait et courait, seule sa chemise de nuit sur le dos, rien d’autre. Mais le pire c’était son regard plein de larmes qui venait de le poignarder. Tant et si bien qu’il se retrouva un instant figé sur place, tremblant et les yeux écarquillés, les mains crispées sur le drap, ces mains qui tremblaient tant. L’instant d’après il était debout et courait lui aussi vers la porte mais ce fut Alanir qui l’arrêta. Malgré son état le jeune homme sembla réceptif aux paroles de son aîné alors qu’avant… il se serait contenté de foncer tête baissé, sans réfléchir une seconde !

Curieusement Tristan obéissait et semblait particulièrement attentif et si son visage refléta un profond désarroi et une tristesse désarmante pendant un instant, il s’en débarrassa, tournant le dos à son aîné, respirant lentement, profondément avant de lui faire de nouveau face, plus maitre de lui-même. Prêt à accepter, probablement ce qu’il avait commis.
Il l’écouta et même si l’envie de courir après la petite mage était grande, vraiment grande, si forte, il resta et écouta des conseils qu’il ne s’attendait vraiment pas à entendre de la part de celui-ci.
Il n’avait pas besoin de le traiter de petit con pour que le jeune homme se fasse attentif mais il est vrai que cela le tira de son état choqué-léthargique alors qu’il semblait un brin mécontent l’espace d’une seconde. Au moins il réagissait et fut témoin de bien étranges révélations. A sa grande surprise Alanir s’expliquait pour la veille, sur ce qu’il avait dit à propos d’Erwan et ça, ça surprit énormément le jeune homme qui n’en demandait pas tant. D’abord inquiet il se fit trèèès attentif et impliqué quand le dragon déclara que le petit archer n’était pas fait pour la jeune femme. Ok, là il avait toute son attention !

Il ne grimaça pas quand son aîné lui serra les bras, il se contenta d’écouter, profondément touché justement de l’estime et de l’investissement que lui portait son ami… et surtout aussi son aîné dragon. Un peu de reconnaissance… ça faisait du bien, même si c’était juste parce qu’il était « un peu mieux que la crevette ». Et mine de rien, il lui faisait d’impressionnantes révélations sur Cassidy, lui avouant ce que le grand jeune homme n’avait même pas soupçonné. Enfin, il se doutait évidemment lui avoir fait énormément de mal physiquement et émotionnellement pendant ces derniers jours. Enfin non… il ne s’en doutait pas. Il le SAVAIT… mais ça… il n’osait pas le dire. Néanmoins, malgré tout, il pensait qu’elle n’oublierait pas ses sentiments pour elle, qu'elle n’oublierait pas ce qu'il pensait réellement. Alors à cet instant, enfin, il comprit qu’elle craignait son rejet autant qu’il craignait le sien, son délaissement, le voir se tourner vers quelqu’un d’autre, que son amour flétrisse, que leurs différences les achèvent, ne pas être à la hauteur, ne pas faire assez bien. Elle…. elle pensait réellement cela ? Elle avait vraiment ressenti ça ? En quelques jours il avait fait tellement de mal… C’est vrai… Un an pour elle… Une pu**** d’année ! Honteusement il se rendit compte qu’il avait « oublié ». Oh bien sûr il se souvenait parfaitement qu’elle avait été entrainée et à moitié torturée pendant une année, il le savait parfaitement et il craignait vraiment d’aborder le sujet tant elle semblait en souffrir… Mais bêtement, alors qu'il savait qu’elle avait vécu si difficilement, avec tant de souffrances loin de lui, il se rapportait à sa propre douleur. Alors qu’il SAVAIT qu’il n’avait pas vécu le centième de sa peine, de sa rage et de son impuissance. Deux évidences : malgré ses extraordinaires capacités elle doutait toujours monstrueusement d’elle, malgré leurs retrouvailles ils n’avaient pas eu de temps, elle n'avait qu’entraperçu l’amour qu’elle avait perdu toute une année, ses blessures n'avaient pas eu le temps d’être légèrement soignées qu’on y avait appliqué le fer rouge de la trahison, du changement, de l’égoïsme et de la monstruosité. Pauvre petite mage… Pas étonnant qu’elle n’en puisse plus. Bien sûr qu’il avait souffert lui aussi et il continuait mais ce n’était pas pareil… Elle était si… humaine. Et à ses yeux si parfaite. Il oubliait à quel point elle pouvait être fragile. A quel point… elle avait besoin de quitter l’armure de la mage-guerrière surentrainée pour revêtir son vêtement de douce fiancée si adorée.

Alanir n’avait pas à en dire plus. Tristan se sentait stupide et inutile. Il n’avait pas fait le quart du dixième de toutes les petites attentions dont elle avait besoin pour se rappeler qu’il avait attendu, parce que pour lui ce n’était pas une année mais qu’il aurait attendu un an s’il l’avait fallu, qu’il l’aimait et que ce n’était pas une crétine de dragonne qui se mettrait entre eux. Oh comme il avait envie d’aller la retrouver pour lui dire la vérité. Mais… ne risquait-il pas de lui infliger une nouvelle blessure ? N’était-ce pas à lui de porter ce fardeau ? Elle en avait déjà tellement fait. Ce n’était que justice qu’elle arrête de souffrir un peu. Est-ce qu’il la ménageait ? Oui c’est vrai, un peu, par égard, par respect pas parce qu’il la pensait fragile…

Et puis mine de rien… Il apprenait à quel point elle avait souffert mais encore et surtout qu’elle avait besoin de lui. Vraiment ? Elle n’essayait pas de s’éloigner ? Elle voulait toujours de lui près d’elle ? Elle n’essayait donc pas, exprès, de le rejeter ? Quel soulagement, le goût sucré d’un vif, profond soulagement. Et… il avait vraiment droit de mettre le paquet ? De s’occuper d’elle et de faire plein de choses pour elle ? Elle ne le repousserait pas ? En fait, il se rendit compte que même si elle le faisait, il insisterait et il tiendrait le coup. C’était d’une telle évidence. Un sourire aguerri éclaira son visage. Il savait parfaitement ce qu’il lui restait à faire. Savoir que le bain lui avait plu le ravit presque autant que s’il avait été un petit garçon devant un énorme cadeau rien que pour lui.

Lentement il hocha la tête, s’éloigna, juste pour préparer du café, pas pour courir après la jeune femme. Un silence s’installa entre les deux hommes avant que Tristan vienne déposer une tasse fumante devant son aîné et ne lui adresse un sourire franc.

- Eyh… Alanir…

Le dragon relevait les yeux, semblant las d’avoir tant parlé et c’est vrai que ce n’était clairement pas dans ses habitudes.

- … Merci.

Sourire franc une fois de plus alors qu’il buvait une gorgée de sa propre tasse, son regard se perdant dans le vague.

- J’ai compris… Et ne t’en fais plus… Je ne vais pas la lâcher jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau heureuse… et confiante. Et après… oh ben je la lâcherai encore moins j’imagine…

Déjà dans son esprit germaient de multiples idées et il ne tarda pas à se changer et à sortir en spécifiant qu’il laissait Cassidy tranquille évidemment, se dirigeant pour sa part chez Maud.
Il ne rentra pas longtemps après, ne trainant apparemment pas et semblant soucieux, perdu dans ses pensées. Heureusement il ne savait pas ce qui s’était passé et ce qui se passait dans la cité. Parce que s’il avait su pour Erwan, tout galant et courtois que soit le jeune homme il serait probablement devenu très très colérique !!!!

Quand enfin elle revint à l’appartement, Tristan qui s’était apparemment lancé le défi de faire des crêpes, et aussi pour remonter le moral d’Alanir, passa la tête sur le côté pour voir qui arrivait, écarquilla les yeux en voyant la jeune femme débarquer les bras aussi chargés, loupa le rattrapage de sa crêpe, se la prit direct sur la tête et poussa un glapissement douloureux en se brûlant. L’instant d’après il venait la rejoindre, curieux, pour voir ce qu’elle rapportait. Mais alors qu’il arrivait près d’elle, elle enleva son manteau et son aîné put clairement voir le jeune homme fermer vivement les yeux et les détourner, articulant en silence, comme s’il comptait avant de rejoindre la jeune femme comme si de rien était avec un sourire poli. Déjà Alanir partait et Tristan détournait de nouveau les yeux sur le même étrange manège. Il voulut dire quelque chose, s’abstint et un silence un brin gênant s’installa entre eux alors qu’il ne savait pas comment… lui dire, lui parler de ce qu’il ressentait. Il se centra sur les cartes pour cacher son trouble et celui qu’elle provoquait chez lui habillée comme ça ! Il ne comprit pas de quoi elle parlait. Destination ? Ni pourquoi elle semblait aussi… radicalement différente. Bon d’accord Alanir avait dit qu’elle se calmerait et reviendrait toute seule, mais il s’attendait à la voir mécontente, rancunière ou au contraire mutique pas… joyeuse. Ou alors elle faisait semblant pour ne pas lui faire de peine… Cette pensée lui fit mal. Il penchait la tête en la regardant alors qu’elle le tapotait gentiment en s’expliquant. Partir… Elle voulait vraiment partir ? Avec lui ?

Encore heureux que c’était avec lui oui !!!!
Partir après les fêtes… Nan mais elle voulait partir avec lui !!!! La danse de la victoire, il n’avait vraiment pas le droit de l’esquisser ? Parce qu’il en avait bien envie là en fait ! Il la rejoignit de son côté de la table, muet, l’observant avec attention et ne la déshabillant pas perversement du regard comme il l’aurait fait quelques jours plus tôt, se contentant d’un intérêt certain quoique discret. Elle s’expliqua, parlant beaucoup pour dire des choses dures mais vraies, gentilles mais parfois difficiles. Elle s’expliquait sur son comportement, sur eux, sur son envie d’essayer pour eux deux. Il se sentit rassuré. Alanir avait vraiment vu juste et ça c’était la meilleure nouvelle de la journée ! Elle ne le laissait pas vraiment parler, comme si elle craignait un peu ce qu’il risquait de dire pour l’interrompre. Elle le pensait probablement triste et en colère pour l’incident du matin. Elle s’était mise à parler de village enneigé, enfin c’est ce qu’il lui semblait plus ou moins, il n’écoutait pas vraiment en fait, plus à ce moment là du moins. Elle parlait de plusieurs destinations possibles, arguant beaucoup pour ces terres enneigées, ce qui prouvait son envie de visiter le coin quand elle s’interrompit. Le jeune homme s’était éloigné, juste assez pour passer tendrement ses bras autour d’elle, se glissant dans son dos. Il ne fit rien de plus si ce n’est glisser, enfin, comme il le souhaitait, son visage dans sa nuque sur laquelle il déposa un unique mais infiniment doux baiser, parlant tout bas, si bas qu’à part elle, personne n’aurait pu les entendre, même en les collant de très près.

Je sais que tu as souffert ma princesse. Je ne prétendrai pas que je sais ce que tu ressens. Mais crois moi, je m’en veux… Je t’aime tant. Je vais chasser tous ces moments de doutes et de peur, tous ces instants de souffrance et d’amertume, je te le promets. L’un après l’autre. Je te jure de te prouver chaque jour l’amour que je te porte et que jamais, oh grand jamais, ne reviendra le monstre que j’étais il y a quelques jours… parce qu’il n’y a pas d’autres nom pour me définir et je le sais parfaitement. C’est bien que tu l’aies enfin dit, maintenant je vais pouvoir commencer à te faire oublier…

Tristan qui s’investissait… Ca pouvait donner ça. Elle ne s’était pas crispée, du moins il n’en avait pas l’impression et il était presque certain d’avoir senti un frisson à la fin de son discours chez la jeune femme mais ce n’était peut-être qu’une impression… Il relâcha doucement son étreinte, ne voulant pas l’envahir davantage, ni lui donner l’impression qu’elle était prisonnière ou forcée d’accepter ses câlins.
Mais alors qu’il se mettait à côté d’elle en montrant un tout petit village dans les contrées de Frihold, semblant enthousiaste à son idée et tout à fait d’accord, proclamant qu’ils iraient où elle voudrait, elle releva les yeux vers lui et il détourna immédiatement les siens alors que ses pommettes se coloraient légèrement et qu’il semblait tout penaud.

- Tu… Tu es très belle… Enfin ça te va bien… très très bien. Un peu trop bien… Mon pauvre coeur a failli lâcher tout à l’heure quand je t’ai vu.

Petit sourire en coin mais apparemment il était totalement sincère et il lui avouait, il lui disait ce qu’il ressentait, ce qu’il avait ressenti. Apparemment le jeune homme avait vraiment décidé de se révéler un peu plus. Tout intimidé qu’il était il l’observa rapidement de nouveau et sourit, un peu rêveur avant de se reprendre et de bafouiller d’étranges paroles.

- Euh… D’ailleurs… Les crêpes c’est… pas à comparer à l’amour que je te porte. Je t’aime vraiment vraiment… fort et mes crêpes sont toutes ratées alors… enfin je voulais t’en faire quand même mais… elles sont bonnes mais y a des trous partout et… et je pensais pas que c’était si léger au début donc… y en a un peu partout dans la cuisine mais… tu… veux les goûter ?… enfin celles qui ont réussi à finir dans l’assiette… Dé… solé… j’ai pas… enfin ce n’est pas super facile pour moi…

Le plus sérieux du monde, Tristan essayait, observant les réactions de sa fiancée en essayant de déterminer vraiment ce qu’elle attendait de lui. Les indications d’Alanir l’avaient certes aidé. Mais il n’était pas encore totalement sûr et puis même s’il l’avait toujours magnifiquement bien caché, devant elle, il avait quand même tendance à perdre certains de ses moyens. Ca devait être ça d’être réellement amoureux…
Pour le midi il avait rassemblé tout de même beaucoup de choses qu’elle aimait et outre des crêpes trouées et toutes sortes de confitures, biscuits et gâteaux se disputaient la place sur la table. Apparemment à ses yeux, un repas sucré pourrait peut-être égayer la jeune femme… Et puis elle n’avait rien avalé en sortant en trombe quelques heures plus tard et il n’ignorait pas son récent manque d’appétit ! Foi de dragon il allait changer ça et rapidement !!!

Quand elle avait déclaré vouloir aller au village, petite ville, d’à côté, il s’était galamment proposé. Voulant passer du temps avec elle tout d’abord et prêt à faire tout ce qu’elle voudrait. Une promenade ensemble dans les rues pleines d’étals et de décorations ça serait forcément bien, non ? Sauf que la jeune femme comptait apparemment y aller sans lui mais ça n’avait absolument rien de méchant, pas du tout ! Elle voulait sans doute lui faire une surprise et elle n’avait pas besoin d’aller jusque là, la simple mention du bain ensemble illumina le regard du jeune homme qui lui fit un immense sourire avant de déposer un léger baiser sur son front en caressant un de ses bras.

- Profite bien alors princesse, et à tout à l’heure. Prends ton temps…

Bah il n’allait pas la presser non plus !!!!
Il la laissa donc partir avec son ami dragon et malgré la fatigue qui le frappa dès qu’il fut seul, le jeune homme ne se laissa pas aller. Il sortit, content de constater qu’il n’avait pas du tout mal à sa blessure de la veille et qu’au contraire elle guérissait vraiment bien, de petites marques blanches et rouges persistaient là où il s’était blessé mais rien de plus. Ragaillardi et d’excellentes humeurs il était allé au camp d’entrainement pour rejoindre ceux qui réalisaient quelques travaux pour l’hiver. Ses amis l’accueillirent d’une tape chaleureuse, s’enquérant de son état et très vite il fut torse nu, jouant des muscles en maniant une lourde hache pour couper avec eux du bois pour l’hiver. Ils avaient abattu un arbre beaucoup plus loin et l’avait rapporté jusqu’à la cité, depuis ils essayaient de le débiter mais c’était un travail long et fastidieux. Néanmoins six solides et torses nus jeunes hommes en train de s’activer, les muscles échauffés par l’activité, forcément ça attirait quelques spectatrices mais ils ne semblaient pas vraiment compte.
Pourtant, Tristan put ainsi entendre des rumeurs qu’il aurait sans doute ne surtout pas voulu percevoir. Qu’on parle d’Erwan quittant la cité, pour être honnête, ça arrangea encore plus son état et son humeur mais que des femmes échangent à voix basse sur ce qui s’était passé avant, sur l’intervention de l’archer qui avait ramené la petite mage chez lui, sur la mine de celle-ci quand elle était sortie de chez lui. Forcément, ça faisait bien plus de mal que de bien…

Pourtant, malgré la vague de peine et le trouble qui l’envahirent et qui faillirent le faire se blesser puisque sa hache avait tapé sur l’aubier de l’arbre, bois si dur et avait rebondi vers lui trop vite, il se força à se calmer, à réfléchir posément, à compter. Il aimait Cassidy. Il lui faisait confiance. Oui, il en avait tellement confiance en elle. Jamais elle ne ferait de mal à leur couple déjà abimé, il le savait. Elle était…différente. Son coeur s’apaisa et un sourire éclaira son visage. Ces pensées, même alors qu’ils tâtonnaient encore tant pour se retrouver lui donna une énergie nouvelle et il se fit d’autant plus actif pour débiter le bois. Ils travaillèrent pendant des heures à faire de buches de différentes tailles puis à les transporter dans un grand abri que d’autres étaient en train de construire pour que le tout reste au sec afin que chacun puisse aller se servir régulièrement sans trop stocker chez soi. Ce système qui comptait sur la force des plus jeunes et vigoureux était plutôt bon car les plus âgés de la cité n’étaient clairement pas en état de débiter de tels morceaux de bois, y compris pour les jeunes femmes seules. Oui, ce système fonctionnait. D’ailleurs, ils portaient même du bois directement aux plus âgés, qui reconnaissant, retournaient préparer des histoires et surprises pour les fêtes. Certains enfants aidaient aussi, tout heureux de pouvoir imiter leurs grands et forts aînés, essayant vaguement de transporter une voir deux bûches.

Tristan avait toujours autant de facilité et de succès avec les petits bouts de chou. D’ailleurs c’est tout attendri qu’il en regarda un, si minuscule, s’échiner à essayer de porter une petite bûche, l’entourant de ses deux petits bras. Les autres enfants le laissaient un peu derrière eux, parce qu’il était trop petit et pas assez rapide et le gamin semblait aussi triste que décidé. Tristan l’observa une seconde. Il n’avait personne à impressionner, il n’essayait pas de se montrer différent de ce qu’il était. Après tout Cassidy n’était pas là, et pourtant… C’est tout surpris que le bambin se retrouva soudainement soulevé du sol, tenant toujours sa bûche et juché sur les larges épaules du grand Drakkari qui lui disait de bien s’accrocher, ce que fit aussitôt l’enfant en poussant des petits cris ravis, s’accrochant à ses cheveux en calant la buche comme il pouvait. Ils allèrent ensemble ainsi livrer le bois à plusieurs personnes, le grand jeune homme tendant régulièrement une petite buche parmi ce qu’il portait au petit garçon puisque celui-ci était le premier à « livrer » son fardeau. Les adultes, amusés, riaient et le félicitaient. Les mamans attendries les trouvaient tous les deux adorables et proposèrent décidément bien trop de gâteaux au gamin qui s’empressait de les engloutir… laissant pas mal de miettes dans les cheveux de son porteur. Mais celui-ci trouvait le tout plus drôle qu’autre chose et devait de toute façon aller aux sources chaudes avec Cassidy, il s’en débarrasserait là bas.

Il passa une partie de l’après-midi très occupé et fit plus que de raison travailler ses muscles. Le bonheur de les sentir en action, de sentir son corps travailler et lui répondre totalement était une chose que personne ne pouvait réellement comprendre et il n’aurait pas pu l’expliquer, pas en avouant une partie de la vérité. Et s’il le faisait… Elle finirait par en entendre parler. Et… il savait qu’une partie la rendrait probablement heureuse mais qu’une autre risquait encore de lui faire de mal. Et il en avait tellement assez… de lui faire du mal.

Elle ne rentra vraiment pas tard, au poing qu’il se demanda ce qu’elle avait bien pu faire. Son torse luisait de sueur quand elle le rejoignit et il lui fit un immense sourire, arrêtant pour la journée mais bien décidé à reprendre le lendemain. Le bambin qui le suivait partout depuis s’accrochait à une de ses jambes, regardant Cassidy, tout curieux et timide. Heureusement pour lui, Tristan avait réussi à se débarrasser de toutes les miettes en secouant vivement ses cheveux mais ça les avait un peu plus ébouriffés. Dès qu’il la vit, et même, légèrement avant, grâce à ce lien ténu entre eux, il sentit que quelque chose n’allait pas et malgré son beau sourire qui fit faire un bond à son coeur, ses yeux trahissaient une certaine tristesse qui ne plaisait décidément pas au jeune homme.
Elle n’avait pas l’air de vouloir en parler, pas tout de suite. Il lui présenta son « ami », le petit garçon timide qui la regardait avec tellement de curiosité et alla même jusqu’à toucher ses cheveux avant de déclarer d’une petite voix aigue un « t’es troooop belle » et de s’échapper à toutes jambes rejoindre les autres enfants. Tristan mit aussitôt les mains bien en évidence devant lui, un immense sourire presque innocent aux lèvres.

- Eyh ! D’accord je lui ai parlé de toi ! Mais je ne lui ai absolument pas demandé de dire ça ! Arrête de draguer princesse, je vais être jaloux…

Jaloux d’un enfant. Il essayait vraiment d’être adorable. Ou il l’était naturellement mais le lui montrait un peu plus, difficile à dire. Il lui expliqua ce qu’il avait fait et lui promit un beau feu de bois pour la cheminée le soir-même, attrapant vivement sa tunique et la suivant aux sources, effleurant doucement sa main de temps à autres pendant qu’ils marchaient, sans trop oser la prendre. Il voulut lui demander tout du long ce qu’elle avait fait, comment c’était mais sentit que ce n’était pas le bon moment, se contentant de parler avec animation pour lui transmettre un peu de sa joie, un tout petit peu.

Le jeune homme se débarrassa de son pantalon et de ses bottes une fois aux sources chaudes, le posant à côté de sa tunique, restant en boxer, s’étirant en faisant craquer ses articulations avant de se glisser dans l’eau chaude avec un soupir d’aise, y plongeant aussitôt la tête malgré la température pour ôter les dernières miettes. Ses cheveux bicolores conservant malgré l’eau qui les alourdissait un désordre inconcevable !
Mais quand il tourna la tête vers la petite mage qui prenait plus de temps que lui à se déshabiller forcément, sa gorge s’assécha. Woh…
Nan mais woh quoi !!!! Il sentit ses muscles se crisper alors que de nouveau ses pommettes se coloraient légèrement et qu’il la fixait avec décidément beaucoup trop d’admiration dans le regard. Voir ses cicatrices le désenchanta un peu évidemment, il ne les supportait que mal à cause de tout ce qu’elle représentait et de la souffrance qu’elle avait induite. Mais… elles ne la rendaient tellement pas moins belle. Se rendait-elle compte qu’il pensait ainsi ? Qu’elle n’avait pas à craindre que ces marques induisent du dégoût chez le jeune homme. Il n’en était pas certain et avait une idée pour le lui rappeler, pour le lui prouver. Se redressant en lui tendant la main galamment pour la guider dans l’eau, pour ne pas qu’elle glisse alors qu’elle semblait également contente de la température. Mais son idée tomba totalement à l’eau et c’était le cas de le dire alors qu’il observait le visage de la jeune femme, son air perdu et triste, son regard absent. Il ne dit rien mais pressa doucement sa main qu’il tenait toujours sous l’eau, penchant légèrement la tête en la regardant, finissant par l’appeler d’une voix tendre.

Il dut faire preuve de patience, chose vraiment difficile alors qu’il avait tant envie de savoir ce qui torturait ainsi la femme qu’il aimait. Il se força à rester calme et à ne rien demander alors qu’une grande colère le gagnait. Quelqu’un, quelque chose avait blessé son petit angelot blond et ça il ne supportait vraiment pas ! Elle semblait si en forme et si bien avant de partir cet après-midi, voilà qu’elle semblait… vraiment chamboulée. Il crispa son autre main sous l’eau, attendant, désespérant d’attendre quand enfin elle commença à lui expliquer et surtout à lui montrer. La tristesse dans ses yeux était poignante et il se fit d’autant plus attentif. Pourtant, ce qu’elle lui montra, ce rejet de la population, cette cruauté méfiante vis-à-vis de l’inconnu lui scia les jambes et le rendit furieux. Il vit tout… et alors qu’elle lui avait dit de ne pas s’énerver lui avait vraiment envie justement de pêter les plombs. Mais elle comprenait aussi pourquoi elle lui demandait ça… Pour ne pas qu’il cède à la moindre pulsion violente qui risquerait d’abîmer ce qu’il reconstruisait, parce qu’elle avait besoin d’être soutenue pas d’essayer de calmer son petit ami énervé. C’est vrai que pendant un instant il avait bêtement cru qu’il y avait un problème avec Erwan et les rumeurs entendues plus tôt ne l’aidaient pas. Pourtant, il aurait presque préféré que ce soit ça, parce que ce qu’elle lui montrait était grave, vraiment terrible… et que forcément, ça rendait triste la jeune femme. Quand la vision cessa enfin, il avait relâché sa main et ses poings tremblaient légèrement sous l’eau à cause de la colère qu’il s’efforçait de contenir. Ses larmes l’aidèrent davantage à rester calme alors qu’elle lui semblait si fragile et vulnérable. Doucement, le grand jeune homme vint vers elle, s’agenouillant tout près d’elle dans l’eau et préparé à encaisser l’électrochoc glissa doucement ses bras autour d’elle pour lui faire un câlin. Il maitrisa le frisson qui lui parcourait l’échine, se recula presque aussitôt pour prendre son visage dans ses mains, la caressant en l’effleurant à peine puis se pencha en avant, embrassant le coin de ses lèvres, ses joues, ses pommettes, remontant ainsi inexorablement jusqu’à ses cils dans lesquels perlaient ses larmes cristallines. Etrange manière de sécher les larmes d’une demoiselle. Il ne tenta même pas de s’emparer de ses lèvres continuant un instant son manège alors qu’une de ses mains s’était glissé dans son dos qu’il caressait du bout des doigts, caresse si douce, légère et rassurante.
Puis il se recula, juste un peu, le front collé au sien, les yeux fermés.

- Je t’aime… Ce qu’ils ne sont pas encore capables de voir, je vais leur montrer.

Il comptait aller taper sur ces personnes ? Pas du tout… Avant qu’elle n’ait le temps de comprendre ce qu’il avait en tête, probablement un peu interloquée par ses paroles, il glissa ses bras sous elle et se redressa brusquement en la portant tout contre lui telle une princesse de contes. Et là, alors que quelques personnes passèrent, elles furent singulièrement surprises par leur situation un brin romantique/étrange. Un sourire de défi s’était affiché sur les lèvres du jeune homme, de la provocation mais aussi une assurance telle qu’il était clair qu’il ne doutait pas un instant de lui. Alors qu’elle écarquillait ses grands yeux noisette (ce qui le désarma un peu d’ailleurs) de surprise, il sortit du bassin, attrapa en se baissant leurs affaires qu’il mit entre les bras de la jeune femme, fort heureusement en sous-vêtements toujours (autrement il aurait eu une attaque quand elle l’avait rejoint) et se mit à… à rentrer vers leur appartement ! Habillé comme ça et apparemment peu soucieux du froid, se souvenant parfaitement qu’elle ne le craignait plus. Alors qu’elle avait l’air vraiment surprise et commençait à s’agiter, ses larmes bien disparues remplacées par une espèce d’incrédulité, le jeune homme força l’allure, pas le moins du monde gêné par la mince silhouette entre ses bras, saluant quelques personnes comme si de rien était et son sourire s’affirmant de plus en plus. Sauf qu’au lieu de monter à leur appartement il se rendit directement chez Maud. Alors bien sûr elle ne se laissait pas totalement faire même si la surprise lui avait fait gagner du temps mais il se contentait de lui dire d’attendre ou quelques mots, taquins.

- Tchuttt ! Vilaine curieuse ! Attends un peu, tu sauras bientôt ! Tu ne m’échapperas pas !

Alors bien sûr elle pouvait évidemment penser qu’il était brusquement victime de pulsions charnelles mais vu comme il semblait juste investi, qu’il allait chez Maud et non chez eux et qu’il était tout à fait capable de jouer un peu avec ses nerfs en la taquinant, l’air parfaitement normal, ses pupilles minuscules, non ça ne pouvait pas être ça !
Il ouvrit la porte sans toquer et Maud n’avait curieusement pas l’air surprise. Pourtant la situation était surprenante et franchement comique. Un superbe jeune homme à moitié nu débarquant ainsi avec une jeune femme qui faisait tourner tant de têtes dans les bras, un air sérieux et clairement une idée derrière la tête, ça ne se voyait pas tous les jours. D’ailleurs la demoiselle rougissait un peu quand même, n’y comprenant probablement rien. Et puis Maud était contente mine de rien de revoir de l’assurance chez le jeune homme qui semblait si perdu et hésitant dernièrement.

- Salut Maud ! J’ai besoin de toi ! Je te laisse Cassy. Opération préparation de ma petite princesse ! Je veux une jolie robe, un maquillage léger qui lui corresponde et je m’occupe de sa coiffure dès que je suis prêt et que je reviens ! Du pep’s et du glamour ! Ma princesse va aller rabattre les caquets de ces obséquieux !

Alors que Maud, très amusée hochait la tête, faisant même le salut militaire que Tristan lui avait appris depuis qu’il était chevalier Cheistam, le jeune homme se tourna vers sa compagne qui semblait avoir compris et comptait déjà apparemment refuser. Il s’empara de son visage de ses deux mains avec autant de vivacité que de douceur, caressant ses joues de ses pouces.

- Non… Je ne te laisserai pas me dire « non ». Je ne te laisserai pas refuser. Je ne te laisserai pas hésiter et je ne te laisserai pas pleurer. Tu te prépares princesse… Tu te fais aussi belle pour les autres que tu l’es à chaque seconde à mes yeux et on retourne dans ce village. Je compte parader parmi ces idiots aveugles en ayant la plus belle femme d’Ascadian à mon bras. Je compte leur prouver que leurs préjugés stupides me rendent très chanceux car égoïstement je veux te garder pour moi seul. Je compte aller là bas avec toi et rendre fou de jalousie chacun de ces hommes qui souhaiteraient être à ma place, folles de jalousie toutes ces femmes qui aimeraient n’avoir qu’un dixième de ta beauté et de celle de ton coeur. Je compte passer un bon moment avec toi dans ce village, en nous promenant, en observant les décorations, en flânant sur tous les étals, en admirant les illuminations ce soir car il y en aurait pendant plusieurs jours. Un jour on trouvera quelles sont tes origines même si tu en as peur. Je serai là à chaque instant, je ne t’abandonnerai jamais. Moi je m’en fiche… Pour moi, tu es ma fiancée. Tu es Cassidy. Je n’ai besoin de rien d’autre pour savoir qui tu es. Mais en attendant de savoir, aide-moi, à montrer à toutes ces personnes quelle femme merveilleuse tu es. S’il te plait…

Il lui fit un magnifique sourire plein d’amour et de certitudes. Et franchement, que répondre à ça. Même Maud semblait surprise. Il ne la laissa pas vraiment répondre d’ailleurs, ni hésiter, lui répétant tout bas qu’il l’aimait avant de glisser très brièvement ses lèvres sur les siennes. Celles du jeune homme avaient conservé le goût salé des larmes de la jeune femme. Il se recula légèrement, rouvrant les yeux et il avait l’air si investi, si gentil et surtout avait prononcé un tel discours que décemment elle ne pouvait pas lui dire totalement non. Il lui fit un clin d’oeil, reprenant son air taquin et sortit presque aussitôt de l’appartement, emportant leurs affaires pour les rapporter à leur appartement, abandonnant Cassidy aux bons soins de Maud. Et apparemment, la dame semblait enchantée de ce petit « défi » même si sa première opération vu de pousser sans ménagement la jeune femme dans la salle de bain en lui ordonnant de se faire un shampoing. D’ailleurs pas pudique pour un sou et se rappelant que la demoiselle avait quand même la main encore blessée, les bras chargés de robes, elle entra dans la salle de bain et l’aida à faire son shampoing, l’incitant à poser sa tête sur le rebord de la baignoire.

La jeune femme fut entre d’excellentes mains et pomponnée comme le souhaitait Tristan. Maud était en train de l’aider à fermer son corset au laçage décidément complexe quand le jeune homme revint. Elles étaient dans le salon et il les rejoignit. Il tenait quelques superbes petites roses rouges dans la main et apparemment avait décidé de faire de l’effet aux côtés de la demoiselle. Pantalon noir, bottes du même ton, tunique bordeaux honteusement près du corps et ouverte sur sa gorge, le collier qu’elle lui avait offert brillait à son cou. Il avait remonté les manches de sa tunique sur ses avant-bras musclés et portait des bracelets de force, plus courts tout aussi noir que son pantalon, ayant apparemment décidé de tout assortir. Ses cheveux bicolores soigneusement coiffés, enfin autant que possible du moins, il avait dégagé son front. Sur ses épaules, il portait la cape de son armure Cheistam, toute argentée et portant le logo des chevaliers de l’armée. Apparemment, il avait dans l’idée de se faire remarquer dans ce sens et ce n’était pas bête du tout. Si les gens voyaient un chevalier Cheistam, forcément sa compagne serait vue comme personne de confiance pour ce camp et donc… ne pouvait décemment pas être une Kaär. Mâlin le jeune homme quand il s’y mettait, ça chasserait au moins quelques préjugés.

Il se figea en la voyant néanmoins, ses yeux orangés s’écarquillant alors qu’il se mettait à rougir et à bafouiller de manière adorable.

- Tu… Tu… Tu es magnifique Cassy… je… Hum… je vais préparer les brosses… pour tes cheveux.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Mer 10 Déc - 13:14



Il se détourna pour gérer son trouble alors que Maud ravie glissait quelques mots à l’oreille de son amie.

- Eh bien ! Tu lui fais de l’effet dis donc ! Regarde le, il est tout maladroit ! Bravo Cassy !

Elle finit de nouer son corset et la laissa rejoindre le jeune homme qui même s’il avait retrouvé un peu d’aplomb semblait toujours un peu… intimidé. L’heure qu’il était et qu’il serait à leur retour ne le gênait apparemment pas du tout. Il prendrait tout son temps avec elle.
Elle s’assit devant lui rapidement, lui tournant le dos et il entreprit de la coiffer. Avec douceur, comme avant et patience, minutie et talent il défit tous les noeuds de sa longue chevelure en prenant bien soin de ne pas lui faire mal, les brossa jusqu’à ce qu’ils soient aussi doux que de la soie et commença à les attacher en les manipulant, lui disant de lui faire confiance, ayant remarqué le foulard qu’elle tenait entre ses mains.

Quand enfin il eut terminé c’était un nouveau petit chef d’oeuvre. Il avait fait des tresses larges sur ses tempes qui se rejoignaient en torsade à l’arrière de sa tête, ce qu’il n’aurait guère pu faire si elle avait eu les cheveux moins longs. Une bonne partie restait totalement lâche, magnifique masse de cheveux d’or clair. Au sein des tresses il avait glissé des petites roses rouges qui semblaient vraiment des rubis encastrés dans de l’or. Il lui tendit gentiment une glace pour lui montrer et surtout lui désigna doucement l’attache solide des deux tresses qui… couvraient ses oreilles, en camouflant le sommet et donc la pointe, pas le lobe.
Doucement il y posa ses lèvres, parlant tout bas.

- Je voudrais que tu n’aies pas peur de les montrer… Mais si tu souhaites les cacher pour l’instant alors je t’aiderai… Tu ne crains rien avec cette coiffure. Mais si tout à l’heure tu te sens prête, tu pourras les dégager un peu si tu le souhaites. Tu n’as à avoir honte de rien Cassy… Donc… tu n’as rien à cacher, crois moi… Tu es si belle mon ange…

Et pour être belle, elle l’était. Maud avait même cédé à une petite fantaisie en maquillant légèrement sa cicatrice sur l’oeil. Pas pour la camoufler non, mais pour la rendre plus élégante, y disséminant de petites paillettes qui faisait passer ce qu’elle voyait comme une horrible marque pour un élégant marquage, tel certaines scarifications pourtant élégantes qu’on observait dans les régions les plus sudistes de leur monde.
Galamment le jeune homme l’avait aidée à se relever et la détaillait du regard avec un ravissement à la faire rougir. Il semblait vraiment émerveillé et se permit même quelques mots plutôt mignons.

- Finalement… je vais peut-être te garder ici pour moi tout seul, non ?

Il lui sourit tendrement, ne l’embrassa pas pour ne pas enlever le léger gloss sur ses lèvres qui ne les rendaient que diablement plus rosées et tentantes !
Il avait probablement prévenu Alanir de leur départ, lui proposant de les accompagner s’il le souhaitait et ça restait au dragon de décider. Néanmoins celui-ci devait être singulièrement surpris du comportement du jeune homme mais après tout, celui-ci s’investissait, prenait les choses en main, faisait des efforts… Essayait…
Il déclara qu’ils iraient en cheval jusque là bas, lui promettant pourtant gentiment en pressant ses mains dans les siennes, que très vite, si elle le voulait bien, il aimerait revoler avec elle, lui rappelant ainsi affectueusement à quel point cela compte pour lui.

C’est donc en cheval qu’ils se rendirent jusqu’au village qu’elle avait quitté un peu plus tôt et là, il est clair que c’est un tout autre accueil qu’on allait leur réserver. Entre l’émerveillement pour la jeune femme dont la beauté éblouissante la faisait sans mal passer pour une princesse et son beau compagnon chevalier en civil, de quoi rabattre les caquets et attirer l’admiration. Un sourire conquérant aux lèvres, Tristan serra doucement la main de sa compagne pour la rassurer et quand ils s’arrêtèrent, il attacha les chevaux puis aida la jeune femme à descendre de son cheval, pressant sa taille de ses mains en la portant sans mal. Il effleura son front pour repousser une fine mèche rebelle, lui fit un clin d’oeil en lui murmurant qu’elle allait tous les éblouir et lui donna son bras. Bien sûr, elle n’était pas sortie sans manteau, mais Maud avait sans doute compris ce que Tristan avait en tête quand il était parti car elle en avait sorti un tout juste terminé, de la même couleur argentée, un gris vif brillant, que la cape du jeune homme. Ils étaient si parfaitement assortis que c’en était grisant ! Il fit un clin d’oeil complice à la jeune femme, lui murmurant que tout irait bien alors qu’il la sentai si crispée. Il y avait des étals à perte de vue et des animations partout ! Ils allaient probablement passer un long moment ici et il avait bien l’intention d’en faire un moment mémorable, une revanche pour la jeune femme, la rendre heureuse, l’éblouir, lui rendre confiance en elle et en eux. A peine avaient-ils fait quelques pas sous les regards surpris, admiratifs, curieux et les chuchotements de quelques personnes qu’un petit garçon se porta devant eux, ayant apparemment reconnu les armoiries Cheistam sur la cape du jeune homme. D’autres enfants le suivaient, tout curieux et émerveillés. Tristan reconnut l’un des enfants de la vision que lui avait montré Cassy, plus loin sa mère, des gens qui semblaient reconnaitre la jeune femme venue un peu plus tôt. Il sourit légèrement, se préparant à assurer, pour elle, juste pour elle;..

- Dis ! Dis ! Dis ! M’sieur !
- Oui ?

Il avait retiré doucement son bras de celui de Cassidy et s’accroupit et de manière très injuste peu importe le geste qu’il faisait il était juste… trop charmant ! Le petit garçon enthousiaste hésita puis toucha sa cape.

- T’es un chevalier M’sieur ?

Le beau jeune homme fit un sourire désarmant aux enfants mais encore et surtout à leurs mères un peu plus loin, comme s’il les trouvait adorables et parla bien plus fort que nécessaire, assez pour que tout le monde autour d’eux entende en réalité.

- Oui. Tu es fort dis donc ! Comment tu le sais ?
- Bah parce que tu as le blason des chevaliers sur ta cape.
- Ah… C’est donc ça ! Flûte alors… Tu m’as démasqué !
- Tu dois être super fort ! Tu es trop grand monsieur ! Moi aussi je veux être un chevalier plus tard !!!!
- C’est vrai ? Alors tu dois beaucoup t’entrainer et ce ne sera pas facile…
- Je vais être super fort.
- Hum… Je te crois mais tu sais… un chevalier ne peut être vraiment un chevalier que grâce à une chose, une seule chose.
- Quoi ? Quoi ? Dis moi s’il te plait m’sieur !!!!
- S’il a une belle, vraiment belle princesse à protéger… Mais tu sais souvent le chevalier est aussi très amoureux de la princesse…
- Oh….
- Tu vois la belle dame derrière moi ? Tu as vu comme elle est belle et comme elle a l’air gentille ?
- Oh bah oui ! Elle ressemble trop à la gravure d’une déesse que j’ai vu en classe !
- Eh bien c’est elle ma princesse… Et je suis vraiment très très amoureux d’elle et ça me rend vraiment fort. Parce que pour elle, je pourrais tout faire.
- Waaaah… Faut que je me trouve une princesse !!!!!!!!

Et sur ce le petit garçon tout content, ravi, et dont les amis étaient tout aussi attentifs à la conversation partit en courant en appelant à tue-tête des princesses, pressés de devenir chevalier apparemment. Si Tristan avait parlé fort c’était pour que les parents et adultes à côté entendent, pas du tout désintéressé pour remettre les choses au clair après ce qui s’était passé dans la vision qu’elle lui avait montré. Il se redressa, prenant un air faussement penaud en regardant la jeune femme et effleura une de ses joues de ses doigts avant de se pencher en avant et de déposer un très tendre et léger baiser sur son front.

- J’espère que tu es prête… Car je compte bien entendre chaque personne présente dire que tu es belle…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 26 Déc - 17:02

La situation s’arrangeait aussi rapidement qu’elle se détériorait. C’était comme des montagnes russes interminables. Alanir avait fait les frais de paroles qu’il n’aurait jamais du entendre. Enfin… ça lui aurait fait mal quand même d’apprendre qu’Eleyna était partie sans rien dire à personne mais apprendre ce qu’elle pensait véritablement, alors qu’elle n’avait jamais rien dit, c’était un impact énorme pour le pauvre dragon.

Il n’avait pas cherché à comprendre au début. Bien sûr, il avait songé, l’espace d’un instant, lui sauter dessus, raconter n’importe quoi, faire part de sa rage. Mais le fait qu’elle ne le considérait même pas comme un ami, après tout ce qu’ils avaient vécus ensemble, lui faisait beaucoup de mal. Il était un dragon… elle était une humanoïde, ces « deux pattes » comme parfois les dragons s’amusaient à nommer ceux qui étaient différents d’eux, qui peuplaient cette terre et se reproduisaient rapidement.

Etait-il si horrible pour qu’elle le craigne ? Mais ça lui faisait mal… Alors comme un voleur, il était retourné auprès de Cassidy, la seule vraiment qui comptait pour lui. Après tout c’est bien ça qu’elle avait dit la demi-elfe ? Seul Tristan comptait… Alors ils tiendraient leurs rôles de protecteurs. C’était amusant quand même de voir que le petit couple vivait bien des choses, comme il était tout aussi étonnant qu’ils arrivent à trouver des alliés pour les aider à surmonter les épreuves.

Il était vraiment en colère… Mais lorsqu’ils redescendirent sur terre, le dragon semblait calmer. L’appel du ciel lui avait fait extrêmement beaucoup de bien. Il devrait ignorer… ignorer cette douleur, cette rancœur. Désormais, il ne s’attacherait plus aux humains, on ne l’y reprendrait pas !

La soirée avait été étrangement calme. Parce qu’il n’y avait pas Eleyna pour parler avec animation, prenant un malin plaisir à taquiner les dragons, à paraître enjouée, à parler de ses aventures, ses histoires. Non… et Cassidy n’était pas bavarde elle. Du moins pas en ce moment.
Lorsque Tristan avait annoncé la nouvelle du départ d’Eleyna, Alanir était furieux. Il sentait que cela ne ferait pas plaisir à son cadet, qui venait de vivre une séance tout à fait émouvante, mais le tempétueux dragon n’était pas prêt de d’expliquer. Tristan ne réagissait même pas. Il ne voulait certainement pas augmenter le risque de conflit. Et pourtant, il était très étonnant que celui-ci ne se pose pas quelques questions supplémentaires, se doutant et voyant quand même qu’Eleyna et Alanir n’étaient pas si éloignés que ça. Alors peut être qu’il ne faisait plus attention, à cause de tout ce qui lui était arrivé, à cause des doutes qu’il avait sur les sentiments de Cassidy.

Le dragon ne réagissait pas plus, toute à sa fureur et avait vraiment la mine renfrognée, du genre qu’on lui fiche la paix.

Alors que Tristan et Cassidy étaient dans la chambre, une petite discussion s’ensuivit entre les deux. Il est vrai que la demoiselle n’aimait pas toute cette distance imposée, même si elle ne savait pas non plus sur quel pied danser. D’ailleurs, sa gêne la fit détourner la conversation, parlant de la présence d’Eleyna. Tristan acheva de la choquer lorsqu’il parla de la relation avec Alanir. La demoiselle avait ouvert des yeux ronds. Mais il se trompait ! Il se trompait royalement ! N’avait-il rien vu ? Ne pouvait-il pas se ranger du côté du dragon pour une fois ? Cassidy ne réfléchissait pas vraiment et oubliait facilement que Tristan avait été dans un état second pendant plusieurs jours, Et que elle, elle pouvait lire dans l’esprit du dragon. Cependant, la demoiselle en était un peu contrariée.

Elle avait ouvert la bouche pour dire quelque chose, mais s’était ensuite ravisée, ne voulant pas gâcher la nuit. Car elle aurait fermement défendue Alanir. Cependant, parler des VRAIS sentiments d’Alanir, n’était-ce pas un peu trop dévoiler sa vie privée ? Elle connaissait le dragon, il était tellement fier qu’il risquait de lui en vouloir… et même si ils étaient amis. Alors elle n’avait rien dit mais observerait attentivement le comportement de Tristan face à son dragon. Même si Tristan était son âme sœur, son binôme, elle entretenait une relation bien étroite avec Alanir et ne le laisserait pas se faire remballer. Après tout, elle ne savait rien de ce qui avait poussé Eleyna à partir. Vraiment pas… mais ça seul Tristan pouvait le savoir. Cassidy n’était pas totalement convaincue par ses paroles mais, toujours dans l’intention d’éviter les conflits, elle se contenta de hocher la tête en silence.

Le matin avait été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Une inquiétude, des questions… auquel il n’avait aucune réponse. La jeune femme n’était pas satisfaite et ne savait pas comment lui faire comprendre sans le blesser. Cependant, la fatigue et le fait qu’elle était sur les nerfs ces derniers jours eurent raison d’elle et la critique, agressive, cinglante, perça l’air. A peine le temps de retenir ses mots. C’était déjà parti.

Elle était réellement horrifiée par ce qu’elle venait de dire. Le monde s’écroulait autour d’elle. Voilà maintenant elle lui donnait une bonne raison de fuir loin d’elle ! Elle ne l’acceptait toujours pas et bien malgré sa retenue, la petite mage avait révélé qu’elle ne supportait pas, mais alors pas du tout sa partie dragonne. Qu’elle en avait énormément souffert, qu’elle détestait cette double personnalité chez lui ! Qu’elle ne voulait plus le voir en dragon mais en tant qu’homme, comme avant, avant que toutes ces histoires plus abracadabrantes les unes que les autres ne les entrainent. Certes, elle aimait voler mais… c’était dans sa nature. Elle n’était pas un dragon et pourtant… Cependant, autant elle acceptait Alanir, autant avec Tristan, l’image du dragon bien trop présente dans sa tête l’avait suffisamment traumatisée pour qu’elle ne l’accepte plus, ou difficilement !

Elle voulait le voir en tant que lui… Tristan le Drakkari… Tristan son fiancé. Pas Ikaël, l’espèce de monstre qui l’avait complètement humiliée, maltraitée ! Au final, la situation avait reculé de quelques pas. Si au début elle semblait prête à accepter sa nature de dragon, ce n’était plus qu’un lointain souvenir et elle détestait tout ce qui touchait de près ou de loin à ses congénères. Même si elle n’en parlait pas, même si elle voulait essayer, s’efforcer de faire mieux. Mais elle était un peu humaine car même ça c’était difficile pour elle après tout.

Cassidy était partie en courant, alors qu’Alanir bloquait Tristan, l’empêchant de courir à sa suite. Si Cassidy avait eu une étrange discussion avec Erwan, Alanir lui, avait décidé d’intervenir. Bien sûr, il n’évoqua pas les énormes doutes et craintes qui agitaient la petite mage, au plus profond d’elle mais il tenta de convaincre Tristan que pour rassurer Cassidy, il faudrait qu’il se comporte en tant que Drakkari et pas comme un dragon pour le moment. Jusqu’à ce qu’elle accepte l’idée. Il avait été très patient, alors même que la rage de la « trahison » d’hier l’agitait encore. Il l’aidait lui, le Drakkari qui aurait bien besoin d’un coup de pied au derrière ! Mais avant de le faire pour Tristan lui-même, il agissait pour Cassidy. Uniquement pour elle. Car Alanir ne supportait pas de la voir comme ça, dans cet état et il aurait fait n’importe quoi pour qu’elle aille mieux !
Tristan semblait avoir compris le message et lorsqu’Alanir se tourna vers lui, il entendit le remerciement. Le dragon grogna, manière de manifester une réponse.

Si de ce côté, les choses semblaient plutôt bien se passer, alors même qu’Alanir contrôlait difficilement ses gestes, ne voulant pas paraître non plus trop investi, une étrange scène se passait du côté de Cassidy. De ce qui s’était passé chez Erwan, personne n’en sut rien, sauf qu’il était parti dans l’après midi. Si vraiment elle lui avait demandé de partir, alors les impressions d’Eleyna se révéleraient fausses car si vraiment la petite mage avait des sentiments très forts pour Erwan, l’aurait-elle laisser partir maintenant, là où elle avait le plus besoin de soutien ? Sans doute pas… Mais pour le savoir, il fallait comprendre ce qui avait été dit entre eux.

Et sûrement que les sentiments de Cassidy étaient suffisamment forts pour Tristan dans le but de laisser Erwan partir comme ça, sans chercher à l’arrêter. Et pour sûr, en rentrant à l’appartement, elle semblait d’un peu meilleure humeur et prenait vraiment sur elle pour faire tous ces efforts. Cela avait bien étonné Tristan mais pas Alanir. Ils étaient connectés après tout.
Elle avait fait de gros efforts oui. Parce qu’elle craignait sa réaction, parce qu’elle ne voulait pas le perdre. Et surtout elle regrettait les affreuses paroles qu’elle avait prononcé ce matin. Sa langue avait fourché sans qu’elle ne s’en rende compte. C’était trop tard. Alors encore une fois, elle se réfugiait dans une attitude intéressée sur un autre sujet. Que s’était-il passé exactement avec Erwan ? Ca personne ne pouvait le savoir…

Cassidy semblait un peu plus enthousiaste à l’idée de choisir une nouvelle destination. Une destination loin de tout, loin du reste du monde. Elle avait entendu dire, il y a peu de temps avant de partir d’Hysandra, que Frihold avait décidé de récupérer sa souveraineté et ne se laissait plus diriger par les Cheistams et encore moins par les Käars. Le climat inhospitalier empêchait quelconque belligérant de les atteindre et les guerriers de Frihold étaient bien entraînés, robustes au froid. Voilà l’endroit idéal pour se « cacher » après tout.

Elle était occupée à pointer une destination du doigt, un petit village en le tapotant du doigt, attendant certainement une réponse de la part de son partenaire. Réponse qui ne venait pas. Deux bras venaient de s’enrouler autour d’elle alors qu’elle releva la tête, ouvrant légèrement la bouche, surprise encore par ce comportement qu’elle n’avait plus l’habitude de voir. Ca devait être ça. Elle resta statique, un peu crispée, un peu en alerte, sans trop savoir comment réagir. Tristan se mit à parler à voix basse. Elle pouvait entendre dans le timbre de sa voix à quel point il semblait regretter tout ce qui s’était passé. De la douleur, de la peine et surtout, dans sa dernière phrase, elle sentit une pointe de détermination. Il avait l’air vraiment convaincu de vouloir réparer tous les dégâts qu’il avait fait.

La demoiselle avait lentement baissé la tête en avant, un sourire très léger était apparu sur son visage alors qu’elle espérait au fond d’elle que tout se passerait bien. Après tout la dragonne ne reviendrait pas de ci-tôt ! Tristan semblait normal pour l’instant. Alors, elle pouvait bien lui faire un peu confiance également. La jeune femme avait hoché doucement la tête, comme si elle comprenait.

Il avait continué en lui faisant un compliment. Aussitôt les joues de la mage s’empourprèrent alors qu’elle bredouillait et ne trouvait plus ses mots, surtout le fil conducteur de ce qui l’avait amené ici. Tristan avait continué sur sa lancée, en parlant de crêpes trouées. Il avait vraiment un air penaud, comme celui d’un petit enfant qui avait raté sa surprise. Cela contrastait énormément avec sa fière carrure et le rendait bien plus attendrissant, même fragile.

Elle l’avait regardé le plus sérieusement du monde, se retournant vers lui, penchant légèrement la tête de côté, sans laisser paraître d’émotions. Puis son visage s’était fait un peu plus rieur, enjoué, alors qu’elle portait la main à sa bouche, touchée et attendrie par son comportement.

« Alanir n’a pas fait un scandale ? Lui et les crêpes c’est une grande histoire d’amour… D’ailleurs il devrait t’aider à apprendre »

Le repas s’était très bien passé. Il est vrai qu’Alanir avait un regard désapprobateur en voyant les crêpes trouées, les examinant comme un professionnel et secouait la tête en déclarant qu’il y avait encore du boulot ! Cassidy avait apprécié le repas sucré, même si elle était restée plutôt réservée, remerciant Tristan. Ce n’était pas encore aussi spontané comme avant mais il y avait de l’amélioration c’était certain.

L’après midi, Alanir et Cassidy étaient partis au village voisin et si Cassidy ne se doutait absolument pas de ce qui se passait à la cité, elle ne s’attendait certainement pas aux réactions des gens. La voir comme une étrangère. Elle aurait voulu dire que c’était un mauvais sort, que ça ne resterait pas comme ça, qu’elle redeviendrait plus humaine dès qu’elle aurait trouvé la bonne formule. Mais plus le temps passait, plus elle doutait… et avait peur de ce qu’elle était.
Sur l’île elle avait demandé à l’étrange fillette si elle ne connaissait pas un sort, n’importe quoi, pour l’aider à retrouver une apparence plus humaine mais cette dernière l’avait regardé si gravement à ce moment là que Cassidy avait laissé tomber cette idée. Mais désormais, elle était constamment en proie aux doutes. D’un côté elle tentait de croire que ce n’était qu’un mauvais sort, une chose réversible mais d’un autre sens… son cœur se doutait que ce n’était pas si anodin que ça. Cependant, elle qui était bercée par la magie, était totalement aveugle dès qu’il s’agissait d’elle et ne formulait pas d’autres hypothèses sur la raison de ce changement. Et devoir se dire que ses parents n’étaient peut être pas les bons… c’était assez dur à admettre.
Alors, elle était triste, elle avait mal mais était restée calme, avait préféré prendre la fuite plutôt que d’affronter ces regards accusateurs.

Cassidy était beaucoup plus triste en rejoignant Tristan. Même l’enfant qui lui avait dit un compliment elle n’y avait guère fait attention, ces pensées étant dirigées par la souffrance qu’elle ressentait actuellement. Même la petite phrase de Tristan, elle s’était contentée d’un faible sourire avec un hochement de tête distrait. Mais cela ne dura pas longtemps alors qu’ils se rejoignirent dans les bains chauds. Elle n’avait plus vraiment la tête à profiter d’un moment avec lui, ces regards la hantait, elle ne se sentait pas à sa place et ne savait pas quoi faire pour améliorer la situation. Tristan n’avait pas l’air de comprendre alors qu’elle le rejoignait. Mais il n’était pas dupe non plus et lui cacher n’était pas la meilleure des choses à faire. Il s’inquiéterait, ne comprendrait pas, et imaginerait certainement tout un tas de scénarios catastrophiques. Après tout, ils en avaient souffert de leurs secrets, d’imaginer le pire alors que tout pouvait être mieux en s’expliquant même si c’était parfois à double tranchant.

Alors qu’elle lui montrait son malheureux après midi, la demoiselle faisait la grimace. En effet, revoir toutes ces images, choquantes, offensantes, lui faisait. Elle ne savait pas comment était Tristan, ce qu’il pouvait ressentir, du moins, elle ne cherchait pas et n’attendait rien de particulier. Juste qu’il comprenne. Elle avait terminé de lui montrer sa mésaventure. Il n’avait rien dit et s’était contenté de la serrer dans ses bras. Son contact, chaleureux, agréable, l’apaisa un peu. C’est bien ce qu’elle avait besoin pour le moment ! Qu’il la soutienne ! Il s’occupa de l’embrasser doucement et elle ferma les yeux. C’était doux, agréable…

Puis, il se mit à parler pendant que la demoiselle rouvrait les yeux en le fixant d’un air surpris. Leur montrer quoi ? Mais alors que Cassidy ouvrit la bouche pour répliquer, pour savoir quelle idée animait le visage de Drakkari, il l’avait déjà soulevé de terre alors qu’elle poussa un petit cri de surprise, étonnée. Heu… bah… et le bain ? Apparemment il avait autre chose à l’esprit et c’est toute étonnée qu’elle se laissa guider, balbutiant quelques paroles sans aucun sens.

Il marcha sans aucune pudeur dans la cité, prenant la direction de leur appartement puis bifurqua chez Maud. Cassidy ouvrit la bouche pour demander ce qui se passait, qu’elle n’avait pas vraiment la tête à voir qui que ce soit, qu’un bain la détendrait très certainement et serait mieux que cette « folie » qu’il s’est mise dans la tête. Il se contenta de quelques paroles taquines, enjouées, alors que la jeune femme se débattait mais pas trop, occupée à tenir leurs affaires pour cacher plus que de raison son corps, même si elle était en sous vêtements.

Il la déposa à terre et donna quelques ordres à Maud. La petite mage ouvrit des yeux ébahis, voire même elle était choquée. Il comptait faire quoi ? Elle se tourna vers lui, comprenant ses intentions et avec la ferme intention de refuser, ne voulant absolument pas retourner là bas maintenant alors que c’était encore si frais dans la tête. Mais Tristan la connaissait bien car il ne lui laissa pas l’occasion de répondre, lui sortant un magnifique et touchant discours. Des paroles agréables, pleines de ferveur et de bonté, qu’il ne sortait pas souvent et encore moins ces derniers jours.

Cassidy le regarda étrangement, ouvrant légèrement la bouche, comme si elle avait du mal à entendre. Un rêve, ça ne pouvait être qu’un rêve. Que lui arrivait-il ? Elle s’attendait à le voir complètement abattu, replié sur lui-même après ce qu’elle lui avait sorti ce matin ! Pas à ce qu’il la soutienne et prenne des décisions totalement surprenantes ! Elle se mit à rougir un peu, même si la curiosité de savoir ce qui lui avait valu ce changement de comportement était grande. Le méritait-elle ?

Suite à cela, il était difficile de dire non. Impossible de résister. Elle avait baissé les yeux, regardant dans le vague puis avait ensuite obtempérer finalement. Maud semblait ravie de l’occasion et s’amusait bien. Cassidy restait particulièrement silencieuse, repensant aux paroles de Tristan en boucle, la faisant rougir alors que Maud s’occupait d’elle.

Maud était en train de finaliser la tenue lorsque Tristan réapparu. Au moins, l’effet était immédiat sur le beau Drakkari qui semblait époustouflé par les talents de Maud à embellir sa princesse. Elle sourit doucement quand Maud lui fit une petite remarque. Oui Tristan restait gentil malgré tout… et très loin de tout ce qu’elle avait vu ces derniers jours. La jeune femme avait demandé à Maud un foulard. Elle était d’accord pour sortir mais tenait à cacher ses oreilles, comme elle le faisait au départ. Mais lorsque Tristan l’aperçut, semblant parfaitement la connaître, il lui demanda de lui faire confiance.

Elle se laissa coiffer et lorsqu’il lui montra son reflet dans le miroir, c’était une véritable transformation qui s’était opérée ! Bouche bée, elle toucha doucement sa joue, faisant glisser son doigt dessus, ébahie par la coiffure et le travail des deux compères. La jeune femme remercia Maud alors que son sourire réapparaissait un peu plus. Elle regarda aussi Tristan qui avait vraiment pris une tenue… d’occasion. Il était vraiment magnifique habillé comme cela, son cœur battait la chamade alors qu’elle l’examinait en rougissant. Tellement merveilleux avec son sourire qui illuminait son visage, à des années de ce qu’elle avait connu avec sa personnalité dragon. Là il faisait bien plus Drakkari, comme si il n’avait eu jamais aucun mal à s’intégrer dans la société, comme si au final il arrivait à vivre avec sa différence.

Ils parlèrent à Alanir et le dragon accepta de venir. Après tout il n’avait pas le choix, car celui-ci ne pouvait pas rester si éloigné que ça de Cassidy autant de temps. Mais il décida de « rentrer » en tant qu’esprit, pour ne pas déranger le petit couple cette fois-ci, qui avait bien besoin d’un peu d’intimité.

Tristan évoqua, alors qu’ils étaient à cheval, l’envie de voler à nouveau. Cassidy faisait un faible sourire. Difficile de savoir si c’était à cause de son récent traumatisme ou la nervosité qui l’agitait à ce moment là.

Arrivant assez rapidement, l’ambiance n’était pas la même que tout à l’heure et le regard des gens avait changé. Si Tristan était bien galant et prêt à tout pour que la jeune femme passe un bon après midi, cette dernière avait encore du mal et était pas mal gênée. Après tout elle restait à côté des cheveux, triturant un bout de son écharpe tout en regardant le sol. Pas du tout confiante en elle-même. Cependant, elle pouvait compter sur son beau chevalier servant pour la secouer un peu. Car c’est bien ça qu’ils étaient : complémentaires. Dès que l’un allait mal l’autre redoublait de patience pour que tout s’arrange.

L’après midi se passait plutôt bien. Tristan ne tarissait pas d’éloges sur sa petite mage et faisait en sorte qu’ils soient bien vus, elle qui pourtant, aurait voulu disparaître sous terre ! Elle semblait cependant moins crispée et arrivait même à sourire un peu plus, même si elle faisait toujours preuve de réserve.

Le soir lorsqu’ils rentrèrent, l’ambiance était plus à la fête. Tristan était toujours charmant et Cassidy retrouvait quelques habitudes. Alors qu’ils s’occupaient des chevaux, elle s’était glissée derrière lui, en toute discrétion, enroulant ses bras autour de sa tête et collant sa tête contre son dos, à défaut de pouvoir lui déposer un baiser dans le cou.

« Merci pour aujourd’hui… c’était… vraiment très bien… vraiment… »

Elle n’avait cependant pas défait sa coiffure, n’osant pas montrer ses oreilles. Après tout, c’était juste un accident ! Pourquoi elle devrait vivre avec ça ? Oui juste un accident… pas un truc bizarre sur ses origines. Mais alors qu’ils allaient parler, Alanir en profita pour réapparaître à côté d’eux, dans des particules dorées. Le dragon les fixa tous les deux, hocha la tête, et déclara qu’il allait partir en avance à l’appartement.

Tristan et Cassidy mirent un peu plus de temps à venir. La neige, magnifique poudreuse, s’installait sur les murets, dans les feuilles des arbres, disparaissait au contact de l’eau de la fontaine. Doucement, la jeune mage prit la main de son fiancé et avança en silence. Elle progressait, mais il lui faudrait encore pas mal de temps avant qu’elle ne redevienne plus enthousiaste, plus entreprenante. Pour l’instant, elle se laissait portée, par lui, qu’il fasse ses preuves et des efforts pour la satisfaire maintenant.

Tristan multipliait les attentions, remarques adorables. Il avait préparé le dîner lui-même, même si Alanir paraissait particulièrement songeur et regardait dans le vide. Cassidy décida de ne pas l’ennuyer, se doutant bien qu’il ne s’était toujours pas remis du départ d’Eleyna. Peut être était-il un peu jaloux que Cassidy soit couverte d’attentions même si il appréciait son bonheur.

Après le repas, le Drakkari décida d’aller dans leur chambre pour « préparer » le lit, et voulant faire une nouvelle surprise. Sûrement un massage ou quelque chose de plus original. Cassidy resta seule avec Alanir puis elle se tourna vers lui. En effet, même si la robe était magnifique, elle n’en restait pas moins assez serrée et la petite mage avait bien envie d’être un peu plus à l’aise, même si elle savait que cette tenue la rendait diablement désirable aux yeux de Tristan. C’est pourquoi elle demanda au dragon de l’aider à retirer les lacets qui l’attachait… jusqu’à ce qu’elle se rende compte que pour prendre d’autres affaires, il fallait aller dans la chambre.

C’est donc non sans gêne qu’elle approcha de la porte, l’ouvrant discrètement. Tristan était de dos et arrangeait les draps tout en sifflotant. Une idée saugrenue passa dans l’esprit de la petite mage. Elle mit un pied en arrière puis poussa un cri… spécial. Douleur, surprise ? Dans tous les cas, Tristan avait pivoté directement. Mais il n’eut pas le temps de faire grand-chose qu’une petite demoiselle blonde le percuta de plein fouet. Dans l’élan il s’étendit sur le lit, elle jugée à califourchon sur le torse de son bel homme. Le corset était un peu descendu. Alanir avait tiré mais sans détacher complètement. Cependant l’effet était suffisant pour dévoiler encore plus la poitrine de la jolie demoiselle qui offrait une vue des plus plongeantes et agréables à son homme.

Avait-elle oublié l’effet que cela lui faisait ? Apparemment oui car elle ne semblait même pas se rendre compte du brusque changement de couleur des joues du beau jeune homme. Elle se mit à sourire doucement et rapprocha son visage du sien, les mains de chaque côté de son torse alors qu’elle se penchait en avant pour frôler ses lèvres un court instant, très bref, bien trop tentant comme elle l’avait l’habitude de le faire avant. Mais alors qu’avant elle jouait de cette technique à merveille, pour rendre dingue de plaisir son homme, il semblerait que cette fois là, elle agissait par instinct sans tenir compte des conséquences.

Elle avait ce petit sourire énigmatique sur le visage. Après toute une journée de réserve, la voilà qui était un peu plus entreprenante ? Difficile à deviner… Cependant, elle ne semblait pas insister non plus, l’examinant d’en haut, quelques mèches blondes venant encadrer le visage du beau jeune homme et le chatouillant, ses mains de chaque côté serrant le tissu du drap.

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Mar 30 Déc - 12:29

Il l’avait mérité non ? Après tout… C’était bien le minimum après ce qu’elle avait enduré. Elle l’avait supporté en tant qu’Ikaël… Elle l’avait soutenu ou avait essayé du moins, elle avait tenté de l’accepter. Peut-être qu’au final elle n’aurait pas dû. Car ce que la jeune femme avait accepté en se persuadant probablement que c’était aimer son compagnon, que c’était faire preuve d’amour et d’acceptation que d’accepter cet horrible défi avait un retour de médaille des plus sévères. Oui… Car alors qu’il était lui-même, ce grand jeune homme si doux et prévenant, si gentil et courtois malgré ce qu’il avait longtemps prétendu, elle fuyait et n’était pas bien, pas à l’aise avec lui. Et si leur lien semblait grandement étouffé, amoindri par ce refus, Tristan voyait parfaitement ce qu’elle refusait consciemment d’admettre. Elle le repoussait. La crispation quand il la prenait dans ses bras… C’était si douloureux. Après tout, n’était-ce pas comme si lui-même lui avait lancé un regard dégoûté ? A ses yeux, si. Alors oui, peut-être aurait-elle dû repousser Ikaël plutôt que de fuir Tristan. Mais si elle l’avait repoussé peut-être n’aurait-elle jamais retrouvé le Drakkari. Difficile à dire. Trop de choses s’étaient passées. Elle en avait marre. Il le sentait bien. Il le comprenait. Lui aussi pourtant. Lui aussi il en avait assez et il avait envie de lui dire ce qu’il en était et que ce n’était pas simple pour lui non plus, qu’il souffrait de son rejet, qu’il souffrait qu’elle l’ait laissé faire en tant que monstre et qu’elle rejette le gentil garçon. Il avait envie et pourtant il ne le ferait pas. Ni lui dire qu’il savait parfaitement ce qu’il lui avait fait endurer, raison pour laquelle il se sentait si coupable. Ni avouer quoi que ce soit sur ses sentiments en vérité. Elle avait besoin qu’il soit fort et probablement de se défouler sur lui. Alors…il la laisserait faire.

Ce qu’elle avait dit ce matin-là avant de partir fut la preuve de ce qu’il savait déjà. Elle lui en voulait énormément et le détestait probablement pour ne pas avoir résisté à Ikaël. Comme si c’était si facile… Elle était partie. Il était resté et le midi même, il avait fait comme s’il ne souffrait pas de ses mots, comme s’il ne lui en voulait pas, comme si ce n’était pas grave tout ça, comme si ça ne comptait pas. Elle était si enthousiaste que l’effort ne lui parut pas difficile au final. Il l’aimait tant. Il avait envie de lui prouver mais il aurait préféré ne pas avoir à le faire sous contrainte de se faire pardonner. Tous ses faits et gestes devaient être analysés ainsi après tout maintenant, non ? Comme un souci de repenti ? Lui il voulait juste lui dire qu’il l’aimait, que ces attentions il les aurait de toute façon. Mais comment le croire après tout ceci ? Pourquoi se donnerait-elle cette peine ? Il s’était contenté d’une étreinte, de paroles gentilles et douces, verrouillant son coeur qui n’avait plus à s’exprimer pour l’heure s’il voulait que tout se passe bien entre eux. Du moins un minimum. Il s’était prêté à son engouement, essayant… Elle semblait y croire, penser qu’il ne faisait pas plus que ça attention à ce qui s’était passé ou que du moins il ne lui en voulait pas. Qu’il n’allait pas bouder dans son coin. Il l’avait enlacée pour la rassurer, pour être gentil, pour lui montrer que ce n’était pas grave au final. Et au final, c’est vrai, il ne lui en voulait pas vraiment. Elle n’y était pour rien s’il l’avait fait souffrir. Sauf qu’elle se crispa une fois de plus à son étreinte, le blessant évidemment. Même sans le vouloir. Ce n’était qu’une étreinte… Elle pensait vraiment qu’il allait lui faire mal ? Qu’il allait la blesser ? Qu’il pouvait brusquement changer une fois de plus ? Oui… Bien sûr que oui.

Ils avaient mangé ces crêpes troués et le jeune homme avait ravalé ses remarques comme quoi lui au moins essayait de faire quelque chose pendant que d’autres se contentaient de regarder d’un air désapprobateur. Car aussi râleur qu’il soit Alanir n’avait encore fait des crêpes qu’avec Eleyna et s’il était passé maitre dans l’art de les manger, ce n’était pas le cas pour les faire ! Mais ils étaient deux contre lui au final, autant manger… Au final son discours mignon n’avait pas vraiment eu d’impact. Comme le reste. Ca n’avait probablement pas tellement d’importance pour elle.
Pourtant il continua d’essayer. Ne se faisant pas jaloux, ni égoïste quand elle annonça vouloir aller dans le village voisin sans lui. Il essaya en s’occupant une partie de l’après-midi pour arrêter de penser et aussi quand elle revint alors qu’elle avait l’air sombre. Il essayait vraiment fort mais une petite voix lui faisait remarquer dans sa tête que si c’était ça l’amour, il n’en voulait pas… Et il trouvait qu’elle avait raison et que ces efforts de toute façon ne valaient rien.

Il n’avait rien dit, rien fait, ne voulant pas la brusquer, essayant juste d’être positif quand ils étaient allés dans ce bain chaud et quand il avait su ce qui lui était arrivé ses précédents doutes s’étaient envolés au profit de la colère puis de la résignation. Bon d’accord, il allait rester calme puisque c’est ce qu’elle voulait mais il ne renoncerait pas à une petite vengeance pour autant. Devenir actif de leur vie et de leur couple, du bien-être de la jeune femme venait de redonner un coup de fouet au jeune homme et celui-ci prenait franchement les devants. Etait-ce à cause de ce que lui avait dit Alanir ? En réalité non. Tout simplement parce qu’il ne pouvait pas tout gérer et contrôlant déjà bien assez de choses, sentiments et gestes ainsi il ne pouvait laisser sa nature complètement derrière lui. Et au final, peut-être qu’il était, bien inconsciemment, un peu prince charmant car il agit vraiment comme tel, plein de surprise et de rebondissements. Il venait de la déposer chez Maud, donnant des ordres et à peine quelques explications et quand l’intéressée chercha à riposter à refuser il était encore plus investie pour lui prouver qu’elle n’allait pas se dérober et que de toute façon, il ne lui laissait pas le choix pour. C’est vrai que pour le coup son discours improvisé n’était vraiment pas mal et lui-même en semblait un peu surpris bien que content de lui un sourire aux lèvres pour le prouver. Il ne la forçait pas, la couvrait de compliments et semblait si déterminé que ce serait bien cruel de lui refuser quoi que ce soit. Il l’avait laissée là, certes mais n’avait guère tardé à la rejoindre.

Maud avait fait de l’excellent travail avec Cassidy, embellissant l’adorable petite demoiselle qui avait plus que besoin de se sentir coquette et désirable en ces temps de doute. Tristan semblait totalement sous le charme même un peu trop à voir son brusque trouble. Il avait passé un moment encore à coiffer la jeune femme et le résultant semblant convenir à celle-ci, ils étaient partis. Certes Alanir n’était pas présent physiquement mais Tristan se doutait bien qu’il devait les surveiller un peu, histoire de rappeler à son cadet ce qu’il était bon ou pas de faire par la suite. Il avait raison après tout de veiller ainsi sur Cassidy car personne d’autre ne semblait être là pour le faire.
Le chemin n’était pas bien long mais ils avaient discuté un peu et  il lui avait parlé de l’envie de voler avec elle. Son sourire, il ne l’avait pas manqué… Ce n’était pas un vrai sourire, encore un forcé et il en fut attristé… Soit elle lui cachait quelque chose, soit, et c’était bien plus probable, elle le rejetait comme il s’en doutait, en bloc, enfin… tout ce qui touchait au dragon en lui du moins. Mais si c’était vraiment ce qu’elle faisait… Alors il avait eu tort, ils avaient eu raison… et il avait échoué. Il décida de ne pas y penser, se rappelant un peu trop vivement leur « dispute » du matin même, ce constat selon lequel ses marques disparaissaient. Etait-ce en rapport ? Peut-être pas directement mais ça ne pouvait pas être un hasard… Du moins, il ne croyait plus au hasard depuis qu’il était avec elle. Elle ne parlait pas beaucoup. Il sentait sa nervosité. Alors il l’avait laissée tranquille, se contentant de la rassurer d’une voix légère, lui promettant que tout se passerait bien, effleurant sa main de temps à autres. Pour le coup, il se révélait vraiment patient et gentil.

Et sur la place du village il le fut encore infiniment plus. Son petit show innocent ne passa pas inaperçu avec les enfants et bien rapidement des rumeurs commencèrent à circuler dans le village sur la présence d’un couple : un chevalier cheistam et une magnifique lady qui l’accompagnait, probablement une duchesse, au moins !!! Mais on ne pouvait leur en vouloir d’être scotchés devant la beauté de la jeune femme, jeune femme qui avait vraiment besoin de se sentir belle et pour se sentir belle elle avait de quoi en cet après-midi car les compliments fusaient !!!

Tristan prenait son rôle diablement à coeur. Il entrainait Cassidy avec lui, lui tendant galamment le bras, s’efforçant d’être tendre et gentil, joyeux. Il l’incitait à le suivre entre les différents stands, la poussant à observer tout ce qu’elle voulait, à prendre le temps qu’elle voulait. Malgré son enthousiasme, une légère réserve lui faisait conserver un air digne qui allait un peu trop bien avec son prétendu statut. Alors oui, la rumeur allait bon train dans le village et progressivement, les personnes qu’ils croisaient et qui avaient eu le malheur de mésestimer la jeune femme changeaient totalement de comportement vis-à-vis d’elle. Certains s’écartaient juste l’air de rien, d’autres prenaient un enthousiasme exagéré comme s’ils ne faisaient pas parti de ceux qui avaient eu des propos blessants envers la belle demoiselle. Mais malheureusement pour eux, Tristan avait une excellente mémoire. Il entrainait Cassidy dans tous les jeux qu’ils pouvaient faire ensemble, s’essaya à des jeux de tir à l’arc pour elle et il n’y avait pas qu’avec une épée que le guerrier était doué. En fait il était même un excellent archer, choisissant un arc puissant que peu pouvaient tendre car nécessitant une grande force physique, à double courbure, bien plus résistant. D’ailleurs, il s’échina tant et si bien qu’on lui en offrit un, soit disant que cela faisait une sacrée publicité pour le vendeur. Il avait accepté sans rechigner mais en exigeant un pour la demoiselle après lui en avoir fait tester plusieurs. Et à vrai dire elle se débrouillait très bien aussi même s’il corrigea une ou deux fois sa position en douceur, l’effleurant à peine.

Ils flânaient dans les rues animées, observant un spectacle relatant les faits d’armes des gardiens quand le jeune homme s’était éclipsé pour aller chercher une énorme part de tarte à sa fiancée, revenant avec un grand sourire et une fleur entre les dents qu’il lui tendit galamment. Il faisait vraiment des efforts, pour la rendre encore plus heureuse, pour lui faire apprécier cette journée. Et petit-à-petit, c’est vrai, elle se détendait. Plusieurs fois il remarqua qu’elle portait la main à ses cheveux, sur les torsades qu’il avait confectionnées mais il la rassurait d’une pression sur la taille, d’un murmure en lui assurant qu’on ne voyait rien. Bien sûr, il aurait largement préféré qu’elle ne cache pas ainsi ses oreilles, qu’elle ne craigne pas ainsi le regard des autres et ce qu’ils pouvaient bien dire d’elle mais au final tant qu’elle allait bien il s’en contentait. Il se doutait bien qu’elle souffrait des mystères qui l’entouraient et si pour l’instant elle préférait se cacher alors il l’y aiderait. C’était son rôle non ?

Finalement, après avoir fait le tour du village, de toutes les illuminations et avoir observé beaucoup de stands, ils passèrent à celui duquel était parti le plus gros de la souffrance de la jeune femme. Celui où un homme mal avisé avait renvoyé la douce demoiselle, à cause de son apparence. Elle s’était légèrement crispée en reconnaissant l’endroit et il l’avait sentie essayer d’avancer mais il n’était pas de cet avis et comme elle avait toujours la main sur son bras il le lui avait bloqué en la plaquant contre son torse, un sourire aux lèvres. S’approchant du stand, il remarqua immédiatement la gêne de l’homme qui feignait de ne pas reconnaître la jeune femme, les accueillant avec moult sourires et tentatives de « séduction », mettant en avant les jolis objets de son stand. Tristan relâcha finalement doucement la main de la demoiselle, faisant un superbe sourire au vendeur puis à sa compagne.

- Oh regarde ma chérie, prends ton temps et si quelque chose te plait je te l’offre. On ne dira pas que ma si belle fiancée a été déçue d’une manière ou d’une autre par cette sortie, ce village… ou ses habitants. Enfin ça me déplairait beaucoup en tous les cas… Vraiment beaucoup. Prends ton temps, je regarde ici moi. Monsieur ? Vous auriez quelque chose de vraiment spécial pour une demoiselle merveilleuse ?
- Hum… je… je… J’ai de très beaux bijoux. Hum… Vous… vous êtes soldat messire ?
- Chevalier et lieutenant, en repos évidemment. On n’a pas idée d’emmener sa fiancée en service ! Non, avec les batailles qui font rage, les villages à protéger, un peu de repos est le bienvenu…
- Je… je vois… Hum… Prenez ce que vous voulez… c… cadeau de la maison… pour vous remercier de veiller sur nous… Hum… Et puis votre fiancée le mérite.
- Oh comme c’est gentil, merci !

Une sourde menace se percevait dans la voix du grand guerrier qui s’était un peu éloigné de sa compagne, lui laissant le choix d’être présente ou non quand il s’exprimerait envers cet homme qui l’avait profondément énervé. Et l’homme n’était pas fou. Il l’avait parfaitement senti. Il se doutait probablement, ayant bien reconnu les traits de la douce jeune femme, de qui elle était et que si elle revenait avec un aussi grand, solide et fiancé jeune homme ce n’était pas pour rien ! Il devait s’attendre à tout moment à se faire taper dessus. Il s’était donc fait extrêmement mielleux, poli, à l’excès même et Tristan y répondait, ayant compris son manège sans problème et s’y prêtant. Oh non, il ne comptait pas lui taper dessus, il ne ferait pas cet offense à sa compagne après avoir promis de garder son calme mais il lui ferait comprendre qu’il s’en sortait à bon compte. Et puis lui donner un bon petit coup de stress pour le punir ce n’était pas cher payé si ? Tristan choisit un joli bracelet très finement travaillé et vint gentiment le passer au poignet de sa fiancée quand elle le rejoignit.
Ils passèrent un moment encore au village après la nuit tombé pour profiter des illuminations et des feux d’artifice prévus même s’ils n’étaient que minimes face à ceux annoncés pour les fêtes de fin d’année. Enfin, ils prirent le chemin du retour. Même si elle ne craignait pas vraiment le froid, après l’avoir aidé à monter sur son cheval, Tristan dégrafa sa cape et la posa sur les épaules de la jeune femme, par dessus sa veste. Dans un matériau restant rare et utilisé à des fins militaires en général, la cape légère s’adaptait à la température de son porteur, plus ou moins chaude. Il ne semblait pas vraiment souffrir du froid de son côté mais ne pas être non plus extrêmement à l’aise, raison pour laquelle il sembla quand même soulagé lorsqu’ils rentrèrent… sans doute aussi parce que les chemins n’étaient jamais très sûrs la nuit, surtout ces derniers temps. Ils arrivèrent rapidement et il l’aida à descendre avant de s’occuper des chevaux, leur ôtant leur selle, les laissant rejoindre tranquillement leurs pairs dans les immenses écuries de la cité. Il était en train d’accrocher leurs selles quand elle l’avait enlacé tout en douceur en profitant qu’il lui tourne le dos. Surpris, le jeune homme avait légèrement écarquillé les yeux même s’il ne se crispait pas et un sourire rassuré avait aussitôt illuminé ses traits. Ouf ! Ca lui avait plu ! Elle n’était pas très bavarde pendant le retour et il avait un peu douté… mais finalement, elle ne semblait pas si mécontente… Il se retourna lentement vers elle après avoir posé doucement une main sur les siennes, un sourire tendre aux lèvres. Elle avait l’air encore un peu inquiète et triste malgré son sourire et ses gentils mots. Il ouvrit la bouche pour lui dire que pour lui elle restait la plus belle, qu’il pensait tout ce qu’il avait dit et que ça n’avait pas d’importance, qu’il l’aiderait à comprendre ce qu’elle était si elle le souhaitait, qu’il la soutiendrait quoi qu’il arrive. Il voulait le lui dire, lui dire qu’il l’aimait aussi mais Alanir apparut en grognant et Tristan se retrouva aussitôt muet, se contenant de reculer en lâchant les mains de la jeune femme, détournant les yeux.

Même si le dragon s’éloigna rapidement, Tristan était redevenu plus hésitant, comme s’il s’était rappelé qu’ils n’étaient jamais vraiment tous seuls du fait de la présence esprit ou physique du grand dragon de feu. Tristan demeura statique un instant puis se remit inutilement à vérifier le matériel des chevaux, chassant sa gêne. Cela ne dura pas longtemps, elle l’avait appelé doucement et il s’était déjà retourné vers elle en lui souriant. Ils s’étaient mis à marcher l’un à côté de l’autre, prenant leur temps alors qu’il portait les quelques affaires qu’ils avaient achetées en silence. A plusieurs reprises, il voulut parler, dire quelque chose, sur eux, sur lui, il ne savait pas quoi encore mais dire quelque chose. Mais quoi au juste ? Oui quoi ? Elle était… si inaccessible. Il le sentait bien… Alors il se tut tout simplement.

Quand elle prit sa main, comme pour son léger câlin, il fut surpris mais se laissa faire sans sursauter ni hésiter se contentant de sourire, un peu rassuré c’est vrai. Finalement, il n’était peut-être pas si mauvais. Il réussissait quelques petites choses, en essayant. A force d’essayer du moins. Alanir devait avoir raison. Elle avait besoin de le sentir humain même si cela signifiait aussi qu’elle ne voulait pas le voir en tant que dragon. Elle n’aimait probablement vraiment pas cette partie de lui après ce qu’elle en avait vu ces derniers jours. Elle avait raison. Ikaël était si brutal et égoïste, si… éloigné de Tristan. C’était comme si tous les efforts et bonnes choses que faisaient le jeune homme étaient totalement inversées chez sa personnalité dragonne. Normal qu’elle n’apprécie pas. Elle n’avait pas signé pour être amoureuse d’un dragon à la base ! Elle ne les aimait pas du tout et elle faisait déjà bien assez d’efforts comme ça sans qu’on vienne lui rappeler pourquoi elle les détestait. Il avait été horrible avec elle. Alors peut-être était-elle un peu rassurée de voir qu’il regrettait, qu’il semblait un peu savoir ce qu’il avait fait et que c’était pour cela qu’il faisait autant d’efforts pour se rattraper. Peut-être aurait-il dû lui dire qu’il savait tout… mais il avait peur de lui faire du mal, encore un peu plus. Il voulait vraiment qu’elle aille bien, qu’elle aille mieux, qu’elle n’ait plus peur. Mais, et c’était probablement ça le plus douloureux, c’était sans doute impossible. Car elle avait vu chez lui ce qu’elle redoutait et il n’avait pas été assez fort pour lui prouver qu’elle n’avait rien à craindre. Alors oui, elle ne l’acceptait plus vraiment parce qu’elle ne pouvait probablement plus accepter, pour le moment du moins, une part de lui-même. Le pourrait-elle de nouveau ? Peut-être… Peut-être pas. Elle accepterait Tristan avec un peu de temps, mais le dragon… non, certainement pas. Il l’avait bien trop meurtrie.

Il pressa doucement sa main dans la sienne, se voulant rassurant. Ses doutes et ses tristesses, ses peurs et ses certitudes qui n’avaient rien de beau, il n’en voulait pas pour la jeune femme. Le fossé était là, entre eux. Il le sentait bien. Cette énorme distance, cette crevasse entre leurs deux coeurs. Cette distance alors qu’il était si proche d’elle. Il lui tenait la main certes mais quelque chose chez la jeune femme lui disait qu’il n’aurait pas dû, qu’il ne devrait pas la toucher, même pas la regarder. Les dégâts, les blessures étaient si profonds, si à vif encore. Elle doutait assez, elle souffrait assez, il ne voulait pas en rajouter davantage. C’était à lui d’être malheureux, pas à elle… C’était à lui de souffrir. Pas à elle. Alors il s’efforçait d’être gentil, d’être humain puisque c’était ce dont elle avait besoin et de faire comme s’il ne voyait pas, comme s’il ne sentait pas ce gouffre qui lui brisait le coeur et qui lentement insinuait en lui un autre danger dont il ne pouvait se douter. Pourquoi était-il un dragon ? Pourquoi la faisait-il souffrir sans arrêt ? Ne pouvait-il pas juste être humain ? C’est tout ce qu’elle souhaitait non ? Il en avait l’étrange certitude. Le dragon. Elle n’en voulait pas. Alors il n’en serait pas un… Oui… C’était sans doute ça la meilleure solution. Ne plus être un dragon ! Idée stupide ?… Pas tant que ça. Il lui avait bien prouvé à quel point il pouvait refouler et résister à des pulsions qui auraient semblé insurmontable pour quiconque. Et puis il était têtu quand il s’agissait d’elle. Alors s’il décidait qu’au fond il était plus fort que cette partie de lui et qu’il valait mieux l’étouffer en quelque sorte, probablement y arriverait-il en grande partie. Et c’est bien ce qu’elle voulait non ? Qu’il soit… humain.

Alors pas de doute, pas de triste mine, pas de mine de chien battu, pas d’air de regret, juste de la gentillesse, de la bonne humeur. D’ailleurs il s’amusa à la surprendre brusquement quand alors qu’il marchait si calmement il poussa un cri qui ressemblait fortement à un « taïaut! », saisit la jeune femme en la soulevant du sol et se mit à la porter en sautillant sous ses légers cris de protestation qui n’y ressemblaient pas tant que ça. Il l’avait vite lâchée tout de même mais semblait amusé de la surprise provoquée à voir son petit sourire en coin. C’était juste une tentative pour la surprendre autre qu’avec des cadeaux et alors qu’elle le tapait sans grande force en le traitant dans un marmonnement d’idiot pour l’avoir ainsi fait sursauter, il crut apercevoir un sourire qui lui réchauffa le coeur.
Finalement ils étaient rentrés et il lui avait proposé de se reposer tranquillement pendant qu’il préparait le diner à partir des nombreux mets qu’ils avaient rapportés. Il insista même pour faire des oeufs brouillés et s’il avait quand même un peu de mal, il se débrouillait plutôt bien au final, comme pour chaque chose pour laquelle il s’investissait véritablement. Il y avait de tout sur la table, de nombreux plats en petites quantités pour ne pas se couper l’appétit, surtout que pour le dessert ils avaient rapporté des biscuits pour un régiment. Mais si le jeune homme s’activait en cuisine et servait galamment les deux comparses, essayant même de dérider Alanir en resservant son verre de vin, il ne mangeait pas grand chose de son côté, l’appétit n’était pas là.

Il les avait laissé près du feu avec des biscuits, faisant la vaisselle. C’était une corvée comme une autre après les derniers jours horribles qu’il leur avait fait vivre. Et puis il voyait bien que son aîné n’allait pas très bien finalement, n’osant guère intervenir et laissant Cassidy gérer cet autre problème. Ca aussi il avait voulu lui en parler mais il avait l’impression de se faire des idées et puis ça ne le regardait pas vraiment, ça risquait plus d’énerver le dragon qu’autre chose et Cassidy défendrait plus que de raison son ami plus que son fiancé, ça il le savait parfaitement ! Pourtant, il se promit d’avoir une conversation avec la jeune femme si elle ne parvenait pas à améliorer l’humeur de son ami. Après tout… même s’il lui tapait souvent dessus ou lui faisait des reproches en le menaçant, il l’aimait bien ce dragon. Et puis il avait protégé Cassidy pendant des années, encore plus sur l’île, alors c’était quelqu’un de bien et il ne pouvait que l’apprécier, non ? Même s’il devait bien admettre être jaloux de leur relation…

Il s’était éclipsé en lançant d’un ton léger qu’il allait juste « ranger » un peu la chambre, les laissant là. Mais comme ils discutaient devant la cheminée il n’était pas certain qu’ils l’aient entendu et n’avait pas insisté. En entrant dans la chambre pourtant, le jeune homme marqua une hésitation. Son regard une seconde s’était brouillé, tout était devenu sombre, puis si vif, si précis, des images, des sons, des odeurs. Devenu blême il se retint d’une main à l’encadrement de la porte, se plaquant l’autre sur le visage, serrant ses tempes de ses doigts et les dents si forts pour chasser les images. Elles ne s’attardèrent effectivement pas mais le laissèrent perdu et tremblant alors qu’il peinait à se remettre, secouant la tête pour en chasser les derniers effets. Cette chambre autrefois pleine de bons souvenirs, cet endroit autrefois plein de si bons souvenirs… Où qu’il aille dans les environs, demeurait l’empreinte d’Ikaël. Il avança dans la pièce et effleura l’immense armoire, un des pans de celle-ci, les légères marques qu’on remarquait à peine qui entachaient sa surface. Ses doigts les effleurèrent doucement. Sa mémoire… de dragon il s’en serait bien passée. Elle était si vive, tellement plus précise que celle des humains. Il ferma les yeux, entendit comme s’il y était le rire étouffé, un rire plein de provocation. La chaleur du soleil qui avait réchauffé la pièce, l’éclat d’or de ses cheveux, le velouté de sa peau, l’espièglerie de son regard rieur posé sur lui, ses lèvres qui s’étiraient en un sourire plein de bonheur, son rire qu’il étouffait sous le sien, sous ses baisers alors qu’ils riaient comme des gamins et s’échinaient avec des « chut » pour faire taire l’autre. Ses bras fins qui s’enroulaient autour de sa nuque alors qu’il l’avait bloquée dans un coin du mur. Elle cherchait jusqu’alors à lui échapper dans cette pièce, sautant sur le lit, évitant ses mains en jouant, en le taquinant. D’autorité elle le forçait à se pencher en avant, se hissant sur la pointe des pieds, davantage sur une jambe que sur l’autre, happant ses lèvres des siennes. Qu’il aimait qu’elle l’embrasse ainsi ! Il se sentait, se savait totalement en son pouvoir et ça lui était parfaitement égal. Il avait repoussé son baiser pour enfouir son visage dans son cou, elle avait ri de plus belle, puis avait gémi doucement en se mordillant la lèvre comme elle le faisait toujours quand elle cherchait à se retenir de lui montrer que ce qu’il faisait lui plaisait. Ses mains avaient glissé sur les courbes fines, gracieuses de la jeune femme, elle s’était encore plus mordillée la lèvre. Il avait murmuré un « je te tiens » très bas contre sa peau si douce, si sucrée. Elle avait répondu « je sais » encore plus bas, d'une voix qui l'avait fait frissonner et l’avait attiré plus contre elle, l’incitant à la plaquer contre cette armoire. Il avait obéi aussitôt. Tristan frissonna en reprenant « corps » dans son présent. Les marques laissées par les ongles de la jeune femme dans le bois étaient moins éphémères que celles laissées sur son corps. Cette pièce était pleine de ces souvenirs tendres et amoureux, terriblement passionnés et fusionnels. Mais à eux venaient se suppléer d’autres plus récents, tellement moins heureux. Ikaël l’avait plaquée contre cette même armoire, sans douceur, sans tendresse, sans passion, juste du désir, à l’état brut et cette bestialité qui le quittait si peu. Elle avait gémi, mais de douleur quand il lui avait fait heurter du dos la surface poli sans ménagement tout excité par la vue de la belle jeune femme portant une jolie robe et n’ayant qu’une idée en tête : se satisfaire des pulsions qu’elle éveillait chez lui. Elle l’avait repoussé un peu, en lui disant d’être patient, d’aller doucement, que ce n’était pas comme ça qu’il fallait faire… Mais il n’écoutait pas vraiment, surtout pas à ce moment là. Les marques qui avaient écorchées celles de passion laissées là n’étaient que d’amertume, de tristesse et de douleur. Le bois se souvenait. Et eux aussi…

L’abattement saisit le jeune homme pendant un instant alors qu’il sentait ses forces l’abandonner. Comment surmonter ça ? Comment le pourrait-elle alors que lui-même n’y arrivait pas et n’était pas certain d’y parvenir un jour ? Oh non, il ne lui en voulait pas pour cette distance, il ne lui en voulait pas qu’elle sursaute ou se crispe à ses câlins. Il essayait c’est vrai. Il essayait de la récupérer mais il souhaitait aussi qu’elle s’enfuit loin de lui pour être enfin en paix et en sécurité. Alors pourquoi ne pas lui dire une bonne fois pour toute ? Pourquoi ne pas lui dire de partir ? Qu’eux deux ça ne servait à rien ?! Parce qu’il l’aimait évidemment et qu’il n’était qu’un abruti d’égoïste…

Tristan se reprit, secouant de nouveau violemment la tête, s’interdisant de baisser les bras ainsi, s’en voulant de l’avoir fait. Elle méritait mieux. Il ouvrit l’armoire et en sortit le petit sac qu’il avait caché parmi ses tuniques quand ils étaient rentrés, bien décidé à faire ce pour quoi il était venu.
Il ne savait rien de ce qui se passait au salon et c’était bien tant mieux. Parce qu’apprendre qu’Alanir dénudait en partie sa compagne, compagne qui allait le rejoindre l’instant d’après, ça ne l’aurait franchement pas enchanté ! Il ne savait pas ce qu’elle faisait non et c’était bien tant mieux pour lui car cela lui fit une espèce de… surprise. Enfin ça y ressemblait un peu du moins. En effet, même si ce n’était pas intentionnel à la base, la jeune femme venait de le surprendre et pas qu’un peu. Son cri brusque, aigu, fit faire volte face au Drakkari pensif. Déjà les muscles du jeune homme se contractaient et il aurait été prêt à entrer dans un combat immédiatement, même à froid ! Sauf que c’est une tornade blonde qui lui sauta brusquement dessus et elle avait pour elle un bon élan et une sacrée détente ! C’est que pour un si petit bout de femme elle sautait vachement haut quand même !!!! Il l’avait reconnu au moment où elle était déjà sous son nez et sautait sur lui, le percutant bien assez fort pour le faire basculer. Surprise ? Fatigue ? En tous les cas le jeune homme pourtant entraîné qui aurait dû résister à un tel assaut s’était écroulé avec elle. Heureusement que le lit était là, moelleux, pour les recueillir. Il papillonna des yeux, tout surpris et aveuglé à moitié par une cascade d’or alors qu’une vue tout sauf désagréable lui était offerte. Cassidy à califourchon sur lui, en partie dénudée… enfin disons que son corset était beaucoup trop bas pour la tension de son compagnon. Il rougit, écarquillant les yeux, voulut les détourner, mais déjà elle l’embrassait. Le pauvre garçon qui s’était raidi et essayait vraiment de faire abstraction de la belle jeune femme au dessus de lui, qui plaquait les mains le plus sagement du monde contre ses flancs sur le matelas, frissonna et ça elle ne pouvait vraiment pas le manquer. Qu’elle agisse par instinct ou pour l’embêter, elle lui faisait de l’effet et il regretta aussitôt quand elle se recula, voulut prolonger le baiser, s’en voulut de le souhaiter, paniqua, s’étouffa à force de retenir sa respiration, se morigéna à plusieurs reprises, rejeta un presque accidentel coup d’oeil vers son décolleté, paniqua de nouveau, compta, récita un chant ancien dans sa tête pour oublier… le tout en gardant, comble de l’injustice, une dignité et une impression de maitrise de soi tout à fait… injustes. En effet, à part ses joues légèrement rouges, son air un peu penaud et crispé, il restait parfaitement… eh bien il avait l’air quand même à l’aise, fort toujours aussi beau, viril et assuré… A se demander s’il l’était réellement au fond.

Elle était toujours au dessus de lui, magnifique évidemment, si charmante, et tentant, enfin un contact vers lui, comme si elle répondait à ses essais en lui tendant enfin un peu la main. Le jeune homme pourtant intérieurement en partie paniqué retourna les yeux vers elle, les bloquant sur son visage en s’interdisant de regarder ailleurs même si la tentation était grande ! Par tous les dieux ! On n’avait pas idées d’être fichue pareille aussi ! Pourquoi lui avait-elle sauté dessus ainsi ? Il n’en était pas sûr, mais elle l’avait embrassé… Et ça lui faisait plaisir… Oui, vraiment plaisir en fait… Ca aussi il eut envie de lui dire mais se tut. Le regard orangé du jeune homme plongé dans celui noisette de la demoiselle, il esquissa un léger sourire, un de ses sourires en coin tellement craquant, répondant à celui plein de mystères qu’elle lui adressait. Une odeur reconnaissable s’élevait dans la pièce. En basculant sur le lit, le jeune homme avait écrasé une partie des pétales de roses qu’il avait à l’origine étalés pour former un élégant dessin, le visage de la demoiselle en fait, un brin plus original qu’une simple forme de coeur, et leur odeur se répandait dans leur chambre. D’ailleurs le choc avait été tel que certains s’étaient élevés et retombaient seulement maintenant en tournoyant doucement jusqu’à eux. Il hésita, releva doucement une main et effleura la joue de la jeune femme pour cueillir le pétale qui venait de se poser dans ses cheveux, l’ôtant délicatement.
Elle avait une sacrée énergie en cette fin de journée mouvementée quand même ! Nouvelle hésitation, qui se voyait à peine chez le jeune homme alors qu’il se redressait sur un coude, glissant sa main libre dans la nuque de sa compagne avant de s’emparer avec bien trop de douceur de ses lèvres. Il avait toujours aimé l’embrasser et s’y prenait un peu trop bien pour leur santé respective et elle n’avait guère tardé à le rejoindre faisant preuve d’un talent inné qui ne demandait qu’à être exercé… et qui améliorait encore moins leur santé. Pauvres petits coeurs fragiles qui s’emballaient. Pourtant ses baisers semblaient bien plus honnêtes que lui-même, ils étaient doux, terriblement doux et tendres mais aussi apeurés, timides… et pleins de regrets.

Il se recula, reposant sa tête contre le matelas mais garda sa main sur sa nuque qu’il caressait du bout des doigts. L’instant d’après il prenait une mine penaude.

- Désolé… Je voulais préparer un peu la chambre pour te faire un vrai massage… mais tu es arrivée trop vite… Enfin j’ai trop trainé. Va te doucher si tu veux, ce sera prêt quand tu reviendras, tu as bien mérité un loooong massage après cette journée et puis ces chaussures avaient beau être fourrées, quelle idée de porter des talons… Maud aime te torturer on dirait… Enfin au moins je pourrais m’occuper un peu de toi.

Essayer un peu de naturel… C’est vrai qu’il aimait s’occuper d’elle. Elle l’avait probablement un peu oublié avec Ikaël mais il ne tarderait pas à le lui rappeler ! Il la sentit hésiter, ne comprit pas s’il voyait juste ou si elle était simplement fatiguée. Elle sortit et il en profita pour remettre de l’ordre dans ses pétales de fleurs, alluma des bougies comme la veille et sortit les huiles de massage qu’il venait d’acheter, frottant ses mains l’une contre l’autre (inutilement) pour les réchauffer. Après tout elles étaient déjà bien assez chaudes comme ça ! Elle avait pris avec elle une nuisette élégante mais pas trop provocante, hésitant probablement encore à en mettre avec lui. Quand elle revint pourtant, il sourit, la détaillant du regard puis se détournant assez vite pour ne pas la gêner. Il avait déjà souhaité bonsoir à Alanir et ne se souciait plus que de la demoiselle à présent et si la décoration en pétales fut rapidement aplatie, c’était joli et ça sentait bon. Il éteignit les cristaux, bien décidé à la masser à la lumière des bougies. Dehors le vent mugissait et l’ambiance de cocon de l’intérieur avait un effet encore plus apaisant.

Elle s’était allongée sur le ventre pour qu'il puisse accéder à son dos, gardant sa nuisette, semblant assez hésitante. Il sourit, la rejoignit en s’asseyant près d’elle et descendit les bretelles en lui disant de rester allongée, faisant glisser le fin tissu sur le corps de la jeune femme, jusqu’à sa taille puis ses hanches. Ses doigts chauds effleuraient sa peau mais sans insistance, sans tentative aucune, sans possessivité. Il voulait lui rappeler qu’elle pouvait fermer les yeux sans avoir à le craindre, sans avoir à s’inquiéter de les rouvrir sur Ikaël, sans avoir à craindre que les mains qui se posent sur elle alors qu’elle était détendue et vulnérable soient celles d’un pervers égoïste ! Prenant son temps, il déposa un baiser dans sa nuque après avoir dégagé ses cheveux, un seul. L’instant d’après il commençait à la masser tout en douceur, insistant sur les noeuds de son dos, sur les raideurs qu’il sentait dans ses jambes quand il quitta bien plus tard le haut de son corps. Aucune tentative d’attouchement, aucun essai déguisé. Il la massait. C’est tout. Rien d’autre. Et il y passait vraiment beaucoup beaucoup de temps. Jusqu’à ce que les lueurs des bougies vacillent puis s’éteignent les unes après les autres. Alors et seulement alors, dans le noir, il remonta avec douceur la nuisette sur le corps de la jeune femme, la rhabillant sans un bruit alors qu’elle se laissait faire, déjà endormie ou faisant bien semblant ! Déposant un dernier baiser sur une de ses tempes il se releva en faisant craquer les articulations de son dos, s’étirant puis alla enfin prendre sa propre douche. Il ne traina pas et la rejoignit rapidement sans faire de bruit, portant encore une chemise en plus de son pantalon pour dormir. Décidément, c’était un crime de cacher tous ces muscles de la sorte ! Elle s’était tournée sur le côté et respirait calmement. Il se coucha à côté d’elle, ne réussissant pas à déterminer si elle dormait ou non, effleura doucement une de ses épaules de ses doigts dans une caresse toute douce mais rapidement sa main s’arrêta, se faisant beaucoup plus lourde, non pas qu’il cherchât à en profiter, juste qu’il s’était déjà endormi, épuisé par la journée.

Bien qu’apaisante, la nuit du jeune homme fut excessivement courte car il se réveilla une fois de plus très vite en sursaut très tôt le lendemain matin. Encore un cauchemar qui le laissait haletant et inquiet. Cassidy ne s’était pas réveillée heureusement. L’observer le calma immédiatement et il s’appuya sur l’un de ses coudes pour la regarder un moment, restant allongé. Elle respirait si calmement, elle avait l’air si apaisée endormie qu’il en oubliait presque à quel point elle devait encore terriblement douter de lui. Il était encore tôt, le soleil ne se lèverait pas avant un bon moment dans cette nuit d’hiver. Pour se changer les idées et parce qu’il savait qu’il ne pourrait pas se rendormir, même près d’elle, le jeune homme se leva au bout d’un long moment d’observation. Il hésita à embrasser la jeune femme, ne le fit pas pour ne pas la réveiller, se remémora sa difficulté de la veille à lui dire d’aller prendre sa douche alors qu’il aurait lui souhaité continuer de l’embrasser. Ridicule…
Finalement, après s’être rapidement changé il sortit et alla directement au camp d’entrainement pour faire un peu travailler ses muscles et retrouver dans ces gestes simples et automatiques une certaine quiétude. Combien de temps y passa t-il ? Il l’ignorait lui-même, arrêtant de réfléchir, se contentant de se laisser guider par ses instincts, par son entrainement. Le soleil se levait timidement, un grand ciel bleu l’entourant à ce moment là zébré de multiples traits d’or, orange, rose, quand enfin il revint à l’appartement. Il tenait sa tunique à la main et malgré le froid était tout luisant de sueur, les muscles encore gonflés par ses exercices. Alanir déjà levé mais guère réveillé tourna un oeil vitreux vers lui, tout appuyé qu’il était contre une des grandes baies vitrées, certainement en train de se dire que ce beau temps était synonyme de « leçon de vol ». Tristan le salua d’un léger sourire et d’un signe de main, n’ayant pas vu Cassidy à côté de lui. Elle devait encore dormir. Bien décidé à aller chercher des vêtements propres et aller prendre une douche il s'approcha de leur chambre. Mais même s’il rentra silencieusement dans la pièce et ne faisait vraiment que peu de bruit, la porte de l’armoire émit un léger grincement quand il l'ouvrit et il n’en fallait guère plus pour tirer de son sommeil une demoiselle entrainée à être sur le qui-vive pendant un an, si ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 2 Jan - 20:28

Un jeu d’apparences, de faux semblants. Tout n’était que mensonge, une façade qu’ils se créaient pour éviter de poser des questions gênantes. Si Tristan semblait torturé, qu’en était-il de Cassidy ? D’accord, elle aurait pu avoir un autre comportement avec le dragon. Seulement le simple fait de le voir si influençable, lui qui lui promettait de ne jamais l’abandonner, lui qui serait le plus fort des deux… alors qu’elle le retrouvait, la voilà obligée d’affronter cette nouvelle épreuve. Qui ne craquerait pas ?

Elle avait longuement hésité, longuement calculé. Mais elle l’aimait plus que tout et c’est pour cette raison que la jeune femme se refusait de le laisser, d’abandonner pour une raison qu’elle jugeait mauvaise. Sa nature… elle n’avait cessé de le défendre toujours… Ne se rappelait-il pas quand la dragonne avait été insultante pendant leur duel à quel point elle l’avait farouchement défendu ? Malgré le fait qu’il soit encore Ikaël, qu’il ne la remarque pas… Dans quel état elle s’était mise, au point de massacrer son adversaire ? Non peut être pas… Ils étaient si bien ensemble avant… Ce n’était qu’un mauvais passage, ça ne tarderait pas à recommencer aussi bien, voire mieux qu’avant ! Mais que fallait-il faire ? Elle n’avait jamais appris à gérer un « jeune » dragon… Erwan aurait-il du rester pour mettre un peu de pression à Tristan ? Pour lui rappeler qu’il n’était pas seul ? Ou peut être que Tristan n’attendait que ça… La thérapie de choc pouvait donner des réactions bien surprenantes…

Alors au final, elle faisait des efforts. La jeune femme se brusquait toujours un peu mais elle voulait tellement croire en leur couple. A tel point qu’elle était prête à reprendre la route avec lui, à arrêter de penser à toutes les mauvaises choses qui étaient arrivées… Mais un cœur ne se guérit pas en un jour malgré toute sa bonne volonté. Et elle se doutait que Tristan n’était pas aussi… bien qu’il ne prétendait l’être. Si elle ne servait plus trop de leur lien, c’est qu’elle avait pensé qu’il ne marchait plus très bien depuis qu’Ikaël avait pris la place.

Lui en voulait-elle d’être dragon ? Non… bien sûr que non… Elle ne pouvait pas refuser sa nature qui faisait parti de lui ! Mais à le voir ressurgir, c’était une autre histoire. Alors elle ne l’acceptait pas ? Si bien sûr… elle l’acceptait encore quand il pouvait se transformer en dragon et qu’ils volaient ensemble… ces quelques exercices aussi qui leur avait permit de fortifier leur lien. Elle avait apprécié, petit à petit, s’y habituer. Mais ce qu’on met tant de temps à construire… il est si facile de le détruire… en un seul coup de griffe.

Elle ne voulait pas vraiment le déranger avec ses histoires de rejet lorsqu’elle était allée au village. Mais alors que la jeune femme lui montrait ce qui s’était passé, ses pensées s’embrouillaient. Telle la neige soulevée par une brise légère, s’éparpillant en fines particulières dans les airs, sans direction précise. Elle regardait la surface de l’eau, la mine soucieuse, les yeux légèrement mi-clos alors qu’elle examinait ses oreilles. Malédiction… malédiction… ce mot résonnait à ses oreilles comme une sourde menace. Comment pouvait-on lui faire confiance, la destiner à de grandes choses, avec ce « mal » qui la rongeait ? Elle se mordillait doucement la lèvre inférieure.

Mais une fois que Tristan eut terminé, il la rassura. Elle craignait qu’il se mette en colère, après tout il y avait bien de quoi ! Pas traitée de la meilleure façon qui était, il fallait le reconnaître. Et pourtant il s’était permis d’avoir un comportement de battant, conquérant, remonté et plutôt désireux de lui faire retrouver le sourire. Alors c’est vrai, elle s’était laissée faire, gentiment doucement, se demandant ce qu’il avait derrière la tête.

La préparation avait des allures de fêtes et lorsqu’ils arrivèrent en ville, ce n’était plus du tout le même accueil que ce matin. Tristan tenait vraiment à prouver à tout le monde qu’ils s’étaient trompés sur son compte. C’était attentionné, mignon et Cassidy ne pouvait décidément pas refuser tous les efforts qu’il faisait pour elle. Alors c’est vrai elle se mettait à sourire, timide, réservée, mais se faisant entraîner par lui qui était si joyeux, du moins toujours dans cette apparence. Elle se laissa entraînée, joua avec lui et il faisait aussi la fierté des villageois, montrant devant tout le monde les prouesses dont il était capable.

Si Cassidy restait réservée, elle ne pouvait s’empêcher de le regarder avec admiration, à chaque fois qu’il jouait à un jeu sous les applaudissements de la foule. Le tir à l’arc était particulièrement salué, tellement il se débrouillait bien et mettait à chaque fois la flèche dans le mille. Peut être que ses capacités de dragon y étaient pour quelque chose. Il voyait des choses que les autres ne détectaient pas. Il avait insisté pour qu’elle essaie aussi et choisisse un arc. Etrange choix quand on sait que la petite mage ne jurait que par la magie. Bon elle tirait aussi de temps en temps à l’arc mais était très loin d’exceller comme son compagnon. Sauf lorsqu’elle activait sa magie spéciale. Mais ici, devant tout ce monde, elle ne voulait pas.

Se débrouiller bien était assez loin de la vérité. Elle se débrouillait un peu, fermant un œil et encochant la flèche en tirant la langue comme si elle cherchait à améliorer sa précision. Il l’aida un tout petit peu et même si elle atteignit la cible, ce n’était pas en plein cœur. Elle le remercia d’ailleurs, un sourire sur le visage, déclarant que si il n’avait pas corrigé sa position, il y avait de fortes chances que sa flèche atterrisse dans un sapin plus loin.

Après cela, alors qu’ils flânaient dans les ruelles, la demoiselle s’arrêta devant un spectacle qui l’intéressa tout particulièrement. Elle resta figée là un moment, écoutant les faits d’armes des gardiens. Cette histoire l’avait toujours intrigué… de valeureux hommes et femmes qui s’étaient battus pour préserver l’harmonie du monde, apportant sécurité et protection à tous les citoyens. Ils avaient disparu sans que l’on ne sache pourquoi. Mais tout le monde gardait l’espoir qu’ils reviennent un jour. Après tout, ils avaient été choisis par les dieux. Elle s’était mise à sourire à cette évocation. Elle était tellement absorbée qu’elle ne vit pas Tristan revenir mais lorsqu’elle le remarqua, la jeune femme fit un énorme sourire en regardant la tarte avec appétit et s’extasiant sur la rose qu’il avait dans la bouche. Elle la prit délicatement dans ses mains avant de se mettre sur la pointe des pieds pour déposer sur les lèvres de son chevalier un magnifique baiser.

Les gens qui les regardaient n’avaient aucun doute. C’était évident, ce couple allait vraiment bien ensemble ! Facade extérieure et pourtant… ils renvoyaient une jolie image… il est vrai que si il avait été sous sa forme de dragon ça n’aurait pas été les mêmes remarques… Enfin, les humains avaient toujours des clichés préétablis.

Ils s’étaient ensuite approché au stand de bijou et même si Tristan jouait un jeu, d’un air un peu faux, chargé de menaces, exagérant, la petite mage aurait préféré ne pas recroiser cet homme. D’ailleurs son comportement l’écoeura. Il était en train de ramper devant son beau chevalier et cela ne respirait absolument pas… l’honnêteté. Cassidy avait toujours prôné le mérite, la récompense par rapport aux actes mais là, même si Tristan la protégeait, cela ne changerait absolument pas l’avis du bonhomme qui semblait plus apeuré qu’autre chose.

Cependant elle écouta sagement, fit bonne figure, même si elle évitait le regard du marchand, laissant les hommes s’entretenir. D’ailleurs Tristan eut la proposition de prendre un bracelet. Mais ce qui fit un peu de mal à Cassidy, c’est quand l’homme parla de « mérite ». Mériter pour quelle raison ? Elle n’avait rendu aucun service dans ce village, on ne semblait pas la connaître ici, alors mériter pour quoi ? Parce qu’elle se baladait avec un chevalier Cheistam ? Hum… elle la petite mage qui avait tant œuvré pour les autres, voyait bien que cela ne fonctionnait pas partout. Il y avait toujours des personnes pour juger sur les apparences… Pourtant on acceptait bien les autres races… Peut être un peu difficilement quand on pense au caractère fougueux des Drakkaris. Mais quand même, ils se faisaient accepter. Aux yeux des humaines, elle n’était qu’une créature bizarre, non identifiée, qu’il valait mieux éviter de contrarier.

Elle n’écouta pas la suite d’échange entre les deux hommes et remercia Tristan pour le bracelet dès lors qu’il revint à côté d’elle. Ils restèrent encore un moment au village, profitant des quelques feux d’artifice avant de rentrer.

Il est vrai que Cassidy se sentait un peu mieux. Elle le remercia vraiment très sincèrement en se frottant doucement à lui alors qu’ils reprenaient le chemin de leur appartement.

Mais alors qu’elle marchait, pensive, et réfléchissant justement à la journée, il était vrai qu’elle avait trouvé cela très agréable avec Tristan, bien mieux que les précédents jours mais c’était si facile de faire mieux. Et c’est vrai que cela renforça sa volonté de bien faire, de retrouver une complicité de couple. Elle se mit à sourire tout en serrant son poing libre. Pour cela ils étaient pareils, voulant satisfaire l’autre, voulant essayer encore et toujours. Elle poussa un petit cri de surprise quand il fonça sur elle tout en la soulevant de terre comme si elle ne pesait rien du temps. A moitié amusée, à moitié surprise, elle lui donna des légères tapes dans le dos.

Quand il la laissa redescendre, elle avait le rouge aux joues, et cela semblait avoir eu un effet sur elle car elle le regardait, le regard amusé en secouant la tête, le sourire sur le visage, d’un air de dire qu’il était pas croyable… mais qu’elle aimait ça. Ils rentrèrent, mangèrent et Cassidy rejoignit un instant Alanir qui était assis au coin du feu, pensif.

Cependant, contrairement à ce que Tristan pensait, elle n’était pas en train de discuter avec lui car elle ne savait pas quoi dire et se sentait pas trop douée pour calmer le dragon qui aurait certainement besoin de beaucoup de temps pour digérer ce départ précipité. Alors, après l’avoir laissé, elle se dirigea dans la chambre et une idée lui vint en tête, rendre la pareille au Drakkari qui lui avait fait peur ! Et pourtant elle était bien cruelle de l’aguicher ainsi alors qu’elle n’avait absolument aucune idée perverse derrière la tête !

Et pourtant ce n’était rien de plus que sage, elle sentait ses frissons sur ses flancs, une de ses mains un peu surélevée à cause de son poignet toujours en mauvais état. Elle le dévisageait, il était tellement beau, tellement adorable, cela devait être interdit ! Il semblait surpris mais gardait une maîtrise de lui impressionnante, bien loin de ce qu’elle avait connu. Le baiser qu’elle avait déposé sur ses lèvres avait un goût de trop peu. Mais elle ne savait pas jusqu’où elle pouvait décemment aller, sans qu’ils ne s’emballent, sans qu’elle ne le fasse souffrir de ne pas pouvoir aller plus loin. Car après tout il était un homme, il avait des besoins… et elle lui en retirait beaucoup… éviter sa forme de dragon, ne pas aller plus loin dans leurs « jeux ». C’était cruel après tout et la pauvre était tellement perdue.

Le parfum des roses répandues sur le lit l’apaisa un peu. Finalement il prit un peu les devants. Sa main qui se posait sur sa nuque la faisait frissonner et c’est sans aucune crainte qu’elle se laissa faire, appréciant le contact de leurs lèvres qui lui donnait quand même des papillons dans l’estomac. Elle ne tarda pas à se faire un peu plus entreprenante, même si cela restait sage, se posant à côté de lui, l’incitant avec son bras à se rapprocher et appréciait les baisers. Ca faisait du bien, c’était doux, agréable…

Cependant, le charme était bien trop vite rompu alors qu’il la bascula légèrement sur le côté. Elle le regarda, légèrement haletante, légèrement surprise par cet arrêt. Il parlait de lui faire un massage, et semblait investi, parlant de la douleur de ses bottes et qu’il s’occuperait un peu d’elle. La jeune femme semblait plutôt contente, du moins après les baisers, elle ne pouvait que l’être ! Et la fatigue y était pour quelque chose car elle ne se crispa pas, acquiesçant d’un mouvement de tête avant de se redresser et retourner dans la salle de bain.

Après eu avoir eu un peu de mal à se déshabiller, la demoiselle entra dans la douche, appréciant les fines gouttelettes qui se déposaient sur son corps. Elle était pensive, réfléchissait. C’était dur pour elle, son corps rejetait parfois Tristan alors qu’elle ne voulait pas… Mais elle allait réussir ! Elle l’aimait et surmonter ce petit obstacle ne lui faisait pas peur ! En plus ça se voyait qu’il faisait des efforts. Alors non, elle ne devrait pas abandonner non plus aussi facilement ! Elle l’aimait oui elle l’aimait ! Fermant les yeux, elle se remémora tous les bons moments passés ensemble, même si ça remontait à plus d’un an… Oui ca lui avait permis de tenir dans cette jungle impitoyable alors que maintenant qu’elle le retrouvait, ils n’allaient pas tout gâcher non ?

Elle était ressortie au final et le rejoignit, ayant hésité sur sa tenue. Puis lui faire un timide sourire avant de lui obéir et de s’allonger sur le lit. Le massage lui fit le plus grand bien et elle en avait terriblement besoin après toutes les séquelles qu’elle avait garder au fil des jours. Finalement la demoiselle s’endormit rapidement. Elle ne sut rien de ce qui se passait et encore moins qu’il était sorti du lit le matin !

Quand Tristan revint dans la chambre après son entraînement, elle était endormie, respirant paisiblement dans le lit, le menton posé sur un deuxième oreiller contre lequel elle s’était blottie, les bras l’enlaçant assez fortement, sans se douter de quoi que ce soit, profondément ancrée à l’intérieur de ses rêves. Elle ne se voyait pas rêver, c’était sûrement très proche du rêve quand une voix masculine résonna dans sa tête.

– Cassy…

Malheureusement, le grincement de l’armoire attira son attention et les oreilles légèrement pointues de la demoiselle remuèrent un peu. L’instant d’après, elle s’était redressée d’un bond sur le lit, à une vitesse fulgurante alors qu’elle fit un geste de la main en avant. De la lumière apparut du bout de ses doigts et une longue ficelle dorée, incassable, apparut autour des jambes de Tristan, l’enserrant fortement. Peut être ne s’attendait-il pas à ça car cela le déséquilibra et il tomba sur les genoux dans un choc.

Cassidy rouvrit les yeux, teintées d’une lumière dorée tout comme le sort qu’elle venait de lancer. En se rendant compte de sa méprise, la demoiselle ouvrit légèrement la bouche paniquée, et ses yeux redevinrent normaux. La corde qui retenait Tristan disparut à son tour alors que la demoiselle se précipitait vers lui, l’appelant d’une voix inquiète.

« Tris’ ! Pardon… Excuse moi… je… je suis vraiment désolée je pensais que… »

Elle ne savait pas, encore à moitié endormie. Mais au moins elle avait gardé des réflexes impressionnants. Enfin… elle pensait qu’il était toujours dans le lit en fait… Cela la choqua ! De ne pas avoir entendu se lever et ne plus sentir sa présence. La demoiselle bredouilla, fronça les sourcils, chercha une réponse, fit un sourire des plus gênés tout en l’attrapant par le bras pour l’aider à se relever et s’embarqua dans une explication des plus confuses.

« Quand je rêvais j’ai entendu une voix… masculine que je connaissais pas ! Et je pense que le bruit de l’armoire m’a fait réagir instinctivement… J’ai plus l’habitude de tout ce… bruit ? Enfin cette activité ! hein… enfin… hum… faudrait que je fasse attention à pas utiliser cette magie n’importe comment… »

Elle ferma les yeux, gros sourire sur le visage tout en caressant doucement son bras, comme pour tenter de l’apaiser. Tellement expressive et inquiète à la fois, ne voulant pas le blesser… ce n’était pas grand-chose mais elle s’en voulait. Cassidy avait l’air de penser que cela intriguait un peu Tristan ce qu’elle venait de dire… surtout voix masculine alors elle décida d’en rajouter une couche.

« Honnêtement après un an passé sur une île déserte, tu voulais que ce soit qui ? Je t’ai dis tout ce que je savais… C’est peut être une voix de l’au-delà ça m’étonnerait pas… »

Inspirant profondément, la jeune femme se tourna vers l’armoire et chercha des vêtements, faisant une mine boudeuse et détourna alors la conversation.

« Mais t’étais où ce matin ? Si je m’étais réveillée là, sans toi dans le lit, j’aurais… fini par m’inquiéter… »

Elle se tourna vers lui, la mine sévère, qui contrastait beaucoup avec la mignonne robe violette qu’elle portait à son bras. Il lui sortit une excuse, ou plutôt la vérité. Elle le regarda, penchant la tête de côté, et prenant un air triste.

« Tu préfères aller t’entraîner plutôt que de faire un câlin le matin ? Huuuum… »

Pourquoi jouait-elle à ça ? Elle savait très bien pour quelle raison Tristan prenait de la distance. Cependant elle secoua lentement la tête, soupira lentement et alors qu’il la fixait, la demoiselle se mit sur la pointe des pieds pour poser doucement sa main fraîche sur sa joue, sortant une phrase bien plus sérieuse.

« Si tu pars comme ça… comment veux-tu qu’on arrive à avoir un comportement comme avant sans reprendre nos habitudes ? »

Elle n’en savait rien pour ses cauchemars car il ne lui avait rien dit. Cependant elle semblait vraiment avoir la volonté de faire des efforts avec ça. Il lui répondit, quelque chose qui lui fit hocher la tête, compréhensive, cherchant ses affaires.

*Tu lui dis ça alors que ça se voit que t’es pas à l’aise… Faudrait que tu fasses des efforts Cassy…*

La jeune femme sursauta.

*Tu veux que je dises quoi Alanir ? C’est pas si simple que ça…*

Finalement, elle finit par s’habiller et demanda à Tristan de la coiffer pour sortir. Aujourd’hui c’était la fête des cadeaux et ils étaient invités le soir chez Maud pour les échanges. Mais Cassidy, avait farouchement l’envie de retrouver une complicité avec Tristan et si lui voulait peut être juste s’entraîner, elle insista pour qu’ils aillent se promener ensemble. Heu à pieds bien entendu !

La demoiselle entraîna Tristan vers le lac gelé. Elle avait envie de patiner avec lui. Pas toujours très douée, se retenant à lui pour ne pas tomber par terre. Il la laissa ensuite un moment le temps qu’il s’amuse avec d’autres enfants et qu’elle tentait de faire des efforts. Mais alors qu’il avait terminé et qu’elle le rejoignait, une fissure dans la glace la déséquilibra et elle tomba en avant dans ses bras. La jeune femme se mit à rougir doucement, quand il lui demanda si tout allait bien.

« J’ai encore du mal à me débrouiller toute seule… Heureusement qu’un beau jeune homme est là pour me rattraper »

Elle était très contradictoire quand même. Peut être était-ce à cause du vin chaud qu’on leur avait proposé plus tôt dans la matinée, servi par des habitants. Cependant elle n’était pas très soûle. Elle insista ensuite pour qu’ils aillent se promener en forêt et profiter de l’air frais. D’ailleurs, elle l’emmena à la clairière magique, celle où le froid et la neige ne venaient pas et avait improvisé un petit repas. Elle était tellement sage la jeune demoiselle, mais ne savait pas quoi tenter, quoi faire pour avoir des rapprochements avec lui. Parfois elle lui touchait la main alors qu’il la laissait posée dans l’herbe, parfois elle venait un peu se blottir contre lui.

Cependant, dans l’après midi, Tristan avait déclaré vouloir aller voir si personne n’avait besoin de son aide. La jeune femme l’avait regardé, un peu surprise puis finalement avait fini par déclarer que si il la cherchait, elle serait en train de lire un bon livre. En réalité la petite mage avait une autre idée derrière la tête ! Elle n’avait toujours pas préparé le cadeau de Tristan. Et la tâche ne semblait pas être si évidente que ça…

En effet, elle était assise sur une chaise, dans le salon, la tête reposant dans ses mains alors qu’elle marmonnait des mots bizarres. Alanir la rejoignit et la regarda avec curiosité en lui demandant ce qui n’allait pas.

« C’est Tris’ ! Je… je sais pas quoi lui offrir là… je n’ai pas d’idée… »

Le dragon soupira. Elle était bien angoissée pour réfléchir à cette coutume humaine. Finalement, l’après midi passa un peu trop rapidement à son goût et c’était déjà l’heure de se préparer pour le repas du soir… La jeune femme avait choisi une robe assez simple pour cette soirée mais elle comptait bien mettre le paquet pour fêter la nouvelle année ! Déjà qu’elle stressait suffisamment à cause de son problème de cadeau !

Lorsqu’elle sortit de la salle de bain, Tristan finissait de remettre en place sa chemise, élégante, qui laissait entrapercevoir ses muscles. Elle resta bouche bée en le regardant un instant. Puis s’approcha de lui, hésitante, avant de passer une main sur son bras.

« Tu… tu es toujours… enfin… je… hum… »

Qu’il était magnifique à ses yeux ? Qu’au moins elle appréciait la vue et que son air lui donnait un côté sage ? Qu’elle crevait d’envie de lui dire qu’il était toujours le plus bel homme à ses yeux et qu’aucun autre ne l’égalait ? Qu’elle l’aimait tellement et qu’elle était quand même contente d’être avec lui, de pouvoir passer cette soirée en sa compagnie ? Qu'elle avait vraiment envie de l'embrasser maintenant et tant pis pour la soirée, elle voulait être plus adorable avec lui, lui montrer à quel point il compte pour elle... Oui elle voulait lui dire tout ça… Mais les mots se perdirent dans sa gorge alors qu’elle se mit à rougir en détournant la tête lentement.

Finalement, ils partir chez Maud. Ils avaient décidés de fêter la remise des cadeaux en petit comité mais que pour la fin de l’année, une grande fête était prévue dans la cité !

Maud avait également invité son frère et ce dernier n’hésitait pas à parler à table d’anecdotes sur Tristan pendant son entraînement dont certaines histoires qui firent rougir Cassidy. C’était bien, sage, l’ambiance était plutôt festive et Maud, en maîtresse des lieux, animait du mieux possible la soirée.

Finalement, après l’excellent repas, vint l’échange des cadeaux. Il y avait beaucoup de choses pour l’enfant de Maud, les habitants de la cité ayant tenu à offrir des présents pour l’actuelle maman. Cassidy, pour sa part, lui avait offert un recueil de bonnes idées et conseils pour bien élever son enfant. Alanir… eh bien le dragon était embarrassé car il n’avait pas vraiment eu d’idées et s’excusa platement. Quand vint le tour des cadeaux de Tristan, le cadeau de Cassidy fut bien étonnant… car elle ne fit rien apparaître.

Elle l’avait regardé très sérieusement, ne plaisantant pas vraiment.

« J’ai passé du temps à chercher une idée de quoi t’offrir mais je n’ai rien… »

Cela eut l’effet de refroidir un peu l’assemblée, même si Alanir ne semblait pas si inquiet de ça. Cassidy se rapprocha lentement de Tristan, le regardant dans les yeux comme si elle avait l’impression d’être seule.

« Du moins… rien d’ordinaire »

Elle tendit la main en avant et lui demanda de lui « rendre » les deux pendentifs qu’il portait autour du cou. Il y avait la pierre de dragon, la première chose qu’elle lui avait offerte, et l’étrange pendentif de son double qui était censé le « contrôler » quand il devenait trop dragon. Elle ferma la paume de sa main, enserrant les deux objets et commença à prononcer des mots mystiques.

Ce fut un étrange spectacle qui se déroula. Un pentacle doré apparut sous les pieds de la jeune femme alors qu’elle semblait auréolée de lumière. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, ils avaient cette couleur singulière, quand elle utilisait sa plus puissante magie. On pouvait en sentir la force qui se dégageait. La paume de sa main s’entoura d’une douce lueur jaune et orangée. Cela ne dura que quelques minutes mais lorsqu’elle rouvrit la main, les deux objets avaient fusionnés pour ne faire qu’un. Cela ressemblait à un prisme aux bords adoucis, d’une couleur orange/grise… un peu comme les yeux de Tristan. C’était comme si l’intérieur du prisme était vivant puisqu’il semblait s’agitait une petite étincelle dorée au milieu. Elle lui demanda de se baisser pour le remettre en place.

« J’ai un peu modifié les caractéristiques. Désormais quand tu te transformeras en dragon, cela devrait te donner une marque, quelque chose qui te rendra différent des autres et qui te fera penser à moi… J’ai bien une selle pour voler, y a pas de raison que tu n’ai pas ton truc à toi »

Elle avait bien parlé de dragon là ? Et elle ne semblait pas être fâchée ni ennuyée et avait parlé de « selle » et de « voler ». N’était-ce pas bon signe pour montrer qu’elle était vraiment déterminée à repousser ses craintes et continuer de l’accepter ?

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Dim 4 Jan - 18:31

Si forte et si vulnérable à la fois.
Tigresse et fleur fragile en même temps.
Sauveuse de tous.
Princesse d’un seul.

Il l’observait, trop souvent à la dérobée, pendant leur sortie dans ce village. Ca aurait dû être une sortie en amoureux. Mais ça ne l’était pas. Après tout elle avait choisi d’y aller sans lui à la base. Pourtant… elle lui avait montré sa peine. Elle lui avait « raconté » et il se sentait heureux et rassuré de voir qu’elle se confiait quand même un peu à ce sujet, qu’elle ne lui cachait pas cette détresse. Alors il l’y avait ramenée, parce qu’il voulait qu’elle ait sa revanche. Parce qu’il était hors de question que ce crime à ses yeux demeure impuni. Elle méritait mieux. Elle méritait tellement. Eux deux… Ils n’auraient pas dû se cacher tant de choses, tant de secrets encore sur leurs ressentis respectifs, sur leurs craintes et leurs doutes. Mais ils essayaient de se protéger. Ils ne se disaient rien. Pour le protéger elle ne disait pas tout de sa peine, elle ne lui disait pas ce qu’elle avait vraiment ressenti, elle ne lui disait pas à quel point elle lui en voulait de ne pas avoir été plus fort, même s’il n’y pouvait rien. Parce qu’il le lui avait promis. Etre fort. Pour eux deux. Alors même si c’était impossible, il aurait dû les protéger d’une façon ou d’une autre. Et lui ne lui disait pas ce secret qui lui brûlait les lèvres, l’envie de lui prouver, de lui montrer à quel point il l’aimait, à quel point il avait essayé, à quel point chaque geste de la jeune femme avait compté. Lui dire… Lui avouer à quel point elle l’avait aidé, sauvé… Mais la blesser probablement aussi par la vérité… Ne rien lui dire. Ne rien se dire. Pourtant il y avait tant, justement, à dire.

Oh tellement à dire…
Il revenait près d’elle avec cette part de tarte. De la musique autour d’eux, des rires, des cris de joie, de l’insouciance. Pourtant tout allait au ralenti, tout était si… lent. Pour lui, juste pour lui. Il n’y avait qu’elle. Il n’y avait jamais eu qu’elle mais parfois, tout, oui tout le lui rappelait. C’était un de ces instants. Un de ces moments qui l’ébranlaient si profondément qu’il perdait presque pied. Les bruits si lointains, les gestes si flous autour de lui. Si loin alors que physiquement ils étaient si proches… alors qu’il n’y avait qu’elle. Silhouette fine qui irradiait de couleurs pastel. Tout était terne, tout était en nuance de gris autour d’elle, pas elle… Jamais elle. Les nuances de rose de la robe que lui avait choisie Maud, sa peau diaphane qu’illuminait le soleil, cheveux d’or et de cristal qui la faisait par trop ressembler à la fille de cet astre, un rayon divin perdu sur terre. Il n’y avait qu’elle, lumineuse, brillante, magnifique… Peut-être y avait-il d’autres belles filles aux alentours. Il ne savait pas… Il n’y avait qu’elle. Bien sûr, elle n’était pas auréolée de son étrange lueur de luciole, cette lueur qu’il désespérait de revoir un jour mais pour lui, elle brillait. Ses cheveux accrochaient le soleil et le dispensait autour d’elle. Physiquement elle était si belle. Mais il n’y avait pas que ça. Ce n’était pas qu’elle qu’il voyait, il l’avait bien vite compris. C’était ELLE… Ce petit-être au coeur pur, dont la gentillesse et la douceur ne cessaient de le surprendre et qui malgré toutes ses souffrances et ses moments d’égarements, de solitude, de détresse revenait toujours vers la lumière, cette petite étoile dans les ténèbres que serait sa vie sans elle. Si belle… Il la voyait comme personne ne pourrait jamais la voir, il le savait. Ce qu’il voyait chez elle, c’était ce qu’elle était vraiment. Ce qu’elle-même ne verrait probablement jamais même s’il lui montrait avec ses yeux. Ce que les autres apprendraient avec le temps. Ce qu’il avait toujours su. Cette certitude inébranlable qu’elle changerait leur monde. Et celle de plus en plus prégnante dans son coeur qu’elle était destinée à quelque chose qui les dépassait tous les deux. Que ce qu’elle prenait pour une malédiction était un signe, une signature de l’avenir extraordinaire qui l’attendait. Un avenir dans lequel il craignait de plus en plus de ne pas figurer.

Mais les pensées sombres étaient bien loin de lui à cet instant. Il la regardait juste, figé sur place alors qu’elle était de profil, captivée par le spectacle. Il l’observait et son corps réagissait, la chair de poule qui couvrait sa peau, la brutale émotion qui lui enserrait la gorge, les larmes salées qui glissaient sur ses joues. Chaque instant de doute était accompagné de CA… De cette certitude. De cette perfection. Ses genoux mollissaient tant il se sentait faible et curieusement bien, comme toujours. Il ne voulait pas partager… Pourtant, il aurait souhaité que d’autres la voient de ses yeux… Il n’était pas bête, bien loin de l’être en fait. Il savait qu’il n’y avait pas que l’amour. Tout simplement parce qu’il n’y en avait pas au tout début, pas la première fois qu’il l’avait vue ainsi, ça remontait à si longtemps à présent. Il voyait ce que personne d’autre ne pouvait voir. Il ne savait pas pourquoi, ni comment… Mais quelqu’un… quelque chose avait probablement voulu faire en sorte qu’il la reconnaisse quand il la verrait. Cette femme unique qui serait toute sa vie.
L’instant demeura bref. Elle avait perçu l’éclat de ses cheveux rouges, un mouvement, peu importe et s’était détournée du spectacle pour se tourner vers lui. En remarquant sa petite attention, elle lui avait souri… Son simple mouvement de tête avait rompu le charme qui s’était dissipé comme un doux rêve éphémère, un geste qui passait pour se recoiffer permit au jeune homme de s’essuyer les joues en toute discrétion. Son coeur ne se ferait donc jamais à cet ébranlement ? Probablement… Elle lui souriait et pendant un bref moment ce fut comme si la vision était de nouveau là mais c’était différent… Ce qu’il voyait lui prouvait ce qu’il savait déjà, qu’elle était destinée à quelque chose d’extraordinaire. Ce sourire… n’était qu’à lui et la fascination qui en découlait était toute humaine. Il aimait tant la voir sourire. Il en avait oublié la rose entre ses dents qu’elle avait déjà récupéré et sentait. Il l’avait tant et si bien oubliée qu’il s’était égratigné la lèvre supérieure sur une petite épine. Elle dut sentir le goût légèrement métallique de son sang en l’embrassant. Il ne savait pas. Il avait arrêté de réfléchir quand ses lèvres avaient frôlé les siennes. Trop de sentiments, trop de pensées, trop de vide. Elle était près de lui, c’est tout ce qui comptait. Et il voulait qu’elle soit heureuse. Oui… Vraiment heureuse…

Il ne dit rien, se contentant de sourire timidement à son baiser alors que son coeur battait la chamade. Elle venait de l’embrasser là quand même ! Pourtant alors qu’elle grignotait un bout de tarte en observant la suite du spectacle, il se glissa doucement derrière et l’entoura de ses bras, au niveau de la taille pour ne pas la gêner. Mine de rien entre son poignet blessé et la tarte, il n’allait pas lui compliquer davantage la vie. Il ne serrait pas fort. Il voulait juste qu’elle sache qu’il était là.

L’après-midi s’écoula tranquillement alors qu’ils ne se ménageaient pas, qu’il l’entraînait, joyeux, mais de plus en plus sincèrement joyeux. S’ils avaient été totalement normaux, naturels, ça aurait été encore mieux, mémorable mais c’était déjà un léger retour heureux vers leur couple. Un progrès qu’ils constataient tous les deux. Il s’était amusé avec les armes, voulant juste la rendre un peu fier de lui. Par contre pour l’espèce de sale rat qui avait été cruel avec elle… Le jeune homme n’avait pas vraiment de plan à l’origine. Il voulait aller lui taper dessus ou du moins le sous-entendre, le reste s’était improvisé au dernier moment et ça avait été dur de ne pas le frapper, surtout en le voyant aussi hypocrite et faux-jeton.

Même si elle ne disait rien, il aperçut bien la peine sur le visage de la jeune femme… Il eut encore plus envie de frapper l’homme en face de lui. Ses instincts de guerrier étaient bien supérieurs à ceux du dragon et ceux d’amour battaient les deux sans problème. Il la rejoignit doucement et effleura un de ses bras du bout des doigts. Une fois encore il ouvrit la bouche pour parler mais face au regard noisette de tant de nuances qui le fixait il demeura muet.

*Les humains sont capables de choses extraordinaires. C’est le peuple le plus… étrange qui soit. Courageux malgré leurs peurs et leurs faiblesses, forts malgré leur faibles dispositions, capables de grandes choses… Mais aussi l’un des peuples les plus aptes à faire du mal. S’ils pouvaient te voir ne serait-ce qu’un millième comme je te vois, ils n’auraient pas peur. Ils ne douteraient pas. Comment douter de toi. Comment craindre ces petites différences qui ne te rendent que plus unique… plus magique à mes yeux. Tu es belle. Tu es la plus belle des femmes de ce monde. Tu détrônerais des reines si tu le voulais. Des hommes vendraient leurs âmes aux démons pour toi, s’ils te voyaient comme je te vois. Tu es belle physiquement, intérieurement… Ton coeur est si pur même quand tu t’égares tu reviens, tu pardonnes, tu aimes, tu aides et sauves…Je déteste ces comportement hypocrites, ce trait particulièrement prononcé chez les humains. Je déteste devoir mettre cette cape pour t’assurer le respect et l’admiration que tu mérites. Ils sont si superficiels et impressionnables… Si j’avais le temps, si on avait le temps, je ne partirais pas avant de leur avoir montré, de leur avoir prouvé. S’ils te connaissaient, tous ces gens t’aimeraient et t’admireraient… Mais ce n’était qu’une après-midi, je n’avais pas le temps… Mais je ne voulais plus qu’ils te regardent comme ça. Je ne veux que personne te regarde comme ils l’ont fait. Jamais ! Tu es… tellement merveilleuse et eux… se focalisent uniquement sur ce que leurs fichus yeux leur montrent ! Et moi je… je ne veux pas… J’aimerais tellement te dire à quel point tu es… spéciale pour moi.*

Son regard fixait la petite mage alors que sa main avait naturellement trouvé la sienne pour l’entrainer de nouveau, loin de ce stand, pression rassurante, pression de présence alors qu’il voulait qu’elle voie les illumination, qu’elle pense à autre chose…

Et finalement ils étaient rentrés. Ca avait été une après-midi bien remplie et il avait surpris un léger bâillement chez la petite demoiselle alors qu’ils chevauchaient côte à côte. Elle ne semblait pas trop mécontente et il en avait eu la véritable preuve quand elle l’avait enlacé. L’espace d’un instant tout fut simple et calme dans son coeur.  Il fermait même les yeux pour mieux savourer ce contact. Ils étaient rentrés, avaient mangé et puis elle l’avait rejoint de cette étrange manière. Petite vengeance pour la légère peur qu’il lu avait faite ? Peut-être mais très vite ça en perdit le goût. Parce qu’elle l’avait embrassé et comme toujours l’émoi qu’elle provoquait chez, même s’il ne se voyait pas, l’ébranlait. Elle semblait soudain si pensive et perdue, difficile d’imaginer les pensées de prudence et d’envie qui se chamaillaient pour la petite demoiselle. Il l’embrassa. Parce qu’il en avait trop envie et besoin et qu’il ne pouvait pas lutter contre tout, pas éternellement du moins. La douceur de ses lèvres lui semblait un de ces rêves si fragiles, la peur de briser celui-ci faisait agir avec prudence. Pourtant il y a peu de temps encore entre eux, cette prudence n’existait pas, plus vraiment, ce recul, cette distance incertaine. Elle n’avait pas à s’inquiéter, il restait parfaitement sage, ne tentait rien de plus que ce baiser. Néanmoins, il est vrai que celui-ci trouva rapidement son terme dans les mots du jeune homme. Il préférait aussi c’est vrai, ne pas se tenter trop, ne connaissant plus ses propres limites et encore moins ses droits sur elle. Après tout, il était persuadé jusqu’alors qu’il lutterait toujours contre sa nature, mais il n’avait pas réussi. Alors où étaient-elles ses fichues limites ?

Elle était partie se doucher.
Quand elle revint finalement, il avait remonté les manches de sa tunique sur ses avant-bras pour être plus libre de ses mouvements et l’accueillit avec un sourire, évitant soigneusement de trop la regarder. Massage long et doux durant lequel elle semblait bien vite se détendre, oublier un peu plus les mauvais côtés de cette journée. Quand il avait commencé à masser ses jambes, elle dormait déjà, sa respiration plus lente le lui indiquant sans mal. Il l’avait regardée quelques minutes avant de partir se doucher après avoir tout rangé en silence, voyant parfaitement dans l’obscurité et grâce au léger éclat de lune qui filtrait jusqu’à eux. A ses côtés il s’était vite endormi, sa main restant sur sa taille. Il l’avait recouverte par précaution et quand il s’éveilla en sursaut quelques heures plus tard elle ne semblait même pas avoir bougé. Décidément… Elle devait être épuisée par ces longs jours difficiles.

L’entraînement apaisa le jeune homme, même s’il était seul au début pour s’entrainer. Cette solitude lui faisait presque du bien finalement. Seul le vent glacé qui ébouriffait ses cheveux l’accompagnait dans ses mouvements et l’engaillardit d’ailleurs, le poussant à essayer de se dépasser. Essayer de pousser son corps, de mieux se connaitre, de mieux se maitriser aussi. Pour elle évidemment.
Puis il était rentré. Malgré tout ce qu’il avait fait il ne se sentait pas vraiment fatigué, plutôt apaisé, calme, serein, son cauchemar s’éloignant de sa conscience. Néanmoins là il avait vraiment besoin d’une bonne douche et il se réjouissait d’avance de l’eau chaude coulant sur ses muscles douloureux. Dans la chambre, il sourit en apercevant la jeune femme et son coeur s’emballa un peu en remarquant comme elle s’était rapprochée de son côté, de son oreiller. Elle ne l’avait pas fait quand il était encore là mais il voyait ça comme un signe encourageant et fut vraiment tenté d’aller la réveiller par de tendres baisers, s’abstint pour ouvrir l’armoire et sa main se crispa sur le bois quand il entendit le grincement. Aie… Il tournait déjà la tête en grimaçant, espérant ne pas l’avoir réveillée. Mais même s’il la connaissait vive et réceptive, il ne s’attendait vraiment pas à la trouver debout sur le lit en train de lui lancer un sort. Euh… Pourquoi pas. Ses pieds se rapprochant brutalement l’un de l’autre provoquèrent sa chute même s’il ne se fit pas mal du tout !

Mais il fut vraiment surpris et pas qu’en bien ! Sérieusement ?! Elle avait de tels réflexes ???? Mais qu’est ce qu’ils lui avaient fait sur cette fichue île ?!!!!! Ses yeux étaient dorés. Encore cette étrange magie si puissante. Il mit ses mains bien en évidence, voulant prouver qu’il ne représentait aucun danger mais elle avait déjà repris « conscience » de la situation et le rejoignait en s’excusant. Elle avait l’air sérieusement secouée. Il sourit, comme si de rien était, ne voulant pas l’inquiéter et puis surtout il n’y avait absolument pas de quoi.

- Ca va, pas de mal t’inquiète. Sacrés réflexes princesse…

Il lui souriait juste gentiment mais elle semblait si perdue, se réveillant difficilement parce que ça, ce n’était vraiment pas un réveil sympathique ! Elle l’aidait à se relever même s’il n’avait pas besoin et il prit garde de ne pas s’appuyer sur elle, esquissant toujours un sourire. Plus de peur que de mal après tout. Sauf qu’elle voulut s’expliquer et ce n’était guère mieux. Elle était quand même en train de lui parler d’une voix d’homme là. Mais il en faisait abstraction malgré le léger pincement douloureux de son coeur. Ca ne le regardait pas après tout. Il essaya de ne pas s'en inquiéter même si déjà d'étranges scénarios se bousculaient dans sa tête... Il se relevait, pliant et dépliant ses genoux l’un après l’autre mais il n’avait vraiment pas mal donc tout allait bien. Peut-être qu’il avait cessé de sourire lorsqu’elle avait parlé de cet « homme » ou alors c’était le rappel qu’il ne savait pas grand chose des horreurs qu’elle avait vécues… En tous les cas elle l’interpréta à tort comme une « suspicion » et tenta de se justifier. Il la fixa avec surprise, n’aimant pas particulièrement qu’elle prenne cela à la légère de cette façon et encore moins qu’elle pense qu’il la soupçonnait de quoi que ce soit. Nan mais il n’avait rien dit là !!!! Il voulut répliquer, n’en eut pas le temps puisqu’elle enchainait alors qu’il se décalait pour qu’elle puisse prendre ses propres vêtements. Ah ? Elle avait remarqué qu’il était parti depuis un moment ? Il ne savait pas trop…

- Euh… Je me suis réveillé tôt et je n’arrivais plus à dormir… Je ne voulais pas te réveiller alors je suis allé m’entrainer un peu… C’est tout. Mais… je t’avais laissé un mot… sur ta table de chevet.

Il désigna d’une main un morceau de parchemin qui y trônait en effet sur lequel il avait écrit qu’il partait s’entraîner, de ne pas l’attendre pour petit déjeuner s’ils avaient faim et sur lequel il avait quand même précisé qu’elle avait l’air d’un petit ange endormi.
Le jeune homme se passa une main dans les cheveux en précisant d’une voix timide qu’il ne voulait pas l’inquiéter. Sauf qu’elle répliqua une phrase bien cruelle pour lui. Aller s’entraîner plutôt que de faire un câlin ? Oubliait-elle donc à quel point elle se crispait encore quand il la prenait dans ses bras, presque à chaque fois, même un tout petit peu. Avant… Elle n’avait jamais craint qu’il referme ses bras sur elle. Pensait-elle qu’il ne s’en rendait pas compte ? Pensait-elle qu’il agissait sans percevoir ce léger rejet de son corps ? Lui faire un câlin ? Alors qu’il avait l’impression de prendre une gifle à chaque fois ?
Là le jeune homme s’assombrit, sa mâchoire se faisant plus anguleuse alors qu’il serrait les dents et détournait les yeux, fixant de nouveau très vite son visage en murmurant un vague « désolé ». Sa paume fraîche contre sa peau l’apaisa un peu mais ce n’était vraiment pas encore ça. Avoir un comportement comme avant ? Oh mais il n’attendait que ça lui… Il hocha donc juste légèrement la tête avec un sourire timide, ignorant tout de sa conversation avec Alanir.

Ils étaient vite sortis après les préparatifs de chacun. La douche avait calmé le jeune homme et il semblait toujours aussi investi à vouloir passer du temps avec elle. Ils étaient même allés patiner. Un moment le jeune homme avait vraiment semblé hésiter à accepter d’ailleurs, fixant le poignet de la demoiselle. Pourtant quand les enfants avaient voulu jouer avec lui, elle avait dû sérieusement insister pour qu’il y aille car il ne voulait pas la quitter. Il revint d’ailleurs très vite près d’elle, juste à temps pour la rattraper alors que pendant un instant, un instant qu’elle ne vit puisqu’elle chutait, les yeux du jeune homme s’étaient écarquillés d’horreur et il mit presque un peu trop d’empressement à la rattraper. Il aurait dû probablement juste la retenir… Mais il l’avait attrapée pour la serrer étroitement contre lui, lui demandant d’une voix faible si elle allait bien. Peu importe ce qu’elle disait, même s’il la lâcha vite, il avait eu besoin de ce contact rassurant pour savoir que tout allait bien…

A la clairière magique de la jeune femme ils mangèrent en parlant peu ou de tout ce qui ne les touchait pas directement, n’abordant toujours pas le sujet de leur relation et c’était probablement mieux ainsi. Dans l’après-midi le jeune homme se fit pensif puis s’éclipsa en prétextant vouloir voir si on avait besoin de lui. Il semblait hésiter à la quitter mais il finit par partir en déposant un baiser sur une de ses joues, lui souhaitant bonne lecture suite à sa déclaration, ignorant tout de ses projets de réflexion.

La soirée arriva vite et ils s’étaient tous habillés et préparés avec soin pour aller chez Maud.
Tristan était en train d’essayer de mettre de l’ordre dans ses cheveux quand Cassidy l’avait rejoint. Il avait beau les coiffer et ils avaient beau ne comporter aucun noeuds ils défiaient toujours les lois de la gravité, plein d’épis et ne tenant guère longtemps en place quand ils étaient coiffés. Il soupira, résigné, se demandant s’il n’allait pas se vider une boite de gel dessus pour essayer d’arriver à quelque chose quand il l’avait entendue bredouiller. Quelle mauvaise idée de se tourner vers elle ! Même si son coeur était préparé il ne put l’empêcher de s’emballer à la vue de sa petite princesse. Elle touchait son bras mais il ne l’avait même pas remarqué trop occupé à la fixer, la bouche entrouverte. Ils devaient avoir les mêmes pensées et ce devait être un spectacle amusant pour un spectateur extérieur. Car ils détournaient la tête en même temps, rougissant tous deux, pas au même degré certes, chez lui ça restait relativement discret quand même et que leurs paroles se ressemblaient beaucoup.

- Ah… M… Merci. Toi aussi… Tu… Enfin…

Aussi maladroit, perdu et fou amoureux… C’en était presque idiot.
Il lui avait donné galamment son bras pour aller chez Maud mais pas sans s’arrêter pour glisser une fleur dans les cheveux qu’il avait soigneusement coiffés avant qu’elle n’aille s’habiller, une belle rose blanche. Le fils de Maud fut de la fête pendant un moment bref à leur arrivée mais fut rapidement mis au lit, encore trop jeune pour veiller aussi longtemps. Tristan gardait un oeil sur Cassidy tant que le bébé était là, essayant de comprendre ce qu’elle ressentait, voulant voir si elle allait mieux à ce niveau là même s’il se doutait que non et qu’il lui faudrait encore beaucoup de temps.
Ils mangeaient, discutaient et finalement la soirée se passait bien, tranquillement, tout le monde semblant apprécier. Bien sûr, si Cassidy et Tristan avaient été parfaitement eux-mêmes il n’aurait pas passé l’apéritif ni le dessert si loin l’un de l’autre sur le canapé. Non, elle aurait probablement été blottie contre lui et il aurait probablement eu un bras fièrement passé autour de ses épaules, se redressant pour eux deux pour prendre des amuse-gueule, profitant d’échanges de longs et langoureux regards à défaut de baisers qui auraient mis tout le monde un peu dans l’embarras. Le  vin échauffait un peu les esprits mais tout le monde semblait aller parfaitement bien. Tristan buvait peut-être un peu plus qu’il ne l’aurait fait si tout allait bien mais pas à l’excès.

L’heure des cadeaux arrivant, il y avait un grand succès pour le bébé de la jeune dame. Tristan sourit en apercevant le livre que Cassidy offrait à son amie. Pour sa part il prit le paquet plus imposant qu’il avait apporté et qui s’avéra être un mobile en bois peint qu’il avait probablement confectionné lui-même en y passant un certain temps : dragons, étoiles, licornes et de nombreuses créatures s’y trouvaient suspendues, future activité d’éveil du bébé.
Elle les remercia chaleureusement.
Les excuses d’Alanir ne lui valurent que des sourires des autres qui lui répondaient que ce n’était rien, qu’il n’était pas familier à ces coutumes et que sa présence était déjà bien suffisante. Tristan sembla hésiter un moment puis finalement tendit une lettre à Alanir, une expression un peu crispée au visage.

- Tiens… C’est pour toi. Tu n’es pas obligé de l’ouvrir maintenant. Ni obligé de l’ouvrir tout court. C’est d’Eleyna. Elle m’a demandé de te la donner si… enfin si je voyais que tu en voudrais… Mais comme je ne sais pas vraiment, je te la donne quand même…

Il esquissa un léger sourire pour son aîné et baissa légèrement la tête, comme il le faisait si souvent, petit geste de soumission qu’il n’avait pas besoin de faire et qui semblait pourtant être important aux yeux du Drakkari, comme s’il voulait ainsi témoigner le respect qu’il avait pour son aîné à celui-ci. Il connaissait le contenu de cette lettre. Elle n’était pas longue du tout après tout. Juste quelques mots… Ils avaient échangé tous les deux depuis son départ. Il ne lui avait pas parlé du comportement du dragon mais avait sous-entendu que personne n’avait aimé son départ. Juste quelques mots :

«  Alanir, je ne sais pas comment l’écrire autrement alors je vais être franche. Je suis vraiment désolée d’être partie ainsi. Tu l’as dit toi-même, tout ceci ne me concernait pas vraiment. Vos combats m’ont rapproché de vous même si ce n’était pas ma place. Un peu trop probablement. J’avais besoin de me retrouver, de retrouver mes soldats et de faire quelque chose, moi-même pour ce monde au lieu de compter, trop, sur ce que ta protégée pourra faire, je le sais, pour nous tous. Je ne te demande pas de comprendre, ni de me pardonner si tu m’en veux. Je comprends que tu sois en colère et que tu ne comprennes pas vraiment. Je le suis probablement autant et j’ai du mal à l’accepter moi-même. Je tiens à vous, à chacun de vous et  je suis désolée. Vraiment. Mais je reviendrai, je te le jure. Bientôt. Et j’essaierai de t’expliquer. Parce que tu es un ami précieux et parce que tu comptes autant que les autres. Le jour de cette réunion, probablement en fin de soirée, de ces échanges de cadeaux, cette étrange coutume humaine que tu ne comprends peut-être pas bien, et que je t’expliquerai si tu veux, je serai là, je reviendrai. Je devrais être à la fontaine près des écuries vers minuit. A bientôt.

Eleyna »


Il ne la lirait probablement pas tout de suite. Ou peut-être qu’il ne la lirait pas du tout. Mais Tristan même s’il ne comprenait pas trop ce qui s’était passé et encore moins la colère de son aîné ressentait bien la peine et la froideur récentes de celui-ci. Alors même s’il était en colère et rechignait contre ce bout de papier, il savait, au fond, que la curiosité le pousserait à l’ouvrir. Et s’il ne se trompait pas, le dragon serait probablement un peu moins en colère après sa lecture.


Pour son maître le jeune homme avait apparemment dégoté un livre recensant de nombreuses armes peu connus dans cette région du monde et leurs matériaux et formes de construction, ce qui mit évidemment le colosse en joie. Surtout qu’il avait déjà sacrément bu et s’emballait, prêt à aller activer les forges pour avoir vite un nouveau futur joujou.
Quand ce fut au tour de Tristan, Maud semblait avoir décidé de le rendre encore plus craquant qu’il ne l’était déjà ayant dessiné et créé une dizaine de tenues pour le jeune homme, des vêtements magnifiques pour une occasion spéciale à une étrange toge style romaine qui semblait un brin petite pour le jeune homme… Mais c’était probablement plus une tenue pour être le moins habillé possible et certainement pas à porter à l’extérieur… Plutôt un assortiment d’intérieur réservé pour une seule petite demoiselle. Tristan eut à la fois un sourire amusé en s’en rendant vite compte et une légère crispation entre l’impatience et l’inquiétude.
Il semblait que son maitre ait passé du temps à harceler un pauvre forgeron d’un village connu car il exhiba fièrement la nouvelle épée qu’il lui offrait. Beaucoup plus fine que celle qu’il avait actuellement et plus courte elle devrait permettre au jeune homme de mettre en application sa dextérité. D’ailleurs, le maitre gratifiait son élève d’une bourrade qui le projeta quasiment hors du canapé.

- Il est temps que tu arrêtes de te la jouer bourrin ! Ton épée actuelle vient de moi je sais… Mais c’est dépassé. Faut que tu joues sur un autre niveau Tristan maintenant… Moi je sais c’que tu vaux au combat et c’est plus que ça ! T’es le meilleur bretteur que je connaisse gamin. Alors lâche ce grand machin encombrant et deviens un artiste à l’épée, travaille tes esquives et cet art… Ca le vaut. J’ai mis deux ans à trouver ce fichu forgeron, un an à le convaincre… ptêt parce que la première fois que je lui ai ordonné de la forger en le menaçant de lui exploser le crâne s’il voulait pas il s’est enfuie en courant… bizarre… et deux ans pour qu’il forge cette merveille donc t’as intérêt à assurer gamin ! Je t’avais promis une épée spéciale quand tu serais prêt… bah… voilà… Tant que tu t’en sers pour la justice et pour protéger cette petite demoiselle… je considérerai que tu la mérites… J’vous souhaite le meilleur à tous les deux…

Tristan avait souri, conscient de l’émotion qui animait le colosse qui se frottait les yeux en marmonnant que le vin chaud était trop épicé. il se contenta de caresser l’étui solide de l’épée, sans même la sortir hors de son fourreau. Au moins son maitre validait totalement sa relation avec la petite mage et puis… il semblait le croire plus apte qu’avant à évoluer, à devenir plus fort. S’il ne la sortait pas de son fourreau c’était pour une bonne raison. Tous les deux se connaissaient bien à présent et avaient probablement le même respect pour les armes. C’était lui qui lui avait tout appris. Il l’admirerait pour la première fois quand il serait seul. C’était comme ça. Pourtant il ne ressentait nulle impatience, juste de la curiosité et une émotion qu’il contrôlait certes mais pas sans revoir tous les souvenirs qui le liaient à l’exigeant colosse.
Quand Cassidy se tourna vers lui, il avait doucement déposé l’épée pourtant longue contre le canapé. Il pencha légèrement la tête en la regardant, lui souriant doucement même s’il ne voulait rien exiger d’elle. Maud les observait et s’était levée pour aller chercher une autre bouteille de vin, s’attardant un peu à la cuisine avant d’échanger un très discret signe avec Tristan que personne ne sembla remarquer.

Quand elle dit qu’elle n’avait rien pour lui Maud se crispa et sembla vraiment très inquiète pendant un instant. Quand ils étaient passé à table et que Tristan était venu l’aider à sortir quelques mets du four elle avait effleuré sa joue pour qu’il la regarde, avait remarqué la tristesse et la fatigue, lui avait demandé tout bas si ça allait. Il lui avait souri comme toujours et avait embrassé son front en lui demandant de ne pas s’en faire, que ça allait. Mais elle l’avait retenu par le bras et l’avait regardé dans les yeux en réitérant sa question, y intégrant Cassidy.

- Et… vous deux ?
- … Je ne sais pas.

Le temps qu’il avait mis pour répondre l’inquiétait mais il s’était vite rattrapé en disant que tout irait bien. C’est ce qu’elle croyait aussi… un peu. Avant d’entendre Cassidy sortir cette phrase. Euh… Ils faisaient quoi là ? Pourtant  Alanir n’était pas inquiet et curieusement Tristan ne s’était pas crispé et ne semblait ni déçu ni triste. Soit il s’y attendait, soit… il n’était pas non plus inquiet, demeurant juste immobile. Encore une fois il restait vraiment maitre de lui-même, qu’il soit déçu ou non il ne le montrait pas du tout ! Il ne bougea pas quand elle se rapprocha de lui même si ses lèvres si tentantes étaient bien trop proches brusquement. La demoiselle était bien trop proches pour que la tension de son compagnon reste normale. Si elle avait mis son oreille contre son torse elle aurait perçu les battements puissants qui ébranlaient son coeur, preuve incontestable des sentiments qui l’habitaient constamment pour elle.
Rien d’ordinaire ? De quoi parlait-elle ? Tout le monde observait la scène avec intérêt, même le maitre de Tristan qui avait semblé prêt à pleurer, trop de vin décidément, quand Cassidy avait dit ne pas avoir de cadeau pour  le beau jeune homme. Il lui avait rendu ses pendentifs et tout le monde retint son souffle en voyant la magie entourer brusquement la petite mage. Il voulut l’arrêter pendant une seconde, vraiment, parce qu’elle devait se ménager après tout ce qui lui était arrivé. Après tout quelques jours plus tôt elle était encore plongée dans un profond sommeil dangereux pour elle-même tant sa fatigue magique et physique était grande !
Et la magie qu’elle utilisait était sacrément puissante ça pas besoin d’être mage pour le savoir et le sentir ! Tristan, immobile, l’observait, le seul à ne pas commenter à mi-voix ce qui se passait, le seul à fixer la petite mage sans ciller, sans bouger. Elle le lui rendit…

Mais ce qu’elle avait fait était vraiment surprenant et magnifique en même temps. Comment était-ce possible de fusionner ainsi deux objets ? Il ne savait pas. Ca paraissait si facile en la voyant faire. Il savait que ce n’était absolument pas le cas et remarqua avec une pointe de surprise cette lueur grise bleutée qui s’agitait doucement dans le cristal, comme ce lent tourbillon autour de ses pupilles qu’on ne pouvait remarquer qu’en l’observant de vraiment près, ce seul témoin du pouvoir qu’il possédait. Il se baissa docilement quand elle le lui demanda et trouva la pierre étrangement chaude quand elle vint effleurer son torse une fois remise en place. Il se redressa lentement en fixant la jeune femme, sa main se portant automatiquement à ce collier qui ne l’avait jamais quitté, enfin l’une des parties du moins, même quand il était amnésique, caressant sa surface doucement du bout de ses doigts. Elle parlait de marques… pour quand il se transformait. Pour le maitre de Tristan, cette remarque était parfaitement anodine. Pour Maud beaucoup moins. Et pour Tristan, pas du tout. Elle parlait de dragon. Elle parlait de lui. Elle parlait d’elle. Elle parlait d’eux. De la selle. D’un truc à lui. Comme une promesse. Qu’un jour ça irait mieux. Qu’elle l’acceptait toujours près d’elle, même avec ses caractéristiques de dragon. Qui peut-être pour l’instant ne la rassuraient pas trop mais qu’elle acceptait, qu’elle ne repoussait pas, pas totalement. Comme elle le lui prouvait à cet instant. Ses paroles, la véritable signification de son geste comptaient bien plus pour le grand jeune homme que l’acte magique réel qu’elle venait d’accomplir. Il comprit son message, cet effort et releva lentement une main vers elle. Il avait encore oublié les autres. De nouveau il n’y avait qu’elle. Ca faisait beaucoup en peu de temps. C’était à chaque fois pour un moment spécial. Il le savait maintenant. Sa main ne toucha même pas sa joue, il l’effleurait, la frôlant à peine, fixant la petite demoiselle, yeux dans les yeux avec énormément de tendresse et de reconnaissance. Bien trop pour un seul regard. Les autres les regardaient, curieusement muets, conscients que quelque chose de « spécial » se passait sous leurs yeux. Il se pencha sur elle en éloignant sa main de son visage, la posant à peine, comme l’autre sur sa taille, aucune pression dans ses mains, aucune cage, aucun lien pour la retenir, juste leur présence. Avec la même retenue si difficile il l’embrassa, frôlant ses lèvres des siennes, à peine. Pourtant, curieusement la lenteur et le côté si éphémères de ses gestes ne rendaient que ce baiser plus présent, plus important et plein d’émotions. Il l’avait à peine touchée et pourtant c’était comme s’il l’avait embrassée jusqu’à plus soif, une crispation dans l’estomac, un fourmillement dans les jambes, une chaleur au visage qui descendait et enflammait le coeur, un frisson qui parcourait l’échine. Ce minuscule baiser qui illustrait tant alors qu’il la touchait à peine, plein de reconnaissance et de douceur. Curieux non ? Peut-être était-elle surprise, peut-être pas, il ne la regardait pas. A présent il appuyait doucement son front contre le sien, les yeux clos, articulant tout bas un « merci » d’une voix plus grave que d’ordinaire.
L’instant sembla durer une éternité alors que juste quelques secondes après son cadeau il se reculait et retournait s’asseoir dans le canapé, l’air pensif, tripotant le pendentif, habituant ses doigts à sa présence.

Maud en bonne hôtesse chassa l’étrange ambiance qui venait de s’installer en arguant qu’elle avait aussi un cadeau pour Alanir. Apparemment lui aussi elle comptait l’habiller, arguant que certes cela plaisait beaucoup qu’il se promène à moitié nu mais que quand même… il ne pouvait pas le faire partout et tout le temps. Elle lui dit qu’elle avait hâte de le voir mettre ses  nouveaux vêtements et qu’il avait tout intérêt à ne pas draguer toutes les petites demoiselles de la cité avec. Elle savait qu’il n’y pensait pas du tout mais c’était pour l’embêter puisqu’elle savait bien comme il pouvait être facilement intimidé à certains moments.
L’instant d’après, elle se tournait avec un sourire carnassier vers Cassidy et lui avoua qu’elle s’était défoulée à son sujet… Ah ça devait être ça la dizaine de tenues qui vinrent recouvrirent la jeune femme. Apparemment Maud avait eu beaucoup d’idées pour la demoiselle et elle devait rester son modèle préféré plus que certainement. Tout le monde rit de bon coeur en la voyant harceler à moitié la petite mage pour qu’elle aille en essayer une toute de suite en prétendant qu’elle pouvait bien se déshabiller ici d’ailleurs. Ambiance bonne enfant alors que tout le monde réjouissait. Nouveau clin d’oeil complice de Maud à Tristan. Le jeune homme s’éclaircit alors la gorge et tous les rires, même celui de la petite mage, se turent.
Elle aussi s’était rassise dans le canapé. Il se leva et vint mettre un genou en terre devant elle, prenant doucement ses mains dans les siennes, elles étaient chaudes mais moins que d’habitude. Il fixait leurs mains puis releva les yeux sur les siens, souriant tendrement.

- Trouver quoi t’offrir n’a jamais été simple pour moi. De tout temps. Même quand tu ne le savais pas encore. Après tout ce qui s’était passé… ce qu’on avait vécu… Cette séparation, ces retrouvailles, je voulais quelque chose de spécial. Mais ça a été encore plus dur. Il y a eu beaucoup de choses pour nous séparer et trop peu pour nous réunir. A… Alors il me semblait important de trouver quelque chose qui ne changeait pas, qui ne changerait jamais. Comme ce que je ressens pour toi... Quelque chose qui te le rappelle si tu oublies.

Il lâcha ses mains, se releva et alla chercher une petite boite de la taille d’un gros poing dans une poche intérieure de sa veste accrochée plus loin. Le seul cadeau qu’il n’avait pas exposé aux yeux de tous. Il vint se remettre dans la même position devant elle mais ne reprit pas ses mains, garda les yeux baissées sur la boite emballée qu’il tournait et retournait avec lenteur entre ses mains. Quand il se mit à parler, il y avait beaucoup trop d’émotions dans sa voix, trop pour qu’il soit totalement maitre de lui-même.

- Il y a longtemps… Ma mère avait… une collection de ces petites choses. Elle les aimait beaucoup et une en particulier. Pour elle, elle était la plus importante de toutes. Je l’ai observée des centaines, des milliers de fois… Je la connaissais par coeur. Et puis il y a eu cette fête à l’école. Les parents faisaient découvrir quelque chose aux enfants, quelque chose qui leur tenait à coeur. Elle avait emporté sa collection en les plaçant dans des boites. On pouvait écouter, les regarder sans risquer de les abimer. Il y avait tellement de bruits en même temps. Tous les enfants étaient surexcités. Ils en observaient tant en même temps. Mais pas toi. Tu n’en as pris qu’une. Tu t’es éloignée avec pour écouter… Une qui en contenait deux…Encore et encore la même. Celle qu’elle préférait. Aucune autre. Juste celle-là. Toute l’après-midi. Tu avais l’air heureuse quand tu l’as rapportée et en même temps si mélancolique. Je me souviens. Parce que je t’avais observé toute l’après-midi en ayant envie de venir te voir, de dire quelque chose d’autre que des méchancetés ou ces provocations que j’avais toujours pour toi. Je suis rentré avec ma mère. Elle t’avait vu aussi, je crois, oui, je crois que c’est pour ça qu’elle me l’a donnée en me disant que je la donnerais un jour à la fille que j’aimerais. Est-ce qu’elle savait déjà ? Probablement. Peu après… enfin tu connais la suite. Toute sa collection s’est brisée ce jour-là, celle-ci aussi. Mais ça comptait pour elle. Et pour moi. Je l’ai dessinée jusqu’à ce qu’elle soit parfaite, décrite dans les moindres détails, donnée à faire à un artisan et… voilà. Mais pour qu’elle soit totalement parfaite, j’ai eu besoin d’autres personnes… Maud ?
- Je suis prête…

Maud qui observait sans dire un mot, comme les autres et qui semblait curieusement émue se leva et alla s’asseoir devant le magnifique piano que lui avait offert son époux quelques années plus tôt en cadeau de mariage. Elle n’avait jamais semblé en jouer et pourtant elle en caressa du bout des doigts les touches blanches en semblant le connaitre par coeur. Tristan s’était relevé en laissant la boite emballée entre les mains de la petite mage qui se doutait peut-être déjà de son contenu. Il se dirigea vers la porte d’entrée qu’il ouvrit. D’autres personnes se trouvaient là, un sourire aux lèvres, des violons, hautbois et autres, quelques habitants qui savaient jouer d’un instrument. Ils vinrent s’installer en silence près de Maud, attendant. Tristan leur fit finalement un léger signe de tête, se plaçant en retrait contre un mur en baissant la luminosité de la pièce. Des notes s’élevèrent autour d’eux, un premier morceau de musique puis un second. Deux morceaux uniques qui avaient toujours tant représentés la petite mage aux yeux de son amoureux qui se souvenait parfaitement à quel point elle avait apprécié ces deux-là de si nombreuses années plus tôt. Le maitre d’arme et Alanir qui n’étaient au courant de rien contrairement aux autres personnes présentes étaient vraiment surpris. Après tout, il avait dû falloir du temps au jeune homme pour retrouver ces mélodies sans en connaitre le nom. Maud avait fait un léger signe de tête à Cassidy alors qu’ils finissaient tous de jouer pour qu’elle puisse ouvrir le paquet alors qu’on les applaudissait. Ce petit paquet qui ne contenait ni plus ni moins que la réplique exacte, à la petite décoration près, de cette petite boite à musique que chérissait tant la mère de Tristan, cette même boite à musique dont étrangement la petite demoiselle de l’époque s’était éprise. La petite clé qui servait à la remonter et qui en s’ouvrant projetait autour d’elle des décors féériques de leur monde, miniatures superbes qui défilaient comme un lent diaporama animé dans lequel les animaux minuscules semblaient réellement se mouvoir.


https://www.youtube.com/watch?v=GEo-h4UH-Sg&index=1&list=PL0DB59853898CE849

https://www.youtube.com/watch?v=PfrVxZr1QCI&index=4&list=PL0DB59853898CE849

(écouter uniquement la 1 et la 4 donc !!!!)


Avec un sourire, les musiciens s’alignèrent pour recommencer leurs morceaux en même temps que la boite à musique, c’étaient probablement eux qu’avait enregistré l’artisan, piégeant la beauté de l’instant dans cette petite boite dorée, argentée et violette.
Tristan était resté en retrait, envahi par trop de souvenirs et d’émotions d’eux deux… Car ces musiques représentaient la jeune femme, tout ce qu’elle était à ses yeux, il l’y avait identifiée sans mal… Ce flot d’émotion. Mais il y avait aussi les souvenirs de sa mère qui adorait cette boite à musique, qui la lui faisait tellement écouter lorsqu’il était tout petit. Il avait respecté ce voeu-ci finalement. Et quelque part, il avait l’impression de la voir en fermant les yeux, sourire d’un air entendu et heureux en lui faisant un clin d’oeil et un signe de tête, contente de lui. Il sourit en se mordillant les lèvres pour essayer de chasser ses larmes, y parvint de justesse et se retourna vers les autres alors qu’ils finissaient de jouer une fois de plus. Il avait rallumé les lumières, leur rendant leur intensité et alla saluer ses amis, les remerciant, ceux-ci s’éclipsant aussitôt pour retrouver leurs familles et amis… Voilà, échange de cadeau terminé. Il n’osait pas trop la regarder ne sachant comment elle pouvait réagir et lui… encore plus.
Mais… il ne fut pas du tout déçu par les réactions de la jeune femme, surpris, mais pas déçu !

Finalement ils avaient continué un moment la soirée, pas bien loin l’un de l’autre, un peu plus proches que plus tôt. Tout le monde était fatigué et la soirée ayant commencé tôt ils finirent par rentrer. Tristan admirait tranquillement son épée quand Cassidy ressortit de la salle de bain après s’être démaquillée et changée. Il lui fit un sourire. Lui aussi devait être en train de se changer peu avant puisqu’il était resté torse nu, son pendentif bien en évidence autour de son cou, reposant entre ses pectoraux, portant un pantalon moins ajusté. Il rangea la lame magnifique quand elle revint et se leva du lit, venant vers elle, détachant ses cheveux et les caressant doucement dans toute leur longueur pour en défaire la moindre torsade de ses doigts, face à elle, l’observant en silence. Ses doigts glissèrent doucement sur une des joues alors qu’il se penchait sur elle et l’embrassait soudain moins timidement, prolongeant longtemps un baiser bien éprouvant pour leurs deux coeurs. Quand il se recula, ils étaient tous les deux essoufflés. Toujours debout il se penchait pour glisser son visage dans son cou et y déposer des baisers de moins en moins sages.
Peut-être s’inquiétait-elle de ce que le jeune homme avait compris et retenu de cette soirée. Pour elle, probablement pensait-il que cette soirée ne s’achèverait pas là… Sauf que c’était tôt, beaucoup trop tôt même avec ces cadeaux respectifs qui signaient une réconciliation et un amour certain. Elle se crispa un peu contre lui alors que ses mains étaient sagement posées sur sa taille fine et qu’il ne faisait toujours qu’embrasser son cou, venant mordiller doucement une de ses oreilles.

La voix de la petite demoiselle venait de s’élever dans la pièce. Elle prononçait son surnom d’une voix hésitante ayant mis les mains, mauvaise idée, sur son torse pour le repousser en douceur. Il libéra sa gorge de ses baisers et se recula légèrement, la regardant avec curiosité. Elle se mordillait la lèvre inférieure et ne le regardait pas, semblant chercher ses mots. Il sourit et relâcha sa taille pour serrer doucement ses mains dans les siennes, déposant un baiser sur son front.

- Ne t’inquiète pas. Je ne compte pas te toucher avant longtemps… Je voulais juste t’embrasser. C’est tout. J’arrête…

En fait qu’elle veuille lui dire qu’ils allaient un peu vite ou qu’au contraire elle voulait bien essayer de se rapprocher un peu plus de lui sans être sûre que ça fonctionne, le jeune homme venait de mettre fin à ses intentions.
Il relâcha ses mains, sourit et se recula en se passant une mains ses dans cheveux bicolores, les ébouriffant d’un geste bien trop automatique avant de s’étirer en baillant, lui tournant le dos, attrapant une tunique simple qu’il enfila sans autre préambule pour aller se coucher. D’ailleurs il s’allongea sur le dos de son côté, croisant les bras sous sa tête, fermant les yeux en parlant tout bas.

- C’était une belle soirée quand même.

Mais elle n’eut qu’à peine le temps de venir s’allonger à côté de lui, encore moins le temps de réfléchir à ses paroles, aucun moment pour faire ou tenter quoi que ce soit qu’un brusque tintement contre le verre de la baie vitrée de leur chambre fit se redresser le jeune homme aux aguets immédiatement. Il alla ouvrir et un corbeau entra dans la chambre, venant se poser sur le bras du jeune homme en lui tendant une de ses pattes à laquelle un message était attaché. Tristan fronça les sourcils, le détacha et immédiatement l’oiseau s’envola. Le jeune homme referma la porte pour ne pas que l’air froid s’insinue davantage jusqu’à eux et déroula le message alors qu’il se rapprochait du lit. Il se figea brusquement dans sa marche tandis qu’un froncement de sourcil transformait son air paisible, sa mâchoire se durcissant. Il froissa le message dans l’une de ses mains, l’air brusquement en colère ou soucieux, difficile à dire. Peut-être les deux. Il tourna les yeux vers Cassidy en semblant hésiter un court instant. Déjà il se dirigeait vers l’armoire qu’il ouvrait pour sortir une tenue adaptée aux combats, se changeant sans gêne devant elle.

- Je dois y aller. Ils ont besoin de moi, un message de l’armée. Je ne serai pas long ne t’en fais pas, ce n’est qu’un appel de routine mais ne m’attends pas ce soir, je devrais être rentré avant ton réveil demain matin.

Il releva la tête vers elle, semblant triste, vraiment navré.

- Je suis désolé… Ce n’est vraiment pas ce que j’avais prévu… Surtout pas pour ce soir. Reste là d’accord ? Je préfère être sûr de ta sécurité, tu es encore blessée et tu dois te ménager donc… s’il te plait… Attends moi juste…

Il hésita, vint déposer un dernier baiser sur son front, caressant une de ses épaules du bout des doigts puis passa son manteau et attrapant sa nouvelle épée se dirigea vers la porte.

- Préviens Alanir qu’Eleyna aussi est concernée par cet appel… Je reviendrai avec elle, qu’il ne s’inquiète pas s’il se fait du souci… A demain princesse…

Dernier sourire et déjà il sortait de la chambre, enfilait ses bottes et courait hors de l’appartement jusqu’aux écuries pour y seller un cheval, le plus rapide des écuries…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Mer 7 Jan - 20:21

Aïe en effet ! Comment s’attendre à ce que ce soit lui dans la chambre ? Trop l’habitude d’être sur le qui-vive, d’avoir subi toutes sortes d’entraînements lui donnant des réflexes surnaturels. Et c’était devenu tellement normal pour elle que la petite mage ne se posait plus la question de savoir si c’était dans la norme ou pas. Déjà tout de suite elle le rejoignit, inquiète, un peu paniquée. Rassurée de voir que Tristan allait bien et ne disait rien, cela la soulagea et elle se décrispa alors que quelques secondes avant, elle tenait son bras, légèrement tendue.

Déjà elle lui parlait de voix d’homme mais pas pour le rendre jaloux ni même le taquiner, elle parlait juste à titre d’information. Il devrait savoir à quel point elle détestait les hommes à part lui et refusait tout contact avec eux. Quoique Erwan… il existait tellement de malotrus… alors une voix inconnue et masculine en plus, devait être entravée ! C’était plutôt dans ce sens là…
Encore embrumée, la demoiselle n’arrivait pas à bien s’exprimer et heureusement d’ailleurs parce que peut être que ca lui aurait fait du mal d’apprendre qu’elle n’avait même pas remarqué qu’il été parti…

Il s’expliqua sur l’entraînement, le mot sur la table, qu’elle attrapa au passage pour lire… avant de rougir un peu. Avant de reprendre la conversation. Oui en effet elle était cruelle mais ce n’était pas voulu ! Et puis il n’avait pas dit comme il le ressentait, qu’elle se crispe. Comment pouvait-elle savoir qu’il l’acceptait plus ou moins bien ? Elle le vit s’assombrir et ouvrit lentement la bouche, consciente qu’elle avait gaffé. En même temps elle ne demandait que ça elle, retrouver sa complicité !

Ils finirent par sortir et la journée se passait plutôt bien, même si ils évitaient les sujets sensibles. Lorsqu’elle avait failli tomber, la jeune femme avec gratifié Tristan d’un sourire en disant que ça allait, elle était juste toujours aussi maladroite…

Enfin, ils se rendirent chez Maud. Cassidy était toujours aussi fébrile, aussi bien pour l’idée du cadeau que pour sa tenue et ils étaient plutôt mignons, fou amoureux, à détourner un peu le regard mais toujours aussi attiré l’un que l’autre. La rose était magnifique et elle s’admirait dans le miroir peu avant de partir.

Chez Maud, il y avait bien sûr le nourrisson. Cassidy semblait s’être renfermée à ce sujet. Autant elle n’était plus aussi ébranlée qu’avant, autant elle évitait soigneusement de regarder en direction de l’enfant, ne voulant pas se rappeler des souvenirs bien douloureux. Aucun contact, aucun mot à ce sujet, juste un sourire assez gêné.

L’échange de cadeaux se continuait. Lorsque vint la lettre pour Alanir, le grand dragon se tendit en entendant le prénom de cette demi-elfe qui était partie un peu trop vite. Il semblait de nouveau en colère même si il regardait la lettre avec curiosité, grommelant un merci à peine audible avant de se détourner.

Puis vint le tour de Cassidy. Elle ne savait pas ce qui se passait entre Maud et Tristan mais elle semblait vraiment stressée, peur de ne pas lui faire plaisir, peur qu’il soit déçu. Elle avait utilisé beaucoup de magie encore une fois… mais c’était pour une occasion très spéciale. Et les phrases suivantes ne faisaient que confirmer son engagement, sa volonté de l’accepter, encore et toujours. Elle se doutait qu’il était aussi chamboulé, elle savait à quel point il regrettait et ne savait plus vraiment comment se comporter avec elle. Il avait toujours été si gentil avec elle et ne cautionnait absolument pas son comportement. Alors, encore une fois, elle lui prouvait, par des mots, qu’elle ne comptait pas s’éloigner de lui, qu’elle était toujours aussi déterminée à partager sa vie avec lui ! Alors qu’elle lui avait remis son pendentif autour du cou, le regardant avec une émotion palpable. Il avait d’ailleurs levé la main dans sa direction, touchant à peine sa joue. Elle sentait la chaleur qui s’en dégageait, même s’il ne la touchait que très peu. Puis son autre main se porta sur sa taille. Il n’y avait que lui à ses yeux et elle pouvait sentir l’intensité de son émotion même si il ne disait rien, même si il ne faisait que l’étreindre avec douceur, éloigné mais tellement présent. Un simple baiser, et même si celui-ci était aussi léger que son étreinte, il n’en perdait pas toute sa saveur. Une boule dans la gorge se forma pour la petite mage alors qu’elle fermait paresseusement les yeux. Par les dieux… c’était triste quand même… triste et aussi rassurant. Elle sentit son front se poser sur le sien, prononçant un simple merci rempli d’émotions.

Puis, Maud rompit le silence en parlant à Alanir. Le dragon avait ouvert des yeux ronds en regardant la tenue, particulièrement humaine, qu’elle lui avait confectionnée pour lui. Si les autres dragons le voyaient… ils seraient vraiment surpris de voir qu’il acceptait le cadeau d’un humain. Il inspecta la tenue mais semblait un peu inquiet même si c’était plus mignon qu’autre chose et qu’il ne voulait pas vexer la maîtresse des lieux. Des questions du genre, est ce que c’est serré ? Est-ce que il pourra toujours bouger avec ? Des questions un peu débiles mais tellement typiques de lui, comme un bon dragon qui n’avait jamais mis des bouts de tissu sur lui.
Ensuite, Maud se tourna vers Cassidy et la petite mage fut rapidement assaillie de tenues, plus colorées les unes que les autres. La dame s’était surpassée et posa une requête très gênante, qui fit rougir jusqu’aux oreilles Cassidy alors que la demoiselle prenait un ton plus enfantin tout en riant. Mais alors qu’ils étaient tous en train de rire, Tristan en profita pour réclamer l’attention.

Au fur et à mesure qu’il parlait, la jeune femme put voir la tendresse qui s’échappait du regard de son fiancé, l’importance de ses paroles. Il revint avec une petite boite carrée qui l’intriguait. Les souvenirs se remettaient en place alors qu’il parlait d’une fameuse journée dans leur ancien village. Oui elle se rappelait bien de ces petites boîtes à musique, tellement jolies et porteuses de jolies mélodies. Il avait raison, elle avait été fascinée par une seule, à cette âge là elle avait déjà des préférences. Elle aurait bien voulu la garder, mais ce n’était pas à elle. Sans trop savoir pourquoi, ces mélodies lui avaient plu.

Puis il avait demandé à Maud de prendre place et devant leurs yeux, quelques musiciens s’étaient réunis pour offrir aux spectateurs le plus beau de tous les spectacles. L’émotion était palpable alors que Cassidy fermait les yeux. Elle se revoyait en petite fille, ayant emporté cette boîte à musique et s’était assise bien à l’écart des autres, sous un arbre, cet arbre qu’elle affectionnait tant et où elle passait son temps à lire, à rêver. La nature l’apaisait, elle avait toujours été fascinée par la musique et regrettait de ne pas savoir en jouer. Et plus tard, elle avait considéré que la magie et la musique étaient deux choses liées, magie, un mélange de couleurs et de sons, parfois douces, mélancoliques et d’autres fois plus mouvementées.
Qu’aimait-elle dans ces musiques ? Elle ne saurait trop dire quoi. A quoi cela lui faisait penser ? Peut-être à la petite fille qu’elle était, tout au fond de son cœur, si forte mais si fragile à l’intérieur. Se balançant d’un pied à l’autre, d’une main à l’autre, Miss-je-sais-tout avide de connaissance, de savoir, d’aventures et d’exploration. Tout ce qui la définissait au final. Car elle restait toujours cette petite fille, dans un coin caché. Qui pleure, qui rit, qui tape du pied quand elle n’est pas contente. Ces souvenirs d’enfance, alors qu’ils n’étaient que des enfants insouciants, jouant maladroitement.

Elle pouvait l’assimiler à leur village et même si cela n’avait pas été simple pour elle. Embêtée par Tristan, ce Drakkari qui ne voulait pas se mélanger aux autres, qui ne l’aimait peut être pas. Et comme elle s’était trompée… qu’il avait fallu attendre aussi longtemps pour apprendre que c’était bien le contraire qui s’était passé ?

La jeune femme semblait vraiment émue, ouvrant ensuite la petite boîte et faisant tourner la clé. Du bout des doigts, elle la caressa doucement, sentant le travail de l’artiste et semblant tout à fait fascinée, comme une enfant qui redécouvrait quelque chose de précieux. Elle resta perdue dans ses pensées et ses souvenirs. Puis, elle se rendit compte de son manque de réaction, secoua la tête, et se releva pour faire face à Tristan, tenant la petite boîte contre elle et murmura un merci tout en collant sa tête contre son torse.

Les gens semblaient émus, trouvant cela touchant. Même Alanir était content pour sa petite protégée et jeta un sourire satisfait. Le reste de la soirée, alors qu’ils continuaient de discuter, Cassidy était étroitement assise à côté de Tristan, l’effleurant du bout de l’épaule, lui touchant parfois la jambe, juste comme ça, pour lui faire comprendre qu’elle était heureuse d’être ici avec lui.

La soirée s’était terminée bien trop vite. Tristan avait voulu, encore une fois, faire preuve d’un peu de distance envers elle et il était déjà dans le lit, tourné de l’autre côté, sans autre sommation ! Elle le regardait, indécise et perplexe, ouvrant légèrement la bouche. Bon il fallait faire quoi maintenant ? Discuter ? Dormir sagement ? Elle serra son poing valide, en proie à la réflexion. Mais alors que Cassidy ouvrait la bouche, pour leur parler d’eux, pour lui dire qu’elle voulait faire un câlin, tenter un rapprochement, elle n’en eut pas le temps.

Un bruit sec avait résonné et la jeune femme tourna le regard pour voir le corbeau posé sur le rebord de la fenêtre. Elle fit la grimace, et croisa les bras, l’air pas vraiment contente de voir qu’on « les » dérangeait. Elle était toujours à l’autre bord du lit, observant les réactions de Tristan, quand même curieuse de savoir ce qu’on lui voulait en cette veillée de fêtes. Et l’expression de son visage changea radicalement. Il avait l’air en colère, vraiment très en colère. Ou peut être inquiet. Qu’était-il arrivé ? Son brusque changement de comportement attisa l’attention de Cassidy. Tristan se mettait très rarement en colère, du moins… pas sans avoir une très bonne raison.

Elle ouvrit la bouche, pour lui demander de quoi il s’agissait mais il ne lui en laissa pas le temps car déjà il avait ouvert l’armoire et sortait une tenue de combat. Heu… certes, à cette heure ci ? Il ne s’expliqua que très rarement et elle fronça les sourcils. « Appel de routine ?!? » Vraiment ? C’est pour ça qu’il était dans cet état ? Elle le connaissait bien et n’était pas vraiment dupe non plus. Ca sonnait faux  à ses yeux après l’avoir vu lire la lettre.

Il s’excusa très vaguement, insista beaucoup par contre pour qu’elle ne sorte pas, vraiment et rajouta également qu’Eleyna serait aussi présente. Rien le temps de dire, rien le temps de faire, elle le regardait partir, la main tendue en avant, inquiète, soucieuse, la bouche légèrement entrouverte. Puis elle soupira en laissant retomber sa main le long de son corps et se détourna de sa porte. S’asseyant sur le lit, la demoiselle se mit à réfléchir, jouant nerveusement avec ses mains et fermant les yeux un instant, un très court instant. La seconde d’après, elle était debout et se précipita hors de la chambre pour rejoindre Alanir, assis dans un fauteuil, lisant une lettre, pensif. Elle ne lui laissa pas le temps de poser des questions.

« Alanir, on y va. Prépare toi »

Le dragon releva la tête pour la regarder, surprise.

- Quoi ? On sort ? A cette heure là ?

La demoiselle se mordilla la lèvre en venant se planter devant lui.

« Tris’ est parti… une mission Cheistam qu’il dit… j’y crois pas et j’ai pas envie d’attendre, de toute façon j’arriverais pas à dormir… »

Alanir leva les yeux au ciel, reposa la lettre à côté de lui, puis la regarda intensivement.

- Et tu veux donc le pister, c’est ça ?

Cassidy hocha la tête, déterminée. Sauf qu’Alanir secoua la tête, peu désireux de sortir.
- Ca serait pas une bonne idée je pense… Il te l’a dit non ? Qu’il ne voulait pas que tu l’accompagnes, que tu restes… en sécurité ici…

La demoiselle écarquilla les yeux en ouvrant la bouche de surprise. Le dragon avait l’air d’avoir surpris la conversation. Et vu qu’il sentait sa petite protégée extrêmement nerveuse et enclinte à faire des bêtises, il préférait se la jouer prudent. Mais Cassidy ne s’arrêta pas là et posa ses mains sur ses hanches.

« Et tu crois que je vais attendre ici, sans savoir ce qu’il se passe ? Si il lui arrive ENCORE quelque chose je n’encaisserais pas le coup… »

- Bah il est solide et…

« Je sais ça !  Le problème n’est pas là ! Et si encore il m’a menti… si c’est plus grave que ce qu’il ne fait croire… Bon c’est vrai je ne l’aurais jamais laissé sortir ! Enfin, je refuse de rester ici les bras croisés ! Alanir… ça fait plus d’un an maintenant qu’on n’arrive PLUS à se retrouver, qu’il se passe toujours une catastrophe ou un évènement qui nous sépare ! Pas maintenant ! Plus maintenant ! Je veux le voir ! On se cachera juste… sans intervenir ! Juste ça… »

Alanir semblait réfléchir en la regardant fixement. Il savait très bien que si Tristan la voyait, cela ne se passerait pas très bien et leur couple risquait d’en prendre un coup. Mais Tristan avait-il le droit de lui mentir ? Il n’avait même pas pris le temps de s’expliquer, d’argumenter. On ne savait même pas ce qui se passait. Ce n’était pas une question de confiance mais il savait pertinement que la petite demoiselle avait bien trop souffert de son absence pour le laisser partir sans garder un œil sur lui. Il se leva, hocha la tête.

- Ok, va te préparer…

La jeune femme avait enfilé des vêtements amples, confortables et d’une couleur assez discrète.  Elle se recouvra d’une cape sombre pour parfaire son déguisement. Alanir la rejoignit et c’est d’un commun accord qu’ils ouvrirent la fenêtre pour s’élancer dans les airs. Le grand dragon de feu s’envola très haut dans le ciel. Une fois à une hauteur appréciable, la demoiselle prononça quelques paroles. Ils devinrent soudain invisibles aux yeux du monde. Cassidy avait aussi pris le soin de compléter avec un sort qui les rendrait indétectables, aussi bien au bruit… qu’à l’odorat. Car elle se doutait bien que son cher et tendre pouvait la repérer de loin grâce à cela.

Une fois le camouflage en place, ils s’élancèrent dans une direction. Repérer Tristan n’était pas trop compliqué. Car en plus d’avoir modifié son pendentif, elle y était en quelque sorte connectée et savait où il se trouvait, sa piste. Accrochée à Alanir qui se mouvait dans les airs, elle ressentait le vent sur sa peau. Mais trop soucieuse ce soir pour apprécier le vol. Ils ne mirent pas longtemps à le rejoindre, petit point qui traversait une longue vallée. Alanir adapta sa vitesse pour rester suffisamment loin, suffisamment en arrière, même si ils avaient pris de grandes précautions.

Après une bonne heure, presque deux, les deux compères aperçurent un campement au loin, alors que le décor devenait plus rocheux et inhospitalier. C’était peut être un camp Cheistam ? Ils virent Tristan s’y diriger au grand galop. Alanir battit des ailes et chercha une piste d’atterrissage pour avoir un poste d’observation. Heureusement, la végétation et les arbres poussaient à quelques endroits encore. Bien en hauteur, surplombant le campement, mais suffisamment loin pour ne pas être vu, ni voir, ils se posèrent.

Cassidy fronça les sourcils en descendant d’Alanir qui reprit forme humaine pour se placer à côté d’elle. Il huma lentement l’air, cherchant de reconnaître une odeur familière. La petite mage mis la main en visière sur son front et plissa les yeux pour tenter de voir mais elle était bien trop loin.

« T’arrives à voir quelque chose toi ? »

Le dragon resta immobile, silencieux. Il observait, semblait écouter. Puis soudain il écarquilla les yeux puis son regard se fit bien plus colérique, ayant vu quelque chose qui ne lui faisait pas, mais alors pas plaisir. La jeune femme, qui avait tourné la tête pour le regarder, ne compris pas. Et avant même qu’elle lui demande, il s’était transformé en dragon de feu et piqua une tête droit sur le campement. Elle resta là, bêtement, sans avoir pu rien faire. Heu… ils devaient pas se faire voir non ?

En effet, Alanir traçait à toute vitesse, sans se soucier d’être vu par qui que ce soit. La scène l’avait rempli d’effroi. Car il l’avait bien vu… cette crétine de demi-elfe en train de se balancer au-dessus du vide, en très fâcheuse posture ! Alors qu’il amorçait sa descente, il vit l’énorme monstruosité qui se rapprochait dangereusement d’Eleyna. Le dragon chuta en piqué, et de sa tête faite de feu et recouverte d’une armure faite d’un matériau inconnu et rudement solide, il chargea. La créature, surprise, n’eut pas le temps de se défendre qu’il se faisait éjecter en arrière, soulevant un nuage de neige sous lui.

Le dragon de feu s’ancra fortement dans le sol et poussa un rugissement incroyable, attirant aussi l’attention des autres combattants sans les détourner de leur « premier problème ». Un rugissement de fougue, d’une immense colère mais aussi l’air de dire « Pas touche ». Il la défendait. Bien sûr, le dragon aurait pu la secourir, mais difficile quand on est constitué de flammes… Alors il avait choisi la défense, la protection et semblait farouchement décidé à détruire tout ce qui osait vouloir approcher. Ses flammes semblaient agressives, bien plus violentes et faisaient fondre la neige sous ses pattes… ainsi que tout l’herbe qui était endormi. Se redressant de toute sa hauteur, le poitrail fier, son regard fixant le monstre d’un air hautain, prêt à se battre, à l’anéantir. Tout le reste avait disparu face à cette menace.

Déjà, le monstre se redressait en poussant un cri enragé. Le combat promettait d’être rude…
Pourquoi il avait réagi comme ça ? Un dragon ne porte pas secours aux humains… Il ne saurait expliquer ni pourquoi, ni comment… Mais il agissait, c’est tout. Quelque chose au fond de lui voulait agir… et il maudissait Tristan d’être parti tout seul sans réclamer de l’aide et pensant pouvoir gérer tout seul ! Mais il y avait plus grave pour l’heure.

Si Alanir était un dragon et pouvait agir stupidement, il avait beaucoup appris en côtoyant Cassidy, comme par exemple, savoir analyser son adversaire. Il regarda attentivement la monstruosité. Des griffes, des crocs, un regard de tueur, assoiffé de sang et de malheur, sans aucune conscience… un peu comme les dragons corrompus. Il claqua sa mâchoire un coup. Se défaire de cet ennemi, percer sa défense, prendrait du temps et du temps ils n’en avaient que très peu. Il fallait attaquer vite, ne pas laisser de répit et porter des coups aux endroits les plus vulnérables. Facile à dire, difficile à faire !

*Cassy ! J’ai besoin de ta magie s’il te plaît…*

La jeune femme qui attendait en hauteur dans la neige, et qui ne comprenait pas grand-chose à la situation, sursauta, ouvrant de grands yeux.

*Heiiiin ?! Mais pourquoi ? Dis moi ce qui se passe !*

* C’est le bordel en bas, j’ai pas le temps de t’en dire plus mais le temps presse… S’il te plaît… juste un peu suffira…*

La demoiselle se mit à réfléchir. Ils avaient déjà travaillé ce transfert de pouvoir sur l’île mais ça restait vraiment très délicat. Il fallait avoir une confiance énorme en l’autre, qu’il ne se retourne pas, que cela ne dégénère pas. Mais Cassidy savait et entendait qu’Alanir était vraiment très sérieux sur ce coup là… et depuis le temps elle avait appris à lui faire confiance. Après tout, ils partageaient le même corps.

Elle inspira profondément, la neige se mettant à tournoyer autour d’elle, comme répondant à son appel, comme se doutant de quelque chose. Puis la demoiselle tendit la main en face d’elle.

« Anaa Del Hachariia »

Une lumière se projeta de façon verticale, fin rayon de lumière dorée et elle resserra les doigts sur quelque chose de solide. C’était un grand bâton blanc gravé de symboles mystiques et très finement travaillé. En son sommet se trouvait une pierre orangée avec des reflets violets polie, pointue en haut et retenu par une sorte de matériau doré qui reliait la pierre au bâton. Depuis son premier, celui-ci avait beaucoup évolué et elle ne le sortait que rarement désormais. Elle tapait le sol avec, faisant apparaître un pentacle sous ses pieds. Le vent soufflait dans ses cheveux, tel un ange alors qu’elle fermait les yeux.

« Par les liens qui nous unissent… »

*Par le pacte de Elandora…*

« Que brille aujourd’hui la marque des anciens… »

*Que la haute mère nous protège…*

« Par ce serment je te fais don… »

*…d’un pouvoir utilisé à sa juste valeur…*

« Jusqu’à ce que ta mission soit accomplie…. »

*…qu’il retournera à sa propriétaire…*

« Activation… »

*Activation...*

« Daenys Enaa Vordral ! »

* Daenys Enaa Vordral ! *

La lumière dans le corps du dragon s’intensifia et de fines zébrures violettes apparurent alors qu’il poussa un nouveau rugissement et que la neige se souleva tout autour de lui, furieusement, comme un ballet introduisant la force du nouvel arrivant. Sa puissance avait augmenté d’un cran et il avait plus d’énergie que jamais.

Cassidy avait rouvert les yeux et fit disparaître son bâton. Elle ne semblait pas fatiguée du tout et se posa sur une pierre en attendant, juste fébrile. Il ne semblait pas facile de la remarquer puisque pour l’atteindre, il fallait voler ou escalader et elle détectait très bien les présences indésirables.

Quoiqu’il en soit… il semblerait que Tristan n’était pas seul. Mais aussi bien Alanir que Cassidy assuraient leurs positions…[/b][/b]
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Sam 10 Jan - 12:38

Elle avait aimé… Il n’en avait pas douté une seconde, elle avait vraiment aimé son cadeau.
Tristan s’était éloigné. Pas pour avoir un meilleur angle de vue, pas pour écouter différemment, pas pour laisser de l’espace à sa compagne pour qu’elle se concentre sur son cadeau. Juste à cause de l’émotion que cela provoquait chez lui. Ce cadeau n’avait rien eu de simple et il avait failli renoncer à de multiples reprises tant la tristesse et l’abattement tendaient à le submerger. Sa recherche n’était pas récente, il avait commencé à chercher quand ils s’étaient remis ensemble après « Erwan ». Leur séparation de sept mois leur avait beaucoup appris, surtout sur la fragilité de leur relation pour si fusionnelle et ils ne cessaient d’apprendre à ce propos justement. Séparés sept mois, se retrouver à peine et être encore séparés… Pendant toute une année pour Cassidy. L’horreur de la situation ne lui échappait. Quelqu’un, quelque chose ne voulait vraiment pas qu’ils restent ensemble. Il y avait trop d’incident, trop de coïncidences. Un accident est un accident. Deux accidents ce sont des coïncidences mais trois… et plus, il s’agissait sans nul doute d’une constante.

Il y avait eu il y a bien longtemps maintenant sa lutte contre une part de lui-même, son incapacité à comprendre ce qui lui arrivait quand ils avaient dix-huit ans et il avait failli la blesser. Premier accident.
Il y avait eu leurs retrouvailles à l’Académie et malgré des hauts et des bas cet amour qui renaissait de ses cendres. Puis le Cheistam corrompu et égoïste et son plan horrible qui les avait séparés contre leur volonté. Deuxième accident.
Il y avait eu la garce Kaär qui s’était fait passer pour Cassidy, avait pris sa place dans sa vie et dans son lit. Ceci avait valu la fuite de Tristan, leur désespoir respectif, leur abandon respectif, l’aliénation de la jeune femme et la quasi mort de son ancien compagnon. Troisième accident.
Ils s’étaient retrouvés et ils s’aimaient… Il y avait eu leurs doubles et leur nouvelle horrible de fin du monde, de mort, de douleur et l’obligation d’aller chez les dragons, l’isolement que ça avait provoqué, encore de la peine, encore de la souffrance, le départ qui se voulait bref de la jeune femme qui s’éternisa pendant une douzaine de jours pour Tristan, pendant une année entière pour elle. Quatrième accident
De celui-ci avait résulté une nouvelle amnésie pour la jeune femme, pleine de douleur une fois de plus pour son compagnon qui avait abandonné tout espoir, bien plus qu’il ne voulait l’avouer et qui luttait déjà contre une part de lui-même, pour un équilibre si dur à conserver. Ils s’étaient finalement retrouvés pour se reperdre presque aussitôt à cause de cette dragonne, à cause d’EUX. Que Tristan ait toujours pu lutter et cède aussi facilement à cette part si sombre et égoïste de lui-même n’était pas le fruit du hasard. Dans leur vie, le hasard n’avait jamais eu sa place. Cinquième accident.

Alors ils colmataient les fuites comme ils pouvaient c’est vrai. Mais il y en avait eu trop d’un coup, beaucoup trop. Pour elle probablement plus que pour lui. Il se savait inapte à juger de toute manière mais il savait qu’elle avait énormément souffert pendant cette année seule, isolée, à lutter pour survivre, à espérer et désespérer. Et tout autant, peut-être même plus en le voyant comme Ikael, le beau dragon inaccessible au coeur de pierre, aux pulsions violentes et au caractère ombrageux.

Ce projet, oui, il l’avait commencé il y a longtemps donc. Pour réparer un peu ce qui avait été brisé, pour lui rappeler qu’il l’aimait. S’il n’y pensait plus quand il était chez les dragons, pendant ces douze jours, il y avait repensé quand il l’avait retrouvée, il avait continué et petit-à-petit avait reconstitué un puzzle vieux de 17 ans…. Même si eux ça n’allait plus vraiment et même s’ils avaient de la peine aujourd’hui, tant de mal à se retrouver, il voulait le lui offrir. Et puis aujourd’hui encore plus, c’était quelque chose de spécial. Par son regard, par ses sourires, sa douceur et son comportement il lui avait prouvé au cours des derniers jours que non, il n’était pas Ikael mais bien Tristan. Mais il savait qu’il devrait le lui prouver longtemps et qu’il faudrait probablement des semaines pour qu’elle ne fasse pas ce petit geste devenu presque un tic nerveux de le fixer intensément dans les yeux, à la recherche de la tendresse qu’Ikael n’avait jamais eu, tous les jours, souvent… Ce cadeau c’était aussi pour le lui dire. Ikael était incapable de faire une chose pareil. Ca comptait. Il était lui et les dégâts que LUI avait subi semblaient finalement minimes.

Elle avait aimé. Tout le monde souriait et était silencieux. Mais elle c’était différent. Son visage s’était détendu, les dernières traces de la crispation d’avoir vu le bébé de Maud disparaissant totalement, son regard noisette s’était perdu dans le vague et même d’aussi loin il avait discerné les paillettes d’or autour de sa pupille qui semblait danser dans la luminosité réduite de la pièce. Elle se souvenait. Elle était ailleurs, dans un monde que seul elle et lui, ici, pouvaient partager. C’est vrai qu’il était ému lui aussi. Pour tout ce que représentait cette petite boite, pour le geste de la jeune femme envers son collier. Il avait vraiment apprécié et il se sentait soulagé. Les autres avaient applaudi mais elle semblait toujours ailleurs. Pourtant, il n’était pas inquiet, il ne l’avait pas fixée avec insistance, il n’avait pas fait un geste vers elle pour la forcer à sortir de ses souvenirs, il était juste venu retrouver sa place après avoir remercié les musiciens. Mais entre temps elle s’était levée, si belle, forte et fragile en même temps. Elle l’avait remercié d’un seul mot en blottissant son visage contre sa chemise. Il avait souri et avait juste relevé les mains doucement pour effleurer du bout des doigts ses épaules, sans jamais les presser, rapprochant un peu son visage d’elle. Mais leur différence de taille aurait déboité le cou du jeune homme s’il s’était penché davantage et puis il ne voulait pas la gêner plus que cela devant les regards des autres. Ils s’étaient rassis tous deux mais elle était si proche à présent qu’il sut avoir fait le bon choix et sourit à chacun de ses contacts, le coeur en fête.

Ils étaient rentrés et c’est vrai, il avait eu un nouveau comportement étrange en venant l’embrasser de cette manière, passionnée et terriblement tentatrice. Si le jeune homme souhaitait raviver la flamme de souvenirs enflammés chez la jeune femme le pari était plutôt bien parti. Pourtant il restait tendre, vraiment tendre, bien plus qu’avant si c’était encore possible. Semblant plus que de raison vouloir contraster avec la bestialité d’Ikael. Mais malgré cette étrange manière d’accueillir la jeune femme il ne comptait rien faire de plus. Evidemment qu’il l’aurait voulu et bien sûr que ce n’était pas facile de l’embrasser sans vouloir plus, tellement plus. Sa peau était si douce. Etait-ce un crime d’adorer la toucher ? De vouloir la caresser jusqu’à en avoir des crampes dans les doigts ? Etait-ce un crime de vouloir l’embrasser jusqu’à en avoir mal à la mâchoire ? De vouloir la couvrir de baisers, de caresses, de vouloir la sentir frémir sous ses attentions, qu’elle se laisse faire paresseusement le guidant d’un sourire, d’un frisson, d’un gémissement. Non, certainement pas… Mais c’était encore bien trop tôt, il le savait et il ne voulait laisser planer aucune ambiguité et encore moins presser, même involontairement, la demoiselle.

Il avait passé une tunique une fois de plus, semblant beaucoup trop faire attention à ne pas rester torse nu devant elle. Sur son torse aussi les marques s’étaient faites plus claires et commençaient à disparaître les unes après les autres. Mais ce n’était pas pour ça évidemment. Juste pour ne pas la presser, d’une manière ou d’une autre. Il s’était allongé sur le dos et contrairement à ce qu’elle semblait croire il était tout à fait enclin à discuter et encore plus enclin pour un tendre câlin. La câliner était probablement ce qui lui manquait le plus et y penser était terriblement frustrant… surtout alors qu’elle était si proche de lui. Occupé à fermer les yeux pour se concentrer et se débarrasser bon gré mal gré du goût frais et sucré laissé par les lèvres de la jeune femme sur les sienne, de se débarrasser du souvenir de la douceur de sa gorge contre la peau de son visage, il ne la vit pas hésiter, vouloir lui parler… Et être interrompue par ce maudit oiseau.

La suite avait été confuse.
A présent il chevauchait aussi vite que le lui permettait son cheval, sortant de la cité.
Il faisait particulièrement froid cette nuit et clair. La lune brillait si haute et ronde dans le ciel qu’elle illuminait la neige et l’éclat en était presque blessant pour les yeux. Même s’il avait rabattu la capuche de sa cape sur son visage, le vent le lui fouettait avec la vitesse du cheval et il sentait les picotements douloureux qui envahissaient ses joues. Les multiples cahots sur la route lui firent resserrer davantage les jambes sur sa monture qui faisait parfois de bonds de côtés suffisant pour désarçonner son cavalier. Il suivait sa route.
Tristan ferma les yeux, envahi par de tout proches souvenirs.
Quelques mots, juste quelques mots sur ce bout de papier. Pendant un instant il avait oublié de faire attention et n’avait plus rien contrôlé. La colère enflait dans son coeur. Et la peur encore plus. Son coeur battait fort. Il avait relevé les yeux sur Cassidy et pendant une interminable seconde avait eu envie d’être vulnérable, d’arrêter de tout gérer pour tout le monde, n’en pouvant plus tout simplement. Il avait eu envie de se réfugier près d’elle comme un petit garçon tout contre elle, de lui expliquer, tout lui expliquer, en tremblant, peut-être de l’enlacer, chercher à se faire rassurer. Alors elle l’aurait écouté, rassuré, lui aurait dit qu’il en était capable, qu’elle ne s’inquiétait pas, elle aurait souri, heureuse qu’il lui fasse confiance et peut-être même l’aurait-elle embrassé en guise de récompense future.
Sauf que rien ne se serait passé ainsi évidemment. Le temps filait, il n’en avait que peu finalement. Lui expliquer aurait été long, fastidieux. Elle aurait probablement été en colère ou peinée même qu’il ne l’évoque que maintenant et aucune de ses explications ne l’aurait immédiatement calmée. Il se serait excusé, aurait douté, n’aurait pas réussi à tout lui dire, du moins sur ce qu’il ressentait. Et elle serait venue avec lui… quoi qu’il dise et ça… ça aurait été pire que tout. Pourtant il n’avait pas menti ou à peine. Il avait même été très proche de la vérité. Mais ça elle ne pouvait pas le savoir évidemment.

Tristan rouvrit les yeux en secouant la tête pour chasser les larmes qui les lui piquaient. C’était le froid voyons ! Juste le froid…
Se transformer et voler jusque là bas aurait évidemment été plus facile, plus rapide aussi et Cassidy et Alanir invisibles loin au dessus de lui auraient été incapables de suivre sa vitesse. Mais il ne l’avait pas fait et ça en révélait bien plus qu’il ne l’aurait souhaité sur ses actuelles capacités. Il ne savait pas qu’ils le suivaient. Heureusement. Qu’Alanir le suive allait déjà avoir d’énormes conséquences. S’il avait su que Cassidy était tout proche, si elle était venue de gré ou de force avec lui, la suite n’aurait été que dramatique et il le savait parfaitement.
Mentir, encore mentir… Il détestait vraiment ça…

La nuit s’annonçait longue ! Après une longue chevauchée, en effet, qui lui sembla interminable, le jeune homme sentit les odeurs caractéristiques d’un feu de camp important, sans doute pour un petit régiment et s’y dirigea aussitôt. Enfin il commença à voir les tentes. Il les rejoignit rapidement, descendit de cheval et inspecta avec appréhension les alentours. Une trentaine d’hommes étendus par terre. Il chercha le pouls de chacun et soupira de soulagement en ne constatant aucune perte. Ils dormaient profondément, assommés par un sort dont ils ne se réveilleraient pas avant encore un moment. Certains étaient probablement même conscients car plus résistants mais totalement incapables de bouger et/ou d’ouvrir les yeux. Il n’était pas obligé pourtant il les rassembla tous autour du feu qu’il attisa, y mettant plusieurs bûches pour ne pas qu’ils prennent froid par cette nuit glacée. Les yeux clos, inconscient d’être observé avec tant d’attention, il huma l’air, se tourna vers une colline plus loin, remonta sur son cheval et repartit. Sauf qu’à plusieurs centaines de mètres encore de ladite colline le cheval poussa des hennissements de terreur et se cabra tant et si bien qu’il envoya s’écrouler son cavalier par terre et pour que Tristan tombe de cheval il fallait vraiment y aller. Il tremblait et semblait vraiment terrorisé. Le jeune homme parvint à saisir ses rênes et à le calmer un peu, lui chuchotant de rentrer au camp. L’animal poussa un hennissement et s’éloigna aussitôt.

Le jeune homme se passa une main dans les cheveux en grimaçant. Il avait heurté une racine en tombant, ça tournait pas mal mais ça irait. Du moins l’espérait-il. Il avait attaché sa nouvelle épée dans son dos, plus fine et plus légère, plus courte aussi il aurait pu la porter au flanc mais l’habitude et l’aisance de mouvements que permettait cette autre accroche avaient sa préférence. Rapidement il courut jusqu’à la colline, suivi de près, sans même le remarquer par les deux compères. Il avait vraiment cru qu’elle l’écouterait et lui ferait confiance… Malheureusement le mensonge entraine le doute, le doute la méfiance, la méfiance la peur et la défiance… Elle l’avait suivi probablement pour ne pas trop s’inquiéter. Mais c’était la pire chose à faire à cet instant.
Alanir et Cassidy l’avaient probablement devancé en montant en haut de la colline pour avoir une meilleure vue d’ensemble. Enfin colline… Si on pouvait appeler ça ainsi. C’était un énorme flanc de montagne éventré, escarpé, brisé par les ans, un cimetière de roches tranchantes ou polies par les pluies, en hauteur comparé au camp. Ca et là poussaient encore quelques arbres, essentiellement des sapins lourds de neige. Mais de l’autre côté, à l’opposé de celui faisant face au camp, il y avait un terrain certes en pente, mais une pente relativement douce bien qu’enneigée, très enneigée. Nulle trace de pas, et pourtant… Tristan contournait le flanc quand il se figea et s’arrêta. Aucune trace de pas dans la neige si ce n’étaient les siennes mais devant lui se trouvait une ombre. Une grande silhouette bien plus grande que lui toute encapuchonnée de noir et d’un bleu électrique, le visage invisible, mains gantées et les contours de son corps étrangement flous comme faits de fumée de ténèbres, attendait. C’est un rire amusé qui n’avait rien de diabolique qui s’éleva.

- Tu as mis du temps jeune dragon, je croyais que tu n’arriverais jamais… Le retard ne te ressemble pas. Tes dernières… aventures semblent avoir laissé des traces plus prégnantes que prévu.

Tristan s’était crispé d’un bloc, semblant tendu comme la corde d’un arc, le regard fixé sur la silhouette ne bougeant pas, ne cillant pas. Il porta finalement la main à son épée et la sortit avec une lenteur calculée. C’était une arme magnifique, preuve d’un talent de forgeron incontestable. Parfaitement adaptée à la haute taille du garçon sa longue garde lui en permettait la saisie à une ou deux mains. La lame miroitait sous la lune et de longues écritures l’entourait sur toute sa longueur, prière, bénédiction pour le guerrier qui la maniait, pratique encore répandue sur certains territoires. La silhouette ne semblait pas surprise. D’ailleurs Tristan n’avait aucun geste menaçant. Certes il avait sorti cette lame mais avec lenteur, ne se jetait pas sur la créature en hurlant. Pourtant son visage s’était considérablement durci, mâchoire crispée, aucun état d’âme.

- Où est-elle ?
- Oh… Je ne lui ai pas fait de mal. Ce ne sont pas les règles du jeu. Elle est là, ne t’en fais pas.

Il leva un de ses bras floutés dans une direction et Tristan suivit le mouvement pour apercevoir Eleyna. Elle portait encore son armure, elle semblait aller bien. Enfin ce n’était pas vraiment ce que prétendaient le bâillon qui l’étouffait à moitié et les longues chaines qui la pendaient littéralement dans le vide par les mains. Suspendue à une branche d’un des rares arbres rescapés elle était dangereusement proche d’un précipice qui en cas de chute lui garantissait de sacrés blessures si ce n’est la mort ! Pourtant, elle n’était pas… autant dans le vide qu’elle aurait pu l’être. La branche très longue se poursuivait loin au dessus du précipice, mais elle était tout proche du bord, vraiment proche… Tristan se crispa davantage en la voyant, faisant un pas vers elle.

- Eleyna !!!!

Elle semblait vouloir hurler quelque chose mais les sons étaient bien étouffés. Un soupir d’agacement vint de la part de la silhouette encapuchonnée et une créature se matérialisa directement devant Tristan, lui coupant le chemin. Etre difforme aussi peu identifiable que son maitre il portait un masque de fer qui empêchait de voir une quelconque identité. Mais quelle serait de toute manière l’identité d’une ombre ? Car comme son maitre, elle ne laissait aucune trace dans la neige et se rua sur Tristan en poussant un cri aigu monstrueux qui aurait glacé les os de bien des courageux. Le jeune homme était déjà prêt à encaisser mais focalisé sur son inquiétude ne vit pas l’autre créature qui s’était matérialisée sur son flanc. Il évita de justesse une lame aussi sombre que ces créatures, fut fauché par un poing direct dans l’estomac… qui le fit décoller du sol et rouler dans la neige plus loin, lui coupant le souffle. D’un bond il était déjà debout et n’ayant pas lâché son épée se mettait en garde. Maudissant son impulsivité il se força à rester calme, à réfléchir, à agir. Il était capable de les battre, il l’avait déjà fait après tout. Mais il devait se calmer, ses émotions s’embrouillaient et tout dragon qu’il était elles prenaient trop de place dans son coeur, dans son esprit. Il serra les dents, se concentra. Cette arme n’était pas entre ses mains pour rien. Son maitre le savait capable d’agir, capable de faire mieux. Quand il rouvrit les yeux, une seconde plus tard, il était calme… et attaquait. Des dizaines de créatures avaient surgi de l’ombre, du néant en fait même mais il ne s’en préoccupait pas. Son bras était devenu sûr, son pied encore plus et il attaquait, tranchant, repoussant des attaques. Etrangement, quand il les touchait les créatures s’écroulaient les unes après les autres avant de disparaitre. Pas la moindre goutte de sang, juste un cri déchirant d’agonie et une disparition presque aussitôt. Ils s’estompaient comme des cauchemars.
Ils l’entouraient, le cernaient. Mais ça n’avait pas d’importance. Tout irait bien. Il en était capable. Sauf qu’alors qu’il avait repoussé une nouvelle vague d’assaillants, les cheveux et les vêtements tout enneigés à force de soulever celle sous les pieds ou de faire des acrobaties effectivement très loin de ses attaques brutes et sans sentiment d’avant, un grognement grave puissant s’éleva. Le jeune homme se figea, tourna lentement la tête avant de voir une monstruosité glisser lentement le long du flanc de la colline jusqu’à eux. Une énorme bestiole non identifiée mais qui sentait le dragon et quelque chose d’autre de sombre, de monstrueux, d’obéissant. Ca ce n’était absolument pas prévu.

La créature se tourna vers Eleyna, très proche, trop proche. La jeune femme à force de mâchonner son bâillon pourtant serré avait réussi à s’en défaire en partie.

- Tris ! T’occupe pas de moi ! Viens la saloperie que je te botte les fesses !!!!!!



Ca aurait franchement pu être comique si ça n’avait pas été aussi inquiétant comme situation. En effet, la jeune femme bien qu’apparemment pas du tout en état essayait de se balancer comme si elle voulait donner des coups de pieds à la créature… et aussi se remonter le long de ses chaines pour atteindre la branche et s’en détacher d’ailleurs. Ceci, elle était tout à fait capable de le faire seule. Il avait confiance en ses capacités. Par contre affronter cette bestiole qui lui poserait problème même sous sa forme de dragon tant elle respirait la cruauté et la bestialité, certainement pas !

Déjà le jeune homme sautait par dessus un de ses assaillants et commençaient à courir vers elle. Mais outre que de nombreux assaillants derrière lui disparurent pour se matérialiser juste devant ses yeux et lui couper la route, un ordre sec venait de s’élever.

- Non ! Inutile jeune dragon. Il ne lui fera rien tant que…

Il fallait bien l’avouer avec son côté ombre malfaisante au jeu étrange, ses super guerriers masqués fumée bizarre qui surgissaient du néant, son espèce de colosse monstrueux et obéissant plein de crocs et de griffes plus proches du lézard écoeurant que du dragon, l’éclat de la lune, le côté lugubre de cet endroit et son plan parfaitement pensé, ce « méchant » avait une classe indéniable. Il parlait d’une voix grave, profonde mais pas inquiétante, l’amusement y perçait mais aussi un conseil, une recommandation. Ca aurait été une scène intense chargée de doutes, d’émotions contradictoires et probablement d’un certain sentiment d’admiration pour ce « super méchant » inconnu si brutalement le tout n’avait pas été piétiné par un gros dragon de feu totalement en rogne.

Parce que c’était bien ce qui venait de se passer. Alanir avait surgi dont ne savait trop où, parfaitement reconnaissable, parfaitement identifiable et qui fonçait tête baissé directement… dans la créature monstrueuse.
Bon… D’un point de vue extérieur, c’est vrai, la situation devait être étrange et inquiétante. Il y avait Tristan et cette espèce de mec bizarre qui se la jouait Dark Vador. Le jeune homme se battait contre des guerriers qui renaissaient sans cesse. Ca déjà ce n’était franchement pas le top. Mais en plus il y avait Eleyna qui jouait à chat perché, s’étant bêtement laissée kidnappée et qui intéressait plus que certainement un horrible monstre qui semblait la prendre pour un délicieux gigot suspendu là pour lui. En plus Tristan était bloqué, ne pouvait pas aller jusqu’à elle et qui plus est la créature s’était dangereusement rapprochée.
En fin de compte, normal qu’un observateur constatant la situation soit inquiet, voire cherche à intervenir en voyant cette sale bêbête si proche d’une demoiselle en détresse. Alanir avait finalement un comportement très chevaleresque qu’il ne comprenait certainement pas lui-même.
C’en était presque drôle oui…

Ce dragon de flammes qui surgissait brusquement comme un héros de lumière et fonçait sur la monstrueuse bestiole. Sauf qu’il coupa en même temps la parole au « super méchant » qui se la jouait pas mal ! Et ça c’était encore plus drôle. Certes il envoya la bête sur le flanc bien plus loin et avait l’air d’un véritable guerrier de légende, tout dragon qu’il était, à le défier ainsi, à vouloir protéger au péril de sa « vie ». Tout s’était passé extrêmement vite et tout s’enchaina d’autant plus vite. La créature se redressait déjà et ne semblait plus du tout contrôlée ou obéissante, se jetant sur son assaillant. En plus de ça, Cassidy lui donnait de sa force, boostant son ami pour lui permettre de se battre au mieux et ça Tristan ne le savait pas et c’était bien tant mieux. Déjà ils étaient prêts à s’affronter. Pourtant il y avait eu un hurlement de la part du grand Drakkari, un hurlement plein de détresse qui n’avait aucun sens quand un ami lui portait secours.

- ALANIR NON !

Mais c’était déjà trop tard. Eleyna était devenue blême. Outre le fait que la bestiole était passée à une dizaine de centimètres d’elle tout au plus et qu’elle avait dû relever brusquement les jambes pour ne pas se faire empaler par une monstrueuse corne, elle fixait Alanir avec terreur. Mais pas parce qu’il était un dragon, pas parce qu’il était fait de flammes, non pas du tout… Ca n’avait rien à voir… Absolument rien à voir. Déjà elle retournait la tête vers Tristan.
Un combat furieux entre les deux titans s’engageait tout près d’elle mais pas seulement. Un grognement désapprobateur s’était élevé de « l’ombre » et les créatures s’étaient jetées à l’unisson sur le jeune homme figé par l’horreur. Et il ne le malmenait pas qu’un peu. Même si le jeune homme se défendait, tout le contrôle sur lui-même qu’il avait gardé jusqu’alors s’était envolé. Il en devenait presque maladroit et si aucune lame ne l’atteignit jamais ou ne « chercha » à l’atteindre, les coups pleuvaient et pas qu’un peu. Il avait même laissé tomber son épée. Cela ne dura pas longtemps, enfin lui-même ne savait pas trop. Il se souvenait juste avoir entendu Eleyna hurler son nom, lui hurler de se relever et tout était devenu un peu plus clair, il combattait de toutes ses forces pour se rapprocher d’elle. Mais trop de fois il détournait les yeux de ses propres combats pour fixer celui entre les deux colosses, trop souvent il tournait les yeux vers la créature de l’ombre. Comme s’il attendait quelque chose, quelque chose d’absolument horrible.

Cassidy voyait-elle ce qui se passait ? Parvenait-elle à comprendre les enjeux de ces combats ? Difficile à dire. Elle ne s’était pas manifestée et heureusement. Car elle aurait imposé un choix insurmontable à celui qu’elle aimait, sans même le savoir. Peut-être voyait-elle tout… Peut-être ne comprenait-elle pas plus qu’Alanir ce qui avait pris à Tristan de se jeter seul dans cette bataille. Peut-être ne comprenait-elle pas sa fierté mal placée de ne pas demander de l’aide. Peut-être… Tout ceci pour l’instant n’avait pas de raison d’être. Plus tard si… sans aucun doute.

Même Tristan avait senti brusquement la force qui investissait son aîné, nouvelle, plus puissante. Il ne savait pas d’où elle venait, il ne cherchait pas à le savoir, ça lui était bien égal à cet instant de toute manière. Il combattait, essayait mais la peur, que ressentaient ses adversaires, avait fait des dégâts et même s’il se reprenait ce n’était pas assez. De toute façon, ils revenaient. Il avait beau les tuer, ils revenaient. Nouveau regard vers l’ombre. C’était probablement une forme de punition en plus.
Même si la créature qu’Alanir affrontait avait l’air très forte et totalement bestiale elle ne valait pas un dragon et certainement pas un de la trempe de celui-ci. Ils se battaient furieusement, renversant des pierres énormes, des arbres aussi mais petit-à-petit les flammes prenaient le dessus sur les ténèbres. La créature avait poussé plusieurs horribles cris de douleur et contre-attaquait avec d’autant plus de rage mais elle était si lourde et maladroite comparée à un dragon…
A force de se battre, à force d’heurter les pierres de cette colline/montagne abrupte, ils mirent à mal le sol dans lequel était planté l’arbre auquel été suspendue Eleyna. Elle sentit une brusque oscillation de celui-ci qui la rapprochait dangereusement du vide. Mais instinct ou accident Alanir avait repoussé brutalement son adversaire contre ce flanc de montagne et l’arbre dans lequel elle était s’écroula… côté terre ! Bon certes ce n’était pas une petite chute et avec tous les débris de bois qui lui tombaient dessus elle s’en serait bien passée mais celui lui permit de se libérer de la branche et les bras toujours enchainées par de lourdes chaines de s’éloigner un peu du champ de bataille des deux colosses. Elle avait toujours son épée à la ceinture et comptait apparemment rejoindre Tristan pour se battre ou le rassurer lui qui était assailli de toutes parts.

Alanir avait renversé son adversaire et l’achevait après un combat pour lequel n’importe quel observateur aurait affirmé qu’il était le dominant, le roi. Mais un rire s’était élevé de la part de la créature d’ombre. Brusquement le dragon-démon sous celui de feu avait disparu dans un nuage de fumée. Tristan qui se battait furieusement depuis peu, ayant retrouvé un aplomb qui semblait plein de désespoir se libérait de ses assaillants, courant, comme s’il voulait rejoindre sa capitaine. Ils réapparaissaient à chaque fois devant lui mais il frappait de son épée, esquivait leurs coups d’un bond de côté, d’une roulade ou autre acrobatie. L’ombre avait disparu pour se rematérialiser à tout juste une centaine de mètres d’Eleyna. La jeune femme s’était figée, et était tombée à genoux dans la neige, tremblante, fixant cette ombre immobile. Ce rire terrible. Alanir s’était retransformé sous sa forme humanoïde, probablement pour les rejoindre sans les brûler, pour écarter cet encapuchonné. Il était encore loin. Tristan beaucoup moins. Ce rire qui glaçait le sang dans les veines, amusé, enfantin et en même temps tellement plein d’âges et de cruauté. Juste quelques mots.

- Tu as triché…

Eleyna avait fermé les yeux.
Un sifflement horrible pour les deux êtres à l’ouïe trop sensible s’éleva alors que les contours bleu clair de la créature s’intensifiait, se mélangeant à ceux d’un noir d’encre. A une de ses mains gantées s’était formée une sphère d’un bleu aveuglant, électrique et plein de promesses de mort. Il tendit le bras sans sommation autre sur la demi-elfe immobile et un éclair aveuglant traversa la zone sur des centaines de mètres, éclairant comme en plein jour de cette même lueur bleutée, ce sifflement insupportable. Le sifflement était si fort qu’il couvrit totalement le hurlement du Drakkari qui se jetait devant son amie pour la protéger. La lumière disparaissait mais pas d’un coup, progressivement.

Eleyna écarquilla les yeux d’horreur en comprenant, en fixant le jeune homme face à elle, à genoux dans la neige tout comme elle. Il ne la touchait pas, ne l’effleurait même pas. Les bras écartés comme pour mieux la protéger, il avait agrippé de chacune de ses mains une arête tranchante des énormes rochers entre lesquels elle marchait juste avant que la créature ne « l’arrête ». Il était torse nu… Pourtant quand il avait couru vers elle, il avait encore sa tunique, mais l’énorme boule magique, quelle qu’elle soit l’avait désintégrée littéralement. Il était tout proche d’elle, vraiment proche, elle avait la tête quasiment dans son cou, c’est pour ça qu’elle savait qu’il était torse nu. Elle ne voulait pas baisser les yeux. Elle l’avait déjà vu cet énorme trou béant qui ne saignait même pas tant tout était détruit, grillé, gelé sur son passage, mélange de tant de sensations de souffrance en même temps. Les larmes coulaient déjà sur ses joues sans qu’elle puisse les arrêter. Mais la lumière n’avait pas disparu d’un coup. Elle avait toujours disparu d’un coup… Pas cette fois… Elle s’amenuisait petit à petit, très vite certes, mais son intensité baissait progressivement. Mais elle n’y pensait pas, réfléchir était le cadet de ses préoccupations.

- Tristan… Tristan…

Elle n’avait même pas la force ni de crier, ni, encore moins, de le toucher. Lentement elle se redressa, sans le frôler, les joues dégoulinant de larmes alors que le jeune homme demeurait immobile. Elle avait entendu le léger bruit qu’avaient fait quelques gouttes de sang glissant entre ses lèvres. Il était mort. Pour la protéger. Elle avait oublié Alanir, totalement, furieuse, juste furieuse et sortant son épée même si elle savait parfaitement qu’elle ne lui servirait qu’à précipiter sa propre mort. Ou alors il l’ignorerait juste… Ce… monstre. Déjà les assaillants qu’avaient affronté Tristan s’étaient rassemblé autour de leur maitre et s’approchaient d’eux.

- Salopard… Salopard… Tu n’avais pas le droit… Tu disais que…
- Intéressant…


Elle ouvrit la bouche pour hurler quelque chose même si elle ne savait pas encore quoi quand une main se posa sur son épaule. Elle écarquilla les yeux, tourna lentement la tête. Tristan, debout, vivant, les yeux plein d’une expression qu’elle ne lui connaissait pas, le menton dégoulinant de sang… Debout oui. Ses yeux… Qu’est ce qu’elle voyait dans ses yeux ? Elle n’arrivait pas à le définir… Elle tremblait quand elle baissa le regard sur son torse, fronça les sourcils en ne voyant aucun trou béant là où une monstrueuse blessure aurait dû se trouver. Elle ouvrit la bouche, toucha son torse d’une main froide, le trouva… brûlant, pas de blessures, juste ses étranges marquées dorées. Ses marques ?

- Qu’est ce que…

Il ne la laissa pas dire quoi que ce soit d’autre et l’attrapa vivement par un bras en la repoussant loin derrière lui, direct dans les bras d’Alanir qui les avait rejoint mais s’était figé probablement en croyant au pire comme la jeune demi-elfe. Comme il n’était pas des plus adroits dans son corps humain et que le terrain était sacrément difficile à pratiquer vu qu’ils s’enfonçaient dans la neige jusqu’aux genoux ils oscillèrent un instant, manquant tomber tous les deux.

Tristan leur tournait le dos mais faisait face à l’ombre et ses acolytes. Pas un mot ne s’échappa de ses lèvres. Mais le regard qu’il posait sur son adversaire s’était mis à briller étrangement. Orangé mais plus lumineux que n’importe quelle luciole, ses pupilles avaient quasiment disparu et le tourbillon bleuté avait accéléré, se renforçant, brillant encore plus, bien plus. En même temps, mais ça les autres ne pouvaient pas le savoir, les marques étranges qui couvraient son corps et qui avaient progressivement disparu ces derniers jours, toutes présentes se mirent elle aussi à briller, sauf qu’elles étaient aussi bleues que l’espèce d’éclair qu’il avait encaissé.
Tout était allé terriblement vite. Depuis le début de son premier combat contre le premier assaillant et cet instant il avait dû se passer quelques minutes, pas plus de quinze… Soudain le jeune homme renversa la tête en arrière comme s’il comptait hurler à la lune et poussa un hurlement surprenant, ni vraiment humain, ni vraiment dragon et qui ressemblait à s’y méprendre à un coup de tonnerre durant…

Quand il arrêta, il résonnait encore en écho et avait dû s’entendre de loin. Mais s’il n’arrêta ce ne fut que pour brusquement se baisser et frapper dans le sol. L’impulsion n’avait rien d’inconnu, ressemblant aux coups qu’il donnait avec son pouvoir quand il avait combattu le dragon attaquant Cassidy. Un pouvoir qu’il n’avait plus jamais utilisé… ou semblé capable d’utiliser. Une énorme onde de choc se propagea, faisant bel et bien basculer cette fois-ci Eleyna et Alanir dans la neige.
Le drakkari serra ses deux poings et frappa le sol. C’était clairement son pouvoir. Le vent s’était mis à siffler furieusement et des pierres, branches énormes ou autres se soulevaient pour venir attaquer les acolytes de l’ombre. Il était si violent qu’on ne pouvait pas garder les yeux ouverts dans la véritable tempête qui se déchainait. Puis tout aussi brusquement que ça avait commencé, tout s’arrêta. Il n’y avait plus que l’ombre face à Tristan, à quelques mètres à peine, tous les deux immobiles. L’ombre semblait sourire, c’était l’impression qui se dégageait de cette créature du moins. Elle dépassait Tristan de trois bonnes têtes et pourtant il ne semblait pas le moins du monde effrayé. Voix amusée, toujours, mais aussi… satisfaite.

- Tu ne t’es pas transformé… Choix intéressant. Continue de devenir fort jeune dragon pour notre prochaine rencontre.

Et il disparut brusquement. Pouf ! Comme ça ! Sans laisser autre chose derrière lui qu’un long rire qui semblait lui aussi disparaître dans le néant. Eleyna s’était redressé des bras d’Alanir dans lesquels, c’est vrai, elle s’était un peu réfugié pendant la « bataille ». Elle s’approcha prudemment vers le jeune homme qui leur tournait encore le dos. Alanir n’avait rien dit, il ne posait pas de question, pas encore… L’instant était encore préoccupant et il devait le sentir au fond, non ?

- T… Tristan ?

Le jeune homme se retourna lentement vers elle. Ses yeux qui flamboyaient sous les mèches rouges de ses cheveux avaient quelque chose de terriblement inquiétant mais leur éclat n’était rien comparé à celui des marques qui zébraient son corps. Une grande tension dans l’air. Il était devenu si furieux, si violent, si… terriblement fort et efficace pendant un instant. S’il n’envoyait qu’une minuscule impulsion comme celles utilisées sur les créatures, sur elle, il la tuerait probablement. Un sourire éclaira pourtant le visage du jeune homme alors que ses yeux et ses marques perdaient de leur luminosité pour redevenir parfaitement normal.

- Salut…

Petit sourire penaud du jeune homme qui déjà chancelait et s’écroulait à genoux dans la neige alors qu’elle le rejoignait pour le soutenir.

- Tristan !
- Ouh… Doucement…
- Tu… Tu es…
- Complètement claqué ? Là… oui.Moins fort pitié, j'ai une migraine atroce...

Il s’était laissé tombé en arrière, allongé dans la neige et elle avait retenu sa chute. Etalé de tout son long, le jeune homme semblait brusquement essoufflé, rien de surprenant après la brusque dépense d’énergie qu’il venait de faire.

- Ma… mais tu. Il t’a… Tu m’as…
- Non… Ca ne pouvait pas me tuer. Depuis… le début.
- Mais pourquoi il…
- Je ne sais pas… J’y comprends rien…
- Tris…

Il sourit en fixant la lune puis tourna les yeux vers Alanir tout proche qui ne devait pas comprendre grand chose mais le regardait avec surprise, sans doute pour ce qu’il venait de faire, mais aussi désapprobation. Il se redressa lentement.

- Alanir…
- Qu’est ce qui t’a pris ?! T’es complètement… Elle était en danger et toi tu… y vas tout seul ! T’es stupide ! Sale gamin !

Il l’avait frappé en plein visage. Probablement ralenti par la fatigue, Tristan n’avait pas esquivé mais son absence de résistance n’avait rien de normal puisqu’il basculait déjà en arrière, tout juste retenu par Eleyna qui après l’avoir soutenu se plaça entre les deux garçons, une main sur le torse de chacun, fixant le dragon de feu.

- Non ! Alanir ! Il me protégeait ! Tristan ne m’aurait jamais fait courir le moindre risque ! C’est pour me protéger qu’il est venu seul ! C’étaient les règles !
- …

Tristan essuyait le sang qui coulait de son nez. Il n’avait pas fait le moindre geste de vengeance envers son aîné, le fixant juste avec froideur.

- Tu me crois assez stupide et fier pour la mettre en danger en partant seul sans qu’il y ait une excellente raison ?
- Tristan, inutile d’en rajouter, Alanir voulait juste... tu…
- Pourquoi tu es là ?! J’avais dit à Cassidy que ce n’était rien ! Elle ne devait pas venir ! Qu’est ce que tu…
- Tu lui as encore menti ! Elle est pas avec moi mais elle était inquiète !

Et hop petit mensonge… Tristan avait pâli quand il avait parlé de celui qu’il avait formulé pour la jeune femme. Il détourna les yeux. Eleyna semblait inquiète, les regardant tour à tour et n’osant pas bouger de son coin stratégique pour leur éviter de se taper dessus. Elle ne savait pas comment il tenait debout. Elle sentait la fatigue de son lieutenant. Il était au bord de l’évanouissement, elle le percevait parfaitement et ne comprenait toujours pas ce qui s’était passé. Elle aussi avait besoin d’explications même si elle en savait beaucoup. Les quelques mots échangés entre les deux dragons lui répondirent. La seule chose qui le maintenait encore debout était l’inquiétude que Cassidy soit là. Elle sentait sa peur, irrationnelle, qui n’avait rien à voir avec un quelconque mensonge. Elle détourna les yeux d’Alanir, faisant sa main plus rassurante, apaisante sur le torse du drakkari.

- S’il dit qu’elle n’est pas là je le crois Tristan… Leur lien est fort, la distance n’est peut-être pas trop grande… Il a pu venir sans elle et en sentant que tu avais menti à Cassidy vouloir savoir pourquoi avant de le lui montrer… Il sait bien que ça lui ferait de la peine, n’est ce pas Alanir ?
- Tu… tu crois ?
- Si Cassidy était là elle serait déjà intervenue non ? Calme toi…
- C’est vrai…

Les battements de coeur violents du jeune homme s’apaisèrent, un peu du moins, et comme elle s’y attendait, il chancela sous l’épuisement et elle dut le retenir une fois de plus, l’aidant à s’asseoir au sol vu qu’il n’y avait plus une once de neige autour d’eux. Elle s’approcha finalement du dragon, hésitante.

- Pardon… Merci de m’avoir protégée… Mais tout ça c’est vraiment compliqué et il faut qu’on vous explique mais pas ici… Sa peau ne cesse de refroidir, ses marques disparaissent de nouveau, ça m’étonnerait que ce soit normal… Ecoute je peux te promettre une chose, jamais Tris n’aurait menti à Cassy sans excellente raison… On… Vous ne deviez pas vous mêler de ça… S’il lui en avait parlé, elle serait venue, c’est sûr et… cette créature… sait comment le torturer. Elle aurait dirigé le rayon vers l’une de nous, Tris aurait dû choisir comme il l’a fait pour moi il y a plusieurs semaines… le rayon aurait encore changé de trajectoire et aurait tué l’autre… je le sais. On l’a déjà vécu… C’était ma faute, j’ai voulu le suivre et… On a eu beaucoup de chance… Tu étais fort et tu m’as sauvée c’est vrai mais… mais toi aussi tu aurais pu être en danger.
- Je sais pas… Il a attendu cette fois Eleyna. Il a attendu que je sois assez proche pour t’aider… Je crois que c’est ce qu’il voulait depuis le début.
- Hein ? Mais pourquoi ????
- J’en sais rien…

Ce n’était pas très clair mais Tristan avait encore pâli et semblait vraiment sur le point de s’évanouir. Elle l’aida à passer son manteau dont il s’était débarrassé en arrivant et pressa les pans sur sa peau effectivement anormalement froide. Elle leva les yeux vers Alanir, vraiment désolée et quand même inquiète.

- Ecoute… je…je répondrai à toutes tes questions et je sais qu’il comptait en parler à Cassidy dès qu’on serait revenus… Mais s’il te plait, pas maintenant. Je sais… je sens qu’il va bien mais il est épuisé et… il faut qu’on rentre… S’il te plait, aide moi à le redescendre au camp, nos compatriotes doivent s’être réveillés du sort à présent… Nous allons les rejoindre, prendre des chevaux et rentrer à la cité et là… je t’expliquerai tout. Que tu prennes un cheval ou vole, peu importe, mais ne dis rien à Cassidy avant notre retour… s’il te plait Alanir…

Elle pouvait être très convaincante quand elle s’y mettait. Ou il l’aimait bien et avait un peu honte de mentir, difficile à dire mais en tous les cas il porta plus qu’il ne soutint Tristan jusqu’au camp Cheistam dont les guerriers se réveillaient effectivement, ne comprenant pas ce qui leur était arrivé. Elle harnacha Tristan sur son cheval, sella rapidement le sien puis après un moment de battement déposa un baiser sur la joue du dragon.

- Je suis désolée pour tout ça… vraiment… Merci.

Après avoir donné des ordres et prévenus les hommes présents qui devaient être menés par un autre capitaine le lendemain, elle partit en guidant le cheval d’un Tristan particulièrement amorphe… Et qui ne le fut pas beaucoup moins quand ils arrivèrent enfin à la cité. Tout le monde dormait encore heureusement, ça leur éviterait des questions. Il était faible mais parvenait à marcher seul et elle n’eut qu’à le soutenir et porter son épée. Quand ils arrivèrent à l’appartement pourtant elle sentit les forces du jeune homme qui faiblissaient et le morigéna à voix basse pour ne pas qu’il s’écroule. La lumière s’alluma. Il y avait Alanir déjà, forcément mais aussi Cassidy, en nuisette qui semblait sortir du lit, les cheveux sacrément en bataille. Bien sûr, seule elle et Alanir pouvaient savoir que l’état de ceux-ci était davantage dû au vent de leur vol qu’à celui d’un sommeil agité. Elle avait eu le temps de se changer, largement. Après tout, un dragon va bien plus vite que n’importe quel cheval non ?

Tristan sembla aussitôt retrouver des forces et des couleurs étrangement. Malgré son épuisement il faisait en effet déjà un sourire rassurant vers sa compagne.

- Ah princesse. Je vais bien hein. Je suis juste très fatigué… très très… dodo… juste dodo… t'sais... j't'aime hein...

Eleyna le soutint jusqu’au canapé sur lequel elle le laissa s’écrouler alors qu’il marmonnait toujours mais sans articuler suffisamment pour pouvoir y comprendre quelque chose. Et puis vu ses derniers mots il semblait un peu délirer...
Déjà la capitaine se redressait en se mordillant la langue, se débarrassant de son sac et des deux épées qu’elle portait, l’air soudain inquiète et gênée…

- Bon… Ca risque d’être long. Il va bien Cassy, ne t’en fais pas… Je pense qu’on tiendra mieux avec un thé… Par où je commence ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Sam 10 Jan - 21:46

Il pensait à des accidents, elle ne pensait pas de la même manière que lui. Bien sûr, toute cette série d’évènements était bien malheureuse et pourtant certaines choses étaient nécessaires et devaient arriver. Elle avait été grillée par un dragon et pourtant ce dragon était devenu aujourd’hui un soutien solide, un allié de premier choix et certainement la raison qui l’avait aidée à apprécier le vol alors qu’elle n’aurait certainement jamais fais ça de sa vie. Il y avait eu Erwan pour la récupérer, alors qu’elle était blessée, la toute première fois, qu’il s’était occupé d’elle. Il y avait eu ce passage sur l’île, tellement long et pourtant… à cet endroit là, elle était devenue assez forte pour repousser une attaque magistrale des Käars, éviter la destruction de la cité de Maud ainsi que de tous leurs habitants mais aussi… avoir la force nécessaire pour battre un dragon à la loyale, à son propre jeu… Elle avait eu des aides, nul n’en doute… Il y avait aussi eu ce dieu, qui avait forcé Tristan à dire la vérité… Il y avait ces moments de bonheur, de joie, de retrouvailles… si dans leur vie ils ont eu droit à beaucoup de malheurs, ils avaient eu aussi des alliés, des forces, un pouvoir…

Elle se souvenait encore… de cet horrible rêve où il mourait de la main des Käars, artiste et non guerrier… Parce qu’il ne savait pas se battre. Vivre sur Ascadian était éphémère, tout pouvait basculer du jour au lendemain, du petit villageois qui subit une attaque, à l’aventurier aguerri qui trouve la mort à force de parcourir les chemins… Alors oui ils en souffraient mais au final… être ensemble ou être séparés, c’était différent ! Car même éphémère, ils avaient un petit bout de bonheur à eux… et malgré tous les malheurs, elle se sentait plus forte lorsqu’ils partageaient leurs problèmes, même si ils étaient plus complexes que la majorité des gens normaux. C’était une vie dangereuse mais même avant qu’il ne réapparaisse, le danger elle connaissait déjà… aventurière sur les chemins puis directrice. Alors elle appréciait chaque moment, chaque instant passé en sa compagnie et semblait particulièrement heureuse ce soir là de se replonger dans ses souvenirs.

Elle avait apprécié, souriait, semblant très heureuse d’être avec lui et voulant lui dire, lui déclarer ce qu’elle ressentait, ce qu’elle avait sur le cœur. En cette nuit de réconfort, d’échanges de cadeaux, alors qu’elle regardait la neige qui tombait doucement par la fenêtre en écoutant sa musique, elle se rappelait. Oui, elle se rappelait que même si il était un méchant garçon pour elle à l’époque, qu’il se moquait d’elle, il y avait toujours eu ce petit truc en eux… Qui faisait qu’elle savait, qu’elle sentait au plus profond d’elle, qu’il n’était pas si méchant que ça au final… qu’il devait juste briser sa carapace… un jour… oui un jour, dans son enfance, elle s’était promis qu’elle arriverait à le raisonner. Car elle était coriace la petite mage, têtue et ne lâchait pas si facilement que ça l’affaire. Elle se mit à sourire… car aujourd’hui, oui elle pensait que tout était possible. Ils passeraient un très bon début de nouvelle année et elle avait fait la résolution, de tout faire pour se débarrasser de ses doutes, de ses peurs.

Pendant qu’il était occupé à parler avec animation à son maître, elle le regarda tendrement, discrètement, sans qu’il ne s’en rende compte. Il était mignon comme ça, quand tout allait bien, qu’il ne souffrait pas. Un moment magique où tout le monde trouvait un peu de bonheur et de réconfort.

Puis ils étaient rentrés.

Alors qu’elle revenait de la salle de bain, il s’était approché d’elle pour l’embrasser dans le cou. La jeune femme avait ressenti des frissons pas désagréables. Mais elle se demandait toujours à quel moment il fallait s’arrêter alors qu’elle avait envie de faire un pas en avant avec lui. Elle s’était retournée doucement vers lui, sûrement pour lui voler un baiser, mais alors qu’elle commençait à se mettre sur la pointe des pieds, il déclara qu’il y avait le temps. Cela la frustra un peu… il voulait toujours prendre son temps mais en même temps elle le comprenait. Enfin… elle voulait tellement retrouver cette complicité avec lui, ces tendres baisers qui se perdaient dans son cou, sur ses joues, sa gorge… cette soif insatiable qui lui manquait tant et cette énergie qu’ils avaient tous les deux. Elle aurait bien voulu briller à ses yeux, pour lui prouver qu’elle avait toujours autant envie de lui mais pour le moment c’était impossible. Torturée intérieurement, alors qu’il était calme, qu’il ne voulait pas la brusquer même si le goût de ses lèvres lui paraissait bien lointain. Elle ferma les yeux un instant, imagina une scène des plus alléchantes où elle le forçait à se tourner vers elle et l’embrassait avec tellement de passion qu’il ne refuserait rien. Oui mais… où était la limite à ne pas franchir ? Un électrochoc… elle avait besoin d’un électrochoc… ou d’en parler avec lui. Mais on ne lui en laissa pas le temps…

Car finalement il se releva pour partir en mission. Elle n’était pas dupe et ne tint pas compte de son ordre, décidant d’agir d’elle-même et insistant même auprès d’Alanir qui n’était pas très motivé à sortir. Elle espérait pourtant, en chemin, qu’elle se trompait. Tristan avait tort, même si il s’était transformé, elle l’aurait rattrapé… et retrouvé. Son pendentif, fonctionnait dans les deux sens. Autant il pouvait la pister si elle était en danger, et cela avait été toujours sa fonction première, autant elle pouvait le pister maintenant, reliant le flux de magie qui les séparait.
Le vent lui mordait le visage alors qu’elle était cramponnée à Alanir et qu’il traça des cercles avant de se poser à un point d’observation. C’était calme… beaucoup trop calme…

Arrivant sur place et ne sachant pas du tout ce qui se passait, Cassidy clignait des yeux. Mais ce fut le départ d’Alanir qui la choqua. Elle voulait avoir un contact mais il refusa de lui montrer quoi que ce soit. Et pourtant une force démoniaque, maléfique, s’élevait de cette surface où se trouvaient les principaux protagonistes. Elle se crispa, se figea un moment et fronça les sourcils. C’était évident ! Quelque chose ne tournait pas rond ! Ils avaient besoin d’aide ! Et elle avait du mal à rester ici, aussi inactive même si elle avait promis à Alanir de ne pas intervenir. Pourtant, ce dernier lui évita toute réflexion supplémentaire quand il réclama son aide.

Alanir demanda l’aide de Cassidy et finalement elle accepta. Le dragon avait tourné la tête à l’avertissement et semblait encore plus en colère ! Non de quoi ? Qu’il la laisse mourir ? Mais il avait quoi dans le crâne ce Drakkari ?!? Non mais sérieusement ! Il poussa un rugissement furieux dans sa direction pour lui faire comprendre qu’il était incohérent ! Et encore comment aurait-il pu comprendre ce qui se passait ici ? Il ne savait rien, tout ce qu’il voyait, c’était la demi-elfe en fâcheuse posture !

La créature qui lui faisait face chargea. Alanir poussa un rugissement et leva les pattes en avant pour la bloquer. Il n’était pas encore sérieux, pas encore. Mais son instinct de tueur sans pitié remonta à la surface alors qu’il repoussa le monstre une nouvelle fois qui glissait sur le sol. Puis le dragon, dans un rugissement, chargea à nouveau et cracha un filet de feu qui fit hurler de douleur la créature alors qu’elle se roulait au sol. Il ne lui laissa aucun répit, mais l’autre avait de l’énergie à revendre. S’entrechoquant, donnant un large coup de queue sur le flanc de son adversaire, le contourner pour le mordre furieusement là où il y avait de la chair. Le combat était quand même déséquilibré puisque l’autre, en voulant le toucher, ne se heurtait qu’à des flammes se mouvant. L’armure que le dragon possédait le protégeait aussi. Ils se poussaient quand même mais jamais Alanir ne reculait, attaquant plus furieusement que jamais, faisant trembler la terre, les pierres, et tout ce qui trainait autour de lui, ne laissant qu’un sillage de feu sur son passage.
Il n’avait pas vu l’arbre et Eleyna qui tombait sur le sol, trop occupé avec son adversaire. C’était très intense, un combat de colosses. Mais il ne faiblissait pas et lui aussi avait de l’énergie à revendre. Ses pulsions de dragon assassin lui collaient à la peau. Il avait de l’expérience dans le combat, ça c’était évident ! Et les dragons pouvant lui faire face aujourd’hui étaient rares…
Entraîné, mouvements dignes d’un guerrier dragon, coups de pattes, presque bestial, coups de queue, charges… sous un flot de feu. Puis il chargea de nouveau contre une paroi et le monstre semblait légèrement sonné. Alanir décolla d’un mouvement fluide, battant ses ailes dans les airs, puis ouvrit la gueule pour déchaîner un feu destructeur sur sa victime qui hurla avant de fondre sur lui, brisant une corne au passage en pesant de tout son poids avec une de ses pattes. D’un geste, il plongea ses crocs dans le cou de la créature en arrachant la carotide d’un mouvement sec et puissant.

La créature s’arrêta de bougea, inanimée. Le dragon posa une patte sur lui, victorieux, en poussant un rugissement de dominant qui se répercuta dans la vallée. L’adrénaline, l’odeur du sang, le combat… cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas battu comme ça mais dans un sens, cela avait calmé toute la colère et la rancœur qu’il avait eu jusqu’à présent.

Pourtant, ça n’allait pas et il ne comprenait pas. Se tournant pour chercher Eleyna du regard, il vit la créature humanoïde apparaître derrière elle. Le dragon poussa un nouveau rugissement et se transforma en humanoïde pour bouger ce dégénéré ! Mais le pauvre, heurta une pierre en voulant aller trop vite et tomba au sol, pas vraiment habitué au changement dragon/humain. Il regarda impuissant, alors que Tristan se jetait devant Eleyna pour la protéger. Un sifflement perçant retentissait dans les airs alors qu’une lumière apparaissait. L’instant d’après, il vit avec horreur le trou béant traversant le torse de Tristan.

Du côté de Cassidy, elle s’ennuyait ferme sur son rocher. Elle savait qu’Alanir se battait, contre quoi elle ne savait pas mais ne bougeait pas, boudeuse. Plusieurs fois elle avait voulu regarder, mais Alanir était ferme. En même temps elle n’aurait pas vu Tristan qui se battait mais uniquement un gros monstre qui tapait sur Alanir… Entendant le cri de victoire, la jeune femme se redressa. Elle était curieuse de savoir ce qui se passait. Mais alors qu’elle fermait les yeux pour voir à travers les yeux d’Alanir, le spectacle qu’elle vit la traumatisa au plus haut point. Tristan qui sautait devant Eleyna, la lumière et l’instant d’après, il tomba au sol, complètement détruit. Elle ouvrit la bouche, rouvrit les yeux, se mettant à trembler. La haine bouillonnait dans ses veines et elle serra le poing, à s’en blanchir les jointures. Que se passait-il ? Sa première réaction fut de descendre tout de suite.

* Cassy non ! Ne vient pas !*

* Pourquoi ?! Hein ?! Pourquoi ! Je veux voir ça de mes propres yeux Alanir ! *

*S’il te plaît, reste cachée… c’est dangereux…*

*C’est fini… je le déteste… il est… il est… il ne voulait pas que…*

*NE BOUGE SURTOUT PAS ET FAIS MOI CONFIANCE !*

Les larmes ne tombaient même pas des yeux de Cassidy. Cependant, l’avertissement d’Alanir la retint et elle ne bougea pas. Trop de respect pour le dragon et oui en effet, elle lui faisait confiance. Cependant, elle réactiva sa vision. Alanir avait eu une bonne intuition même si sur le coup, la scène avait été très choquante. De la suite elle vit tout… Tristan qui se relevait, cet effrayant pouvoir qui brisa le ciel… cet individu très bizarre, qui lui faisait étonnement pensé à la sorcière qui la pourchassait. Au fur et à mesure qu’elle regardait, l’évidence était claire. C’était prévu… depuis le début, Tristan savait tout… et il ne lui avait rien dit… Les paroles du méchant… elle commençait à comprendre qu’il lui avait ENCORE caché quelque chose. La rancœur, des tremblements dans les membres, l’envie de fuir, d’aller le gifler, elle était tellement confuse…

Tombant au sol et regardant le ciel elle réfléchissait. Il lui avait caché ça… Elle était inutile même si il disait le contraire… Elle n’avait pas pu le soigner de cette attaque, elle ne l’avait pas encouragé à se battre… elle ne l’avait même pas guéri… il agissait égoïstement pour quoi ? Sa sécurité ?! On lui avait TOUT pris sur cette île sauf son pouvoir… et encore il ne la jugeait pas assez forte pour l’accompagner ? Il y avait peut être une bonne raison mais la petite mage, qui perdait si rapidement sa confiance, venait de se prendre une baffe énorme. Eleyna avait l’air d’en savoir beaucoup, plus qu’elle… La jeune femme soupira et mis sa main dans la neige. Au final, elle lui servait à quoi, à ce beau jeune homme, si il ne lui disait pas ce genre de choses, qu’elle n’était même pas là pour le rassurer, le soutenir… il faisait toujours comme si tout allait bien alors que ce n’était pas le cas. Il gardait tout au fond de lui et ne lui montrait que le meilleur… Et elle était lasse de se battre, lasse de tout ça… Elle n’avait plus envie de partager des choses avec lui… ses secrets… ses pouvoirs… si c’était comme ça…

*Il me dit plein de choses… mais comment démêler le vrai du faux ? J’ai passé 12 jours pour lui sans être là et j’ai l’impression que ça fait une éternité. Je suis quoi ? Je fais quoi ? Je devrais peut être retourner sur l’île… je ne suis pas assez forte pour lui… il ne me fait pas confiance… pas confiance…*

Une fois que le calme était retombé en bas, le jeune homme semblait plutôt normal. Alanir n’avait pas échappé à « prochaine rencontre » et cela le rendit encore plus furieux. Pourtant, quand Tristan avait envoyé Eleyna dans ses bras, il s’était un peu calmé, adouci, sûrement pour ne pas serrer trop fort en la protégeant de son corps. Mais il l’avait ensuite relâchée alors qu’elle courait en direction de Tristan. Il les dévisagea tous les deux. Tristan se redressait et prononça le prénom de son aîné. Mais le dragon semblait bien remonté et lui colla une droite dans le visage, peu importe la fatigue et les blessures.

Ils avaient échangé quelques mots, Alanir parlait de règles. Mais ils étaient complètement fous ! C’était quoi ce jeu débile ! Il rajouta que ce n’était rien. Le dragon tremblait de colère. CA ?! RIEN ?! Heu pardon mais là son cadet faisait preuve d’un sens du danger complètement ridicule… Il était vraiment tombé sur la tête et on lui avait grillé quelques neurones. Première phrase, qu’il balança et qu’Alanir faillit répliquer amèrement mais n’en eut pas le temps. Ce crétin avait tendance à oublier que Cassidy était encore totalement déboussolée temporellement contrairement à LUI. Il secoua la tête avant de mentir ouvertement, protégeant la petite mage car sinon ça risquait de tourner au désastre.

Eleyna approuva le mensonge et sortit des arguments logiques. Oui… mais Cassidy était sûrement en haut, complètement anéantie, Alanir le sentait et pas qu’un peu. Il s’inquiétait pour elle mais était obligé de faire comme si elle n’était pas là. Eleyna lui parla, essaya de lui expliquer, mais cela n’enleva pas la surprise ni le choc qu’avait ressenti. Elle parlait de rayon destructeur. Il émit un ricanement. Il était déjà mort. Ca l’aurait peut être pulvérisé mais pas tué… Tristan parla également et tout était tellement confus. Elle continua à s’exprimer, disant qu’il voulait en parler à Cassidy. Le dragon serra les poings, c’était avant qu’il aurait du le faire. Elle le supplia de ne rien dire. Il la regarda un instant, grogna puis détourna le regard.

Ils se rendirent au camp Cheistam où il la regarda faire. Comme il était toujours renfrogné, elle le remercia et déposa un baiser sur sa joue. La peau du Dragon se colora un peu et il tourna la tête, encore plus gêné, grognant un coup et se frottant la tête alors qu’il semblait d’un peu meilleure humeur. Il déclara prendre la voie des airs puisqu’il ne savait pas monter sur un cheval et puis ça lui faisait bizarre !

En chemin, il récupéra Cassidy qui était allongée dans la neige, si bien qu’on aurait pu croire qu’elle était morte.

« Naaaan laisse moiiiiii ici ! Je veux fusionner avec la neige et devenir un gros glaçoooooon ! »

Il fronça les sourcils.

- Arrête de dire n’importe quoi et monte sinon tu fais le trajet dans mes griffes et c’est déjà moins agréable

Elle pesta avant de se redresser et de monter sur le dragon en sautant dans le vide, comme un caramel tout mou qui n’avait plus de force même si elle réagissait comme une gamine.

Elle était en colère… très en colère… Alors qu’Alanir l’avait récupérée, silencieux, la petite demoiselle était encore sous le choc de ce qu’elle venait d’apprendre bien malgré elle. Ils volaient rapidement pour regagner la cité, et ainsi donner l’illusion qu’elle n’avait jamais été présente pendant la « bataille ». Le vent gelé lui fouettait la peau, telle des pics acérés, glacés. Son visage restait pourtant de marbre alors qu’elle restait, elle aussi, silencieuse. Mais Alanir le savait, le sentait, un rien pouvait la faire exploser. Il la comprenait après tout. Encore un nouveau mystère dévoilé… dont elle ignorait tout. Apprendre qu’Eleyna en savait quelque chose était d’autant plus frustrant et vexant ! Pourquoi Tristan lui avait caché cette chose, pourtant si importante ?

Les yeux dans le vide, elle réfléchissait. Il lui dirait que c’était pour la protéger très certainement. Ca elle en était quasi sûre. Il lui dirait également qu’il ne pouvait pas lui confier là, tout de suite, sinon elle l’aurait suivi… Mais elle lui aurait rétorqué que cette « histoire » ne datait pas d’hier non ? Alors il lui dirait qu’après TOUT ce qui s’était passé entre eux, il ne souhaitait pas l’inquiéter davantage… Et peut être, et ça elle pense qu’il ne le dirait pas, il espérait pouvoir contrôler suffisamment cet « évènement » pour ne pas qu’il ressurgisse… du moins pas aussi tôt. Ses mains se serrèrent sur les rênes qui lui permettaient de diriger Alanir mais qui ne servait à rien pour le moment. Tellement fort que ses ongles laissèrent des traces dans les paumes de ses mains.

Mais elle n’aurait pas apprécié, elle aurait préféré apprendre le tout, directement, plutôt que de tomber sur de nouvelles surprises petit à petit. Après tout, elle ne lui avait pas caché grand-chose non ? Bon d’accord… là c’était un gros mensonge ! Mais en même temps, son pauvre cœur souffrait de ce qu’elle avait du mal à identifier. Trahison ? Manque d’honnêteté ? Elle ne savait pas quoi dire et la soirée… qui aurait du être magnifique… était encore sous le signe du malheur… encore une fois. Elle ruminait. Alanir ne disait rien, ne la tentait pas, il savait qu’il valait mieux éviter de lui parler pour l’instant.

Ils arrivèrent et elle sauta agilement au sol alors que le dragon se transforma de nouveau. D’un pas rapide, ils rentrèrent. Cassidy entra dans sa chambre, se dévêtit en jetant les vêtements en boule dans l’armoire puis attrapa sa nuisette qu’elle avait laissé précipitamment sur le lit avant de prendre la fuite, se regarda dans le miroir pour arranger ses cheveux, mais les marques sombres sous ses yeux et son visage de marbre, froid, ne présageait rien de bon… Alanir rentra dans la chambre, la regardant avec beaucoup d’inquiétude puis posa une main sur l’épaule de sa protégée, l’intimant à le regarder.

- Hey Cassy… Ca va ?

Elle le regarda un instant, s’adoucissant un peu puis hocha lentement la tête.

« On peut dire ça comme ça… »

Ils restèrent silencieux, assis sur le lit, le dragon lui ayant pris timidement la main pour lui donner une présence, alors que la petite demoiselle semblait si… neutre… si… choquée. Combien de temps s’était écoulé ? Suffisamment long pour qu’elle repasse dans sa tête toutes les images qu’elle avait vu à travers Alanir, et une multitude de questions… une énorme rancœur… qui ne partirait pas si rapidement cette fois. Des bruits de pas se firent entendre.

Alanir se redressa, alla allumer les lumières en claquant des doigts puis ouvrit la porte d’entrée pour laisser passer Eleyna, sans un mot. Cassidy mit un moment avant de sortir de la chambre, se mordillant la lèvre inférieure, secouant la tête, soupirant et tapotant sa main contre sa cuisse, dans une attitude de malaise. Puis finalement elle se leva et alla « accueillir » les visiteurs nocturnes, feignant une surprise en voyant arriver Eleyna et Tristan dans cet « état » mais ne fit aucun commentaire, aucune remarque sur l’état de son fiancé. Le voir ainsi, et elle repensait à ce sort qui l’avait transpercé… Posant un instant son regard sur lui, l’envie qui la démangeait de lui asséner une gifle pour la trouille énorme qu’il lui avait fichu, pour son mensonge, pour tout ! Elle avait suffisamment craqué et il rajoutait une couche ! Pauvre petite demoiselle. Il déblatérait encore, laissant croire que tout allait bien, si loin de la réalité, continuant dans son mensonge plutôt que de « s’excuser » et de dire quelque chose comme quoi il était désolé de l’avoir inquiété…

Cassidy avait croisé les bras, regardant Tristan, toujours aussi neutre, à la limite de la froideur.

« Ca serait mieux si il allait dormir dans la chambre, Alanir tu peux le porter ? Le canapé est loin d’être confortable… »

Le dragon s’exécuta alors que Cassidy se mit à soupirer. Restant silencieuse un instant puis porta une main à son front et le massa doucement, comme si elle était extrêmement ennuyée.

« Hum… oui le thé ! Je vais faire ça… »

Mécaniquement, elle tourna les talons, se dirigeant vers la cuisine alors qu’Alanir revenait après avoir fermé la porte. Il jeta un coup d’œil à Eleyna et ne savait pas trop comment se comporter, car l’attitude de Cassidy était tout, sauf normale. Il s’installa en face d’elle, tripotant maladroitement ses mains. Il était toujours un peu en colère pour son départ précipité mais la situation actuelle l’avait forcé à revoir sa position et paraître plus aimable, puisqu’il savait pertinemment que Cassidy ne serait pas de bonne humeur. Ils agissaient comme un équilibre tous les deux et cela pouvait permettre de comprendre certaines choses.

- Je sais que tu m’as dis de rien dire mais bon, autant que tu le sache. Comme Cassy et moi sommes liés en quelque sorte, elle peut voir à travers mes yeux et moi à travers les siens… donc il est possible qu’elle soit déjà au courant pour deux trois trucs…

Un petit mensonge car ils savaient parfaitement s’entraver l’un et l’autre mais si il lui disait, elle saurait que Cassidy était présente pendant cette attaque. Le dragon ouvrit de nouveau la bouche pour parler quand un bruit de verre brisé retentit dans la pièce, suivi d’un juron. Puis d’un deuxième bruit verre brisé qui explosait encore une fois. Alanir soupira un instant, secouant la tête, puis se releva et rejoignit la petite mage dans la cuisine. Elle était en train de sortir une troisième tasse, des débris de verre plein le sol, quand Alanir attrapa rapidement la malheureuse tasse qui risquait encore d’être brisée.

- Ca va Cassy, je m’en occupe… Va voir Eleyna…

« Je vais sortir faire un tour je pense… quelques minutes seulement »

Il hocha la tête, compréhensif alors qu’elle expliquait vite à Eleyna qu’elle allait prendre l’air car malheureusement sa magie lui jouait des tours et qu’un peu de « froid » ne lui ferait pas de mal. La guerrière en profita pour rejoindre Alanir, occupé à faire chauffer l’eau et ramasser les bouts de verre brisé avec une petite balayette tout en marmonnant.

- Ca t’étonne ? Elle le sait que ce n’était pas une mission de routine… et il savait très bien qu’elle est extrêmement sensible à tout ce qui est… secret. Elle se sent un peu… mise à l’écart je pense… et il sait aussi que sa magie peut devenir rapidement instable en fonction de son humeur… pourtant il ne l’a pas empêché… il a préféré ne rien dire en prenant le risque qu’elle se fasse du mal intérieurement…

Elle semblait vouloir répliquer alors qu’il se redressait en jetant les bouts de verre dans la poubelle, lui tournant le dos.

- Ce n’est pas à toi que je dois le dire, je sais… Tu n’y est pour rien… Même si ça la choque que tu en saches plus qu’elle… elle… mais c’est juste pour que tu comprennes pourquoi maintenant y a deux tasses en moins dans cet habitat…

Il termina le thé et retourna dans le salon avec Eleyna, cela ne semblait pas vraiment joyeux. Alors, Alanir tenta d’expliquer, avant que Cassidy revienne, ce qui risquait de se passer, ce que la petite mage ressentait et ne dirait pas forcément aux yeux de tous.

- Je ne sais pas comment on va faire mais elle semble vraiment fâchée cette fois… Je pense que c’était la fois de trop… le secret de trop… j’espère sincèrement que tes révélations sont bonnes pour l’apaiser un peu… même si je doute qu’elle redevienne calme et agréable avant quelques jours du moins… Mais cette fois, dis lui vraiment tout… cache lui une simple chose, omis un détail, et ça sera encore pire… De toute manière que tu en parles ou pas, le mal est fait…

Elle se mit à répondre et Alanir acquiesça d’un signe de tête en s’emparant de sa tasse et buvant une gorgée.

- Je suis conscient qu’il veuille la protéger mais n’aurait-il pas du me mettre dans la confidence bien plus tôt ? Qu’il n’en parle pas à Cassy, soit, mais moi… avec vos fichus « règles », ce jeu complètement débile… qu’est ce que j’en savais hein ?! Si j’avais su, je me serais arrangée pour qu’elle ne soit pas mise au courant ! Du moins sur la soirée ! Et elle n’aurait pas vu certaines choses ! Parce que j’aurais pu la préparer… la mettre au courant, un petit peu… mais elle n’aurait absolument rien vu ! Alors que là… honnêtement, ça m’inquiète vraiment… et j’ai bien envie d’aller rouer de coups ce crétin même si il l’a fait pour une bonne raison !

Eleyna se mit à parler tranquillement.

Dehors, Cassidy marchait d’un pas frénétique. Rageuse, sentiments mêlés entre la déception, la colère, l’incompréhension… Le cœur meurtri, les poings serrés, elle ne faisait pas attention où elle allait. Jusqu’à passer devant la fontaine. Elle plongea ses mains dans l’eau gelée, comme pour se donner un coup de fouet et tenter de calmer son esprit embrumé. Elle avait envie de pleurer, hurler, partir ! Finalement elle était bien mieux sur l’île… Inspirant de grandes bouffées d’air, la demoiselle remit un peu ses cheveux en place et rentra à l’appartement, où Eleyna et Alanir l’attendaient.

Elle referma la porte d’un ton sec et se dirigea vers eux en restant debout, difficilement calmée. Puis elle tourna son regard vers Eleyna, contrariée.

« Bon, il semblerait que mon fiancé m’ait encore CACHE quelque chose… C’est fou, je suis toujours la dernière à apprendre ces nouvelles… »

Une voix plutôt lasse, vexée, alors qu’elle se mit à recroiser les bras avant de soupirer à nouveau. Elle avait insisté sur le mot fiancé comme si ils n’en avaient que le titre et non pas comme un couple fusionnel qui se disait tout, sans arrière pensée et sans remords.

« Bref, je suis habituée, j’aurais du m’en douter… Mais quand je lui posais des questions, il me répondait qu’il n’y avait plus rien de dramatique… je crois qu’on a pas la même définition du mot dramatique… »

Heureusement qu’il était dans la chambre à côté, à moitié endormi, cela ne lui aurait pas fait plaisir d’entendre ces paroles mais elle semblait tellement à bout de tout ça, que même maintenant, ses pensées étaient floues et incertaines. Et dire qu’elle avait obligé Erwan à retourner à l’académie, soit-disant qu’elle ne voulait plus de perturbations pour pouvoir se reconstruire avec Tristan ! Elle avait fait sa part des choses… lui pas… Ca la fichait en rogne… et en même temps elle était inquiète, morte de trouille, totalement confuse et doutant même de ses sentiments pour lui, de son envie de tout lui pardonner… Elle ne savait plus…

Elle ne bougeait pas, pas plus que ça…

« Racontes moi alors, qu’est-ce qui lui est encore arrivé ? J’imagine que ça ne date pas d’hier et que ça a du se passer pendant que j’étais absente ? Tu ne m’as pas tout dit alors… à part qu’il était chez les dragons… puis avec les Cheistams… Je veux tout savoir, du début jusqu’à la fin, jusqu’à ce qui s’est passé ce soir et c’était quoi cette putain de magie maléfique que j’ai ressenti !? »

Dans sa voix, même si on entendait sa froideur, il y avait aussi un léger tremblement, une angoisse non dissimulée, de la rancoeur...Des réponses elle en voulait… Ca n’allait pas lui plaire mais après tout, rien ne pouvait être pire après ce qu’elle avait vu…
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