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 Parce que je veux te protéger...

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AuteurMessage
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Messages : 605
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 16 Jan - 20:05

Certaines vérités remontaient à la surface, murmures incertains d’un passé, d’un présent et d’un avenir troublés. Ainsi, Tristan était parti sur un mensonge, abandonnant sa compagne ce soir de fête sans plus d’explications que ces fausses excuses. Pensait-il vraiment qu’elle le croirait. Honnêtement, il n’y croyait pas trop. Elle sentait des choses. Il le savait bien. Depuis son retour sur l’île elle pouvait discerner chez lui des éléments pour lesquels elle avait toujours été aveugle. Un an de souffrance, d’entrainement, de formatage à se répéter qu’il fallait garder espoir. Où était-il pour le lui dire ? Si loin et si près en même temps. Peut-être que tout ce qu’elle pouvait ressentir aujourd’hui était dû à ce qu’il manquait entre eux à présent : la confiance. Et à sa perte succombait un amour de légende, fissuré, griffé, sur le point de se briser en mille éclats qui ne recolleraient pas. Pensait-il qu’elle goberait ce mensonge. Alors non. Pas vraiment. Il l’espérait un peu. Juste un peu. Juste quelques heures. Le temps qu’il revienne, le temps qu’il lui dise tout. S’il n’oubliait pas cette fois encore. Qu’elle lui fasse confiance cette fois. Juste cette dernière fois et il tiendrait. Pour elle.

Mais elle avait changé. Elle se laissait beaucoup moins faire qu’avant et allait bien plus au devant du danger. Peut-être parce qu’elle était plus forte, plus à même de l’affronter. Peut-être parce que le lien qui l’unissait à son dragon de feu l’avait rendue plus combative, moins transigeante, intransigeante en fait et parce qu’elle ne supportait plus les mensonges entre eux. Ils l’avaient suivi sans savoir vers quoi ils se dirigeaient, sans savoir le danger qu’encourraient leurs amis à ce simple geste. Elle voulait juste être rassurée finalement. Elle ne le traquait pas, enfin juste un peu, elle voulait peut-être juste être sûre qu’il allait bien. Erreur qui n’eut heureusement que peu de conséquences.

Tout s’était passé si vite…
Si elle avait pu voir son fiancé combattre. Si elle avait vu danser cette épée qui changeait tellement de celle qu’il maniait jusqu’alors les paroles du maitre du garçon lui auraient paru claires, merveilleusement claires… Il avait été entrainé dans le but d’agir ainsi et lui-même se surprenait par ses capacités, comprenant le but, comprenant les épreuves de toutes ses formations, de toutes ses armes qu’il avait maniées. Seulement dans le but de danser avec cette lame qui prolongeait son bras, plus meurtrière entre ses mains que ses griffes ne le seraient jamais, intuitive danse mortelle. Même si ses ennemis se relevaient il se battait avec une énergie débordante et des acrobaties qui prouvaient plus que tout ses récentes évolutions. De guerrier limité à des attaques brutales et des encaissements violents il était devenu si difficile à atteindre, si dansant, si joueur, si agaçant adversaire. Aucune lame ne le frapperait ce soir… Un seul regard sur ses actuelles capacités l’aurait démontré. Seulement elle ne pouvait pas voir tout ça. Elle ne vit que l’horreur et ce qui ressemblait tellement à un drame. Le rayon dirigé vers Eleyna, Tristan qui n’avait plus le temps que de se jeter devant elle pour la protéger. Mais il ne s’était pas transformé et sa peau n’avait pas légèrement brillé comme quand il se protégeait de ses écailles. Il ne s’était pas protégé, pas le temps… ou sachant parfaitement que ce serait inutile.

Le rayon qui leur avait foncé dessus était un concentré pur de puissance… Mais de quoi au juste ? La magie noire n’était pas censée être cela justement ? Noire ou rouge ? Ce truc était bleu, un bleu électrique presque blanc parfois, crépitant qui produisait ce son aigu insupportable, ce truc qui paraissait brûlant et glacé à la fois. Mais quand il s’était jeté devant son amie, il n’avait pas eu peur. Il était à sa place. Exactement à sa place. Plus personne ne serait blessé à cause de lui dans un de ces combats… Il ne le permettrait pas. La luminosité était telle, si puissante, l’air ambiant tremblant sous la puissance du sort que pendant quelques interminables et si brèves secondes le rayon sembla traverser le Drakkari de part en part, comme s’il n’était qu’un minuscule obstacle. Et c’était bien ce qu’il était censé être… Une minuscule enveloppe charnelle qui ne pouvait rien contre ce sort. Il pressentit tout avec une netteté assourdissante. Le crépitement, grésillement qui lui vrillait les tympans, le souffle court d’Eleyna juste devant lui, son tremblement, cette chose glacée et brûlante en même temps qui entrait en contact avec son dos, la douleur et en même temps le calme, l’apaisement, ça faisait mal et en même temps… ce n’était pas si douloureux, le hoquet de surprise d’Alanir tout près lui aussi. Tout était si vif, si intense qu’il eut presque l’impression un instant de sentir son odeur. Cassidy, celle de sa peau, celle de sa peur, celle de son chagrin. Elle n’était pas là. Enfin il n’espérait pas. Il hallucinait tout simplement. Peut-être qu’il était en train de mourir. Pourtant il avait juste envie de lui dire que ça allait, que tout irait bien, sans savoir d’où lui venait cette certitude. Pas pour la rassurer non… c’est ce qu’il pensait vraiment. La douleur, tellement étrange. Ca touchait quelque chose, ça faisait quelque chose… Eleyna qui se relevait, qui hurlait et tout qui devenait si simple. La puissance qui circulait dans ses veines. Il y avait ce cri qui voulait sortir. C’était peut-être juste ça finalement. Non, il ne se laisserait pas faire ! Il ne les laisserait pas faire… Elles étaient encore là ces voix mais là, il n’y pensait plus. Défendre… Défendre.
Il l’avait arrêtée, repoussée. Son hurlement avait déchiré le ciel comme un coup de tonnerre réduisant celui si puissant d’Alanir à un cri insignifiant. Il y avait tant dans ce hurlement. Beaucoup de choses qu’ils ne pouvaient pas voir, qu’ils ne pouvaient pas comprendre. Mais ça lui était bien égal. Il avait compris. Il le sentait. Son pouvoir. Cette force en lui qu’il n’arrivait pas à capter tout seul, qu’il n’arrivait pas à dresser, à apprivoiser, elle était là à portée de main. Il la saisit, la ressentit, la laissa s’exprimer. Elle circulait dans ses veines et il se rendit compte à quel point ça lui avait manqué. Ca faisait parti de lui, au plus profond. Entier à présent. Si fort. Cette puissance qu’il ne pourrait acquérir qu’après des années d’entraînement, peut-être, un jour. Cette puissance encore plus grande que celle qu’il avait utilisé contre le dragon qui avait voulu grignoter sa petite princesse. Il la laissa s’échapper. Elle devait sortir avant de le détruire. Mais la ressentir était si grisant, si merveilleux. La capacité de savoir quoi être et quoi faire.

Tout avait continué très vite.
Il ne semblait pas très bien avoir compris ce qui s’était passé ni pourquoi même s’il essayait de comprendre. Paroles échangées les uns avec les autres, agressivité, tentatives pour se calmer, panique pour le Drakkari qui imaginait avec inquiétude la présence de sa fiancée mais pour des raisons qu’Alanir ne connaissait pas encore. Ils étaient descendu jusqu’au camp, les deux guerriers enfourchant leurs montures tandis que le dragon reprenait la voie des airs. Alanir avait bien assez à faire avec une certaine petite demoiselle qui en avait décidément bien assez de toutes ces histoires. Mais ça les deux chevaliers ne le savaient pas. Eleyna essayait de faire avancer les chevaux le plus vite possible. Elle avait décidé de ne pas alarmer plus que ça le dragon parce qu’elle avait vite compris certaines choses, qu’il ne valait mieux pas partager pour le moment. Le regard de Tristan s’était obscurci de plus en plus, il semblait si terne et morne à présent… Ses yeux se fermaient tous seuls et seul le solide harnachement le maintenait à sa selle. Quand il avait basculé sur l’encolure de son cheval, endormi, elle s’était douté que ça n’allait pas mais elle ne comprenait pas encore et c’est la peur qui l’avait envahie quand l’ombre avait surgi du néant devant eux. Les chevaux s’étaient arrêtés net mais ils ne s’étaient pas cabrés. Il semblait juste comme hypnotisés. Eleyna avait fixé l’ombre en tremblant légèrement et avait jeté un coup d’oeil à Tristan, réfléchissant à la meilleure stratégie.

- Il ne te sera d’aucune aide pour l’heure demi-elfe mais sois sans crainte. Il ne vous aidera pas, dès qu’il a fermé les yeux il a oublié. Pour l’instant. Tu sais de quoi je parle n’est-ce pas ? Néanmoins… ceci les aidera peut-être, nous verrons.

Il jeta un objet qu’elle rattrapa au vol. C’était une petite boule noire comme la nuit et qui tenait dans la paume de la main, elle était curieusement chaude et douce au toucher. Même si elle était noire, elle brillait comme le ciel de multiples points lumineux. Elle n’avait détourné son attention q’une seconde, surprise, mais quand elle releva les yeux, Eleyna constata que son interlocuteur avait déjà disparu. Un peu anxieuse elle reprit le chemin du retour. Tristan n’avait pas moufté lui qui sursautait si vite d’ordinaire… Il devait vraiment être en moins bon état que ce qu’il pensait lui-même ou alors il y avait autre chose. Ils étaient rentrés vite bien qu’infiniment moins qu’Alanir et Cassidy en train d’essayer d’arranger les choses, la mise en scène, comme si elle n’était jamais partie… Tristan s’était réveillé mais il dormait encore à moitié et elle le sentait fragile. Il ne semblait absolument pas inquiet, absolument pas triste, absolument rien. On aurait presque dit qu’il y croyait, que ce n’était rien. Elle se doutait pourquoi. Quand ils étaient arrivés Alanir l’avait aidée à porter le jeune homme jusqu’à son lit mais lui-même continuait dans son comportement étrange. Il faisait de grands sourires à Cassidy, pas une excuse, rien. Ce devait bien être la même chose alors.

Le temps de la vérité était finalement arrivé.
Eleyna semblait gênée mais surtout inquisitrice, observant Cassidy et son comportement glacial. Quand elle était partie elle s’était bien rendu compte du froid entre eux et se doutait que renouer leur relation ne serait pas si simple mais la petite mage n’agissait pas non plus dans ce sens. Cet air froid, cette absence de réaction que ce soit dans le bon ou le mauvais sens c’était bien assez révélateur. Elle proposa de faire du thé et heureusement qu’Alanir intervint parce qu’appremment Cassidy était en train de tout briser. Pendant qu’elle était partie pour préparer le thé, le dragon lui avait expliqué que la petite demoiselle avait probablement perçu des images par leur lien, prenant le soin, puisqu’elle ne le faisait pas, de justifier son comportement. Il ne mentait pas vraiment au final, après tout Cassidy avait bien vu à travers ses yeux…
Il l’avait donc arrêtée, elle était sortie s’aérer, Eleyna s’était contentée d’activer, légèrement son don, surprenant comme elle s’en doutait : de la fureur, de la déception, énorme, de la tristesse, de la résignation, de la jalousie aussi, probablement envers elle. Et probablement inconsciente aussi.

La capitaine rejoignit son ami dans la cuisine et s’occupa de préparer le thé pendant que l’eau chauffait, consciente qu’il appréciait de le boire mais n’était franchement pas au top pour les dosages. Elle se souvenait d’ailleurs d’un café tellement fort qu’elle avait failli s’étouffer avec. Ce souvenir nostalgique qui ne remontait qu’à quelques jours la fit légèrement sourire. Elle effleura doucement dans une poche la boule en pierre que lui avait donné l’ombre. Si c’était bien ce qu’elle pensait, ce serait beaucoup plus simple pour elle. Et pour Tristan…
Alanir lui parlait et elle se recentra donc sur lui, l’écoutant sans l’interrompre. Il ne la laissa pas parler, pas répliquer par rapport à la nouvelle cachotterie de son cadet. Elle détourna tristement les yeux et le laissa verser l’eau chaude, le précédant au salon, observant l’infusion d’un air pensif. Il essayait de l’avertir et il avait l’air triste et anxieux même s’il jouait un peu les gros durs insensibles. Elle ne put s’empêcher de sourire une fois de plus et lui prit gentiment une main pour l’apaiser et parce qu’elle se doutait aussi un peu qu’il ne savait pas trop comment agir avec elle.

- Je ne compte rien lui cacher Alanir, rien de ce que je sais en tous les cas. Mais il y a beaucoup de zones d’ombre aussi pour moi. On m’a donné de quoi les éclaircir, du moins je l’espère mais je ne sais pas non plus à quoi m’attendre. Pour ce qui est de Tristan, je sais que tu lui en veux. Mais tu ne l’as pas vu tout à l’heure… quand tu es reparti, il avait l’air totalement ailleurs mais il m’a quand même demandé de tout lui dire si lui ne tenait pas jusque là. Je ne pense pas que sa fatigue soit naturelle mais il m’a demandé d’éclaircir tout ça et c’est ce que je vais faire. Mais je comprends qu’elle soit en colère et triste…

Il avait repris et sn air bougon ne lui échappa pas. Ah… Il n’aimait pas tellement l’avoir mise en danger par inadvertance, au contraire même, en voulant la sauver et pas très content non plus que sa protégée ait eu vent de ce qui se passait. Nouveau sourire de la part de la guerrière.

- Hum… Je ne pense pas qu’il ait fait ça pour la protéger… Pas à la base. C’est plutôt moi qu’il voulait protéger je pense. Et pardon… Je suis désolée que tu te sois inquiété et mis dans une telle situation, je suis désolée que ton amie souffre mais crois-moi, ce n’était absolument pas voulu. Ce jeu comme tu dis… on n’en a jamais voulu. Je… Enfin… S’il te plait, Tris’ n’a jamais voulu…

La porte venait de claquer et elle s’interrompit. Cassidy rentrait et se fichait apparemment pas mal de réveiller son fiancé avec ce claquement de porte. Elle avait l’air… vraiment en colère. Sa façon de parler, d’être en attestait. Oui, elle lui en voulait. Beaucoup…
Elle parlait de définition de drame. Eleyna ouvrit la bouche pour parler mais se crispa et la referma. Elle avait senti un mouvement, pressenti du moins et baissa les yeux vers sa poche. La grosse bille de pierre lui semblait étrangement plus chaude qu’un instant plus tôt. La petite attaquait, véhémente, pleine de hargne et de tension. Il n’y avait pas que la colère. Il y avait aussi l’inquiétude et l’amour, bien entamé et brisé mais il était quand même là, sinon ça ne l’aurait pas autant touchée. Eleyna tenta de se faire apaisante, lui conseillant de s’asseoir, insistant sur le fait que ça risquait d’être long. Cassidy resta stoïque, pour l’instant du moins. Elle soupira et baissa les yeux sur ses mains qu’elle avait croisé sur une tasse vide qu’elle tournait et retournait doucement.

- Tu étais là n’est ce pas ?

Euh… Là ce n’était pas vraiment le genre de révélations prévues au programme. Eleyna relevait la tête vers elle puis posa les yeux sur Alanir.

- Tu étais là ce soir ? Pour commencer même si je me doute que vous partagez un lien très étroit je m’y connais suffisamment ne magie pour avoir remarqué que vous êtes limités par une certaine distance d’éloignement. Et puis il m’avait semblé sentir ta puissance chez Alanir quand il a essayé de me protéger. De plus… il ment très mal.

Elle venait de faire un petit sourire vers le dragon, plus amusée qu’autre chose.

- Si j’ai cautionné son mensonge c’était avant tout pour calmer Tristan. J’ignore réellement ce qu’il aurait fait mais je sentais bien que… ce n’était pas le moment. Enfin… Ca ne me concerne pas, je veux juste te dire que si je dois être honnête ça aussi je l’ai vu. En ai-je parlé à Tristan ? Non. Et je ne le ferai pas. J’essaie d’être de vos côtés autant que possible, à tous les deux. Mais quand vous divergez autant l’un de l’autre ça devient… compliqué. Vraiment tu devrais t’asseoir, ce que je vais te raconter risque d’être long, très long et franchement, moi-même je m’y perds.

Apparemment Cassidy semblait un peu moins réticente. Eleyna l’observa, se servit une tasse de thé brûlant et mit ses mains sur la tasse, ah oui, c’est vrai, elle aussi avait froid et avec toutes ces histoires elle en venait à l’oublier ! Non mais elle était pas croisée dragonne elle !!!!! Elle fixait la jeune mage, se doutant que ce ne serait décidément pas simple de la convaincre vu comme elle était remontée. Puis elle se lança.

- Tristan ne t’a rien caché… Non attends ! Laisse moi t’expliquer… Je ne sais pas ce que c’est, comment ça marche et comment c’est possible tout simplement mais actuellement je me souviens de tout et je me souviens de tout ce que j’ai oublié… Tu as raison, Ca a commencé pendant ton absence. C’était peu après son combat contre son double, il était blessé et fatigué et se morfondait de plus en plus dans cette personnalité de statue… Je me souviens qu’on chevauchait ensemble quand cette ombre est apparue. Il lui a envoyé ses espèces de zombie, sans sommation, sans présentation et Tristan s’est battu, moi j’avais été attachée par un sort à un arbre et j’étais furieuse d’ailleurs. Ils sont repartis très vite, comme ça, sans le blesser. Il m’a libérée, il avait l’air surpris, anxieux. Le lendemain il a reçu une lettre exigeant qu’il vienne se battre, comme la veille mais seul, sinon un innocent mourrait. Il ne m’a rien dit mais j’ai trouvé la lettre, je me suis rendue au lieu-dit et il se battait comme avant. De la même façon qu’Alanir, ou presque, en croyant bien faire, je suis intervenue. L’ombre a fixé Tristan, lui a dit qu’il avait triché et a foudroyé le malheureux paysan qu’il avait capturé du même rayon que Tristan a encaissé… Sauf que… ça lui a traversé le corps comme si c’était du beurre et le remplissant d’une telle énergie que ce qui restait encore attaché à son corps a explosé. Tristan a été horrifié et étrangement il a eu l’air beaucoup moins « dragon » que les jours précédents, tout à son complexe de culpabilité. C’est arrivé une troisième fois et il m’a prévenue mais m’a demandé de le laisser y aller seul, que tout irait bien. Là encore je ne l’ai pas écouté, certaine de ne pas avoir été assez discrète, même constat cette fois avec un de nos jeunes éclaireurs égaré… Mais il n’a pas eu le temps de s’en vouloir davantage. Tu es revenue et l’ombre ne s’est plus manifesté pendant un long moment. J’ai dit à Tristan qu’il devait t’en parler et il m’a regardée, je te promets, comme si j’étais folle affirmant que bien sûr il allait te le dire, qu’il ne te cacherait jamais une chose pareille, mais qu’il ne pouvait pas le faire tout de suite parce que tu ne savais même pas vraiment qui il était et que de toute façon… tu étais morte émotionnellement, il ne voulait pas perturber ton rétablissement. Je l’ai même vu pendant des jours écrire sur un cahier pour ne rien oublier. Il avait l’air presque joyeux quand il le faisait, affirmant que tout ce qui s’était passé pendant ton absence, même si c’était trop court, il te le raconterait et que c’était pour ne rien oublier qu’il le notait, qu’il espérait que toi aussi tu lui raconterais, qu’on ne vous séparerait plus, que tout irait bien maintenant que tu étais si forte. Il m’a même dit qu’à présent il n’avait plus à avoir peur pour toi… Que tu n’avais plus besoin de lui pour te défendre. Il avait l’air si triste et heureux en même temps quand il m’a dit ça… Tu vois, pour lui, tu allais retrouver la mémoire, tu allais guérir ou je ne sais pas quoi et même s’il y avait cet ultimatum en cours, que j’ai appris en même temps que toi, il n’a pas eu l’air inquiet ou de regretter quoi que ce soit, à aucun moment.

Elle se tut et se leva pour aller jusqu’à la bibliothèque et attrapa un cahier entre deux gros livres qu’elle ouvrit et tourna vers Alanir et Cassidy, de manière à ce qu’ils puissent voir les pages.

- Mais… Quoi que ce soit, il ne voulait pas qu’il t’en parle. Pas tout de suite du moins.

Les pages étaient vierges. Si vraiment Tristan avait, comme le prétendait Eleyna, passé tant de temps à écrire et dessiner sur ces pages, à préparer tout ce qu’il pourrait lui dire sur la difficulté de son absence, ses sentiments etc. ça avait été effacé. Quelqu’un, quelque chose ne voulait pas que le jeune homme s’ouvre ainsi à sa fiancée…

- Quand tu as retrouvé la mémoire, que vous vous êtes remis ensemble pour le meilleur et pour le pire, je m’attendais à ce qu’il te dise tout ceci… Quand j’ai évoqué le sujet devant lui, lui demandant simplement si tu étais déjà au courant et si tu ne nous en voulais pas trop d’avoir préféré attendre un peu avant de te raconter tout ceci, surtout que cette ombre ne s’était plus manifestée ni rien, il m’a regardée avec tellement de surprise et d’incompréhension avant de se mettre à rire et d’ajouter que j’avais dû un peu trop boire à la dernière soirée. Je me suis énervée, j’ai commencé à lui donner des détails et il a « salué mon imagination ». Quand vraiment en colère j’ai pris ce cahier pour lui montrer que je n’étais pas folle, que je l’ai ouvert et que j’ai constaté ses feuilles blanches, j’ai douté pendant une seconde… La suivante je me retrouvais avec ce cahier dans les mains en n’ayant pas la moindre idée de ce que je faisais avec. On avait effacé la mémoire de Tristan et la mienne aussi… Je me suis brutalement rappelée il y a quelques heures, juste avant que cette créature ne me capture et vu les réactions de Tristan, son assurance et sa manière d’être, je pense qu’il en a été de même pour lui juste avant qu’il vienne me secourir. Bref… Quoi que ce soit, je te jure que c’est vrai, j’avais tout oublié de ce sujet et je suis prête à te jurer que Tristan aussi, il n’aurait pas pu me mentir de la sorte, je l’aurais tout de suite senti avec mon don et il était juste… interloqué.

Elle s’interrompit, fixant sa tasse de thé avant d’en prendre quelques gorgées lentement. Fixant les deux compères face à elle elle semblait vraiment hésitante et perdue elle aussi.

- Vraiment… Je ne comprends pas… Tout ce qui est certain c’est que Tristan n’a jamais été en danger pendant ces « jeux ». Les règles étaient simples, il devait être seul… Enfin si j’oublie, c’est réarrivé aussi quand tu étais revenue, au tout début, le lendemain de ton arrivée si je ne me trompe pas. Cette fois j’étais juste restée à distance, l’attendant à la frontière de ce « lieu de rendez-vous », cette fois-ci il avait libéré l’otage qui avait déjà tout oublié. Je ne sais pas comment fait cette créature mais elle doit être sacrément puissante pour manipuler ainsi les souvenirs. Enfin bref, que j’ai été là ou pas, Tristan n’a jamais été directement blessé. Des bleus et des bosses, des coups certes mais jamais de blessures réelles, sérieuses… Et vu ce qui s’est passé ce soir, je pense de plus en plus que c’est ce qui était voulu. Tristan… a dit quelque chose tout à l’heure. Alors oui, il se souvient c’est certain, à quel point, je l’ignore mais il se souvient. Il a dit que l’ombre avait attendu cette fois et c’est vrai. Le paysan et le jeune éclaireurs avaient été tués immédiatement après cette déclaration « tu as triché »… Là… Il a attendu… Il a attendu que Tristan soit assez proche de moi, qu’il puisse me protéger et le rayon n’a pas dévié… Quand je suis intervenue pour la deuxième fois, pour notre éclaireur, il avait fait cette déclaration mais le rayon s’était immédiatement dirigé vers moi. Sauf que Tristan était à côté, il m’avait sauté dessus pour m’écarter de la trajectoire et on avait fait une sacrée chute… Mais aussitôt le rayon avait dévié et changé totalement d’angle d’attaque pour foudroyer ce pauvre garçon. C’est pour ça qu’il m’a demandé de ne plus jamais venir… Parce que ce rayon pouvait m’attaquer ET s’en prendre à l’otage et qu’il ne pouvait décemment pas être à deux endroits en même temps… C’est probablement aussi pour cette raison qu’il ne t’a rien dit tout à l’heure. Il devait savoir que tu insisterais pour le suivre. Malgré tout le respect que j’ai pour toi Cassidy je vais être honnête. Si tu étais venue, même s’il sait que tu es puissante, même s’il sait que tu peux te défendre et même s’il l’a dit lui-même, tu n’as absolument plus besoin de lui, s’il avait vu le rayon venir vers toi, même protégée par ton bouclier, ce n’est pas vers moi qu’il se serait tournée et je ne serais probablement plus là pour tout vous expliquer. Tristan est intelligent, il réfléchit vite même s’il n’en donne pas souvent l’impression. Ce n’est pas toi qu’il cherchait à protéger je pense mais moi et lui-même surtout, parce qu’il se connait et qu’il connait les faiblesses de son coeur. Il ne se le serait jamais pardonné s’il m’était arrivé quelque chose… Alors non, je ne sais pas ce qu’est ce jeu…Ca ressemble plus à une initiation… Cette ombre n’a jamais fait de mal à Tristan… Et tu as dû le voir au moins en partie… Si ses marionnettes ont été détruites par le pouvoir de Tristan, réactivé je ne sais trop comment par ce rayon qui aurait dû le tuer, l’ombre n’a pas été menacée, n’a pas été balayée… oh et ne semble pas laisser de traces dans la neige aussi et ça franchement c’est déjà bien assez flippant ! Et puis… C’est ce que Tristan m’a dit… Il savait que ça ne le tuerait pas… Le rayon en touchant Tristan, la créature savait qu’elle ne le tuerait pas. C’est LUI qu’elle a inclus dans son jeu, pas moi, ni toi, ni Alanir mais lui et seulement lui alors je ne sais pas ce que c’est mais clairement ça concerne Tristan et plus que certainement le fait qu’il soit un dragon… Il était chaque fois tellement surpris… Je ne pense vraiment pas qu’il sache qui il/elle est ni ce qu’il lui veut… Je ne sais pas, c’est vraiment bizarre…

Elle se mordit la langue, se taisant et se servit une nouvelle tasse de thé. C’est sûr que là ça faisait beaucoup quand même d’un coup, beaucoup à encaisser… Mais des excuses qui allaient tout de même dans le sens du jeune homme, en grande partie. Certes il avait eu tort de ne pas prévenir Cassidy mais c’était bien ce qui s’était passé, sur le coup de la panique il n’avait su que lui dire et s’était contenté de parler de mission de routine… Peut-être parce que dès qu’il avait lu la lettre il s’était souvenu et qu’il savait déjà, même inconsciemment, qu’il ne risquait rien et qu’il devait d’autant moins l’inquiéter. Peut-être avait-il suffisamment peur pour Eleyna et suffisamment confiance en la jeune femme pour croire qu’elle l’écouterait et ne le suivrait pas. Il avait eu tort et ça aurait bien être bien plus dramatique comme conclusion !
La capitaine observait, soucieuse, les visages face à elle. Alanir semblait assez convaincu par ce qu’elle disait mais elle avait la conviction que quoi qu’elle dise il la croirait de toute façon. Cassidy demeurait de glace mais même sans activer son don elle pressentait son agitation, elle devait réfléchir… Mais il n’y avait rien à réfléchir. Tout collait parfaitement. Tristan n’avait pas eu l’air soucieux ou vraiment inquiet et face à une chose pareille qui pouvait menacer ses amis d’un jour à l’autre il l’aurait été. Et elle connaissait bien sa capacité à se rendre coupable et à porter ses erreurs seul mais très mal. Elle n’aurait pas pu manquer la culpabilité du jeune homme s’il avait « su » qu’il avait la mort de deux personnes sur la conscience, deux innocents qui n’avaient rien demandé à personne…

- Mais… Ce n’est pas tout.

Eleyna s’était remise à parler et deux paires d’yeux qui échangeaient l’instant d’avant des regards se focalisèrent aussitôt sur elle. Elle se crispa un peu aussitôt et serra ses mains l’une contre l’autre, fixant Cassidy.

- Tu m’as demandé d’être la plus honnête possible et c’est bien ce que je compte faire. J’ai ressenti de l’agitation chez Tristan et des sentiments, à plusieurs reprises, qu’il n’aurait pas dû avoir… Au début j’ai cru que c’était à cause de ce qui s’est passé quand il était Ikael mais pas seulement… et puis maintenant je n’en suis vraiment plus si sûre. Comment dire… Même sans activer mon don je le sentais parfois profondément désespéré, inquiet, fatigué… et parfois même terrorisé. Là j’ai essayé de lui parler et là, c’est vrai, je le sentais bien, il m’a menti en disant qu’il était juste un peu fatigué et s’en voulait. Il y avait autre chose… Et ça a commencé quand il est rentré avec cette plante, quand il a disparu plusieurs jours pour aller la chercher, pour toi, juste quand il s’était remis et avait repoussé la personnalité d’Ikael. Ca m’étonnerait que ce soit une coïncidence… Comme c’était très tendu entre vous et que je sentais bien que ça n’allait pas j’ai préféré ne pas m’en mêler pour ne pas envenimer la situation mais je me doute bien que vu l’état de naufrage de votre relation ça, vous n’en avez certainement pas parlé…

Décidément elle savait beaucoup de choses mais surtout des soupçons, qui se confirmaient avec le présent de l’ombre. Elle le sortit d’ailleurs de sa poche sans la moindre hésitation.

- Tu as raison… Cette créature est probablement maléfique. Néanmoins elle ne m’a pas fait de mal, ni à moi, ni à Tristan ni à Alanir et j’ai la certitude que tout esprit que tu es, elle t’aurait blessé si elle l’avait voulu… J’en ai eu la confirmation tout à l’heure car elle est apparu en me barrant le passage et Tristan était déjà dans les vapes…

Elle raconta ce qui s’était passé sans omettre un seul détail puis tendit la sphère à Cassidy, persuadée que la jeune femme saurait ce que c’était et comment l’activer. Clairement c’était un objet enchanté, outil de stockage pour des souvenirs. Mais s’il fallait plus que certainement un sort ou une « clé » pour l’activer, dès que la peau de la jeune femme entra en contact avec la surface de la sphère celle-ci se mit à léviter en s’illuminant. L’instant d’après ils se retrouvaient dans une clairière enneigée aux arbres immenses et déplumés de leurs feuilles, seuls quelques sapins dressaient fièrement leur apparat !
Soudainement un frémissement se fit entendre à côté d’eux qui observaient les alentours avec méfiance, Eleyna la première surprise parce qu’elle n’avait pas du tout l’habitude de ce genre d’expérience et qu’elle semblait vraiment avoir du mal à croire en son actuelle « immatérialité ». Le frémissement, c’était l’ombre qui venait d’apparaître près d’eux. Sans sommation Alanir s’avança, un brin menaçant, prêt à obtenir des réponses. Mais la créature le traversa comme un fantôme et se mit à « marcher » sur le tronc d’un des arbres avant de s’asseoir sur une branche. Toute sombre, le visage et les mains cachées, elle ne montrait aucun signe d’agressivité et puis de toute façon ils étaient dans un « souvenir » non ? Pourtant…

- Bonsoir jeunes gens. Il semblerait que vous ayez activé les souvenirs que je vous ai donnés, bien, très bien. Eleyna aura déjà compris je pense que cette fois-ci elle n’oublierait pas, et vous non plus, ce qui se passera. Nous avons tous le même sujet « d’inquiétude » je dirais… Je vous laisse en apprendre davantage sur les « cachotteries » de votre ami…J'espère que tout deviendra plus clair quant à ce qui s'est réellement passé dernièrement... Surtout pour toi Cassidy.

Il/elle souriait, c’était certain. Même si on ne voyait pas son visage, c’était comme si… La créature disparut et ils entendirent des grognements furieux. En se rapprochant ils se retrouvèrent dans une clairière. Il y avait Tristan, dragon parfaitement reconnaissable parmi les autres et ses congénères. Ils se battaient. C’était quand il était allé chercher cette plante pour Cassidy. Ils ne voulaient pas et n’étaient pas tendres avec lui. Pourtant il les repoussa, investi et intimidant et s’envola rapidement, leur échappant sans mal, filant à toute vitesse. Le paysage se flouta autour d’eux alors qu’ils se retrouvaient propulsés à des kilomètres de là même si les alentours ne semblaient pas avoir beaucoup changé. Tristan hurlait en chutant, cette fameuse chute incompréhensible et franchement pas heureuse ! Oui sauf que cela ils le savaient, ils l’avaient déjà vus… Vraiment ? Non. Ils n’avaient vu qu’une partie.
Certes Tristan s’était bien écroulé brutalement par terre et avait le souffle coupé et les yeux plein de larmes de douleur. Mais déjà il se relevait en grognant et ne semblait pas plus que ça ennuyé par sa nudité bien que surpris, tout comme ses trois spectateurs qui se seraient probablement bien passés de ce petit détail. Il s’était mis à courir, vite, très vite après avoir récupéré cette sacoche contenant la plante pour sa fiancée. Ca aussi ils le savaient déjà. Alors à quoi bon ?

Le but de cette scène apparut juste après. De nouveau le paysage s’était flouté mais cette fois-ci il le restait en parti, nécessaire pour suivre la course sacrément rapide du jeune homme. C’est qu’il tenait un très bon rythme même s’il avait froid ! Ou surtout parce qu’il avait froid. Sauf qu’alors qu’il courait un chuintement se fit entendre, un autre, des gémissements aigus. Le grand jeune homme ralentit puis s’arrêta, jetant des regards à droite et à gauche, reprenant plus prudemment. Des échos dans les arbres, des rires grinçants, terriblement désagréables, des chuchotements d’outre-tombe, lointain et effrayants. Tristan tournait sur lui-même, se mettant en garde et même tout nu il restait quand même franchement imposant et l’air sûr de lui. Il se remit à courir, lentement, puis plus vite.

Mais les chuchotements le suivaient et se rapprochaient, comme des volutes blancs de fumée qui passaient entre les arbres qui l’encadrait. Les rires qui lui glaçaient le sang bien plus que le froid de cette nuit glaciale. Il accéléra, eux aussi, prononçant cette fois son nom. Un vrai film d’horreur.
Tristan se stoppa d’un coup et fit volte face, prêt à en découdre. Mais alors qu’il s’attendait plus que certainement à rencontrer la même immatérialité qu’un peu plus tôt, une masse sombre lui sauta dessus et le fit basculer dans la neige, masse indistincte qui disparut aussitôt alors que le jeune homme poussait un cri de douleur. Tristan se redressait en grognant, croyant plus que certainement à un animal, et ça ne pouvait être que ça non ? Sur son flanc droit s’étalait cinq griffures bien distinctes et sanguinolentes. Mais déjà elles cicatrisaient. Lui-même en sembla surpris mais pas plus curieux que ça, prêt à se remettre en marche sans attendre. Sauf qu’en se retournant il se retrouva face aux volutes de fumée qui ricanaient en le regardant. Enfin étant donné qu’elles n’avaient pas de visage distinct disons qu’il se retrouvait plutôt face à des créatures dont seul un grand sourire ricanant plein de crocs était vraiment visible.

De surprise et grâce à ses excellents réflexes le jeune homme fit un bond en arrière, de nouveau en garde bien que sachant déjà qu’il ne pouvait pas combattre ces créatures. Elles ricanaient de plus belle, ravies, commençant à voleter autour de lui alors que sourcils froncés, inquiet mais refusant de leur montrer, le jeune homme faisait quelques pas prudents en arrière.

- Oh non. Ne t’en vas pas. On veut jouer.
- Oui. On veut te montrer.
- Nous on sait. Oh on sait plein de choses !
- Regarde ! Regarde…

- Hum… C’est très… courtois de votre part mais… je suis pressé. Peut-être une autre fois hein…

Garder son calme même face à une situation qui le dépassait clairement complètement ? Oui il y arrivait. Enfin un peu du moins, angoissé comme n’importe qui de censé le serait mais essayant de se fier à ses instincts le jeune homme leur tournait déjà les talons pour décamper quand un prénom fut prononcé, le seul qui pouvait le faire douter et s’arrêter.

- Mais… Tu ne veux pas savoir pour Cassidy ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 16 Jan - 20:06

Le jeune homme s’était figé, écarquillant légèrement les yeux, la bouche soudain sèche, les pires scénarios en tête. Elle n’allait pas bien… C’était pire que lorsqu’il était parti c’était ça ? Elle allait vraiment mal à cause de lui ? Il ne vit pas le sourire des créatures, le piège qui se refermait déjà sur lui. Il s’était retourné, pâlissant en les fixant tour à tour.

- Cassy ? Quoi ! Qu’est ce qu’il y a ? Qu’est ce qui se passe ?!!!!

Les créatures échangeaient un nouveau sourire, un de ces rires enfantins qui glaçait le sang puis le fixaient avec ce même sourire ricanant avant de dire avec le plus grand sérieux du monde.

- Elle te déteste…

Nouvelle surprise chez le jeune homme qui battit plusieurs fois des paupières abasourdis. Les créatures se remettaient à voleter autour de lui. La nouvelle semblait lui avoir fait un choc mais il se reprenait, secouant la tête, ouvrant la bouche pour répliquer.

- Oh oui elle te déteste.
- Elle était très en colère.
- Normal tu ne t’es pas beaucoup battu pour elle.

- Mais… mais… je… je n’avais pas le choix ! J… Jamais je ne…
- Tu as une drôle de façon de l’aimer.
- Tu t’es encore enfui.
- Incapable d’assumer tes responsabilités.
- C’est tellement lâche…

- Mais pas du tout ! Je… Je suis allé chercher… je…
- Pour elle tu es un monstre.
- Beuh… sale bête oui.
- Qui pourrait t’aimer ?
- Pourquoi elle surtout ?

- Ma… Mais… je… Je ne…
- Elle déteste les dragons.
- Pourquoi avec toi ce serait différent ?
- Pourquoi elle t’aurait aimé ?
- Elle l’a déjà dit non ?
- Les gars comme toi la dégoûtent !

- Arrêtez !!!!!!!!

Ils continuaient d’enchainer sur ces étranges paroles qui faisaient clairement faiblir le jeune homme de plus en plus pâle. Pourtant il avait repris du poil de la bête et bien campé sur ses jambes avait poussé un grognement menaçant, relevant fièrement la tête. Persuadé qu’on essayait encore de l’égarer et il avait bien raison, il refusait de se laisser faire et le prouva à l’instant.

- Je l’aime ! Et elle m’aime ! Vous ne pouvez rien contre ça ! Ni vous ! Ni qui que ce soit ! Ni dragons ! Ni monstres ! Rien ! On s’ai…
- Oh mais elle ne t’a jamais aimé…
- Qu…
- Pauvre petit garçon… Il en était vraiment persuadé.
- Comme c’est mignon.
- Attendrissant même.
- Ou stupide.
- Un peu des trois.
- Et plus encore…

- Nan mais c’est pas bientôt fini ?!
- Ohoh, il s’énerve.
- Quel caractère.
- Ca non plus elle ne doit pas aimer.


Le piège se refermait un peu plus. Déjà le jeune homme furieux, prêt clairement à en découdre contre des espèces de spectres qui s’amusaient à le torturer ouvrait la bouche mais ils tournoyaient plus vite, se faisaient encore plus ricanant.

- Elle n’a jamais eu le choix.
- Non jamais.
- Elle amoureuse de toi ?
- Quelle stupidité…


Il voulut frapper, n’heurta que le vide. Ils tournaient plus vite et soudainement des images se matérialisèrent dans ce paysage d’hiver, des images d’un lointain passé. Tristan se figea. Il reconnaissait l’endroit. C’était leur village. Et… c’était sa mère qu’il voyait là. Eve, si belle et si jeune. C’était lui qu’elle tenait dans les bras, bébé de quelques mois parfaitement reconnaissable à ses cheveux rouges en bataille déjà et ses canines, seules dents qu’il avait à l’époque. Encore poupon, adorable bébé aux grands yeux orangés curieux qui se posaient sur absolument tout et n’importe quoi. Il fixa sa propre image sans comprendre. Il ne ressentait plus le froid, ni la fatigue. Un léger pleur derrière lui le fit se retourner et il resta en arrêt devant l’adorable bébé blondinet dans les bras de Marylin. Cassidy… Eux deux… Bébés ? A part l’attendrir ? Qu’est ce que c’était censé lui faire ? Il remarqua alors quelque chose qu’il n’avait jamais vu. Des fils… Il y avait des fils partout autour d’eux. Il ne les avait jamais vus, personne ne pouvait les voir. Certains étaient bleus, d’autres rouges, d’autres noirs. Il vit celui bleu qui le reliait à sa mère. Cassidy avait le même qui la reliait à la sienne. Celle-ci en portait un rouge qui la liait à Jordeth un peu plus loin en train de discuter. Il baissa les yeux. Eve ne portait qu’un bracelet rouge, un lien flottant légèrement derrière elle, coupé. Qu’est ce que c’était que ça ?! Et là il le vit. Ce dieu qu’ils avaient déjà vus, ce même dieu qui les avaient rabiboché de manière bien curieuse. Klartos. Il nouait justement un bracelet bleu au poignet d’une femme clairement enceinte. Tristan fronça les sourcils. Des liens ? Des liens que personne ne pouvait voir ? Pourquoi ? Il s’approchait du bébé Tristan et lui noua un fil rouge autour du poignet et le tendit derrière lui, se rapprochant de Cassidy, de plus en plus. Un malaise monta dans le coeur du jeune homme, il s’attendait déjà à voir ces images qui le choqueraient, peut-être au fond y avait-il déjà pensé. Le dieu nouait le bracelet au poignet de la fillette mais elle se débattait et se mettait à pleurer. Ce qui passait sûrement aux yeux de tous comme un petit caprice, une tentative d’expression. Le dieu insistait, blessant le petit poignet tout potelé, quelques gouttes de sang…

Les images avaient disparu. Tristan était tombé à genoux dans la neige sans même s’en rendre compte. Les yeux écarquillés d’horreur, il peinait à respirer et des larmes coulaient sur ses joues. Il se mit à secouer la tête de droite à gauche, chassant les images en gémissant à répétition « non ». Mais les volutes se rapprochaient déjà et recommençaient.

- Tu vois. Elle ne t’a jamais aimé.
- Oui on l’a forcée
- Elle n’avait pas le choix.
- Et à chaque fois qu’elle essayait de s’échapper.
- Ca la blessait.
- Toutes ses blessures…
- C’est ta faute.
- Seulement ta faute !
- Toi tu l’aimes peut-être…
- Mais elle, elle ne t’a jamais aimé.
- C’est ta faute…

- N… N… j…Non… Arrêtez… c… cassy…
- Ce lien n’aurait pas dû exister.
- Non pas dû…
- Il ne devait pas être.
- Pas entre toi et elle.
- Elle aurait dû être avec un autre.
- Certainement pas toi.
- Tu lui fais du mal…
- Ta faute…

- P… Pitié, arrêtez… pitié…
- Demande lui tu verras.
- Oui demande lui si elle t’aime vraiment.
- Tu verras ce qu’elle dira.
- Elle te déteste…
- Oh oui…


Ils continuaient. Il ne s’était pas plus rendu compte qu’il était tombé allongé dans la neige et gémissait en se tenant la tête craintivement, se bouchant les oreilles pour leur échapper. Mais ils continuaient et se rapprochaient, toujours plus. Sur la peau du jeune homme, les marques étranges qui lui donnaient un air plus félin que draconien scintillaient avant de s’estomper lentement. Ils continuaient…
Soudain une main gantée se referma sur le bras du grand jeune homme, le redressant avec une facilité déconcertante en l’envoyant valser plus loin. C’était l’ombre… Cette même ombre contre laquelle il semblait se battre dans leur période temporelle quelques temps plus tôt. L’ombre qui se dressait entre lui et les spectres blancs qui poussaient des cris aigus de frustration.

- Cours !

Juste un ordre. Tristan sembla se remettre, un peu, de ce qu’il venait de vivre. Assez pour se relever d’un bond et attrapant la sacoche se mettre à courir. Et pour courir, il courait comme s’il avait la mort aux trousses. Le regard encore horrifié par ce qu’il avait vu, les oreilles sifflantes des paroles qui résonnaient toujours dans sa tête il ne resta pas longtemps seul. Peu importe ce qui était arrivé à son « sauveur », les spectres étaient à ses trousses et ricanaient en le rattrapant. Deux sur sa gauche, trois sur sa droite qui s’insinuaient entre les arbres, tout proches. La peur au ventre il essaya d’accélérer les poumons en feu mais rien à faire quand il poussa un grognement de rage. Ses yeux, comme ce soir-là se mirent à briller. Moins fort mais à briller quand même, deux véritables lueurs dans la nuit et brusquement il accéléra, mais vraiment semant les spectres qui s’arrêtèrent. Il ne s’arrêta que lorsqu’il arriva près de la cité, hors d’haleine et au bord de l’évanouissement, semblant seulement reprendre ses esprits, prononçant le surnom de sa fiancée en se retenant à un arbre, sentant ses forces l’abandonner. Mais une fois de plus, se morigénant, secouant la tête il se remit à courir, plus lentement et en ayant clairement du mal à mettre un pied devant l’autre jusqu’à leur appartement. L’accueil peu aimable d’Alanir et d’Eleyna… Les souvenirs disparurent.

Alanir, Eleyna et Cassidy étaient de nouveau dans le salon, mais ça ne s’arrêta pas là… Déjà le décor redevenait flou.
Tristan était dans la salle de bains, seul. Il était torse nu et s’examinait dans la glace. Là où des griffures lui avaient lacéré la peau se trouvaient cinq très fins traits noirs. Mais ce n’était pas tout. Exactement comme ce qui s’était passé ce fameux jour avec Klartos, quelque chose teintait ses veines, plus que probablement une infection ou un poison quelconque. Il grimaça en touchant sa peau. sur ses côtes commençaient à s’étendre en suivant son tracé veineux ces dessins noirâtres, comme une toile d’araignée particulièrement compliquée. Il se rhabilla rapidement et sortit, prétextant une course à faire sans attendre de réponses. C’étaient il y a quelques jours. Cassidy et Alanir étaient dans le salon justement. Eleyna était encore là et essayait de ne pas trop ridiculiser le dragon à un jeu. Ca devait être probablement le lendemain du réveil de Cassidy, peut-être même le jour-même. Qu’avaient-ils fait déjà ce jour-là ? En tous les cas Tristan était sorti pour aller voir la guérisseuse. Elle l’avait aussitôt accueillie, inquiète de le voir.

- Que se passe t-il Tristan ?
- Hum… Je voulais vous voir avant. C’est peut-être rien, je ne voulais pas alerter tout le monde pour rien surtout avec tout ce qui s’est passé et surtout si c'est rien... C’est grave vous pensez ?

Il venait d’ôter sa tunique, se mettant torse nu devant elle en lui faisant face, fronçant les sourcils, inquiet. La guérisseuse le fixa en plissant les yeux, s’approcha en se passant la main sur le menton.

- D’être aussi sexy ? Injuste je dirais mais grave non… Et surtout pas pour ta fiancée. Du moins tant qu’elle n’oublie pas d’en profiter.
- Hein ? Mais non je…
- Allons Tristan rhabille toi s’il te plait, je veux bien te rassurer en te disant que tu es toujours très bel homme et qu’il n’y a pas de raison pour que Cassidy ne craque pas mais ce serait une perte de temps. Elle doit être encore un peu chamboulée par tout ce qui s’est passé, laisse lui le temps.
- Mais pas du tout, je…
- Vous les hommes êtes toujours si pressés ! Un peu de galanterie et de romantisme que diable ! Laisse cette pauvre enfant tranquille au lieu de t’exhiber de la sorte et d’espérer qu’elle te retombe directement dans les bras.
- Mais, attendez je…
- Allez oust !

Elle l’avait poussé dehors avec sa tunique et il s’était retrouvé bouche bée sans comprendre. Elle… ne voyait pas ? Elle ne voyait pas cette espèce de marque qui se propageait ? Un brin inquiet, le jeune homme était rentré et après un instant d’hésitation n’avait pas remis sa tunique, rentrant torse nu pour voir comment ils réagiraient. Alanir n’en avait rien à faire, lui c’était sa tenue habituelle, Eleyna lui marmonna qu’il pouvait tout de même mettre une chemise et Cassidy lui jeta un très bref regard, semblant plongée dans ses pensées, suffisant pour qu’elle remarque cette « chose », du moins si elle avait pu la voir. Mais personne ne tiquait, non personne… Il alla dans leur chambre, fit face à un des grands miroirs. La marque avait disparu. Il soupira de soulagement, ça devait être la fatigue. Fermant les yeux avec un sourire, se sentant juste terriblement idiot, il sursauta en entendant une voix lointaine mais bien reconnaissable lui susurrer :

- Elle te déteste…

Il rouvrit les yeux aussitôt, le coeur battant la chamade. La marque était de nouveau là, un peu plus étendue, il en était certain. Mais personne ne voyait rien. Les jours passaient tandis qu’ils essayaient de se rabibocher vainement, de se rapprocher. Et chaque crispation de la part de la demoiselle était une nouvelle progression de ce fichu « poison ». Les voix commencèrent à le suivre. Il n’y avait personne mais elle résonnaient dans sa tête, elles ne le quittaient plus. Elles lui disaient qu’il allait lui faire du mal, encore, qu’il n’était bon qu’à ça, qu’il allait vraiment la blesser. Il rêvait qu’il la tuait sans le savoir, sans le vouloir, se retrouvant les mains ensanglantées à côté du corps de la douce demoiselle… Réveils en sursaut, crises de panique, essoufflements, larmes,  besoin impérieux de l’entendre respirer, besoin de la toucher, juste un peu.
Plusieurs scènes totalement différentes :

Quand elle l’avait traité de monstre égoïste, ou plutôt l’avait comparé à ceci. Certes il s’était levé pour la suivre, certes il avait renoncé sur les conseils d’Alanir, ça on le voyait bien, ils le savaient plus ou moins déjà même si Eleyna n’était pas là. Mais il était aussi rentré dans sa chambre avant de s’écrouler au sol en tremblant. Sa chemise à manche courtes laissaient entrapercevoir les filets sombres qui se glissaient déjà jusqu’à sa main gauche. Ca s’étendait de plus en plus…

Il y avait eu peu avant aussi…
Quand il y avait eu Erwan, qu’elle l’avait planté là, même si c’était pour la bonne cause, les paroles d’Alanir. C’était avant et pourtant les voix s’étaient intensifiées. Elles parlaient de l’archer, que c’était lui qu’elle aimait vraiment, que lui ne lui ferait jamais de mal. Il s’était éloigné pour être tout seul, pour réfléchir, observer la marque qui s’étendait sur toutes ses côtes à gauche, qui avait rejoint son épaule, elles contournaient son coeur, certaines s’étendaient déjà sur la moitié de son ventre. Les voix qui lui disaient de lui demander, de lui demander qui elle aimait vraiment, qui lui répétaient en boucle qu’elle ne l’avait jamais aimé… Presque toute la journée.

Chaque contact qui n’était pas vraiment désiré était une nouvelle poussée de croissance. Pourtant, dans un acte si égoïste, purement masochiste, il ne pouvait pas arrêter de vouloir. Vouloir la prendre dans ses bras, la toucher, juste un petit contact. Il devenait fou. C’était la seule solution. Personne ne voyait. A part lui… Personne ne voyait…Et les voix lui disaient de lui dire, de lui raconter ce qui se passait, même si elle ne voyait pas… Oui, qu’il lui dise. Comme ça ça s’arrêterait. Comme ça ce serait elle qui les aurait. Il n’en fallait pas plus pour que le jeune homme demeure muet comme une carpe !

Et puis il y avait eu ce moment dans les sources chaudes quand il l’avait prise contre lui, qu’elle s’était laissé faire. Un frisson avait couru sur la peau du jeune homme, un sentiment de bien-être et de mieux. Les filets noirs qui progressaient dans son dos avaient alors légèrement régressé. Elle ne pouvait pas voir, personne ne le pouvait… Et lui non plus à cet instant. Cette sortie, ces moments pour qu’elle soit bien, leurs échanges, même légers… la marque régressait un peu… Un tout petit peu certes mais sa croissance exponentielle avait cessé et semblait s’inverser, lentement mais sûrement. Chaque contact avec elle le guérissait, un peu plus, toujours un peu plus. Il le constata, sourit victorieusement. Les voix recommençaient de plus belle, les cauchemars aussi de plus en plus violents. Il la faisaient tomber à travers la glace en riant à gorge déployée, regardait la glace se reformer sous ses pieds, elle qui se noyait… Ca expliquait sa crispation quand ils avaient patinés. Beaucoup de ses attitudes trouvaient là leur sens.

Et puis ce fameux soir, ce même soir auquel ils étaient encore rattachés même si l’aube risquait de venir vite avec tout ce qui s’était enchainé… Le bonheur de la voir si belle, d’être près d’elle même s’il n’osait la toucher. Le poison profitait de chaque occasion pour proliférer mais chaque contact le chassait de nouveau. Ce soir-là était un moment de bonheur et il arriva cette fois à chasser les voix de sa tête, se concentrant uniquement sur elle, ce long baiser dans leur chambre, ces caresses douces, il avait clairement envie de continuer même si de visu elle ne s’en était pas rendu compte toute à ses propres interrogations. Il s’était éloigné pour ne pas la mettre mal à l’aise, fixant paresseusement le plafond. Puis le corbeau, la lettre, quelques mots :

« Rendez-vous au pied escarpé du sommet Eiden. Eleyna est le tribu. Tu connais les règles. Viens seul et combats. »

Dans tous ces souvenirs, l’ombre ne s’était pas manifesté de nouveau. Tristan n’avait pas semblé se souvenir d’elle/lui tout comme son étrange aventure dans les bois demeurait un souvenir effacé. Sinon, Maud et les autres l’auraient vus quand ils l’avaient interrogé. Non.. N’étaient demeurés que sa fuite, sa chute, sa course, rien d’autre. Sinon, peut-être se seraient-ils doutés de quelque chose. Mais il n’y avait rien à voir… rien à faire.
Il avait inventé une excuse qui n’en était pas totalement une. Ce n’était pas vraiment un mensonge, plutôt la vérité déguisée. Il était parti vite parce qu’il se sentait bien trop incertain, prêt à lui dire la vérité. Pourtant en refermant la porte il s’était figé, se mordant la langue, hésitant, l’air inquiet et torturé avant de fermer les yeux et de serrer les poings, murmurant tout bas.

- Je me souviens Cassy… Je me souviens… Juste quelques heures s’il te plait… Je trouverai le moyen de me rappeler, je te dirai tout. Attends juste quelques heures s’il te plait… Je suis désolé… désolé…




Et puis il était reparti en courant pour seller un cheval et se rendre au lieu de rendez-vous sans savoir qu’il était suivi. Qui que soit cette ombre elle savait parfaitement ce qui se tramait les concernant puisque la chevauchée très brève cette fois de Tristan se fit voir mais aussi la présence, comme signature thermique, du dragon et de sa petite protégée qui le chevauchait, loin au dessus du cavalier. Cette créature savait probablement déjà tout ce qui se passerait. Tout passait en accéléré, les combats… Même si cette fois Cassidy put voir vraiment Tristan combattre à l’épée et mieux comprendre probablement ce qu’avait voulu dire son maitre. Il l’avait entrainé à se battre avec une larme lourde et encombrante. Pour qu’une fois avec une bien plus adaptée il soit un vrai virtuose et franchement, ça valait le détour. Non il ne risquait rien, même s’ils cherchaient vraiment à le blesser, à le tuer… Il y avait eu l’intervention d’Alanir qui malgré tout était un atout contre cette créature titanesque, le jeu de l’ombre. Effectivement, il avait attendu avant d’envoyer cette déflagration à Eleyna, attendu que Tristan soit assez près. C’est lui qui avait tout encaissé avant de libérer ce même pouvoir si puissant. Sauf qu’une nouvelle surprise attendait le trio. Ils avaient vu le jeune homme faire face à l’ombre et celle-ci disparaitre sur quelques paroles, rien de plus. Ce n’était pas ce qui s’était passé.

Tristan s’approchait effectivement mais soudain une petite déflagration se faisait entendre et un bouclier se dressait entre eux et les autres, une bulle plutôt qui englobait même le sol. Tristan se retournait vers ses amis, écarquillant les yeux de stupeur en voyant Eleyna qui semblait hurler quelque chose, figée dans son geste, personne ne bougeait, plus un son. Les voix dans sa tête aussi s’étaient tues. 


- Ne t’inquiète pas, ils vont bien. Je voulais juste te parler seul à seul.
- Qu’est ce que vous me voulez !



Le jeune homme était agressif et montrait les crocs, ses yeux brillaient encore légèrement, ses marques aussi. Cette fois la fumée qui entourait la créature s’estompa légèrement, un sourire apparaissant vaguement sur une peau dont il ne déterminait pas la couleur à cause des ombres sombres qui passaient devant.

- Aucun mal. Mais ce n’est pas de ça qu’il est question Tristan. Je ne pensais pas qu’ils t’avaient tant contaminé…
- Qui êtes-vous et qu’est ce que…
- Les voix… Que te disent-elles ?

Le jeune homme écarquilla les yeux, voulut faire un pas en arrière, serra les dents et les poings.

- Pourquoi tu ne lui as rien dit ?
- … A Eleyna ?
- A Cassidy…
- Ne vous approchez pas d’elle !
- Ce n’est pas mon intention… Pourquoi ?
- … je… C… Ca vous regarde pas.
- Je vois…Oui tu aurais dû lui poser la question et la réponse te terrifie même si tu t'obstines à croire que tu la connais déjà...
- …
- Elle te déteste ? Elle ne t’aime pas ? Preuve à l’appui ?

Le jeune homme devint blême. Ses marques redevenues si brillantes commençaient à s’éteindre progressivement. Ses forces aussi. Tristan se crispa aux paroles qui suivirent.

- Logique.
- Qu’est ce que vous voulez ?!
- En fait t’aider…
- Qu…
- Tu te sens inutile n’est ce pas ? Face à elle… Pour elle. Surtout après l’entrainement qu’elle a connu pendant un an. Quelques jours pour toi alors qu’elle a souffert pendant une année, oui je sais, je sais beaucoup de choses… Bref… elle est devenu tellement plus forte. Et tu ne l’as pas aidée, pas protégée, elle a souffert… Mais elle est forte à présent, tellement plus forte. Tu ne lui sers strictement à rien à présent… Quelle culpabilité… Tu l’as crue partie aussi. T’abandonnant. Tu faisais une cible facile pour eux.
- Qui eux ?
- Des spectres. Peu courant. Ils se nourrissent du désespoir et tu es un vrai festin pour eux. Ils n’auraient pas pu te griffer autrement, ni te contaminer. Ils se nourrissent de tes peurs et de tes chagrins, de tes souffrances et de tes doutes et navré mais tu n’es que ça pour le moment…  Dire que je pensais que ça suffirait.
- Q.. Hein ?
- Personne ne les vois n’est ce pas ? Les marques, ce poison… Et seule elle te guérit.
- Mais comment vous… ?
- Curieux, source de ton désespoir et de ta guérison, franchement tu es sadique envers toi-même Tristan.
- Mais de quoi vous parlez ?!
- De ce qui va te tuer si tu continues ainsi ! Arrête de les écouter !

Tristan se crispa un peu plus, figé sur place, de plus en plus pâle sous le regard inquisiteur de la créature. Les voix, il les entendait toujours, étouffée certes, mais éternel bruit de fond qui le hantait. La créature s’approcha en le voyant l’air si fragile d’un coup. Pas pour l’attaquer juste pour s’arrêter tout proche de lui, humant l’air autour du jeune homme.

- Hum… C’est vrai… Votre lien n’aurait jamais dû exister.
- Arrêtez…
- Mais ils ont arrangé l’histoire à leur sauce pour t’atteindre Tristan, ce n’est pas vrai…
- … Hein ?
- Regarde !

Le jeune homme avait une voix faible. Il en avait marre franchement. Marre de toute cette histoire. Qu’on lui fiche la paix à la fin ! Des créatures bizarres, des dragons, des spectres, des voix ! C’est bon ! Il avait assez donné ces derniers jours ! Qu’on le laisse tranquille ! Mais déjà la créature posait une main gantée sur lui et un souvenir se matérialisa devant eux. Tristan le reconnut aussitôt et se débattit pour se soustraire de la poigne de son assaillant mais ses jambes commençaient à trembler, il était si fatigué… Tous ces souvenirs avaient bien montré ses nuits écourtées, il ne dormait pas assez, plus depuis trop longtemps maintenant et sa récente dépense d’énergie le rattrapait.

- Laissez-moi tranquille.
- Non, attends…

La créature le maintint et il put alors voir des détails différents. Il était toujours dans les bras de sa mère, Cassidy dans les bras de la sienne, ils ne s’étaient pas encore vus. Mais tous les deux avaient déjà un bracelet rouge autour du bras qui partaient dans deux directions totalement opposées, loin bien loin de ce que le regard pouvait permettre de voir. Quoi encore ? La créature voulait lui rappeler qu’ils n’étaient vraiment pas faits l’un pour l’autre ?! Merci bien il l’avait compris ces derniers jours ! C’est bon ! Qu’on lui fiche la paix maintenant et si vraiment il était en train de s’empoisonner alors qu’on laisse le poison l’achever en paix ! Une fois de plus on le maintint en place. Il le revit, Klartos qui lévitait tranquillement en observant les humains. Mais il était loin d’eux deux… Il ne les touchait pas.

C’est alors que quelque chose de vraiment curieux se passa. Un adulte venait de s’écarter, gênant jusqu’alors le champ de vision des deux bébés. Un regard entre eux, un sourire qui trouvait immédiatement une réponse, une douce mélodie qui envahit le grand jeune homme d’une profonde chaleur alors qu’il écarquillait les yeux. Quelque chose s’était mis à briller entre eux, comme une petite boule de lumière qui éclata brusquement traçant des arabesques partout, glissant entre toutes les personnes présentes sans les toucher, encore quelque chose que personne ne pouvait voir. Des arabesques de lumières alors qu’un bracelet d’un argenté pur se nouait au poignet de chaque bébé et venait se scinder en un seul lien brillant totalement différent des autres. La mélodie continuait. Tristan abasourdi fixait le spectacle, ils se souriaient, tiraient doucement l’un et l’autre sur ce lien extensible à l’infini. Qu’est ce que ça voulait dire ?
Il releva les yeux vers la créature qui souriait et la scène se brouilla.

Une nouvelle, c’était à la garderie, ils étaient déjà plus grands bien que toujours des bébés. Elle venait de se mettre à pleurer d’une toute petite voix adorable alors qu’un enfant plus grand la bousculait. Le lien tintait et il la rejoignait, déjà bien habile debout pour lui tendre une peluche, un sourire entre eux. D’autres images qui passaient les unes après les autres. Savoir quand l’autre n’allait pas vraiment bien, être troublé par l’autre… Mais plus que ça le regard de Klartos qui semblait vraiment surpris et clairement amusé. D’autres dieux qu’il ne voyait pas, leurs voix.

- Klartos ! C’est quoi ça ! A quoi tu joues ?! C’est quoi ce lien ?
- Ah, pas ma faute ! J’ai rien fait… Ca s’est fait tout seul… Vraiment curieux… très très curieux.


Même les dieux étaient surpris ? Pourquoi ?
La créature pressa son épaule.

- On raconte que notre destin est tracé par les dieux dans les grandes lignes, que nous revenons toujours sur la destinée qui nous a été tracée. Enfin… pour ce qui est des créatures mortelles. Mais il existe aussi des cas exceptionnels, certains sentiments qui échappent à la logique et aux prévisions… Toi et elle vous étiez destinés à des personnes totalement différentes. Elle je l’ignore. Toi c’était Kayla, c’est pourquoi elle t’attire tant, le lien te rappelle à elle. Néanmoins ce que tu ressens pour cette jeune mage est bien supérieur… et dépasse la logique de ce qui a été créé à l’origine… Tu as toujours été un dragon Tristan. Un dragon élevé par des humains qui ne savait rien de ses origines mais un dragon. Tu étais amené à le devenir tort ou tard, complètement… Mais ton amour de l’humanité et ta lutte indécente contre ta propre nature t’ont éloigné de ce qui était prévu, Kayla, les dragons… tu ne peux pas totalement lutter. Tu as bien vu avec Ikael… Ca non plus tu ne lui as pas dit. Tu devrais… Elle aurait moins peur. Je ne sais rien de sa destinée mais elle est plus que probablement grandiose. Pourquoi dois-tu la suivre ?… Je ne sais pas… mais vous êtes liés… Néanmoins ce sentiment, ce lien qui vous unit est différent des autres et amène des magies, des pouvoirs bien supérieurs à ce qui était prévu initialement et beaucoup ne veulent pas voir ceci… c’est pourquoi…

La scène changeait encore.
On voyait la première fois qu’on les avait séparé, ce fameux chevalier Cheistam qui les avait trompés. Leur lien était effectivement curieux, cet argenté si pur et clair, épais, brillant… Même si ce n’était pas ce qui s’était vraiment passé Tristan vit le chevalier porter une épée contre ce fil, ce n’était que purement illustratif mais il comprit. Le fil tremblait, entamé, se fragilisait… De nombreuses autres scènes de plus en plus violentes qui ébranlaient leur amour, leur foi l’un en l’autre, leur foi envers eux-mêmes surtout, le lien qui faiblissait… Mais aussi d’autres scènes où il se renforçait, toujours plus. Leurs retrouvailles qui le rendait plus fort, beaucoup plus fort et plus brillant… Et, ça ce n’était vraiment pas obligatoire puisque même le jeune homme rougit, des étreintes fougueuses et passionnées. Ils ne le voyaient pas évidemment, mais le lien devenait presque doré, brillait avec leur passion et leur tendresse, en accord, l’alchimie parfaite entre eux, ces frissons électriques, l’impression de se perdre l’un et l’autre à chaque baiser, que le reste du monde n’existait pas… A chaque fois, ils se relevaient, parvenaient à guérir des coups que leur portaient différentes créatures… Alors c’était ça ? Beaucoup ne voulaient pas les voir ensemble à cause de ça ? Il se souvint que la magie de la demoiselle était alimentée aussi par ses sentiments, se rappela que son propre pouvoir ne lui était accessible que par/ pour elle…

Toutes les scènes disparurent, ils se retrouvèrent tous les deux dans cette bulle. Dehors les autres n’avaient pas bougé, le temps était figé, du moins le leur passait en accéléré. La créature s’était écarté. Tristan ne comprenait pas… Au moment où il avait reçu le parchemin et s’était souvenu des combats imposés par cette créature il avait su qu’elle ne lui voulait pas de mal mais alors pourquoi ? Pour l’entrainer ? Après ce soir, une seule chose était certaine, c’était son pouvoir qu’on voulait éveiller… Mais pourquoi ?

- Pourquoi ne t’es-tu pas transformé en dragon Tristan ?
- …
- Ca aurait été plus facile et moins douloureux avec le rayon.
- Parce que j’avais peur d’oublier qui j’étais… et de blesser mes amis. De… la blesser. Encore.
- Personne ne l’a forcée à t’aimer. Tu le sais maintenant, n’est ce pas ?
- … Oui…
- Mais c’était un bon raisonnement. C’est aussi ce qui te rend fort.
- …
- Tu dois apprendre si tu veux vraiment pouvoir l’aider. Ce que tu as fait contre ce dragon n’était dû qu’à la dose d’énergie qu’on t’avait donné, un simple reste de ce que tu avais utilisé pour combattre ton double. Maintenant tu dois vraiment apprendre. Mais tu l’as enclenché… c’est bon signe. Si elle le souhaite, elle pourra t’aider… C’est une mage. Tu peux lui faire confiance là dessus.
- Comment vous savez tout ça ?
- Parce que.
- Euh…
- Votre lien est néanmoins très abimé cette fois, guère plus épais qu’un cheveu… et guère plus solide. S’il se brise il ne se reconstruira pas Tristan…
- … Peu importe, je vais tout lui dire.
- C’est un gros risque… Et si elle se met en colère ? Si ça brise ce qu’il reste entre vous.
- … Je ne vais pas lui cacher ça ! Dans le fond, elle me déteste probablement déjà alors… Mais je ne lui cacherai rien, si je peux lui dire sans qu’elle ne coure de risque, si je peux lui dire ce que j’ai vu alors je le ferai.
- … Intéressant. Mais non. Tu ne le feras pas.
- Quoi ? Si vous croyez que…
- Tes forces t’abandonnent… Oublie pour l’instant, oui oublie comme tu as toujours oublié.
- Quoi ?! Non attendez, ne…
- Ne t’en fais pas, elle saura. J’ai entendu tes paroles jeune dragon. Et je suis plutôt pour cette étrange union que vous formez. Elle saura… Maintenant ce sort va disparaitre et tu oublieras pour ce soir, tu oublieras pour dormir si tu veux survivre et demain… et bien demain est un autre jour…
- Mais je ne… Attendez, qu’est ce que…

Un éclair de lumière, la bulle qui disparaissait, la conversation qui reprenait comme s’il ne s’était passé qu’une seconde pour les autres protagonistes, comme s’il ne s’était passé qu’une seconde pour eux tous… Déjà le reste de ce qui était arrivé ce soir là les rattrapait, Tristan qui ne se souvenait pas de ce qu’il venait de voir mais qui était curieusement soulagé des voix de sa tête. Plus de voix… La paix… enfin… Oh et la fatigue ! La vache ! Depuis quand était-il aussi fatigué ?
Alanir qui l’aidait à monter à cheval, il s’endormait à moitié déjà… Alors qu’ils chevauchaient lui et Eleyna, qu’il penchait de plus en plus sur l’encolure de son cheval, ses yeux se fermant tous seuls il avait attrapé la main de la guerrière toujours inquiète et sceptique face à ce qui s’était passé. Elle avait sursauté, il avait l’air si épuisé qu’elle avait écarquillé les yeux.

- Tris ? Ca va ?
- Tu lui diras hein ? Tu lui diras que je suis désolé… et que je l’aime hein ? Dis ?
- Euh… Oui d’accord.
- ah… Merci…

L’instant d’après il dormait. Toutes ces visions s’arrêtèrent finalement sur le cheval d’Eleyna qui s’arrêtait, celui de Tristan suivant le même chemin face à la créature qui envoyait l’orbe à la jeune femme.

Le trio se retrouva finalement dans le salon. Eleyna était aussi ébahie que les autres et se laissa tomber dans le canapé, la tête plus pleine de questions que de réponses. Nan mais franchement là ça faisait beaucoup ! Et c’était quand même super compliqué ! Elle comprenait mieux la fatigue et l’air torturé de Tristan avant son départ, le jour de son départ et ce soir quand elle l’avait retrouvé. Avec quoi avait-il vécu ces derniers jours ? En tous les cas beaucoup de questions trouvaient leur réponse mais pas seulement. Elle plissa les yeux mais eut beau essayer, le lien qu’ils avaient vu ne pouvaient pas être aperçu avec leurs yeux. C’était tellement curieux… Et en même temps tellement logique. Ce qu’il y avait entre eux, ça avait toujours été spécial, non ?
Elle déglutit difficilement et se releva en fixant la petite mage plus petite qu’elle.

- Euh… Cassidy… Ca va ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Jeu 29 Jan - 13:20

Pourtant lorsqu’elle se retrouvait devant Eleyna, il est vrai que Cassidy ne faisait pas bonne figure. Elle ne voyait que la mauvaise partie, celle qui était dure, froide, qui rejetait tout ce qui lui faisait du mal. Cependant, elle n’avait pas été comme ça les jours précédents. Après tout elle avait renvoyé Erwan pour mieux se concentrer sur Tristan, faire des projets d’avenir comme cette nouvelle aventure ou plutôt « retraite » où ils ne pouvaient que se retrouver. Le magnifique présent de la fête des présents qui prouvait encore à Tristan qu’elle essayait, encore et toujours. Sans se forcer, naturellement. Elle cherchait à être plus enthousiaste parfois, l’emmenant faire du patin à glace, des promenades… Tout pour retrouver un semblant de complicité !

Mais il est vrai qu’Eleyna n’avait pas vu ce changement, pas vu tous les efforts de la petite mage et ne pouvait que constater que, malgré ses efforts, la moindre erreur la faisait retomber encore plus profondément qu’elle ne l’était déjà. Mais Cassidy s’en fichait après tout, elle en avait assez de tout cela. Peut être qu’avant, elle aurait émis plus de réserves avant d’accuser son fiancé, lui trouvant une quelconque excuse pour expliquer son comportement et qu’il y avait forcément quelque chose. Cependant, les nombreuses choses malheureuses qui étaient arrivées l’avaient frappé, physiquement, émotionnellement, si bien que sa patience était à deux doigts de se rompre. Mais sa magie, si capricieuse, se manifestait et partait dans tous les sens. Petite mage investie d’une énorme quantité d’énergie, difficile à canaliser, ce n’était pas évident tous les jours. Et plus elle devenait puissante, plus elle déverrouillait des portes et plus cette surcharge de magie en devenait difficile à contrôler. Il est vrai que si la source du problème était Tristan, prendre de la distance était la meilleure solution. Mais au bout d’un an passé sur cette île, Cassidy s’était rendue compte que non, ce n’était pas comme ça qu’il fallait faire. Parce que même si elle s’était entraînée, même si elle avait progressé, elle avait énormément souffert. Son corps peinant à supporter une charge aussi grande. Plusieurs accidents avaient eu lieu… La gamine l’avait bien dit… Elle avait préféré que le fiancé soit là… Pour canaliser cette énergie, pour l’aider et la soutenir… cela aurait été plus simple. Mais rien n’est simple pour ce petit couple qui brave tous les dangers et les difficultés.

Alanir tentait de temporiser les choses. Il était assez embarrassé et n’aimait pas savoir Cassidy dans cet état. Eleyna comptait ne rien laisser dans l’ombre et cela rassura son interlocuteur un peu. Elle parlait du fait que c’était pour la protéger elle et non Cassidy. Cependant, Alanir ne savait pas trop quoi penser et attendait avec impatience les explications.

Cassidy était dehors, inspirant profondément avant de revenir, ne sachant pas comment se comporter. Mais lorsqu’elle revint, les mots sortirent tout seul de sa bouche. Elle était énervée, contrariée et le montrait bien. Eleyna semblait savoir qu’elle était présente sur les lieux du combat. Cela ne dérida pas Cassidy qui haussa les épaules d’un air nonchalant. Aucune réaction. Elle admira quand même la perspicacité d’Eleyna et même si Alanir grogna en détournant la tête, entendant les dernières paroles, un peu gêné et se mit à rougir.

Elle continua en expliquant qu’elle ne comptait pas en parler à Tristan, juste qu’elle essayait d’être de leur côté. Si Alanir n’avait pas lu la lettre, il n’aurait peut être pas été aussi détendu, enfin on pourrait dire, moins à cran qu’auparavant. Elle parlait de longueur d’histoire. Cassidy soupira un instant, puis s’avança un peu mais sans pour autant s’asseoir pour prendre le thé. Elle n’en avait pas spécialement envie. Cependant, le fait qu’elle n’ait rien dit au sujet de cet espionnage était une bonne chose et puis, c’était la seule qui détenait des informations à l’heure actuelle. Et même si Cassidy était contrariée, énervée, elle ne se braquait pas totalement et ne fuyait pas. Voulant en savoir plus.

Eleyna commença par dire que Tristan n’avait rien caché. Cassidy avait ouvert la bouche pour protester, que cela ne pouvait pas être possible vu son comportement mais la demi-elfe, qui savait pertinemment que la petite mage pouvait contester, continua sur sa lancée.

Elle l’écouta longuement. Cette histoire d’ombre, de dragon… il voulait lui dire, lui montrer. Il y avait des choses étranges… Mais si Cassidy ne semblait pas plus réagir que ça, Alanir semblait un peu plus expressif. Il était en train de boire son thé quand Eleyna évoqua le fait que Tristan pensait que Cassidy était forte, si forte qu’elle n’avait pas besoin qu’on la défende. A ce moment là, il manqua de s’étouffer et avala sa gorgée avant de toussoter. Cassidy s’était déplacée pour lui tapoter le dos, mais ne semblait pas vraiment en accord avec la réaction d’Alanir. Seulement, l’attitude du dragon prouvait que la petite mage n’était pas si invincible que ça…

Eleyna en profita pour lui montrer un cahier, vierge de pages. La demoiselle regarda et semblait ne pas vouloir en savoir davantage. D’accord elle ne voyait pas la raison de mentir d’Eleyna mais comment affronter une force obscure et mystérieuse qui est capable de détruire une relation en un tour de main ? Car ce manque de communication avait entraîné beaucoup de douleur et de peine pour Cassidy. Cependant, Eleyna insista et se remit à parler. Un long discours, des explications sur ce jeu, comment ça se passait, Tristan qui était directement impliqué… difficile d’ignorer. Cassidy écoutait, simplement. Même si elle se doutait que Tristan n’était pas responsable. C’était clair et évident, on jouait avec lui et on refusait de l’inclure. Quelle meilleure excuse que de lâcher l’affaire ? Le monde se liait contre eux et elle en avait ASSEZ de se battre. Des humains… des dragons… des complots… on ne voulait pas les laisser en paix, c’est ça ?!
Cassidy fixa Alanir et tous les deux semblaient interloqués, ne sachant pas quoi faire, quoi décider. Bon alors c’est tout ? Maintenant elle devait retourner gentiment dans le lit avec son compagnon comme si de rien n’était, ne pas lui en vouloir ? Et laisser les choses se faire à chaque fois qu’il partirait ? L’air de bien, la bonne petite fiancée qui le laisserait partir avec le sourire, en lui demandant de ne pas rentrer trop tard et de faire attention à lui. Oh oui forcément ! Mais elle ne pouvait que se faire un sang d’encre à son sujet.

Elle continua sur sa lancée, en disant que Tristan cachait quand même quelque chose. Quelque chose dont personne ne se doutait. Cassidy se renfrogna. Plusieurs fois elle lui avait demandé si ça allait mais il lui avait toujours dit qu’il n’y avait rien, que ce n’était que de la fatigue ! Elle croisa les bras, sa mauvaise humeur revenant au passage et détourna lentement la tête. Créature maléfique, c’était tout ce qui venait dans l’esprit de Cassidy. Elle avait bien sentie sa puissance. Et pourtant, Eleyna insista, parlant des derniers évènements. A regarder la sphère, Cassidy fronça les sourcils avant qu’elle ne tende finalement la main.

Et puis… tout bascula… de sombres vérités apparurent. Des choses qui n’auraient pas du avoir lieu… Et que Tristan avait encore caché… C’était cruel, horriblement cruel… Pendant tout le long, il était difficile de voir les expressions de Cassidy car elle restait tout à fait immobile, sans aucun sentiment, d’une froideur incomparable, neutre… Et lorsque tout fut terminé, la petite mage cligna un instant les yeux. Elle jeta un bref regard sur Eleyna, puis sans un mot, tourna les talons et sortit en claquant la porte. La pauvre demi-elfe ne semblait pas y comprendre grand-chose, pourtant, en activant son don, elle pouvait savoir que Cassidy se posait beaucoup de questions, était totalement perturbée.

Alanir soupira en posant sa main sur son front et secouant la tête. Puis il redressa la tête pour regarder Eleyna, semblant vouloir dire quelque chose. Son air était également un peu choqué, remué, le dragon trouvait ces histoires de plus en plus complexe même si il était d’une complexité à lui tout seul.

- Sacrés révélations… Ca expliquerait pourquoi il était un peu bizarre avec elle. Cassy a toujours essayé de se rapprocher de lui, même si elle avait du mal et pourtant… si il avait des doutes sur elle… ça expliquerait pourquoi ça ne va pas aussi vite…

Il se laissa glisser dans le fauteuil. Eleyna demanda où elle était partie.

- Prendre l’air j’imagine ? Ca fait beaucoup à encaisser…

En effet, Cassidy était sortie et marchait d’un pas décidé. Les images tournaient dans sa tête, dans son esprit. Elle ne comprenait plus. Où était le mal ? Où était le bien ? Son pauvre cerveau était en surchauffe. Elle s’arrêta devant une des cascades qui n’avait pas gelé, cette même cascade où un jour elle s’était retrouvée dessous et que Tristan l’avait soutiré du regard des autres. Déterminée, elle sauta de pierre en pierre et s’installa sous la cascade, s’asseyant sur une grosse pierre, comme si c’était l’endroit idéal pour faire une petite méditation ! L’eau coulait dans ses yeux, ses cheveux se trempaient, sa nuisette devint plus moulante et transparente. Elle ne semblait pas craindre le froid et était dans une profonde réflexion.

Pourquoi ? Oui pourquoi ? Pourquoi n’avait-il pas dit ? Parce qu’il avait peur de la réponse… Elle le connaissait tellement torturé et cela n’avait pas changé. Il y avait des choses étranges dans ce récit… des spectres, ces doutes… Elle resta un long moment sous la cascade, se remémorant ce qu’elle avait vu, entendu… Et pourtant quelque chose ne tournait pas rond.

Et après réflexion, elle se rendit à l’évidence. L’ombre n’était pas maléfique… du moins… pour l’instant. Il y avait plusieurs choses qui allaient dans ce sens. Si les deux personnes sacrifiées étaient bonnes pour mourir, avaient commis quelque chose de mal, Tristan n’en savait rien… et alors, si les dragons se fichaient de l’humanité, Tristan aurait pu le devenir. Mais ce n’était pas le cas. Car cette personne l’avait forcé à garder cet équilibre humain, en le faisant souffrir, en l’empêchant de devenir totalement dragon… à l’entraîner d’une certaine manière… il y avait quelque chose. Elle l’avait sauvé des spectres… et sauvé de lui-même en le forçant à se battre, chose qui l’empêchait de se laisser aller à de sombres réflexions. Pourtant certains points restaient obscurs. Qu’est-ce qui poussait l’ombre à agir ainsi ? Il n’y a pas d’aide sans conséquence… qu’attendait-elle de lui ? Et pourquoi tout cacher ? Pourquoi ne pas laisser Tristan expliquer à Cassidy la vérité ? Peut être que l’ombre voulait justement voir la réaction de la petite mage… si elle allait lui en parler ou faire comme si de rien n’était…

Cassidy se redressa et se déplaça pour sortir de sous la cascade. Ses réactions étaient vraiment surprenantes. Elle leva la tête vers la falaise, examinant la paroi rocheuse, son reflet apparaissant dans l’eau juste sous l’image de la lune. Secouant la tête et touchant son poignet endommagé, elle pressa fortement sur celui-ci avant de faire glisser le bandage de fortune, le tenant dans sa main. Des flammes dansantes apparurent sur celle-ci et réduisirent la pièce de cuir en cendres. Puis elle ferma les yeux avant de les rouvrir, ceux-ci ayant pris une teinte dorée. Et alors, elle se rapprocha de la falaise, et mis ses mains sur des encoches. Commençant une ascension ardue, entraînée en arrière par le poids de sa nuisette, de ses cheveux. Et pourtant elle progressait rapidement. Avancer, elle avait besoin d’avancer.

Comme son ascension, la vie était dure… Elle était faite de hauts et de bas. Parfois on avance facilement, trouvant tout de suite le bon chemin. Et à d’autres moments la pente devient plus compliquée, les prises se font rares… On hésite… est-ce que ce chemin nous conduira vers le haut ? Ou bien nous fera tomber en bas ? Elle assura une nouvelle prise, glissa un peu, serra les dents et contracta les muscles, utilisant son énergie magique pour rester accrocher en l’air, les pieds pendant dans le vide. Puis calmement, elle réassura ses prises et continua son ascension. L’air frais se faisait sentir, fouettant sa nuisette, la rendant un peu plus sèche. N’importe quel habitant s’inquiéterait de voir cette jeune femme faire cette action, escalader à mains nues une falaise.

Oui c’était une énorme prouesse. Et Tristan avait raison, elle n’avait besoin de personne, pas de soutien, rien. Elle posa une main vers le sommet et se hissa vers la plateforme qui surplombait la citée. Une aura l’entourait, dorée, puissante. La petite mage inspira lentement l’air, regardant la nuit sombre et profonde, éclairée par la lune, et tendit le visage vers cette dernière. Une de ses mèches avait viré au blanc. Elle se mit à sourire. Certes, elle était forte… puissante… mais également extrêmement fragile. Devant la lune, elle se dévoilait. Ce qu’elle n’avait jamais pu faire devant Tristan. Elle ne savait pas où elle en était. Car après tout elle était devenue plus forte pour lui, pour qu’il ne culpabilise plus… enfin après on l’avait forcée aussi.

Puis, elle s’assit calmement, fixant la lune, toujours plongée dans de profondes réflexions. Elle devrait avoir froid, mouillée ainsi, mais cela ne semblait pas la déranger. Qu’elle était la meilleure solution ? Réaction ? Comment devait-elle se conduire maintenant ? Elle aimait Tristan, ça c’était une évidence. Mais à quel point ? Après tout, lui, avait émis des doutes lorsqu’elle était partie, il n’avait pas continué à espérer… Elle aussi enfin… La jeune femme serra lentement les mains. Elle avait de grands pouvoirs, pouvait broyer un rocher ou transpercer une falaise si elle se concentrait assez. Mais ce pouvoir ne pouvait absolument rien faire contre les peines de cœur… Elle était bien seule pour cela, seule avec ses démons. Pardonner ? Faire la tête ? Faire la tête reviendrait à le voir plonger un peu plus. Il n’était pas totalement responsable… Mais si elle avait eu le choix, si elle en avait eu le pouvoir, jamais elle ne l’aurait laissé devenir dragon. Car tout avait basculé depuis que cette histoire s’était accélérée. Bien sûr il y avait autre chose avant… Mais déjà sa rancœur contre les dragons ne l’aidait pas à surmonter cette épreuve… Elle ne savait pas, elle ne savait plus…

La petite demoiselle se prit la tête entre les mains. Complètement torturée, tracassée, indécise… Quelle était la meilleure solution ? Que fallait-il faire ? Cela l’agaçait au plus haut point… elle se sentait mal, terriblement mal. Une voix lui soufflait qu’il fallait qu’elle arrête avec lui… qu’elle refasse sa vie… voir quelqu’un d’autre de moins compliqué et qui lui apporterait autant de bonheur, voire plus. Depuis quand se prenait-elle autant la tête ?

*C’est un dragon… il sera et restera dragon… tu ne fais que t’enfoncer dans une tourmente sans fin…*

*Oui mais non ! Il n’est pas totalement dragon… Il a des sentiments humains…*

*Un jour il changera complètement, tu ne pourras rien y faire. Ne l’as-tu pas déjà vu ? Cette lente transformation que toi-même tu ne peux arrêter ? Que reste-t-il de vos débuts ?*

*C’est bon, à force d’insister et de persévérer, on trouvera une solution !*

*Tu vas lui dire quoi ? Arrêter d’être un reptile ? C’est bien utopique et tu le sais que ça ne changera jamais… Tout le monde autour de toi insiste pour te dire ce qu’il est et tu t’accroches à des sentiments humains qu’il n’aura plus…*

*Il a peur… moi aussi… mais je sais qu’il ne veut pas changer… je sais…*

*Tu souffrirais moins… Regardes tu détestes les dragons, tu ne supportes plus cette complexité… tu luttes contre le vent mais celui-ci finit toujours par gagner…*

*Stooooop ! J’ai lutté un an sur cette fichue île avec l’espoir de le retrouver… je vais pas tout casser maintenant !*

Elle s’était redressée. Son esprit lui jouait des tours. C’était peut être la fatigue qui la faisait délirer, après tout, elle n’en savait absolument. Voulant faire taire cette voix intérieure qui ne pointait que le négatif, la jeune femme prit son élan et sauta dans le vide, les bras en croix.
Alanir qui parlait avec Eleyna redressa vivement la tête puis prit un air plus contrarié.

- Quelle petite idiote ! Décidément ils font bien la paire ces deux là… Je reviens…

Le dragon se précipita vers la terrasse, l’ouvrit en grand, et plongea dans le vide, se transformant en dragon de feu. Il eut à peine le temps de rattraper dans sa course dans le vide, alors qu’elle semblait avoir eu une petite envie de sensations fortes pour calmer ses pensées. Cependant, le dragon était furieux.

*Non mais tu en as de biens bonnes toi ! Sauter dans le vide comme ça, sans sommation ! Je suis pas une calèche hein !*

Cassidy, qui ne semblait pas effrayée, s’était accrochée à son dragon de feu, se couchant un peu sur lui alors qu’il reprenait un peu d’altitude. Elle ne savait pas trop quoi dire mais ne s’excusait pas pour son comportement. Malgré tout, Alanir avait beau râlé, il ne lui en tenait pas vigueur vu la situation.

* Mais qu’est-ce que t’as fichu encore ? T’es trempée ! Décidément…*

« Dis Alanir je devrais faire quoi… avec Tristan ? »

*C’est à moi que tu demandes ça ? Non mais je suis pas un spécialiste de l’amour moi !*

Il se mit à réfléchir un moment pourtant. La petite mage peinait à trouver une solution et il le sentait bien.

*Ben… tu devrais peut être reconfirmer tes sentiments pour lui… je sais pas… lui montrer quelque chose qui lui prouverait bien ce que tu penses… m’enfin il a la mémoire lente quand même… t’as beau avoir combattu une dragonne pour l’éloigner de lui et pffff… apparemment ton beau geste n’a pas eu d’impact !*

« Alanir ! Ca m’aide pas là et ça m’enfonce plus ! »

* Grumphf ! Je fais ce que je peux… Hum alors… pourquoi tu lui parlerais pas de la crevette hein ?*

La jeune femme se mit à réfléchir… Effectivement cela pourrait un peu rassurer Tristan. Elle acquiesça lentement d’un signe de tête.

*Tu ferais mieux d’aller te coucher toi… t’as atteins tes limites… pas envie que tu fasses un malaise en vol…*

Elle ne savait que trop bien de quoi il parlait. Et pourtant, la jeune femme n’ouvrait pas la bouche, se contentant d’hausser les épaules.

Il fit demi-tour et retourna en direction de la terrasse. Elle sauta sur la plateforme.
Malheureusement la demoiselle devait être bien plus fatiguée que ce qu’elle laissait entendre car en voulant se réceptionner sur ses jambes, son appui ne fut pas suffisamment solide pour lui permettre d’être debout. Elle tomba lourdement au sol de tout son long et l’absence de ses mains en avant prouvèrent bien qu’elle était vraiment mais vraiment à la ramasse.

- Cassy !

Alanir se transforma et vint se placer à côté d’elle, attrapant un de ses bras avec douceur, un peu haletant, grognant, l’air inquiet. Elle semblait vraiment mal. Il voulut la porter mais elle grogna en se redressant.

« Ca va c’est bon… tu as raison… je vais aller dormir un coup et ça ira mieux… »

C’est soutenue par lui qu’elle rentra dans l’appartement, sous les yeux d’une Eleyna qui ne devait pas comprendre grand-chose. Il la laissa devant la porte qu’elle ouvrit avant de le remercier. Lorsque le dragon se tourna et croisa le regard d’Eleyna, il se mit à soupirer.

- Quoi ? Non c’est pas la première fois que ça lui arrive… Sur l’île c’était pire…

Il avança vers elle, la croisant.

- Mais depuis qu’elle est ici, c’est bien moins fréquent… Coïncidence ? Je pense qu’on va arrêter de croire aux coïncidences..

Sur ces paroles, il attrapa son verre de thé et en but une gorgée afin de s’affaler sur le canapé.
De l’autre côté, Cassidy fixait silencieusement Tristan, étalé sur le lit. Mais la fatigue qu’elle ressentait l’empêchait de penser ou de se torturer l’esprit. Elle enleva sa nuisette trempée et, restant nue, la petite demoiselle se glissa dans le lit. Après un cours moment d’hésitation, elle se colla dans son dos et posa une main sur la hanche de son compagnon. Elle ne resta pas éveillée longtemps et se retrouva plongée dans un très long sommeil.

Le lendemain matin, lorsqu’il se réveilla, Tristan put constater que Cassidy n’avait pas bougé d’un pouce pendant la nuit. Elle était toujours derrière lui, un bras sur la hanche, sa tête collée contre la peau du jeune homme et respirait lentement. Peu importe ce qu’il faisait, contrairement à la dernière fois, elle ne se réveilla pas au moindre bruit, au moindre mouvement et semblait plongée dans un profond sommeil. Ce n’était pas la première fois que ça arrivait, donc il ne devait pas être trop choqué.

La matinée passa… l’après midi aussi… elle ne bougea pas des masses. Sans savoir ce qui se passait autour d’elle. Etait-il resté ? Ou faire un tour ? Cela elle l’ignorait…

Ce n’est que le soir qu’elle se réveilla en s’étirant paresseusement, se fichant de sa nudité même si la couverture était posée sur elle et ne dévoilait pas son corps à des yeux indiscrets. Elle bailla longuement, dévoilant ses petits crocs avant de se redresser et cligner des yeux. Très rapidement, elle aperçut Tristan à côté d’elle, assis sur le lit, qui la regardait d’un air qu’elle ne saurait identifier. Ses idées avaient du mal à retrouver leur place. Elle le fixa un instant silencieuse, un peu mal à l’aise, ouvrit la bouche, se fichant pas mal de sa nudité même si elle remonta la couverture sur elle pour qu’il ne soit pas perturbé. Elle se mit à sourire doucement.

« Hey Crétin… Qu’est-ce que t’as encore imaginé hein ? »

Elle ne le disait pas méchamment mais cherchait à le taquiner. La demoiselle se rapprocha de lui et toucha son front avec sa main.

« Je sais maintenant ce qui te tracasses… et je comprends pourquoi tu ne m’en as pas parlé… tu avais peur que tes doutes se confirment… pourtant… laisse moi parler… je vais te montrer quelque chose… et j’espère que ça sera suffisant pour te rassurer sur mes sentiments envers toi… mais il va falloir que tu me fasses confiance… sans ça… peu importe ce que je pourrais dire… te démontrer… si tu gardes ces doutes, je ne pourrais pas faire grand-chose… »

Puis, sans lui laisser le temps de parler, elle le plongea dans ses souvenirs, une nouvelle fois.

C’était ce fameux jour où elle l’avait traité de monstre, où elle courait dans les ruelles de la cité, perdue, triste, totalement choquée. La scène accéléra pour montrer Erwan qui la recueillait, la soutenait et l’invita à venir chez lui pour qu’elle reprenne ses esprits. Tristan les vit discuter, vit le visage impassible de Cassidy. Il la vit quand elle ne parlait pas et qu’Erwan tentait des approches, maladroites. Quand il tentait de lui faire comprendre qu’elle ne devait pas être avec Tristan.

Il vit le rapprochement de l’archer alors qu’il était accroupi devant elle et tentait de l’embrasser pour la faire sortir de sa léthargie. Et alors, tout bascula. Elle s’était dérobée de lui, manquant de renverser son bol de chocolat et semblait bien plus animée et vivante qu’avant, le fixant avec surprise, un peu de colère.

« Qu’est-ce que tu essayais de faire Erwan ? »

L’archer semblait penaud et surpris de ce revirement de situation.

- Heu… je…

Cassidy semblait un peu plus énervée.

« Tu as toujours… tu… »

Elle secoua la tête, agacée et le regarda avec plus de détermination, ses yeux brillaient d’une assurance nouvelle.

« Ecoutes… j’ai beaucoup de respect envers toi… je t’apprécie comme un ami… je ne peux pas totalement t’en vouloir mais il va falloir vraiment que tu fasses une croix dessus. J’aime Tristan et je n’apprécie pas comment tu peux profiter de la situation en me pensant affaiblie ! »

Il ouvrit la bouche en grand, ne s’attendant certainement pas à ce qu’elle réagisse de la sorte.

- Mais il est…

« Je SAIS ! Mais ça n’empêche pas que j’éprouve des sentiments pour lui… très fort… et malgré ce qu’il a pu faire ou dire… mon cœur me pousse toujours vers lui… je ne l’abandonnerais jamais ! Et surtout pas dans des moments comme ça ! C’est là où on doit devenir plus fort… là où on doit s’accrocher quand ça devient compliquer… je sais que je ne lui en donne pas l’impression… mais je reste convaincue qu’on va trouver une solution et que cette horrible histoire sera bien loin derrière nous ! »

-…

Elle se mit à soupirer avant de faire quelques pas en arrière, avant de se radoucir.

« Ecoute… tu ferais mieux de rentrer à Hysandra… Pas que ça me dérange que tu sois ici hein… mais tu risques d’être déçu… et je pourrais te faire du mal sans le vouloir et ça je ne veux pas… Par ailleurs, j’ai vraiment besoin d’avoir plus de temps, plus d’intimité avec Tristan… Je ne lâcherais pas l’affaire et il n’y a que comme ça, qu’en insistant qu’on finira par redevenir comme avant. C’est un peu compliqué mais c’est pas en agissant de la sorte que ça changera… »

Erwan fit un sourire triste.

- Alors malgré tout ce qu’il a pu te faire, malgré ce qu’il est même si tu n’apprécies pas, tu l’aimes toujours ?

Elle hocha la tête, déterminée, ne semblant souffrir d’aucune hésitation.

« Parfaitement… et encore même plus qu’avant ! »

Il soupira doucement.

- Soit… il a vraiment de la chance de t’avoir quand même… l’aimer à ce point… malgré les erreurs… qu’il ne gâche pas sa chance…

La jeune femme sortit de la pièce. Lorsqu’elle se retrouva dehors, Cassidy souriait, animée d’un élan nouveau de motivation. Elle se dirigea chez Maud.


Lorsqu’elle enleva la main de son front, rompant le contact, Cassidy était vraiment très proche de Tristan, le dévisageant, le regardant comme si elle tentait de cerner sa réaction. Encore une fois, elle ne lui laissa pas le temps de s’exprimer, de parler, posant ses mains sur ses joues, les caressant doucement. Le regardant attentivement, le souffle un peu court, le cœur battant. Bon il est vrai qu’étant nue ça n’arrangeait pas les choses… Mais elle le força à se concentrer sur son visage. Il était assis sur le lit. Puis, sans prévenir, elle posa son bras autour de sa nuque et le fit basculer sur le lit, elle allongée, lui au-dessus. Posant ses deux bras autour de sa nuque, c’est sans hésitation qu’elle approcha son visage du sien et déposa sur ses lèvres un baiser renversant, plein de passion, d’amour. Le genre de baiser qu’il n’avait pas eu depuis un moment, tellement appliqué, tellement rempli de sentiments, qu’il ne pouvait qu’être sûr de ses pensées. La petite mage avait décidé d’arrêter de réfléchir et avant de faire parler sa raison, elle faisait parler son instinct, son cœur.

Elle s’arrêta, haletante, pour le fixer tout en caressant d’une main distraite ses cheveux, l’air cependant très sérieux.

« Je t’aime Tristan Konogan… Toi… uniquement toi… mes sentiments n’ont pas changés pour toi même si je peine à les exprimer en ce moment… j’ai besoin d’un peu de temps… mais je sais… et si ces… spectres t’ont montré quelque chose ou te convaincre du contraire, ils se trompent ! Je ferais tout pour te montrer, pour te prouver, chaque jour, à quel point tu comptes pour moi… alors s’il te plaît… les écoute pas… je veux pas te perdre… je veux pas… »

Elle avait murmuré ses dernières paroles à voix basse, enfouissant son visage dans le cou du garçon, partageant sa chaleur et le serrant contre elle, vraiment investie.

Ils échangèrent des paroles, des gestes tendres et la petite demoiselle semblait plus déterminée que jamais. Mais elle ne semblait pas avoir envie de sortir du lit pour le moment, se contentant de lui faire des câlins, ayant rabattu la couverture sur eux. Puis au bout d’un moment, elle le regarda à nouveau.

« J’ai aussi appris beaucoup de choses hier… comme cette ombre… je ne sais pas si tu t’en rappelles… je ne sais pas comment ça marche ce truc là… »

Il la regarda et elle avait du mal à savoir ce qu’il pensait.

« Pour l’instant, je dirais qu’elle est plutôt de ton côté, malgré ce qu’elle a pu faire… je pense… que c’est pour cette raison aussi que tu n’es pas devenu totalement dragon… elle t’as aidé à revenir vers les sentiments humains… j’ignore ses buts, ce qu’elle recherche mais pour le moment, on va dire que c’est plutôt un allié… »

Elle caressa doucement son visage, se faisant plus triste.

« Ca doit être de ma faute si elle est intervenue… si je n’étais pas aussi… si j’avais réussi à surpasser ça plus rapidement, on en serait pas là… »

Ca faisait un peu mal quand même… pourtant, même si l’envie de savoir ce qu’était Ikael la démangeait, elle ne voulait pas poser la question, de peur que cette nouvelle révélation vienne à bout de ses bonnes résolutions. Ce n’était pas évident de parler de quelque chose que l’on déteste…

« Au fait… pour tes marques sur le visage… ça doit être les spectres qui se nourrissent de ton énergie… c’est la raison pour laquelle elles disparaissent… et quoique tu dises, quoique tu racontes, t’es peut être bien plus fatigué en ce moment qu’il y a quelques semaines en arrière… »

Elle caressait doucement ses cheveux, pensive, un peu indécise. Puis finalement elle secoua la tête.

« Au fait cette ombre a dit encore une chose… y a autre chose à propos de partie dragonne… Ikael… je sais qu’au fond de moi j’ai pas envie de savoir car je déteste ça, j’ai peur d’apprendre encore un truc qui va me faire sauter au plafond mais… je me rends compte aussi que si on en parle pas au final c’est bien pire et on s’invente tout un tas de scénarios qui sont peut être faux… Je vais faire l’effort… enfin je dis bien je vais faire hein… d’être plus compréhensive sur ce point là… si tu m’en parles »

Elle parlait un peu plus, au final, la demoiselle n’était pas aussi en colère que la veille non ?


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Dim 1 Fév - 9:06

Elle était partie. Sans un mot.
Eleyna n’avait pas fait un geste vers elle. Elle n’avait pas besoin d’activer son don pour savoir que la jeune femme était perturbée, même si elle semblait imperturbable et glaciale, ses grands yeux noisette eux semblaient tellement plein de question et emplis d’émotions qu’il était difficile d’ignorer le désarroi. Et puis… Elle-même était franchement perturbée par ce qu’elle venait d’apprendre, elle n’osait imaginer ce qu’il en était pour la demoiselle qui était quand même, de ce qu’elle avait compris par son don, très amoureuse de son beau chevalier. D’ailleurs elle ne s’expliquait pas pourquoi capter les émotions de la jeune femme était si difficile et fluctuant… Même sans le vouloir Tristan parvenait à lui cacher certaines choses, certains ressentis… Mais chez elle c’était différent. Elle ne percevait jamais tout, elle n’avait jamais tout perçu, comme si tout était étouffé par une barrière magique, émotionnelle ou elle ne savait trop quoi dont la petite mage n’avait probablement même pas conscience. Et si vraiment cette barrière était réelle alors… A quel point aimait-elle cet homme ?

Alors non, Eleyna ne chercha pas un seul instant à la retenir, se contentant de la suivre des yeux. Peut-être s’attendait-elle à une autre réaction tout de même. Bien sûr ce n’était franchement pas simple et elle comprenait qu’elle soit perdue… Elle se demandait comment elle-même aurait réagi à sa place. Elle aurait probablement été très malheureuse avant d’apprendre toutes ses vérités… mais tellement soulagée de savoir que son fiancé ne lui cachait pas volontairement tout ceci… Elle aurait été inquiète aussi. Enormément après avoir vu ce que ces spectres lui faisaient. Elle ne l’aurait pas quitté d’un pouce jusqu’à être sûre qu’il se réveillerait. Oui, elle aurait probablement réagi ainsi. Mais elles étaient très différentes au final… Et Cassidy avait vécu « seule » toute une année, sans lui… Elle avait beaucoup changé, personne n’était dupe. Et elle avait encore plein de question en tête sans doute. Pourtant quand Alanir lui parla elle ne l’entendit pas immédiatement. Elle pencha la tête et lui sourit, se faisait plus douce que nécessaire, fixant de loin la porte de la chambre dans laquelle dormait le jeune homme.

- C’est certain… Je ne pensais pas que c’était si grave. Je l’ai senti perdu et remué à plusieurs reprises mais je ne me doutais absolument pas de… ça. Ces « spectres »… n’ont eu aucun mal à trouver son point faible… c’est… étrange. Et qu’ils s’attaquent à lui juste après tous les sacrifices qu’a fait Cassidy pour le protéger et le soustraire à cette dragonne mal dégrossie, ce n’est certainement pas un hasard… Où est-elle allée tu crois ?

Il lui répondit. Elle fronça les sourcils et croisa les bras sur sa poitrine. Elle se sentait fatiguée et se rappela que les derniers jours n’avaient pas été faciles pour elle non plus. Elle aurait pu activer son don alors qu’il était face à elle et essayait d’avoir l’air impassible mais ce n’était probablement pas nécessaire. Pas besoin non pour sentir qu’il essayait d’être distant et contenait en même temps très mal sa curiosité. Qu’il était agité de l’avoir sentie en danger aussi… Ca il le lui avait bien fait comprendre peu avant. Cassidy avait besoin de réfléchir alors ? Un peu toute seule. Très bien… Elle en profiterait pour parler au dragon.

Elle se releva pourtant et alla dans la cuisine pour se faire des tartines et en faire au dragon par la même occasion. Ah ben non, elle n’avait pas diné elle ! Elle était enchainée au dessus du vide à ce moment là ! L’idée la fit d’ailleurs glousser toute seule ce qui provoqua immédiatement la curiosité du dragon. Elle revint et lui fit un sourire d’excuse.

- Je sais que si Cassidy avait besoin de toi tu serais déjà dehors avec elle. Je vais donc juger que tu es parfaitement à ta place pour l’instant. Je te dois des explications Alanir, enfin c’est mon impression… Je voulais… m’excuser avant tout d’être partie comme je l’ai fait. Les circonstances étaient… particulières.

Allait-elle lui sortir un mensonge ? Il le saurait immédiatement ! Il était là quand elle avait parlé à Tristan, même si eux ne le savaient pas. Il était là quand elle lui avait fait des aveux qui avaient retourné le pauvre dragon qui s’était senti si trahi et perdu. Elle senti son agitation immédiatement et lui prit une main par dessus la table basse, reposant la tartine dans laquelle elle avait mordu, finissant tranquillement de mâcher.

- Ecoute… Je vais essayer d’être claire et honnête car je sais que tout ça est très nouveau pour toi et que tu ne comprends pas toujours les humains, même si tu essaies vraiment beaucoup et de manière souvent très maladroite. Adorable… mais maladroite. Malgré ce qu’il est, ce qu’il est devenu et la menace qu’il peut représenter Tristan n’a jamais représenté le moindre danger pour moi. J’ai beau savoir qu’il est un dragon… ce n’est pas… Il n’a jamais été vraiment un dragon à mes yeux. C’est Tristan c’est tout. Comme vous vous ressemblez beaucoup tous les deux, j’ai eu tendance à te traiter comme je le traiterai lui… Parfois un peu brutalement, en te chahutant pas mal et en ayant bien peu d’égard pour ton ego. Tristan est un ami important pour moi, parce que j’ai trouvé… ou plutôt ressenti chez lui une souffrance que je connais bien. Toi et moi on est devenus vraiment amis depuis que toi et Cassidy vous avez surgi du néant… Enfin c’est mon impression… J’avais jamais vraiment imaginé que nos avis pourraient être contraires, alors que c’est tout naturel. Quand tu as… blessé involontairement et tellement maladroitement Tristan, j’ai vu rouge immédiatement et je me suis énervée, vraiment beaucoup… Je suis désolée pour ça, vraiment… Enfin je pense que tu te souviens de mon coup… Je l’ai regretté après c’est vrai… Parce qu’on est différents, vraiment différents… Que tu es un dragon et moi une portion d’elfe et que j’avais absolument aucune idée de l’offense que je pouvais te faire. Tu sembles plus humain que tellement d’hommes que je connais que j’ai oublié un instant à quel point ce geste, tout naturel chez moi, pouvait être dangereux, surtout pour les autres. J’ai senti ta colère, je ne sais même pas comment tu l’as contenue. Je l’ai sentie sans même activer mon don Alanir. Je n’ose imaginer ce que je t’ai fait endurer à ce moment là… Vraiment… pardon… J’avais honte et en même temps je t’en ai voulu d’être différent… que mon naturel puisse être un danger… je n’avais jamais imaginé devoir être autre que moi-même avec toi, faire semblant d’être quelqu’un d’autre alors ça m’a un peu perturbée et mise en colère…et…  J’ai eu peur c’est vrai… De toi… Et encore plus je m’en suis voulu d’avoir peur. Parce que… Franchement, un gars qui se casse la figure en courant, qui essaie parfois de mettre les deux pieds dans la même jambe de pantalon en l’enfilant, qui semble voir le plus grand tour de magie en voyant quelqu’un siffler et en essayant vainement de l’imiter, qui est aussi bon joueur malgré ses constantes pertes aux jeux et ses bouderies répétitives et qui voue un culte franchement glauque, voire indécent aux crêpes… C’est adorable… pas effrayant.

Elle se remit à glousser toute seule, ayant apparemment des souvenirs en tête propres à la faire rire. Face à elle, le grand dragon paraissait bien moins imposant et bien plus jeune avec son air mi-penaud, mi-curieux, un peu perdu et aussi… tiens, il lui semblait presque soulagé. C’est vrai que ce qu’elle disait changeait un peu de ce qu’il avait pu « entendre » et comprendre pendant sa conversation avec Tristan ce fameux soir. Elle se redressa et lui ébouriffa les cheveux en souriant, profitant de s’être levée pour ôter le baudrier de sa ceinture et reposer son épée contre un mur en soupirant. Comme elle s’était levée et lui tournait le dos, elle en profita pour ajouter quelques mots.

- Au passage j’aurais probablement… pris plus de temps pour revenir et surtout pour… mettre les choses au clair si ton cadet ne m’avait pas envoyé un message à moitié assassin parce que selon lui tu étais « boudeur, en colère et que tu te " morfondais".

Elle revint vers lui et lui fit un clin d’oeil avec un soupir, l’air de dire qu’apparemment il n’était pas très discret.

- Vraiment désolée de t’avoir causé du tort… J’avais besoin de retrouver un environnement simple dont j’ai l’habitude pour réfléchir. Ce n’était ni contre toi, ni contre Cassidy. Juste pour moi, pour réfléchir… Tu as bien vu avec ta protégée non ? Tu devrais pourtant avoir retenu la leçon, les femmes réfléchissent énormééééément !

Elle ne le laissa pas parler lui tendant l’assiette avec des tartines, lui laissant le temps de digérer tout ceci lui aussi et de lui poser des questions s’il en avait besoin. Pourtant, elle ne semblait pas plus gênée que ça pour sa part et tellement honnête qu’il était difficile de douter d’elle. Mais à force de côtoyer les humains Alanir avait probablement fini par penser comme eux et par commencer à ressentir des émotions… avec leurs lots de souffrance, d’incompréhension et d’éternels quiproquos.

Ils s’étaient mis à parler de tout et de rien pour ne pas s’appesantir davantage sur le sujet… pour l’instant. Quand brusquement Alanir avait redressé la tête avant de partir sur une phrase plus qu’énigmatique, plantant là une Eleyna franchement surprise. Avait-elle déjà oublié les aléas qui entouraient toujours le petit couple ? Probablement. Même si comme elle venait de le dire elle avait l’habitude de Tristan, elle ne put retenir un sursaut et un geste vers la fenêtre quand le jeune homme se jeta dans le vide avant de se transformer… Fichus réflexes conditionnés !
Suspendant son geste, elle ronchonna, comprit qu’il y avait quelque chose entre le dragon et sa petite protégée et épuisée, saturée, la demi-elfe se mit à parler toute seule en déclarant haut et fort que puisque c’était comme ça, elle allait se doucher elle. Le silence de l’appartement lui répondit et elle râla de plus belle malgré le sourire qui étirait ses lèvres. Une longue douche chaude eut tôt fait de chasser le froid de l’extérieur et de son bref emprisonnement. Enfin plutôt courte… Elle sortait de la douche d’ailleurs, entortillée dans une longue serviette, tamponnant d’une bien plus petite ses cheveux bouclés quand Alanir et Cassidy reparurent. Enfin plutôt quand Alanir revint et Cassidy se vautra comme un caramel mou !

Pas très sexy l’atterrissage. Elle ne manqua ni sa mèche blanche ni son air complètement épuisé ! Elle retint ses questions, se contentant de les regarder rentrer et Cassidy aller directement dans la chambre où dormait Tristan (ce qui ne rassura qu’à moitié l’elfe d’ailleurs… Elle n’allait quand même pas lui taper dessus maintenant en exigeant de savoir pourquoi il n’avait rien dit ????! Apparemment non… ouf…).
Déjà le dragon identifiait, presque bien, son regard et lui apprenait que la demoiselle faisait apparemment souvent la bêtise de se jeter d’une falaise, enfin ça c’est ce qu’elle avait cru comprendre, souvent avant de revoir son bien-aimé du moins. Ils étaient vraiment tombés sur deux barjos finis !
Elle ne répondit pas, se contentant d’un haussement de sourcil révélateur. Quand il se vautra dans le canapé elle lui sourit et s’assit en face de lui, croisant les jambes, nullement gênée d’être entortillée dans une serviette et de se sécher tranquillement les cheveux devant lui d’ailleurs, pensive. Heureusement qu’elle finit rapidement et retourna s’habiller dans la salle de bain parce que la situation était quand même inédite… Rapidement elle revint, ayant laissé pas mal d’affaires ici, se pelotonnant dans une grande veste trop grande pour elle sur le fauteuil, parlant un peu, s’endormant très vite, elle aussi épuisée par sa journée.
La nuit laissa vite la place au jour.



Il l’observait, sans un bruit, sans un mot. Assis près d’elle, silencieux comme l’aurait été un prédateur impitoyable. Son regard suivait avec la lenteur dudit prédateur les courbes de son corps qui se dessinaient sous la couverture qui conservait à peine sa pudeur. Les jambes très légèrement repliées vers elle, une main paresseusement posée sur son oreiller qu’il avait déserté, qu’elle crispait de temps à autre dans son sommeil, l’autre invisible sous le drap. Ses longs cheveux d’or s’étalaient en corolle dans le lit dessinant une sorte d’auréole angélique à l’adorable jeune femme endormie.
Son odeur changea, imperceptiblement. Même un être avec son incroyable odorat ne l’aurait pas perçu. Mais il la connaissait un peu trop bien son odeur, tellement différente de celle des autres. Elle se réveillait, il le sentait.
Bâillement adorable qui lui donnait des airs de tigresse avec ses canines affûtées. Il ne put s’empêcher d’esquisser un demi sourire. Mais déjà elle s’étirait et se redressait, lui arrachant bien plus qu’un sourire.
La couverture avait aussitôt glissé le long de sa poitrine, glissant sans prudence jusqu’à sa taille. Heureusement que ses longs cheveux suivaient le même mouvement. Il se concentra sur son visage, se contentant d’attendre, un sourire aux lèvres, un air un brin lubrique illuminant ses traits jusqu’alors si ternes et fatigués alors qu’elle se frottait paresseusement les yeux d’une manière bien trop mignonne !
Elle ne semblait franchement pas réveillée vu comme elle se mit à le regarder mais il comprit sa « plaisanterie », ne la prit pas mal du tout alors qu’elle se recouvrait. Il lui fit un sourire en coin, un de ceux qui la faisait tellement craquer… Il y a bien longtemps maintenant.

- Oh je n’ai pas à imaginer grand chose. Vu ta tenue, pas besoin… « d’imagination ». 



Petit sous-entendu léger par rapport à sa nudité. Et que même s’il ne faisait rien Tristan ne se gênait pas plus que ça pour regarder. Après tout, elle était toujours sa fiancée… Autant en profiter tant que c’était toujours le cas non ? Elle rougit légèrement mais le cacha aussitôt dans un geste, s’approchant de lui, lui parlant. Il demeura sagement immobile. Assis sur le bord du lit depuis probablement un bon moment, le grand jeune homme était bien plus habillé qu’elle. En même tant moins ce n’était physiquement pas possible ! Il portait un pantalon sombre et une tunique courte noire que Maud avait probablement décidé d’ajuster assez pour qu’on puisse compter les muscles de son ventre sans la moindre difficultés. Les manches courtes moulaient d’ailleurs tellement les muscles de ses bras qu’il semblait tout à fait capable de craquer les coutures en contractant ses biceps. Il n’avait pas ses bottes aux pieds par contre.
La veille, quand Eleyna et Alanir l’avaient soutenu jusque dans la chambre, la demi-elfe s’était empressée de demander l’aide de son ami pour déshabiller le Drakkari. Bon, sa tunique avait complètement été consumée par le rayon bleuté mais son pantalon était trempé à cause de ses acrobaties dans la neige et apparemment, elle ne tenait pas à se faire trucider par Cassidy en risquant de toucher le jeune homme en dessous de la ceinture, même si à ce moment là, la petite princesse en question ne semblait pas vraiment préoccupée à ce sujet, plutôt à tenter de contenir la colère et le sentiment de trahison que lui inspirait le garçon. Le jeune homme n’avait pas très bien compris pourquoi il se réveillait en boxer mais en tous les cas s’était habillé depuis ! Heureusement.

Elle parlait doucement alors qu’il la regardait approcher. La nuit tombait et quand elle s’était éveillée les cristaux s’étaient automatiquement allumés. Heureusement sinon elle n’aurait pas vu grand chose… Mais ceux-ci faisaient bien perdre de son opacité au drap qui la recouvrait et l’approche de la jeune femme n’était pas sans conséquence sur son fiancé. Parfaitement immobile il frémit légèrement quand elle toucha son front, pencha un peu la tête quand elle parla de lui montrer quelque chose, ferma les yeux comme à chaque fois qu’ils partageaient ainsi des souvenirs. Même si ce n’étaient que des souvenirs et qu’elle n’était pas cruelle au point de lui montrer, il le savait, une scène qui le rendrait jaloux, la jeune homme ne put s’empêcher de se crisper un peu quand Erwan l’approcha, de s’attrister en le voyant la consoler. C’était ainsi… Mais c’était difficile. Elle semblait si perdue et désemparée, au moins autant que lui, si ce n’est plus encore, oui, ils faisaient bien la paire ! Les tentatives de l’archer pour lui faire renoncer à son Drakkari adoré n’échappèrent pas au grand jeune homme qui demeurait impassible, tellement maitre de lui-même malgré la situation. Pourtant quand il essaya de l’embrasser, même si Cassidy eut fort heureusement, immédiatement un mouvement de recul qui mit en joie son compagnon, il ne put s’empêcher de serrer les dents, le carré de sa mâchoire se durcissant un peu plus.
Surpris mais soulagé par la véhémence de la jeune femme et ses certitudes, son aplomb et ses déclarations, Tristan se délecta en silence de ces souvenirs qu’il trouvait finalement très agréables. Les convictions de la demoiselle lui faisaient chaud au coeur et le rassuraient, c’est vrai. Et plus encore… c’est vrai, assez égoïstement, il était content qu’elle se rende compte, ENFIN, que l’archer l’aimait toujours ! Ah ben au moins elle ne penserait plus qu’il était bêtement jaloux ! Il avait toutes les raisons de l’être quand un « chasseur » tournait autour de sa douce princesse… maintenant elle savait qu’il ne l’était pas non plus sans « raison ».

Ils reprirent rapidement pieds dans la réalité. Alors qu’il battait des paupières pour chasser les souvenirs, assez content de ce qu’il venait de voir, Tristan baissa légèrement les yeux, remarquant avec surprise la proximité de la jolie jeune femme… qui avait encore perdu son drap pour le coup. Diable que la vie était cruelle… La nature n’avait pas le droit de doter une demoiselle de tant de beauté et de demander au pauvre hère qui la contemplait de ne ressentir que de la saine et innocente tendresse. Elle caressait ses joues et curieusement son contact l’apaisa un peu alors qu’il la fixait avec curiosité, sans faire montre ni de tristesse, ni de colère, ni d’émotion particulière en fait. Au contraire, son visage prônait un certain recul, presque de l’indifférence… Non… pas de l’indifférence… de la retenue ! Ses mains, il les avait crispées sur le drap sous lui et il ne disait rien, il ne respirait presque pas d’ailleurs. Et c’est dans une excellente, brillante initiative qu’elle le fit se pencher vers elle. Si le jeune homme se crispa d’autant plus, serrant les dents et vint immédiatement poser ses mains de chaque côté du visage de la jeune femme pour éviter, clairement de l’écraser et tout contact trop proche, soit elle ne le remarqua pas, soit elle n’y fit pas plus que ça attention, toute à sa lancée. Car elle l’embrassa… Oui elle l’embrassa. Et même si son baiser était une merveille qui méritait à lui seul un récital de poèmes chantés, elle n’avait pas besoin d’y mettre un tel investissement… Car à peine ses lèvres effleuraient celles du jeune homme que toute la tension qui animait celui-ci disparaissait !

Bien sûr !!!! C’est que ça le tuait de la regarder, d’être si près d’elle sans pouvoir la toucher, l’embrasser comme il aurait tant voulu le faire ! Et comme il en avait tellement besoin aussi ! Et la voir quasiment nue, franchement ça n’aidait pas !!!! Le contrôle immense dont faisait preuve le jeune homme en essayant de rester distant malgré le besoin impératif qu’il avait d’embrasser sa compagne et de la prendre dans ses bras venait de voler en éclat et elle dut immédiatement le sentir. Car déjà il appuyait son visage, fort, contre le sien, l’incitant à poser sa tête sur l’oreiller pour ne pas tirer plus longtemps sur les muscles de sa nuque en relevant ainsi la tête à la recherche de ses lèvres. Déjà il répondait à son baiser et quitta sa position semi-assise, semi-allongée pour se glisser au dessus d’elle sans faire cesser ce baiser. En appuie sur les genoux et les mains, de chaque côté de son corps il effleurait à peine de ses pouces ses épaules et gémissait tout bas à son renversant baiser. Le sang battait à ses tempes et il avait déjà l’intention de se venger avec tous les intérêts frustrés de ces derniers jours quand elle fit doucement cesser cette caresse. Il redressa aussitôt la tête et tout son corps, surpris, la fixant, remarquant avec une joie sadique qu’elle était aussi essoufflée que lui ! Elle parlait… Elle disait qu’elle l’aimait et il la crut sur parole, ravi et incapable de le dire, se contentant de la fixer avec ce même air sérieux et imperturbable qu’elle attribuait à un indécent contrôle qu’il avait sur lui-même ! Elle parlait des spectres et cela confirma ce qu’il savait déjà, ce que les deux autres lui avaient dit. Elle savait tout et c’était bien mieux ainsi.

Elle se redressa un peu sur ses derniers mots, perdant son visage dans les muscles de son cou, les trapèzes de sa gorge qui se contractèrent dès que sa peau effleura la sienne. Il ressentit son émotion comme si elle était la sienne. Tenant sans mal en appui sur ses genoux et une seule de ses mains il passa aussitôt l’autre dans le dos de la jeune, caressant sa peau nue en la pressant un peu plus contre lui, tout en douceur, perdant son visage dans ses cheveux blonds… tout ébouriffés et bourrés d’électricité statique !!!! Doucement, par gestes lents il se glissa sous la couverture à côté d’elle et s’allongea sur le flanc, la prenant étroitement dans ses bras, apparemment pas du tout gêné par sa nudité, lui qui encore peu avant semblait dans tous ses états à cette simple vue ! La demoiselle étroitement blottie contre lui, Tristan caressait tendrement tour à tour son dos, son ventre parfois, sa taille, ne s’aventurant ou plutôt ne cherchant à aucun instant à s’aventurer ni plus bas… ni vers sa poitrine, beaucoup trop sage et calme. Il l’embrassait tendrement, déposant de doux baisers sur son visage: son front, son nez, ses joues, ses lèvres, attaquant la ligne délicate de sa mâchoire en la sentant frémir quand ayant apparemment trouvé ses mots ou son courage il la remercia tout bas pour le souvenir et lui déclara, la voix teintée d’émotion, qu’il l’aimait aussi, qu’elle n’avait rien à lui prouver, qu’elle ne le perdrait jamais… Bon c’était un peu surfait de dire ceci alors qu’il était apparemment guère passé loin de mal finir une fois de plus ! Mais bon… le principe était bon. Il la câlinait doucement, toujours innocemment quand elle parla de souvenirs, de l’ombre. Il cessa et l’observa. Toujours avec ce sérieux déstabilisant… Comme depuis qu’elle était réapparue après l’île, dans les yeux du jeune homme, autrefois juste orangés, tournoyait ce lent tourbillon bleuté, étrangement plus clair, plus vif que les jours précédents.

Il pressentait qu’elle avait besoin de parler, beaucoup… Qu’elle avait besoin d’exprimer ce qu’elle ressentait alors il la laissait faire. Et puis il aimait bien, se contentant de l’observer, de l’écouter, caressant tendrement son dos, fixant les perturbants yeux noisette qui le fixait presque sans ciller.
Il sourit doucement en la voyant plus triste, frémissant à sa caresse et appuyant doucement sa joue contre la petite main douce. Tendrement et avec des gestes infiniment doux, tellement propres à son comportement « habituel » il s’empara de ses lèvres et sans lui laisser plus de choix que ce qu’elle lui avait permis roula avec elle dans le lit pour qu’elle se retrouve au-dessus de lui. Elle se redressait sur les avant-bras, l’observant, clairement surprise par son sourire et son geste exposant bien trop sa poitrine pour l’imagination saine d’un jeune homme parfaitement constitué, mais une fois de plus il ne manifesta aucun écart, pas même une oeillade ravie et contemplative.
Les deux mains libérées il les posa sur son cou, le bout des doigts seulement pour ne pas qu’elle se rappelle la « caresse égoïste et dominatrice » d’Ikaël quand il l’avait à moitié étranglée un soir, juste parce que ça l’excitait clairement de la soumettre ainsi à ses caprices. Toujours doucement il effleurait ses oreilles, sourit un peu plus à leur vue, glissa dans ses cheveux et jouant de ses abdominaux se redressa, assis, étreignant fermement la demoiselle dans une étreinte proche de son sentiment de non-partage actuelle avant de refermer délicatement ses dents sur le lobe d’une de ses adorables petites oreilles qui lui plaisaient tant. Il la sentit frémir contre lui, probablement encore plus surprise ! Il cessa aussitôt en se rallongeant, une de ses mains restant dans son dos tandis que l’autre allait trouver l’opposée de la demoiselle et enlaçait ses doigts des siens.
Il la fixa dans les yeux, sans crainte, sans hésitation et parla avec tranquillité et honnêteté.

- Je me souviens de tout… Je me suis réveillé tout à l’heure en me rappelant de tout… Et je sais tout ce que tu as appris… Eleyna et Alanir me l’ont dit. Tout ce que tu sais. En fait tu en sais autant que moi je pense… J’en suis heureux et rassuré. Je crois que tu as raison… Que cette ombre est de mon côté et… qu’elle/il a fait était plus pour m’aider qu’autre chose… Hier soir… Avec tout ce que j’ai appris… Malgré mon état, je n’aurais eu de repos qu’après t’avoir tout dit… Et honnêtement, j’ai beau y avoir réfléchi depuis que je suis réveillé, je ne sais vraiment pas par où j’aurais pu commencer et comment j’aurais pu… expliquer tout ça. Et… enfin… je n’étais… je ne sais pas combien de temps j’aurais pu tenir dans mon état…

Il sourit de nouveau et serra un peu plus sa main de la sienne.

- Mais… Tu n’as rien à te reprocher. En effet… Il y a des chances pour que son intervention m’ait empêché de devenir trop dragon et peut-être donc... d'échouer dans ce que je me suis promis il y a longtemps vis-à-vis de toi. Mais tu étais loin, tu n’y pouvais rien. C’est moi qui étais perdu et … clairement pas remis de t’avoir « tuée »… enfin ton double. Mais je pense plus que c’était…pour me rappeler que je n’étais pas encore à la hauteur pour toi et par rapport à toi. Tu es revenue si incroyablement forte et puissante. Je ne fais pas un très bon allié encore et il/elle le savait… Quoi qu’il/elle soit.

Son autre main cessa de caresser son dos alors qu’il contemplait toujours son visage avec tendresse et avec ce petit quelque chose qu’elle ne pouvait ABSOLUMENT pas manquer ! Il avait l’air soulagé, tranquille, plus du tout… torturé. Fatigué, certes, les cernes sous ses yeux en attestaient et son teint bien plus pâle qu’avant aussi mais il n’avait pas l’air complètement crispé et ailleurs comme la veille encore. Malgré tous ses efforts, il y avait les spectres qui le torturaient et son apparente tranquillité, son apaisement visible étaient autant de preuves sur ce qu’il savait et avait compris à présent. Il était plus proche et n’avait pas d’hésitation… D’ailleurs tout son récent comportement trouvait des réponses dans les précédentes révélations. S’il hésitait à chaque geste tendre c’est que chaque rejet était une nouvelle morsure empoisonnée de ces monstres. Là, il n’hésitait que peu à l’embrasser et la caresser tendrement. Il était clairement en retenue et beaucoup trop maitre de lui-même pour quelqu’un qui tenait une aussi belle femme nue contre lui mais il allait bien… Maintenant il allait bien. Et il semblait de nouveau bien mieux la comprendre.
En attestait le sourire amusé sur ses lèvres alors qu’il perdait une main dans sa nuque, la caressant tout doucement, toujours aussi tactile.

- Tout à l’heure tu as dit quelque chose… Je suis heureux que tu aies compris mes tracas et mes peurs… Mais tu as tort sur un point. La crainte de t’entendre dire que tu ne m’aimais pas vraiment était un risque que j’étais prêt à courir… Parce que j’avais peur et que j’avais des doutes et que je craignais de te faire du mal, de plus en plus avec ces cauchemars. Je voulais te parler de ce qui m’étais arrivé, vraiment… avec ces spectres… Ils ont dû le sentir d’une manière ou d’une autre car ils m’ont encouragé à te parler, à me confier, à tout te révéler… Qu’ainsi tout s’arrêterait. Mais ils ont immédiatement ajouté que si je le faisais alors c’est toi qui connaitrais ces souffrances… ces cauchemars, ces voix qui ramenaient sans cesse le doute dans mon coeur, qui trouvaient dans chacun de nos actes les plus banals matière à détruire un peu plus ce qui nous unit.

Il s’était un peu rembruni à ce souvenir et secoua la tête légèrement pour le chasser, reprenant un sourire un peu forcé cette fois.

- C’était probablement faux… Ce n’était sans doute que du bluff, mais même si l’idée m’a effleuré ce jour-là je n’aurais couru le risque pour rien au monde. T’imposer ça… Surtout après tout ce qui s’était passé… Enfin…

Elle semblait mieux comprendre et il vit une lueur de colère dans ses adorables yeux noisette. Décidément, elle ne les aimait pas ces spectres qui torturaient son fiancé et elle avait bien raison ! Elle ajoutait d’ailleurs aussitôt quelque chose sur ses marques. Il sourit aussitôt, décidément redevenu très souriant et ce n’était pas pour déplaire à la demoiselle, ça il en était certain ! Il répondit avec un engouement certain.

- Toujours aussi maligne toi ! Oui, je pense que c’est tout à fait ça… Mais ça change ne t’en fais pas. En grande partie avec tous ces câlins je dirais d’ailleurs. Je pense que celles de mon visage et de mes bras prennent plus de temps… ce sont les premières à avoir disparu mais…

Il prit sa main et la glissa sans autre forme de procès sous son t-shirt, jusqu’à ses côtes. Ses marques suivaient le même principe que les rayures sur le pelage d’un tigre… C’était toujours sa peau, ce n’était pas des marques dures et froides, pas du tout, seule la légère différence de température attestait de l’existence de ces « marques ». Sous les doigts de la jeune femme une surface fine était légèrement plus chaude et semblait plus sensible au contact de ses doigts vu le frisson qui prit le jeune homme audit contact. Nul doute qu’elles réapparaissaient.
Il se mit à l’embêter juste après, essayant de la chatouiller un peu alors qu’elle s’entortillait un peu plus dans la couverture pour se protéger. Il en profita d’ailleurs pour la transformer en véritable petite chenille toute emballée ainsi et déclara qu’elle ne pouvait plus échapper à ses baisers. Ca semblait tellement simple, tellement facile oui, tellement naturel. Comment croire que la veille encore était si compliquée ? Que quelques jours plus tôt elle se posait de sérieuses questions sur leur couple ?… Et lui aussi. Ils ne parlaient pas de ce lien qu’avait montré l’ombre, ce truc qui les liait réellement physiquement l’un à l’autre, ce lien qui avait même surpris les dieux, ce lien qui semblait terroriser tant de créatures, raison pour laquelle tout cherchait à les séparer, les éloigner. Peut-être que c’était plus facile aussi de savoir POURQUOI on leur en voulait tant… Peut-être qu’ils ne savaient pas trop comment faire pour en parler aussi…
Il arrêta vite de l’embêter. Elle avait dégagé une main et avait commencé à lui caresser les cheveux et le jeune homme avait aussitôt rendu les armes, l’aidant à se dépêtrer de la couverture, s’allongeant gentiment à côté d’elle, toujours sans tenter d’approches plus « exigeantes », se contentant de fermer les yeux, appréciant la caresse. C’est vrai qu’il avait l’air fatigué. Il ne niait pas…

Il fallut encore quelques minutes de silence, de calme et de douceur pour qu’elle ose parler de ce qui la tracassait encore tant. Il rouvrit les yeux et l’écouta parler sans l’interrompre une seconde. Elle parlait d’Ikael. Elle voulait savoir ce qu’il en était. Il avait bien compris que ça aussi elle l’avait entendu et s’attendait à ce qu’elle posât la question à un moment ou un autre. Peut-être pas si vite mais il s’y attendait.

Tristan soupira et s’allongea sur le dos, échappant ainsi à la caresse, devenue plus crispée inconsciemment, de la jeune femme. Il ferma les yeux et croisant ses deux mains, les étira au dessus de lui, les relâchant, observant le plafond en silence avant de finalement lâcher quelques mots.

- J’ai eu envie de t’en parler… Plein de fois… Il y a un bon… et un mauvais côté. Le bon n'a été confirmé que tout récemment...Je n’arrêtais pas de me dire que si je te racontais, tu aurais moins peur, tu ne craindrais plus que… mais ça impliquait que je te dise tout… je pouvais pas donner le bon et cacher le mauvais… et… Enfin… Je trouvais injuste de le faire en tous les cas… Et puis ce n’était pas vraiment le bon moment avec tout ce qui… enfin tout ce que je t’ai fait subir récemment…

Nouveau soupir chez le jeune homme. Lentement il se tourna sur le côté, l’observant et remontant même doucement la couverture qui avait un peu glissé sur les épaules de la jeune femme. Il caressa une de ses joues du bout des doigts, sembla chercher ses mots, perdre courage, chercher encore puis l’attira de nouveau contre lui. Quelques jours plus tôt encore il n’aurait même pas osé, craignant de mal faire, de la brusquer. Mais il avait besoin de ces contacts et elle aussi. Quand elle fut tout contre lui, il l’étreignit doucement et inclina son visage vers elle, parlant tout bas, bien décidé à être honnête et lui dire tout ce qu’elle voudrait.

- Je ne sais vraiment pas comment l’expliquer… Si tu ne comprends pas, si je m’y prends mal, dis-le moi s’il te plait princesse. Voilà… Tu… Te souviens de cette… Kaär qui s’est fait passer pour toi ? Qui a pris ta place… Celle avec laquelle j’ai… enfin… je t’ai trompée ?

Elle fronçait les sourcils, ne comprenant probablement pas pourquoi il lui rappelait cet horrible souvenir ! Franchement, non ce n’était pas très délicat. Il le savait bien apparemment, semblant malheureux de lui infliger ça.

- Enfin… je… Tu sais bien que ce n’est pas du tout ce que je voulais… et je… je m’en suis énormément voulu quand j’ai compris, assez pour avoir un comportement vraiment… stupide, on l’a bien vu tous les deux. Je pensais que tu me détesterais à vie et je croyais ne pas être assez bien pour toi enfin… tout ça tu le sais déjà. Ce que tu ne sais pas par contre… c’est que j’ai seulement tout récemment compris ce que tu avais pu ressentir… Me voir te tromper avec quelqu’un qui avait ton corps, ne pas me rendre compte de la différence… Si je te dis tout ça c’est parce que… je veux que tu vois que même si ça y ressemble, ce n’est… enfin ce n’est vraiment pas la même chose. Je ne veux pas que tu sois malheureuse comme je l’ai été… On n’y pouvait absolument rien…

Bon là, clairement, elle n’y comprenait plus rien du tout. Et il le voyait bien, elle fronçait tellement les sourcils que la couleur de ses yeux disparaissait presque totalement sous ses longs cils qui battaient lentement devant son regard. Le beau jeune homme soupira une nouvelle fois et cette fois la lâcha, se redressa et se mit à marcher de long en large dans la pièce, l’air tourmenté par les révélations qu’il devait faire. Il sembla chercher un instant, court, ses mots, puis déclara de but en blanc.

- Ce n’était pas moi… Enfin… Pas vraiment. Oui bon ça tu l’avais bien compris… Jamais je ne te ferai de mal et tout mais… c’est plus que ça Cassy… Ils ont… enfin les fantômes qui t’ont infligé cette épreuve ont montré ce que je « vais » devenir. Tes craintes… Je sais que tu as toujours eu peur que je devienne un monstre de ce genre, n’ayons pas peur des mots il n’y a pas d’autres moyens de le… me qualifier.

Il avait parlé en continuant de marcher et soudainement s’arrêta, lui tournant le dos.

- Je n’ai vraiment tout compris qu’hier soir… Avec les révélations de l’ombre, tout a trouvé un sens… Ce que je n’osais espérer de crainte que ce ne soit qu’un espoir insensé était réel et…

Il se tourna lentement vers elle. Il avait l’air si heureux et triste en même temps que le rendu sur son visage donnait un air doux mais tellement torturé qu’à part donner à sa fiancée l’envie de le cajoler il ne devait pas inspirer grand chose. Il revint doucement s’asseoir sur le lit et prit une de ses mains, la caressant de son pouce avant de la porter à ses lèvres, déposant un baiser tendre dans sa paume.

- Je vais tout te dire… Quand ils sont intervenus j’ai eu horriblement mal au début, j’ai cru que ma tête allait exploser, que j’allais perdre conscience. Puis j’ai rouvert les yeux, ça allait, c’était passé… Je t’ai vue, je me suis senti fier, fort, heureux parce que rien n’avait changé. Jusqu’à ce que j’entende des mots qui n’étaient pas les miens, jusqu’à ce que je vois mes propres mains se poser si fermement sur toi. J’ai déjà été saoul et j’ai fait des expériences… avec certaines substances tout ce qu’il y a de plus illicites mais jamais il ne m’était arrivé une chose pareille. Quelqu’un m’a assommé… Je me suis senti tombé… mais j’étais toujours conscient, je me suis mis à te demander pardon, te promettant que je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé, sans comprendre… puis j’ai réalisé que je voyais le sol sur lequel j’étais écroulé et mes mains, celles rattachées à mon corps, un corps que personne ne semblait voir. Un corps exactement pareil que celui vautré au sol… Tu es partie, je ne comprenais rien du tout, j’ai cru que je faisais un mauvais rêve. Les fantômes sont apparus près de moi. Je me suis rendu compte que j’étais dans une grande pièce noire, que je « flottais », et qu’il n’y avait que cette fenêtre devant moi, ce que j’avais pris pour ma vision périphérique, mon seul « accès » au monde « réel ». Ils ont dit en gros qu’ils avaient enfermé ma conscience, tout ce qui faisait de moi « l’humain » que tu aimais tant pour ne laisser que le dragon, bestial, pulsionnel, celui que tu prétendais aussi aimer, du moins accepter. Ils ont dit que c’était un test pour toi. Même si je ne savais pas à ce moment-là ce qui se passait vraiment, j’ai compris qu’ils cherchaient surtout à te dégoûter de moi, pour que tu t’éloignes… J’ai eu la trouille moi aussi… Je ne comprenais vraiment pas. Et j’ai souhaité, de toutes mes forces que tu ne reviennes surtout pas vers moi, que tu n’acceptes pas… Parce que je sentais ce manque d’inhibition, ce manque de respect… Je refusais que tu me voies comme ça, que tu me penses comme ça. Je… voulais même, c’est vrai… que… enfin si vraiment c’était ça qui te guettait, qu’on fasse quelque chose. J’étais terrorisé parce que j’étais censé devenir… Il y avait donc deux moi… Celui que j’étais à ce moment-là et celui qui dormait, celui que je devais être, bientôt… et ce futur était terrifiant.

Il s’interrompit. Ses mains tremblaient légèrement alors qu’il se rappelait tout ceci et lui confiait qu’il était apparemment conscient de tout ce qui s’était passé, ce qui n’était franchement guère rassurant ! Elle avait pâli, il le voyait bien. Ces souvenirs ne lui plaisaient pas non plus. Il continua en fixant un point droit devant lui, perdu dans ces souvenirs.

- Ce… n’était pas moi. Je refusais que ce soit moi. Quand tu es revenue vers… nous, je t’ai hurlé de t’enfuir, je savais déjà ce qu’il voulait ! Mais personne n’entendait rien de toute façon, j’étais enfermé dans mon propre corps, impuissant face à la brute qui te…

Nouvelle interruption alors qu’il crispait ses mains en deux poings serrés et semblait vraiment sur le poing de frapper quelqu’un.

- C’était… je pense… Que c’est un peu… à moindre échelle, ce que tu as enduré en me voyant avec cette usurpatrice. C’était mon corps. Mais ce n’était pas moi… Enfin… je priais pour que ça ne soit pas moi. Quand tu m’as laissé faire, quand tu m’as laissé te… Cassy… j’étais… jamais tu n’aurais dû… j’étais scandalisé… j’ai hurlé… vraiment j’ai hurlé… à m’en exploser la voix, je t’ai hurlé de t’enfuir loin de moi… Mais tu l’as laissé faire, tu m’as laissé… te traiter… comme mon jouet… comme… Je sais très bien pourquoi tu as fait tout ça… Pour ne pas que je parte avec Kayla mais… mais même… je…Je n’ose même pas imaginer la dose de courage, de force qu’il t’a fallu pour agir ainsi… Si tu savais comme je suis désolé… de ne pas avoir pu empêcher ça. Il s’est endormi… pas moi… Je t’ai entendue pleurer… Je t’ai vue t’accrocher malgré tout… Tu t’es endormie… Et pendant un instant c’était de nouveau moi… juste une seconde, deux peut-être… Je t’ai caressé le bras, tu as gémi dans ton sommeil, ça l’a réveillé… J’étais de nouveau enfermé… Et il a voulu… profiter de toi pendant ton sommeil… de toute façon s’il avait… tu n’aurais pas pu rester endormie très longtemps… Je ne sais pas ce que j’ai fait, non vraiment pas… est-ce t’avoir vu pleurer, avoir ressenti ton chagrin, avoir vu la douleur dans tes yeux alors que lui s’en fichait quand il couchait avec toi… je ne sais pas… Ca m’a mis en colère, tellement en colère, je me serais arraché les yeux. Il s’est passé un truc bizarre… L’endroit où j’étais, cet endroit qui était censé être mon propre esprit, a changé, la pièce est devenue claire, un immense cube de verre… L’un de ses murs me permettait de voir « dehors », autour ce n’était que néant à part… des chaines qui surgissaient du vide, traversait une vitre sans qu’il y ait de trous, de fissures et m’enserraient les poignets. Ca s’est passé tellement vite… Je sais pas pourquoi, j’ai tiré dessus comme un malade, au moment où il posait les mains sur toi, je voulais traverser cette vitre et aussi stupide que ça puisse paraître, tabasser à mort ce « moi » qui te témoignait si peu de respect et te faisait tant de mal… et ça l’a arrêté. Net… Il s’est retourné et s’est endormi. J’étais abasourdi, mais moins que les fantômes. J’ai compris seulement hier pourquoi ils l’étaient autant… L’un d’eux m’a félicité ironiquement… ils ont dit qu’apparemment je pouvais lutter. Je les ai supplié d’arrêter, je leur ai dit que je ferais ce qu’ils voudraient, que je rentrerais chez les dragons si c’était ce qu’ils souhaitaient, que je ne t’approcherais plus… Je sais, je n’avais pas à décider de ça pour nous, pas tout seul… mais j’avais peur Cassy… et je ne voulais plus te faire de mal… Ca les amusait plus qu’autre chose mes jérémiades. Ils m’ont dit que tu… allais souffrir, qu’il allait continuer à te faire du mal mais que je pouvais le retenir, un peu, apparemment, amoindrir ses gestes, mais qu’à la moindre faiblesse de ma part, il se vengerait… Que si je faiblissais… il te violerait probablement et te tuerait sans état d’âme… Tu imagines ma panique… Je me suis dit qu’on trouverait une solution, que tu ferais quelque chose, tu trouves toujours… que je pouvais lutter contre le sommeil et tirer sur ses chaines pendant plusieurs jours, je ne ressentais ni totalement la fatigue, encore moins la faim, surtout en te sachant en danger…

Encore une fois il s’interrompit. Elle restait silencieuse, totalement silencieuse. Il sentait son rythme cardiaque s’accélérer à ses révélations, la peur, les souvenirs, la tristesse, la compréhension… Mais elle avait déjà tellement espéré qu’il parle et se confie alors qu’il en fasse autant aujourd’hui… mieux valait ne pas le couper dans son élan et pour lui en révéler, il lui en révélait une sacrée tartine. Alors qu’il s’était tu une seconde il l’observa. Elle était un peu plus pâle et il vit de la culpabilité et de la tristesse dans ses yeux. Il tiqua aussitôt. Là, à tous les coups elle se disait qu’elle n’avait rien vu… oui sauf que c’était un peu fait exprès donc même si elle avait eu le moindre soupçon elle ne pouvait rien vérifier… Ensuite elle se disait probablement qu’elle n’avait rien fait. Ca aussi évidemment. Décidément tous les deux se ressemblaient beaucoup. Il sourit et se pencha doucement sur elle, posant avec cette même douceur tremblante son front contre le sien avant de chuchoter tout bas.

- Et comme toujours… tu as trouvé.

De nouveau il ressentit un frisson chez la jeune femme, de l’incompréhension, oui… c’était ça…Il recula son visage, la regarda, caressa ses joues.

- Tu as été toi Cassy… Tu as été cette merveilleuse jeune femme, belle, courageuse, investie, patiente, enjouée, innovatrice, surprenante, maladroite, douce, tendre, si forte et… si extraordinaire… cette femme, qui a un jour été la petite fille qui me faisait craquer, cette femme dont je suis éperdument amoureux… Si tu savais comme j’étais admiratif… Impressionné… que tu trouves cette force, ce courage de combattre avec de telles armes celui que j’étais… Ca marchait… Tu ne le savais pas mais tu me donnais chaque jour plus de force, chaque jour je résistais mieux, je me rapprochais de ce mur, ce mur qui me séparait du réel, qui me séparait de toi… et tu m’as sauvé… C’est vrai… je fatiguais, mais plus je luttais, plus je me persuadais… Ce n’était pas moi, je ne laisserai jamais ce… cette part de moi exister, jamais !

Il lui sourit tendrement, lui confirmant ainsi que oui… Tout ce qu’elle avait fait avait compté et lui expliquant ainsi pourquoi  Ikael changeait… Ce n’était pas le monstre qui changeait, c’était Tristan qui parvenait chaque jour à mieux le retenir, à mieux atteindre sa conscience de monstre pour inhiber sa bestialité !
Pourtant il s’assombrit…

- Mais… J’ai failli… J’ai vu tout ce que tu faisais pour moi… Ton combat contre Kayla… Wah… Comment dire c’était… épique ! Tu étais juste… Wahou ! Extraordinaire, bien au-delà en fait !J’avais tellement envie de te le dire et de faire cesser cette folie aussi… Mais au moins de te dire à quel point tu étais forte, à quel point je croyais en toi et à quel point j’étais fier… Ne pas pouvoir… ça me rendait dingue ! Mais… Comment dire… Tout devenait plus dur dès que Kayla était là… Je pense que c’est à cause de ce que l’ombre m’a dit… Apparemment je suis lié à elle… Et… j’avais plus de mal à lutter quand elle était dans le coin, ça me fatiguait plus… Et un jour… C’est ma faute, vraiment… J’étais tellement fatigué… Tout allait bientôt être fini, j’ai oublié un instant le danger. J’ai fermé les yeux quoi… une seconde, peut-être deux… Ma propre voix, enfin la sienne… la mienne, m’a réveillé en sursaut… On s’entrainait, enfin on essayait… Je te hurlais dessus, je voulais te faire du mal… et j’avais été éloigné, tellement de ce fichu mur que j’essayais d’atteindre depuis des jours, les chaines m’avaient tiré en arrière. J’ai eu beau essayer, je ne contrôlais plus rien. Si Alanir n’était pas intervenu je… J’ai vraiment eu envie qu’il me découpe en morceau ce jour-là… Je… enfin Ikael s’est enfui… Mais la rage m’a envahi… pour tout ce qu’il t’avait fait, pour toute cette histoire… J’ai complètement perdu les pédales… et je ne sais pas comment mais les chaines ont cassé et je suis « sorti »… enfin tellement vite, tellement… j’ai rien contrôlé, je me suis assommé et quand je me suis réveillé j’étais dans l’arène, les fantômes discutaient… j’étais moi… Tout ce que j’avais fait… Tout… J’ai voulu courir à l’appartement… te retrouver, te dire que tout était fini, j’ai voulu… Mais ils m’ont dit que je redeviendrais… que je n’aurais pas longtemps avec toi… Ca a été encore plus dur d’attendre là bas en sachant que tu me détestais, que je t’avais fait tant de mal et que je ne pouvais même pas m’excuser… J’en avais tellement marre, mais tellement…

Il serrait de nouveau les poings…
Elle n’avait pas l’air de comprendre où il voulait en venir et ce qui était censé être « bien » dans toute cette histoire au final… A part que les fantômes jouaient avec leurs nerfs et qu’elle avait dû subir un Tristan vraiment vraiment pas aussi mignon que l’actuel… il n’y avait pas grand chose qui ressortait de cette histoire… A part encore des souffrances, des tristesses et des déceptions.
Il fixait encore le vide.

- J’ai eu des doutes après… quand je suis devenu dragon pour l’épreuve, quand j’ai volé pour cette plante… J’étais tellement inquiet pour toi alors que j’aurais dû redevenir… ce monstre. J’ai commencé à comprendre ou plutôt espérer quelque chose… J’avais des pistes mais je n’osais pas totalement y croire… Encore moins t’en parler… On avait déjà tellement de mal à… enfin… essayer de recoller les morceaux, te parler d’Ikaël… et puis il y avait les spectres… et je ne dormais pas assez avec tous ces cauchemars dans lesquels je te faisais du mal… j’avais l’impression de revenir à cette prison… Hier soir, tout a été confirmé… Enfin beaucoup de choses mais une… vraiment importante… Les fantômes m’avaient dit plein de trucs pendant mon entrainement, je n’y avais pas fait attention, ils ont recommencé après… juste avant ta dernière épreuve… Et c’était ça… ce qu’a confirmé l’ombre.

Un grand sourire éclairait à présent le visage du jeune homme, un vrai sourire, tout ce qu’il y a de plus sincère et heureux. Il lui avait attrapé les deux mains cette fois et les pressait contre son torse, les pressait entre les siennes. Son expression le faisait paraître considérablement plus jeune, comme un enfant ayant un secret… un grand secret à partager.

- Cassy… Ce n’était pas moi ! Ca n’a jamais été moi ! Enfin si c’était moi mais… pas moi vraiment ! Moi mais pas moi !!!!

Il semblait tellement enthousiaste qu’il ne se rendit pas tout de suite compte que ce qu’il disait n’avait aucun sens. Sa mine sceptique l’interrompit et il relâcha ses mains, tournant la tête de droite à gauche avant d’aviser le pot de fleurs qu’il avait apporté plus tôt. Il attrapa deux fleurs totalement identiques. Il les lui tendit en lui demandant ce qu’elle voyait. Là elle le regarda comme s’il lui poussait une seconde tête et devait certainement se dire que les dégâts laissés par les spectres étaient plus importants que prévu…

- Deux fleurs…
- Oui ! Mais elles sont comment ?
- Euh… Rouges… Trist je vois pas trop ce que tu…
- Identiques !
- …
- Elles sont identiques ! Alors que l’une vient d’un voisin et l’autre de la serre !

Non, après réflexion, il ne lui poussait pas une deuxième tête mais deux têtes de plus !!!!!
Elle fronçait les sourcils et il secoua la tête, désolé, n’ayant apparemment vraiment mais alors vraiment pas prévu comment lui expliquer tout ceci…

- C’était plus un piège qu’autre chose ! Ces fleurs sont identiques mais elles n’ont pas grandi au même endroit. C’est pareil avec moi !
- Tu crois que tu es une fleur Trist ?… Ecoute…
- Mais non ! Cassy ! Non ! Attends ! Ecoute ! L’ombre l’a dit ! Je DEVAIS être un dragon. C’est dans ma nature. Je SUIS Ikael !

Là elle pâlit d’un coup et pour cause, il affirmait être le monstre qui l’avait pour ainsi dire malmenée pendant des jours et qui continuait de torturer ses nuits !

- Ikael est mon nom chez les dragons. Ikael est la TRADUCTION de Tristan ! J’ai toujours été Ikael !  Je devais être un dragon car c’est dans mes gênes Cassy… Tout est clair maintenant ! C’est ma lutte contre ma nature qui me faisait devenir cette bestiole bizarre avant ! Je suis Ikael. Je suis un dragon. Mais je suis un dragon humain ! Ou un humain dragon, c’est toi qui vois… Tu comprends ?! J’ai été élevé par des humains ! Je me suis accroché à l’humanité, même après le meurtre de ma mère, même après avoir erré, avoir échoué, avoir été… enfin même après tous mes ennuis je ne suis pas allé vers mon côté dragon. Et c’est grâce à toi, j’en suis sûr ! Ce lien qui nous unit, ce véritable ruban entre nous deux qui nous relie… Je pense que même dans les pires moments je continuais d’avoir une part d’humanité… Je n’ai jamais commis les viols et meurtres qui m’étaient attribués en tant que Kaär, j’ai toujours énormément respecté les femmes, je n’ai jamais profité de plus faible que moi, ni considéré que j’étais supérieur aux autres, j’en ai donné l’impression souvent je sais mais ce n’était qu’une fausse façade d’assurance ! Tu ne comprends pas ? Le Tristan que je suis, ton Tristan, celui qu’ils appellent Ikael… C’est la même personne ! Un apprenti dragon pas doué c’est vrai, qui doit vivre avec des nouvelles pulsions vraiment fortes et qui ne contrôle pas toujours son propre corps mais certainement pas un stupide monstre reptilien ! Mais celui qu’ils ont prétendu que je deviendrai, c’était un mensonge ! Oui c’était moi, on est pareil physiquement, mais ça s’arrête là ! C’est celui que j’aurais DU être ! Si j’avais été chez les dragons ! Si toi et moi…Si entre toi et moi… il n’y avait pas… tout ça… Si j’étais devenu un dragon suffisamment tôt pour être comme eux ! Si c’est Kayla que j’avais aimé, pas toi… Et c’est pour ça aussi qu’il réagissait tellement près d’elle !

Il parlait très vite et s’était relevé, faisant des tas de gestes, souriant, sautant même sur place alors qu’elle le regardait bouche bée. Il s’arrêta et revint vers elle, essayant de se calmer, parlant plus lentement, s’emparant avec douceur de son visage de ses deux mains.

- Tu comprends Cassy ? C’est ça… c’est juste ça… Le mauvais côté c’est que cet « Ikaël »…. ce n’était pas vraiment moi. Je ne sais même pas comment c’est possible mais en tous les cas ce n’était pas moi, et ça explique tous ses gestes envers toi… et c’est pour ça que je t’ai parlé… de l’usurpatrice et tout… Ca n’a… enfin ce n’est pas comparable hein ? Mais juste… Enfin voilà…T’as souffert à cause de moi… encore… et euh… tu as subi beaucoup pour m’aider à sortir de là… et il aurait pu te faire encore plus de mal et… et je le déteste et…M…Mais le bon côté… Tu… Tu l’as compris le bon côté ? Hein ?J… Jamais je ne deviendrai comme ça Cassy… J’ai changé, je sais que j’ai changé… Parce que c’est tout nouveau pour moi… Et que je veux être à la hauteur pour toi, je veux être fort et te mériter et… Mais dans le fond je suis toujours là Cassy, toujours le même ma princesse. Je t’aime, je suis fou de toi… Je ne veux pas vivre avec les dragons, j’en ai rien à faire d’eux, si je les ai rejoints ce n’est que pour nos doubles, le reste je m’en fous ! Il n’y a que toi qui compte, toi seule ! Je t’aime ! Je t’aime ! Je t’aime ! Je suis ton Tristan, ton dragon… jamais je ne deviendrai ce monstre… je te le promets, je le jure Cassy… je te le jure… Je le sais maintenant, je le sais… C’est ce qu’il voulait me dire… il voulait que tu le saches aussi… il voulait…

Il avait arrêté de parler, l’emportant avec lui dans un vertigineux baiser. Eyh ! Il avait beaucoup parlé quand même ! Il la méritait bien cette petite récompense. Il le prolongea doucement mais juste avec douceur, avec tendresse… De nouveau pas la moindre tentative, pas le moindre désir même fugace à l’horizon, du moins chez le jeune homme. Il cessa un peu trop vite le tout, se redressant, les pommettes légères rouges.

- Euh… Bouge pas hein… Toi tu digères tout ce que je viens de raconter… vraiment n’importe quoi tout ça… je… je savais vraiment pas comment te… dire tout ça… Et moi… moi je vais nous faire couler un bon bain brûlant et… et après on pourrait s’installer devant un feu et j’ai fait un gâteau… pour toi… et… Alanir et Eleyna sont allés se promener tout à l’heure et après ils mangeaient chez Maud donc… ils devraient être avec nous pour le gâteau mais… enfin… bouge pas !Et on discutera aussi... De tout ce que tu veux ! Je... Je veux juste qu'on soit ensemble... bien...et... et maintenant que je sais, vraiment... que ça... ce... ce ne sera jamais moi... je veux vraiment qu'on se retrouve tous les deux... Et ça va aller !

Il sortit rapidement… sauf qu’il ne referma pas la porte et ne l’abandonna qu’une seconde à ses pensées, repassant rapidement la tête par l’ouverture.

- Ah et j’ai dit « nous faire couler un bain », pas « te faire couler un bain »…

Le tout avec un clin d’oeil complice et un de ses sourires pervers tout ce qu’il y a de plus… naturel.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Ven 6 Fév - 18:19

Quelle détresse pour la petite mage ! Trop d’histoires, trop d’embrouilles, trop de flou… Il y avait eu quelques réponses certes… mais cela n’était pas suffisant pour elle. Complètement confuse, elle s’était laissé aller, s’épuisant au maximum, tout cela certainement pour passer une bonne journée à dormir sans réfléchir. Il était vrai qu’elle aurait du être inquiète, ne pas s’éloigner de son homme alors qu’il était sous l’emprise de créatures maléfiques et pourtant elle s’était éloignée. Peut être, si ça avait été différent, si Tristan n’était pas assuré de s’éveiller, oui peut être aurait-elle réagi différemment. Mais Eleyna avait raison, éloignée de tout durant une année, la petite mage avait des comportements bien contraires à avant.

Alanir était resté avec Eleyna, un peu embarrassé. Une fois l’action retombée et les nouvelles apprises, le dragon semblait un peu réticent, voire maladroit, ne sachant pas trop quoi dire. Après tout il en avait souffert lui aussi du départ de la demi-elfe ! D’autant plus que ses paroles, qu’il avait écoutées malgré lui, l’avaient marqué. Certes, peut être devenait-il trop humain mais personne n’était là pour lui dire, personne n’était là pour le pointer du doigt. Et Cassidy l’avait toujours considéré comme un égal…

Après lui avoir annoncé très brièvement la raison du départ de Cassidy, il s’était laissé retomber dans son fauteuil, un coude posé sur le rebord et le menton appuyé dans sa main alors qu’il regardait, d’un air un peu boudeur, dans le vide. Il la sentit se lever et partir en direction de la cuisine. Mais lorsqu’elle se mit à faire ce petit bruit de gloussement, le dragon releva la tête et regarda dans sa direction avec un mélange de curiosité et d’étonnement. Elle revint vers lui, parla de Cassidy puis se lança dans un long discours.

Alanir la regardait intensément, sans dire un mot, l’écoutant tout simplement, attentif. Elle semblait regretter ce départ, du moins, c’est ce que son instinct lui soufflait. Eleyna parla de ce qu’elle ressentait, de ce qui s’était réellement passé. Apparemment donner des coups c’était instinctif pour elle, autant que c’était instinctif de voler pour lui. Elle s’excusait et termina sur une note plus humoristique en lui rappelant ses maladresses. Le dragon se mit à grogner mais il ne semblait pas vraiment énervé par ses paroles. Eleyna était vraiment sincère et même si il était un peu rancunier, grincheux, son visage n’exprimait aucune colère ni rage ni éternelle rancœur. Il grogna à nouveau quand elle lui ébouriffa les cheveux et fit une grimace gênée quand elle parla du fait que Tristan l’avait tenu au courant de son comportement. Il soupira en croisant les bras, mais c’était plus dans une attitude drôle que foncièrement mauvaise.

Il prit les tartines qu’elle lui tendait et hocha doucement la tête, la remerciant. Pour les tartines ou son discours ? Difficile à dire… Le dragon de feu croqua dedans avec plaisir puis se mit à sourire un instant, savourant cet aliment humain. Voilà qui était bien différent de chez lui… carnivore de nature, il avait été très surpris en découvrant les mets des humains ainsi que les différentes saveurs présentées. Après tout, les dragons n’étaient pas des agriculteurs, ni des récolteurs, alors même pour ceux qui arrivaient à prendre une forme humanoïde, les différents aliments restaient à peu près semblables.

Alanir ne savait pas trop quoi dire, il évitait de regarder Eleyna, un peu embarrassé. Puis après un instant de silence, il redressa la tête, la regardant un peu mais difficilement. Après tout, c’était difficile pour lui de s’exprimer sans paraître trop offensant et déplacé.

- Hum c’est sympa… que tu en parles… c’est vrai, je suis différent de vous les humains…

Il semblait vraiment mal à l’aise et croqua une nouvelle fois dans sa tartine.

- Désolé si j’ai pu te faire peur, j’ai gardé mes instincts de… de dragon. Enfin, j’essais de faire en sorte que ça ne se manifeste pas trop. Ca plairait pas à Cassidy…

Machinalement, il avait failli parler d’instincts meurtriers, d’assassin. Après tout c’est ce qu’il était chez les dragons. Celui qui punissait les fautifs, ceux qui ne respectaient pas leurs règles. Combien de fois avait-il ôté la vie ? Pour lui c’était tout naturel, une mission, quelque chose qu’on lui avait ancré dans la tête quand il était encore qu’un dragonnet. Normal en fait… mais lorsqu’il avait rencontré Cassidy, ce qu’il avait toujours pensé ce qui était normal était au final différent. Parce que la petite mage accordait beaucoup d’importance à la vie. Parce qu’elle avait été une éternelle idéaliste jusqu’au départ de Tristan. Et ensuite qu’elle avait changé de moral, qu’elle tuait pour survivre… Mais à chaque mort, à chaque peine, même si ce n’était qu’au fond d’elle et qu’elle le cachait bien, lui pouvait le ressentir. Ce sentiment de tristesse, de mélancolie, sentiment qu’elle ne montrait pas alors qu’elle accomplissait sa tâche, son rôle, ce pourquoi elle était destinée par la suite. C’était étrange… et bien loin de leurs coutumes, leurs propres règles draconiques.

Il avait évoqué Cassidy. Peut être parce qu’au final il avait beaucoup de respect pour cette petite mage, parfois un peu idiote, parfois trop naïve mais au fond de lui il ne voulait pas la décevoir. Car elle s’était battue pour lui, comme elle se battait pour Tristan. Car elle refusait de laisser tomber quand quelque chose lui tenait à cœur. Mais ces combats éternels l’épuisaient et il le sentait. Si cela ne se terminait pas par une victoire ou un encouragement alors elle sombrait… Comme avec les dragons… comme cette animosité réciproque qui les animait. Il savait qu’elle n’avait jamais compris pourquoi les dragons la rejetaient. Il y avait un peu de fierté, d’orgueil, le fait qu’elle n’est pas comme eux. Et puis pour l’énergie qu’elle dégageait, qui la rendait différente des autres humains. Ce qui s’était passé dans le futur n’était que la confirmation de ce malaise.
Puis, alors qu’il était perdu dans ses pensées, il sortit vite fait du tiroir un jeu de cartes qu’il montra d’un air un peu trop enfantin, un sourire craquant sur le visage, loin de ses traits durcis lorsqu’il était grognon.

- Une petite partie ?

Bon, il allait encore se faire rétamer mais au final, quoi de mieux pour dissiper l’atmosphère de gêne qui se dégageait entre eux ? Elle affirma qu’il allait encore se faire battre, il répliqua que ça ne se passerait pas comme ça, se chamaillant comme deux enfants. Il prit un air un peu plus pervers, enfin assez faussement et déclara que pour chaque défaite, le perdant devrait retirer un vêtement. Eleyna se mit à rougir en lui faisant remarquer qu’il n’avait pas beaucoup de chances alors lui.

Si les différentes parties se passaient dans une ambiance bon enfant, ils furent perturbés quand Alanir, à moitié déshabillé, sauta par le balcon pour aller secourir Cassidy. Il s’était permis une réflexion en voyant Eleyna sortir de la douche mais apparemment elle ne semblait pas avoir compris. Il parlait plutôt de ses malaises. Sauter par delà les falaises, elle ne le faisait pas tant que ça. Après l’avoir amenée dans la chambre, il vint s’asseoir sur le canapé et s’allongea de tout son long, lui aussi fatigué par la journée.

Cassidy avait fini par se réveillé le soir, après une journée entière à dormir, récupérer. Elle ne semblait pas vraiment surprise et toujours un peu endormie en dévisageant Tristan, se permettant une petite phrase affectueuse. Le sommeil la rendait bien plus posée, calme et moins torturée que la soirée précédente. Elle ne manqua pas le petit sourire de Tristan, celui qu’elle appréciait tant, qui la faisait fondre. Comment lui en vouloir ? Il n’avait pas l’air malheureux, torturé, plutôt curieux d’après son air. Il répliqua bien assez vite et elle se mit à rougir. Après tout, elle s’était couchée sans faire attention à rien, et puis, même si elle ne craignait plus le froid, la chaleur que dégageait Tristan sonnait comme un air d’agréable foyer, de petit cocon douillé.

Mais quelque chose la dérangeait et il fallait qu’elle s’explique maintenant. Des mots… des gestes… des souvenirs. Elle ne lui cacha rien. Si Tristan ne semblait pas avoir d’expression particulière face à ce nouveau partage de souvenir, la demoiselle n’était pas en reste. Elle agissait à l’instinct, comme elle en avait besoin ces derniers temps, de sa douceur, de sa tendresse. De ses baisers tendres, parfois plus impulsifs, plus prononcés. De leurs frissons et gémissements de plaisir quand l’un d’eux touchait une zone particulièrement sensible, de leurs petits jeux pour savoir qui ferait craquer en premier l’autre… Mais là c’était juste un baiser plein de véhémence, de passion. Elle en avait envie aussi. Et le délicieux frisson qui lui parcourait l’échine lorsqu’elle entra en contact avec les lèvres du beau jeune homme lui firent se rendre compte qu’elle ne l’avait plus embrassé de cette façon depuis bien trop longtemps ! Encore un peu et elle se mettrait à briller. Enfin… si encore cela était possible…

Mais elle avait besoin de mettre des mots à ses gestes, de le rassurer, de lui faire comprendre qu’elle ne faisait pas ça pour le torturer, quoique pour lui cela devait être de la torture mais bien lui faire comprendre qu’elle l’aimait malgré tout et qu’il n’avait pas à s’inquiéter. Il l’avait embrassé à son tour et elle ressentit un frisson de bien être encore une fois. C’était bien lui là… comme il lui avait manqué… son cœur manquait d’exploser dans sa poitrine et elle manqua de perdre les pédales, la respiration haletante alors qu’elle était bien rouge. Il vint s’allonger à côté d’elle et semblait vraiment prêt pour une séance de câlins sages. D’ailleurs elle ne montra aucun signe de crispation, ni de rejet, preuve que le sommeil lui avait été bénéfique et qu’elle semblait bien moins sur les nerfs que la soirée d’hier. Il répondit également, déposant de légers baisers sur son visage. Elle se mit à frissonner. Même si il ne lui donnait pas plus d’explications pour le moment, ses gestes parlaient pour lui-même et elle semblait apaisée, pas vraiment craintive pour la suite des évènements.

Elle lui parlait encore, alors qu’elle le regardait et qu’il était couché en face d’elle, voulant apparemment lui dévoiler tout ce qu’elle avait sur le cœur, savait, mettant en pratique le conseil maladroit d’Alanir qui n’était pas si mauvais que ça. Il n’avait toujours pas répondu mais il s’était rapproché d’elle et se contenta de l’embrasser avec un peu trop de conviction, le genre de baiser qui fait tourner la tête, accélérer le rythme cardiaque, la laissant haletante et après un mouvement de bascule avant qu’elle ne se retrouve à califourchon sur lui, le regardant avec surprise alors qu’il posa doucement ses doigts de chaque côté de son cou. Elle frissonna quand il posa les mains sur ses oreilles, ses oreilles si particulières, pas humaines, qu’elle ne savait plus si c’était de la magie ou leur véritable apparence. Mais une chose était sûre, lorsqu’il mordilla doucement l’une d’entre elle, un léger gémissement non contrôlé sorti de la bouche de la demoiselle alors qu’elle fermait les yeux pour mieux savourer le geste. C’était bizarre quand même… peut être ne s’en rendait-il pas compte, peut être cela faisait un moment qu’ils n’avaient plus eu de rapports… ou peut être qu’il n’avait pas touché ses oreilles comme cela mais c’était une des zones les plus sensibles pour la petite mage, comme si cette simple originalité amplifiait le contact et le geste. Après tout… la dernière fois qu’ils avaient couché ensemble c’était avant qu’il ne devienne Ikael et même si cela remontait à quelques semaines, pour elle cela semblait être une éternité !

Pourtant, son esprit bloquait un peu et même si elle avait envie d’aller plus loin, son corps n’oubliait pas les dernières galipettes et semblait un peu défectueux, si bien qu’elle ne savait plus comment s’y prendre ! Enfin, malgré tout la conversation était plutôt sérieuse.
Il se remit en fasse d’elle, alors qu’elle l’observait, et à son tour, se mit à parler, d’un air plutôt soulagé, de ce qu’elle pouvait voir, ce qui la rassura.

Tristan était au courant de la situation, il l’approuva même pas rapport à sa théorie au sujet de cette ombre. Cependant elle fronça les sourcils quand il exposa le fait qu’il n’était peut être pas à sa hauteur, d’où cet entraînement, cette incroyable source de puissance, cet entraînement. Elle ne dit rien… il la croyait forte tant mieux. Au moins il ne s’inquièterait plus pour elle de cette manière. Mais attention petite Cassidy… si tu caches tes faiblesses, la chute n’en sera que plus dure. Pour le moment, elle ne parlait pas de ça. Car il ne posait aucune question. En même temps si il devenait plus fort, c’était pour la protéger également. Ce qui n’était pas si mal en fait.

Elle constata qu’il semblait aller mieux mais ne saurait pas trop dire pourquoi. Peut être sa conversation avec cette ombre la veille qui l’avait aider à y voir plus clair. Il était même plus proche d’elle alors que la veille, après la soirée chez Maud, il s’était si rapidement couché de son côté sans qu’elle ne puisse en profiter… et il se levait bien trop tôt pour passer du temps avec lui le matin. C’était clair et évident maintenant… Il parla ensuite de cette menace qui pesait au-dessus de lui, qu’il ne voulait pas lui faire courir de risque. Elle fronça les sourcils un instant… même si le geste était plutôt beau, elle s’était posée tellement de questions à son sujet que cela lui avait fait des tracas supplémentaires. Mais Tristan était ainsi on ne pouvait rien y faire. Elle ne semblait plus lui en vouloir et surtout, était en colère contre ces spectres et les détruirait avec plaisir si elle arrivait à les voir…

Il semblait un peu mal à l’aise alors elle enchaina rapidement sur la suite. D’ailleurs, sans aucune autre forme de procès, il prit sa deuxième main pour la placer sur son torse. La petite demoiselle se mit à rougir une nouvelle fois, surprise par ce contact volontaire, sans gêne. Pas qu’elle était embarrassée mais alors qu’elle avait passé tellement de temps à ne plus se concentrer sur ses propres sensations, voilà qu’il la tentait ! Hum… Elle tenta de garder un air curieux mais c’était difficile. D’ailleurs elle se demandait toujours d’où venait ces marques, ces changements. Les autres dragons ne semblaient pas en avoir… en même temps Tristan n’était pas totalement dragon.

Il crut comprendre son rougissement et détendit l’atmosphère en l’emballant. Bien malgré elle, elle se mit à rire et tira la langue, lui demandant d’arrêter et de la faire sortir de là. Une simple caresse sur sa tête le rendit beaucoup plus sage. Et c’est un peu après qu’elle lui posa la question sur Ikael. Visiblement, le sujet était délicat. Il semblait vraiment avoir réfléchi au sujet, ne voulant pas la chambouler plus qu’elle ne l’était. Il l’attira à lui et prenait vraiment beaucoup de pincettes, de précautions pour lui parler de cette histoire oh combien sensible et source de conflit.

Il lui rappela cette autre histoire où on s’était fait passé pour elle. La demoiselle se crispa. Comment oublier cela ? Seulement, ce souvenir amorçait justement ses impressions à lui, ce qu’il avait pu ressentir. Une vue extérieure ? Elle pensa aussitôt à une sorte de possession. Ce qu’il racontait semblait un peu confirmer ses pensées mais c’était bien plus complexe. Il parlait des fantômes, de cette épreuve. Ca aussi ça avait marqué la petite mage ! Elle n’avait pas signé pour un dragon après tout ! Mais où voulait-il l’emmener ?

Il revint vers elle, embrassa sa paume de main alors qu’elle le regardait, curieuse, sans trop savoir quel comportement adopter. Avec ses mots, il semblait lui dire que sa volonté avait été emprisonnée. Les dragons lui avaient donné une leçon. Qu’ils voulaient dégoûter la petite mage. Dans un sens c’était bien réussi parce qu’elle ne pouvait plus voir cette part de lui sans en être écœurée. Un futur donc ? Ce qu’il allait devenir ? Elle avait du mal à comprendre et à ce moment là, la jeune femme semblait totalement désemparée, baissant lentement la tête. Alors c’était ça qu’elle devrait vivre ?

Il continua sur sa lancée, semblait ne pas être en accord avec ce que son double faisait, semblait avoir lutté contre cet état, s’y opposant fermement. Elle comprit un peu quand il parla de chaînes, de changement de son environnement. Une prison… le museler, l’empêcher de retrouver le contrôle. L’attitude des fantômes l’agaçait encore plus. Elle comprenait ce qu’il avait ressenti, son impuissance, le désespoir qui l’agitait. De ce qu’il disait, avec tellement de spontanéité, d’honnêteté dans son regard, dans ses gestes, elle ne pouvait que le croire. Mais alors elle aurait du le repousser ? C’est ce qu’il voulait lui dire ? Qu’elle aurait du l’entraver ? Le repousser ? Au risque de le perdre… Au final, elle n’avait rien senti, rien ressenti, ni au niveau de leur lien, ni par leur esprit. Alors à quoi servait-elle ? Il avait l’air de s’en rendre compte car il ne la laissa pas attendre plus longtemps. Lui disant qu’elle l’avait aidé. La demoiselle le dévisagea du regard, ne comprenant pas mais alors absolument pas où il voulait en venir.

Il la complimenta, la rassurant sur ses qualités, lui expliquant qu’avec sa patience il avait réussi à atteindre sa part dragonne éveillée, assez de courage pour renverser la tendance. C’était encore un peu flou dans sa tête cette histoire et elle cligna des yeux, cherchant à mettre de l’ordre dans ce flot de paroles. Il parla de Kayla, du combat, qu’il était fier. Puis du fait qu’il s’était un peu endormi et qu’il était devenu très violent, parlant d’Alanir qui était intervenu. Cassidy savait que son dragon agissait pour son bien, et ce qu’elle ne pouvait pas voir, par l’amour aveugle qu’elle ressentait pour Tristan, lui, le voyait très bien. De plus, en tant que dragon, ses instincts et intuitions étaient plutôt justes, après tout, il avait été entraîné pour faire face aux débordements des dragons.

Tout semblait se remettre en place. Il avait brisé le sort, peu importe, ce qui le retenait. Elle comprenait ce qu’il pouvait ressentir, la menace des fantômes, que ce n’était qu’un répit, qu’il ne comprenait pas lui-même ce qui s’était passé exactement, ayant peur de redevenir comme ça. Elle n’arrivait pas à comprendre le positif, si cela allait se reproduire, ou pas. Tout le long de son discours, la petite demoiselle était restée immobile, pâle, pouvant comprendre ce que son fiancé avait vécu… et ne pouvait qu’en vouloir aux dragons.

Il parla de la suite, de ses doutes, mais qu’il avait l’air d’avoir compris. D’un coup il semblait plus content, parlant du point positif que ce n’était pas vraiment lui. La jeune femme le regarda, extrêmement surprise. Par tout ce qu’il lui avait dit elle n’avait pas encore eu le temps de réfléchir, d’assembler tous les morceaux. Il disait quoi ? Ca n’avait pas de sens… Et elle cru qu’il se jouait d’elle lorsqu’il lui montra les deux fleurs rouges, sans comprendre. Il parlait de piège. A n’y rien comprendre.

Il fit alors une déclaration choquante. La jeune femme faillit tomber du lit mais elle n’était pas près du bord, alors ce n’était pas le cas. Pendant un instant, son monde semblait s’écrouler. Mais il lui expliqua plus en détail. Là elle ne compris pas quand il parla de dragon élevé par des humains… Heu jusqu’à preuve du contraire sa mère était humaine ? C’était comme pour Eleyna, elle était demi-elfe donc un parent elfe, l’autre humain non ? Il semblait ne pas parler de ce détail… il avait été enfanté par une humaine… c’était différent d’un dragon non ? Et elle n’en était pas morte de sa naissance. Il disait que c’était aussi grâce à elle qu’il était comme ça. Il avoua beaucoup de choses. Et cela commençait à prendre forme… il y avait de la magie là-dessous. C’était lui mais sans être lui. Ca lui semblait un peu plus clair mais dur à expliquer clairement justement… Il sautait partout, semblant être heureux, joyeux. Elle ouvrit lentement la bouche mais il ne lui laissa pas le temps de parler, continuant sur sa lancée, lui expliquant qu’il l’aimait, qu’il ne pensait pas aux dragons… c’était plus rassurant. Mais il l’embrassa une nouvelle fois et elle sentait toutes ses défenses se réduire alors que son cœur était sur le point d’exploser.

Tristan continua alors, rapidement, parlant des derniers évènements de la journée, de ce qu’ils allaient faire. Il insista d’ailleurs sur le fait qu’ils prendraient le bain à deux. La petite demoiselle regarda les fleurs, l’air pensif. Ainsi donc, tout s’arrangeait. Elle se mit à sourire doucement. Cependant, elle pensait bien que les dragons ne lâcheraient pas l’affaire. Une impression… peut être était-ce outrant pour eux qu’un des leurs côtoient les humains… mais Tristan n’était pas tout à fait dragon… Cette histoire n’était pas terminée mais pour le moment, ils avaient un peu de répit. Tristan semblait aller mieux et elle se félicita de lui en avoir parlé, maintenant qu’il semblait soulagé.

S’étirant comme un chat, elle se leva sans aucune pudeur et ouvrit la porte de la chambre avant de se diriger dans la salle de bains. Tristan était occupé à mettre en place les derniers préparatifs. Des pétales de roses dans la baignoire, des bougies un peu partout, un cristal qui diffusait une musique douce et relaxante. Il était tellement absorbé qu’il ne la vit pas vraiment arriver… jusqu’à ce qu’elle se colle à lui et l’enlace tendrement dans le dos. Il se retourna, sourit, l’embrassa. Elle se mit à sourire en retour alors qu’il l’aidait à descendre dans la baignoire, avant de se déshabiller et la rejoindre.

Heureusement qu’il faisait un peu sombre car la petite demoiselle s’était mise à rougir. Depuis que Tristan avait retrouvé sa bonne humeur, cela semblait être communicatif, même si elle était encore sous le coup de la surprise, des révélations. Il ne lui en tenait pas rigueur, faisant en sorte qu’elle se sente bien, lui proposant un shampoing, un massage. Il sentait vraiment qu’elle se détendait sous ses doigts. Le jeune homme s’appliquait, faisait tout pour qu’elle passe un bon moment, même si à la fin il se permit de tendres baisers dans le cou et sa nuque, écartant ses cheveux. Encore une fois la demoiselle frissonna mais il s’arrêta là, restant sage.

Le bain dura un moment, elle était dans ses bras, se laissant bercer, à moitié endormie. Il se retourna ensuite, voulant jouer avec elle, lui étalant de la mousse sur son corps mais sans que cela ne devienne trop osé ni tentant non plus. Ils se taquinèrent encore un moment avant de sortir, s’emballant dans la même serviette, lui, voulant la réchauffer un peu mais toujours sans aucune autre intention. Il prit beaucoup de soin à l’aider, s’occupant d’elle comme une petite princesse, l’aidant à enfiler sa robe et s’occupant de sa coiffure.

Il la tenait toujours étroitement par la main en sortant, la conduisant à la salle à manger avant de l’aider à s’asseoir et lui déclarer qu’il allait chercher le gâteau. Alors que la jeune femme patientait, un peu soulagée de retrouver son homme comme avant, mais également un peu pensive, Alanir et Eleyna revinrent. Ils semblaient tous les deux de très bonne humeur et se chamaillaient tout en parlant de leur promenade, de la visite chez Maud. En voyant Cassidy, Alanir échangea un regard silencieux avec elle. Après tout, il arrivait qu’ils se parlent par la pensée tous les deux. Eleyna restait un peu en retrait, hésitante, surtout qu’après le comportement de Cassidy hier, difficile de savoir de quelle humeur elle était.

La petite mage semblait un peu gênée, embarrassée. Elle avait joint ses mains et agitait ses doigts nerveusement.

« Hum… Eleyna ? Désolé pour hier hein… J’étais… enfin bref… l’accumulation. Mais tout va bien maintenant, les choses se sont arrangées… »

Elle la regarda timidement alors que l’elfe ne semblait pas si contrariée que ça, du moins en apparence. Tous s’installèrent autour de la table alors qu’une odeur de gâteau au chocolat se fit sentir. Alanir avait redressé la tête, humant l’air, inspirant profondément pour apprécier ce nouveau parfum. Tristan semblait tout content de sa réalisation et déposa le gâteau qu’il commença à couper, même si la plus grosse part fut pour Cassidy. Elle le taquina d’ailleurs.

« Eh bien eh bien… tu veux me faire prendre du poids ? »

Il semblait vouloir lui dire qu’après toutes ces frayeurs, du chocolat ne pouvait pas lui faire du mal. Elle se mit à sourire, lui tirant la langue, sous le regard amusé du dragon et de la demi-elfe. Tristan était vraiment tout joyeux, d’excellente humeur et ne semblait même pas en vouloir à son confrère. Bon, apparemment ils avaient parlé tout à l’heure. La table était animée, Alanir demandait des informations sur la fête pour la nouvelle année de demain, demandant des précisions sur comment ça fonctionnait. Eleyna s’était lancée dans une longue explication et semblait prendre son rôle à cœur d’expliquer les coutumes humaines au dragon. Cassidy eut un sourire attendri, depuis que la demi-elfe était là, Alanir semblait s’être calmé et moins grincheux.
Ils finirent la soirée à jouer aux cartes. Alanir était toujours le perdant et Tristan ainsi qu’Eleyna semblaient vouloir en découdre, chacun gagnant à tour de rôle alors que Cassidy était aussi larguée qu’Alanir. Puis tout le monde partit se coucher.

Cassidy ne semblait pas gênée de se changer dans la chambre, demandant même à Tristan de défaire les lanières de son corset. Pourtant, il n’y avait aucune envie déplacée, aucune envie d’aller plus loin, ce qui était bien étonnant. Enfin en même temps, il était tellement traumatisé par ce que son autre lui avait fait qu’il était tout à fait normal qu’il ne veuille pas la toucher… Mais la petite mage savait que Tristan, malgré le fait qu’il ne manifeste aucune envie, aucun regard d’avidité… ce genre de regard où il posait ses yeux sur elle et où elle se sentait toute nue face à lui, qu’il y pensait peut être malgré lui mais sans vouloir faire le premier pas. Les voilà bien ! Elle ne savait pas trop comment s’y prendre non plus elle ! Mais elle savait qu’il dirait qu’ils avaient leur temps, qu’il n’était pas pressé… le pauvre.

Elle secoua la tête en se retournant vers lui, fit un beau sourire, avant de se pencher pour récupérer sa nuisette et la mettre. A ce moment là il en profita pour la porter comme une princesse et la déposa dans le lit, avant de changer de tenue et venir se coucher à côté d’elle.
De tendres câlins, des caresses, ils s’embrassaient sagement. Et même si Cassidy pouvait avoir beaucoup d’énergie puisqu’elle s’était réveillée il n’y a pas si longtemps, le sommeil la gagnait quand même. Pas une seule fois elle s’était braquée, crispée. Il devrait le voir ça… Elle déposa un dernier baiser sur ses lèvres, murmurant un « Je t’aime »… avant de bailler et de plonger la tête dans le torse du jeune homme, totalement détendue.

Le lendemain matin, Cassidy s’était réveillée la première et s’étira comme un chat. Elle regarda Tristan qui était assoupi, visiblement détendu, une main posée sur la hanche de la demoiselle alors qu’elle lui tournait le dos. Elle s’était un peu redressée et se tourna dans sa direction. Sourit tendrement en voyant que ses cernes disparaissaient peu à peu puis caressa ses cheveux alors qu’il se mit à gémir, réclamant plus de caresses, frottant sa tête contre sa main. La demoiselle émit un rire silencieux. Elle resta encore un petit moment, le regardant avec tendresse. Décidément elle le préférait comme ça et espérait que cette fois CA dure ! Et que personne ne viendrait les déranger !

Elle s’extirpa cependant du lit alors qu’il grogna tout en prenant un oreiller qu’il cala contre lui. Cassidy se mit à sourire avant de sortir de la chambre.

Lorsqu’elle revint, Tristan s’était réveillé et semblait être étonné d’être tout seul dans le lit. Elle le gratifia d’un grand sourire, un plateau déjeuner dans les mains.

« Salut… bien dormi ? »

Elle vint se mettre à côté de lui, posa le plateau sur le lit et sauta dessus avant de se coller contre le beau jeune homme, réclamant sa dose de câlins. Ils discutèrent un peu, de leurs projets de cet après midi, de ce qu’ils comptaient faire. Elle mordilla dans une tartine de beurre en le regardant.

« Au fait… pour partir à Frihold après les fêtes… tu es toujours d’accord ? »

Il lui répondit, non sans une pointe d’humour et elle lui fit un grand sourire.

« D’accord… alors demain… ou après demain plutôt si on commençait à en parler, pour voir ce qu’on va prendre avec nous ? Surtout que le voyage sera long… Enfin juste le nécessaire, je pense qu’on arrivera à se débrouiller sur place. »

Elle déposa un baiser sur sa joue avant de boire une gorgée de son chocolat.

Ils discutèrent encore un moment avant de s’habiller et se préparer pour aller dehors.

Ils étaient à peine sortis de chez eux, main dans la main, pour faire une petite balade matinale, que des habitants de la cité vinrent réclamer de l’aide, alors qu’ils marchaient dans une ruelle. Il y avait des préparatifs à faire pour la fête de ce soir, installer les décorations, préparer les plats et certains s’inquiétaient que tout ne soit pas prêt à temps. Tristan était quand même réputé pour sa force et ça irait bien plus vite avec lui ! Quant à Cassidy, sa magie permettait d’accélérer certaines tâches. Ils se regardèrent un instant, mais ne pouvant pas refuser cette demande, chacun d’eux vaqua aux occupations.

Cassidy ne savait pas ce que faisait Tristan, mais il devait certainement aider à installer les différentes guirlandes et compagnie. Pour sa part, on la sollicita en cuisine où elle apporta un sérieux coup de main, utilisant sa magie pour accélérer la cuisson de certains aliments, mélanger d’autres ingrédients. Il est vrai que tout le monde s’agitait et que le banquet était vraiment titanesque ! Cependant, en une matinée, elle termina sa partie et rentra à l’appartement.

Pas de trace de Tristan, d’Alanir ou Eleyna. Ils devaient tous être occupés. Elle soupira un instant mais ne semblait pas vraiment contrariée. Ayant un peu de temps libre devant elle, la jeune femme entra dans le débarras de Tristan et prit la selle de dragon ainsi qu’un petit paquet. La regardant un instant, la demoiselle se rappelait avoir, il y a quelques jours plus tôt, balancer la selle dans un coin sans un seul regard, lorsque Tristan n’était pas présent au domicile. Elle se rappelait à quel point, même si il était redevenu normal, qu’elle ne voulait plus l’entendre parler de dragon, plus le voir se transformer… plus rien. Juste un humain quoi… Un air triste passa sur son visage alors qu’elle examinait la selle, passa doucement une main dessus, sentant la gravure qu’elle y avait laissé, sa signature magique, enlevant négligemment la poussière qui s’était accumulée dessus.

Puis elle remonta dans le salon, se posa dans un fauteuil, la selle sur ses genoux et prit un flacon qui se trouvait dans le petit sachet, l’ouvrit et versa le liquide sur un chiffon qu’elle avait également pris. Elle commença à nettoyer la selle en douceur, perdue dans ses pensées.

Un petit moment se passa et elle était en train de passer dessus un produit d’entretien, qui faisait briller le cuir, lorsque Tristan rentra, une bourrasque de neige le suivant alors qu’il refermait la porte. Il ne s’attendait pas à la retrouver ici, encore moins avec sa selle dans les mains et s’en occuper ! Elle redressa la tête pour le regarder, peut être un peu gênée, rougissant légèrement, ouvrit la bouche et tenta une approche des plus naturelles même si ce n’était pas le cas.

« Heu… alors ça s’est bien passé ? T’es rentré vite dit ! »

Il regardait lui aussi la selle et elle ne pourrait pas dire exactement à quoi il pensait. Mais il serait quand même ridicule de lui cacher le fait qu’elle avait sa selle dans les mains et qu’elle la frottait comme si de rien n’était. Son regard passa de Tristan à la selle, puis de la selle à Tristan et la petite mage devint encore plus rouge, bredouillant quelques paroles.

« Ah ben… huuum… en fait je me disais… c’était peut être l’occasion de la ressortir… parce que… bah hum… »

Elle ferma les yeux, inspira un grand coup, puis parla d’une traite rapidement.

« Peut être qu’il serait temps qu’on vole à nouveau ensemble, maintenant que tout est clair… »

Puis elle parla d’une petite voix, plus pour elle-même que pour lui, même si il y avait fort à parier qu’il avait entendu.

« Et puis ça me manque… »

Peut être que cela pourrait faire plaisir à Tristan. Car en effet, voler, elle peut quand elle veut puisqu’Alanir est là. Mais non, c’est bien avec lui qu’elle préférait. Elle avait beaucoup réfléchi pendant la nuit et après avoir repassé les paroles de Tristan dans sa tête, la petite mage s’était dit qu’au final, elle lui faisait confiance et qu’il faisait tellement d’efforts que ça serait bête qu’elle le repousse davantage pour cette deuxième partie qu’il est.

Elle épousseta lentement la selle, ne sachant pas quoi rajouter. Mais elle n’en eut pas besoin puisque c’est Tristan qui agit cette fois ci.

Le soir arriva cependant bien vite et chacun alla se préparer. Cassidy était partie chez Maud pour les derniers détails car la dame voulait encore lui faire porter une de ses créations ! Elle était en train de lui tourner autour, apparemment très satisfaite de sa tenue, une robe mauve, évasive et vaporeuse, qui lui arrivait en bas des genoux, des bottines blanches. Elle avait, une nouvelle fois, maquillé Cassidy tout en camouflant également sa cicatrice à l’œil, en mettant des jolies paillettes dorées et rouges. La robe était légèrement décolletée, permettant de voir son pendentif sur lequel se trouvait aussi la chevalière de Tristan, bien mis en évidence. Elle avait également un bracelet doré au poignet et des boucles d’oreille de la même couleur assortis.

- Tu es vraiment sublime… Tristan va adorer !

Cassidy se permit un timide sourire, un regard l’air de lui dire « Tu penses ? »

- Rhooo mais oui ! Arrête de douter ! Le pauvre est un peu perturbé en ce moment, mais si j’ai bien compris, c’est en train de s’arranger entre vous. Donc ça ne peut que s’améliorer !

Elle avait également fait venir une coiffeuse, qui s’occupe de la longue chevelure de Cassidy et même si Tristan aimait bien s’en occuper, le surprendre un peu de temps en temps ne faisait pas de mal. Ses cheveux avaient été élégamment relevés, des petites tresses formaient une couronne au dessus de sa tête et sa couleur blonde ressortait encore plus que d’habitude. La coiffeuse avait aussi mis un bijou de tête, une sorte de chaînette argentée qui suivait le contour de la tresse et lui donnait des allures de princesse. Maud ajusta le léger châle dans les mêmes tons que la robe sur les épaules de Cassidy avant qu’elle ne finisse de se préparer pour descendre à la salle des fêtes où ils devaient tous se retrouver.

Du côté de l’appartement, l’ambiance était… différente. Si Tristan avait élu domicile dans la salle de bain, Alanir offrait un beau spectacle à Eleyna qui pouffait de rire. En effet, le pauvre dragon essayait de comprendre comment on mettait une chemise mais après avoir essayé d’enfiler une manche par la tête, la mettre à l’envers, se tourner dans tous les sens comme un contorsionniste en tirant la langue, il fallait bien se rendre à l’évidence que le dragon n’était PAS mais alors PAS doué du tout.

- Rhaaaaaaa mais c’est quoi ce truc ?! Nan sérieusement vous les humains vous vous prenez la tête avec ce genre de… de tenue… Et puis je suis sûr qu’on est complètement serré dedans… je vais étouffer ! Grrrrr

Eleyna lui lança une boutade avant de prendre la chemise et de proposer de l’aider. Elle l’enroula dedans, lui montrant comme il fallait faire, accrochant les boutons les uns après les autres. Pendant un instant, leurs regards se croisèrent et Alanir se mit légèrement à rougir avant de détourner la tête. C’est qu’il n’avait pas l’habitude de tant d’attentions !

- T’es sûr que je vais pas étouffer là dedans hein ?

Elle lui donna une tape sur la tête pour répondre à sa question. Tristan sortit à ce moment là de la salle de bain et Eleyna s’éloigna d’Alanir avant d’observer avec un sourire son capitaine.

- Voilà ça c’est un homme qui a la classe !

Alanir se mit à grogner, sûrement jaloux, ou peut être un peu faussement.

- Eyyyyyh ! Moi aussi je suis bien !

Puis à l’attention de Tristan à voix basse.

- Espèce d’avorton…

Il lui tira la langue. Mais ce n’était pas dit méchamment mais plutôt sur le coup de la plaisanterie. Décidément on pouvait se poser des questions sur qui était le cadet et l’aîné entre les deux… Finalement ils sortirent.

Cassidy attendait sagement aux côtés de Maud. La dame la questionnait sur ses projets avec Tristan et la petite mage lui avait déclaré qu’après les fêtes, ils partiraient un peu s’isoler, une sorte de retraite loin du monde, dans un petit village de Frihold pour passer du temps ensemble. La conversation allait bon train. En arrivant dans la salle de fêtes, Cassidy avait été ébahi par le travail colossal qui avait été fait. De grandes tables étaient disposées contre les murs avec des mets de toutes sortes, des plus traditionnels aux plus exotiques. Un orchestre se trouvait sur une estrade et de la musique variée s’élevait dans les airs. Des chaises, coins plus intimes avaient été mis en place et une énorme piste de danse accueillait les fêtards. De grandes banderoles dans les tons bleus et dorés avaient été suspendus un peu partout, des lumières… c’était magnifique. La petite mage n’était pas passée inaperçue lorsqu’elle était arrivée mais toujours aussi gênée, elle s’était réfugiée avec Maud. Cependant, alors qu’elles étaient en train de discuter, avec d’autres dames, la porte s’ouvrit à nouveau et tous les regards se tournèrent pour accueillir les nouveaux venus. Il y avait Alanir, qui avait essayé de faire un effort avec ses cheveux mais tout comme Tristan, il semblerait qu’il était presque impossible de les discipliner. Eleyna était aussi ravissante et cela changeait de ses tenues plus masculines. Quant à Tristan… il attirait suffisamment l’attention des demoiselles dans la salle, ce qui provoqua des grognements de la part des hommes.

Mais le jeune homme semblait savoir où se trouvait sa fiancée car au milieu des nombreux groupes qui s’étaient formés, il se faufila sans jeter de regard intéressé à droite, à gauche pour se retrouver devant elle. La petite mage l’examinait et souriait, le trouvant totalement à son goût et ses pommettes se teintèrent de rouge alors qu’il se pencha en avant pour lui faire un magnifique baise main.

Puis il la prit par la main, lui demanda si elle voulait lui accorder une danse, en s’excusant auprès de Maud de lui enlever comme ça alors que la dame les regardait plus avec complicité qu’autre chose, avant d’entrainer la petite mage avec lui.

Ils se mirent sur la piste alors que l’orchestre entamait une musique plus lente. Prenant sa main dans la sienne et posant son autre sur sa hanche, Tristan dirigeait Cassidy au rythme de la musique. Les gens s’arrêtaient pour regarder ce petit couple évoluer, comme si ils étaient seuls au monde, comme si le reste ne comptait plus. Cassidy appréciait l’odeur que dégageait le beau jeune homme, une odeur fraîche, rappelant les montagnes et la forêt sauvage, un sentiment apaisant s’emparant d’elle. Elle était contente et se colla un peu plus contre lui.

« Tu sais… c’est vraiment bien… enfin pas ce qui s’est passé… mais que ce soit enfin… terminé… Et je suis vraiment heureuse de pouvoir passer cette nouvelle année avec toi… cette fois ci »

Qu’il n’oublie pas… Elle avait été seule une année. Alors pour elle, c’était évident que cela lui faisait plaisir.

Plus loin, Alanir regardait les couples qui bougeaient sur la piste et ronchonnait. Eleyna l’invita alors à danser, pour qu’il arrête de faire son grincheux et il fit une drôle de tête.

- Heuuu t’es sûre ? Parce que je sais pas comment ça marche hein…

Et effectivement, c’était plus drôle qu’autre chose car il lui marchait sur les pieds et se confondait en excuses.

La soirée se continuait plutôt bien. Les danseurs changeaient. Tristan avait invité Maud, d’autres demoiselles qui rêvaient d’une danse et Cassidy se pliait aussi à ce petit jeu de son côté.
Puis, à un moment, Maud monta sur scène, réclamant le silence.

- Chers amis, merci d’être venu pour célébrer cette fin d’année. Il s’est passé beaucoup de choses… je tiens à vous remercier pour les nombreuses attentions et choses que vous m’avez apporté…

Elle fit quelques pas sur la scène, souriante, tellement belle et digne dans sa tenue. Les gens applaudissaient.

- J’aimerais aussi remercier tout particulièrement Tristan et Cassidy pour leur présence parmi nous. Je voudrais leur souhaiter beaucoup de bonheur et qui sait, peut être qu’on apprendre une bonne nouvelle bientôt…

Cassidy, qui s’était rapprochée de Tristan et lui tenait la main, ne comprenait pas tout à fait ce que voulait dire Maud, qui leur faisait un clin d’œil complice. Les gens continuaient d’applaudir tout en se tournant vers le petit couple. Cependant, Maud réclama le silence.

- Cependant, je pense que vous vous rappelez tous de ce tournoi d’il y a quelques semaines… Nous n’avons pas eu le temps de récompenser dignement nos… gagnants avec toute cette agitation…

Elle fit un signe de la main et des paquets furent apportés à Cassidy et Tristan. La petite mage ne savait plus où se mettre mais Tristan semblait très à l’aise. Les gens applaudissaient, lançaient des cris enthousiastes, les félicitaient. Une ambiance chaleureuse et bon enfant régnait.

Les cadeaux plurent au petit couple et après cette annonce, Maud redescendit de scène alors que les danseurs reprenaient place.

Si Tristan et Cassidy restèrent encore un moment, la jeune femme en profita pour tirer le jeune homme en arrière, l’intimant à la suivre.

Cassidy avait entraîné Tristan dans les bois en riant. Il devait savoir où ils se rendaient, car ce chemin, ils l’avaient déjà fait plusieurs fois. Elle lui tenait les mains tout en reculant, en approchant de sa petite clairière magique. Les feuilles s’écartèrent et aussi pour laisser la place à leur petit endroit, celui où ils avaient passé du temps ensemble, ce qui les avaient réunis… leur endroit où ils étaient seuls au monde. Des lucioles brillantes flottaient dans les airs, tournoyant autour d’eux.

La jeune femme caressait doucement le bras de son compagnon avant de le tirer plus loin. Un morceau de tissu violet dans l’herbe tendre et verte à l’ombre d’un des petits arbres aux feuilles rosées et pourpres. Un grand nombre de plats avaient été disposés là en leur attention.

« Bon j’ai un peu cuisiné… et y a quelques trucs qui viennent de certaines personnes de la cité aussi… C’est sûr ça n’a rien à voir avec le banquet hein… mais je voulais faire un truc spécial rien que pour nous deux…»

Alors qu’elle disait ces paroles, la petite mage se mit à rougir. Elle s’était appliquée, comme à son habitude, à confectionner quelque chose de bien. Alors qu’elle lui coupait une part de ce qui ressemblait à une sorte de pâté, elle se mit à sourire en lui tendant. Ils mangèrent, elle attendant son avis.

Au fur et à mesure de la soirée, la bouteille descendait un peu et les joues de Cassidy se coloraient. Elle le prit par la main et le conduisit au petit bassin, cette source chaude à proximité. Elle lui demanda de la déshabiller puis une fois que c’était fait, la petite demoiselle se retrouva entièrement nue, ayant enlevé ses sous vêtements par la même occasion. Elle regarda Tristan d’un regard brillant.

« Allez à ton tour beau jeune homme ! Laisse moi le plaisir d’enlever tout ça ! »

Elle s’était approchée de lui, d’un air séducteur, avant de se coller un peu à lui, de défaire la boucle de sa ceinture et de baisser son pantalon avant de parcourir de ses doigts sa chemise et de lui enlever les boutons. Une fois cela fait, elle passa ses mains sous sa chemise, mains qui étaient plus fraîches, mais pas trop non plus de la température corporelle de son fiancé mais d’une caresse un peu plus osée que d’habitude avant d’enlever ses mains, de tirer sur les manches de sa chemise, le forçant à se pencher en avant et déposant sur ses lèvres un baiser renversant. Puis elle lui enleva l’intégrale, avant de le prendre par la main avant de l’entraîner vers les marches en pierre qui menaient au bassin et se glissa dans l’eau avec délectation tout en poussant un petit cri de plaisir. Elle se mit à genoux pour être entièrement trempée, sauf la tête, avant de se redresser et s’adosser contre un bord.

« On est vraiment bien ici… Endroit romantique… Eau chaude… Beau garçon à côté… que demander de plus ? »

Elle ouvrit un œil alors qu’il s’était adossé à côté d’elle. Que demander de plus ? Mais elle le savait très bien ! Et si, en temps normal, la petite mage faisait preuve de retenue, sûrement pour éviter d’aller trop vite, de brusquer son homme, surtout que les derniers évènements étaient récents, ce n’était pas le cas en aillant un peu bue ! Les barrières se brisèrent alors qu’elle détaillait d’un œil, pour le moins appréciateur, le magnifique corps devant elle.

La demoiselle s’approcha de lui.

« Tu es vraiment parfait… en tout points… »

Elle s’était placée devant lui, se collant, enserrant ses bras autour de sa taille. Comme il s’était un peu adossé, la petite mage s’était retrouvée à sa hauteur. Elle posa doucement ses mains sur ses joues, lui caressant doucement, posant son front contre le sien puis déposa des petits baisers en dessinant la courbe de son visage. La proximité avec le jeune homme la rendait vraiment, mais alors vraiment plus tentée par oser des choses. La température, déjà chaude du bassin, s’élevait sur la peau de la demoiselle. Elle plongea dans le cou du beau garçon et mordilla, du bout de ses canines, un côté, avant de lui faire un suçon alors que ses mains devenaient plus baladeuses.

Redressant la tête, elle le regardait en souriant. Il ouvrit la bouche pour parler mais elle ne lui en laissa pas le temps, en profitant pour rapprocher ses lèvres des siennes et de l’embrasser d’une manière pas vraiment très sage alors que ses mains parcouraient son dos, de manière sensuelle.
Une chose était sûre, la petite mage avait envie d’aller plus loin avec son compagnon ce soir… Et elle n’y allait pas par trois chemins… Après tout, il lui avait manqué non ?

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Jeu 26 Fév - 20:37

La veille, enfin plutôt le matin, très tôt, vraiment très tôt, à l’heure où certains finissaient encore la soirée et chantaient à tue-tête mais de moins en moins fort sous la fatigue les explications étaient fournies. Nombreuses et prises de tête elles éclaircirent pourtant énormément de choses et apportèrent des réponses franchement trop attendues. Pauvre petite mage qui encore une fois ne pouvait guère se douter de ce que son fiancé avait encore fait ou plutôt subi.
Avant qu’il ne rentre avec Eleyna, elle était persuadée qu’il lui avait caché la vérité, qu’il l’avait mise à l’écart, pire encore qu’elle ne lui était d’aucune utilité. Elle avait tort sur toute la ligne mais bien raison de douter au final et cela il ne pouvait absolument pas le lui reprocher du moins il ne l’aurait pas pu s’il avait été conscient de ce qui se passait autour de lui.

Tristan était dans un état franchement second. Il était épuisé, tenait à peine debout et si tout ceci fut rapidement expliqué, Eleyna fronça bien vite les sourcils face à la réactivité de poisson rouge de Cassidy. Bon d’accord elle était en colère et elle se doutait déjà qu’elle avait vu ce qui s’était passé mais de là à ignorer quasiment l’homme de sa vie ou celui qu’elle prétendait l’être, c’était franchement… Eh bien une jeune femme en colère voilà tout. Une jeune femme ayant un mauvais caractère et n’appréciant vraiment mais alors vraiment pas que sa vie soit l’équivalent d’une boîte de puzzle que des forces supérieures s’amusaient à secouer dans tous les sens, à tout démanteler puis à espérer, que bonne fille, elle réorganise, reforme tout, comme si de rien était. Sauf qu’il y avait des choses, oui… Et beaucoup et elle en avait marre. Lui aussi évidemment mais ça elle ne pouvait pas s’en douter à ce moment là.

Heureusement que les explications essentiellement sous la forme de souvenirs qui suivirent eurent le mérite d’éclairer la situation car ils étaient sous le fil tranchant d’une lame et ça n’allait décidément plus du tout entre eux. Entre leurs sentiments fragiles par leur manque de communication, puissants par leurs ressentis réciproques mais si récemment timides, leurs vécus respectifs et toutes leurs dernières aventures trop c’était trop…
Pourtant il y avait du positif dans tout ce qui était révélé, enfin un peu… Un positif étrange et qui franchement apportait plus de question que de réponse… Qu’est ce que c’était que ce lien au final ? Pourquoi ? Pourquoi y avait-il cette chose étrange entre eux, une chose qui même pour les dieux ne devait pas exister à la base ? Pourquoi et comment ? Et pourquoi cela déplaisait tant ? Etait-ce vraiment pour la forme de magie que ça représentait ? Y avait-il quelque chose derrière ? Oui peut-être, quelque chose dont ils ignoraient encore tout et ne pas savoir c’était risquer gros… Encore.

Finalement elle avait eu besoin de s’aérer pour digérer toutes ces informations et là personne ne lui en tenait vraiment rigueur à vrai dire.
Eleyna en profita pour s’expliquer auprès d’Alanir, calme et posée comme bien trop souvent. Il avait toujours le répondant d’une mouche mais bon, elle comprenait qu’il se soit posé beaucoup de questions et qu’il préfère faire le ronchon un peu distant que le sincère dragon inquiet et probablement franchement vexé comme le lui avait suggéré Tristan. Il lui proposa l’instant d’après… une partie de cartes. Elle le regarda plus amusée qu’autre chose. Décidément, il ne se lassait vraiment pas de perdre !!!!! Elle le provoqua d’ailleurs à ce sujet et il voulu corser le jeu alors qu’elle écarquillait les yeux, surprise. Okay alors ça ça ne venait absolument pas d’elle ! Douée comme elle l’était elle aurait très bien pu faire passer cette règle pour tout à fait normale et il l’aurait cru sur parole, bien trop crédule finalement. Probablement avait-il dû discuter un peu avec Maud pendant son absence et celle-ci lui avait sans doute mis une ou deux « bonnes » idées en tête. Ah ben bravo !!!! Se prêtant au jeu, simplement curieuse de voir ce qu’il en avait compris et bien décidée à lui rappeler qui était le maitre du jeu, ils engagèrent la partie… jusqu’à ce qu’il parte rapidement « repêcher » une Cassidy volante, enfin plutôt tombante.
Finalement ils discutèrent encore un peu mais elle s’endormit pendant qu’il lui racontait ce qui s’était récemment passé, sur le canapé.


Tristan n’était pas resté bien longtemps loin de l’appartement en réalité. Même s’il s’était réveillé le lendemain après une bonne et longue nuit de sommeil dont il avait désespérément besoin, il n’avait guère passé de temps au début auprès de Cassidy. Si elle avait su, la petite demoiselle aurait probablement été attristée de le voir si vite s’éloigner d’elle et plus que probablement aurait-elle cru qu’un nouveau problème se profilait entre eux. Mais il n’était pas resté longtemps loin de la jeune femme et était près d’elle à son réveil. Sourires, regards, taquineries…
Elle partagea avec lui ses souvenirs à propos d’Erwan et même s’il était au demeurant extraordinairement calme surtout qu’elle était à moitié… ah non complètement nue devant lui, le jeune homme fut heureux et soulagé par ce qu’elle lui montra. Vraiment soulagé. La demoiselle avait le chic pour alléger son coeur en un instant. Il ne se souvenait d’ailleurs même pas qu’il était si soucieux de ce qu’il avait entendu et à quel point il avait été malheureux de la présence d’Erwan mais qu’elle le rassure lui rappela à la fois son trouble et l’apaisa alors qu’il fixait la demoiselle avec insistance. Elle semblait presque plus émue et plus expressive que lui à ce moment-là. Il répondit tendrement puis passionnément à son baiser et il lui sembla que la demoiselle était assez… eh bien assez troublée en fait. Il sourit contre ses lèvres s’amusant à la taquiner un peu, loin d’être en reste pour les câlins et les caresses.

Ils passèrent du temps ensemble dans le lit, et lui pas mal en dehors aussi. Ils discutèrent beaucoup et le jeune homme fit énormément d’efforts pour se livrer ce que sa compagne pouvait tout à fait remarquer. Même s’il était terriblement maladroit et probablement encore plus touchant en l’étant, il essayait vraiment de communiquer avec elle et de lui en dire le plus possible, de mettre des mots sur ce qu’il ressentait. Bel effort. En tous les cas cette séance de communication et de câlins leur fit énormément de bien à tous les deux car en sortant de leur bain ils souriaient, rayonnants. Tristan n’avait absolument rien tenté d’autre que de sage et de parfaitement contrôlé.
Pourtant le bain aurait pu être quelque chose de beaucoup moins simple. Elle l’avait en effet rejoint alors qu’il finissait de le préparer. Quand elle l’avait rejoint il allumait une énième bougie, la pièce n’étant que sommairement éclairée par elles. Il ne l’avait même pas entendu arriver pour la peine et s’il ne sursauta pas quand elle l’enlaça en profitant qu’il lui tourne le dos c’était uniquement parce qu’il reconnut immédiatement son étreinte et son odeur. Doucement il s’était retourné, n’avait absolument louché sur son corps nu, lui avait juste effleuré la joue d’une main et l’avait embrassée avant de lui proposer galamment sa main pour se glisser dans la grande baignoire, prenant garde à ce qu’elle ne glisse pas. Il prit garde de ne pas toucher à son poignet blessé qu’il soupçonnait d’avoir été malmené avec l’escalade dont lui avait parlé en quelques mots Alanir. Apparemment elle avait vraiment eu besoin de se défouler et il préférait ne pas trop penser aux dégâts que cela avait pu provoquer…

Une fois qu’elle fut installée il la relâcha et se recula légèrement pour se déshabiller, pas du tout dans l’idée de taquiner sa compagne et pourtant ça y ressemblait franchement. On n’avait pas idée d’ôter sa tunique avec une telle lenteur calculée, et pareil pour le reste d’ailleurs ! A croire qu’il le faisait exprès. Mais non, pas du tout. Il hésita franchement à garder son boxer, grimaçant légèrement, mais finalement s’en débarrassa comme du reste et se glissa dans l’eau derrière elle venant l’entourer tendrement de ses bras et de ses jambes.

Nouveau moment calme et agréable dont ils avaient désespérément besoin tous les deux. Pour se retrouver et essayer de rattraper au vol leur complicité envolée avec les derniers drames qui hantaient encore leur coeur.
Tristan infiniment tendre n’avait décidément aucun geste déplacé et ne semblait pas non plus manifester physiquement le moindre désir pour sa compagne. Ca pouvait avoir de quoi l’intriguer, voire la surprendre et peut-être même la choquer. Lui en tous les cas n’en savait rien, trop occupé à caresser tendrement ses épaules, à entrecroiser ses doigts des siens et même à lui faire un massage improvisé franchement honorable malgré leur position. Il s’occupait de ses cheveux avec grand soin, bien décidé apparemment toujours à être aussi prévenant, doux et tendre qu’Ikael avait été brutal, égoïste et méchant. Il en profitait malgré la mousse pour glisser de temps en temps un tendre baiser dans son coup et le galopin savait s’y prendre, long baiser appuyé ou tout juste effleurement, il la taquinait un peu et elle devait sentir l’étirement de ses lèvres prouvant qu’il souriait… Oh non, il ne se forçait pas.
Il caressa longuement ses cicatrices du bout des doigts comme une fois de plus pour lui assurer que ce n’était pas grave. Après une légère hésitation il avait commencé à caresser son ventre d’ailleurs. Si au début elle avait eu une très légère crispation, probablement de tristesse, face à la recrudescence de souvenirs que ça avait provoqué. Il avait aussitôt allégé sa caresse puis avait doucement recommencé jusqu’à ce qu’elle se détende et le laisse faire. La gorge nouée le jeune homme avait eu envie de lui demander de lui raconter, de lui dire tout ce qu’elle voulait sur ce qu’elle avait vécu, que ce soit pour le bébé ou tout le reste, ce qu’elle avait ressenti. Il avait vraiment très envie de lui dire, de savoir et de partager cela avec elle mais conscient qu’ils en avaient beaucoup fait pour aujourd’hui et qu’elle était encore un peu fatiguée il la laissa tranquille, se contentant de lents mouvements circulaires sur son ventre, évitant religieusement de remonter et de ne faire qu’effleurer, même maladroitement sa poitrine. Un vrai gentleman plein de respect et de bonnes manières.
Mais quand il la sentit s’appuyer un peu plus contre lui, s’assoupir, il se mit à l’embêter et par une acrobatie qui méritait le respect se glissa devant elle pour venir l’embêter, lui mettant de la mousse partout et se confectionnant même une barbe toute blanche… Ce qu’il avait fait bien des mois auparavant, il y a longtemps, à leurs tous débuts à l’Académie. Il la vit sourire tendrement, vit l’émotion dans son adorable regard noisette, détourna immédiatement son attention de ses souvenirs en venant s’emparer fiévreusement de ses lèvres malgré le goût de savon que cela leur fit échanger, et rompit de nouveau rapidement leur baiser pour la taquiner un peu plus. Il ne fit évidemment aucunement mine de vouloir la noyer, il y avait des choses après tout sur lesquelles il ne fallait pas le moins du monde plaisanter !!!!

Ils finirent par sortir, se retrouvant à rire comme des enfants en se blottissant l’un contre l’autre sous une longue et épaisse serviette. Il finit par en déposer une autre sèche autour de la petite demoiselle, enroulant ses longs cheveux dans une autre et s’essuya sommairement avant de s’habiller, l’aidant à faire de même en laissant ses cheveux dans la serviette. Enfin ils sortirent de la salle de bains pour aller s’asseoir dans le canapé là où il entreprit de lui sécher et démêler soigneusement les cheveux comme toujours. Il en profitait bien trop régulièrement pour déposer des baisers dans son cou et quand elle eut le malheur de le taquiner en prétendant ne pas être en sucre le jeune homme s’amusa à lui « prouver le contraire » venant glisser sa langue sur son oreille puis sur sa nuque après en avoir écarté ses cheveux, commentant tout bas qu’elle avait pourtant un goût de miel alors que la pauvre petite demoiselle avait une sacrée chair de poule pour le coup. Elle lui renvoya même la brosse dessus, essayant de l’atteindre quand il se releva pour aller à la cuisine, faussement vexée, son beau sourire prouvant bien évidemment le contraire.
Il était allé s’occuper de passer un peu au four le gâteau pour le réchauffer quand Eleyna et Alanir débarquèrent et le jeune homme sourit en les observant de loin. Face aux excuses de la jolie mage, la capitaine se contenta d’un simple hochement de tête et d’un sourire, répondant gentiment.

- Les gens passionnés ont tendance à laisser exprimer un peu fortement ce qu’ils ressentent… chacun à sa manière.

Un petit clin d’oeil en direction de Tristan et de son air innocent tellement craquant alors qu’il arrivait avec le gâteau, juste pour lui dire qu’ils s’étaient vraiment bien trouvés tous les deux. D’ailleurs à l’odeur du gâteau Alanir s’était fait très attentif ! Décidément, il tenait de sa petite maitresse !!!!!
Tristan servit rapidement tout le monde et c’est vrai qu’il servit plus que généreusement sa fiancée qui se permit d’ailleurs une petite pique. Il aurait pu se crisper, faire une mine de chien battue et dire qu’il l’avait assez fait maigrir avec tout le souci qu’il lui avait causé mais à la place de ça il lui attrapa vivement la langue de deux doigts, la surprenant et surprenant d’ailleurs tout le monde. C’est qu’il était rapide, un chasseur à la base. Il la relâcha aussitôt et posa les mains sur son assiette.

- Oh mais si tu n’en veux pas !

C’est un cri faussement hystérique de petite fille qui lui répondit et il adora la voir batailler avec lui pour reprendre sa part de gâteau, déposant un baiser sur son front en venant s’asseoir près d’elle. Après le gâteau au chocolat ils se lancèrent dans une partie de carte endiablée mais largement complexifiée. Un jeu tellement tordu qu’il était déjà bien difficile de se souvenir des règles. Pauvre Cassidy et Alanir, ils étaient complètement largués et heureusement que Tristan glissait parfois gentiment sa tête à côté de celle de sa compagne pour choisir pour elle une carte, histoire de l’aider un peu mais bon, il oubliait vite sous les grognements véhéments d’Eleyna pour qui la compétition était une seconde nature !
Dans leur chambre ensuite, elle lui demanda de l’aide et il sourit en venant délacer doucement les lanières de son corset. Effectivement, toujours aucune tentative de la part du jeune homme, juste une étreinte en profitant qu’elle lui tourne le dos et un baiser dans le cou après s’être tordu le sien pour combler l’espace entre eux !
Quand lui commença à se changer et qu’il enfila un tunique plus courte pour dormir ce qui s’approchait franchement d’un feulement désapprobateur attira son attention. La petite demoiselle installée sur le lit après une tentative de portage de princesse le fixait avec désapprobation justement. Il suivit son regard qui était bien plus posé sur la tunique que sur lui, fit mine de poser la tunique sur une chaise et observa son sourire, la garda finalement à la main, fit mine de l’enfiler en la regardant froncer les sourcils mécontente. Un sourire taquin aux lèvres, Tristan resta donc torse nu, ayant bien compris la sourde menace. Apparemment, elle n’était vraiment pas pour la tunique et s’il l’enfilait à l’origine pour ne pas la gêner, il était bien plus à l’aise sans.
Il la rejoignit et ils se câlinèrent un moment avant de rapidement s’endormir.

Le lendemain matin il fut bon deuxième. Lorsqu’il ouvrit les yeux Tristan était seul et fronça les sourcils, surpris, cherchant la petite demoiselle en tâtonnant dans le lit, regardant même par terre finalement au cas où elle soit tombée !!! Quand elle revint, un plateau dans les mains, il l’accueillit d’un sourire et d’un baillement significatif. Toujours aussi détestablement beau au réveil il avait les cheveux tout ébouriffés et des épis qui partaient dans tous les sens dans un beau désordre de fin du monde. Il était resté torse nu comme elle le souhaitait. Elle le rejoignit bien vite et il maintint le plateau en place quand elle sauta dans ses bras. Ils faillirent rouler sur le lit mais il la tenait contre lui et ils se contentèrent de câlins et de tendres baisers avant qu’elle ne s’installe bien au chaud contre lui et qu’il posât le plateau sur les jambes de la petite demoiselle. Apparemment il avait décidé de faire les tartines et elle le laissa gentiment faire. Il se contenta d’abord de répondre à sa question par un baiser dans sa nuque puis acquiesça.

- Oui bien sûr princesse… Tu croyais que j’avais changé d’avis dans la nuit ? Et puis, le froid… vraiment froid… J’aurai de très bonnes raisons pour te garder contre moi. Il n’y a pas trente six manières de se réchauffer après tout…

Il acquiesça ensuite face à sa demande d’organisation et continua de manger tranquillement et de boire son café. D’ailleurs comme toujours avant de l’embrasser il n’oublia pas de croquer dans une tartine pour se débarrasser du goût du café qui restait sur ses lèvres et qui faisait toujours un peu grimacer la jeune femme. Pas attentif son drakkari ? Bien au contraire !!!!

Par contre, dès qu’ils furent dehors ils furent tous deux assaillis et se séparèrent donc pour aider. Elle dans tout ce qui pouvait nécessiter ses talents de mage franchement très reconnus dans la cité. Lui pour sa force et son endurance et c’était bien nécessaire vu les énormes poutres qu’il aida à transporter pour construire une petite arche devant la salle des fêtes, couvertes de guirlandes et de gui. Il aida longtemps, ne voyant pas le temps passer et forçant plus que de raisons sur ses muscles pour aider malgré la fatigue et ses récentes péripéties. Finalement il partit manger comme tout le monde pour faire une pause, commençant à avoir faim. En chemin, il chercha du regard Cassidy, passa aux cuisines pour savoir si on l’avait vue. On lui remit aussitôt une grosse assiette de grillades à passer au four et un mélange de légumes en lui affirmant qu’elle était partie depuis un moment. Il les remercia, rentra à l’appartement et n’était même pas sûre de l’y trouver à vrai dire, la sachant parfaitement autonome et indépendante et peut-être partie en vadrouille. Mais non, elle était là… Le jeune homme refermait la porte de son pied, les mains prises et avança dans l’appartement avant de se figer en voyant la demoiselle en train de nettoyer leur selle. Ils s’étaient tous les deux figés. Il avait même failli lâcher l’assiette et la petite marmite. Elle lui parla comme si de rien était et il fronça les sourcils, passant dans la cuisine pour poser les plats avant de revenir près d’elle, la fixant de ce même regard transperçant dont elle devait bien avoir l’habitude à force.

- … Oui… Et toi ?

Elle était sacrément rouge… Mais il ne la fixait pas moins pour autant. Il se souvenait bien à quel point elle était en colère contre lui et contre ce qu’il était il y a peu encore, elle ne voulait plus rien avoir à faire avec un dragon. Mais elle devait se rendre à l’évidence que si elle ne l’acceptait pas ainsi, eh bien ils étaient dans une impasse tous les deux. Enfin ce n’était pas brillant entre eux… Il ne savait pas trop quoi penser là dessus. Après tout, ça allait mieux mais… à quel point ?
La demoiselle se mit à bafouiller sur l’idée de peut-être revoler ensemble. Il se crispa légèrement, ayant bien envie de lui dire qu’elle n’était pas obligée, bien plus sèchement que nécessaire, qu’il pouvait bien voler tout seul, même s’il ne l’avait pas fait jusque là… Parce qu’elle lui manquait aussi, ça lui manquait aussi… Mais heureusement, elle ajouta de cette adorable voix enfantine que ça lui manquait et la rancoeur du jeune homme disparut aussitôt alors qu’il fixait cette femme-enfant toute penaude. Il combla l’espace entre eux de quelques pas et lui releva le menton de la pression de deux doigts sous celui, se penchant pas mal en avant puisqu’elle était assise. Tendrement il s’empara de ses lèvres et mit bien longtemps à les libérer, la gratifiant d’un clin d’oeil et d’un chuchotement complice.

- D’accord…

Rien d’autre, pour ne pas l’embêter déjà et parce qu’il n’y avait pas besoin d’autre chose à vrai dire…  Il retourna dans la cuisine pour réchauffer ou faire cuire ce qu’on lui avait proposé, laissant la jeune femme gérer comme elle le souhaitait cet instant équivoque. Bien sûr que ça lui manquait aussi. Il n’avait pas relevé ses dernières paroles, feignant de ne pas l’avoir entendu, dans le seul but qu’elle ne soit pas davantage gênée, dans celui aussi d’être encore une fois vraiment adorable avec elle.
Pendant que les aliments chauffaient il mit le couvert et ils ne tardèrent pas à être rejoints par Alanir et Eleyna. Ils mangèrent rapidement puisque Tristan devait repartir encore aider un peu l’après-midi et finalement chacun alla se préparer.

Néanmoins, leurs projets furent interrompus quand alors qu’ils finissaient de manger le beau jeune homme fit un sourire complice à sa capitaine qui le fixa sans comprendre.

- Quoi ? Qu’est ce qu’il y a ?
- Tu as reçu un colis de ton… fiancé…
- Grégoire ?????? Où ça ???!
- Je l’ai mis dans le salon…sur le canapé.

La jeune femme était déjà debout, un immense sourire au visage et se précipitait jusqu’au canapé indiqué, attrapait le colis et disparaissait avec dans sa chambre pour l’ouvrir, claquant presque la porte d’enthousiasme derrière elle. Tristan secoua la tête, amusé, un sourire aux lèvres et se servit un café avant de s’étonner du silence pesant qui s’était installé. Cassidy semblait extrêmement surprise, totalement prise au dépourvu par la nouvelle mais étrangement c’est surtout Alanir qu’elle fixait. Alanir qui semblait complètement… ailleurs pour le coup. Et qui se releva en marmonnant qu’il n’avait plus faim, allant prendre l’air sur le balcon.
Tristan le fixa depuis le salon, fronçant les sourcils et se tourna vers Cassidy qui semblait assez gênée, voire peinée même et prête probablement à aller rejoindre son ami… Qu’est ce qui se passait au juste ? Que ressentaient les uns et les autres… Difficile à dire, ça leur appartenait. Mais le grand jeune homme pressa doucement l’épaule de sa compagne alors qu’elle se relevait.

- Eyh… Qu’est ce qu’il y a ?
- Ils parlent beaucoup tous les deux quand même… Mais je crois qu’elle ne lui avait pas dit alors…
- …
- Je vais le voir.
- Non… Attends, laisse moi faire…
- Tris…
- S’il te plait…

Un trop beau sourire aux lèvres il savait parfaitement qu’elle ne pourrait pas lui résister et il avait bien raison car l’instant d’après il sortait seul sur la terrasse même si elle n’était pas loin et pouvait parfaitement les entendre. Tristan s’approcha donc en soupirant de son aîné et vint s’adosser à la rambarde près de lui. Alanir le gratifia tout juste d’un regard peu amen qui signifiait qu’il n’avait pas envie de discuter avec lui. Sauf qu’apparemment le jeune homme n’était pas de cet avis.

- Oui, elle a un fiancé… Elle a dû oublier de t’en parler.
- …

Il cherchait quoi ? A le mettre en colère ? Ce n’était pas très gentil en tous les cas…

- Beau garçon en tous les cas, très intelligent, un grand guerrier…
- …
- De 7 ans…

Là par contre le dragon de feu fit volte face, soit il se maitrisait merveilleusement bien depuis tout à l’heure, soit il n'en avait pas grand chose à faire mais en tous les cas il réagit à cette mention là et avec plus que de l’énergie !!!!

- Hein ?
- Grégoire… C’est son neveu Alanir. Il est juste dingue de sa tante et a déclaré qu’elle était sa fiancée. Il est en voyage avec sa mère et devait probablement lui envoyer des souvenirs…

Le Drakkari avait un grand sourire aux lèvres, apparemment assez satisfait de son coup et donna une tape dans le dos de son aîné.

- Détends-toi, il ne mord pas…

Et c’est amusé bien que certain que ça allait entrainer des discussion sur la vie de la jeune elfe que le jeune homme retourna à l’intérieur, surprit un sourire reconnaissant chez sa fiancée, l’embrassa tendrement puis sortit aider ceux qui avaient demandé son aide.

Quand Tristan rentra d’ailleurs, Cassidy était déjà repartie chez Maud pour se faire pomponner loin des yeux curieux de son fiancé. Et apparemment la dame avait l’intention de faire de la petite demoiselle la reine de la soirée. Elle avait rameuter une amie pour l’aider à la coiffer et prenait un soin maniaque pour ses vêtements et son maquillage. D’ailleurs, elle se permit un commentaire fort à propos quand elle constata à quel point cela allait bien à la timide demoiselle. Et si celle-ci n’était sûre de rien par rapport à ce que son compagnon pourrait en penser, elle la rassura rapidement.

- Cassidy, tu es vraiment magnifique ! Si Tristan ne craque pas c’est qu’il a perdu tout goût censé pour les femmes !

Mais bon, la petite demoiselle pouvait quand même légitimement s’inquiéter. Certes son compagnon était au summum de la gentillesse, de la galanterie et de l’attention. Il lui avait même rapporté une fleur le midi qu’il avait posé dans son assiette discrètement, comme si de rien était, ne faisant pas d’étalage et c’était d’autant plus mignon ! Mais malgré sa douceur et sa gentillesse il ne tentait rien et c’était étrange finalement venant de lui. Après tout, il avait toujours été un sacré pervers, très respectueux certes et bien plus emplis de qualité que ce qu’il avait prétendu avant qu’ils ne se mettent ensemble mais tout de même pervers… Or, il n’essayait pas de la reluquer, encore moins de la tripoter et pourtant il en avait eu l’occasion tout récemment. Rien… Peut-être que c’était juste un malaise mais un malaise qui ne pouvait pas durer. Parce que la petite demoiselle avait certes besoin de tendresse mais pas que… Et difficile d’oublier la brutalité d’Ikael tant que Tristan ne lui aurait pas prouvé à maintes reprises quel amant doux, tendre et terriblement attaché au bonheur et plaisir de sa compagne il était ! En tous les cas Maud essayait vraiment de la rassurer et de lui dire que tout irait bien, qu’eux d’eux c’était assez épique après tout et vu la manière dont elle en parlait il y avait fort à parier qu’Eleyna et Alanir lui ait tout raconté des doux derniers évènements vécus !
Longue préparation pour la demoiselle, rien n’était laissé au hasard et elle voulait chasser de son coeur les moindres doutes quant au soit disant possible manque d’intérêt du Drakkari.

A l’appartement, tout le monde se préparait.
C’est vrai qu’Alanir était drôle, voire ridicule en fait, à essayer de se dépatouiller avec une chemise ajustée censée mettre en avant sa musculature. Après s’être proprement moqué de lui et juré de ne jamais oublié ce moment Eleyna finit par lui venir en aide et sourit en le voyant soudain intimidé, lui donnant une tape sèche derrière la tête.

- Mais non, tu ne vas pas étouffer, ça te va bien aussi d’être habillé tu sais…

C’est le moment que choisit Tristan pour sortir de la salle de bain, absolument parfait comme c’était quasiment toujours, rageusement, le cas. Il fit un sourire divin à Eleyna et s’inclina respectueusement pour la remercier alors qu’Alanir ronchonnait aussitôt, mécontent de se voir voler la vedette. Toujours aussi digne et tellement maitre de lui-même, Tristan ne releva absolument pas la boutade, se contentant d’un très léger haussement de sourcil significatif. Et oui clairement l’aîné n’était pas celui qui en avait le comportement.

Ils finirent par sortir et rejoindre les autres à la fête.
Leur arrivée fut d’ailleurs saluée par de longs regards et des chuchotements. Si la petite mage avait attiré fortement l’attention un regard hostile de la part de Maud fit cesser toute tentative d’approche pour le moment. Par contre le trio qui débarquait valait tout autant le détour. Il y avait Alanir, vêtu très classiquement d’un pantalon noir et d’une chemise blanche un peu ajustée qui avait eu besoin de l’aide d’Eleyna pour être boutonnée correctement, ça c’était une certitude. Il y avait Eleyna justement moulée dans une robe émeraude qui mettait bien trop en avant ses allures félines et ses cheveux bouclés avaient tellement de volume qu’il lui faisaient une véritable crinière blonde ! Quant à Tristan… Eh bien… Malgré les regards, les chuchotements, il n’avait pas cherché des yeux dans la foule, son regard s’était éclairé alors qu’il renversait légèrement la tête en arrière, comme s’il avait senti une odeur qu’il connaissait. Il savait où elle était oui et il la rejoignit, ignorant ceux qui lui parlaient et encore plus les jeunes femmes qui gloussaient tout près de lui. Il s’arrêta devant elle alors que Maud s’éclipsait, les abandonnant mais notant avec amusement la tension dans le regard qu’ils échangeaient alors qu’ils s’admiraient l’un l’autre. Elle était belle, merveilleusement belle… Pour sa part le jeune homme portait également un pantalon noir mais aussi une chemise d’un bleu roi qui comble de l’agacement ne jurait pas le moins du monde avec les mèches bicolores de ses cheveux. Au contraire ça lui allait désespérément bien. Elle était très ajustée d’ailleurs, probablement une idée de Maud pour que plusieurs demoiselle puissent se rincer l’oeil sur la silhouette du jeune homme à défaut d’avoir droit d’y toucher. Il avait dû passer beaucoup de temps sur ses cheveux car il avait réussi à les coiffer, enfin un peu… Ils conservaient leur impressionnante masse légère mais il les avait coiffés en arrière tandis que quelques mèches rebelles retombaient devant ses yeux d’ambre qui la fixait avec une fascination certaine. Un sourire charmé étira les lèvres du garçon qui s’inclina et fit un baisemain impeccable à sa compagne en soufflant tout bas quelques mots, les joues légèrement rosissantes, la fixant d’un regard des plus intenses.

- Vous êtes ravissante milady…

Elle répondit à son jeu par une discrète révérence qui fit sourire son compagnon. Déjà il l’invitait à danser et l’entraînait, calme, parfait guide dans un langoureux slow. Tellement grand face à sa frêle compagne Tristan paraissait tout à fait aux anges malgré son demeurant calme et terriblement contrôlé. Il l’invita donc à danser et s’appliqua à faire d’elle la reine du bal, la guidant par de douces et si légères pressions que la demoiselle devait être fortement attentive à son compagnon. Mais il n’agissait pas ainsi sans raison. Plus ces pressions étaient légères et plus ils étaient attentifs l’un à l’autre, plus ils se ressentaient l’un l’autre et cessaient de voir le reste du monde. Il sentait ainsi avec une intensité étonnante la douceur de la paume de la demoiselle dans la sienne bien plus grande, la légère crispation de ses doigts fins qui enlaçaient les siens quand elle s’appliquait dans un pas plus compliqué, sa manière de se redresser un peu pour capter son regard de ses yeux noisette, tendant légèrement ses lombaires qu’il pressentait sous le tissu de sa robe, là où sa main restait sagement immobile, il ressentait la joie de son sourire sincère, du pétillement de son regard, la pression si éphémère de son corps contre le sien qui s’éloignait déjà, son souffle chaud qui s’insinuait dans le col ouvert de sa chemise quand elle était tout proche de lui et venait faire courir un frisson sur sa peau. Derrière l’odeur du parfum que lui avait appliqué Maud, il sentait la douceur de son odeur, sucrée, douce, cette odeur qui lui donnait si souvent envie de poser ses lèvres sur sa peau.
Ils dansaient tous les deux, magnifiques, éblouissants de complémentarité, lui gardant ce fichu sourire à la fois si tendre et taquin aux lèvres, comme pour l’embêter, elle qui avait l’air tellement plus heureuse, enfin !
Sa phrase lui valut un baiser effleurant son front pendant la danse et malgré ce geste parasite Tristan ne rompit aucunement leur danse, n’y accordant aucun accroc. Il lui répondit juste doucement en pressant un peu plus sa main dans la sienne.

- Et je suis heureux que tu la passes avec moi, cette fois-ci…

Il reprenait presque sa phrase, manière douce de lui signifier qu’il n’avait aucunement oublié et qu’il comptait bien aussi en savoir davantage mais qu’il lui laisserait le temps dont elle avait besoin pour s’exprimer. Ca avait été un long moment de torture, inutile de la brusquer. Ils continuèrent de danser un bon moment, ne remarquant même pas que d’autres couples les rejoignaient sur la piste de danse. Ils manquèrent même, bien dommage les tentatives pour danser d’Alanir qui se soldaient par des échecs cuisants pour les pauvres pieds d’Eleyna. Finalement l’elfe, têtue presque autant que la petite mage, décida de lui apprendre et s’improvisa eh bien cavalier… Alanir devint ainsi le « mené » mais ne semblait même pas s’en rendre compte, trop occupé à essayer de ne pas faire d’autres bêtises. Mais il y avait du boulot !!!!

Finalement le jeune couple s’était séparé pour offrir des danses aux autres invités et s’échangeaient parfois des clins d’oeil sur la piste de danse. Ils s’étaient tous les deux arrêtés pour boire un verre quand Maud avait pris la parole. Elle parla d’eux ce qui leur valut à tous les deux d’être surpris et encore plus quand elle parla de « bonne nouvelle ». Cassidy fixa Tristan sans comprendre et celui-ci répondit par un innocent haussement d’épaules des plus francs !
Ils comprirent davantage la raison de la citation de leur nom quand on vint leur remettre des petits présents. C’était bien gentil et plutôt heureux d’apprendre que finalement ils avaient gagné ce jeu qui était censé rapprocher un peu leur petit couple. Pauvre Cassidy, toute rouge comme toujours mais tellement craquante ! Tristan l’enlaça doucement d’un de ses bras, le passant autour de ses épaules pour se faire un peu rassurant et plus présent. Cela semblait l’aider… un peu du moins. Ils restèrent encore un peu à la soirée mais il s’avéra vite que la petite demoiselle avait une autre idée en tête. N’opposant aucune résistance, souriant à son comportement un brin enfantin alors qu’elle était si… femme, il la suivit docilement, reconnaissant très vite, c’est vrai, le chemin. Leur petit endroit, rien qu’à eux, féérique semblait avoir été un peu préparé par une certaine petite demoiselle. Il sourit un peu plus, attendri en s’en rendant compte. Il aimait beaucoup la soirée là bas, l’avait suivie sans la moindre arrière pensée de folies derrière un buisson, mais préféra davantage encore cet endroit. Ils se suffisaient parfaitement à eux deux. Et il avait aussi envie de passer un peu de temps avec elle, leur journée ne le leur ayant pas permis. Elle s’expliqua brièvement, rougissante, craquante. Il se tourna alors vers elle, prit son visage dans ses mains, lui coupant toute retraite et l’embrassa tendrement. Un baiser trop bref mais tellement passionné alors que déjà il relâchait la légère pression de ses mains et lui faisait son sourire en coin.

- C’est parfait princesse…

Et il était on ne peut plus honnête !
Il vint tranquillement s’asseoir à côté d’elle sur la couverture violette et mordit dans la tartine qu’elle lui tendait alors qu’elle ne s’y attendait pas, la faisant rire et sursauter. Il mangea de bon appétit apparemment décidé à tout goûter et pas qu’une fois, n’oubliant pas d’en proposer aussi à la jolie jeune femme qui devait honorer le petit apéritif dinatoire qu’elle leur avait préparé tout de même. Il fut surpris qu’elle veuille boire et surtout qu’elle boive autant alors qu’il connaissait bien sa maigre résistance face à l’alcool. Et en effet, ses joues se coloraient, elle souriait de plus en plus et lui prenait de plus en plus souvent la main pour jouer avec ses doigts.

Et puis elle décida de se baigner… Pourquoi pas ?
Il l’avait gentiment suivie, tendrement embrassée quand elle s’était tournée vers lui puis c’est  avec un sourire taquin qu’il avait accédé à sa requête, l’aidant doucement avec les lacets de son corset. Sauf que le jeune homme devait penser qu’il s’agit d’un bain très sage puisqu’il détourna rapidement les yeux quand elle ôta ses sous vêtements et ce… même s’il ne rechignait pas pour autant ! L’instant d’après il fut surpris par le regard noisette soudain bien plus brillant qu’elle posait sur lui et frissonna quand elle commença à le déshabiller. Figé sur place, les muscles contractés, le garçon semblait un peu moins à l’aise brusquement et s’il la regardait au départ il cessa bien vite et entreprit de regarder ailleurs… Il était grand, déjà qu’en général quand elle avait un beau décolleté c’était difficile d’ignorer sa poitrine sous son nez mais alors là… En plus elle s’amusait à le caresser ! Sadique !!!!
Pourtant il restait toujours stoïque, ne tentant strictement rien, même pas de se rincer l’oeil ! C’était à se demander ce qui lui prenait !

Heureusement, ils descendirent rapidement dans l’eau et muet, le jeune homme alla s’adosser contre un bord du bassin, ses traits se détendant, ses muscles aussi. Sauf que la petite demoiselle n’en avait pas fini et venait bien trop près de lui, quelques mots flatteurs aux lèvres. Elle vint coller son corps contre le sien, juste un peu, mais c’était déjà une bien mauvaise idée… Le pauvre jeune homme frissonna, baissa les yeux vers elle, les détourna aussitôt alors qu’elle avait l’horrible et torturante idée de coller sa poitrine contre son torse ! Et en plus elle commençait à déposer de petits baisers sur la ligne de sa mâchoire. Ses dents qui ripaient contre la peau de son cou lui tirèrent un gémissement qui ressemblait fort à une supplique ! Il était de nouveau crispé, les muscles contractés, les mains arcs boutées sur la paroi rocheuse contre laquelle il s’appuyait, de chaque côté de son corps, loin de celui de sa compagne.
Elle cessa son manège et le regarda. Il semblait un peu ailleurs mais ancra aussitôt son regard dans le sien. Quelque chose d’étrange passait dans le regard du jeune homme. Il n’avait pas l’air très bien en fait pour le coup, ouvrant la bouche pour parler mais elle en profita comme il l’avait tant de fois fait et il frissonna, lâchant un autre léger gémissement, vaincu… Ses bras s’étaient déjà glissés autour d’elle et il la pressait contre lui, une main dans ses cheveux, risquant fort de totalement la décoiffer d’ailleurs, l’autre dans le milieu de son dos, comme pour l’empêcher de s’échapper et lui faisant payer son baiser avec plus d’intérêt que ce qu’elle avait probablement prévu de connaitre vu comme il la sentit frissonner à son tour.

Sauf que brusquement tout s’arrêta ! Leur baiser du moins…
La demoiselle se retrouva en effet éloignée de son compagnon, à longueur de bras de celui-ci… Il avait les mains sur ses épaules et l’avait repoussée loin de lui, haletant en essayant de retrouver son souffle, la tête baissée. Elle devait être surprise, vraiment surprise parce qu’elle l’appela d’une voix timide mais tellement douce. Sauf que lorsqu’il releva les yeux vers elle, il vit l’adorable minois de la demoiselle changer. De la surprise polie et un brin amusé sur ses traits harmonieux à son regard encore brillant de désir elle passa au doute, mêlé de peine et de culpabilité. Et pour cause, le regard que posait son compagnon sur elle avait tout de celui du dégoût, du rejet… Déjà les adorables yeux noisette se voilaient, plein de cet indubitable doute qui ne la quittait jamais. Tristan écarquilla les yeux, comprit et avant qu’elle n’ait le temps de s’échapper l’attira fermement contre lui, au creux de ses bras alors qu’elle se débattait mollement, l’air d’avoir perdu toute son énergie précédente.

- Lâche-moi…. J’ai compris, je…
- Non ! Attends, princesse, s’il te plait… arrête, tu es encore en train… de te mettre n’importe quoi dans la tête, ce n’est pas…
- Je ne te dégoûte, j’ai bien vu…
- Mais non ! Pas du tout, ce n’est pas…
- Laisse-moi…
- Cassy, arrête !

Elle essayait vraiment d’échapper à ses bras, mais bien heureusement, le jeune homme était beaucoup plus fort qu’elle. Il parvint à s’emparer de ses lèvres et l’embrassa tendrement, réussissant un peu à la calmer mais pas beaucoup. Elle avait toujours l’air triste… et probablement pensait-elle encore stupidement qu’il n’était pas attiré par elle. Malgré tout ce qui se passait entre eux ils étaient tous les deux très sensibles au comportement de l’autre et facilement influencés… Elle avait bien remarqué à quel point il était doux, prévenant et pas du tout pressant… ne manifestant même pas physiquement une attirance particulière, ne faisant montre d’aucun désir lubrique… Et ce qui était passé pour de la douceur et de la prévenance, à cet instant, par son brusque rejet s’était transformé en dégoût pour le corps de la belle. Ah oui, probablement encore cette histoire de cicatrices… Il prit donc doucement ses mains, les posant sur sa tête, les pressant des siennes avec douceur.

- Regarde s’il te plait… Je te jure que tu te trompes…

Alors oui, il pensait savoir ce qui se passait dans sa tête, après tout, ils se connaissaient tous les deux pas mal tout de même. Elle finit par obtempérer, ils fermèrent les yeux et furent projetés… dans un bien proche passé…




Tristan ouvrit lentement les yeux. 
La lumière filtrait par les rideaux mal tirés et inondait leur chambre de lumière. Le soleil devait être levé depuis un moment d’ailleurs. Il prit brusquement conscience des douleurs qui irradiaient ses muscles et plus particulièrement son torse là où le « rayon » de l’ombre l’avait traversé. Ce n’était que le lendemain de cette mésaventure… le lendemain de la petite soirée d’échange de cadeaux. Ils avaient tous les deux, observateurs invisibles un point de vue externe… Ils voyaient comme l’auraient fait des espions dans cette chambre, à ce moment là, dans ce proche passé.
Le jeune homme changea soudain d’expression. L’ombre… Tout lui revint en mémoire, déjà le fait qu’il se souvenait, tout ce qui s’était passé et plus encore le besoin impérieux de voir Cassidy… Parce que si vraiment la créature avait tenu parole et il commençait à bien savoir qu’elle le faisait toujours, alors la jeune femme savait et… Il esquissa un geste pour se relever, s’interrompit aussitôt. Une sensation douce apaisait la tension de ses muscles, celle d’une peau caressante contre sa hanche. En appui sur un coude il baissa les yeux. La couverture les recouvrait mais il sentait bien une main sur lui, une main qu’il connaissait très bien d’ailleurs. Un immense soulagement envahit aussitôt le jeune homme qui se rallongea sagement, évitant de bouger tout d’abord. L’une de ses mains vint effleurer celle de la jeune femme sous le drap puis lentement la souleva alors qu’il se retournait vers elle et la reposait avec la même précaution. Elle ne s’était pas réveillée.
Profondément endormie, la douce demoiselle était tout à fait adorable mais il ne manqua pas, immédiatement, un mèche blanche parmi celles blondes de ses cheveux. Il n’eut aucun mal à imaginer ce qui avait pu se passer. Il savait ce qui arrivait lorsque Cassidy dépensait trop de magie et lui-même avait été pas mal chamboulé et dépassé par tout ce qui lui était récemment arrivé, il comprenait qu’elle ait eu besoin de se défouler un peu. Néanmoins ça l’attristait, tout comme le constat qu’elle ne s’était pas défoulée sur lui, le sermonnant sur ses bêtises ou ce qu’elle considérait comme des bêtises et qui aux yeux du jeune homme revêtait une toute autre mesure, la pensée qu’elle puisse être blessée l’inquiétait. Après tout, peut-être que ça la blessait un peu, non ? Son corps ne réagissait certainement pas sans raison. Il caressa doucement du bout des doigts une de ses joues, suivant le fil de la mèche blanchi avec une précaution cérémonieuse. Elle était si calme et apaisée, détendue et semblait vraiment profondément endormie.

Quand il s’était retourné, encore à moitié endormi lui-même et franchement dans les choux, le jeune homme avait pris bien garde de ne pas trop coller la demoiselle qui n’entretenait avec lui que le contact de sa main sur sa hanche à ce moment-là. Il la regarda tendrement en souriant pendant quelques minutes. Le fait qu’elle soit près de lui le rassurait. Il ne se souvenait plus de tout ce qui s’était passé quelques heures plus tôt… C’était un peu flou même s’il revoyait quelques scènes. Il avait eu terriblement envie de lui parler en rentrant avec Eleyna mais à ce moment-là il ne savait plus exactement de quoi, persuadé d’oublier quelque chose d’essentiel et il était fatigué, tellement fatigué. En le forçant à dormir, l’ombre avait fait plus qu’épargner une vaine querelle, elle/ il avait préservé la santé du jeune homme et pas qu’un peu…
Elle dormait et ne pouvait pas s’en rendre compte à ce moment-là mais oui, il avait l’air un peu moins fatigué, moins crispé aussi. Surtout alors qu’il n’avait pas à craindre de croiser son regard plein de douceur mais aussi de questions.

Doucement il glissa sa main sur la sienne et la caressa doucement, à peine, ne voulant surtout pas réveiller l’angelot endormi près de lui. Il avait envie de la prendre dans ses bras et de l’embrasser, oui terriblement envie de l’embrasser, mais il n’était pas sûr que la petite demoiselle apprécie le réveil. Après tout, avec ce qu’il avait appris sur ces étranges liens et celui qui n’avait rien de « prévu » qui les unissait, il ne savait plus que penser, à part qu’on lui avait menti et que finalement entre eux il y avait bien quelque chose dépassant l’entendement, qu’il n’était pas fou de le penser !!!!

Tout aussi tendrement, un sourire doux aux lèvres il fit glissa ses doigts sur le bras de la jeune femme jusqu’à son épaule, bien décidé à effleurer tout doucement son dos, ayant bien remarqué déjà, à maintes reprises, à quel point elle appréciait, même dans son sommeil. Bien engagé il effleurait doucement sa peau, fronça légèrement les sourcils en ne rencontrant aucune bretelle de nuisette entre son épaule et son cou, n’y fit pas plus attention et commença à caresser le haut de son dos puis fronça de nouveau les sourcils, surpris de ne pas rencontrer la limite vestimentaire de l’encolure de ladite nuisette. Il descendit un peu plus sa main, fronçant de plus en plus les sourcils, la retira en ne comprenant pas, attrapa un bout de la couverture et eut le malheur de la soulever et de regarder la demoiselle en dessous.
C’est le moment qu’elle choisit, sans doute parce qu’il avait rompu le contact, pour se rapprocher de lui et coller un peu son corps totalement nu contre celui à peine plus habillé de son compagnon. Le toucher et la vue lui validèrent ce dont il se doutait et ce qu’il redoutait un peu à vrai dire. Un long frisson parcourut l’échine du jeune homme qui avait les yeux rivés, écarquillés, sur la silhouette superbe de la petite demoiselle endormie. Elle pressa un peu sa hanche de sa main en se rapprochant. Il se crispa tant et si bien qu’il avait l’air d’avoir avalé un citron ! Attrapant avec autant de douceur que de rapidité la main de la jeune femme il se dégagea de son « étreinte » et bondit littéralement hors du lit, s’éloignant rapidement d’elle en soufflant et gémissant tout bas, se mettant à sautiller d’un pied à l’autre.

Elle poussa un gémissement adorable, tout endormi, de désaccord mais se blottit contre son oreiller et ne s’éveilla pas le moins du monde.
Tristan de son côté continuait de sautiller en fermant les yeux et en essayant de se concentrer marmonnant tout bas des « tttcccchhhut ! Couché toi ! » clairement adressés à son boxer ! En même temps vraiment difficile de louper le brusque changement morphologique du jeune homme… Il crispait et décrispait ses muscles, s’ébrouait comme un animal voulant se débarrasser de l’eau de son pelage sauf que lui c’était plutôt des images et pensées qu’il avait en tête. Il récitait tout bas quelques mots, très vite qui semblèrent l’aider à se calmer et progressivement il se détendit, toujours debout, cessant de sautiller pour baisser les yeux sur son boxer et foudroyer celui-ci du regard avec un air aussi en colère que déprimé et désemparé. C’est le nouveau moment qu’elle choisit pour pousser un autre adorable gémissement en se tortillant dans les couvertures, se dénudant un peu à ses yeux. Le jeune homme gémit à son tour et se retourna immédiatement pour ne pas la regarder, fixa le balcon par la baie vitrée, avisa le tas de neige sur le bord de celui-ci, se mordit la langue, hésita puis sortit dans le froid rapidement attrapa une grosse poignée de neige, grimaça d’avance et la mit directement dans son boxer. Nouveau gémissement qui n’avait rien à voir avec le ravissement face au corps de la jeune femme… Il en avait des larmes de douleur aux yeux et se remit à sautiller avant de rentrer dans la chambre. Et en plus ça ne servait à rien !!!!

Elle n’avait toujours pas bougé, elle était probablement bonne pour dormir un bon moment ! Et c’était sans doute aussi à cause de sa dépense d’énergie !!!
Le jeune homme s’ébroua de nouveau, la recouvrit avec soin puis attrapa quelques affaires et sortit rapidement de la chambre pour se diriger illico vers la douche. Il croisa Eleyna, attablée devant une tasse de café en train de lire le journal qui le regarda des pieds à la tête avec un regard appréciateur et une petite moue franchement moqueuse avant de lui faire un clin d’oeil.

- Va vite faire passer ça mon grand, tu as l’air d’avoir du mal à marcher…
- Grommmph

Il s’éloigna aussitôt, ronchon alors qu’elle s’étouffait à moitié en riant avec son café. Apparemment l’état du garçon l’amusait plus qu’autre chose.
Quand il la rejoignit un peu plus tard, il avait les lèvres bleutées de froid et elle se retint de justesse d’éclater de rire à voir son air dépité.

- Longue douche froide dis donc…
- Fallait au moins ça…
- En manque ?
- … Grommmph !

Il avait poussé un nouveau grognement en s’asseyant à ses côtés et en appuyant son front contre la surface dure de la table. Elle se mit à sourire, retournant à la lecture de son journal avant de se remettre à parler à mi-voix.

- Alors ? Sur Dix, à quel point étais-tu prêt à lui sauter dessus cette fois ?
- … 9… Peut-être même dix… C’est dur…
- Ah ben ça en général c’est l’effet désiré d’une fille sur votre…
- Ah mais nan ! Arrête ! Va vraiment falloir que je trouve quelque chose !

Elle s’était remise à rire alors que le jeune homme relevait la tête, balbutiant et rougissant légèrement, ronchon qu’elle le taquine avec ça. Pourtant elle parvint à le faire sourire rapidement lui proposant d’aller s’entraîner puisque selon Alanir, la demoiselle risquait d’être HS pour un bon moment. Il accepta, bien décidé à se changer les idées puisqu’il pensait un peu trop à la demoiselle et que le simple fait de se rappeler de ce réveil frustrant rendait son pantalon franchement serré !
La suite, elle la connaissait. Il était là quand elle avait ouvert les yeux, gentil, taquin, adorable et tellement câlin mais pas du tout demandeur, pas du tout pervers, encore moins à faire des écarts et des bourdes. Non pas qu’il n’était pas attiré par elle comme elle avait pu le constater, c’était même tout le contraire mais parce qu’il avait l’air de vraiment vouloir faire des efforts pour ne pas la presser ou la stresser…


Ils étaient revenus dans leur temporalité. Elle ouvrit les yeux. Il la regardait intensément, soupira, les referma et les ouvrit devant elle. Aussitôt ses pupilles devinrent énormes, tant que ses yeux paraissaient noirs. D’ordinaire elle avait toujours ce signe pour se rassurer. Mais ces deux derniers jours il n’en avait pas témoigné, pas étonnant qu’elle ait quelques doutes. D’une manière ou d’une autre il avait trouvé le moyen de même lui cacher ça.
A présent, il la regardait, mais il avait l’air plus inquiet qu’autre chose.

- Cassy… j’en ai envie tu sais… vraiment très envie… Mais après ce que je t’ai fait, même si ce n’était pas totalement moi… je voulais juste pas que… enfin… ç… ça doit être parfait… et j’ai peur maintenant… j’ai peur de te faire du mal ou de ne pas être à la hauteur pour te faire oublier que je… et… et je ne veux pas que ça se passe comme ça, pas alors que tu as bu et que comme à chaque fois ça te retourne les idées. Je veux être sûr de toi, je veux que tu le sois… et… je sais que je t’ai vraiment mal traitée… et que la seule punition que tu vas sans doute exiger est que justement je sois… enfin… que je me rattrape… Mais je t’ai vue pleurer… je t’ai vu avoir mal… Ce que j’ai toujours redouté au fond de moi…et… et je… je… je t’aime… je veux pas… je veux pas ça…

Pauvre garçon, il avait l’air vraiment chamboulé, et comme à chaque fois qu’il l’était, il se rapprocha d’elle, lui cachant son visage probablement malheureux et sans doute doté de quelques larmes dont il nierait toute existence, l’enfouissant dans la gorge de la jeune femme en respirant doucement son odeur… Il se reprit vite néanmoins, vraiment vite, se redressant, pas comme si de rien était mais comme s’il affrontait le tout sans mal, comme il l’avait fait ces derniers jours. Un timide sourire aux lèvres il caressa les siennes du pouce de la main qu’il posait doucement sur sa joue, se pencha, l’embrassa tendrement.

- Je t’aime ma princesse. Je souhaite vraiment te rendre heureuse et tes gémissements de plaisir et exigeantes demandes me manquent, je l’avoue. Ton corps me manque, tes caresses me manquent, enfin celles-ci. Crois-moi, être si proche de toi et essayer de ne pas avoir envie de toi, c’est aussi difficile qu’au premier jour à l’Académie… Enfin… plus dur même… ça l’est de plus en plus je crois… Alors si vraiment c’est ce que tu veux, quand je serai sûr que tu n’es plus aidée ou guidée par l’alcool, tout à l’heure ou demain ou n’importe quand… on essaiera… D’accord ?

Sourire timide de la part du jeune homme qui rougissait légèrement et qui caressait tendrement son visage. Le regard de la jeune femme sembla alors se poser sur le poignet de son compagnon, un fin bracelet d’argent qu’elle n’avait jusqu’alors pas remarqué. Ah bien voilà probablement à quel nouveau joujou il devait son incroyable contrôle sur sa physionomie… Il remarqua son léger froncement de sourcil, suivit son regard, sourit, confirma…

- Ca m’aide juste… à donner l’illusion physique que je suis calme… pas grand chose pour ce que je ressens réellement… Tu es fâchée ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Dim 15 Mar - 13:47

La journée se passait plutôt bien même si ils avaient été séparés en journée. Alors que la petite mage aidait en cuisine, elle se rappelait des gestes de son bel homme qui la tentaient énormément et cette petite phrase sur le réchauffement avec des câlins à laquelle elle avait failli répondre qu’il y avait bien une autre manière mais n’avait pas osé. Cette soudaine pensée lui valut un instant d’inattention où elle manqua de faire tomber une grosse marmite qui flottait dans les airs alors qu’elle rougissait et se flagellait mentalement.

Puis cet étrange moment où il la retrouva avec la selle dans la main. En vérité, Cassidy ne s’attendait pas vraiment à le voir et voulait profiter de ce moment pour vraiment tenter de se réhabituer à tout ça. Car elle n’avait pas oublié ce qui s’était dit, ce qui s’était passé. Peu importe ce qui se passait, Tristan avait du sang de dragon et cette deuxième forme qu’il adoptait faisait parti de ses gênes, qu’elle en soit dégoûtée ou non. Et elle se rappelait aussi avoir pensé que malgré ses craintes, ses réticences, elle ferait tout pour l’accepter. Accepter un objet qui en faisait parti était une première étape pour l’aider à se familiariser, se rappeler des bons souvenirs et pas les mauvais… un brin de nostalgie s’empara d’elle alors qu’elle repensait à ce cadeau qu’il lui avait fait, découvrant qu’elle pouvait aisément le chevaucher. Elle était d’ailleurs en train de sourire en y repensant et se figea brusquement quand il la fit sortir de ses réflexions, ne sachant plus où se mettre.

Sans savoir pourquoi, mais il sentit Tristan un peu sur ses gardes, crispé aussi quand elle tentait de lui en parler. Elle réfléchit un instant et ce qui sortit de sa bouche était absolument sincère alors qu’elle se débarrassait de tous les souvenirs désagréables. D’ailleurs, cette nouvelle phrase semblait lui convenir et il accepta l’idée tout en venant l’embrasser, un baiser rassurant, apaisant, alors que la demoiselle était un peu hésitante. Il ne dit rien de plus et ne développa pas, préférant sans doute la laisser gérer cette nouvelle épreuve.

Puis il y avait eu cet étrange colis. Si Cassidy ne semblait pas avoir compris, voir la tête d’Alanir la déboussola un peu. Allons donc ! A quoi il pensait ? Car la petite mage était parfois un peu simplette et ne voyait pas ce qui se tramait sous ses yeux, les sentiments que pouvait éprouver le dragon à l’égard de la capitaine. Mais Alanir semblait vexé, boudeur et peu enclin à la discussion.

C’est Tristan qui décida d’aller lui parler et elle le laissa faire.

Alanir semblait totalement soulagée à l’annonce de cette nouvelle même si, en voyant arriver Tristan, il l’avait regardé d’un mauvais œil. Apparemment personne ne voulait lui dire ou lui faire comprendre pourquoi il réagissait de cette manière ! Des sentiments ? Mais à quel point… Cependant, il se sentait un peu plus détendu et cela lui enleva son air bougon d’un peu avant.
Et puis il y avait eu la soirée… Cassidy était un peu stressée mais quand Tristan arriva, il rompit toutes ses barrières alors qu’elle le fixait sans détacher son regard du sien, conquise. Elle semblait ravie et enfin se détendre dans ses bras, alors qu’ils évoluaient sur la piste de danse. Tristan était un excellent cavalier et elle n’avait pas besoin de se concentrer. C’était comme si elle savait pertinemment quel pas il allait effectuer sans véritablement y penser.
Complémentaires, ce petit couple que beaucoup de choses séparaient, se retrouvaient dans un parfait équilibre comme si au final, le fait d’être rapprochés l’un de l’autre faisaient ressortir toutes leurs ressemblances.

Enfin, Maud fit une annonce, que Cassidy ne comprit pas totalement. Mais une fois la soirée bien avancée, elle prit Tristan par la main et c’est vrai, l’emmena dans leur petit coin secret. Fébrile, un peu anxieuse, elle s’était beaucoup appliqué pour que tout soit au top. Et la réaction de Tristan la rassura totalement.

Et puis, elle avait prévu autre chose… Ce n’était peut être pas la meilleure des choses à faire mais il est vrai que la petite mage voulait vraiment que la soirée se déroule parfaitement et elle avait bien besoin de se libéré un peu ! Même si elle était un brin alcoolisé, il n’en restait pas qu’elle gardait un certain contrôle. C’était tout ce dont elle avait besoin. Comme en plus Tristan semblait un peu… enfin pas aussi entreprenant que d’habitude, et qu’elle avait du mal, c’était pour elle la solution idéale.

Elle avait commencé à réchauffer l’atmosphère, tentant d’agréables caresses, des baisers coquins, quelques mots bien prononcés… La petite mage semblait sentir son compagnon rentrer dans son jeu quand tout à coup, celui-ci l’arrêta et l’éloigner, ce qui eut pour effet de la dessoûler aussitôt. L’expression du visage de son compagnon la choqua autant qu’elle eut l’impression de tomber en bas. La jeune femme s’avoua vaincue, commençait déjà à vouloir s’éloigner mais il ne voulait pas la laisser faire, lui demandant de regarder.

C’est donc sans grande conviction qu’elle se plongea dans l’esprit du beau Drakkari et ce qu’elle y découvrit la laissa surprise. Alors en effet, il voulait juste la préserver c’est tout… C’était plutôt marrant comme scène et drôlement mignon de sa part de renoncer à ses pulsions pour lui laisser le temps de s’en remettre. Mais il ne s’arrêta pas là et continua de s’expliquer. Il avait du mal à parler mais cela prouvait à quel point cette épreuve avait été très traumatisante, pour lui qui était tellement attaché à leur couple. Il la rassura une nouvelle fois, agissant en parfait gentleman et ses paroles, rassurèrent la petite mage même si elle se sentait un peu stupide… encore une fois ils n’en avaient pas parlé… Cela n’allait pas vraiment les aider si ils ne faisaient rien. Il semblait un peu penaud, en la regardant.

La demoiselle sortit son regard du vide pour le dévisager. Il est vrai, elle ne semblait plus du tout alcoolisée pour le coup. Elle releva la tête vers lui et se mit à sourire doucement, posant une main sur son bras.

« Non ça va… Ca me rassure au moins, je me demandais pourquoi tu n’étais pas plus… hier… cette journée… dans le bain… dans le lit. Au moins je comprends maintenant… merci de faire attention à moi »

Il l’avait pris contre elle mais elle ne semblait pas vouloir aller plus loin cette fois là. De tendres câlins tous sages dans leur petit bassin avant qu’ils ne sortent et se rhabillent pour la nuit. Elle voulait un peu marcher le long de la clairière et il n’y vu aucun inconvéninent. Au départ silencieuse, elle finit par poser cette question qui lui brûlait les lèvres.

« Dis… notre lien… c’est vrai ? Il est aussi… mal en point que ça ? »

Il ne répondit rien mais son silence voulait tout dire. La petite mage baissa la tête, un peu triste.

« Je vois… »

Un seul évènement, un seul… les achèverait. Et elle ne voulait pas en arriver là. Elle s’arrêta sur son chemin alors qu’il continuait à marcher et qu’il s’arrêta à son tour, se rendant compte qu’elle ne le suivait plus. La petite demoiselle avait la tête baissée alors que Tristan l’appelait doucement par son surnom, se rapprochant d’elle. Elle commença à murmurer des mots avant de parler d’une voix de plus en plus convaincue.

« Je ne veux pas… Je ne veux plus… qu’on nous sépare… Cette fois c’est terminé ! Je ne laisserais plus personne nous faire du mal ! Je tiens à toi Tris’ et je ne veux pas te perdre… Jamais… on va le renforcer ce lien je te le jure ! Parce que je t’aime et que je laisserais jamais une telle chose arriver, peu importe ce qui arrive sur le chemin, peu importe la nouvelle épreuve ! Ta présence a plus d’importance que tout ce qui existe dans ce monde… Tu es unique… alors on trouvera un moyen… »

Il l’écouta. Elle semblait tellement investie dans sa conviction, tellement sûre d’elle qu’il ne pouvait que la croire alors qu’il se mit à l’embrasser tendrement.

« Peut être je pense qu’on devrait réfléchir sur ce qui nous a séparé… Déjà, avant d’avoir un jugement hâtif, on attend l’explication. Ensuite, on se raconte tout… comme ça plus de problème… Ah et si on nous menace d’une manière ou d’une autre, y a une bonne solution, on apprend à communiquer par télépathie, ça devrait pas être compliqué si notre lien redevient comme avant… Hum oui en fait… faut vraiment qu’on prenne du temps pour renforcer ce lien, je pense que c’est la clé de tout… »

Elle lui faisait part de ses théories, de ses idées, alors qu’il s’était placé derrière elle en caressant doucement les cheveux, tout en l’écoutant parler. Oui… en cette nouvelle année, elle allait réussir à tenir cette promesse… ils y arriveraient… ensemble.

Ils avaient fini par s’endormir, l’un contre l’autre, enroulés dans une couverture. Pendant un moment, ils avaient regardé les étoiles, du ciel découvert. Cassidy était lovée contre son fiancé, une main posée sur son torse, caressant du bout des doigts la peau chaude qui lui faisait du bien. Tristan avait posé son bras sous la tête de la petite mage, pour qu’elle s’en serve comme d’un oreiller. Ensemble, ils admiraient la voie lactée, ces mélanges de couleurs qui apparaissaient souvent dans le ciel, et rendait l’ambiance plus magique.

Le lendemain, Cassidy était la première réveillée. Pendant la nuit, elle s’était tournée et Tristan, qui l’avait senti, s’était rapproché d’elle pour la tenir dans ses bras. Elle bailla, dévoilant ses canines légèrement affutées et s’étira un moment alors que Tristan grognait dans son sommeil. Le soleil n’était pas encore levé, mais la lumière apparaissait petit à petit, laissant des sillons rosés et mauves dans le ciel. La petite mage se mit à sourire. Elle se sentait en pleine forme aujourd’hui. Le fait de dormir avec Tristan l’aidait beaucoup. Après tout, elle n’avait jamais aussi bien dormie que quand elle était proche de lui et que tout allait bien.

Cependant, ce qui s’était passé la veille, lui revint en mémoire. Elle était au final restée très sage, après qu’elle ait dessoulé aussi rapidement. A vrai dire, il y avait quelque chose qui bloquait chez elle sans savoir vraiment quoi. N’arrivant pas à faire le premier pas, le premier geste, sans une aide. Et les dieux seuls savaient à quel point cela pouvait la frustrer. Quoi lui dire ? Quoi faire ? Il était adorable de la laisser prendre son temps et de ne pas chercher à en profiter. Peut être qu’il avait vraiment besoin de se faire pardonner et ne voulait pas lui rappeler cette horrible histoire.

Elle caressa doucement sa main qui reposait contre son ventre puis ferma les yeux, avant de disparaître et de réapparaître debout, devant lui, un coussin ayant été transposé avec lui. Tristan grogna dans son sommeil, comme si il n’était pas dupe, ce qui la fit doucement sourire. Puis elle s’écarta de lui et fit quelques pas dans l’herbe. Ses pieds nus frôlèrent la douce rosée du matin, ce qui lui donnait l’impression d’être sur un tapis mouillé.

La petite mage était vêtue d’une simple nuisette, après qu’ils aient pris le temps de se rhabiller avant de s’endormir. Elle soupira un instant et tendit la tête en avant, profitant des premiers rayons du soleil qui venaient réchauffer son visage de porcelaine. Mais les pensées s’embrouillaient dans sa tête. Elle repensait à la soirée d’hier, se remémorant de chaque parole, chaque geste et d’une déception… qu’elle ne pouvait pas expliquer. En colère contre Tristan ? Non… plutôt contre elle. Elle rejeta ses longs cheveux en arrière puis les attacha grossièrement avec un ruban qu’elle fit apparaître. Quand des pensées perturbantes apparaissaient, une seule solution marchait…

Quand Tristan se réveilla, il constata que la petite mage n’était pas à côté de lui. Ce n’est qu’en se levant et en entendant des bruits sourds dans la clairière qu’il comprit qu’elle était plus loin. La demoiselle s’était en effet mis à l’écart et semblait la proie… d’un énorme golem de terre. Mais en y regardant de plus près, c’était comme si elle dansait avec lui plutôt…. Même si ce dernier semblait agressif et balançait ses bras à une vitesse impressionnante pour un aussi gros tas en direction de la petite mage qui évitait le tout avec une facilité déconcertante.

A un moment, elle s’était appuyée sur le bras du golem, alors qu’il tentait une nouvelle frappe, sauta dessus, et fit un salto arrière suffisamment haut et puissant pour arriver pile devant Tristan, dans un rétablissement spectaculaire, face à lui. Accroupie, elle se redressa et leva la tête pour lui faire face. Il ne put louper ses yeux qui avaient viré au doré, reprendre une couleur naturelle. Elle était rougie par l’activité et reprenait sa respiration doucement, un sourire joyeux et heureux sur le visage. Entamant la discussion comme si de rien n’était.

« Bonjour mon cœur, bien dormi ? »

Une autre chose qu’il pouvait constater, était son étrange tenue. En effet, la demoiselle n’était plus en nuisette mais arborait une nouvelle tenue, qui ressemblait étrangement à celle qu’elle portait le premier jour de sa réapparition. Une couleur bleue ciel, une tunique plutôt ample et souple sans manches, extrêmement décolletée qui laisser voir une sorte de bandage fixé autour de sa poitrine, des brassards en tissu qui couvraient la totalité de ses avants bras et laissait voir sur sa peau nue ce symbole maudit attribué à Balthar, que la petite mage n’avait jamais réussi à camoufler et un pantalon très moulant avec des bottes pour terminer sa tenue. Ses cheveux étaient retenus par un ruban mais à voir le désordre, il semblerait que la petite mage s’était beaucoup activée. Mais sa tenue mettait aussi en avant le corps élancé de la jeune femme, les muscles secs de ses bras, ses formes sportives, bien désirables pour un homme.

Tristan faisait une drôle de tête, et ouvrit la bouche pour répondre. La demoiselle fit un sourire gêné en fermant les yeux et se grattant la tête.

« Oh ne t’inquiète pas c’est juste… »

Qui avait vu le gros golem s’approcher ? Tristan un peu sûrement, même si il détaillait sa compagne d’un air surpris. Mais le monstre avait levé le poing en l’air, dans l’intention d’écraser la petite mage. L’action se passa très vite alors qu’elle avait arrêté son geste de gêne, avait rouvert les yeux qui avaient pris à nouveau cette teinte dorée et elle sauta avant de disparaître et de réapparaître sur le plat de la main du géant. Prenant un appui sur celui-ci, une seule impulsion lui permit de s’élancer dans les airs, tendant les mains en avant et prononça un ordre d’une voix autoritaire.

« Couché ! »

De la lumière apparut du bout de ses doigts et frappa de plein fouet le géant qui hurla avant de se diviser en petits morceaux de roche qui tombèrent au sol, inerte. Elle avait bien calculé son coup car la jeune femme retomba sur le sommet du petit tas, et se redressa comme si de rien n’était, s’époussetant les bras à cause de la poussière. Une nouvelle fois ses yeux avaient repris une couleur normal alors qu’elle s’avançait de nouveau vers Tristan, satisfaite.

« Voilà… il ne gênera plus… »

Le pauvre Drakkari n’avait pas compris grand-chose à ce spectacle étrange. La jeune femme semblait de nouveau un peu gênée et cherchait ses mots alors qu’elle se posa à nouveau devant lui.

« C’est un golem que j’ai créé. Rien à craindre. J’avais besoin de me défouler… et de m’entraîner un peu aussi. »

Elle rajouta aussi très vite, se doutant que Tristan ne trouverait pas cela très prudent.

« Oh t’inquiète pas, je récupère très bien quand je dors avec toi alors non je ne suis pas fatiguée… »

Elle massa doucement son poignet.

« Ca va mieux, tout est remis en place, tu n’as aucune raison de craindre pour moi… »

Mais il ne semblait pas convaincu par ses premières paroles même si il ne disait rien. La jeune femme se mordilla la lèvre inférieure, se mettant à réfléchir puis lui tourna le dos en soupirant. Elle ne voulait rien lui cacher non plus.

« Oh d’accord… En fait… c’est un peu à cause d’hier. Pas ta faute hein ! Je suis juste en colère contre moi… Parce que tu sais… j’ai aussi très envie de toi… un peu trop même… un peu en manque je dirais… hum bon d’accord pas qu’un peu ! et puis… bah… je sais pas trop comment m’y prendre… »

Elle dansait d’un pied sur l’autre, évitant de le regarder, regardant le sol, et faisant une grimace même si il ne pouvait pas la voir.

« J’ai besoin d’un coup de pouce… Je pensais que l’alcool aurait pu… m’aider… enfin tu préfères que ce soit bien fait… Enfiiiin… »

Pauvre petite mage qui s’embrouillait dans ses paroles et ne savait pas comment lui expliquer le trouble qui l’agitait.

« Ca me frustre de penser comme ça, de bloquer, de ne plus savoir comment mettre mes mains, comment aller plus loin. Mon corps m’énerve… Et je n’arrive pas à lui faire entendre raison. Je sais, on devrait peut être pas penser à ça, attendre que ça vienne naturellement… »

Elle soupira un instant et redressa la tête vers le ciel.

« Mais depuis un an j’ai du mal avec le naturel… Alors… j’ai pensé que tu pourrais m’aider aussi… un peu… mais après ce qui s’est passé, je n’ai pas envie de te demander non plus… parce que je sais que tu veux faire attention et peut être que tu crains aussi ta façon de te comporter… et que tu ne veux plus revoir ce que ton autre toi a fait… »

Elle se retourna vers lui, souriant, mais un sourire gêné, mal à l’aise, même si son visage respirait la bonne humeur.

« C’est débile quand même, je suis en train de me prendre la tête juste pour du sexe… enfin tu me connais, je ne sais jamais comment m’exprimer… mais je voulais être honnête avec toi. Je ne te cache rien là… enfin j’espère que je ne me trompe pas en pensant que c’est la question que tu te posais… »

Au moins elle faisait des efforts. La petite mage hésita un instant puis se rapprocha de son beau guerrier et l’enserra de ses bras.

« Par contre s’il te plaît… si quelque chose t’ennuie, t’embête, n’hésite pas à me poser des questions et je répondrais sincèrement. Je ne veux pas te laisser imaginer des choses qui ne sont pas vraies. On s’est suffisamment embrouillés par des malentendus alors… j’aimerais éviter ça. Même si ce sont des questions dures ! Ne crains pas de me demander… »

Puis, parce qu’elle avait aussi envie de s’excuser du début de la matinée, la jeune femme avait passé les bras autour du cou de son amoureux et s’était hissée jusqu’à lui en déposant sur ses lèvres un tendre baiser alors qu’il la soutenait instinctivement pour ne pas qu’elle tombe.
Il réagit par la suite, répondant à ses phrases avant qu’ils ne se dirigent vers leur « campement » pour tout ranger.

En effet, la demoiselle avait prévu de mettre de l’ordre dans leurs affaires, dans l’optique d’un départ imminent. Du moins, le jour d’après.

Ils étaient rentrés à l’appartement. Alanir et Eleyna n’étaient pas présents. Certainement en train de vaquer à d’autres occupations. Cassidy avait sorti une bonne partie de sa garde robe et regardait d’un air indécis les différentes robes qui s’étalaient devant elles. Tristan était venu voir, par curiosité, alors qu’elle soupirait en mettant une tenue assez légère devant elle, alors qu’il lui faisait remarqué qu’ils étaient en hiver et qu’il pouvait très bien être jaloux aussi.
La jeune femme avait tiré la langue d’un air enfantin.

« Oui mais elle est jolie celle là ! »

Il lui montra des tenues plus appropriées et la petite demoiselle, riant en profita pour le taquiner, dansant presque avec lui au milieu des vêtements avant de le pousser sur le lit et d’en profiter pour se placer au dessus de lui en lui décochant un magnifique baiser et se lovant dans ses bras. Puis finalement, à force de patience, ils finirent par se mettre d’accord sur le choix des tenues de la demoiselle.

Cette dernière avait ensuite attrapé la selle de dragon et prit un air sérieux en prononçant une phrase.

« Huuum… et elle te va encore cette selle ? Au bout d’un an t’as peut être pris un peu de volume… »

Si au début, elle voulait juste le taquiner, les derniers mots étaient sortis tous seuls, cruel rappel de son isolation involontaire aussi longue. Elle fit un sourire gênée en bafouillant quelques mots et reposant la selle sur la chaise et secoua la tête.

« En tout cas, ça va être vraiment bien ! Les montagnes enneigées… Je suis sûre qu’on pourra découvrir des endroits inconnus du reste de la population ! J’ai hâte de voir ça… Et puis avec le blizzard, les vents, ça permettra aussi de travailler ta résistance à voler à contre courant… sans qu’on nous voit. »

Bien sûr, la petite mage avait toujours du mal à voir son côté dragon mais elle cherchait à montrer qu’elle faisait des efforts. Il ne semblait pas dupe. Elle s’était rapprochée de lui et posa doucement une main sur son ventre.

« Ne t’inquiète pas… Ca va bien finir par revenir… Il faudra juste y aller gentiment, petit à petit… J’y ai réfléchi et je pense que du moment où notre lien se renforcera, ça sera plus simple pour moi de t’accepter sous cette autre forme… Alors on va continuer d’y croire… »

Puis elle se fit plus taquine, consciente que c’était encore un sujet un peu sensible et pris un journal qui traînait sur commode pour taper la tête du jeune homme.

« A ce propos, t’as intérêt à me suivre ! Car je vais vraiment t’entraîner à la méditation cette fois là ! Et on va finir le travail qu’on a commencé avant ! Foi de Cassidy, je ne baisserais pas les bras ! »

Elle se mit à sourire alors qu’il se penchait en avant pour l’embrasser.

Il leur fallait du temps pour réfléchir à quoi prendre, comment le transporter… Des citoyens leur avaient proposé une petite charrette pour disposer leurs affaires. Ils avaient aussi réfléchi à l’idée du lieu d’habitation. Cassidy était persuadée qu’ils trouveraient bien une jolie petite maison dans ce village. Et que sinon, ils changeraient d’endroit.

Maud avait également fait pas mal de recommandations à la petite mage, pour que tout se passe bien. Les deux jeunes gens avaient aussi été séparés un moment de l’après midi, pour récupérer des dernières affaires. Ils ne s’encombraient pas de mobilier non plus, prenant juste affaires, victuailles… mais comme la garde robe de Cassidy était bien conséquente, cela expliquait le choix de la charrette !

Ils rentrèrent en fin d’après midi, épuisés. Eleyna et Alanir les attendaient pour partager un bon repas et prendre les dernières nouvelles. Alanir semblait aller plutôt bien.

Puis, alors qu’ils dégustaient une dernière tasse autour du feu, Cassidy était descendue dans le petit entrepôt de Tristan. Il la retrouva penchée sur la carte de voyage, une petite sphère voletant à côté d’elle. Même si elle ne disait rien, la jeune femme semblait tendue et nerveuse alors que le jeune homme vint se caler derrière elle, l’enlaçant de ses bras. Cassidy se mit à sourire doucement.

« Ca se voit tant que ça que je stresse ? »

Il répondit par l’affirmative tout en baladant ses mains sur les épaules et commençant à la masser, déclarant qu’elle aurait bien besoin d’un moment de détente. Difficile de deviner ce qui était passé dans la tête de la petite mage et pourquoi elle s’était si vivement retournée vers lui avant de l’attraper par la taille alors qu’elle se retrouvait à moitié affalée contre la table, le dos sur la carte et qu’ils étaient vraiment… très collés l’un contre l’autre.

« Hum oui un peu de détente ça serait pas mal… »

Elle le regardait d’un sourire un peu charmeur, une idée un peu particulière lui ayant traversé l’esprit. Après tout, quand c’était Ikaël ils n’avaient jamais rien fait dans cette pièce… Bon d’accord ! Dans la source chaude non plus ! Mais elle était bourrée donc ce n’était pas pareil. Et puis, la petite mage tentait de se rappeler à quel point certaines galipettes la détendaient bien justement et lui permettaient de passer une nuit excellente.

Cependant, elle restait toujours un peu sage, détaillant juste son bel homme des yeux. Sa respiration se faisait un peu plus accélérée alors qu’elle regardait Tristan avec beaucoup d’amour justement.  Elle passa en revue son visage, observant les fines marques dorées toujours aussi pâles, mais qui semblaient reprendre des couleurs. Ses bras accrochés autour de la nuque du jeune homme, elle les fit glisser jusqu’à son visage pour le caresser doucement, avant de se rapprocher et se coller un peu plus à lui. Si ils n’étaient pas nus, la chaleur qui se dégageait de leurs corps étaient tout sauf anormale. La demoiselle cligna un instant des yeux, s’arrêtant sur les lèvres du beau jeune homme et semblait être en proie à un dilemme intérieur.

Puis elle soupira, leva les yeux au ciel.

*Oh et puis zut !*

Sans prévenir, elle s’était rapprochée du beau jeune homme et s’était emparée de ses lèvres comme jamais. Un baiser plein de passion, d’envie. Elle savoura le moment avant de s’arrêter et se reculer un peu, reprenant sa respiration. Si elle était rouge, Tristan pouvait bien remarquer que c’était son choix à elle de vouloir aller plus loin et qu’elle ne se sentait pas forcée. Il agissait cependant avec une extrême douceur, un peu de retenue dans ses mouvements, comme si il craignait d’aller trop vite. Mais son baiser valait le détour et fit plonger le cœur de la petite mage. D’un geste, alors qu’il était occupé à l’embrasser, elle lui retira le bracelet, d’un air de dire que ça suffit, maintenant, elle voulait aller plus loin avec lui. Un feu vert en quelque sorte.

La table n’était pas très confortable mais c’était suffisant… Elle passa les mains sous la tunique de son bel homme, détaillant avec plaisir ses abdos alors qu’il était occupé à déposer de petits baisers dans le cou de la demoiselle. La température montait peu à peu… A force de s’aguicher dans tous les sens, la petite demoiselle finit par commencer à briller progressivement. Ce n’était pas aussi fort qu’avant, ce n’était pas instantané, mais ça venait et cela donna envie à Tristan de redoubler d’efforts…. Il avait commencé à passer une main sous la robe de sa bien aimée quand…

- Cassidy tout va bien ? Tu mets du temps à remonter !
- Rhoooo mais qu’est-ce que tu fais là toi ?! T’as pas compris que…
- Hein ? Quoi j’ai fais quelque chose de mal ?
- Rien ! Rhaaaa laisse tomber ! Viens plutôt refaire une partie de cartes !


En entendant la voix d’Alanir, cela avait complètement déstabilisé la petite mage qui avait sursauté. Réaction en chaine, la table se déplaça un peu, Cassidy glissa sur le sol alors que Tristan la rattrapait tant bien que mal, la lueur qui entourait la petite mage s’échappa comme une flamme que l’on éteignait, tout comme sa petite sphère qui en profita pour s’éteindre au même moment. Ils se retrouvèrent plongés dans le noir, encore tout étonnés.

Si Tristan voyait mieux qu’elle, il put constater que le sourire horriblement gêné de Cassidy témoignait pour elle. Il n’était plus question de faire quoi que ce soit, maintenant qu’elle se doutait que les autres savaient ce qu’ils fichaient ici… et ça la rendait encore mal à l’aise. Tristan l’aida à se redresser.

« Hem… je… on ferais peut être mieux de remonter non ? Désolé hein… je pensais pas… enfin c’était pas prévisible ! Heu… la prochaine fois on vérifiera à deux fois l’endroit hein ? »

Tentant de rattraper son coup comme elle pouvait… Ils sortirent l’un après l’autre et si Tristan fit diversion, elle en profita pour aller dans la chambre se changer, un peu frustrée de s’être arrêtée en si bon chemin ![/color][/color]
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Parce que je veux te protéger...   Sam 28 Mar - 18:51

Arrêt brutal…
Il la tenait à bout de bras, loin de lui, ses mains fermement serrées sur les minces épaules qu’il sentait plus musclées qu’il y a encore peu de temps… pour lui seulement, plus d’un an à présent pour elle. En relevant les yeux vers l’adorable minois surpris il avait vu tant d’expressions pendant un si bref moment.
Au début elle avait semblé victorieuse et franchement amusée, pensant probablement avoir très sérieusement mis à mal son beau compagnon. Sauf qu’elle avait vu bien vite sur ses traits la peur et le dégoût et très rapidement désir et taquinerie, tendresse et amusement avaient laissé place à la surprise candide, au doute, à la tristesse et la résignation. Déjà elle voulait s’éloigner mais qu’à cela ne tienne, il ne lui cacherait guère plus longtemps la vérité.
Un brin anxieux, Tristan avait invité Cassidy à revoir un souvenir ancré dans son esprit, un souvenir qui n’était guère vieux et qui trahissait davantage que les mots le mal-être du jeune homme. Il enchaina même, soucieux d’être explicite et lui aussi, d’être honnête avec la demoiselle.

Bien sûr que c’était difficile pour lui. Même s’il n’était pas sûr de comprendre exactement ce qui s’était passé pendant qu’il « était » Ikael il avait vu ce qu’il redoutait le plus au monde se produire. Il s’était vu devenir un monstre d’égoïsme et son angelot de compagne l’accepter ainsi malgré tout ce qu’elle aurait dû lui faire, au contraire, subir. Il revoyait sans mal en fermant les yeux ses larmes de tristesse, entendait encore le fantôme de la voix de la jeune femme qui souhaitait tant le revoir en tant que Tristan, ces mots doux, tendres plein de promesses, si encourageants pour la suite. Il sentait encore sur sa peau la douceur de celle de sa compagne, les crispations du corps mince qu’il écrasait sous le sien, crispations de douleur et de peur. Et il sentait encore aussi, l’odeur de sa peur, l’odeur de ses larmes, l’odeur de ses espoirs qui flétrissaient un peu plus chaque jour.
Il n’était pas prêt à lui dire tout ceci. De toute façon il aurait bien été incapable de formuler le moindre mot à cet égard. Elle belle et douce… Ces mots-là les plongeraient dans l’embarras, ils ne les en sortiraient pas.

Il s’était expliqué et le regard de la demoiselle s’était progressivement éclairé à mesure qu’un seul réel message ressortait de ce petit accrochage: il l’aimait profondément, était toujours terriblement attiré par elle, voulait se rattraper et comptait bien y mettre les formes. Et se contenter d’une petite satisfaction passagère n’était pas dans ses objectifs… Non, il voulait pour elle les étoiles et le soleil, la lune et toutes les merveilles. Elle méritait tellement mieux… elle méritait tellement plus. Il s’en voulait tellement même en sachant qu’il n’aurait rien pu y faire. Le regret d’avoir eu envers elle cette attitude redoutée, celle qui lui faisait tellement peur, celle pour laquelle il n’avait eu de cesse de résister, de lutter, de museler ses bas instincts draconiens et leurs exigences bestiales aussi éphémères qu’égoïstes. Mais elle était la seule… Cette pensait le troublait, l’émouvait plus qu’il n’aurait jamais été prêt à l’admettre et surtout pas devant elle. L’aimer tellement… Que deviendrait-il donc s’il la perdait de quelque manière que ce soit ? Envie de parler, de lui dire beaucoup plus, peur et soudaine timidité. Ca avait probablement plus d’importance pour lui que pour elle… Parce qu’elle était celle qui pouvait pardonner… Celui qui pardonne est bien souvent celui qui souffre le moins au final. Lui ne se pardonnerait jamais.

Elle semblait rassurée en tous les cas et il fut très surpris de l’entendre… le remercier. Ne s’y attendant pas le moins du monde le jeune homme haussa les sourcils avant de lui faire un timide sourire et de l’entourer de ses bras pour la presser contre lui, le coeur soudain plus léger, l’envie de mieux faire, encore mieux, l’envie de la mériter, l’envie de se rattraper, la promesse muette, inavouée que ce n’était que partie remise, qu’il ferait tout pour que ce soit parfait… au lit et en dehors.
Comme si ses aveux l’avaient libéré d’un lourd secret il sembla se détendre et souffla doucement dans ses cheveux en y perdant son visage. Ce n’était qu’une étreinte, de légères caresses alors qu’ils semblaient plus soulagés qu’autre chose… En même temps ce n’était pas ces activités qui allaient calmer les pensées et pulsions de l’un comme de l’autre.

Les voilà qui marchaient à présent, proche l’un de l’autre, se frôlant mais sans se tenir par la main.
Rhabillés heureusement ils avaient de quoi rester sages, ça aurait été moins le cas s’ils avaient gardé leur absence de tenue précédente. Douce tentation que le corps délicat de la demoiselle bien trop proche de lui…

Quelques chants de cigale dans cette étrangère clairière conservée hors du froid de l’hiver, une brise dans les arbres qui les agitaient de bruissements. Ils marchaient en silence, une gêne persistant dans le coeur du jeune homme. Il avait compris aux gestes de sa compagne, ou avait cru comprendre tout du moins, qu’elle ne lui en voulait pas vraiment ou que si c’était le cas elle voulait oublier tout ceci, progresser et retrouver son fiancé, pardonner. Leurs peurs les éloignaient encore l’un de l’autre, comme tout dans cette vie, tout ce qui les opposait si farouchement.
Alors qu’il s’était fixé sur son pas, attentif au bruit du vent la question de la demoiselle pourtant posée d’une voix douce, presque un murmure lui parut hurlée, déchirante. Pas qu’elle parlait fort, non, c’était tout le contraire même. Mais juste qu’elle lui semblait pleine d’une peine qu’il n’identifiait que trop bien. Avait-elle les mêmes inquiétudes que lui ? Si elle tenait à « eux », oui, probablement.
Leur lien… En mauvais état… De ce qu’il avait vu oui… elle l’avait vu elle aussi dans les souvenirs avec l’Ombre. Mais il savait que ce n’était pas exactement ce qu’elle demandait. Contrairement à elle il avait toujours réussi à sentir leur lien, d’une manière ou d’une autre, il en avait été conscient bien avant qu’elle. Peut-être était-ce dû à ses gênes de dragon, il ressentait tout bien plus fort qu’elle sans doute. Ou peut-être était-ce autre chose… Une chose à laquelle il n’osait que peu penser…
Il ne lui répondit pas alors, il n’y avait pas grand chose à dire au final… Lui dire que c’était encore probablement pire que ça, prononcer ces mots ce serait admettre cette vérité effrayante. Eux deux… était-ce seulement réparable ? Leur attitude respective tendait bien trop à prouver que non… Même si les sentiments étaient toujours là, une ombre bien trop oppressante s’était penchée entre eux, avait mordu férocement, découpé, cisaillé ce qui les unissait autrefois si bien.
Il ne la sentait presque plus… Même en se concentrant… Ses vives émotions lui apparaîssaient autrefois presque aussi clairement que si lui-même les avait ressenties. Aujourd’hui il ne savait qu’elle était triste que par l’expressivité de son doux visage. Rien… le néant… Ce néant bien plus effrayant que tout le reste.
Y penser lui fit mal, lui fit peur aussi. Si bien qu’il ne se rendit pas immédiatement compte qu’elle s’était immobilisée… Comme il n’avait pas perçue la vague de tristesse qui avait envahi la jeune femme, aussi soudaine et blessante que celle qui s’était abattue sur lui, tellement semblable finalement.

Il s’arrêta, se retourna, déglutit difficilement, la rejoignit. Plus d’impressions, plus d’avertissements, plus de sentiments pour le guider, ne serait-ce qu’un peu vers ce qu’elle pouvait ressentir… Avant, il aurait pu savoir qu’elle avait peur mais s’accrochait, des émotions contradictoires… Maintenant, elle aurait tout aussi bien pu s’arrêter sur ce chemin pour renoncer à eux, il ne sentait rien… Ce lien lui manquait, terriblement… Il l’avait perdue, quelque part dans leur parcours tumultueux, il avait perdu la belle jeune femme. Peut-être durant cette année d’absence pour elle, peut-être à cause d’Ikaël, peut-être à cause de tout, peut-être parce qu’il était ce qu’elle redoutait et détestait… peut être tout oui…
Elle parlait tout bas… puis de plus en plus fort… Ses doutes s’envolèrent.
Elle avait cette capacité-là cette petite demoiselle, tellement surprenante, cette capacité d’effacer le pire d’un claquement de doigts, d’adoucir le monde, d’apaiser son coeur… Sa conviction, la maladresse aussi, touchante, de son discours. Elle s’emballait un peu, elle s’ancrait dans ses idées, de ne pas le perdre, de ne pas perdre ce qui les unissait bien au contraire. Elle dit beaucoup plus que les quelques mots qu’elle prononçait, tellement plus. Une vague de tendresse avait à son tour déferlé sur le jeune homme alors que ce petit bout de femme lui rappelait sans même s’en rendre compte une des si nombreuses raisons qui faisaient qu’il l’aimait à s’en damner. Il glissa une main dans sa nuque alors qu’elle ne s’y attendait probablement pas vu ses adorables yeux noisettes qui s’écarquillaient alors qu’il s’emparait tendrement de ses lèvres… Tendresse vite remplacée par cette sadique ferveur, peut-être pour la laisser sur sa faim, peut-être pour lui faire « payer » de tant l’émouvoir. S’il se recula bien vite, ce n’était que pour enfermer son visage entre ses mains, la contemplant comme si elle était la plus belle femme au monde, la seule, la seule et la plus belle en même temps. Il embrassa son front, lui murmurant tout bas qu’il l’aimait, la libéra de l’étreinte de ses mains. Elle était devenue toute rouge la demoiselle, prise au dépourvue mais c’était bien mérité. Elle se rattrapa vite, se remettant à parler, pleine de conviction, pleine d’idées. Ce comportement qui lui ressemblait tant, rassurant, alors qu’elle parlait et qu’il se contentait d’acquiescer sagement… Elle émit bien des idées d’ailleurs, par bribes alors qu’ils s’étaient allongés l’un contre l’autre sur l’herbe, ayant pour elle le public le plus passionné qui soit. Il la laissa parler… Il aimait quand elle était ainsi. Elle réfléchissait à voix haute et lui en faisait profiter… Il aimait bien. La revoir ainsi… oui, c’était une bonne chose.

Elle avait juste fait une légère grimace quand ils s’étaient allongés mais il était plutôt attentif, très attentif car comme par hasard il retirait déjà sa chemise et voyait la grimace de la demoiselle disparaitre. Elle n’aimait vraiment pas décidément quand il dormait avec ce bout de tissu… Et puis… lui aussi préférait sans à vrai dire…
Blottis l’un contre l’autre, se câlinant tendrement ils s’étaient vite endormis. Enfin vite… Elle s’était endormie vite, blottie contre lui, sa main continuant toute seule de caresser son torse puis s’immobilisant progressivement et n’étant plus agitée que par de légers tressaillements dus à ses rêves, quelques caresses involontaires. Lui, avait doucement libéré ses longs cheveux de leurs nombreuses pinces et accroches afin qu’elle ne se fasse pas mal alors qu’elle se calait un peu mieux contre lui. Il avait regardé les étoiles longtemps en l’écoutant puis avait continué de les fixer en suivant le rythme lent et régulier de la respiration de la jeune femme. Son souffle lui caressait la gorge, sa tête reposant bien au creux de son épaule, à cette place faite pour elle. Il caressa le poignet de la demoiselle, celui qui reposait sur son torse. Longtemps… Jusqu’à ce que des larmes de sommeil lui piquent les yeux. Elle se tourna, il suivit son mouvement, l’enlaça, enfouit son visage dans ses longs cheveux d’or et la suivit aux pays des songes.

Tristan ne se réveilla que le lendemain matin, ayant dormi comme un bébé. Les marques sur son corps retrouvaient d’ailleurs chaque jour davantage d’éclat. Il était encore tôt mais l’odeur de la peau de la demoiselle ayant déserté la sienne il en conclut qu’elle avait quitté ses bras depuis un moment en ne la trouvant pas à ses côtés. Nullement inquiet, juste un peu endormi contrairement à ce que prétendait son adroit rétablissement pour se relever, le grand Drakkari s’étira en baillant, mettant ses muscles en marche. Après un court instant d’hésitation il abandonna sa chemise, restant torse et pieds nus pour marcher à la recherche de sa compagne envolée dans l’herbe pleine de rosée. Pas inquiet… aussi à cause de l’oreiller. S’il avait ceci entre les bras c’est qu’elle n’était guère loin. Bien décidé à lui reprocher, gentiment, l’absence de tendres baisers à son réveil il fut sévèrement secoué lorsqu’il vit sa compagne avec un golem.
Elle s’était déjà entrainé avec une de ces créatures qu’elle créait, juste devant lui d’ailleurs. Mais l’année sur l’île, loin de lui, loin de tout, avait considérablement transformé la belle demoiselle.
Sa magie, incroyablement plus puissante, se manifestait jusque dans la créature de ce pantin de terre animé. Bien plus grand, plus massif, plus costaud et inconditionnellement plus rapide que ce à quoi il avait assisté il aurait donné du fil à retordre à pas mal de soldats de l’armée. A côté, la demoiselle paraissait minuscule !
Mais elle ne craignait rien… Il ne vit pas grand chose, juste qu’elle virevoltait comme si elle s’amusait, comme si c’était facile, elle qui était auparavant si maladroite qu’elle se serait emmêlée les pieds rien qu’en tournant trop vite sur elle-même. De maladroite, malhabile demoiselle elle était passée à une véritable gymnaste… Bien sûr qu’il avait remarqué à quel point son corps avait changé, rappel cruel et évident de ce trop long moment de séparation… Mais la voir à l’oeuvre c’était tout autre chose. De nouveau la certitude qu’elle n’avait pas…plus besoin de lui s’imposa à son esprit. Soulagement, apaisement se disputaient contre la tristesse et le dénuement dans son coeur. Mais elle l’aimait, il savait qu’elle l’aimait… Il la croyait. Il croyait en eux, même après ce qu’il avait vu sur leur lien, même avec cette absence de ressenti. Le reste disparut pour ne laisser place qu’à la fierté et l’admiration alors qu’elle faisait une impressionnante galipette qu’il regrettait de ne pas lui avoir lui-même apprise et qu’elle se redressait devant lui, rayonnante, magnifique, forte…

Etrange tenue qu’elle portait oui mais qui ne sembla vraiment pas déplaire à son compagnon. Il la trouva un peu trop attirante, un peu trop… Il ouvrait la bouche sans savoir encore ce qu’il dirait d’abord: qu’elle l’avait laissé tout seul ? Se vengeant par des baisers passionnés… Qu’elle était incroyable ? L’en félicitant par beaucoup beaucoup de baisers ? La finalité serait la même, autant oublier les mots alors. Déjà elle le rassurait. Il n’avait pas besoin d’être rassuré, mais elle le fit quand même. Il ne savait que peu ce qui s’était passé mais il avait perçu un mouvement derrière elle qui avait détaché ses yeux de la belle demoiselle. Le golem qui levait un poing démesuré, tellement énorme… L’expression du jeune homme changea aussitôt. Il montrait les crocs, ses muscles se contractaient, prêts à servir alors qu’un bref éclat passait sur sa peau, comme s’il allait se transformer, ou amortir le choc. Mais déjà elle avait disparut et se débarrassa seul de ce golem un peu trop virulent. Impressionnante… et terrifiante petite mage. Nouvelle sensation difficile à vivre. Sa petite mage avait disparu… Cassidy était probablement restée sur cette île… Ou elle y était morte. Celle qui était à présent devant lui était si différente… Ce n’était plus la même jeune femme, que ce soit en bien… ou en mal.
La facilité avec laquelle elle avait réduit ce colosse en petit gravier aurait fait frémir le plus dur à cuir des hommes, malgré ce réveil étrange, il comprenait, regrettait aussi…

Elle s’expliqua même s’il n’en avait pas besoin. Se défouler… Ah… Et son poignet ? Déjà qu’elle ne l’écoutait que peu avant, quelque chose lui disait qu’à présent elle ne l’écouterait plus du tout pour ce qui concernait sa santé. Bon d’accord elle prétendait que tout allait bien, mais quand même, il avait le droit de s’inquiéter non ?
Impassible jeune homme immobile qui ne répondait que par de légers froncements de sourcils au fur et à mesure des explications de sa compagne. Elle changea alors et étrangement son comportement, si mignon, si attendrissant, le détendit totalement. Elle lui parlait. Comme elle avait dit vouloir le faire, elle lui disait ce qu’elle ressentait, ce qu’elle avait ressenti. Il fut surpris par ses mots mais d’une attention certaine !
Et puis à vrai dire il était très content de ce qu’il entendait. Vraiment ? Elle était à ce point attirée par lui ? Quelques mots n’étaient décidément pas tombés dans l’oreille d’un sourd et quelque chose changea dans le regard du jeune homme, quelque chose qu’elle ne pouvait pas voir, quelque chose qui se réveillait… et qui avait bien besoin de s’éveiller justement.

Elle n’avait pas tant que ça changé finalement… Se prenant tellement la tête, pour si peu.
Un magnifique sourire, de plus en plus large, illumina le visage du grand jeune homme qui ne lâchait pas des yeux la demoiselle torturée. Quand elle lui refit face elle ne pouvait décidément pas manquer le sourire en coin, si taquin, qu’il s’efforçait de masquer, ni ses yeux brillants d’amusement, ni cette bonne humeur qui détendait ses traits encore si crispés quelques jours plus tôt. Elle se rapprocha, continue de parler, l’enlaça, lui demanda de parler. Dans ses yeux il y avait bien plus que cette demande, il y avait cette promesse, cette promesse de progrès dont elle lui avait parlé et qui ne serait possible que si désormais la communication était le maitre mot de leur histoire. Il pencha légèrement la tête pour accueillir son baiser alors que décidément elle pouvait faire de la danse classique à force de finir sur le pointe des pieds à se tordre le cou pour l’embrasser. Elle dut sentir le jeune homme frémir contre ses lèvres, sa crispation puis son éclat de rire aussi soudain que sincère, communicatif alors qu’il peinait tant à se remettre.

- Ma pauvre petite princesse…

Il se frotta les yeux pour chasser les larmes de rire qui menaçaient de flouter son regard ambré et l’attira entre ses bras pour l’enlacer, frottant doucement son nez contre le sien, la relâchant pour mieux l’entrainer à sa suite, s’asseoir sur le bord de leur petit bassin, lui les pieds dans l’eau et lui ôtant doucement ses bottes. Il souriait encore, peu remis de son rire alors qu’elle semblait un peu… interloquée.
Il finit par la regarder, sourit, caressa une de ses joues et effleura ses lèvres des siennes. Son sourire taquin de nouveau aux lèvres il la dévisagea un instant.

- On dirait que ma mission est un franc succès…

Elle fronça les sourcils, ne comprenant clairement pas et pour cause ce n’était pas fait pour être compris, pas juste avec ces quelques mots en tous les cas. Il rapprocha son visage du sien, très près, trop près et se mit à parler doucement, prêt à répondre à son invitation, prêt à parler autant qu’elle le souhaiterait et de tout ce qu’elle voudrait, sans tabou.

- Vois-tu il y a des mois, un peu plus pour toi à présent, je me suis retrouvé dans une certaine Académie avec une demoiselle atrocement coincée qui ne connaissait pour ainsi dire rien aux plaisirs de la chair. Et quand je dis rien… c’était même pire que ça, elle ne savait même pas ce que ça pouvait être. Douce et naïve ignorante, certaine que ce n’était qu’une chose bestiale et inutile, tout juste nécessaire à une fin reproductive, inenvisageable, atroce, dégoûtante même… L’initier au plaisir de simples caresses était déjà une aventure, la découvrir si farouche et pourtant studieuse… davantage encore. Ton aversion envers tout ceci m’avait fait faire une petite promesse ma chère fiancée… celle que, malgré tout ce qui se passait à l’époque, tout ce qui s’était passé, tout ce qui risquait d’arriver, un jour tu serais mienne et… que je t’arracherais toutes les fausses idées que tu pouvais te faire à l’époque, te rendant dépendante du sexe et j’espérais bien encore plus dépendante de moi… Je crois que c’est chose faite pour que tu te tracasses tant.

Il lui sourit… Sa petite histoire qui rappelait un peu tout ce qu’ils avaient vécu puisque tant de choses et de temps s’étaient passées, écoulé. Elle rougissait mais lui tenait tête, le menton fièrement redressé, défiante, glorieuse demoiselle. Ca aurait été parfait, terriblement impressionnant même si elle ne louchait pas à moitié et pas qu’à moitié d’ailleurs sur son torse. Il sourit d’autant plus, se pencha sur elle et l’embrassa tendrement, l’attirant entre ses bras.

- Mais on devra parler oui… de beaucoup de choses tous les deux. Tu as raison… Pour que ça marche mieux, pour qu’on se comprenne mieux. Mais pas maintenant… Peut-être pendant le voyage, ça nous occupera… Et puis je n’ai pas été près de toi pendant une année, dans ton temps, j’aimerais au moins partager un peu de tes souvenirs… Enfin…Je t’aime princesse… Merci de me dire tout ça… Ne t’inquiète pas d’accord. Je te promets que ça reviendra tout seul et d’ici là, je suis là, tu peux compter sur moi parce que je prends ce que tu viens de dire comme une invitation à te déshabiller à la moindre occasion !

Il redevenait un peu plus pervers, il redevenait un peu plus lui-même, si rassurant…
La demoiselle ne semblait si insensible à son message qui pouvait être compris à bien des niveaux. Lui disait-il seulement qu’il était content de l’avoir pervertie ? N’ajoutait-il pas l’air de rien qu’il prenait les choses en main à partir de maintenant, qu’elle n’avait pas à s’en faire ? Il n’était que peu précis et s’en amusait apparemment. Sadique jeune homme.
Ils parlèrent un peu de tout et de rien alors qu’ils rangeaient les affaires pour rejoindre leurs amis à la cité fantôme. Il la complimenta aussi sur sa tenue alors qu’elle semblait ravie, ajoutant qu’il la trouvait très belle ainsi, que ça lui plaisait beaucoup et que c’était quand même beaucoup plus pratique qu’une robe… sans omettre néanmoins d’ajouter que de toute façon la tenue qui lui allait le mieux était quand elle n’en portait aucune.

A l’appartement ils avaient commencé à préparer les affaires qu’ils voulaient emporter et si Tristan avait été rapide et catégorique quant à ses propres tenues la petite demoiselle quant à elle prenait vraiment beaucoup de temps. Il y avait fort à parier que c’était encore et surtout pour être sûre de lui plaire qu’elle mettait tant de soin dans la sélection de ses tenues mais à vrai dire si c’était bien cela son compagnon passa à côté, trop occupé à vouloir la voir avec des tenues adaptées et pratiques. Parce que certes, elle ne semblait que peu craindre le froid mais les températures qu’ils partaient affronter étaient autrement plus basses que celles qu’ils connaissaient ici !!!
S’en était ensuivit une sorte de jeu qui finissait souvent par des taquineries, des caresses, de légères tentations et des regards un peu trop lubriques qui n’allaient jamais plus loin.

Et puis il y avait eu le léger incident de la selle. S’il était prêt à répondre à sa provocation il s’arrêta immédiatement alors qu’elle parlait de cette année écoulée. C’était encore difficile… Elle savait qu’elle allait devoir en parler avec lui et que ça irait probablement beaucoup mieux après cela, mais c’était encore frais, encore difficile et elle n’avait pas totalement encore, quitté son monde d’entrainement pour retrouver son fiancé, celui qui n’avait vécu qu’une poignée de jours sans elle, même si ça avait été des jours très remplis ! Elle bafouillait, il se contenta d’un sourire tendre et de presser doucement sa main d’une des siennes, ajoutant l’air de rien.

- J’ai grandi mais ça devrait encore aller… Et puis elle a été enchantée par plusieurs mages doués pour s’adapter à ma taille normalement. Enfin on verra bien quand on essaiera.

Ils en auraient des choses à reprendre, à réessayer…
Elle avait l’air enthousiaste tout de même et de vraiment vouloir l’accepter. Il apprécia… De toute façon il valait mieux qu’il en soit ainsi… car si elle refusait d’autres risquaient de vouloir accepter à sa place, du genre dragonne envahissante ! Il frémit néanmoins quand elle posa la main sur son ventre et l’écouta parler en penchant légèrement la tête vers elle, tout à fait d’accord. Dès que leur lien se renforcerait… mais leur lien était faible justement, il se renforcerait probablement s’ils s’acceptaient l’un l’autre mais c’était justement ce qui devait arriver une fois que ledit lien serait renforcé, cercle vicieux…
Elle s’emballa sur une histoire de méditation, chassant les ombres des doutes. Il sourit et lui prit le journal des mains, se défendant, l’agrippant par la taille pour l’enlacer doucement et bouger doucement sur place, comme pendant une danse douce.

- J’espère bien que tu m’entraineras, je compte sur toi… Surtout pour apprendre à comprendre mon don et à l’utiliser. Je sais que pour toi ça peut faire un drôle d’écho parce que tu n’es pas franchement amie-ami avec les dragons… Mais je ne vois pas les choses comme ça. Ce « pouvoir » c’est une bonne chose, une très bonne chose… C’est de la magie en quelque sorte, ça ne peut que me rapprocher de toi, je pense que grâce à ça je pourrai mieux te comprendre, mieux savoir ce que tu ressens, c’est important pour moi aussi.

Baiser fugace qu’il lui vola alors qu’elle semblait surprise de l’entendre dire ceci. L’instant d’après il s’éloignait l’air de rien pour continuer les préparatifs.
La journée passa très vite alors qu’ensemble ou séparés ils ne s’accordaient que peu de répit. Tristan avait senti l’empressement chez sa compagne, pas par leur lien, juste parce qu’il la connaissait encore suffisamment. Elle avait hâte de partir, elle avait hâte de se poser loin des ennuis et peut-être, l’espérait-elle, loin de ceux qui pouvaient les connaitre et leur causer du tort…
Le jeune homme s’activa donc beaucoup, entre autre à vérifier la petite charrette qui leur servirait à transporter une partie de leurs affaires et qui servirait aussi de moyen de transport pour Alanir puisque celui-ci passait décidément que bien peu de temps dans l’esprit de sa maitresse, bien plus à l’extérieur et qu’il n’était pas vraiment fait pour monter sur un cheval. Il chargea aussi progressivement toutes leurs affaires et quand Cassidy voulut l’aider par la magie il s’y opposa, prétextant vouloir faire travailler ses muscles, au grand plaisir de quelques jeunes filles et beaucoup moins jeunes filles admiratrices de la physionomie du Drakkari.
Elle passa du temps par la suite à enchanter la charrette, lui expliquant que c’était pour qu’aucune personne n’ayant pas la marque magique invisible qu’elle allait leur faire, ne s’approche trop près du charriot et surtout ne leur vole quoi que ce soit. Maligne la demoiselle mais cela lui prit beaucoup de temps et d’énergie.

Comme ils avaient fait de nombreuses fêtes récemment et que ce n’étaient évidemment pas des adieux, il n’était prévu qu’un petit diner avec Maud et quelques personnes de la cité, un petit moment entre proches.
Ils avaient donc diné à l’appartement et Tristan avait remarqué qu’Eleyna occupait Alanir dans la journée. Ce n’était pas plus mal… Après tout, elle allait retourner dans l’armée et même si elle comptait les rejoindre dans le grand nord, bien décidé à rejoindre l’armée postée dans ces environs, sous prétexte de ne pas perdre des yeux la précieuse recrue Cheistam qu’était Tristan, cela prendrait des jours, voire des semaines !
Déjà la soirée s’achevait, Maud n’avait pas l’air très émue, très chamboulée par leur tout proche départ, dans la matinée le lendemain, probablement avait-elle eu une vision qui la rassurait. Bien sûr elle avait remarqué leur absence à la fête la veille une fois que celle-ci battait son plein. Elle se doutait qu’ils avaient besoin de se retrouver juste un peu tous les deux. Cassidy lui avait parlé un peu après tout et elle comprenait ses angoisses de ne pas retrouver sa complicité avec son compagnon. Elle ne lui posa aucune question, ne lui fit aucun signe durant la soirée, aucune allusion, comme si elle se doutait au sourire sincère mais bien trop léger de la demoiselle que non, ces retrouvailles, ce n’était pas encore ça.
Cassidy s’était éclipsée… Ce qu’elle ne sut pas alors qu’elle avait salué tout le monde c’est que Maud appela Tristan dehors. Quelques minutes à parler au grand jeune homme, des mots que personne ne pouvait entendre. Puis elle partit et il rentra à son tour, pensif.

Il la rejoignit et sourit en la voyant sur ses cartes. Si lui avait un sens inné de l’orientation et une facilité écoeurante avec la moindre carte ça n’empêchait pas la demoiselle de tout vouloir organiser, vérifier et planifier. Elle aimait bien contrôler ce qui était contrôlable dans sa vie et après cette année difficile il ne pouvait franchement pas lui en vouloir. Et puis… il aimait bien.
Il ne fit pas d’arrivée surprise, se contentant d’éviter de la faire sursauter, l’enlaçant tendrement, les bras autour de sa taille et dégageant sa nuque de ses cheveux de quelques légères mouvements du nez avant de déposer de tendres baisers sur sa peau. Tendue, oui, elle l’était et franchement pas qu’un peu. Elle ? Stressée ? A peine… Par quoi ? Difficile à dire, facile à imaginer. Il l’avait bien compris, à défaut de pouvoir le ressentir. Elle en avait assez de tout cela. Elle voulait être avec lui, juste avec lui et prendre un peu de temps pour se reconstruire et reconstruire leur histoire. Et puis il n’était pas dupe non plus. D’accord il ne la harcelait pas de questions, mais elle ne lui avait dit et ne lui disait que peu de choses sur son île. Des cachotteries ? Non, il ne pensait pas à ça, plutôt à la difficulté de tout ce qu’elle avait vécu. Elle avait souffert… Il l’avait vaguement vu dans quelques bribes de souvenirs. Elle avait été perdue et extrêmement malheureuse, perdant progressivement tout ce qui lui maintenait la tête hors de l’eau. Lui d’abord, puis leur enfant à naître, puis son étrange amie. Le chemin serait long avant qu’elle n’accepte sans souffrir et plus encore sans se refermer comme une huitre tout ce qu’elle avait vécu. Il lui faudrait du temps, de la confiance, de la patience pour l’apprivoiser et l’amener à tout lui confier. Ils avaient besoin de temps, du temps juste pour eux. Et plus de catastrophe…
Et c’est ça, probablement, qu’elle craignait. D’autres ennuis, d’autres drames… Cette nouvelle aventure qu’elle voulait faire s’apparentait tant à une fuite… Pouvait-il lui en vouloir ? Non bien sûr que non… Si fuir leur garantissait un peu de tranquillité il serait le premier à l’attraper, la balancer sur son épaule et partir au plus loin de tout ce qu’ils connaissaient. Elle avait peur peut-être… Que finalement ça ne marche pas… qu’on ne les laisse pas tranquilles, qu’on continue de les poursuivre. Ca, ça arriverait certainement… Très certainement. Se reconstruire… reconstruire leur lien avant qu’il ne soit trop tard. Encore beaucoup de pression pour ces minces épaules…

- Tu es tendue comme une corde d’arc princesse… Détends toi, tout ira bien…

Disant ces mots il relâcha sa taille et en continuant à picorer doucement sa nuque de légers baisers commença à presser de ses larges mains pourtant si douces les épaules, les omoplates, le dos de la jeune femme qui déjà commençait à osciller au rythme de ses pressions sur elle.
Brusquement tout bascula. Ses mains ne touchaient plus la peau de la jeune femme qui s’était si vivement retournée. Elle était face à lui, le visage trop près du sien, elle l’attirait contre elle, son corps buttait contre la table et entrainée par son élan elle basculait légèrement, restant à peine en appui sur ses pieds encore alors que lui, trop près d’elle ressentait la légère tension qui agitait les muscles de la demoiselle. Ce n’était plus de l’anxiété. Léger sous-entendu, légère provocation dans sa voix. Légers beaucoup de choses.

Grâce à tout ce qu’elle lui avait avoué le matin-même et à quelques petits cheminements personnels, il identifia l’hésitation dans le doux regard noisette, la tendresse et l’inquiétude aussi… et une pointe de désir qui ne demandait qu’à être enflammé. Il resta sagement immobile, l’observant au moins autant qu’elle l’observait. Sa cicatrice à l’oeil qui persistait, cette fichue cicatrice qui ne parvenait décidément pas à ternir sa beauté. Les mains de nouveau sur ses hanches, pression légère alors qu’elle caressait ses joues, il frémit et ferma les yeux, se laissant faire, appréciant quand elle l’attira un peu plus contre elle… enfin qu’elle se rapprocha un peu plus de lui parce que pour faire bouger le grand jeune homme il fallait se lever tôt… ou utiliser la magie.
Tout à coup elle l’embrassa, passionnément, un peu trop alors que le coeur de son compagnon s’emballait et que ce même baiser lui retournait l’estomac… ah non ce n’était pas désagréable mais c’était… intense… Elle reculait légèrement, toute rougissante, un brin penaude peut-être. Il sourit aussitôt la trouvant encore plus belle et effleura son visage de ses doigts à son tour, gardant son autre main sur sa hanche, la remontant finalement dans son dos alors qu’il se penchait sur elle et lui rendait son baiser avec les intérêts de toute une éternité d’attente ! Il l’embrassait comme il le faisait lorsqu’il voulait vraiment la troubler, la mettre à mal et tout devint beaucoup plus simple. Il la sentit se détendre sous son baiser, frémir aussi beaucoup, s’accrocher un peu plus à sa nuque comme si elle voulait l’empêcher de partir. Il la pressa contre lui, l’embrassant toujours, baiser qui ressemblait tant à un baiser d’adieu… non, plutôt de retrouvailles !!!
Il la sentit griffer légèrement son bras, chercher son bracelet, le lui enlever, celui qui l’avait privée de voir l’effet fou qu’elle avait sur lui. Petite façon de dire également qu’elle ne comptait pas s’arrêter là. Il sourit contre ses lèvres alors qu’un cliquetis plus bas lui indiquait que ledit bracelet avait été envoyé par terre. Il la pressa davantage contre la table, lui coupant toute retraite. Alors qu’il délaissait ses lèvres pour sa gorge il la sentit triturer sa tunique, la lui remonter. Nouveau sourire du jeune homme qui s’empressa de se redresser pour ôter le bout de tissu encombrant. Elle semblait bien plus heureuse de le voir ainsi. Petite mage pas si innocente.
Il en profita pour s’étirer, faisant jouer ses muscles et ne les mettant pas le moooins du monde en avant pour la taquiner. Bien sûr que si… Et ça marchait… Elle plissait légèrement les yeux, comprenant son manège et posa juste une main sur son ventre. Elle récupéra immédiatement toute l’attention du jeune homme qui revint l’embrasser passionnément.

Ca allait… Enfin à ses yeux en tous les cas ça allait. Elle ne se crispait pas à ses caresses, ils progressaient et elle semblait plutôt même très à l’aise. Caresses légères, puis plus prononcées, de plus en plus… Mais il fallut tout de même du temps pour que la lueur caractéristique de la demoiselle apparaisse. De son côté elle ne pouvait décidément pas manquer à quel point elle « plaisait » à son compagnon. Rassuré et fortement encouragé Tristan sourit, appuyant son front contre le sien puis retourna déposer des baisers appuyés dans sa gorge. Une de ses mains qui froissait le tissu de sa robe depuis quelques minutes déjà sans aller plus loin s’aventurait enfin dessous quand la voix d’Alanir, puis celle d’Eleyna avaient retenti. Pauvre petite demoiselle… Son sursaut valait le détour. Tristan lui ne s’était guère troublé même si ça l’embêtait également alors qu’elle chutait…
La rattraper n’était qu’une formalité alors qu’il observait, dans le noir soudain, le minois déçu et agacé de la demoiselle. Elle était gênée… et frustrée aussi. Il le vit bien à son visage…
Doucement, peu troublé pour sa part, le jeune homme l’aida à se redresser et déposa un tendre baiser sur son front, caressant sa nuque du bout des doigts. Il remonta le premier se manifester auprès des autres. Elle ne tarda pas non plus et seule, commença à se changer.

Cette fois par contre elle n’avait rien entendu.
Des bras enserraient de nouveau sa taille tandis que cette fois c’étaient les dents du jeune homme qui se refermaient délicatement sur une des oreilles pointues de la petite demoiselle. Elle sursauta légèrement et il la sentit frissonner des pieds à la tête et même se tortiller légèrement entre ses bras. Déjà il relâchait son oreille et glissait ses lèvres sur sa gorge. Son étreinte défaite, elle put se retourner vers lui et elle avait l’air surprise, pas en mal non, juste… surprise. Son regard reflétait quelque chose qu’il n’était pas sûr d’identifier. En s’attaquant à une de ses oreilles il avait dû réveiller la demoiselle mais ça n’avait pas l’air désagréable après tout !
Oui, elle le regardait, surprise, observant la porte qu’il avait fermé sans qu’elle ne le remarque, le bracelet qu’il portait de nouveau, le sourire amusé et taquin du jeune homme qui se penchait sur elle pour embrasser doucement ses lèvres.

- On t’a entendu soupirer de frustration à des kilomètres princesse…

Il sourit en la voyant rougir et la pressa doucement contre lui.

- Oh moi j’aime bien hein… Ca me donne l’occasion de te montrer que je n’ai vraiment mais alors vraiment pas l’intention de me contenter de si peu à présent… Et encore moins d’accepter qu’on nous dérange.

Là par contre son sourire était totalement pervers et il l’affichait clairement, sans complexe. Elle n’avait pas l’air d’être sûr de comprendre ce qu’il disait, voulait dire et comptait faire. Tout n(‘était pas clair entre eux, oui, ils avaient bien besoin de se rapprocher. Après tout dans cette pièce Ikael avait été pour le moins… violent et égoïste avec elle. Mais ce n’était peut-être pas un choix si innocent. Tristan savait ce qu’il faisait en général et quoi qu’il ait en tête il semblait sacrément sûr de lui… Quoique…
A son regard perplexe il répondit par un nouveau rire franc.

- Je te taquine princesse… Je sais qu’avoir été surprise de la sorte ne te plait pas beaucoup… La prochaine fois, ce sera… différent. Mais il est tard déjà et si tu veux partir tôt demain il vaudrait mieux pour nous que nous allions nous coucher… mais pas sans câlins !!!!

Et il mit aussitôt le sens de sa phrase à exécution. Elle avait tout juste eu le temps de se changer et d’enfiler sa nuisette quand il l’avait rejointe dans la chambre. Il la souleva du sol, la portant sans mal et alla se vautrer sur le lit en la gardant dans ses bras, la taquinant, commençant à essayer de la chatouiller. Elle se détendit, le repoussa en riant. Ils se chahutèrent un moment, sans rien tenter de sérieux, ni l’un, ni l’autre. Coupés dans leur élan alors qu’ils n’en étaient qu’à de timides ébauches il leur faudrait encore du temps. Elle râla gentiment parce qu’il n’était pas habillé pour se coucher et il lui offrit un déshabillage en règle même s’il garda, fort heureusement, son boxer. Ils parlèrent de leur départ le lendemain même, se câlinant sagement puis finirent par s’endormirent. Le lendemain ce fut lui qui s’éveilla le premier mais bien peu avant elle, la regardant dormir et quand elle s’éveilla, il trouva sa manière de bailler tout à fait adorable et beaucoup trop adorable d’ailleurs. Il l’embrassa, se leva et s’étira avant de l’enrouler dans la couverture en décrétant qu’ainsi il pouvait la garder pour lui tout seul.Elle avait l’air de bonne humeur.
Peu de temps après ils étaient habillés et prenaient un solide petit déjeuner.

Après avoir réglé quelques soucis d’organisation de dernière minute ils furent prêts à partir.
La plupart des gens de la cité fantôme s’étaient réunis pour leur dire au revoir, comme ils l’avaient déjà fait dans le passé même si cette fois ce serait une séparation bien plus longue. Maud évidemment était présente avec son bébé et son époux qui les saluèrent bien et leur souhaitèrent bonne chance pour la suite. Maud prit Cassidy à part et lui promit que tout irait bien, que tout irait mieux avec Tristan… et beaucoup plus vite qu’elle ne l’imaginait. De quoi laisser la petite demoiselle interloquée évidemment mais Maud aimait bien en révéler juste assez pour laisser son public en attente. Une fois les adieux ou plutôt au revoir prononcés, Alanir guère rassuré dans la charrette tirée par un cheval, assis à côté de Cassidy qui semblait amusée de sa détresse, ils commencèrent à partir. Eleyna chevauchait sur son cheval avec eux pour les premiers kilomètres et les laisseraient plus tard, plus loin. Tristan avait attaché un autre cheval à l’arrière de la charrette, celui de Cassidy et lui-même chevauchait le sien, prêt pour l’aventure.
Ils partirent sous de nombreuses acclamations et rejoignirent rapidement mais discrètement une route. C’est là qu’Eleyna les laissa, retournant au campement Cheistam tandis que les trois autres compères prenaient la route tracée par Cassidy.
Il s’avéra rapidement qu’Alanir avait la patience d’un enfant et demandait presque autant d’attention que l’un d’eux car il s’égara dans un bois pendant une halte, demanda une douzaine de fois s’ils étaient bientôt arrivés et se fit ronchon au fil que la journée s’écoulait et qu’il s’ennuyait. Tristan ne savait pas pourquoi il continuait de garder son apparence d’os et de chair puisqu’il n’en avait pas besoin pour retourner partager l’esprit de Cassidy mais bon… S’il était mieux ainsi c’était à lui de décider.

Ils chevauchèrent une grande partie de la journée.
Cassidy avait prévu de faire une halte pour la nuit dans un petit village réputé comme très beau et qu’ils pourraient visiter le lendemain. Ils avaient tant et si bien avancé durant cette première journée qu’ils le rejoignirent peu avant que la nuit ne tombe et la saison encore froide de l’hiver méritait franchement qu’ils s’abritent !
Sauf que quelque chose d’inattendu se tramait… Du moins pour la petite demoiselle. Ils installèrent la charrette dans une grange prévue à cet effet et le sort de Cassidy leur en garantissant la sécurité ils laissèrent leurs affaires là. Une fois dans l’auberge par contre Tristan proposa de s’occuper de parlementer avec l’aubergiste, un gros homme sacrément costaud qui n’avait franchement pas l’air commode. Celui-ci se redressa en plissant le nez quand le jeune homme s’approcha du comptoir et envoya aussitôt Alanir et Cassidy au numéro de leur chambre respective avant de se mettre à parler avec le jeune homme d’une voix rauque, presque inquiétante. La chambre d’Alanir était assez éloignée de celle qu’on avait donné à Cassidy mais il ne se posa pas de question et apparemment fatigué par la journée y entra sans demander son reste.
Néanmoins, lorsque la petite mage entra dans sa chambre, une surprise l’attendait…
Des bougies, des pétales de fleurs qui traçaient un chemin de ses pieds jusqu’au grand lit aux couvertures moelleuses et par la porte ouverte de la salle de bain on pouvait apercevoir une baignoire pleine de bulles qui embaumait l’air de toute la chambre. Eh bien ! On réservait un accueil de roi dans cette auberge, ce n’était franchement pas courant… C’était tout sauf courant.

- Ca te plait ?

C’était une fois de plus Tristan qui s’était glissé dans son dos sans qu’elle ne l’entende et qui vint se glisser tout contre elle, l’entourant de ses bras et se mettant à sourire. Elle se tourna vers lui, son adorable petit air surpris au visage.

- Quand j’ai vu le parcours que tu nous préparais j’ai contacté l’aubergiste qui est un gars bien plus sympa qu’il n’y paraît. Très romantique il a accepté de me donner ce… petit coup de main. Surprise princesse ?

Sourire taquin aux lèvres du grand jeune homme qui la fixait avec toute la tendresse du monde et qui effleura doucement ses joues de ses mains.

- Je ne fais pas ça avec une arrière pensée tu sais… Mais je voulais que ce début de voyage commence le mieux possible et… à vrai dire j’ai bien l’intention de profiter de cette soirée… Si tu veux bien…

Nouveau sourire, beaucoup plus pervers cette fois.

- Ne t’inquiète pas… Alanir va bien, il est plus loin, les chambres sont toutes enchantées pour être isolées et on a du temps pour se détendre avant le diner… Et puis… je veux quand même un bisou pour me féliciter d’être un petit ami aussi romantique et parfait n’oublie pas…

Clin d’oeil à l’appui alors qu’il tendait la joue et qu’elle se mettait à rire d’un ton léger, posant ses lèvres sur la base de sa mâchoire à cause de leur différence de taille, même s’il se penchait un peu. Sauf qu’il attendait plus et tourna la tête pour s’emparer fiévreusement de ses lèvres, ne les relâchant que lorsqu’il sentit qu’il risquait de la priver d’oxygène un peu trop longtemps.
Alors seulement il prit doucement une de ses mains dans une des siennes et l’entraina à sa suite vers la salle de bain.

- Allez viens, ce serait bête de ne pas profiter de ce grand bain chaud…

Au moins étaient-ils seuls et tranquilles à présent, non ? Le voyage ne commençait pas si mal après tout… Il relâcha sa main sans attendre sa réponse et ôtant sa propre cape de voyage, se dirigea vers la salle de bain en s’étirant et en faisant franchement exprès de commencer à enlever sa tunique devant la jeune femme. Sadique…
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