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 Comment se retrouver pour mieux s'aimer...

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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Date d'inscription : 09/05/2012
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Feuille de personnage
Race: Drakkari
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Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Lun 9 Nov - 15:17

La phrase de Kalec, dite avec un certain dédain prouvait qu’il connaissait déjà la réponse du Drakkari. Non, ce n’était certainement pas son maitre-forgeron qu’il venait voir. Tristan s’approcha de quelques pas. Le grand nordique ne donnait absolument pas l’air de s’en inquiéter, ni de se crisper, restant beaucoup trop tranquille. Tristan s’approcha davantage, alors que l’autre l’ignorait, continuant de battre le fer avec une vigueur assez impressionnante, sacré rythme… Il ne donnait toujours pas l’impression de vouloir lui porter la moindre attention. A un nouveau coup, Tristan tendit brusquement la main, sa paume venant heurter et englober la partie si rude du marteau, rendue brûlante par le martèlement. N’importe qui d’à peu près prudent se serait inquiété, mais une fois de plus Kalec ne témoigna rien d’autre qu’un autre haussement de sourcil, toisant le jeune homme puisque arrêté dans sa tâche, avec un dédain franchement blessant.

- Tu veux quelque chose ? Demanda t-il, pourtant la formule polie chantait comme une provocation, dédaigneuse aussi, tellement dédaigneuse.
- …

Il semblait prêt à lui dire quelque chose, probablement que s’il voulait lui taper dessus avec le marteau il pouvait essayer, lui-même n’avait pas lâché le manche…

- Si tu n’as rien à faire ici, j’ai du travail donc tu…
- …Merci.

Là par contre, il dut le surprendre parce que la tension que continuait d’imprimer Kalec sur son marteau se relâcha légèrement. Il ne laissa que bien peu transparaitre mais fronça tout de même les sourcils. Tristan enleva lui-même sa main et recula d’un pas, baissant les yeux, les muscles toujours tendus.

- Cassy ne te l’a probablement pas dit alors… Merci, pour elle… Enfin pour moi aussi… de l’avoir… secourue tout à l’heure.

Là il risquait de continuer de froncer les sourcils en effet. Le jeune homme s’était montré si particulièrement agressif qu’il devait plutôt s’attendre à une tentative de point dans la figure après son geste, ce qui en soi était très mal élevé vu son acte héroïque, même si pour lui c’était facile…
Tristan releva les yeux vers lui, sans animosité, il avait plus l’air déboussolé qu’autre chose à vrai dire.

- Vous vous ressemblez tous les deux… je sais pas pourquoi, ni comment mais… Enfin Cassy… Si tu peux l’aider, un peu… je suis pas toujours là… ni vraiment aidant en fait alors… j’y connais pas grand chose… Je… ne sais pas vraiment comment l’aider, quoi faire, ni être… et… si tu n’avais pas été là tout à l’heure…

Il se racla la gorge, reprenant plus bas.

- Enfin merci… désolé de t’avoir dérangé.

Il fit aussitôt volte face et s’éloigna avant de s’arrêter de nouveau, serrant fort les poings et de marmonner d’autres mots, vraiment difficilement, ses muscles se tendant encore plus alors qu’il ne se retournait pas vers Kalec.

- A cause de moi… Elle… Elle ne va pas bien. Tu l’as remarqué toi-même… Je sais que… je n’ai pas du tout envie de… mais…

Il se retourna finalement, la mâchoire si serrée qu’elle formait un angle droit des plus agressif, les muscles de son visage se contractant sous la tension qui l’animait. Le regard qu’il jeta à Kalec n’était pourtant que de détresse.

- Si je ne peux pas… j’aimerais autant que ce soit quelqu’un d’autre que toi… mais je veux pas qu’elle continue de vivre ça… Elle va mal, je le sais… et je… si je suis incapable de la satisfaire alors… trouve lui quelqu’un de bien… pour ça… ou… si tu comptes vraiment… elle mérite vraiment d’être aimée… et traitée avec douceur… s’il te plait…

Il ne lui laissa rien le temps de dire, ni d’être surpris, ni d’être provocant, ni de le charrier, ni de lui faire du mal d’une quelconque manière parce que là ça aurait été franchement très facile, peu importait la réaction de Kalec, il ne la vit pas, ne s’y attacha pas et ne se donna pas le temps de la voir justement. Il fit de nouveau demi-tour et sortit très vite cette fois.
Une fois dehors le jeune homme prit une profonde inspiration, entrecoupée par la tension qui l’animait toujours, la crispation, la frustration et la tristesse. Il venait de remercier cet homme qu’il n’appréciait que bien peu, ça peu importait, il savait mettre sa fierté au placard… Mais il venait de lui demander de trouver un partenaire à sa fiancée quand même… Si lui ne pouvait rien pour elle… Alors quelqu’un d’autre devait l’aider. Quoi qu’elle dise, quoi qu’elle minimise, inconscient de la gravité de la situation, il sentait néanmoins qu’elle souffrait et que malheureusement, ça ne risquait pas de s’arranger tout de suite. Et il ne voulait pas de ça, pas pour elle, il l’aimait beaucoup trop… Il demandait à un autre homme de s’occuper de sa fiancée ou à défaut de lui trouver quelqu’un pour… Elle serait probablement en colère si elle le savait, ou triste mais à vrai dire il ne savait plus quoi faire, il se sentait si démuni et inutile. L’imaginer avec un autre était un poison qui aurait pu le faire se transformer s’il n’en avait pas été aussi incapable que lorsqu’il avait voulu la rejoindre peu avant, il essuya rageusement les larmes de colère et de frustration qui venaient faire briller ses yeux et serra les dents pour se calmer, pour se maitriser. Il ne savait plus quoi faire… A part la rendre malheureuse… que faisait-il au juste ?! Respirer lui faisait mal… Il ne s’était pas rendu compte que l’air était… si froid. Ou alors c’est parce qu’il avait peur… et mal… tellement mal d’imaginer ce qui risquait de leur arriver.

Le jeune homme s’ébroua, se força à reprendre contenance et sourire. Il ne devait pas l’inquiéter, juste lui sourire, la rendre heureuse, autant que possible et si vraiment ce qu’il craignait devait arriver alors il se tairait et supporterait en silence. Elle le méritait…
Finalement il passa à la boucherie puisqu’il comptait aller chasser le lendemain matin et à la boulangerie, récupérant des biscuits et meringues pour le dessert. En marchant il se rendit compte que la tension dans ses muscles quand il était à la forge avait réveillé son mal de crâne et son bleu persistait pas mal malgré le baiser de Cassidy mais ça irait vite mieux et puis il n’avait plus du tout mal à la nuque. En arrivant près du chalet il s’était tant et si bien efforcé de chasser les soucis et la tristesse de son coeur qu’il se concentrait sur le mini terrain d’entrainement qu’il comptait construire, pensant aussi y adjoindre sa compagne. Comme il l’avait précisé, son côté sportif aujourd’hui ne lui déplaisait pas du tout loin de là… Même s’il n’avait pas vraiment eu loisir de le tester…

Elle devait être agacée, en colère, contre elle-même et contre Kalec, peut-être aussi envers ce qu’elle avait pu ressentir car elle n’avait pas jardiné du tout et l’état de l’arbre qu’elle avait un peu… éclaté et qu’il comptait débiter et qui avait fini en tous petits morceaux lui laissa comprendre qu’elle s’était probablement énervée… avec sa magie.
Il la retrouva à méditer, à son tour, sur le banc dans la serre. Ayant déposé son sachet à la cuisine il vint la retrouver. Silencieusement le jeune homme s’assit à côté d’elle puis se pencha sur la jeune femme pour déposer un baiser sur le côté de cou. Elle sursauta légèrement et ouvrit les yeux mais nul doute qu’elle avait parfaitement reconnu l’odeur de son compagnon et la douceur de ses gestes puisqu’elle ne le crama pas sur place.

- Salut…

Il lui sourit et sans lui laisser le temps de parler s’empara de nouveau de ses lèvres.
S’il avait craint de la perdre, il le prouvait à cet instant dans ses baisers insistants et ses légères caresses alors que la raison de la largeur qu’il avait choisi de donner à ce banc ne tardait pas à être révélée. C’était fou comme elle s’était vite retrouvée allongée sur la surface de bois, lui se glissant au dessus d’elle, en appui sur ses genoux et ses coudes, l’embrassant sagement mais l’embrassant beaucoup quand même. Venant nicher son visage dans sa gorge bien décidé à ne pas l’embêter avec ce qui s’était passé, ni à montrer la moindre colère qu’un autre l’ait pris dans ses bras il soupira profondément en humant l’odeur de sa peau.

- J’ai ramené des biscuits… Donc au programme de ce soir il y a toi, moi, un bain brûlant accompagné d’un massage qui, je l’espère arrivera à de délasser des courbatures que ton nouveau jeu fort dangereux a dû t’apporter même s’il j’ai bien envie d’essayer ce jeu avec toi et d’autres, beaucoup d’autres, puis des biscuits, chocolat chaud sous la couette devant la cheminée et les remerciements certains de mon extraordinaire massage se traduisant par ta main dans mes cheveux et mes gémissements de bien-être… Si vous avez quelque chose à rétorquer damoiselle, parlez maintenant ou taisez-vous à jamais…

Il ne la laissa que peu répondre et se releva bien vite, poussant un grognement animal qui se voulait juste provocant il la souleva sans mal et la jeta avec douceur sur une de ses épaules, la portant vers le chalet en en profitant sacrément pour laisser s’égarer sa main libre sur ses fesses. A son exclamation surprise il se justifia sans la moindre gêne:

- Je vérifie juste que tes chutes ne les ont pas trop meurtries les pauvres ! D’ailleurs, un examen complet est nécessaire pour….

Elle le tapa pour le faire taire, rougissante mais elle riait et son rire était un trésor qu’il gardait d’autant plus jalousement.
Finalement ils s’en tinrent à ce qu’il avait prévu, sans débordement bien que débordement il y aurait pu y avoir et avec une grande facilité d’ailleurs… Ils se contentèrent de rester sages, probablement parce que l’échec de la veille était encore cuisant et qu’elle avait aussi envie de passer du temps avec lui, de ne pas s’évanouir et l’abandonner de nouveau. Et puis mine de rien, même s’il était fort tentant naturellement, il fit attention de ne pas la provoquer, restant sage, vraiment sage, lui-même certes mais sage.
Il la massa longuement dans le bain et sentit les muscles noués de la demoiselle se détendre sous ses mains, pourtant rien que le massage aurait pu donner une nouvelle « catastrophe » mais en dehors de ce « soin » ils se frôlaient juste, elle ne s’installa pas entre ses bras et il ne fit aucune tentative d’approche plus ou moins innocente.
Il lui demanda de se rallonger sur le canapé et malgré ses protestations et tout ce qu’elle pouvait avoir envie de dire, il gagna cette bataille et la sentit finalement laisser derrière elle les éléments difficiles de la journée, pas entièrement et que pour un temps, d’autres continuaient de la meurtrir et pour longtemps mais c’était déjà bien, vraiment bien…
Ils grignotèrent tranquillement tandis qu’il finissait par avoir ses caresses dans les cheveux et qu’épuisé le jeune homme finissait par s’endormir, la tête contre la poitrine de sa chère et tendre et sans la moindre perversion qui plus est !!!!
Il ne se réveilla que bien plus tard alors que tellement gentille elle continuait de le caresser, lisant un livre de sa main libre. Il bailla, se redressa, l’embrassa et ils montèrent se coucher, Zénith restant vautré dans le tas de couverture qu’il s’était approprié. Une fois changé et sous les couvertures, elle se blottit contre lui et ils s’endormirent rapidement.




Le temps passait. Les jours se ressemblaient.
Il avait laissé la jeune femme un peu tranquille avant de finalement lui poser des questions sur ce qui s’était passé avec Kalec, ce qui avait pu lui être dit pour qu’elle lui en veuille ainsi… En fait, dans son esprit tournait encore cette histoire de « proposition » qui le laissait sceptique. Que lui avait donc proposé justement l’apprenti forgeron? Si c’était un moment mémorable que ne pouvait pas lui accorder son compagnon ces derniers temps, normal qu’elle soit énervée…Après tout elle semblait quand même sacrément perturbée. Sa réponse amena son lot d’interrogations innocentes et inquiètes, de surprise et de questionnements malsains que le jeune homme garda muets. Ca la perturbait oui et il ne voulait pas qu’elle le soit davantage, ces derniers temps devenaient vraiment difficiles…
Ils avaient avancé en sincérité quand elle lui avait parlé de l’île, longuement, énormément. Ce partage les avaient énormément rapprochés sentimentalement, en confiance aussi, même s’il s’en voulait toujours terriblement de ne pas avoir été là pour elle. Il l’avait longuement écoutée, caressée, rassurée et même s’il avait vu la difficulté que cela représentait pour elle de revivre ces évènements, elle lui avait semblé un peu plus détendue, heureuse peut-être qu’il sache de son côté et qu’il s’intéresse tant à ce qu’elle avait pu vivre. Ces confessions prirent du temps et firent peut-être autant de bien que de mal. Savoir qu’elle avait souffert était une chose, en découvrir l’étendue, plus difficile qu’il ne l’avait imaginé. Pourtant Tristan voulait vraiment savoir et peu importait ce que ça engendrerait…

Mais si leur petit couple semblait devenir plus proche, plus confiant, plus vrai et plus que jamais dans l’échange un gouffre abyssal se creusait chaque jour davantage entre eux. Malgré tout ce que Tristan avait pu affirmer ils souffraient tous les deux énormément du manque de relations sexuelles et ça devenait vraiment difficile. Il détestait voir le désir dans son regard alors qu’elle détournait aussitôt les yeux comme pour le chasser. Lui avait dû anticiper l’installation de son terrain et s’entrainait de nouveau malgré le travail et la rénovation du chalet qui avançait incroyablement bien. Il avait besoin de se défouler et elle n’était pas en reste, magiquement ou physiquement en s’adonnant avec plus d’enthousiasme encore que lui dans les travaux du chalet. D’ailleurs elle repeignit seule et entièrement l’extérieur du chalet ! Elle avait besoin de s’occuper, vraiment, de ne pas penser à lui… Tout comme il devait chasser l’image de la jeune femme de son esprit et toutes les émotions si violentes qu’elle lui inspirait… Elle avait commencé à s’entrainer avec lui aussi, il essayait de la former au corps à corps, pour être sûr qu’elle puisse se défendre si jamais elle était sans magie, elle progressait très vite dans le maniement de la dague qu’il lui avait un jour offerte et il ne pouvait qu’être admiratif face à sa persévérance. Encore et surtout parce qu’elle avait aussi appris sur l’île… Et qu’il n’avait pas été là pour la voir en galère, elle était bien plus forte qu’il ne l’avait imaginé… Elle n’avait pas peur de se blesser aussi, mais ça, ça lui rappelait douloureusement ses dures épreuves sur l’île, quand il n’était pas à ses côtés…
L’un comme l’autre ils fuyaient la réalité trop difficile à vivre. Parce qu’ils se tentaient, horriblement, sans le vouloir. L’alchimie entre eux n’avait absolument rien de normal, d’habituel. Tout était tellement amplifié quand il s’agissait de l’autre que ça en devenait irréel. Très vite, s’embrasser devint même douloureux et ils durent renoncer à de longs baisers ininterrompus. Quelques uns, une pause obligatoire… Elle souffrait de plus en plus, il le savait même s’il ne parvenait pas à savoir ce dont il s’agissait. Il avait bien tenté d’aborder le sujet mais elle s’était contenté de faire une petite bêtise magique, comme chaque fois qu’il la perturbait sur un sujet qui ne lui plaisait pas…
Prendre un bain à deux avait fini par devenir impossible. Elle se mettait trop vite à briller, trop intensément et lui, mort de faim, en venait à craindre ce qu’il pourrait lui faire tant il la trouvait désirable. Parfois même dormir tout contre elle était difficile, douloureux. Ils avaient commencé à faire des cauchemars, l’un comme l’autre, mais se taisant face aux interrogations de leur partenaire. Il ignorait ce qui la tracassait, peut-être revivait-elle l’île… Elle en tous les cas le quittait fréquemment dans ses rêves, hurlait qu’elle détestait les dragons, qu’il n’était qu’un monstre, lui présentait un homme dont le visage demeurait caché qui lui saurait davantage la combler selon ses dires, ou alors il la surprenait avec un autre, enlacée, gémissante, heureuse… Il y avait aussi les rêves de magie incontrôlable, de sa peur de ne rien pouvoir faire pour l’aider, des monstres qui l’attaquaient…

Malgré leurs sentiments pourtant inaliénables l’un pour l’autre tout se fractionnait et se brisait. Même une étreinte aujourd’hui pouvait les perturber l’un comme l’autre. Tristan s’empressait de rester raisonnable, sage, à l’écoute mais combien de fois lui avait-elle à moitié sauté dessus, combien de fois s’était-elle évanouie entre ses bras, combien de fois la tentation était-elle si difficile à contenir que même évanouie elle lui semblait « consentante »? Combien de fois avait-il supplié les dieux pour qu’on les aide, mais les dieux demeuraient silencieux, malsaine relation…

Depuis l’accident en snowboard deux semaines s’étaient écoulées. Il n’en revenait pas à quel point le temps avait filé vite et en même temps tellement lentement, lenteur cruelle face à leur incapacité à progresser, à aller mieux… Leur couple en pâtissait, pas qu’un peu. Il devait se transformer plus régulièrement, elle méditait beaucoup… Le travail les épuisait, que ce soit leur emploi respectif ou le travail au chalet, les entrainements aussi, mais c’était encore le seul moyen qu’ils avaient trouvé pour moins se tenter, pour canaliser l’énergie née de leurs pulsions.
Tout le monde semblait se douter qu’entre eux ça n’allait pas. Entre les hommes qui se mirent à marmonner, même si ce n’était pas méchant, que la demoiselle n’avait pas l’air d’être au septième ciel avec son air crispé et ses maladresses à la moindre évocation de sexe à la taverne et les demoiselles qui se pâmaient devant le grand Drakkari à l’air si bougon et renfrogné, comme absent de leur monde….Non ça n’allait pas.
Pourtant oui, l’alchimie entre eux persistait, merveilleusement envoûtante. Le lien qui tirait sur leur deux coeurs et leur deux corps étaient invraisemblable. L’attirance qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre était d’une indécence intimidante, mais par sa force justement et son manque d’assouvissement, elle ne faisait que gronder, feuler, les laissant juste insatisfaits, frustrés, pourtant si amoureux, pourtant si éloignés…

Ce matin-là, elle s’était réveillée seule, comme tous les matins depuis trop longtemps. Zénith vint lui faire la fête quand elle descendit les escaliers. Le louveteau avait grandi à une vitesse folle et semblait justement flouter le temps et sa mesure tant il était devenu grand. Tristan avait d’ailleurs abordé la possibilité que la magie de la jeune femme, non contente de le sauver, l’avait véritablement boosté. Car en une quinzaine de jours il était passé d’animal minuscule et frêle à une petite bête bondissante et énergique qui arrivait aux trois quarts du mollet de la jeune femme !
Elle s’en occupa gentiment comme toujours pendant qu’elle se préparait du thé et son regard s’était plus que probablement égaré sur l’extérieur, sur le grand Drakkari, torse nu dans la neige, entouré des volutes blanches de son souffle court, qui tirait sur ses muscles, s’entrainant avec ardeur, probablement pris de nouveau d’un désir irrépressible pour sa compagne lorsqu’il s’était réveillé, fuyant la réalité dans l’exercice et la douleur. Comme s’il sentait qu’elle était réveillée il cessa ses tractions qui laissait ses biceps tremblant et rentra. L’exercice qu’il s’imposait avait au moins l’avantage d’être un plaisir pour les yeux… mais une fois de plus un supplice. Il passa dans la cuisine, sa tunique à la main, le torse luisant de sueur et les muscles bien trop merveilleusement dessinés, se figea un peu en la voyant alors qu’elle se crispait en le regardant, se mordant la lèvre, se détournant vers son thé bientôt prêt en murmurant un vague « bonjour » dont la timidité le faisait souffrir. Il enfila immédiatement sa tunique, se rapprocha prudemment. Simplement sentir son odeur devenait douloureux parfois, apparemment pas aujourd’hui.

- Bonjour princesse…

Il déposa un baiser dans sa nuque alors qu’elle lui tournait toujours le dos, posant doucement une main sur sa taille. Elle ne s’était pas défoulée comme lui ce matin-là, et il sentit une fois de plus l’odeur de ses larmes qui remplissaient ses si beaux yeux mais qu’elle allait obstinément lui cacher. Pour elle aussi ça faisait mal, tellement mal. Pourtant elle s’était retournée pour l’embrasser passionnément, besoin, manque, irrépressible envie à laquelle il répondit, ses jambes menaçant de le lâcher. La crispation douloureuse de ses mains sur sa tunique.
Déjà elle se reculait, marmonnant qu’elle allait se préparer, quittant aussitôt la pièce, oubliant même son thé. Il l’observa partir avec tristesse, se fit un café très fort et lui déposa sa tasse de thé dans la salle de bain alors qu’elle se préparait pour sa journée de travail, sans rien dire. Il travaillait sur une armoire quand elle partit travailler, lui étant tout l’après-midi à l’atelier. Elle se fit souriante, gentille, optimiste, enthousiaste comme toujours et pourtant il vit comme chaque jour la peine et la douleur dans ses yeux sombres…
Elle partit, le laissant seul alors qu’il avait l’impression d’être celui qui désespérément l’abandonnait chaque jour, chaque instant…

Il n’alla pas la voir en partant travailler, rebutant à la perturber. Enfin elle pensait qu’il n’allait pas la voir. Il s’arrêta à la taverne, la regarda par une fenêtre pendant de longues minutes, la trouvant toujours si belle, toujours si amoureux d’elle. Elle essayait de faire de son mieux malgré tout. Il entendit des gloussements derrière lui.

- Tu es venue voir ta belle, Tristan ?

Il se composa un visage souriant et se tourna vers ses interlocutrices.

- Salut… Malheureusement ma contemplation béate m’a mis en retard… Je me contenterai donc de ce soir. Bonne journée les filles.

Il s’éloigna vers l’atelier et s’y enferma avec ses camarades qui arrivaient également dont Raph qui ne le quittait que peu ces derniers temps, comme si lui aussi se doutait de la terrible vérité…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Dim 6 Déc - 22:36

La soirée avait pourtant bien commencé. Sage, romantique à souhait, un bon repas à picorer, une source chaude pour se détendre, un homme magnifique à ses côtés, tout allait pour le mieux. Ils s’étaient amusés au début puis il lui avait sorti des paroles tellement magnifiques que la petite mage aurait pu faire fondre toute la neige d’un large diamètre si c’était possible. Une jolie pensée en ce qui concernait ce qu’il pensait d’elle, qu’elle était parfaite à ses yeux. C’était tellement rassurant. Oui au moins il y mettait ce soin et elle ne pouvait qu’être soulagée et heureuse de voir qu’aucune autre femme ne venait perturber ses pensées.

Ils continuèrent à discuter et quand elle le complimenta sur le chalet, il insista sur le « nous », ce qui ne manqua pas de faire rougir la petite demoiselle.

Et puis il y a eu, ce bain. Cette détente… qui tourna encore trop rapidement en un jeu un peu trop dangereux pour eux d’eux. Elle le savait et pourtant elle en avait besoin. Cassidy en avait marre, elle voulait être plus forte que sa magie et s’y prenait de la plus mauvaise façon qui était. Son maître ne lui avait-il pas dit qu’il fallait être à l’écoute de ces sensations ? Que les mages avaient une autre façon de ressentir les choses et qu’elle devait en tenir compte ? Elle l’avait aussi lu dans les nombreux bouquins pendant son séjour sur elle. Mais pour l’heure elle restait incroyablement humaine ou peu importe, une boule de pulsions inassouvie qui pensait bien plus à sa satisfaction personnelle qu’à sa magie. C’était même un peu trop instinctif, elle fonçait dans le mur sans se douter des conséquences. Et encore une fois, elle laissa Tristan seul.

Lorsqu’elle se réveilla, il n’était pas là. Mais heureusement pas si loin que ça. Elle savait brièvement qu’il méditait, avait senti ses progrès mais pas à quel point c’était devenu vital pour lui. Mais ils ne pouvaient pas continuer ainsi. Il n’y avait pas que ça. Pourquoi pensait-elle au dragon à cet instant précis ? Au fait qu’il avait besoin de voler ? Peut être une histoire de lien encore… Parce que si elle avait envie de voler, pour lui qui avait ça dans sa nature, ça devait être bien pire ! Alors elle l’insista. Il commença en disant qu’il l’avait traumatisé, que c’était sa faute. Elle ouvrit lentement la bouche. Ce n’était pas lui mais les dragons, les autres ! Pas lui ! Quand allait-il le comprendre ? Mais elle se fit plus douce, il en avait besoin, pas le choix. Il finit par abdiquer. Ils mirent leur plan à exécution. Si Tristan semblait prendre un plaisir trop longtemps refoulé, Cassidy elle, luttait contre son rejet. Et elle ne tenait pas cette fois. Sa magie lui échappait des mains, c’était dangereux, très dangereux. Et pourtant quand il redescendit, elle se contenta de cacher le mal, pensant qu’il avait suffisamment peur comme ça. Elle se devait d’être forte, qu’elle maîtrisait un tant soit peu sa magie.

Et puis il y avait eu l’accident avec Kalec. Enfin accident… Elle ignorait totalement que Tristan partageait sa vision et qu’il voyait en direct le sauvetage, sinon elle serait morte de honte. Ignorant également qu’il courait pour la rejoindre, quitte à passer pour un gars un peu dingue, un peu bizarre dans sa tête, elle ne savait pas qu’il courait dans sa direction. Elle ne sut absolument rien de sa course effrenée, de sa tentative de transformation échouée (heureusement d’ailleurs car personne ne savait qu’il était un dragon), de sa rencontre avec un arbre et son rétablissement spectaculaire. Elle aurait été en colère contre lui, en colère qu’il ne fasse attention à rien, même si c’était pour la sauver, en colère qu’il se malmène…

Mais elle était occupée avec Kalec et ignorait que Tristan avait entendu ses mots. Au moins c’était pas plus mal, il était fixé. Mais à lui avouer directement, elle n’était pas sûre. Il était sorti du couvert des arbres et elle était bien surprise de le voir ici. Qu’avait-il entendu ? Vu ? Qu’allait-il croire ? Ralph qui était derrière, expliqua brièvement ce qui s’était passé. La demoiselle devint vraiment pâle. Quoiiiiiiii ? Il n’avait quand même pas… mais sans rien dire il l’embrassa. Elle le laissa faire, sans trop comprendre mais si ça pouvait le faire aller mieux alors elle lui donnerait tout ce qu’elle avait. Des mots qui la firent rougir même si il la laissa tranquille au sujet de sa déclaration. Elle semblait soulager qu’il aille bien et prit doucement ces mains. Mais le pauvre Ralph n’avait pas l’air d’y comprendre grand-chose. Elle se dirigea alors vers lui, un peu ennuyée.

« Désolé Ralph. Tristan est un peu sur les nerfs en ce moment et en plus je lui ai offert un pendentif qui lui permet de savoir si je suis en galère. J’apprenais à surfer mais bon, faut croire que je suis pas très douée… »

Ils finirent par rentrer, tout le monde étant soulagé. Sauf Tristan qui passa par la forge pour parler à Kalec. Le jeune homme ne semblait pas surpris de le voir même si il l’ignora, bien concentré sur son travail. Le léger sourire qu’il esquissa n’était pas du tout par rapport au fait de se faire remonter les bretelles. Il n’était qu’un observateur, s’attendre à une réaction de jalousie ou de remerciement, c’était comme ça qu’il voyait les choses. Ou peut être encore une autre action il ne savait pas encore. Mais il n’allait pas lui accorder non plus du temps. Quelques phrases dites comme ça, Kalec ne voulait pas vraiment discuter.

Il ne bougea même pas quand il empoigna le marteau, comme si il avait vu bien pire comme réaction. Recevant des remerciements pour Cassidy, il haussa les sourcils. Allons bon, les dragons ne se soucient pas de leur femelle après tout… celui-ci se conduisait-il un peu plus civilement que les autres ? Cependant Kalec ne dit rien, il savait, d’une manière ou d’une autre, que Tristan était différent des autres, sa réaction en était la preuve. Mais si il s’attendait à des remerciements, il eut un peu plus de mal avec la suite. De s’occuper d’elle, que ça n’allait pas… il semblait vraiment désespéré.

Quand Tristan était sorti, Kalec soupira très longuement, d’énervement sans doute, avant de se remettre au travail.

Cassidy ne savait rien de cette visite surprise. Elle était rentrée et tournait en rond. Une méditation lui ferait du bien, pour se vider l’esprit et ne plus penser à tout ça et même ça elle était médiocre en ce moment. Magie catastrophique, elle hésitait vraiment à mettre un bracelet mais Tristan ne voulait pas alors… la jeune femme chercha à faire vagabonder son esprit sur ce qu’elle aimait mais ça devenait dur. Ce fut Tristan qui la rejoignit, elle le sentit arriver. Le délicat baiser posé sur ses lèvres la fit rouvrir les yeux alors qu’elle le regardait en souriant. Mais à quel moment s’était-elle allongée sur le banc, lui au-dessus. Ce banc était très bien pour les câlins après tout… Il semblait vouloir lui faire plaisir car le jeune homme avait préparé tout un programme. Romantique à souhait. Un bon bain, un massage, des biscuits à grignoter. Sauf que quand elle chercha à répondre, il ne lui en laissa pas l’occasion en la soulevant et l’amenant dans le chalet. Il tapota ses fesses et elle grogna alors qu’il se permit une petite phrase dite avec un air faussement hautain. Cassidy se mit à rire.

Il mit sa menace à exécution. Le bain était agréable. En ce moment, le jeune homme multipliait les moments de détente pour sa compagne. Au moins elle ne pouvait pas se plaindre d’être totalement délaissée, c’était déjà bien. Tristan prenait un malin plaisir à bien faire les choses. Elle se détendait petit à petit sous ses doigts experts. Si il était un dragon, au moins en tant que Drakkari ses massages étaient totalement divins. Au moins elle oubliait les désagréments de la journée, bien plus efficaces que des méditations ! Elle poussait même des petits gémissements de bien être. La demoiselle n’aurait pas cru que pratiquer cette nouvelle activité lui ferait aussi mal. C’était presque aussi douloureux que monter sur un dragon et voler pour la première fois.

Mais elle apprécia grandement tout le soin qu’il lui prodiguait. Ils allèrent ensuite se lover dans le canapé et la demoiselle soupire d’aise et de plaisir. Alors qu’elle caressait ses cheveux d’une main distraite, Cassidy murmura quelques mots.

« Merci Tris’… »

Rien de plus pour cette soirée où ils s’endormirent et finirent par aller se coucher.
Dans les jours qui suivirent et se ressemblaient, quelques évènements notables se distinguèrent.

Comme ce soir où Cassidy était occupée à faire la vaisselle et Tristan en train d’essuyer les différents couverts. Il lui avait demandé au sujet de la proposition de Kalec. Elle se crispa si brusquement et faillit faire tomber l’assiette qu’elle tenait dans les mains. S’ensuivit une longue période de réflexion. Elle reposa son assiette, s’essuya les mains et prit Tristan par la main pour le conduire dans le salon près de la cheminée et lui prit les mains.

« Je pense qu’il vaut mieux que tu vois par toi-même. Je ne suis peut être pas très objective… »

Puis elle posa sa main sur son front et l’emmena alors dans ses souvenirs.

Cassidy marchait vite pour rentrer au chalet. Elle ne faisait pas attention à grand-chose et se hâtait surtout sur le chemin du retour. Mais quelque chose agrippa le foulard qui couvrait ses cheveux. Instinctivement elle se plaqua les mains sur les oreilles et se retourna face à l’intrus, un homme recouvert par sa cape, capuche baissée sur ses cheveux.

- Je me suis toujours demandé pourquoi tu gardais ça sur tes cheveux.

« Heu pardon ? Je crois pas qu’on se connait… Rendez moi ça ! »

Elle avança mais l’étranger ne lui rendit rien du tout. Il se contenta de sourire.

- Essaie si tu peux…

« Ne jouez pas avec moi, je peux devenir méchante si je m’énerve… »

Il ne dit rien et brandissait le foulard devant le nez de la petite mage d’un air de défi. Elle soupira, décolla ses mains de ses oreilles et lui arracha le morceau de tissu des mains.

-Eh bien voilà, c’était pas si compliqué que ça non ? Jamais compris pourquoi tu cachais tes oreilles, tu devrais en être fière ça te rend différente des autres…

Elle le regarda, agacée.

« Ca ne regarde que moi. Et c’est quoi être fière que de ressembler à un… un humain bizarre pas comme les autres ? »

- Tu es offensante…

« Fichez le camp ! »

La personne ne bougeait pas. Cassidy montra les crocs, tendit la main en arrière et la poussa en avant, lançant une décharge de magie sur l’intrus. Des brindilles tombèrent des arbres, la neige autour d’eux se fit repousser et la capuche tomba, dévoilant le visage de l’inconnu, Kalec. Il la regardait d’un air narquois. Les yeux de Cassidy s’ouvrirent de surprise en apercevant ses oreilles et ses canines légèrement pointues.

« Non… c’est impossible… »

- Que quelqu’un te ressemble ? Surprise !

Il s’épousseta les épaules, n’étant pas très touché par son attaque.

- En tout cas, tu es telle que je l’imaginais, impulsive, colérique. Pas très compatible avec la magie…

« Non mais ça va oui ! Je fais ce que je veux… »

Il mit les mains dans son dos et la regarda d’un air légèrement moqueur.

- Bien… si tu veux être instable c’est ton problème…

« Moiiiiiiiiiiiii ?! Instable ???? Et qu’est ce qui te le fais dire espèce de monsieur je sais tout ? »

- Ton attitude peut être. Mais tu as de la chance, parce que je suis le seul à comprendre ce que tu traverses…

Elle haussa les épaules et se détourna de lui mais tout en parlant d’une voix assez forte pour se faire entendre.

« Mais oui c’est ça ! »

- Les pulsions de magie qui vont et viennent… amplifiées avec les évènements… très amplifiées par les frustrations surtout…

Elle se tut un instant puis se retourna vers lui, se forçant à prendre un air un peu plus amical.

« Alors je dois faire quoi ? »

-Très simple…

Il marcha et se mit dans son dos.

-Passer chez moi et je te montrerais des choses très intéressantes dans ma chambre…

« QUOIIIIIIIIIIII ?!? »

Elle avait sauté sur place, ouvrant des yeux ronds et le fixait très furieusement avec un rire nerveux.

« Non mais tu me prends pour une conne là ? Je comprends ton petit jeu. Bah tu peux oublier ! Enfoiré ! »

Il l’ignora et posa sa main sur son menton, la forçant doucement à redresser la tête vers lui.

- Kalec, enchanté !

Elle s’écarta de lui, prise au dépourvue puis tourna les talons.

« Conseil, reste pas en travers de mon chemin, sinon la prochaine fois je te loupe pas… »

Elle n’attendit pas qu’il lui réponde et partit.


Cassidy semblait un peu honteuse en montrant ces images. Mais Tristan ne lui en voulait, au contraire, il semblait réfléchir.

La deuxième chose, c’était les souvenirs sur l’île. Le jour d’après, ils étaient installés dans le canapé à regarder le feu dans la cheminée. Cassidy était songeuse en touillant son chocolat chaud, confortablement lovée dans les bras de Tristan.

« Donc tu veux savoir ce qui s’est passé sur l’île ? Je pense qu’on a un peu de temps pour en parler maintenant. De ce que j’ai vu, Alanir t’as montré les passages les plus importants non ? »

Il acquiesça. Elle se lança alors dans une longue tirade détaillée en ne lésinant pas sur ses impressions, émotions, c’est ce qu’il voulait non ? Même si ça pouvait lui faire du mal, il l’avait demandé alors elle ne se gênerait pas.

« Tu sais, quand j’ai compris que j’allais rester coincé ici, j’étais face à un dilemme. Soit toi, soit Maud et la cité. Te choisir et trouver un moyen pour sortir, peu importe comment, ça aurait égoïste de ma part alors que j’avais vu ce qui menaçait la cité qui nous avait accueillis. Mais je me suis sentie aussi très mal car je ne savais pas comment tu allais le prendre, ce que tu allais ressentir. Peut être que je t’abandonnais. Après tout je suis partie un peu comme une voleuse de chez les dragons, sans rien dire à personne. Peut être que tu aurais cru que je t’abandonnais… Et puis je me suis dis qu’il fallait que je te fasse confiance, que je me dépêche de développer ces pouvoirs pour vite revenir vers toi. »

Elle fit une pause.

« Mais comme tu le sais, ça ne s’est pas passé comme prévu. Le… bébé agissait beaucoup sur mes pensées. J’étais seule, personne qui ne pouvait me rassurer là-dessus. Personne qui ne pouvait comprendre ce que je ressentais. J’avais besoin de toi mais j’ai essayé de tenir bon. Mais avec le bébé, chaque jour il me prenait mon énergie c’était comme… si il avait besoin de son père… »

Nouvelle pause où elle réprima un sanglot.

« J’essayais de tenir pour toi, pensant que ça irait mieux, que c’était passager et puis au final, on m’a fait comprendre que ça n’irait jamais mieux… on te tenait responsable… mais j’ai toujours cru, tout au fond de moi, que si tu ne venais pas, c’est qu’il y avait une bonne raison… je ne pouvais pas t’en vouloir… »

Elle soupira et mangea un biscuit.

« Quand le bébé est parti, j’en ai gardé une marque profonde de son passage. Mais ça allait déjà mieux. Et si je n’avais plus aucun espoir de savoir que tu étais de l’autre côté de la barrière, je me serais certainement laissée mourir. Car c’est bien toi qui m’a fait tenir tout ce temps. Je m’en suis voulue de t’en vouloir d’être un dragon, je voulais juste sortir d’ici et te revoir… Grâce à la magie, Alanir s’est matérialisé et il a été d’un très bon soutien tout ce temps, me raisonnant quand ça n’allait pas. »

Elle but une tasse de son thé puis enlaça ses doigts avec ceux de Tristan.

« Et puis j’ai recommencé à m’entrainer. Débloquer cette magie était très compliqué. Je m’endormais parfois en plein milieu et me réveillait au refuge. C’était Alanir qui me transportait. Il me disait toujours que j’en faisais trop, que je devais calmer mon esprit. Malgré la méditation, je n’ai jamais réussi à résoudre ce problème. Il disait qu’il ressentait ma magie, que je ne la canalisait pas assez et que ça pouvait devenir pire si je n’apprenais pas à garder la tête froide »

Elle ferma les yeux en calant un peu plus sa tête contre le torse de Tristan.

« Et puis il y eut Ysa. Au début je pensais que c’était juste une bourreau comme les autres. Elle m’en demandait beaucoup dans mon entraînement. J’avais l’impression qu’elle se moquait de moi. Mais je me suis rendu compte qu’elle cherchait juste à ce que je me concentre sur ma tâche pour ne plus penser à toi à ces moments là. Autant tu peux être une de mes plus grandes forces, mais quand je désespère… c’est autre chose. Elle voulait juste… que tu sois fière de moi et que lorsqu’on se retrouverait, tout s’arrangerait. Elle me disait aussi que je ne devais jamais cesser de lutter, car il y aurait toujours un truc en travers du chemin. Et puis… bon la suite tu la connais. J’étais inconsciente, un mauvais sort est parti… »

Cassidy soupira un instant.

« La fin je ne m’en rappelle plus trop, juste que je m’efforçais de m’entrainer et puis l’attaque du dragon… et enfin… rien de très palpitant en fait. Tout ce que j’ai retenu de ce séjour, c’est que je suis loin d’avoir terminé, je suis consciente que j’ai une magie inconnue en moi, quelque chose de très lourd à gérer, je ne sais pas pourquoi ni comment. C’est épuisant à contenir. Et puis comme tu as pu le voir si mes émotions ne sont pas maîtrisées, ça part tout seul. Je sais qu’il me manque quelque chose mais je n’arrive pas à trouver quoi. »

Elle continua à discuter longuement. L’heure passait et finalement elle s’endormit dans ses bras.

Et puis les jours défilèrent et malgré ce qui avait été dit, le petit couple se heurtait à une grosse difficulté. Leur amour serait-il plus fort que leurs pulsions ?

******
Elle avait espéré. Encore une fois. Portant son plateau dans sa main d’un geste habitué, Cassidy déambulait dans la taverne pour servir les clients. Midi était vraiment une période animée, beaucoup de monde se retrouvait dans cet endroit chaleureux pour parler de leur matinée, des infos dans le reste du royaume, des potins de la ville. Elle avait constaté que les habitants parlaient très rarement des relations avec les autres royaumes. En effet, les nordiques tenaient à garder leur indépendance et refusaient de rentrer dans les conflits inter royaumes. Cassidy continuait à servir les clients sagement, sourire au visage. Mais ce sourire était légèrement crispé, et elle tentait tant bien que mal de dissimuler son trouble aux yeux de tous. Tristan… deux semaines qu’ils ne s’étaient pas vraiment touchés. Deux semaines où chaque contact devenait un peu plus dangereux. Qui craquerait le premier ?

Elle était en train de récupérer deux chopes sur une table désertée lorsqu’une étrange sensation l’agita. La demoiselle releva instinctivement la tête et regarda par la fenêtre. Son lien, elle le sentait, elle avait senti Tristan pas loin d’elle. Mais c’est le dos tourné qu’elle l’aperçut alors qu’il s’éloignait déjà de cet endroit, discrètement, sans faire de vagues. Son faux sourire se décomposa en grimace alors que la tristesse apparut sur son visage. La jeune femme secoua vivement la tête, ravalant sa douleur, puis remit cette façade souriante sur son visage alors qu’elle n’en avait pas vraiment envie.

Un peu plus tard, Cassidy était sortie dehors pour sa pause. Piétinant la neige, une tasse de chocolat posée sur une grosse caisse à côté d’elle, la demoiselle était perdue dans ces pensées. Comment étaient-ils arrivés là ? Ce matin, alors qu’il l’avait embrassé tendrement dans la nuque, elle avait senti sa tristesse, son désespoir à lui. Il ne pouvait pas lui cacher même si le jeune homme avait l’air de faire comme si tout allait bien. Non tout n’allait pas bien ! Si c’était le cas, ils seraient enjoués, taquins. Ils se feraient des câlins avant de partir travailler. Il y aurait de la joie, de l’enthousiasme, des rires. Mais certainement pas cette timidité qui ne leur allait pas du tout.

Elle tourna le dos à la porte de service et donna des petits coups de pied dans sa caisse. Pourquoi ?! Pourquoi elle s’endormait à chaque fois ? Qu’est ce qui n’allait pas chez elle ? Etait-ce à cause de l’île ? Trop de magie en elle ? Formation pas totalement terminée ? Que devait-elle faire ? Personne n’était là pour la guider et Tristan se révélait tout à fait inutile en termes de discussion sur la magie. Il n’y connaissait absolument rien. Ou alors était-ce à cause de ce qu’Ikaël lui avait fait ? Elle n’avait jamais voulu le punir de la sorte ! Ca lui faisait mal à elle aussi ! Elle pensa un court instant qu’il n’avait eu que ce qu’il méritait. Les dragons étaient méprisants, orgueilleux, imbus d’eux-mêmes et ne cautionnaient pas les relations sérieuses avec les humains. A vouloir leur ressembler, à vouloir être comme eux, Tristan s’était brûlé les ailes, il n’avait même pas réussi à déjouer l’horrible stratagème, qui s’était emparé de son corps, pour dégoûter Cassidy, pour les séparer. Elle faillit dire que c’était bien mérité mais sa raison la rattrapa. Inutile de le blâmer, il essayait de faire ce qui était bien. Il ne pouvait pas connaître les conséquences. Après tout, lui aussi ne connaissait rien aux dragons. Peut être avait-il cru, naïvement, qu’ils n’étaient pas si largement différents que ça aux humains. Que peut être qu’ils étaient compréhensifs ? Qu’aurait-elle fait si elle avait été dans son cas ?

Se battre pour ne pas devenir comme les autres, prouver qu’elle restait la même, c’est ce que la petite mage aurait fait. Mais elle aurait aussi détesté ses congénères et aurait préféré vivre en paria, à les repousser, plutôt que d’être acceptée dans leurs rangs. Tristan faisait pareil mais… que se passerait-il si un dragon revenait ? Et remettait en cause tout ce qui leur tenait à cœur ? Leur couple, leur serment de fiançailles. La demoiselle secoua la tête. Après tout ce que Tristan lui avait dit, il n’allait certainement pas la trahir ou l’abandonner ! De toute manière, la question ne se posait pas, c’était elle ou les dragons.

Elle était retournée à son poste l’après midi, cherchant tant bien que mal à se débarrasser de ses sombres pensées, qui, il fallait le dire, lui pourrissait la vie. Que n’aurait-elle pas demandé pour vivre une vie normale ? Oui plusieurs fois elle s’était posée la question. Bon d’accord sur leur monde rien n’était normal et l’imprévu pouvait se pointer à chaque coin de rue. La petite demoiselle ne se doutait pas que Tristan était également torturé. Au final, ils se parlaient, faisaient des efforts, mais leurs problèmes ne finissaient pas toujours par se résoudre.

Finalement sortie, la demoiselle déambulait dans les rues. Songeuse, elle aurait bien besoin de se changer les idées une nouvelle fois. Depuis quelques temps elle allait surfer dans les montagnes, cherchait à s’entraîner, tout doucement, gentiment. Ce n’était pas encore digne d’une pro, elle était un peu maladroite, tombait parfois dans la neige en perdant l’équilibre mais faisait suffisamment attention pour éviter un accident sérieux. C’était une activité qui lui rappelait le vol en dragon. Alanir étant en hibernation et Tristan… mieux valait éviter pour l’instant, il manquait à Cassidy une occupation qui la faisait vibrer. Voler lui avait toujours donné une sensation de liberté, même si elle ne contrôlait pas toujours la direction, elle aimait l’air glacé qui lui fouettait le visage, ce n’était même pas agressif, ça sonnait plus comme une caresse, voir le vide sous ses pieds et avoir l’impression de dominer le monde du haut de ses ailes. La sensation unique de partager quelque chose d’immense, d’incroyable et d’être l’une des rares privilégiées à pouvoir le faire.

Mais à défaut de mieux, elle surfait. C’est même un peu honteusement qu’elle se rappelait des sensations quand Kalec l’avait rattrapé. Il surfait vraiment bien, comme si c’était normal chez lui, comme si il faisait ça depuis toujours. Ce n’était pas la même sensation que le vol mais la vitesse était grisante et la beauté des paysages appréciable. Elle y allait aussi… un peu pour éviter Tristan. Non pas qu’elle lui faisait la tête loin de là ! Mais elle savait qu’il était toujours à l’atelier l’après midi ou au chalet et se retrouver face à lui en prenant une mine gênée parce qu’elle ne savait plus comment se conduire… ça lui faisait de la peine. Et elle le sentait encore plus à travers leur lien que c’était dur pour lui également.

Elle marchait un peu sans but quand des bruits attirèrent son attention. Curieuse, elle redressa la tête. Sans faire attention, elle était arrivée dans une zone pas encore visitée de la ville. C’était un immense terrain plat, où la neige avait été balayée. D’un côté des gradins. L’espace était délimité par une barrière en bois qui faisait le tour. Un petit hangar était collé à cet espace. Un peu partout des mannequins d’entraînement, des armes en bois reposaient sur des râteliers ou de grandes caisses. Avec un sourire, elle repensa au terrain d’entraînement de l’académie, la zone de prédilection de Tristan. Cela amusa la demoiselle. Tant de souvenirs là bas alors qu’ils se redécouvraient. Enfin surtout elle. Quand il était si… distant et qu’elle lui courait derrière. Ou la fois où ils s’étaient enfermés dans le cabanon pour… Elle s’arrêta et secoua la tête. Là c’était de la torture !

Des jeunes hommes s’entraînaient même si il n’y avait pas beaucoup de monde. Cependant, un duo attira son attention. Qu’elle ne fut sa surprise en découvrant Vlad et Kalec en train d’échanger des coups, à la pointe d’une épée en bois, l’un contre l’autre. Un sourire s’esquissa sur ses lèvres. Bien sûr, personne n’égalait Tristan en matière de combat d’après elle. Elle remarqua que Kalec semblait en mauvaise posture. S’approchant un peu, elle adossa ses bras contre la barrière. Vlad dominait totalement la situation face à un Kalec qui parait comme il pouvait. Malgré sa position, il ne témoignait d’aucune expression de faiblesse, il semblait juste très concentré pour éviter les coups. Vlad donna un dernier coup en trouvant une ouverture, ce qui déstabilisa Kalec. Ce dernier s’emmêla dans ses jambes et tomba sur les fesses. Cassidy ne put s’empêcher d’éclater de rire en voyant son « bourreau » se faire rétamer par Vlad. Il était nul ! Non mais une vraie mauviette quoi. En combat à la loyale Tristan pouvait le battre en même pas cinq secondes, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute ! Elle se mit à applaudir alors que Vlad tourna la tête vers elle. Le nordique était torse nu, ce qui ne manqua pas de faire rougir Cassidy. Corps bien entretenu, une montagne de muscles de la même carrure que Tristan, même si il ne lui arrivait quand même pas à la cheville. On voyait bien qu’être pisteur et cuisinier n’étaient pas les seules occupations du beau blond. Il sourit en faisant un geste de la main.

- Eyh Cassidy ! C’est rare de te voir ici !

« Je viens de découvrir, je n’étais jamais passée par ici. »

- Tu as bien profité du spectacle alors ?

Le sourire de Cassidy s’était élargi alors que son regard se portait sur Kalec.

« Franchement Vlad, tu viens d’illuminer ma journée ! Voir Kalec rouler dans la neige c’est royal »

Le concerné grommela alors qu’il se redressait en s’époussetant. Contrairement à Vlad, lui était habillé, d’une tenue plutôt large, ce qui n’était pas le meilleur choix pour combattre. Elle étouffa un nouveau rire avant de se tourner vers Vlad qui s’était approché de la barrière. Ce dernier prit une petite serviette pour s’éponger le front avant de boire une gorgée de sa gourde. C’est que ça donnait chaud de se battre !

« Tristan pourrait même lui donner quelques cours. Cela lui ferait extrêmement plaisir je sens… »

- Tristan ?

La demoiselle redressa fièrement la tête, les yeux fermés, alors qu’elle se sentait extrêmement bien.

« Oui… Il est très doué et peut se battre avec n’importe quelle arme… Même sans. Il était instructeur en plus. Mais montrez lui une armée, même avec des adversaires sur entraînés, il n’en fera qu’une bouchée. »

Vlad semblait impressionné. Kalec moins. Il n’y prêtait même pas attention, plus occupé à jouer avec son épée en bois, la faisant tourner dans son poignet.

- Vraiment ? Tiens ça peut être intéressant ! Orgalf, l’instructeur d’ici, serait content d’avoir un assistant. Il y a pas mal de jeunes hommes qui demandent à être formés, la nouvelle session vient de commencer et peut être qu’un spécialiste de plus pourrait être bien. Enfin, si ça intéresse Tristan bien sûr, Orgalf serait sans doute content de découvrir des techniques de combat d’autres royaumes.

Cassidy répondit sans l’ombre d’une hésitation, enthousiaste. Elle n’avait même pas demandé l’avis de Tristan et ne savait pas du tout ce qu’il en pensait, si il avait du temps ou pas mais dans l’emballement et fière de montrer que son fiancé c’était le meilleur, tous royaumes confondus, l’enthousiasmait réellement. Ils discutèrent un peu de ça et Cassidy reprit sa route sans jeter un regard à Kalec. Grâce à Vlad, elle se sentait un peu mieux. Se hâtant de rentrer, la petite demoiselle pensait que cela plairait à Tristan. Après tout, il était patient et savait s’y prendre avec les jeunes. Et puis échanger avec un autre guerrier, cela pouvait être bien.

Elle rentra au chalet, ouvrant la porte.

« Triiiiiiiis’ ? »

Mais ce fut le silence qui lui répondit. Seul un jappement à ses pieds se fit entendre. Elle se baissa et regarda Zénith en souriant et le prenant dans ses bras.

« Ah toi au moins tu es là pour me dire bonjour ! »

Elle avait enlevé ses bottes dans l’entrée ainsi que son manteau et se dirigea vers le salon. Pas de feu dans la cheminée, il n’était pas rentré. La petite demoiselle était déçue alors qu’elle s’installa dans le canapé avec le louveteau sur ses genoux qu’elle caressait distraitement. Elle attendit un moment mais il ne rentrait pas. Soupirant, après avoir fait le tour de la pièce une centaine de fois, s’amuser avec Zénith, remettre du bois dans la cheminée, la petite demoiselle en avait assez d’attendre. Son regard se posa sur sa planche qu’elle avait adossée contre le mur. Tristan devait avoir beaucoup de travail alors.

Enfilant une tenue plus adaptée, Cassidy enfila ses bottes, prit sa planche et sortit. Elle n’allait pas simplement attendre qu’il se pointe. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour arriver à son parcours de prédilection. Une zone bien dégagée, sans l’ombre d’un arbre. Piste aérée et qui laissait suffisamment de place pour s’arrêter avant de filer dans la forêt. Elle était en haut de la pente, un peu pensive, tenant son foulard dans une main. Ce foulard, Tristan lui avait offert quand ils étaient allés dans la ville près de la cité pendant les fêtes de fin d’année. Il l’avait, certes convaincu d’enlever son foulard, mais lui en avait offert un autre, plus féminin et élégant, au cas où elle ne se sente pas prête si ils devaient recommencer à voyager. Même si elle ne le mettait plus maintenant, le garder près d’elle marchait comme un porte bonheur. Même si Tristan n’était pas à côté d’elle, Cassidy voulait garder un objet qui lui rappelait le Drakkari. Comme ça elle se sentait un peu moins seule.

Plongée dans ses pensées, elle sentit un courant d’air frais à côté d’elle suivit d’une exclamation joyeuse.

- Je te l’emprunte merci !

Sortant de ses rêves, elle secoua la tête et reconnut la voix oh combien désagréable de Kalec tout en voyant le gars filer sur sa planche. Non mais il sortait d’où encore ? Il l’espionnait ou quoi ?! Sentant qu’il lui manquait quelque chose, Cassidy regarda ses mains. Son foulard n’y était plus ! Elle poussa un rugissement de rage. Non mais là il allait trop loin ! Elle donna un coup sec dans la neige et se laissa glisser à sa suite. Hors de question de le laisser filer !

Jamais elle n’avait surfé aussi vite mais toute son attention était portée sur le vilain voleur devant elle. La fin de la piste s’arrêtait mais il s’enfonça dans la forêt. Elle poussa un grognement avant de continuer à le suivre. Prononçant un mot de pouvoir, elle le regarda tout en activant son pouvoir, ses yeux dorés qu’elle n’utilisait pas en ce moment. Mais là, la situation le valait bien ! Slalomant entre les arbres et les sapins, la demoiselle ne le lâchait pas d’une semelle. Elle n’avait jamais aussi bien surfé mais la rage lui donnait des ailes, oubliant complètement la prudence.

Ils se suivirent un moment, bien trop rapide ou long pour Cassidy. Elle résistait la petite ! Mais quand elle mettrait la main sur ce ptit con il allait comprendre ! Commençant à le rattraper, elle se trouva audacieuse. Pliant légèrement les jambes pour gagner en vitesse, elle se plaça derrière lui et ouvrit les bras, provoquant l’impact. Emportés dans l’élan, ils roulèrent l’un contre l’autre le long d’une petite pente, leurs planches se détachant toutes seules pour éviter de se faire mal. Ils s’arrêtèrent enfin, Cassidy se retrouvant au dessus de Kalec, lui étalé dans neige. Ses yeux étaient redevenus normaux et elle serrait sa tunique d’un air triomphant, haletante, le dominant de toute sa hauteur !

« Jte tiens gredin ! Non mais tu croyais pouvoir me semer ! C’est mal me connaître ! »

Kalec aurait déjà pu se permettre une réplique cinglante mais il ne disait rien. Les bras en croix, lui aussi reprenait son souffle alors qu’il fixait Cassidy. Il semblait un peu plus inoffensif comme ça, presque différent de tout ce qu’il avait montré jusqu’à présent. La demoiselle pencha lentement la tête sur le côté, surprise. Elle reprenait petit à petit son souffle tout en l’examinant. C’est vrai qu’elle n’avait jamais fait l’effort de le regarder vraiment jusqu’à présent mais il avait une tête pas si mal… Le temps semblait s’arrêter pendant un moment alors qu’ils se dévisageaient sans dire un mot. Cassidy sentait une sensation étrange, difficile à analyser. Elle ouvrit lentement la bouche, pour dire une bêtise, n’importe quoi, quand des voix enfantines attirèrent son attention.

- Ouuuuh les amouuuureuuuuuuuuuuux !

Ils avaient atterit non loin de la ville où des enfants, d’une dizaine d’années, s’amusaient dans la neige. Ces derniers étaient surpris par cette arrivée surprise mais ils s’étaient vite resaisis en observant la scène. Cassidy fut piquée au vif. Elle se redressa vivement en s’écartant de Kalec, serrant le poing.

« Moi avec ce crétin ? Jamais de la vie ! »

- Alors pourquoi tu le regardes comme si il était ton amoureux ?

Cassidy ouvrit grand la bouche. Elle était surprise oui en regardant Kalec mais jamais elle ne l’avait regardé amoureusement ! Non mais oh ! Cependant, même si c’était des enfants, il ne fallait pas la titiller avec ce genre de sujet, sûrement en ce moment ! Sa magie commençait à s’agiter dans son corps alors qu’elle serrait le poing, tremblante. Elle risquait d’exploser à tout moment. Sauf qu’une autre chose se produisit. Une main enserra son bras d’une poigne ferme mais sans lui faire de mal. Aussitôt, l’afflux de magie en trop disparut. Relevant la tête, Cassidy aperçut Kalec qui la retenait, comme si il avait compris ce qui se passait.

Elle semblait très surprise alors qu’il la relâchait et ouvrit la bouche pour lui demander ce qui lui passait par la tête. Mais il la devança.

- Fais gaffe Boucles d’or, la rougeur n’est pas très harmonieuse avec la couleur de tes cheveux.

Elle fronça les sourcils mais une fois encore il la prit de court en passant le foulard autour de son cou et lui faire un joli petit nœud en la regardant d’un air légèrement narquois. Puis le jeune homme lui donna une petite tape sur la tête avant de se détourner et d’aller parler avec les enfants.

« Pffff ! »

Non mais il la tournait en ridicule, c’était totalement évident ! Elle tourna elle aussi le dos en rentrant au chalet. Touchant légèrement son bras, elle était encore un peu surprise qu’il l’ait calmé, magiquement parlant, d’une simple pression. Non mais cet homme cachait beaucoup de choses ! Et dire qu’il ne l’aiderait que si elle couchait avec lui ! Non mais sérieusement… Lorsqu’elle rentra, Tristan n’était toujours pas rentré. Cassidy s’inquiéta un peu mais… elle pensa qu’il avait besoin de prendre peut être un peu de distance avec tout ça et puis… après ce qui s’était passé avec Kalec, elle ne se sentait pas de lui faire des reproches.

C’est donc sagement qu’elle l’attendit en lisant un livre emprunté à la bibliothèque, Zénith dormant tranquillement sur le canapé à côté d’elle.

Pour Tristan aussi, l’après midi fut particulier. Cassidy était déjà partie de la taverne quand les gars de son atelier lui proposèrent de faire une pause. Après tout, le jeune homme travaillait beaucoup beaucoup trop, de quoi inquiéter ses camarades et son patron. C’est donc presque forcé qu’il se retrouva à la taverne et heureusement, Cassidy n’était pas là. Il y avait encore pas mal de clients mais elle avait l’après midi libre. Il était entré dans la taverne avec ses compagnons. Mais ce qu’il ignorait, c’est qu’une demoiselle rousse avait porté son regard sur lui, alors qu’elle papotait avec des filles d’ici. Elle était à une des tables du fond mais voir un bel homme entrer, ça ne passait pas inaperçu !

- Ouah… beau gosse en vue…

Il ne pouvait pas l’entendre car elle parlait suffisamment bas et étant très éloignée de l’entrée. Les autres se retournèrent avant de regarder la nouvelle d’un air amusé.

- Ah Tristan ? Oui effectivement, c’est vrai qu’il est un plaisir pour les yeux…

La rousse esquissa un petit sourire avant de boire son thé.

- Hum… il est casé ?
- Oui, désolé pour toi mais ce bel homme n’est plus un cœur à prendre. Sa fiancé est ici. D’ailleurs elle travaille à la taverne mais apparemment elle a fini son service.
- Quel dommage…


L’après midi continua de filer et alors que Tristan prenait le chemin du retour, traversant les rues de la ville, il se heurta face à une personne. Tous les paquets qu’elle tenait s’éparpillèrent au sol alors qu’elle poussa un cri. Après tout elle était bien chargé.

- Pardon ! Je ne vous avez pas vu et…

Elle était déjà au sol pour ramasser ses affaires et Tristan se pencha pour l’aider.

- Merci c’est gentil, je pense que j’en ai un peu trop pris…

Une longue chevelure rousse, légèrement bouclée, un air un peu sauvage, des yeux verts qui pétillaient de joie et d’enthousiasme. Elle avait un corps plutôt bien fichu, grande et élancé, semblant plus être une aventurière qu’une citadine. Il l’aida à porter ses affaires et proposa même à la suivre jusqu’à sa destination.

- Merci beaucoup Messire pour votre aide…

Elle le conduisit jusqu’à une grande demeure, un peu à l’écart et ouvrit la porte pour le faire entrer. C’était un endroit très spacieux, qui semblait accueillir du monde. Il la suivit jusqu’à un couloir, entra avec elle dans sa chambre et elle lui indiqua un coin pour poser ses affaires. La demoiselle se mit à sourire.

- Je ne sais pas comment vous remercier. C’est ma faute, j’ai tendance à en prendre beaucoup pendant mes voyages, alors les déménagements c’est pas facile…

Elle fit mine de réfléchir puis son regard s’illumina.

- Laissez moi vous offrir une tasse de thé, c’est la moindre des choses que je peux faire pour vous remercier. Ah au fait moi c’est Arianna et vous ?

Elle se dirigea en direction de la cuisine, Tristan sur ses talons. Alors qu’elle préparait l’eau et cherchait les tasses, Arianna se mit à expliquer un peu ce qu’elle faisait ici, et l’endroit où ils se trouvaient.

- Les gens de cette ville mettent à disposition cet espèce de pensionnat pour les gens de passage. Une sorte d’auberge améliorée. C’est vraiment aimable car pas facile de traverser les montagnes en une fois.

D’un geste expert elle prit les deux tasses et les posa sur la table basse près de la cheminée avant de se caler dans un bon gros fauteuil, mettant un plaid sur ses jambes alors qu’elle s’installait en tailleur.

- Et toi alors tu viens d’où ?

Ils avaient décidés de se tutoyer d’un commun accord. Tristan commença à raconter ce qu’il faisait ici, il parla aussi de sa fiancée et d’autres choses. Arianna l’écoutait attentivement tout en touillant avec une cuillère son thé.

- Eh bien elle en a de la chance ta fiancée ! Avoir un homme qui la suit dans ses aventures, wha…

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Royaume: Territoire Neutre
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Dim 6 Déc - 22:36

Son regard se perdit dans la vide alors qu’elle continuait à sourire.

- J’ai rompu il y a un moment déjà avec mon petit ami… Ca n’allait plus entre nous…

Elle soupira un instant avant de lever les yeux au ciel.

- Au début, ça allait et puis on a eu quelques… problèmes. Je ne sais jamais si c’est de la faute ou de la mienne mais on n’arrivait plus à faire… hum… Enfin j’en avais envie et lui aussi mais il y avait quelque chose qui coinçait. Il ne pouvait pas… Ca n’a pas vraiment arrangé notre couple au final même si on avait une très bonne entente… enfin au début.

Il semblait désolé pour elle. Arianna but une gorgée puis se mit à sourire.

- T’inquiètes pas ça remonte hein ! Je suis passée à autre chose. Et puis il me trouvait folle à admirer les dragons…

Arianna semblait rêveuse.

- Quand j’étais petite, j’ai rencontré un enfant de dragon. Sauf qu’il n’était pas sous forme de dragon mais humain ! Enfin humain… il ressemblait à un Drakkari même si ses cheveux étaient bruns. J’ai appris beaucoup de choses sur eux. Ca me fascinait vraiment. Mais mon compagnon ne comprenait pas trop. Pour lui les dragons sont des… bêtes, des animaux. Qu’ils n’ont rien à faire chez les humains, qu’on avait rien en commun…

Puis elle se lança sur une tirée au sujet des dragons. La jeune femme semblait vraiment passionnée et ne gardait que le meilleur de chez eux même si elle reconnaissait qu’apparemment ils avaient quelques petits défauts. Mais au moins elle les trouvait libres et qu’ils ne se prenaient pas la tête au moins eux. Elle s’arrêta, cela faisait un moment qu’elle parlait déjà et fixait Tristan.

- Ca va ? Désolé j’ai tendance à m’emballer dès que je parle de dragon, je peux arrêter hein si tu veux…

Ils discutèrent un peu encore.

Le temps passait et finalement elle le raccompagna à la sortie.

- Merci ça m’a fait du bien de discuter avec toi… Et tu peux revenir quand tu veux hein…

Retournons près de Cassidy. La lumière avait disparu, il faisait nuit. La jeune femme soupira en tournant une page de son livre. Un grincement de porte s’était fait entendre et elle lâcha son bouquin pour se diriger vers l’entrée. Sans lui laisser le temps de réagir, elle sauta dans les bras de l’arrivant, se doutant bien de qui il s’agissait.

« Triiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis’ !!!!!! »

Il devait être très surpris de la voir agir ainsi. Elle se décolla un peu de lui et lui prit les mains.

«T’étais où ?! J’ai commencé à me demander si tu t’étais pas endormi à l’atelier… »

Il n’avait pas l’air de savoir quoi répondre. Elle le prit par la main pour le conduire au salon et l’installa à table. Puis fila dans la cuisine avant de lui apporter un magnifique repas rien que pour lui. De la viande qu’il avait chassé, des pommes de terre, une poelée de légumes, du bouillon ainsi qu’un appétissant gâteau au chocolat. Il la regarda avec étonnement.

« Non mais heureusement que j’ai utilisé la magie pour maintenir au chaud tout ça hein… »

Elle s’installa en face de lui.

« En fait j’ai croisé Vlad aujourd’hui. Tu savais qu’il y avait un terrain d’entraînement ? Il m’a dit qu’en ce moment il y avait beaucoup de jeunes à former et que l’instructeur serait ravi d’avoir un assistant pour le seconder. Comme je sais que tu te débrouillais super bien, j’ai dis que ça te dérangerait pas d’aller aider. Qu’en penses tu ? »

Gros sourire sur son visage alors qu’elle lui dévoilait tout ça de bout en blanc. Elle lui tapota doucement la main.

« En même temps j’ai dis que tu étais le meilleur… »

Ils continuèrent de discuter de ça pendant la soirée. Rien à propos de Kalec ni d’Arianna, cette proposition sonnait comme un bon prétexte pour oublier les petits détails de la journée.

Le lendemain, Cassidy semblait un peu plus contente en allant travailler. Certes leur problème n’était pas résolu mais la petite mage prenait sur elle. Et puis quand elle pensait à autre chose, sa frustration se faisait plus distante. Elle pensait d’ailleurs à retourner surfer après le travail, ça lui faisait du bien et puis un peu grâce à Kalec elle s’était décoincée sur ses appréhensions.

Elle déposa une chope de bière devant un client quand celui-ci l’appela par son prénom.

- Cassidy c’est bien ça ?

La demoiselle releva les yeux vers son interlocuteur, surprise. Il n’était pas du coin. Cheveux bruns, yeux sombres, peut être Kalendaar ou Helehëne. Parfois des étrangers s’arrêtaient dans cette ville, bien que cela restait rare. Il y avait des aventuriers assez fous pour braver les éléments et traverser les montagnes. Il était déjà venu les jours précédents à la taverne mais restait très discret jusqu’à aujourd’hui. Se contentant de la remercier poliment quand elle le servait. Il avait l’air aussi plus vieux qu’elle peut être 5 ans, à voir les rides naissantes qui creusaient son visage. Sa carrure qui se dessinait sous ses vêtements montrait également que cet homme portait un soin particulier à l’effort physique. Guerrier ? Aventurier ? Ou un travail exigeant ?

« Heu… oui c’est moi… »

L’homme se mit à sourire et posa les coudes sur sa table en joignant ses mains.

- Cela fait un moment que je recherche quelqu’un qui pratique la magie. Mais voyez vous, dans ces régions, les adeptes se font rares. Les habitants d’ici m’ont affirmé que vous saviez faire quelques petites choses.

Surprise et intriguée, Cassidy hocha la tête poliment. Elle ne pouvait pas dire non. Même si sa magie lui jouait des tours, si c’était pour un petit tour, il n’y aurait pas de soucis.

« Oui c’est exact. Comment puis-je vous aider ? »

Son sourire s’élargit alors qu’il se caressa le menton d’un air songeur.

- J’ai en ma possession une boussole magique. Elle me permet de me diriger. Je voyage beaucoup vous comprenez. Elle a d’autres fonctions très intéressantes. Malheureusement, je l’ai faite tombée et elle ne fonctionne plus. Ca m’embête car j’ai du mal à m’orienter ici avec toute cette neige. Heureusement j’ai réussi à trouver cette ville et par les dieux, heureusement qu’une mage se trouvae ici !

Un simple problème de boussole magique ? Ca ne devrait pas être très difficile à résoudre. Elle rabattit son plateau contre elle avec un sourire. Au moins c’était un prétexte idéal qui lui fera penser à autre chose.

« Oui bien sûr, je vais vous aider. Montrez moi cette boussole »

Il prit un air embêté.

- Je ne l’ai pas sur moi et je ne voudrais surtout pas vous déranger pendant votre service. Mais si vous avez du temps après, passez donc à mon logement, c’est la grande maison au sud de la ville, pas loin du boulanger, vous ne pourrez pas la manquer.

« Oh je comprends… Alors je passerais après. Je finis vers 15 h aujourd’hui »

- Très bien on fait comme ça. Merci pour votre aide en tout cas

La demoiselle se mit à sourire avant de retourner à ses tâches. Rendre les gens heureux, les aider, voilà quelque chose qu’elle aimait faire. Et un de ses plus beaux cadeaux était d’illuminer la vie de n’importe qui. C’est à ça que doit servir la magie. Protéger, réparer, améliorer. Sûrement pas détruire. Ca allait lui changer les idées et elle se réjouissait déjà de travailler sur cet ustensile magique.

La fin du travail arriva vite et c’est donc à petits pas qu’elle se rendit à l’endroit indiqué. La ville était plutôt grande mine de rien et il lui fallut quand même un bon quart d’heure avant d’arriver à une grande maison un peu à l’écart des autres habitations. Apparemment les voyageurs de passage vivaient en colocation ici avant de pouvoir repartir. La demeure était bien plus impersonnelle que les maisons autour, il y avait même des boxes pour accueillir les chevaux des voyageurs.

Cassidy toqua à la porte, un peu intimidée. C’est son « client » qui vint lui ouvrir, apparemment ravi de la voir ici.

- Ah Cassidy, à l’heure ! Je vous attendais ! Entrez donc

Il la laissa passer avant de refermer la porte derrière lui. Après le couloir dans l’entrée, ils passèrent dans une très grande salle, une sorte de réfectoire. Des affaires trainaient ici et là, ce qui laissait supposer que cet homme n’était pas le seul à loger temporairement ici. Mais comme c’était bien silencieux, elle en déduisit que les autres n’étaient pas rentrés. Ils tournèrent vers une porte à droite et traversèrent un long couloir éclairé par des cristaux avec de multiples portes des deux côtés. La décoration restait plutôt sommaire, même si l’endroit était propre et lumineux.

L’étranger ouvrit alors une nouvelle porte et s’inclina pour la laisser passer.

- Par ici je vous en prie.

La demoiselle entra dans la pièce et put apercevoir un grand lit ainsi qu’un bureau. Quelques affaires trainaient dans un coin, une épée était adossée contre un mur. Cassidy ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais une main ferme l’attrapa pour l’immobiliser alors qu’un chiffon qui sentait très fort était appuyé sur son nez. Elle tenta de se débattre mais soudainement la fatigue se fit venir. Fermant les yeux, les ténèbres envahirent son esprit.

Peu de temps après, la demoiselle se réveilla. Engourdie, encore groggy, elle se mit à gémir et s’étira mais la force lui manquait. Fichu mal de tête… Elle avait encore essayé de coucher avec Tristan et s’était évanouie ? Ouvrant un œil, sa vision encore flou, elle distingua les contours d’un bureau avec un gros cristal qui brillait dessus. Sa vision redevint plus précise. La jeune femme se sentait un peu trop légère, comme si quelque chose n’allait pas. Elle posa une main sur sa poitrine, mais ce n’était pas du tissu qui rentra en contact avec celle-ci mais sa peau. Se rendant compte qu’elle était entièrement nue, Cassidy poussa un cri tout en manquant de tomber du lit. Elle attrapa un coussin pour camoufler son corps quand une personne entra dans la chambre. Le reconnaissant aussitôt, le cerveau de Cassidy se mit à carburer.

« Vous ! Qu’est ce que ça signifie ? Pourquoi je suis déshabillée ? »

Il se mit à sourire mais cette fois, envolée la politesse passée, son regard était bien plus intéressé alors qu’il fixait sans la moindre gêne la farouche demoiselle devant lui.

- Ca ? Tu es encore plus magnifique comme ça… Une véritable beauté, c’est pas tous les jours qu’on en voit…

Les yeux de Cassidy regardèrent la bosse qui se formait sous la ceinture et fut horrifiée. Elle tendit la main en avant, féroce.

« Laissez moi sortir tout de suite sinon je vous brûle sur place ! »

Elle tenta de jeter un sort pour lui montrer qu’elle ne plaisantait pas mais soudain, elle se sentit sans aucune force et se mit à gémir. L’homme se mit à ricaner.

- Tu ne croyais quand même pas que j’allais te faire venir sans précautions ? Si charmante mais tellement naïve…

Le regard de Cassidy se posa sur le cristal qui trônait sur le bureau et elle ouvrit la bouche de surprise et de rage. Puis se mit à sourire d’un air narquois.

« Vous pouvez tout essayer, je ne vous toucherais pas… Et si vous approchez je vous mords ! »

- En voilà de bien vilaines menaces mais j’ai aussi prévu autre chose. Après avoir bu ça, tu n’auras pas d’autre choix que de te jeter sur moi et répondre au moindre de mes désirs… comme l’homme que tu aimes le plus…

Elle fixa le petit flacon qu’il brandissait triomphant. L’homme qu’elle aimait le plus… Tristan ! Non, il n’avait quand même pas ce truc qui amplifiait les hormones et rendait attirant le plus moche des hommes ? Quand même pas ! Non ! Une goutte de sueur perla sur le front de Cassidy alors qu’elle serrait le coussin dans ses mains.

« Vous n’allez quand même pas oser… Vous ne savez même pas qui est mon fiancé… Et une fois qu’il nous aura trouvé, je vous jure qu’il vous aura arraché les couilles d’une seule main ! Même pas sûr que vous soyez encore vivant… »

- Encore faudrait-il qu’il puisse rentrer… Si par hasard il devait venir, il ne pourrait pas rentrer. La magie est bien utile. Ces objets m’ont coûté très cher mais ça en vaut le prix pour coucher avec une mage…

Cassidy tremblait de rage et ne savait plus quoi dire. Déjà qu’elle avait du mal à se retenir avec Tristan alors si en plus on lui forçait la main, avec les problèmes actuels, elle allait lui sauter dessus et lui faire l’amour jusqu’à être rassasiée. Non non non ce n’est pas comme ça que c’est censé se passer ! Elle serra plus fort le coussin dans ses mains.

- Discussion terminée, place au plaisir !

Sous les yeux horrifiés de Cassidy, il but la potion puis la regarda avec envie. Au début, elle ne sentit rien puis d’un coup, la chaleur monta. Elle avait chaud, très chaud. Et très envie aussi. Cet homme était très attirant au final. Et puis elle avait tellement envie d’être satisfaire, d’avoir une bonne partie de jambes en l’air. Elle lâcha le coussin et dévisagea l’homme, dévoilant ainsi son corps nu. Lui était encore habillé mais il espérait sûrement qu’elle le déshabille. Il s’approcha d’elle. Cassidy tenta de résister.

- C’est inutile, tu ferais mieux de te laisser aller. Après tout je ne te viole pas et tu auras même du plaisir toi aussi.

Cassidy tremblait. Avoir du plaisir ?! Non ! Seul Tristan savait s’y prendre ! Elle ne voulait pas… Elle ne voulait pas ! La demoiselle tendit une main bien malgré elle pour la passer sous la chemise de son bourreau. Puis elle s’approcha un peu plus, se collant presque à lui, sortit sa main et passa ses bras autour de son cou alors qu’il s’asseyait à côté d’elle. Le gars voulait apparemment l’embrasser. L’esprit de Cassidy avait beaucoup de mal à raisonner. Elle allait faire quelque chose de mal ! Heu minute ! Elle n’allait quand même pas embrasser cet homme banal alors que Tristan vaut mille fois plus que lui ? Non c’était hors de question ! Bref instant de lucidité alors qu’elle se mordit furieusement la langue. La douleur la ramena un peu à la raison. Un peu de sang coula le long de son menton, elle n’avait pas fait semblant. Cela avait suffi pour la calmer mais pour combien de temps ?!

L’homme en avait sûrement assez d’attendre alors il l’attira à elle et… VLAM !

La porte s’ouvrit au large laissant apparaître une personne. Ni une, ni deux, le bourreau de Cassidy, qui avait quand même de très bons réflexes, attrapa sa dague sur le chevet et se plaça derrière Cassidy, lame contre la gorge alors qu’il la tenait fermement par la taille, dévoilant sans aucune honte le corps de Cassidy devant l’inconnu. Sauf qu’elle le reconnut et ouvrit légèrement la bouche de surprise avant de penser à son accoutrement.

*Kalec ?!*

- Dis moi ptit merdeux, comment t’as fais pour rentrer ici sans utiliser la magie ?

Kalec observait tranquillement la situation. Il n’était pas hors de lui, il n’était pas furieux. Non, son regard était juste… glacial. Sa voix ne laissait voir aucun dédain, aucune moquerie. Il était juste froid et son ton résonnait comme un avertissement.

-Relâche là tout de suite…

Mais l’autre, sûr de ses capacités, et peut être un peu idiot, fanfaronna.

- T’as pas bien compris la situation. Tu fais un seul pas dans cette direction, et ta petite mage se noiera dans son sang…

Cassidy semblait horrifiée. Que Kalec n’approche pas ! Elle ne voulait pas mourir. Ce dernier se contenta d’un soupir puis fit un geste vers le haut avec la main. Aussitôt le bourreau poussa un cri et lâcha sa dague tout en relâchant sa prise, comme si son arme était devenue bouillante. Cassidy en profita pour rouler au sol et se mettre à quatre pattes pour s’éloigner. Mais l’homme n’avait pas dit son dernier mot et il l’attrapa par sa longue tresse. Elle cria de douleur. Mais aussitôt il la lâcha et grogna en se tenant l’autre main.

Elle en profita pour se caler dans un coin de la chambre, se recroquevillant sur elle-même. Kalec approcha à grands pas et attrapa l’homme qui agitait ses mains par le col avant de le soulever à quelques cm du sol. Son regard était menaçant, froid. Et sans crier gare, sans que personne ne se doute de quoi que ce soit, il tira son bras libre en arrière et donna un puissant coup de poing dans l’abdomen du monstre. Ce dernier fut éjecté en arrière. La puissance du coup était telle que le mur derrière ne parvint pas à encaisser le choc et éclata alors que l’homme passa au travers, roulant dans la neige. Une épaisse fumée, mélange de neige et de poussière s’en dégagea alors que les pierres survivantes crissaient et tombaient en petits morceaux.

Cassidy n’avait pas perdu une miette du spectacle, en oubliant presque sa condition. Wha… ok… c’était pas un dragon non . Ni un Drakkari ? Comment… Elle se rappelait avoir fait volé une fois Tristan comme ça à l’Académie mais pulvériser un mur… heu non… qui était-il ? Le jeune homme se rapprocha d’elle, évitant soigneusement de la regarder, comme si il essayait, pour une fois, de se montrer respectueux. Sa voix était un peu plus douce et contrastait fortement avec celle d’avant. Kalec avait enlevé sa cape et la fit tomber sur Cassidy.

- Couvre-toi un peu… Il fait froid dehors…

Ca lui ressemblait bien là ! Bon il ne lui avait pas demandé si ça allait ni quoi que ce soit mais venant de sa part c’était plutôt attentionné. Il ne la laissa pas parler et ne resta pas plus longtemps alors qu’il tournait déjà les talons pour aller voir ce qui se passait dehors.

L’homme était bien sonné mais se redressa, un craquement sonore se fit entendre alors qu’il arracha un pendentif brisé de son cou. Visiblement il aurait aussi un sort de protection pour lui éviter les coups physiques ? Cela expliquerait qu’il ne se soit pas broyé les os en défonçant le mur. Rageur, il voulut se venger mais n’eut même pas le temps de se relever, Kalec était déjà près de lui et lui décocha une belle droite en plein sur le visage tout en le tenant fermement par le col.

- Ne t’approche plus jamais d’elle…

Et il enchaina les coups, de plus en plus puissant. L’homme tombait dans la neige mais il se faisait littéralement massacré. Du rouge tacha la neige, de la salive, quelques dents volèrent. Ce n’était pas très beau à voir. Puis une voix inquiète s’éleva alors que plusieurs habitants couraient dans leur direction.

- Kalec ?! Qu’est ce qui se passe ? Qui est cet homme ?

Vlad venait d’arriver alors que les autres fixaient le mur en râlant, comme quoi il fallait réparer.

- Cette ordure avait sûrement les bourses pleines, donc il s’est dit Tiiiiens et si j’allais violer une des filles d’ici ?

Il continuait à le taper encore et encore comme si de rien n’était.

- Quoi ?! Mais… mais… c’est impossible.
- Réfléchis… Quelle fille serait aussi naïve pour se jeter tout droit dans la gueule du loup ?


Vlad se mit à réfléchir puis finit par comprendre.

- C’est pas vrai…

Kalec asséna un dernier coup dans l’abdomen de l’homme. Celui-ci roula un peu plus loin et à voir sa tête, il avait été bien déformé, le visage couverte de sang.

- Il subira le châtiment réservé aux violeurs. Il comprendra vite qu’ici, on ne plaisante pas avec ça.

Les autres gars qui avaient compris ce qui se tramait, entourèrent l’homme et le soulevèrent pour l’amener à un autre endroit. Kalec se tourna vers Vlad.

- Maintenant écoute bien… Il faut que tu ailles prévenir Tristan. Lui dire que sa fiancée va bien et qu’elle sera mise en sécurité. Il se doute peut être que quelque chose ne va pas. Essaie de le rassurer comme tu peux mais elle n’a rien c’est déjà ça… Ah et évite de me mentionner… On est pas vraiment en bons termes…

Vlad acquiesça d’un signe de tête.

- Les bûcherons sont partis plus loin aujourd’hui, je crois… prends la direction sud est. Dans la forêt des Sequaa, prends un cheval aussi, c’est pas à côté… Suis le sentier, peut être que tu le croiseras sur la route

Vlad semblait surpris par toutes ces indications précises mais il hocha la tête et s’empressa de partir. Kalec le regarda puis retourna à l’intérieur en passant par le trou. Cassidy n’avait pas bougé. Elle avait entendu les coups mais semblait dans un état de choc. La jeune femme avait mis la cape un peu plus dignement autour d’elle et semblait trouver un certain réconfort même si elle allait mal. Kalec s’approcha doucement d’elle… avant de prendre un morceau de tissu qui traînait sur une chaise pour s’essuyer les mains couvertes de sang. Il s’approcha ensuite d’elle alors qu’elle fermait les yeux, craignant elle ne savait trop quoi. Mais c’est juste un geste doux qu’il eut en essuyant du bout de son pouce, le sang qui avait perlé sur le menton délicat de la demoiselle. Puis sans dire un mot, il prit délicatement Cassidy dans ses bras et la porta. Il allait sortir par le trou mais elle l’arrêta d’une parole.

« Non… s’il te plaît… Je veux pas qu’on me voit comme ça… »

Il la regarda en la dévisageant.

- Qui te dit qu’on te verra ?

Puis il sortit de la chambre et marcha dehors, tenant la jeune femme dans ses bras. Autour d’eux, les habitants ne semblaient pas avoir remarqué leur présence. C’était comme si ils n’étaient pas là. Cassidy n’en revenait pas. Elle regarda Kalec, surprise.

« Comment… »

- T’es une mage et tu le remarques même pas ? Un sort… ils ne peuvent pas détecter notre présence, ni nous voir, ni nous sentir, que ce soit magique ou physique. A leurs yeux, nous ne sommes pas là…

Cassidy baissa la tête, honteuse. Mais il n’avait lancé aucun sort comment pouvait-elle le savoir ?! Il continua sa marche et aucun des deux ne parla. Ils arrivèrent vers une maison un peu en retrait. Deux grosses demeures étaient juste devant et si on ne prenait pas le fin passage qui menait, personne ne se douterait qu’il y avait une maison ici. Sauf ceux qui connaissaient. Kalec s’arrêta devant la porte, demanda à Cassidy qu’elle s’accroche pour qu’il puisse toquer et donna quelques coups.

Une voix féminine et en colère s’éleva dans les airs.

- Rodolph ! Je t’ai dis non c’est non ! Pas la peine d’insister ! Non je ne sortirais pas avec toi et non je ne réaliserais pas ton phantasme de coucher avec une bergère, c’est hors de question !

Kalec se mit à soupirer en levant les yeux au ciel.

- Miya c’est moi

Un cri gêné s’éleva de derrière la porte et celle-ci s’ouvrit en trombe. Une jeune femme, qui devait avoir l’âge de Cassidy, se trouvait devant eux et semblait bien surprise de voir débarquer ce drôle de couple.

- Kalec ?! Mais que… Vous êtes ensemble ?

- Jamais !
« Jamais ! »

Miya pouffa de rire.

- Au moins vous avez le mérite d’être synchro tous les deux !

Elle ouvrit la porte au large pour les laisser passer. Cassidy observa la jeune femme. Blonde, des bouclettes délicates qui lui arrivaient aux épaules, un regard bleu pétillant, une tenue… un peu osée mais sans être dévergondée, elle avait l’air d’une fille qui n’était pas du genre à se faire marcher sur les pieds. Amicale et chaleureuse, c’est ce qui se dégageait d’elle.

Kalec déposa Cassidy dans un fauteuil avant de se tourner vers Misa.

- Tiens au fait je t’ai ramené…

Elle ne le laissa pas terminer, avant de s’écrier d’une voix ravie, les yeux remplis d’étoiles.

- Les briochettes spéciales de chez Gaard ?

Il lui tendit un petit sachet qui était attaché autour de sa ceinture. Miya lui arracha presque le paquet, apparemment très heureuse.

- Rholala t’assures !

Cassidy fit une grimace de dégoût, en observant la scène. Non mais il en faisait bien des manières et elle était tout à fait… heu… voilà quoi. Enfin, elle se conduisait pareil quand Tristan lui rapportait à manger mais ce n’était pas la même chose ! Normal que Tristan se permette des petites attentions mais Kalec ! Ce gars avait l’air de penser uniquement à lui. Bon d’accord il l’avait sauvé mais c’était très certainement intéressé donc…

- Au fait combien aujourd’hui ?

Kalec se mit à réfléchir en levant les yeux au ciel puis compta sur ses doigts.

- Huum… trois

Miya lui donna un coup de coude avec un clin d’œil. Elle semblait très complice avec lui et avait l’air de l’apprécier. Cassidy n’en revenait pas. Déjà qu’elle était choquée à cause de ce qui lui était arrivé mais CA c’était un scoop ! Ils continuèrent à discuter des potins de la ville mais Cassidy n’écoutait plus. Elle se demandait où était Tristan, si il ne s’inquiétait pas. Avant de commencer à culpabiliser sérieusement sur ce qui s’était passé même si elle n’avait rien fait du tout. De la malchance, juste de la malchance.

- Bon ce n’est pas tout mais ça va s’agiter, je dois aller voir ce qui se passe…

Il se redressa et se dirigea vers la sortie puis se tourna vers Miya, esquissant un léger sourire.

-Au fait merci…
- Pas de quoi c’est normal !


Cassidy qui voulait boire une gorgée de thé, faillit s’étouffer. En plus il la remerciait ? Oulala… c’était sa conquête numéro un ou quoi ? Mais elle n’eut pas le temps de penser davantage que Miya avait refermé la porte derrière elle et s’installa dans le fauteuil face à Cassidy.

- Bon à nous deux la jeune ! Enfin… tu as l’air d’avoir mon âge alors je devrais me taire.

« … »

Miya la regarda très sérieusement puis d’un geste, tendit la coupelle qui contenait les chocolats.

- Biscuit ? Je sais que ça me remonte toujours le moral… Enfin après ce qui vient d’arriver hum… mais c’est toujours ça…

« … »

- Bon ça ne va pas ! Attends tu es en mode larve parce qu’un vieux pervers a essayé de te violer ? Non mais ressaisis toi ma petite ! T’as pas à avoir de culpabilité là-dessus. Si tu continues de tirer cette tête, il aura eu ce qu’il voulait le gars. Il mérite ni tes larmes, ni cette tête… Ca ne doit pas d’atteindre.

Cassidy la regarda puis plongea son regard dans sa tasse de thé. Miya n’avait pas tort mais après ce qu’elle pensait, difficile de faire comme si tout allait bien.

« Si y avait que ça… »

- Quoi d’autre alors ? Oulala… toi tu as la tête d’une fille qui a l’air de porter le poids du monde sur ses épaules… Allez racontes sinon tu te décoinceras jamais…

Cassidy fronça les sourcils. Miya fit un sourire gêné en agitant la main.

- Heuuuuu sans mauvais jeu de mots hein !

Cassidy hésita un instant, avant de redresser la tête. Miya avait l’air digne de confiance, pas prise de tête pour un sou mais quelque chose l’embêtait.

« Kalec ne saura rien hein ? »

- Lui rhooooo mais non ! c’est un crétin fini ! et puis les secrets de filles restent entre filles

Elle avait parlé de Kalec non pas en se moquant mais plutôt avec une certaine affection dans sa voix comme si elle l’appréciait bien, ce que Cassidy ne comprenait pas vraiment. La Nordique tendit de nouveau la coupelle.

- Biscuit alors ? Rien de tel que du chocolat !

La fin de l’après midi allait être longue… très longue. Riche en papotages. Cassidy regarda un instant Miya avec hésitation puis plongea sa main dans la coupelle.

Du côté de Tristan, Vlad avait tenu son rôle et se dirigeait vers le camp des bûcherons. Il chevauchait déjà depuis une demi heure quand il vit un cheval arriver dans le sens opposé, Tristan dessus. Le Nordique ralentit l’allure.

- Tristan, j’ai…

Mais le jeune homme très soucieux passa devant lui en l’ignorant presque. Vlad s’engagea derrière lui. Non mais il était sourd ou quoi ?

- ATTENDS ! CASSIDY VA BIEN !

Le Drakkari arrêta presque sa monture, se retournant vers le Nordique. Vlad n’arrivait pas à comprendre ce qu’il ressentait, ni ses émotions car Tristan restait impassible. Il reprit sa respiration avant de lui rapporter ce que Kalec lui avait dit.

- Cassidy va bien, elle est en sécurité maintenant. Elle n’a rien, tout va bien… Je l’ai vu. Un peu sonnée mais… enfin elle t’expliquera mieux elle-même. Le chef est avec l’ordure à la forge… on réserve un sort particulier à ce genre d’individus même si il a été… enfin tu verras bien !

Tristan avait déjà repris le chemin de la ville.

Vlad n’avait pas menti, un sort particulier attendait celui qui avait osé souiller, ou du moins essayer de le faire, la fiancée de Tristan. Mais Cassidy n’en su rien.

Elle rentra d’ailleurs au chalet après que le soleil soit couché, pour éviter de croiser n’importe qui sur le chemin du retour. Mais alors qu’elle ouvrait la porte, Tristan se précipitait déjà vers elle, fou d’inquiétude. Déjà ce qu’il remarqua, c’est la tenue cavalière qu’elle portait. Un pantalon de cuir qui moulait ses jambes, un corset délicat brun et blanc qui enserrait sa fine silhouette, ses longs cheveux avaient été soigneusement coiffés et attachés. Elle semblait aller plutôt bien. Tristan ne savait pas trop comment réagir mais c’est Cassidy qui fit le premier pas en se jetant dans ses bras.

« Je vais bien Tris’ t’inquiètes… Il n’a pas eu le temps de me faire quoi que ce soit… Viens je vais t’expliquer… »

La demoiselle le prit par la main. Il voulut lui préparer une tasse de chocolat chaud et fort ainsi que des petits trucs à grignoter tout en l’écoutant. Cassidy lui expliqua alors posément la situation. Comment elle avait rencontré cet homme, sa requête, comment elle s’était retrouvée… Avoir discuter avec Miya lui avait fait du bien en fait. Elle se sentait plus calme et prenait les choses différemment. Tristan changea d’expression quand elle aborda le sauvetage.

« Kalec est arrivé au bon moment et… »

Elle s’arrêta en voyant sa tête. En même temps il allait l’apprendre d’une façon ou d’une autre, inutile de le cacher.

« En fait c’est un hasard. Il était dans le coin pour acheter des brioches pour sa… copine ou je sais pas quoi ! Miya elle s’appelle… C’est une fille sympa et elle a mon âge… Je pense qu’avec sa magie il a du comprendre que quelque chose n’allait pas… Enfin bref ! Il a défoncé le gars et m’a amené chez Miya. Ensuite j’ai pris un bain, on a beaucoup discuté. Je… je voulais attendre la nuit pour rentrer parce que je ne me sentais pas de traverser toute la ville après ce qui venait de se passer… Enfin voilà tu sais tout… pardonne moi… j’ai encore été bien naïve… »

Elle se mit à sourire timidement. Oui, elle avait eu un choc, oui elle n’était pas tout à fait remise mais ça s’arrangeait, petit à petit.



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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Sam 19 Déc - 15:58

Elle se mouvait entre les tables, son magnifique sourire aux airs timides enchantant hommes et femmes avec une facilité inavouable.
Le patron de la jeune mage ne pouvait qu’être ravi. Très vite elle avait appris tout ce qu’elle devait savoir et plus encore. Comme toujours la petite demoiselle perfectionniste en faisait bien plus que demandé. Sans mal les gens l’avaient acceptée, adoptée, appréciée. Depuis qu’elle s’était ouverte au monde et était sorti de son carcan de sérieux la jeune femme avait un contact bien plus facile avec les autres et elle plaisait, très vite. Son adorable minois et ses sublimes sourires y étaient pour beaucoup et aucun homme ne se lassait, même en la sachant prise, de ses pommettes rougissantes quand on lui faisait un compliment. Ils la taquinaient un peu et gare à leur coeur parce que le choc émotionnel était au rendez-vous quand elle répondait d’un timide sourire et de ces rougissements si perturbants.
De l’extérieur, par les carreaux des fenêtres qu’il ternissait de buée Tristan l’observait de son regard d’ambre, souriant en la voyant rattraper ses éventuelles maladresses, elle qui avait acquis une telle dextérité et un sens plutôt alerte comparé à ses piètres réflexes d’avant, sur l’île évidemment. La belle demoiselle aux longs cheveux d’or se serait sans mal fondu dans la masse des nordiques si elle n’avait pas été aussi petite et en apparence fragile, à ses yeux elle n’était que délicate, certainement pas fragile, comme une magnifique sculpture… Derrière cette vitre il pouvait l’observer sans craindre que son regard ne devienne trop ardent, sans craindre qu’elle ne remarque le désir qui y flamboyait, la convoitise gourmande trop longtemps convoitée et substituée. Là, il savait qu’il ne la ferait pas culpabiliser. Et il savait aussi qu’elle était trop occupée pour se soucier de lui… et se mettre à briller.

Elle brillait si souvent ces derniers temps.
Quelques jours plus tôt, il était rentré en avance, voulant lui faire une petite surprise tandis que la jeune femme s’occupait de ses plantes. Elle parlait toute seule, tout bas, peut-être avec Alanir, il ne savait pas trop et n’osait le lui demander. Elle parlait de lui et trop vite l’esprit tourmentée de la demoiselle s’était égaré tandis que la brusque lueur qui illuminait son corps le renseignait sur ses pensées. Comme chaque fois il l’avait trouvée honteusement belle et avait souri malgré le sourd désir qui lui meurtrissait les reins et l’empêchait de penser, alors qu’elle se grondait elle-même, frottant une main sur l’un de ses bras, comme pour chasser cette lueur. Elle ne l’avait pas entendu. Elle ne l’avait pas senti non plus. Lui pouvait sentir son odeur, elle parfois semblait le percevoir mais pas toujours et pas cette fois. Il s’était figé et reculé en entendant ce léger sanglot qui lui avait broyé le coeur alors qu’elle suppliait à mi-voix, si bas, les dieux de la laisser en paix, avec l’homme qu’elle aimait. A la fois ému et bouleversé il avait préféré se cacher, très discret quand il le voulait, plutôt qu’affronter son chagrin. Lâchement. Qu’elle soit malheureuse était une chose, mais il en découlait le devoir envers elle de l’aider, de faire quelque chose, de remédier à… ça. Sauf qu’il ne savait pas quoi faire, encore moins quoi dire. A court d’arguments il l’était… Il lui avait répété inlassablement que ce n’était pas grave mais ces derniers temps, dans les somptueux yeux noisette qui se levaient avec tant de tristesse et de frustration, sur lui, il décelait tellement de peine et cette certitude, comme si elle l’a lui avait hurlé, cette certitude qu’il essayait d’éviter: oui c’était grave… Ils allaient devenir dingues !!!! Elle souffrait… Il se demandait si à force son étrange lumière ne lui faisait pas mal. Il ne se l’était jamais vraiment demandé auparavant, probablement car lorsqu’elle apparaissait ses pensées étaient tournées vers une préoccupation toute autre, à savoir satisfaire ce petit ange, se plier à la moindre de ses volontés, qu’elle ordonne il obéirait.

Dieux qu’elle était déjà consciente du désir qu’il lui portait et quel pouvoir elle avait sur lui par ce biais ! Qu’elle aimait d’ordinaire se faire joueuse, fuyante pour mieux voir la frustration, la pointe de colère et de supplique dans les yeux de son cher et tendre… Peut-être aurait-il dû lui dire, pour la rassurer, pour lui prouver qu’il était différent, que son propre désir, sa propre satisfaction l’indifféraient tant qu’elle était comblée. Elle se serait probablement rendu compte alors que de dragon il n’avait que bien peu de caractéristiques comportementales. Mais à vrai dire c’était un honteux mensonge qu’il n’osait proférer… Certes, il se souciait d’elle avant de se soucier de lui-même… mais que ce soit un truc de dragon ou une conséquence de l’extraordinaire lien entre eux, de cette magie unique qui les unissait, son plaisir ne faisait que provoquer le sien, voire l’augmenter. Etre heureux de son bonheur était un bien piètre euphémisme et peu approprié. Bien sûr qu’il était heureux quand elle allait bien mais il ne pouvait mentir sur la volupté que lui procurait les gémissements de sa compagne, ses crispations, son souffle court, le rouge de plaisir qui coloraient ses joues. Peut-être aurait-il dû lui dire tout ceci… Parce que même si c’était un truc de « dragon » il n’imaginait pas retrouver de telles sensations avec une autre qu’elle, jamais.
Mais parler de dragon était si difficile et surtout, elle le connaissait mieux que quiconque. Derrière ce masque d’impassibilité, un peu trop beau pour laisser indifférent et pour que ce soit juste, ses beaux sourires et son assurance, se mouvaient une grande timidité pour la jeune femme, un besoin de mieux faire constant, pour elle, par ces sentiments qui le transportaient et lui étreignaient si violemment le coeur à chaque fois qu’elle lui souriait. Et si devant elle il avait fini par dévoiler un romantisme certain et une douceur presque candide, ce n’était que pas à pas… Il s’en était passé des choses pour qu’il s’ouvre autant…

Repéré par deux jeunes femmes se rendant dans la taverne, le jeune homme n’avait pas eu l’air surpris, ni inquiet mais en vérité ils ne les avaient pas du tout entendu arriver, trop occupé à observer Cassidy et à penser à elle. Déjà il s’éloignait, n’osant entrer c’est vrai. Qu’aurait-il fait de toute manière ? A part la torturer davantage ?
Enfonçant les mains dans les poches de sa veste, il marchait, la tête baissée vers le sol, attristé en repensant aux récents évènements.

Tout n’était qu’échec.
Entre eux, il n’y avait jamais eu autant de sincérité et de tendresse et pourtant même cette dernière commençait à leur être arrachée. Il n’aurait jamais cru que lui, le coureur de jupons, l’insatiable Don Juan, pourrait se priver ainsi de coucher avec une demoiselle. Pourtant résister ne lui semblait pas si difficile contrairement à tout ce qu’ils lui avaient dit. Enfin résister… s’empêcher d’aller voir ailleurs tout du moins. Ca ce n’était pas compliqué. Résister à elle par contre… C’était dur… vraiment dur. Et ça manquait aussi à la demoiselle à voir avec quelle facilité elle se mettait à briller ces derniers temps. L’impatience, normale vu leur abstinence face à l’alchimie entre eux, les blessait cruellement. Alors quand même une étreinte avait commencé à être source de cette honteuse torture insatisfaite, il s’était senti sombrer. Il irait bien de son côté, il résisterait tant qu’il pouvait l’embrasser, la prendre dans ses bras, mais si on leur enlevait aussi ça… encore ça… Il réfléchissait, tous les jours, presque à chaque instant en réalité à cet insoluble problème qui semblait décidé à briser leur couple si éprouvé. Il avait beau échafauder des théories, des hypothèses, il ne savait pas pour autant comment agir pour changer cela. En magie il était si nul… Bon d’accord lui aussi avait fini par développer un don alors que ce n’était pas le cas des Drakkari normalement vu qu’eux avaient tous une force incroyable, mais c’était son côté dragon… Quoique, sa mère étant humaine peut-être que cela avait joué. Il n’en savait trop rien. En tous les cas en dehors de sa transformation, de son don, il n’y connaissait pas grand chose. Certes il avait cessé d’en avoir peur. Quand Cassidy l’avait retrouvé après sa disparition, quand il était « mort », qu’il avait perdu la mémoire, il était curieux de tout et s’était mis à apprécier la magie à ses côtés. Alors il appréciait et il la sentait bien même, repérant un peu aujourd’hui les flux dont elle lui avait parlé, reconnaissant la magie de la demoiselle sans mal, comme si l’odeur qui en découlait était totalement unique. Mais sorti de là il n’avait que bien peu de connaissances et se trouvait même complètement idiot. Il aurait voulu l’aider, elle, elle l’aidait tout le temps… mais lui…

Arrivé à l’atelier il s’installa de son côté et commença à travailler sur la commande qui lui avait été passée par son maitre. Heureusement que le travail manuel était là pour l’aider à s’évader. Certes il s’était transformé plusieurs fois ces deux dernières semaines, mais le moins possible tout d’abord et surtout il ne pouvait pas vraiment voler tranquille. Quoi qu’elle dise il la sentait inquiète. Et puis il voulait encore et toujours voler avec elle. La légère crispation de ses mains, celles de ses jambes sur son dos, la pression de la selle et celle de la direction qu’elle voulait lui faire prendre, l’énergie vibrante et euphorique qu’il sentait émaner d’elle quand ils volaient ensemble, ce partage fusionnel… Ca lui manquait. Et il se doutait que ça lui manquait aussi. A vrai dire, il était un peu jaloux. Il savait qu’elle avait appris à voler avec Alanir à la base. Heureusement pour eux, voler ensemble n’aurait pas été possible autrement et elle l’aurait plus que probablement grillé sur place tant sa haine des dragons était grande. Mais il ne pouvait s’empêcher d’être jaloux. Elle avait volé bien plus avec son ami esprit qu’avec lui-même et l’année sur l’ile n’avait rien arrangé…
Travailler de ses mains l’aidait à penser à autre chose, à créer, lui qui ne semblait doué que pour détruire. Appliqué sur un berceau, la nostalgie le prit. S’il n’était certainement pas prêt à être père quand elle était tombée enceinte et s’en voulait honteusement d’être soulagé de ne pas l’être si tôt, il était tout de même triste. Essentiellement pour elle. Après tout il ne s’était jamais imaginé avoir une descendance… Encore moins avec elle… Et puis la longévité des Drakkaris était un autre élément assez perturbant, la plupart commençaient à songer à perpétuer leur espèce que lorsqu’ils atteignaient la maturité d’une trentaine d’années, ce qui vu leur espérance de vie se traduisait en général aux alentours… de 100 ans. Ca aussi c’était un énorme problème, qu’ils n’avaient jamais abordé.

Le temps pour eux s’écoulait très différemment et ce même s’ils vivaient ensemble. Elle était humaine, même s’il se doutait de plus en plus qu’elle était bien davantage encore. Il espérait qu’elle était plus qu’humaine à vrai dire. C’était tellement égoïste. Espérer que sa fiancée, la femme qu’il aimait, soit autre chose, alors que cette simple pensée effrayait tant la demoiselle, dans le but tellement malsain de la garder près de lui plus longtemps… de vivre vraiment avec elle. Il vivrait en moyenne trois fois son espérance de vie. C’était tellement effrayant… la pensée de vivre sans elle. Dans un monde qui n’aurait plus aucune finalité pour lui…
Sombres pensées, très très sombres pensées et franchement pas le moment pour ça !
Il s’ébroua, reprit son travail, se reconcentrant réellement sur le berceaux et involontairement sur ces derniers jours, riches en ouvertures et discussions.

Elle lui avait finalement parlé de l’île. Ah oui, c’est pour ça qu’il avait songé à cet enfant qu’elle avait perdu et qu’elle semblait tant regretter. Ca, ça avait été traumatisant. Peu importe ses sourires, peu importe son détachement. Il se souvenait de ses larmes brûlantes quand Maud avait accouché, la délicatesse avec laquelle elle s’était esquivé, prétextant la fatigue, ne voulant pas gâcher ce si pur bonheur, alors qu’elle souffrait tant de son côté. Entre ses bras elle s’était livrée, dévoilée et il l’avait trouvée si belle. Pas qu’il la trouvait plus belle quand elle était triste ! Du tout !C’était juste tellement elle. Se priver, faire comme si tout allait bien même si elle n’était vraiment pas douée pour cacher ce qu’elle ressentait, sourire, ce magnifique sourire qui le retournait tant et charmait tous ceux qui la rencontraient, juste… pour que tout le monde aille bien. Elle avait pleuré et il avait eu mal mais il s’était senti fort, fier, voulant consoler ce si étrange petit ange qui avait, pour il ne savait quelle obscure raison, échoué entre ses bras.
Elle avait souffert de la perte de leur enfant… et elle lui en avait parlé quelques jours plus tôt encore.

Il l’avait vue un peu perdue dans ses pensées, un peu ailleurs ce jour-là, probablement encore en train de se torturer l’esprit alors qu’elle l’aidait à bricoler et il avait ramassé une boule de neige, la lui lançant dessus. Elle avait été si surprise qu’il lui avait fallu une seconde de trop pour réagir et sa maladresse avait encore frappé alors que voulant lui rendre la pareille, lui qui était bien plus loin, elle avait tenté de jeter sa propre répartie… Sa boule de neige s’était pitoyablement écrasée à un bon mètre du garçon demeuré immobile. Il fallait dire qu’avec le cri de guerre qu’elle avait lancé, sa position de gagnante et son regard déterminé elle aurait presque pu être convaincante. Mais sans sa magie elle ne visait décidément… pas très bien. Enfin la dague elle se débrouillait bien, mais la neige… pas son fort. Le temps s’était figé alors qu’elle devenait cramoisie, encore plus en voyant l’immobilité de son compagnon mais celui-ci s’était écroulé à genoux dans la neige, riant comme il riait si peu souvent, des larmes au coin des yeux, se tenant le ventre, la taquinant sur la tête qu’elle faisait entre deux éclats de rire à réveiller un mort. Elle l’avait rejoint, toute rouge, en lui grognant de ne pas se moquer d’elle, agitant ses petits poings vers lui mais le visage qu’il avait relevé vers elle était si expressif d’une joie sincère qu’elle s’était figée à son tour. Il avait arrêté le petit poing tendu, menaçant, vers lui, se redressant de toute sa hauteur, profitant de lui enserrer le bras pour la tirer contre lui, prononçant avec cette même sincérité, cette même joie euphorique quelques mots, juste quelques mots.

- Tu es vraiment… extraordinaire toi…

Elle avait rougi si vite et si violemment qu’elle avait dû frôler la rupture d’anévrisme la pauvre, reposant sans force contre lui, enfonçant immédiatement son visage contre sa tunique pour soustraire ses joues brûlantes au regard de son compagnon. Il avait souri en la pressant contre lui et ils étaient restés ainsi longtemps, sans rien dire, il n’y avait rien d’autre à dire… Mais elle avait semblé si guillerette, si joyeuse par la suite que même le temps s’était illuminé. Soit sa manière d’être influençait la perception du jeune homme sur le monde, soit sa magie avait plus d’influence qu’elle ne l’imaginait. Car les nuages blancs, épais au dessus d’eux s’étaient dissipés pour laisser le soleil illuminer les alentours.
Peut-être était-ce parce qu’elle était plus joyeuse, mais elle s’était confiée ce soir-là sur l’île. Enfin avant ça, elle s’était évidemment vengé de ses railleries en le poussant dans la neige quand il s’y attendait le moins, enfin, évidemment il n’avait pas cherché à garder son équilibre, avec elle… il voulait juste jouer. Ils avaient pris un bain brûlant dans la source chaude, évitant la tentation d’une nouvelle tentative passionnée, et paressaient sous une épaisse couverture devant la cheminée, elle sirotant son chocolat, lui tout détendu contre elle somnolant à moitié.

Il ne s’attendait pas à ce qu’elle se confie si vite. Et il en fut heureux même si certaines de ses paroles lui firent énormément de mal. Elle parlait de l’abandonner. Alors qu’il s’était un peu redressé et que de temps en temps elle le regardait ou plongeait son regard dans le vide pour se remémorer, lui-même s’était senti pris de trop nombreux sentiments. Abandon. Oui, c’est ce qu’il avait cru. C’est vrai, Alanir l’avait probablement trouvé ridicule, horrible et menteur d’être devenu si distant, si différent alors que pour lui seulement 12 jours s’étaient écoulés… Mais il s’était énormément écoulé en 12 jours, bien plus qu’en plusieurs mois. Il avait affronté des situations difficiles dont la plus horrible avait été de voir mourir la femme qu’il aimait, même si elle n’était pas de son monde et encore moins de son temps. Même s’il n’avait pas fait exprès, même s’il n’avait jamais voulu cela, la blessure qui en avait résulté ne guérissait pas… et ne guérirait probablement jamais… Abandon. Oui, c’est ce qu’il avait ressenti dans les tréfonds de sa chair lorsqu’il l’avait cherchée, appelée à en perdre la voix et qu’elle n’avait pas répondu. Son odeur, lentement, comme un souvenir, s’était envolée avec elle, ne laissant que l’amer sentiment de regret… Il avait fait une horrible erreur. Il savait qu’elle ne voulait pas venir là, il savait qu’elle ne voulait pas le voir avec ceux qu’elle considérait comme des monstres, il savait que ça lui faisait mal… Mais il pensait aussi qu’elle savait que tant qu’elle resterait là, ils n’auraient pas la moindre emprise, réelle, sur lui. Alors oui, dans un sens, elle l’avait abandonné et en quelques jours ils avaient marqué le jeune homme, d’une empreinte indélébile. Ce n’était pas sans raison qu’il était si vite devenu plus dragon, même s’il avait résisté, même s’il s’était concentré sur la mission qu’on lui avait confié, arrêter son double, protéger Cassidy, pour ne pas penser à cet abandon, pour ne pas penser qu’elle était partie… parce qu’elle le détestait.

Il la reconnut tant dans ses paroles. Alors qu’elle était prisonnière de cet étrange endroit, seule, même si évidemment elle avait Alanir, elle avait pensé aux autres, elle avait pensé à la plus sage des décisions. Protéger le maximum de personnes plutôt que de penser à elle. En sachant qu’il pouvait l’abandonner et surtout elle lui avait attribué une force qu’il n’avait pas. Elle avait cru que lui aussi vivait tous ces longs mois après tout. Il se sentait tellement minable face à son courage.
Ce bébé qui l’avait si violemment repoussé semblait tout de même rechercher son père. Il se demanda même avec une pointe de tristesse s’il aurait finalement pu lui parler comme il l’avait fait avec le bébé de Maud. Peut-être. Ils ne le sauraient jamais.
Il avait resserré sans un mot, un peu plus ses bras sur elle quand il avait entendu la hachure dans sa voix. Là encore elle se retenait. Comment avait-il pu douter ? Comment avait-il pu croire qu’elle l’abandonnerait réellement ? Elle n’était pas revenue. Il ne pensait toujours pas qu’eux deux ça durerait. Si lui-même avait si peu confiance en leur couple comment les autres pouvaient-ils ne pas douter? Il avait honte… Serrant doucement ses bras sur elle, la tête inclinée, son regard ambré disparaissant sous sa frange il avait juste écouté, il aurait été bien incapable de parler de toute manière.

Il l’écouta sans jamais l’interrompre, se décharger un peu, juste un peu des horribles épreuves qu’elle avait affrontées sans lui. La perte de leur enfant qui avait marqué son corps et son esprit bien plus que n’importe quoi d’autre d’ailleurs. Ses entrainements intensifs. Son désespoir grandissant de ne jamais sortir de là. L’espoir qu’il l’attendait de l’autre côté, qu’il la cherchait peut-être. Ses efforts si mal récompensés. Son étrange alliée et la perte de celle-ci. Son extraordinaire et effrayante magie. Le dragon qui voulait la tuer. La punition qu’on lui avait imposé pour la rendre plus forte, lui arrachant la seule chose qui la maintenait encore humaine, ses sentiments.
Ses phrases plus légères sur le fait qu’il lui manquait quelque chose, que sa magie était dangereuse et inconnue, le tout dit sur le ton de la conversation.

Peut-être était-elle trop dans ses souvenirs.
Peut-être avait-elle trop à dire et était-elle finalement heureuse qu’il soit prêt à l’entendre et qu’il ne veuille pas qu’elle le ménage.
Peut-être était-ce juste trop libérateur pour qu’elle fasse attention.
Mais il ne dit rien.
A aucun moment. La laissant parler, parfois sa voix s’étouffait légèrement comme si les souvenirs étaient trop difficiles, parfois elle montait dans les aigus et s’agitait entre ses bras, mimant un entrainement ardu, une étrange aventure. Elle parla longtemps, vraiment longtemps.
Quand les grandes lignes furent données, elle parla de tout ce qui se passait autour et lui raconta énormément de choses oui. Une année entière de souffrance, c’était quelque chose tout de même.
Il l’écouta donc en silence jusqu’à ce que les mots se mélangent sur les lèvres de la demoiselle et qu’elle s’endorme profondément entre ses bras.
Il resta immobile quelques minutes puis la porta dans leur chambre, l’allongeant sous les couvertures et la borda. Raide comme un piquet il l’observa sans bouger avant de se ruer dehors pour courir, évacuer le flot d’émotions qui le submergeait: la colère et la peine, la culpabilité et l’impuissance, l’amour et la haine. Mais même courir devint trop difficile au bout d’un moment, son souffle haletant n’était pas dû qu’à sa course effréné qui l’avait très vite éloigné du chalet. Tombant à genoux au sol en essayant de reprendre son souffle il hurla à la nuit et aux deux lunes, croissants brillants qui semblaient le narguer.

- Pourquoi ?! Pourquoi lui avez-vous fait ça ?! Laissez-la tranquille ! Foutez-lui la paix vous m’entendez ?!!!! Laissez-la… laissez-la… pitié…

Il se tint le visage entre les mains en serrant les dents, s’interdisant de pleurer, longtemps, il ne savait trop combien de temps, jusqu’à ce que même lui, pourtant si chaud, grelotte sous le souffle mordant du vent glacé, la chemise qu’il portait ne le réchauffait que peu. De nouveau hermétique, un peu honteux de s’être laissé allé de la sorte il se redressa et rentra au chalet. Une douche chaude acheva de la calmer et il la rejoignit vite sous les couvertures. Pourtant cette nuit-là aussi il ne dormit guère, se contentant de l’observer, de souffrir pour elle, avec elle, caressant son visage du bout des doigts. Quand elle vint naturellement se blottir contre lui, car à ce moment-là c’était encore possible, il parvint à fermer les yeux et à sombrer dans le sommeil, un peu, juste quelques heures, pas assez pour récupérer réellement, assez pour ce qu’il devait faire…

Même s’il était perdu dans ses pensées, le grand jeune homme ne se blessait pas le moins du monde. Il est vrai que c’était surprenant de voir que tant de choses pouvaient naitre des mains d’un guerrier dont le destin avait été porté vers la destruction. Il aimait créer. La menuiserie était vite devenue si facile, si naturelle que son patron se demandait sérieusement si le jeune homme n’avait pas un passé de charpentier ou d’ébéniste. Mais il était juste particulièrement attentif et investi. Et puis tout ce qu’il apprenait lui servait au chalet outre le fait que l’architecture lui plaisait quand il était enfant déjà. Il n’entendait pas ceux qui lui parlaient, plongé qu’il était dans ses pensées oui, mais il travaillait bien et dur, parfois trop dur d’ailleurs. A le voir manier les lourds outils et en particulier la hache lorsqu’ils étaient sur les lieux de coupe, surtout au début, tout le monde s’attendait à ce qu’il se déchire sérieusement les mains. Même s’ils étaient polis les manches des haches étaient durs, rêches et avec la sueur du travail il était normal qu’elles glissent un peu des mains, la friction provoquée avait donné des ampoules aux plus aguerris. Pourtant il n’avait rien, au grand plaisir de sa compagne qui ne s’était probablement même pas posé la question. Pourquoi et comment diable lui qui maniait les armes et à présent des outils tout aussi rudes, parfois aux arrêtes tranchantes faisait-il pour garder des mains si douces. Même s’il n’avait que peu l’occasion de lui en faire éprouver la douceur il ne conservait aucune raideur, aucune callosité, les gènes de dragon y était probablement pour beaucoup, après tout, aujourd’hui, ses écailles le protégeaient énormément.

Le grand jeune homme travaillait à sa table quand les bribes d’une conversation lui parvinrent, les commentaires de ses camarades sur le succès de Kalec, qui était apparemment dévoré des yeux par deux filles quand ils l’avaient croisé. Les sourcils du jeune homme se froncèrent alors qu’une nouvelle vague de souvenirs l’assaillaient.

Il se souvenait parfaitement de ce soir-là, quand il avait fini par lui demander ce que Kalec lui avait proposé. Oh il n’était pas idiot et encore moins amnésique et il se doutait que la perturbation que ressentait clairement la jeune femme n’existait pas sans raison. Néanmoins il voulait discuter avec elle. Après tout, elle voulait s’intégrer ici. Peut-être qu’elle n’appréciait pas cet étrange jeune homme, et lui-même n’était pas à l’aise en sa présence même si à ses yeux, quelques années plus tôt, il aurait fait un merveilleux camarade de drague, mais il lui avait sauvé la vie ou du moins quelques os et ils se ressemblaient. Il se sentait un peu jaloux d’ailleurs et d’autant plus bête de se sentir jaloux mais cet homme ressemblait à la femme qu’il aimait. S’il pouvait l’aider, à contrôler sa magie ou en apprendre plus sur ses origines elle devait saisir cette chance. Or connaissant le caractère quelque peu buté de la jeune femme si elle avait décidé que ce n’était qu’un abruti, jamais elle ne l’approcherait de son plein gré. Et pour que la belle demoiselle, si douce, même si elle l’était beaucoup moins aujourd’hui, soit aussi brusque et intransigeante il avait dû être sacrément… malotru.
Il était resté silencieux le temps qu’elle accepte, même s’il savait déjà qu’elle accepterait de lui parler et s’était fait parfaitement docile, s’asseyant comme elle le souhaitait, là où elle le souhaitait.

Tristan avait observé la scène, spectateur invisible d’un passé qui ne lui appartenait pas. En tous les cas la brusque décision de la jeune femme d’arrêter de porter ce foulard prenait son sens même s’il ressentit une certaine pique de tristesse. Il lui avait tant dit qu’elle était belle, qu’elle n’avait pas besoin de ce foulard, que ceux qui ne l’accepteraient pas n’étaient que des idiots, que ça leur faisait au moins se ressembler un peu, un tout petit peu, mais qu’elle pouvait aussi prendre son temps pour s’accepter, espérant que ça l’aiderait, espérant qu’elle l’écouterait. En quelques minutes à peine, Kalec lui, certes choquant, certes cru, certes fort rustre dans ses manières, avait suffisamment choqué et fait cogiter la demoiselle qu’elle avait fini par renoncer à ce bout de tissu. C’était blessant. C’était un inconnu lui… Et pas des plus polis, beau d’accord oui, probablement, il était plutôt agréable à regarder, ça Tristan devait bien le concéder, mais ça le blessait un peu. Ce qu’elle ne pouvait évidemment pas deviner.
Il avait l’air de savoir tellement de choses sur elle, comme s’il la connaissait. C’était d’ailleurs le plus étrange mais surtout ça ne semblait pas plus perturber ou surprendre que ça la petite mage. La rapidité avec laquelle elle l’avait tutoyé elle qui était si attachée aux règles de politesse. Il savait tant de choses sur elle, cette histoire de magie, de pulsions, comme si lui-même avait déjà vécu ça. Sa phrase si provocante, si crue, cette invitation à le rejoindre dans sa chambre. Tristan aurait dû exploser de rage et pourtant ce ne fut pas le cas. Tout d’abord il se contrôlait bien mieux que Cassidy, deuxièmement cacher ses sentiments était dans sa nature, et trop de choses ne collaient pas. D’accord il était nul en magie, d’aucun soutien pour sa compagne mais observer ça il avait bien appris à le faire. En particulier quand elle l’avait retrouvé à la cité alors qu’il avait perdu ses souvenirs, combien l’avait-il observée à ce moment-là ?!
Pour commencer Kalec n’avait pas l’air de ceux à demander bien gentiment, c’était clairement un prédateur, un dragueur qui devait facilement obtenir ce qu’il voulait et qui s’y serait pris d’une manière soit plus radicale, soit… différente du moins pour charmer la jeune femme. Ensuite il n’avait pas l’air de lui porter un intérêt lubrique, plutôt de la trouver ennuyeuse et capricieuse, voire carrément bruyante. Bon il la trouvait probablement jolie quand même, tout le monde trouvait Cassidy jolie au minimum et il fallait être aveugle pour qu’il en soit autrement.
Non quelque chose n’allait pas. Mais il n’arrivait pas à saisir quoi au juste. Peut-être ce qui était immanquable tout simplement, la force de l’énervement de la jeune femme. Cassidy était vive certes, il y a encore peu de temps elle n’aurait jamais saisi la moindre allusion dans ces propos mais avec lui elle avait été plutôt à bonne école vu comme il l’avait un peu « torturée » à ce propos. Elle savait qu’elle plaisait, du moins il fallait bien qu’elle s’en rendu compte, elle avait répondu calmement à bien pire offense, pourtant avec Kalec elle était sortie de ses gonds. Et il n’arrivait pas à saisir si c’était parce qu’elle était sur les nerfs et particulièrement perturbée à l’idée qu’on lui propose une activité qui lui était interdite avec son fiancé ou si… c’était juste par rapport à ce garçon. Bon bien sûr il n’appréciait pas que le jeune homme parle ainsi à sa compagne, encore moins ce type de proposition mais il n’était pas idiot et savait que nombreux seraient les hommes à tenter leur chance pour une si belle femme. Elle s’énervait trop, beaucoup trop…

La gêne sur les joues de la jeune femme, flagrante avec son rougissement si connue lorsqu’il reprit pieds dans la réalité, parvint un peu à apaiser le jeune homme même s’il ne pourrait pas chasser avant longtemps les constats qu’il venait de faire de son esprit. Il s’était penché doucement sur elle, posant un baiser sur son front avant d’y appuyer doucement le sien. Il n’était pas énervé. Peut-être qu’elle craignait qu’il le soit, les dragons étaient très égoïstes après tout, il ne savait pas vraiment mais il était juste doux et calme, comme bien trop souvent.

- Eh bien princesse quelle aventure bien brève et éprouvante. Je comprends mieux pour le foulard. Par contre tu risques de t’énerver souvent si la moindre invitation un brin lubrique d’un homme te met dans cet état, n’oublie pas à quel point tu es belle… Je sais que je ne peux que guère te le témoigner en nature ces derniers temps mais je me ferai tout un plaisir de me rattraper… très vite.

Bon pour qu’elle arrête de rougir c’était loupé mais au moins il avait éloigné son esprit de ce moment désagréable. Pourtant il y pensait et pas qu’un peu. Kalec savait des choses… des choses qu’elle devait apprendre, devait savoir… Elle devait en apprendre davantage aux côtés de cet étrange garçon. Mais il n’était pas tellement pour les laisser seuls ensemble tant qu’il ne le connaitrait pas plus.

Le temps passait, rien ne changeait. C’était si difficile et lassant.
Tristan était tellement plongé dans ses pensées qu’il ne se rendit pas tout de suite compte qu’il avait terminé de monter le berceau et était passé à la gravure en un temps record. Effectivement, ses collègues durent l’arracher à sa tâche pour qu’il s’accorde une pause. Il aurait très bien pu y rester encore plusieurs heures sans problème, ça l’apaisait…
D’ailleurs il rechigna qu’il n’avait pas fini alors qu’on essayait de l’extirper de devant son atelier et que Raph dut lui arracher ses outils des mains et donner un brutal coup de pied dans son tabouret pour l’en détacher. Bien sûr le jeune homme avait trop de réflexes pour se vautrer lamentablement par terre mais passablement agacé, énervé même il retrouva toute son énergie et se mit à rouler des biscottos en menaçant son ami qui se mit à courir entre les tables en le narguant.

Ils étaient entrés dans la taverne et Tristan avait marqué un temps d’arrêt devant le bâtiment, de la tristesse envahissant si brièvement son regard que personne ne le remarqua. Il se souvint de l’emploi du temps de sa compagne, elle ne travaillait pas cet après-midi et il rentra donc plus tranquillement, très tranquillement en fait. Ca le rendait triste et honteux de vouloir l’éviter à ce point, ce n’était absolument pas contre elle évidemment et il espérait qu’elle ne le prenait pas ainsi car il ne venait que bien peu la voir ces derniers temps… Mais quand il venait, ne serait-ce que pour l’observer elle se mettait à briller à un moment ou un autre, faisait beaucoup trop de lapsus avec les clients en trop peu de temps et si par il ne savait trop quel miracle elle parvenait à se contrôler, lui avait les reins tellement en feu et savait bien assez gâté par mère nature pour ne pas oser bouger de sa place avant d’avoir pensé à suffisamment de choses tristes, désagréables ou dégoûtantes pour se débarrasser de la bien trop grande flamme qu’elle allumait chez lui et en particulier sur son anatomie…

Tristan suivit ses camarades, se déridant, souriant et faisant facilement, bien plus qu’elle en tous les cas, comme si tout allait pour le mieux. Il ne remarqua que bien peu qu’un groupe de demoiselles parlaient plus loin et encore moins qu’il y avait une nouvelle. Il ne sut rien non plus de ce qui se dit mais la demoiselle avait été remarquée par l’un de ses camarades qui les mit tout de suite au courant.
Le jeune homme jeta donc un regard curieux à la jolie rousse plus loin mais ne s’attarda guère sur elle, écoutant d’une oreille distraite les commérages que les hommes aussi formulaient entre eux. Raph néanmoins commençait un peu trop à le connaitre car il se mit à parler d’armes et eut tout de suite l’attention du Drakkari.

Le travail à l’atelier finit bien vite d’occuper sa journée et le jeune homme rentra en baillant, sentant la fatigue s’exprimer tout particulièrement dans ses muscles. Il s’étirait sur le chemin du retour et se remit à bailler, tirant ses bras au dessus de sa tête en fermant les yeux quand un « truc » le heurta. Pauvre demoiselle, elle avait probablement eu la sensation de se heurter à un mur. Une tête rousse émergea alors des nombreux paquets qui tombaient au sol. Eh bien ! Elle ne devait pas voir grand chose en effet. Il allait s’excuser mais elle le devança et semblait assez préoccupée. Poli, le jeune homme s’était baissé pour l’aider à ramasser ses affaires et sourit devant un type de maladresse qu’il connaissait trop bien. Elle lui rappelait Cassidy, à tenter désespérément d’empiler tous ses paquets et de les tenir à elle seule… sauf qu’elle était beaucoup plus grande. C’était la femme rousse de la taverne. Elle n’avait rien à voir avec ce pseudo fantôme de son passé récemment teint en rousse. Elle était plutôt… belle, très belle même. Rousse aux yeux verts, peu commun… Grande, mince et qui tenait plus de la guerrière amazone que de l’habituée des villes. Elle ne faisait pas spécialement nordique non plus d’ailleurs.
Beau visage aux traits réguliers et harmonieux. Ses joues étaient piquetées de taches de rousseur ce qui était en soi particulièrement… craquant. Il l’observa une seconde tenter de faire un monticule de ses affaires et se retint de rire de peur de la vexer, se contentant d’un trop charmant sourire.

- Damoiselle ? Permettez-moi de vous aider… Ce serait vraiment mal venu de ma part de laisser une demoiselle en détresse. A ce rythme il vous faudra des heures pour rentrer chez vous et puis… je ne regardais pas vraiment où j’allais non plus donc c’est une bonne manière de « m’excuser »

Elle le guida jusqu’à l’endroit où elle séjournai et il découvrit le coin avec elle, ignorant qu’il y avait réellement un lieu prévu pour les voyageurs, du moins aussi bien prévu. Il est vrai qu’avec Cassidy ils s’étaient directement rendu au chalet…
Elle l’accueillit dans sa chambre alors qu’il déposait les différents paquets dont il ignorait le contenu et qu’il ne trouvait guère lourds pour sa part et pencha légèrement la tête quand elle lui parla. Elle était sacrément dynamique et enjouée et souriait pour à peu près… tout et n’importe quoi. C’était communicatif…
Il accepta la tasse de thé d’un sourire justement avant de répondre poliment.

- Avec plaisir… Enchanté Arianna… Mon nom est Tristan… Je pense que nous pouvons nous tutoyer… j’avoue prendre l’habitude vu que c’est ce que tout le monde fait par ici.

Elle semblait d’accord.
Le jeune homme ne lui posait pas vraiment de question, ne voulant déjà pas être indiscret et surtout parce qu’elle était probablement bien assez curieuse pour deux et enchainait sans mal la conversation. Sa voix avait quelque chose de doux et de rassurant et il se rendit compte qu’il n’avait pas ressenti cela depuis longtemps. C’est avec une pointe de culpabilité qu’il eut une pensée pour sa compagne. Elle était probablement occupée à surfer donc il ne s’inquiétait pas pour elle mais il est vrai que depuis quelques temps même sa voix ne l’apaisait plus. Il fallait avouer aussi que les récentes suppliques pleine de désir de la demoiselle s’étaient ancrées au fer rouge dans son esprit. Oh ce n’était pas qu’il n’aimait plus sa voix… Bien au contraire, mais même celle-ci devenait un douloureux supplice…
Elle le questionnait, il se recentra donc sur elle, passant une main dans ses cheveux pour tenter de dégager ses yeux, même s’ils se mirent immédiatement à rebiquer d’autant plus. Il avait enlevé sa veste et enfoncé dans un gros fauteuil, croisa les bras sur son torse, s’installant confortablement.

- Hum… Eh bien je suis né dans un petit village de Kalendar tout ce qu’il y a de plus tranquille. Ma fiancée y est d’ailleurs également née, coïncidence ou jeu du destin je ne sais pas mais après de longues années d’errance nous nous sommes retrouvés dans l’Académie qu’elle avait fondée pour donner toutes les chances aux élèves de suivre les formations de leur choix. Je ne sais pas si tu en as entendu parler, c’est l’Académie Hysandra… Elle est devenue assez célèbre sur Ascadian. Enfin… je ne saurais que bien mal t’en parler. Cette idée est magnifique, généreuse et brillante, à l’image de Cassidy, mais je n’ai pas son éloquence pour en parler… C’est une très grande mage, très puissante et qui ne se rend que bien peu compte de ses compétences je crois, elle est extraordinaire… Et tout le monde l’adore… Elle travaille à la taverne ici… De mon côté, je suis un guerrier de formation, reconverti dans ce village en, je ne sais pas trop quoi, bûcheron-artisan… Enfin je fais ce qu’on me demande, c’est tout. Autrement hum… Effectivement j’ai retrouvé ma fiancée dans cette académie, il nous est arrivé un sacré lot d’aventures, de hauts et de bas mais nous sommes ensemble… et c’est le principal. Elle a laissé son Académie au bout d’un temps. Je pense que l’aventure lui manquait un peu, elle était tout le temps sur les routes avant, rendant services à tout le monde. J’imagine que même si cette idée était bonne, même si cette mission lui allait bien, que c’était beaucoup trop… emprisonnant pour une âme aussi avide de liberté que la sienne. Elle voulait se rendre dans le nord alors c’est ce que nous avons fait… Nous sommes ici depuis plusieurs semaines maintenant et nous continuons de retaper le vieux chalet à l’écart de la ville, vers l’ouest de la route secondaire, je ne sais pas si tu connais… Enfin maintenant il n’a plus grand chose de vieux, ça commence vraiment à être bien. Elle a besoin de se poser un peu, de profiter de la vie et bien sûr je ferai tout ce qu’elle…

Se rendant compte qu’il parlait beaucoup et essentiellement de sa compagne, le jeune homme referma brusquement la bouche et rougit légèrement en détournant les yeux, s’excusant à mi-voix. Ah oui, c’est vrai que la demoiselle était un de ses sujets de… prédilection.
Sauf que la jeune rousse semblait curieuse, intéressée et rebondit bien vite sur ses paroles à sa grande surprise. Il sourit aussitôt, un peu rassuré, se sentant de plus en plus à l’aise et buvant tranquillement sa tasse de thé en l’écoutant à son tour.
Elle parla de son petit ami… qu’elle avait quitté. Aie ! Bourde !
Et là ce fut le drame. Parce qu’elle se mit à parler d’un sujet qu’il redoutait amèrement, celui qui le hantait jour et nuit ! Non sérieusement ?! Elle aussi ? Apparemment elle avait vécu une histoire très similaire à la leur, quelque chose qui l’avait empêché d’avoir des rapports sexuels suffisamment longtemps pour qu’elle finisse par rompre. Le jeune homme pâlit un peu même s’il ne montrait rien de particulier. Rompre ?
L’envie de poser des questions, d’en savoir davantage, de savoir s’ils avaient de nouveau pu… ou si au contraire c’était finalement le sujet de leur séparation, si depuis ça « fonctionnait », si, si, si… Tant de si, tant de questions, tant de suppositions et en même temps, tant de peur. Il avait envie de savoir pour progresser mais il redoutait de savoir… vraiment !

- … Navré…

Elle restait positive et souriante alors qu’il se sentait atrocement mal, et pas seulement à cause de ce qu’elle avait pu dire. Mais son malaise fut rapidement effacé, du moins amoindri. Il l’écoutait d’une oreille distraite jusqu’à ce qu’il entende LES MOTS qui allaient tout changer. Folle… à admirer… les dragons. Elle admirait… QUOI ?!
Le jeune homme se crispa, beaucoup moins maitre de ses émotions pendant une seconde, son visage exprimant une sincère surprise alors qu’il la regardait non avec dégoût ou rejet mais juste avec une profonde curiosité et peut-être tout simplement de l’intérêt. Elle admirait les dragons ? Pourquoi ?
Peut-être avait-elle l’habitude qu’on la regarde bizarrement quand elle disait ces mots, peut-être au contraire en parlait-elle très peu, il ne savait pas, elle fixait le vide alors qu’un sublime sourire éclairait son visage et que plongée dans ses souvenirs elle se mettait à lui raconter son histoire.

Quelle étrange coïncidence…
Qu’il rencontre à cet instant-même, alors qu’il perdait tant confiance en lui, quelqu’un qui aimait si sincèrement les dragons, qui semblait en être tout à fait fasciné et qui avait aussi une histoire à leur propos à raconter… Que son compagnon les déteste et les traite d’animaux n’avait rien de surprenant, c’était la réaction de beaucoup d’opposants… Les humains étaient si extrêmes, soit on les adorait, presque les vénérait, soit on les haïssait et méprisait… Quelle tristesse !
Elle parla, parla et parla encore, sacrément intarissable. Peut-être avait-il besoin de ça.
En fait non, il en avait sincèrement besoin. Que quelqu’un le rassure sur sa nature, même indirectement. Les dragons ne lui apparaissaient que comme des monstres, parce que Cassidy, même si elle l’aimait, même si elle faisait tout pour l’accepter, détestait ceux de son espèce, alors même si elle faisait tout ces efforts, même si elle essayait, indirectement, elle le détestait lui aussi… Quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse… Et ça ne changerait probablement jamais. Il ne s’était même pas rendu compte d’à quel point la bipolarité de sa nature lui pesait. Il aimait ce qu’il était dans un sens, sa liberté, sa puissance, tous ses sens décuplés, cette capacité à être, à sentir, et il détestait ces choses qui le rendaient si différent, si proche de ce qu’elle craignait, redoutait, haïssait.

Cette femme, qui parlait avec tant de convictions, qu’il ne connaissait pas jusqu’alors, aimait les dragons, avec leurs qualités et leurs défauts. Peut-être avait-il juste besoin d’entendre des choses positives sur ceux de son espèce puisqu’il n’avait eu droit qu’au négatif. Il sourit, surpris, un peu ému à vrai dire, la trouva magnifique et passionnée et se cala davantage dans son fauteuil. Il avait d’ailleurs décroisé les bras pour les poser sur les accoudoirs et à présent son menton reposait dans le creux de l’une de ses paumes. Il la fixait en silence, le sourire aux lèvres, un sentiment de bien-être venant panser un peu les blessures de son coeur qu’il s’obstinait à ne pas vouloir voir.
Elle s’excusa même au bout d’un moment pour son côté… prolixe mais il lui sourit aussitôt, lui dédiant un de ses renversants sourires.

- Je t’en prie, continue. C’est très intéressant… Tu as l’air passionnée.

Il avait été un instant perturbé oui mais ce moment passé, il se rendait compte de toute la richesse des informations qu’elle lui apportait, dont il ignorait tout pour la plupart.
Rassurée, la jeune femme continuait sur sa lancée et ce ne fut que l’heure avancée, même si finalement il n’était pas tant resté que ça, qui lui fit prendre congé.
Au moment de sortir il lui prit la main pour y déposer un impeccable baisemain plein de galanterie mais surtout de reconnaissance, même si elle ne le voyait probablement pas ainsi et le comprenait encore moins ainsi.

- Plaisir partagé. Eh bien, j’ai hâte d’en savoir davantage sur les dragons, rassure-toi pas pour en transformer un en brochettes, ça m’intéresse aussi alors… merci.

Il rentra finalement, pensif sur tout ce qu’il venait d’apprendre et encore plus sur l’apparition de cette étrange jeune femme qui savait tant des dragons au moment où lui-même doutait tellement, cette même jeune femme qui spontanément s’était mise à lui parler de sa passion, cet étrange sujet qui finalement les liait bien plus que le commun des mortels ne pouvait l’imaginer… Il était plongé dans ses pensées toujours quand il arriva au chalet, ayant parcouru le chemin plus vite que d’ordinaire, il fut d’ailleurs surpris de se retrouver à pousser la porte, davantage encore lorsqu’un éclair blond lui sauta dessus dans un cri un brin strident.
Il eut juste le temps de la cueillir au vol alors qu’elle se blottissait étroitement contre lui. Mauvaise idée. Tellement mauvaise idée. L’étrange Arianna l’avait apaisé. Mais Cassidy… C’était une autre histoire.
Son ouïe si fine aurait dû le faire grimacer et détester ce son trop aigu mais ce n’était pas le cas.
Son corps aurait dû réagir au danger d’une approche si brusque mais ce n’était pas le cas.
Sa vue aurait dû être troublée par la surprise et il aurait dû avoir ces réflexes peut-être brusques mais là encore ce n’était pas le cas.
Oui Arianna l’avait apaisé. Cassidy en était désormais incapable.
Elle était arrivée trop vite, beaucoup trop vite.
Il n’était pas prêt du tout.
Dieux qu’elle sentait bon ! Elle faillit provoquer sa transformation, bien malgré elle, inconsciente qu’elle était de l’effet dingue, bien trop dingue qu’elle avait sur lui. Il n’avait pas fait attention et son manque de prudence le faisait rager. Il avait oublié l’espace d’un instant à quel point tout ce qu’elle éveillait chez lui pouvait le rendre un brin imprévisible. Sa voix lui avait donné envie de se transformer car ajoutée à son odeur, la douceur de sa peau, sa chaleur contre la sienne tellement plus forte, c’était trop beaucoup trop pour le jeune homme.

Elle se dégagea d’elle-même, rapidement et heureusement qu’elle le fit, il avait du mal à penser, son esprit tournait au ralenti tandis qu’il tentait de contrôler l’élancement dans sa mâchoire et ses membres. Elle n’avait pas l’air d’avoir remarqué, trop surexcitée, trop heureuse, trop… elle.
Ca le calma. Oui… décidément avec elle il était vraiment bipolaire. Plus prudent, se rappelant des montagnes qu’il devait dresser entre eux pour être si charmant, si patient, si doux et prévenant, l’air si parfait alors qu’il l’était si peu, il avait reprit pieds, plus facilement qu’il ne l’aurait cru. Elle parlait… vite, sacrément vite en fait et avait l’air très joyeuse, peut-être trop, comme si quelque chose la tracassait. Bien sûr il ne savait pas quoi. Il n’avait rien vu cette fois-ci, de sa course poursuite, de sa chute, de cet étrange moment de doute, probablement parce qu’elle n’était pas en danger…
Il n’avait pas répondu à son interrogation, trop occupé à se remettre et il allait vraiment lui parler de ce qu’il avait fait, d’Arianna avant de s’auto-censurer… Il devait être prudent avec les mots dont il userait. Cassidy était raisonnable, elle le savait fidèle et n’irait pas le soupçonner de folâtrer avec une fille alors que lui-même la laissait avoir des hommes comme amis… Ô naïf jeune homme qui oubliait bien vite le véritable poison qu’était la jalousie maladive de la jeune femme. Non, il voulait surtout faire attention à ses mots. S’il lui disait qu’il avait rencontré quelqu’un qui lui avait parlé des dragons, qui aimait les dragons, le petite mage en serait profondément blessée. Peut-être même ferait-elle comme si c’était une bonne chose, comme si tout allait bien. Oui elle le ferait sûrement… Alors que rien n’irait bien au contraire. Que dire alors ?

Mais elle ne lui laissait que peu de répit en fin de compte, toute occupée à meubler la conversation et l’espace elle-même. Que lui arrivait-il donc ? Elle était particulièrement agitée… Il fronça les sourcils, inquiet qu’il lui soit arrivé quelque chose mais elle était déjà occupée à le servir comme un prince et elle s’était sacrément embêtée en cuisine. Il sourit rapidement, attendri… même si à son grand malheur elle avait enfilé un tablier ce qui retourna un peu trop facilement les pensées du jeune homme avec toutes sortes de scénarios décidément fort mal à propos !

Elle parlait avec une telle énergie… aborda le sujet de l’entrainement, un terrain préparé exprès, qu’il n’avait jamais vu, de combats. Il n’en fallait pas plus pour que le jeune homme quitte ses précédentes préoccupations et se concentre sur ce sujet si plaisant et intéressant. Même s’il se contentait de beaux sourires et d’une joie sincère, un bel enthousiasme face à cette nouvelle, intérieurement il était un peu.. bon d’accord très orgueilleux ! C’est que sa fiancée avait l’air sacrément fière de lui !
Ils parlèrent un bon moment et elle lui glissa même qu’elle avait vu Kalec se faire étaler par Vlad et qu’elle le verrait bien faire encore plus voler ce gros malpoli ! Amusé par ses paroles il les tempéra certes un peu mais ils ne dévièrent plus du sujet de conversation.

Le lendemain matin, il partit très tôt, lui laissant un mot en expliquant qu’il avait un travail à finir à l’atelier avant d’aller couper du bois mais beaucoup plus loin, pour une demande particulière, un certain type et qu’il la verrait probablement en fin d’après-midi, qu’il avait une surprise pour elle, si elle était sage du moins… Ajoutant bien sûr qu’elle était très belle et qu’il l’aimait…
Il ne sut rien de ce qui arriva à la jeune femme, jusqu’à ce moment qui aurait pu le faire sombrer, une fois de plus…

Effectivement, il était parti très tôt à l’atelier, comptant sur la fin d’après midi pour s’entrainer, peut-être aller faire un tour sur ce fameux terrain. Il était encore tôt quand Raph rentra en baillant à s’en décrocher la mâchoire, l’air très mal réveillé. Dehors il faisait encore nuit et il eut l’air surpris et assez ébloui par la lumière.

- Tu dors jamais toi ou quoi ?! Tu… Woh !!!.

Il s’était arrêté près du grand jeune homme et observait l’objet que Tristan examinait avec une attention minutieuse. Ce dernier s’était bien vite rendu compte du nouvel intérêt de sa compagne, un brin surprenant. Que lui-même soit casse-cou, ça n’avait rien d’étonnant, mais Cassidy, jusqu’à il y a peu si prudente, si, c’était surprenante. Elle s’était mis au surf et s’améliorait vite. Vlad lui donnait des conseils et lui avait même donné une de ses vieilles planches de son adolescence. Tristan n’était pas vraiment jaloux. Bien sûr, il aurait voulu partager cela avec elle, comme partager beaucoup de choses d’ailleurs mais il était conscient qu’en ce moment elle avait besoin d’un « truc » à elle, qui lui permette de se défouler, de se changer les idées et d’oublier tous leurs tracas. Elle canalisait de moins en moins bien ce qu’elle ressentait après tout.
Il n’avait rien dit de négatif quand elle lui avait parlé de ce nouvel intérêt. Il ne s’était pas méfié, n’avait par argué que ce n’était pas très prudent ou très féminin comme l’aurait probablement fait Erwan si attaché à la petite Cassidy fragile, féminine, douce, gentille et qui ne faisait pas de vagues.
Tant qu’elle s’amusait, à ses yeux, ces yeux qui la quittaient si peu en temps normal, ça valait le coup et même si elle avait failli finir dans le décor. Après tout, il lui faisait confiance et il ne la traitait décidément pas comme un petit machin fragile à surveiller constamment. Elle était forte à ses yeux, vraiment forte.
Mais même s’il n’avait rien dit, il n’aimait pas ce bout de bois. Non mais c’était quand même super moche ! Très rudimentaire ce truc ! Hors de question que sa fiancée se contente de ça.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Sam 19 Déc - 16:06



Alors il avait commencé à réfléchir, à dessiner une nouvelle planche, pour elle.
Après des mini prototypes, il avait terminé un plan qu’il jugeait lui-même plutôt bon et avait commencé à concevoir celui qu’il comptait lui offrir. Il s’était servi de plusieurs bois différents qu’il avait collés entre eux, du moins les petites poutres entre elles et maintenues extrêmement serrées à l’atelier plusieurs nuits jusqu’à ce que ça ne forme plus qu’un gros tronceau unique aux bois de différentes couleurs et spécificités. Il avait commencé à raboter et poncer… ce qui lui avait assurément pris le plus de temps, millimètre par millimètre. Lentement la planche s’était affinée, incurvée. Bien sûr tout le monde l’avait vu progresser mais personne n’avait vendu la mèche et Raph était le premier à voir l’état final.
La planche était très fine et très souple, permettant un confort, une flexibilité, une légèreté qui se voyaient à l’oeil nu. Sur le côté face, là où il avait fixé avec minutie des attaches parfaitement orientées selon la taille et l’écart des jambes de sa compagne, il avait laissé le bois nu et les différentes couleurs étaient visibles, toutes les rainures, ça par contre, il avait évidemment demandé à ce que ce soit enchanté, il n’utilisait pas la magie après tout, enfin pas ainsi. A la fois très souple mais aussi très résistante puisqu’il l’avait posé entre deux tables et se tenait lui-même debout, sautillant légèrement alors qu’elle pliait mais ne rompait absolument pas et retrouvait immédiatement sa forme naturelle, elle était plus effilée que les planches normales, ce qui était entre autre permis par la petite taille de la demoiselle, lui garantissant d’avance de sacrés pics de vitesse malgré une maitrise conservée. Le dessous par contre il s’était encore plus acharnée.
Silencieux, il avait observé la planche rudimentaire de la jeune femme, semblable à toutes celles des jeunes gens. Comme ils avaient probablement toujours fait ainsi personne ne s’était apparemment posé ses questions et puis il fallait tout de même être sacrément inventif. Mais lui avait regardé les bords de la planche en dessous, ils étaient très abimés, souvent fendus. Ils les aiguisaient constamment pour que ça accroche la neige mais c’était loin d’être suffisant à ses yeux. Du coup il avait cerclé tout le bord de la planche côté pile, en dessous donc, d’un fin liseré de métal, enfin… pas si fin, la largeur du petit doigt… Avec ça, la planche accrocherait parfaitement à la neige selon ses calculs, permettant une maitrise et des virages sur le carre remarquables. Il avait renforcé l’avant et l’arrière de la planche, la rendant parfaitement symétrique pour que sa compagne apprenne à se servir de ses deux jambes en tant que jambe d’appui. Il avait peint le dessous d’un mélange de flammes jaune, orange, rouge, bleu, rose, violette qui ressemblait à un brasero magnifique, presque trop réaliste d’ailleurs et avait fini par vernir le tout pour la rendre étanche.
Combien d’heures avait-il passé là dessus ? Il avait cessé de les compter depuis un bon moment. Il prétextait souvent du travail, sans jamais dire quoi, ces derniers jours, trop occupé à fignoler son cadeau et il n’était pas peur fier du résultat.
Raph semblait médusé et beaucoup plus réveillé brusquement.

T’es un génie ! J’aurais jamais pensé à faire ça et… wouah !!!! Mais elle va trop bien glisser cette planche ! Je peux essayer dis ? Je peux essayer ?!!!!
Tu es trop grand banane ! Tes pieds dépasseraient ! Et tu te vautrerais ! Par contre si tu veux qu’on en fabrique une ensemble, oui, mais à mon avis tu l’aimeras d’autant plus si tu participes à sa construction…
Sérieux ! Merci Gueule d’ange ! Elle va être ravie ta chérie dis-moi ! La gâte pas trop !


C’était une bien maigre consolation face à ce qu’il ne pouvait pas lui donner évidemment… Mais ce serait déjà… un petit quelque chose.
Il l’avait emballé dans la housse légère qu’il avait commandée à une couturière du village et la laissa sur son établi, s’étirant avant de suivre son compagnon à l’extérieur, d’enfourcher son cheval et de trottiner tranquillement à côté de lui pour se rendre au site de coupe.
Le Drakkari bailla à s’en décrocher la mâchoire, tirant encore sur ses bras déjà plein de courbatures.

Tu te ménages pas trop en ce moment ! Fais gaffe quand même… Je sais pas trop ce que tu essaies de compenser à te fatiguer autant mais…

Tristan se crispa un peu mais de toute façon Raph ne le remarqua pas, trop occupé à parler, très bavard sur un de ses plus grands intérêts dans la vie, à savoir la nourriture, ce grand dadais était un gourmand comme il en avait connu bien peu. Heureusement que les nordiques avaient un système efficace, vu tout ce qu’il ingurgitait c’était mieux, même s’il était aussi très capricieux parfois sur le contenu de son assiette. D’ailleurs Tristan avait été très surpris d’apprendre que son ami était un vrai cordon bleu aux dires de sa soeur !

Profitant de ses longs discours, pensif, le jeune homme laissa ses muscles se détendre. Il était épuisé à vrai dire mais la fatigue le rassurait. Déjà elle était la preuve qu’il était souvent… tout le temps occupé. De deux, elle lui garantissait un manque suffisant d’énergie pour abaisser un peu les pulsions tournées vers la petite mage.
Ca devenait vraiment difficile… Et la culpabilité lui dévorait le coeur. Alors c’est vrai… il essayait de compenser avec des attentions, des cadeaux, parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autre. Peut-être devrait-il la laisser chercher, la laisser faire… mais elle en avait trop fait en trop peu de temps, et bien assez côtoyé le danger…

De son côté ce fut donc une matinée tout ce qu’il y a de plus normal après ça. Il était dynamique, souriant et énergique même si évidemment ce n’était pas le cas intérieurement. Il essayait de ne pas trop penser à la jeune femme qui occupait toutes ses pensées… enfin du moins essayait de ne pas y penser de manière à perdre l’esprit. Bien sûr qu’elle le hantait… C’était ainsi. Il espérait juste que tout irait bien pour elle. Elle devait finir dans l’après-midi si ses souvenirs étaient bons. Il sourit en imaginant sa surprise face à son cadeau et sa joie plus que probable. Peut-être que ce soir il retenterait d’apprivoiser doucement son corps, malgré la torture que c’était… Parce que la peur les poussait à essayer de moins en moins et que ça ne les aidait pas davantage finalement.

Ils avaient fait plusieurs pauses et il était tranquillement en train de boire un énième café quand une drôle de sensation de vertige le prit. Il se frotta la mâchoire, fixant d’un oeil soupçonneux le fond de sa tasse mais aucune demoiselle du coin ne semblait décider à le séduire. Ce n’était pas comme la dernière fois, ça n’avait rien à voir, il se sentait juste un peu… faiblard. Il songea aussitôt à sa compagne. Malaise ? Avait-elle trop forcé avec sa magie ? A cette heure-ci elle devait être rentrée… Il fronça les sourcils. A tous les coups elle avait trouvé son cristal et avait profité de son absence pour tenter de s’exercer. Un brin agacé devant cette certitude mais assez admiratif à vrai dire il reprit le travail. Il ne pouvait imaginer évidemment que la demoiselle avait été endormie par du chloroforme et qu’un nouvel évènement aux airs de tragédie allait encore les bousculer.
Il était occupé à frapper de sa hache sur un tronc lorsque la vision l’assaillit.

Tout devint plus sombre et il ne comprit pas, sa hache rebondissant sur le bois alors qu’il se sentait sans force et venant douloureusement heurter du manche l’un de ses genoux. Il faisait sombre, il voyait mal… C’était une grande pièce, mal éclairée… Il était sur un lit ? Non pas lui évidemment. Cassidy. Son coeur se serra d’un bloc. Qu’est ce qu’elle faisait sur un lit… seule ? La voix d’un homme, elle n’était pas seule, l’horreur aurait pu le faire vomir si la vision ne s’était pas poursuivie… la vision d’un homme qu’il avait aperçu de loin ces derniers jours, son air trop lubrique, la bosse qui déformait son pantalon, ses paroles, la peur, le danger, de nouveau la faiblesse… Cassidy… était en danger.
Cet étrange flash n’avait duré qu’un très bref instant et pourtant il était déjà remis. Une fois de plus sans explication, mais sans hurler cette fois, trop étranglé par la peur et la colère d’une violence qu’il ne connaissait que trop bien qui faisait palpiter ses veines, il abandonna tout le monde, sauta sur son cheval et l’éperonna.
Il aurait voulu se transformer, devant tout le monde, il s’en fichait tellement de ce secret… Mais il s’en savait incapable. C’était de plus en plus difficile en situation de crise, il perdait ses moyens, son contrôle. S’il se transformait maintenant… il n’était de toute façon même plus sûr de se trouver lui-même… Son cheval galopait. Mais pas assez vite. Il n’avait pas eu plus d’aperçu de la situation, il ne savait pas ce qui se passait. Le collier à son cou brillait, chauffait… le guiderait probablement. Ses pensées s’embrouillaient sous la rage qui lui broyait le coeur, l’estomac, les poumons.

Il ignorait tout de ce qui se passa, totalement. Pourtant ça l’aurait rassuré.
Ca l’aurait rassuré de savoir que quelqu’un portait secours une fois de plus à la femme qu’il aimait, même si c’était cet homme, cet homme qu’elle prétendait détester et qu’il voyait curieusement comme à la fois le moindre et le pire danger de leur nouvelle vie.
Son cheval s’agitait sous lui. Il sentait le dragon, il sentait la rage, la fureur, l’envie de tuer, tellement forte qui hantait l’homme qui le chevauchait. Kalec avait probablement raison, il était un monstre… mais il ne supportait pas l’idée qu’on touche à la femme qu’il aimait. Après tout ce qui leur était arrivé, une fois de plus il ne pouvait pas la protéger. Après son viol… ce foutu, horrible moment qui l’avait fait se haïr peut-être plus que lorsqu’il l’avait abandonnée, il s’était promis que ça n’arriverait plus jamais, qu’elle n’aurait plus jamais peur ainsi… plus jamais mal ainsi… qu’il ne la trahirait plus jamais de la sorte. Et pourtant une fois de plus, elle était seule…
Il ignorait pour la potion que prit ce monstre pervers, cette horrible potion qui était peut-être pire qu’un viol… Exacerber les pulsions de la jeune femme, la rendre dingue de l’enflure qui la retenait captive alors que resterait, légèrement immergée, sa conscience, pas assez pour qu’elle se maitrise réellement, suffisante pour qu’elle sache qu’elle trahissait l’homme qu’elle aimait… et qu’elle le faisait avec plaisir. Heureusement qu’il ne le sut pas, ça aurait été pire peut-être, si tant est que ça puisse être pire.
Il ne vit pas Vlad… Pourtant celui-ci hurla son nom de loin mais il n’entendait rien, il n’était même pas sûr de voir autre chose que ce monde étrangement noir et blanc dans lequel il s’était plongé, cette drôle de vision oui, en noir et blanc dont la seule couleur était la rivière de sang, si rouge, qu’il voulait faire couler… Ce ne fut que le nom de la jeune femme, hurlé, si fort, qui parvint à le faire réagir, lui faire arrêter sa monture.
Cassidy… Bien…
Il avait entendu une voix. Son cheval avait pilé net et tremblait légèrement sous lui, sentant un peu trop la violence qui émanait de son cavalier. Tristan aussi tremblait, ses mains parvenaient à peine à tenir les rênes… Il se retourna lentement alors que Vlad venait le rejoindre comme il pouvait. Le coeur du jeune homme battait fort, si fort, il avait encore l’impression d’entendre à travers une vitre, les voix résonnaient, se dissociaient, enfin les voix… Celle de l’homme qui essayait de le rejoindre, celles primitives du cheval terrifié sous lui, des animaux autour. Depuis quand entendait-il ce que pensaient les autres ? Ce n’étaient pas ce qu’ils pensaient, mais ce qu’ils disaient, ça ne marchait pourtant que lorsqu’il était dragon, enfin un peu, juste un peu.
Il reconnut difficilement l’homme, ses traits étaient flous, le blond plus clair de ses cheveux lui apparaissait juste blanc, son visage un peu moins blanc, monde de noir et blanc… Il lui parlait, il s’accrocha à ses mots, rassurants… qui le ramenèrent, un peu, assez pour que ses mains se desserrent, un peu…

Extérieurement il avait juste l’air un peu crispé, froid, pas alerté, pas en colère, pas catastrophé alors qu’intérieurement il voulait juste tuer… Une petite voix lui disait de se calmer bien sûr, qu’il allait faire du mal à ceux qu’il aimait, qu’il allait blesser les amis de sa bien-aimée… Mais il ne l’écoutait pas vraiment.
Vlad le rassura, lui expliqua la situation… Il dit surtout tout ce que le jeune homme avait besoin d’entendre. Cassidy était en sécurité, elle n’avait rien, on ne lui disait pas où elle était et c’était bien mieux ainsi, que l’homme qui avait osé la toucher allait être jugé mais surtout que ce même homme était en vie… C’est tout ce dont il avait besoin pour l’instant. Que Cassidy soit en sécurité, loin de lui, et que la pourriture soit en vie…
Les couleurs revinrent, un peu, un peu plus alors que sa voix le surprenait lui-même, calme, sans émotion aucune, ni désarroi, ni soulagement, ni inquiétude.

… Tant mieux.

Il ne remercia pas le grand blond, il ne dit rien de plus, repartant vers le village, moins vite mais se fermant d’autant plus.
Vlad n’insista pas, du moins en eut-il le bon sens. Peut-être le trouva t-il étrange… Surtout de ne pas en demander davantage sur sa fiancée, ni comment elle allait au juste, émotionnellement du moins, ni où elle était, ni qui l’avait secourue… Non, il ne demandait rien.
Il essaya bien de lui parler mais se heurta à un mur de désintérêt, comme si de nouveau le jeune homme ne l’entendait plus. Même s’il épargnait un peu plus son cheval, il força l’allure du blond et ils arrivèrent rapidement en ville.

Une petite troupe s’était formée autour du terrain d’entrainement dont Cassidy lui avait parlé la veille. La nouvelle s’était rapidement répandue. Tout le monde semblait plus ou moins au courant. Si Tristan avait été attentif il aurait aperçu Kalec à l’écart qui fixait la scène et surveillait d’un oeil peu amen l’homme, le monstre… Mais Tristan n’était pas attentif du tout. Un gros détail avait été oublié. Un détail primordial. Le monstre en question avait pris une potion pour amplifier ses hormones, provoquer des pulsions chez les autres. Si Cassidy avait failli en faire les frais en étant seule avec lui, même si c’était plus diffus, les effets continuaient de se faire sentir. Les femmes présentes semblaient beaucoup moins agressives et scrupuleuses qu’elles auraient dû l’être, le trouvant assez craquant malgré son visage en sang, sacrément tuméfié. Les hommes semblaient le trouver sympathique, sans doute eux aussi perturbé par ces hormones mâles qui inscrivaient probablement cet être comme un homme à respecter. Le chef était soupçonneux et radical, tout le monde connaissait les règles et pourtant une mollesse se faisait ressentir chez chacun, comme des scrupules, comme une certaine… compassion, presque une indulgence.

Tristan s’avança et on s’écarta sur son passage alors qu’il s’approchait du prisonnier.
Il avait été enchainé à un gros poteau, les mains derrière le dos, assis dans la neige et son visage avait tellement gonflé à cause des coups violents de Kalec qu’il était presque méconnaissable.
Le Drakkari ne le quittait pas des yeux, un regard glacial, plein de promesse de mort, malgré son état, le prisonnier eut un frisson.
Il voulut s’avancer encore mais une grande main solide venait d’attraper son bras, le retenant.

Tristan ! Je comprends que tu sois en colère…

C’était le chef… le chef qui lui parlait. Le jeune homme ne tourna pas la tête vers lui, continuant de fixer le salopard au sol.

Il n’avait pas à toucher ta fiancée mais…
Akengez ! g’est lui le giancé ? Et l’augre alors ?


C’était le salopard pour la peine. Il semblait un brin effrayé et ne pas comprendre. Après tout Kalec l’avait tellement démonté qu’il avait tout à fait pu croire que c’était effectivement lui le fameux fiancé qui devait lui refaire le portrait. Voilà qu’il y en avait un autre ! Mais elle avait combien de prétendants cette petite mage ?! C’était vachement dangereux de s’approcher de celle-là pour le coup ! Même si elle était vraiment sublime et qu’elle valait le risque mais… mais là, deux fous… ça faisait beaucoup.
Tristan ne sembla pas l’entendre davantage, ne pas vouloir relever ou… en fait difficile de savoir ce qu’il pensait ou s’il pensait tout court d’ailleurs.

Tristan ! Il a déjà été tabassé ! Il sera puni. Ne te mêle pas de ça ! Pour l’instant il ne semble rien y avoir eu de grave ! Peut-être que…

Tristan tourna finalement lentement les yeux vers le chef, ce regard dur et froid dans lequel le tourbillon argenté s’était étendu et tournoyait, insidieux. Il porta une main au bras que tenait le chef et ôta sans préambule l’un de ses beaux bracelets d’argent. Aussitôt, ce fut comme si un souffle avait couru entre tous les villageois proches. Tout le monde ou presque se mit à secouer légèrement la tête, pas surpris d’être là, fronçant les sourcils, mais d’avoir l’étrange impression d’avoir été endormi en vigilance, trompé aussi…

C’était un raisonnement intelligent pour quelqu’un qui n’était plus à même de réfléchir. Ses hormones, même une partie seulement, pouvaient sans mal souffler celles de la potion du violeur. Il ne cherchait pas à manipuler les villageois de son côté… Mais juste à les réveiller de cette étrange torpeur. Le chef lui-même semblait surpris, secouant légèrement la tête, son regard s’emplissant de colère, de fureur même et la pitié en disparaissant totalement alors qu’il lâchait le grand jeune homme et demandait à ce qu’on punisse sur le champ l’enfoiré concerné.
Tristan entendit le soufflet de la forge, le bruit du métal qui crépitait dans les braises alors que la voix si lointaine du chef lui expliquait que cet homme serait marqué au fer rouge, sur la main, marque visible à jamais, qu’il ne pourrait plus jamais toucher une femme… C’était la punition des violeurs, qu’il devait rester en dehors de ça une fois encore…

Une marque au fer rouge…
Cassidy avait été marquée au fer rouge alors que cette même marque n’était qu’un horrible mensonge, mentant sur elle, la blessant cruellement dans son estime d’elle-même pendant longtemps. Et même si elle était aujourd’hui complètement invisible, il la surprenait encore à observer le tatouage qui la camouflait, comme si elle craignait qu’elle réapparaisse. Les innocents pouvaient être marqués ainsi… Et les coupables le cacher par un sort… par un tatouage. Les nordiques étaient des gens trop loyaux, trop justes, ils pensaient probablement que la punition suffisait, peut-être oui mais pas pour tous… Certains… continuaient…
Ce fut au jeune homme, si calme, si maitre de lui-même d’arrêter le chef, le fixant avec un sérieux qui n’augurait rien de bon.

Je comprends votre jugement. Je le respecte. Mais il s’agit de ma fiancée. J’aimerais agir selon les coutumes que j’ai apprises.
Tristan…

Je ne peux pas. Il fera un exemple pour tous les autres.

Encore une fois… je comprends ta colère petit… Crois-moi je comprends. Chacun de nous est en colère pour Cassidy…

… Mais je ne peux pas te laisser tuer un homme pour…
Je n’ai pas l’intention de le tuer…
Tu ne… Oh… Euh… Mais…
Je veux un duel Olkalh.
Un duel… mais c’est une coutume du royaume des sables, tu…
Oui.
Mais tu…



… Soit.
Goi ?! Mais ké ke vous gallez me gaire !


D’autres avaient l’air surpris… et de ne pas davantage comprendre. 
Après tous les nordiques voyageaient peu… Le chef était vieux, cultivé, il avait beaucoup lu et fait de nombreuses rencontres. Peu comprenaient pourquoi brusquement leur chef acceptait de concéder l’autorité d’un jugement à un jeunot, qui plus est nouveau, ni en quoi consistait ce duel… Après tout Tristan était tellement froid. Le grand jeune homme si joyeux semblait aussi creux et vide, froid et agressif qu’une tempête de neige !
Le chef renseigna tout le monde, de quelques mots que Tristan n’entendait plus non plus, n’écoutait plus, le regard de nouveau fixé sur le prisonnier.

Le chef venait d’ordonner que les soigneurs s’occupent de ce monstre alors forcément ça surprenait tout le monde. On lui donna des anti-douleurs et par magie, on fit dégonfler son visage, lui rendant sa mobilité et son énergie alors qu’il fixait le grand jeune homme sans comprendre.
Les duels Olkalhs étaient une tradition si ancienne du royaume des sables, du désert, loin au sud, qu’on ne savait même pas à quand ça remontait au juste. Lui-même n’en avait jamais vu, juste entendu des histoires mais c’était une preuve de la sagesse des hommes du désert. Quand un différend les opposaient, deux personnes, hommes ou femmes, se combattaient. Le but était d’exprimer sa colère, sa rage, de régler ces problèmes par une grande dose d’énergie dépensée contre le sujet de sa frustration, mais dès que le sang était versé, ne serait-ce que celui d’une lèvre fendue par un coup de poing, le combat s’arrêtait, peu importe l’état des combattants. Certains se blessaient gravement mais c’était plutôt rare. Ca expliquait aussi pourquoi les hommes des sables étaient d’aussi prompts guerriers, rapides et doués en esquive, pour faire durer le combat il fallait pouvoir éviter le moindre coup…
Tristan fixait toujours immobile son adversaire désigné tandis que lui-même semblait particulièrement attentif à ce qu’on disait. Les soins lui avaient rendu une articulation normale.

Attendez… Ca veut dire que si je gagne vous me faites rien ?!
Oui
Et même s’il gagne, dès qu’il me fait saigner, peu importe la blessure, c’est fini ?!
En effet…
Et… vous me laisserez partir sans rien faire d’autre ?
… En effet.


Le chef avait l’air réticent sur la fin, serrant les dents en fixant le dos de Tristan. Quelle idée avait donc en tête ce jeune homme? Ce duel n’avait pas pour but de tuer, c’était même interdit, alors pourquoi choisissait-il cela ? Un murmure de protestation courut parmi les personnes présentes. Tristan ne le remarqua pas, pas plus que sa nouvelle amie rousse qui l’observait depuis un bon moment sans oser avancer.
Tout s’enchaina très vite. Ils entrèrent sur le terrain d’entrainement, on libéra les mains du prisonnier qui s’étira et saisit une petite fiole, encore une, dans l’une de ses poches dont il vida le contenu alors qu’un homme voulut l’arrêter, pas assez rapide. Une chance pour lui que ladite fiole ne se soit pas brisée. Il se mit à ricaner.

Ahah ! Avec ça, tout Drakkari que t’es tu vas avoir du mal à me suivre ! A la base je voulais la prendre pour être performant pour ta petite fiancée et pouvoir la démonter un bon moment mais ça devrait déjà me permettre de t’exploser !

Il semblait décidé à provoquer le grand jeune homme mais Tristan ne se crispa même pas, ne donnant pas l’impression de l’avoir entendu. Tout le monde s’indigna, ou presque, le chef se crispa également… Des insultes et des cris fusèrent, mais personne n’avait le droit d’intervenir… Ils étaient après tout très respectueux et écoutaient leur chef.
On leur laissa le choix parmi un nombre d’armes impressionnant, toutes d’excellente facture, probablement forgées en partie par Kalec.
L’homme s’arma comme un guerrier partant à la bataille, bouclier, épée, lance, gantelet muni de pointes de fer épaisses alors que Tristan, sans hésiter une seconde se munit d’une dague qui ne faisait même pas la taille de son avant bras, garde comprise, c’est tout. Nouveau murmure de protestation et de surprise. Le jeune homme avait-il décidé de prouver aujourd’hui ses compétences en combat ? C’était mal venu…
Raph et les autres étaient arrivés, il y avait Vlad aussi, qui leur avait expliqué la situation, personne ne comprenait vraiment ce qui arrivait à cet étrange jeune homme venu d’ailleurs. Etait-ce ainsi qu’il comptait venger sa compagne ? Apparemment oui.

S’engagea alors un combat qui semblait perdu d’avance.
L’homme devait être bon guerrier à la base, la potion qu’il venait de boire l’aidait d’autant plus. Il était rapide et personne ne le vit attaquer brusquement, tenant fermement sa lance et la plantant sans ménagement dans le flan du grand drakkari.
Enfin elle aurait dû. Il avait été rapide pourtant, très rapide mais Tristan l’était clairement plus que lui. Personne ne l’avait vu bouger, surtout qu’il était de nouveau dans la même position, quelques centimètres de côté. Le manège se répéta plusieurs fois. Puis il l’attaqua sans discontinuer frappant le vide là où aurait dû se trouver le jeune homme de sa lance, ses poings, son bouclier… Il finit même par lui lancer sa lance dessus, avec une sacré force mais cette fois le jeune homme se déplaça simplement de profil, s’effaçant, levant la main qui tenait la dague. La pointe de la lance cogna dessus, pas sur la lame, sur la garde, et la longue pique se planta près de lui sans ne serait-ce que frôler sa peau… Etrangement s’il n’avait pas agi de la sorte elle aurait continué et aurait probablement touché quelqu’un dans la foule.
Le chef fronçait les sourcils. La manière dont bougeait le Drakkari ressemblait étrangement à tout ce qu’on lui avait compté sur ceux qui menaient ces duels par coutume… Etait-il réellement de Kalendar ? Ca ne s’apprenait pas en un jour à bouger de la sorte !

L’homme s’énervait et la pression que lui mettait son camarade en ne contre-attaquant pas commençait à l’effrayer. Il avait sorti son épée et savait plutôt bien la manier mais encore une fois ne frôla même pas le grand jeune homme qui semblait pourtant une proie si facile vu sa taille.
Alors il tenta de le destabiliser, de l’énerver, ne sachant que trop bien les erreurs qu’on pouvait faire par faiblesse, par colère.

Elle avait l’air d’avoir sacrément envie de moi ta petite chienne tu sais ?! Pas vraiment eu besoin de la pousser beaucoup ! Si ton pote n’était pas venu nous déranger, je serais en train de bien m’occuper d’elle crois-moi. T’as pas l’air de la sauter des masses ! A ta place je me la ferais tout le temps ! Qu’elle le veuille ou non ! Qu’elle sache à qui elle doit obé… IIIIIIIIIIIIIIIIIIIRRRRRR AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHH !!!!!!

Il avait provoqué le jeune homme.
Pour le pousser à faire des erreurs.
Pour le pousser à se mettre en colère, lui qui semblait si haineux.
Il ne fit que le pousser à l’attaque.
Une attaque si parfaite.
Malgré sa rapidité, malgré son entrainement, malgré sa maitrise, malgré la potion, malgré les protections qu’il portait, il ne vit rien venir, ne comprit pas l’attaque en question. Personne n’eut réellement le temps de comprendre. Pourtant la petite mage l’avait prévenu de ce que lui ferait son fiancé s’il la touchait. A une petite nuance près…
Tristan avait bougé brusquement, à part Kalec peut-être, personne n’aurait pu voir la lueur qui avait agité les marques sur son corps, il bougeait trop vite, pourtant l’argenté-bleuté de son regard s’était fait présent sur ces étranges marques, comme cette fois avec l’ombre mais en bien moins visible, en bien moins intense. Déjà il était face à cet abominable personnage, beaucoup trop proche, passait sous le bouclier qu’il avait érigé devant lui pour se protéger, évitait le coup d’épée qui visait clairement à lui trouer le buste, se retrouva un genou dans la neige, beaucoup plus près du sol pour le coup dans une glissade parfaitement contrôlée, agrippa sans la moindre gêne l’entrejambe de son adversaire et déchira tissu, chair, veines, vaisseaux et dignité de la dague affûtée comme une lame de rasoir qu’il avait choisie, d’un seul geste vif et aussi précis que celui d’un chirurgien.
L’homme hurla, lâchant ses armes, se retrouvant plié en deux en se tenant l’entrejambe, hurlant à s’en déchirer les poumons, une petite mare de sang se formant aussitôt autour de ses jambes, la neige fondant sous la température du liquide vital. Pour que ça saigne autant ce n’était clairement pas ses gonades qu’il venait de trancher sans le moindre état d’âme.

Tristan se releva, ouvrant la main pour lâcher le tissu et la virilité de son adversaire, fort pitoyable pour cette dernière ainsi privée de la chaleur de son propriétaire et la broya du talon de sa botte quand elle tomba dans la neige, s’essuyant la main sur son pantalon, légèrement tachée de sang. Oh non… Il n’aurait droit à aucune reconstruction-régénération magique ce bâtard…
Choc, surprise, dégoût mais aussi amusement, justice se disputaient chez ceux qui les observaient jusqu’alors. Le combat était terminé. Le sang avait été versé. Il ne l’avait pas tué. L’homme pleurait, gémissait, tellement abruti de douleur qu’il n’arrivait plus à hurler. Tristan lui avait tourné le dos et parla tout bas pour que seul lui l’entende, sa voix était aussi tranchante que la lame qui venait de lui voler toute sa dignité d’homme.

J’ai fait ça pour que tu puisses continuer de désirer les femmes, que tu puisses continuer de vouloir les faire tiennes sans que plus jamais tu ne leur causes un tel tort… Prépare toi… Car tu vas connaitre tes pulsions, tu vas vouloir séduire de la plus belle à la plus laide, de la plus pompeuse à la plus désespérée, mais jamais, plus jamais tu ne pourras te satisfaire. Et plus jamais tu ne blesseras une femme ainsi.
Mais… mais t’es…
Te tuer… c’était beaucoup trop gentil…
ghhhhhhhh
Ne t’approche plus jamais de ma fiancée… ou je te couperai autre chose…

Cette fois il avait tourné vers lui un regard si menaçant que le nouvellement estropié se serait probablement pissé dessus s’il en avait été capable sans hurler de nouveau de douleur.
Qu’on prenne le jeune homme pour un fou, un génie, un jaloux à ne pas provoquer, un guerrier plein de justice ou autre, peu importe, il s’en fichait éperdument. Pourtant il ressentit un certain soulagement quand ses camarades se mirent à l’applaudir sous l’initiative de Raph, bientôt imité par d’autres, de plus en plus nombreux. La rage s’apaisa un peu… puis disparut.
Il était resté parfaitement humain. Il n’avait rien fait de bizarre, enfin pas plus que ça du moins. Le chef trouvait que finalement c’était une justice plutôt bien rendue et alla susurrer à l’estropié de bien dire à tout le monde que c’était le sort qui attendait les violeurs, même si ce n’était qu’une fausse menace, ça allait peut-être en faire renoncer un peu plus…
Tristan remit son bracelet. Les effets de la potion de l’homme s’étaient en grande partie amenuisés et surtout, dans son état, il ne risquait plus que peu de faire du mal. Il fut décidé qu’il serait soigné puis devrait dégager mais il insista pour avoir un soin magique et partir… immédiatement, les traitant de fous…
Tristan s’éloigna rapidement des autres et ce fut Raph qui l’arrêta, posant une main sur son épaule.

Ca va vieux ? Je savais pas que tu étais… faut vraiment pas t’énerver toi…
… Ca va mieux…

Le jeune homme était crispé, sacrément tendu malgré tout. Sous sa tunique ses muscles étaient tendus et certaines de ses marques étaient encore trop lumineuses pour passer inaperçues, heureusement qu’il était vêtu. Raph ne sut quoi dire. Il sentait à quel point le jeune homme était à la fois en colère et soulagé, pris dans un fléau d’émotions contradictoires.
Ce fut le Drakkari qui se remit finalement à parler, bas.

Cassidy va bien n’est ce pas ?
… Euh… Apparemment ouais. C’est ce que Vlad m’a confirmé encore…

Vlad était probablement allé parler avec Kalec, Tristan n’avait pas vraiment fait attention.

Elle est en sécurité chez quelqu’un de bien apparemment… ne t’inquiète pas.
C’est bien…
Tu veux que j’aille demander chez qui elle…
… Je ne pense pas qu’elle ait envie de me voir…

Raph se crispa en entendant ces mots. Son ami lui disait après tout que sa fiancée ne voulait probablement pas le voir après ce qu’elle venait de vivre, c’était assez radical et extrême comme réponse. Pourquoi disait-il cela ? La jeune femme aurait honte ? Peur ? De lui ?
Pourquoi ne voudrait-elle pas le voir ? C’était difficile à entendre, probablement plus à penser.
Les traits du grand jeune homme se détendirent un peu alors qu’il se tournait vers son ami blond comme s’il avait compris ce qui l’embêtait.

Je pense qu’elle a besoin de temps pour se remettre… Si elle est chez quelqu’un qui peut la faire se sentir bien et en sécurité, je ne veux pas interrompre ça… peu importe qui est cette personne.
Bah… Elle est bien aussi avec toi, non ? Et en sécurité ?


Tristan haussa les épaules, ne répondit pas.
Non elle n’était pas forcément bien justement… et certainement pas en sécurité. Comment pourrait-elle l’être dans l’immédiat, près d’un homme, qui ressentait des émotions et pulsions aussi intenses vis-à-vis d’elle ? Ce fut son patron qui les rejoignit un instant plus tard.

Tristan… Tu peux aller te reposer, rejoindre Cassidy et…
Non…
Mais tu…
Elle n’a pas besoin de moi… Je vais travailler à l’atelier si vous voulez bien… j’ai besoin de m’occuper…

Le grand homme fronça les sourcils mais sembla comprendre. Les hommes du nord étaient rudes, forts mais très loyaux, compréhensifs, aptes à se mettre à la place des autres… Il lui donna son accord et lui-même alla également à l’atelier avec quelques autres, dont Raph qui préférait être dans le coin pour veiller sur son étrange ami.
Tristan s’assit à son établi et se mit à travailler sur sa commande, personne ne venant l’embêter même si quelques uns l’avaient félicité à mi-voix pour sa « vengeance » totalement justifiée selon eux… L’après-midi s’acheva bien vite, la nuit tomba, tôt encore une fois et l’obscurité rendit les lieux plus propices au retour discret de la demoiselle.

Il attendait depuis un bon moment déjà, pensif. Il s’était pourtant promis d’être calme, aussi maitrisé que possible, aussi impassible que possible pour lui montrer qu’elle n’avait rien à craindre de lui tout du moins. Se maitriser oui… Pourtant lorsqu’il s’était retrouvé seul dans le chalet, l’attendant, l’inquiétude était revenue, puissante, oppressante. Il avait joué avec son loup… Mais il était ailleurs. Brusquement l’odeur de la jeune femme se fit sentir, le bruit de ses pas… Il se redressa du canapé sur lequel il était allongé depuis quelque temps, torse nu après s’être violemment entrainé pour se vider l’esprit, la douche glacée par la suite ne l’avait que peu apaisé. Déjà il était debout et près de la porte, près d’elle, examinant son visage avec cette même inquiétude qui lui broyait l’estomac. Est-ce qu’elle allait bien ? Il voulait le croire.
Il se crispa pourtant aussitôt. Elle prit probablement cela pour une inquiétude plus grande encore, la surprise face à sa tenue alors qu’il était surtout… perturbé par ladite tenue. D’expression elle n’avait pas l’air trop chamboulée mais sa tenue… elle LE chamboulait.

Figé, il n’osait pas avancer vers elle, ne sachant à quel point cet homme avait élevé les barrières de son corps, davantage, à quel point il pouvait être grand et inquiétant pour elle. Mais elle vint contre lui, se blottissant contre lui en l’enserrant de ses bras. Mauvaise idée… Cette tenue là ne l’aidait pas beaucoup. Pourtant il ne fit rien d’autre que resserrer sans un mot ses bras sur elle, la pressant plus que nécessaire contre lui. Sa voix était douce, pas chevrotante… Elle avait l’air d’aller bien… à peu près du moins. Soulagement…
Il la garda plus que nécessaire surtout contre lui, humant l’odeur de ses cheveux, rassuré parce qu’elle était dans ses bras, parce qu’elle avait l’air d’aller bien. Sa peau ne portait pas l’odeur de la peur.
Elle lui racontait ce qui lui était arrivé et il parvint à se maitriser malgré la vague de colère qui le submergea de nouveau, préparant un chocolat chaud et des biscuits pour la consoler un peu. Il aurait voulu que ce soit plus. Il aurait voulu pouvoir la tenir longtemps de ses bras sans que son esprit ne se trouble juste parce que malgré toute la tendresse, le désir prenait le pas. Il aurait aimé pouvoir la regarder dans les yeux, sans que son regard ne se perde à admirer les courbes de la jeune femme et encore plus avec cette tenue qui la mettait bien trop en valeur. Il aurait voulu l’embrasser passionnément, lui ôter ses vêtements et lui faire si tendrement l’amour qu’elle oublierait tout de cet évènement encore une fois traumatisant, n’en conservant que le vague souvenir de la manière dont la consolait son compagnon.
Mais il ne pouvait pas faire tout ça… Il s’en voulait… énormément…

Elle parla de Kalec et il releva lentement la tête en fronçant les sourcils. Personne ne lui avait mentionné le nom de l’étrange homme du Nord mais il n’était pas vraiment surpris que ce soit lui qui ait secouru la jeune femme. Il l’avait déjà fait après tout. Il semblait se soucier d’elle, plus que ce qu’il prétendait. Elle interpréta mal son regard. Il n’était que peiné de comprendre qu’une fois de plus il ne l’avait pas protégé et que cet homme, lui, l’avait fait. Il faisait beaucoup de choses pour elle, beaucoup plus que lui-même…Il devait encore des remerciements à cet homme qu’il n’aimait pas. Elle s’expliqua pourtant, s’attacha à justifier ses propos. Elle n’en avait pas besoin, mais il la reconnut bien là. Elle parlait de sa nouvelle amie aussi, celle avec laquelle elle avait discuté. Il était heureux d’apprendre qu’elle s’entendait suffisamment avec quelqu’un pour s’être à ce point remise et plus que certainement assez confiée pour ne pas être totalement repliée sur elle-même après ce nouveau traumatisme. Elle s’excusait même de sa naïveté… Encore.

Elle assise à table, lui debout.
Il vint la rejoindre alors qu’il se tenait à distance encore peu avant et se pencha pour déposer un tendre baiser sur son front, appuyant son visage dans les cheveux de la jeune femme.

Ne t’excuse pas d’être quelqu’un de bien, généreux et investi pour les autres s’il te plait… ou tu vas vraiment me mettre en colère.

Il s’agenouilla au sol pour l’entourer de ses bras, essayant de ne respirer que par la bouche, pour ne pas trop sentir son odeur, cette si douce torture…Doucement il avait glissé son visage dans son cou, restant volontairement immobile, parlant bas, très bas.

J’ai su que tu étais en danger… J’étais trop loin. Je suis heureux que quelqu’un ait été là pour toi… pour te sortir de là…. Encore plus si tu as… une amie… Enfin… je lui en dois encore une… J’étais… effrayé… et… en colère…

Sa voix s’était faite de moins en moins forte, tremblante sur la fin. Elle devait probablement sentir qu’il tremblait légèrement. Elle serrait son visage contre elle, ayant entouré ses larges épaules de ses bras, comme si elle essayait de le consoler ou de se consoler elle-même difficile à dire.
Il resta encore immobile, murmurant tout bas encore qu’il avait eu peur, que cet homme n’avait pas le droit…

Il se redressa assez vite et elle vit probablement les larmes qui brouillaient son regard alors qu’il prétextait la fatigue en baillant. Excuse évidemment. Tristan baissa la tête.

Tu devrais aussi l’apprendre… autant que tu le saches de moi donc mais… enfin… je me suis occupé de… ce salopard.

Il la vit se crisper cette fois et un sourire doux éclaira son visage alors que son regard se perdait dans le vide, ce regard qui s’emplissait d’un plaisir sadique.

Il n’est pas mort ne t’inquiète pas, je ne compromettrai pas notre intégration… mais il aurait probablement préféré mourir…

Elle ouvrit la bouche probablement pour dire quelque chose mais il l’en empêcha, redevenant un brin léger, un brin pervers, pour lui redonner des repères auxquels se raccrocher, des repères surs et tellement faciles, la faire sourire…

- Hum… Au passage tu peux t’habiller comme ça quand tu veux… Ca te va… vraiment bien. Tu es très sexy… un peu trop à vrai dire.

Elle devint cramoisie, peut-être encore plus à cause du regard brûlant qu’il posait sur elle. Mais il ne comptait pas la toucher, pas après ce qui avait failli lui arriver encore. Le regard du jeune homme s’illumina.

- Ah oui c’est vrai ! Attends !

Il sortit de la cuisine sans lui laisser le temps de protester et revint avec la housse qui contenait la planche qu’il lui avait fabriquée, la lui tendit, un brin timidement, cet air timide qui le rendait honteusement craquant.

- Tiens…. Ca fait un bon moment que je bosse là dessus… Je comptais te l’offrir ce soir… C’est pas pour compenser ce qui s’est passé… C’est juste… que je veux que tu ailles bien… et peut-être que… enfin j’espérais te faire plaisir en fait… Enfin… tu aimes bien faire ça alors… je… mais si ça te plait pas tu peux me le dire hein, je…

Voilà qu’il se faisait timide en détournant la tête mais elle l’interrompit bien vite dans son discours inutile en « déballant » son cadeau.

Ils passèrent le reste de la soirée à discuter, elle lui parlant de sa nouvelle amie et finissant par s’endormir dans ses bras sur le canapé, lui l’observant longtemps avant de la porter jusque dans leur chambre, déposant de tendres baisers dans sa nuque lorsqu’elle se blottit automatiquement dos à lui, qu’il l’entoura de ses bras. Cette fois-ci il put la garder sans mal toute la nuit contre lui. Il mit du temps à s’endormir mais récupéra extrêmement vite et bien de toute cette insidieuse fatigue. Coïncidence ? Certainement pas.
Le lendemain, ce fut lui qui se réveilla seul. Elle commençait tôt et l’avait apparemment trouvé adorable, enfin endormi et apaisé quand elle s’était réveillée, le laissant dormir. Il sourit à son petit mot et alla travailler en fin de matinée.
Malheureusement pour elle, le jeune homme passa la voir à midi… S’il avait été lointain, discret, l’évitant pour ne pas la torturer ces derniers temps il avait apparemment décidé qu’elle avait suffisamment de répit. Ou alors il avait compris qu’elle était particulièrement peinée. Ou encore il avait décidé que plus aucun homme ne s’approcherait décemment de sa compagne sans craindre les conséquences. Ou alors… un mélange de tout ceci.

Raph l’avait suivi, surpris de le voir si impatient d’aller à la taverne.
Tristan passa la porte, trouvant immédiatement du regard sa fiancée un peu plus loin, un plateau à la main, qui venait de disposer une assiette devant un client et qui semblait la plus surprise de le voir. Un sourire mutin, plein de provocation étira les lèvres du jeune homme. Chassant toute discrétion, ce qu’il avait tenu à garder jusqu’alors, il alla directement sur elle, passa une main sur le bas de son dos, l’autre lui relevant le visage et s’empara si fièvreusement de ses lèvres qu’un groupe de vieilles dames proches hoqueta de surprise, toutes les conversations se suspendant un court instant. Elle allait briller, il le sentit sans mal, son odeur changeant légèrement alors qu’il la sentait faiblir sous son baiser, mais juste avant que cette lueur n’envahisse son corps et n’éveille les soupçons, il lui mordit férocement la lèvre inférieure, faisant perler une gouttelette de sang à celle-ci qu’il récupéra aussitôt du bout de sa langue. Elle avait l’air particulièrement surprise et avait étouffé de justesse un grognement de douleur mais pour le coup, c’est sûr qu’elle ne brilla pas du tout, le regardant avec une surprise certaine, un peu choquée peut-être par cette nouvelle audace joueuse. Il se pencha sur elle, murmurant à son oreille alors que les conversations reprenaient.

- Je n’ai pas eu mon bisou ce matin, tu es partie avant, sans me réveiller, je suis venu me venger belle demoiselle… Et ce n’est qu’un très faible avant-goût.

Elle rougit, frappa doucement son torse pour le repousser, marmonnant tout bas qu’il faisait n’importe quoi, mais il la vit sourire, peut-être amusée par son comportement. Décidément, il ne voulait pas qu’elle s’ennuie avec lui…

Il alla s’asseoir avec Raph déjà occupé à essayer de se décider sur ce qu’il mangerait, laissant son regard fixé sur la demoiselle, avec insistance alors qu’elle le foudroyait du regard à plusieurs reprises, mais elle avait l’air sacrément fière quand même…
Alors qu’il était tranquillement en train de discuter avec son ami, lui affirmant que la demoiselle devait essayer sa planche aujourd’hui normalement, Arianna entra dans la taverne et vint directement le voir. Il lui sourit et ils se mirent à discuter alors qu’il lui présentait Raphaël….
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Sam 30 Jan - 1:46

Les jours passaient et tout devenait plus sensible, tendu. C’est vrai, elle ne l’avait pas vu venir la dernière fois. Toute occupée qu’elle était à essayer de comprendre, réfléchir, trouver une solution. Mais il n’y avait rien à faire. Elle avait marmonné, elle avait peur. Peur que Tristan finisse par aller voir ailleurs, peur que sa magie ne se calme pas. Ses pensées étaient confuses et il lui était impossible de faire un diagnostic de cet étrange état. Plus que le plaisir de coucher ensemble, leur couple était en jeu. Car ils étaient frustrés également, chacun de leur côté. Cassidy détestait également ne pas maîtriser la situation. Or en ce moment, elle ne l’a maîtrisait jamais. En même temps la magie pouvait se montrer imprévisible, capricieuse mais la demoiselle avait toujours relevé la tête. Sauf que là, même Tristan ne pouvait pas l’aider, ne pouvait pas comprendre. Elle se sentait seule, plongée dans son monde et engueulait les dieux de lui avoir fichu une malédiction pareille.
Elle ne savait pas qu’il avait tout vu. Aurait-elle mal pris son absence ? Non sûrement pas… Elle ne voulait rien lui reprocher.

Des échecs, une nouvelle épreuve… Si lui était privé d’une demoiselle alors que devrait-elle dire ? Un an c’est long, très long. Bon après tout en tant que femme elle n’était… pas aussi dirigée par ses hormones que lui et encore un peu moins que lui, lui qui avait des gênes de dragon. Cependant, tout cela avait été nouveau pour elle. Peut être un an qu’ils avaient commencé à coucher ensemble et pourtant… elle avait du mal à en être rassasiée. Difficile à expliquer, elle n’était pas dragonne mais sa magie se manifestait quand même. Cependant, elle ne savait pas quoi lui dire pour arranger les choses, pour l’aiguiller sur ce qu’il pouvait faire pour elle. A part être présent, ne pas partir. C’est tout. Il y avait bien Kalec qui pouvait l’aider sur la magie mais ce gars là semblait avoir de biens étranges desseins derrière la tête. Et plutôt que de lui proposer son aide naturellement, il jouait avec elle, la narguait. La sauvait peut être pour attirer sa sympathie pour ensuite redevenir indifférent. Et la petite mage refusait bien de lui demander, de le supplier, elle était bien trop fière pour ça.

Et puis elle aurait pu demander à son maître, participer à une réunion de mages. Or son cas était spécial, après tout, son maître lui avait bien dit de rester très discrète et que si, d’une manière ou d’une autre, sa magie progressait encore de manière rapide, elle ne devait pas en parler. Les autres mages n’étaient pas tous des vieux grincheux plongés dans leur grimoire. Il y avait des femmes, des hommes, des vieux, des jeunes. Mais il y avait aussi les regards, les personnes qui se jugeaient, se regardaient de haut. Qui avait la plus grosse ? Qui était le mage le plus puissant ? Comment la regarderait-on si elle expliquait que sa magie devenait instable à cause de ses émotions ? On la prendrait pour une mage ratée. Et que ça l’empêchait de vivre une vie de couple normale ? Non non, Cassidy avait une fierté !

Et qu’en était-il de ces transformations de dragon ? A chaque fois que Tristan demandait, Cassidy ne refusait pas. Mais elle contenait tant bien que mal sa magie. Qui était le fautif dans l’histoire ? Elle qui avait tenté d’apprivoiser Ikael de la mauvaise manière ? Ou lui qui avait voulu développer ses pouvoirs de dragon ? Impossible de savoir. Mais elle serait bien malheureuse d’apprendre qu’il était un peu jaloux d’Alanir. Après tout, c’est bien ce dragon qui l’avait maintenu en vie alors qu’elle avait voulu mettre fin à ses jours, peu après la disparition de Tristan. C’était lui qui l’avait sauvé de maintes fois, qui ne l’avait pas laisser tomber. Elle lui avait d’ailleurs demandé pourquoi il se donnait autant de mal, qu’au moins il serait libre et rejoindrait le sanctuaire des dragons morts. Alanir avait toujours refusé de donner une réponse précise. Mais il l’avait occupé avec quelque chose qui plairait à la petite mage, le vol. Quelle contradiction avec le caractère si sage et timide de la jeune femme. Finalement, sa rencontre avec Tristan l’avait complètement changé. Chaque point positif, chaque point négatif, avait petit à petit transformé le caractère de Cassidy. Un peu comme Tristan au final.
Si elle l’entendait dans ses réflexions, peut être que la jeune femme serait peinée. Après tout, il était l’homme de sa vie et au contraire, avoir une descendance avec lui semblait être une évidence, même si elle ne savait pas quand ni comment.

Et puis il y avait ce moment où ils travaillaient ensemble. Il avait balancé une boule de neige. Rebelle, la jeune femme avait tenté de faire la même chose mais il avait raison, sans sa magie, ça valait même pas la peine. Mais il est vrai que l’énergie qu’elle avait mis et le bide total qu’elle avait fait était hilarant. Ca l’avait rendu heureuse l’espace d’un instant. Un peu comme deux gamins qui avaient oublié le reste. Il lui avait balancé un petit compliment, elle avait rougi en détournant la tête. Un seul mot de sa part, un compliment, et elle était la plus heureuse des femmes. Oui il influençait son humeur. Elle était peut être une petite princesse qui avait besoin d’être rassurée en permanence, qui avait, au fond d’elle besoin d’une attention certaine. Mais ensuite, elle l’avait taquiné en le poussant dans la neige.

Le soir même, elle s’était confiée. Ca lui faisait autant de bien que de mal. Mais il avait tenu à savoir alors elle lui avait expliqué. Mais ce qu’elle ne lui avait pas dit, et d’ailleurs il pouvait y penser tout seul, c’était son retour. Si elle avait toujours eu ses sentiments pour lui, l’aurait-il accepté ? Il n’aurait pas su, il était trop dragon, peut être qu’il l’aurait ignoré. Alors c’était triste oui, qu’elle ne le reconnaisse pas, qu’elle n’avait pas de souvenir de lui, comme si elle ne l’aimait pas. Mais si elle avait tenté de le raisonner, de lui expliquer, et de se heurter à un mur, comment aurait-elle réagit après cette année de souffrance ? Si il l’avait repoussé, elle serait morte à l’heure qu’il est. Et les entités supérieures l’avaient bien compris. Lui enlever ses sentiments était le seul moyen pour qu’elle ne souffre pas du retour brutal à la réalité. Tristan était attendu sur l’île, il n’était pas venu à cause d’une faille spatio temporelle. Alors… que pouvait-il se passer ensuite ? Personne ne le savait. Cassidy était importante aux yeux du monde, personne ne le savait mais elle avait un rôle à jouer malgré tout.

Finalement, lui parler aida la jeune femme à faire le deuil de ce séjour sur l’île. Mais lui laissa éclata son trop plein d’émotions dans le vent tourbillonnant. Mais le vent lui répondit. Alors qu’il était en sanglots, alors qu’il lâchait son trop plein d’émotions, un mot revenait dans le vent comme si les dieux cherchaient à lui donner une nouvelle énigme. « Anmara ». Un mot qui sonnait assez ancien, qu’il faudrait effectuer plusieurs recherches pour en comprendre son sens.
L’avait-il entendu ? Difficile à dire avec ses pensées actuelles.

Le lendemain elle lui avait montré la scène avec Kalec. Si en regardant la scène il la sentait ni perturbée ni choquée par les révélations de Kalec, la jeune femme avait en fait joué un jeu. Elle refusait se laisser aller à la panique, la surprise, par cet homme un peu dangereux qui semblait si bien la connaître. Ca c’était pas bon car si c’était la vérité, alors il savait bien mieux qu’elle tous ses points forts, ses points faibles, au sujet de sa magie, comment ça fonctionnait et il pouvait tout à fait s’en servir contre elle.

Tristan s’était permis une réflexion et l’a taquina même à ce sujet, comme quoi elle devait s’y attendre. Elle avait haussé la tête, disant que Kalec n’était qu’un abruti et que c’était le genre de mec qu’elle n’aimait pas. Qui cherche à se rendre intéressant et faire son monsieur je sais tout… Oups… N’est-elle pas un peu comme ça ? La miss je sais-tout. Apparemment elle ne tilta même pas. Mais Tristan allait apprendre bien plus tard que Kalec était encore plus étrange que tout ce qu’il avait vu jusqu’à présent.

Il y avait ensuite eu la rencontre avec Arianna. Cette femme ne semblait pas spécialement méchante, ou alors elle cachait très bien son jeu. Mais que Tristan dévoile autant en si peu de temps, ça c’était plus embêtant. Après tout, Cassidy voulait rester très discrète. Elle ne voulait pas qu’on la voit comme une grande mage, comme une innovatrice mais juste comme Cassy, la serveuse à la taverne. Il n’avait pas parlé de lui et s’arrêta vite fait. Arianna, qui buvait sa tasse de thé en buvant ses paroles en hochant la tête semblait passionnée par ce qu’elle apprenait.

- Whaaa…. Elle a l’air vraiment exceptionnelle ta fiancée. C’est rare de croiser des gens comme ça…

Et elle enchaîna sur sa propre mésaventure amoureuse. Mais ce qui intéressa le plus Tristan, c’était quand elle parla des dragons et ça la jeune femme ne le manqua pas. Elle continua, passionnée jusqu’au bout.

La journée suivit son cours, c’était des hauts et des bas. Sauf que le lendemain, c’était tout autre chose qui attendait la petite mage. Elle avait vraiment vécu un sale moment. Traumatisant au possible oui. Elle ne pouvait pas blâmer Tristan, mais la jeune femme redevenait un peu naïve, cette naïveté si touchante. Peut être parce qu’elle pensait être en sécurité ici. Sauf qu’elle n’attirait que la malchance. L’intervention de Kalec fut surprenante. Il aurait pu passer son chemin, car il ne l’aimait pas. Mais ce n’était pas le cas. Il l’emmena même chez une étrange fille de son âge qui semblait être… sa préférée ? son amie d’enfance peut être ? Avant de la laisser tranquillement discuter avec.

Et Cassidy en avait bien besoin. Cela l’aida à mieux accepter les choses, à arrêter de se blâmer, de culpabiliser. Elle parla très longtemps avec Miya et les deux jeunes femmes semblaient sur la même longueur d’ondes pour l’instant. Lorsqu’elle rentra au chalet, la petite mage semblait s’être calmée. Elle était apaisée et juste de la colère se lisait dans ses yeux, pas un abattement certain. Elle s’était assise à table mais ne s’attendait absolument pas à ce que Tristan la rejoigne.

Il se manifesta. Ses paroles étaient rassurantes. Au moins elle l’écoutait. Le drakkari continua, quelques phrases. Elle se sentait si bien dans ses bras. Ce n’était pas la même chose qu’avec Kalec. Enfin, quand Kalec l’avait porté, il faut dire qu’elle était encore sous le choc et même si ses pensées étaient agitées par la raison qui avait poussé le nordique à lui porter secours, elle avait encore de la peine à s’en remettre. Kalec et Tristan… ils se ressemblaient… et se différenciaient. Mais Tristan c’était Tristan. Et il était le seul qui avait le droit d’être aussi proche d’elle. Elle se cala contre lui et le serra dans ses bras. Jusqu’à ce qu’il avoue qu’il s’était occupé du malotru. Elle semblait effarée mais il la rassura puis enchaina avec un compliment sur ses vêtements. La demoiselle se mit à rougir en lui donnant un petit coup de coude.

« Je devrais voir si Miya n’a pas des affaires en trop alors »

Puis, il termina la soirée sur une note positive. Elle déballa son cadeau et ses yeux se remplirent d’étoiles alors que sa bouche était grande ouverte.

« Whaaaaaaaaaaaaa ! Non mais… Elle est magnifique »

Elle prit la planche et la retourna dans tous les sens, caressant du bout des doigts les finitions. Il avait fait mouche, elle aimait décidément bien surfer. Ce qui la surprenait c’est qu’elle ne lui avait pas vraiment parlé de ça. Enfin, pas qu’elle s’y intéressait à fond. C’était un travail d’artiste. Les couleurs, le soin apporté à la forme. Il la connaissait tellement bien. Elle posa la planche et sauta dans ses bras en le remerciant. Au moins, son cadeau lui avait fait oublier sa mésaventure.

Au cours de la soirée, elle avait beaucoup parlé, surtout de sa nouvelle amie.

« Miya… Spéciale comme fille. Elle n’a pas la langue dans sa bouche. Aucun complexe et aucun tabou… Et puis elle aime aussi les biscuits alors… Enfin on a beaucoup parlé, elle m’a surtout dit d’arrêter de déprimer pour ce genre d’histoires. Qu’au final c’était moi qui me faisait du mal. Et puis on a aussi parlé d’où je venais, comment tu étais… bon bien sûr j’ai dit que tu étais le meilleur. »

Elle fit une pause.

[color=darkblue] « Faudrait que je te la présente… bon le seul point noir c’est qu’elle a l’air de très bien s’entendre avec Kalec. Mais j’ai pas osé lui demander pourquoi. Je voulais pas… m’imaginer des trucs. »[color]

Finalement ils allèrent se coucher. La soirée passa et le lendemain, chacun retourna à son travail comme si absolument rien ne s’était passé.

Déambulant à travers les tables, son plateau dans les mains, Cassidy était plongée dans ses pensées. L’objet de ses pensées ? Un beau Drakkari qui ne faisait que la tourmenter. Mais malgré ce qui c’était passé dernièrement, elle ne semblait pas effrayée ni inquiète. Miya l’avait bien aidé à passer au dessus de cette épreuve et même si le bon cœur de la petite mage était un peu naïf, elle allait devoir attendre un bon moment avant d’accepter de rendre service à un inconnu. Il y avait aussi eu cette discussion qu’elle avait entendue par hasard. Plusieurs hommes parlaient du gredin qui avait séquestré la demoiselle et surtout de l’intervention peu coutumière du fameux Drakkari. Quelques détails avaient filtrés et Cassidy était fortement surprise d’apprendre que Tristan s’était battu (bien qu’il lui ait dit la veille)… mais pas n’importe comment, à la loyale, malgré le coup bas du salaud il fallait le reconnaître. Mais un magnifique combat quand même, c’était ce qui revenait.

Elle s’était permis de sourire, un de ces petits sourires mystérieux qui en disait long. Bien sûr, elle était contente que Tristan ne se soit pas comporté en dragon. Au moins il contredisait les menaces de Kalec et c’était déjà pas mal. A propos de cette mésaventure qui aurait pu se transformer en viol, tout le monde était au courant mais personne n’avait fait de remarque à Cassidy. Ils étaient un peu comme Miya au final. Pas de regard de pitié ou de compassion. Juste des comportements amicaux, comme à l’ordinaire. Cela soulageait beaucoup la jeune femme. En effet, elle aimait garder une certaine discrétion et ne supportait pas qu’on la regarde comme si elle avait vécu le plus horrible des supplices.

Alors qu’elle se dirigeait vers une table, Cassidy se figea sur place. Elle sentit la présence de Tristan avant même qu’il n’ouvre la porte et le regard de la demoiselle se tourna vers celle-ci. C’était bien lui qui entrait, alors que Cassidy avait l’impression qu’il n’était pas venu depuis une éternité. Beau sourire, aisance naturelle, le séduisant Drakkari semblait avoir très confiance en lui. Mais elle était figée comme une potiche, la bouche légèrement ouverte, un regard surpris sur le visage alors qu’elle n’eut pas le temps de réagir. Il s’avança vers elle et les pommettes fraiches de la petite mage se colorèrent d’une couleur rougeoyante comme le feu qui grésillait dans l’énorme cheminée. Ni une ni deux, elle le vit s’approcher trop dangereusement tout en déposant sur ses lèvres un magnifique baiser qui lui fit tourner la tête.

Non mais il était fou là ?! Elle allait brillait ! Elle allait briller ! Il faisait un peu trop chaud dans cette taverne non ? Pourtant, la petite mage stoppa net en grognant tout en écartant le visage du sien. Le gredin l’avait mordu à la langue, lui faisant retrouver ses esprits de manière radicale. Elle le regarda, surprise, légèrement choquée, avant de faire la moue. Puis, l’audacieux damoiseau lui balança une phrase tout, sauf innocente. Là encore il la fit rougir et elle en profita pour lui donner un petit coup dans le ventre, marmonnant dans ses dents des mots incompréhensibles. Puis la demoiselle redressa la tête fièrement avant de le regarder s’installer avec Ralph, qui était resté très discret heureusement. Elle jeta un coup d’œil à une autre table, bien remplie celle là. Kalec s’y trouvait et il semblait totalement désintéressé par cet évènement. Miya était à côté de lui et elle par contre, faisait des clins d’œil discrets à Cassidy, qui en disait long sur ses pensées. Autour d’eux d’autres jeunes hommes et jeunes femmes qui discutaient avec animation.

Lorsqu’elle retourna la tête, elle aperçut Arianna qui venait de s’installer à la table de Tristan et Ralph, parlant avec eux avec animation et entrain. Cassidy resta un moment bloquée sur la rousse et sa bonne humeur sembla envolée alors qu’elle dévisageait de haut en bas cette… inconnue si proche de SON Tristan. Elle la foudroyait du regard et même si Tristan l’avait, un peu averti avant, la petite mage ne pouvait s’empêcher d’être extrêmement jalouse. Cependant, elle avait beaucoup discuté avec Miya la dernière fois. Ses craintes, ses peurs… pas mal de choses et il était presque évident que les oreilles de Tristan avaient sifflé. La demoiselle inspira profondément avant de lever les yeux au ciel avant de s’occuper d’une autre table.

Mais elle revint finalement vers eux pour leur demander ce qu’ils prendraient à manger. Mais au lieu de fuir le regard d’Arianna, Cassidy la regarda d’un ton légèrement hautain et supérieur. La rousse ne se laissa pas démonter et la fixa à son tour, un sourire gentil sur le visage et nullement agressif contrairement à Cassidy qui tentait de garder son calme, d’un agacement très mal dissimulé. Elle se retourna pour aller préparer les commandes en cuisine.

Une fois la petite mage partie, Arianna posa ses coudes sur la table et sa tête dans ses mains tout en regardant Tristan avec un sourire malicieux.

- Eh bien… jalouse ta fiancée… J’ai eu l’impression qu’elle voulait me transpercer avec son regard.

En même temps Tristan ne pouvait pas vraiment défendre Cassidy car il savait pertinemment à quel point la petite mage était jalouse et possessive, le montrant sans aucune discrétion. La serveuse revint un quart d’heure plus tard pour déposer les assiettes à la table et ne fit aucune réflexion supplémentaire, se désintéressant rapidement d’eux et prétextant qu’elle avait du travail en cuisine. Elle pouvait essayer de faire des efforts pour ne pas la griller sur place mais la regarder en train de parler avec cet espèce… d’enthousiasme dérangeant, non ça ne lui plaisait pas des masses. Elle fit la grimace en tournant la tête à l’opposé.

La taverne était en effet animée aujourd’hui. Un petit groupe était venu peu après le rush de midi pour jouer quelques airs de musique. Ils étaient montés sur une estrade et s’exécutaient avec passion. Des clients venaient danser, amusés par les jolies mélodies, alors que d’autres battaient la mesure avec leurs pieds ou leurs mains. Une demoiselle très grande, avec un air timide, s’approcha de la table du trio avec Tristan. Elle rougissait et tripotait ses mains dans son dos, le regard fuyant.

- Heu Ralph ? Ca te dirait… de venir danser avec moi ?

Le bûcheron, qui buvait une gorgée de bière, la reposa sur la table tout en dévisageant la jeune femme, un sourire amical sur le visage.

- Avec plaisir

Il se leva et prit le bras de la Nordique, apparemment ravie avant qu’ils ne disparaissent sur la piste de danse. Arianna bougeait la tête de gauche à droite en se laissant porter par la musique tout en tapant la mesure avec son pied. Souriante, enjouée, elle semblait très heureuse d’être ici et la musique semblait lui plaire. Cette voyageuse était bien différente de Cassidy, elle qui était si… réservée et éloignée dans les soirées. En parlant de la petite mage, elle était occupée à faire des allers et retour entre le bar et les différentes tables, les clients la sollicitant pas mal. L’ambiance était joyeuse, l’alcool coulait à flots. C’était comme si l’horrible accident de la veille était devenu un souvenir lointain.

Puis, sans crier gare, Arianna se leva et tendit la main à Tristan, un fin sourire sur le visage.

- Tu viens danser ? J’aime beaucoup cette musique.

Simple, elle ne s’embarrassait pas des formules de politesse. Finalement, elle réussit à convaincre Tristan de la suivre. Peut être était à cause de son humeur contagieuse ou de la musique particulièrement entraînante. Rien de plus, rien de moins. Cassidy, qui était en cuisine, ressurgit avec son plateau vide, une serviette sur son épaule. Son regard se porta sur la table vide où se trouvait Tristan peu de temps avant. Croyant qu’il était sorti, elle ne s’inquiéta pas au départ. Après tout il était libre de faire ce qu’il voulait… La rousse avait aussi disparue. Ca par contre… Mais bien trop rapidement son regard se posa sur le grand jeune homme au milieu de la foule de danseur, la rousse tenant son bras, tous les deux évoluant sur scène, cette dernière semblant tout à fait dans son élément et s’amusait bien apparemment.

Cassidy manqua de faire tomber son plateau, son cerveau ayant du mal à réaliser. Bon d’accord, qu’ils discutent ensemble, ça pouvait passer mais qu’ils DANSENT ensemble non non non ! Non mais elle se prenait pour qui cette rousse ? Elle allait la remettre à sa place et presto ! Tant pis si elle était mal vue. Mais alors qu’elle se tournait vers son patron, sûrement pour poser le plateau, celui-ci la dévisagea curieusement, lui faisant perdre son attitude belliqueuse. La demoiselle soupira puis se planta dans un coin, personne ne l’appelait mais elle ne pouvait s’empêcher de regarder le petit couple évoluer sur scène. Elle ne vit même pas la personne qui marchait dans sa direction et lui retira le plateau des mains avant de le poser sur le comptoir tout en prenant sa main et lançant une phrase en direction du tavernier.

- Je te l’emprunte quelques minutes patron !

Cassidy reconnut aussitôt la voix et regarda son mystérieux kidnappeur, Kalec. Elle redressa la tête, légèrement en colère alors qu’il l’attirait vers la piste de danse.

- Toi ?! Mais tu cherches à faire quoi enfin ?!

Elle semblait quand même avoir perdu de sa rage des premiers jours, sûrement à cause de la petite étincelle de reconnaissance qu’elle lui portait. Ce dernier s’approcha d’elle et chuchota à son oreille.

- Rien qu’une danse toute simple. Rien de plus rien de moins

Elle grommela, prête à refuser mais… déjà un il l’avait tiré d’un mauvais pas plus d’une fois, et de deux, Tristan avait l’air de s’amuser alors… La demoiselle lança un coup d’œil vers le couple, ce qui ne manqua pas d’attiser sa colère, se fichant pas mal de savoir que Kalec pouvait tout à fait se moquer d’elle sur ce principe. Après tout, n’avait-il pas dit quelque chose du genre que les dragons n’étaient pas fidèles ? Bon d’accord ça crevait les yeux, elle était jalouse, mais Tristan se conduisait bien, il n’était pas en mode drague ni quoi que ce soit. Alors pourquoi s’inquiéter ?

« D’accord, mais je te préviens, je ne danse pas très bien et j’ai tendance à marcher sur les pieds des personnes que j’aime pas. »

Kalec se mit à sourire en prenant ses mains pour la guider.

- Ca m’étonne pas…

Ils commencèrent à danser. Cassidy regardait ailleurs, n’importe où mais pas Kalec. Ce gars l’intimidait au final. Elle repensait à ses dernières actions, quand il l’avait sauvé du violeur, qu’il s’était montré plutôt respectueux… Elle ne comprenait pas pourquoi il agissait ainsi. Jouait-il avec elle ? Etait-il sincère ? Que cachait-il ? La demoiselle semblait perdue dans ses pensées. Pour une fois Kalec ne disait rien. Il guidait juste ses pas, sans prétention aucune. A un moment, leurs regards se croisèrent l’espace de quelques secondes. Sans faire exprès, Cassidy marcha sur le pied de Kalec mais celui-ci ne broncha pas. Elle marmonna un « pardon » maladroit mais il secoua la tête, nullement gêné. Elle détourna rapidement la tête, préférant se concentrer sur le mur. Lorsque la musique s’arrêta, Cassidy resta un peu figée puis cligna des yeux comme si elle sortait d’un rêve. Kalec la ramena près du comptoir, se permit même un sourire énigmatique, puis retourna en direction de sa table.

Du côté de Tristan et Arianna, la rousse était prête pour une autre danse. Après tout elle ne travaillait pas elle. Complimentant Tristan sur ses talents de danseur, elle lui proposa de recommencer. Cassidy, qui était retournée à ses occupations, les regardaient quand même d’un mauvais œil. Mais, alors que la musique allait recommencer, Arianna se fit envoyer dans le décor, ou plutôt gentiment poussée à côté par une tornade blonde. Sauf que ce n’était pas Cassidy, la demoiselle était bien plus grande. Sourire malicieux, elle fit une courbette devant le Drakkari avant de lancer un regard provocant à Arianna.

- Eyh la rousse ! Va te trouver un autre partenaire !

Cette dernière ouvrit lentement la bouche, surprise par cette interruption pour le moins étonnante avant de faire un petit signe de la main.

- Je ne comptais pas me l’accaparer. Bonne danse alors !

Et elle s’éloigna pour trouver un autre partenaire. Cassidy, qui avait vu la scène, était déjà plus rassurée. Si ce n’était que Miya, il n’y avait rien à craindre. Elle retourna donc dans la cuisine. Miya avait dans sa façon de danser, une certaine énergie même si elle semblait plus aérienne. Alors qu’ils évoluaient, elle ne put s’empêcher de parler à son cavalier.

- Alors c’est toi le fiancé de Cassy ?

Puis elle leva les yeux au ciel.

- En même temps, des Drakkaris dans le coin ça traîne pas des masses. On a plus une préférence pour les blonds ici.

Sourire taquin alors qu’il semblait un peu interloqué par les paroles de la demoiselle. Elle le regarda avec curiosité, s’arrêtant sur ses cheveux pour le moins particulier.

- Quoique un peu spécial comme Drakkari, les seuls que j’ai vu avaient les cheveux rouges flamboyants et… bon bref peu importe ça arrive.

Ils continuèrent à évoluer, Tristan se permit de répondre, peut être pour endormir le doute, peut être pour donner plus de précisions. Après tout sur Ascadian les Drakkaris sont répertoriés avec comme signes communs les cheveux rouges et les canines plus appuyées. C’était un peu normal que Miya se pose des questions, pourtant, elle ne l’embêta pas plus pour autant.

- En tout cas, Cassy a des bons goûts…

Nouveau sourire de la blonde qui n’ouvrit plus la bouche de toute la danse, se contentant de suivre son rythme et le laissant s’exprimer si il le désirait et répondre à ses questions. C’était une grande bavarde mais elle savait également se taire. Finalement, la danse se termina et elle le remercia pour ce moment passé en sa compagnie avant de repartir à la table de Kalec. Les autres jeunes gens semblaient très animés et l’accueillirent avec entrain quand elle revint, certains faisant style de bouder, d’autres lui posant des questions. Seul Kalec était bras croisés et pensif à la table, il ne semblait même plus préoccupé par les conversations des autres.

Le temps passa et finalement chacun retourna à ses occupations. Arianna sortit avec Kalec, Ralph et l’autre fille qui voulait apparemment passer un petit moment avec le Nordique. Cassidy se retrouva seule avec quelques clients et s’empressa de nettoyer la salle. Elle eut terminé suffisamment tôt pour sortir dans l’après midi, avec la ferme intention d’utiliser la nouvelle planche que Tristan lui avait offert. Après tout, il fallait qu’elle se change les idées et puis… bon elle aimait bien surfer, c’était une bonne chose.


Cassidy se dirigeait vers son terrain de jeu avec sa nouvelle planche. La demoiselle était encore surprise de voir que Tristan semblait deviner ses moindres intentions et envies, sans même savoir ce qu’elle faisait. C’était un mystère que la petite mage n’arrivait pas à expliquer. Il y avait un froid sec dans l’air mais qui ne la gênait nullement. Arrivant dans les hauteurs, Cassidy admira un instant le paysage avant de mettre sa planche aux pieds. Souriant, elle mit un peu de poids sur l’avant de la planche et commença à glisser. Le début se passa normalement, elle sentit la sensation de la glisse, la vitesse qui enivrait ses sens. Tout appliquée qu’elle était, la demoiselle semblait un peu plus audacieuse aujourd’hui (sûrement à cause de son exploit des précédents jours) et elle prit plus de risques. Seulement, elle manquait encore clairement d’entraînement. Une pierre cachée par la neige n’avait pas attiré son attention et la petite mage fonça droit dessus. Déséquilibrée, elle fit une vrille alors que sa planche se détachait de ses pieds et qu’elle partait sur le côté. Malheureusement la débutante eut le mauvais réflexe de vouloir utiliser son pied pour freiner l’impact.

Une petite douleur se fit ressentir dans la jambe de Cassidy et elle grogna avant de tomber au sol. La demoiselle se mit à gémir. C’était pas encore bien comme il faut… Mais alors qu’elle allait se relever, une voix parvint jusqu’à elle.

- Tiens encore là ?

Cassidy se retourna en s’époussetant un peu. Kalec venait de freiner devant elle. Abasourdie, elle le dévisagea sans le moindre scrupule.

« Non mais tu fais quoi ici ? Tu m’espionnes ! »

Il haussa les épaules d’un air distrait.

- La montagne est à tout le monde. Si tu crois que je vais m’amuser à observer une gamine qui sait même pas surfer…

Cassidy grogna et se détourna de lui pour se relever. Mais alors qu’elle allait s’appuyer sur son pied, la douleur revint et elle serra les dents pour étouffer le gémissement qui pouvait s’élever de sa bouche. Sans plus regarder Kalec, elle marcha à quatre pattes pour récupérer sa planche puis s’aida de celle-ci pour se redresser, sans s’appuyer sur son pied blessé.

- Dis donc tu vas devoir prendre un abonnement avec moi… pour toutes les fois où je te retrouve un peu n’importe comment

Rien à voir avec tout à l’heure. Il semblait un peu plus virulent, pas moqueur pour autant, mais avait l’air de bien lui faire comprendre qu’à chaque fois il était là pour la tirer d’un mauvais pas. La mauvaise humeur de Cassidy revint au galop et elle s’adressa à lui d’un ton sec, sans même prendre la peine de se tourner vers lui.

« MERCI mais j’ai pas besoin d’aide. Alors laisse moi tranquille maintenant et va surfer ailleurs »

Elle boitillait en tentant de prendre le chemin de la ville, le plus dignement possible. Kalec soupira puis se passa une main sur le front en levant les yeux au ciel. Il enleva sa planche qu’il attacha à un harnais avant de l’enfiler puis se dirigea vers Cassidy, plaçant ses bras sous ses jambes et son dos en la soulevant de terre. Elle ne s’y attendait pas du tout et manqua de l’assommer avec sa planche.

« Repose moi tout de suite ! Je peux très bien me débrouiller toute seule ! »

- Désolé Boucles d’or mais je crois que le patron de la taverne serait un peu… inquiet si sa serveuse prenait encore une semaine de congé à cause d’une blessure amplifiée… amplifiée par une sacré tête de mule qui ne sait même pas faire un bandage improvisé et préférant s’appuyer sur sa blessure

Elle ouvrit la bouche. Bon il n’avait pas tort dans un sens. Elle allait encore et encore se faire remarquer. On allait finir par croire qu’elle cherchait les ennuis ou de l’attention. En même temps ce n’était pas sa faute si elle était si maladroite ! La petite demoiselle se calma même si elle fit une moue boudeuse tout en détournant la tête. Ca l’embêtait vraiment d’être aussi dépendante de Kalec. Il commença à avancer à travers les bois.

Cassidy réfléchissait. A part ses problèmes de couple, enfin… problèmes au lit plutôt, l’étrange jeune Nordique attirait également son attention. Elle le trouvait bien étrange. Parfois gentleman, parfois complètement moqueur. C’est comme si il cherchait à être gentil et ensuite hop, il dévoilait une autre facette. Elle ne connaissait rien de lui. Ni pourquoi il lui ressemblait, ni la magie qu’il possédait, ni même ce qu’il faisait comme métier. Après tout, seul Tristan l’avait vu. Tout ce qu’elle savait, c’est que ce n’était pas un guerrier. Et puis il refusait de lui dire quoi que ce soit à son sujet. Il la laissait en l’état et faisait du chantage pour qu’il l’aide à comprendre sa magie.

- Tu voyages beaucoup ?

Elle manqua de sursauter quand il posa cette question. Pour une fois qu’il ne sortait pas une réplique cinglante c’était étonnant !

« Heu… un peu… enfin… là on est bien dans cette ville alors… »

Cassidy bredouilla, confuse. Après tout, elle ne s’attendait absolument pas à ce type de question et encore moins venant de lui ! Mais la suite la surprit tout autant.

- Tes parents s’inquiètent pas ?

Elle écarquilla les yeux. Qu’est ce qu’il avait à s’occuper de sa famille ?! Mais elle devint blanche. Cela faisait bien… un bon mois voire plus qu’elle n’avait donné aucune nouvelle. Non aucune. Ses parents pensaient certainement qu’elle avait accouché ou était toujours enceinte. Mais quelle fille indigne d’être aussi peu… bon ses parents savaient qu’elle était assez… solitaire et peu encline à donner des nouvelles tous les jours mais quand même… Elle se sentit mal, très mal et ne répondit même pas à la question de Kalec.

- Bon j’ai l’impression que Boucles d’or est tête en l’air aussi mais… une lettre d’excuses et tout rentrera dans l’ordre non ?

La pauvre petite mage ne savait absolument pas quoi répondre. Pourtant il ne la charriait pas cette fois. Il resta silencieux jusqu’à l’arrivée au chalet et la déposa juste à proximité. Elle en profita pour adosser sa planche contre un des murs puis s’avança vers lui, le regardant avec hésitation tout en se mordillant la lèvre inférieure avant de détourner les yeux et murmurer un mot.

« Merci…

Il pencha la tête vers elle.

- Quoi ?

Elle ferma les yeux tout en serrant les poings, parlant d’une voix plus intelligible.

« Merci… un peu pour tout. »

Kalec ne répondit rien et resta un instant silencieux. Soit il ne savait pas quoi dire, soit il cherchait la meilleure réplique à sortir pour l’embêter.

- Hum…c’est un peu léger pour un remerciement

Puis sans crier gare, d’une rapidité déconcertante, il s’approcha d’elle et posa ses lèvres sur les siennes. Pas brusquement, mais pas un frôlement non plus. Et là… le choc. Comme un tremblement de terre interne, comme si le jour était devenu la nuit, comme si la foudre s’était abattue sur la tête. Elle resta un instant immobile, surprise mais reprit très rapidement ses esprits. La main de la petite mage s’éleva et d’un geste violent, rencontrant la joue de Kalec. SBAFF ! Le bruit de la gifle se répercuta en écho dans la plaine, si silencieuse pourtant.

Il n’avait pas évité. Soit elle avait été très rapide, soit il pensait qu’elle se laisserait totalement faire. Il avait tort. Elle le regarda avec fureur. Elle le remerciait et il en profitait pour l’embrasser ? Non mais ce mec n’avait aucune cervelle ! Il était débile, il savait parfaitement qu’elle était en couple. Il savait parfaitement qu’elle aimait Tristan et personne d’autre. Il savait parfaitement qu’elle n’était pas du genre à se laisser faire.

« A quoi tu joues ?!? »

Kalec se frotta doucement la joue, qui était devenue rouge écarlate. Elle n’y était pas allée gentiment la petite Cassidy… Cependant il ne semblait ni désorienté, ni mécontent. Un nouveau sourire tranquille apparut sur son visage.

- C’est un remerciement comme un autre…

Elle poussa un cri scandalisée et attrapa sa planche comme si elle voulait le frapper avec. Il esquiva sans difficultés avant de la saluer en la narguant d’un geste de la main.

- Bonne fin de journée !

« NE T’APPROCHE PLUS JAMAIS DE MOI ! »

C’est donc d’un mouvement très énergique, boitillant à moitié, que Cassidy entra dans le chalet et claqua la porte qui fit trembler les murs. Le pauvre Zenith qui dormait tranquillement dans le canapé, poussa un couinement apeuré et sursauta. Cassidy respirait difficilement. Elle se laissa glisser derrière la porte et souffla un bon coup. Non mais comment pouvait-il oser ? COMMENT pouvait-il l’embrasser de CETTE manière ? Quel taré ! Quel fou ! La prochaine fois qu’il chercherait à l’aider, elle l’ignorerait voilà !

Le louveteau s’était approché en couinant et lécha la main de la demoiselle, qui avait mis sa tête en arrière, collée contre la porte. Elle sursauta un peu puis son regard se posa sur la petite créature au poil gris. Elle cligna une secodne des yeux puis soupira en posant sa main sur la petite tête chaude.

« Tu peux me dire toi ce que j’ai fais pour mériter ça ? »

Il aboya. Cassidy se releva puis porta le petit animal dans ses mains.

« Non bien sûr… »

Déposant le louveteau au sol, elle finit par partir en cuisine pour préparer un plat pour leur petit protégé avant de revenir avec. Puis elle se prépara une tasse de thé qu’elle déposa sur la table avant de s’asseoir devant, songeuse. Quelle étrange journée ! Si les jours d’avant se ressemblaient, à part quelques exceptions, c’était tout particulièrement bizarre aujourd’hui. Kalec avait peut être quelque chose derrière la tête et elle peinait à comprendre ce qu’il voulait vraiment. Cela lui rappela amèrement le baiser de Kalec et elle se mit à rougir violemment. De rage surtout hein !

Elle serrait si fort sa tasse que celle-ci explosa dans sa main, projetant des bouts de verre un peu partout. La demoiselle regarda sa main. Quelques morceaux s’étaient plantés dans sa chair délicate, faisant couler son sang. Elle soupira bruyamment en se relevant, de très mauvaise humeur.

« Quoi encore ?! Du calme saleté de magie ! C’est pas un ptit con comme ce gars qui va me faire perdre mes moyens. Et pourquoi ma magie déraille ?! Je suis plus une ado quand même, c’est censé être réglé ces histoires d’hormones… Pffffffffff »

Elle grommela tout en retirant les morceaux de sa main et partit à la cuisine pour se passer de l’eau fraîche dessus et se faire un bandage. Alors qu’elle faisait couler l’eau, la demoiselle ne pouvait s’empêcher de râler encore, murmurant plus pour elle-même.

« Tris’ va encore s’inquiéter… Il va peut être croire que je fais exprès… En même temps j’y peux rien, je ne sais pas comment maîtriser ça… Super ! Tu parles d’une mage… espèce de ratée, complètement nulle, incapable de gérer sa magie. Mais pourquoiiiiiiiiiiii j’ai voulu m’engager dans cette voie au final ? Ca apporte plus de merde qu’autre chose… »

Cassidy soupira. Encore une fois elle n’arrivait pas à avoir une vie normale comme le souhaiterait. Encore une fois il fallait qu’elle démêle les nœuds des différents blocages. Elle enroula un bandage autour de sa main puis retourna nettoyer la table et ramasser les morceaux qui trainaient. Que devait-elle faire ? Elle se frotta doucement les temps du bout de ses doigts. A son adolescence, quand sa magie était un peu instable, son maître lui avait conseillé de beaucoup écrire dans son journal. Libérer les émotions était une sorte de thérapie qui lui avait permis de se canaliser et d’éviter de se poser trop de questions. Depuis combien de temps n’avait-elle pas écrit ? Bien trop longtemps à vrai dire. Ah et puis elle allait également écrire une lettre pour ses parents et… Maud aussi tiens ! Depuis qu’elle était arrivée ici, en mauvaise fille qu’elle était, Cassidy n’avait pas du donné de nouvelles.

Elle remonta dans la chambre et y resta un bon moment.

Pendant ce temps là, Tristan, même avec son dur travail à l’atelier, devait bien faire des pauses. Le jeune homme se donnait sans compter, et même si ses camarades étaient impressionnés par sa cadence de travail, Ralph lui, voulait que son ami prenne des pauses, sinon il allait devoir le ramener en le trainant à son chalet si il n’était plus en état. D’ailleurs, même le patron de Tristan s’y mettait.

- Tu fais vraiment du bon travail et je suis très satisfait de toi. Par contre aujourd’hui, je t’autorise à sortir plus tôt, ça fera une bonne surprise à ta petite fiancée.

Il lui fit un clin d’œil discret. Mais alors que Tristan commençait à sortir de la ville, il aperçut au loin Arianna, pendue à une branche d’un très grand arbre, redescendre dans une parfaite réception au sol. Quand elle le vit (un grand gaillard comme ça, ça ne se loupe pas), elle lui fit un grand geste de la main.

- Oyh Tris’ !

Elle le rejoignit rapidement.

- T’as fini le boulot ?

Il répondit par la positive. Son regard s’illumina.

- Dis tu veux bien passer avec moi ? Je viens de récolter des Zartrones, je vais me faire une petite spécialité d’ici.

Elle resta un instant silencieuse puis se tapa le front de sa main.

- Ah mais si tu veux rejoindre ta fiancée pas de soucis hein ! Je veux pas qu’elle croit que je te… enfin bref, fais comme tu veux, c’est juste une proposition.

Finalement il accepta. Arianna semblait enthousiaste.

Ils arrivèrent à la maison des voyageurs. Cette fois ci c’était un peu plus animé et des petits groupes s’étaient formés à droite à gauche. Certains silencieux, d’autres discutant avec entrain. Ils saluèrent Aryanna quand elle rentra. La rousse se dirigea alors vers la cuisine puis invita Tristan à s’installer dans un fauteuil près du feu le temps qu’elle prépare.

Elle revint peu de temps après avec un plateau avec deux tasses fumantes et des petits biscuits.

- Tiens, j’ai appris que c’était une spécialité d’ici. C’est fait à partir de feuilles qu’on trouve au sommet de certains arbres. Il paraît que ça donne de l’énergie. En même temps on en a besoin avec ce temps.

Aryanna se mit à rire et but une gorgée.

- Tu aurais vu… la vue était magnifique ! Ces montagnes enneigées avec le soleil qui les rend brillantes, l’étendue de la forêt, la brise qui balaie le village. On a l’impression d’être dans un autre monde. Ca devrait être chouette de pouvoir survoler tout ça et admirer encore et encore, sans pouvoir s’en passer.

Visiblement, elle était repartie dans ses histoires de dragon. Cependant elle dévia sur un autre sujet tout en croquant dans un morceau d’un biscuit à la cannelle, un peu songeuse.

- Au fait, je t’ai dit tout à l’heure, ta fiancée est très jolie. Mais… c’est dommage qu’elle semble aussi… possessive.

Elle but une nouvelle gorgée tout en regardant le fond de sa tasse.

- J’imagine que tu n’as peut être pas beaucoup d’amies au féminin… enfin… je connais un peu ce regard. J’espère juste qu’elle ne va pas mal le prendre… sinon je t’invite plus hein mais tu sais j’aime bien discuter alors…

Aryanna se permit un sourire gêné puis posa sa tasse en regardant Tristan.

- Bref, désolé, ça ne me regarde pas. Du moment que tu es heureux avec elle, c’est tout ce qui compte. C’est vraiment important… d’être bien avec la personne avec qui on vit.

Elle avala un autre biscuit en l’écoutant parler et donner sa version des choses. La jeune femme rousse se mit à sourire puis elle parla d’autre chose, à savoir ses voyages.

Après un long moment passé dans la chambre, Cassidy referma son journal et soupira un instant avant de s’étirer longuement. Lorsqu’elle redescendit, Tristan venait de franchir la porte. La demoiselle se mit à sourire et s’approcha de lui en boitillant.

« Coucou chéri ! L’après midi était bonne ? »

Il avait tout de suite remarqué son pied bancal et l’interrogea du regard. Mais elle ne pouvait pas savoir si encore une fois il avait vu la scène ou pas, ressentit quelque chose ou pas. Après tout, Tristan ne lui avait jamais dit qu’il était de capable de voir, pressentir quand elle était en danger.

« Bon je comptais t’expliquer. C’est rien de grave hein ! »
Elle attendit qu’il enlève ses bottes avant de le prendre par la main et l’amener vers le canapé.

« En fait c’est même complètement débile ! Je suis allée surfer cet aprem avec ta planche. Mais j’ai été un peu imprudente en fait. J’ai glissé sur un caillou, un truc comme ça et paf, mon pied a voulu amortir le choc et je suis tombée… Tu sais comment je suis hein, mais j’y travaille j’y travaille»

Alors qu’elle lui expliquait, prenant ses mains dans les siennes, il avait bien sûr, remarqué le bandage. Aïe encore autre chose à dire et bien plus délicat. Elle se mordilla doucement la lèvre inférieure en cherchant bien ses mots et il devait bien sûr, avoir remarqué qu’elle semblait être un peu plus hésitante dans ses prochaines paroles.

« Et pour ça j’ai juste fais exploser ma tasse en voulant boire mon thé… »

Elle avait dit ça d’un ton le plus dégagé possible même si elle continua d’ajouter la suite, refusant de lui cacher quoi que ce soit.

« Et pourquoi j’ai fait exploser ma tasse ? Ma magie m’a encore joué des tours, ça commence à devenir pénible mais j’ai l’impression de redevenir ado avec tout ça. Et pourquoi ma magie m’a joué des tours ? Parce que Kalec a fait le crétin. En gros, comme par hasard, ce con était au même endroit que moi, il aime bien surfer aussi on dirait, et il a insisté pour me ramener. Sauf qu’il ne s’est pas contenter QUE de ça… »

Elle marqua une pause, encore sur le coup de la colère et serra un peu plus fort les mains de Tristan pour se donner du courage. Puis elle détourna la tête, ses pommettes rougissant légèrement, mais difficile de dire si c’était de la gêne ou de la colère.

« Cet idiot m’a embrassé…

Cassidy ne laissa pas le temps à Tristan de réagir, de faire ou dire quoi que ce soit. Elle posa sur les lèvres de son compagnon un index et cette fois elle le regarda droit dans les yeux.

« Je voulais juste le remercier… juste dire un merci. Il a juste trouvé que ce n’était pas suffisant et avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, il s’était déjà avancé… Ca n’a pas duré longtemps car je lui ai collé la gifle la plus violente qu’il ait pu recevoir dans sa vie ! Je sais pas ce qui lui a pris, je ne sais pas pourquoi il a réagi comme ça… mais avec ces émotions, je n’arrive plus à tenir ma magie… enfin c’est dur quoi… »

Elle leva les yeux au ciel.

« Alors j’ai fait comme pendant mon adolescence. J’ai ressorti mon journal et j’ai écrit tout ce qui me passait par la tête. Il est en haut dans la chambre, je n’ai rien à te cacher donc tu peux lire si tu veux savoir. En fait, je pourrais aussi bien t’en parler mais je pense qu’on passerait des nuits blanches à discuter et pour ton travail et le mien c’est peut être pas l’idéal. Et puis mon cerveau est très embrouillé, j’arrive même pas à remettre mes idées en place alors c’est plus simple comme ça… »

La demoiselle fit glisser sa main sur la joue du jeune homme pour le caresser doucement.

« Ah aussi… j’ai écrit une lettre pour mes parents et Maud… Ca fait un bail que je n’ai rien dit… Alors je pense que tout le monde s’inquiète, donc… »

La suite de la soirée, ils vaquèrent à leurs occupations, soit en continuant de discuter de tout et rien, soit des sujets qui leur tenaient à cœur. Elle insista pour lui faire aussi un massage au coin du feu. C’était un peu sa façon de vouloir se faire pardonner du baiser de Kalec, même si elle ne l’avait délibérément pas provoqué.

Puis ils finirent par se coucher.

Le ciel était gris et lourd de menaces. Cassidy se tenait debout et la fumée devant elle l’empêchait de voir quoi que ce soit. Elle écarquilla les yeux, surprise. La fumée se dissipa et le spectacle qui se déroulait devant elle était tout simplement… choquant. Elle se trouvait devant ce qui semblait avoir été une place de village. Les dalles, par endroits retournées, et la statue brisée en plusieurs morceaux, lui donnait cette impression. Tout autour des maisons dans un sale état. Toutes étaient en train de brûler et le grésillement des flammes résonnait dans les oreilles de la petite mage. Le ciel se teinta d’orangé et de rouge cendré. Certaines maisons étaient totalement détruites comme si quelque chose d’énorme s’était jeté avec force dessus. Des toits effondrés, des pierres un peu partout.

Cassidy tremblait. Où était-elle ? Quel était cet endroit ? Et puis, le vent dissipa les dernières traces de fumée. Et elle vit… Des corps étalés un peu partout, dans toutes les positions possibles. Certains démembrés. Des gens simples, les villageois sans doute. Personne ne semblait avoir été épargné. Le sang tachait les dalles alors que tout était silencieux aux alentours. Il n’y avait pas d’autres mots, c’était une boucherie… Et puis, une voix s’éleva dans les airs. Une voix qui hurlait de douleur. Cassidy se mit à hurler elle aussi tout en fermant les yeux et se bouchant les oreilles.


C’est la voix de Tristan en panique qui la tira de son cauchemar. Le cœur de la demoiselle battait à cent à l’heure et elle était toute blanche. Elle regarda Tristan un instant, l’appela faiblement par son surnom et regarda autour d’elle.

« Tris’… »

Dans son délire, elle s’était agrippée à son bras si fortement, enfonçant ses ongles dans la peau du jeune homme, qu’il s’était mis à saigner. Tout de suite elle retira sa main.

« C’est pas réel hein ? Dis moi que c’est pas réel »

Il ne comprenait pas.

« J’ai fait un sale cauchemar… un village complètement détruit… du feu partout… des maisons démolies… des cadavres… plein de cadavres… et une voix qui hurlait… qui avait mal… »

Elle trembla et secoua la tête tout en appuyant ses paumes de main sur ses oreilles avant de caler son visage contre le torse de son compagnon, tentant de reprendre son souffle. Tristan eut des paroles rassurantes, apaisantes. Il la berça un moment. Cela suffit pour Cassidy qui finit par s’assoupir dans ses bras, plus tranquille.

Le lendemain matin, la demoiselle s’était réveillée tôt. Mis à part le fait qu’elle était barbouillée de la soirée, elle allait bien. Jetant un coup d’œil à Tristan, elle constata qu’il dormait encore. Le pauvre avait sûrement veillé toute la nuit pour être sûr qu’elle soit bien et ne fasse plus de cauchemar. Elle s’éclipsa.

Lorsqu’il se réveilla, elle venait tout juste de franchir la porte de la chambre, un gros plateau rempli de bonnes choses dans les mains.

« Salut… »

Elle se permit un sourire timide tout en le regardant avant de s’approcher du lit en boitillant et posant le plateau sur le bout du lit. On aurait dit que la petite mage s’était beaucoup appliquée dans ses préparatifs et qu’elle y avait mis tout son cœur. Brioches toutes chaudes et petits pains venant du boulanger, confitures, beurre, une grande tasse avec un café fumant comme il l’aimait pour lui, un récipient avec quelques fleurs multicolores et son bol de chocolat chaud. Cassidy s’approcha du jeune homme, prit son visage entre ses mains, et l’embrassa tendrement, simplement. La trouille qu’elle avait eu pendant la nuit, l’avait fait un peu oublier ses envies actuelles et elle était plus en mode câlins.

« Je voulais… enfin je cherchais un truc à faire ensemble après ton travail, histoire qu’on se détende mais j’ai rien trouvé de très original… alors ça sera encore un massage aux huiles essentielles et peut être se raconter des histoires de chevalier et princesse au coin du feu ? »

Elle fit un drôle de bruit et une grimace en se détournant.

« Tu peux te moquer c’est nul. Mais en ce moment j’ai l’imagination d’une limace qui a la grippe… »

Peut être que cette journée sera meilleure que les précédentes non ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Mer 27 Avr - 20:13

Frustré... Le moins qu'on puisse dire c'est que le jeune homme était frustré. Bien sûr la petite demoiselle aussi, énormément, surtout après l'attente... Un an à être loin de son cher et tendre, un an de frustration sans homme pour combler ses pulsions et la soustraire à sa frustration. Mais au moins, elle s'endormait et trouvait finalement dans le sommeil une forme de réconfort à présent. Ce n'était pas pour rien que son corps réagissait ainsi. Il se soustrayait mine de rien à celui du jeune homme et ça c'était étrange... Inquiétant surtout. Elle le repoussait. Inconsciemment elle repoussait le jeune homme, alors qu'elle aurait dû être accrochée à lui. Alors qu'elle n'aurait dû attendre que lui. Alors que son corps et le sien auraient dû répondre à l'appel de l'autre. Au lieu de cela... C'était tout le contraire. Ce n'était pas bon signe. Elle lui en voulait. Elle ne voulait peut-être plus vraiment de lui. Ce n'était pas sans raison que son corps, que sa magie réagissaient ainsi. Que la petite demoiselle ne s'interroge pas davantage dessus étai peut-être d'autant plus inquiétant... Tristan donc faisait face à ses pulsions mais lui ne pouvait pas les voir s'endormir et le malaise ressenti ne cessait de croître...
Si au moins il n'avait pas été attiré par la jeune femme ça aurait été plus simple, mais c'était tout le contraire... Plus il attendait plus il avait envie d'elle et plus il se disait qu'il risquait de faire une bêtise... La forcer ? Jamais il ne l'avait envisagé, il ne lui ferait jamais de mal... Mais depuis quelque temps il craignait de ne pas pouvoir contrecarrer ses pulsions... Ses gestes... Quand viendrait le moment où emporté par ses envies il aurait un geste, ne serait-ce qu'un, pour inciter la jeune femme ? Quand l'envie deviendrait-elle trop intenable pour qu'il s'arrête, prenne soin d'elle, s'éloigne, quand elle tombait évanouie ? Et ait à la place dès gestes... Des gestes tellement regrettables...

Tristan se doutait bien que c'était très difficile pour la petite mage, qu'elle vivait des moments particulièrement éprouvants psychologiquement parlant. Après tout... Après l'impuissance de ne pas pouvoir quitter cette île, de ne pas acquérir suffisamment de magie, venait celle de ne plus pouvoir coucher avec l'homme qu'elle aimait et pire encore de ne plus avoir de contrôle sur sa magie. C'était grave, très grave. Aussi ignorant qu'il soit sur ce domaine, Tristan réfléchissait beaucoup. Il faisait tout ce qu'il pouvait, pour ne surtout rien lui reprocher, pour la soutenir et pour essayer de l'aider. Mais il ne pouvait rien faire pour elle... Et ce constat lui faisait mal, vraiment mal... Il se disait qu'il aurait pu la réconforter, lui prouver son soutien si au moins toute activité un tant soit peu sensuelle ne leur avait pas été retirée... Comment lui éprouver autrement toute la force de ses sentiments ? Il n'en savait rien. Toute cette histoire prenait une bien dramatique tournure... Se rendre compte que Kalec ressemblait à la jeune femme et pire qu'il l'aidait bien plus que lui, même sans parler de magie déjà... Dévorait à petit feu le Drakkari de jalousie, rancoeur et tristesse. Le pire était probablement la résignation qui s'était déjà installée dans son cœur... Déjà installée puisqu'il avait même dit au jeune forgeron qu'il faudrait bien que quelqu'un s'occupe de Cassidy puisque lui en était incapable... Incapable d'aider la femme qu'il aimait. Incapable de coucher avec la femme qu'il aimait. Atteint dans les derniers restes de sa fierté il ne se rendait même pas compte des dégâts bien plus grave que toute cette triste histoire était en train de provoquer.

Cassidy aurait probablement voulu savoir tout ce qu'il avait appris par le biais de Kayla... Des choses qui ne l'auraient décidément pas rassurées d'ailleurs. Car Tristan était un jeune dragon, tellement jeune, tellement inexpérimenté, ne se rendant pas compte encore des appels d'alerte que lui lançait son propre corps.
Il la couvrait d'attention, de gentillesse, de douceur... Mais ils n'étaient plus qu'un ersatz de couple et il allait vraiment falloir... Faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard.
Il s'était bien vengé, avait bien puni l'homme qui avait agressé la petite demoiselle mais une fois de plus ce n'était pas lui qui l'avait secouru. Au final que faisait-il encore pour elle ?
Il y avait des bons moments évidemment. Ils n'avaient jamais été aussi proches. Ils riaient beaucoup... Mais n'était-ce pas tenter de se donner une illusion quand ça n'allait plus si bien que ça... ?

Quand elle était revenue de chez sa nouvelle amie le jeune homme s'était juste montré doux, patient, inquiet mais certainement pas inquisiteur. Pourtant le malaise était là... Tellement là. Il s'en voulait... Il se haïssait... Chaque jour davantage. Il n'était pas dupe. Intelligent, il avait vite compris que le problème venait réellement de lui...
Elle lui avait parlé de l'île, oui, elle s'était confié et c'était une bonne chose. Mais finalement ce n'était que davantage de souffrances, davantage de culpabilité...Pas pour elle qui dormait comme une bienheureuse. De toute manière c'était sans doute la seule chose qu'il méritait... Être puni. IL en était persuadé, sa manière de faire pénitence de ne pas avoir été là pour elle, incapable de comprendre qu'il n'y pouvait rien et que finalement s'il l'avait suivie sur cette île, ça aurait été bien pire, quel dégât aurait pu commettre le Tristan du futur et sa puissance meurtrière ? Qu'est ce qui l'aurait empêché de blesser d'autres personnes, de tuer les parents de la jeune femme et tous ses amis ? Rien... Absolument rien... En hurlant dans le froid, il avait entendu le murmure du vent, un mot étrange qu'il ne connaissait pas. Anmara... Mais ce devait juste être son imagination...

Extérieurement parfaitement stable, roc dans la tempête semblant pouvoir affronter toutes les épreuves tellement il était adorable, taquin, provocant, aux allures normales malgré l'affection qu'il laissait s'exprimer ce n'était qu'une menteuse façade de sa détresse face à toute l'incompétence qu'il comprenait posséder. Le travail était une manière d'oublier avec ses entraînements, de s'abrutir de fatigue pour avoir moins envie d'elle, un peu moins... Ne pas être constamment avec elle était finalement préférable... Il s'était mis à apprécier de voir cette jolie jeune femme, Arianna... Ses étranges manies et expressions constamment joyeuses, sa fascination pour les dragons. Cette fascination l'aidait, le guérissait un peu, le déculpabilisait un peu... Après tout, y avait-il pire culpabilité que celle accrochée à sa nature propre ? Car il s'en voulait d'être un dragon, parce que c'était ce qui bloquait Cassidy, qu'elle en soit consciente ou non, il en était persuadé et c'était probablement le plus triste... Il était enfin lui-même...
Arianna, sa fraîcheur, son enthousiasme, son intérêt pour les dragons et tout ce qu'elle en savait, une mine d'informations plus ou moins justes extraordinaire, lui faisait du bien...Peut-être lui en avait-il trop dit sur Cassidy, peut-être ne l'aurait-elle pas souhaité d'ailleurs mais qu'il vante ainsi sa fiancée était le meilleur message d'amour et de fidélité qu'il pouvait actuellement transmettre...


Quand Cassidy était enfin rentrée de chez Miya, sa nouvelle amie, elle était étrangement habillée mais ça lui allait extrêmement bien ! D'ailleurs le grand jeune homme avait senti ses pulsions se réveiller immédiatement et avait compris l'évidence que la proximité de la jeune femme n'était qu'une torture supplémentaire...

- Tu pourrais demander ce type de modèle à Maud sinon... Elle serait ravie...

Elle semblait contente de son cadeau. Vu le temps passé dessus c'était une récompense pour le jeune homme. Bien sûr elle ne lui avait que peu parlé de cette activité mais le peu qu'elle en avait dit supposait son intérêt. Et puis il n'y avait pas tant que ça de choses à faire dans le coin. Au moins elle avait une activité pour elle, qui lui plaisait, même si elle avait encore à apprendre. Beaucoup... A commencer par s'arrêter d'ailleurs !

Elle lui parla de sa nouvelle amie, reparla de Kalec. Au final le jeune forgeron revenait bien trop souvent dans la conversation, généralement en mal... Mais elle parlait de lui... Tristan se contenta de sourire, de rester silencieux, hochant la tête. De toute manière elle lui faisait davantage un exposé de ce qu'elle avait vu et de ce qu'elle pouvait penser.
Le lendemain pourtant c'est avec provocation, jeu, tentation que le jeune homme était venu la voir à la taverne. C'était difficile d'être aussi proche d'elle mais il avait bien compris que ça lui faisait plaisir et que ça lui avait manqué de ne pas le voir. Quel charmant jeune homme ! Pas gêné le moins du monde qui venait bouleverser le cœur de sa fiancée d'époustouflants baisers avant de la mordre pour la calmer... Curieuse idée !
Il avait rejoint Raphaël à une table et discutait avec lui quand Arianna était venue les rejoindre. En l'apercevant le grand Drakkari sourit et lui fit une place entre lui et Raph alors qu'elle se mettait à discuter avec animation avec eux, se tournant vers l'un puis vers l'autre.
Tristan n'avait même pas remarqué l'animosité que manifestait sa petite mage. Pourquoi aurait-elle été jalouse et en colère après tout ? Elle discutait avec bien des hommes, elle s'était fait un ami dans le grand blondinet qui l'avait initiée au surf des neiges... Tristan avait donc bien le droit d'avoir une amie non ? Mais quand elle vint prendre leur commande, la petite demoiselle montra bien sa jalousie, possessivité en fixant avec intensité cette drôle de rouquine, jolie rouquine d'ailleurs... Arianna se permit un commentaire quand elle s'éloigna, ne remarquant qu'à peine que le grand jeune homme qui avait remarqué le manège entre les deux femmes s'était crispé, son beau sourire se figeant, persistant mais crispé... Bizarre l'amertume que prenait son repas...

Et puis il y avait eu les danses... Arianna avait-elle remarqué le mutisme dans lequel s'était enfermé le jeune homme ? Avait-elle remarqué son air pensif et un peu triste alors qu'il observait, plus loin, sa fiancée évoluer avec toujours plus d'aisance entre les tables ? En tous les cas elle l'invita à danser et il se lit à fixer bêtement sa main, trop surpris pour réagir immédiatement. Son sourire revint. Après tout, lui adorait danser. Il se leva donc, fit une exagérée révérence et lui prit la main pour aller danser aux côté de Raph et de sa cavalière déjà bien plus échauffés ! Ce n'était qu'une danse... Avec sa nouvelle amie ? Qu'y avait-il de mal à cela ? Qu'y avait-il de mal tout court ? Il dansait juste... Avec une amie. Il s'amusait juste un peu. Au milieu de plein de gens. Près de son ami... Il ne devina évidemment pas dans quel état cela mettait Cassidy. Tout simplement Parce qu'il n'y avait aucune raison pour qu'elle soit jalouse. Aucune raison pour qu'elle s'inquiète de quoi que ce soit. Il lui était aveuglément fidèle... Reprochait-elle vraiment à une femme de vouloir amuser son petit ami ? Non... Evidemment... Elle reprochait à une femme de se rapprocher de SON fiancé. Parce qu'elle connaissait les femmes et qu'elle savait qu'il les attirait beaucoup trop aussi...

Tristan aurait bien invité Cassidy à danser... Mais elle travaillait. Il ne voulait pas la gêner dans son service et puis elle n'aimait que peu danser quand il y avait trop de monde pour la regarder. Pourtant, il la vit évoluer au bras de Kalec. Il fronça les sourcils mais haussa aussitôt les épaules, après tout s'ils s'entendaient mieux tous les deux c'était tant mieux. Après tout, ce gars pouvait l'aider... Tristan pensait aller faire un tour à l'atelier pour travailler sur une armoire en attendant de reprendre le travail réel mais Arianna voulait encore danser. Il allait accepter lorsqu'il fut réquisitionnée par une grande et jolie blonde qui envoyait "gentiment" bouler sa partenaire pour prendre sa place. Surpris, Tristan se retrouva donc face à une petite demoiselle fort joyeuse et sacrément dynamique... Elle lui demanda s'il était le fiancé de Cassidy. Enfin non, elle l'affirma et il comprit aussitôt qu'il s'agissait de la fameuse Miya. Il acquiesçait mais elle se répondait toute seule de toute manière, commentant le fait qu'il soit un Drakkari. Par contre elle continua en parlant de ses cheveux, le comparant aux autres. Le sourire poli du jeune homme se figea de nouveau. "Ca arrive"? Qu'est ce qui arrivait ? Qu'est ce qu'elle savait de lui au juste ? Il répondit simplement, calme, comme si c'était un sujet parfaitement normal. Ca l'était non ?

- Je ne le suis pas totalement. Ma mère humaine semble m'avoir donné un peu de sa couleur de cheveux pour changer un peu des traditions sur les drakkaris au gène dominant unique...

Mensonge évidemment. Mais il aurait préféré le croire lui-même...
Elle dit que Cassidy avait de bons goûts, il haussa simplement les épaules et n'ouvrit plus la bouche non plus. Après tout, il n'avait rien à dire... Jusqu'à la fin de la danse du moins, elle le remercia, lui aussi.

- Et... Merci de t'être occupée de Cassidy.

Rien de plus...
Il repartit rapidement travailler faisant juste un signe de main de loin à sa fiancée qui était en train de travailler. Son humeur s'était pourtant un peu obscurcie...
Inconscient de ce qui arrivait encore à la jeune femme, ses démêlées avec Kalec il ne vit rien cette fois-ci, ne de sa chute n'ai du baiser volé, c'était probablement mieux.
Occupé à l'atelier, le jeune homme travaillait d'arrache pieds alors que Raph venait plusieurs fois lui dire d'y aller doucement quand il maniait les grands et lourds outils. Le jeune homme allait vraiment finir par se blesser.
Et puis son patron lui avait donné congé plus tôt, ajoutant d'ailleurs qu'il devrait en profiter pour aller se reposer, qu'il était pâlot quand même. C'était vrai... Son teint était moins bronzé et ce n'était pas dû qu'au manque de soleil puisque la neige permettant la réverbération il prenait de sacrés bains de soleil quand il était à l'extérieur. Hochant la tête le jeune homme le remercia, s'étirant, annonçant qu'il allait en profiter pour travailler sur le chalet. Son patron fronça les sourcils, lui mettant une main sur l'épaule.

- Eyh... Calme toi, il ne va pas s'envoler ce chalet. Prends le temps de souffler sinon tu vas choper la crève à force... Occupe toi plutôt de ta jolie blonde. Elle aussi elle a besoin d'un... Certain type d'attention.

Ca se voulait tellement gentil que Tristan ne pouvait pas lui en vouloir. Pourtant il se sentit aussitôt abattu.... Il avait souri, était sorti, mais une fois dehors son masque avait vacillé alors qu'il sentait le poids sur ses épaules s'accroître. Oui... Cassidy avait besoin d'attention, d'un homme, d'un compagnon, d'un amant...
De toute manière la jeune femme finissait tôt, elle serait probablement sur sa planche. La perspective de se retrouver seul au chalet acheva de lui casser le moral et il soupira, appuyé contre un mur, se frottant énergiquement le visage, surtout les joues et les paupières pour se réveiller... Il s'était bien éloigné quand il avait rencontrer Arianna, en pleine fin de cueillette apparemment qui l'accosta aussitôt. Elle lui proposait de venir chez elle avant de se raviser par rapport à Cassidy. Il avait souri en la voyant, ce sourire en coin tellement craquant et ce fut tellement plus facile, ne pas faire semblant, enfin un peu moins.

- Elle doit être sur sa planche de surf. Je viens de lui en construire une et elle avait l'air d'avoir hâte de la tester donc... Je viens avec toi, avec plaisir... Ça me changera de l'odeur du bois et du travail manuel.

Elle avait l'air contente. Il sourit, son enthousiasme achevant de le convaincre. Il s'installa dans un fauteuil et prit avec reconnaissance la grande tasse fumante qu'elle lui tendait en commentant. Le regard du jeune homme se fit plus amusé.

- Oulà... Donne moi en beaucoup alors, je risque d'en avoir besoin. Il reste encore beaucoup à faire au chalet !

Elle repartit sur ses histoires de dragons et il sourit... Voler au dessus des montagnes, voltiger... Il en avait tellement besoin. Son enchaînement au sol ne faisait qu'accroître ce besoin après tout. Il ferma un instant les yeux pour imaginer la scène mais même son imagination bloquait. Il essayait encore quand Arianna l'interrompit dans ses pensées en parlant de Cassidy. Elle était jolie ? Oh ça oui. Elle était possessive... Oh ça... S'il avait souri au compliment le reste l'avait un peu crispé avant qu'il soupire, sirotant le breuvage brûlant, pensif. Elle continuait... Lui évoquent bien trop de vérités. Et une chose... Il ne savait pas si elle lui disait pour qu'il réfléchisse. Si c'était très gentil et innocent au final... Il n'en avait aucune idée mais alors qu'elle parlait d'être bien avec la personne avec laquelle on vit il se rendit compte qu'actuellement... Ce n'était pas vraiment le cas. Bien avec elle ?... Pas totalement non... Il y avait trop de gène, de réserve.... Trop de malaise.
Il se contenta de secouer la tête en souriant toujours.

- Elle a bien des amis hommes non ? Alors je peux avoir des amies femmes... Et moi aussi j'aime bien discuter avec toi, sincèrement... Et surtout écouter toutes tes histoires pour être honnête.Tu en as vu des choses...

Quel sourire ravageur lui renvoyait-il alors que sa joie revenait. Pauvre petit demoiseau ignorant toutes ces choses qui prenaient forme en lui...
Ils repartirent sur le sujet des dragons puisqu'elle semblait ravie que ses histoires lui plaisent et se remit même à mimer bien des choses alors qu'il l'observait, amusé...

Il ne pouvait pas savoir évidemment que la jeune femme était en fait rentrée, beaucoup plus tôt, après son accident de surf et surtout son accrochage avec Kalec. Mais était-ce une bonne idée de toute manière de rester trop longtemps seul avec elle alors que plus les jours passaient plus ses pulsions l'inquiétaient...
Il était finalement rentré et avait surpris par la boule d'énergie blonde qui l'avait accueillie avec tellement de joie. Une fois de plus il se retrouva torturé par deux sentiments. L'un était de joie, de tendresse, d'un amour tellement puissant qu'il lui donnait l'impression d'avoir un brasier dans le torse. L'autre était de tristesse, de peur, de lassitude...Elle boitait... Qu'avait-elle encore fait ? Il fronçait les sourcils en fixant sa jambe alors qu'elle commençait à s'expliquer. Elle était tellement vive, tellement enjoué que son cœur se réchauffa, la rancoeur disparaissant sous la tendresse. Il l'aimait... Il l'aimait tant. Apprendre qu'elle s'était encore blessée ne lui plaisait guère bien sûr et encore plus de savoir qu'elle s'était blessé avec sa planche alors qu'il avait justement fait bien attention que ses chevilles ne restent pas attachées à la planche en cas de chute, pour éviter justement ce type de blessure traitre. Apparemment il avait échoué. Encore. Il ne dit rien cependant, se contentant de l'écouter puis de froncer de nouveau les sourcils en voyant l'une de ses mains bandée. C'était quoi ça encore ?! Elle se blessait et le pied et la main le même jour ?!
Son hésitation nouvelle n'échappa pas au jeune homme alors qu'elle lui expliquait pour la tasse explosée mais encore et surtout la raison de l'explosion de cette tasse, qu'elle mettait d'ailleurs beaucoup trop de temps à donner. Elle lui déclara qu'il l'avait embrassée... Le problème c'est qu'elle rougissait. Et peu importait la raison, ça signifiait que ça lui avait fait quelque chose, que ce soit en bien ou en mal ça avait provoqué quelque chose. Si elle n'en avait rien eu à faire ça n'aurait pas eu d'importance, juste un acte stupide sans conséquence. Mais ça en avait... Ca en avait beaucoup. Tristan ne put rien dire, elle ne lui en laissa pas le temps mais de toute manière qu'aurait-il pu dire ? Elle était grande, elle savait se défendre... Il ne prétendait pas vouloir la protéger de tout et de tous... Il en était plus qu'incapable aux vues des dernières évènements, puisqu'incapable de la protéger contre de graves évènements... La voir rougir... Ca par contre ça faisait mal. "Idiot"... Il se souvenait parfaitement que leur histoire avait commencé ainsi... Avec des gifles, avec des baisers volés, avec des rougissements de la part de la petite demoiselle, beaucoup de colère mais autre chose était née de sa colère... Ça faisait peur...

Elle lui expliquait bien sûr et il n'y avait rien de vraiment mauvais qui en ressortait... Et puis elle lui parla de son journal qu'elle écrivait à l'adolescence, ce qui fit hausser un sourcil au jeune homme. Oui ça il savait mais... Elle avait repris? Ça allait si mal ? La culpabilité devint étouffante alors qu'il déglutissait avec peine.
Elle lui proposait de lire son journal, il se contenta d'acquiescer lentement mais en avait-il réellement envie ? Bien sûr il souhaitait la connaitre davantage et savoir ce qu'il pouvait faire pour elle, comment l'aider, ce qu'elle pensait de lui etc. Mais si elle lui proposait de lire c'est que ces choses là ne seraient pas écrites... Peut-être qu'elle n'oserait pas les écrire justement alors qu'elle avait tant besoin d'un défouloir... Et puis il voulait lui laisser son jardin secret aussi. Elle avait le droit à son intimité... Il hésitait. C'était gentil bien sûr mais pas forcément la meilleure des idées pour leur couple en péril. Mais elle parla de Maud et ses parents et si Maud pouvait bien attendre le jeune homme sembla immédiatement extrêmement soulagé quand elle parla de ses parents. Enfin !!! Ce n'était pas faute de lui avoir proposé de les voir... De lui avoir dit aussi qu'ils avaient besoin de nouvelles... Et pourtant cette joie-ci non plus ne dura pas... Qu'est ce qui l'avait brusquement décidée ? S'il l'avait su, à quel point le jeune homme aurait-il été abattu de remarquer l'impact qu'avaient les paroles de Kalec par rapport aux siennes ? Bien sûr ça aurait été idiot, la demoiselle n'avait fait que repousser l'échéance par rapport à son compagnon et se mettre des oeillères par rapport à ses parents et le difficile moment de leur annoncer la perte de son enfant, mais tout de même. Était-ce normal que ce soit un autre homme qu'elle écoute plutôt que son fiancé pourtant si attentionné ?

- Une bonne chose de faite alors...

Il avait répondu en souriant gentiment, ne revenant pas sur tout ce qu'elle lui avait dit. C'était inutile après tout. Il embrassa doucement son front, la remerciant à mi-voix pour le journal, lui promettant de le lire si elle le souhaitait mais qu'il était important qu'elle écrive aussi et surtout pour elle, sans craindre les yeux indiscrets...
Il ne dit rien pour le baiser. Après tout, elle avait réglé l'histoire seule. Elle savait se défendre. Il n'allait pas la couver non plus. Ni jouer au gros jaloux. Il avait bien vu à quel point elle avait détesté cela avec Erwan... Quelle injustice d'ailleurs. Parce qu'avec Erwan elle avait justement eu une histoire. Elle avait été avec cet homme. Elle avait couché avec lui... Quelle cruauté de lui reprocher sa jalousie alors qu'il savait ce qui s'était passé entre eux et pire, que grâce au vol et à ses foutues capacités de dragon il avait même eu l'immense honneur de voir ces ébats en souvenir... Merci bien... Alors avec Kalec... Il ne devait pas être jaloux. Il ne voulait pas lui faire de peine... Pourtant il se sentait triste...

Il la câlina quelques instants puis alla travailler sur une fenêtre pendant qu'elle l'aidait avec du rangement. Était-ce par souci d'honnêteté ? Ou était-ce par vengeance ? Toujours est-il que le jeune homme raconta qu'il avait accompagné Arianna chez elle. Lui non plus n'avait rien à cacher. Il la vit évidemment se crisper mais continua comme s'il n'avait rien remarqué.

- Mon patron m'a dit de partir me reposer un peu êtes de profiter avec toi. Mais je pensais que tu serais de sortie avec ta planche... Et pas que tu te blesserais... je l'ai croisée sur la route. Elle m'a fait découvrir une spécialité d'ici. Il faut absolument qu'on aille en cueillir. C'est vachement bon et apparemment un bon dopant. Tu devrais en prendre d'ailleurs. Le changement de climat est quand même important. Enfin bref... On a pas mal parlé. Enfin surtout elle. Elle a beaucoup voyagé, ses histoires te plairaient beaucoup... C'est sympa la résidence où elle se trouve. Pas mal d'aventuriers vraiment sympa...

Alors petite demoiselle ? Qu'est ce que ça faisait d'apprendre que son cher et tendre était avec une autre femme ? Finalement il lui rendait juste la monnaie de sa pièce. Mais pas consciemment évidemment. Il était beaucoup trop gentil et soucieux de son bien-être pour faire quelque chose pouvant lui faire de la peine.

Il lui parla de son idée de peindre certaines fenêtres pour faire de jolis vitraux, lui demanda de quelle couleur elle voulait peindre les volets qu'il devait réparer... Bref, ils s'occupèrent avant de diner puis d'aller se coucher. Cette fois ils ne tentèrent rien... Ça devenait tellement difficile et douloureux de tenter justement de surmonter le blocage de la jeune femme. Elle l'avait cependant masser et le jeune homme s'était rapidement détendu. Elle par contre avait bien dû remarquer les trop nombreux noeuds dans les muscles du jeune homme, ses grimaces quand elle appuyait dessus, même à peine. La fatigue était son ennemie, moins que son obstination à continuer. Il allait vraiment finir par se faire mal... Il était si fatigué qu'il se lit presque aussitôt à somnoler sous son massage, malgré la douleur... Elle s'installa entre ses bras et il la câlina un moment finalement. Ils s'endormirent...
Pourtant la nuit fut agitée, très agitée...
La pauvre petite demoiselle fit en effet un terrible cauchemar. Il ne savait pas ce qu'elle avait vu au juste dans ses songes mais elle s'était mise à hurler et semblait dans une détresse terrible. Tristan s'était réveillé en sursaut alors qu'il dormait pourtant si profondément. Il avait bondi du lit, en position de combat alors qu'il était presque tout nu, ne portant qu'un boxer, se mettant en garde avant qu'un nouveau hurlement de Cassidy et l'absence d'ennemi dans la pièce lui rappellent où ils étaient et lui fasse comprendre qu'il ne s'agissait que d'un cauchemar. Il revint immédiatement à son côté, l'appela en essayant de couvrir sa voix pleine de douleur et de détresse. Devenant blême il la secoua, d'abord doucement, puis plus fort, hurla son nom jusqu'à ce qu'elle ouvre les yeux dans un sursaut. Il avait allumé rapidement un cristal pour qu'elle puisse voir la pièce et se soustraire aux lieux de son cauchemar. Parce que c'était forcément un cauchemar, non ?
Elle enfonça profondément ses ongles dans sa peau et il eut juste le temps de se concentrer pour que par réflexe elle ne rencontre pas la dureté des fines écailles de sa peau ordinairement plus renforcées en cas d'attaque, comme sous sa forme de dragon. Après tout... La peau ce ne sont que de minuscules écailles... Elle lui fit mal mais elle aurait risqué bien plus autrement. Il frémit mais ne retira pas son bras alors qu'enfin elle émergeait de son mauvais rêve. Extrêmement pâle elle ressemblait à un fantôme et son regard troublé s'accrochait, essayait du moins de s'accrocher, à retrouver la réalité. Elle avait l'air... Anéantie, vraiment mal.

- Cassy ! Cassy ! Tout va bien, je suis là, tu es avec moi...

Sa voix était si faible quand elle prononça son nom. Il ne comprit pas ce qu'elle disait. Réel ? Elle résuma brièvement son rêve, ses yeux étaient plein de larmes. Il l'attrape avec fermeté pour la serrer contre lui pour lui montrer qu'il était fort, qu'il pouvait la protéger, qu'il était son rempart.
Prenant la petite demoiselle comme une poupée à bercer dans ses bras il l'inclina doucement alors qu'elle enfouissait son visage dans son torse et crispait ses bras autour de son torse.

- Tout va bien mon amour, calme toi... Tu es en sécurité, je suis là, je te protège... Personne ne te fera du mal. On est dans notre chambre, chez nous... Calme toi, tout va bien, tout va bien princesse. Je t'aime... Respire calmement, je suis là...

Étaient-ce ses paroles incitant au calme qui avaient fonctionné ou le fait qu'il donne une fois de plus ses sentiments, parle de leur "chez eux" ? Ou alors, tout simplement il s'agissait de sa voix, calme et apaisante. Il continua de lui parler longtemps, se mettant à lui raconter la discussion qu'il avait eu avec Raph sur la sortie dans les bois prochaine, un nouvel endroit de coupe avec un très jolie bois. C'était inintéressant au possible pour elle sans doute mais c'était pour qu'elle entende sa voix, régulière, et qu'elle puisse enfin s'apaiser. Elle s'endormait dans ses bras et il la berça longtemps, la caressant, embrassant doucement son visage. Quand enfin elle fut rendormie depuis longtemps il l'installa dans le lit tranquillement, s'allongeant tout contre elle... Il la câlina longtemps encore, la surveillant, continuant de veiller sur elle longtemps pour être sûr que ses cauchemars ne reprennent pas. Il veilla longtemps jusqu'à ce que la fatigue l'abrutisse tellement qu'il finisse par s'endormir... Le pauvre ne dormit pas bien longtemps une fois de plus mais au moins s'était-il endormi rassuré sur l'état de la petite mage...

Quand Tristan ouvrit les yeux le lendemain matin il était seul dans le lit. Il grogna en s'étirant et tâta les draps à ses côtés, froids, elle avait dû se lever depuis un moment. Il fut heureux de commencer suffisamment tard pour ne pas avoir à se presser. Il était encore fatigué... En fait il était épuisé... Pourtant il se redressa, assis entre les draps en s'étirant, se disant qu'il aurait besoin d'un café vraiment très fort aujourd'hui. Malgré les massages de la jeune femme ses muscles étaient encore endoloris, peu habituel pourtant. Il allait se lever quand la porte s'ouvrit et que Cassidy entra, tirant légèrement la langue, très appliquée dans sa tâche de porter un énorme plateau bien garni sans le renverser. Elle boitait encore pas mal. Il fronça les sourcils. Il avait bien remarqué qu'elle guérissait moins vite... Lui aussi d'ailleurs. Sans doute un souci d'acclimatation...
Il sourit en la voyant et répondit à son "salut" du simple même mot. Que dire de plus pour l'heure alors qu'elle était si concentrée ? Il allait attendre qu'elle ait posé son plateau !
Il se laissa embrasser, aimant bien quand elle prenait ainsi son visage entre mains, fermant paresseusement les yeux.

- Bien dormi princesse ?

C'est ce qu'il demandait d'un ton léger, bien conscient qu'elle se souvenait de son horrible cauchemar mais voulant s'assurer qu'elle avait pu trouver la paix par la suite, même s'il avait fallu qu'il la cajole longuement pour cela. Elle avait posé le plateau sur le lit et s'installa bien vite entre ses bras alors qu'il se calait contre le mur et quelques coussins, la prenant entre ses jambes, attendant qu'elle cale bien son dos contre son torse. Elle avait approché petit à petit le plateau et grogna une fois installée d'avoir les bras trop courts. Attendri, il approcha donc le plateau lui-même, en profitant pour déposer de légers baisers sans prétention dans sa nuque.
Elle s'était effectivement démenée pour le petit déjeuner, voulant sans doute se faire pardonner de l'avoir réveillé en sursaut... et peut-être encore à cause de Kalec, qui sait. Après tout, le jeune homme n'avait fait montre d'aucune jalousie, il s'était seulement crispé, ses mâchoires se contractant, devenant trop carrées sur un si beau visage. Et elle le connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il valait mieux le voir en colère que calme dans ce genre de situation... Car quand il était calme ça n'annonçait rien de bon en général !!!!

Il la laissa s'occuper de lui, buvant tranquillement son café et grignotant les tartines et morceaux de brioches qu'elle lui tendait. C'est qu'elle veillait à ce qu'il mange bien quand même. Il se dépensait tellement qu'il valait effectivement mieux y veiller et très sérieusement ! Peut-être était-ce inconscient mais en agissant ainsi elle limitait bien des dégâts !

Elle lui exposa alors une idée de programme, très peu original certes, mais l'intention était là. Il sourit, ayant suspendu sa mastication pour l'écouter avec attention. Il déglutit, lui fit tourner le menton vers lui pour la regarder dans les yeux d'un air sévère. Son visage s'éclaira d'un sourire mutin.

- Hm... J'aime bien cette nouvelle espèce de limace alors...

Elle fronça les sourcils puis comprit qu'il n'appréciait guère qu'elle se traite ainsi mais avait trouvé le moyen d'en rire. Elle rougit en comprenant son compliment détourné également, c'est qu'elle était extrêmement belle à ses yeux même si elle s'obstinait à ne pas le voir et le comprendre... Il déposa un baiser tendre sur ses lèvres puis appuya son front contre le sien mais pas longtemps car elle jouait un peu la contorsionniste là.

- Princesse... arrête de te casser la tête ainsi, ça me semble très bien... Mais si on finit assez tôt on pourrait aussi aller te donner des bonnes habitudes avec ta planche si ta cheville va mieux d'ici là... Sinon eh bien jardiner aussi... Les bulbes que j'ai commandés devraient être arriver, ça devrait te plaire ça non ? Bien sûr je suis tout à fait pour les massages et les histoires hein mais il faut que tu prennes l'air quand même...


Ils finirent de manger et il la taquina un peu sur ses penchants d'ours en hibernation ce qui donna lieu à une bataille d'oreiller une fois qu'il eut réussi à soustraire le plateau du lit. Ils se câlinèrent un peu puis il dut se lever et se préparer. En sortant du lit le jeune homme suspendit pourtant son geste un instant, devenant très pâle et manquant retomber, obligé de crisper fortement l'une de ses mains sur le matelas. Il secoua la tête alors que déjà Cassidy s'était approchée et s'inquiétait. Il lui fit un sourire d'excuse.

- Désolé, je me suis levé trop vite je crois. Ca m'apprendra à vouloir être trop rapide après un petit déjeuner d'ogre comme celui que tu m'as préparé. Je vais me préparer amour... Et je file pour ne pas être en retard.

Semblant aller parfaitement bien et ayant effectivement déjà retrouvé ses couleurs il se redressa totalement avec davantage de prudence mais il allait bien...
Il fila dans la salle de bains se préparer rapidement puis en revenant avisa une commode et hésita une seconde... Il hésita même bien plus semblant assez inquiet et de se battre contre ses inquiétudes justement. Son regard passa de la petite mage à la commode alors qu'elle le regardait à son tour sans comprendre son mutisme. Il finit par aller l'ouvrir et lui tendre son étrange bout de cristal avec lequel elle s'était à moitié faite exploser. Il avait l'air tout à coup tellement sérieux qu'il ne fallait vraiment pas plaisanter à cet instant.

- Tiens... Je te le rends. Je t'ai interdit de t'en servir parce que je m'inquiétais pour toi et que je sais à quel point tu ne respectes pas les limites de ton corps mais... enfin j'y ai beaucoup réfléchi. Je n'avais pas le droit de te dire quoi faire. Plus encore... Je sais à quel point ta magie est importante pour toi et je sais à quel point la situation actuelle t'est difficile alors... Je te fais confiance pour faire tout de même attention à toi en sachant pertinemment que je risque de te retrouver avec pas mal de bleus et de bosses mais voilà... Je ne suis pas... censé t'empêcher de faire ce que tu veux faire... Je suis là pour te soutenir, t'aider, te protéger évidemment, même si c'est contre toi-même mais.. enfin je n'ai jamais voulu devenir ce gars raisonnable qui ne sait plus rire et est trop sérieux. Ca ne me plait pas de devoir te surveiller, vraiment pas... Tu es adulte, tu connais ton corps, tu connais ta magie. Je te fais confiance. Je te laisse gérer. Moi... Moi je ne sais pas quoi faire pour t'aider. Je suis inutile pour que tu surmontes tout ça... Je n'y connais rien... Je pense que je ne fais que te freiner ou pire t'arrêter et ce n'est pas mon intention. Tu es forte... Tu devrais vraiment essayer d'en savoir plus, de discuter... Je sais que... je sais que tu n'aimes pas Kalec. Mais s'il peut t'aider tu devrais peut-être être plus... conciliante. Je sais bien que tu n'es pas du genre à mentir et manipuler, ce n'est pas ce que je te demande... Mais savoir reconnaitre quand on a besoin d'aide demande beaucoup de courage et je sais que ce courage tu l'as...


Curieux discours qui sonnait à la fois comme une profonde marque de confiance, un aveu de son incompétence, une demande d'aller voir un homme qu'il ne supportait lui même pas le moins du monde. Ce devait être difficile à dire. Reconnaitre qu'on est complètement inutile pour la femme qu'on aime, qu'on ne peut l'aider... Reconnaitre ses torts également car c'est bien ce qu'il disait. Qu'il avait tort de la freiner comme il le faisait, qu'il n'en avait pas le droit... C'était dur pour le jeune homme de dire ces mots, vraiment dur. Ils lui faisaient mal quand il les prononçait mais il savait qu'il devait les dire justement. Cassidy avait besoin de voir qu'il croyait en elle et qu'il savait à quel point la magie était importante pour elle, à quel point comprendre et progresser sur son blocage était important. Toutes ces choses auxquelles il était si attentif sans le montrer pourtant. C'était un lourd pas en avant parce qu'il savait qu'elle risquait de se faire mal, de se mettre en danger, simple idée qui faisait naitre une peur panique au creux de son estomac. Mais la confiance était nécessaire, primordiale. Il lui offrait la sienne... C'était à elle d'agir à présent.
Elle semblait un peu abasourdie par son discours. Il avisa la pendule, y trouva une excuse et se pencha rapidement sur elle pour l'embrasser d'un trop rapide baiser tellement loin de ceux vertigineux dont il était un incontestable maitre. Déjà il s'éloignait.

- Je suis en retard, je file, on en parlera plus tard si tu veux. Bonne journée, à tout à l'heure, je t'aime.


Et sans lui laisser le temps de répliquer il sortit, dévala les escaliers, enfila ses bottes et sortit affronter le froid mordant de l'extérieur pour filer à son travail...
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Jeu 28 Avr - 20:18

Elle était totalement déstabilisée en ce moment. Sur les nerfs. Tout aurait pu être si parfait et il fallait qu’ils trouvent encore le moyen de se faire du mal. Elle en avait marre. Tout allait de travers. Ils ne pouvaient pas coucher ensemble, sa magie faisait n’importe quoi, en plus elle ne savait plus du tout comment se conduire face au dragon. Elle savait, elle était consciente, que c’était très important pour Tristan. Il n’y était pour rien dans ce qui s’était passé. Il aurait dû compter sur son aide, son appui mais rien de cela ne se faisait. Mais le jeune homme était également très secret. Ils parlaient plus, ils se confiaient, mais pas sur les choses les plus importantes. Elle ne pouvait pas savoir pour son malaise. Elle lui faisait confiance. Ils avaient prévu de tout se dire non ?

Et pourtant, rien n’allait comme il fallait. Kalec n’arrangeait rien. C’était un homme totalement imprévisible qui semblait s’amuser de la situation. Il n’aimait pas les dragons ? Il voulait se venger ? Oui mais là peut être que Cassidy aurait eu besoin qu’il intervienne. Ca n’avait rien à voir avec Erwan. Erwan n’avait jamais caché son intérêt. Kalec c’était le jour et la nuit, autant capable de bousculer la petite mage comme pour jouer au prince charmant. Elle aurait voulu que Tristan s’impose mais il ne faisait rien de tout ça. A aucun moment il ne semblait que le Drakkari soit allé vers Kalec pour lui dire, ne serait-ce que laisser sa fiancée tranquille. Arrêter de lui tourner autour.

Il y avait eu une nouvelle… une femme qui tournait autour de Tristan. Le jeune homme lui en avait parlé bien sûr, comme si c’était une amie, une femme gentille pas spécialement intéressée pour faire quoi que ce soit à part parler. Cassidy avait tiqué. Elle savait très bien que Tristan n’était pas du genre à aller voir ailleurs. Il lui avait promis. Même si il défiait son corps, ses pulsions, il lui avait promis. Et elle ne savait pas encore ce qui l’animait à tenir. Mais son intuition lui soufflait qu’il puisait sur ses réserves. Que même si il était très fort, il finirait par craquer. Pourquoi ? Parce qu’ils ne pouvaient pas coucher ensemble ? Pour elle aussi c’était dur.

Le matin il était venu l’embrasser et elle se sentit mieux, un peu rassurée, surtout après l’horrible chose qui lui était arrivé à vrai dire. La jeune femme avait rougi et gardé ce baiser bien au chaud dans sa mémoire. Ses frissons, le cœur qui battait vite et très fort, l’envie d’aller plus loin, toujours cette envie. Elle se sentait bête, ridicule. Le sexe ne faisait pas tout dans un couple ! Hum… va dire ça à un dragon. Alanir lui avait tenu une discussion une fois. Il fallait qu’elle se méfie. Le grand dragon était un pur souche, il savait bien peu de choses sur les dragons ayant été enfantés par les humains. C’était un ermite qui ne se mélangeait pas aux autres. Pourtant, si il savait bien une chose, c’est que les pulsions et les envies de faire l’amour étaient aussi naturelles que de respirer chez eux. Qu’ils ne pouvaient pas s’en passer, qu’ils ne pouvaient pas se contenter de peu. Il lui avait dit qu’il fallait qu’elle fasse attention. Que les pulsions de dragon, ça ne se contrôle pas en quelques mois. Que Tristan pouvait devenir incontrôlable.

Elle l’avait écouté avec évasion. Pour elle, Tristan était le meilleur. Il avait fait des erreurs mais qui n’en faisait pas ? Elle avait eu mal, s’était retrouvée prisonnière, puis avait subi cette espèce de pâle copie de lui alors qu’il ne lui répondait plus. Elle avait bien des raisons de souffrir. Finalement il aurait mieux valu qu’on ne réactive pas leur lien. Et puis elle s’était reprise. Qui sait quels dégâts pouvaient arriver si cela se produisait ? Elle refusait de le perdre une nouvelle fois, c’était hors de question !

De l’animation dans la petite taverne cet après midi. Des musiciens jouaient, alors qu’elle évoluait entre les tables. Et puis Tristan entra. Elle lui fit un beau sourire. Mais quand elle aperçut la rousse, son sang ne fit qu’un tour dans sa poitrine. Quelque chose qui ressemblait à de la jalousie. Il fallait bien qu’elle s’approche de la table mais l’ambiance était tout de suite devenue électrique. Et puis il y eu des danses. Au début Cassidy n’avait pas vu Tristan. Avec qui danserait-il après tout ? Elle maudit son service, de ne pas pouvoir s’amuser avec lui. Mais lorsqu’elle tourna la tête, elle le vit au bras de la rouquine. Aussitôt le regard de Cassidy s’assombrit. Non, il souriait, il semblait heureux. Un autre sourire. Son corps semblait se contracter comme dans un étau. Elle sentit l’afflux de magie venir en elle et tourna aussitôt le dos pour éviter de faire une bêtise. Elle ne pouvait rien retenir, pas cette fois. La demoiselle inspira profondément pour tenter d’ôter cette image de sa tête même si c’était la tempête à l’intérieur.

Un bras l’avait empoigné fermement mais sans brusquerie. Elle poussa un grognement alors qu’on la menait vers la piste de danse. Une voix… bien sûr, qui était assez fou pour arrêter son service, devant les yeux de son patron ? Kalec bien évidemment. Cassidy râla. Elle ne voulait pas danser et surtout pas en sa compagnie ! Pourtant il avait réussi à calmer toute source de colère, de magie qui débordait. Elle s’était arrêtée un instant et évoluer avec lui, même si elle ne le regardait pas, ne le dévisageait pas. Sauf à un moment. Quelque chose d’étrange se passa mais elle refusa y réfléchir. Et puis la danse s’arrêta et Kalec la rendit à son patron alors qu’elle clignait des yeux, plus calme, avant de se remettre à la tâche.

Miya était bien sûre intervenue. Elle était un peu intriguée par cette femme rousse. La Nordique avait bien vu qu’il n’y avait que de la gentillesse mais elle savait à quel point les femmes pouvaient jouer et manipuler pour parvenir à leurs fins. Elle voulait un peu questionner ce fiancé qui agitait tant le cœur de Cassidy. En effet la petite mage en avait parlé en long en large en travers. Ses inquiétudes, leur problème, même si elle n’était pas rentrée dans certains détails. Pourtant Miya resta assez évasive, parlant de sa couleur de cheveux. Oh elle avait dit ça un peu par hasard. Il y avait bien des personnes ici qui étaient différentes avec quelques petites caractéristiques physiques. Il avait répliqué et c’était plutôt une mauvaise chose.

Tout le monde en ville savait qu’il valait mieux ne pas mentir ouvertement à Miya… Parce qu’elle le détectait directement même si la personne restait calme. Cependant elle ne fit aucun commentaire, aucune remarque, restant souriante. Il l’avait remercié et elle perçu tout de suite la sincérité. Elle s’était tournée vers lui, le regard chaleureux. Pour elle c’était normal, naturel.

Finalement il était sorti. Cassidy avait eu envie de tester la planche de Tristan même si elle était quand même triste de ne pas pouvoir partager ce moment avec lui. Promis, quand elle rentrerait elle s’occuperait dignement de lui. Massages, câlins, douceurs… il fallait qu’elle lui montre qu’elle était quand même présente. Mais tout ne se déroula pas comme prévu. Elle était tellement perturbée par ses réflexions que la demoiselle chuta lourdement au sol. Et comme par hasard, Kalec était encore sur le chemin.

Elle le maudissait. D’être là. Elle n’avait pas besoin de lui. Pourtant il lui fit comprendre que ça serait pire si elle n’en faisait qu’à sa tête et qu’elle ne voulait certainement pas inquiéter son fiancé plus que ça. Cela aurait pu s’arrêter là et elle n’aimait pas particulièrement être dans ses bras, observant le paysage d’un air boudeur. Il l’avait alors embrassé. Elle avait réagit aussitôt, lui envoyant une formidable baffe qui colora sa joue en rouge. Ca ne lui plaisait pas vraiment. Pour qui il se prenait celui-là ? Elle l’avait menacé, de ne plus jamais remettre les pieds ici, de ne plus jamais l’approcher. Et elle était absolument catégorique dans ses paroles. Il était bien trop dangereux à son goût. Elle ne voulait plus y avoir à faire.

Pendant un instant, la jeune femme avait presque eu l’envie de partir loin d’ici. C’est vrai le rêve s’était transformé en cauchemar, elle et Tristan maintenaient juste la tête hors de l’eau mais sans plus.

Finalement, elle était rentrée, s’était blessée. Tristan était arrivé peu après. Cassidy lui avait tout expliqué, vraiment tout. En effet, la jeune femme ne voulait pas lui faire croire le moindre malentendu. Et elle avait peut être un peu peur que Kalec joue avec ça justement pour les détruire encore plus. Elle lui avait même dit qu’il l’avait embrassé. Sauf que Tristan la surprit. Aucune réaction de peur, de crainte, de colère. Pas de jalousie… Non mais si ça le concernait elle serait déjà sur le qui vive ! Cela lui fit quelque chose. Il ne l’aimait pas assez ? Il ne voulait pas la défendre ? Dire à Kalec qu’il fallait qu’il arrête son manège. Non, il se contentait d’écouter.

Un peu déçue, elle se mit à parler de son journal. C’est vrai. Mais en fait son esprit était tellement embrouillé et confus qu’elle n’était pas sûre que Tristan comprenne ou qu’il interprète mal. Alors elle avait pris beaucoup de temps pour coucher les mots sur papier, pour lui expliquer avec des ressentis, des mots, ce qui lui arrivait. Peut être arriverait-il à voir à travers les lignes pour trouver un début de solution. C’était ça ce qu’ils étaient… une équipe non ? Un couple ? Pourtant il ne semblait ni enthousiasmer, ni heureux par cette idée. Ca commençait à faire beaucoup et Cassidy se demandait si tout ce qu’elle proposait n’était tout simplement pas de mauvaises choses.

Il l’avait juste embrassé sur le front, remercia mais sans plus. Cassidy se tourna. C’est tout ce que ça lui faisait ? Elle n’était pas sûre d’apprécier mais ne savait pas comment lui dire. Lui non plus ne savait plus sur quel pied danser. Tristan s’occupa d’une fenêtre et elle se dirigea vers quelques affaires pour les ranger. Et puis il parla de la fameuse rouquine. Cassidy s’était crispée si violemment qu’elle manqua de faire tomber une boîte qu’elle portait. Il parla alors de sa raison. Elle soupira un instant.

« Oh non forcément je sais bien ! Je t’aurais bien proposé de m’accompagner histoire qu’on partage ça ensemble mais bon… est-ce que ça t’aurait plu de me voir glisser ? Et puis tu travailles tellement en ce moment que je ne sais plus à quel moment je peux te voir. Je peux comprendre qu’entre nous… on a quelques petits soucis mais passer du temps avec une autre, est-ce que ça va vraiment régler le problème ? »

Elle se retourna. La jeune femme avait dit ce qu’elle avait sur le cœur. Bien sûr qu’elle était vexée ! Bien sûr qu’elle aurait pensé qu’il la rejoigne pour lui faire une surprise ! Ou même lui porter secours ! Après tout il savait quand ça n’allait pas. Son cristal brillait quand elle était en danger. Non, Messire avait préféré une autre compagnie. Cassidy était piquée au vif. Ca lui faisait mal même si ce n’était pas direct. Elle s’était éloignée en portant sa caisse et grognant quelques mots disant que sa vie était bien trop bizarre entre un fou qui la harcèle et une aventurière un peu trop gentille pour que ce soit vrai, elle avait bien du souci à se faire.

Il lui parla alors de peindre les volets. Cassidy semblait être de meilleure humeur. Certes elle avait dit des paroles assez virulentes mais en même temps, elle ne faisait que s’inquiéter pour son couple. Elle lui donna alors une couleur, attendant aussi son accord. Rien de spécial ne se passa. Ils mangèrent puis allèrent dormir, sans rien tenter. Ca aussi ça la frustrait énormément. Pourtant elle ne fit aucun commentaire.

Sa nuit ne fut pas de tout repos. En effet, un cauchemar l’agita. Un horrible cauchemar. Etait-ce le passé ? Le futur ? Elle ne saurait dire trop quoi. Mais elle avait hurlé. La voix de Tristan la calma finalement, petit à petit alors que sa respiration redevenait plus lente. Elle avait serré son bras si fort contre ses doigts. Des paroles rassurantes qu’il prononça. Pendant un instant elle le regarda, tremblante. Il parlait de tout et n’importe quoi, pour l’aider à se détendre. Finalement elle finit par se rendormir.

Le lendemain matin la jeune femme tenait vraiment à satisfaire son fiancé. Bon petit plateau, programme prévu, elle cherchait vraiment à dissiper les malaises de la veille. Il semblait apprécier le geste et l’embrassa dans le cou alors qu’elle se mettait à rougir. Puis elle lui prépara des tartines tout en lui parlant de son programme. Il se moquait d’elle gentiment avant de se rapprocher d’elle, un contact, c’était agréable. Un nouveau baiser. Décidément elle les réclamait en ce moment. C’était tout ce qui restait d’eux. Des baisers… juste pour ne pas oublier qu’ils étaient ensemble. Il la rassura alors, parla d’autres activités comme s’occuper du jardin, regarder pour le surf. Elle hocha doucement la tête avant de prendre sa main. D’accord mais ça serait des activités à faire ensemble, pas seule.

Il la taquina ensuite et elle ne se laissa pas faire. L’activité si romantique avait viré au jeu avec des coussins. Cassidy riait pour changer. Elle avait grogné au départ, voulant lui prouver qu’elle n’était pas un ours en hibernation et finalement ils finirent par s’arrêter. Elle lui tourna le dos alors pour chercher ses vêtements. Mais lorsqu’elle le regarda, il était en arrêt et ne semblait pas aller très bien. Directement elle s’approcha de lui, une voix frôlant l’inquiétude. Il sourit, minimisant l’étourdissement mais elle n’était pas dupe… loin de là. Et ça lui faisait d’autant plus mal.

Pendant qu’elle s’habillait, il avait sorti l’étrange cristal de la commode pour le lui tendre et tenir le plus curieux des discours alors qu’elle écarquillait les yeux de surprise. Si elle comprenait bien il lui faisait confiance pour gérer ça. Il la traitait même d’adulte, comme si avant elle n’était qu’une enfant. Il parlait aussi de Kalec et elle se crispa. Pourtant il termina vite et sans lui laisser le temps de faire quoi que ce soit il l’embrassa et partit.

Cassidy soupira avant de s’asseoir sur le lit en regardant le cristal. C’était un peu tard là… Elle n’avait pas l’intention d’utiliser ce truc… ni d’aller voir Kalec… Tristan reconnaissait qu’elle devait peut être prendre des risques mais elle ne semblait plus très prête pour les prendre… et surtout pas sans lui à ses côtés. Elle finit par se préparer, ranger le cristal dans sa poche et se dirigea vers la taverne pour commencer son travail.

La journée se passa tranquillement, sans accro, même si la demoiselle avait longuement réfléchi à cet histoire de cristal.

Elle était sortie de la taverne. Pensive encore une fois. Sous tension à cause de la magie.

Et puis, elle vit quelque chose qu’elle n’aurait pas dû voir… Entendant des éclats de voix, la demoiselle se cacha derrière quelques tonneaux dans une ruelle. Relevant un petit peu la tête, elle vit la rouquine en compagnie de Tristan. Il la suivit en discutant avec elle alors qu’elle semblait vraiment animée, riant à ses phrases, lui parlant de choses diverses avec enthousiasme. Le cœur de Cassidy se serra. Elle fronça les sourcils avant de se cacher derrière le tonneau. Elle faisait confiance à Tristan… mais comment lui dire que ça lui faisait mal de le voir aussi… bien avec une autre ? Jalouse. Egoïste. Possessive. Perdue… Puis elle se calma finalement, comme Miya lui avait conseillé. Prendre l’air, se balader dans la nature lui ferait le plus grand bien.

La demoiselle se dirigea alors vers la forêt. Elle refusait de rentrer et même si elle boitait encore, il lui semblait important de marcher pour se calmer, penser à autre chose, s’apaiser. Elle marcha longtemps. Sans savoir où elle allait, sans savoir ce qui l’animait. Rien n’aurait pu la faire sortir de sa méditation silencieuse. Le vent frais souffla dans la petite clairière dans laquelle elle marchait. Pourtant une silhouette se tenait en face d’elle. Fronçant les sourcils Cassidy cligna des yeux pour dévisager l’inconnu avant d’avoir un haut le cœur.

« Qu’est ce que je t’avais dis ? Ne te mets plus sur mon chemin… »

Kalec resta à bonne distance d’elle mais ne broncha pas.

- La forêt est à tout le monde non ?

« Dégage Kalec je suis pas d’humeur à te supporter. »

- Mais justement… Tu crois que les gens se plient aux moindres caprices de ta part ? Tu crois que la vie c’est marcher sur les autres ? Dans quel monde tu vis Boucle D’ors ?

Elle s’arrêta net. La colère monta en elle. La jeune femme serra le poing, sa magie crépitant.

« Je vais vraiment te faire mal. Au moins arriver à enlever ce sourire de ton visage me ferait vraiment plaisir »

- Oh eh bien parfait, vas y ne te gêne pas…

Cassidy était prise au dépourvue, le regardant avec surprise alors qu’il tendait les mains en avant.

« Un coup tordu de ta part ? »

- Non mais apparemment toi tu n’as pas l’air de vouloir y aller franchement.

Il s’approcha un peu d’elle avant de soupirer.

- Regardez moi cette grande mage si célèbre… Si prometteuse. Pire qu’une loque… Choyée, chouchoutée, protégée… Quelle ironie. Tu te prends pour une princesse ? Pas sûr que ça marche. Pour moi tu ne seras qu’une petite gamine détestable, pompeuse, trop parfaite pour être réelle. Alors, ça fait quoi de ne plus pouvoir coucher avec son fiancé ? Mal non… Je suis sûr que tu culpabilises au fond de toi… Pourquoi tu ne peux pas le faire. Pourquoi… Parce que tu as échoué Cassidy. Et tu vas finir par le perdre. C’est un dragon… il ne peut pas rester indéfiniment avec toi. Tu savais que son amie la rousse aimait les dragons ? C’est dramatique…

Elle bouillonnait. Entendant ses paroles comme si elles étaient amplifiées dans sa tête. Ca faisait mal. Elle sentait la chaleur se répandre en elle comme une trainée inarretable. Kalec semblait vraiment la détester. Et puis il touchait des sujets très sensibles. Cassidy ne comprit pas ce qui lui arrivait. Ce fut un tout, un ensemble. Elle porta alors les mains à sa tête et hurla de toutes ses forces, de rage, de colère, de désespoir.

Un flux se formait autour d’elle, soulevant neige, faisant danser le vent qui se battait contre les plis de sa robe. L’air se chargea d’électricité. Une énorme détonation. Le sol trembla et une sorte d’onde dévastatrice se dégagea de son corps, meurtrière, détruisant tout sur son passage. Kalec n’avait pas bougé. Il avait levé les mains face à lui. La tornade déchainée invisible que Cassidy avait provoqué fut entourée d’un halo bleuté qui la contenait, l’empêchant de se répandre plus loin. La jeune femme hurlait toujours, à s’en rompre la voix.

Pourquoi ? Pourquoi tout ça lui arrivait ? LEUR arrivait ? Elle voulait juste être heureuse… Avoir une petite vie normale… Fonder une famille avec Tristan. Pourquoi… Pourquoi détestait-elle les dragons. Pourquoi ne supportait-elle plus les autres ? Pourquoi tout l’énervait ? Tout l’agaçait ? Pourquoi ça n’allait pas comme elle voulait ? Pourquoi Tristan n’était-il pas simplement un Drakkari ? La vague d’énergie s’intensifia mais l’énergie bleutée empêchait tout débordement.

Et puis des larmes coulèrent sur les joues de la jeune femme alors qu’elle se laissait tomber à genoux sur le sol. Elle en avait marre… marre de ne pas évoluer avec Tristan… marre de ne plus pouvoir voler avec lui… marre de ne plus pouvoir coucher avec lui… marre de le voir faire un sourire comme si tout allait bien alors que ce n’était pas le cas. Marre qu’ils se mentent sur ce qui avait de l’importance… Elle était tellement triste… Ce n’était qu’une façade, un pâle jeu… Rien de plus. Ils tentaient de recoller les morceaux brisés mais rien n’allait. Mais que devait-elle faire pour que ça fonctionne ? Pour qu’ils sortent de là ? Comment devait-elle agir ? Rien ne changerait tant qu’il n’y aurait pas de progrès.

Elle laissa aller ses larmes, amèrement, coulant le long de ses joues, ne les retenant pas cette fois. Elle avait marre de tout retenir et sourire comme si tout allait bien. Elle en avait marre de sa magie incapable à discipliner. Parfois elle voulait juste mourir… Ne plus avoir besoin de souffrir, juste se laisser aller. Ses pensées devinrent noires alors qu’elle s’imaginait s’élancer au dessus d’une falaise. Et puis, l’image de Tristan résonna dans son esprit. Tristan… son Tristan… un beau sourire sur son visage… Elle ferma les yeux et se mit à trembler. Tristan… dragon… elle vit l’image du dragon. Le sol se mit à trembler violemment sous elle, une lueur dorée se mit à crépiter et explosa dans les airs, comme un coup de tonnerre. Et puis elle revit leurs moments où ils volaient ensemble, heureux. Elle revit la crainte de Tristan… par rapport à ce qu’il était, par rapport à ce futur inconnu. Mais il souriait toujours. Pourquoi… Pourquoi… Mais elle voulait être avec lui… elle l’aimait…mais elle lui faisait du mal…

Cassidy ne se rendait pas compte que la neige autour d’elle avait fondu dans une zone parfaite. Elle ne voyait même pas Kalec ni ce qu’il faisait. Tristan… Que devait-elle faire ? Peut être était-elle trop sensible, peut être que la douleur du jeune homme se répercutait sur elle par le biais de leur lien. Elle voulait le voir heureux… Il n’était pas heureux là… Elle le savait… Elle le sentait. Impuissante. Kalec avait raison dans un sens, elle ne valait rien. Une dernière puissante décharge sortit de son corps et vint ébranler la paroi bleutée mais celle-ci ne disparut pas.

Et puis, épuisée, elle s’affala dans la neige. Vidée… Etouffée… Des sillons s’étant creusés dans ses yeux glacés à cause des larmes. Kalec s’était éloigné un moment. Il avait hésité mais avait sorti un truc de sa poche, une petite sacoche qu’il lança en direction de Cassidy avant de s’installer contre un rocher.

Elle se fichait de lui. Il pouvait bien faire ce qu’il voulait. Elle était suffisamment malheureuse comme ça. La jeune femme finit par relever la tête pour regarder la sacoche.

- Ca ne va pas te manger tu sais. Tu devrais en prendre, juste des barres protéinées aux céréales contre la fatigue

Cassidy regarda Kalec. Elle aurait bien voulu l’insulter mais elle n’en avait plus la force. A force d’avoir crier, à force d’avoir pleurer. Elle était à plat. Et pourtant… sa magie semblait vidée elle aussi. Elle bouda alors la sacoche. Kalec soupira.

- T’en fais vraiment qu’à ta tête hein ? Si t’arrives dans cet état, il y a bien quelqu’un qui se poserait des questions

Il faisait allusion à Tristan évidemment. Rien que de savoir qu’elle pouvait causer du tort au beau Drakkari et l’inquiéter la décida à ramasser la sacoche et sortir une barre avant de poser ses fesses sur la neige, en tailleur. Elle croqua dedans. Plus d’énergie, plus de force…

« Pourquoi t’es comme ça avec moi ? »

- Parce que tu le mérites ?

« Je n’ai rien fais pour mériter ça ! »

- Rien fait ? Oh mais tu viens de ressentir ce que tu es capable de faire si tu perds le contrôle. Ta magie est instable… Un esprit faible et t’es capable de ravager une ville entière comme ça… Tu es un diamant brut Boucle D’or. Un diamant brut qui n’a pas été correctement taillé et voilà le résultat.

« T’insinue que mon maître est mauvais ? »

- Il ne savait pas à qui il avait à faire… Il serait temps que tu t’acceptes vraiment. Et c’est valable aussi pour le dragon.

« Mais… je m’accepte ! Et Tristan n’est pas qu’un dragon… »

- Têtue… c’est ce qui te perdra… Ton rejet de toi-même et de Tristan vous détruira. Ca a déjà commencé…

Elle arrêta de manger et tenta de se relever. Même si elle était vidée, ce qu’il disait ne lui plaisait pas.

« T’es qui pour me juger hein ? »

- Celui qui t’offres une pause de magie ?

« Je ne sais pas encore si c’est bien ou pas ce que t’as fait… »

- Tu veux améliorer ton couple ? Alors fais ce que je te dis. Ah et au fait je reprends ça, ça ne marchera plus. T’as dépassé un stade là…

Il leva la main et le cristal bleu qui était dans la poche de Cassidy vint se loger dans la paume de main de Kalec. Elle ouvrit la bouche, abasourdie.

« C’était toi à la bibliothèque ?! »

Il ne dit rien mais son sourire en disait long. Elle le pointa du doigt en cherchant une phrase pour l’impacter.

- Quoi ? Tu te demandes maintenant si je suis un vieux ou un jeune ?

Elle se rembrunit. La demoiselle s’était bien fait avoir ! Puis, Kalec sauta de son rocher, reprit sa bourse, l’air de rien.

- Tu m’excuses mais j’ai du travail…

Il ne lui laissa pas le temps de répliquer, ni de parler, qu’il lui tournait les talons pour s’enfoncer dans la forêt, la laissant seule.

Cassidy était finalement rentrée. Sur le chemin du retour, elle avait croisé Miya qui lui avait imposé de prendre le thé avec elle demain. Mais qu’elle devait venir avec Tristan. En effet sa nouvelle amie blonde aimerait bien discuter un peu plus avec le beau Drakkari, hors d’une salle de danse bien bruyante. Elle voulait aussi faire connaissance avec ce petit couple bien particulier.

La jeune femme approchait du chalet un peu affaiblie mais les barres de céréales, ou peu importe ce que c’était, lui avaient fait du bien. Elle passa devant le jardin où des bulbes attendaient sagement qu’on les plante. La jeune femme hésita un instant. Non… elle n’allait pas planter bêtement ces fleurs comme ça. Elle le ferait avec Tristan… Rentrant à l’intérieur, la demoiselle l’appela. Non bien sûr… Il n’y avait personne. Zénith vint aboyer gaiement dans ses pieds. Elle soupira avant de se rappeler qu’il était encore avec l’autre greluche… Pour le coup elle aurait bien invité son ami pour bien lui montrer qu’elle pouvait elle aussi profiter. Mais elle ne le fit pas.

Faisant du rangement dans leur chambre, elle avait sorti de sa sacoche magique quelques petits trucs. Et puis, sa main effleura un objet en cuir. Cassidy hésita un instant puis sortit du sac à dos la selle de dragon. Aussitôt, son cœur se serra. Elle repensait à leurs quelques séances de vol, peu nombreuses. Ca lui manquait de voler avec lui… C’était mieux qu’avec Alanir après tout. Dire qu’elle n’aimait pas voler avec Tristan était un mensonge. Et puis elle ne faisait que repousser ça à cause de ce qui s’était passé. Elle faisait genre d’oublier, de ne plus vouloir y toucher mais son cœur lui, n’avait pas oublié les sensations…

Elle était alors sortie et s’était posée sur le banc dans le jardin, observant la selle, la caressant doucement de ses mains et se plongeant dans de vieux souvenirs, trop lointains à son goût. Les aboiements de Zénith finirent par la sortir de ses pensées. Deux bonnes heures étaient passées et Tristan rentrait. Il s’approcha d’elle en l’appelant doucement par son prénom. C’est sûr que c’était spécial de la voir avec la selle dans ses mains, alors qu’il pensait qu’elle repoussait tout de lui, de sa partie de dragon.

Elle se mit à sourire doucement en levant la tête vers lui. Pourquoi tenait-elle cet élément ? Elle aurait dû le jeter, le balancer loin. Au contraire, son regard, ses gestes, témoignaient de cette part d’affection, d’émotions. C’était ce qui les avait réuni… Voler… Ils aimaient ça tous les deux… Et elle lui faisait mal car même si il ne voulait pas s’éloigner, voler… c’était tout nouveau pour lui. Il ne voulait pas s’éloigner d’elle donc il ne volait plus.

« Bonne journée ? »

Il lui répondit en déposant un baiser tendre sur ses lèvres.

« La mienne, crevante… »

Ce n’était pas faux. Mais elle se reprit aussitôt.

« Mais ça va très bien… J’ai découvert des barres très sympas pour récupérer de l’énergie. Tu devrais essayer… »

Elle ne lui révéla pas qu’il s’agissait de Kalec. Puis la jeune femme enchaîna sur autre chose.

« Au fait, Miya nous invite pour le thé demain… J’espère que tu pourras te libérer un peu plus tôt. Enfin si tu veux venir. Ah et elle ne m’invite pas seule, elle aimerait que tu sois là aussi. »

Juste ça. Elle posa alors la selle délicatement sur le banc puis se concentra sur les bulbes de fleurs que Tristan avait ramené. Il lui demanda pourquoi elle n’avait rien fait. La jeune femme était toujours accroupie au dessus des fleurs.

« Je ne me vois pas m’occuper du jardin si tu n’est pas à côté. C’est triste d’être seule… »

Elle se retourna alors vers lui. Il s’excusa alors en la prenant dans ses bras. Cassidy se laissa doucement bercée. Il s’assit alors sur le banc avec elle sur les genoux. La jeune femme restait silencieuse pendant un long moment. Puis elle se pencha sur lui, un regard plein de tendresse au fond de ses yeux noisette avant de l’embrasser très doucement, caressant ses joues de ses mains puis les remonta dans ses cheveux avant de passer doucement une de ses mains dedans.

« Tris’… J’aimerais que tu te transformes… en dragon… maintenant s’il te plaît… »

Elle ne lui demandait pas comme on pouvait demander le sel. Elle lui demandait avec beaucoup d’importance. Il ne comprit pas, et tenta de lui expliquer que maintenant, c’était un peu brusque. Pourtant elle secoua la tête tout en continuant de le caresser.

« Tu vas le faire… Je sais que ça te manque, que c’est une partie de toi. Te transformer te fera du bien. Et je ne ferais rien… Je n’ai plus de magie. Enfin je suis épuisée magiquement et bien incapable de faire le moindre sort, regarde »

Elle murmura une formule mais rien n’apparut au bout de ses doigts. Il ne semblait pourtant pas encore convaincu et elle le regardait avec beaucoup de sérieux.

« Non ça suffit maintenant. Je sais que tu veux me faire croire que tout va bien mais ce n’est pas le cas. Alanir m’a prévenu. Tu as des pulsions, des besoins. Il m’a dit que tu étais jeune, inexpérimenté. Il ne s’y connait pas beaucoup de ce côté-là mais c’est mauvais… et puis rappelle toi… tu dois toujours garder ta partie dragon et humaine. L’équilibrer. Mais combien de fois tu as écouté ton côté dragon ? Je sais que tu ne veux pas me rappeler un souvenir désagréable mais il va falloir passer par là… »

Elle continua de le caresser toujours avec beaucoup de douceur. Ce n’était pas un discours irréfléchi, au contraire.

« Je ne veux pas te perdre… Je ne veux pas prendre ce risque. Mais pour ça, il serait temps que j’accepte ton côté dragon. Ca me fait peur bien sûr… Mais… tout le monde fait des erreurs. Je sais que tu es fort, courageux, que tu as une volonté hors du commun mais… ça va finir par te déborder. Et on ne pourra plus rien arrêter. Je ne veux pas te détruire… je ne veux pas qu’on se détruise… Alors je vais te le demander, te le dire… à partir de maintenant tu vas essayer de plus écouter tes instincts de dragon… ceux qui te semblent juste. Peu importe… J’ai toujours eu peur… peur de me retrouver seule, peur que tu préfères les dragons à moi. En même temps tu as les mêmes caractéristiques qu’eux… Mais je ne peux pas te laisser comme ça… Je ne veux pas que tu restes toujours humain… et je veux qu’on apprivoise ce truc là à deux… Je veux juste t’épauler, te guider, te soutenir… »

Quelle révélation de choc. Alors que Cassidy avait toujours gardé dans l’ombre sa crainte, voilà qu’elle la déclarait au grand jour.

« On peut bien recommencer une nouvelle fois ? Juste toi et moi… »

Il écoutait avec beaucoup d’attention. Elle lui prit les mains, les serrant dans les siennes, le regardant avec beaucoup de sérieux.

« Donc maintenant j’aimerais que tu te transformes. On va faire un face à face et après tu vas voler. Vole où tu veux, comme tu veux… On est coincé déjà parce qu’on ne peut pas coucher ensemble à cause de… ma magie. Alors je veux au moins que tu ai quelque chose qui te fasse décompresser. Ta forme de dragon est faite pour voler ! J’adore voler avec toi… Et ça n’a rien à voir avec Alanir… Ca te fera du bien. Et je ne veux pas que tu fasses juste quelques battements, tu prends le large, peu importe où… c’est important… »

Elle faisait des efforts indéniables. Pour lui elle était prête à reprendre le risque. Pour lui elle prenait le risque de le voir basculer complètement. Pour lui elle voulait recommencer, elle voulait l’accepter. Avoir une panne de magie lui faisait du bien. Elle avait les idées plus claires et n’était pas oppressée par ce poids. Mais si il était d’accord pour se transformer, voler loin d’elle ne semblait pas être au programme. Pourtant Cassidy était têtue et très déterminée.

« Très bien alors je viens avec toi »

Cassidy ramassa la selle et lui tendit. Elle était un peu anxieuse mais c’était le bon moment pour dépasser ses peurs non ? Et puis si il refusait encore, elle lui sortirait l’ultime menace. Faire sortir Alanir, qu’il l’emmène bien haut dans le ciel avant de la lâcher et disparaître. Elle n’avait pas de magie, Tristan ne la laisserait quand même pas s’écraser au sol quand même ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Jeu 12 Mai - 10:11

Il n’avait rien montré quand elle avait parlé du baiser de Kalec, rien laissé transparaitre de particulier. Rien dit. Mais elle parlait tellement elle aussi. Elle se justifiait, faisait de grands gestes, une véritable comédie à elle toute seule et en temps normal il aurait ri… Ri devant ses mimiques adorables, son visage tellement expressif contrairement au sien qui pouvait révéler tant de ses pensées et qui lui donnait l’impression d’avoir accès à ses pensées secrètes… Toutes ses expressions, il les adorait. Il adorait ses mimiques, il adorait ses tics nerveux, il adorait que tout soit si fort, si expressif, si exagéré chez elle. Il adorait encore plus que ce ne soit réellement le cas qu’avec lui. En temps normal, ses grimaces lui auraient fait du bien… Mais le temps n’était plus normal depuis un moment déjà. Il ne voulait plus voir ses mimiques. Il les aimait beaucoup moins… Il détestait pouvoir voir tant sur son visage… Car ce qu’il voyait ces derniers temps c’était tellement souvent la déception, la tristesse, la honte, le dégoût… dégoût d’elle-même évidemment… qu’il était désarmé, perdu, malheureux. De ne pouvoir rien faire. De ne lui servir… à rien.
Il n’avait pas ri. Il n’avait rien dit. Elle parlait de Kalec comme si c’était horrible mais elle avait rougi. Le coeur du jeune homme s’était serré d’un bloc tandis que trop de souvenirs de leurs propres disputes venaient effleurer sa mémoire. Elle rougissait tant pour lui aussi… Elle avait tant râlé. Au début…de leur histoire… Ca lui fit mal. Ca lui fit peur. Peur de constater que cet homme était toujours près d’elle. Peur de se rappeler que c’était lui qui la secourait à chaque fois. Peur de voir qu’il avait un effet sur elle, aussi négatif qu’elle le prétende, il faisait quelque chose. Peur de voir ce qu’ils partageaient… Il y avait la magie. Il y avait leur apparence. Il y avait aussi cette activité de surf des neiges… Honte de se rappeler aussi qu’elle s’était blessée avec sa planche… Il avait passé des heures à réfléchir à comment lui éviter de se blesser justement, surtout les chevilles qu’elle n’avait guère solides, à dessiner des prototypes. Au final ça n’avait servi à rien. Il ne lui servait à rien… Et il échouait. Encore…

Abattu, le jeune homme l’était. Il s’était pris bien trop de gifles en même temps. Elle s’était blessée à cause de lui. Elle avait été embrassée par un homme qui l’inquiétait même s’il ne le disait pas. Elle s’était encore blessée au souvenir de ce que cet homme avait fait. Comment le prendre bien au juste ? Peut-être lui accordait-il plus de force et de confiance qu’elle n’en avait en ne s’énervant pas. Mais qu’aurait-il pu dire de toute manière ? Il était juste inquiet. Et malheureux. Elle avait raison sur un point… Il n'était plus heureux…Malheureux donc… Pas même en colère… Lassé. De sombres pensées l’avaient traversé, faites de tristesse, de désespoir et d’abandon, de « peut-être qu’il la rendrait plus heureuse », « peut-être que ce serait plus simple pour elle », « peut-être que c’est mieux comme ça », « peut-être qu’ils ont raison, je n’ai pas le droit », « peut-être qu’en fait… elle ne veut vraiment plus de moi ». Trop de bêtises, trop de mauvaises choses, d’envie d’abandon… Pourtant il y avait quelque chose de bien plus fort, quelque chose de tellement puissant qu’il préférait s’accrocher au mensonge de la tristesse et de l’abattement plutôt que penser à CA. CA ? C’était la rage… C’était la colère immense, incommensurable qui enflait dans son coeur et qui l’animait de l’unique, seule, déterminante envie d’aller trouver ce petit con et de lui éclater la figure pour avoir osé toucher SA fiancée ! Le trouver. Lui faire payer. Le frapper. Le frapper jusqu’à ce qu’il tombe, inconscient. Continuer de frapper. Lui arracher la gorge. Le regarder se vider de son sang. Accrocher sa tête sur une pique et hurler au monde que c’était le sort réservé à tout homme tentant de lui ravir sa belle. Grossier. Sauvage. Barbare… Egoïste… Amoureux… Amoureux mais capable de violence, de débordement… Dragon… Tristan craignait ses réactions car il ne savait pas justement ce qu’il pouvait faire dans un élan passionné. Il se contrôlait oui mais jusqu’à quel point ? Quelles étaient ses limites ? Lui-même n’en avait pas la moindre idée et ne voulait pas flirter avec le danger. Il savait bien que bien des humains avaient des pensées meurtrières. Mais il avait compris qu’il ne l’avait jamais été réellement, humain ou Drakkari… Alors est-ce que ses pulsions meurtrières par le passé étaient normales ? Est-ce que celles-ci l’étaient ? Pouvait-il y céder sans le vouloir, en ayant trop bu, en étant trop fatigué ?…Il savait à quel point Cassidy avait peur. Il savait à quel point elle détestait cette part de lui, quoi qu’elle dise et malgré tous les efforts qu’elle tentait de faire pour l’accepter. Il savait aussi qu’involontairement peut-être elle mettait sur le dos des dragons, qui l’avait retenu, la faute, celle qu’il ne l’ait pas rejointe sur cette île. Celle qu’il ne l’ait pas retrouvée. Celle qu’il ne l’ait pas soutenue. Celle qu’il n’ait rien fait pour leur enfant, fille ou garçon, jamais ils ne le sauraient.

Face à l’homme qui avait voulu la violer, face à ce stratège détestable il avait eu une maitrise de lui-même déboussolante par rapport à sa nature. Une maitrise qu’il n’aurait pas dû avoir. Pourtant face à Kalec, il savait, il sentait, que ça ne serait pas pareil. Parce que Kalec lui comptait… D’une manière ou d’une autre. Il ne savait pas encore comment mais il comptait. Punir un monstre pour lequel elle ne ressentait rien, punir un odieux personnage… ça n’avait rien de compliqué même si le fait qu’il ait posé les mains sur elle le mettait dans une rage meurtrière. Il pouvait gérer… Affronter un homme qui peut-être pouvait compter pour elle, dans ces contrées glaciales, qui lui pouvait l’aider, qui lui l’avait sauvée à maintes reprises, qui lui était toujours là au bon moment, qui lui connaissait la magie, qui lui… non, il ne pouvait pas…

Alors il n’avait rien dit.
Peut-être était-ce surprenant pour la jeune femme. Peut-être le vivait-elle mal et elle avait raison. Avoir l’impression que son fiancé s’en fichait bien de ce qu’elle faisait était le risque encouru. Pourtant ça n’était pas le cas. Il voulait juste tout faire pour qu’elle soit fière de lui ou du moins n’ait pas à se plaindre de son comportement. Il ne se rappelait que trop bien de ses reproches et surtout de ce regard, ce regard plein de surprise, de tristesse, de déception, à propos d’Erwan… Quand il était devenu si agressif avec lui au début. Par jalousie. Par peur…

Elle lui avait parlé de son journal et si d’un côté il avait été heureux qu’elle prenne cette initiative, heureux qu’elle veuille lui confier ses pensées, rassuré qu’elle l’inclue dedans, la peine était vite venue s’interposer. Il ne montrait pas plus d’expression parce qu’il essayait toujours de museler la haine qui faisait flamber ses muscles et qui lui hurlait d’aller tuer-tuer-tuer-tuer-tuer… Et il essayait aussi, tristement, de museler un souvenir horrible qu’elle ne retrouverait jamais. Ils s’étaient connus. Ils s’étaient aimés des années plus tôt. Tendrement. Innocemment. Et lui avait fait montre d’une patience qui ne lui ressemblait pas. Ils avaient 18 ans… Mais le désaccord qu’il avait avec sa nature dont il ignorait tout avait grandement mis la jeune femme en danger. Il avait fait le choix, si égoïste mais aussi si douloureux, de s’effacer de sa mémoire, d’ôter ces moments de bonheur, de vie entre eux… et pour que les choses soient bien faites, complètes, il avait déchiré toutes les pages de son journal le concernant. Il les avait gardées, jalousement, des années… Par honte. Par punition… Bien involontairement, la douce et attentionnée jeune femme lui avait rappelé ce douloureux évènement, ses peurs, sa lâcheté, ses fuites, ses erreurs et le fait tellement important, tellement prégnant que malgré les années, malgré les changements, elle était probablement toujours en danger à ses côtés.

Alors non, il n’était pas vif, pas enthousiasmé, pas énervé. Il ne montrait pas grand chose. C’était probablement mieux. Il aurait pu faire semblant. Il aurait dû faire semblant. Enfin accentuer le bon disons car il était réellement en colère et aurait peut-être dû le montrer. Il était réellement heureux qu’elle veuille autant se confier même si la peine chassait cette joie quelque peu. Mais il ne l’avait pas fait… Peut-être parce que faire semblant, sourire comme si de rien était devenait aussi pesant et difficile pour le jeune homme, de plus en plus difficile. Derrière cette gentillesse, cette patience et ces sourires, lui aussi vivait un trop plein de trop de choses. Et s’il essayait de ne pas le montrer ce n’était pas par égoïsme, ce n’était pas pour mentir et tromper la petite demoiselle. C’est juste parce qu’il la savait assez malheureuse et parce qu’il s’en voulait. Parce qu’il voulait l’aider et la soutenir, un peu, un tout petit peu…

Pauvre petite demoiselle…

Et pourtant il appréciait et voyait ses efforts. Bon il n’aimait pas savoir tout ça. Pour Kalec etc. Mais il était heureux qu’elle se confie. Qu’elle lui fasse assez « confiance » pour lui en parler. Mais dans un sens c’était tellement logique pour lui, sa reconnaissance et son remerciement envers elle, que pudiquement aussi il ne l’avait pas exprimé. Elle savait bien pourtant qu’il avait fui les histoires amoureuses pendant des années et n’était pas encore au top avec les sentiments et leur expression. Pourtant Tristan avait fait du mal, beaucoup de mal à la petite mage, bien malgré lui…

Maladroitement, pour lui montrer sa reconnaissance, pour lui montrer qu’il ne voulait rien lui cacher non plus, la remercier dans un sens, il lui avait raconté son moment avec Arianna. Quelle autre preuve de confiance et d’honnêteté aurait-il pu lui donner ? S’il avait eu un faible pour la rouquine n’aurait-il pas dû taire cette histoire au contraire ?
Il n’avait fait que raconter à son tour sa journée, avec sincérité, sans zone d’ombre ou presque… Il en restait une évidemment. Mais elle n’existait pas sans raison… Une cachotterie dont il espérait qu’elle saurait tout très bientôt…
Pourtant pour les mêmes raisons que lui, par peur, par jalousie, la petite demoiselle s’était fermée. Mais plutôt que de s’enfermer dans le mutisme et des expressions neutres comme son compagnon elle avait rétorqué… Amusant comme chacun réagissait comme il aurait souhaité que l’autre le fasse. Lui était demeuré neutre alors qu’elle aurait souhaité voir sa passion, sa colère, sa jalousie, preuve incontestable de son amour, manière de la rassurer sur ses sentiments. Lui aurait souhaité qu’elle ne voit que de l’honnêteté et le simple récit de sa journée, y compris ce moment avec une amie, une simple amie… Mais lui s’était tu. Et elle… avait rétorqué…

La portée de ses mots était terrible…
Bien sûr ce n’était pas ce qu’elle voulait. Ou peut-être un peu. Egoïstement, mais justement, peut-être que la petite demoiselle avait voulu faire mouche, faire mal, juste un peu, un tout petit peu. Pour lui dire que c’était important. Pour lui dire qu’elle n’acceptait pas. Pour lui rappeler qu’elle était jalouse. Pour lui rappeler qu’elle avait peur. Peur des autres femmes. Peur de lui aussi, malgré toutes ses bonnes actions et toutes ses belles paroles. Peur que sa nature le rappelle à elle. Jalouse qu’il puisse préférer la compagnie d’une autre à la sienne, même si elle l’aurait chaque jour restant de sa vie à ses côtés. Peut-être aussi à cause de cette peur justement. Que ces jours-là soient beaucoup plus brefs, beaucoup trop brefs… C’était inconscient. Probablement. Pourtant il y avait peut-être une petite part de conscience, une petite part de cruauté. Pas de cruauté gratuite. Non jamais, pas elle évidemment. Mais une part de cruauté tout de même. L’amour fait naître les plus beaux des actes… mais aussi les plus malfaisants. Alors finalement, ce n’était pas grand chose, si ?

En quelques mots, Cassidy fit énormément de mal à son compagnon. D’ailleurs si elle avait voulu lui faire du mal, réellement, sincèrement, elle n’aurait pas pu faire mouche autant… En quelques mots elle lui rappela qu’il n’aurait pas aimé la voir glisser, qu’il n’aimait pas justement qu’elle fasse quelque chose de dangereux et donc qu’il le lui reprochait un peu. Elle lui rappela qu’elle ne partageait pas cette activité avec lui. Lui avait-elle seulement proposé de l’accompagner un jour ? Elle lui reprocha son travail et ses absences alors que c’était elle, toujours elle qui avait voulu venir s’installer ici et qui avait souhaité qu’ils récupèrent cette ruine dangereuse qu’il essayait tant de retaper. Elle lui rappela leurs problèmes, ces foutus problèmes dont la simple pensée tordait l’estomac du jeune homme autant de désir inassouvi que d’une trouille monumentale. Elle lui étala sa jalousie… Une jalousie tellement énorme qu’elle était inconcevable. Juste en quelques mots. Plein de cruauté. « mais passer du temps avec une autre, est-ce que ça va régler le problème ? » Elle… qui avait été la première à se faire un ami masculin, un beau garçon qui plus est, Vlad, très gentil certes mais un homme tout de même, elle, qui attirait tant le regard des hommes… Lui reprochait de passer du temps avec une personne de l’autre sexe. C’était cruel. C’était hypocrite. C’était inconcevable tant c’était… méchant et à visée douloureuse. Abasourdi, Tristan avait fixé le dos de la jeune femme. Il la savait un peu maladroite parfois, très jalouse et ne s’en cachant pas, bien incapable de s’en cacher de toute manière. Mais jamais elle n’avait cherché à lui faire du mal jusqu’alors. Pourtant… c’était méchant… ça faisait mal… Elle avait changé, elle continuait de changer… Elle était agressive. Elle devenait… méchante. L’île l’avait changée, il le savait. La peur, la douleur, la souffrance l’avaient changée. Il n’avait pas été là pour elle. Il faudrait du temps pour qu’elle guérisse de cet endroit. Bien plus de temps qu’il n’en fallait à ses cicatrices… Il ne dit donc rien. Parce qu’il s’en voulait trop. Parce qu’il culpabilisait. Pourtant elle l’avait blessé et sans le savoir elle avait fait quelque chose de plus grave encore, effritant cet amour qu’il concevait inébranlable, effritant leur lien déjà tellement fragile.

Les mots s’étaient bousculé à ses lèvres. Il aurait voulu les cracher et déverser toute sa rage, toute sa colère à cet instant. Mais le jeune homme s’était muselé une fois de plus, bien conscient qu’il faisait mal de ne rien exprimer, que ce n’était pas bon pour lui, que ça alimentait une part de lui-même qu’il redoutait pourtant. L’absence de réaction, l’absence de sentiments du dragon… En voulant à tout prix ne pas devenir ce qu’elle redoutait, il ressemblait pourtant de plus en plus à ces créatures…
Qu’aurait-il dit ? Qu’elle était infâme de lui reprocher d’avoir une amie ? Qu’elle était égoïste et méchante de ne pas vouloir qu’il se fasse une amie, qu’il parle avec une autre femme, en toute innocence ? Qu’il parle d’elle, sa fiancée, sa future femme, celle qu’il aimait le plus au monde, qu’il était fait pour aimer et qu’il aimerait jusqu’à son dernier souffle ? Que non il n’aurait pas voulu la voir tomber évidemment mais qu’il aurait voulu la voir essayer sa planche, oui le machin qu’il avait passé des heures à faire pour elle… Qu’il aurait voulu qu’elle lui montre cette nouvelle activité, qu’elle lui en parle parce que oui, il avait dû chercher, il avait dû deviner parce qu’elle ne lui en parlait même pas… Qu’il travaillait pour eux, pour elle… pour cette vie qu’elle LEUR avait choisi, dans ces contrées froides, si froides lui qui aimait tant le soleil et la chaleur… Qu’il DEVAIT travailler pour oublier ses pulsions, pour s’abrutir de fatigue et moins penser à tout le désir qu’elle éveillait chez lui. Que par AMOUR il préférait rester loin d’elle par moment de peur de ce qu’il pourrait faire, de ce qu’il pourrait LUI faire. Qu’il était désespéré. Qu’il ne savait pas quoi faire pour l’aider même s’il cherchait, réfléchissait, à son tout petit niveau tellement ignorant en magie…

Ses mots aussi auraient fait beaucoup de mal… Peut-être plus tant ils transportaient de vérité et de tristesse. De rancune aussi. Parce qu’elle lui avait fait mal. Très mal. Mais il n’avait rien dit. Se contentant de refermer la bouche, de s’enfermer davantage dans le silence. De museler son coeur, un peu, un peu plus. De leur lien elle n’avait rien senti. Parce que celui-ci, en réponse à leurs sentiments tellement hétérogènes et conflictuels devenait silencieux… Il n’avait pas senti quand elle était tombée, quand elle s’était blessée et à aucun moment son collier n’avait brillé. Il ne brillait plus que si peu… Parce que si la magie de la jeune femme l’avait ensorcelé pour l’aider à la localiser, c’était bien l’énergie du jeune dragon qui l’alimentait régulièrement. Et celle-ci changeait, s’éteignait, se figeait, comme son coeur… Il n’avait pas senti qu’elle était en danger. Elle ne sentit pas sa tristesse et sa douleur. Heureusement qu’il arrivait à museler un peu, un tout petit peu ses sentiments. Ils l’avaient prévenu… Aucun dragon ne pouvait vivre les sentiments humains avec l’intensité de son espèce. Il pensait que c’était un souci de fierté. C’en était un de survie…

Une chance qu’il ne soit pas rancunier…
Dommage.
S’il avait laissé un temps s’écouler, refermant la bouche, serrant les mâchoires au point de faire saigner ses gencives, perçant de ses canines acérées la chair tendre de sa langue, se rassurant dans le goût du sang, son propre sang, il parla ensuite comme si de rien était… Essayant d’épargner Cassidy un peu… un tout petit peu… De la protéger peut-être…
Elle y trouva peut-être un réconfort. Il acquiesça à sa couleur, sans excès, sans commentaire excessif. Elle choisissait après tout… Diner. Coucher. Il n’avait rien tenté, l’embrassant du bout des lèvres. Même pas un baiser passionné. Même pas une petite tentative. Lassé des échecs. Lassé du désir dévorant et de se retrouver seul avec une demoiselle inconsciente entre les bras. Lassé de sentir ses pulsions enfler et menacer de lui faire perdre son humanité. Inquiet. Apeuré. Désespéré. Malheureux. Encore blessé aussi. Se demandant, dans un coin de sa tête, où, où était passé la petite mage, la petite blonde douce, souriante, si maladroite, si adorable, si véhémente oui mais si gentille dont il était tombé amoureux fou… S’il la reverrait un jour…

Elle avait fait un cauchemar. Il avait veillé. Encore…
Le jeune homme était pourtant de plus en plus fatigué. Et à cette fatigue se rajoutait un douloureux constat. Il savait que ce n’était pas bon pour lui, qu’il jouait avec sa santé… Mais il avait remarqué que le désir était moins douloureux, les pulsions moins difficiles à gérer avec le manque de sommeil. Peut-être finalement devait-il continuer dans ce sens. Dormir peu, vraiment peu. Jusqu’à ce qu’un accident révèle à tout le monde les risques stupides qu’il prenait. Pourtant au réveil tout semblait bien aller entre eux et c’était comme s’il n’y avait pas eu ce malaise, ces douleurs, ces constats, ces tristesses, ces peurs et ces reproches… Chacun faisait comme si de rien était. Il valait mieux peut-être que ce soit ainsi. Elle l’avait gâté, essayant sans doute de se racheter. Tristan avait juste profité, sans évoquer la veille ou seulement semblé s’en souvenir. Il semblait même assez surpris. Comme s’il ne comprenait pas vraiment ses brusques attentions mais en profitait amplement ! Ils avaient discuté de ce qu’ils pourraient faire ensemble puis s’étaient chamaillé avant qu’il ne soit obligé de se dépêcher de se préparer pour aller travailler.
Tristan avait alors eu une espèce d’étrange malaise, s’arrêtant, comme bloqué dans son geste mais c’était passé très vite et s’il essayait de minimiser la situation c’était encore et surtout parce que justement c’était passé !
Le jeune homme avait tenu un étrange discours auprès de sa compagne, semblant hésitant alors qu’il lui rendait son cristal. Ce n’était pas qu’il la considérait comme une enfant, oh bien sûr que non… C’est parce qu’il savait bien à quel point elle pouvait se mettre en danger et prendre des risques inconsidérés tant elle prenait des risques en se souciant avant tout des autres. Voyant que sa magie bloquait elle aurait pu s’obstiner, de peur de le blesser, et il ne savait que trop bien à quel point elle en faisait bien plus quand il s’agissait de lui. Il ne voulait pas lui laisser l’occasion de flirter davantage avec le risque et le danger, elle les cotoyait bien trop ces deux-là !
Oui, sans doute lui rendait-il trop tard… Peut-être était-ce inutile mais elle comptait trop pour lui pour qu’il la laisse se mettre bêtement en danger jusque-là. Seulement il s’était rendu compte de l’injustice que c’était… Il n’avait pas le droit de la traiter ainsi. Parce qu’il l’aimait, parce qu’il était différent il avait cru pouvoir s’opposer à elle, ne pas lui céder, lui tenir tête au contraire et veiller sur elle, ce qu’elle était bien incapable de faire. Mais c’était égoïste de prendre ces décisions. Elle était adulte et il n’avait pas à décider pour elle, même si c’était pour son bien. Et puis il y avait quelque chose d’autre. Quelque chose qui devenait si difficile à vivre. Il en avait assez d’être raisonnable. De devoir prendre les bonnes décisions. De devoir être sage. D’être le rabat-joie. Ca n’avait jamais été son rôle avant. Il détestait ce rôle. Ca n’avait rien de drôle et c’était tout sauf naturel… Des efforts constants lui étaient nécessaires et encore il ne savait même pas si ses décisions étaient les bonnes… Il avait l’habitude qu’elle soit la raisonnable. Lui le trouble-fête. Il avait l’habitude qu’elle réfléchisse, qu’elle pèse le pour et le contre, qu’elle soit sage et réfléchie. Elle avait toujours été ainsi…

Tristan était parti travailler et une fois de plus il impressionnait plus un de ses camarades. De nouveau à l’atelier il avait travaillé vite et bien, finissant un peu plus tôt que prévu. Il savait qu’Arianna serait à l’échoppe des herboristes, elle l’en avait prévenu la veille. Enthousiaste il était parti l’y retrouver et elle l’avait accueilli d’un grand sourire. Automatiquement le jeune homme le lui avait rendu, charmant comme toujours. Il avait besoin de la voir… Aujourd’hui ça devenait important, vraiment important. Elle l’avait suivi avec joie, plus intéressée sans doute, c’est vrai, que ce qu’elle avait prétendu auprès du jeune homme. Cela, malheureusement, n’avait pas échappé aux yeux d’une petite demoiselle torturée et tellement jalouse qui s’était cachée comme un voleuse alors qu’elle n’aurait jamais, oh grand jamais dû se cacher, bien au contraire… Tenir tête à cette femme, rappeler qui elle était, rappeler qui ILS étaient… Mais Cassidy s’était cachée tandis que bien inconsciemment son fiancé lui causait encore bien des souffrances. Il souriait. Il avait l’air bien, détendu, calme… heureux. Air qu’il avait si peu ces derniers temps. Son sourire était sincère. Ils semblaient si complices. Il avait entrainé la rouquine à sa suite et ils avaient disparu au coin d’une ruelle, laissant la pauvre petite mage seule avec ses sombres pensées.

Ce que Cassidy fit de l’après-midi, une fois de plus Tristan n’en sut rien. Il ne ressentit rien. Ni souffrance. Ni peine. Ni douleur physique. Ni douleur émotionnelle. Ni colère. Ni peur. Ni haine. Ni pleurs. Rien… Rien du tout. Son collier ne lui signala rien mais en même temps elle n’était pas en danger mais encore et surtout leur lien ne lui transmit rien sur l’état de la jeune femme… Et encore moins sur tout ce qu’elle vivait auprès de Kalec… Choses qui n’avaient guère l’air agréables ! La pauvre… Elle avait hurlé. Elle avait souffert. Pourtant son fiancé n’avait rien senti. Comme si quelque chose bloquait complètement ce lien entre eux. Comme s’il n’était plus capable de le ressentir.
S’il avait eu vent ne serait-ce que du centième de ce qui arrivait pourtant, le jeune homme aurait tout laissé tomber pour venir la rejoindre, la protéger, y compris d’elle-même. Et surtout, face à sa douleur, face à ses peurs il aurait oublié son calme, plus que probablement et cédé aux pulsions violentes et destructrices qui lui hurlaient de ne laisser aucun mâle s’approcher d’elle…

Pour le jeune dragon, l’après-midi aussi fut bien remplie bien que beaucoup moins tourmentée. Pourtant si Cassidy était restée dans les parages elle aurait pu voir quelque chose, quelque chose de surprenant… Car si la rouquine suivait le jeune homme avec un enthousiasme certain et un intérêt qu’il était le seul à ignorer elle était repartie, seule, une bonne heure plus tard, l’air assez dépitée et déçue même si devant lui elle n’avait rien laissé transparaître et ça en soit ça pouvait éveiller d’autant plus de soupçons… Quelle femme pouvait-être déçue après avoir passé un peu de temps en compagnie des beaux sourires du jeune homme ? A moins qu’il n’ait rien tenté contrairement à ses espérances et soit resté sourd à l’appel de son corps… Ou qu’il y ait cédé… en étant décevant, fort décevant…


Sur le chemin du retour le jeune homme s’étirait et faisait jouer ses muscles sous sa veste, essayant de dérouiller les courbatures qui s’étaient installées sur son corps à cause de ses positions parfois, souvent, inconfortables quand il travaillait. Les massages de sa petite fiancée l’aidaient beaucoup heureusement mais son corps avait besoin de temps pour s’habituer. S’il était formé à recevoir les coups et à endurer les douleurs d’un entrainement rude, la fixité d’une position parfois inconfortable lui était peu connue et il était assez impressionné face à ses camarades capables de tenir plusieurs heures sans bouger réellement… Pensif, il réfléchissait aux projets de Cassidy. Ses propositions de la veille n’étaient peut-être pas très originales mais elles avaient le mérite de lui dire qu’elle voulait passer du temps avec lui. Il l’avait bien compris. Un peu amèrement face à ses remarques mais elle était stressée, elle avait peur. Ca aussi il le comprenait bien…  Quand il arriva finalement au chalet ce furent les aboiements de Zénith qui l’accueillirent. Le minuscule petit loup avait eu une phénoménale poussée de croissance probablement du fait de la magie de la jeune femme quand elle l’avait sauvé… peut-être aussi par l’énergie du dragon avec lequel il passait tout de même beaucoup de temps. Tristan commençait d’ailleurs à l’amener au travail avec lui et à le dresser, comptant bien sur lui, pour la suite, pour veiller sur la petite mage. De bébé loup fragile il n’avait plus grand chose et ressemblait à une grosse boule de poils maladroite qui se prenait encore quelques meubles et coins de murs mais qui tenait bien sur ses pattes et pouvait gambader sur quelques mètres sans avoir besoin de s’arrêter. Ses grands yeux bleus montraient une affection certaine pour le petit couple et il était extrêmement affectueux, les fêtant énormément quand ils rentraient. Pour l’heure, c’est vrai, il restait encore au chalet car il devait toujours beaucoup dormir mais ses phases d’éveil devenaient plus longues de jour en jour. Tristan réceptionna le petit loup tout ébouriffé qui tournait autour de ses jambes, le souleva du sol en le calant contre lui, se mettant à le caresser alors que le petit animal ravi, fermait paresseusement les yeux.
Il la vit finalement, Cassidy, sa selle entre les mains. Il fronça légèrement les sourcils mais ne fit aucune remarque, se contentant de l’appeler, elle avait l’air complètement ailleurs après tout. Elle avait l’air… étrange en fait.
Elle le salua de quelques mots brefs. Il se pencha sur elle pour l’embrasser, déposant le louveteau par terre qui se mit à essayer de chasser sa propre queue.

Ca va. Et toi ?

Qu’aurait-il pu dire ? Qu’il était épuisé et avait mal partout ? C’était le cas tous les jours… il commençait à bien s’y faire !
Elle commença alors à lui dire qu’elle était crevée et il se redressa en la fixant intensément, inquiet. Elle se rattrapa vite ne lui laissant guère le temps ni de lui poser des questions ni de s’inquiéter davantage, le rassurant. Il acquiesça tout de même en souriant à la proposition pour le thé. Cassidy parlait de nouveau très vite, montrant une fois de plus qu’elle réfléchissait trop rapidement, ce qui l’avait toujours fait sourire.
Ils avaient parlé des fleurs aussi, du jardin. Elle n’avait pas commencé sans lui parce qu’elle ne le voulait pas, parce que c’était triste d’être seule. Il ne répondit pas, se contentant de poser ses mains sur ses épaules, comme s’il voulait lui dire qu’il était là… Pourtant il pensait bien qu’elle aurait pu commencer sans lui… Parce qu’elle avait bien le droit de vouloir en planter à certains endroits et pas à d’autres, non ? Mais une fois de plus elle voulait être avec lui voilà tout…
Quand elle se releva et se retourna vers lui il sourit, écartant les bras pour qu’elle vienne contre lui.

Pardon Princesse… J’avais beaucoup de choses à faire aujourd’hui… mais je me suis arrangé pour être libre demain. Je suis allé voir ton patron et il m’a proposé de te donner un coup de main. Comme ça on travaillera même un peu ensemble, ça passera plus vite et on pourra être tous les deux… Ca te va ?


Il la câlina un peu, n’attendant pas vraiment de réponse de sa part puisqu’il se doutait que la simple mention de passer du temps ensemble lui ferait plaisir.
Puis elle l’avait embrassée, doucement, tendrement. Mauvaise idée… Le coeur du jeune homme se serra d’un bloc alors que l’envie, irrésistible, de la couvrir de baisers et de caresses revenait au galop le hanter. Heureusement, elle avait passé les mains dans ses cheveux et il s’était aussitôt calmé, apaisé, fermant les yeux en profitant allègrement de son initiative. Pourtant il sentait bien que quelque chose n’allait pas. Pas à travers leur lien, celui-ci restait muet, plutôt de ce qu’il savait de la jeune femme, de ce qu’il connaissait d’elle, de l’émotion dans son geste qui n’était pas comme d’habitude. Plus tendre. Plus grave… Et effectivement, elle lui demanda de se transformer en dragon. Surpris le jeune homme se crispa un peu, expliquant que ce n’était pas la meilleure des idées pour le moment mais elle enchaina et ne le laissa pas parler avant d’avoir expliqué le fond de sa pensée. Patient et respectueux il l’écouta, se doutant bien que le sujet était fort difficile pour elle et qu’il lui fallait des trésors de patience, de force et de courage pour prononcer tous ces mots… Et d’amour évidemment…

Elle lui expliquait qu’il en avait besoin. Qu’elle n’avait plus de magie pour le moment ce qui inquiéta le jeune homme qui ouvrit aussitôt la bouche pour répliquer mais une fois de plus elle ne le laissa pas parler… Elle parla d’Alanir… Et elle parla d’équilibre. Il baissa les yeux… Elle avait d’excellents arguments comme toujours et il avait réellement l’impression de la retrouver à cet instant. Si forte et… têtue. Elle y avait réfléchi… Beaucoup… Ca se voyait…
Mais elle ne s’arrêtait pas… Malheur… Elle ne s’arrêtait vraiment pas. Elle savait. Elle savait qu’il avait peur de l’effrayer, peur de la blesser, qu’il ne voulait pas lui rappeler de mauvais souvenirs, ceux d’Ikaël, ce monstre sanguinaire qui n’en avait que faire du petit coeur de la jeune femme, qu’il avait broyé sans hésitation. Elle savait qu’il l’aimait et qu’il faisait des efforts de titan pour elle, qu’il luttait contre sa nature et enfermait ses instincts. Elle savait que ce n’était pas bon pour lui, qu’il risquait, un jour ou l’autre, d’être dépassé… Elle savait tant… Elle voulait qu’ils apprennent ensemble. Qu’ils apprivoisent cette chose ensemble.

Tristan avait cessé d’y croire. De croire entendre un jour ce discours, même plus léger, même moins engagé. Le jeune homme s’était fait totalement muet et semblait s’être fermé comme une huitre. Mais pas parce qu’il n’était pas d’accord. Pas parce qu’il refusait toutes ces jolies choses. Bien au contraire. Les muscles de ses mâchoires se contractaient par spasmes rapprochaient alors qu’il avait détourné les yeux d’elle, des yeux brillants de larmes évidemment. Emu, sincèrement touché et pour le coup complètement débordé par le flot d’émotions qui le submergeait il ne pouvait rien dire, rien faire, à part attendre que ça passe. Il était un dragon… Il découvrait de jour en jour ce que ça signifiait et avait appris, bien à ses dépends que beaucoup des émotions qu’il connaissait déjà ne pouvait en être qu’amplifiées. A l’extrême…
Elle avait compris comme toujours et lui caressa doucement les mains sans sembler remarquer sa détresse passagère. Faisant comme si elle ne la remarquait pas plutôt.
Elle parla de coucher ensemble. Il se crispa. Non ils ne pouvaient pas mais jamais il n’avait cherché à la faire culpabiliser ni quoi que ce soit. Il la fixa autant avec sérieux qu’inquiétude. Bien sûr qu’il voulait voler, bien sûr qu’il en avait besoin mais… il ne voulait pas s’éloigner d’elle. La voix un peu rauque bien qu’il fasse comme si tout allait bien, il lui expliqua son point de vue. Qu’il ne voulait pas l’inquiéter, ni lui donner l’impression de l’abandonner… Surtout qu’elle avait dit une chose à propos de « préférer  les dragons »et ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Cassy… Je ne veux pas te stresser davantage. Ce n’est pas une bonne idée. Je comprends hein. D’accord pour me transformer. J’apprécie vraiment tes efforts et… je… enfin ça me fait plaisir évidemment. Mais m’éloigner… Non… Merci mais…

Elle le coupa. Déclarant de but en blanc qu’elle venait.
Abasourdi par ce revirement décidément inattendu Tristan secoua la tête, n’en croyant pas ses oreilles. Ca faisant quand même beaucoup à avaler là… Elle n’avait plus de magie, il ne savait trop pourquoi parce que pour ça elle ne lui avait rien dit réellement. Elle voulait l’accepter en tant que dragon. Ca c’était super chouette mais un revirement inattendu. Elle y avait énormément réfléchi, voulant même qu’il aille voler loin d’elle. Et à présent elle voulait l’accompagner… Elle qui quelques jours auparavant pouvait le repousser magiquement ou se blesser en seulement le voyant de loin. C’était… de la folie. Ce changement radical le fit douter. Lui faisant sérieusement froncer les sourcils. C’est que le changement était vraiment trop important, trop flagrant. Devenant soupçonneux malgré tout l’amour qu’il lui portait Tristan la lâcha, recula, s’éloignant rapidement de quelques pas, humant l’air. C’est qu’il s’était fait avoir une fois. Par un double. Une saloperie de petite peste Kaär qui avait pris la place de sa fiancée et qui avait causé de bien importants dommages dans leur couple. Elle fut probablement surprise par son vif retranchement mais sa raison était bonne, vraiment bonne… Il refusait de se laisser manipuler de nouveau de la sorte et surtout il s’inquiétait pour elle évidemment…

Ne… le prends pas mal s'il te plait… Mais là ça fait vraiment beaucoup Cassy… Et je veux juste être persuadé que c’est bien toi et pas…

Il ne finit pas sa phrase. Elle avait compris et la peine sur son visage d’être aussi sèchement repoussée se mua bien vite en tendresse et peut-être aussi en une pointe de reconnaissance mais ça il n’en était pas certain. Non, le jeune homme n’avait pas oublié. Et ce n’était pas parce qu’égoïstement il voulait croire à tout ce qu’elle disait qu’il ferait l’erreur de ne pas s’assurer qu’il s’agissait bien de sa fiancée. Douce, patiente, adorable, la petite demoiselle s’approcha de quelque pas, lui parlant de leur phrase, leur code, lui parlant de souvenir, lui disant qu’elle comprenait, qu’il ne voulait pas faire la même erreur. Lui parlant d’elle, lui parlant d’eux, de ce qu’elle avait vécu sur l’ile, de son journal aussi qu’elle espérait qu’il lise. Le jeune homme se détendit mais ne semblait pas encore totalement sûr. Il hésita une seconde alors qu’elle cherchait quoi lui dire, se rapprocha brusquement d’elle pour s’emparer fiévreusement de ses lèvres. Beaucoup trop fiévreusement. Beaucoup, beaucoup trop… un long baiser, étourdissant, qui les laissa haletant l’un comme l’autre et si elle ne semblait pas comprendre son geste, lui se recula satisfait, un sourire aux lèvres alors qu’il semblait encore un peu perdu… Ca ne changeait rien au fait qu’elle était très différente et que tous ces changements étaient assez perturbants.

C’est bien toi…

Là par contre elle le regarda curieusement. En quoi un baiser pouvait-il le convaincre ? Il lui avait dit qu’elle embrassait bien. Mais il y avait des milliers de femmes qui embrassaient très bien, ce n’était quand même pas son critère de vérification. Surtout que l’autre femme aussi l’avait embrassée, la Kaär, elle aussi embrassait bien… Tristan détourna pudiquement les yeux une nouvelle fois.

Y a que toi pour… enfin… il n’y a que lorsque je t’embrasse que mon coeur s’emballe comme ça et que tout mon être frissonne… Ca ne l’avait pas fait avec… l’autre fille… Mais je ne savais pas qu’on pouvait… prendre à ce point l’apparence de quelqu’un, ses souvenirs etc. donc… je croyais que c’était juste moi qui t’aimais moins… Ca m’avait fait peur à l’époque… Puis j’ai compris que c’était simplement parce que ce n’était pas toi mais… enfin… voilà… Hum… tu es sûre de vouloir… essayer ?

Il avait changé rapidement de sujet en montrant la selle et elle acquiesça, ignorant une fois de plus, par respect, la vulnérabilité du jeune homme. D’ailleurs comment un si grand et costaud gaillard pouvait avoir l’air vulnérable à ce point ? C’était à n’y rien comprendre…
Finalement ils tentèrent. Ca prit du temps. Le jeune homme semblait bloqué et avoir vraiment du mal à changer d’apparence. Que ce soit dû à la fatigue ou à sa manière virulente de museler tous ses instincts le garçon devait être prudent… absolument… Finalement Tristan se transforma après quelques minutes d’essais infructueux, déployant ses grandes ailes avec un bonheur manifeste, secouant les muscles puissants de son grand corps de reptile.

Cassidy ne tarda pas à s’approcher de lui. Elle ne semblait pas gênée, presque pas du moins malgré ses crispations et la méfiance dans son regard. Ca n’avait rien à voir avec la boule de danger vivante qu’elle était lorsque sa magie était « branchée ». Non rien à voir. Quoi qu’il en soit, sa panne magique était une aubaine à ne surtout pas laisser passer. Surtout pas maintenant. Car elle put rapidement être tout près de lui et le toucher sans lui envoyer la moindre décharge et surtout sans sembler en souffrir elle non plus. Tristan jusque là toujours inquiet se détendit considérablement et se laissa caresser et tourner autour un moment, restant immobile. Il avait avancé l’idée d’attendre pour la selle, n’étant sûr de rien… C’était donc à elle de la lui mettre même si docile le dragon changeait de position pour lui faciliter la tâche à la moindre pression. Elle avait eu raison quelques jours plus tôt. La selle était devenue un peu petite pour la puissante créature. Le dragon avait grandi, son dos s’était élargi et la selle risquait de le gêner un peu mais c’était mieux que rien en attendant d’y faire des ajustement. Alors qu’elle avait été préparée pour épouser parfaitement la forme de son dos à l’époque elle le faisait moins désormais ce qui était certes un peu contraignant mais pas catastrophique.

Il leur fallut un peu de temps pour la mettre en place, elle n’osait pas trop serrer de peur de lui faire mal mais le jeune dragon parvenait d’une manière ou d’une autre à grogner et elle à comprendre ce qu’il lui disait… Etrange capacité tellement utile. Il la rassurait, lui disait qu’elle pouvait serrer davantage, que ça ne lui faisait pas mal. Il lui demandait si ça allait elle, mais à voir le sourire qu’elle faisait, l’émotion qui en ressortait malgré son regard encore inquiet et ses crispations musculaires qu’il comprenait parfaitement… Finalement elle était grimpée sur son dos, s’installant sur la selle mais le dragon avait sautillé partout, ne la laissant pas grimpé avant qu’elle ait enfilé une veste plus épaisse et couvrante. Elle finit par lui obéir en l’insultant gentiment… Du malaise persistant naquirent rire et complicité. D’ailleurs le dragon semblait rire aussi, produisant une suite de petite grognement de gorge. Une fois équipée et surtout avec des gants car l’air glacial pouvait bien lui provoquer des engelures… Si elle n’avait plus froid aujourd’hui son corps y était tout de même un minimum sensible et elle n’apprécierait certainement pas de perdre un doigt ou deux…

Elle finit par monter sur son dos. S’installer et là… il se passa quelque chose d’étrange. Pourtant elle l’avait touché plusieurs fois alors qu’ils tentaient de s’apprivoiser peu auparavant mais dès qu’elle fut sur son dos, prenant appui sur l’une de ses pattes pour grimper comme ils avaient appris à le faire, quand elle fut assise et posa ses mains sur son encolure, à plat pour lui faire comprendre qu’elle était bien montée un brusque éclair de lumière sembla jaillir de ce contact. Ce n’était clairement pas la magie de la jeune femme pour l’instant absente. Mais quelque chose s’était passé. Une décharge avait secoué le dragon et elle ouvrait déjà la bouche pour lui parler, l’appeler, terrorisée probablement à l’idée de l’avoir blessé alors qu’elle n’était même pas censé pouvoir le faire.
Mais les mots moururent dans sa gorge avec sans doute la majorité de ses inquiétudes et de ses doutes. Le dragon portait également les zébrures qui maculaient le corps du Drakkari. Si la progression des jours ne leur avait que peu donné l’impression de leur léger effacement celui-ci devint flagrant. Car brusquement elle s’était toutes mises à briller, le rendant assez lumineux puis cessant de luire certes mais restant beaucoup plus dorées, brillantes, lisses comme du verre, changeant même légèrement de couleur pour tirer vers l’argenté… Chaudes, si chaudes… En réponse les muscles du puissant animal s’étaient contractées, semblant se gorger d’énergie et de puissance alors que sa position s’améliorait, qu’il semblait brusquement beaucoup plus à l’aise comme débarrassé de toute culpabilité, de toute douleur.

Peut-être un peu inquiète que ce brusque changement soit dû finalement au changement du jeune homme cédant à sa part dragon Cassidy l’appela, d’une petite voix certes mais qui ne la rendait en rien faible ou quoi que ce soit. Le dragon tourna la tête vers sa cavalière. Ses yeux orangés portait également sous cette forme ce tourbillon argenté, fait nouveau depuis ses changements, mais il semblait plus intense, plus bleuté, tourbillonnant inexorablement autour de ses pupilles rondes et légèrement dilatées, ce qui lui donnait quand même beaucoup moins l’air d’un gros reptile que ses pupilles ovales rétrécies… Il sembla tenter… un sourire. Les coins de sa mâchoire s’était en effet relevé alors qu’il faisait apparaitre juste un peu ses crocs. Son regard était plein de joie, d’impatience… Il grogna doucement, essayant d’articuler, ce qui lui était bien impossible…


Accroche toi…


Elle comprit, obéit et brusquement il fut dans les airs.
Il était pourtant censé marcher un moment pour la laisser s’habituer et lui-même pour s’habituer à cette selle un peu petite, pour s’habituer à la retrouver. Mais elle n’avait pas de magie, elle ne pouvait ni se faire ni lui faire mal. Et surtout… il y avait ce truc, cet étrange phénomène qui venait d’avoir lieu et qui avait empli le jeune homme de certitude. En deux battements d’ailes il s’éleva encore plus loin, retenant un hurlement d’allégresse. Léger… Voler. Et brusquement un nouveau truc. Leur lien bloqué, étouffé qui sembla respirer, reprendre vie parce qu’il la sentit, il l’entendit. Il ressentit les muscles de ses jambes se serrer sur la selle et ses flancs, ses mains fermement tendues sur le large pommeau à hanse de la selle, le claquement du vent dans ses cheveux d’or, les légères larmes au coin de ses yeux à cause du froid et de l’altitude tandis qu’il s’élevait à une vitesse ahurissante, disparaissant déjà au dessus des nuages. Et elle sentit elle aussi… La force de ses muscles de prédateur, la puissance de ses ailes, le picotement de l’air sur ses écailles, le goût du vol su sa langue. Ils volaient ensemble et l’euphorie qu’ils se transmirent l’espace d’une seconde n’avait absolument aucun sens, aucun mot pour l’expliquer. Pendant un instant plus rien n’exista à part eux. Elle avait confiance en lui. Il avait confiance en elle. Il n’y avait pas de problème de magie. Pas de problème de sexe. Pas de problème de peur, de confiance, de jalousie… Rien d’autre qu’eux deux… L’impression de partage, de fusion totale s’estompa un peu… Mais ils étaient toujours connectés et probablement par l’envie de lui faire partager ce qu’elle n’avait pas eu le temps de découvrir avec lui réellement, son nouveau lui, Tristan lui montra… Pourquoi il était différent. Pourquoi il ne craignait rien dans les cieux. Car il pouvait fendre les airs à une vitesse hallucinante. Pourtant ses ailes paraissait bien trop grandes pour être utilisées par un si petit dragon. Il était tellement moins massif, tellement moins impressionnant que les autres… Il fendait les nuages, faisait des loopings légers heureusement, ne voulant pas trop en faire, pas cette fois. Ils recommenceraient. Il lui apprendrait. Mais elle savait déjà se placer. Elle savait faire corps avec lui et le suivre dans la moindre de ses manoeuvres… Euphorique le dragon semblait s’amuser comme un fou et sa compagne… beaucoup aussi. Il était toujours là. Il réussissait de nouveau à lui transmettre des mots par pensée. Merci revenait souvent. Je t’aime aussi…

Ils finirent par redescendre ne restant pas bien longtemps dans les airs car mine de rien ils étaient tous les deux fatigués et que l’émotion de cette étrange connexion semblait leur avoir coupé les jambes. Il redescendit doucement, discrètement… Enfin il redescendit vite mais maitrisa parfaitement son atterrissage, se posant si doucement au sol qu’il semblait encore voler. Cassidy sauta de son dos et il se retransforma. Ils n’arrivaient pas à parler. Ni l’un, ni l’autre, se contentant de tomber dans les bras l’un de l’autre sans un mot, de glisser au sol, à genoux en s’enlaçant. Elle se cala contre son torse, serrant sa tunique dans ses petites mains tandis qu’il la serrait contre lui à l’étouffer, s’imprégnant de l’odeur de ses cheveux et de la puissance de cet instant, laissant des larmes qu’il n’avait même pas senti venir, glisser le long de ses joues. Ils restèrent enlacés un moment puis se séparèrent et elle put voir que ses marques étaient toujours très brillantes, comme gorgées de force, d’énergie, d’espoir. Elle lui en parla et il remonta les manches de sa tunique pour observer lui-même cet étrange phénomène, ne s’en préoccupant guère, trop occupé à l’embrasser…

Zénith les avait accueilli en jappant. Il ne semblait pas le moins du monde effrayé par le dragon… Après tout, il sentait bien ce que Tristan était. D’un commun accord et toujours un peu perdu et perturbé par l’étrange phénomène ou plutôt la suite d’étranges phénomènes qui venait d’avoir lieu, ils décidèrent d’aller se détendre dans les sources chaudes le temps de récupérer puis de s’occuper un peu du jardin. Il était encore tôt après tout, ils n’avaient pas volé très longtemps mais clairement ça avait fait un bien extraordinaire au jeune homme, débarrassé de ses tensions et de ses doutes.

Se rendant derrière le chalet, un peu à l’écart, marchant sur le caillebotis qu’avait installé le jeune homme ils atteignirent le petit bassin particulièrement fumant ce jour-là. Tristan avait ôté sa tunique, ses bottes et commençait à se débattre avec son pantalon, une pointe d’hésitation l’ébranlant quand Cassidy, bien peu gênée, était passée devant lui, totalement nue, lui tournant le dos pour descendre dans le bassin. La dévorant du regard, un peu surpris et pas préparé à faire face à une nouvelle vague de pulsions le jeune homme était resté en arrêt, à moitié en squat, une jambe au sol l’autre légèrement relevée, la bouche entrouverte.
Cassidy répliqua très sagement en montrant les serviettes qu’ils avaient attrapées au passage sur la terrasse, que quitte à aller travailler au jardin après elle préférait être sèche et ne pas attendre que ses vêtements le soient. Sage initiative mais qui semblait mettre bien à mal son compagnon. Taquine, elle lui demanda s’il avait un problème… Le constat évident ? Quelque chose entre eux avait lâché. Totalement. Une énorme tension qui les tenait à distance l’un de l’autre et qui les faisait douter, hésiter au moindre mot. Ils étaient plus détendus, tellement moins inquiets. Amusé, il lui rendit un de ses beaux sourires en jurant que non, se déshabillant totalement avant de prendre un malin plaisir à étirer ses bras au dessus de sa tête, faisant jouer ses muscles sans la moindre pudeur avant de la rejoindre dans l’eau. Elle marmonna en se détournant quelque chose qui ressemblait à un « exhibitionniste » et « prétentieux ». Il la rattrapa sans un mot pour la presser contre lui et l’embrasser tendrement… avant de lui mordre la lèvre inférieure. Elle grogna.

C’est pour tout à l’heure… Ne crois pas que j’ai oublié. On a des choses à mettre au clair tous les deux. Tu as peur. D’accord, je le comprends et j’en parle maintenant après le sujet sera clos jusqu’à ce que tu veuilles de nouveau l’aborder. Tu as peur que je m’en aille pour les dragons. Tu es la femme la plus intelligente, brillante, que je connaisse et pourtant ça… c’est la plus monstrueuse des conneries… Cassidy… Je t’aime… D’accord ? Oui je ressemble au dragon, attention flash info, j’en suis un ! Mais c’est toi que j’ai choisie ! Ce n’est pas nature, ce n’est pas être comme les autres, ce n’est pas obéir… C’est choisir. J’ai choisi… J’ai choisi toi. Je t’ai choisie parce que c’est toi ma famille. Enfin… je veux dire que c’est avec toi que je veux avoir une famille… enfin je…

Le jeune homme se mit brusquement à rougir en détournant les yeux. Bourde… Grosse bourde… Ah oui, ça non plus il ne l’avait pas dit. Lui non plus. Ce n’était pas parce qu’il craignait qu’elle ne veuille pas être avec lui à la longue, ce n’était pas parce qu’il savait que leur vie était différente etc. qu’ils n’étaient pas censé être ensemble que lui ne voulait pas être avec elle, ne voulait pas fonder une famille avec elle. Parfois l’idée le traversait et il imaginait, il se sentait bien et apaisé avant de se rappeler que ce n’était pas juste, que ce n’était probablement pas possible, que c’était insensé et de reprendre pied. Il n’y avait plus pensé depuis un moment… Mais ce truc qui s’était passé quand elle l’avait touché, quand elle avait activé ses marques d’une manière ou d’une autre avait aussi libéré son esprit… Pas qu’un peu… Pour cacher sa gêne, il se mit à la chatouiller sous l’eau à défaut d’essayer de la couleur, ce qui était plus radical pour changer de conversation mais un peu risqué avec une phobique de l’eau tout de même…

Brusque mieux… Brusque mieux inattendu. Normal ou prédictif d’une chute d’autant plus violente ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Ven 13 Mai - 22:37

Elle n’en revenait pas. Ils avaient volé ensemble. Les sensations éprouvées étaient inimaginables. Incroyables. Jamais Cassidy n’aurait cru que ça lui manquerait à ce point. Elle aimait voler. Etrangement, bizarrement. Le hasard était taquin. Mais par-dessus tout elle aimait voler avec lui. Parce que ça rendait le paysage plus beau à ses yeux, parce que sentir l’air qui glisse sur la peau était agréable. Certes elle n’était pas dragon, elle ne pouvait donc pas avoir les mêmes sensations que Tristan et pourtant. Pendant un court instant leurs places avaient échangées, les sensations plus fortes, plus intenses. Elle le ressentait, il la ressentait, même si elle ignorait que c’était pareil de son côté.

Ils étaient allés prendre un bain chaud bien mérité à la source, encore tout étourdis par cette progression fulgurante. C’était un grand pas en avant, énorme. C’était inconcevable après tout ce qu’ils avaient traversés, tous leurs doutes, leur remise en question sur leur couple. La décision d’aller voler était la meilleure à prendre. Ca les avait calmés, encore surpris par ce qui leur arrivait. Cassidy était tranquillement allongée dans l’eau quand Tristan se mit à parler avec véhémence. Des paroles sincères, convaincues et passionnées. Lui aussi ça lui avait fait du bien de se transformer, elle n’avait plus de doute maintenant. Mais ça venait de Kalec, pas d’elle. Comment pouvait-il savoir ? Comment pouvait-il en être aussi sûr ? A quel point connaissait-il les dragons ? Elle n’avait rien fait… Trop obnubilée par leur couple, par leur absence d’activité sexuelle, elle n’avait pas pensé à l’essentielle. Et puis elle avait toujours eu cette crainte des dragons, encore plus depuis l’histoire Ikaël ! Mais là, elle voulait aller de l’avant, avec lui. Elle voulait maintenant accepter ce qu’il était. Un dragon. Même si elle avait encore du mal à s’en rendre compte, à imaginer le travail que ça allait être. Mais elle avait pris sa décision. Cette fois elle ne ferait pas semblant. Cette fois elle serait vraie avec lui. Cette fois elle avancerait.

Il l’avait chatouillé après avoir sorti une déclaration bien surprenante. Apparemment le jeune homme ne voulait pas qu’elle réagisse tout de suite, surtout qu’il lui avait dit des choses vraiment très sérieuses. Fonder une famille ensemble, être sa famille… la choisir elle… Elle ne pouvait pas douter de lui. Elle ne voulait pas. Il faisait toujours son maximum alors elle devait arrêter de se poser des questions. L’absence de magie la rendait beaucoup plus lucide, moins tiraillée, apaisée et l’esprit clair. Jamais elle n’aurait cru que la délivrance serait aussi grande. Elle se délectait de ses paroles, s’apaisait et après qu’il l’ait chatouillé, elle s’était adossée contre les pierres, la tête en l’air les yeux fermés. Elle avait aussi remarqué pour ses marques mais serait bien incapable de dire de quoi il s’agissait. Un déblocage ? Un déclic ? Difficile à dire…

Songeuse, elle repensa aux derniers évènements de l’après midi…

Cassidy s’était finalement livrée. Elle avait semblé bien plus déterminée quand il était rentré, faisant fi de ce qu’elle avait vu, ne lui parlant pas du fait qu’elle avait eu mal de le voir au côté d’Arianna. Elle était jalouse, elle était mauvaise, elle était méchante… et alors ? C’était peut être ça sa vraie nature après tout. Etre jalouse elle l’avait toujours été et cela s’était confirmé de plus en plus. Elle n’était pas méchante directement envers Tristan mais contre tout ce qui pouvait se mettre à travers eux.

Elle lui avait tout déballé, des pensées, une réflexion, des arguments. Oh bien sûr elle avait déjà pensé à tout ça avant, Kalec n’était pas celui qui lui avait expliqué en long en large en travers ce qu’elle savait déjà. Non il lui avait donné juste le déclic. Elle ignorait comment il avait fait pour supprimer sa magie sans qu’elle ne tombe dans les pommes. Elle ignorait beaucoup de choses sur lui. Elle ne savait pas pourquoi il agissait ainsi donnant l’air de vouloir l’aider, de LES aider alors qu’il n’avait pas l’air de les apprécier sincèrement. Mais Cassidy décida de ne pas se prendre la tête avec ce genre de réflexion. Après tout, Kalec était un curieux personnage. Elle lui en voulait qu’il l’ait embrassé, qu’il profite un peu mais… il l’aidait quand même… un peu.

Alors elle avait tout dit, ou presque à Tristan. Elle l’avait toujours senti plus distant ces derniers temps. Il n’y avait pas ce sourire heureux qu’il avait eu avec Arianna. Il se maîtrisait, n’était pas spontané. Cela lui faisait mal dans un sens. Alors qu’ils devaient tout se dire, il semblait rester encore quelques mystères entre eux. Mais elle ne lui en tenait pas rigueur. Il l’avait écouté, elle l’avait observé. Au fond de ses yeux orangés semblait danser une lueur d’espoir, comme si il ne croyait pas vraiment au discours qu’elle lui tenait. Il avait détourné la tête mais elle avait l’air de comprendre que quelque chose le passait, que ça le marquait, même si une fois encore il voulait lui cacher ses émotions. Pourtant elle ne lui en tint pas rigueur. Attendant sagement qu’il réplique.

Le jeune homme s’était alors exprimé, il appréciait sa déclaration, pouvait faire l’effort de se transformer. Encore une fois il montra à quel point il se souciait d’elle, qu’il ne voulait pas la stresser davantage à ce sujet. Pourtant, elle avait pris sa décision. Dès qu’elle avait ramassé la selle dans la chambre, qu’elle l’avait dans ses mains, sa décision était prise. De plus, elle se doutait que son incorrigible fiancé ne voudrait pas voler, ne voudrait pas s’éloigner d’elle pour lui laisser croire qu’il la décevait. Ou bien qu’il aurait peut être peur de faire une bêtise, de ne plus se souvenir d’elle et de le regretter. Alors elle s’attendait bien à le voir formuler une réponse négative.

Mais elle le coupa, ne lui laissant pas le choix, ne voulant pas laisser passer l’occasion. Quelle était la dernière fois où ils avaient volé ensemble ? Quand il avait repris ses esprits, lors de cette course de dragon. Mais c’était loin d’être joyeux… c’était une obligation. Et puis il y avait eu son passage sur l’île, lui aussi avait évolué de son côté, ce qu’il pensait être une forme plutôt magique de lui-même était en fait sa véritable nature. Plus dragon, une grosse évolution. Alors elle était intransigeante, le regardant droit dans les yeux, presque une supplique. Elle voulait tellement qu’il lui fasse confiance.

Et pourtant, il s’écarta, ne semblant pas vraiment emballé par l’idée. C’était trop beau. Les mots qui sortirent de sa bouche firent de la peine à la petite demoiselle. Il avait l’air de dire qu’il avait peur de se tromper sur elle, qu’elle n’était pas la vraie. Comment pouvait-il en douter ? Cependant, sa tristesse fut vite remplacée par de la compréhension. Il avait été abusé une fois et quoi qu’ils puissent dire, cette expérience avait été traumatisante pour les deux et surtout pour lui. Alors elle lui sourit gentiment, lui parlant d’une voix rassurante et formula toutes sortes de choses pour bien le convaincre qu’il n’avait pas de souci à se faire qu’elle n’était ni envoûtée, ni contrôlée, qu’elle était bien elle et pas un imposteur. Elle lui parla de choses qu’elle seule connaissait comme son journal intime, son séjour sur l’île mais bien vite tout cela fut tarit parce qu’elle ne savait plus trop quoi lui dire sans passer par les moments plus traumatisants et malheureux pour eux deux.

Alors, sans crier gare, il l’embrassa. Elle ne comprit pas et tout son corps semblait prendre une violente décharge pas désagréable quand il posa ses lèvres sur les siennes, l’embrassant avec passion. Elle ne comprit pas mais ferma les yeux pour apprécier l’instant, le souvenir de ses lèvres salées et de ses baisers enflammés qui ne la laissaient pas indifférente. Il s’était reculé alors qu’elle le regardait avec surprise, les sourcils froncés. C’était un beau baiser mais à part se faire du mal elle ne voyait pas où il voulait en venir. Une petite phrase, il affirma qu’elle était bien elle.

Cassidy haussa un sourcil, surprise. Comment pouvait-il affirmer une telle chose avec un simple baiser ? Alors il s’expliqua et son discours était extrêmement touchant, rassurant alors qu’elle lui faisait un beau sourire doux et tendre. Ce n’était pas rien ce qu’il disait. Pourtant, il ne lui laissa pas le temps de répliquer pour lui demander si elle voulait vraiment. Ca le perturbait, ça se voyait. Elle n’en tint pas rigueur et affirma d’un signe de tête positif, décidée à tenter cette expérience avec lui. Elle savait que sans sa magie, tout irait beaucoup mieux. Il voulait vraiment être sûr. Alors la jeune femme déposa la selle sur le bain en bois qu’il avait construit avant de prendre ses mains et de les serrer dans les siennes, le regardant avec beaucoup de sérieux.

« Oui je suis sûre de mon choix Tris’. Tu dois voler… c’est ton truc et me demande pas pourquoi mais je le sais. C’est ton élément, je pense qu’il faut que tu vives dedans aussi. Et bien sûr, cela me ferait plaisir de t’accompagner, tu sais bien que j’ai toujours aimé voler et surtout avec toi… »

Etrange pour quelqu’un qui n’avait pas du sang de dragon… en même temps elle détestait l’eau, elle pouvait bien aimer le ciel non ? Il semblait plus rassuré et s’écarta alors pour se transformer même si cela lui prit un temps énorme. Cassidy redoutait un peu, après tout elle avait toujours du mal à appréhender ce moment. Mais lorsqu’il se transforme enfin, rien de mal ne se passa. Elle se sentait incroyablement légère et n’avait pas tout ce poids sur les épaules avec sa magie ni tous ces souvenirs traumatisants. Sa théorie se révéla exacte. Sa magie amplifiait tout, aussi bien les émotions que le côté vulnérable et incontrôlable.

Elle soupira doucement, faisant un léger sourire. Voir Tristan en forme de dragon n’était pas si simple à accepter. Cela montrait à quel point il était différent d’elle. Il n’était pas qu’un humanoïde mais c’est vrai elle peinait à le voir autrement. Pourtant quelque chose avait changé dans son comportement. Elle semblait bien plus douce bien qu’encore méfiante. La jeune femme s’approcha de la créature, inspirant profondément. Il la fixait de ses grands yeux, semblant attendre son jugement. Et puis, elle se pencha légèrement pour se mettre à sa hauteur, alors qu’il s’était couché dans la neige, en total soumission pour éviter qu’elle n’ait peur. Cassidy enroula ses bras autour de l’encolure du dragon, collant sa joue contre ses écailles, dans une étreinte qui se voulait réconfortante, apaisante, lui faire comprendre qu’elle l’acceptait. C’était toujours lui à l’intérieur, c’était son âme, son esprit, c’était son fiancé… Et puis elle murmura le mot « désolé » plusieurs fois, comme pour s’excuser de lui avoir fait tant de mal, de l’avoir enfermé dans son enveloppe humaine, comme si elle regrettait son comportement et sa magie défaillante.

Elle avait alors récupéré la selle posée plus loin pour la poser sur son dos, hésitante. Jusqu’à présent ils n’avaient vraiment jamais pris le temps de faire cette action. La demoiselle hésita et constata que Tristan évoluait beaucoup. Ca se voyait. Son corps dragon n’était pas tout à fait définitif apparemment. Et si cela était physique, cela pouvait être aussi le cas dans la tête… Mais elle avait fait ce choix, ce choix de l’accepter peu importe les risques, peu importe les conséquences. Lorsqu’elle boucla les attaches, la demoiselle hésita un moment tout en grommelant quelques paroles.

« Ca ne va pas ! Tu vas être serré avec ça. Elle va plus te gênée qu’autre chose. Peut être qu’on pourrait voler sans selle ça serait mieux pour toi »

Toujours à vouloir son bien être. C’est fou comme elle pouvait se négliger mais être aussi attentionnée pour son fiancé. Pourtant il grogna, lui faisant comprendre que ça ne le dérangeait pas, et insista. Elle hésita encore un peu avant de serrer plus fort.

« Faudrait peut être qu’on trouve un moyen de faire des ajustements. Ou il doit bien exister une matière spéciale qui s’adapte au corps. Plus élastique mais stable. Parce que je sais pas encore combien de temps tu vas… évoluer. »

Il resta sage en la laissant faire puis elle se mit à sourire, bien que crispé. Cela semblait si naturel, débarrassé de sa magie étouffante. Alors qu’elle allait monter sur son dos, il s’éloigna brusquement tout en sautillant dans tous les sens alors qu’elle lui courrait après, agacée mais c’était plus comique qu’autre chose.

« Mais arrête de sauter comme ça ! Comment tu veux que je m’installe ? »

Elle entendit alors sa demande impérative et elle fronça les sourcils en grognant.

« Rhoooo décidément, espèce de vilain ! »

Elle rentra dans le chalet pour aller chercher une paire de gants et un manteau plus chaud. Ne craignant pas le froid, elle ne comprenait pas pourquoi autant de précautions. Mais Tristan était là justement pour la rappeler à l’ordre quand elle oubliait de se soucier de son propre corps. Elle retourna vers lui et se présenta en tendant les bras.

« Valà content ? Est-ce assez satisfaisant pour Messire ? »

Sauf que sa voix était plus amusée qu’agacée, ce qui fit faire une sorte de rire au dragon qui s’approcha d’elle en la poussant avec son museau en avant alors qu’elle se mit à rire, tout malaise écarté. La jeune femme semblait aller beaucoup mieux. Puis elle monta sur son dos en s’aidant de sa patte, s’installant sur la selle. C’était tellement familier et cela semblait si éloigné en même temps. Les sensations éprouvées, la chaleur de son corps, l’impression d’être en hauteur, c’était assez émouvant. Il n’avait pas bronché, il ne l’avait pas repoussé alors qu’elle s’attendait peut être à se faire éjecter. Alors la jeune femme posa ses mains sur l’encolure du dragon. Soudain un éclair blanc apparut. Cassidy secoua la tête et cligna des yeux. C’était quoi ça ? Elle n’avait plus de magie et pourtant…

« Tris’ ! Tris’ ! Ca va ? Désolé ! Je… je sais pas ce qui s’est passé ! Attends je descends tout de suite et… »

Il l’interpella en entendant son état de panique avant de se tourner vers elle. C’est une demoiselle fortement chamboula qu’il aperçut. Pourtant il la rassura du mieux qu’il put avant de lui donner un seul conseil. Elle ne comprit pas au départ mais à peine avait-il écarté ses ailes, qu’elle agrippa instinctivement les lanières pour lui permettre de rester stable. Ils s’envolèrent très vite.

La neige fit repoussée, et le sol devint très vite éloigné. Ils étaient dans les airs. Encore surprise, la demoiselle n’oubliait pas de se tenir. Elle avait eu l’habitude avec Alanir, de s’entraîner encore et encore alors voler était comme une seconde nature pour elle. Le vent frais lui fouetta le visage, lui faisant comprendre qu’elle ne rêvait pas. Tristan semblait tout heureux, libéré d’un poids, léger, il volait avec aisance et fluidité, se fondant dans les courants aériens pour plus de vitesse. Une fois la surprise passée, Cassidy se mit à apprécier ce moment. Elle aussi ça lui faisait du bien. Et puis une chose étonnante se produisit. Elle se mit à ressentir le dragon, entièrement. Comme si leur lien revenait, comme si tout s’arrangeait. Cela la fit se détendre, elle se sentait extrêmement bien et entendit toutes les paroles de Tristan qui le remerciait et il l’aimait. La jeune femme se mit à sourire.

Finalement il finit par redescendre, pour un moment bien trop court alors qu’elle sauta de son dos pour atterrir lestement à côté de lui. Le cœur battant à cent à l’heure, la respiration profonde, la demoiselle regarda son compagnon reprendre son apparence humaine avant de se jeter dans ses bras. Etourdie, complètement choquée dans le bon sens de ce qu’elle venait de vivre, la demoiselle avait encore du mal à réaliser ce qu’ils avaient fait. Après un moment sans rien dire, restant dans ses bras, elle s’écarta un peu pour regarder ses marques sur le visage Ces dernières brillaient beaucoup, bien plus que ces derniers jours. Elle n’en avait pas l’habitude et d’ailleurs ne savait même pas à quoi ça correspondait. La jeune femme décida d’en parler à son compagnon.

« Dis donc, tes marques se sont éclairées d’un coup… »

Il ne semblait pas comprendre et elle souleva sa tunique pour constater que c’était la même chose sur son torse.

« Etrange tout ça… »

Elle s’arrêta sur cette dernière pensée, rouvrant les yeux. Ca faisait beaucoup dans la journée. Que d’émotions ! Tristan l’avait doucement appelé, pensant qu’elle s’était assoupie. Il la taquina même en lui faisant un beau sourire. Une chose était sûre, elle sentait qu’il allait bien mieux et c’est tout ce qui comptait pour elle. Son bonheur, son épanouissement…

Ils finirent par rentrer au chalet, complicité retrouvée. Tristan voulut s’occuper un peu du jardin avec elle et c’était l’occasion de rire ensemble, se taquiner. Il la faisait bien rire, la prenant parfois dans ses bras pour lui faire un câlin, la perturbant quand elle tentait de se concentrer. Un moment très agréable. Malgré les quelques soucis de couple, leur belle cohésion semblait être de retour. Cassidy pensait quand même que Kalec avait joué un rôle là dedans. Il était étrange ce garçon et elle ne comprenait pas ses agissements.

Le soir ils se lovèrent au coin du feu, elle, lisant un livre qu’elle avait pris à la bibliothèque et lui occupé à la câliner tendrement. La nuit se passa bien aussi et ils avaient besoin de sommeil. Toutes ces émotions les avaient vidés. En tout cas pour elle elle dormit comme un gros bébé, s’endormant presque aussitôt une fois qu’ils furent dans le lit.

Le lendemain matin, Tristan n’avait pas changé. Il semblait tout heureux et vraiment plus content qu’avant. Pourtant quand Cassidy se réveilla, elle sentit le poids de la magie. Tiens donc elle avait oublié à quel point c’était… lourd. Alors que le jeune homme descendait pour préparer le petit déjeuner, la jeune femme mit bien du temps à retrouver ses esprits. Jamais elle n’aurait pensé à quel point c’était aussi pénalisant. C’était ça la magie ? Une prison ? Un poids difficile à supporter ? Elle n’aurait pas imaginé que c’était aussi violent. Pourtant elle essayait de réfléchir aux indices qu’elle avait. Son maître lui avait déjà dit qu’il ne fallait pas bloquer la magie mais vivre avec elle. Pourtant lorsqu’elle essayait de se détendre, sa magie devenait plus instable, elle le sentait. Ce qui lui donnait plus envie de ne pas la laisser sortir. On lui avait dit sur l’île qu’elle allait avoir un surplus mais sans savoir à quel point ça allait être puissant. Que si elle pensait tout connaître de la magie elle se trompait et que ce n’était pas sûr qu’elle accuse le choc. Après tout un corps humain n’est pas fait pour accueillir autant de puissance, surtout qu’en plus elle partageait son esprit avec un dragon.

On lui avait dit que ça serait dur, intense, qu’elle devait s’accrocher. Et elle avait senti… cette magie qu’elle pensait si familière s’était transformée en une bête sauvage. Provoquant des catastrophes, tombant dans l’inconscience, faiblesse… Jamais elle n’avait réussi à l’arrêter et se faisait peur. Mais pourquoi en parler à Tristan ? Il n’y connaissait rien à la magie et avait déjà dit plusieurs fois que cela ne changerait rien. Et puis elle se rappela que seule Ysa avait réussi à la calmer, à focaliser son esprit sur autre chose, l’épuisant physiquement et magiquement pour se vider et mieux supporter les choses. Une solution de secours, pas définitive mais qui apportait des moments de répit à Cassidy.

Kalec avait fait pareil en la poussant à bout mais il avait fait autre chose qu’elle n’avait pas compris. Elle savait qu’il avait de la magie mais à savoir quoi exactement, difficile à dire.

Et pourtant… encore une fois elle était enfermée avec son problème. Mais ce n’était pas grave… Tristan avait fait un pas en avant dans son évolution de dragon mais elle… elle elle était dans le flou le plus total. Se cramponnant à ses sensations bridées, elle finit par s’étirer, attendant qu’il arrive avec le petit déjeuner et l’accueillit en souriant et l’embrassant. Cependant, il semblait savoir que quelque chose n’allait pas car il l’observa en lui demandant si ça allait. Au départ elle ouvrit légèrement la bouche, prête à mentir mais se ravisa.

« Ca va… juste la magie qui est revenue alors ça fait un peu bizarre. »

Il la câlina alors lui faisant comprendre qu’il était là et c’est tout ce dont elle avait besoin. Cela lui permettait d’oublier à quel point sa magie au quotidien pouvait être un fardeau.

Puis ils allèrent travailler ensemble et elle était très contente de pouvoir compter sur son aide cette fois. Tristan était très efficace, enthousiaste même si parfois on regrettait la petite mage, surtout la gent masculine mais les demoiselles étaient ravies. Cassidy ne pouvait s’empêcher de surveiller tout ça du coin de l’œil d’un air sévère mais elle se faisait du souci pour rien, après tout, Tristan n’irait pas voir ailleurs et on ne les embêteraient pas. Toute la matinée fut très joyeuse, Tristan s’entendait très bien avec le patron avec qui il parlait alcool et différentes boissons qu’on voyait plus souvent dans les autres boissons.

Ils eurent ensuite une pause et se calèrent à l’arrière boutique pour manger et discuter et Cassidy semblait aux anges. Pourtant, elle se permit une réflexion.

« Au fait j’ai réfléchi à propos de ton… amie »

Elle avala une gorgée de thé tout en se faisant bien plus pensive, regardant le ciel.

« Je sais que je suis très… jalouse. En fait j’ai pas peur de ton comportement mais tu sais bien… tous… les coups tordus qu’on a eu. Et surtout je ne fais pas confiance à cette étrangère mais… tu sembles bien t’entendre avec alors… je ne dirais plus rien à ce sujet »

Mais qu’arrivait-il à Cassidy, elle qui était si vindicative ? Peut être voulait-elle prouver à Tristan qu’elle était capable de changer, d’accepter… d’accepter tout de lui et de lui faire confiance pour gérer ce genre de chose. Il semblait ravi. Quand ils retournèrent travailler, il fut encore plus enthousiaste, chantant tout en lavant la vaisselle et ne manqua pas de l’asperger alors qu’elle riait en voulant lui renvoyer la même chose.

Passer du temps en sa compagnie était super. Elle ne le disait pas mais au fond d’elle, le fait qu’il vienne travailler à la taverne la remplissait de joie et cela se ressentait sur son comportement. Bien plus enjoué, entreprenante. Pourtant tout failli déraper lorsqu’il la rejoignit dans la réserve à côté de la taverne pour venir l’embrasser dans le noir et elle lui répondit avec les intérêts. Cependant il finissait toujours par stopper en la mordant quand il la sentait s’emballait, ce qui lui valut des remarques boudeuses « Mais ça fait mal ! » alors qu’il disparaissait.

Finalement, le service se termina vite, milieu de l’après midi il avait fini. Le jeune homme émis l’hypothèse d’aller faire un tour en volant plus tard mais elle secoua la tête.

« Tu penses pouvoir y aller sans moi ? Ma magie est là alors j’ai peur de te faire mal… vaut mieux éviter pour le moment »

Il semblait d’accord mais pas peiné pour autant puis déclara vouloir passer à l’atelier pour quelques commandes à faire. Elle acquiesça d’un signe de tête et après un dernier baiser très léger ils se séparèrent.

Cassidy était partie hors du village. Besoin de se ressourcer, d’être au contact de la nature. Cela ne la dérangeait pas d’être séparée de Tristan puisqu’ils avaient passé un sacré bout de temps ensemble, ce qu’elle avait beaucoup apprécié. Mais rentrer seule au chalet pour s’ennuyer, ça ne lui plaisait pas des masses. Elle voulait se dégourdir les jambes et réfléchir encore un peu, loin du monde, loin des habitations et surtout pour calmer sa magie si farouche.

Mais alors qu’elle marchait sur un sentier, elle croisa Kalec qui venait tranquillement de l’autre sens, sa planche accrochée dans son dos. Il fit un sourire mystérieux en l’observant puis s’approcher d’elle mais sans lui parler, sans vouloir l’interpeller, ce qui était étonnant. Pourtant la jeune femme en fit perturbée. De ne pas l’entendre parler ni la railler cette fois ci. Elle lui tournait le dos alors qu’il continuait sa marche lorsqu’elle se décida enfin à parler.

« Pourquoi t’as fais ça hier ? »

Il s’arrêta dans sa marche, laissant le silence répondre puis se retourna vers elle qui fixait son dos, un air toujours aussi mystérieux, indéchiffrable sur son visage.

- Faire quoi ?

« Arrête de faire l’innocent, je sais bien que c’est toi qui a enlevé ma magie… »

- Ah… ça…

Il soupira et leva les yeux au ciel.

- Tu crois quand même pas que j’aurais laissé une bombe vivante comme toi détruire toute la ville non ?

Elle ouvrit des yeux ronds, blessée dans sa fierté.

« Non mais je me contrôle très bien ! »

- Ce n’est pas ce que j’ai vu…

« Oui bon j’ai des ratés parfois… »

- C’est bien que tu le reconnaisses au moins…

Elle ouvrit la bouche. Non mais il allait arrêter de jouer avec elle comme ça ? La demoiselle secoua la tête de gauche à droite avant de le regarder avec fureur.

« T’es qui pour me juger ainsi hein ? On a rien en commun toi et moi, fais pas genre de savoir des choses pour m’impressionner ça ne marche pas »

Il resta silencieux avant d’éclater d’un rire franc et sincère ce qui fit froncer les yeux de la petite demoiselle. En plus il se moquait d’elle ? Le jeune homme aux yeux bleus s’approcha alors d’elle, d’une démarche lente mais décidée. Elle se mit directement dans une position défensive, la hargne se lisant sur son visage même si sa voix tremblait légèrement, montrant un manque d’assurance.

« T’approche pas ou je te grille ! »

Pourtant cela ne l’arrêta pas. Elle recula, voulut passer devant lui mais il la bloquait, restant silencieux, ce qui la mettait mal à l’aise. Et puis, son dos heurta un arbre alors qu’il était très proche. Son regard était comme hypnotisant. Elle le détestait et pourtant quelque chose d’autre se battait avec ce sentiment, une drôle d’émotion. La demoiselle tremblait et elle ne savait pas à quoi s’attendre de sa part. Pourtant il n’avait pas l’air d’avoir envie de la frapper.

« Tu… tu joues à quoi là ? Tu… enfin va-t-en ! désolé de t’avoir dérangé… je ne le ferais plus… »

Elle avait peur de lui… un instinct, une sensation, quelque chose de mauvais qui pouvait se passer. Pourtant elle savait se défendre, elle aurait pu le gifler. Mais sa main refusait de lui obéir, elle se sentait paralysée. Elle soupira, tentant de faire la forte.

« Bon ça va j’ai compris… pas besoin de… de me regarder comme ça. »

Il leva la main qu’il posa à quelques centimètres de ses cheveux dorés avant de frôler très légèrement sa joue, ce qui laissa une légère chaleur sur le visage de Cassidy qui était incapable de se déplacer. Son cerveau court-circuitait là c’était sûr, surtout avec ce qu’elle lui sortit, d’une voix hachée alors qu’elle se colla encore plus contre le tronc de l’arbre.

« Kalec… Ec… tu… je… non…pas…bien… enfin je… mais… toi… arr… »

Sa main la faisait frissonner, son corps ne lui obéissait plus même si elle restait calme alors qu’elle devrait être en train de le repousser violemment. Puis il souleva doucement son menton et approcha ses lèvres des siennes sans crier gare, l’embrassant une nouvelle fois mais plus intensément que la première. Le flash, l’ébranlement, la magie instable… mais qui semblait se calmer à son contact. Sa magie aurait du le repousser… mais il n’en était rien. Au contraire elle s’apaisait au contact de ses lèvres, devenant plus docile, petite magie si perturbante au quotidien. Mais en même temps ce n’était pas bien, pas bien du tout. Finalement elle reprit ses esprits et repoussa brutalement Kalec mais ne le gifla pas cette fois, encore sous le choc mais retrouvant l’usage de la parole.

« Mais tu fais quoi à la fin ? Qu’est ce que tu cherches à faire ?! J’ai… je suis avec Tristan et ça m’intéresse pas d’avoir un amant dans son dos ! Alors s’il te plaît fiche moi la paix… je sais même pas ce que tu fais, un coup tu m’insultes un coup tu m’embrasses… je ne t’aime pas ! Je ne veux pas trahir Tristan ! »

Il ne semblait pas impacté par ses paroles, imperturbable même si il s’écarta un peu.

- Tu me dois bien un baiser pour ce que j’ai fait pour toi hier tu ne crois pas ?

Elle grogna.

« Tu peux me demander TOUT ce que tu veux mais pas ça ! »

- D’accord, tu peux te déshabiller alors ?

Cassidy poussa un rugissement tonitruant et manqua de lui sauter à la gorge alors qu’il s’écartait déjà en éclatant de rire avant de reprendre son chemin vers la ville, laissant une petite mage bien perturbée. Mais ce qu’elle ignorait, c’est que quelqu’un les avaient vu… et n’avait pas perdu une miette du spectacle. Cassidy se recoiffa et décida de rentrer au chalet, elle devait se changer les idées. Jardiner lui paraissait une bonne idée.

Un peu plus tard, Tristan était occupé à couper du bois dans une zone, pour un objectif qu’il était le seul à connaître lorsque Kalec arriva devant lui. Le Drakkari semblait l’ignorer et restait concentré dans sa tâche. Le jeune homme soupira avec ennui. Décidément il le trouvait bien… il ne trouvait pas d’adjectif le qualifiant mais l’ignorer maintenant après tout le petit discours qu’il lui avait fait sur Cassidy…

- Je vais avoir besoin de quelque chose…

Parole mystérieuse mais Tristan l’ignora royalement.

- Ca risque de faire un peu mal…

De la provocation ? Tristan semblait vouloir l’ignorer, après tout Kalec ne l’impressionnerait pas. Pourtant une petite partie de sa peau s’illumina d’une lueur bleue et il s’arrêta dans son travail surpris. Sous ses yeux ébahis, une de ses écailles apparut à travers la peau, lisse, fine et brillante. En un coup sec, l’écaille se détacha de sa peau et elle se mit à flotter dans les airs, en direction de Kalec qui avait une de ses mains de la même couleur que ce qui entourait l’écaille. Il tendit la paume pour recueillir ce fragment très précieux puis le leva à la lumière du jour le regardant avec attention, sans faire de remarque à Tristan.

Kalec semblait satisfait de sa trouvaille puisqu’il la rangea dans une petite capsule d’un matériau solide et transparent qu’il rangea dans sa poche.

- Merci pour ta collaboration. Je te dérange pas plus longtemps, j’imagine que tu dois sacrément te dépenser à taper tout ce bois… à défaut de faire autre chose.

Là c’était de la provocation. Il faisait allusion aux ébats amoureux entre lui et sa fiancée, même si le jeune homme pouvait tout à fait comprendre de manière différente.

Peu de temps après, alors que Tristan marchait en ville, il fut accosté par Arianna qui le rejoignit, l’air inquiet.

- Je… je peux te parler quelques minutes ?

Il la suivit alors qu’elle l’emmenait dans une petite ruelle pour lui faire part d’une confidence énorme. La jeune femme semblait vraiment embêtée et gênée même si à l’intérieur, elle jubilait.

- Ecoute… je ne sais pas si je dois te le dire ou pas… c’est pas mes affaires après tout… mais… je t’apprécie et tu mérites d’être au courant… enfin…

Elle laissa planer le mystère avant de dire.

- C’est à propos de ta fiancée…

Il semblait surpris et s’inquiéta aussitôt.

- Non je te rassure, elle va bien ! enfin… j’étais en train de chercher des plantes tout à l’heure dans un arbre et je l’ai vu… avec… tu sais ce gars un peu étrange qui ne ressemble pas aux Friholdiens du coin, cheveux noirs, yeux bleus. Ils ont discuté et je les ai vu… s’embrasser…

Tristan semblait se renfermer et elle se gratta doucement le menton, semblait très gênée par rapport à son ami.

- Je pense que tu mérites de savoir… peut être que je me trompe mais… enfin je sais reconnaître une femme quand elle ne joue pas et là… elle avait l’air d’apprécier. Tu es mon ami, je ne veux pas que tu vives… quelque chose de triste c’est tout… elle t’expliquera peut être pourquoi ils… enfin désolée…

Aïe ! Ce n’était pas une bonne chose pour Cassidy cette révélation.

En fin d’après midi, Tristan et Cassidy se rejoignirent pour aller manger chez Miya mais celui-ci était bizarre alors que la jeune femme lui sauta au cou, comme si de rien n’était. Pour le moment elle n’avait pas l’intention de parler de Kalec. C’était trop… et elle devait bien choisir ses mots. Cela n’était pas une bonne chose.

Ils arrivèrent chez Miya qui accueillit royalement le petit couple. Dynamique, vive, elle avait préparé un véritable goûter avec toutes sortes de choses à grignoter. Elle leur posait des questions, parlait de la vie ici. Tristan était très polie, Cassidy plus enjouée tout en parlant de voyages, des autres royaumes. Miya semblait attendrie.

- En tout cas vous formez un très beau couple. C’est rare de tomber sur son âme sœur alors je vous souhaite bien du bonheur entre vous…

Cassidy la remercia tout en prenant la main de Tristan. Miya changea alors de sujet, intarissable et vive.

Ils rentrèrent finalement un peu tard. La jeune femme semblait ravie en enlevant ses bottes.

« T’as vu elle est gentille non ? »

Il n’avait pas perdu cet air un peu plus forcé et elle fronça les sourcils alors qu’elle s’approcha de lui pour prendre ses mains, inquiète.

« Eyh… qu’est ce qui se passe ? »

Après hésitation et ne tenant plus de sa révélation, il décida de lui avouer que quelqu’un l’avait vu avec Kalec. Aussitôt la jeune femme lâcha les mains de Tristan très gênée et culpabilisant, évitant soigneusement son regard.

« Je… je voulais t’en parler mais… enfin oui il m’a encore embrassé ce petit con… mais c’est pas ce que tu crois… »

Il lui demanda alors pourquoi elle ne l’avait pas repoussé. Là elle ne savait pas trop quoi dire.

« Un peu… enfin je l’ai repoussé un peu… mais je crois que cet abruti m’a lancé un sort je pouvais plus bouger… ça doit être ça ! »

Tristan ne semblait pas rassuré pour autant.

« Non mais ne t’inquiète pas il embrasse moins bien que toi. Aucune chance que je finisse avec lui… c’est pas mon style je cherchais pas ce qu’il cherchait à faire… »

Ce qu’elle lui cachait, c’est qu’il embrassait bien mais différemment de Tristan. Le jour et la nuit. C’était doux, c’était… en fait ça contrastait beaucoup avec le Kalec qu’elle connaissait si amer, si moqueur. Il y avait quelque chose dans son baiser qui était… différent. De la douceur, une forme de tendresse. Cassidy ne se rendit pas compte de son rougissement, qui devait encore plus perturber Tristan et ça elle ne le voulait absolument pas !

Elle le prit par les mains et l’invita à s’asseoir dans le canapé pour lui parler plus calmement, même si elle évitait son regard et parlait d’une petite voix honteuse.

« Tu… tu te rappelles cette histoire de lien que tu as vu ? Klartos qui met des liens… et que le notre est spécial. Pour toi c’est… comment elle s’appelle déjà Kei… Ka… Kay… Keira ! voilà ! qui t’attire… bah je pense… que… enfin aussi étonnant que ça puisse être mais Kalec a l’air d’être… enfin j’en sais rien je sais pas comment je peux expliquer ça… il y a un truc chez lui qui… enfin je sais pas… non rassure toi je n’ai rien fait avec lui de sérieux et j’en ai pas l’intention même si mes pulsions commencent à être à l’étroit là mais… enfin… »

La jeune femme le perdait plus qu’autre chose. Elle tenta de se reprendre.

« Oh bon il m’a embrassé pour m’embêter voilà ! Juste parce qu’il m’a supprimé ma magie hier et… »

Okkkkkkkkkkkk. La jeune femme se mit à transpirer. Depuis quand était-elle aussi maladroite ? Elle n’arrivait pas à mentir, ce n’était pas dans sa nature. Mais ça c’était quelque chose de très. Cassidy secoua la tête, très mal à l’aise.

« J’allais t’en parler mais je voulais juste profiter que toi et moi ça… ça se passait bien pour ne pas le remettre sur le tapis… mais… oui je sais pas pourquoi, comment mais il a fait un truc et je n’ai plus eu de magie, c’est tout. Ah et il m’a aussi poussé à bout ! Ca faisait pas plaisir du tout ce qu’il disait donc si tu penses qu’il me drague bah avec le genre de discours qu’il m’a sorti il a pas l’air de beaucoup m’apprécier… »

Elle se mit à réfléchir, ça commençait à devenir trop tendu pour elle. Puis elle le regarda droit dans les yeux.

« Bon d’accord, je sais que tu voulais que je sympathise avec lui mais je pense qu’il vaut mieux que je l’évite. Je ne sais pas trop encore comment mon corps réagit avec lui alors… je pense que le mieux c’est de partir d’ici… je ne veux pas que ça casse notre couple… je ne veux pas faire des choses… que je regretterais ensuite… et je ne sais pas du tout pourquoi il est là… enfin il peut être m’aider avec ma magie mais je préfère largement me débrouiller toute seule plutôt que de prendre le risque, une seule seconde, de succomber à quelque chose d’horrible… donc si tu es d’accord, on abandonne cet endroit et on va voir ailleurs, ça vaudrait mieux pour nous… »

La demoiselle le prit par les mains.

« D’accord Tris’ ? »

Ils avaient discuté longuement pendant la soirée. Après tout c’était assez nouveau pour Tristan tout ça… et finalement elle avait fini par s’endormir.

Le lendemain matin, tout semblait normal, ou presque. Elle se rendit à son travail et lui aussi non pas sans s’embrasser tendrement avant de partir. Sauf que Tristan devait aller sur le terrain d’entraînement pour former des jeunes avec l’instructeur. Il était déjà là depuis un bon moment et l’entraînement avait commencé, occupé à se battre pour donner quelques consignes.

Vlad passait dans le coin tout en discutant avec Kalec de choses et d’autres, sans grand intérêt. Mais le grand nordique blond s’approcha de la barrière en apercevant Tristan, suivi de Kalec qui lui n’avait pas l’air emballé de rester ici.

- Attends, je regarde un peu comment il se débrouille… c’est pas tous les jours qu’on croise un Drakkari…
- Y a rien à voir, c’est pas comme si c’était un dieu…
- Tu dis ça parce que tu es mauvais avoue…


Kalec grogna mais resta avec son ami devant la barrière, Vlad reconnaissant que Tristan était doué. Ce dernier les ayant repéré s’approcha d’eux et proposa à Kalec un combat amical. Ce dernier haussa un sourcil, peu intéressé. Vlad intervint en voyant le regard de Tristan qui était un peu bizarre.

- Whoooo… pas la peine de se battre… en plus Tristan Kalec est vraiment nul dans cette discipline. On se demande pourquoi d’ailleurs

Tristan répliqua, provoquant et Kalec se rembrunit.

- Oh t’inquiète pas je suis peut être nul à ça mais j’ai d’autres… hum… talents…

Tristan garda son calme même si on sentait l’atmosphère assez lourde et pesante. Kalec soupira, ennuyé.

- De toute façon j’ai une commande urgente à terminer, je n’ai pas le temps pour ces petits jeux…

Puis il s’éloigna. Vlad fit un sourire désolé à Tristan.

- Je suis désolé, Kalec est spécial parfois…

Plus tard dans la journée, le patron annonça à Cassidy qu’une commande l’attendait à la forge. Elle semblait surprise, rappelant qu’elle n’avait rien demandé et que c’était surtout Tristan qui était le spécialiste pour les armes. Pourtant son patron semblait sincère. Elle se rendit alors à la forge et aperçut Kalec au comptoir.

« TOI ?! Que… Que… fais tu ici ? »

Il referma son livre avant de la regarder, sourire malicieux sur le visage.

- Je bosse ici, ça se voit pas ?

Elle se renfrogna et leva les yeux au ciel.

« Une commande hein ? Très malin… tu veux faire quoi ? Me prendre dans un coin pour m’embrasser ? Ca ne marchera pas cette fois… »

Elle tourna les talons pour sortir mais il l’interpella.

- J’ai un truc pour toi…

« Garde tes babioles.

- Ca devrait t’aider à contrôler ta magie.

Elle fronça les sourcils avant de se retourner. Il avait posé une petite boîte sur le comptoir. La demoiselle regarda, un peu curieuse.

« C’est quoi ? »

Kalec ouvrit la boîte. A l’intérieur se trouvait un bracelet très fin mais un peu large, de couleur argentée. Au milieu une élégante pierre polie blanche, tel un joyau un peu épais. Des petites gravures avaient été dessinées, pour lui donner un côté élégant. Elle cligna des yeux. Il se moquait d’elle ?! Elle ne faisait que le repousser et voilà qu’il lui offrait un bracelet.

- Avant que tu cries au scandale, ce bracelet peut t’aider à contrôler la magie. La pierre est enchantée. Il y a un ingrédient spécial à l’intérieur qui permettra… hum une sorte d’harmonisation mais je vais pas rentrer dans les détails, trop compliqué pour toi.

Elle haussa les épaules et prit un air boudeur. Après tout elle prenait mal les choses. La demoiselle observa le bracelet.

« Comment ça marche ? »

- Lorsque ta magie devient instable, la pierre se met à briller avec beaucoup d’intensité. Il te suffit juste de te concentrer dessus, pour arriver à la faire redescendre. Ca demande du contrôle mais il y a aussi un petit truc qui devrait se manifester si ça devient vraiment trop important.

Elle fronça les sourcils, peu convaincue.

- Pas douloureux…

« Comment je peux te croire ? »

- Oh t’es pas obligée de me croire. A toi de voir si ça vaut la peine ou pas d’essayer. Mais je ne serais pas toujours là pour contrôler tes sautes d’humeur alors pour éviter de détruire cette ville, ça serait bien que tu apprennes à te maîtriser…

La jeune femme resta un instant hésitante puis prit le bracelet dans sa main, songeuse. Avant de le retourner dans tous les sens pour savoir comment le mettre. Kalec grogna, ne la trouvant pas très douée apparemment. Il prit le bracelet et le dégrafa avant de le passer autour de son poignet droit et de lui clipser en lui montrant comment faire. Encore une fois il était un peu trop près d’elle. La demoiselle se mit à rougir puis recula en bredouillant un merci, regardant avec curiosité.

- On peut faire une démonstration pour tester l’efficacité…

Il s’approchait déjà d’elle mais elle recula avant de hurler un « nooooooooooooooooon » très convaincant avant de sortir en trombe du local de forge. Soupirant, elle ferma violemment la porte derrière elle, reprenant son souffle et fixant à nouveau le bracelet. Bon, il ne restait plus qu’à en parler à Tristan, en espérant que celui-ci ne réagisse pas mal…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Dim 26 Juin - 12:16

Voler… Enfin… Cette sensation merveilleuse et unique. Voler en toute liberté. Il n’avait pu le faire jusqu’alors. Malgré les insistances timides de la jeune femme qui voulait le meilleur pour lui, par amour, mais elle portait l’odeur d’une inquiétude si prégnante que le jeune homme ne pouvait y demeurer inconscient. Il aurait pu ignorer ses peurs. Il aurait pu parce qu’il avait besoin de voler. Il ne se rendait même pas compte à quel point il prenait des risques en luttant contre le constant appel que lui lançait le ciel. Il aurait pu être égoïste. Il en aurait eu le droit sans doute, au moins un peu… Après tout il lui prouvait chaque jour ses sentiments… à travers un investissement sans faille dans leur nouvelle « maison », en essayant de s’intégrer… Il n’avait jamais eu de mal à s’intégrer non. Beau garçon, charmeur, son sourire enjôleur et son charisme jouaient pour lui. Mais il avait à lutter contre des pulsions qui n’étaient pas humaines et ça… ça l’éloignait de la vie simple et tellement saine que la petite mage aurait tant souhaité. Et puis il y avait ce rôle aussi qu’il jouait. Ce masque qui ne le quittait jamais… presque jamais. Il ne tombait réellement qu’en présence de la petite mage mais tellement moins souvent ces derniers temps. Parce que s’il tombait il laisserait transparaitre trop de mauvaises choses qu’il était bien assez difficile aujourd’hui de cacher. Fichues pulsions ! Lutter contre celles-ci… Ce n’était vraiment pas facile. Alors oui, il aurait pu voler en toute liberté, ignorer les peurs de la jeune femme, en faire fi, partir loin, haut, n’écouter que lui. Il aurait pu mais il ne l’avait pas fait. Par amour… Parce qu’elle était ce qui comptait le plus à ses yeux.

Pouvoir enfin voler sans craindre de l’inquiéter, sans sentir le poids de ses inquiétudes, la peur de son regard c’était merveilleux. Il savait déjà qu’il ne pourrait retrouver cette sensation que s’ils revolaient ensemble… ou si elle rompait et le chassait de sa vie… Honnêtement il préférait la première option !
Mais elle n’avait eu de cesse de le repousser. Pas consciemment bien sûr mais son subconscient hurlait ce qu’elle refusait d’admettre et que lui avait bien compris… Elle avait peur de lui. Elle avait vraiment eu peur d’Ikael… Pour tout ce qu’il représentait…  Au moins autant qu’elle l’avait détesté et il ne pouvait pas lui en vouloir… Malgré sa lutte contre cette autre nature, cette nature terriblement inquiétante, qui aurait dû être la sienne et qui pouvait, c’est vrai, un jour, le déborder, il n’avait pas pu la protéger. Ne pas pouvoir la protéger était l’une de ses plus grandes peurs et il avait trop souvent échoué. Mais ne pas pouvoir la protéger de lui-même était vraiment une chose… abominable à vivre. Alors non, il ne lui en voulait pas pour sa haine envers les dragons et le fait qu’elle l’y associait. Parce qu’il voyait bien qu’elle ne le voulait pas justement et qu’elle cherchait avant tout… à l’accepter lui. Parce qu’il était différent. Parce qu’il était son fiancé. Parce qu’elle l’aimait. Il l’avait bien senti en volant avec elle. L’espace d’un instant elle avait ressenti ce qu’il ressentait, surtout en rapport avec le vol. Et il avait ressenti ce qu’elle avait ressenti. Mais probablement parce que l’esprit du dragon était un sacré fouineur il avait poussé plus loin, inconsciemment ses recherches. Bien sûr il y avait l’ivresse du vent frais qui coulait sur le peu de peau dénudé qu’elle exposait, qui gonflait ses vêtements. Ce vent qui arrivait, malgré la vitesse, à ne pas être cinglant, à ne pas la blesser… Mais il y avait autre chose. Il ne savait pas ce qu’il en était de son côté mais il avait senti l’espace d’une seconde l’émotion qui envahissait la jeune femme, tout l’amour qu’elle lui portait, un amour puissant, presque violent et qui expliquait si bien sa jalousie et ses peurs de le perdre. Il avait senti sa tendresse et aussi ce désir insupportable qui la meurtrissait tant par son insatisfaction. Elle souffrait autant que lui. Elle souffrait plus que lui…

Le vol leur avait fait du bien, les avait reconnectés l’un à l’autre d’une manière ou d’une autre. Ce qui s’était produite avec les marques du jeune homme quand elle l’avait touché était très étrange et une nouvelle énigme à ajouter à celles déjà trop nombreuses qui les hantaient. Le bain brûlant acheva de les détendre. Se câlinant gentiment ils semblaient tous deux heureux et rassurés même s’il restait encore tant à faire. Ils ne tentèrent rien sur le plan sexuel. Sans doute parce qu’ils voulaient profiter de ce moment ensemble. Aussi, sans doute parce qu’ils craignaient bien trop un nouvel échec…
Ces échecs si difficiles à vivre…

Elle avait été surprise de la luminosité de ses marques et lui aussi. En toute honnêteté il ignorait ce dont il s’agissait, semblant juste plutôt intrigué. Mais ce mystère-ci l’avait vite désintéressé… Ragaillardis ils avaient même jardiné quelque peu puis avaient passé ensemble une petite soirée simple et tellement sage…
Tristan passa sa meilleure nuit depuis bien longtemps. Le vol l’avait apaisé autant que l’envie si importante de Cassidy pour l’accepter. Il avait bien compris ce qu’elle faisait, ce qu’elle essayait de faire, ce qu’elle voulait faire… Elle voulait l’accepter, réellement et s’il savait qu’elle faisait des efforts, ses dernières paroles et surtout ses derniers actes sonnaient comme une libération. Apaisé, enfin, il n’avait pas craint pour sa nuit, il ne s’était pas réveillé en sursaut comme trop souvent pour vérifier qu’elle était toujours là, près de lui… Car même s’il ne le disait pas, la perdre pour quelques jours, un an pour elle, l’avait marqué, profondément… Et il cauchemardait encore de se réveiller sans elle… Malgré toute sa logique, toutes ses certitudes il craignait qu’on la lui enlève… encore. La fatigue l’aidait à être plus abruti et avoir un sommeil plus réparateur mais ce n’était vraiment pas l’idéal… Pourtant cette nuit avait été apaisante, revivifiante. Elle aurait été bien meilleure encore s’ils avaient enfin pu coucher ensemble mais un pas à la fois… un pas à la fois…

Quand il se réveilla le lendemain, quelques temps avant elle, il l’observa dormir avec un grand sourire. Oui il se sentait bien. Il se sentait mieux. Moins morose, rassuré. L’impression de ne pas être à la hauteur, de ne peut-être même plus lui plaire s’était allégée dans le coeur du jeune homme… Ca allait… mieux. La frustration s’était elle aussi quelque peu calmée. Pourtant ce n’était pas l’envie qui manquait au jeune homme, surtout en l’observant, si belle, si vulnérable…
Quand le jeune homme finit par craquer et la réveiller de légers baisers et caresses tant résister à la toucher lui était insupportable elle finit par ouvrir les yeux mais semblait toute endormie, telle un félin paresseux. Il l’embrassa, se leva pour préparer le petit déjeuner mais en revenant remarqua ce qui lui avait échappé à son départ. L’air de la petite chambre lui semblait alourdi… Pourtant il avait entrouvert la fenêtre pour aérer et laisser entrer l’air froid et vivifiant. Fronçant les sourcils, Tristan fixa sa compagne qui semblait un peu ailleurs et bien moins… heureuse que la veille. Car la veille il y avait dans ses yeux la certitude et l’absence de peur. La peur… Il vint la rejoindre en douceur mais ne manqua pas de l’interroger sur son état et elle confirma ce dont il se doutait, sans même savoir ce qui au juste l’avait réellement alerté. Il devenait plus réceptif à la magie, même sans s’en rendre compte.
Il ne dit rien cependant, ne se crispa pas et ne se fit pas inquiet, se contentant de l’enlacer et la câliner tendrement avant de commencer à grignoter avec elle le petit déjeuner. Oui il était là. Avec ou sans magie… Alors qu’il semblait totalement ailleurs, à moitié endormi de nouveau, s’étant installé après le petit déjeuner, la tête sur ses genoux, un sourire de pur ravissement aux lèvres alors qu’elle lui caressait les cheveux, le jeune homme ouvrit les yeux et porta une main au visage de sa compagne. Il lui caressa tendrement la joue du bout des doigts et suivit lentement les contours de sa cicatrice.

Tu sais… tu en as peut-être parlé dans ton journal mais… si tu veux me parler de ta magie je suis là hein… Bien sûr je n’y comprends pas grand chose même si c’est déjà mieux qu’à l’Académie avec tout ce que j’ai appris… Mais si tu as besoin d’en parler je suis là et… enfin… je…

Elle lui épargna le cafouillage qui aurait dû suivre. Si un sourire avait étiré les lèvres de la jolie jeune femme en constatant la légère maladresse de son compagnon qui essayait vaille que vaille de lui dire qu’il était là peu importe le besoin, elle se contenta pour lui répondre de se baisser doucement pour l’embrasser avec tendresse. Souple demoiselle. Il sourit, se tut et se tourna sur le côté, entourant sa taille de ses bras en grognant quand elle lui annonça qu’ils allaient devoir aller travailler.
Il finit par se lever, faisant preuve d’un enthousiasme un brin exagéré mais voulant apparemment vraiment découvrir ce qu’elle faisait et comment et lui donner un coup de main. Ils se préparèrent chacun de leur côté avant de se rendre au travail de la jeune femme main dans la main. Le grand jeune homme s’avéra très rapidement utile que ce soit pour déplacer de lourdes caisses, monter un fût de vin ou de bière, pour attraper des ustensiles ou ingrédients placés en hauteur puisque la plupart des gens du nord avaient tout de même quelques centimètres de plus que la jeune femme, etc. De plus, le beau garçon avait clairement du succès comme serveur auprès de la gent féminine qui ne manquait pas de papillonner à ses allers et venues. Excessivement poli et souriant il s’attirait bien des regards, tout autant que la petite mage s’en attirait de la part des hommes mais ça elle ne semblait que peu l’avoir remarqué. D’ailleurs lorsqu’il vint récupérer des boissons au bar qu’elle tenait pour l’occasion il l’entendit marmonner entre ses dents son désaccord quant au choix de sa tenue… Pourtant sobre le jeune homme devait bien avouer qu’il aurait pu choisir une tunique moins ajustée et à priori le simple tablier sombre qu’il portait à la taille n’altérait en rien sa rivalité. Il sourit, se pencha par dessus le bar pour lui crocheter la nuque et l’embrasser sans préambule, réceptionnant sans mal le verre qu’elle lâcha de surprise. Il murmura tout contre ses lèvres.

Arrête de râler… je pourrais faire le service… hum… torse nu par exemple… Tu crois que tu arriverais à te concentrer ?

Pourquoi lui rappeler ainsi qu'il était merveilleusement bien fichu et que fort malheureusement elle ne pouvait que trop peu en profiter en ce moment, cruel jeune homme !!!! Provocant et la laissant avec cette image en tête, il s’éloigna, un sourire mutin aux lèvres alors que la demoiselle sans doute autant amusée qu’agacée et frustrée lui balançait le torchon qu’il avait oublié là et qu’il récupéra au vol d’une main sans sembler le moins du monde contrarié, bien au contraire.
C’était agréable de travailler ensemble. Il découvrait un peu son « univers » actuel et rattrapait quelques unes de ses maladresses, nombreuses sans doute à cause de lui justement, de sa présence et des petits effleurements qu’il avait pour elle comme pour la consoler à chaque petite bourde…

Ce fut un moment agréable de découverte et de partage pour l’un comme pour l’autre. Bien sûr il y avait des moments où un regard entre eux suffisait à leur enflammer les reins et le jeune homme en perdait quelque peu de sa superbe mais en général ils géraient, plutôt bien… La technique de mordre la lèvre ou la langue de la jeune femme, pas très fort mais suffisamment pour la surprendre quand il la sentait s’emballer lors d’un baiser volé devenait nécessaire bien que peu agréable. Il devait lutter pour se souvenir de l’utiliser…
Ce fut pendant leur pause déjeuner, rapide, après le service que la petite demoiselle le prit cependant de court en parlant d’Arianna. Surpris, Tristan la fixa la bouche entrouverte, sa fourchette ne tenant même plus le plat du jour qu’il venait d’y piquer et retombant mollement dans son assiette. Et pour cause, la petite demoiselle si jalouse lui donnait « l’autorisation » de voir son amie. Un sourire attendri éclaira bien vite le visage du jeune homme qui reposa son assiette et se pencha sur elle pour l’embrasser tendrement, sans tentation…

Merci… Ca compte beaucoup pour moi. Je comprends que tu te méfies tu sais mais… Elle est vraiment gentille tu sais et… enfin elle me pose plein de questions sur toi aussi. Elle n’est pas une menace. Aucune femme ne l’est par rapport à toi, j’espère que tu le sais… C’est… enfin merci…

Il ne dit rien de plus, se contentant de sourire et se remettre à manger, bien conscient de l’effort que cela demandait à la jeune femme. Mais cela l’engaillardit et si la réapparition de la magie de la jeune femme avait quelque peu terni la journée qui s’annonçait bien moins agréable que la veille, sa décision, elle, remplit de joie son compagnon qui ne cessa de le manifester en étant bien trop heureux à la tâche. Il n’y avait rien de spécialement agréable à faire la vaisselle, pourtant il chantonnait et embêtait la jeune femme gentiment. Quand il l’avait rejointe dans la réserve par contre… C’était différent. Si l’intention était de jouer, le jeune homme avait bien failli être dépassé par ses pulsions. Etre celui qui les arrêtait à chaque tentative était assez difficile, il savait comment ça se finissait en général… Pourtant alors qu’il voulait se glisser derrière elle dans le noir pour la chatouiller ça avait été… oui, différent. Il faisait frais et calme dans la réserve et il avait humé avec délice l’odeur de la jeune femme, son coeur s’était emballé et sa tête s’était remplie d’images toutes plus sensuelles les unes que les autres. Une impatience bestiale l’avait gagné et il ne savait encore trop comment il avait pu faire reculer cette dernière. En silence il s’était glissé derrière Cassidy, enlaçant sa taille et picorant sa nuque de baisers alors que déjà ses mains se faisaient baladeuses. Elle l’avait immédiatement reconnu, s’était retournée pour se pendre à son cou alors qu’il ne savait trop comment il l’avait déjà fait reculer pour la presser contre un mur. Il lui avait fallu toute la volonté du monde pour la mordre et se mordre par la même occasion. Il avait senti le souffle de la petite demoiselle se faire court sous ses baisers, l’espèce de pouvoir qu’il pouvait avoir sur elle à cet instant alors qu’il craignait une fois de plus de la voir sombrer dans les ténèbres entre ses bras. Ne pas lui laisser le temps de briller. Ne pas laisser à son corps le temps de les séparer une fois de plus. Elle avait râlé, il avait souri et pourtant c’était difficile à ce moment-là, vraiment… de lui cacher le désir qui lui meurtrissait les reins et toute la peur qui l’enveloppait d’un épais cocon…

S’il voulut aller voler avec elle par la suite ça ne s’avéra malheureusement pas possible mais le jeune homme se contenta d’un sourire une fois de plus au refus poli de sa compagne. Il comprenait son dilemme. Sa magie repoussait le dragon et elle craignait de le blesser une fois de plus. Il comprenait et appréciait sa sollicitude, d’autant plus son insistance pour qu’il aille tout de même voler. Il obéit donc après l’avoir tendrement embrassée en la remerciant à mi-voix et promettant de ne pas aller loin. Elle avait raison, il avait vraiment besoin de voler. Voler seul lui fit d’ailleurs le plus grand bien. S’il ne sut rien de la mésaventure supplémentaire de sa fiancée et de ce baiser volé qui semblait tellement agréable, une autre néanmoins n’avait que peu manqué le spectacle.
Le jeune dragon s’était délecté des sensations du vol et de la liberté qui s’y associait. Ca l’avait aidé, énormément, à calmer ses pulsions, ses peurs et ses doutes. Pourtant cette sensation d’apaisement ne fut que très brève…

Le jeune homme avait finalement repris une apparence humanoïde et était pensivement en train de se promener entre les arbres de la forêt. L’un d’eux sembla attirer particulièrement son attention et il s’en approcha pour en toucher l’écorce puis la racler légèrement de sa hache. Un magnifique sourire éclaira son visage. C’était parfait pour ce qu’il envisageait. Les planches devraient être souples mais solides à n’en pas douter… Ce projet prenait du temps, bien plus que prévu mais il commençait à en voir la fin et espérait qu’il plairait à sa compagne. Il s’était mis en tête d’abattre l’arbre en question, frappant avec force et régulièrement quand il reconnut l’odeur de Kalec. Cela l’agaça prodigieusement. Non seulement la présence du grand et beau nordique mais encore et surtout le fait de ne sentir son odeur qu’au tout dernier moment. Il n’était pas sûr d’apprécier de pouvoir être surpris ainsi. Décidant de l’ignorer il continua de frapper l’arbre. Après tout, après ce que lui avait dit Cassidy son envie première était de lui casser le nez, proprement, avec plein de sang partout si possible. Etre civilisé c’était aussi ne pas lui casser le nez justement donc il devait… se retenir… Malgré la jalousie qui faisait bouillir son sang. Il avait l’air de lui vouloir quelque chose mais sans formulation claire et directe le jeune dragon avait décidé de continuer dans son attitude immature de pseudo bouderie. Sauf qu’un brusque tiraillement fit écho aux dernières paroles de Kalec. Il utilisait la magie… pour lui prendre une écaille. S’il était surpris de ce tour qu’il ne connaissait pas, Tristan en venait à ne plus vraiment être… réellement surpris par la magie en elle-même. Le tiraillement n’était que peu douloureux même si ce n’était pas des plus agréables… En particulier cette forme d’extraction justement. Ca aurait été moins gênant qu’il se transforme car en agissant ainsi cela requerrait en quelque sorte une mutation très partielle de son corps, la transformation des minuscules écailles de son corps en celles bien plus grandes, épaisses et reconnaissables entre mille de son corps de dragon. Assez surpris par cette attitude et cette curieuse action le jeune homme ouvrait la bouche pour répliquer de manière cinglante. Après tout si c’était la seule chose que le grand brun attendait de lui il aurait aussi bien fait de lui demander franchement. Tristan n’avait aucun problème à distribuer ses écailles ou son sang, il l’avait prouvé à de multiples reprises, ne connaissant que trop bien la rareté de ces éléments et leur vertus médicinales parfois exceptionnelles. Bien qu’il n’apprécie pas spécialement que ce garçon se balade avec une de ses écailles il ne voyait pas vraiment de problème à ceci, bien que surpris, surtout qu’il avait vraiment pris une toute petite écaille… Néanmoins il n’eut rien le temps de dire car le nordique l’avait devancé. Provocant… Trop provocant face à ce jeune homme déjà bien assez en souffrance. Tristan prit mal cette provocation justement, ayant bien trop l’impression qu’il parlait de lui et de Cassidy et de leur… problème momentané. Il se crispa et les muscles de sa mâchoires comme de ses poings se contractèrent… Il tenait toujours sa hache et une profonde colère s’immisça un court instant dans son coeur. Il se contenta pourtant juste de se détourner de lui et de se réintéresser effectivement à son arbre pour en reprendre la coupe. Néanmoins cela entama son moral… Et la suite ne le fit que davantage.

Il avait croisé Arianna et l’avait saluée gentiment mais la jeune femme semblait extrêmement soucieuse, de son bien-être tout particulièrement et quand il en sut la raison, cette journée pourtant si joyeuse et agréable se transforma en une très très mauvaise journée. Il aurait dû douter de ses paroles, il le savait bien. Il aurait dû douter de ce qu’elle avait vu. Cassidy ne pouvait pas avoir apprécié le baiser d’un autre car c’était lui qu’elle aimait… Elle avait dû le repousser, c’était obligé… Obligé. Pourtant quand il entendit ces mots, il sut qu’ils étaient vrais. Il n’avait rien senti à travers leur lien… Cela l’attrista. Quelque chose était allé « mieux » la veille, il l’avait bien senti mais… ce n’était que temporaire et il devait se rendre à l’évidence, ce qui les unissait devait être sacrément en train de s’étioler pour qu’il n’ait pas perçu ce fameux baiser… Parce qu’il était vrai. Il en était certain… Les doutes revinrent, avec leur lot de peur et de jalousie, de pulsion et de désir inassouvi…
La tristesse était là, tranchante, réouvrant des blessures à vif. Il tenta bien de la faire taire mais elle restait, moins forte mais toujours présente. Cassidy allait lui en parler… C’était obligé. Devant Arianna il s’était composé un visage aussi neutre que possible mais échoua lamentablement. Comme chaque fois que cela concernait la jeune femme son fiancé n’était pas des plus discrets. Il semblait s’être totalement fermé au monde en l’espace d’à peine une seconde et d’être totalement ailleurs. Il ne se souvenait même plus comment il avait pris congé de son amie avant de rejoindre le chalet et d’y retrouver sa petite fiancée toute guillerette avant d’aller chez son amie bergère. Elle ne lui avait rien dit. Peut-être qu’Arianna s’était trompée… Il voulait le croire, il voulait vraiment croire qu’elle avait confondu Cassidy et Miya, même si à ses yeux elles ne se ressemblaient pas du tout. Il voulait y croire… Après tout, elle lui avait bien dit que son amie était pour le moins… proche de Kalec non ? Il s’en convainquit… un peu, juste un peu.

Ce n’était pas un goûter qu’avait préparé Miya justement mais un véritable festin. Apparemment les deux jeunes femmes présentaient un intérêt commun et une quasi vénération pour les biscuits. Si Tristan paraissait poli il était surtout excessivement silencieux, se contentant de sourires et de brefs commentaires de temps à autres. Il observait Cassidy en réalité. Il ne détectait ni honte, ni hésitation chez elle. Ca le troublait d’autant plus. Soit Arianna s’était trompée et alors il était tout à fait normal que la petite demoiselle soit aussi normale et enjouée. Soit elle avait vraiment vu ce baiser et dans ce cas… comment pouvait-elle être aussi normale ? Pourquoi n’arrivait-il à rien détecter ? Ni trouble, ni honte ? Cette perspective l’inquiétait d’autant plus qu’il ne savait comment l’interpréter. Même s’il voulait plus que tout lui laisser le bénéfice du doute puisque lui-même n’avait pas été le témoin de cet échange et qu’il n’accordait en général que peu d’importance aux racontars le doute subsistait et l’empêchait de profiter réellement de ce moment. Au moins les deux jeunes femmes semblaient vraiment bien s’amuser et il crut entendre des compliments sur leur couple. Le jeune homme fit un sourire à Miya. Si c’était la nouvelle amie de Cassidy, qui en si peu de temps lui était devenue si proche, le pourcentage de chance pour qu’elle lui ait parlé d’eux et de leurs… problèmes était très important, il en était tout à fait conscient. Il eut un peu honte pour le coup et sembla très intéressé par la suite par sa tasse de café. De toute manière la conversation ne l’intéressait pas… énormément. Son esprit était bien trop préoccupé.
Le gros avantage c’était plutôt la nourriture. Elle semblait savoir qu’il préférait le salé au sucré et c’était plus un goûter-apéritif pour nourrir un régiment qu’autre chose…

Finalement ils rentrèrent et si la petite demoiselle était très enjouée son compagnon répondait de simples hochements de tête à son enthousiasme. Si elle avait plus que probablement remarqué son air un peu renfermé et l’avait sans doute attribué à une chose ou une autre, le fait que ce dernier persiste fit tiquer la petite demoiselle qui s’enquerra de son état. Tristan fixa le visage innocent et plein de douceur levé vers lui, les grands yeux sombres dans lesquels il se noyait avec la plus grande des confiances. Il s’en voulait de douter d’elle, de ne pas être capable d’être sûr qu’Arianna s’était trompé. Il s’en voulait pour cette certitude aussi, celle qu’il s’agissait bien d’elle avec Kalec. Il avait l’air perdu et triste, abattu presque. Finalement après avoir baissé la tête un moment il releva les yeux vers elle. Sa voix ne tremblait pas et son regard n’était pas le moins du monde fuyant. Il avait juste l’air triste.

Quelqu’un t’a vu avec Kalec cet après-midi… en train de vous embrasser.

Ni accusation, ni ton accusateur justement, ni menace, ni colère, une simple information délivrée d’un ton presque monocorde, comme s’il annonçait la météo du lendemain. Il ne savait pas lui-même comment il parvenait à avoir un ton si détaché alors que peine et colère se disputait la primeur. Pourtant il guettait sur ce si joli visage. Il guettait la délivrance. Celle qui serait dans une expression de surprise et d’incompréhension. A la place il n’y eut que honte et culpabilité. Quelque chose s’effrita dans son coeur. Une chose qu’il pensait pourtant inébranlable, cette confiance aveugle qu’il lui vouait. Elle bafouilla et marmonna une explication certes honnête mais si pâle révélation. Elle trait Kalec de con… Ca aurait dû le faire ricaner. Il le savait bien. Pourtant il ne sourit pas. Il y avait quelque chose. Il se doutait qu’il y avait quelque chose de grave qu’elle allait lui dire. Le jeune homme était en train de développer ses capacités et sans le savoir la veille quand elle l’avait touché, elle lui avait fait quelque chose, elle avait « boosté » quelque chose. En tant que guerrier il avait un instinct puissant. Celui du dragon était exceptionnel. Alors il n’arrivait pas à sourire. Parce qu’il sentait au plus profond de sa chair qu’il allait apprendre quelque chose de vraiment difficile. Et cet instinct là… était vraiment trop juste…

Il s’entendit vaguement lui demander pourquoi elle ne l’avait pas repoussé, avec douceur, tellement de douceur alors qu’il aurait dû exploser de colère. Il l’entendit répondre sans conviction… elle essayait. Il le voyait bien. A quel point elle était troublée… Même qu’elle dise qu’il embrassait moins bien que lui, toutes ces petites phrases qui auraient dû le gonfler d’orgueil et de fierté ne firent pas mouche. Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi d’ailleurs. Normalement, oui normalement il aurait été ravi d’entendre ces mots. Ils ne lui faisaient pourtant rien… Il la suivit quand elle voulut qu’ils s’asseyent sur le canapé et il demeura silencieux alors que la sentence, cruelle, tombait. Elle parla de Kayla, écorchant quelque peu son nom mais il pouvait parfaitement comprendre cela… Une allusion… Une allusion comme quoi ce serait lui, son âme soeur, celui qui lui était destiné, par la clairvoyance des dieux… Tristan ferma les yeux pour encaisser, ayant l’impression que tout son corps se déchiraient. Même si elle parlait, se rattrapait, même si elle était si douce et gentille, elle lui avait dit ce qu’il redoutait le plus. Ce qu’il avait cru sentir et avait nié en bloc par peur… parce qu’il n’était qu’un trouillard !
Elle parla même de ses pulsions en essayant de détourner la conversation, enfonçant un peu plus cet invisible poignard alors que le jeune homme baissait honteusement les yeux. Il s’en voulait tellement pour ça… Ne pas pouvoir satisfaire la femme qu’il aimait. Elle comprit vite sa maladresse, détourna une fois de plus la conversation et s’enfonça davantage encore en parlant… de sa magie. Ainsi c’était lui qui lui avait enlevé sa magie la veille. Elle se rendit compte de cette bourde supplémentaire et devint blême, bafouillant d’autres paroles alors qu’il la fixait sans rien dire. Disparue totalement la joie et l’ivresse de ce matin, encore plus celle de la veille. Il écoutait mais semblait… ailleurs. Pourtant elle se rattrapait et bien en plus. Mais elle fit une terrible erreur sur la fin de son discours en voulant être justement gentille, prévenante et honnête.

Elle voulait quitter cet endroit de peur de faire une bêtise. C’était l’aveu le plus cruel qui soit de ce qu’elle pouvait éventuellement ressentir pour cet homme. Il savait qu’elle aimait ce village et avec tout l’investissement qu’ils avaient mis ici c’était un véritable sacrifice qu’elle était prête à faire pour leur couple, il en était parfaitement conscient. Elle tenait à eux deux plus qu’à tout le reste… Seulement il ne pouvait s’empêcher d’entendre le besoin de fuir de peur de commettre un impair. Et ça… ça faisait tellement mal… Il la fixait toujours sans rien dire quand elle lui avait pris les mains. Elles étaient bien plus froides que d’ordinaire. Son corps semblait éprouvé par le froid qu’il côtoyait au quotidien et la fatigue qui marquait de plus en plus son visage. Il se sentait totalement… ailleurs. Il y avait la tristesse et la douleur, la honte et la rancoeur qui se disputaient face à l’amour incommensurable qu’il lui portait. Tout bourdonnait dans sa tête et s’il l’écoutait parler il lui semblait que tout ceci était tellement… futile, tellement lointain… Il y avait bien plus important. Bien plus simple. Juste voler… Voler et n’être rien d’autre. Peut-être parce que ça, ça ne faisait pas mal. Il voyait bien ses lèvres bouger et il entendait bien les mots qui franchissait ses lèvres mais il se sentait tellement… inutile et malheureux qu’il n’était pas sûr de réellement les comprendre.

Ce fut elle qui le ramena, sans le savoir évidemment, de toute ses pensées moroses. Il la regarda et il vit la tendresse et l’inquiétude, la honte et l’amour. Il vit ses lèvres rosées qui blanchissaient très légèrement tant elle les serrait l’une contre l’autre comme à chaque fois que quelque chose lui était difficile. Il vit ses traits si joyeux durant la journée mutés en cette espèce de masque plein de tristesse et d’hésitation. Il se rappela à quel point elle culpabilisait facilement elle aussi, à quel point elle se torturait l’esprit et se faisait mal de cette manière. Il vit ses yeux sombres légèrement brillants à cause de la fatigue et peut-être des larmes qui pouvaient lui échapper si le jeune homme venait à avoir une parole malheureuse. Il vit sa cicatrice aussi, celle qu’il n’avait pas pu empêcher et qui lui rappelait que trop bien tout ce qu’ils avaient vécu et tout ce qu’elle avait subi loin de lui, si longtemps… Le reste ne cessa pas d’avoir de l’importance, c’était impossible, pas après ce qu’elle venait de lui dire mais disons que ça en eut beaucoup moins brusquement. Comment expliquer ce qu’il ressentit en la regardant ? C’était tellement difficile. Son coeur s’était mis à battre plus fort et son estomac s’était serré en bloc. Même avec ce visage triste il la trouvait… belle à en mourir. Etait-ce cela l’amour ?

Il se mit à sourire et libérant doucement ses mains vint les poser sur les joues de la jeune femme, appuyant son front contre le sien en respirant doucement, sans un mot. Il resta ainsi de longues minutes avant d’effleurer ses lèvres des siennes, baisers fugaces plein de tendresse, murmurant tout contre elles qu’il l’aimait. Quand il se recula il semblait presque normal, moins tendu…

On ne va pas partir… Tu as choisi cet endroit, ce n’est pas sans raison. Peut-être que ta magie voulait aller ici. D’accord ce petit con commence à sérieusement m’agacer mais… il te ressemble et d’une manière ou d’une autre peut-être qu’il peut aider. Je ne sais pas trop comment…

Parler de Kalec semblait tout de même difficile vu comme le grand Drakkari s’assombrissait mais il prit sur lui.

Si je te sais forte et indépendante, je risque d’intervenir sous peu princesse, je m’en excuse mais c’est assez… difficilement tolérable.

Il se tut une seconde, la regardant.

Ecoute… je sais que ça te plait ici et… on commence à s’intégrer, c’est plutôt calme et… tu aimes bien alors… je ne veux pas que tu aies la même attitude que moi pendant des années. Fuir ça… n’arrange jamais rien. Ca repousse certaines choses c’est vrai mais ça n’arrange rien…

Sa mâchoire se crispa brusquement alors qu’il semblait peiner à reprendre la parole. Il ferma même les yeux quelques secondes et elle comprit sans mal qu’il était en train de faire un décompte dans sa tête, comme chaque fois qu’il était réellement en colère mais tentait de se contrôler. Il avait lâché son visage pour tenir ses mains et avait fini par lâcher ces dernières, crispant ses poings fermés sur ses jambes. Elle vit bien la tension qui l’agitait et peut-être consciente qu’elle était la seule à pouvoir le calmer, elle posa doucement ses mains fraiches sur ses poignets. Il rouvrit les yeux et la fixa un instant sans rien dire puis hocha la tête. Sa voix semblait curieusement enrouée.

Pour…le reste… Enfin ta comparaison avec… Kayla… J’espère que tu te trompes car lutter contre le lien établi par les dieux… ça peut faire mal, vraiment mal… Difficile, douloureux… Mais ça expliquerait beaucoup de choses… dont votre ressemblance… Tu vas devoir faire attention… Tu m’as dit qu’il t’avait jeté un sort. Si ce que tu soupçonnes s’avère exact, et ça me coûte de l’avouer mais ça y ressemble, alors ce n’est pas un sort… C’est.. un truc… une espèce d’alchimie je dirais. C’est ce qui arrivait à chaque fois que j’étais proche de Kayla et… c’était vraiment difficile de lutter donc… tu… que tu aies raison ou non tu vas devoir faire attention…

Elle semblait un peu… choquée. Par tout ce qu’il lui disait évidemment mais aussi par son calme. Après tout, il lui avouait clairement que ce qu’elle lui avait décrit à propos de Kalec il l’avait ressenti avec Kayla. Alors comment avait-il pu résister au juste à l’envie de coucher avec elle ? Alors même que sa fiancée semblait l’avoir abandonner ?
Envolé le bonheur de la veille, totalement. Le sujet était sérieux et difficile. Mais il refusait réellement de partir. S’il n’y mettait pas la fermeté qui aurait assis sa décision il donnait des arguments réels. Il ne voulait pas qu’elle fuie comme lui l’avait tellement fait pendant si longtemps. Plus encore il semblait prêt à affronter cette difficulté supplémentaire, celle de côtoyer peut-être l’âme soeur de la jeune femme, celui auquel elle était destinée… Si en temps normal peut-être n’était-ce pas une si dure épreuve, leur récents problèmes conjugaux n’aidaient finalement pas leurs pulsions et il était d’autant plus normal que la jeune femme craigne ce que son corps pouvait la pousser à faire. Mais il semblait réellement lui faire confiance, aussi difficile que ce soit dans cette situation. En la voyant un peu perdue et inquiète il finit par l’attirer contre lui et la laissa se lover entre ses bras alors qu’il continuait de parler doucement… Il disait encore qu’ils ne pouvaient pas partir comme ça, qu’ils étaient bien ici et qu’il ne voulait pas qu’elle ait peur de quoi que ce soit, qu’il était là et qu’elle pouvait tout lui dire… Ils avaient parlé un moment et si le jeune homme était curieusement investi sa compagne ne manquait que peu son regard qui s’obscurcissait de temps à autre. Il n’était pas aussi sûr de lui que ce qu’il essayait de faire croire…
Elle s’endormit entre ses bras et il la porta jusque dans leur lit. Pourtant, une fois installée à ses côtés dans le calme de la nuit, après s’être un peu occupé de Zénith, l’avoir nourri et caressé longuement, il n’avait pas pu trouver le sommeil, se contentant de fixer le plafond, plein d’angoisse pour leur avenir.

Le lendemain il travaillait un peu plus tard que d’ordinaire et donnait un coup de main au terrain d’entrainement à sa grande joie. Il avait besoin de se défouler et un peu de violence ne lui ferait certainement pas de mal. L’entraînement rude de son maitre parvenait même à lui manquer, tout comme la voix en coup de tonnerre du géant…
Il fut surpris de voir tous les jeunes qui étaient intéressés et ayant rapidement sympathisé avec l’entraineur habituel il le salua de la même bourrade rude qu’avaient l’habitude de se donner les hommes du nord. Il s’échauffa puisque c’était lui qui combattrait aujourd’hui tandis que le grand homme donnait des conseils, corrigeait des positions etc. Même si le Drakkari ne tarda pas à en donner quelques uns également. Il s’était muni d’un bouclier rond et d’une épée courte qui permettait un combat rapproché et laissait son adversaire l’affronter. Mais si celui-ci devait parfaitement savoir se battre il ne faisait clairement pas le poids contre un homme en ayant fait sa profession. Tristan ménageait ses efforts, il ne faisait aucun déplacement inutile, tout semblait parfaitement calculer. En fait il semblait presque savoir quel coup allait venir et quand, ce qui était assez rageant pour ses différents adversaires qui n’avaient de cesse d’essayer de le surprendre. Ca faisait déjà plus d’une heure qu’il s’entrainait avec eux, pour sa part torse nu, l’air frais parvenant tout juste à le rafraichir quand il avait senti l’odeur de Vlad et celle… de Kalec. La crispation de ses muscles valut à celui qui l’affrontait de prendre un tel coup sur son bouclier de bois que celui-ci émit un craquement inquiétant. Tristan rompit le contact pour se tourner vers les nouveaux arrivants, brièvement. C’était bien eux. Il se détourna aussitôt et retourna donner des conseils à ceux qui l’affrontaient parfois avec véhémence mais aucun ne parvint ne serait-ce qu’à glisser sous sa défense. Le jeune homme ne semblait même pas avoir le bras droit endolori par le poids du bouclier ni les coups alors que chacun de ses adversaires devait secouer son bras porteur de bouclier en l’enlevant tant l’élancement pouvait être douloureux, même à l’entrainement.
Il comprit bien vite que Kalec et Vlad l’observaient et tenta de ne pas en tenir compte. Il devait juste ignorer ce type. Pourtant ce qu’il avait récemment appris le mettait encore en colère. Il en avait marre de ce gars qui tournait autour de sa fiancée… Sans doute parce que ce gars était… beau garçon et semblait avoir ses chances, à son grand dam… Troublé, il sentait la colère fluctuer en lui, montant parfois, prête à exploser, puis diminuant au point de disparaitre. Comme tout dans sa vie actuelle, ses émotions n’étaient pas toujours très claires et assez difficiles à contrôler. Après ses pulsions de plus en plus difficiles à gérer maintenant venait s’y ajouter celles de la violence et de la jalousie…
Il finit par se tourner vers la barrière alors que son jeune adversaire qui repassait déjà pour la septième fois devant lui reculait en secouant son bras. La colère avait enflé et avec elle… il avait tapé peut-être un peu trop rudement sur le bouclier… Pourtant il n’était pas allé très vite, son adversaire avait largement eu le temps de se protéger. Volontairement le grand jeune homme ralentissait ses coups… Autrement ça aurait été vraiment injuste ! Et là il lui aurait probablement… fait très mal.
S’en approchant des deux compères il salua Vlad d’un léger mouvement de tête avant de fixer Kalec avec insistance, comme s’il le mettait au défi rien que du regard.

Ca te dit un petit combat… amical ?

D’accord ça n’avait rien d’amical, rien d’amical du tout d’ailleurs. Il avait envie de lui taper dessus, très très fort. Mais il ne pouvait pas et ne devait pas agir ainsi… Cassidy lui avait dit qu’il était très mauvais d’ailleurs, ce qui lui avait certes fait plaisir mais l’avait laissé sceptique. C’était un homme du nord. Aucun homme du nord ne pouvait être incapable de se battre. C’était bien trop étrange. Certes ce gars était étrange… Mais tout de même. Et puis physiquement, même s’il était bien moins musclé que lui il semblait solide. Il avait porté Cassidy en dehors de la chambre du malade qui l’avait agressée et avait frappé celui-ci. Il avait donc les muscles et les réflexes… Non, qu’il soit mauvais combattant, ça ne collait vraiment pas. Peut-être était-il le seul à douter, peut-être était-ce idiot… Mais son maitre lui avait appris bien plus que de taper bêtement sur quelque chose. S’il était un guerrier il était intelligent, observateur et il savait juger son adversaire d’un seul regard. Il savait quand un combat pouvait être difficile… Avec Kalec c’était différent. Il n’arrivait pas à juger ses capacités mais il le sentait, il le savait dangereux. Et puis sa démarche… il n’arrivait pas à s’expliquer ce qui le gênait dans celle-ci mais elle était feutrée, discrète, proche de celle d’un félin prêt à bondir, pas du tout celle d’un maladroit incapable de se battre… Quelque chose ne collait pas. Pourtant ce n’était pas du tout dans un souci d’éclaircissement qu’il proposait ce combat à Kalec. Il ne comptait pas le frapper, pas directement, ni même lui faire mal malgré l’envie qui lui donnait la chair de poule, l’envie de blesser… Mais il se disait qu’en combattant, qu’en frappant même seulement le bouclier de cet homme il se dégagerait de certaines peurs, de son amertume et des frustrations qui devenaient tellement lourdes à porter…
Sauf que Vlad déclina en confirmant ce que Cassidy lui avait déjà dit. Il était mauvais. Tristan fronça les sourcils.

Raison de plus pour venir me faire face alors… Et puis personne ne peut être si… nul que ça.

Bon d’accord il était un peu provocant là, même s’il essayait de se contrôler. L’envie de l’humilier avait supplanté celle de lui faire mal et il la balaya rapidement, se dégoûtant de penser ainsi. Il ne devait pas avoir ce type de comportement, de ressenti c’était… c’était trop dragon !
Sauf que si Tristan n’avait pas été si véhément, continuant néanmoins de défier du regard le brun celui-ci répliqua… une chose que le Drakkari prit directement pour lui. Des talents… oui il en avait d’autres. Comme de pouvoir être comme Cassidy. Comme d’avoir de la magie. Comme de pouvoir l’aider à contrôler sa magie. Comme de pouvoir lui faire autant d’effet avec si peu… C’est à cet instant seulement que Tristan comprit une chose qu’il avait refusé de voir jusqu’alors. Ce qu’elle lui avait décrit, ce qu’il avait vu dans ses yeux quand elle lui avait parlé… Il y avait de la honte oui mais aussi une pointe de plaisir. Il n’avait pas fait attention à ce moment-là… Son estomac, sa gorge, tous ses muscles se nouèrent alors qu’il réalisait que ce regard-là… elle ne l’avait pas eu de suite avec lui… Il avait fallu du temps, tellement de temps. Même sans se battre avec lui, Kalec avait gagné. Tristan s’était crispé mais sembla à peine entendre ce qu’il lui disait à propos d’une commande. Vlad s’était excusé mais Tristan semblait de nouveau ailleurs. Il hocha la tête, se composa son beau sourire qui plaisait tant et dont il abusait plus que de raison et retourna s’entrainer. Pourtant son corps lui semblait peser… une tonne. Il arrêta rapidement heureusement car il devait partir travailler mais tous ses adversaires, de braves gars souriants remarquèrent son changement de comportement car de sourires sincères et véritable joie passionnelle pour le combat le jeune homme souriait toujours mais s’était renfermé comme une huître et semblait plus subir qu’autre chose sa propre présence.
Il fila se doucher puis partit à l’atelier mais il était troublé, ailleurs et manqua plusieurs fois de se blesser avec ses outils, lui qui était pourtant si habile de ses mains. Ce fut Raph qui vint à sa rescousse et se mit clairement en tête de le baby-sitter !

Il ne sut rien de l’échange supplémentaire entre Cassidy et son « ami » mais il finit le travail plus tôt à force d’y trouver finalement un exutoire et de s’y défouler plus que de raison. L’envie de travailler sur son projet avait disparu et il se contenta donc de rentrer au chalet. Sur le chemin il croisa Arianna qui l’invita mais il déclina, ce à quoi elle répliqua qu’il n’avait pas bonne mine mais ça il s’en doutait déjà. Il s’excusa poliment et argua qu’il devait être fatigué et qu’il allait se reposer. Quand il rentra Zénith qui se promenait autour de la maison vint lui sauter dessus, tout content de le voir. Il lui tapota la tête puis rentra. C’est vrai qu’il ne se sentait pas très bien. Il avait sans doute trop tiré sur la corde, sur ses réserves à force de mal dormir et d’affronter ce climat qui ne lui était pas habituel. Le reflet de la glace le renvoya à ses propres erreurs et il haussa simplement les épaules, s’aspergeant le visage d’eau froide. Le chalet était vide. Cassidy était peut-être partie surfer… Il ne savait plus quand elle devait finir, si elle finissait tard ce soir là ou si c’était le lendemain. Fixant le loup qui voulait jouer à côté de lui il se décida finalement à ressortir. Il avait besoin de sang… Maintenant. Alors autant partir chasser.
La traque lui fit du bien et ravit Zénith qui s’essayait à la chasse aux côtés de son maitre. Il devenait chaque jour plus grand par sa croissance accélérée du fait de la magie de la jeune femme. Bientôt il le serait suffisamment pour accompagner la petite demoiselle au travail et la protéger contre les voyageurs trop audacieux.
Finalement il ramena un cerf de belle taille à la boucherie directement après en avoir découpé deux cuissots, le premier qu’il comptait faire sécher pour en faire de la viande séchée salée, le deuxième qui ferait d’excellents repas vu la taille de la bête. Le boucher le remercia, assez impressionné mais s’abstint de commentaire en remarquant l’air assombri du jeune homme. Cassidy n’était toujours rentrée quand il fut de retour au chalet. Il se débarrassa du sang qui maculait ses mains mais le fixa d’abord longuement, comme s’il s’y trouvait des réponses. Finalement il ouvrit le petit colis expédié par Maud qu’il avait récupéré avant de rentrer. Il y avait une lettre pour lui. Surpris, il l’ouvrit, la lut, avachi sur le canapé. Elle lui parlait de son enfant qui grandissait, des guerres qui se préparaient dont il avait eu écho aussi par les Cheistams. Elle lui demandait si tout allait bien entre eux et si physiquement ça se passait mieux. Cette partie là l’attrista. Non ça ne se passait pas mieux et il ne savait pas quoi faire justement… Il replia la lettre, s’allongea en fixant le plafond et finit par s’endormir. Ce furent les couinements ravis de Zénith qui le réveillèrent et il reconnut l’odeur de sa compagne… couverte de neige. Effectivement elle avait dû aller surfer ou s'entrainer avec sa magie... difficile à dire. La nuit commençait à tomber et aucun cristal n’étant allumé elle devait croire qu’il n’était pas là. Il en alluma plusieurs puis se mit en tête d’allumer un grand feu dans la cheminée quand elle franchit la porte. Elle semblait surprise de le voir.
Le feu ayant pris rapidement, il se releva et vint la rejoindre un peu piteux.

Je voulais cuisiner mais… je me suis endormi désolé… On a qu’à faire des brochettes au feu de cheminée ce soir… Ca te dit ? Ca je sais faire… Il y a un petit colis de la part de Maud…

Il avait déposé un léger baiser sur ses lèvres, l’aidant à enlever son manteau alors qu’elle le questionnait sur sa journée et qu’il répondait brièvement. Il lui demanda pour la sienne mais elle était trop curieuse du colis donc il la laissa y aller. Nul doute que si Maud lui avait fait une lettre dans laquelle elle s’inquiétait de leur couple elle devait en avoir fait d’autant plus étalage dans celle de la jeune femme… Avec force conseil d’approche, idée, voire fantasmes et… en pièce jointe une ou deux tenues peu recommandables pour les nerfs de son compagnon !
Conscient qu’elle en aurait pour un moment il partit donc à la cuisine préparer les brochettes sur de grands pics en bois avec de gros morceaux de viande, des tomates, des oignons, des poivrons, etc. il les mit à mariner dans un grand plat avec de l’huile et le sucre des arbres que récoltait les nordiques (canada power !).
Sortant une bouteille de vin qu’ils avaient déjà entamée, la rejoignant avec ladite bouteille et deux verres à la main. Elle avait dû finir sa lecture car ses pommettes étaient étrangement colorées quand il la rejoignit et elle prit grand soin de remettre… quelque chose dans le carton. N’en tenant pas compte il vint s’asseoir sur le grand tapis au sol à côté d’elle et posa les verres sur la petite table basse qu’il avait confectionnée sans mal, les remplissant du vin rosé sucré qu’elle aimait bien.

Tu me fais des cachotteries ? Qu’est ce que vous êtes encore allé inventer toutes les deux ?

Elle rougit mais il sourit et lui embrassa le front en lui tendant son verre. C’est là qu’il remarqua un bracelet à son poignet qu’il ne connaissait pas. Intrigué il retint sa main et fit tourner le bijou. C’était un très bel objet, confectionné avec soin et goût. Il releva les yeux, ouvrant la bouche pour lui poser la question de son origine mais en voyant ses joues cramoisies et la pseudo panique dans ses yeux il comprit sans mal qui lui en avait fait cadeau. Elle argua très vite, parlant très très vite, comme chaque fois qu’elle était gênée, qu’elle allait justement le lui dire. Il ne répliqua pas et ne fronça même pas les sourcils alors qu’elle expliquait d’une traite ce qui s’était passé à l’armurerie. Tristan haussa à peine un sourcil alors qu’elle répliquait aussitôt que ça ne signifiait rien, qu’elle ne lui devait rien du tout et que s’il ne voulait pas qu’elle le garde elle l’enlèverait aussitôt mais que c’était pour sa magie, peut-être et… elle s’interrompit. Le jeune homme s’était relevé lentement et s’était avancé près de la cheminée, tâtant les pierres qui se coloraient avec la chaleur. Elles étaient chaudes sans être brûlantes, en fait on pouvait sans mal s’appuyer contre sans ressentir la morsure de la brûlure. Il ne disait rien, se contentant de tâter les pierres. Aussitôt, elle reposa son verre et vint le rejoindre, probablement inquiète de sa réaction et de son silence d’autant plus, venant doucement poser une main dans son dos en l’appelant par son surnom. Elle ne le vit pas sourire aux flammes, un sourire nouveau plein de hargne et de provocation. Déjà elle tentait d’enlever son bracelet, pour s’excuser sans doute mais il emprisonna son poignet dans l’une de ses mains et elle fut bien forcer de relever les yeux vers lui, de voir son sourire et ce regard… étrange qu’il lui lançait. Il se pencha sur elle, près, très près, trop près, ses lèvres à quelques centimètres des siennes mais sans l’embrasser. Il la surveilla ainsi une seconde alors qu’elle ne semblait pas comprendre puis brusquement il combla l’espace entre eux et s’empara sauvagement de ses lèvres. Adieu réserve, adieu prudence… Celles dont il avait fait preuve ces derniers jours puisqu’elle résistait si difficilement. Il ne la mordit pas, du moins pas pour rompre le baiser cette fois, se contentant de l’approfondir alors qu’il la sentait faiblir contre lui… La pauvre en même temps, ce genre de surprise est certes agréable mais assez déconcertante tout de même ! Mais que la demoiselle se rassure ses bras étaient là pour la soutenir et brusquement elle se retrouva soulevée du sol et le dos plaqué presque sans ménagement contre les pierres de la cheminée. C’était apparemment pour cet usage qu’il en avait tâté la température… La pauvre pauvre petite Cassidy, voilà de quoi tomber des nues ! Elle venait de dire à son compagnon qu’elle avait reçu un bracelet de son pseudo rival et lui y répondait en l’embrassant sans barrière, sans limite, remontant dangereusement une main le long de sa jambe. Il l’entendit balbutier et articuler faiblement alors qu’il embrassait sa gorge. Elle lui demandait ce qui lui prenait, ce qu’il faisait, il sourit en la regardant.

Je me venge…Ca ne se voit pas ? Je ne sais pas combien de temps je pourrais te tenter ainsi mais… je me venge…

Clairement sous-entendu… Pas de la jeune femme et du fait qu’elle ait accepté ce cadeau mais de l’étrange nordique… Apparemment c’était un nouveau jeu, avec de nouvelles règles peu désagréables… Si quand l’un marquait des points l’autre répliquait de la sorte, la pauvre petite demoiselle risquait fort de ne plus savoir où donner de la tête… Enfin plutôt si à la moindre tentative ou approche de Kalec, son compagnon devenu si sage et prudent perdait les pédales de cette délectable manière, là vraiment elle allait en perdre la tête. D’ailleurs il s’appliqua l’instant d’après à lui rappeler pourquoi et comment… il embrassait divinement bien ! A charge de revanche !
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Dim 26 Juin - 21:07

Ils s’étaient enfin rapprochés. Un petit peu. Et cela leur faisait du bien. Cassidy avait enfin fait le premier pas pour lui déclarer ouvertement qu’elle allait l’accepter. Cela comptait pour Tristan. Elle le savait. Et toute cette rigidité des derniers temps, c’était en partie à cause de ça. Elle en était presque sûre. Oh bien sûr il était tout gentil, tout calme, attentionné. Elle l’observait parfois et remarquait les crispations dans ses muscles, dans ses mains, même si son visage restait souriant et calme… comme toujours… Enfin non. Avant elle l’avait déjà vu paniqué. Dans ses souvenirs, quand ils avaient été séparés. Il paniquait toujours pour elle. Il avait peur. Mais il essayait de se montrer fort devant elle. Si bien qu’elle ne savait plus ce qui était vrai, ce qui ne l’était pas.

Arrivait-elle à deviner ses pensées ? Ses sentiments ? Toute obnubilée par elle-même et ses problèmes de magie, la jeune femme avait beaucoup de mal à se concentrer sur lui. Sur ce qu’il pouvait ressentir. Le simple fait de ne pas avoir de magie, ne serait-ce que pour quelques heures, lui faisait beaucoup de bien. Elle se sentait avec un poids en moins et avait ainsi l’esprit plus clair pour se concentrer sur Tristan. Pour eux, pour leur couple. Il n’y avait eu que des catastrophes depuis qu’ils étaient réunis. Entre l’histoire d’Ikael, leur panne, sa magie défaillante… Alors oui pour un jour, c’était bien d’arrêter de penser à retenir cette fichue magie et de se concentrer sur eux. Normalement… enfin la normalité n’était pas vraiment réelle dans leur couple. Entre lui qui est un dragon et elle une humaine avec des facultés étranges, des origines dont elle ignore tout.

Alors elle remerciait Kalec pour cette fois. Cassidy ne savait pas ce que ce crétin avait fait, si il l’avait poussé à bout exprès pour la vider de sa magie ou bien si il voulait juste la voir souffrir et s’amuser de son incapacité. Elle se fichait de connaître les raisons qui l’avait poussé à agir ainsi. Mais si ça pouvait un peu arranger leur couple, elle ne disait pas non. Même si cet abruti voulait en profiter. Mais elle s’en fichait, pour le moment elle était juste là pour Tristan…

Le vol avait été libérateur, sûrement plus pour lui que pour elle. C’était sa nature à lui. Et elle était contente de l’accompagner. Il y avait eu aussi ce mystère de lumière qui venait dont ne sait où. En temps normal, Cassidy aurait déjà émis des hypothèses pour comprendre ce qui s’était passé. En temps normal, si ils n’étaient pas aussi inquiets pour leur couple, ils se seraient penchés sur ce nouvel effet en essayant d’en comprendre la cause. Mais cela faisait un moment que Cassidy avait arrêté de réfléchir sur les phénomènes étranges autour d’eux. Encore sur sa magie elle était obligée, comment ne pas y penser quand c’est omni présent ? Autant sur les marques de Tristan, ses envies de dormir, leur lien… rien… c’était le néant. Tu parles d’une mage… elle n’en avait plus les caractéristiques. Erudite ? Avide de connaissances ? Non… plus depuis qu’elle était avec Tristan. Leur couple passait avant tout. Et surtout le passage sur l’île avait été suffisamment traumatisant pour la dégouter de toute torture mentale et trifouillage de neurones. Son maître l’aurait grondé, un tel laisser aller alors qu’il avait pris tant de temps pour la former… ce n’était pas lui faire honneur.

Elle avait été directrice… mais n’était qu’une piètre actrice. Elle aurait pu enseigner la magie… mais non. Ca n’allait pas. Cependant, la jeune femme ne regrettait rien. Elle n’était pas particulièrement triste et ça ne lui manquait pas. Tristan occupait tout son esprit et c’était amplement suffisant. Ca et le travail à la taverne qui lui permettait de penser à autre chose. Etrange quand même. Alors que Tristan avait peur de lui-même et voulait certainement en apprendre plus sur lui, elle semblait tout à fait s’éloigner de ce qu’elle était par le passé. Trop penser n’amenait à rien. Aucune solution… et ça n’empêchait pas des accidents de se produire. La preuve à chaque fois qu’elle avançait une théorie ça se révélait faux. Une moins que rien… Kalec n’avait pas tort, elle était pitoyable. Mais comment changer quand on n’a plus envie ni la force de retourner dans le passé ?

Alors elle avait arrêté de penser. Savourant l’instant présent, la joie de Tristan, leur lien qui se gonflait un petit peu.

Ils avaient profité avec insouciance de la soirée. Un bon bain en toute complicité, un peu de jardinage et puis un dodo rapide, surtout pour elle qui était épuisée par sa journée. Même si elle tenait bien, Kalec l’avait poussé à bout magiquement et physiquement. Ca aussi elle n’avait rien dit à Tristan mais elle était épuisée et c’était juste sa volonté pour lui qui lui permettait de tenir debout. Mais une fois posée dans le lit, juste un sourire en lui donnant une pichenette sur le nez avant de s’endormir presque instantanément.

Cassidy avait très bien dormi cette nuit là. L’absence de magie y était pour quelque chose. Apaisée, elle n’avait jamais aussi bien dormi depuis… depuis… avant son séjour sur l’île. Ca remonte oui…Encore quelque chose qui se confirmait. Elle sentit de légères caresses sur le visage et ronchonna pour la forme avant d’ouvrir les yeux pour voir la tête de Tristan. Lui aussi semblait toujours heureux, en pleine forme. Elle le voyait sur son visage, il avait l’air d’aller bien mieux. Quelque chose était partie.

La jeune femme se mit à sourire en portant la main vers son visage, murmurant quelques paroles inaudibles. Mais il partit pour prendre le petit déjeuner. Elle s’étira en baillant tout en se mettant assise sur le lit et regardant autour d’elle. Sauf que l’enclume de la veille était revenue, de plein fouet. Elle ne s'y’attendait pas vraiment et du faire des efforts pour éviter que sa magie s’active, sans qu’elle ne le veuille. Inspirant profondément pour faire partir le trouble. Tristan était rapidement revenu et si il s’arrêta un instant sur le seuil de la porte, le jeune homme ne fit aucun commentaire. Même si l’expression du visage de Cassidy avait légèrement changé.

En toute innocence, il vint s’installer sur le lit et ils commencèrent à déjeuner tranquillement. Cassidy s’était couchée, songeuse tout en caressant le visage et les cheveux de son beau compagnon. Celui-ci prit alors la parole. Elle en était surprise, ne s’attendant certainement pas à ce type de phrase. Il voulait la soutenir avec ça ? Qu’elle lui parle ? Là elle était toujours en train de rêver… Croyant toujours qu’il avait peur de la magie, peur d’elle, pas envie d’en parler, là il lui disait ouvertement qu’il était prêt à l’écouter. Elle sourit, se sentant rassurée. C’était adorable et elle lui en était reconnaissante, oui vraiment.

Voyant qu’il n’était pas à l’aise, Cassidy se pencha vers lui pour l’embrasser tendrement. Ils changèrent de position, enlacé l’un contre l’autre. Elle lui parlerait… pour qu’il comprenne. Peut être qu’il préférait entendre sa voix plutôt que de lire un journal. Sauf que l’heure tournait et ils devaient travailler. Elle se mit à rire quand il grogna alors qu’elle essayait d’être raisonnable.

Le demi de journée se passa merveilleusement bien. C’était étrange de travailler en couple mais tellement rassurant en même temps. Il y avait de la complicité entre eux même si Cassidy surveillait d’un œil méfiant les demoiselles qui reluquaient un peu trop son compagnon. Après tout, sa jalousie était toujours très présente. Elle lui fit d’ailleurs une remarque à ce propos et il en profita pour la crocheter en l’embrassant tout en lui faisant une remarque qui la fit devenir rouge. Imagination en route et puis voilà ! Elle le gronda sévèrement, qu’il jouait avec ses émotions et que ce n’était pas très gentil de sa part d’utiliser ses faiblesses. Mais trop tard il était déjà parti. Elle lui envoya le torchon mais il le rattrapa comme si de rien n’était.

Elle essayait de travailler du mieux qu’elle pouvait mais Tristan la troublait. Cependant, le jeune homme rattrapait toutes ses petites maladresses. Il adorait la taquiner en l’embrassant dans la cuisine toujours discrètement, ce qui faisait rougir la demoiselle même si il s’arrêtait bien trop vite en lui mordant la lèvre inférieure. Cassidy le grondait, déclarant qu’elle finirait bien par se venger. Mais comment ?

Ils étaient ensuite en train de prendre leur pause quand Cassidy aborda le sujet d’Arianna. Elle faisait de gros efforts et ça se voyait. Quitte à lui laisser un peu plus de liberté et lui faire confiance quant à ses relations. Après tout c’était pas l’autre dragonne elle. Pourquoi Tristan se tournerait-il vers une humaine alors qu’il ne cessait de lui rappeler qu’elle était unique ? L’ombre d’Ikael flottait toujours mais elle faisait taire ses réflexions en leur coupant le sifflet, décidant de ne plus se prendre la tête. Il avait déjà prouvé qu’il n’allait pas se laisser avoir si facilement. Mais elle était très… jalouse quant à ses fréquentations. Parce qu’elle voulait le garder pour elle toute seule, même si c’était égoïste, possessif. De gros défauts oui… qui pourraient faire fuir n’importe qui.

Tristan semblait surpris d’entendre ses paroles. Il l’embrassa tendrement avant de la rassurer et lui expliquer. Elle haussa légèrement un sourcil quand il déclara que ça comptait pour lui. A ce point ? Pourquoi ? D’avoir une amie fille ? Il y avait Maud avant, c’est vrai… Et il ne semblait pas vouloir aller coucher ailleurs malgré leurs soucis de couple. Cassidy hocha doucement la tête. Si ça lui faisait plaisir alors elle pouvait bien ronger son frein.

Il était d’ailleurs tout guilleret, ce qui mettait du baume au cœur de la jeune femme. Cela faisait un moment qu’elle ne l’avait pas vu ainsi. Quoiqu’il en soit, le fait qu’elle se soit vidée avait eu du bon car grâce à ça, des choses avançaient. Un peu grâce à Kalec donc… même si elle ignorait les intentions de celui-ci, capable de retourner une situation tel un train pris dans des montagnes russes. Pourtant elle n’y pensa plus.

Et puis il y eut ce moment dans la réserve. Elle était occupée à chercher quelque chose dans le noir, un peu à l’instinct, lorsqu’elle sentit une présence derrière elle. Son parfum l’identifia tout de suite et surtout quand il la prit par la taille tout en déposant de délicats baisers dans sa nuque. La jeune femme commença à gémir alors que Tristan la retourna vers elle. Le cœur s’emballait, le souffle devenait plus court. Encore une fois ses pulsions lui donnaient envie d’aller plus loin. Tristan semblait le vouloir aussi. Elle frissonnait de plaisir et répondait à ses baisers lorsqu’il lui mordit la lèvre, un peu plus fort que d’habitude. Cassidy sursauta pour le coup, un peu surprise. Elle avait tellement l’habitude de le voir maîtriser la situation qu’il lui était difficile d’imaginer qu’il perdait les pédales.

Finalement, ils rentrèrent, oubliant ce petit passage qui aurait pu se transformer en accident. Cassidy avait insisté pour que Tristan parte voler tout seul. Elle n’avait pas confiance en sa magie et ne voulait pas lui faire du mal. Mais elle insista pour qu’il y aille quand même, déployant des trésors de patience pour lui faire comprendre qu’elle avait confiance en lui et qu’elle savait qu’il reviendrait. Qu’elle ne se faisait pas de souci. L’encourager, lui redonner du courage, de l’affection… le pousser dans cette forme qu’elle redoutait autant qu’elle détestait même si elle faisait les efforts pour apprendre à l’apprivoiser autrement. Il fallait bien qu’elle s’y habitue.

Et puis, une chose très dérangeante se produisit. Elle tenta de parler avec Kalec mais celui-ci était toujours aussi mystérieux. Il ne se gêna pas pour l’embrasser alors qu’elle était coincée avec un arbre dans le dos, prise au piège. Voulait-elle vraiment l’arrêter ? Ou peut être pas ? Ou bien était-elle curieuse de goûter un peu plus à ses baisers ? Toutes ces réflexions s’embrouillaient dans sa tête. Elle tentait de penser à Tristan que c’était lui son fiancé, lui l’homme qu’elle aimait. Mais Kalec représentait l’interdit, la partie cachée… secrète. Il y avait quelque chose avec lui enfoui au plus profond d’elle qui l’appelait à arrêter de résister et lui succomber. Pourtant une nouvelle fois elle le gifla. Perturbée, troublée et choquée. Elle ne voulait rien avoir à faire avec lui et lui répéta bien. Pourtant une rivale avait observé la scène et se frottait les mains en silence.

Cassidy ne savait rien de ce qui se passait après. Que Kalec était allé voir Tristan pour lui retirer une écaille. Il aurait pu lui demander autrement mais… ce n’était pas une très bonne idée qu’il se transforme en dragon si près du village. Et puis Kalec savait que Tristan ne l’aimait pas. Enfin, Kalec était du genre à se servir lui-même sans attendre la permission, du moins en fonction de la personne à qui il demandait un service. Cependant, il se permit d’attaquer encore une fois le Drakkari sur leur couple, ce qui pouvait faire beaucoup de mal à Tristan qui restait impassible. Le provoquer, encore et toujours. Jusqu’à ce qu’il révèle sa nature et fasse un carnage. Ou bien qu’il tienne haut la main. Si il n’était pas capable de se maîtriser face à Kalec, y arriverait-il face à Cassidy ?

Cassidy était horriblement inquiète avant le retour de Tristan. Elle avait fait les cent pas dans le salon en réfléchissant. Lui dire maintenant ? Le préparer plus tard ? Oui mais elle ne savait pas lui mentir. Comment le regarder droit dans les yeux alors qu’on l’avait encore touché ? Comment rester naturelle ? Tristan était le roi pour ça. Mais elle… La jeune femme était ressortie rapidement pour passer chez un apothicaire, cherchant un remède à base de plantes. Quelque chose qui la détendrait suffisamment pour ne pas paraître si inquiète et gâcher la soirée.

La jeune femme n’avait jamais eu recours à ce genre de chose. Grande nouveauté pour elle. Mais c’était pour le bien de leur couple. Elle lui expliquerait mais pas maintenant. Pour pouvoir passer une bonne soirée. Grâce à sa mixture, elle semblait déjà bien plus posée et même contente d’emmener Tristan voir son amie. Elle ne remarqua même pas à quel point il semblait ailleurs. Même devant Miya il parlait poliment mais n’était pas non plus très bavard. Miya ne fit aucun commentaire, même si elle remarqua que quelque chose semblait bizarre. Quoi ? Elle ne savait pas vraiment.

Pourtant tout se passait bien et Cassidy était bien trop occupée avec Miya même si Tristan n’était pas… comme elle l’attendait. D’habitude il était toujours souriant, avait de la discussion… là il semblait ailleurs. La jeune femme ne comprit pas mais était un peu déçue par ce comportement. Alors, dès qu’ils furent sortis et rentrés à leur chalet, Cassidy creva l’abcès.

Le regard qu’elle vit qui se posait sur elle, confiance inébranlable, lui arracha le cœur. Il prononça quelques mots. Mais des mots qu’elle n’aurait pas cru entendre. Bam ! Elle manqua de tomber en arrière, surprise qu’il soit au courant. C’était donc pour ça… Mais au lieu de se demander qui était à l’origine de cette déclaration et qui aurait raconté ça, dans le but de nuire à leur couple, ce qui aurait été plus censé, la petite mage se perdit en excuses et explications.

Elle lui avoua la vérité mais insista sur les mots. Pour dire que Kalec n’était rien qu’un con à ses yeux, un ptit con qui s’amusait avec elle et qui n’aurait rien d’elle ! Enfin c’est ce qu’elle essayait de se persuader. Elle était confuses en excuses, cherchant à le dérider, le rassurer, lui expliquer qu’il n’y avait rien. Mais Tristan restait muet. Et Cassidy paniqua encore plus. Alors il lui demanda juste pourquoi elle n’avait rien fait, ni le repousser. Elle continua alors sur sa lancée, parlant de sort, tout pour justifier son comportement et que c’était très loin d’un début d’amour. Pas comme elle avait ressenti avec Tristan ! Ca n’avait rien à voir !

Mais il y avait peut être autre chose. Alors elle décida de lui expliquer, prenant ses mains et l’invitant à se poser sur le canapé avec elle. Elle lui révéla ce qu’elle pensait, en toute honnêteté, même si c’était trop tôt pour être sûr. Alors elle le vit fermer les yeux quand elle lui annonça. Cassidy paniqua, tenta de se reprendre, mais plus elle parlait, plus elle s’enfonçait dans ses doutes, ses hésitations. Et le silence de Tristan n’annonçait rien de bon.

Alors dans la panique tout s’embrouilla. Elle vint à parler de leurs soucis de couple, pour ensuite parler de magie, encore Kalec tiens ! Elle tentait tant bien que mal de se justifier. Même en prenant les mains de Tristan ça ne faisait rien. Les yeux de Cassidy étaient brillants, elle avait chaud, parce qu’elle était très mal à l’aise et elle avait tellement peur d’avoir commis l’irréparable. Alors, la jeune femme lui déclara une nouvelle chose, pour le faire réagir. Quitter cet endroit, arrêter tout ça. Elle ne voulait pas commettre l’irréparable. Il la trouvait forte ? Elle était faible… Vivant dans un cocon, protégée par tout le monde, elle avait toujours été très naïve. Même sur l’île il y avait eu Alanir, Ysa… Elle n’avait jamais été seule face à ses choix… jamais.

Et elle n’était pas comme Tristan ! Des hommes dans sa vie, elle n’en avait connu que peu. Erwan avait été un ami et elle n’avait jamais rien ressenti à part de l’amitié pour lui. Le capitaine… bon voilà. Et à part ça ? Elle n’avait jamais été attirée par un seul homme sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Tristan lui, n’avait pas eu ce même chemin de vie. Des femmes, si il ne les aimaient pas, il en avait couché avec pas mal d’entre elles. C’était un homme avec des besoins à satisfaire après tout. Mais lui il avait été un champion dans cette catégorie. Mais tout s’était éclipsé depuis qu’il était avec Cassidy.

Mais leur passé avait été différent… Et aujourd’hui, c’était bien elle qui avait le plus de mal à se maîtriser ! A cause de ses pulsions insatiables, à cause de sa faim, à cause de ce Kalec qui était un peu trop beau et attirant même si mentalement elle le détestait… Elle avait peur. Elle n’était pas un roseau mais un chêne capable de s’effondrer à n’importe quel moment. Et elle était perdue oui…

Pourtant, elle retint son souffle, attendant sa réponse. Tristan ne disait rien, il semblait triste, fatigué… Puis il posa ses mains sur son visage, son front contre le sien tout en respirant. Elle se laissa faire. Enfin il se recula et déclara qu’ils ne partiraient pas. Elle pencha la tête sur le côté, surprise, prête à insister. Elle ne voulait pas le voir triste. Il disait d’ailleurs qu’il risquait d’intervenir. Elle n’était pas contre… Il parlait que ça ne servait à rien de repousser les choses, que ça n’arrangeait rien. Ah oui ? Comme tout ce qu’elle repoussait jusqu’à présent ?

Il tentait de se calmer, ça se voyait. Et il parla alors de Kayla, que c’était très dur et qu’elle devait faire attention. La jeune femme ouvrit légèrement la bouche. Elle n’avait PAS la même force que Tristan, elle n’avait PAS cette détermination. Pas qu’elle ne l’aimait pas au contraire, mais elle était inexpérimentée, elle n’avait jamais fait attention à sa vie amoureuse il y a de cela quelques années à peine et en plus elle avait vécue isolée sur une île. Cassidy voulut prévenir Tristan, lui dire qu’elle ne se sentirait pas capable, qu’elle était faible. Pourtant il semblait tellement avoir confiance en elle, qu’elle préféra ne pas l’inquiéter davantage. Elle se débrouillerait, même si c’était dur.

Et puis, elle se racla la gorge. Au moins les choses étaient dites.

« Bon très bien c’est toi qui décide… on restera ici… Je vais éviter Kalec au maximum et l’ignorer ça vaudra mieux »

Elle changea alors de conversation.

« Tu te rappelles de ce que tu me disais ? Pour la magie ? »

Cassidy semblait vouloir parler de ça, vu qu’ils étaient dans les sujets sérieux.

« Eh bien ce n’est pas du tout gérable… J’aurais pas pensé que ça ferait mal à ce point… »

Il ne semblait pas comprendre. Elle posa une main sur la sienne pour lui expliquer.

« Jusqu’à présent ça va, j’arrive à la retenir. Mais je sens qu’au moindre problème, à la moindre épreuve, elle peut exploser à tout moment. Tu sais, je pense que j’ai toujours eu une magie normale. Quand j’ai fait le test, mon maître ne m’a rien dit… mais sur l’île tout a changé… »

Oui encore cette histoire d’île.

« Je n’étais pas prête, mentalement et physiquement. Ce n’est pas arrivé dans les bonnes conditions malheureusement et je pense… que ça a pas mal impacté. Du jour au lendemain tu te retrouves avec une énergie instable, forte, écrasante. Tu ne sais plus si ça vient de toi ou si on t’as forcé… alors oui c’est chouette je peux sûrement raser une ville avec ce genre de pouvoirs mais… ça m’étouffe »

Elle inspira profondément.

« Je ne sais pas comment faire pour arrêter ça… pour maîtriser ça. Kalec sait des choses oui mais on dirait que tout est payant avec lui… Et si il me demandait de coucher avec lui pour m’aider ? Je ne pourrais pas… Je ne voudrais pas… »

La jeune femme continua de parler.

« J’ai l’impression de retourner à l’adolescence. Quand on ne maîtrise rien. C’est un peu le même principe, la moindre émotion violente peut envoyer de la magie non désirée. C’est ce qui arrive en fonction de mes souvenirs, mon passé, ce qui se passe autour de moi… »

Cela semblait lui faire du bien de lui en parler, et au fur et à mesure qu’elle parlait, il la berçait et elle finit par s’endormir.

Le lendemain, Cassidy partit travailler. Elle s’était un peu apaisée avec Tristan même si elle n’avait toujours pas corrigé ses doutes, ses peurs. Elle ne sut rien de ce qui se passait sur le terrain d’entraînement. Kalec avait superbement ignoré Tristan. Pas envie de se battre et mordre la poussière devant tout le monde. Il l’envoya royalement paître, l’attaquant là où ça faisait mal et semblait bien le savoir.

Et puis, Cassidy eut une nouvelle surprise. Elle se retrouva face à Kalec, ignorant que ce dernier travaillait à la forge. Repensant aux paroles de Tristan la veille, la jeune femme était prudente et voulait rebrousser chemin. Seulement il parlait de magie. Quelle gentille attention ! Ca ne cachait pas quelque chose ? Apparemment rien du tout… Elle le sentit encore, quand il clipsa le bracelet sur son poignet et elle manqua de se cogner le front contre le sien, souhaitant se dégager un peu trop vite.

Alors qu’elle marchait avec le bracelet, elle le fixa intensément. Ce truc là était censé l’aider ? Elle ne savait pas si elle devait faire confiance à Kalec ou pas. Pourtant elle sentit une sorte d’apaisement en elle, sans savoir d’où ça venait. La jeune femme décida de partir surfer, souhaitant se changer les idées.

Elle était rentrée tard et n’avait pas vu l’heure qui passait. La jeune femme s’était précipitée pour voir Tristan qui allumait un feu de bois. Il s’excusa pour la cuisine. Cassidy fronça un instant les sourcils. Il avait besoin de dormir plus que ça avait les efforts qu’il faisait. Le jeune homme lui enleva son manteau et elle partit lire la lettre. Maud lui demandait si ça s’était arrangé, elle lui donnait tout un tas de conseils qui la firent rougir, des choses pour bien préparer doucement, en douceur, en longueur. Et les tenues étaient… voilà quoi…

La jeune femme remit la tenue dans le colis quand Tristan arriva. Il l’embrassa doucement en déclarant quelque chose alors qu’elle rougissait. Maud et ses fameuses déclarations, ça ne pouvait pas laisser insensible. Et puis, alors qu’il lui servit un verre, il remarqua le bracelet. Aussitôt, Cassidy bafouilla en lui expliquant la provenance.

« Heu… c’est de… enfin c’est pas ce que tu crois ! Apparemment ça peut calmer ma magie et… enfin y a rien eu hein ! Et je peux l’enlever si ça te dérange… »

Il ne dit pas un mot, ce qui l’inquiéta un peu alors qu’elle le rejoignit vers la cheminée, un peu inquiète.

« Tris’ ? Tris… Hum… d’accord j’enlève ça tout de suite ! »

Elle commençait à râler en se demandant comment enlever le machin lorsque Tristan lui attrapa le poignet et l’embrasser avant de la plaquer contre le mur. Elle ne comprit pas, surtout qu’il ne rompait pas le contact cette fois ci. Ne comprenant pas, la jeune femme le fixa en le regardant.

« Heu Tris’… tu fais… quoi ? »

Il déclara qu’il se venger. Hein ? Se venger ? De quoi ? Du bracelet de Kalec ? Mais c’était même pas un cadeau ! C’était juste professionnel hein ! Cependant Tristan ne l’entendait pas de cette oreille alors qu’il continuait de l’embrasser, passant ses mains sur son corps, la caressant doucement. Le souffle de la jeune femme devenait court alors qu’elle tentait de se maîtriser pour ne pas briller… Elle ferma les yeux mais Tristan était bien trop… elle n’arrivait jamais à lui résister. Surtout avec ses pulsions et même si elle prenait un remède pour les amoindrir un peu, ce n’est pas en se tripotant comme ça que ça allait partir !

Pourtant, elle en avait marre de se retenir, marre de faire semblant, marre de ne pas se lâcher. Elle poussa un grognement puis s’empara des lèvres de Tristan, passant les mains dans son dos, répondant à son baiser avec les intérêts ! Il semblait tout aussi chaud qu’elle et continua sur sa lancée. A force de se tripoter, leurs tenues tombèrent et elle se mit subitement à briller. Mais elle n’était pas la seule à briller. Son bracelet s’éclaira d’un coup et elle sursauta, sentant une légère décharge sur sa peau ce qui la fit arrêter le baiser pour écarter sa tête de Tristan, haletante. Elle fixa le bracelet, ayant un peu oublié ce qu’ils faisaient, repensant aux mots de Kalec.

« Pas douloureux hein… mon œil… »

Elle semblait perdue pour le coup en regardant Tristan qui lui-même avait du mal à tout comprendre mais il finit par continuer à l’embrasser, voulant lui détourner l’esprit du cadeau de Kalec. La jeune femme s’emballait, perdait les pédales, sa respiration devenait plus rauque tout comme ses gémissements et puis… paf ! la lumière de son corps disparu ainsi que tous ceux des cristaux aux alentours et son bracelet. Elle tomba évanouit dans les bras de Tristan… une fois encore.

Pourtant le lendemain, lorsqu’elle se réveilla penaude, cela ne semblait pas le déranger. Il se fit câlin et chacun partit travailler de son côté. Pour Cassidy c’était plutôt calme, bien qu’elle repensa à son bracelet. Avec ses pensées perturbées hier, elle n’avait pas eu le temps de se concentrer dessus. Mais du côté de Tristan, celui-ci reçut une visite, encore un peu trop ces derniers temps…

Kalec était posé sur un rocher et mangeait un sandwich. Pile à l’endroit où se rendait Tristan. Le ténébreux le dévisageait et ne dit rien au début. Puis il soupira.

- A quel moment vas-tu craquer ?

Pas de réponse.

- C’est plutôt rare de s’attacher à une pseudo humaine. Après tout, pour vous les dragons, les humains ne sont que des amuses-gueule quand il n’y a rien de mieux à se mettre sous la main. Tu penses vraiment continuer comme ça malgré tout ?

Toujours pas de réponse. Kalec s’adossa contre le plat du rocher, s’allongeant dessus, nullement inquiéter.

- Je pourrais te l’enlever quand je veux…

Là cette fois Tristan ne resta pas ignorant. Il était monté rapidement sur le rocher et empoignait le nordique par son col, lui balançant des paroles lourdes de menace. Mais qui ne semblaient pas impressionner Kalec qui restait très calme.

- Relax je n’avais pas fini ma phrase, pas la peine de t’emporter…

Tristan semblait hors de lui.

- Déjà tu me relâches si tu ne veux pas que je m’en charge moi-même…

Tristan relâcha Kalec, ce qui était plus sage même si il le fit un peu brutalement.

- Ensuite, je ne considère pas Cassidy comme un objet loin de là, c’est juste une gamine insupportable et chouchoutée mais passons…

Il regarda Tristan droit dans les yeux.

- Et comme je ne suis pas un dragon moi, je ne viendrais pas te l’arracher par la force…ou les sentiments

Manière de lui rappeler que les dragons prennent et jettent, sûrement une rumeur qu’il avait entendu quelque part. Mais il lui faisait comprendre qu’il ne tenterait rien avec Cassidy.

- En revanche si tu la déçois, d’une quelconque manière, là j’interviendrais…

Quelles curieuses paroles. Tristan semblait en avoir trop entendu car il fit demi-tour, laissant Kalec seul. Mais celui-ci ne semblait pas vraiment inquiet et le regarda s’éloigner.

- Ah et au fait, méfie toi de ta copine rousse…

Qu’il l’entende ou pas, ce n’était pas son problème…

Suite à ce curieux échange, Kalec ne réapparut pas sur le chemin de Cassidy.

Les jours s’enchaînaient et le jeune homme semblait avoir tenu sa parole de ne plus l’embêter. Il avait fait ce qu’il voulait après tout. Cela allait beaucoup mieux pour Cassidy qui n’avait pas cet étrange personnage dans les pattes. Elle semblait plus rassurée et cela se voyait sur sa façon d’être. Bien sûr, Tristan et elle essayaient toujours de faire quelque chose mais elle avait appris à s’arrêter au bon moment.

Le bracelet était bien pratique. Il lui chauffait le poignet à chaque fois que sa magie devenait trop violente. Ce qui leur permettait de pousser leurs câlins jusqu’à la limite qu’elle imposait. Même si ça devait être dur pour Tristan. Mais il y avait du progrès car ça durait de plus en plus longtemps, sans aller jusqu’au bout non plus. Mais ça progressait à vue d’œil.

Il y avait aussi les vols. Cassidy demandait à Tristan de se transformer devant elle. Elle pensait que le bracelet lui permettrait de mieux apprivoiser le dragon face à sa magie. La première fois, son bracelet lui brûla presque le poignet. Mais en inspirant profondément, méditant, elle parvenait à canaliser la chaleur. Etrange d’ailleurs que ça lui fasse une petite décharge alors qu’elle était insensible au froid.

Les jours passaient et elle progressait. Elle maîtrisait de mieux en mieux et en faisant de gros efforts, la jeune femme se sentait plus sûre d’elle, sa magie plus contrôlable. Elle alla même jusqu’à poser sa main sur le museau du dragon, sans l’éjecter en arrière et tout ceci en inspectant son bracelet. Elle se sentait aussi plus sereine, sûrement grâce à la confiance qui revenait mais elle ignorait que le bracelet avec un ingrédient qui aidait beaucoup là dedans. Comment peut-on détester Kalec après ce genre de choses ? Si il n’était pas intervenu ils seraient toujours au point mort… Alors qu’avec son « cadeau », ça avait beaucoup arrangé la situation, du moins pour Cassidy qui se sentait mieux et plus joyeuse parfois.

Et puis un jour, le forgeron passa à la taverne pour s’entretenir avec Cassidy.

- Hey Cassidy, je peux te parler 5 minutes ?

Elle acquiesça d’un signe de tête et lâcha son plateau pour le rejoindre.

- Dis moi j’ai un service à te demander… Il a beaucoup neigé ces derniers temps et le chemin qui mène à la plaine s’est bouché à cause d’un éboulement de neige. Ma charrette ne peut plus passer et ça prendrait beaucoup de temps pour tout déblayer. Comme tu utilises la magie, je pensais que tu pourrais faire le trajet et ainsi vérifier si toute la route est bien dégagée. Je suis assez embêté car je ne peux pas faire livrer mes commandes… Ca prendra quelques jours, plus ou moins… une semaine si le temps est mauvais…

Cassidy semblait réticente à l’idée de laisser Tristan tout seul. Elle devait d’abord en parler avec lui… Mais le forgeron lui proposa autre chose.

- Je proposerais à Tristan une amélioration de son arme. On a de quoi faire les armes les plus solides de tout Ascadian par ici

Rien que l’idée de faire plaisir à Tristan enleva toute méfiance à Cassidy.

« Hum pourquoi pas alors… »

Le visage du forgeron s’illumina, reconnaissant.

-Super ! C’est Kalec qui va être content. Il craignait que tu n’acceptes pas mais il sera ravi de savoir que tu as décidé de l’accompagner. C’est lui qui livre les commandes…

Cassidy cacha sa surprise. Partir toute seule ? Avec Kalec ?! Heu… Oh oh… ça elle ne s’y attendait pas.

- Alors on fait comme ça, le départ est dans 3 jours… Merci encore !

Puis il la laissa seule.

Toute la journée Cassidy rumina pour savoir comment annoncer ça à Tristan. Ce n’était pas si évident que ça après tout… Surtout avec Kalec. La jeune femme chassa ses craintes alors qu’elle rentrait. Tristan l’accueillit à bras ouverts, la prenant dans ses bras tout en l’embrassant. Elle semblait quand même un peu anxieuse et déclara qu’elle avait quelque chose à lui annoncer.

« Le forgeron avait besoin de quelqu’un pour déblayer le chemin afin de livrer ses commandes dans les villages alentour. Enfin la magie du feu et tout ça… Bref, je voulais rendre service alors j’ai accepté… surtout… hum… en fait il propose de renforcer et améliorer ton arme donc je voulais te faire plaisir mais y a un petit souci… »

Elle se tritura les mains, nerveuse, avant de prononcer d’une voix basse.

« C’est avec Kalec… »
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Comment se retrouver pour mieux s'aimer...   Mer 10 Aoû - 14:08

Cassidy avait fait cette surprenante déclaration mais surtout encore plus surprenante avancée personnelle : elle acceptait son amitié avec Arianna. Pourtant il y avait de quoi susciter son inquiétude et n’importe quelle femme, amoureuse, aurait ressentie elle aussi, une profonde jalousie envers cette potentielle rivale. Car de rivale elle avait tout ! Grande et belle rouquine à la crinière flamboyante qui pouvait rivaliser avec celle du grand Drakkari elle était incontestablement désirable. C’était une belle femme, de visage rayonnante, aux airs un peu sauvages avec ses taches de rousseur et ses yeux si verts elle avait de quoi charmer bien des hommes. Quant à son corps, même couvert pour l’air frais des environs, il avait fait loucher bien des hommes du coin. Alors Cassidy avait toutes les raisons du monde finalement d’être jalouse. Raisons qui pourtant échappaient totalement à son compagnon. Pourquoi ? Parce qu’il l’aimait pardi ! Fou d’elle, le jeune homme faisait tous les efforts du monde pour contrecarrer tous les préjugés sur son espèce et faire taire ses pulsions et ces « droits divins » qui lui autorisaient toutes les femmes et bannissaient la fidélité. Pourtant, à le voir, cela ne semblait en rien difficile, bien au contraire. A l’aise, très amoureux il ne faisait montre d’aucun écart de conduite, quel qu’il soit. Certes il dédiait de beaux sourires et parfois un clin d’œil à une demoiselle mais il agissait de même avec les vieilles femmes du village, qui en étaient ravies d’ailleurs. Jamais l’une de ses mains ne s’étaient égarées et jamais il n’avait été surpris à flirter avec une demoiselle ou dans une situation quelque peu compromettante. Non. Il était fidèle et même si à l’heure actuelle l’abstinence aurait depuis longtemps dû le pousser à oublier ses bonnes résolutions le grand jeune homme semblait autant s’éloigner des préjugés que son espèce l’y prédestinait... Cassidy avait découvert avec lui les plaisirs de la chair et il avait été tout à fait ravi de constater qu’elle ne s’en lassait pas, bien au contraire, développant même un appétit très très très appréciable aux yeux de l’insatiable jeune homme. Devenu totalement dragon il avait vu sa libido exploser et remerciait les dieux d’avoir une aussi vigoureuse et talentueuse compagne qui semblait presque aussi affamée que lui. Mais en retour les dieux étaient bien cruels et les avaient privés de leur activité préférée. La barbe !

Pourtant il ne lui avait jamais fait le moindre reproche, jamais… Il aurait pu mais pourquoi au juste ? Il avait bien remarqué qu’elle souffrait elle aussi, peut-être plus que lui. Et la peine avait rapidement supplanté la frustration. Il la connaissait bien assez pour savoir qu’elle se torturait l’esprit et se reprochait tout. Pire encore, probablement perdait-elle confiance en elle, encore… Alors là où n’importe quel homme, légitimement se serait énervé, lassé de la frustration ou pire aurait trompé la petite demoiselle discrètement ou non d’ailleurs, le jeune dragon n’était que plus doux et plus prévenant, profondément gentil… Pourtant lui-même avait perdu courage, derrière ses sourires et son naturel jovial, les inquiétudes, la frustration, la colère, la peine avaient eu raison de ses résolutions et il avait renoncé, un peu, par peur de l’échec, ne voulant plus tenter, tirer sur leurs pulsions quand la petite demoiselle risquait encore de s’endormir. Et puis il y avait la peur de lui faire du mal… Parfois la peur était plus grande, vraiment plus grande. Certes il se contrôlait mais derrière le masque tranquille il y avait des souffrances réelles et des peurs beaucoup plus réelles. A tout instant il craignait de voir son contrôle sur lui-même sauter et de commettre une horreur, quelle qu’elle soit, même insignifiante pour les autres. Parce que tout lui rappelait ce qu’il était, ce qu’il était censé être, cette nature profonde et si bestiale. Kalec n’arrangeait rien. Il avait l’air de connaître au moins de réputation les dragons. Quand la trahirait-il ?… On lui avait pourtant dit que ce serait difficile. Alors comme il « tenait » il était persuadé que ce n’était pas fini, que ça pouvait devenir pire… Mais la solution n’allait pas leur tomber toute cuite dans le bec et en attendant il avait remarqué, tristement, une autre chose, désolante. Certes ça avait été minime et il n’était pas tout à fait sûr d’avoir bien ressenti ce sentiment chez la jeune femme… Mais il avait cru percevoir de la peur, de la tristesse, de la résignation du fait qu’il ne tente plus grand chose vers elle ces derniers jours. Qu’elle puisse croire un seul minuscule instant que son attirance pour elle s’éteignait d’une quelconque manière aurait suffi à le mettre hors de lui. C’était juste la peur qui le faisait agir de la sorte, juste la peur…

Qu’elle accepte pour Arianna avait totalement pris Tristan au dépourvu. Ce n’était que pour une amitié certes mais c’était énorme et malheureusement elle ne pouvait pas se rendre compte à quel point c’était important pour le jeune homme. Peut-être était-ce douloureux aussi, de voir cette joie si sincère sur son visage alors qu’elle l’autorisait à « côtoyer » une autre femme. Et pourtant c’était sans la moindre arrière pensée que le jeune homme agissait de la sorte. L’absence de magie de la jeune femme avait au moins apporté quelques aspects positifs. Elle avait pu se concentrer sur autre chose et peut-être, peut-être, avait-elle pu mesurer, un peu, l’amour que lui portait son compagnon et sa fidélité justement alors que sa magie ne pesait plus sur ses minces épaules… Peut-être était-ce pour cette raison ou pour une autre, il y en avait beaucoup…
Même si sa magie était vite revenue Tristan avait finalement prononcé quelques mots lui demandant de lui parler, à propos de magie, à propos de ce qu’elle voudrait. S’il semblait tout à fait calme et assuré comme toujours il ne l’était pas réellement, ayant une certaine inquiétude, celle de passer pour un gros imbécile. Parce que ce qu’il avait dit à la petite demoiselle était une massive évidence… Mais si massive qu’au final il n’était pas certain qu’elle en ait… conscience. Et en effet, à voir son visage… il avait bien fait ! Il était prêt à tout entendre sur sa magie. La réelle peur de la magie qui l’avait taraudé durant des années s’était évanoui quand son corps avait changé et qu’il était devenu totalement dragon. Bon ce n’était pas toujours rassurant mais la peur elle, n’était plus là… Autrement il aurait dû fuir depuis bien longtemps loin de la bombe magique qu’elle était !!!! Elle pouvait tout lui dire, sur ses malaises, sur ses craintes, sur ce qu’elle voulait faire… Il pensait qu’elle le savait mais en voyant la joie sincère sur le visage de sa douce, Tristan s’en voulut énormément de ne pas avoir formulé ces paroles plus tôt. Oui finalement il y avait du positif et Kalec aurait dû être « remercié ». Elle finirait par lui en parler… Au bon moment sans doute.

Il partit voler seul à sa demande et ce fut Arianna qui lui raconta ce qui s’était passé… entre celle qu’il aimait tant et l’étrange apprenti du forgeron. Alors que la petite demoiselle, peut-être un peu honteuse, sans doute, d’avoir tant tardé à repousser l’opportun, se torturait l’esprit sur comment annoncer la nouvelle à son fiancé, celui-ci, blessé faisait face à ce qu’il croyait être une cachotterie. Pourtant elle n’avait fait que chercher à se calmer. Mais son « remède » agissait bien trop bien et son manque total d’agitation ne manqua pas de perturber encore plus le grand jeune homme. Il douta une seconde de ce qu’avait pu voir Arianna. Il douta encore plus d’imaginer qu’elle puisse lui cacher quelque chose, impunément, quelque chose d’aussi « grave ». C’est vrai, il n’avait pas été d’une très bonne compagnie. Au final la conversation s’était plutôt faite entre les deux jeunes femmes. Tristan répondait bien sûr mais outre sa politesse excessive et la mesure qu’il semblait mettre dans chacune de ses paroles il y avait la crispation de ses mains… qui prouvait, elle, son agitation.
Elle avait cherché à lui expliquer, elle s’était tant excusée. Pas une seconde il ne douta d’elle, ni de ses intentions, ni de sa fidélité, pas une seconde. D’ailleurs ne l’avait-il pas prouvé dans sa manière de parler ? N’importe quel homme amoureux, fou de jalousie aurait prouvé sa colère d’une manière ou d’une autre, sans doute en criant, surtout en criant… Mais il parlait doucement au contraire, d’une voix si détachée, si neutre. Pouvait-on réellement avoir un ton pareil quand l’inquiétude était si grande ? Et puis elle avait prononcé le pire, l’irréparable. Il s’en doutait… Il s’en doutait beaucoup trop. Parce qu’ils se ressemblaient trop. Parce que son instinct ne cessait de lui souffler le danger. Elle pensait qu’il était l’homme auquel elle était destinée. Ce Kalec. Ca faisait mal. Ca faisait tellement mal. Il ne fit que fermer les yeux et pâlir légèrement, si légèrement et pourtant il se demandait comment il pouvait faire pour respirer alors que respirer faisait si mal justement… Si ses mains n’avaient pas tenu les siennes à cet instant, s’il n’avait pas senti leur chaleur et leur force il n’aurait pas pu calmer le vent de panique qui s’était abattu sur lui aussi brusquement qu’une avalanche. Et pourtant, une fois de plus la demoiselle se donna beaucoup moins de pouvoir qu’elle en avait sur le jeune homme. Elle crut que tenir ses mains ne faisait rien… Alors que c’était tout le contraire. Par panique sans doute elle parla de partir et cela le secoua assez pour qu’il se remette à parler finalement.

Non… pas fuir. Il avait fui tellement longtemps et tellement de choses. Il ne voulait pas qu’elle connaisse cela. Il y avait trop de colère qui restait, trop de regrets, trop de rancune… Ce n’était pas ce qu’il souhaitait pour elle, bien au contraire. Elle avait choisi cet endroit. Il ne croyait pas au hasard. Il croyait aux sciences et à l’instinct… Ils n’étaient pas là sans raison et il ne la laisserait pas renoncer à cette « pause de tranquillité » qu’elle avait voulue pour eux. Il vit bien les doutes dans les yeux sombres. Elle avait peur, peur d’elle-même. Elle ne s’accordait pas la confiance qu’il lui donnait. A tort ou à raison seul l’avenir pourrait le dire… Un avenir bien flou et sans doute une fois de plus fort tumultueux.

Pourtant il était inquiet lui aussi. Inquiet qu’elle finisse par effectivement lui préférer le grand ténébreux. Et puis il y avait aussi cette espèce d’instinct qui lui disait que lui, elle ne le repousserait pas comme elle le faisait depuis maintenant trop longtemps avec son compagnon dragon. Cette espèce d’instinct il le pensait mû par leur houleux passé et ses erreurs, leurs erreurs. Cette espèce de certitude aussi qu’elle avait toujours été trop bien pour lui… Et pourtant derrière cet instinct qui faisait tellement de mal et lui faisait voir Kalec comme un réel danger, un véritable rival, une espèce d’apaisement lui était procuré par cette idée… Apaisement que la petite demoiselle n’ait plus à souffrir de ses pulsions et certitude malsaine que c’était ainsi que devaient être les choses… Depuis le début.
Ses pensées, ces derniers temps, n’étaient guère joyeuses mais le jeune homme n’en faisait pas le moins du monde état. Bien au contraire. Plus il se sentait mal, triste, désespéré et plus il souriait et semblait aller bien. De quoi aider une fois de plus bien trop mal sa compagne à voir la réalité derrière ses faux semblants…
Il était intervenu pour dire qu’ils ne partiraient pas. Sans doute parce que ce n’était pas ce qu’elle souhaitait réellement mais plutôt un chemin plus facile et moins risqué qu’elle voulait choisir pour eux. Mais oui, il avait confiance en elle…
C’était beaucoup, à digérer, à accepter, pour l’un comme pour l’autre. Mais la petite demoiselle qui s’était tellement ouverte décida d’en dire davantage, de parler de magie. Tristan se fit attentif et ne laissa pratiquement rien transparaitre sur son visage. A part un haussement de sourcil de temps à autres, une crispation dans la mâchoire, non il ne montrait rien. Il l’écouta simplement…
Pourtant intérieurement, il était sacrément agité… L’entendre dire qu’en plus de tout ceci elle souffrait de sa magie le rendait malade… Qu’on lui fiche un peu la paix pour une fois ! Elle méritait d’être un peu tranquille !
Amèrement pourtant il entendit aussi un écho de ce qu’il avait lui-même ressenti. Du jour au lendemain elle s’était retrouvé pourvue d’une puissance incommensurable. Et ça avait été pareil pour lui. Du jour au lendemain il était devenu un dragon, une créature à la puissance démesurée et qui pouvait très bien massacrer un village sur un coup de tête. Sauf que lui il gérait… Un peu trop bien d’ailleurs. Mais entendre cet écho ne fit qu’augmenter le poids de la culpabilité qui pesait sur ses épaules. Ce fichu poids, cette fichue culpabilité de ne pas pouvoir l’aider, de ne pas pouvoir la soulager alors qu’il aurait tout fait pour elle. Sauf qu’il lui était inutile une fois de plus… Le seul moment où elle avait réellement eu besoin de lui c’était l’ile… Et il n’était pas là…
Elle avait peur, elle se sentait incontrôlable. Et puis il y avait Kalec, qui savait des choses mais voulait lui faire « payer » ce qu’il savait. Elle parlait de coucher avec lui… Tristan se crispa cette fois-ci avant de parler d’une voix si calme, si douce qu’il était inconcevable que les mots qu’il prononçait étaient bien les siens…

- Et s’il ne demandait rien ?... Si c’était juste lui… Il t’attirerait assez pour…ça ?

La question surprenante, inimaginable venant du grand jeune homme pourtant si jaloux jusqu’alors. Il était en train de lui demander si cet homme l’attirait, si elle pourrait coucher avec lui, s’il n’y avait pas de compensation, si c’était juste… normal. Question surprenante qui faisait plus que certainement écho à ce qu’elle lui avait dit, au parallèle qu’elle avait établi avec Kayla. Mais comment pouvait-il demander aussi calmement si elle était attirée par cet homme. Elle écarquilla les yeux de surprise, ses beaux yeux sombres qu’il aimait tant, ouvrit la bouche en fronçant les sourcils, l’air presque… en colère. Il la coupa en déposant un léger baiser sur sa joue droite.

- Tu n’as pas besoin de répondre.

Rien d’autre, rien de plus. Il n’avait pas l’air triste, ni en colère, ni même jaloux. Il avait juste posé une question… mais ne semblait pas attendre de réponse ou avoir vu sur son visage une réponse involontaire…
D’ailleurs il changeait déjà de sujet, revenant sur sa magie, prouvant qu’il écoutait attentivement chacune de ses paroles.

- De ce que je sais ça n’a jamais été facile pour toi ta magie… Tu as toujours été sensible à tes émotions… A l’adolescence… Et quand j’ai débarqué dans ta vie comme une tempête… Pardon d’ailleurs de t’avoir autant… perturbée. Je crois que je ne t’avais jamais demandé pardon… Tu es comme ça Cassidy… Ce qui se passe autour de toi… te touche parce que tu es trop gentille, trop douce, trop réceptive et empathique pour faire autrement. Ce sont des qualités que j’admire énormément chez toi… Même si aujourd’hui avec le pouvoir qui est le tien c’est d’autant plus dangereux.

Il lui en demanda plus, lui demanda de décrire réellement ses émotions alors qu’elle semblait toute surprise des observations de son compagnon. Elle oubliait bien trop vite à quel point il était observateur… surtout quand il s’agissait d’elle. A quel point l’avait-il observée à l’Académie quand il prétendait qu’elle ne représentait rien ?
Elle parla, il répondit parfois, la câlina beaucoup. Les bras puissants passés autour de la jeune femme n’étaient que douceur dès qu’ils se refermaient sur elle. Il la berça longtemps contre lui et elle s’endormit blottie contre son torse alors qu’ils avaient cessé de parler tous les deux depuis de longues minutes, fixant le feu dans la cheminée. Le silence permettait aux mots d’être intégrés par l’un comme pour l’autre. Pour lui qui les avait entendus, pour elle qui les avait enfin prononcés.

Cette nuit-là une fois de plus il dormit bien peu. Après l’avoir installé dans leur grand lit il la veilla longuement, ayant remarqué que bien souvent quand il la câlinait tendrement au cours de son sommeil, elle s’agitait moins et ne faisait pas de cauchemar… Quand enfin il s’endormit, alors qu’elle lui tournait le dos, qu’il se collait tendrement contre elle, totalement inconsciente elle serra ses avant-bras contre elle, juste sous sa poitrine. Fort, si fort… L’émotion noua la gorge du jeune homme qui enfouit son visage dans ses cheveux d’or, lui murmura qu’il l’aimait… L’étreinte se desserra un peu mais semblait tout autant chargée d’émotions. Il s’endormit le cœur gonflé d’amour en sentant contre ses mains, à travers le tissu qui la recouvrait, les battements calmes de son cœur.

La journée suivante fut agitée pour le jeune homme comme pour la jeune femme, avec pour se faire le même sujet tumultueux : Kalec…
Quand Cassidy revint du surf, ce fut pour trouver son compagnon un peu groggy et il remarqua vite son froncement de sourcils… Mais elle ne fit aucun commentaire, allant juste lire la lettre de leur amie commune. Oui il était fatigué. Il dormait trop peu pour les efforts physiques qu’il soutenait en travaillant. Mais en tant que guerrier il était habitué à un rythme parfois difficile et plus encore trouvait avec bonheur, dans son travail, une compensation à son manque d’entrainements…

Et puis il avait remarqué le bracelet… Et elle avait tenté de s’expliquer… Et puis tout bascula alors qu’il semblait vouloir se venger… d’un bracelet. Curieuse idée mais bien plus complexe à vrai dire… Se venger ? Non pas du bracelet mais du moindre intérêt que pouvait susciter l’étrange garçon. S’il l’attirait, s’il lui plaisait alors le Drakkari plairait encore plus à la petite mage, infiniment plus. Et il le prouva dans ses baisers enflammés à réveiller un mort. La pauvre n’eut même pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait… Il faut dire qu’il ne lui en laissait guère le loisir. Et puis elle avait craqué, attrapant fermement sa nuque, faisant s’entrechoquer leurs dents en approfondissant ce baiser, elle enfonça ses ongles dans sa peau. Il frémit contre ses lèvres, répondit avec une joie sincère à cet élan aux allures si impatientes… Qu’elle lui plaisait quand elle agissait de la sorte… Comment parvenait-elle à lui plaire encore plus ? Il n’en avait aucune idée, espérait ne jamais comprendre…
Rapidement ils se retrouvèrent nus l’un contre l’autre et il gémit en se pressant contre elle, humant avec un délice sincère l’odeur de sa peau. Ca non plus il ne se lassait décidément pas : l’odeur de sa peau si douce sous les cicatrices qui s’amenuisaient de jour en jour. Elle brilla mais… son bracelet aussi. Tristan ouvrit un œil surpris d’être repoussé pour un bracelet. Surtout que l’événement interpellait la petite demoiselle qui semblait en savoir bien peu sur l’objet qu’on lui avait offert. Elle parlait de douleur… Mais il n’arrivait pas vraiment à réfléchir et la contemplait juste un peu béatement bien incapable de formuler le moindre mot… Et puis… il n’était pas ravi d’être délassé pour un bracelet et c’est un sourire mutin qui étira ses lèvres alors qu’il profitait de son inattention pour s’intéresser un peu de trop près à son corps. Elle sursauta d’ailleurs et se refit aussitôt trèèèèès attentive, se tortillant légèrement sous les mains habiles de son compagnon, comme pour tenter de lui échapper… mais pas trop… juste un peu. Le jeu durait et il se perdit à espérer, comme tant de fois. Espérer que cette fois-ci serait la bonne. Un éclair aveuglant répondit à ses attentes, espèce de lumière vive avant que toute source lumineuse magique était soufflée dans la seconde suivante. Il ne resta de cet instant qu’un grand jeune homme rattrapant adroitement sa compagne qui menaçait de tomber, le craquement du bois dans la cheminée et le jeu d’ombre et de lumière que le feu jetait sur le petit couple séparé une fois de plus par l’évanouissement de la jeune femme…

Le lendemain matin quand elle s’éveilla, Tristan était debout près de la fenêtre sirotant une tasse de café, torse nu. Les cicatrices qui avaient jadis entouré ses omoplates, marques prouvant la coupe de ses ailes avaient totalement disparu… De même que le tatouage qu’on avait un jour ancré à sa peau et auquel elle avait rajouté sa marque. Ne restait dans son dos que ce tatouage qu’il avait fait en même temps que le sien pour cacher l’horrible marque au fer rouge, tatouage partagé comme le secret qu’il camouflait…
Il dut l’entendre, même si elle n’avait pas fait de bruit car il se détourna de la fenêtre et lui fit un sourire tendre. Sa mine penaude par contre lui fit froncer les sourcils alors qu’il déposait sa tasse sur la table de nuit, vide, et venait s’asseoir sur le matelas.

- C’est voir mes muscles de si bon matin qui te fait détourner les yeux princesse ? Ou alors j'ai grossi ?

Grossir... Bah bien sûr ! Ca ne risquait pas d'arriver entre les températures et son travail acharné... C'était même plutôt le contraire...
Il n’était pas dupe, il savait parfaitement pourquoi elle avait l’air si mal à l’aise. Parce qu’ils avaient échoué, encore. Mais il ne semblait pas lui en tenir rigueur le moins du monde. Pour le prouver il passa une main dans sa nuque et s’empara de ses lèvres alors qu’elle ouvrait la bouche probablement pour aborder plus sérieusement ce sujet qu’il dédramatisait encore. Il s’écarta doucement pour la laisser respirer, lui faisant un clin d’œil.

- Bonjour toi…

Elle voulut jouer, l’attirant contre elle pour se venger du baiser et ils se câlinèrent quelques brefs instants avant qu’il ne se redresse pour mettre un plateau sur le lit. Déjà il se relevait, voulant aller lui chercher son thé. Il fit vite mais la trouva perplexe à son retour. Venait-elle de se rendre compte qu’elle portait une nuisette ? Il s’amusa beaucoup de sa gêne et de son rougissement quand il lui expliqua dans les moindres détails comment son évanouissement avait largement profité à son vicieux fiancé qui avait pris grand soin de l’installer dans la baignoire avec lui pour débarrasser ses muscles des efforts du surf, pour finir par lui enfiler cette nuisette et l’installer bien au chaud sous les couvertures. Son sourire mutin aux lèvres il déposa un nouveau baiser sur son front.

- Je ne suis pas parfait princesse, je suis un pervers et tu es une source inépuisable de perversité…

Elle le tapa pour la forme, pourtant il était certain de l’avoir vu sourire.
Elle déjeuna rapidement avec lui alors qu’il buvait une autre tasse de café et ils se préparèrent vite. Il lui avait demandé s’il pouvait l’accompagner et elle avait de nouveau heurté son torse du plat de sa main, parce que décidément, il disait trop de bêtises aujourd’hui… Il l’embrassa devant la taverne et la prévint qu’il ferait un peu de jardinage en rentrant avec les graines et engrais « magiques » que lui avait envoyé Maud à sa demande. Il était bien décidé à planter quelques denrées qu’on trouvait difficilement dans les contrées gelées mais qui pousseraient sans mal sous la verrière et surtout un cerisier ! Mais ça il ne voulait pas qu’elle le sache avant !
Elle put penser à son bracelet mais Tristan, qui était parti ramasser du bois à brûler pour l’atelier se retrouva confronté à… Kalec.

En le voyant le grand jeune homme ressenti cette appréhension douloureuse qui le hantait depuis qu’il avait vu à quel point cet homme ressemblait à sa fiancée. Ces oreilles… des pouvoirs aussi apparemment. Très puissant. Une aura étrange aussi. Son odeur était différente de celle des hommes ordinaires, comme celle de Cassidy se différenciait tant de celle des femmes… Il serra les mâchoires, rendant l’angle plus carré encore de son visage mais décida d’ignorer cet homme. Après tout, il était sur son chemin, soit… Ce n’était probablement que le hasard et même si ce n’était pas le cas, la nature était à tout le monde et ce même si tous ses gènes de dragon lui hurlaient que non, qu’il avait le droit de tout dominer. Ca c’était hors de question !
Sauf qu’il n’était pas là par hasard, ou alors il s’ennuyait. Car il prononça finalement quelques mots lourds de sens pour le Drakkari.
S’il ne dit rien, ne lui faisant même pas l’honneur de se retourner, il serra un peu plus sa main sur la lourde hache qu’il tenait et qui lui permettait de tailler les branchages. Craquer ? En quoi ? Pour lui… le seul « craquage » possible serait celui d’avouer à la petite demoiselle comme il se sentait mal du fait de leur abstinence forcée, rien d’autre… Même la simple idée de la tromper, dans le reflet de ce mot « craquer » ne lui vint pas à l’esprit.
Il l’ignora superbement. Mais Kalec en rajouta, affinant sa pensée. Ah, au temps pour lui… Finalement il parlait de craquer et d’aller voir ailleurs, voilà qui semblait en effet plus clair. Tristan ne répondit pas non plus, ne se sentant pas vraiment concerné par ce qu’il disait, du moins suffisamment peu pour ne même pas dépenser de mots dans une vaine plaidoierie.
Après tout… Oui, les siens pensaient ainsi. Il le savait bien. Il était contre cela. Il aimait Cassidy. Il savait qu’être un dragon lui donnait des droits et ne l’enfermait pas dans la fidélité. Mais ça il s’en fichait… C’était elle… Voilà tout… N’était-ce pas évident. Il fut tenté de répondre sèchement qu’il « continuerait » toujours. Mais ayant remarqué la répartie du grand ténébreux il ne se sentait pas prêt pour une joute verbale. Etre poli, gentil, contrôler ses pulsions… c’était bien assez difficile…

Mais Kalec ne semblait rien en avoir à faire qu’il réponde ou non. Il prononça pourtant d’autres mots qui firent totalement revirer son homologue. La lui enlever…
Tristan avait lâché sa hache et sauté sur le rocher rapidement, vraiment rapidement, trop rapidement pour un guerrier de cette taille et de cette stature. Déjà il l’avait attrapé par le col de sa veste et l’avait soulevé du sol. Son regard était plein d’agressivité et d’une envie de violence sans nom alors que ses crocs s’allongeaient légèrement.

- Je t’interdis de parler d’elle comme ça ! Cassidy n’est pas un objet et certainement pas dont on dispose à sa guise ! C’est une femme ! Une femme extrêmement courageuse et forte ! Si tu essaies de lui faire le moindre mal je…

Il avait réagi, violemment, menaçant mais pas dans le sens premier, le plus attendu pour n’importe quel homme. Il aurait dû se sentir menacé et il se sentait menacé évidemment, ce gars était beaucoup trop charmant pour qu’il ignore le danger qu’il représentait et savoir que Cassidy ressentait, même vaguement, quelque chose pour lui, ne faisait que renforcer ses craintes. Mais sa menace au lieu d’être de jalousie, au lieu de porter directement sur leur relation s’était davantage posé sur la petite demoiselle… Il détestait qu’on lui manque de respect, peu importe la façon et avait une tendance à s’emporter facilement à ce sujet. Kalec parla mais Tristan ne l’entendait pas. Ce n’était pas vraiment à cause du drôle d’humain mais il pensait à tous ces hommes, tous ceux qui avaient malmené sa compagne, qui l’avaient mal traitée, qui l’avaient sous-estimée parce qu’elle était une femme… La manière dont elle-même se sous-estimait sans cesse… De nouvelles paroles le ramenèrent à la réalité, une menace à peine voilée émanant du brun. Le relâcher ? Tristan baissa les yeux, semblant seulement se rendre compte qu’il tenait son confrère et malmenait quelque peu son vêtement. Il le relâcha rapidement en grommelant pourtant il y avait une certaine gêne dans son regard alors qu’il s’était instantanément calmé. Il le repoussa assez sèchement loin de lui. Ce gars-là provoquait trop de sensations violentes en lui… Il devait vraiment se méfier.
Il enchaina, parlant de Cassidy, pas comme un objet, ah… ça apaisa Tristan mais il retroussa presque aussitôt légèrement les lèvres sur ses dents en l’entendant la traiter de gamine insupportable et chouchoutée. Ah non, il n’aimait pas ça. Il parla de dragon, de ne pas la prendre ni par la force, ni les sentiments. Là, le grand jeune homme était un peu largué, ne comprenant pas comme le prouvait son froncement de sourcil.
Mais quand il parla de la décevoir, d’intervenir… Tristan ne réagit pas tout de suite alors qu’un étrange sourire étirait ses lèvres. Oui, Kalec prononçait de bien étranges paroles qui ne semblaient pas avoir plus de sens que ça et qui semblaient un peu trop montrer que d’une manière ou d’une autre il « veillait » sur cette « gamine insupportable et chouchoutée ». Tristan lui tourna le dos, ramassa sa hache et s’éloigna, prononçant quelques mots tout bas, certain qu’il l’entendrait s’il avait l’ouïe de la petite demoiselle.

- Alors t’attends quoi ? La décevoir c’est la seule chose que je sache faire.

Et c’était vrai. Pour lui du moins. Il ne faisait que la décevoir… Tout le temps et ça le minait sérieusement même s’il faisait bonne figure. Par contre s’il ne s’arrêta même pas il fronça de nouveau les sourcils quand il parla d’Arianna. Allons bon… Il avait appris que c’était elle qui les avait vus s’embrasser et il lui en voulait ? A quoi bon… Elle n’avait fait que raconter ce qu’elle avait vu. Si ça le gênait il ferait mieux de ne pas embrasser la fiancée d’un autre.
Il se retourna finalement mais Kalec n’était plus là. Haussant les épaules bien que perturbé par ce que lui avait dit l’étrange garçon Tristan se contenta de travailler et d’oublier dans le labeur les sombres pensées qui le torturaient si souvent…
Comme promis, après son travail qu’il avait fini de nouveau rapidement il rentra s’occuper de planter les graines reçues et quand Cassidy rentra bien plus tard car ayant eu une longue journée cette fois-ci, elle put découvrir le potager installé dans la grande verrière, les rangées de fleurs qui commençaient déjà à s’ouvrir, le cerisier qui magiquement alimentait avait en quelques heures à peine déjà tellement grandi que c’était un petit arbre à la place de la graine… Tristan en avait profité pour détourner comme il le souhaitait un petit cours d’eau sous-terrain qu’il avait fait émerger progressivement dans la verrière et qui était bien réchauffé par le soleil qui tapait à l’intérieur. La verrière se remplissait de verdure, de plantes grimpantes et de couleur tandis qu’autour d’elle tout n’était que neige.
Le jeune homme n’avait pas lésiné et était allongé de tout son long sur le banc quand Cassidy rentra. Il venait probablement d’arrêter car son torse était encore luisant de sueur. Quand il l’entendit il se redressa et vint rapidement la rejoindre, Zénith sur ses talons, tous deux ravis de la voir. Il lui expliqua tout ce qu’il avait fait, lui parla de l’altercation avec Kalec et du sous-entendu qu’il avait cru comprendre. Celui-ci semblait bien parti pour les laisser en paix finalement… Au moins pendant un temps.

Effectivement Kalec ne se manifesta plus auprès de Cassidy dans les jours qui suivirent.
Cassidy semblait beaucoup plus apaisée d’ailleurs ce qui n’échappa pas à son compagnon. Ils découvrirent ensemble une utilité du bracelet que lui avait offert le garçon. Etait-ce son utilisation première ou une conséquence de l’utilisation justement ? Difficile à dire mais l’étrange bijou semblait répondre au désir qui agitait la jeune femme quand elle brillait, lui manifestant par des espèces de pincements brûlants dont la variation était bien particulière quand son corps risquait de la lâcher et l’envelopper à nouveau de ténèbres.
Elle ne s’en rendit pas compte immédiatement mais suite à un nouvel endormissement alors qu’elle avait noté les mêmes effets la première fois qu’elle avait porté le bracelet. Elle lui en parla et il suivit docilement pour essayer, tout à fait d’accord pour des câlins osés après tout… Surtout si ça pouvait les aider à « briser la glace ».
La première fois que cette limite empêcha Cassidy de s’évanouir ils s’embrassaient passionnément depuis un bon moment mais Tristan semblait sur ses gardes. Elle rit, amusée devant sa tête en lui demandant de ne pas y penser, de se laisser aller voilà tout. Il sourit, obéi, très occupé à la couvrir de caresses de plus en plus osées et tentatrices. Il avait doucement glissé ses lèvres sur la peau de son visage, de sa gorge, de sa poitrine et déposait de multitudes de petits baisers sur son ventre, les mains très occupées à le seconder quand la petite demoiselle qui avait une main dans ses cheveux se crispa brusquement et porta son autre main à son visage pour le retenir, le souffle court, murmurant tout bas, si difficilement un « stop Tris » qui sonnait un peu trop comme une supplique.
Il s’arrêta aussitôt, restant appuyé contre son ventre, parfaitement immobile alors que la lumière devenue plus vive de la peau de la jeune femme faiblissait puis s’éteignait progressivement, mais tout en douceur cette fois-ci. Lui-même avait serré fortement ses mains sur le drap pour faire face à la frustration, sans trop le lui montrer. D’ordinaire elle était inconsciente, il était seul… Il pouvait grogner, râler, pleurer de frustration mais là… Elle avait toujours une main dans sa nuque, il la sentit frémir alors qu’elle murmurait tout bas un « désolée » d’une voix étrange. Il releva les yeux pour voir les siens brillants de larmes. Ni une ni deux il rabaissa la tête pour mordre, délicatement, la peau de la cambrure du côté droit de sa taille. Surprise elle sursauta en grognant aussitôt. Il releva la tête, se redressa pour se glisser au dessus d’elle.

- Fais gaffe… Chaque fois que tu oseras t’excuser pour « ça » je te mordrai… Moi ça ne me dérange pas… J’adore te mordre… mais j’aimerais autant ne plus entendre ce vilain mot… Du moins dans tel contexte...

Il lui fit un clin d’œil. Il ne lui en voulait pas, pas le moins du monde et il espérait qu’elle le comprenait, au moins un peu. Sans lui laisser le temps de répondre il l’embrassa, lui murmurant tout bas qu’il était heureux qu’elle ne s’évanouisse pas, qu’elle ne le « laisse pas seul » cette fois. C’était si sincère. Il s’allongea à ses côtés mais vint blottir sa tête dans le creux de sa gorge alors qu’elle lui caressait les cheveux. Il s’endormit aussitôt, apaisé par sa caresse alors qu’il lui fallait tellement de temps jusqu’alors pour faire taire les pulsions violentes qui agitaient son corps.

Ils essayaient…
Loin de se décourager ils essayaient de plus en plus et semblaient satisfaits des limites de la petite demoiselle qui semblait s’éloigner un peu plus chaque jour. Le fait que son bracelet la prévienne ainsi de sa « faiblesse magique » apporta néanmoins un énorme inconvénient… Celui du manque de prudence de son compagnon qui prenait un malin plaisir à venir la voir aussi souvent que possible au travail pour la tenter dans la remise, derrière l’auberge près du bois de chauffe, etc. par surprise, par jeu… Il s’amusait bien à la torturer quelque peu alors qu’il se torturait par la même occasion. Si elle était frustrée, lui aussi évidemment, le fait qu’elle reste consciente les rassuraient tous deux et ils tenaient chaque jour à mieux s’en « assurer » et puis ces premières caresses n’avaient rien de désagréables… Ce n’était que la frustration résultante qui était désagréable, elle…
Elle progressait aussi avec sa forme de dragon et Tristan se doutait que ce n’était pas un parallèle innocent. Ce fut difficile au début mais il s’émerveilla devant ses progrès et sa maitrise d’elle-même. Ils méditaient ensemble de temps à autre et elle put remarquer les progrès énormes du jeune homme incapable de méditer quand elle l’avait connu. Il n’agissait pas comme elle mais se plongeait à une vitesse ahurissante dans un état second. Peut-être sa nature lui permettait d’elle d’accéder à un niveau de conscience différent, autre… naturellement. Il fallait juste lui donner quelques bases… Qu’elle lui avait enseigné avec brio d’ailleurs !
Il savait bien qu’elle n’était pas à l’aise avec sa forme de dragon et il mesurait chacun des énormes efforts qu’elle faisait pour lui, pour eux, se jurant de ne jamais considérer comme « normal » tout ce qu’elle faisait pour leur couple. Admiratif, muet devant la fierté qu’il ressentait pour elle, il ne trouvait jamais le courage de lui dire réellement ce qu’il ressentait à chaque fois qu’il voyait la crainte et la haine se disputer dans ses beaux yeux sombres, la magie crépiter autour de son corps mince, si puissante, à chaque fois qu’elle luttait contre l’instant de le foudroyer sur place. Par amour. Tout ce qu’elle faisait par amour. Il ne disait rien et pouvait laisser croire que c’était normal tout ça, naturel qu’elle fasse tous ces efforts… Si ce n’est le mot qu’il prononçait à chaque fois, tout bas quand il reprenait sa forme humanoïde et venait enlacer le corps mince et tremblant à cause des efforts fournis. « Merci ». Il le disait tout bas à son oreille, dans un murmure qui chaque fois la faisait frémir. La première fois justement, elle avait levé les yeux vers lui, surprise, ne comprenant pas. Il l’avait juste regardée sans rien dire et soit elle n’avait pas voulu gâcher le regard plein d’amour et de tendresse qu’il posait sur elle, soit elle avait compris, instantanément, tout ce que signifiait ce tout petit mot…

Ils progressaient. Pour le dragon. Pour leur intimité aussi même si c’était loin d’être ça encore et si leurs pulsions les laissaient tous les deux si affamés… Tristan continuait de compenser la frustration par un travail acharné. Le chalet devenait vraiment magnifique et leur confort s’améliorait de jour en jour. Peu après le colis de Maud ils en reçurent un nouveau et Tristan fut tout joyeux de déposer une dizaine de livres dans les bras de la petite demoiselle, livres qu’il avait apparemment commandés en douce… Certains parlaient de magie, d’autres de faune et flore des royaumes du nord pour pimenter un peu leurs promenades, de paysages à découvrir histoire de booster leur motivation à revoler ensemble… Il y avait même deux romans d’aventures !
Grâce au fertilisant magique les plantes avaient vite grandi et poursuivaient une croissance normale. Seul le cerisier avait bénéficier lui d’un coup de pouce exceptionnel et était devenu un véritable arbre en quelque jour avant d’arrêter de pousser et de prendre la vitesse de croissance de tout arbre normal. Il avait encore de la marge avec la verrière… Tristan entreprit d’ailleurs bien vite la construction d’une balancelle pour le moins confortable pour sa petite « princesse », jugeant que ce serait un agréable moment de détente que de se balancer doucement ainsi au bruit de l’eau qui coulait entre les pierres…

Le jeune homme travaillait énormément. Trop la plupart du temps. Quand il ne partait pas le matin pour couper du bois il se rendait plus tôt à l’atelier mais agissait tellement naturellement qu’il n’y avait pas de doute à avoir quant à ses intentions. Il voyait souvent Arianna, beaucoup même et ils semblaient bien s’entendre tous les deux. Son comportement n’ayant pas le moins du monde changé difficile de suspecter le moindre égarement de sa part avec la belle rousse... Certaines femmes à l’auberge pourtant eurent le culot en bavardant entre elles d’avancer qu’ils iraient « bien ensemble »… C’est qu’ils semblaient très à l’aise et elle riait souvent à ce qu’il disait, même quand ce n’était pas particulièrement drôle d’ailleurs. Mais ce n’est pas pour rien que Kalec avait lancé cet avertissement étrange à propos de la rousse. Pourtant Tristan continuait de lui faire confiance.

Tristan était rentré depuis peu quand il sentit l’odeur de sa fiancée. Ravi il déposa le tas de bois qu’il venait de rentrer dans la grande caisse à côté de la cheminée et alla lui ouvrir la porte, lui sautant à moitié dessus ! Ou plutôt s’emparant aussitôt d’elle. Ces derniers jours à chaque fois qu’il la voyait il agissait exactement comme s’ils avaient été séparés durant des jours ! Très occupé à la soulever au-dessus du sol et à déposer un long baiser sur ses lèvres il ne remarqua pas sa mine soucieuse. Il était en train de déposer des baisers dans son cou apparemment très enclin pour une nouvelle tentative coquine, comme il l’était un peu trop d’ailleurs ces derniers temps, mais il s’interrompit en remarquant qu’elle ne lui rendait pas ses caresses et ne le repoussait pas gentiment comme chaque fois qu’elle voulait l’embêter. Elle voulait lui dire quelque chose… Surpris il s’arrêta, lui sourit en la reposant au sol lui proposant d’aller s’asseoir pendant qu’il leur préparait un thé. Il revint rapidement avec deux tasses et la théière fumante. Il vint s’asseoir à côté d’elle alors qu’elle s’était mise en tailleur sur le canapé. Il remarqua bien cette fois ses beaux yeux sombres plein de doute et de gêne. Allons bon… Qu’avait-elle ?

- Cassy ? Un problème ? Si c’est à cause du surf je suis désolé hein… Mais aujourd’hui je peux venir avec toi et demain aussi !

Elle l’interrompit en prenant doucement ses mains et il pencha légèrement la tête en l’écoutant. Elle lui expliqua pour le forgeron et il se mit à sourire avec tendresse, retrouvant bien dans son attitude de « service » la petite demoiselle si gentille qui se souciait tant des autres. Pourquoi donc faisait-elle cette tête ? Il ne pouvait décemment pas lui en vouloir d’être une personne si agréable. Elle ajouta que le forgeron pourrait améliorer son arme. Surpris il haussa un sourcil, d’autant plus amusé et touché qu’elle se soucie tant de lui. Bien sûr il ne confierait jamais le dernier cadeau de son maitre qui était une arme absolument parfaite à n’importe qui… Et il savait qu’elle en avait conscience. Le forgeron de ce village était néanmoins réputé, vraiment, même s’il aimait rester discret… Il voulut prendre son visage entre ses mains pour l’embrasser et la remercier en lui rappelant que ce n’était pas nécessaire, qu’il n’avait besoin de rien si ce n’est d’elle. Mais elle avait déjà accepté après tout donc il allait juste l’embrasser et la remercier en geignant sur sa prochaine absence dont il ignorait la durée. Sauf qu’elle ne lui laissa rien dire… Elle s’exprimait sur un… souci ? Intrigué il l’entendit alors prononcer de nouveaux mots. Kalec… Ce serait avec Kalec.
Les mains qu’elle tenait se crispèrent légèrement alors qu’il détournait la tête d’elle, fixant le vide derrière elle. Il avait parfois cet étrange regard, semblant se perdre complètement dans ses pensées, totalement ailleurs et sourd au reste du monde. Un jour il lui avait fait peur en restant dans cette parfaite immobilité et fixité pendant près d’une heure, sans même ciller ! Pourtant il semblait aller très bien à chaque fois…
Il soupira, la regardant finalement en souriant, secouant légèrement la tête. Il prit comme il l’avait voulu son visage entre ses mains et déposa un baiser éphémère sur ses lèvres.

- Eyh princesse… Ca va.

Là elle le regardait bizarrement, il se mit à rire devant sa tête et l’embrassa une nouvelle fois, prenant un moment pour regarder son joli visage entre ses paumes brûlantes, la cicatrice qui persistait à son œil…

- J’ai confiance en toi, je te l’ai dit… Si tu ne veux pas faire ce voyage rien ne t’y oblige, même si tu t’es « engagée » auprès du forgeron, je peux aller lui parler. Je n’ai besoin de rien moi donc c’est pour toi… Mais si tu as envie de bouger un peu, de rendre ce service, ça ne me gêne pas… Tu pourrais en apprendre davantage sur Kalec… Après tout il ne t’a causé aucun tort depuis un moment et il t’a sauvée ou aidée à de nombreuses reprises… S’il avait voulu te nuire il t’aurait laissée… Vous vous ressemblez tous les deux et même si tu as raison à propos de vous deux encore une fois j’ai confiance en toi et s’il avait voulu te séduire il l’aurait fait depuis longtemps tu ne crois pas ? Parce que lui aussi doit le ressentir si vous êtes liés… Ne fais pas cette tête… Je n’aime pas plus que ça l’idée que tu sois toute seule avec un autre homme mais il te ressemble et c’est… important de se rapprocher un peu de ceux qui peuvent comprendre ce qui t’arrive… Non ? Tu en aurais pour quelques jours j’imagine… Maud m’a envoyé les cristaux que lui avait remis Eleyna… Ce sont des cristaux de communication, je les ai reçus aujourd’hui, on pourrait les tester… Et si jamais tu décides de partir on sera en communication tous les soirs… Ils fonctionnent essentiellement avec l’énergie lunaire et stellaire…

Ils parlèrent longtemps. Il ne réagissait pas du tout violemment et prenait la nouvelle avec plus de calme qu’autre chose au contraire. A croire qu’il n’avait vraiment pas peur et faisait entièrement confiance à la jeune femme. Sans doute était-ce un des effets des sentiments qu’il avait pour elle… Bien entendu, la savoir seule avec un autre homme, avec cet homme qui l’attirait ne lui plaisait pas des masses…Surtout qu’eux deux n’avaient toujours pas pu recoucher ensemble. Bien dommage… Il aurait adoré lui prouver à quel point il pouvait être amant attentif et performant, histoire de lui rappeler à quel point il lui manquerait quand elle serait partie si elle décidait de partir.
Il lui rappela pour la énième fois qu’elle faisait ce qu’elle voulait, qu’elle était libre de ses choix et qu’il ne commandait absolument pas sa vie… sauf quand elle faisait des bêtises, mettait sa vie en danger… ou s’amusait à porter quelques tenues un peu dénudées devant lui à simple dessein de le torturer gentiment. Récemment il lui avait demandé de ne pas aller surfer justement et elle avait insisté en disant qu’elle serait prudente, qu’il y avait du beau temps etc. Mais les sens du jeune dragon le prévenait qu’une petite tempête risquait d’éclater et il s’y était opposé farouchement. Boudeuse elle l’avait d’abord ignoré quelques minutes avant de se décider à mettre une tenue pour le moins… provocante pour les pulsions du pauvre jeune homme et à se promener dans le salon pendant qu’il bricolait, le laissant à peine l’embrasser et l’effleurer. Odieuse tentatrice ! Ce jour-là elle l’avait beaucoup embêté même si elle se torturait par la même occasion mais elle avait bien pu voir la flamme de désir qu’elle allumait d’un seul geste, dans les yeux de son cher et tendre.

Finalement pour changer de sujet et parce qu’il voulait qu’elle prenne le temps de réfléchir sans pression, même s’il se doutait bien qu’elle irait vu qu’elle s’était déjà « engagée » et qu’elle ne revenait jamais sur un engagement, beaucoup trop loyale pour cela, ils allèrent surfer. Elle avait réussi à le convaincre de s’y mettre un peu avec elle… Se souvenant de ses paroles maladroites comme quoi ils se voyaient peu il se rendait plus disponible même s’il avait toujours l’air aussi fatigué… Il s’était fabriqué rapidement une planche, y accordant beaucoup moins de soin qu’il n’en avait mis pour confectionner celle de la jeune femme. Elle avait déjà une sacrée avance sur lui mais heureusement il apprenait vite et puis elle expliquait vraiment bien. Ils commençaient à bien s’amuser ensemble dans les descentes même s’ils n’en abordaient pas des trop pentues encore. Il n'était pas aussi fan qu'elle de ce sport et semblait surtout l'accompagner pour lui faire plaisir et partager ce moment avec elle. Surtout, il avait rapidement argué que c'était un excellent entrainement pour lui... Ils descendaient ensemble mais elle grimpait sur son dos tandis qu'il remontait la pente à bon rythme. C'était épuisant mais ça avait le mérite de bien faire travailler les muscles du jeune homme et elle veillait à ce qu'il prenne soin de son corps ! Après tout elle en tirait un intérêt certain !!!
Après moult essais infructueux et des demandes presque suppliantes il avait réussi à lui faire porter les lunettes qu’il lui avait un jour offert pour voler avec lui. Elle avait rechigné beaucoup avant d’accepter de les porter puis depuis plus rien… C’est que ça protégeait bien ses yeux et des projections et du soleil qui se reflétait, aveuglant, sur la neige. Mais pour rien au monde elle n’aurait admis que son petit ami avait raison. Lui était naturellement et biologiquement surtout protégé… Bien sûr le surf ne valait pas le vol, et encore moins pour le grand jeune homme mais à la sensation du vent qui fouettait son visage un sourire épanoui étirait chaque fois ses lèvres. Cet élément l’avait décidément bien choisi pour être l’un de ses fils…

Ils finirent par rentrer alors que la nuit était tombée. Il avait arrêté de surfer bien avant elle, s’allongeant dans la neige pour observer le ciel s’obscurcir et les étoiles naitre dans l’immensité bleutée. Elle semblait comprendre l’attachement qu’il avait pour ces moments-là, pour son envie de voler aussi car elle ne l’interrompait jamais et le poussait plus que de raison à aller voler. Il obéissait souvent même s’il restait très raisonnable. Depuis qu’il revolait ses marques qui semblaient devenues moins brillantes, luisaient, presque aveuglantes quand un rayon de soleil les accrochait…
Ils s’étaient installés dans un bain brûlant avec des biscuits et du vin et il lava tendrement ses cheveux alors qu’elle réfléchissait toujours… Le moment du départ viendrait vite… Ils n’avaient plus été séparés depuis un bon moment déjà. Comment vivraient-ils cette distance ? Ca… ça pouvait être intéressant… Mais ils avaient les cristaux cette fois. Tristan était censé en avoir en tant que lieutenant depuis un moment mais ils étaient très difficiles à réaliser. S’ils pouvaient permettre de communiquer avec une personne très lointaine cela requerrait plus de puissance et celle-ci venait de la canalisation de la magie autour d’eux et en particulier de celle des étoiles et des lunes. Communiquer de jour était possible mais bien moins performant. Il déposait de petits baisers sur ses épaules depuis quelques minutes déjà sans obtenir de réponse quand elle sembla elle aussi émerger de ses pensées ou d’une communication avec Alanir, il ne savait pas trop, elle ne parlait plus vraiment de son compagnon dragon.

- Ah euh pardon… Tu disais quoi ?
- Je te demandais juste si tu te croyais prête à partir pour quelques jours avec Kalec et surtout si tu le « voulais »… Si tu ne veux pas répondre maintenant pas de problème… Tu sais que je t’écoute au besoin… Ou ton amie bergère… Miya… Je n'ai pas été super quand on l'a vu ensemble... On devrait l’inviter à venir manger demain soir... Je dois chasser… je pourrais cuisiner, non ? Si ça te dit...  
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