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 Un autre monde, une autre histoire

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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 24

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Un autre monde, une autre histoire   Ven 5 Fév - 20:00

On connaît tous l’histoire de la vaillante Cassidy, la petite mage prodige qui avait attiré l’attention d’un vénérable mage. Celle qui avait parcouru chemins et montagnes à la recherche de connaissance. La directrice d’une école pas comme les autres et totalement originale. La demoiselle avec le cœur sur la main, aidant les démunis dans le besoin. Et une fiancée admirable pour un certain Drakkari…

Mais si le passé avait été modifié, qui pouvait prévoir l’ampleur des évènements futurs ? Personne…

Tristan et Cassidy avaient vécu une enfance normale mais chacun avait pris une route différente. Lui pour devenir chevalier Cheistam et elle, épouser la voie des mages. Elle était allée à cet évènement si important pour tout apprenti, en espérant qu’un mage ou qu’un maître de la magie la prenne sous son aile. Malheureusement, personne ne fut emballé par la petite bouille craquante de la demoiselle. Elle ne devait pas être si intéressante que ça.

C’est donc déçue qu’elle rentra à son village, seule. Ses anciens camarades de classe étaient partis par des routes différentes. Certains reprenaient le commerce de leur parents donc restaient au village. Mais d’autres se voyaient guerriers, aventuriers, conseiller d’un noble… Cassidy, qui ne voulait pas laisser tomber la voie de la magie, voulait tenter de parcourir les villes jusqu’à trouver un maître qui voudrait bien elle. Seulement à 14 ans, les routes sont dangereuses, les chemins peu sûrs. Ses parents refusèrent catégoriquement de la laisser partir. Une demoiselle sans aucune expérience certaine serait une proie facile, surtout si elle était seule.

Les trois années suivantes elle resta au village avec ses parents, aidant à tenir leur boutique. L’activité étant la poterie, ils tentèrent de l’initier à ce métier. Seulement la jeune femme était terriblement maladroite et pas vraiment douée de ses mains. Les pots brisés se multipliaient et elle avait l’inspiration artistique d’une mouette. Cassidy s’ennuyait ferme dans son village. La magie lui était interdite et personne ne pouvait lui apprendre quoi que ce soit. Mais à chaque fois qu’un mage passait par chez eux, elle le suppliait de la prendre avec lui. Personne n’accepta. Elle tenta alors d’apprendre dans son coin mais sans aide, rien ne marchait.

Elle finit par partir à Galaden à l’âge de 17 ans. Il y avait une offre concernant un travail dans une petite bibliothèque. Jordeth avait tout de suite recommandé sa fille. Il se doutait bien qu’elle n’était pas heureuse dans sa vie actuelle. Le papa savait également que la jeune femme aimait beaucoup la lecture, les livres de la bibliothèque du village ne la satisfaisant plus. C’est tout naturellement qu’il l’avait proposé. C’est ainsi que Cassidy partit en direction de Galaden une nouvelle fois. Elle n’oublia jamais son objectif premier, celui de devenir mage. Si le travail à la bibliothèque était intéressant, elle utilisait ses temps libres pour se renseigner sur les mages vivants dans la cité. Et peut-être caresser l’espoir de devenir ce qu’elle aspirait. La demoiselle devenait bien jolie et sa détermination forçait le respect. Gentille, polie et respectueuse même si elle était plutôt discrète et timide. En effet, elle ne sortait pas souvent de sa bibliothèque, à part pour rentrer chez elle. Solitaire, Cassidy ne se faisait pas vraiment remarquer. On lui avait bien proposé de venir boire un verre plusieurs fois mais la demoiselle avait toujours décliné. Car une fois la fin du travail arrivé, elle s’enfermait chez elle avec des livres de magie, cherchant à comprendre comment ça fonctionnait.

Les jours passèrent… Les semaines passèrent… Les mois aussi… Mais elle ne trouva personne. Soit on trouvait qu’elle était bien trop vieille, soit la plupart des mages trouvaient qu’elle n’avait aucune prédisposition à la magie. Pas de magie, pas de don… Qui voudrait d’une fille sans aucun talent ? Personne… Cassidy se renseignait beaucoup dans les livres. Elle voulait apprendre d’elle-même. Malheureusement elle manqua de mettre le feu à la bibliothèque et ses tentatives se soldaient échec par échec.

Elle décida donc de quitter Galaden et malgré l’interdiction de ses parents, s’engagea sur les routes. Parcourant les villes, les villages, les hameaux, les cités… Ne perdant jamais son objectif de vue. On devait quand même reconnaître qu’elle était déterminée. Mais voyager seule, même avec un peu d’argent, n’était pas la vie rêvée qu’elle avait espéré. Il fallait qu’elle trouve toujours un petit travail pour gagner quelques piécettes afin de payer l’auberge et la nourriture. Et puis voyager sur les routes seule c’était… dangereux. Elle en fit les frais plusieurs fois. Personne n’était là pour la secourir. Pauvre petite fille têtue…

Elle voyagea longtemps, loin, très loin. S’aventurant hors des territoires Cheistams. Il lui arriva bien des choses jusqu’à 25 ans. Beaucoup de choses, mais très différentes de son parcours de sa vie alternative. Ses parents recevaient des courriers mais elle restait plutôt vague. Elle racontait qu’elle allait bien, bref des banalités.

Et puis un jour, par un beau hasard, elle décida de rentrer à la maison après tant d’années passées dans le flou. Elle avait écrit comme quoi un homme partageait sa vie désormais et qu’il serait bien qu’ils fassent connaissance. La veille de son arrivée, les parents de Cassidy étaient passés chez les parents de Tristan pour prendre le thé et parlaient avec animation de leur fille. En effet, les deux familles continuaient de se tenir au courant au sujet de leur enfant respectif et pour une fois que Marilyn avait quelque chose à raconter, elle ne s’en privait pas. De la joie de revoir la jeune fille qui avait encore eu le temps de mûrir, de pouvoir lui poser des questions sur ce qu’elle était devenue.

Elle était revenue… mais bien différente de sa version parallèle. Il y avait de quoi choquer et pas qu’un peu. La demoiselle était arrivée très discrètement dans la cuisine. Marilyn s’appliquait à préparer un gâteau avec beaucoup d’attention. La jeune femme inspira profondément avant de se manifester.

- Bonjour…

Marilyn sursauta en entendant sa fille et se précipita vers elle, la serrant dans ses bras.

- Cassy ! Enfin ! Si tu savais comme je suis heureuse de te retrouver… Tu nous as tellement manqué… Fille indigne, pas même de nouvelles ! Alors ça se passe bien ton travail à la bibliothèque ? Ou tu as changé de métier ?

Sauf que lorsque Cassidy s’écarta, Marilyn resta… perplexe.

La demoiselle avait… changé et pas qu’un peu. Elle était toujours certes petite, certes blonde comme les blés avec des yeux marrons noisette mais son corps avait subi de profonds changements. Elle ne portait pas de robe mais une tenue bien plus cavalière. Un pantalon en cuir moulant avec une paire de bottes montantes assorties. Une tunique bouffante et aux manches courtes. Des brassards en cuir qui entouraient ses fins avant bras. Mais le plus choquant restait son visage. Deux oreilles pointues qui montraient clairement qu’elle n’était pas tout à fait humaine mais pas elfe non plus. Une cicatrice profonde qui entaillait son œil droit, œil qu’elle avait toujours heureusement. Ses cheveux dorés étaient regroupés en une queue de cheval désordonnée. Elle avait plus la dégaine d’une  paysanne plutôt que d’une mage. Son corps s’était aussi adapté à sa nouvelle vie. Plus maigre mais élancé. Ses tâches semblaient être assez éprouvantes.

Et le plus important, elle ne souriait pas. Son regard donnait l’impression qu’elle avait traversé des épreuves particulièrement douloureuses même si on pouvait voir une certaine fierté. Marilyn resta un moment silencieuse jusqu’à ce que Cassidy penche lentement la tête sur le côté.

- Quoi ? Y a un problème ? Tu n’es… pas contente de me voir ?

Marilyn fit une courte pause avant de se rapprocher de Cassidy et la serrer dans ses bras.

- Bien sûr que non, tu es ma petite fille, pour rien au monde je ne te repousserais…

Il y avait eu ensuite cette petite fête qui était bien plus spéciale que prévue. Les parents de Cassidy, malgré le fait qu’elle ne soit pas devenue une talentueuse mage, étaient toujours fières de leur petite princesse et même si, elle travaillait dans une bibliothèque, faisant un travail banal. Mais beaucoup de personnes furent choquées en reconnaissant Cassidy. Certes elle ne prenait pas soin de son apparence avant mais là c’était encore pire ! Même sa tenue était masculine. Cela jeta un froid à l’assemblée et c’était plutôt des regards de compassion qui agitaient la foule. Cassidy semblait ne pas y faire attention. Elle s’en fichait très clairement et mâchonnait un gâteau dans son coin. Sauf qu’une voix s’éleva et sortit un compliment… qu’elle était la plus belle fille du village. Cassidy ne s’était même pas retournée, ne se sentant pas concernée.

Eve, car c’était bien elle, la maman de Tristan, s’approcha gentiment de la demoiselle pour lui donner une petite tape sur l’épaule.

- Allo Cassidy ! Ici Ascadian, vous me recevez ?

La demoiselle sursauta un peu puis tourna son regard vers Eve.

Ah heu bonjour…
Bah alors petite bouille ? La plus belle fille du village c’est bien toi
Hum… je pense que vous vous trompez, je n’ai rien de…
Spécial ? Oh crois moi que si ! Ce n’est pas parce que tu te dissimules sous cette tenue que tu ne dégages pas quelque chose de différent des autres filles d’ici

Cassidy ne dit rien et continua de manger son gâteau, pas vraiment convaincu par ce discours mais elle s’efforça de sourire. Eve continua sur sa lancée et parla de piano.

Ah désolé mais… ça fait un moment que j’ai arrêté.
Vraiment ? C’est dommage…
Mais je chante maintenant… enfin c’est une occupation comme une autre
C’est fantastique ! Tu devrais nous faire écouter


Voyant la gêne de Cassidy, Eve changea de sujet et parla de Tristan. Tout ce qu’il avait fait, ce qu’il était devenu… qu’il était commandant. Tristan… oui ce petit garçon qui ne faisait que se chamailler avec elle, ce gamin turbulent qui faisait rire tout le monde. Apparemment il avait eu sa happy end lui. Cassidy continua de manger son gâteau tout en écoutant d’une oreille distraite alors qu’Eve déclara qu’il était toujours célibataire et qu’elle pouvait toujours réfléchir. Elle avait dit ça sur le ton de la rigolade. Cassidy ne répondit pas mais se permit une grimace.

Elle déambulait dans le village à tout hasard. Pas vraiment de but. Le discours d’Eve était surprenant. Bon en même temps, normal que la maman soit fière de son fils. Tristan… Tristan… LE gamin à qui tout réussit… mouais… ça l’écoeurait. Il y avait des personnes qui avaient tellement de chance… Au fond d’elle, la demoiselle était jalouse. Oui bien jalouse de voir que malgré tous ses efforts, rien n’avait abouti. A part peut être la rencontre avec son compagnon. Même si au début c’était très houleux entre eux.

Quelqu’un l’appela. Elle ne se retourna pas et continua sa route. Mais la personne s’approchait d’elle et se plaça en face. La demoiselle leva les yeux. Devant elle se tenait Tristan. Cassidy arrêta de marcher pour l’observer. Lui aussi avait changé. Oreilles pointus mais encore un style différent d’elle, marques dorées sur le visage. Il semblait vraiment très heureux. Cassidy cilla un instant en le regardant. Mouais… Il était souriant, se permit même un petit compliment alors que bon, il y avait déjà plus présentable qu’elle. Elle finit par lui répondre comme si elle s’ennuyait, regardant délibérement ailleurs.

 « Merci c’est gentil… J’ignorais que cette tenue était faite pour mettre en valeur mais si tu le dis… »

Elle tourna alors la tête vers lui. Plongeant son regard noisette dans le sien, d’un air rempli de défi mais également d’amertume.

 « Ainsi donc te revoilà par ici ! Tu as bien changé toi aussi… Bon t’as pris en muscles… J’ai beaucoup entendu parler de tes exploits. Ta mère n’a pas arrêté de me bassiner avec ça… »

Elle croisa les mains dans son dos et s’approcha de lui, de manière à se mettre sur son flan.

 « Tu es devenu chevalier Cheistam assez rapidement. Tes prouesses et ton talent ont séduit tes camarades et tes supérieurs. On t’as fait gravir les échelons bien plus rapidement que n’importe quel soldat normal… Et finalement tu es devenu… commandant »

Ton dédaigneux alors qu’elle prononçait ce mot. Il était peut être habitué à voir les demoiselles baver devant lui en annonçant son titre, de voir des étoiles dans les yeux et un air rêveur. Elle secoua lentement sa tête et remis une mèche rebelle de cheveux blonds derrière son oreille.

 « Massacrer les Käars, sauver la veuve et l’orphelin… voilà un travail qui m’a l’air bien… palpitant »

Le mot palpitant avait été dit avec un ennui certain. Apparemment ce genre de choses ne l’intéressait pas du tout. Elle se recula alors tout en restant face à lui, faisant une grimace ce qui laissa entrapercevoir ses canines légèrement plus affûtées.

 « Si tu veux bien m’excuser, l’humble paysanne du bas peuple va gentiment retourner à ses affaires. Contente de t’avoir vu… Messire Parfait »

Appuyant avec insistance sur le mot « Parfait », une pointe d’ironie dans le ton de sa voix, la demoiselle s’inclina en forçant sur le mouvement comme si ça ne l’enchantait pas le moins du monde. Elle avait tourné les talons sans dire un mot de plus, le laissant en plan. Marilyn qui avait tout entendu, s’était approchée de Tristan, un air gêné sur le visage.

- Vraiment désolé Tristan… Elle… elle est rentrée hier mais… enfin bon c’est un peu compliqué. Cassidy n’est pas rentrée depuis 10 ans à la maison. On n’a jamais vraiment eu beaucoup de nouvelles. Enfin contrairement à toi elle n’a pas réussi à suivre son rêve. Alors excuse là s’il te plaît… je pense qu’elle est encore un peu chamboulée mais ça devrait aller mieux d’ici quelques jours

Cassidy était assise sur son lit et faisait sauter distraitement un cristal dans ses mains. Oui elle avait vu, Tristan avait beaucoup changé. En bien. Il n’était plus le camarade chamailleur, prêt à l’embêter. Il semblait avoir gagné en maturité. Le jeune homme avait également gagné en virilité. Cela lui semblait évident que les conquêtes se pressaient à son portail. Il avait ce petit quelque chose qui le rendait spécial, dans ses yeux. Elle ne s’était jamais vraiment intéressé à qui que ce soit

Elle se mordilla doucement la lèvre inférieure avant de jeter le cristal contre un mur d’un geste sec. Celui-ci rebondit dessus avant de retomber dans sa main. Elle chuchota entre ses dents.

 « Non mais regardez le se pavaner ce paon… Pfffff »

Cassidy soupira puis s’allongea sur son lit, croisant ses bras derrière sa tête et regardant le plafond.

Passant une nuit très tranquille, Cassidy se leva aux aurores le lendemain matin. Elle ouvrit la fenêtre de sa chambre et sauta sans faire de bruit. Le village était encore tout endormi. La rosée était visible sur les plus grandes tiges des herbes, l’air était frais même si la chaleur arriverait avec le soleil. Tout était calme, silencieux. Agilement elle se dirigea vers une petite forêt qui était collée au village. Elle aimait bien passer par là quand elle était adolescente. S’isoler loin du reste du monde, réfléchir aux raisons de ses échecs… ça lui permettait de l’apaiser un peu.

Elle traversa la forêt dont une partie avait poussé sur une colline. La jeune femme se retrouva rapidement au sommet et alla s’installer contre un arbre. Le soleil apparaissait toujours en face d’elle et c’était un moment vraiment… magique à défaut de faire de la vraie magie. Elle sortit un cristal de sa main et commença à se concentrer dessus. Mais rien ne vint. Soupirant, elle s’adossa contre l’arbre et ferma les yeux, respirant doucement.








Ce n’était qu’un nom de plus. Parmi tant d’autres noms. Avec le temps ils avaient commencé à se flouter dans mon esprit, les visages aussi et ce que je devais ressentir pour eux. Ils m’avaient appris à ne pas résister, à ne pas les retenir, m’expliquant qu’il était impossible de le faire, que ça ne servait à rien. Les noms s’étaient mélangés, les visages aussi. Le nombre de mes conquêtes m’avait appris la réelle raison de cette demande d’oubli. Se souvenir de toutes n’était pas possible, de leur spécificité, de leur originalité encore moins. Des noms parmi d’autres, ne restait que le souvenir d’un moment plus ou moins agréable, la sensation pernicieuse d’un insatisfait aussi…
A ces noms s’ajoutaient ceux du passé, ceux d’avant mon changement.
Ils m’avaient appris comment faire, comment gérer toutes ces étranges informations, ces stimuli incessants à la moindre de mes rencontres. Ils m’avaient appris que mon passé était mort et moi aussi avec lui. En entendant les gens autour de moi, proches ou non, parler de leur enfance, parler de souvenirs heureux ou tristes je me rendis vite compte du néant qu’était ma mémoire passée. Quelques souvenirs, rares, rangés dans des boites, bien fermées, mal étiquetées souvent, dénuées de tout sentiment. J’aurais probablement dû me sentir triste, triste de ne pas me souvenir de mes anniversaires, de la fierté de ma mère, de mes découvertes d’enfant, de mes joies, de mes peines, de mes rêves et mes cauchemars, mais je ne ressentais rien. C’était bien le but de tout ceci j’imagine. Cette partie était morte. Il n’y avait pas de deuil à en faire…

Pourtant son nom m’était revenu sans mal quand je l’avais lu sur la longue lettre de ma mère, la sensation qu’elle cherchait encore à me caser m’amusant, et des images pourtant si bien rangées, si mal étiquetées de ma mémoire endormie.
Elle devait rentrer également.
Je n’ai pas compris sur le coup, et toujours pas compris d’ailleurs, le pincement de mon coeur, comme lors d’un coup de stress important juste avant une attaque, quand je ne suis pas sûr que mes hommes s’en sortiront entiers. Il faut dire que les morts… ça en fait de la paperasse à régler après. Quel ennui !
J’ai chassé l’image, les souvenirs, pas le nom, me disant que ce serait bien. Revoir mon passé, enfin peut-être. Retrouver un point fixe qui aurait probablement dû être plus effacé… J’étais tout de même heureux de revoir ma mère, du moins je crois, cette pause impromptue ne me ferait pas de mal.

Les quartiers étant bien loin à ce moment-là, encore en mouvance, j’avais pris un portail. Ce n’était pas spécialement ma tasse de thé, ça me retournait l’estomac et me rendait malade, mais ils m’avaient demandé d’être discret. C’était bien stupide, je serais rentré plus vite en volant, bien plus vite. Mais mes anciens camarades villageois ne savaient pas pour moi et il n’était pas certain qu’un grand dragon rouge et noir soit très bien accueilli… et ce même avec mon sourire ravageur.

Voir Kayla m’avait soulagé de la profonde lassitude envers l’espèce humaine qui m’imprégnait plus que je ne le pensais. Oh bien sûr elle m’avait délassé de bien d’autres choses, dont ma houleuse libido qui mettait en danger la moindre demoiselle du camp… Enfin en danger, elles étaient toujours très volontaires et bien heureuses que mes yeux se posent sur elle, pas que les yeux évidemment, mais elles étaient lassantes malgré leur surprenante endurance due aux combats. Je devais me retenir aussi. Tous les jours. A chaque instant… demoiselles si vite satisfaites… Pas moi j’imagine. Et l’écart entre une demoiselle ravie, heureuse, épuisée, comblée et une demoiselle finalement violée par l’impatience et l’importance de mes « besoins » était si mince… tellement mince… Ils m’avaient prévenu. Ils m’avaient appris heureusement… Kayla était différente évidemment et elle se plaisait diablement à me le rappeler. Parfois pour me torturer elle se pavanait devant moi, totalement nue, dans des poses plus qu’aguicheuses, mais j’étais justement le seul à lui résister, malgré ce qu’elle éveillait chez moi. C’était un jeu entre nous. Je ne tenais que par un contrôle qui me laissait moi-même surpris. Elle faisait de même. Si elle avait toujours été ainsi, ce n’était pas mon cas. Elle m’avait plus appris que tous les autres. Mais elle était une dragonne. C’était dans nos gênes d’être attiré l’un par l’autre, plus particulièrement nous deux, apparemment une histoire de dominants également.

Elle en était une, de très loin et indubitablement. Moi aussi de ses dires même si je me sentais totalement soumis et maladroit face à elle. Du moins intérieurement. C’était aussi une histoire par rapport à nos bracelets. Tous les dragons en portaient un lorsqu’ils étaient parmi les humains et ils en portaient souvent un entre eux aussi, histoire de se montrer un minimum « civilisé ». Nous en portions deux chacun. Ils m’ont expliqué que c’est parce que nous étions un peu différents, plus aptes à « séduire ». Je n’ai pas posé de question. Je n’en pose pas souvent. La majorité du monde m’indiffère. Je n’avais jamais eu peur de la blesser. Jamais eu peur de manquer à ses exigences. Jamais craint quoi que ce soit. Il n’y avait rien à craindre, elle me le disait d’un seul regard…
Heureusement pour Kayla oui, ça me permit de rejoindre le village bien plus vite que je ne l’estimais, m’évitant les nombreux arrêts qu’auraient nécessité les appels de charme que me faisaient trop de demoiselles sur ma route. Je n’étais pas jaloux non plus de savoir qu’elle serait bien vite dans les bras d’un autre même si sans fausse modestie j’estimais mes performances suffisantes pour lui couper l’appétit au moins pendant deux-trois jours. Du moins pour ne pas qu’elle gâche mon souvenir avec un être trop peu apte à la satisfaire, peu importe son espèce.

Je n’avais pas vraiment pensé à ma tenue c’est un fait et c’était bien idiot, je le concède. La tenue, le titre en faisaient pâmer plus d’une. Comme si j’avais besoin de ça…
J’avais bien voulu me changer une fois mais l’arrêt que j’avais fait s’avérait avoir des yeux et ma tentative pour finir torse nu avait été salué par de tels sifflements que mon cheval s’était presque mis en colère, prêt à ruer. Je crois que mon cheval est jaloux…
Finalement arrivé au village de mon enfance je m’étais attendu à une vague de nostalgie mais rien, le néant. Ce n’était qu’un village comme un autre. Cette pensée ne m’attristait pas non plus. Il faisait encore très chaud et beau et le coin semblait tranquille. Tant mieux, je n’avais pas spécialement envie de répondre à une myriade de questions dans l’immédiat, le voyage m’avait plus fatigué que je ne l’estimais, une stupidité de plus.
Sauf que je l’avais vue et aussi stupide que cela puisse paraître, je l’avais immédiatement reconnue.

C’était étrange. Tout était flou et elle ne ressemblait plus du tout à l’image de la fillette que j’avais vue pour la dernière fois il y a 15 années et pourtant je l’avais reconnue tout de suite. Je pense que c’est son odeur que j’ai reconnu. Je l’ai appelée. Son absence de réponse m’a fait douter mais quand elle a finalement levé les yeux sur moi, n’ayant d’autres choix si elle ne voulait pas me heurter, j’ai su qu’évidemment j’avais raison.
Elle avait plus changé que je ne l’aurais cru, bien plus. Bien plus que tout le monde. Peut-être bien plus que moi… C’est la certitude qui me heurta quand j’eus croisé son regard. Je n’aurais peut-être pas dû me souvenir de comment il était avant. Je crois que je ne m’en souviens pas vraiment… Mais le changement je l’ai vu. Enfin je l’ai senti. Je crois.

C’est en discutant avec ma mère, enfin plutôt en l’écoutant palabrer le soir-même, que je dus revenir sur mes souvenirs de quelques heures plus tôt. Pour le coup surpris, je me rendis compte que non, je n’avais pas vu sa cicatrice. Vraiment. J’avais vu ses yeux, son visage, seulement entraperçu à mon grand regret son corps bien trop couvert. J’avais vu ce changement, de la douleur aussi je crois, ça y ressemblait… mais pas la cicatrice. J’aurais dû ? Apparemment c’était pourtant un fait très marquant, qui en avait choqué plus d’un, qui avait beaucoup perturbé ma mère même si face à la jolie blonde elle n’avait rien dit, rien laissé paraître, qu’elle avait dû beaucoup souffrir. Ca par contre je m’en doutais un peu vu son discours.

Peu de personnes peuvent se gausser de m’avoir parlé de manière agressive, odieuse, désinvolte, supérieure et s’en être sorties sans dommage collatéral.
Elle portait une tenue masculine quand je l’avais vue… Ca changeait de tant d’autres femmes… Ca m’avait surpris. Mais pas en mal. Elle pouvait bien porter ce qui lui plaisait. Mes voyages, mes missions, m’avaient appris très vite que les normes n’étaient qu’une question de point de vue et j’étais bien d’accord sur ce point. Qu’une femme porte une robe n’était qu’une norme de plus. Dans les déserts du sud ça aurait été normal pour beaucoup, ici c’est sûr, elle sortait du lot, pas qu’un peu.
Ca lui allait horriblement bien. Un peu trop… bien. La fillette que j’avais connu était toujours pleine de surprise, la femme qu’elle était devenue semblait en être également généreusement pourvue, dont deux surprises qui ne demandaient qu’à être saluées d’ailleurs. Je dus redresser mon regard sans même m’être aperçu l’avoir baissé avec tant d’insistance. Peut-être l’avait-elle vu, peut-être pas. Le discours qu’elle tenait ne pouvait pas être dû qu’au seul égarement de mes yeux… Ca tout naturellement mes instincts s’étaient réveillés face à elle. Je ne compris pas pourquoi. J’étais calme, ma respiration tranquille, mes bracelets à mes poignets et pourtant…

J’avais essayé de parler gentiment, conscient que ma haute taille en mettait plus d’un mal à l’aise. Mais c’était rarement le cas des femmes. En général elles louchaient sur mon visage, sur mon sourire, trop voulaient perdre leurs mains dans mes cheveux, quand ce n’était pas plus radical comme perdition, s’extasiaient devant mes biceps ou mon torse et si j’étais torse nu en général les demoiselles en chaleur se multipliaient. Je les comprends à vrai dire. Le contrôle réel, seul vrai existant de ma vie, était bien celui de ma forme physique. Mes pensées m’échappaient souvent, mes gestes encore plus mais mon corps je pouvais au moins le garder mouvant, travailleur et puis franchement qu’on me montre un seul homme taillé comme moi et je le traiterais avec tout le respect qu’il mérite… C’était du travail, un travail énorme, quotidien. C’était encore et surtout un apaisement de mon côté mais ça je ne l’avouais pas facilement. J’avais l’habitude de plaire. C’était devenu normal à la longue. Les hommes me jalousaient. Mes camarades et « amis » s’en amusaient beaucoup, me taquinaient sur mon indifférence camouflée derrière mes magnifiques sourires et mon côté gentleman qui achevait de mettre dans mon lit les plus intrépides ou plutôt les plus récalcitrantes, les plus intrépides y étaient bien plus tôt, le goût du danger et d’une plaisante expérience j’imagine… Mon lit ou toute surface plus ou moins plane fonctionnelle. Je les laissais croire. La gêne n’était pas vraiment tolérée chez les miens. Elle aurait été malvenue…

Mais elle n’était pas tombée en pâmoison comme les autres. Je n’avais pas compris sa première phrase un peu sèche. De toute façon elle ne m’avait pas laissé l’occasion d’en placer une. Ou alors c’est parce que j’étais trop abasourdi pour parler. Sa nonchalance, son « je m’en foutisme » avaient un côté amusant mais l’agressivité de ses propos chassa vite ma surprise et mon sourire. Elle m’en voulait. Je ne sais pas pourquoi… Mais elle m’en voulait. Beaucoup…



Quand elle avait parlé de sa mère, le visage du jeune homme s’était figé, son sourire s’effaçant progressivement à mesure qu’elle déballait en reformulant ses exploits passés. De la surprise curieusement timide chez ce grand dadais impressionnant ne subsista très vite plus qu’un visage bien plus fermé, ses sourcils se fronçant légèrement et se haussant à tour de rôle. Ses exploits ? Commandant ? Sa mère avait encore fait un étalage impossible !
L’impression qu’elle détestait les chevaliers s’imposa aussitôt à son esprit. Elle était sèche, ferme mais aussi sacrément culottée pour user ainsi de telles paroles devant un guerrier sur-entrainé qui aurait pu la remettre à sa place d’une seule baffe… Quand elle l’avait planté là, sans lui laisser ne serait-ce que l’occasion de lui poser des questions, de lui demander comment elle allait, de s’expliquer sur ce qu’il faisait, sur les fameux « échelons » dont elle parlait avec tant de véhémence, ni même de s’excuser pour le comportement sa mère; prononçant ces paroles si acerbes, il avait cru être en plein rêve. Personne ne lui avait jamais parlé de la sorte. Personne.

Pourtant, il ne l’avait pas rattrapée, ne s’était pas énervé, ni transformé alors qu’il aurait été si simple de le faire, de l’attraper, de s’envoler, de la lâcher, de plonger ses griffes dans sa chair et de… Il avait fermé les yeux, serré les dents, élancement dans sa mâchoire et dans ses os. Ca faisait bien longtemps que sa transformation ne lui avait pas posé de problème de la sorte.
Messire Parfait.
Si elle savait…
Il aurait dû être seulement amusé devant cette stupidité… Ca lui faisait autre chose. Il se sentait plus fatigué et sa bonne humeur s’était envolée.

Marylin, inconsciemment, lui porta un grand secours l’instant d’après, le distrayant et étant une personne qu’il respectait bien suffisamment pour faire taire les pulsions meurtrières et sexuelles qui le perturbaient à cet instant. Les deux se chevauchaient violemment d’ailleurs, à laquelle serait la plus forte… Elle s’excusait pour Cassidy. Il devait être sacrément groggy car il ne comprit pas tout de suite, lui décochant l’instant d’après un sourire magnifique, comme si de rien n’était, comme si aucun de ces mots n’avait été prononcé.

- Bonjour à vous dame Herediane. Je vous en prie, ne vous souciez pas de ça. D’ailleurs je ne vois absolument pas de quoi vous voulez parler, je n’ai rien vu ni entendu moi. Mais merci pour cette information… Ca m’évitera des bourdes. Je suis navré pour votre fille. Vous êtes toujours aussi rayonnante dame, c’est un plaisir de vous revoir.

Poli à l’extrême, gentleman, prévenant, bien élevé, il savait se montrer parfaitement à l’aise et correct, même dans ces circonstances et son sourire et ses compliments achevèrent de rassurer la mère qui s’inquiétait plus que de raison des paroles de son enfant. Apparemment le jeune homme avait décidé de faire comme s’il n’avait rien entendu. Délicat mais déni total…


Je crois qu’en fait j’ai juste été con et très lent à la détente. En même temps, autant de répartie dans un si petit bout de femme c’est déstabilisant ! Elle est vexante… Vraiment vexante ! De quel droit m’a-t-elle parlé de la sorte ?!
Alors que j’étais allongé sur mon lit, je repensais avec frustration à mon imbécillité passée. J’avais eu la réaction d’une huître face à cette inconsciente demoiselle! Et ça m’agaçait pas mal! Qu’elle ne tombe pas à mes pieds, ça me surprenait certes, mais ça arrivait ! Surtout quand j’étais aussi fatigué et ralenti… Mais qu’une femme me parle ainsi? Non jamais ! Ca c’était une nouveauté, et une nouveauté désagréable! Surprenant, un peu amusante oui mais mon absence de réaction était désagréable, mon absence de contrôle aussi. Je m’étais senti bête quand elle était partie. En colère, très en colère. Et terriblement excité. Et ça, ça m’avait davantage surpris encore je crois. Elle n’avait même pas fait montre du moindre trouble, ni d’être gêné par mon regard qui la déshabillait alors qu’elle me tournait le dos, m’offrant inconsciemment un spectacle qui pouvait calmer mon agacement, pas le feu qui avait pris corps dans mes reins. Elle avait l’air bien fichue la petite Cassidy. Et de mordre.

Je ne sais pas ce que j’aurais fait, en toute honnêteté, si sa mère n’était pas venu me présenter des excuses. J’avais été poli, j’avais été souriant, comme toujours, comme on me demandait de le faire mais diable que c’était dur ! Et une fois seul et débarrassé de tout regard j’avais dû rester longtemps sous l’eau glacée pour calmer mes pensées. En proie à mes pensées je m’étais assoupi sur mon lit. C’est ma mère qui m’avait réveillé pour le diner, me proposant une assiette mais je m’étais levé, la prenant dans mes bras comme elle aimait tant que je le fasse et faisant bien vite front à la multitude de ses questions et de ses discours si vite déclamés. Elle bégayait un peu en parlant trop vite, adorable. Ca plaisait aussi beaucoup à mon beau-père qui l’observait en silence, nous observait en silence. Elle parla beaucoup, nous parlâmes beaucoup. Elle me parla aussi de Cassidy, de ce qu’elle savait d’elle par le biais de ses parents, ne remarquant pas la point de colère dans mon regard que j’avais vite dissimulé sous un autre sourire, un de plus.

Je m’étais tout de suite endormi, trop épuisé pour penser mais mon réveil n’en avait été que plus rapide et après avoir cogité un instant sur les responsabilités imposées par mon statut je m’étais levé pour aller courir, pour arrêter de penser. Il faisait nuit. C’était bien mieux. Il n’y avait personne dans le village, il faisait frais. Je partis plus loin que je ne le pensais, assez pour m’isoler et me transformer. Tout devint aussitôt plus simple et je m’amusais un bon moment, jusqu’à ce que le ciel commence à s’éclaircir, revenant bien vite au sol pour n’éveiller aucun soupçon. De nouveau humanoïde, aussi fort sous cette forme que sous celle du dragon je repris mes exercices finissant par trouver un arbre suffisamment solide et une branche suffisamment horizontale pour faire de longues séries de tractions. Le soleil se levait, le ciel se zébrait de couleurs et c’était magnifique même si je n’avais pas un point de vue exceptionnel de là où j’étais. J’avais pu voir la majorité des étoiles s’éteindre depuis les cieux alors je n’avais pas à me plaindre, mais tout de même, j’aurais souhaité sentir l’astre réchauffer mes écailles depuis le ciel…
Ecoutant le bruit de l’eau j’avais retrouvé le cours autour duquel j’adorais venir étant petit, il y avait une cascade plus haut si je ne me trompais pas… On y venait souvent. Suivant un autre fin cours d’eau je finis par arriver à une rivière plus large où je pêchais auparavant. Ma vue, bien plus développée que les humains, m’apprit qu’il y avait des truites et je souris aussitôt. Je reviendrais vite dans le coin…

Je finis par rentrer, en profitant pour passer à la boulangerie pour prendre du pain frais et quelques viennoiseries pour ma « famille », en profitant pour saluer la demoiselle qui avait repris l’affaire de ses parents. Elle avait l’air de me connaitre, nous étions selon ses dires en classe élémentaire ensemble. Pourtant ni son visage, ni son nom, ne me disait quoi que ce soit. Elle rougissait, minaudait un peu. Ca me rassura…
J’étais rentré, saluant ma mère et sa tignasse matinale, qui avançait au radar en cherchant sa tasse de café, la faisant asseoir pour m’en occuper. Nous fûmes vite rejoints par son époux et ils froncèrent vite tous deux les sourcils.



Il n’avait pas fait attention.
A part sentir le danger immédiatement et chercher certains stimuli précis dans un besoin orienté, Tristan ne faisait pas spécialement attention, il n’en avait pas besoin. Il était l’un des prédateurs les plus puissants de ce monde. Il n’avait pas fait attention. Il n’avait ni vu, ni senti Cassidy, du moins senti car son odeur se dissociait nettement de celle de la forêt. Elle, peut-être, probablement, ne l’avait pas vu non plus, mais les sens du jeune homme étaient censés être bien plus affûtés.
Pourtant la demoiselle, toute à son besoin d’isolement, de solitude et de questionnements personnels ne put que bien brièvement profiter de son instant magique. Si le soleil se levait avec une magnificence paresseuse, inondant les lieux de lumière et de couleurs, réchauffant son corps et peut-être son coeur, on vint trop vite gâcher son moment.

- Scuse moi…

Son absence de réaction alors qu’elle profitait de la lumière du soleil, probablement plongée dans ses pensées, valut à la petite voix de se faire plus forte, plus colérique aussi.

- Oh ! Scuse-moi !!!!!!

Elle fut bien obligée de croiser son regard parce qu’un garnement venait de se dresser entre son regard et son beau paysage. De taille normale, bien plus musclé que ce que permettait de soupçonner son âge, les yeux bleu-vert, les cheveux noirs comme l’ébène, ondulés, le visage encore poupon de l’enfance, absolument craquant, la peau bronzée, un garçonnet d’une dizaine d’années venait l’asticoter !
Il s’entrainait probablement car il était torse nu et portait des bandes serrées autour de ses poignets et de ses paumes, comme pour le protégeait, bien éveillé pour cette heure matinale, il la fixait avec un sérieux certain, penchant la tête sur le côté, l’observant avec une certaine curiosité.

- Je te connais pas toi…

Le tout dit le plus naturellement du monde évidemment. Un petit sourire timide étira ses lèvres alors qu’il rougissait et détournait les yeux.

- Hum… pardon mademoiselle… Je t'ai pris pour quelqu’un d’autre… Tu es Cassidy non ? La fille des Herediane ? Je… bon retour ici alors… euh… je… désolé de te déranger, je m’en vais tout de suite mais… Tu n'aurais pas vu Tristan ?

Il ne remarqua rien de son visage, de ses expressions, probablement parce qu’il ne la regardait pas. Qu’elle soit en colère contre ce gamin ou du fait de l’évocation de son ancien camarade il ne lui laissa absolument pas l’occasion d’en placer une. Comme il ne lui avait pas permis jusque-là, semblant se désintéresser totalement de son visage fermé et de sa mauvaise humeur.

- Pfffff ! Il est parti trop vite ! Je pensais pouvoir le suivre, je me suis beaucoup entrainé pourtant ! Il aurait pu m’attendre quand même, il est trop méchant !

Il se tapa brusquement le front d’une de ses paumes avant de pousser un soupir agacé, se tournant vers elle avec un sourire qui lui faisait trois fois le tour du visage…

- Olala, pardon, je suis trop nul… Désolé ! Salut ! Je m’appelle Arèscan… mais tout le monde m’appelle Arès !… Bref... Du coup, t'as pas vu mon grand frère ?!
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 5 Fév - 23:42

Elle ne savait plus rien de lui. De ce qu’il était devenu. De ses aventures. De son évolution. Non elle ne savait plus rien de lui. Et depuis bien longtemps elle avait arrêté de se poser des questions. Il avait fait sa vie tant mieux. Mais tout ce qu’elle avait vu c’était une sorte de paon qui se pavanait, rien de plus. Elle n’avait même pas fait attention à ses expressions, son très léger changement au niveau du visage. En fait elle ne le regardait même pas. Il n’existait même plus à ses yeux.

La demoiselle aimait la tranquillité le matin, ça lui permettait de se sentir… un peu mieux dans ce monde. Son moment de paix, d’une étrange méditation. Les yeux fermés, le vent lui chatouillait le visage. Elle en avait besoin de ces moments. Finalement être ici était plutôt reposant. Pour le moment personne ne la dérangeait et les gens semblaient gentils. D’aussi loin remontait sa mémoire, elle n’avait jamais été vraiment embêtée, cherchée. Oui on la respectait. Parce qu’elle avait ce petit quelque chose qui attirait les gens, qui leur donnait envie d’être aimable. Mais la dure réalité l’avait rappelé à l’ordre. Elle avait été protégée, on ne lui avait jamais parlé de ce qui se passait dehors. Son esprit était devenu bien plus clair.

Une voix désagréable s’excusa. Elle grimaça et tourna la tête en gardant les yeux fermés. La voix insista. Elle ouvrit les yeux et ouvrit sèchement la bouche.

« QUOI ?!? »

C’était un gamin, torse nu, qui semblait vouloir s’entraîner. Il déclara ne pas la connaître. Génial, que venait faire ce marmot ici ? C’était SON coin. Il ne semblait pas y faire attention et continua de parler comme si de rien et lui demanda si elle avait vu le Drakkari. La jeune femme fronça les yeux tout en rangeant son cristal dans une poche de son pantalon. Il ne la laissa pas parler et semblait bien frustré d’avoir été semé. Elle soupira un instant avant de s’étirer et de se redresser.

*Reste calme… zen… ne t’attire pas les ennuis c’est tout*

« Oh il s’est sûrement envolé ! »

Si elle savait qu’elle n’était pas loin de la vérité. Cependant, elle ne laissa pas l’enfant répliquer.

« Laisse moi tranquille gamin… j’ai pas envie de subir tes blablas incessants… donc non je n’ai pas vu ton hem… grand frère et même si c’était le cas je l’aurais certainement pas remarqué… »

La demoiselle s’enfonça dans la forêt. Il fallait bien qu’elle trouve un nouveau coin tranquille où se poser. Mais alors qu’elle marchait entre les arbres et les buissons, des craquements attirèrent son attention. Depuis l’accident, son ouïe était devenue bien plus fine, tout comme ses réflexes. Idéal pour fuir. Cassidy s’arrêta et se retourna. Il n’y avait personne. Hum le gamin avait une petite part d’intelligence. Mais il ne pouvait pas l’égaler en techniques d’évasion. Elle s’étira une nouvelle fois. Au moins ça lui fera un peu d’exercice.

Prenant appui sur son pied arrière, elle s’élança en tapant un sprint à travers les arbres. La jeune femme zigzagait entre les arbres, passait sous des branches basses, sautait au-dessus des rochers. Son endurance était au top par contre car elle ne s’arrêtait pas une seule fois pour reprendre son souffle. Et le gamin, aussi entraîné était-il, ne pouvait tout simplement pas tenir le rythme. Sauf qu’un gros choc se fit entendre ainsi qu’un juron. D’un arbre des feuilles tombèrent mais Cassidy avait déjà disparue, continuant sa route en se balançant de branche en branche sûrement.

Cassidy reprit le sentier vers l’entrée du village. Elle avait enfin trouvé un coin où personne ne pouvait l’atteindre et cela l’avait mis de bien meilleure humeur. Même si ses cheveux étaient complètement en pagaille, coincés dans son ruban et que quelques feuilles s’étaient attachées dans ses mèches. La demoiselle entra dans le village qui se réveillait doucement. Elle avait l’intention de rentrer et préparer le petit déjeuner avec ses parents. Cela effacerait peut être le trouble de la veille. Cassidy était bien consciente que son apparence avait beaucoup choqué mais elle devait faire des efforts… beaucoup d’efforts… Ce n’était pas évident mais elle arrivait à se maintenir.

Mais alors qu’elle traversait la place, une voix féminine tenta de l’interpeller. Flûte alors ! Qui venait la déranger encore ? Elle ignora la voix et continua son chemin. Mais la fille se plaça devant elle, l’empêchant d’avancer.

-Wooow Cassidy ! Tu fais ta sauvage ?

Cassidy fronça les sourcils et ne tiqua même pas. Qui était déjà cette fille ? Elle ne s’en souvenait même plus.

« Hum… Emelyne c’est ça ? J’ai pas trop le temps de parler. Alors… »

- Ainsi c’est donc vrai t’as beaucoup changé ? Je pensais que Cassidy serait toujours la petite fille sage de papa maman mais les temps changent…

Cassidy fronça les sourcils. Qu’est-ce qu’elle cherchait à faire ? La demoiselle inspira profondément et leva les yeux au ciel, appelant tout son calme.

« C’est comme ça… maintenant laisse moi passer… »

- C’est comment avec les garçons ? Je suppose que ton compagnon doit avoir une excellente raison d’être avec toi… Parce que ma pauvre avec cette dégaine tu vas les faire fuir… tu dois être plutôt incroyable au lit…

Le poing de Cassidy se serra alors que son visage devenait bien plus froid, plus menaçant. Elle serra les dents alors que les tremblements commençaient à arriver. Mauvais… très mauvais.

- Et tes études de magie ? On m’a dit que tu n’avais pas trouvé de maître… Après tout on ne peut pas être bonne en tout hein… je me demande quel métier tu fais maintenant… sûrement

BAM ! Cassidy s’était jetée sur elle dans un hurlement de rage, faisant réagir tous les villageois du coin qui tournaient la tête. Elle commencèrent à se battre. Enfin, Cassidy avait carrément le dessus, car Emelyne se recevait des coups bien placés. Entre les griffures, les tapes… La pauvre victime était étalée sur le dos et hurlait, impuissante. Elle donna cependant un coup de pied dans les côtes de Cassidy qui perdit son souffle et la força à reculer. Un homme l’attrapa alors par la taille et la ceinture pour l’empêcher de bouger, en lui ordonnant de se calmer.

Sauf que lorsque Cassidy releva la tête, ses yeux noisettes étaient devenus noirs comme les ténèbres. Elle poussa un cri de guerre  tout en voulant charger sur Emelyne qui tentait tant bien que mal de reprendre son souffle. L’homme serra un peu plus fort mais Cassidy semblait avoir de la force car il ne fit que glisser. Elle se déroba avec une force surprenante, attrapa l’homme par le bras, tourna avec lui comme si il ne pesait rien et l’envoya valser contre une caisse qui explosa sous l’impact du choc.

Elle se jeta de nouveau vers Emelyne et l’empoigna fermement par le col de sa robe, lèvres retroussées, dévoilant ses canines. La jeune femme était effrayante, devant une foule perplexe qui ne comprenait absolument rien à la scène. Et puis aussi brusquement qu’elle l’avait empoigné, Cassidy relâcha sa prise, la laissant tomber dans la poussière. Ses yeux reprirent une couleur normale mais elle ne semblait pas inconsciente ni quoi que ce soit laissant penser à un envoûtement.

La jeune femme observa la foule silencieuse. Elle ne semblait pas honteuse, ni même gênée de son comportement. Elle se fit même plus provocante.

« Tu vaux même pas la plus faible des Kaärs… »

La foule poussa un murmure scandalisé. Cassidy remit une mèche blonde derrière son oreille puis haussa les épaules en mettant les mains en l’air.

« Quoi ça vous choque ? Ils existent bien les Kaärs… Piller, voler, trancher, violer… les choses les plus horribles que vous n’imaginez même pas… réveillez vous un peu. »

Elle fit quelques pas et certains villageois reculèrent. La demoiselle leva le doigt en l’air ironiquement.

« Mais vous avez de la chance car le commandant en chef de la justice est là pour leur botter les fesses ! Diantre ! »

Qui était-elle vraiment ? Que s’était-il passé durant 10 ans ? Difficile de deviner, difficile de savoir.
Le silence revint et personne n’osait élever la voix. Tous étaient partagés entre le choc, la surprise. Ils n’en revenaient pas. C’était bien la même personne ? La petite Cassidy si gentille et si polie qui s’était transformée en un véritable monstre ? Même son physique était différent. Une voix s’éleva pourtant à travers la foule.

- Cassy !?

La foule s’écarta pour laisser passer Marilyn. La maman était perplexe. La bouche grande ouverte, elle regardait sa fille sans savoir ce qui se passait. Pourtant Cassidy n’avait pas honte, fière, elle vint la rejoindre.

« Désolé mais cette… fille m’a provoqué. Elle n’a eut que ce qu’elle méritait. »

- Mais Cassy…

La foule finit par se dissiper. Jordeth était arrivé aussi et demandait à ce que les villageois s’éparpillent.

- Venez on rentre…

La petite famille se dirigea vers la maison. Marilyn avait besoin d’un sacré remontant car elle se fit un café bien fort. Jordeth était assis face à sa fille.

- Bon sang qu’est ce qui t’as pris de te battre avec Emelyne ?

« Elle m’a traité de pute et de ratée

Gros silence.

« Oui bon elle l’a dit plus subtilement mais le message était le même… »

Jordeth soupira pendant que Marilyn buvait son café.

- Tu n’aurais pas pu simplement… l’ignorer ?

« Ignorer une pimbêche qui me provoque ? Désolé papa mais j’ai presque 10 ans à me faire marcher sur les pieds… Je ne veux plus être comme ça… »

- Comment ça ?! On te traitait mal à la bibliothèque ? Pourquoi tu n’as rien dit ?

Cassidy ouvrit lentement la bouche puis la referma, le regard fuyant. Elle se leva en faisant racler sa chaise puis détourna la tête.

« Je vais aller me reposer… »

Marilyn qui n’avait rien dit jusqu’à présent, voulu retenir sa fille mais elle était déjà montée à l’étage, refermant la porte doucement derrière elle, laissant ses parents dans l’ignorance la plus profonde.

Ces derniers se sentaient mal. Ils ne comprenaient pas ce qui était arrivé à leur fille. Et son changement physique ne présageait rien de bon. Marilyn, qui était encore plus angoissée que Jordeth, avait besoin de parler… de ce terrible secret qui les tourmentaient depuis 25 ans. Ils décidèrent de rendre visite aux parents de Tristan. Etant de très bons amis, la mère de famille avait besoin d’un soutien et elle savait bien qu’Eve était très loin de juger sur un coup de tête.

Ils étaient assis autour de la table.

- Marilyn, j’ai bien compris ce qui s’est passé tout le village est au courant…
- Comment a-t-elle pu… je… nous n’aurions jamais du la laisser partir…
- Allons… ce n’est pas votre faute. Personne ne s’attendait à ça. Cassy a toujours été une fille charmante, il a du se passer quelque chose de grave


Marilyn se mit à gémir et replongea dans son café. Eve tenta de la rassurer.

- Ca arrive… Ca aurait pu arriver à n’importe qui… Si c’était arrivé à Tristan, je serais terriblement inquiète moi aussi…

Jordeth prit alors la parole.

- Ce que les autres ne savent pas, c’est que ce n’est pas la première fois que ça arrive…

Les Konogan ouvrirent des yeux ronds. Jordeth continua son histoire.

- Quand Cassidy était petite, elle avait déjà ces attributs qui la rendaient différente des autres. Les oreilles et les dents… c’est pourtant bien notre enfant mais on dirait… qu’elle a été victime d’une malédiction.
- On ne savait pas vraiment quoi faire ! Et puis même à 3 ans elle a commencé à devenir agressive. Jordeth s’est retrouvé éjecté contre un mur… avec de la magie… parce qu’il lui avait juste pris son hochet.
- On a décidé de l’emmener chez un mage spécialiste qui s’y connaissait en malédiction. Il a utilisé une formule sur elle pour rendre son apparence humaine et bloquer ces espèces de… pulsions comme il disait.
- Mais pour lui c’était un mystère et il n’était pas sûr que son enchantement tienne. Il disait que Cassidy avait besoin d’être entourée, aimée. Rien n’était sûr car son cas est inconnu. Peut être que c’est à cause de ça que sa magie ne se manifeste pas… Si elle le savait, elle nous en voudrait…


Marilyn baissa tristement la tête. Elle avait l’impression d’avoir échoué en tant que mère. Eve se leva et vint poser une main rassurante sur son épaule.

- Allons… il ne faut pas perdre espoir… il existe bien une solution. Et son compagnon alors ?
- Il doit arriver d’ici quelques jours… mais si c’est lui qui la rendu comme ça je jure devant les dieux que je l’étrangle moi-même !
- Marilyn pas ce genre de serment.


La famille de Tristan était aussi sous le choc. Mais le couple comprenait très bien que les Herediane avaient besoin d’un soutien sans faille. Gérer Cassidy n’allait pas être si simple que ça. C’est à ce moment là que Tristan passa dans le salon. Avait-il entendu ? Ou venait-il d’arriver ? Difficile à dire.

Cassidy n’entendait plus de bruit chez elle. Ses parents devaient être de sortie. Mais elle s’ennuyait à mourir. Il n’y avait que quelques activités qui lui plaisait et pour l’instant c’était impossible. Décidément elle était bien plus tranquille chez son compagnon. Au moins, lui ne voyait rien. Elle ouvrit la fenêtre, s’accrocha à la rambarde puis sauta sur le toit du dessous avant de descendre discrètement. Son regard vif inspectait les alentours alors qu’elle cherchait à se faire le plus invisible possible. Elle se débrouillait plutôt bien et se dirigea alors vers la forêt.

Avisant un arbre, elle prit son élan pour s’accrocher au tronc et grimper en sautillant. Sauf que l’arbre était un peu… glissant. Elle avait sauté, s’était enroulé autour de l’arbre comme un paresseux avec ses pieds et ses mains puis… ziiiiii… elle redescendit doucement de l’arbre comme si celui-ci était particulièrement glissant. La petite blonde poussa un juron puis décida de trouver un autre arbre. Un bien touffu aux multiples branches solides, un peu plus imposant que les autres. Elle grimpa rapidement dedans et s’installa confortablement sur une branche, guettant les alentours du haut de sa cachette.
Puis, ne voyant personne dans le coin, en même temps l’endroit était difficilement accessible, elle sortit une étrange petite boîte de sa poche. Ses yeux si indifférents laissèrent place à l’émotion alors qu’elle ouvrit la petite boîte. Une mélodie s’éleva dans les airs.

https://www.youtube.com/watch?v=5VzprYCxPBQ

Cassidy ne chantait pas mais elle se laissait bercer par cette musique. Pourquoi avait-elle été comme ça ? Pourquoi craquait-elle aussi facilement ? Etait-ce parce que Jilian n'était pas là ? Les souvenirs se bousculaient dans sa tête. Son village d'enfance la hantait. En fait elle n'aurait jamais du revenir. Si son compagnon n'avait pas insisté pour qu'elle revoit sa famille, elle ne serait peut être pas venue. Cette première journée avait été éprouvante, du moins la matinée… Finalement, elle avait hâte de repartir chez elle loin d’ici.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 6 Fév - 23:33

Mais qu’était-ce donc que ce garnement agaçant ?
Il n’y avait probablement pas de surprise à avoir. Le petit frère de Tristan… enfin le demi-frère évidemment. La différence d’âge était énorme, près de 15 années sans doute. Il était bien plus formé qu’un garçon de dix ans certes mais sa taille et sa bouille, eux, ne démentaient pas son âge. Par contre, le côté agaçant de son grand Drakkari de frère se retrouvait sans mal. Il était agaçant en effet, et il vivait dangereusement en allant taquiner ainsi la jeune femme qui cherchait juste à être tranquille !

Mais elle était étrange, intrigante. Déjà, physiquement. Son énorme cicatrice à l’oeil intriguait l’enfant et puis elle était si sèche et cassante qu’elle était… d’autant plus amusante ! Les autres adultes le trouvaient craquants, cédant facilement à sa petite bouille, comme tous les adultes le faisaient quasiment avec tous les enfants.
Dans ce village, les adultes oui, prenaient soin de leurs tous jeunes cadets. Ailleurs c’était différent, très différent même parfois.
Ici, ils étaient protégés, chouchoutés. Bien sûr ce n’était pas rose dans toutes les familles, certaines étaient plus sévères que d’autres. Mais il y avait bien pire ailleurs.

Alors il l’avait suivie. Parce qu’elle était partie. Parce qu’elle était sèche et cassante. Parce qu’elle s’en fichait de lui, de le repousser et toutes ces pincettes étranges ! Alors elle était forcément étrange ! Ah et il y avait aussi le fait qu’elle ne s’était pas mise à sourire béatement quand il avait parlé de son grand frère. Et ça c’était probablement ce qu’il y avait de plus choquant.
Déjà très entrainé pour son âge, probablement très volontaire dans certaines tâches difficiles du quotidien, il avait un bon rythme et devait avoir l’habitude du coin, se déplaçant agilement.

Mais la petite demoiselle le surprit encore davantage en piquant un sprint tel qu’il n’en avait jamais vu ! Personne, jamais personne, aussi loin qu’il cherche dans sa mémoire n’avait couru dans le coin à cette vitesse ! Elle avait une endurance et une estimation topologique hors du commun, évitant les branches à la dernière minute, semblant anticiper tout de son parcours. Impressionné il s’était mis à la suivre, suivant son léger tracé, tentant de l’imiter mais si elle n’était pas bien grande et ne semblait guère costaud elle donnait largement le change avec sa technique de… « fuite ». Il crut que ce n’était pas si difficile, gros tort… Arès finit par heurter violemment un petit arbre qui salua cette rencontre par une grande chute de feuilles !

A peine se relevait-il qu’il devait se rendre à l’évidence. Elle avait totalement disparu…
Décidément très surpris, il se décida à rentrer pour tenter de retrouver son frère et d’essayer de le suivre dans ses entrainements. Quoique, peut-être pourrait-il lui parler de l’étrange blonde, peut-être cela susciterait-il son intérêt… Peut-être, enfin, son grand frère baisserait les yeux vers lui avec autre chose qu’un froide indifférence… Bon certes il était un peu envahissant mais son grand frère était si extraordinaire qu’il voulait absolument le suivre partout… Et ça c’était encore un euphémisme, voulant totalement l’imiter il avait un jour poussé le vice à vouloir se doucher avec lui pour tout savoir, tout apprendre. Tristan l’avait jeté dehors sans ménagement…



Je n’avais pas assisté à l’incident.
Mais très vite il n’avait plus été sujet que de cela au village.
Ma mère m’avait demandé à table où était Arès. J’avais froncé le nez légèrement, ayant déjà oublié le sale morveux qui me suivait partout. La veille au soir il avait commencé à me harceler de questions sur ce que je faisais, combien je soulevais aujourd’hui, très fier de me parler de ses propres exploits, de combien il courrait, tractions, pompes, squats, tout renforcement musculaire censé l’aider à forger son corps au plus tôt pour suivre la voie des guerriers. Je suis loin d’être stupide. Il ne m’avait guère fallu de temps pour comprendre qu’il cherchait à estimer ce qui nous séparait, plutôt en terme de pourcentage. Le morveux est intelligent mine de rien, il n’en donne absolument pas l’air mais il l’est et pas qu’un peu! Il se dit probablement que vu ses actuelles performances il m’aura rattrapé et dépassé avant la vingtaine. Sombre andouille.
Peu de personnes connaissaient mes réelles performances physiques, sportives, elles étaient trop aberrantes. Si la force d’un Drakkari est connue et que je pouvais largement jouer là dessus, ma résistance peut-être très surestimée mais songée, mon agilité, ma vitesse et j’en passe n’étaient pas vu comme possible et de bien loin, j’étais trop lourd, trop massif pour tous. Si mentir là dessus amusait mes supérieurs après tout, pourquoi pas?
Mon cher « petit frère » n’était donc pas là et je compris bien vite que ce petit emmerdeur m’avait encore suivi. Il était agaçant, vraiment agaçant.

Sa petite voix aigue trépignante était désagréable, son énergie débordante était agaçante, son envie irrépressible de me ressembler simplement écoeurante. Je n’avais pas choisi d’avoir un frère.
Ca ne m’avait pas enchanté le moins du monde.
Lorsque nous avions quitté le village de mon enfance, je me souviens que ça avait été difficile pour moi même si les raisons de cette souffrance me demeurent inaccessibles. Il y avait plusieurs raisons à notre départ. Ma mère voulait bouger, évoluer, me donner les meilleures chances aussi, elle ne perdait pas l’espoir de retrouver mon père aussi sans doute. Elle avait rencontré mon beau-père dans notre nouvelle ville, Erthek, et entre eux ça avait été immédiatement, quelque chose, le truc, coup de foudre des humains j'imagine. Elle avait remonté son petit commerce sans mal et s’il était un client passé un jour, il revint tous les suivants avant d’oser seulement lui proposer un diner.
Eve avait changé, elle était heureuse.
Mais son monde avait cessé de tourner autour de moi. J’avais cessé d’être son monde.
Ils s’étaient totalement plu. J’avais détesté cet homme pour de multiples raisons il me semble. Ca ne se passait pas au mieux d’ailleurs, j’avais demandé à entrer en pension, pour m’éloigner. C’est là que ma transformation s’était initiée. J’avais 11 ans.
J’avais intégré une école qui entrainait les futurs soldats dès mon âge, enfin un peu plus vieux mais ma forme physique m’avait permis d’y accéder plus tôt et ça avait le merveilleux et seul réel défouloir face à la jalousie qui me rongeait et me culpabilisait. Détester celui qui rendait heureux ma mère. Je crois que c’était ça.

Aujourd’hui je trouve juste ça amusant. Je ne ressens plus grand chose à vrai dire mais ça,ça devait être amusant. Malgré leurs très nombreuses copulations, connaissant ma mère et son abstinence trop longue, je n’avais eu l’annonce de mon futur frère que près de mes 15 ans. Heureusement que ma mutation s’était déjà achevée même si personne ne savait évidemment. J’aurais probablement pu devenir très violent.
Bref, le chieur je n’en avais jamais voulu. Quinze ans de différence. Nous n’avions rien en commun si ce n’est une mère et un nom puisque Léo avait pris le nom de ma mère quand il l’avait épousée. J’avais déjà cette tendance à être le gentil fils sage qu’on attendait que je sois, muselant le dragon plein de pulsions meurtrières qui ne ressortait heureusement qu’une fois loin de mes proches. Le sexe avait très vite été un nouveau défouloir, très amusant, très stimulant, un besoin plus qu’un passe-temps. J’avais vite appris la vérité là dessus aussi…
Mon identité m’était acquise, je n’avais aucun complexe là dessus.

S’ils comptaient sur moi pour surveiller le morveux c’était plutôt mal barré. Certes, je tolérai sa présence, le conseillait brièvement mais il ne représentait aucun intérêt pour moi. Il ne m’apportait rien. Il devait être quelque part dehors à s’entrainer. Nous avions mangé et j’étais allé couper du bois, histoire de faire quelque chose d’utile. C’est en partant en porter aux voisins que j’avais entendu les premières rumeurs d’une altercation et pas anodine.

Je n’étais pas vraiment curieux de ce genre de potin et pourtant le nom qui vint sur les lèvres des voisins qui parlaient entre eux, fixa mon attention. Cassidy avait fait du grabuge et pas qu’un peu, manquant de démolir une autre jeune femme.
Entendre le nom de la demoiselle m’avait quelque peu agacé, la frustration de mon absence de répartie de la veille me pesant plus que je ne voulais bien l’admettre. Pourtant je m’étais mis à sourire, peu surpris. Vu avec quelle véhémence elle crachait les paroles il était clair qu’elle n’était pas que de mots et savait se défendre de ses poings… enfin a minima. Elle n’avait pas l’air bien épaisse, ni costaud et si son départ de la veille et son pantalon moulant m’avaient laissé tout loisir de lorgner les fesses fermes qu’elle m’agitait inconsciemment sous le nez, elle n’avait clairement pas l’air d’une guerrière. Mais de savoir se défendre, oui probablement.

J’entendis plusieurs fois la même version qui ne semblait que bien peu déformée finalement. Une histoire de sous-entendus mal placés. Son attitude m’amusait un peu c’est vrai. En fait c’est plutôt la surprise, l’ébahissement et le choc des villageois. Dans quel étrange monde plein de papillons et de bulles vivaient-ils pour que ce soit si choquant ? Ou était-ce parce qu’elle avait énormément changé? Qu’ils ne s’attendaient pas à cela?
J’étais finalement rentré pour découvrir les Herediane chez nous, prenant le thé et le café. Marylin avait l’air particulière défaite et inquiète, enfin elle sentait la peur. Pour sa fille évidemment. J’aurais pu entrer dans la pièce en les entendant discuter, signaler ma présence mais je m’étais figé en entendant un début de conversation intéressant.

Ainsi… elle était différente.
Je dus fermer les yeux pour me souvenir de la veille, de ces détails qui ne m’avaient pas choqués le moins du monde, ni surpris mais qui apparemment avaient surpris tout le monde: ses canines plus longues et affinées mais moins que mes crocs même sous ma forme humanoïde, ses oreilles pointues, sa cicatrice… Tout le monde semblait vraiment surpris. Ca ne m’avait rien fait. Enfin plus que ça… Ca m’avait semblé tout à fait normal.
J’écoutais distraitement la conversation, pourtant pas le moins du monde adepte de l’espionnage et des cachotteries de ce style mais quelque chose me disait qu’on en aurait beaucoup moins dit en ma présence…



Eve avait fini par prendre son amie dans ses bras sous le regard bienveillant de leurs époux. Elle lui promit qu’ils seraient là, qu’ils feraient tout pour les aider, que ce n’était probablement qu’une mauvaise passe mais qu’effectivement il avait dû se passer quelque chose de grave pour que la petite demoiselle change aussi radicalement et qu’il fallait la faire parler, du moins essayer, la consoler, l’entourer… Les Herediane avaient besoin d’être soutenus… Mais Cassidy peut-être davantage. Mais le faire discrètement pour ne pas qu’elle prenne la mouche, ça c’était autre chose.

Tristan était entré sur ces entrefaits et Eve l’avait trouvé encore plus beau que dans son souvenir de la veille quand il était arrivé. Il était grand, vraiment grand, musclé, puissant, imposant. Se tenant parfaitement droit il dégageait parfois une impression de raideur qui collait bien avec son statut de chevalier, d’homme responsable. Plus le temps passait plus il lui semblait devenir beau. Ses cheveux s’étaient éclaircis un peu avec ses missions et sa peau avait bronzé. Ses yeux étaient plus pâles aussi et elle avait été surprise de découvrir cette couleur de saphir décoloré qui semblait y tournoyer, étrange effet d’optique. Elle avait mal salué son excentricité pour ses étranges tatouages dorés, enfin ce qu'elle prenait pour des tatouages, mais elle n’avait rien dit. Ca ne le rendait pas moins beau, au contraire. Ses camarades l’appelaient « le tigre », c’est vrai que ça collait plutôt bien. Il portait un pantalon sombre, une tunique moulante presque aussi foncée, des bottes, il semblait apprécier les vêtements près du corps qui ne faisaient que dévoiler davantage le soin perfectionniste qu’il apportait à son physique. Il n’avait toujours pas de barbe, ni de poils au torse, ce qui était le grand sujet gentillet de taquinerie de son époux. Ce à quoi le jeune homme avait jusqu’ici répondu en bombant un torse parfait, cisaillé comme celui d’une statue de marbre, l’air de dire que le taquineur était plus jaloux qu’autre chose. Il avait toujours la peau aussi désespérément douce, sauf là où des cicatrices, trop nombreuses selon sa mère, avaient éraflé son corps, probablement à vie, quant à ses cheveux, aussi indisciplinés que les siens ils étaient d’une douceur écoeurante, défiaient la lois de la gravité et semblaient boycotter l’ordre que pouvait offrir une tonne de gel magique dessus !

Il était venu saluer tout le monde, gentiment, repartant rapidement pour revenir, sortant de ses affaires, une grosse boite de chocolat qu’il avait rapporté pour les Herediane, et ce bien avant de savoir que leur fille serait présente. Il faisait comme s’il venait d’arriver. Pourtant sa mère était presque certaine d’avoir senti sa présence bien avant, comme s’il devait savoir ce qui se disait à cet instant.
Son petit frère avait débarqué et tout le monde le trouvait adorable, le complimentant alors qu’ils étaient vite rejoints également par des voisins venus prendre le café et qui turent l’incident de Cassidy devant les parents de la jeune femme, par tact. Seul le grand jeune homme, tendu, ne donnait que peu l’impression d’être à l’aise et bien dans ses bottes.

Si Cassidy pensait être tranquille dans son arbre elle fut néanmoins encore dérangée.
Enfin son champ de vision fut dérangé. Son point d’observation, très élevé lui donnait vue sur une bonne partie de la forêt entourant le village. Elle avait bien dû entendre des gloussements féminins, des rires, des petits cris… et le grand jeune homme aux cheveux rouges qui semblait… être coursé par deux demoiselles, trop loin pour que leur visage soit identifiable. Et c’est qu’elle lui courait après sérieusement ! Sauf que le jeune homme n’avait pas du tout l’air de s’enfuir dans un jeu quelconque, non… Il les avait suffisamment semé pour sauter d’un bond dans un arbre, agrippant une grosse branche et se hissant avec des acrobaties peu probables pour un homme de sa carrure. Accroupi sur sa branche il s’était fait silencieux tandis que les demoiselles agitées passaient sous l’arbre, le cherchaient, l’appelaient…

Elles finirent par s’éloigner et il sauta de son perchoir en grognant et soupirant, attrapant un cristal dans une bourse de sa ceinture, grimaça, attrapa cette fois une petite fiole dont il but le contenu en grimaçant avant de faire demi-tour et de disparaitre sous le couvert des arbres.

Etrange évènement qui n’avait que bien peu d’intéressant si ce n’était le drôle de comportement du jeune homme pourtant à succès qui aurait dû s’occuper avec les honneurs des deux demoiselles s’il souhaitait s’en tenir à sa réputation… Ou celle fournie par son statut et sa gueule d’ange !


Bien plus tard ce fut un autre évènement inattendu qui intervint.
Cassidy avait occupé sa journée comme elle avait pu probablement avant de finir par se promener, retournant près du village. Sauf qu’un groupe de jeunes hommes trainaient en dehors de celui-ci et l’alpaguèrent. En fait, à l’origine, il n’y avait qu’un jeune homme, qui la salua et l’ignora. Mais de plusieurs buissons autour d’eux en surgirent d’autres. Ils devaient avoir leur âge et semblaient en colère, excités par l’effet de groupe. Le garçon qui l’avait appelée s’était approché d’elle avant de la gifler violemment.

Bien sûr, quand elle avait vu trop d’hommes autour d’elle, la demoiselle n’était pas restée indifférente ni immobile. Mais déjà l’un d’eux lui faisait une douloureuse clé de bras en le lui tordant sans ménagement, un autre venait l’aider, un autre ricanait en faisant craquer ses poings, l’air intéressé, pas seulement pour frapper.

Tu as agressé ma copine…


C’était le garçon qui l’avait appelée et qui de loin semblait plutôt gentil, là avait juste l’air très en colère et malsain, laissant l’empreinte de sa main sur sa joue.

- Ecoute moi bien trainée ! Je sais pas ce que t’es allé foutre pendant 10 ans mais t’es pas la bienvenue si tu agresses nos copines ! T’aurais jamais dû la toucher ! Ni l’humilier comme ça devant tout le monde. Je vais te faire passer le goût de ta prétention ! Tenez la bien les gars !

Il serrait les poings, prêt à lui marteler le ventre, pas que d’ailleurs… Le goût du sang se voyait dans ces yeux. Ils voulaient lui faire mal… Ces garçons devaient bien s’ennuyer ou être sacrément inquiets face à cette jeune femme pour avoir besoin de se protéger derrière la violence. Le quatrième gars avait enlevé sa ceinture et la faisait claquer, prêt à s’en servir probablement.
Il s’était approché, beaucoup plus grand qu’elle, lui masquant le soleil, abattant son poing de toutes ses forces en plein dans son estomac !


J’avais refermé la main sur le poing de l’impudent, à quelques centimètres à peine du vêtement, de la peau de Cassidy. Cette perspective était... déstabilisante. Personne ne m’avait vu arriver et elle encore moins je crois mais je ne la regardais pas vraiment à ce moment là. Tout le monde avait l’air surpris, encore plus le gars qui me faisait face et qui semblait s’être fait mal au poing dans ma paume. Alors qu’ils encourageaient leur camarade un instant avant, les crétins s’étaient tus, en fait tout le monde s’était tu, même les oiseaux au dessus de nous. Je serrais un peu ma main, lui faisant éprouver la force qui en émanait et qui pouvait d’une pression lui briser les phalanges. Il était devenu blême en me voyant. Je dépassais le plus grand d’une demi-tête et niveau muscles… Enfin ces gars me faisaient le curieux effet de petit Teckel fort bruyants mais peu dangereux. Je serrais un peu plus la main.

Il eut enfin un éclair de lucidité en rabaissant son poing et en reculant légèrement alors que les deux gars qui tenaient la jeune femme semblaient très mal à l’aise et ne pas savoir quoi faire brusquement. Celui avec sa ceinture se tenait un peu en retrait, l’air furieux. Je fronçais légèrement le nez. Lui était excité, pas qu’un peu. Ca devait être son kiff la violence… Le gars en face de moi avait l’air bien moins sûr de lui, bien moins à l’aise.




Tristan… je… t’en mêle pas. Elle… elle a attaqué ma copine ! Tout ça pour quelques mots entre filles ! Elle mérite de…
La brunette ? Emelyne c’est ça ? Celle qui m’a demandé de la baiser comme une chienne il y a quelques minutes?

Le silence devint aussitôt pesant alors que le grand dadais en face écarquillait les yeux, étouffant un juron. Mais il n’allait pas frapper le Drakkari pour ces mots, il était… bien plus fort que lui. Il semblait se rapetisser sur place alors même qu’il semblait… très en colère, surtout devant ses « copains » pas plus à l’aise.

Avant de mener une pseudo-justice personnelle, je te recommanderai de tenir les propos de ta copine et de la tenir tout court d’ailleurs…
… T… Tu l’as pas… Elle.
Je l’ai pas touchée ta gonzesse t’inquiète. Les petites jappeuses couineuses et soumises ce n’est pas trop mon truc.
Tu…

Reprenant immédiatement du poil de la bête malgré les quelques insultes à peine déguisées du grand Drakkari, remettant bien vite à sa place la demoiselle et ses propos irrespectueux qui la qualifiaient bien davantage qu’ils ne qualifiaient Cassidy, le copain semblait de nouveau plein d’assurance et de colère et prêt à se la jouer devant ses amis. Après tout ils étaient quatre contre un.

Allez Tristan… C’est bon. On va juste lui apprendre les bonnes manières, pas trop l’abimer… Faut pas que ça se voit trop. Mais elle le mérite ! On n’est pas chez les sauvages ici !

Allez ! T’es en permission non ?! Donc t’as pas à faire régner la justice qu’on t’a enseignée dans ton école, ni ta devise et tout là… T’as droit aux vices et arrêter de servir !
… Tu as raison.
Ah je savais bien que tu étais…

Il ne finit jamais sa phrase parce qu’il fut écrasé au sol, tombant comme une poupée de chiffon après avoir reçu le plus formidable coup de boule que ces quatre gars, lui compris donc, ait jamais vu. Avisant le machin mou au sol, haussant un sourcil, le jeune homme souriait.

Tu as tout à fait raison. Je suis en permission. Je ne suis donc pas un Cheistam… Je vais donc pouvoir vous éclater la tronche à toi et potes sans retenue.

Il se retourna lentement, amusé. Le gars au sol avait l’arcade sourcilière fendue et sanguinolente… Rien que ça. Ah et il était complètement assommé. Pourtant le grand jeune homme qui se tournait n’avait pas l’air d’être en colère, se maitrisant parfaitement.


Je fixais avec plus d’amusement qu’autre chose les deux gars qui s’étaient mis à trembler. Ils serraient forts ses bras. Pourtant elle ne bronchait pas. Elle ne détournait pas les yeux. Je ne sais pas trop si elle s’ennuyait ou si elle se fichait tout simplement de ma présence. J’aurais pu la regarder. J’avais un peu envie de la regarder… Mais j’avais évité. Ils avaient la trouille, ça se voyait. Mon discours était totalement improvisé et pourtant je trouvais qu’il sonnait plutôt bien. Ces couilles-molles s’en prenaient à plusieurs à une fille… J’avais une horreur malsaine de ce type de comportement. Seul un suicidaire m’aurait provoqué dans ce moment-là…
Ils avaient relâché la pression de leurs mains mais ne l’avaient pas lâchée tout court. Ils furent bien obligé quand d’une main j’enserrai la gorge de celui à ma gauche et de l’autre plaquait ma paume sur le visage de celui de droite, les soulevant du sol, à bout de bras. Petite démonstration de force certes pas le moins du monde nécessaire et probablement un peu frimeuse mais je n’y pensais pas vraiment. Ils m’avaient mis en colère ces cons !

Pour respirer, les deux avaient lâché la jeune femme pour essayer d’échapper à ma poigne. Elle s’était aussitôt dégagée et j’avais fait se heurter violemment leurs crânes dans un craquement sourd, ils en seraient quittes pour un bon mal de tête. Le quatrième en avait profité pour se sauver…
Je ne pris même pas la peine de le poursuivre, je me souviendrais suffisamment longtemps de son visage. C’était le pire… Les autres n’avaient qu’une envie de vengeance, d’humiliation, de violence, d’excitation de groupe. Lui il y avait plus. Un plaisir sadique… Il espérait probablement assouvir plus qu’une simple pulsion violente quand ses camarades auraient fini de la rouer de coups.

Je lui avais tourné le dos aussitôt.
A Cassidy.
Je ne la regardais pas. J’évitais.
J’avais encore le goût amer de sa remarque de la veille dans la bouche et pourtant ce n’était pas la seule raison, je pense, qui me poussait à ne pas me retourner. Je crois aussi que j’aurais voulu savoir si ça allait bien. Mais dans le meilleur des cas elle m’aurait ignoré, au pire traité de maman poule, mère Teresa ou que sais-je d’autre…
Je ne comptais pas non plus rétorquer. J’aurais pu, pas qu’un peu. Lui sortir que oui, messire Parfait était venu à son secours parce qu’il fallait bien que quelqu’un le fasse, que j’aurais peut-être dû les laisser lui apprendre le respect, qu’elle était faible. Mais je ne pensais aucun de ces mots. Je me contentais donc de m’éloigner pour  attraper les deux paniers que j’avais vite lâché, arrivant plus rapidement que je ne le concevais moi-même à empêcher cet évènement… funeste.
Je lui jeta un vague regard en lui en tendant un, déclarant que j’avais cueilli des prunes pour ses parents. Je la vis effectivement à ce moment-là. Sa cicatrice… La marque rouge sur sa joue, laissée par la main de cet homme…
Je me détournai aussitôt.


Hum… bonne fin de journée.

Rien de plus alors que déjà le grand jeune homme s’éloignait, bien plus étrange finalement qu’il ne le semblait au premier abord… Déjà loin... Comme si ce qui venait de se passer était banal au possible.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 7 Fév - 15:15

Cassidy était bien occupée, enfin occupée était un euphémisme. Se laissant bercer par sa musique, la tête en arrière, elle respirait doucement. Il lui fallait du calme, de la tranquillité. Depuis qu’elle vivait avec Jillian, la demoiselle évitait les lieux animés, la population. Elle restait soit enfermée dans sa maison, soit elle se baladait à travers les montagnes. Enfin balader est un bien grand mot. Vivant à Frihold, elle avait découvert une activité bien amusante, le surf sur la neige. Depuis que Jillian lui avait offert une planche, elle ne cessait de multiplier les sorties, l’apprentissage de cette activité lui faisant du bien. La sensation de vitesse, l’air glacé qui lui fouettait le visage, la beauté du paysage. Elle ne s’en lassait pas. Mais ici, c’était bien difficile de faire quoi que ce soit. Elle n’avait pas envie de se mêler aux autres villageois, c’était ainsi. D’un elle n’aimait pas la compagnie. Ces gens qui la regardait avec pitié et compassion elle n’en avait pas besoin. De deux, elle avait fini par effrayer tout le monde. Dans un sens elle ne le regrettait pas. Au moins on lui ficherait la paix comme ça. Heureusement que son espèce de « don » s’était déclenché, elle aurait été stupide si l’homme avait réussi à la bloquer. Et cette Emelyne méritait une bonne correction. Elle se prenait pour qui cette pintade pour juger sa vie ?

Tiens en parlant de pintade, voilà que des gloussements se faisaient entendre en contrebas dans la forêt. Cassidy fronça les sourcils en refermant sa boîte à musique et prit une autre position très discrètement. Elle ne tenait pas encore à se faire remarquer. Qu’on lui fiche la paix ! Les gloussements se rapprochaient, enfin tout était relatif avec son ouïe impressionnante. Elle reconnut sans peine la tignasse rouge qui courait. Il n’y avait qu’un seul individu dans ce village qui avait cette caractéristique alors pas difficile de deviner l’identité de l’homme. Derrière, deux filles qui lui couraient sérieusement après. Cassidy se mit à grogner en secouant la tête. Mais qu’ils fassent ça ailleurs bordel ! Elle n’avait pas envie d’observer ce genre d’ébats qui lui donnait la nausée. Sauf qu’elle continuait d’observer attentivement. Le pas de Tristan n’était pas aérien, lent, comme si il voulait justement se faire rattraper. Au contraire ses foulées étaient plutôt grandes. Un peu comme quelqu’un qui fuyait tout en s’économisant. Ou qui ne voyait pas l’intérêt de courir aussi vite. La carrure pouvait y être pour quelque chose. Il avait sûrement une très grande force, comme tous les Drakkaris mais une pointe de vitesse faible.

Et puis, il sauta d’un bond dans un arbre. Elle écarquilla légèrement les yeux. Heu ça par contre c’était pas normal… Par rapport à son poids, enfin sa carrure plutôt, il ne devrait pas être capable de faire un bond de lapin aussi agilement. Magie ? Même Jilian n’était pas capable de la suivre dans les arbres alors… non c’était loin d’être normal. Les filles passèrent et il attendit un moment avant de redescendre. Le souffle de Cassidy s’était arrêté. Elle ne savait pas ce qui lui prenait de regarder comme ça mais cela l’intriguait. Elle le vit sortir un cristal et la réaction de son visage se mua en une grimace. Puis juste après il sortit une fiole et en but le contenu avant de partir. Intéressant… Deux filles qu’il ne draguait pas. Pourtant tout dans son physique laissait penser qu’il devait avoir de multiples conquêtes, encore plus avec son grade ! Mais peut-être n’était-il pas attiré tout simplement. Puis ce saut hors du commun pour un homme de sa carrure, l’observation d’un cristal comme un indicateur de quelque chose… et boire le contenu d’une fiole juste après la réaction engendrée par le cristal. Hum… soit c’était quelque chose pour développer ses capacités soit… Elle repensa aux filles, elles semblaient très déterminées pour se coller à lui comme deux abeilles autour d’un pot de miel. Peut être que si elles l’avaient recroisés ça aurait été pareil. Mais il ne voulait apparemment pas aller plus loin avec elles. Un repousse ? Ou un truc justement qui les attire au bon moment ?

Cassidy se tapa violemment le front du plat de sa main. Stooooooooooooop ! Elle s’ennuyait ok, mais était-ce une raison pour jouer la détective et comprendre son « ancien » camarade ? Il n’avait aucun intérêt à ses yeux, AUCUN. C’était en contradiction avec l’image qu’elle voulait donner, celui d’une fille jmenfoutiste qui n’éprouve que peu d’intérêt pour les autres.

En même temps quand on est perché sur un arbre, difficile de penser à autre chose. La petite demoiselle ne lisait plus depuis bien longtemps. Le total de ses activités était bien réduit. Ca lui arrivait de dessiner de temps en temps mais ça restait moche. Elle avait essayé de multiples choses mais rien ne lui plaisait. Tout ce qui était manuel n’était pas pour elle. La couture, la poterie, la sculpture… bien trop maladroite.

Elle resta un bon moment dans son arbre, laissant vagabonder ses pensées. Rien d’intéressant à faire. Enfin elle avait bien une idée d’activité mais ça devait… rester un minimum discret si elle ne voulait pas s’attirer encore plus d’attention sur elle. Dieux que le temps passait lentement ! Peut être dormir toute la journée était une bonne chose… Soudain, une idée lui vint à l’esprit. Cueillir des fleurs et faire un beau bouquet pour ses parents, peut être que ça apaiserait la tension par rapport à ce conflit. Après tout, Cassidy n’était pas une méchante fille dans le fond. Elle s’était retrouvée dans les mauvais endroits aux mauvais moments mais ça ne faisait pas d’elle une mauvaise personne.

Alors qu’elle marchait d’un endroit à l’autre, ses pensées se dirigèrent vers la bagarre de tout à l’heure. Emelyne l’avait cherché délibérément. Même si elle était plutôt franche, ses paroles avaient été maladroites et il y avait certains sujets que Cassidy détestait qu’on lui rappelle. Ses échecs, et ses parties de jambes en l’air. Une pucelle dans un cocon ne pouvait absolument pas comprendre. Au moins elle avait essayé d’apprendre la magie, de toutes ses forces… et voir que ses efforts n’étaient pas récompensés c’était… blasant. Désespérant. Elle avait sûrement fait bien plus d’efforts que n’importe qui dans ce village. Se mettant consciemment en danger à chaque moment, vivant des émotions particulièrement intenses… Elle en cauchemardait encore et ses nuits étaient loin d’être douces tellement le traumatisme était violent. Mettre fin à ses jours, voilà une idée qui lui avait paru séduisante. Les dieux ne voulaient pas d’elle. Ils voulaient la détruire à petit feu. Elle ne pouvait pas vivre dans ses conditions. Malheureusement ou heureusement pour elle, on lui avait fait comprendre qu’elle devait rester en vie. Elle avait frôlé la mort à un moment… tout aurait pu s’arrêter à ce moment là. Mais encore une fois quelqu’un était intervenu. C’était ça sa vie ? Souffrir et souffrir encore ? Se prendre des coups jusqu’à ce qu’elle ne tienne plus debout ? Certes ça l’avait renforcé. Certes elle n’avait plus peur de rien puisqu’elle estimait avoir vécu le pire pendant toutes ces années et que tout ce qui se passerait maintenant n’était qu’une légère caresse à ces yeux.

Son esprit vagabonda par hasard et se retrouva sur le visage de Tristan, la veille. Il était beau oui… mais au point de lui courir après heu… bon des hommes beaux elle en avait vu ! Jilian était un bon exemple mais la beauté ne faisait pas tout et derrière cette façade, pouvait se cacher le pire des monstres… Elle revoyait son sourire poli alors qu’il lui faisait un compliment sur sa « beauté ». Son regard s’était attardé sur le sien. Il n’y avait plus rien du petit garçon qu’elle avait connu. Certes il prenait un malin plaisir à l’embêter mais il y avait… il y avait quelque chose d’autre ! Qu’elle ne pouvait pas identifier. Un truc agréable oui… mais sûrement pas cette façade de politesse. C’était comme si il avait oublié tout ce qui s’était passé. Il l’aurait peut être taquiné oui… à cet âge là maintenant on ne réagit plus comme un enfant. Mais pitié pas cette image de Messire Parfait, c’était trop… enfin ça se sentait que c’était joué. Même si le compliment pouvait être sincère mais… instinct ? pressentiment ? Elle ne se rendit pas compte qu’elle s’était arrêtée sur son chemin, serrant ses fleurs dans sa main, se mordant si fort la lèvre inférieure qu’elle manquait de se faire saigner. Elle se donna une nouvelle claque sur la joue et inspira profondément.

* Du calme Cassy… Arrête de penser à lui… Il a fait sa vie c’est bien, d’ici quelques jours tu repars dans le Nord et il t’oublieras et tu… l’oublieras…*

Elle continua alors son chemin et prit beaucoup de peine à sélectionner ses fleurs. Les plus belles, les plus inaccessibles, tentant d’harmoniser son bouquet tel un arc en ciel. Cela lui valut quelques écorchures mais le sourire de ses parents valait bien toutes les petites blessures. Son bouquet était bien garni. Elle semblait satisfaite et prit le chemin du retour quand un gars de son âge vint à sa rencontre pour la saluer. Elle l’ignora comme si il n’existait pas. Sauf que des buissons, sortirent d’autres gars. La demoiselle vive voulut faire un pas pour se sortir de cette situation mais ils l’entouraient et l’empêchait de partir. Le gars en face d’elle la gifla brutalement. Cassidy laissa tomber son bouquet de fleurs et tout s’éparpilla autour d’elle. La gifle était violente mais elle ne broncha pas, ne hurla pas. Et se contenta de regarder froidement le jeune homme en face d’elle.

« Salaud ! Espèce d’enflure ! Tu ne perds rien pour attendre ! »

Elle voulut se jeter sur lui mais ses compagnons, qu’elle avait oublié pour le coup, l’avait fortement empoigné et immobiliser. La demoiselle poussa un grognement et voulut les éjecter comme elle l’avait fait avec l’autre homme tout à l’heure mais rien ne vint. Elle poussa un autre juron.

*Et merde saloperie ! Toujours au mauvais moment que tu te déclenches pas*

Elle n’avait pas bronché, pas hurlé, pas pleuré. Son regard était mélangé par le défi et la colère. Ils pensaient l’impressionner ? C’était mal parti ! Son bras était tordu par un des gars. Ca lui faisait mal mais elle ne dit absolument rien. Le gars commença à parler de sa copine. Aaaaah la Emelyne. Cassidy le regarda droit dans les yeux.

« Aaaaah la nana qui m’a traité de salope et de ratée ? Bah désolé de l’avoir abimée hein… mais c’est pas très correct de sa part de me rentrer dans le lard avec ce genre de… discussion. Si elle chouine au moindre bleu et qu’elle appelle son toutou pour la défendre…. Rhoooo même pas une vraie fille »

Le garçon semblait très en colère tout comme les autres. Il la traita de trainée, qu’elle ne devait pas toucher à leurs copines et qu’ils allaient lui apprendre les bonnes manières. Cassidy se débattit, presque en criant.

« Bande de lâches ! Ptites bites ! Tu défends ta copine vous vous mettez à trois contre un ? Pitoyable bande de bâtards ! Ca a même pas de couilles ! Mais allez-y frappez moi ! Attendez un peu vous ne perdez rien pour attendre ! »

Elle se débattit un peu mais la poigne était trop forte. Cassidy regarda le gars qui avait enlevé la ceinture et s’approchait d’elle. Pas une seule seconde elle s’était montrée peureuse, pas une seule seconde elle les supplia d’arrêter. Trop fière. Elle avait eu l’habitude après tout. Alors c’était pas ce genre de gamins qui allait lui faire du mal. Le poing parti dans sa direction. Pendant un instant elle cligna des yeux mais quand elle les rouvrit, il n’y avait pas eu de choc puisqu’une main s’était interposée.

Relevant un peu la tête, Cassidy aperçut Tristan. Et il semblait en colère. Heuuuu d’accord, il venait jouer le Cheistam devant la demoiselle en détresse ? Whaaaa bravo il méritait une médaille pour ça. Elle le regarda un instant avec curiosité avant de fixer le sol et tentant de se débattre, la poigne des autres gars s’étant un peu relâchée. Un premier échange. Sur la fameuse Emelyne. C’était elle qui courait après Tristan. Ah ben d’accord… Ils continuèrent, voulant convaincre le grand Drakkari de se joindre à eux. Avoir des vices hein… Tous les mêmes… Elle grogna. Tristan semblait accepter. Elle voulut relever la tête pour lui jeter un regard noir.

Mais ce qui se passa la surprit tout à fait. En même pas une seconde, le gars se retrouva au sol en poussant un gémissement. Cassidy continuait de se débattre, espérant une tentative de fuite mais les deux autres gars semblaient figés sur place. Tristan les attrapa alors par une poigne sans hésiter et ils relâchèrent leur prise. Elle en profita pour donner un coup sec et s’écarter, clignant un peu des yeux, aveuglée par le soleil. Le Drakkari donna un coup sec et fit entrechoquer les deux crânes. Les gars tombèrent, assommés. Elle regretta amèrement ne pas avoir donné un coup dans leurs cacahuètes ! Les assommer directement, c’était bien trop gentil !

Tristan lui tournait le dos. Toute la gentillesse de la veille d’hier s’était envolée et il semblait toujours… en train de bouder ses paroles. Eh bien eh bien il lui en fallait peu pour le repousser lui. Elle manqua de peu de lui dire que c’était pas la peine de venir jouer le sauveur si il lui en voulait et si il évitait son regard. Il avait besoin de se défouler, c’était ça son trip ? Bon d’accord elle lui en devait une mais… pourquoi la secourir si il était fâché contre elle ? Principes Cheistam ? Ecoeurant…

Il avança pour aller récupérer ses paniers et lui tendit une prune, déclarant que c’était pour ses parents. Heu certes… Elle prit le fruit dans ses mains. Non mais elle ne le comprenait pas ! Qu’il lui demande des explications par rapport à hier, qu’il l’engueule, qu’il lui fasse la morale mais… juste le silence ok ? C’était quoi cette mauviette ?! Elle bouillonnait… Peut être avait-elle ses règles, peut être était ce sa présence qui l’insupportait… peut être voulait-elle juste se mettre en face de lui et dire… n’importe quoi ! un truc ! Elle inspira profondément. Non elle ne devait même pas faire attention à lui, elle ne devait pas réclamer son attention… ce n’était que passager… ne pas lui parler, ne pas lui donner de l’importance… chacun reprendrait sa route… et cette histoire de leurs retrouvailles sera effacée… Ils étaient de deux mondes totalement différents. Et pourquoi elle se posait des questions !

Se détournant, il lui souffla quelques mots. Juste une bonne fin de journée. Tristan partait déjà alors qu’elle baissait la tête vers la prune, semblant admirer sa forme. Seul un mot chuchoté sortit de sa bouche.

« Merci… »

Elle ignorait si il avait entendu ou pas et elle s’en fichait. La demoiselle ramassa ses fleurs. Ca lui faisait mal au cœur quand même. Alors qu’elle avait une bonne intention on venait la lui gâcher. Marchant chez elle, la demoiselle vérifia que personne n’était à la maison. Elle entra à la hâte, prit un vase et de l’eau, déposa ses fleurs et monta dans sa chambre. Croquant dans sa prune, elle s’installa sur son lit et laissa son esprit vagabonder une nouvelle fois. Vivement qu’elle parte… vivement qu’elle parte.

Mais le temps passait trop lentement alors elle décida d’aller prendre un bain. C’était le genre de chose qui l’apaisait, qui la réchauffait. Elle se sentait en sécurité et incroyablement bien. Une fois le bain terminée, elle retourna dans sa chambre un instant avant de redescendre pour le repas du soir. Ses parents étaient animés, enjoués. L’incident de l’après midi semblait être clos et ils ne lui en tenaient pas rigueur. Marilyn discutait avec Cassidy, lui parlant de plein de choses comme les potins du village, des évènements, la boutique. Elle essayait de faire en sorte qu’elle se sente bien même si la jeune femme semblait ailleurs. Touillant sa soupe avec une cuillère distraitement, Cassidy releva la tête en entendant le mot « fête ».

« Pardon ? »

Marilyn regarda Cassidy avec une légère inquiétude puis reprit son sourire.

- Je disais que le village avait décidé d’organiser une grande fête pendant plusieurs jours. Toi et Tristan n’êtes pas les seuls à être rentrés. Alors on pensait que c’était bien de vous organiser ça rien que pour vous… Beaucoup de temps s’est passé, c’est l’occasion de discuter, s’amuser… retrouver de vieilles connaissances et…

« Tu connais mon avis là-dessus, c’est non »

Le ton de Cassidy ne souffrait d’aucune réplique. Elle était ferme même si elle tentait de rester calme. Le sourire de Marilyn se figea un peu.

- Je comprends bien qu’il y a certaines personnes que tu n’aimes pas mais… enfin il y a encore des gens bien Cassy ! Tristan par exemple…

« Me parlez pas de ce gros lourdeau, pompeux à souhait et… enfin bref voilà !

Marilyn croisa le regard de Jordeth, inquiète.

- Enfin qu’est ce que tu racontes ? Tu l’appréciais bien avant.

« Il était différent… Et il n’avait pas cette sacro sainte politesse qui lui colle mal à la peau… Il est faux maman… C’est une façade mais ça doit sûrement le faire chier d’être ici… Ca se voit. »

Pourquoi elle parlait de lui comme ça ? Les mots étaient sortis tout seul. Elle ne comprit pas pourquoi sa voix tremblait un peu en parlant de lui. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait besoin de le démonter. Jalousie ? Peut être… Marilyn soupira.

- Il est peut être un peu différent mais…

Cassidy se leva de table agacée.

« Mais pourquoi tu parles de lui comme si c’était le centre du monde ? OK il est pas désagréable à regarder mais… mais… »

Elle soupira un instant avant de tourner les talons et partir dans sa chambre, laissant ses parents seuls.

La nuit apporta son lot d’apaisement… ou pas. Encore une mauvaise nuit passée. Lorsqu’elle se réveilla le lendemain matin, Cassidy partit faire sa promenade matinale, avant que le soleil se lève. Il faisait suffisamment sombre et au moins personne ne pouvait la voir. Ces promenades étaient vraiment bénéfiques. Elle grimpa discrètement par le toit pour retourner dans sa chambre avant de descendre pour le petit déjeuner tout innocemment.

Ses parents la saluèrent alors qu’elle plongea sa tête dans son chocolat au lait fumant. Elle reposa le bol et marqua un instant de silence.

« J’ai réfléchi pour cette… fête… Je veux bien faire un effort pour ça mais ça sera le seul. »

Marilyn manqua de s’étouffer avec sa tasse de café et ce fut Jordeth qui lui tapota le dos.

- Je t’avais bien dit qu’elle changerait d’avis… Au fait Cassidy, ça serait bien que tu aides aussi… Y a des choses à faire pour la préparation aujourd’hui. Cuisiner, les décorations à installer, le gibier à aller chasser, les récoltes…

- Heu Jordeth c’est déjà bien qu’elle participe le soir alors on pourrait…


« Pas de soucis je m’occuperais des décos, je suis nulle à la cuisine… »

Cette fois sa mère manqua de tomber de sa chaise. D’accord… drôle de comportement. Hier elle était complètement opposée à l’idée de se sociabiliser et là elle était d’accord ? La jeune femme termina son bol en toute innocence, déposa un baiser sur le front de sa mère et remonta dans sa chambre pour s’habiller. Enfin… mettre ses affaires habituelles.

Ils décidèrent de venir tous les trois sur le lieu de la fête. Les parents de Cassidy voulaient être sûrs qu’aucune confusion n’arriverait. On amena Cassidy devant un gars qui supervisait l’organisation. Celui-ci la regarda étrangement mais il lui confia une tâche, celle d’installer les fanions et les guirlandes sur les poteaux. Les parents de Cassidy prirent congé car ils avaient toujours leur commerce à gérer.

La plupart des habitants fixaient la petite demoiselle d’un air surpris. Surtout de la voir ici après sa bagarre d’hier. Elle les ignora royalement et si Tristan était dans le coin… elle faisait en sorte de regarder dans la direction opposée dans laquelle il se trouvait. La jeune femme commença à monter sur une échelle mais une personne qui passait à côté d’elle donna innocemment un coup dans l’échelle. Cela déséquilibra la petite blonde, perdant pied et tombant comme une grosse larve au sol, ce qui attira certains rires moqueurs. Elle n’y fit même pas attention et se releva comme si de rien n’était pour recommencer son travail.

Mais que lui arrivait-il ? Elle aurait du déjà grogner, insulter, se battre mais rien de ça… Finalement on la laissa tranquille. La jeune femme faisait un fantastique travail.

Un autre évènement se produisit. Une fillette courait avec son ours en peluche au milieu des personnes qui s’activaient. Malheureusement la petite trébucha et son ours vola… tout droit dans le feu. Elle se mit à pleurer et comme personne n’avait rien vu, elle se détourna du feu pour que quelqu’un vienne sauver sa peluche. Cassidy avait vu… et Tristan sûrement aussi. Il allait sûrement intervenir mais Cassidy était la plus proche. Elle lâcha un lampion qu’elle était occupée à nettoyer et s’approcha du feu discrètement, vérifiant que personne ne la regardait… ou peut être que quelqu’un en particulier l’observait.

Sans hésiter, elle plongea sa main dans le feu et en ressortit la peluche. Mais aucun cri ne sortit de sa bouche, pas même le moindre signe de douleur sur son visage. Le feu léchait le tissu de la peluche et elle s’empressa de le mettre dans le seau d’eau un peu plus loin pour éteindre les flammes. Puis avec toute l’innocence dont elle était capable, la demoiselle posa la peluche sur une chaise et se dirigea vers la petite, la tapotant sur l’épaule et lui montrant la direction de la chaise du bout de son doigt. La fillette était soulagée et ravie, tout en allant récupérer son nounours.

Cassidy s’étira un instant. Sa main ne portait aucune trace de brûlure, elle semblait tout à fait… bien en fait. Encore un curieux évènement. Puis, comme si de rien n’était, elle se remit à l’ouvrage.

La matinée et l’après midi occupèrent suffisamment son esprit. Elle ne se souciait pas du monde qui l’entourait. Elle rentra ensuite pour manger un bout et se « préparer ». Marilyn semblait toute excitée. Elle avait une ravissante robe et voulait absolument que Cassidy la porte. Mais celle-ci était catégorique.

« Ah non je ne porterais pas ce… truc ! Ca colle, on bouge pas avec.. A moins que mes affaires brûlent je n’y toucherais pas. Je fais déjà acte de présence, c’est déjà bien »

La maman n’insista pas, même si elle paraissait déçue.

La jeune femme monta dans sa chambre. Elle cherchait quelque chose dans son armoire et retournait un peu ses affaires. Alors qu’elle dégageait une boîte en hauteur, tout lui tomba sur la tête. Elle toussa, la poussière l’empêchant de respirer. Un parchemin tomba lentement sur ses genoux. Elle le prit dans ses mains et en voyant ce qui était dessus, son regard se remplit de nostalgie et de tristesse.

Le dessin de deux enfants qui se tenaient par la main et souriaient. Un garçon aux yeux orangés et aux cheveux rouges vif et une petite fille aux cheveux blonds et aux yeux noisette. Elle resta un bon moment plantée devant cette image. Ses yeux brillaient. Une larme perla le long de son œil et roula sur sa joue. Puis elle secoua la tête.

« T’es stupide ma pauvre… »

Elle reprit le parchemin, se leva, et le placa dans le tiroir de son chevet. Puis elle descendit pour aller prendre une douche.

La soirée commença alors et c’est tout naturellement que Cassidy était venue dans une tenue… débraillée. Sa tunique légèrement bouffante, ne laissant pas le loisir d’admirer son décolleté ou sa poitrine. Son pantalon plutôt large. Elle portait toujours ses brassards aux avants bras et ses cheveux étaient toujours retenus par un bout de tissu. Elle ne faisait pas sensation c’est sûr. La demoiselle regarda les couples qui dansaient joyeusement et secoua la tête. Dieux que c’était… inintéressant !

La petite blonde s’installa sur une chaise dans un coin et croisa les bras. Elle faisait acte de présence. Tristan apparut et lui au contraire, faisant sensation auprès de la foule. Il était fort séduisant. Les filles se pressaient autour de lui, les garçons étaient contents pour lui, pour sa carrière. On lui posait une foule de questions. Si il avait quelqu’un, comment était ses entrainements, lui raconter ses voyages, une petite danse peut-être ? Cassidy poussa un grognement.

*Non mais regardez le… Sérieux quoi ?!*

Il finit par voir Cassidy et s’approcher d’elle. Elle le vit et feigna l’ignorance la plus totale. Prenant son verre d’eau, elle se redressa et voulut voir ailleurs.

« Va voir ailleurs, ton public t’attends, faut pas le faire attendre »

Cette fois il voulut insister et se plaça directement devant elle. Etait-ce la surprise ? Ou la fatigue. Mais elle sursauta et son verre lui échappa des mains. Dans un réflexe, sûrement à cause de son entraînement, il tenta de rattraper le verre mais sa main rencontra sa poitrine. Elle réagit aussitôt et pas de la meilleure façon qui était. Le verre se brisa au sol au même moment que le coup de poing l’atteignit dans la poitrine, lui coupant le souffle. Elle était en colère.

« Hey ! Jtai permis ?! Tripoteur ! T’avises pas de recommencer ! Tu peux toucher toutes les nanas du monde si ça te chantes mais là t’as vraiment mal choisi… pas avec moi. Est-ce que je te tripote les couilles moi ?»

Ca ne partait pas d’une mauvaise intention mais elle aussi avait des reflexes. Elle ne dit rien de plus, sûrement troublée par son geste, sûrement… Remettant une mèche blonde en arrière, elle ne fit pas attention à la foule qui avait regardé la scène ni à Tristan, voir si il allait bien ou pas. Elle se dégagea et alla s’asseoir bien plus loin de lui. La suite de la soirée passa et on ne fit pas attention à elle. Une autre personne s’approcha d’elle et toussota discrètement. Cassidy soupira.

« Quoi encore ? »

Emelyne se tenait face à elle et faisait un gentil sourire.

- Désolé je ne voulais pas te déranger…

« Bah tu me déranges là, donc dégages… »

Emelyne semblait hésitante.

- Je… je voulais juste m’excuser pour hier. Je n’aurais jamais du te provoquer comme ça.

« Bien que tu le reconnaisse… »

- Tiens… t’as rien bu depuis tout à l’heure… et Tristan t’a… enfin je comprends, ça m’aurait pas plu non plus…

Elle lui tendit un verre. Cassidy sursauta en entendant le prénom du Drakkari et accepta le verre un peu trop facilement. C’est qu’il la mettait hors d’elle ! La demoiselle but d’un train le contenu puis reposa le verre sur la table à côté.

« Merci… »

-Je te laisse tranquille… désolé de t’avoir importuné…

Et elle repartit sans rien dire.

Cassidy regarda les couples qui évoluaient sur la piste de danse. Une musique entraînante retentit et bien malgré elle, elle commença à battre la mesure. Ca lui donnait envie de danser… mais elle n’avait pas envie. Oh et puis tant pis elle avait le droit de s’amuser elle aussi !

Sans crier gare, la demoiselle monta sur une table, poussant tout ce qui trainait dessus et se lança dans une danse endiablée tout en chatonnant sur l’air de la musique. On la regarda avec surprise. Allons bon, qu’est ce qu’elle faisait ?! Puis une fois que la musique s’arrêta, elle trébucha et tomba de la table. On se moqua d’elle.

« Ouuuuuh le sol est baaaaas »

Elle se redressa et s’épousseta tranquillement. Son regard tomba sur celui de Tristan. Le jeune homme était en train de danser gentiment avec une fille qui le dévorait du regard et gloussait au moindre de ses sourires. Non mais quelle pintade quand même ! En plus elle sait même pas danser ! Cassidy avança d’un pas franc et volontaire tout en poussant la malheureuse demoiselle.

- Hey Herediane ! Qu’est ce que tu fiches ici ?

« Dégage Bidulette ! Je vais te montrer comment une vraie fille danse ! C’est moche et tes gloussements m’insupportent ! Va faire la pucelle en chaleur ailleurs ! »

Sauf que Cassidy souriait alors qu’elle ne laissait même pas le temps de réagir avant de prendre ses mains et de l’entrainer dans une danse. Et elle dansait incroyablement bien pour une trainée… Sauf que Tristan n’était pas en reste. Au début surpris, il reprit un peu pied. Chacun guidait l’autre. C’était une danse enjouée, Cassidy souriait, semblait heureuse comme elle ne l’avait jamais été depuis son arrivée. Il était vrai que c’était d’un autre niveau. C’était comme si l’un et l’autre s’étaient bien adaptés et évoluaient comme une seule et même personne. La musique s’arrêta enfin.

Mais plutôt que de l’abandonner là, Cassidy garda les mains de Tristan dans les siennes. Un slow venait de se lancer.

« Non attends encore un peu… on va dire que c’est pour te remercier… j’ai été une très vilaine fille… »

Elle ne fit même pas attention à ses expressions, et continuait à danser tout normalement. Un peu collée contre lui, elle laissa reposer sa tête contre son torse, respirant doucement.

« Tu danses bien quand même… enfin je suppose que tu dois avoir l’habitude avec toutes tes soirées hein… »

Une voix gentille qui collait mal avec l’image qu’elle donnait. Elle ne dit rien de plus. En fait elle ne savait pas si c’était à cause du verre d’Emelyne ou de lui mais elle se sentait bien, elle avait envie de s’amuser, de rire. D’ailleurs le sourire qui lui collait au visage était peut être un peu trop joyeux mais n’y avait-il pas un fond de sincérité aussi ? La musique finit par s’arrêter également. Mais alors qu’elle relâchait ses mains, elle fit quelque chose… d’imprévisible.

Le crochetant par la nuque, elle le força à se pencher en avant et posa ses lèvres sur les siennes, lui décochant un baiser vertigineux, le genre de baiser qui fait tourner les têtes. Le genre de baiser comme si elle était follement emprise de lui… comme dans une autre vie. Le genre de baiser de tentation, celui qui donne envie d’aller plus loin, qui fait faire des sacrés bonds au cœur et trembler les jambes. Celui qui donne l’impression que la terre s’est arrêtée de tourner et que le monde n’existe plus.

Tout le monde s’était arrêté sur place et le silence se fit. Elle se décolla doucement de ses lèvres mais avant qu’il ne dise quoi que ce soit, avant même de le faire parler, de le faire réagir, elle posa un doigt sur ses lèvres, un sourire mystérieux sur le visage puis lui tourna le dos et commença à partir comme si de rien n’était.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 8 Fév - 15:24

Quel langage, mais quel langage !
Qui collait bien au personnage et la personnalité plus que distante qu’elle voulait bien donner. Tristan avait entendu des mots de loin, des mots surprenants. Il ne savait pas pour elle. Ni ce qu’avaient prévu ces lâches! Qu’un homme ait envie de venger sa copine humiliée était une chose, qu’il veuille en parler avec la demoiselle pourquoi pas, qu’il décide d’affirmer sa suprématie en se vengeant physiquement passait encore, enfin aux yeux du Drakkari. Parce que de ce qu’il avait entendu la jolie demoiselle serait bien à même de se défendre. Mais quatre… Quatre. Le petit ami et ses trois copains contre une seule demoiselle. Pour ne pas lui donner l’occasion de fuir et pour la punir comme il se doit. Probablement parce qu’il n’était pas spécialement rassuré, ne sachant pas de quoi elle était capable s’il l’abordait seul. Il s’y était pris de manière lâche surtout, une véritable embuscade. C’était méchant, c’était cruel, c’était stupide… C’était extrêmement lâche et la demoiselle n’avait absolument pas dans l’idée de se laisser faire évidemment. Mais elle n’avait pas eu le choix. Quelle que soit sa force d’ordinaire, ça n’avait pas fonctionné et puis même sans cela, bien malheureusement elle était vraiment en sous-effectif.
Mais elle les défiait, elle ne se laissait pas faire.

Pas à un seul instant elle n’avait faibli pour autant, elle n’avait pas pleuré, ni imploré, ni quoi que ce soit. Cette femme était forte. Ou complètement folle.
Tristan les avait entendus de loin. Il était tranquillement en train de rentrer de la cueillette que lui avait demandé de faire sa mère, en profitant pour cueillir davantage pour la famille Herediane, spontanément. Il se disait que ce serait une petite attention comme une autre pour soutenir les parents inquiets, de manière détournée d’une certaine façon. Le discours qu’ils avaient tenu sur Cassidy l’avait surpris, intrigué, intéressé aussi.
La demoiselle était différente, ça c’était une certitude… Dans un sens ça l’avait surpris. Et dans un autre pas du tout. Il avait eu la curieuse impression que c’était normal. Que c’était… naturel. Qu’elle avait toujours été très différente. Ou que lui l’avait toujours vue ainsi.

Le passé était loin, si flou, si embrumé. Pourtant il y avait toujours son nom, ses traits de petite fille, l’éclat de ses cheveux d’or et d’un sourire timide mais tellement heureux, aujourd’hui disparu de son visage. Les autres n’étaient que des êtres sans visage… Les autres souvenirs du moins.

Des éclats de voix, agressifs. Il avait haussé un sourcil, bien décidé à ignorer les altercations diverses et variées. Même dans un village paisible comme le leur il pouvait y avoir des histoires, des bêtises et pendant un instant il avait cru qu’il s’agissait d’un adulte  enguirlandant son exécrable petit frère. Mais il avait entendu sa voix et s’était figé sur place.


Décidément, Cassidy était pleine de surprise.
La véhémence de ses propos aurait dû me surprendre mais ce n’était pas le cas. Malgré le timbre légèrement éraillé de sa voix dû probablement à la colère qu’elle ressentait, je l’avais immédiatement reconnue et j’étais arrivé vite, assez tout du moins pour lui éviter ce sérieux coup dans l’estomac. Je n’avais pas vraiment pris le temps d’analyser la situation, mon esprit de guerrier et surtout mes gènes de tueur le faisant bien plus vite sans mon volontariat. Quatre gars, sur une demoiselle. Et certainement pas pour lui énoncer quelques mots doux. Pourtant elle restait fière. Si elle avait fermé les yeux elle ne tremblait pas, ne pleurait pas, n’avait pas l’air effrayée. Cette fille était… déboussolante.

Pourtant, la rage qui s’empara une seconde de moi était sans précédent. J’aurais tué ces hommes si depuis bien longtemps je n’avais appris à vivre avec l’excessivité de mes pulsions et de mes colères. La raison de ces gestes était aussi lâche que stupide. Une bête vengeance… J’avais dû me contrôler pourtant à cet instant et ça avait été extrêmement difficile. Les assommer c’était les protéger aussi. Pas de Cassidy évidemment qui semblait un brin frustrée, probablement désireuse de leur faire passer leur lâcheté par un coup bien placé. Mais de moi.

Ce qu’ils allaient lui faire, s’ils s’étaient simplement contentés de la frapper, ce dont je doutais sérieusement aux vues de la puanteur pulsionnelle qu’ils dégageaient, m’écoeurait au plus haut point. Et réveillait chez moi une violence que je pensais depuis longtemps calmé.
J’étais passé par cette phase où tout était difficile à gérer. Mon adolescence, ou plutôt ma pré-adolescence n’avait pas été des plus agréables vu toutes les pulsions qui me harcelaient de toute part et le caractère explosif de celles-ci. Un rien me faisait partir dans les extrêmes, comme la grande majorité des jeunes dragons. Plus tard j’avais encore été pas mal secoué par toutes ces pulsions que certains prenaient pour de la tristesse, de la compassion mues en fureur, quand je compris, bien trop vite à mon goût que les absurdités d’équité des sexes dont on m’avait bassiné durant mon enfance n’était que totale ineptie. La femme était presque partout un simple objet de plaisir, d’obéissance… Ca me mettait hors de moi.

J’avais appris à le dépasser même si je punissais toujours les impudents qui osaient outrepasser des limites trop facilement franchies. Mais depuis bien des années je ne m’étais pas vraiment épris de colère. Là si. J’aurais pu tuer ces hommes. Sans sourciller. Comme je savais si bien le faire. C’était probablement parce que j’étais fatigué et loin d’être remis ni de mon voyage à travers les portails, ni de ce qui avait précédé et marqué mon corps avec trop d’insistance. Je préférais me dire que c’était pour ces raisons. Pour quelles autres après tout? Parce que j’étais dans mon village natal ? Parce que c’était une tentative de réminiscence de mes souvenirs ?
Je ne croyais pas en ces inepties.
Parce que ça la concernait ?
Peut-être un peu finalement.

Son côté impudente, fonceuse, qui ne se prenait pas la tête m’intriguait. Je la trouvais… amusante en fait. Certes ses paroles m’avaient vexé tout de même et ça j’avais vraiment du mal à le digérer. Surtout que c’était vraiment stupide ! J’avais eu bien pire comme mots, oui bien pire. J’étais parti vite, la regardant à peine. La marque rouge sur sa joue m’avait donné envie de secouer le saligaud que j’avais proprement assommé pour qu’il se réveille et que je puisse le ré-assommer. C’était stupide ça aussi. Mais ce coup d’oeil vers elle m’avait permis de regarder la cicatrice de son oeil, de la remarquer réellement. Tout le monde en avait parlé, ça devait être sacrément grave, ou hideux. Je ne trouvais pas. Bien sûr c’était une tragédie qu’un si joli minois soit ainsi abimé mais ça ne gâchait que bien peu de choses. Comme ses oreilles pointues. Ca n’avait rien de normal chez une humaine, ni ses dents. Mais ça ne me choquait pas. Ca ne me surprenait pas vraiment non plus. Ce n’était pas un désintérêt pour sa personne, bien au contraire, c’était plus comme si ça ne me gênait pas, comme si c’était… normal… encore une fois. Je ne sais pas pourquoi je ne disais rien. C’était idiot tout de même de rester immobile et mutique ou balançant des banalités. La veille elle m’avait vu sous un autre jour, souriant, bien comme il faut, comme on me demandait d’être. Mais elle m’en voulait d’une manière ou d’une autre et beaucoup. Maintenant que je savais qu’elle n’avait pu réaliser ses rêves, j’en étais… désolé pour elle. Une autre personne du village, ça n’aurait eu que peu d’incidence sur mon humeur. Mais j’avais dû la blesser et cette perspective m’agaçait. Parce que ça me gênait. Que je ne voulais pas la narguer, pas le moins du monde. Ca n’était jamais mon intention envers qui que ce soit. Je savais bien ce que je valais. L’avis des autres me désintéressait au plus haut point. D’ordinaire tout du moins.

J’étais parti vite. Sans me retourner, sans la regarder, sans attendre quoi que ce soit d’elle. Pourtant, j’avais cru entendre le soupir d’un remerciement à peine audible. Réalité ou hallucination, un léger sourire m’avait étiré les lèvres et j’étais content d’être passé par là, de m’être arrêté, de ne pas être devenu totalement fou en massacrant ces mecs.



Il était rentré et ressortit pour s’entrainer, durement. Pour ne pas penser, surtout ne pas penser, pas trop, rien qui sorte des schémas qu’il devait suivre.
Eve était probablement aussi enthousiaste que Marilyn le soir-même ! A croire que les deux mamans avaient longuement discuté du sujet… Et de leur enfant respectif aussi d’ailleurs. Et c’était peu dire sur ce qui s’était vraiment passé d’ailleurs. Elles avaient encore passé beaucoup de temps ensemble à papoter, Eve donnant avec plaisir un coup de main à son amie pour confectionner les cubes d’argile qui leur servirait le lendemain pour la confection de quelques commandes. Après tout la belle jeune brune avait eu longtemps l’espoir que Cassidy et son téméraire fils connaissent ensemble une belle et merveilleuse histoire d’amour, de celles qu’on ne voyait que dans les livres. Elle était très fleur bleue à la base et ça n’avait pas vraiment changé en vieillissant, bien au contraire d’ailleurs. Elle désespérait de ne toujours pas le voir revenir avec une belle demoiselle dont il serait passionnément épris et si elle était assez admirative de son charisme et de ses performances vu les sourires épanouies des conquêtes qu’elle avait pu entrapercevoir c’était très loin de l’image de prince charmant qu’elle avait forgé dans son esprit concernant son fils.
Elles avaient longuement parlé, se remémorant des anecdotes pour le moins amusantes sur les deux jeunes gens, petite pointe de nostalgie de voir comme ils s’étaient éloignés de leur famille et l’un de l’autre. Pourtant une phrase tout sauf anodine avait été prononcée, sur laquelle elle risquait de souvent revenir dans les jours qui suivraient.

Moi je dis… Tant que ta fille n’a pas été unie devant les dieux, je continue de croiser les doigts et d’espérer ! Je suis sûre que tous les deux… olala… Ils nous feraient des petits enfants tellement beaaaauuuuuuxxxxxx !!!!!

Eve était bien la seule, exceptée la famille de la jeune femme, et le grand Drakkari qui avait l’air de trouver les changements de la jeune femme on ne peut plus naturels, à ne pas être choquée par son apparence, et à ne pas la rejeter à cause de celle-ci. Elle avait connu Cassidy enfant. Peu importe à quel point elle avait changé, ce qu’elle avait vécu. L’adorable fillette si gentille, si investie, si passionnée pour les autres n’était pas si loin, elle en restait persuadée.

Les deux mamans avaient discuté oui, avec animation de la fête aussi. Qui peut-être, pourquoi pas, serait aussi l’occasion de rabibocher l’ancienne amitié des jeunes gens. Eve parlait avec animation de l’évènement à un Tristan qui s’était épuisé à l’extérieur, ne rentrant qu’à la nuit tombée, suivi par son petit frère qui l’avait finalement retrouvé et avait essayé d’imiter son entrainement. Essayé.
Par contre, elle n’eut aucun mal à convaincre son fils d’y participer. Il suffit de lui en parler et si elle s’attendait à un refus catégorique, voire même qu’il trouve cela inintéressant car il devait être habitué à bien plus intéressant, il lui avait gentiment souri en se levant pour débarrasser.

Merci pour l’information maman. J’irai aider demain alors.

Rien de plus.
Gentil fils obéissant… et facile à convaincre.
Le lendemain il était en train d’écouter les recommandations et ordre de l’organisateur quand Cassidy était arrivée. Il avait aperçu ses cheveux blonds du coin de l’oeil et l’avait suivie du regard alors qu’elle était un bref instant accompagné de ses parents. Mais elle l’ignorait totalement, ne semblant absolument pas l’avoir remarqué, concentrée dans ce qu’elle faisait… Et peu importe ce qu’on lui demandait de faire, c’était respecté à la lettre et bien au-delà! Il avait surtout aidé pour les travaux de force de son côté. Malgré tout ce qu’on pouvait savoir des Drakkari tout le monde était toujours surpris quand il faisait montre de sa force. Pourtant de Drakkari il n’avait que bien peu de choses mais eux ne le savaient pas. Quand on demanda de déplacer un lourd banc à plusieurs garçon et qu’haussant un sourcil il s’en chargea seul en semblant éprouver à peu près autant de difficulté que s’il avait été fait de bois léger quelques uns furent vexés. Admiratifs… mais vexés.


Elle était tombée de son échelle. Je m’étais retourné et j’avais froncé les sourcils alors qu’elle faisait comme si de rien n’était. Certains riaient. Elle ne semblait même pas les avoir remarqués. Moi si. Ca m’agaçait prodigieusement ! Pourquoi diable se moquaient-ils d’elle de la sorte? Si elle avait ri oui évidemment ils auraient eu toutes les raisons de rire. Mais cette situation n’était que moquerie. Je le savais bien. J’avais dû apprendre les codes sociaux, toutes les différentes manières d’être et d’agir des humains et les conventions sociales qui s’y rapportent. Et ça… ce n’était pas un rire amical, pas vu la situation. Pourquoi agissaient-ils ainsi ? Ma mère m’avait suggéré que sa différence les effrayait alors que je ne lui avais rien demandé là dessus. Mais j’avais beau chercher je ne voyais pas en quoi son originalité, son côté « unique » étaient gênants. Les humains sont décidément des créatures dépitantes.

Elle a aussi fait quelque chose d’étrange. Au début je voulais intervenir quand j’avais vu la peluche tomber dans le feu. Bien sûr ça ne me concernait pas et honnêtement je m’en fichais bien mais là encore j’avais appris que pour vivre pleinement parmi les humains il fallait avoir ce type de réaction emphatique. Elle avait été plus vive que moi mais elle était une fois de plus différente. Déjà pour une demoiselle qui semblait désintéressée du reste du monde elle était quand même très attentive à ce qui se passait autour d’elle et surtout… elle avait réagi vite, très vite, sans la moindre peur et pas de la manière la plus orthodoxe qui soit. Je l’avais fixée un moment, interdit, alors qu’elle sortait sa main du feu et s’occupait de la peluche en ne semblant souffrir d’aucune séquelle alors que même le plus rapide des humains présents se serait brûlé. Etrange. J’aurais pu la regarder agir en catimini, discrètement. Mais je n’avais aucune raison de le faire, d’être « discret ». Je la regardais c’est tout. Elle s’était remise au travail et personne n’avait rien vu. Décidément, les humains sont bien aveugles…

J’avais été un peu utile, je pense. Ce qui n’était pas toujours évident. J’avais oublié qu’il y avait autant de filles dans le coin. Le nombre de demoiselles qui voulaient m’aider et gloussaient… C’était assez agaçant et bruyant. Encore heureux que j’avais pris une fiole peu avant. J’avais aussi dû le faire la veille, l’effet n’était pas pérenne fort malheureusement. Je n’avais pas vraiment compris hier quand les deux minaudeuses qui me faisaient clairement du charme mais à distance, s’étaient rapprochées de moi, près, trop près. Je ne voulais rien avoir à faire avec les filles du coin. Oh je n’étais pas contre une folle partie de jambes en l’air mais d’un seul coup d’oeil je pouvais affirmer qu’elles me décevraient. Ces demoiselles avaient les muscles d’une éponge, beaucoup de voix, beaucoup de mots pour provoquer mais rien de vraiment concret. Certaines étaient beaucoup trop jeunes. Il y avait la fameuse Emelyne et sa petite conne de soeur qui me tripotait chaque fois qu’elle en avait l’occasion quand je revenais. Si au début son âge avait pu laisser croire à une bête histoire d’amourette de petite adolescente, son corps qui se formait d’années en années criait bien autre chose aujourd’hui. Je n’aurais pas été contre la tringler un peu… C’était une jolie fille, du moins passable et tout ce qu’il y a de plus baisable. Elle crierait fort et son corps n’avait clairement pas encore connu d’homme, m’occuper de sa virginité serait certes un plaisir certain pour moi, bien moins pour elle. Oh elle prendrait vite du bon temps aussi mais pas sur le coup, enfin pas sous « ces » coups. En général j’évitais, peu importe l’insistance des demoiselles. Il valait mieux commencer par… disons plus abordable… Enfin il y avait surtout ces histoires de conventions qui me retenaient. Ce serait assez ennuyeux pour ma famille si je faisais des histoires, il en naitrait beaucoup de tensions, de problèmes, de disputes et ceci m’ennuyait grandement. Enfin ma famille. Pour l’humaine qui m’avait enfanté. Par respect.

Quand j’étais dans le coin, je faisais ceinture. Enfin avec les filles du village. Rien ne m’empêchait de m’absenter suffisamment pour aller en culbuter une ou deux dans les environs mais trop de potins circulaient bien trop vite. Me satisfaire seul n’était pas dans mes préférences mais c’était bien souvent nécessaire. On m’avait fait comprendre que mes besoins de dragons surpassaient ceux des mâles des autres espèces. Certes le plaisir n’en était que plus grand mais tout de même, ce n’était pas toujours si facile à gérer…

Elles m’avaient collé, un peu trop. J’étais encore suffisamment calmé et affaibli sans doute pour que ça ne me gêne pas plus que cela mais quand la vieille avait cherché à m’embrasser là ça avait changé la donne. Mais bien sûr ignoble demoiselle… T’embrasser ? Enfin c’est bien plus qu’elle souhaitait. Si c’était ses lèvres qu’elle tendait, sa main agrippait mon entrejambe avec assez de poigne pour faire passer une factice assurance dominatrice. Elle me faisait plus mal qu’autre chose la garce mais je n’avais même pas grogné. Je m’étais esquivé avec sourires, petites révérences et banalités classiques apprises par coeur: appliquer les bons mots au bon moment selon telles normes, tout était parfaitement organisé et calibré. Mais elles avaient insisté. Jusqu’à finir par me courir après. C’était d’un excessif ridicule. Une course poursuite d’ordinaire ça m’excitait. Mais je n’étais pas celui qui courait devant pour commencer et ma pauvre victime savait d’ors et déjà que plus elle m’échappait longtemps, plus longues seraient les douces tortures que je lui infligerais par la suite…
J’avais couru mais je n’étais pas en forme et il était inutile de piquer un sprint. Ces gonzesses étaient aussi rapides que des lapins boiteux et aveugles. Grimper était la meilleure solution. J’aurais pu me transformer mais j’aurais pris le risque d’être vu… Grimper était aisé pour moi, bien plus que personne ne pouvait l’imaginer. J’étais un voltigeur après tout.
Mon cristal m’avait annoncé ce dont je me doutais trop malheureusement. Mes bracelets ne seraient certainement pas suffisants cette fois. Ca arrivait avec l’alignement des lunes mais c’était si fluctuant que l’imprévisibilité de la chose m’agaçait au plus haut point. Je dégageais plus de phéromones que d’habitude. Pour beaucoup ça passait inaperçu mais pour quelques « chanceuses » ça devenait vite intenable. Il fallait faire attention… très attention. J’avais déjà été bêtement séquestré par des amazones à cause de cela, pour une mission tellement banales. Jamais je n’avais eu autant de courbatures de ma vie…

Arès s’était aussi incrusté avec d’autres enfants. Ils s’amusaient autour de nous, se disputaient et mon frère semblait jouer au petit chef avec les autres, mais tant qu’ils acceptaient.
Je m’étais finalement éclipsé en proposant d’aller chasser. Plusieurs groupes avaient été faits mais je préférais chasser seul, allant récupérer un de mes arcs.
La chasse m’avait fait du bien, vidé un peu la tête de tous ces bourdonnements de conversations. Il était était étrange de voir avec quel engouement on souhaitait discuter avec moi alors qu’en général je restais silencieux.



Les préparatifs avaient bien avancé et chacun était parti se reposer un peu et se préparer pour le soir-même. Si Eve aurait bien voulu voir son fils en tenue de cérémonie, le jeune homme s’était contenté d’un doux sourire en argumentant que c’était plutôt… inapproprié et qu’il était ici dans son village d’enfance, pas pour jouer de sa « promotion ». Il dut lui promettre de l’enfiler et de lui montrer sinon elle n’aurait jamais cessé de bouder mais elle était tout de même amusante avec cette petite moue aux lèvres.
Après une longue douche, le grand jeune homme avait enfilé un pantalon sombre et une chemise blanche cette fois, aux manches longues et bouffantes qui cachait au moins un peu ses impressionnants biceps mais qui suivait bien trop le dessin de son torse, plus serrée à ce niveau. Comme la majorité des tuniques/ chemises d’homme, celle-ci comportait des lacets sur l’échancrure qu’il laissait constamment ouverts, non par souci de séduction plutôt par flemme de les serrer et attacher. Une flemme terrible… Certaines marques dorées étaient visibles de cette manière involontaire sur son cou, ses scalènes…
Celle de son cou, fine, entourait sa nuque et se terminait en deux pointes se faisant face sur sa gorge, donnant constamment l’impression qu’il portait une espèce de collier cerclé ouvert. Les rayures/ zébrures étaient ainsi également sur ses bras, très espacées et ses jambes mais le reste de son corps… elles n’avaient pas ce côté encerclant.

Le jeune homme se passait les mains sur les joues, toujours aucune trace de barbe, pas même une annonce prometteuse. Ca ne le dérangeait pas vraiment, c’était un souci de moins. Il coiffa ses cheveux mais à part les rendre électrique et ainsi encore plus ébouriffés il ne parvint pas à grand chose. Avisant la chevalière sur sa table de nuit il l’enfila aussitôt. Une précaution supplémentaire. Une de plus.
Cette chevalière était un cadeau pour tous les jeunes officiers. Il l’avait eu relativement tôt mais pour lui elle avait été modifiée. Si chaque chevalière comportait une gravure dans l’anneau du surnom qui avait été donné au jeune officier sacrément malmené pendant tout son apprentissage, souvent ridicule, elle comportait sur son chaton le blason du jeune homme, qu’il créait. Certaines pourtant avait la particularité d’être enchantées. La plupart y intégrait un petit cristal leur permettant de contacter quelqu’un même s’ils se retrouvaient dans une embuscade mais la portée était brève, une espèce de talkie walkie du monde magique. D’autres y inséraient des fortifiants à renouveler: médicaments, contre-poison etc.
Et puis quelques uns, comme lui, visaient autre chose. Un officier était censé en imposer peu importe ce qui se passait. Etre digne et fort, imposant et intimidant peu importe la situation. Ceci devenait particulièrement délicat quand mère nature joignant l’utile à l’agréable décidait de bien mieux doter en nature certains hommes par rapport aux autres… Alors quand dans une école aussi stricte et très masculine, voyant si peu de femmes, ces demoiseaux étaient lâchés dans la nature ou en mission, la vue des demoiselles qui émoustillaient tout un chacun se remarquait davantage chez ces hommes-là. Quelle idée de faire des vêtements aussi près du corps aussi…

C’était plus drôle qu’autre chose probablement mais il était difficile de rassurer une demoiselle en détresse quand une très visible érection pointe tout droit sur elle. Et peu importe l’entrainement, peu importe les privations, les menaces… la nature appelait la nature voilà tout. Tous avaient ce petit dispositif intégré. Certains l’avaient uniquement destiné à cet effet. Oh ça n’empêchait pas l’attirance, ça n’empêchait pas le cerveau de tourner court, l’excitation de rendre ces demoiseaux un peu stupides mais ça leur permettait tout du moins de le cacher. Un peu.
Mais ce n’était absolument pas agréable. Que ce petit joujou envoie pour message à leurs sous vêtements de devenir aussi compressif que faire se peut était une chose mais c’était douloureux et un peu étourdissant tout de même. Alors l’honneur était sauf, mais en pratique ça ne chassait rien… Rien du tout.
Il l’avait enfilé plus par réflexe qu’autre chose à son majeur. Cette bague ne le quittait que rarement. Le dragon avait des besoins…


Je ne m’attendais pas à grand chose d’extraordinaire à cette fête. Du moins dans le sens qui « sortirait de l’ordinaire ». C’était tout à fait honorable, mignonnet et gentillet mais pas extraordinaire. Je n’étais pas vraiment, contrairement à nombre de mes camarades, fan de ces gala et soirées. Il fallait toujours bien s’habiller, faire bonne figure et séduire. Je n’avais besoin de faire aucun effort de ce côté là et ça en agaçait plus d’un je le savais alors je faisais parfois semblant de séduire… juste pour qu’on me trouve à priori normal. Même si c’était faux. Comme la majorité de ce que je disais et faisais.
De loin j’avais aperçu Cassidy, facilement repérable. Elle était la seule femme à ne pas porter de robe et si tous semblaient la trouver négligée et peu soigneuse de son physique je n’étais pas vraiment d’accord avec eux. Elle avait de magnifiques cheveux même si elle semblait en prendre très peu soin… Plus blonde que les blés elle aurait surpassé nombre de grande dame sur ce plan. Elle était sportive aussi. Ca se voyait de suite alors où les hommes étaient aveugles, ou ils n’avaient que peu de suite dans les idées pour croire qu’une demoiselle sans robe n’est pas une demoiselle et autre ineptie de ce genre.

Je m’étais approché sans vraiment le réaliser. Je ne cherchais pas à la provoquer. Ni à l’embêter. Je ne voulais pas la narguer, ni me moquer d’elle. Je n’avais même pas fait vraiment attention, un peu lassé de sourires bêtement aux gens qui me posaient des questions, aux filles qui gloussaient à mon bras. Elle n’avait pas l’air de souffrir de séquelles de la veille, j’avais quand même remarqué ça quand elle aidait aux préparatifs plus tôt. Et remarqué aussi trois des quatre gaillards qui lui avaient cherché des noises. En me voyant ils avaient fait un détour, encore plus grand en voyant Cassidy et en me jetant un regard qui se voulait noir et semblait surtout trouillard. Pauvres idiots… S’ils savaient. Ils devraient me remercier de m’en être tenu à quelques bleus et bosses… et des tous petits encore !!!!

Elle m’avait aussitôt repoussé, verbalement, une fois de plus.
J’ouvrais la bouche pourtant pour lui demander si ça allait. Encore par rapport à hier, me trouvant stupide et déjà prêt à modifier mon message en un « tu peux me passer le… » bien moins risqué. Qu’elle m’envoie encore bouler m’avait… agacé et je ne comptais pas la laisser s’en tirer à si bon compte que lorsque j’étais arrivé. Je dus être maladroit, je pense, car elle sursauta et le reste est encore un peu flou… J’avais voulu rattraper son verre. Je l’avais loupé, complètement, parce que j’avais frôlé sa peau, enfin sa chemise et à travers celle-ci le galbe de l’un de ses seins et que mon cerveau avait refusé de m’autoriser la moindre coordination par la suite.
Pourtant mes réflexes sont parfaits. Je peux rattraper à peu près n’importe quoi, en vol, en chute, n’importe quoi… J’avais avancé la main directement et ma paume aurait dû toucher le rebord de verre, mes doigts se refermer sur la forme conique. Sauf que le bout de mes doigts l’avait effleuré elle. Et si ma main s’était refermée c’est avec trop d’élan et trop de retard.

Le verre m’avait complètement échappé et si ma paume avait rencontré une surface ce n’était absolument pas celle que je visais originellement. Et de très loin…
Il s’était passé quoi ? Une ? Deux secondes peut-être. Le temps d’un réflexe. Totalement loupé que je ne m’expliquais pas, que je ne comprenais pas. Je n’étais pas maladroit. Même saoul. Cassidy avait réagi aussi, non, plus vivement que moi. Elle aurait pu me gifler, mais elle avait frappé de son petit poing. Elle savait s’y prendre mais se fit probablement plus de mal qu’elle ne m’en fit…
J’étais un peu abasourdi et dus bien assister, impuissant, à un nouveau discours fort véhément qui m’était totalement dédié. Et qui avait autant de délicatesse et de classe que ce que j’avais entendu la veille sur les gars qui l’avaient asticotée.
Ses propos en choquèrent plus d’un, elle parlait quand même de mes couilles là, plus que probablement mais je ne le remarquais pas vraiment alors que déjà elle s’éloignait de moi. Là je l’avais mise en colère. Mais je n’avais pas fait exprès ! Vraiment pas !
Elle s’éloignait déjà de moi. J’avais ouvert la bouche pour m’excuser ou pour l’envoyer bouler d’ailleurs parce que ce n’était pas ma faute et qu’elle n’avait pas à me parler ainsi. Mais ce furent d’autres mots qui sortirent de ma bouche…


Oh je ne serais pas contre…

Adieu conventions, normes et jolies règles, bonjour le grand provocateur qu’il m’avait fallu si longtemps pour discipliner. Je l’avais dit bas, personne n’avait entendu. Elle non plus. Enfin je crois parce qu’elle n’avait rien dit et ne s’était pas retournée alors que ces mots auraient dû me valoir une belle gifle cette fois.
J’étais allé danser, ça valait mieux. Ca m’occupait l’esprit.

J’avais eu tort sur ce plan d’ailleurs. Finalement ça se passait bien mieux que prévu. Pas de provocation, pas de tentation. Les filles qui me sollicitaient toutes pour danser étaient certes séductrices mais plutôt correctes. C’était bon signe.
J’en étais à une énième danse avec une énième fille qui semblait tout connaitre de moi et dont je ne me rappelais pas, qui m’avait dit un nom dont je me souviendrais pas d’ici quelques minutes, ah non, dont je ne me souvenais déjà plus, quand on m’avait pincé. Je m’étais aussitôt arrêté en pleine danse et ma cavalière avait été vivement repoussée par la demoiselle blonde qui mesurait près d’une demi-tête de moins que la délaissée créature. Cassidy ?

Je l’avais bien vu s’agiter de son côté, du coin de l’oeil, elle ne passait pas inaperçue après tout. Je l’avais vu monter sur une table et se déhancher sur la musique. Certains avaient ri. Je n’avais pas compris non plus pourquoi. Quand elle était tombée j’avais froncé les sourcils, me détournant par l’insistance que mettait ma cavalière à refixer mon attention sur elle mais elle était particulièrement inintéressante et saoulante, plus que les trois scotch que je m’étais déjà enfilés.

Elle avait repoussé ma cavalière comme si elle n’était qu’un vulgaire parasite, ce qu’elle était au final certes mais il y avait des manières de faire non ?
Si elle semblait très en colère et de beaucoup m’en vouloir l’instant d’avant, Cassidy avait apparemment décidé de me le faire payer dans une danse. Surpris j’aurais dû l’être en la découvrant si experte danseuse. Mais là non plus je ne l’étais pas.
Enfin.. C’était assez difficile à expliquer.
Elle était différente c’est tout. Ca ne me surprenait pas qu’elle soit forte, qu’elle soit téméraire, qu’elle soit grande-gueule, qu’elle soit une si bonne danseuse… D’autres étaient surpris, j’entendais leurs murmures comme de désagréables bourdonnements d’insectes. Je n’étais pas surpris. Mais j’appréciais, beaucoup. Aucun de nous ne menait vraiment. Je ne gouvernais aucun de ses gestes mais elle ne gouvernait pas les miens non plus. Elle me suivait mais elle ne m’obéissait pas aveuglément, elle était active et notre danse pourtant énergique, parfaitement contrôlée devait être presque aussi agréable à contempler qu’à vivre. Sa tenue lui permettait des mouvements plus amples, plus libres, mieux contrôlés. Elle ne trébuchait pas, elle ne se trompait pas. Pourtant nous n’avions rien appris, rien répétés, nous ne regardions pas nos mains. Nous dansions tout simplement. J’avais eu envie un bref instant de rendre cette danse plus intense, plus active, plus aérienne et de tenter quelques acrobaties. Parce qu’il me semblait qu’elle y répondrait tel que je l’attendais. Mais je n’avais pas eu le temps d’esquiver la demande d’une pression de la main. La musique s’était arrêté.

Cette fois pourtant elle me surprit. Restant avec moi, m’offrant une autre danse, un peu comme si c’était une faveur qu’elle me faisait alors que les jalouses autour de nous soufflaient que c’était moi qui lui en faisait une.
Elle était légèrement rouge, très légèrement. Des yeux humains ne pouvaient pas le voir. Là où la gifle avait blessé sa peau. Elle était plus belle de près que je ne l’avais imaginé. Pourtant je l’avais imaginée… Bien malgré moi. Trop près. BEAUCOUP trop près.

Déjà que quand elle avait pris mes mains j’avais eu un drôle de frisson sur la peau… Quand nos peaux s’étaient rencontrées j’avais eu chaud, très chaud. Les marques sur mes mains avaient brillé à cause de l’éclat des lampions. Enfin je crois. Elles m’avaient brûlé par contre. Ca ça ne me l’avait jamais fait et j’avais froncé les sourcils, ne comprenant pas, trop vite recentré sur le sujet qu’elle constituait à elle seule pour m’en soucier davantage.
Le slow engagé entraina un nouvel étrange élan de la part de l’insondable demoiselle. Un élan… pas vraiment désagréable.

Depuis le début de la soirée bien des femmes m’avaient abordé, palpé, caressé l’air de rien, me donnant la vague impression d’être un animal de foire examiné sous tous les angles. Je n’avais pas remarqué que je respirais par la bouche, que je m’étais naturellement mis en apnée. Non vraiment pas. Mais quand elle se colla à moi je compris que mes instincts devaient décidément être écoutés aveuglément.
Les femmes avaient toutes une odeur différente. L’odeur de leur peau. A laquelle se mêlait leur parfum, celui du savon… Certaines avaient des pointes olfactives plus intéressantes que d’autres mais elle… Impossible de comprendre ce qui m’arrivait, ce qu’elle sentait. Mais elle sentait bon, vraiment bon… et elle se colla à moi dans le même temps. La mauvaise, si mauvaise idée.
Que ce soit la sensation de son corps contre le mien, pourtant pas si proche et séparé par le tissu de nos vêtements ou son odeur ou l’effrayant combo des deux… mais j’entendis comme dans un brouillard ses paroles et remerciait mes réflexes d’avoir pris ma chevalière. Je bandais comme un taureau…

Enfin… comme un dragon plutôt. Les taureaux étant de bien ridicules petites créatures stupides à côté…
Mais qu’est ce qu’elle me faisait sérieusement ?! Etait-ce sa manière de se venger de mon geste maladroit ? C’était cruel demoiselle ! Vraiment cruel !
Elle n’était pas si proche de moi, bien moins que l’auraient été toutes les femmes présentes si elles avaient eu l’occasion d’une telle danse avec moi, mais elle me faisait un effet… dingue. J’avais mal. En fait c’était un euphémisme. J’avais l’impression de retrouver la sensation de mes trop longs services sans baise. Celle d’avoir les couilles comme des melons ! Alors oui la magie cachait la vérité mais si elle se collait trop contre moi elle le sentirait tout de même un minimum contre elle… Certes j’étais musclé et plus ferme que la majorité de ces mecs mais elle ne se méprendrait absolument pas ! Elle m’avait parlé mais j’étais incapable de dire ce qu’il en était, encore moins de saisir le sens de ses propos. Mes reins m’échauffaient douloureusement, j’avais la tête qui tournait, du mal à respirer et les jambes si molles que je m’attendais à finir par terre d’un instant à l’autre, trop étourdi par le flot de stimuli qui me meurtrissait. Je n’eus même pas le temps de réaliser ce qui m’arrivait. Tout allait si vite et si lentement en même temps. La danse était finie et elle m’avait embrassé. Crocheté à la nuque, soumis sans que je ne puisse faire l’ombre d’un geste pour me soustraire à sa poigne, effleuré de ses lèvres avant d’approfondir un époustouflant baiser.

Tout s’était arrêté autour de nous, les conversations, la musique et elle devait être maudite pour l’éternité par toutes les femmes présentes qui ne comprenaient pas comment la si « pitoyable » jeune femme avait pu être suffisamment culottée et rapide pour m’embrasser… sans que je ne fasse le moindre geste pour la repousser.
Si ce baiser aurait dû m’achever il me ragaillardi bien au contraire et tout se remit à fonctionner « correctement ». J’étais toujours excité, très excité, mais maitre de mes gestes, maitre de mes pulsions, enfin presque, des désirs qu’elle avait éveillé, dangereux, de lui répondre aussi…



Si le baiser de la jeune femme avait surpris tout le monde, mélange d’invitation à l’assouvissement du plaisir, de débauche, de tendresse et de douceur, d’intérêt… elle ne put que guère s’en tirer à si bon compte. Ses « rivales » étaient folles. Folles de voir cette foutue petite garce qui avait semble t-il tant échouer, être la première à ravir ainsi les lèvres du grand jeune homme. Certaines ricanaient déjà sur la violence avec laquelle il la repousserait, son indifférence, sa moquerie, d’autres se voyaient déjà la punir aussi à leur manière, Emelyne était probablement la plus dépitée par son comportement mais aussi la plus amusée. Elle savait bien comment le jeune homme repoussait, celle-là il ne la traiterait pas en douceur.

Il avait senti un étrange goût sur sa langue, qui n’avait rien d’habituel, de connu, sans se douter que la demoiselle avait été droguée à son insu…
Mais Tristan contrecarra les plans des uns et des autres en agrippant avec fermeté le bras de la jeune femme pour la retenir, l’empêcher de partir. On voyait déjà la gifle. On voyait déjà les insultes. Pourtant son autre main se perdit dans sa nuque alors qu’il lui relevait le visage et dévorait sa bouche de la sienne. Certains avaient vu ses pupilles dilatées à l’extrême, d’autres rougirent même devant la passion de ce baiser. S’il l’avait déshabillée sur place devant tout le monde pour la prendre sur une table ça n’aurait pas été beaucoup plus choquant !
Penché sur la demoiselle si petite, Tristan semblait totalement éperdu dans un baiser totalement déstabilisant, la pressant contre lui, très fort, trop fort, s’empêchant de respirer, l’empêchant par la même occasion. Ses lèvres étaient douces… Elle lui avait mordu la langue quand il avait voulu approfondir son baiser, probablement par défi, il ne s’en était pas démonté pour autant, lui mordant la lèvre en retour. Leurs dents s’étaient entrechoqués alors que chacun cédait le passage à l’autre consciemment ou inconsciemment. Son autre main avait lâché son bras et se pressait dans le bas de son dos.
Et puis tout s’était brusquement arrêté. Il avait ouvert les yeux alors qu’ils étaient obligé de ses reculer un peu pour respirer, devant tous ces gens silencieux qui toussotaient, gênés. Il l’avait regardé étrangement. Comme s’il avait peur. D’elle. Lui qui ne semblait avoir pourtant peur de rien. Lui qui semblait si à l’aise avec ses sourires et ses mensonges. Il l’avait relâché, s’était aussitôt éloigné, une fille l’avait suivi mais était finalement revenue bredouille. Le jeune homme avait disparu.


J’avais couru de toutes mes forces. Loin de la fête, loin de ces gens, loin d’elle surtout. Le plus loin possible d’elle. Même ma chevalière n’aurait plus pu bientôt cacher ce qu’elle m’avait inspiré en si peu de temps. Que tout le monde se rende compte que je la trouvais bandante, excitante à en mourir et qu’on le remarque parce que décidément on avait décidé que je serais proportionné en grand modèle dans toutes les catégories, chez les dieux, je m’en fichais. Qu’elle me regarde avec dégoût, qu’elle me gifle pour la trouver si excitante aussi. Qu’elle me frappe ne m’importait guère davantage. Qu’ils nous voient aussi. Mais j’étais attaché à ces conventions, à ces normes, à ces paraîtres de normalité et d’idéalisme de perfection. On m’avait appris à l’être. Je le devais pour être accepté parmi les humanoïdes. Et ces conventions, ces règles, j’allais les leur carrer bien profond ailleurs. Cette fille… Qui semblait si peu intéresser les hommes, tant dégoûter les femmes, me faisait l’effet d’une bombe. Je lui aurais arraché ses vêtements si j’étais resté. Je ne savais pas pourquoi elle me faisait cet effet, ni comment et à vrai dire je m’en fichais, le pourquoi du comment ne m’intéressait que bien peu en général. Mais je la voulais. Autour de moi. Je voulais sentir le moindre de ses frémissements à chaque coup de rein que je lui aurais infligé. Je voulais l’entendre crier, gémir, supplier peut-être, plus, plus loin, plus fort. Ne pas me retenir. Si je me ne retenais pas j’allais la casser en deux oui !

Jamais je ne m’étais senti aussi excité et totalement perdu en même temps. Courir était douloureux vu ses effets sur mon anatomie, même avec ma bague, merci à cette dernière d’ailleurs. Je la voulais elle. Tout de suite, maintenant !
Or je savais différer mes plaisirs.
Toujours.
Je savais me contrôler.
Toujours.
Je savais me gérer, gérer les pulsions, gérer l’envie, gérer les besoins, gérer les caprices de mon corps et de ceux des autres.
Toujours.
Pourtant si j’étais resté je l’aurais violée sur place.
Jamais.
Je respectais profondément les femmes. J’aimais les entendre gémir, crier, être témoin de leur plaisir, en être l’investigateur. Je ne violais jamais. Je n’en avais pas besoin. Je ne pouvais pas prendre réellement mon pied tout seul… Je sais que la plupart des hommes et dragons eux y arrivent sans mal mais je ne suis pas tout à fait comme les autres. Si ma partenaire n’est pas consentante, non, je ne veux rien lui faire. Qu’elle consente ou pas… ça aurait été la fête de Cassidy pourtant. Réellement. Je ne comprenais pas. J’étais pourtant… humanisé ! Je n’étais pas un monstre ! J’avais une conscience !

… Et même si elle avait été consentante. Je lui aurais fait mal. Vraiment mal. Je me sentais plein de fureur, plein de violence, plein… de bestialité. Ce n’était pas moi… Enfin si bien sûr, mais pas autant !
J’avais couru loin, je m’étais transformé, envolé, loin, très loin. J’avais fini dans un bar, dégoté deux elfes sublimes qui s’étaient jetées immédiatement sur moi, j’étais conscient que je devais produire encore plus de phéromone, à cause d’elle. Nous avions fini tous les trois dans les bois. Si j’adorais juger des expressions de mes conquêtes et m’y fier, observer les courbes de leur corps et en particulier les elfes, leur résistance, leurs courbes de rêve, j’avais cette fois gardé les yeux fermés. Repensant à elle, à son visage, à ses lèvres. Elles avaient été comblées… longtemps. Les deux demoiselles visées avaient les hanches larges, mon critère de choix vu mon état, je n’avais pas craint de les blesser… Il fallait au moins ça pour tenir. A tour de rôle… L’une après l’autre. J’avais été plus bestial que je ne me connaissais, impatient, implacable, intolérant d’exigences. Si j’adorais jouer, batailler gentiment de temps à autres, séduire, provoquer, j’avais juste baisé ces deux filles avec tant de persévération que vite j’avais cessé de compter leurs orgasmes et elles aussi apparemment, en demandant encore plus, tant mieux, il me fallait du temps pour me soulager réellement, pour éteindre son image, sa sensation.
L’une d’elle avait les genoux en sang, appréciant apparemment beaucoup de rester à quatre pattes… c’était bien loin de me déplaire mais même si mousse et herbes tapissaient le sol mes coups de reins avaient fini par entrainer des tractions au sol délétère pour sa chair délicate. Mais ses cris n'étaient absolument pas douloureux... enfin si certaines intonations parfois... Quand elles me trouvaient trop brutal...mais elles ne me repoussaient pas. Non à elles je ne ferais pas de mal..

Elles soupiraient d’aise quand nous avions fini par arrêter. J’avais un peu désherbé le coin mais nous avions roulé plus loin à chaque fois. Pas très discret. Encore moins pour les voisins qui avaient dû les entendre jouer de la voix. Elles s’étaient donné tout loisir de me reluquer et tripoter et l’une d’elle me caressait les cheveux, espérant probablement que je devienne à présent tendre et câlin. Elles espéraient toujours. Mais déjà je me relevais en ramassant mes vêtements éparpillés autour de nous et en les enfilant.
J’étais soulagé, un peu, suffisamment pour rentrer. Le jour ne tarderait pas à se lever, il me restait assez de temps, pour rentrer et fermer un peu les yeux. Un peu.
La déception dans leurs yeux me fit ricaner alors que je leur décochais un de mes sourires parfaits.


Merci pour ce moment mesdemoiselles, vous étiez parfaites…

Elles gloussèrent, me saluèrent, me proposant de repasser quand je le souhaitais. Je repartis vite…


Tristan avait eu finalement le temps de rentrer, plus vite qu’il ne le pensait mais si les demoiselles l’avaient épuisé et soulagé il se sentait encore étrange, ne comprenant pas ce qui lui était arrivé la veille, se remémorant l’étrange goût sur la langue de la jeune femme… Elle s’était bien vengée… Mais il n’était plus si sûr que ce soit le cas. Epuisé, rompu il finit par s’endormir.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 8 Fév - 21:23

Cassidy n’avait pas bronchée quand elle était tombée de l’échelle. On se moquait d’elle. Elle aurait très bien pu s’énerver, gesticuler dans tous les sens, frapper les malheureux mais… elle n’oubliait pas non plus qu’elle était rentrée pour sa famille. Et que malgré tout, elle devait garder un peu contenance. La bagarre de la veille était un accident. Depuis son accident ses émotions avaient été décuplées. Bien sûr, elle en avait vu des vertes et des pas mûres mais l’accident avait été le petit plus. Rajouter à cela le fait qu’elle ne sortait pas beaucoup de chez elle, ou plutôt qu’elle évitait royalement d’avoir de la compagnie et on se retrouve avec une vraie fille sauvage.

Elle était occupée à passer un fil autour de petits drapeaux quand son regard fut attiré par Tristan. Ce dernier était en train de soulever un lourd banc sans aucun effort. La demoiselle avait levé les yeux au ciel en lui tournant le dos avec un petit grognement comme si elle le trouvait particulièrement… bah comme si il cherchait à amuser la galerie. Bon d’accord elle n’était pas gentille du tout. Il aidait, les Drakkaris avaient de la force, c’était normal pour eux ce genre d’action. Elle ne savait pas pourquoi chacune de ses actions l’agaçait, pourquoi à chaque fois qu’une fille gloussait et minaudait devant lui ça l’énervait. Après tout Cassidy s’en fichait. Il pourrait bien être en train de baiser avec une pucelle là devant elle sur la table, ça ne lui ferait ni chaud ni froid… Quoique… elle lui lancerait sans doute une réplique bien cinglante.

Et puis il y avait eu le soir de la fête. Cassidy s’ennuyait terriblement. Ce n’était pas amusant. Oh qu’est ce qui l’amuserait après tout ? Pas grand-chose… Mais elle trouvait ça vraiment chiant. Elle se demandait d’ailleurs comment faisait les nobles, ou les gens qui participaient souvent à ce genre de fête. Bien se tenir, s’amuser, savoir danser d’une certaine façon. Bref un monde qui se devait être parfait. En parlant de perfection, voilà Messire Parfait qui approchait. Elle l’ignora totalement. Ce n’était pas parce qu’il lui avait porté secours la veille qu’elle serait tout sourire avec lui. Reconnaissante, amicale, agréable, non. Après tout, elle le savait bien. Etre gentille c’était ouvrir la porte à tout et n’importe quoi. C’est passer pour la naïve de service, se faire marcher dessus. Oh il ne dirait rien si elle se montrait amicale pour une fois. Peut être serait-il un peu content. Enfin ça elle en doutait. Rien ne semblait le déranger le moins du monde. Lui et ses principes parfaits. Châtier les méchants et poli avec les gentils. Mais à force de le provoquer, il allait finir par réagir et pas en bien. Enfin, elle arrêterait d’agir comme ça avec lui quand il serait… plus spontané ou réel au choix. Mais comme ce n’était pas prévu qu’elle reste des mois ici, elle ne pourrait jamais s’en rendre compte.

Alors qu’elle soit gentille ou méchante avec lui peu importe, il l’oublierait vite. De toute façon elle s’en fichait, elle voulait juste qu’on lui fiche la paix. Après tout elle n’était pas intéressante et elle faisait tout pour qu’on l’évite alors bon. Mais sa réaction la surprit. Peut être voulait-il s’assurer qu’elle allait bien par rapport à hier ? Peut être voulait-il qu’elle profite de la soirée ? Il avait mal compris alors, elle profitait de la soirée mais seule et sans personne pour lui tourner autour. Qu’il retourne donc jouer avec les autres. Elle n’était certes pas le genre de demoiselle à glousser devant sa carrure, le trouver canon. Sur le visage de la petite demoiselle, on ne pouvait pas voir si elle avait ou pas un faible pour lui. Et phéromones ou pas, si elle avait décidé qu’elle n’aimait pas quelqu’un, elle n’irait pas lui courir après. Pitoyable tout ça.

Elle lui balança une phrase bien claire. Qu’il lui fiche la paix. Se relevant déjà, il la suivait. Cassidy le voyait… Elle voyait bien qu’il mettait du temps à parler, à trouver les mots. Avait-il toujours été comme ça avec les femme s ? Y en avait-il une qui l’avait déjà repoussé à ce point ? N’aurait-il pas du être vexé ? En colère ? Ou lui demander « Merde ! C’est quoi qui va pas chez toi ? J’essaie d’être sympa et tu m’envoie chier ? ». Non il faisait bonne impression, toujours. Principe Cheistam encore ? On ne brusque pas les demoiselles même quand elles vous repoussent ? Bon d’accord elle ne disait pas qu’il était chiant, con, débile. Elle ne l’injurait pas. Elle demandait juste un peu de tranquillité. Non elle n’avait pas envie de se faire draguer comme toutes les autres. La drague c’était pas son truc et heureusement qu’il ne le faisait pas.

Et puis il avait insisté. La demoiselle avait lâché son verre et tout s’était enchaîné. Elle pensait qu’il faisait exprès, que c’était voulu. Sentant une main toucher légèrement son sein, la demoiselle réagit aussi sec. Pourtant… elle était consciente qu’il n’était pas pervers. Elle était consciente qu’il n’avait pas fait exprès. C’était juste comme une légère caresse. Il ne l’avait pas empoigné fermement. Bon d’accord, toujours les principes. Les rumeurs circulent vite et pas une seule fois elle ne l’avait vu toucher ouvertement une fille d’ici ou la tripoter sans le moindre scrupule.

Mais elle avait réagi. D’instinct. C’était lui ça aurait pu être n’importe qui. La demoiselle ne supportait pas qu’on la touche. Parce qu’elle en avait trop vu… Parce qu’elle en avait trop subi… Les mecs qui la regardent gentiment et la tripote comme si de rien n’était en lui disant que c’était tout à fait normal. Profitant de sa naïveté, de sa gentillesse. Oui c’était aussi « normal » de lui écarter les cuisses et de… Bref ! Elle laissa son souvenir traumatisant de côté et se concentra sur Tristan. Un avertissement, une phrase de provocation. Elle se détourna de lui et avança fièrement.

Malheureusement pour lui, sa phrase n’était pas tombée dans l’oreille d’une sourde. Après tout son ouïe était bien plus fine qu’avant. Même avec la musique, même avec les rires alentour, elle ne loupa pas sa petite phrase… bien différente de son mutisme ou ses manières habituelles. Elle ne s’arrêta pas, ne lui balança pas dans la face ce qu’elle avait entendu pour le taper à nouveau.

* Tiens donc ? Le Drakkari deviendrait-il un peu plus franc ?*

Elle se désintéressa totalement de lui. Emelyne vint la rejoindre pour présenter ses excuses. A vrai dire, Cassidy s’en fichait totalement. Mais elle la laissa faire son petit discours. Or, la jeune femme avait été imprudente. Parce qu’elle était focalisée il y a quelques instants sur Tristan, sa méfiance habituelle avait été endormie. En temps normal, elle n’acceptait jamais quoi que ce soit d’un ennemi déclaré. Elle devait être sacrément chamboulée par le Drakkari pour se faire prendre comme une débutante.

Et puis la suite. Elle voyait ce qu’elle faisait, elle agissait mais… elle ne se posait plus de questions. La jeune femme n’avait pas sa retenue habituelle et semblait particulièrement joyeuse. Sauf que voir Tristan avec une cavalière éveilla en elle des idées. Pourtant elle était énervée contre lui, il l’avait tripoté, selon ses dires, elle ne l’aimait pas et ne cessait de le repousser. Et puis, si son esprit était plus clair, jamais elle n’oserait lui demander une danse. Parce qu’il pouvait l’humilier devant tout le monde. Et il en avait bien le droit ! Mais qu’est ce qui la poussait à venir le voir ? A part éjecter au loin la pintade ennuyante et lui piquer son jouer ? Ca elle n’en savait rien. L’instinct sans doute, difficile à dire.

Pourtant il ne broncha pas une seule fois. Ils évoluèrent sur la piste de danse et elle trouva ça particulièrement agréable. C’était sans doute la drogue, très certainement. Il devait le remarquer. Ses mouvements étaient loin d’être saccadés, hésitants. Elle n’était pas du tout crispée. Ou au contraire elle ne le lâchait pas complètement. Ses mains contre les siennes avait la bonne pression. Elle ne disait rien, ne lui faisait aucun commentaire. Pourtant elle n’en pensait pas moins. La demoiselle chassa ça de son esprit. Après tout ce n’était qu’une danse, une petite aventure, demain il n’y aurait plus rien.

La musique entraînante s’était arrêtée. Si il avait voulu tenter des figures acrobatiques, elle se serait pliée sans problème. Pourtant danser n’était pas dans les habitudes de la demoiselle. Enfin, si, ça lui arrivait un peu avant. Mais plus depuis longtemps.

Cassidy ne savait pas pourquoi mais elle se sentait bien proche de Tristan. Sûrement la faute à la drogue ! Mais jamais été aussi bien depuis un moment. Elle ne voulait absolument pas rompre ce moment et préféra en profiter encore un peu, inventant un prétexte comme quoi elle devait le remercier, sans savoir l’effet qu’elle lui faisait. Non elle ne lui sautait pas dessus comme une affamée, comme une autre femme aurait peut être fait, toucher la marchandise, lancer des signes peu anodins. Non elle n’était pas comme ça. Même droguée… elle ne l’avait pas fermement agrippé et le déshabiller sur place. Non… Par contre, lorsque la musique s’était arrêté, la demoiselle fut pris d’un élan… qu’elle n’aurait jamais pensé avoir. Elle l’embrassa. Mais pas le petit bisou de remerciement non. Le baiser ultime qui fait perdre les pédales.

Elle sentit ses lèvres rentrer en contact avec les siennes. Se sentant planer, littéralement, la demoiselle mit un moment avant de se décoller de ses lèvres. Elle gardait cependant une bonne maîtrise d’elle-même car juste un doigt posé sur ses lèvres et elle se retirait déjà. Cependant, Tristan n’avait pas terminé. Il voulait sûrement se venger car il l’attira, l’attrapant déjà par le bras et la retournant vers lui. Et là, le monde s’arrêta. C’était comme si la drogue avait cessé de faire effet, elle était consciente, complètement consciente, pendant un très court instant. Ses lèvres douces qui se posaient sur les siennes, sa main qui se perdait dans sa nuque avec douceur et tendresse. Sa langue qui tentait de forcer le barrage de ses lèvres. Elle le laissa venir pour le mordre un coup, lui faisant comprendre que tout n’était pas si facile. Ses jambes allaient se dérober sous elle. Elle n’était pas sur Ascadian non ? Elle était morte ? C’était un rêve ? Un cauchemar ?! Il insista mais sans forcer trop non plus, elle le laisser passer. Ses mordillements lui donnèrent des frissons. Bien malgré elle, la demoiselle commença par l’entourer de ses bras autour de son torse, comme si elle l’invitait à se pencher un peu plus en avant.

Elle sentit sa force, son insistance, la moindre variation de ses gestes. Une espèce de retenue qu’elle avait beaucoup de mal à identifier. Mais ça n’avait rien à voir avec tout ce qu’elle avait vu jusqu’à présent. Personne… personne ne l’avait embrassé comme ça. Elle se sentait bien, terriblement bien. Cela lui fit peur, mais elle ne bougea pas. Ce fut lui qui rompit le contact et s’échappa rapidement, la laissant seule au milieu des autres, telle Cendrillon devant rentrer avant minuit avant que le charme ne soit rompu. La demoiselle resta un instant très bête, vraiment très bête. En même temps, elle comprenait pourquoi il partait… après tout elle n’était pas… enfin bref. Une pulsion sans doute.

La demoiselle se dirigea vers la table, prit la bouteille de l’alcool le plus fort qu’elle put trouver, remplit un verre à ras bord, jusqu’à boire cul sec. Cela fit rapidement son effet et elle redevint joyeuse, totalement dans la fête, et se fichant bien de ce que pensait les autres, la jalousie, les envieux. Non elle n’en avait rien à faire. Un des gars qui voulait la tabasser d’elle se rapprocha tout en commençant à danser avec elle. Cassidy se mit à rire. Il l’entraîna alors dans les bois aux alentours, déclarant vouloir lui montrer un truc.

Elle se laissa faire et le suivit. Lorsqu’ils furent arrivés, suffisamment éloignés du reste du village, le garçon commença à la tripoter sans le moindre scrupule. Cassidy ne broncha pas, ne le repoussa pas. Elle se permit même quelques phrases totalement provocantes tout en le regardant droit dans les yeux. Ca l’excitait encore plus. Elle se mit à gémir quand il toucha sa poitrine sans douceur, elle aussi excitée. Elle en avait besoin… elle avait besoin de penser à autre chose. Puis il lui retira ses affaires. Elle en fit de même et commença à s’occuper de ce qu’il y avait en dessous de la ceinture. Il apprécia, la provoqua, la traitant même de salope. Mais au moins elle avait ce qu’elle voulait. Puis il la força à se coucher au sol et rentra en elle sans la moindre douceur. La demoiselle hurla. Mais elle le laissa faire, même si il ne savait pas s’y prendre, même si il y allait comme un sauvage, pas une seule fois elle ne le repoussa. L’alcool agissait plutôt bien. Elle le griffa dans le dos, l’embrassa. Puis quand il eut fini, la demoiselle estima qu’elle n’en avait pas assez. Dans un grognement, elle le retourna pour qu’il s’allonge à sa place. Et ce fut elle qui fit des va et vient. A califourchon au dessus de lui, elle lui offrit la plus magnifique partie de jambes en l’air qu’il n’avait jamais connu. Les gémissements étaient plus intenses, plus prononcés. Il ne manqua pas de toucher sa poitrine alors qu’elle en profitait pour lui faire quelques suçons dans le cou tout en continuant ses mouvements de hanches. Mais très rapidement elle le combla. Trop rapidement même. Elle se laissa tomber à côté de lui, nue comme un ver, des brindilles et de la terre contre son dos. Il haletait doucement puis se redressa, l’attrapa par les cheveux pour qu’elle se force à se relever. Elle obéit sagement puis il la plaqua contre un arbre.

- T’aimes ça hein petite chienne !

Puis il se colla à elle et donna des coups de reins par derrière. Elle gémissait, ça l’excitait. Il continua pour s’arrêter, complètement épuisé. Elle reprit son souffle également avant d’enfiler ses vêtements et de tenter de reprendre le chemin de la fête, le laissant seul.

Quand on la revit, elle était totalement décoiffée, rouge mais personne ne lui posa de questions. La demoiselle s’allongea sur un banc et s’endormit.

La fête était terminée mais elle ne s’était toujours pas réveillée. Ce fut Jordeth qui arriva, s’inquiétant de ne pas la voir rentrée. Quand il la vit sagement endormie sur un banc, il s’inquiéta, sans savoir bien sûr ce qui avait pu se passer à part qu’elle avait certainement bu plus que nécessaire. Il ramassa la demoiselle et la ramena à la maison.

Cassidy dormit bien… très bien même. Etait-ce grâce à l’alcool ? La drogue ? Difficile de savoir ? Le baiser de Tristan ou sa baise dans les bois ? Mais cette nuit là, la demoiselle ne fit aucun cauchemar. Le soleil commençait à illuminer doucement la pièce et vint lui chatouiller le visage. La demoiselle grogna avant de se retourner dans son lit. Puis elle s’étira et bailla longuement. Cassidy tira une grimace, gros mal de tête et la nausée super…

Elle ferma les yeux un instant et se remémora de la veille. Cette fête pourrie qui avait été ennuyeuse. Ce crétin de Tristan qui lui avait touché la poitrine comme ça. Les excuses d’Emelyne… Puis son envie de danser avec Tristan… ce sentiment qu’elle n’avait jamais ressenti jusqu’à présent rien qu’en prenant ses mains. La douceur de ses mains malgré le fait qu’il est un guerrier… sa chaleur aussi… il dégageait quelque chose de puissant. Elle voulait aller plus loin sans savoir pourquoi, sans se poser de question. Même si il la giflait, elle avait cette envie de connaître le goût de ses lèvres. Et la demoiselle avait été servie. Une sorte de décharge dans sa tête, un mélange tout confus dont elle ignorait l’existence. Il avait riposté. Si il l’avait prise sur la table, tout de suite, elle n’aurait pas bronché. Elle leur aurait montré aux puceaux du coin, au risque d’en choquer plus d’un. Il avait déclenché chez elle le plus dangereux des sentiments, l’envie, les pulsions charnelles. Dangereux… Très dangereux. Depuis son accident, c’était quelque chose qui, quand ça arrivait, la rendait incontrôlable tant qu’elle n’était pas satisfaite. L’homme devait avoir une endurance parfaite sinon elle allait voir ailleurs.

Au début elle avait trouvé ça bizarre d’être aussi dépendante. Ca n’arrivait pas tout le temps… mais son exigence était également légendaire. De tous les hommes qu’elle avait fait, elle n’avait pas encore trouvé le bon. C’était rare certes, parce qu’elle ne couchait pas non plus tous les soirs, tous les jours. Il y avait toujours un déclic, un évènement qui la mettait sur les rails.

Tristan, elle n’aurait pas été contre qu’il la prenne et ce, malgré ce qu’il avait fait. Même si elle savait pertinemment qu’il n’avait pas fait exprès. Mais dans un autre sens, heureusement qu’il n’avait rien fait. Cassidy sentit la peur au fond d’elle. Elle le voyait… enfin il avait une carrure athlétique, et ses performances au lit devait suivre. Même si devant lui elle feignait l’ignorance, elle reconnaissait quand même que c’était un très bel homme. Et elle avait un peu peur. Soit qu’il la repousse, soit qu’il ne soit pas à la hauteur. Etre déçue oui… ou qu’elle le déçoive. Car la petite demoiselle mettait un point d’honneur à satisfaire ses partenaires, c’était ce qu’elle faisait le mieux… à défaut de faire de la magie.

Elle avait peur aussi de ne le plus le voir de la même façon, d’être perdue. Ou d’attendre quelque chose de différent. Oui heureusement que ce n’était pas arrivé. Mais ses envies étaient bien présentes. Malheureusement l’image de Tristan était fortement ancrée dans sa tête. Elle s’était forcée à boire pour lui faire oublier ça et coucher sans scrupule avec le premier qui passerait. Comme par hasard ça tombait contre un de ses bourreaux de la veille. Mais au moins ça lui avait permis de se faire plaisir, d’une certaine façon. Même si il n’était pas très bon au final. Au moins ça l’avait calmé… pour l’instant.

Elle se leva en s’étirant. Se dirigeant vers un bol d’eau fraîche devant un miroir, la demoiselle trempa ses mains et se les passa sur le visage pour se débarbouiller. Elle allait certainement vomir… et il lui faudrait un remède contre le mal de tête. Cependant, son regard fut attiré par quelque chose de lumineux. Elle poussa un cri et tomba en arrière sur les fesses. C’était quoi ça ? Impossible…

- Cassy ? Tout va bien ?

La demoiselle se releva précipitamment et se planqua dans son lit.

« Heu oui oui ! J’ai juste très mal à la tête ! J’ai trop bu hier ! Eeeeeeeeet n’entre pas s’il te plait ! J’ai envie d’être tranquille. »

- Heu… d’accord. Je te prépare un remède ?

« Oui oui merci ! J’irais le prendre tout à l’heure. Mais pour le moment j’ai mal à la tête je suis dans le noir donc n’entre pas s’il te plaît… j’ai besoin de repos. »

Marilyn n’insista pas. Cassidy attendit un peu puis elle prit une grande cape de voyage pour passer inaperçue et qu’on ne la reconnaisse pas. Au contraire, elle avait besoin de prendre l’air. Très discrètement, elle passa par la fenêtre et sortit du village en évitant les habitants.

Il se passa également autre chose. Un « chanceux » garçon racontait son aventure de la veille. C’était ce petit groupe composé d’Emelyne, de son copain qui l’enlaçait étroitement et des trois autres gaillards. Ils étaient adossés contre des caisses dans une allée déserte et peu fréquentée.

- La petite Herediane est une vraie chaudasse en fait ! Elle cache bien son jeu cette garce.
- Ah ouais ? Mais comment t’as fait pour la convaincre ?
- La drogue d’Emelyne a l’air d’avoir fait de l’effet. Comme elle embrassait Tristan, on avait l’impression qu’elle se serait fait n’importe qui.
- Eyh j’y suis pour rien moi ! Cette drogue était censée la faire délirer et se trainer à terre comme une grosse larve, pas de la rendre joyeuse.
- D’ailleurs si t’en as encore en stock pour ce soir… je me la referais bien une fois de plus. Et peut être même jusqu’à ce qu’elle reparte.
- Humpf ! Je verrais… Bon j’y vais moi les gars, je dois aller bosser, à plus tard


Emelyne embrassa son petit ami avant de partir. Le concerné commença à parler plus crument, avec des détails plus parlant.

- Finalement elle est aussi jolie que bonne… Vous auriez du voir… Le pied les gars… une soirée merveilleuse. J’ai jamais aussi bien baisé.
- Who… tu crois que je pourrais…
- Bah bien sûr, on peut la prendre à nous quatre, avec la drogue d’Emelyne, elle ne bronchera pas.
- Sans moi les gars, je tiens pas à trahir ma copine.
- Et Tristan… il ne dira rien ?
- Il s’en fout. Qu’on la frappe je pense que ça passe pas mais si on veut se la faire et qu’en plus elle ne bronche pas, il n’aura rien à dire.


Quel dramatique plan…

Un peu plus tard dans la journée, Marilyn était encore chez Eve. Elle raconta à cette dernière que Cassidy était malade, sûrement du à la boisson de la veille.

- Je ne pensais pas que j’aurais à gérer ça. Cassidy qui boit… on aura tout vu…

Tristan passait justement par là et Marilyn le salua.

- Salut Tristan ! Passé une bonne soirée ?

Il répondit aimablement. Marilyn eut soudain une idée.

- Au fait, ça te dérangerait pas de passer chez nous pour… tenir compagnie à Cassidy ? Elle n’est pas bien depuis hier alors… au moins je me sentirais rassurée si tu pouvais un peu veiller sur elle. Enfin tu n’es pas obligé

Le jeune homme donna sa réponse.

Cassidy était finalement rentrée. Elle avait repris des couleurs mais cela ne l’avait pas empêché de vomir dans quelques buissons. Enlevant sa cape, elle retourna sous la couverture, toujours perplexe et la tête pleine de questions. Dormir, peut être que ça ferait partir le malaise.

Sauf que quelques minutes après, quelqu’un frappa à la porte. Elle sursauta.

« Maman n’entre pas je t’ai dis ! Suis malade ! »

Mais la porte s’ouvrit quand même. Elle se recroquevilla sous la couverture, ne laissant dépasser aucun centimètre de son corps. La voix de Tristan s’éleva. Il déclarait avoir apporté un remède contre la gueule de bois. La demoiselle écarquilla les yeux surprise. Non mais qu’est ce qu’il fichait ici ?! Elle ne réfléchissait plus. Se redressant sur son lit, elle laissa tomber la couverture et le spectacle qu’il vit était tout à fait… surprenant.

Elle brillait… oui… comme une luciole. D’une couleur lumineuse mais pas trop aveuglante. Tout son corps était irradié de lumière.

« Vas y moque toi ! Je le mérite bien après tout ! »

Cassidy l’ignora ensuite et descendit de son lit. Bon d’accord, elle ne voulait pas qu’on la voit comme ça… ça ne lui était jamais arrivé. Mais au moins elle était persuadée que lui au moins tiendrait sa langue. Pour ses principes à la noix sans doute. Elle prit son remède des mains.

« Non mais je me demande ce qu’ils ont fichu dans l’alcool… un truc bizarre en tout cas. Je sais même pas pourquoi mon corps brille comme une luciole d’un coup… »

Elle but d’une traite la mixture, fit une grimace de dégoût puis la posa sur sa table de chevet. La demoiselle descendit ensuite dans le salon et s’installa dans le canapé en se couchant de tout son long. Tristan paraissait… crispé, gêné. Il ne disait rien du tout. Elle avait le dos tourné à lui et regardait avec passion le coussin du canapé.

« Pourquoi t’es ici au fait ? »

Il lui expliqua.

« Ah… »

Silence de la part de la demoiselle.

« T’es pas obligé de rester hein ! Y a plus intéressant que de regarder une malade qui brille… »

Il répondit. Elle ne répliqua pas. Les minutes passèrent mais elle lui tournait toujours le dos. Respirant doucement, la demoiselle ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. Finalement elle se leva le plus naturellement du monde.

« Jvais prendre un bain… et me suis pas ! »

Elle se dirigea dans la salle de bain. La raison était qu’elle était bien troublée à côté de lui. Non elle n’avait pas oublié la veille. Oui elle y pensait encore ! Et ca la gênait. Ca devait se voir. Même si elle lui tournait le dos c’était comme si il était capable de cerner ses émotions. La demoiselle ferma les yeux et tenta de se détendre dans son bain. Elle soupira un long moment. Pourquoi cette lumière ne voulait pas partir ? Pourquoi… il lui arrivait des trucs louches ? Mais aucune réponse ne se trouva dans les bulles de savon qui éclataient dans son bain.

Elle sortit finalement et se rhabilla, prenant le soin de bien refaire sa queue de cheval et de s’habiller… le plus négligemment possible pour éviter toute tentation ! Ou regard pervers mal placé. Il était occupé à retaper un truc cassé de leur maison. Elle le regarda avec surprise avant de se renfrogner. Mouais… il voulait encore faire son intéressant. La demoiselle s’installa dans le canapé mais assise cette fois. Elle pianotait des mains et cherchait quelque chose à dire.

En fait, elle avait envie de parler de la veille, de ce baiser. Elle hésitait encore si elle devait lui faire du mal en disant qu’il n’aurait pas du faire ça… ou bien au fait que ça… eh bien ça l’avait retourné. Non elle ne lui dirait pas ! Sinon il se sentirait tout fier de l’avoir fait craqué avec un baiser. Alors lui dire qu’il avait profité d’elle ? Mais ce n’était pas vrai ! Elle en avait eu envie aussi au final. Depuis quand ça la dérangeait tant que ça de mentir ? Parce que c’était lui ? Elle soupira un instant. Le regardant rapidement, ses yeux se détournèrent trop rapidement. Cela lui faisait repenser au baiser de la veille. Par contre qu’elle ait été sautée par le premier mec venu ne semblait pas… lui faire quoi que ce soit.

Ce baiser… c’était… indescriptible. Oui tout au fond d’elle elle en avait envie un peu… mais elle ne savait pas si c’était ses hormones qui parlaient ou autre chose. Ou le fait qu’elle ne soit pas totalement satisfaite de la veille. Repenser à la douceur de ses lèvres la fit rougir et d’un coup sa lumière s’intensifia, comme pour répondre à ce sentiment. Elle ne vit rien bien évidemment. Elle repensa aussi à sa partie de jambes en l’air. Ca lui faisait penser qu’elle allait devoir prendre sa potion pour éviter tout problème. Sauf que voilà, Tristan était là. Et elle ne voulait absolument pas lui sauter dessus. Parce que… parce que ! N’importe quel autre gars mais pas lui !

Il ne disait pas grand-chose de son côté non plus, trop occupé avec son machin qu’il tentait de réparer. Finalement il n’était pas si dérangeant que ça. Elle l’imaginait plus en train de raconter ses exploits mais… au moins il la laissait tranquille.

*Allez Cassy, sois gentile pour une une fois…*

Elle se redressa puis se dirigea vers sa chambre tout en sortant ces mots.

« Je vais te faire un thé. Tu préfères une infusion forte ou légère ? »

Il semblait surpris qu’elle lui parle mais prit le temps de lui répondre. Elle remonta dans sa chambre pour récupérer sa tasse avant de réfléchir un instant. Se dirigeant vers son sac, elle en sortit une fiole. Pour ne pas oublier. Cela lui arrivait d’être tête en l’air. Elle redescendit et fila dans la cuisine pour nettoyer sa tasse. Sa mère avait aussi sorti une fiole avec un petit mot. Un remède d’ici contre le mal de tête. Cassidy posa distraitement sa fiole à côté de la première et entreprit de faire chauffer de l’eau.

Rapidement elle se mit à bouillir dans la casserole. Mais la jeune femme, sûrement troublée par ses pensées, avait renversé une partie du contenu sur sa main et sa tunique. Elle avait mis beaucoup trop d’eau. Elle poussa un juron tout en essuyant le sol avant de remplir ses deux tasses et de mettre des herbes dans des petits sachets. Une fois l’infusion terminée, elle prit distraitement la fiole contre le mal de tête et versa le contenu dans sa propre tasse. Elle ne pouvait pas se tromper, c’était la tasse bleue. Celle de Tristan était jaune. C’est donc tout naturellement qu’elle le rejoignit avec ses deux tasses qu’elle avait pris dans ses mains. Trop distraite pour se rendre compte qu’elle ne les tenait pas par la poignée mais à pleine main sans pousser le moindre cri de douleur. Elle devait apparemment avoir prit l’habitude de les tenir comme ça. En même temps c’est plus pratique et le contenu ne tombera pas. Elle posa les tasses sur la table basse et revint avec une assiette de petits gâteaux. Pourtant elle ne lui adressait pas un sourire, juste haussant les épaules quand il la remercia.

Elle s’installa en face de lui avant de boire sa tasse. La demoiselle évitait toujours son regard, pensive. Les minutes passèrent… et puis… elle éprouva le besoin de parler de la veille.

« Tu sais les gars qui m’avaient agressés ? Bah j’ai couché avec un hier… après que tu sois parti »

Elle mangea un biscuit et se fit plus pensive.

« Il était vraiment nul… Digne d’un puceau le type… »

AÎe mais pourquoi elle lui parlait de ça maintenant ?

« C’est dommage que tous les hommes d’ici donnent l’impression d’être des inexpérimentés. C’est pas le cas à Frihold enfin… »

Elle avait relevé les yeux vers lui. Il avait tiqué quand elle avait déclaré que tous les hommes du coin étaient inexpérimentés. La demoiselle avala son bout de biscuit et le regarda avec insistance. Pourtant elle savait qu’elle ne devait pas mais la tentation était trop forte… Fichtre c’était le thé qui… Trop tard, ses pulsions s’étaient réveillées. Sauf que même avec ses pulsions, la demoiselle savait garder un semblant de retenu… du moins pour le moment.

Elle se leva et s’assis à côté de lui, sur l’accoudoir de son fauteuil.

« Au fait t’as bien tripoté mes seins hier… j’ai bien le droit de te rendre la pareille non ? »

La demoiselle avait posé une main sur sa joue puis l’avait fait descendre très lentement sur son torse. Elle s’attarda un peu à la ceinture et prit tout son temps, faisant durer l’attente. De l’autre main, elle prit l’objet qu’il était en train de réparer et le posa sur la table basse derrière. Cassidy le regarda droit dans les yeux, un léger sourire sur le visage. Le genre de regard hypnotisant, qu’on ne peut pas détacher. Du bout de ses doigts, elle fit descendre sa main et la posa à l’endroit sous la ceinture avant de s’approcher de mon oreille.

« Tu m’as bien dis que tu n’étais pas contre hier n’est-ce pas ? »

Elle donna une très légère pression à cet endroit là. Il semblait un peu mal à l’aise mais Cassidy n’en tenait pas rigueur. De son autre main, elle avait commencé à la passer sous sa tunique pour caresser avec sensualité la lignée de ses abdos apparents. Mazette bien entretenu le Drakkari ! Rien à voir avec le pauvre mec d’hier… Elle redonna une pression un peu plus forte mais tout en douceur. Oh elle allait lui faire monter le plaisir lentement. Elle allait prendre son temps. Savourer chaque minute, chaque seconde… Elle allait lui montrer ce qu’aucune autre femme ne lui avait jamais montré… Elle allait le faire gémir de plaisir… Et prendre son pied en même temps. Sa main remonta pour toucher la bosse qui s’était formée. Hum… bien fourni ici aussi. Pourtant il semblait gêné, vraiment gêné.

Elle fit la moue et arrêta aussitôt avant de se relever.

« Pas grave je ne vais pas te forcer, je trouverais bien quelqu’un d’autre qui est intéressé… »

La demoiselle fit un pas pour partir… sans être consciente de ce qu’elle avait réveillé…


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 10 Fév - 0:03

Elle était forte, farouche, indomptable, pleine de surprises, de provocation et de mépris, envers le monde entier… Ses lèvres étaient si douces, pourtant je l’avais bien vu les mordiller quand elle aidait aux préparatifs. Chez quelqu’un de normal elles auraient été gercées. Mais elle n’était pas normal. Autant tout ce qui paraissait apparemment répulsif et source de méfiance pour les autres me paraissait, à moi, tout à fait naturel, autant j’étais conscient au plus profond de ma chair qu’elle n’avait rien de normal. Du moins selon les bases humanoïdes. Elle n’entrait pas vraiment dans les cases. J’avais essayé pourtant. Tout devait être réglé, codifié. Ce n’était pas si simple de rester aussi carré qu’on l’exigeait de moi. Qu’elle me croit si parfait me vexait venant d’elle, me blessait un peu peut-être. Alors que c’était à la base le but de la manoeuvre. Je devais être tel qu’on l’attendait. Elle m’avait mordu. J’avais trouvé ça excitant. Amusant aussi. Déroutant d’autant plus. Ce n’était pas la première à le faire. Mais la première à me faire ça ? Oui, sans aucun doute possible. Si les noms et les visages disparaissaient, les sensations persistaient et de ma mémoire, jamais je n’avais eu de telles réactions. Mon corps semblait répondre au sien. Je n’avais pas engrangé ce baiser ! Je ne le voulais même pas. Enfin je ne voulais pas me venger ! Je ne voulais pas l’humilier… si tant est que cela puisse être une humiliation. Je voulais juste que ça dure. Mais j’étais le seul à perdre pieds… pourquoi se serait-elle éloigné de moi après m’avoir embrassé autrement ? Elle ne cessait de me repousser, de me provoquer. Et elle y arrivait bien… Très bien même.

Dans mon sommeil, fort bref, je refaisais le monde. Je refaisais ces scènes du moins. Je n’étais pas parti dans mon rêve. J’étais resté. J’avais continué de l’embrasser, elle avait continué d’enflammer mon délire incontrôlable. Peu importait le regard des autres, ils n’existaient plus. Je l’avais fait reculer contre une table, respirant difficilement, fou de désir, fou de folie oui, maitrisant à grand peine la violence qui faisait vibrer mes muscles. Je ne voulais pas lui faire de mal. Mais je la voulais elle… Et son regard plein de provocation me rendait fou, toujours plus fou. Je l’avais soulevée sans mal, elle ne pesait rien, elle qui était si petite, mince et délicate petite poupée pourtant si bagarreuse. Lui écartant les cuisses je m’étais glissé au plus près d’elle, humant son étrange odeur avec délice. Oh nous avions encore nos vêtements, je me contentais de dévorer ses lèvres et caresser avec le plus de douceur possible malgré le feu de mes reins, son corps à travers ses vêtements. Elle n’était pas en reste évidemment, débouclant bien vite ma ceinture, peut-être plus impatiente que moi.

Et je m’étais réveillé évidemment.
J’avais eu l’impression d’être téléporté dans un de ces putains de saloperie de portail. J’avais la nausée, j’étais désorienté, incapable de dire où j’étais… Je repris mes repères et foudroyait le plafond de ma chambre à cause de ma frustration.
Je n’avais pas vraiment besoin de baisser les yeux pour voir que mon engin était plus réveillé que moi, très motivé par mon rêve pseudo-érotique. Les pauvres demoiselles de la veille n’avait été qu’une brève distraction guère efficace pour calmer les pulsions qu’avait éveillé mon impudente ancienne camarade. Quelle folie…
Néanmoins elle était une sacrée source d’inspiration et en fermant les yeux je cherchais à poursuivre mon petit rêve. Bon bien sûr, impossible de faire une visualisation pareille mais il fallait bien faire avec les moyens du bord… Gaule du matin… bonjour chère main ! Triste dicton… Finalement elle était une meilleure source d’inspiration encore puisque je commençais à me sentir très bien… ayant pour seule satisfaction ma main, ce qui me paraissait fort triste. Je me levais quand même rapidement, il valait mieux faire ça sous la douche. Pauvre douche… Elle ne s’habituerait jamais…


Le jeune homme avait fini par rejoindre sa « famille » pour le petit déjeuner. Il était épuisé et un brin bougon ce qui fit sourire sa mère, ayant l’impression de revoir l’enfant qui était parti si tôt de la maison. Le petit frère commençait déjà à l’asticoter et il l’ignora une fois de plus, le gamin sautillait autour de lui. Pas assez de sommeil. Il avait fini par chasser l’image de la jeune femme de son esprit. C’était étrange tout de même, d’ordinaire son esprit ne restait pas ainsi focalisée sur une seule et même personne, ni focalisé sur qui que ce soit d’ailleurs. Mais elle tout particulièrement, il devait la chasser. Outre la bestialité qu’il avait senti monter en lui la veille, s’il évitait toute histoire avec les demoiselles du village, par principe, pour sa mère, ce n’était pas pour se jeter sur la fille de la meilleure amie de celle-ci. Qu’il tringle une demoiselle peu connue ou une de ces filles allumeuses et bien connues comme telles dans le coin était une chose passable à la rigueur, même s’il se l’interdisait, mais Cassidy ? Il ne les mettait évidemment pas du tout en comparaison. La jeune femme, bien qu’étrange, n’était pas le moins du monde perçue comme une allumeuse par le jeune commandant… C’était la fille Herediane. Il avait plus que probablement joué avec elle étant enfant. Ses parents étaient amis avec sa mère. Ca ne pouvait faire que des histoires sordides. Et puis elle le détestait. Il chassa de nouveau son image. Il était encore en train de penser à elle, à son arrivée, à la veille, tellement différente…

Il avait occupé sa matinée en donnant un coup de main pour consolider le toit, plutôt habile de ses mains et recevant pour compliment d’un des voisins qu’il savait décidément tout faire, le gendre parfait. Bien sûr ledit voisin avait une fille toute rougissante qui le reluquait depuis plusieurs heures. D’ordinaire il était agréable pour lui d’entendre ce type de mots. C’était l’effet recherché. Il devait néanmoins être patraque parce que ça ne le fit qu’à peine sourire, se contentant de reprendre le travail. Tout faire. S’ils savaient. Voilà qu’il s’enfermait dans le mutisme et les idées noires. Il devait vraiment aller dormir avant de faire ou dire n’importe quoi…
Le soleil s’était levé tôt et il ne pouvait que peu dormir une fois que l’astre faisait son apparition, du moins quand il était seul dans son lit. Un truc de dragon apparemment…

C’était la fin de la matinée…
Il était repassé se servir un grand verre d’eau fraiche quand il avait aperçu Marilyn, en grande conversation avec sa mère. Il n’écoutait pas, ça ne le concernait pas et il n’avait pas spécialement envie d’en savoir plus sur l’étrange demoiselle. La fatigue le rendait un peu maussade et plus renfermé mais il sourit pourtant quand elles l’interpellèrent, pour lui confier une bien étrange mission.


J’aurais dû refuser…
Quand on m’avait demandé pour la soirée, j’avais failli dire que oui, c’était très sympa surtout le moment où j’avais dansé avec sa fille qui était une danseuse sans précédent qui valait bien la plus habile et entrainée des grandes dames. J’aurais pu aussi lui dire que ça avait été un peu moins bien quand elle m’avait embrassé. Que je ne savais toujours pas si ce baiser m’avait broyé et fait plier comme si mon corps pesait une tonne ou si j’avais été l’espace d’un instant un petit papillon… Enfin non. C’était bien pire que ça. Avais-je été un homme ou un dragon ? L’espace d’un instant oui, les deux s’étaient scindés. J’aurais pu aussi lui dire que je n’avais plus qu’en tête de coucher avec elle après ça tellement elle m’avait excité, d’un seul putain de baiser ! Quelle femme faisait ça bordel ! Mais j’avais juste fait un grand sourire en disant que c’était agréable cette fraicheur et simplicité. En traduit, les bouseux étaient emmerdants… Non mais les jeunes du coin franchement, qui pensent connaitre la vie alors qu’ils ne se sont jamais sortis les doigts du… et qui ont autant de conversation, moins de conversation même, qu’un poulpe, merci c’était l’éclate totale !
Et puis elle m’avait demandé de passer voir sa fille. Pour laquelle elle s’inquiétait. En gros Cassidy était malade. Elle avait trop bu. Bien fait pour elle. J’aurais dû penser que c’était bien fait pour elle. Mais je m’inquiétais aussi un peu… Je crois. Sauf que je voulais pas m’approcher de sa fille bordel ! Surtout pas Cassidy ! Rien que songer à elle et voilà que je repensais à la veille… Flûte quoi ! J’esquivais aimablement, avec le plus beau de mes sourires, lui disant que j’étais un bien piètre gardien et que je l’ennuierai plus qu’autre chose, que j’étais très ennuyeux pour elle, que je ne saurais pas m’occuper d’une malade. Sauf que ma putain de bouche avait décidé d’articuler quelque chose de totalement différent.


Je vous remercie pour votre confiance dame Herediane. Je suis navré pour Cassidy… J’irai évidemment lui tenir compagnie si vous m’y autoriser, en espérant que ma présence ne la dérange pas trop. Je vous tiendrai au courant s’il y a le moindre problème. J’espère qu’elle n’est pas trop mauvaise malade, je suis bien piètre consolateur…

Putain de bouche !
Et le tout avec le grand sourire bien niais !
Je ne voulais pas aller là bas, je ne voulais pas la voir ! Non.
Pourtant voilà que bien gentiment j’entrais chez elle, muni d’un remède que j’avais demandé à ma mère de préparer pendant que je me lavais et me changeais. J’avais traduit le malade par « gueule de bois » et sur ça au moins je pouvais être utile.
Dans mes placards j’avais retrouvé un boxer que je portais quand j’avais 15 ans. J’avais hésité puis l’avais enfilé, espérant que ça aiderait un peu aussi, ma bague à garder l’honneur sauf. Sauf que j’avais les parties si compressées que j’avais l’impression d’être serré dans un étau, et pas que les couilles ! Quelle idée à la con ! Mais hier il s’en était fallu d’un cheveu pour qu’elle se rende compte que… bah elle me plaisait bien. Physiquement. Et même si j’espérais qu’il n’y ait rien pour lui donner de nouveaux indices, je tentais de dompter un peu ce traitre de corps.
J’avais renoncé à me coiffer et quelques mèches de mes cheveux me retombaient sur les yeux du coup, mais peu importe. Habillé tout en noir j’avais choisi un pantalon plus lâche et une tunique serrée comme d’habitude. Le pantalon aussi était censé m’aider à ne pas être incriminé d’outrage à la pudeur…
Sa voix me répondit quand je toquais. Je me contentais d’entrer puisque je n’étais pas sa mère après tout et elle se cacha aussitôt sous les draps. Drôle d’idées. La pièce était dans le noir, les volets tirés mais je voyais bien dans le noir et je m’arrêtais sur le pas de la porte, un étrange sentiment de déjà-vu m’obscurcissant un bref instant l’esprit. Je me repris vite.


Hum… Cassidy ? C’est Tristan… Je t’apporte, enfin… ça devrait faire passer ta gueule de bois.

Je parlais lentement. Pas que je la pense stupide ou trop malade pour comprendre mes mots, juste qu’ils peinaient à sortir. De prolixe à handicapée, même ma voix me trahissait. Décidément ce n’était pas un bon jour. Sa tête sortit aussitôt de la couverture. Pas que la tête. Elle avait l’air surprise. Aie… Sa mère ne l’avait pas prévenue… J’aurais préféré…
Sauf que ce n’était pas vraiment le plus surprenant. Elle me regardait avec surprise et un peu de sévérité mais elle brillait quand même donc bon… Ah ben oui. Elle brillait. Normal ? Pas que je sache. Elle sortait un peu plus des cases. Mais pourquoi est ce qu’elle ????!!!! J’étais le seul à être surpris là ? Je n’avais jamais vu ça moi ? C’était normal ? Un truc d’humaine malade ? Ca ne me disait rien ! On ne m’avait pas appris ça ? Elle prenait feu ? Il fallait lui jeter de l’eau ? Trop de température ? De soleil ? Ce n’était quand même pas un coup de soleil ça !!!


Le pauvre jeune homme avait l’esprit complètement pris de cours. Pour Tristan tout devait être bien rangé dans des cases. Parce que quand ça en sortait, le risque que son vrai visage ressorte était trop important. Heureusement elle le coupa dans ses réflexions pour le moins inutiles.
Se moquer ? Il avait rabaissé les yeux vers elle, surpris, cherchant de l’aide autour de lui du regard l’instant d’avant. Pourquoi se moquerait-il ? Sauf que c’était une très mauvaise idée de rabaisser les yeux. La demoiselle n’en semblait pas consciente mais avec la lueur qui émanait de sa peau aux airs de porcelaine qui aurait traficoté avec un néon, ses vêtements devenaient… beaucoup moins opaques… Beaucoup beaucoup moins. Tristan releva aussitôt les yeux en déglutissant.

Ce n’est pas drôle… Tu n’as pas mal ?

Apparemment non…
Il la suivit en bas alors qu’elle avait l’air de trouver le remède dégoûtant. Il la comprenait. Elle brillait toujours. Il n’osait pas trop la regarder, le dessin de son corps se laissait un peu trop deviner à son goût. Il jura mentalement… Ses bonnes résolutions et sa certitude que la veille n’était qu’un vague incident de parcours s’étaient envolés. Elle l’avait frôlé en sortant. Il avait sentit son odeur, suave, et depuis il sentait un peu plus l’étau, juste un peu plus mais ce n’était vraiment pas agréable !
Il n’osait pas parler, pas approcher et s’était assis aussi loin d’elle que possible, au moins elle lui tournait le dos, aussi droit qu’un « i », essayant de trouver une position confortable pour ses pauvres corones maltraitées ! Et encore… elles étaient mieux loties que leur pauvre voisin de chambre…
Ne pas la regarder.
Ne pas respirer par le nez.
Ne pas s’approcher.
Ne pas penser à la veille.
NE PAS PENSER A LA VEILLE !!!!
Elle lui parlait depuis le canapé.

Ta… Hum… Ta mère est allée discuter avec la mienne. Elle s’inquiétait pour toi. Et… Hum… J’étais là alors… Enfin… Elle m’a.. demandé de te tenir compagnie… Au… cas où.

Elle répliquait, il se crispa un peu plus, se sentant rejeté par la demoiselle une fois de plus, tournant finalement la tête vers elle en la fixant, elle ne pouvait pas le voir mais il la regardait autrement, plus comme s’il ne parvenait pas à comprendre.

Je peux partir si tu veux. Mais elle se faisait du souci pour toi. Je préfère qu’elle te sache un minimum entourée. Même si ce n’est que par moi.

Entourée… J’aurais bien aimé l’entourer tiens… Et pas juste de soutien. Enfin la soutenir contre l’un des murs pourquoi pas… Et la… Et merde…

Elle était partie se laver en m’interdisant de la suivre. Ben voyons ! Déjà que j’avais l’impression que respirer dans la même pièce qu’elle était dangereux, j’allais maintenant venir la reluquer ! Non mais elle me prenait pour qui au juste ?! D’accord elle me déteste, ça va, j’ai bien compris ! Mais je ne lui ai rien fait moi ! Pourtant j’aurais des trucs à lui faire… Mais je m’égare. J’avais trouvé à m’occuper avec une vieille horloge silencieuse d’une trentaine de centimètres de haut, la perspective de l’observation parvint à me calmer et à faire redescendre la tension dans mon boxer. Ouf !
J’entendais l’eau couler, l’odeur du savon qui me parvenait malgré la porte fermée. Comment était-elle nue ? Plus menue qu’elle ne le paraissait habillée je pense, surtout de ce que j’avais pu sentir de ses mouvements aériens pendant les danses, elle était légère, probablement en bonne forme physique, de jolies fesses bien… L’imaginer nue… Quel con ! Mais quel con !

C’était bizarre… Je sentais bien que je la gênais. Mais elle ne m’avait pas fichu dehors non plus. Normalement, mes sens de dragon étaient un bon atout pour ressentir un peu l’ambiance d’une pièce, de personnes mais de un ce n’était pas spécialement facile avec elle, de deux, je n’étais pas spécialement à l’aise moi non plus. Donc c’était elle ou moi ? Cette hésitation ? Elle ne m’envoyait pas bouler comme avant, pas avec autant de véhémence. C’était quoi son cinéma de la veille ? Pourquoi elle ne me narguait pas avec ça d’ailleurs ? En me disant qu’elle m’avait bien eu sans mal.
Pour chasser son image j’avais usé du seul moyen dont j’avais à disposition. Des larmes plein les yeux j’avais dû me rendre à l’évidence: me broyer les gonades de la main était certes une bonne idée pour faire refluer l’afflux sanguin mais je me sentais nauséeux et aussi honteux qu’un petit garçon pris en faute ! Heureusement qu’elle ne revint pas tout de suite.
Elle brillait encore… C’était étrange tout de même. Mais plutôt joli.
J’essayais de l’ignorer, sa présence, son odeur, sa lueur qui semblait m’hypnotiser et me forcer à relever les yeux. Je ne réparais pas grand chose. Je faisais juste semblant. Je n’arrivais pas à réfléchir.



Elle avait brillé un peu plus fort et ne semblait pas l’avoir vu, le garçon si alors qu’il relevait les yeux vers elle, fronçant légèrement les sourcils, la mâchoire crispée dans son attitude de statue mutique. Sauf qu’elle se levait pour lui préparer… du thé ?
Il fut surpris mais la remercia à mi-voix, d’autant plus quand elle revint, ne relevant pas son étrange comportement. Oui, là aussi elle aurait dû se brûler mais le jeune homme ne fit montre d’aucun stress, ni peur, ni dégoût. Ni inquiétude. Ca ne lui faisait clairement pas mal. A quoi bon pointer sa différence ? Elle était juste différente… Mais elle était bien ainsi, non ? Pourtant les tasses étaient bouillantes.

Si elle s’était assise en face de lui ils évitaient toujours tous deux de se regarder. Il ne toucha à aucun biscuit. Il n’en avait pas mangé non plus la veille pendant la soirée. Ni quand Marilyn en avait apporté pour discuter avec les Konogan.
Sauf qu’elle se mit à lui parler. Et s’ils évitaient tout regard, toute conversation jusqu’alors les mots qu’elle lui adressa étaient tout sauf pure banalité.
Il se crispa quand elle prononça ces mots. Coucher avec l’un de ses agresseurs ?! Mais… Mais pourquoi ?! Enfin c’était… Ca le perturbait un peu pour le coup. Enfin surtout… Elle n’était pas censée avoir quelqu’un ? C’était ce que sa mère lui avait dit ! Elle avait un homme dans sa vie, qui devait la rejoindre bientôt… Et elle. Sauf qu’elle ne semblait pas le moins du monde choquée par ses propres propos. Libérée, elle assumait apparemment parfaitement les besoins de son corps et devait être dans une relation assez ouverte avec son conjoint. Très ouverte. Surtout pour céder à un de ces hommes. N’était-elle pas rancunière ? Lui l’aurait été…
Quelque part, il fut vexé. Profondément vexé même. Il se disait que c’était mal… mal d’éprouver du désir pour une femme qui avait déjà quelqu’un, de l’imaginer comme il l’avait fait déjà trop de fois, trop nue, trop frémissante et trop victime de ses coups de reins. Et voilà qu’il apprenait que ladite demoiselle se satisfaisait là où elle pouvait et voulait et qu’elle était assez conne pour céder à un petit bougnouf du coin qui…
Les pensées du jeune homme s’égaraient. Il se sentait en colère… Et frustré. Bêtement frustré.

Et elle rajoutait une couche avec des commentaires. Sans les détails merci, ce serait sympathique. Heureusement c’était bref. Il était nul. Un puceau. Cette fois-ci il la regarda droit dans les yeux et lâcha un petit ricanement. A quoi s’attendait-elle ? Ce gars était taillé comme un coton tige et devait avoir la même expérience que son chien castré ! Peu importe le gars dont il s’agissait d’ailleurs ! Il les mettait tous au même niveau ! C’étaient tous des pré-pubères, des petits jappeurs qui parlaient beaucoup, se vantaient beaucoup mais qui à côté de ça n’étaient pas foutus de s’occuper d’une femme a minima ! Il tiqua néanmoins sur la fin. Autre comparaison, avec Frihold. Elle devait avoir visité le coin… Or selon sa mère elle travaillait à Galaden. Dès qu’il l’avait vu il s’était douté que non. Mais là ça devenait plus parlant.
Il était un peu agacé par ses propos tout de même puisqu’il répondit.

Merci du compliment.


Sec et presque cassant il avait détourné les yeux. Apparemment, monsieur n’aimait pas trop qu’on doute de ses capacités. Après tout c’était son domaine ça… Non mais elle le mettait quand même dans la même catégorie que ces minus !
Ces pauvres petits minables !
Il ne vit pas qu’elle le regardait, il perçut juste son mouvement alors qu’elle s’asseyait sur l’accoudoir de son fauteuil. Il releva les yeux vers elle, surpris, haussant un sourcil, ne voulant pas pudiquement rabaisser les yeux cette fois! Non mais elle se prenait pour qui sérieux ! Il était plus doué que tous ces mecs réunis ! Et il le prouvait sur le champ si elle voulait ! C’était quoi hein ? Une pique par rapport à la veille ? Elle avait senti à quel point il la désirait ? Elle le traitait de précoce peut-être ? Elle croyait qu’il s’était barré parce qu’il trépignait tout ?! Il avait l’endurance de… d’un euh… bah d’un dragon voilà ! Donc elle ne pouvait absolument pas……………….

Pauvre jeune homme.
Elle avait parlé, tout bas, posant sa main sur sa joue et il s’était aussitôt calmé. La colère, les répliques qui couraient dans sa tête en menaçant de lui échapper avaient disparu, évaporées dans la surprise et le léger frisson qui courut sur sa peau, chaude, la marque dorée qu’elle effleura l’était d’autant plus, beaucoup plus et sembla scintiller à cause de la lueur qui courait sur la peau de la jeune femme et qui semblait justement se réfléter sur ces marques.
Le jeune homme s’était crispé d’un coup, immobile telle une statue, vivant par sa chaleur et par les légers hérissements de sa peau alors qu’elle le frôlait, tout doucement.


Mais qu’est ce qu’elle foutait ?!
D’accord j’étais en colère, mais je n’avais rien dit… Elle ne pouvait pas venir me provoquer sans raison pour se venger ! Ce n’était pas gentil ! Pas du tout ! Dieux que ses doigts étaient doux. Je faillis fermer les yeux, mon cerveau peinait à comprendre ses mots. De quoi ? Qu’est ce qui ne me dérangerait pas ? De quoi parlait-elle donc ? Je me souvins très vite… Très très vite. Parce qu’elle glissait sa main doucement, inexorablement, sur mon torse puissant, jusqu’à ma ceinture, jusqu’à mon entrejambe… Attendez… QUOI ?! Mais c’est ce qu’elle foutait ?!!!!! Je retenais ma respiration, pris de cours alors qu’elle posait sa main contre une des mes cuisses me frôlant les gonades à travers le tissu de mon pantalon. Oh malheur… Elle me tenait littéralement par les couilles là… Et je n’avais rien vu venir ?! J’étais… une vraie tortue !
Ses propos prirent soudain beaucoup de sens.
Elle m’avait entendu.
Elle me prenait aux mots.
J’avais bien envie de revenir sur mes propos, parce que là elle pouvait me faire mal, vraiment mal et que j’avais déjà bien assez mal… D’ailleurs j’avais les boules tellement compressées que je me demandais comment elle pouvait sentir quoi que ce soit… Mais j’oubliais trop souvent que bague de contrôle et boxer trop petit ne pouvaient qu’un peu cacher la vérité sur mon anatomie. Merci dame nature, tu as bien travaillé, maintenant je me sens impuissant et ridicule et… et rien… du tout.

Petite pression… Pas du tout désagréable. Elle savait doser la diablesse. Tout le monde n’en était pas capable. Elle aurait pu me faire mal, si elle l’avait voulu, mais ce n’était apparemment par son but. A mon grand désarroi elle avait glissé sa main sous ma tunique cette fois et je frissonnais légèrement en fermant les yeux une demi-seconde, juste une demi-seconde. Wah… Pas mal… Pas mal du tout même, un simple effleurement pourtant et… mh… Elle me regardait, je vis la surprise dans ses yeux sombres. Ah… Je l’avais surprise… J’oubliais trop vite qu’ici je ne me promenais jamais torse nu, ou presque, elle ne savait donc que bien peu de choses sur mon physique. Ohoh… La demoiselle était surprise par mes abdominaux ? Pauvre petite chérie… J’étais assis, avachi comme un gros blaireau là ! Il n’y avait pas grand chose à voir… Attends donc que je te les montre ma belle… Ils font partie de ma fierté et puisque tu veux jouer, je veux bien les exhiber… Son regard était… indécent. Elle me fixait droit dans les yeux, je ne détournais pas les miens. C’était comme un défi, j’esquissais un sourire qu’elle ne connaissait pas, qui n’avait rien du grand commandant parfait qu’elle se plaisait à voir en moi. Non lui il était plein de véhémence et de provocation… Elle remonta sa main de quelques centimètres et un demi-sourire répondant parfaitement au mien éclaira son visage, juste un peu. Eh bien oui demoiselle, je bandais et même si ce n’était qu’un gentillet début je ne semblais pas te décevoir… Non mais petit ange, j’ai les parties serrées dans un caleçon de jeune ado, depuis j’ai pris. Ca fait mal aux… mais attends que je l’enlève et ce petit sourire provoquant sera plutôt celui de gourmandise et de pointe d’inquiétude quand même parce que je vais te…
Et non ! Ce n’était absolument pas ce que je devais faire ! Absolument pas ce que je devais penser !!!!! Non mais elle faisait quoi là ?! C’était quoi son plan ? Me chauffer et me laisser en plan ? C’était réussi, j’étais brûlant, les pupilles dilatées je le savais et je voulais me jeter sur elle. Mais je ne devais pas ! Je ne pouvais pas ! Ce n’était pas bien ! Pas bien ! J’allais… j’avais la trouille ! La veille je l’aurais violée sur place et…

Sauf qu’hier était un autre jour. Apparemment.
J’étais tendu… trop… et pas qu’en dessous de la ceinture, pour cette zone ça devenait vraiment désagréable, je n’avais probablement plus de sang dans les jambes là. Enfin elle s’était levée d’un coup, l’air déçue, provocante une fois de plus en me sortant la phrase la plus débile que j’ai jamais entendue.
Ce n’était pas que de la provocation ? Elle ne faisait pas que me chauffer ? Quelqu’un d’autre intéressé… La garce…



J’avais cessé de réfléchir.
Enfin non, j’essayais. Par tous les dieux, j’essayais vraiment de réfléchir. Mais tout tournait au ralenti. J’avais voulu la laisser partir. Pour que la tentation soit moins grande, pour que la tension dans mon corps et mes parties se relâche un peu, pour ne pas lui sauter dessus. Parce que je ne savais pas ce qui pouvait arriver mais ça ne devait pas arriver…
Elle était dans mes bras c’est tout…
Enfin plus exactement je l’avais rattrapée alors qu’elle ouvrait la porte. L’une de mes mains avait fait claquer le lourd panneau de bois qu’elle avait à peine écarté, l’autre avait enserré sa taille pour la plaquer contre moi.
La différence de taille était presque… drôle. J’étais immense. Elle était petite… Si petite. Pourtant elle avait un contrôle inimaginable sur moi à cet instant. En était-elle consciente ? J’essayais de me reprendre. Mais mon bras la pressait davantage contre moi, contre mon érection aussi qui était très contente de pouvoir se manifester contre le dos de la jeune femme par un si subtil « coucou, non non, je ne suis pas un muscle, ni un coude, ni quoi que ce soit d’autre d’ailleurs, je suis beau, je suis fort et je vais te faire louer les dieux de m’avoir rencontré ! Et fais pas attention à mon partenaire, quand je suis réveillé il est con comme une bille lui ! ». Je respirais lentement. Par le nez, mauvaise idée. Elle sentait bon. A son odeur délicate et étrange, suave et tellement excitante, se mêlait l’odeur de son savon, à la violette je crois. Elle sentait tellement bon… Sa taille était plus fine que je ne le pensais, mon bras me paraissait démesuré par rapport aux siens. Tout mon corps me semblait démesuré, trop grand, pataud. Pourtant j’en maitrisais chaque muscle. Et je devais d’autant plus en mesurer chaque muscle à cet instant. Je tremblais légèrement tout contre elle. Quand je l’avais touché, la peur et la violence s’étaient éclipsées. Pourquoi avais-je eu si peur hier ? Je ne savais plus ? Un démarrage peut-être ?
Je collais mes lèvres contre son oreille droite, murmurant tout bas.


Tu es folle de me provoquer ainsi demoiselle… Si ton but n’était que de me faire souffrir en me montrant à quel point tu es attirante fuis très vite loin de moi, tu n’as que quelques secondes… Mais si… tes paroles, tes gestes… étaient sérieux, si tu veux de moi pour tenter de combler ta frustration de la nuit dernière, reste…

Elle ne bougea pas. Peut-être était-elle juste trop surprise par mes mots, mes gestes mais elle ne bougea pas. Enfin si, juste pour venir poser une main sur mon bras. Jusqu’alors j’avais résisté à la tentation de passer ma langue sur sa gorge ou mordiller son oreille alors que j’en crevais d’envie mais si ce petit geste était peut-être pour se dégager, je ne le pris que comme une invitation, me collant davantage à elle. Pourtant entre deux baisers brûlants sur la peau de son cou, alors qu’elle me tournait toujours le dos je précisais d’un chuchotement.

S’il te plait… Cassidy… Ne me laisse pas te faire mal… hein ?

Elle s’était crispée. Peut-être surprise. Peut-être agacée. Peut-être juste moqueuse devant ma prétention. Mais ce n’était que précaution. Ce n’était pas pour rien que j’avais visé ces deux elfes hier. Hanches larges, moins de risque. Elle était mince. Plus que je l’avais cru de ce que je sentais. Je n’étais même pas sûr que physiquement on puisse… Je chassais l’idée de mon esprit. Peu importait après tout. Etrangement que ce soit consécutif à mes paroles ou mes gestes je retrouvais une pleine maitrise de moi-même et de mes sens. Bon, je planais un peu, j’étais un peu confus mais je ne me sentais aucune envie bestiale, aucun désir de domination perverse. Mes mains couraient naturellement sur le tissu de ses vêtements quand je l’incitais doucement à se tourner vers moi pour la plaquer contre un mur. Je la regardais un instant. Elle était jolie… vraiment jolie. Pourquoi semblais-je être le seul à remarquer à quel point elle était belle ? Mes mains caressèrent ses joues, écartèrent une mèche de ses cheveux pour se perdre dans ces derniers et les relâcher, me débarrassant du petit ruban qu'elle avait négligemment attaché dedans. Comme je m’en doutais elle n’en était que plus attirante… Je souris, me penchais sur elle, m’arrêtant à quelques centimètres à peine de son visage.

Repousse moi si tu ne veux pas que je t’embrasse.

Il lui demandait la permission. Doucement, gentiment… Pour chaque geste. Quand il l’avait incitée à se tourner il lui avait laissé le loisir de refuser, voulant l’embrasser il la laissait le repousser. Il était bien différent du grand gaillard bestial qu’on pouvait s’attendre à ce qu’il soit. Pour autant il n’était ni timide, ni maladroit. Ses lèvres brûlantes se posèrent sur les siennes pour un baiser passionné qui les laissa à court de souffle tous les deux et il l’avait finalement soulevée du sol pour moins se fatiguer la nuque alors qu’elle s’accrochait à lui. Ce baiser était aussi épique que la veille. Plus… Car ils étaient tous les deux conscients. Conscients surtout que ça ne s’arrêterait pas là. Pas timide ni maladroit non plus de ses mains. Il n’en avait pourtant que deux mais ce n’était pas l’impression qu’elles donnaient. Grandes, puissantes et pourtant si douces, chaudes, elles semblaient laisser trace de leur passage sur chaque centimètre de sa peau et encore elles ne touchaient que ses vêtements.

Il la relâcha doucement finalement, déposant des baisers et mordillements sur sa gorge, très occupé à défaire sa ceinture et glisser sa tunique sur le corps mince de la jeune femme. Tout en douceur, sans obligation, mais plein de désir et d’une passion dévorante qui brillait dans son regard. Le regard orangé du jeune homme brillait d’ailleurs, à cause de la lueur qui se dégageait de la jeune femme. Il baissa lentement les yeux sur elle, semblant la transpercer dudit regard, avisant sa brassière improvisée, un sourire mutin, plein de provocation étirant ses lèvres. Il effleura ses lèvres, glissa la tête dans son cou… puis entreprit de la débarrasser de sa brassière… de ses dents. Stupidité ? Prétention ? Pas du tout, il s’en sortait très bien et surtout la peau de son visage ne cessait de frôler, qu’à peine, odieuse torture, la peau de la jeune femme. Elle se défendait, un peu, juste un peu, elle avait l’air… surprise. C’est le sentiment qu’il ressentait chez elle. Elle le laissait faire. Il finit par se faire gentil, finissant de ses mains pour avoir… une étrange réaction. Un gémissement à peine étouffé, le regard fixé sur sa poitrine.
Bah quoi ? Ils étaient moches ses seins ? Apparemment pas le moins du monde.

Ronds, fermes, galbés, parfaits… Jamais vu d’aussi beaux seins ! Bon d’accord Kayla a la plus belle paire de nibards au monde mais… enfin elle est quand même… Wah… Ils sont plus petits mais… j’aime bien. J’aime beaucoup en fait… Beaucoup, si doux...


Et il le montrait parfaitement, doux dans son approche, observant la jeune femme avant de poser une main sur sa poitrine. Peau contre peau. Wah… Ca c’était la vie…
Il ne s’arrêta pas là, la caressant en douceur, parfois plus ferme, terriblement tentant, parfois trop… Il connaissait les femmes et comble de la frustration, semblait la connaitre par coeur.
Quand elle avait tenté de le déshabiller il l’avait arrêtée. Ôtant de lui-même sa tunique, le jeune homme avait exhibé avec une certaine fierté son torse qui, lui, méritait l’appellation « Parfait ». Elle pensait avoir touché ses abdominaux, elle devrait s’habituer à pouvoir les compter les yeux fermés. Il avait pris ses mains, les posant doucement sur son torse. Mais il ne lui avait rien intimé, ni de s’occuper de son corps, ni la forcer à déboucler sa ceinture, ni quoi que ce soit. Bien au contraire. Il ne l’avait pas laissée faire quand elle s’y était aventurée, serrant doucement sa main qui s’était posée sur la boucle de sa ceinture, lui faisant un sourire sublime, les pupilles toujours si dilatées par l’excitation.

Navrée princesse… Mais j’ai un objectif très différent en tête pour l’instant…

Princesse...
C’est elle qui avait fini nue contre lui et en la voyant encore plus surprise, peut-être gênée d’être aussi « vulnérable », il avait comblé l’inégalité en se déshabillant, soupirant de bien-être débarrassé de son boxer de liliputien ! Ô dame nature… pourquoi tant de grandeur chez un seul homme ?
Là elle avait haussé un sourcil par contre. Ah ben oui, là… effectivement. Elle comprenait peut-être mieux la « prétention ». Mais elle ne risquait rien, toujours rien. Pour l’instant. Doucement ils s’étaient dirigés vers le canapé et leurs vêtements avaient fini dans un coin de celui-ci. Il la dévorait du regard, immobile, comme si elle était la plus belle des femmes et s’était appliqué à lui prouver ce qu’à son sens, tout homme devait savoir faire.


Les femmes sont très particulières tout de même et une connaissance approfondie de leur corps devrait être connue de tous. Je ne sais ce qu’il en est des mâles des différentes espèces mais pour les femelles c’est tout le temps la même chose, elles ont besoin de temps, de préparation, de stimulation et surtout de passion. Quoi de plus normal. Toute femme est une déesse, qu’il faut traiter avec le plus grand des respects et la plus douce des humilités…
Des hommes je ne connais que les humains réellement et les dragons donc moi-même. Revoyons un peu les bases. Les petits bouts d’humain, créatures stupides et égoïstes sont pour la grande majorité, persuadés que ces demoiselles prennent plaisir comme eux par le simple coït, de préférence bien brutal, répétitif, une stimulation bien intense provoquée par la simple pénétration et la jouissance au bout du compte bien rapidement. Créatures stupides et ignorantes. Si certains faisaient des efforts, encouragés par leurs dames, la majorité ne sont que de sombres abrutis. Après sa petite affaire monsieur est à bout de force, ça dure plus ou moins longtemps mais finit toujours pareil… Les femmes en revanche, toutes espèces confondues avec quelques variantes ici et là, sont d’une sublime complexité. Etres de sensation et d’extase elles sont lentes à prendre plaisir, parfois très lentes mais c’est qu’il faut du temps pour mettre autant de stimulations en place! Et il faut être un crétin pour penser que si on leur a fichu ce petit machin, petit bout de chair ridicule mais si sensible, qui les fait gémir et se tordre en un quart de seconde, c’est juste pour faire joli et qu’il ne faut surtout pas y toucher ! Quelle connerie. Non mais on leur met un bouton « plaisir » et ils ne l’utilisent pas ?!… Sauvages… Faut une flèche peut-être ? un voyant lumineux ? Oh moi je l'aimais beaucoup ce petit bouton là... les réactions qu'il provoque toujours sont dignes des plus belles ovations. Rien n'est plus beau qu'une femme extatique... rien... Bon bien sûr le coït en lui-même est plutôt sympa, peut-être merveilleux pour elles, si on respecte ces dames, petit calibre s'abstenir, l'absence de sensation devait être tellement frustrante... Et puis il y en a un autre de bouton à l'intérieur, plus difficile à stimuler mais tout aussi... hum, délectable. Et puis beaucoup plus loin aussi... Là encore petit calibre s'abstenir, aucune chance d'y toucher... Mais pour celui-ci la prudence était de rigueur. Il était probablement celui qui les transportait le plus loin, le plus haut mais aussi celui qui pouvait leur faire terriblement mal. A ne pas tenter de prendre d'assaut sans préparation, sans accord, sans tout le respect que méritent ces dames...Amis bourrins, laissez donc ces demoiselles s'habituer et s'exprimer. Leur corps est un temple de douceur et de passion, mais un temple parlant. Il peut vous dire quand il est prêt, il sait parfaitement dire ce qu'il veut et quand. Un peu d'attention, écoutez...
Une femme peut avoir des orgasmes à la suite, et plein en plus… C’est quand même exceptionnel non ? Un homme, un seul et c’est dodo. Pour les plus jeunes ça repart vite mais mou du genou… Les femmes par petites pointes, comme des pointes de vitesse d’adrénaline, des aiguilles de plaisirs qui les tordent au plus profond de leur être et plus on les pousse, plus le suivant est fort… C’est quand même extraordinaire non ? Nous autres dragons, nous fonctionnons entre les deux plans… Nous avons de la même manière plusieurs orgasmes à la suite, même modèle que les femmes mais de un ça ne s’arrête pas comme ça évidemment, pas comme les hommes si facilement satisfaits donc, de deux nous n’éjaculons pas à chaque fois, encore heureux, pauvres demoiselles autrement, et de trois… disons que lorsque nous sommes lancés il en faut beaucoup pour calmer notre virilité, hissez les drapeaux ! Le mât est dressé… Mauvais jeu de mots en tout état de cause…


Je connaissais les femmes. Je les adorais. Je les trouvais belles et  j’étais à chaque fois profondément outré de remarquer que la majorité n’avaient aucune connaissance de leur corps, ne savaient pas ce qu’elles pouvaient ressentir, ni qu’elles pouvaient ressentir avec autant d’intensité. Heureusement les hommes attentifs et doués existent mais si peu nombreux. Il y a bien plus de porcs voulant se vider les couilles, persuadés d’être des dieux vivants alors qu’ils ne satisfont généralement qu’eux…
A ses provocations, à ses regards, aux caresses qu’elle faisait sur mon torse, je me doutais que Cassidy avait connu nombre d’hommes et cette pensée m’effrayait un peu. Je ne me faisais pas d’illusion, statistiquement il y en avait bien un ou deux qui avaient dû bien se débrouiller. Mais j’espérais être le premier à vraiment connaitre son corps, le découvrant évidemment, unique comme celui de chaque femme, le premier à chercher son plaisir, uniquement, et à lui en donner réellement, enfin beaucoup... et autant qu'elle me laisserait faire…

Elle n’avait pas compris quand j’avais refusé de la prendre sur le canapé, me jetant un regard si noir qu’elle m’avait fait rire nerveusement, j'avais un peu peur qu'elle me balance un pied dans les couilles en réponse... Elle pensait probablement que c’était moi le cruel à présent, la chauffer, la déshabiller et refuser de la baiser finalement. Mais ce n’était pas du tout ça, pas du tout. J’avais caressé une de ses joues en souriant, posant mes lèvres sur les siennes, les glissant dans sa gorge, me moquant à mi-voix qu’elle était trop impatiente, que je voulais m’occuper d’elle comme il se doit, ma voix s’était faite un peu plus grave alors que je murmurais plus bas qu’elle n’avait pas intérêt à gémir un autre nom que le mien, que je voulais qu’elle me guide aussi. Ca aussi ça la surprit…



Il avait commencé à la couvrir de baisers et de caresses alors qu’elle était assise dans le canapé, le jeune homme agenouillé au sol. Comme il était grand il l’embrassait sans mal. Son objectif devint vite clair pourtant, et ce même si c’était une nouveauté pour la jeune femme, enfin peut-être juste une facette du grand garçon qu’elle ne soupçonnait pas. Baisers, caresses, brulants, il traçait de fins sillons de sa langue sur sa peau. Il avait vu les cicatrices et n’avait rien dit, les effleurant du bout des doigts avec autant de douceur que s’il s’agissait de la caresse du vent. Sa poitrine semblait le fasciner et la demoiselle dut bien vite se rendre à l’évidence que caressée comme il se doit, celle-ci pouvait être particulièrement… réceptive aux caresses d’un homme. Sauf que ce n’était pas ça son objectif. Quand il finit la tête entre ses cuisses par contre, là il semblait être finalement parvenu à destination.
Pauvre demoiselle… Elle allait apprendre à ses dépends à quel point son corps pouvait la trahir, car si de ses mains et de sa bouche le jeune homme s’était révélé doué sur le reste de son corps ce n’était qu’un amuse-gueule si fade sur ce qu’il commença à lui infliger… Combien de mains déjà ? Et qu'est ce qu'il fichait au juste avec sa langue ? Ce n'était pas... Elle avait étouffé un juron dans un gémissement, il avait souri contre sa peau.

J’étais outré…
Vraiment outré.
Son corps était un récepteur vivant !
Je n’avais jamais vu ça. Pourtant j’en avais vu des filles qui réagissaient bien à mes caresses mais elle ?! Chaque frôlement semblait faire passer un minuscule courant sur sa peau qui la secouait très légèrement. Ce n’était pas que moi, je ne rêvais pas. Elle était incroyablement sensible ! Il fallait être le pire, le plus nul, le dernier des minables pour ne parvenir qu’à légèrement stimuler la demoiselle ! Elle devait prendre du plaisir si facilement. Enfin avec un utilisateur correct évidemment. Bien sûr ça pouvait entrainer plus d'exigence de sa part justement. Si elle prenait bien facilement son pied il lui fallait donc un minimum de qualité du service d'étage. Mais c'était moins ça qui me marquait. J'avais plus l'impression... Que ce corps si splendide, si doux, si réceptif à mes caresses ne l'avait jamais été réellement autrement qu'avec impatience. L'impatience je comprenais. J'avais envie d'elle, terriblement envie d'elle. Mais différer mon plaisir était beaucoup plus simple que je ne l'aurais cru finalement. Je voulais que pour elle ça soit... différent. Et ça valait bien toute l'attente du monde. En fait, si elle me repoussait après ça, je pense que je ne serais même pas vexé, frustré un peu certes, mais pas vexé. Elle m'offrait un spectacle merveilleux et un plaisir indécent. Les sadomasochistes prennent leur pied en faisant du mal aux autres, en contemplant la souffrance. Il était temps de me rendre à l'évidence, j'en étais le spécimen inverse. Ca me plaisait de la faire frémir, gémir doucement, de sentir les crispations de son corps. Si je n'avais pas été entièrement obnubilé par elle, j'aurais peut-être vu à cet instant, que ça n'avait jamais été autant le cas... Quelle plaie ! Quel monstrueux gâchis! Elle était une invitation à la débauche la plus totale, je me sentais certes fondre contre sa peau. Ses baisers étaient certes un nirvana de sensations que je ne me soupçonnais pas capable d’éprouver… Mais son corps… Dieux que son corps était sublime… Certes marqué par des cicatrices qui me tordaient l’estomac… mais elle était belle, tellement belle…
Je ne débanderai probablement jamais… Pourtant non, je n’étais pas impatient. Je n’avais pas envie de la prendre là, brutalement, comme j’en avais ressenti l’envie la veille. Je voulais juste la combler. Et je voulais que ça dure longtemps. Si elle avait été si déçue, je voulais la satisfaire plus qu’aucun autre… Assez prétentieux là j’avoue.
Elle gémissait, respirait difficilement. Elle sentait délicieusement bon… et si sa peau avait un goût délectable, je vous laisse imaginer celui de…
Ah la garce ! Ma provocation n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde, je ne voulais pas qu’elle murmure un autre nom… et elle en donne des dizaines d’autres. Puisque c’est comme ça… Je la mordis. Oh pas fort… Je pouvais lui faire mal quand même, mais suffisamment pour qu’un cri entre le plaisir et la douleur lui échappe. Oh putain sa voix… encore plus bandante… Elle pouvait murmurer les noms qu’elle voulait, c’est dans mes cheveux que sa main se crispe là. Sa jolie lueur jouait au yo-yo, c'était assez amusant, c'était joli...
C’est bon… De la sentir ainsi. De la voir ainsi. De l’entendre ainsi. J’adore la sentir se crisper, gémir… Ca lui plait. Ca me rend.. heureux je crois. Elle ne pourra pas éternellement étouffer ses gémissements de son autre main. Ses jambes qui reposent sur mes épaules tremblent, elle est tout proche. Ca ne fait que commencer sublime demoiselle… Tu es décidément la plus surprenante des surprises…


Il voulait la surprendre, il semblait y arriver plutôt bien.
Quand il recula la tête pour regarder Cassidy, Tristan se lécha les lèvres avec un regard d’une odieuse gourmandise, un sourire mutin aux lèvres, l’air plutôt content de lui. Pourtant il la dévorait des yeux, il souriait, sincèrement. Il avait l’air… heureux.
Le jeune homme se redressa légèrement, approchant son visage de celui de la demoiselle, ne lui laissant que bien peu de répit, et se figea brusquement sur place, tendu, aux aguets. Soudain il se redressa et attrapa ses affaires, envoyant les siennes à la jeune femme avant de jeter sur elle, comme une tente, le plaid qui trainait sur un fauteuil. Tout nu, totalement… inconscient, il enfilait son boxer en se faufilant sur la terrasse adjacente. Déjà le bruit de la poignée de la porte se faisait entendre et la voix de la mère de Cassidy résonnait dans le vestibule.
Le grand jeune homme se figea sur le pas de la terrasse, un sourire hilare bien que profondément frustré au visage, fit un clin d’oeil à la demoiselle en lui envoyant un baiser à la volée et escalada d’un bond la haute rambarde pour finir dans le potager attenant, manquant de très peu de se faire voir par Jordeth qui suivait sa femme. Pauvvvvre petite demoiselle…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 10 Fév - 22:21

De tous les hommes du village, il fallait que ce soit lui ! Quelle surprise de voir Tristan au lieu de sa mère, le jeune homme se tenant face à elle alors qu’elle le dévisageait avec défi. Cela lui fit repenser à la veille. La demoiselle était gênée mais elle le garda bien pour elle. Se cacher devant une attitude insolente et l’ignorant royalement, comme si il ne s’était rien passé. Ce n’était pas vrai… Mais elle ne savait pas encore si son masque de gentillesse tomberait si elle devenait un peu trop réceptive. Cassidy était perdue. Elle savait que ce n’était que quelques jours, qu’elle ne devait pas s’attacher. Et pourquoi s’attacher d’ailleurs ? Il est nul… enfin nul pour elle dans le sens qu’il se la jouait trop poli et parfait pour que ce soit réel. Elle connaissait cette attitude. Bien mieux que n’importe qui.

Pendant toute son adolescence, elle était restée au village. Comme une gentille fille. Souriant en déclarant que ce n’était pas grave si elle n’avait pas trouvé de maître. Aidant au moindre besoin, polie, respectueuse. Sourire… en toute circonstance. C’est ce qu’on attendait d’elle. Et pourtant elle était malheureuse, complètement malheureuse. Ses yeux fixaient le ciel ou l’horizon, rêvant d’une autre vie. Son cœur était torturé. Pourquoi ? Pourquoi elle ne pouvait pas apprendre la magie ? Etait-elle condamnée à rester dans ce village ? Frustration, déception… Et pourtant elle se cachait derrière des sourires, ne pas inquiéter, sa famille, leurs amis… Non elle ne devait pas. Mais elle ne se sentait pas heureuse, elle aurait voulu crier au monde à quel point la vie était injuste, qu’elle en avait marre de cette image de petite fille toute sage. Pas une seule fois elle n’avait faiblit. Et puis elle était partie à Galaden. Nouvelle vie, nouveau décor. Au début elle était sage aussi. Respectueuse. On l’appréciait bien. Et puis, la demoiselle est devenue de plus en plus distante. Pourtant, ce fut pendant son voyage qu’elle craqua complètement. Qu’elle en avait marre des conventions, des codes ! Marre d’être gentille ! Marre d’être prise pour une bonne poire ! On abusait d’elle. Elle ne pouvait pas continuer ainsi. Le monde était pourri, le monde était cruel. Et elle ne voulait plus offrir ses sourires à des personnes qui ne le méritaient pas. Elle était fatiguée… fatiguée de tout ça…

Tristan, de ce qu’elle connaissait de lui, il avait toujours été assez libre. Dans un sens, on l’appréciait ou on ne l’appréciait pas. Mais il s’en fichait, au moins il était comme il voulait. Si un jour il était de mauvais poil, ça se voyait et personne ne venait l’embêter. Il sortait des cadres, des codes. A l’école il avait toujours été un peu dissipé, l’embêtant, se chamaillant avec elle. Il ne voulait pas étudier, ça ne l’intéressait pas tout ça. Et elle n’avait jamais compris pourquoi. Non, ce qu’il voulait faire, c’était s’amuser. Et puis il est parti à sa stupide école de Cheistams. Ca lui avait apparemment retourné le cerveau car maintenant il se conduisait comme un parfait gentleman, qui n’avait pas le droit de faire un pet de travers, de peur de nuire à son image. Ciel c’était donc ça sa vie ? Se vouer aux autres ? Sourire même quand ça ne va pas ? Elle ne comprenait pas… il n’était plus le même.

Elle l’avait défié du regard, qu’il pouvait se moquer si il en avait envie. La demoiselle était passée devant lui en l’ignorant. Encore une fois, il ne trouvait pas ça drôle et lui demandait si ça faisait mal ? Tiens elle n’avait même pas fait attention à la douleur. Levant les yeux au ciel un instant comme pour réfléchir et se concentrer sur une quelconque douleur, la jeune femme constata qu’il n’y avait rien. Juste peut être surprenant, un peu dérangeant mais c’est tout. Et pourtant des douleurs elle en avait eu.

Cassidy s’était allongée dans le canapé. Elle ne voulait pas rester face à lui, ou à côté de lui, à le regarder dans le blanc des yeux. Parce que ça la gênait et qu’elle ne savait pas comment s’y prendre. Après tout, la seule compagnie qu’elle avait actuellement c’était son copain. Et puis ils avaient pris l’habitude de vaquer chacun à leurs petites affaires. Mais Tristan… ce mec la perturbait au plus haut point. Peut être à cause de ses allures de Messire Parfait. Il était inintéressant mais… bordel trop compliqué à comprendre là ! Alors que le silence se faisait entre les deux jeunes gens, elle lui avait demandé la raison de sa présence. En entendant la réponse, la demoiselle avait grogné. Encore sa mère ! Non mais plusieurs choses lui avait échappé. Pourquoi était-il venu alors qu’elle faisait TOUT pour le repousser ? Hier c’était un accident non ? Elle n’était qu’à demi consciente. Et pourquoi sa mère s’obstinait-elle à les… rapprocher ? Peut-être voulait-elle juste qu’ils s’entendent bien et que si les parents s’entendaient, ça devait être pareil pour les enfants. Ou juste une gentille attention. Ou peut être encore… Tristan était le seul dans ce village à ne pas être dégoûté ou se moquer de son apparence, de son comportement. Il était bien le seul qui ne disait rien. C’était la personne idéale pour la surveiller. Sans doute ce point là.

Il disait qu’il pouvait partir mais que sa mère s’inquiétait. Qu’il préférait qu’elle soit entourée. Elle grogna. Ciel elle était une grande fille maintenant ! Personne ne s’était occupée d’elle quand elle était malade. Alors elle n’avait pas besoin d’un garde du corps, d’une nounou, elle se gérait très bien toute seule. Cependant, quelque chose empêchait Cassidy d’envoyer bouler Tristan. Elle ne saurait dire quoi ni pourquoi mais c’était ainsi. Sa présence n’avait rien de gênant, il était silencieux, calme. Mais le fait qu’il la fixe d’une manière ou d’une autre alors qu’elle avait le dos tourné, la dérangeait.

La demoiselle déclara aller prendre un bain. Au moins là elle était tranquille ! Alors qu’elle était occupée à ses divagations et autres pensées en tout genre, c’était également le cas de Tristan qui cherchait encore à cerner la demoiselle. Et ça elle n’en savait absolument rien. Elle revint après un long moment, un peu détendue. Mais un seul regard vers Tristan et toutes les questions ressurgirent. Stupide Drakkari ! Bon non il n’avait rien fait ! Mais stupide quand même ! Elle n’avait même pas fait attention à sa lueur et déclara vouloir faire du thé, pour se changer les idées. Non mais quelle idée ! Elle était tellement troublée que la petite demoiselle n’avait même pas fait attention avec ses habitudes. Normalement ça choquait. Ou on pouvait prendre ça pour un don. Mais c’était loin d’être un don… Sauf que son absence de réaction provenait du fait qu’elle se doutait que Tristan ne dirait rien. Ou bien qu’elle s’en fichait encore une fois.

Elle avait bu son thé et pourtant… Cassidy avait fait une grosse gaffe. Une gaffe qu’il ne comprendrait pas. L’insolente demoiselle se fit bien plus bavarde. Elle lui parla d’un gars qui avait couché avec elle. Oui il avait raison, elle n’avait pas vraiment le droit de faire ça… mais… c’était SA faute aussi ! Quelle idée de prendre la fuite, la laissant seule et complètement conne au milieu de la foule. Elle aurait perdu tous ses moyens si elle n’avait pas bu. On se serait douté de quelque chose. Alors elle voulait juste oublier, quitte à faire des bêtises, quitte à sauter sur le premier qui serait intéressé. Mais elle n’était pas vraiment consciente non plus. Quand elle buvait, c’était surtout pour passer un moment désagréable. Mais elle cacha bien de lui dire que cet homme l’avait… humilié. Elle faisait comme si de rien n’était mais… ce n’était pas ça la vérité. Elle déclara alors en toute innocence qu’il était nul. Là il réagit. Tiens donc ça lui faisait quelque chose ? Il semblait se moquer d’elle. Elle haussa un sourcil et continua sur une autre réplique. Cette fois il n’avait pas sa voix pleine de tact. Cassidy pouvait comprendre, au ton de sa voix, que ça l’avait vexé et pas qu’un peu. Tiens donc Messire avait l’air d’être contrarié. Contrarié qu’elle parle de performances…

La demoiselle se mit à sourire et s’approcha de lui très discrètement. Oh elle pouvait bien s’amuser un peu. Après tout, l’envie était forte de son côté et si il pouvait la prendre, ça ne la dérangerait pas le moins du monde. Mais si ça la dérangeait ! Enfin non… Enfin si ! Enfin non… Elle chassa les pensées de sa tête et commença à effleurer du bout de ses doigts son visage, très attentive à ses réactions. Le découvrant, l’observant. Il n’avait plus rien du gamin qu’elle avait connu mais de ce qu’elle pouvait voir et sentir, le jeune homme avait pris un soin particulier pour entretenir son corps. Et les Drakkaris étaient également bien… fournis. Une simple pression lui indiqua qu’il était pas si indifférent que ça. En même temps, elle le chauffait et pas qu’un peu. Non ce n’était pas une grosse chaudasse qui lui rentrait dedans tel un animal. Elle le testait un peu, testait ses réactions, voir si il ferait le candidat idéal. Elle avait cette pulsion, cette envie et il était bien trop attirant. Cassidy se trouva stupide, elle ne valait pas mieux que toutes ces filles qui voulaient lui sauter dessus. Et pourtant, c’était différent en même temps. Elle semblait vouloir rebrousser chemin et aller voir ailleurs. Ou n’était-ce qu’une façon de le tester encore une fois pour voir comment il allait réagir.

Elle s’était relevée gracieusement pour ouvrir la porte mais il ne lui laissa pas l’occasion d’aller plus loin. En très peu de temps, il s’était rapproché, l’avait empoigné par la taille et refermé la porte comme si de rien n’était. Il était complètement collé à elle. L’espace d’un instant elle se sentit bien… très bien. Il avait aussi sa propre odeur, une odeur fraîche qui venait de la forêt. Frais mais doux… et un peu chaud aussi. Elle ne loupa pas l’énorme bosse qui se collait à son bas du dos. Oula… très excité… et sûrement bien membré. Cassidy respira lentement. Qu’il la prenne bordel ! Qu’il en finisse ! C’était la potion qui parlait ou elle ? Cependant elle restait calme, très calme. Le laissant agir, le laissant faire. Il susurra alors quelques mots d’une voix suave à son oreille. Est-ce que c’était de la provocation ? Ou bien qu’elle en avait envie ? Et si c’était les deux ?

Elle ne bougea pas. Oui elle en avait envie ! Relevant doucement la main pour prendre son bras, il la serra un peu plus fort contre lui. Sentant ses lèvres se poser délicatement sur son cou, elle ferma les yeux en poussant un petit gémissement. Il s’arrêta en lui donnant un conseil. Elle rouvrit les yeux tout en fronçant les sourcils. Lui faire du mal ? Comment ça ? Les Drakkaris faisaient si mal que ça ? Que voulait-il dire par là ? Bon ça va elle savait repousser quand il fallait mais… Tout dans ces gestes n’évoquait que la douceur et une attention certaine. Il la retourna et la poussa contre un mur. Elle résista un peu, un tout petit peu. Ils se regardèrent un instant. Ses yeux noisettes se plongèrent dans le tourbillon orangé. Oui il était séduisant… et avait ce petit quelque chose en plus. C’était sûrement les pulsions qui parlaient. Oui c’était ça. Les traits de son visage… Elle ne l’avait jamais aussi vu de près. Elle le regarda. Mélange de défi et de tentation mais il lui faisait de l’effet c’était certain ! Encore une nouvelle phrase, il lui demandait de choisir. Elle ne bougea pas et le mit au défi d’approcher.

Il ne se fit pas prier. Le cœur de la demoiselle s’agitait, ses jambes tremblaient. C’était comme si elle planait sur un petit nuage. Cassidy accentua le baiser en passant ses bras autour du cou de Tristan. Par les dieux c’était un pêché mais c’était tellement bon. Ses jambes allaient se dérober c’est certain. Il devait avoir l’habitude d’embrasser. C’était doux, agréable, une sensation unique. Pourtant des hommes elle en avait embrassé… non pas comme ça… pas avec cette passion. C’était autre chose. Cela lui faisait quelque chose en bas aussi. Ce baiser c’était whaaaa… Tristan la porta alors tout en continuant ce baiser. Elle ne le repoussait pas. Elle aurait du pourtant. C’était un jeu dangereux dans lequel il était si facile de se perdre. Et pourtant… Tout en enlevant ses vêtements, il continuait de l’embrassait dans le cou alors qu’elle poussait des petits gémissements qu’elle cherchait à étouffer, tout en s’agrippant à sa tunique. Bien vite, elle se retrouva avec sa brassière devant lui. La demoiselle devrait pourtant être plus farouche. Elle était nue, totalement fragile, à sa merci. Il lui avait même détaché les cheveux, lui donnant un air plus sexy que jamais. Elle n’aimait pourtant pas se déshabiller… enfin si… dans le noir ou sinon elle ne le faisait pas vraiment, se contentant d’enlever son pantalon pour faire sa petite affaire.

Il frôlait sa peau, du bout de ses doigts. Elle retenait quelques gémissements, ne voulant pas passer pour une fille facile en manque. Il continuait son exploration tout en tirant de ses dents le bandeau qui lui servait de brassière. Elle se crispa un peu, un petit peu mais reprit rapidement contenance. Tristan poussa un soupir plutôt satisfait. Puis avec une douceur calculée, il posa la main sur sa poitrine. Mais contrairement à beaucoup d’hommes, il ne s’était pas contenté de la presser sans aucun scrupule. Non il avait juste la main posée dessus. Une main chaude, rassurante. Elle se laissa faire et ferma les yeux un instant. Puis les rouvrit pour pouvoir s’occuper un peu de lui. La demoiselle avait posé ses mains sur sa ceinture mais il la repoussa un peu, se contentant d’une petite phrase un peu prétentieuse en l’affublant d’un surnom… un peu bizarre pour le coup. Elle ne se voyait pas du tout comme une princesse. Princesse c’était un titre de noblesse. Le genre de personne parfaite et elle n’en faisait pas parti. Fronçant les sourcils un instant, elle se reconcentra bien vite sur lui. Après tout, il avait enlevé avec une lenteur calculée sa tunique, dévoilant des abdos bien serrés. Elle poussa un petit gémissement dans ses dents. Puis son pantalon et boxer. Alors là… Elle regardait comment il était fourni, haussant un sourcil légèrement intéressé. Encore plus que ce qu’elle imaginait. Faire mal prenait tout son sens… Elle remarqua aussi qu’une de ces jambes semblait plus pâle que l’autre. Elle ne comprit pas pourquoi mais son esprit n’était pas capable de se poser des questions actuellement.

Il l’avait emmené vers le canapé tout en l’allongeant. Déjà elle s’agrippait à lui pour l’embrasser. La tension montait, la chaleur aussi. Elle était bouillante. Déjà elle était pendue à sa nuque tout en l’embrasser et prenant la position pour qu’il vienne se fondre en elle. Sauf qu’il déclara ne pas vouloir faire ça. Vexée, frustrée, la demoiselle avait changé de regard. Non mais il faisait quoi là ? Il se fichait d’elle ou quoi ? Elle n’était pas vraiment contente. Sauf qu’il la destabilisa en lui parlant d’une voix douce, déclarant qu’elle avait beaucoup d’impatience et qu’il devait s’occuper d’elle mais aussi et surtout… le guider. Cassidy le regarda avec surprise. Rare étaient les hommes qui prenaient leur temps. Il ressemblait un peu à Jilian, attentif mais surtout, désireux de faire plaisir. Il l’avait installé alors qu’elle le regardait avec étonnement. Et il commença. Pas un seul instant il ne la laissa s’occuper de lui.

Des caresses légères qui parcouraient sa peau comme si il apprenait à la connaître, des baisers tendres dans le cou. Elle gémissait doucement, fermant les yeux. C’était bon ce qu’il faisait, vraiment bon… Elle s’emballait, perdait les pédales… Son corps se crispant parfois devant tant de plaisir. Il la faisait languir, elle devenait folle. Sa respiration devenait un peu plus haletante. Et puis, alors qu’elle rouvrit les yeux, Cassidy se rendit compte de la destination du jeune homme. Mais qu’est-ce qu’il fichait là ? Seulement, elle n’eut pas le temps de se poser plus de questions. Sa langue passait sur un endroit extrêmement sensible. Elle poussa un juron, l’étouffa. Mais qu’est ce qu’il lui faisait ? C’était comme si tout son corps réclamait. Tétanisée, tremblante, la demoiselle ne savait plus ou donner de la tête. Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre inférieure pour ne pas montrer tout le plaisir qu’elle était en train de prendre. Garder un semblant de contrôle… garder du contrôle… garder… bah rien du tout. Elle poussa un autre gémissement, se lâchant un peu plus, passant la main dans ses cheveux. Qu’il arrête… elle allait vraiment craquer… elle allait… jouir… atteindre l’orgasme juste comme ça ! Juste avec ses caresses. Et puis, elle voulut le narguer, prononçant plein de prénoms au pif qui lui venait, n’importe quoi. Sûrement pour qu’il continue, qu’il redouble d’efforts. Elle soupirait de plaisir, et tentait tant bien que mal de retenir ses gémissements. Ca montait, la chaleur montait, elle devenait dingue. Et puis il s’arrêta un moment. La demoiselle était essouflée.

Pendant un instant, elle le regarda. Il souriait… mais ce sourire avait quelque chose de différent. Elle ne savait pas où se mettre, pas quoi dire, elle ne savait plus rien. Son cerveau pédalait un peu dans la choucroute. Et puis, sans crier gare, il lui avait balancé ses affaires, enfilé son boxer et s’était enfui par la fenêtre presque tout nu, la laissant seule. Sauf que la poignée de la porte s’ouvrit. Flûte ! Elle se cacha encore plus dans le plaid et ramena ses affaires à elle.

Marilyn et Jordeth ouvrirent la porte et furent un peu… surpris par le spectacle. Leur fille en train de se reposer sous une couverture. Elle fit mine de dormir.

- Allons bon ! Où est passé Tristan ? Elle ne l’aurait quand même pas repoussé encore une fois ?

La maman grommela avant de partir dans la cuisine. Jordeth fila dans la salle de bains. Cassidy en profita pour s’éclipser et monter à l’étage. Quelle drôle de fille.

Elle enleva le plaid avant de se rhabiller. Sa lueur avait enfin disparu ! Chouette ! Cependant, son visage montrait de la frustration et… de l’incompréhension. D’accord sa potion avait agi, d’accord elle avait envie d’avoir une partie de jambes en l’air avec lui, d’accord il avait l’air plutôt bon, d’accord… d’accord… Mais Jilian alors ? Bon c’était un couple assez ouvert mais quand on connait les raisons qui les ont rapprochés… le côté ouvert s’expliquait. C’était un homme très patient. Il prenait son temps, la laissait agir à sa guise. Et était bien au courant de certains détails. Mais la jeune femme s’en voulait. Avec le recul, elle soupira d’aise de ne pas avoir été plus loin… il aurait été difficile de cacher quoi que ce soit à Tristan. Le filou était apparemment expert.

Mais jamais dans sa vie telle homme n’avait eu une aussi bonne maîtrise de son corps. Il manquait encore un petit quelque chose mais elle ne saurait dire quoi. Cependant, la demoiselle prit un air plus sévère et se donna une gifle.

* Ooooh Cassy réveilles toi ! C’était une erreur ! Enfin non ! Enfin oui ! Arrêtes de cogiter et va faire autre chose par les dieux ! C’est qu’un Drakkari ! C’est pas ton copain après tout ! Des nanas il en croise tous les jours il en saute tous les jours dooooonc arrête de te poser des questions*

Elle prit sa cape et sortit par la fenêtre. Une loooooooooooooooongue promenade s’imposait !

Lorsqu’elle revint vers le village. Ses tourments semblaient avoir pris fin. Enfin un petit peu. Sauf qu’une voix l’interpella.

- Cassy !

Souriante, Eve lui faisait de grands signes de la main. Elle tenait un panier de pommes et s’approcha d’elle.

- Tu pourrais m’aider à éplucher ces pommes ? J’aimerais faire une tarte.

Eve, il ne manquait plus que ça ! Comment rester stoïque quand son fils venait de lui faire… des choses huuuum… non recommandables ! Elle se mit d’ailleurs à rougir, ce qui n’échappa pas à la maman, amusée. Cependant, elle ne fit aucun commentaire et la prit par le bras.

- Inutile de te dérober jeune demoiselle, tu n’y échapperas pas !

Cassidy n’avait pas la force de refuser. Parce qu’Eve était une adulte, son aînée, et que la dame était peut être une des seules à ne pas s’étonner de son physique, de sa façon d’être et prenait les choses plutôt bien. Elles se retrouvèrent donc dans la cuisine à éplucher des pommes. Eve était toute joyeuse et parlait avec animation de tout et rien. Cassidy semblait très concentrée sur sa tâche et s’appliquait. Au moins ça l’empêchait de réfléchir et de penser à Tristan, même si la mère de ce dernier était juste à côté d’elle. Pourtant Eve ne parlait pas de lui, jusqu’à un moment. Elle se permit une phrase taquine. La pomme rouge dans les mains de Cassidy glissa de ses mains et elle se coupa le pouce très légèrement. Instinctivement elle porta le pouce à la bouche et se détourna d’Eve qui ne fit aucun commentaire. Mais cette dernière n’était pas bête et avait bien remarqué le changement. Elle ramassa la pomme gentiment et lui tendit dans un sourire.

- Fais attention de ne pas te couper quand même

« C’est rien… juste une petite blessure »

- En tout cas tu m’as bien aidé ! Je vais te proposer un thé et des chocolats. Tu sais tes préférés… et on pourra manger cette bonne tarte une fois qu’elle sera prête

Cassidy ouvrit la bouche. Elle voulait déjà partir, déjà s’enfuir comme une lâche. Mais Eve était gentille avec elle, pas une seule fois elle n’avait parlé de ses malheurs, ses accidents trop fréquents. Elle cherchait peut être à occuper la demoiselle. La mère de famille s’empressa de faire chauffer de l’eau pour la mettre dans une tasse et disposer le tout dans le salon.

- Fais comme chez toi, je reviens tout de suite

La petite demoiselle regarda la pièce alors qu’elle posait sa tasse sur la table. C’était un endroit chaleureux. Un bouquet de fleurs fraîches avait été déposé sur la table, il y avait aussi des petits objets de décorations. Des petites sculptures, des tableaux. Mais alors qu’elle allait s’asseoir, le grand piano attira son attention. La nostalgie se mélangea dans les yeux de Cassidy alors qu’elle s’approcha de l’instrument, posant doucement sa main sur le bois verni. Elle se rappelait. Eve lui avait proposé des cours de piano quand elle était plus jeune. Après tout, Cassidy s’ennuyait au village. Elle n’avait aucune activité. Eve l’avait trainé chez elle pour lui apprendre le piano, lui disant que ça l’occuperait. C’était sympa ces moments… mais… trop de nostalgie.

Quelques partitions trainaient ici et là. Cassidy en prit une et semblait perdue dans ses pensées.

- Tiens tu t’intéresses encore à mon piano ?

Cassidy sursauta et fit tomber la partition en se retournant vivement et balbutia.

« Heu non ! Enfin… je… enfin… c’est loin… et… »

Eve se mit à rire doucement tout en s’approchant d’elle et ramassant le parchemin.

-Nostalgie hein ? Et si t’essayais un peu pour voir si t’as pas perdu la main ?

Cassidy recula d’un pas, embarrassée.

- Non ? Eh bien tu ne m’empêcheras pas de jouer. Bouche toi les oreilles si tu ne veux pas entendre

Elle ouvrit le clapet et installa la grande tige qui laissait entrapercevoir l’intérieur du piano, tira son tabouret et installa sa partition devant elle. Inspirant doucement, la dame pesa ses doigts sur les touches. Des notes sortirent, un début de musique un peu mélancolique, lente. Cassidy ferma doucement les yeux… tant de souvenirs… tant de choses s’étaient passées ici… Son esprit vagabondait et bien malgré elle, la demoiselle se mit à chanter, spontanément. A côté d’elle, Eve s’était mise à sourire.

https://www.youtube.com/watch?v=Q9yggMXWeKs

Elle chantait… ses émotions sortaient. Sa voix portait. A travers les pièces silencieuses, à travers la fenêtre ouverte qui donnait au jardin. Son chant qui se laissait porter par le vent. Elle ne s’en rendait plus compte. Elle ne s’en rendait plus compte que sa voix agissait toute seule. Elle faisait sortir ses sentiments, ses pensées, sa frustration actuelle. La nature semblait être devenue silencieuse. La jeune femme avait son poing fermé contre son cœur. Les yeux fermés elle se laissait guider par la mélodie, rajoutant les paroles même si c’était bien triste au final. De qui parlait-elle ? Pourquoi ? Envahie par les sentiments, elle continuait, parfois comme un murmure et d’autres fois comme un cri de détresse. Lorsqu’elle reprenait le refrain, Eve l’accompagnait. C’était beau, c’était majestueux et tellement triste en même temps.

Cassidy ouvrait parfois les bras, passait d’un pied sur l’autre. Si les yeux sont le reflet de l’âme, toutes ses émotions passaient au travers. La tristesse, la douleur, l’incompréhension, la nostalgie. Un peu tout au final. Puis à un moment elle posa ses doigts sur les touches aigus du piano et accompagna pendant une courte période Eve sur la mélodie en duo avec elle.

Puis, sa voix redevint un murmure. Juste un murmure, alors que les notes finales, telle une berceuse, se faisaient entendre. La demoiselle tourna lentement la tête vers un cadre qui attirait son attention. C’était une peinture de Tristan, le représentant en train de prendre une pose. Elle resta attirée un moment par ce portrait, ne se préoccupant plus d’Eve. Puis clignant des yeux un instant, elle sursauta en voyant que la mère de famille la regardait.

Les yeux de Cassidy brillaient. Avait-elle un peu brisé sa carapace avec sa musique ? La jeune femme recula de quelques pas, troublée et bredouilla.

« Je….Pardon ! »

Elle tourna les talons et s’élança à l’extérieur, laissant une Eve qui ne pouvait que se poser des questions.

Elle courait… Fuyait… Loin… Loin d’ici… Perdue… Tellement perdue. Non elle ne devait pas montrer ses réels sentiments ! Elle devait rester forte ! Pas fragile ! Qu’est ce qui lui avait pris de chanter ça aussi spontanément ? Les feuilles lui fouettait le visage, les branches éraflaient sa peau blanche. Elle fuyait comme une lâche, ne voulant pas affronter la vérité, ne voulant pas affronter les regards. Mais qu’est ce qui lui arrivait. Elle secoua la tête et continua à courir. Encore plus loin, escaladant sa colline. Etre essouflée, tomber épuisée, s’endormir et se laisser aller. Un flash dans sa tête, elle se mordit la lèvre. Un bout de tissu de sa tunique se perdit dans une branche, ses cheveux s’emmêlèrent. Elle sauta sur une pierre avant de continuer son chemin. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ????????????????

Tout s’arrangeait ! Elle n’avait peut être pas la meilleure des vies mais… c’était SA vie. Plus personne ne l’embêtait, plus personne ne la torturait. Elle ne savait pas faire de magie mais au moins elle était en sécurité. On prenait soin d’elle ? Alors pourquoi donc faire autant d’histoires ? Non elle n’en avait rien à faire de Tristan ! Qu’il aille se faire voir ! Non elle ne voulait pas tomber là dedans ! Son esprit et son cœur étaient en total désaccord. C’était pas juste ! Ca faisait si mal. Même son activité favorite ne marchait pas à l’heure actuelle.

Puis soudain, alors qu’elle s’enfonçait plus profondément dans la forêt, elle trébucha sur une pierre, courant comme une dératée elle n’avait rien vu. La demoiselle se mit à rouler au sol. Le terrain était en pente et elle glissa. Les pierres lui taillaient le dos, ses vêtements se déchiraient. Les brindilles, l’herbe la baffait. Elle finit sa course contre le tronc d’un arbre, sur le côté, en plein dans le ventre, ce qui manqua de lui couper la respiration. Elle roula sur le dos et fixa le ciel à travers les branches des arbres tout en soupirant, haletant, le visage couvert de sueur. Elle était ridicule… elle devait se ressaisir… Et oublier tout ça… oublier tout ce qui arrive… oublier les sentiments.

La demoiselle se releva, épousseta sa tenue un instant puis continua sa route. Elle s’arrêta dans un champ et se calla entre deux bottes de foin. Le dos couché contre la paille, elle inspirait doucement tout en laissant le soleil irradier son corps et son visage. Ca lui faisait du bien… Elle avait besoin de se changer les idées. Sauf que quelqu’un vint se placer devant elle. Un jeune homme du village l’avait rejoint, pas bien musclé, plutôt une crevette. Il se fixait en face. Elle soupira tout en rouvrant les yeux.

« Bouge et va voir ailleurs ! Suis pas d’humeur. »

- C’est vrai ce qu’on raconte ? Tu t’es fais sautée par Alarick ?

Elle ouvrit doucement la bouche. Ce mec là ? Son regard se rembrunit. Elle se s’en serait bien passée…

« Fiche moi la paix jtai dis… »

La demoiselle se redressa puis commença à reprendre son chemin. Il l’attrapa fermement par le bras, la forçant à s’arrêter.

- Paraît que t’as pas de problème avec ça… alors…

Il avait commencé à approcher son autre bras pour la serrer contre lui. Elle comprit ce qu’il voulait faire. Elle prononça ces mots dans un murmure, comme un avertissement.

« T’as mal compris ptit con… C’est moi qui dicte les règles… »

Le garçon ne semblait pas effrayé. Qu’elle était prétentieuse ! On lui avait raconté que la petite Herediane était bien docile quand même si on savait s’y prendre. Il passa une main sous sa tunique.

« LACHE MOI ! »

Une énorme detonation retentit dans les airs et il se retrouva propulsé dans les airs pour se retrouver étalé contre la botte de foin. Elle n’avait rien fait. C’était comme si son énergie avait repoussé le malheureux, l’espace d’un instant. Ses yeux étaient devenus noirs. Elle se retourna et se jeta sur lui avant de l’attraper par une main et de l’éjecter plus loin. Il tombait bien elle voulait évacuer sa frustration. Le garçon l’injuria puis tenta de se défendre. Mais il ne faisait carrément pas le poids face à la petite demoiselle. Elle l’avait attrapé une nouvelle fois par le col et son autre main se tendait en arrière comme pour lui balancer un formidable coup de poing qui lui briserait les côtes.

- Mais t’es qui bordel ?!?

Le regard de Cassidy était devenu froid, limite sanguinaire. Elle parla d’une voix glaciale.

« Ton pire cauchemar… »

Elle allait taper. Mais avant même d’avoir eu le temps de faire quoi que ce soit, elle le lâcha tout en grognant avant de se tenir le poignet droit, au niveau de son bracelet de force. Respirant doucement, elle lui tourna le dos avant de se retourner vers lui. Elle était si impressionnante malgré le fait qu’elle était toute petite.

« Tu as de la chance… Vas-t-en ! Et que ça te serve de leçon, à toi et aux autres ! Va leur dire que je ne couche pas sur demande. Quiconque tentera de le faire… et je peux assurer qu’il sera démoli… »

Il tomba en arrière, terrifié et partit en courant. La demoiselle soupira un instant. Ses yeux étaient redevenus normaux. Elle regarda un instant son bracelet pensive. Si c’était pas intervenu, elle l’aurait tué sinon…

Le soir arriva vite. Cassidy était rentrée chez elle mais sa mère avait tenu à ce qu’elle participe à la soirée. Elle semblait inquiète car la petite mage était rentrée avec de multiples égratignures un peu partout sur le visage et sa tenue était déchirée par endroits. Finalement elle accepta. Quand elle arriva sur la place centrale, tout le monde la dévisageait avant de détourner la tête. Visiblement elle avait pas mal impressionné. Ou peut être qu’il n’avait rien dit et qu’elle était inintéressante à leurs yeux. Sauf qu’en voyant Tristan, la demoiselle détourna instinctivement le regard. Mais elle n’avait pas vu le poteau devant elle et se cogna dedans. Elle grommela en se frottant le nez.

« Qui a mis ça là ? »

Tout le monde s’installa alors qu’on expliquait que cette deuxième soirée était l’occasion de faire des jeux collectifs en couple. Cassidy leva les yeux au ciel.

* Génial, heureusement j’étais pas là pour les sélections, je ne devrais pas y participer*

- Pour Tristan et Cassidy, comme ils n’étaient pas là pendant les sélections, nous les avons mis ensemble

Protestations en murmure pour les femmes. Beaucoup d’entre elles auraient bien avoir le Drakkari comme partenaire. Cassidy se redressa sur sa chaise.

« Heu NON ! C’est hors de question ! Comptez pas sur moi pour ces jeux stupides et ridicules ! »

Avec Tristan en plus ! Avec ce qui s’est passé cet après midi. Elle commença à partir. Marilyn qui avait entendu sa fille, la rejoignit et vint se placer devant elle.

- Enfin Cassy, il n’y a rien de grave, c’est juste pour s’amuser..

« Ca ne m’amuse pas ! Et encore moins avec lui ! »

Marilyn prit les mains de Cassidy et semblait tout à fait sérieuse, parlant à voix basse avec elle.

- Ecoute, Tristan n’est pas comme les autres. Jamais il ne se moquera de toi, jamais il ne te fera de mal… S’il te plait, donne lui une chance…

« Maman j’ai déjà un copain… »

-Ce sont juste des jeux amicaux… juste ça. Fais moi plaisir s’il te plait…

Cassidy semblait réfléchir. Elle regardait du coin de l’œil Tristan. Bon après tout, y avait aucune raison pour qu’elle fasse quoi que ce soit avec lui… même si au fond d’elle elle en avait très envie !

« Soit ! Mais juste pour cette fois alors… »

Elle vint se placer à côté de lui et croisa les bras… fermée alors qu’on leur expliquait les différentes activités. La demoiselle manqua de sourire et se retenu de justesse quand l’animateur parla de « tenues pour bouger ». Elle chuchota très discrètement, pour qu’il soit le seul à entendre.

« J’espère que t’as changé de boxer. Celui de tout à l’heure avait l’air… un peu trop serré… »

Il répliqua en chuchotant sur le même ton.

« Bon en tout cas j’espère que tu aimes perdre hein… je suis pas la meilleure pour les jeux coopératifs… »

Peu importe ce qu’il disait, il n’écoutait plus. Le premier jeu consistait en un jeu d’énigmes. On leur donnait un premier parchemin avec une énigme à résoudre, il fallait trouver le lieu, ce qui les enverrait vers un autre endroit… jusqu’au point final. Il avait pris le parchemin des mains et commença à lire, ne s’attendant certainement pas à ce qu’elle coopère. Elle lui prit alors le parchemin des mains et se mit à réfléchir intensément.

« Je pense que c’est à côté de la fontaine, ça parle d’eau »

Il n’était pas d’accord. Elle haussa les épaules.

« Tant pis on a qu’à se séparer mais j’ai raison ! »

Il n’était pas d’accord et la prit par la main. Elle le repoussa, se faisant plus agressive même si son agressivité était… bien plus faible que les premiers jours. Ca manquait de conviction. Et pourtant elle essayait… toutes ses réflexions, toutes ses pensées, ses bonnes résolutions commençaient à s’envoler comme si elles n’avaient jamais existées.

« Lâche moi ! »

Il en profita pour s’approcher d’elle tout en lui mordillant l’oreille. Elle se figea aussitôt. Les préliminaires de tout à l’heure étaient encore bien présents dans son esprit malgré tout ce qu’elle essayait de faire pour reprendre contenance, ne plus y penser. La demoiselle grogna et détourna la tête. Il en profita pour mordiller son cou, tout doucement. Elle s’écarta un peu de lui, déboussolée.

« Maiiiiis arrêteeeee ! »

Il se permit même une phrase taquine. La demoiselle inspira profondément et regarda le ciel un instant.

« Ouais bon en parlant de ça… c’était… pas mal »

Cette phrase avait été dit avec lenteur, beaucoup de lenteur. Sauf qu’elle le regarda avec un air de défi.

« Pour un humain… »

Alors là, elle devait le vexer mais pas qu’un peu. Il ouvrit la bouche pour répliquer mais elle lui fourra un gros biscuit au chocolat à l’intérieur. Le jeune homme s’était assis sur une caisse, elle ne sait plus à quel moment. Elle en profita pour s’approcher de lui et de croquer dans l’autre bout tout en effleurant ses lèvres. Aiiiiiiiie ! Bon d’accord elle était provocante mais… juste effleurer ses lèvres avec les siennes c’était dangereux… pour elle aussi. Il fallait bouger. Punaise mais il la rendait toute… enfin bref elle ne savait même pas comment penser. Ce garçon lui mettait sérieusement les pensées en vrac en fait. Elle regarda d’un air distrait le parchemin.

« Bon tu voulais aller du côté est du village à la rivière c’est bien ça ? »

Ne pas penser à lui… Ne pas penser à lui….
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 11 Fév - 22:37

Ô si farouche demoiselle…qui aurait pu croire que derrière ton masque d’indifférence et de bougonnerie se cachait une demoiselle si fragile et sensible ?
Elle me hantait l’esprit complètement et ce n’était pas pour me déplaire malgré la frustration profonde que j’en ressentais. Enfin dans un sens ça me déplaisait. Penser à elle et ce sublime instant que nous avions partagés m’assaillait le corps de mille frémissements d’excitation. Il était temps de me rendre à l’évidence, malgré mes efforts, pourtant redoublés, ça ne s’éteindrait pas seul. Ce feu volcanique qu’elle avait éveillé en moi.
Les femmes… Comme je les aime et les admire, superbes créatures. Les combler me remplit d’une joie indicible. Ce n’est pas qu’une course à gonfler mon orgueil bien que ça y participe grandement je pense. C’est juste… Tellement merveilleux comme sensation. Pouvoir provoquer tant en faisant si peu… Enfin si peu, pour le commun des mortels j’imagine que c’est beaucoup, beaucoup trop long, beaucoup trop frustrant, beaucoup trop… de choses. Mais rien n’est trop pour le plaisir d’une femme, si ?

Mais Cassidy… était différente.
Il est vrai que lorsque je l’avais vue je l’avais trouvée belle et qu’une pointe de désir s’était immédiatement fait sentir. Je l’avais déshabillée du regard et j’avais surveillé son départ en observant sans la moindre gènes les trop jolies fesses qu’elle m’exposait. Bien trop couvertes à mon goût mais d’une fermeté certaine, fort délectable en comparaison du standard… Après quoi elle n’avait eu de cesse que me repousser, enfin même dès mon arrivée. Ca m’avait agacé, énervé. Et j’en étais devenu à me demander si cette étrange créature était seulement sexuée. Certes j’étais un peu vexé de l’indifférence qu’elle me portait, même si j’étais totalement contre le fait que les demoiselles me collent si souvent, j’étais à présent vexé de voir que je n’attirais même pas un seul de ses regards. Vu le nombre de demoiselles pourtant homosexuelles que j’avais converties à la cause des hommes autant dire que j’en étais vraiment, vraiment vexé. Mais j’avais beau chercher à penser quelques idées de total déni sur la jeune femme, je la trouvais différente et de ce fait assez intrigante… un peu fascinante. Et si je restais si correct et si montre de mes petites cases, petits codes, petites règles, ça ne m’empêchait pas d’imaginer vengeance.

Et ma vengeance je l’avais eue. De la plus délectable des manières.
Elle me détestait. Ca ne m’indifférait pas. Or d’ordinaire ça ne me faisait pas grand chose. Je faisais le gentil, le sensible et tout ce tralala d’apparat parfait mais en réalité ça ne me faisait pas grand chose. Peu de choses m’importait. La première était de combler ces dames, la seconde de voler. Après quoi tout était très secondaire et non nécessaire à ma survie. Alors quand après provocation et indifférence une fois de plus elle avait commencé à m’effleurer du bout des doigts, j’avoue que je n’avais pas vraiment compris. Ses mains étaient d’une surprenante douceur, plus chaudes que je ne l’aurais cru.
Tout s’était enchainé avec une surprenante facilité.
Elle n’avait pas mis longtemps à me réveiller.

Mais quand je l’avais retenue de mes bras, tenant cette si petite demoiselle contre moi, ça avait été beaucoup plus simple. De réfléchir. Enfin je ne réfléchissais pas justement, j’agissais. Les cases étaient parties très loin, les bonnes manières aussi. Quoiqu’elle puisse croire et voir en moi j’étais devenu sincère, plus qu’avec tant d’autres. Les bonnes manières auraient voulu que je la laisse partir. Parce qu’elle avait un compagnon. Parce que nous étions dans la maison de ses parents. Parce qu’elle était attirante à un point indécent et que je la voulais, elle… que je devais donc éviter. Car désirer une femme à ce point n’était pas bien… c’était dangereux. Apparemment pas tant que ça. Tout était devenu si simple quand je l’avais touchée. Je n’avais rien à calculer. Moi qui craignais tant d’être impatient et brutal je me rendais compte que je me maitrisais à la perfection. J’étais excité oui, impatient un peu mais je ne lui avais pas arraché ses vêtements pour la prendre violemment contre ce mur. Enfin sans préparation minimale là je lui aurais fait vraiment vraiment très mal…

Sa peau était d’une douceur exquise.
Je sentis des cicatrices sur son corps pourtant. Elle en avait des fines, presque invisibles sur le ventre, les cuisses, l’intérieur de celles-ci, mais des profondes, sans doute sévères dans le dos. Je ne les vis pas, je ne fis que les sentir sous mes doigts mais mon estomac se tordit mille fois à ce contact. Oh je ne trouvais pas ça dégoûtant, mais j’étais en colère. Que diable lui était-il arrivé et surtout… qui lui avait infligé cela ?! Que je lui arrache les boyaux ! Je m’étais senti si empli de colère pendant un instant que j’avais craint d’avoir un geste plus brutal, mais non. Je n’en étais que plus doux et ça me rassurait. Ca me rassurait de voir qu’envers elle mon corps ne semblait qu’extrêmement réceptif et de ne souhaiter lui offrir plus de douceur qu’elle n’avait connu de souffrances. Il y en avait une aussi, différente, de cicatrice. Ronde, de la taille d’une médaille, pleine de reliefs, peut-être une brûlure. Elle s’était un peu crispée quand je l’avais touchée, j’avais mémorisé son emplacement pour éviter de la crisper une nouvelle fois… Enfin son dos n’était évidemment pas ma préoccupation première à ce moment.

Quand elle avait été totalement nue je m’étais reculé d’un pas pour la contempler de bas en haut et si c’était possible, j’avais bandé d’autant plus. Dieux qu’elle était belle et… excitante, surtout avec ce regard plein de défi, cette moue agacée aussi. Mais derrière la moue et le défi il y avait autre chose, un sentiment qui me parvenait, diffus, de la gène, peut-être de la crainte. Je n’avais même pas pu l’interpréter que je m’étais déjà déshabillé, sans comprendre que mon corps, lui, comprenait qu’il devait la mettre à l’aise. Enfin à l’aise… C’est surtout moi qui étais plus à l’aise. Je ne tenterai plus jamais de mettre un boxer aussi étroit… Pauvre corps. J’avais des marques violacées de l’élastique sur les hanches et le haut des cuisses et c’était encore peu par rapport à mon pauvre ami tout compressé… Plus jamais !
Elle semblait surprise. J’étais un peu fier quand même, assez content de mon anatomie et du soin que j’apportais à mon corps mais un peu inquiet de la voir effrayée. En général on craignait beaucoup de me voir brutal, parce qu’avec ça… brutal prenait tout son sens. Je pouvais l’être mais toujours selon les exigences de ma partenaire évidemment… J’étais passionné en toutes circonstances néanmoins. Elle avait juste l’air… intéressée et autant dire que mon égo était plutôt… ravi…

Je ne la laissais que peu me toucher, à peine en fait, préférant que pour l’heure elle ne se concentre que sur son plaisir, sur mes caresses, qu’elle pense à elle. Bon j’avoue, j’étais d’autant plus exigeant sur ce point que je la savais frustrée. Si elle avait avoué de but en blanc que son précédent et bref probablement amant était nul je n’imaginais que bien mal le manque de félicité de son corps. Ca me fichait en rogne. Putain mais les hommes sont vraiment cons!
Mais ce n’était rien face à la fureur qui m’avait envahi. Elle était plus sensible qu’aucune femme ne l’avait jamais été sous mes caresses. Plus qu’aucune femme ne l’avait jamais été avec moi. Et elle ne simulait pas ! Parce qu’elle essayait justement de résister au contraire. Mais… pourquoi ? Pourquoi se refuser le plaisir de la sorte ? Pourquoi s’empêcher de soupirer, d’exprimer une sensation aussi merveilleuse que la plénitude ? Etait-ce par rapport à moi ? Etait-ce qu’elle ne voulait pas me donner un tel pouvoir sur elle ?
Avec le recul maintenant bien sûr j’y pense et ça me fait mal au ventre… C’est bizarre.
Enfin sur le moment évidemment je ne réfléchissais pas le moins du monde à ce genre de… choses.
Son corps était d’une réceptivité merveilleuse. Chaque frôlement, chaque caresse entrainait un léger frisson, un autre plus fort, un gémissement, un frémissement, une crispation. Une espèce de… courant passait de sa peau à la mienne, électrisant. Mon corps semblait étrangement plus sensible également. J’avais l’impression de sentir au bout de mes doigts la moindre variation de sa chair, de sa température… J’en frissonnais aussi mais ne perdais pas de vue mon objectif.

Je fus un peu déçu néanmoins de cette sensibilité.
Derrière l’énorme déception que pouvait être pour elle sans doute l’absence d’orgasme provoqué par un homme alors qu’elle avait toutes les spécificités pour en recevoir il y avait ma propre frustration. Elle devait le prendre ce plaisir oui… très facilement et très vite pour qui sait y faire… Et si sensible, si propre à être une créature de plaisir, elle devait être très, trop vite satisfaite. Trop vite pour moi tout du moins. Ca me prenait pas mal de temps pour être satisfait… Certes je savais me contenter très vite quand je sentais une demoiselle trop fatigable mais je n’étais pas pleinement calmé réellement pour autant. Or aux vues de sa réceptivité je me disais que lorsque je pourrais me fondre en elle, ce qui, je m’en doutais, serait un moment merveilleux, ça ne durerait que trop peu… pourrais-je m’en satisfaire? Avec elle j’avais des doutes… Jamais je n’avais été aussi… excité.

Bon, les caresses tranquilles, les baisers, les morsures sur son corps, ça marchait pas mal. Quand j’avais transféré mes caresses à sa poitrine ça avait déjà été hum… un plus indéniable, ça lui plaisait et c’était vraiment flagrant. Mais lorsque je m’étais glissé entre ses cuisses pour caresser cette délicate petite fleur de mes mains et de ma bouche, là c’était devenu… juste génial ! Non mais franchement ! C’était génial ! Déjà j’avais la preuve par A + B que je lui faisais de l’effet parce que mademoiselle était plutôt… humide. De deux, elle avait un goût si exquis que je dus me faire violence pour ne pas la mordre. Ok… Ca c’était nouveau. D’ordinaire ça ne me déplaisait pas plus que ça mais ce n’était pas non plus toujours spécialement agréable. Mais elle… Enfin qu’est ce qui n’allait pas chez elle ? Ou plutôt… qu’est ce qui allait si bien chez elle ? Elle avait grogné un mot trop grossier pour une si jolie bouche mais… enfin… ça m’avait plu. Ce moment me plaisait beaucoup en fait. Enormément. C’était si facile de la faire réagir que c’était vraiment une insulte pour tout homme que de ne pas parvenir à faire gémir cette diablesse si bougonne. Lui donner un orgasme n’avait rien de bien compliqué. Le premier du moins… Peut-être pouvais-je pousser un peu plus loin mais ça risquait d’être plus… violent pour elle. J’avais l’impression qu’elle n’avait pas vraiment… l’habitude et ça… ça me révoltait.
Elle était merveilleusement proche quand j’avais levé la tête, pour la frustrer, juste un peu, elle tremblait tellement… Oh je comptais bien y retourner de ce pas mais un baiser d’abord… Des mots se pressaient à mes lèvres, qui voulaient désespérément sortir, qu’elle était sexy à en mourir, qu’elle avait une voix excitante, vraiment excitante, que j’allais me venger bien plus sévèrement de tous ces noms qu’elle avait prononcés, que j’espérais qu’elle était… prête parce que je ne pouvais pas me contenter de ces si faibles soupirs… J’allais les dire quand j’avais entendu les pas, senti les odeurs.

Une rage violente m’avait gagné !
Ah non ! Non hors de question !!!! Je n’allais pas me contenter de laisser une demoiselle soupirante ainsi !
Mais bien sûr j’y étais bien forcé. Moment de douleur indicible. Pour elle comme pour moi je pense. Depuis je ne faisais qu’y penser. J’avais eu beau essayer de me satisfaire moi-même, rien n’y faisait, repenser à elle me donnait de nouvelles envies et j’avais mal au poignet à force. J’avais dû changer de boxer parce que le pauvre petit modèle avait commencé à se déchirer. Au temps pour moi. Mon idée de boxer était vraiment débile.



Le jeune homme s’était rapidement éloigné de la maison des Herediane, avec toute la frustration qui en incombait. Il était rentré, essayant de calmer ses légers tremblements, s’allongeant sur son lit après s’être changé. Mais il était presque aussitôt parti. Rester. Non… Il ne pouvait pas. Il s’était enfui dans la forêt, enfoncé toujours plus loin pour pouvoir se transformer en toute discrétion et s’envoler. Voler pour oublier le désir qui meurtrissait ses sens comme jamais.
Un peu abruti, Tristan avait volé longtemps, survolant les horizons et il avait été tenté de s’arrêter dans un village, trouver quelques donzelles et passer sa frustration sur elles, se venger de ce désir violent en comblant quelques esseulées qui n’auraient de cesse de remercier les dieux pour cette petite chance d’après midi… Mais ça ne le tentait pas vraiment. Il s’était remis à penser à elle et là… quelque chose de surprenant s’était produit. Pendant quelques instants sa transformation avait lâché et il avait retrouvé son corps d’humanoïde, chutant bien évidemment dans le vide. Maitrisant parfaitement ses deux corps il avait reprit pied mais en avait été si surpris que des questionnements avaient quelque peu calmé ses ardeurs.
Voler finit par réellement le détendre, assez pour pouvoir rentrer au village et remettre son joli masque de mensonges. Les heures s’étaient écoulées vite pourtant et bien des choses s’étaient passées…

Pauvre petite demoiselle… Quand Eve l’avait vue, elle l’avait tout de suite réquisitionnée, l’entrainant chez elle. Heureusement le grand Drakkari n’était pas là, trop occupé à tenter lui aussi de se libérer l’esprit, autrement ça aurait été sérieusement gênant comme situation.
Quoique… Eve, si enjouée et tellement bavarde parlait de tout et de rien avec Cassidy. Elle avait bien compris que la demoiselle ne parlait que peu d’elle, de sa vie. Elle ne donnait que peu de nouvelles à ses parents après tout et Marilyn se faisait tout de même beaucoup de souci pour elle. Alors peut-être qu’une personne extérieure, toujours si bienveillante avec elle lorsqu’elle était petite parviendrait à la dérider.

Quand elle avait déménagé avec son fils ça s’était fait extrêmement vite, presque sur un coup de tête et elle n’était revenue au village que des années plus tard, mariée et un autre fils avec elle. Cassidy était déjà partie à l’époque, raison pour laquelle elle ne connaissait pas Arès, ignorait qu’il s’agissait du demi-frère de Tristan. D’ailleurs ils ne se ressemblaient pas beaucoup, si ce n’est leur insolence d’enfant. Revenue elle avait espéré revoir Cassidy mais la jeune femme avait quitté le village et n’y avait remis les pieds que quelques jours plus tôt finalement. Apprendre qu’elle avait arrêté le piano la chagrinait un peu tout de même. Elle était si curieuse, si douée aussi. Eve avait eu beau essayer d’apprendre à Tristan le jeune homme était beaucoup trop chahuteur et n’avait pas la patience du rythme lent de l’apprentissage.

Cassidy épluchait les pommes avec elle, bien forcée d’obéir pauvre petite demoiselle pendant qu’Eve parlait de la pluie et du beau temps, des dernières saisons, des enfants, essayant ainsi de voir discrètement si la demoiselle y pensait, fonder une famille. Elle tenta aussi de petites questions discrètes sur son compagnon, savoir comment il était mais en voyant la demoiselle se fermer un peu, elle embraya sur d’autres sujets, un moulin à paroles intarissables.
Elle soupira, nostalgique.

Alala… Les années passent si vite. Je vous revois encore toi et Tristan, vous étiez tellement mignons quand vous étiez petits. A tout le temps vous chercher. Enfin c’était surtout Tristan qui te cherchait, tu étais bien gentille de ne pas lui faire la tête parce qu’il l’aurait mérité. Il me racontait tous les soirs ses journées… Il parlait beaucoup de toi tu sais ?

Elle se remit à peler ses pommes en s’extasiant devant la belle récolte et la tarte qu’elle allait faire, gourmande invétérée.

Oh je me souviens de la fois où il avait été expulsé de l’école, que j’étais allé le récupérer, plein de bleu et d’égratignures et qu’il était resté muet à toutes mes questions, boudant comme jamais. Il s’était battu avec des grands mais il s’en sortait probablement mieux que ces derniers ! Déjà sacrément batailleur mon fiston. Après je connaissais un peu les phénomènes en question. Je le revois encore quand je lui ai demandé s’ils avaient été méchants ou avaient dit quelque chose de mal sur une fille… Il a grogné que c’étaient des abrutis et quand j’ai demandé s’il s’agissait de toi… Il est devenu tout rouge, je ne l’avais jamais vu comme ça, hurlant que « non pas du tout » et qu’il « s’en fichait de toi »… Il mentait si mal à l’époque… enfin…


Elle s’était assombrie d’un coup avant de secouer la tête en souriant. Apparemment, elle était consciente que son fils n’était pas tout à fait… honnête. Elle se remit à parler de tout et de rien avant de s’extasier de nouveau sur la jeunesse et tout, de revenir sur son fils d’ailleurs avec une toute petite phrase, qui ne faisait que rappeler la tendance qu’avait le petit garçon à tirer la langue à tout le monde, surtout ceux qui l’ennuyait, pour leur dire zut, mais qui vu ce qui s’était passé un peu plus tôt était… à double sens.

Il sait s’en servir de sa langue ce cornichon !

Confirmation ?
Pauvre Cassidy…

Et il l’a bien pendue maintenant… Je suis sûre qu’il doit y aller avec ses belles paroles ! Déjà qu’il est devenu super dragueur adolescent… J’espère qu’il s’est un peu calmé quand même. Il ne t’a pas trop embêté avec ça ?

Avec ses paroles ou avec sa langue ?
Elles avaient fini la tarte et la jeune femme avait été séquestrée un peu plus longtemps pour pouvoir la manger. Elles étaient passées au salon finalement, Cassidy peut-être nostalgique devant le piano… Eve s’était installée, avait joué, très douée. Elle se souvenait bien de la petite Cassidy si appliquée qui adorait l’instrument et de son boudeur de fils qui disait qu’elle lui cassait les oreilles mais dont elle apercevait systématiquement la tignasse flamboyante sous une fenêtre, dans un arbre, même une fois sous un fauteuil. Il avait le béguin pour elle étant petit, et pas qu’un peu. Ce que des yeux de parents avaient tout de suite remarqué des yeux d’enfants y étaient encore totalement aveugles, début de la vie…

Eve était désolée d’apprendre que Cassidy avait arrêté le piano. La jeune femme avait tant changé. Elle n’était plus du tout la même. Pourtant, elle ne pouvait pas avoir changé à ce point. Que protégeait-elle derrière cette carapace ? Derrière ces vêtements, elle qui aimant tant ses petites robes étant petite ? Et puis elle s’était mise à chanter et si les doigts de la maman n’avaient pas connu leur chemin parfaitement elle aurait manqué des notes. Quelle voix douce et claire !
Elle ne soupçonnait pas tant de justesse et de beauté dans ces quelques sons. Surprise, en bien, en vraiment bien, Eve n’osa à aucun moment gâcher l’instant, continuant de jouer, sans relever une seule fois la tête et ce même si ce chant était déchirant. Des paroles si tristes, glacées dans leur chaleur. De quoi parlait-elle donc ?
Quelques voisins entendirent une jolie voix, sans savoir de qui il s’agissait, mais c’est surtout un jeune homme qui était pourtant à des kilomètres, qui ne pouvait pas entendre qui releva la tête, perché sur un rocher pour faire une halte, fronçant les sourcils en cherchant une voix qui « n’existait » pas…

Sa voix s’était éteinte, la musique aussi. La petite demoiselle était immobile. Eve la regardait, touchée de la voir si vulnérable l’espace d’un instant. Elle ouvrit la bouche, voulant prononcer son nom mais déjà la jeune fille s’enfuyait sans qu’elle ne puisse la retenir.
La journée avait fini de s’écouler différemment pour tout un chacun, riche en émotions pour certains. Trop riche…

Le soir venu, Tristan s’était appuyé contre un muret, pensif. Le vol l’avait un peu apaisé oui mais il se sentait d’autant plus fatigué. Plusieurs personnes étaient venues lui parler, lui posant trop de questions, sur sa vie, sur lui, sur… trop de choses. Il souriait, répondait aimablement mais ils lui donnaient mal à la tête. Finalement il aurait mieux fait d’aller se coucher. Faire bonne figure n’était pas très utile. De toute façon on lui avait fait remarquer qu’il n’avait pas très bonne mine, qu’il avait l’air un peu fatigué et deux garçons lui avaient donné un coup de coude en lui demandant qui il s’était fait la veille pour avoir l’air d’avoir passé une nuit si courte. Il avait froncé les sourcils, son sourire s’effaçant quelque peu. Ils avaient insisté, lui demandant si elle(s) lui avai(en)t bien vidé les couilles… Tristan avait levé la main et frappé sèchement l’arrière de la tête du crétin qui avait prononcé ces mots avant de lui faire un sourire destabilisant.

Tu ne devrais pas parler comme ça de ta maman…

Les gars autour de lui avaient écarquillé les yeux en le regardant avec une surprise certaine. Et merde… Il était trop fatigué pour faire attention à tout. Il avait aussitôt esquissé un magnifique sourire.

Je déconne roh, fais pas cette tronche… Plus sérieusement, respecte un peu les demoiselles… elles te le rendront bien.

Il aurait vraiment dû aller se coucher…
Mais il avait envie de la voir et puis elle était finalement venue et il avait un peu regretté, pas une si bonne idée… Elle s’était pris un poteau… Drôle d’idée… En fait ça le fit un peu sourire. Il n’y avait qu’elle pour faire ça.
C’était particulier ce soir. Des épreuves. Ca le défoulerait un peu. Vu qu’il était fatigué ça devrait rétablir la donne.
Sauf qu’elle était sa partenaire. Mauvais plan. Un flash lui obscurcit brièvement la vue, la revoir nue, frémissante sous ses mains, ses soupirs. Sa bague n’avait pas été très efficace quand il avait été seule avec elle cet après-midi… Ca risquait de faire pareil s’il ne détournait pas TOUT DE SUITE ses idées de là !


Elle n’avait pas envie de faire les jeux. Enfin apparemment c’était surtout pas avec moi. Ces mots n’auraient rien dû me faire. Mais j’étais encore surpris de voir avec quelle virulence elle pouvait me repousser et me détester, avec ou sans témoin. Je détournais la tête en serrant les dents, fermant les yeux. Mauvaise idée. Sa nudité était ancrée à ma rétine. Finalement elle s’était calmée, avait accepté, m’avait rejoint. Merci bien. J’étais vraiment son bouche-trou quoi… Et sans mauvais jeu de mots cette fois !
J’évitais de la regarder, pour le coup j’étais… agacé, restant digne et souriant alors que je lui aurais bien dit ses quatre vérités là. Enfin surtout qu’elle avait beau m’envoyer bouler elle avait adoré que je… enfin non, ça c’était vraiment nul comme comportement. Je restais stoïque à côté d’elle jusqu’à ce qu’elle me glisse quelques mots tout bas. Je haussais un sourcil sans même tourner la tête vers elle, ne donnant pas l’impression de l’avoir entendu, répondant tout de même sur le même ton, amusé, j’avoue… Surprenante…


Il a rendu l’âme. J’en ai pris un à ma taille, merci pour ta sollicitude. Et toi ? pas trop détrempée ta culotte ?

J’aurais pu contrôler ces mots… Mais je n’en avais pas envie. Elle me provoquait. Très bien… elle me repoussait. Très bien, je n’allais pas me laisser faire. Je m’étais pourtant morigéné tout l’après midi restant, que c’était une énorme connerie que j’avais faite. Que jamais je n’aurais dû céder. Que jamais je n’aurais dû. Surtout avec elle. Mon long débat intérieur avait tenu une dizaine de secondes face à elle, magnifique… je n’avais pas la moindre volonté. Elle semblait surprise mais ignora mes paroles, me rétorquant sur gagner ou perdre. Comme si j’en avais quelque chose à faire de gagner ou perdre… J’allais lui rétorquer quelque chose sur un type de jeu collectif dans lequel elle semblait pourtant douée mais elle m’ignorait de nouveau alors je souris juste.

Les jeux commencèrent et elle n’en démordait pas morticus, voulant aller à sa fichue fontaine. Je rétorquais qu’elle se trompait, que c’était ailleurs, en dehors du village. En fait l’énigme parlait d’un coeur ruisselant dans lequel on dort et s’écoule. Normal qu’elle pense à la fontaine du village, sur laquelle figure la gravure coeurs qu’on gravé tous les couples d’amoureux avec leurs initiales, tout le monde y pensait. Mais c’était loin d’être aussi facile évidemment. Pour savoir de quoi il s’agissait il fallait connaitre les cartes de la région et/ ou aller les voir donc sur le panneau d’affichage du village ou… être un dragon. J’avais suffisamment survolé la région pour savoir que la rivière traçait d’étranges arabesques dans le sol, en hauteur, il y avait un endroit où on pouvait clairement voir le coeur, quasi symétrique. Comment l’argumenter ? Elle était têtue… Hors de question qu’on se sépare ! Je lui attrapais la main pour l’entrainer à ma suite, mais elle ne voulait pas. Elle m’avait repoussé… Encore. Je me sentis en colère… J’allais me venger ! Elle ne pouvait pas éternellement me repousser, pas après cet après-midi ! Je n’étais pas fou ! Je n’avais pas inventé cette tension entre nous… ce désir violent. Elle m’avait arraché sa main que j’avais pourtant pris avec douceur et s’éloignait. Je l’arrêtais, me mettant devant elle, me penchais trop près de son visage, lui mordit l’oreille, elle sursauta, se dégagea, me tournant le dos, j’en profitais pour l’entourer de mes bras, sans la toucher, la frôlant la peine et passer ma langue sur son cou. Très bien demoiselle… Si tu veux me repousser, repousse moi.. Sache que je m’approcherai d’autant plus. Tu veux jouer… Jouons… Les autres me voient aussi comme le petit soldat parfait, mais toi tu n’es pas comme eux, tu me trouves si parfait… laisse moi te montrer à quel point je ne le suis pas. Fuis-moi et je t’attrape…
Cette fois un petit cri plus aigu était sorti de sa bouche. Enfin c’était sa voix mais plus aigu, j’haussai un sourcil un peu surpris, d’autant plus amusé.


Arrêter ?… Ce n’est pas ce que tu disais tout à l’heure…

Ohoh… Le jeune homme semblait complètement changer devant elle, son sourire était provocant et il ne semblait absolument vouloir faire comme si rien ne s’était passé.

J’allais dire autre chose mais elle me devança en parlant avec contenance et une extrême lenteur tout à fait… hum… charmante. Elle parlait de tout à l’heure. Je me fis aussitôt très attentif. Pas mal… Mon sourire se fit sincère, un peu surpris qu’elle l’avoue à vrai dire. Même si c’était un bien faible compliment par rapport à ce que j’avais comme mots d’ordinaire… Pourtant elle me dit avec ces mots, plus que n’importe qui. J’étais si surpris qu’en fait mes expressions m’avaient échappé, mon visage avait dû se faire surpris, oui, vraiment surpris. Voix suave certes, lenteur calculée… certes.
Mais avec si peu, elle m’avait tordu l’estomac. J’ouvris la bouche. Je savais que ce qui risquais d’en sortir serait de la provocation… que ce serait vrai aussi: quand elle voulait, avec plaisir, que c’était génial pour moi, qu’elle était splendide… je ne savais pas encore et puis le gouffre.


Elle n’aurait dû que le vexer, l’atteindre dans sa virilité, au risque de le provoquer d’autant plus et de réveiller son côté affamé, qu’il se jette sur elle, là, maintenant qu’ils n’étaient que tous les deux, en train de se disputer sur la route à prendre, derrière une grange, alors que tout le monde était parti. Il aurait dû juste bouder, faire l’indifférent ou se venger. Pourtant le regard du jeune homme s’était voilé, son sourire s’était effacé d’un coup. Inconsciente demoiselle, inconsciente du dommage qu’elle avait causé. Il avait baissé les yeux, des yeux subitement presque « tristes », trop vite, les relevant la seconde suivante en ouvrant la bouche.

Je prenais appui sur ses genoux pour me lever, pour partir, pour l’abandonner à son jeu débile avec ces humains débiles dans ce village d’abrutis puisque… puisque rien du tout. Elle m’avait enfourné un truc dans la bouche, rapprochant trop son visage du mien, provocante. Elle n’avait pas cherché autre chose que me provoquer, me vexer, je n’aurais pas dû ressentir ça, cette colère, ce truc qui me broyait l’intérieur, mais je l’avais ressenti… En croquant ce biscuit, trop près de moi, elle expliqua peut-être mieux ses mots, trop proche, troublante. Biscuit… BISCUIT ?!


… Su… C’est… sucré…
Eh bien oui, ça s’appelle un biscuit ! Quoi, Messire Parfait a peur d’abimer son physique avec un biscuit ? Il fait un régime peut-être ?

Mais je n’entendais déjà plus sa voix…
Je ne voulais pas les revoir…
J’aurais probablement dû la prévenir. Normalement j’étais à l’abri.
Mais j’avais baissé ma garde…
J’aurais probablement dû éviter tout contact.
Normalement je voyais tout venir de si loin.
Mais ça avait été elle.
Je ne m’étais pas méfié… Pourquoi ?


Le jeune homme était devenu blême, mais alors vraiment blême brusquement. Et pas à cause de la proximité de la jeune femme. Il ouvrait bêtement la bouche, les yeux écarquillés d’horreur alors que son bout de biscuit lui échappait et tombait par terre. Il semblait raide comme une statue et ne tarda pas à montrer qu’il l’était car il chuta en arrière sans se réceptionner le moins du monde, tétanisé. Les yeux fermés, les dents serrés il s’était mis à trembler puis à bouger, enserrant son torse de ses bras fort, très fort, s’enfonçant les ongles dans la peau à en tracer des fins sillons où perlaient quelques gouttes de sang.


Il n’entendit pas sa voix, qui l’appelait. Au début peut-être réticente à tomber dans son piège, puis en le voyant respirer si difficilement elle avait dû comprendre, que ce n’était pas du cinéma. Elle l’avait secoué mais il ne se calmait pas et puis brusquement il s’immobilisa pour se redresser brusquement dans une grande inspiration, heurtant durement le front de la jeune femme du sien.

Aie… Pardon…

Elle m’observait étrangement. Elle avait l’air inquiète… Je ne sais pas…
Je secouais la tête, retrouvant mon gentil sourire et mes bonnes manières.


Navré. J’aurais dû te prévenir…

Elle le fixait sans un mot, les sourcils froncés attendant clairement des explications. Ou peut-être s’en fichait-elle, il n’en savait trop rien.

Hum… je suis… diabétique… Un diabète pas courant apparemment, ça peut aussi bien me faire des crises comme ça… que quasi rien. Désolé… Tu n’avais pas à voir ça…

Je me relevais sans un mot, gêné.
Je ne pouvais pas lui dire la vérité. Ce désagréable instant venait de me rappeler ma place. Cette fichue place que j’étais censé connaitre et garder.
Je baissais les yeux devant elle, un peu égaré par les fantômes qui me hantaient. Ne pas fermer les yeux. Me cacher…


A l’est oui… Enfin c’est sur des cartes… il y a… une rivière qui fait un coude… enfin…

Je tins… une trentaine de secondes… avant de relever les yeux vers elle. Elle avait l’air étrange, différente, très différente d’un peu plus tôt, pas provocante, pas répulsive… Mon masque vola. Je souris cette fois mutin en me penchant sur elle, lui agrippant la taille.

Ca te va mal l’inquiétude… Rassure toi… Je me vengerai très vite de ce vilain tour…

Il l’embrassa sur ces mots, pour la destabiliser, pour la perturber, pour se venger, pour retrouver pied ou se perdre.
Se reculant très vite pourtant, il lui sourit, lui attrapant la main.

- Allez viens ! Les autres vont trouver avant nous sinon !
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 12 Fév - 11:49

La jeune femme repensait à ce curieux après midi avec Tristan. En fait elle avait tout aimé. De ses baisers enflammés, ses petits mordillements dans son cou, passant à l’exploration de son corps, c’était sûr et certain, le jeune homme semblait expert en la matière. C’était comme si il connaissait les femmes par cœur et savait comment leur faire du bien. Un amant passionné et pourtant pas du tout avide, faisant passer le plaisir féminin avant le sien. Ca se voyait dans le fond de ses yeux. Il avait l’air de prendre beaucoup de plaisir en satisfaisant sa partenaire. Curieux… elle l’aurait imaginé plutôt égoïste sur ce point, comme un peu tous les hommes. Et le mythe des Drakkaris qui les décrivait comme si passionnés au lit, très endurants, légèrement égoïstes ? Bah ce dernier point ne s’appliquait pas vraiment pour lui après tout.

Qu’il ne se déçoive pas trop vite, ce n’est pas parce qu’elle semblait réagir à chacune de ses caresses qu’elle était bien trop rapide à satisfaire. Au contraire, et ça c’était plutôt bien pour elle. Plus le mec était doué, plus son corps réclamait. Mais comme elle n’avait jamais vraiment eu de bons partenaires, elle n’avait pas eu l’occasion de tester. A part peut-être un ou deux et Jilian. Prendre son temps, une fois, deux fois, trois fois. Mais la plupart des hommes, une fois leur affaire terminée, ne revenaient pas à la charge. Et ça la frustrait oui c’était évident.

Elle avait senti ses mains se balader dans son dos, la légère hésitation quand il frôlait les cicatrices de son dos. Trop excitée, la demoiselle en était moins farouche. Et ce n’était pas gagné. Car elle préférait en général rester habillée à cet endroit, honteuse de ces souvenirs cuisants et tellement malheureux. Elle remarqua également bien trop vite qu’il semblait s’intéresser à sa marque, une cicatrice plus imposante que les autres. Cassidy s’était crispée. Elle détestait cette chose… Encore une fois ça avait témoigné de sa faiblesse, sa naïveté et comment la plupart des hommes la percevait. Oui elle détestait ça, ça la rendait mal à l’aise.

Il était différent aussi des autres hommes. Enfin dans un sens. Pas étonnant que les femmes l’adulaient, le vénéraient. Et il devait se sentir pas peu fier de ses performances. Là encore il dévoilait son côté parfait, un superbe amant au lit. Et ne devait certainement pas se satisfaire que d’une seule partenaire. Cela la rendit un peu jalouse même si cette jalousie était infime pour l’instant. Qu’il arrive à combler si rapidement une femme, par tous les moyens possibles, connaissant par cœur leur corps et anatomie, prenant du plaisir, peu importe la partenaire, lui donnait l’impression de n’être qu’un vulgaire morceau parmi tant d’autres. Mouais bon, en même temps elle n’avait pas de compte à lui rendre et lui non plus. En outre, il était également très secret et ne disait jamais le fond de ses pensées, jamais. Se cachant derrière des sourires, un côté calme mais qui respirait la confiance. Pourtant, quand il la prenait, elle voyait autre chose dans son attitude. Etait-il toujours comme ça ? Se dévoilait-il réellement au lit ?

Mais la magie avait cessée, interrompue par ses parents qui venaient de rentrer. Certes c’était mal ce qu’elle faisait, certes elle avait un copain déjà mais… Tristan c’était quelque chose. Elle se sentait attirée à lui comme à un aimant et ça lui faisait vraiment peur… trop peur de devenir dépendante de lui alors qu’il ne la voyait sans doute que comme un bon passe temps et rien de plus. Elle ne savait rien de ses pensées et serait sans doute choquée mais agréablement surprise d’apprendre qu’elle était différente des autres. Et pourtant… cela ne l’empêcherait certainement pas d’aller ailleurs… et elle non plus… sûrement.

Elle était sortie également, avait besoin de se promener pour se calmer. Heureusement qu’ils ne s’étaient pas croisés, ça aurait fait des histoires. Mais elle aussi avait besoin de se calmer et les balades étaient fort intéressantes pour ça. Ca l’apaisait, la rendait bien plus détendue, surtout après cette putain de frustration qui n’était pas si facile à faire partir ! Heureusement que sa lumière s’était éteinte sinon ça aurait été le ponpon.

Quand elle était revenue, Eve l’avait embarqué de force. Si au début la mère de famille était restée assez discrète, elle se mit à parler de Tristan. Ce qui entraîna la coupure de la petite demoiselle. Elle avait du mal à comprendre… il parlait tout le temps d’elle ? Heiiiin ?! Heu… plaisir sado ? Le cerveau de Cassidy carburait à toute vitesse. A cette âge là, innocence… inconscience… il devait encore plus la détester en fait… expliquer à quel point elle faisait chier le monde. Elle se rembrunit et attrapa une nouvelle pomme pour l’éplucher distraitement. Sauf qu’Eve contre attaqua comme pour tenter de la faire changer d’avis.

Elle raconta une histoire. Une où Tristan n’était pas si… parfait encore à l’époque. Qu’il s’était battu et qu’apparemment le sujet de discussion c’était elle… et qu’il mentait mal. Elle avait bien insisté sur les signes de gêne, comme le rougissement et nier tout en bloc alors que l’attitude démontrait clairement le contraire. Elle lâcha sa pomme. Heu ok, comment expliquer ça alors ? La défendre ?! Mais pourquoi ! Il semblait… bon pas la détester maintenant mais… enfin ça l’embrouillait. Et puis, Cassidy fut prise d’un élan de curiosité. Elle voulait savoir si Eve avait remarqué la même chose qu’elle, qu’il était différent, imperturbable et si elle trouvait ça normal. Après tout c’était son fils et sa mère pouvait voir bien des choses… beaucoup de choses. Sauf que cette dernière ne lui laissa pas le temps et la prit au dépourvu.

Elle parlait de sa langue. Cassidy était partie ramasser sa pomme sous la table à ce moment là et remonta si brusquement qu’elle se cogna la tête contre le bois. La demoiselle grommela et remonta en se tenant la tête. Voilà qu’elle s’emballait de nouveau. Oh ouiiiiiii il savait s’en servir de sa langue… surtout pour… hem… rougissante, elle prétexta le besoin de se laver les mains dans le lavabo. Alors qu’elle prenait beaucoup de soin à faire couler de l’eau glacée, elle entendit Eve qui continuait son discours. Comme quoi il était dragueur et si il ne l’avait pas trop embêtée. Confuse, Cassidy fixa un autre point droit devant elle, trop rouge pour ouvrir la bouche. Ne pas penser à ça… ne pas penser à ça… En plus c’était même pas lui qui la draguait, c’est bien elle qui le provoquait !

Et puis il y avait eu ce moment de nostalgie. Cassidy avait eu un trop plein d’émotions. Elle était troublée, confuse, ne trouvait plus d’explications. Ca la rendait folle. Jamais elle ne s’était autant prise la tête… Pas depuis longtemps. D’habitude, elle se fichait du monde qui l’entourait mais là… elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait… et devait calmer ça tout de suite ! Rapidement ! Non ça ne devait pas être comme ça ! Non elle n’avait pas à être aussi… Bref…

Elle s’était ensuite arrêtée dans un champ avant que l’on vienne l’embêter. Tant pis pour le malheureux… elle était vraiment prête à le tuer. Son côté sanguinaire qui se réveillait, c’était une très mauvaise chose. Ca lui arrivait, encore plus quand elle était frustrée ou en colère. Voilà la raison pour laquelle elle se tenait éloignée des gens. Parce qu’elle ne voulait pas amplifier ce problème. Tuer lui plaisait. A part se faire sauter, c’était une activité très plaisante. Voir le visage de la victime se tordre de douleur, la regarder d’un air surpris alors qu’il s’effondrait au sol. Mais ça faisait peur à Cassidy. Peur d’être un monstre… Toujours depuis l’accident, cet autre détail, ces sensations étaient différentes. Elle n’avait plus l’innocence d’avant et n’hésitait pas à abattre une personne malintentionnée si nécessaire. C’était horrible oui…

Mais dans son malheur, elle avait quand même un petit quelque chose, qui lui évitait de déraper quand elle perdait vraiment les pédales. Ca la fichait mal à l’aise.

Et puis il y avait eu la soirée. Surprise d’apprendre qu’elle allait faire équipe avec lui, la demoiselle avait été catégorique. Non elle ne voulait pas prendre le risque de perdre encore tous ses moyens. Mais elle voulait quand même faire plaisir à sa mère… Qui se faisait un sang d’encre pour elle. Lui laisser une chance, lui laisser une chance… ok… de voir à quel point il était parfait ? Mais elle était de mauvaise humeur ce soir et la provocation était si facile.

Elle lui balança une pique. Il ne se laissa pas faire et répondit sur le même temps, provocant. Elle haussa un sourcil. Oh Messire Parfait sortait les crocs ? C’était pas trop tôt ! Non elle n’était pas sado maso. Mais au moins, il prouvait qu’il ne se laissait pas toujours faire et pouvait très bien rentrer dans son jeu. Cependant, elle ne voulait pas trop en faire non plus. Après tout, il avait plein de points pour se moquer d’elle.

Le premier jeu commença et ils n’étaient pas du tout d’accord sur la destination. Bon, elle faisait un peu exprès aussi. Se faisant bien plus conne que ce qu’elle n’était. Mais ça ne l’intéressait pas alors elle voulait peut être juste se poser dans un coin stratégique et attendre la fin du jeu. Sauf qu’il la prit par la main, doucement. Sa main était douce… il avait du pouvoir sur elle. Car au final, ce simple contact l’avait un peu apaisé. Parce qu’elle se sentait bien avec lui. Mais la jeune femme se ressaisit bien vite. Stooooooooooop ! Non non non ! Non mais oooooh ! Devenir dépendante ?! Il se ficherait bien d’elle après ! Merde Cassidy réfléchis ! Quelques jours ! Juste quelques jours ! Que se passerait-il une fois qu’il serait parti ? Elle serait malheureuse ?! Heu non elle ne pouvait PAS être malheureuse. Enfin… peut être triste…

Elle secoua vigoureusement la tête et prit beaucoup de courage pour balancer ces paroles. Même si ça manquait de conviction. Qu’il arrête… Il s’approcha alors d’elle et se mit à jouer. Mordillant délicatement son oreille. Un courant électrique passa dans le corps de la demoiselle. Aaaaah pas les oreilles bordel ! Elle était un peu trop sensible à cet endroit là. Il fit mine alors de l’enlacer et elle voulut le repousser. Il répliqua, plus provoquant que jamais. Elle se tourna vers lui, la bouche entrouverte, le doigt légèrement en l’air et semblait chercher ses mots. Oula… Tristan contre attaque ! Son teint était passé au rose mais elle ne se laissait pas démonter pour autant.

Elle voulut taper là où ça faisait mal. Sachant qu’il était Drakkari, le traiter d’humain serait un peu vexant pour lui. Lui faire comprendre qu’il fallait faire plus avec elle… bien plus… message pour lui faire comprendre qu’elle non plus elle n’était pas une humaine et qu’il fallait qu’il fasse plus d’efforts pour la créature bizarre qu’elle était. Alors oui, elle le traita d’humain mais… dans un sens lui faire comprendre qu’elle espérait un peu plus de lui quand même. Sauf que sa réplique marcha trop bien… il était carrément vexé là, voire en colère. Cela inquiéta la demoiselle. Jouer oui mais blesser… heuuuu depuis quand ça lui faisait quelque chose ? Il était silencieux… bizarrement elle le sentit très en colère. La demoiselle regretta aussitôt ses mots. Elle voulait le secouer oui… mais penser que ça ferait aussi mal. Et pourquoi elle ressentait un peu ses émotions ? Non elle délirait là… c’était juste ce qu’elle pensait, rien de plus.

Elle voulut lui montrer quand même qu’elle n’était pas si indifférente que ça et lui mit un biscuit dans la bouche avant de croquer l’autre bout, provocante. Encore une fois elle fit une gaffe. Il prononça un mot, si c’était sucré. Elle répliqua sur le même ton. Et puis il tomba à terre, sans se retenir, sans rien. La demoiselle bouda en croisant les bras.

« Oh arrête de jouer ta comédie ! C’est bon j’ai compris. Ton régime militaire blablabla… Pffff si on peut même plus apprécier les biscuits… »

Il tremblait et se tenait le corps, semblant réellement souffrir. Elle le regarda en haussant un sourcil. Et si… elle se trompait ?

« Tristan ? Eyh c’est bon j’ai compris ! Plus de biscuits. Mais tu vas te relever bordel ? Allez c’est pas drôle là ! »

Non il ne bougeait toujours pas… Elle laissa tomber son masque d’indifférence et s’accroupit auprès de lui, ne sachant pas quoi faire mais alors vraiment pas.

« Oh ! Tris’ ! Réveille toi ! S’il te plaît… Pardon… Pardon… je voulais pas… »

Déjà ça c’était une première, elle s’excusait. Ca ne lui ressemblait pas de revenir sur ses mots, sur ses actions. Mais là elle était effrayée. Effrayée de lui avoir fait du mal… effrayée qu’il s’étouffe ou qu’il ne redevienne pas normal. Elle s’était agenouillée et avait posé sa tête sur ses cuisses, touchant ses joues de la paume de ses mains. Jamais elle n’avait été aussi paniquée, aussi inquiète pour quelqu’un. Jamais… mais elle ne réfléchissait pas à ces étranges sentiments et lui tapotait doucement les joues, la voix tremblante.

« Tristan, s’il te plaît.. ne… »

Il s’était redressé d’un coup. Elle était penchée sur lui, ses mèches blondes rebelles lui chatouillant le visage. Leurs têtes s’entrechoquèrent et elle grommela en se tenant instinctivement le front et le frottant doucement. Il s’excusa et remit ce masque de politesse. Elle cligna des yeux en l’observant. Le soulagement envahi le cœur de Cassidy. Mais cela ne la rassura pas pour autant. Et puis il prononça ces mots, cette explication… Elle observait attentivement son visage… trop attentivement. Et puis, quelque chose sembla attirer son attention et elle regarda très discrètement son bracelet de force droit. Il mentait… Un souvenir la submergea.

Cassidy marchait, tenant un grand bâton de voyage dans sa main pour l’aider à avancer. Une cape sombre la recouvrait et elle n’arrêtait pas sa cadence. Autour d’elle, des compagnons de voyage qui marchaient à côté d’elle. Et puis, alors qu’elle enjambait des grosses pierres, le vertige. Elle se sentit soudain très faible et tomba en arrière, inconsciente.

- Cassidy réveille toi !

Elle grommela alors qu’on lui tapotait les joues doucement. Plusieurs têtes étaient penchées sur elle, avec inquiétude.

- Eyh ça va ? Tu nous as fait peur à tomber comme ça sans crier gare ?
- T’es toute pâle…
- Reculez, laissez lui de l’espace !


Cassidy se redressa bravement, comme si de rien n’était. Elle fit un sourire pour masquer son trouble.

« Ne vous inquiétez pas, c’est juste un petit malaise, rien de grave. »

Ils la dévisagèrent un instant. Elle continuait de sourire tout en se frottant la tête, maîtrisant parfaitement ses émotions. Douce, gentille, endormir la méfiance.

« Non je vous assure, ça m’arrive de temps en temps. Un guérisseur m’a dit que c’était des petites fatigues passagères, pas de quoi s’inquiéter ! »

Elle mentait… il y avait de quoi s’inquiéter justement… mais elle cachait la vérité.


Elle ne l’avait pas entendu quand il avait parlé de la direction à prendre. Mais quand il l’entoura par la taille, avec une petite phrase provocante, pour endormir le trouble de ce qui venait de se passer. La demoiselle se réveilla avec son baiser puis fronça les sourcils un instant. Elle le laisserait tranquille avec ça… pour l’instant. Et puis ça l’avait un peu calmé au final. Il l’attrapa par la main en l’entrainant. Tiens il voulait jouer à nouveau à présent ?

Ils arrivèrent très vite à la rivière. Il leur restait à trouver le prochain parchemin. Il y en avait plusieurs dissimulés un peu partout dans un principe d’équité. Les premiers arrivés avaient donc plus de chance d’aller rapidement à la suite. Elle trouva en premier le parchemin. La suite devait les mener à un endroit où était entreposée la paille. Cependant, la grange était un endroit bien trop facile.

« Il y a un champ pas loin d’ici avec des bottes de foin qui sèchent au soleil… Ca doit sûrement être là bas… »

Elle était mal à l’aise. Après tout, c’était dans ce champ qu’elle avait envoyé le garçon bouler. Elle se garda bien de dire quoi que ce soit à Tristan.

Lorsqu’ils arrivèrent, elle avait vérifié que personne n’était dans le coin. Il était accroupi en avant, elle s’était penchée sur lui et avait mordillé très rapidement mais avec délicatesse son cou avant de s’éloigner un peu, innocemment. C’était un peu excitant de se chauffer en faisant attention que les autres ne les voient pas.

Il se vengea sur le chemin de l’indice suivant alors qu’elle inspectait une grosse souche d’arbre. Se collant derrière elle, ses mains s’étaient baladées sur sa poitrine, pressant doucement d’une main ses seins avant de s’écarter aussi rapidement qu’il n’était arrivé. Elle avait râlé pour la forme mais ça manquait de conviction. Alors qu’ils redescendaient, elle trébucha sur une racine et en tant que bon gentleman, il la rattrapa dans ses bras. Cassidy souriait, amusée. Un sourire joueur mais… avec un brin de sincérité. Trop proche… Elle en profita pour l’embrasser avec passion avant de glisser entre ses bras et s’écarter.

Ils se cherchèrent un moment. Un coup c’était elle, un coup c’était lui. A des endroits différents. Des touchers différents. Elle alla même jusqu’à se frotter à lui, se collant bien contre son corps. D’accord, elle s’était jurée de ne pas recommencer. Mais la tentation était trop grande… Et après tout, elle avait arrêté de penser et verrait bien le moment venu. Mais l’envie était là et la frustration, de plus en plus grande. Mais cela ne les empêchaient pas de continuer de chercher les indices. Ils formaient une équipe redoutable et semblaient vraiment travailler en duo. Peut être s’était-elle radoucie à cause de ce qui s’était passé.

Il était excellent pour le repérage, surtout quand c’était… vu de haut et elle était parfaite pour trouver les indices. Cela intrigua un peu la demoiselle. Ou bien il mémorisait très bien les cartes ou… autre chose. Mais elle décida de ne pas l’embêter avec ça non plus. Il devait bien y avoir une raison. Ce qui devrait l’étonner, c’est qu’elle était on ne peut plus d’accord avec lui sur le choix des destinations, lui donnant même des détails très frappants.

Au moins, la demoiselle semblait s’amuser un peu plus… et surtout à force de se chauffer, ils allaient bien finir par se trouver. Ils étaient de retour près de la grange. Elle regardait le dernier indice.

« Hum place centrale celui là ? Ca me paraît logique puisqu’on arrive à la fin… »

Il semblait joueur et pas pressé de finir. Après tout ils avaient pris une grande avance, malgré leurs petits jeux d’adultes, leurs tentations, leurs provocations. Il parla du fait d’aller vérifier dans la grange, par… souci de ne rien avoir oublier. Sauf qu’il glissa au creux de son oreille avant de l’embrasser que la paille avait l’air d’être très confortable et qu’il y avait peut être un indice là-dessous.

Elle se mit à sourire en retour tout en répondant à son baiser alors qu’il ouvrit la porte, l’entraina à l’intérieur et commença à glisser ses mains sur sa tunique tout en déclarant qu’il allait se venger. Elle retenu de justesse un gémissement. Après tout la demoiselle n’était pas contre. A force de l’avoir chauffer un peu partout, ce n’était que de bonne guerre. Elle fit même semblant de résister un peu, innocente.

« T’es sûr qu’ils ont cachés un indice là-dessous ? Moi ça me paraît bien trop facile… »

Cassidy fit mine de sortir mais il l’attrapa par la main et l’attira vers lui tout en lui mordillant l’oreille. Elle ne put pas résister à ça et poussa un petit gémissement de plaisir. Il déclara qu’il fallait quand même… essayer. Ses mains se firent bien plus baladeuses, elle le laissa faire un instant avant de prendre doucement ses bras, toujours joueuse.

« Non mais y a beaucoup de poussière ici quand même… j’espère que t’es pas allergique… »

Il répliqua tout en lui léchant doucement le cou cette fois. La demoiselle ferma les yeux, et semblait lutter… un petit peu… un tout petit peu. Mais soit le gredin avait tenu compte de son insulte sur les humains, soit il ne tenait plus en place mais il s’y prenait… avec encore plus de tact, la faisant languir au possible. Elle l’embrassa en s’accrochant à sa nuque. Il la porta un moment tout en la couvrant de baiser avant de la coincer contre un mur, frôlant du bout de ses doigts son corps, avec l’objectif de la rendre dingue de lui. C’était fou l’effet qu’il lui faisait juste avec ses mains. Il n’avait même pas commencé à la déshabiller et pourtant… Des mains chaudes, qui ne tremblaient pas. Elle se laissa faire, grognant un peu, cherchant à lui repousser les mains comme dans un jeu d’attirance, résistance. Puis il lui ôta avec des gestes lents sa tunique puis son pantalon. Tristan se déshabilla rapidement à son tour. Elle poussa un gémissement. Trop de plaisir pour les yeux. Il était bien fichu. Il se rapprocha pour se coller à elle avant de l’embrasser à nouveau tout en détachant ses cheveux. Bizarrement il avait l’air de la préférer comme ça.

Leurs corps entrèrent en contact et elle put constater que Messire avait une belle érection. C’était agréable, c’était doux… et bien tentant. Sauf que cette fois encore il tenait à prendre les devants, alors qu’elle glissait les mains vers le bas de son anatomie avant de les prendre et de la guider vers son cou. Il en profita pour la caresser tout doucement, déposant baisers disséminés sur tout son corps, avant de mordilla à nouveau légèrement ses oreilles. Elle poussait des petits gémissements qu’elle tentait de contrôler. Passant sa langue sur son corps, l’effleurant juste avec le bout, dès qu’il la sentait plus réceptive à certains endroits il repassait. Par les dieux c’était une torture ! Mais une douce torture… C’était bon… oui… enfin non ! Elle ne pourrait plus se passer de lui après !!

Il avait fait glisser ses mains vers le bas de son ventre, touchant légèrement un endroit et se mit à sourire en constatant qu’elle était… extrêmement réceptive. Puis il la prit dans ses bras et l’amena vers un tas de paille fraîche, l’installant délicatement dessus avant de se placer au dessus d’elle et de l’embrasser à nouveau. Elle l’entoura de ses bras sur sa nuque. Il embrassait divinement bien. C’était impossible de donner autant de plaisir rien qu’avec un baiser. Puis du bout de ses mains, passés sur sa poitrine, il constata qu’elle était bien excitée. Elle se mit à gémir un peu plus, un peu plus fort. Son corps se crispant et se détendant dans des petites secousses. Elle voulut lui dire d’arrêter, qu’il avait gagné, qu’elle était bien faible au final… mais qu’il ne continue pas sa descente. Retenant quelques mèches de cheveux pour le forcer à ne pas descendre… à ne pas lui donner… plus de plaisir… parce que sinon il lui faudrait toute la nuit et même plus pour la satisfaire.

« Ar… »

Il avait reposé ses mains sur sa poitrine pour abaisser toutes ses défenses. Elle avait lâché ses cheveux et il était descendu. Au premier coup de langue, elle poussa un léger gémissement. Sentant qu’il avait juste, le jeune homme continua. Oh oui il savait se servir de sa langue. Elle s’agrippa à la paille, son dos s’arc boutant. Il la rendait dingue… Elle mouillait pas mal quand même… Il allait encore tremper sa culotte quand elle la remettrait. Bon dieu comment être aussi… Un nouveau gémissement un peu plus fort. Son corps tremblait… Il essayait certains mouvements, tentant de lui donner une nouvelle vague d’excitation, mais pas trop pour qu’elle ne monte pas trop vite. Et ça marchait plutôt bien. Ses gémissements allaient crescendo. C’était plus long mais d’autant plus excitant. Il n’avait pas l’air de se lasser. Elle poussa un nouveau gémissement. Ses jambes commençaient à tremblaient. Ses ongles s’enfonçaient dans les paumes de ses mains. Elle s’arcbouta une nouvelle fois. Oui il la rendait dingue… oui plus c’était long plus c’était bon… Et le plaisir montait petit à petit. Elle avait du mal à retenir ses gémissements… beaucoup de mal. Fermant les yeux de plaisir, son entrejambe mouillait pas mal et ça devait bien l’exciter quand même. Elle poussa un gémissement plus fort, se lâchant presque. Essouflée, inspirant doucement.

« Tris’… »

Merde ! Qu’est ce qui lui avait pris de prononcer son prénom… ou plutôt son surnom… Elle voulait lui dire de continuer, que c’était bien ce qu’il faisait, qu’elle ne le traiterait plus d’humain… Mais un nouveau gémissement sorti du fond de sa gorge. Oh il ne perdait rien pour attendre, dès qu’il aurait terminé, ça serait elle qui s’occuperait de ce Messire, jusqu’à le rendre aussi dingue. Ca lui mettait une pression monstre. Elle devait être à la hauteur…après ce qu’il lui faisait, c’était une offense de ne pas le satisfaire. Ses jambes tremblaient. Elle allait…

Une nouvelle fois, il s’était écarté bien rapidement, avait pris leurs affaires, l’avait attrapé par la taille et emmené rapidement vers le fond de la grange, près des grandes étagères où étaient stockées quelques vieilles bottes de foin. La porte s’ouvrit dans un grincement. Il plaqua sa main sur la bouche de Cassidy.

Une silhouette apparut, inspecta les lieux un instant puis repartit, étant sûr d’avoir entendu du bruit. Tristan se rhabilla en hâte avant de lui lancer un baiser dans le vent, déclarant qu’il l’attendait dehors. Aaaaah le salaud ! Non non non ! Il allait finir ce qu’il avait commencé ! Seulement, celui-ci semblait très satisfait de son petit effet et la laissa seule. Nooooon mais elle n’avait pas fini grrrrr ! La demoiselle pesta avant de se rhabiller et de se rattacher les cheveux. Il était sérieux là ? Elle soupira… Le prendre devant tout le monde était une bonne idée.

Lorsqu’elle sortit, la demoiselle ne fit aucune remarque, aucune réplique, se permettant juste de bouder.

Ils arrivèrent à la place centrale et trouvèrent le trésor final. Une grosse pièce en argent qui était cachée près d’une table. Peu à peu les autres équipes arrivèrent. Les filles foudroyaient Cassidy du regard. Après tout, elle était avec Tristan. Surtout que la demoiselle avait de la paille dans les cheveux… ce qui pouvait tout dire et rien dire. Certains semblaient déçus… surtout pour ce couple improbable avec cette fille qui était une bonne perdante.

Le prochain jeu commença. Il s’agissait d’un tournoi classique où les réflexes des combattants seraient mis à l’épreuve. Ainsi que leur capacité à se battre. C’était déjà le tour des demoiselles. On leur confia de grands bâtons avec les bouts émoussés. Le but du jeu était de toucher son adversaire au ventre. Le bâton enverrait alors une mini décharge pour signaler la fin du combat et la gagnante. Cassidy semblait renfrognée. Comme beaucoup de filles d’ici, elle ne savait pas du tout se battre… au grand désespoir de Jilian qui essayait tant bien que mal de l’entraîner pour qu’elle sache au moins se défendre. Non elle n’y arrivait tout simplement pas… ou ne voulait pas apprendre… ou n’était pas du tout douée. Les filles étaient d’un côté et de l’autre en attendant leur tour. Les hommes formaient un grand cercle en leur laissant suffisamment d’espace. Ils prenaient des paris sur la gagnante. Cassidy était mitigé. Dans un sens elle voulait gagner pour les faire taire une bonne fois pour toute mais dans un autre sens… elle n’avait pas du tout confiance. Elle soupesa le bâton. Un peu lourd pour ses bras mais ça ferait l’affaire. Tristan allait la regarder. Elle ne savait pas pourquoi mais l’envie de l’impressionner peut être… bref ! bon après tout elle s’en fichait.

Elle était perdue dans ses pensées. Tristan était en grande conversation avec plusieurs gaillards. On ne savait pas de quoi ça parlait d’ailleurs et l’arbitre avait le dos tourné. Il essayait de régler un conflit entre deux filles. Cassidy ne vit pas la fille assez imposante juste derrière elle brandir son bâton et l’abattre de toutes ses forces sur le dos de Cassidy. Avec la foule dense, impossible pour Tristan d’intervenir tout de suite.

La jeune femme fut soufflée. Ejectée au sol alors qu’une masse s’abattait sur son dos et manqua de lui casser une côte. Elle serra les dents de toutes ses forces pour ne pas hurler de douleur. Du sang coula sur ses lèvres. Elle s’était mordu la langue. Avec le brouhaha environnant, l’arbitre n’avait rien entendu. Il semblait de mauvaise humeur et tentait de raisonner les filles. Celle qui avait frappé Cassidy releva son bâton, se préparant à frapper de nouveau mais le coup ne vint jamais. La foule s’était tue. Cassidy était à moitié sonnée. Le visage dans la poussière, elle ne bougeait presque pas. Sonnée… vertige… Elle serra doucement le poing, sans comprendre ce qui se passait au-dessus d’elle.

Tristan avait arrêté le coup. Elle ne voyait pas ce qui se passait, si il était en colère ou si il gardait sa politesse légendaire. Elle ne le vit même pas, mais le reconnut à ses bottes. C’était le seul qui avait des bottes en cuir montantes d’un matériau d’excellente qualité. Elle semblait s’apaiser et relâcha la tension dans sa main. Ne pas s’évanouir… ne pas… Il l’avait aidé à se redresser même si il ne disait rien. Lui tapotant doucement les joues, l’appelant un peu. Etait-il… un peu inquiet ou pas ? Il lui passa un peu d’eau froide sur le visage pour qu’elle se réveille.

Puis se permit une réplique pour la lancer au défi… de gagner ce jeu. Pour ne pas avoir l’air très inquiet ou trop attentionné sans doute. Elle se redressa puis rentra sur la piste.

Le jeu était simple. On tirait au sort les deux premières concurrentes. Celle qui perdait était définitivement hors jeu. Le vainqueur restait sur la piste jusqu’à la première défaite. Un coup, une défaite. C’était dur mais… dans la réalité on n’a pas plusieurs vies pour recommencer si quelqu’un nous touche vraiment. Injuste aussi. Mais faire un tournoi en plusieurs parties serait bien plus long. Malheureusement, Cassidy fut la première à passer.

On ricana. Elle n’allait pas tenir longtemps, surtout après le coup qu’elle avait reçu. Son dos lui faisait mal. Pourtant fière, elle se mit en place. Regardant le ciel songeuse un instant, elle avait besoin d’aide… On sonna le coup du départ. Elle avait encore la tête levé au ciel quand l’autre fille fonça sur elle. Cassidy n’avait toujours pas bougé. Et puis, alors que l’autre voulait apparemment la battre un peu avant de lui asséner le coup final, la demoiselle réagit aussitôt, sans même avoir vu. Bâton en avant, elle bloqua le coup. Grimace sur son visage, ça avait tiré un peu sur son dos. L’autre semblait surprise et attaqua avec trop d’énergie. Mais Cassidy bloquait chaque coup comme si elle les connaissaient à l’avance.

L’autre épuisée. La petite blonde s’approcha d’elle, le regard froid, puis du bout de son bâton, toucha le ventre dans un petit mouvement sec.

« Perdu… »

Cela intrigua la foule. Elle avait un truc, ce n’était pas possible. Les concurrentes se succédèrent. Certaines y aller avec énergie, d’autres avec plus de prudence. Mais Cassidy ne faisait que bloquer les coups, attendant qu’elles se fatiguent suffisamment ou qu’elles soient inattentives pour porter le coup final, comme ça… sans leur faire trop de mal non plus alors que c’était mérité !

Elle s’économisait, son dos la tirait affreusement. Puis, on lui laissa la « meilleure » pour la fin. La grosse brute qui l’avait frappé en traite. Celle là avait l’air d’être dans l’armée ou un truc comme ça. Plus musclée que les autres, elle était imposante, faisait une bonne tête de plus que Cassidy. Elle chargea. Le coup qu’elle envoya était puissant. Cassidy grimaça, elle avait du mal à réceptionner. En appui sur ses jambes, elle encaissait tant bien que mal. Mais l’autre ne lui laissa pas le temps de se reposer et frappa à nouveau. Cassidy bloqua. Celle là savait se battre ! A chaque fois la petite blonde devinait ses coups en avance, ce qui la sauvait à chaque fois mais pour combien de temps ? Puis la grande faucha ses pieds avec son bâton. Trop épuisée, Cassidy n’avait pas eu le temps de réagir. Elle tomba au sol sur les fesses et fit une grimace. Son dos bordel ! Elle allait l’achever la guerrière ! Pointant son bâton face à elle, prête à lui enfoncer bien profond dans le ventre, son sourire triomphant sur le visage. Cassidy poussa un rugissement de rage et cette fois para de toutes ses forces en se redressant en avant. L’autre qui était trop confiante, tenait moins bien son bâton. Celui-ci s’envola dans les airs. Cassidy en profita pour se relever et de porter le coup final.

La décharge frappa et le silence se fit. Impossible que cette fille ait gagné ! Cassidy n’attendait rien. Elle était essoufflée, le front en sueur. En plus le fait que Tristan l’ai excité tout à l’heure n’avait rien arrangé du tout… Puis un applaudissement, suivi d’un autre. C’était poli au moins. Mais elle s’en fichait. La foule s’écarta devant elle. Cassidy prit une serviette sur une des tables et s’essuya le visage. Elle s'étala comme une grosse larve sur le banc, épuisée, mais évita bien de se coucher sur le dos pour l’instant.

Quelqu’un la rejoignit…

« Pas besoin de prix ou de récompense… j’en vaux pas la peine… »

On avait parlé d’une petite récompense pour les gagnants. Mais si ce n’était pas l’organisateur…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 12 Fév - 21:55

Une malheureuse trentaine de secondes. Une malheureuse trentaine de secondes d’indifférence et je me penchais déjà sur elle. J’aurais dû lui glisser la main aux fesses, m’emparer fermement de sa poitrine, assurer ma suprématie de dragon, assurer ma suprématie d’être supérieur. Ils m’avaient appris. Que celles qui résistaient devaient recevoir notre indifférence ou nos coups de reins, violents, pour leur apprendre le respect. Que nous devions mépriser celles-ci plus qu’elles tentaient de nous échapper. Qu’une femme bien manipulée finissait toujours par gémir sous nous. Parce qu’il fallait les dominer. De temps à autre les faire pleurer… leur faire mal. Parce que c’était si bon de les entendre gémir. Si bon de leur faire mal, si facilement… Prendre ce qui nous intéressait puis s’en désintéresser. Heureusement tous ne pensaient pas ainsi. Nous n’étions encore que des gamins. Eux étaient nés dragons. Moi aussi certes mais ils avaient connu leur première transformation dès le berceau alors que moi non. Mais ça ne changeait pas grand chose. J’avais peut-être plus à apprendre mais j’apprenais vite et très rapidement de toute façon mon passé humain avait été effacé. N’en restait que de vagues bribes diffuses. J’étais un dragon. Nous n’étions que des enfants… quand nos premières pulsions avaient commencé à nous émoustiller, enfants maladroits et un peu effrayés par les réactions de nos corps. On nous avait trop vite ôté notre innocence. Je me souviens de la première, pas de son visage, pas de son corps, pas de ce qui s’est réellement passé. Juste que j’avais peur… Petit puceau effrayé que j’étais, à peine adolescent, surveillé par mes ainés, parce que oui, c’était la tradition. La première fois, ma première fois… ça nous valait un surnom, le mépris ou le respect de nos aînés… J’avais eu le respect. J’ignore encore comment. Si extérieurement j’avais été d’une classe indicible, calme, confiant, dragueur, à l’intérieur demeurait un enfant tapi qui ne comprenait pas, pourquoi je faisais ça, pourquoi utiliser mon corps de la sorte. Tout ce voyeurisme, tout ce contact, cette perversité… Ils nous dressaient juste pour notre devenir…

J’aurais dû être différent avec elle. Parce qu’elle me repoussait. Parce qu’on me l’avait appris. Mais je n’avais jamais totalement suivi les règles, juste en donner l’illusion, suffisamment bien pour échapper aux sanctions.
Je n’avais pas envie de lui faire du mal, encore moins de la brutaliser. Je ne comprenais pas. Pourquoi certains des miens souhaitaient-ils cela ? Quel plaisir pouvait-il éprouver à soumettre une femme de la sorte ? Que ce soit les soldats ou les dragons, finalement les mâles n’étaient que des égoïstes. Pas tous oui, pas tous, mais tellement… Soumettre une femme… Quelle imbécillité. C’étaient elles qui nous soumettaient depuis la nuit des temps, nous qui dépendions d’elle, certainement pas l’inverse. Seulement nous sommes plus forts… Le fort gagne toujours sur le faible…

Normalement je ne m’acharnais pas sur celles qui ne voulaient pas de moi. Bon d’accord c’était d’une extrême rareté. Mais peut-être était-ce dû à sa différence… Etait-elle seulement humaine? Ses parents avaient parlé d’une malédiction mais que c’était bien leur fille. Plus je la regardais moins je la trouvais humaine. Plus je la trouvais belle. Peu importe ce qu’elle était, elle me plaisait, indéniablement et c’était une nouveauté assez déstabilisante. Je n’avais pas l’habitude d’observer une femme avec tant d’insistance. De séducteur invétéré j’avais l’impression d’être devenu un gros pervers obsédé avec elle. Je ne pensais… qu’à ça. Bon d’accord en temps normal je ne pensais aussi presque qu’à ça, mais je pouvais réfléchir, museler mes pulsions… Là… Un rien de sa part pouvait me faire bander. C’était assez frustrant quand même.
Je savais bien qu’elle n’avait pas fait exprès pour le biscuit. Elle ne pouvait pas savoir et je lui avais sorti un mensonge qui même s’il était très crédible, restait un pieux mensonge.



S’il avait été conscient, Tristan aurait probablement ri de l’idée du régime. Oui, ça lui ressemblait bien ce genre de réplique et il aurait probablement répliqué, plus du tout vexé, en ôtant sa tunique pour dévoiler son torse, s’exhiber devant la jeune femme en la narguant que les femmes aimeraient beaucoup moins s’il finissait tout gras. Il se serait rapproché jusqu’à la destabiliser, aurait pris ses mains pour les poser sur son torse et lui faire suivre les bosses et creux de son buste sculpté, puis il se serait collé à elle en lui coupant toute retraite… Probablement. Il s’était étouffé à moitié oui, avait souffert clairement, ne jouant pas le moins du monde la comédie et finalement s’était éclipsé derrière un mensonge qu’elle soupçonnait peut-être mais qui n’était que l’un de ses trop nombreux secrets.

Il ne l’avait pas vue si inquiète, en aurait probablement été surpris, très surpris, pourtant quand il s’était « réveillé » il avait bien perçu qu’elle n’était pas au mieux et il n’avait pas tenu. Pas tenu cette place qui venait de lui être rappelé. Il l’avait embrassé, peu de temps, mais c’était doux, et rassurant, l’aidant un peu à sortir de sa torpeur. Il n’avait pas entendu ses excuses, n’avait pas vu sa peur. Mais seul l’instant présent comptait réellement. Elle ne lui opposa pas de résistance finalement. Et tout commença vraiment.
Elle avait une sacrée endurance alors qu’ils couraient tous deux, certes inutiles de s’échiner à piquer des sprints mais ils se déplaçaient vite. Parfois ils marchaient juste, parfois ils couraient. Ce n’était qu’un grand parcours, une chasse au trésor étrange pour des jeunes gens, pour les amuser, pour occuper cette soirée. Mais pour eux deux c’était autre chose dont personne ne se doutait et eux moins que les autres. La chasse au trésor était peut-être bien plus entre eux deux que contre tous ces adversaires. Parce qu’ils se cherchaient constamment.

Très rapidement ils étaient devenus de vrais partenaires. Il semblait certes avoir une connaissance approfondie de la cartographie, finissant par lui avouer qu’il dessinait des cartes pour son bataillon, ce qui était tout à fait vrai d’ailleurs, mais elle était sacrément… douée en repérage elle aussi. En fait elle avait une capacité de mémorisation tout à fait phénoménale à ce qui lui semblait et un repérage dans l’espace que lui aurait jalousé toutes les femmes. Elle ne pouvait assurément pas se perdre et il était assez surpris et admiratif. Même s’il mettait les femmes sur un haut piédestal Tristan avait bien constaté leur tendance à se perdre. Mais Cassidy sortait du lot, encore et il adora quand elle le contredit une ou deux fois, nuançant son propos, le surprenant énormément. Il est vrai que tout n’était pas pareil entre le sol et les cieux et que des obstacles pourtant si minuscules en plein ciel pouvaient devenir un peu plus difficiles à franchir une fois les pieds sur terre.

Quand ils étaient arrivés à la rivière, les premiers, elle avait presque aussitôt trouvé un parchemin accroché sur une branche et plutôt que de s’embêter à chercher elle commençait à escalader mais il l’avait retenue, attrapée par la taille, soulevée comme si elle ne pesait rien avant de la redescendre lentement, dos à lui. Elle était si occupée à déchiffrer le parchemin déjà en fronçant les sourcils, moins indifférente à la compétition qu’elle ne semblait le dire, qu’elle n’avait comprit que trop tard alors qu’il mordillait son oreille, glissant son menton sur son épaule pour lire avec elle, soufflant tout bas contre son cou.

Bravo pour ta trouvaille…

Elle ne se démonta pas, trouvant l’étape suivante et il fit une révérence devant son ingéniosité.

Je vous suis demoiselle, passez devant que j’en profite un peu…

Elle avait tout de suite compris, avait couru pour le narguer. Il la suivit aussitôt. Ce fut elle qui le tenta par la suite et il frissonna en sentant ses lèvres frôler la peau de sa nuque, ses mains fines posées sur son dos. Il faillit s’étouffer en voulant déglutir quand il sentit ses dents.

Oh… putain. Pas elle hein ! Mais ça… C’est… ouhhh vilaine demoiselle. Tu as tort de me provoquer ainsi. Heureusement qu’elle s’est tout de suite arrêtée, un peu plus et je bandais direct, rien qu’avec ça. Normalement je me contrôle plutôt bien mais.. Enfin je ne sais pas ce qu’elle a fait, son souffle était… électrique. Mh… Vengeance demoiselle… Vengeance.

Oui c’était excitant, de se chauffer, se tenter de la sorte alors que d’une minute à l’autre une autre équipe pouvait les rejoindre sur l’étape, que d’une minute à l’autre n’importe qui pouvait les surprendre. Ils ne se privaient pas. Se chauffant juste un peu, parfois un peu trop, rappelant à l’autre que la partie ne faisait que commencer. Cette partie d’échecs… ce drôle de jeu qui n’était qu’une course à la tentation, au plaisir, à la débauche, luxure… Elle l’avait traité d’humain. Il n’avait pas oublié. Mais la colère s’était envolée une fois de plus. Ne restait que l’excitation, l’impatience de lui prouver qu’elle se trompait, de faire mentir ses mots.
Quand il avait caressé sa poitrine à travers sa tunique il avait frissonné autant qu’elle et ça avait été une torture de s’en arracher, il les avait serrés plus fort cette fois, petite pression impatiente, mais pas à lui faire mal évidemment, ni à malmener ces lobes parfaits ! Maladresses, baisers, caresses, frôlements… Quand elle avait frôlé en toute innocence ses fesses parce qu’apparemment lui aussi en avait des jolies il avait haussé un sourcil, surpris de son audace, surpris d’elle une fois de plus, lui témoignant un léger grondement frustré alors qu’elle s’éloignait déjà. Ils s’embrassaient de temps à autre, à celui qui mordrait l’autre le plus fort, pourtant ces baisers étaient doux… ils ne se faisaient pas vraiment mal.

Et puis ils étaient repassés près de la grange, un autre indice mais bien caché qu’ils n’avaient pas vu quand ils s’y étaient arrêtés plus tôt. Elle avait trouvé la réponse seule et lui passait son regard de la grange à la jeune femme. Il avait parlé sérieusement, mais la manière dont il se collait légèrement à elle n’avait plus rien de sérieux.

Je dis juste qu’il faudrait vérifier la grange au cas où, nous avons encore beaucoup d’avance, ce serait bête… qu’un autre indice s’y cache.

L’indice qu’il voulait y chercher ? La libido de la jeune femme. Ses dernières caresses sur son torse l’avaient trop excité et il n’arrivait pas à penser à autre chose que leur petit jeu de l’après-midi. Il voulait recommencer, la revoir nue et frémissante sous ses caresses, l’entendre gémir, voir la luxure envahir ses traits si délicats quand elle ne les cachait pas derrière son indifférence et son sarcasme. Il l’embrassa, glissant sa langue contre la sienne pour lui faire passer aussi cette envie.

Elle entrait, pressée contre moi alors que je refermais lentement la porte de la grange sans la lâcher. Bien sûr elle avait voulu repartir, même si je la tentais sous mes caresses, juste pour me provoquer évidemment, juste pour ça…
Je ne sais pas à quel moment au juste nos petites tentations s’étaient muées en envie réelle. Ou alors l’envie avait toujours été là. Elle s’accrochait à ma nuque. Nous embrassions. Je la caressais doucement. C’était si étrange. Si doux et familier. D’une si merveilleuse simplicité. Elle résistait un peu, juste pour la forme, juste pour le jeu. J’avais vite compris. J’avais vite admis surtout. Qu’il en fallait bien un qui résiste. Qu’il fallait bien que ce soit elle. Moi je ne résistais pas… A l’appel de son corps. Créé par les dieux, forgé par elle, maltraité je pense par des hommes, je ne voyais que ça et ça me remplissait de rage, créé pour être adulé, respecté, choyé et porté à ébullition.

Sa peau… Je ne m’habituais pas à sa douceur. J’en étais encore si surpris, si retourné. Malgré ses cicatrices. Ces marques horribles que je n’avais encore pu voir. Ces marques qui me donnaient de telles envies de meurtre et de telles envies de douceur en même temps. Ô douce demoiselle. Qu’as-tu tant de plus que les autres n’ont pas ?
Est-ce ton défi de la vie, ton refus de la joie, ta… crainte du plaisir? Crainte timide… Laisse-moi te soustraire celle-ci et te guider dans un monde de jouissance et d’abandon.

Pourquoi… Je frissonne quand nos lèvres se rencontrent, se malmènent. Je n’ai jamais embrassé comme je l’embrasse. Même passionné, même abandonné à une femme, jamais. Elle me retourne l’estomac, la raison. D’un seul baiser. Et d’un regard elle fait encore plus. Je me sens si fort, si fier et en même temps si démuni face à ses yeux. Aucune ne m’a jamais fait baisser le regard. Mais ordonne-moi d’être à genoux demoiselle et je le ferai. Ne serait-ce que pour mieux te caresser, mieux te prouver mon dévouement à ton entière satisfaction. Pourquoi vois-je encore de l’hésitation dans ton regard ? Qu’est-ce donc que cette sensation de crainte ? Jamais je ne te ferai de mal. Je ne peux pas. Je ne sais pas. Je ne peux pas te l’expliquer. Je ne veux pas me l’expliquer. Laisse-moi te combler comme aucun humain n’en sera jamais capable. Résiste moi… pour mieux flancher. Abandonne pour mieux ressentir… Cassidy…

Je ne comprenais toujours pas pourquoi mon corps automatiquement réagissait à certaines de ses crispations, de ses impulsions. Que je frissonne était une chose, que mon corps automatiquement cherche à accentuer une caresse à l’un de ses bas gémissement était aussi une chose. Mais pourquoi me déshabillais-je aussi promptement ? Je la sentais craintive, sans comprendre pourquoi. Sans comprendre pourquoi elle craignait tant en étant nue devant moi. A part me faire flancher, enflammer davantage mes pauvres reins en feu… Si belle… Si excitante… Si propre à inspirer la passion et la douceur, le respect et l’humilité… Ne s’en rendait-elle pas compte? Pourquoi avais-je l’impression que le regard que je posais sur elle, d’admiration pleine de supplique, n’était pas courant? Pourquoi avais-je l’impression que son corps avait été trop souvent délaissé pour la conquête d’un plaisir masculin violent et égoïste…


Il ne faisait pas exprès. De la rassurer.
Tristan ne planifiait rien. Il l’embrassait, la caressait, entrelaçait ses doigts dans ses cheveux, sur sa peau, faisait courir le bout de son index sur les courbes de son corps, posait sa paume brûlante sur sa poitrine comme pour l’envelopper de sa propre chaleur. Doux, tendre, tellement doux et occupé par son plaisir. Lui faire oublier la violence des uns et l’égoïsme des autres semblait être son inconscient objectif.
Quand ils s’étaient retrouvés allongés dans la paille, elle dos à celle-ci, lui se glissant au-dessus d’elle sans tenter la moindre « effraction » brutale, il s’était tenu en appui sur les mains, la fixant avec désir et respect en même temps. Elle l’avait attiré contre elle et il avait gémit contre sa peau. Trop de sensations. Même pour lui…
Cacher son érection était illusoire. Mais il n’avait pas honte. Elle était aussi excitée que lui après tout. Et il n’aurait jamais honte de trouver une femme si séduisante eh bien… excitante tout simplement. Elle réagissait si bien à ses caresses… C’était comme une immuable vérité. Il n’était pas sûr de très bien comprendre pourquoi et comment il pouvait être à la fois si patient et si impatient. Jamais le plaisir d’une femme ne lui avait paru si important, si essentiel. Le sien… Il s’en fichait presque. Il en prenait tellement à juste la regarder, à l’écouter, à la sentir.

Quand elle s’était accrochée à ses cheveux il avait souri, gémissant tout bas contre la peau de son ventre, frottant doucement son nez contre son nombril. Oh non demoiselle, tu ne lui échapperais pas. Il était en manque… Déjà. De son odeur, de sa peau et de son plaisir. Ca ne datait que de quelques heures pourtant… Elle lui semblait plus réceptive. Etrange. Ses mains couraient sur sa peau avec la même dextérité que le plus habile des pianistes mais c’était bien le corps de la demoiselle son seul instrument. Dieux qu’elle était excitée et que ça l’excitait lui-même d’ailleurs… Doucement. Lentement. Ne pas la précipiter, ne pas la brusquer, faire durer les choses. Ses tremblements, ses crispations… Si l’une de ses mains glissait sur sa poitrine, sur son ventre, caresse plus tendre, l’autre était trop occupée à faire danser la demoiselle sur le même tempo que sa langue et c’était intenable… Intenable de la voir si réceptive, intenable de s’évertuer à la faire languir, la titiller de la sorte. Ses gémissements étaient de plus en plus essoufflés et aigus. Et puis elle avait gémi son nom. Il avait été si surpris qu’il avait failli s’arrêter, se crispant un peu, soufflé par un frisson électrique. Son nom… prononcé dans un gémissement, d’une voix si… excitante. Il ferma les yeux. Son coeur battait fort dans sa poitrine, pourtant il était le bourreau pas la victime, mais il ne la laisserait pas si vulnérable, pas sans réponse à ce petit bonheur qu’elle venait de lui offrir sans le vouloir. Elle était merveilleusement proche, bien plus que dans l’après midi. Là cette fois, il… rien du tout.


J’attendais dehors en passant d’une jambe à l’autre, essayant de chasser son image de mon esprit, sa voix, sa peau diaphane, la douceur de ses lèvres contre les miennes, la chaleur de ses cuisses… Encore surpris… C’était prévisible. Elle gémissait fort. A mon grand plaisir. Elle se retenait moins, tellement moins. Mais nous avions attiré le propriétaire. J’avais failli rester entre ses jambes, poursuivre le ballet de ma langue sur ce petit bouton de bonheur, le jeu de mes doigts qui l’avait tant surprise et fait soupirer quand ils s’étaient glissé en elle. Je ne voulais pas arrêter. Je voulais la voir, la sentir atteindre un doux orgasme, la laisser récupérer un peu, juste un peu pour partir à la quête du suivant, sans lui laisser le temps réellement de comprendre que non je ne m’en satisferais pas. Je voulais plus pour elle. Tellement plus.
M’arracher à elle ça avait été… douloureux. Pas parce que je n’étais pas satisfait. Enfin ça jouais bien sûr. Mais parce que m’arracher à elle était dur. Ne pas la combler… encore plus. J’avais fait comme si de rien n’était, comme si ce n’était qu’une taquinerie de plus, l’attendant tranquillement. Mais je n’étais pas tranquille. J’avais un peu peur toujours… Je ne sais pas de quoi.

Elle boudait. C’était peut-être mieux.
Les autres épreuves allaient commencer. J’avais été un peu surpris de celle qui suivait. C’était une sacrée inégalité tout de même. J’étais un guerrier, tout le monde le savait et ceux qui se berçaient d’illusion, pensant que je n’étais qu’un bureaucrate, risquaient fort de vite déchanter. Je discutais quand j’avais entendu des cris, des bruits de coups. Trop de monde. Cassidy n’était plus à côté de moi. Depuis quand au juste ?
Et puis je l’avais vue. Cette sale pute qui allait la frapper! Frapper quelqu’un à terre… Frapper une femme à terre. La frapper elle. Je m’étais jeté entre elle et son agresseur, retenant à peine ma transformation tant j’étais empli d’une rage que je n’aurais su quantifier. Retenir ma transformation me faisait mal…
Je ne m’étais pas jeté sur cette fille pour la frapper. Pourtant j’en avais vu envie… ça ne m’était jamais arrivé. Mais c’était de justesse. Je n’avais pas mon masque de gentleman souriant en toute circonstance, j’étais glacial, fermé comme les cachots de nos plus sombres prisons. Ma main avait arrêté sans mal l’arme alors que je savais mes pupilles dilatées par la rage.
« Je peux savoir ce que tu fous pétasse ?! »
C’est ce que j’aurais voulu dire. Mais je n’étais même pas capable de parler. Je lui avais arraché son arme des mains pour la laisser choir par terre, la foudroyant du regard, craignant que si j’ouvrais la bouche seul le hurlement du dragon n’en sorte.
Je m’étais baissé pour l’aider à se redresser, la porter un peu à l’écart, l’asseoir sur un banc, l’appeler doucement, essuyer le sang à ses lèvres. Mon coeur tambourinait dans ma poitrine. L’envie de faire du mal était grande. Etait-ce un quelconque souci pour elle ? Je me souciais d’elle… Je le savais bien. Autrement je n’aurais pas réagi comme ça. Je caressais doucement ses joues et elle revint vers moi, reprenant ses repères.
Quelques mots finirent par franchir mes lèvres.


Tu n’as pas intérêt… à laisser cette grosse vache gagner, tu m’entends ?!

L’agressivité dans ma voix… Je détournais les yeux. Mes poings serrés tremblaient…

Elle alla se battre. Si elle n’avait clairement pas l’entrainement d’une guerrière la demoiselle se débrouillait bien, très bien même et même si certains moments furent difficiles, elle l’emporta.
Je ne l’avais pas quittée des yeux un instant, l’encourageant d’un sourire de temps à autre, de ma voix puissante qui couvrait celle des autres. C’était ma partenaire après tout. Et surtout… surtout, les autres ne scandaient pas son nom. Alors je le crierai plus fort que les autres ! Parce qu’elle était forte et que je voulais que tout le monde le voit. Etrange…

Mais j’avais vu sa gêne, ses mouvements raides, ses crispations. Elle avait mal. Je m’étais éclipsé de la foule ébahie devant sa victoire et toutes ces femmes vexées. Ces femmes qui pensaient peut-être briller à mes yeux en lui faisant mal. Pauvres connes !
Elle avait mal… Elle me lança une étrange phrase alors que je souris aussitôt. Ah bon ?


Dommage, ma récompense t’aurait plu je pense.

Elle relevait aussitôt les yeux vers moi et son expression changea, peut-être parce qu’elle était contente que ce soit moi. Peut-être parce qu’elle était surprise de la fierté sur mon visage.

Mais si tu n’en veux pas…

Elle feula entre ses dents comme un chat en colère et je frémis, amusé… excité. Elle m'évoquait décidément plus une tigresse qu'une princesse... Une très très excitante tigresse...
Je n’avais pas bougé évidemment. Je vins m’accroupir devant elle, la fixant avec sérieux.


Je n’ai pas tellement aimé le « j’en vaux pas la peine ». Autant que tu le saches, la prochaine fois que je serai entre tes cuisses je te ferai regretter ces mots… bien plus que les précédents.

Elle frissonna mais me défia du regard, combattive.
Je relevai une seconde les yeux. Les filles nous regardaient, quasiment toutes, certaines l’insultaient tout bas. Je voulus la venger. De toutes ces crétines. De celle qui l’avait frappée et qui n’avait cessé de me déshabiller du regard. Doucement j’approchais mon visage du sien, proche, très proche, trop proche alors qu’elle me regardait approcher en fronçant les sourcils.

Bravo pour ta victoire…

Je m’emparais de ses lèvres dans un vertigineux baiser, faisant courir mes doigts sur le tissu de sa tunique, ancrant ma main à sa nuque. Je les avais toutes ou presque entendues hoqueter. Vengeance !
Cassidy par contre m’avait mordu. Ne comprenant pas mon geste probablement. Je souris, lui expliquant bas, si bas, que ma récompense viendrait plus tard, que je promettais que importe l’interruption, cette fois je ne quitterai pas la chaleur de ses cuisses sans l’avoir fait jouir. Elle rougit légèrement en détournant les yeux, haussant les épaules comme si elle s’en fichait. Menteuse… Je souris en me relevant et me glissant dans son dos.


Mais avant tout on va s’occuper un peu de ton dos demoiselle.

Elle se crispa tant et si bien qu’elle dut se faire plus mal encore. Je posais doucement mes mains sur ses épaules, parlant tout bas, lui disant que je ne lui ferais jamais de mal, aucun, que ça me rendrait bien trop malheureux de lui causer une quelconque douleur, que je voulais juste la soulager un peu, remettre ses os déplacés en place, la soulager d’un massage. Elle avait l’air encore plus surprise, apeurée peut-être. Pourquoi ? Pourquoi son dos ? J’avais bien compris qu’on l’avait frappée… J’avais compris que des hommes l’avaient brutalisée. Je n’avais pas envie d’entendre ces mots qui me le diraient clairement mais j’étais aussi prêt à les entendre si elle voulait les prononcer. Mais elle n’avait pas confiance en moi. Je la comprenais. Moi-même je n’avais pas confiance en moi, je ne pouvais pas lui en vouloir. Je m’excusais évidemment, lui promettant de revenir vite, la laissant réfléchir pour aller me battre à mon tour, lui disant aussi de ne pas bouger, il n’y avait rien à voir après tout. Mes pauvres adversaires avaient volé sans que j’ai eu besoin d’utiliser ni ma force ni mes instincts de dragon. Ce n’étaient pas des guerriers, aucun d’entre eux. Je vins la retrouver alors que tout le monde faisait une petite pause pour boire et manger, lui rapportant des biscuits et un verre de jus en souriant.

Pourtant il y avait eu à voir et évidemment elle s'était levée pour le regarder, même en retrait, même à distante, discrète. Tristan était un guerrier, un homme entrainé au combat et à gagner. Ce petit jeu n'était même pas l'ombre d'un échauffement. Car la plupart étaient déjà fatigués et même si lui l'était, ce petit instant de tentation avec la jeune femme lui avait redonné une énergie de titan. Bon peut-être pas sur le long terme mais elle était sacrément dynamisante !
Les hommes frimaient, se mettant torse nu en jouant des biscottos, frimant devant les femmes. Tristan avait haussé un sourcil surpris. Il avait failli ne pas les imiter. Mais les demoiselles chantaient trop son nom, l'encourageant et puis les petits cons en face avaient dit qu'il avait la trouille et qu'il devait avoir du bide. Bah bien sûr... Vu ses tuniques serrées c'était vraiment stupide. Mais s'armant d'un sourire ravageur, de son comportement de perfection et de contrôle, le jeune homme avait ôté avec une lenteur calculée sa tunique. Et là les petits cons avaient moins fait les malins, car même les plus musclés avaient eu l'air de petite crevette hypotoniques à côté. Torse sculpté, stries profondes marquant les contours de ses muscles il avait des abdominaux qui auraient fait verdir de jalousie une tablette de chocolat et le V de ses hanches était si prononcé, si sec qu'il ressemblait carrément à une énorme flèche pointant tout droit sur le chemin de l'entrejambe du jeune homme. Il portait son pantalon sacrément bas quand même. Apparemment c'était une manie militaire de porter des tenues près du corps qui mettaient en avant leur musculature. L'air de rien il étira ses bras au dessus de lui, faisant jouer ses impressionnants biceps et triceps et ses épaules si puissantes qu'il semblait pouvoir soutenir le poids du monde. En même temps il était très grand, il pouvait en avoir de l'envergure avec autant de cm de base !
Les filles étaient devenues curieusement hystériques et il avait vite compris que ça n'allait pas arranger son affaire de collage avec les femmes en chaleur. Mais il s'en fichait bien après tout. Il n'y en avait qu'une qui avait toute son attention pour le moment.

La vue de ses muscles avait calmé les plus téméraires mais ça ne les avait pas empêché de tenter de le battre. Grossière erreur. Si Tristan maitrisa parfaitement chacun de ses coups, ne cherchant à faire de mal à personne alors qu'il l'aurait pu et sembla un instant tenté en voyant les quatre gaillards qui avaient agressé Cassidy bien plus tôt, ce n'était pas le cas des autres qui attaquaient comme des bourrins. Le jeune homme était également passé en premier, vote de la part de ces demoiselles qui voulaient le voir combattre le plus possible. Hum trop de jolis muscles en action. Il était décoiffé par contre, sacrément décoiffé. A cause des doigts qu'elle avait passé dans ses cheveux, des mèches flamboyantes plus courtes lui retombaient un peu sur les yeux, ça lui donnait un air moins cadré, moins perfectionniste, plus sauvage... plus insoumis. Gagner n'était qu'une étape qui n'avait rien de très exigeant et de toute manière il aurait été hors de question de perdre après tout le mal qu'elle, elle s'était donné.
Il remporta sans mal ses différents tournois même si une étrange fatigue commença à le gagner lentement. Tiens... Il était fatigué finalement. Pourtant auprès d'elle il n'en avait pas eu le moins du monde l'impression, étrange...

Vainqueur, il était allé rejoindre Cassidy mais c'était fou de voir combien de demoiselles étaient devenues brusquement maladroites, venant glisser leurs mains pour se rattraper contre le jeune homme, surtout contre son torse même si une main d'une rebelle s'aventura plus bas. Il se dégagea et alla donc la rejoindre, sa tunique sur l'épaule avec un petit en cas pour elle, une assiette avec des petits sandwichs également. D'ailleurs il en avait enfourné par moins de sept avant de venir la rejoindre, peinant à mâcher, plus drôle qu'autre chose. Il sourit, remit sa tunique, en prenant tout son temps pour le faire près d'elle.

A force de douceur et d’insistance parce que je pouvais être franchement gonflant quand j’avais une idée en tête, elle m’avait laissé la toucher. J’avais glissé les mains sous sa tunique mais je ne l’avais pas soulevée, je lui avais dit que je ne regarderais pas si elle ne le souhaitait pas, que je la respectais et ferais ce qu’elle souhaiterait. Je l’avais ressentie encore plus surprise, surprise peut-être d’avoir un tel pouvoir sur moi, que je m’occupe tant d’elle. Ce n’était pas parce que j’étais un Cheistam. Ce n’était pas parce que j’étais commandant. Ce n’était pas parce que j’étais un sage et gentil garçon. Chacun des mots que je prononçais était d’une profonde honnêteté. C’était pour elle. C’était… effrayant pour moi.

Je manipulais doucement ses os sous sa tunique que comme promis je ne soulevais pas plus que nécessaire. Je remis deux de ses côtes en place et une de ses vertèbres, réalignais aussi légèrement son bassin même si ceci ne datait pas de l’attaque si lâche de son adversaire. Elle semblait surprise par ma compétence et j’arguais, moqueur, qu’à force de déboiter les os de mes camarades d’entrainement j’avais bien dû apprendre à les remettre en place, faisant moult grimaces. Elle sourit, un peu. Elle était belle.
Mais je n’en avais pas fini et je voulais la masser. Je n’eus néanmoins que peu de temps à lui consacrer, la sentant se détendre pourtant si vite sous mes doigts. Elle en avait bien besoin, ses muscles étaient extrêmement tendus, encore plus avec les déboitements qu’elle avait eus. J’aurais pu y passer du temps, vraiment du temps sur son dos malmené. J’y passais du temps en fait, mais je ne m’en rendis pas vraiment compte.

Parce qu’il se faisait trop attentif, peut-être trop gentil, collant un peu trop bien à son image de Messire Parfait, Tristan commença à rendre son massage beaucoup moins… innocent, caressant un plus sa peau qu’il ne la massait. Il évita évidemment autant que faire se peut sa cicatrice ronde étrange mais ses doigts commencèrent à glisser lentement sur sa peau, tentateurs. Apparemment il n’avait pas fini de la torturer. Elle était restée assise, lui tournant le dos, à califourchon sur le banc, lui aussi. Il glissa discrètement les mains sur son ventre. Alors que tout le monde pouvait les voir, alors que tout le monde pouvait les entendre, remontant une main jusqu’à sa brassière, l’autre tentant, pas le moins du monde discrète, de passer l’élastique de son pantalon.

Tu sais que tu étais terriblement excitante tout à l’heure ? Ton corps est un vrai temple Cassy… Un temple sublime qu’il me plait vraiment d’explorer. J’ai été un vilain garçon de t’abandonner… si proche… encore plus tout à l’heure. Mais promis, je ne le ferai plus… Je veux entendre à quel point ta jolie voix peut monter dans les décibels, si sexy et sensuelle demoiselle… Tu me fais un sacré effet tout de même…

Sincérité et provocation… Curieux mélange de tentation. Il parlait et pas qu'un peu... Il parlait beaucoup pour elle, devant elle...
L’organisateur les appela, sonnant le rassemblement alors que le jeune homme qui avait fini par coller ses lèvres contre la nuque de la jeune femme se reculait en grognant. Il la fixa avec un sourire alors qu’elle le fusillait du regard, le défiant de recommencer, ce qui semblait d’autant plus le tenter, passant comme si de rien était à côté de lui alors qu’il aurait juré avoir vu un sourire au coin de ses lèvres…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 13 Fév - 16:19

Elle ne voulait pas lui faire du mal. Pas comme ça. Pas en le faisant souffrir. Bon bien sûr, elle pensait forcément au fait de leur « séparation » ou plutôt le retour dans leurs domiciles respectifs. Elle ne savait pas si il en souffrirait. Mais pour l’instant ils jouaient ensemble, se cherchaient, s’échappaient. Sauf que le voir si impuissant, si vulnérable avait un peu adouci le cœur de la demoiselle. Ce n’était pas de la pitié, loin de là. Elle s’était clairement inquiétée pour lui. Qu’il ait une attaque ou un truc comme ça. Elle savait à quel point ça pouvait être déstabilisant. A ce moment, elle ne pensait ni à sa provocation, ni au fait qu’elle ne pourrait pas coucher avec lui et que c’était bien dommage qu’un aussi bel et intéressant Drakkari soit à terre. Non, elle pensait juste à lui, comme si c’était une personne importante à ses yeux.

Il se rétablit finalement très vite et l’entraîna dans le jeu. Elle aussi chercha à s’intéresser un peu plus à cette chasse aux trésors. Mais cette dernière était bien plus spéciale pour eux d’eux. C’était spécial oui. C’était autre chose. Ils cherchaient les indices mais se cherchaient aussi. Lorsqu’elle avait vu le parchemin sur une branche, la demoiselle avait voulu monter par ses propres moyens. Mais il était derrière et l’attrapa avec douceur pour l’aider. Oui bon c’était gentil. Il jouait toujours à l’homme galant ? Elle aurait très bien pu lui dire qu’elle savait se débrouiller seule. Cependant, l’instinct de la jeune femme lui disait qu’il n’y avait pas que le gentleman qui parlait et ne se forçait pas à faire les choses. Elle l’ignora et fronça les sourcils en lisant avec beaucoup de sérieux les phrases laissées à l’encre noire sur le parchemin.

Sauf qu’elle ne le vit pas venir quand il mordilla son oreille, ce qui lui déclencha un courant électrique. Elle sursauta, mais pas en mal.

*Rhoooo mais c’est qu’il fait exprès le coquin ! Tu perds rien pour attendre !*

Elle le regardait un instant alors qu’il la félicitait en faisant une révérence. Puis la seconde d’après, il la vouvoyait en lui demandant de passer devant. En temps normal elle l’aurait certainement envoyé paître. Mais elle sentait au fond de sa voix qu’il y avait plus de sincérité que d’habitude. Il n’avait pas l’air de se forcer ni d’être parfait en jouant en rôle. C’était un peu plus lui là. Il souriait. En fait elle aimait bien son sourire, il était craquant. Mais ce n’était pas le genre de sourire parfait qu’il avait pendu sur les lèvres quand il était arrivé. C’était bien autre chose. Observatrice, elle en reconnaissait la nuance. Il avait l’air de se comporter un peu différemment avec elle et ce n’était pas pour lui déplaire.

Cassidy grogna puis avança. Oh elle se doutait bien qu’il lui reluquait le derrière mais… elle savait au fond d’elle qu’il ne ferait jamais rien de méchant à son encontre. Elle pouvait bien le laisser profiter un peu. Même si elle ne comprenait pas l’intérêt des hommes d’être intéressés par ce fessier. Elle était loin d’être une femme à la carrure athlétique, sportive. Certes elle courait beaucoup, avait une endurance développée au fil des années. Mais… il y avait des choses qui changeaient.

Tristan lui avait déclaré un peu avant qu’il faisait des cartes pour son bataillon. Une fois encore il la rappela à la réalité. Dans quelques jours il partirait et elle ne le verrait plus. Cela lui fit une petite boule au ventre mais elle secoua rapidement la tête. Autant profiter du moment présent. D’ailleurs elle en avait profité pour le contredire sur certains points. Certes, Cassidy se baladait beaucoup. En plus d’être une bonne coureuse, c’était une bonne marcheuse. Elle n’était pas si indifférente que ça au monde qui l’entourait et ne trouvait sa libération que dans le silence et la nature. Et puis il était hors de question de le laisser faire le travail tout seul.

Elle s’était vengée en lui mordillant la nuque. Le sentant se crisper devant elle, la demoiselle fit un sourire victorieux. Mais elle ne restait jamais très longtemps proche de lui, s’écartant aussi vite qu’elle s’était approchée. D’ailleurs, la demoiselle avait bien peur de ressembler aux autres greluches qui ne cessaient de lui minauder des choses explicites près de lui, ne se gênant pas pour le tripoter. Elle ne voulait pas ressembler à elles. Car Cassidy ne voulait pas être définie comme une fille gnan gnan qui bavait devant un beau mec en perdant tous ses moyens.

Il posa alors ses mains sur sa poitrine. Encore un petit geste qui les excitaient encore plus. Elle avait senti la pression un peu plus forte mais il se maîtrisait à merveille. C’était terriblement excitant. Puis lui avait caressé les fesses d’un léger frôlement de la main. Ils continuaient de courir un peu partout à la recherche des indices. Pour une fois Cassidy s’amusait. Non elle s’amusait réellement. Mais ce qui important ce n’était pas l’amusement en lui-même, car elle avait certaines activités qu’elle affectionnait particulièrement comme le surf sur neige. Mais juste qu’elle s’amusait avec quelqu’un. Comme des enfants mais avec des actions plus adultes. Elle aimait ça, elle se sentait mieux, plus apaisée et calme près de lui. Enfin calme… tout dépendait des moments. Mais c’était un sentiment inconnu pour elle. Oh oui bien sûr pour Jilian elle éprouvait un profond respect. Elle était reconnaissante qu’il s’occupe d’elle, alors qu’elle n’avait cessé de le repousser. Combien de temps ? Un bon mois ? Alors que Tristan… Trois jours… Trois minuscules jours…

Cependant, elle pensa à une chose horrible. Une fois que le garçon se serait lassé d’elle, il partirait non ? Elle n’aurait plus d’intérêt à ses yeux et irait voir ailleurs. Tous les mecs faisaient ça après tout ! Des hommes, elle avait couché avec pas mal. Enfin… ses critères de sélection étaient quand même exigeants. Mais à chaque fois qu’ils avaient ce qu’ils demandaient, ils partaient. Elle n’était qu’un objet de désir, de satisfaction personnelle, rien de plus. Alors oui pour l’instant ils se tentaient, se repoussaient, s’excitaient. Mais jusqu’à quand ? Et ça lui faisait vraiment peur… Enfin elle ne comprenait pas pourquoi d’ailleurs. Il vivait sa vie, elle faisait la sienne. Pourquoi craindre son départ ? Ce n’était que physique entre eux… Ou pas qu’eux. Si c’était VRAIMENT physique, elle l’aurait chauffé dès son arrivée. Dès le premier jour. Elle aurait fait son petit jeu de séduction. Sauf que là, elle ne jouait pas. Enfin si ! Mais c’était différent… très différent. Et elle ne savait pas comment mettre un mot sur ses émotions.

Elle était très intéressée par le dernier indice. Sauf que lui avait d’autres idées en tête. Il l’attira à lui en parlant de la grange. Elle n’était pas bête et savait très bien ce qu’il comptait faire. Mais c’était amusant. Elle rentra dans son jeu, répondant avec ardeur à son baiser en mettant l’indice dans sa poche avant de se pendre à lui. Il referma la porte derrière eux. Cassidy se fit taquine, résista un peu. Elle voulait voir un peu comment il allait faire. Sauf qu’il ne lui fit aucun mal, il ne l’avait pas agrippé avec violence. Il était… sur la même longueur d’onde qu’elle.

Et le jeune homme savait s’y prendre. Baisers vertigineux, douces caresses… la température montait. Elle était aussi impatiente que patiente. Leurs simples échauffements sur le parcours des indices l’avait complètement rendue folle même si elle ne le montrait pas. Elle voulait se venger autant que lui. D’un regard, d’un mordillement bien placé dans la nuque, s’amusant à passer ses mains fraîches sous sa tunique. Il sentait bon aussi. Son cœur battait fort, elle ne voulait pas résister trop longtemps. Elle voulait qu’il lui donne du plaisir, qu’elle lui en donne en retour… et qu’il se fonde en elle. Plusieurs fois… toute la nuit… Elle se sentait tenir toute une nuit voire plus. Une journée de festivités ! A tester tous les coins et recoins, les positions les plus acrobatiques. Elle voulait jouir sous toutes les manières différentes. Elle voulait le combler, se faire combler. Il lui faisait tant de bien. Elle n’avait jamais ressenti ça pour un autre homme. Ca lui faisait peur…Et elle ignorait qu’il était aussi sensible aux émotions.

La demoiselle haletait, se crispait à sa chemise avant qu’il la déshabille. Elle se laissa faire sans broncher, s’abandonnant, avec un peu de résistance, à lui. Il était doux, prenait son temps. A aucun moment il ne montra un signe d’impatience. Il l’apprivoisait petit à petit. Elle se laissait faire et les légères crispations se détendaient au fur et à mesure de ses caresses. Elle pensait lui appartenir, à lui rien qu’à lui. Et si c’était ça le sexe, alors il était un dieu vivant sur cette terre !

Elle se détendait. Il l’avait allongé sur la paille et elle l’attrapa pour qu’il se colle à lui, corps contre corps, peau contre peau. C’était agréable, vraiment. Elle sentit la bosse au niveau de son entrejambe et eut un sourire. En même temps, vu comment ils se chauffaient respectivement, que cela reste à la taille d’un asticot était loin d’être envisageable… Elle souriait et le laissait faire. Il était doué de ses mains. On peut penser qu’un guerrier n’est bon que pour la violence… taper, mais ce n’était pas vrai, pas avec lui. Il avait cette douceur, cette patience. Elle le laissait faire et ouvrit un peu plus sa porte, son cœur. En même temps, elle ne faisait pas exprès ! Il avait un énorme pouvoir sur elle. Il la comblait mais en même temps elle en réclamait. C’était une lente ascension mais tellement bon. Prononçant son surnom… juste comme ça… juste naturellement… pourquoi lui ? Pourquoi elle n’avait pas prononcé un autre prénom ? Parce que sur le coup… elle ne pensait qu’à lui.

Mouillant bien en bas, c’était intenable. Très intenable. Cette fois elle allait vraiment jouir. C’était plus intense que tout à l’heure. Elle se sentait prête, prête à jouir et allait plus loin. Sa respiration était de plus en plus saccadé, son corps était en sueur. Par les dieux qu’elle aimait ce qu’il faisait ! Qu’il ne s’arrête jamais. Et pourtant, le retour à la réalité fut brutal. Après que le propriétaire soit passé, Tristan était sorti très vite. Encore une fois ils reprenaient leurs esprits. Etait-ce bien ou mal ? Elle avait remis ses vêtements, songeuse. Frustrée, certainement. Boudeuse, encore plus ! Mais perturbée, oui surtout. Deuxième fois qu’ils se chauffaient jusqu’à l’extase.. Et ça devenait bien plus dur de lui résister.

Elle perdait les pédales quand il la caressait mais elle réclamait. Sans savoir exactement ce qu’il pensait lui. Bon d’accord, il la regardait différemment des autres hommes. Il y avait ce respect, cet air de défi et cette douceur. Ca n’avait rien à voir avec son masque. Non il était vraiment… heureux. Enfin c’est ce qu’elle pensait. Il aimait faire ça, et ses partenaires devaient avoir bien de la chance d’être aussi bien traitées. Mais elle n’était qu’une parmi tant d’autres, un prénom qui se perdrait dans la masse. Il en trouverait d’autres, des moins craintives ou des défis à relever… Elle serait perdue au milieu de cette foule. Deux secondes ! Depuis quand elle se souciait de l’après ? Depuis quand elle s’intéressait autant aux conquêtes futures d’un homme ? Jalousie ? Peur de ne pas être unique ? La meilleure ? Elle s’en fichait pourtant !

Cassidy soupira, restant bêtement dans la grange tout en frottant le sol de son pied. Bon, bouder, faire comme si de rien n’était… C’était la meilleure chose à faire après tout.

Elle l’ignora un peu et semblait plus distante. Enfin… dans le sens frustrée et ayant du mal à mettre des mots sur ses émotions. Après tout, Cassidy était perdu. Ils terminèrent le jeu qu’ils avaient gagné haut la main. Le nouveau jeu avait débuté. Elle s’était éloignée de Tristan car toutes les filles étaient appelées au centre de « l’arène ». Cassidy ne faisait pas attention. Trop troublée, encore songeuse et perdue. Elle repensait aux doigts experts de Tristan, ses caresses qui la faisaient tant frissonner, sa douceur et patience… Elle essayait de se remémorer les sensations qu’elle avait éprouvé.

Mais on l’interrompit. Le choc fut terrible pour son dos. Mais à aucun moment elle ne se mit à gémir, ne voulant pas offrir ne serait-ce qu’une once de plaisir malintentionné à son agresseur. Sa tête tournait un peu, elle était réellement sonnée. Respirant la poussière au sol, elle ne bougeait pas. Ca fatigue aussi ce qu’il lui faisait ! La laisser deux fois au bord de l’orgasme… Enfin elle ne lui en voulait pas. Sonnée, elle reconnut les bottes de Tristan. Mais qu’est ce qu’il faisait ? Ah oui normal… injustice, frapper une femme à terre, tout le blabla Cheistam, un truc comme ça sûrement. Il ne pouvait pas rester indifférent et peu importe la demoiselle il serait intervenu. Mais elle ne savait pas… elle ne savait pas qu’il était en rage… et elle ne savait pas que c’était spécialement lié à elle… que ça n’avait rien à voir avec son poste, son grade… que c’était juste pour elle. Mais ça elle ne pouvait pas s’en douter bien sûr.

Cassidy sentit qu’il l’aidait à se redresser, la porta avant de l’asseoir sur un banc. Sa vision était encore un peu trouble. Elle l’entendit doucement l’appeler, son prénom. Sentir la caresse sur ses joues. Elle cligna un instant des yeux, sa vision toujours floutée. Mais le visage de Tristan devant elle se fit de plus en plus clair. Il n’avait clairement pas son sourire parfait sur le visage, son attitude si correcte devant tout le monde. Il était différent. Lorsqu’il ouvrit la bouche, elle s’attendait à ce qu’il dise un truc à propos de l’autre, qu’il était désolé ou quelque chose comme ça. Tout mais certainement pas cette phrase de défi. La demoiselle écarquilla les yeux en le regardant. Il voulait… qu’elle gagne. Mais elle n’avait aucune chance ! Mais son intérêt pour elle, la sincérité de ses paroles, lui redonna la force et l’énergie nécessaire dont elle avait besoin.

Si elle était dans son état normal, elle aurait certainement demandé une récompense… après le tournoi. Mais elle se contenta de lui presser doucement le bras, voulut murmurer un merci, sans savoir vraiment pourquoi, mais les mots ne sortirent pas de sa gorge. Elle se plaça sur la piste. Levant les yeux au ciel, qui était d’un bleu azur. Dégagé, très beau.. un temps idéal pour se promener… Elle avait la volonté, elle avait l’énergie… mais elle ne savait pas se battre. De l’aide… juste un peu d’aide. Un flash dans sa tête. Elle bloqua le coup. Oui elle pouvait gagner… elle devait gagner ! Sérieuse, concentrée sur sa tâche, elle ne laissa aucun coup l’atteindre. En même temps c’était facile. Ses adversaires n’étaient pas taillées pour le combat. La plupart des filles de son village n’avaient pas choisi le métier de guerrière ou un truc physique. Personne n’était mage non plus. Il fallait aussi faire attention aux dons des unes et des autres. Si la plupart ne servaient à rien, certaines avec peut être quelques cartes dans leur manche.

Mais Cassidy les écarta toutes. Vaillante, courageuse. Elle aurait pu leur faire mal en enfonçant la pointe du bâton émoussé, leur coupant le souffle. Mais elle ne le fit pas. Parce que ça serait encore pire… et on chercherait certainement à se venger d’elle. Et puis, elle entendit sa voix… identifiable au milieu des autres. Ce n’était pas de la politesse, ce n’était pas du respect… ce n’était pas de la pitié. Juste un élan de sincérité. Juste lui… Elle se mit à sourire. Cela agaça sa rivale qui chargea. Mais elle bloqua et la mit hors jeu rapidement. Tristan lui donnait de l’énergie, la force de se battre. Elle était plus sûr dans ses blocages même si son dos lui faisait mal. Elle se donnait un peu plus à fond. Elle aimait quand il la regardait. Cette victoire elle voulait lui offrir…

Et puis la géante. Le combat était mal parti. Celle là savait se battre. Elle l’éjecta si rapidement à terre avec sa force. Et même avec toute la bonne volonté du monde, Cassidy n’était pas si spéciale que ça. Elle ne maîtrisait pas la magie. Elle ne savait pas se battre. Mais elle entendit la voix de Tristan, plus puissante, comme pour l’encourager. Elle vit le bout du bâton qui s’approchait d’elle. Dans un rugissement, elle avait frappé celui-ci en diagonale avec le sien en y mettant toute sa force. Coup payant car cela la déstabilisa. Elle gagna… presque à la loyale.

Lorsqu’elle alla se poser sur le banc, elle ne vit pas tout de suite Tristan, les yeux en l’air et pensait que c’était l’examinateur. Elle se contenta d’une voix blasée. Pas besoin de lui offrir quoi que ce soit. Mais quand elle entendit la voix de Tristan, cette dernière sursauta et son regard se porta tout de suite vers lui. Elle semblait bien de le voir en face d’elle. Bizarrement il était rassurant. Elle vit son regard fier, c’était peut être la plus belle des récompenses à ses yeux. Il parlait de récompense qui lui plairait. Tout en rajoutant que si elle en voulait pas. Heuuuu non ! Enfin si ! Enfin non ! Enfin siiii ! Enfin tout dépendait du type de récompense hein aussi… Une boîte aux chocolat ou… bref égarement.

Il avait répliqué, n’oubliant pas sa phrase quand elle avait dit qu’elle n’en valait pas la peine. Il était si sérieux à ce moment là. Et encore une fois une phrase provocante. Décidément cet homme ne s’arrêtait jamais ! Elle le défia du regard. Etait-ce une invitation ? Elle n’entendit même pas les filles autour d’eux, trop concentrée sur les mots de Tristan, peut être réfléchissant à la prochaine réplique à lui lancer. Mais elle n’en eut pas le temps. Car le jeune homme s’était approché si vivement de son visage avec un compliment.

Il l’embrassa. Elle ne comprit pas. Autant hier on pouvait croire qu’elle était bourrée et pas vraiment consciente. Autant aujourd’hui tout le monde voyait bien qu’elle n’était pas si inconsciente que ça. Elle mordilla sa lèvre, ne comprenant pas ce qui lui prenait, surtout que tout le monde les regardaient. Ces histoires allaient se répandre…. Surtout quand Jilian arriverait ! Bon elle était plutôt confiante là-dessus et ceux qui tenteraient de le prévenir seraient surpris de sa réaction mais… Confuse, c’est ce qu’elle était.

Il parla tout bas, lui disant que sa récompense viendrait, que cette fois il irait jusqu’au bout. Un avertissement, le fait qu’il n’allait pas en rester là. Logique… Il avait sûrement envie d’avoir une victoire sur elle. Mais il pourrait aussi bien être sadique et se contenter de ces frustrations. Elle se mit à rougir en détournant la tête puis en haussant les épaules. Faire comme si de rien n’était… faire comme si de rien n’était. Bon de toute manière ils n’allaient pas se retrouver dans un coin sombre sans que personne ne passe à côté. Il disait peu importe l’interruption. Elle imaginait bien ses parents ou Eve passer innocemment par là. Aaaaaaaaaaaah ! Ca serait un peu trop.. Secouant la tête, la demoiselle chercha à se changer les idées.

Il parla alors de son dos tout en s’écartant. Elle se crispa et le regarda avec peur. C’était une zone vraiment sensible pour elle. Jamais elle ne laissait personne s’approcher de son dos. Pas après tout ce qu’elle avait vécu. Elle entrecroisa ses doigts et avait des gestes nerveux, cherchant ses mots.

« Heu… c’est gentil mais c’est bon ! Je vais bien ! Y a rien ! Juste une petite douleur mais ça va passer ! Ca passe toujours… Pas la peine que tu t’en occupes… Enfin… »

Il insista, lui disant qu’il ne lui ferait aucun mal. Oui mais ce n’était pas ça le problème ! Ce n’était même pas une histoire de confiance ou pas ! C’était surtout… Enfin elle s’était jurée que plus personne ne verrait ou ne toucherait cette partie vulnérable, plus personne ne la prendrait en traitre par derrière. Elle hésitait. Il n’insista pas longtemps et s’excusa pour participer à son jeu. Elle le regarda partir, songeuse. Certes il avait prouvé maintes et maintes fois qu’il n’avait jamais cherché à lui faire du mal mais ça… c’était son passé… c’était une erreur… une honte. Personne ne devait voir… personne ne devait voir à quel point elle avait été fragile, vulnérable. Si naïve. Elle ferma les yeux. Un flash dans sa tête, les coups de fouet qui raisonnaient à ses oreilles. Ses hurlements de douleur… Les rires gras et moqueurs des hommes… Elle grimaça et secoua la tête. C’était du passé… juste du passé. Mais qui continuait de la hanter chaque jour, chaque nuit. Tristan lui avait fait oublié. A force de se chercher, de se chauffer, de se chamailler elle avait complètement oublié ses démons du passé. Elle profitait de l’instant présent. Il ne le savait pas mais… il l’aidait, l’apaisait… inconsciemment.

Elle se releva pour aller voir. Les hommes, si fiers d’eux, se mettaient torse nu pour se battre. Tristan avait hésité l’espace d’un instant puis il avait dévoilé aussi sa carrure imposante, suite aux provocations des autres. Les femmes étaient complètement folles et ne se gênaient pas pour faire des réflexions sur le physique du beau jeune homme. Cassidy avait juste esquissé un petit sourire avec fierté.

*Ca c’est bien mon homme !*

Son sourire se décomposa. Elle se revoyait dire ses mots. Mais il n’était pas son homme… ni son copain… juste son partenaire d’un soir, l’amant d’une nuit. Juste ça… Et pourtant elle l’avait pensé avec tellement de facilité. C’était déconcertant. Elle le regarda se battre un moment. C’est vrai qu’il n’y avait rien de difficile pour lui. Mais mériter le titre de commandant ne se verrait certainement pas en mettant à terre quelques paysans… Ce n’était qu’un passe temps, même pas l’apéritif, juste un amuse-gueule. Elle ne doutait pas de ses capacités de combat, elle n’en avait jamais douté. Certes elle trouvait qu’il était parfait mais… c’était Tristan tout simplement.

Elle se perdit alors dans ses pensées. Les cris hystériques des femmes lui faisait mal à la tête. Elle retourna s’asseoir et se mit à réfléchir. Et si elle se dévoilait un peu plus ? Après tout… il n’était pas méchant et il avait prouvé à maintes reprises qu’il y avait plus que ce côté parfait. Qu’avec elle, il était plus sincère. Elle l’entendait… au son de sa voix. Ce qui était bien avec son ouïe développée, c’est qu’elle arrivait à saisir les minuscules nuances quand elle commençait à connaître la personne. Le mensonge, les cachotteries, la sincérité… Même le soupçon de colère dans une voix un peu trop sûre d’elle. Lui parler, lui montrer, se confier… Jamais elle n’avait ressenti le besoin de se confier. Elle portait sa croix toute seule. Petite fille rêveuse à la recherche de magie qui était tombée sur un monde bien plus froid et cruel que ce qu’elle imaginait. Peite fille qui pensait qu’un sourire viendrait à bout des plus récalcitrants et attirait toujours la sympathie… toujours. Petite fille qui n’avait même pas connu la douceur de la première fois… qui se fichait bien des hommes encore… et qui avait trouvé ça normal de se faire pénétrer avec aucune douceur, juste de la violence. On lui avait promis qu’elle aimerait ça… Ce n’était pas vrai… Elle n’avait pas aimé, elle avait détesté… Elle détestait son corps qui n’était qu’un vulgaire outil… Petite fille qui avait failli mourir trop tôt bien trop tôt…

Elle se rappelait aussi d’une chose qui l’avait marqué. Alors que personne ne voulait d’elle pour pratiquer la magie, elle avait imaginé le projet d’une école… une école où même les plus faibles seraient acceptés. Une école où chacun pourrait trouver sa voie… une école où la patience serait enseignée… Elle se rappelait avoir écrit des bouts et des bouts de cette école. Très cultivée quand elle était à Galaden, à force de lire des livres, elle pensait que le savoir ne devait pas être réservé qu’aux seuls élus. Qu’il pouvait y avoir des surprises aussi, des bonnes surprises. Et puis, l’annonce était tombée. Une école allait se monter… comme elle l’avait imaginé… Hysandra… Mais c’était une autre personne à sa tête. Rageuse, elle avait brûlé tous ses projets, ses papiers. Peut être un peu jalouse de s’être fait coiffé au poteau. Mais qui aurait aimé d’une fille sans aucune prédisposition à la tête de cette école ? Elle n’était rien dans ce monde. Pas célèbre, pas connue… Juste Cassidy… la ratée. Une looseuse.

Tristan était revenu près d’elle avec de quoi la nourrir. Elle lui en était reconnaissante et pris le verre de jus de fruit en le remerciant distraitement.

« Merci… »

Elle but un peu du mélange. Ca faisait du bien et lui rafraichissait la gorge.

« Je te féliciterais bien pour ta victoire mais je pense que le combat était fortement désavantagé. T’es trop fort pour te faire mettre à terre par des ptits morveux dans le genre… »

Cassidy rebut une gorgée de sa boisson. C’est vrai, ce n’était pas un véritable défi pour lui. Elle imaginait le voir à un vrai tournoi qui réunirait les meilleurs. Ca ca pourrait être intéressant… plus de suspens, plus de danger. Mais elle n’imaginait pas à quel point il avait des facilités lui aussi, grâce à ses capacités de dragon. Ce ne serait certainement pas un humain qui lui ferait peur.

Elle ne savait pas comment il réagit mais il s’intéressa de nouveau à son dos. Elle était en train de manger les petits sandwichs quand il tenta de la convaincre une nouvelle fois. Cassidy hésitait toujours. Mais elle n’était pas très bavarde et ne savait pas du tout comment lui expliquer les choses. Comment lui expliquer pourquoi ça avait autant d’importance pour elle. Alors, sans crier gare, elle le prit doucement par le poignet tout en le regardant dans les yeux avec sérieux.

« D’accord… je te laisse faire »

Elle se détourna de lui, lui présentant son dos. Rien de plus. Elle voulait lui dire à quel point c’était important pour elle, à quel point elle était fragile à cet endroit… A quel point c’était pas facile pour elle de se faire manipuler. Mais les mots ne venaient pas. Ce n’est pas qu’elle ne voulait pas lui parler. C’est juste qu’elle n’avait pas l’habitude et qu’elle n’y arrivait pas.

Elle posa ses mains sur le bois du banc et ferma doucement les yeux. Tristan l’avait averti, juste lui dire qu’il ne ferait rien qui la gênerait, qu’il ne regarderait pas si elle ne voulait pas. En fait, il la mettait au centre de ses décisions. Oui elle était surprise, parce que l’honneteté était tout à fait frappante dans le timbre de sa voix. Ce n’était pas le Cheistam qui parlait… ce n’était pas l’amant qui parlait… C’était juste lui. Ca la troubla encore plus. Elle hocha doucement la tête.

« Passe juste tes mains dessous, y a trop de monde ici pour que je… montre ça »

Juste une phrase. Il avait obéit. Elle se crispa un peu quand il passa avec douceur ses mains sur son dos, inspectant les nerfs, les os. Puis il déplaça quelques vertèbres. Elle sentit une petite douleur dans son dos mais ne témoigna d’aucun signe de malaise. Il savait exactement où chercher et comment déplacer. Lorsqu’il eut finit, elle tourna légèrement sa tête vers lui, surprise de sa compétence. Il déclara qu’il faisait ça souvent. Elle se mit à sourire, très légèrement. Reprenant sa position, la demoiselle réfléchissait.

Mais elle n’eut pas vraiment le temps de réfléchir davantage. Il avait replacé ses mains dans son dos. Cette fois elle ne s’était pas crispée, comme si elle était en confiance, comme si elle avait débloqué quelque chose. Elle lui avait offert un truc magnifique, pas sa virginité non. Mais u ndébut de confiance. Et ça… après 10 ans à courir partout, ce n’était pas facile à obtenir. Il la massa doucement. Elle ferma paresseusement les yeux. Ca aussi c’était bien… vraiment bien. Elle ne faisait même pas attention aux autres qui passaient à côté d’eux, aux filles jalouses… oui il était attentionné avec elle et n’importe qui aurait aimé être à sa place. Elle étouffa de justesse un petit gémissement. Jamais elle n’avait eu droit à des massages. Elle ne savait pas ce que c’était. Et c’était plutôt agréable. Elle manqua même de s’endormir tellement il était doué…

Et puis, il la réveilla. Ses mains se firent un peu plus baladeuses. Il les posa sur son ventre. Ce simple contact la fit frissonner. Mais le pire était quand une de ses mains se posa sur sa brassière et l’autre voulant passer le pantalon. Oui ils pouvaient attirer l’attention. Elle tenta tant bien que mal de contrôler les expressions de son visage, gardant les yeux fermés, les laisser ouverts pourrait la trahir. C’était excitant de se chauffer… encore plus que tout à l’heure. Car là tout le monde pouvait les voir. Un courant électrice la parcourut de haut en bas, même son échine était agitée de petites pressions pas désagréables.

*Espèce de gredin ! Tu vas me faire mouiller devant tout le monde ! Je me vengerais !*

Il parla alors tout bas à son oreille, lui faisant encore des compliments. Il prononça son surnom. Elle se sentit encore mieux. Venant de sa bouche c’était comme la plus jolie des caresses. Elle aimait bien… Elle lui faisait de l’effet… il le déclarait vraiment. Cela la rendit encore plus heureuse. Sauf que lorsque le gong sonna, et qu’il était occupé à déposer un baiser sur sa nuque, la demoiselle se releva. Elle le fixait avec défi, légèrement agacée qu’il la tente de la sorte, qu’il soit de plus en plus dangereux. Les mains sur les hanches, elle le fixa un instant.

*Oh mais essaie donc si tu le peux… *

Elle avait souri, un peu. Ils rejoignirent la foule. On leur expliqua que le prochain jeu était un parcours d’obstacles pour les filles. En effet, mettre les hommes n’était pas une bonne idée. Tristan était largement au dessus, il n’y aurait aucun suspens. Sauf que la course se déroulait, les yeux bandés. Les hommes devaient donc donner des instructions à leur partenaire pour qu’elles passent sans difficulté les différentes parties. Cassidy avait haussé les épaules et parla presque inconsciemment.

« Facile ça, je pourrais reconnaître et entendre ta voix même au milieu d’une foule en délire… »

Elle se mit à rougit en détournant la tête. Certes, il avait une voix qui portait mais elle avait aussi la chance d’avoir une ouïe qu’elle maîtrisait très bien. On passera la première fois où elle s’était rendue compte de cette particularité les maux de tête qu’elle avait eu quand quelqu’un criait près d’elle. Ainsi que les gémissements amplifiés des demoiselles dans les chambres d’à côté quand elle était à l’auberge. Mais au fil du temps, elle avait réussi à maîtriser cette capacité, réussissant à réduire certains sons.

La demoiselle se mit sur la ligne de départ. On lui mit un bandeau sur les yeux. Avec tout ce qu’il avait fait elle se sentait incroyablement bien et bourrée d’énergie. Son corps ne lui faisait plus mal, elle sentait qu’elle pouvait courir sans la moindre difficulté. Le coup d’envoi fut donné. Ecoutant les instructions de Tristan, elle s’élança sur la piste en courant, sans la moindre hésitation. Il balançait des instructions brèves, précises. Grimper, sauter, ramper… Escalier… Corde… A droite, à gauche… Elle était totalement en confiance et semblait bien moins maladroite que l’accoutumé. Pas une seule fois elle ne trébucha, pas une seule fois elle se cogna contre un poteau.

Et elle entendait sa voix, plus forte au milieu des autres. Elle tapa un poteau et fit demi tour. Il fallait retourner en arrière. Rien ne l’arrêtait. Aujourd’hui, Cassidy avait des ailes. Lorqu’il lui annonça l’arrivée, elle enleva son bandeau puis trop euphorique, lui sauta directement dans les bras.

« On a réussi ! »

Non jamais elle n’était comme ça. Les autres autour d’eux étaient abasourdis. Elle était pendu à son cou alors qu’il l’avait soulevé. Presque prise dans un élan pour l’embrasser instinctivement. Sauf qu’elle se rappela bien rapidement qu’ils étaient observés et son sourire se figea sur ses lèvres. Elle redescendit en lui tournant le dos et se raclant la gorge.

« Hem… C’était bien… »

Elle s’écarta de lui pour retourner manger quelques toasts en attendant la prochaine épreuve. Cassidy étonnait. De la petite looseuse elle semblait tout à fait différente. Jamais on ne lui aurait accordé une victoire mais là elle prouvait bien, aux yeux de tout le monde, que si elle avait un bon moteur alors elle pouvait accomplir des choses qui jusque là ne l’intéresseraient pas. Et pourtant la principale concernée ne s’en rendait même pas compte. Elle manqua de s’étouffer avec un biscuit quand Tristan la rejoignit. Elle ne savait pas quoi lui dire en fait. Se détournant un peu de lui, embarrassée. Il en profita pour mordiller son oreille, elle sursauta et le pointa du bout de son toast.

« Toi ! Oh toi ! Tu es… »

Elle le regardait la bouche grande ouverte, ne trouvant pas de mot pour le qualifier. C’est qu’il lui faisait perdre ses moyens le grand Drakkari !

Heureusement, elle n’eut pas le temps de riposter. L’organisateur expliqua alors la nouvelle épreuve. Il montra un parcours qui serait fait à cheval avec des obstacles autour du village. Obstacles, endroits spécifiques. On les rassura qu’ils ne pouvaient pas se perdre, que des balises avaient été placées tout le long du parcours. Il y avait aussi une partie où il fallait descendre et traverser un tunnel qui passait sous une colline. C’était un tunnel particulier. On ne l’empruntait qu’en barque puisque la rivière coulait à l’intérieur. Et des rumeurs disaient qu’elle était magique. La plupart des gens qui l’empruntaient ne voyaient rien mais pour d’autres, c’était comme si la magie apparaissait.

Cassidy ne disait rien. Elle avait croisé les bras et semblait plongée dans une profonde réflexion. Tristan ne comprit que quand elle vit le cheval. Ils s’étaient tous dirigés vers l’écurie pour préparer les montures. La jeune femme regarda la bête avec un mélange de crainte et d’inquiétude.

« C’est haut… »

Elle avait murmuré mais il avait entendu. Le jeune homme répliqua. Elle broncha en lui tournant le dos. Il comprit rapidement à son malaise qu’elle n’avait peut être jamais monté un cheval. Encore une fois, il se fit rassurant, disant qu’il la prendrait devant, comme ça elle ne risquerait rien. Mais elle regardait les autres partenaires. Pour certains, les femmes s’étaient placées à l’arrière et enlaçaient leur partenaire. Cela donna une idée à Cassidy. La voilà sa vengeance !

« Non je veux aller derrière ! »

Il fronça les sourcils, répliquant qu’elle serait mieux devant. Mais la petite demoiselle était têtue, trèèèès têtue. Elle n’en démordit pas. Il accepta finalement puis il la porta pour l’installer. Après tout, il était très grand. Le jeune homme vint s’installer devant. Elle en profita pour l’enlacer et coller sa tête contre son dos. Gniak ! Pauvre Tristan, tu vas souffriiiiiiiiiiiir !

On lança le coup d’envoi. Sauf que Tristan faisait avancer sa monture au pas. Il se doutait bien qu’elle n’avait jamais chevauché et qu’il ne fallait pas la brusquer tout de suite. Elle ne comprit pas pourquoi les autres allaient bien plus vite.

« Accélère ! On va jamais les rattraper comme ça »

Il lui demanda alors de s’accrocher. Elle se serra contre lui. Et là elle fit le voyage le plus horrible qui était ! Ca secouait dans tous les sens, elle sentait son bassin passer d’avant en arrière. Elle s’agrippait de toutes ses forces à lui. Elle ne pouvait pas garder sa tête contre son dos. Le trot n’était pas non plus l’allure la plus agréable et le galop… trop rapide. Cependant, elle était têtue et volontaire aussi. Elle utilisa ses muscles pour se tenir. Il repassa au pas pour passer un petit sentier étroit. Et là elle se mit à sourire. Ses mains se baladèrent sous sa tunique flottante. Elle passa ses doigts sur ses abdominaux, les faisant remonter légèrement. Parfois elle les faisait descendre bien plus bas, caressant la bosse qui se formait. Elle ne voyait pas sa tête. Mais à sentir la bosse qui prenait du volume, il n’était pas si indifférent que ça. Vengeaaaaaaaaance. Elle remonta ensutie ses mains le long de son ventre, caressant une nouvelle fois ses abdominaux, s’amusant beaucoup. Enlevant ses mains par moment pour le mettre en manque et recommencer quelques minutes plus tard. Elle ne voyait même pas qu’il déviait du parcours. Elle ne voyait pas qu’il allait dans la direction opposée aux balises. Trop occupée à le chauffer durant la route mais sans arrière pensée. Après tout, c’est elle qui avait le contrôle pour le moment. Et tant qu’il ne la chauffait pas, elle était moins excitée. Pourtant, toucher son torse, sa bosse, lui faisait de l’effet. Elle aurait voulu l’embrasser dans le cou mais il était trop grand. Fichue différence de taille !

Et puis, sans crier gare, il repassa au galop. Elle ne savait pas si c’était à cause d’elle qui le troublait ou si le cheval s’était emballé mais elle n’avait pas fait attention. Le lâchant, elle tomba dans un buisson. Grrrrr fichu cheval ! Heureusement c’était un buisson vraiment confortable, une variété qui poussait beaucoup dans la petite forêt dans laquelle ils se trouvaient. Heureusement car sinon il aurait du lui remettre le dos en place. Il s’approcha d’elle et descendit de cheval, pour voir si elle n’avait rien. Mais la demoiselle piqua un accès de colère, le teint rouge.

« Grrrrrrrrrr ! Fichu cheval ! Je préfère largement le voooooooooooooooyage en charrette ! »

Elle détourna la tête, troublée par ses mots. Soudain elle devint plus bavarde, se rendant compte de la bêtise qu’elle avait failli faire. Non rien à voir avec l’excitation là. Elle était préoccupée et ça l’énervait de voir à quel point elle était nulle… Et puis le jeu hein… Elle n’avait jamais éprouvé le besoin de monter à cheval. Et puis ces bêtes là étaient impressionnantes quand même. Avec leurs sabots qui pouvaient lui faire du mal.

Elle ignora Tristan et s’approcha de la monture.

« Comment on monte là-dessus ? Dis le cheval, tu peux pas te pencher légèrement en avant ? Ca serait plus simple… »

Comment faire ? Si compliqué… Prendre son élan et escalader ? Trouver un rocher ? Mais y a pas de rocher ! Sauter ? Non mais cette bestiole semblait débile… Elle regardait Cassidy et n’avait pas la moindre once d’intelligence. Peut être juste se courber un peu.

« Bon écoute s’il te plaît… Est-ce que tu peux te baisser un tout petit peu… je peux pas monter sinon… »

Le cheval broncha et baissa la tête pour brouter de l’herbe, laissant une Cassidy un peu énervée de ne pas être entendue. Pourtant elle lui avait demandé gentiment, doucement. Pourquoi ça ne marchait pas ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 14 Fév - 13:27

L’envie…
Le désir…
J’avais déjà désiré des femmes. J’avais déjà eu envie de demoiselles qui étaient prises, qui riaient au bras d’un autre, des demoiselles mariées, des demoiselles fiancées… L’adrénaline du défi, l’adrénaline du danger. Me perdre dans la douceur de leur chair, les faire frémir et gémir comme aucun autre, être surpris par leur compagnon, les abandonner à leur trahison. Mais je ne l’avais jamais fait.
Dante m’avait apporté beaucoup plus qu’il ne semblait le croire. Tout vrai dragon qu’il était, il m’avait poussé à penser par moi-même. A le cacher mais à penser par moi-même, à avoir des valeurs. Bon bien sûr les autres n’avaient pas tardé à m’apprendre également qu’il fallait se fondre dans la masse pour mieux contrôler les humanoïdes, pour mieux les influencer et faire régner un monde tel que nous l’entendions. Il y avait bien différents courants de pensées à ce sujet. Certains voulaient asseoir leur domination sur l’espèce humaine, la plus nombreuse de toutes les espèces de notre monde, la fécondité de leurs femmes y étant pour beaucoup, les diriger, les contrôler, leur apprendre de force qu’ils nous devaient le respect et suivre nos moindre prérogatives.
D’autres voyaient en l’espèce humaine de jeunes enfants en apprentissage, qui faisaient des erreurs mais étaient capables de tellement, de faire de si belles choses. Ils étaient très peu nombreux ceux-là et se focalisaient uniquement sur les quelques rares exceptions humaines alors qu’était ignorées toute leur folie guerrière et leur cruauté.
Et puis il y avait la majorité, qui voulaient les contrôler un peu, les diriger, de l’intérieur, mais sans leur montrer réellement qui nous étions. Très peu étaient les humains à savoir que parmi eux des dragons évoluaient. Très peu étaient les humains à savoir que les dragons avaient deux corps: le grand et puissant reptile et le si séduisant humanoïde. On nous voyait au mieux comme des créatures majestueuses et intelligentes, au pire comme de vulgaires reptiles bestiaux. Oui ils ignoraient que nous étions parmi eux. Guidant certaines décisions, influençant énormément. L’un des miens avait évité bien plus de guerres que personne ne s’en douterait jamais. Dans l’ombre les dragons tentaient de faire régner l’équilibre des mondes. Nous n’étions pas des dieux. Mais nous étions supérieurs aux humains, parce que nous en savions beaucoup plus qu’eux sur le monde. Parce que les rares à se soucier réellement du bien-être de notre éco-système et de l’entente entre espèces devaient se taire. Les humains n’avaient que si peu de sens développés. Sous-développés. Il ne sentait pas le monde. Il ne sentait pas la magie. Ils la pratiquaient néanmoins et pour ceci, oui, ils étaient exceptionnels, parvenant à une maitrise que personne n’avait jamais cru possible. Mais il ne sentait pas le monde, les mondes…

J’avais aussi mon rôle à jouer.
Commandant… Je n’avais eu ce titre si vite qu’en raison de mes extraordinaires compétences. Celles de tuer sans sourciller, de torturer sans dégoût, de suivre les ordres aveuglément, sans rien ressortir. Pour mon charisme. Pour mon obéissance. Pour mon physique aussi. Surtout. Enormément pour mon physique. Ma belle gueule, mon corps superbe que j’entretenais et qui avait droit à un contrôle quasi quotidien quand j’étais sur les camps. Parce qu’il y avait les dirigeants, des hommes et des femmes puissantes. Et si les hommes gouvernaient, acceptaient de financer les Cheistams, si les seigneurs mettaient hommes et moyens à notre disposition c’était parce qu’ils le décidaient. Si les hommes avaient l’égocentrisme, le narcissisme de croire qu’ils dirigeaient réellement ce n’était que mensonge, qu’illusion. C’étaient leurs femmes, leurs filles qui dirigeaient réellement, elles qui les influençaient. Et moi je devais séduire ces dames… Tout était dit.
J’obéissais. Mais en dehors des ordres je ne faisais pas ça… Inciter des femmes à tromper leur compagnon. Même quand j’avais envie de l’une d’elle. Il était si facile de prendre une autre et de s’en contenter. Elles étaient plus ou moins belles, plus ou moins à mon goût, plus ou moins de seins, de fesses… Mais ce n’était pas difficile de tourner les yeux et de choisir une autre victime. Non ce n’était pas difficile.

Sauf avec elle.

Je savais que ce que je faisais était mal. J’avais la notion du bien et du mal. Je ne sais trop d’où venait cette notion, persistance de mon enfance effacée ou acquisition de principes à cause de ma proximité avec quelques bonnes personnes ? Oui, je savais que c’était mal. Mais je n’arrivais pas à arrêter. J’essayais de m’éloigner, de ne pas la toucher, de ne pas la tenter mais mon corps réagissait au sien. Je n’avais jamais connu ça. Je ne comprenais pas. Normalement, même excité, je contrôlais mon corps, j’avais une maitrise dont peu pouvaient se gausser. Je pouvais ne pas bander. Enfin disons… pas trop trop. Ma bague aidait et penser à des choses sinistres me permettait d’éviter que tous les regards soient attirés sur mon entrejambe distendu. Mais avec elle… c’était juste impossible. Enfin je me maitrisais un peu heureusement. Mais si peu… Elle commençait à me frôler et je perdais pied. Même quand c’était moi qui la touchais ! Même quand c’était moi qui la tentais…

Je n’avais pas tenu longtemps avant de céder à l’appel de son corps et l’entrainer dans la grange. J’avais trouvé un apaisement inattendu dans la chaleur de son corps, l’exquise douceur de sa peau, ses frémissements, ses gémissements. J’en aurais pleuré… Tant je la trouvais belle, soupirante, gémissante, ses muscles fins se tendant de temps à autres, ses dents mordillant sa lèvre inférieure pour étouffer son plaisir, ses mains qui crissaient en serrant la paille, la cambrure de son dos quand un pic de plaisir surpassait les précédents, sa surprise aussi, elle semblait si surprise des réactions de son corps, cette surprise assourdie, étouffée par la merveilleuse moiteur de son corps. Délicieuse à tout point de vue. Le temps s’était suspendu. Je voulais tellement la combler. Tellement. Je ne me souviens pas avoir déjà autant eu envie d’une femme. Autant eu envie que tout soit parfait. Autant eu envie de lui plaire. Autant craint de ne pas en faire assez. Autant eu envie de m’oublier, totalement, pour ne penser qu’à elle, juste qu’à elle. Quand mon nom avait franchi ses lèvres… Je n’avais plus entendu les hululements des chouettes dehors, je n’avais plus entendu les légers cris du bois dans le vent, ni les voix quelque par beaucoup plus loin, de nos adversaires. Je n’avais plus vu qu’elle, elle et elle seule. Or mes sens de dragons étaient ainsi faits. Je devais pouvoir repérer la moindre variation de mon environnement. C’était instinctuel. Ca avait totalement disparu l’espace d’un instant. Juste pour un nom, juste avec cinq minuscules lettres…

Qu’elle boude m’avait aidé à réfléchir. Un peu du moins. Tout était différent. Et c’était étrange. Je ne comprenais pas vraiment. Nous sommes des êtres d’actions, des êtres physiques. Si les dragons sont très intelligents et manipulateurs, si moi-même j’avais des connaissances importantes sur le monde et la vie, nous ne perdons pas de temps en sentiments et cogitations comme les humains. Nous en sommes incapables. Plusieurs femmes m’ont déjà demandé si je les aimais. Je n’ai jamais vraiment compris ce mot. Sa signification. Nous ne sommes pas programmés pour cette chose futile. Et puis les définitions varient tellement. Nous désirons, nous prenons, nous repartons. Un jour j’allais devoir laisser un héritier quelque part, trouver une femme aux hanches larges qui pourrait accueillir dans son ventre ma progéniture. Nous devions tous le faire à un moment ou un autre. Ce n’était pas vraiment ma préoccupation pour l’heure, j’avais encore au moins un siècle devant moi avant d’y songer. Parfois ça ne marchait pas aussi… Le bébé mutait, non viable, mourrait… ou bien naissait totalement humain, juste un peu plus débrouillard que les autres. Etrange.

Elle était si réceptive. Plusieurs fois des vagues d’émotions me parvinrent. Qui n’étaient pas les miennes évidemment puisque je n’en avais pas. Des émotions que je ne comprenais pas, que je n’avais pas le temps de saisir. Il y avait le plaisir et ça…ça me dit du bien, vraiment… Il y avait la surprise et la peur aussi. L’envie… J’avais envie de lui dire de ne pas avoir peur. Que je ne lui ferais rien qu’elle ne souhaitait pas. Mais je n’en étais pas sûr moi-même. Le plaisir sur ses traits me retournait le ventre, ses gémissements me donnaient l’impression d’être… exactement à ma place.
Nous avions été interrompus… Encore…

J’avais peur de reprendre. J’avais peur de lui donner ce plaisir. Peur d’être incapable de me retenir, de la vouloir. De ne pas me rassasier… Et de la forcer à terme. C’était la première fois que j’avais peur de forcer une femme. Je pouvais toujours m’arrêter, même au bord de l’orgasme, toujours si je sentais qu’elle ne voulait plus, qu’elle avait peur ou qu’on pouvait nous surprendre. Mais avec elle, je n’en étais pas sûr… Jamais une femme ne m’avait attiré de la sorte. J’avais peur de ne pas être assez patient. J’avais peur de lui faire mal. Je sais que le corps d’une femme s’adapte toujours un minimum à son partenaire… Mais en la caressant, en faisant doucement glisser mes doigts en elle, en simultané que je la taquinais de ma langue,j’avais fait un constat alarmant. Elle était encore plus étroite que je ne pensais, et encore plus réceptive; plus sensible, réagissant à la moindre impulsion, la moindre pression, la moindre variation d’angle. Et ce n’étaient QUE mes doigts… Alors certes le plaisir n’en serait que grandiose, certes avec de la patience ça devrait bien se passer… mais… mais et si je lui faisais mal ? Non, jamais je n’avais craint de faire autant de mal à une femme. Jamais je n’avais eu aussi peur de ne pas satisfaire une femme. Pourquoi le simple fait de penser au mot « femme » m’ancrait son visage derrière les yeux, une image boudeuse, une image provocante, une image de son visage plein de luxure, le plus excitant, le plus beau de tous… ?



Pauvre demoiselle.
Il l’avait encore laissée seule dans une profonde frustration. Le jeune homme était frustré bien sûr, en particulier de ne pas avoir contenté la demoiselle. Mais infiniment moins qu’elle abandonnée sur les rives de l’orgasme.
Et puis elle avait été malmenée par une espèce de grosse vache jalouse. Tristan aurait pu la frapper. Mais il l’aurait tuée. Il l’aurait tuée pour agir ainsi. Pas seulement parce qu’elle avait attaquée Cassidy, mais parce qu’elle l’avait attaquée en traitre, dans le dos. Peut-être comprenait-il certains non-dits sans le savoir. Il avait senti les cicatrices sans les avoir vus. Elle avait été torturée. Et ça avait duré longtemps. Il ne voulait pas qu’on lui fasse du mal. C’était elle plus que n’importe qui. Il serait intervenu pour n’importe qui. Mais la colère n’aurait pas été là. La colère oui en fait. Mais pas la fureur, pas l’envie de tuer.
Il l’avait amenée à l’écart, l’observant, la défiant. Non, elle ne devait pas perdre contre cette conne. Elle avait été exceptionnelle…
Il l’avait rejointe, n’avait pas aimé sa manière de se rabaisser. Et il l’avait embrassée, devant tout le monde. Pour la féliciter. Pour rendre ces idiotes plus jalouses et qu’elles comprennent qu’elles n’étaient rien… rien pour lui. Parce qu’il en avait envie… Envie de sentir ses lèvres contre les siennes, de jouer avec sa langue. Elle avait un goût de sang. A cause des coups et quand elle s’était mordu. Il approfondit le baiser puis recula. Oui ça risquait de jaser. Et alors ?

Il alla se battre, gagner, le minimum après ce qu’elle avait fait, après le combat qu’elle avait mené et qui lui était serré. Parce que pour sa part le grand jeune homme ne rencontrait pas la moindre difficulté. Il crut l’apercevoir dans la foule mais n’en était pas sûr, se contenta juste de gagner. Avant de la rejoindre.
Il finit par la rejoindre et haussa un sourcil, un peu boudeur, un peu plus vrai…

C’est pas parce que c’était facile que je n’ai pas droit à une récompense ! C’est pas juste ! En plus je suis tout fatigué ! C’est épuisant de te regarder aussi… mh… excitante et excitée et de ne pas te contenter comme il se doit.

Il avait décidément décidé de la provoquer désormais. A la moindre occasion alors qu’il prenait un air de chien battu, soupirant comme s’il vivait un horrible calvaire alors qu’elle le vivait bien plus que lui justement !
Et puis elle laissa s’occuper de son dos. Elle semblait encore effrayée. Il lui sourit tendrement, se voulant rassurant, ne contrôlant pas du tout les muscles de son visage qui se contractaient pour lui donner une expression si douce et compréhensive. Il ne réfléchissait pas vraiment. Il commença à la toucher, avec beaucoup de douceur et prit tout son temps pour la manipuler, sans la stresser, sans la brusquer, effleurant sa peau du bout des doigts. Elle l’avait regardée d’une drôle de manière. Quand il avait justifié grossièrement cette compétence, ces connaissances qui le rendaient une fois de plus trop parfait elle avait fait un petit sourire crispé. Comme si justement elle le trouvait trop « bien » une fois de plus. Et il ne voulait pas lui donner cette image, vraiment pas. Alors il parla davantage, sans même réfléchir, juste l’envie de la faire sourire, peut-être rire alors qu’elle lui tournait le dos.

Ne trouve pas ça bien s’il te plait. Jusqu’ici ça m’a donné seulement l’occasion de tripoter des mecs musclés et luisants de sueur. Me permets-tu de ne trouver ça sympathique que depuis… maintenant ? Tripoter des garçons… berk…

Elle trembla légèrement… Il crut lui avoir fait mal et recula tout de suite ses mains, se penchant en avant pour voir son visage par dessus son épaule, ouvrant déjà la bouche.

Ah pardon je…

Elle se mordait la lèvre inférieure, fort, essayant de retenir le léger rire qui l’agitait. Euh… Elle riait…


Je m’étais figé, les yeux un peu écarquillés je crois. C’était la première fois que je la voyais rire. Même si c’était bref, même si elle le retenait. Elle sentit mon regard, mes cheveux qui frôlaient sa joue car elle se tourna légèrement vers moi, le regard éclairé alors qu’il était si morne d’ordinaire, sauf évidemment quand je la provoquais, quand je l’excitais… J’aimais bien quand il était moins morne, moins fermé, moins… lointain. Mais c’était la première fois que je le voyais vraiment ainsi. Elle était très proche de moi, ses lèvres frôlaient presque les miennes. Pourtant elle n’en semblait pas troublée. Parce qu’elle riait un peu… Elle riait. Elle me chuchota une phrase comme quoi elle m’imaginait trop bien tripoter tous ces muscles luisants, qu’elle imaginait bien que je devais prendre mon pied, beaucoup. Elle me provoquait évidemment. Sa répartie, parfaite, me surprit, me laissant sans voix. J’aurais dû être vexé, je ne le fus pas et je souris, bêtement. Je pris une voix de conspirateur en lui murmurant tout bas ma surprise qu’elle l’ait si bien deviné. Elle rit encore un peu, je reculais, ne disais rien de plus, je ne voulais surtout pas gâcher ce moment. Je ne comprenais pas pourquoi elle me l’avait offert. Ce sourire, ce rire et cette confiance en me laissant toucher son corps meurtri, mais je trouvais ça bien, je me sentais bien. J’avais un peu chaud, mais ce n’était pas un chaud difficile à supporter. C’était doux. C’était bon. De la toucher. Qu’elle soit si proche. J’avais envie d’elle. Mais je crois que je devais m’habituer à ça… J’espérais qu’une fois que nous coucherions ensemble, si elle me le permettait, ça s’arrêterait. C’était assez difficile à gérer de ne plus avoir de contrôle sur mon propre corps…

Ses os remis en place je m’intéressais à ses muscles, ses tendons. Je voulais la masser. C’était peut-être idiot. J’en avais envie. D’ordinaire ce n’était pas vraiment ce qui m’intéressait. En fait je n’y pensais pas vraiment. J’avais commencé à le faire, sans réfléchir. Si caresser sa peau était merveilleux, la presser avec plus de force, faire rouler sa peau, ses muscles sous mes doigts et mes paumes brûlantes était aussi… très agréable et un peu perturbant.


Elle réagissait beaucoup au massage également. Elle se détendait énormément et Tristan en était assez surpris. Il sourit, continuant, bien décidé à n’arrêter que lorsqu’elle le lui demanderait. Il avait envie de lui faire plaisir. Pas que sexuellement. Il ne connaissait pas vraiment ça… Enfin il savait le faire. Faire plaisir, faire sourire, galant, prévenant, attentionné, gentleman, mais ce n’était jamais sans arrière pensée, ce n’était jamais… honnête.
Son corps se mit lentement à peser contre ses mains et il vint se caler contre son dose, ses mains se mouvant encore doucement contre sa peau alors qu’elle avait basculé légèrement la tête contre son torse, les yeux clos. Il la trouva belle. Et parce que les jeux allaient reprendre, parce qu’il allait devoir la secouer il décida de la réveiller de la plus odieuse manière qui soit. Enfin odieuse mais douce… torture.
Sa main frôla sa poitrine, passant doucement d’un sein à l’autre en ne faisant qu’effleurer le tissu de sa brassière, l’autre se glissait dans son pantalon. Elle s’excitait chaque fois plus vite à ses contacts, chaque fois, comme si son corps se préparait pour lui. Cette drôle d’idée qui traversa le jeune homme lui tordit l’estomac de désir, charmé, séduit par cette pensée qu’elle était toute à lui… Enfin.. presque. Tant qu’on oubliait le petit copain. Mais il l’avait totalement oublié celui-là. Il avait envie qu’elle paie… Qu’elle paie d’être allé coucher avec un petit crétin incapable de la satisfaire alors que lui était là, tout près à satisfaire ses moindres désirs, ses fantasmes… Il mordilla son cou, elle gémit. Tout le monde pouvait les voir. C’était tellement excitant. Elle devait bien le sentir… A quel point lui aussi s’excitait. Il ne voulait plus bouger.

Mais on les fit bouger évidemment. Il se reprit vite. Elle avait l’air un peu en colère, pleine de défi ! Il la trouva belle…
Le parcours d’obstacle n’avait été qu’une formalité même s’il avait été surpris par ses propos. Il lui sourit, déclarant qu’il avait tout à fait confiance en elle, qu’il ferait aussi de son mieux et qu’il espérait que l’excitation ne la rendrait pas trop maladroite. Mais ça il l’avait dit très bas, juste pour elle. Elle lui avait donné une tape sur le torse, le foudroyant du regard. L’épreuve avait commencé et elle avait été épatante, de bout en bout. Elle était vraiment incroyable et avait tant subjugué certains par sa maitrise que beaucoup d’hommes avaient été scié, oubliant de donner des indications à leurs partenaires qui s’étaient pris plein d’obstacles… Les ordres étaient maladroits, mauvais.
Pas ceux du jeune homme, clairs, directs, comme s’il savait quoi lui dire. Elle réagissait aux moindres intonations de sa voix. Ils formaient une équipe surprenante, parfaitement complémentaire. Même quand elle revint vers lui il ne se trompa pas une seule fois puisqu’elle avançait en miroir du coup et que sa droite devenait sa gauche. Elle était époustouflante.
Elle lui avait sauté dans les bras en arrivant. Impulsivement et il avait aussitôt refermé ses bras sur elle, souriant. Mais elle s’écarta vite, trop vite. Il l’observa, la rejoignit, mordilla sa gorge et une de ses oreilles dans le même élan. Elle semblait destabilisée. Il sourit…

Navré que tu aies eu les yeux bandés. Tu as loupé des gamelles monumentales pour tes concurrentes… Douce vengeance…

Il s’approcha d’un pas, elle se détournait, elle semblait gênée…Ou plutôt de chercher la meilleure vengeance. Mais l’épreuve suivante commença et ils durent monter sur un cheval. Ca ca ne lui plaisait pas. Pourtant elle finit par obéir, insistant pour être derrière, il n’en comprit la raison que bien trop tard.


On était parti tranquillement mais elle avait voulu que j’accélère. Mauvaise idée, si elle avait été devant, j’aurais pu la tenir un minimum, mais là… Enfin il n’y avait pas besoin de se presser beaucoup. Nous avions beaucoup gagné et puis gagner en soit ne m’intéressait pas vraiment. L’étroitesse du chemin nous fit repasser au pas même si nous avancions vite tout de même. « Ca va ? » C’est ce que j’avais voulu lui demander, mais les mots étaient morts dans ma gorge quand j’avais senti l’étreinte de ses bras se relâcher et ses mains glisser doucement sur le tissu de ma tunique. Elle… Mais que faisait-elle ? J’en eus trop vite la réponse. Non elle ne cherchait pas le meilleur endroit où s’accrocher. Elle soulevait déjà légèrement ma chemise pour y glisser ses mains, elles étaient fraiches, d’une fraicheur électrisante… Elle les posa sur mon ventre, traçant du bout des doigts mes abdominaux et je me raidis… et pas que globalement… très localement aussi, j’avoue. Je ne réagissais pas si vite d’ordinaire. Ma bague était décidément totalement inutile avec elle… Elle me caressa lentement, doucement, langoureusement, comme je l’avais trop fait avec elle, beaucoup trop. Ses mains montèrent jusqu’à mes pectoraux, si larges, et glissèrent sur le moindre de mes muscles, les faisant réagir par de minuscules impulsions et contractions, mes marques me chauffaient quand elle les touchait mais ça ne faisait pas mal, c’était bon…
Je fixais la route en serrant les dents, en me mordant. Si petite et pourtant si… adroite, surprenante, destabilisante. Elle commença aussi vite, trop vite, à poser la main sur mon pantalon, d’abord discrètement sur l’extérieur de mes cuisses puis glissant ses longs doigts minces jusqu’à la bosse qui était en train de progressivement déformer mon pantalon, mon boxer et ma fierté. Je n’avais pas la moindre maitrise. Elle était tentatrice mais juste légèrement, un tout petit peu. Enfin un petit peu beaucoup selon moi. C’était bien… J’aimais beaucoup. De temps à autres elle s’arrêtait et je frémissais, frustré, elle me retouchait alors et je commençais malgré moi à gémir. Je vous jure que je l’avais vu sourire ! C’était impossible évidemment je lui tournais le dos, mais j’imaginais sans mal son sourire victorieux. J’avais du mal à respirer calmement, mes reins étaient en train de fondre… Je n’arrivais plus à réfléchir. Je réagissais à ses mains, à ses frôlements et malgré moi je donnais des ordres à mon cheval, le faisant sortir du sentier, sans même m’en rendre compte. En même temps j’avais plus les yeux fermés qu’ouverts, tout occupé à réagir à ses stimulations tellement fortes par rapport à ce que je connaissais.
La garce fit pire… Se collant un peu plus contre moi. Malgré nos vêtements, je sentais ses seins qu’elle pressait contre mon dos. Si elle dut renoncer à l’idée de me mordiller le cou elle était beaucoup trop persévérante pou abandonner totalement et se mit à me mordiller la peau du dos malgré ma chemise, l’un de mes bras… Oh putain oh putain oh putain… Je n’allais jamais tenir… Elle me pressa l’entrejambe, d’une manière si excitante que tous mes muscles se contractèrent… Enfin mes muscles inférieurs… Mes jambes quoi… Et le mouvement me fit serrer très fort les flancs de mon cheval… qui partit d’un coup au galop.

La pauvre ne se tenait pas du tout et donc bascula brutalement en arrière à ma grande surprise et je serais resté hébété si je ne m’étais pas pris le pommeau de ma selle dans les couilles en essayant de la rattraper. Ouh… douleur. Ca m’avait au moins refroidi. Mais je la rejoignis rapidement. Elle avait l’air en colère. Contre le cheval. Mais aussi contre moi. Je ne comprenais pas pourquoi.


La demoiselle pensait probablement qu’elle n’avait pas eu plus que ça d’effet sur son compagnon, elle ne l’avait pas fait gémir, ni réclamer davantage et surtout il semblait parfaitement se maitriser alors qu’il la rejoignait et l’aidait à se redresser de son épais buisson. Elle avait l’air en colère oui… Peut-être se sentait-elle bête d’avoir initié un jeu auquel le jeune homme était moins réceptif que tous ceux qu’elle avait connu, des hommes qui cédaient tout de suite, qui adoraient ce qu’elle leur faisait, qui gémissait, lui marmonnait des insanités, la prenait brutalement par la suite. Lui il avait l’air de se maitriser, comme si tout allait bien, comme si c’était normal, comme s’il avait l’habitude. Seulement l’air…

Elle ne me regardait pas. Elle ne me parlait pas. Elle s’adressait uniquement au cheval. Elle était bizarre pour le coup. Lui parlant de se baisser pour lui monter dessus. Je frémis, électrisé. C’est sur moi que je voulais qu’elle monte. C’est moi que je voulais qu’elle chevauche. Je n’étais pas si refroidi finalement. Pas du tout. Elle continuait. M’excitant sans même s’en rendre compte. Le souvenir de ses mains sur moi m’électrisait. Je m’approchais, comme pour l’aider mais au lieu de ça je vins me coller tout contre elle. Elle devait bien la sentir, mon érection, sa faute aussi… Elle avait beaucoup trop éveillé mon corps. Je ne la laissais pas parler, me jetant sur sa gorge d’un baiser, je la mordis aussi, fort cette fois alors que mes mains partaient déjà explorer son corps. Je ne voulais pas me venger, je voulais la faire crier. L’entendre gémir mon nom. Je n’attendrais plus.
Je la retournais vers moi. Elle me regardait avec surprise mais le désir l’emportait sur la surprise dans ses yeux. Je tentai de rester calme, embrassant fiévreusement sa bouche parfaite. Elle frémit, se pressa contre moi, entourant ma nuque de ses bras, collant son corps au mien comme si elle voulait nous fusionner.

Nous n’avions rien dit. Je l’avais soulevée et pressée contre moi. Nous étions loin des autres, mais loin ou près à vrai dire ça m’était bien égal. J’avais ignoré mon cheval, j’avais coincée Cassidy contre le large tronc d’un arbre, une jambe de chaque côté de mes hanches elle me serrait fort. Je me frottais légèrement contre elle tout en dévorant sa bouche, la soutenant d’une main, l’autre glissée sous sa tunique déjà.
Nous nous caressions, nous tentions… Mais c’était encore plus intense que tout à l’heure dans la grange. Infiniment plus intense. Nos corps commençaient à s’appeler. Ils s’étaient vus, sentis, avaient frémi aux caresses de l’autre et maintenant s’appelaient désespérément. Je savais qu’elle était déjà toute excité, probablement trempée et j’avais l’impression d’avoir un barreau de prison dans mon boxer, ça m’en faisait même mal, vraiment mal. Peu importe. Je ne voulais qu’elle, je ne voulais que son plaisir. J’étais tout à fait capable d’attendre encore. Je ne savais même pas comment c’était possible. De vouloir, de pouvoir attendre alors qu’elle m’excitait tant. Nous avions fini allongés une fois de plus, je ne sais plus à quel moment, je n’étais plus conscient, dans un des épais buissons tout doux. Nous avions froissé des fleurs sur notre passage vers le plaisir et l’odeur se répandait autour de nous, entêtante. Je l’avais déshabillée avec douceur mais plus d’impatience cette fois. Pourtant j’avais gardé mon pantalon, me mettant juste torse nu. Pas que je voulais qu’elle soit moins à l’aise. Juste que je n’avais pas pris le temps. Je voulais la couvrir de baisers, de caresses, maintenant, tout de suite ! Je ne voulais pas attendre pour l’entendre gémir, la sentir se tordre sous mes doigts. Je la voulais tout de suite. Elle me caressa un peu tout de même cette fois, se rendant bien compte d’à quel point elle m’avait excité, même si elle ne pouvait pas visuellement le constater. Pourtant elle n’essaya pas de m’enlever ma ceinture cette fois. Peut-être avait-elle trop envie… Peut-être, plus sûr, avait-elle compris, se souvenait-elle de ma promesse. Cette fois je ne la laisserai pas sur une frustration, oh non… J’allais me faire pardonner les deux précédentes.

Mais son corps était si excité, si intensément plus réceptif que les deux précédentes fois que j’en fus tout abasourdi, ému. Elle était magnifique. Son corps répondait au mien ou l’inverse je ne sais pas. C’était beau… Juste beau. Ce que nous vivions. Je m’étais jeté avidement sur ses lèvres, sur sa poitrine couvrant son corps de caresses et de baisers mais plus vite qu’avant, trop vite peut-être. Parce que je sentais que je ne pouvais plus la faire languir de la sorte. Que je le pourrais de nouveau mais seulement après son orgasme, seulement quand elle aurait été satisfaite. Je le sentais, je le savais. Je ne sais pas comment. Mais je finis de nouveau très vite entre ses cuisses. En fait cette fois elle ne me retint pas le moins du monde. Bien au contraire. Essoufflée, rougissante, frémissante c’est elle qui avait poussé sur ma tête pour m’inciter à descendre plus vite sur son corps alors que j’essayais de me montrer plus patient. Par ce geste… oh… j’avais ressenti un indicible plaisir, une satisfaction éhontée. Elle aimait vraiment… Elle me laissait vraiment faire. Elle me demandait… Mon coeur battait si fort… J’obéis docilement, très docilement et la fit vite danser sur le tempo qui m’inspirait. Elle était si mouillée que j’en gémis de satisfaction comme un remerciement aux dieux. Délicieuse demoiselle.
Et puis tout devint flou…

Je n’avais pas réfléchis, j’avais arrêté depuis longtemps. Mon corps répondait au sien. J’écoutais attentif le moindre de ses gémissements, suivait la moindre indication de son corps. Elle n’avait rien besoin de dire. Mes doigts et ma langue lui était entièrement dédiés…mon autre paume brûlante pressait sa poitrine… pas trop fort, juste un peu, mes doigts glissant sur la peau qui me semblait bouillante de ses seins. J’étais plus excité que je ne l’avais jamais été. Nous finissions ce que nous avions commencé… Je finissais ce que j’avais commencé à lui infliger plutôt. C’était passionné, plus vraiment doux à vrai dire, encore moins lent, plus heurté, saccadé. Elle avait du mal à respirer. Ses muscles se tendaient. Elle était tout proche, au bord de l’extase.
Une extase dans laquelle je la poussai sans ménagement, presque violemment. Enfin c’était violent en fait, très violent même. L’orgasme qui la prit tout du moins.
Je faillis tout faire foirer pourtant. Parce que j’avais relevé les yeux. Je voulais la voir, je voulais voir son visage dans la jouissance. Je faillis tout arrêter tant elle me renversa. Je la trouvais belle. J’étais si loin de la vérité. Tellement loin. A des milliards de kilomètres, des années lumière. Son corps était beau, il devint perfection, son visage était splendide, il n’eut plus de mots pour le qualifier. Dans la jouissance elle était d’une beauté irréelle, pas vulnérable, mais d’une force au contraire qui m’ébranla. Elle s’était agrippé de ses deux mains au bras que j’avais sur elle, à ma main qui se serrait sur sa poitrine. Elle y enfonça ses ongles, me déchira la peau, les sens, ma fierté, mon honneur. Je crois que j’ai eu un orgasme aussi… juste en la regardant. Il n’y a rien d’autre, rien d’autre pour exprimer ce qui m’a secoué des pieds à la tête, le plaisir qui a empreint mon être tout entier. Mes doigts avaient terminé le travail commencé alors que je la mordais, mordais ce petit bout de chair si sensible, juste au bon moment, après l’avoir tant stimulé de ma langue. Je savais qu’elle irait plus loin encore si je faisais ça. J’ignore comment je le savais. Mais je le savais c’est tout.
C’était si simple. La crispation, si violente de son corps, se relâcha lentement alors qu’elle essayait de reprendre sa respiration, étourdie, assommée à moitié…

J’étais silencieux. Je ne disais rien du tout. Ni que c’était à mon tour, ni propos salace, ni une moquerie. J’aurais pu me moquer d’elle, de sa fragilité, de son plaisir. Mais le mot moquerie n’existait plus. Je me redressais lentement entre ses jambes, la fixant. Elle avait les yeux fermés, une main sur les yeux, sa poitrine se soulevant fort, rythme saccadé. Ses joues étaient rouges, très rouges, juste ses pommettes. Elle était belle. Je me glissai au dessus d’elle, trop impatient, trop pour ce que je voulais d’elle à cet instant, beaucoup trop, restant en appui sur les mains, la frôlant à peine. Elle enleva sa main, ouvrit les yeux, me regarda, ils étaient plein d’une reconnaissance et d’une vulnérabilité déboussolantes. Je la fixai impassible. Les traits de mon visage ne bougeaient pas, ne frémissaient pas. Ses yeux s’ancrèrent aux miens. Mais ça ne me fit pas changer d’objectif. J’étais tout contre elle. Même encore parcourue par les frissons de l’orgasme elle devait sentir que je bandais encore plus, si possible, même si je ne faisais que la frôler. Elle me fit un timide sourire, baissa les yeux, des yeux plein de soumission alors qu’elle glissait une main jusqu’à la protubérance de mon pantalon, voulant me remercier… C’est comme ça que je le sentis.


Arrête !

J’avais crié. Sans même m’en rendre compte. Elle releva un regard plein de surprise, peut-être de peine vers moi. Mais les expressions revenaient sur moi. Mon menton tremblait.

Arrête… S’il te plait…

Je fléchis les bras, m’appuyant sur mes coudes, le visage tout proche du sien, venant poser mon front contre le sien, tout doucement, pour me soustraire à son regard qui me transperçait l’âme. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je n’arrivais plus à penser. Je n’arrivais plus à agir. J’étais submergé par ses émotions et ces choses qui se bousculaient en moi… des choses que j’arrivais pas à comprendre. Ma voix me paraissait plus grave que d’habitude, mais toute faible…

Tu ne dois rien à un homme, rien du tout…

Je ne savais même pas pourquoi je lui disais ça…

Je ne veux pas que tu fasses… un truc dont tu n’aies pas envie. La moindre hésitation… le moindre dégoût. Non… tu ne me dois rien. Tu ne dois pas… faire quelque chose dont tu n’as pas envie Cassy… Jamais…

Je me mordis la lèvre fort, vraiment fort.

Je… s’il te plait… ne bouge pas… pas tout de suite… je… je veux juste me souvenir de ça… de toi… Tu… Tu es tellement belle, je… Mer… Merci… Pour ça…


Ma voix mourut dans ma gorge. Je n’avais plus la moindre assurance, je tremblais tout contre elle, pris au dépourvu, subjugué par sa beauté et son plaisir. Je ne savais pas si elle prenait pour un fou, un mec bizarre ou si elle était en colère que je gâche ce moment, je ne sais pas. Mais je sentis ses bras passer doucement autour de moi et m’attirer contre elle. Je ne réfléchis pas, passant mon visage sur le côté du sien, appuyant mon front contre l’herbe, respirant son odeur. Je voulais juste me rappeler d’elle…
Je la remerciais… C’était sincère.
J’avais peur…

Je devais coucher avec elle. Maintenant ! Le plus vite possible ! Tant pis si je lui faisais mal. Il fallait que je me débarrasse de ces sensations ! De cet étrange mal-être qui me prenait. Je ne pouvais pas rester comme ça. J’étais bizarre. Je devais avoir de la fièvre, ou la fatigue… Ce n’était pas possible de supporter ça. Je devais me relever, enlever mon pantalon, la prendre fièvreusement, qu’elle aime ou non !
Mais je ne bougeai pas. Mon corps refusait, restant contre elle, chaleur contre chaleur, peau contre peau. Je déposais un baiser sur l’épaule à portée de mes lèvres. Elle sentait si bon…

Des bruits de pas, de sabots, de voix. Je me redressai vivement, à regret, déboussolé. Elle était encore toute surprise, par ce que j’avais dit peut-être mais encore plus par le plaisir qu’elle avait dû ressentir, ses jambes tremblaient. Nous nous rhabillâmes rapidement, n’osant rien dire, n’osant pas parler probablement. J’avais l’impression d’avoir gaffé… comme un con. Le meilleur coup de ma vie et je sortais des conneries sorties d’où je ne savais trop ! Nous remontâmes à cheval, elle devant moi, juste au moment où des concurrents venaient nous retrouver et s’exclamaient soulagés en nous voyant. Nous avions complètement perdus, tout le monde avait fini depuis un moment… un bon moment. Je n’étais pas surpris du tout.


Désolé, nous nous sommes perdus, merci de nous avoir retrouvés.

Mon sourire parfait, ma distance, mon charisme, l’enveloppe. Nous les suivions pour rentrer à la place du rendez-vous…

Tristan était étrange, sur bien des plans. Pourtant il changea de nouveau radicalement après s’être si brusquement tant dévoilé devant Cassidy. S’il jouait de nouveau son rôle, il se fit provocant tout bas pour elle, comme s’il n’avait pas parlé peu avant, comme s’il n’avait pas eu l’air ému et perdu, mordillant son cou.

La prochaine fois ce ne seront pas mes doigts que je glisserai là, tu en es consciente j’espère…

C’était plus facile… Beaucoup plus facile. Mais il le pensait aussi… Pas qu’un peu.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 14 Fév - 22:59

Elle ne comprenait plus ce qui lui arrivait. Tout était si flou dans sa tête. Tristan… ce gars qui se la jouait si parfait devant les autres. Elle s’était toujours intéressée à lui quand il était petit. Elle voulait le comprendre, comprendre pourquoi il se chamaillait toujours avec elle, pourquoi il n’aimait pas l’école, pourquoi… Il l’intriguait. Et puis le temps avait suivi son cours, ils avaient grandi, chacun de leur côté. Découvrant les plaisirs et les vices de la vie chacun de leur côté. Ils s’étaient perdus de vue et aujourd’hui, elle avait pris un peu sa place. Celle qui voulait le repousser, celle qui ne voulait plus le comprendre. Il ne l’intéressait plus, elle n’allait pas montrer le moindre signe de faiblesse pour lui.

Et pourtant… Et pourtant, ce n’était pas tout à fait vrai. Cassidy avait toujours dit que la petite fille en elle était morte, enterrée. Elle avait été malmenée, déchirée aussi bien sur son corps que dans ses sentiments. La frontière entre le bien et le mal étaient toujours très proches. Tous ses repères avaient étaient bousculés, ce qui était bien, ce qui ne l’était pas. Mais elle se trompait. Elle voulait être forte mais les évènements s’étaient enchaînés. De drôles de coïncidences, des opportunités attrapées. Au départ elle ne voulait rien avoir à faire avec lui, pas même le tenter, pas jouer avec lui comme elle le faisait avec les autres hommes, leur faisant tourner la tête. Il ne méritait même pas son regard, même pas son attention.

Et puis, il l’avait sauvé, une fois. Elle avait fait passer ça pour son stupide rôle de Cheistam. Même si elle lui en était reconnaissante. Il n’y avait rien eu. Et puis cette fameuse soirée. Non elle n’avait pas été consciente de ses gestes. La petite Cassidy s’était réveillée, elle s’était approchée de lui mais pas comme un vulgaire morceau de viande très appétissant mais juste parce que c’était lui. Elle avait senti l’envie, le besoin de danser avec lui. Sans savoir réellement pourquoi. Et puis le baiser, une fois deux fois. Là ça commençait à changer. Il faisait naître en elle des choses qu’elle n’aurait pas cru possible. Difficile à expliquer, difficile à s’exprimer. Elle ne savait pas ce qui lui arrivait. Ce n’était qu’un baiser… ce n’était que physique… Et pourtant elle repoussait la possibilité que son cœur, lui, ne jouait absolument pas. C’était dangereux. Il avait l’air d’avoir tellement l’habitude avec les femmes. Tellement l’habitude de les courtiser, rentrer dans le jeu, se sentir désiré. Elle ne voulait pas lui laisser le plaisir de se sentir supérieur à elle. Il fallait résister.

Mais les dieux, ou plutôt son étourderie eut raison d’elle. Pourtant maintes fois elle aurait pu le repousser, et maintes fois elle l’avait laissé rester. Alors qu’elle brillait, la jeune femme n’avait absolument pas repousser le garçon. Ils ne s’étaient pas tentés pourtant. Et à cause de cette stupide potion encore une fois elle en avait bien trop montré. Il s’était alors emporté. Etait-ce mal ? Etait-ce bien ? Elle ne saurait pas quoi dire. Mais il lui avait fait de l’effet, c’était certain. Curieusement, contrairement à beaucoup d’hommes, il ne s’était pas contenté de faire sa petite affaire. Non, il faisait passer son plaisir en premier. Ca c’était rare quand même. Et pourtant, elle voulait résister, encore et toujours. Malheureusement le gredin savait s’y prendre ! Elle voyait l’excitation dans ses yeux, l’envie, le désir mais pas cette pointe bestiale qu’elle avait déjà vu chez certains hommes. Elle ne pouvait pas expliquer pourquoi son corps réagissait pour lui, comme si c’était une évidence, comme si il n’y en avait pas d’autres.

Frustration, une fois. Mais nécessaire pour prendre du recul. Non ce n’était pas bien. Tristan était un camarade d’enfance, pas son amant ! Elle avait déjà Jilian et même si ils ne pouvaient pas se considérer officiellement comme couple, il avait été d’une grande aide et un soutien sans faille sur sa dernière année. En plus, il lui fichait la paix, la laisser faire ce qu’elle voulait et était là pour discuter si elle en éprouvait le besoin. Bien que la demoiselle n’avait jamais eu cette envie de discuter. Elle n’avait aucun compte à lui rendre et lui non plus, mais aux yeux de ses parents, des habitants de sa ville actuelle, ils étaient un couple. Officiellement. Même si officieusement la vérité était ailleurs. Et puis… Tristan quoi ! Elle ne le connaissait plus ! Elle ne savait pas ce qu’il attendait d’elle, à quel moment il allait la narguer en déclarant d’un air triomphant qu’il l’avait bien eu. Elle n’avait plus confiance dans les hommes. Et elle ne voulait pas s’attacher non plus.

Malheureusement, ils avaient été mis ensemble d’office pour les jeux. Cassidy ne voulait pas. Voulant rester forte mais à côté de lui c’était vraiment impossible. Elle ne savait pas comment se comporter avec lui. Vraiment pas. Il avait commencé à l’embêter, elle avait riposté. Mais lorsqu’elle l’avait vu s’étouffer à moitié, la demoiselle avait totalement changé de comportement. Non elle ne le prenait pas en pitié, absolument pas. Mais elle voulait juste peut être qu’il passe un bon moment en sa compagnie. Oh, le fait qu'il la tente, un petit peu, était dangereux. Elle n’aurait pas du répondre… Pourtant elle jouait… Mais était-ce vraiment un jeu ? Tentations, douces tentations. Ils ne se faisaient pas mal, ils n’étaient pas incivilisés non plus. Non loin de là. C’était gentil mais à double sens aussi. Ils se taquinaient, se découvraient et même si leurs pensées divaguaient beaucoup sur le corps de l’un et l’autre, ils n’avaient pas perdu de vue ce jeu.

Et puis tout avait basculé dans la grange. Encore une fois, elle s’était posée des questions. Elle avait peur d’eux, de ce qui pouvait se passer. Peur de beaucoup de choses. Lui dire ? Pas lui dire ? Il semblait quand même compréhensif, c’est ce qu’elle lisait dans ses beaux yeux orangés. Il n’était pas du tout en train de jouer, il n’avait pas son masque sur le visage. C’est du moins ce qu’elle pensait… ou espérait au fond d’elle ?

Tout l’enchaînement des jeux, de sa victoire puis celle de Tristan. Elle avait tenté une petite phrase et il s’était fait bien plus provocant et différent. La jeune femme avait l’impression de revoir le petit garçon d’autrefois. Dans son attitude, légèrement. Il voulait quand même sa récompense, surtout qu’elle l’avait perturbé. La jeune femme détourna la tête un instant, retenant un sourire. Une récompense ça se méritait… tellement facile de montrer ses gros muscles et d’abattre des proies faciles. Pour une femme, la récompense ne se donnait pas si facilement. Il fallait surprendre. Mais elle était un peu surprise déjà, c’était bien parti non ?

Cassidy avait enfin décidé de se laisser faire pour son dos. C’est vrai qu’il s’y prenait bien. Sauf que ce dernier se justifia. Il parlait de manipuler des hommes pleins de sueur et que ça ne lui plaisait pas du tout. Sa façon de parler était amusante. Elle fut agitée d’un tremblement, retenant sa respiration. Elle l’imaginait bien en action, en train de grimacer derrière ses compagnons. Puis un sourire sur le visage. Et puis nerveusement, elle se mit à rire. Retenant ce son qui sortait de sa gorge, tentant d’avoir de la retenue mais il avait réussi à la détendre bien plus que nécessaire. Elle se retourna doucement vers lui, sentant son regard surpris posé sur le sien, sa mèche qui lui chatouillait le visage. A quoi elle jouait ? D’où sortait ce rire ? Elle avait les yeux brillants, ne comprenant pas. Même qu’elle se retint de pleurer. De rire ? De tristesse ? Elle ne voulait pas lui montrer ça, elle ne voulait pas lui montrer une image sensible et faible. Alors elle répliqua, lui balançant le fond de sa pensée. Il avait réagi. De loin, on aurait pu dire qu’ils étaient complices… et même un peu plus… Très proches, trop proches. Presque comme un couple. Cela pouvait être simplement amical mais seul un œil averti aurait pu comprendre ce qui se passait sous leurs yeux. Si leurs parents respectifs étaient présents, peut être auraient-ils été les témoins d’une histoire naissante ? Peut être…

Elle se sentait bien avec lui. Toujours autant de difficulté à l’expliquer. Et pourtant… Elle ne pouvait pas le toucher puisqu’elle était tournée dos à lui mais si elle avait été assise, sûrement elle aurait posé sa tête contre son torse, instinctivement. Rapidement peut être. Il voulut lui faire un massage par la suite. Cette fois elle se laissa faire plus facilement. Parce qu’elle avait déjà un peu plus confiance. Parce qu’elle se sentait déjà un peu mieux. Pendant un instant lui dire des mots, n’importe quoi, lui dire ce qu’elle ressentait, voir si elle n’était pas folle, c’est ce qu’elle voulait dire tout bas. Si c’était normal qu’elle se sentait si bien avec lui, qu’elle était un peu plus en confiance, qu’il était gentil… n’importe quoi ! Mais lui dire quelque chose… pour le remercier en quelque sorte. Cependant elle s’assoupit un tout petit peu et il la réveilla un peu en traître. Oh non ce n’était pas méchant, d’ailleurs elle n’avait même pas réagit en mal. Elle aurait très bien pu le repousser et pourtant… juste amusée… et tentée.

On leur expliqua le prochain jeu. Elle fit une réplique, il répondit. Cassidy le tapota d’un petit geste sec sur le ventre en grognant. Non mais il croyait quoi ?! Elle allait gagner là ! Personne ne pouvait être meilleur qu’eux à ce jeu là ! Tiens depuis quand lui faisait-elle confiance à ce point ? La lueur de défi qui dansait dans ses yeux noisette alors qu’elle s’éloignait fièrement de lui pour se mettre sur la ligne de départ. Et puis, tout s’était accéléré. Elle ne pensait plus à rien, elle courait. La voix de Tristan précise et nette. Le brouhaha sonore autour d’eux n’existait plus pour elle. Juste sa voix, uniquement la sienne. Elle sourit dans sa course. Concentrée, elle avait une sacré endurance. Rien ne lui faisait peur. Pas les espèces de larges poutres, ni les grilles de corde sur lesquelles il fallait monter pour redescendre de l’autre côté, encore moins ramper sous un filet. Téméraire, elle n’avait peur de rien. Il devait bien le constater, le remarquer. A quel point elle était attentive à la moindre instruction de sa part.

Elle sauta dans ses bras en arrivant. Joyeuse, enthousiaste. L’adrénaline de la course l’avait rendue euphorique. Et elle voulait le partager avec lui. La demoiselle sauta à son cou, il la prit dans ses bras. Pendant un instant, elle le fixa. Voulant l’embrasser. Voulant partager ce moment comme il se doit avec lui. Il ne l’avait pas lâché. Ses mains étaient chaudes, il maintenait une très légère pression sur elle. Cassidy le dévisagea. Un instant. Elle semblait se rendre compte de son comportement, trop différent des premiers jours. Ca la chamboulait énormément. Et puis… elle commençait à s’attacher… un peu trop à lui… Bien plus qu’une envie physique. Non c’était horrible… Penser qu’elle ne le verrait plus d’ici quelques jours… Pauvre demoiselle qui avait du mal à profiter du moment présent et se focalisait sur le futur.

Cassidy relâcha sa pression et glissa au sol. Elle se permit un commentaire un peu plus modéré avant de s’éloigner de lui. Encore une fois, ce fut lui qui répliqua. Elle avait sursauté quand il avait mordillé son cou et son oreille comme si de rien n’était. Avec une petite phrase toute innocente sur les gamelles de ses adversaires. Elle se mit à sourire tout en lui détournant le dos. Non mais ça ne se faisait pas des trucs comme ça devant tout le monde ! Elle allait se venger, foi de Cassidy.

Le prochain jeu était une course à cheval. Cassidy n’aimait pas du tout mais pas du tout ça. Certes l’adrénaline, la vitesse, elle adorait. Mais le cheval lui paraissait bien grand. Enfin c’était une bestiole comme une autre. Mais elle ne savait absolument pas comment ça réagissait, si c’était confortable ou pas. Elle comprendrait plus tard que non ce n’était pas confortable du tout. Ils commencèrent à avancer. Le vrai jeu débuta alors. Se venger de la grange, se venger de ses mains qui se baladaient pendant le massage, se venger de ses mordillements.

Elle ne mit pas longtemps avant de mettre son plan à exécution. Remontant et descendant ses bras le long de son torse. Bon d’accord il était très bien formé… vraiment très bien. Après tout elle n’avait pas eu l’occasion de beaucoup le découvrir puisqu’il descendait à chaque fois la tête entre ses cuisses. Elle n’avait pas le temps de le caresser, sentir son corps musclé rouler sous ses doigts. Là elle prenait vraiment tout son temps, vraiment tout son temps. Elle s’arrêtait par moments pour faire monter le manque avant de reprendre. Il se crispait. Elle le sentait du bout de ses doigts. La bosse de son pantalon était tout sauf innocente. Plus tentante, plus entreprenante. Elle l’avait sa vengeance ! Un petit gémissement sorti de la bouche à Tristan. Cassidy se mit à sourire, victorieuse. Elle continua son manège, même si il ne semblait pas réagir autant qu’elle attendait. Et bien malheureusement pour elle, impossible de lire ses pensées. Cela dura un petit moment avant qu’il ne balance son cheval au galop. Elle tomba, dans un buisson.

Pourtant Cassidy ne sembla pas contente du tout. Se maudissant d’être nulle, de ne pas tenir en selle, et surtout de préférer le voyage en charrette apparemment. Elle se troubla. L’ignorant, elle s’intéressa à l’animal, oubliant totalement Tristan. Oh il ne connaissait pas encore son petit caractère, quand elle avait une idée en tête, difficile de l’en déloger. Elle aurait pu continuer à le caresser, vraiment le faire gémir, lui donner envie mais bon, il n’avait pas l’air de trop apprécier alors… Elle ne vit même pas Tristan qui arrivait sagement derrière elle. La demoiselle voulut se tourner vers lui, dépitée, en espérant qu’il l’aide à monter sur la bestiole. Sauf qu’il ne le fit pas.

En même pas une seconde, elle se retrouva attirée contre lui. La bosse de son pantalon se frottait à son entrejambe. Elle ouvrit la bouche pour parler, dire quelque chose. Lui demander ce qu’il faisait mais il la mordit avec un peu plus d’insistance dans le cou. Elle retint un cri, enfin elle poussa un gémissement difficilement tenable, fermant les yeux et mettant la tête en arrière. Elle sentait ses mains caresser doucement ses seins, avec plus d’assistance, descendre le long de son ventre. Qu’est ce qu’il faisait ? Le jeu… ils allaient…elle allait… Il la retourna face à elle. La demoiselle le regarda avec surprise et un début d’envie. C’était encore plus qu’à la grange… un peu plus… difficilement tenable.

Et puis, il se lança, s’emparant de ses lèvres avec la plus grande des passions. Elle poussa un petit bruit de plaisir alors que ses bras s’entouraient autour de sa nuque. Son corps était comme électrisé, elle mouillait trop. Un simple baiser avait ranimé toutes les envies de la grange. Elle ne devrait pas… Mais merde à la fin ! Tant pis ! Tant pis ! Elle ne pouvait pas aller contre les envies de son corps, elle réclamait, elle avait besoin de lui. Il la souleva de terre et la coinça contre un arbre. Instinctivement elle enroula ses jambes autour de son torse. Lui mordillant la lèvre, mélangeant sa langue avec la sienne, l’embrasser jusqu’à être essoufflée. Il lui faisait un effet dingue. Elle aimait… elle adorait… et ne voulait pas qu’il arrête… jamais. Soudain, elle fut entourée d’une lueur. La jeune femme avait ouvert un œil en remarquant le changement d’intensité. Oh flûte ! Qu’est ce que ça venait faire ça maintenant ? Bon tant pis, elle ne s’en préoccuperait pas.

A quel moment s’étaient-ils retrouvés dans les buissons ? Elle n’en savait rien. Impatiente, tremblante, la respiration haletante, elle le laissa la déshabiller pour la troisième fois. Juste ça. Cette fois elle ne résista aucunement. L’impatience, et le désir se lisaient dans ses yeux noisette. Ses baisers, ses mordillements, ses caresses, elle n’en pouvait plus. C’était vraiment puissant ce qui se passait entre eux. Il se mit torse nu mais n’enleva pas son pantalon. Elle comprit… Elle comprit qu’il voulait qu’elle soit prioritaire, que tout ce qui comptait pour lui c’était juste le fait de la mettre bien, de la faire jouir cette fois. Il se plaça au dessus d’elle. L’embrassant follement avant de descendre sa langue sur ses seins, son ventre. Elle gémissait un peu, tentait de se retenir faiblement. Trop long là. Et puis elle poussa sa tête avec impatience vers la sortie.

C’était comme si elle avait appuyée sur la détente, donné son accord. Il commença. Elle s’arcbouta une première fois en gémissant. Ses sens étaient décuplés. Son envie aussi. Elle sentait le mouvement de ses doigts experts. Lorsqu’il lui faisait particulièrement du bien, elle gémissait un peu plus, les yeux fermés. Ses mains s’agrippaient aux feuilles des buissons, elle les frottaient sous ses doigts. Gémissant un peu plus fort, encore un peu plus fort. Ca faisait du bien, vraiment beaucoup de bien… Elle n’en pouvait plus, haletait, alors que son autre main s’intéressait à son ventre et sa poitrine. Elle prononça dans un murmure son surnom, vite rejoint par un nouveau gémissement. Contractions musculaires de plus en plus intenses, elle se lâchait réellement, relâchant la pression de ses mains sur les feuilles. Par les dieux… mais qu’est ce qu’il lui faisait. Et puis il accéléra un peu, montant crescendo au rythme de ses gémissements. Elle aimait ça… non elle adorait… Elle se sentait au bord du précipice, au bord de la fin. Il semblait s’en rendre compte car il la poussa dans ses derniers retranchements.

Alors, c’était la fin. L’explosion de sensations, la chaleur qui augmentait d’un coup. Les tremblements dans les jambes alors qu’elle poussait un gémissement de plaisir et bien être intense profond. Elle s’agrippa à son bras, enfonçant ses ongles, ne le laissant pas s’échapper. Le nirvana, le summum du plaisir. C’était tellement bon… L’orgasme dura un moment. Elle le savoura comme aucun autre auparavant. Des hommes qui savaient y faire, il y en avait quelques uns mais personne n’avait réussi à faire ce que Tristan avait fait. Elle se laissa aller complètement. Ses muscles se détendirent petit à petit. Elle respirait saccadé, la sueur sur son front, le corps rouge et encore chaud après tant de plaisir. Elle brillait toujours pourtant. Ca ne l’avait pas arrêté. Reprenant doucement son souffle, sa tête allongée en arrière, elle ne voyait pas Tristan. Les yeux fermés, elle appréciait son plaisir. Sa poitrine se soulevait fort au rythme de ses pulsations de son cœur.

Et puis elle rouvrit les yeux. Le dévisageant un instant. Il était impassible. Pourtant, il ne demandait rien. Il n’était pas passé à la deuxième partie, la pénétration, pour prendre son plaisir lui aussi. Elle le regarda avec un mélange de surprise. C’était spécial. Puis la jeune femme approcha la main vers son pantalon mais il poussa un cri, lui demandant d’arrêter. Elle recula sa main, le regardant sans comprendre, interloquée. Heuuuu oui ? Normal ça ? Il s’expliqua alors. Ses yeux… ses yeux disaient beaucoup de choses. Mais il s’était posé contre elle, son front contre le sien, lui expliquant qu’elle ne devait pas faire si elle n’en avait pas envie. Que voulait-il dire ? Elle repensa aussitôt à toutes les fois où elle s’était forcée justement. Pourquoi… pourquoi disait-il ça ? Il était tellement vulnérable à ce moment. C’était comme si il refusait qu’elle fasse quelque chose… comme avec l’autre par exemple. Il prononça une nouvelle fois son surnom. La remerciant, perdant pied. Il disait vouloir se souvenir. Elle ne tilta pas tout de suite. Parce que sinon, elle l’aurait peut être mal pris.

Cassidy se mit à sourire. Elle ne prononça pas un mot mais enroula ses mains autour de son corps. Alors si il ne voulait rien, pas aller plus loin tout de suite, juste un câlin, ça lui suffirait. Sa peau entra en contact avec la sienne. C’était étrange à quel point il semblait aussi heureux qu’elle, alors qu’il n’avait rien fait. Elle n’avait pas l’habitude de rester pour un câlin. Le sexe pour elle, ça avait toujours été une histoire de consommation et après on se rhabille et chacun partait dans son coin. Elle n’éprouvait pas le besoin ni l’envie de rester auprès d’un homme pour un moment bien plus détendre. Bon Jilian… mais elle n’y pensait pas actuellement.

Leurs peaux collées l’une contre l’autre, c’était agréable très agréable. Elle n’entendait heureusement pas le discours intérieur qu’il se faisait. Là elle l’aurait pris pour un fou, très certainement. Elle se collait un peu contre lui, se mettant sur la tranche. Après un instant d’hésitation, elle passa une main dans ses cheveux, tout doucement. Il semblait apprécier mais elle n’était pas sûre. Il avait les cheveux tout doux. Elle se mit à sourire, voulant le remercier pour le magnifique moment qu’il lui avait offert. Mais elle n’en eut pas le temps. Des bruits dans leur direction, ils entendirent de loin. Aussitôt, sa lumière jaune s’éteignit. Elle manqua de rire nerveusement. C’était comme deux enfants pris en flagrant délit. Tristan se rhabilla et lui donna ses affaires alors qu’elle faisait de même. Il expliqua, prenant son ton poli, bien trop poli pour être vrai, qu’ils s’étaient perdus. Le jeu était terminé. Mais pour Cassidy, ce n’était pas grave, car le « jeu » qu’ils avaient fait là, était carrément plus passionnant.

Ils remontèrent en selle finalement, Cassidy se tenant devant Tristan, rejoignant l’endroit du rendez vous. Il commençait à faire nuit. Sauf qu’alors qu’elle regardait les alentours, pensive, il lui mordilla le coup avec une phrase pleine de menaces. Elle se mit à sourire, voulant répliquer.

« Serait-ce un avertissement ? Messire… le Drakkari ? »

Elle ne s’était pas tournée vers lui mais parlait également à voix basse, d’un ton plein de défi mais légèrement amusé. Elle ne l’avait pas traité d’humain cette fois. Plutôt encourageant.

Ils rejoignirent rapidement les autres qui étaient au centre du village. Cassidy aurait bien besoin d’un coup de brosse, ses cheveux étaient emmêlés de nœuds et de feuilles. On pourrait croire qu’ils avaient fait des choses… bizarres dans les buissons. Pourtant l’excuse qu’elle soit tombée à cheval était excellente et justifiait la tenue. Mais que Tristan ait les cheveux ébouriffés, ça par contre…

La musique résonna dans le petit village et les jeunes gens commencèrent à danser. Cassidy, par réflexe, commença à avancer vers un coin isolé. Elle se retourna pour apercevoir Tristan qui la suivait. La demoiselle la regarda avec surprise puis prit un air de défi.

« C’est terminé les… hem jeux tu sais… Tu n’es pas obligé de rester à côté… »

Il répliqua, provoquant. Elle se mit à sourire puis haussa les épaules en détournant rapidement la tête, encore un peu confuse de ce qui s’était passé et tout ce qu’il lui inspirait pour le moment. Oh ce soir elle allait se venger… Le faire bander le plus qu’il pouvait, le faire gémir sous ses doigts, s’occuper royalement de son attribut si… excitant. Non, elle n’était pas dégoûtée de lui faire et elle ne se forçait pas. Parce que c’était lui. Parce que ce soir il avait gagné quelque chose d’énorme chez elle. Pourtant, ce n’était qu’un peu mais… elle avait un peu d’estime pour lui… Il était plein de surprises et elle comptait bien ne pas le laisser aussi sobre ! Foi de Cassidy, elle le ferait gémir et jouir sans qu’il ne bouge le petit doigt. Cette idée l’amusa et lui donna envie très sincèrement.

Tristan resta à côté d’elle, un peu taquin. Cela semblait ne pas le déranger de ne pas être dans la foule en train de danser. La jeune femme avait distraitement pris une assiette de biscuits et les croqua sous son nez. Apparemment c’était aussi une gourmande. Mais pas une seule fois elle ne se servit de ça pour le rendre malade. Bien sagement, elle croquait ses biscuits, regardant la foule sans la regarder, le temps que ça se termine. Ils auraient pu danser au milieu des autres. La jeune femme but son jus de fruit puis semblait en proie en pleine réflexion. Mais sa réflexion fut bien trop longue car une autre demoiselle s’approcha de lui, timide, pour lui demander une danse. Il jeta un regard à Cassidy avant de s’excuser et partir.

Le visage de la demoiselle s’assombrit. Un peu jalouse oui… Mais quand Tristan la quittait, elle retrouvait son côté morne et blasé. Elle soupira un instant, le regardant danser, la jeune fille absolument heureuse d’être pendue à son bras. Elle voulait certainement attirer son attention car la danse était très collée serrée. Cassidy observa Tristan. Il avait son masque, n’était pas naturel. Cela la rassura un peu . La petite blonde secoua la tête. Il dansait avec qui il voulait après tout ! Elle but une gorgée de son jus d’orange pour se concentrer sur une autre pensée.

Cette espèce de lumière brillante et dorée. Deux fois elle était venue. Ca ne s’était jamais produit auparavant. Généralement quand un évènement bizarre arrive, il y a toujours un élément déclencheur. Son accident en est le parfait exemple. Alors les éléments, ça pouvait être son village, ses parents… sa bagarre peut être ? Non, rien de tout ça n’était vraiment nouveau… Deux fois s’était arrivé. La deuxième fois elle était avec Tristan et il… Elle se remit à rougir en pensant à ça. La première fois elle s’était réveillée. Première fois qu’elle avait passé une bonne nuit depuis longtemps. Dernière action en date ? Coucher avec l’autre puceau ? Oooh elle n’espérait pas ? Baiser avec Tristan ? Nouveau rougissement. Cela l’étonna, la surprit. Pourquoi ce n’était pas arrivé quand ils étaient petits avant ? Difficile à dire.

Elle sortit son cristal de sa poche et se concentra dessus. Comme prévu il ne se passa rien. Ce n’était pas de la magie active… Peut être le côté Drakkari qui faisait ça ? Elle lui aurait bien demandé si il avait déjà vu ce genre de phénomène. En tout cas, quoi qu’il en soit, c’était de la magie passive. Soit externe parce qu’elle venait se coller à son corps… soit interne. Mais elle ne croyait pas en cette possibilité. On lui avait dit et redit qu’elle n’avait pas une once de magie en elle. Qu’elle devait oublier la magie, définitivement. Ca ne pouvait être qu’externe. Mais pourquoi ? Comment ? Elle n’en savait rien.

La jeune femme reprit distraitement son verre. Elle n’avait pas fait attention à la personne qui avait versé un contenu dans celui-ci. Reprenant ce dernier comme si de rien n’était, elle termina le contenu. Bon alors où elle en était… de la magie qui s’agglutinait autour d’elle, c’est bien ça. Elle chercha des yeux Tristan, il avait disparu dans la foule trop dense. Elle imagina une fille en train de le tripoter partout et son cœur se serra à cette pensée.

Les minutes passèrent et elle se sentit différente. Presque avachie sur le banc, elle s’ennuyait. Alarick la rejoignit. Cette ordure qui avait profité d’elle. Il la prit par la main en lui susurrant quelques mots à son oreille. La demoiselle se mit à sourire et se laissa guider sans la moindre résistance. Deux gars les rejoignirent. Ils marchèrent, s’éloignant de la fête, sortant de l’enceinte du village pour s’enfoncer dans les bois, un cristal de lumière pour éclairer le chemin. Cassidy ne bronchait pas. Elle n’était pas très réactive, ne comprenait pas ce qui lui arrivait ni pourquoi elle était ici ni ce qu’on allait lui faire. Ils chuchotèrent entre eux.

- T’es sûr qu’elle va se laisser faire ?
- Mais oui… la dose qu’Emelyne a donné est suffisamment puissante pour droguer un Drakkari, t’inquiète pas… Tiens regarde !


Il prit sa poitrine dans sa main et elle ne broncha pas. Il n’y avait aucune douceur, ni quoi que ce soit. Elle se laissa faire. Le garçon se colla à ses seins. Un autre se colla à son dos et le troisième observait en attendant son tour. Alarick l’embrassa. Elle ne répondit pas à son baiser et celui-ci s’écarta en grognant.

- Mais qu’est ce qu’il lui arrive ? Elle était bien plus excitée la dernière fois ?

Il tripota sa poitrine. Elle ferma les yeux un instant. Son esprit vagabondait. Elle pensait à Tristan… un peu. Revoir le visage du jeune homme, son sourire, son air provoquant. Alarick grogna. Il arracha avec force sa tunique, faisant craquer le tissu puis la déshabilla complètement. Très rapidement, elle se retrouva nue devant eux. Malgré l’obscurité, ils poussèrent de sacrés sifflements.

- Ouah ça c’est intéressant ! Quel corps…

Un des garçons se plaçait derrière elle tout en tripotant ses seins. Il avait fait tomber sa brassière improvisée. Un autre se tenait devant et frottait son attribut contre son sexe. Puis après un moment, ils l’allongèrent. A ce moment là, Cassidy reçut un électrochoc. Elle se réveilla en sursaut et se redressa, encore un peu faible.

« Qu’est ce que vous faites ? Lâchez moi ! »

- Merde ! Comment elle a pu se réveiller ?

Elle voulut hurler mais un des gars plaqua une main contre sa bouche, l’autre l’empêchait de se débattre et le dernier sortit une bouteille de son sac.

- Fais la boire ! Elle sera plus réceptive

Ils voulaient faire quoi ?! Sales morceaux ! Elle tentait de se débattre mais la drogue était trop forte. Les mots de Tristan résonnaient à ses oreilles. Ne pas se forcer… Ne pas être dégoûter… ELLE NE VOULAIT PAS LA ! C’était son choix ! Elle voulut hurler le prénom de Tristan, hurler pour qu’il vienne. Elle y pensa de toutes ses forces, quitte à se faire mal à la tête. Paniquée… Qu’il vienne.

On lui pinça le nez et dégagea sa bouche. Cassidy retint sa respiration. Mais l’air lui manqua rapidement et elle ouvrit la bouche. On lui fit couler un liquide le long de la gorge, une bonne rasade. Ils continuaient de la maintenir jusqu’à ce que l’alcool ferait effet. Elle ne bougea pas. Son regard devint un peu vitreux et ils finirent par la relâcher. Un sourire idiot était apparu sur son visage alors qu’elle levait les mains pour saisir un des garçons quand soudain…

- Bonsoiiiiiiiiiiiir ! C’est bien ici la petite sauterie collective ?

Une voix féminine venait de s’élever du fond des bois. Une silhouette élancée marchait dans leur direction d’un pas assurée, la démarche chaloupée et un brin provocante. Les garçons relevèrent la tête et laissèrent tomber Cassidy au sol. Un des leurs s’approcha de la nouvelle arrivante et poussa un sifflement admiratif, se rinçant l’œil bien comme il faut. Une silhouette de rêve. Whaaaa. Ca bandait déjà bien.

- Venez donc nous rejoindre magnifique créature… Il y a bien de la place pour deux…

Le garçon avait approché sa main de la poitrine de l’inconnu. Grossière erreur. Elle avait attrapé son bras, s’était arrêtée de bouger puis balança une seule phrase, remplie de provocation.

- Tu me prends pour qui vermisseau ?

Il ouvrit la bouche pour répliquer mais un craquement sinistre se fit entendre. Aussitôt, l’inconnue ramassa un bout de bois et elle asséna un violent coup sur la tête du malheureux qui s’écroula avant même d’avoir le temps de hurler. Elle haussa les épaules. Les deux autres relevèrent la tête, virent leur camarade à terre et se mirent sur leur garde.

- T’es qui toi ?

Elle avançait doucement.

- Une femme qu’il vaut mieux éviter d’énerver… Malheureusement pour vous, ça semble mal parti…

L’inconnue s’approcha du deuxième. Il recula d’un pas puis commença à s’enfuir. Mais dans sa précipitation, il chuta. Elle s’approcha de lui d’un pas tranquille et l’attrapa par la jambe en le tirant à elle. Puis elle referma sa prise sur son tibia. Nouveau craquement sinistre, il émis un cri mais elle l’avait assommée directement avec son bâton avant de l’éjecter au loin à côté du premier.

- Pffff… Je suis vraiment trop gentille quand même…

Alarick s’éloigna de Cassidy. Il ne comprenait pas ce qui se passait. Dans un élan de courage il prononça une phrase.

- Quand le village saura ça, ils te traqueront !

Elle posa un doigt sur ses lèvres. Il était coincé devant un arbre.

- Non tu ne diras rien… parce que je t’assure que si tu dis quoi que ce soit, je reviendrais et cette fois je m’arrangerais pour t’arracher ce qu’il y a juste là…

Puis elle l’attrapa par le col et le souleva de terre, se faisant plus menaçante.

- Et ne t’approche plus jamais de cette fille… Tu ne la regardes pas, tu ne las désire pas, tu ne la touches pas… N’ose même pas respirer à côté d’elle… sinon…

Elle leva son genou et balança un superbe coup à l’entrejambe du sale pervers. Il voulut hurler mais elle cogna sa tête contre l’arbre derrière avant de le jeter à côté des deux autres. L’inconnue se tapota les mains.

- Beurk…

Cassidy n’avait pas bougé, n’avait pas réagi. L’inconnu se dirigea vers elle, regarda ses vêtements un instant. Elle soupira en se tenant le front. Sortant une petite boule de sa sacoche, elle la mit devant les lèvres de Cassidy.

- Avale

Cassidy ouvrit la bouche et croqua dans le truc bizarre. Puis l’inconnue s’affaira autour d’elle, la rhabillant comme elle pouvait. Elle enfila une longue cape sur elle-même, rabattit la capuche sur sa tête et souleva Cassidy qu’elle posa sur son épaule. Elle passa devant les trois garçons et donna un coup de pied magistral dans le ventre d’un.

-Sales porcs…

Qui était cette inconnue ? Cassidy n’en savait rien. Elle s’était endormie sagement sur son épaule et ne vit rien. Se déplaçant silencieusement, la mystérieuse femme avançait dans le village. Elle faisait attention de ne pas être vue ni entendue. Arrivant à la maison de Cassidy, elle avisa la fenêtre qui était ouverte au deuxième étage. Grognant un coup, elle se dirigea vers deux caisses empilées l’une sur l’autre et les poussa près du toit qui permettait d’accéder à la chambre du haut. Elle déplaça un tout petit peu une caisse pour faire un escalier improvisé puis monta dessus avant de rentrer dans la chambre. Déshabillant Cassidy, elle lui laissa juste la brassière, rangea les affaires dans son sac puis poussa la couverture sur elle.

Pendant un instant, elle la regarda dormir avant de dresser la tête, sauter par la fenêtre et partir très rapidement. Elle avait apparemment entendu du bruit et ne voulait pas être présente quand la personne se pointerait…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 19 Fév - 22:47

Me souvenir…

C’est la première fois que j’en éprouve l’envie. Me souvenir d’une personne, d’un moment, de son visage, de sa voix, de ses gémissements.
Ils m’ont retourné l’estomac. Sa voix contient une étendue de gamme tout à fait surprenante. Elle s’est mise à briller à un moment. Je ne sais pas ce que c’est, si c’est normal ou pas. Elle n’a pas eu l’air de souffrir. Ca m’a rassuré. Ce qu’elle avait éveillé chez moi, je n’étais pas vraiment sûr de pouvoir l’arrêter.
D’ordinaire je me contrôle pourtant. Très bien même, je sais jouer. Je sais me détourner d’une femme sans la moindre difficulté. Mais elle m’attire indéniablement et c’est assez innovant et déroutant. La facilité déconcertante avec laquelle elle m’a chauffé me laisse encore sans voix. Certes je n’ai pas dû lui montrer explicitement que c’était le cas, à part les craquements de mon innocents boxer et l’impression d’avoir les boules comprimées dans un étau. Elle n’a pas vu mon visage et tous mes efforts pour tenter de me maitriser.
Kayla sait me chauffer, me faire fondre sans la moindre difficulté. Je résiste évidemment mais ce n’est qu’une façade. Parce que c’est une dragonne et qu’elle sait ce que je ressens pour elle, ce flux d’énergie violent entre nous, ces puissances qui se heurtent bien avant le contact de nos corps. Mais Cassidy n’est pas une dragonne.
Je ne sais pas vraiment ce qu’elle est finalement. Humaine maudite ? Un quelque chose d’autre dont mes vagues connaissances du monde n’ont jamais entendu parler ? Mais elle n’est pas une dragonne, elle n’en a ni l’odeur, ni l’empreinte. Je ne sais pas ce qu’elle est. Vraiment pas. Mais il y a une sourde puissance en elle. Je ne sais pas comment je le sais, je le sais c’est tout. Tout comme je sais que je n’aurais jamais dû être si réceptif à ses effleurements, à ses tentations, tout comme je sais qu’il n’aurait absolument pas pu en être autrement.

Quand j’avais compris son manège, la raison pour laquelle elle se mettait derrière moi, j’avais été amusé et bluffé. Elle était réellement surprenante et très éloignée de toutes les autres. Elle ne ressemblait à personne pour être tout à fait honnête, ni physiquement, ni comportementalement, ni pour l’attirance qui me la peignait comme source première de mes préoccupations actuelles.
J’avais vraiment essayé de rester impassible, de contrôler mon corps et mon esprit grâce à tout ce que j’avais appris durant ces longues dernières années. Mais je me mentais et je le savais. Elle me faisait certes un effet dingue, elle semblait certes très douée de ses mains tant elle faisait avec si peu de gestes mais je ne pouvais pas m’en contenter. Je voulais plus… Et tout de suite.

Pourtant face à elle je m’étais calmé. La violence de mes besoins s’était un peu essoufflée au profit de l’envie si insidieuse de la combler. Et jamais le plaisir d’une femme ne m’avait paru plus salutaire, plus essentiel, plus naturel aussi.
Sa lumière était étrange. Mais ça ne m’effrayait pas. En réalité, bien peu de choses pouvaient m’effrayer. Rien du tout. J’ai été éduqué en tant que tueur, le plus grand de tous les prédateurs, le plus puissant, le plus craint et le plus respecté. Que devais-je craindre au juste ? L’absence de sentiment pour ceux qui m’avaient élevé et pour la vie en général me protégeait de toute faiblesse. Par définition nous sommes des créatures extraordinaires. Parce que nous ne craignons rien. Parce que nous n’avons peur de rien ou presque. Alors non je n’avais pas peur de son étrange halo doré qui semblait faire briller les minuscules particules de sa peau comme si elle avait été phosphorescente. Ce n’était pas désagréable de la regarder. Ses vêtements n’en étaient que moins opaque et c’était loin de me déplaire même si je la préférais tout de même sans… Oh oui…

Ca avait été bon pour moi aussi. Je ne sais pas pourquoi. Pourquoi autant cette fois. J’avais envie de m’en rappeler. Alors quand elle m’avait touché j’avais eu la réaction la plus débile et la plus inattendue qu’il m’ait été donné de constater. Pourtant j’en avais déjà eu des réactions étranges, sous l’emprise de la fatigue et des drogues, sous l’influence d’entrainements si difficile que penser n’était plus possible. J’avais déjà fait beaucoup. En général c’était plus de l’ordre de l’action. Mais dire à une demoiselle non alors qu’elle commençait à me tripoter, ça non… Ca c’était décidément nouveau. Et je n’aimais pas beaucoup cette nouveauté. Dire non. Je voulais la baiser… Vraiment. Et pourtant je venais de lui hurler ma désapprobation. A ma propre surprise. Les mots qui sortaient de ma bouche étaient d’une absurdité sans nom. Je m’entendais les prononcer avec l’impression que quelqu’un d’autre disait ces mots. Pourtant il y avait du vrai. Malgré l’énorme désir qui me vrillait les reins, celui qui me donnait l’impression que jamais non jamais je ne débanderai, je voulais enregistrer cet instant. Peut-être parce qu’il était unique. Mais normalement tout instant est pareil à un autre. Toute femme est pareille à une autre même si nous avons nos préférences.

Mais j’avais envie de me souvenir d’elle, de ses soupirs, de la merveilleuse crispation de son corps, de son sourire, de ce quelque chose dans ses yeux, ce remerciement qu’elle ne formulait pas, qu’elle n’avait absolument pas besoin de formuler… Je savais que j’oublierai. C’était ainsi. Pour la première fois ça me gênait. C’est pour ça je pense que je n’avais pas enlevé mon pantalon, que je la regardais puis me serrais contre elle sans comprendre les frissons agréables qui parcouraient mon corps et qui n’étaient pas que de désir, également d’apaisement.
J’étais épuisé. C’était la seule raison valable de mon action. J’avais autant l’étrange envie de la traiter avec douceur et tendresse, de câliner cette étrange petite demoiselle, que celle de lui faire furieusement l’amour. Parce que peut-être qu’ainsi, enfin, j’arrêterais d’être étrange, de dire des choses étranges, de faire des choses étranges. C’était la fatigue et le désir qui parlaient. Je savais bien quel mélange explosif pouvait produire l’alliance de ces deux-là.

Sa main dans mes cheveux était douce, agréable. J’aurais pu m’endormir… Je crois.
Finalement elle était monté devant moi cette fois sur le cheval. Nous ne parlions pas. Peut-être étions nous aussi gêné l’un que l’autre finalement. Je la sentais… différente, étrange. Le voyage dans ce sens fut beaucoup plus confortable. Je pouvais un peu me concentrer sur le chemin et elle était stabilisée entre mes bras. Ce n’était pas désagréable de l’entourer de ceux-ci pour tenir les rênes.
Les autres cavaliers devant nous discutaient. Des flashs de ce que nous venions de faire à l’insu de tous me revenaient en boucle. Enfin de ce que je venais de lui faire à l’insu de tous plutôt. Ce que je m’infligeais était terrible. J’avais vraiment envie d’elle, peu importe combien j’essayais de calmer mes pensées. Mais attendre, un peu, avait un côté assez excitant. Le risque aussi. Je craignais un peu qu’elle ne me repousse…
J’avais sorti quelques mots à son oreille pour détendre la tension entre nous qui n’était pas que sexuelle. Elle répondit du tac au tac et j’avais tout de suite remarqué l’appellation, ça me fit sourire. Je n’étais plus qu’un humain apparemment… J’eus envie de la mordre, encore, me retins de justesse, soufflant tout bas.


Un avertissement… C’est bien faible comme mot… J’ai remarqué les exquises réactions de ton corps et sa surprenante endurance malgré une sensibilité pour le moins… éblouissante. J’espère que tu as conscience… que je ne sais pas me satisfaire de peu…


Il sourit parce qu’elle voulait probablement répliquer mais n’en avait pas eu le temps. Elle l’avait pincé, fort, pour se venger mais il était persuadé de l’avoir vu sourire.
Ils étaient arrivés à la fête et tout le monde était déjà en train de danser ou de boire. Très vite elle s’était éclipsée mais il l’avait suivie, bien vite. Elle avait dit une chose étrange qui lui avait fait hausser un sourcil, surpris. Il avait aussitôt rétorqué qu’il surveillait « ses jolies fesses de peur qu’elle lui échappe ». Il poussait de plus en plus la provocation et s’était totalement défait de son masque d’impassibilité et de politesse coincée face à elle. Il était vrai et honnête, du moins en grande partie et elle était bien la seule à y avoir droit. Du moins à cette heure. Le jeune homme était évidemment inconscient des idées qui occupaient l’esprit de la jeune femme et qui le mettait au centre de toutes ses activités. Il en aurait été profondément flatté autrement et très excité… encore et toujours. Il se remémora avec surprise les mots dont il ne se souvenait pas. Des mots qu’il lui avait dit. Qu’elle ne devait pas se forcer. Pourquoi donc avait-il prononcé ces choses là? Ca ne lui ressemblait pas pourtant. Enfin… il voulait qu’elle soit consentante évidemment mais ce n’était pas vraiment lui que ça concernait, du moins pas que lui…

Elle mangeait du sucré tandis qu’il semblait décider à battre les records de quantité de steaks ingurgités… Le jeune homme ne mangeait que du salé évidemment et plus de viande qu’autre chose, presque que de la viande en fait… de préférence saignante… Il lui en proposa à plusieurs reprises, s’occupant lui-même de se préparer sa nourriture et de la récupérer sur le grand barbecue libre d’accès. Leurs petites activités les avaient éloignés des pensées des autres, de leur comportement aussi et finalement ils n’avaient pas plus envie l’un que l’autre d’être mélangés aux danseurs gigotants.

Il se retrouva pourtant très vite alpagué par différentes filles et dut enchainer de trop nombreuses danses, trop serrées pour la plupart. Certaines essayaient clairement de le chauffer, se frottant contre lui en le tripotant sans vergogne mais le jeune homme restait poli, impassible en général, très correct, ne tentant rien, pas à un seul instant. Après tout il faisait déjà beaucoup trop entorse à ses principes avec une certaine petite demoiselle blonde. Autant ne se focaliser que sur elle.


J’aurais bien dansé avec elle. Elle était de loin bien meilleure cavalière que l’espèce de sangsue qui semblait vouloir fusionner sa poitrine avec mon torse. Plus grande que Cassidy, elle me lorgnait en me donnant l’impression d’être un morceau de choix. Je crois que j’ai regardé mon premier steak de la même manière tout à l’heure. Elle n’est pas la première de la soirée à me tripoter l’air de rien. Cassidy au moins le fait sans vergogne, sans détour. Bon elle s’est amusée, largement, à me tenter tout à l’heure mais elle ne l’a pas fait en prétendant que c’est accidentel. Au moins est-elle vraie dans sa manière de penser et d’agir. C’est probablement mieux. Même si ça heurte la sensibilité de certaines personnes par ici.
J’entends les voix d’autres filles qui discutent, qui attendent pour danser avec moi. Soyons parfait et gentleman… Elles parlent de Cassy… et moi. De l’état dans lequel nous sommes revenus, ses cheveux ébouriffés et plein de feuilles que j’ai essayé d’enlever pourtant, la légère coloration de ses joues malgré son visage fermé, moins qu’avant néanmoins. L’une d’elle dit que ce n’est qu’une maladroite débile. Ca m’énerve. Ca m’énerve beaucoup en fait. J’ai envie de lui cracher de fermer sa gueule… L’autre rétorque que j’avais aussi les cheveux ébouriffés. Je souris. Une autre réplique. Peut-être que nous nous sommes tripotés. Enfin une clairvoyante ! Oh oui… Enfin c’est surtout moi qui en ai profité pour découvrir ce corps sublime… Elles se chamaillent sur l’impossible de la chose. Mais leurs paroles m’ont rappelé le doux souvenir de sa peau, de l’éveil de mes sens qu’elle a provoqué avec cette facilité frustrante. J’ai encore plus envie d’elle, chaque fois un peu plus. Pauvre petite demoiselle. C’est la énième avec laquelle je danse, j’en ai marre de piétiner, la première à lever un visage surpris et flatté vers moi quoiqu’un peu effrayé. Normal… je bande. Encore… Elle a l’air séduite. Elle pense que c’est elle qui me fait cet effet. J’ai envie de lui rire à la figure et de l’envoyer bouler. Je ne le fais pas évidemment, bonne image oblige. Je souris et m’excuse, m’éloigne… Elle racontera probablement à ses copines l’effet qu’elle m’a fait. Peu importe. Qu’elles jasent…
Je cherche la petite blonde qui occupe mon esprit et celle de mon entrejambe, des yeux. Mais rien à faire, je ne la vois pas…

Un peu blasé je vais me promener dans le coin pour m’éloigner du bruit, des cris, pour calmer mes sens échauffés.
Je remarque alors ces bruits qui m’avaient échappé et un sourire étire mes lèvres. J’avais oublié ce moment. J’avais oublié que c’était particulier ces derniers jours. Et dire que j’allais manquer ça. J’allais partir, seul, c’était mon moment. C’était… important pour moi. Mais pour une fois, la première, je ressentis l’envie et le besoin de partager ceci. Avec elle. Surprenant. Ca ne m’était jamais arrivé. Je fronçais les sourcils. Je n’avais besoin de personne… Et pourtant, fatigue oblige, mon esprit tournait dans un autre sens, d’une curieuse manière, un plan déjà pré-établi en tête… Un plan que je ne me serais jamais cru capable d’imaginer, même derrière mon plus beau masque…



Il ne savait évidemment pas ce qui s’était passé.
Ni que la demoiselle s’ennuyait ferme, ni qu’elle était perdue dans ses pensées, ni qu’on avait drogué son verre, ni qu’elle s’était faite apathique, ni qu’elle avait été entrainée par un petit crétin pour un bien sombre dessein. Alarick et ses amis avaient bien décidé de profiter de la jeune femme. Et il s’en était vraiment fallu de peu… de très peu. Une mystérieuse inconnue avait probablement sauvé plus que l’honneur de la jeune femme, le début de confiance qu’elle pouvait peut-être redonner aux hommes, du moins à l’un d’eux.
Pourtant il aurait pu y avoir quelque chose. Tristan était tranquillement en train de passer chez lui en silence quand il avait été pris de la plus atroce migraine qu’il ait connu, tant et si bien qu’il avait reculé maladroitement, s’était pris les pieds dans la table basse et étalé de tout son long dans le salon. Pourtant il n’avait pas tant que ça bu… encore la fatigue… Inconscient que ses sens dragons, et peut-être un peu plus qu’eux, avaient capté un appel de détresse silencieux il n’aurait rien pu faire. Du moins pas à temps.
Peut-être ses pas l’auraient-ils dirigés inconsciemment dans la clairière où ces salopards comptaient s’adonner à leurs vices. Peut-être aurait-il surpris le spectacle de la demoiselle qui occupait un peu trop ses pensées, soumise, aux prises avec trois ignobles porcs ! Mais il n’aurait pas pu la protéger. Abréger le calvaire oui. Pas l’empêcher.
Mais heureusement, la petite demoiselle semblait avoir un ange gardien, fort étrange… mais un ange gardien tout de même.


Le grand jeune homme avait finalement récupéré tout ce dont il avait besoin et était retourné à la fête. Tout le monde continuait de s’amuser… Mais il ne vit pas Cassidy. Il commença à la chercher un peu, discrètement, mais aucune trace d’elle, nulle part. Alors finalement il se permit de se fier à son odorat et détecter le parfum de la jeune femme parmi tant d’autres, un parfum qui n’était plus là.
Il trouva les trois crapules assommées et heureusement pour ces types, ils étaient inconscients, autrement ils auraient passé un très très mauvais moment car il ne fallut guère longtemps au jeune homme pour comprendre qu’ils s’en étaient encore pris à elle. L’abruti avec lequel elle avait couché avait probablement fait part de son exploit à ses copains et ils avaient voulu tester… Ce n’était qu’une supposition mais une supposition qui lui donna la nausée et le plongea dans une telle colère qu’il dut s’adosser contre un arbre pour se calmer. Ca lui prit du temps… Finalement il suivit l’odeur de la jeune femme. Il y en avait une autre, qu’il n’arrivait pas à déterminer mais de toute manière il ne s’en préoccupait pas vraiment.

Il finit par arriver près de la maison des Herediane et s’arrêta, fixant la chambre de Cassidy, plongée dans l’obscurité. Elle n’était quand même pas partie sans lui souhaiter bonne nuit ?! Cruelle demoiselle ! Il piétina un instant sur place, hésitant. La morale voulait qu’il s’en aille, tout de suite, loin d’elle et des tentations. Une autre part de morale voulait aussi qu’il s’assure qu’elle allait bien après ce qui avait probablement dû se passer, ce qui aurait pu se passer surtout… Mais le dragon voulait jouer. Le dragon voulait lui montrer un secret. Et le dragon n’était pas très raisonnable et encore moins patient…

Après un long moment d’hésitation, ignorant qu’une personne l’observait dans l’ombre, le jeune homme jeta un regard à gauche et à droite, sourit et fit un bond totalement démesuré après avoir pris son élan pour atterrir presque sans bruit sur le mur à hauteur de la fenêtre de la jeune femme. Il se glissa dans sa chambre avec une agilité déconcertante une fois de plus pour sa carrure et sans faire de bruit. Pourtant, il faisait plus berserk que roi des voleurs…
A l’intérieur il n’y avait que les ténèbres et une respiration lente et régulière.


Mes yeux s’habituent toujours très vite au changement de luminosité, je remarquais bien vite la majorité des détails qui avaient changé… Des vêtements en boule dans un coin, Cassidy dans son lit sous ses couvertures, allongée sur le côté, en position légèrement repliée. Pour le coup je me sentis stupide. Stupide d’être venu, stupide d’avoir quitté la fête pour ça, stupide d’être rentré dans sa chambre alors qu’elle avait éteint les lumières, stupide de la surprendre dans son sommeil.
Je m’approchais néanmoins, hypnotisé. La couverture avait glissé légèrement sur son corps, dévoilant l’une de ses épaules. Sa peau diaphane me remuait.
Je n’hésitais déjà plus. En silence, je m’accroupis près de son lit, l’observant avant de porter doucement une main à l’une de ses joues, l’effleurant pour la réveiller sans brusquerie.


Cassy… Eyh… Cassy…

Elle finit par ouvrir un oeil, sursauter et m’envoyer un formidable coup de poing en pleine mâchoire. Sauf qu’elle avait… bien peu de force au réveil et se fit plus mal qu’elle ne m’en fit. Je la regardais avec surprise alors qu’elle semblait soudain… effrayée, elle qui était toujours si pleine d’aplomb, de défi, de hargne…Elle avait une sacrée énergie au saut du lit...

Eyh ! C’est moi, c’est Tristan !

Ah oui, là j’étais un peu con, j’avoue. Un inconnu vient la réveiller dans une chambre plongée dans le noir, normal qu’elle panique. J’oubliais bien vite que mes sens surpassaient de loin tout ce que je pouvais attendre même chez la plus performante des créatures humaines. Elle dut reconnaitre ma voix car elle reprit tout de suite une expression de défi. Pourtant je n’étais pas plus tranquille. J’avais oublié ce détail qui ne pouvait pas lui échapper. Dans l’obscurité mes yeux, tels ceux des félins, absorbaient la moindre source lumineuse, même la plus infime, renvoyant un éclat… Ca devait être un peu inquiétant de voir deux yeux phosphorescents vous fixer de manière déstabilisante. Je m’en voulus un peu. Pas longtemps.

Je n’osais pas vraiment lui demander ce qui s’était passé avec les petits cons. J’avais un peu peur qu’elle me le dise. Pas qu’elle leur avait cassé la gueule. Ca à la rigueur ça me remplissait d’une joie sadique. Mais qu’ils lui aient fait du mal. Et si elle commençait à avoir peur, si elle voulait se confier ou quoi que ce soit… Je n’étais pas vraiment préparé pour ce genre de choses. Je n’étais même pas sûr de savoir réagir. Je risquais de rire, de jouer le détachement, la provocation… ou que mon corps réagisse au sien si elle me demandait un quelconque réconfort. J’avais déjà bandé une fois comme ça, quand une fille voulait être consolée, ce n’était pas du meilleur effet pour rassurer… mais j’avais quand même fini par la sauter…



Tristan souriait gentiment dans l’obscurité, se mettant à taquiner la jeune femme en affirmant qu’elle s’était enfuie de la fête sans même lui laisser l’occasion de l’embêter, sans même lui accorder une danse. La couverture glissa doucement sur elle alors qu’elle se redressait et il détourna les yeux, pour ne pas perdre le fil de ses pensées.
Pauvre petite demoiselle secouée sans raison de son sommeil réparateur, qui avait eu un moment bien désagréable et avait peut-être juste besoin de repos, de beaucoup de repos… Sans raison ? Pas sûr.

Habille-toi.
… Hein ?
Habille-toi, ne fais pas de bruit et suis-moi, j’ai un truc à te montrer…

Il sourit et se dirigea vers la fenêtre, disparaissant presque aussitôt. Pourtant sa tête réapparut une poignée de seconde plus tard. Il ne lui laissait pas vraiment le choix après tout. Mais c’est sur un léger rire, taquin, chuchotant qu’il ajouta quelques mots.

Et c’est pas ma…

Il ne finit pas sa phrase. Elle avait apparemment compris et lui balança le premier objet à portée de sa main, son oreiller. Il y eut un bruit de chute, mais pas fort, vraiment pas fort, pourtant… il avait dû tomber de… haut, non ? Et l’oreiller repassa la fenêtre en sens inverse dans une parfaite courbe en cloche l’instant suivant…

Le jeune homme attendit sagement, sans lui laisser apparemment du tout le loisir de refuser. Peut-être était-elle trop curieuse. Peut-être l’avait-il trop bien réveillée même s’il n’avait absolument rien tenté, surtout avec ses parents plutôt… proches et probablement encore éveillés. La tête de la jeune femme apparut dans l’encadrement de la fenêtre, elle fronçait les sourcils, soupira puis disparut à son tour et peu après sortit de sa chambre. Tristan l’arrêta de grands gestes des bras et tendit ces derniers, lui faisant clairement comprendre qu’elle devait sauter et qu’il la réceptionnerait. Pas folle et très indépendante la jeune femme n’avait pas du tout l’air de cet avis et l’ignorait superbement quand elle eut droit à une répartie de simple provocation.

Trouillarde…

Elle le fusilla aussitôt du regard, probablement inconsciente du fait qu’il la voyait parfaitement les sourcils froncés et montrant légèrement les crocs. Pour lui prouver sans doute qu’il avait tort elle s’élança sans la moindre hésitation. Peut-être était-ce juste de la provocation, peut-être avait-elle tout de même un peu confiance en lui.
Il la réceptionna avec une facilité déconcertante, accompagnant sa chute de telle façon que si elle avait été réceptionnée en glissant de son lit ça n’aurait pas été différent. Elle était où la gravité ? Le principe de prise de force avec la vitesse d’une hauteur ? Apparemment aux abonnés absents…


Je l’avais rattrapée encore plus facilement que je ne l’aurais cru. Elle était plus légère que je ne l’imaginais. C’était étrange. D’ordinaire j’estimais bien la morphologie des gens. Mais elle était un mystère entier à elle toute seule. J’avais le visage tout proche du sien et elle me défiait toujours du regard, apparemment très fière d’elle, me faisant mentir sur mon « insulte » proférée plus tôt. Je lui souris, pris de l’envie de l’embrasser. Je me contentais de l’aider à se redresser doucement, posant ses pieds au sol, mettant ensuite les mains bien en évidence.

Soit soit… Je m’excuse, tu n’es pas trouillarde…


Elle me défiait toujours de ses yeux noisette, l’air de dire qu’elle me surveillait et me botterait les fesses si j’osais recommencer… Hum. Je n’étais pas contre… Son défi se mua en surprise. Certes je l’avais beaucoup prise au dépourvu dans sa chambre je pense mais il est vrai qu’alors que nous étions dehors ce n’était guère plus explicite. En plus je portais un sac. Je pris sa main dans la mienne et l’incitais à me suivre.

J’espère que tu aimes marcher… Ce n’est pas à côté.

Sans plus d’explication le jeune homme l’entraina à sa suite, s’enfonçant très vite dans la forêt, l’incitant à le suivre, guidant ses pas et lui trouvant les meilleurs chemins dans l’obscurité. Pourtant rapidement la lumière d’une des lunes vint les éclairer.
Ils marchèrent en silence. Elle n’était pas curieuse, du moins n’en faisait pas état. Lui réfléchissait à ce qu’il était en train de faire et à tout ce qui s’était passé dans l’après midi et la soirée, tout ce qui se déroulait vite, si vite. Les épreuves les avaient rapproché d’une telle manière que c’était à peine concevable. Le plaisir de la jeune femme quand ils avaient gagné une des épreuves, celle durant laquelle il l’avait guidée, son éblouissant sourire quand elle lui avait sauté dans les bras. C’était troublant. Ca lui donnait mal au ventre. Pourquoi était-il là au juste ? Pourquoi l’amenait-il avec lui ? C’était son endroit ? C’était son moment… Pourquoi ?

Pourtant il n’avait aucun regret. La fatigue le faisait réfléchir au ralenti. Il n’avait pas envie d’être ailleurs pour le moment. Il ne l’entrainait pas là pour assouvir ses pulsions, c’était différent. Il finit par s’arrêter et se retourner lentement pour lui faire face, parlant tout bas.

… Ne fais pas de bruit, c’est pour bientôt…


Il l’incita à s’accroupir comme lui derrière un bosquet, lui désignant une clairière à côté de laquelle ils auraient pu passer sans même s’en rendre compte. La rivière passait à côté, la coupant, une petite cascade laissait filtrer un bruit d’eau parmi ceux des animaux de la nuit et du vent. Il passa une main dans le dos de la jeune femme pour qu’elle se rapproche de lui et suive la trajectoire de son regard. Il n’y avait pourtant… rien à voir.
Soudain la deuxième lune de leur monde franchit la ligne de l’horizon, recueillant l’éclat de sa grande soeur, en prenant un orangé pour sa part qui éclaira totalement la clairière pendant un très bref instant. Elle redevint aussitôt après un disque d’argent…
Mais des centaines, des milliers, des centaines de milliers de lucioles commencèrent alors à quitter les arbres, l’herbe pour s’élever paresseusement et flotter dans la clairière.
De sublimes ballets de lumière commençaient à se dérouler sous leurs yeux, instant magique qui pouvait si facilement échapper à la présence des humains, incapable de voir ce qu’ils ont en face d’eux. C’était délicat et fragile, tellement fragile.

Pourtant le jeune homme s’était levé lentement et lui prit la main pour qu’elle en fasse de même, l’invitant une fois de plus à le suivre, s’avançant dans la clairière. Les lucioles qui auraient dû être gênées dans leur danse ne semblaient qu’à peine les remarquer et du moins ne pas du tout en être gênées. Elles les éclairaient, éclairaient le monde, leur visage… Il sourit à la petite demoiselle, sortant un objet de sa poche qu’il posa sur une pierre.

Tu me dois toujours une danse…

Et dans un élan de galanterie poussant le vice de la perfection plus loin, il s’inclina respectueusement tandis qu’une douce mélodie s’élevait de la petite boite à musique qu’il avait chapardée à sa mère et s’écoulait dans la clairière, unique, tellement adaptée. Elle n’avait rien des mélodies endiablées de la fête, ni des slows doux mais entrainants, elle était faite pour émouvoir, pour transpercer au plus profond de l’âme et pour être acceptés par ces petits êtres lumineux.

https://www.youtube.com/watch?v=ynKKkt8wodM

Ne laissant pas la demoiselle être surprise, Tristan l’entraina donc dans une danse lente, tranquille en pressant doucement sa taille d’une main, sa main de l’autre, suivant une cadence de pas mesurée. Doucement les lucioles commencèrent à suivre le même rythme qu’eux, voletant en vague mouvante autour du petit « couple ». Certains commencèrent à se poser sur eux, les auréolant de lumière. Pour n’importe quel observateur extérieur ils auraient eu des apparences d’êtres de légendes dont les contours lumineux se discernaient dans l’étrange semi-obscurité et en même temps douce lueur qui régnait dans la clairière.

Ils dansèrent sans un mot un moment, longtemps…La mélodie dura, fut suivie d’une autre du même genre, puis encore une… Il arrêta de compter, jusqu’à ce que la boite à musique s’arrête d’elle-même. Comme répondant à un signal les lucioles se dispersèrent et s’éteignirent lentement à cette suite jusqu’à ce que la clairière se replonge en grande partie dans les ténèbres… Le jeune homme s’était arrêté, souriant.

Merci pour cette danse…

Même s’il y en avait eu plus d’une.
Il lui sourit, ne comprenant pas l’étrange sentiment de besoin de partager ce moment qu’il avait ressenti. Il alla récupérer la petite boite à musique, la mit dans son sac mais au lieu de chercher à repartir il s’allongea dans l’herbe en soupirant, les bras en croix, étalés de tout son long en s’étirant, humant les odeurs de la nuit. Il rouvrit les yeux pour fixer les étoiles. Ca aussi ça en faisait parti mais il savait que peu de personnes appréciaient de les regarder avec la même absence de lassitude que lui. Il ne regardait pas la jeune femme mais s’adressa pourtant à elle.

… Je vais regarder les étoiles un moment. Si ça te dit…

Rien de plus, aucune tentative, aucune provocation, rien. Le gredin avait tout de même prévu une couverture qu’il sortit de son sac mais ne semblait pas vraiment attendre sa réponse, ou peut-être craignait-il un refus quelconque. Il était très différent de l’après midi et en même temps peut-être d’autant plus provocant qu’il ne faisait rien justement pour la provoquer.
Les étoiles et l’éclat de la lune se reflétaient dans ses yeux clairs alors qu’il observait les constellations qu’il connaissait, songeant à la délectation que c’était de glisser dans les bras de la nuit, de contempler ces astres depuis les cieux… Rien ne valait ceci… Pourtant, même au sol il appréciait. Rien n’avait encore jamais réussi à lui apporter un tel réconfort… Etrange de voir que le vrai moment de magie de la demoiselle était celui du lever du jour, lui celui de la nuit de ses astres d’argent…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 20 Fév - 15:08

Cassidy ne savait plus. Tous ses beaux principes, ses déclarations, avaient été remis en cause en même pas une après midi. Elle détestait les hommes… Elle ne leur faisait pas confiance, vraiment. Trop souffert dans le passé pour être à la merci d’un de ces humanoïdes affamés. Menant la danse, jamais elle ne laissait aucun homme prendre le dessus, jamais. Tristan c’était différent. Bien différent. Oh bien sûr, le Drakkari était fortement doué dans ses gestes mais il n’y avait pas que ça.

Elle n’avait pas senti de menace avec lui. C’était comme si c’était… normal au contraire. Et dire qu’avec Jilian qui était doux comme un agneau elle avait attendu un bon mois avant qu’il ne prenne un peu plus d’initiatives. Avec Tristan c’était autre chose. Elle le ressentait, comme un instinct. Dans un sens, cela lui faisait peur, vraiment peur. Peur de perdre le contrôle, peur de s’affaiblir. La faiblesse n’était bonne que pour les naïfs. Elle n’était plus naïve, loin de là. Pourtant elle n’avait pas non plus l’intention de lui dire ce qu’elle ressentait réellement. La magie pouvait s’arrêter à n’importe quel moment.

C’est sur cette réflexion qu’elle se laissait conduire tranquillement, assise devant lui, regardant sans regarder la route. Encore une marque de confiance. En temps normal, elle n’aurait jamais laissé un homme la prendre sur son cheval. Pourtant c’était agréable. Tristan tenait les rênes de son cheval, ses bras étaient un peu collés à son corps, pourtant ça n’avait rien d’agressif. Il dégageait une chaleur rassurante. Moins crispée que d’habitude, elle s’était légèrement penchée en arrière, son dos contre son torse. Il balança une petite phrase et elle répliqua. Tristan enchaîna aussitôt. Il la complimentait encore une fois tout en rappelant qu’il n’allait pas s’arrêter là.

Il ne pouvait pas la voir mais Cassidy esquissa un léger sourire malicieux. Oh vraiment ? Mais il pouvait continuer autant qu’il voulait, elle n’était pas encore totalement satisfaite non plus. Il fallait faire plus, bien plus. C’est juste qu’ils avaient été coupés dans leur élan. Si personne n’était venu les chercher ils se seraient peut être endormis et au réveil recommencer encore une fois. Elle ne fit aucun commentaire. Cependant, l’image de Jilian revint la hanter. Encore un jour et il serait là. Bien qu’il tolérait sans problème ses écarts, le fait qu’il soit présent allait certainement la rendre plus distante avec Tristan. Et ça c’était nouveau. D’habitude elle s’en fichait. Jilian la laissait coucher avec des hommes mais il n’y avait pas de lendemain. Bonjour Aurevoir, fin de l’histoire. Et puis il était assez protecteur quand même… Malgré le fait qu’avec elle il avait du s’habituer à sa liberté et son indépendance.

Sur le coup elle voulut répliquer mais ils entraient dans le village. Elle se contenta de le pincer fortement sur le bras comme un avertissement. Mais oui, elle avait souri… un peu. Sans savoir pourquoi. Ca aussi c’était nouveau.

Ils avaient rejoint rapidement la fête. Cassidy ne voulait pas se mélanger aux autres. Enfin, elle était habituée, hier soir c’était la même chose. Ca ne l’amusait pas du tout de danser toute seule au milieu de ses ringards. Et puis rien ne l’intéressait. L’image de Tristan surgit dans son esprit. Elle secoua la tête. Oooooh ! Ca c’était spécial quand même ! Il l’avait rejoint, elle avait cherché à l’écarter. C’est vrai quoi il pouvait tout à fait reprendre son rôle de Prince Charmant et satisfaire ces demoiselles soupirantes qui n’attendait qu’un regard de sa part pour s’évanouir. Peuh… non mais que de gnangnantiseries. Pourtant il avait répliqué en parlant de la surveillance de son postérieur. Elle grogna tout en détournant la tête et se perdant dans ses réflexions.

Cependant, alors qu’elle était occupée à manger ses biscuits, elle le vit à côté d’elle en train de mâcher de la viande avec délice. Un morceau… deux morceaux… trois morceaux… quatre ?! Ouah… A défaut de danser il satisfaisait son estomac ? Il avait un sacré appétit quand même. Il lui proposa même un morceau et partit faire réchauffer le tout sur le grill alors qu’elle l’observait de loin, un coude posé sur la table. Les danseurs ne l’intéressaient pas, la musique elle ne l’entendait pas mais lui… lui… pourquoi donc elle s’intéressait à ses habitudes alimentaires ?!? C’est ennuyant pourtant ! Quel intérêt vraiment ? Il revint tout en lui tendant un morceau dans une assiette. Elle la prit machinalement dans ses mains tout en murmurant un merci qui était sorti instinctivement sans s’en rendre compte. La demoiselle coupa un petit morceau puis le regarda un instant.

« J’ignorais que les Drakkaris étaient carnivores… »

En fait, elle avait bien déjà vu des Drakkaris qui mangeaient des légumes, des pâtes, du pain… alors cette attirance pour la viande, saignante de préférence, était particulière. Elle remarqua même les petits changements sur son visage alors qu’il mangeait. Pendant un instant, elle avait une étrange impression qu’il était un grand prédateur qui savourait sa proie. Peuh ! Mais n’importe quoi ! Voilà qu’elle l’associait à un animal maintenant… C’était la fatigue sans doute, elle divaguait.

Elle mangeait tranquillement son morceau de viande, mais avait rajouté quelques amuses bouches pour varier les saveurs. Une fille l’invita à danser. Il accepta. Pfouuuu Messire Parfait de retour ! Bon après tout il pouvait danser avec qui il veut, au moins elle était tranquille. Elle mâchonnait tranquillement son morceau de viande. Quelque chose avait envahi son corps, la sensation de bien être qu’elle avait éprouvé avait disparu. Elle se concentra alors sur d’autres réflexions. La magie.
Pourtant la demoiselle en était bien dégoutée. A force de s’entendre dire qu’elle n’avait pas de magie en elle, Cassidy avait brûlé tous ses livres et ne voulait plus en entendre parler. Mais au fond d’elle, une petite étincelle d’espoir brillait toujours. C’était étrange.

Elle ne voyait plus Tristan. Il avait disparu dans la foule de danseurs. Le moment d’avant une fille le tripotait sans aucune vergogne et il restait sage. Très sage. Nan mais quel… crétin. Ca l’amusait ? Est-ce que vraiment il aimait se faire tripoter ? Elle ne le comprenait pas… C’était un Cheistam, on lui avait sûrement appris les bonnes manières mais repousser des filles un peu trop entreprenantes n’allaient pas entacher sa réputation non ? Cependant, elle n’avait fait aucun commentaire. Si elle était plus… téméraire, sûrement elle l’aurait retiré de la foule en déclarant qu’il était à elle et que les autres pouvaient aller se brosser. Elle aurait dit ce qui se penser tout bas… Qu’elles arrêtent de le traiter comme un morceau de viande et que la première qui le tripoterait elle apprendrait à voler. Peut être…

Mais alors qu’elle était perdue dans ses pensées, elle ne vit pas la drogue et tout ce qui s’enchaîna avec. Emelyne avait du forcer sur la dose. La première fois, Cassidy n’aurait pas du être joyeuse et aussi entreprenante. Non… Alors elle mit quelque chose de plus puissant. Les pensées de la demoiselle se brouillaient, il faisait un peu chaud mais elle voyait flou. Le regard embrumé, elle sentit une main qui la prenait par le bras et l’entraînait. Ses jambes refusaient de lui répondre, sa tête refusait de réfléchir. Que lui arrivait-il ? Elle était dans un état second.

Et puis tout s’enchaîna. Son bracelet l’avait rappelé à l’ordre tout comme un flash dans sa tête. Elle était dans le noir, les bruits lui indiquaient qu’ils étaient en forêt. Elle voulait se débattre. Mais ce n’était pas de la peur non… c’était de la rage… une rage énorme, destructrice. Son pouvoir aurait du se déclencher… Ca se déclenchait toujours quand elle était de mauvaise humeur, encore plus quand elle avait la rage. Peut être parce qu’il s’était déclenché une fois tout à l’heure… Après tout, ça l’épuisait quand même. Et ses ressources n’étaient pas illimitées. Mais là, rien du tout. Elle se débattit mais son cerveau tournait au ralenti. Elle n’avait plus aucune force. Des images ressurgirent dans sa tête, sa faiblesse, sa naïveté. La drogue la faisait halluciner. Elle appelait Tristan… mais il ne pouvait pas entendre bien sûr… C’était dans sa tête. Et elle n’avait même pas le don de la télépathie alors…

Tout s’enchaîna alors. Elle entendit une voix entraînante et provocante. Quand Alarick l’avait lâché, Cassidy s’était laissée tomber au sol. Elle respirait un peu difficilement, le regard flou. L’odeur de la terre emplissait son nez, des feuilles mortes qui bruissaient. Son ouïe devenait incontrôlable, elle entendait l’inconnue comme si elle avait hurlé. Le bruit des insectes qui rampaient à travers la mousse des arbres… les craquements bien plus loin qui provenaient sûrement d’animaux. Elle sentit alors qu’on la remettait droite et une petite chose qui s’enfonçait dans sa bouche. L’instant d’après, elle avait très sommeil et s’endormit sans faire un bruit.

L’inconnue était bien spéciale. Discrète, elle semblait se douter de chaque présence, se cachant rapidement derrière une façade quand on passait près d’elle. Tout se passa très vite. Elle avait disparu déjà quand Tristan était arrivé, aillant comme remarquer sa présence avant même qu’il n’arrive. Seulement, elle resta dans le coin pour observer son comportement. Sous l’ombre de sa capuche, un sourire mystérieux se dessina. Elle disparut dans l’obscurité.

Cassidy faisait un rêve bizarre. Elle imaginait qu’on la forçait à manger des carottes, encore et encore. Puis elle entendit son surnom, prononcé doucement. Remuant un peu dans son lit, elle émergea pour sentir une présence près d’elle. Instinctivement elle frappa. Le coup partit et l’atteignit sous le menton. Non mais c’était qui ce mec qui venait la déranger en plein sommeil ! Encore un peu nauséeuse, elle reprit cependant très vite tous ses sens. Il allait passer un sale quart d’heure ! Mais ce n’était pas de la peur qui se lisait sur son visage. Non, Cassidy ne manifestait plus aucun signe de peur… plus depuis longtemps. Juste de la haine, une profonde et amère haine… Deux yeux la fixaient dans l’obscurité. Elle s’était redressée d’un coup et avait déjà attrapé son cristal Lumis pour lui balancer à la tête, prête à se battre. Le « voleur » parla. Elle reconnut tout de suite la voix et son expression changea aussi alors qu’elle redescendait ses bras qui tenaient le cristal au dessus de sa tête.

Tristan ? Mais qu’est-ce qu’il fichait ici ?! Dans SA chambre ? Il était passé par la fenêtre ? Comment il avait fait pour l’ouvrir ? Si il voulait baiser dans sa chambre ça attendrait, ses parents étaient sans doute en dessous… Elle le regarda avec un air de défi tout en posant le cristal. Postée face à lui, croisant les bras, elle attendait des explications. Oh elle aurait très bien pu balancer son cristal pour qu’il comprenne qu’on n’entrait pas comme ça dans sa chambre par effraction. Mais au ton de sa voix, elle ne sentit pas d’intentions belliqueuses.

Lui avouer ce qui s’était passé ? Se confier ? Elle lui aurait ri au nez de penser une telle chose. Cassidy ne se confiait jamais… jamais… elle gardait tout pour elle. Comme un lourd secret. Son esprit repensa alors à ce qui s’était passé dans la forêt. Ces porcs qui l’avaient tripotés… elle était restée fière mais la drogue la rendait lamentable. Aucun homme n’avait le droit de voir la peur sur son visage, ni les larmes… ni la douleur… était-elle inhumaine ? Son accident… avait été la pire chose qui lui était arrivé… Ca l’avait totalement changé, elle ne ressentait plus la peur, du moins elle la camouflait avec une grande facilité. Bien sûr que parfois elle avait mal, qu’elle avait peur mais elle ne faisait rien ressortir. Une femme l’avait sauvé, elle avait entendu sa voix… mais qui ça pouvait être ? Elle l’ignorait…

Il lui demanda de s’habiller. Cassidy cligna lentement des yeux. Euh… quoi ? Il voulait quoi ? Si c’était pour baiser en pleine forêt ce n’était pas l’heure ni le moment… Il voulait lui montrer quelque chose. Elle sentit au ton de sa voix que c’était différent cette fois. Que ça n’avait rien à voir avec le sexe. Intriguée mais un peu ronchonne d’avoir été réveillée (bon son rêve était horrible aussi), elle se leva alors qu’il repassait par la fenêtre. Un début de phrase. Elle poussa un rugissement, attrapa son oreiller et le balancer de toutes ses forces sur lui. Un bruit de chute… pas fort… non ce n’était pas une chute en fait. Elle avait entendu le bruit de ses bottes toucher la terre. Quelques secondes après, le coussin revola par la fenêtre. Encore un truc étrange… les Drakkaris avaient de la force mais… chuter d’aussi haut sans dégât ? Elle en apprenait tous les jours…

La demoiselle bailla longuement tout en s’étirant. Il était sûrement parti… Elle se dirigea vers la fenêtre et sortit la tête pour le voir encore en dessous. Elle grogna en poussant un soupir puis chercha ses vêtements dans le noir. Ceux en boule étaient déchirés. Elle soupira une nouvelle fois et sortit ses affaires de rechange, une tenue du même style que la première. C’est tout naturellement qu’elle voulut passer par la fenêtre puisqu’à chaque fois, pour éviter les questions de ses parents le matin, elle s’éclipsait par là mais montrer à Tristan qu’elle savait sauter… non elle n’était pas folle non plus mais suffisamment agile pour se mettre sur la corniche sous l’encadrement de sa fenêtre, sauter sur le mur d’à côté et utiliser des prises sur des pierres un peu sorties afin de descendre. Pourtant la fatigue était présente et elle se dirigea vers la porte.

Cependant elle fut attirée par de grands gestes qu’il lui faisait. Elle haussa un sourcil puis se retourna vers lui. Quoi ? Il voulait qu’elle saute dans ses bras. Cassidy haussa les épaules. Qu’il aille se brosser ! Sauf qu’un mot rempli de provocation la fit se figer sur place. Attendez il la traitait de trouillarde ? Non mais attends ptit père ! C’était pas une hauteur comme ça qui allait l’impressionner ! Si il savait elle avait déjà fait bien pire… Mais sa provocation eut l’effet escompté. Elle ne réfléchit même pas, ayant empoigné la rambarde et sauta gracieusement dans le vide. Ca lui donnait envie d’aller surfer… ou autre chose.

Il la rattrapa sans problème. Encore heureux. Elle le regarda avec un air de défi sur le visage. Il se mit à sourire en répliquant. Elle déclara.

« Pffff c’est rien du tout ça… »

Tristan la fit redescendre doucement. Sous la lueur de la première lune, elle aperçut son sac sur le dos et fronça les sourcils. Il voulait partir en randonnée ? A cette heure ci ? Il fit juste une petite remarque. La demoiselle haussa les épaules et lui emboîta le pas sans un mot. Ils marchèrent longtemps. La marche ne dérangeait pas Cassidy, elle avait l’habitude… Après tout elle avait parcouru plusieurs royaumes en long en large et en travers à la recherche d’un maître. Autour d’eux le paysage changeait. Un mélange de plaines, de champs… il la conduisit dans un bosquet bien plus loin. Une forêt banale comme on peut voir un peu partout.

Le voyage avait un petit air initiatique. Marchant à côté de lui, elle se replongeait dans ses souvenirs. Ne comprenant absolument pas ce qu’il voulait lui montrer ni pourquoi. C’était étrange… mais à côté de lui elle se sentait vraiment bien… La séparation n’en serait que plus douloureuse mais… elle était forte et ne le montrerait certainement pas. Tristan… elle pensait qu’il était un bellâtre sans intérêt aucun au début. Certes il aidait, protégeait mais… il y avait une légère différence avec elle et les autres. Elle le sentait. C’était très léger mais différent.

L’entraînant, il la guida jusqu’à un buisson. Une petite clairière au centre du bosquet, une clairière qu’on aurait peut être pas imaginée trouver là. Elle ne comprenait pas quelles étaient ses intentions, le regardant avec surprise. Il lui avait fait faire tout ce chemin pour une clairière. Tristan l’incita à s’accroupir et elle obéit. Il n’y avait rien. Elle voulut le regarder avec étonnement mais il la rapprocha doucement de lui, sans aucune intention autre que de lui montrer une direction. Et puis le spectacle commença…

Cassidy avait arrêté d’être éblouie par les petites choses extraordinaires de leur monde. Elle était tout simplement blasée. Et pourtant ce soir, son cœur s’ouvrit un peu alors qu’elle admirait l’étrange spectacle. Les deux lunes qui se croisaient et la clairière qui s’animait. Des lucioles qui se gorgeaient de la lumière féérique des lunes ainsi réunies et se séparant. La clairière avait pris une toute autre dimension. Ca voletait, traçant des ballets aériens, brillant et scintillant. Cassidy cligna un peu des yeux en ouvrant légèrement la bouche. En tant normal ça ne l’intéressait pas. Mais là… tout était différent… Tristan s’était levé sans un mot tout en la prenant par la main. Il la conduisit au centre de la clairière. Son visage était ébloui par les danses des lucioles. Il souriait et se montrait totalement différent de tout ce qu’elle avait vu. Ce n’était pas ce sourire parfait trop calculé qu’il accordait aux autres, ce n’était pas cette perfection qu’il montrait devant les autres… c’était différent… sincère. Elle n’en revenait pas. Il parlait d’une danse. Heuuuu mais elle ne savait pas très bien danser hein ! Les réceptions c’était pas son truc ! Du tout non !

Il posa une petite boîte sur une pierre et une musique s’éleva alors qu’il s’inclinait. La demoiselle hésita un moment avant de le laisser la guider. Pendant un moment elle le regarda. C’était comme si tout son monde avait disparu, comme si tout l’ennui n’était plus… De l’intérêt, de la surprise alors qu’il guidait ses pas. C’était différent assurément… Elle comprenait ses pas, semblait se caler sur les siens instinctivement. Jamais elle n’avait été aussi…bien. L’observant pour mieux le comprendre. Ses marques félines sur son visage brillaient d’une étrange lueur à la lumière des lucioles. Ses yeux semblaient bien plus brillants, il avait un sourire comme si il partageait le plus merveilleux des moments. SON moment. Elle ne comprit pas. Pourquoi il faisait ça ? Pourquoi elle ? Ils s’étaient rapprochés mais… il n’y avait pourtant pas de suite non ? C’était juste un jeu pas vrai ?

Elle arrêta de se poser des questions. La musique était jolie, puissante et gorgée d’émotions. Elle se laissait entraîner par lui, sentant la chaleur de ses mains qui se posaient sur son corps et la sienne. Le temps s’était arrêté depuis longtemps… très longtemps… Elle ne le voyait plus passer, se perdant dans la profondeur de ses yeux orangés. N’importe quel spectateur les prendraient vraiment pour un couple tellement ils semblaient unis.

Les danses s’enchainaient mais elle n’était plus épuisée. Au contraire, l’énergie lui revenait. Les lueurs s’éteignirent petit à petit et enfin ils s’arrêtèrent. Il la remerciait pour la danse. Elle essaya de lire en lui en l’observant. Qui était-il vraiment ? Elle n’était pas discrète mais ne chercha pas à l’être. Il avait éveillé sa curiosité. Elle remarqua cette envie de partager, ce besoin de lui montrer… mais surtout qu’il n’avait pas l’air de faire ça à n’importe qui. Elle se sentit unique pour le coup… vraiment unique à ses yeux. Pourquoi ? Il pouvait avoir toutes les filles qu’il voulait… Pourquoi elle ? Qu’est ce qu’elle avait de spécial ? Elle ne faisait absolument rien pour se rapprocher de lui par les sentiments.

Et puis il déclara aller regarder les étoiles, prenant une couverture pour s’installer plus loin. Elle le regarda s’éloigner. Pas u nseul mot sorti de sa bouche, elle était encore dans ce monde de danses qu’il lui avait laissé. Songeuse, elle resta bloquée pendant quelques minutes avant de faire un pas hésitant et le rejoindre en s’allongeant à côté de lui. Les étoiles… combien de fois les avaient-elle regardé des années en arrière. Suppliant les dieux de lui accorder une once de magie… suppliant qu’on lui laisse sa chance. Elle trouvait ça magnifique. Mais aucune réponse n’était venu des étoiles. Pourtant c’était un magnifique spectacle, ces astres qui brillaient dans l’univers, leur faisant se sentir tout petits. Pour la première fois depuis longtemps, elle apprenait à réapprécier ce moment. Certes elle était plus pour le lever du soleil mais… l’obscurité de la nuit lui plaisait bien aussi.

Sans un mot, une action lui vint à l’esprit. Elle avait les bras collés le long de son corps. Tristan avait fait de même quand elle s’était installée à côté. Et puis d’un geste, elle prit la main de Tristan doucement dans la sienne. Qu’il ne parle pas… qu’il ne dise rien… chut… qu’il ne provoque pas cette fois. Elle serra doucement la grande paume puissante et chaleureuse du garçon dans la sienne. Juste ça… uniquement ça. Les étoiles semblaient redoubler d’intensité dans le ciel. Un flash… son dessin… deux mains qui se tenaient… deux sourires… Ses yeux devinrent brillants… très brillants. Comme si elle était sur le point de pleurer. Mais elle se retint de justesse. Le temps passa mais elle ne se lassait pas. Et puis petit à petit, ses yeux se fermèrent, la plongeant dans un sommeil plus que réparateur. Cette nuit elle ne ferait pas de cauchemars c’était certain.

Le soleil vint éclairer son visage. Elle dormait paisiblement sur le côté, heureuse, bavant presque. Emergeant doucement, la demoiselle s’étira en poussant un petit gémissement de plaisir. Des bruits d’oiseaux résonnaient autour d’elle. Elle fit une grimace. C’était fort quand même… et son lit n’avait pas la même consistance. Elle ouvrit un œil, puis l’autre. Se redressant d’un coup et cherchant à comprendre ce qu’elle fichait là. Tous ses souvenirs lui revinrent en mémoire. Cassidy se frotta doucement la tête en grognant. Une odeur agréable de pain frais vint lui chatouiller les narines. En face d’elle, un petit panier posé sur un rocher. Elle s’approcha à quatre pattes et regarda à l’intérieur. Son regard changea et la gourmandise l’emporta. Elle attrapa le panier comme une voleuse, prit une grosse brioche et croqua dedans avec délice, comme si c’était le meilleur repas du monde.

Avalant sa bouchée, Cassidy repensa à Tristan. Il devait être rentré. Mais alors qu’elle tournait la tête, elle le vit enchainer des exercices matinaux un peu plus loin. Manquant de s’étrangler, elle toussota discrètement. Il s’était pendu à un arbre et faisait des tractions la tête en bas. Rhooooo c’était encore plus… il était vraiment… avec le soleil qui se reflétait sur ses formes parfaites. Elle manqua de s’étouffer une deuxième fois alors qu’elle l’observait sans scrupule. Espèce de sadique ! Il n’avait pas honte de lui offrir tel spectacle le matin ? D’humeur joueuse, elle s’approcha de lui. Quoi dire… Un salut timide ? Non ! Elle commença la discussion par la manière la plus improbable qui était tout en s’approchant tranquillement de lui, nullement gênée ni… complètement hystérique.

« J’ignorais que les oiseaux pouvaient apporter le petit déjeuner… »

Manière de lui faire comprendre que sa gentille attention avait été remarquée. Il répliqua sans pour autant perdre le rythme. Elle se mit à rougir et manqua de s’étouffer une nouvelle fois en détournant la tête. Provocant… Non mais quel gredin ! Elle chercha la contre attaque et le taquina.

« On s’entraîne pour être plus endurant ? »

Elle ne lui laissa pas le temps de répliquer. Il avait la tête à l’envers, juste à la hauteur de la demoiselle qui mangeait nonchalamment sa brioche. Elle avait posé sa main libre qui effleurait avec beaucoup de douceur son torse. A la lumière du soleil elle pouvait voir ses marques dorées qui étaient disposées sur son corps. C’était quand même très étrange surtout que ça ne ressemblait pas à des tatouages. Mais même si elle fronça un instant les sourcils en touchant une de ses marques, la tentation de se venger était bien plus grande. Il restait suspendu dans le vide alors qu’elle effectuait de fines caresses du bout des doigts. Il était bien trop vulnérable là. Torse nu, elle vit rapidement la bosse apparaître dans son boxer. Cela la fit sourire mais elle ne dit rien.

Puis sans crier gare, elle approcha sa tête de la sienne, posant ses mains fraîches sur ses pectoraux et lui décrocha un beau baiser vertigineux qui lui fit tourner la tête. Elle ne se recula qu’au moment où elle était à bout de souffle. Haletante, elle se mit à sourire mystérieusement avant de se détourner de lui, le laissant carrément sur sa faim. Empoignant le panier, elle lui fit un grand geste de la main rempli d’un air de défi et de provocation.

« Merci pour le ptit déj ! »

Puis elle disparut à travers les arbres.

Rentrant chez elle avec les brioches, Cassidy ne s’attendait peut être pas à la réaction de ses parents. Marilyn avait foncé sur elle en la serrant dans ses bras.

- Cassyyyyyyyyyyyy ! Mais t’étais où ? Je me suis fait un sang d’encre !

La demoiselle se crispa. Voilà la raison pourquoi elle n’avait jamais tenu ses parents au courant de ses activités quand elle avait quitté le nid familial.

« Maman m’étouffe pas ça va… »

Marilyn la relâcha.

- Plus sérieusement où étais tu passée ? Eve m’a dit que Tristan n’était pas rentré non plus…

Un air suspicieux sur le visage, Marilyn dévisageait sa fille pour essayer de comprendre. Aïe ! C’était mauvais ça ! Si ils apprenaient qu’elle avait passé la nuit avec Tristan, ses parents ne le prendraient peut être pas très bien. Surtout qu’elle était censée être en couple ! Quoi de plus confus ! Cassidy inspira profondément et prit un air plus renfrogné avant de s’écarter de sa mère tout en lui tournant le dos. Penser au Tristan qu’elle n’aimait pas… le Messire parfait.

« Non mais tu rigoles, jamais je ne trainerais avec ce crétin »

Elle avait balancé les mots comme ça, évitant le regard de ses parents.

« J’étais dans la ville d’à côté, j’ai pris une chambre à l’auberge c’est tout »

Quel gros mensonge. Et surtout pourquoi ? Ses parents ne lui dirent rien cependant et la laissèrent dans sa chambre. Cassidy finit par redescendre un peu plus tard. Elle voulait faire quelques emplettes en ville. Retournant bientôt à Frihold, elle souhaitait ramener des choses qu’on ne trouvait pas là bas. Mais alors qu’elle flânait sur la place du marché, elle entendit des conversations. On parlait d’elle et de Tristan… qu’ils étaient très proches… on se posait des questions. Si ils avaient couchés ensemble, si ils étaient en couple… Bien sûr, on lui crachait dessus. Ne comprenant pas comme une fille aussi nulle pouvait attirer le plus beau garçon de tout le village. Et qu’en plus elle était mal fringuée… n’avait aucune classe, aucun style… De la jalousie oui… Avec ses fringues elle ne le méritait pas. Mais Cassidy s’en fichait.

Pourtant les regards suspicieux posés sur elle l’ennuyèrent. Elle fit demi tour et sortit du village. Personne ne la retrouva et elle ne se repointa pas avant le soir. C’était la dernière soirée des festivités. Lorsque Cassidy rentra chez ses parents, Marilyn était en très grande discussion avec Eve. Quand elles la virent, les deux mères de famille se tournèrent vers elle.

-Cassy tu tombes bien ! On discutait justement de toi…

La jeune femme fronça les sourcils.

- C’est le dernier soir des festivités. Alors on pensait… que ça serait bien que cette fois tu les éblouisse…
- Une si jolie fille comme toi n’est qu’une fleur ne demandant qu’à s’épanouir…


Cassidy prit un air ennuyé.

- Je ne suis pas jolie et je n’ai pas envie d’y aller… Je te l’ai dis Maman, c’est pas mon truc les robes et…

Elle regarda un instant la magnifique robe posée sur la chaise. Un flash s’invita dans sa mémoire. Les autres filles qui lui crachaient dessus, elle et sa tenue… elle qui ne ressemblait à rien. Et si elle leur montrait pour une fois ? Ca serait une bonne leçon. Marilyn soupira de tristesse et Eve restait en retrait, ne disant rien. Soudain, Cassidy ouvrit la bouche et ses mots sortirent tout seul. Elle n’en revenait pas et les mères de famille non plus.

- Ok ! Mais c’est exceptionnel hein !

Marilyn ouvrit grand la bouche, Eve se mit à sourire.

- Bon alors je dois faire quoi ?

Les deux mères de famille semblaient beaucoup s’amuser à sortir différentes tenues pour voir ce qui irait le mieux à Cassidy. Le choix finit par se porter sur une belle robe bleue vaporeuse, légèrement décolletée mais sans abuser non plus, mettant en avant ses formes. Les manches étaient longues car Cassidy avait refusé catégoriquement d’enlever ses poignets de force. Le bas de la robe était plus courte, dévoilant des jambes élancées. Le bustier accentuait sa fine taille. Des sortes de paillettes avaient été parsemées sur la robe. Ce n’était pas de la haute couture non plus, les habitants n’avaient pas des robes de princesse mais ça mettait tout de suite Cassidy plus en valeur.

Eve s’était occupée de la coiffure. Elle avait détachée les cheveux de la jeune femme et les avaient relevés élégamment sur sa tête, laissant quelques mèches blondes autour de son visage. Une cascade de cheveux blonds qui lui donnait des airs d’ange. Le maquillage n’avait pas été oublié non plus. Sa cicatrice à l’œil avait été décorée avec quelques paillettes qui donnait un effet nouveau vraiment charmant. Un peu de fard sur ses paupières et une légère teinte de rose sur ses lèvres.

Cassidy s’était laissée faire quoique un peu nerveuse. Après tout elle ne se voyait pas. Lorsque Marilyn et Eve eurent terminé, elles restèrent sans voix. Cassidy fronça les sourcils.

« Quoi c’est moche ? Je suis trop grosse ? »

- Non non ma chérie… tu es magnifique…

Elle se dirigea vers le centre du village. On tournait la tête dans sa direction mais la demoiselle s’en fichait bien. Ce corset était serré et elle n’avait pas trop l’habitude d’être aussi coincée dans ses mouvements. On l’amena alors à l’écart pour lui expliquer avec les autres filles le déroulement de cette dernière soirée. Les garçons n’étaient pas visibles non plus puisque on les avait amenés à un endroit à l’opposé. Une histoire de partenaires encore. Pour la soirée. Sauf que cette fois ça serait le hasard ou l’observation qui relieraient les duos. On allait mettre à tout le monde un bandeau pour cacher les yeux puis les mener vers le centre de la piste. Le but étant de se toucher (sans exagération non plus), essayer de deviner le visage de l’autre et si les deux personnes étaient sûres de leur choix, elles faisaient tomber le bandeau de l’autre.

Cassidy manqua de rigoler. Elle imaginait déjà Tristan en train d’éviter la cohue de demoiselles qui le toucherait sans aucune gêne, en profitant bien pour le palper sous tous les angles. Dommage qu’elle avait les yeux bandés elle ne pourrait pas profiter du spectacle. On leur demandait aussi de ne pas parler pour ne pas fausser le jeu.

Finalement on lui mit un bandeau pour la guider dans « l’arène ». Sauf que Cassidy comme à son habitude, ne voulait pas prendre part à ce jeu débile. Elle entendit les bruits de pas des jeunes gens d’un côté et de l’autre. Se concentrant sur son ouïe, elle haussa les épaules. Il suffisait de se mettre à un endroit suffisamment éloigné de tous ces bruits de pas pour être tranquille. Attentive au moindre mouvement, elle s’écarta du troupeau et se mit bien à l’écart, croisant les bras, écoutant tous les petits bruits ambiants jusqu’à ce que le jeu se termine enfin. Personne ne viendrait dans cette direction c’était impossible… A moins de tricher…

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 21 Fév - 14:08

Les grands n’étaient pas des tendres. Ils se moquaient beaucoup… Dans mon internat il y avait quelques dragons, cachés, pratiquement que des humains et autres créatures. C’est moi qui avais décidé pour l’internat. Je ne supportais pas le nouveau copain de ma mère. Je ne supportais pas la manière dont elle le regardait, la manière dont elle le touchait. C’était égoïste de ma part peut-être. C’était méchant de vouloir qu’elle reste seule. De vouloir demeurer son seul petit homme. Elle avait le droit d’être heureuse. Elle l’avait bien mérité après tout. Mais je n’aimais pas cet homme. Sans doute parce qu’il lui convenait parfaitement. Je lui en voulais de ne pas attendre mon père. Parce qu’il reviendrait un jour ! Du moins c’est ce que croyait l’enfant que j’étais. La réalité était bien différente. Je me souviens vaguement de ceci, ma colère, envers cet homme, envers ma mère, qui correspondait bien au début de changements de mon corps et de mon âme, le début de la mise en place de tout ceci, mon esprit de dragon.
L’internat m’avait permis de m’éloigner de cet endroit, de ces gens devenus des étrangers pour moi. Je ne rentrais pas souvent et ça me convenait. Enfin j’imagine que ça me convenait. C’est à ce moment-là que j’avais commencé à réellement changé. Que le petit garçon avait cessé d’exister. Je sais que je me suis éloigné parce que je gênais, je gâchais leur bonheur. C’est peut-être triste. Ca aurait blessé plus d’une personne comme discours. Ca blesserait probablement ma mère. Elle s’en voudrait atrocement. C’est probablement pour ça que je n’avais jamais rien dit. Et que je risquais encore moins d’en parler aujourd’hui. Parce que quelles que soient les émotions que j’avais pu ressentir à ce moment-là, elles s’étaient tues, effacées, depuis bien longtemps.

L’internat… J’y avais fini les apprentissages élémentaires mais j’avais aussi appris beaucoup plus. C’était une première formation pour les futurs soldats, plus de chance d’être pris par la suite par un maitre guerrier ou par un camp d’entrainement mais ce n’était pas facile tous les jours. Et surtout… Il n’y avait que des garçons…
Des humains plus grands… qui manquaient de filles. On nous l’avait appris à la dure. Etre un mignon garçon, ne pas savoir se défendre, comment ça finissait… J’avais la chance d’être déjà bien bagarreur, de ne pas me laisser marcher sur les pieds. Ils n’avaient frappé que plus fort.
J’avais rencontré Dante dès le premier jour. Il était plus âgé que moi d’un an mais j’étais déjà plus grand que lui. Il m’avait prévenu. Que j’étais trop mignon pour m’en sortir. Je n’avais pas compris sur le coup. Je ne comprenais pas en quoi être mignon était un problème et puis de toute façon je n’avais pas vraiment l’habitude qu’un garçon me dise ça. Ca m’avait embarrassé, je me souviens… Je me souviens bien de tout ce qui concerne Dante, c’est mon meilleur ami après tout. Le seul ami que j’aie en fait. Il m’avait accueilli les premiers jours, m’avait appris le fonctionnement des lieux, le dortoir, les douches, les salles de classe et d’entrainement… Il était gentil même s’il avait l’air ailleurs. Son odeur m’avait tout de suite plu.

Et puis au détour d’un couloir je l’avais vu, menacé par des grands, un jour. Ils étaient plusieurs, ils le poussaient et se moquaient de lui… Ils le tripotaient aussi… Jusque-là, il avait évité de me laisser seul, veillant toujours à ce qu’il y ait des surveillants, assez d’élèves pour les empêcher d’agir… Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il essayait de me protéger de ce que lui-même subissait… Qu’il protégeait un peu tout le monde ici… au détriment de lui-même. Les grands frappaient dur… Pendant les entrainements ils m’avaient mis à terre déjà des dizaines de fois, j’avais fini à l’infirmerie à plusieurs reprises et l’un d’eux m’avait presque cassé le bras. J’avais eu la trouille dans ce couloir. Assez pour ne pas intervenir tout de suite. Assez aussi pour que mes yeux innocents d’enfant refusent de comprendre ce qu’ils faisaient subir à mon ami depuis déjà trop longtemps. Et puis j’avais compris. En voyant l’un d’eux déboucler sa ceinture, les autres tenir Dante. A l’époque j’ai cru qu’il voulait juste le frapper, mon innocence de l’époque m’amuse toujours. J’étais intervenu, pris d’une rage que je ne me connaissais pas. Je leur avais démoli la gueule mais j’avais fini dans un bel état moi aussi. Notre amitié s’était scellée dans le sang et les larmes, dans les cris de douleur et de victoire.

Combien de temps m’a-t-il fallu pour comprendre le regard d’éternelle reconnaissance qu’il avait posé sur moi à l’époque. J’étais trop jeune, trop innocent pour comprendre. J’étais trop émerveillé du monde et de l’idéal que je voulais y voir pour imaginer ce qu’ils pouvaient lui faire… Après tout qu’est ce que des garçons pouvaient faire à un autre garçon. Le temps me l’apprit. Le temps et l’expérience. Cette partie de ma vie reste assez claire. Probablement parce que mes gènes s’étaient éveillés. Et parce que ça concerne Dante… Nous sommes devenus quasi inséparables par la suite. Nous n’en avons jamais reparlé, sauf pour nous moquer l’un de l’autre, jamais sérieusement. Il y a des choses qu’il ne faut pas dire. Il m’a beaucoup appris pour mon corps de dragon. Probablement parce que lui savait déjà beaucoup à ce propos. Pourtant chez moi c’était de l’ordre de l’instinct. Tant et si bien que nous avions vite bataillé à niveau égal. Nous nous entrainions ensemble, nous travaillions ensemble, nous souffrions ensemble, tous les jours… Il pensait différemment des autres. Il s’émerveillait encore des belles choses. Il ne rabaissait jamais les femmes à des morceaux de viande. Je le respectais infiniment plus que la majorité de mes aînés…


Tristan repensait à son internat en fixant les étoiles au dessus de lui. C’était passé si vite et si lentement en même temps. Si tant de choses s’étaient effacées de sa mémoire, ça c’était resté. Probablement parce que son frère dragon faisait parti de sa vie comme nulle autre personne. Kayla en avait bien profité d’ailleurs, appréciant plus que de raisons que les deux frères dragons si fusionnels en viennent à accepter de partager la même femme… passionnément.
Pourquoi penser à ceci… Sans raison. C’étaient des souvenirs qui passaient et qui revenaient, lui rappelant ce qu’il était, ce qu’il était censé être. A ceux-ci s’ajoutaient la nonchalance qu’il devait ressentir. L’absence de ce qu’il devait ressentir justement, tout ce qu’on lui avait enseigné depuis si longtemps.

Mais au moment où elle le rejoignit, il oublia…

Il ne savait toujours pas ce qui lui avait pris d’aller la chercher, de la réveiller, de l’embarquer à sa suite. Son élan de partage et de camaraderie l’étonnait lui-même. La seule chose qu’elle était censé lui inspirer… eh bien… c’était le désir. Il en avait certes, pas qu’un peu mais il y avait eu autre chose ce soir-là… Il y avait plus. Même s’il y avait eu plus dès le premier instant. Si ce n’est qu’il ne s’en était pas aperçu…
Il aurait pu y aller seul. Il y allait toujours seul d’ordinaire… Il ne se souciait pas vraiment des autres et n’avait jamais partagé ceci avec personne.
Il ne partageait pas grand chose en général…

Elle aurait pu ne pas le suivre et pourtant tout s’était enchainé parfaitement… Du réveil de la jeune femme sacrément vive même profondément endormie une seconde plus tôt, bon en plein cauchemar mais tout de même… à la manière dont elle avait promptement relevé son défi, sautant dans le vide. Elle était susceptible. Très susceptible. Il le savait. C’est pour cette raison qu’il avait prononcé ce mot. C’est pour cette raison qu’il savait qu’elle sauterait. Même si elle le défiait juste après du regard, même si elle semblait énervée par ce mot.

Elle lui prêtait tout de même de bien sombres intentions… Etait-ce à cause de cette étrange alchimie, cette tension entre eux? Etait-ce à cause des hostilités qu’il avait lancées en calmant un tantinet ses pulsions inassouvies par l’espèce de gringalet qu’elle avait essayé la veille ? En tous les cas elle était bien loin d’imaginer ce qu’il comptait faire, vraiment loin. Il partagea avec un elle un secret sur cet endroit… Ca n’arrivait pas tout le temps. Pourtant ce soir-là le spectacle n’en apparut que plus beau au jeune homme, probablement parce qu’il avait quelqu’un avec qui le partager, en toute sincérité. Et si elle avait été méfiante, bougonne d’être acheminée dans la forêt pour voir un tas d’herbes, la petite demoiselle avait bien vite compris que c’était beaucoup plus et qu’il lui faisait en quelque sorte un cadeau. Et à voir les précautions qu’il prenait ce n’était certainement pas un partage dont il avait l’habitude…

Ils dansèrent… longtemps. Elle ne l’avait pas repoussé alors qu’il l’invitait dans « son » monde et heureusement. Elle aurait pu lui faire beaucoup de mal sans le vouloir autrement. La musique était douce, l’instant avait quelque chose de suspendu, de féérique oui. Les animaux de la forêt s’était fait silencieux pour la plupart, les lucioles les accompagnaient dans leurs mouvements. Si la demoiselle ne pensait pas savoir bien danser ce n’était pas de l’avis de son cavalier qui voyait en elle une redoutable partenaire. Une fois de plus il ne lui imposait aucun pas, y allant tout en douceur alors qu’elle semblait presque lui faire confiance, du moins là-dessus. Le moment fila et s’éternisa en même temps, comme seuls savent le faire les moments uniques, les instants d’hésitation, d’incertitude…

Ca aurait pu être une approche pour se coller à elle, l’embrasser, la chauffer, la déshabiller et enfin coucher avec elle. Mais il n’y avait aucune tentative. Même si elle l’attirait il y avait plus important. Il était calme, presque apaisé. Il n’avait rien tenté après les danses, bien au contraire, il s’était éloigné d’elle et allongé sur le sol, regardant les étoiles et songeant sans vraiment faire attention à sa toute jeune adolescence. Il arrêta d’y penser quand elle s’allongea près de lui et il sourit jusqu’à avoir la surprise de sentir sa main prendre la sienne. Il ne dit rien, il ne la taquina pas, il ne bougea pas mais son sourire se fit plus franc, plus sincère.
Le grand jeune homme ne bougea pas, ne la regarda pas, demeurant immobile.

Elle avait fermé les yeux et s’était endormie. Je savais qu’elle s’endormait. Les battements de son coeur se faisaient plus lents, sa respiration plus profonde et elle finit par bouger légèrement, se tournant sur le côté. Je souris, déployant de ma main libre la couverture que je posais sur elle en douceur. Elle émit un petit gémissement adorable, se rapprocha de moi en calant son visage contre mon bras, sa main tenant toujours la mienne, l’autre se posant sur mon biceps. Ah oui, effectivement, là elle dormait. Réveillée elle était plus… mordante.
Je fus pris d’un délicieux frisson et finis par lentement me tourner sur le côté et la regarder. J’avais envie de la regarder. Son visage, détendu, était nettement plus joli que celui qu’elle arborait avec sa moue boudeuse en temps normal. Presque plus beau que ses expressions pleine d’extase de l’après-midi quand je l’avais amenée jusqu’à l’orgasme. Surprenante demoiselle. Je ne perdais pourtant jamais mon temps à regarder une femme dormir. J’aurais pu la regarder longtemps. Si la fatigue et l’apaisement ne m’avaient pas emporté loin, loin de la conscience, proche de ce silence tranquille dans lequel elle s’était déjà plongée…

Ce fut la meilleure nuit depuis bien longtemps. Je me sentais apaisé, calme, réellement serein ce qui n’aurait pas dû être le cas aux côtés d’une petite demoiselle aussi attirante et pourtant… Je n’avais rien tenté. Ce n’est pas l’envie qui me manquait mais je voulais vraiment profiter de ce moment je crois, sous les étoiles, loin des besoins primaires de mon corps. Mon esprit demeura calme et vide, sans mauvais rêve, sans réveil rapide en sursaut dû à l’habitude des difficultés du camp, quelles qu’elles soient. Je dormis d’une traite et finit par me réveiller quelques heures plus tard avec la curieuse impression d’avoir dormi pendant des jours tant mon corps semblait remis de mes récentes mésaventures…
Cassidy était toujours là. Nous avions bougé dans notre sommeil et lâché la main de l’autre. Mais je ne sais si c’était moi qui l’avais prise dans mes bras ou elle qui s’y était glissé, ça restait difficile à estimer. Néanmoins elle était contre moi, vraiment contre moi… Je n’avais pas tellement l’habitude. Pas du tout même. Mais ce n’était pas désagréable. Mon coeur en fut choqué peut-être parce qu’il se mit à battre fort avant de finalement se calmer. La tête posée sur mon bras, elle respirait calmement, le visage appuyé contre mon torse. Ses cheveux me chatouillaient et je n’étais pas mécontent d’être habillé car la sensation n’en aurait été que plus grande autrement. Elle appuyait ses mains contre mon torse… Elle avait l’air si calme et loin de sa hargne habituelle que c’était assez étrange de la regarder ainsi, de la voir ainsi. Comme si elle était un peu différente… Enfin elle l’était évidemment, déjà elle était moins hargneuse avec moi qu’avec les autres, surtout moins distante. J’avais l’étrange impression de susciter un peu son intérêt contrairement à nos camarades pour lesquels elle semblait éprouver une lasse indifférence. C’était flatteur en un sens. Un peu étrange aussi. Toujours ce mot la concernant: étrange.

J’étais parfaitement réveillé et je n’avais plus du tout envie de dormir. Je me contentais de la regarder. Pourtant il était encore tôt, très tôt même, le soleil n’était pas encore levé et je contemplais avec cet apaisement profond les étoiles s’éteindre dans le ciel. Ca aussi c’était un moment exceptionnel en plein vol, quand le soleil se levait et venait miroiter sur mes écailles, les réchauffer et les charger d’une énergie vibrante…
Je restais un bon moment immobile, l’observant juste alors que le soleil venait doucement éclairer le ciel mais pas encore nous…
Je finis par me dégager avec des gestes lents pour ne pas la réveiller mais elle dormait si profondément que je me demandais même si j’aurais pu la réveiller si je l’avais voulu. Rien à voir avec son sommeil éphémère du soir dernier, et de son réveil suivi d’un brusque coup de poing…
Me dégager me prit quand même du temps, un bon moment en fait tant je m’immobilisais régulièrement de peur de la réveiller quand elle émettait un adorable petit soupir à l’un de mes mouvements. Mais oui, finalement elle dormait et je pus me lever. Je souris en observant la jeune femme. Je la trouvais belle. Ce n’était pas un crime quand même. Inspiré, je la recouvris avec précaution et m’éloignais bien vite vers le village. Je m’y rendis en courant, histoire de réveiller mes muscles, pour passer à la boulangerie qui ouvrait tout juste et répandais une délicieuse odeur de pain frais aux alentours. Très vite servi je repartis rapidement vers la clairière dans laquelle j’avais laissé Cassidy. J’espérais qu’elle ne s’était pas réveillée entre temps mais heureusement ce n’était pas le cas. En chemin je me brûlais les doigts et la langue en mordant dans une baguette fraiche brûlante mais c’était bien trop délicieux pour m’arrêter. J’avais pris du pain, des brioches sucrées, une grosse brioche avec du chocolat aussi. Vu qu’elle aimait tant le sucré ça lui ferait probablement plaisir. Décidément j’étais assez attentif à ce qu’elle soit bien… à son plaisir. Un peu trop peut-être. C’était assez nouveau pour moi ça aussi.

Je finis par finir de manger en la regardant puis après avoir posé le petit déjeuner près d’elle je me relevai, m’étirai et commençai à m’entrainer. C’est pas tout hein mais il fallait bien que j’entretienne mon corps et je n’allais pas partir voler tout de suite après tout. J’enchainais mes exercices quotidiens, pompes, tractions, abdos, équilibre aussi, beaucoup d’équilibre. J’avais l’habitude de faire le poirier au sol puis en gardant les jambes tendus de faire des pompes. Exercice complexe qui demandait un énorme équilibre et un contrôle certain il me valait souvent des sifflements de mes camarades et l’appellation de « frimeur » pour les plus jaloux d’entre eux. Mais c’était vraiment de la mauvaise volonté de leur part…
J’avais finis pendu à un arbre, les jambes coincées entre deux branches, l’une derrière mes genoux, l’autre au dessus de mes chevilles, me maintenant parfaitement en place et je laissais tomber avec lenteur tout le haut de mon corps avant de le relever. Exercice de travail en profondeur il était parfait pour entretenir le tracé parfait de mes abdominaux qui faisaient ma fierté, j’avoue.
Dès le départ je m’étais dévêtu. Pieds nus au sol, ce qui me permettait de mieux ressentir l’énergie de la terre, j’avais fini en boxer, juste en boxer. Ce n’était en effet pas une tenue de combat que je portais à l’origine et j’aurais été agacé de réduire l’amplitude de mes mouvements pour un simple problème vestimentaire. Et puis ça ne me dérangeait pas de me déshabiller, j’étais fier de mon corps…

Mes exercices étaient intenses, tant et si bien que mon corps se couvrait déjà d’une mince pellicule de sueur quand Cassidy s’était approchée. A dire vrai, j’étais tellement concentré que je ne l’avais pas senti s’éveillée. Ce n’est pas que je ne faisais pas attention à elle, bien au contraire. Ce n’était pas sans raison que je me plongeais aussi profondément dans l’entrainement. J’essayais de ne pas trop penser à la veille, à son corps. J’avais eu envie d’elle dès que mes yeux s’étaient posés sur elle ce matin. Les exercices me faisaient mal donc ça m’aidait plutôt bien. Mais j’avais été beaucoup trop inattentif…
Je sentis brusquement son odeur et rouvris les yeux, parce que je les fermais toujours d’ordinaire quand je faisais cet exercice. Elle était toute proche, ses cheveux dorées détachés encadrant son visage et son corps. Ils étaient un peu ébouriffés, accrochaient la lumière comme si de minuscules petits cristaux y étaient accrochés. Je souris mais ne ralentis pas mes exercices, essayant de ne pas la trouver jolie, essayant de faire taire l’attirance pour elle qui se réveillait déjà dans mon corps. Elle me sortit  la plus surprenante des phrases. Je continuais mes exercices en souriant, amusé par son comportement.


Oui, c’est une espèce rare… Plutôt imprévisible. Cui-cui… Mais si tu as faim d’autre chose, je peux aussi aider évidemment…

Faim de plaisir et de sensualité ? Il répondrait présent avec grand joie !
Il gardait les yeux ouverts à présent, l’observant tout en continuant son exercice, du coup elle disparaissait de son champ de vision à intervalles réguliers, il ne la vit donc que trop s’approcher, toute proche, beaucoup trop proche…
C’était une taquinerie. Mais elle y répondit un peu trop bien, comme elle était semble-t-il, la seule capable. Une réplique sur son endurance ?
Il demeura la tête en bas, fronçant les sourcils, prêt à répliquer qu’il n’avait pas besoin de ça pour l’être, qu’elle pouvait tester à l’envi quand elle le souhaitait, qu’il cherchait juste à rendre son corps plus agréable à regarder et à toucher mais apparemment elle avait décidé de lui couper le sifflet. Et elle y parvint parfaitement.
Elle glissait sa main, sans la moindre hésitation, sans la moindre honte, sur son torse, suivant le parcours de muscles de ses doigts fins. Il frémit, demeurant immobile en l’observant avec un intérêt certain. Elle le caressait du bout des doigts, éveillant un désir insatiable chez le jeune homme suspendu ainsi. Il se mordit la lèvre quand sa main fraiche traça une nouvelle arabesque invisible sur ses muscles. C’était bon. Et excitant. Il restait sagement immobile mais ses jambes tremblaient légèrement.

Putain ce qu’elle m’excitait… Rien qu’avec de petites caresses comme ça, juste comme ça. Déjà mon anatomie plutôt sage jusque là se réveillait. Mh… J’avais bien envie de lui montrer l’étendue de mes capacités sportives et mon endurance et certainement pas sur des acrobaties réalisées sans elle. Elle me lançait un regard… qui en disait long. A la fois intéressé, brûlant, parfaitement maitrisé aussi, comme si elle n’était pas tenté, comme si elle était aussi parfaitement consciente du pouvoir qu’elle avait sur moi. Du pouvoir sur les hommes elle en avait plus que certainement beaucoup.
J’ouvris la bouche pour lui susurrer qu’elle était très agréablement tentante quand elle s’empara sans préambule de mes lèvres pour un vertigineux baiser qui faillit bien me faire tomber de mon arbre.
J’étais toujours suspendu la tête en bas, à la bonne hauteur apparemment quand elle avait happé mes lèvres des siennes, approfondissant un divin baiser qui acheva de me faire bander comme un taureau. Je la voulais.. Je la voulais maintenant. Nue et frémissante et prête pour une partie de jambes en l’air que personne ne pourrait jamais oublier et… rien du tout.

Elle se détournait de moi avec une indifférence franchement vexante comme si je ne la tentais pas le moins du monde, me remerciant pour le petit déjeuner alors que mon pauvre cerveau était complètement vide. De un parce que rester la tête en bas aussi longtemps n’aidait pas à l’irrigation, de deux parce qu’à cause d’elle il y avait une part de mon anatomie qui était en train de me pomper tout mon sang. Elle s’éloignait. La garce! Oh la garce ! Comment osait-elle ?!!!!
Une chance qu’elle s’éloigne si vite, une chance que je sois si secoué que je ne parvins pas à descendre immédiatement de mon arbre. Je l’aurais rattrapée autrement. Elle ne s’en serait pas sortie comme ça ! Elle ne s’en sortirait pas comme ça ! Odieuse tentatrice… J’étais tout de même… sacrément vexé…

Il me fallut beaucoup de temps, assis en tailleur pour débander… respirant lentement et mes exercices durent attendre que je me sois remis un peu… Mais j’étais en colère tout de même… Hors de question qu’elle s’en sorte à si bon compte. J’allais me venger. Oh oui… Me venger… Mais qu’elle se soit éloigné ainsi me mettait un curieux doute à l’esprit.
Nous étions très attiré l’un par l’autre, c’était indéniable… Et ça avait été bien ce que nous avions fait… Ce que je lui avais fait, ça lui avait plu, je le savais bien… Et le peu qu’elle m’avait fait annonçait aussi certains plaisirs que j’étais impatient de découvrir. Son corps était sublime et j’avais hâte de le fusionner au mien… Mais elle n’était pas restée… Alors que finalement je lui avais montré cet endroit, que tout avait été sage et simple, alors qu’elle m’avait tenté comme pour m’en récompenser elle s’était finalement éclipsée l’air de rien, me laissant avec ce si douloureux désir qui ne demandait qu’à être assouvi. C’était du sadisme, c’était… méchant. Avait-elle seulement envie que nous couchions ensemble. Je commençais à en douter et la distance qu’elle s’amusait à mettre entre nous après m’avoir tellement tenté ne m’amusait absolument pas. J’avais des besoins moi ! Et ça faisait plus que rager qu’elle me laisse sur ma faim de la sorte. Ca faisait mal… Physiquement j’avais mal. Mais pas que… J’étais vexé, vraiment vexé. Qu’elle aille se faire voir cette pimbêche ! J’irais tirer une vie, certes moins bandante, certes moins merveilleusement réceptive mais au moins volontaire !


J’aurais dû le faire… Je finis par préférer me transformer et m’envoler…


Le jeune homme avait passé la matinée à voler et au moins cela avait eu le mérite de le calmer, suffisamment pour que la rage et la frustration qui l’habitaient se calment un peu. Il n’avait pas vraiment l’habitude qu’une femme lui résiste ou se détourne de lui. D’ordinaire la moindre difficulté pouvait soit le lui faire prendre comme un défi, soit l’ennuyer assez pour qu’il passe à moins chieuse. Mais Cassidy était différente, pas que dans le bon sens malheureusement parce qu’inconsciemment elle faisait beaucoup de mal au jeune homme, même mentalement, l’amenant à douter de lui-même, fait innovant qu’il n’acceptait et n’appréciait pas le moins du monde !
Il était rentré chez lui et sa mère n’avait heureusement pas été aussi inquiète que Marilyn. Elle avait l’habitude que le jeune homme s’absente sans un mot. Il lui avait vite appris qu’il avait besoin de s’entrainer et que ça pouvait être à toute heure selon ses envies. Néanmoins il lui appris qu’il était parti regarder les étoiles et s’était endormi à l’extérieur, ce qui était tout à fait vrai, qu’il lui avait emprunté une boite à musique pour se détendre. Elle en était un peu surprise, il ne s’intéressait pas plus que ça à ses boites à musique d’ordinaire. Il donna un coup de main ici et là, aida encore à couper du bois et à finir la réparation du toit, dû se coltiner son insupportable petit frère qui ne cessait de le défier pour qu’ils se battent ensemble et qui se vantait auprès de ses copains d’être le plus fort et autres inepties. Il aida aussi à la cuisine sa mère puis travailla encore un peu pour les aider avant de s’enfermer dans des rapports et tout son travail de Cheistam, lisant des compte rendu, installé au soleil, sur l’herbe, fronçant les sourcils en prenant quelques notes.

Il retourna finalement s’entrainer un peu, restant près de la maison puisqu’il y avait largement de quoi s’entrainer. Ce fut évidemment au grand plaisir des demoiselles du coin qui purent l’observer en mouvements. Il avait mis un pantalon adapté cette fois et n’était donc pas en boxer mais torse nu si, exhibant ses muscles, un peu rassuré par les soupirs de ces demoiselles et leurs gentils encouragements. Pour un dragon… il perdait un peu trop vite confiance en lui.
La journée s’écoula vite, très vite et rapidement ce fut le soir, le dernier des festivités auxquelles il n’avait pas spécialement envie de se joindre d’ailleurs, de nouveau dans ses rapports. Sa mère était venue lui apporter un thé, caressant ses épaules du bout des doigts avant de perdre l’une de ses mains dans ses cheveux flamboyants. Elle avait passé une partie de l’après-midi et du début de soirée chez les Herediane et revenait avec un sourire éblouissant. Finalement elles avaient pu convaincre Cassidy par elles ne savaient trop quel miracle de mettre une robe et elle était rentrée pendant que la jeune femme se douchait pour chercher quelques accessoires, du maquillage supplémentaire et des brosses.

Elle l’imaginait déjà magnifique et avait vraiment hâte de voir comment les deux jeunes gens seraient assortis. Toute contente, aussi excitée qu’une enfant devant des friandises elle titillait son fils.

Alors mon chéri ? Pas encore prêt ? Qu’est ce que tu vas mettre ce soir ?
Mh ?
Pour la fête.
Je n’y vais pas, j’ai encore du travail et de toute façon c’est un peu redondant…



Eve se décomposa !
Ah non !!! C’était hors de question ! Après avoir eu tant de mal à convaincre Cassidy d’y aller et à présent d’y aller en robe… il n’allait pas louper ça tout de même ! Elle fut tentée de lui dire comment serait habillée la jeune femme justement, histoire de susciter son intérêt. Mais elle craignait un peu de le vexer, ou pire qu’il n’en ait finalement rien à faire, que ça le brusque plutôt qu’autre chose, parfois… il était très susceptible. 



Rohhhh ! T’es pas drôle ! Allez Tris’, c’est qu’une soirée ! Tu travailleras demain… Tu n’es tellement pas souvent là…
Maman…
Allez pour me faire plaisir !!!! Je veux te voir avec ton pantalon bordeau et ta chemise blanche moi ! Le tout bien cintré pour faire fondre les femmes !!! Tu n’as pas le droit de décevoir toutes tes admiratrices ainsi !



Il sourit, amusé par ses grimaces et excentricités et elle le sentit bien céder un peu. Ses bonnes manières revenaient vite à la charge. Elle le taquina encore un peu, parla de Cassidy finalement. Elle le sentit bien se raidir mais il n’avait pas l’air plus que ça gêné. Elle avoua qu’elle espérait bien la voir un peu… différente de d’habitude pour ce soir mais n’en dit pas plus, réussissant juste assez à l’intriguer pour qu’il finisse par soupirer, se lever, étirer ses bras au dessus de sa tête en cédant.


D’accord, d’accord… Je vais me préparer… Je prends la douche
Vas-y mon chéri, prends toooout ton temps !!!!

Il haussa un sourcil, surpris par son comportement un brin euphorique et déjà elle ressortit. Le grand jeune homme haussa les épaules finalement et se dévêtit, au grand plaisir d’une demoiselle qui passait dans le coin et eut tout loisir de le regarder faire, même si c’était de bien trop loin….

Inconscient de l’étrange manège qui se tramait chez les Herediane, Tristan s’était laissé avoir. Eve ne s’était eclipsée que peu de temps, juste assez pour aller chercher les objets visés et convaincre son récalcitrant de fils de ne pas se débiner alors qu’enfin, enfin Cassidy acceptait de se mettre un peu, un tout petit peu plus en avant. Elle fut vite de retour chez Marylin et à elles deux, elles commencèrent à transformer enfin la jeune femme, à faire enfin honneur à la beauté qu’elle s’échinait tant à cacher et dont elle ne semblait décidément pas le moins du monde consciente.
Les deux femmes s’en donnèrent à coeur joie pour s’occuper de la jeune femme et la transformer enfin en cette sublime demoiselle qu’elle devait dévoiler au monde…

Tristan prit tout son temps pour se doucher puis pour se préparer lui aussi même si c’était beaucoup moins chronophage que ce que Cassidy subissait. Il prit un temps fou pour s’occuper de ses cheveux, les brossant un moment, accentuant ainsi leur douceur mais responsable d’une petite station d’électricité statique tellement ils étaient ébouriffés sur la fin. Il parvint finalement à les coiffer en arrière, un peu, dégageant son front et ses yeux clairs, enfila ses vêtements propres que sa mère avait choisi d’avance puisqu’elle les avait relavé « au cas où » ils avaient encore l’odeur du savon qu’elle utilisait. Il sourit, s’habilla tranquillement. Pantalon bordeaux qui rappelait les mèches plus foncées de ses cheveux, chemise blanche cintrée contre son torse mais aux manches larges, échancrure de ladite chemise passée dans son pantalon largement ouverte sur son torse musclé. Ses zébrures dorées lui paraissaient un peu plus marquées que d’ordinaire mais il n’y porta pas plus que ça attention avant de se rendre à la fête.

Parqué avec les hommes il lança un regard dédaigneux vite suivi de son masque de politesse aux espèces de petits bellâtres qui avaient cru bon de se plonger dans le parfum ou l’eau de cologne pour paraitre plus attrayants aux yeux des filles. Ca empestait… En même temps leur odeur naturelle n’était pas particulièrement agréable à la base. Il avait la tête renversée en arrière, observant la découpe des feuilles d’un arbre au dessus de lui dans le ciel qui s’obscurcissait progressivement. La soirée était déjà bien entamée mais le soleil se couchait très tard en cette période… On était finalement venu leur expliquer les règles, de même qu’aux demoiselles un peu plus loin. Tristan haussa un sourcil. Soit, c’était intéressant mais il allait devoir éviter de se faire sauter dessus…
A la base il n’avait pas spécialement envie de retrouver Cassidy, peu importe ce que sa mère lui avait dit, le goût amer du moment sadique qu’elle lui avait fait vivre restait encore sur sa langue. Le souvenir aussi qu’elle avait un copain, que ce qu’il faisait tous les deux, ce n’était décidément pas bien. Bon d’accord, il était toujours un peu vexé et n’avait pas envie de se prendre un nouveau vent, préférant rester avec une fille plus docile qui lui ferait peut-être mettre ses principes au coffre pour ce soir. Qui serait alors la petite chanceuse qui pourrait donner de la voix un bon moment ce soir ?

Mais la perspective de la retrouver alors qu’elle était probablement en train de se cacher le titillait un peu. La perspective de se venger aussi… de lui montrer un peu ce qu’elle lui faisait subir…
Le jeu commença et le jeune homme se concentra. Ca se bousculait déjà pas mal et il sentit l’odeur d’une femme fondre sur lui. Il se décala en silence d’un pas et se fiant à son odorat et son ouïe, évita les femmes un peu hystériques qui cherchaient apparemment à le trouver et qu’il imaginait sans mal se presser justement à ce petit jeu…
Il chercha son odeur, la trouva. Effectivement, elle était à l’écart, immobile, loin du tumulte de l’agitation des autres, loin de leur joie et de leur amusement aussi.
Il s’approcha, s’arrêta tout près d’elle, se la représentant sans mal mais loin très loin d’imaginer ce qu’il verra en ôtant son bandeau. Pour l’instant il était toujours aveugle, lui aussi. Etrangement, il se disait qu’elle ne serait peut-être pas surprise que ce soit lui. Il ne savait rien de la surprise qui avait agité les femmes quand elles avaient vu une Cassidy très différente les rejoindre…

Tristan se retrouva proche d’elle, sur son flanc droit et il sourit, tendant lentement la main vers elle qu’il vint poser sur son épaule avant de se glisser face à elle. Il ne dit rien, se contentant de faire glisser ses mains lentement jusqu’à celles de la jeune femme et les relever pour les lui poser sur sa nuque. Il refit glisser les siennes sur ses mains, sur ses bras, atteignit ses épaules, sa gorge, entoura délicatement ses joues de ses paumes puis se pencha sur elle pour l’embrasser longtemps… vraiment longtemps, tentateur, forçant le barrage de ses lèvres, faisant fi de la morsure qu’elle lui infligea presque aussitôt, se vengeant du baiser du matin en rendant celui-ci aussi enflammé que possible. Puis il recula le visage, un peu, juste un peu, soufflant tout bas.

Salut Cassy…

Ils se lâchèrent, ôtant leur bandeau respectif et l’air amusé du jeune homme se transforma aussitôt. Il haussa les sourcils, écarquillant légèrement les yeux en la contemplant la bouche légèrement entrouverte. La surprise lui allait bien… Tellement de gens avaient l’air complètement stupide lors qu’ils sont surpris. Lui était beau… une fois de plus. Un sourire conquis vint éclairer son visage avec toute la sincérité du monde, entre le désir et la surprise ravie. Il la fixait sans la moindre honte mais sans la déshabiller du regard pour autant, semblant vraiment apprécier ce qu’il voyait, vraiment. Il finit son examen visuel qui ne s’était pas arrêté à sa poitrine comme l’aurait indéniablement fait tout autre homme présent, fixant ses yeux sombres avec un air franchement séduit.

Bonsoir petit papillon… Quelle belle surprise…

Parce que c’en était une de surprise et une sacrée… Et que le nom de papillon était décidément... très adapté... vu comme elle s'était magnifiquement transformée. Il prit son bandeau pour l’en débarrasser et se détourna pour aller le déposer avec les autres, glissant tout bas quelques mots.

Tu es magnifique… vraiment.

Rien de plus. De toute façon elle ne le croirait probablement pas.
Tout le monde avait enlevé son bandeau et les regards qui se tournèrent vers Cassidy étaient d’une surprise beaucoup moins polie que celle du grand Drakkari. Certains regrettaient apparemment et pas qu’un peu leur dédain des précédents jours pour la demoiselle. Quant aux demoiselles elles étaient déçues de ne pas avoir trouvé Tristan mais rageuse à présent de voir qu’il était encore avec Cassidy et que la demoiselle était pour le moins… ravissante ce soir !
Non mais qui l’avait transformée ! Depuis quand elle était aussi belle. Tristan vint la rejoindre tranquillement puisqu’ils étaient partenaires une fois de plus pour la soirée mais une jeune femme lui tomba littéralement dans les bras, se mettant sur son chemin en se jetant contre son torse.

Oups… Pardon Tristan, j’ai trébuché… Laisse moi me faire pardonner avec une danse… ou… plus…

Sacrément culottée la demoiselle. Du coin de l’oeil, Tristan vit Cassidy froncer les sourcils et ouvrir la bouche elle semblait plus belliqueuse que d’ordinaire. Enfin d’ordinaire elle semblait surtout ne rien en avoir à faire. Rien ne l’intéressait. Elle semblait blasée de tout, mais un peu moins ce soir… Il y vit une excellente manière de se venger. Mais s’abstint pourtant. Aidant gentiment la jeune femme à se relever alors qu’elle en profitait pour le tripoter sans même faire semblant d’autre chose il s’excusa poliment, lui rappelant qu’ils avaient chacun un cavalier dédié pour la soirée et que le sien risquait d’être fort jaloux. Elle se mit à minauder, se collant un peu plus à lui, venant effleurer son entrejambe l’air de rien d’une de ses mains, que ce serait bien dommage de se contenter d’un seul partenaire. Il fronça les sourcils, la sentant assez insistante, et sentant aussi que d’autres risquaient de tenter de l’imiter. Mais soudain elle fut brusquement détachée de lui avec tant de force qu’un peu plus et elle finissait par terre. Cassidy la fixait avec une nonchalance déroutante, et un mépris certain, un peu comme si elle s’intéressait à un insecte particulièrement agaçant. Elle balança quelques mots bien pensés… à propos du fait… d’arrêter de traiter le jeune homme comme un morceau de viande et qu’elle ferait mieux d’arrêter de laisser ses mains trainer. Sacrée hargne, sacrée répartie, sacrée… manière de défendre son bifteck, qui ne ressemblait pas tellement à la jeune femme d’ailleurs. Elle se retourna en marmonnant après avoir fusillé d’autres demoiselles du regard, attrapant le jeune homme d’une main pour l’entrainer à sa suite plus loin. Non mais oh ! Elle avait gagné son prix, elle n’allait probablement pas y renoncer si facilement. Bien qu’agréablement surpris, Tristan décida de l’embêter, la taquiner parce qu’il ne s’était pas encore vengé.

Oh merci mon héros !

Il avait geint d’une petite voix minaudante et elle se tourna brusquement vers lui, ce qui les fit se heurter, le regardant avec un air un brin dégoûté, très surpris surtout. Il sourit, se rapprochant d’elle, trop près, beaucoup trop près.

Merci tout de même. Je te suis dédié ce soir alors… Je ne comptais danser avec personne d’autre de toute manière… Tu es consciente cependant que ce que tu m’as fait ce matin était cruel j’espère… Vraiment cruel… et que je me vengerai pour ça…

Il sourit mais elle le défia du regard et se déroba, se rendant au buffet. Il la suivit l’observant grignoter un biscuit avant de l’entrainer sur la piste de danse. Peu importe les autres… désormais il ne se souciait que d’elle. Ils dansaient bien. Et même si elle ronchonna quand il l’entraina sur la piste elle se révélait décidément merveilleusement douée et adroite.
Ils dansaient, simplement. Sans faire attention aux autres, focalisé juste l’un sur l’autre et les regards qu’ils échangeaient étaient plein de défi, brûlant aussi d’un désir qu’ils tentaient de cacher. Rapidement leurs danses furent ponctuées d’effleurements pas si innocents, de légers attouchements discrets, chacun tentant l’autre, chaque fois un peu plus alors que tout le monde pouvait risquer de surprendre ces gestes au but certain… A force de se tenter et de danser avec effervescence, ce qui était loin de leur danse si douce et fusionnelle de la veille, ils avaient dû faire une pause, puis une autre, puis une troisième. Ils enchainaient, apparemment décidé à montrer à tout le monde qu’ils s’en sortaient vraiment bien ensemble. Peut-être avait-elle aussi un peu envie de rabattre davantage les clapets des ignobles demoiselles qui avaient tellement craché sur elle, peut-être voulait-elle montrer au garçon qui la défiait du regard que rien ne lui faisait peur… Peut-être… Les danses s’enchainaient. Certaines étaient plus lentes, plus douces, d’autres tant et si bien agitées que le jeune homme avait commencé à agrémenter le tout de quelques acrobaties auxquelles se pliait sans mal son excellente cavalière. Sa robe ne la gênait pas le moins du monde, bien au contraire, elle suivait la moindre de ses impulsions et donnait bien souvent l’impression… que ses pieds ne touchaient pas vraiment le sol.

Ils faisaient une nouvelle pause, se désaltérant au buffet en grignotant. Quelques personnes étaient venues les féliciter. Ils ne savaient même pas que de loin, des parents étaient venus les voir danser et que leurs mères respectives semblaient assez… enchantées. Tristan semblait décider à prendre un des hors d’oeuvre qui faisait face à Cassidy car il vint se coller contre son dos, très très proche, baissant la tête, tendant le bras vers l’assiette en soufflant tout bas.

Tu devrais mettre des robes plus souvent…

Elle répliqua d’un violent coup de coude dans ses côtes mais il tressaillit à peine, venant coller ses lèvres à l’une de ses oreilles, faisant crisser ses canines contre la chair délicate.

Tu n’as aucune idée des attouchements que peut faciliter cette tenue…

Et joignant le geste à la parole il avait glissé son autre main sur l’une de ses cuisses, la relevant doucement en passant sous sa robe, venant lui effleurer les fesses sans la moindre gêne. Il était si proche d’elle, concentré par ses hors d’oeuvre, que personne ne semblait se douter de quoi que ce soit. Non… décidément le jeu ne faisait que commencer… et il avait bien l’intention de profiter des petites balades qui étaient prévues autour du lac pour faire bien plus… que se promener…

J’espère que tu n’es pas déjà fatiguée… je te sens un peu… relâchée ce soir…

Simple taquinerie évoquée par rapport à la piste de danse sur laquelle elle avait pourtant une superbe énergie. Mais disons qu’elle l’avait trop tenté, trop chauffé, trop taquiné… et qu’il ne voulait pas se contenter de ses légers attouchements durant leurs danses… aussi sublimes soient-elles et signes d’une belle complicité…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 22 Fév - 17:09

Elle était troublée et si perturbée en le rejoignant pour regarder les étoiles. Consciente qu’il lui avait offert un moment privilégié, qui n’avait rien avec le sexe, la petite demoiselle en était émue et touchée. Il ne le savait pas forcément mais elle n’avait jamais eu ce genre de… chose, de partage. Les hommes qu’elle avait fréquenté c’était juste pour coucher avec. Pas de lendemain, pas d’histoire. Elle les avait oubliés, l’un après l’autre, ils n’avaient aucun intérêt à ses yeux. Aucun… Juste prendre un peu de plaisir au lit… oublier tout ce qu’on lui avait fait subir, et se la jouer dominatrice pour contrôler le jeu, toujours.

Alors quand Tristan lui avait proposé de lui montrer « quelque chose », la petite demoiselle avait été très surprise. C’était une solitaire, elle restait toujours à l’écart, se perdant dans ses pensées, réfléchissant… à rien en général. Elle regardait le monde qui passait sous ses yeux en étant une simple observatrice pas actrice. Pourtant, elle était énormément touchée par le partage de Tristan. Des danses avec lui, loin des yeux des autres, loin des jalousies et des vipères. Juste eux d’eux… et cet environnement magique. Elle ne savait pas comment le remercier, peut être se moquerait-il, la taquinerait-il. Et pourquoi le remercier d’ailleurs ? Peut être d’avoir été un peu plus franc avec elle. Mais pourquoi ? Pourquoi elle ? Elle n’avait pas cherché sa sympathie au départ pourtant ! Impossible de deviner.

Il était parti s’allongé. La demoiselle avait hésité un instant puis s’était assise à côté de lui avant de s’allonger. Ils ne faisaient pas l’amour, ils n’étaient pas en train de se chauffer et pourtant c’était agréable. Elle se sentait si bien à côté de lui, comme si c’était lui son monde au final. Ca la troublait… Même Jilian ne lui donnait pas cette impression. Elle n’était pas aussi proche de lui, pas aussi proche de lui. Tristan, c’était comme si c’était une évidence. Que c’était lui, que ça devait être lui et pas quelqu’un d’autre ! Elle se gronda intérieurement. Tristan avait une vie, il était chevalier Cheistam, elle n’avait aucun droit sur lui. Il avait certainement une copine non officielle, peut être quelqu’un dans les rangs Cheistams… cette pensée lui rongea le cœur. Mais elle avait quelqu’un aussi. Quelqu’un qui s’occupait d’elle, qui la prenait sous son aile, quelqu’un qui lui offrait un toit et une certaine protection.

Tristan l’aurait oublié une fois qu’il serait reparti, c’était sûr. Encore un coup de poignard au cœur. Elle s’intéressa aux étoiles. C’était magnifique et majestueux. Ca lui donnait l’impression d’être toute petite. Par instinct, elle prit la main de Tristan dans la sienne. Elle avait peur qu’il la retire mais le jeune homme ne fit rien, ne bougea pas. Cassidy en était soulagée, un fin sourire triste s’étira sur ses lèvres rosées. Elle avait l’impression que rien qu’en tenant sa main, l’énergie s’écoulait doucement entre eux, leur donnant de la douceur, de l’apaisement et du réconfort. Ses yeux étaient devenus brillants de larmes. Elle se retenait, elle était forte, mais l’image de son dessin était très forte dans sa tête.

Pourtant, elle s’endormit paisiblement et pour une fois sans se triturer le cerveau ni cauchemar. Pendant la nuit, elle s’était pourtant bien collée à lui sans s’en rendre compte, le prenant dans ses bras. Si elle avait su ça, la petite demoiselle aurait eu une réaction tout à fait différente au réveil. Et pourtant elle s’était réveillée en excellente forme, comme si toute la fatigue des jours précédents avait disparue.

Les oiseaux gazouillaient, les animaux gambadaient dans le petit bosquet, laissant un petit couple encore tout surpris de sa soirée s’éveiller. Si Cassidy s’était accrochée à Tristan, l’empêchant de partir, celui-ci avait finalement réussi à se détacher et avait eu une petite idée si attentionnée qu’on se demandait toujours si c’était le parfait qui jouait ou le parfait sincère. Elle s’était réveillée et l’odeur de viennoiseries chaudes avait tout de suite titillé ses narines et lui mettait l’eau à la bouche. Elle s’était emparée avec vivacité du petit panier, comme une voleuse, regardant un peu les environs. C’était bien pour elle toutes ces petites choses ? Il y avait quelques morceaux de pains, de succulentes brioches grosses comme le poing et qui brillaient au soleil ainsi que la plus grosse qui dégageait une magnifique odeur de chocolat. Depuis combien de temps n’avait-elle pas pris le temps de manger ce genre de gourmandise ? Trop de temps…

Elle avait mordillé dans une brioche et semblait au ciel, tellement le goût était exquis. Etait-ce le goût vraiment ? Ou bien juste la personne qui les avait amenées les avait rendues encore meilleures ? Mangeant une petite bouchée, elle jeta un coup d’œil à Tristan. Il n’avait pas hésité à rentrer au village pour venir chercher le petit déjeuner et il n’y avait presque que du sucré… Quelle gentille attention… Déjà hier et maintenant aujourd’hui. Elle n’en revenait pas ! Pourtant la petite demoiselle avait tout le don de croire qu’il faisait exprès. Mais depuis hier son avis sur lui avait un peu changé, elle le sentait plus sincère, plus lui-même et ce n’était pas pour lui déplaire.

Elle s’était approchée de lui alors qu’il était si concentré à la tâche. Il aurait pu l’abandonner pour le bosquet mais il était là tout simplement. Ses exercices sur son arbre auraient laissé n’importe qu’elle demoiselle rêveuse devant tant de maîtrise de son corps bien entretenu. D’ailleurs, elle ne se dérangea pas pour bien observer en prenant tout son temps, croquant dans sa brioche. Voulant lui parler du panier de brioches, elle ne savait pas comment s’y prendre pour lui faire remarquer. Un simple merci aurait suffit mais avec Cassidy qui avait autant de difficultés à s’exprimer, c’était impossible. Elle parla des oiseaux. Il s’arrêta un instant pour répondre. Sa réponse était tellement drôle qu’elle manqua de pouffer de rire avec sa brioche dans la main.

En effet, il était pendu à l’arbre alors en tant qu’oiseau on ne pouvait pas faire mieux. Il avait même lancé une petite allusion bien plus coquine. Un sourire égaya le visage de Cassidy alors qu’elle finissait sa brioche tranquillement. C’était vraiment bon… La brioche ou le spectacle ? Les deux sans aucun doute ! Il était provocant ce matin. Elle ne savait pas quoi lui dire au sujet d’hier, le remercier, lui témoigner sa sympathie sauf qu’elle ne savait pas s’y prendre. Alors qu’elle tournait autour de lui, une autre phrase sortit de sa bouche. Elle parlait de son endurance. Apparemment la petite blonde voulait être joyeuse aujourd’hui et elle se doutait bien que cette phrase attirerait son attention.

Elle ne lui laissa pas le temps de répliquer. Après tout deux fois il s’était bien amusé à lui faire des caresses pour la rendre dingue avant de l’amener à l’orgasme. Elle pouvait tout aussi bien faire la même chose, le provoquer bien gentiment. C’était un plaisir pour les yeux et les mains, elle ne s’en lassait pas. Son corps était vraiment une œuvre d’art bien trop tentante pour être seulement dévoré du regard. Ses marques dorées l’intriguèrent beaucoup cependant même si elle ne disait rien. Ce n’était pas typique ça. Oh bien sûr ça devait exister mais généralement ce n’était pas là pour rien… après tout il ne les avait pas quand il était petit, il avait du se passer quelque chose entre temps…

Seulement elle était toute occupée à le faire frémir sur ses doigts, il ne disait rien, restait calme et le challenge était quand même élevé pour rester dans cette position. Puis elle attaqua. S’emparant de ses lèvres elle l’embrassa avec tellement de passion que sa tête tourna. Elle le sentit un peu résister, sûrement sur le coup de la surprise, mais il la laissa très vite approfondir ce baiser alors qu’elle était occupée à caresser ses pectoraux. C’était trop bon… le baiser plus les attouchements la rendaient dingue. Elle était sûre que si il descendait de son arbre le jeune homme aurait très certainement envie de repasser à l’attaque et ne pas se laisser distancer. Elle avait remarqué la bosse dans son pantalon.

Certes, Cassidy en avait très envie aussi. Vraiment, qu’il la prenne dans la couverture, même aux yeux de tous était tout à fait envisageable. Ils étaient loin du village, le temps était idéal. Elle hésita. Et pourtant, elle décida de partir, souhaitant garder un peu plus longtemps en mémoire ce moment de partage hier, ce qui était tout à fait exceptionnel. Elle savait jouer aussi, repousser doucement ou attirer un homme. Mais Tristan lui faisait un effet dingue et il lui fut très dur de se décoller de lui. La meilleure solution consistait à lui tourner le dos, comme elle ne le voyait plus, elle ne pouvait absolument pas être tentée.

Prenant son petit panier, elle le remercia pour les brioches, se doutant un peu de l’état vexé qu’elle avait déclenché. Tristan aimait baiser, ça se voyait dans ses yeux et dans son pantalon. Il fantasmait sur elle ça c’était certain. Oh elle ne pensait pas à la réaction de Jilian en fait. Mais plutôt à la sienne. Si beau garçon qu’il était, il devait ne pas avoir tant de difficultés que ça à mettre une femme dans son lit. Et une fois consommée, une fois jetée. Elle le sentait différent des autres et pourtant…

Tout en marchant vers le village et croquant dans sa grosse brioche au chocolat, la demoiselle réfléchirait. Que se passerait-il une fois qu’ils seraient passés à l’acte ? Ca ne changera pas son attitude mais… comment se sentiraient-ils ? C’était la première fois qu’elle se prenait autant la tête avec un garçon à ce sujet. Elle ne pensait pas au lendemain ni à la soirée. Elle appréciait tout simplement et le reste, elle s’en fichait. Et pourtant… et pourtant Tristan c’était différent. Parce qu’il était son camarade d’enfance, qu’il était extrêmement séduisant et qu’elle ne voulait PAS le voir comme les autres justement. Alors ça l’embêtait… vraiment. Elle était perdue et avait du mal à comprendre ses sentiments pour lui. C’était juste ça.

Il y avait aussi ses parents. Elle aurait beaucoup de mal à mentir sur son teint rougi, ses cheveux en pétard (elle avait rattaché ses cheveux) et son souffle légèrement essoufflé. De plus, ceux-ci s’inquiétaient vite. Ils n’avaient pas vu la progression de Cassidy et la voyait toujours comme une gentille fille pas vraiment fugueuse ni du genre à faire le mur pour sortir en douce avec son copain. Ils ne l’avaient pas connu si solitaire, indépendante et pouvaient très bien se poser des questions quant à sa petite sortie nocturne.

Elle était rentrée, avait menti, était retournée dans sa chambre pour s’étaler un moment et réfléchir longtemps… très longtemps. Avant de ressortir elle s’était regardé un instant dans le miroir pour froncer les sourcils. Les égratignures de la veille avaient complètement disparu, généralement ça ne partait pas aussi vite. Ca c’était si vite… régénéré. Et puis elle n’était pas restée très longtemps dans le village. Lassée des remarques des uns et des autres qui la voyait comme étant « en couple » avec Tristan, la demoiselle avait préféré prendre l’air dans la solitude. Elle ne se doutait pas que Tristan faisait tout pour oublier cet affront du matin de son côté.

Lorsqu’elle était revenue pile pour les préparatifs de la fête, Marilyn insista de nouveau pour qu’elle soit plus présentable. Alors difficile d’imaginer ce qui passa par la tête de Cassidy à ce moment là. Elle ne s’intéressait pas aux autres et pourtant ce soir elle voulait prouver à tout le monde qu’ils la sous estimait largement, quitte à se mettre en danger, à se faire remarquer. Et puis Tristan… Juste Tristan… Il lui avait montré les étoiles elle allait lui montrer autre chose de surprenant, juste comme ça.

Pendant tout l’après midi elle fut pomponnée de la tête aux pieds. Mettre une robe était un peu compliqué, elle avait oublié à quel point c’était si serré… Du parfum, du maquillage. Les deux mères de famille étaient emballées. Eve parlait de Tristan et remarquait très bien les petites mimiques de Cassidy quand elle détournait la tête, le rose aux joues et le maquillage n’y était pour rien.

La soirée arriva bien vite et Cassidy était très nerveuse. Elle avait un peu peur de faire un flop, peur de… elle ne savait pas trop quoi en fait, c’était tout emmêlé dans sa tête. On leur avait expliqué de nouveau le jeu et Cassidy manqua de pouffer de rire en pensant à Tristan comme un gros pot de miel entouré d’abeilles fortement désagréables. Le jeu commença et elle s’écarta bien rapidement. Les sons étaient bien plus éloignés, elle savait que personne ne la trouverait ici.

Or des bruits de pas s’approchaient d’elle. Ils n’étaient pas hésitants du tout comme si la personne savait exactement où aller et qui chercher. Ca ne pouvait pas être n’importe qui… elle n’était pas spécialement attirante pour les garçons donc même en trichant, elle ne pouvait pas en voir débarquer un. Sauf qu’elle avait l’espoir secret (bien qu’elle se grondait intérieurement de penser à lui). Ca ne pouvait être que lui. Elle eut un petit geste de recul mais ne bougea pas au final. L’inconnu était sur son flanc droit, elle aurait pu s’écarter pour s’amuser un peu et comprendre comment il faisait pour le retrouver mais elle ne fit rien.

Il commença à passer doucement ses mains sur sa nuque puis jusqu’à ses mains avant de détailler un peu tout son corps, remontant doucement sur ses joues. Elle frissonnait, c’était bien Tristan. Elle avait encore la mémoire de ses longues caresses pendant leurs petits jeux. Elle se mit à sourire, il ne put pas le voir. Mais le baiser qui arriva derrière était impressionnant. Elle sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine et pourtant elle le mordit pour le mettre au défi de continuer, il ne se fit pas prier. Elle avait passé les mains sur ses bras, approfondissant le baiser. Il lui donnait envie, tellement d’envie. Prononçant son surnom comme il le faisait si bien, il enleva son bandeau et elle le sien. Il était magnifique mais ça elle s’en doutait. Normal que les autres femmes la jalouse. Elle était anxieuse mais l’expression sur le visage de Tristan lui allait bien. De la surprise… mais vraiment ça n’avait rien à voir avec leurs premières retrouvailles. Il était sincère, vraiment. Restant un moment silencieux, il lui dit qu’elle était un petit papillon. Dans un sens il avait raison, elle évoluait… Et peut être que si elle était comme ça ce soir c’était un peu grâce à lui mais ça… elle n’était pas prête de lui dire. Un compliment, elle avait du mal à y croire.

Il ne la dévisageait pas cruellement comme les autres hommes, avec une pointe de perversité dans les yeux. Il était vraiment… elle ne savait pas comment décrire son regard. Pourtant Cassidy ne savait pas vraiment quoi lui dire. Il était toujours cruellement beau, peu importe la tenue.

« Ah heu… tu es… très bien aussi… Mais tu es peu cruel de laisser ces demoiselles soupirantes et baveuses sans leur cavalier préféré »

Elle avait dit cette phrase avec une pointe d’ironie dans la bouche. Pas très douée pour les paroles, vraiment pas. Elle ne savait pas comment s’excuser, comment ne pas le blesser. Cassidy lui avait dit qu’il était très bien mais c’était au dessus de très bien ! Excellent ! Parfait mais dans le bon sens. Certes elle était jalouse de toute sa réussite, sa vocation, son succès avec la gente féminine, ses attitudes « parfaites » mais derrière cette façade semblait se cacher tout autre chose. Elle ne savait pas comment le dire mais elle l’avait senti… comme si elle le connaissait très bien au final.

Il répliqua un instant, puis il alla poser les bandeaux avant de revenir vers elle. Mais une demoiselle fit mine de se mettre dans son passage, provoquant une collision. La scène était pitoyable. Cassidy avait froncé les sourcils en croisant les bras. Elle voyait bien son petit jeu à le tripoter comme si de rien n’était. Tristan qui avait remis sa façade polie et ne bronchait pas. Et au fond d’elle, le fait qu’une autre le touche sans vergogne lui faisait un petit quelque chose. La sale pintade s’était rapprochée de lui et se frottait contre son entrejambe. Ecoeurant.

Et puis, Cassidy ne tint plus. Elle ne sait pas ce qui lui prit, pourquoi elle faisait ça mais elle agit. Empoignant fermement l’imprudente par le bras, elle la tira avec force en arrière, se mettant devant Tristan, l’air en colère se voyait sur le visage comme si elle défendait SON homme.

« Hey la pintade, Tris’ n’est pas un morceau de steak ok ? Tu crois pas que jle vois pas ton ptit cirque ? C’est écoeurant ! Alors tu ranges tes mains tout de suite, tu le touches plus parce que sinon je vais t’apprendre à voler dans le décor. »

La scène avait été remarquée par quelques personnes. Cassidy était énervée, vraiment. Elle prit Tristan par la main et s’éloigna la tête haute. Non mais qu’on le laisse respirer quand même ! La jeune femme n’avait pas compris ce qui l’avait poussé à agir ainsi mais elle entendit la voix de Tristan ironique derrière elle. La demoiselle haussa un sourcil en se retournant et ils se rentrèrent dedans. Non mais qu’il en rajoute pas lui ! Déjà qu’il était trop faible pour envoyer bouler les filles trop collantes alors… Encore une histoire de bonne image. Bon au moins que ce soit elle qui agisse n’allait pas salir sa réputation pauvre petit… Tellement besoin de reconnaissance ?

Cependant, elle se radoucit quand il enchaîna la phrase suivante. Cela lui faisait quand même un petit quelque chose qu’il ne comptait pas avoir d’autre partenaire qu’elle. Pourquoi ? Elle avait une robe mais c’est tout. Et puis comment il l’avait trouvé ? Pourtant la jeune femme ne voulait pas se poser de questions ce soir. Elle se mit à sourire timidement alors qu’il lui tenait la main pour l’entrainer sur la piste de danse. Et ils dansèrent, beaucoup. Au début c’était tout sage mais le coquin en profitait pour faire de légers effleurements dans son dos et ses bras, petites caresses pas si innocentes que ça. Elle grogna et répliqua le coup suivant, descendant ses mains jusqu’à ses fesses et les tâtant légèrement. Il répliqua… et ainsi de suite. La chaleur montait pour le petit « couple » même si ils prenaient le temps de danser. Elle lui faisait confiance pour la danse… Sans savoir pourquoi. Il ne l’assistait pas totalement non plus et elle avait de la liberté. La sensation était dure à décrire, c’était comme si eux d’eux étaient faits l’un pour l’autre. Elle s’insulta de penser à ce genre de choses.

Ils firent plusieurs pauses mais revinrent souvent pour continuer de se tenter mutuellement. Après beaucoup de danses, la demoiselle s’attarda au buffet, réfléchissant à ce qu’elle pouvait bien manger. Elle sentit Tristan venir dans son dos et l’entourer très discrètement de ses bras comme si il s’intéressait au grand plateau posé devant elle. Il lui donna un conseil sur les robes, elle fronça un sourcil et lui donna un coup dans le ventre.

Le jeune homme ne se laissa pas démonter et fit glisser une de ses mains sous un pan de sa robe pour la poser sur ses fesses. Un frisson électrique s’empara de la demoiselle alors qu’elle fermait les yeux. Trop tentant… oh le vilain ! Il fit une remarque pleine de défi. Cassidy ne se laissa pas démonter, elle se retourna face à lui, un sourire vengeur sur le visage, étant complètement collée contre son torse puis l’entoura de son bras pour l’entraîner un peu plus loin toujours sur le buffet.

« Tu devrais goûter ceux là je pense que ça devrait te plaire »

Phrase dite en toute innocence alors que c’était elle qui en une seconde s’était placée dans son dos, comme si elle voulait prendre une autre assiette mais passait en réalité ses mains sous sa tunique pour caresser sensuellement ses hanches. Elle murmura une phrase pour riposter dans son dos.

« Je t’ai connu plus entreprenant aussi… mais ne t’inquiète pas ta tenue est très adaptée également… »

Touchant légèrement ses abdos, elle s’écarta ensuite de lui et fit mine de s’intéresser à un autre assortiment bien plus loin. Il n’eut pas le temps de la rejoindre. Quelques hommes s’étaient approché de lui et voulaient apparemment des conseils pour rentrer dans l’armée ou comment ça se passait la vie chez les Cheistams.

Cassidy était plus loin, occupée à boire un verre de jus d’orange. Plusieurs filles s’approchèrent d’elle. Elle les ignora royalement.

- Fais pas la maligne… Tu crois pouvoir t’accaparer le plus beau mec de la soirée ?

Cassidy ne répliqua pas. Encore des jalouses. Que c’était ennuyeux…

- Au cas où t’es pas sa copine hein…

C’était vrai et blessant. Cassidy reposa dignement son verre et regarda l’imprudente dans les yeux.

« Je suis déjà plus que toi… »

Elles pouffèrent.

« Riez… mais continuez et je peux vous assurer que je m’assurerais personnellement d’une torture lente et douloureuse… »

Elles la regardèrent avec méfiance.

- T’es quoi au final ? Une démone ?

Cassidy marqua un temps de pause puis les fixa droit dans les yeux dévoilant ses canines comme si elle était prête à attaquer.

« Peut être bien… »

Personne n’eut le temps de réagir car Tristan revenait. Il avait peut être entendu ou pas mais ce n’était pas dans ses pensées actuelles. Les filles boudeuses repartirent sans dire un mot de plus. Tristan dévisageait un peu Cassidy, elle le prit par le bras, l’air innocente.

« C’est quoi la prochaine activité ? La balade autour du lac ? »

On était venu leur faire des compliments aussi. Sauf que Cassidy avait du mal à y croire, jamais on ne l’avait félicité pour quoi que ce soit, à part ses parents.

Le lac avait des allures de mystère. Il était entouré par de petits sentiers qui s’enfonçaient parfois dans des bosquets, parfois ça les menaient très proches de l’eau. Des lucarnes dorées avaient été allumées et flottaient sur l’eau. Cassidy et Tristan avançaient. Elle le tenait par le bras. Des cristaux de lueur différentes s’animaient autour d’eux. Sauf que le Drakkari avait une autre idée en tête, se venger. Il avait commencé par un petit geste tout innocent, posant sa main sur les fesses de Cassidy. Elle avait grogné avant de se poser devant lui et lui faire comprendre que la tenue échancrée c’était aussi facile pour le chauffer un peu.

Au fur et à mesure du parcours, ils allaient de plus en plus loin et redoublaient de stratagèmes pour se chauffer lentement sans se faire repérer. Parfois c’était lui qui l’attirait derrière un arbre pour déposer sur ses lèvres un baiser vertigineux, puis elle l’attirait derrière un buisson en lui demandant de regarder le beau cristal de lumière, il s’était penché, elle en avait profité pour lui mordiller le cou. Tout y passait, mains, corps, poitrine, fesses, entrejambes… Aucune partie n’était négligée et Cassidy devint un peu plus rouge. L’envie était grande, son corps n’allait pas supporter longtemps.

Ils étaient dans un bosquet très bien caché et elle s’était pendue à ses lèvres, le forçant à se pencher en avant, les mains sur sa nuque avant de lui griffer légèrement le torse, se crispant. Il devait la sentir bien réceptive car il répliqua avant de se relever et disparaître à travers les ombres du bosquet. Elle broncha. Non mais non ! C’était quoi ça ! Elle avait envie maintenant ! Il la rendait dingue ! Rhaaaa ! Il n’allait pas s’en tirer comme ça !

Elle était ressortie du bosquet, le cherchant, pensant qu’il s’était approché du bord du lac, la demoiselle sortit du sentier, elle avait entendu des bruits pas si loin que ça. Sauf qu’au lieu de tomber sur Tristan, elle retrouva les filles jalouses de tout à l’heure, accompagnée de la grosse brute qui l’avait tapé dans le dos pendant le mini tournoi. Elles se sentaient supérieurs. Cassidy tourna le dos pour partir mais la fille massive vint se placer devant elle.

« Laisse moi passer ou je te demande… »

Elle ne bougea pas. Cassidy leva le poing et l’autre lui attrapa, le tordant en arrière. La jeune femme voulut utiliser son pouvoir. Mais impossible ! Toujours quand il fallait pas.

- Amenez là au lac, elle mérite une bonne leçon !

Deux filles lui prirent les bras et la troisième était derrière elle, lui empêcha toute fuite. Ils la forcèrent à monter sur le ponton qui menait plus profond dans le lac. Cassidy se débattait comme une diablesse. En voyant l’eau, elle comprit leurs intentions. L’eau… un sentiment de peur. Elle le tut aussitôt et joua la provocation pour se donner du courage.

« Bande de salopes ! Lâches ! Quand je vous attraperais vous allez le regretter ! Vous m’entendez ?! »

Elles ricanèrent. Cassidy tenta de résister. L’eau était profonde. On la poussa sans vergogne vers le bord. La jeune femme se déséquilibra et chuta. L’eau glacée s’infiltra dans sa robe. Elle tenta de battre des bras pour maintenir la tête hors de l’eau mais se fatigua bien trop vite. Elle ne savait pas nager… et l’eau lui faisait peur. Avalant la tasse plusieurs fois, elle sombra finalement, sa tête ne remontant plus. Les autres étaient parties rapidement. Au moins elles avaient le champ libre maintenant pour draguer Tristan.

Cassidy ferma les yeux, l’inconscience la guettait. Avant de s’enfoncer dans les ténèbres, une seule image, une seule pensée.

*Tris’… Désolé…*



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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 23 Fév - 19:49

CASSIDY !!!!

Et il ne resta que la rage…


C’était énervant ! C’était frustrant ! C’était… C’était trop !
Je ne sais toujours pas ce qui m’a pris de l’amener dans cette clairière, la musique, la danse… C’était bizarre. Enfin ce n’est vraiment pas dans mes habitudes. Ce n’est pas un pseudo-romantisme que je mets en oeuvre pour séduire, pas du tout. Je peux être charmant, galant, gentleman… Vraiment. Sans vantardise je peux être le prince charmant de ces dames. Mais c’est aussi un jeu, ça fait parti du personnage. L’apparat, le costume… Tout dépend de la demoiselle. Ce que mes sens de dragons peuvent capter est tout à fait inimaginable. J’arrive à sentir, dans presque tous les cas, ce que veut la demoiselle en face de moi, même quand elle-même ne le sait pas. Je peux être l’homme un peu sauvage, l’homme de passage, le soldat qui s’en va et lui fera passer un moment inoubliable. Je peux être le séducteur qui arrivera toujours à ses fins mais laisse croire à cette dame qu’elle est tant désirée. Enfin elle l’est, désirée. Je respecte les femmes. Ce ne sont pas de simples petits objets que j’utilise à ma guise et rejette par la suite. Oh non. Nous passons juste un bon moment. Je suis le rêve éphémère, voilà tout. Quelle femme voudrait de moi pour plus ? Laquelle saurait s’y risquer ? Aucune. Je suis un coureur, un séducteur. Laquelle pourrait me retenir ? Aucune ne s’y essaie. Jamais.
J’ai eu quelques larmoiements, quelques tentatives pour me faire rester mais jamais quelque chose de bien convaincant, de bien convaincu également. Au final… Je pense que c’est moi le jouet.
C’est moi qui assouvis leurs désirs et leurs fantasmes. Et c’est tout. Je ne suis que le jouet de passage. Le fantasme. Le beau guerrier au corps parfait. Qu’on consomme et relâche ou jette selon les goûts.
C’est pareil pour ces femmes que je dois séduire… Que je les séduise… C’est ce qu’on me demande, ce qu’exigent mes supérieurs. Mais il n’y a que des hommes machos et stupides pour croire que je séduis ces dames. Elles sont fortes, intelligentes, monstrueusement intelligentes pour certaines. Je ne les séduis pas. Elles acceptent mon petit jeu, c’est tout. Je ne dis pas qu’il leur serait facile de résister, me résister est quasi mission impossible. Mais elles savent à quoi s’en tenir. Au final, elles me connaissent peut-être toutes mieux que je ne me connais. Rien, personne n’est plus fort et intelligent qu’une femme. En douter est illusoire. Je ne doutais pas…

Mais normalement j’agissais par jeu.
J’avais envie de lui plaire. Mais pas comme les autres. Parce qu’elle n’était pas comme les autres. Tellement différente… Elle me donnait l’impression d’être une des fleurs que j’avais vu pendant mes voyages, épines acérées et si difficile d’accès mais d’une douceur, d’une fragrance merveilleuse et d’une fragilité effrayante. Cassidy était différente. Je sais qu’elle l’a toujours été. C’est forcément le cas. Elle est la seule dont je me souvienne d’ici. J’ai en mémoire des visages, des odeurs qui se mêlent pour reconnaitre les gens. Mais son visage est le seul à m’être revenu sur son seul nom.

Normalement je joue… Je joue aussi. Je joue beaucoup. Je joue toujours.
Mais je ne fais pas… semblant. Je ne me force pas à la taquiner, à jouer. Je ne me force pour rien. Si ce n’est pour ne pas lui sauter dessus. Ma bague ne me sert strictement à rien près d’elle. Comme si elle en annulait totalement le fonctionnement magique… Mon impatience me tue. Je crois n’avoir jamais désiré si fort une femme. Et pourtant… J’ai la trouille pour la première fois de ma vie… De ne pas la combler.
Ca m’arrive d’avoir des petits doutes mais ça ne dure jamais. J’ai confiance en mes capacités, je suis un amant exceptionnel, sans fausse modestie. J’écoute les femmes, leurs envies, leurs besoins, je sais différer mon plaisir et je sais me contenter de peu si besoin pour combler ces dames. Avec Kayla, je n’ai peur de rien parce que je ne peux pas la blesser et parce que nos corps sont connectés…
Mais Cassidy… Ses frémissements me font frémir, le contact de sa peau me pétrifie dans un dédale de stimuli extatiques. C’est bon de la toucher… Tellement bon. De l’embrasser. Ses lèvres ont toujours, toujours, un arrière goût de fruits rouges alors que je ne l’ai jamais vue en manger. Sa peau a une saveur sucrée… oui c’est ça, sucrée. Je sais que c’est sucré. Je ne peux plus en prendre, tout ce qui est sucré… Alors cette saveur, je m’en délecte. J’avais oublié à quel point c’était délicieux. Son corps semble diffuser les douceurs qu’elle lui offre, au centuple, pour le plus grand plaisir d’un amant attentif… Suis-je le seul à m’en être aperçu ? Est-ce que mes sens décuplés me permettent de sentir ce que d’autres ne peuvent même pas imaginer ? J’ai peur que rien ne soit assez. Je sais que si on couche ensemble ça me plaira. Comment pourrait-il en être autrement ? J’ai la trouille. Que ça ne lui plaise pas… de lui faire mal… de ne pas être à la hauteur. J’ai l’impression de me vanter pour la première fois de ma vie. J’ai envie qu’elle me rassure. J’ai envie de ses gémissements, de ses frémissements, de ses crispations, de ses soupirs, de ses demandes étouffées pour savoir que c’est bien, que c’est bon…

Attendre me tut. Attendre me permet d’éviter peut-être une bêtise.
Jusqu’ici nous n’avons pas commis trop grave. Ce ne sont que quelques attouchements… certes plutôt humides et… savoureux… mais des attouchements. Il n’y aura pas de retour en arrière si on couche ensemble. Et qu’est ce qui se passera après? On va juste repartir chacun de notre côté, nous ignorer jusqu’à ce que nous repartions? Eviter les regards gênants, éviter les allusions ?
On devra être distants. Parce que ça pourrait faire vraiment vraiment beaucoup d’histoires. On est devenus tellement proches devant tout le monde. Ca sera suspect. Tout le monde comprendra. Je ne sais pas si je pourrais arrêter de la regarder juste parce que je le dois. Je ne sais pas si je pourrais arrêter de jouer juste parce qu’on aura couché ensemble.

Je n’y arrive pas. Penser à « baiser » avec elle. Déjà que ce terme me rebute en général, je peux l’utiliser dans ma tête pour mettre à distance mes besoins et mes principes.
Je ne veux pas coucher avec elle…
Non… Pas du tout…
Je veux faire l’amour à cette femme… avec cette femme. Ca n’a rien à voir.

Quand elle est partie de la clairière, j’ai souffert le martyr.
Parce que j’avais envie d’elle. Parce que mon esprit était embrouillé. Parce qu’elle embrasse divinement bien. Parce que je me suis demandé si elle avait aimé. Si ça lui avait plu… Cette soirée, ce moment… Je pense que oui. Sinon elle ne serait pas restée. Elle n’est pas du genre à s’échiner dans un truc qui ne lui plait pas. Elle s’en va facilement, dit ce qu’elle pense quand ça lui déplait, tellement facilement. Mais quand ça lui plait ?
Je crois que c’était bien. Je ne sais pas d’où m’est venu l’inspiration de partager ce moment. Mais pour moi c’était bien. Je ne lui ai rien fait. Je n’ai rien tenté. J’avais envie de lui montrer que je ne suis pas qu’un coureur de jupons aussi. Que je ne fais pas que la provoquer. Que je ne veux pas lui faire du mal. J’aimerais lui dire que je la veux, qu’elle m’attire, que je la désire… mais que je ne lui ferai rien si elle ne le veut pas. J’ai essayé de le lui dire dans ce buisson, c’était très nul, très maladroit. Mais je voulais qu’elle sache mon point de vue là dessus. Qu’à mes yeux, les femmes sont des reines, que nous sommes leurs fervents serviteurs, jamais l’inverse… Je crois qu’elle est la reine des reines… Pourtant, j’ai l’impression qu’elle ne se voit pas autrement que comme « personne ». Et ça me fait mal…

Elle est partie… Et elle a bien fait.
Je ne sais pas trop ce qu’il aurait pu advenir autrement. Aurais-je eu la force, moi, de me détacher d’elle ? A cet instant ? J’en doute. J’avais encore les yeux plein des étoiles que nous avions contemplés ensemble, la rétine imprimée par l’image de son visage apaisé éclairé par les astres, la sensation de sa peau contre la mienne, son odeur, dans ce moment de calme, d’absence de tentation, je crois qu’elle était encore plus belle que toutes les autres fois.

J’aimerais penser des choses méchantes d’elle. La traiter de salope de me mener ainsi en bateau. La traiter de sale garce pour me torturer de la sorte, me laisser en plan. J’essaie. Mais je ne pense aucun de ces mots. Ce serait tellement plus facile d’être le dragon qu’ils me demandent d’être. Brutal et distant. Qui traite les femmes comme ses jouets… Pourquoi je n’y arrive pas d’ordinaire ? Pourquoi l’imaginer, le concevoir avec elle, m’est totalement impossible ? La simple idée intolérable ?



La journée avait vite filé et les deux mamans s’étaient échinées sur la tenue de la demoiselle, la maquillant, la pouponnant pour la rendre digne d’un conte de fée, une petite princesse, un papillon.
Et puis à la fête, il était venu vers elle c’est vrai. Sans hésitation, sans erreur. Ses mains ne s’étaient pas posées au petit bonheur la chance quand il l’avait trouvée, c’était tout le contraire. Pour un observateur ignorant c’était une tentative pour se reconnaitre, un tâtonnement, pour elle, ce n’était que des caresses, douces, légères, pour lui montrer de qui il s’agissait, même si elle le savait probablement déjà. Il avait pris les mains de la demoiselle pour les poser contre lui. Il l’avait embrassée. C’était un moyen comme un autre de se reconnaitre. Là encore il ne s’était pas trompé. Il aurait pu louper ses lèvres, même en tenant délicatement son visage entre ses mains brûlantes. Mais il n’avait pas hésité, ni échoué. Un nouveau baiser qui avait des airs de revanche par rapport au matin même. Un baiser à la fois passionné et tellement doux. S’il forçait le barrage de ses lèvres, si elle le mordait, il ne dévorait pas sa bouche méchamment, ni avec contrainte. Etrangement oui, quand ils s’embrassaient, peu importe la manière, ce n’était jamais une contrainte, ce n’était jamais maladroit, c’était juste…
Ca existait.

Aucune surprise donc en enlevant leur bandeau respectif, si ce n’est, celle extraordinaire, de la tenue de la jeune femme. Elle était magnifique. Et faisait enfin honneur à sa beauté. D’ailleurs bien des hommes étaient surpris et charmés à vrai dire. Tous ceux qui n’avaient pas su voir derrière les vêtements masculins que ce soit hommes ou femmes semblaient tomber des nues en découvrant une si magnifique demoiselle. Tristan souriait juste. Il était surpris de sa tenue, pas surpris de ce qu’il découvrait. Elle était belle. Il le savait bien lui, il le voyait. Mais il était heureux qu’elle accepte de le montrer aux autres, qu’elle accepte de rabattre ces caquets. Il ne pouvait pas le faire pour elle après tout. Il était content qu’elle prouve à ces idiots à quel point ils avaient tort, à quel point elle était différente d’eux, tellement en mieux.

Certains avaient des regrets à présent parmi les hommes et ne se gênaient pas pour se rincer l’oeil sur les courbes sublimes de la jeune femme.
Mais c’est vrai. Tristan une fois de plus n’agissait pas comme les autres, il ne la regardait pas comme les autres. Il y avait du désir dans ses yeux. Il semblait toujours y en avoir quand il posait le regard sur elle. Mais ce n’était jamais un désir menaçant. Jamais. Jamais un désir qui disait qu’elle avait intérêt à ne pas se retrouver seule avec lui. Jamais un désir cruel et égoïste. Là il la fixait une fois de plus avec une certaine satisfaction, un sourire étirant ses lèvres. Quelques mots. Elle répliquait… Mais pour la première fois ce n’était pas provocant réellement, il y avait plus qu’une tentative de gentillesse, une certaine gêne même. Il repoussa doucement une mèche dorées qui s’échappait de la coiffure de la jeune femme.

Je ne vois qu’une seule demoiselle avec laquelle c’est un réel plaisir de danser. Quant aux autres… je ne fais que suivre les règles. Et leur échapper est loin de me déplaire…

Des petits compliments détournés. Parce qu’elle était peut-être trop… vulnérable. Bien sûr qu’elle était forte. Mais la jeune femme avait fait l’effort de se mettre en robe. Ce n’était pas une tenue habituelle pour elle, plus depuis longtemps. Il ne voulait pas qu’elle se sente en position de faiblesse. Elle ne l’était absolument pas. Il ne voulait pas la taquiner trop fort non plus. Lui dire qu’elle était belle lui paraissait important. Même de manière détournée…
Et puis il y avait eu cette fille, prétendument maladroite, qui se collait à lui et le tripotait ouvertement. Certaines semblaient mécontentes de s’être fait coiffer au poteau, beaucoup grinçaient des dents de découvrir chez la petite blonde une si belle jeune femme… La plupart, de mauvaise foi, ne voulaient pas le voir, pas l’accepter. La fille qui tentait de s’octroyer le jeune homme, de le provoquer, de le caresser pour le détourner de sa véritable cavalière se fit pourtant éconduire. Mais pas par le jeune homme qui s’était figé, par Cassidy… Et pas une demoiselle calme, plutôt une demi-furie qui sortait les crocs. Ce qui ne parvint qu’à la rendre plus attrayante aux yeux du grand jeune homme, et même plus sexy… Si c’était possible.
Il s’était contenté d’une remarque un peu provocante pour minimiser la situation. Il ne voulait pas la taquiner sur sa possible jalousie. Ca n’avait aucun intérêt. Il voulait juste la piquer un peu, juste un peu pour l’embêter, parce qu’il adorait l’embêter. Elle partait au quart de tour. Elle avait l’air tellement furieuse qu’il ne se défende pas, qu’il laisse faire ces pintades irrespectueuses… Elle était belle quand elle s’énervait.

Ils avaient dansé… Ils dansaient si bien ensemble que ça semblait la chose la plus facile au monde. Si elle prétendait ne pas être douée ce n’était que mensonge ou déni le plus total car elle évoluait avec lui sur la prise de danse avec une aisance naturelle absolument hallucinante. A présent qu’elle portait une robe, ils ressemblaient à un couple sorti tout droit d’un conte, d’une belle histoire d’amour…Beaucoup s’arrêtèrent pour les regarder, mais ils ne s’en rendaient pas compte. Ils se souriaient, se chauffaient un peu, se tentaient l’air de rien, pour ne pas que ça soit trop sérieux, pour ne pas que ce soit trop parfait. Le vrai sérieux, le vrai moment de plénitude en danse avait été hier, quand il n’y avait personne pour les voir, pour les interrompre, pour chuchoter sur leur passage. Quand il n’y avait qu’eux deux et ce, même s’ils donnaient l’impression de ne pas se soucier le moins du monde des autres.
Pourtant d’autres « couples » dansaient très bien, s’amusaient mais ils ne se préoccupaient pas d’eux. Pas un seul instant.

Et puis il l’avait tentée contre le buffet. Ils ne cessaient de se chauffer après tout, discrètement. Glissant sa main sous sa robe il l’avait caressée doucement, sensuellement, pourtant ce n’était qu’un effleurement, mais une fois de plus elle réagissait tant à sa main brûlante que c’était… vraiment particulier. Il l’aimait bien en robe. Elle était beaucoup plus belle ainsi… Même si les tenues masculines lui allaient bien aussi évidemment. Il était bien tenté de l’amener à l’écart et de faire disparaitre sa tête sous sa robe, la couvrir de baisers… Mh… L’accès était si facile…
Mais elle rétorqua, comme toujours et c’était… Délicieux.


Elle s’était glissé contre moi, me caressant, sortant sans la moindre hésitation, la moindre gêne, ma chemise de mon pantalon. Bon, nos mouvements de danse, plutôt dynamiques l’y avaient bien aidé déjà mais elle acheva de la libérer de mon pantalon. C’était bien aussi, effleurant mes abdominaux, mes obliques aussi… les travailler autant les rendait un peu plus sensibles que la moyenne et quand elle les effleura… ça me plut, pas qu’un peu.
Elle m’avait provoqué une fois de plus, me trouvant apparemment peu entreprenant par rapport à d’ordinaire, je me retournais pour lui tendre une assiette, me penchant pour lui parler à l’oreille, mordiller celle-ci tout doucement.


Je ne veux pas choquer les petites âmes innocentes dans le coin… Et puis… je préfère laisser durer l’instant, au risque de trop vite vous lasser demoiselle…

L’instant de tentation évidemment.
Elle m’avait défié du regard, avec cette petite pointe si excitante de mépris, comme si elle ne m’en jugeait pas capable. Elle avait vite remarqué à quel point j’étais susceptible. Elle m’effleura un peu plus, je frémis, bien plus, tellement plus réceptif que je n’osais le montrer. Elle m’échappait déjà et je me faisais emmerder par des petits cons. Enfin non ce n’étaient pas des petits cons, des gars sérieux qui voulaient me demander des trucs divers et variés, me parler tout simplement mais je les détestais aussitôt, parce qu’ils m’éloignaient d’elle. Elle, ma tentatrice.
En plus je la vis de loin se faire aborder et je me doutais bien que ce n’était pas gentiment. Enfin j’espérais un peu que c’était gentiment. Qu’on la complimentait sur sa tenue, sur sa robe, sur notre entente. Je ne sais pas… Ca m’aurait plu que les gens soient gentils avec elle. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, pourquoi elle est si agressive et distante, pourquoi elle s’amuse tant à se mettre les gens à dos. Mais je préférerais qu’elle aille bien, qu’elle soit heureuse et estimée. Elle le méritait bien, quoi qu’elle en dise.


C’était une altercation. Je le savais… Je le sentais.
Je les rejoignis rapidement, un beau sourire aux lèvres… entendant la fin de leur conversation. Une démone…. Ca aurait dû me rembrunir, avec tout ce que j’avais vécu, avec tout ce qu’il m’avait fait. Pourtant… ça ne changea rien. Absolument rien. Je voulus lui parler mais elle ne me laissa pas faire, m’entrainant vers le lac, je suivis…


Sur le chemin pour aller au lac quelques personnes honnêtes et sincères les complimentèrent sur leurs danses et leur bonne entente, ça faisait toujours plaisir à entendre…Et puis une fois de plus ils ne parvinrent pas à se contenter du seul moment, se taquinant, se chahutant un peu, se chauffant parfois beaucoup. Ca montait crescendo, se rabaissait brusquement à une tentation bien sobre, suivie d’une autre plus virulente… Ils s’éloignaient du sentier… ou à peine.
L’un comme l’autre ils utilisaient leur ouïe extraordinaire pour situer les autres, l’air de rien et en profiter pour une caresse osée, un baiser.
Ils s’embrassaient souvent. Or quand on se chauffe les baisers ne sont pas utiles. Ils sont un plus certes, mais ils ne sont pas nécessaires. Pourtant ils s’embrassaient et si leurs baisers étaient plein de passion, de tentation, ils étaient parfois simplement plus doux, juste un peu plus doux, moins impatients.
Ca avait commencé l’air de rien par un effleurement sur les si jolies fesses de la demoiselle dont son partenaire ne semblait décidément pas se lasser. Elle s’était vite vengée. Et les effleurements étaient devenus plus brûlants, plus tentateurs, plus risqués… Ils avaient commencé à s’isoler derrière le tronc large d’un arbre, derrière un bosquet aussi. Une fois il s’était éloigné et elle l’avait suivie, entrainée par sa main avant qu’il ne la fasse brusquement basculer dans l’herbe et ne se jette sur ses lèvres comme un affamé, l’embrassant longtemps une jambe de chaque côté du corps de la jeune femme, les bras encadrant ses épaules, à quatre pattes au dessus d’elle. Il s’était servi d’un arbre aussi comme support, la soulevant pour se presser contre elle, la mettre à sa hauteur, dévorer sa gorge dégagée de baisers brûlants alors qu’elle ébouriffait ses cheveux griffait son dos en passant les mains dans le col de sa chemise. Ils se pressaient si fort l’un contre l’autre, soupirant tout bas qu’ignorer leur désir commun était totalement impossible. Alors ils se tentaient et s’éloignaient aussitôt. Parce qu’autrement ils craignaient peut-être de se céder. Parce que se tenter c’était le jeu. Il ne fallait pas céder, pas trop vite, même s’ils en crevaient d’envie.

Et puis il s’était éloigné au détour d’un baiser torride. C’est elle qui l’avait engagé. C’était bon… Mais il s’était redressé en arguant qu’ils ne feraient jamais le tour du lac à ce rythme, s’éloignant l’air de rien pour rejoindre le sentier. La vérité c’est qu’elle lui avait mis les entrailles à l’envers et qu’il avait besoin de quelques minutes de calme pour se calmer, juste quelques minutes loin d’elle. Il s’était adossé à un arbre, respirant calmement, trouvant des repères et songeant aux choses les moins excitantes possibles pour retrouver ses esprits.
Il n’était pas près d’elle. Et il ne put rien empêcher.
Ce n’était que de la jalousie. Juste de la jalousie, de la méchanceté, de la mauvaise foi. Ces demoiselles s’étaient bien rendu compte que le grand et beau Drakkari n’avait d’yeux que pour la petite blondinette si farouche. Elles avaient voulu la punir. Mais à la base il n’y avait aucune intention funeste. C’était certes un grand village mais quand même. S’il y avait de la jalousie et des tensions, s’il y avait des idiots un peu trop déshinibés par l’alcool pour croire pouvoir presque violer une femme sans conséquence, s’il y avait beaucoup de stupidité il n’y avait pas de réelles intentions de nuire. L’intention de faire mal oui… Elle attirait les ennuis et le pire côté des gens. Mais pas l’envie de la noyer… certainement pas… ou pas de manière claire.
A la base, c’était juste la faire tomber à l’eau, pour lui pourrir la soirée. Elle ne retournerait pas à la fête, trop honteuse de s’être fait ridiculiser. Elle filerait chez elle sans demander son reste. C’était tellement humiliant que de faire battre de la sorte, mettre à l’eau, ruiner les efforts pour la rendre jolie… Ce n’était que pour lui gâcher sa soirée. Ce n’était que pour que Tristan se désintéresse d’elle.

Il était en train de se remettre et sourit en se voyant d’aplomb, sortant de derrière son arbre pour rejoindre la jeune femme. Il ne pensait pas s’être absenté si longtemps. Elle n’était plus dans le bosquet. Il fronça les sourcils, s’inquiéta, rendit les armes en avouant qu’elle gagnait, s’inquiéta plus sérieusement, vexé qu’elle l’ait planté là. Et puis un sentiment de peur, brutal, qui ne lui appartenait pas…
Il ne sut pas pourquoi mais Tristan se tournait déjà vers le lac et y courait plus vite que jamais. Les filles s’étaient éloignées mais en croyant simplement que Cassidy allait remonter plus loin, furibonde et vu la véritable tornade qu’elle pouvait être, les tremper à leur tour. Sauf que la jeune femme ne remontait pas. C’était une mauvaise blague là. Elles eurent tout juste le temps de voir le Drakkari débarquer en courant, si vite qu’il aurait pu glisser sur le ponton humide. Il hurla le nom de la jeune femme d’une voix puissante mais aussi plein de détresse. Sans la moindre hésitation, il finit sa course… dans un plongeon, impeccable, tranchant les eaux sombres de son corps.


Je la sentis… Elle était toute proche. Elle ne bougeait pas, elle ne luttait pas. Son coeur ralentissait, ses battements étaient si lents, si irréguliers. Les yeux ouverts dans l’eau je la vis. Je n’aurais pas dû la voir. Je voyais dans la nuit, pas très bien dans l’eau. Mes yeux étaient beaucoup trop sensibles pour ça. Pourtant je crus vraiment la voir, comme une lueur qui l’entourait, comme une lueur qui me guidait vers elle. Je la rejoignis en quelques brasses rapides, l’agrippait et alors que nous avions atteint le fond, je poussais de toutes mes forces contre le sol pour nous propulser au plus haut. Même le mélange de vase et de sable qui tapissait le fond du lac ne parvint pas à me retenir, à nous retenir. Rapidement j’émergeais avec elle. Lui maintenant la tête hors de l’eau alors même que je savais qu’elle ne respirait plus. Je rejoignis le ponton plus vite que je ne l’aurais cru et la hissais dessus avant de sortir également, dégoulinant d’eau et de me précipiter sur elle. Elle était pâle comme la mort, si pâle… Je n’arrivais même plus à articuler son nom. Je ne savais même pas pourquoi j’avais couru vers le lac, comment j’avais su. Je m’en fichais. Il fallait qu’elle aille bien.
Je ne contrôlais pas mes gestes… Mes mains se ruèrent sur les lacets de sa robe que je séparais rapidement de leurs crochets pour desserrer son corset. Déjà mes paumes se superposaient et pressaient son plexus solaire avec force, une fois, deux fois, trois fois. Je me penchais vite sur ses lèvres pour les entrouvrir, basculer légèrement sa tête en arrière, pincer son nez, insuffler de l’air dans ses poumons. Recommencer. Je sentais de l’eau glisser de mon corps au sien dans mon agitation, je sentais la chaleur de mes propres larmes, mes larmes un truc qui m’était tellement étranger alors que je l’appelais, d’une voix où ne perçait que la terreur. Je recommençais… Ca dura longtemps, tellement longtemps. Pour moi évidemment, le reste du monde dut voir quelques poignées de seconde. J’y vis des heures… des heures de détresse… Et puis soudain ses muscles se crispèrent alors que l’eau remontait de ses poumons, elle reprenait conscience et tourna faiblement la tête pour cracher toutes les gorgées qu’elle avait inhalées… Elle toussait beaucoup. Je tremblais, de la tête aux pieds, l’aidant à se tourner, pressant une de ses épaules en tapotant son dos de l’autre.


Vas-y, c’est bon… Tout va bien…  



Comment ma voix pouvait-elle être aussi assurée alors que j’avais si peur… alors que j’avais eu si peur ?! Elle avait la respiration sifflante et reprenait à peine connaissance quand j’entendis des voix derrière moi.

Ca va ? Euh… On… on voulait pas, c’était juste.

Je la sentis se tendre sous ma main, je vis le regard plein de fureur qu’elle relevait vers ses bourreaux. Mais elle ne put rien dire, rien faire. La rage m’avait envahi. La sienne s’ajoutant à la mienne si grande. Je poussais sans ménagement aucun la fille qui s’était approchée. Je ne sais pas si elle voulait se la jouer grande âme après avoir fait un geste aussi minable, si elle était vraiment désolée ou si elle ne faisait qu’essayer de m’approcher, de me draguer. Je n’en avais aucune idée. J’aurais pu mordre la main qu’elle tendait vers nous… et la lui arracher.
Les mots qui sortirent de ma bouche, je ne les contrôlais pas plus que mes gestes, pas plus que ma colère…


Foutez le camp ! Ne vous approchez pas d’elle ! Dégagez espèces de salopes !

Disparu le parfait petit prince, le beau garçon tellement charmant, toujours poli, toujours parfait. Je m’en foutais complètement. Je tremblais toujours… Je n’avais pas laissé Cassidy bouger, je ne les avais pas laisser approcher, j’avais pris la jeune femme contre moi, brusquement, la pressant contre mon torse et montrant les crocs en poussant des grognements envers ces sales petites garces qui avaient osé essayer de lui faire du mal. Tout le monde fut surpris, mais je m’en fichais. Le peu de couples s’étant approchés se figèrent devant ma véhémence. Tout le monde demandait ce qui s’était passé. La fille qui avait voulu me toucher se redressa les yeux plein de larmes et partit en courant, qu’elle aille chialer ! Je n’en avais rien à faire. L’espèce de grosse truie qui l’avait blessée la veille baissa les yeux devant mon regard plein de fureur et recula aussi, tout le monde recula.


Il ne réfléchit pas davantage, remit grosso modo les lacets de son corsets aux différents crochets pour serrer un peu celui-ci mais peu, prit Cassidy contre lui et se redressa en la portant, à peine remise de ses émotions, un bras sous ses épaules, l’autre sous ses genoux, il s’éloigna à grands pas, sans un regard pour les autres. Sans un regard pour qui que ce soit et disparut dans la forêt. Il marchait sans un mot jusqu’à s’arrêter brusquement, ployer les genoux, glisser à genoux au sol en pressant la jeune femme contre lui, le visage enfoui dans ses cheveux blonds trempés, respirant par à coups… Il finit par murmurer tout bas qu’il avait eu peur pour elle. Sa voix était si tendue qu’il semblait faire des efforts inhumains pour se contrôler, pour contrôler l’émotion qui l’avait pris. Il n’y avait pas que de la colère. C’était bien ce qui le surprenait. Ce fut même elle qui dut le réconforter, un peu, maladroitement, caressant ses cheveux rouges aussi trempés que les siens. Ils étaient beaux à voir tous les deux. C’était fichu pour la soirée. Il finit par se redresser lentement, faisant comme si de rien était, essayait tout du moins, lui disant qu’il la ramenait chez elle, bien décidé à la porter jusque là bas. Mais elle refusa. Il s’arrêta surpris baissant les yeux vers elle. Elle détournait la tête, marmonnait que ce serait donner raison à ces pimbêches, qu’il était hors de question de leur faire ce plaisir. Il la fixa avec d’autant plus de surprise.

Tu veux retourner à la fête ? Dans cette tenue. Je sais qu’il fait chaud mais… enfin tu risques quand même une pneumonie… Tu dois te reposer un peu quand même après la tasse que tu as bue… Et puis… il faut faire sécher tes vêtements, tu ne…

Elle le coupa, sans le regarder toujours, parlant d’un endroit où elle n’aurait pas froid et où ses vêtements pourraient sécher… Où ILS n’auraient pas froid… Toujours plus de surprise. Il ne répliqua pas, se contenter d’hocher lentement la tête. Ce n’était pas le moment de la provoquer. Elle le guida alors qu’il la portait toujours et les deux fois où elle lui dit qu’elle pouvait marcher, il refusa catégoriquement. Finalement, ils arrivèrent près d’une des grandes cascades du coin. Le bruit était puissant et couvrait totalement les cris des animaux, les bruits de la fête dont il s’était tout de même sacrément éloignés.
Elle le guida près des monceaux de roches empilées les unes sur les autres puis vers une petite ouverture dissimulée par des buissons, à côté de laquelle il serait passé sans se rendre compte de rien. Pourtant en s’en approchant, il sentit la chaleur.
Il la laissa descendre de ses bras seulement à ce moment et elle lui montra ce drôle d’endroit dont il ne savait rien. Ecartant les buissons elle l’invita à la suivre. C’était un peu juste pour lui pour passer mais rapidement la petite entrée qui ne payait pas de mine dévoila une grande caverne, beaucoup plus haute qu’il n’aurait pu l’imaginer. Une partie de la cascade glissait à l’intérieur et on entendait le bruit des chutes d’eau de l’extérieur mais bien amoindri. Il faisait chaud, beaucoup plus chaud… Un vaste trou d’eau s’étendait un peu plus loin, fumant, réchauffé par les entrailles de la terre. Il s’approcha, curieux.

D’une petite voix, la jeune femme expliqua qu’elle venait ici de temps à autre. Qu’elle aimait bien. Que personne d’autres ne connaissait…
Il se tourna vers elle, elle ne le regardait pas et semblait très intéressée par la lanterne qu’il avait embarqué avec lui quand il était parti et qui permettait à la jeune femme de percer les ténèbres. Il s’approcha doucement d’elle et posa une main sur sa taille.

Tu viens souvent ici ?
Des fois.

Mais je mets juste mes jambes dans l’eau.
Tu ne sais pas nager ?


Il s’en doutait bien. Ce n’était pas que sa robe qui l’avait trainée vers le fond. Il ne dit rien et s’éloigna d’elle. Elle entendit l’instant d’après un grand « plouf » alors qu’il sautait dans bassin et commençait à en éprouver la profondeur aux différents endroits d’un air tout à fait sérieux.

Là tu as pieds, là aussi… là aussi. Là moins, ça devient plus profond. Bon là c’est bon…

Il ne se moquait pas, pas une seule seconde… Ce n’était pas de la pitié, ce n’était rien de tout ça. Il semblait trouver l’eau agréable. Le jeune homme s’était débarrassé très vite de ses bottes avant de sauter à l’eau. Lui aussi était trempé à la base, il l’était dans l’eau chaude à présent. Il se tourna finalement vers elle, qui le regardait bien au dessus de lui forcément, peut-être surprise, peut-être le trouvait-elle juste étrange… Il lui tendit la main, simplement.

Viens… Elle est bonne… Tu as pied ici… Et je ne te lâcherai pas de toute manière… Fais moi confiance s’il te plait.

Il ne s’attendait pas à ce qu’elle accepte, du moins pas si vite mais elle s’approcha du bassin finalement, descendit sur une marche naturelle et s’arrêta. Il tendit les bras vers elle, les posant en douceur sur sa taille et la fit descendre ainsi dans l’eau. Elle avait très largement pieds en effet puisque l’eau n’arrivait qu’à peine à mi-torse pour Tristan à cet endroit. Pourtant il gardait ses mains sur elle et la pressa doucement contre lui, comme pour la bercer, la rassurer… La lanterne projetait des ombres dans la caverne…
Lentement il défit sa coiffure sacrément saccagée par sa baignade involontaire et les démêla de ses doigts. Leurs vêtements les rendaient lourds dans l’eau et peu libres de leurs mouvements mais il hésitait, ne voulant pas qu’elle le prenne mal s’il conseillait de les enlever. Il fit glisser ses mains dans ses cheveux, puis inspiré, l’encouragea à se retourner alors qu’ils étaient près du bord et qu’elle pouvait poser ses mains sur la pierre pour se tenir. Il écarta ses cheveux et glissa ses mains sur ses omoplates et le haut de son dos. Elle était tendue comme une corde d’arc. Il s’en serait douté… Doucement il commença à faire courir des pressions sur sa peau pour la détendre dans un léger massage, sans geste brusque, comme s’il cherchait à l’apprivoiser. Il ne voulait pas qu’elle le remercie ou quoi que ce soit pour ce qui s’était passé… Il s’en voulait de ne pas avoir été près d’elle. Il aurait dû empêcher ça…
Le silence pesait entre eux…

Désolé… d’avoir crié tout à l’heure… mais j’ai… enfin… j’ai eu peur… pour toi… Vraiment…

Il détourna les yeux, pudiquement, alors même que de toute manière elle lui tournait le dos. C’était un peu idiot quand même. Il rabaissa le regard sur son dos, hésita, puis s’approcha doucement pour venir déposer ses lèvres dans sa nuque, baisers doux, légers alors que ses mains délaçaient lentement son corset. Tant pis… Il ne savait pas faire tous ces trucs de rassurer vraiment, de juste se taire et d’attendre… Mais ça il savait faire, l’embrasser, la rassurer sous des caresses, ça… il en avait envie. Doucement il commença à faire glisser sa robe, ses épaules, sa taille, ses hanches, la débarrassant du pesant vêtement gorgé d’eau qu’il sortit de l’eau, la posant plus loin, continuant son massage. Elle se tourna vers lui, toujours tant de défis dans ses prunelles. Il l’observa en silence, se pencha sur elle, l’embrassa simplement comme si sa vie en dépendait. Tant pis si elle le frappait, tant pis si elle le repoussait, il voulait juste s’en assurer. Elle était vivante… L’image de cauchemar de son corps déjà si froid est pâle n’était que ça… un cauchemar, un sale cauchemar…


Elle allait bien… Je devais me le répéter en boucle. Elle allait bien. Je n’arrivais pas à comprendre comment elle pouvait aller aussi bien alors qu’elle venait de se noyer, elle ne cessait de me surprendre. Mais elle allait bien. J’ai pleuré tout à l’heure. Je le sais. Peu importe… Je recule finalement mon visage. Elle embrasse si bien. On a du mal à respirer tous les deux, je la regarde. Je n’arrive pas à parler, je n’arrive rien à dire si ce n’est cette connerie comme quoi j’ai eu peur pour elle. Quelle imbécillité. Je n’ai pas eu peur pour elle, j’étais mort de trouille, une chance que mon corps sache bouger, intérieurement j’étais tellement tétanisé… L’idée de la perdre… Ca y est j’ai encore envie de pleurer. Je ne pleure jamais. On se regarde bêtement là. Enfin non, je la regarde bêtement. Elle n’a jamais l’air de faire quoi que ce soit bêtement elle. Ce n’est pas juste… Je la regarde et je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas quoi faire. J’ai encore envie de l’embrasser. J’ai toujours envie de bien plus mais c’est indécent. C’est la première fois que je pense à ça… que ça peut être indécent… Mes mains glissent dans son dos, touchent ses cicatrices, ces horribles marques dont je veux connaitre le coupable pour lui faire vivre au centuple ses souffrances. Ce sont juste des effleurements légers, je ne tente rien de plus. On se regarde… Je n’ai aucune force face à elle, aucune résistance. Diable quel regard… Comble de la surprise d’autres mots franchissent mes lèvres, des mots stupides vu ce que je viens de faire, mais j’ai besoin de son accord, de sa permission, et je la regarde avec... je ne sais quel air, comme un enfant, comme... si j'avais peur qu'elle me repousse encore, ça me ferait mal je crois.

… Cassy… Je… Est-ce que je peux encore t’embrasser… s’il te plait ?

Enterrez-moi…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 24 Fév - 13:42

Alors que Cassidy était plongée dans ses pensées à la fête, regardant les différents hors d’œuvre, elle repensa à ce matin. Lorsqu’elle s’était détournée pour partir, elle avait entendu son prénom… Prononcer avec force, avec un quelque chose qu’elle ne connaissait pas. Personne ne la retenait, personne. On savait à quoi s’en tenir avec elle. Son jeu, ses règles. Elle choisissait un homme pour plusieurs critères, sa carrure et beauté naturelle, c’est tout. Ca s’arrêtait là. Et puis quand elle l’avait trouvé, elle lui tournait autour de manière très subtil. Un regard de défi qui en disait long, des gestes mesurés et calculés pour attirer l’attention. Elle laissait l’individu s’approcher suffisamment prêt pour le tenter un peu, juste un peu. Mais elle imposait ses règles. C’était elle qui menait la danse, c’était elle qui faisait, pensant que cela devait être ainsi, recherchant un plaisir difficilement trouvable.

Certains hommes ne s’étaient pas laissés démontés, et un peu plus gentleman avec elle, tentaient de prendre la main. Mais elle ne les laissait jamais très longtemps avoir le dessus. Car elle avait peur. Seul Jilian arrivait à se montrer plus entreprenant. Parfois… mais elle reprenait vite ses habitudes. Alors le plaisir… elle n’y avait jamais vraiment goûter. Pourtant, avoir déjà entendu des femmes parler d’un plaisir complètement divin aurait du l’intriguer. Mais elle ne savait pas comment s’y prendre. On ne lui avait appris que la violence, la tâche ingrate accomplie, les gestes mécaniques et habituels. Avec Tristan c’était différent. Il ne lui avait laissé rien faire, rien dire. Il l’avait en quelque sorte forcé à rester tranquille et elle ne savait même pas pourquoi elle se laissait faire autant. Il était comme les autres encore et même pire parce que lui jouait sur ses belles paroles et beaux gestes pour s’attirer les faveurs d’une dame. Elle avait été faible, bien faible.

Se rappelant de sa voix qui l’appelait, elle n’aurait su dire quel sentiment l’agitait. La colère de ne pas être restée ? La frustration de s’arrêter aussi vite ? Il devrait prendre ça comme un honneur, d’habitude elle n’avait pas autant de scrupule à coucher sur place sans penser aux conséquences. Mais avec lui il fallait que ce soit… différent et pas comme avec tous les autres. D’habitude elle ne se posait pas de questions. D’habitude elle faisait son affaire et repartait… D’habitude elle ne pensait pas à l’après… D’habitude… Mais pas avec lui. Et ca lui faisait horriblement peur. Peur d’être rejetée, peur de briser son cœur en mille morceaux. Ca faisait mal… son cœur lui faisait mal. Elle se sentait totalement différente, comme si il avait de l’influence sur elle. Il avait son attention, il avait ses regards… ses sourires aussi… aussi maigres soient-ils. Elle avait envisagé la possibilité de partir avec lui, de quitter Jilian. Mais ooooh petite fille attention ! Tu ne sais même pas à quoi t’attendre, tu ne connais pas sa vie. Qui ne te dis pas qu’il ira voir ailleurs une fois qu’il serait lassé ? Jilian au moins est obéissant. Il lui offrait beaucoup… et Tristan n’avait aucune promesse envers elle.

Cette voix… Elle devait prendre du recul, penser calmement à la situation. Mais elle était incapable de le blesser. Incapable de le repousser lourdement, de l’insulter, de lui sortir des choses qui lui feraient mal. Parce qu’elle était faible… très faible… Quand elle le voyait, ce n’était plus le Messire parfait en face d’elle, juste un homme, un Drakkari mais pas n’importe lequel. Car lui était spécial et elle ne savait pas pourquoi.

Il y avait cette autre chose qu’elle n’arrivait pas à faire, complimenter, remercier. Lui dire quand ça lui plaît. Elle ne l’avait jamais fait, du moins sauf dans le jeu. Elle n’avait jamais été sincère et maintenant que c’était le cas, les mots ne sortaient plus de sa bouche. Elle n’avait pas l’habitude, montrer ne serait-ce qu’une satisfaction, le déclarer ouvertement. Ca menait à trop de portes inconnues pour elle. Et la peur de l’inconnue elle l’avait. Tristan sortait de tous ses schémas type, de sa route habituelle toute tracée. Et surtout quand elle était gênée, elle prenait de la distance, du recul, pour mieux se recentrer.

Et puis elle repensa à ce regard. Brûlant qui se posait sur elle à chaque fois qu’il la regardait. Encore plus marqué ce soir. Dans le fond de ses yeux orangés, se lisait quelque chose de différent encore une fois. Rien de bestial, rien d’animal. Ca ressemblait un peu au regard de Jilian mais c’était autre chose. Non, Tristan la regardait comme si elle était la seule à mériter son attention. Et ce regard suffisait à accélérer les battements de son cœur alors qu’elle se grondait intérieurement d’être aussi sensible à cet homme. Elle avait voulu un peu le repousser, qu’il n’était pas obligé encore une fois. Mais il répliqua avec beaucoup de douceur et manqua de la faire rougir. Elle se sentait bien et… à sa place avec lui.

Parler de règles pour les autres mais il la traitait différemment. Cette pensée renforça l’égo de la petite demoiselle. Elle était très sensible à son avis et ce n’était que des petits mots, des gestes de douceur, qui petit à petit, lui donnait plus de confiance en lui et en elle.

Ils avaient dansé, ce n’était pas comme hier mais elle n’avait plus peur de se montrer avec lui, plus peur de le regarder droit dans les yeux et d’être à ses côtés. Plus gênée que ce soit lui, et pas un autre, qu’elle se donne en spectacle alors qu’on la savait en couple. Elle se fichait des quand dira-t-on. Les danses les avaient échauffé et son corps réclamait déjà les caresses, plus brûlantes les unes que les autres sur son corps. Il semblait avoir entendu l’appel, elle le calma d’un coup de coude. Puis entrant dans son jeu et se fit plus tentatrice, avant de se mettre un peu à l’écart quand on vint l’aborder.

Des filles l’avaient rejointes. La jalousie semblait extrême. C’est vrai quoi ! Elle est en couple et s’accapare le mec le plus charmant de tout le village ! C’était injuste ! Elle devait laisser la place aux célibataires. Tant de paroles dégueulasses pour les oreilles de Cassidy. Tristan n’était pas un jouet ni un morceau de viande ni quoi que ce soit de soumis ! Elles n’avaient pas le droit d’être comme ça… Bon bien sûr, elle ne savait pas que ça lui plaisait d’être à l’écoute de ces dames mais… elle voulait un homme qui ne se laissait pas marcher sur les pieds ! Lui faire comprendre qu’il pouvait choisir et pas répondre aux désirs de quelques connes capricieuses si il n’en avait pas envie.

On l’avait traité de démone, elle ne démentit absolument pas. Pour faire peur, pour paraître plus impressionnante. Où était la vérité dans tous ces jeux ? Tous ces mensonges ? Tristan été arrivé rapidement et tout le monde se calma. Elle n’était pas sûre qu’il l’avait entendu ou pas. Mais si on lui redisait en face devant lui, elle referait la même chose, quitte à se vanter d’être une de ces créatures maléfiques pour qu’on lui fiche la paix. Et pour Tristan… c’était à prendre ou à laisser. Elle l’avait cependant entraîné vers le lac. C’était un passage qu’elle redoutait. L’eau, elle détestait. Ca lui faisait peur et tant qu’elle pouvait, elle évitait de rester à côté.

Des couples les interpellèrent pour les complimenter sur leurs danses et leur entente. Cassidy se crispa un peu en tenant la main de Tristan. Ils étaient si… proches que ça ? Depuis quand ? Depuis combien de temps ? Trois jours seulement ? Et ils dansaient à la perfection et semblaient en harmonie pour les autres ? Pourquoi ? Elle n’avait rien fait non ? Pourquoi ils disaient ça ? Elle fit une grimace, ne sachant pas quoi répondre, même pas un merci. C’était si visible ? Elle ne voyait rien elle justement. Ou plutôt elle ne voulait pas le voir.

Pourtant, elle oublia très vite tout ça, commençant un petit jeu très excitant avec Tristan. Et c’était bien la première fois que ça lui plaisait. D’habitude elle ne tournait pas autour du pot si longtemps, elle n’avait pas ce besoin d’embrasser, de caresser, varier les mouvements, les approches. Avec lui, le jeu prenait une toute autre dimension. C’était excitant et plein de surprise. Pas que pour coucher avec lui mais c’est comme si elle le découvrait comme jamais en fait. Et le jeu ne faisait que commencer même si c’était plus qu’un jeu, comme un couple qui s’amusait, se cherchait. Elle appréciait tous les baisers, les tendres comme les plus fiévreux. Ses mains baladeuses qui passaient sur ses fesses, elle sur son torse. Il l’avait jeté doucement dans l’herbe pour fondre sur elle. La jeune femme s’était vengée l’instant d’après en courant loin pour se planquer dans un buisson et surgir quand il passait à côté, elle avait relevé sa chemise et déposait de très légers baiser sur son torse et ses abdos. C’était encore sage, aucun des deux ne touchait à une zone bien plus sensible même si quand il mordait une des oreilles de la demoiselle, cette dernière poussait un petit gémissement qu’elle n’arrivait pas à contrôler.

Oui ils devaient se séparer un instant, pour ne pas que le désir monte trop vite. Elle avait envie de lui… Elle avait envie de vivre une nuit inoubliable dans ses bras… Mais pas que… de la tendresse, son regard qui se posait sur elle, ce regard plein d’un désir nouveau qui n’était consacré qu’à elle. Elle voulait le voir… Elle voulait vivre le plus parfait et magique des moments, pour le graver dans sa mémoire à tout jamais.

Il s’était rapproché et l’avait soulevé contre un arbre, l’embrassant d’un baiser vertigineux. Elle griffait son dos, ébouriffait ses cheveux. A ce rythme là ils allaient être totalement débraillés et on allait encore le remarquer. Le jeune homme était parti et elle boudait qu’il soit allé aussi loin. Pensant le trouver près du lac, elle s’était approchée sans se méfier et était tombée sur les pimbêches de tout à l’heure. La jeune femme avait été rapidement mise hors d’état de nuire. Elle n’arrivait pas à utiliser son pouvoir ni sa barrière. Et son dernier secret ? Trop risqué, trop instable… Du moins dans ces conditions.

Elle pesta, cria, mais resta digne. A aucun moment elle ne faiblit, à aucun moment elle ne les implora de ne pas la jeter à l’eau, même si elle ne savait pas nager. Elle ne savait pas ce qu’elle allait faire pour s’en sortir. Tristan ne saurait pas, il arriverait trop tard. Et puis le plongeon, sa dernière pensée pour Tristan (curieux de sa part de penser à lui dans ce moment là…) et le noir…

D’un coup elle hoqueta et cracha de l’eau, reprenant ses esprits. C’était dégueulasse, c’était salé. Son nez lui faisait mal. Elle cracha plusieurs fois en se tournant sur le côté, aidée par quelqu’un. Son esprit carburait au ralenti. La voix de Tristan s’éleva, rassurante. Ah elle était déjà au ciel ? C’était rapide ! Mais ses sensations revinrent rapidement. Sa robe était lourde, l’eau s’était infiltré partout. Elle souffla doucement, cracha encore une nouvelle fois et cligna des yeux un instant avant de se tourner. Voyant une fille se pencher vers elle, un sentiment de meurtre envahi la demoiselle. Elle serra le poing. Tous devaient mourir, sans exception ! Elle allait se faire un plaisir d’arracher leur cœur encore brûlant de leur poitrine et le jeter à la flotte. Mais avant elle allait les détruire, les réduire en morceaux et… rien du tout en fait. Car Tristan était intervenu, il avait poussé la fille en arrière et prononça des mots qu’elle ne pensait pas entendre.

Clignant un instant des yeux, elle ne comprit pas et se mit à respirer doucement. Il venait de s’énerver ? Il venait de rompre ses règles, comme ça ? Pour elle ? Mais elle n’en valait pas la peine non ! Oh peut être qu’il aurait fait ça avec n’importe qui… C’est ce qu’elle tenta de se dire. Il n’avait aucune raison de lui accorder de la valeur, aucune. Personne ne l’avait fait, alors pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Elle se sentit coller contre son torse. Le jeune homme eut une drôle de réaction, il se mit à grogner, des grognements peu dignes d’un commandant Cheistam il est vrai. Elle ne l’avait jamais vu comme ça. C’était comme si il voulait la protéger, la défendre du reste du monde. Son attitude était protectrice, elle sentait l’espèce de tension dans ses bras alors qu’il la plaquait contre lui avec beaucoup de douceur.

Elle ne comprit pas… Elle ne méritait pas d’être sauvée… Plus maintenant… Et d’être aussi protégée. Il l’avait fait si spontanément, sans se poser de questions. Son attitude parlait pour lui. Il aurait pu en rester là mais il tenait à la prendre contre lui, à la rassurer, instinctivement. La tête de Cassidy lui faisait mal. Elle souffla un instant avant qu’il ne remette un peu son corset en place et la soulève du sol. C’était haut. Au début elle ne comprit pas et laissa ses bras dans le vide. Elle pouvait très bien marcher. Mais la demoiselle sentait que peu importe ce qu’elle pourrait dire, peu importe si elle se débattait, il ne la lâcherait pas. Il marchait en la portant dans la forêt, loin du monde, loin de tout. Cassidy ferma les yeux un instant pour remettre de l’ordre dans ses pensées et puis il s’arrêta et tomba en avant.

Pendant un instant, la jeune femme eut peur qu’il se soit fait mal, que la nage l’avait épuisé mais sa réaction la chamboula un peu. Il avait eu peur… pour elle. Ce n’était pas que de la colère mais vraiment de la peur, de la tristesse. Elle ne savait pas que penser, quoi lui dire. Ouvrant légèrement la bouche, cherchant des mots, elle n’en revenait pas. Quoi lui dire au final ? Qu’il n’avait pas à s’inquiéter pour elle ? Que de toute manière d’ici quelques jours il ne serait plus là pour la sauver ? Finalement, elle pensa que lui aussi devait un peu trop s’attacher à elle, en si peu de temps. C’était troublant et effrayant. Elle mettait tellement de temps à se confier à quelqu’un, tellement de temps pour se rapprocher d’une personne mais lui… lui… Les mots ne franchirent pas le barrage de sa bouche, elle posa doucement une main sur sa tête pour lui caresser ses cheveux rouges, doucement, gentiment, comme pour le rassurer à défaut de parler.

Il parlait alors de la ramener à la maison. Elle fut catégorique et très réactive tout en prononçant un seul mot, où se mélangeait le trouble et la confusion.

« Non ! »

Elle détourna la tête, ne voulant pas croiser son regard. Parce que tout ce qu’il verrait c’est une petite demoiselle vraiment chamboulée par les mots qu’elle était en train de prononcer. Elle tenta de rester calme et parler d’un ton dégagé mais c’était dur, très dur.

« Je veux dire… j’ai pas envie qu’elles voient que je suis rentrée… que je me suis fais humiliée… Ca serait leur donner trop de plaisir »

Détourné la conversation en parlant des filles. Il enchaîna en argumentant sur le fait qu’elle ne pouvait pas rester comme ça. Le cerveau de Cassidy fonctionna à toute vitesse.

« Je connais un coin où on sera tranquille. Il ne fait pas froid. Les vêtements sècheront. »

La jeune femme avait l’intention de l’amener dans un de ses petits coins secrets que personne ne connaissait. Un partage ? Oui mais un égoïsme certain… Elle ne voulait pas se séparer de lui… pas tout de suite… oh leur jeu était tombé à l’eau, ils étaient bien plus sérieux maintenant… mais tant pis. Elle ne voulait pas l’emmener dans ce coin pour coucher avec lui spécialement mais juste… profiter de la soirée. Il l’apaisait au final, elle se sentait bien avec lui, même si elle ne saurait expliquer pourquoi. Profiter jusqu’au dernier moment… jusqu’à la dernière miette. Il comptait pour elle… un peu. Il pouvait tout aussi bien refuser mais elle en serait extrêmement blessée. Heureusement il obtempéra sans se poser de questions supplémentaires ni répliqua. Il marchait dans la nuit sombre, les bruits des animaux résonnaient autour d’eux… Lorsque la jeune femme avait repris suffisamment de forces, elle lui demanda pour marcher. Mais il refusa. Elle insista. Il refusa une nouvelle fois. Soupirant doucement, elle finit par passer les bras autour de son cou, avoir les mains dans le vide était loin d’être confortable. Comme ça elle était collée tout contre lui. Il sentait bon… pour un peu elle se serait endormie.

Mais le bruit de la cascade la réveilla et elle lui indiqua un monticule de pierres. Il la déposa alors, tout en restant derrière elle pour éviter qu’elle ne chute à cause de l’eau glissante, provoquée par les éclaboussures de la cascade. La jeune femme se rendit compte qu’elle ne l’avait pas repoussé une seule fois. Elle aurait très bien pu lui dire qu’elle n’avait pas besoin d’aide mais… elle ne voulait pas. S’engouffrant à l’intérieur, elle prit ensuite la main de Tristan, comme pour l’inviter dans son « monde ». Puis elle le relâcha en avançant dans la caverne. En temps normal elle apportait un petit cristal Lumis pour éclairer les lieux mais là elle n’avait rien sur elle. Sentant le poids de sa robe mouillé, elle fit quelques pas. C’était une bonne chose que Tristan ait eu le réflexe de récupérer une lanterne. La lumière dorée se reflétait sur les murs et l’eau d’un bleu turquoise et légèrement brun, montrant un magnifique spectacle. Elle ne le regardait pas tout en croisant les mains dans son dos, l’air pensif.

« J’aime bien venir ici… C’est un coin tranquille. Personne ne connaît à part moi »

Ce coin elle le connaissait depuis longtemps. L’adolescence. Elle s’ennuyait tellement au village qu’elle éprouvait le besoin de sortir. Il lui manquait quelque chose. Ne pouvant pas faire de la magie elle s’était rabattue sur n’importe quoi qui pouvait un peu égayer sa vie. Alors qu’elle était assise près d’une cascade aux alentours du lac, réfléchissant à sa vie, son regard avait été attiré par un buisson qui cachait un creux. Elle s’était finalement approchée pour sentir un souffle d’air chaud. Le lendemain elle était revenue avec un cristal Lumis au cas où. Et c’est comme ça qu’elle avait découvert cet endroit. Personne ne pouvait la trouver ici. Et même si elle n’aimait pas l’eau, le bruit que faisait la cascade était apaisant et la chaleur réconfortante. Surtout en hiver elle passait, quand le temps était plus frais.

Elle fit quelques pas encore et il lui posa quelques questions. Oui elle venait de temps en temps. Il ne répondait pas. Cassidy se sentit obligée de répliquer qu’elle mettait juste ses jambes, parce que la chaleur était agréable et puis la question piège. Elle se crispa et se détourna si brusquement de lui pour ne pas qu’il voit quoi que ce soit sur son visage. L’eau lui faisait peur. Elle ne savait pas nager, elle avait peur de cette surface et elle avait eu un sacré traumatisme là-dessus étant adolescente. Plus jamais… Elle était perdue dans ses songes quand un grand plouf la sortit de ses rêveries. Relevant la tête, elle le chercha du regard. Il avait sauté dans l’eau.

Fronçant les sourcils, elle le regardait nager alors qu’il semblait réfléchir. Puis il ouvrit la bouche pour parler de la profondeur et elle écarquilla les yeux. Il évaluait la profondeur pour elle. Son air sérieux ne laissait pas la moindre trace de moquerie ou de pitié. Elle s’était approchée de regard, le dévisageant avec surprise. Il lui tendit la main et sa phrase était lourde de sens, même si il le disait de manière naturelle. « Je ne te lâcherais pas », ça sonnait comme une promesse, comme si il essayait de lui faire comprendre qu’il ne l’abandonnerait pas et pas que dans cette caverne. Comme si il y avait autre chose derrière. Il lui demandait de lui faire confiance.

Elle se mit à réfléchir même pas une minute avant d’avancer par petits pas et de prendre sa main tendue, malgré sa crispation. La jeune femme était un peu angoissée mais il la prit doucement par la taille pour la guider dans l’eau. Petit pas par petit pas, il reculait et elle avançait. Elle se retrouva dans l’eau, sa robe légèrement gonflée. L’eau lui montait jusqu’à la poitrine. Mais il ne s’écartait pas, au contraire, il l’invita à se rapprocher de lui. Cassidy déglutit un instant. Non pas qu’elle n’aimait pas cette proximité mais… elle sentait que tant qu’il était là, elle n’aurait pas peur de l’eau.

Puis il passa doucement ses mains dans ses cheveux, pour les rendre moins emmêlés, ses doigts attrapant des mèches pour qu’ils soient plus corrects. Tristan lui demanda alors de se tourner. Elle le regarda avec surprise avant d’obéir, se tenant fermement à la pierre. Les mains du jeune homme se posèrent dans son dos. Elle se crispa encore plus, pas encore habituée à ce genre de… contact, puis le laissa faire. Petit à petit, elle se détendait. Ne disant pas un mot, ne parlant pas, car après tout Cassidy ne savait pas quoi raconter, elle écoutait le bruit de la cascade. Puis Tristan se mit à parler. Il s’excusait d’avoir crié. Sur qui ? Les femmes ? Il insistait sur le fait qu’il avait eu peur. La demoiselle baissa lentement la tête, ce n’était pas la première fois qu’elle frôlait la mort. Ses yeux se posèrent sur ses poignets de force, un étrange regard sur le visage. Pourquoi…

Puis sans un mot, elle sentit des baisers humides dans sa nuque alors que ses doigts s’occupaient de délacer les cordelettes de son corset. Lentement, tout en continuant de l’embrasser, il fit glisser sa robe. Elle ne broncha pas. Après tout il l’avait vu nue plus d’une fois et elle avait… confiance. C’était drôle quand même. Etre nue pour coucher c’était normal, tout à fait normal. Mais pour autre chose… pour un bain ou quoi que ce soit, avec un autre homme, bah c’était pas la même histoire. Elle se sentit allégée d’un poids. Alors qu’il sortait du bassin, la demoiselle le dévisageait, le regard perdu dans le vide, traçant avec le bout de son doigt des dessins imaginaires sur la pierre marbré. Il revint rapidement, elle n’était pas à l’aise seule dans l’eau et sans lui. C’était comme si la profondeur pouvait encore descendre sans même qu’elle ne bouge. Il revint faire son massage. Elle se retourna alors vers lui, reprenant un air de défi dans l’éclat de ses yeux noisette. Et puis il la retourna contre lui, et sans crier gare, posa ses lèvres sur les siennes.

Surprise par son comportement oui. Ils ne jouaient pas là. Ils ne se chauffaient pas. Ce baiser avait une saveur différente. Peut être de la détresse, peut être un moyen de se rassurer, elle le sentit. C’était agréable, il embrassait toujours bien. Et puis il s’arrêta, la regardant, comme si il n’osait pas faire quelque chose. Et puis, il lui demanda pour l’embrasser. La demoiselle pencha doucement la tête sur le côté puis d’un geste, s’agrippa à son cou pour le forcer à descendre un peu et l’embrasser avec douceur. Ils en avaient besoin, de se consoler, de se rassurer. Il avait eu peur, elle avait encore du mal à comprendre ce sentiment. Avoir peur pour quelqu’un. Jilian aussi avait peur pour elle parfois, mais il ne le montrait pas. Tristan lui, était vraiment sincère, elle le voyait et avait l’impression d’entrer dans ses faiblesses. Pour une raison qu’elle ignorait, il voulait la protéger, la défendre. Même si ce n’était que pour quelques jours.

Le jeune homme approfondit le baiser, elle ne broncha pas, ne se déroba pas et fermer les yeux pour savourer l’instant. L’eau était chaude, elle se sentait divinement bien. Faisant glisser les mains dans son dos, elle le caressait doucement. Leurs langues se rencontrèrent un instant, mais il n’y avait aucune tentation, juste s’apaiser, l’un et l’autre. Ils restèrent longtemps avant de décoller leurs lèvres. Le jeune homme s’était mis sur les genoux pour être à sa hauteur. Elle avait doucement posé sa main sur son menton et avait rapproché son visage du sien, les yeux dans les yeux, comme si elle cherchait à le comprendre. Un air de défi réapparut dans ses yeux noisette.

« T’es vraiment… spécial toi… »

Elle n’était pas provocante, sa voix était plus douce, elle le faisait remarquer c’est tout. Cependant cette remarque il avait du l’entendre des milliers de fois. Elle devait sûrement faire clicher.

La jeune femme eut alors une idée. Il devait la comprendre, un peu. Elle avait besoin de parler… Sans savoir si c’était les vapeurs d’eau qui lui tournait la tête ou autre chose, elle avait décidé d’ouvrir un peu plus la porte de ses souvenirs. Se mettant dos à lui, Tristan l’empoigna par le bras comme pour l’arrêter, se demandant si elle était sûre de ce qu’elle était en train de faire et qu’elle ne se forçait pas. Elle hocha doucement la tête, son choix était fait. Elle lui montra alors son dos, crispée, le cœur battant à cent à l’heure. Ses gestes étaient lents, mesurés. Elle posa les mains dans ses cheveux et les ramena en avant pour que l’on voit mieux son dos. Puis elle prit doucement sa main et la posa dans le bas de son dos, l’invitant à regarder, à observer. Non, jamais elle n’avait montré ça. C’était une faiblesse, une grosse faiblesse.

Elle sentit sa main hésitante puis il la remonta doucement, constatant l’ampleur des dégâts. Elle frémit un peu, se retenant à la pierre, mais à aucun moment elle ne se déroba. Les marques étaient profondes, incrustées dans sa chair. Elles couvraient tout son dos comme si quelqu’un s’était acharné dessus. Certaines semblaient plus anciennes que d’autres, ça n’avait pas été fait qu’une fois. Il y avait eu plusieurs moments. La profondeur des marques indiquait qu’il y avait sûrement deux personnes. Deux styles de coups. Mais le plus choquant c’était ce symbole entre ses omoplates. On l’avait carrément marqué au fer rouge, une marque distincte qui rendait sa peau si rouge à cet endroit là. Un symbole, celui des prostituées, celui des femmes qui couchaient pour satisfaire une clientèle. Elle était une prostituée alors ? Les marques étaient sauvages, pas étonnant qu’elle cherche à les cacher ! Et puis, elle se mit à parler, d’une voix un peu hésitante au début mais qui devenait de plus en plus haineuse et assurée sur la fin.

« Des coups… encore des coups… J’ai senti chaque marque comme si c’était la première. Mon dos me brûlait. Je n'étais pas sage selon eux. Parce qu’au début je refusais… Je refusais de faire ce qu’ils me demandaient. Je ne voulais pas coucher… J’étais libre. Ils m’ont détruite… J’ai essayé de m’enfuir une fois. La punition fut terrible. Ils me marquèrent comme si j’étais du bétail. C’était une maison close. Helehëne… Je n’étais pas la seule mais j’étais peut être la seule qui me rebellait. Ils m’ont détruit à petit feu… m’enlevant mes espoirs, mes rêves… Je n’aurais jamais du tourner le dos… Je les hais… Mais ils m’ont appris une chose. Dans ce monde il n’y a pas de place pour les rêves. Dans ce monde il y a des gens qui profitent de toi et tes faiblesses. J’ai réussi finalement à m’enfuir. Mais la Cassidy si aimable et bienveillante est morte dans cet endroit… »

Elle fit le silence, le laissant réagir, inspecter. Elle sentait sa main qui tremblait dans son dos, elle le sentait perturber. Seulement, Cassidy ne voulait pas non plus qu’on s’apitoie sur son sort. Elle avait dit ce qu’elle avait à dire, ça faisait du bien d’en parler dans un sens. Ca la libérait d’un poids. Et même si elle n’avait pas eu de vengeance, son esprit n’en avait que faire puisqu’elle avait quitté ce sale endroit. Jilian n’avait jamais eu droit à la vérité. Tristan oui. Elle ne savait pas pourquoi elle lui disait, un instinct, l’envie de se confier peut être. Elle se retourna alors, faisant face à lui. Son visage semblait perdu.

Puis, sans lui laisser le temps de réagir, elle déboutonna sa chemise et lui enleva, faisant parcourir ses mains sur son corps dans de fines caresses. L’ayant débarrassé de sa chemise, elle caressa son corps avec douceur. Ses mains se portaient sur ses marques dorées. Avec les reflets de la lucarne, elles étaient encore plus marquées. Cela semblait l’intriguer au plus haut point. Malheureusement elle et la magie, ce n’était pas ça. Bien sûr elle avait lu des choses similaires dans les livres mais ça concernait surtout les humains, pas les Drakkaris. Elle cherchait à le détourner de son histoire. C’était choquant certes, mais qu’est ce qu’un chevalier Cheistam à qui tout réussi peut comprendre ? Elle ne savait pas, peut être qu’au fond d’elle derrière cette image de perfection il avait fait des sacrifices, des lourds sacrifices. Peut être qu’il la comprenait finalement. Mais pour le moment elle le détournait.

« Enlève ton pantalon aussi, ça me dérange pas »

Il s’exécuta mais garda son boxer, comme elle sa culotte. Ils se retrouvèrent l’un en face de l’autre. Lui tout gêné parce qu’il ne savait pas où se mettre et surtout, refusait de l’approcher pour le contact entre leurs deux corps. Elle le regarda attentivement dans le silence.

*Tris’, je dois te dire quelque chose. Je t’apprécie beaucoup… Je n’aurais pas imaginé t’apprécier autant… T’as un petit quelque chose qui te rend unique à mes yeux. Je me sens bien avec toi… et j’ai envie de plus… pas que de coucher avec toi mais… aller plus loin… vivre avec toi peut être… Il y a Jilian je sais mais… si ça en vaut la peine alors je suis prête à prendre ce risque.. Je ne sais pas ce que c’est qu’aimer mais je ressens quelque chose de bien plus fort pour toi que pour Jilian. C’est drôle hein… on s’est bien rapprochés en trois jours à peine. Mais je ne sais pas… Je ne sais pas comment te le dire… C’est peut être stupide de ma part… T’es libre après tout, t’as pas besoin d’une emmerdeuse à tes côtés… Je sais pas comment t’expliquer ce que je ressens… je sais pas…*

Elle secoua lentement la tête. Non c’était idiot, jamais elle ne lui dirait ça… Jamais… elle avait trop peur de sa réaction, trop peur d’un refus, trop peur de paraître faible devant lui. Alors pour cacher son trouble, elle le prit dans ses bras et l’attira contre lui. Le contact de leurs deux corps avait quelque chose de bizarre, d’électrique et magique. Elle sentit une douce chaleur l’envahir, c’était agréable. Et puis elle prononça une phrase. Ouvrant doucement la bouche, elle hésita puis se fit plus assurer et cria presque cette phrase.

« Tu n’es pas rien pour moi ! »

Juste ça, juste qu’il s’en rende compte, sans aller dans les détails. Et puis, la caverne s’illumina comme si la lucarne avait intensifié sa lumière. Tout était visible et ça donnait un effet des plus… romantiques. Cassidy cligna des yeux. Lumière ? Elle regarda sa main et sursauta avant de grommeler.

« Non mais c’est pas possible ! J’ai fais quoi encore ?! C’est quoi cette magie qui vient se coller sur moi ? Sérieusement ? Une luciole ? Pffffff ! »

Elle croisa les bras et détourna la tête comme si elle boudait même si ça sonnait très faux. C’était sa manière à elle pour ne pas paniquer, l’autodérision et râler.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 26 Fév - 11:06

Elle semblait aller bien, calmée… Elle était si calme pour quelqu’un qui avait bien failli se noyer… qui s’était noyée en fait… J’avais un peu du mal à comprendre. Je me doutais bien qu’elle en avait vu des belles. Son attitude boudeuse, morne, distante habituelle témoignait assez bien d’un parcours qui ne devait pas être tranquille et que ses parents semblaient bien loin de soupçonner. Après tout, elle n’avait pas l’air plus catastrophée que ça quand les petits cons l’avaient agressée. En fait pas catastrophée du tout, elle faisait dignement face comme si elle s’en fichait. Ca déjà c’était un mauvais point. Elle s’était battue. Elle était provocante aussi, très provocante. On ne l’est pas impunément, ça avait déjà dû lui valoir des retours violents ou alors elle le faisait parce qu’elle avait eu des retours violents, je ne sais pas. Et puis maintenant… Elle s’était quand même noyée et à part le fait qu’elle ne voulait pas rentrer chez elle pour donner raison aux pimbêches que j’avais insultées, à part son corps trempé qui témoignait de cette épreuve, elle n’avait pas l’air plus que ça ennuyée.
Et il y avait ses cicatrices aussi. Même si je les avais peu touchées au final, j’en avais éprouvé la gravité du bout des doigts. Quoi qu’il lui soit arrivé, sa vie avait été très loin de ce qu’imaginait ses parents… Etait-ce pour cela qu’elle était aussi morne et froide ? Aussi cassante et agressive ?

Nous étions seuls dans cet étrange endroit que je n’avais jamais remarqué. De l’extérieur c’était difficile à trouver, pourtant l’intérieur était vaste… Il faisait chaud, nos vêtements allaient vite sécher. Elle évitait de me regarder néanmoins. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’elle n’avait jamais amené personne ici. Peut-être parce qu’elle avait peur que je n’aime pas. Elle s’était tellement crispée quand elle m’avait parlé de cet endroit alors que je voulais la ramener chez elle. C’était étrange. Comme si je pouvais refuser mais que mon refus causerait d’irrémédiables dommages. Je n’allais pas refuser. Même si je m’inquiétais pour son bien-être elle était bien assez grande pour savoir si cet endroit était un bon refuge et puis même sans cela, elle me permettait de rester un peu plus avec elle, ce qui n’était pas de refus pour mes pauvres reins échauffés. La porter contre moi avait le drôle effet d’être à la fois très chevaleresque puisque je me sentais monstrueusement fier de la porter ainsi, et… très excitant, vraiment. Surtout qu’elle avait fini par mieux se caler contre moi, mettant ses bras autour de mon cou, sa tête contre mon épaule et que son souffle chaud glissait sur ma gorge en me chatouillant…

Elle ne voulait pas me regarder. Ca se voyait…
Je cherchais ce que j’avais fait de mal mais à part crier sur les filles, ce qui avait probablement brisé mon image de petit chevalier parfait, il n’y avait rien de particulier… Et puis pour l’image ce n’était pas si grave. Il y aurait des conséquences oui mais à ce moment-là, je n’y pensais pas vraiment.
Elle ne me répondit pas pour la nage, mais je m’en doutais déjà… Après tout, même si sa robe était très gênante elle n’aurait pas dû couler comme elle l’avait fait. Galérer à nager oui, boire la tasse oui, se noyer… non. J’étais assez surpris. Pour moi c’était quelque chose de si naturel que je peinais à concevoir qu’on soit mal à l’aise dans l’eau. Pour ma défense je n’ai que peu de mérite, instinctivement mon corps connait des mouvements de base pour absolument tout: nager est naturel, courir est naturel, marcher, grimper, sauter. J’ai tout appris tellement vite que ma mère en a toujours été formidablement surprise et s’en est un peu ventée auprès des autres mamans quand j’étais petit. Mais c’est grâce à mes gênes de dragon… C’est ainsi, mes instincts sont puissants, j’apprends vite… Devenir un excellent nageur ne m’avait que peu posé problème finalement. Et de même, je n’avais aucune peur irrationnelle. Certains sont terrorisés par les araignées, les serpents, le vide, sans qu’on sache pourquoi. Pour moi ce n’était pas le cas, ce n’était juste pas possible. Ca m’avait joué de sacrés tours par contre… La peur était un sentiment rare que j’éprouvais peur. Pourtant sa morsure m’avait transpercé… pour elle.

Elle n’avait pas répondu mais je m’en doutais déjà. Alors j’avais sauté à l’eau pour tester la profondeur et lui montrer qu’elle n’avait rien à craindre. C’était peut-être idiot mais ça me paraissait mieux que de dire quelque chose. Qu’est ce que j’aurais pu dire de toute manière ? Que ce n’était pas grave ? Ca l’était et elle le savait très bien, ça avait dû la gêner plus d’une fois. Qu’elle pouvait apprendre ? Si c’était si facile elle l’aurait déjà fait. Que plein de gens ne savaient pas nager ? Quel intérêt de la comparer aux autres alors qu’on parlait juste d’elle ? Que ça ne me gênait pas ? C’était vrai mais un discours vide et inutile. Qu’elle savait faire bien d’autres choses ? Ca aussi elle le savait.  Je ne voulais pas qu’elle pense que j’avais pitié d’elle. Ce n’était pas le cas. C’était dommage pour elle, l’eau a des vertus merveilleuses et pouvoir méditer dedans est particulièrement bénéfique. Mais elle savait faire d’autres choses oui. De toute manière je n’avais pas à la juger, d’aucune manière que ce soit.

Elle me regardait avec surprise, encore plus quand je lui avais tendu la main en prononçant quelques mots qui se voulaient gentils. Elle accepta de me rejoindre. L’eau était vraiment chaude, c’était revigorant. Et en même temps ça ne pouvait que nous détendre. Apparemment mon corps n’était pas de cet avis… Je l’avais prise contre moi, un peu, et c’est vrai que le contact de son corps avait une influence certaine et immédiate sur le mien. Bon je me contrôlais un peu quand même mais…  c’était assez étrange tout de même. J’essayais juste d’être… gentil je crois, de l’aider à se détendre un peu après ce moment et puis j’avais commencé à embrasser sa nuque. Ce n’est pas ma faute tout de même si elle me donne autant envie de l’embrasser ! Je n’y peux rien moi !!!
Enfin bien sûr que j’y peux quelque chose, du moins en temps normal. Et puis je ne me jetais pas sur elle comme un sauvage. Je la caressais gentiment, doucement, je m’étais occupé de ses cheveux. Enfin… j’essayais d’être, je crois, celui dont elle avait « besoin » à ce moment-là, si tant est qu’elle ait besoin de quoi ou qui que ce soit.

Je lui avais enlevée sa robe puis je l’avais rejointe en lui souriant, simplement.
Mais elle semblait ailleurs, perdue dans ses pensées.
Et puis on s’était embrassé. Enfin j’avais commencé. Mais elle m’avait aussitôt suivi. Ma phrase stupide. Je ne sais pas pourquoi je lui demandais. Je l’embrassais souvent ces derniers jours, sans vraiment lui demander son autorisation et elle faisait de même avec une surprenante vivacité. On se tentait régulièrement. Pourtant là, je lui avais demandé son autorisation. Peut-être… Enfin c’est stupide mais j’avais l’impression que certaines choses l’effrayaient. Qu’elle le cachait très bien évidemment mais qu’il y avait des craintes dans son coeur. Déjà elle n’avait pas l’air très à l’aise dans l’eau… Alors lui donner le contrôle sur quelque chose me semblait important. Un contrôle sur ça, c’était déjà bien non ? Elle m’avait embrassé pour me répondre. Son baiser avait un goût différent. Ses lèvres étaient toujours délicieuses mais il avait une intensité autre. Il y avait de la reconnaissance. De la douceur. J’eus l’impression aussi qu’elle cherchait à me rassurer. Sur ma demande ou sur son accident ? Je ne sais pas. J’avais des tiraillements dans le cou à cause de notre différence de taille, je me doutais que c’était aussi son cas donc je m’étais baissé un peu, agenouillé, c’était nettement plus facile ainsi… Enfin un genou contre le sol de pierre l’autre relevé sinon ça aurait été moi le plus petit de nous deux. J’avais envie de plus, ce baiser m’échauffait le sens alors que je savais qu’il n’avait qu’un but d’apaisement, mais je restais sage. Elle était comme un petit animal à apprivoiser. Derrière ses grandes façades provocatrices elle me donnait de plus en plus l’impression d’une femme trop malmenée par les hommes et qui n’avait jamais goûté réellement à la sincère douceur et tendresse… Mais comment lui en vouloir alors que moi-même je les découvrais ? Si ce n’était pas quelque chose qui m’avait manqué jusqu’alors, c’était euphorisant de se savoir capable de ceci, de gestes involontaires totalement dirigés vers l’autre. Qui n’étaient pas sexuels, même si mon esprit ne tournait presque qu’autour de ça… mais je crois que mon esprit avait autant envie d’elle que mon corps.. Enfin presque autant. C’est tellement étrange. La douceur de sa peau…

Elle avait dit une étrange phrase qui m’avait fait pencher la tête. Je ne comprenais pas vraiment. Spécial ? C’était bien ou non ? Je ne savais pas. Je ne comprenais pas tous les mots non plus. Même si j’arrive assez bien à le cacher les dragons sont assez terre-à-terre je crois, de longues observations des humanoïdes nous aident, le fait d’avoir été élevé par une humaine m’aide énormément, mais parfois je ne comprends pas tous les mots, les métaphores m’échappent. Leurs jeux de langage n’ont parfois… pas de sens.
Je crois que spécial est utilisé dans cette langue pour dire que quelque chose sort de l’ordinaire, en bien. Je crois aussi que ça veut dire que ça sort de l’ordinaire mais en mal. Pourquoi utilisent-ils un seul et même mot pour de telles oppositions. Parfois j’oublie que c’est aussi ma langue… Je pense que c’est parce qu’elle a cessé de l’être réellement, pour toute mon âme, il y a longtemps. Que c’est parce que je la parle par nécessité, non par envie, même si je la manie très bien…

Et puis elle se retourna. Je fronçai les sourcils, l’arrêtait aussitôt. Je ne sais pas pourquoi, je me doutais que c’était par rapport à son dos et je ne voulais l’obliger à rien. Mais elle semblait sûre d’elle. Elle avait tout le temps l’air de tellement se maitriser en même temps, c’était assez extraordinaire et intimidant d’ailleurs même si une fois de plus rien ne transparaissait jamais de ce type de ressenti sur mon visage. Mais peu de choses réelles y transparaissait de toute manière.

Elle faisait chaque mouvement avec un tel contrôle. Elle ne me laissa pas vraiment le loisir de refuser. Je sentais pourtant que cet instant était différent… Bêtement, je crus qu’elle allait m’attirer contre elle, qu’elle avait envie de plus, tout comme moi. Certes la tension sexuelle entre nous était d’une intensité déboussolante, vibrante, mais je pensais être le seul à réellement la ressentir. Apparemment j’étais le seul à la ressentir car elle ne se retournais pas pour des caresses mais me dévoilais réellement son dos. Enfin il était étrange de voir comment à la fois je me doutais qu’elle voulait me parler d’elle et comme mon corps croyait à… autre chose. Fichue dichotomie !

Elle dégagea son dos de ses longs cheveux dorés que l’eau fonçait légèrement. Mes yeux voyaient bien, les éclats de la lanterne aidaient également et me permirent de constater l’ampleur des dégâts de visu… Ce n’était rien comparé à l’ajout de l’exploration tactile de ses marques. J’avais déjà seulement légèrement effleurer ces cicatrices, je pus à présent en mesurer les dégâts réels. 
C’était de la barbarie. Rien de moins. Sous mes doigts des flashs naquirent dans mon esprit. Oh je savais bien qu’il ne s’agissait pas de ce qu’elle avait vécu, mes sens de dragon ont ce petit avantage de me permettent de mettre des images sur des objets, des sensations et j’en passe. Ma connaissance du corps humain, de la force humaine et j’en passe pouvait mesurer… Etrange de voir comme je galérais tant à comprendre les sentiments des humains, leur manière de fonctionner, leur manière de parler et comme les chiffres et mesures se bousculaient dans mon esprit avec une insultante facilité pour faire naitre des images et d’autres sensations.
Celles-ci c’était un fouet, long, fin, une lanière de cuir si tanée qu’elle entrainait une profonde mais fine déchirure, mordant la peau comme un couteau mordrait du beurre. Là, c’était plus une ceinture, coups plus larges, moins profonds, mais la boucle de la ceinture avait entaillé fortement la peau et blessé les os. Là les brûlures d’une tige chauffée au feu, très coupante, pour couper la peau, blesser mais cautériser en même temps, blessure barbare qui avait l’avantage de ne pas nécessiter de soin. Les coups de fouet couvraient tout son dos, en particulier le bas de celui-ci, sur lequel on s’était acharné, réellement, plus sensible, plus douloureux… Les coups de fouet n’avaient pas tous le même angle ni la même profondeur. Il y avait probablement un gaucher et un droitier. Le droitier avait plus de force… le gaucher plus d’endurance. Je savais qu’elle avait ces coups ailleurs aussi, j’en avais senti les fines zébrures sur ses cuisses, ses fesses, ses bras. Moins profondes, elles ne se voyaient presque plus. Mais son dos lui portaient des vestiges trop profonds… qui ne pouvaient pas disparaitre. Ce n’était qu’à but de faire mal. Ce n’était que de la cruauté. Ceux qui avaient fait ça…. voulaient la faire souffrir. Mon esprit calculait. Mon coeur cognait fort dans ma poitrine, j’avais l’impression d’étouffer, j’avais du mal à respirer profondément. Dans ma tête il y avait des images alors que sous mes yeux il y avait son corps. Il y avait des rires cruels, le claquement du fouet, des cris de femme, l’odeur de la chair brûlée… Mes yeux me brûlaient comme lorsque je reste trop longtemps sur mes rapports, la tête penchée près d’une bougie… Et puis il y avait cette marque. Je ne l’avais qu’à peine effleurée la dernière fois, l’évitant tant son contact avait crispée Cassidy. J’avais à présent tout loisir de l’observer. La profondeur, les boursoufflures de la peau, la marque si nette ne laissaient aucun doute, je connaissais ce type de blessure. Elle avait été marquée, pas au fer rouge non, au fer chauffé à blanc sans doute. Je connaissais ce dessin grossier, on nous l’avait appris dans mon école, c’était celui des prostituées. Pas une seconde je ne me mis à penser qu’elle en était une. C’était impossible venant d’elle c’est tout… Ou alors c’était impossible pour moi.
Je passais doucement deux doigts sur la marque, elle était profonde, vraiment profonde, ancrée dans sa chair, dans son corps, dans son coeur, dans sa fierté, dans sa mémoire. Je ne comprenais pas pourquoi… Mes mains tremblaient sans que je n’en ai le moindre contrôle. Pourquoi ? Je n’arrivais pas à hurler, ni dans ma tête, ni réellement. Les mots étaient calmes et lents, d’une lenteur due à l’incompréhension et l’hébétude. Pourquoi ?

Et puis lentement des mots étaient sortis de sa bouche. Ils se voulaient probablement détachés, dits comme de simples mots, dits comme un simple souvenir mais ils étaient empreints d’émotions et de réponses pour moi, peut-être plus que les phrases qu’elle faisait. Il y avait le détachement… puis la haine. Mais si peu par rapport à ce qui m’envahit en comprenant enfin…
Pour une raison ou une autre, elle s’était retrouvée entre les mains de brutes qui l’avaient amenée ou du moins séquestrée à Helehëne. Je connaissais cet endroit. Les Cheistams n’étaient pas bienvenus du tout. Drogues, prostitutions, esclavages, tous les vices de notre monde étaient concentrés à leur point ultime dans cet endroit. On l’avait séquestrée là bas. J’avais envie que ce ne soit que pour la drogue. Ou l’esclavage même si je savais que les femmes là bas vivaient pire, tellement pire que les hommes. Je n’avais pas envie d’entendre « maison close ». Pas parce que l’image que je me faisais d’elle allait changer. Même si je pense que c’est ce qu’elle, elle croyait. Je n’avais pas envie parce que je savais que c’était ce qu’il y avait de pire, de plus ignoble pour toute femme. Les hommes qui passaient là étaient les pires ordures de notre planète… Elle prononça les mots que je ne voulais pas entendre. Elle parla des coups et de la douleur. On l’avait forcée… Je sais que là bas, quelques femmes, très rares, nymphomanes, prennent plaisir à se faire passer dessus par quinze, vingts brutes dans la journée, sans la moindre difficulté. Je savais aussi qu’elle n’était absolument pas comme ça…
Elle avait refuser de coucher… Je comprenais. Je savais ce qu’elle voulait dire. Mon esprit comblait les vides, les blancs. J’aurais tant voulu qu’il ne le fasse pas. On l’avait forcée… battue pour ne pas obéir, battue pour la forcer à obéir et plus que probablement, c’était même une certitude, violée à de nombreuses reprises pour la dresser, pour faire comprendre à son corps qu’il n’était qu’un objet… J’avais envie de hurler mais aucun son ne sortait de ma bouche, à peine assez d’air y circulait pour me permettre de respirer. Ma tête tournait. Ce n’était pas à cause de la température, j’avais été entrainé à tenir des heures dans des fournaises. Ce n’était pas l’épuisement parce que la nuit dernière j’avais mieux dormi que toute la semaine passée. C’était l’incompréhension et la rage qui réveillait chaque cellule de mon corps, ne la tournant que vers la violence, la vengeance. Dieux que j’étais en colère… La preuve ? Je ne disais rien, je ne hurlais pas… Mes pires colères étaient dans le silence, là… à ces moments là, je devenais juste le tueur aveugle que mes supérieurs affectionnent tant. J’avais presque peur de lui faire mal sans le vouloir, tellement je me sentais devenir abruti et aveugle. Mais le contact de sa peau me maintenait conscient. Curieux… Mais apaisant.
Elle parla de sa marque aussi… Parce qu’elle avait essayé de s’enfuir. J’avais raison. On la séquestrait. Marquée comme du bétail. C’était tout à fait ça. C’était tellement pire que ça. Ils l’avaient détruite oui. Je comprenais sans mal pourquoi elle différait tant de l’image de la petite fille souriante, si polie, si mignonne et toujours prêt à rendre service qui hantait mes souvenirs, ceux que je n’aurais pas dû avoir…
Marquée… pour que même si elle parvenait à s’enfuir, ce qui s’était clairement passé, jamais elle ne puisse oublier, jamais elle ne puisse dépasser cette épreuve. J’imaginais sans mal comment les hommes pouvaient la traiter à la vue de cette marque et pourquoi elle cherchait tant à cacher ses cicatrices… Pourquoi aussi elle semblait considérer le sexe comme une finalité, un acte sans plus, pourquoi elle avait été si surprise par mes caresses… et ma facilité pour l’amener à l’extase. Son corps était certes d’une extraordinaire sensibilité mais il nécessitait de la douceur, un peu de patience aussi et une grande écoute pour l’amener dans les dédales du plaisir. Je savais que ses bourreaux, que ce soit ceux qui la séquestraient ou ceux qui avaient abusé d’elle et étaient à mes yeux les bourreaux passifs également, personne n’avait dû se soucier d’elle. Ca me faisait tellement mal que j’avais l’impression que tout mon corps et mon être se déchiraient en deux. Si je ne l’avais pas touchée, si le contact de sa peau ne m’apaisait pas tant, je serai parti tuer quelque chose ou quelqu’un…

Je comprenais son cynisme et sa distance. On l’avait brisée… Ses rêves aussi en effet. Morte… Elle était morte…

J’aurais voulu parler. Lui dire quelque chose de gentil, de bien pensé, quelque chose de bien et de mesuré, comme je le faisais. Mais je n’avais pas envie de mettre mon masque avec elle. Encore moins là, alors qu’elle me parlait avec tant de franchise, alors que je sentais que c’était tellement inhabituel chez elle de se livrer de la sorte. Mon esprit restait vide. Les mots ne venaient pas. Je ne savais pas quoi dire. Qu’est ce que je pouvais prononcer de toute façon. Que j’étais désolé pour elle ? C’était vrai mais bien en dessous de ce que je ressentais. Que j’étais en colère ? Toujours vrai. Mais ça ne devait tourner qu’autour d’elle. Qu’elle était forte ? Elle le savait déjà. Qu’elle ne devait pas les laisser détruire ses rêves ? Elle ne croyait plus en ceux-ci, mes mots n’y changeraient rien. Quoi lui dire ? Quoi lui dire pour lui montrer ma colère et ma peine ? Je n’avais pas pitié d’elle. Ce n’était pas de la pitié, non. J’étais en colère devant tant de cruauté, j’étais malheureux qu’on lui ait fait du mal. J’étais fou de rage envers moi-même de ne pas avoir empêché ça, alors que… je n’y pouvais rien, comment l’aurais-je su ? J’avais envie de la prendre dans mes bras, de lui parler doucement, de la caresser, de l’embrasser. N’était-ce pas malvenu et déplacé après ce qu’elle m’avait confié ? Elle ne portait plus d’importance à rien après tout et je la comprenais ? Je ne voulais pas lui donner l’impression que je compatissais comme n’importe qui l’aurait fait, avec distance… Qu’elle me parle était surprenant, ça me faisait plaisir. Ce qu’elle m’avait dit me remuait jusqu’au plus profond de l’âme et je savais que je ne m’en relèverai pas intacte. Je n’arrivais pas à parler. Quand elle me fit face, ce fut pire. J’avais la gorge sèche, mon nez me chatouillait, mes yeux me brûlaient, mes mains tremblaient et je me sentais si mal, tellement mal…

Je vis ses mains se poser sur moi et les sentis, les vis déboutonner ma chemise sans comprendre. Pourtant si mon esprit était tout engourdi, mon corps réagissait à ses caresses  et se sentais investi d’une curieuse mission: lui faire oublier tous ces monstres sous mes caresses et mes coups de reins, me délecter de ses soupirs et de son plaisir, rechercher celui-ci et le porter toujours plus loin parce que je voulais juste qu’elle aille bien, qu’elle sourit, qu’elle oublie un peu, juste un peu les tortures de son passé.
Pourtant j’étais immobile, hébété. La douceur de ses doigts, de ses paumes légèrement fraiches sur ma peau me tirèrent un long frisson si délectable que la vue me manqua une seconde. Elle m’examinait comme je l’avais fait avec ses marques. Mon corps aussi gardait quelques cicatrices mais elles étaient presque invisibles, des marques de guerriers c’est tout. Mais moi je guérissais. A cet instant, j’aurais voulu prendre chacune de ses marques, chacun de ses coups. La douleur je ne pouvais pas la lui enlever mais j’aurais voulu lui enlever les restes de ces horreurs. Sa marque sur moi ne représenterait rien et puis même… je m’en fichais, je pouvais toujours la taillader pour la rendre méconnaissable, je guérirais en partie. Mais elle ne me laisserait jamais faire, je le savais. Je ne sais pas comment mais je le savais. Ca me rendait triste…
Nouveau frisson alors qu’elle touchait mes marques, elles captaient plus vite que le reste de mon corps la chaleur et la différence de température devait donc se faire sentir.

Elle semblait vouloir me faire oublier ce qu’elle venait de dire. Elle caressa mes abdominaux. J’aurais dû avoir honte de mon corps mais ce n’était après tout jamais le cas.
Pourtant j’étais un peu gêné de commencer à bander après ce qu’elle m’avait dit… Etait-ce déplacé ? Je crois un peu ? Mais en même temps elle est si belle, son corps m’attire tant… Même avec ces marques. Surtout maintenant que je sais en fait. J’ai envie d’être encore plus attentif, encore plus performant, encore plus… ce qu’elle voudra d’ailleurs. Lui obéir, la laisser me dominer totalement, lui laisser le pouvoir de tout décider puisqu’elle avait été tant soumise par ces monstres… J’obéirai… Cassidy, je t’obéirai…

J’obéis et j’enlevais mon pantalon, sortant mes vêtements de l’eau pour qu’ils sèchent. Je l’observais. Nos deux corps luisants à cause de l’eau, l’éclat, les ombres de l’eau et de la lucarne. Elle était tellement plus belle avec ses cheveux détachés… Elle avait l’air perdue dans ses réflexions, son regard dans le vague ne me fixait pas, jusqu’à ce qu’elle se raccroche à je ne sais quoi et m’attire contre elle. Sa peau contre la mienne. C’était… indescriptible. Je ne comprenais pas. Je ne pouvais pas comprendre. Pourquoi elle me faisait cet effet. Mon corps semblait tellement réagir au sien que seule l’indécence demeurait. Nous frissonnions tous les deux. Ca me rassurait un peu. Je n’étais pas le seul chamboulé par ce contact. Elle aussi. Qu’elle soit aussi novice dans ces sensations que moi avait un aspect rassurant et en même temps si effrayant…
Et puis elle avait crié. Comme elle était blottie tout contre moi je me crispais avant de me détacher légèrement d’elle, mes bras l’enveloppant toujours. D’ailleurs je n’avais même pas remarqué qu’ils l’avaient enserrés. C’était si simple et naturel que ça m’avait échappé. Je la regardais en fronçant les sourcils. Déjà, elle avait parlé vraiment fort et ça résonnait dans la caverne. Ensuite… ses mots n’avaient aucun sens. Du moins, je ne comprenais pas. Encore ce problème avec les mots… Ce qu’elle disait était… complètement idiot… Pour moi. Vraiment c’était juste… idiot.
Je clignais plusieurs fois des yeux alors qu’elle, elle les baissait, comme si elle avait dit quelque chose de vraiment important et gênant. Je ne comprenais toujours pas. Je devais bien répondre, les mots venaient tous seuls, mais… non je ne comprenais pas.


… bah… Toi non plus…


Il avait parlé simplement, tout naturellement, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde oui, une simple vérité absolue prononcée.
Elle venait de lui dire quelque chose de vrai, de beau et de beaucoup plus important qu’ils n’en avaient tous deux conscience. Qu’il comptait pour elle d’une certaine façon, juste avec quelques mots. Pourtant le naturel avec lequel Tristan répondait surpassait tout. Parce qu’il répondait justement comme si c’était la chose la plus normale au monde, qu’elle comptait pour lui, comme s’il n’y avait aucun secret là dedans et qu’il ne comprenait pas son émotion. C’était à la fois tellement mignon de maladresse et tellement honnête qu’on ne pouvait pas blâmer le grand jeune homme. Il ne se rendait même pas compte à quel point sa réponse, toute honnête et toute simple, pouvait rassurer le coeur de la petite demoiselle. Lui-même ne cherchait pas à comprendre ce qu’il ressentait. Il le ressentait voilà tout. Pourquoi ne lui apporterait pas grand chose. Et il le savait…
Sauf qu’elle se mit à briller. Comme ça, pouf ! D’un coup. Leurs corps étaient de nouveau très proches puisqu’il l’avait repris contre lui après son coup d’oeil surpris, la pressant plus que nécessaire contre son torse. Entre ses bras, la petite demoiselle s’était littéralement illuminée.


Comme chez elle, comme dans ce buisson, je ressentis la magie avec une netteté ahurissante. Certes elle était partout. Les dragons peuvent la sentir. C’est assez particulier car tous nos sens la captent en même temps et ça fait une sensation étrange car ils se mélangent tous, c’est comme entendre des couleurs, voir des odeurs, sentir des sons… parfois dans ce sens, parfois dans un autre. Le monde est plein de magie, les humains sont les seuls à la discipliner de cette manière. Alors qu’ils sont incapables de la voir ils ont une capacité à la manipuler absolument impressionnante, comme si leur corps était capable de pallier leur manque de sens à travers l’action dans la magie. Les humains ont tous des dons d’ailleurs, plus ou moins utiles, plus ou moins puissants. Parmi mes hommes il y a aussi bien celui qui peut donner vie aux instruments ménagers, très pratique pour le ménage, celui capable de parler aux animaux et qui est donc responsable des aigles et autres volatiles, nous transmettant tous ce qu’ils voient, que celui capable de faire chanter en rotant des mouches… beaucoup moins utile…
Cassidy était à part… Elle n’exprimait aucun pouvoir, aucun don. De ce que j’avais entendu, elle avait été extrêmement déçue par la magie, n’avait pas pu suivre sa voie… Ce qui signifiait qu’elle n’avait pas d’aptitudes à manipuler la magie. Pourtant je sentais en temps normal une étrange énergie vibrante l’entourer, aller et venir autour d’elle. Mais quand elle se mettait à briller et c’était déjà la troisième foi, la magie… l’entourait entièrement et plus que ça, c’était comme si la magie de notre monde lui faisait…écho. J’aurais jurer que la magie environnante se « réveillait » pour elle.

Ce fut encore plus fort que les précédentes fois. J’avais bien remarqué qu’elle était aussi intriguée que moi, peut-être plus. Ca n’avait pas l’air habituel. La magie gronda dans ma tête. Cet endroit n’était pas connu après tout, chargé en énergie, j’eus l’impression de me prendre une claque et en même temps de boire un liquide brûlant qui réchaufferait mes entrailles. Elle… Elle irradiait de magie !
Je ne comprenais pas… Elle n’était pas censée être « inapte » dans ce domaine ? Il y avait toute une lueur autour d’elle mais il n’y avait pas que ça. Sa pauvre vue humaine ne pouvait pas voir, la mienne si… De tous petits flash lumineux qui se fondaient dans cette lueur. Elle crépitait… de magie. J’ouvris bêtement la bouche. Dans tous mes voyages, jamais je n’avais rien vu de semblable. Je ne comprenais absolument pas. Pourtant j’avais dû en apprendre des choses sur la magie… Ca… C’était inconnu.
Je ne savais pas quoi lui dire… Qu’est ce que j’aurais pu répondre une fois de plus alors qu’elle ne se voyait que comme un aimant passif ? Pour moi il était clair que c’était ELLE qui produisait ceci… Et pas sans raison.

Mais ma bouche n’était pas sèche que parce que j’étais impressionné et subjugué par le spectacle. Je ne saurais dire pourquoi mais… elle m’excitait en plus ainsi… Je la trouvais plus désirable encore, plus belle encore, plus rayonnante, ça c’était sûr, plus… plus tout. Mon corps réagissait davantage et le sien semblait frissonner à mon contact sans même qu’elle ne s’en rende compte. Je me rapprochais d’elle, lui relevant le menton. Les mots venaient tous seuls.


Moi je trouve que tu ressembles à un ange…

Elle semblait surprise, ses beaux yeux sombres s’écarquillant, sa bouche s’ouvrit, probablement pour protester mais je fondis dessus comme sur la plus délicieuse des gourmandises. Elle illuminait la caverne, faisant paraitre la lucarne bien ridicule. Je ne sais pas quand ses bras s’étaient serrés si fort autour de ma nuque mais c’était agréable. L’une de ses mains reposait dans le haut de mon dos, le griffant légèrement en se crispant, l’autre se crispait dans mes cheveux pour ne pas que je recule sans doute, mais je n’en avais aucune intention de toute manière. Je la pressais contre moi mais en même temps je la caressais, glissais mes mains sur ses marques comme s’il n’y avait rien, pas par déni, juste pour lui montrer que ça ne me gênait pas. Elle me mordit une fois de plus, je répliquai aussitôt en détachant mes lèvres des siennes, faisant cesser le ballet des plus adroits de nos langues pour mordiller son oreille, la peau de son cou, de sa gorge. Elle se crispait et frissonnait. Moi aussi, ou l’un faisait réagir l’autre, je ne sais pas. Je fis glisser mes mains le long de son corps, elle faisait de même, à celui qui ferait le plus gémir tout bas l’autre. On résistait. On luttait. D’un bras je la pressais contre moi pour la maintenir à ma hauteur, la sortant un peu de l’eau, de l’autre, ma main vint trouver sa poitrine, la caressant avec toute la douceur, le respect et le vénération qu’il incombe de porter à une femme. Dieux que je la voulais… Mon esprit était si vide de sens, si empli d’elle. Tous mes sens se nourrissaient d’elle, se gorgeaient d’elle comme si elle était la plus sublime des liqueurs, la plus merveilleuse des nourritures, aussi rare qu’épuisable… Je gémis bien malgré moi quand elle posa ses mains sur mes fesses, m’incitant à me coller davantage contre elle, pour moi aussi c’est sensible, faut pas croire !

Manquer mon érection était à peu près comme ne pas remarquer, je ne sais pas quoi mais quelque chose de vraiment visible. De toute manière je ne réfléchissais pas, je n’y arrivais pas, tout était si simple et naturel entre ses bras. Je revins goûter la douceur de ses lèvres et m’en enivrer comme un ivrogne. Nos respirations étaient haletantes déjà, nous ne faisions pourtant que nous tenter, plus sérieusement que pendant la soirée certes, mais nous tenter… Je savais qu’elle était aussi excitée que moi, peut-être même plus. Son odeur changeait. J’aimais cette odeur. Pourtant nous ne faisions presque rien pour l’instant, ce n’était même pas des attouchements, bon si c’étaient des attouchements mais tellement sages comparés à tout ce que je rêvais de lui faire, tous les soupirs et gémissements que je comptais lui arracher. Son plaisir, son plaisir, juste son plaisir était la seule pensée qui tournait dans ma tête. Oui, encore plus avec ce que j’avais appris. Je lui étais reconnaissant de se livrer ainsi. Je voulais lui faire oublier… lui prouver aussi beaucoup… Que je méritais qu’elle me le dise peut-être. Que je n’étais pas comme eux. Que je ferais attention, toujours… Toujours ? Pourquoi toujours ? Elle repartait bientôt. Non ça je ne voulais pas y penser… J’avais oublié qu’elle avait un copain. J’avais oublié tout en fait à part elle. Je voulais même oublier qui j’étais…

Je ne sais pas quand ni comment mais nous nous étions retrouvés hors de l’eau. J’imagine que je l’ai portée et allongée sur le sol chauffé par la chaleur de la terre, de la caverne. J’imagine que nous avons frissonné et que malgré la dureté du sol je reste en appui sur mes genoux pour ne pas l’écraser… je suis lourd après tout.
Ses jambes entourent mes hanches, les serrent plus fort pour m’attirer contre elle alors que je ressens un vague moment de lucidité. Nous ne sommes pas encore nus mais ça ne saurait tarder. Nos sous-vêtements ne peuvent pas mentir sur notre excitation commune. Ces gestes sont si simples. A ses ordres, je me presse contre elle et gémis en l’embrassant en me glissant ainsi entre ses cuisses. Si possible, je bande encore plus. Elle aussi a gémi. Sensible demoiselle. Je souris contre ses lèvres, j’ai envie de pleurer tellement je me sens bien, tellement bien. J’arrête de l’embrasser pour reculer la tête et la regarder. Elle est si belle. Si belle. Plus tendrement je dépose de doux baisers sur son visage, le parsemant de toute la douceur dont je suis capable. Elle me caresse la nuque, me laisse faire mais ses jambes se crispent autour de mes hanches, ça me fait un peu trembler…

Puis brusquement je nous retourne et elle semble toute surprise de se retrouver au-dessus de moi. C’est vrai que je lui ai beaucoup donné l’impression de dominer la situation en toute circonstance, je comprends… Elle se retrouve à califourchon sur mes hanches et se rattrape de sa surprise en faisant l’ébauche d’un mouvement que j’espère très vite éprouver en elle tant il me fait tressaillir de la tête aux pieds. Elle semble consciente de son pouvoir. Je la contemple avec admiration je sais… beaucoup d’admiration. Je me redresse pour m’asseoir, elle toujours à califourchon sur moi. Je n’ai honte de rien. Un de mes bras m’aide à tenir assis, mon autre main se lève pour écarter ses cheveux et caresser l’une de ses joues du bout des doigts. Je la regarde avec tout le sérieux du monde.


Cassy… J’ai envie de toi. Comme jamais je n’ai eu autant envie d’une femme, c’est indéniable alors je ne le nierai pas. Mais si tu n’as pas envie peu importe. Je ne suis pas comme eux. Je ne te forcerai pas. On peut arrêter à n’importe quel moment. Si tu veux juste que je te caresse comme la dernière fois, que je t’amène à l’extase encore et encore sans rien faire de plus, je le ferai, sans aucune contrepartie. Tu n’as qu’à me demander. Tout ce que tu veux. Je le ferai. Je veux que ce soit toi qui aies tout pouvoir, c’est tout… Je veux juste que tu te soucies de toi et uniquement de toi. Mon but était déjà de me concentrer sur ton plaisir. Mais je veux, vraiment que tu fasses de même. Que tu me montres tout ce qui pourrait m’échapper, que tu me guides et exiges… Pense à toi, juste à toi, s’il te plait. Parce qu’ainsi je crois que tu me donneras plus encore de plaisir que tu ne peux l’imaginer… S’il te plait…

Je n’avais pas peur de paraitre idiot dans mon discours. Je disais les mots simplement, tels que je les pensais en toute sincérité, sans masque, sans tentative de perfection et d’accrocher aux règles. Je dérogeai d’ailleurs à toutes à cet instant… Je la voulais juste elle. Je voulais son bonheur. Je voulais son plaisir. Je ne faisais pas ça pour avoir l’air parfait à ses yeux, je faisais juste ce qui me paraissait normal. C’était si simple d’agir, d’être près d’elle.
Je vis la surprise dans ses yeux sombres, sa peau se colorer d’un rougissement qui fut amplifié par la lueur qui l’entourait. L’air crépita de magie autour d’elle mais évidemment c’était trop discret pour qu’elle s’en aperçoive. Elle ne rougissait que peu. Je la trouvais encore plus belle. Mais le sourire intimidé qu’elle me fit, la reconnaissance qui brilla un instant dans ses yeux me tordirent les entrailles avec une telle force… j’en eus presque les larmes aux yeux et ne lui laissai pas le temps de répondre tout de suite, embrassant ses lèvres plus tendrement, infiniment plus tendrement, calmant un peu l’excitation sauvage qui nous avait agité. Je murmurai encore un faible « s’il te plait » contre ses lèvres, je la sentis sourire.
Elle me répondit, doucement, à sa manière et je la regardais, alors même que je savais que ça la gênait que je la regarde. D’ailleurs elle dut s’interrompre pour me demander dans un marmonnement pourquoi je la regardais ainsi.


Parce que je te trouve belle…

Encore une vérité simple. Elle disait des choses vraiment stupides quand même… et ses questions l’étaient encore plus je crois… Elle rougit encore. Elle reprit son discours en détournant elle-même les yeux, puis en me regardant. Il y avait tellement dans ses yeux. Beaucoup de défi, beaucoup de provocation mais derrière il y avait bien d’autres choses. Des choses qu’elle ne pouvait pas dire et ne voulait pas montrer. Je la laissais parler mais taquin commençais à l’embêter dans sa réponse en déposant des baisers dans sa gorge, faisant glisser la langue sur sa jugulaire que je mordillais sans force. Je prononçais quelques mots avec provocation, juste pour lui donner un terrain qu’elle connaissait mieux, un terrain plus assuré après mon étrange discours.

Je te veux Cassidy Herediane. Et je t’aurai…

Elle me frappa, plus fort que d’habitude, me foudroya du regard et me mordit même le nez mais j’entendis aussi le petit rire qu’elle retenait, vis le défi dans son regard. J’approchais doucement mes lèvres des siennes pour l’embrasser, doucement, tendrement, pour me faire pardonner mes vilains mots.

Et je me figeai d’un coup. La crispation parcourut tous mes muscles avant de se relâcher brusquement. Non, non, je n’avais pas été trop excité, trop stimulé pour finir comme un gros porc tout seul à cause des caresses appuyées qu’elle prodiguait à mon torse. Non je n’avais pas joui tout seul de mon côté. J’en étais totalement incapable de toute manière je crois… Mais j’avais entendu un bruit. Je voulus l’ignorer, de tout mon être, mais je savais déjà ce qui allait se passer. C’étaient des voix qui nous appelaient, plus proche il y avait celle de ma mère, son odeur. Elle était juste à l’entrée, elle arrivait. Nous n’avions rien entendu à cause de la cascade. Je repoussais Cassidy avec toute la douceur possible dans l’urgence de la situation, lui jetant le regard le plus douloureux qui m’ait été donné de porter sur une femme, attrapais mes vêtements après avoir balancé mes bottes derrière un rocher et fis la seule chose qui me paraissait censée… Je sautais à l’eau, restant sous celle-ci.

Pauvre Cassidy. Elle avait dû être tellement surprise par mes gestes. Mais l’instant d’après, malgré l’eau, grâce l’eau plutôt, excellent conducteur, j’entendis la voix de ma mère…


Cassidy !!!! On t’a trouvée ça y est ! Ma pauvre chérie !

Le temps avait filé différemment pour l’étrange petit « couple » et leurs caresses avaient duré longtemps, devenant sérieuses mais pas assez et heureusement peut-être…
Apparemment une des filles était assez prise de remords pour être allé tout raconter à l’organisateur qui était aussitôt allé prévenir les deux familles. On les avait cherchés dans le village, puis un peu partout et finalement les parents s’étaient aventurés dans la forêt.

Je me souvenais que tu venais souvent à la cascade, tu me le racontais après nos séances de piano… J’ai vu une lumière. Heureusement qu’il y avait la lucarne, je ne t’aurais jamais trouvée autrement. Ma pauvre chérie… Tu vas bien ? Tes parents étaient inquiets… Tu es juste venue ici te réchauffer ?

Elle avait apporté une cape de voyage avec elle et en enveloppa la petite demoiselle pour la rassurer.

Tristan t’a laissée toute seule j’imagine… Quel crétin celui-là ! Mais ça me rassure un peu en fait… J’ai vu comment il te dévorait des yeux, je m’inquiétais un peu de ce qu’il pourrait te faire en le voyant pas rentrer… Il a beaucoup changé et… enfin bref… je ne sais pas trop comment il se comporte avec les femmes alors…

Pauvre Tristan, il avait les oreilles qui sifflaient.
Déblatérant une fois de plus sur tout et n’importe quoi, Eve récupéra la robe de Cassidy, l’aida à enfiler ses chaussures et à sortir de la petite caverne avec la lucarne et elles partirent.
Tristan émergea presque à bout d’oxygène, un peu vexé bien que peu surpris des paroles de sa mère mais surtout très vexé par rapport à la situation. Son excitation ne passerait pas seule… Même s’il l’espérait. Rageux, déçu, il dut attendre un peu dans l’eau, barbotant avant de se décider à sortir de l’eau et à rentrer lentement chez lui…
Eve avait déjà ramené Cassidy et il se glissa discrètement dans la douche alors qu’elle était toujours chez les Herediane pour se sécher davantage et se changer. Sa mère rentra peu après, le vit, fondit sur lui et lui retourna une monumentale gifle qu’il accueillit sans surprise.

Je peux savoir ce qui t’a pris de laisser Cassidy toute seule ! Après ce qui s’était passé ?!

Tristan ! J’ai toléré tes écarts, tes frasques, tes mensonges, ton… ta distance et tous ces… changements bizarres. Mais là tu…Ton père et moi nous essayons de…
Ce n’est pas mon père. Je n'ai pas de père.
Tu…
Le mec qui te saute n’est pas mon père. Et malgré tout le respect que j’ai pour toi mère, tu ne peux rien à ce que je suis. Et tu sais très bien pourquoi.

Elle savait pourquoi... Même si elle ne voulait pas y croire. Même si elle ne voulait pas que ce soit vrai.
Elle ouvrit grand la bouche, surprise par sa répartie alors qu’il lui tournait déjà le dos et fermait la porte de la maison, s’éloignant déjà dans la nuit sans une explication supplémentaire. Ces humains… étaient terriblement agaçants… Puisque tous ces humains étaient si... stupides et agaçants alors adieu règles et mises en pli. Il serait le dragon... Du moins pour quelques heures.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 26 Fév - 16:38

Elle lui avait montré. La petite demoiselle lui avait tourné le dos, avec la ferme intention de lui partager un pan de sa vie. Cassidy ignorait la raison qui la poussait à agir ainsi. Elle ne savait pas si c’était un instinct, juste une information. Elle ne voulait pas qu’il ait pitié d’elle. Mais peut être lui ouvrir une porte pour qu’il la comprenne, son comportement, son attitude. Peut être que lui méritait d’en savoir plus. Qu’il la jugerait différemment. Elle n’était pas insensible à lui, loin de là. Elle lui faisait même un peu confiance. Toute la complicité qu’ils avaient eu l’un pour l’autre ces derniers temps avait beaucoup fait réfléchir la jeune femme. Bien sûr, il y avait toujours le risque qu’il s’en fiche. Mais lui méritait un peu plus que les autres d’en savoir plus. Pourquoi ? Parce qu’il la traitait bien. Parce qu’il devait comprendre pourquoi elle fonctionnait ainsi. Pourquoi elle se retenait, pourquoi elle voulait dominer, pourquoi elle craignait et n’avait en même temps, aucune émotion de peur sur son visage.

Etrangement, alors qu’elle lui tournait le dos, elle sentit une colère sourde qui ne provenait pas d’elle. C’était comme si ce sentiment irradiait la caverne dans laquelle ils s’étaient réfugiés. Il était silencieux, ne soufflait pas un traître mot. Elle lui en était reconnaissante, pas besoin de rentrer dans les détails. Il passait juste ses mains sur les différentes cicatrices, s’arrêtant sur certaines, comme si il était en train de réfléchir. Elle s’était légèrement crispée au début et avec ses mots il avait compris pourquoi elle agissait ainsi. Son dos était une faiblesse. Et c’est pour cette raison qu’elle ne tournait plus le dos à un adversaire, elle ne fuyait plus, elle faisait juste face.

Il avait ensuite passé ses mains sur son étrange marque ronde. Elle s’était crispée un peu plus fort, tenant fermement le rebord en pierre avec ses mains. Mais elle n’avait pas bougé, il ne voulait pas lui faire du mal. Sauf que les souvenirs ressurgissaient et avec eux les cauchemars qu’elle n’arrivait pas à faire disparaître. Ses mains tremblaient, elle le sentait. Oui c’était horrible… Mais elle le méritait largement. Elle le méritait pour avoir été aussi têtue, pour chercher un mage, peu importe l’endroit, peu importe le lieu. Elle se rappelait parfaitement de sa naïveté, de comment on l’avait piégé. La jeune femme était à une auberge, demandant des renseignements au patron, si il y avait des mages qui habitaient dans cette ville. Et puis, deux hommes qui l’avait entendu s’étaient approchés d’elle et avaient parlé d’un mage à la recherche d’un apprenti, pas loin d’ici. Elle était tellement contente. Encore à ce moment elle y croyait… même si son cœur s’était déjà effrité par le nombre de refus. Ils l’avaient conduite dans une ruelle à l’écart avant de l’endormir. Elle n’avait pu rien faire, ni se débattre ni riposter. Elle leur tournait le dos et marchait devant eux. Les hommes l’avaient invité à passer la première dans la ruelle. Elle ne pensait pas qu’il pouvait lui arriver quoi que ce soit, après tout, ils étaient très gentils de l’aider. Cassidy n’avait rien vu venir…

Et puis ce fut le début d’un très long cauchemar. Combien de temps était-elle restée là bas ? Un mois ? Deux mois ? Le temps avait défilé si lentement. Comme si ça durait une éternité. Elle ne voulait pas au début. On l’avait mis dans une cellule froide et humide à l’hygiène déplorable. La jeune femme avait supplié qu’on la laisse sortir, qu’elle ne dirait rien. Elle pensait pouvoir les raisonner. Et puis on lui avait dit d’enfiler une tenue très provocante, en même temps ils l’avaient laissé complètement nue et qu’à partir d’aujourd’hui elle allait satisfaire des clients et que si elle se conduisait bien, ils la laisseraient partir. Au début la naïve n’avait pas compris ce qu’était satisfaire les clients. On lui avait dit que c’était leur donner du plaisir, un truc comme ça. Qu’elle ne pourrait pas s’en passer elle non plus. Mais lorsqu’elle s’était retrouvée face à son premier client et que celui-ci la tripotait sans aucun scrupule.

Elle était alors sortie rapidement de la petite pièce. Le client était mécontent. Mais la bougresse se débattait suffisamment pour qu’un homme seul ne puisse pas la forcer. Elle l’avait touché dans les parties génitales, ça l’avait assommé. Ses maîtres avaient alors fait une chose cruelle. Si elle ne voulait pas coopérer, ils allaient lui montrer ce qu’elle devait faire. Mais avant cela la punir. Elle reçut un nombre incalculable de coup de fouet et de ceinture. Jamais elle n’avait ressenti une douleur aussi intense. Cela avait duré une éternité. Elle avait senti ses forces diminuer petit à petit. Et puis ils l’avaient violé, sans aucun scrupule, quand elle était faible. Il lui restait assez de force pour hurler. Son entrejamble était en sang mais jamais ils ne s’étaient arrêtés, ricanant. Elle devait aimer ça.

Et puis tout avait commencé. Elle avait perdu le goût de vivre, elle devenait folle. On lui disait qu’elle sortirait si elle arrivait à satisfaire les clients. Alors elle se laissait faire, sans être active. On se plaignit de sa mollesse. Ils la frappèrent encore et encore. La jeune femme avait alors pris plus d’initiatives. Elle ne s’amusait pas, pas du tout. Quelque chose s’était brisé en elle, son innocence. On lui passait de l’alcool comme à toutes les autres femmes. Elle s’était mise à boire elle aussi. Pour oublier la folie, pour oublier la douleur et surtout pour être plus entreprenante face à ses « clients ». Et puis un jour elle avait tenté de s’enfuir, une porte était ouverte. Mais on l’avait rattrapé et le châtiment fut terrible.

Elle ne croyait plus en la liberté. Elle ne croyait plus pouvoir revoir la couleur du ciel. Elle n’était qu’une esclave, bonne à satisfaire les besoins des uns et des autres. Un jouet, une pauvre poupée qui avait été maltraité dans tous les sens. Alors elle avait pris sur elle. Son comportement avait changé du tout au tout. Elle se mit à jouer avec les hommes, jouant son petit jeu avant de les laisser faire leur affaire. Son visage était un masque, elle ne montrait plus sa souffrance, plus sa douleur même si ça la dégoutait, même si elle avait envie de vomir, elle se forçait.

Ca avait été long… trop long… et personne n’était venue la sauver. Elle avait cru pendant un moment qu’un chevalier vaillant et courageux la sortirait de ce cauchemar. Et pourtant, personne n’était venu. Ce genre de scénario n’existait que dans les contes racontés aux enfants, cachant l’horrible vérité. Elle n’avait pas eu de chance, vraiment.

Et puis elle parla, pour expliquer, mettre des mots sur ses sentiments, même si elle détachait totalement. Lui expliquer ce qui s’était réellement passé, pour qu’il comprenne. Il ne disait rien, elle ne voulait pas qu’il parle. Parce qu’elle ne savait pas comment prendre les choses, elle ne savait pas ce qu’elle pourrait lui dire au final. C’était ainsi, c’était le passé, on ne revenait jamais sur le passé, on vivait avec, on le subissait et on n’oubliait jamais d’où l’on venait. Alors, une fois que son petit récit était terminé, la demoiselle se retourna vers lui et sembla grandement s’intéresser à sa tenue. Etrangement après la tragédie qu’elle lui avait raconté, elle le voulait nu à ses côtés, malgré le peu de confiance qu’elle plaçait en les hommes. Mais au moins, ça la rassurait, elle ne se sentait pas seule dans son délire et puis elle voulait sentir le contact de sa peau contre la sienne parce que c’était agréable et apaisant.

Toute une torture mentale se faisait dans sa tête. Elle voulait lui dire des choses mais rien ne sortait. Alors juste quelque chose, juste un bout de phrase. Il n’était pas rien. Ca ne voulait rien dire au final mais pour elle c’était beaucoup. Il n’était pas qu’un homme avec qui elle jouait pour coucher ensuite avec. Il n’était pas une personne qu’elle snobait et pour qui elle n’éprouvait aucun intérêt. Il était juste lui et elle l’estimait un peu plus désormais. Le jeune homme l’avait entouré de ses bras. Oui, avec lui elle se sentait un peu au dessus de ces évènements. Il répliqua. Elle non plus. Il ne le sut pas mais ça lui fit plaisir. Parce qu’elle se sentait écoutée et qu’il réagissait. Ce n’était pas pour s’amuser, c’était sincère et elle le ressentit bien. Cassidy se serra un peu plus contre le beau garçon.

Et puis, la magie avait envahi son corps. Elle ne savait pas d’où ça venait, elle ne croyait plus en la magie et n’était absolument pas convaincue qu’il s’agissait d’elle. On l’avait détruite, on lui avait fait comprendre qu’elle n’avait rien de magique en elle. Et si tout le monde se trompait ? Et si sa magie était différente de celle des humains ? Et si celle-ci fonctionnait différemment qu’on ne pouvait pas emprunter la voie classique ? Mais pour elle, la magie était au point mort. Persuadée de ne rien avoir en elle, et d’attirer, pour une raison obscure, la magie des lieux. Ca arrivait quand elle pensait à Tristan ou qu’elle avait un contact avec lui. Alors c’était lui qui avait de la magie en lui ! Forcément ! Une magie propre aux Drakkaris. Mais elle préféra rouspéter d’un air dégagé pour faire passer son trouble, sa peur.

Il lui avait redressement doucement la tête et sortit un merveilleux compliment. Elle ressemblait à un ange. La jeune femme ne comprenait pas et le regardait avec surprise. Mais il s’empara de ses lèvres en se collant à elle. Le jeune femme se laissa faire, se crispa un instant avant de passer les mains autour de sa nuque. C’est ce qu’ils savaient faire le mieux… se rassurer en s’embrassant, se caressant,  laisser la température monter entre eux. Ses caresses étaient délicieuses, il était doux et cela ne ressemblait à aucun autre homme. Elle lui mordilla un peu, par défi. Son corps frémissait sous ses caresses, elle poussait des gémissements dans un murmure, se vengeant en le griffant dans le dos pour l’entendre aussi. Elle se délecta de ses gémissements quand elle lui toucha les fesses. Ils étaient sortis de l’eau, il l’avait entrainé mais elle ne se rappelait plus comment. L’allongeant sur le sol chaud, se glissant entre ses cuisses, la chaleur montait doucement. Elle aimait tout de lui, ses caresses, ses baisers enflammés. Son corps réagissait au sien, s’en était affolant. Leurs caresses étaient si excitantes mais en même temps douces, le plaisir montait à petit. Jamais elle ne s’était laissée faire de la sorte, jamais elle n’en avait eu autant envie. Elle sera un peu ses cuisses contre ses hanches et puis il échangea leurs positions.

Le regardant avec surprise, elle se mit à faire un petit mouvement, signe d’un plaisir encore plus intense. Elle n’eut pas le temps d’agir car déjà il se redressait un peu tout en caressant sa joue. Cassidy le regardait avec une curiosité nouvelle, sage même si son corps la brûlait et lui réclamait les caresses si douces. Ses mots valaient largement le détour. Il ne voulait pas la forcer, il lui proposait d’arrêter si elle ne voulait pas aller plus loin. Il lui proposait même d’agir que pour son propre plaisir et pas le sien. Et aussi de le guider encore plus. Si ce n’était pas attentionné ça. Elle le regarda, un air timide sur le visage alors qu’elle tentait de réfléchir. Il ne lui laissa pas le temps avant de se pencher sur ses lèvres pour l’impression. La demoiselle se mit à sourire. Puis elle prit doucement ses mains pour le guider, elle parla avec un peu de gêne de ses oreilles qui étaient extrêmement sensibles quand il mordillait avec la bonne pression. Elle lui montrait, le guider, ça lui faisait du bien et il apprenait vite. Mais son regard la dérangeait. La jeune femme lui posa alors la question et il répondit le plus naturellement du monde.

Elle belle malgré ses cicatrices ? Malgré sa marque à l’œil ? Malgré l’air qu’elle donnait ? En quoi il la trouvait plus belle qu’une autre ? Il était bizarre quand même. Elle commença à répliquer.

« Belle moi ? Tu me prends pour une princesse ? Comment tu peux me trouver belle avec… »

La demoiselle avait poussé un gémissement qui l’avait fait taire. Il avait déposé des baisers dans son cou. Elle le regarda avec provocation. Et puis il balança cette phrase différente, bien loin de tout ce qu’il avait dit jusqu’à présent. Elle le frappa sur le torse en grognant. C’était pas encore gagné ! Pourtant elle l’embêta en lui mordillant le nez et plongeant son regard dans le sien, un regard du genre « Essaie si tu peux », plein de défis et de sous entendus. Il recommença à l’embrasser doucement. Et puis elle le sentit plus figé. Il avait réagit très vite, la repoussant doucement, récupérant ses vêtements et sautant dans le bassin. Elle ne comprit pas au début mais elle n’oublierait jamais son regard si… douloureux. Et puis elle dressa les oreilles, elle aussi elle avait entendu ces appels. Sa lumière s’éteignit aussitôt et bien heureusement, elle chercha sa robe pour la placer devant elle maladroitement. Elle reconnaissait la voix de la mère de Tristan et comprenait absolument ce qui se tramait. Fichu village, c’était vrai, ici les gens s’inquiétaient un peu trop vite. Elle avait oublié à quel point.

Eve apparut et Cassidy recula d’un pas. Elle arrivait vers elle et la couvrit d’une cape. Elle commença à discuter, parlant de Tristan. La demoiselle tressaillit. Il a beaucoup changé d’après elle et elle ne savait pas comment il se conduisit avec les femmes. Cela aurait pu rebuter Cassidy, la mettre sur ses gardes et pourtant… elle avait un peu confiance en lui. Elle sentait le mensonge à cause de son passé et il n’était clairement pas en état de mentir. Alors qu’Eve discutait tout en la raccompagnant, sur le chemin du retour, Cassidy réfléchissait. C’est vrai, elle avait un copain et cela paraissait totalement inapproprié que Tristan et elles s’amusent à se chauffer loin des yeux.

Et pourtant Cassidy ouvrit la bouche.

« Il n’est pas ce que vous pensez… »

Eve s’arrêta, surprise, ne semblant pas comprendre.

« Il est bien plus respectueux des femmes que beaucoup d’hommes. Il est juste… c’est différent mais… il y a du bon chez lui. »

La mère de famille semblait songeuse. Cassidy n’était pas du genre à parler. Elle se fichait de tout et tout le monde, elle avait bien fait remarquer qu’elle n’appréciait pas Tristan. Eve pouvait penser que soit son brigand de garnement lui avait retourné le cerveau soit… elle essayait de le défendre et d’apaiser la sentence qui pouvait arriver.

Ils arrivèrent à la maison des Herediane. Comme attendu, Marilyn était bouleversée. Jordeth remercia Eve. Cassidy demanda à aller dans sa chambre, prétextant la fatigue de la soirée. On ne la retint pas. Une fois sur le lit, elle se laissa tomber sur celui-ci sans se retenir, la tête enfouie sur le drap. Des larmes chaudes coulaient sur ses joues.

Le lendemain matin, la jeune femme s’était calmée. Elle était partie faire son petit tour matinal avant que le soleil se lève puis retourna discrètement dans sa chambre avant de descendre prendre le petit déjeuner avec ses parents. On ne l’embêta pas avec la soirée qui était tombée à l’eau hier. Puis la jeune femme prétexta vouloir aller se promener et sortit de la maison. Elle avait la ferme intention de parler à Tristan. Etre plus franche avec lui, même si ça lui coûterait.

Elle se dirigeait vers la maison de sa famille, espérant le trouver quand quelque chose attira son attention. Il y eut des cris d’effrois provenant de filles plus loin. La jeune femme se retourna, surprise. Un énorme loup blanc comme la neige courait dans sa direction. Elle ouvrit lentement la bouche. Sans se faire prier, il lui sauta dessus, la faisant tomber  à la renverse. Heureusement qu’elle était en train de traverser le petit parc de leur village et qu’elle était dans l’herbe, cela rattrapa sa chute. Mais au lieu de l’attaquer sauvagement, le loup commença à lécher son visage de coups de langues baveux, remuant la queue en signe de joie.

« Ecko ! Arrête s’il te plaît ! C’est gluant ! Rhooo vilain fendrÿr ! »

Fendrÿr, un cousin du loup classique. Extrêmement dur à apprivoiser, ce genre de créature ne se dresse pas. Contrairement aux loups, ce sont des solitaires qui vivent où ils le souhaitent, dans les étendues glacées de Frihold. On leur attribue plusieurs capacités magiques assez incroyables et leur odorat extrêmement développé, pouvant sentir et reconnaître un intrus ou une personne aux mauvaises intentions et ainsi alerter son « maître » du danger.

Ecko n’écoutait pas, il continuait de lui lécher le visage. Bien plus grand qu’elle, le fendrÿr la dominait largement par sa taille en étant presque couché de tout son long sur elle.

- Ecko voyons, laisse la un peu respirer…

Le fendrÿr obéit. Un homme amusé observait la scène. Son cheval qu’il tenait par la bride restait sagement à côté de lui. Un homme baraqué aux muscles secs, à la carrure impressionnante, presque aussi grand que Tristan. Sa chevelure blonde était plutôt courte et ses yeux blonds respiraient la joie de vivre. Il avait l’air plutôt sympathique, contrairement à Cassidy. Certaines demoiselles tournèrent la tête pour mieux l’admirer. Il semblait avoir l’âge de Cassidy, mais un peu plus vieux. Un léger duvet blond recouvrait son menton.

Il s’approcha de Cassidy et lui tendit la main alors qu’Ecko reculait d’un pas alors qu’il l’aidait à se relever.

- Salut Cassy… C’est bon de te revoir. Désolé pour Ecko, ce vieux brigand doit être un peu trop content de te revoir…

Elle le regarda un instant alors qu’elle se redressait, embarrassée, ne disant pas un mot. Vraiment l’opposé complet.

« Salut… »

Il ne semblait pas contrarié par son air peu enthousiaste, comme si il était habitué à ce genre de comportement. Le nordique passa une main sur la joue de Cassidy avec douceur.

- Tu as pris de jolies couleurs ici. Décidément c’était une bonne idée, ça te change de l’air Friholdien…

Elle détourna la tête, gênée, mais il ne s’en offusqua pas et la prit par la main. Ecko gambadait autour d’eux. Ainsi tout le monde dans le village découvrit le VRAI compagnon de Cassidy. Certaines demoiselles semblaient jalouses et d’autres regardaient d’un air anxieux le fendrÿr. C’était une créature très rare qui n’existait qu’à Frihold, normal qu’on s’inquiète un peu.

Et puis, ils rentrèrent à la maison des Herediane. Cassidy présenta avec un malaise son copain à ses parents, Jilian. C’était un homme qui semblait doux et très gentil, malgré sa carrure impressionnante. Il attirait la sympathie et son sourire était tout ce qu’il y avait de plus sincère. Cassidy était entre de bonnes mains, c’était certain. Il parla un peu de son métier, garde du corps.

Les Herediane étaient dans le salon avec une bonne tasse de thé et du café tout en discutant, voulant en savoir plus sur son mystérieux compagnon. C’était vraiment un homme sincère et sans secret qui semblait avoir la joie de vivre. Entraînant, on l’appréciait tout de suite, même si dans son métier, il était beaucoup plus sérieux, code obligeait. Cassidy demanda à se retirer pour aller dans sa chambre, elle était toujours un peu fatiguée. La demoiselle se cala dans son lit. Elle n’avait plus envie de sortir, plus envie de voir Tristan. Sa réalité lui revenait à la face avec un peu trop de violence. Elle avait peur de son changement d’attitude, que leur complicité s’envole. Alors la seule manière qu’elle avait trouvé pour l’éviter, c’était de se cacher, qu’il l’oublie au final. La jeune femme ne bougeait pas dans son lit.

Elle revint sagement à midi pour manger.

- Alors comment vous vous êtes rencontrés tous les deux ?

Marilyn était curieuse de connaître les détails, ce qui n’était pas le goût de Cassidy. Cependant, Jilian posa une main rassurante sur celle de Cassidy avec un sourire.

- Oh d’une façon très banale. Cassidy aime bien la lecture. Nous nous sommes rencontrés à Varathas, vous savez cette petite ville pas loin de Galaden. J’accompagnais ma grand-mère pour trouver quelques ingrédients qui n’étaient pas trouvables à Frihold. C’est une merveilleuse guérisseuse, pas avec la magie mais avec les plantes. Elle prépare de sacrés remèdes contre tous les maux. Donc Cassidy était dans cette ville et ma grand-mère l’a entendu tousser assez fort. Oh rien de grave, un petit rhume. Elle lui a proposé un remède gratuitement. On a ensuite sympathisé. Enfin j’ai sympathisé parce que Cassy n’est pas une fille facile d’accès.

Il fit une petite pause avec un air rieur.

- Oh votre fille est spéciale. Elle m’a envoyé bouler plusieurs fois. Je peux la comprendre, on se méfie toujours des étrangers. Mais nous avons quelques points communs comme la lecture par exemple alors ça nous a rapprocher

Le jeune homme avait bu son verre de vin tout en continuant de répondre aux questions des parents inquiets. Il avait l’air plutôt bien ce Nordique. Puis il proposa son aide pour débarrasser alors que Cassidy remontait dans sa chambre et Jordeth partait à la boutique pour s’occuper des clients. Jilian avait de la conversation et il semblait bien s’entendre avec Marilyn qui lui posait des questions sur sa fille. Sauf qu’à aucun moment il ne l’inquiéta sur ses activités, la faisant passer pour une fille totalement ordinaire. A chaque élément bizarre, il contrebalançait savamment pour expliquer un peu son comportement. Mais c’était très loin de la vraie raison.

On toqua alors à la porte. Marilyn vint ouvrir. C’était Tristan qui passait et il tenait deux livres dans ses mains. La mère de famille se mit à sourire.

- Oh c’est toi ! Entre donc un moment…

Et puis les regards se croisèrent. Tristan avait repris son masque de politesse, alors que Marilyn prenait les livres de ses mains.

-C’est gentil d’avoir penser à Cassy, elle sera ravie d’avoir un peu de lecture. Ah mais je ne t’ai pas présenté. Jilian voici Tristan, c’est un ami d’enfance de Cassy. Et Tristan voici Jilian, le copain de Cassy…

Les deux hommes se regardèrent un instant. Ecko s’était levé et approché de Tristan très naturellement, sans aucune méfiance. Il s’arrêta à quelques mètres de lui et le dévisagea de ses yeux bleus, de la même couleur que ceux de son maître. Pourtant il ne fit rien. Aucune attitude agressive, aucune soumission. C’était comme si il avait remarqué le dragon mais refusait d’avoir un comportement excessif. Il le regardait calmement, ne le prenant pas pour un ennemi, humant un peu l’odeur.

- Oh ne ne fais pas attention à Ecko. Il est toujours curieux des inconnus…

Puis Jilian s’approcha de lui avec un grand sourire en lui tendant la main.

- Enchanté de faire ta connaissance Tristan !

Les présentations polies furent faites. Marilyn serrait les livres en regardant les deux hommes puis s’adressa à Tristan.

- Au fait Tristan, tu ne voudrais pas rester un moment ? Je pense que ça ferait plaisir à Cassy de te voir. Elle refuse de sortir de sa chambre depuis tout à l’heure sauf pour les repas alors je pensais qu’elle serait peut être contente de te voir….

Pauvre maman qui était si loin de la vérité actuelle. Sauf que Tristan déclina poliment, prétextant du travail, puis ressortit. Marilyn soupira puis donna les livres à Jilian.

- Tu peux aller lui donner ? J’imagine que vous avez besoin d’avoir des moments d’intimité tous les deux… Je vais à la boutique rejoindre Jordeth, on devrait rentrer ce soir. N’hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit.

Puis elle le laissa là. Jilian se dirigea vers la chambre de Cassidy et tapota doucement à la porte. Lorsqu’il entra, celle-ci était couchée sur le lit et ne bougeait pas. Mais il savait très bien qu’elle ne dormait pas. Le jeune homme s’assit à côté d’elle.

- Je t’ai apporté des livres… Je sais que tu n’aimes pas ça mais bon… c’est ton camarade… Tristan il s’appelle. Il ne doit pas savoir que tu ne lis plus depuis longtemps.

La demoiselle avait sursauté en entendant le prénom de son Drakkari. Elle s’était cependant redressée sur son lit, encore toute habillée et prit les livres sans se poser de question.

« C’est bon, je m’ennuie un peu en ce moment, la lecture me fera du bien… »

Ce n’était pas vrai… Elle était intriguée et puis… ça venait de Tristan.

Elle se releva en s’étirant puis consulta la couverture des livres. Le premier concernait la magie. Elle fronça les sourcils. Pourquoi il lui passait ce genre de chose ? Il savait bien qu’elle ne s’y intéressait plus du tout. Elle découvrit alors la couverture du deuxième et poussa un petit cri en balançant le livre à l’autre bout de la chambre comme si c’était une bombe. Jilian, qui était occupé à arranger les affaires de son sac, se redressa d’un bond.

- Qu’est ce qui se passe ?

Elle s’était recroquevillée dans un coin de la pièce, tremblante. Ses yeux semblaient être partagés entre la peur et la haine. Jilian s’était approché avec curiosité du livre et le ramassa.

- Dragons…

Il ne comprenait pas l’attitude de Cassidy en se tournant vers elle avec surprise.

- Les dragons te font peur ?

« … »

Il n’insista pas, prit le livre et le posa dans le chevet à côté du lit. Cassidy n’avait pas l’air d’aimer ça alors il valait mieux qu’elle ne le voit pas. Puis il enfila une veste.

- Je vais me balader un peu dans le village. Tu veux venir avec moi ?

« Non merci… »

Il n’insista pas et sortit. Juste Ecko restait avec Cassidy pour lui tenir compagnie. Pour le moment elle avait besoin d’être seule, pour se retrouver, pour réfléchir.

Jilian semblait curieux de tout et aimait découvrir de nouvelles choses. Il répondait avec plaisir aux habitants qui se posaient des questions sur lui. Sauf qu’alors qu’il flânait entre les étalages du marché, une fille l’avait interpellé.

- Vous êtes Jilian le copain de Cassidy ?
- Oui c’est bien moi
- Oh je suis contente de pouvoir placer un visage sur le mystérieux petit ami de notre chère Cassidy. Elle est tellement mystérieuse ! Même si on raconte des choses sur elle…
- Ah ? Quoi donc ?
- Désolé je suis peut être un peu indiscrète mais on dit qu’elle a couché avec…
- Je sais.


La fille ouvrit la bouche, extrêmement surprise. Jilian ne semblait ni contrarié, ni jaloux, ni en colère.

- Non ça ne me surprend pas et ça ne me choque pas. Mais notre relation ne te regarde pas alors…

Sourire poli alors qu’il entrecroisait ses doigts.

- J’imagine que c’est ce Drakkari ? Cassy a toujours eu d’excellents goûts en matière d’hommes…

Elle voulait sûrement provoquer une bagarre et pourtant… Jilian ne semblait pas le moins du monde embêté. Il la salua poliment en déclarant que si elle n’avait rien de plus à lui dire, il allait continuer sa visite.

Il rentra un peu plus tard à la maison. Cassidy n’avait pas bougé du lit. Elle avait tiré le livre de magie vers elle et lisait en fronçant les sourcils. Qu’est ce que Tristan voulait lui montrer ? Il voulait peut être la pousser à continuer ? Désolé mais elle avait déjà donné ! Et elle n’avait pas de magie. Alors la dégoûter ? La narguer ? Elle ne le croyait pas capable de ça… La demoiselle avait lu. La magie l’inspirait, l’intriguait, c’était quelque chose qui l’attirait profondément même si elle n’y avait pas droit. Comme elle s’en doutait, ça parlait des différentes formes de magie… humaines. Qu’elles se manifestaient très tôt chez les adolescents surtout. Mais qu’il y avait quelques exceptions bien qu’elles soient très rares et aucune à l’heure actuelle.

Jilian était rentré. Puis toute la famille. Ecko était couché sur le lit et dormait paresseusement. Le repas du soir sonna enfin. Jilian parlait avec entrain mais Cassidy ne disait pas un mot. Elle ne touchait même pas à son assiette. Finalement elle se releva et déclara aller se coucher, qu’elle était fatiguée. Marilyn voulut la retenir mais Jilian fit un geste de la main, attendant que Cassidy ferme la porte de sa chambre pour parler.

- Ne vous inquiétez pas j’ai l’habitude. Parfois ça lui arrive d’être un peu distante mais ça passe le jour suivant. Elle aime bien se perdre dans ses réflexions, j’essaierais de la convaincre de manger un peu ce soir. Mais quand Cassy a décidé quelque chose, il vaut mieux ne pas la contrarier…

On lui posa une question, il dévia la conversation. Tout pour la protéger…

Cassidy regardait par la fenêtre. Elle avait posé ses bras en tailleur et sa tête posée dessus puis regardait les étoiles. Sauf que les étoiles ne l’apaisaient pas… Elle avait encore du mal à se remettre dans le bain et même si Jilian pouvait lui faire oublier un peu en couchant avec elle, en la satisfaisant, elle n’arrivait pas à penser à lui. Un, il y avait ses parents, deux, un certain Drakkari lui avait fait tourner la tête.

C’est donc frustrée qu’elle alla se coucher, rapidement rejointe par Jilian. Sauf que cette nuit encore elle ne dormit pas.

Le lendemain, elle se leva très tôt, avant Jilian. Elle n’avait cesser de réfléchir toute la nuit. Ils devaient partir, ça devenait insupportable et plus le temps passait, plus elle pensait à Tristan. Elle s’était enroulée d’une longue cape noire et avait passé la matinée à l’extérieur avant de s’arrêter sur un arbre où elle était sûre qu’on ne viendrait pas la déranger.

Bien évidemment lorsque Jilian se réveilla, il était seul. Descendant pour prendre le déjeuner avec ses parents, il mentit une nouvelle fois, expliquant que Cassidy dormait encore et qu’il ne fallait pas la déranger. Il était cependant de bonne humeur, entraînant, un charmant jeune homme comme ça qui avait des qualités très plaisantes.

Cassidy était pendue à son arbre, songeuse. Elle pensait aux livres de Tristan. La magie… et les dragons. Qu’est ce qu’il voulait qu’elle comprenne des dragons ? Elle n’aimait pas vraiment ces créatures… Pourquoi ? Ils n’en avaient jamais parlé. Essayait-il de la mettre sur une piste ? Ou de penser qu’elle aimerait ? C’était bizarre… Elle pensa aussi à Jilian. Ses pulsions lui avaient jouer des tours et le fait de ne pas coucher avec un homme la frustrait au plus haut point. C’était moche ce qu’elle pensait mais… à moins de se balader dans les bois avec son copain pour aller faire l’amour dans les buissons, elle n’avait pas trop d’idées. Pourtant elle ne comprenait pas pourquoi elle était aussi mal…

Un bruit attira son attention. Levant la tête elle aperçut des cavaliers noirs, tout un petit attroupement, se diriger vers son village. Son sang se figea, elle avait une très mauvaise impression.

Jilian sortit alors de la maison pour retourner se promener. Sauf qu’alors qu’il passait par le petit parc, il croisa Tristan. Le jeune homme se racla la gorge en s’approchant de lui.

- Tristan ? Je peux te parler ? C’est à propos de Cassidy…

Il ne semblait pas en colère, ni jaloux, après ce qu’il avait entendu la veille. Au contraire, il avait juste l’envie de discuter. Tristan allait répliquer mais on ne lui en laissa pas le temps. Des cris de panique, des hurlements s’élevèrent, venant de l’entrée du village. Des ricanements. Des Kaärs… Les deux hommes regardaient ce petit bataillon qui venait d’arriver. Il y avait au moins une trentaine d’hommes. Certains poursuivaient les habitants qui partaient se cacher, d’autres descendaient de leurs montures… Ils avaient l’air bien entraînés et méthodiques.

Trois groupes se séparèrent. La cloche du village résonna dans un signal de détresse. Ca criait, ça se bousculait. Une femme tomba au sol, apeuré, alors qu’un Kaär allait lui tomber dessus. Un énorme fenrÿr lui sauta dessus, le faisant tomber à la renverse. Il n’hésita pas, un coup de crocs solides dans la faiblesse de son armure. Il mourut sur le coup. Tristan cria un ordre, la première chose c’était de se séparer. Il avait l’habitude de ce genre de situation.

Jilian partit dans une direction après avoir récupéré son épée au passage chez les Herediane ainsi que son armure légère. Le colosse n’allait certainement pas se laisser faire. A lui tout seul, il bloquait la progression d’un groupe de Kaärs, aidé par Ecko qui n’était pas en reste.

Cassidy avait entendu l’alerte et s’était précipitée vers le village, inquiète. Elle espérait ne pas tomber sur Tristan ni un Kaär isolé. L’un pourrait être perturbé et l’autre pouvait très bien lui faire du mal. Elle se faufila dans une petite ruelle sombre. Que devait-elle faire ? Rien… Alors qu’elle courrait en direction de sa maison, quelque chose attira son attention.

Une épaisse fumée s’éleva d’un endroit. Ca venait de l’école. Son sang se glaça. Elle avait un très mauvais pressentiment. La demoiselle rebroussa chemin. Elle ne savait pas pourquoi elle agissait ainsi mais elle suivait son instinct. Arrivée sur place, elle ne vit que la désolation. Les enfants avaient pu sortir et pleuraient. Les professeurs tentaient de les rassurer en les protégeant. Sauf qu’une maîtresse hurlait à travers les flammes qui léchaient le bois des murs. Elle était dehors mais semblait appeler quelqu’un qui était coincé à l’intérieur.

Cassidy s’approcha.

« Se passe quoi ? »

- Arès ! Arès n’est pas sorti…

Elle fronça les sourcils. Ce sale gamin qui l’avait embêté le premier jour ? La jeune femme n’hésita pas et plongea dans les flammes. Elle se mit à toussoter. Tout était obscur, les flammes envahissaient tout. Heureusement que sa cape était magique, la protection contre le feu était bien utile. Elle se concentra sur son ouïe pour entendre la respiration du garçon resté dans une salle de classe.

Cassidy plongea en avant, très rapidement et elle le vit. Le pauvre était paralysé par la peur et ne savait pas comment sortir d’ici. Elle le rejoignit rapidement en l’appelant mais semblait furieuse.

« Vilain gamin ! Ca te va pas de jouer les héros comme ça ! Non mais tu te rends compte dans quelle situation tu te mets ?! Laisse les adultes gérer la situation, ça n’a rien d’un jeu »

Il voulait répliquer mais elle le poussa un peu plus loin, prenant sa place. Levant le bras, elle attrapa un morceau de bois qui tombait du plafond, enflammé, qui avait menacé d’atterrir sur la tête du garçon imprudent. Elle tenait le morceau de bois sans souffrir et le relâcha rapidement comme si de rien n’était. Enlevant sa cape, elle entoura Arès avec.

« Le feu ne t’atteindra pas, la cape est magique… »

Puis elle le porta et le mis sur son épaule. La jeune femme avait les sens aiguisés. Cherchant le meilleur chemin, il lui fallut un moment pour trouver une sortie potable. Et puis elle la vit. Au fond du couloir là, une porte qui n’était pas trop touchée par les flammes. Elle se mit à courir, Arès sur son épaule. Les flammes lui léchèrent les habits, la suie venait recouvrir son visage fin. Elle poussa un rugissement et avec son autre épaule, tapa contre la porte qui s’ouvrit en grand. Ils dégringolèrent dans la poussière. Des enfants s’approchèrent d’Arès ainsi que les professeurs. Cassidy se redressait. Elle était littéralement en feu et s’approcha d’un seau d’eau sans broncher pour éteindre les flammes qui avaient attaqué ses vêtements.

On la regarda avec surprise. Elle haussa les épaules.

« Bah quoi ? Mon don c’est d’être insensible au feu donc faut bien que ça serve… »

Sauf que le troisième groupe des Kaärs s’approcha d’eux en ricanant.

- Capturez les enfants !

Cassidy se redressa lentement. Elle avait trempé ses mains dans l’eau, ça lui faisait du bien. Au début, dos aux Kaärs, son regard s’était endurci, devenant froid comme la glace.

« Gamins, tournez vous… bouchez vous les oreilles et ne vous retournez à aucun moment… »

Puis elle jeta un coup d’œil aux professeurs.

« Je compte sur vous… ça ne va pas être très beau à voir… »

Sa frustration… sa colère… Sa haine… Sa tristesse… Tous ses sentiments négatifs se mélangeaient. Elle approchait d’un pas assuré vers les Kaärs, ils étaient une petite dizaine dont deux qui se tenaient à cheval. Ils ricanèrent en voyant la demoiselle haineuse qui marchait vers la mort.

- Oh regardez celle là ! N’est-elle pas bandante ?
- Petite souris… tu es sûre de faire le poids ?


Règle n°1, ne jamais sous estimé son adversaire. La colère se mit à grandir dans son cœur. C’était le bon moment… Ses pulsions meurtrières se réveillèrent. Ca tombait bien elle avait besoin de se… lâcher.

« Ne me sous estimez pas insectes… »

Nouveaux rires alors qu’ils l’encerclèrent. Et puis elle tapa du pied au sol. L’atmosphère autour d’elle s’était alourdie, devenant étouffante. Une puissante vague qui pouvait s’apparenter à de la magie noire mais différente de celle utilisée par les humains flotta dans les airs. Un rugissement puissant sortit de la bouche de Cassidy… ça n’avait plus rien d’humain. Ses yeux devinrent noir comme les ténèbres et des marques de la même couleur envahirent son corps, glissant sur son visage, son corps entier.

Elle ne leur laissa pas le temps de réagir. Déjà elle fonçait vers le plus proche. Sa main s’enfonça dans son torse comme si c’était du beurre pour ressortir de l’autre côté, détruisant son cœur au passage. Il tomba au sol, raide mort. Les autres se jetèrent sur elle en hurlant. Pas de pitié ! Alors elle se battit comme une démone. Un essaya de la pourfendre par derrière, elle le tira par le bras et transperça celui en face avec l’épée qui lui était destinée. Puis elle tourna vers l’autre qu’elle avait baissé au sol et lui tordit le cou, celui-ci se brisa dans un craquement sinistre.

On chargea, tenta de la défaire mais la peur se lisait sur le visage des Kaärs. Un qui avait plus de courage, se jeta sur elle alors qu’elle en achevait un autre, plongeant sa lame dans le bras de la demoiselle. L’entaille se dessina, creusant dans sa chair laissant une profonde marque. Le sang de la jeune femme tomba sur le sol, se mélangea à la poussière mais elle ignora la douleur, plongeant sa main dans le ventre de son adversaire puis l’éjecta plus loin. Elle se battait très mal mais son pouvoir compensait tout le reste. On essaya alors de lui lancer des sorts de magie noire. Elle ricanna.

« Pauvres fous ! Comme si ça pouvait marcher vos petits sorts de merde ! »

Elle se jeta dans la mélée. Puis soudain, elle s’arrêta, pris d’un instant. Beaucoup avaient reculés, ne voulant pas subir le même sort que leurs compagnons. Elle attrapa un des cadavres qu’elle avait éventré au sol par le haut de sa tunique, huma l’air et tendit le doigt qu’elle lécha avant comme pour estimer la direction et la vitesse du vent puis envoya le cadavre de toutes ses forces en l’air vers un point bien précis.

Plus loin, Tristan se battait férocement. Ses adversaires étaient nombreux et c’était admirable sa façon de combattre. Un des Kaärs approchait par derrière. Mais avant que Tristan n’eut le temps de se retourner, il entendit un grand bruit dans son dos. Un cadavre volant venait d’atterrir sur le sournois qui voulait tenter un coup en douce, le tuant sur le coup. Certains Kaärs ouvrirent des yeux ronds, se demandant d’où venait ce cadavre tout en fixant le ciel. Cela donna un peu l’avantage à Tristan qui utilisa l’effet de surprise pour moissonner ses ennemis.

De l’autre côté, Cassidy continuait de se battre. Un des Kaärs qui était à cheval la regardait avec beaucoup d’attention. Puis il sortit un petit cube de son sac et la laissa dans sa direction. Le cube émit de la lumière devant Cassidy. Elle plissa les yeux. Ses forces la quittaient petit à petit, son énergie aussi. Elle grogna avant de tomber à genoux, se demandant de quoi il s’agissait. Luttant jusqu’au dernier moment, elle tomba dans la poussière, son bras saignant toujours.

- Emparez-vous d’elle ! Et ne lui faites pas de mal… Utilisez les menottes anti magie

Puis à un autre Kaär.

- On bat en retraite. Cette petite fera l’affaire…
- Mais Capitaine… et les autres ?
- On lancera le signal de retraite quand on sera assez loin pour ne pas qu’ils nous rattrape…


On s’approcha de Cassidy avant de lui passer les menottes. Puis on la posa sur le cheval du chef juste devant lui. Les survivants remontèrent en selle et tout le groupe s’éloigna par la sortie Sud du village, évitant de repasser devant les guerriers qui mettaient en déroute leur petit groupe.

C’était mauvais… Très mauvais…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 28 Fév - 23:39

Belle… Tu l’es Cassy… A mes yeux en tous les cas. Je ne sais pourquoi il y a tant de surprise dans tes yeux sombres quand je dis ça, pourquoi il y a tant de méfiance et de mépris envers toi-même. Me crois-tu donc aussi… aveugle ? Tu es belle malgré tes cicatrices. Belle aussi par tes cicatrices. Tu m’as dit bien peu et en même temps tellement. Je n’imagine que mal, je le sais, ce que tu as vécu, ce qu’ils t’ont fait. J’ai tellement de colère dans mon coeur… Imaginer qu’on puisse te faire du mal… me remplit d’une rage que je ne saurais décrire. Si tu savais comme je m’en veux. De ne pas avoir été là, de ne rien avoir fait… Ma culpabilité est irrationnelle, je le sais. Mais je ne peux la faire taire. Pourquoi ? Pourquoi ce monde est rempli de monstres pareils ? Pourquoi n’étais-je pas là pour te protéger ? Protéger et servir est ce que j’ai toujours voulu faire. Ca me semble tellement stupide et idiot. Parce que toi je ne t’ai pas protégée. J’ai l’impression… que tout ça n’a servi à rien. Que j’ai tout raté. Si tu savais, oui, comme je m’en veux.

Belle oui. Comment peux-tu en douter ?
Tu ne me crois pas. Ca me fait mal que tu ne me croies pas.
Si je t’ai embrassée de la sorte immédiatement c’est parce que je refusais d’entendre tes mots, ceux qui voulaient casser l’image que je tente de dépeindre de toi. Je sais que tu allais dire quelque chose pour me prouver que j’ai tort. Mais ça, je ne pouvais pas te le laisser faire. J’ai préféré t’embrasser, faire taire tes doutes sous mes caresses. Ma façon d’être doit bien t’aiguiller sur le genre d’homme que je suis. Respectueux des femmes, doux et prévenant. Mais ne doute pas, je t’en prie, de ma différence à ton égard. Jamais je n’ai eu tant de craintes de mal faire avec une femme et jamais la douceur ne m’avait paru aussi naturelle. Je crois que je comprends ce qu’ils nomment la tendresse…

J’avais dit d’autres mots pour que ce soit plus simple. Elle m’avait vu tellement provocant, tellement lubrique, tellement obsédé par son corps, sa nudité, le contact de nos peaux, l’embrasement de nos lèvres, oui, ainsi c’était plus simple… Tellement plus simple que mon discours sérieux qui nous laissait vulnérables tous les deux.
Elle s’était dévoilée énormément devant moi. Elle m’avait donné une part d’elle-même, une part de son passé. Qui expliquait un peu sa façon d’être… La haine des hommes que je sentais chez elle alors qu’elle savait également que son corps avait des besoins et qu’elle s’évertuait à les satisfaire même avec les plus crétins, abandonnant ce corps qui ne méritait qu’un culte de passion et de douceur à la barbarie et l’égoïsme de certains. Elle m’avait appris un peu sur sa manière d’être, si fermée, si provocante et si répulsive aussi. Elle repoussait tout le monde… Mais ce qui me frappait le plus c’était cette aura qui émanait d’elle, ce manque cru de confiance en elle, comme si elle ne valait rien. A cause de ça? A cause de cette histoire de magie aussi peut-être, oui, sûrement. Elle n’avait pas confiance en elle. Elle semblait même détester son corps, ses cicatrices. Alors que moi je la trouvais si belle. Ses cicatrices, elles me faisaient mal c’est vrai… Mais elles me donnaient aussi tellement envie de la traiter avec plus de douceur… J’avais tellement envie de rattraper toutes les ignominies de ces hommes. Je voulais l’embrasser, la caresser comme aucun homme jamais ne le ferait. Je voulais faire l’amour avec elle, à la recherche, la quête de son plaisir pour rattraper tous les orgasmes qu’on lui avait volés. Pour lui prouver que son corps était merveilleux. Qu’elle n’avait aucune honte à avoir, de quoi que ce soit. Je voulais qu’elle s’endorme dans mes bras, apaisée, comblée, souriante. Je voulais ouvrir les yeux sur elle, observer son visage endormie, comme ce matin là dans la clairière, revivre cet étrange phénomène qui avait fait s’emballer mon coeur et monter la chaleur à mon visage alors qu’elle ne faisait rien, juste endormie… Juste un peu moins sur ses gardes.  

Je ne sais pas pourquoi… J’avais envie de croire qu’elle ne faisait ces révélations qu’à moi. J’avais envie de croire que les hésitations dans ses gestes et dans ses mots n’étaient pas dus qu’à la simple « crainte » de ma réaction, mais encore et surtout parce qu’elle ne les avait jamais dit à personne. J’avais envie de murmurer au creux de son oreille que je ne dirais rien, que tout entre nous n’était qu’entre nous. J’avais envie de lui dire qu’elle était mon secret. J’en avais des tas pourtant, des secrets. Mais près d’elle, j’avais l’impression d’en expérimenter un tout nouveau, étourdissant, cruel aussi… mais que je n’aurais relâché pour rien au monde.

Elle avait commencé à guider mes gestes, ses mains enserrant l’une des miennes alors que l’autre me permettait toujours de me maintenir assis, elle juchée sur moi, pour la poser sur sa poitrine et me montrer qu’elle aimait bien plus une caresse ou une autre, une pression suivie d’un effleurement. Je prenais note… Elle me parla de ses oreilles. J’avais déjà remarqué, je lui souris, me penchais sur elle aussitôt pour en mordiller délicatement une. Elle se crispa contre moi, sur moi, j’adorais quand elle faisait ça, ses frémissements, le frisson électrique qu’elle me communiquait…
Je voulais prendre mon temps. Parce que je savais aussi que même si certains l’avaient peut être pris ce ne serait jamais comme ça… Je voulais être différent. Je me disais que mes gênes pouvaient m’aider. A mieux la ressentir, à mieux comprendre ce qu’elle n’oserait pas me dire. Je voulais lui répéter, pour ancrer chez cette têtue demoiselle, qu’elle avait tout intérêt à ne se concentrer que sur elle, que je ne voulais rien entendre. Je lui avais dit que ça me ferait du bien si elle faisait ça, je savais que ça, peut-être, ça aurait plus d’impact encore. Je voulais qu’elle comprenne que son plaisir m’en faisait… Que je ne faisais pas ça par pitié, pour me vanter ou je ne sais quoi… Que c’était vraiment ce que je voulais faire… Malgré sa cicatrice, elle n’en était probablement pas consciente, mais sa peau était merveilleusement douce. J’explorais son corps comme une carte au trésor, abimée par de dures épreuves mais si précieuse… Je me perdais dans la douceur de sa gorge, elle semblait découvrir la volupté que pouvait procurer un simple baiser dans le cou, dans un sens ça me remplissait de joie et de fierté, d’un autre j’étais peiné, peiné qu’elle réagisse autant, qu’elle semble aussi surprise que moi, peiné de me dire qu’on pouvait tant passer à côté de cela… du plaisir, de la satisfaction de ne se soucier que de l’autre…

M’arracher à elle avait été difficile. Douloureux semblait le seul mot véritablement approprié. J’avais eu l’impression de me déchirer en séparant mon corps du sien. Une chance que nous n’ayons rien commencé de sérieux… Ce n’était que de sage préliminaires. Je n’avais pas encore goûté à la douce moiteur de ses cuisses. Je ne m’étais pas fondu en elle… Autrement, probablement aurais-je été incapable de bouger… Sa peau me manqua à l’instant même où le vide se fit entre nous, l’espace, quelques centimètres qui me semblaient un abime infini. J’avais plongé, je m’étais caché. J’avais maudis le temps et l’espace, le monde entier. J’avais maudit ma mère qui interrompait ce moment si difficilement unique. Sa lueur avait disparu et avec elle la si surprenante magie, étrange, qui semblait crépiter autour d’elle.
Je m’étais vite retrouvé seul… avec l’impression d’avoir été abandonné… totalement.


Eve raccompagnait Cassidy, s’occupait d’elle, bien loin d’imaginer à quelle étrange scène elle aurait pu assister si sa voix avait échappé aux jeunes gens. Tout aurait pu être différent. Si elle s’était approché de cette lueur dans la pénombre sans crier, elle aurait trouvé les jeunes gens, s’embrassant, se caressant, semblant se découvrir comme si c’était la première fois, comme si c’était leur première fois… Car à travers l’expérience qu’ils dégageaient, l’habitude que trahissaient leurs gestes, il y avait les craintes, la douceur, la timidité de deux adolescents…comme si pendant un court instant, ils avaient été ces deux ados, épris l’un de l’autre, qui découvraient leur corps, celui de l’autre et ne pouvaient le faire qu’avec une infinie tendresse. Comme dans les livres. Comme dans les belles histoires d’amour. Une première fois parfaite au goût doucereux du bonheur.
Elle aurait pu entendre les mots de son fils. Des mots d’une rare honnêteté, d’une rare implication, plein de douceur et de confiance, de reconnaissance et d’affection. Elle aurait compris ce que lui ne comprenait pas. La raison de ces mots et de l’émotion qui les rendaient plus intenses. Elle aurait compris l’émotion aussi qu’il ressentait, pour la lui traduire peut-être. Elle aurait juste vu deux jeunes gens attirés l’un par l’autre mais pas que… Elle aurait vu beaucoup. Elle aurait entendu beaucoup. Elle se serait dit que ses espoirs n’étaient pas vains et que ses plaisanteries scabreuses sur le célibat de l’un pouvaient trouver un écho. Elle se serait dit que tout n’était pas perdu…

Elle avait un discours étonnant sur son fils. Elle ne savait pas vraiment comment il était… Parce qu’il ne lui avait présenté aucune petite copine. Elle l’avait même cru gay pendant un temps, surtout après avoir appris ce qui se passait dans son pensionnat. Le silence qu’avait gardé le jeune homme à ce sujet, pendant toutes ces années, l’effrayait un peu. Mais il y avait quand même eu des filles, elle le savait, ça défilait de temps à autre, c’est aussi pour ça qu’il avait sa chambre très à l’écart… Qu’il mène sa vie comme il l’entendait évidemment, il pouvait aimer qui il voulait… Mais elle souhaitait des petits enfants elle !!!! Cassidy l’avait alors défendu contre toute attente et Eve était restée surprise, perplexe même avant de se mettre à sourire. Elle ne savait pas pourquoi la jeune femme parlait ainsi mais elle n’avait pas eu spécialement l’air de l’apprécier jusqu’alors donc ça lui faisait plutôt plaisir. Le jeune homme devait bien se comporter avec elle… Et puis… peut-être n’était-elle pas si indifférente à ses beaux yeux orangés et ses sourires…
Elle l’avait raccompagnée… Il y avait eu l’altercation avec son fils… Elle avait tout de suite compris qu’elle en avait trop fait. Mais à le voir, l’air de rien, elle lui en avait terriblement voulu… D’avoir laissé la jeune femme seule, de ne pas être capable… d’être normal et différent… D’être toujours cette espèce de zombie souriant qui avait remplacé son petit garçon tellement vif et qui disait si facilement ce qu’il pensait. D’avoir laissé Cassidy… De ne pas… se battre pour elle. Elle avait toujours cru qu’eux d’eux finiraient ensemble. C’était tellement parfait dans sa tête. Tristan avait l’air si amoureux quand il était petit. Elle les voyait déjà mariés, faire des bébés magnifiques. Elle voyait l’équilibre et la douceur dans leur couple. Au lieu de ça… il ne semblait rien en avoir à faire d’elle, ne pas être jaloux qu’elle ait un copain, ne pas… se battre pour elle. Ca la révulsait. Son indifférence… Si elle avait su à quel point il était tout sauf indifférent…

Tristan était parti voler pour tenter de se changer les idées. Eloigner de son esprit les tentations, les pulsions, tous ces étranges chamboulement qu’il ressentait trop près de la jeune femme. Ca devenait de pire en pire. La douleur d’avoir été séparé d’elle le surprenait, l’étourdissait. Alors il était parti vers la seule chose qui le réconfortait toujours, le vol. Il était rapide. Aucun dragon n’avait encore réussi à le battre à la course et la plupart ne pouvait qu’à peine se gausser de voir l’éclat de ses écailles tant il filait dans le ciel. S’il était plus petit que beaucoup de ses congénères sous sa forme de dragon, il était d’une incroyable résistance. Il fallait bien ça et des muscles solides pour soutenir ses ailes tellement plus grandes que celles des autres. Elles lui permettaient de fendre les cieux et de s’élever bien plus haut que les autres. Son agilité dans les cieux en faisait une cible impossible à suivre. C’était son élément… Kayla et lui se chamaillaient beaucoup là dessus, affrontant chacun l’autre dans son élément justement. Elle était de l’eau. Dans les régions du sud, les grandes plaines désertiques étaient courantes. Elle était de ceux qui apportaient l’eau là où il n’y avait rien que la désolation… Cet élément lui répondait et chantait pour elle… Et elle était la plus extraordinaire nageuse qu’il connaisse. Parfaitement amphibie elle lui avait appris à rester sous l’eau, à calmer la brûlure de ses poumons quand l’air lui manquait, à économiser chaque mouvement… Mais lui était incroyablement lent dans l’eau alors qu’elle s’y déplaçait avec l’aisance d’une sirène.
Penser à Kayla lui apporta une curieuse nostalgie. La dragonne, son éternel sourire et son air dominateur lui manquaient un brin. Elle savait toujours quoi dire et quoi faire. Il aurait aimé lui parler de ce qui lui arrivait. Il avait besoin de savoir, auprès d’un congénère, si c’était normal… ou s’il ne tombait pas malade… Tomber malade était peu courant… mais fulgurant pour eux après tout…


Voler m’avait fait du bien… Mais je n’oubliais pas. Je ne l’oubliais pas, ni la sensation de sa peau, ni le fourmillement dans mon ventre quand elle m’avait timidement souri. Disons que ça devenait juste plus simple. Comme si c’était normal. Comme si je n’avais pas à m’en faire, comme si ce n’était pas grave. Le feu dans mes reins se tut. J’avais toujours envie d’elle mais je n’étais plus affamé. Ne pas avoir besoin d’oublier nos caresses avec une autre me rassurait étrangement. Je n’avais jusqu’alors jamais eu ce type de préoccupation. Si une demoiselle m’était inaccessible, trop réticente, me rabattre sur une autre ne me gênait jamais. Mais je n’en avais pas envie. Mon esprit et mon corps n’étaient tournés que vers elle pour l’heure et ça m’allait dans un sens. Même si c’était douloureux. Même si réfréner mes besoins me faisait mal. Je n’avais pas dormi cette nuit-là. J’avais volé longtemps, trouvant l’apaisement dans les cieux si sombres et dans les clins d’oeil que m’adressaient les étoiles. Quand j’étais finalement rentré j’avais trouvé une assiette sur mon bureau: de la viande froide, du fromage, des petites tartines. Une attention de ma mère pour s’excuser je le sais de ses paroles. Je ne m’en voulais pas vraiment mais je savais que je lui avais aussi fait de la peine. Mais que mes paroles étaient tout de même méritées… Je grignotais pensivement ce qu’elle m’avait préparé tout en me plongeant dans un rapport qui resta tel quel tant mes pensées étaient ailleurs.

Je pensais à Cassidy, à son étrange lumière, à la magie qui émanait d’elle et dont elle niait l’existence. Le puzzle se reconstituait lentement dans mon esprit. Je ne connaissais pas tous les pendants et les aboutissants mais je comprenais petit-à-petit qu’elle avait cessé de croire en son potentiel magique, qu’elle n’espérait plus. La raison aussi pour laquelle elle m’avait parlé de rêves brisés. Peut-être, oui peut-être, pouvais-je faire renaitre au moins un peu ceci et cette perspective me réjouissait. Mais elle était butée. Et apparemment ne voulait pas entendre parler de magie de ce que j’avais compris. Il fallait qu’elle en prenne un peu conscience elle-même, progressivement et alors peut-être… qu’elle se rendrait compte… Je me mis à fouiller dans mes sacs et en ressortis un livre de magie que j’avais toujours sur moi. Nous en avions tous un exemplaire avec tout ce que nous devions en savoir. Mais j’avais annoté le mien au fil du temps et des expériences de mille détails, impressions, j’avais rajouté des feuillets illustrés. Tout ce que j’avais pu rencontrer de magique y était annoté ou du moins signalé parmi toutes les manifestations possibles. Je n’avais pas annoté les premières pages évidemment, elles ne dévoilaient que des généralités sur la magie qui entourait notre monde, les dons de chacun etc. Les généralités concernaient un bon pavé du bouquin initial et le plus clair de mes notes, j’avais dû les réunir dans un cahier à part… J’avais beaucoup expérimenté la magie… pas en bien en général, j’étais plutôt celui qui s’était pris la magie dans la face… J’hésitais un peu à lui donner le bouquin et mon carnet… mais celui-ci risquait de faire trop prétentieux, rien que le livre alors pour l’instant… Nouvelle hésitation de ma part… J’avais envie de lui dire pour moi. Ca serait plus simple. Lui dire que j’étais un dragon, lui dire tout ce que je sentais. Lui dire donc que je voyais, je sentais la magie autour d’elle. Elle ne pourrait rien trouver à y redire.
Mais ce n’était pas vraiment ce qu’il y avait de plus simple à dire… J’avais un autre livre… sur les dragons, bien écrit, qui retraçait des légendes, tout ce que les gens avaient recueilli comme informations sur eux…


Après cette décision de passer lui apporter ces deux ouvrages le jeune homme avait pu se pencher sur les rapports et son compte rendu et avait travaillé suffisamment pour en être également content. Il avait enlacé sa mère au petit déjeuner, ce qui avait rassuré cette dernière et réconcilié le fils et la mère.
Puis après avoir passé la matinée à donner un coup de main il était passé en début d’après midi chez les Herediane. S’il s’était promené dans la matinée, pensant croiser Cassidy ça n’avait pas été le cas et il avait été réquisitionné suffisamment longtemps par les voisins pour aider à réparer des clôtures pour ne pas entendre parler de l’étrange inconnu et de son loup.
Ce fut Marilyn qui lui ouvrit. Le grand jeune homme portait un pantalon noir et une tunique moulante de la même teinte, trop moulante d’ailleurs vu la bouche ouverte de la voisine. Les manches courtes étaient si serrées à mi-biceps qu’elles semblaient prêtes à exploser sous la tension de ses muscles. Les cheveux coiffés en arrière, seules deux mèches rouges venaient se rebeller sur son front. Ses marques dorées, une de chaque côté qui partait du lobe de son oreille jusqu’à mi-joue environ, luisaient légèrement avec l’éclat du soleil et accentuait étrangement le carré de sa mâchoire. Il tenait un petit bouquet de fleurs sauvages dans une main, les livres dans l’autre. Impeccable jeune homme au sourire d’ange, il semblait pourtant bien plus honnête qu’au premier jour. Il sourit à son hôte.

Bonjour dame Herediane. Je passais apporter des livres à Cassidy… et des fleurs pour vous mais ne le dites pas à Jordeth, je risque de me faire tirer les oreilles s’il me voit aussi charmeur autour de sa magnifique femme.

Flatteur et beau-parleur, Tristan savait que ça ne faisait jamais de mal à une femme d’entendre qu’elle était belle. Surtout de la part d’un jeune homme. Surtout de la part d’un aussi beau jeune homme et ce même si elle était mariée et même si évidemment il ne lui tournait pas du tout autour. Elle rougit et il eut comme un flash. Pendant une seconde un visage de petite fille était passé devant ses yeux. Cassidy rougissait souvent quand ils étaient enfants. Du moins il avait l’impression de s’en souvenir. Cette coloration qui envahissait les pommettes, ce sourire… Elle tenait de sa mère… Même si depuis elle avait énormément changé.
Elle le fit entrer et il releva les yeux vers une haute silhouette qui avait attiré son regard et changeait beaucoup du cadre habituel. Un grand jeune homme lui faisait face plus loin, pouvant rivaliser de taille avec lui et de muscles. Automatiquement, le jeune homme carra un peu plus les épaules, trop de testostérone dans une seule pièce… Il était blond, aux yeux bleus, souriant, plutôt beau garçon. Le Drakkari se figea, ses muscles se crispant alors qu’il jaugeait son « adversaire » d’un regard. Bon combattant, ça se voyait d’office pour un oeil averti. Et probablement même dangereux quand la situation le nécessitait malgré ses grands sourires avenants. Qu’est ce qu’il faisait là celui-là ? Il ne l’avait jamais vu ? Peut-être que son corps avait déjà compris ce que son esprit ne voulait pas voir. Mais ils se mirent sur la même longueur d’onde quand Marilyn fit les présentations.
Le jeune homme se referma aussitôt, comme une huître. Son beau sourire sincère se mua en celui de son masque de politesse et de bienséance alors qu’il tendait la main par automatisme pour serrer celle du grand gaillard. Une main grande, un peu moins que la sienne, loin d’être aussi chaude, mais chaleureuse, rude probablement à cause du maniement des armes, contrairement à la sienne, une main qui devait souvent se poser sur elle. Cet homme n’avait pas l’air mauvais, bien au contraire, il inspirait la sympathie. C’était d’autant plus difficile. Il aurait préféré avoir en face de lui une ordure finie, à tabasser et éloigner de Cassidy. De toute façon il ne réfléchissait plus vraiment. Il souriait juste, récitant un « enchanté » programmé dans tout son programme de jolies formulations toutes faites.

Un humain gentil, qui semblait sans histoire. Si ce n’est son étrange animal qui s’était approché et fixait le Drakkari comme s’il voyait à travers l’enveloppe humaine le puissant prédateur. Tristan ne moufta pas davantage que le loup même s’il était surpris. Peu d’animaux s’approchaient aussi près sans crainte ou soumission. Or l’animal ne sentait absolument pas la peur.


Quand je l’avais vu, je ne sais pas pourquoi, mais j’avais tout de suite su qui était cet homme. En même temps qui pouvait-ce être ?
Mais quand Marilyn avait dit son nom, son statut. J’avais senti un vertige me prendre. Je suis un dragon. La dernière chose que l’on peut ressentir c’est bien le vertige… s’il nous surprend parfois dans des vols excessifs il ne nous désarme jamais. Pourtant j’eus l’impression d’être désarmé, pataud, inutile, totalement transparent… Je savais que rien ne transperçait mon masque de politesse, mon masque de bienséance et pourtant je me sentis vide et seul. Mon estomac se tordait comme si je n’avais rien mangé depuis des jours. Mon coeur battait vite dans ma poitrine, il comprimait fort mes poumons, j’avais du mal à respirer… Je ne connaissais pas ces étranges sensations qui prenaient mon corps à cet instant. Mais elles étaient désagréables. Je savais que c’était par rapport à ce que je venais d’entendre. Je ne suis pas stupide. Je comprenais que c’était par rapport à elle. Son petit ami… Oui… J’avais oublié. Vraiment, totalement. J’avais oublié qu’elle avait quelqu’un dans sa vie. J’avais oublié que je m’étais rapproché d’elle contre tous mes principes. J’avais oublié que j’avais défié mes croyances pour elle. J’avais oublié cet homme auquel elle appartenait. J’avais oublié ma bêtise, le mal que je faisais. La culpabilité m’assaillit avec la pesanteur de ma lâcheté, de mon erreur et de ma cruauté. Qui étais-je pour tenter une femme pareille ? Qui étais-je pour la soustraire à l’homme qui occupait sa vie ? Elle n’allait pas que repartir bientôt. Elle allait repartir CHEZ son compagnon. Mes oreilles bourdonnaient, j’avais mal partout… je ne me souvenais pas de m’être cogné ou quoi que ce soit. Peu de choses me demandaient des efforts pourtant j’avais l’impression d’avoir des courbatures partout. Je ne valais pas mieux que les salopards qui l’avaient séquestrée.

Extérieurement je devais juste avoir l’air normal, souriant, un peu curieux. Intérieurement j’étais désolé… dans le sens perdu, dans le sens abandonné… Marilyn me parla. J’entendis sa voix comme à travers une vitre. Elle me proposait de rester, voir Cassidy, son seul nom amplifia le poids de ma culpabilité. Je déclinais d’un sourire, d’une excuse bidon, un mensonge de plus pour m’éloigner vite, tellement vite. Je regrettais d’avoir apporté ces livres. Je regrettai tout. Qu’est ce que je lui avais fait ?! La tenter de la sorte… Elle avait un copain. J’avais maudit ma mère, je la bénissais à présent… pour m’avoir empêché de commettre un irréparable de plus.
Il ne me restait plus qu’à me tenir à distance et chasser de mon esprit la jeune femme, au plus vite… avec autant de femmes que nécessaire !

J’étais sorti dans cette optique, partir très vite, me transformer, trouver des elfes, des humaines, des sirènes peu importe et baiser jusqu’à ce que mon corps ne soit que douleur de courbatures et satisfaction de luxure. Mais on m’avait alpagué réellement pour du travail, des réparations nécessitant ma force ou ma haute taille et j’avais trouvé dans le travail physique un certain réconfort…
Ce ne fut qu’en milieu d’après-midi que je pus m’éclipser, trouver mes proies, oublier le gentil garçon, oublier le masque, oublier la sincérité que j’avais pu avoir avec elle, l’oublier. Aucune des femmes qui soupira sous mes caresses n’avait la douceur de son odeur, la délicatesse de sa peau et si je me souciais d’elles et les menaient plus d’une fois à l’extase je me souciais avant tout de moi cette fois-ci, du feu dans mes reins, de chasser le visage qui hantait mon esprit et se découpait derrière mes paupières closes quand je fermais les yeux. Elles gémissaient, m’appelaient, me suppliaient certaines, j’obéissais, comme le brave toutou dressé que je suis, cherchant le réconfort entre les cuisses de ces dames, dans l’ivresse du sexe et de l’alcool. Mon esprit finit par se délier sous la consommation des deux, l’alcool l’inhiba, le manque d’irrigation le ralentit. Je m’entendis pourtant, un peu assommé, gémir son nom, à chacun de mes orgasmes… si petits, si faibles je le savais comparé à ceux que j’aurais eu avec elle. Ma gorge me brûlait. Pas qu’à cause de l’alcool qui l’irritait, j’avais envie de pleurer en pensant à elle. En pensant à ce que j’avais failli faire. En pensant à ce qu’elle devait faire avec son petit ami… En l’imaginant tremblante, frémissante sous le corps du grand blond baraqué… Ma conquête du moment poussa un cri aigu sous la virulence de mes coups de reins pour chasser cette nouvelle image. Au moins elle avait l’air d’aimer…


Il était rentré au matin, fourbu, décuvant à peine. La quantité d’alcool qu’il avait dû consommer pour assommer le dragon était colossale et les effets ne disparaissaient pas si vite malgré son puissant métabolisme. D’ailleurs il était tellement désorienté en volant qu’il avait erré un moment au dessus des nuages sans trop savoir où il était.
Les muscles tendus par les courbatures de son après midi et sa nuit très actives, le jeune homme n’avançait pas tout à fait droit mais rentra pourtant dignement chez lui, s’enferma sous la douche un moment puis s’écroula sur son lit, tout nu, s’endormant comme un loir.
Ce fut sa mère, inquiète de ne pas l’avoir vu la veille au diner qui le découvrit, un peu rassurée, profondément endormi et secoua la tête en le recouvrant d’une couverture. Elle soupira, ne comprenant pas tout de son comportement mais se doutant bien qu’il avait besoin aussi de relâcher la pression qu’il vivait chez les chevaliers tous les jours. Ses vêtements de la veille sentaient l’alcool. Elle fronça les sourcils. Elle avait vu les Herediane qui lui avaient dit pour Jilian, aperçut le grand blond de loin, il avait l’air adorable. Etait-ce vraiment une coïncidence que son fils rentre saoul au petit matin juste après l’arrivée de celui-ci.

Le jeune homme ne dormit finalement pas beaucoup, se réveillant vite. Eve soupira en le voyant, un peu fâchée. Quelle injustice ! Il était clairement enivré d’alcool quand il était rentré et il avait à peine dormi deux heures. Pourtant il se levait parfaitement sobre, décoiffé, les cheveux désorganisés et baillant tel un gros félin paresseux en exposant ses canines à qui voulaient les voir mais en forme et parfaitement maitre de ses gestes et sa conscience. Les drakkaris étaient injustes envers les humains de leur imposer une telle résistance…
Il avait mangé, avait promis de donner un coup de main et était allé se promener, bien content de ne pas avoir son petit frère dans les pattes vu que ce dernier était à l’école. Il s’était tranquillement adossé à un arbre, le nez en l’air, fixant les branches au dessus de lui, rendues ombres chinoises par le soleil éblouissant quand il avait entendu une voix dont il avait trop bien retenu les sonorités. Jilian.
Le jeune homme rabaissa les yeux vers le garçon qui s’approchait de lui, se composant un sourire poli alors qu’il avait envie de le renvoyer dans les jupes de sa copine… Mais politesse oblige, il se redressa simplement, croisant les bras sur son torse, faisant un peu rouler ses muscles en écoutant le blond. A propos de Cassidy ? Quoi elle n’était pas satisfaite de monsieur ? Il voulait peut-être des conseils…
Mais il y eut les cris… Des Kaärs.

Je pouvais sentir la peur des villageois. La haine et la cruauté de ces hommes. Déjà nous nous séparions pour aller défendre le village. J’aboyais des ordres aux hommes valides présents. Ils devaient mettre les femmes et les enfants en sécurité, se barricader dans leurs maisons, fermer les volets. Ceux qui s’en sentaient capables pouvaient défendre… Mais je n’étais pas tellement pour qu’ils le fassent. Ils risquaient plus de me gêner qu’autre chose. Chacun devait se battre pour sa vie et celle des autres.

Tristan avait filé jusque chez lui. Parce que la maison de sa mère était un peu à l’écart, facile d’accès. Il avait un mauvais pressentiment qui se révéla juste.
Deux Kaärs étaient entrés. Eve était seule avec la mère de Cassidy qui était venue boire un thé. Elles discutaient tranquillement de leur enfant respectif. Il n’y avait pas d’hommes à la maison. Les deux Kaärs qui étaient entrés étaient armés. Eve en tenait un à distance en balançant des grands coups de poêle dans le vide et Marilyn brandissait un tisonnier mais les ricanements des deux brutes prouvaient bien que les deux femmes ne leur faisaient absolument pas peur.
Tristan vit les chevaux en arrivant en dérapant devant chez lui. Il rentra en trombe dans la maison, sans arme et se précipita sur les deux hommes. Ils se retournèrent en l’entendant arriver, pas assez vite pour le premier qui ne comprit pas pourquoi brusquement il était soulevé de terre et passait à travers une fenêtre. Le deuxième essaya aussitôt de le transpercer de son épée mais Tristan évita sans mal la lame qui plongeait vers son ventre, saisit le poignet, le brisa d’un retournement sec et l’envoya à l’extérieur rejoindre son camarade. Lançant l’épée du gaillard à sa mère il parla d’une voix extrêmement calme.

Verrouillez derrière moi, ne faites pas de bruit, restez là. Tout ira bien.

Et il ressortit. Sa chambre était accessible depuis l’extérieur donc il n’avait pas besoin de rester dans la maison. Sa mère obéit aussitôt, les mains tremblantes, lui criant de faire attention. Il verrouilla les volets depuis l’extérieur, se dirigea vers les Kaärs qui s’étaient relevés et l’attaquaient en même temps malgré le poignet brisé de l’un. Il utilisa l’arme du premier contre le second et brisa la nuque du survivant après un brillant combat au corps à corps puis se dépêcha de chercher son épée longue, son arc et ses flèches. Pas de temps pour son armure, il ferait sans. Ceux-là n’étaient que des sous-fifres et ils se débrouillaient bien, les autres seraient plus coriaces, il ne pouvait pas faire attendre les villageois. C’était un choix comme un autre. Son corps était résistant. Il guérirait.
Courant de nouveau vers le centre, il abattit en chemin un homme qui avait attrapé une femme et l’avait jetée au sol. La flèche tirée avec l’arc à double courbure avait une telle puissance qu’elle transperça le crâne de l’homme, ressortit par l’un de ses yeux et alla se ficher dans la poutre d’une bâtisse juste derrière. Il s’écroula raide mort.
Deux autres suivirent le même sort. Ils l’avaient entendu arriver et un groupe se regroupa finalement, abandonnant les villageois qui se défendaient comme ils pouvaient pour se ruer sur le Drakkari. Une fille eut la bêtise de vouloir soutenir le grand jeune homme en se ruant dans la mêlée dans un grand cri, armée d’une épée qu’elle ne pouvait qu’à peine soulevée. C’était risqué et Tristan, pour la protéger dut se ruer devant elle. Elle fut poussée sans ménagement dans une maison dont il tira et bloqua aussitôt la porte alors qu’il repoussait ses adversaires comme si de rien n’était… Pourtant elle était persuadé d’avoir vu l’éclat d’une lame se ficher dans le torse du jeune homme.


Je me doutais que les lames étaient enchantées. Les Kaärs enchantaient tous leurs lames comme nous. Pour ne pas qu’elles s’émoussent ni se brisent sur une armure trop dense, pour qu’elles soient plus légères parfois, plus faciles à manier. Soit je me prenais cette lame, soit c’était cette petite écervelée, la soeur d’Emelyne. Je n’avais pas vraiment le choix. Au moins cette gamine était en sécurité à présent. Son assaillant avait enfoncé la petite lame du couteau qu’il brandissait vers elle jusqu’à la garde, juste sous mon nombril. Je la sentis me transpercer la chair, les entrailles, la chaleur de mon propre sang qui s’écoulait sur ma peau, fuyant mon corps, la douleur aussi qui me disait qu’il m’avait probablement abimé quelque chose d’important… peut-être le foie… juste un peu. Je le décapitai d’un coup de mon épée, shootant dans sa tête comme dans un ballon pour atteindre l’un de ses compagnons en plein torse avec une telle force qu’il trébucha et s’écroula en arrière.
Je me battais sans réelle pression. Ma blessure ne me gênait pas plus que ça, le nombre de mes assaillants davantage même si je pouvais toujours me transformer à tout moment et me battre d’une toute autre façon. J’avais bien entendu l’homme qui arrivait derrière moi mais trop m’attaquaient en même temps et je devais parer trois lames de la mienne. J’allais tenter une feinte mais un grand bruit derrière moi retentit. Mes adversaires écarquillaient les yeux. Je ne compris qu’en jetant un rapide coup d’oeil que mon lâche attaquant venait de se faire écraser par l’un de ses petits camarades… morts. Etrange ça. Assommé il gisait sous le corps de son camarade. Me reconcentrant sur le combat, je retournais dans la bataille. Tant pis pour le côté juste. Je serrais fort la main pour la desserrer lentement, mes écailles, plus grandes et plus épaisses se redressaient légèrement, début de mutation de mon corps, mes ongles remplacés par des griffes acérées étaient une arme redoutable. Ma main gauche tenait l’épée, corps humain, ma main droite était dragonne. Plus pratique pour arracher des carotides… J’avais déjà reçu pas mal d’éclaboussures du sang des mes ennemis qui tombaient à mes pieds malgré leur lutte. Certains étaient de redoutables adversaires. Il y avait mon sang aussi. L’odeur du sang réveillait le dragon… et mes bas instincts.


Personne ne se doutait que Cassidy occupait le troisième groupe de Kaärs, qu’elle avait sauvé Arès et aidé Tristan. Personne ne se doutait qu’elle se battait ainsi pour le village ou du moins pour vivre…
Tristan recula un instant, s’adossant à un mur. A ses pieds, devant lui, il n’y avait que des cadavres. L’odeur du sang l’enivrait et lui donnait envie de plus, beaucoup plus. Encore des morts, l’adrénaline du combat, drogue dont il ne pouvait se débarrasser une fois la première dose prise. Sa mâchoire l’élançait, la tentation de se transformer était grande. Il se reprit, retransformant sa main, secoua la tête et courut soutenir Jilian et l’aider à se débarrasser du dernier groupe qu’il repoussait vaillamment depuis tout à l’heure.

Il y eut un bruit de cavalcade, des chevaux… Ils repartaient, du moins les survivants repartaient. Les habitants ressortaient de leurs maisons ou cachettes, se cherchaient, se réunissaient, appelaient leurs enfants. Je mis ma main sur ma blessure. Je portais encore une tunique noire, si elle semblait mouillée par le sang, on ne remarquait pas le mien, ce n’était pas plus mal. Je préférais éviter les esclandres. Ce n’était pas vraiment douloureux. J’avais senti le feu depuis un moment, mais je n’y avais pas vraiment fait attention. L’odeur du feu était omniprésente sur les champs de bataille, j’en avais trop l’habitude pour réaliser que ce n’était pas normal dans un village. Des parents couraient vers l’école. Je compris et les rejoignis, aidant à éteindre les flammes. Je me disais qu’au moins, elle avait été en sécurité, Cassidy, puisqu’elle refusait de sortir de chez elle, quand il était rentré chercher ses armes, Jilian avait dû l’enfermer…

Des professeurs terrorisés, des cris et pleurs d’enfants qui se précipitaient vers leurs parents. Arès vint me rejoindre. Il était blême et avait l’air terrorisé, se jetant contre moi en m’entourant de ses bras. S’il pressa ma blessure, pour une fois, je ne le repoussais pas. Il avait l’air terrorisé. Mes sens étaient décidément trop aigus. Je captais trop de choses en même temps. Il y eut son odeur que je remarquais, diffuse parmi toute celle-ci, son odeur qui émanait, beaucoup plus forte, du vêtement qui recouvrait Arès. Il y eut les sanglots entrecoupés de celui-ci qui peinait à articuler deux syllabes cohérentes. Il y eut son prénom articulé par des enfants épargnés…Son prénom articulé par des adultes terrorisés mais saufs. Grâce à elle. Cassidy… Cassidy les avait sauvés.
Je peinais à comprendre ce que j’entendais… Elle avait affronté des Kaärs, seule contre tous, les avait tenus à distance, avait sauvé tout le monde… Mais avait été enlevée. Le dernier mot m’arracha conscience et je crois que mes sens cessèrent un instant de capter tous ces stimuli. Jilian interrogeait justement les gens et je ne le vis pas réagir mais je me dégageai d’Arès, ma mère venait d’apparaitre plus loin, je lui passais le relais. On parlait de magie noire utilisée sur Cassidy, on parlait d’un groupe puissant…Je me précipitai sur le blond et lui serrai sans ménagement l’épaule alors qu’il se tournait vers moi, surpris.


Occupe toi des villageois. Je vais la chercher. Je te la ramène.

Rien de plus. Je ne voulais pas voir ses parents, je ne voulais pas entendre la moindre protestation. Il avait vu comment je me battais quand j’étais venu lui prêter main forte, il savait de quoi j’étais capable. On avait besoin d’aide au village, j’étais chevalier, j’étais expérimenté… Je ne lui laissais pas le temps de protester et remettant mon épée dans son fourreau attaché à mon dos, je me mis à courir vers la forêt, m’y enfonçant aussitôt. A la première clairière mon corps d’humain fit place à celui du dragon et je fendis les airs à la recherche de son odeur…
Dans quel pétrin elle s’était fichue cette idiote ?!
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 29 Fév - 13:51

Elle ne savait pas. Elle ne voulait pas savoir. Il la trouvait belle avec ses cicatrices ? Avec l’accoutrement qu’elle portait ? Il la trouvait belle quand elle était nue ? Pourquoi ? Elle n’était pas si différente des autres après tout. Oui il avait raison, elle n’avait aucune confiance en elle, vraiment pas. Jilian évitait de dire quoi que ce soit pour éviter de la contrarier, surtout qu’il savait avec quelle véhémence Cassidy se défendait. Elle avait quand même gardé ces mots en mémoire, peut être qu’un jour elle les accepterait. Surtout que Tristan était terriblement sincère. Ses yeux ne mentaient pas, ses yeux n’avaient pas ce regard lubrique et pervers quand il était si sérieux. Oh Jilian aussi la regardait mais ce n’était pas la même chose, le même sentiment, la même impression.

Eve l’avait raccompagné. Et pour une fois depuis longtemps, Cassidy avait été chamboulée. Elle ne savait pas pourquoi mais l’arrivée de Jilian allait changer beaucoup de choses et ça ne manqua pas. Ils s’étaient retrouvés et tous ceux qui les avaient vu ensemble pouvaient enfin voir le visage du vrai petit ami à Cassidy. Elle avait du goût. Et ça n’étonnait plus du tout les femmes jalouses qui convoitaient Tristan. Il était même presque sûr qu’on la traiterait comme une petite trainée ou quelque chose comme ça. Mais la demoiselle s’en fichait. Elle était devenue elle aussi très distante, enfin elle avait regagné son attitude habituelle, son isolement. Et puis elle s’en voulait horriblement. Croire qu’une histoire était possible avec Tristan. Il ne lui avait rien promis après tout, il ne lui avait pas déclarer une seule fois qu’il allait lui prouver qu’il valait mieux que Jilian. Il ne lui avait pas proposé de le rejoindre, de repartir avec lui. Rien… Elle n’était pas très douée en amour, dans ces règles ridicules. On disait que lorsque deux personnes étaient en couple elles n’avaient pas le droit d’aller voir ailleurs. Ne pas convoiter, ne pas toucher d’autres personnes. Dans un sens il y avait la jalousie. Le souci c’est qu’elle n’avait jamais vraiment été jalouse. L’homme avec qui il était, si il couchait avec d’autres femmes ça ne la dérangeait pas, tant que ça restait l’histoire d’un soir. Ils avaient bien le droit de s’amuser, de profiter de la vie. Mais Jilian n’était pas comme ça, parce que c’était un Friholdien, parce qu’il était très attaché à ses valeurs. Et pourtant il laissait faire Cassidy, ce qui était d’autant plus étonnant d’un point de vue extérieur.

Il était arrivé, les présentations avaient été faites et la jeune femme avait eu l’idée en tête de ne plus quitter sa chambre. Elle ne savait pas ce qui se passait en bas, ne se doutait même pas que Tristan voulait la voir. Qu’il était plus sincère, moins dans ses règles, que c’était mieux. Mais la venue de Jilian avait brisé sa sincérité. Il s’était renfermé. Oh ne t’inquiète pas petit dragon, il y a des personnes qui ont des bons yeux. Si Jilian ne disait rien, souriant chaleureusement tout en se contentant de lui serrer la main, Marilyn un peu à l’écart avait froncé les sourcils. Elle tenait d’une main le bouquet de fleurs et de l’autre les livres et observait le comportement de Tristan. La mère de famille était totalement persuadée que son visage s’était fermé. Elle comprit ce que Cassidy avait voulu dire la dernière fois. Il était faux… Il portait un masque. Le changement avait été radical en voyant Jilian. Sauf qu’elle avait encore quelques doutes. Avant de le juger, elle ne manquerait pas d’aller discuter de tout ça avec Eve, discrètement. Juste pour savoir si elle pensait comme elle. Et Marilyn serait certainement servie. Si elle tentait de remettre en place les pièces de puzzle, avec les remarques d’Eve, elles risquaient de se rendre à l’évidence de quelque chose d’énorme.

Cependant à l’heure actuelle Tristan n’avait rien fait. Il repartit bien rapidement. Cassidy avait été surprise d’entendre que Tristan lui avait apporté des livres. Ainsi il était passé par ici ? Il ne savait pas qu’elle n’aimait pas lire ? Cependant, en entendant le nom de celui qui avait fait ce geste, elle ne se posa pas plus de questions et prit les livres des mains de Jilian. Des livres… Elle détestait lire. Du moins depuis plusieurs années. Elle avait toujours cru que les réponses se trouvaient dans les livres. Toutes les réponses à ses questions. Elle en avait lu… des centaines… des miliers. Son travail à la bibliothèque lui permettait de prendre des livres pour les ramener chez elle. Elle avait essayé de comprendre comment lancer un sort, comme apprivoiser la magie. Elle avait essayé de lire les différentes pathologies d’un humain qui ne pouvait pas utiliser de magie. Elle avait lu bien des choses. Mais rien ne lui avait été utile… Vraiment rien. Elle se rappelait encore de la fois où Jilian lui avait apporté quelques livres parce qu’il trouvait qu’elle devait s’ennuyer. Elle les avait jeté avec force et ça avait presque fini dans la cheminée si Jilian ne les avaient pas récupérés à temps. Elle ne lui avait pas dit pourquoi… pourquoi elle n’aimait pas la lecture. Mais il avait vu au fond de ces yeux qu’elle était écoeurée. Alors qu’il la voit accepter sans broncher les livres d’un camarade, ça le surprenait. Il ne dit rien pour ne pas l’énerver mais cela resta gravé dans sa tête.

Ce Tristan était beau, ça ne l’étonnait pas du tout si ils avaient couché ensemble avant son arrivée…

Elle avait pris le premier livre. C’est vrai pour elle qui n’avait pas de magie en elle, la jeune femme se demandait ce que Tristan avait cherché à faire. La narguer ? Non elle ne l’en croyait pas capable. Alors pourquoi ? Il savait bien lui qu’elle n’avait pas de magie. Ou peut être était-ce à cause de ce qu’elle lui avait raconté. Ses rêves brisés… Elle resta un instant perdue dans ses pensées avant d’examiner le second livre. Quand elle l’ouvrit, un mot attira son attention. Dragons. Des flashs revinrent dans sa tête. Elle jeta instinctivement le bouquin comme si il était responsable d’une blessure énorme. Elle ne tremblait pas et n’avait pas peur depuis longtemps. Mais ça… ça encore c’était remuer le couteau dans la plaie ! Quelle logique y avait-il ? Il ne lui avait jamais parlé de dragons… Jamais… Alors pourquoi un livre sur les dragons ?

Jilian qui n’était au courant de rien lui aussi, après tout on ne parle pas de dragons au petit déjeuner, avait ramassé le livre. Il ne lui en voulait pas et le rangea soigneusement dans le chevet près du lit. Avant de sortir seul puisqu’elle ne voulait pas l’accompagner. Il apprit une bien étrange chose d’ailleurs. Encore ce Tristan. Qui aurait couché avec la petite demoiselle. Il resta tout à fait joyeux, comme si il le savait. Sauf que quand la femme se tourna, le grand nordique resta songeur. Cassidy parlait toujours de ses conquêtes d’un soir… toujours. Elle aimait bien le narguer, le taquiner, lui dire les choses avec tellement de désinvolture et de détachement. Il répliquait en rentrant dans le jeu et généralement ça se terminait en… Enfin voilà quoi on avait compris ! Mais là non rien du tout… Entre ça et l’affaire des livres, il se posait des questions. Oh ça ne le dérangeait pas, quand ils s’étaient mis ensemble, les deux jeunes gens avaient fixé des règles, enfin c’était plutôt elle qui tenait à sa liberté. Mais ça l’intriguait sérieusement…

Cassidy de son côté avait ouvert le livre de magie. C’était une vraie mine d’or, elle ne s’attendait pas à autant d’informations. Ce n’était pas un bouquin ordinaire, il était annoté. Des schémas, des formules, ses impressions sur certains types de magie. Comme si il comprenait beaucoup de choses. Pourquoi il n’était pas devenu mage si il s’intéressait autant à ça ? Elle ne comprenait pas… Ce livre était inutilisable pour elle, c’était juste lui rappeler que son rêve était inaccessible. Sauf que Tristan ne devait pas être du genre à s’amuser avec elle. Elle le sentait, elle en était sûre. Elle ne le voyait pas lui donner un livre comme ça sans raison. Un instinct. Sauf qu’il lui manquait des éléments pour comprendre.. Elle regarda un instant son chevet. Le choix d’un livre sur les dragons n’était pas anodin, il voulait sûrement lui expliquer quelque chose… quelque chose qui a un rapport avec la magie et les dragons…

Sauf qu’elle n’eut pas le temps de prendre l’autre livre, Jilian était rentré. Encore une fois Cassidy ne brilla pas à table, sous l’œil inquiet de ses parents. Elle avait été toujours plus ou moins… polie. Du moins elle ne sortait pas de table sans avoir quelque chose dans le ventre… Ca c’était étrange. Et ils avaient bien remarqué sa distance nouvelle depuis la journée. Oh Jilian avait l’air d’être un gentil garçon qui s’occupait bien d’elle sans vouloir lui faire du mal. Alors quoi alors ? Marilyn fronça les sourcils. Entre l’attitude de Tristan ce matin et l’attitude de Cassidy, c’était bien trop synchronisé pour être seulement une coïncidence.

La jeune femme avait cherché des réponses dans les étoiles, mais elle n’avait rien trouvé. Contrairement à Tristan, elle n’en avait pas profité pour coucher avec Jilian. Ses parents étaient à côté et elle était encore perturbée par tout ça. Cependant elle n’arrivait pas à dormir cette nuit. Alors elle s’était levée et installée sur son bureau, très discrètement, allumant très faiblement son cristal Lumis pour relire ce livre de magie. Elle voulait savoir. Etrangement, Tristan avait attiré sa curiosité. Sauf que les infos ne seraient pas complètes si elle ne lisait pas le livre sur les dragons.

La jeune femme fixa le chevet comme si il s’agissait d’un monstre. Elle se mordit la lèvre inférieure avant d’ouvrir avec discrétion le tiroir.

*Oh Cassy… Arrête de réagir comme ça. Ce n’est qu’un livre, il ne va pas te manger ! Ah ah… Je suis drôle…*

Elle attrapa le livre et fronça les sourcils avant de se rasseoir et d’ouvrir les pages. Visiblement le livre avait été écrit par un fanatique des dragons. Des témoignages, de recueil de rumeurs. Certains disaient en avoir déjà vu, d’autres racontaient qu’ils vivaient parmi les humains. Elle tournait les pages distraitement, sans savoir ce qu’elle cherchait quand le mot « magie » lui sauta littéralement aux yeux. Elle resta bloquée sur cette page, ses doigts figés dans leur mouvement pour tourner la page suivante, les mains légèrement tremblantes. Magie ? Elle lut le paragraphe en plissant lentement les yeux. Ca disait que les dragons étaient capables de ressentir la magie. De toute chose… des êtres humains mais aussi du monde. Du moindre végétal à l’air qui s’agitait, en passant par les créatures qui peuplaient les différents recoins d’Ascadian.

Ses yeux se posèrent sur le livre de magie. Dragons… Magie… Dragons… Magie… Elle soupira un instant, se trouvant ridicule. Si ça se trouve, Tristan connaissait un dragon qui pourrait aider Cassidy à voir si elle avait de la magie en elle, aussi faible soit-elle. Oui c’était sûrement ça ! Sauf que des choses lui sautèrent au visage comme une évidence. Son comportement… Comme des flashs au ralenti, elle recolla les pièces du puzzle. Lui en train de sauter dans un arbre sans la moindre difficulté… l’espèce d’allergie au sucre… son attirance pour la viande… beaucoup de viande… saignante de préférence… Comment il l’avait retrouvé sans effort à la fête, les yeux bandés… Ses grognements au lac quand il voulait la protéger… Tout avait un sens et pourtant elle refusait toujours d’y croire. Elle resta coincée un moment, figée, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Puis elle chercha une autre excuse. Les dragons étaient des reptiles ! Pas des êtres humains ! Elle fouilla frénétiquement dans le livre qui lui démentit cette information. Des rumeurs disaient que les dragons pouvaient prendre un corps humanoïde… Elle faillit tomber de sa chaise… Mais sa mère était humaine ! Pourtant son père… en fait ni Eve ni Tristan n’en avait jamais parlé.

Elle inspira profondément et continua de tourner les pages du livre. Tout concordait ! L’attrait pour la viande. Son odorat surdeveloppé. Les autres humanoïdes qui étaient attirés par les dragons, surtout quand la lune atteignait sa phase complète. Seul le sucre n’était pas évoqué… Mais des capacités oui… La jeune femme tremblait. Et si il était dragon ? Il allait la… Elle soupira, du calme du calme… Il ne lui aurait jamais montré ça si il savait pour elle. Si elle lui avait dit… mais ça c’était encore plus… plus impressionnant que sa période d’esclavagisme. Et il ne se serait pas conduit comme ça, si gentiment… Sauf si c’était une ruse… Non pas après ce qu’elle avait vu de lui… Elle refusait de croire qu’il lui ferait le moindre mal… Et puis elle avait de quoi se défendre contre les dragons, elle connaissait leur point faible. Seulement la partie d’un Tristan bestial ne l’enchantait pas vraiment. Il se contenait, mais jusqu’à quand ? Sa vraie nature allait-elle ressortir si il se transformait ? S’était-il déjà transformé ? Avec toutes ses balades c’était bien surprenant qu’elle ne l’ait jamais croisé. Ils devaient s’expliquer, si ça se trouvait elle l’accusait pour rien… Mais si il était vraiment dragon ? Comment devrait-elle réagir ? Bon tant qu’il ne se transformait pas devant elle, la haine ne devrait pas venir. Elle avait peur certes mais tous ces sentiments de peur s’étaient transformés en haine ou colère depuis qu’elle était différente. Elle ne partirait pas loin de lui… enfin elle se tiendrait à distance sûrement… Mais ça dépendait vraiment de la situation. Au moins là elle s’attendait peut être à un changement d’état. Même si il n’avait aucune raison de le faire, pas vrai ?

Le jour commença à se lever. La jeune femme avait besoin de se changer les idées. Elle rangea les livres, regarda Jilian un instant puis s’échappa dans l’obscurité, peu de temps avant que le soleil ne se lève.

Elle n’avait pas dormi et pourtant la jeune femme était partie se balader. Longtemps, très longtemps. Elle ne faisait ni attention à l’heure ni à Jilian qui pouvait s’inquiéter mais heureusement, le Nordique connaissait suffisamment Cassidy pour savoir qu’elle disparaissait mais revenait toujours. Enfin il était un peu inquiet quand même, car il ne connaissait pas cet endroit.

Marilyn était partie rendre visite à son amie Eve. Elles parlaient de tout et de rien mais soudain, la conversation tourna sur leurs incorrigibles garnements. Marilyn se confiant beaucoup à Eve, elle pensait que Cassidy parlait de temps en temps à la mère de Tristan, après tout c’était plus facile de parler à une personne externe.

- Depuis que Jilian est arrivé, Cassidy se conduit… bizarrement. Elle ne mange rien et reste tout le temps enfermée dans sa chambre… Elle n’était pas comme ça il y a quelques jours…

Eve réfléchissait. Il était vrai qu’en plus Cassidy avait tenu de curieuses paroles sur son voyou d’enfant. Marilyn continua son monologue tout en remuant avec sa cuillère le thé dans sa tasse.

- Je ne la comprends plus… Avant elle était encore… enfin elle parlait… elle sortait beaucoup… mais c’est comme si elle avait pris de la distance avec tout le monde

Eve décida de raconter aussi ce qu’elle avait remarqué chez Tristan.

- C’est étrange ce que tu racontes. Tristan n’est pas rentré de la nuit hier. Et ses vêtements sentaient fort l’alcool… C’était comme si il cherchait à se prendre une cuite pour… oublier quelque chose… ou… quelqu’un.

Le quelqu’un n’était pas anodin. Marilyn ouvrit des yeux ronds.

- C’est vrai que quand il a vu Jilian, il a changé… d’expression. Enfin ce n’était pas évident à voir mais… je ne sais pas comment expliquer, c’est comme si il se forçait… Cassidy nous avait dit une fois… que Tristan se forçait, comme si il portait un masque… Et j’en ai eu un peu cette impression…

Elles se dévisagèrent. Seraient-elles en train de tomber sur une révélation plus qu’énorme ?

Sauf que du bruit les interrompit. La porte s’ouvrit brutalement et des Kaärs entrèrent dans la petite maison. Elles poussèrent une exclamation de surprise.

La jeune femme avait longuement réfléchi sur son arbre. Le mieux c’était de parler à Tristan. Et tant pis si il se conduisait mal avec elle… Ils avaient besoin de parler. Ca lui faisait bizarre de dire ça… Ce n’était pas son genre de chercher la discussion auprès de quelqu’un. Pourtant elle fut arrêtée dans ses bonnes intentions par une attaque de Kaärs.

Cassidy n’avait pas réfléchi. Elle n’en avait pourtant rien à faire de son village mais… c’était son village. Et elle connaissait trop bien le chaos que pouvait apporté les Kaärs pour rester indifférente. Sauf qu’elle ne savait pas se battre elle… Se mettre en danger, c’était l’assurance que Jilian ou Tristan ne vienne lui porter secours. Et elle risquait sincèrement de les mettre en danger, ce qu’elle ne voulait pas. La jeune femme avait alors pris le chemin logique de sa maison, lorsqu’un crépitement parvint à ses oreilles, au milieu de pleurs et de cris. Elle ne réfléchissait plus… sans se poser de questions elle se dirigea vers l’endroit où s’élevait une épaisse fumée noire. C’était l’école qui brûlait.

Cassidy savait que contrairement aux autres, elle avait une chance. Parce qu’elle ne craignait pas le feu. Ironie de la situation pas vrai ? Sans hésiter elle plongea dans l’école pour aller chercher le dernier garnement qui avait voulu, on ne sait trop quoi au final. Elle pesta. Ce gamin voulait faire comme les grands, comme son frère mais il ne pouvait pas jouer les héros. Elle le sermonna avant de le faire sortir sans le moindre problème. Sauf que pour elle, ses vêtements brûlaient. Heureusement qu’il y avait de l’eau à proximité. C’est donc une Cassidy trempée qui récupérait son souffle sous les yeux ébahis de tous. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit ce genre de chose. Elle parla de don… On la crut sur parole, qu’est ce que ça pouvait être d’autre après tout ?

Et puis les Kaärs arrivèrent. Deux d’entre eux restaient en retrait. Sauf que Cassidy en avait marre. Elle était fatiguée, avec presque rien dans le ventre, ses révélations, l’arrivée de Jilian, TOUT ce qui s’était passé avec Tristan, ça accentuait sa rage et sa colère. Son pouvoir se nourrissait de ça. Elle devenait alors une meurtrière, qui trouve le réconfort en plongeant ses mains dans les corps encore vivants. Enlever la vie… La détruire… Alors elle la dirigea sur ce qui avait le plus d’intérêt pour elle, les méchants.

La jeune femme eut un changement de comportement ainsi que physique. On sentait un pouvoir sombre, obscur. C’était rare quand elle en arrivait à cette extrémité. Elle était humaine mais sa voix sonnait comme si elle ne l’était pas. Elle se jeta dans la mêlée, sous les yeux ahuris de ses adversaires, qui ne s’attendaient certainement pas à ce retournement de situation. Oui elle aimait ça… tuer… se venger… qu’ils souffrent… comme elle avait trop souffert… Elle prenait un malin plaisir à en faire de la charpie. Un monstre… Qui était le monstre au final ? Les dragons ou elle ? La jeune femme espérait que personne ne la regardait. Car ce n’était pas un spectacle des plus réjouissants. Elle ne savait pas se battre mais sa force compensait et de la plus horrible manière qui était. Elle n’avait pas la classe d’un soldat bien entraîné, ou d’un haut gradé. Elle pouvait faire peur, il valait mieux ne pas l’avoir pour adversaire.

Heureusement, elle savait se contrôler. L’odeur du sang pouvait la rendre complètement cinglée. Elle se rappelait la première fois… ou du moins ce qu’elle avait fait. C’était horrible…Et puis elle avait réussi à dompter ce côté sauvage en elle. Peut être parce qu’elle savait qui elle était et ce qu’elle faisait.

On tenta la magie noire sur elle mais ça ne marchait pas. Elle sentit juste un petit choc mais rien qui ne lui faisait se tordre en deux, aucune souffrance. Cette femme relâchait toute sa haine, toute sa colère, en se battant. Elle était hors d’elle. Voilà tout. Un Kaär arriva quand même à lui porter une entaille au bras. Elle ne semblait pas souffrir, du moins pas dans cet état de folie. Même elle prit son temps pour réfléchir comment envoyer le cadavre dans une direction. Comme si elle avait senti que quelqu’un avait besoin d’elle, d’un coup de main. C’était comme si elle arrivait à sentir Tristan dans sa folie meurtrière. Elle envoya le cadavre dans les airs, sûre d’elle. Ca aussi c’était étonnant !

Celui qui semblait être le chef des Kaärs avait regardé sa prestation. Cette petite était bien plus forte que certains de leurs hommes. A voir sa tenue et sa manière de se battre, on aurait dit une vagabonde, elle ne faisait assurément pas partie des Cheistams. C’était intéressant… si ils arrivaient à rediriger sa haine vers leurs ennemis, elle pouvait devenir un allié de premier choix, c’était certain ! Sauf qu’elle ne se laisserait pas attraper gentiment. Il avait rapidement compris lui au moins qu’elle utilisait une forme de magie. L’homme envoya un cristal devant elle.

Cassidy ne comprit pas. Elle était couverte de sang et d’éclaboussures, ses mains trempées par le liquide rougeoyant, ruisselant sur ses poignets de force jusqu’à ses coudes. Son entaille saignait. Elle regarda avec surprise l’objet puis senti les forces la quitter. Ses marques noires disparurent de son corps alors qu’elle se laissa tomber au sol, cherchant à lutter jusqu’au dernier moment. Le chef Kaär devait le reconnaître, elle avait une sacré résistance…

Jilian se battait bien de son côté aussi. On ne devient pas garde du corps sans raison. Et il fallait reconnaître que le jeune homme avait beaucoup de force. Il était habile. Ses prédispositions naturelles au combat lui permettait d’être plus droit dans ses bottes. Ecko l’aidait beaucoup, dès que son maître était menacé, il le sentait tout de suite. Le fenrÿr agissait rapidement en sautant à la gueule de son adversaire désigné tout en lui arrachant la carotide. Ils formaient un peu duo, même si le nombre d’adversaires était moindre que chez Tristan. Il y en avait encore quelques uns en vie. Jilian n’avait pas l’habitude de se battre contre des Kaärs. A Frihold ceux-ci étaient rares. Et la magie noire n’était pas non plus la bienvenue là bas. Il avait l’habitude de guerriers, d’assassins mais les Kaärs étaient les pires de toute l’espèce humaine.

Tristan vint lui prêter main forte. Il avait remarqué à quel point ce jeune homme se distinguait. Lui aussi était jeune mais avec sa force de Drakkari il était très puissant. Il avait aussi remarqué quand ce dernier avait crier des ordres, d’une voix assurée, comme si il avait l’habitude. Sûrement un capitaine, ou un truc comme ça. En tout cas, il avait l’air d’avoir l’habitude. Lorsque le dernier Kaär tomba, Jilian s’essuya d’un revers de bras son front qui ruisselait de sueur. Le Friholdien avait vraiment combattu dans le moindre répit. Il se tourna vers Tristan en lui soufflant un merci. Lui aussi était couvert d’éclaboussures.

Il laissa Tristan partir de son côté et s’inquiéta alors pour Cassidy. Mais elle était sortie, il se doutait qu’elle était peut être planquée dans un arbre. Après tout la jeune femme ne savait pas se battre et elle savait très bien que se mettre en danger ne pouvait que lui faire du tort. Elle connaissait ses faiblesses. Sauf qu’il ne la vit pas. Jilian rejoignit Tristan. Ce dernier était en compagnie d’un enfant qui pleurait. Une école avait pris feu par ici. Et puis… le choc. Cassidy avait été enlevée, c’est ce qui se murmurait. Il resta un moment bête, ne comprenant pas. Elle attirait les ennuis c’est vrai… Mais comment… en fait elle s’était sacrifiée pour les autres non ? Qu’on laisse les gens en paix et qu’elle se vendait ? Sauf qu’on parlait de combat. Il regarda certains corps au sol, c’était une vraie boucherie. Serrant son épée plus fort dans sa main, il commença à interroger les villageois, son sourire ayant disparu de son visage alors qu’il était très sérieux.

- De quel côté sont-ils partis ?
- Jilian, tu ne peux pas y aller tout seul, ils ont des mages noirs !
- C’est un groupe avec de l’expérience
- Désolé on comprend ce que tu ressens mais… on ne peut pas t’envoyer te suicider non plus
- On va trouver une autre solution, calmement.


Sauf que Jilian ferma un instant les yeux. Il avait promis… Lorsqu’il releva les yeux pour dévisager les villageois, certains plus petits que lui, c’est d’une voix puissante et pleine de défi qu’il se manifesta.

- Si je ne vais pas la sauver, qui le fera ?

Une main s’abattit alors sur son épaule. Il se retourna, surpris. Tristan, encore lui. Il l’avait vu se battre. Ce gamin était plus fort que lui. Pourtant il avait remarqué la blessure et n’était pas sûr qu’il soit utile, aussi bon était-il. Le grand nordique le dévisagea un instant. Le Drakkari avait l’air tout à fait sûr de lui. Jilian savait faire un peu la différence entre un mensonge et la sincérité. Et il avait compris que Tristan ne reviendrait pas sans avoir récupérer Cassidy. Le Friholdien relâcha la pression sur son arme. Tristan n’avait pas attendu son accord, il était déjà parti.

Des bruits de sabots… De la poussière… Pas une voix ne s’élevait. Cassidy se mit à toussoter. Ca tanguait sérieusement. Elle était pliée en deux sur le devant d’un cheval. La position était inconfortable. Ouvrant les yeux un instant, elle les referma aussitôt à cause de la poussière. Son bras lui faisait mal, elle n’avait plus d’énergie et on l’avait menotté. Elle était faible, si faible. Pourtant dans sa faiblesse elle tenta de se faire entendre, comme un rugissement.

« Lâchez moi sales brutes ! »

Un ricanement sorti de la bouche de l’homme qui la maintenant fermement en selle.

- Oh non… D’ailleurs tu devrais remercier notre chef… Grâce à ta capture, ton village a été épargné… Un peu de reconnaissance…

Hein ? Elle ne comprenait pas. Ils avaient abandonné le village ? Mais qu’est ce qu’elle avait de spécial ? Bon d’accord elle avait fait un carnage mais si ils pensaient, ne serait-ce qu’une seconde, à la convertir, ils se trompaient sur toute la ligne. Mais au moins, tout le monde était en sécurité à présent. C’était bizarre de penser ça… Alors qu’elle ne s’occupait que d’elle d’habitude. Peut être était-elle encore attachée à son village. Elle avait eu cependant de la chance, si son pouvoir ne s’était pas déclenchée, elle serait morte à cette heure ci. La jeune femme avait la nausée. Même si elle n’avait pas mangé grand-chose depuis hier, sa position était extrêmement inconfortable.

Soudain, une voix s’éleva.

- Ennemi en approche, il arrive vite

Cassidy grogna. Qui était le crétin suicidaire qui se dirigeait par ici ?

- Il veut sûrement récupérer la fille ! Changement de programme.

Les cheveux s’arrêtèrent. Cassidy était pas mécontente mais elle ne comprenait pas leur attitude. Voulaient-ils se battre ? En même temps ils étaient encore nombreux… L’homme jeta Cassidy à terre sans ménagement. Elle mangea la poussière et toussota. Ne montrant aucun signe de faiblesse, elle se mit encore à parler sur un ton furieux.

« Espèce de lâche ! Vous les Kaärs vous ne valez rien ! »

Des rires apparurent dans l’assemblée. Elle ne manquait pas de culot cette petite. Pourtant affaiblie, blessée, avec des menottes anti-magie, elle ne semblait éprouver ni la peur, ni l’envie de pleurer. Arrogante sûrement. Le chef était descendit de monture aussi et avait sorti un sifflet de sa besace. Il souffla dedans. Un bruit résonna près de la petite forêt où ils s’étaient arrêtés. Un portail s’ouvrit dans le vide et une gigantesque créature ailée poussa un cri peu engageant. Cassidy ne le voyait pas, elle avait la tête face à la poussière mais savait bien que quelque chose se tramait.

- Emmène la fille au camp.

Nouveau rugissement. Elle sentit deux pattes qui s’agrippaient à son dos et l’instant d’après, décolla dans les airs. Les Kaärs s’étaient remis en selle, empruntant un autre chemin. Ils se séparaient ! Leur traqueur devrait faire un choix alors. Soit elle, soit les Kaärs. Sauf que.. heu… oui d’accord. Elle était en train de voler et elle ne voyait pas comme un humain, aussi vaillant soit-il, pouvait la récupérer ?

Le vent lui fouetter le visage. C’était déjà mieux que le cheval. Elle ne semblait pas dérangée par le vide ni le fait de voler. Plutôt embêtée au contraire. Et cette créature, même si elle sortait sortir d’un cauchemar, ne l’effrayait pas plus que ça.

« Hey hideuse tu veux pas me lâcher hein ? Merci pour le transport mais je préfère continuer ma route seule… »

Elle cherchait à tourner en dérision la situation. Ses cheveux flottaient dans le vent, sa queue de cheval était en vrac. En plus ses vêtements étaient encore mouillés de sang, d’eau et d’endroits calcinés par le feu. Cassidy se mit à soupirer lentement.

« Y a-t-il pire que cette situation ? »

Son bras lui faisait mal. Elle sentait le sang qui s’échappait et coulait le long de sa peau. Oui, qu’est ce qui pourrait être pire ?

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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 1 Mar - 22:54

Son manque flagrant de confiance en elle. L’abandon de ses rêves. C’étaient deux choses que je ne pouvais accepter. En fermant les yeux ce matin-là, je croyais pouvoir enfin dormir. J’avais bu, beaucoup, plus que de raison et la virulence de ma passion avait tourné à l’orgie ce que j’essayais de tourner en tentative d’oubli. Je sais que beaucoup d’hommes auraient souhaité être à ma place, au milieu de toutes ces femmes qui me désiraient, me dévoraient des yeux, même si peu d’entre eux auraient pu avoir mon endurance. J’avais ôté l’un de mes bracelets, juste un. Je ne voulais pas faire attention. Je ne voulais plus faire attention. Je ne voulais même pas essayer de charmer. Je ne voulais pas jouer. L’appel que lançait mes hormones était bien suffisant pour les demoiselles réceptives. Pas besoin de mots. Je n’allais pas être gentil. Pas sortir de gentils discours. Pas jouer. Pas fanfaronner. Pas tenter. Pas résister. Je voulais juste faire taire mes pulsions et disparaitre cet horrible malaise qui m’assommait. Il y avait celui de la honte, tellement de honte, par rapport à ce que j’avais failli faire. Il y avait la peine, si colossale qui je ne comprenais pas réellement. Je savais suffisamment de choses sur les émotions humains pour comprendre que j’étais malheureux et désemparé. Mais ce n’étaient pas des émotions dont j’avais l’habitude. Mon corps, mon esprit, dragon, vivait tout avec une extraordinaire intensité. Je n’étais pas sûr de vouloir continuer d’expérimenter ces sensations-là…

Oublier son visage, son sourire, mon égoïsme, ma bêtise…
Pourtant si mes pulsions s’étaient calmées, étouffées par les orgasmes et la fatigue, quand je m’étais allongé sur mon lit, sombrant aussitôt dans un profond sommeil c’est son visage qui était revenu. Et ces deux choses que je ne pouvais accepter.
Cassidy m’avait confié tellement dans cette caverne. J’avais envie de lui rendre la pareille. J’avais envie de la traiter avec toute la douceur qu’elle méritait… C’est pour cette raison que je lui avais apporté les livres, malgré notre brutale séparation. Je voulais réveiller ses rêves. Et si vraiment elle les avait abandonnés, alors j’irais les chercher pour elle et les remettre entre ses mains. Je voulais moi aussi lui dire un secret. Je voulais lui expliquer qui j’étais… J’avais aussi envie de lui montrer à quel point elle se trompait en m’imaginant « parfait ». J’étais à des années lumière de l’être.
Si je lui disais que j’étais un dragon… à moins de le lui montrer, elle ne me croirait pas… alors semer le doute dans son esprit me semblait une bonne idée. Elle était intelligente, brillante même, et ce malgré qu’elle ne s’en rende apparemment pas compte. Je la pensais capable de tisser des liens et de lui en donner d’autres si elle n’y parvenait pas seule. Elle avait bien remarqué quelques unes de mes « facultés »… Si je parvenais à lui dire ce que j’étais… je pourrais lui affirmer qu’elle avait de la magie, qu’elle veuille me croire ou non… Peut-être pourrais-je lui montrer avec mes yeux… Je ne l’avais jamais fait, je savais que ce n’était pas très agréable pour nous. Mais peut-être qu’ainsi, elle me croirait.

C’est dans cette optique que j’avais apporté les livres. A présent je m’en voulais… Je m’en étais voulu dès que j’avais compris l’étendu de ma connerie. Son petit ami était là… me rappelant ce que je refusais d’entendre, qu’elle avait quelqu’un, que ce que je faisais était mal. J’aurais voulu prendre les livres et partir mais ma politesse m’en avait empêché. Il avait fallu que je m’éloigne vite, que j’aille boire et baiser toutes celles que je trouverais baisables. Je n’avais plus envie d’être poli, gentil, serviable, aimant. Je voulais juste vider mon cerveau de ces derniers jours… Le laisser faire comme toujours: l’oubli…


Tristan ne s’était absolument pas douté qu’il était observé par Marilyn, ni que sa mère notait son étrange comportement également. Les deux mères s’étaient réunies pour discuter et il semblait qu’elle mettait à jour de nouveaux éléments. Aux révélations de Marilyn, si sincères, Eve finit par s’assombrir, tournant sa tasse dans ses mains, hésitant à parler. Mais elle était son amie la plus proche, la plus honnête… Et puis elle avait vraiment besoin de parler…

Tu sais… Jack, le père de Tristan… Même s’il était Drakkari, il n’arrêtait pas de me dire qu’il était différent. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi. Surtout qu’il est parti comme tous les Drakkaris peu avant la naissance de Tris… Mais… Quand nous sommes partis, Tristan m’en a terriblement voulu. Même s’il refusait de l’admettre, à l’époque, il semblait en pincer pour Cassidy. Il ne m’a pas adressé la parole pendant des jours. Tu l’aurais vu, boudeur et sacrément rancunier ! Puis il s’est fait à notre nouvelle vie. Pas à ma rencontre avec son beau-père. Ca l’a rendu… comme un ado normal je dirais qui veut juste protéger sa mère. Mais quand il est entré dans cet internat, de son plein gré, il a commencé à changer, vraiment. Pourtant c’était une bonne école, on en disait beaucoup de bien même si c’était strict… Après quelques temps d’essais il n’est pas rentré pendant deux mois. A son retour… il était… différent. Il n’était plus spontané, il ne s’énervait jamais, ne disait jamais un mot plus fort qu’un autre, souriait toujours… Il a toujours été un garçon adorable, tu sais bien, mais il était différent… J’avais l’impression d’avoir une enveloppe vide en face de moi à chaque fois que je le voyais… Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait…Mais il a changé là bas… J’ai su après… que certains garçons plus âgés maltraitaient leurs cadets et les… forçaient à avoir des relations sexuels avec eux… Mais lorsque j’ai enfin osé aborder le sujet avec lui… Tristan a juste souri en me rassurant, me promettant que ce genre de problème n’était qu’une rumeur de plus. J’ai fouillé sa chambre une fois et son sac, j’ai trouvé des mots échangés avec l’un de ses camarades, qui lui demandait s’il avait aimé… si cette femme savait s’y prendre. Je t’avoue que j’ai été profondément choquée d’apprendre que mon petit garçon, jeune adolescent, n’était plus puceau… Je m’en suis tellement voulu de ne rien avoir remarqué… Mais ça ne pouvait pas être la seule raison. Autrement il serait redevenu lui-même après un temps… d’adaptation.  Il a beaucoup changé… Il est toujours… tellement poli, tellement souriant, tellement « parfait ». Pourtant je sais qu’il ne va pas toujours bien, mais il ne me le dit jamais. J’ai su qu’il avait été gravement blessé plusieurs fois, pas de lui mais de ses supérieurs… Il ne dit jamais rien… Pourtant, c’est vrai que ces derniers jours j’ai eu l’impression… de retrouver mon fils… Et ça m’étonnerait que ce soit un hasard que ta fille semble s’ouvrir un peu dans le même temps et que tous les deux se referment autant au même moment… Elle l’a peut-être mieux compris que nous tous… Un masque… c’est vrai… Tu crois qu’ils ont…


Elle ne put pas continuer. Les Kaärs attaquaient…
Tristan ne sut rien du combat que menait Cassidy, ni de celui que menait Jilian de son côté. Il était concentré sur ses propres adversaires, veillait sur la sécurité des uns, aboyait des ordres clairs aux autres. Qu’on lui obéisse ! Il savait gérer ce genre de situation. Peut-être que s’il avait revêtu son armure et sa cape ça aurait été plus parlant… Non pas vraiment. Car l’autorité, il en avait naturellement. Et puis en voyant cet imposant guerrier si sûr de lui, on ne pouvait qu’obéir décidément !
Il aurait peut-être dû prendre le temps de mettre son armure. Pour se protéger… Mais c’était prendre un risque pour une personne du village. Le risque de ne pas arriver à temps, de ne pas être là au bon moment. Il avait passé outre, oui, pas par prétention, non, pas souci de préserver son prochain. Au pire… Il guérirait. A moins que ses adversaires lui tombent dessus tous en même temps, il s’en sortirait sans trop de mal. Pourtant il ne put rien contre le coup de poignard qui lui déchira les entrailles. Mais la douleur était tout à fait supportable vu ses entrainements. Il s’était contenté de se débarrasser de la lame et de continuer de se battre. Ca ne gênait que peu ses mouvements… donc ce n’était pas grave.

Et puis il se retrouva près des écoles, ceinturé par son petit frère qui jouait beaucoup moins au malin pour le coup. Pour la première fois, le grand jeune homme ressentit un véritable élan de sympathie pour son tout jeune cadet. Il le tolérait juste en temps ordinaire et n’avait jamais apprécié celui qui était venu le remplacer, en mieux sans doute, dans le coeur de sa mère. Mais à le voir aussi tremblant, inquiet, apeuré, si loin de ses images prétentieuses et grande gueule, oui, il pouvait l’apprécier. Arès était un gentil garçon dans le fond, du moins si on creusait suffisamment.
Tout était confus. On parlait de Cassidy finalement. Que c’était elle qui avait repoussé l’attaque. Tristan avisa les cadavres d’un regard expert. Etait-elle capable de faire ceci ? Oui probablement… Il n’était pas vraiment choqué. Alors que ça avait l’air d’être un peu le cas de tout le monde.


Déjà des personnes s’adressaient à Jilian comme s’il faisait partie de la famille, comme s’il était l’un des leurs, le retenant pour l’empêcher de se lancer à la poursuite de Cassidy. Ah oui parce que cette idiote avait réussi à se faire enlever. Ca, ça me surprenait encore moins que tout le reste. Qu’elle ait été capable d’user plus que probablement de magie pour se battre ne me surprenait pas vraiment, qu’elle se soit fait enlevée, encore moins. Elle attirait la poisse… Pourtant j’étais allé directement interrompre les discussions. C’était amusant de voir comment ma décision faisait écho à l’étrange questionnement du Nordique. Moi… J’irais la chercher. J’étais calme, expérimenté, rapide. Je la ramènerais c’était aussi simple que cela. Et je lui confiais le village jusque-là.
J’étais parti aussitôt, sans attendre de réponse alors même que je savais que mon comportement pouvait en questionner quelques uns. Les plus intelligents devaient se rappeler que j’étais un Cheistam et que c’était mon devoir, que j’agissais selon les protocoles et que mon devoir était oui, avant tout, de protéger les civils au maximum.

Enfin du moins dans la théorie tout était parfait. En pratique…
J’avais entendu son nom et mon coeur s’était mis à battre vite, fort. Je n’avais pas eu peur pendant la bataille. Je n’avais jamais peur. Je n’étais pas plus inquiet que cela, je pouvais gérer un grand nombre d’adversaires et les blessures m’importaient peu. J’avais l’habitude des combats, de ce genre de situations, vraiment. Pourtant en entendant son nom j’avais été perdu. Qu’elle ait fait ces étranges choses… ça ne me gênait pas vraiment. C’était assez impressionnant certes et ça avait dû être traumatisant. Savoir qu’elle avait été enlevée par contre… C’était une toute autre chose.

La veille, je m’étais obstinée à la chasser de mon esprit. Avec l’alcool et le sexe. En me rappelant avec qui elle était, en me rappelant mes erreurs et écarts. Mais à peine avais-je été au calme que son visage m’avait poursuivi. Malgré mes efforts. Ce fut bien pire à ce moment-là. Tous les moments que nous avions passés ensemble ces derniers jours me défilèrent devant les yeux en accéléré, suite d’images et de sons, de souvenirs… Beaucoup trop en trop peu de temps, ça m’étourdit une seconde. De son ton agressif lorsque nous nous étions vus le premier jour, à son regard plein d’étranges émotions contradictoires alors qu’elle était tout contre moi dans la grotte, la douceur de ses lèvres, celle de sa peau, la splendeur de son sourire si rare… Même si elle était à un autre… Ca ne changeait rien. Je ne pouvais pas la laisser en danger. De toute manière mes principes étaient contre que je laisse une demoiselle en détresse évidemment… Mais ce n’était pas qu’une histoire de principe là… Vraiment pas… qu’une histoire de principe.

J’étais parti, directement dans la forêt. Je me fichais bien qu’on se demande ce que je faisais à partir sans cheval. Je me fichais bien qu’ils sachent pour moi. Une vie était en jeu. Je ne pouvais pas les laisser l’emmener. Surtout après ce qu’elle m’avait raconté, ce qu’on lui avait fait. S’ils la séquestraient… Enfin c’est une belle femme, malgré ses vêtements masculins ils s’en rendront bien compte à un moment ou un autre et là…
A la première petite clairière dégagée, je me transformais rapidement et m’élançais dans les cieux, usant de toute la puissance de mon corps pour m’élever rapidement dans le ciel. Même ainsi ils avaient pris une sacrée avance et je dus m’élever un moment pour saisir le bruit du galop des chevaux. La colère m’envahit alors que je me mis à la poursuite de ce groupe de lâches.



Tristan sous sa forme de dragon était d’une rapidité inégalée mais il ne pouvait pas prendre le risque non plus d’aller trop vite à ce moment-là. En voyant et entendant celui qui les poursuivait, sans vraiment comprendre pourquoi il s’agissait d’un énorme reptile, le chef avait eu la brillante idée d’invoquer une créature sortie tout droit d’un cauchemar pour amener Cassidy à leur camp, qu’ils se séparent… Ingénieux…
Tristan était si en colère que même s’il sentit l’étrange bestiole, il fonça d’abord en piquet sur les cavaliers. Mais ceux-ci se protégeaient de sorts et de flèches et il dut faire de sacrés embardées pour y échapper. Il ne voyait pas Cassidy. Le dragon se concentra sur ses autres sens, entendit la voix de la jeune femme, pleine de provocation, s’adresser à une… bestiole. Il évita une lance, s’élevant hors de portée et se tourna vers la créature déjà beaucoup plus loin. C’était une blague ?
Bah non bien sûr ! Quitte à attirer la poisse, autant que ce soit la totale…

Le prédateur se lança aussitôt à la poursuite de l’assaillant et même pour lui cela devint rapidement intolérable.
La bestiole ? C’était une grande créature noire, cliquetante. Si elle volait elle était également dotée de mandibules acérées qui claquaient sans cesse. Elle dégageait une odeur si pestilentielle que la nausée de la jeune femme avait dû se décupler puissance 1000. C’était un monstre sorti d’un livre d’horreur. Quatre énormes yeux rouges pouvaient tourner indépendamment des autres, lui donnant des airs de caméléons. Sa peau n’était pas constituée d’écailles mais était lisse et râpeuse comme celle d’un requin et couverte d’une espèce de mucus gluant. Les énormes pattes qu’elle serrait sur la jeune femme qu’elle portait étaient munies de griffes démesurées qui se pressaient contre sa chair, risquant à tout moment de la transpercer. Soudain remontant brusquement sous la créature, un dragon rouge et noir se dressa dans les airs, l’arrêtant totalement sur sa trajectoire et lui faisant battre des ailes sur place.

La créature poussa un cri strident hautement désagréable tandis que le dragon y répondit d’un rugissement qui ressemblait à s’y méprendre à un coup de tonnerre. Pauvre Cassidy. Elle ne pouvait pas voir grand chose si ce n’était le vide et entendre les battements d’ailes furieux auxquels s’étaient ajoutés d’autres battements, plus puissants.
Tristan poussa un second grognement envers la créature, plus bas cette fois, menaçant. Elle était vraiment monstrueuse. Son énorme tête était très affinée sur le devant et se finissait par un monstrueux bec… Pourtant lorsqu’elle l’ouvrait, celui-ci était hérissé de crocs démesurés.

Il aurait pu simplement fondre sur la créature mais le risque qu’elle coupe en deux la jeune femme d’une pression de ses serres, qu’elle l’a fasse tomber brutalement était trop important. En la voyant justement entre ces serres, il avait eu un instant de doute et de panique… L’odeur de son sang était importante et lui avait fait pousser un léger grognement. Ils allaient payer.
La créature était stupide… incapable de voir qu’elle avait fasse à elle un prédateur beaucoup plus rapide et mieux entrainé… Elle tenta de s’échapper et ne dut qu’au fait que le dragon ne pouvait pas l’attaquer sans mettre en danger sa proie de ne pas se faire foncer dedans! Tristan la bloqua à plusieurs reprises, esquivant ses attaques, plongeant de côté pour de nouveau la bloquer, peu importe la direction qu’elle cherchait à emprunter.
La créature commença à s’énerver, balança à plusieurs reprises ses mandibules vers lui mais le manqua à chaque fois. A force ce jeu aérien avait révélé à Cassidy l’adversaire qui se dressait devant la bestiole qui la maintenait. Et qui ne l’avait évidemment pas du tout écoutée quand elle s’était adressée avec elle, peu importe le défi et l’assurance dans sa voix. Ladite créature ne semblait apte à obéir qu’à celui qui avait ouvert son portail.

Apparemment il y avait pire comme situation… Celle de se retrouver en prime bloquée par un dragon qui n’avait franchement pas l’air commode. Tristan analysait chaque mouvement de l’horrible monstre. Il n’y avait rien de logique dans sa façon de faire et ça ne l’aidait pas. Brusquement le dragon s’éleva dans les airs loin au dessus d’eux et leur plongea dessus sans que rien ne le laisse présager puisqu’il avait toujours fait des écarts jusque-là. Il allait vite, très vite, tant et si bien que le frottement de l’air sur ses écailles produisait un sifflement. Il heurta le dos de la créature dans un craquement qui ébranla tant et si bien celle-ci qu’elle lâcha sa proie poussant un horrible cri de frustration, plongeant aussitôt son bec dans le flanc de son adversaire.
Les deux créatures des cieux bataillèrent une seconde alors que la pauvre Cassidy chutait mais déjà le dragon s’était libéré et fondait sur elle, se positionnant juste sous elle. Malgré ses efforts, elle atterrit rudement sur son dos. Une chance qu’il n’ait pas d’épines dorsales au contraire de la majorité de ses camarades, elle se serait empalée dessus. Mais elle n’avait aucune prise. Elle avait les mains attachées et glissaient…
Ses mains…

Alors que nous étions tout proche, je l’entendis plus distinctement. C’était un crissement suraigu, extrêmement désagréable, qui me désorientait et me donnait le tournis. Ca venait d’elle… Malgré mes efforts, j’entendis sa respiration se couper sous le choc de l’impact qui m’ébranla moi aussi alors que ça n’aurait pas dû être le cas. Je n’avais jamais porté personne sur mon dos, je ne savais même pas comment faire. Je tendis aussitôt mon esprit vers le sien, tentant de l’envelopper de ma chaleur comme on m’avait appris à le faire pour contrôler les décisions des humains. Il n’était pas dans mon intention de la contrôler à quoi que ce soit, juste la prévenir.

Cassy ! C’est moi. C’est Tristan. Accroche toi !

Je ne savais même pas si elle m'entendait... Je ne savais pas si elle avait lu les livres et si elle avait compris les indices que j’essayais de lui donner sur ce que j’étais. Je ne savais même pas si elle pouvait ne serait-ce qu’imaginer ce que j’étais. Et ce n’était absolument pas le moment de se poser ce genre de question. Pourtant elle ne me renvoya pas une image de terreur. Mais peut-être était-ce parce que j’étais trop concentré sur mon adversaire. La créature venait de fondre sur moi et si je l’évitais d’une embardée Cassidy me gênait plus qu’autre chose, elle déséquilibrait mon équilibre et même si je pouvais m’en accommoder ce n’était pas le cas avec une bestiole qui nous attaquait, je ne pouvais pas faire grand chose en terme d’esquive et puis… ce bruit suraigu me donnait la nausée. Je fermais les yeux une seconde pour me remémorer son image. Quand elle était entre les serres de l’animal j’avais vu ses mains liées. Le pourcentage de chance pour que ce truc soit magique était important… des menottes anti-magie ? Possible… Ca l’affaiblissait énormément. Ca perturbait le dragon qui contrairement à ma forme humanoïde se basait sur les flux magiques pour évoluer. Ca ce n’était vraiment pas bon.
Je n’eus pas le temps de réfléchir davantage, j’étais trop lent. La créature plongea sur mon flanc droit et désarçonna Cassidy. Ses serres parvint à passer mes écailles mais ça, ça n’avait pas la moindre importance. Un choix stratégique s’offrait à moi. J’étais le roi du ciel… A moi de le prouver. Loin d’elle et des grésillements qui l’entouraient je pouvais parfaitement me battre…

Je me dégageais aussitôt et m’élevais pour foncer sur mon adversaire avec une vitesse bien supérieure à celle que j’avais précédemment utilisé pour la libérer. Je projetais la créature de côté et ne lui laissais pas le temps de réagir avant de refermer mes crocs sur elle et de sectionner nerf, chair, tendon, faisant gicler son sang presque aussi sombre que les ténèbres. Je la balançais vers les arbres dans lesquels elle s’écrasa avant de plonger réceptionner Cassidy à quelques mètres à peine de ceux-ci. Le choc fut plus important et lui coupa sérieusement la respiration cette fois-ci. A moi aussi. J’en tremblais un peu. Je tentais une approche la plus douce possible mais elle glissait… Elle était si faible. J’étais surpris qu’elle soit encore consciente.

Nous fîmes un atterrissage catastrophe. Jusqu’à la dernière minute, je crus que je pourrais la garder sur mon dos, mais il se révéla que c’était impossible. Le grésillement était de plus en plus intense à mesure qu’elle faiblissait. Ou elle faiblissait d’autant plus que le grésillement était intense, je ne sais pas. Toujours est-il que je la sentis glisser de mon dos alors que nous étions à quelques mètres à peine du sol d’une clairière. Moi qui étais un spécialiste des atterrissage… tout en douceur, avec une délicatesse hors du commun. Je venais de totalement perdre mon titre. Pour la rattraper j’avais replié mes ailes, l’attrapant entre mes pattes, contre moi, l’entourant de mes ailes. Et étrangement… c’était comme si je savais que cette forme là ne pouvait que lui faire du mal… Je ne sais pas trop, la crainte de l’effrayer, de ne pas la rattraper assez bien, assez tôt. Je me retransformais et ce furent mes bras qui l’entourèrent. Je me réceptionnais sur mes deux pieds mais mal à cause de la vitesse de la chute, tombant presque aussitôt à genoux alors que je la serrais étroitement contre moi, pour ne surtout pas la lâcher.


Ils avaient atterri d’une bien drôle de façon.
Quand Cassidy rouvrit les yeux, elle était contre le torse de Tristan. Le jeune homme était couvert de sang à cause de ses précédents combats et essoufflé par la difficulté de son vol et de sa transformation en urgence. Elle releva les yeux vers lui et il était sérieux, beaucoup trop sérieux et fermé. Après tout, il se doutait qu’elle avait un peu du mal à croire en ce qu’elle voyait. Le jeune homme était quand même une espèce de grosse bestiole volante, extrêmement puissante. C’était à indiquer dans son CV ça ! Mais si elle ouvrait la bouche, le regardant étrangement, il ne lui laissa pas le temps de parler. La déposant au sol il observa ses poignets, serra les main sur l’arc d’une menottes, contracta ses impressionnants biceps et les fit exploser. Il fit de même avec son deuxième poignet et jeta au plus loin d’eux possible le dangereux mécanisme avant de soupirer en portant une main à sa tête. Ouf… C’était mieux ainsi.
Lentement le jeune homme releva les yeux. Il avait l’air si sérieux, trop sérieux… Tout était allé si vite…
Sa voix était extrêmement calme malgré ce qui venait de se passer… C’était comme dans un drôle de rêve, tout était délié, rien n’avait réellement de… sens.

Tout le monde va à peu près bien au village. Tu as sauvé beaucoup de monde. Je n’ai pas vu ton père mais ta mère était avec la mienne. Elle va bien. Ton petit ami aussi… J’étais… plus rapide.

Les derniers mots avaient dits encore plus froidement. Il s’adressait à elle comme il l’aurait fait dans un rapport de bataille, aucune émotion ne transparaissait sur son visage, rien, le néant. Soudain un grand bruit interrompit toute réflexion sincère ou sarcastique de la part de la jeune femme et tout action également.
La créature était toujours vivante et leur fonçait dessus, passant par la forêt, une de ses ailes pendant pitoyablement derrière elle. Au sol, elle était encore plus horrible. Tristan se redressa en poussant un grognement. L’instant d’après son image se floutait, remplacée par celle du dragon qui bloqua la charge de son adversaire. S’engagea un furieux combat au sol. Mais régulièrement le jeune homme se retransformait, évitant ainsi des coups dangereux, clairement moins à l’aise au sol que dans les airs. Finalement c’est de son épée qu’il combattit le plus sérieusement et transperça le corps monstrueux. Les avant bras recouverts du sang noir, il sauta au bas de la grande carcasse difforme pour rejoindre la jeune femme qui avait l’air décidément bien faible malgré sa persévérance à vouloir se tenir debout et son apparent désir de lui prêter mainforte.

Mais encore une fois ils ne furent pas tranquilles longtemps… Le galop des chevaux. Le jeune homme ferma les yeux en grimaçant. Il aurait dû s’en douter. En voyant le dragon attaquer la créature plutôt que de tomber dans leur piège et les affronter directement trop longtemps les cavaliers avaient fait demi-tour et tenté de les suivre. Ils étaient tout proches et maintenant que la créature était au sol ils avaient été encore plus rapide.
Tristan jeta un coup d’oeil à Cassidy. Il ne pouvait pas risquer de combattre près d’elle. S’ils la menaçaient il ne pourrait rien faire. Le risque de la blesser était trop important alors qu’elle avait déjà tant de bleus, de bosses et… Il se souvint de l’odeur de son sang, se tourna vers elle. En effet, la chair de l’un de ses bras était profondément entaillée. Il s’accroupit près d’elle, déchirant le bas de sa propre tunique pour lui faire un bandage de fortune très serré. Il avait l’air si froid sur un champ de bataille, tellement distant… Ou était-ce à cause d’elle? Si elle était près de lui, il s’inquièterait trop, beaucoup trop… Ils pouvaient bien trop facilement lui faire du mal. Il prit brusquement son visage entre ses deux paumes brûlantes, même si elles étaient recouvertes de sang.

Cassidy, écoute moi, c’est important… Je veux que tu restes là. S’ils t’attaquent je ne pourrais pas me battre correctement. Je ne pourrais pas me battre et te défendre. On sera en danger tous les deux. Reste à l’écart sous le couvert des arbres. Je m’occupe d’eux…

Elle ouvrait la bouche, probablement pour protester…Mais que pouvait-elle faire pour l’aider au juste ? Il la regardait de ses yeux trop sévères qui n’avaient plus rien du regard tendre et si doux qu’il posait sur elle il y a encore si peu de temps. Elle avait raison de douter de lui, il ne lui avait rien promis. Contrairement à Jilian qui était toujours là pour elle…
Il se redressa sans lui laisser le temps ni l’occasion de répliquer et fonça directement vers les arbres. Ils étaient tout proches, vraiment proches… Il engagea la bataille avec ses adversaires à quelques centaines de mètres à peine, sous le couvert des arbres, ce qui était un avantage pour lui et sa manière de se battre même si pour le coup il ne pouvait pas utiliser sa forme de dragon.

Sortant son épée, Tristan s’était rué sur ses adversaires. Pourtant il avait poussé son hurlement de dragon, se tenant bien droit au milieu des arbres. Les chevaux lancés à toute allure s’étaient arrêtés, avaient ralentis, certains s’étaient cabrés. La plupart étaient très angoissés et obéissaient mal. Ca avait ralenti leur arrivée mais n’avait pas évité la bataille. Ils étaient encore nombreux. Il ne s’était pas rendu compte qu’il était aussi fatigué… ou qu’il avait perdu autant de sang.
Le jeune homme se battait bien, feintant, plongeant, contre-attaquant, épéiste de génie. Mais il ne pouvait pas lutter indéfiniment contre tous ses adversaires même s’ils tombaient progressivement autour de lui. Ils visaient ce qu’ils pouvaient. Une pique l’atteignit en pleine cuisse, lui transperçant la clair et commençant à se ficher dans l’os. Elle lui aurait transpercé la jambe s’il n’avait pas eu le réflexe de sauter en arrière pour se mettre hors de portée.
Une lame déchira sa peau, se fichant dans le bas de son dos par un lâche qui l’attaquait par derrière alors qu’il luttait contre deux adversaires de front, l’un contré par son épée, pour l’autre il s’était servi de sa main droite pour arrêter la lame… C’était plus une mêlée de corps, de cris, de coups, d’armes blanches et de sang qu’autre chose.


J’avais le tournis, j’agissais par automatisme. Je savais que c’était stupide de me lancer dans cette bataille seul. J’étais déjà affaibli, chamboulé par l’horrible alternative de ce qui avait bien failli lui arriver, ce qui aurait pu lui arriver. J’étais en colère, tellement en colère. D’ordinaire je la maitrisais plutôt bien… Mais tout ressortait d’un coup. Il y avait ma haine pour ce que des salopards de leur espèce lui avait fait subir pendant des mois, il y avait la rage de n’avoir rien pu faire, il y avait la haine que je ressentais envers son petit copain et envers moi-même pour éprouver de telles choses… Eprouver…
Je ne sentais pas vraiment les coups. J’en avais eu l’habitude. Les entrainements étaient rudes et ils m’avaient endurcis. Il y eut une lame qui fit couler le sang entre mes reins, une autre qui déchira mon torse, une de plus. J’avais déjà reçu une dizaine d’entailles plus ou moins sévère à ce niveau-là. Je ne me rendais même pas compte de la gravité de certaines. J’étais juste tellement en colère… J’avais tellement envie de la venger, de me venger… De ce que je n’avais pas le droit de faire.

Je finis par me retrouver seul au milieu de plusieurs cadavres. Leur chef avait réussi à s’échapper et je n’avais pas la force de lui courir après. En fait ce n’était peut-être pas plus mal qu’il s’en aille… Qu’il dise un peu à ses acolytes quel sort nous réservions aux monstres de leur espèce. La faiblesse qui me prit m’apprit que j’avais vraiment présumé de mes forces et je me sentis osciller une seconde, finissant par mettre un genou au sol, me tenant à mon épée en appuyant mon front contre le large pommeau alors que la pointe était fichée dans le sol. Mon sang est celui de mes adversaires se mêlaient sur moi. Une chance que ma tenue soit si sombre, je n’étais pas certain d’être très présentable autrement.

Je dus rester longtemps ainsi car j’entendis sa voix dans le silence de la forêt. Tous les animaux s’étaient tus pendant notre combat et plus aucun ne semblait moufter. Elle avait dû s’inquiéter du silence et de ne pas me voir revenir. Je n’avais pas envie de la voir… Je ne voulais pas… Ce que je lui avais appris en si peu de temps. Enfin, à la base c’était une mauvaise idée que de lui donner ce livre, c’était insensé. Et puis il y avait aussi le fait que je venais de lui imposer un peu la vérité… brutalement. Je n’étais pas sûr de sa réaction et je n’étais pas sûr d’avoir la force de bien réagir si elle me traitait de monstre… Je ne lui ferais aucun mal évidemment, jamais, mais je n’étais pas sûr de rester indifférent comme j’aurais souhaité l’être… Elle me rejoignit rapidement et je me relevais en faisant comme si de rien était, murmurant tout bas une prière pour les morts tombés sous mes coups et ce même s’ils étaient des monstres. J’honorais toujours mes morts…
Elle me dévisageait.
Malgré son teint si pâle et les égratignures qui couvraient sa peau visible dues à ses chutes, à tout ce malmenage, elle était belle. Elle me fixait. Je n’arrivais pas à la regarder dans les yeux. Je me contentais de mon masque. C’était bien celui que j’étais censé avoir avec elle, non ? Avec elle… que j’avais si lâchement tenté de séduire…
Je faisais comme si tout allait bien, comme si je n’étais pas blessé, comme si le sang qui obscurcissait ma tunique et mon pantalon n’était pas le mien.


Viens… Rentrons au village. Ils doivent s’inquiéter. 



Je ne sais pas si elle se tut pour me remercier de l’avoir sauvée. Si elle se tut parce qu’elle n’avait pas grand chose à me dire. Si elle se tut parce qu’elle craignait ce qu’elle pouvait me dire. Si elle se tut parce qu’elle me craignait moi. Si elle se tut par respect. Si elle se tut parce qu’elle était en colère… J’avais l’impression qu’elle était en colère… Pourquoi ? Parce que j’étais distant ? C’est bien ce que j’aurais dû rester non ? 

Si j’avais fait peur aux chevaux, ils ne s’étaient pas enfuis pour autant et je n’en avais blessé aucun. J’en avisais un et la fit monter dessus avant de me glisser derrière elle et de prendre les rênes en silence. Ce silence entre nous était horriblement pesant. Je ne pensais pas pouvoir me sentir encore plus mal. Ma tête tournait, je n’arrivais pas à réfléchir. J’avais envie de lui dire des choses gentilles. De la rassurer. De lui dire que je ne les aurais jamais laissé lui faire du mal… Mais je n’avais pas le droit. J’avais envie de serrer mes bras sur elle et de lui dire que tout irait bien. Mais je n’avais pas le droit. J’avais envie de l’embrasser, parce que c’était doux et rassurant et que c’était plus facile que de parler. Mais je n’avais pas le droit. Ma tête était lourde. Et puis alors que le cheval marchait toujours au pas vers le village, elle commença à parler, d’une voix hésitante… J’entendais ses inflexions mais je n’arrivais pas à comprendre ses mots. Puis mon front vint heurter doucement le haut de son dos près de sa nuque, sans que je ne l’ai décidé. Elle se crispa légèrement, une de ses mains s’appuya sur les miennes qui tentaient de tenir les rênes. Sa voix était plus douce même si elle était crispée. J’eus envie d’ouvrir la bouche pour lui répondre, lui dire que je n’entendais pas. Mais les ténèbres m’enveloppèrent. Je sentis l’élancement dans mon épaule. J’avais chuté de cheval et étais tombé sur le côté, ma tête heurtant le sol avec un temps de retard. Mon épaule me faisait davantage mal.
Son ton était paniqué à présent. Je l’entendais à travers un brouillard. Je ne savais pas vraiment si j’avais les yeux fermés ou ouverts. J’avais mal finalement. J’avais présumé de mes forces. D’ordinaire ce n’était pas vraiment gênant mais là je me sentais partir. Je sentais ses mains se presser sur moi, me retourner sur le dos, tapoter mon visage. Soulever ma tunique. J’entendis son hoquet de surprise distinctement. Ah… Ca devait être moche… En même temps je savais bien que les coups ne m’avaient pas atteint que superficiellement. Mais à ce moment là je m’en fichais tellement… Je me doutais qu’elle s’était approchée malgré ma demande quand je me battais, qu’elle avait peut-être vu d’elle-même ce qu’ils m’avaient fait. Je l’entendis prononcer mon nom, ses mains qui serraient mon visage, la douleur aiguë d’une gifle monumentale qui me ramena une seconde à la raison. Je repris conscience, dans la douleur, la fixant. Elle était blême, elle disait des mots que je ne comprenais pas bien, mon cerveau tournait au ralenti. Me soigner ? Je n’étais pas sûr que ce soit si simple… Et puis sans que rien ne le laisse présager ses lèvres se posèrent sur les miennes et la douleur disparut…
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