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 Un autre monde, une autre histoire

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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Date d'inscription : 09/05/2012
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Feuille de personnage
Race: Drakkari
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 2 Avr - 13:12

Il s’était passé quelque chose dans la salle de bains… Je ne savais plus exactement quoi. Je me souvenais d’avoir eu mal, tellement mal… Je me souviens de la douleur et de la peur, cette peur si sombre qui s’était emparée de moi. Je ne sais plus ce que je faisais. Je crois que j’avais hurlé… Elle… Cassidy n’était pas venue voir si j’allais bien. Cela signifie que j’avais activé mon cube de pierre magique et donc qu’elle n’avait rien pu entendre. Je crois me souvenir que je suis resté d’abord planté dans la chambre sans pouvoir rien faire alors qu’elle s’endormait vite. Je crois que j’avais réalisé à ce moment-là, en plus de toutes ses paroles, à quel point je l’épuisais, à quel point… j’étais « lourd » pour elle, son quotidien, la vie qu’elle avait décidé de mener plus ou moins par dépit dans ces contrées glacées. Je me souviens de la salle de bains mais pas comment j’y suis allé, ni de ce qui s’est vraiment passé. Je sais juste que j’ai eu mal, peur, peur de cette douleur, peur de ce que je comprenais. Entre ces murs froids et celui si douloureux qui s’emparait de moi j’ai réalisé, compris, accepté peut-être d’entendre, certaines choses que j’avais repoussé jusqu’alors. Elle voulait que nous nous comportions plus amicalement… Que devais-je comprendre à ses paroles et tout son récent comportement ? Que mes étreintes l’ennuyaient ? Que mes baisers l’agaçaient ? Que mon attirance pour elle, si violente, je l’avoue, la répugnait ? Que le sexe avec moi… lui déplaisait ? Que mes attentions l’énervaient ? Que je ne faisais que des erreurs avec elle ? Entre ces murs, je commençais à comprendre, un peu, mes erreurs et le cheminement de mes pensées renforçait mes certitudes. Au début, ça avait été tellement bien nous deux. Il y avait le sexe oui bien sûr, intense, puissant, merveilleux, qui nous reliait, cette excuse pour accepter d’être « ensemble ». Il y avait la douceur et la complicité aussi. Et puis petit-à-petit… J’avais changé… Je m’en rendais bien compte avec le recul. Ce n’était pas elle qui avait changé. Mais moi… Moi qui voulais être près d’elle, moi qui… multipliais les gaffes. Alors elle m’avait repoussé et je n’avais pas compris. Pas compris que toutes ces choses que je faisais, avec plaisir, avec enthousiasme… Elle n’en voulait pas… Elle n’en avait jamais voulu. Car je n’étais finalement qu’un exotique passe-temps, de passage… Et que tout l’intérêt trop intense que je lui portais commençait vraiment à lui déplaire.
Entre ces murs froids, j’avais eu mal, mal parce que tout faisait mal… Cette idée… Cette idée que je ne pouvais plus la prendre dans mes bras et l’embrasser me déchirait, totalement. J’imagine que ce qui s’était passé était une réaction physiologique à ma nature de dragon. Je n’en avais jamais fait l’expérience… Mais en même temps jamais il n’y avait eu… Enfin jamais je n’avais connu ça. Mon coeur devenait froid et dur, comme l’armure de mes écailles était censée l’être. J’avais échoué, j’avais divergé, outrepassé mes droits et ma nature… L’intérêt que je lui portais… était totalement déplacé.


J’y pensais vaguement, avec recul et indifférence en prenant mon petit déjeuner. Le monde était moins coloré ce matin, moins harmonieux aussi. Je m’ennuyais, ne comprenant pas vraiment l’intérêt que j’avais pu porter à cet endroit… Le froid… Je n’étais pas vraiment fait pour ça après tout. Si mon corps était résistant il finirait vite par s’affaiblir dans ces contrées gelées. J’étais obligé de faire attention, de porter des vêtements chauds pour ne pas éveiller les soupçons sur ma nature. Je n’aimais pas être aussi habillé… Ca allait à l’encontre de notre espèce d’exhibitionnisme général…
Le soleil me faisait du bien… Il réchauffait plus que mon corps. Cassidy était venue, m’avait parlé. Je me sentais sourire, parler avec assurance et calme, comme avant, quand je mentais, quand je lui mentais. Je ne m’étais pas rendu compte d’à quel point, près d’elle, j’avais changé… Je crois que mon attitude ne lui plaisait pas. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi. J’essayais d’être… moins proche d’elle, comme elle l’avait voulu, je crois que je ne savais juste pas faire autrement…

Et puis il y avait eu mon réveil. 
Quand cette femme avait commencé à me taper la discussion. Au début pas grand chose, juste de l’agacement, puis un fourmillement alors qu’elle parlait de Cassidy et que bien malgré moi, j’écoutais avec plus d’attention que je n’aurais dû en avoir. Et puis il y avait eu ce frisson plus fort en moi quand elle avait parlé de larmes, de bêtise. Mais qu’y pouvais-je au juste ? Etais-je prêt à me faire encore repousser ? Je ne pense pas… Zack était inquiet pour moi. Il me l’avait bien fait comprendre la veille… Le bruit, énorme, la certitude qu’elle en était victime et responsable en même temps, la course pour la retrouver, la terreur qui avait réveillé quelque chose en moi, tout en fait… Tout ce qui la concernait et faisait de moi un être « différent ». Brutalement la distance, la froideur dont j’avais fait preuve, tout avait été balayé, comme si je me réveillais, comme si tout ce que je « ressentais » mis sous silence, remontait à la surface, le bon comme le mauvais, la crainte énorme de la trouver… de la trouver… morte… Non… NON !!! Je m’étais déchainé sur ces pierres et dans cette poussière étrange j’avais ressenti une douleur physique qui n’était pas attribuable à ce qui m’était arrivé la veille dans cette salle de bains. Comme un bourrin, je m’étais jeté à corps perdu dans la tâche de la libérer de ces pierres. Pour occuper mon corps, chasser la peur de mon esprit. Pour la retrouver… Le coeur battant la chamade, pas à cause de l’effort… Non pas à cause de celui-ci. Et puis la retrouver, la peur de la voir ainsi immobile…


Il y avait eu ensuite ses cris, ses paroles qui m’avaient heurté de plein fouet, comme sa main sur ma joue… Elle n’aurait pas dû pouvoir me faire réellement mal, pourtant ma joue me cuisait, douloureuse, élancée… Elle disait des choses, beaucoup de choses… Que je ne comprenais pas. Ses mots me faisaient mal et semaient tellement de trouble dans mon âme. J’aurais voulu la prendre dans mes bras, la serrer fort et lui dire que tout allait bien, la rassurer, l’embrasser…. Je crois que si je l’avais embrassé, tout serait redevenu… mieux pour moi. Je n’aurais plus eu mal, j’aurais été bien… Je crois que ça aurait été bien mais je pense aussi qu’elle ne le voulait pas, vraiment pas… De toute façon, elle ne m’aurait jamais laissé approcher. Elle semblait tellement vouloir me faire mal. Et elle y arrivait… Très bien…

Quand j’étais descendu dans cette espèce d’abri j’avais constaté la hauteur des pierres qui étaient tombées. Il y avait plus de six mètres… Si elle avait été en dessous… même mince, petite, elle n’aurait pu échapper à la mort en se blottissant entre deux pierres. Cette pensée m’avait serré le ventre fort d’angoisse et de joie… Joie qu’elle y ait échappé. Et puis elle avait parlé de Jilian. Ma main s’écorcha contre une prise abrasive alors que je me sentais écarquiller les yeux et qu’une douleur intense traversait mon corps. Elle m’insultait, me rabaissait… amère, méchante… Je ne savais pas qu’elle pouvait être ainsi, je ne l’aurais jamais cru, pas à ce point… J’avais vraiment dû faire quelque chose qui la mettait en colère. J’aurais dû chercher quoi mais je n’arrivais pas à réfléchir, respirer faisait trop mal et j’essayais juste de résister, à l’envie de fuir, fuir la douleur qu’elle faisait naître en moi, la douleur et la faiblesse… avec tellement oh oui tellement de facilité…  Ainsi je la faisais chier ? Je lui faisais… mal…
J’enregistrais, bien malgré moi, chacun de ces mots… Et je les comprenais avec trop de netteté. Depuis quand de simples mots arrivaient-ils à m’atteindre aussi facilement. Parce que ça venait d’elle ? Vraiment ?

Elle avait voulu me frapper et dans sa main… une flamme. Je ne m’étais pas écarté. Pas parce que ma terreur me clouait sur place. J’avais appris à survivre malgré elle, à vivre, à la cacher, que ça vienne d’elle n’y aurait rien changé. Mais mon corps était de plomb, mon être entier ne pouvait pas bouger, comme condamné à subir d’elle tout, tout ce qu’elle voudrait me faire. Sans doute l’avais-je réellement réalisé au moment où elle avait dit que je lui faisais du mal.
Pourtant je le savais… Les dragons… savent bien détruire, oh ça oui… Mais tout le reste ? Non… Je lui avais fait du mal… Ca résonnait en moi avec tellement de force. J’avais reçu sa gifle alors que j’aurais pu l’éviter, j’aurais dû en être capable mais je crois que je n’étais plus capable de rien. J’avais essayé de parler, de m’expliquer… Elle ne voulait rien entendre, je crois qu’elle ne m’écoutait pas vraiment. Je réalisais un peu à quel point j’avais dû être un poids pour elle… Elle me détestait…


Elle parlait de quelque chose, de poisson et je ne comprenais pas très bien son obsession pour cela… Ca faisait certes partie des plats que j’avais préparé pour mon pique nique de la veille mais je ne voyais pas le rapport. Elle n’aimait pas le poisson ? Moi j’aimais beaucoup au contraire mais nous pouvions tout de même avoir des goûts divergents non ? Pourquoi tant de colère… pour du poisson ? Elle était très intimidante… Je me sentais de plus en plus mal… Depuis quand l’air était si froid, comme ce matin, comme avant qu’elle ne vienne à ma table… Non plus froid encore, ça faisait mal quand je respirais…
Elle s’était mise à saigner… Et j’avais été incapable de bouger, de m’en inquiéter… Pas que je n’étais pas inquiet, juste… que je n’arrivais pas à bouger, du tout…

Je parvins à y arriver un peu, mais c’était nul… Comme tout ce que je faisais. Comme tout ce que j’étais. Pour elle…

Elle me trouvait stupide… Imbécile… Crétin…
Les insultes fusaient entre ses lèvres et glissaient sans mal entre les mailles de mon armure. Probablement parce que je ne la portais plus. Je ne l’avais jamais réellement porté avec elle. Sauf ce matin. Mais… J’étais mieux sans. Je découvrais la vie sans à ses côtés. J’ignorais juste que la retirer était la pire des erreurs et que tout le bonheur qu’elle pouvait me faire vivre n’était qu’un jeu subtil pour m’affaiblir. Pas elle, pas volontairement. Elle n’était pas ainsi, j’en étais persuadé… Mais ceux qui avait choisi de faire de nous ce que nous étions par contre… Ce n’était pas pour rien. Un dragon ne doit rien ressentir… Probablement parce que nous vivons tout avec trop d’intensité, sans filtre, sans demi-mesure… et là… Chacun de ses mots acerbes, chacune de ses paroles sanglantes, prononcés avec un ton, une voix, si assassine, si virulente, tellement de désir de faire du mal dans ses yeux, chacun… était un coup de fouet. Pourtant j’avais été dressé avec le fouet… Jamais il ne m’avait fait aussi mal…


Elle me trouvait stupide, parlait du centre, m’expliquait ce qu’elle entendait par « perche ». Les souvenirs revinrent. Bien sûr que j’avais déjà entendu ce mot mais je ne l’avais pas retenu… Les comparaisons et métaphores n’étaient pas vraiment notre truc à nous dragon. Nous avions parfois beaucoup de difficultés à comprendre et c’était tout particulièrement mon cas. Alors bien sûr, je paraissais juste avoir un langage très poli, retenu, correct en toute circonstance mais la vérité c’est que je comprenais bien peu du langage imagé. Parfois ça passait, parfois non, les métaphores, les figures de style… l’ironie et le sarcasme… je les comprenais si mal. Quand j’essayais de les utiliser j’étais ridicule donc je faisais juste comme les miens. Ca nous donnait souvent cet air supérieur, très imbu, très aristocratique… Beaucoup en jouaient…
Elle me faisait la leçon. Eh bien malgré moi, j’apprenais… Intéressé par tout ce qu’elle disait, même si elle me parlait méchamment… Je sais que je n’aurais pas dû rester immobile et silencieux face à ses agressions verbales… Que j’aurais déjà dû la planter là, la frapper, l’humilier d’oser me traiter de la sorte, moi, le dragon… Mais si ce comportement me répugnait j’en étais surtout totalement incapable envers elle. Alors je restais là, immobile, écoutant ses paroles, encaissant ses coups… qui semblaient me détruire de l’intérieur…


Rien vu de la vie…
C’est ce qu’elle pensait de moi ? Que j’avais vécu dans un monde bien protégé ? Ma mâchoire se serrait, fort, à chaque mot, à chaque chose si douloureuse qu’elle me jetait au visage. J’avais envie de lui dire que si… j’avais déjà entendu ces mots, mais que je ne les retenais pas… que je n’aimais pas trop ça… Que c’était quelque chose de bien trop éphémère, pas assez prégnant pour mes instincts de dragon qui aimaient tant oublier… Mais je restais silencieux, les yeux baissés, comme un enfant puni…

Perche… Elle parlait donc de Lindsay mais je ne comprenais pas vraiment pourquoi. Elle s’expliqua un peu plus même si je ne comprenais pas davantage pourquoi elle me parlait… de cela. Coucher ? Pourtant les allusions, avec elle, je ne m’en sortais pas si mal. Je jouais beaucoup. Enfin… avant… avant que tout se casse progressivement entre nous. Je n’arrivais même plus à me souvenir des bons moments ensemble… Depuis quelques jours ce n’était que ça… des choses que je faisais qui la mettaient tellement en colère, qui la faisaient me repousser si fort… C’était comment avant ? Avant que je cède ? Avant que je ne comprenne ? Avant que je veuille… plus ? Je pense que si là, je ne comprenais pas son allusion c’était encore et surtout parce qu’elle n’avait aucun sens. Toutes les allusions que j’avais eues avec elle en avait. Il y avait toujours un fond de vérité. Mes provocations perverses étaient faciles à dire puisque j’étais tellement attiré par elle… Mais là… Il fallut vraiment qu’elle m’explique pour que je comprenne enfin qu’elle était persuadée que j’avais couché avec Lindsay. Comment l’aurais-je pu ?

Elle fut agressive, cruelle… Je ne cherchais qu’à baiser ? Elle ne voulait plus que je la touche ? Ca…Ca fit hurler tout mon corps. Je sentis quelque chose se briser en moi… La simple idée… de ne plus pouvoir la toucher. Pas pour coucher ensemble même si ça me tourmentait évidemment… Juste… Juste… la prendre dans mes bras… Que je la considérais autrement ? Je ne pouvais pas la considérer autrement… La considérer c’était l’imaginer… Or elle l’était… Elle était différente, de toutes les autres. Elle était plus pour moi. Elle était tout simplement. Les autres n’étaient rien… Mais elle. Oh… elle, elle était tellement… Comment pouvait-elle dire cela ? Comment ? Après tous les moments passés ensemble ? Ne voyait-elle pas mes efforts ? Tout ce que je faisais ou essayais de faire pour elle ? Avec elle ? Croyait-elle que c’était normal et naturel chez moi d’être gentil, attentionné, à l’écoute, bavard aussi, souriant, réel, vrai, timide, maladroit ? Rien de cela n’était habituel chez moi, normal. C’était moi mais un moi que je ne connaissais pas… Pas avant elle…


Juste pour te vider les couilles…
Bluff…
Je ne veux plus JAMAIS te revoir.
Ses mots… Qui me transpercèrent et brisèrent réellement cette fois quelque chose en moi. J’entendis un bruit de déchirure, violent, un craquement atroce qu’elle ne semblait pas percevoir. N’y avait-il que moi pour le remarquer ? Ou ne concernait-il que moi ? Probablement…
Ma gorge s’assécha, le monde se mit à tourner autour de moi, je voyais flou… J’avais mal… tellement mal. Je ne sais même pas dans quel élan totalement idiot et éphémère j’avais activé ma pierre de souvenirs pour lui montrer à quel point elle se trompait. Si je l’avais fait c’est parce que j’étais incapable de parler… Totalement incapable de parler… J’avais bien trop mal pour ça… Ma voix… je n’étais même pas sûr de pouvoir prononcer le moindre mot.
Dans le brouillard de la douleur j’eus une misérable pensée, je l’avoue. Celle de la trouver belle malgré tout quand elle était passionnée ainsi. C’était du sadomasochisme pur et dur… Trouver une femme belle alors qu’elle était en train de me piétiner… Peut-être était-ce aussi dû à ce qu’elle avait dit. Je ressentais une profonde détresse en imaginant ne plus faire l’amour avec elle. Aucune femme n’avait pu me faire vivre et ressentir ce dont elle était capable… Le reste… tout allait être si terne… Je pensais aussi à ça, notre première fois ensemble, magique, si merveilleuse, cette fois où j’avais vraiment eu cette révélation. Je ne savais pas avant toi Cassidy… Je ne savais vraiment pas… En tous les cas mes malheureuses pensées activèrent un mauvais souvenir que je ne comptais pas montrer à Cassidy. Je ne l’avais jamais revu celui-ci, je n’en avais pas besoin. Il était ancré dans ma chair, dans tout mon être… Ca… J’étais incapable de l’oublier… Ca comptait pour moi, ça comptait tellement. Elle l’avait vu…


J’aurais pu m’expliquer… Lui dire ce que ça représentait… Lui dire pourquoi… Mais elle n’aurait jamais compris. Elle était si énervée, si en colère contre moi et tellement dans son optique de me blesser que jamais elle n’aurait vu la fragilité de mon aveu et l’honnêteté de mes paroles. Peut-être même s’en serait-elle servi pour me faire de la peine. La femme que j’admirais tant était en train de me briser… Comme si je n’étais rien… Absolument rien…
Elle m’avait encore insulté… Encore… Elle me criait dessus.
Le simple fait qu’elle soupçonne que je voulais lui montrer ma prétendue nuit avec Lindsay me blessa un peu plus. Etais-je donc un tel monstre à ses yeux ?
Elle affirmait que je ne pensais à elle que pour baiser… Ce mot ne m’avait jamais paru aussi horrible…


Je m’en voulais que ce souvenir se soit mis en route évidemment mais je n’y pouvais plus grand chose et au fond j’espérais qu’elle voit mon sourire, ce sourire que j’avais eu durant notre première fois, enfin à la fin… Et mon air abasourdi de me sentir sourire… Jamais je n’avais souri comme ça, jamais je n’avais ressenti tant de plaisir et de bonheur… Jamais je n’avais entouré une femme de mes bras ainsi pour la câliner et l’embrasser tendrement… je ne faisais jamais de câlins… jamais…
J’avais essayé pitoyablement de m’expliquer. Les mots pesaient une tonne dans ma bouche.. De toute façon ils ne l’atteignaient pas. Elle me regardait avec tellement de dégoût et de haine… J’étais mort à ses yeux. Comme notre relation… J’avais compris…
Le vrai souvenir que je voulais lui montrer s’activa tout de même étrangement et justifia enfin mon air abasourdi d’un peu plus tôt. Non Cassidy… Non… Il ne s’était rien passé avec Lindsay… Non… Oui elle m’avait tenté, provoqué… Oui j’étais en manque, tu n’as pas idée à quel point je souffre de mes pulsions moi aussi… Je sais que j’ai toujours l’air sûr de moi, stoïque, maitrisant la situation… Pourtant toutes mes récentes maladresses auraient dû te prouver qu’il n’en est rien. En vrai je souffre moi aussi tu sais, énormément alors mon corps réagi c’est vrai… La moindre source d’assouvissement peut m’exciter et me pousser à agir et repousser mes pulsions alors est bien plus difficile qu’il n’y parait ! Pourtant cette fille je l’ai repoussée presque sans mal… Tu sais pourquoi ? Parce que je pensais à toi. Parce que je ne voulais pas en serrer une autre dans mes bras. Parce que je ne veux pas coucher avec une autre, pas parce que je n’en ai pas envie, par besoin ou vengeance, juste parce que ça m’est impossible. Comment pourrais-je te faire cela ? Moi… Moi ça me ferait tellement mal si tu couchais avec un autre que moi… C’est normal que je fasse pareil non ? Que je ne sois qu’à toi… Dans mon corps, dans mon coeur, je me dis que c’est normal… que pour que tu ne sois qu’à moi, je ne dois aussi être qu’à toi… Tu sais… la fidélité chez les dragons ça n’existe pas. Parce qu’il n’y a qu’une histoire de pulsions, de satisfaction. Pas de perte de temps dans les sentiments ou autres… Pas de prise de tête. Non, la fidélité n’existe pas… Alors j’avais bien envie d’inventer un mot rien que pour nous deux… pour ça… Jamais je ne t’aurais trompée… même cette nuit-là alors qu’en manque, blessé par tes mots, par tes rejets constant j’avais laissé quelque chose de mauvais m’envahir et venir briser toute cette humanité que tu faisais naître chez moi. Jamais je ne t’aurais trompée… et certainement pas avec cette fille. J’ai entendu dire qu’elle était belle. Je ne sais pas… je n’ai pas remarqué, je n’ai jamais fait attention à elle, encore moins cette nuit. Je pensais à toi… Et à quel point c’était dur d’être dans une autre chambre, de ne pas dormir en t’ayant entre mes bras, de ne pas pouvoir t’embrasser… Je ne t’aurais forcée à rien, je le jure, même si mes pulsions devenaient trop fortes, même si mes hormones devenaient dangereuses… Je pense que rien que te serrer dans mes bras m’aurait apaisé bien assez…


Le souvenir prit fin… En même temps que tout ce qui s’était passé entre nous…


La suite avait été floue pour les deux jeunes gens. Cassidy découvrait qu’elle s’était malheureusement faite avoir par les apparences. Ce n’était en rien de sa faute. Les allusions de l’aubergiste qui lui interprétait un peu vite les choses avaient joué. Ce n’était pas un mauvais bougre mais une sacrée commère ! Ses révélations avaient semé le doute dans le coeur de la jeune femme, les réponses de son compagnon devenu si froid n’avaient pas aidé puis le mensonge de Lindsay sur ses prétendues exploits avaient terminé le travail. Elle… Elle n’avait été que la jeune femme attachée, trop, à un beau garçon qui faisait trop de promesses, trop de maladresses, qui lui faisait ressentir des choses qui l’effrayaient… Elle avait le droit d’être triste et en colère… Mais ses paroles, son attitude avaient fait de réels ravages qui eux ne pouvaient pas être dissipés aussi facilement que le malentendu. Et puis un autre s’était glissé entre eux. Une simple histoire, une relation d’amants, rien de plus. Elle oubliait un peu trop vite leurs discussions, leur douceur respective, leur complicité et tout ce qu’ils avaient fait. Si vraiment le garçon n’était intéressé par elle que pour le sexe il n’aurait passé du temps qu’à ça avec elle, pas à parler, pas à faire de la magie, pas à révéler ce qu’il était… Mais ces pensées là, étaient bien trop sombres pour pouvoir raisonner un tant soit peu…

La tempête glacée était arrivée sur eux et Tristan avait réagi vite, à l’instinct. Ils avaient finalement atterri dans des cavernes souterraines inconnues, magnifiques, féériques… Malgré l’épaisseur des  parois, malgré la grosse pierre plate qu’il avait rabattu au-dessus d’eux après s’être glissé dans l’ouverture, le mugissement d’un vent glacé, un vent mortel  sifflait très loin au dessus d’eux. Ils étaient à l’abri ici…
Tristan s’éloigna un peu, s’asseyant sur une pierre, parlant à mi-voix, surpris d’être encore capable de parler… Il était étrange dans ses paroles et surtout le ton de sa voix, évitait de la regarder. Oui, il comptait faire ce qu’elle voulait. Il souffrait de la situation. Il ne pouvait juste pas être son ami… Et il en était désolé… Qu’ils aient une relation complice oui, avec plaisir… Qu’eux deux ce soit au dessus de tout oui… Mais si elle ne voulait de lui que comme un ami… il ne pourrait pas assumer. Il en était désolé mais il ne serait pas assez fort pour accepter de la voir avec un autre… Elle sembla se radoucir, c’est du moins ce qu’il crut mais il était probablement prêt à tout croire venant d’elle, tout ce qui lui donnait une chance d’être autre chose que le monstre stupide, crétin, menteur qu’elle avait cru voir en lui…
A cause de la chaleur, elle commença à se déshabiller, juste devant lui. C’était cruel pour le jeune homme et ses pulsions exacerbées. Il déglutit difficilement et détourna les yeux. Même si l’envie de la regarder était immense, parce qu’elle était une belle femme, vraiment belle femme et qu’il ne se lassait pas de la regarder, il ne pouvait pas prendre ce risque. Il était déjà instable, et ses hormones lui pourrissaient déjà bien trop la vie depuis la veille au soir… C’était trop dangereux. Il évita donc de la regarder, exploit de braves quand on connaissait sa faiblesse. Elle lui parla, parlant de Lindsay qui avait apparemment menti sur ce qui s’était passé ce qu’il ne découvrit donc qu’à cet instant. Malheureusement cela fit tourner la tête au jeune homme, vers sa compagne et il sentit sa gorge s’assécher et ses reins s’embraser en la voyant ainsi devant lui. Heureusement, il y avait loupé sa magnifique petite manoeuvre avec ses fesses sinon il aurait sans doute défailli ! Pourtant il écoutait ce qu’elle disait et gardait obstinément les yeux levés vers son cou puisque incapable de la regarder dans les yeux. Heureusement qu’elle ne voyait pas aussi bien que lui… Certes les algues phosphorescentes aidaient bien mais si elle avait eu sa vue, si elle avait donc pu voir presque comme en plein jour, elle aurait vu sur son visage les ravages qu’elle avait faits… Elle aurait compris, peut-être, que là, il était fragile, vraiment fragile… Qu’il avait besoin d’aide. Qu’il avait besoin d’elle…

Il ne se doutait pas le moins du monde de l’horrible plan que concoctait la jeune femme. C’était peut-être un cran au dessus de tout ce qu’elle lui avait dit et d’une profonde cruauté. Certes, elle se vengeait juste de ce qu’il lui avait fait, de ce qu’elle croyait représenter pour lui, des souffrances qu’il lui avait infligées. Sauf que lui l’avait fait involontairement, vraiment involontairement. Jamais il n’avait cherché à lui faire du mal, bien au contraire. Alors qu’elle… Elle voulait le faire souffrir, volontairement… Là ce n’était plus ça pourtant. Pas le faire souffrir non, mais le remettre à sa place. Se comporter comme il l’attendait d’une bonne amante et lui montrer qu’il n’avait aucun droit sur elle… Ce plan là, si elle parvenait à le mettre à exécution, était parfait… Elle aurait enfin ce qu’elle souhaitait. Le jeune homme sombrerait, dans des abysses qu’elle ne soupçonnait pas. Elle ferait de lui un vrai dragon, celui que sa race attendait, un tueur glacial que rien n’atteint… Il s’en irait sans chercher jamais à la revoir. Il partirait loin, ne reviendrait jamais…
C’était un plan parfait… Si des dragons avaient pu savoir ce qui arrivait au jeune homme, ce qui se passait dans la tête de la jeune femme, ils auraient applaudi. Ils n’étaient évidemment pas du tout pour qu’un des leurs se fassent rabaisser et mener par le bout du nez, et de sa virilité, par une femme… Mais ils salueraient l’exploit, remercierait ce changement attendu. Tristan lui avait dit être un peu différent des autres… Elle ignorait juste à quel point il disait vrai…

Elle le remercia et le jeune homme releva les yeux surpris vers les siens. Les blessures qu’elle avait causées était toujours là, mais elle les apaisa un peu, suffisamment pour qu’il parvienne à se sentir… un peu mieux… assez pour avoir un peu moins mal quand il respirait, assez pour voir en elle un pseudo-espoir qu’il savait pourtant inutile. Elle s’éloigna pour aller se baigner avant de l’inviter à la rejoindre.  Le gémissement de bien-être qu’elle avait poussé en entrant dans l’eau fit frissonner le garçon… Très hésitant, le jeune homme finit pourtant par se relever et lui tourna le dos pour se déshabiller. C’était un peu surfait vu comme ils avaient tout loisir de s’admirer nu l’un l’autre. Les mouvements du garçon étaient ralentis, pas parce qu’il voulait lui faire un strip tease car il se serait mis de face autrement, pas parce qu’il voulait la faire languir. Seulement parce que son corps pesait une tonne, il se sentait faible et tous ses muscles l’élançaient. Pas parce qu’il s’était entrainé à s’en massacrer les muscles, juste parce que certaines atteintes étaient si importantes qu’elles devenaient physiques. Lentement sa tunique glissa sur son dos jusqu’à sa tête alors qu’il la retirait. Il enleva ses bottes, fit glisser son pantalon sur ses jambes musculeuses avant de se retourner lentement vers elle, en boxer. Si sa tunique ne portait que quelques traces, ses épaules avaient souffert de l’étroitesse du boyau de pierre pour descendre jusque là et étaient éraflées sur une vingtaine de centimètres, rendant légèrement abrasive sa peau pourtant si douce d’ordinaire.

Même silencieux et assommé de tristesse, caché par l’obscurité, le jeune homme était vraiment à couper le souffle. Les algues donnaient une ambiance tamisée au lieu mais pour leur plus grand malheur ne jetaient que davantage d’ombres sur le corps du garçon, rendant trop net le dessin de ses muscles, de son corps d’athlète tout dévoué à une seule femme. Il s’avança et entra lentement dans l’eau, distant, incapable de parler, incapable de sourire.
Elle se mit à parler de bains, qu’elle prenait souvent ces derniers temps, qui l’aidaient à se détendre. Il hocha lentement la tête mais détourna les yeux. Il faut dire qu’elle avait pieds où elle était et qu’une bonne partie de son buste sortaient de l’eau. Comme elle avait plié les genoux, sa peau était piquetée de gouttelettes translucides qui relevaient les courbes fines, élancées, musclées de son corps magnifique de femme. Et il était déjà bien assez attiré par elle simplement par son odeur, sa présence et le fait que ce soit elle tout simplement sans se rajouter la souffrance de la regarder et de loucher sur sa poitrine… Surtout que ses sous vêtements collaient d’autant plus à sa peau…

Il crut qu’elle trébuchait et s’il s’était approché un peu mais bien moins qu’il l’aurait fait en temps normal, même intimidé, il réagit aussitôt. Ses réflexes étaient pourtant moins rapides… Bien assez cependant pour que ses mains viennent se poser sur sa taille et la soutenir. En même temps elle ne risquait pas grand chose, ce n’était que de l’eau et au pire, elle avait pied, même si elle buvait la tasse ce n’était rien de grave… Pourtant il avait réagi aussitôt, parce que c’était elle… Il se crispa cependant, la mâchoire contractée, le regard fuyant, les doigts légèrement tremblants contre sa peau. Elle le fixait alors il tourna tout de même les yeux vers elle. Dans ses yeux noisette  les reflets phosphorescents accrochaient les paillettes d’or de son regard, lui donnant des airs surnaturels et féériques, faisant doucement luire ses pupilles dans l’obscurité. Evidemment beaucoup moins que chez lui mais bien assez pour qu’il le voit et comprenne un peu ce que les gens pouvaient ressentir face à lui en général. Ca avait un côté un peu inquiétant mais encore et surtout terriblement envoûtant… Muet, immobile, il la sentit bien s’approcher un peu plus, passer les mains sur ses joues. C’était doux et agréable. Il inclina la tête vers elle. Leur différence de taille était encore un petit problème… Mais il ne se tenait pas vraiment droit, les épaules un peu voûtées au contraire, comme écrasé par une chose bien trop lourde pour lui. Il ferma lentement les yeux sous sa caresse, prenant une drôle de respiration, un peu chevrotante. Elle le crocheta brusquement à la nuque, s’accrochant à lui et se hissant autant que possible sur la pointe des pieds, aidée par l’eau pour réduire l’espace entre eux et l’embrasser comme si sa vie en dépendait. Totalement pris au dépourvu Tristan n’en fléchit que davantage, pliant les genoux en s’inclinant vers elle, vaincu par ce petit bout de femme. Il ne résista pas à sa langue qui forçait la barrière de ses lèvres et émit un faible gémissement quand elle se mit à caresser la sienne et à approfondir le baiser. Elle avait toujours merveilleusement bien embrassé mais ce baiser-ci semblait détruire toutes les défenses du jeune homme. S’il avait su l’horrible dessein qu’elle avait en tête comment aurait-il réagi au juste ? Avec colère ? Rancune ? Egocentrisme et fierté ? Tristesse ? Lâcheté ? Il se crispait pourtant… A cause de l’attirance qu’elle faisait trop facilement naitre chez lui et de sa peur de ne pas pouvoir y résister. Il devait la prévenir… Que ses hormones s’affolaient trop, qu’il ne voulait pas lui faire du mal mais qu’il avait peur, peur de ne pas se contenir, pour la première fois de sa vie… peur pour une femme qui représentait tellement à ses yeux… Elle effleura son entrejambe et il gémit de nouveau, totalement à sa merci… Et ça… elle l’avait bien compris…

Il ne tenta rien, à aucun moment, figé, crispé, tendu comme une corde d’arc, muet, tellement immobile, lui le fanfaron, lui le Don Juan si doué de ses mains et qui aimait tant lui rappeler avec quelle facilité il pouvait la faire fléchir, gémir, mouiller, crier… Il ne tentait rien. Est-ce qu’elle remarqua à quel point il était différent ? A quel point il semblait tout craindre, avoir peur ne serait-ce que de la toucher sans son consentement ? Remarqua-t-elle à quel point il était différent justement ? Tristan avait toujours été tentateur, même sans réellement pouvoir coucher avec elle, il était provocant, jouait de ses mains, ses muscles, son beau sourire et son charme incandescent… Là il ne tentait rien. Il avait peur. Il avait mal… Elle avait dit qu’il ne la reverrait plus jamais… Elle avait dit qu’il lui faisait mal… Et même si elle l’avait remercié. Il avait bien cru comprendre que les mots qu’elle avait prononcés, elle ne les retirait pas pour autant. Elle le détestait…
Elle commença à déposer de doux baisers sur son cou et ses pectoraux, mordillement délicatement le peau de ses scalènes. Il gémit encore un peu, d’une voix si faible. Mais ce fut elle qui dut prendre ses mains pour les poser sur sa poitrine… Autrement, il n’aurait rien fait. Il semblait étrangement… passif, très passif… Elle gémit peut-être au contact de ses mains malgré le tissu qui recouvrait sa poitrine, ces grandes mains chaudes qui avaient toujours su la caresser de manière bien trop experte et pourtant tellement respectueuses. Pourtant, si ses mains tremblaient légèrement il ne les bougeait pas. Elles étaient juste chaudes, tellement chaudes…

Elle parla… Provocante, désirable au possible, envoûtante, excitante… Elle parla de la charrette. Il la regarda en silence. Ce qu’ils avaient commencé ? Il s’était certes occupé un peu d’elle dans cette charrette mais ça c’était arrêté là… Oubliait-elle que c’était loin d’avoir été une expérience… partagée ? Et qu’il crevait la dalle depuis bien plus longtemps qu’elle ? Pourtant il n’y avait rien dans son regard, aucun reproche… Elle se mordilla légèrement la lèvre inférieure, petit geste qui avait le don d’exciter d’autant plus son compagnon. Elle lui fit presser les mains doucement sur sa poitrine. Son regard, son attitude provocatrice, toutes les pulsions et le désir qu’elle allumaient instinctivement en lui ne parvinrent qu’à l’exciter davantage, lui qui avait l’air déjà si à l’étroit dans son boxer. Sans un mot pourtant, il retira doucement ses mains, se penchant sur elle avant de la prendre contre lui et de la serrer très étroitement contre son corps. Evidemment, elle pouvait sentir à quel point il était excité… Il avait ainsi soustrait son visage, son regard, ses mimiques aux siens. Ses bras l’entouraient, étroitement serrés sur elle, ses mains pressées contre sa peau, tremblantes. Il n’y avait pas que ses mains… Il tremblait tout contre elle, le visage enfoui dans ses cheveux. Sa respiration s’était faite heurtée, comme cette fois-là où elle l’avait terriblement tenté et excité et où le faisant languir elle l’avait mis à mal et ce même s’il n’avait jamais laissé ses gestes déborder. Ses mains se serraient dans son dos alors qu’il se mit à parler tout bas, d’une voix faible, d’une voix tremblante, comme essoufflé, la voix serrée, par une émotion qu’il ne montrait pas visuellement. Sa voix était si faible… comme celle d’un homme à l’agonie, lente, heurtée par les sanglots qui menaçaient de lui échapper et qui serraient sa gorge.

… Je…. te….de…man…de….par…don… Je…vou…lais…pas… te… fai…re…du…mal… Je…

Brusquement il y eut un craquement, comme une petite explosion. Il la lâcha, recula légèrement. Des larmes glissaient sur ses joues, luisantes avec la lumière des algues. Il détourna aussitôt la tête vers son poignet. La pierre de souvenir qui y était accrochée émettait une étrange lumière et à voir la pointe de surprise dans son regard et sa manière de la tripoter de son autre main ça n’avait rien de normal. Il savait que ces pierres magiques étaient extraordinaires et que chacune avait différents secrets, certaines s’activaient et étaient capables de bien plus que l’utilisation qu’il en faisait mais ces activations étaient secrètes, personne ne savait réellement comment les mettre en route, la plupart ignorant qu’elles existaient. Apparemment, lui aussi l’ignorait. La petite voix s’éleva dans la caverne.

Jolie pierre aider petit maitre…

Et brusquement au dessus d’eux des faisceaux de lumières furent projetés, se mettant à tournoyer avant de former comme des fenêtres ouvertes sur différents souvenirs, des dizaines et des dizaines, au dessus d’eux, autour d’eux, proches, loin, partout ! Ces souvenirs étaient différents car ils ne les attiraient pas dans un univers passé… Ce n’étaient que des fenêtres ouvertes sur un temps révolu, des fenêtres qui montraient un passé dans lequel la pierre avait fait quelque chose de bien plus extraordinaire que ce que le garçon pensait possible. Elle était liée à lui… Elle ne faisait pas que remarquer ce qui était important à ses yeux. Elle ne faisait pas que mémoriser pour lui des temps passés pour qu’il puisse y revenir. Elle avait une conscience. Et dans le lien qui l’unissait à son maitre elle pouvait aussi enregistrer quelque chose qu’il pensait pourtant impossible: les pensées et impressions qui le traversaient… et qui dans cette projection devenaient parfaitement audibles pour les deux spectateurs médusés. Enfin médusés… Tristan observait la scène, sans rien laisser transparaitre. Il n’avait rien demandé, rien décidé, la pierre avait agi d’elle-même, sentant la pente glissante sur laquelle son maitre était en train de dévalé, sentant l’obscurité qui envahissait son coeur et était en train de le détruire, consciente… qu’il ne dirait rien. Parce qu’il n’y avait rien à dire… Parce que cette fille à laquelle il tenait tant… ne voulait pas de lui…

Ainsi, autour d’eux, il y avait des dizaines de fenêtres. Elles s’activèrent l’une après l’autre dans un tourbillon de souvenirs. Tout comme sa fonction première, les souvenirs qu’elle montrait n’étaient en réalité qu’une transmission magique. En effet même s’ils avaient l’impression de les vivre à chaque fois en temps réel ce n’étaient que des impressions qui ne duraient qu’une poignée de secondes. Le temps était totalement distordu avec cet objet… Tristan avait toujours trouvé cela normal, inconscient que sa pierre était bien différente des autres de son « espèce »…

Cassidy s’était dit en voyant le souvenir de leur nuit que parmi toutes les choses qui les avaient uni il s’était intéressé à ce souvenir plutôt qu’à tous leurs bons moments ensemble. Elle ne pouvait pas le savoir évidemment mais elle se trompait lourdement… Une fenêtre ouvrait sur ce passé devant eux, sous elle, un chiffre flamboyait dans le noir: 1… Car il n’avait réellement vu cette scène, qu’avec elle, et donc… une seule fois. Il y avait d’autres fenêtres, tellement d’autres. Les chiffres devenaient nombres: 12, 25, 48, 71… Ils variaient du plus bas au plus élevé… Et toutes ces fenêtres… la concernaient. Il y avait des choses qui comptaient vraiment pour lui, l’un d’eux en particulier avait été vu plus d’une centaine de fois, le moment où après son travail, elle lui avait sauté dans les bras en lui demandant si elle lui avant manqué, sa réponse, claire, franche, directe, « atrocement »… le sourire, merveilleux, qu’elle lui avait alors offert. Le bruit sourd d'un battement coeur s’accrochait à celui-ci…

Chaque souvenir semblait s’enclencher dès qu’elle tournait les yeux vers l’une des fenêtres, plus d’une seconde. Il y avait leur rencontre au village, ses paroles acerbes, l’air amusé de Tristan. Il y avait leurs échanges… Du plus insignifiant détail la concernant au plus flagrant. Il y avait eu la danse… Il y avait leur premier baiser. Il y avait la fois où il l’avait défendu des abrutis qui voulaient la frapper. Il y avait leurs regards… Parfois une pensée venait se surajouter aux souvenirs, forte, résonant dans la caverne… « Quel vocabulaire dans une si jolie bouche… » « Mh… pas mal » « Woh… Elle embrasse… Par tous les dieux… Je… Pars tout de suite sinon tu vas lui arracher ses vêtements là ! », « Sacré caractère… »
Il y avait leurs premières tentations, ses pensées sur la douceur de sa peau, le désir ardent de la satisfaire comme aucun homme jamais je ne le ferai, l’admiration qui s’entendait dans la « voix » de ses pensées, pas que lorsqu’elle était trop peu habillée, quoi qu’elle fasse en réalité… Il y avait les jeux, leur complicité, un souvenir qui se braquait sur l’un de ses sourires et la pensée qui devenait totalement bancale du jeune homme, son rire qui faisait entendre autre chose… Ses sourires et rires faisaient entendre un battement de coeur, frénétique… Celui du garçon qui tombait totalement sous son charme… Il y avait toute leur complicité et les battements de coeur qui devenaient toujours plus rapides… Il y avait la fois où elle avait failli se noyer, ce souvenir était si sombre alors que les autres étaient lumineux, il y avait la terreur dans les hurlements, seulement mentaux, ses suppliques silencieuses alors qu’il essayait de la réanimer, la haine qui faisait trembler ses muscles… Il y avait la danse sous les étoiles, parmi les lucioles, ce moment où ils s’étaient allongés… Elle s’était endormie, elle ne pouvait pas savoir, le temps qu’il avait passé à la regarder, endormie, si belle, un sourire totalement idiot sur les lèvres de ce doux rêveur qui la contemplait. Il y avait le souvenir du matin de cette scène, quand tout contre elle il s’était réveillé terriblement excité et inquiet s’était éloigné, courant jusqu’au village pour se vider la tête et lui prendre avec hésitation le petit déjeuner, hanté par ses pensées. « Mais qu’est ce qu’elle préfère ? Et si je tombe à côté ? Elle aime le chocolat ça c’est sûr… qu’est ce qu’ils ont au chocolat ? J’espère qu’elle ne s’est pas réveillée… Elle serrait sa main, là… ce matin, sur mon torse… c’était… c’était bien… ». Leurs baisers, leurs sourires… Il semblait s’être désespérément accroché aux sourires de la jeune femme. Tous les souvenirs dans lesquels elle souriait avait été vus… beaucoup de fois, accompagnés, toujours, de ce battement de coeur frénétique… entendu comme s’ils s’étaient plaqués l’oreille contre le torse de l’intéressé.
Il y avait l’attaque… Il y avait le sauvetage. Il y avait les secrets. Il y avait les mensonges et la distance. Il y avait les révélations, celle de ce qu’elle avait vécu à la maison close… Ce souvenir là aussi avait été vu plusieurs fois, pourtant il était douloureux… Là aussi un battement de coeur puissant se faisait entendre, des pensées… assassines. « je vais les retrouver Cassy, je te le jure. Je leur ferai payer… Je te le jure sur ma vie ! »… Il y avait leurs retrouvailles dans ce pays glacé, tout… tout ce qui l’avait concernée, de près ou de loin depuis qu’il était ici. Sa visite du village, ses sourires, tous ses efforts pour l’aider à s’habiller, leurs taquineries, leurs provocations… Un de ses sourires magnifiques qu’il avait beaucoup vu, un battement de coeur puissant, une pensée récurrente « tu m’as tellement manqué… »… Il y avait ce souvenir de leur première fois… Un autre qui suivait et qui représentait… un homme. Ce souvenir là, elle ne pouvait pas le connaitre.

C’était une projection holographique émise par un cristal rond d’un grand jeune homme blond qui semblait être une sacrée force de la nature, on le voyait jusqu’à la naissance de ses abdominaux, présentant un torse large, un véritable colosse, au visage souriant plein de fossettes, même s’il était au demeurant bien moins craquant que le drakkari.

Eyh Tristan ! Salut ! Qu’est ce qui t’arrive frangin ? Tu vas te décrocher la mâchoire à force de sourire comme ça ! T’es dans le nord ?
Salut Zack… Oui c’est…
Naaaaan attends tu as retrouvé ta petite blonde ? Cassidy c’est ça ?
Comment tu sais ça ?!
Parce que t’as le même air débile que quand tu m’as parlé d’elle au manoir ! Ahahah ta tronche !  

Nan mais c’est pas vrai tu l’as vraiment retrouvée ?!
Oui… C’est fou, je…
C’est le destin frangin !
Mh…
Je comprends ton air débile, faut dire qu’elle est sacrément bandante de ce que ton souvenir m'a montré et…
JE T’INTERDIS DE PARLER D’ELLE COMME CA !!!!!
Ahahahah…

Tristan avait violemment rougi et détourné les yeux en marmonnant…
Zacckari souriait d’un air ravi. Il ne ressemblait pas du tout au garçon fluet du passé qu’elle avait vu quand ils étaient adolescents. A croire qu’il avait été élevé aux hormones ! Il tenait plus du boeuf que du chaton ! Il semblait beaucoup s’amuser à taquiner son ami.

Tu réagis vraiment au quart de tour avec elle.
… Non mais c’est juste que je… enfin… elle… Respecte la !
Oh mais je la respecte cette fille, t’inquiète. Je la connais pas mais je suis admiratif pour le sourire débile qu’elle arrive à te plaquer au visage ! Je ne t’ai jamais vu comme ça !


Le souvenir s’effaça pour lancer la même scène, en apparence, différente pourtant.

Wooooohhhhh laisse moi deviner, vu ton sourire tu l’as enfin tirée !
ZACK !!!!!!
Relaxe, relaxe je déconne… Tu as enfin passé une merveilleuse nuit avec ta petite blonde alors ?
… Grumph ! Comment tu sais ça d’abord…
Mec… T’as un sourire encore plus débile, l’air complètement naze et heureux comme jamais alors bon.. te connaissant… Enfin je ne t’avais jamais vu avec cet air mais…
… Elle est… tellement différente…
Bon coup j’imagine ? Plus que bon coup ! Raconte !
Zack !
Rolalala si on peut plus partager ! Tu me racontes d’habitude et avec les détails !
Pas avec elle !
Je vois… Ce serait bien la première alors...

Le sourire du blondinet s’élargit. Tristan n’avait pas l’air du tout de comprendre. Son ami par contre, qui le connaissait si bien, était beaucoup plus perspicace devant les sourires, l’euphorie et les défenses véhémentes du grand jeune homme.
Tristan poussa un profond soupir de bien-être, s’allongeant dans le souvenir sur le lit de leur chambre. Cassidy devait être au travail, il était seul. Son sourire s’élargit.

Zack ?
Oui ?
J… Je ne savais pas.

Je ne savais pas à quel point… ça pouvait être… différent. Je ne savais même pas qu’avant… je ne savais pas…

C’est… Tu sais… Enfin le sexe pour nous c’est… J’ai toujours couché avec des femmes par devoir, obligation, pour mes pulsions et c’était bien hein, c’est chouette… Je me suis toujours bien comporté avec les femmes, je n’ai jamais forcé aucune d’elles mais je savais les faire flancher quand elles hésitaient… Mais avec Cassy… Enfin… C… C’est pas pareil avec elle…
Ah oui ?
On n’a pas couché ensemble… On a fait l’amour… Tu sais… comme ce qu’ils disent dans les livres… c’est… quand on en a tous les deux envies… J’en avais jamais vraiment eu envie en fait, avant elle… J’avais des pulsions à satisfaire, des besoins, nos besoins physiologiques qu’il est dangereux d’ignorer mais jamais vraiment… envie… mais elle… Avec elle… enfin c’est… C’est juste… au dessus de tout… Bien sûr c’est génial hein… Je n’ai jamais ressenti autant de plaisir et oui… elle… elle est incroyablement douée mais il y a surtout… c’est… c’est parce que c’est elle tu comprends. C’est elle et ça me rend tellement heureux… C’est…
Eh ben vieux…

Fin du souvenir, début d’un autre…
Le jeune homme semblait plus fermé, perdu dans ses pensées.


Dernière édition par Tristan Konogan le Dim 2 Avr - 13:15, édité 1 fois
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 2 Avr - 13:13

Tristan… Réfléchis une seconde. Je ne t’ai jamais vu comme ça. Cette fille te rend différent, elle te change… Et en bien. Elle fait apparaitre une meilleure version de toi et franchement je suis admiratif. Et j'ai hâte de la rencontrer !!!
… Je me sens tellement bien près d’elle… Quand elle sourit, j’ai l’impression… que je vais exploser de bonheur.
Evite quand même !
Pffff
Non mais de ce que tu me dis faudrait peut-être lui expliquer tu ne crois pas ? Elle va croire que tu es comme ça avec toutes les femmes !
Que je suis comment ?
Bah tout mignon, gentil, attentionné et tout… Tu as l’air pas mal naturel... et faudrait qu’elle sache que c’est… très nouveau pour toi et que c'est juste avec elle.
Je comprends pas…
Tristan ! T’es un peu con des fois ! Réfléchis ! Ta Cassy là… Elle te voit maintenant, le mec beau, qui se livre comme pas possible. Elle sait que tu décoches à peine quelques mots à tes conquêtes ? Que tu n’es jamais sincère ? Que tu ne parles jamais de toi ? Elle sait que tu es une vraie banquise niveau affection ? Que tu ne fais jamais de câlin et que tu embrasses contraint et forcé ? Elle sait que tu ne dors pas avec les femmes ou certainement pas en les tenant contre toi ? Elle sait que tu n’as jamais révélé ce que tu es à personne ? Elle sait que le fait que tu la prennes sur ton dos est une terrible offense ? Que ça n’a rien de normal et que tout ton corps devrait la rejeter et lui faire du mal ? Elle sait à quel point elle t’attire et t’affame alors qu’elle te comble comme aucune autre ? Moi tu me l’as dit, moi je le sais mais elle.
Bah… euh… C… Ca se voit pas ?
Pffff Tristan… Je ne remets pas en cause l’intelligence de ta Cassidy… Elle a l’air vraiment brillante de tout ce que tu me dis mais… Elle ne peut pas savoir ce que tu ne lui dis pas… Ce serait bien qu’elle sache qu’elle est importante pour toi… Qu’elle est différente… Que tu ressens des choses pour elle… Que tu souris comme un débile dès que tu entends seulement son nom et que ton coeur danse la java.

Tristan rougissait et s’était effectivement mis à sourire, d’un air absolument pas débile, plutôt terriblement craquant et rêveur.

T… Tu crois ?
Ecoute mec… J’ai passé des années à attendre de toi plus que ce que ceux de notre espèce sont capables de faire… Elle te change si facilement. Elle fait émerger le meilleur de toi… Alors oui il faut qu’elle le sache.
… Mais… euh… C… Comment je lui dis ça moi ?… Ce n’est pas vraiment euh… facile…
Bah fais lui des cadeaux, des petites attentions, dis lui qu’elle compte et tout… Enfin je sais pas…
Je voulais l’amener dans une ville à côté, pour une sortie euh… ensemble…
Ah super ça !
C’était son anniversaire alors j’aimerais bien… tu vois… lui faire des surprises… Je pourrais lui dire…. le soir non ?
Oui c’est bien ça…
Mais je ne sais pas trop quoi faire. Je vais demander à des femmes ce qu’elles aimeraient avoir comme cadeau. J’ai bien une idée… une planche… mais euh… je veux qu’elle soit contente tu vois alors… j’ai envie… de… de lui montrer que je tiens à elle… Les cadeaux c’est bien… C’est plus facile que les mots…
Pas mal !

Le souvenir s’effaça, d’autres fenêtres s’enclenchèrent… Les rejets de la jeune femme qui commençaient dans cette fameuse ville qui avait finalement été la plus désastreuse des idées du garçon. Pourtant, cela partait d’une si belle attention. Un souvenir s’activa, celui du moment où dans cette ruelle elle lui avait rappelé qu’ils n’étaient pas en couple… Le bruit du coeur battant se figea d’un coup alors qu’une pensée résonnait fort « pourquoi tu dis ça ? Ca fait mal… on est ensemble non ? On est bien tous les deux ? C’est bien quand on est tous les deux… Tout le monde nous voit comme un couple… C’est pas bien ? Pourquoi ? Pourquoi tu dis ça ? Ca me fait mal… ». Les surprises qui s’enchainaient et qui échouaient… Toutes ses erreurs, toutes ses maladresses, qu'il remarquait bien et pour lesquelles il était désolé... Il y avait le souvenir de ce moment dans l’auberge de jour, il ne l’avait apparemment jamais visionné, loin d’être obsédé finalement, le coeur battant du garçon, les pensées qui semblaient s’apaiser, il était rassuré… Puis toutes ses erreurs, tous les rejets qu’elle avait eu pour lui en retour. Le souvenir de sa blessure et de la peur qu’il lui avait faite… Les souvenirs devenaient de plus en plus sombres à mesure que la distance s’installaient entre eux. De temps en temps une pensée émergeait, douloureuse: « s’il te plait »… « … Ne… ne me repousse pas… », « Cassy… Cassy je… » « pardon, pardon… » ... Les erreurs s'enchainaient, de plus en plus destructrices, de plus en plus douloureuses. Il les voyait, il s'en voulait tant... Le danger, la peur quand elle était tombée de la falaise avec le Yéti... La honte, la détresse quand elle s'était éloignée de lui à cause de cette stupide statue... Son abattement... Ses regrets...
Dans les souvenirs apparaissait aussi quelque chose qu’elle ne pouvait pas savoir, que le manque devenait fort… et dangereux. Un nouveau souvenir avec Zacckari s’enclencha.

Bon… J’ai fait des recherches… Je n’ai rien trouvé nous concernant… mais ce qui t’arrive ça ressemble vraiment à ce que je pensais… Hum… L… Ecoute, essaie de bien le prendre… Mais tu ressens des choses pour elle ça c’est clair… Je crois que tu as… des sentiments pour elle, vraiment fort. Tout ce que tu m’en dis c’est…

Tristan ? Ca va ? T’es super pâle… Ecoute, je sais que c’est surprenant hein… Mais après tout tu es différent des autres alors peut-être que ta différence te permet de faire enfin… d’avoir des choses que les autres…

Non sérieusement tu as une sale mine.
… Elle me déteste…
Hein ?!
Je… Ca fait… Elle n’arrête pas de me repousser. Je… J’ai fait plein de bêtises… J… Je voulais pas. J’ai pas fait exprès… Elle est en colère… Dès que je fais quelque chose d’un peu gentil, attentionné et tout… on dirait que ça lui déplait… J… j’ai voulu lui dire ça… tu sais… enfin ce que ça me fait quand je suis près d’elle mais… mais elle a l’air de tellement détester quand j’essaie d’être un peu… plus…

… Quand… enfin nous deux… C’était… ça a commencé par des taquineries et tout et… le fait que j’étais capable de… la satisfaire… et… je… je me demande si en fait… C’est pas la seule chose qu’elle attend de moi…
Ca m’étonnerait Tristan…
…Je… Je lui ai dit que je voulais revenir… que je voulais qu… qu’on voyage ensemble… Je n’ai pas réussi à lui dire que je voulais juste rester près d’elle et partir à l’aventure à ses côtés… Parce que ça ne pouvait que génial ensemble..
QUOI ?! Depuis quand tu…

Elle a dit quoi ?
… Rien… Elle s’est refermée comme une huître… Je crois… je crois qu’elle n’ose pas me dire qu’elle ne veut pas… que je suis juste un amant de passage… Qu’elle me voit juste comme ça et que je…
wohwohwoh ! Tristan calme toi ! C’est quoi cette voix mec ? T… Tu pleures ?
… N… Non… J’ai… juste les yeux qui piquent… C’est rien… Une allergie…
… Tristan…
Et en plus… je dois passer pour un sale obsédé à ses yeux… Je suis tout le temps excité ! Elle m’attire tellement… C’est incroyable. Jamais je n’ai eu autant envie d’une femme… pas… pas que pour le sexe, envie tout court… D’elle, de la tenir dans mes bras, de l’embrasser…
Attends une seconde…

Tristan… C’était quand la dernière fois que vous avez…

Tristan ! Elle sait ce que ça te fait ? Enfin ce que ça nous fait ?
Non…
Dis lui ! Putain t’es fou ou quoi ?!
Tu as raison, c’est quelque chose de très simple à dire, encore plus que ce que je ressens près d’elle, pour elle… « Salut Cassy, je ne t’ai pas dit mais les dragons ont des grosses pulsions, oui oui on passe pour des gros queutards sans sentiment et c’est vrai…Ah et en plus quand on ne satisfait pas nos pulsions, surtout à mon âge nos hormones grimpent progressivement et viennent lentement intoxiquer notre corps… Alors bien sûr on est pas mauvais en branlette et en plaisir solo mais c’est pas top alors on enchaine les conquêtes évidemment…  Ah et vu que je diffère un peu des autres, que j’ai un taux d’hormones spectaculaire puisque sans mes bracelets je rendrais infidèles toutes les femmes atour de moi mais apparemment pas toi parce que pour mon plus grand bonheur tu y sembles insensible, si tu savais comme ça ça me rend heureux… comme j’ai ça bah mon taux d’hormones est encore plus haut et fort que la moyenne… Ah et bien sûr tu m’attires à un point inimaginable. Jamais je n’ai eu autant d’attirance pour une femme, jamais je n’ai eu autant besoin d’une femme, pas que pour le sexe hein, parce que te serrer dans mes bras ça apaise bizarrement énormément mes pulsions et ça me calme ce qui n’a rien de normal, non non, absolument rien de normal puisque ça va à l’encontre de ma biologie cellulaire…. Oui donc tu m’attires comme un dingue. Du coup j’ai encore envie de toi, oui, même alors qu’on vient de faire l’amour. Et même alors que tu m’as comblé comme aucune femme… Et ah oui ces derniers temps on ne fait pas des masses de trucs, je ne te reproche rien hein, apparemment je n’arrête pas de merder avec toi, j’enchaine les conneries et tu m’en veux… Je te comprends tellement tu sais. Je ne comprends même pas ce que tu peux voir de bien en moi… Tu me rends fou… alors j’ai besoin de toi, de te serrer dans mes bras mais là tu n’arrêtes pas de me repousser, je n’ose pas te toucher mais je suis toujours attiré par toi et ça commence à me faire mal, vraiment mal, il y a du magma dans mes veines, j’ai envie de hurler tellement ça fait mal, je me contiens par fierté, par pudeur, j’ai honte de te dire que je suis comme ça parce qu’on dirait juste qu’il n’y a que le sexe pour moi… mais je ne te forcerai à rien, j’en suis incapable parce que je suis fou de toi ! Parce qu’apparemment ouais je suis tellement un dragon raté que je suis capable de ressentir vraiment des choses et ça me bousille mais c’est tellement bon…Ca fait tellement du bien et mal en même temps, je crois que je suis amoureux de toi. Le truc inimaginable… C’est possible tu crois ? Si les miens le savaient comment est-ce qu’ils réagiraient ? C’est une honte mais tu sais quoi ? Je m’en fous parce que c’est toi… et que le reste n’a aucune importance mais apparemment ce n’est pas réciproque et ça me rend… ça me rend… tellement… triste, je….je… je… » T’as raison Zack, c’est vrai que c’est tellement facile à dire !!!!!!!

Tristan avait parlé avec une force virulente à son ami. Cette fois, ce souvenir se déroulait à l’extérieur… C’était la veille, quand il avait plus ou moins dormi sur le canapé. Les traits tirés. Il venait de se battre, le prouvait le bandage taché de sang autour de son torse. Debout, agité, il marchait de long en large en parlant alors que la boule de cristal était posée sur une pierre et que son ami l’écoutait et le regardait, en silence… Il avait parlé fort, de plus en plus fort et lentement sa voix avait glissé, se faisant de plus en plus éraillée alors que ses yeux brillaient des larmes qu’il retenait. Il avait l’air tellement perdu, tellement seul, tellement malheureux…
Zack ne disait rien, l’écoutant sans l’interrompre. Il avait l’air de se soucier tellement de son ami et lorsqu’il l’entendit dire ces quelques mots, parler d’amour, un léger tressaillement étira ses lèvres alors que ses yeux brillaient d’admiration. Comme s’il était fier… Fier que son ami ait compris ce qu’il ressentait et n’ai pas repoussé cette possibilité pourtant « impossible »… Mais il faisait aussi face à sa détresse… Une détresse énorme…

… Tu n’as qu’à coucher avec une autre le temps que tes hormones se calment. Ca fera redescendre la tension et ça t’aidera à être plus clair avec elle…
IL EST HORS DE QUESTION QUE JE TOUCHE UNE AUTRE FEMME !!!!!!!!

Tristan avait carrément hurlé cette fois avant de se figer et de se mettre à rougir, devenant cramoisi. Cette fois Zackkari avait l’air surpris. Apparemment la grande déclaration et l’aveu des « sentiments » de son ami ne l’avaient pas réellement surpris mais qu’il refuse de coucher avec une autre ça par contre… Un dragon restait un dragon après tout et la fidélité… ne faisait pas vraiment partie de leurs moeurs…

Le souvenir s’effaça… D’autres continuèrent… Il y eut les récents évènements, ceux de la veille… Il y avait le sauvetage catastrophe, le pique nique, les longues tirades du jeune homme, les longues tirades de la demoiselle qu’il avait apparemment revues depuis, consciencieusement… Il y avait les rejets progressifs et ses paroles qui figeaient progressivement le visage du jeune homme et surtout… surtout qui semblaient ralentir les battements de coeur frénétiques. Ils s’étaient fait moins rapide, un peu au début, ça allait décroissant. Une pensée le traversa pour la luge: « je voulais… te faire plaisir… » « pourquoi tu es en colère ? » « pourquoi tu m’en veux comme ça ? » « Qu’est ce que je peux faire ? »
Et puis ce soir-là dans la chambre, ses mots qui l’achevèrent… Un souvenir qu’elle ne pouvait pas connaitre arriva, très fugace, celui quand il s’était écroulé en hurlant dans la salle de bain mais il disparut presque aussitôt. Celui de sa nuit à fixer l’extérieur et la neige, à observer des souvenirs, de plus en plus froid…
D’autres encore plus récents… Elle put voir ceux du matin, la distance du jeune homme alors qu’elle essayait de faire un pas vers lui, sans savoir que ce qui lui était arrivé dans la salle de bains et avec Lindsay l’avait abruti, renfermé… L’étrangère qui lui parlait d’elle, la terreur qui prenait vie sur son visage quand il entendit le bruit, sa course effrénée, l’horreur sur ses traits en découvrant les énormes pierres écroulées, les gémissements qui lui échappaient, ses hurlements de son nom à s’en déchirer la gorge, ses efforts pour enlever les pierres, le moment où il l’avait retrouvée puis tous ses mots… Chacune de ses paroles acerbes était accompagnée d’un claquement, comme un fouet. Le jeune homme tressaillait à chaque fois et des pensées y répondaient… « Ne dis pas ça… » « …J…Jilian… » « Je… »… « Je… te fais… du mal ? » « Stupide ? » « Ne dis pas ça… s’il te plait… » «Je… je fais pas exprès… je ne retiens pas ces mots… je… pa… pardon… je n’avais pas compris… je… » « comment peux-tu penser ça ? » « comment je pourrais aller avec une autre ? » « c’est avec toi que je veux être ! » « Cassidy… S’il te plait… s’il te plait… arrête… tu me fais mal… s’il te plait… » « … » « … » « … » « plus jamais ?… ». Les battements coeur avaient commencé à diminuer… Le rythme effréné s’était calmé au point de pratiquement se taire, il était lent, bien trop lent, bien plus lent qu’un coeur normal… Les pensées du garçon devenaient incohérentes, pleines de souffrance, de désarroi et de tristesse. Une pensée pourtant résonnait en continu, une pensée d’excuse, chevrotante, comme s’il l’avait dit en étant sur le point de pleurer… Et puis le dernier souvenir, la dernière fenêtre, qui s’ouvrait sur cet instant alors qu’elle était accroché à lui. Ce n’était pas un souvenir, c’était le présent… Le rythme cardiaque du jeune homme était devenu trop lent, beaucoup trop lent… Une marque s’était mise à luire doucement, malsaine dans son dos alors que toutes les veines autour devenaient noires, ses murmures d’excuses, sa voix tremblante, son coeur qui arrêtait de battre… Ou du moins qui arrêtait de s’entendre.. Parce que le coeur d’un dragon n’avait pas besoin de battre fort… Il n’avait pas besoin de se faire entendre. Car un dragon n’était pas fait pour ressentir de la tendresse pour une autre créature… Tout se passa en même temps que la réalité… Les souvenirs qui avaient assailli Cassidy, mus par la seule volonté de la pierre car Tristan n’avait absolument rien fait, s’étaient jetés sur elle et malgré tous leurs détails, toute leur richesse et toute leur révélation il ne s’était écoulé qu’une très courte poignée de minutes entre le moment de l’enclenchement magique et celui où toutes les fenêtres disparurent, les plongeant de nouveau dans la pénombre. Tristan n’avait pas regardé les fenêtres. Il savait très bien ce qu’il y verrait. Elle tout simplement… Elle et tout ce qu’elle représentait pour lui. Le bonheur comme la douleur… Il tenait à elle…
En même temps que les souvenirs disparurent la peau du jeune homme devint froide puis glacée, sa voix douloureuse alors qu’il murmurait une dernière excuse…
L’instant d’après c’était à elle de le rattraper car il sembla perdre toutes ses forces et s’écroula contre elle… Il tremblait de tout son corps, frissonnait et gémissait de douleur en même temps. Ses cheveux étaient en train de noircir, ses marques brillaient avant de disparaitre progressivement. Il serra sans force ses bras sur elle, se crispant sous la douleur, haletant entre deux sanglots:

P…pardon… J… je suis… tombé amoureux… de toi… pardon…

Il se crispa soudaine encore plus violemment étouffant un hurlement en se plaquant une main sur la bouche…
Finalement c’était une manière bien virulente d’apprendre qu’il était tellement loin, tellement loin de la considérer comme une amante… Juste incapable de la voir comme une simple amie… Puis qu’il en était tombé… amoureux…
Au moins avait-elle pu enfin apprendre la vérité et voir aussi avec beaucoup de détails à quel point tous les mots prononcés dans cette caverne avaient fait du mal au grand garçon et avait progressivement déchiré son coeur en deux...
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 4 Avr - 0:02

C’est quand on est sur le point de perdre quelque chose qu’on se rend compte à quel point cela a compté pour nous… trop tard. Tout était trop tard.

Cassidy avait la rancœur tenace. Elle n’imaginait pas une seule seconde qu’il pouvait s’agir d’une erreur. Au final, elle ne lui faisait pas vraiment confiance. Croire qu’il avait couché avec une autre, sans entendre sa version, de sa bouche. Penser à tort qu’il n’était rien qu’un homme avec des besoins, profitant des femmes avant de les abandonner… Ne pas penser à la chance qu’elle avait… ne pas avoir une confiance aveugle en lui. En fait si, elle aurait pu. Cassidy avait déjà fait confiance à des gens, bien trop de fois, bien trop souvent. Le problème c’est que sa confiance lui avait été renvoyé à la figure, tout comme ses espoirs, ses rêves. Abusée bien trop souvent, elle avait bien du mal à faire confiance à qui que ce soit. Et c’était bien trop beau pour être vrai que le petit garçon turbulent se soit transformé en un homme bien trop gentil et attentionné. Cela n’existait que dans les contes gnangnan qui n’avaient rien de réel.

Et la jeune femme se protégeait, elle avait cette carapace. Qui parfois s’effritait petit à petit quand elle perdait les pédales ou qui devenait plus forte à cause de certaines actions, certains évènements. Elle-même ne savait pas ce qu’elle désirait. Parce qu’elle n’attendait plus rien de personne. Et même si Tristan était adorable, elle était bien la seule à ne pas s’en rendre compte. Comment peut-on être aussi stupide à ce point pour casser le cœur de ce pauvre garçon ? Elle ne faisait pas exprès au départ… cherchant à se protéger elle-même. Elle ne savait pas que la personne en face d’elle pouvait éprouver bien des choses. Mais ne lui avait-il pas dit que les dragons n’avaient pas de sentiments ? Qu’il oubliait les souvenirs… Alors elle n’attendait rien. Et puis, elle n’avait pas l’habitude d’avoir de la compagnie. Jilian avait toujours été très gentil mais sans jamais insister. Tristan insistait parfois, parce qu’à la différence de Jilian, il testait des choses, faisait des erreurs, mais tenait absolument à avoir autre chose qu’une relation platonique. De la vie, de la complicité, des bons moments… Cassidy était vraiment stupide… elle continuait de se cacher derrière sa façade, le repoussant avant qu’il ne soit trop tard. Mais elle n’avait pas compris qu’il était déjà trop tard… pour lui en tout cas. Et elle allait l’apprendre à ses dépends.

L’histoire qu’elle avait entendue l’avait complètement anéanti. Peut-être que cela confirmait ce pourquoi elle avait cherché à se protéger.  Peut être qu’elle n’attendait que ça pour dévoiler au grand jour le fait qu’elle n’aurait jamais dû s’attacher à Tristan. Elle était perdue… dans sa façon d’être, de faire… faut dire qu’elle avait jamais eu une relation aussi intense avec qui que ce soit ! Et c’est cette peur de ne rien maîtriser, de ne rien contrôler, qui l’effrayait autant. Cassidy avait réussi à contrôler ses sentiments, ses émotions. Grâce à son esprit, cela l’avait beaucoup aidé à ne pas péter un câble. Mais avec Tristan, les émotions étaient décuplées. Elle ne comprenait pas du tout ce qui lui arrivait.

Et si elle avait su, bien plus tôt, tout ce qui se passait dans l’esprit de Tristan, alors elle n’aurait peut être pas réagi comme ça. Non il ne la répugnait pas, mais elle avait tellement peur d’arriver au point de non retour, de s’abandonner dans ses bras, d’ouvrir totalement son cœur à tel point qu’une autre déception serait irréparable. Elle n’était sûre de rien… bien sûr qu’elle aimait être dans ses bras ! Qu’elle aimait tous ces moments de complicité entre eux, qu’elle aimait tous ces gestes. Les caresses, les moments attentionnés…elle se sentait bien avec lui… vraiment bien depuis des années. Elle avait l’impression qu’il était fort pour la protéger, enfin pas non plus entièrement mais développer une sorte d’équilibre, une complémentarité. Et elle était sado maso de repousser cela à ce point. Elle aurait pu fuir loin d’ici, l’abandonnant avant que cette proximité ne s’installe, mais la jeune femme n’avait jamais eu le courage. Tout était de sa faute…

Mais ce matin, quand il avait été aussi distant, elle n’avait pas apprécié du tout. C’était totalement contradictoire avec ses pensées, c’était contradictoire avec tout son comportement. Le simple fait d’éveiller sa jalousie l’avait fortement agacé, bien qu’elle ne pensait pas à de la jalousie. Le fait de l’imaginer dans les bras d’une autre lui faisait du mal… Et elle se rendait compte à quel point, malgré tous ses efforts pour cacher ses émotions, elle n’y arrivait que bien peu quand ça la touchait.

Et puis elle avait laissé aller libre court à sa colère. Une colère tellement dévastatrice. Elle avait besoin d’être vidée, pour s’endormir, pour arrêter de penser, arrêter d’être torturée entre le cœur et la raison. Elle en avait marre de vivre des émotions aussi intenses pour une seule personne. Cela la rendait tellement mal… cela la faisait pleurer… parce qu’il lui manquait un gros bout de vérité. Parce qu’il lui manquait des choses qui l’aurait réveillé… elle avait besoin de certitudes pas de doutes… Et Tristan, aussi maladroit était-il, ne lui apportait pas de confirmation. Elle était horrible car pas vraiment compréhensive envers lui, ne pensant qu’à sa petite personne sans se mettre à sa place une seule seconde. Mais comment aurait-elle pu ? Lui qui était un dragon… qui n’était pas censé éprouver des choses… comment aurait-elle pu le savoir ?

La haine est si proche de l’amour… et elle était tellement aveuglé que lorsqu’il apparut au dessus d’elle, ne la laissant même pas crever en paix, elle s’était défoulée sur lui. Déversant un torrent de paroles acides, aussi coupantes que des poignards. Ne lui laissant aucun répit. Elle ne voulait pas le voir, elle ne voulait plus l’entendre. Il s’était joué d’elle avec ses belles paroles et il venait la chercher encore une fois juste pour se moquer d’elle ! Jamais elle n’aurait pensé autrement. Comment pouvait-on être aussi bouché ? Comment pouvait-on balayer d’un coup de main tous ces bons moments, ces révélations ? Comment pouvait-on ne pas laisser le bénéfice du doute ? Cassidy était moins subtile que Tristan. Elle n’avait jamais eu besoin de faire des courbettes devant les gens, elle n’avait jamais appris à réfléchir avant d’agir. Elle était du genre à taper et après réaliser. Elle était du genre d’appuyer là où ça faisait mal avant de comprendre que ce n’était pas bien. Et même si c’était Tristan, sa colère était tellement importante, tellement sombre, qu’elle ne voyait plus que l’objet de sa haine, sa douleur et sa déception.

Et pire que tout, elle lui sortait des paroles totalement méchantes. Elle ne contrôlait rien… mais sans savoir si cela était vrai ou pas. Elle pouvait être méchante mais parfois il lui arrivait de penser bien peu ses paroles ou bien elle mettait tellement de rage dans ses propos, pour éliminer les pleurs, la douleur, la souffrance.

Elle ne se rendait même pas compte à quel point il ne réagissait pas, à quel point il laissait tout couleur sur lui. N’importe quel homme aurait supporté ça sans rien dire ? Quel homme aurait accepté se faire rabaisser de la sorte ? Humilié par une femme ? Cela aurait dû arrêter Cassidy… Elle n’aurait jamais dû continuer, en se rendant compte justement qu’il restait bien trop patient pour tout ce qu’elle déversait sur lui. Mais elle ne se rendait compte de rien et agissait excessivement. Une aura sombre envahissait son cœur et se délectait de cette agitation. Agir pour faire mal, agir pour détruire. Depuis quand Cassidy était-elle comme ça ? Elle l’insultait, encore et encore, tellement hargneuse alors que les mots sortaient les uns après les autres dans sa bouche.

Elle aurait dû être reconnaissante. Qu’il vienne la sauver. Mais il n’en était rien.

Cassidy continua toujours son discours, alors qu’il se montrait si calme à côté. Personne n’aurait supporté ça… elle l’humilia pour son incompréhension. Le traitant de débile, ne se mettant pas à sa place. Oui elle disait qu’il n’avait rien vu de la vie. Parce que, pour elle, il avait grassement vécu dans un camp d’entraînement, qu’il avait toujours été entouré, même avec des crétins mais il ne s’était jamais retrouvé seul… il avait eu son ami avec lui… il n’avait jamais été obligé de dormir dans la rue… il n’avait pas été humilié comme elle l’avait été. Elle était une femme… on avait profité d’elle, on lui donnait de faux espoirs… on avait piétiné son honneur, bafoué sa fierté. Mais qui était-elle pour juger ainsi ?

La jeune femme ne se doutait pas une seule seconde de ce que Tristan pensait. Et pourtant si elle savait, cela l’aurait peut être freiné. Peut être parce qu’il n’osait pas assez… mais comment arrêter une furie ? Elle ne croyait rien… elle ne pouvait pas savoir puisqu’elle ne l’avait jamais connu avant… comment pouvait-elle voir la différence ?

Et pourtant, Cassidy était tellement sous son voile de colère, qu’elle ne vit pas ce qui pourtant, aurait dû être évident… Dans ce souvenir, il aurait dû l’apaiser. Car ça ne ressemblait pas du tout à ce qu’elle avait fait avec les autres, car il n’y avait jamais eu cette sorte de…symbiose, complémentarité, harmonie… elle n’avait jamais eu cette expression de bonheur et de plaisir sur le visage… elle avait toujours considéré cet acte comme la pire des choses mais avec Tristan, c’était différent. Si… Cassidy le savait, au fond d’elle, que ça n’avait rien à voir avec les autres. Et c’est tout ce mélange de sentiments qui lui faisait aussi peur… être dépendante de lui… elle ne voulait pas… surtout si ça finissait mal. Elle ne lui faisait clairement pas confiance. Comment aurait-elle pu après tout ce qui lui était arrivé ? Tristan souriait… dans le souvenir, d’une manière qui voulait dire beaucoup de choses. Mais Cassidy ne voyait rien, elle aurait pu réaliser, un minimum, mais seul le dédain agitait son cœur alors qu’elle regardait cette scène sans aucune émotion particulière, à part une très mauvaise interprétation.

Effectivement, elle pensa qu’il ne la voyait que comme une amante. Parce que Cassidy s’inventait tellement de choses pour s’éloigner d’un bonheur qui aurait pu être possible. Parce qu’elle était effrayée de l’inconnu. Parce qu’elle ne savait pas du tout ce qui pouvait arriver. Se rattacher à quelque chose qu’elle avait toujours pensé à l’égard des hommes évitait de la mettre à mal. Elle avait vu la vérité mais si cela avait dû la gêner, elle serait restée silencieuse, se faisant des scénarios qui n’avaient pas lieu d’être.

Et finalement, ils furent interrompus par la tempête qui arrivait. Et qui les forçaient à se mettre très rapidement à l’abri. Et pourtant, Cassidy ne décolérait pas, prête à faire le plus de mal possible, pour se protéger, très injustement, tellement égoïste dans son comportement. Ses poignets l’avaient brûlé, elle sentait la douleur mais l'ignorait. Pourtant cela aussi ça aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, qu’elle aurait dû écouter. Pourtant elle était dans son scénario… être l’amante… juste une amante…

La jeune femme avait tout un projet dans la tête, pas des plus agréables, qui aurait totalement achevé Tristan. Elle était plus calme mais la tempête bouillonnait en elle. Elle n’arrivait même pas à voir que Tristan n’allait décidément pas bien, que quelque chose ne tournait pas rond. Comment aurait-elle pu voir alors qu’elle évitait son regard ? Comment aurait-elle pu savoir ?

Elle agissait comme si de rien n’était, jouant, avec sa façade, ne montrant pas ses réels intentions. Mais ses avants bras la brûlaient. Comme pour la prévenir, comme à chaque fois qu’elle était sur le point de faire une bêtise. Alors que Cassidy était dans l’eau, elle soupira. L’esprit qui partageait le sien n’avait pas à se mêler de ça ! Ce n’était pas le moment.

*Tu peux arrêter de me brûler la peau ? Laisse moi faire ce que je veux !*

* Tu es en train de commettre une erreur…*

*Mais… c’est vrai ! Il me voit comme une amante là ! Ce crétin…*

*Si tu regardais mieux, tu verrais qu’il n’est pas dans son assiette, j’ai pas à me mêler de ça mais il…*

*C’est bien ça ! Tu n’as pas à te mêler de ça alors tais-toi un peu et laisse moi faire ! Je veux retrouver MA vie, même si elle était pourrie je préfère ça plutôt que… ces émotions…*

*…*

Elle était inarrêtable, ne réalisant pas à quel point elle était aussi… méchante. Une vraie sorcière.

Cassidy avait ce plan en tête. Elle feignait l’indifférence, parfaite actrice, avant de se rapprocher de lui, commencer à la tenter. Elle ne comprit pas du tout pourquoi il était aussi tendu… crispé… elle aurait dû s’arrêter car cela n’avait rien de normal. Elle aurait dû revenir à elle et comprendre… mais peut être que la jeune femme était lasse de comprendre. Peut être qu’elle voulait tout simplement en finir… quel dommage… un homme si… bien… et le bousiller autant… quelle parfaite maladroite… quelle égoïste…hypocrite… elle ne valait pas mieux qu’un Kaär en fait à ce moment… ele ne valait pas mieux que ses bourreaux… jusqu’à quel point Cassidy s’était-elle éloignée du droit chemin ? A tel point de faire souffrir un de ceux qui lui tendait la main ? Jusqu’à quel point était-elle bête à ce point.

Et pourtant, la demoiselle était frustrée de ne pas le voir agir. Naïvement, inconsciente, elle pensait qu’il n’arrivait peut être pas à se contenir ou bien qu’il n’osait pas. Elle n’était pas sûre de comprendre mais elle le ferait changer d’avis. Qu’il ne fasse pas celui qui s’en fiche maintenant ! Alors elle attrapa ses mains et les posa sur sa poitrine. Tiens curieux, il ne bougeait pas plus… Cassidy ne comprit pas, cherchant alors à le tenter un peu plus, aguicheuse, provocante, comme elle l’avait déjà tellement fait avec tous ces hommes, telle une experte.

Elle lui rappela le passage de la charrette, désirant aller plus loin. Pourtant, Tristan ne réagissait pas comme elle s’y attendait. Il la prit juste dans ses bras, posant sa tête contre une de ses épaules puis son visage dans ses cheveux, il lui souffla dessus avant de parler d’une voix horriblement saccadée, pleine de sanglots. Elle comprit assez mal ce qu’il voulait dire et fronça les sourcils. Il se conduisait très étrangement et cela arrêta Cassidy dans son élan alors qu’elle semblait reprendre un peu conscience, et s’éloigner de son projet, clignant des yeux.

La jeune femme sursauta en entendant le craquement et il recula. Cassidy changea d’expression. Elle n’était plus du tout aguicheuse et ses pulsions avaient disparu aussi sec. Regardant Tristan, elle aperçut ses larmes et cela l’ébranla. Là elle ne comprenait plus du tout ! Il voulait coucher avec elle, alors pourquoi se conduire ainsi ? Elle ne comprenait décidément pas. Pendant un instant, la jeune femme sembla regretter ce qu’elle avait eu l’intention de faire. Se pouvait-il qu’elle se trompait ? Elle repensa aux paroles de son esprit… Faire une erreur… Il était le mieux placé pour comprendre les dragons après tout.

Cassidy ouvrit doucement la bouche, interloquée, abasourdie, ne sachant pas comment réagir avec lui. Ce fut la pierre qui agissait encore une fois. Allons bon… encore un souvenir ? Et pourtant, le spectacle qu’elle vit était assez impressionnant… des portes qui s’ouvraient, des nombres… qui représentaient… elle n’était pas sûre de comprendre pourquoi des nombres. Le nombre de fois qu’il avait regardé ses souvenirs ?

Interloquée, Cassidy ne pouvait pas se détachée de ça, elle regardait et son instinct lui soufflait que tout ce qu’elle avait si bien repoussée, tout ce qu’elle ne croyait qu’à demi mots, se matérialisait devant elle. Elle se revit, cette fois où elle lui avait sauté dans les bras après le travail. Son sourire, cette joie, cette espèce de complicité… elle ne se voyait pas comme ça. D’autres souvenirs, tout ce qu’elle avait espéré… qu’il lui montre d’autres souvenirs… plein de souvenirs, rien à voir avec leurs parties de jambes en l’air. Il y en avait tellement que c’était affolant, à avoir le vertige. Elle se mit à avoir très chaud… beaucoup trop chaud.

Trop de souvenirs d’un coup… qu’elle se sentait horriblement mal… terriblement. Cassidy n’avait qu’une envie… fuir… fuir de ce rêve ou de ce cauchemar… fuir de tout ça… C’était trop encore… beaucoup trop… à croire qu’on voulait la faire défaillir… mais si c’était pour lui montrer qu’elle se trompait, c’était vraiment le cas. La jeune femme se sentit fléchir alors que l’expression de son visage changeait. De la surprise, de la culpabilité, des regrets. Il y avait tellement de souvenirs qu’elle peinait à réfléchir…

Et puis il y en eu un autre qu’elle ne connaissait pas. Et cela lui appris bien des choses… l’autre dragon que Tristan respectait, son ami… En fait il disait tout ce que Tristan ne réalisait pas. Un sourire un peu bête, sa défense et comme il réagissait au quart de tour. Une autre parole « Je ne t’ai jamais vu comme ça… ». C’était un mensonge pas vrai ? Il n’était pas comme ça d’habitude ? Elle peinait à le croire… comme si ce n’était qu’un rêve et qu’elle allait se réveiller.

Un autre souvenir apparut. Cette fois ça parlait de leur première fois, enfin la vraie… Cassidy pensait que Tristan aurait pu fanfaronner et raconter à son ami avec détails mais… ce n’était pas le cas, il respectait ça et souhaitait le garder pour lui tout seul… sans la traiter une seule seconde comme un objet ou un trophée.

Et puis un suivant… Où il parlait de sa vision du sexe, qu’avec elle c’était différent. Chose qu’il lui avait déjà révélé… pour qu’il en parle à un autre, cela devait avoir de l’importance pour lui. Et il semblait vraiment content, heureux. Il parlait sans aucun doute, ni réticence, sans se forcer, comme si c’était naturel. Parce que c’était elle ? La jeune femme culpabilisa. Elle n’avait personne avec qui se confier.

Elle se rendit compte que contrairement à lui, personne ne l’avait soutenu dans sa découverte des sentiments… personne n’avait été là pour l’écouter. Sans doute, si cela avait été le cas, elle n’aurait pas été comme ça avec lui… elle ne se serait pas autant renfermée. Alors que pour Tristan, c’était autre chose. Le cœur de Cassidy se serra alors qu’elle avait l’impression d’avoir une révélation très importante.

Autre grosse révélation. Elle le rendait différent ? Vraiment ? Une meilleure version de lui ? Bonheur ? Jamais elle n’avait su tout ça ou du moins, elle n’avait jamais cherché à le voir. Zack lui montrait, dans ce souvenir, tout ce qu’elle n’avait jamais connu de Tristan. Il avait l’air d’en savoir des choses, énormément. Et Tristan avait sûrement peur, peur de dire les choses, peur peut être de se prendre un vent ou de penser qu’elle comprendrait toute seule. Peut être était-il tellement maladroit qu’il n’osait pas lui avouer tout ça… Il lui semblait que Tristan avait essayé de lui dire, avec beaucoup de maladresse. Mais elle n’avait jamais cherché à accepter ces révélations. Elle avait toujours pensé à tort qu’il se jouait d’elle et que c’était bien trop beau pour être vrai ! Après des années de galère, d’indifférence, la roue tournait ? Pas possible, pas pour elle !

Elle comprit alors que tout avait été prémédité, et elle avait piétiné tout ça. Les cadeaux, les attentions… elle avait repoussé tout ça en se conduisant n’importe comment, comme une ogresse, une ermite, une louve sauvage qui le dédaignait. Alors oui elle n’avait pas l’habitude de tout ça, mais comment pouvait-elle aussi égoïste à ce point ? Surtout qu’elle ne lui disait rien, elle le laissait deviner sans vraiment l’aider et elle était extrêmement maladroite, agissant comme elle l’avait toujours fait, terriblement indépendante sans se laisser aller.

Un autre souvenir et une pensée qui résonna dans cette caverne. Qu’il ne comprenait pas. Elle se rappelait très bien de ce moment. En effet ils n’étaient pas un couple et elle ne voulait pas l’assimiler à Jilian. Elle aurait dû lui expliquer… qu’avec lui c’était plus sérieux que Jilian. Qu’avec lui c’était plus important… et qu’elle ne voulait pas jouer un couple, si il fallait faire quelque chose, c’était le devenir. Mais trop de doutes dans son cœur, car elle ne savait pas… car si il ne lui disait pas en face, elle ne pouvait pas savoir. Etre un couple, c’est aimer l’autre… et elle ne savait pas si Tristan l’aimait ou bien… si tout ceci était du vent. Une déception de plus ?

Elle entendit sa voix déchirante dans la caverne, provenant du souvenir… Elle réalisa à quel point elle avait été un monstre sans cœur pour le repousser ainsi. Mais elle ne pouvait pas savoir… vraiment pas non… seulement entendre sa voix déchirante fit énormément de mal à Cassidy. Comme si elle comprenait à quel point c’était dur. Des étoiles dansaient devant ses yeux, sa respiration était plus saccadée, sa tête lui faisait extrêmement mal. La douleur de son corps, qu’elle supportait silencieusement tous les jours, qui était devenue habituelle, devint plus violente. Comme si elle se rendait compte de certaines choses.

Et puis encore un autre souvenir. Où Zack affirmait que Tristan avait des sentiments forts. Curieux écho avec ce qu’on lui avait dit ce matin. Oui elle aussi avait des sentiments… Mais lui… elle ne l’aurait pas cru. Le cœur de la jeune femme se tordit dans tous les sens, douloureux, lui faisant toujours encore plus mal à la tête. Elle entendit Tristan qui disait qu’elle n’arrêtait pas de le repousser, qu’il faisait des bêtises. Elle avait tellement de peine pour lui. Mais pas qu’il lui faisait pitié mais juste qu’elle se rendait à quel point elle avait été horrible avec lui…

Il révéla à son ami ce qu’il lui avait dit. Cassidy resta interdite. Tristan pensait ce qu’elle-même pensait à son sujet. Juste un amant de passage… non c’est faux ! C’était pas ça ! Il se trompait… Elle était horrifiée. Mais alors si ce n’était pas un ami ni un amant… c’était quoi ? un confident ? couple ? elle l’aimait… bah bien sûr pour avoir des sentiments, faudrait être bête pour ne pas penser à ça. Il pleurait et cela la rendit encore plus mal à l’aise. Et puis, une énorme révélation. Corps intoxiqué ? Elle n’était pas sûre de comprendre ce qu’il racontait… Il disait même qu’il ne voyait pas ce qu’elle voyait de bien en lui… heu… contrairement à lui elle n’avait rien fait. C’était bien elle qui ne le méritait pas, pas le contraire ! Il balança quelque chose et la femme se crispa violemment, ne bougeant plus, ne déglutissant plus, ses yeux semblaient affolés alors qu’elle était telle une statue en train d’écouter.

« amoureux »… il était amoureux… il disait aussi que ce n’était pas réciproque… mais ce n’était pas vrai ! Elle l’avait avoué ce matin même ! Si il n’avait pas été… aussi distant, peut être lui aurait-elle dit… Non pas moyen puisqu’elle pensait qu’il se jouait d’elle, que ça n’allait pas durer. C’était peine perdue. Mais c’était le cas, elle avait des sentiments pour lui ! Des sentiments qu’elle avait fait taire. En fait, c’était le plus courageux des deux… Car à chaque fois il cherchait à faire un pas en avant alors qu’elle ne faisait que le repousser, il était patient, attentionné, lui pardonnait tout… elle s’était cachée, avait refusé d’écouter son cœur, pensant que ses malheurs recommenceraient, qu’elle ne pouvait pas être heureuse. Tristan, malgré le fait qu’il était un dragon, repoussait tout ce qu’on disait d’eux.

Alors oui… et elle ne comprenait pas pourquoi il s’était accroché aussi longtemps avec tout ce qu’elle lui avait fait subir. Zack proposa une solution et Tristan refusa tellement catégoriquement. Elle se rendit compte… qu’elle avait entraîné sa chute. Son cœur saignait, sa respiration s’accélérait, la douleur qu’elle ressentait énorme à tel point que cela lui donnait la nausée. Elle aurait voulu crier mais aucun son ne sortit de sa bouche. Fuir… loin… elle n’était bonne qu’à répandre le mal autour d’elle alors qu’il n’avait de cesse que lui tendre la main.

Et puis pareil, il voulait vraiment faire quelque chose pour lui faire plaisir, mais n’y arrivait pas. Et puis dans la salle de bain. Cassidy avait serré les poings tellement forts que ses ongles s’étaient enfoncés dans sa peau. L’esprit avait raison… la douleur des sentiments… si seulement elle n’avait pas été… si seulement elle lui avait fait confiance… si seulement… tant de regrets, tant de culpabilité. Cela ne s’arrêta pas là et elle vit les derniers souvenirs. Elle reconnut l’étrangère et se figea. Non mais qu’est-ce qu’elle venait s’occuper de leurs affaires ?! Pourtant, elle comprit ce que Tristan n’avait pas su voir. L’étrangère avait cherché à débloquer le dialogue… à confier ce que Cassidy n’osait pas dire. Trop tard… pourquoi ?

Et puis le dernier souvenir… le pire. Elle se revit et se dégouta. Un monstre oui, c’est tout ce qu’elle était. Cassidy se mit à trembler, affolée par ce qu’elle voyait. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Trop encore… Tout lui était rejeté dans la figure… tout… trop fort, trop violent. Elle ne put camoufler la grimace de douleur qui apparaissait sur son visage, l’entaille dans son cœur si profonde, l’aura noire qui se délectait de sa douleur, sa détresse… un mot résonnait dans sa tête. Elle était un monstre… une créature des ténèbres bonne qu’à apporter le malheur. La douleur était tellement puissante que la jeune femme était à deux doigts de sombrer dans l’inconscience, rattrapée par tout ce qui se passait devant elle, rattrapée par son horrible comportement.

Les battements de cœur qui ralentissaient avant qu’il ne s’excuse. Elle sentit l’aura noire de son côté, quelque chose de ténébreux. Cassidy étant tellement habituée à la ressentir sur elle, ça lui faisait bizarre de le sentir sur Tristan. Elle n’était pas sûre qu’il tienne face à ça. Il tomba dans ses bras, s’affalant presque sur elle alors qu’elle le rattrapa pour qu’il puisse s’appuyer. D’autres paroles. Bam, coup dans le cœur de Cassidy. Ses yeux s’écarquillèrent alors que la vérité, qu’elle n’avait jamais osé voir, jamais osé accepter, lui sauta au visage de manière effrayante. Elle aussi tremblait et peinait à rester calme. Ses pensées étaient confuses, sa tête lui faisait atrocement souffrir et elle s’affaiblissait à vue d’œil. Comme si la douleur à Tristan, elle la ressentait en elle. Comme si elle était liée à lui en quelque sorte et qu’elle se prenait une énorme baffe à ce moment là.

Il se mit alors à hurler de douleur. Elle sentit la force ténébreuse en lui. Elle savait ce que cela voulait dire et même si c’était bien différent d’elle, ce n’était pas facile d’y déroger. Il était vulnérable, cela pouvait lui être néfaste. Cassidy avait de la peine à rester éveiller, elle souffrait elle aussi. Le poids de son comportement la rattrapait et elle se sentait tomber elle aussi. Pourtant, quelqu’un devait rester fort et Tristan, dans son état, ne pouvait rien faire. Elle serra les dents.

*S’il te plaît… donne moi un peu de force… je ne tiendrais pas longtemps… je ne dois pas… m’évanouir*

*…*

*Y a pas d’autre moyen, tu le vois bien !*

*Tu sais ce que cela signifie ?*

*Oui…*

Un soupir résonna dans sa tête. Soudain, le corps de Cassidy se mit à chauffer, bien plus fort que l’eau. Elle était bouillante, comme si cela pouvait la faire tomber à n’importe quel moment. Cette chose qui la rendait si mal. Et pourtant, cette fois-ci, la jeune femme semblait lutter. L’inconscience qui la guettait s’éloigna et elle eut les pensées bien plus claires malgré la chaleur de son corps. Alors elle se concentra. Tristan souffrait terriblement, ça ne devait pas continuer comme ça.

Elle repensa aux plantes dans la caverne mais d’ici, impossible de les atteindre sans faire bouger Tristan. Et le pauvre ne semblait pas du tout apte à se laisser gentiment faire. Alors, sur le coup de l’adrénaline, Cassidy fit quelque chose d’extraordinaire. Cela lui semblait même tout à fait instinctif, naturel pour elle. Fermant les yeux, elle tendit la paume de main devant elle et visualisa la plante qu’elle avait vu peu de temps avant. Cette dernière apparut dans sa main. De la magie… quelle ironie…

Elle rouvrit les yeux et serra dans sa main les feuilles de cette plante, arrivant à faire sortir une poussière de celle-ci. La jeune femme posa doucement alors sa main sur la joue de Tristan qui hurlait toujours et elle murmura des paroles douces, une pointe de regret et de tristesse à l’intérieur.

« Pardonne moi… »

L’instant d’après, les particules firent leur effet, plongeant Tristan dans le sommeil. Tout ceci s’était passé très rapidement, en même pas quelques minutes. Cassidy soupira. Voilà qui lui ferait un peu de répit. Elle avait besoin de se remettre les idées au clair pour digérer tout ça. Elle était très partagée, entre sa panique de ne jamais avoir géré ce genre de chose et surtout à cause de toutes ces révélations.

Doucement et machinalement, elle caressait le dos de Tristan, laissant sa main parcourir sa peau si chaude. La jeune femme avait beaucoup de peine. Elle laissa rouler des larmes sur ses joues et murmurait des paroles à son égard.

« Qu’ai-je fais ? »

Oui elle culpabilisait… Elle avait appris la vérité mais à quel prix ? Finalement, Cassidy se sentit encore plus minable. C’était sa faute et entièrement sa faute si ils en étaient arrivé là. Si seulement elle lui avait fait confiance… si seulement elle ne l’avait pas repoussé. Mais on ne peut plus changer ce qui s’était passé. Elle inspira profondément et regarda autour d’elle. Malgré la chaleur de son corps, l’eau lui semblait hostile, agressive.

*Je vais avoir besoin de… mon pouvoir…*

*Oh…tu veux l’utiliser… volontairement ? C’est… dangereux*

*Je suis prête à prendre le risque… pour lui… je lui dois bien ça…*

*Je ne sais pas si c’est une bonne idée…*

*Alanir ! J’ai fais une grosse connerie d’accord ?! Je ne pourrais pas sortir de l’eau et le traîner avec ma force d’humaine et j’ai aussi besoin de mes instincts pour gérer au mieux la situation si ça dégénère ! Tu es le seul à pouvoir l’enclencher volontairement*

*Rare que tu m’appelles par mon prénom… tu es vraiment sérieuse…*

*Je ne pourrais jamais réparer le passé… c’est trop tard… mais… sans force maintenant, je ne pourrais rien faire de plus à part attendre qu’il se réveille et constater les dégâts… je pense… que j’ai une idée…*

*Tu vas lui faire un bisou ?*

*…*

*Et si ça ne marche pas ? Je veux dire, ça a bien fonctionné plusieurs fois mais là c’est grave… tu ne sais même pas dans quel état il va se réveiller… peut être que ce qui le rendait différent aura disparu, peut être qu’il aura tout oublié, peut être qu’il va se comporter comme un vrai dragon… agressif et plus comme avant*

*J’accepterais la sanction des dieux si c’est le cas… Tu comprends pourquoi j’ai besoin de mon pouvoir ? Si la situation ne se rétablit pas, je vais avoir besoin de force et de mes instincts pour réagir rapidement*

*Très bien… mais dis lui… les conséquences de ce que tu vas faire là…*

*Il n’appréciera pas c’est sûr…*

Soudain, Cassidy fut envahie d’une lueur noire. Les marques obscures apparurent sur tout son corps et son visage, ses yeux devinrent noirs. Pour la première fois elle se sentit plutôt bien. Enlevée la douleur, enlevé le mal de tête. Plus d’énergie et elle se sentit bien plus à l’aise qu’avant. Sans attendre une minute de plus, elle le prit par le bras et le dirigea vers le bord. Puis elle monta rapidement et le tira sous les bras pour le déposer sur une pierre. Bon, il était quand même grand et elle petite, cela lui prenait du temps. Mais même sa douleur à la cheville avait disparu, un court instant.

Lorsqu’il fut posé au sol, la jeune femme s’éloigna. Pas pour partir loin de lui… mais juste pour attraper sa tunique qu’elle roula en boule avant de soulever la tête du garçon et lui installer plus confortablement la tête. Ses yeux s’arrêtèrent sur ses cheveux noirs, les marques qui avaient disparu et elle grimaça. Ca sentait l’énergie noire à des kilomètres.

*T’en penses quoi ?*

*Pas bon signe…*

Cassidy caressa doucement les cheveux de Tristan. De la culpabilité apparaissait dans ses yeux noirs. Cela lui faisait extrêmement mal. Puis, ses sourcils se froncèrent alors qu’elle touchait ses cheveux.

*J’ai l’impression… que je peux lui prendre…*

*Quoi ? Sa noirceur ? Heu… t’es pas une divinité tu sais…*

*Non mais je me sens liée à ça… j’ai l’impression… que ça vient de moi… c’est moi qui l’ai rendu comme ça… c’est moi qui ai amené ça… je peux l’aider… je peux lui enlever… enfin pas sûr que ça marche mais…*

* Il n’acceptera jamais…*

*C’est mon choix ! Pour une fois dans ma vie où je prends une décision pas égoïste ! J’ai déjà un dragon corrompu en moi, un peu de ténèbres en plus ne me fera pas grand-chose… Et puis tu seras là pour m’aider.*

*Pffff*

*J’espère juste ne pas en arriver là… si les dieux se montrent cléments…*

La jeune femme inspira profondément. Elle regarda Tristan avec beaucoup de tristesse, ses yeux n’exprimant que du regret. Elle regrettait énormément. Elle avait mal… très mal et ça n’avait rien à voir avec une douleur physique. Une autre idée lui vint. Elle ne pouvait pas le réveiller sans qu’il ne sache. Elle devait essayer de lui parler. Et encore une fois, c’est son étrange instinct qui la guida.

Cassidy caressa doucement les joues de Tristan. Elle était agenouillée à côté de lui. Puis une de ses mains se posa sur son front. Elle se sentait un peu ridicule d’agir ainsi, sans savoir si cela allait marcher ou pas, si cela le ferait réagir ou pas… en fait, elle n’avait que des doutes… Se concentrant, la jeune femme tentait de faire une communication dans sa tête et même si il dormait, peut être pouvait-elle le toucher dans son sommeil.

*Hem… hum… Tristan… je ne sais pas si tu m’entends comme ça. Mais écoute moi attentivement. Ceci n’est pas un rêve… je ne sais pas comment te l’expliquer mais ma voix est bien réelle. Tu es en train de dormir. Me demande pas comment j’arrive à te parler et même si tu arrives à m’entendre, je me sens ridicule de parler mentalement sans savoir si tu écoutes ou pas mais… c’est la vérité. Je ne sais pas si tu me fais encore confiance alors… écoute ton instinct. Je… je ne sais pas si tu te rappelles de quoi que ce soit, enfin je vais faire comme si c’était le cas…*

Cassidy se sentit stupide. Comme si il pouvait l’entendre ! C’était vraiment une tentative désespérée pour se rassurer… un peu. Pitoyable. Elle inspira un bon coup.

*Je ne sais pas par où commencer. Mais… avant tout… je suis désolée… désolée de tout ce que je t’ai fais subir, de mon comportement… je t’ai tiré vers le bas… je ne me doutais pas une seule seconde que tu… éprouvais quelque chose pour moi… Faut que tu saches… c’est pas que dans un sens… je ressens des choses très fortes pour toi depuis le début… j’avais beau faire l’indifférente… tu m’as toujours attiré… pas que physiquement ! Mais il y a quelque chose en toi qui m’apaisait, me rendait bien… Je… enfin au fil des jours j’ai fini par me rendre compte de mon comportement… que je m’attachais trop à toi… que je ne te voyais pas comme un ami… pas comme un amant… comme… un amoureux je pense. Je voulais… enfin je ne sais pas trop. J’étais tiraillée entre mon envie de ne pas me laisser faire par mes sentiments, les repousser. Ce n’était pas facile… je t’ai fais du mal en voulant te repousser gentiment… parce que j’avais peur ! Tu sais… depuis toujours il m’arrive que des mauvais trucs… des catastrophes… jamais rien d’heureux ne m’est vraiment arrivé. Et je pensais… que tu jouais avec moi parce que… parce que… tu voulais coucher avec moi. Je sais aujourd’hui que je me trompais lourdement… mais crois moi ! Comment voulais-tu que je le sache ? J’ai toujours été seule et je ne suis pas comme toi, je n’ai pas eu un ami pour me dire de sauter le pas et d’essayer de te laisser une chance… j’avais peur… qu’un jour tu me dises que tu as bien joué avec moi et que maintenant c’était fini… ça m’aurait détruite… j’avais peur… vraiment… je te jure… c’est pas que je voulais pas… mais c’était trop beau pour être vrai… tu sais… je t’ai maudis quand j’étais ado. Je pensais trop souvent à toi, j’ai eu mal… parce que tu me manquais… mais j’avais déjà des sentiments pour toi ! J’ai préféré les ignorer parce qu’après tout je ne te voyais plus… mais en te revoyant tout est remonté. J’aime être avec toi… quand tu me prends dans tes bras je me sens bien… j’aimais ces moments de complicité où on était tous les deux, j’aimais quand tu étais attentionné avec moi… j’aimais ton sourire, ta façon d’être… enfin tu as parfois gaffé mais tu as toujours fait au mieux… c’est moi le monstre… c’est moi qui t’ai fait du mal… et puis… j’ai vécu 10 années en étant indépendante alors c’est pas facile pour moi… je sais pas quoi te dire de plus, ça réparera jamais tout le mal que j’ai pu te faire… mais si y avait un moyen… pour une deuxième chance, je la saisirais… je veux aller plus loin avec toi… je veux qu’on soit un couple ! Et si je t’ai repoussé à cause de ça, c’est que je ne voulais pas d’un couple comme avec Jilian. Avec Jilian c’était faux, une comédie… et je ne voulais pas ça… avec toi… parce qu’avec toi… c’est… c’est pas pareil que Jilian… c’est… plus vrai je pense… enfin voilà je ne sais pas si tu m’entends… j’aurais peut être dû essayer de te parler plus tôt… j’ai pété un câble ce matin… parce que quand tu es parti de la chambre, je me suis rendue compte à quel point… ça me faisait mal que tu sois pas là et même si j’essayais de les ignorer, j’ai toujours ces sentiments pour toi… parce que je… je…t’aimes…bien. J’aimerais qu’on aille plus loin… je suis tellement désolée… tellement… je ne sais pas ce que je pourrais faire pour effacer tout ça… et si tu veux plus de moi… si ça ne marche pas… je comprendrais… je te laisserais tranquille…*

Des larmes coulaient sur ses joues. Cassidy tremblait. Elle n’avait jamais été aussi sincère de toute sa vie. Elle n’avait jamais été jusque là. Peut être qu’en voyant tout ses souvenirs, la jeune femme s’est rendue compte d’être allée trop loin. Elle aurait pu fuir, s’enfuir. Mais c’était lui… et elle devait au moins tenter quelque chose même si c’était très loin de tout ce qu’elle était jusqu’à présent. Elle était sincère mais c’était peut être trop tard.

« Je… je veux pas te perdre… »

Elle avait rouvert les yeux, rompant le contact mental. Puis elle le regarda alors qu’il semblait si paisible là à ce moment, avant de murmurer d’autres mots.

« Je sais pas ce que tu me trouves au final… je ne te mérite pas… tu vois… je t’ai pas emmené du bon côté… désolé… désolé… »

Cassidy hésita un instant. Pendant un moment, elle se trouva minable et voulait fuir à nouveau. Par peur de l’affronter, par peur de ce qu’elle allait découvrir, les dégâts causés. Elle serra les poings et se fit plus déterminée alors.

Très lentement, la jeune femme se rapprocha de lui, posa ses mains sur ses joues, et l’embrassa. Mais pas un baiser habituel. Celui-ci avait une autre saveur. Si les baisers pouvaient sauver, elle espérait que celui-ci pourrait marcher. Même si elle avait du mal à y croire. La boule au ventre, elle prolongea le baiser, les larmes coulant sur les joues de Tristan. Ce qu’elle pouvait regretter…[/b]
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 8 Avr - 17:29

Rien n’avait changé… Le baiser, si différent, si intense, parvint à ramener la chaleur dans le corps du jeune homme mais ses cheveux restèrent noirs, sa peau ne gardant que de légers stigmates des marques d’or qui avaient jadis zébré sa peau de lumière. Un frémissement passa sur sa peau, les algues phosphorescentes illuminèrent son regard… Comme toujours ses yeux avaient capté la moindre lumière pour la rendre, à la manière des chats dans ce regard qui brillait de manière si fantasque et si inquiétante. Il ouvrit les yeux, des yeux qui brillaient si fort dans cette pseudo-obscurité. Ils fixèrent les murs de pierre au dessus de lui puis s’abaissèrent lentement sur la jeune femme à ses côtés…



Peut-être qu’au fond certaines peines, certaines souffrances étaient inévitables…
Et pour cause qui étaient-ils pour penser que du jour au lendemain tout serait différent ? Tristan était un dragon… Même s’il avait été élevé par une humaine et même s’il avait des manières exemplaires, un comportement plaqué parfait, un éducation stricte à toute épreuve, au fond, il appartenait à une espèce foncièrement différente. Né pour dominer, pour asseoir sa suprématie… Né pour régner… Né pour être fort, pour plaire, pour séduire, pour détruire. Le jeune homme n’avait rien d’un humain si ce n’était son apparence. Pourtant, lui encore était différent avec sa ressemblance si prononcée avec les Drakkaris… Mais il n’avait rien d’humain finalement. Pourtant, trop souvent dans son attitude il faisait plus preuve d’humanité que bien des êtres humains.
Et elle… Elle aussi était différente. Peut-être pensait-il qu’un miracle pouvait se produire. Peut-être était-ce pour cela qu’il n’avait absolument rien compris de ce qui arrivait. Mais comment lui reprocher réellement ce qui se passait ? Elle n’avait pas confiance en lui… Elle n’avait jamais eu confiance en lui. Alors évidemment il lui avait montré, à plusieurs reprises, qu’elle pouvait le croire, qu’elle pouvait s’ouvrir un peu à lui. Il était différent, doux et gentil, prévenant, tendre, si opposé à l’idée qu’on pouvait se faire du dragon qu’il devait être. Mais ce comportement, c’est vrai, qui lui donnait des airs de compagnon parfait avec toutes ses imperfections si touchantes, faisait d’autant plus irréel, d’autant moins accessible, d’autant plus rêve d’un instant qui s’en irait vite en détruisant tant sur son passage. Il était le garçon différent des autres, qui faisait naitre l’impossible dans le coeur d’une demoiselle torturée… Parce qu’elle l’avait, torturée, manipulée, abusée, trompée par les hommes et leurs mensonges, par les hommes et leur brutalité, leur lâcheté, leur égoïsme… Au final, c’était elle qui avait peut-être raison. Un homme comme ça ne peut pas exister. Elle avait peur, elle avait mal, à cause de ce garçon qui réussissait à la faire sourire et rire alors que cela faisait si longtemps que ce n’était plus le cas, alors que cela faisait si longtemps que son sourire n’avait pas été amer, ironique, figé… Elle craignait ce qu’il pouvait faire celui qui réussissait à faire naître autant de bonheur que de peur dans son coeur, celui qui provoquait tant de réactions dans son corps. Et pour cause, n’était-ce pas effrayant ? Dérangeant, inquiétant… de sentir son corps, torturé jusqu’alors par d’insatiables pulsions incontrôlables, un corps puni, contraint à pratiquer un acte détesté, haï… de sentir ce corps jusqu’alors victime appeler celui d’un homme de manière si insistante… N’était-ce pas dérangeant de sentir son corps s’enflammer d’une pointe virulente de désir pour un homme ne provoquant cette flamme que par un sourire, un baiser tendre dans le cou, une caresse dans le dos ? N’était-ce pas frustrant, inquiétant, de sentir son corps succomber si vite et si facilement à un homme, l’appeler, le supplier de ne faire qu’un avec elle ? N’était-ce pas inquiétant de sentir ce même corps réclamer davantage et qui victime de ses pulsions s’était toujours satisfait plus ou moins dans l’acte, et qui avec ce garçon-là réclamait plus alors qu’il n’avait jamais connu pareille extase ? Il faisait naître en elle des choses qu’elle redoutait, un manque, un besoin, elle qui n’avait besoin de rien ni de personne, elle qui était éloignée du monde et de la vie, elle qui survivait sans vivre réellement…

Alors oui…Elle avait raison au fond. Eux deux c’était effrayant, c’était différent, c’était inquiétant… Ca n’avait rien de logique, rien de normal, aucun repère auquel s’accrocher, aucune certitude. Malgré tous les beaux discours quand ceux-ci émergeaient, lesquels étaient réellement vrais ? Y avait-il un mensonge dissimulé quelque part ? N’étaient-ce que des prétextes, des jolis mots qu’il maniait si bien pour obtenir d’elle ce qu’il voulait réellement, son corps, qu’il semblait tant apprécier, son endurance qui parvenait à calmer le dragon insatiable en lui ? Ne la voyait-il que comme celle pouvant satisfaire son corps ? Etait-ce pour cela qu’il voulait la garder ? Voyager avec elle ? Pour avoir sous la main, pour le satisfaire, le corps mince mais si voluptueux de la demoiselle ? Il lui avait dit après tout… la réalité sur lui, sur ce qu’il était. Il ne devait rien ressentir, en tant que dragon, en tant qu’être différent. Il n’était guidé que par ses pulsions…
Si les gestes, les comportements, les sourires, la tendresse évoquaient bien d’autres choses ce n’étaient que des impressions, des moments importants à interpréter mais sans mots… sans mots pour être sûr que l’impression vécue était partagée.
Cassidy n’était pas si cruelle. Elle était juste une femme qui malgré tout son tragique vécu, toutes ses souffrances, toutes ses peines, tous les coups, voyait son coeur si dur et froid se réchauffer pour un garçon. C’était l’impossible, c’était l’inimaginable. Il était le seul à provoquer ceci. Alors ça faisait peur, ça défiait les lois et la nature, ça défiait les règles et les possibles. Il était celui qui la changeait et qui lui faisait éprouver des « choses »… Il était celui qui pouvait la briser plus qu’aucun autre…

Alors qu’elle avait cherché le plus possible à se convaincre qu’il n’était pas important, à s’éloigner de lui en le repoussant parfois si durement, maladroite, inquiète même sans s’en rendre compte, elle avait éprouvé des sentiments pour le jeune homme. Elle avait découvert ces deux derniers jours avec lui, le matin, en se réveillant, l’amère douleur du manque et de la perte. Car il lui manquait n’est ce pas ? Sa présence lui manquait: ses beaux sourires, ses bras puissants qui l’entouraient et la câlinaient pourtant avec tant de douceur, ses baisers doux et ses regards lubriques, ses sourires qui en disaient longs sur l’intérêt qu’il lui portait, un intérêt pervers c’est vrai mais plus encore, bien plus… Seulement ça elle ne pouvait pas le voir. Expérimenter cela n’avait rien de positif, bien au contraire, renforçant la notion de perte d’indépendance. Cet imbécile la rendait dépendante de lui… Alors comment vivrait-elle son départ ? Il avait dit qu’il voulait revenir. Mais ce n’étaient que des mots… Et c’était surtout une promesse si démesurée alors que finalement ils ne se « connaissaient » que depuis si peu de temps. Ca n’avait rien de réel, ça n’avait rien de vrai, ça ressemblait juste à des jolis mots pour inciter une femme à lui ouvrir ses cuisses… Peut-être était-ce pour cela qu’elle l’avait repoussé plus fort même alors qu’il lui manquait et que tout son corps l’avait incité à faire un pas vers lui. Elle avait raison de reculer… En fait, elle avait les meilleurs instincts du monde. Elle était capable de choses que personne n’aurait pu faire. Ses instincts lui hurlaient le danger de cet homme, du dragon, de ses mensonges et de sa nature. Une autre femme, elle, même endurcie, même difficile, aurait succombé à cet homme immédiatement, pas qu’à cause des hormones qu’il dégageait, pas qu’à cause de ce charisme indéfinissable, à cause du tout, à cause de tout ce qu’il était… telle une jolie proie succombant face à l’apparat de son chasseur. Mais elle, au contraire, survivait, écoutait ses instincts bien différents des autres femmes… Elle était tout aussi différente que lui…

Ce matin-là, seule dans la chambre, seule face au manque que ce crétin provoquait juste par son absence, forcément, elle avait souffert. Elle s’était accrochée à l’agacement, aux insultes, à l’exaspération, pour ne pas sentir la douleur qui s’insinuait en elle. Oui ses instincts étaient puissants, ils lui permettaient de survivre. Pourtant, elle avait été aidée, ramenée à la raison par son étrange entité qui essayait de lui expliquer la situation et la singularité de celle-ci.
Et puis il y avait eu l’aubergiste et ses commérages, cette insinuation douloureuse de trahison. Ce n’était que ça, une insinuation… Et puis il y avait eu Tristan et sa froideur, Tristan et la douleur qu’il amenait en était distant, exactement comme elle finalement, mais si éloigné du prince charmant qu’il avait été jusque là. Et puis encore il y avait eu le joli récit détaillé, les insinuations, les évocations, les métaphores, les comparaisons, de Lindsay. Ce n’étaient que des mensonges, mais comment pouvait-elle le savoir alors que tout lui hurlait que cet homme qui réussissait à passer derrière sa carapace ne voyait en elle qu’une maitresse… et que si elle ne pouvait le satisfaire il irait voir ailleurs, il l’avait fait, il l’avait trahie…
Elle oubliait qu’il était un dragon… Elle oubliait qu’il avait des besoins, tout comme elle, mais que si elle parvenait à être quelque peu satisfaite, ce n’était pas son cas, pas assez, pas encore du moins. Elle oubliait qu’elle n’avait jamais été fidèle à un homme. Elle oubliait que lui, le dragon, avait encore moins de raison de l’être à une femme. Pourquoi réagissait-elle ainsi ? Pourquoi souffrait-elle autant de sa trahison ? Pourquoi souffrait-elle autant de la jalousie alors qu’elle savait que c’était inévitable ? Peut-être simplement parce que même si elle savait tout cela, même si elle savait que cela arriverait, ce garçon, elle avait voulu le croire, croire en ses jolis mots, croire au bonheur qui essayait de s’accrocher à elle. Si toute sa raison lui criait l’impossible, le renoncement, la distance et la violence, son coeur lui, peut-être, s’était-il déjà attaché et habitué à la douceur des sentiments. Ce coeur si dur et si froid, qui reprenait vie si timidement, détestait l’idée que cet homme puisse lui avoir préféré une autre, puisse ne pas avoir été patient, puisse avoir trouvé satisfaction auprès d’une autre femme.
Il était celui fait pour la trahir, par sa nature, par son physique.
La raison détestait ce garçon. Le coeur lui souffrait, endurait bien pire que tout ce que corps avait vécu jusque là…


Il était venu à son secours, beau chevalier en armure. Mais elle avait trop souffert, beaucoup trop… Alors elle s’était défendue avec ses propres armes: des mots qui pouvaient faire tant de mal. C’est vrai, elle aurait dû voir qu’il ne répondait pas, qu’il ne répliquait pas et la laissait l’insulter, lui vomir au visage toutes ses horreurs qui le blessaient. Mais en même temps il était différent des autres. Il ne faisait rien comme les autres. Alors peut-être était-ce normal qu’il ne réagisse pas. Elle ne le laissait pas vraiment faire de toute façon, elle enchainait, cinglante et cruelle, méchante avec ce désir de le blesser, de lui faire autant mal que lui… C’était une défense comme une autre, contre-attaquer, le plus violemment possible, se venger, le plus cruellement possible, le faire souffrir comme il l’avait fait souffrir en lui laissant un espoir d’autre chose, cet espoir doux et sucré qui tapissait sa langue quand ils s’embrassaient, qui éveillait ses sens quand il l’enlaçait. Menteur ! Menteur ! Menteur ! Ce mot qui s’accrochait à elle si fort. Il n’avait fait cela que pour lui montrer à quel point même avec la plus réticente il restait le dragon plein de pouvoir qui pouvait corrompre n’importe qui. Il lui montrait à quel point il pouvait la rendre dépendante de lui, de son corps, de tout son être avant de tout lui arracher, parce qu’elle n’était rien, absolument rien d’autre qu’un monstrueux mensonge…

Tout s’était enchainé: la cruauté de ses paroles, le manque de réaction de Tristan, l’incompréhension générale du garçon pour cette histoire de « tromperie ». D’ailleurs n’était-ce pas amusant finalement ? Il était si maladroit et dans l’incompréhension. Certes Cassidy n’en avait été que bien plus dure avec lui mais en d’autres lieux, d’autres temps cette anecdote aurait tout eu pour la faire sourire…Il y avait eu la tentative du jeune homme pour s’expliquer qui avait donné lieu à un souvenir qu’il ne souhaitait absolument pas montrer et qui fit encore plus de mal, renforçant des certitudes, brisant le peu d’espoir qui pouvait perdurer… Et puis il y avait le bon souvenir, celui qui montrait que le garçon n’avait rien fait, bien au contraire, qu’il avait réussi à résister à ses pulsions, qu’il avait repoussé une femme, sans avouer que c’était la première fois qu’il en était capable. Ce souvenir annonçait que la petite demoiselle s’était fourvoyée… Tristan n’était pas coupable, en tous les cas pas d’avoir couché avec une autre. Peut-être que tout au fond d’elle, son coeur avait eu cette petite satisfaction, ce petit plaisir de savoir que non, il ne l’avait pas trompée. Mais le pauvre était vite rattrapé par la raison, qui elle, s’appuyait sur toutes les suppositions et interprétations de la jeune femme. Encore une fois, elle se protégeait. Ce n’était pas vraiment de sa faute. Elle n’avait pas eu l’habitude de tout ceci… Lui non plus certes, mais il n’était pas celui qui avait cru au « pire »… Certes, il subissait la douleur de tous ces moments où elle le mettait de côté, le repoussait et le faisait souffrir. Mais si elle était dans l’expansif parce que ça faisait trop tout simplement, beaucoup trop, si elle laissait tout s’échapper, lui au contraire renfermait toutes les blessures, ne les gardant que pour lui, pour lui seul…
Pauvre Cassidy… Alors qu’elle avait la preuve que le jeune homme était « fidèle » à sa manière elle interprétait cela comme son désir de préférer la « meilleure de ses amantes » à une autre décevante. Et dans cette interprétation, elle ne faisait pas que le repousser encore et refuser de s’accorder le doute, de croire en lui, elle se faisait du mal aussi, beaucoup de mal. C’était de l’auto-mutilation que de penser ainsi. Alors qu’il aurait été si simple et naturel pour n’importe qui d’accorder confiance et reconnaissance, elle… elle préférait se faire du mal. Peut-être parce qu’elle avait tellement souffert, tellement subi qu’elle se persuadait qu’il ne pouvait pas en être autrement… Pauvre Tristan oui, souffre-douleur bien choisi, amorphe et effacé, sans caractère et sans force face à la femme qui avait tant d’influence sur lui. Mais pauvre Cassidy aussi… qui choisissait la douleur plutôt que la foi en un homme, persuadée qu’il ne pouvait y avoir que cela dans son monde: de la souffrance. Autant s’en protéger, autant ne rien ressentir, juste exister…

Il y avait eu la tempête et cet instant pressé. Ils avaient eu tout juste le temps d’y échapper pour ne pas geler sur place. Les températures étaient en effet déjà négatives, perdre des dizaines de degrés d’un coup… c’était risquer la mort, vraiment…
Ils s’étaient retrouvés dans ce lieu magnifique qui avait des allures si féériques. C’était beau, chaleureux et romantique après le froid extérieur, la dangerosité de pseudo abri de pierres de la demoiselle et de l’agressivité de celle-ci. Mais malheureusement cela, en plus de ce souvenir, ne parvenaient pas à apaiser la demoiselle. Elle avait peur, mal… et ne voulait plus souffrir à cause de cet imbécile qui ne s’intéressait à elle que parce qu’elle savait bien le satisfaire. Mauvaise interprétation certes mais était-ce si surprenant ? Sauf qu’au lieu de simplement lui en vouloir, l’engueuler encore ou lui demander des explications qu’elle méritaient amplement, elle voulut se venger. La véritable cruauté était là… Mais elle n’était pourtant pas infondée. Car effectivement si le jeune homme ne la voyait que comme sa maitresse, le remettre à sa place de cette manière, oui ça aurait été une action brillante, courageuse et magnifique ! Le punir de considérer les femmes ainsi et de la considérer ainsi, lui laisser l’ardent souvenir d’ébats merveilleux et parfaits avant de l’abandonner comme le sale manipulateur égoïste qu’il était, oui, c’était décidément une manière unique et efficace de faire les choses. Et tout au fond, elle avait bien raison… S’il avait été ce monstre, elle l’aurait bien puni de la sorte… Vraiment bien puni. Elle l’aurait puni tout en s’octroyant une satisfaction, celle de se venger de ce qu’il lui avait fait, de la manière dont il la considérait certes, mais aussi de s’accorder un dernier instant de symbiose et d’extase. Car avouons-le, le garçon lui faisait quand même un effet de dingue et il maitrisait son art ! Excellent amant, il aurait eu bien des leçons à donner à ses congénères mâles, autant faire d’une pierre deux coups… Alors oui, l’idée d’utiliser les algues, que le garçon lui, ne connaissait absolument pas, était brillante…

Cassidy se cacha ainsi derrière un parfait rôle d’actrice avant de tenter, toujours plus, le beau jeune homme si sensible à l’attrait qu’elle éveillait chez lui. Et pourtant… il la déçut de nouveau en n’agissant pas comme elle le voulait, comme elle l’attendait… Pas du tout… Il l’avait enlacée, avait parlé de cette drôle de manière puis le bruit, les souvenirs qu’il n’avait pas commandés, sa pierre qui agissait d’elle-même pour montrer à la jeune femme un tournis, un malstrom de souvenirs, de petites histoires dans lesquels directement ou indirectement elle était impliquée. Il pensait à elle, beaucoup, tellement, il tenait à tous ces moments passés avec elle, tous… Du plus anodin au plus important. L’un d’eux, quand elle avait « quitté Jilian » n’avait pas été beaucoup revu certes, simplement parce qu’il détestait entendre le nom de cet autre homme dans la vie de la demoiselle mais il y était aussi, tout comme ces moments ensemble, tous ces moments. Il y tenait énormément… Chaque moment avait compté pour lui, chacun d’eux était important. Et il les avait parfois revus tellement de fois… Alors même s’il est vrai que cela ne durait en réalité que quelques secondes plutôt que le temps réel de ce qui s’était passé, combien de temps avait-il passé à revoir des moments qui leur appartenait à tous les deux, des moments où ils étaient… ensemble ?

Tristan lui ne regarda pas les souvenirs. En voyant avec horreur tout ce qui s’activait et à quel point on mettait à nu ainsi les plus secrètes de ses pensées il renonça tout simplement. Après tout ça n’avait pas d’importance. Et puis il se sentait bizarre, mal, faible, fiévreux alors qu’il avait si froid… Il se contenta de baisser les yeux, perdu, glissant petit-à-petit un peu plus dans la douleur… Pour la jeune femme ce fut un long moment, une énorme somme de révélations contenues en de très courtes minutes, tous ces souvenirs revus ainsi venant en réalité s’inscrire en elle comme des pensées, des instants d’immédiateté même si elle entendait et voyait bien de longs discours… Etranges tout de même les propriétés de ce caillou…

La pauvre petite demoiselle dut faire face à sa propre culpabilité et à la découverte des souffrances qu’elle avait causé, du mal qu’elle avait fait en cherchant à se protéger et en croyant, dur comme fer, à une réalité déformée. Tristan n’était pas indifférent. Bien au contraire… Il ne voyait pas en elle une amante mais tellement plus. Il défiait ce qu’on savait des dragons, ce que lui-même en savait. Comme il avait dû avoir peur de tout ce qu’il ressentait… Comme il avait dû se sentir perdu face à ses sentiments qu’il n’était pas censé éprouver. Pauvre Cassidy… Trop de choses lui revenaient directement au visage. Avec la découverte de son comportement, il y avait celle de la vérité, des souffrances, de la culpabilité. C’était lourd à porter pour une seule personne, c’était douloureux, très douloureux évidemment… Trop sans doute. Etait-ce un juste retour des choses ? Si Tristan avait été capable de le voir il aurait affirmé que non, il n’avait jamais voulu la blesser…

Il y avait une chose néanmoins pour laquelle encore une fois elle se trompait totalement. Si tous ces souvenirs émergeaient, si toute la vérité était faite sur cette affaire, sur ce qui se passait entre eux, jamais oh grand jamais, Tristan ne l’avait vue comme un monstre. Il se rejetait même totalement la faute dessus, considérant qu’il n’avait que le revers de la souffrance qu’il lui avait fait endurer. C’était mignon et un peu bête, c’est vrai… Mais il y avait bien compris ce qu’elle lui disait cette fois sous toutes ces pierres. Elle le détestait et il l’avait fait infiniment souffrir. Comme il s’en voulait ! Il se disait que c’était tout à fait normal et juste qu’elle le fasse souffrir en retour, même s’il avait l’impression qu’il allait mourir de tristesse face à ses mots, face à la pire des choses possible à ses yeux: elle le détestait… C’est pour cette raison que loin de ricaner devant la peine qui envahissait les yeux adorés, devant la culpabilité qui dévorait la jeune femme vivante, il avait juste les yeux baissés, la voix chargée de tellement de regrets, demandant la plus absurde des choses, demandant pardon de l’aimer.

Et puis il sombra dans l’inconscience…

Elle avait dû l’aider pour cela. Le jeune homme souffrait atrocement et physiquement cette fois-ci, sans force, blême, la peau devenue glaciale alors que ses marques disparaissaient les unes après les autres, faisant frissonner de douleur sa peau, alors que ses cheveux prenaient la couleur de l’ébène…
Lui-même sentit bien que la jeune femme devenait fiévreuse puis brûlante, lui faisant même mal tant sa peau était chaude, lui, le dragon qui n’était pas censé ressentir la brûlure de la chaleur… Mais il ne put pas vraiment s’en inquiéter, il avait trop mal, il se sentait trop mal, tout son corps était en train de se briser, il ne contrôlait rien et n’avait peur que d’une chose derrière le voile de souffrance qui avait obscurci sa vue, lui faire du mal…Il craignait tant que ses gestes lui échappent, la trouille morbide de la forcer à se soumettre lui nouait encore plus fort le ventre, il s’imagina même en train de la violer alors que cette simple pensée le révoltait au possible. Il se fit peur, terriblement peur et il aurait vraiment voulu lui hurler de fuir, fuir loin de lui, vite ! Mais il n’avait plus la force de rien si ce n’était de respirer un peu… Elle l’apaisa en l’endormant. Du moins c’est ce qu’elle croyait. Elle le fit sombrer dans l’inconscience et son corps tomba sans vie entre ses bras mais le jeune homme, même distant, resta conscient de presque tout ce qui lui arrivait…Du moins par impressions. C’était comme un ensemble de stimuli qu’il ressentait absolument pas dans l’ordre de leur réelle présentation, un amalgame flou, de sensations, de ressentis…  Il avait toujours mal, étourdi de douleur mais il sentit bien qu’elle le soutenait et parvenait à le sortir de l’eau, à l’allonger sur une pierre chauffée par la température de la pièce. Il ne sut cependant rien de la guerre intérieure de la jeune femme, de ses doutes, de ses suppliques, de sa culpabilité… Il était seul face à ses propres souffrances, inconscient en apparence… Car de son corps aucune crispation ne laissait entendre qu’il pouvait avoir mal, son visage était calme, détendu, comme s’il dormait profondément. Il ignorait comment elle avait fait…
Il l’entendit pourtant s’excuser… mais était à moitié persuadé d’halluciner. A moitié seulement parce qu’il se disait qu’elle était bien trop douce, quoi qu’elle en pense, pour se délecter de sa souffrance… Si vraiment elle avait été aussi monstrueuse et inhumaine qu’elle le pensait, le voir souffrir n’aurait rien dû lui faire, et ce même si elle en était en grande partie responsable, plus encore, elle aurait dû… apprécier de le voir ainsi… Alors qu’en réalité… Elle souffrait, elle s’en voulait, elle lui demandait pardon…

Mue par un instinct tout aussi étrange que celui qui la guidait au quotidien mais qui cette fois avait une pulsion de vie, de douceur, plutôt qu’une pulsion de mort et de souffrance elle eut l’idée la plus saugrenue qui soit: essayer de lui parler, en pensée, de communiquer avec lui, par rapport à tout ce qu’elle avait appris, par rapport à tout ce qu’elle « ressentait » elle-même. C’était une idée totalement tordue, totalement folle et vraiment inadaptée. Pourtant c’était une idée absolument brillante et mue par un instinct encore plus fort que ce qu’elle était capable de concevoir pour l’instant. Car cet instinct lui soufflait aussi qu’elle était CAPABLE de communiquer ainsi avec lui, qu’elle était CAPABLE de réaliser cela… Or elle dénigrait tant ses propres capacités que ça, c’était un pas considérable en avant… un bond de géant, tout inconscient qu’il soit. Quant à ses aveux, ils étaient une délivrance que son coeur attendait peut-être depuis bien trop longtemps… Si longtemps qu’il n’osait espérer…

Ses premières pensées étaient floues, maladroites, pleines de doutes, un essai, une tentative. Pourtant, ils parvinrent à atteindre le jeune homme malgré son état végétatif. Ses mots… et tous les autres.
Il ne réagit à aucune des pensées qu’elle lui envoyait. Il y avait des pensées d’excuse et de souffrance, d’explication et de douleurs, de peine, de tristesse et tellement oh tellement de culpabilité. Il ne réagissait à rien, comme endormi, comme mort. De vivre voix elle avait prononcé d’une voix hachée par la douleur et la crainte ce qu’elle ressentait au plus profond d’elle: elle craignait de le perdre. C’était l’origine de tout… Sa crainte de le perdre avait été à l’origine de sa fuite, de ses rejets. Depuis le tout début c’était ça, la peur de le perdre lui alors qu’aucun n’avait jamais compte jusqu’à présent, depuis lui en fait, depuis toujours. D’autres mots absurdes, qui parlaient de « côté », une excuse encore, tellement de culpabilité dans une voix chargée de regrets… Elle entoura doucement son visage de ses mains. Si lui pouvait totalement englober ses joues de ses larmes paumes elle était loin d’en être capable en réciproque. Elle était si petite et lui si grand, cette différence que tout le monde trouvait si touchante. Ses mains étaient si chaudes sur ses joues alors qu’elle se penchait sur lui. Déjà, des larmes quittaient son visage pour venir s’écraser dans un son minuscule mais qui semblait tellement présent dans le silence de ce lieu, sur celui du garçon immobile, inerte, inexpressif. Certes elle ne voyait pas aussi bien que lui dans l’obscurité mais elle constatait évidemment les dégâts: ses cheveux noirs, ses marques disparues, son corps inerte… Lentement elle se pencha sur lui et s’empara de ses lèvres avec toute la douceur et la tendresse dont elle s’était protégée jusqu’alors, tout l’espoir et la crainte, toute la honte et l’envie de le retrouver qui agitaient son coeur et son âme.
Pauvre petite demoiselle…
Accrochée à l’espoir de le soigner, de le ramener à elle, même différent, même changé, même s’il la rejetait de toutes ses forces et avec violence, elle prolongea longtemps ce baiser qui ne s’accrochait qu’à ses lèvres. Combien de temps resta-t-elle ainsi penchée sur lui ? Les larmes qui  ne tarissaient pas, délicates, qui irritaient sa peau et soulageaient juste un peu son coeur meurtri, glissaient lentement sur le visage de son bel endormi. Elle resta si longtemps que les gouttelettes d’eau salée humidifièrent le visage du garçon. Elle resta si longtemps que même alors que sa nuque lui faisait mal elle resta penchée sur lui, appuyée contre ses lèvres, soufflant contre sa peau, accrochée à l’espoir, totalement fou et indécent que toute la douleur s’efface et qu’il ne reste que le bonheur…

Un frémissement finit par parcourir le garçon et elle se recula bien vite, peut-être craintive de ce qu’elle venait de faire, de tout ce qu’elle avait fait ou plus encore de ce qui allait arriver. Même les yeux baissés elle put voir le frisson qui courait sur la peau du jeune homme. Mais les algues phosphorescentes qui lui donnaient juste assez de lumière pour voir les dégâts qu’elle « avait causés », pas suffisamment pour voir les expressions du grand jeune homme, la blessèrent davantage encore en révélant le pire. Ses cheveux restaient noirs, sa peau n’avaient plus de marques, son baiser n’avait rien changé… Mais il avait frissonné et il ouvrit les yeux.
Ses beaux yeux oranges ne le paraissaient pas dans cette obscurité. Avec l’éclat de lumière qu’ils renvoyaient, ils ressemblaient plus à deux abysses d’ambre éclatants, brillants, effrayants…
Tristan fixait le plafond au dessus d’eux, clignant plusieurs fois des paupières. Puis, lentement il abaissa son regard sur la jeune femme à ses côtés, à genoux proche de lui, qui serrait ses mains si fort l’une contre l’autre, qui n’osait pas le regarder, tout en jetant de temps à autre de très brefs coup d’oeil totalement involontaires vers celui qui allait prononcer son verdict.
Elle frémit mais ne bougea pas, alors qu’il se redressait lentement, assis, luttant contre son instinct qui s’était réveillé et hurlait au danger. Elle était à côté d’un prédateur, le plus dangereux de tous, comme vulnérable, ne prenant même pas la précaution de mettre un peu de distance entre elle et la Bête…
Tristan s’était assis oui, les yeux fixés sur elle, il fit opérer brusquement une torsion à son corps, légère, le rapprochant dangereusement de la jeune femme alors qu’un bras puissant vint l’entourer, puissant, dangereux… et l’attirer avec autant de force que de douceur contre son corps redevenu si chaud.

Cassy…

Appuyé sur son autre bras en support, Tristan venait d’attraper, ceinturer la demoiselle qu’il plaquait très fort contre lui, l’enfermant contre son torse taillé et sa peau qui frémit aussitôt au contact de la jeune femme. Il se redressa un peu plus, pliant l’une de ses jambes pour se donner un semblant de stabilité, il n’avait pas l’air en grande forme pourtant, et passer son deuxième bras autour d’elle. Douceur ou promesse de vengeance ? Il inclina son visage vers elle, la pressant tout contre lui alors que comme elle était à genoux, elle se retrouvait le visage contre son cou, le sang battait fort et vite à sa carotide. Les bras du grand garçon l’enlacèrent étroitement, semblant l’entourer comme s’il la protégeait d’un bouclier invisible du reste du monde, ses mains se serrant sur ses côtes et sa taille. Il appuya fort son visage contre ses cheveux, comme s’il ne voulait pas la laisser lui échapper.

Chut… Princesse… Tout va bien… C’est fini… C’est fini…

Sa voix était douce, si douce alors qu’il murmurait tout bas en la berçant légèrement contre lui, comme il pouvait, l’entourant de sa chaleur, de son odeur, de toute la douceur dont ce grand machin un peu abruti était capable.
Alors bien sûr, probablement ne comprit-elle pas. Parce qu’elle ne pouvait que peu comprendre ce qui était en train de se passer. Il se tordait de douleur si peu de temps auparavant. Pourquoi parlait-il ainsi ? Pourquoi la serrait-il ainsi avec tellement de douceur contre lui ? Pourquoi essayait-il de la réconforter ? Pourquoi lui donnait-il ce petit surnom si mignon ? La seule solution était qu’il ait oublié le mal qu’elle venait de lui faire… Non ?
Elle trembla contre lui, pensant peut-être qu’en réalité il l’avait frappée, qu’elle était assommée ou qu’elle était tombée inconsciente à cause du trop plein de toutes ces choses et que son esprit était en train de délirer totalement. Même s’il reprenait conscience, même s’il ne changeait pas, même s’il gardait tous ses souvenirs, il devait la détester au plus profond de sa chair pour le mal qu’elle lui avait fait… Non ?
Il répondit tout bas à ses questions ou ses inquiétudes silencieuses, comme s’il savait exactement ce qu’elle pensait, comme s’il le sentait tout simplement.

Je t’ai entendue princesse, j’ai tout entendu… Je suis désolé… Je te demande pardon d’avoir refusé de comprendre à quel point tu avais mal et à quel point tu avais souffert… à quel point les dégâts qu’on avait causé chez toi par le passé étaient sévères… A quel point tout ce que je vivais à tes côtés était tout aussi nouveau pour toi… Je suis désolé de ne pas avoir compris que je te faisais peur, que je te faisais mal… Je vais bien maintenant, arrête de t’en vouloir, je t’en prie… je suis là… je n’ai pas oublié, je suis toujours le même je te jure… Je…

Irréel ? Impossible ? C’était le cas en effet… Elle le repoussa doucement pourtant, mettant ses mains à plat sur ses pectoraux brûlants, essayant de tendre les bras mais elle semblait sans force. Peut-être n’avait-elle tout simplement pas envie de se détacher de lui, peut-être voulait-elle juste y croire… N’empêche ce n’était pas génial pour réfléchir qu’ils soient tous les deux aussi peu habillés. Après tout, ils étaient tellement attirés l’un par l’autre que même dans ce moment important, leurs corps se réveillaient contre l’autre. Le jeune homme déglutit d’ailleurs difficilement quand elle se recula un peu ainsi et que son corps superbe fut visible par ses yeux qui voyaient beaucoup trop bien dans l’obscurité. Elle n’osait pas y croire… Il s’excusait encore après tout. Ou alors voulait-elle y croire mais se le refusait-elle constatant les dégâts de ce qu’elle avait fait… Elle n’avait pas réussi à le sauver… Ses cheveux étaient restés noirs, il n’avait plus ses marques. Les yeux noisette se remplirent de nouveau de larmes, à cause peut-être de ses gentilles paroles et de la peur d’y croire réellement, c’était vrai ? vraiment vrai ? Mais surtout à cause de la culpabilité énorme qui l’assommait… Elle baissa les yeux, coupable, tellement coupable. Semblant lire dans son esprit, encore une fois, et pourtant ce n’était absolument pas le cas, saisissant juste la tristesse immense sur son beau visage d’ange, Tristan comprit et lui releva lentement le menton d’une de ses mains, la poussant à le regarder, un beau sourire dont elle ne profitait décidément pas assez, étirant les lèvres du garçon.

Ton bisou m’a réveillé et a éteint la douleur… Mais on dirait que pour… « ça »… il faut que je sois réveillé…

Ca ?
Il se pencha vers elle, le regard plein de certitudes même si ça non plus elle ne pouvait pas le voir. Tout doucement il approcha son visage du sien, comme pour ne pas l’effrayer, puis posa ses lèvres sur les siennes, forçant doucement le barrage qu’elle lui faisait pour venir caresser sa langue de la sienne. Ce fut un baiser merveilleux, intense, qui les fit frissonner tous les deux et qui provoqua brusquement une lumière bleutée intense… Celle-ci semblait se dégager du garçon et permit à sa compagne qui avait légèrement sursauté de constater, visuellement, ce qui était en train de se passer. Ses cheveux, dans la lumière bleutée redevenaient d’un rouge bordeaux aux mèches par endroits plus claires, éclaircies par le soleil, comme avant… Partout sur son corps, sa peau s’illumina alors que ses marques réapparaissaient, bien plus brillantes, dégageant un léger halo bleuté, comme s’il était aussi, si ce n’est plus encore, phosphorescent que les algues de cette caverne. Lentement la lumière qui émanait de lui diminua même si ses marques réfléchissaient comme ses yeux toujours la luminosité de cet endroit. Pouf… Magie… Guéri d’un coup !
Il vit bien qu’elle semblait toujours abasourdi et qu’elle le regardait tout en essayant d’éviter soigneusement son regard. Il fallait dire qu’elle s’en voulait… toujours énormément. Il n’arrivait pas à être sûr…


J’avais entendu ses mots… Toutes ses pensées qui avaient réchauffé mon âme au moins autant que son baiser. Je m’étais réveillé, rassuré, fort… Je ne m’étais jamais senti aussi fort. Pourtant j’avais mal dans absolument chaque centimètre de mon corps ! J’avais l’impression qu’on m’avait roulé dessus… beaucoup de fois ! Même mon cuir chevelu me faisait mal… Ce n’était absolument pas comparable à ce que j’avais avant qu’elle m’embrasse évidemment… C’était comme des courbatures ! Beaucoup de courbatures alors…
Je l’avais vue, j’avais senti sa culpabilité, encore plus fort grâce à ce qu’elle m’avait dit en pensée… Elle m’avait quand même parlé par télépathie mais je me doutais bien que ce n’était pas le moment d’aborder le sujet. Je n’en avais pas tellement envie tout de suite. Je crois que je m’étais redressé en silence, en ayant l’air vraiment sérieux alors que mon air sérieux justement, ce semblant silencieux et froid était surtout dû aux grimaces que je retenais. Je n’avais pas envie qu’elle voit que j’avais mal partout… Je n’avais pas envie de voir encore plus de peine sur son visage et dans son regard. Doucement je l’avais prise contre moi… Enfin non, pas vraiment doucement j’avoue, j’étais tellement impatient, tellement de la prendre dans mes bras, de nouveau. Parce que je venais d’entendre des choses auxquelles je n’arrivais que si peu à croire. C’était tellement inespéré !
Oh j’avais envie d’y croire hein ! Super envie même et je fonçais tête baissée sans me soucier des conséquences parce que MERDE, c’était génial ce que j’avais entendu ! Elle tenait à moi ! Elle tenait vraiment à moi ! Elle avait des sentiments pour moi !!!!!! Et depuis longtemps apparemment ! Elle en avait même eu avant que l’on se retrouve ! Ca me rendait tellement heureux ! Je sentais que j’avais du mal à respirer pas parce que j’avais mal, parce qu’une grosse boule me serrait la gorge d’un plaisir trop gros d’un coup, beaucoup trop gros ! C’était ça la joie ? Une joie tellement grande, tellement forte qu’elle empêche de respirer et pique les yeux ? C’était bizarre mais agréable… Si agréable. Je me sentais fort, je me sentais moi, vrai, puissant, plus que jamais et investi d’une mission, rassurer, protéger, enlacer ma jolie princesse coupable… Oh que la culpabilité déserte ton visage ma douce, je ne veux voir que la joie et tes sourires sur ton visage. Je veux que tes lèvres n’articulent que mon nom, plus d’excuse, pas d’excuse, je te veux toi…
Je la sentais faible tout contre moi… Je me doutais un peu en voyant où j’étais qu’elle m’avait sorti de l’eau et que pour ce faire elle avait fait preuve de sa drôle de magie ou de ne sais quoi mais en tous les cas ça n’était pas normal… Je n’étais idiot non plus… Je ne savais pas quoi dire pour rattraper tout ça, tout ce qui venait de se passer, ça me paraissait tellement irréel. Bon en même temps j’étais un peu débilisé je crois… Il faut dire que lorsque je la serre dans mes bras… le reste n’a tellement plus d’importance…

J’essayais de la rassurer doucement par mes mots mais je n’étais pas sûr d’être très efficace. Elle tremblait légèrement. Je crois qu’elle n’osait croire ce qui se passait… Je me mis bizarrement à penser que peut-être elle croyait que c’était encore un mensonge, que j’allais en fait l’amadouer pour mieux la blesser. Après tout ce qu’elle venait d’apprendre, cette pensée-là n’avait pas lieu d’être mais en même temps je la comprenais tellement. Pourquoi ? Pourquoi avais-je été si égoïste. Je tenais tant à elle et à l’image magnifique qu’elle me renvoyait que je n’avais pas voulu voir à quel point les hommes l’avaient brisée. Oh ma jolie princesse… Ils t’ont tellement de mal… Tellement fort… que tu te refuses le simple fait de croire au bonheur. Tu te l’interdis, tu t’interdis d’y croire. Ma jolie princesse… Je n’avais pas compris qu’elle avait encore si mal… Elle semble si forte, si indépendante, si sauvage, si… tigresse que je n’ai pas compris qu’elle souffrait encore, beaucoup trop de ce qu’on lui avait fait… Pas consciemment évidemment, elle prétendrait n’en avoir rien à faire… Mais les blessures étaient toujours là, à vif, et je les avais irritées, bien maladroitement, en m’approchant d’elle et en lui faisant croire que je voulais plus que cette relation charnelle. C’était vrai évidemment ! Je voulais plus. Mais on lui avait trop menti… Beaucoup trop… Elle restait silencieuse en observant mon corps qui avait d’un coup récupéré de sa superbe. Il faut dire que j’avais été vachement sûr de moi, le genre « guerrier mystérieux et si sûr de lui » quand j’avais prononcé quelques mots avant de l’embrasser. Mais pour être honnête, je savais qu’il ne pouvait pas en être autrement. J’avais prononcé ces mots avec certitude parce que je savais qu’au moment où nous nous embrasserions, la magie en elle trouverait écho avec celle qui habitait chaque fibre de mon être et que son baiser, ses lèvres, sa douceur, elle… réveillerait le meilleur en moi, d’un seul baiser… Je le savais… Pourtant, le bien-être qui m’envahit quand je l’embrassais était si supérieur à ce que je pensais que je crus que j’allais exploser de rire, bêtement, juste à cause de cette joie irréelle qui enflait en moi. Parce que tous ses mots, toutes les pensées qu’elle avait eues pour moi me revenaient en tête et faisaient chanter mon coeur. Elle avait des sentiments pour moi ! Elle voulait plus ! Elle voulait plus AVEC MOI !
Je compris l’espace d’une seconde ce que Zack avait essayé de me dire. Quand il s’agissait d’elle, tout prenait des proportions inimaginables. Cette pensée qui n’aurait rien dû faire au dragon que j’étais me donnait envie de m’envoler et de pousser le plus puissant de mes rugissements comme défi au monde !
Elle ne bougeait toujours pas. Ses mains tremblaient et n’avaient quitté mes pectoraux. Ses paumes et ses doigts, tout doux, frémissaient contre ma peau. La chaleur qui s’en dégageait était agréable bien que supérieure à d’ordinaire. Je portais mes mains doucement aux siennes et les serrais avec force, sans lui faire mal, avant de caresser du bout des doigts ses poignets. Elle était fragile, sensible… Je le savais, je le sentais ! Elle avait besoin de moi ! Moi… Je ne m’étais jamais senti aussi fort !!!!
Aucun mot ne lui échappait… Après mon baiser elle avait refermé la bouche, comme pour s’empêcher de parler, de peur peut-être de dire encore des mots pouvant me blesser, de peur de rompre ce moment qu’elle semblait croire… irréel.


Je fis lentement glisser mes doigts sur sa peau, remontant sur ses poignets, ses avant-bras, les muscles biceps de ses bras, ses épaules, glissant lentement une main sur son cou, jusqu’à son visage, caressant sa joue tandis que l’autre venait se perdre dans son dos, jusqu’à la chute de ses reins, ses cheveux me chatouillant doucement le dessus de la main. Je l’incitais doucement, de la pression de ma paume brûlante contre sa joue à me regarder dans les yeux. C’est vrai qu’elle ne devait pas bien voir mais moi je voyais assez pour deux.

Cassy…

Je l’avais appelée tout doucement, tout bas, un peu inquiet, ne voulant pas l’effrayer. A sa respiration je crus l’entendre réprimer un sanglot mais je n’en étais pas certain.

Tout ça est réel ma princesse… Tout va bien maintenant. Merci pour tes pensées… Merci de m’avoir dit tout ça… Je n’ai rien à te pardonner car je ne t’en veux absolument pas… Tout ceci n’était qu’un immense malentendu que j’ai alimenté bien malgré moi et j’en suis vraiment désolé… Tu… tu arrives à me faire parler, à me donner l’envie, l’intérêt… de… de tout…  Peu importe ce qui s’est passé… Je… Je… enfin… tu… tu es incroyable toi tu sais ?… Faire naître des sentiments aussi forts, ce qui est réputé impossible, chez un dragon… Ils sont toujours là… T… Tu sens contre ta main ? A quel point m… mon coeur bat fort ? C… C’est parce que c’est toi, parce que tu es devant moi, je te trouve tellement belle, j’ai envie de t’embrasser jusqu’à plus soif, ça m’a tellement manqué… mais je vais éviter, je ne suis pas sûr de pouvoir m’arrêter… On… a beaucoup de câlins à rattraper… tellement… Je ne suis pas sûr de pouvoir desserrer mes bras si je te prends encore contre moi… pas tout de suite en tous les cas… Je… Cassy je…

Je me mordis la lèvre inférieure très fort pour me faire taire et j’enlevais lentement mes mains d’elle avant de me relever lentement. Ses mains glissèrent avec peu de force sur moi alors que je me redressais. Bien malheureusement elles effleurèrent mon corps dans sa longueur et le frisson qui m’échappa était plutôt;.. vraiment très agréable ! Je lui tendis les mains pour l’aider à se relever elle aussi et elle semblait avoir du mal à comprendre. Moi aussi à vrai dire, c’était un peu… bizarre ce que je voulais faire, enfin plutôt ce que mon corps voulait faire. Elle semblait vraiment faible, tenant sur ses jambes oui mais plus pâle que d’ordinaire. Une fois qu’elle fut debout je me baissais, mettant un genou en terre, prenant ses mains dans les miennes en les serrant doucement, relevant le visage vers elle pour la regarder. J’espérais que mes yeux ne brillaient pas trop, je sais bien que ça pouvait être un peu effrayant dans l’obscurité.

Cassidy… Je tiens énormément à toi. J’aurais voulu te dire ces mots moi-même et pas par le biais de ce caillou bizarre qui apparemment est en mesure de me pomper pas mal d’énergie pour te montrer des choses que je n’ai absolument pas commandées… Navré pour cela… Mais… mais c’est bien qu’il l’ait fait… Je… J’ai des sentiments pour toi et ça défie toutes les lois du possible et toutes les lois de mon monde. Je sais… je sais que je t’ai fait souffrir bien malgré moi et je comprends aujourd’hui pourquoi et à quel point je me trompais en pensant que tu avais guéri des blessures qu’on t’avait causées. Je n’ai pas voulu voir et je crois que toi non plus… A quel point la belle demoiselle si forte, si indépendante, si belle qui se trouve devant moi reste une femme… A quel point tu n’es pas faite finalement pour être seule… Je ne t’en veux pas encore une fois, je te le promets… Ce n’est absolument pas une manoeuvre cruelle pour te blesser, me venger ou je ne sais quoi. Je suis moi et je te jure mes paroles sur ma vie si je peux t’assurer un peu de ma sincérité… Je… J’ai compris pourquoi Cassidy… J’ai compris que tu n’avais jamais eu confiance en moi… Non… ne dis rien… Ce n’est pas grave! C’est ma faute ça… Tu sais pourquoi ce n’est pas grave ? Parce que je vais changer ça… Je vais tout faire pour te prouver que tu peux avoir confiance en moi, que tu peux te reposer sur moi, que je ne te ferais jamais de mal… Je veux être l’ami que tu n’as jamais eu pour te confier et te guider, en attendant de trouver mieux si tu le veux bien, je veux être l’amant dévoué à ton plaisir qui jamais ne te forcera et te traitera toujours avec le respect et la douceur que tu mérites, je veux être celui qui te prendra la main dans la rue et envers lequel les hommes seront jaloux, je veux être celui que toutes les femmes convoiteront sans pouvoir me détourner de toi car je m’en fous de la manière dont ceux de mon espèce pensent ! Je veux que tu ne sois qu’à moi Cassidy… pour ça, il est normal que je ne sois qu’à toi… Je… je veux faire plein de choses avec toi, tout en fait, du truc le plus idiot au plus important… Je veux qu’on rie tous les deux comme des enfants et qu’on rattrape tout ce temps que le monde nous a volé… J… je veux te faire sourire avec mes bêtises, te faire soupirer avec mes regards ou allusions pervers alors que tu sauras toujours à quel point je te trouve désirable, à quel point tu attises chez moi une flamme inconnue jusqu’alors… Je jure Cassidy Herediane… Je jure de vous traiter avec toute la douceur, toute la tendresse, tout le désir, tout le respect et l’admiration que vous éveillez chez moi. Je jure de ne pas passer un jour à vos côtés sans vous arracher de gré ou de force un sourire. Je jure de vous faire rire, de faire attention à tout ce que vous dites. Je ne promets pas de ne pas faire d’erreur, je suis envers vous si maladroit parce que si vrai pour la première fois de ma vie. Je jure d’être votre esclave sexuel, votre dévoué, et tu sais à quel point je suis sérieux quand il s’agit de sexe… Je jure de m’intéresser à vous même si c’est déjà le cas et même si en vrai ça ne me demandera jamais le moindre effort. Je jure de ne pas respecter tous vos choix et d’au contraire vous pousser à devenir celle que je vois en vous et que vous fuyez par manque de confiance et de considération. Je jure de vous surprendre, de vous protéger, d’être galant et tendre alors que je découvre la tendresse à vos côtés. Je jure d’être jaloux, je le suis déjà tellement. Je jure d’être égoïste et de ne guère aimer vous partager même si je le ferais. Je m’excuse pour les fois où je bouderai par frustration, par désir, par égoïsme justement. Je jure que ce ne sera que par envie d’être à vos côtés… Alors Cassidy Herediane… Voulez-vous être mon amoureuse ?


Discours puissant, enflammé, plein de sérieux et de sincérité… Le grand jeune homme prouvait à quel point il pouvait être habile de ses mots quand le sujet le passionnait et il y avait le sujet le plus passionnant à traiter: elle… Etrangement il s’était fait plus sérieux que jamais, s’était mis au vouvoiement qui plus est pour faire la plus singulière déclaration qui soit avant de lui demander… si elle voulait bien de lui. Sauf que…

Oh hum… euh… flûte c’est peut-être pas… A… Amoureuse… C’était peut-être pas le mot euh… C… Comment on dit au fait ? Je… Je ne sais pas moi… Euh… Ma petite amie ? Ma chérie ? Ah oui amoureuse ça fait un peu enfantin euh… je… ah mince je ne…

Chassez le naturel et il revient au galop. Mais ce garçon-là, soudain intimidé, qui rougissait même si elle ne pouvait que le voir juste un peu à cause du changement de couleur que prenait également ses marques sur son visage, qui bafouillait en parlant d’une voix bien moins assuré, qui avait cette fois d’adolescent farouche, n’était-il pas d’autant plus touchant que l’adulte si sûr de lui ? Mon amoureuse ? Curieux écho avec les mots qu’elle aurait bien voulu entendre… Des années plus tôt. Tristan rougissait… Et comme toujours quand il était gêné ou que le sujet était trop sérieux, il se mit forcément à plaisanter. Se redressant lentement, tout près d’elle, la dominant de toute sa haute taille il l’observa avant de lâcher ses mains, passant les siennes dans son dos, le long de sa colonne vertébrale, tout à fait conscient qu’ils étaient à demi-nus, la caressant doucement, son torse frôlant la peau de la jeune femme alors que ses doigts couraient sur sa peau, descendant le long de son dos... avant de faire claquer ses mains sur ses fesses !!!… pas bien fort, juste pour le geste, même si le son résonna dans la grande caverne et même… si cela pouvait donner des idées… intéressantes. Elle avait sursauté légèrement alors qu’il se penchait sur elle avec son sourire en coin tellement craquant.

Tu n’as pas oublié j’espère… Quand tu dis des bêtises, comme celles que tu as eues, absolument horribles: "monstre" et que tu n’avais rien pour me plaire… tu dois avoir une fessée… pour celles-ci… je pense que je vais devoir m’occuper très longuement de tes jolies fesses princesse…

Ou comment désamorcer complètement la situation… N’avait-il pas affirmé qu’il la ferait sourire et soupirer chaque jour si elle acceptait d’être sa compagne ? Oh… mais il avait d’autres manières de la faire soupirer aussi, bien plus agréables… Attention de ne pas l’oublier demoiselle… Car si elle venait à dire certaines absurdités, nul doute que le jeune homme s’en vengerait bien plus… ardemment…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 14 Avr - 10:37

Elle ne savait pas à quel point tout ceci était si important. Réalisant les choses, le cœur de Cassidy tombait en morceaux. A cause de sa méfiance naturelle elle s’était fermée, avait mis des barrières entre eux. Parce que oui elle avait été déçue une fois et ne voulait pas revivre ce moment si difficile de sa vie des années en arrière. Alors elle s’était fermée, braquée, elle avait refusé voir ce beau jeune homme entrer dans sa vie trop brusquement. Vie si facilement chamboulée par ce grand dadais qu’elle n’attendait absolument pas. Et puis, comment réagir face à cette situation ? Comment réagir face à cet homme bien trop gentil pour être honnête ? Elle pouvait l’excuser de sa perte de mémoire mais au fond d’elle ça faisait mal.

Et puis Cassidy se rendit compte qu’elle se fourvoyait depuis le début. Mais comment aurait-elle pu le savoir ? Ce n’était pas possible. Il y avait trop de choses qui se battaient dans le cœur de Cassidy et en plus il lui était difficile de gérer son état avec Tristan à côté. Sa douleur due à sa malédiction, sa difficulté à gérer l’entité en elle. C’est que le Drakkari la mettait dans tous ses états ! Elle n’aimait pas du tout ça. Mais là, elle se rendit compte que devant elle se trouvait un homme un brin timide, qui avait l’air d’éprouver des nouvelles choses pour lui, sans s’en rendre vraiment compte. Elle pouvait comprendre qu’il était si discret, comment dire ce genre de chose ? La trouille au ventre, la peur de ne pas être accepté et en plus elle le repoussait et se montrait assez désagréable avec lui. Depuis que tout était devenu plus sérieux, Cassidy était encore plus virulente.

Tout était si intense, beaucoup trop. Encore une fois ils ne faisaient pas dans la demi mesure. Et Cassidy croyait encore envers et contre tout qu’il se fichait d’elle. Elle ne voyait pas sa timidité, ni sa sensibilité. Elle n’avait pas eu l’habitude de gérer un homme de cette manière ! Jilian elle s’en fichait, ses états d’âme lui importaient peu et puis elle ne s’était jamais vraiment intéressée à lui, du moins pas de manière amoureuse, ça c’était certain ! Et puis Cassidy ne se souciait que bien peu des gens. Elle était dans son monde à part, parfois discrète, parfois silencieuse mais de temps en temps une vraie furie. Comme une petite flamme d’une bougie, si paisible qui pouvait s’embraser à tout moment pas vraiment de manière naturelle. Une petite flamme capable de faire de gros dégâts et tout ravager sur son passage.

Pourtant, la caverne dans laquelle ils avaient atterri avait des allures de conte de fée. On pouvait même presque croire que des petites lueurs scintillantes donnaient un style pailleté sur les parois de cet endroit. Un endroit pour se confier, se rassurer, oublier les mésententes et les conflits, profiter du moment présent… Mais Cassidy était mauvaise. Pourtant son entité avait cherché à la stopper, à force de la côtoyer, il était bien le seul à comprendre ses réactions pour éviter qu’elle ne commette l’irréparable mais la jeune femme était à bout de nerfs. Trop de choses dérangeantes par ici. Pourquoi pourquoi pourquoi… Elle avait flirté avec un stratagème absolument horrible. Si Tristan semblait se souvenir d’une petite fille souhaitant aider son prochain, souriante et investie, il n’en était plus rien aujourd’hui. La petite Cassidy d’avant n’aurait jamais eu de telles pensées. Oui mais la Cassidy actuelle avait vécu bien trop de choses, elle cherchait à faire mal comme on lui avait tant fait. Oh bien sûr, elle avait déjà tué des hommes, elle s’était amusée de ceux qui la traitaient comme un objet alors qu’elle était à la recherche de partenaires pour assouvir ses pulsions. Leur faire croire qu’ils maîtrisaient avant de devenir une véritable tueuse qui plongeait sa main dans le corps de ses victimes sans la moindre hésitation.

Avec Tristan, il y avait toujours quelque chose qui l’avait aidé à ne pas le repousser entièrement. Elle faisait des petits efforts mais c’était déjà beaucoup mieux qu’avec les autres. Ca il ne pouvait pas le savoir, même si Jilian lui avait fait comprendre qu’elle avait de l’attention pour lui et pas vraiment pour le Friholdien au final, ce qui était quand même un assez bon indicateur. Mais peut être l’avait-il oublié ? Enfin il ne pouvait pas savoir comment elle était vraiment avant.

Et donc elle avait une idée vraiment étrange, pour le punir, ce qui l’aurait très certainement achevé, anéanti. Elle ignorait ce qu’il aurait pu devenir. Mais sans savoir la vérité, comment aurait-elle pu culpabiliser une seule seconde qu’elle se trompait sur toute la ligne ?

Elle jouait un jeu, comme elle jouait avec tout le monde, et la belle complicité de départ avec Tristan s’était envolée, comme si elle n’avait jamais eu lieu. Quelle méchante fille…. Inconsciente de ce qu’elle était en train de provoquer, inconsciente de blesser l’homme qui l’avait fait souffrir par son absence dès son adolescence. Mais tout lui fut révélé et elle vit Tristan comme jamais, comprenant bien trop tard à quel point tout ce qu’elle pensait si fort était faux… totalement faux.

Cassidy s’était figée, les souvenirs envahissant son esprit alors qu’elle essayait de comprendre ce qui se passait. Tout était allé si vite qu’elle n’avait pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Elle n’était que la spectatrice impuissante de tout ceci, sans pouvoir dire ou faire quoi que ce soit. Et puis, la dernière révélation de Tristan, qui résonnait en elle. Il était amoureux d’elle ? Hein vraiment ? Ce n’était pas une blague alors ? Il était sérieux ? Vraiment ? Non mais ce n’était pas possible, soit elle rêvait, soit elle cauchemardait ! Mais Cassidy n’eut pas le temps de lui demander plus d’informations, déjà le jeune homme s’était mis à hurler. Elle comprit tout de suite que ses émotions prenaient le dessus et se rappela des paroles d’Alanir. Un dragon pouvait souffrir si il ressentait des émotions trop violentes.

Cassidy ne sut pas du tout comment elle put réagir aussitôt. Déjà, ce n’était pas très agréable pour ses oreilles. Il était dans ses bras et on oubliait bien rapidement à quel point elle avait du mal à se concentrer. Le bruit l’étourdissait à moitié, même si il n’était pas vraiment responsable de cela. Mais elle ne sut pas du tout comment elle se débrouilla pour voir dans le noir les tiges d’une plante souterraine, de tendre la main en avant et d’agir instinctivement. Oui elle faisait de la magie là à ce moment précis, demandant de l’aide à son entité pour qu’il l’aide à se maintenir éveillée, étourdie comme elle était par tout ce qui lui retombait dessus.

Jamais elle n’avait voulu gérer tel cas ! C’était même extrêmement épuisant et si il n’y avait pas eu cette peur de le perdre, peut être que Cassidy aurait ronchonné. Pourtant, même si ils étaient dans l’eau, Tristan n’était pas un poids plus malheureusement. Elle s’était un peu laisser glisser en arrière pour que la force de l’eau l’aide à le maintenir. Sauf que pour sortir de là, elle n’y arriverait jamais avec sa force humaine. Pourtant elle aurait pu rester comme ça avec lui, le temps qu’il se réveille mais qui sait ce qui se serait passé si il reprenait mal ses esprits, totalement dragon, prêt à lui sauter dessus et à réclamer ce qu’il n’avait pas eu depuis de nombreux jours…

La jeune femme avait une boule à la gorge rien que d’y penser. Cela ne lui plaisait pas vraiment et dans tous les cas, l’issue de cette histoire s’annonçait incertaine, voire complètement malheureuse. Elle avait encore demandé à son esprit de l’aider à activer ce pouvoir si obscur au fond d’elle. Car il était le seul à pouvoir l’aider à ce moment là. Ce pouvoir se déclenchait lors de grosses colères, sauf celles concernant Tristan, ce qui était assez étrange. Mais là elle n’était pas du tout en colère mais totalement honteuse, pitoyable, et culpabilisant de son horrible comportement. Elle n’était pas du tout combattive, prête à se battre et insister. Toute volonté et espoir semblait avoir quitté ses yeux noisettes devenus noirs alors que des marques de la même couleur apparaissaient sur tout son corps.

Sortir de l’eau était une première étape oui mais après ? Alanir était d’un grand secours. Le simple fait de pouvoir parler à quelqu’un empêcha Cassidy de fuir, de repousser tout ce qu’elle craignait. En vérité elle n’avait pas confiance en elle, ni au destin ni à quoi que ce soit. Pour elle ce n’était qu’une pauvre fille qui subissait des épreuves de plus en plus fortes et difficilement gérables. Les dieux se fichaient bien d’elle… montrant les souvenirs de Tristan pour lui prouver qu’elle s’était trompée et que l’homme pour qui elle avait des sentiments très forts, qu’elle n’avait cessé de repousser, était bien loin de l’image secrète qu’elle se faisait de lui.

Alors qu’elle était agenouillée à côté de lui, même si Cassidy n’avait pas froid, elle put apercevoir dans la pénombre de la caverne les dégâts causés sur le jeune homme. Sa vue s’était un petit peu habituée à la luminosité ambiante et elle voyait juste les changements les plus marquants. Enfin surtout les cheveux noirs. Pour les marques elle ne pouvait pas savoir ce qu’il en était, puisque seul un petit reflet d’une algue lumineuse lui permettait de voir un éclat sur sa joue, mais qui ne restait pas très longtemps.

La jeune femme semblait désespérée. Elle disait être prête à prendre le risque, à accepter la décision des dieux si jamais Tristan n’était plus comme avant. Si lui ne l’avait jamais vu comme un monstre, elle se voyait pourtant toujours comme une personne peu fréquentable au final. Qui ne méritait rien ni personne et qui était condamné à tracer son chemin. Cependant, Cassidy réfléchissait à toute vitesse. L’idée d’un baiser était loin d’être saugrenue. Après tout, plusieurs fois cela l’avait sauvé alors pourquoi pas cette fois ? Pourtant la petite blonde était songeuse. Il y avait eu la hache qui s’était enfoncé dans sa tête, les nombreuses blessures laissées par les Kaärs… ça avait toujours plus ou moins guéri… mais c’était physique, pas mental. Là c’était une douleur qui n’était pas une cicatrice, pas quelque chose de visible à proprement parler. Et la jeune femme doutait faire des miracles… la régénération physique c’était une chose mais guérir une peine de cœur ou des émotions qui sortaient un peu trop forts, c’était une autre paire de manches !

Pendant son long débat intérieur elle s’était questionnée. Souhaitant réparer ses erreurs, souhaitant repartir sur de meilleures bases mais c’était trop tard maintenant, bien trop tard pour arranger tout ça, pour s’excuser, pour dire pardon… jamais elle n’en aurait eu l’occasion. Et pourtant Cassidy aurait eu de quoi riposter ! Après tout, c’est lui qui lui avait fait croire toutes ces choses. Enfin il n’avait jamais essayé de lui parler sérieusement. Et pourtant il y aurait eu bien besoin. Elle ravala ses pensées négatives pour le regarder, une pointe dans le creux de l’estomac. Finalement Cassidy avait décidé d’agir, effrayée à l’idée de le perdre définitivement. C’était bien une chance qu’il soit là ? Quel hasard aurait fait qu’ils se retrouvent dans ces terres glacées… elle n’avait vu qu’une façon de se moquer d’elle, de lui agiter sous le nez le garçon qui avait rendu ses nuits bien agitées et pas dans le sens qu’on pouvait penser !

Elle n’avait vu que le négatif depuis tout ce temps et avait refusé d’ouvrir un peu sa porte, croyant justement en souffrir horriblement une fois qu’il serait parti, ne lui faisant pas vraiment confiance. En même temps, c’était logique et tellement vrai pour Cassidy. Le pire de tous… celui qu’elle ne supporterait pas en cas de déception, c’était bien lui. Et puis elle avait des pulsions à gérer, une colère à surmonter, même un pouvoir plein de magie noire… Elle ne devait pas fléchir, à n’importe quel moment, au risque de se perdre définitivement. Alors oui elle l’avait repoussé mais tout en se rendant compte maintenant à quel point elle était dans le faux.

La jeune femme avait quand même tenté quelque chose. Parce qu’elle ne supporterait pas le voir revenir dans un état pas reconnaissable. Parce qu’au fond d’elle elle l’aimait bien ce Tristan mais la demoiselle avait préféré souffrir en silence, aller contre ses envies premières, pour se protéger de lui. Mais là elle tentait de lui parler, sans savoir si c’était possible, sans savoir si il pouvait l’entendre. Le poids de la vérité raisonnait en elle. En fait, c’était même plus simple de lui parler comme ça. Il était inconscient, il ne pouvait pas vraiment l’interrompre ce qui aurait bien bloqué Cassidy, ni réagir sur le coup car elle savait très bien qu’un seul regard de lui, que ce soit neutre, content, inquiet ou autre l’aurait complètement déstabilisé. Alors c’était plutôt bien car il lui était plus facile de parler. Elle avait l’habitude de parler par pensée donc cela ne la dérangeait pas plus que ça et au fur et à mesure de son discours, elle était plus à l’aise mais juste en apparence parce que Cassidy avait beaucoup de mal à prononcer toutes ces paroles. Elle ne savait plus quoi dire, comment le dire. La peur de le perdre était présente oui…

Cassidy avait conclu en l’embrassant doucement, comme si c’était la réponse à tout, comme si elle cherchait à le raisonner, à lui faire comprendre qu’elle était là, présente, qu’elle ne l’avait pas abandonné, si lui n’abandonnait pas. Mais en même temps, elle comprendrait parfaitement qu’il en ait marre, qu’il change définitivement. Ca avait dû être très dur pour lui de passer à l’euphorie au désespoir, du sourire à la tristesse. Elle ne pouvait pas lui en vouloir et pensait même que c’était fini, que ce dernier moment dans la caverne sonnait la fin de leur histoire. Car même si elle l’embrassait en tentant le tout pour le tout, même si elle trouvait ça stupide, elle pensait voir alors la vérité et les dégâts causés. Qu’elle n’était bonne qu’à souffrir jusqu’à la fin de ses jours. Ca fait très mélo dramatique tout ça n’est-ce pas ?

Elle l’avait embrassé, pleurant à moitié, comme une sorte d’aurevoir, comme si elle n’y croyait pas. Enfin assez étrange comme sensation, son cœur voulait y croire, sa raison lui soufflait que c’était trop tard et la jeune femme était totalement désemparée. Elle ignorait que Tristan avait finalement entendu toutes ses pensées, sa détresse dans le timbre de sa voix mentale.

Et puis finalement, il avait vibré sous elle. Cassidy avait rouvert les yeux, craintive et elle s’était reculée vivement, faisant presque un bond en arrière. Il faut dire qu’avec ses capacités, elle était un peu plus sauvage qu’en temps normale, qu’elle avait plus de réflexes mais pas pour ce qui allait se passer. Elle avait reculé avec précaution en le fixant avec crainte et culpabilité. Le souffle court, elle attendit le verdict final. Clignant des yeux pour tenter de voir une amélioration, elle constata avec horreur que rien n’avait changé physiquement sur Tristan. Cheveux toujours noirs, marques disparues et elle n’arrivait pas à distinguer les expressions de son visage. Aïe, ça n’annonçait rien de bon.

Elle avait déjà une jambe dépliée, prête à partir ou à se dérober à la moindre altercation. Cela aurait quand même étrange pour cette demoiselle à moitié nue. Ca aurait été bien marrant de la voir courir dans cet accoutrement dans la neige. Bien sûr qu’elle culpabilisait ! Mais se faire violer par lui ça jamais ! Elle pouvait au pire le repousser et courir à toutes jambes. Mais la jeune femme culpabilisait horriblement aussi, son visage et sa mine fermée en témoignait. Et puis, Alanir l’avait bien mis en garde sur le danger alors forcément oui, elle ne voulait pas prendre de risque. Encore une fois parce qu’elle s’attendait à ce que tout dégénère et qu’une conclusion heureuse n’était pas possible. Cassidy était donc tendue comme un arc, la respiration légèrement saccadée, comme si elle craignait ce qui allait se passer.

Tristan s’était rapproché. Pas de manière violente ou brutale non mais assez doucement. Elle ne sut pas comment réagir face à cela et de plus son corps était paralysé pour une raison qu’elle ignorait. De la peur, de la crainte… un peu d’espoir fou aussi ? Elle ne savait pas trop mais se déplacer là maintenant lui était impossible. Trop tard, Tristan fondit sur elle et l’entoura de son bras. Elle se crispa violemment. Pas parce qu’elle ne voulait pas, mais juste qu’elle ne savait pas à quoi s’attendre de sa part. Si il allait se venger, si il avait entendu ou pas… après tout elle n’était pas censée savoir qu’il avait tout entendu… et elle ne pouvait absolument pas savoir pourquoi il réagissait de cette manière. Il était tombé dans ses bras après qu’elle ait vu tous ses souvenirs, en hurlant. A moins qu’il soit content qu’elle l’ait sortie de là et apaiser sa souffrance… En fait, la jeune femme n’en savait absolument rien.

Elle se laissa cependant faire et sentit son bras chaud qui entourait son dos. Il était bien moins froid que tout à l’heure, ce qui aurait pu être rassurant. Sa voix était douce alors qu’il l’appelait par son surnom. Cassidy sursauta d’un coup, ne s’attendant peut être pas à ce qu’il lui parle de cette manière et ne s’attendant surtout à pas grand-chose de sa part. Il l’avait emprisonné de ses bras, avec une sorte de douceur même si elle était encore bien crispée pour l’instant. C’était quand même agréable d’être dans ses bras même si elle peinait à savoir si tout ceci était vrai, à quel moment il allait se dérober, si il cherchait à se venger tout comme elle avait cherché à le faire peu de temps avant. Et cela aurait été bien mérité après tout.

Pourtant sa voix était douce, il prononçait un de ses petits surnoms qu’elle appréciait bien même si elle ne le montrait pas vraiment au final. Il avait des paroles rassurantes, que tout était fini mais qu’est-ce qui était fini ? Elle fit le rapprochement avec son état assez douloureux de tout à l’heure. Il voulait la rassurer qu’il allait mieux ? C’était ça ?! Pourtant la jeune femme ne comprit pas vraiment ce qui le faisait agir ainsi. Non en fait elle ne pensait pas qu’il devait lui en vouloir. Tout dans son comportement montrait et prouvait qu’il avait toujours été silencieux, discret et qu’il se rejetait la faute sur lui en pardonnant tous ses écarts. Si il avait voulu hurlé et lui sortir ses 4 vérités, il l’aurait fait dès son réveil mais ce n’était pas le cas. A moins que cela ne soit un compte à rebours. Et qu’il lui fasse croire une douce utopie avant de se lâcher totalement. C’est ce qu’elle pensait…

Mais ce que la jeune femme avait du mal à comprendre, c’est bien son comportement. Ses cheveux n’avaient pas changé de couleur, c’était plutôt mauvais signe non ? Il cachait bien son jeu voilà ! Elle était crispée dans ses bras, pas vraiment à l’aise, et prête à le repousser violemment au moindre changement de comportement douteux même si elle doutait en avoir le courage à cause de la culpabilité qu’elle ressentait à ce moment là.

Cependant, Cassidy était parfaitement consciente de tout ce qui se passait. Ce n’était pas pour rien qu’elle avait activé cette forme, ce pouvoir, peu importe ce que c’était. Cela lui permettait de se sentir un peu plus forte l’espace d’un instant, avec de meilleurs réflexes et si il l’avait assommé, elle l’aurait évité sans problème. Alors, la seule chose qu’elle pensa sur le moment c’est qu’il cherchait juste à se venger d’elle et lui faire miroiter sous le nez un espoir futile avant de l’abandonner à son sort. Oui exactement.

Alors, il se mit à parler. Il l’avait entendu ? Vraiment ? Cassidy écarquilla les yeux. Elle avait agit assez instinctivement mais pas une seule seconde la jeune femme pensait que cela marchait. Un espoir perdu oui, pour mieux lui faire mal. Il s’excusa encore une fois en déclarant qu’il n’avait pas vu qu’elle avait mal, que c’était nouveau, que ça lui faisait peur, qu’il fallait qu’elle arrête de s’en vouloir parce qu’il était toujours pareil et qu’il n’avait rien oublié. Le cœur de Cassidy manqua un saut. Vraiment ? Rien n’avait changé ? Sûr ? Enfin si… ça semblait si irréalisable, inespéré et pas vraiment possible. Non elle n’arrivait pas à imaginer une seule seconde qu’il décidait encore une fois de lui pardonner. La jeune femme n’était sûre de rien, hésitante, peut être méfiante mais surtout culpabilisant à mort. Le fait de voir ses cheveux noirs l’impactait pas mal et elle craignait vraiment le voir changer de comportement à tout moment.

Elle l’avait un tout petit peu repoussé, surtout qu’en plus être collé contre sa peau n’était pas des plus désagréables et que cela éveillait chez elle des pulsions dont elle se serait bien passée pour le moment, surtout que la situation était tout à fait sérieuse. Cassidy détourna le regard, les yeux brillants de larmes, mise devant le fait accompli. Elle ne voulait pas le voir comme ça, elle ne supportait pas. Cela lui renvoyait tout son comportement, ses défauts et il lui pardonnait encore comme si de rien n’était ! Mais elle ne méritait pas tout ça. Elle se torturait horriblement l’esprit en fait.

Pourtant il lui redressa doucement le menton, sans aucune menace et déclara quelque chose comme quoi son bisou avait aidé pour le réveiller. Mais elle ne comprit pas vraiment la suite. Mais il ne lui laissa pas le temps de parler, de toute manière il y avait bien peu de raisons pour qu’elle ne parle là maintenant et à nouveau il l’embrassa. Un baiser renversant mais pas au point non plus de lui faire perdre les pédales. Un baiser plein d’espoir, de douceur et tendresse, comme si il voulait montrer qu’il était toujours là. Elle ferma les yeux pour mieux apprécier et se mit à rougir au baiser qui était quand même vraiment bien et faisait battre son cœur un peu plus vite.

Encore une fois la jeune femme peinait à comprendre que c’était vrai. Elle était persuadée qu’elle ne rêvait pas mais ensuite qu’est-ce qui poussait Tristan à agir ainsi, elle ne savait pas vraiment. Elle sentit une chaleur émaner de son corps et lorsqu’il rouvrit les yeux, tout son corps était bleu alors que ses cheveux changeaient de couleur. Cassidy clignait des yeux, sans arriver à réaliser ce qui était en train de se produire sous ses yeux. C’était insensé ! Comment pouvait-il savoir qu’il fallait être réveillé pour que ça marche ? Il avait l’air de connaître des choses qu’elle ignorait et c’était bien étrange.

Sans un mot, Cassidy observait Tristan. Son changement, est-ce que ça venait d’elle ? Certainement oui, cela ne faisait que confirmer que l’embrasser avait une réaction sur son corps, quelque chose qui n’était pas normal. De la magie ? Sans aucun doute ! Par contre, elle n’était pas sûre de savoir qu’on pouvait avoir de la magie envers une personne en particulier. Il ne lui semblait pas avoir lui ce genre de choses quand elle s’intéressait à la magie. Et si c’était le cas, elle aurait soigné bon nombre de ses amants. Mais ce n’était pas vrai. Et pourtant là sous ses yeux il changeait. Elle n’en revenait pas.

Malheureusement, Cassidy ne savait pas vraiment comment agir. Même si il était redevenu normal et maintenant ? Culpabiliser à mort ? Elle avait bien parlé de deuxième chance non ? Alors pourquoi était-elle hésitante ? Pourquoi avait-elle autant de mal à lui parler ? C’était comme si elle était paralysée, comme si elle n’en revenait pas elle-même. Les images dansaient dans sa tête, de son comportement, des erreurs causées, face à ce garçon si gentil qui lui croyait aveuglément en elle. Comment cela était-il possible ?

Elle n’en revenait pas ! Et le silence de Tristan après le baiser n’aidait pas davantage. La jeune femme était interdite et embarrassée. L’idée de se venger était bien lointaine. Elle était même redevenue maladroite, timide et surtout assez gênée, attendant que ce soit lui qui fasse le premier pas, si il voulait toujours d’elle à présent que tout avait été révélé. Et puis ce n’était pas rien ! Il avait quand même entendu tout ce qu’elle avait raconté. Pendant un instant Cassidy regretta d’avoir prononcer tout ceci à cause de la peur. Cela lui balançait à la figure toutes ses faiblesses qu’elle avait tenté d’enfouir au fond d’elle. Cela lui rappelait la naïve petite fille qui ne connaissait rien du tout. Cela la mettait dans un tel embarras qu’elle n’avait aucune idée de la suite des évènements et même si il l’attirait énormément, la situation était bien trop sérieuse pour qu’elle puisse penser, à n’importe quel moment, qu’il était temps de faire des galipettes. Non ce n’était vraiment pas le bon moment…

Cassidy avait baissé le regard et même si il lui avait relevé. Elle ignorait tout ce qui se passait dans le corps de Tristan, sa joie, son euphorie. Alors elle s’attacha encore une fois à ce qui lui servait d’appui en ce moment. Son entité.

*Etrange… Ce dragon est fascinant… on dirait que tes bisous magiques marchent bien*

*On dirait… mais j’arrive pas à comprendre comment c’est possible. En fait… je m’y attendais pas vraiment…*

*C’est rare les dragons comme ça. J’ai pas l’habitude de me soucier de mes congénères mais il a quand même un petit quelque chose de particulier. Qui aurait cru qu’une humaine serait capable de faire ressortir autant de choses ?*

*Je… enfin ça semble surnaturel ! Tu m’as toujours dit que…*

*En effet. Mais il existe quelques dragons un peu spéciaux qui ne sont pas concernés… mais apparemment chez lui ses émotions semblent très intenses. C’est bien toi qui agit sur lui. Ca se voit.

*Tu as une explication ?*

*Gamine, je connais pas grand-chose à la magie… à part celle qui m’habite. Alors la magie des sentiments et tout et tout, c’est pas mon truc désolé…*

En fait, Cassidy s’était réfugiée dans une discussion avec son entité. Elle était terrifiée à l’idée de prononcer des mots qui pourraient être mal interprétés par Tristan. Elle avait peur de lui faire du mal involontairement sans le vouloir réellement. Ce n’était pas ce qu’elle imaginait loin de là. Pour le moment, toute action était totalement proscrite et même si elle gardait les mains contre lui. Elle ne savait plus quoi faire et refusait de mener la danse ou bien même de dire des choses qu’elle finirait pas regretter.

C’est alors que Tristan avait pressé doucement ses mains sur les siennes puis il avait porté sa paume vers sa joue. C’était agréable et rassurant. Une douce chaleur qui n’avait rien de menaçante mais plutôt assez assurée. Instinctivement Cassidy avait relevé la tête pour le dévisager. Une nouvelle fois il avait prononcé son surnom. Elle eut un hoquet de surprise, comme si elle s’attendait à tout moment à le voir dire des paroles opposées à ce qui se passait actuellement.

Il la remercia encore une fois, déclara qu’il ne lui en voulait pas. Surtout encore une fois qu’il était désolé, que c’était un bon gros malentendu. Elle se mit à rougir quand il déclara que c’était normalement impossible d’avoir des sentiments aussi fort pour un dragon. Il montrait son envie de rattraper le temps perdu, de se faire des câlins. Maintenant que tout allait mieux, elle pouvait se lâcher un peu non ? Mais Cassidy était entrée dans une sage réserve, bien loin de sa véhémence et sa distance habituelle. La jeune femme avait dégluti péniblement, pas de manière embêtée mais juste parce elle avait encore le trop plein d’émotions. Il s’était arrêté dans une de ses phrases, sans continuer. Elle l’entendit respirer doucement. Non elle ne se sentait pas faible, juste assommée par tout ce qu’elle avait vu. Et son pouvoir pouvait déraper d’un coup, ça ne venait pas petit à petit au contraire, c’était soudain et brusque. Pour le moment ça restait stable même si ses yeux restaient noirs, ses marques de la même couleur encadraient ses joues et son front. En fait, elle pouvait même faire peur car il devait bien se rendre compte que ces marques n’étaient pas uniquement sur son visage. Elles descendaient le long de son corps, ça n’avait rien d’élégant mais cela prenait ses côtes, son dos, autour de son ventre, sur ses jambes. Comme un espèce de courant qui l’alimentait. Pas vraiment très beau à voir.

Soit il était complètement euphorique et aveugle, soit il avait la politesse de ne rien dire quant à son apparence actuelle. Surtout que ses oreilles étaient légèrement plus longues et si elle avait ouvert la bouche, ses canines auraient été plus aiguisées encore. Alors qu’il ne le voit pas, soit c’était par respect ou simplement qu’il était aveugle, qu’il voyait mal ou juste uniquement ce qu’il voulait. Elle attendit, sans savoir quoi dire, surtout qu’il n’avait pas fini. Il en profita pour l’aider à se relever et elle sentit un petit coup de chaud un peu désagréable, à la limite du vertige. Pourtant Cassidy ne broncha pas et le laissa continuer son monologue.

Il parlait du caillou qui ne devait pas montrer certaines pensées, c’était donc totalement involontaire. Pourtant il répéta qu’il tenait à elle. Son cœur battit un peu plus fort alors qu’elle entendait ces mots de vive voix. Pourtant, Cassidy détourna la tête, comme si elle peinait à comprendre tout ce qui lui arrivait. C’était trop beau pour être vrai au final. Et pourtant il continuait. Il disait des paroles rassurantes mais n’oublions pas, cette Cassy là aimait être forte, indépendante. A aucun moment elle ne lui avait dit ouvertement qu’elle était déprimée des hommes et dégoûtée. A aucun moment… elle s’en fichait des hommes. Elle retint un rire jaune mental dans sa tête. Jilian avait été adorable, elle s’en rendait compte au final. Alors passer pour la malheureuse de service, non pas trop. Tristan avait brisé ses certitudes. Jusqu’à présent elle ne s’était intéressée à aucun homme parce qu’elle ne le voulait pas tout simplement. Elle n’en voyait pas l’intérêt, n’en avait pas envie et pensait qu’aimer quelqu’un c’était quelque chose d’inintéressant et faux.

Alors qu’il insiste sur le fait qu’elle recherche la sécurité chez lui, cela la fit légèrement tiquer même si elle ne dit rien. Elle aimait son indépendance, elle aimait être forte. Elle se fichait royalement des autres et ça c’était une certitude pure et dure. Pourtant Tristan était l’exception qui confirmait la règle. Elle n’avait jamais été aussi proche d’aucun homme. Qu’on se le dise, elle s’en fichait complètement des sentiments des autres, de ceux qui éprouvaient de la pitié, de la compassion. Elle ne se laissait pas marcher dessus et elle aimait ça. C’était une grande gueule et elle n’avait jamais été du genre à plier devant un homme. Combien en avait-elle tué ? Macabre décompte. Au début c’est sûr elle avait beaucoup pleuré mais exercer une certaine poigne sur un homme était plutôt bien. Ah ben non elle ne représentait pas le sexe faible loin de là ! Elle détestait qu’on la protège…

En fait, elle n’était même pas sûre que Tristan ait tout compris… il parlait du fait qu’elle n’était pas faite pour être seule. Euh certes… en fait, il la tournait vers le reste du monde alors qu’elle pensait avoir parlé uniquement de LUI et de LUI seul. Rien à faire des autres, le message n’était pas suffisamment clair ?! Pourtant, elle le laissa parler, la tête baissée, faisant fi de ce qu’elle entendait et se demandait déjà comment elle allait lui dire tout ça sans le vexer ni lui faire croire qu’elle ne voulait pas de lui. Bon sang ! Que cet homme était compliqué ! Et pourtant elle ressentait des choses pour lui, le comble !

Pourtant elle le laissa continuer en disant qu’il voulait changer, pour qu’elle puisse avoir confiance en lui. Ca déjà c’était mieux et ça correspondait à son propre discours alors elle se fit bien plus attentive là-dessus. Il savait qu’elle n’avait jamais eu confiance en lui. Bah oui forcément… elle ne voulait pas éprouver quoi que ce soit pour l’homme qui était parti et n’avait jamais fait l’effort de revenir vers elle, au moins une petite fois pour s’inquiéter de son état. Enfin si il l’avait oublié en même temps elle ne pouvait pas lui en tenir totalement rigueur. Il lui parlait d’ami, d’amant, qu’il ne voulait pas voir une autre fois. Ca aussi ça la rassurait plutôt bien et elle se sentit beaucoup mieux d’un coup.

Il déclarait aussi être possessif envers elle, qu’il voulait faire tout plein de choses avec elle. Enfin il était partie sur une longue tirade bourrée de plein de bons sentiments et de bonnes résolutions. Une très jolie déclaration. Il disait même qu’il voulait la pousser à devenir celle qu’il voyait en elle ? Elle avait décalé légèrement la tête sur le côté. Il la voyait toujours comme une jolie demoiselle dans des robes à froufrou, du maquillage et digne de la cour ? Bon là elle n’était pas sûre de comprendre tout à fait. Il parlait aussi de faire tout ce qu’elle voulait dans les rapports sexuels, d’être parfait quoi. Un discours digne d’un prince charmant. Pour finir par lui demander si il voulait être son amoureuse. C’était tout mignon dit comme ça.

Cassidy se mit à rosir. Ses joues s’empourprèrent alors qu’elle se mordillait la lèvre inférieure. Elle n’en revenait pas de ses paroles. C’était quand même une magnifique déclaration qu’il lui faisait là… vraiment. Elle n’en revenait pas et il lui était difficile de tout assimiler en si peu de temps. Son cerveau avait décidé de patauger dans la semoule, et il lui faudrait bien plus de temps pour ingurgiter tout ça. Oui Cassidy n’était pas du tout une habituée de ces grands élans romantiques. Ce qu’elle espérait tout bas, à demi mots. Mais maintenant que cela prenait des allures officielles, la jeune femme ne savait plus du tout agir. C’est vrai ! Elle aurait bien besoin d’un mode d’emploi pour assimiler tout ça et savoir comment se conduire.

Sauf qu’il décida de continuer en changeant le mot qu’il avait trouvé, petite amie, chérie… Il semblait vraiment embêté. Et puis, elle n’eut pas le temps de répondre qu’il lui donna une claque sur les fesses. Cassidy ne put s’empêcher de pousser un cri de protestation lorsque sa main toucha ses fesses. Elle n’y pouvait rien elle non plus. Aussi intimidée était-elle, la demoiselle ne pouvait pas rester totalement stoïque face à ses agissements. Il déclara même qu’elle ne devait pas se traiter de monstre ou qu’elle n’avait rien pour lui plaire. Intérieurement, Cassidy grogna.

Pourtant, la jeune femme n’eut aucune répartie. En fait, elle avait encore peur de faire une bêtise en sortant une parole un peu trop virulente. Après tout, elle n’était que bien peu consciente de ses paroles et avait du mal à savoir si elles étaient bien interprétées ou pas. En plus, elle avait tendance à parler plus vite qu’elle ne réfléchissait.

Au fond d’elle, Cassidy était rassurée de retrouver Tristan comme ça. Rassurée et soulagée de voir qu’il était comme avant. Et puis, elle avait eu si peur de le perdre oui. La trouille énorme. Elle qui n’avait pas peur des méchants, pas peur du vide, peur de rien, elle avait juste peur de perdre un homme. Un comble pour ce petit bout de femme qui les avait toujours menés par le bout du nez, ne prenant pas la peine de s’intéresser à la gent masculine jusqu’à présent. Tristan… ça sonnait si étrange. Peut être que les dieux finalement avaient des projets pour eux. Cela n’était sûrement pas un hasard qu’il soit ici.

Elle qui s’attendait à perdre la seule personne pour qui elle avait un peu d’attention se disait que peut être que les choses changeaient. Pourtant c’était bizarre, il était quand même un dragon. Depuis quand les dragons s’intéressaient-ils aux humains ? Alors oui, son copain savait que Tristan était différent mais elle, elle ignorait beaucoup de choses de lui. Alanir ne pouvait pas vraiment l’aider non plus, il avait l’habitude des dragons normaux, pas de ce genre de cas. La demoiselle était songeuse.

A la dernière réplique de Tristan, elle n’avait pas réagi, du moins pas tout de suite. Elle n’était pas aussi à l’aise que lui et avait bien de mal à s’exprimer. Il lui fallait du temps pour réfléchir. Envolé la fille qui avait la réplique facile, la riposte claire et précise. En fait, on se demandait même si c’était mieux cette Cassidy là qui était beaucoup plus… réservée.

« Oh… je dis des bêtises ? Bon, si tu le penses, je… dois bien te croire… »

Elle choisissait soigneusement ses mots. Là où elle aurait riposté avec une petite phrase amusée et provocante en lui disant qu’elle dirait alors beaucoup de bêtises, la jeune femme avait décidé de se ranger à son avis, de le croire. Bon, c’était moins excitant forcément. Cassidy semblait un peu embarrassée, elle se mordillait la lèvre inférieure sans savoir quoi dire de plus. Et maintenant quoi faire ? Retourner dans le bassin et se câliner longuement ? Sortir d’ici et voir si la tempête s’était calmée ? Discuter ? En fait, la jeune femme ne savait pas du tout quoi prendre comme initiative, maintenant que l’abcès était crevé. Elle était bien plus hésitante.

Se raclant un peu la gorge, elle était si gênée qu’être attirée par le corps de Tristan était bien la dernière chose à laquelle elle pensait. Après tout, elle s’en voulait encore d’avoir eu un tel malheureux projet… Et qu’elle se rendait compte encore une fois à quel point elle se trompait. Alors oui elle était clairement intimidée et avait reculé de quelques pas tout en se frottant doucement le haut de son crâne.

« Heu… crois pas que je suis distante là… en fait… je sais pas trop…quoi dire… heu nan faut pas mal le prendre ! C’est juste que.. hum… désolé je…suis pas très douée… »

Ses joues se coloraient alors qu’elle détournait la tête. Ah ben elle allait encore plus prêter à confusion comme ça ! C’était une évidence. Pourtant c’est bien vrai, Cassidy était bien moins naturelle. Pas évident de changer ses habitudes. Ne sachant pas trop quoi faire, n’osant rien tenter, elle lui tourna le dos pour aller chercher ses vêtements. Faire une action mécanique et où elle n’avait pas besoin de trop réfléchir lui semblait bien.

La jeune femme était en train de remettre son pantalon lorsqu’elle s’arrêta net. Eh bien oui il devait y avoir des répercussions… Elle serra fortement les dents. Son corps était horriblement douloureux d’un coup, une douleur qui lui donnait la nausée alors qu’elle semblait sentir des épines acérées s’enfoncer dans tout son corps. Sa jambe en appui se mit à trembler. Tristan qui avait senti que ça n’allait pas, était venu bien vite près d’elle pour la retenir, l’appelant d’une voix inquiète.

La jeune femme ferma les yeux en secouant la tête. Elle poussa un cri et porta les mains à sa bouche pour se taire. La douleur était insupportable et des larmes coulaient le long de ses joues. Jamais ça n’avait été aussi puissant. C’était ça le contrecoup ? Elle n’était pas sûre d’apprécier. Une douleur sans fin, comme si quelqu’un s’amusait à lui taillader le corps de manière violente. Tristan l’appela mais elle ne l’entendit pas, commençant à se débattre furieusement dans ses bras comme si elle cherchait à se dérober.

Il fit alors quelque chose en repoussant ses mains et profita d’un moment où elle avait la bouche fermée pour l’embrasser. Aussitôt la douleur fut refoulée, doucement gentiment. Les épines arrêtèrent de lui lacérer le corps, mais autre fait étonnant, les lignes noires sur son corps disparurent progressivement, l’apaisant de plus en plus. C’est comme si on lui avait donné un remède capable d’endiguer la douleur. Le cœur de Cassidy se remit à battre plus lentement. C’était doux, c’était agréable. Elle finit par se rendre compte qu’il était penché sur elle pour l’embrasser. Elle rêvait là ? C’était bien le baiser qui avait mis fin à la douleur ? La jeune femme n’en revenait pas. Bon c’était très agréable, bien sûr mais que cela impacte autant son corps…

Pourtant, Cassidy n’avait pas très envie de réfléchir là-dessus pour l’instant. Elle cligna des yeux en regardant Tristan avec étonnement, comme si elle sortait d’un cauchemar assez traumatisant, le corps en sueur. Ses yeux avaient repris leur couleur noisette habituelle. Pourtant elle n’était pas bête et se doutait bien qu’il était pour quelque chose. Un simple mot sortit de sa bouche épuisée.

« Merci… »

Mais Tristan méritait bien des explications sur ce qui venait de se produire. Elle détourna les yeux, un peu honteuse et cherchant bien ses mots encore une fois.

« Je… pour te sortir de l’eau… j’aurais pas réussi avec ma force. Et puis si jamais tu avais… changé… ça m’aurait permis de ne pas me… enfin… voilà je sais pas comment dire… j’aurais eu… un meilleur instinct. Alors j’ai… activé mon pouvoir volontairement… Souci avec ça… c’est jamais… très bon. D’habitude ça se déclenche avec une grosse colère ou des émotions bien négatives mais là… enfin d’habitude ça fait mal mais pas… autant… c’est juste… une répercussion… »

Là elle était en train de lui dire que ça faisait mal quand elle utilisait ce truc là. La jeune femme allait sûrement se heurter à de sérieuses réprimandes… Pourtant, elle se redressa alors qu’il cherchait à la retenir et se posa près d’une pierre au bord de l’eau, s’étirant doucement.

« De toute façon ça fait mal tout le temps… enfin là pas trop, avec ton baiser ça aide bien… à soulager… enfin… »

Oh oh, là elle était carrément en train de lui dire que les baisers l’aidaient à aller mieux. Cela ne devait pas être tombé dans l’oreille d’un sourd et il était presque certain que le jeune homme ne pourrait s’empêcher de répliquer face à cette petite réplique lancée inconsciemment. Cassidy semblait cependant un peu mal à l’aise. Elle détestait paraître faible, surtout devant lui… alors oui il avait fait tout un beau discours pour la soutenir mais après tout, la jeune femme détestait être aussi vulnérable, peu importe la personne en face d’elle.

Cassidy tripotait nerveusement ses mains, ne sachant pas quoi faire de plus ni quoi dire. En fait là pour le moment, elle était totalement ailleurs. Trop d’émotions encore et plutôt que de le montrer haut et fort, cette fois elle ne faisait que se replier sur elle-même. Pour ne pas que Tristan croit n’importe quoi.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 16 Avr - 22:04

Du haut de ma haute taille, je la contemplais, elle, dont le visage incliné vers le sol permettait tant la fuite de son regard, son échappée du mien. Tout ce qui s’était passé, évidemment je ne l’avais pas prémédité. Je n’avais pas organisé un plan improbable pour me rapprocher d’elle et la culpabiliser de m’avoir repoussé comme elle l’avait fait ces derniers jours. Tout comme je n’avais pas le moins du monde planifié la naissance des sentiments que j’avais pour elle. C’était bien ça non ? Zackari m’avait bien lu ses recherches mais j’avais aussi cherché de mon côté, aussi discrètement que possible, dans des livres comme avec des gens réels. Les livres ? Il y avait ceux que j’avais acheté à ce marchand ambulant dans cette ville maudite qui m’avait pris la douceur de ma jolie compagne. Je crois que j’espérais un peu que Cassidy les regarde de plus près et voit celui qui n’avait rien à faire parmi les autres. J’aurais espéré sa surprise, l’indice que je lui donnerais ainsi, cet indice suffisant pour vraiment la diriger vers ce que je ressentais… J’étais curieux de tout et je dénichais souvent des livres qui parfois n’avaient que peu d’importance ou de valeur. Parmi ceux que j’avais acquis ce jour-là il y en avait qui parlaient de légendes, de cartes, de magie plutôt dans un style très superstitieux, et puis il y avait celui-ci… Il était pas mal abimé comme si ses pages avaient été souvent tournées. Le marchand me l’avait donné comme cadeau pour tous les autres car pour lui il ne valait rien, lui, sa couverture passée et son titre presque effacé: « Sentiments à travers les âges ». Pourtant, c’était probablement celui que je convoitais le plus dans ce petit lot… Je voulais comprendre ce qui m’arrivait et si je pouvais en parler à Zack il était exclu que je contacte mon mentor. J’aurais voulu parler à un dragon « adulte », plus ancien, qui s’y connaissait réellement, tant sur ce de mon espèce que sur l’étrangeté de mon cas qui faisait tant jaser. Mais lui… c’était exclu. C’était l’un des plus virulents au sujet des humains qu’il trouvait tellement faibles et inutiles et il voyait d’un mauvais oeil mon intérêt envers eux, d’autant plus mon sens aigu de la justice les concernant. Il me l’avait d’ailleurs sacrément fait payer…
Ce livre, je l’avais parcouru plusieurs fois. Ah oui… Apparemment une particularité de mon groupe puisque Zack n’en est pas capable je peux lire un livre à une vitesse… assez insultante ! Autant j’essaie en général, surtout devant témoins de faire une lecture lente, j’ai pris l’habitude, autant en réalité, je peux tourner les pages et lire à une vitesse assez hallucinante. De quoi démoraliser les plus assidus… Un livre de quelques centaines de pages ne me prend en réalité que quelques minutes… J’avais appris beaucoup de choses dans ce livre… Au début ça m’avait assez effrayé et j’avais repoussé l’idée de manière assez virulente, je l’avoue. Mais je l’avais vue, elle, ses cheveux accrochant un rayon de soleil, semblant auréoler son visage de lumière, elle et ses yeux sombres dans lesquels tant de mystères restaient à découvrir, elle et tout ce qui l’entourait, tout le malheur qui la poursuivait et que j’aurais voulu chasser, toute la douceur qu’elle avait tellement enterré en elle qu’elle était surprise de ses propres gestes envers moi… Parce que parfois, enfin avant, avant que je fasse toutes ces bêtises, elle avait ces gestes pour moi qui emplissait mon âme et mon corps d’une chaleur inconnue: sa manière de m’embrasser, l’étreinte de ses bras minces finement musclés par ses vadrouilles, autour de ma taille ou de mon cou, la caresse de ses petites mains sur ma peau, l’étreinte de sa main et ses doigts enlacés aux miens, ses bisous, ses câlins, ses clins d’oeil, ses sourires, son odeur…


Oh évidemment elle se débrouillait très bien toute seule et très bien sans moi mais j’avais l’envie irrépressible d’être là pour elle, de la protéger du reste du monde, d’apprendre à la connaitre, d’être celui qui renverserait sa solitude et qui ferait naitre en elle l’âpre goût du manque. Je voulais être celui pour lequel elle s’ouvrirait au monde et aux autres, celui grâce auquel elle recommencerait à vivre, s’intéresserait réellement au monde qui l’entourerait et accepterait de s’ouvrir un peu. Je voulais être l’homme qui remplirait ses jours et ses nuits, oh pas totalement, j’aime sa fierté, son indépendance, le fait qu’elle ait besoin de moments à elle, sa force de caractère et son mauvais caractère d’ailleurs, j’aime ses réparties cinglantes et sa manière de se mordiller la lèvre quand je l’agace, de ne pas me laisser faire… Je voulais être celui qui changerait, pas cette belle demoiselle mais sa vision du monde et son coeur resté si froid toutes ces années. J’étais mordu d’elle, totalement…

Prétentieux, horriblement prétentieux, égocentrique à l’extrême et utopique au possible. Qui étais-je pour prétendre être aussi « incroyable » ? Un dragon ? Ca ne me donnait aucun droit sur elle ! Du moins je me refusais à penser ainsi. J’avais toujours refusé de penser de cette manière. Pour la première fois je sentais pourtant ma force fléchir. Je le souhaitais vraiment… Qu’elle ne soit qu’à moi… de gré ou de force. Mais je m’accrochais bêtement à mes principes, repoussant la créature si puissante, égoïste et bestiale en moi qui voulait la faire mienne et l’enfermer quelque part où elle ne serait qu’à moi. C’était un instinct violent, pas mes pensées réelles, du moins je l’espérais de chaque fibre de mon être. Ce monstre égoïste, il existait en moi… Je sais bien que c’est celui que j’aurais dû devenir pour faire réellement la fierté de mon mentor et les dieux seuls savent à quel point j’aurais voulu rendre ce dragon fier de moi, dans cette recherche désespérée de soutien et d’amour paternel. En fait j’étais un sentimental… C’était nul… Malgré les entrainements, malgré cette envie de plaire à mon mentor et malgré bien d’autres choses je n’étais pas celui qu’on attendait. J’étais différent. Pas le seul heureusement ! Nous étions quelques uns, des jeunes essentiellement, à penser différemment… On nous l’excusait: stupidité d’une jeunesse utopique qui passerait avec le temps et la déception du monde et des êtres auxquels nous accordions trop de crédit. Mais j’avais peur de cet être qui sommeillait en moi et qui voulait sortir près d’elle…  Zack… m’avait rassuré. Un truc normal apparemment, un truc qui nous arrive quand une femme nous plait et que nous voulons exercer notre pouvoir sur elle. Je me promis évidemment que ça n’arriverait jamais…


En attendant j’avais toujours envie de lui dire ce que je ressentais pour elle et toujours monstrueusement peur de sa réaction… Elle n’arrêtait plus de me repousser et chaque fois, chaque fois ça me faisait plus mal. Il y avait un truc étrange avec mon coeur. J’avais lu que les sentiments provoquent un afflux d’hormones, de chimie qui augmente ou diminue au contraire le rythme du coeur, d’où notre impression que les sentiments se situent dans celui-ci.  C’était totalement faux et assez stupide mais j’aimais bien cette poésie, ça me plaisait. Mon coeur me faisait très mal en ce moment… A chaque fois qu’elle détournait le regard. A chaque fois qu’elle semblait agacée par ma simple présence. A chaque fois que ce que je faisais lui déplaisait. Je voyais toutes ces choses, parfois ce n’était qu’une impression, mais ça me faisait mal. Quand elle me repoussait réellement par contre, là… là je souffrais encore plus. Il n’y avait rien de vraiment concret dans le livre pour ça… Ca disait que ça faisait mal mais rien de plus pertinent. Etant un dragon j’imagine qu’encore une fois tout est… un peu trop amplifié chez moi. Tout est amplifié après tout chez nous et franchement parfois c’est difficile.
Un exemple ? J’en ai un bien simple, très concret: notre endurance et plus particulièrement MON endurance. Ah oui, c’est chouette pour ces demoiselles, un homme performant qui semble faire fi de la fatigue physique, non en fait il ne semble pas le moins du monde fatigué, qui réalise tous les fantasmes, tient un rythme endiablé jusqu’à la satisfaction de ses maitresses, pas qu’une satisfaction… Pour mettre les choses aux claires, mes camarades ne sont pas tous ainsi et pour moi c’est plus souvent une malédiction. Oui je suis endurant et bien malheureusement pour moi difficile à satisfaire. Je me contente de peu certes… Au tout début, j’en pleurais de douleurs physiques, épuisé, éreinté mais incapable de m’arrêter, enchainant les demoiselles du véritable harem que je m’étais constitué, nécessaire à vrai dire… D’autres fois je subissais les piqûres douloureuses de l’insatisfaction de mes pulsions car j’avais dû m’arrêter… Les femmes sont si vite satisfaites. Mais avec Cassidy… avec elle plus rien n’était logique… Plus rien n’était pareil…


Je pouvais être endurant sans que ce soit en pure perdition. Ca pouvait être long ou rapide mais chaque fois, chaque fois, la satisfaction que je ressentais dans nos ébats était bien au dessus de tout ce que j’avais prié, supplié au monde et aux dieux de m’offrir un jour. Elle avait une endurance, certes, absolument hallucinante pour sa part. Ca ne m’impressionnait pas, ça m’époustouflait. Moi je sortais de l’ordinaire mais elle… elle, elle était extraordinaire. J’étais attristé de voir qu’elle avait dû aussi énormément souffrir de ses exigences, comme j’en souffrais avant elle et j’espérais qu’elle trouve avec moi la même satisfaction euphorique et complètement inimaginable, fantastique, que je trouvais en elle, au sens propre comme au figuré d’ailleurs. Elle parvenait à me calmer, d’un baiser et d’une étreinte douce alors que le feu qu’elle allumait en moi d’un regard, jamais je ne l’avais ressenti pour la moindre femme. Je ne parle pas de sentiments là, enfin je ne crois pas même si j’imagine que tout est lié… Mais sur le plan purement physique, il y a quelque chose en elle, entre nous, qui fait que… c’est juste incroyable. Etre totalement satisfait, comblé par une femme… je n’imaginais même pas que c’était possible pour moi. Enfin si, en partie évidemment, avec les dragonnes… Avec Cassidy, je ne me lâchais jamais totalement par peur de la blesser… Je me souvenait bien trop de cette fois, ce cri qu’elle avait poussé pendant notre deuxième ébat qui m’avait fait me tétaniser, cri que j’avais analysé de douleur alors que non, ne la connaissant encore pas assez, elle, ses grands yeux sombres brillants à cause du plaisir, ses pommettes rosies par le désir et l’essoufflement, elle qui m’avait fixé avec une pointe de surprise, un sourire plein de provocation aux lèvres en me demandant ce qui m’arrivait, si j’étais « déjà fatigué »… Elle m’avait plus rassuré ainsi que si elle m’avait dit « ça va » ou n’importe quelle autre formule d’ailleurs, je ne sais même pas si elle s’en était rendu compte. Alors non, je ne me lâchais jamais totalement, à cause de notre différence de taille, à cause de ce que je pouvais faire, à cause de plein de choses et pourtant, calmer un peu mes élans…hum… vigoureux, n’avait jamais été aussi simple, facile. Si je ne me lâchais pas totalement, je n’en étais pas moins pleinement satisfait et rasséréné. Etais-je fou de penser que les dieux me l’avaient dédiée ? Totalement, je le sais bien… Prétentieux, prétentieux, prétentieux.  J’aurais tellement voulu y croire…

Tout s’était enchainé si vite, je peinais à réaliser ce qui s’était passé. Avant que je ne me rende réellement compte, avant que je rassemble mes esprits après la douleur, cette douleur terrible qui m’avait donné l’impression de vouloir et de pouvoir me tuer, j’entendais sa voix dans ma tête, je sentais un sol dur de pierre sous mon dos, j’entendais ses intonations, ses hésitations, ses aveux… Dans les mots qu’elle m’avait communiqué par télépathie, parce que c’était de la télépathie non, il y avait tant. Temps mort, j’étais évidemment sacrément surpris qu’elle soit capable de ce nouveau fait magique hein ! Ce n’était absolument pas « normal » et franchement surprenant mais elle était si surprenante aussi. J’aurais probablement dû m’appesantir sur la question mais égoïstement j’étais bien plus intéressé par ce qu’elle me disait que par l’incroyable de ce qu’elle réalisait, elle la prétendue « sans magie ».
Ses mots… m’avaient fait tellement de bien. Ils avaient guéri quelque chose en moi que je ne savais pas blessé. Elle tenait à moi, elle avait des sentiments pour moi et elle avait juste eu peur… Peur de ce que je faisais naitre chez elle comme moi j’avais eu peur. Peur de ce que ferait mon absence, comme j’avais craint la sienne. Peur de n’être qu’un jouet pour moi, comme j’avais craint ne compter que pour le sexe à ses yeux. Nous nous ressemblions finalement beaucoup, c’était assez cocasse même si très triste. Mais à sa différence, moi, j’avais un ami qui m’avait soutenu malgré sa grande ignorance sur le sujet. Parce qu’il me connaissait et qu’il voyait bien ce que moi je ne pouvais pas voir, tout le bien qu’elle me faisait et le bonheur qu’elle m’apportait, qui n’était pas illusoire, que tout le monde finalement pouvait voir mais que seul Zack pouvait comprendre, car il savait quel être j’étais d’ordinaire, quel être j’avais été sans elle.
Je me sentais un peu bête d’être aussi euphorique tout à coup. Mon corps et mon âme passaient par des états émotionnels chaotiques et assez extrémistes et c’était franchement épuisant mais je ne regrettais pas… pas une seule seconde.

Bien vite je m’étais redressé, assis pour l’enlacer. Elle était restée terriblement silencieuse et j’avais l’impression de sentir le poids d’une culpabilité immense sur ses épaules. Je pouvais comprendre cette peine, j’avais eu la même ces derniers jours, qui n’avait cessé de devenir plus lourde chaque jour. Peut-être était-ce pour cela que j’enchainais les mots sans réfléchir ni à ce que je disais, ni à comment je le disais, ni aux conséquences. Je ne savais pas bien faire attention à ce que je disais, pas avec elle… Avec les autres, je maitrisais parfaitement mon discours mais avec elle, j’étais tellement vrai, tellement impatient de tout dire, de ne pas tourner autour du pot que les mots sortaient vite, parfois curieusement. J’avais essayé de la rassurer, pour l’apaiser et surtout pour qu’elle arrête de s’en vouloir. Elle fuyait désespérément mon regard et ça me faisait un peu mal… J’aimais trop ses yeux sombres pailletés d’or: oui, je crois que je suis un peu… débile quand il s’agit d’elle… J’avais envie qu’elle me regarde, pour qu’elle voit toute la sincérité dans mes yeux. Et en même temps je savais qu’elle ne voulait pas le faire, pour ne pas se sentir encore plus coupable. J’étais peut-être bête de penser ainsi, de ne pas lui en vouloir mais je ressentais un profond apaisement et la sensation que tout ceci était censé arriver pour qu’entre nous quelque chose de nouveau, de beau et de doux puisse réellement naitre. Le destin peut-être…


J’avais senti qu’elle était crispée, vraiment crispée mais j’avais choisi de le voir comme le malaise qu’elle devait ressentir, pas comme si elle me repoussait, je savais maintenant, espérant ne pas faire fausse route, qu’elle ne voulait vraiment pas me repousser en réalité.

Ah oui… Il faut parler de sa forme j’imagine.
Je n’étais ni fou, ni aveugle. Je voyais bien comme elle avait changé physiquement. Ses yeux étaient noirs, c’est peut-être aussi pour ça qu’elle ne voulait pas me regarder, pour ne pas que je vois toutes les ténèbres en elle. Celles-ci s’étalaient aussi sur sa peau et semblaient plonger notre environnement dans une obscurité encore plus importante. Ses marques étranges qui recouvraient tant sa peau n’étaient pas noires, elles étaient bien plus sombres encore. Je ressentais la magie qui émanait d’elle et mes instincts qui me hurlaient le danger et la distance. Mais j’avais aussi cet autre instinct qui me disait qu’elle ne me ferait jamais de mal, jamais exprès ou que du moins j’y survivrais. J’avais déjà vu ça chez elle et j’avais déjà choisi de ne pas en avoir peur. C’était pareil aujourd’hui. Je comprenais vaguement qu’elle avait dû y faire appel pour me venir en aide, ça m’attristait un peu. Je me souvenais bien qu’elle m’avait dit que ça n’arrivait que lorsqu’elle était en colère…  L’avais-je tant énervée ? Ou en était-elle finalement capable autrement ?
En tous les cas il était évident que je n’allais rien dire à ce sujet.
Appelons-cela de la considération, de la diplomatie ou donnons un autre nom à mon comportement le résultat restait le même. C’était un semblant de délicatesse à son égard que de ne pas lui faire remarquer qu’elle était entourée par les ténèbres. Elle m’avait bien dit qu’il y avait quelque chose de mauvais, une mauvaise magie qui lui collait à la peau. Elle le savait. Le faire remarquer aurait été… complètement stupide en plus d’indélicat. Elle devait bien le sentir de toute manière…


Mais il est vrai que cela n’altérait pas vraiment mon comportement. Je ne saurais pas expliquer pourquoi cela m’importait si peu. Enfin si évidemment que ça m’importait tout comme tout ce qui la concernait et un peu trop d’ailleurs quand ça la concernait, encore plus quand elle était si peu habillée, bon je l’avoue je suis un obsédé… Mais disons que ça ne changeait rien pour moi et je ne ressentais pas la méfiance que j’aurais dû, je crois, ressentir à son égard.
Je m’entendais lui parler, l’enlacer… Elle me repoussa un peu, peut-être que je la serrais trop fort, j’avais plutôt la sensation qu’elle craignait quelque chose venant de moi, peut-être… que tout ceci soit faux. Et puis j’avais vu ses larmes dans ses yeux devenus ténèbres, j’avais vu le poids d’une inqualifiable peine et culpabilité déformer ses traits magnifiques qui faisaient naitre en moi une âme de poète que j’ignorais posséder. Ca m’avait chamboulé, son visage ainsi, ses yeux plein de larmes, la peine, la honte… Je n’étais pas sûr de comprendre, j’étais assez choqué, du moins intérieurement. Mais histoire de me faire paraître si fort, si sûr de moi, mes instincts reprenaient le dessus et m’aidaient encore à parler à cette femme qui m’intimidait pourtant tellement, probablement parce que cette même femme, j’avais besoin de la voir sourire, pas triste, surtout pas triste. Je m’entendis parler avec assurance et lui relever le visage, l’embrasser tendrement alors qu’intérieurement j’étais plutôt mort de trouille et plutôt… bon d’accord assez débile parce que dès que je l’embrasse, hum, mon cerveau n’est plus très efficace…

Bon honnêtement, je ne savais pas du tout ce qui m’avait poussé à annoncer ces mots, le tout avec une assurance de beau garçon tombeur et sûr de lui à un point ultime. Je disais que son baiser m’avait réveillé et apaisé la douleur, ça c’était vrai, je n’avais plus mal du tout. J’étais aussi certain qu’en étant éveillé, conscient, nos baisers « fonctionneraient » mieux sur moi. Encore une fois ce n’était qu’une histoire d’instinct et de méga improvisation mais j’avais juste l’air très sûr de moi, très… oui maitre de la situation. Ce n’était pas le cas du tout mais j’en avais au moins bien l’air. Après, j’avoue, la suite, je m’y attendais aussi peu que les mots que j’avais prononcés. L’émotion de ses lèvres contre les miennes, ça je savais que ça arrivait parce que par tous les dieux ! Ce que provoquait un seul de ses baisers c’était… WHOOOOAAAA ! Mais le reste… Enfin je pensais qu’il allait se passer quelque chose… mais quoi ? De la magie apparemment et de la méga magie ! La classe totale ! Et absolument pas préméditée ! Mais prenons un air d’autant plus assuré même si tout mon corps fume légèrement d’une énergie neuve et vibrante… Etrange, super étrange ! Mais franchement chouette ! C’est là que je pose comme un conquérant non ?
Bon en fait, je ne disais pas grand chose… et je ne me la jouais absolument pas. J’étais de nouveau tout timide et démuni face à elle. C’est que j’avais encore vachement envie qu’on s’embrasse, même si ça allumait d’autres sensations plus… bestiales en moi, c’était tellement agréable que j’avais du mal à me contenter de ce baiser, aussi magique, épique et guérisseur soit-il. Pfff… Je ne sais vraiment pas me tenir avec elle.


Elle ne disait rien… Ca m’inquiétait un peu. Regrettait-elle les gentils mots qu’elle m’avait dit ? Regrettait-elle de m’avoir soigné ou pire que je sois… eh bien sur pied, c’est sûr que là elle pouvait difficilement m’échapper. Apparemment j’étais quand même trop euphorique pour y penser. Ses gentils mots tournaient dans ma tête et je n’étais pas prêt de m’en lasser, même si j’aurais souhaité qu’elle me les dise directement, en me regardant dans les yeux… J’aurais souhaité beaucoup de choses, comme ne plus voir toute cette peine et cette culpabilité sur son beau visage. Malgré mes propres mots pour qu’elle ne culpabilise pas, ça n’avait… rien changé.
Elle m’avait regardé au bout d’un instant alors que je l’incitais à toucher ma réalité, à toucher le sauvetage que ses seuls baisers emplis de magie provoquaient. Elle avait l’air surprise, de ne pas y croire. Dans ses yeux de ténèbres je détestai immédiatement ce que j’y vis: les doutes, la peur, l’incompréhension et le refus. Comme si elle refusait d’y croire. Pourquoi Cassidy ?

Elle réagissait, elle rougissait, mais elle semblait perdue… J’avais l’impression de l’avoir brisée d’une manière ou d’une autre. Elle semblait… éteinte.
Je crois que son absence de réaction, sa morne attitude, éteinte, inspira un peu trop mon caractère quelque peu… enflammé quand il s’agissait d’elle. A ma grande panique je me sentis faire et je m’entendis parler. Oh j’avais bien voulu toutes ces choses mais peut-être pas autant en si peu de temps. C’était comme si mon corps, réchauffé par ses baisers, inspiré d’une énergie naissante exprimait un peu trop ce que je pensais tout bas. Beaucoup trop… Ouf, il laissait au moins mes pulsions de côtés. J’avais pour elle un discours prolixe, engagé et quelque peu… excessif ? Oublions l’histoire des pulsions, j’étais en train de parler de sexe là… Et pas qu’un peu. Qu’on m’enterre ! Mais fais-moi taire Cassidy ! Lance moi un de tes regards provocants, un de tes sourires moqueurs, arrête moi !!!!


Je ne me souviens pas exactement de ce que j’ai dit mais « trop » me semble un excellent qualificatif. Quel imbécile…
Oh par contre je me souviens parfaitement lui avoir demandé d’être mon amoureuse et d’avoir été totalement ridicule… C’était nul ! Je ne savais même pas comment ça se demandait ce genre de chose ! J’avais appris ce matin-même, en laissant mes oreilles trainer dans les conversations que ça se demandait déjà ! Jusque là j’étais persuadé que c’était un « truc » qui se faisait naturellement, d’une espèce de commun accord, peut-être un machin magique, je n’en sais rien mais je ne me doutais même pas que ça se demandait ! Et à tous les coups j’avais demandé ça comme un idiot. Rectification, j’avais vraiment dû demander ça comme un idiot, ça me ressemblait énormément !
Et non content d’être totalement ridicule même si je devais toujours donner l’impression d’être passionné, sûr de moi et parfaitement à l’aise, alors que j’étais probablement aussi déstabilisé que la pauvre demoiselle qui subissait mon exubérance, voilà que naissait chez moi une espèce de gène plus forte que l’assurance. Et comment la gène agit-elle ? Eh bien comme à chaque fois que j’avais en face d’elle un discours trop sérieux, avec une idiotie. Alors les idioties pourquoi pas, mes provocations sont assez aguicheuses et me permettent d’avoir l’air de toujours maitriser la situation mais de là à lui donner la fessée ?!!! Mais qu’est ce qui me prenait au juste ?! La fessée ? Carrément ! Et c’était super agréable en plus… Pas de la frapper hein ! Je ne lui avais certainement pas fait mal, c’était assez euh… retenu comme geste. Mais lui toucher les fesses… Penser à quelque chose de triste et de dégoûtant, tout de suite, tout de suite, tout de suite !!!! Je ne suis qu’un obsédé !!!

Pour ma défense, ça partait d’un bon sentiment, lui dire que je ne voulais pas qu’elle se traite ainsi et rendre moins solennel un discours qui nous faisait probablement autant flipper l’un que l’autre. Mais ça restait quand même assez… hum… attouchement. Elle avait bien eu un cri de protestation mais bien faible comparé à son habitude. J’aurais presque souhaité qu’elle fasse de même, me renvoyant la provocation, mais si elle m’avait jeté l’un de ses ardents regards, j’aurais été totalement désarmé et j’aurais bafouillé… Au lieu de ça, elle répondit d’une manière qui me désola, un discours lent qui me laissa penser qu’elle croyait que je la trouvais bête parce que je disais qu’elle formulait des bêtises… Mais je ne la trouvais pas bête du tout moi ! Je me maudis aussitôt. Quel crétin ! Et bien sûr c’est le moment que je choisissais pour demeurer sans mot face à elle, juste stoïque alors que je me sentais en vérité complètement idiot. Elle semblait hésitante encore une fois, encore éteinte… L’avais-je abimée avec ma façon d’être ? Je voyais bien qu’elle était différente et que mes mots n’avaient rien changé à sa culpabilité. Je m’en voulais d’avoir été si mal… et qu’elle l’ait su… Elle s’éloigna de moi, mon coeur loupa un battement, l’euphorie retombant d’un coup. Bon l’effet boomerang, j’aimais très peu pour être honnête…


Elle commença à s’expliquer, maladroitement, hésitante. Je crus comprendre que c’était parce que justement elle était honnête, qu’elle ne jouait plus, qu’elle était ainsi, avec le poids de la honte et de la culpabilité. Mais je ne voulais pas qu’elle s’en veuille moi ! Tellement hésitante dans ses mots. Elle ne savait pas quoi dire ? Je pensais avec regret à ces moments où elle avait commencé à me parler avec moins de distance, avec plus d’honnêteté. Ca me manquait… Elle me tourna le dos, je baissais la tête, me sentant mal d’être responsable, même indirectement de son malaise. Je n’avais pas voulu ça. Qu’espérais-je au fond ? Oh je le savais bien… Qu’elle me saute au cou en me voyant conscient, qu’elle soit heureuse de voir mon corps redevenir normal et en meilleur forme grâce à elle, que cela chasse ses larmes et ses peines, qu’elle m’enlace, m’embrasse, peut-être en demandant pardon pour que je lui jure que je ne lui en voulais pas, qu’elle serre ses bras si fort autour de moi pendant que je l’envelopperais des miens, sans avoir cette horrible impression de la contraindre. Mais ça ne se passait pas du tout comme dans ma tête…
Elle s’éloigna alors que j’hochais lentement la tête, répondant tout bas.


D… D’accord Cassy…

Etais-je blessé qu’elle réponde si peu à ma déclaration ? Un peu mais j’aurais dû m’y attendre avec mes bêtises, ma provocation, ma tentative pour rendre l’instant moins solennel. J’aurais dû m’y attendre en voyant son regard fuyant et plein de peine. Elle avait probablement besoin de réfléchir, tranquille…
Sauf que je fis la bêtise de la regarder se diriger vers nos vêtements: très jolie vue ! Penser à quelque chose de triste !!!! J’avais détourné les yeux en faisant un lent décompte dans ma tête parce qu’apparemment être triste de sa distance et de ses hésitations ne m’empêchaient pas d’être terriblement attiré par elle et les scénari qui me passaient dans la tête étaient assez… trop évocateurs pour mes pulsions sensibles ! Trop grande source d’inspiration ma petite blonde… Je crus l’entendre haleter, une crispation dans son corps que j’eus l’impression presque de sentir dans le mien donc j’avais retourné les yeux vers elle, pour la voir figée dans son action de mettre son pantalon, position qui aurait pu être comique et ridicule pour n’importe quelle femme mais qui lui donnait juste un air assez tentateur. Est-ce que tout ce qu’elle faisait avait des allures sexy ? Non mais je plaignais sincèrement les hommes qui avaient croisé sa route là !
Sauf qu’elle n’avait pas l’air bien, je m’approchais timidement d’elle, effleurant son dos d’une main.


Cassy ? Ca va ?

Pas du tout… Elle secoua la tête, perdit l’équilibre et je dus me jeter à genoux sur le sol de la caverne pour la réceptionner dans mes bras. Elle était agitée de tremblements, la peau brûlante, et se plaquait les deux mains sur la bouche pour étouffer les hurlements déchirants qui menaçaient de lui échapper. Mon coeur se figea dans mon torse, mon estomac explosa de douleur. Je n’avais pas vraiment mal, enfin j’avais mal oui, de la voir ainsi, sans savoir quoi faire. Elle se crispait si violemment, tous les muscles tendus que je crus qu’elle allait se les déchirer.

CASSIDY !!!!!!

J’étais en train de perdre la tête ! Non ! Non qu’est ce qui lui arrivait ?! C’était une blague hein ?! Je n’étais pas réveillé finalement c’est ça ?! Et elle allait bien en vrai ! Elle allait bien n’est ce pas ?! Non pitié ! Pourquoi ?! Pourquoi elle était comme ça ??? Je voyais bien son visage ruisselant de larmes, ses traits figés dans une indicible douleur alors que son corps s’arc-boutait dans mes bras, la souffrance si forte que son hurlement mourut dans sa bouche, la laissant muette, à peine capable de respirer.

CASSIDY ! QU’EST CE QU’IL Y A ?! CASSY !!!!!!!

Je m’entendais hurler, d’une voix démontée par l’horreur de la voir ainsi. Ma vue se brouillait de larmes, moi aussi, de la voir ainsi. Non, non pitié !
Brusquement sa tétanie céda et elle se mit à se débattre et à hurler, frappant dans tous les sens. Elle m’asséna plusieurs coups violents au torse et au menton mais ça ne me fit presque rien, non pas qu’elle n’ait pas de force mais j’étais incapable d’avoir mal à cet instant. Je la serrai fort contre moi pour essayer de la calmer, de la maitriser. Elle me déséquilibra à force de s’agiter, nous faisant basculer et je n’eus d’autre choix que de la faire glisser de mes genoux pour la plaquer au sol de tout mon poids. Ses poings cinglèrent vers mon visage, frappèrent mon torse une nouvelle fois mais je parvins à lui attraper les poignets pour les plaquer, fort, de chaque côté de sa tête qu’elle agitait furieusement de droite à gauche en poussant des gémissements et grognements à peine humains, comme des feulements furieux… Au risque de me faire mordre je parvins, à force d’osciller bien vite la tête au même rythme qu’elle à plaquer mes lèvres sur les siennes pour arrêter son mouvement brusque tout comme pour l’embrasser. Honnêtement, j’étais bien incapable de dire quel instinct me soufflait ce geste. Bien sûr l’envie de l’embrasser était constamment là mais ce n’était certainement pas cela qui me guidait, il y avait mieux qu’embrasser une fille aux allures possédée par une entité maléfique qui la torturait. En fait, je crois que c’était la certitude aussi étrange que loufoque que si elle pouvait me soigner ainsi, moi aussi… Et puis ce qu’elle m’avait dit, pour ses marques, ses cicatrices qui avaient progressivement un peu disparu avec le temps que nous passions ensemble. Espoir fou sans doute. Je lui coupais quasiment la respiration en l’embrassant ainsi de force et pourtant mon inexpliquée action semblait avoir… de l’effet !


Je rouvris les yeux. Même pour un baiser désespéré de sauvetage inespéré j’avais fermé les yeux. Le bien-être qui m’avait enveloppé quand nos lèvres s’étaient rejointes n’avait rien de logique aux vues de la noirceur qui entourait ma jolie princesse et son corps torturé. Elle cessa de s’agiter et les marques noires sur sa peau semblèrent… refluer puis disparaitre, y compris celle de ses yeux qui se rouvrirent sur moi et mon visage inquiet penché sur elle.
Ses yeux… étaient de nouveau de cette couleur que j’aimais tant. Je me sentais rassuré, même si je la sentais… épuisée. Je bougeais très lentement les lèvres mais aucun son n’en sortit alors que ce fut elle qui parla pour me remercier. Je déglutis, me poussant aussitôt pour relâcher ma lourde emprise et je m’agenouilla à côté d’elle, l’aidant lentement à se redresser, assise, la couvant du regard, c’est vrai, je l’avoue. Elle avait l’air assez faible et je me doutais que dans l’obscurité mes yeux luisants devaient la fixer avec beaucoup trop d’insistance. Je maintenais son dos d’une main ferme, assez intimidé par la douceur de sa peau malgré toutes les cicatrices qui marbraient sa peau. Elle me remercia et je me sentis rougir bêtement devant la simplicité de ce geste et ce remerciement, enfin quelque chose de spontané s’échappant de ses lèvres, la sonorité de sa voix. Je suis sacrément attaché à elle je crois…
J’ouvris la bouche pour répliquer que ce n’était rien mais aucun mot n’en sortit et grand bien m’en fit car elle se mit à… s’expliquer sur ce mal étrange qui la rongeait. Elle semblait de nouveau hésitante. Je l’écoutais sans dire un mot, apprenant beaucoup plus sur elle en quelques courtes secondes. Ainsi, je ne me trompais pas, normalement son… truc ne s’activait qu’avec la colère donc elle avait dû forcer la main à ce… machin… Et ça lui faisait mal. Attendez… QUOI ?! Elle l’avait activé pour moi ! Elle s’était… Elle savait qu’elle aurait mal et elle l’avait quand même fait ? Forçant les choses ?! Et… Et c’était pire que d’habitude. Ma gorge s’assécha !
Je pense que la situation aurait voulu que je m’énerve et lui fasse la morale mais qui étais-je pour agir ainsi. Au lieu de quoi, je m’entendis prononcer tout bas son surnom, d’une voix douce alors que j’étais, je l’avoue, assez touché qu’elle ait pris le risque de souffrir autant pour moi. Bon ça ne me plaisait pas qu’elle ait mal évidemment mais… je mesurais la valeur de son geste… Enfin je crois. Elle se releva alors je restais silencieux, la soutenant juste en douceur, pour ne pas qu’elle s’appuie de trop sur sa jambe blessée, toute endolorie qu’elle était… Je comprenais aussi qu’elle avait craint que je devienne… un monstre. Ca ne m’offusquait pas… Au contraire. Sa prudence m’impressionnait. Elle avait tout d’une survivante et d’une guerrière. Elle aurait pu l’être avec un bon maitre, j’en étais persuadé, bien qu’elle vante sans ombrage sa maladresse touchante…


Elle s’assit sur une pierre au bord de l’eau et j’en profitais pour me pencher et plonger mes mains dans le liquide. Il était chaud mais c’était mieux que rien… J’en déposais un peu sur ses épaules et son cou, cherchant à chasser la moiteur de ses crispations et de sa fièvre précédente, sans m’aventurer plus rien pour ne pas l’effrayer ou la contraindre à quoi que ce soit. C’était dur de résister à l’envie de la prendre dans mes bras, pour me rassurer notamment, pourtant je ne faisais rien… Ca faisait beaucoup trop d’un coup après tout.

J’étais en train de jouer de mes mains avec l’eau, tout près d’elle, sans la regarder pour ne pas être insistant ou quoi que ce soit, voulant lui laisser le temps et la distance dont elle avait besoin quand elle dit une autre phrase, à propos de baiser. Un sourire s’empara de mes lèvres alors que je me tournais vers elle, elle qui rougissait et détournait les yeux et m’approchais lentement, sentant sa gène, et essayant de la rassurer, de lui redonner tout le pouvoir qu’elle avait sur moi pour qu’elle se sente plus confiante, moins effacée, moins intimidée. C’est ce qu’elle était non ? A cause de moi… A cause de nous.


Eh bien… L’idée de la douleur me déplait assez donc tu viens de me donner une excellente excuse pour t’embrasser… mh… beaucoup… tu en as conscience ?

Je lui fis un de mes sourires en coin, un peu pervers, un peu polisson. Il me sembla qu’elle rougissait encore plus mais je n’en étais pas sûr. Je posais doucement une main sur l’une de ses épaules et la fit courir jusqu’à son cou, remonter jusqu’à son menton, l’une de ses joues, l’incitant doucement à tourner la tête vers moi alors que je murmurais tout bas.

Princesse, j’espère que tu n’escomptes pas me faire fuir avec ça… Tu es tellement courageuse… Tu savais que tu aurais mal et… enfin… c’est à moi de te remercier d’avoir pris ce risque en connaissance de cause, ne crois pas que j’y sois indifférent… Et ne crois pas échapper à mes baisers en détournant la tête.

Je souris un peu plus… Perchée sur son rocher elle était plus grande que moi, j’aimais bien cette idée de hauteur et de pouvoir que ça lui donnait sur moi. Je m’approchais doucement, sans la forcer à quoi que ce soit, restant à quelques centimètres de son visage, lui laissant le temps de s’habituer à ma présence, ne voulant pas me faire brusque ou exigeant. Je sentis la crispation dans ses muscles se détendre. Je m’approchais un peu plus pour sceller tendrement ses lèvres aux miennes dans un baiser chaste qui m’affamait mais que je voulais garder sage pour ne pas sembler exiger quoi que ce soit d’elle. Je sentis l’une de ses mains se poser doucement dans ma nuque, légère, hésitante. Je prolongeais mon baiser sans chercher à passer la barrière de ses lèvres. C’était doux et réconfortant, pas tentateur, juste tendre…


Le jeune homme s’était écarté lentement. Dans la pénombre, ses yeux de félin semblaient d’autant plus fixer avec tendresse la jeune femme épuisée et chamboulée. Il caressa lentement son visage de ses deux mains et elle ferma les yeux, se laissant faire même s’il sentait toujours une pointe de crispation, malgré la fatigue, probablement une pointe de crainte que le rêve soit chassé par les ténèbres de la vérité. Toujours… Elle était hésitante dans sa façon d’être, dans sa façon de parler, craignant beaucoup trop de le blesser après toute la douleur et la peine qu’elle lui avait déjà causées, honteuse, culpabilisée. Tristan sentait bien qu’elle n’était pas à l’aise. Pourtant il ne fit aucune remarque, bien décidé à lui laisser du temps pour se retrouver et mettre ses pensées au clair puis le temps de le retrouver, quand elle l’aurait décidé. Il attendrait… Maintenant qu’il savait qu’elle avait des sentiments pour lui, il serait patient.
Le silence s’installa de nouveau entre eux. Il ne chercha pas à le percer, se contentant de s’asseoir à côté d’elle et de regarder le plafond de lumière et l’étrange endroit dans lequel ils avaient atterri, lui laissant reprendre sa respiration et son calme. Puis lentement il s’était relevé, lui tendant la main dans l’obscurité. Il avait proposé de tenter de sortir de là. Leur ouïe fine respective leur avait permis de se rendre compte au cours de ces instants de silence que le vent mugissant de l’extérieur semblait s’être tu. La tempête glaciale n’avait pas dû durer bien longtemps, quoique… depuis quand étaient-ils sous terre ? Ca leur avait paru bien peu de temps mais en réalité ? Quelle heure était-il ? Toutes ces émotions les avaient éreintés et avaient apporté un lot supplémentaire de questionnements et de besoin d’introspection.
Ils se rhabillèrent chacun en silence encore une fois alors que Tristan cherchait à tout prix à éviter de regarder la petite demoiselle, au risque de passer pour un pervers et de réveiller ses pulsions… Il ne voulait pas qu’elle le prenne pour un obsédé. Il est vrai que ce qui les avait guidé l’un vers l’autre, de prime abord, ça avait été physique, purement physique, une alchimie incroyable digne d’histoires totalement fantasques et s’il y avait bien plus désormais, l’alchimie, pour leur plus grand malheur, était toujours là alors… soyons civilisés non ?

Ils commencèrent finalement, une fois rhabillés, séchant vite dans cette grotte si chaude, à chercher leur chemin. Tristan avait proposé timidement de porter la petite demoiselle mais elle avait refusé poliment, arguant qu’elle avait besoin de marcher un peu. Il s’inquiétait pour sa jambe mais n’insista pas, lui demandant juste de s’appuyer sur lui pour ne pas aggraver sa blessure. Malgré son accord et l’inquiétude dans la voix du jeune homme, Cassidy n’obéit que bien peu, un peu, pour le forme, pour ne pas lui faire de peine probablement, pour aller dans son sens, maladroitement, mais elle avait aussi sa fierté et besoin de ne pas paraître faible. Si elle avait su à quel point elle apparaissait forte aux yeux du jeune homme, elle aurait fait fi de cette sensation de vulnérabilité, vraiment… Il aurait souhaité la porter mais sentait bien qu’elle aurait refusé, peu importe la manière dont il l’aurait proposé.
Se fiant à son instinct et à ses sens développés, Tristan les orienta petit-à-petit dans le dédale de galeries. Malgré la situation, la curiosité du garçon s’était réveillé et il aurait réellement souhaité prendre du temps pour visiter cet endroit et câliner aussi la jolie demoiselle et plus si affinités… Peut-être un autre jour, quand elle serait davantage en paix avec elle-même… A force de persévérance, au bout de longues remontées douces, il fallait dire qu’ils avaient vraiment glissé profondément dans les entrailles de la terre, ils finirent par déboucher sur une petite caverne. L’ouverture qui menait à la galerie était si étroite que seule la jeune femme pouvait s’y frayer un chemin sans difficulté. Tristan dut se munir pour sa part d’une lourde pierre solide pour frapper les bords pierreux aiguisés et agrandir l’ouverture. C’était qu’il était tout de même d’un sacré gabarit ce grand dadais maladroit. Ils retrouvèrent finalement la clarté du jour, même si le ciel restait couvert et grisâtre et une température certes fraiche mais tout à fait supportable. Ni l’un ni l’autre n’avait cependant de veste et vue la neige congelée qu’ils rencontrèrent en sortant de la caverne, heureusement qu’ils n’avaient pas été à l’extérieur au moment de la gelée.

Cassidy devait tout de même vraiment bien connaitre son environnement, les arbres, les montagnes, car elle observa les alentours puis orienta rapidement son corps vers la direction du village. Tristan sourit, assez impressionné tant lui-même avait été désorienté par la variation de luminosité. Le gros avantage du gel était qu’ils ne s’enfonçaient plus du tout dans la neige tant celui-ci avait saisi une importante couche de neige mais c’était tout de même plus glissant que de coutume. Ils étaient toujours silencieux. Le jeune dragon vit bien le regard furtif que la demoiselle jeta à une belle branche d’arbre au sol, tombée à cause de la tempête et qui aurait fait une très bonne canne lui évitant de paraître faible en s’appuyant même si peu contre son compagnon. Elle ne fit pourtant aucun geste vers celle-ci, comme si encore une fois elle craignait de dire, de faire quelque chose qui pourrait le vexer, tout comme là elle s’appuyait contre lui alors qu’elle ne le souhaitait pas vraiment, ayant probablement besoin d’espace pour se sentir forte, de temps pour se remettre de tout ceci. Il sourit et posa sa main sur la sienne qui tenait son bras, lui faisant doucement relâcher sa pression pour aller chercher de lui même la branche en question. Le bois était épais, solide sans être trop lourd, parfait. Il la regarda droit dans les yeux en lui tendant avec un beau sourire plein de douceur, aucun reproche dans le regard comme sur ses traits, la béquille improvisé. Elle la prit mais détourna vite les yeux, articulant un vague remerciement. Il se tint sur son autre flanc pour reprendre la marche, la laissant bien s’appuyer contre ladite béquille, probablement consciente et ressentant peut-être les dégâts de sa précédente course sur sa cheville censée être traitée avec douceur… S’il avait choisi de se mettre de l’autre côté c’était aussi pour qu’elle puisse prendre tout de même sa main si elle le souhaitait. Il y avait de la gêne entre eux, pas spécialement à cause du silence, plutôt à cause du poids de tout ce qui avait été dit et fait, que ce soit en mal comme en bien…

Ils marchaient depuis quelques longues minutes, se dirigeant vers le village sans s’être réellement concertés, lui se laissant guider jusqu’à finalement reprendre quelques repères quand brusquement un homme surgit devant eux, ne les remarquant pas de suite, trop occupé à courir et à crier… le nom de la jeune femme. Tristan s’arrêta, Cassidy aussi alors que Jilian passait à quelques mètres d’eux, sous le couvert de nombreux pins, haletant. Eh bien oui… évidemment… Il avait dû entendre parler de la dispute, d’une manière ou d’une autre. Soit l’aubergiste avait encore eu la langue bien pendue, ce qui était fort probable, soit quelqu’un avait vu la jeune femme courir comme une folle vers la forêt, peu avant la tempête… Et d’une manière ou d’une autre encore une fois, il l’avait appris et s’était lancé à sa recherche à corps perdu, mort d’inquiétude, puisque fou amoureux de la petite blonde colérique. Encore un désespéré… C’est que la tempête glaciale prévue n’était pas réputée pour être douce, et encore moins celle-ci et que s’il avait appris qu’elle s’était enfui, il avait dû aussi apprendre qu’elle était très peu vêtue et que là, si leur séjour dans cet endroit chaud, la fièvre qui l’avait habitée, sa grande résistance au froid et les températures redevenues douces étaient cléments pour son corps, ça n’avait rien d’habituel et de quoi causer bien des inquiétudes pour un coeur amoureux, tout rejeté qu’il soit. Jilian était donc là, lancé à la recherche de la petite demoiselle, comme un preux chevalier en armure. Il aperçu l’éclat d’or de la chevelure de la jeune femme et se figea sur place avant de courir dans leur direction. Tristan grinça des dents mais demeura silencieux alors que son rival lui lançait un regard glacial, en particulier en se rendant compte que le goujat ne portait même pas la demoiselle blessée, se contentant de marcher, inutile à ses côtés. Mais il détourna très vite son attention du Drakkari pour bombarder la petite demoiselle de ses inquiétudes et de ses questions. Tristan n’écoutait pas vraiment, se contentant de tourner la tête, même s’il savait que le garde du corps devait rouler des mécaniques sous sa veste et essayer de se faire plus grand, protecteur en affirmant son inquiétude et être parti à sa recherche, s’enquérir de la raison de sa folie, en foudroyant la « raison » en question du regard: Tristan.

Cassidy semblait bien peu prolixe mais soit le blondinet était bien trop content de pouvoir la voir, la sentir sauve et était trop insensible malgré toute sa gentillesse pour se rendre compte de sa fatigue et de son malaise. Car après tout, Tristan était particulièrement sensible aux états d’âme de la demoiselle, malgré sa terrible maladresse mais ce n’était pas donné à tout le monde… Il finit par lui demander doucement, sans s’arrêter de jeter des regards peu amen au jeune dragon, s’il pouvait lui parler un peu, en tête-à-tête, tranquillement, insistant bien sur certains mots. C’était probablement à cause de ce qui s’était passé, du combat de coq stupide qui avait eu lieu la veille. Tristan n’était pas surpris, il se doutait bien que ce moment arriverait, tout comme il se doutait que le grand blond ne lui présenterait jamais d’excuse pour la simple et bonne raison… que tout son intérêt se portait sur la demoiselle et qu’en cas de rivalité aussi importante, les bonnes manières partaient au placard.
Malgré la jalousie et l’impulsivité qui agitaient le coeur éprouvé du dragon Tristan se contenta d’hocher la tête lentement et de s’adresser à Jilian.

Tu nous donnes un instant s’il te plait ? Je vous laisse tranquilles après…

Jilian fronça les sourcils, apparemment surpris et Cassidy aussi à vrai dire, du moins c’était l’impression qu’elle donnait. C’est qu’après avoir avoué qu’il était jaloux, le garçon semblait avoir bien peu de raison de la laisser seule avec un autre et en particulier cet autre. Face au regard inquisiteur du blond, le rouquin haussa les épaules très naturellement.

Cassidy est une jeune femme indépendant que je sache. Elle fait ce qu’elle veut et elle parle avec qui elle veut. Si elle veut te parler, tant mieux, l’un dans l’autre je ne serais pas dans ses pattes.

Ainsi, malgré son égoïsme il restait tout à fait conscient du caractère de la jeune femme, de son indépendance et de son désir de liberté et loin de l’étouffer, même en présence d’un rival, il cherchait à lui laisser de l’air… Douce attention bien qu’elle semblait lui coûter beaucoup. Ils s’éloignèrent un peu mais juste de quelques mètres alors qu’agréablement surpris, Jilian les observait tout de même de loin, même s’il n’avait pas l’ouïe fine de Cassidy, il pouvait probablement percevoir des bribes.


Cassy… Tu as besoin de temps et d’être seule, je l’ai bien compris et… moi aussi évidemment… Mais… Enfin… Je sais que tu aimes te promener, rester dans la nature et tout alors je voudrais juste que tu fasses un peu attention s’il te plait. Je ne t’ordonne rien, je voudrais juste que tu sois prudente pour ta jambe et… le froid… même si tu es… différente… Passe à l’auberge prendre une veste, ou ce que tu veux mais fais attention à toi s’il te plait… P… Pense à aller manger quelque chose… Tu n’as rien avalé ce matin et je ne voudrais pas que… tu fais ce que tu veux évidemment, c’est juste que… voilà… Et… S’il te plait… N… Arrête de fuir mon regard… J’ai compris que tu t’en voulais tu sais, et que mes paroles n’ont rien changé pour ça… Moi aussi je m’en veux… terriblement, encore plus en te voyant comme ça. Cassy… J… J’aime… J’aime quand tu me fais ces sourires provocants pour répondre à mes bêtises, j’aime quand tu me tapes quand je t’embête ou te chatouille ou que je dis des obscénités, j’aime tes regards rieurs et tes répliques cinglantes, j’aime tes réparties et ta manière de me tenter et me repousser en même temps par tes jeux de mots et tes jeux de gestes. N… N’aie pas peur de me blesser par des mots… Tant que je sais que tu tiens à moi, que… je compte vraiment pour toi, crois moi, rien de ce que tu pourras dire ne pourra vraiment me repousser ou m’éloigner de toi, princesse… Alors… sois la jolie jeune femme passionnée et hargneuse qui ne me laisse jamais avoir le dernier mot, sois celle que tu veux et ne te retiens pas à cause de ce qui s’est passé… S’il te plait princesse… N’oublie pas que je suis… a… amoureux de toi… Et que je le suis tombé par tout ce qui fait de toi ce que tu es… Y compris ton caractère de louve solitaire…

Le jeune homme lui fit un sourire sublime, en se penchant lentement sur elle. Mais par égard pour elle tout comme par égard pour le blondinet qui avait des sentiments pour elle, en bon gentleman, il se contenta de poser tendrement ses lèvres sur son front dans un baiser aussi tendre que bref, posant ses paumes brûlantes sur ses épaules.

Je te laisse tranquille maintenant… On se retrouve en fin d'après-midi si ça te va…

Nouveau beau sourire, clin d’oeil appuyé, comme s’il ne semblait pas du tout inquiet de la laisser seule avec son ex, elle, sa fatigue, ses faiblesses, ses pulsions aussi, comme s’il avait totalement confiance en elle. Il lui murmura tout bas un « à tout à l’heure » puis tourna rapidement les talons et s’éloignant, passant tout près de Jilian, se crispant à sa hauteur mais sans s’arrêter. Ca n’avait pas été simple pourtant cette fois-ci de résister à ses instincts qui lui hurlaient d’arracher la gorge de son rival mais il se contint, comme d’ordinaire.
Finalement la matinée n’avait que peu avancé et il n’était même pas l’heure du déjeuner quand ils se séparèrent pour le reste de la journée.
La demoiselle trouva à s’occuper de son côté. Que ce soit avec Jilian ou seule, Tristan tint sa promesse silencieuse et lui fit confiance, la laissant en paix faire ce qui lui semblait le mieux pour se remettre de trop, décidément bien trop d’émotions. Plus encore, malgré son envie d’être près d’elle, surtout en la sachant blessée et surtout après son étrange réaction à sa mauvaise magie, il respectait réellement son indépendance et sa liberté, allant bien à l’encontre du caractère possessif et égoïste de son espèce. Ce qu’elle fit, il n’en sut donc rien.
Peut-être passa t-elle réellement à l’auberge. Il avait dû y passer de son côté mais rien n’était sûr, surtout avec la chambre qu’il avait prise de son côté.
Finalement, qu’elle se soit promenée ou ait décidé de se reposer elle avait bien dû passer un moment dehors.
Quand elle vint ou revint à l’auberge, l’aubergiste l’accueillit d’un sourire aussi espiègle que curieux.

Ah Cassidy ! Dis moi j’aimerais savoir ce qu’il en est pour votre… vos chambres… Tu pourras demander à Tristan de venir me voir s’il te plait ? J’aimerais savoir pour voir si je peux louer celle qu’il a pris hier soir à quelqu’un d’autre, vu le sourire qu’il avait aux lèvres tout à l’heure j’imagine que ça va mieux vous deux… Il est monté…

Il lui fit un beau sourire. S’il était assez fouineur, l’homme n’était pas méchant et lui donnait au moins une bonne nouvelle, Tristan était monté… Il lui donna la clé de sa chambre qu’elle déposait à chaque fois au comptoir pour ne pas s’encombrer.

Arrivée dans la chambre qui fut la leur elle dut pourtant faire un constat, les affaires du jeune homme n’étaient pas là: par choix ou par délicatesse de lui laisser ledit choix de sa présence ou non ? Peut-être hésita-t-elle à aller toquer à la porte de l’autre côté du couloir mais une chevelure rougeoyante qui dépassait légèrement du bord d’un canapé la retint. Et le spectacle valait le détour et pas qu’un peu.
De nouveau par délicatesse, pour ne pas s’imposer malgré son envie de la voir et d’être près d’elle, Tristan ne s’était pas installé sur le lit mais sur le canapé. Avec sa trop grande taille il dépassait légèrement dudit canapé et semblait profondément endormi. Installé sur le dos, le gredin sortait apparemment de la douche et avait succombé à la fatigue depuis peu de temps. Comment le savoir ? Peut-être était-ce à cause de ses cheveux de flamme encore humides dont certaines mèches collaient sur son front ou alors c’était le fait qu’il ne portait en tout et pour tout, horrible provocateur, qu’une serviette qu’il avait noué sur ses hanches… Ca déjà il le faisait de base très mal, enfin c’était une question de point de vue, c’était magnifique pour la vue mais terrible pour garder une pensée cohérente, il semblait bien décidé à l’attacher le plus bas possible pour que cela reste décent mais qu’il n’ait plus grand chose à cacher de son torse d'athlète qui faisait sa fierté. Sauf qu’en s’assoupissant, il avait légèrement bougé les jambes et s’il était toujours sur le dos, il avait fait glisser encore, heureusement très peu, sa serviette sur son corps taillé, révélant trop, beaucoup trop, le V creusé du bas de ses abdominaux. Et à la vue de ceux-ci terriblement saillants le sale gredin avait dû s’entrainer… intensément. C'était une manière comme une autre de conserver, ou tenter de conserver, l'intérêt de la petite demoiselle pour sa personne...
Comme s’il sentait sa présence Tristan ouvrit un oeil, puis l’autre, sourit, ses pommettes se colorant légèrement, puis s’étira en baillant, retenant juste à temps sa serviette qu’il renoua serrée sur ses hanches avant de se redresser lentement, l’air à moitié endormi toujours, les cheveux dans un sacré désordre.

Mh… Salut Cassy… Désolé…je me suis assoupi… Mh… Fatigué… Pas assez dormi ces deux dernières nuits… Mh… J’aurais préféré dormir tout contre toi… mais en t’attendant…  Co… Comment tu te sens ? Tu as passé une... bonne journée ?

Le jeune homme s’était assis et baillait de nouveau à s’en décrocher la mâchoire, prenant des airs de félin en se passant une main dans la crinière rouge de ses cheveux, lui lançant un tendre sourire, semblant se retenir à grand peine de venir l’enlacer et l’embrasser… ou la kidnapper et se blottir tout contre elle en quête de câlins et comble de l’extase d’une main douce pour caresser ses cheveux. Malgré la fatigue, il l’observait avec attention sans la questionner de trop, patient, attendant qu’elle parle si elle le souhaitait et selon ce qu’elle voudrait par la suite, attendant de savoir s’il pouvait venir la retrouver dans cette chambre et déménager ses affaires, si elle préférait rester un peu seule, si elle préférait ressortir, se reposer, manger ici ou aller diner plus tard, dans quelques heures, à l’extérieur où il avait déjà réservé par mesure de précaution. Tendre il tendit tout de même, ayant trop peu de volonté, une main vers elle pour caresser l’une des siennes du bout des doigts, lui faisant de la place sur le canapé…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 21 Avr - 18:03

Cassidy avait eu une brisure, nette et précise. La si fière et assurée demoiselle était pour le moment totalement paralysée par la peur, à cause de toutes ces images qu’elle avait vu, de tout ce qu’elle ne se doutait pas. Pas une seule seconde elle n’aurait pensé qu’elle se trompait. Et pour la première fois depuis bien longtemps, elle était totalement désarmée, sans savoir exactement quoi faire, comment faire. Bien sûr, dans la panique elle avait parlé de deuxième chance mais… ce n’était pas si simple que ça. Elle n’arrivait pas à expliquer ce qui lui arrivait, elle ne savait plus comment se comporter. A aucun moment elle n’avait pensé que Tristan avait de réels sentiments pour elle. Quoique dans l’autre ville, cette idée lui avait effleuré l’esprit. Idée qui avait été vite balayée à cause du prétexte de l’anniversaire.

Elle ignorait qu’il avait des sentiments. Et puis concernant son livre, il avait vraiment été très discret à ce sujet. Car elle ne l’avait pas vu le lire, un comble pour une fine observatrice comme elle qui pourtant remarquait le moindre petit changement, qui remarquait rapidement quand il y avait anguille sous roche. Pourtant elle n’avait pas vu ce bouquin, ni Tristan en train de le lire. Enfin, si il lisait si rapidement, ça elle ne pouvait pas le savoir ! Ou peut être que tout simplement elle n’avait pas cherché à voir ce petit signe, discret mais pourtant annonciateur de temps de choses. Mais si elle l’avait vu, tout aurait été différent. Si il l’avait placé bien en évidence sur le chevet ou le bureau, elle aurait sûrement eu la curiosité de regarder, attirée comme elle était par les objets et surtout les livres, quoi qu’elle en dise.

Cela aurait changé bien des choses. Déjà elle lui aurait demandé sur un ton taquin pourquoi il s’intéressait à ce genre de choses. Cassidy aurait sûrement feuilleté le livre pour en lire quelques passages et voir ainsi que ça décrivait l’état des sentiments, ce qu’on pouvait ressentir. Elle l’aurait peut être un peu questionné, cherchant par détour à comprendre ce qui lui prenait. Peut être que finalement, de fil en aiguille, il aurait craché le morceau ou lui aurait fait comprendre qu’il avait des sentiments. Si il avait pris un air très sérieux, elle aurait bien vite su qu’il ne jouait pas la comédie. Elle arrivait bien à voir quand il était mal à l’aise alors pourquoi pas là ? Aurait-elle continué à se cacher derrière des œillères sans un message fort et poignant ? Peut être ou peut être pas, qui sait… Difficile de connaître l’état et les réactions de Cassidy au jour le jour, cette fille étant une vraie girouette qui ne savait pas trop ce qu’elle désirait ni dans quelle direction aller.

Enfin plus maintenant. Après avoir abandonné son objectif de faire de la magie, elle se laissait vivre, sans réelle passion ni envie. Regardant le temps qui passait d’un air ennuyé. D’ailleurs sans le vouloir, elle avait très certainement médité plus d’une fois, ce qui était très bien pour un début d’apprentissage dans la magie. Elle était aussi colérique que calme, agitée que posée. Quand quelque chose lui tenait à cœur ou la titillait un peu trop, elle avait vraiment des réactions exagérées, s’emportant rapidement et démarrant au quart de tour. Le seul petit souci, c’est qu’elle réfléchissait beaucoup trop sur trop plein de choses. Même si elle n’en donnait pas l’impression, la jeune femme observait beaucoup. Cette demoiselle timide qui voulait faire sa déclaration à un homme, ce vieux Friholdien qui guettait tous les jours les allées et venues des passants de la terrasse d’une taverne, ce groupe d’enfants qui se chamaillaient car personne ne voulait jouer le rôle du vilain dragon mais du chevalier héroïque qui vient sauver la princesse/le village, ces deux jeunes dames qui discutaient de la vie, l’une au ventre bien rebondie, attendant de donner une naissance.

Et puis il y avait Jilian. Le Friholdien n’était pas un éternel bavard mais il discutait aussi de temps en temps, même si Cassidy ne lui répondait pas et écoutait à moitié. Il lui parlait de ses missions, ses aventures. Il essayait de lui donner envie en parlant de quelques villes dans lesquelles il passait, parfois il y avait des fêtes où il aurait bien aimé l’emmener, pour la faire sortir un peu. Il avait vite compris qu’elle n’accepterait jamais, même si le blond était quand même bien patient. Il était prêt à attendre le temps qu’il faudrait mais c’était sans compter l’arrivée de Tristan qui avait bouleversé l’ordre des choses.

Ah Tristan… du début à la fin, cela aura été une énigme vivante pour la demoiselle. Alors elle avait bien du mal à savoir comment réagir. Vilain enquiquineur pendant son enfance, objet de ses pensées déchirées pendant son adolescence et révélateur de ses sentiments puis… l’oubli même si elle ne l’avait jamais complètement oublié jusqu’à ces retrouvailles dans leur village d’enfance. Et là ça avait été le choc. Au fond d’elle, elle l’avait détesté, snobé, ce grand gaillard un peu trop poli, un balai coincé dans le derrière pour être polie, trop admiré alors qu’elle avait échoué à côté. Pourtant ça lui avait fait quelque chose de le revoir. Panique totale même. Du petit garçon turbulent à l’homme discipliné, elle cherchait à se convaincre qu’il n’était pas pour elle, que de toute façon, un homme si bien fichu devait certainement avoir quelqu’un. Quelle surprise d’apprendre qu’il était dragon ! Peu de personnes étaient au courant pour l’existence des dragons, à part les fanatiques. Mais elle avait un avantage assez conséquent à ce sujet, bien qu’au départ cela avait été source de conflit.

Elle ignorait que Tristan avait le projet de lui faire changer sa vision des choses. En même temps c’était normal et assez humain finalement. Il agissait de la même manière que Jilian. Sauf que contrairement à Jilian qui n’avait jamais réussi à faire bouger, il y avait là un net progrès. Elle acceptait quand même de sortir avec Tristan et même si cela ne lui avait pas plu des masses, car trop d’affluence, en même temps une fête quoi, ce n’était peut être pas le moment le plus adéquat, elle faisait des efforts pour lui. Et ça c’était plutôt bien. Même si la manière n’était pas la meilleure, elle avait fait un premier pas en avant, en se montrant plus attentive. Elle l’avait quand même écouté, même si ça se voyait clairement qu’elle n’aimait pas. Enfin non elle ne le montrait pas directement mais Tristan l’avait bien remarqué, d’une manière qu’elle n’arrivait pas à identifier.

Un regard extérieur verrait un homme très soucieux et attentif aux besoins de sa compagne, un homme rêvé et idéal. Il fallait juste qu’il soit dragon et bien différent des siens. Bon, il y en a partout des hommes soucieux et attentifs, ce n’est pas une espèce rare non plus. Mais pour un dragon, oui ça avait un petit quelque chose de rare. Cassidy n’en mesurait malheureusement pas tout l’intérêt et le sens. L’importance justement qu’un dragon s’intéresse à elle autrement que pour la mettre dans son lit puisque c’était un peu ce qu’ils étaient au final.

Au final, Cassidy ne connaissait absolument pas Tristan. Elle ne pouvait pas dire qu’elle le connaissait par cœur, elle ne pouvait pas deviner ses pensées, ses faits et gestes. Elle ne pouvait vraiment pas le percer à jour et même si il était démonstratif, il avait toujours une sorte de jardin secret qu’il cachait soigneusement. Et puis, elle n’était pas douée pour interprétée les sentiments. Après tout, personne d’un point de vue extérieur pour lui dire que oui il y a quelque chose là-dessous. Personne pour lui dire de réaliser la chance qu’elle avait. Personne pour lui interpréter les signes ou même la pousser dans le bon sens. Cependant là maintenant elle savait, et les regrets se lisaient sur son visage.

Quand elle lui parla mentalement, la jeune femme ne savait absolument pas si ça pouvait marcher ou pas. Après tout elle avait fait cela de manière totalement instinctive sans se soucier des codes, des formules, de la pratique intensive qu’on pouvait avoir. Seul Tristan était capable de lui dire si cela avait marché ou pas. Et il se réveilla finalement, alors que la jeune femme était sur la défensive, méfiante, ne sachant pas quelle attitude adopter à cause de l’obscurité qui l’empêchait de se faire un meilleur avis sur la situation. Cassidy n’était pas non plus un animal, elle avait de bons instincts mais il lui était impossible de ressentir si il allait lui faire du mal ou pas. Pourtant, à sa grande surprise, il était tout à fait… normal.

Mais ce n’était pas suffisant. Bien sûr elle était rassurée ! Bien sûr elle aurait voulu lui sauter au cou. C’est comme cela que ça aurait du se passer. Bien sûr qu’on imaginait largement un meilleur scénario que celui-ci, où elle était envahie par les remords et les regrets, sans arriver à accepter, malgré toute la douceur et les paroles de Tristan. Elle s’était crispée, ne savait plus comment réagir et le tournis lui venait même un peu trop facilement. C’était trop facile, trop simple. Comme ça ?! Pas de complications ? Elle n’en revenait pas ! Et là il lui sortait tout un discours digne d’un conte de fée, d’une histoire qui se termine bien. Qui l’aurait cru ? Alors que tant de filles se seraient battus pour lui, dragonnes, elfes, humaines ou autres, Cassidy elle, réagissait comme à son habitude finalement. Bien loin de tout ce qu’on pourrait imaginer. C’était pourtant très touchant tout ce qu’il racontait. Touchant et un mélancolique écho de sa période adolescente. Là il agissait un peu comme un enfant, demandant la permission avec timidité. N’avait-il jamais vécu ce genre de chose ? Non… bien sûr que non. C’était quand même très flatteur aussi qu’il n’ait eu personne d’autre avant elle.

Pourtant Cassidy ne réagissait pas vraiment. Elle n’était pas encore remise de toutes ces émotions et pour le moment, la jeune femme n’avait envie que d’une chose, prendre l’air. Alors qu’elle aurait pu être si rassurée, si contente, si surprise de voir encore qu’un baiser pouvait faire bien des choses. Et pourtant encore une fois, son indépendance, son côté de louve solitaire la rappelait à l’ordre. Prendre l’air pour prendre le temps de réfléchir, prendre l’air pour se sentir mieux. Enfin là elle était rassurée et soulagée que Tristan aille mieux mais la jeune femme n’avait jamais été douée pour manifester ses sentiments. Et puis, si elle disait qu’elle voulait prendre du temps pour elle, alors il n’aurait peut être pas encore compris. Il pourrait penser qu’au final, la jeune femme ne savait pas vraiment ce qu’elle voulait, ce qu’elle désirait. Juste le faire souffrir ou jouer au yoyo, tout simplement.

Tristan lui avait donné une tape sur les fesses, elle avait à peine réagi. Eteinte oui, très loin de la flamboyante demoiselle capable de réagir promptement en même pas quelques secondes. En fait, elle s’effrayait toute seule. Que lui aurait-elle dit ? Bon au final, Cassidy en faisait tout un plat pour rien. Sauf que la gêne était quand même bien présente et la jeune femme n’était pas vraiment capable de riposter face à ça. Elle ne savait même pas par quoi commencer ! Et puis à force de rester muette comme ça il allait certainement se poser de grosses questions. Il allait peut être encore croire qu’elle ne voulait pas de lui ! Ah dilemme ! C’était à perdre la tête là ! Alors Cassidy s’expliqua vaguement. Ca manquait de vie, ça manquait d’investissement. Elle cherchait trop ses mots, sans savoir lesquels prononcés pour ne pas que ce soit mal interprété. Elle avait bien compris qu’il était un peu en retard à ce niveau là. Non sérieusement, elle ne comprenait pas pourquoi les dragons avaient du mal à comprendre les humains ? Il avait été élevé par une humaine ! Et puis avec tous ses trucs à la cour et tout, il devait finir par s’habituer. Aux coutumes, traditions, à certaines paroles, certains gestes… Pour l’éducation dans son enfance, si il avait oublié, ça pouvait s’expliquer mais pour elle, c’était très difficile à ingurgiter qu’il pouvait tout prendre dans un sens ou dans l’autre. Faire attention à la moindre de ses paroles, éviter les métaphores, les comparaisons…

Elle imaginait déjà à quel point cela pouvait être épuisant. Après tout cela l’avait été… Il n’avait pas comprit son allusion à la nièce de l’aubergiste. Le cœur de la demoiselle avait fait des bonds douloureux dans sa poitrine alors que c’était juste une confusion. A quand la prochaine ? Est-ce que ça valait le coup d’accepter en sachant que ceci pouvait se reproduire encore et encore ? Que les interprétations pouvaient être mauvaises et que lui ne comprenait pas ? Pourtant, il comprenait très bien des choses cachées quand ça l’arrangeait. Elle se demandait même si on ne l’avait jamais provoqué et si il arrivait à comprendre qu’on se fichait de lui. Bah oui, les Drakkaris ne sont pas tous très appréciés, il faut faire ses preuves ou imposer quelque chose. Si un autre homme l’avait traité de Scrougnouf, aurait-il réagi ? Penserait-il qu’il n’est pas cette créature ou verrait-il l’allusion à la bestialité complètement débile de cet animal ? Elle ne pouvait pas savoir mais si il n’avait pas réagi à perche, peu de chance qu’il fasse le rapprochement. En fait c’était même bien triste car on pouvait, d’une certaine manière, se moquer dans son dos tout en sachant qu’il n’y comprendrait rien.

Bon, du coup, ça n’arrangeait pas les affaires de Cassidy, qui se demandait si cela en valait la peine. Trop de questions encore une fois. Et dire qu’elle imaginait, adolescente, qu’il viendrait la chercher ou bien revenir… qu’il ne l’avait pas oublié. Et dire qu’elle était bien plus frêle et naïve, avec le besoin d’un garçon pour la protéger… elle ne serait jamais devenue comme ça avant. Imaginait-elle vivre une histoire d’amour avec Tristan ? En fait c’était très dur de répondre à cette question. Avant elle aurait dit oui, avec timidité. Là… aussi très certainement mais il lui fallait du temps, ce n’était pas une décision qui se prenait à la légère. Encore un gros manque de spontanéité. Si la situation était inversé, il aurait très certainement été le plus heureux des hommes. En vrai, elle ignorait qu’elle l’intimidait à ce point, qu’il avait du mal à lui parler, qu’il avait du mal à dire tous ces trucs, tout nouveau pour lui.

La jeune femme s’était éloignée après ces quelques mots. Il avait répondu et au ton de sa voix, elle comprit qu’elle avait encore gaffé. Aïe ! Mais comment fallait-il faire pour qu’il comprenne ? Que les images ne partent pas en un claquement de doigt ?! Qu’elle était encore plus perdue qu’avant, ne pouvant pas s’appuyer sur sa défense, son air provoquant, sa malice et tout ce qui faisait d’elle une femme forte ?! Pourtant cela pourrait être si simple mais là, maintenant, elle était bien incapable de se conduire de cette façon.

Elle avait décidé de se rhabiller. Etre si peu couverte n’était pas vraiment une bonne idée, cela n’aidait pas à avoir les idées claires à vrai dire. Ni pour l’un, ni pour l’autre. Enfin surtout pour lui car tout ce qui venait de se passer lui avait complètement coupé l’envie de s’amuser un peu avec lui. C’était même très étrange qu’il bloque aussi facilement ses pulsions à elle, elle aurait du réagir très bestialement sans réfléchir une seule seconde et lui ordonner de la prendre et lui faire l’amour pendant toute la journée qui restait. Et pourtant là elle était tout à fait consciente de tout. Pourtant, le rappel à l’ordre de son corps maudit ne se fit pas attendre.

La douleur avait toujours été présente mais jamais aussi forte. Il lui était impossible de se contrôler, enfin surtout pas les cris et la douleur de son corps. Elle se débattait mais ne le tapait pas au contraire. Pourquoi agiter les poings dans le vide et chercher à le taper ? Et puis si ça avait été le cas, elle l’aurait sûrement fait tomber par surprise très certainement. Après tout, elle avait bien envoyé un Kaär dans les airs, bien que ce n’était pas comparable avec un dragon mais quand même. Ses muscles étaient énormément tendus, elle n’arrivait presque pas à respirer. Les larmes lui montaient aux yeux. Elle sentait à peine Tristan qui lui parlait, qui essayait de la raisonner, qui la retenait en essayant de comprendre ce qui se passe. En fait, Cassidy chercha à se dérober de lui, pour pouvoir mieux se tordre dans tous les sens sur le sol mais il la tenait quand même assez fermement contre lui, se fichant bien de sa douleur et cherchant une solution.

Combien de temps s’était écoulé ? Les minutes lui paraissaient interminables et la douleur ne partait pas, ne voulait pas partir. Elle était prévenue mais rester l’air de rien n’était pas vraiment une option au final. Et puis, Tristan fit quelque chose d’assez saugrenu pour le coup, quelque chose qui n’était pas vraiment attendu. Il l’embrassa. Alors que Cassidy avait les yeux fermés, elle les rouvrit d’un air affolé. Non mais il n’était vraiment pas bien, ce n’était pas le moment de l’embrasser alors qu’elle avait du mal à contrôler la douleur. Tiens ça partait ? La jeune femme fronça les sourcils. La douleur disparaissait. C’était étrange tout ceci et ses forces lui revenaient peu à peu alors qu’elle le dévisageait. Bon son baiser était très agréable, ça c’était sûr et certain. Elle cligna un instant des yeux, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer, sans savoir qu’il était responsable de cet étrange miracle.

Ses muscles la faisaient atrocement souffrir, et Cassidy se mit à grimacer. Cependant, elle sentit un bien être très agréable en elle, malgré le fait que plus aucune force ne l’agitait. Elle était vidée et épuisée, pire qu’après une nuit intensive. Enfin même après une nuit intensive elle avait toujours la forme. C’était donc ça d’utiliser ce truc noir sans être dans les bonnes conditions ? Eh bien c’était clairement très désagréable, l’envie de retenter l’expérience ne lui prendrait pas, à moins d’une urgence… Cependant, la jeune femme cherchait encore à réaliser ce qui se passait. Tristan était penché sur elle. Il lui semblait qu’il avait l’air inquiet mais dans la pénombre, difficile à dire.

Cassidy attendit un peu, sans dire un mot. Après tout, pour quelqu’un qui voulait paraître fort, là c’était montrer à quel point elle était vulnérable face à lui. A quel point elle pouvait aller loin pour lui, montrant sa vulnérabilité alors qu’elle détestait qu’on la voit sous son plus mauvais jour. Les faiblesses… peuvent détruire. Elles donnent des armes aux autres qui peuvent en profiter amplement et taper là où ça faisait mal. Et Cassidy, en tant que femme qui s’était trop laissée marcher sur les pieds, ne voulait pas montrer une nouvelle fois à quel point elle était fragile au fond d’elle. Cependant, Tristan l’avait vu dans cet état. Elle ne disait rien et décida de s’écarter avant de lui expliquer brièvement de quoi il était question, allant même jusqu’à lui dire qu’elle en souffrait au quotidien. Enfin, c’était depuis ce fichu accident… elle avait appris à vivre avec. Mais avoir une douleur tout le temps, c’était épuisant. Parfois c’était un peu plus fort, d’autres fois elle ne sentait presque pas. A vrai dire, elle évitait d’y penser, ce n’était jamais bon.

Pourtant, même si elle essaya d’imaginer la réaction de Tristan, elle ne pouvait pas vraiment savoir ce qui se passait dans la tête. Pourtant il ne lui fit aucune remontrance, ni de remarque au sujet du risque qu’elle courait pour lui. Cassidy lui en était reconnaissante. Après tout elle n’avait pas envie de se battre pour expliquer ce qui l’avait poussé à agir ainsi. Mais elle se rappela alors que chaque mot, chaque phrase pouvait être mal interprété, alors elle aurait très certainement été soumise et dire qu’il avait raison, qu’elle n’aurait pas du. Elle n’aurait pas défendu avec ardeur sa position, ça c’était clair et net.

Elle s’était un peu isolée même si la demoiselle sentait une main posée dans son dos pour l’aider à se soutenir. Il ne lui avait pas proposé de la porter, ça c’était bien. Elle avait juste besoin de s’asseoir un peu et reprendre ses esprits. Ce baiser était vraiment étrange… que Tristan guérisse vite c’était une chose et elle devait agir comme un amplificateur mais que lui soit capable de faire partir la douleur était autre chose. Là ça confirmait bien un truc, il y avait un truc étrange en eux, une sorte de connexion. Pas très rassurant. Et puis ce n’était pas une dragonne ! Elle ne comprenait pas pourquoi elle, humaine ou peu importe, avait une sorte de lien avec lui. C’était vraiment incroyable. La jeune femme était assise sur sa pierre et passa doucement une main sur son front pour chasser la sueur qui était apparue sur son front. En réalité, elle avait bien trop chaud, à force de se tortiller dans tous les sens et avec la chaleur du lieu, elle avait besoin que d’une chose, prendre de l’air frais.

Pourtant Tristan agit encore mal, un peu par erreur, sans savoir exactement si elle avait chaud ou froid. Il se permit juste de lui balancer de l’eau sur les épaules et la jeune femme sursauta avant de se tourner vers lui puis détourna rapidement la tête pour ne pas qu’il détecte l’expression de son visage. Non mais avec tout ça elle ne savait plus comment se comporter ! Rester silencieuse et dire merci alors que ce n’était pas la meilleure des choses à faire ?! Lui dire gentiment qu’il avait mal agi et qu’elle avait beaucoup beaucoup trop chaud là et qu’elle avait juste besoin de frais ? Mais peut être qu’il était dans sa tête et savait si elle avait besoin de chaud ou de froid ? Peut être qu’il voulait juste être attentionné mais juste au moins lui demander ce dont elle avait besoin aurait été mieux que de prendre une initiative.

Cependant, elle ne dit rien… se demandant si son silence serait mal interprété, si ses paroles seraient mal interprétées… c’était à y perdre la tête ! Là elle avait juste envie de se plonger la tête dans la neige pour se remettre les idées en face. Alors elle décida de sortir un mot.

« Merci »

Prononcé sans aucune conviction, plus par politesse. Avant de se rappeler qu’il savait voir aussi quand quelque chose la gênait. Cassidy se mit à soupirer puis se mit en tailleur avant de poser les coudes sur ses cuisses et la tête appuyée dans la paume de sa main. Ah nan vraiment, bien compliqué d’être en couple ! Elle inspira, écoutant le bruit de l’eau et le clapotis que faisait Tristan. En fait elle ne le regardait pas, trop occupée d’éviter d’être trop interprétable pour lui. Même si elle savait pertinemment que son silence serait interprété comme quelque chose où elle n’était pas vraiment normale.

Alors elle décida de changer de sujet, peut être un truc pour le rassurer cela pouvait être pas mal du tout. Parler du baiser oui… Cassidy décida de lui en parler, d’une voix quand même assez hésitante. Cela semblait le faire réagir car même si elle ne le regardait pas directement, la jeune femme vit bien qu’il avait relevé la tête dans sa direction en sortant une phrase pleine de provocation. En temps normal, Cassidy aurait certainement profité de cette occasion pour lui demander de tester justement, qu’elle avait encore un peu mal. Elle serait rentrée encore plus dans la provocation. Alors que là elle avait le regard tourné vers l’eau et fit une grimace, en sortant une réplique des plus… floues.

« Ah… oui. Enfin je veux dire… non ! »

Ca ne voulait rien dire du tout. En fait, elle n’était même pas sûre d’avoir tout compris. Il la força un peu à tourner son regard vers elle, la présence de sa main lui donnant envie de regarder un peu dans sa direction alors. Faire fuir avec quoi ? Heu là non plus ça ne lui disait pas grand-chose. Au moins, ça sonnait come une sorte de remerciement et il se fit beaucoup plus taquin, alors que Cassidy avait juste envie d’être tranquille. Elle voulait lui demander gentiment si la tempête s’était calmée, pour pouvoir sortir mais elle craignait qu’il pense qu’elle cherchait encore à l’éviter, après même ce qui s’était passé. Il cherchait même à l’embrasser alors que ça ne lui traversait pas l’esprit. Soyons sérieux ! Elle allait refaire un malaise à cause de la chaleur là et baiser ou pas, ça ne changerait rien à la situation… et il voulait juste l’embrasser. Se crisper lui prouverait qu’elle le repousse encore, lui dire non pas tout de suite prouverait qu’elle n’avait déjà plus envie… ah mais quelle prise de tête ! Elle voulut lui dire pendant un instant qu’elle ne savait plus comment lui parler à cause de tout ce qui pouvait être mal interprété. Qu’elle lui dise que non si elle ne voulait pas l’embrasser tout de suite, ce n’était pas parce qu’elle ne voulait pas.

La pauvre enfant, la dernière des choses, c’était bien de s’embrasser. Après tout ce qu’elle avait vécu, des émotions violentes physiques et psychiques, elle cherchait juste à retrouver ses esprits. Et un baiser n’était très certainement approprié dans cette situation même si il cherchait à se montrer gentil, taquin et faire retomber le gros coup de stresse qu’elle avait eu. Il l’avait forcé à l’embrasser, elle n’avait pas su dire non, même si son baiser avait une drôle de saveur puisqu’elle était un peu à l’ouest là et même si ça l’aidait à aller un peu mieux. Par contre, si elle avait mis une main derrière sa nuque par… réflexe ? elle la retira doucement, ne se sentant pas trop à l’aise finalement. Mais ce n’était que partie remise ! Il y a encore toute la journée et la soirée pour rattraper les choses et se conduire un peu plus… enfin avec un peu moins de distance. On laisse le temps à cette demoiselle de récupérer de sa journée qui a commencé par un choc de ne pas voir Tristan dans la chambre, l’aveu de ses sentiments à son esprit, la dispute avec Tristan enfin le dialogue à sens unique, la révélation sur le récit de la grande perche, la colère, la haine, la magie qui sort, l’éboulement, la tempête, le Tristan qui pète un câble, les souvenirs, la magie, la trouille de voir un monstre, la douleur et ouf ! Assez d’émotions pour aujourd’hui diantre ! En plus, la jeune femme n’avait rien mangé et elle évaluait très très mal le temps qui passait. Elle était partie le matin… il devait être dans les alentours de midi ? voire une ou deux heures de l’après midi. A moins qu’ils soient restés vraiment très longtemps dans cette caverne.

Et alors qu’ils étaient en train de s’embrasser, un gargouillement furieux sortit du ventre de Cassidy, cassant ainsi le charme du moment. Ah ben oui, on ne peut pas rester aussi longtemps sans manger après tout… et puis avec toute l’énergie qui était pompée, Cassidy avait bien besoin de manger un coup, au moins pour récupérer de l’énergie. Les baisers agissaient sur ses blessures mais pas du tout sur son appétit, loin de là. Elle fit une grimace d’excuse en se tenant l’estomac mais ne dit rien de plus. En temps habituel, elle aurait certainement sorti quelque chose pour dédramatiser la situation, se traitant d’estomac sur pattes, un truc qui les aurait peut être fait sourire. Mais non, faut croire qu’en ce moment, elle était… littéralement bloquée, plongée dans ses démons, ses réflexions et n’arrivait absolument pas à paraître naturelle. Le pire dans tout ça, c’est qu’elle avait l’impression que toute son assurance, sa confiance en elle, son côté grande gueule, n’était qu’une jeu, une mise en scène, une personnalité qu’elle se donnait pour éviter de paraître faible. Et Cassidy là, était très vulnérable et elle cogitait un peu trop.

Finalement, ce fut lui qui vint s’asseoir à côté d’elle après un bon moment. Cassidy ne bougeait toujours pas. Elle était immobile comme une statue, fixant les reflets de l’eau renvoyés par les plantes fluorescentes. Trop de questions dans sa tête, trop de retenue, trop de… le silence était bien pesant et en plus la chaleur n’arrangeait vraiment pas son état. Elle leva un instant la tête vers le haut, comme si elle cherchait à percer son regard à travers la roche. Depuis combien de temps étaient-ils ici ?

« Tu… crois… que… la tempête est… passée ? »

Décidément elle parlait toujours de cette voix hachée, sans aucune raison. La question était aussi simple qu’évoquer la pluie et le beau temps. Alors pas la peine vraiment de prendre autant de retenue. Sauf que Cassidy était encore en état de choc et que rien, pas même Tristan, n’aurait pu la faire changer d’état à ce moment là. Trop habituée à être seule et enfermée dans son esprit, trop habituée à ne pas se laisser porter ou se reposer sur les autres.

Apparemment il avait l’air plutôt favorable et optimiste et proposa donc de sortir. Elle se contenta de hocher doucement la tête avant de se déplacer et se rhabiller. Aïe, sa jambe lui faisait à nouveau mal, ce n’était pas très très agréable. Elle grimaça un moment. Forcément, elle s’était appuyée dessus comme si de rien n’était, sous sa forme amplifiée, la douleur était minimisée au maximum, ou elle ne savait vraiment pas comment ça se passait, c’était comme si quelque part dans son cerveau, la donnée sur la douleur n’était pas présente.

Pourtant cela restait supportable. Tristan avait pointé du doigt un tunnel qui s’enfonçait puis avait proposé de la porter. Là-dessus, Cassidy n’aurait pas été contre se faire porter. Déjà, pour lui montrer qu’elle n’était pas si distante que ça, et là rien à voir avec la fierté. Elle s’était fait mal, s’appuyant plus que de raison sur sa jambe blessée quand elle l’avait sorti et tiré de l’eau. Alors, elle sortit quelque chose de totalement contraire à sa pensée.

« Heu… merci mais… ça ira… »

*Mais qu’est-ce que t’es conne ! T’avais une occasion de lui montrer que tu ne voulais pas garder trop de distance et là tu restes bornée sur ta fierté…*

Elle se fourvoya mentalement mais trop tard, les mots étaient sortis bien trop rapidement et témoignant aussi de sa trop grande volonté de ne pas se faire assister par qui que ce soit en cas de problème. En fait, c’était encore une mésentente de plus. Il devait penser qu’elle ne voulait pas le laisser approcher ou un truc comme ça. Comment lui dire qu’elle n’avait pas fait exprès ? Et maintenant oui, sa fierté la forçait à camper sur sa position et encore jouer un jeu ou la comédie avec lui…

Il lui demanda quand même de s’appuyer contre lui et elle ne broncha pas, faisant comme elle l’aurait fait avant, cherchant surtout à minimiser le truc, pour cette pseudo fierté. A plusieurs moments la jeune femme aurait bien voulu lui demander de la porter un peu, pour peut être… effacer cette distance, lui montrait qu’elle l’acceptait, qu’il la touche du moins ou qu’il s’occupe un peu d’elle, ce qui aurait été un grand pas en avant. Mais non, rien de tout cela…

A cause de l’obscurité, Cassidy ne voyait pas grand-chose. En plus ça remontait et le sol n’était pas lisse. Des petites crevasses, des endroits un peu plus surélevés… Elle ne voyait pas grand-chose et parfois son pied gauche butait ou elle manquait de perdre l’équilibre quand son pied rencontrait un changement brutal au niveau du sol, ce qui la forçait à s’appuyer encore plus contre Tristan. La progression était difficile… pas une seule fois elle n’ouvrit la bouche pour lui demander de l’assistance et pourtant, cela aurait été bien plus pratique.

*Hum Tris’ ? Tu sais… je reviens sur ma parole, est-ce que tu peux me porter ? Non mais ça va pas comme ça ! Au fait… je me rends compte qu’on irait plus vite si j’étais dans tes bras… heu non ! Je suis fatiguée et je… crotte ! surtout pas ! rhaaaa sérieusement… pourquoi c’est aussi compliqué de parler ?*

Ils finirent par déboucher sur un jet de lumière et Cassidy était soulagée. Heureusement la sortie n’était plus très loin ! La demoiselle n’avait qu’une seule envie pour le moment, c’était d’abord manger… hum… une tonne de biscuits au chocolat, un bon repas copieux et ensuite faire une sieste pour récupérer. Chouette programme. Se ravitailler et se reposer et ensuite… réfléchir à la suite des évènements. Car bon, là pour le moment c’était elle qui était constipée avec un balai dans le derrière. Elle sortit de sa réflexion en se glissant comme une anguille dans la crevasse juste assez grande pour la laisser passer dehors. Tristan la suivit en agrandissant le trou pour lui laisser plus d’espace.

Cassidy observa autour d’elle puis regarda le ciel. Il était assez gris mais pas particulièrement menaçant. Et dire qu’il faisait si beau le matin ! La fraîcheur lui fit le plus grand bien et malgré le fait qu’elle n’ait pas sa cape, cela ne la gênait pas. Attention de ne pas attraper froid cependant ! Il ne fallait pas rester trop longtemps dehors ! Elle observa minutieusement les lieux, repéra un rocher qu’elle connaissait bien. Ah d’accord, jamais elle n’aurait pensé qu’ils auraient atterri par ici. Elle savait donc dans quelle direction s’orienter et la gorge un peu sèche, la demoiselle indiqua un cap.

« Par là ! »

Le sol était verglacé et elle ne savait pas si c’était une bonne chose. Elle regarda un instant le tronc d’un gros arbre, pas vraiment par intérêt, juste pour fixer un point. Puis, Tristan la lâcha pour se diriger vers le tronc en question, ramassa un truc au sol qu’elle n’avait pas vu du tout, ou du moins pas fait attention et revint avec. Elle le regarda avec curiosité. Qu’est-ce qu’il fichait avec une branche dans la main ? Il voulait la taper avec ou pas ? Remarque totalement ironique mais elle ne voyait pas trop ce qu’il souhaitait faire avec ce machin. Pourtant il lui tendit.

« Ah ! Heu… ben… hum… »

Elle marqua une pause. Prise au dépourvue, Cassidy ne sut pas comment réagir. Lui dire qu’elle n’en avait pas besoin et qu’il pouvait laisser le bâton là l’aurait certainement rendu triste ou bien peut être gêné ou encore qu’il faisait une gaffe en interprétant mal ses pensées. Alors elle décida de s’en emparer en marmonnant juste un mot.

« Merci… »

Juste ça car elle ne savait pas quoi rajouter de plus et craignait encore lui faire croire des choses qu’elle ne voulait. Même si c’était vrai que là encore il s’était un peu planté pour le coup. Le sol était lisse, bien mieux que la caverne, le bout de bois ne lui servait pas à grand-chose en fait.

Pendant le trajet, la jeune femme ne souffla pas un mot, même si plusieurs choses lui taraudait l’esprit. Ce n’était pas quelque chose de simple à demander et elle voulait en être certaine. Cependant, elle ne trouvait pas les bons mots, la bonne façon de dire les choses et encore une fois, elle laissa couler.

Ils arrivèrent près de la ville et soudain, un homme sortit des fourrés en criant son prénom. Cassidy s’arrêta dans sa marche, un sourcil haussé. Jilian ! Que fichait-il ici ? Non pas qu’elle n’était pas heureuse de le voir mais elle se demandait ce qui lui prenait d’être aussi… paniqué. Par contre, quand il repéra Tristan, il ne s’étonna pas de ne pas voir la demoiselle dans ses bras. En effet, étant très indépendante, le contraire l’aurait étonné. Elle n’acceptait pas si facilement que ça de se faire porter ou même que l’on s’occupe d’elle. Il était plutôt soulagé de voir qu’elle semblait aller bien, quoique un peu palotte, mais était un peu agacé de voir Tristan à côté d’elle. Il les rejoignit rapidement et n’eut pas un seul regard pour Tristan.

-T’étais passé où ? Je me suis fait un sang d’encre ! Pourquoi t’es partie en forêt comme ça ?! Je t’avais bien prévenu d’observer les signes de l’environnement avant de t’enfoncer plus loin… Tu n’es pas blessée ? Attends…

Il avait pris sa cape qu’il avait posée sur les épaules de la jeune femme. Eh bien oui, lui au moins il avait une cape ! Cassidy ne moufta pas en le laissant faire. Après tout, elle commençait à avoir un peu froid et le remercia gentiment alors qu’il jetait un regard en biais à Tristan. Dans un sens, voir le garde du corps fit du bien à la jeune femme, contrairement à ce que Tristan avait l’air de croire. Voilà l’occasion parfaite pour échapper à ce malaise grandissant et puis ça ne faisait pas de mal de voir quelqu’un de connu et qui lui aussi avait toujours tout fait pour qu’elle se sente bien. Après tout, c’était son ami… un ami homme à qui on ne peut pas tout dire, mais elle était quand même restée bien plus longtemps avec lui ces dernières années qu’avec Tristan. Et même si Cassidy avait toujours été très neutre et distante, Jilian n’avait jamais cherché à l’énerver. Il la laissait un peu tout faire, ce dont elle avait besoin, tout en étant là pour lui faire la compagnie, le gîte et le couvert, le protecteur qui empêcherait les autres de jeter son dévolu sur elle.

- Hum au fait… est-ce que c’est possible que… qu’on discute un peu… enfin tous les deux… juste nous deux. Je dois te dire quelque chose

C’est vrai, il avait jeté un regard assez agacé à Tristan, qui semblait couver un peu trop du regard sa petite protégée. Sauf que ce dernier n’avait pas l’air de vouloir se laisser démonter ou obéir tranquillement. Cassidy eut à peine le temps d’ouvrir la bouche, que Tristan la coupa dans son élan. Oooooh quelle n’aimait pas ça ! C’était quand même à elle de décider non ? Là le Drakkari n’était pas forcément à sa place. Cassidy tiqua et un nerf s’agita sur son front alors qu’elle roula les yeux vers le ciel, visiblement agacé.

Tristan continua en parlant de l’indépendance de la jeune femme.

*Sauf que là tu m’as un peu coupé le sifflet… *

Elle faillit riposter d’ailleurs avec beaucoup de virulence, sauf qu’elle se rappela que tout était sujet à une mauvaise interprétation alors… Cependant, elle comptait quand même lui dire sa façon de penser, parce que là il allait un peu loin. A sa réplique et sentant la tension entre les deux hommes, Cassidy soupira d’un air agacé et las, comme pour montrer qu’elle était là et que Tristan devait apprendre à ne pas parler en son nom, ce qu’elle avait en horreur. Cela lui donnait l’impression d’être sa propriété et là ce n’était pas le moment de la chauffer avec ça…

« C’est bon… »
En fait, Cassidy ne le prenait pas dans le bon sens et même si Tristan le reconnaissait, le fait qu’il lui ait coupé la parole, comme ça, sans lui laisser le temps de dire un mot, n’était pas des plus corrects ou civilisés. Elle aurait pu trouver cela amusant si elle n’était pas aussi éreintée et éprouvée et surtout qu’elle avait faim ! Rien de pire qu’une petite blonde l’estomac vide qui criait famine.

Cependant, elle n’en rajouta pas plus et laissa Tristan lui faire un discours, déclarant qu’elle avait besoin de temps. Elle fut soulagée et cela apaisa un peu l’agacement qu’elle avait ressenti quand il décida de lui couper la parole. Attentionné, attentif. Bon par contre, elle avait froid oui donc la cape de Jilian était une bonne chose. Elle la resserra même involontairement sur ses épaules, pour se couvrir un peu plus, quand Tristan avait évoqué le froid. Il parlait de manger mais avec l’énorme gargouillis qu’elle lui avait sorti tout à l’heure, il était évident qu’elle allait forcément passer manger et pas une petite portion ! Ensuite, il déclara qu’il s’en voulait de la voir comme ça.

La demoiselle pencha doucement la tête sur le côté, attentive. Il disait qu’il la préférait avant plutôt que cet état de larve asthmatique. Pourtant, elle voulu lui dire que c’était un jeu avant, qu’elle cherchait à se rassurer en montrant une pseudo confiance et que là elle était juste un peu perdue. Il chercha à lui rappeler alors d’une manière touchante et timide qu’il était bien amoureux, surtout de cette Cassidy, cette personnalité qu’elle s’était donnée pour se protéger. Aïe… et si elle n’arrivait plus à être comme avant ? Il l’abandonnerait alors ? Décidément, c’était bien trop pour Cassidy qui avait bien de la peine à suivre. Le sourire la réconforta un peu et il se contenta de déposer un baiser sur son front, gentiment, rien que ça, en déclarant qu’elle pouvait être tranquille jusqu’à l’après midi.

Cependant, la jeune femme n’avait pas le temps de lui parler qu’il était déjà parti. Elle soupira. Il allait bien trop vite, ne lui laissant pas le temps de réagir. Elle aurait juste bien voulu lui dire qu’elle n’aimait pas trop qu’on la coupe alors que la question ne s’adressait pas à lui. Elle n’eut le temps de rien faire, vague écho de cette fois dans la baignoire où il l’avait abandonné pour la laisser suffisamment réfléchir. Songeuse, la jeune femme avait une expression assez découragée sur le visage, expression qui ne passa pas inaperçu pour Jilian qui attendait sagement plus loin. La demoiselle posa le bout de bois contre un tronc d’arbre à côté d’elle puis se retourna vers le Friholdien, inspirant doucement avant de se placer à sa hauteur.

Aucune trace d’animosité ni de rancœur dans son regard. Il avait peut être tapé Tristan mais c’était certainement un malentendu. En plus, elle restait quand même assez conciliante avec Jilian, par habitude. Il lui avait permis tellement de choses sur une si longue période… il avait accepté de jouer un couple, sachant très bien qu’il ne pourrait pas s’engager avec quelqu’un d’autre. Elle était même persuadée qu’il avait laissé passer des filles pour la garder elle, malgré le fait qu’elle lui ait dit plusieurs fois que si il souhaitait arrêter, cela ne la dérangeait pas. Il n’avait jamais montré de jalousie mais depuis que Tristan était là, il était beaucoup plus tendu. Peut être parce qu’après un si long moment passé ensemble, elle en avait pris l’habitude.

La jeune femme n’était pas contrariée du tout.

« Bien… que voulais-tu me dire ? »

Jilian se gratta doucement la tête alors qu’ils avançaient dans les ruelles. Il semblait déjà un peu plus détendu que lorsque Tristan était à proximité.

- M’excuser… pour m’être emportée envers… Tristan. Je n’aurais pas dû… je ne sais pas pourquoi j’ai réagi de cette façon mais tu sais ce que l’on dit sur les Drakkaris

« Et je sais aussi ce que l’on dit sur les Friholdiens et le sens de l’honneur… Ca ne t’es jamais arrivé alors… pourquoi lui ? J’ai l’impression que tu ne l’apprécies pas mais tu ne le connais pas vraiment. On ne peut pas juger sans connaître, tu le sais… Si tu étais venu me demander, je t’aurais dit qu’il y avait une erreur… tu as toujours été patient… »

- Désolé mais il fait un peu beau fanfaron ce gars là… et… je dois le reconnaître, y a pas qu’une fille intéressée par lui je suppose

« C’est qu’une image… il n’est pas comme tu penses »

- Comment peux-tu en être aussi sûre ?

« Il me l’a prouvé, ça me suffit »

- Tant qu’il te le prouve au quotidien…

Il ne semblait pas fermé à la discussion, quoique un peu crispé quand on évoquait le sujet Tristan. Cassidy était embêtée de le voir comme ça. D’accord c’est un homme mais il a toujours été compréhensif et peu de choses l’ébranlait.

« Dis au fait Jilian »

- Oui ?

« Je… je voulais te prévenir. Enfin tu sais… Tristan m’a demandé de… sortir avec lui. Enfin d’être un couple… enfin officiel… pas un jeu »

Quel électrochoc pour le garçon ! Si Tristan était là, il serait fou de joie qu’elle se confie de la sorte à Jilian, à condition que cela soit positif. Il s’était arrêté, les yeux tournés vers le ciel, la jalousie lui étreignant le cœur. Le Drakkari lui avait vraiment volé sa petite blonde et elle ne semblait pas dire non ! Quelle déception cela était pour lui. Il pensait qu’à force, elle en aurait marre et tout redeviendrait comme avant mais… non.

- Est-ce qu’il te traites bien au moins ?

Il était hors de question qu’il montre catégoriquement son désaccord. De peur de fâcher Cassidy et la faire fuir ou même, perdre toute relation ou contact avec elle. Si Tristan la décevait, il devait rester non loin d’elle pour pouvoir la réceptionner. C’est du moins ce qu’il pensait.

« Ah euh oui… comme toi quoi »

Bon, ça ce n’était pas trop gentil pour Tristan mais en même temps, il faisait beaucoup de choses que Jilian avait tenté par le passé. La différence ici, c’est que Cassidy y était bien plus réceptive.

- Je vois…

« Mais… j’ai un peu peur parce que… je ne suis pas sûre de moi »

- Tu l’aimes ?

« Euh… Ah… c’est que… hum… »

Cette fois c’était Cassidy qui s’était arrêtée et semblait extrêmement embarrassée. Elle était même rouge pivoine et ne faisait que bredouiller et bafouiller, d’une extrême timidité, bien loin de ce que l’on connaissait d’elle.

Elle inspira profondément et ferma les yeux avant de les rouvrir, toujours aussi embarrassée et parlant d’une toute petite voix.

« Oui… enfin je crois… enfin… j’ai quand même des sentiments pour lui… »

- Eh bien dans ce cas… je ne pense pas que tu fais fausse route. Mais si il te traite mal ou te rends triste, je l’étrange, malgré toute l’estime que tu lui portes…

Quel joli discours. En même temps, Jilian n’allait pas faire le monstre et péter un câble à côté d’elle, cela ne pourrait que lui porter préjudice dans le cas d’un retournement de situation. Seulement il était un peu piégé là car à moins qu’un truc arrive, il ne pouvait pas convaincre Cassidy du contraire, sans se griller et sans qu’elle ne lui voue une rancœur éternelle.

« Ah euh… merci… en fait, je voulais que tu sois le premier à le savoir… je savais… que tu m’écouterais »

Jilian acquiesça d’un signe de tête avant de murmure d’une voix douce.

- Je suis là pour ça…

« Mais bon, crois pas que je vais pas ne plus passer te voir ou prendre un verre avec toi parce que je suis avec Tristan. Sauf si tu décides de lui retaper dessus sans aucune raison »

Léger sourire amusé de sa part, que Jilian prenait plus ou moins bien, car le taper, il en avait une bonne de raison alors il avait un peu de difficulté à tout accepter. Elle prit finalement congé de lui et retourna à l’auberge. Première chose, manger ! Cela lui semblait vital ! Elle commanda alors une bonne grosse assiette chaude complète avec féculents, viande et légumes. Elle y ajouta une part de gâteau au chocolat fondant, grosse cela allait de soi. La jeune femme se posa à une table à part à l’auberge, bien éloignée des autres. Elle n’avait pas trop envie de se mélanger et puis, il était vrai que la demoiselle avait besoin de calme.

Manger lui fit le plus grand bien et elle se rappela à quel point la nourriture était importante, surtout dans ce climat gelé et hostile. Cela lui permettait de retrouver un peu ses esprits. Car le manque de nourriture la rendait aussi grincheuse, ce qui n’était pas une bonne chose, ça Cassidy le savait très bien. Elle passa tout son temps à savourer son gâteau, sans se préoccuper de l’animation autour d’elle. C’est le ventre plein et l’esprit léger, du moins pour le moment, qu’elle monta en direction de sa chambre. La jeune femme semblait de meilleure humeur et surtout, contente d’être seule. Elle avait un grand lit à disposition et même si ce n’était pas une marmotte de base, là elle était crevée et épuisée. Peut être qu’un bon bain lui ferait du bien aussi ? Avec tout ce qu’elle avait transpiré, la demoiselle était bien collante.

En fait, sans savoir pourquoi, c’était bien la première fois qu’elle cherchait à prendre son temps, savourer le fait qu’elle ne soit pas toujours collée à Tristan. Ses idées étaient bien plus claires que dans le souterrain, là où elle se sentait si mal à l’aise. Alors comme elle était seule, la demoiselle en profita pour se faire plaisir cette fois car une fois que Tristan reviendrait, elle ignorait comment elle se comporterait à nouveau avec lui. Etre bien seule était un premier pas mais être bien avec lui demanderait plus de temps, surtout qu’elle culpabilisait toujours énormément, même si il lui avait dit de ne pas le faire.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 21 Avr - 18:03

Elle avait posé la cape de Jilian sur la chaise à côté du bureau puis s’était engouffrée dans la salle de bains en se faisant couler un bon bain. Prendre le temps de se détendre, de se prélasser dans une eau douce avec quelques huiles et sels qui étaient parfaits. Il y avait des parfums qu’elle aimait bien, quoi qu’elle en dise. La vanille était un de ses parfums préféré. Ca lui donnait une sensation de douceur. Mais elle aimait bien aussi les huiles aux notes florales, qui requinquaient et donnaient un coup de fouet.

En se posant dans la baignoire d’eau chaude, Cassidy grimaça. Ah les courbatures ce n’était pas très agréable quand même ! Elle se prélassa un long moment dedans et semblait un peu plus… enfin elle avait réussi à se détendre, évitant de penser tout de suite à des sujets trop importants. Car l’avenir avec Tristan, du moins immédiat, c’est justement quelque chose d’important. Et si elle l’avait dit à Jilian, ce qui était simple, ce n’était pas trop le cas de lui en parler en face. Mais pour le moment elle appréciait la chaleur, les bulles qui sortaient de la mousse et le parfum qui se dégageait de l’eau.

Une fois qu’elle se sentit bien, Cassidy se redressa et se rhabilla. Elle avait choisi une robe de nuit plutôt confortable. En fait, c’était un truc plutôt long mais fortement douillé, dans une matière toute douce et soyeuse. Qui aurait crû que la demoiselle avait autant besoin de se détendre ? Elle s’avachit de tout son long sur le lit et poussa un cri de bien être avant de se lover dans les draps. S’endormant presque directement, la jeune femme pu avoir un sommeil bien réparateur.

Le temps passa, elle finit par se réveiller avec la sensation d’être bien. Il ne lui fallut pas longtemps pour émerger et remettre de l’ordre dans ses idées. De se rappeler qu’elle avait fait une bonne sieste. Cassidy bailla longuement en s’étirant comme un chat. Elle se leva, se prépara une tenue un peu plus chaude, masculine puisqu’elle avait encore du mal à sortir avec des robes. Un coup de brosse, sa cape bien chaude et épaisse et elle sortit. Un peu difficilement à cause de sa jambe mais ça allait déjà beaucoup mieux.

Elle avait décidé de faire un petit tour supplémentaire, vadrouillant dans la nature, pour prendre un peu le temps de réfléchir. Maintenant qu’elle avait pu récupérer un petit peu, la demoiselle était bien plus réceptive pour la suite des évènements. Elle avait regardé l’heure avant de sortir et se rendit compte que l’après midi avait filé très vite pendant sa sieste, c’est qu’elle avait du sommeil en retard ! D’ailleurs, elle se demandait ce qu’avait fait Tristan de son après midi. Elle tenta d’imaginer un peu… peut être avait-il préparé une surprise pour elle ? Des trucs pour lui faire plaisir ? Ou simplement qu’il était parti voler pour se ressourcer lui aussi. Difficile à dire… ou peut être qu’il avait méditer. En fait elle ne savait pas vraiment car elle ne l’avait pas vu et il n’avait pas l’air d’être passé dans la chambre puisqu’il n’y avait rien de… nouveau.

La jeune femme était en profonde réflexion alors qu’elle marchait tranquillement sous le couvert des arbres. C’est qu’il lui avait quand même demandé de devenir sa compagne ou son amoureuse, enfin de rendre cela officiel et ce n’était pas rien ! Il est vrai que dans la caverne elle avait les idées peu claires, la faute à la fatigue, la faim, l’épuisement, la douleur mais maintenant qu’elle allait mieux, elle pouvait avoir le loisir de réfléchir à ce… cette proposition ? Si elle était jeune adolescente, peut être aurait-elle accepté plus rapidement. La naïveté de la jeunesse. Sauf que Cassidy était bien plus posée. Il est vrai qu’elle avait complètement paniqué et qu’elle avait fait ressortir à ce moment là tous ses regrets, ses désirs cachés et si longtemps refoulés. Cela n’aurait pas dû se passer comme ça. Pourtant c’était bien le cas. Tristan attendait probablement une réponse.

Cependant, elle se demandait si ils seraient capable de vivre ensemble, en évitant les malentendus, les problèmes d’interprétation. C’est que la jeune femme n’avait pas trop envie de faire le yoyo. Elle aimait beaucoup le Tristan de maintenant, celui qui était câlin, adorable, attentionné. Celui qui n’avait jamais cherché à la brusquer. Il était comme Jilian mais il avait un petit truc de différent de Jilian. Peut être par rapport à cet état de connexion qu’elle était presque sûre d’avoir ressenti dans la caverne. Qui aurait pu l’éclairer à ce sujet ? Ca existait déjà des cas comme ça ? Cassidy était un peu perplexe.

Sauf qu’il y avait quelque chose qu’elle craignait particulièrement.

*Alors tu vas lui en parler ?*

Elle sursauta, ne s’attendant pas à ce que son esprit se manifeste. Il était devenu un peu plus bavard étrangement depuis quelques temps. Et il avait l’air aussi de savoir lire dans ses pensées, devinant ses intentions à l’avance avant même qu’elle ne les formule.

*De quoi ?*

* Ne fais pas l’innocente voyons ! Tu avais l’intention de lui en parler tout à l’heure…*

*Je ne sais pas si ça vaut le coup de…*

*C’est important au contraire ! Je te le redis, les dragons n’ont pas de sentiments. Ou quand ils en ont, ça fait mal… très mal. Surtout les négatifs. De mon temps je n’ai jamais vu ça. Et l’amour… je crois que les dragons ne sont pas du tout attaché à ça, cela n’a pas le même sens que pour vous les humains*

*Donc… je devrais lui demander ?*

*Je suis assez curieux de connaître sa réponse. Et c’est aussi pour comprendre comment il fonctionne. Si tu ne sais pas tu vas encore angoisser, si tu angoisses tu fais des bêtises… tu connais bien ça pourtant*

Cassidy leva les yeux au ciel. Oh oui elle ne savait que trop bien ce qui risquait d’arriver, ça c’était clair, net et évident. Alanir avait tout à fait raison, même si elle craignait la réponse. Ce n’était pas quelque chose qui devait se dire à la légère.

*Tu… tu penses que ça peut le faire ? Etre en… couple avec un dragon*

*Oh bien sûr, ses congénères ne vont pas du tout apprécier ça c’est certain. Il risque de se faire torturer pendant des jours si ils apprennent et…*

*QUOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ?!?!?!*

Cassidy manqua de s’étrangler en entendant le mot torture et loupa une case, manquant de se prendre la branche d’un arbre un peu trop bas. Non mais là il venait de dire un truc qu’il ne fallait pas. A croire qu’elle y tenait quand même à son Drakkari.

*Eyh ! Me crie pas dessus ! Tu m’as surpris là*

*Non mais tu t’es entendu ?! De la torture ! Comment ? Pourquoi ? Et je dois accepter en sachant ça ? Non mais je ne peux pas là ! Et si jamais on l’enfermait ? Et qu’on l’empêchait de me voir ?*

*Ca n’arrivera pas, il est trop important apparemment pour les humains. Les dragons tiennent à garder un certain contrôle… de leurs pions*

*Ah c’est comme ça que vous nous voyez ? Sympa !*

*T’énerve pas, ça changera rien à l’histoire. Mais sinon… Tristan agit en état de cause. Il affrontera la colère de ses aînés mais si il est… si spécial que ça, je pense qu’il ne se laissera pas faire et ne se soumettra pas.*

*Comment peux tu affirmer ça ?*

* Parce que d’autres l’ont fait avant lui…*

*Ah ? il y en avait d’autres amoureux ?*

*Mais non idiote ! C’était pour d’autres raisons mais c’est déjà arrivé c’est tout… sauf que très peu de dragons sont au courant… on étouffe rapidement les affaires pour éviter les… débordements. Faut voir de quel rang il est…*

*Rang ?*

*Chez les dragons… plus il est perçu comme prometteur, moins de risques il y a pour lui… et puis si il était capable d’utiliser son pouvoir, ça le rendrait encore plus important à leurs yeux… surtout qu’il est jeune, encore malléable, ils pensent pouvoir le faire changer*

*Oh d’accord…*

Cassidy aurait bien voulu en apprendre beaucoup plus. Sur Tristan, sur les dragons qui avaient enfreint leur code, sur cette histoire de pouvoir. Ca ressemblait peut être au pouvoir qu’elle pouvait utiliser… celui du dragon. Enfin utiliser… elle ne pouvait pas faire grand-chose avec. C’était une si piètre utilisatrice de magie qu’elle était incapable de maîtriser quoi que ce soit à l’heure actuelle et pas sans lui pomper toute son énergie.

Finalement, le vent se leva et rafraichit les environs. Avec le jour qui commençait à tomber, ça allait vite devenir glacial. Cassidy se hâta alors de rentrer, de toute la force que lui permettait sa jambe entravée pour le moment. Elle arriva assez vite à l’auberge, et croisa alors l’aubergiste qui l’interpella pour lui demander une petite information au sujet des chambres. Il lui apprit d’ailleurs plusieurs informations. Déjà que Tristan avait l’air de bonne humeur, ensuite de voir pour les chambres et finalement qu’il était monté. Dans sa chambre ou la commune ?

Cependant, elle restait plutôt intimidée face à cela. En effet, tout le monde les considérait comme un couple. Mais jusqu’à présent la question ne s’était jamais posée entre eux. Cassidy bafouilla un instant en récupérant la clé.

« Ah euh… oui bien sûr ! Je… vais lui demander »

Elle ne resta pas plus longtemps pour engager la discussion, surtout que ce n’était pas le genre de Cassidy de s’étaler sur sa vie ou le beau temps, et se dirigea directement vers l’escalier menant à l’étage. Elle ouvrit doucement la porte, sans faire trop de bruit et entra dans la pièce. A première vue, Tristan n’avait pas l’air d’être là. Du moins pas ses affaires. Enfin en même temps il était peut être dans l’autre chambre, au final elle n’en savait rien.

C’est en faisant quelques pas qu’elle remarque la touffe de cheveux dépassant du canapé, dévoilant un Tristan qui avait bien pris ses aises dans celui-ci. Il avait l’air assoupi et aussitôt, la demoiselle se mit à rougir de gêne et d’embarras. En effet, celui-ci avait juste une serviette. Avait-il fait exprès de s’endormir ici, aussi peu vêtu, pour qu’elle puisse constater par elle-même qu’il était toujours bien entretenu et un vil tentateur ? Très certainement. Elle grommela en détournant les yeux. Ce n’était pas évident de résister mais là c’était encore pire ! Elle sentit ses pulsions en elle qui ne désiraient qu’une chose, réveiller ce grand dadais et rattraper le temps perdu.

Cassidy piqua un fard en détournant les yeux. Elle voulut se rafraîchir l’esprit en allant prendre une douche froide mais une voix l’arrêta alors que la demoiselle avait déjà fait quelques pas en direction de la salle de bain. Encore gentil, parlant de dormir contre elle, si elle avait passé une bonne journée, comment elle allait. La demoiselle pivota sur elle-même mais garda la tête baissée vers le sol. Comment se concentrer avec une telle tenue ?! C’était impossible ! Non elle ne pouvait pas. Elle bafouilla et bredouilla quelques paroles.

« Heu… bien… j’ai… récupéré. Et… et toi ? »

Aïe ! Revoilà le moment où elle perdait ses moyens ! Ca n’allait pas du tout. Finalement quand il lui avait dit de redevenir comme avant, ce n’était pas gagné. Non mais pour sa défense, ça devrait être défendu d’être habillé comme… comme ça ! Non mais en plus la serviette qui glisse sur ses hanches huuuum ok. Donc non elle ne le regardait pas. Sentant qu’il allait peut être croire une nouvelle fois qu’elle était trop distante, la jeune femme chercha à s’expliquer, pour ne pas qu’il le prenne mal.

« Heu… tu sais… pas très facile de… enfin… de te… regarder dans cet… enfin t’as presque rien… sur le dos quoi ! »

Elle bafouait, n’était pas clair, rougissait et regardait avec insistance le sol, surtout les rayures sur le parquet qui semblaient avoir un intérêt pour elle en ce moment précis. Il répliqua alors une nouvelle fois et la jeune femme le laissa agir. Le bougre s’était levé et se pavanait avec sa serviette devant elle ! Cassidy n’en pouvait plus. Elle ne voulait pas que ses pulsions se réveillent, sinon elle le prenait direct et aaaaah ! Un prétexte viiiiite ! Elle chercha à détourner la conversation, parce qu’il lui était impossible d’être concentrée dans ses conditions. En plus c’est qu’il était un peu plus tentateur alors ça ne l’aidait pas.

« Au fait ! L’aubergiste… aimerait savoir… si tu vas laisser l’autre chambre… et revenir ici… enfin voilà quoi… »

Toujours pas à l’aise et en plus il en profitait bien pour sortir une réplique qui la fit encore plus rougir alors qu’elle cherchait à fuir son regard, par embarras.

« D’accord… alors on pourrait… ramener tes affaires ici alors ? »

Il ne semblait pas contre cette idée, parce qu’il avait sûrement remarqué, en voyant la gêne de la petite demoiselle, qu’elle ne ferait rien de plus en restant dans cet état. C’est clair qu’il était extrêmement troublant après tout ! Elle réagit aussitôt cependant, tenant à regagner ses esprits un peu plus.

« Heu… passe moi la clé alors… je vais commencer… à ramener des choses »

Ca ressemblait clairement à une fuite, mais pouvait-il lui en vouloir complètement ? Bon ils étaient tous les deux en manque, il y avait des choses qui pouvaient s’expliquer. Pourtant il la laissa récupérer la clé qu’elle attrapa bien rapidement avant de quitter la chambre d’un pas hâtif et respirant un grand coup. Non mais elle n’allait pas tenir longtemps à ce rythme là ! Trop de bogossitude à côté nan nan nan ce n’était pas le moment de penser à ça !

Cassidy secoua la tête, se tapota les deux joues assez fort, ce qui laissa deux grosses marques rouges de chaque côté, puis elle se dirigea vers l’autre chambre qu’il lui avait indiqué.

*Reprends tes esprits… reprends tes esprits… par les dieux je vais vraiment lui sauter dessus ! Fichus pulsions ! On ne se réveille pas point ! J’ai encore pas décidé*

Elle inspira un bon coup puis pénétra dans la petite pièce. Cette chambre là était bien plus petite. Tout était bien rangé, il semblerait même que Tristan n’avait presque rien déballé. En même temps, ça ne faisait même pas un jour qu’il s’était installé ici. Cependant, elle ne resta pas longtemps seul car il avait déjà débarqué, la faisant sursauter par la même occasion. Cassidy tenta de faire comme si de rien n’était et prit un des livres qui traînait sur le bureau.

« Hum… alors je peux prendre quoi ? »

La jeune femme regarda distraitement la couverture du bouquin. Il s’agissait de « Sentiments à travers les âges ». Cassidy fronça les sourcils. Tiens donc… Parcourant rapidement les pages sans faire attention à Tristan, les questions lui revinrent à l’esprit. Elle resta silencieuse un moment. En fait, Tristan se documentait tout seul sur ce qui lui arrivait.

« Ca fait combien de temps que tu as ça ? »

Elle lui brandit le livre devant lui. A sa réponse, elle hocha doucement la tête puis semblait perdue dans ses pensées. La demoiselle se dirigea vers le lit pour s’asseoir dessus. Les sentiments n’était pas un truc normal pour les dragons… ça ne devait pas arriver. Cassidy regarda un instant Tristan, l’air très sérieux. Puis elle prit la parole d’une voix assez basse, songeuse et importante.

« Dis… tu le sais que c’est… pas normal… pour un dragon… d’avoir des sentiments. C’est toi qui me l’a dit. Tu ne crois pas… qu’ils… peuvent partir… comme ils sont venus ? Ou… que tu oublies… »

Tristan semblait comprendre l’importance du moment. Cassidy cherchait à être rassurée. Il y avait de quoi avoir peur en effet ! Peut être que ça l’avait sauvé le bisou dans la caverne mais cela pouvait arriver à n’importe quel moment. Après tout, ni lui,, ni elle n’avait trop d’informations à ce sujet. La demoiselle regardait le sol en attendant sa réponse. Cela semblait lui convenir car elle ne répliqua pas dessus. Cependant, autre chose lui venait à l’esprit. Les paroles d’Alanir lui revinrent en mémoire.

« Et… si… enfin… les autres dragons n’accepteront pas.. que tu es en couple avec une humaine… ils peuvent… te faire du mal… »

Là elle semblait y avoir beaucoup réfléchit. Et puis elle affirmait quand même que les dragons seront fermés à ce genre de situation, alors que Tristan avait toujours très peu parlé de ses congénères. Qu’elle puisse le savoir était quand même assez étrange mais peut être n’avait-il pas remarqué.

« Enfin… j’ai réfléchi… si les dragons n’ont pas de sentiments… je ne vois pas trop pourquoi… ils accepteraient qu’un des leurs en aient. Après tout… tu sais bien que la différence… rend les gens agressifs… et tu le dis toi-même, tu es… spécial. Et si… ils t’empêchaient de revenir chez les humains… le temps… que ça te passe ? »

Ah oui quand même, elle se tourmentait beaucoup l’esprit. Tristan devait comprendre la situation et il fit certainement de son mieux pour chasser ses doutes, balayer ses peurs. Seulement après avoir bien parlé, le garçon cherchait toujours à dérider la situation, comme si il avait toujours peur d’être bien trop sérieux. Finalement après un échange à ce sujet, où Cassidy montrait sa satisfaction, convaincue, ils finirent par monter le reste de ses affaires. Il n’avait cependant pas grand-chose donc tout fut vite réacheminer dans leur chambre principale. Tristan en profita pour aller rendre la clé à l’aubergiste alors que Cassidy s’avachit dans le canapé au coin du feu. Il la rejoignit assez vite et décida même, assez timidement, de lui faire quelques câlins en la prenant contre lui.

C’était agréable et la jeune femme aimait bien. Elle faillit même s’endormir dans ses bras, même si elle n’était pas des plus bavardes. Après tout ce que Tristan lui avait dit, elle pouvait tout à fait reparler de ce qu’il lui avait demandé dans la caverne un peu plus tôt. Cela la fit un peu rougir mais elle ne savait pas du tout comment s’y prendre pour lui en parler.

*Hum Tris’ ? Tu sais tout à l’heure, tu m’as demandé de devenir ton amoureuse ? Eh bien j’ai réfléchi et oui je suis d’accord. Non ça va pas ! Ah au fait je veux bien être ta petite amie… Non mais non ! C’est brusque ! Je vais pas dire ça n’importe comment même, c’est… important. Punaise, pourquoi tout devient si compliqué…*

Elle rumina un moment, incapable de se lancer, incapable de se décider. Tristan ne pouvant pas savoir, il ne pouvait malheureusement pas lui tendre une perche. C’est de frustration que Cassidy soupira car elle n’arrivait vraiment pas à se lancer. Elle la si téméraire, farouche et assurée demoiselle, était incapable de dire cash à Tristan qu’elle voulait qu’ils forment un vrai couple. Tu parles d’une guerrière toi, elle redevenait la plus maladroite et timide pour ce genre de choses. Quoiqu’il était pas mal dans son genre lui aussi. Alors que Cassidy rouvrit les yeux, pensant que de toute manière elle n’y arriverait pas maintenant, la demoiselle proposa d’aller dîner.

« Je commence à avoir faim, on peut aller manger ? »

Il accepta et justement, montra qu’il avait réservé une table dans un petit restaurant très sympathique. Les deux jeunes gens se préparèrent. Cassidy après hésitation, avait décidé de mettre une robe bleue. Pour quelle raison ? Elle l’ignorait elle-même. Peut être voulait-elle paraître un peu plus féminine à ce moment là. Une robe qui était quand même assez agréable à porter car pas serrée autour des manches (heureusement d’ailleurs avec ses bracelets) et qui s’étendait sur ses jambes. Le décolleté restait plutôt sage et elle portait aussi le pendentif que Tristan lui avait donné en ville.

En se regardant dans le miroir, Cassidy se demandait ce qui la poussait à agir de cette façon. En effet, elle n’était pas trop du genre à porter des robes. Mais peut être voulait-elle faire un effort pour Tristan. Ecoutant ses sensations, elle trouva que pour le moment, ça allait d’être en robe. Elle n’avait pas l’habitude mais ne repoussait pas non plus cette tenue catégoriquement. Peut être voulait-elle… dans un sens lui montrer qu’elle n’était pas si indifférente et ce qu’elle n’arrivait pas à mettre avec des mots, elle montrait des signes. C’est un peu de cette manière qu’elle le voyait.

Pourtant, en arrivant devant lui, elle dut bien lui court circuiter le cerveau dans cette tenue, même si le décolleté était loin d’être plongeant. Il était timide tout d’un coup et ayant plus de mal à savoir si il rêvait ou pas. Néanmoins le garçon se reprit bien vite et lui tendit le bras qu’elle accepta de bon cœur. Ils se rendirent alors à ce petit restaurant chaleureux, où une bonne odeur flottait dans l’air. Viande et plats appétissants, desserts raffinés et très alléchants, surtout un énorme gâteau au chocolat disposé sur la table qui ne laissa pas Cassidy indifférente. L’eau à la bouche, presque prête à saliver devant l’apparence de cette nourriture oh combien vénérée, elle se promit d’en prendre une grosse part pour son dessert. Heureusement ELLE, elle ne grossit pas, veinarde <_<

La jeune femme s’installa à une table à l’écart avec Tristan, non loin de l’agitation ambiante des lieux. Dans un coin près de la cheminée. Très rapidement on vint s’occuper d’eux et ils passèrent commande. La jeune femme voulait manger du poulet caramélisé accompagné de patates et légumes des champs pendant que Tristan avait pris une viande bien grillée, un bon gros morceau. Toutes ces émotions creusaient l’appétit, il fallait le dire !

Malheureusement, la discussion n’était pas des plus animées, pas comme les premières fois en tout cas. Tristan essayait de trouver des sujets de conversation mais Cassidy avait bien du mal à répondre. Elle était soucieuse et préoccupée. Surtout à cause de ce qu’elle devait dire et que, pour une raison obscure, elle n’arrivait pas à faire. C’était complètement débile ! Pourquoi était-elle si intimidée ? Ce n’était pas la fin du monde non ? Peut être justement parce que c’était la première fois qu’elle prenait une décision aussi importante et sérieuse dans sa vie. Peut être parce que ça sonnait comme une acceptation de Tristan aussi. De lui dire que oui il comptait, que oui elle voulait aller plus loin. Mais elle ne savait pas trop pourquoi. Enfin si, il était gentil, adorable, un homme prêt à tout pour elle. Bon il avait ses défauts aussi mais… elle se sentait bien à ses côtés quoi qu’elle en dise, il faudrait juste qu’elle apprenne à se lâcher un peu plus et ça ira mieux.

Alors, il aborda avec hésitation le sujet de la magie. Le jeune homme cherchait certainement à capter son attention, d’une façon ou d’une autre. C’était peut être un peu trop pour elle et il n’était pas vraiment rassuré. Pourtant, voilà qui faisait un parfait prétexte qui permit à Cassidy de penser à autre chose.

« Non mais je suis d’accord avec toi… C’est juste… enfin la magie… s’est manifestée depuis que tu es… là. Je t’assure… avant ça ne fonctionnait… pas. »

Elle était songeuse et décida alors de parler. Curieusement, le sujet qu’elle repoussait sans cesse à chaque fois, la rendait beaucoup moins intimidée. Peut être parce que c’était quelque chose d’autre que la principale raison qui la tourmentait en ce moment. Elle but une gorgée d’eau même si Tristan avait amené du vin, car ça par contre, ça la rendait toujours un peu pompette et elle ne voulait surtout pas déraper en ce moment.

« Ce qui est étrange, c’est qu’à chaque fois que j’utilise de la magie, c’est… inconscient, instinctif. Enfin non. Je ne sais pas comment expliquer. Je fais le geste, je me concentre et ça marche. Mais je ne comprends pas… on n’est pas censé faire de la magie sans prononcer des formules. Du moins un débutant ne peut pas lancer des sorts informulés dès le départ. Et pourtant apparemment j’ai réussi à faire de la télépathie, déclencher un éboulement, transférer une plante de l’autre bout de la caverne directement dans ma main, me retrouver propulsée dans les airs… et tout ça sans rien faire… »

Elle mordilla dans une bouchée de poulet. Miam, le petit goût sucré rendait la nourriture vraiment appréciable. C’était impressionnant qu’elle se rappelle de tout ça. Finalement Cassidy ne semblait pas si désintéressée que ça par ce sujet. Pourtant elle se rembrunit et Tristan posa doucement une main sur la sienne, attentif, à l’écoute.

« Ce qui m’inquiète c’est surtout que les jeunes apprentis ont du mal à se maîtriser au départ. C’est pour ça qu’ils sont assistés par un maître. Déjà pour éviter de s’épuiser jusqu’à puiser dans les réserves vitales mais ensuite pour leur entourage. J’ai… quand même déclenché un éboulement parce que… j’étais énervée… »

Cassidy semblait assez gênée et peut être un peu inquiète. Mais à ce moment là, Tristan avait les bons mots pour la rassurer et l’aider à y voir plus clair. Au moins c’était un grand pas en avant qu’elle était en train de faire. Ce qui l’inquiétait aussi, c’était de faire du mal à Tristan. Et tout solide qu’il était, elle craignait vraiment de finir par le découper en petits morceaux. Il reprit la parole mais la jeune femme secoua la tête.

« Non… je ne veux pas. Je suis catégorique là-dessus. Il est hors de question que je sois l’apprenti d’un de ces abrutis qui m’a ri au nez des années en arrière. J’en ai fais des mages alors… et puis ça signifierait que je ne te verrais plus pendant un moment car l’apprentissage dure au moins huit bonnes années. »

Elle se tue et manqua de s’étouffer, rougissant jusqu’aux oreilles, se rendant compte de ce qu’elle avait dit. Là elle était aussi en train de montrer qu’elle ne voulait pas vraiment s’éloigner de lui. Si il fut surpris, il se dirigea rapidement vers elle pour lui tapoter dans le dos. Elle le remercia, les larmes aux yeux avec une voix étranglée.

« Hem… »

Le jeune homme décida de l’aider à reprendre contenance, s’intéressant au sujet et posant des questions mais Cassidy secoua la tête à nouveau.

« Ils ne feront pas d’exception… crois moi… un mage dans la nature avec ses pouvoirs est dangereux. Il faudrait un maître complètement fou et dérangé pour accepter de me prendre pour quelques temps seulement. Et puis… je ne sais pas comment ça pourrait se passer pour moi. Mais dans ce cas je ferais mieux d’être formée non ? Oui certainement… mais bon, peut être que si je me renseigne suffisamment dans les livres, ça aiderait pour éviter les soucis non ? »

Ils continuèrent à discuter un peu sur le sujet, les assiettes se vidant. Au moins, Tristan devait remarquer que Cassidy était déjà beaucoup plus ouverte à ce sujet. Soit c’était bon signe, soit ça cachait quelque chose. Et ça cachait forcément quelque chose ! En effet, il y avait un sujet que Cassidy évitait… leur avenir à eux. Tristan lui laissa un moment de répit pour aller chercher les desserts sur le buffet, ce qui était appréciable pour Cassidy.

Cependant, alors qu’elle l’observait machinalement en train de se servir, elle remarqua un quatuor de Friholdiennes qui s’approchèrent de lui. La demoiselle écarquilla les yeux. Les copines de Lindsay. Cassidy grogna. Qu’est-ce qu’elles fichaient là ? Elles les voyaient faire de grands sourires à Tristan et n’hésitaient pas à le tripoter et le toucher. Même avec son ouïe, Cassidy ne pouvait rien entendre avec le brouhaha puisqu’elle ne maîtrisait absolument pas ça. Pourtant, le fait qu’elles le touchent sans aucun scrupule lui déplaisait fortement et elle se rappelait si bien du discours de la Nordique à ses copines.

La jeune femme finit par se lever par les rejoindre. Sauf que ces dernières n’arrêtèrent pas leur petit manège pour autant tout en cherchant à tenter le jeune homme.

-Allez beau gosse ! Tu ne peux pas dire non… Trois jolies demoiselles à ta disposition pour la soirée, qu’en dis tu ?

Pourtant, l’une d’entre elle donna un coup de coude à celle qui cherchait désespérément à tâter les muscles du bras du jeune homme. En voyant Cassidy, elles se turent. En effet, la petite blonde avait la réputation d’être volcanique et quoi qu’on en dise, elle inspirait une certaine crainte malgré sa petite taille. Pourtant dans sa robe et avec l’expression de son visage qui était plutôt… surpris, elle semblait bien plus fragile et vulnérable. Une des filles chercha donc à provoquer la demoiselle.

- Oui Cassidy tu voulais dire quelque chose ?

« … »

La jeune femme avait les poings serrés mais n’arrivait pas à s’exprimer. Ce n’était pas si difficile voyons ! Bas les pattes de MON copain. Simple et efficace. Pourtant, elle était aujourd’hui paralysée pour une raison qu’elle ignorait. Est-ce que le traumatisme était trop profond ? Pourtant ça n’avait rien à voir. Est-ce qu’elle était bien plus intimidée dès qu’il s’agissait de Tristan ? Mais tout à l’heure elle aurait voulu être plus virulente, malheureusement non.

Cassidy ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit. Elle ne voulait pas que Tristan la voit de la mauvaise manière. Une rustre, une barbare ou bien que sa colère déraille et qu’elle perde le contrôle. Ca ne risquait pas d’arriver mais elle le craignait quand même.

-Oh… tu as perdu ta langue ?

« Non… »

Elle était en train de se ridiculiser. Et puis.. sans savoir vraiment pourquoi, la demoiselle regarda Tristan.

« Je… je voulais juste voir… si tout allait bien… je… je retourne m’asseoir »

Les demoiselles étaient très surprises et abasourdies par le changement d’attitude de Cassidy. Que lui était-il arrivé ? Néanmons la jeune femme ne vit ni n’entendit la suite de la discussion puisqu’elle était retournée s’asseoir à la table. Tristan revint plus tard avec un gâteau au chocolat, comme il avait bien remarqué qu’elle lorgnait dessus depuis un bon moment déjà. Elle le remercia poliment mais ne dit pas un mot de plus. Après tout, la demoiselle s’était fortement ridiculisée, elle était incapable de se défendre et ne savait pas ce qui la gênait à ce point. C’était comme si cette image qu’elle se donnait si souvent avant avait disparu… comme si sa vulnérabilité se révélait. Elle détestait ça… elle voulait crier, hurler mais rien n’aurait changé. Sa fierté en prenait un grand coup là.

Quoi que fasse Tristan, ils finirent par sortirent. Le jeune homme décida de rentrer directement à l’auberge. Il faisait très froid ce soir et ils avaient passé suffisamment de temps à l’extérieur pour la journée. Galant, il l’aida à se débarrasser de sa cape en arrivant. Un peu embarrassé, il fallait quand même crever l’abcès et le silence qui s’était installé entre eux. Une idée lui vint alors qu’il avisa le petit paquet contenant les baumes pour soigner ses bleus. Après tout, elle n’en avait jamais mis et il devait sûrement s’en douter. Pourtant Tristan n’était pas sûr du tout qu’elle accepte. Peu importe le ton qu’il prenait il lui proposa.

Au début, Cassidy fit un pas en arrière et semblait sur le point de refuser. Cependant, elle se mit à réfléchir. Il fallait arrêter avec les refus, il était gentil, il cherchait à s’occuper d’elle. Elle regrettait ne pas avoir accepté qu’il la prenne dans ses bras pour la porter tout à l’heure alors… c’était bien une façon de lui dire là maintenant qu’elle acceptait qu’il la touche. Alors elle hocha la tête.

« D’accord. Heu je… je vais enlever ma robe »

Gênée et intimidée, toujours. Elle se dirigea dans la salle de bains et revint rapidement un peu embêtée. Une serviette enroulée autour de la taille, elle était tout à fait pudique pour le coup, cachant une partie de son corps comme si elle craignait quelque chose. Peut être le regard qu’il poserait sur elle, peut être pour éviter que ça dégénère… parce que bon elle était très peu vêtue et… enfin ça aussi c’était bizarre.

Pourtant il plaisanta et la provoqua un peu pour la forme. Il ne pourrait jamais poser le baume sur ses bleus si elle gardait sa serviette. Cassidy grogna en s’installant sur le lit, défit la serviette dans le dos et se posa sur le ventre pour qu’il s’occupe de son dos. Cela lui évitait un contact direct avec son visage et de cette manière, ça serait mieux… pour commencer.

Tristan fit chauffer le baume entre ces mains. L’odeur était très agréable, elle était sûre que Ninna avait rajouté un truc pour aider à la détente, sachant Cassidy assez nerveuse et pas aussi calme qu’elle ne paraissait. Le jeune homme en profita pour la masser longuement, vraiment longtemps. Il dut bien se rendre compte que son dos était vraiment en vrac, vu les paquets de nerf démis qu’il sentait sous les doigts. Du côté de Cassidy, elle appréciait le contact de ses mains qui étaient vraiment relaxantes. Par contre, en la massant, il passait ses mains près de ses hanches ou même pas loin de sa poitrine. Le massage était même peut être un peu sensuel, du au manque qu’il ressentait actuellement, même si c’était très certainement involontaire.

Les caresses la firent frissonner et l’envie revint rapidement au galop. Cette fois ces pulsions étaient encore plus fortes que les autres fois. La jeune femme ferma les yeux. La chaleur se réveillait au creux de ses reins et elle avait bien du mal à rester calme et profiter du massage. Il lui demanda alors de se retourner et elle obéit un peut trop rapidement, gardant cependant la serviette sur sa poitrine, ne soufflant pas un mot, gardant les yeux fermés. Mais les contacts étaient bien trop agréables et c’était pire de son côté. Cela lui rappelait toutes les sensations passaient que son corps réclamait avec force, toutes ces frustrations, ces arrêts brutaux… elle devenait folle oui… et incapable de penser à autre chose.

Alors qu’il massait, elle prit alors ses mains, avec une certaine fermeté, l’arrêtant dans son geste. Cassidy rouvrit les yeux et dévisagea Tristan. L’instant d’après, en même pas une fraction de seconde, elle s’était redressée en s’emparant fiévreusement de ses lèvres. Sa serviette glissa, dévoilant sa poitrine nue. Pourtant elle ne s’arrêta pas et lui décocha un baiser avide de sensations fortes, d’envie d’aller plus loin. Forçant le passage de ses lèvres, elle caressa sa langue avec la sienne, l’entraînant dans un baiser vertigineux. Si il ne comprit pas ou ne savait pas quoi faire, elle l’aida en commença à déboutonner sa chemise car ce n’était pas juste, elle était la seule déshabillée ici.

Il était impossible pour Cassidy de réfléchir. Elle avait une certaine faim et celle-ci semblait inarrêtable pour la soirée.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 8 Mai - 20:31

C’est bête… Comme une attention ou une tentative d’attention, un peu maladroite, un peu hésitante, dans des désaccords, des tensions, des questions et des doutes peut être vue comme tout autre chose que ce qu’elle voulait être…
Tristan était resté stoïque face au refus de Cassidy de la porter, même s’il était peiné. Comme il aurait aimé entendre les doutes de la demoiselle… Comme il aurait souhaité qu’elle revienne sur ses mots. Il n’avait rien laissé paraître cette fois, essayant de rester souriant. Quelque part il avait compris que certes tout ce qui leur arrivait était en trop, ça l’était aussi pour lui. Peut-être était-ce dans sa nature de l’accepter plus facilement. Le plus grand et puissant prédateur au monde, un instinctif capable de stratégies incroyables, les sens hérissés d’adaptation et de flexibilité au changement, peut-être était-il fait pour mieux accepter qu’elle toutes ces choses extraordinaires qui leur arrivait en si peu de temps. Oh pas les accidents, les disputes, etc. Mais les sentiments… Car finalement il l’acceptait vite, même s’il se posait des questions, il l’acceptait comme une évidence, s’emballait, dans son discours et dans ses gestes, plus conscient qu’elle sans doute de ce qui les liait l’un à l’autre, conscient et pourtant si inconscient…
Il y avait eu d’abord la canne de fortune si mal interprétée et qui n’était pourtant pas une si mauvaise idée avec sa pointe qui se fichait dans le sol gelé et permettait de réduire les glissades… Il avait simplement voulu s’adapter au besoin de distance qu’il avait l’impression de sentir chez la demoiselle et ce même s’il n’avait aucune envie d’écouter cet instinct-là… Parce que lui… il n’avait pas envie de s’éloigner…
Et puis il y avait eu Jilian et la réelle attention était là.

En particulier vu le caractère un peu amorphe et soudain très effacé de la jeune femme, Tristan aurait pu s’imposer, grand mâle dominant et égoïste et refuser de les laisser seuls, pourquoi pas conter vengeance au blondinet qui avait bien failli lui casser le nez d’ailleurs ?! Il aurait pu rester silencieux, laissant à la petite demoiselle le douloureux moment de choisir… Parce que ça aurait été douloureux non ? Délicat comme situation… Alors qu’elle essayait de se rattraper, alors qu’elle culpabilisait tellement et voulait lui montrer un peu d’attention, comment l’aurait-elle pu à cet instant ? Si elle avait refusé de parler à Jilian, ça aurait été méchant vis-à-vis de cet ami qui avait tant compté. Mais pouvait-elle réellement demander à Tristan de la laisser seule avec le garde du corps ? Après ce qui venait de leur arriver ? Comment le prendrait-il ? Comment l’aurait-il pris si les grands yeux noisette s’étaient levés vers lui avec cette demande ou plutôt avaient fui son regard à cause de la gêne et de l’incertitude ?

La demoiselle crut tout simplement qu’il prenait une décision à sa place. Peut-être était-ce naturel de penser ainsi… Peut-être que c’était normal qu’elle croit qu’il ne lui laissait même pas l’occasion de répondre, d’être elle-même alors qu’il avait simplement cherché à l’épargner, à lui éviter de dire des mots qui auraient blessé l’un ou l’autre des hommes si obnubilés par elle.
Et pourtant ces mots avaient été difficiles à dire pour le jeune homme tout comme son attitude détachée et un brin charmeuse. Il avait l’air tellement sûr de lui, de tout maitriser. Pourtant ce n’était encore qu’une façade. Il n’avait aucune envie de laisser la jolie jeune femme seule avec Jilian… Aucune envie ! Encore plus en se rappelant que depuis qu’ils se fréquentaient, elle avait connu plusieurs blessures, plus sentimentales que physiques, mais qu’il lui avait réellement souvent fait du mal sans le vouloir.
Peut-être l’attitude du grand drakkari était-elle plus maladroite qu’autre chose, un brin fanfaron, un brin trop assuré. Peut-être que l’erreur était là. Mais il n’avait aucune envie qu’elle voit comme il était peiné de la voir si mal à l’aise avec lui… Les mots qu’il avait eus pour elle étaient une maladresse de plus. Quelle qu’elle soit il avait des sentiments pour cette petite blonde, envers et contre tout, il ne savait pas pourquoi ni comment, mais c’était là… Ce qu’il n’aimait pas ce n’était pas cette brusque timidité, il la trouvait sincèrement craquante avec ses pommettes rougissantes et ses mots timides… Mais il détestait voir tellement d’hésitation dans ses yeux et à ses lèvres, comme il détestait le malaise… Elle était… mal à l’aise avec lui…
Et il n’avait pas envie, vraiment pas envie, de la voir à l’aise avec Jilian. Jaloux ? Si peu…

Il fut néanmoins tout à fait honnête et ne s’attarda pas, ne cherchant pas à se cacher et à entendre l’étrange conversation entre les deux jeunes gens. Certaines paroles l’auraient pourtant ravi, d’autres moins… La vie était ainsi faite…
Il comptait lui laisser l’espace et le temps nécessaire à un repos et la réflexion dont elle semblait avoir… besoin.

Le jeune homme n’hésita pas longtemps et partit d’un bon pas, s’éloignant bien assez, marchant à une bonne allure pour se transformer en le majestueux dragons des cieux qui disparut bien vite dans les nuages bas… Voler lui permit de calmer les pulsions bien trop humaines qui obscurcissaient son jugement et ne le rendaient que trop vulnérable. Ce fut la faim qui le poussa à descendre dans une petite ville et à se retransformer discrètement aux alentours de celle-ci. Sa vitesse était un atout pour passer inaperçu mais surtout… ses écailles. S’il ne maitrisait pas encore totalement le processus, il parvenait à en changer la couleur ou plutôt la brillance, au point qu’elles renvoyaient la lumière, déformant ses contours et le rendant quasiment invisible, même aux yeux les plus exercés. Lui-même ne se rendait pas compte que le phénomène qu’il réalisait n’était pourtant pas comme celui qu’on avait cherché à lui enseigner, différent chez lui… comme un peu trop de choses, pas sans raison…

Malgré l’énorme dose de sommeil dont il avait besoin après avoir quasiment veillé deux jours de suite et ne pas s’être ménagé ni physiquement ni émotionnellement, le jeune homme ne s’accorda que peu de répit et repartit vite voler une fois son repas englouti. Il finit par s’arrêter sur un promontoire dégagé pour méditer, longtemps, ce qui était tout de même bien reposant puis de s’entrainer, avec acharnement… Car son esprit n’arrivait pas à rester calme, tranquille, trop obnubilé par une certaine petite blonde dont le nouveau comportement et le malaise soudain le rendaient plutôt triste…
En fait, c’était encore et surtout l’angoisse, une angoisse qu’il n’imaginait pas pouvoir ressentir mais qui accompagnait probablement, d’un peut trop près, les sentiments merveilleux qu’elle avait fait naitre chez lui, tout comme la tristesse, la peine que ces sentiments blessés rendaient incontournables… L’angoisse ? Celle qu’elle le repousse encore… Celle que finalement… Eh bien ce soit trop pour elle…

Elle avait déclaré, sans le vouloir réellement ou peut-être en le voulant mais à peine convaincue que ça marcherait, qu’elle avait des sentiments pour lui. Mais maintenant qu’elle devait faire face à ces révélations et toutes celles du grand jeune homme c’était tout un énorme obstacle qu’elle avait à surmonter, fomenté par une vie différente de celle qu’elle avait toujours imaginée et par la peine terrible, monstrueuse, que l’absence de cet homme avait causé dans son adolescence… Parce qu’eux d’eux… Est-ce que c’était possible ? Il était… un dragon après tout… Il ne voulait pas penser à ce malaise chez elle… Ca le rendait inquiet, vraiment inquiet, qu’elle le repousse. Les sentiments pouvaient faire vraiment mal, il l’expérimentait et n’était pas certain d’apprécier cet aspect-ci… Et pourtant dans la douleur, si intense, qu’ils provoquaient, la plénitude qu’ils apportaient également était si extraordinaire que s’il avait pu les repousser, ces sentiments, jamais il ne l’aurait fait. Quand elle se blottissait contre lui, qu’il l’entourait de ses bras, cette chaleur qui montait en lui, douce, rassurante, qui éveillait ses sens, bien plus qu’il ne pensait que c’était possible, c’était incroyable. Quand ils s’embrassaient, il sentait bien quelque chose en lui qu’il ne soupçonnait pas. Ce n’était pas le courage, il avait toujours été courageux, brave dans la bataille peu importe le nombre d’ennemis. C’était la magie… Du moins s’en persuadait-il… Il avait l’impression de sentir une puissante magie émaner d’elle mais également de lui-même, une force qu’il n’imaginait pas posséder… Etait-ce le contrecoup de cette chose étrange ? Personne ne lui en avait jamais parlé… Bien sûr certains dragons se prenaient d’affection pour les humanoïdes même s’ils étaient plus portés sur les elfes, pour leur longévité, leurs similitudes aussi. Certains devenaient presque exclusifs. Certains mêmes mettaient les humanoïdes presque sur le même pied d’égalité que les dragons… Mais personne, jamais, n’avait parlé, écrit, chanté, transmis d’une manière ou d’une autre ce qui lui arrivait…
Le contrecoup alors de ce… truc… C’était probablement une souffrance aussi grande. Une souffrance terrible que cette petite demoiselle pouvait provoquer si facilement, pas avec de la magie, pas avec des coups, juste avec des mots ou un regard, un geste ou une absence de geste. N’était-ce pas là un pouvoir immense ?

L’entrainement était donc une bonne solution, simple, routinier, efficace. Son corps connaissait les gestes par coeur et le plongeait dans des souvenirs physiques qui ne le quitteraient jamais et qui faisaient de lui ce qu’il était. Cela permit de calmer son esprit, ce que la méditation n’avait pas pu faire tant il pensait à elle…
Tristan se rendait bien compte de tout l’excès de son comportement dans un sens comme dans l’autre. Il était troublé et perturbé d’être aussi vrai devant quelqu’un, qui plus est devant une humaine et d’être également aussi excessif et incapable de se contrôler.
Dans la douleur de l’effort il se surpassait en surmontant la fatigue, poussant son corps au-delà de ses limites de l’instinct. Parce que c’était rassurant… Parce que ça il connaissait bien. Bon, l’endroit n’était pas totalement approprié et il aurait apprécié tant le lourd équipement dont il avait l’habitude pour faire travailler jusqu’au plus petit des muscles qu’il entretenait avec soin. C’était de la vantardise que de prendre autant soin de son physique, de cet aspect qui plaisait… C’était encore et surtout la seule chose sûre et indubitable, quelque chose en quoi lui-même pouvait croire… Derrière toute la puissance du dragon, derrière toute la force et la bravoure du guerrier, derrière toutes les bonnes manières, le langage courtois, la séduction respectueuse, derrière les prouesses physiques et le corps parfait, tout ce qui faisait de lui cet être « supérieur » et si sûr de lui, qui était-il réellement ?… Le petit garçon farceur, souriant, impétueux, hyperactif était-il réellement mort ou se terrait-il derrière la façade imposante de ce qu’il avait dû devenir, par sa nature, par ses gènes, qui avait dévoré l’humain en lui ?

Tristan était finalement retourné dans le village après avoir volé jusqu’au point le plus proche sans trop risquer de se faire repérer. Il était entré en frissonnant légèrement malgré sa peau chaude. La fatigue le rendait frileux… Saluant le tavernier il ne lui avait pas laissé l’occasion de commencer une réelle discussion et était rapidement monté dans les étages. Il se rendit tout d’abord dans sa chambre avec quelques menues emplettes qu’il venait de faire et s’installa brièvement au sobre bureau sur lequel reposaient certaines de ses affaires, pour écrire… Après une hésitation le jeune homme avait choisi ensuite d’aller dans la grande chambre, la trouvant plus spacieuse et confortable et prévoyant d’allumer le feu dans la cheminée. Celui-ci s’était éteint depuis le départ de la jeune femme. Il jeta un regard au lit, aux draps défaits, légèrement froissé, imagina la petite demoiselle qui s’y était probablement posée quelques instants pour se remettre de toutes ces épreuves. Quelque chose de chaud se répandit dans son corps à la pensée de celle-ci, un sourire attendri venant étirer ses lèvres alors qu’il avait presque l’impression de pouvoir la « voir » lovée entre les draps, ses longs cheveux d’or encadrant son visage comme une corolle soyeuse… Mais ses pensées devaient vouloir le torturer car il se mit à visualiser autre chose, les fantômes d’un passé pourtant pas si ancien que ça… Ces draps froissés lui rappelaient aussi leurs ébats… Et il eut l’impression de se voir, lui, assis sur bord du lit, la petite demoiselle, les bras noués autour de son cou, l’embrasser passionnément, à moitié nue contre lui. Malgré le désir ardent qui le traversa et lui rappela à quel point il n’était guère patient et surtout peu maitre de ses pulsions avec elle, il fut amusé de constater que même perverti, son esprit n’était pas aussi obsédé qu’il aurait pu le croire. Il détourna les yeux pour les tourner vers le feu qui commençait à craquer dans la cheminée, retirant rapidement sa main, de crainte de la brûlure… Une fois ceci fait il alla dans la salle de bains, bien plus grande que la sienne pour se délasser de la fatigue et des courbatures à venir de son entrainement.
Il resta longtemps sous le jet d’eau brûlant, frissonnant à plusieurs reprises de nouveau, frottant peut-être trop fort sa peau en se lavant, pour se débarrasser de bien plus que de la transpiration qui le recouvrait. Enfin, il sortit, se sécha très sommairement puis repartit dans la grande pièce en croyant avoir entendu un bruit. Mais il était seul… Il se rappela alors que ses affaires étaient dans l’autre chambre et grommela pour la forme. Mais ce n’était finalement que peu gênant, il n’y avait pas grand monde et il n’était pas pudique. Il espérait juste ne pas recroiser la « grande perche ». Avisant le canapé du regard et se souvenant de son confort il se dit qu’il pouvait bien s’y asseoir quelques minutes. Il en profita pour ouvrir le sachet qu’il avait rapporté dans la chambre, rempli de biscuits et en grignota un sans conviction et ce même s’il était délicieux. Etre assis, douché, un peu endormi par sa longue douche brûlante lui rappela sa fatigue et il décida de s’allonger un instant, juste un instant, fermer les yeux pour reposer son regard, un bref, très bref moment. A peine s’allongeait-il qu’il s’endormit, son corps essayant de le rappeler à l’ordre sur la fatigue, mauvaise, qui pesait sur lui.  

Pourtant, le jeune homme ne dormit pas bien longtemps, une bonne dizaine de minutes, pas davantage quand la porte s’ouvrit. Il était si fatigué, si profondément endormi qu’il n’entendit même pas Cassidy rentrer.

Tristan… n’avait vraiment pas fait exprès de s’endormir. Par contre pour ce qui était de sa tenue… En temps normal il n’aurait probablement porté qu’un boxer, un pantalon dans ses bons jours mais il n’aurait guère été davantage vêtu, aimant trop être torse nu, pas pour séduire et rappeler à la petite demoiselle comme il était facile de la tenter, oh non, même si c’était un effet secondaire intéressant… Simplement parce qu’il était beaucoup plus à l’aise ainsi…
Ce fut l’odeur de la demoiselle et le léger changement dans celui-ci à cause de son humeur changeante et plus coquine qui réveillèrent réellement le jeune homme, tout en douceur. Il ouvrit un oeil, la vit, sourit alors qu’elle se dirigeait vers la salle de bain et l’interpella doucement.
Il bailla, se frottant les yeux d’une manière adorable pour un si grand garçon et s’étira… ce qui était plus tentateur qu’adorable par contre. Quelques mots lui échappèrent, trop sincères… Il aurait tant voulu dormir contre elle, c’est vrai… Si en plus elle avait caressé ses cheveux comme elle le faisait si bien…
Elle répondit avec tellement de gêne à ses paroles que le sourire du jeune homme se fana sur son visage, beaucoup moins joyeux soudainement. Il jeta un oeil à la grande pendule, haussa les épaules.

Je me suis entrainé… J’ai dû dormir une dizaine de minutes, je suis rentré depuis peu…

Mais elle eut le courage de lui expliquer un peu sa gêne, d’expliquer son regard fuyant et ses gestes distants. Tristan, assis sur le canapé, haussa un sourcil et baissa les yeux sur son corps alors qu’il se redressait lentement, sans vraiment comprendre.
Il s’approcha d’elle, pas vraiment pour se pavaner en réalité, plus pour la rejoindre… Mais comme il avait tendu la main vers elle, pour la toucher, désirant tellement la prendre dans ses bras avant de suspendre son geste, craignant trop d’être repoussé, c’est vrai qu’il avait juste l’air de se mettre bien près d’elle pour que son regard périphérique ne puisse pas louper le bas de son buste et sa serviette beaucoup trop basse ! Sa voix n’aida pas… C’était un murmure qui faisait bien trop provocant, sûr de lui alors qu’il était plus intimidé qu’autre chose.

Ca n’avait pas l’air de te gêner avant…

Et c’était vrai… Avant, elle se rinçait l’oeil tout simplement et bien sans gêne parfois… Seulement il ne savait pas que même à ces moments-là, elle était un peu impressionnée, un peu amusée, un peu effrayée, de ce que la simple vue de cet homme pouvait réveiller chez elle.
La situation était encore un peu tendue alors il essaya de dédramatiser, essayant de plaisanter gentiment et là, c’est vrai, se pavanant sans gêne dans la pièce, marchant simplement de sa démarche de prédateur comme si de rien était, la taquinant, pour la dérider, pour qu’elle réplique, pour qu’ils se bagarrent gentiment, pour qu’elle sourie…

Je dirais même que tu te rinçais l’oeil… Et que tu n’appréciais pas plus que ça de me voir plus habillé… D’ailleurs j’ai remarqué ton goût aiguisé pour les tuniques cintrées qui…

Elle l’interrompit d’une excuse pas bête du tout alors que ses joues s’étaient progressivement colorées à mesure que le jeune homme lui rappelait avec un peu de trop de clarté quel regard elle jetait auparavant sur lui.
Néanmoins sa demande était efficace car le jeune homme s’arrêta aussitôt, la fixant, immobile.

… J’aimerais bien moi… mais je ne veux pas… enfin… je ne veux pas t’embêter. Si tu as besoin d’un peu… de temps toute seule, je peux rester à côté… et te laisser tranquille… Ca ne dépend que de toi…

C’était sincère… pourtant elle rougit encore plus, peut-être gênée d’avoir tout pouvoir, peut-être gênée surtout de comprendre qu’elle n’avait que deux possibilités: lui demander de rester dans l’autre chambre et donc le rejeter, encore un peu, ce qu’elle ne souhaitait pas, ne voulant pas le peiner… ou accepter, et avouer de cette manière qu’il lui manquait, qu’elle voulait être près de lui, ce n’était pas un aveu verbal, mais c’en était un disons… par l’action, non ? Tristan n’y pensa même pas, voulant simplement être gentil et attentionné, découvrant réellement ceci auprès de la jeune femme… Il s’approcha de quelques pas, sentit un frisson lui parcourir l’échine mais pas de froid ni de fatigue. Loin de là… Une envie violente s’insinua en lui, celle d’attraper cette demoiselle et ses rougissements craquants et de faire taire sa gêne sous la passion d’un long et palpitant baiser… Mais à cette seule pensée, son corps grondait d’impatience et de désirs inassouvis.
Elle lui échappa habilement en proposant de commencer à ramener des affaires et le jeune homme se figea, surpris, en bien, en très bien… Sans dire réellement qu’elle voulait qu’il revienne elle lui avait fait comprendre que c’était son choix. Un sourire rassuré étira les lèvres du garçon cette fois alors qu’il se rendait compte à cet instant à quel point il avait eu peur de sa réponse. Bête hein ? Même si elle ajouta quelques mots et en profita pour s’éclipser aussitôt il ne lui en voulut pas le moins du monde, bien au contraire. Et il ne lui en voulut pas du tout… Simplement car brusquement il se sentit lui-même très intimidé et vulnérable, plus du tout fanfaron. Il attrapa simplement sa clé qui était sur la table, derrière le paquet de biscuits et la lui tendit. Elle la récupéra rapidement et s’échappa aussitôt, pourtant, il avait frissonné à la caresse de ses doigts contre sa paume de main si chaude… Caresse toute involontaire… Nouveau frisson.

Elle était partie bien vite, oubliant tout aussi rapidement que le jeune homme… était bien obligé de la suivre pour déménager ses affaires… Elle sursauta en l’entendant, se retourna, par instinct probablement, rougit parce qu’il n’avait toujours que sa serviette et détourna aussitôt les yeux en bredouillant alors qu’il sourit légèrement mais ne releva pas.

Tu peux prendre ce qu’il y a sur le bureau si tu veux.

Il disait ça depuis la salle de bains, étant passé rapidement près d’elle puis ayant sorti quelques vêtements de son placard pour aller s’habiller, ayant la présence d’esprit de ne pas le faire dans la même pièce que celle dans laquelle elle se trouvait: bien aimable de sa part, non ?
Il s’habilla vite, revenant vêtu d’un pantalon lâche et d’une tunique… qui n’aurait pas dû exister. Il ne l’avait jamais mise devant elle celle-là. Et pour cause, elle n’était pas cintrée du tout ! Certes, elle laissait entendre que la carrure du jeune homme ne devait pas être désagréable à regarder mais cachait beaucoup trop le haut de son corps, un peu comme elle l’avait toujours fait, depuis quelques années, avec ses tuniques… Peut-être cherchait-il à ne plus la troubler… ou peut-être, plus subtile, cherchait-il à la punir, un peu… Il la rejoignit rapidement puis se figea en voyant le livre qu’elle tournait entre ses mains. Il ne semblait pourtant pas gêné, juste un peu moins expressif mais il avait eu l’air de l’être également dès qu’il s’était réveillé, comme si son entrainement et la méditation avaient calmé l’excessif adolescent en lui.
Il répondit calmement.

Depuis le dernier jour dans cette ville que nous avons visitée. Quelques jours…

Il se détourna lentement, prêt à rassembler ses vêtements et à lui proposer plutôt de porter ceci, plus léger avec sa jambe quant la demoiselle sembla se désintéresser du déménagement. Surpris, il la vit passer à côté de lui, le frôlant presque pour aller… s’asseoir sur le lit… Il ouvrit la bouche, un sourire aux lèvres, l’esprit plein de petites phrases taquines sur sa fatigue soudaine alors qu’ils n’avaient pas encore commencé mais la mine soucieuse de la demoiselle le poussa à s’abstenir. Elle resta silencieuse quelques instants et il choisit de ne pas lui mettre de pression en ne la regardant pas et en ne disant rien surtout. Quand elle commença à parler, il comprit que c’était le moment de discuter, vraiment de quelques points importants. Ses paroles… étaient lourdes, lourdes d’un questionnement bien plus lourd que ce qu’elle disait réellement. Car la réelle question derrière ces mots, n’était-elle pas: et si tu cesses de m’aimer ? Et si… tu oublies que tu m’aimes ? Des mots qu’elle ne pouvait pas réellement dire. Car ils étaient beaucoup trop forts, beaucoup trop pour leur fragilité actuelle. Il quitta l’armoire pour venir s’asseoir à un bon mètre d’elle, sur le lit, silencieux…puis parlant tout bas.

S’ils devaient partir… je pense qu’ils seraient déjà partis… ou qu’ils n’auraient jamais commencé. Ce qui est vraiment… « inutile » dans une espèce ne survit pas longtemps… Et si je devais oublier… je pense que ça aurait été le cas quand… enfin quand tu es partie de notre village…

Il se tut, détournant les yeux, les joues légèrement rougissantes tout à coup, avouant, brièvement, sans le vouloir, que ses sentiments avaient commencé bien avant leurs retrouvailles à Frihold…

Et… je pense que ce n’est pas sans raison non plus… que je me souviens de parties de notre passé commun… On dirait que je me « rappelle » bien plus que je n’oublie…

La gorge nouée, il n’osait plus la regarder même si l’envie ne manquait pas… Même avec ce malaise, cette gêne toute neuve entre eux, il aimait la regarder… Elle ne répliqua pas tout de suite puis parla d’autre chose, des dragons.
Il ne répondit pas quand elle parla de « lui faire du mal » et elle poursuivit en faisant une hypothèse, et s’ils l’empêchaient de retourner auprès des humains, sous-entendu auprès d’elle évidemment. Il ne répondit pas non plus, pas immédiatement… Elle tourna cette fois légèrement les yeux vers lui, ayant l’impression de le voir trembler, d’un coup d’oeil rapide. Il tremblait effectivement, une main plaquée sur le visage avant de partir dans un rire léger, pas un fou-rire mais un amusement certain, hoquetant légèrement.

Ahahah, une… une seconde… je ne me moque pas de toi, ni de ce que tu dis… ahahahahha, c’est juste…

Il se mordit la langue très fort pour se calmer puis souffla profondément et se tourna vers elle. Elle ne le regardait pas, rougissant encore plus, peut-être blessée et vexée par son attitude. Pourtant il calma doucement ses pensées.

Excuse-moi… C’est l’idée de ce que tu me disais qui m’a fait rire… Cassy… Je ne crois pas qu’ils puissent me faire beaucoup plus de mal que ce qu’ils ont déjà fait… J’ai été entrainé par les plus durs, les plus cruels, les plus endurcis et avec ma grande gueule j’ai juste réussi à les rendre encore plus sévères. J’en avais besoin je pense… Enfin… Ca m’a énormément endurci. Alors forcément… Je n’ai pas peur de quelques éventuelles leçons que certains voudraient me donner…Et puis… pour être honnête peu s’y risqueraient sérieusement aujourd’hui. Je sais que je n’en ai pas spécialement l’air. Tu ne m’as pas vu sous mes meilleurs jours en tant que combattant mais j’ai la peau dure et je suis  bien plus costaud que je n’en ai l’air… Quant à m’enfermer ou me retenir… Pour ça non plus je ne pense pas que beaucoup s’y risqueraient, même si c’est pour d’autres raisons… Ne sois pas inquiète pour moi… Pas pour ça… C’est… mon problème et c’est à moi de le gérer, d’une manière ou d’une autre. De toute façon, je suis déjà bien assez bizarre aux yeux de la plupart pour ne pas le devenir un peu plus… Et puis… surtout… ce ne sont pas quelques « bons penseurs » qui m’empêcheraient d’être près de toi.

S’il avait l’air très sûr de lui, encore un peu amusé, il détourna pudiquement les yeux sur la fin.
Ils restèrent silencieux et à cause de ce silence, alors qu’il ne savait pas si ses paroles avaient convaincues ou non la jeune femme il se leva en arguant que le déménagement n’allait décidément pas bien vite. Ils s’occupèrent donc sérieusement de transférer les affaires du jeune homme dans l’autre chambre. Il ne dit rien pour sa chambre. Même s’il aurait préféré qu’elle se ménage elle était assez grande pour savoir si elle avait mal ou non et une fois de plus il n’avait aucune intention de gouverner sa vie et ses gestes.
Il descendit rendre la clé à l’aubergiste et en remontant trouva la jeune femme entrain d’empiler les livres sur la table basse, à moitié avachie sur le canapé. Il se figea et s’écria un peu trop fort.

N… Non ! Attends pas celui….

Trop tard, elle l’avait ouvert… Plus d’un geste automatique qu’autre chose. Ce n’était pas un livre mais un carnet qui semblait… tout neuf et qu’il n’avait pas encore deux jours plus tôt. Peut-être était-ce son instinct qui l’avait guidée. Le brusque éclat de voix du jeune homme forcément, ne passait pas inaperçu, tout comme la couleur qui s’était emparée de ses pommettes. C’est qu’il était quand même sacrément mignon quand il rougissait…
Sur le carnet pourtant, il n’y avait pas grand chose, la première page était vierge, seule la deuxième comportait quelques mots dans une écriture aussi carrée que ses manières, quelques mots si peu nombreux. Une date, un mot...

« perche » ou « grande perche » et une définition approximative: « désigne une femme au comportement déplacé et ambigu pouvant signifier un manque d’honnêteté et de fidélité. Terme utilisé par les femmes (? uniquement ?) pour désigner une rivale (? apparemment…) avec laquelle une relation de tromperie pourrait avoir été commencée. Utilisé pour Lindsay par Cassy => IMPORTANT => éclaircir la situation ! Mot très péjoratif ! »

Il avait pris note de son commentaire… Il avait appris de ses erreurs. Et pour ne pas l’oublier il l’avait écrit… Pour elle… Pour ne plus la blesser en ne comprenant pas… Elle s’était demandée si ça ne risquait pas d’arriver de nouveau, ces quiproquos. Apparemment le garçon aussi y avait pensé et cherchait… à l’éviter. A sa manière. Il était tout rouge, se passant une main dans la nuque, gêné.

Je ne savais pas comment bien l’expliquer… ma…mais j’ai compris hein… Je ne voulais pas te refaire du mal en ne comprenant pas si tu redisais un jour ce mot et surtout si mon attitude pouvait te laisser croire que… enfin qu’une fille pouvait me faire détourner les yeux de toi. C… Ca va avec ce livre en fait… tout en dessous… de la pile… C’est… une espèce de dictionnaire des expressions. Je… je viens de l’acheter… je… enfin… tu sais…d… des fois je comprends très bien, je peux jouer avec les mots moi aussi. Et d’autres fois, je ne comprends pas du tout. Je ne pourrais même pas t’expliquer cette espèce de fluctuation… Je sais bien que ça doit me desservir et je suis conscient d’avoir été pas mal méprisé et insulté par ce biais plusieurs fois, à cause de mon apparence de Drakkari. Mais à vrai dire je m’en fiche pas mal… Je sais ce que je vaux. Seulement… Si… si je peux te blesser en faisant des bêtises avec ça… alors ça doit changer et je vais apprendre… C… c’est tout…

Il détourna de nouveau pudiquement les yeux. Finalement… pas si inattentif que ça ce grand jeune homme. Elle ne répondit pas, reposant simplement le carnet, regardant peut-être le dictionnaire, mais ça il ne pouvait pas le savoir puisqu’il était soudain très intéressé par le ciel qui s’obscurcissait par delà la fenêtre. Peut-être sourit-elle de cette attention… Impossible de le savoir. Quand il retourna les yeux vers elle, elle s’était mieux installée dans le canapé et il la rejoignit timidement. Avec trop d’hésitation il s’installa près d’elle puis passa avec moult précaution un bras autour d’elle. Elle se laissa un peu aller contre lui et il soupira de soulagement, presque silencieux avant d’imprimer une légère caresse sur l’un de ses bras, restant particulièrement sage, savourant ce contact pourtant si simple et si… « prudent ».

Alors que le jeune homme lui-même était plutôt rassuré que la demoiselle le laisse approcher ainsi il ne se doutait pas qu’elle ruminait sec ses pensées et cherchait, en réalité, une manière de répondre à sa timide demande. Tristan, assez apaisé, avait fermé les yeux, continuant sa caresse sur l’épaule de la demoiselle sans rien tenter d’autre alors qu’elle avait la tête appuyée contre son torse. Elle interrompit cependant rapidement cet instant en voulant aller manger. Le jeune homme retira lentement son bras, répondant calmement qu’il avait réservé dans un restaurant, sa voix ne laissant transparaitre aucune gêne, aucun trouble.
Chacun alla passer une tenue plus adéquate, Tristan laissant galamment la salle de bains à la demoiselle. Il ne s’attendait pourtant pas à la voir revenir vêtue d’une robe n’ayant pas fait le curieux quant à la tenue qu’elle se choisissait dans l’armoire et ne cherchant nullement à l’influencer en quoi que ce soit. Quand elle le rejoignit, il était appuyé nonchalamment contre le rebord de la fenêtre et observait l’extérieur, le feu de la cheminée jetant des ombres sur son visage en accrochant ses étranges marques. Il l’entendit, se retourna, se figea et déglutit difficilement. De nouveau, il rosit très légèrement avant de la rejoindre et de s’incliner galamment devant elle, courbant la tête.

T… Tu es très belle…

Oui, elle lui avait un peu court-circuité le cerveau… Car forcément, mise un peu plus à son avantage avec cette tenue, elle était belle, vraiment belle, même si la tenue en question restait sage et il était surpris de la vive émotion qu’elle allumait chez lui ainsi, simplement ainsi.
Il n’était pas mal non plus pour sa part et avait troqué ses vêtements qui lui faisaient si peu honneur contre un pantalon sombre suivant le contour de ses jambes sans les coller et une tunique cintrée au col en V muni de lacets d’un gris sombre argenté.
Ils finirent par partir manger et le jeune homme lui ôta galamment son manteau, lui tirant également sa chaise quand ils furent à leur table, lui et ses bonnes manières.
Les autres tables étaient relativement animées mais la leur était quasiment silencieuse. S’il essaya à plusieurs reprises de dérider la si secrète et renfermée jeune femme, il n’arriva malheureusement pas à grand chose et ils passèrent quelques instants dans un silence gênant à manger. Angoissé par le silence, Tristan finit par parler doucement de la magie qui émanait d’elle, celle qu’il avait vu, sombre, qui entourait la jeune femme mais celle aussi si pure, qui l’avait aidé à se remettre… Et là, à sa grande surprise, elle ne se mit pas à fuir, une énième fois, le sujet, bien au contraire. Elle en connaissait quand même un rayon, du moins sur la normalité. Tristan l’écouta en silence, la laissant parler, sans l’interrompre, caressant sa main du bout des doigts quand elle se crispa. Et puis il avança calmement une simple idée:

Tu es peut-être tout simplement… différente… Si ce monde m’a appris quelque chose c’est que nous sommes loin de connaitre les limites et les possibilités de la magie et que bien des choses impossibles ne le sont pas en réalité grâce à elle. Je comprends ce que tu dis, j’en avais déjà entendu parler… Mais… les émotions fortes chamboulent tout le monde, même ceux qui maitrisent leur don… Combien de foi a-t-on vu dans les journaux des mini-catastrophes déclenchées par les dons de certaines personnes qui les contrôlent pourtant très bien suite à un évènement marquant ? C’est… normal je pense. Seulement il est clair que toi tu ne t’en pensais pas capable et surtout que… tu es plus puissante que ce que tu imaginais… Parce que j’avoue que c’était un sacré éboulement. Ne penses-tu pas qu’il pourrait être utile d’apprendre auprès d’un maitre ? De ce que je ressens moi tu as un sacré potentiel, ça ne peut pas laisser indifférent.

Elle répliqua, catégorique, mais il s’y attendait, tentant tout de même le coup… au cas où elle aurait changé d’avis. Il hocha patiemment la tête puis la dévisagea quand elle fit ce semi-aveu sur la distance et le temps de séparation. Surpris que cette idée rebute tant la petite demoiselle il ne put s’empêcher de sourire, son coeur s’emballant sous l’euphorie de l’espoir cru et simple qui l’avait envahi. Elle ne voulait pas être séparée de lui ? Bon comme elle s’étouffait il vint l’aider mais c’était assez malvenu que de sourire alors que la demoiselle était si gênée…
Mais il en allait tout de même de son avenir et… il ne se rappelait que trop bien des paroles de Marilyn. Cassidy… n’avait pas pu réaliser son rêve.

Ne pourraient-ils pas faire une exception ? Tu es adulte, ça doit quand même changer la donne, non ?

Elle répliqua, il hocha la tête, comprenant que le sujet devenait glissant, se contentant de quelques mots pour la faire réfléchir un peu.

Les livres t’apprendront beaucoup oui… Mais l’expérience réelle joue encore plus. Et pourrait te faire gagner énormément de temps. Ca peut valoir le coup d’y penser et de chercher… peut-être que quelqu’un accepterait… Après tout tu ne commences pas non plus au niveau d’un tout jeune apprenti… De ce que j’en sais, certains passent parfois deux ans sans pouvoir réussir à exprimer réellement leur magie, se contentant de la théorie et des gestes et postures… Je voudrais juste que tu y penses un petit peu… Je sais que tu as souffert du rejet de ces crétins… mais la magie est finalement là… Si tu as envie de la travailler, même juste avec des livres, je serai là en tous les cas…

Il fit un sourire malicieux. Ils discutèrent encore un moment et il remarqua bien l’évolution incroyable de la demoiselle qui si peu de temps auparavant refusait catégoriquement de parler de magie. Mais effectivement, c’était un sujet bien plus simple que celui de leur avenir…
Finalement il se leva lentement et lui fit un de ses sourires craquants.

Je reviens, je vais chercher les desserts au buffet. Il ne manquerait plus qu’on te pique ta part de gâteau au chocolat.

Il lui fit un clin d’oeil et s’éloigna tranquillement.
Le jeune homme était très concentré sur le buffet, tentant apparemment de soigner énormément la présentation de l’assiette de la petite demoiselle, tout occupé à mettre plusieurs types de petits gâteau, une énorme part d’un fondant au chocolat. Il encadrait d’ailleurs celle-ci d’un filet de coulis de framboise, tirant très légèrement la langue sous la concentration quand enfin il remarqua le groupe de filles qui s’était approché de lui et commençait clairement… à lui faire du gringue. Un peu surpris et ne les connaissant pas puisque le garçon n’avait réellement croisé que Lindsay et n’était même pas certain de pouvoir la reconnaitre il leur fit un sourire poli qui se crispa de plus en plus alors qu’elles se faisaient un peu trop « proches ».
Habile, le garçon faisait mine de rien en continuant de se servir, comme si elles étaient en train de lui parler de la pluie et du beau temps alors qu’il avait parfaitement compris qu’il leur faisait un petit effet… Et si c’était particulièrement flatteur il préférait éviter de laisser entendre, d’une manière ou d’une autre qu’il pouvait être intéressé par une autre fille, puisqu’apparemment Cassidy l’avait un peu trop cru… Beaucoup trop poli et surtout sincèrement démuni le jeune homme se rendait compte qu’il avait toujours eu une excellente répartie pour répondre à ce type d’invitation, pour se faire désirable et trop séduisant… mais ignorait bien comment on repoussait sincèrement une demoiselle, sans paraitre effronté, pédant et ingrat, sans faire de peine mais en affirmant sa décision et ses choix. C’était assez complexe… Et puis elles l’encadraient en plus, lui coupant la fuite… Alors quand Cassidy vint les rejoindre, il fut grandement soulagé et reconnaissant, s’attendant au trait houleux de caractère de la jeune femme et comptant largement dessus pour s’en sortir.
Sauf qu’à sa grande surprise elle demeura muette. Pourtant une des demoiselles s’était emparé du bras du jeune homme en « trébuchant » et le serrait un peu trop contre son imposante poitrine, ce qui avait bien assez paralysé le garçon comme ça. Elle avait pourtant l’air en colère mais elle ne disait rien, même sous les provocations des filles. Tristan resta bouche bée, totalement pris au dépourvu. Elle lui avait bien assez montré son caractère enflammé pour que ce trait tout effacé et renonciateur l’inquiète sérieusement ! Et lui laisse à penser qu’il l’avait décidément… complètement cassée avec toutes ses erreurs !!!!
Elle prononça finalement quelques mots pour lui, juste pour lui, qui nouèrent la gorge du jeune homme qui avait tellement envie de dire que oui oui, il y avait un problème, un énorme problème, au secours, qu’elle le protège de ces filles !!!! Mais il était muet lui aussi et se contenta donc de la regarder s’éloigner impuissant, peiné, ne la quittant pas des yeux.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 8 Mai - 20:31

Il dut donc s’en sortir seul et il eut bien du mal à reprendre contenance. Pourtant il avait l’air tellement assuré, ce qui n’était évidemment pas le cas, quand il fit un sourire charmeur aux demoiselles, les remercia pour leur délicate attention et leur charmante proposition avant d’ajouter qu’il n’était tout simplement pas intéressé et avait bien plus charmante compagnie trop délaissée et qu’il comptait donc rejoindre de ce pas. De quoi charmer et vexer certaines peut-être. En tous les cas il rejoignit rapidement Cassidy, ne fit aucun commentaire et pour sa part n’étant pas aussi fan du sucré qu’elle, lui laissa avec plaisir plus de la moitié de sa propre part de gâteau, préférant celui aux fruits à côté. Ils ne parlèrent plus, se contentant de manger en silence, semblant savourer leur dessert, ressassant davantage leurs pensées sur ce qui venait de se passer. 
Rapidement, Tristan alla régler la note et ils rentrèrent, il préférait éviter de recroiser ces filles. La température avait grandement chuté à cause de la tempête, le soleil n’avait que peu réussi à réchauffer la neige dans l’après-midi. La distance s’était de nouveau installée entre eux, cruelle et insidieuse, à cause du malaise. Le petit paquet de Ninna n’avait pas été ouvert et Tristan y trouva l’excuse idéale.

Je vois que tu n’as pas bien suivi les recommandations de Ninna, elle va me gronder !… Je pourrais te faire un massage avec les baumes si tu veux bien… ça aidera pour tes bleus et… tes probables courbatures… Si… tu veux.

Il la vit reculer et se prépara au refus. Pourtant, à sa grande surprise elle accepta avant de s’éclipser pour se changer. Il s’attendait à la voir revenir en sous-vêtements mais elle revint en fait… enrubannée dans une grande serviette. Il pouffa de rire, surtout à cause de son regard fuyant. Allons bon, elle faisait la pudique avec lui ? Elle oubliait un peu vite qu’elle n’avait plus grand chose à lui cacher… Il le lui fit d’ailleurs gentiment remarquer alors qu’elle le rejoignait, parlant d’une voix douce.

Tu sais cassy… ça va être compliqué pour te masser si tu te caches derrière ta serviette… en tous les cas pour les baumes… ton corps en a plus besoin que la serviette je pense. Et puis… tu n’as plus grand chose à me cacher… physiquement… Tu ne crois pas ? Je connais plutôt… bien ton corps…

Elle se mit à marmonner, détournant les yeux du sourire mutin du jeune homme. Il avait surtout voulu détendre l’atmosphère mais il comprit vite que son côté pudique était… assez sérieux. Il ne dit donc rien de plus mais fut quelque peu rassuré de voir que si elle ne portait ni bandage ni soutien-gorge, elle avait heureusement gardé une culotte. Non parce qu’il était gentleman hein, galant et il avait de bonnes manières mais il avait aussi des limites, très marquées d’ailleurs quand il s’agissait d’elle et… quelques difficultés à lui résister.
Il se mit bien vite à l’ouvrage, ses mains commençant rapidement à glisser sur le corps de la jeune femme, son dos, mais aussi ses jambes qui étaient tout aussi marquées de bleus. Il ne passa néanmoins que peu de temps sur ces dernières même si c’était amplement suffisant. Déjà parce qu’il avait tendance à remonter un peu trop lentement sur l’arrière et l’intérieur de ses cuisses ce qui était une caresse un peu trop… tentatrice pour lui, ensuite parce qu’elle avait bien plus de marques sur le dos et les bras. Il passa donc un long moment dessus. Mais par intérêt et soin particulier pour la jeune femme, trop vite, le soin s’était réellement transformé en massage peut-être un peu trop sensuel. Avec ses grandes mains brûlantes, ses gestes lents des ses paumes puissantes appuyant sur sa peau et ses muscles alors que ses doigts l’effleuraient juste d’un frisson électrique, il jouait un jeu dangereux. Pourtant c’était assez involontaire. Ou presque… Il se délectait de la sensation de sa peau sous la sienne, même seulement de ses mains, de celle de son corps proche du sien, c’était bon, doux… Faisait-il exprès d’être un vil tentateur ? Pas réellement… Son corps agissait pour lui, avec tout l’intérêt qu’il lui portait et le manque qui se faisait trop présent et ce même si jamais il n’avait eu de geste déplacé ni impatient envers elle.

Pourtant, à chaque fois que le bout des doigts du garçon effleurait la naissance de la poitrine de la jeune femme ou sa chute de reins, s’aventurant c’est vrai, un peu bas, glissant sur les muscles de ses hanches, un frisson électrique passait dans sa colonne vertébral. Il ne faisait pas trembler ses mains mais rendait créatif son esprit, ça ce n’était pas peu dire !
Il parvint pourtant à contrôler sa voix, douce, et chuchotante, bien conscient qu’il était quand même censé l’aider à se détendre même s’il ne faisait pas que ça finalement…

Tu peux te retourner s’il te plait ?

Elle obéit et il détourna sagement les yeux le temps qu’elle se retourne et couvre sa poitrine de la serviette. Il fut heureux qu’elle garde les yeux fermés et ne puisse pas voir la dilatation de ses pupilles alors qu’il cherchait à calmer ses pulsions. Calmement il reprit son massage, se concentrant sur ses bras pour faire le vide en lui et maitriser son corps et son esprit. Rapidement cependant il fit glisser ses mains sur ses épaules, effleurant son cou, jusqu’à la frontière interdite de sa serviette. Sagement, ne tentant rien il descendit ses mains sur ses côtes pour dénouer les muscles et les nerfs puis sur son ventre et le gros bleu qu’elle avait près du nombril, sur les os hauts de son bassin et le léger décalage que ses gestes doux rétablirent à la normale bien vite. Il avait remonté lentement les mains sur son ventre quand brusquement elle l’arrêta dans son geste. Il s’immobilisa aussitôt, relevant les yeux, voulant évidemment se justifier et affirmer qu’il n’avait aucune intention de passer sous sa serviette, et ce même s’il en crevait d’envie. Bon ça il ne l’aurait évidemment pas dit mais l’idée était là. Cependant avant qu’il n’ait le temps d’ouvrir la bouche elle s’était redressée, avait lâché une de ses mains pour crocheter sa nuque et ainsi se tenir à lui et l’avait embrassé sans même lui laisser le temps d’aligner deux pensées. Sauf que les mains du jeune homme étaient toujours sur ses côtes basses, sous sa poitrine et qu’il sentit parfaitement la serviette glisser sur ses mains, témoin incontestable que la vue devait être des plus imprenables ! Il ne vit rien mais devina sans mal alors que l’autre main de la demoiselle serrait fort son poignet. Elle approfondit le baiser, le laissant totalement abasourdi, lui qui était loin d’espérer un contact aussi… sérieux après la distance de la jeune femme.

Mmmmhhhhh

Il s’étouffa à moitié, oubliant de respirer alors qu’il rendait les armes face à la volupté de son baiser. Elle avait relâché sa main et sa nuque et déjà, délaissé ses lèvres pour glisser les siennes contre la peau de sa gorge et le faire gémir sous un suçon alors que ses mains délaçaient bien vite les lacets de sa tunique. Abasourdi, Tristan peinait à suivre. C’est qu’elle lui avait un peu grillé le cerveau là ! Et surtout… elle avait enflammé vite, trop vite, bien trop vite, ses sens, ses reins et ses pulsions. Il sentit la violence et l’impatience du dragon en lui hurler la passion du désir et la promesse de l’extase. Il dut se mordre la langue pour se calmer alors que la demoiselle avait déjà glissé l’une de ses mains sous sa tunique, caressant ses abdominaux tant éprouvé dans l’après-midi.

A…A…Attends Cassy, je…

Dragon pas content ! Pas content du tout même de se faire arrêter en si bon chemin ! C’est qu’il avait des exigences le puissant prédateur, un appétit féroce et était beaucoup trop resté sur sa faim dernièrement, alors les petites préoccupations sages de ce côté gentleman l’énervaient pas mal. Elle fit cesser ses mots d’un baiser d’autant plus ardent qui fit gémir le garçon contre ses lèvres. Ses pupilles se dilatèrent alors que sa peau frissonnait du désir insatiable qu’il sentait autant en lui que chez la demoiselle trop « brusque » soudainement. Il parvint pourtant de nouveau à saisir ses mains et l’arrêter dans son geste mais seulement pour lui lancer un regard brûlant et se décaler légèrement. Ah oui, il y avait ça aussi… le talent indéniable du garçon pour se déshabiller de la manière la plus sensuelle qui soit ! Et pour cause il ôta lentement sa tunique pour se retrouver torse nu devant elle mais non pas s’en avoir procédé d’une manière pour le moins tentatrice. Malgré son impatience et le regard embrumé de la demoiselle qui laissait sous-entendre le manque de contrôle qu’elle avait sur elle-même, Cassidy était restée sagement immobile, profitant du spectacle. Surtout que constatant l’inégalité entre eux, le garçon s’était relevé pour se débarrasser de son pantalon, restant cependant en boxer et profitant c’est vrai, très très honteusement du moment pour se rincer l’oeil sur la petite demoiselle… C’est qu’elle s’était redressée à genoux sur le lit et là s’appuyait légèrement sur ses bras en le fixant, consciente ou inconsciente de sa position tout aussi tentatrice et de la sublime mise en avant de sa poitrine. Ca… elle le faisait probablement exprès.
Tristan la rejoignit rapidement sur le lit, les sens embrumés par le désir vivace qu’elle avait éveillé trop, bien trop facilement chez lui.

Cassy…

Elle le fit taire en se pendant à son cou pour l’embrasser et parvint de nouveau à le faire gémir sous son baiser… Mais passé l’instant de surprise et surtout espérant beaucoup trop que ce moment intense, simple, dans lequel ils excellaient tant l’un comme l’autre, ferait disparaitre le malaise entre eux, Tristan répondit à son baiser, avec les intérêts… avant de la faire doucement basculer sur le lit pour se mettre à quatre pattes au dessus d’elle et glisser lentement ses mains sur son corps sublime, ses lèvres venant caresser la peau de sa gorge dans des baisers sensuels mais tellement, bien trop… lents. C’est que le demoiseau savait s’y prendre en préliminaires, il l’avait bien montré. Sauf que ce n’était apparemment pas au goût de sa compagne, pas cette fois tout du moins. Avec une force insoupçonnée elle le fit basculer et se retrouva très vite, trop vite, au dessus de lui, lui mordillant une oreille, soufflant des mots crus à son oreille, des mots faits d’impatience et de désir, qui se passaient de préliminaires ou plutôt qui exigeaient de s’en passer. Pris au dépourvu malgré le désir qui le rendait un peu débile, Tristan sourit comme un idiot… Même s’il adorait ces instants tendres et câlins, tentateurs, il devait avouer, s’il était honnête, que la demoiselle n’en avait nullement besoin à cet instant, le prouvait son souffle court, ses caresses hachées, trop impatientes qui se glissaient vers son boxer pour l’en débarrasser et les gémissements d’impatience pure qui frémissaient au bord des lèvres de la jeune femme. A force de reculer, de ce malaise, de cette distance, ils avaient oublié le feu dévorant qui les poussait l’un vers l’autre, qu’ils n’avaient jamais ressentis pour quiconque. Il n’y avait pas que leurs sentiments… il y avait le sexe aussi, ça avait été immédiatement extraordinaire et leurs corps voulaient le leur rappeler… Lui non plus n’avait pas besoin de préliminaires, certainement pas vu comme son baiser l’avait immédiatement fait bander, un seul baiser… Lui qui se contrôlait si bien, avant elle, pour toutes sauf elles. Mais il avait quand même peur d’aller trop vite, de lui faire mal en ne l’aidant pas à se préparer suffisamment, toujours ce problème de gabarit… Mauvaise idée de réfléchir, mauvaise idée d’hésiter… car elle prit totalement les commandes et il ne sut pas trop à quel moment, comment, s’il avait agi ou non mais très vite ils furent nus l’un contre l’autre ou plutôt elle au dessus de lui. Elle le fit de nouveau basculer avec une telle ardeur qu’il en tomba du lit, elle avec lui évidemment. Le sol n’était pas bien bas par rapport au lit, il ne se fit pas mal, mais sa réception lui donna seulement tout loisir de constater la moiteur des cuisses de la demoiselle tout à fait prête pour lui avant que celle-ci, non contente de lui scier les jambes et la raison, ne le soumette totalement à sa volonté. Il hoqueta de surprise alors que sans la moindre hésitation elle saisissait l’objet de sa convoitise et s’empalait dessus avec une énergie pour le moins redoutable.
Un même gémissement les embarqua dans l’extase si forte de ce simple début, comme à chaque fois… Seulement cette imbrication parfaite, simplement cela provoquait déjà plus de plaisir que bien des partenaires en des folles parties d’ébats. Cela les arrêta, un instant, bref et démolit les barrières et la prudence du jeune homme. Rassuré, rasséréné il gémit le surnom de la jeune femme et s’abandonna à leur étreinte.


On avait enchainé… Les positions, les jeux de dominant-dominé, de provocation et de tentation. Je ne sais pas comment ça a commencé au juste, probablement à cause de mon massage, pourtant je n’avais pas voulu que ça se passe ainsi. Enfin si pour être honnête, j’avais envie d’elle, terriblement… mais elle avait totalement perdu les pédales. Jamais je ne l’aurais poussée ainsi à faire l’amour de cette manière, aussi brutale et bestiale, de peur de la blesser, de peur de la violenter alors que je ne voulais lui apporter que douceur et tendresse, mais avec passion hein ! Parce que c’était ainsi que nous avions procédé, brutalement, bestialement… Elle s’était jetée sur moi avec une énergie incroyable et même si j’avais vaguement essayé de résister un peu parce que je ne voulais pas qu’elle le fasse pour me faire plaisir ou pire sans avoir tout le plaisir que je souhaitais toujours lui apporter, j’avais bien dû me rendre à l’évidence. Elle était aussi si ce n’est plus excitée que moi… bien plus en fait. Etait-ce moi qui lui avait retiré sa culotte ? Je ne sais plus… J’avais à moitié perdu l’esprit dans le désir et ses tentations, peut-être que nous avions besoin de cette intensité pour nous mesurer l’un à l’autre et moi pour comprendre que même avec brusquerie, tant qu’elle me voulait, je ne la blesserais pas. Quand nous n’avions fait qu’un, j’avais compris pourtant, ce qu’elle attendait de moi, à la chevauchée tempétueuse qu’elle avait décidé de mener, qu’elle voulait de moi un partenaire passionné, plus impitoyable et exigeant que tendre et patient. C’était loin de me déplaire. Ce nouveau jeu me plaisait bien même si j’aimais tout autant l’ancien et j’avais accompagné ses gestes heurtés des miens. Ca avait été bestial, comme si nous avions trop attendu, comme des amants maudits trop longtemps séparés, comme si nos corps ne pouvaient pas rester si proches tout en se refusant l’un à l’autre si longtemps. Je m’étais perdu dans la volupté de ses gémissements, ses cris et ses demandes virulentes. Ses simples gémissements me rendaient si heureux, si fier et décuplaient mon propre plaisir à un point inimaginable. Je lui avais été soumis, obéissant alors que j’étais pourtant tout aussi exigeant qu’elle. J’avais oublié jusqu’à mon nom dans notre jeu parfois brutal. Je n’avais pas eu le temps d’activer le cube qui isolait la pièce et nos deux corps frémissant et à vrai dire je m’en fichais, j’étais même ravi en fait… Ravi de faire mentir ceux qui avaient cru que nous n’étions pas ensemble à cause de notre dispute. Je voulais que Lindsay l’entende, qu’elle nous entende, à notre bonheur et notre extase, qu’elle entende cette preuve que je n’appartenais qu’à cette femme, moi le dragon, d’une seule… Nous allions probablement avoir une ou deux remarques du patron et de quelques occupants impressionnés par notre endurance mais je m’en fichais, je l’espérais un peu même, j’espérais voir son regard à la fois fier et gêné, la timidité dans ses sublimes yeux sombres se disputer à la joie de prouver que nous pouvions nous compléter. Je n’y avais pas pensé, pas sur le coup, juste après. Il n’y avait qu’elle… que nous.
A un moment je l’avais plaquée si violemment contre un mur que si nous n’avions pas été perdu dans notre extase mutuelle j’aurais craint de l’avoir blessée. Je n’avais pas eu peur de lui faire mal cette fois, c’était bon, libérateur… Le claquement de nos chairs, l’une contre l’autre, semblait encore résonner dans la pièce quand j’avais ouvert les yeux ce matin-là.


La nuit avait été courte, sommaire. Je sentais encore sur mon corps les griffures profondes de ses ongles sur ma peau, de ses dents qui m’avaient mordu au sang, comme je savais qu’à ses bleus étaient venues s’ajouter des marques rosées sur sa peau blanche de la pression de mes mains sur son corps parfait… Ca avait été intense, vraiment intense… C’était toujours intense, mais je ne lui connaissais pas encore cette face brutale, presque violente. C’était bien aussi… Parfois j’avais dominé, parfois c’était elle. Tant de femmes sont rapidement épuisées en chevauchant un homme, même avec sa cheville blessée elle faisait mentir tous les pronostics. Pendant combien de temps avions-nous fait l’amour ? Je ne sais pas… Les orgasmes, nous les avions enchainés, avec eux la plénitude de la perfection ressentie uniquement avec cet autre complémentaire… La dernière fois, nous étions tellement épuisés que ça avait été beaucoup plus doux et lent. J’avais senti son besoin, comme le mien était toujours là, mais sa fatigue trop présente aussi et j’avais mené, simplement, dominant mais tellement soumis à la moindre inflexion de ses soupirs. Nous étions sur le tapis. Je l’avais prise dans mes bras alors qu’elle nouait ses jambes autour de moi pour nous faire glisser dans le lit et finir tendrement ensemble dans un endroit plus confortable qui pourrait emporter avec notre extase notre conscience et notre éveil. Je ne compte pas le nombre d’orgasmes que j’ai eus avec elle une fois de plus… Comment une femme peut être aussi incroyable au juste ? Je nous avais doucement retourné alors que nous haletions faiblement, essayant de reprendre notre souffle, pour qu’elle se retrouve au dessus de moi. Je crois qu’elle avait cru que j’en voulais encore… J’en voudrais toujours encore mais c’était bien assez… depuis des heures ! J’avais vu un instant dans son regard la lueur trop présente de la fatigue malgré l’envie de me plaire que j’avais cru ressentir chez elle. Je l’avais embrassée en relevant la tête avant de l’entourer de mes bras pour l’inciter à simplement se reposer sur moi, contre moi. C’était ce que je voulais en nous retournant ainsi, sentir le poids de son corps contre moi, tout entier, nos peaux électrifiées par l’autre rester ainsi emmêlées avec nos sens et notre bonheur.
Elle s’était endormie entre mes bras, sous mes caresses car une fois de plus j’avais refusé de m’endormir, malgré la fatigue, tant que je ne l’aurais pas câlinée longuement…


Il était encore tôt… Le soleil peinait à entrer dans la pièce. Cassidy dormait paisiblement contre moi, un bras et une jambe possessivement passés autour de moi: j’adorais ça… Cette impression que je lui appartenais me plaisait… énormément…
J’avais peu dormi et pourtant je me sentais plein d’une énergie nouvelle et d’une euphorie totalement débile ! Honnêtement ce n’était pas du tout ce que j’avais prévu pour cette nuit-là, même si j’espérais assez que nous en viendrions à faire l’amour je n’imaginais pas ce jeu bestial de domination et j’espérais avoir été celui qu’elle voulait, intense, mais attentif au moindre de ses frémissements répulsifs. Je ne voulais pas lui rappeler les monstres de son passé, jamais… Je ne lui imposerais jamais ça… jamais…
J’inclinais légèrement la tête pour la regarder. Dans son sommeil, il n’y avait plus la gène et le malaise, ni le poids des jours passés douloureux, il y avait la douceur et la tendresse et l’apaisement. Elle faisait si apaisée, petit ange endormi. Je me mis à caresser religieusement, du bout des doigts sa peau, à la naissance de ses cheveux près de ses tempes. Elle gémit dans son sommeil, sa main sur mon torse se serrant et se desserrant dans l’histoire de ses rêves.
Je pris tout mon temps pour me dégager en silence et centimètre par centimètre d’elle, veillant sur sa respiration pour ne surtout pas la réveiller. Un coup d’oeil à la pièce m’apprit que nous avions encore causé un petit désordre apocalyptique, ça me fit sourire même si les souvenirs revinrent et m’apportèrent la preuve… physique… que j’étais déjà prêt à recommencer. Fichu corps doté d’une endurance à toute épreuve. Je pris quelques minutes pour respirer calmement, méditer et me calmer puis je m’habillais et sortis en silence de notre chambre. Je descendis nous préparer un lourd plateau, mettant bien au chaud thé et café, confitures, beurre et miel avant de partir à la boulangerie. Quelques hommes me lancèrent des regards admiratifs mais je n’étais pas sûr que ce soit à cause de ça… ou à cause de ma veste ouverte sur mon torse nu. Ah oui… c’était ça le courant d’air… J’avais encore oublié de mettre une tunique ! Bah… au point où j’en étais. Je la fermais, par souci de pudeur pour ma belle, partis en sifflotant et revint bien vite avec tout un assortiment de la boulangerie et un petit extra. Je finis de préparer le plateau avec soin, très content de moi et commençais à me diriger vers les étages quand l’aubergiste me fit un clin d’oeil et un grand sourire en m’apostrophant.


Eh bien gamin ! La nuit a été sacrément agitée.
…Merveilleuse.
Vous vous êtes réconciliés à ce que j’ai entendu, lonnnnngtemps.

Hum… Ca a rendu jaloux pas mal de couple… Ca risque encore de jaser sur toi Drakkari.
… Nous ferons plus attention à l’avenir alors…
Hum… oui… merci…



Le jeune homme n’avait même pas relevé pour l’histoire des Drakkaris et certainement pas en arguant que la petite demoiselle en valait plus d’une de son côté ! Bien trop respectueux pour ça.. Il prit vite congé et retourna dans leur chambre. Cassidy, à son grand soulagement, n’était pas encore réveillée. Il posa le plateau sur la table de nuit, se déshabilla, gardant son boxer et se glissa de nouveau sous les draps, se calant contre elle.
La demoiselle fut réveillée par de douces caresses le long des bras et du dos et de tendres baisers dans le cou et sur les épaules.
Tristan accueillit son réveil d’une voix douce et d’un sourire magnifique.

Salut princesse… Bien dormi ?

Elle s’étira, grognant qu’il était trop tôt en enfouissant son visage dans son torse, ne repoussant pas ses mains ce qu’il prit comme une invitation à continuer ses papouilles.

Je sais ma belle… Mais tu m’as dit qu’aujourd’hui tu travaillais pour Ninna… Dans la recherche de plantes… Et je me suis dit que pour ça, tu pouvais le faire, du moins avec un grand et fort beau garçon à la crinière de feu en monture !

Malgré son demi sommeil elle rougit et lui aussi, légèrement, souvenir trop présent de la nuit trop intense et trop courte.

Euh… je… je voulais dire pour te porter ! Te porter ! Enfin… chercher des plantes tout ça… Je te porte, j’escalade et tout et on se promène comme ça… tous les deux… si tu veux bien…

Intimidé il détourna les yeux en donnant un autre argument qu’elle avait dû sentir.

J’ai apporté le petit déjeuner aussi… au lit, c’est mieux… non ? Sauf si tu veux aller le prendre en bas et…

Moment un peu gênant alors qu’elle semblait un peu mal à l’aise mais bien moins que la veille. Finalement il s’assit dans le lit, le dos contre la tête de lit alors qu’elle venait se glisser entre ses jambes, s’adossant à lui et remarquait au passage que s’il portait son boxer, elle, elle était encore nue. Il fit pour sa part comme s’il n’avait pas remarqué et mit le plateau devant elle. Thé parfumé pour elle, café noir pour lui et il avait récupéré, probablement, la plus grosse brioche au triple chocolat de la boulangerie, un assortiment de mini viennoiserie et du pain pour lui qui restait tout de même moins « sucré ». Sauf que sur le plateau, il avait aussi disposé quelque chose d’autre, une jolie fleur des neige violette et argentée qu’il avait trouvée sur le chemin du retour, perçant la couche glacée de gel matinal. Il déposa doucement un baiser dans sa nuque, dégageant avec lenteur ses longs cheveux de sa cible visée.

Mh… on a un bon moment avant le début de ta « journée »… pour trainer un peu au lit… et faire des câlins… si ça te tente…

Bah oui… des câlins le ventre plein c’était toujours mieux… surtout vu leur faim après toutes les calories qu’ils avaient dépensées en acrobaties, non ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 15 Mai - 0:59

Cassidy se comportait étrangement. Plus pudique, plus réservée, comme si elle ne savait plus comment agir avec lui. Ce qui était si naturel au départ l’était beaucoup moins à présent alors que les choses sérieuses avaient finalement été dites. Et cela changeait la donne. Elle ne se voyait pas du tout lui parler sérieusement sur ces histoires de sentiments, elle ne se voyait pas lui dire qu’elle l’aimait, qu’elle cherchait à aller plus loin. Et même si cette pensée lui effleurait l’esprit, il lui était impossible d’arriver à trouver la bonne formulation pour faire passer le message.

Il fallait croire que la petite demoiselle avait décidé de réfléchir à sa façon de faire. Et il est vrai qu’elle lui en avait fait subir des choses tout du long, avec son caractère bien trempé, ses refus, ses phrases qui pouvaient être mal prises ou mal interprétées. Alors il était bien normal qu’elle se conduise maintenant différemment et même si Tristan avait cherché à la convaincre du contraire. Sauf que le traumatisme de la journée avait été assez fort pour qu’elle bloque totalement sur son propre comportement et ce n’était pas évident bien sûr.

Reste de la journée passée en compagnie de Jilian et à faire une sieste, manger, pas grand-chose de spécial au final à part cogiter encore et toujours même si la demoiselle cherchait à avoir les idées plus claires. Finalement, quand elle rentra pour la dernière fois, il semblerait que Tristan était déjà là selon les dires de l’aubergiste. La jeune femme l’avait rejoint dans la chambre et c’est encore un sentiment de malaise qui s’empara d’elle alors qu’elle le vit dans une tenue assez légère on pouvait le dire, et qui n’arrangeait rien à son état. En effet, ses pulsions se faisaient de plus en plus pressantes et elle avait bien du mal à les refouler.

Cassidy maudissait encore une fois son corps qui lui rappelait qu’elle avait des besoins à assouvir et que ce jeune homme était bien parfait. Le rappel de leurs précédents ébats, bien si lointains pour le moment, était une vraie torture et lui donnait envie de céder à n’importe quel moment. Encore une fois elle était tout simplement prisonnière de son corps et cela ne lui plaisait pas vraiment. Cependant, elle ne lui montra pas, du moins pas ouvertement. Il s’était réveillé tout seul, la jeune femme n’avait eu le temps de ne rien faire, ne rien dire.

Son simple réveil, un simple regard, avait chamboulé la demoiselle si calme pourtant. Le simple fait qu’il pose ses yeux sur elle lui donnait une sensation bien étrange qui lui faisait perdre ses moyens. Et en plus faire la conversation le plus naturellement du monde dans cette tenue était une véritable épreuve de force ! Décidément non, ce n’était pas si simple que ça. Elle lui avait demandé, pour détourner sa gêne, ce qu’il avait fait de sa journée et il répondit qu’il s’était entraîné, sans plus, sans développer le long moment qui s’était déroulé pendant la moitié de la journée. Apparemment il venait de rentrer y a pas longtemps. Elle hocha doucement la tête. Elle n’allait pas le cuisiner en lui demandant des détails ce n’était pas son genre.

Lui-même ne lui avait pas demandé ce qu’elle avait fait. Peut être voulait-il lui laisser l’occasion de parler, peut être de ce qu’elle avait dit avec Jilian, peut être qu’elle prenne l’initiative mais si cela était le cas il allait être déçu puisqu’elle ne s’étendit pas du tout sur ce qu’elle avait fait aujourd’hui. Et puis, elle peinait bien à se concentrer à cause de sa tenue et regardait ailleurs, pour garder une certaine réserve et ne pas bafouiller bêtement pour montrer qu’elle était bien perturbée au final.

Elle le sentit s’approcher de lui alors que la demoiselle se frottait machinalement le bras d’un air un peu nerveux mais ne l’avait pas laissé s’approcher davantage en faisant quelques pas en arrière, évitant soigneusement de laisser son regard se tourner vers son physique un peu trop avantageux et tentateur à son goût. Cependant, Cassidy se doutait que cela pouvait être mal interprété et elle décida alors de lui dire, un peu embêtée, légèrement rougissante, la cause de sa distance. Cependant il répliqua un peu trop facilement, déclarant que cela ne la gênait pas avant.

Cassidy ne savait pas vraiment comment réagir face à cette provocation gratuite. Déjà ça remontait à siiiiiiiii longtemps qu’elle ne savait plus quand ça ne la gênait pas. Ensuite elle avait des pulsions grandissantes donc forcément ça n’arrangeait les choses et il ne le savait pas (il serait certainement flatté d’apprendre qu’elle avait surtout envie de lui en particulier plutôt que de se jeter sur le premier venu) La jeune femme hésita puis grogna en levant les yeux au ciel mais sans chercher à répliquer non plus. Elle ne voulait pas montrer toujours qu’elle l’appréciait bien avec son physique, entretenir un peu de mystère ne faisait pas de mal, peut être pour ne jamais se reposer sur ses acquis et garder cette envie de plaire. Enfin ça, Cassidy ne pouvait pas analyser ni interpréter son propre comportement.

Si elle réfléchissait un peu, elle se souviendrait que le voir dans son plus simple appareil ne la dérangeait pas pour un sou avant, comme si cela été naturel mais ce n’était pas le cas. Sauf que Tristan avait continué en remuant le couteau dans la plaie, marchant devant elle comme si de rien n’était, lui disant ouvertement qu’elle se rinçait l’œil et qu’elle ne l’appréciait pas habillé. Là la jeune femme semblait tomber des nues. Heu non… les vêtements c’était très bien aussi. Elle n’était pas à baver sur lui comme une de ces filles faciles qui s’extasiaient pour une paire de muscles mise en valeur et d’exiger de mater un homme à poil, surtout quand il est beau pendant des heures et des heures. Et elle n’était pas du genre à mater encore et toujours. Non non et non ! D’où est-ce qu’il la croyait comme ça ?! Elle avait vraiment un regard de perverse ? D’escargot baveux qui lorgnait un peu trop sur ses muscles ? La rougeur si frêle et timide se transforma en une gêne et une pointe de colère qu’il la voit ainsi.

La jeune femme semblait un peu reprendre ses esprits et elle l’aurait vertement tâclé si il n’y avait pas eu ses pulsions à gérer en même temps. Quoique… elle ne l’aurait pas agressé non plus mais chercherait à lui faire comprendre qu’il arrête de la considérer comme… une autre de ces pimbêches ! Cependant pour l’instant Cassidy était à contre courant avec son corps et ça ne lui plaisait pas vraiment même si elle montrait une certaine retenue pour le moment. Elle décida alors de revenir à l’essentiel, chercher une excuse pour se tirer de ce pas gênant pour elle. Très bonne idée que de parler d’un autre sujet. Pourtant il se tut un instant et se fit très attentionné, une sorte de réserve, qu’il n’allait pas forcer à quoi que ce soit, qu’il pouvait lui laisser du temps. En gros il disait clairement qu’il ne voulait pas s’imposer si elle ne le désirait pas. Et ça la jeune femme lui en était plutôt reconnaissante mais après tout, sa décision avait déjà été prise bien avant. En fait, elle ne pensait même pas qu’il pouvait être contre et avait imaginé qu’il la rejoindrait quand elle lui demanderait. Car après tout, la demoiselle commençait à connaître cet étrange garçon.

Elle bafouilla un coup. Ah là il l’embarrassait car avec ce genre de phrase, cela changeait du scénario qu’elle s’était imaginé. Juste lui dire « je ramène tes affaires ici » et puis c’est tout. Pas qu’il la fasse cogiter en lui laissant le choix. Enfin sa décision était sûre et certaine et elle n’eut même pas la réserve de lui demandé si lui le voulait. Pire, elle semblait trouver cela naturel et dans d’autres cas, cela aurait pu être vu comme quelque chose qui était imposé.

Cassidy qui le sentait arriver dangereusement et un peu trop tentateur décida de prendre la poudre d’escampette pour reprendre définitivement ces esprits. Non mais ça devrait être interdit ! Il s’en rendait compte ou pas ? Elle fulminait et marchait d’un pas ferme et décidé pour rejoindre sa chambre. La jeune femme repensait à ce qu’il avait dit. Elle avait vraiment l’air d’une… d’une de ces filles ? Pourtant elle ne se rappelait pas avoir été ainsi. Tristan n’était pas le seul homme au physique athlétique bien loin de là ! Il y avait des humains très bien aussi, les dragons n’étaient pas les seuls à avoir un charisme bandant si on reprenait les expressions de certains. Elle en voyait de ces hommes… qui roulaient des mécaniques en voulant attirer les demoiselles. D’autres s’entraînaient bien plus sérieusement, elle passait souvent de ce côté-là pour se rendre chez elle et elle n’avait jamais été… véritablement attirée. Et pourtant des physiques comme Tristan il y en avait.

Elle n’avait jamais vraiment fait attention, ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Alors peut être que pour Tristan c’était différent, peut être avait-elle une certaine attirance pour lui (qu’elle espérait fortement que ça n’avait aucun rapport avec ses hormones de dragon !), mais pas au point de vouloir le mater 24h/24 non du tout ! Il y avait certaines limites et elle savait faire dans la demi mesure. Qu’il ne la prenne pas pour un dragon ou une autre de ces nanas qui vivent et respirent que pour ça (d’ailleurs les pauvres si c’était leur principal activité, elles étaient à plaindre) !

Cassidy avait soupiré en entrant dans la chambre et commençait à regarder autour d’elle pour au moins s’occuper l’esprit. Mais elle entendit bien rapidement la voix de Tristan qui était sur ses talons et cela la fit sursauter d’un coup. En se retournant, elle roula des yeux en constatant qu’il était toujours enroulé dans sa serviette. Il aurait pu s’habiller avant de venir quand même non ? Apparemment non… Sauf qu’elle avait bien oublié qu’il ne pouvait pas se changer parce que ses affaires étaient ici… heu par contre… il avait pris sa douche de quel côté ? En gros il s’était douché puis posé dans sa chambre dans cette simple tenue sans penser à mettre quoi que ce soit sur le dos ? Il le faisait exprès ou quoi ?!

Pourtant il était passé très vite sans s’approcher d’elle en allant dans la salle de bains et elle l’en remercia. Il avait eu la présence d’esprit d’arrêter les frais et peut être qu’il avait fini par comprendre que cela la dérangeait. Alors la jeune femme commença à rassembler ses affaires jusqu’à tomber sur un livre qui attira son attention et la rendit fort curieuse. Alors, Cassidy décida de l’interpeller avec ceci puisqu’il la rejoignait. Elle put constater avec soulagement qu’il avait mis une tunique bien plus ample, ce qui calmait le pauvre esprit de la demoiselle déjà assez torturé par tout ce qu’il faisait inconsciemment.

Elle était curieuse de savoir pourquoi il avait ce livre là dans ses affaires. Comme il ne parlait pas beaucoup de ça mais qu’il avait déjà déclaré que les sentiments c’était pas pour les dragons, quelle raison de s’intéresser à ce bouquin ? Peut être pour la comprendre elle ? Enfin elle avait appris, dans cette caverne, que des sentiments il en avait et que ce n’était pas du tout normal pour lui alors qu’il n’aurait pas dû en avoir. Tout ceci était encore un peu confus et elle ne savait pas du tout ce qui se passait dans sa tête, même si elle avait compris qu’il ne faisait pas dans la demi mesure. Les sentiments positifs le rendaient euphorique tandis que les négatifs le faisaient plonger.

Il répondit alors que cela faisait depuis le dernier jour dans la ville. Cassidy s’installa alors sur le lit et ferma un instant les yeux, le livre posé sur ses genoux. Elle essayait de se remémorer un peu… quel avait été le déclencheur ? Enfin elle ne savait pas comment il l’avait obtenu. Si il l’avait acheté volontairement ou bien qu’il l’avait trouvé par hasard ou qu’on lui avait confié, bien que cela lui aurait semblé étrange et une curieuse coïncidence à vrai dire.

Cassidy repensa aux paroles qu’Alanir lui avaient dites. Les sentiments ne pouvaient pas être présents et qu’elle devait en avoir le cœur net. Alors la demoiselle s’élança sur ce terrain un peu glissant, très sérieuse, parlant à demi voix et sans vraiment le fixer mais comme si elle se posait la question à haute voix et qu’elle attendait qu’on lui réponde tout simplement.

Elle le regarda s’approcher et s’asseoir sur le lit mais tout en gardant une distance respectable, ce qui était bien appréciable pour elle alors qu’elle avait les sens si agités. Ca serait très mal vu que ses pulsions se réveillent dans un moment aussi important que celui-ci après tout ! Alors Tristan montra qu’il avait déjà réfléchi sur le sujet même si il parlait à voix basse, comme si il avait peur de prononcer ces mots et que quelqu’un finisse par l’entendre. Que ça serait déjà parti, qu’il aurait déjà oublié mais non.

Cassidy était un peu surprise surtout par ses dernières paroles. Cela voulait-il donc dire qu’il avait des sentiments pour elle avant de venir à Frihold ? Déjà alors qu’il savait même qu’elle était en « couple ». Mais alors… elle n’arrivait pas à comprendre. Enfin, il y avait peu de chances qu’il serait venu ici si quelqu’un ne l’avait pas poussé à venir ici. C’était une coïncidence troublante et elle faillit même lui demander si la personne qui lui avait demandé ce service ne la connaissait pas… ou la surveillait ou un truc comme ça. Pourquoi faire venir Tristan ici alors qu’elle avait déjà quelqu’un ? Pourquoi casser son quotidien de cette manière ? Cassidy se trouva parano. Ce n’était juste qu’une coïncidence… à moins de les connaître tous les deux et de connaître leur histoire… peut être un ancien camarade qui était parti à l’aventure et cherchait à les réunir ? Des hypothèses plus folles les unes que les autres tournaient dans sa tête. Mais ce n’était pas le sujet du moment.

Elle sortit de sa réflexion grâce à une autre phrase prononcée par Tristan sur le coup de l’hésitation. Elle entendait une certaine réserve dans sa voix. Enfin c’était le cas depuis qu’il lui avait dit qu’il n’oubliait pas. Le jeune homme déclarait qu’il se rappelait. Cassidy fronça les sourcils. Il lui avait pourtant fermement dit qu’en acceptant de devenir dragon il allait tout oublier de son ancienne vie. Pourquoi alors se rappeler d’elle si aucun autre dragon n’avait eu la même chose ? Y-avait-il des cas ? Des dragons comme lui qui avaient des souvenirs du passé ? Elle était curieuse de le savoir bien qu’elle ne se risquerait pas à croiser le chemin d’un dragon pour lui demander, ne les appréciant guère même si elle faisait quand même un effort pour Tristan.

Cassidy sortit alors un autre élément qui l’embêtait et parlait avec beaucoup d’hésitation, avec précaution. En fait, elle ne se rendait même pas compte que cela lui importait peu qu’ils l’empêchent de revenir parmi les humains et qu’elle voulait, un peu égoïstement, le garder pour lui. Ca elle ne s’en rendait pas vraiment compte pour l’instant et si on lui avait sorti ce constat en face, elle aurait rit au nez de la personne. Pourtant il semblait silencieux, rendant l’instant encore plus tendu.

N’y tenant plus alors qu’elle fixait la couverture froissée et abîmée du livre, la demoiselle finit par relever la tête pour le regarder très légèrement alors qu’il semblait secoué par de légers soubresauts. Elle haussa un sourcil puis il se mit à rire doucement, comme si il se moquait de ses paroles ou bien qu’il prenait ça à la légère. Y avait pas de quoi rire après tout ! Cependant il cherchait à lui faire comprendre qu’il ne se moquait pas, contrairement à ce qu’elle pouvait penser pour le moment. Cassidy attendit patiemment, même si elle ne comprenait pas ce qui pouvait autant l’amuser. Elle parlait de dragons qui pouvaient lui faire du mal, de l’emprisonnement. Elle sentit Alanir s’agiter et vexé dans sa fierté. Après tout, c’était lui qui avait soumis l’hypothèse du comportement des dragons. Qu’un petit blanc bec trouve ça amusant le vexait et pas qu’un peu.

Pourtant il répliqua en déclarant qu’on ne pourrait pas lui faire du mal plus que davantage et qu’il avait suffisamment encaissé pour supporter n’importe quel coup dur, que rien ne pourrait lui faire plus de mal. Elle sentit Alanir bouillir au fond d’elle et vraiment pas content du tout. Après tout, c’est comme si Tristan prenait cela à la légère.

*QUOIIIIIIIIIII ?! Il se prend pour qui celui-là ? C’est pas un ptit jeune qui va avoir le dernier mot sur les vétérans ! Si je pouvais sortir, je lui en collerais une bien bonne ! Non mais !*

L’agitation d’Alanir fit du mal à la tête de Cassidy. Elle ferma à nouveau les yeux et se frotta calmement les tempes du bout des doigts pour faire passer le coup de massue qui résonnait dans sa tête, d’un dragon qui n’acceptait absolument pas qu’un « bébé » puisse tenir tête aux plus anciens. Et même si il était fortement intrigué et curieux par la différence de Tristan, Alanir gardait quelques vieux principes en lui et le fait que l’expérience et l’ancienneté devaient être craints en faisait partie. Voir que Tristan en riait aussi futilement faisait monter la colère et rendait cela intolérable pour l’esprit qui partageait une partie de Cassidy. En plus, elle n’entendit même pas ses dernières paroles, toute occupée à subir le discours enflammé (c’était le cas de le dire) d’Alanir qui brûlait d’envie de flanquer une correction à ce gamin qui ne connaissait rien des dragons.

Cassidy se racla la gorge et prit une voix assez hésitante.

« Tu ne devrais quand même pas sous estimer les vieux dragons »

Oui elle n’avait pas entendu la fin de son discours comme quoi c’était son problème, Alanir étant particulièrement bruyant et la réplique de la demoiselle le fit remonter dans son agacement, trouvant le terme employé scandaleux selon lui.

« Oui bon les vétérans quoi… »

Tristan qui ne connaissait pas l’existence d’Alanir pouvait tout simplement penser qu’elle trouvait un mot un peu moins réducteur. Et même si le jeune homme ne semblait pas porter dans son cœur certains de ses aînés, il y avait un certain respect à avoir.

Après avoir répliqué ainsi, plus personne ne sortit un mot et la jeune femme tripotait nerveusement la couverture ancienne du livre dans ses doigts et elle avait un air assez embarrassé. Ce n’était pas une discussion facile après tout même si cela avait eu le mérite d’éclaircir certains points. La jeune femme avait encore quelques réserves et avait un peu de mal à faire totalement confiance à cette chance qu’elle avait et que tout se passe aussi bien pour l’instant. Elle ne savait pas trop quoi penser mais elle était rassurée sur un point, Tristan n’avait pas l’air d’être prêt à partir du jour au lendemain ou à changer de comportement. C’était plutôt une bonne nouvelle pour elle et puis elle le voyait suffisamment sérieux et honnête. Il ne mentait pas du tout, elle le voyait bien. Du moins, c’est ce qu’elle espérait.

Alors qu’elle était occupée dans ses réflexions, Tristan se redressa et décida de prendre les devants en revenant au point qui les avaient amené ici : le déménagement. Cassidy sursauta brièvement tout en prenant une voix un peu lointaine.

« Ah oui oui bien sûr ! »

Elle s’était redressée en balayant la pièce du regard puis avait embarqué la pile de livres sans un mot et sans dirigeant alors vers l’autre pièce. Elle boitillait encore mais cela ne semblait pas la gêner plus que ça, désireuse de vouloir se changer les idées en faisan au moins quelque chose d’utile. Tristan était resté dans sa chambre, certainement en train de tout ramasser et ranger même si il ne semblait pas s’être… définitivement installé dans cette chambre. Rien n’avait été réellement déballé après tout.

La jeune femme avait posé la pile de livres près de la cheminée. Elle ne pensait pas qu’il y en avait autant à vrai dire ! Alors qu’elle cherchait à les empiler à peu près correctement et les classer par thème, un petit carnet flambant neuf attira son attention. N’étant pas une grosse curieuse de nature et ne cherchant pas non plus à lire dans les affaires d’autrui, trouvant cela malpoli, elle était en train de le reposer quand Tristan s’écria pour l’arrêter. Sur le coup, elle lâcha le carnet des mains puis le regarda avec surprise, comme si elle ne comprenait pas tout en regardant le carnet.

Il était en train de rougir comme si il était très embarrassé. Sauf que Cassidy avait changé en peu de temps, et celle qui était si impulsive, spontanée, faisait preuve de bien plus de retenue. En temps normal, elle se serait amusée en lui demandant si il s’agissait de sa liste de conquêtes du passé ou bien la liste de tous les restaurants à visiter. Quoiqu’il en soit, elle n’ouvrit pas le carnet comme il semblait l’imaginer. Elle le laissa sur la table basse et haussa les épaules. Après tout, elle détesterait qu’on vienne lire dans son journal intime ou ses affaires. Si quelqu’un, même Tristan, s’y osait, elle était sûre de lui donner une gifle dont il se rappellerait très longtemps.

Dommage… elle ne pouvait donc pas savoir ce qu’il y avait à l’intérieur. Sans doute aurait-elle été très surprise de voir ce qu’il avait inscrit et ses efforts constants pour s’adapter à elle. Mais comme ce n’était pas le cas, il n’y avait rien à dire.

Il pensait très certainement qu’elle avait quand même ouvert son carnet. Encore une fois il la connaissait mal ! Car le jeune homme avait tourné la tête sans savoir réellement si c’était le cas où pas et il commença à se justifier sur quelque chose qu’elle ne savait pas. Il parlait d’un truc comme quoi il ne savait pas expliquer quelque chose mais qu’il ne voulait pas lui faire de mal en redisant un mot en particulier et qu’une fille pouvait lui faire détourner les yeux. Gné ? La demoiselle ouvrit des yeux surpris tout en le regardant et qu’il évitait spontanément son regard. Puis il parla d’un dictionnaire des expressions, parlant de confusion avec les mots ou qu’il savait jouait avec. Qu’il avait l’air de s’en ficher qu’on se moque de lui mais pas qu’il la blesse et qu’il devait donc apprendre.

Cassidy fronça les sourcils. Comme elle ne connaissait rien du contenu de ce carnet, il lui était impossible de deviner aussi rapidement ce qu’il voulait dire. Cependant, elle se racla la gorge, voulant montrer qu’elle n’était pas une vilaine curieuse ou un truc qu’il pourrait imaginer.

« Hem… tu sais… j’ai pas regardé hein… »

Gêne dans la discussion parce que là elle montrait qu’elle ne voyait pas du tout ce qu’il était en train de raconter. Elle n’avait pas non plus envie de réfléchir plus que ça pour le moment. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il souhaitait apprendre à ne plus faire de bêtises avec les mots et… ah oui ! C’était par rapport à ce matin sans doute, quand elle avait traité Lindsay de perche. Oui sûrement, il voulait certainement éviter de passer pour un benêt la prochaine fois qu’elle utiliserait un mot qu’il ne comprenait pas. Bon, ça partait quand même d’une gentille attention.

Cependant elle soupira et s’affaler dans le canapé, se désintéressant de la pile qu’elle était en train de ranger machinalement et sans but, pensant à une toute nouvelle chose qui l’embarrassait. Bon c’est sûr qu’elle pourrait lui en parler mais elle ne savait pas quand était le bon moment et si vraiment il fallait répondre à ça ou pas…Ce n’était pas dans son genre de faire des déclarations. Pour lui, elle serait prête à faire un effort mais encore fallait-il qu’elle trouve. Cassidy ou comment se torturer l’esprit pour pas grand-chose. En même temps, ce n’était pas quelque chose d’anodin et même très important. C’est accepter de partager sa vie avec quelqu’un, de lui laisser un peu de terrain, d’être ensemble.

Pensive, elle ne le vit pas trop approcher pour venir s’installer à côté d’elle puis passer un bras autour de ses épaules, avec assez de lenteur et de retenue, comme si il évitait de la brusquer. Cassidy le laissa faire sans broncher mais sans non plus être très expressive de son côté. Après tout, elle ne savait pas encore comment se comporter et on pouvait dire qu’être naturelle naturellement n’était pas simple pour elle. Tellement de retenue que les petites choses les plus simples devenaient difficiles, surtout quand on réfléchit trop !

Alors, elle décida d’interrompre le moment en parlant de manger. Voilà qui lui changerait bien les idées. Après tout, elle n’avait rien mangé de plus depuis le repas de midi et son ventre criait famine depuis un petit moment déjà. Tristan ne semblait pas dérangé, du moins si c’était le cas il ne le montrait pas. Après tout elle venait de rompre un petit moment de câlins et de tendresse, une occasion pour se rapprocher un peu plus. Mais Cassidy avait beaucoup de mal à être comme d’habitude. Et puis avec ses pulsions qui ne la laissaient pas tranquille, ça n’arrangeait pas vraiment les choses.

La demoiselle soupira alors qu’elle s’engouffra dans la salle de bains et chercha à faire un effort. Ce n’est pas parce qu’elle avait du mal à parler qu’elle ne pouvait pas s’arranger pour lui faire comprendre, par des actions, qu’elle ne le repoussait pas. Au moins ça le rassurerait et c’est tout ce qu’elle avait trouvé pour compenser son manque de discussion et de spontanéité.

Lorsqu’elle ressortit de la salle de bain, elle trouva Tristan adossé près de la fenêtre et lorsqu’il tourna la tête pour la regarder, le jeune homme semblait être très sensible au petit effet qu’elle faisait dans cette tenue. Il s’avança pour s’incliner et elle fronça les sourcils. Courbettes ce n’était pas nécessaire, ça lui rappelait cet espèce de jeu des nobles qui faisaient poliment des courbettes avec un balai dans le derrière. Pas que Tristan en ait un ! Mais il avait peut être tellement l’habitude d’agir ainsi qu’il en oubliait la simplicité. Elle n’avait rien d’une noble, un simple compliment aurait suffi à son goût.

Petit compliment derrière alors qu’elle cherchait à rester calme, ne laissant transparaître qu’une frêle timidité sur son visage.

« Merci… »

Elle l’examina alors, apparemment il avait cherché à faire des efforts, enfin à s’habiller différemment cette fois ci. D’habitude il avait toujours une tenue plus ou moins simple mais là c’était comme si il montrait qu’il cherchait à faire un effort supplémentaire.

« T’es… t’es pas mal non plus »

Politesse oblige, il lui semblait nécessaire de répondre à son compliment puisqu’il avait également fait un effort sur le choix de la tenue, du moins c’est ce qu’elle pensait intérieurement.

Ils étaient enfin arrivé au restaurant et le repas était plutôt assez tranquille, Cassidy refusant de parler de quoi que ce soit, trop plongée dans ses pensées et intimidée par rapport à Tristan. Elle se contentait de manger en silence sans faire de bruit, profitant du repas alors que le jeune homme décida d’aborder un sujet qui aurait pu paraître sensible mais qui heureusement fit réfléchir Cassidy. Après tout, ça la changeait justement de ses pensées torturées si complexes alors que tout était si simple avant.

Elle lui fit une longue tirade sur le sujet en essayant de lui expliquer des choses qui s’étaient produites. Après tout, en décidant d’en parler avec lui, ça prouvait qu’elle était bien moins fermée sur le sujet qu’avant, ce qui était une bonne chose pour lui. Cependant, il déclara qu’elle était peut être différente, il disait que ça avait l’air normal ce genre de conséquence. Les émotions fortes… si elle continuait d’en avoir avec lui, c’était évident que ça risquait de se reproduire. La demoiselle plissa le front. Ce n’était pas très encourageant tout ça… Mais il déclara qu’elle devait apprendre auprès d’un maître, qu’elle avait du potentiel.

A cette évocation, Cassidy se raidit. Non elle ne voulait surtout pas entendre parler d’un maître, elle était bien trop fière, têtue et orgueilleuse pour accepter l’aide de quiconque. Si elle avait du potentiel, elle le ferait elle-même ! Et puis elle donna d’autres arguments qui rentraient en compte. L’excuse de rester près de lui sonnait bien aussi pour couper tout développement supplémentaire. Elle s’étouffa même à moitié quand il parlait de maître. Alors il insista un peu en parlant d’adulte.

Là, la jeune femme était moins sûre d’elle. Elle n’avait pas entendu de cas adultes qu’on entraînerait. C’est vrai que si elle avait un certain potentiel comme Tristan avait l’air de le croire, une exception pourrait être faite. Mais au fond d’elle, Cassidy ne voulait pas, peu importe ce que pouvait dire Tristan, elle refusait de se former.

Et puis, elle parlait d’un ton légèrement agacé comme si le simple fait de devoir se former avec quelqu’un l’ennuyait profondément. Et ça, elle ne voulait absolument pas. Elle parla alors de formation toute seule et même qu’il pourrait l’aider. Que les livres seraient suffisants. Y a plein de livres d’apprentissage après tout ! Enfin il faut savoir les lire aussi… Ce n’était pas à la portée de tout le monde mais la demoiselle était si déterminée par le fait d’apprendre égoïstement et par ses propres moyens qu’elle était prête à passer par là.

Tristan renchérit une nouvelle fois en parlant d’expérience réelle, que ça lui permettrait de gagner du temps et que quelqu’un accepterait de la prendre sous son aile. Elle était prête à répliquer en lui disant d’arrêter d’insister et qu’elle ne voulait pas de maître, qu’elle n’en avait absolument pas besoin mais il continua comme si il anticipait sa réaction en disant qu’il serait là si elle voulait juste apprendre dans les livres.

Cassidy insista en hochant la tête et parla d’une voix qu’elle essayait d’avoir le plus calme possible même si un léger tremblement de colère pouvait se faire entendre, comme si ce simple fait l’agaçait tout particulièrement.

« Oui merci… et non il est hors de question que j’apprenne avec quelqu’un. Peut être que ça sera plus rapide oui… mais j’ai du temps. Je ne suis pas enchaînée, je n’ai pas un travail fixe et des responsabilités vis-à-vis de personnes ou de tâches à faire… Alors peu importe le temps que ça prendrait, je préfère largement ça plutôt que de compter sur quelqu’un qui aurait forcément dit que je n’avais pas de magie. Tiens c’est bizarre ! Maintenant j’en ai ! Ah ! Et si tu dis que j’ai du potentiel c’est encore pire ! »

Elle but une gorgée d’eau pour se rafraîchir puis la reposa sur la table.

« Tu ne savais peut être pas mais y a une sorte de… compétition entre les mages et leurs apprentis. Qui aura l’élève le plus prometteur ? En plus si j’ai bien compris, y a même une sorte de… rassemblement à Galaden une fois par an où l’élève le plus prometteur est mis en avant… obligatoire car tous les maîtres veulent que leur jeune gagne. Ils ont à y gagner puisque cela leur fait une bonne réputation… une bonne réputation les rend plus importants, on leur confie des tâches plus intéressantes ou des missions qui leur plaisent ainsi qu’une coquette somme. C’est pareil pour l’apprenti qui bénéficie d’une bourse pour financer ses voyages, son matériel… en plus il doit assister à un repas avec la royauté pour le présenter aux dirigeants de Galaden. Blablabla… Si tu veux mon avis, tout ceci a l’air bien soporifique à souhait… Un combat de paons à celui qui aura le meilleur élève, la magie la plus intéressante… des bals, des machins… pas pour moi… pas mon truc… »

La demoiselle se rembrunit. Non décidément elle ne s’intéressait pas vraiment aux mondanités ni toute cette course à la popularité. Les paillettes et le luxe ce n’était pas pour elle. Plus elle était discrète, mieux elle se portait. Là c’était bien un signe évident pour Tristan pour qu’il comprenne qu’elle ne supporterait pas qu’il la trimballe dans ce genre de… fêtes ? soirées ? Elle était fermée et catégorique à ce sujet et pas sûr qu’il puisse faire changer d’avis la louve solitaire.

Finalement il proposa de rapporter les desserts en sortant même une petite boutade sur le gâteau au chocolat. Là elle était plutôt d’accord avec lui et rien qu’à l’idée de manger sa bonne part de gâteau au chocolat, la demoiselle en avait l’eau à la bouche.

Pourtant la jeune femme trouva qu’il mettait du temps et il y avait de quoi ! En effet son compagnon s’était fait accroché par des demoiselles qu’elle avait entraperçues très rapidement et bien sûr, ces voix elle les reconnaîtrait entre mille. Elle n’avait pas oublié ces timbres de voix très désagréables à ses oreilles.

La jeune femme tremblait de rage et de colère. Ca la faisait frémir et elle aurait bien aimé que ces pintades retirent leurs sales doigts de son Drakkari. Jalousie ? Nooon si peu ! En fait là c’était surtout qu’elles étaient encombrantes, y avait pas à dire. Cassidy se redressa et se dirigea vers eux, se promettant de leur dire leurs quatre vérités en face en les agressant verbalement. Sauf que lorsqu’elle arriva, et croisa le regard de Tristan, toute combativité disparut. Lui montrer son sale caractère encore une fois ? Lui montrer qu’elle n’avait pas confiance en lui pour sortir de ce mauvais pas ? Lui montrer qu’elle devait intervenir pour rappeler tout le monde à l’ordre ? Non… peut être qu’il n’apprécierait pas au final.

Elle était là pour montrer qu’elle était présente mais son entrée en scène était un véritable flop à vrai dire. La jeune femme ne savait pas quoi faire ni quoi dire sans tomber dans un excès qui serait mal accepté. Et seuls les dieux savaient à quel point elle en avait envie ! Pourtant Cassidy se contenta de ronger son frein en serrant les poings, cherchant à rester le plus calme possible sous les provocations des autres demoiselles qui réalisaient qu’elle ne ferait absolument rien. Une simple phrase prononcée à l’attention de Tristan dite de manière hésitante avant de repartir dans l’autre sens. Bien évidemment elle ignorait qu’il était très mal à l’aise dans cette situation, sans savoir comment se dégager. Ce n’était peut être pas dans ses habitudes de repousser des demoiselles… du moins avant qu’il ne décide de former un couple avec la petite blonde.

Finalement la fin du repas fut plutôt silencieuse. Tristan ne disait pas un mot par rapport à ce qui c’était passé et Cassidy non plus. Elle était terriblement embarrassée et surtout le fait de s’être tassée gentiment allait contre sa nature. C’est que la demoiselle détestait se faire marcher dessus, cela sonnait comme une sorte d’humiliation pour elle alors forcément, la bonne humeur n’était pas au rendez-vous.

Ils rentrèrent à l’auberge et Cassidy n’était pas mécontente d’être enfin dans la chambre. Il faisait plutôt froid dehors et une balade nocturne n’aurait pas été bien, sauf peut être pour se réchauffer mais comme elle ne prenait plus aucune initiative, ça serait sûrement une sortie bien fade et plate. La jeune femme avait juste envie d’enlever cette robe et de dormir paisiblement en pensant à la journée de demain. Elle devait en effet aller chercher des plantes dans la forêt et avec sa jambe blessée, cela lui prendrait certainement beaucoup de temps.

Pourtant Tristan fit une allusion un peu taquine même si encore une fois il n’imposait rien du tout mais lui laissait le loisir de refuser ou d’accepter. La jeune femme regarda un instant le petit paquet. En temps normal, Cassidy aurait refusé. Parce qu’elle estimait qu’elle n’avait pas besoin de tous ces trucs pour guérir ses bleus et ses courbatures. Seulement après tout ce qui s’était passé aujourd’hui, il y avait besoin de faire quelques efforts pour montrer à Tristan qu’elle souhaitait peut être un peu plus s’ouvrir à lui et qu’elle ne le repoussait pas complètement. Mais elle hésita un long moment, faisant planer le silence, toujours debout et immobile en fermant les yeux comme si elle cherchait les meilleurs mots pour sa réponse.

En allant se changer, l’idée de la serviette lui paraissait nécessaire. Même si il lorgnait sur elle, la jeune femme n’était pas d’humeur à recevoir ses remarques taquines. Elle ne voulait pas que ça tourne en vrille, de peur que ses pulsions reprennent une nouvelle fois le dessus. Mais en acceptant cette proposition, la demoiselle avait oublié quelque chose de très important. Il allait bien y avoir des contacts dans tout ça.

Elle revint enroulée dans une serviette et pas vraiment à l’aise, bien loin de la Cassidy si effrontée, totalement libérée qui n’avait pas la moindre gêne pour se balader dans le plus simple appareil. Oui elle était vraiment différente pour le coup. Il parlait alors de difficulté à masser avec sa serviette et que ce ne serait très certainement pas efficace. Il déclara même qu’il connaissait bien son corps et qu’elle n’avait pas à se cacher. Bien sûr, il ne comprenait pas vraiment pourquoi elle agissait ainsi.

La jeune femme grommela pour elle-même sans pouvoir se justifier et se posa sur le ventre sur le lit en prenant soin de ne rien lui dévoiler. Le massage lui fit du bien mais le gros problème, c’est que ses gestes étaient biens trop coquins même si il ne s’en rendait pas compte. Cassidy serrait doucement la couverture avec ses mains, se retenant de force de ce que ce massage réveillait en elle. Il ne pouvait heureusement pas voir l’expression de son visage et bien heureusement d’ailleurs !

Elle avait bien du mal à se détendre même si c’était forcément très agréable. Obligée de retenir des petits gémissements de bien être pour éviter de trop se lâcher. Cassidy n’était pas trop habituée aux massages après tout. Elle grimaça un instant quand il toucha un bleu un peu trop sensible mais rien de plus. Puis il lui demanda de se retourner pour qu’il fasse l’autre côté. Elle se dépêcha de bien remettre sa serviette en place pour ne pas qu’il lorgne sur sa poitrine, ce qu’elle ne voulait pas trop.

Il continua et ses effleurements étaient beaucoup trop tentateurs, réveillant ses pulsions mises à mal depuis quelques temps déjà. Les yeux fermés, elle tentait de résister sauf qu’elle n’y arrivait pas, elle n’y arrivait plus. Le seul moyen d’arrêter d’y penser était de s’y abandonner, il n’y avait pas d’autres solutions, même si elle aurait voulu faire ça différemment.

Alors qu’il avait posé ses mains sur son ventre, elle l’arrêta d’un geste de sa main puis le crocheta à la nuque pour déposer sur ses lèvres un baiser qui n’avait absolument rien de sage. Baiser qui avait l’air de surprendre Tristan puisque celui-ci poussa une sorte de protestation du fond de sa gorge. Elle ne l’écouta pas et entrepris déjà de défaire sa tunique assez… hâtivement tout en approfondissant le baiser, lui faisant comprendre que là maintenant elle voulait aller plus loin. Sauf qu’il voulait mettre un peu de réserve, il n’était pas trop sûr de lui. Cette hésitation fit grogner la jeune femme qui ne voulait pas attendre un moment de plus. Trop longtemps, trop envie…

Elle le fit taire d’un baiser supplémentaire d’impatience avant de continuer son petit manège, s’agitant contre lui alors qu’il cherchait à faire preuve de retenue. Mais cette fois-ci, la demoiselle n’en avait pas vraiment besoin. Elle voulait juste apaiser son corps torturé par ses pulsions enflammées, ressentir le plaisir de cet acte et faire jusqu’à être fourbue et totalement rassasié. Il décida alors de se déshabiller sous ses yeux. Pourtant elle le poussa et il tomba du lit, elle à côté. Sans lui laisser le temps de faire ou dire quoi que ce soit, elle ne fit plus qu’un avec lui, décidant de prendre les commandes pour cette fois-ci, ne voulant pas y aller lentement mais vraiment juste prendre son pied de manière sauvage.

Le gémissement qui s’échappa de ses lèvres était salvateur pour elle alors qu’elle était en lui. La suite ne fut que plaisir et soulagement alors qu’elle semblait vraiment très dynamique ce soir. Elle sentit Tristan se détendre aussi et obéir en suivant la cadence alors qu’elle caressait son torse, en profitait pour l’embrasser. Ne pas avoir couché avec lui semblait avoir duré une éternité. Elle en avait presque oublié le goût de cette merveilleuse sensation qui la rendait si euphorique. Comment pouvait-on être détendu et aussi excité à la fois ? Comment pouvait-on avoir si chaud mais garder une température si agréable ? Comment pouvait-on continuer encore et encore sans être fatigué ?

L’envie était trop grande, l’abstinence trop importante et la nuit serait certainement très agitée. Plusieurs orgasmes se succédèrent, tous plus puissants les uns que les autres. Tristan n’était pas en reste non plus et elle le laissait volontiers mener la danse quand elle vit qu’il avait comprit ce qu’elle attendait cette fois là. Le cerveau de la demoiselle était quand même incapable de réfléchir pour l’instant. Alors oui c’était terriblement bestial, sauvage, presque même c’était plutôt elle l’impatiente pour le coup. Elle qui menait la danse et lui faisait comprendre qu’elle avait certaines exigences à respecter.

Combien de fois ? Combien de temps ? Elle ignorait le temps qui passait. Le corps en sueur, la fatigue finissant par venir, rassasiée, elle finit par s’endormir doucement dans ses bras, après de longs ébats aussi éprouvants que bruyants. Sauf que contrairement à Tristan, elle n’apprécierait certainement pas que toute l’auberge l’ait entendu. Après tout, pour quelqu’un qui voulait rester discret, c’était un peu embêtant.

Le lendemain matin, elle était apaisée et détendue. Bien que tout son corps était courbaturé à cause de l’activité intense de la veille. Sauf que le réveil fut pour le moins… agréable. Enfin on peut dire ça comme ça. Cassidy était en train de faire un rêve où elle était en train de donner une sacrée raclée aux filles de la veille. Quand Tristan approcha en cherchant à l’embrassa, elle avait levé son poing dans sa direction en le frappant au visage mais avec ses réflexes il évita le coup plutôt facilement. Le réveil si « idyllique » se transforma plutôt en comédie où elle rouvrit légèrement les yeux en regardant autour d’elle. Ah elle n’était pas dans la rue en train de se battre ? Apparemment pas. Elle regarda Tristan qui lui déclara un agréable bonjour comme si de rien n’était, ignorant le fait qu’elle avait failli lui déformer le visage. Enfin elle ne lui aurait certainement pas fait très mal mais c’était un peu gênant de bon matin.

La scène aurait pu être aussi très étrange. Lui qui faisait comme si de rien n’était et elle qui se réveillait le poing dans le vide, frappant quelque chose d’invisible. Elle crut comprendre qu’il lui demandait si elle avait bien dormi et malgré les courbatures, la jeune femme était en pleine forme. C’est qu’elle récupérait vite quand elle s’y mettait !

« Euh oui oui… un peu… agité… mais ça va »

Il continua ses papouilles alors qu’elle était allongée sur le dos et qu’il cherchait à la câliner en quelque sorte tout en disant qu’il savait… heu que sa nuit était agitée ? Ah oui il parlait très certainement de leur nuit très active et les très nombreuses positions effectuées. Suffisait de voir l’état de la chambre pour se rendre à quel point c’était chaotique et digne du mini tornade. Les images de la veille lui revinrent à l’esprit et maintenant elle réalisait qu’elle avait perdu… la maîtrise de son corps. Difficile à dire si ça l’enthousiasmait ou non. Qui était le dragon après tout ? Tristan avait l’air d’avoir beaucoup plus de retenue qu’elle.

La jeune femme se rembrunit, ne sachant pas quoi penser de ce comportement. Le jeune homme déclara alors qu’elle devait chercher des plantes aujourd’hui et il plaisanta même sur lui-même. A cette réflexion, la demoiselle faillit répliquer en voulant le provoquer en déclarant un « Ou ça un beau, fort et grand garçon ? » d’un air faussement peu convaincu mais il ne lui en laissa pas le temps et d’ailleurs tant mieux. Parce qu’elle avait peur qu’il le prenne mal ça aussi. Il se rattrapa en parlant de l’aider, de la porter, de se promener.

La demoiselle prit un air songeur. Bon c’était un peu normal qu’il cherche à passer du temps avec elle et c’était évident que des efforts seraient aussi faits de la part de la petite blondinette pour se rapprocher petit à petit de lui. Sauf qu’il continua sur sa lancée, déviant sur le petit déjeuner en essayant de lui proposer d’aller en bas. Gentille attention de sa part même si il s’était tu dans un silence assez embarrassant.

Cassidy cligna un instant des yeux paresseusement en se frottant énergiquement les joues. Bon, là il lui proposait le déjeuner au lit ? Il lui semblait que ce n’était pas la première fois. Par contre, lorsqu’elle s’étira en levant les bras au ciel, et qu’elle sentit le courant d’air qui lui donna un frisson style chair de poule, elle baissa les yeux sur son corps pour constater qu’elle était… nue. Réflexe qui n’avait rien de naturel par rapport à ce que la jeune femme avait montré jusqu’à présent, elle attrapa la couverture et la remonta énergiquement pour camoufler sa poitrine, semblant totalement perdue. Sans savoir pourquoi, Cassidy n’était pas du tout à l’aise et même si Tristan déclarait haut et fort qu’il l’avait déjà vu en long en large en travail et suffisamment pour qu’elle ne soit pas gênée à ce point. Elle ne savait pas d’où provenait cette pudeur nouvelle. Peut être que la Cassidy du passé la rattrapait un peu… peut être que depuis qu’elle était un peu plus vraie, cela signifiait aussi tout le côté assez pudique de la demoiselle. Elle faisait la fière avant car les hommes lorgnaient sur son corps et qu’elle s’en servait vraiment très bien. Oui oui Tristan n’était pas le premier homme à qui elle se dévoilait ainsi. Son corps avait toujours été objet de convoitise et parfois pour quelques… suppléments elle se permettait d’être plus à l’aise avec la personne avec qui elle couchait. Oui, parfois cela lui rapportait une petite bourse de pièces rondelettes… elle en avait un peu honte aujourd’hui et Tristan ne savait pas qu’il lui était déjà arrivé de coucher pour de l’argent. Quoi de plus normal pour quelqu’un qui avait voyagé sans compétences spécifiques et qui avait besoin de se nourrir et se faire loger ? Elle avait appris à jouer un jeu, à ne montrer aucune crainte, aucune pudeur, car elle savait que trop bien qu’une femme un peu trop hésitante pouvait se faire marcher sur les pieds, ce qu’elle ne voulait pas.

Mais avec Tristan, ça devenait différent. Ce n’était pas un client, ni un amant. Un petit ami oui… Et elle se rappelait que sa maman lui disait qu’il fallait être… enfin se comporter dignement devant l’homme qui partage sa vie. Et sans vulgarité. Et se balader ou lui exposer ses seins comme un animal était tout sauf digne d’une demoiselle bien éduquée…

Il aurait beau lui dire n’importe quoi, pour le moment elle bloquait sur son physique et faisait presque machine arrière face à la femme qu’elle avait été au début avec lui. Quand tout ceci n’était qu’un jeu. Cassidy se racla la gorge et demanda presque poliment quelque chose à Tristan.

« Tu… tu peux regarder ailleurs le temps… que je mette quelque chose ? S’il… s’il te plaît… »

Proches mais toujours si distants… Décidément tout n’était pas si évident que ça. Elle attendit qu’il s’exécute en vérifiant qu’il ne regardait pas avant de se redresser du lit et filer dans la salle de bains pour enfiler une culotte, un pantalon en toile et une tunique ample qui la recouvrait entièrement. Elle ressemblait à un sac ou à une pauvre car la tenue était quand même assez simple, de couleur beige, anti glamour certifié ! Bien qu’elle n’avait pas fait exprès ni réfléchi, tout ce qui lui importait c’était de prendre une tenue pour cacher son corps.

Quand Cassidy revint, un silence embarrassant s’était installé. Comment lui expliquer ? C’était beaucoup trop long ! Elle décida d’ignorer le sujet en retournant sur le lit, marchant à quatre pattes dessus. Elle aperçut le plateau, et s’assit sur les fesses, les jambes repliées sur le côté, en fixant le conteneur avec curiosité. Il était extrêmement bien garni et Tristan semblait avoir pensé à tout, surtout aux viennoiseries et une magnifique fleur. Il tendit les bras en avant pour l’inviter à s’installer contre lui, ce qui permit à Cassidy de se mettre dans ses bras. Elle n’était pas contre avoir quelques contacts avec lui mais c’était loin d’être… naturel chez elle. Pour lui aussi certainement mais heureusement qu’il savait se faire un peu comprendre.

Elle se cala contre lui et commença à mordiller dans un petit pain. La nuit l’avait affamé. Faire de l’activité physique, ça creuse ! Cependant Tristan déclarait qu’ils avaient un bon moment avant le début de la journée pour profiter et se faire des câlins. Là elle ne voyait pas si il parlait de câlins câlins ou de câlins gymnastique. Il voulait recommencer comme hier ? En fait, elle était déjà suffisamment embarrassée par ce que son corps réclamait, elle se trouvait un peu mal à l’aise et heureusement qu’elle n’avait pas de pierre pour revoir la scène sinon elle aurait très certainement bloqué devant sa propre attitude.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 15 Mai - 1:00

Sauf que la jeune femme ne semblait pas de son avis en jetant un coup d’œil à la fenêtre puis à l’horloge. Le soleil commençait tout doucement à se lever, éclairant de ses rayons puissants la pièce dans laquelle ils se trouvaient.

Elle se mit à rougir et bafouilla, ne sachant pas comment aborder les choses avec lui.

« Heu… tu te trompes… faut y aller maintenant… je… je commence très tôt. Certaines plantes doivent être cueillies dès le lever du soleil… une heure après, c’est trop tard… »

La jeune femme pensait même rajouter d’un air taquin que pour les câlins on verrait plus tard, si il avait suffisamment de forme après l’avoir « chevauché » toute la matinée puisqu’il avait l’air de se considérer comme une monture mais peut être l’aurait-il mal pris alors elle s’abstenu.

C’est donc un peu plus rapidement que ce que Tristan avait prévu qu’elle engloutit le petit déjeuner assez silencieusement d’ailleurs, toujours sur cette réserve qui la bloquait. Décidément cela risquait de prendre du temps.

Finalement elle s’habilla plutôt décontractée aujourd’hui et était prête pour la journée, bien que toujours boiteuse. Cassidy décida de descendre seule en bas, en attendant que Tristan remette quelques affaires en place et elle n’avait pas envie d’attendre. Sauf qu’en descendant dans la salle, quelques clients se retournèrent en la dévisageant. Bien entendu on la connaissait à son timbre de voix et les regards semblaient plutôt… pesants.

La jeune femme ne comprit pas ce qu’elle avait pour attirer autant l’attention et semblait perturbée. C’est alors qu’une femme mécontente vint à sa rencontre et la poussa dans un coin de la pièce, l’air remonté.

- Eyh la couineuse ! Tâche de faire moins de bruit quand tu jouis ! J’ai pas réussi à dormir de la nuit à cause de toi et j’ai un long voyage à faire ! Merci !

Elle semblait prête à continuer à faire la morale quand Cassidy se mit à rougir de honte et de gêne d’être au centre de toute cette attention pour des mauvaises raisons. La voilà extrêmement honteuse et ne sachant plus où se mettre, se rendant compte que toute l’auberge en avait profité et cette madame était là pour lui rappeler que non, toutes les personnes ne sont pas aussi compréhensibles à ce sujet. Vu la couleur de ses cheveux bruns, ce n’était pas une Friholdienne.

Cassidy ne savait pas quoi répondre. Elle voulait dire que cela ne se reproduirait pas, qu’elle était un peu confuse, lorsque Tristan débarqua et voulant savoir si tout allait bien. Mais la femme brune ne se démonta pas pour autant en le voyant arriver.

- Ah ben je comprends mieux ! Bons dieux ! Un Drakkari quoi ! Sérieusement, vous savez qu’il y a des structures exprès pour faire… ce genre de… choses ?

Oulala, elle n’avait pas l’air commode du tout… Sûrement une coincée ou quelqu’un qui avait pas une sexualité aussi épanouie ou encore une personne tout à fait normale qui avait passé une mauvaise nuit. Pointant son doigt d’un air menaçant vers Tristan et ne se calmant pas face à ses sourires et courbettes, elle semblait vouloir déverser sa mauvaise humeur due à sa nuit écourtée, aussi beau garçon était-il.

- Vous feriez bien de penser un petit peu aux gens qui essaient de dormir et qui ont pas que ça à faire que d’écouter un couple batifoler toute la nuit.

L’auberge était devenue silencieuse et tout le monde s’était arrêté de parler, un certain embarras se lisant sur les yeux des présents qui voyaient ce petit couple se faire incendier. Finalement, la femme repartit, déclarant qu’elle avait une longue route à faire et qu’elle aimerait bien arriver à destination avant la nuit. Tout en rajoutant qu’elle espérait ne pas devoir faire une sieste en cours de route après sa nuit désastreuse.

Eh oui il fallait croire que ce n’était pas tout le monde qui acceptait d’écouter un couple faire ses petites affaires sans broncher…

Cassidy était horriblement gênée. Cela l’avait coupé net, elle qui avait déjà autant de mal à redevenir à peu près… naturelle. Enfin moins coincée surtout. Et là justement en apprenant que toute l’auberge avait profité de leur petit moment d’intimité, ça l’avait rendu vraiment confuse, comme si elle sortait d’un autre monde.

La demoiselle était sortie rapidement de l’auberge pour que les regards arrêtent de se tourner sur elle, ce qui la mettait très mal à l’aise. Avec sa jambe encore boiteuse, elle n’avait pas jeté un seul regard à Tristan, comme si elle n’acceptait pas que tout le monde soit au courant. Et alors ? Elle était bien moins pudique avant ! Ce n’était pas la première fois qu’elle couchait avec un homme ! Mais le fait que tout le monde ait entendu, alors qu’elle cherchait à ne pas se faire remarquer justement, la mettait dans un état assez ennuyé.

Elle attendit le jeune homme à l’extérieur, sans savoir ce qu’il avait fait ni dit. Lorsqu’il la rejoignit elle était en train de souffler doucement dans ses doigts pour se réchauffer les mains. C’est qu’il ne faisait pas très chaud et malgré le soleil présent, le froid était toujours là. Peut être voulait-il parler, dire quelque chose là-dessus. Pour ce coup ci c’est elle qui le coupa dans son élan, peu importe si il voulait dire quelque chose ou juste rester silencieux.

« Bon… on a perdu suffisamment de temps…allons-y… y a… juste mon sac et quelques affaires à aller récupérer à la boutique… et on y va »

Décidant de ne plus traîner, Cassidy s’était engagée sur le chemin, accompagné de Tristan. Elle entra dans la boutique avec une Ninna déjà affairée autour de son chaudron dans l’arrière boutique et concoctant un mélange dont seule elle avait le secret. Elle accueillit Cassidy avec un ton bourru et fit un signe de la tête pour Tristan.

- Bonjour jeune fille ! Alors j’espère que tu as bien pensé à mettre mes onguents… Comment se porte ta cheville ?

« Bonjour Ninna. Oh ça va, presque plus mal déjà. »

Cassidy était assez brève et si Ninna l’observa un instant, elle ne fit pas plus de commentaire, la laissant ramasser son petit sac, un calepin et quelques outils, gants pour récupérer certaines plantes qui ont besoin d’être cueillies avec précaution. Après un bref passage, ils sortirent et se dirigèrent vers la forêt.

Peut être que le début de matinée avait laissé des traces car Tristan semblait beaucoup moins fanfaron que tout à l’heure. Après tout, elle avait refusé ses câlins (pour une bonne raison ceci dit !) et on les avait sérieusement réprimandé au sujet de leurs folies de cette nuit. Cassidy en tout cas n’était pas vraiment à l’aise et ne cherchait pas trop les plantes, ou du moins elle le faisait plutôt distraitement alors que Tristan semblait avoir oublié sa proposition de la porter.

Ce n’était peut être pas ça qu’il imaginait comme sortie. Et elle était assez muette alors un peu difficile de réchauffer l’ambiance. Finalement, la jeune femme s’adossa contre un gros rocher en soupirant, laisser de la fumée s’échapper de ses lèvres, alors qu’elle regardait devant elle d’un air songeur. Ca ne pouvait pas continuer ainsi ! Elle ruminait et cogitait à cause de la matinée et il était peu engageant non plus. Alors, Cassidy se força à aborder le sujet, même si elle n’en avait pas vraiment envie. En tout cas, ça s’entendait au son de sa voix qu’elle était un peu embêtée et sur la défensive en parlant de ça.

« Au fait… c’est pas que j’aimais pas hier… enfin… je… c’était… spécial… mais… c’est pas ta faute hein ! Enfin… j’aime pas… trop… qu’on m’entende… ça me gêne… les… regards sur moi… comme si j’étais une… enfin… une… fille un peu trop… enthousiaste ! »

Elle avait pensé au mot « chaudasse » en premier mais la demoiselle pensait à juste raison que c’était un peu trop fort. Enfin, elle n’aurait pas pris toutes ces pincettes auparavant. Si Tristan aimait afficher au monde entier qu’il savait faire jouir sa partenaire et faire durer le plaisir toute la nuit, de quoi vexer, rendre jaloux ou envieux les voisins, ce n’était pas le cas de Cassidy… et comme il la rendait sacrément expressive, bien plus que n’importe quel autre homme, la demoiselle ne pouvait absolument pas retenir ses cris et autres gémissements bruyants.

Si il répondit, elle hésita à lui dire aussi que c’était juste à cause de son corps qu’elle avait couché avec lui. Mais la jeune femme trouva que c’était peut être un peu déplacé et terriblement vexant de sa part qu’elle couchait avec lui juste pour assouvir ses envies. Il y avait bien sûr autre chose ça c’était certain ! Mais pas hier… même si c’était magnifique et qu’elle avait encore les jambes qui étaient encore un peu faibles, ça n’avait rien à voir avec les premières fois. Ce n’était pas… faire l’amour, c’était être sauvage, c’était un truc complètement… ça n’avait rien à voir. Elle n’était pas trop d’accord. Mais lui dire l’offenserait très certainement. Alors Cassidy décida de se taire et ne pas lui en parler. Parce qu’elle se sentait quand même honteuse. Bien sûr qu’elle avait envie de lui mais pas comme hier ! Et le fait qu’elle était si coincée n’arrangeait en rien les choses.

Ils reprirent leur chemin et la jeune femme s’arrêta de nouveau en le regardant avec une pointe de timidité.

« Heu… au fait… tu voulais pas me porter tout à l’heure ? »

Une tentative timide pour lui dire qu’elle était d’accord même si ce n’était pas sûr qu’il comprenne.

La matinée se passa plus ou moins bien et finalement à force de patience, l’incident du matin fut oublié. Cassidy avait l’air un peu mieux déjà, grâce à Tristan qui faisait en sorte qu’elle se sente plus à l’aise et ça marchait plus au moins. Elle retrouva un tout petit peu d’assurance mais vraiment minime bien qu’elle gardait une certaine retenue encore et toujours.

Ils finirent par aller manger, car leur petite escapade avait ouvert l’appétit. Ayant récupéré pas mal de plantes, Ninna était sûre d’avoir un très bon stock. Elle était d’ailleurs très satisfaite de l’efficacité de son nouvel « employé » et n’hésita pas à le faire remarquer alors que Cassidy déposait le sac qui semblait bien rempli sur le comptoir.

- Eh bien, vous avez bien travaillé ce matin ! Je devrais peut être engagé Tristan, des bras en plus, ça ne serait pas de trop

Elle fit un clin d’œil à Cassidy qui regardait ailleurs en grognant, visiblement embarrassée.

Très contente, elle les laissa filer et les deux jeunes gens se réfugièrent dans un des petits restaurants pour se remplir l’estomac. Le programme de l’après midi semblait être au cœur de la discussion. Enfin, c’est Cassidy qui avait lancé le débat pour commencer.

« T’as envie de faire quoi cet après midi ? »

Il ne semblait pas très difficile et avait répondu quelque chose comme quoi il lui laissait le choix. Sauf qu’il se heurtait à un mur. Avec sa jambe un peu blessée, il n’était pas possible de faire des activités trop sportives et même si Cassidy faisait la fière en déclarant qu’elle n’avait presque plus mal. Il proposa alors peut être qu’elle pouvait s’entraîner à faire de la magie pendant qu’il faisait son entraînement à côté. Et peut être même qu’il songerait à lui proposer de lui apprendre quelques techniques, en étant prudent bien entendu pour éviter qu’elle ne s’appuie trop sur sa cheville blessée. Enfin, quand ils auraient digérer bien entendu. L’idée de retourner se poser à l’auberge arriva aussi dans la conversation et au regard inquiet de Cassidy, Tristan déclara qu’il avait son cristal de silence… au cas où.

Elle grommela et replongea le nez dans sa gamelle, comme si elle n’avait pas entendu.

« S’entraîner à la magie… oui… enfin je crois qu’il faut essayer de méditer et de faire bouger la pierre que j’ai… et ensuite… je sais que j’ai déjà utilisé de la magie pour… enfin quand t’étais pas bien. J’ai réussi à transférer un bout de plante dans ma main mais je serais bien incapable de dire comment je me suis débrouillée »

Elle touilla doucement dans son potage fumant qu’elle avait pris ce jour là. Un bon mélange d’ingrédients forestiers comme des champignons, des herbes et quelques légumes sauvages. Il proposa ou pas d’autres suggestions, puisqu’elle semblait un peu à court. A cela, une nouvelle lui vint à l’esprit qu’elle lui soumit.

« Peut être… aller à la bibliothèque aussi ? Enfin y aura pas beaucoup de livres sur la magie mais peut être qu’on peut trouver… des choses intéressantes. Ca fait… un moment que j’ai pas touché aux livres… enfin… depuis que t’es revenu quoi ! »

Révélation comme quoi elle s’intéressait à la lecture que depuis qu’il était là. Et même si il l’avait déjà entendu de la bouche de Jilian, l’apprendre de Cassidy sonnait comme une affirmation qui avait beaucoup plus d’importance pour lui sans doute. La jeune femme marmonna et manqua de s’étrangler avec la cuillerée qu’elle avait dans la bouche, détournant le regard.

Finalement, il fut décidé de passer d’abord à la bibliothèque. Elle ignorait si Tristan était un bon lecteur ou pas. Il avait plusieurs bouquins bien sûr donc ça devait être le cas mais elle ne savait pas trop. C’était plus un guerrier qu’un intellectuel quand même.

La bibliothèque était plutôt petite. Même si les Friholdiens aimaient lire, leurs activités préférées restaient à l’extérieur, que ce soit pour se battre, les travaux manuels. Il y avait donc peu de monde dans cet endroit, surtout des personnes d’un âge avancé et même si leur carrure restait robuste, certains aimaient bien se poser ici pour lire.

A travers les rayons, Tristan et Cassidy s’installèrent et posèrent leurs affaires sur une table entre deux larges étagères. Le silence était vraiment très religieux, personne ne disait mot. Pas sûr que ce lieu plaise à Tristan. Bon, Cassidy aimait aussi les grands espaces mais elle essayait de montrer qu’elle s’intéressait à d’autres choses.

Pourtant lorsque la jeune femme se retrouva devant les rayons, elle se retrouva désappointée sans savoir par où commencer de chercher et surtout quoi prendre. Trop de livres à lire, trop de sujets à traiter… il y avait surtout des bouquins comme des romans, des trucs sur l’histoire et la géographie de Frihold, les coutumes, des livres plus généralistes sur les autres royaumes.

Elle en trouva finalement un qui traitait des bases de la magie, vraiment pas très épais entre deux gros livres sur l’art du combat et les techniques des combattants. Celui de magie semblait miteux à côté et pas vraiment utilisé, vu son état presque neuf comme si il avait été très peu ouvert.

Cassidy le récupéra et commença à feuilleter d’un air distrait avant de se tourner vers Tristan en chuchotant quelques mots.

« Y a pas grand-chose là dedans… »

Elle semblait un peu déçue même si cela concernait quand même les bases. Ah ben à quoi s’attendait-elle ici ? Des livres complexes sur la magie ? Désolé damoiselle mais faudrait peut être changer de ville ou de lieu pour trouver plus intéressant.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 13 Aoû - 11:33

Sous-estimer les vieux dragons ? Venait-elle de me lancer un avertissement, à peine déguisé, quant aux droits d’ainesse de mes camarades et le pouvoir extrême qu’ils avaient donc sur moi, eux qui pouvaient broyer, détruire les récalcitrants, du moins les dresser ainsi, ceux qui se détournaient par idylle, par perversion humaine ? Si je n’avais pas été aussi surpris, je crois que j’aurais eu un regard encore plein d’admiration pour elle, d’admiration et de curiosité devant ses connaissances trop étendues pour quelqu’un qui aime si peu les dragons. Certes elle se passionnait pour les livres, enfin avant, mais ça, on ne l’apprenait pas dans des livres justement. Je cachais ma surprise, avec aisance évidemment, derrière mon sourire amusé qui faisait peut-être prétentieux et qui pourtant l’était si peu. Sous-estimer mes aînés ? Si elle savait… Je vouais à mes ancêtres une profonde admiration et j’étais d’autant plus humble que j’aimais me montrer fanfaron devant elle. Parce que je ne l’étais pas… fanfaron… J’étais différent… Mais cela ne m’empêchait pas d’admirer les miens, d’étudier nos coutumes et de tenter de comprendre ce que même les plus anciens avaient fini par oublier.
D’ailleurs le mot « vieux » ne m’avait que peu plu… Probablement parce que je lui affectionnais davantage celui de « vénérables ». J’aurais pu lui dire, là devant ses yeux un peu inquiets, je crois du moins, qu’elle posait sur moi. Enfin elle ne les posait pas réellement sur moi justement, comme ça lui arrivait régulièrement son regard était perdu dans le vague: c’était assez impoli tout de même… Pour d’autres probablement. Pourtant ça ne me gênait pas. Je ne sais pas… Chez elle, tant de choses qui m’auraient agacé me paraissaient mignonnes, craquantes, normales… J’aimais quand elle me regardait, j’aimais aussi quand elle ne me regardait pas… J’adorais quand elle détournait les yeux, les pommettes rougissantes. Elle avait quelque chose d’extrêmement… craquant qui m'emplissait pour elle d'une envie... de défier les montagnes.


Peut-être que j’aurais dû lui dire… A propos de moi. Mais j’en avais déjà tellement dit. J’en avais dit assez pour être rejeté des miens à jamais. Pourquoi confiais-je tant de choses à une humaine ? A elle ? Ils n’auraient pas compris… Je ne comprenais pas vraiment moi-même. Pourtant je n’avais pas réellement dit quelque chose pouvant compromettre l’intégrité de mon peuple. Peut-être même avais-je modifié un peu sa vision de nous. Je ne sais pas pourquoi, ni comment d’ailleurs, elle acceptait ce que j’étais. J’avais cru comprendre que ceux de mon espèce la révulsait, avant moi tout du moins. Egocentrique… Cette pensée était si narcissique. Je l’étais tant avant. Ou alors je n’avais jamais cessé de l’être. Ou alors… elle changeait tout.

Tout était devenu si compliqué entre nous, si tendu. Ca me rendait malheureux. Je ne savais pas vraiment que quelque chose pouvait m’atteindre autant. Enfin… disons que j’en découvrais la juste mesure depuis que j’étais près d’elle. Dans cette grotte, ses mots m’avaient fait plus mal que tant de coups que j’avais reçus durant mon adolescence que je n’avais pas compris. Sa distance était un fouet qui aimait tant s’abattre sur moi et déchirer ma chair et mes espérances. Je repensais à nos retrouvailles dans notre village, sa distance puis nos jeux d’attirance-répulsion. Entre nous s’était épanoui quelque chose à ce moment-là, plein des tensions qui meurtrissaient nos corps mais un jeu complice, tendre… Quand je l’avais retrouvée ici, dans ces terres glacées, ça avait été pareil l’espace de quelques jours, les plus beaux de mon existence. Juste pendant quelques jours, j’avais vraiment eu l’impression d’exister, enfin, de ne plus avoir à faire semblant, d’avoir le droit de me tromper, un peu, d’avoir le droit d’éprouver tout ce désir pour quelqu’un, une seule et même personne… J’avais tant aimé chacun de ces moments avec elle, toute sa prudence et sa maitrise qu’elle avait mis de côté, doucement, pour moi. Je l’avais vu, ô dieux que je l’avais vu, mais je n’osais rien dire, de peur de l’effrayer ou qu’elle ne s’enfuie. J’avais aimé la complicité entre nous, nos regards lubriques, notre manque de pudeur… J’avais aimé qu’elle fasse semblant de ne pas me regarder quand j’étais torse nu et me promenais dans notre chambre, sans la moindre arrière pensée. J’avais adoré la regarder si peu habillée et le regard plein de fierté, conquérant, qu’elle ne pouvait cacher en me voyant tant, ô tant sous son charme. J’avais aimé nos caresses, nos ébats sans nom, notre douceur et notre tendresse. J’avais aimé le frémissement de sa voix quand elle prononçait mon surnom… Et je m’étais perdu dans la volupté en prononçant le sien. J’étais amoureux…

Peut-être était-ce vrai. Peut-être n’étais-je pas normal. Peut-être n’avions-nous réellement pas le droit… Autrement comment expliquer où nous en étions aujourd’hui ? Que restait-il de ces quelques jours gravés à jamais en moi ? Si peu de choses… La complicité n’était plus là, sa distance étreignait mon corps endolori de ses serres affûtées. Je l’avais perdue je crois… D’une manière ou d’une autre je l’avais perdue. Je ne sais pas si c’est ce que j’étais, ce que j’avais fait ou si c’était la peur de ce que je lui avais fait éprouver mais Cassidy s’était éloignée de moi. Ca me rendait si triste… Mais qui étais-je pour la retenir ? Pourquoi est-ce que je m’obstinais à tenter de la reconquérir ? Parce que j’avais envie d’elle ? Parce que j’avais envie de nous ? Nous deux ? Parce que j’avais envie d’une vie dans laquelle elle prendrait tant de place ? Une vie où ces quelques jours de bonheur pourraient être pérennes ?

Avant… Elle aurait souri à mon pseudo exhibitionnisme. Elle m’aurait taquiné, à sa manière, soit en prétendant que le spectacle n’était pas des plus intéressants, soit en parlant d’un autre homme, pour me faire rager, soit, comble de la répartie, elle n’aurait rien dit, juste souri, se serait approché, ou simplement déplacée tout près de moi, me frôlant à peine, m’enivrant de son odeur et de cette envie irrépressible que j’avais d’elle, de son corps ou simplement de ce besoin de tendresse né avec les sentiments que m’évoquait cette petite blonde.
Attention, elle ne m’avait jamais regardé comme toutes ces filles baveuses qui me collaient sans cesse! Jamais. Elle avait juste cette façon de faire, ses taquineries et son regard. Elle pouvait rester impassible, il y avait cette petite étincelle dans ses yeux quand elle me regardait. Jamais je n’avais eu autant l’impression d’être intéressant à regarder, d’être un beau garçon, pourtant je le savais, en tant que dragon et en tant qu’homme d’analyse mais avec elle… J’avais l’impression de lui plaire. Alors les autres… je m’en fichais tellement. Avant…


Je n’avais pas fait exprès de m’endormir si peu habillé, j’étais si épuisé… Peut-être aurais-je dû lui parler de tout ce qui s’était vraiment passé, pour justifier ma fatigue, mon état… Peut-être avais-je eu tort de fanfaronner de la sorte devant elle. J’essayais juste de récupérer ce regard je crois, ses sourires, sa complicité… Nous tout simplement… C’est stupide hein ? Tellement stupide… Elle l’avait mal pris. Comme tout ce que je faisais. Je me sentais si seul à présent.
Avais-je été bête ? Oui je crois… Me doucher dans notre ancienne chambre alors que mes affaires étaient dans celle-ci… Acte manqué de l’espoir qu’elle rentrerait, qu’elle me rejoindrait peut-être, fantasme inassouvi aussi. Le dragon en moi détestait la fidélité forcée que je lui imposais, la soumission et la manière que j’avais, inconsciemment, d’implorer le pardon de ma « maitresse ».
Je m’étais habillé, conscient que j’avais encore mal agi. Le dragon s’impatientait et devenait nerveux. Je dis « le dragon »… Je ne suis pas schizophrène évidemment mais disons que je préfère appeler ainsi cette part de moi bien plus sauvage et bestiale. A vrai dire pourtant le dragon c’est tout moi, totalement moi. Seulement une part de moi se lasse de la bataille que j’ai commencée auprès de cette jeune femme. Une part de moi déteste les souffrances qu’elle m’inflige, se lasse de sa personnalité capricieuse et girouette, insatisfaite et indécise. J’aimerais me battre pour elle, pour nous. Mais dans son comportement, dans ses regards, je crois comprendre que cette envie n’est pas réciproque… Ca me fait mal. Alors je me tais parce que ça je sais faire et progressivement j’enferme ce que je ressens, le masque revient, un peu, un peu plus. Mais moi... ce n'est pas ça que je veux...


Elle me parle de mes sentiments, je réponds, l’histoire des dragons ressort. J’essaie d’être honnête, touché par son brusque intérêt pour ma personne, touché d’imaginer qu’elle craint que je sois blessé… Mais une petite voix dans ma tête, mesquine, me souffle autre chose, que peut-être ce ne sont que des mots pour me convaincre de partir, d’arrêter, nous deux. Je n’aime pas cette petite voix alors j’essaie de la faire taire.
Ai-je eu l’air prétentieux ? Peut-être… autrement elle ne m’aurait pas répondu ça… Sous-estimer mes aînés. Jamais. Peut-être, oui, aurais-je dû lui dire la vérité… Sur moi. Sur ce qui s’était passé. Mais je n’aimais pas vraiment en parler. Je ne parlais pas beaucoup en temps normal. Parler autant, c’était nouveau et c’était pour elle… Souvent pour justifier mes maladresses, c’est vrai. Mais c’était nouveau. J’aurais peut-être dû lui dire, lui expliquer. Pourquoi je riais et pourquoi mon rire paraissait si doucereux, si amusé alors qu’il n’aurait dû être que d’amertume. Probablement parce que je ne ressentais pas grand chose… Sauf en ce qui la concernait, sauf les évènements autour desquels, d’une manière ou d’une autre, elle avait gravité… Comme si elle me faisait percevoir ce que c’était que « ressentir ». Elle avait eu l’air de ne plus m’écouter. Ca ne m’avait pas donné envie d’en dire davantage. C’était probablement mieux ainsi.
Je demeurais silencieux à sa remarque. C’était mieux…


Et puis nous nous étions finalement lancé dans mon « déménagement ». J’avais été peut-être trop véhément pour le carnet. Ce n’était pas que je ne voulais pas qu’elle regarde… Seulement j’avais un peu honte d’avoir besoin de mettre en place ce pense-bête, de peur d’oublier, de peur de lui causer encore involontairement du tort. Je me dis que j’ai peut-être mal fait… Bien des femmes que j’ai courtisées auraient aimé que je leur porte suffisamment d’attention pour seulement m’intéresser à ce qu’elles disaient, encore plus pour vouloir m’en souvenir et davantage en cherchant à le noter quelque part. Pourtant j’avais juste honte à cet instant, j’avais honte, je me sentais tellement gêné de cette capacité à oublier tout ce qui n’avait pas d’importance pour ma part de dragon. Le dragon aimait oublier parce que se souvenir ne servait qu’à bien peu de chose après tout. Finalement j’avais tort, elle n’avait rien vu et mes explications étaient plus floues qu’autre chose alors que je m’empêtrais dans la difficulté… Je me tus alors qu’elle m’annonçait n’avoir rien lu, je me trouvais tellement stupide.

Ah… Euh… tu… tu peux… C’est juste que… c’est… nul… Enfin… c’est… ça ne t’apportera rien… Moi… Enfin ça évitera peut-être… que je comprenne mal encore… ce n’est pas… il n’y a rien de secret. C’est juste… rien d’important.

Je ne savais pas quoi dire d’autre, c’était pire que me taire alors j’arrêtais de parler…
Je rangeais machinalement pour me donner contenance et ne pas trop y penser. Comme elle ne bougeait plus je l’avais finalement rejointe. J’avais dû avoir l’air assuré et pourtant j’hésitais avant de m’asseoir près d’elle, avant de la toucher. Mon bras en contact avec son corps avait été parcouru d’un frisson électrique alors que mon ventre se nouait. Les contacts… ça me manquait déjà tellement. J’avais envie de ça… de mes bras autour d’elle. De m’allonger, de me reposer, la tête sur ses genoux, peut-être sa main dans mes cheveux… J’avais tellement adoré quand elle avait fait ça, spontanément, il y a déjà une éternité. Jamais je ne m’étais senti aussi détendu. J’avais peur qu’elle me repousse là… Et c’est ce qu’elle fit. Encore. Elle avait accepté ma brève étreinte, peu de temps, trop peu de temps, ne me laissant que l’amer arrière-goût d’un rejet, d’un refus… Je réussis à sourire et à être gentil, naturel en apparence alors que ma gorge se serrait. J’avais besoin de ce moment je crois, de nos contacts, vraiment, pour avoir l’impression de compter pour elle. Elle ne m’avait pas encore répondu, pour nous deux. Et je crois qu’au fond c’était ma réponse et que c’était pour cette raison que ses rejets et sa distance me faisaient si mal. Au fond, je savais pourquoi elle ne répondait pas… Au fond… j’avais déjà compris je crois.


Et pourtant, elle était sortie si belle de la salle de bains que j’avais oublié la douleur et l’amertume. Je voulais croire que c’était pour moi qu’elle faisait cet effort, comme une promesse… Et puis je me souvenais que je lui avais imposé ces tenues, ces choses. Qu’elle… elle n’aimait pas ça. En fait elle n’aimait que bien peu de choses. La plupart de ce qui existait l’indifférait…
J’avais chassé mes idées noires pour me concentrer sur elle, la trouvant belle, la trouvant désirable, je m’étais incliné, pas pour jouer, pas pour mentir, juste parce que j’avais d’excellentes manières, qu’on se le dise et que je trouvais cela bien, de la part d’un homme, de s’incliner devant sa promise. Sauf qu’elle n’était pas ma promise.
Elle avait répondu à mon compliment mais elle semblait se forcer, du moins est-ce ainsi que je le perçus. Il n’y avait rien de naturel dans sa façon d’être et de parler.
Au restaurant je n’eus pour compagnie que son silence qui me coupait l’appétit. Je ne savais plus que dire et que faire. J’avais mes propres limites, de gentillesse, de tolérance, elle m’avait déjà fait les dépasser… Parce que je ne savais plus que faire pour lui plaire. J’essayais de l’intéresser mais je dus encore faire une bourde. J’aurais dû me taire. Depuis tellement longtemps.


Elle rejetait mes idées. Pas méchamment, au moins elle avait l’air un peu plus… vivante. L’excuse de ne pas partir loin de moi me fit bizarre, un drôle d’effet, des papillons dans l’estomac, comme un aveu qui contredisait tous ses rejets, toute sa distance. Un seul face à tous les indices négatifs un peu plus tôt, il ne ferait pas longtemps le poids.
Ce qu’elle disait n’avait aucun sens cependant au fil de notre discussion. Tout adorable et complaisant que je sois, j’avais peine à rester silencieux face à l’absurdité de ses propos. Se rendait-elle compte de ce qu’elle disait ? Qu’elle s’auto-sabotait par rapport à la magie, par rapport à son rêve ? Elle refusait d’être formée par un maitre, par fierté, parce qu’elle voulait leur faire payer, à tous, de l’avoir rejetée. Si je pouvais comprendre, parfaitement, sa rancune et sa colère, je ne comprenais pas le sens de sa vengeance. Les livres, elle l’avait dit elle-même, ne lui avait jusqu’alors servi à rien à part à se décourager davantage. Elle avait lu des centaines, des milliers de livres à Galaden sans que rien ne change… Espérait-elle que ce petit progrès, qui avait mis si longtemps à émerger, cette première manifestation s’enflammerait d’un coup en talent extraordinaire ? Qu’elle apprendrait dans les livres ce que des dizaines d’années d’expérience un maitre avait peiné à acquérir. C’était prétentieux, égocentrique, ça ne lui allait pas du tout, ça faisait tellement… dragon. Oui… c’était ce qu’aurait dit un dragon… Oh je ne remettais pas en cause ses capacités, je pense vraiment qu’elle en était capable, ou que du moins si quelqu’un pouvait y arriver ce serait elle mais au prix de quel effort et de combien de temps ? Combien de temps lui faudrait-il pour réussir les plus basiques et minimes des débuts magiques ? Elle… Elle et son caractère de flammes… Ce n’est pas ainsi que je la voyais… Moi j’aurais été prêt à la partager avec quelqu’un… même si c’était pour la voir peu, pour qu’elle puisse enfin vivre son rêve, sa passion, pour revoir ce sourire d’ange étirer ses lèvres, pour la savoir heureuse. Etait-ce égoïste de ma part que de la vouloir heureuse ? Etais-je stupide de penser qu’elle s’auto-sabotait ainsi ? Psychologiquement c’était… étrange, comme si elle s’interdisait, inconsciemment, de parvenir à son rêve… Elle avait tant souffert, qu’être rejetée de nouveau par les mages lui ferait plus de mal que ce qu’elle pouvait peut-être supporter… Peut-être était-ce ça en fait… Peut-être se protégeait-elle… Je ne savais pas. J’étais juste dans l’incompréhension de sa décision… pourtant j’essayais de comprendre, j’essayais de parler…


J’avais trop parlé, encore… Elle avait répliqué, plus véhémente, elle avait l’air en colère. Elle en dit davantage, m’apprenant beaucoup avec cette histoire de compétition, dénigrant le monde auquel j’avais été intégré, auquel j’appartenais, bien plus, tellement plus que ce qu’elle soupçonnait. J’aurais dû lui dire… Avant. C’était trop tard à présent. Ses mots me firent l’effet d’un coup de poignard, comme le cruel rappel de ce que je pensais plus tôt. Je n’avais pas le droit d’être avec elle… Mon monde… ne lui conviendrait jamais. Je me sentis soudain encore plus triste, encore plus seul… Ce n’était pas tout le temps, j’avais su rester plus simple que ce qu’elle avait vu jusque là, peut-être parce que ce n’était pas mon environnement naturel, mais ce serait probablement déjà bien trop pour elle. Elle ne voulait pas de ce monde. Message compris. Je m’entendis parler, alors que je ne voulais rien dire. Ma voix était soudain si lointaine, si… grave.

… je vois…

Rien de plus. Heureusement rien de plus.
J’étais allé chercher les desserts, la mort dans l’âme, ne sachant que dire et que faire, voyant mes espoirs fragiles qui ne cessaient de s’effriter… J’avais été alpagué par des filles, jolies, blondes, grandes. Elles me draguaient. Ca faisait du bien. C’était rassurant. J’avais l’impression de compter, d’exister pour quelques unes, d’être remarqué un peu. J’aurais préféré que ces sous-entendus viennent d’elle, de sa jolie voix. J’aurais voulu que ce soit sa main qui se pressait sur mon avant-bras. J’aurais voulu que ces sourires plein de promesses soient d’elle… Peut-être que j’aurais voulu que ces femmes m’attirent pour moins penser à elle, pour moins dépendre d’elle. Mais ça ne marchait pas… Elle vint, elle me rejoignit finalement. Elle sembla énervée, ça me rassura, mais elle ne fit rien, ça me fit mal. Jusque là elle m’avait défendu… J’avais encore en mémoire ses cris de véhémence dans notre village, me défendant bec et ongles, ordonnant qu’on arrête de me traiter comme un bifteck. Ici aussi, avant… tout ça c’était avant…
J’avais vraiment cru… qu’elle était jalouse. L’espace d’un court instant, j’avais vraiment cru qu’elle allait me porter secours, me prouver que je comptais pour elle, assez pour qu’elle ne me partage pas. Elle savait, ou du moins j’avais eu l’impression qu’elle savait, que je ne savais pas trop me débarrasser des femmes qui me sautaient dessus… Mais elle m’avait à peine adressé quelques mots avant de partir, m’abandonnant à mon sort, moi qui ne savais même pas comment on congédiait une femme… Je n’avais jamais repoussé de femmes… Jamais… Peu importe ma conquête du moment. Si elle ne se montrait pas possessive je cédais à la moindre demande des dames qui m’accostaient, dans un bar, à la cour, que ce soit dans une chambre, contre un mur, dans une cave… Je satisfaisais surtout mes pulsions, les leurs au passage aussi… Mais je ne voulais pas tromper Cassidy. C’était bien la première fois que la notion de « fidélité » m’effleurait. Enfin pas la première fois, depuis « toujours » avec elle mais elle était la première… la seule… pour laquelle j’y pensais. J’eus beaucoup de mal à me débarrasser des filles, vraiment beaucoup, lancé dans une pseudo-fuite qui consistait à reculer à chaque fois qu’elles avançaient, et chercher vaguement à retourner au plus vite à ma place, souriant mais tellement fuyant… et à table je n’osais plus parler. Je me sentais si seul, si misérable pour ne même pas attirer sa possessivité, elle qui l’avait toujours été jusque là. Je n’étais qu’un minable…


Le reste du repas fut morne et froid, comme nous, comme ce lieu de glace… A l’auberge pourtant, j’avais été un peu ragaillardi, tentant une approche, une fois de plus. Je ne sais pas pourquoi je m’évertuais à me casser les dents sur son mur. J’avais essayé l’humour ou plutôt ce qui me servait d’humour… J’avais envie de la toucher, j’avais envie de gestes tendres, de sa présence, de son contact, de son odeur. Evidemment j’avais envie d’elle, encore… Mais j’avais envie d’elle même juste après avoir fait l’amour donc… ce n’était pas vraiment une référence. Je ne peux pas expliquer comment et pourquoi avec elle c’est tellement… tout ça. Je ne pense pas que ce soit vraiment normal. J’ai l’impression que je ne suis qu’à elle… Et que durant tout ce temps j’étais juste… égaré.
J’avais essayé à l’auberge. Je ne sais plus vraiment ce que j’avais dit, je crois que j’avais réussi à plaisanter, bon point pour moi vu comme mon cerveau me semblait vide. Elle partit se changer, revint toute enrubannée dans une serviette, c’était curieux après tout ce qui s’était passé entre nous. Je ne comprenais pas très bien mais en comprenant qu’elle voulait bien de ces contacts… même si elle était devenue si pudique, je m’étais senti mieux, un peu apaisé peut-être… D’avoir le droit de la toucher, qu’elle me laisse approcher. Si elle ne voulait pas de moi elle m’aurait chassé non ?


Il y avait eu les baumes, l’espèce de crème, l’application et le massage… Je crois… Je crois que c’est de ma faute. Peut-être mes gestes ont-ils été mauvais… Elle s’est crispée à plusieurs reprises. Pas de douleur, je ne crois pas tout du moins. Je crois… que je ne pouvais pas vraiment me retenir. Ce besoin de la toucher, d’être près d’elle alors que mon corps hurlait le besoin de plus… juste avec elle… Juste elle.  A cause de la fatigue, à cause de l’envie et du vin, ce tout qui embrumait un peu mon esprit. Je ne me cherche pas d’excuse. Il y a eu elle… Et il y a eu nous…



Le lendemain matin le jeune homme loucha légèrement sur le petit poing tendu fermement vers lui et qu’il avait évité par réflexe. La surprise passait dans le regard du garçon qui sourit pourtant comme si de rien n’était à la demoiselle réveillée de manière si surprenante. Ce n’était pas vraiment un réveil « habituel ». Malgré l’air calme, tranquille, pourtant, sur le visage de Tristan, un fugace sourire amusé se dessina. Elle le surprenait toujours et parfois de manière totalement imprévue… Du moins encore plus que ce qu’il était capable d’imaginer. Sûr de lui, empli de cette force tranquille et de cet air légèrement nonchalant qui ne le quittait jamais, comme s’il maitrisait toujours la situation, il effleura du pouce le poignet tendu vers lui qui se rabattait lentement alors que la pauvre petite demoiselle se situait vaguement dans l’espace et le temps. De quoi rêvait-elle donc jusqu’alors ? Elle papillonna une seconde des yeux et il se mordit la langue pour trouver son froncement de sourcils et ses cheveux ébouriffés un peu moins adorables, répétant doucement sa question, dans un murmure qui aggravait sa voix.

Tu as bien dormi ?

Elle répondit mais sa réponse fit briller un bref éclat dans le regard de son interlocuteur, une lueur de souvenir, pleine de gémissements et de passion. Il se mordit encore la langue. Il répondit de son air taquin, celui qu’il avait bien trop utilisé au début de leur relation, son sourire en coin qui ne semblait que de provocation et d’insolence, que la nuit avait été effectivement plutôt sportive. C’était probablement le mot le plus approprié. Il était encore si surpris de son propre réveil et des élancements douloureux dans ses muscles. Les entrainements intensifs auxquels il s’adonnait le dispensait d’ordinaire des quelques douleurs matinales d’une nuit trop passionnée. Mais il n’avait eu de cesse d’être surpris par cette étrange jeune femme. Après tout jamais il n’avait été aussi satisfait, aussi repu avec une demoiselle, exceptées les dragonnes et leur insatiable appétit, que depuis qu’il oubliait jusqu’à son nom contre le corps frémissant de la surprenante petite blonde. Il jeta un bref coup d’oeil à leur chambre en désordre, les souvenirs de leur nuit faisant frémir les muscles de son dos et courir un picotement électrique le long de sa colonne vertébrale. Extérieurement il ne laissait rien transparaitre de la brève absence que ce simple constat provoquait chez lui. Il avait encore l’impression d’entendre les doux gémissements de la demoiselle qui l’encourageait, exigeait, ordonnait. Il aimait bien quand elle ordonnait… Il avait l’impression de lui appartenir. Cette idée nouait son estomac de cette sensation si agréable qu’il ressentait toujours quand elle lui souriait, de son beau sourire sincère, ses yeux plein d’une malice qu’il ne parvenait pas à comprendre.

D’ordinaire, il aurait parlé, provoquant, vantant légèrement ses prouesses, évoquant avec taquinerie l’état dans lequel il avait mis sa conquête. Ou il serait resté silencieux, cas tellement plus probable, indifférent, incapable de se souvenir du nom de la femme à ses côtés. Avec elle il ne se sentait dans aucun de ces états. Une étrange pudeur le retenait et lui faisait simplement chérir l’instant… Il ne se vantait généralement que pour se rassurer, craignant toujours de ne pas être satisfaisant, doute tellement infondé vu son passé d’extraordinaire amant. Aucune défaite, que des victoires, alors pourquoi cette crainte ? Et pourquoi était-elle d’autant plus importante avec ELLE… Pourquoi avait-il tant besoin de l’entendre gémir, soupirer, de la regarder ? Comment ça… tout ça… qui l’emplissait juste de fierté avec les autres, pouvait autant le rendre heureux avec ELLE… juste ELLE…

Pourtant sa pudeur actuelle était bien placée. Il voulut parler, retint et enferma les mots dans sa gorge. Peut-être la honte était-elle trop grande…

Il avait détourné la conversation en parlant des plantes, sujet moins dangereux, plaisantant sur lui-même mais n’obtenant pas de plaisanterie en écho. Avant tout il fallait manger, la jeune femme semblait d’accord même si peut-être un peu trop assaillie au saut du lit. Elle s’étira et le jeune homme se figea alors que la couverture qui la recouvrait glissait lentement et beaucoup trop sensuellement, cruelle demoiselle, sur son corps. Si elle avait su… si elle avait su que le regard du jeune homme s’était légèrement relevé, fixant obstinément sa gorge, par respect, par pudeur, par crainte aussi du désir ardent qui enflammait aussitôt ses reins, peut-être aurait-elle été moins pudique, peut-être se serait-elle amusé d’ailleurs de cette prudence dont faisait preuve le garçon, une prudence qui n’avait rien de dragon… Pourtant, même s’il regardait sa gorge, pour ne pas dévier vers sa poitrine, le geste qu’elle eut, de pudeur, de protection envers un homme, un homme, ce qu’il était, juste un homme, de plus, ce geste blessa le garçon. Il se sentit comme tous les autres dont elle se protégeait, dont elle se gardait. C’était sans doute stupide, une erreur que de penser ainsi. Peut-être…
Ou peut-être était-ce finalement le contraire. Peut-être qu’avec lui c’était différent parce qu’il n’y avait pas de jeu, pas de façade, qu’avec lui elle avait le droit de relâcher ses défenses et son armure… Mais le pauvre garçon avait déjà bien du mal à comprendre un peu, juste un peu, les femmes ordinaires, alors celle-ci ? Si spéciale, si extraordinaire ? Sans aide, sans manuel… ça devenait difficile. Du moins était-ce son revirement qu’il ne comprenait pas. Un revirement qui pouvait en fait dire tellement plus que les mots.

Elle lui demanda de se retourner. Tristan cligna des yeux, les relevant sur le visage pâle et les pommettes légèrement roses. Les siennes aussi se colorèrent, très légèrement alors qu’il bafouillait soudainement.

Ah… euh… oui évidemment, navré…

Pourtant dans ses yeux il y avait eu un bref éclair de tristesse à l’état brut.
Il ne tenta rien, se retournant bien sagement, les épaules un peu basses. La joie euphorique laissée par leur nuit, malgré sa culpabilité, s’écaillait sous les nouvelles preuves de la distance de la jeune femme. Il s’était levé du lit, pour lui laisser plus d’intimité, collant presque son front à la fenêtre pour ne surtout pas que le reflet de la demoiselle lui apparaisse dans la vitre, fixant juste l’extérieur glacé. Il l’entendit se lever malgré son pas si léger et s’éloigner, la porte de la salle de bain qui couinait très légèrement.
Perturbé par l’idée qu’elle ne veuille pas qu’il la voit nue il avait profité d’être levé pour s’habiller de son côté également, les gestes lents, ne restant même pas torse nu, conscient que c'était probablement ce qu'elle voulait... sans avoir eu le temps de le lui dire. Sur son torse, il jeta un coup d'oeil attristé, aux marques légères laissées par les ongles de la jeune femme pendant la nuit. Possessivité délicieuse...
Il attendit… Attendit qu’elle revienne, entendit son pas aérien qui se faisait plus lent alors qu’elle s’approchait de lui, comme si elle hésitait. Il attendit qu’elle l’autorise à se retourner, d’un simple « c’est bon » marmonné. Il se retourna et les muscles de sa mâchoires se tendirent alors qu’il prenait connaissance de la tenue qu’elle avait enfilé, lui dérobant son corps, bien plus que de raison. Un réflexe, ce n’était qu’un réflexe, une réaction de recul après en avoir trop révélé, peut-être une simple reprise de contrôle après lui avoir trop cédé la nuit passée, une réaction normale après sa perte de contrôle…
La voir ainsi l’attristait cependant… Il s’en voulait de la trouver belle malgré tout, quoi qu’elle portât d’ailleurs ce qui était un point qui l’agaçait quelque peu alors qu’il ne se rendait même pas compte de l’hypocrisie de la situation. Il s’en voulait que ses vêtements qui cachaient tant son corps ne parvienne qu’à enflammer son imagination, son cerveau si pervers venant lui rappeler avec trop de précision le corps sublime qui se cachait dessous. Fichu cerveau ! Qui buguait face à des expressions simples et retenait avec un détail hallucinant jusqu’à la moindre variation du corps de CETTE femme.

De nouveau un bref éclat de tristesse était passé dans ses yeux mais il ne dit rien, ne fit aucune remarque qu’elle soit de taquinerie ou sérieuse d’ailleurs. Il ne bougea que lorsqu’elle se fut de nouveau installée sur le lit, serrant fort les dents quand il la vit monter à quatre pattes sur celui-ci. Mauvaise idée… Très mauvaise idée. Il adorait quand… Fichu cerveau !!!!
Se mordre fort la langue l’aida à faire passer la vague d’excitation qui avait commencé à faire frémir son corps et il put sans mal la rejoindre et lui proposer la chaleur de ses bras sans avoir peur de passer pour un gros obsédé…
Il l’observait manger, fasciné par le jeu de lumière sur sa peau alors qu’elle mâchonnait tranquillement, fasciné par les muscles fins de son visage qui se tendaient et se détendaient tour à tour. Pauvre garçon… Il parvint à prendre une tartine pour se donner contenance quand elle tourna la tête vers lui, peut-être surprise ou gênée par le regard posé sur elle et l’immobilisme du garçon. Il parla de nouveau, se maitrisant parfaitement, comme toujours tellement sûr de lui, tellement tranquille: apparence de maitrise.
Il avait parlé de câlins. Ses mots étaient pourtant si loin d’être sincères. Peut-être aurait-il dû lui dire que l’affection ça n’avait jamais été son truc, il n’y voyait aucun intérêt. Pourtant avec elle, il avait envie d’avoir constamment un contact, il avait envie de la câliner et de se faire câliner, il voulait sentir sa peau sous ses doigts, pas dans une caresse pour la pousser à frémir puis à gémir sous ses doigts, pour la pousser à lui céder, juste des caresses, tendres, douces, qu’il découvrait avec elle et qui l’emplissaient d’un bonheur profond qu’il connaissait si mal. Elle n’avait pas vraiment l’air d’accord. Il fut surpris de la brusque coloration de ses joues même si, à son grand dam, il trouva cela particulièrement craquant. Elle bafouillait, semblant gênée, anxieuse peut-être de sa réaction. Il crut qu’elle était simplement gênée par sa demande. Contre elle, contre son dos, les muscles puissants du garçons, surtout de son torse, s’étaient tendus, crispés. Il avait baissé les yeux sur le plateau, parlant tout bas, l’air désolé.

Ah… d’accord… D…Désolé… Je n’avais pas bien… compris.

C’était sincère… Il n’avait pas saisi qu’elle devait partir tôt, une chance qu’elle se soit réveillée tout de même… Ils mangèrent vite et elle descendit alors qu’il était en train de redresser le canapé. Comment diable avaient-ils d’ailleurs pu le renverser ?! Il rangeait juste un peu avant de la rejoindre mais cet instant lui était surtout important pour détendre les muscles de son visage et laisser s’échapper le regard hagard et plein d’inquiétude qui trahissait ses réelles pensées. La voir si tendue, si gênée, si sur la réserve… avec lui… ça le rendait triste. Il culpabilisait déjà avant son réveil, beaucoup trop. A présent il s’en voulait de lui avoir dit ce qu’il ressentait ou croyait ressentir pour elle. Sans doute aurait-il mieux valu qu’il reste silencieux et attende qu’elle se lasse de lui. Probablement aurait-il souffert mais au moins elle… elle n’aurait pas été ainsi… Lui faisait-il du mal ?

Quand Tristan finit par descendre ce fut pour voir sa jolie compagne qui semblait très mais alors très mal à l’aise et coincée par une espèce de furie furieuse. Une sensation diffuse se répandit dans les muscles du garçon, une étrange tension dont il n’avait pas le moins du monde l’habitude. Imaginer la petite blonde en mauvaise posture titillait ses sens de dragon. Il avança avec pourtant un beau sourire aux lèvres, son sourire de façade, demandant poliment si tout allait bien. Ce à quoi la dame à laquelle il trouvait bien trop de défauts (mais sans doute parce que la demoiselle qu’elle harcelait n’en était que trop jolie malgré ce qu’elle pensait, à ses yeux) répondit d’une étrange réplique. Drakkari ? Ce n’était pas tout à fait faux. Mais pourquoi cette réflexion ? Structures ? Ce genre de choses ? Mais de quoi parlait-elle ? Tristan gardait son sourire poli même si celui-ci s’était quelque peu figé sur ses lèvres alors qu’il jetait un regard plein d’incompréhension à Cassidy. Elle leva un doigt accusateur vers lui, la folle furieuse pas Cassidy, inconsciente de ce qu’était le garçon, inconsciente des risques qu’elle encourait et ne cessait d’augmenter. La tension qu’elle avait fait naitre chez Cassidy avait fait se faner le sourire du garçon, progressivement. Il détestait la voir si penaude, si mal à l’aise. Il détestait ça ! Le dragon, comme l’homme, étaient en colère et comprenaient que la source du malaise était la furibonde qui agitait son doigt sous le nez du garçon beaucoup trop grand… Elle continuait de cracher un acerbe venin, bouillis de mots, mots qui cachaient si mal les menaces virulentes qui imprégnaient le ton de sa voix. Tristan comprit mais fut sincèrement surpris que leurs ébats provoquent autant de colère. Il sentait l’odeur de la jalousie sur cette femme mais elle était encore plus en colère que jalouse. Même si c’était de peu. Elle ne vit pas la brusque tension dans la mâchoire du solide garçon qu’elle incendiait à présent. Elle ne vit pas les poings qui se fermaient pour cacher les griffes naissantes qui entaillèrent les paumes tendres. Elle ne vit pas le léger tremblement agiter les muscles puissants. Elle ne saurait probablement jamais à quel point elle avait été proche de mourir. Juste pour une colère passagère. Le dragon hurlait la révolte, la rage et le sang. Il ne supportait pas que la misérable humaine s’en prenne à sa femelle… Il acceptait la colère de la femme envers lui, acceptait qu’elle soit jalouse mais il détestait qu’elle mette à mal le moral de la petite demoiselle, il était fou de rage qu’elle écorche ainsi le souvenir de leur nuit, par jalousie, par raison un peu aussi sans doute mais tellement par jalousie. Il aurait eu envie de dire tellement de choses, de la narguer, d’être audacieux et plein d’une hargne verbale. Il en était tout à fait capable, curieusement impliqué et inspiré quand Cassidy était dans les parages mais il restait silencieux, par peur… La crainte qu’en desserrant les dents il grogne ou perde patience, contrôle et arrache la gorge de cette odieuse personne si insignifiante. Qu’elle meure l’indifférait, il lui en voulait trop. Mais il savait qu’ELLE lui en voudrait. Peut-être qu’ELLE le détesterait…

La femme partit, en colère… Tristan était resté silencieux mais l’air coupable sur son visage avait pu, au moins un peu, donner raison à la furie et lui donner la vague illusion qu’il s’en voulait. Elle ne poussa pas sa chance plus loin cependant, probablement consciente qu’un Drakkari n’ayant pas très bon caractère pouvait très bien la remettre à sa place… de manière plus ou moins virulente et ce même si le public présent lui assurait une partielle sécurité.
Cassidy sortit vite, sans un regard pour son compagnon. Il la regarda partir sans chercher à la retenir, blessé, encore plus par le fossé profond qui se creusait entre eux.
Il regarda la porte se refermer, le froid semblant s’engouffrer dans la grande salle pour venir entourer son coeur de ses doigts gelés. Tristan rapporta le plateau qu’il avait descendu et posé sur une commode quand il avait vu la menaçante furie près de sa compagne. Il le rendit donc à l’aubergiste qui semblait gêné lui aussi, après tout il l’avait plutôt encouragé une demi-heure plus tôt. La voix si grave du garçon s’éleva, bien calibrée, monocorde, discours par coeur prononcé sans émotion.

Je vous prie de m’excuser pour les désagréments occasionnés. N’en tenez pas rigueur à ma compagne. L’incident m’est entièrement attribuable et ne sera pas réitéré, vous en avez ma garantie.

Un terrien lui aurait trouvé une voix de robot, trop dénuée d’émotion que ce soit visuelle ou verbale. Il tourna les talons dans un demi-tour trop impeccable, militaire et sortit rejoindre la jeune femme qui donnait de petits coups du bout de sa botte dans des tas de neige, trop pensive sans doute, soufflant sur ses mains. Il s’approcha silencieux, ne désirant pas parler et elle lui évita cette peine. Il écouta, la suivit, resta planté dans la boutique en attendant de repartir. Finalement ils quittèrent l’apothicaire et s’enfoncèrent dans la forêt. Le jeune dragon marchait en silence, les épaules plus basses qu’à l’accoutumée pour lui qui avait toujours un port de tête altier, voire un peu trop parfois. Sous sa veste, ses muscles heureusement cachés restaient beaucoup trop contractés en attendant que le calme revienne dans son corps. Il fixait le paysage droit devant lui, ne jetant pas un regard à la demoiselle même si sa peau frémissait sous ses vêtements dès qu’elle était un peu plus proche. Ses enjambées bien que grandes étaient plus lentes qu’à l’accoutumée, calées sur le rythme de la jeune femme. Cette fois cependant il s’enfonçait dans la neige, bien plus qu’elle, normal par rapport à son poids. Peut-être trop tout de même par rapport au sien. Elle s’arrêta, s’adossa contre un rocher. Il fit halte mais en retrait par rapport à elle, comme s’il n’osait pas approcher, ni même la regarder. Elle se mit à parler et il tourna lentement la tête vers elle, une franche curiosité transparaissant sur ses traits. Pourtant ses mots étaient durs à entendre et ce même si elle prit grand soin d’en alléger les termes. Elle aurait pu dire la vérité… Qu’elle se souvenait qu’à peine de la nuit, qu’elle avait agi par instinct, que lui ou un autre l’intérêt était de satisfaire ses pulsions, rien de plus, qu’elle lui en voulait d’avoir laissé l’auberge être témoin de son plaisir. Parce que c’était ça le fond non ? Elle s’en voulait d’avoir été entendue, de s’être lâchée, livrée pour un homme… Elle avait l’habitude d’être discrète et avec les autres c’était facile tout simplement parce qu’il était vraiment complexe de la satisfaire. Mais ce grand imbécile-là, lui et ses airs innocents presque nigauds il y arrivait si facilement, il l’empêchait d’être discrète parce qu’elle n’arrivait pas à étouffer ce qu’il faisait naitre chez elle, ce que ses mains brûlantes et un peu trop habiles irradiaient dans son corps. Elle s’en voulait probablement plus que tout de perdre ses précautions face à un homme, d’avoir perdu le contrôle face à lui, de lui avoir dévoilé ce côté bestial et brutal. Et elle lui en voulait, probablement, inconsciemment de ne pas y avoir résisté, de la faire gémir comme il le faisait, d’y prendre ce malin plaisir sadique, de ne pas avoir empêché tout le monde de l’entendre, de les entendre…

Face à elle, le masque du garçon fondit, se brisa et il laissa transparaitre bien trop de choses sur son visage. Il avait l’air soudain si triste et de se sentir tellement coupable, fuyant désespérément le regard noisette qu’il affectionnait tant. Il murmura tout bas un désolé… Mais il n’avait pas l’air penaud, juste triste, profondément triste et désarmé, perdu.

… J… je suis sincèrement désolé. Je n’ai pas fait exprès. J’ai essayé d’activer mon cube mais… je me suis laissé distraire. Pardon. C’est ma faute…

Il n’avait pas dit la vérité. Il n’avait pas dit qu’elle lui sautait dessus à moitié à ce moment-là et que ses mains tremblantes de désir avait peiné à saisir le cube en question. Il n’avait pas dit que le suçon qu’elle lui avait fait en lui mordant si fort la peau du cou qu’elle l’avait fait saigner l’avait tant fait contracter ses muscles et gémir, soumis, qu’il en avait lâché son objet magique qui avait roulé sous le lit. Il n’avait pas dit qu’il n’avait même pas essayé de le retrouver parce qu’elle le réclamait lui et que pendant un bête moment il avait cru que la passion suffirait à faire renaître leur complicité. Il n’avait pas dit que ses gémissements l’avaient profondément rassuré et qu’il avait voulu qu’on les entende pour se venger des autres mais qu’en toute honnêteté il ne pensait pas qu’on les entendrait, les murs lui semblaient si bien isolés… Il se rejeta purement et simplement la faute dessus, pour alléger la conscience de la jeune femme et parce qu’il se sentait sincèrement coupable, et d’une faute encore plus grande…

Ils reprirent leur marche. Il évitait de la toucher et ses yeux restaient désespérément dans le vague comme s’il était ailleurs. Pourtant il s’arrêta quand elle parla, remarqua la timidité dans sa voix et accueillit sa question comme une délivrance dont elle ne pourrait jamais avoir conscience de la mesure. Il la regarda et une esquisse d’un sourire sincère naquit sur ses lèvres et ce même si ses yeux restaient encore un peu trop… tristes. Il parla, tout bas, encore, comme s’il n’était pas sûr de lui, comme s’il craignait que ce soit un piège.

… J’adorerais… vraiment…

Prit-elle conscience de la fragilité du garçon ou agit-elle par instinct ? Toujours est-il qu’elle s’approcha, un peu, juste un peu de lui. Le sourire du garçon resta accroché à ses lèvres, ses yeux se remplissant d’une reconnaissance profonde alors qu’il lui tournait aussitôt le dos et s’accroupissait sagement.
C’était un contact au moins, un contact sûr qui soustrayait à chacun le regard de l’autre. Il marcha longtemps en la portant, se pliant à toutes ses demandes. Les trop nombreux centimètres qu’elle gagnait en étant sur son dos l’aidait à attraper des branches auxquelles elle n’avait souvent accès qu’en escaladant. Il fit plusieurs tentatives pour la faire sourire et la détendre, accélérant la marche ou ralentissant au contraire bien trop, pour qu’elle le talonne légèrement, la faisant descendre de son dos et la soulevant par la taille si haut et avec tellement de facilité pour qu’elle attrape certaines plantes inaccessibles. Ses gestes restaient excessivement sages et il ne tenta rien à aucun moment, même quand il effleura par mégarde un peu trop bas sa taille, à la naissance de ses fesses, enlevant si brusquement ses mains d’ailleurs que la pauvre se réenfonça brusquement dans la neige alors qu’il bafouillait des excuses.
Ils rentrèrent finalement manger après avoir déposé les plantes chez Ninna. Tristan avait évidemment entendu l’étrange petite pique de l’apothicaire mais si Cassidy avait grogné, lui était resté totalement de marbre, aussi avenant et expressif qu’une statue. Très jolie statue mais peu expressive…

Peu bavard le garçon semblait toujours un peu désorienté, secouant de temps à autre légèrement la tête comme pour chasser une voix intérieure particulièrement agaçante, pourtant il répondait au quart de tour quand Cassidy s’adressait à lui. D’ailleurs à sa demande pour l’après-midi il la fixa une ou deux secondes comme s’il n’avait pas entendu avant de répondre lentement qu’ils faisaient ce dont elle avait envie… Le tout sans le moindre sous-entendu ni regard aguicheur évidemment !
Evoquer les différentes possibilités qui s’offraient à eux vu la blessure de la demoiselle entraina évidemment des idées d’entrainements magiques et physiques mais aussi le retour à l’auberge. Il se força à aborder l’idée de son cristal insonorisant même si en réalité il avait envie de lui dire « ne t’inquiète pas, je ne te toucherai pas, j’ai compris ce que tu ne me dis pas. »Les mots restèrent suspendus à ses lèvres mais il ne les prononça pas se contentant de triturer sa nourriture. Il ne mangeait pas beaucoup et n’avait pas avalé grand chose non plus le matin-même, comme si son appétit avait été coupé en même temps que son enthousiasme général.
Comme elle parlait de magie il prit sur lui, voulant l’encourager, très sincèrement.

Ca prouve encore une fois que tes capacités magiques sont bloquées d’une façon ou d’une autre… mais que tu en es capable… ce n’est pas moi qui ai fait ça… tu ne peux pas dire le contraire, je n’étais pas vraiment en capacité de faire quoi que ce soit.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 13 Aoû - 11:59

Il se tut et détourna les yeux, peu désireux de mettre en avant son état de semi-cadavre qu’elle avait après tout provoqué, peu désireux de rappeler tout court ces instants qui s’étaient traduits par trop de révélation pour le garçon et un aveu maladroit de sentiment alors qu’elle… Eh bien il ne savait toujours pas ce qu’elle souhaitait.
A sa grande surprise elle proposa la bibliothèque. Il l’écouta, sourit doucement, l’air sincèrement touché de savoir qu’il avait réveillé son intérêt pour les livres et confirma l’idée.

Ce serait bien ça, oui…

Tristan partit régler leurs repas même si lui-même n’avait que peu mangé, se contentant de triturer sa viande sans la manger, l’estomac trop noué et assez soucieux de ne pas régurgiter la nourriture en question sur la jeune femme. Un accident arrive vite…
Il fut effectivement décidé que la bibliothèque était pour l’heure la meilleure option en attendant une digestion suffisante pour l’entrainement pour le moins éprouvant que souhaitait s’imposer le garçon. Il était bien décidé à se fatiguer physiquement pour oublier, surtout l’attirance constante qu’il avait pour une certaine demoiselle.
Ils se rendirent rapidement à l’établissement en question.

Même s’il ne semblait pas s’en souvenir, petit Tristan détestait les bibliothèques. S’il aimait bien lire mais le faisait en cachette pour ne surtout pas donner l’impression d’être un gentil rêveur il avait toujours détesté ces établissements. Pour son odorat sensible l’odeur de vieux papier qui y régnait toujours, de café froid et de moisi le dérangeait pas mal. Et il détestait le pseudo-silence angoissant qui y était imposé. S’il aimait beaucoup le calme déjà enfant, contrairement à ce que supposait son caractère et son comportement pour le moins perturbateurs il appréciait le silence et le calme de la nature, mais pas celui artificiel des bibliothèques, là où tourner une page un peu trop vite était accompagné de grognements « chuuuut ! » bien plus bruyants que le bruit de la page en question. Il avait oublié évidemment les moqueries et les plaisanteries du petit garçon de l’époque et pourtant il gardait une certaine aversion des établissements de ce type. Ceux des royaumes du nord étaient très proches en effet de ceux de leur contrée d’enfance, de grands bâtiments froids pour ne pas dire lugubres aux fenêtres trop étroites ou enserrées de barreaux pour protéger les précieux ouvrages des pillards et des Kaärs et leur folie incendiaire. Les bâtiments régulièrement enduits d’une peinture mélangée à des pierres magiques ensorcelées permettaient de protéger le bâtiment du feu, pas les précieux ouvrages s’ils venaient à être incendiés de l’intérieur. Pourtant il connaissait des bibliothèques qu’il appréciait, à nulles autres pareilles, celles des royaumes des sables et leurs immenses alcôves, leurs fenêtres interminables et les bancs toujours frais contre les pierres réchauffées par le soleil, leurs ouvertures constantes qui donnaient sur des lieux de verdures et d’épanouissement, le gazouillis des oiseaux chantants offraient le bien-être nécessaire pour son lecteur.
Tristan ne dit rien de ce lieu et pourtant il aurait eu tant à raconter et ça, il savait bien faire, raconter, de sa voix douce et grave, comme un conteur, les paysages, le goût du soleil qui s’accrochait à la langue et la bonté des hommes et des femmes pourtant si dangereux qui peuplaient ces lieux. Il ne disait rien, de peur de passer pour un prétentieux, de peur de faire encore étalage de la chance qu’il avait eu par rapport à la petite demoiselle aux rêves brisés. Pourtant, une petite voix dans sa tête lui soufflait de lui raconter ces beautés qu’il savait bien, elle n’avait jamais vues, de les lui raconter pour lui murmurer tout bas « laisse-moi t’y emmener » impulsivement… Pas dans l’immédiat mais comme une promesse et une demande détournée qu’elle réponde oui, et qu’elle l’accepte ainsi à ses côtés.

Il fronça légèrement le nez en entrant dans le grand bâtiment mais resta silencieux comme le voulaient les règles du lieu. Il se mit à regarder les rayons sans rien laisser paraître de l’ennui qui commençait déjà à le saisir. Il n’apprendrait rien ici, il le savait bien, ce n’étaient pas des ouvrages très poussés et il avait l’habitude de mémoriser tellement d’informations que ce n’était pas ici qu’il apprendrait davantage. Laissant la petite demoiselle partir de son côté il repéra pourtant un ouvrage de cartes des environs qu’il se mit à feuilleter distraitement. A le voir faire il semblait tourner les pages sans but, émettant un vague bruit d’effeuillement régulier, très régulier, trop régulier. Personne ne pouvait se douter que sous les mèches rouges un peu longues les yeux quadrillaient à une vitesse hallucinante les pages couvertes de symboles et des sillons des terres et montagnes, repérant et enregistrant toute information pertinente. Il semblait juste feuilleter, il lisait et étudiait en réalité les cartes en question. Celles-ci étaient à différentes échelles et plus encore représentaient différentes parties agrandies des environs. Pourtant, dans le cerveau du jeune homme tout se positionnait comme un immense puzzle, parfaitement et il aurait pu dessiner de tête de manière bien trop précise ce qu’il était en train de regarder. Il sentit l’odeur de Cassidy se rapprocher de lui au moment où il entendit son pas léger derrière son dos. Son odeur, agréable, saisissante, du moins pour lui puisque personne d’autre ne semblait la remarquer, fit disparaitre celle désagréable qui planait autour d’eux. Il releva lentement la tête de son livre, les yeux légèrement dans le vague alors qu’il sortait de son étude rapidement, ne faisant pas étalage de ses capacités écoeurantes une fois de plus.
Elle tenait un livre qu’elle feuilletait mais la curiosité sincère sur ses traits s’étaient vite muée en déception alors qu’elle murmurait tout bas ce qu’il savait déjà.

Tristan resta immobile, silencieux puis il referma le livre qu’il tenait dans un léger claquement qui provoqua une plainte et un grognement quelque part parmi les tables plus loin, rangea rapidement son ouvrage, attrapa celui de Cassidy et le rangea à sa place également avant d’attraper la main de la jeune femme, leurs affaires de l’autre et de l’entrainer aussi sec vers la sortie.
Il souffla doucement alors qu’ils rejoignaient l’air frais de l’extérieur, ses muscles se détendant légèrement loin de l’espace confiné et ennuyeux.
La jeune femme avait l’air surprise et lui demanda ce qu’il avait, hésitante, comme si elle butait encore sur les mots, de peur de dire une maladresse, de peur de lui faire encore du mal peut-être.
Lentement il se tourna vers elle, la regarda, une pointe de malice venait éclairer son regard d’ambre et un sourire mystérieux vint étirer ses lèvres sur ses dents impeccables.

Où ?
Euh… Où quoi ?
Où est ce qu’il pourrait y avoir suffisamment de livres, suffisamment intéressants pour toi et qui pourraient t’apporter quelque chose ?

Elle écarquilla légèrement les yeux, surprise probablement, même prise au dépourvue peut-être par la question saugrenue du grand jeune homme. Où ? Dans n’importe quelle grande ville probablement, ici ce n’était après tout qu’un petit patelin et les habitants n’apportaient que peu d’intérêt à la lecture… Devant le sérieux du garçon et peut-être pour essayer de combler un peu le fossé entre eux elle répondit, hésitante, plusieurs noms de villes de la plus probable à la moins probable, une qui était connue pour avoir une grande bibliothèque. Cette information elle n’avait pas à la connaitre, pas alors qu’elle n’aimait pas les livres, enfin plus jusqu’à ce qu’il rentre dans sa vie, lui et ses grandes bottes, mais comme elle le lui avait un jour dit doucement, elle écoutait les conversations et elle retenait. Lui-même ne doutait pas de son intelligence ni de sa capacité, excellente, à mémoriser et comprendre des informations pour le moins complexes ! L’une de ces villes avait effectivement selon ce qu’elle en savait bien plus d’ouvrages, de toute sorte mais elle avait ajouté aussitôt que c’était à plusieurs jours en charrette car nécessitant de prendre des routes très enneigées ou à flanc de montagne etc. apparemment assez au courant de la cartographie en question.
Le sourire du jeune homme s’agrandit alors qu’il répétait le nom.

Mh… D’accord. En allant doucement pour prendre l’habitude et ne pas créer trop de perturbation on devrait y être en une bonne heure, guère plus.
Mais qu’est ce que…
Le tanneur m’a dit que la selle serait prête ce matin. Mais il faut aller à l’auberge pour que tu prennes un plus gros manteau, des gants… et un bonnet.

Pauvre petite demoiselle… Elle avait l’air de complètement buger face aux nouvelles informations irréelles fournies par le jeune homme. Une selle ? Quelle selle ? Une… heure ????
Elle se mit à bafouiller, l’air tout à coup troublée. Pourtant il était presque certain qu’elle avait compris mais peut-être qu’elle n’osait pas croire ce que sa logique lui affirmait.
Les pommettes du jeune homme se colorèrent légèrement alors qu’il détournait lentement les yeux, tout à coup hésitant.

En fait… Tu te souviens de ton dessin… Enfin la selle… Que j’avais repris ? Eh bien… je… C’est juste que j’aimerais bien… Enfin j’aurais bien voulu… voler encore avec toi mais en mieux alors j’ai demandé à un tanneur un modèle de selle et… enfin j’ai un peu eu du mal pour mes mesures, ce n’est pas évident mais au centimètre prêt ça devrait être bon… Il y aura même de quoi caler tes pieds pour avoir une bonne assise et… il faut juste faire attention à l’air froid…donc bien t’habiller… En montant haut et en s’arrêtant à distance, vu les nuages bas personne ne nous verra et on passera sans mal par dessus les montagnes… Même en réduisant mon allure pour que ce soit supportable je vole très vite… Alors… Si… Si ça te tente… On pourrait aller voir la bibliothèque… là bas.

Un peu trop d’informations d’un coup décidément… Tristan avait pris une curieuse initiative bien touchante, celle de vouloir voler avec elle alors que ça allait à l’encontre d’une bonne demi-douzaine de règles et plus encore il s’était fait construire une selle… UNE SELLE ?! Où avait-il vu que les dragons pouvaient servir de monture aux humains et plus encore jusqu’où allaient ses sentiments pour la jeune femme pour que cela lui paraisse tout à fait normal ?!
Sans doute un certain esprit était-il aussi si ce n’est plus surpris encore que la jeune femme, peut-être en colère, peut-être simplement pris au dépourvu. Ce dragon-là décidément n’avait rien d’ordinaire…
Mais plus encore… C’était parce qu’elle en avait eu l’idée et dessiné une vague ébauche qu’il avait amélioré qu’il avait pris cette décision. Le dragon en lui devait être révolté, en colère et en désaccord et pourtant c’était tout autre chose. Celui-ci… trépignait d’impatience. Il voulait voler avec la petite humanoïde. Même si ses instincts et réflexes génétiques avaient du mal à s’y faire il avait aimé sentir ce poids, si léger pourtant, sur son échine, le mouvement des mains sur son encolure, la chaleur qui irradiait de ses mains et de ses cuisses malgré ses vêtements. C’était une chose qu’il parvenait mal à comprendre, cette envie comme l’incroyable sensibilité de son corps malgré l’épaisse cuirasse de ses écailles… Mais peut-être était-ce parce que les siennes étaient très petites et très serrées comme tous ceux de son espèce, ceux qui volaient si vite.
Une cavalière sur un dragon… Etait-ce vraiment possible ? Il en avait envie… Il avait aussi envie de ressentir cette vague d’émotion chez elle. Elle avait aimé le vol même si elle n’en avait que bien peu profité jusque-là. Il avait adoré partager un minuscule bout de son monde en lui présentant sa liberté et il voulait qu’elle y goûte encore. Il voulait sentir cette émotion vive qu’elle partageait inconsciemment, un émerveillement qu’elle avait en partie, trop grande, oublié parce que la vie et les hommes, humains, l’avaient déçue, parce qu’elle essayait malgré tout, encore un peu pour la magie malgré tous les hurlements d’impossible…

Elle avait l’air si surprise que malgré sa prudence, malgré toute l’attention qu’elle mettait pour essayer de ne pas le blesser, malgré la distance entre eux et sa brusque réserve, son beau visage exprimait beaucoup… La surprise oui, mêlée à une pointe de joie peut-être, il n’en était pas sûr. Comprenait-elle que ce qu’il faisait n’était pas normal, n’était pas « bien »? Il n’en était pas certain mais ne voulait pas le dire. Pour lui ça comptait tellement…
Elle finit par accepter, timidement et dut se prendre un sacré coup au coeur. Les yeux levés vers la haute silhouette de son compagnon elle put en effet voir le visage de celui-ci se métamorphoser. Une joie immense avait traversé son regard et illuminait à présent son visage d’un sourire chaleureux et tellement sincère. Une profonde reconnaissance brillait dans ses yeux et une surprenante innocence pour un homme si peu innocent quel que soit le domaine d’ailleurs. Il semblait tout à coup si heureux comme s’il avait eu peur, vraiment peur, qu’elle refuse son invitation, qu’elle refuse de se mêler à son monde fait de nuages et de vitesse, d’étendues infinies et d’acrobaties, comme s’il était surpris d’avoir peur, comme si elle pouvait facilement, trop facilement, venir à bout de la puissante créature qu’il s’avérait être. Ses airs devinrent ceux d’un petit garçon joyeux et trépignant d’impatience et sur les traits pourtant si virils et adultes, ciselés du grand jeune homme, l’enfant qu’il fut autrefois apparut, innocent, goguenard, un peu moqueur, tellement provocateur.
Il attrapa sa main dans la sienne, si grande et si chaude et lui adressant un renversant sourire qui aurait franchement dû être interdit par une loi internationale, l’entraina à sa suite, impatient oui, sa voix pleine d’impulsions joyeuses.

Viens, viens !

Peut-être que cette joie innocente était un peu contagieuse ou peut-être que c’était agréable de le voir ainsi. Elle ne fit aucune remarque toujours est-il sur cet air enfantin et le suivit de bonne grâce même s’il ralentit vite son allure pour la demoiselle.
S’il hésita un instant à la laisser aller seule à l’auberge pendant qu’il irait récupérer la selle il préféra, sans l’avoir consultée c’est vrai, l’accompagner, de peur de ce que des regards ou d’autres remarques sur leur nuit agitée auraient pu faire comme dégâts.
Personne ne sembla s’intéresser à eux parmi les quelques personnes qui trainaient dans la grande salle cependant, l’aubergiste les saluant d’un vague signe de main. Ils montèrent rapidement mais Tristan resta devant la porte, sagement, laissant à la demoiselle l’intimité dont elle semblait avoir besoin. Pour être tout à fait honnête il n’osait pas trop non plus entrer à cause de ce que la vue de la demoiselle légèrement dénudée le temps qu’elle se change ou la simple vue du lit pouvaient provoquer chez lui. L’attirance pour la demoiselle ne s’éteignait jamais et se ravivait si vite… L’affection dont il semblait cruellement manquer depuis qu’il était avec elle, gestes tendres qui n’avaient jamais suscité le moindre intérêt chez lui, augmentait sa faim insatiable pour le corps de la jeune femme et pour la trop grande satisfaction qu’elle lui apportait. Il avait envie d’elle… Toute la journée il avait eu envie d’elle et malgré le froid entre eux il avait eu du mal à camoufler les frissons sur ses avant-bras, ses regards brûlants et ses pensées s’étaient faites cartésiennes pour empêcher son excitation de se manifester de manière… un peu trop visible. Il était nettement désavantagé à ce propos lorsqu’il était habillé, bon nu ça devait être pire sans doute. Elle, elle pouvait le cacher, plutôt bien même, comme toutes les femmes mais lui… Ce n’était pas vraiment discret et si ça variait pas mal d’un homme à l’autre il était assez désolé que son corps en montre… un peu trop. Porter des pantalons légèrement ajustés sur ses jambes musclées n’était pas toujours une si bonne idée…

Il attendit patiemment puis poussa doucement la porte en toquant timidement pour lui demander si elle avait terminé. Elle avait après tout accepté bien gentiment d’aller s’habiller plus chaudement. Le jeune homme n’avait pas été directeur avec elle ou ordonnant bêtement, c’était plus un conseil qu’autre chose, il avait envie de voler vite, de lui montrer un peu, pour ça il fallait qu’elle puisse survivre au vent glacé et ce même si sa peau était parfois chaude… très chaude même, surprenant. Elle apparut dans l’interstice de la porte, un léger sourire timide aux lèvres, vêtue d’une cape épaisse qui ne gênait pas ses mouvements et de simples cache oreilles. Elle avait attaché ses longs cheveux, essayant de se faire une tresse, pas évident en étant seule, elle marmonna et grogna légèrement à ce propos. Il sourit, la trouvant craquante, passa le seuil de la porte pour lui proposer son aide, avec réserve. Elle lui tourna le dos. Conscient de sa chance il entreprit, debout, de défaire lentement, peut-être un peu trop lentement, précautionneux, la longue tresse de ses doigts, effleurant par inadvertance sa nuque de temps à autres. Effleurer ses cheveux, sa peau, libérait un peu plus dans l’air de la pièce l’odeur de la jeune femme qui eut tôt fait de troubler le jeune homme. De l’électricité courut dans son dos alors que son ventre s’échauffait et qu’il sentit presque instantanément son boxer s’étirer légèrement. Il se mordit très fort la langue, se faisant saigner, pour se calmer aussitôt. La douleur fit refluer l’envie alors qu’il essayait de réaliser une tresse sous les indications prononcées à mi-voix par la jeune femme. Un miroir faisait face à celle-ci dans la pièce, elle pouvait entrapercevoir les étranges mimiques du jeune homme et peut-être remarquer… Remarquer les yeux brillants d’intérêt, remarquer les pupilles dilatées, remarquer la légère grimace et les yeux fermés alors que les mains couraient toujours dans ses cheveux pendant qu’il essayait si fort de se calmer et de ne surtout pas faire remarquer son attirance et sa dépendance, l’air sérieux juste après puis les expressions mignonnes et involontaires alors qu’il se concentrait sur sa tâche: froncement de sourcils, haussement de sourcils, plissement des lèvres, pointe de langue sortie sur le côté, mordillement de lèvres s’alternaient. Il réalisait lentement la longue tresse de la jeune femme qui devrait lui permettre de ne pas avoir les cheveux trop emmêlés par le vent. Le cache-oreille était une très bonne alternative pour elle qui n’était que peu frileuse, protégeant juste ses oreilles du froid, oreilles par ailleurs tellement sensibles comme il en avait fait l’expérience d’une bien douce manière… Il était plutôt content de voir qu’elle avait fait son propre choix malgré ses pseudo-recommandations, ravi de constater que ses mots peut-être un peu trop directeurs n’avaient été écoutés que pour être adaptés.
Finalement il termina et se recula légèrement… Mais son regard accrocha le lit alors qu’elle se retournait vers lui. La cape ample camouflait encore davantage son corps au garçon, ce qui ne parvenait pas à l’attrister davantage que le matin-même heureusement mais ce coup d’oeil, involontaire sur leur lit firent se crisper les muscles de sa mâchoire. Il détourna vite les yeux, bien trop vite mais son regard s’étaient obscurci, pas d’excitation mais de… culpabilité.

Il dit maladroitement qu’il l’attendait dehors si elle avait encore des choses à faire mais si elle le laissa partir, peut-être surprise, elle ne tarda pas à le rejoindre. La joie euphorique, si contagieuse du jeune homme à l’idée d’aller voler semblait s’être sacrément étiolée. Il semblait à présent tendu et… encore cet air coupable qui lui collait à la peau. Dès qu’elle fut près de lui ils se rendirent chez le tanneur et il alla récupérer la selle qu’il coinça rapidement d’un bras contre son corps avant de rejoindre Cassidy et de s’enfoncer avec elle dans la forêt, en silence.
Le tanneur, bon homme du nord, restait discret et n’avait pas posé la moindre question sur l’ouvrage qu’il avait réalisé pourtant si surprenant. Quel animal comptait monter cet homme pour avoir besoin d’une selle à la forme si différente de celle des chevaux, aux lanières si longues ?
Ils marchèrent un moment puis s’arrêtèrent dans une petite clairière, derrière une haute colline qui les isolait bien du village. C’était là qu’il avait fait son petit pique-nique, tout empli d’attention et d’un néo-romantisme. Le regard du jeune homme se détourna vite de la colline en question alors qu’il posait la selle sur un rocher et l’examinait plus attentivement.
C’était un magnifique ouvrage. L’homme avait travaillé vite et bien. Bon évidemment c’était encore assez grossier, il n’avait pas demandé une oeuvre d’art. Mais le cuir était particulièrement bien travaillé, à la fois résistant et très souple, il se formerait sous le corps de sa cavalière et sur celui de sa monture, suffisamment pour le rendre particulièrement confortable. Les coutures épaisses et solides avaient été réalisées dans un cuir un peu plus clair ce qui lui donnait un côté esthétique assez élégant. Un large pommeau, beaucoup plus large que les selles ordinaires surmontait la selle à son avant, des espèces de poignées sur les côtés avant également, pour qu’elle s’accroche  et se maintienne dans différentes positions. La selle comportait de chaque côté un long triangle en angles arrondis de cuir qui devait ceinturer les flancs puissants de l’animal qui en serrait doté, pour lui garantir un meilleur confort que de simples lanières trop étroites. Des étriers semi-rigides y étaient fixés pour qu’elle y cale ses pieds et puisse presser les flancs puissants de ses cuisses sans pour autant risquer d’avoir un léger mouvement semi-circulaire dans le vide. Sur un cheval les étriers libres n’étaient que peu gênants mais sur une créature qui volait à grande vitesse et à des centaines de mètres du sol… mieux valait que cela tienne… davantage en place, tant pour elle que pour lui. Près des étriers cependant, là où les talons de la jeune femme appuieraient le cuir avait été volontairement affiné, tant et si bien que ce n’était presque qu’une mince couche de peau quasi transparente, demande délibérée pour qu’elle puisse ainsi tenter de le guider un peu, de lui montrer où elle souhaitait aller… C’était un geste de plus vers elle, un geste bien moins innocent que les autres. Qu’elle le chevauche était une chose, qu’elle ait la possibilité de lui indiquer et de se faire comprendre sur une direction à suivre et qu’il suive sa demande en était une autre bien plus porteuse de sens quant au pouvoir qu’il voulait bien lui attribuer sur lui… Pouvoir peut-être dangereux quelque part…

Il ne semblait pas le moins du monde rebuté par la selle, plus curieux qu’autre chose en réalité, un peu impatient mais son air sombre et coupable ne l’avait toujours pas quitté. Si elle l’avait remarqué et il était difficile à manquer, elle ne disait cependant rien, polie ou ne souhaitant pas envenimer une situation qui s’était un peu améliorée. Peut-être essayait-elle encore une fois d’être gentille avec lui sans savoir réellement comment faire… Car comme lui elle n’avait jamais réellement eu quelqu’un dans sa vie qui comptait suffisamment pour que l’intérêt majeur porté pousse à faire des efforts et à vouloir plaire. Elle avait eu Jilian mais c’était pour de faux. Et le manque de confiance cruel qui ne cessait d’entourer la jeune femme continuait peut-être de la faire s’interroger sur ce qui pouvait pousser ce charmant mais si étrange garçon à s’intéresser à elle. Si elle changeait, d’une manière étrange mais si craquante, elle ne comprenait pas non plus ce qui lui arrivait, si ? Elle surprit cependant le regard qu’il avait posé sur elle, douloureux, honteux alors qu’il détournait aussitôt les yeux en rougissant légèrement. Peut-être hésita-t-elle encore, lui en tous les cas eu l’impression que c’était simple pour elle, qu’elle était assurée quand elle l’appela doucement par son surnom.

Tris ?


Elle ne dit rien de plus, observant le visage du garçon si embarrassé qui se releva lentement avant de lui tendre une main pour l’inviter à faire de même, tous deux étant accroupis peu avant chacun d’un côté de la selle.

Je… je…

Elle resta silencieuse, l’air si patiente, attendant qu’il parle même si évidemment elle ne pouvait pas savoir ce qui se passait dans la tête du garçon. Est-ce que son envie de voler avec elle avait disparu ? Est-ce que la selle le rebutait finalement ? Est-ce qu’il avait envie d’elle et que c’était pour cette raison qu’il n’osait plus la regarder ? Est-ce qu’il lui en voulait de la distance qui était née entre eux ? Est-ce qu’il lui en voulait de l’avoir laissé culpabiliser pour leur nuit alors que c’était un peu elle tout de même qui avait craqué et ce même si c’était la faute du jeune homme, sa faute et celle de ses mains trop chaudes et trop douces qui tiraient trop de frissons au corps de la demoiselle. Elle ne disait rien, le laissant arriver, à son rythme, lui qui avait si peu parlé ce jour-là alors qu’elle avait dû faire tant d’efforts pour essayer d’avoir une conversation avec lui de temps à autre, prenant très à coeur, trop peut-être, de maintenir un contact communicationnel, parlant pour eux deux, un peu, juste un peu, quand il avait décidé de se taire, un peu trop, un peu trop longtemps. Un profond soupir d’une sincère tristesse échappa au garçon, pas d’agacement, juste de la tristesse et cette profonde culpabilité qui lui collait à la peau.

Je suis désolé…

Il avait murmuré tout bas en regardant l’extrémité arrondie de la pointe de ses bottes. Son menton tremblait légèrement alors qu’il se mordit fermement la lèvre inférieure, y imprimant profondément la marque de ses dents.
Elle le laissa continuer.

Pour… hier je veux dire.

Nouveau silence de sa part alors qu’elle ne bougeait pas comme si elle craignait qu’un seul geste empêche le jeune homme de parler alors qu’il commençait tout juste à ENFIN lui dire ce qui n’allait pas. Lentement il releva les yeux vers elle, vers son beau visage. La culpabilité sur les traits si virils, la tristesse… Un léger rougissement s’empara de nouveau de ses pommettes alors qu’il fermait les yeux et renversait la tête en arrière, comme si c’était plus facile de s’exprimer le visage levé vers ce ciel qu’il aimait tant. Sa pomme d’adam tremblotait légèrement, comme toujours quand il était un peu nerveux mais là, dans l’extension de son cou, elle se voyait tout particulièrement.

J’ai essayé de résister… Je te jure que j’ai essayé. Je… Je voulais pas que ça se passe comme ça. J’avais promis… J’avais promis que ce serait différent et je…

Il se tut de nouveau, déglutit avec difficulté.

Tu ne l’as pas dit tout à l’heure. Tu n’avais pas besoin je le savais déjà… Hier je t’ai senti craquer. J’ai senti que tu perdais totalement le contrôle face à tes pulsions et je sais ce que tu penses, ce qu’il en est… Moi ou un autre… C’était pareil hier. Je ne valais pas davantage qu’un autre, je l’ai bien compris. Peut-être à peine plus satisfaisant, probablement même moins… Je sais que c’est ma faute… Le manque de ces derniers jours… Jamais je n’avais ressenti ça, jamais mon corps ne m’a autant trahi… J’avais tellement envie de toi, j’ai tellement envie de toi, tout le temps. Te toucher, même innocemment ça m’aide, c’est comme… je sais pas c’est comme si j’avais juste besoin de toi, tellement fort, pas que pour le sexe évidemment, j’adore simplement t’écouter parler, sentir juste ta main dans la mienne, j’arrive pas à comprendre comment ça peut être si… vital… J’avais envie mais je ne t’aurais rien fait tu sais… Jamais sans ton accord et ce malgré tout ce que mes pulsions auraient pu hurler. J’ai senti quand tu as basculé. Ce n’était plus vraiment toi… Ce n’était pas nous. Tu avais des besoins, plus vraiment des envies et… et j’avais promis que je te traiterais bien, que je remplacerais les besoins, les pulsions violentes par des envies, des désirs sincères pas des obligations… Mais à cause de moi… Je m’en veux… Si tu savais comme je m’en veux… J’ai essayé de résister mais je n’ai pas réussi… Je te voulais tellement… Tellement… J’ai été stupide et égoïste. Je n’ai pas réussi à te repousser et t’aider à te calmer, je le voulais pourtant, mais mon corps refusait de m’obéir… Enfin non c’est juste que j’étais trop lâche pour trouver la force de te repousser réellement… Et… et j’avais la trouille… j’avais tellement la trouille que si j’essayais d’arrêter… ça, tu partes, en colère ou juste… déçue, la conscience troublée, uniquement guidée par tes instincts et que tu te trouves… quelqu’un d’autre… pour cette nuit… C’est de la lâcheté pure et simple… Je n’ai pensé qu’à moi… Et au fait que… je ne pouvais pas te laisser… et après… après en te voyant ainsi… en sentant bien à quel point ton corps réclamait je me sentais monstrueux de ne pas te répondre, vague consolation pour mon égoïsme… Je m’en veux vraiment… tellement… si tu savais comme je m’en veux… Moi… j’ai pas aimé… Enfin si évidemment que j’ai aimé, dès que tous les deux on… c’est génial, c’est épique et tellement au dessus de tout ce que j’ai pu connaitre jusqu’à toi que… je n’arrive pas à vraiment comprendre comment ça peut être possible… mais… mais hier… C’était comme pour n’importe qui… Bestial… Et… j’ai… j’ai été bien trop avec toi comme j’aurais été avec n’importe quelle autre… Parce que les autres je m’en fiche… mais avec toi… C’est…. je suis égoïste Cassidy, affreusement égoïste, pardonne-moi… J’aime quand ça va vite, quand c’est caché, comme un secret là où on pourrait nous surprendre à tout moment, mais j’aime encore plus quand on prend notre temps, quand je peux m’occuper de toi… En fait j’aime juste même pouvoir m’occuper de toi, encore plus là où on pourrait nous surprendre c’est vrai, j’adore te voir perdre pied et m’incendier du regard, m’insulter à cause de ça, j’aime que ça te plaise… Si tu savais comme j’ai pu adorer nos préliminaires, jamais je ne me suis intéressé au plaisir d’une femme comme je m’intéresse au tien, jamais ça ne m’a fait ça, ça ne m’a rendu aussi heureux et… j’aime prendre mon temps pour te préparer pour nous deux, si tu savais… J’aime sentir, voir, entendre que je te plais… J’ai pas fait exprès… qu’on nous entende et tout… je… je comprends pas… J’ai l’ouïe fine alors les bruits forts c’est désagréable pour moi… je n’ai jamais eu l’impression que tu… gémissais ou criais suffisamment fort pour qu’on nous entende… Et qu’on t’entende toi… alors que je gémis tellement ton nom moi… Le cube c’est parce que je voulais te garder égoïstement pour moi tout seul, c’est pour ça que je l’activais toujours… je ne pensais pas qu’on pouvait vraiment nous entendre ou alors si peu que ça ne gênerait personne… je déteste que ce qui est si… bien soit si tabou et provoque tant de réactions… mauvaises… Je ne voulais pas que tu sois mal à l’aise… Mais j’ai été… un imbécile fini hier et… je n’arrête pas d’y penser… et je m’en veux… Je m’en veux d’avoir été si faible et d’avoir préféré la facilité alors que je t’… que… que j’aime tellement quand tu as l’air… bien… Je suis désolé… vraiment…

Le jeune homme se tut. Sa voix avait curieusement chevroté à plusieurs moments. L’extension de son cou n’était pas faite pour lui faciliter le débit verbal et il avait dû prendre plusieurs inspirations forcées à quelques reprises. Il serrait les dents de nouveau, très fort, trop fort, l’angle de sa mâchoire rendu plus serré encore qu’en temps normal. Lentement il rabaissa la tête mais ne la regarda pas, ses yeux n’étaient emplis que de tristesse à présent. Il avait insisté sur un élément bien plus que sur les autres, sa voix s’étant faite bien plus heurtée à ce moment-là: lui ou un autre… Il ne valait pas plus qu’un autre et il en avait conscience. Trop proche de la tristesse il y avait une résignation toute aussi malheureuse, celle d’une réflexion qui avait pris son temps avant de s’exprimer chez le garçon. Peut-être que c’était un indice après tout. Un indice qu’il ne valait pas beaucoup plus à ses yeux et qu’il devait arrêter d’espérer quoi que ce soit… il ne savait pas trop quoi justement. Il fuyait son regard mais ses yeux brillaient de l’eau qui les avait rempli et dont il n’avait décidément pas l’habitude. Il se passa trop fort le revers d’une main contre ses paupières, chassant l’émotion et les larmes qui le menaçaient, traçant un très fin sillon rosé sur sa peau de l’un de ses ongles. Sa respiration légèrement heurtée se calma alors qu'il se forçait à penser de manière cartésienne, comme un soldat, comme si rien n’avait d’importance, comme ça avait toujours été le cas avant elle. Pourtant, dans sa poitrine, son coeur battait fort et hurlait son besoin, vital, d’avoir un contact avec elle, de la serrer dans ses bras, de respirer l’odeur de ses cheveux et de se laisser envahir par le bien-être qu’elle faisait naitre d’une caresse, d’un regard, d’un sourire…
Il se remit à parler, comme si de rien était, arguant qu’il allait se transformer, oui comme si son petit monologue malheureux qui trahissait tant sa tristesse et la vulnérabilité derrière son apparente puissance tranquille et sa confiance illusoire, n’avait jamais existé… Il disait qu’elle devrait attacher la selle bien solidement, que les lanières devaient passer respectivement devant et derrière ses pattes avant, que l’espèce de grosse boucle à l’avant totalement devait être glissée autour de son cou pour un maintien supplémentaire. Il parlait de sa voix assurée et tranquille d’un sujet facile quand le contact d’une main, si douce, vint se poser contre sa main droite sur le pommeau de la selle, faisant courir un délicieux frisson sur sa peau... Un frisson qui lui noua la gorge…
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Cassidy Herediane
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Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 21 Sep - 20:43

Cassidy ne parlait pas par hasard. Mais à l’heure actuelle, elle ne souhaitait pas s’étendre davantage. Néanmoins, Tristan se conduisait sans se poser la moindre question. Comment pouvait-elle savoir qu’il ne fallait pas sous estimer des vieux dragons ? A moins d’en avoir croisé personnellement et d’avoir interagi avec eux pour connaître leur âge, il n’était pas vraiment possible de savoir ce genre de choses. Surtout que le livre qu’il lui avait donné était écrit par un fanatique, en admiration devant cette race et leur trouvant bien peu de défauts.

Cependant, malgré tout ce que Cassidy essayait de faire, Tristan avait bien du mal à accepter la personne qu’elle était actuellement. Il était vrai qu’ils ne réagissaient pas de la même manière face aux sentiments qui les animaient. Le jeune homme avait l’air vulnérable et avait failli voir la lumière ou plutôt l’obscurité, alors qu’elle n’avait de cesse que de le repousser, voulant se protéger d’un homme, en repoussant aussi ses propres sentiments qui l’effrayaient. Et puis en apprenant la vérité, en apprenant qu’il était sincère et ne jouait pas, elle avait cherché à dire ce qu’elle avait sur le cœur. Mais en même temps, cela avait entraîné un choc chez elle. Un choc tellement important que toute sa fougue, tout son sale caractère, sa franchise, tout ça, elle le retenait au fond d’elle, cherchant à l’enfouir pour que Tristan ne voit plus qu’une Cassidy douce et gentille, qui ne cherche pas à l’égratigner, le blesser un peu plus avec ses piques qui étaient vraiment mauvaises, cruelles. D’une demoiselle digne d’une princesse, capricieuse, hautaine et croyant qu’elle pouvait tout se permettre.

Et elle ignorait encore une fois que ce nouveau comportement n’était pas mieux. Elle avait essayé de parler de patience, de temps. Mais qu’était le temps pour un dragon ? Qu’était la patience pour lui ? Il y avait des limites et là encore Cassidy montrait à quel point elle était une gaffeuse même si on ne pouvait pas dire que c’était sa faute. Les sentiments, ça ne se commande pas. Les émotions non plus. Elle aurait bien eu besoin de quelqu’un pour se confier, cela l’aurait peut être rendue plus sûre d’elle-même. Une personne qui l’aurait conseillé, qui lui aurait donné la confiance. Vulnérable comme elle était, la jeune femme aurait pris le temps d’écouter. Si ça pouvait lui permettre de savoir sur quel pied danser et comment se comporter pour ne pas faire de bêtises et ne pas revivre ce qui c’était passé dans cette caverne, elle signait tout de suite.

Tristan était amoureux d’elle, c’est ce qu’elle avait compris à travers tous ces messages, ces souvenirs dans cette caverne bien trop chaude. Et elle… enfin c’était étrange non ? Un dragon qui se sent amoureux alors qu’il ne devrait pas avoir de sentiments. Une humaine qui avait l’air d’avoir un peu de mal à accepter ce sentiment. C’est quoi aimer ? Comment on aime ? Pourquoi ? Elle se rappelait des paroles de sa mère, quand c’est le bon, on a des papillons dans le ventre, les pensées ne sont tournées que vers cette personne. On est heureux, euphorique, un seul regard fait passer beaucoup de choses, d’émotions. Un lien, une complicité. Un sourire fait encore mieux et peut donner l’impression de se sentir invincible. Mais Cassidy, avec tous ces signes qui ne trompaient pas, avait bien du mal encore à dire oui. Comme si elle avait peur de se lier définitivement, comme si cela pouvait avoir une conséquence irrévocable. Ouvrir son cœur, se laisser bercer, vivre à deux…

L’amour était un sentiment si compliqué. Et puis Tristan avait l’air de comprendre de travers. Du fait qu’elle veuille le faire partir alors qu’elle cherchait juste à le… protéger ou qu’on ne lui fasse pas de mal par sa faute. Si ça devait arriver, elle serait dévastée, elle culpabiliserait. Parce qu’il était bien celui qu’elle ne voulait pas voir souffrir, ou qu’on lui fasse de mal, à cause de leur relation qui était, selon certains, contre nature. Et puis elle ne disait pas encore tout ça par hasard mais c’est vrai que cela donnait l’impression qu’elle cherchait des excuses pour qu’il s’éloigne d’elle. Alors que pas du tout ! Fichue communication, c’était tellement simple quand tout n’était que jeu, qu’il n’y avait rien de sérieux. Tristan semblait même le plus humain des deux. Qui ne comprenait peut être pas ce qui lui arrivait mais qui lui voulait en faire quelque chose de cette histoire, d’être sérieux alors qu’elle-même avait ses doutes, ses craintes, ses peurs. Il devait lui faire suffisamment confiance pour avoir ce genre d’assurance en eux.

Elle n’avait pas cherché à s’étendre un peu plus sur la situation, parce qu’elle ne savait pas quoi dire de plus. Après tout, tout cela l’embarrassait fortement et parler pour parler elle n’aimait pas. Le sujet avait été dévié par le rangement de toutes les affaires de Tristan.

Encore une fois l’histoire du carnet portait à confusion. Lui était honteux d’avoir besoin de ce genre de support mais elle, en fait elle s’était promis de moins faire la curieuse ou de chercher à l’embêter. Après tout, elle voyait bien qu’il était embarrassé lorsqu’elle avait touché à ce journal. Du coin de l’œil, Cassidy avait bien remarqué que Tristan était loin d’être à l’aise. Et ne voulant pas le déranger ou juste pour lui montrer qu’elle lui faisait confiance, elle ne chercha pas à regarder. Alors que si elle avait été différente, comme avant, la jeune femme ne se serait pas gênée pour feuilleter et regarder ce qu’il avait écrit. Après tout, la curiosité fait partie de ses traits de caractère. Difficile de savoir comment elle aurait réagi. Peut être aurait-elle été vexée au début de voir qu’il prenait des notes sur des choses aussi évidentes que ça, peut être qu’elle avait tendance à oublier qu’il avait été en partie était élevé par des dragons et que certaines choses le dépassaient. Peut être que derrière ce côté boudeur qu’elle aurait eu, au fond d’elle, la jeune femme se serait rendue compte qu’il s’intéressait suffisamment à elle pour faire ce genre d’efforts, pas commun pour son peuple. Alanir l’aurait sans doute éclairci à ce sujet, si seulement l’esprit daignait se manifester. Et encore, elle devait être bien affaiblie pour qu’il arrive à communiquer avec elle. Néanmoins aujourd’hui, cela ne la dérangeait plus vraiment qu’Alanir lui parle. Il détenait des informations qui lui permettaient de mieux comprendre Tristan et pour ça elle savait se faire attentive.

Cependant après avoir annoncé qu’elle n’avait pas vraiment regardé, le jeune homme chercha quand même à s’expliquer, lui dire qu’elle pouvait regarder. Il bredouillait, très embarrassé, parlait de mal comprendre encore une fois et que ce n’était pas secret. Que ce n’était rien d’important. Cassidy ne comprit pas vraiment ce qu’il cherchait à dire. Elle avait retenu les informations mais sans rebondir dessus. Inutile de le faire plonger dans ses retranchements.

Pauvre Tristan, il ne comprenait pas pourquoi Cassidy le repoussait encore alors qu’il s’était posé à côté d’elle. Mais la jeune femme avait bien du mal à se contenir, à contenir ses pulsions dévorantes qui lui hurlaient de prendre bien plus qu’une simple étreinte. Elle détestait ça, elle ne se sentait pas maîtresse de son corps et c’était horrible de devoir lutter contre cette nature qu’elle repoussait encore et toujours. Cette malédiction était vraiment pénible et ça l’enrageait encore plus. Et puis quoi dire à Tristan ? Désolé je veux pas rester à côté de toi car j’ai mes pulsions et ça me dérange ? Parce que j’ai envie de toi mais pas pour toi mais pour le morceau de viande que tu représentes ? Non désolé, c’était assez gênant de l’admettre alors le dire… Ou lui dire qu’elle voulait juste un homme pour assouvir son besoin… enfin bref là ça aurait été source de confusion et elle ne voulait pas qu’il se sente mal ou qu’il interprète vraiment du plus mauvais côté possible.

Et puis, perturbée comme elle était, la demoiselle était bien incapable de prononcer le moindre mot.

C’est vrai, elle n’avait pas répondu pour eux deux. Parce que… encore une fois elle agissait étrangement. Cela aurait dû être le contraire. Cela aurait dû être elle qui aurait dû lui demander. Pour eux deux. Mais peut être qu’inconsciemment la jeune femme attendait un peu. Après tout, elle était bien celle qui avait attendu un très long moment… sentant des sentiments naissants pour le garçon perdu à l’adolescence, espérant le revoir. Peut être même qu’elle avait prévu tout un discours à son retour dans le village. Un discours touchant, un peu naïf, un peu sensible. Peut être qu’elle s’imaginait toute une scène autour de ces retrouvailles. Se chamailler avec lui et lui montrer qu’elle lui en voulait avant de faire sa déclaration, être timide sans oser l’aborder, autre chose peut être… Mais au fil des années, elle avait arrêté d’espérer. Elle en était même venue à penser qu’il s’en fichait complètement d’elle.

Combien d’années d’attente en sachant que lui de son côté avait tout oublié de par sa nature ? Alors oui, inconsciemment Cassidy laisser planer le doute sur sa réponse. Elle aurait pu être claire mais pouvait-on vraiment lui en vouloir alors qu’elle n’avait pas vraiment eu la vie rêvée et cela dans les domaines qu’elle ciblait ? Ses rêves, sa passion, un amoureux ? Non…

Cependant, ce silence pouvait être interprété de bien des façons et ça Tristan ne pouvait pas le savoir. Et la jeune femme, même si elle essayait de lui faire comprendre qu’elle avait besoin de temps, le laissait dans le doute.

Elle s’était changée dans la salle de bains en désirant lui faire plaisir avec une de ces tenues qu’il lui avait acheté, où elle voyait bien qu’il la trouvait… belle dedans ? Enfin qu’elle faisait son effet. Pour lui faire plaisir encore une fois… Enfin, peut être qu’un jour elle finira par s’habituer à ces tenues, qui changeaient bien de ses tenues masculines, qui la mettaient bien plus en valeur, attirant les regards des hommes autour d’elle. En vrai, elle n’était pas du tout assurée peu importe la tenue qu’elle portait et qui changeait de ses habitudes. Carapace qui s’effritait, l’impression d’être vulnérable et même si Tristan pouvait parfaitement remplir le rôle de garde du corps, elle détestait cette…vulnérabilité. Trop habituée à être indépendante et à se débrouiller par elle-même. Difficile de changer du jour au lendemain.

Ils étaient allés manger au restaurant et la discussion tourna autour de la magie. Elle avait haussé un sourcil intéressé mais son attitude sentait la rancœur, la colère, le dédain et une certaine fierté mal placée. Si Tristan gardait des expressions habituelles, elle était loin d’imaginer à quel point chaque parole le blessait alors qu’il voulait juste l’aider à assouvir son rêve. Cassidy était tellement focalisée dans cette rancœur qu’elle ne voyait pas que Tristan l’incitait juste à voir quelqu’un pour apprendre justement. Mais oui, il avait raison, c’était de la fierté mal placée, une tête de mule rancunière qui ne revenait pas sur sa parole, qui ne voulait plus rien à faire avec ces abrutis, ces vieux mages qui l’avaient rejeté sans chercher à en apprendre plus…

Il y avait aussi autre chose… Magie noire elle avait. Enfin son physique un peu hors du commun pour une humaine n’était pas normal. Et si justement elle avait une sorte de magie noire, de malédiction venant du dieu des conflits lui-même. Si justement les autres mages le sentait et qu’ils refusaient encore une fois d’enseigner la magie à une personne qui pouvait devenir dangereuse et instable ? Elle n’était pas bête et il était hors de question qu’elle se fasse encore avoir. Qui pourrait l’accepter avec cette forme ? Et si sa mauvaise partie d’elle sortait pendant un entraînement ? Que se passerait-il ? La traiterait-on comme une sorcière ? Une Kaär ? Peut être même une démone ? Chercherait-on à l’exécuter à cause de cette différence ou plutôt ce côté maléfique qui n’était pas autorisé dans ces terres ? Oui… du doute, de la crainte, des hésitations. Tristan ne verrait pas, Tristan ne saurait pas. Elle avait trop vu, trop souffert, et oui il était hors de question quelle prenne des risques supplémentaires.

Il avait un peu insisté, elle s’était braquée en lui parlant de quelque chose qui lui fit beaucoup de mal… si elle avait su plus tôt, elle n’aurait sans doute pas été aussi véhémente, par… délicatesse. Oui c’était étrange en y pensant. Elle essayait d’être moins brusque avec lui, de ne pas chercher à le blesser peu importe le domaine mais il faut dire que son ignorance lui faisait défaut. Enfin, elle oubliait un peu vite qui il était pour les Cheistams. Mais elle n’y connaissait pas grand-chose, elle le voyait peut être juste comme un guerrier qui se battait, avait des réunions stratégiques, parfois quelques… missions diplomatiques. Mais loin de se douter de la vie qu’il menait.

Alors oui elle s’était enflammée dans ses paroles, bien plus elle-même et parlant avec honnêteté. Sauf qu’elle ne loupa pas la réponse de Tristan. Une simple réplique, sans chercher à insister, juste pour conclure sa tirade. Mais c’était dit d’une voix… un peu déçue, comme si ses paroles ne lui plaisaient pas. Avait-elle encore fait une gaffe ? Cassidy pencha légèrement la tête sur le côté, ses yeux exprimant de la surprise et de l’étonnement alors qu’elle aurait voulu en savoir plus. Mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Elle craignait d’enfoncer le couteau dans un sujet qui avait l’air sensible. Encore une fois, son honnêteté, sa franchise, ce qu’elle était, lui faisaient défaut. En fait, à l’entendre parler, elle n’était pas du tout faite pour Tristan. Ou du moins pour son monde.

Bah quoi ? Ce n’est pas une vie qui fait rêver après tout. L’étiquette, tout ça… les obligations. Soporifique, ennuyant. Elle préférait être libre comme l’air que d’être enfermée dans un château entourée de pigeons. Etrange pour un dragon d’ailleurs d’apprécier ce style de vie… enfin si encore il appréciait… ou qu’il le faisait par obligation. Dans un sens, c’était comme si elle montrait qu’elle ne dépendait de personne, qu’elle n’obéissait pas à des ordres, qu’elle vivait juste pour elle-même et puis ça lui convenait bien.

Mais le malaise était là et Cassidy était incapable de savoir ce qu’elle avait pu dire qui aurait entraîné une telle réaction. Son refus de vouloir un maître ? Cette compétition saugrenue de mages ? Les obligations si on gagnait une compétition. Elle n’eut pas le temps de trouver une phrase pour essayer… de voir ce qui clochait ou peut être qu’elle ne savait pas quoi lui dire justement et s’engager sur un terrain trop glissant. Tristan s’était d’ailleurs dérobé en proposant de chercher les desserts.

Cassidy avait finalement vu toute la scène et son sang n’avait fait qu’un tour. Mais, se rappelant de ses débordements exagérés, de son impulsivité, elle préféra garder le calme, pour ne pas que Tristan la voit encore comme une fille qui ne savait pas se tenir. Et pourtant, oh combien la rage l’étouffait alors qu’elle était venue, n’arrivait pas à souffler un mot, n’ayant aucun sens de la réplique ou une pique bien placée. Son cœur tambourinait fort dans la poitrine et si son visage était tout à fait calme, elle serrait ses poings jusqu’à s’enfoncer les ongles dans la peau. Elle avait envie de gifler ces pintades qui tournaient autour de SON homme. Enfin… ce n’était officiellement pas le sien. Elle aurait pu dire quelque chose, qui aurait fait plaisir à Tristan, déclarant sur un ton rieur et badin que ces demoiselles ne devaient pas toucher à son compagnon sinon elle était capable de les défigurer ou leur donner une bonne leçon. Elle aurait pu oui… mais là encore, il lui était impossible de reprendre contenance, trop de pensées tournant dans sa tête, incapable de trouver le ton juste ou la bonne phrase.

Non justement elle ne savait pas. Que Tristan avait du mal à repousser une femme, qu’il n’était pas capable de dire fermement et sans la moindre hésitation qu’il n’était pas intéressé, se dérober quitte à les envoyer balader. Non… et puis, cela pourrait lui faire mal aussi non ? Incapable de repousser les avances de certaines. Non mais il était conditionné comme ça à faire des courbettes et des sourires ? Fallait-il que la petite amie se pointe pour voler à son secours ? Cela pouvait aussi le décrédibiliser… que sa compagne vienne le défendre parce qu’il était incapable de dire non à une femme, qu’il ne savait pas comment se dépêtrer. Pour des Friholdiens, cela faisait du plus mauvais genre. Un homme devait être galant certes, mais savoir aussi repousser fermement les avances si il était déjà attaché à quelqu’un d’autre. Mais… rien ne disait officiellement qu’ils étaient ensembles.

En tout cas quelques regards s’étaient tournés dans sa direction d’un air un peu suspicieux, de ne pas arriver à se dégager de quelques demoiselles un peu trop insistantes.

Cassidy avait attendu mais n’avait pas soufflé un mot à son retour à la table. Embarrassée oui c’était le bon mot. Quoi lui dire ? Tu as mis du temps ? Non c’était une pique. Tu avais besoin d’aide ? Il aurait été blessé dans sa dignité ! Non décidément, le silence qui les entourait n’avait rien de normal.

Lorsqu’ils étaient rentrés, la jeune femme avait cherché à faire des efforts. Tenter… un contact. Les baumes, massages, ça lui ferait peut être plaisir… qu’elle se laisse approcher, qu’elle tente une activité plus… couple ? intime ? moins distante. Elle cherchait à lui montrer qu’elle ne voulait pas rester si distante que ça, qu’elle voulait des moments avec lui et même si les massages n’étaient pas dans ses habitudes non plus. Et pourtant, tout dérailla. Ce n’était pas la faute de Tristan ça elle en était sûre. Mais l’envie qui n’était pas assouvie la rappelait à l’ordre. Et avant qu’elle n’ait le temps de se retenir, elle l’avait déjà entraîné pour une nuit qui serait bien intense.

Le lendemain matin, elle s’était réveillée un peu vaseuse, un peu fatiguée par la veille. Bonjour les courbatures à cause de leurs galipettes à travers toute la pièce. La jeune femme avait grimacé bien qu’elle gardait conscience. Et elle se sentit très mal d’être… apaisée et moins focalisée par ses envies… parce qu’elle n’avait pas su se retenir. Et cela la rendait très très honteuse. La seule consolation qu’elle avait, c’était que pour Tristan aussi c’était… nécessaire. De ce qu’elle avait vu et entendu. Mais elle détestait réfléchir autant, ça l’agaçait, c’était complexe.

Tristan était tout sourire le matin et commença par une petite phrase gentille à peine murmurée. Elle avait grogné un coup avant de répondre évasivement, encore sonnée par la folle nuit qu’ils avaient passé ensemble.

« Ca va… »

Il avait dévié le sujet, elle lui en était reconnaissante. A cause de cette nuit qui n’était pas comme elle le désirait. Cruelle insatisfaite ? Non, contrairement à beaucoup de femmes, elle avait un truc qui l’handicapait lourdement. Même si elle se doutait que beaucoup de femmes aimeraient avoir cette vigueur, cette… libido. Pour une dragonne ça aurait pu être normal. Mais pas pour Cassidy…

Alors, elle se braqua d’un coup, déclarant qu’il devait se retourner, le tout dit avec une voix hésitante et timide, comme si elle avait peur de le brusquer. Après tout, ça n’avait rien de normal. Surtout qu’ils s’étaient déjà vu, examinés sous tous les angles, elle n’avait rien à lui cacher. Non encore une fois, elle cherchait à… bien faire. Moins être animal ou bien qu’elle s’en fichait de son corps ou qui pouvait la regarder. Les amants, elle s’en fichait royalement de se balader toute nue, c’était un jeu, ce n’était pas pour de vrai. Encore plus quand elle était payée. Elle savait jouer avec ça, dévoiler un bout avec mystère, attiser un homme, montrer une grande confiance en elle pour se balader nue. Mais au fond d’elle, ce n’était rien de plus qu’un jeu.

Elle n’était pas sûre de la réaction de Tristan et crut voir une sorte de tristesse mais elle n’était pas sûre du tout. Après tout, Cassidy avait toujours été fine observatrice. Et pourquoi d’ailleurs serait-il triste de se retourner ? Il l’avait bien vu cette nuit, elle avait fait un effort avec le massage. Non décidément, ils auraient bien besoin d’un décodeur pour expliquer les réactions de l’un et de l’autre.

S’échappant rapidement dans la salle de bains, elle avait poussé un profond soupir de soulagement. Son propre comportement l’agaçait. Mais si elle redevenait comme avant, elle aurait l’impression de… mentir à Tristan, de ne pas être vraie avec lui.

Un soupir résonna dans sa tête.

*Tu te poses beaucoup trop de questions, petite humaine. Que vous êtes complexes…*

*Ca te regarde ?*

*Un peu… Ce bourdonnement incessant de pensées torturées est horrible*

*Tu n’as qu’à ne pas écouter*

*Si seulement je pouvais…*

Alanir intervenait au mauvais moment. Elle était perdue et ce n’était pas un dragon qui pouvait l’aider.

*De ma vie de dragon je ne m’intéressais pas aux humains mais… pendant mon hum… éducation j’ai appris pas mal de choses. Et ton Tristan là… il ne se conduit pas comme un dragon, ça je peux le certifier*

*Ca veut dire quoi ?*

*Déjà il est beaucoup trop patient… beaucoup trop… un dragon quand il se lasse ne reste pas. Un dragon n’insiste pas sauf si c’est par jeu. Ta distance… ça ne devrait pas lui plaire. C’est impossible de savoir ce qu’il en est réellement mais soit il fait des efforts, soit il résiste jusqu’à exploser*

*Et ? Ca veut dire qu’à cause de ça je devrais me rapprocher plus rapidement ? Je suis désolée Alanir mais les sentiments ça ne se commande pas. J’ai pas envie d’aller plus vite parce que sinon il risque de partir. Il me semble lui avoir dit en plus que je devais prendre mon temps*

* Je ne suis pas sûr mais… si tu essaies de bien expliquer ce que tu ressens, il comprendra… peut être ? mais ça ne résoudra pas grand-chose*

Cassidy se mit à soupirer en se dirigeant vers la glace et se coiffant machinalement les cheveux. Enfin elle passait les doigts dedans en tentant de remettre de l’ordre. Cette conversation ne menait nulle part et ne lui apporter pas beaucoup d’informations. Se forcer ? Aller plus vite ? Une petite voix au fond d’elle lui disait que si elle l’aimait vraiment, elle n’aurait pas besoin de se forcer. Ses sentiments étaient-ils faux ? Elle s’agrippa au rebord du lavabo et pencha la tête en avant en poussant un profond soupir. Fermant les yeux, elle essayait de se remémorer des premiers moments passés ensemble. Cette simplicité, de la complicité… râler oui… mais pas sans raison. Il n’y avait pas d’exigence, rien d’officiel. C’était simple… elle avait le cœur qui battait vite quand elle le voyait. Un sentiment de bien être… Elle n’avait jamais été dégoutée par ce qu’il était. Enfin si un peu quand même, au début.

La jeune femme se mordilla la lèvre inférieure. Repenser aux moments d’avant… Qu’est ce qui avait changé entre temps ? Décidément elle était complètement stupide et c’était impossible pour elle de revenir à cet état premier. Qu’est ce qui était vrai au final ? De quoi devait-elle se convaincre ? La jeune femme ouvrit le robinet et laissa un peu d’eau couler pour s’asperger le visage et tenter de remettre de l’ordre dans son esprit. Depuis quand était-elle si timide ? Si craintive ? Rien ne lui apportait de réponse et elle se trouvait ridicule de penser autant.

Finalement elle sortit de la salle de bains, pas plus avancée que ça. Elle jeta un coup d’œil à Tristan et se força à tirer un sourire, mais bien peu convaincant. Cette sensation de froid, elle le sentait bien. Surtout qu’il avait encore ce bref regard triste quand il la vit avec cette tenue. Que devait-elle faire encore une fois ? Se justifier ? Expliquer pourquoi elle portait ça ? Qu’elle porte des vêtements qu’il lui avait acheté il avait l’impression de la forcer, qu’elle porte une tenue habituelle ça le rendait triste. Devait-elle se balader nue pour qu’il soit satisfait et évite de ressentir des trucs négatifs ? Pourtant elle tenta un rapprochement en venant se caler dans ses bras pour prendre le petit déjeuner. Gentiment, juste comme ça. Elle avait expliqué pour les plantes, d’une voix hésitante.

Mais il n’y avait pas de complicité pendant ce petit déjeuner. Rien… pas de complicité. Ca lui manquait mais elle était incapable de redevenir comme avant. Quelque chose la bloquait et la rongeait. Finalement, elle descendit avant lui et fut la cible de la mauvaise humeur d’une madame dès le matin, qui l’humilia en public et lui rappela ses mauvaises manières. En temps normal, Cassidy ne se laissait pas faire. Et pourtant aujourd’hui, tellement chamboulée par ses affaires, elle n’arrivait pas à répliquer. En temps normal, elle serait restée calme ou bien l’aurait remise à sa place, d’une manière ou d’une autre. Elle ne serait pas en train de se ratatiner sur place en attendant qu’elle finisse de déverser toute sa colère sur elle. Alors Cassidy avait vraiment une attitude de recul. Interdite, écoutant, le regard honteux et fuyant, les muscles crispés, elle attendait que ça se termine. Tristan descendit et il en prit aussi pour son grade. Il pensait qu’elle était peut être jalouse mais… peut être n’avait-elle pas d’envies ? Tout le monde n’avait pas une libido normale et n’étaient pas intéressées par le sexe après tout…

Cependant, Cassidy sentit une colère qui ne lui appartenait pas. Cela était déjà arrivé plusieurs fois, à chaque fois qu’elle était vulnérable et attaquée en fait. Elle ne comprenait pas d’où ça venait.

*C’est pas moi !*

Bon ben c’était pas Alanir déjà. Elle regarda Tristan mais celui-ci restait particulièrement calme. Tendu oui mais calme et normal. Il ne dégageait pas la colère. Et pourtant cette colère qui l’agitait était violente et pouvait éclater à tout moment. Cependant, aucune action impulsive n’apparut de tous les spectateurs présents et silencieux qui écoutaient cette leçon de morale. Cassidy attendit que la tempête passe et fut soulagée de voir que la furie était sortie. Néanmoins, elle ne s’approcha pas de Tristan. Ca valait mieux. Pour lui dire quoi après tout ? Qu’elle était désolée ? Qu’elle avait honte ? Et puis tous les regards étaient tournés vers eux et elle ne voulait pas qu’on écoute avec curiosité ces paroles après cette espèce de… humiliation publique. La jeune femme se racla doucement la gorge puis tourna les talons et sortit. L’air frais lui ferait le plus grand bien.

Elle inspira profondément dehors et se décala un peu à l’écart pour ne pas être dans le passage et en attendant que Tristan la rejoigne. Le froid lui mordit le visage, telle une claque, alors qu’elle se remémora les paroles prononcées avec tant de hargne. Pas gênée… La jeune femme ne souffla pas un mot, elle sentait toujours cette colère qui ne lui appartenait pas au fond d’elle pas dissipée. Gênée, embarrassée, elle préféra se concentrer sur la tâche de ce matin, pour l’apothicaire. C’était mieux. Même si cela ne faisait pas partir cette gêne ou effacer ce moment humiliant.

La jeune femme alla rapidement s’entretenir avec Ninna puis revint vers Tristan. D’un commun accord ils se dirigèrent vers la forêt mais muet l’un comme l’autre. Elle finit par rompre le silence, en s’excusant, avec hésitation et oui c’est vrai, elle ne dit pas la vérité. Parce que c’était trop gênant de l’admettre. Cassidy détestait perdre le contrôle et c’était exactement ce qui s’était passé. Et elle avait honte de l’assumer.

Alors qu’elle marchait, la petite blonde s’était arrêtée, comme si il lui était difficile et de marcher et de s’expliquer en même temps. Cependant, le regard qu’il jeta était encore triste. Encore cette tristesse qui revenait, encore une fois. Mais bons dieux, qu’avait-elle fait pour mériter ce regard ? Il s’excusa, comme si c’était sa faute, comme si c’était lui qui avait fauté. Sauf que même si il y avait quelques passages qu’elle avait oublié, elle savait parfaitement qu’elle l’avait empêché de faire quoi que ce soit, trop affamée qu’elle était. Et puis il était un dragon, il avait des faiblesses aussi.

Elle le regarda en haussant un sourcil, les mots brûlants devant ses lèvres mais sans vouloir en sortir. Qu’il ne l’excuse pas pour tout comme si elle était parfaite et inatteignable ! La jeune femme semblait vouloir parler mais c’était comme si elle faisait tout pour taire ses pensées qui l’agitaient. Son attitude montrait cependant qu’elle était tiraillée entre deux actions, deux choses et qu’elle n’arrivait pas à se décider.

Mais rien ne sortit de sa bouche. Cassidy continua sa marche, un peu à cloche pied. Elle se rappela alors que Tristan voulait peut être un peu plus de contact, de présence, d’attention ? Enfin, il voulait après tout qu’ils se mettent en couple, qu’elle soit son amoureuse. Peut être que pour cela il fallait qu’elle accepte un peu de ces contacts. Alors la jeune femme eut une idée, qui serait une sorte de timide rapprochement non ? Qu’il la porte. Elle avait beaucoup hésité en prononçant ses mots, non pas qu’elle ne voulait pas mais que tout lui semblait difficile quand elle s’exprimait sans détour, sans utiliser sa provocation habituelle.

Elle vit bien le sourire qui n’était pas triste cette fois mais comme si elle lui faisait plaisir alors que ses yeux étaient encore bien tristes. Il murmurait mais dans son ton, la jeune femme sentit qu’il était sincère. Ah oui effectivement, cette petite action lui faisait plaisir. Il semblait reconnaissant. Reconnaissant de quoi ? De l’autoriser à l’approcher ? D’être moins distante ? De proposer quelque chose ? Il semblait d’ailleurs un peu plus joyeux et comme si il se sentait utile. D’ailleurs le fait d’être sur ses épaules le dérobait à sa vue mais cela était bien pratique pour attraper certaines feuilles.

A un moment il la fit tomber par terre et elle glissa dans son dos en tombant dans la neige. Pourtant la jeune femme ne dit rien et accepta ses excuses.

Ils étaient retournés chez l’apothicaire, qui avait prononcé une petite phrase anodine mais qui ne tira aucune réaction de la part de Tristan. Finalement le petit duo se rendit au restaurant pour manger et elle le questionna pour savoir ce qu’ils pouvaient faire cet après midi étant donné qu’elle n’avait aucune idée. Il parla aussi du cristal insonorisant mais la jeune femme ne comprit pas pourquoi il parlait de ça.

Il avait abordé la magie et elle rebondit dessus en repensant à l’action dans la caverne. C’était tellement instinctif qu’elle ne savait pas comment elle avait fait. Cependant, elle remarqua aussi qu’il avait bien peu mangé. La jeune femme fronça les sourcils. Oulala ça aussi ce n’était pas normal… en fait, cet accident n’avait rien résolu du tout. Elle se mordilla la lèvre inférieure, soucieuse alors qu’il répondait pour sa magie, parlant d’un blocage.

La jeune femme hocha la tête puis se mit à réfléchir.

« C’est vrai tu as raison. Un blocage… peut être parce qu’on m’a tellement rabattu que je n’étais pas capable que quand j’essaie de me concentrer j’y arrive pas ? Ou peut être… j’ai peur de perdre le contrôle au fond de moi ? Pour le peu que j’en ai vu, la magie m’épuise… surtout… enfin faudrait que j’apprenne peut être à mieux connaître mon corps avant de… »

Bon la fin de sa phrase pouvait être interprétée de façon différente. Elle se mit à bafouiller, se trouvant ridicule et changea aussitôt de sujet en parlant des livres. Sauf que ça ne semblait pas trop le réveiller alors qu’elle avait cherché à lui faire plaisir, en disant que c’était grâce à lui qu’elle se remettait à la lecture. Mais peut être avait-il besoin d’un peu plus d’explications, de franchise et pas tourner autour du pot.

Elle hésita à lui dire pour le repas mais il était déjà parti pour payer et ensuite très rapidement ils se rendirent à la bibliothèque. Cassidy était peu convaincue, pas spécialement optimiste pour trouver des livres assez poussés sur ce qu’elle cherchait. Peut être les blocages, une feuille de route, n’importe quoi qui décoincerait la situation.

Seulement, elle fut bien déçue de voir qu’il n’y avait rien. A part un bouquin vraiment rudimentaire, c’était peine perdue ici. Elle rejoignit Tristan pour lui faire part de son constat mais lui il était en train d’en feuilleter un autre avant de le fermer, de récupérer la jeune femme et l’emmener vers la sortie alors qu’elle poussa un bruit d’étonnement. Il posa une question qui ne voulait rien dire. Elle répondit alors et il enchaîna en expliquant alors son idée. Cassidy ouvrit des yeux ronds et semblait un peu déboussolée.

« La meilleure bibliothèque c’est à Galaden… »

Ah oui forcément, ayant connu cet endroit, elle ne voyait pas d’autre lieu qui pourrait accueillir des ouvrages aussi complets pour lui permettre d’apprendre ce qu’elle désirait. Néanmoins, aller à Galaden était beaucoup beaucoup trop loin et en voyant le regard de Tristan, la jeune femme toussota légèrement en levant les yeux au ciel, faisant mine de réfléchir.

*Trouve des noms plus réalistes Cassy, là c’est ridicule*

Elle se creusa la tête un long moment, cherchant dans sa mémoire des noms et lui en donna quelques uns avec hésitation. Même si rien ne pourrait égaler Galaden bien sûr, surtout pas à Frihold. Cependant, elle lui déclara que ce n’était pas trop possible, il fallait passer par des endroits difficilement accessibles et tout mais cela faisait juste sourire Tristan alors qu’elle ne comprenait pas.

Il parlait d’habitude, d’une bonne heure, de selle. Très bêtement, elle ne pensa pas à la même chose que lui.

« Heu mais tu sais bien que je ne peux pas monter à cheval, je sais pas… enfin c’est trop tôt… »

Cependant, Tristan s’expliqua en parlant du dessin, d’une selle et sortit une très belle révélation qui la pris totalement au dépourvu et là elle resta très bête et interdite devant lui. Attendez, il voulait voler avec elle ? Pour de vrai ? Non sérieusement ? Oh l’air froid elle connaissait en altitude. Il voulait vraiment l’aider à atteindre une de ces bibliothèques. Alors ça pour une surprise, c’était une grosse surprise.

Pendant longtemps elle resta silencieuse, surtout que l’esprit était sorti de sa torpeur en clamant des paroles haut et fort.

*Heiiiin ? Quoi ? Mais… il est fou ! Jamais on a vu ça ! C’est… offensant, dégradant. Il va pas s’en sortir comme ça…*

*Mais de quoi tu parles ?*

*C’est complètement. Enfin un dragon n’accepte pas un humain sur son dos. Déjà les petites marches au sol c’était limite mais là… si il se fait prendre, c’est banni à vie et…*

*Quoiiiiiiiiiiiii ? Attends tu veux dire que si je monte sur son dos ça serait aussi grave que ça ?*

*…*

De la peur et de la crainte étaient passés sur le visage de la petite demoiselle. Hors de question que Tristan se fasse exclure par sa faute. Elle se sentait déjà exclue alors… elle ne voulait pas que ce soit le cas pour lui. Etait-il prêt à aller jusque là pour elle ?

*Normalement… y a des dragons qui ont été bannis pour moins que ça. Et ça c’est complètement contraire à notre nature. Il n’y aurait qu’une raison pour qu’on continue à l’accepter, qu’il ait une importance suffisamment… élevée. Se faire sanctionner oui…*

*Je devrais… refuser alors ?*

*… Je conseille pas mais je suis aussi curieux de voir ça. Enfin… techniquement on croise peu de dragons par ici à cause du climat… donc*

Cassidy était un peu désemparée, déboussolée. Alanir aidait-il ? En tout cas oui elle savait que ça n’avait rien de normal et était bien consciente de la gravité de la chose tout comme il défiait ses propres lois pour lui permettre ça. Il est vrai que le peu de vols qu’elle avait fait avec Alanir, enfin si on pouvait appeler ça du vol et encore quand elle avait de la chance de ne pas tomber dans les pommes, lui donnait une sensation étrange, comme un appel à ne pas ignorer. C’était étrange car elle n’aimait pas spécialement voyager sur le dos d’un animal, elle n’avait jamais cherché à monter sur un cheval, se contentant des charrettes bien confortables. Enfin il ne fallait pas croire que Tristan était un animal loin de là !

Et là que Tristan déclarait vouloir voler avec elle était un merveilleux cadeau, énorme, bien plus que tous les vêtements qu’il avait pu lui offrir. Là ça dépassait beaucoup de choses et vu la réaction d’Alanir, ce n’était pas rien. C’était même risqué ! Et ça Cassidy n’était pas sûr de l’accepter. Sûrement montrait-elle une attitude figée, comme si elle avait bugué, comme si elle avait du mal à assimiler toutes les dernières paroles qui avaient été dites. Mais elle réfléchissait. Elle avait bien remarqué que Tristan semblait tout heureux de lui avoir fait cette surprise, cette selle, alors qu’auparavant il était bien plus… neutre ? Elle se rappelait aussi qu’il n’avait quasiment pas mangé… pour lui qui avait si bon appétit, la raison venait certainement de son comportement à elle très probablement.

Cassidy sentait que si elle refusait ce beau présent, même pour le protéger, même pour éviter qu’il se mette à dos les siens, il ne comprendrait peut être pas. Il penserait peut être qu’elle cherchait à maintenir une distante, qu’elle ne voulait aucunement faire des choses et des activités avec lui. Et puis elle sentait une sorte d’enthousiasme qui ne venait pas d’elle. Serait-ce… non il avait l’air content mais pas surexcité non plus. Elle n’était pas sûre… le mettre en danger ? lui faire prendre des risques ? Tout ça pour un caprice de voler avec lui ? Mais ce n’était même pas elle qui le proposait, ce n’était pas elle qui insistait… c’était lui, ça venait de lui. La différence était là. Et il était peut être assez grand pour assumer sa responsabilité après. Même si elle tenait à avoir une sérieuse discussion avec lui.

Alors, après un long moment à réfléchir, rendant le temps pour donner sa réponse interminable, la jeune femme finit par s’exprimer, à voix basse, dans un murmure même si sa voix trahissait une certaine hésitation.

« D’accord, mais… »

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Encore une fois elle s’était fait couper avant même de pouvoir en dire plus. Enfin ça faisait bizarre quand même parce que tout dans son expression, son attitude, montrait qu’elle n’était pas… enthousiaste ? Enfin c’était difficile à expliquer car elle voulait d’abord mettre les choses au clair et même si l’idée était vraiment bien, sa retenue, ses réflexions l’empêchaient de savourer ce moment comme il se devait.

Et puis, au moment où elle donna sa réponse, elle croisa le regard de Tristan et cela l’avait coupé nette dans sa réserve ou son explication supplémentaire. En effet, alors que le jeune homme arborait la plupart du temps un air triste voire neutre, très loin du côté vivant qu’il lui avait montré jusqu’à présent. Son visage s’était alors illuminé par la joie et le bonheur d’entendre une réponse positif alors qu’il semblait bien plus enthousiaste qu’il y a quelques minutes. Elle arrivait à lire une certaine impatience mais pas négative, une réelle envie de partager ce moment, de voler avec elle. Cela l’avait laissé figée dans sa phrase alors qu’il l’entraînait déjà d’un air ravi en la prenant par la main, devenant un enfant qui avait hâte de partager quelque chose.

Cassidy était encore un peu retournée par… par tout ça ! Elle n’aurait jamais imaginer qu’il avait préparer ce genre de chose dans l’ombre et maintenant que ça se concrétisait, elle dégageait une certaine appréhension. Pas que cela ne lui faisait pas plaisir au contraire ! Mais elle était incapable de savoir pourquoi elle était ainsi. Peut être parce que c’était quelque chose de très sérieux et que même si c’était une activité qui avait l’air passionnante, c’était quand même quelque chose de pas naturel et même plutôt fort.

Ils se dirigèrent alors vers l’auberge car Tristan souhaitait qu’elle s’habille plus chaudement. Bon, Cassidy y aurait pensé d’elle-même, après tout, elle se rappelait encore du froid en altitude donc seul un fou accepterait de voler si peu vêtu dans ces montagnes. La jeune femme le suivit alors et ils entrèrent dans l’auberge. Elle avait une appréhension, craignant encore attirer l’attention alors qu’elle ne le souhaitait pas mais heureusement personne ne se retourna sur leur passage et elle poussa un soupir de soulagement. Seul l’aubergiste les remarqua mais il resta discret, se contentant d’un signe de la main.

Lorsqu’ils arrivèrent à la chambre, Tristan se décala sur le côté mais son air semblait dire qu’il ne souhaitait pas venir à l’intérieur avec elle. Bon elle pouvait toujours se changer dans la salle de bains si il voulait récupérer un truc ou un autre mais apparemment, le jeune homme voulait juste faire un rapide saut sans vraiment trop s’attarder à cet endroit. On aurait presque dit qu’il trépignait d’impatience et semblait vraiment pressé de pouvoir commencer. Elle ne pouvait pas lui en vouloir, après tout, voler devait être une passion pour lui. Du moins c’est ce qu’elle imaginer.

La jeune femme soupira en enlevant sa veste et ouvrit l’armoire. Quoi mettre pour ce genre de « balade » ? Ses affaires simples n’étaient pas des plus confortables. Après tout, la plupart de ses vêtements étaient bien amples, l’air froid se faufilerait bien trop vite à l’intérieur. Elle essaya de penser aux femmes qui montaient à cheval. Généralement on portait des vêtements bien ajustés, peut être pour un meilleur maintien, quoiqu’on portait aussi des robes. Ah mais là la robe c’était hors de question !

Elle avait alors enfilé un pantalon plus près du corps, de couleur noir et qui lui moulait pas mal les fesses ainsi qu’un haut rouge foncé d’une matière bien plus chaude. Elle était ensuite passée dans la salle de bains et s’était faite une queue de cheval (eh oui ! faire une tresse et puis quoi encore ? Comme si Cassidy pensait à varier ses coiffures. N’oublions pas que dans ce monde, elle s’en fiche totalement de sa tenue/coiffure/apparence même si il lui arrive de faire des efforts pour Tristan. Et puis focalisée comme elle était sur ce vol, faire une coiffure qu’elle pouvait juger plus complexe était la dernière de ses pensées).

Bref, elle avait rassemblé ses cheveux avec un élastique simple pour se faire une queue de cheval sans fioritures. Avoir les cheveux attachés lui éviterait de les avoir dans la face en cas de gros coup de vent. Elle était ensuite ressortie pour prendre un cache oreille, chose qu’elle n’oubliait pas en allant surfer à cause de la vitesse ainsi qu’une cape assez chaude. A peine était-elle prête que quelques coups résonnèrent derrière la porte avec Tristan qui lui demandait si elle était prête.

Elle acquiesça d’un signe de tête mais la jeune femme était fébrile, même un peu nerveuse, bien loin de la timidité qu’il lui imaginait. Enfin, si il croyait qu’elle avait un sourire timide tant mieux, ça voulait dire qu’elle cachait plutôt bien ses émotions actuelles et c’était pas plus mal. D’ailleurs, elle tripotait machinalement un gant qu’elle tenait dans la main. Et bien qu’elle n’avait jamais fait attention à la chaleur de sa peau (pour elle c’était normal), il valait mieux se couvrir le bout des doigts également.

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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 21 Sep - 20:43

Tristan l’avait examiné mais juste avec son regard habituel, une admiration, le regard qu’il prenait quand il la trouvait joli. Il s’attarda un instant sur ses cheveux et semblait regarder avec insistance ceux-ci ce qui n’échappa pas à Cassidy.

« Quoi ? Tu préfères quand ils sont détachés ? C’est que… enfin ça me semblait plus pratique de faire une queue de cheval... simple et rapide à faire »

Il semblait hésiter à vouloir lui dire quelque chose. Elle le voyait même si il ne disait rien, par crainte qu’elle prenne mal les choses peut être ou par timidité. Heureusement qu’il était un peu plus expressif là parce que sinon elle serait partie comme ça. La jeune femme se radoucie en se raclant la gorge.

« Heu… mais si tu veux… enfin que tu penses à une autre coiffure plus… adaptée… bah… tu peux… »

Oulala, c’est qu’elle n’était pas vraiment à l’aise avec ses mots ! Mais là elle lui laissait clairement entendre que si il avait une autre idée il pouvait le faire. D’ailleurs elle avait enlevé son élastique, rejetant ses cheveux blonds en arrière (qui n’étaient pas si longs que ça au final, ils lui arrivaient au début des omoplates).

Puis elle le laissa faire. Apparemment il avait de la suite dans les idées puisque ses doigts commencèrent à jouer avec les cheveux de la jeune femme, prenant plusieurs mèches, cherchant à les lier ou les assembler. Elle le laissa faire alors que seule la respiration du garçon résonnait, comme si il était très concentré dans sa tâche. C’était même agréable et Cassidy ferma paresseusement les yeux le temps qu’il termine. Elle allait même s’endormir à force, à rester debout et vacilla un petit peu sur place. Ce fut son petit tapotement sur l’épaule qui lui fit reprendre ses esprits et elle ouvrit les yeux, tirant un bâillement qu’elle cacha comme elle pouvait avec sa main. Faut dire que la nuit avait été particulièrement agitée et que les émotions qu’elle ressentait avaient tendance à la fatiguer plus vite que d’habitude.

Elle ne pouvait cependant pas voir l’ouvrage qu’il avait fait, n’ayant pas un deuxième miroir pour faire une liaison avec celui de la salle de bains mais en tirant sa chevelure en avant, la jeune femme constata que Tristan lui avait fait une tresse. Tiens… c’est vrai qu’elle ne faisait pas du tout attention aux coiffures que portaient les femmes. Après tout, elle se contentait très bien de sa queue de cheval, pas coiffée et désorganisée, des mèches rebelles pendant de chaque côté de son visage, ce qui lui donnait un petit côté rebelle. Là au contraire c’était… plaqué. Enfin elle s’était aperçue dans le miroir de la salle de bains qui était ouverte et aucune mèche ne dépassait. Sûrement était-ce le côté militaire du garçon qui ressortait, comme quand il faisait son lit au carré.

Elle eut la forte envie de tirer une mèche pour mettre un peu de « vie » comme elle aimait le dire sur sa tignasse mais par… respect ou politesse, elle se contenta juste d’un petit merci. Pas sûr qu’il ait entendu et lorsqu’elle tourna la tête pour le regarder, il avait déjà tourné les talons en marmonnant qu’il attendait dehors si elle avait besoin de faire autre chose. La jeune femme n’eut pas le temps de dire ouf ni même un mot qu’il était sorti, comme si quelque chose le dérangeait fortement.

Cassidy fronça les sourcils, un peu intriguée et interloquée. Que diable avait-il donc vu pour se précipiter vers la sortie comme si il avait vu le feu aux trousses ? Elle regarda autour d’elle sans comprendre. Le lit avait été fait, les affaires de la veille rangées… Qu’est-ce qui lui prenait donc ? Pendant un bref instant, le souvenir fugace de leur nuit lui revint en mémoire alors qu’elle avait l’impression de l’avoir enfourché comme… enfin voilà quoi ! La jeune femme prit un air écoeuré et secoua la tête vivement, comme si elle cherchait à enlever de sa mémoire ce moment. Pas un des meilleurs… nécessaire certes mais… enfin ça serait bien plus simple si elle jouait ! Là c’était différent elle voulait bien faire les choses donc forcément elle avait plus de… résistance. Enfin peut être voyait-elle les choses un peu trop de manière idyllique et forcément viser cette perfection la rendait plus exigeante. Depuis quand cela était si dur ? Alors que tout n’était que jeu avant ? A quel moment devait-elle lui faire savoir qu’elle voulait ? Et comment ? Changer de cet espèce de jeu de rôle qu’elle avait eu jusqu’à présent. Ses taquineries, ses provocations, tout ceci était faux, tout ceci était pour se protéger. Aaaaah oui punaise qu’est-ce qu’elle se prenait la tête la Cassidy ! C’était quoi faire ça naturellement ? Elle n’avait jamais connu ça elle ! On l’avait forcé au début et ensuite elle s’était forcée pour pouvoir gagner un peu d’argent ou quelque chose qui lui permettrait de voyager. Et ensuite c’était cette malédiction qui la forçait ! Naturellement… c’était quoi ? C’était comment ?

Cassidy soupira et secoua la tête. Toutes ces réflexions lui faisaient mal à la tête et lui gâchaient ce moment. Elle se renfrogna, regarda le plafond qui ne lui donna bien sûr aucune réponse puis tourna les talons et rejoignit Tristan à l’extérieur. Elle le suivit mais alors qu’ils étaient en route pour le tanneur elle s’arrêta sur le chemin, son visage étant beaucoup plus ferme. Qu’il soit pressé d’aller voler c’était une chose mais elle n’aimait pas du tout se faire guider comme ça sans pouvoir prendre ses propres initiatives !

« Attends ! »

Sa voix était peut être un peu plus… stricte que d’habitude. Peut être l’air comme si elle en avait marre de le suivre partout. Seulement, c’était encore de la maladresse. Elle voulait se donner contenance pour qu’il l’écoute mais son ton était plus brusque que ce qu’elle n’aurait voulu montrer. Il s’était arrêté et elle ne le regarda pas, comme si elle craignait de faire une tête qui lui ferait s’inventer tout un tas de scénarios. La jeune femme se passa doucement une main dans les cheveux.

« J’ai… un truc à faire avant d’y aller. Si… tu veux bien aller chercher ce qu’il faut… chez le tanneur… je… je te rejoins rapidement là bas ! »

Elle ne lui laissa pas le temps de protester, de vouloir l’accompagner ou quoi que ce soit que déjà la jeune femme tournait les talons, sa cape virevoltant dans le vent frais Friholdien. Cassidy ne fut pas longue à s’absenter et alors qu’il sortait de chez le tanneur, elle revint avec un sachet assez… bien rempli qu’elle tenait dans la main droite.

Seulement, lorsqu’elle le rejoignit, Cassidy remarqua qu’il avait la mine sombre et sur le coup elle ne comprit pas. Etait-ce à cause du fait qu’elle s’était dérobée devant lui pour partir on ne sait où ? Etait-ce à cause de son flair qui lui faisait comprendre que la coiffure qu’il avait faite ne lui convenait pas ? Autre chose encore ? Une autre torture mentale ? Mais qu’était-ce donc enfin ? Il était tout joyeux de voler avec elle et maintenant plus du tout. La jeune femme retint un soupir de justesse et l’envie de lui dire merde ! était très forte. Elle tenta de porter son regard ailleurs, parce que l’air du garçon la déprimait plus qu’autre chose pour l’instant. Elle n’arrivait même pas à apprécier et observer avec curiosité cette selle qu’il avait conçue ! Non mais il était fort là !

*Mince quoi ! T’as quoi encore Tristan ? J’arrive plus à suivre moi !*

Elle le suivit néanmoins docilement dans la forêt où il avançait à grandes enjambées et elle peinait à le suivre avec sa jambe encore en mauvais état et même si elle forçait dessus, peut être pas la meilleure des choses.

Il s’était arrêté dans une petite clairière qu’elle reconnu facilement. Cet endroit où ils avaient mangé et que ça avait tourné un peu bizarrement. Elle se rappelait qu’elle s’était envolée dans les airs, sans aucune raison d’ailleurs. Une sorte de force, d’énergie l’avait poussé hors du promontoire où ils se trouvaient et heureusement que Tristan était assez réactif pour l’arrêter et la rattraper en plein vol.

Curieux moment quand on y pense bien. La jeune femme sortit de ses souvenirs et regarda la selle, ressemblant fortement à la selle d’un cheval mais en plus gros et avec quelques aménagements. Elle fronça les sourcils. Quand elle avait parlé d’avoir une selle pour mieux se tenir elle était… hum… elle ne pensait pas qu’il prendrait cela au sérieux réellement. Après tout c’était comme un cheval et elle se refusait de le voir de cette manière c’est tout ! Cassidy était un peu embarrassée et elle traçait machinalement des lignes dans la neige, silencieuse. Cela restait du beau travail tout de même, mais arriverait-elle à tenir sur cet engin ? A chaque fois qu’elle était à cheval, Tristan la retenait mais là… et puis il irait certainement plus vite qu’un cheval. Bon, elle ne ressentait pas la peur mais ça ne l’empêchait pas d’être fébrile, peut être parce que c’était avec lui tout simplement.

Tristan était toujours aussi silencieux et ne soufflait pas un mot. Bien loin de l’air enfantin qu’il avait montré même pas quelques heures avant. Elle releva la tête et croisa son regard alors qu’il semblait honteux. Allons bon quoi encore ? Il détourna la tête en rougissant légèrement.

*Mais bordel de merdeuh ! Donnez moi un traducteur, moi pas comprendre !*

Cassidy se racla la gorge, se retenant de ne pas lui fondre dessus et d’exploser sous le coup de l’incompréhension. Cependant, elle arriva à adoucir sa voix et l’appelant d’une voix assez basse. Il semblait être si fragile, si vulnérable et elle si… remontée même si apparemment elle jouait très bien la comédie pour ne dévoiler qu’une sorte de patience polie même si dans la tête ça bouillonnait.

*Retiens toi… retiens toi… il va bien finir par parler !*

Elle cligna lentement des yeux et l’attente lui semblait une éternité. Surtout que Cassidy était très loin d’être réputée pour sa patience, elle et son caractère de feu, de fonceuse. Et elle détestait être dans l’attente alors qu’il s’était relevé et l’invita à faire de même. Non décidément, elle s’imaginait tout un tas de trucs et c’était beaucoup trop pour son petit cerveau qui essayait déjà de gérer ses propres réflexions. C’est compliqué tout ça. Elle tenta de se distraire autrement, regardant un oiseau qui voletait autour d’un arbre plus loin. Passionnant… Elle le regarda vriller autour de cet arbre si imposant puis reporta son attention sur Tristan alors qu’il balbutiait sans arriver à rien sortir. La demoiselle se mordit la lèvre inférieure pour se retenir de sortir une parole mal placée. Elle ne se rappelait que trop bien de ce qui s’était passé dans cette caverne et elle était bien consciente qu’il lui était très simple de lui faire beaucoup de mal. Alors elle rongeait son frein, piétinant un peu sur place, faisant preuve d’une patience légendaire qui n’était pas dans ses habitudes. Il finit enfin par s’exprimer en… s’excusant ?

La jeune femme le regarda avec de grands yeux ? Il s’excusait pour quelle raison ? D’avoir fait la tête ? D’être aussi distant ? Dans un sens au moins il le reconnaissait. Elle attendit la suite même si cette attente était insoutenable. Mais Tristan avait l’air d’être tellement vulnérable qu’il était plus sage de se taire même si son caractère lui hurlait de lancer « oui merde crache le morceau ! ». Aïe mauvais ça, elle reprenait ses mauvaises habitudes… Ca n’avait pas duré longtemps. Enfin, elle avait réussi à tenir quand même.

Il sortit quelques mots de plus. Pour hier. Hum pourquoi pour hier ? Par rapport à quoi ? Il semblait avoir beaucoup beaucoup de mal à sortir des mots et ces énigmes ne plaisaient que peu à Cassidy. Cependant, sa « patience » fut récompensée alors qu’il s’exprima enfin sur ce qui n’allait pas. Il commença en évoquant hier. Ah non pas ça pitié ! C’était déjà assez pénible et humiliant, pas besoin d’en rajouter.

Le jeune homme sortit alors les pires choses qu’elle put entendre. Elle n’en croyait pas ses oreilles. Apparemment c’était sa faute à lui, il aurait dû arrêter, il aurait dû la stopper, il disait qu’il était en manque et trop faible. Qu’il aimait tous ces contacts ensemble. Qu’il avait senti, que ce n’était plus vraiment elle gné ? Bon elle avait oublié certains… passages mais elle se rappelait à peu près de tout ce qu’elle avait fait même si… bah elle ne pouvait pas s’en empêcher. C’était comme manger une bonne brioche machinalement sans s’en rendre compte. Enfin, pas un très bon exemple mais à peu près pareil pour elle. Stupide et égoïste il était ? Non mais il avait fumé ! Elle avait ses envies point barre ! Et puis qu’il arrête de jouer à celui qui voulait résister, si elle avait bien compris, sans ça, sans ce besoin pour lui, ça pouvait très mal tourné si elle en croyait les souvenirs que la pierre lui avait montrés.

Après, il n’avait pas tort, si il l’avait arrêté, elle aurait piqué une crise et serait allée trouver le premier homme potable qui l’intéressait. Jamais elle n’avait autant repoussé ses limites et elle se devait d’assumer aussi. Il continuait à dire qu’il n’avait pas apprécié, bon dans un sens c’était un peu rassurant qu’il ait senti la différence alors qu’elle n’avait pas vraiment profité dans les règles de l’art. Il y avait ensuite de jolies révélations qui parvinrent à la calmer alors que c’était mal parti au départ. Comme quoi il voulait juste lui plaire, bien s’occuper d’elle, s’occuper de son plaisir, qu’il aimait qu’elle soit bien et qu’elle apprécie, que ça lui fait plaisir et que c’est bien la première fois qu’il s’intéresse à ça chez une femme. Là c’était vraiment quelque chose d’important et la jeune femme parut intéressée de voir qu’il ne la considérait pas comme une autre. Il parla ensuite du cube, qu’il ne pensait pas que tout le monde les entendraient et qu’il s’en voulait beaucoup. Bon là il repartait sur la grosse culpabilité et elle n’aimait pas ça même si le geste était appréciable et qu’il disait qu’il aimait bien quand elle sentait bien. En terminant encore par s’excuser.

Cassidy resta interdite. Il y avait de l’émotion dans la voix de Tristan, si bien qu’il semblait trembler. Il semblait apprécier les contacts ensemble mais pas que pour coucher. La jeune femme aurait bien eu besoin de s’isoler pour réfléchir à tout ça calmement et posément.

*Who… sacré discours… eh ben… je le redis j’ai jamais vu ça chez un dragon. Il a l’air de… beaucoup tenir à toi pour être aussi vulnérable…*

*Je dois faire quoi ? Je dois dire quoi ? Aide moi !*

Un soupir résonna dans la tête de Cassidy.

*Désolé mais je ne suis pas le psy des dragons… et encore plus des cas marginaux comme celui-ci*

Cassidy soupira. C’est que Tristan l’avait pris de court ! Là c’était sûrement le moment où elle s’approchait de lui, émue, en le remerciant de s’être ainsi confié à elle et de reconnaître ses torts et… nan ! nan et nan ! Punaise ! Pourquoi était-ce aussi dur ? La jeune femme regarda ailleurs mais elle croisa la légère brillance dans les yeux de Tristan avant qu’il détourne la tête et parlait comme si de rien n’était en donnant des consignes pour le vol. Comme si il pouvait se dérober à ça. Cassidy ne savait pas quoi faire mais vraiment pas quoi faire du tout.

Alors, elle s’approcha de lui et le prit par la main mais d’un geste assez ferme et crispé. Elle le tira pour qu’il la suive et elle le conduisit vers deux rochers suffisamment gros pour qu’ils s’assoient dessus, l’un à côté de l’autre. De son autre main elle tenait toujours le petit paquet.

« Bon… maintenant… t’arrête… et… tu bouges plus ! »

Trop stressée, trop embêtée, ne sachant pas quel ton prendre, ne voulant pas l’enguirlander ni lui donner d’ordre. Mais son ton était haché alors qu’elle n’arrivait pas à garder la maîtrise d’elle-même… La jeune femme se racla la gorge et se tut, sans savoir par quoi commencer et surtout comment. Elle fouilla dans son paquet et en sortit… un saucisson ! Allait-elle le taper avec pour le punir de sa mauvaise conduite ? Non… elle lui tendit tout simplement.

« Il faut… manger… t’as… t’as pas mangé grand-chose tout à l’heure… pas bien… si… si tu veux pas que je te porte… »

Il fallait imaginer la situation qui pouvait faire rire. Un petit bout de demoiselle comme celui-ci qui clamait devoir le porter si il était trop affaibli. Elle ne savait pas si elle lui faisait encore du mal avec ses paroles, si elle montrait qu’elle s’en fichait de toute sa tirade, si il voulait qu’elle ne revienne pas dessus. Elle n’aimerait pas… Mais il n’était pas elle.

Elle sortit ensuite un gros sandwich qu’elle avait bien bourré de plein de choses dedans, surtout de la viande ainsi que quelques mini gâteaux gonflés, saveur noisette pour changer du chocolat. De son côté, elle sortit tranquillement une sorte de gourde qui contenait du thé. Lorsqu’elle le déboucha de la fumée s’en dégagea, c’était un truc chaud en tout cas. Elle avait aussi apporté quelques biscuits pour elle. Peut être que ce repas improvisé allait lui donner un haut le cœur en vol mais cela lui semblait nécessaire. La journée passait bien vite et elle sentait un petit manque d’énergie. Elle se fit une tasse tranquillement avant de mieux s’installer sur son rocher et en regardant le ciel.

« Je… enfin j’ai… groumphf ! »

Incapable de sortir le moindre mot, encore plus embarrassée que Tristan, la culpabilité en moins. Cassidy secoua la tête, soufflant sur son thé et cherchant ses mots.

« Désolé… j’arrive pas à m’exprimer… quand… quand ça devient sérieux… je bloque… »

Décidément elle ne savait pas du tout comment s’y prendre. Bon, commençons depuis le début.

« Heu… tu sais… t’as pas à t’excuser… je… je savais que je… j’atteignais ma limite et… t’y es pour rien… et t’as raison… je crois que… sur le coup… je serais allée voir ailleurs… alors… t’as bien fait… de me retenir… même si c’était pas… enfin comme… enfin normal… »

La jeune femme se trouvait ridicule. A parler aussi sérieusement, à avoir du mal à placer ses mots, à s’exprimer. Non décidément elle peinait beaucoup. Buvant une gorgée de son thé, elle semblait réfléchir soigneusement à ce qu’elle pouvait dire et sur son visage, on voyait vraiment de l’embarras.

« Et fais pas… enfin non ! Je… j’ai vu que tu devais aussi… faire… sinon… c’est… dangereux pour un dragon… »

Elle grogna un coup avant de détourner la tête puis sortit un rire nerveux.

« Décidément… je sais pas… ce que tu me trouves… je me prend… beaucoup la tête ! Alors que… ça devrait être… simple… mais… enfin… c’est important pour moi… alors… pas comme avec les autres… pas envie de jouer… comme avec quelqu’un… qui ne m’intéresse pas… »

Elle bougea ses pieds dans le vide avec un peu trop de dynamisme, comme si s’agiter lui permettait de se réveiller ou bien ça trahissait sa fébrilité.

« Je… je te repousse pas… parce que je veux pas… mais… parce que je sentais ces… pulsions et que chaque contact… me le rappelle un peu trop bien… fin voilà je suis pas douée… c’est tout »

Puis elle sortit ses petits gâteaux de son paquet et commença à grignoter, tout en évitant le regard de Tristan.

« Suis bien avec les contacts… avec toi… t’as… une bonne odeur… ça… m’apaise… ou me calme… enfin… j’aime bien. C’est bizarre… c’est toi le dragon… c’est moi qui suis encore plus gênée… j’ai jamais… enfin toi non plus ! mais j’ai jamais été… aussi proche de… quelqu’un… pas aussi fort… »

La jeune femme regarda le ciel qui s’obscurcissait. On aurait dit qu’il allait neiger ou un truc comme ça. Etait-ce une bonne idée d’aller voler dans ses conditions ?

« Ca… ça me fait plaisir que tu veuilles bien voler avec moi… même si je sais pas comment te le montrer… suis pas douée… j’ai trop joué… j’arrive pas à être vraie… mais… mes paroles sont sincères même si j’arrive pas à être… normale. »

Une fois qu’elle eut fini, la jeune femme épousseta ses cuisses qui étaient pleines de miettes, rangea ses affaires puis se redressa en regardant l’horizon. Son visage était assez torturé et on voyait bien qu’elle avait de la peine à s’exprimer, à faire d’aussi longues tirades qui avaient de l’importance à ses yeux.

« Enfin voilà… Désolé de pas être… enfin… je pense que je vais avoir besoin… de temps pour être… normale alors si c’est trop long… pour toi… je t’en voudrais pas… mais si tu acceptes… alors… peut être qu’on devrait profiter de cette séance de vol et… aller chercher les bouquins de magie… enfin c’est toi qui décide ! »

Il lui semblait lui avoir déjà dit qu’elle avait besoin de temps. Mais elle ne savait plus si elle l’avait juste pensé ou bien si elle lui avait bien dit. Tristan pouvait interpréter comme il voulait. En bien ou en mal. Il pouvait décider d’aller voler avec elle ou bien refuser… elle n’arrivait pas et elle se sentait perdue. Faire des efforts oui mais comment ? Elle en faisait, elle acceptait qu’il la porte, qu’il la coiffe. Peut être plus de contacts ? Elle aimait bien les contacts… même si cela l’intimidait beaucoup.

La jeune femme s’était rapprochée de la selle et l’observait avec beaucoup d’attention.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 24 Sep - 16:48

Ignorance…
J’avais toujours été ignorant sur les réelles motivations des humains et des autres peuples humanoïdes. Je comprenais la plupart de leurs concepts, du moins pouvais-je en appréhender l’essence. Tout tournait toujours autour des mêmes considérations, des mêmes intérêts: l’argent, le pouvoir, la domination, la famille, l’amour… Parfois ils étaient liés, parfois il en manquait, parfois ils s’imbriquaient mal. L’amour de l’argent, l’amour du pouvoir… Avec deux grandes catégories de personnes, ceux qui étaient les plus agressifs, les plus dominateurs, ceux qui étaient réellement les alphas, les maitres et qui cherchaient toujours plus de pouvoir pour asservir les autres… Ces autres c’étaient des gens simples en général dont les motivations étaient plus centrées autour de leur petit monde et de leur petite vie, bien souvent sans grande ambition. Les premiers n’étaient pas si nombreux mais ils faisaient beaucoup et ils prenaient beaucoup. Les seconds étaient la majorité de la peuplade de notre monde, pliant sous les lois des plus forts, pliant sous les règles et les devoirs, les taxes et la prétendue sécurité que leur juraient ces dominants… Il y avait des gens bien et des gens qui l’étaient moins, peu importe où et peu importe la famille… Les familles riches étaient plus corrompues c’est vrai, parce que baignant déjà dans la souveraineté du dû et de l’obéissance d’autrui. Certains étaient bons, d’autres des tyrans, certains étaient généreux, d’autres de égoïstes monstrueux. Il y avait les Cheistams et il y avait les Kaärs. De tout ce que j’avais vu jusqu’alors, il y avait des gens bons et d’autres malintentionnés chez ceux que j’avais rejoins par « conviction », davantage en tant qu’espion, davantage comme punition. Mais chez les Kaärs je n’avais vu que le mal. Probablement, originellement y avait-il du bon dans ces êtres belliqueux mais leur âme corrompue par de trop noirs desseins avait depuis longtemps été bien trop avilie, dévorée pour être sauvée.


Etre si différent des autres était parfois une bonne chose, parfois un fardeau trop lourd… J’avais pour moi un presque frère qui m’aidait quand la charge devenait trop lourde. Il savait tout de moi, je savais tout de lui. Nous étions quelques uns à faire ces réunions secrètes pour discuter du monde, pour raconter la vie comme nous aimerions la voir, pour raconter les règles que nous avions enfreintes en secret. Nous n’étions pas nombreux mais nous existions… Ces quelques dragons à se questionner sur l’origine de tout, sur les humains beaucoup, sur les humanoïdes en général et tout ce qui faisait qu’ils étaient en guerre ou en paix, tout ce qui les rendait si intrigants pour nous, tout ce qui faisait que les nôtres les méprisaient tant et nous interdisaient de les approcher… Du moins pas sans raison, du moins pas sans mission.
Je n’aurais jamais cru que j’expérimenterais finalement l’un des concepts que nous comprenions le moins: l’amour…
J’avais toujours compris le désir, l’idée d’avoir envie de l’autre et de sa présence. Mais de ce que nous voyons, de ce qu’ils faisaient, de ce qu’ils disaient, les humains étaient capables d’aimer d’une façon qui nous échappait totalement.
Nous n’étions pas dénué de ce sentiment, disons qu’il n’avait pas pour nous le même nom ou la même signification. Nous portions beaucoup de tendresse à la nature et en particulier à notre élément de baptême. Nous portions beaucoup d’intérêt aux nôtres et la mort de l’un de nous était une tragédie… Certains parvenaient à s’en détacher je le sais bien, certains enfermaient beaucoup d’eux-mêmes derrière la puissance et le pouvoir, un peu comme les humains… Mais la plupart, nous vivions chacun de nos morts comme une perte, chacune de nos naissances comme un cadeau… Nous nous battions beaucoup, fort, parfois à nous faire tellement mal que nos vies en étaient menacées mais nous chérissions nos combats et ce qu’ils nous apportaient, la force qu’ils faisaient couler dans nos veines et les souvenirs qu’ils ancraient dans nos corps.
Le sexe était quelque chose de si naturel, un besoin, aussi vital que l’air que nous respirions, que la nourriture… Certains choisissaient aussi de s’en défaire, plus âgés souvent, plus forts peut-être… Nous vivions l’acte comme ce qu’il était, un besoin intense, puissant, qui libérait nos âmes et nos corps. Nous étions reconnaissants, car vulnérables et comblés par l’autre… Pour cela il est vrai, je ne sais pas si c’est moi qui extrapole ou si c’est vraiment le cas pour tous ceux de mon espèce… Il y a toujours des exceptions après tout et je ne sais si j’étais avec ceux qui m’entouraient la généralité ou l’exception… Nous savions aimer, à notre façon… Mais nous n’aimions pas comme les humains… Eux… Aimaient de multiples manières, de nombreuses personnes, choses, avec la même intensité ou des nuances différentes. Ils aimaient leur conjoint, la personne qui partageait leur vie, leur lit, comme une personne unique et complémentaire, essentielle à leur existence…Je l’avais toujours plus ou moins perçu ainsi… J’avais donc d’autant plus de mal à comprendre les notions d’adultère, de deuil, de remariage… Les humains étaient complexes… Souvent beaucoup trop…


Mais aujourd’hui j’expérimentais ce qui m’avait toujours interloqué.
Et j’avais peur…
Peut-être était-ce une sorte de maladie… Quelque chose de contagieux que j’avais fini par contracter à force d’être trop près d’eux. Tous les sentiments négatifs qui naissaient de ce concept que je n’avais vu que comme une chose positive me laissaient croire que décidément, aimer, était réservé aux humains, pas sans raison… Peut-être était-ce quelque chose que nous n’étions pas assez forts pour accepter ou alors que nous étions « trop » forts pour accepter… ça allait à l’encontre de tellement de choses en nous… Comment un simple concept pouvait-il apporter autant de douceur et autant… de douleur ?



Tristan attendait patiemment près de la tannerie, plongé dans ses réflexions, seul, essayant de chasser la honte et le désarroi qui l’avaient assailli depuis que son maudit regard s’était posé sur leur lit quelques instants plus tôt. Tout allait pourtant si bien, il était empli d’une joie euphorique à l’idée d’aller voler et encore plus avec la petite demoiselle. Naïvement il se disait que cette activité faite de vitesse et de nature à l’état brut plairait à la jeune femme, bien plus que tout ce qu’il lui avait jadis proposé. Elle aimait le surf après tout et si bien sûr l’activité n’avait rien à voir il s’impatientait de pouvoir lui montrer un bout de son monde fait de nuages. Seul hic… il avait vu le lit et toute la culpabilité de la veille qu’il avait essayé d’oublier dans la matinée l’avait de nouveau assailli. Maudits remords qui lui pourrissaient la vie ! 
Les remords il en avait toujours eu, ou du moins une conscience plus ou moins droite l’aidant à réfléchir à ses actes et à revenir sur des décisions ou à comprendre ce qu’il faisait de bien ou de mal. Si les dragons étaient souvent trop orgueilleux pour revenir sur leurs décisions et aimaient jouer aux plus forts ils n’en étaient pas moins terriblement intelligents, du moins la plupart et tout à fait capables de réfléchir, de se mettre à la place d’autrui, d’avoir des remords. Généralement ils choisissaient d’ignorer cela mais ils en étaient capables !
Bref, avoir des remords oui… c’est ce qui lui permettait d’avoir cette espèce de droiture générale qui avait fait de lui ce commandant vu comme totalement impartial, ne profitant jamais de situation ou autre. En théorie.
Sauf que là ses remords lui déplaisaient fortement car au lieu de lui faire revivre la nuit en mentionnant la merveilleuse magnifique et tellement délivrante satisfaction de ses pulsions qui étaient en train de le rendre dingue (non parce qu’il allait vraiment mal là en fait)… bah non elles avaient décidé de biennnn lui rappeler ce qu’il avait perçu, à savoir que la demoiselle était consentante… mais seulement parce qu’elle n’avait pas le choix… Donc consentante, oui… moyens… et que lui, l’abruti fini en avait quand même bien profité.
Et du coup… il se sentait plutôt mal depuis…

Elle l’avait surpris quand en allant chez le tanneur elle l’avait brusquement arrêté… avec un seul mot et en plantant bien fermement ses pieds dans le sol. Il avait été surpris par son ton sec et cassant et s’était retourné rapidement en lâchant presque aussitôt sa main, surpris. Devenu assez hésitant depuis ce qui s’était passé entre eux il ne prenait plus énormément d’initiatives de peur de lui imposer quelque chose de déplaisant et pendant un court instant il se dit que la véhémence dans sa voix était effectivement due à un refus quelconque. Quelque chose s’agita dans sa tête ou dans son coeur, un agacement bouillant qui se réveillait et qui trouvait cette demoiselle décidément irritante. Pourtant il l’avait laissé partir sans un mot suite à son explication, se contentant d’hocher vaguement la tête et de continuer son chemin, muselant ses réflexes quelques peu agressifs, surtout qu’elle était toute hésitante et timide quand elle lui avait parlé calmement et ça… ça l’avait franchement rassuré.
Elle était vite revenue, avec un sachet… Il n’avait rien dit, ne posant aucune question.
Il était assez occupé à penser à la veille qui plus est.

En la voyant arriver, il haussa légèrement un sourcil, ses souvenirs venant l’assaillir. Quand il l’avait rejointe dans leur chambre, il avait été surpris par la manière dont elle s’était coiffée. Pourtant il n’aurait que peu dû l’être. La demoiselle ne lui avait guère donné l’impression d’accorder la moindre importance à ce qu’elle portait et la manière dont elle se coiffait en règle générale. Sauf exception justement exceptionnelle et le petit soin flatteur qu’elle lui accordait en détachant ses cheveux d’ordinaire elle accordait peu d’intérêt à l’apparence. Néanmoins cette fois-ci, c’était loin d’être une histoire d’apparence. Le vent glacé et la puissance de celui-ci pouvait avoir un effet dévastateur sur ses cheveux, outre les abimer sérieusement il y avait le risque de les emmêler tant et si bien qu’à part les couper elle n’aurait que bien peu de solution.
De plus Tristan avait pour lui l’expérience… Une expérience plutôt simple mais tellement formatrice. En clignant des yeux il eut l’impression de les entendre en même temps que de les voir danser derrière ses paupières closes l’espace d’une seconde. Les guerrières des sables et les guerrières des flots… Il y avait de tout comme métier et comme être dans les différentes nations mais les vraies guerrières en question étaient assez exceptionnelles. Beautés mystérieuses terriblement dangereuses elles arboraient en temps de combat des coiffures serrées, strictes certes, peut-être, mais qui garantissait leur parfaite coordination. Durant un combat on ne pouvait pas être gêné par un chignon lâche, une mèche rebelle… Une seule mèche rebelle donnant un minuscule angle mort au court d’un combat pouvait être fatale. Alors généralement c’étaient de longues tresses serrées qu’elles arboraient et les peintures qui coloraient leur corps et leur visage, faisant d’elles ces femmes mystérieuses oui, effrayantes mais magnifiques… Femmes du désert et femmes des mers étaient pourtant bien différentes, tellement différentes.
Un fugace sourire avait étiré les lèvres du jeune homme. C’était tout inconsciemment qu’il avait pensé à imiter ces coiffures justement, parce qu’il les connaissait, pour en avoir fait et défait, pour le vol, pour le côté sûr, pratique. Pourtant il avait remarqué une brève lueur dans le regard de la petite blonde qu’il avait ainsi coiffée, le côté strict de sa coiffure ne lui plaisait peut-être pas…
Sans doute aurait-il dû lui expliquer, les raisons, ce souvenir peut-être, lui parler de ces peuples et de ses voyages, lui parler du danger de ses coiffures désordonnées… D’ailleurs il était bien surpris qu’elle n’en ait pas été particulièrement gênée jusque-là… Jusqu’à se souvenir que la petite demoiselle en question n’avait absolument rien d’une guerrière. Quelque chose dans sa tête était ravi de ce constat, ravi de lui rappeler cette différence qui les séparait.

Ils avançaient dans la forêt et il est vrai que la joie du jeune homme s’était totalement éteinte… Il sentait de l’agacement d’ailleurs chez la petite blonde proche de lui mais ne se manifesta pas dans ce sens non plus, songeur et culpabilisant… Encore…
Ils s’étaient finalement arrêtés et il observait la selle en question, assez curieux de penser qu’il n’avait pas spécialement d’aversion envers l’objet. Il était curieux et avait envie de faire découvrir son monde après tout et une selle était bien plus pratique que de le chevaucher directement tout simplement parce que son corps de dragon offrait bien peu de prises contrairement à celui de nombres de ses congénères.
Il y eut cependant un long moment de flottement parce qu’il s’en voulait, qu’il voulait lui en parler et qu’en même temps il n’osait pas vraiment le faire de peur de la réaction de la jeune femme… Mais tant que l’abcès ne serait pas crevé après tout ils risquaient plus d’être en froid qu’autre chose et il avait besoin d’être au clair dans ses propres pensées pour voler correctement.

Cassidy ne disait rien mais il avait l’impression de sentir son agitation. A plusieurs reprises il l’avait observée à la dérobée, soucieux, ne sachant si ce qu’il percevait était la nervosité de la demoiselle ou la sienne. Il devait lui expliquer… Lui expliquer son air sombre et sa distance, pas pour se donner des excuses mais pour éviter qu’elle pense en être responsable ou qu’elle prenne mal son comportement. Il n’arrivait plus à faire semblant…


J’avais vraiment hésité…
Peut-être que c’était tout particulièrement le scandale du matin-même qui me freinait. Depuis que j’étais avec elle je m’étais découvert une envie, un besoin même de m’exprimer, tellement plus important que tout ce que j’avais toujours fait et parfois mes mots étaient maladroits mais au moins, je parlais… Un peu.
Ce matin, même si je m’en voulais un peu de ne pas avoir pu la retenir ni me retenir, j’étais heureux. Mes pulsions avaient été calmées et j’étais apaisé d’être toujours suffisamment intéressant pour elle, du moins pour pouvoir un peu la satisfaire. Je ne m’étais même pas rendu compte que j’étais tellement en manque. Bon ça ce n’était pas tout à fait vrai, j’étais vraiment mal mais je ne lui aurais jamais dit. Je ne voulais pas que nous deux ça fonctionne comme ça… Elle avait tellement souffert, du moins de ce que j’avais compris, de la sauvagerie des hommes qu’il était hors de question que je lui fasse sentir ou lui dise simplement que mes besoins devenaient trop pressants. Dans un sens c’était assez ironique… Les pulsions étrangement exacerbées chez elle lui donnaient des airs de jeune dragonne qui ne gère pas encore, pas du tout même, ses hormones. Ca me donnait l’impression d’avoir un peu plus le droit d’être près d’elle, d’avoir un peu moins peur pour elle… Ce matin oui, je me sentais bien et même s’il y avait eu cette sorte de distance très vite qu’elle avait instaurée entre nous, sa manière de me cacher son corps. J’avais été un peu triste, peut-être parce que faire l’amour avec elle m’avait encore rendu pas mal idiot… J’avais l’impression d’être tout bête à chaque fois, le corps trop apaisé peut-être. Mais même si ses gestes m’attristaient et me donnaient la vague impression d’une espèce de méfiance ou de prudence envers moi j’étais content d’avoir pu la tenir dans mes bras, un peu, j’avais adoré regardé le jeu des rayons du soleil sur son profil tandis qu’elle mangeait. Le soleil accrochait sa cicatrice qui me semblait un peu moins profonde, mais ce n’était probablement qu’un effet d’optique, cette cicatrice qui lui donnait des airs de guerrière sans parvenir à ternir sa beauté… Je ne suis pas fou n’est ce pas ? Cette femme… est vraiment, vraiment belle… Elle le cache beaucoup, se le cache surtout, mais elle est vraiment… magnifique.

Bref… La culpabilité était née du scandale, de cette folle qui grondait sa colère sur Cassidy, puis sur moi. Une femme, une simple femme furieuse de ne pas avoir bien dormi parce qu’on… nous entendait ? Je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment c’était possible. Les murs étaient épais, bien isolés et Cassidy n’avait absolument rien d’un oiseau chanteur dont les cris puissants s’entendent sur des kilomètres. Des fois elle criait c’est vrai, mais… pas si fort voyons et ça tenait plus du gémissement. Y repenser n’était pas la meilleure des idées, j’en conviens, j’avais donc vite fait de reprendre mes esprits… je n’arrivais pas à comprendre… En toute sincérité et en toute logique… Est-ce que la fenêtre était ouverte ? Est-ce que les conduits des cheminées, bien moins isolés pour dispenser la chaleur avait transmis nos ébats ? En tous les cas j’avais haï cette femme et la culpabilité énorme qu’elle avait fait naitre dans mon coeur. Si j’avais pu m’occuper l’esprit, c’était sans prévenir et presque sans raison que j’avais de nouveau culpabilisé dans notre chambre en coiffant Cassidy. Enfin… ça ce n’était pas vrai. Ce n’était pas sans raison… A toucher ses cheveux, à être si proche d’elle, tellement proche qu’un pas me garantissait de l’étreindre et de la presser fort contre moi, à entendre le doux battement de son coeur plus ou moins régulier étrangement, à sentir son odeur, effleurer sa nuque de temps à autre j’avais senti le désir picoter mes reins et électriser mes doigts. Aucune femme ne m’avait jamais fait tant d’effet aussi simplement et là… elle ne le faisait absolument pas exprès. Si encore elle m’avait regardé, effleuré, souri, fixé avec cette intensité qui me nouait la gorge, pleine de provocation, j’aurais eu toutes les excuses du monde. Mais elle ne faisait rien… Absolument rien. Je m’en voulais d’être ainsi.

Dans cette clairière, j’essayais de peser le pour et le contre de m’expliquer. Mais elle avait bien compris que ça n’allait pas et je ne m’en sortirais pas avec une pirouette cette fois-ci, c’était certain. J’avais commencé à parler en évitant de la regarder. De nouveau quelque chose avait changé dans son odeur, une odeur que j’aurais qualifiée d’agacement… ou de colère… C’est étrange, quand elle est énervée son odeur change légèrement, elle devient comme plus… chaude. Enfin c’est probablement moi qui divague. J’avais finalement parlé, avec tellement d’hésitation, tellement de difficulté. Dans ma tête je savais ce que j’allais lui dire et franchement ce n’était pas si mal, peut-être même qu’elle me pardonnerait, peut-être même, j’espérais tant, qu’elle me consolerait. Sauf que les mots eux ne voulaient pas du tout sortir comme dans ma tête et c’était extrêmement frustrant. Ma voix prenait d’étranges inflexions avec d’étranges tremblements et j’avais la gorge si serrée que j’avais du mal à respirer. Cette faiblesse soudaine m’agaçait prodigieusement et je forçais le passage des mots, me lançant dans un interminable discours. Pourquoi diable est-ce que je parlais autant au juste ?


Par contre je devais de ce pas retenir ce fait tout simple. A mesure que je parlais, que je lui avouais les raisons, peut-être stupides, de ma distance et de mon air de martyr, le poids de la culpabilité s’allégeait. Je me sentais de mieux en mieux comme si lui dire simplement ce que j’avais ressenti, vu, perçu me permettait d’exorciser tout mon mal-être et de me libérer réellement, corps et conscience. Surprenant, un vrai système de purge… J’avais beau être toujours désolé de ce qui s’était passé, la honte s’était envolée et avec elle mon malaise et même mon envie de me tenir proche d’elle mais pas trop au cas où, les pulsions, tout ça…
J’aurais bien souri mais ça aurait été un peu déplacé il me semble alors je me contentais de m’occuper de mon côté, avec la selle, comme si de rien était… Parce qu’il est vrai que maintenant que tout ceci était dit eh bien je me sentais serein, rasséréné et… confiant ? Oui… même confiant en fait, comme si je reprenais du poil de la bête, je n’étais pas contre d’ailleurs !

Pour être honnête je n’attendais rien d’elle. Bien sûr que j’aurais apprécié qu’elle me rassure sur ce que je venais de dire et évidemment que je n’aurais pas été contre un câlin mais j’étais bien plus en paix avec moi-même, c’était suffisant. Et j’avais aussi compris que le fossé entre nous, celui qui avait chassé notre complicité, celle des premiers instants, parce qu’ils n’avaient rien de vrai, rien de sérieux, même s’ils avaient toujours été vrais à mes yeux, lui interdisait un peu de se rapprocher. J’essayais encore vaguement de la comprendre même si je renonçais petit-à-petit. Je savais que je ne devais rien attendre alors j’évitais d’attendre et surtout je profitais de cette pseudo-paix intérieure. Etrange comme celle-ci avait été si facilement ébranlée une fois de plus.
Je ne fuyais pas même si ma manière d’être et d’agir pouvait le suggérer, je ne lui imposais tout simplement pas l’attente d’une réponse. Je ne lui demandais pas de me répondre… Je lui avais dit ce qui moi me pesait, c’était fait…


Sauf qu’à ma grande surprise elle s’approcha, m’agrippa la main et m’enjoignit fermement de la suivre. Pris au dépourvu j’avais obéi, la fermeté de sa poigne ayant un aspect très… peut-être trop sérieux. Un ordre, tout aussi ferme, bien que prononcé avec lenteur sortit de sa bouche alors que nous nous retrouvions assis sur de gros rochers. Euh… certes… c’était sérieux à ce point pour que je doive… m’asseoir ? Là finalement une pointe d’anxiété venait me titiller.
Avais-je dit une bêtise ? Il ne me semblait pourtant pas… Sinon j’aurais eu le droit à une gifle non ? Ou une explosion de colère… Non ?
Elle paraissait crispée.
Pour continuer les surprises elle sortit de son paquet, d’ailleurs je n’avais même pas vu qu’elle l’avait quand on s’était assis, un… saucisson… Elle semblait gênée et me sortit quelques mots, me poussant davantage dans la surprise. Manger ?
Petit 1, elle avait remarqué que je n’avais pas mangé beaucoup depuis… eh bien depuis notre réveil. Petit 2, elle s’en était inquiétée, souciée d’une manière ou d’une autre, suffisamment pour aller apparemment me chercher à manger avant notre départ. Petit 3, elle parlait même de me porter ce qui étant donné son gabarit et étant donné mon poids était une tâche de Titan. Petit 4, elle essayait avec ces mots de plaisanter je crois. Petit 5, ce saucisson était énorme, j’adore le saucisson, la manière dont elle le tient avec une certaine gêne mais une fermeté certaine comme si elle allait me taper dessus avec me pousse à avoir des pensées… vraiment déplacées… surtout vu la situation.
Il s’est passé quelque chose… A la voir comme ça, pas vraiment timide mais tellement peu sûre d’elle, craquante avec ce saucisson qu’elle brandit presque comme un poignard, ses mots… une vague de chaleur monte dans mon estomac et se répand dans tout mon torse. Je n’ai pas faim, ce n’est pas ça… C’est autre chose. Quelque chose qui me donne envie de sourire et fait jusqu’à disparaitre le souvenir du poids de ma culpabilité, quelque chose qui me donne plus, un peu plus confiance en moi, cette sûreté dont j’ai tant besoin.


Je ne disais rien, je ne savais pas trop quoi dire. Il y avait eu juste ce son qui m’avait échappé, comme un soupir, léger, amusé, en même temps qu’un sourire venait étirer mes lèvres et je me connaissais assez pour savoir que c’était un sourire sincère, celui en coin, qu’elle avait tant regardé avec méfiance certaines fois, des jours plus tôt, en me demandant à quelle perversité je pensais encore. Ce n’était pourtant pas un sourire pervers, promis… Je pris doucement le saucisson de ses mains et le posait sur l’espèce d’aplat entre nous deux des deux rochers qui se rejoignaient en leur sommet. Elle profita de ses mains libres pour sortir d’autres aliments de son sac. J’étais assez admiratif qu’elle ait pu tant mettre dans un si petit contenant d’ailleurs. Je prenais le sandwich, reconnaissant en essayant de le garder fermé, c’est qu’elle l’avait rempli tant et si bien qu’il menaçait d’exploser ! Avec ce que j’aimais… Nouvelle vague de chaleur. J’avais effleuré légèrement sa main, accidentellement en le prenant, mais je souris quand même, un peu plus. Etre libéré de la culpabilité avait aussi libéré mon appétit et pour le coup je la trouvais tout simplement géniale d’avoir de la nourriture et encore plus géniale qu’il y ait de la viande parmi celle-ci. Je l’observais continuer de vider son sac sans toucher à la nourriture. Elle se servit du thé, très concentrée dessus puis sur le ciel.
Pour ne surtout pas lui faire affront et lui faire croire que je n’appréciais pas alors que j’appréciais vraiment beaucoup pour le coup, je murmurais doucement.


Merci…

Ma voix ne tremblait pas, aucune hésitation, bien au contraire, c’était même de l’assurance. Pour le coup j’étais assez content, mordant à pleines dents dans mon sandwich qui se révéla particulièrement bon d’ailleurs.
Sauf qu’histoire de continuer dans la surprise Cassidy commença à parler ou du moins à essayer. Attentif, je mâchais tranquillement en l’écoutant, continuant de manger sans l’interrompre.
Nouvelle surprise, elle avait du mal à parler, surtout quand c’était sérieux. Je ne comprenais pas très bien mais soit. Elle continuait en disant que je n’avais pas à m’excuser et qu’elle savait pour ses limites. Ca par contre c’était étrange. Elle savait qu’elle allait craquer ? Mais… alors pourquoi n’avait-elle pas agi avant ? Je croyais qu’elle détestait laisser les rênes à son corps devenu fébrile. Je notais l’information dans un coin de ma tête, bien décidé à y réfléchir et lui en parler mais… pas maintenant, pas au risque de gâcher ce moment fait de révélations. Par contre j’avais eu raison de la retenir, ça je ne savais pas trop si ça allégeait ma culpabilité ou si ça faisait naître une pointe de colère en moi… Je me sentais jaloux… je ne voulais tellement pas la partager !


Je ne devais surtout pas parler… Elle avait déjà bien assez de mal comme ça. Mais à la voir embarrassée et si hésitante, je sentais ma propre assurance… grandir. Etrange non ?
Tiens donc, elle savait que mes propres pulsions me démangeaient et que ce n’était pas bon pour moi ? Mais comment… Ah oui… la pierre, sans doute un des souvenirs, je ne me rappelais plus vaguement tout ce qu’elle avait pu voir, c’est qu’il y avait eu un peu trop à apprendre sur moi en trop peu de temps. Ca… je regrettais beaucoup, je l’avoue. Bizarrement qu’elle sache que c’était dur pour moi, dur d’être serein, de résister ne me gênait pas plus que ça, ce n’était pas que je gardais le secret par fierté, juste pour ne pas être pressant… Qu’elle le sache ou pas… Eh bien disons que j’aurais peut-être à justifier un peu de ce qu’il en était mais ce n’était pas grave, sauf peut-être pour elle, je ne sais pas…

Elle continuait sur ses révélations. Elle se prenait beaucoup la tête ? Ah bon ? Pourquoi ? Ou plutôt à propos de quoi au juste ? Sauf qu’elle disait que c’était important et pas pour jouer… Mais de quoi parlait-elle ? Qu’est ce qui était important ? le sexe ? Nous deux ? Le manque ?
Je n’étais pas sûr de comprendre à part qu’elle sous-entendait que je l’intéressais. La chaleur dans mon torse continuait de me donner envie de sourire. Etait-ce cruel ? Un peu non ? Pourquoi je souriais, de plus en plus sûr de moi alors qu’elle était si gênée ?!

Et maintenant elle s’agitait en plus… Enfin ses pieds… me donnant la curieuse image d’une petite fille… Un souvenir passa une seconde devant mes yeux, très bref alors qu’elle ne parlait pas, des rires en fond. Une petite fille blonde, elle, sans aucun doute possible, une sortie scolaire, les enfants qui jouaient, s’éclaboussaient alors que nous étions censé chercher des herbes et plantes pour les étudier. Je ne voyais pas son visage, pas vraiment, il était flou, je voyais son sourire, simple et pur qu’elle adressait aux autres enfants, encourageante, son pied sur une pierre trop glissante, la chute sur les pierres tranchantes… une main qui agrippait la sienne et la tirait sur le côté… Ma main ? Une chute sur le bord de la rivière contre celui qui l’avait retenu, moi ? Le visage très proche de la fillette, trop proche, son corps tremblant, un clignement de paupières et le flou qui se dissipait pour révéler son visage… celui d’une magnifique fillette aux grands yeux sombres, agrandis par la peur de la chute, ses cheveux d’or qui encadrait les rondeurs de l’enfance de ses traits, ses pommettes qui devenaient rouges, si rouges alors qu’elle fixait son sauveur qu’elle écrasait à moitié sur la berge. Les autres continuaient d’avancer, personne ne nous avait vus. Je me sentis sourire avec provocation, comme l’avait probablement fait le gamin que j’étais à cette époque, c’était moi, j’en étais sûr. A mon grand regret le souvenir se dissipa aussitôt et je me tournais un peu plus vers Cassidy, amusé de ce que je venais de voir, curieux, j’aurais voulu savoir si c’était vrai, si… elle s’en souvenait.

Ce souvenir n’avait duré qu’une seconde alors que je retombais dans l’intensité du moment et la gêne de la demoiselle à mes côtés. Et heureusement que ce souvenir n’avait duré qu’un instant parce qu’elle poursuivait avec une information vraiment importante… Peut-être pas pour elle, certainement pas pour les autres, mais énormément pour moi. Cette fois mon souvenir s’évanouit quelque peu, se crispa tout du moins. Quoi ? Elle était consciente qu’elle me repoussait ? Déjà c’était bien, donc ça je ne l’avais pas inventé et de deux c’était parce que ça… réveillait ses pulsions ? Euh… mais… Ca allait tout à fait dans le sens de ce que je voulais lui dire, ce n’était qu’un élément de plus, un élément important. Donc… le fait que je la touche, avec ses pulsions, c’était compliqué… Ca paraissait logique si ce que je pensais était… réel.

Je recommençais à manger pour ne pas la gêner et lui faire croire que je comptais l’interrompre. Ca avait l’air déjà bien assez compliqué comme ça pour elle de parler, je lui en étais reconnaissant… Ses mots faisaient de drôles de choses en moi mais ça me faisait du bien. Beaucoup de bien. Et son sandwich était vraiment super bon.


Nouvelle révélations… Décidément c’était ma journée. Apparemment nos contacts lui plaisaient. Sérieusement ?! Ce n’était pas que moi ? Mais alors pourquoi elle ne les laissait pas durer ! C’était super quand on se faisait des câlins non ? Et là je me souvenais évidemment de ce qu’elle venait de me dire, ça agitait ses pulsions… Ah ben oui forcément… et… je sens bon ? Ah bon… bon à savoir ça ! Bon elle aussi évidemment, super bon même mais j’étais assez content de savoir que mon odeur lui plaisait. Par contre je ne comprenais pas trop pourquoi elle parlait de dragon. Pour la gêne ou pour le fait de ne pas trop savoir quoi faire et ce qui nous arrive ? Elle n’a jamais été aussi proche de quelqu’un, pas aussi… fort ? Vraiment ? Pourtant ces derniers jours, même après ce qui s’est passé dans la caverne on fait tellement distant que… ses mots me font très plaisirs évidemment mais j’ai du mal à y croire. Je la crois ! C’est juste qu’en fait elle semble dans les mêmes méandres de doutes et d’incertitudes que moi. Je pensais que pour elle, c’était beaucoup plus simple… En fait non… Pas du tout.

Elle était contente que je veuille voler avec elle. C’est vrai ? Vrai de vrai ?
Là mon sourire doit me faire le tour du visage, génial… Un peu de sérieux et de classe que diable !
Je me crispe un peu à ses mots pourtant. Elle a trop jouer, n’arrive pas à être vraie… à être normale… Mais ce n’est pas bon ça, pas bon du tout même. Jouer c’est bien, un peu, non ? Et… ne pas arriver à être normale, c’est que je l’en empêche d’une manière ou d’une autre ! Est-ce que je lui fais du mal ? Est-ce que je la fais… souffrir ? Ou alors… ou alors ça n’a rien à voir avec moi, c’est juste qu’elle se cherche, par rapport à nous deux…
Elle se releva finalement.
J’avais depuis un moment déjà englouti mon sandwich et fait un sort au saucisson d’un des couteaux que j’avais toujours à la ceinture, un gros couteau à la lame noire comme l’ébène.
Je l’observais, toujours assis sur mon propre rocher et toujours silencieux. Même si j’avais eu plusieurs fois envie de parler, j’avais gardé le silence de peur de freiner son bel élan de sincérité. Je ne lui en demandais pas tant, je ne lui en avais jamais demandé tant, pourtant elle l’avait fait, parce qu’elle avait vu ou senti que je n’allais pas très bien et que je ne la comprenais pas… Ou alors elle s’était dit que c’était justement nécessaire pour que je la comprenne un peu mieux, elle et ses parfois si étranges réactions.


Elle m’adressa encore quelques mots. Bizarrement je crois que je savais déjà ce qu’elle allait dire. Elle avait besoin de temps. Je n’en avais malheureusement que peu à lui accorder. Pour l’instant tout du moins. Je pouvais être appelé en mission d’un moment à l’autre. Mais peut-être que c’était bien aussi pour qu’elle réfléchisse justement… Mais ses paroles sonnaient presque comme une question. J’avais l’impression de la voir se retourner vers moi, de me fixer de ses yeux sombres et mystérieux et de me poser une question, une simple question: « peux-tu attendre, peux-tu me laisser le temps de comprendre et d’apprendre ? » Bien sûr elle me tournait le dos en réalité et elle n’avait pas posé de question, elle disait juste qu’elle avait besoin de temps mais que si je ne pouvais pas attendre elle comprenait. Ah bon ? Pas moi…
Elle rendait son discours beaucoup moins important, moins sérieux, en parlant de vol. Pensait-elle que ses paroles avaient fait cesser mon envie de voler avec elle ?
Elle s’était éloignée pour observer la selle, je me relevais lentement pour la rejoindre.

Sans rien dire, avec toute la douceur dont j’étais capable, je l’enveloppais de mes bras et la pressais contre moi alors qu’elle me tournait le dos, déposant juste un fugace baiser contre une de ses tempes, humant doucement l’odeur de sa peau. Je ne la tins qu’une poignée de secondes, murmurant tout bas un « merci pour tes mots » avant de relâcher mon étreinte et de la contourner, elle et la selle. Je lui faisais face, séparé d’elle par la selle pour nous donner une distance sérieuse pour discuter, un peu, juste un peu.


Merci pour tout ce que tu as dit. Tu m’as rassuré sur… beaucoup. Je ne compte pas t’en demander davantage, t’interroger ou quoi que ce soit, c’est juste que certaines choses m’ont… un peu interloqué alors j’aimerais juste te les dire…


Il la fixait dans les yeux, respirant clairement le calme et la confiance à présent, pas de faux semblant, juste cette confiance inébranlable, cette impression d’être prêt pour tout évènement.

J’ai des pulsions, c’est vrai, c’est parfois un problème mais tu n’as pas à t’en préoccuper. Par contre ce que tu t’imposes… Arrête moi si je me trompe Cassidy mais… De tout ce que tu m’avais dit, j’avais cru comprendre que tu essayais toujours de repousser tes pulsions, parce que tu détestais ça, que ton corps te pousse tant à faire ce que tu détestes, jusqu’à ce que ça ne soit plus tenable. Je crois comprendre que cette fois, tu es allée bien au-delà de tes limites… Je ne sais pas si c’est parce que tu m’en voulais, parce que tu voulais que ce soit différent, parce que ça t’effrayait et je ne te demande pas de me dire ce qu’il en est… seulement… J’avais cru comprendre, et j’espère avoir raison, qu’avec moi, c’était… différent justement, que ça t’avait plu jusque-là, au moins un peu. Alors peut-être que tu devrais essayer autre chose. Je t’ai parlé d’envies et de besoins, que c’était différent… Seulement ça se mélange chez toi et tu ne sais pas trop ce qu’il en est parce que tu n’as pas le choix. Mais… la prochaine fois, au lieu de repousser ces pulsions naissantes, quand tu les sens t’ébranler, au lieu de les repousser, cède… Pas parce que tu es faible, tu es forte crois moi, mais pour les contrôler et pour leur dicter ce que tu veux et pas ce qu’elles veulent. Cède, dis le moi, je ferais ce que tu souhaites, je te câlinerai pour te calmer ou je m’occuperai de toi comme il te plaira, alors peut-être que ce sera différent, vraiment différent et que tu auras totalement le choix. C’est ce que je veux pour toi Cassy… que tu aies le choix, que tu décides que l’envie est là, pas la nécessité…

Eh bien pour le coup le garçon restait dans le sérieux et démontrait d’un investissement et d’une sensibilité sans faille pour la petite demoiselle, ainsi qu’un intérêt tout particulier à son plaisir. D’ailleurs il n’avait pas parlé de coucher avec elle, juste de la satisfaire, se mettant largement de côté, même s’il était évident que c’était forcément mieux quand c’était un jeu à deux.
Il tendit lentement la main vers elle pour caresser sa joue, s’arrêtant à quelques centimètres pour qu’elle se dérobe si elle ne voulait pas de son geste. Mais que ce soit parce qu’elle voulait faire des efforts ou parce qu’elle le souhaitait un peu elle le laissa approcher. Il posa simplement sa paume brûlante contre sa joue, effleurant de son pouce le bas de sa cicatrice. Un beau sourire étirait les lèvres du jeune homme qui semblait de plus en plus sûr de lui, comme ragaillardi, comme plus prêt à la protéger du monde entier.

J’aime jouer Cassidy… Si tu veux jouer, si c’est plus simple pour toi… Je peux jouer. Pas pour de faux, juste pour jouer...J’aimais quand on se provoquait, quand on se taquinait et quand tu m’envoyais bouler, quand on se bagarrait. Je ne te demande pas de changer. Je ne te demande pas non plus d’être comme ça si ça ne te convient pas ou si tu n’y arrives pas. Je ne fais pas semblant avec toi donc dans ce sens-là, je ne joue pas c’est certain. Et je n’y arriverais pas avec toi, même si je le souhaitais… J’aimerais juste que tu me dises quand mes contacts te gênent. Savoir pourquoi tu as agi comme ça, ça me rassure énormément tu sais. Je croyais te déplaire dans ce que je suis, dans ma façon d’être alors bien sûr je me sentais mal et j’essayais de me rattraper mais… enfin comme tu l’as vu ce n’était pas très réussi.

Il retira doucement sa main, ne cherchant pas à prolonger le contact.

Prends ton temps d’accord ? Mais ne me demande pas d’attendre sans rien faire… Je ne pourrais pas m’empêcher de vouloir te prendre dans mes bras, d’avoir envie de te faire sourire… Si tu es gênée par quelque chose dis le moi simplement pour qu’il n’y ait plus de trouble, plus de gêne, c’est tout.

Le sourire du garçon devint soudain beaucoup plus lubrique.

Merci pour le pique-nique sinon… Tu as raison j’avais faim, merci de te soucier de moi et de prendre soin de moi, tu vois que tu fais beaucoup… Par contre, ta manière de brandir ce saucisson ou plutôt de l’agripper était… quelque peu équivoque… La dernière chose que je t’ai vu agripper aussi fermement ou avec tant d’énergie c’était mon…

Là brusquement elle prit quelques couleurs, difficile de savoir si c’était de la gêne, de la timidité ou un rappel assez cru de souvenirs alors qu’un vague grognement lui échappait, ce grognement qui ressemblait tout de même à un feulement félin… Ca l’avait toujours surpris, et un peu excité à vrai dire. Elle allait probablement se défendre avec véhémence ou pas du tout et lui rabattre le caquet quand il se pencha, hilare vers elle, malgré la selle, pour déposer un baiser sur l’une de ses joues.

J’allais dire mon « bras » tu sais… quand on chevauchait, un cheval… et que ça ne t’avait pas trop plu d’ailleurs… Vous avez des pensées bien déplacées jolie demoiselle.

Malotru ! Il pouvait se remettre à jouer dans ce sens oui, que ça ait de l’écho ou pas chez la jeune femme, ça pouvait au moins les détendre un peu. Pourtant, tout au long de son discours, qu’elle méritait bien après toutes ses gentilles révélations, il ne l’avait pas une seule fois appelée par son petit surnom affectueux… Peut-être parce qu’il s’était bien rendu compte que celui-ci ne lui allait pas ou qu’il avait compris qu’elle ne s’identifiait décidément pas du tout ainsi.
Toujours rieur, clairement de bonne humeur et un brin moqueur, le garçon tapota la selle.

Alors ? Prête à chevaucher un dragon ?

Ce n’était pas pour rien qu’il avait parlé de cheval… Il se rappelait très bien du véritable désastre que c’était pour elle… Sauf qu’il s’en souvenait assez tardivement. Certes elle avait volé, très peu de temps, sur son dos en tant que dragon, mais c’étaient des cas d’urgence, bien particulier… Maintenant qu’il y réfléchissait plus posément, la demoiselle ne tenait pas très bien en place et ce n’était peut-être pas seulement à cause de l’absence de selle. Bah… Il fallait bien essayer après tout, non ?

Il lui fit un sourire puis s’éloigna de plusieurs mètres, s’arrêtant et fixant le ciel avant que son image ne semble devenir floue, comme observée à travers un brouillard. L’instant suivant Tristan réapparaissait sous sa forme de dragon. Il n’avait pas mis la selle sur son dos directement, ne sachant trop comment risquait de réagir son corps avec un contact direct, préférant qu’elle lui soit enfilée après pour le moment.
Le dragon bailla et secoua son imposante tête, tournant ses immenses yeux orangés vers la petite demoiselle en penchant la tête de côté, essayant d’avoir l’air le moins effrayant possible.

Installer la selle fut déjà en soit toute une épreuve et leur prit beaucoup de temps. Cassidy boitillait toujours un peu et la selle était lourde. Tristan s’était tranquillement rapproché, tout en douceur du rocher sur lequel il l’avait expressément posée. L’idée était que la demoiselle monte à côté et la soulève légèrement pour la faire ensuite glisser sur le dos du dragon, toutes les lanières ayant été lâchées au maximum. Mais plusieurs facteurs rentraient un peu trop en compte dans ce petit projet.
Tout d’abord la demoiselle qui n’était pas totalement à l’aise avec les dragons et ce malgré ses incroyables efforts et progrès, mais à le voir tout gentil, calme, docile il y avait tout de même un peu de quoi rassurer… Même si cela faisait toujours étrange de voir que le jeune homme tout « humain » qu’il était se transformait en un énorme reptile… Ensuite la selle était lourde et la demoiselle un peu… maladroite malgré tout et si Tristan trouvait cela assez craquant de base, ils eurent l’air fins quand essayant de faire glisser la selle sur son dos, ce qu’elle parvint à faire d’ailleurs, elle se prit les pieds dans une des lanières, chuta du rocher et se retrouva vautrée de tout son long en travers du dos du dragon. Il redressa aussitôt l’une de ses ailes pour lui éviter de glisser sur son flanc comme sur un toboggan parce qu’avec ses écailles si lisses, elle était franchement bien parti et en tournant la tête vers elle il eut un instant de silence et de battement. L’instant d’après alors qu’elle grognait et semblait jurer, mais ça il n’en était pas sûr, une espèce de  bruit caverneux s’échappa du poitrail puissant de l’animal. Apparemment les dragons pouvaient rire par contre c’était vraiment particulier, pas effrayant mais… inattendu comme son.
La mise en place de la selle prit donc du temps et ne sembla pas particulièrement plaire à la demoiselle qui de base n’avait pas vraiment pour habitude de seller un cheval et galérait pas mal malgré les explications préalables de son compagnon. Heureusement qu’elle avait retenu, très vite, la théorie, la pratique étant déjà bien assez complexe comme ça. De son côté le dragon levait docilement les pattes quand il le devait, se laissait glisser sur le flanc pour qu’elle puisse mieux le sangler et attacher les boucles au niveau de son poitrail sans avoir à passer SOUS lui.
Au bout de longues minutes éreintantes à installer la selle, ce fut bon, après bien sûr tous les ratés d’usage… La selle pas assez serrée à un moment avait lamentablement glissé sur le côté déséquilibrant totalement le jeune dragon qui tout surpris s’était écroulé sur le côté. Il fallait dire que les sangles et l’objet en soi perturbaient son sens de l’équilibre, à la manière d’un harnais sur un chat.
Les efforts enfin récompensés, efforts qui avaient donné bien chaud à la demoiselle, qui s’en était finalement très bien sortie, le jeune dragon se mit à sautiller partout dans la neige avec son chargement…Vu comment il sautillait d’ailleurs heureusement que Cassidy n’était pas encore dessus… La langue sortie, les ailes repliées contre son corps il semblait bien s’y habituer et s’approcha finalement de nouveau du rocher sur lequel elle avait de nouveau pris place, lui lançant une espèce de sourire… Enfin vu tous ses crocs ce n’était pas forcément la meilleure des idées. Pas sûr qu’elle soit davantage rassurée finalement.

Elle finit par se hisser sur le dos du dragon et à s’installer sur la selle, Tristan attendant patiemment, totalement immobile qu’elle prenne ses marques et s’habitue un peu.
Rien qu’alors qu’il était au sol elle gagnait tout de même un sacré champ de vision et pas mal de hauteurs. Sous le soleil les petites écailles si serrées du jeune dragon semblaient luire faiblement et ce même si le ciel se couvrait de plus en plus au dessus d’eux.
Tristan y avait jeté un regard avant de se transformer, assurant d’un sourire tranquille que ce n’était pas un problème. Il la sentit s’installer et chercher la meilleure position, y compris contre le léger rebord à l’arrière de la selle, qu’il avait expressément demandé et qui l’aiderait à caler ses lombaires si elle voulait se tenir droite sur son dos, la maintenant tout de même un peu en place pour ne pas glisser en arrière si elle préférait se pencher sur son encolure.

Il frémit légèrement en la sentant caler au mieux ses pieds dans les étriers et lui talonner les flancs en gigotant pour mieux les sangler. Précaution supplémentaire, les étriers étaient conçus de façon à être réglables en hauteur et également à lui ceinturer étroitement les pieds pour lui assurer une bonne tenue du moins pour leurs premiers vols, ce serait tellement bête de glisser…

Au bout de quelques instants il s’éloigna lentement du rocher, marchant en essayant de bouger le moins possible. Comme il était beaucoup plus lourd sous forme de dragon, évidemment il s’enfonçait beaucoup dans la neige. Le seul avantage était que celle-ci s’écroulant immédiatement il ne laissait pas la moindre empreinte. Il grogna doucement en tournant la tête pour vérifier sa cavalière qui s’agrippait aux poignets de la selle, les yeux plissés par la concentration… craquante… mais qui avait l’air quelque peu crispée. C’est vrai qu’elle lui avait dit, plusieurs fois même, qu’elle n’aimait pas trop monter les animaux, préférant les voyages en charrette et que tout à coup cette idée ne lui semblait plus si bonne.

Déployant ses immenses ailes, tellement plus importantes par rapport à sa taille, en terme de circonférence, ou du moins de circonférence proportionnelle à sa taille, que les autres dragons, de chaque côté de son corps musculeux, Tristan ressentit l’appel du ciel dans chaque fibre musculaire de son corps. Il les secoua, les replia contre son corps… Ses écailles frémissaient légèrement, l’impatience gonflait son coeur. Il fléchit ses quatre pattes, si bas qu’il enfonça tout son ventre dans la neige, relevant la queue au dessus de lui. Brusquement il abattit cette dernière tout en dépliant ses muscles pour se donner de l’élan. Il n’avait pas besoin d’un espace très dégagé pour décoller, ni même de courir pour se donner suffisamment d’élan, il lui suffisait de cette impulsion, puissante et… de déployer presque aussitôt ses ailes, ce qui freinait sa chute alors qu’il donnait un puis deux battements puissants. Le décollage était quelque peu mouvementé, il fallait s’accrocher, nécessaire pour s’élever tout à coup si vite si haut dans le ciel. Il essayait pourtant de le faire progressivement, ne montant pas à la verticale ce qui aurait un baptême très violent pour la jeune femme. Mais… c’était déjà bien assez violent comme ça et le vent s’élevait déjà, la force de l’impulsion avait quasiment couché la demoiselle contre son cou. Oups… C’est vrai que pour lui tout son corps était en mouvement, pour la petite humaine qui devait faire avec… ce n’était pas du tout pareil. Un premier coup de talon dans ses côtes alors qu’elle se redressait tant bien que mal le fit tressaillir mais il ne fit pas d’embardée heureusement.
Pourtant cette première ascension fut loin d’être sans difficulté, bien au contraire. C’était même assez catastrophique. La selle devait être sanglée très étroitement pour ne pas le gêner ou glissait et le contact n’était pas des plus agréable pour le dragon mais c’était surtout la petite humaine sur son dos qui n’arrivait pas du tout à anticiper ses battements d’ailes ou ses mouvements… Elle ne le pouvait que peu de base de toute façon, les humains ne sont pas faits pour voler mais toute légère qu’elle soit, la résistance à l’air qu’offrait son corps et ses mouvements, aussi réduits soit-ils le déséquilibrait pas mal.
Heureusement ils finirent par disparaitre au dessus des nuages bas chargés de neige. Ca en soi, ce fut un chouette instant… Le dragon ouvrait la bouche pour gober les flocons que n’avaient pas encore libérés les nuages et dont certains étaient plus de pluie que de neige d’ailleurs… Pourtant c’était comme un autre monde, magnifique, des flocons laiteux qui semblaient flotter, en suspension, n’étant pas attiré par la gravité terrestre, comme en apesanteur dans les nuages qui étouffaient les quelques bruits d’en bas… Ne restait de bruyant que le froissement léger des ailes puissantes alors que le dragon se mettait un peu à planer…

Ce fut le seul instant vraiment agréable de ce vol qui fut au final… bien plus catastrophique qu’autre chose. En fait Cassidy s’avérait être… une piètre cavalière qu’ils auraient probablement d’abord dû mettre sur un cheval pour des rudiments ou surtout des réflexes basiques. Ce n’était pas de sa faute loin de là. Encore une fois elle était dans une situation qui n’avait absolument rien de naturel, sur le dos d’un dragon plus petit que ses congénères et donc probablement bien plus petit que son étrange esprit parasite, fait pour le vol et donc pour lequel le moindre mouvement, la moindre inflexion étaient autant de signaux qui pouvaient le déstabiliser et le déstabilisèrent d’ailleurs à plusieurs reprises… certaines fois de manières plus dangereuses que d’autres, l’une d’elle étant de virer brusquement contre une montagne et de manquer rentrer dedans parce que la demoiselle avait en parti glissé et que ça l’avait totalement déséquilibré… Et une fois… où elle avait glissé tout court, un peu trop… et où ils avaient fini avoir… de sérieux problèmes…
Il leur fallut beaucoup de pauses et bien plus de temps que ce prévoyait Tristan avant qu’ils ne puissent enfin se poser aux alentours de la ville choisie, éreintés…

Heureusement les nuages étaient très bas ici aussi, bien plus que de leur point de départ, une tempête se préparait et à voir la manière dont Tristan fronçait les sourcils, le temps s’était plus dégradé que ce qu’il prévoyait. L’air semblait électrique.

Le jeune homme se retransforma enfin. Il leur avait presque fallu le triple du temps qu’il pensait pour arriver jusque-là… Faire autant attention, tous les incidents, faire violence à ses instincts l’avaient totalement éreinté et il s’étala de tout son long dans la neige après s’être rapidement débarrassé de la selle, soupirant d’aise. Il était épuisé, temps mort là !
Relevant vaguement les yeux, il fixa Cassidy qui grimaçait légèrement mais ne disait rien, probablement habituée à avoir mal… Elle allait probablement avoir quelques bleus elle aussi… Et son visage finalement reflétait bien plus d’agacement qu’autre chose… Le vol était trop long et l’inactivité et la patience… ça n’avait pas du tout l’air d’être son truc, mais alors pas du tout !!!!
Hum… pas sûr que cette première expérience lui ait beaucoup plu.

Bon… Au moins on est entiers…

Il avait essayé de plaisanter en se redressant, se débarrassant de la neige sur ses vêtements et lui adressant un sourire, assez désolé… Mieux valait ne pas trainer et aller de ce pas à la bibliothèque plutôt que de parler de ce qui s’était passé, pas sûr non plus qu’elle veuille retenter l’expérience… Il chargea la selle sur son épaule et lui tendit gentiment la main, timide…
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