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 Un autre monde, une autre histoire

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Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
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Feuille de personnage
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 2 Mar - 13:15

Ca discutait sévère entre les deux mères de famille. C’était comme si elles avaient découvert quelque chose de particulièrement étonnant sur leurs enfants. Marilyn allait justement enchaîné. Elle ne souhaitait que le bonheur de sa fille. Jilian était un bon garçon mais elle ne voyait pas un couple elle. Pas de complicité, de gestes tendres. Bon Cassidy avait l’air très distante aussi. Mais quand elle avait vu sa fille danser avec Tristan, elle avait senti qu’il se passait quelque chose. Peut être avait-elle fait le mauvais choix de se mettre avec Jilian ? En même temps, elle ne pouvait pas en vouloir à Eve d’avoir déménagé et Tristan voulait suivre sa propre voie. On ne pouvait pas empêcher les choses de se faire. En revanche, si elle n’était pas pour les choses incorrectes, elle sentait bien que sa fille s’était trompée sur son petit ami.

Sauf que Tristan avait l’air de vivre une vie bien secrète. Même Eve n’était pas au courant. La maman Herediane voulut réconforter son amie, chercher justement une solution mais elles n’eurent pas le temps de discuter.

Il y eut l’attaque, ce grand chamboulement. Des cris, des larmes, des combattants qui se défiaient. C’était la cohue, le désordre le plus total. Et puis l’enlèvement de Cassidy. Jilian refusait de la laisser seule, même si il était clairement inférieur aux Kaärs. Il n’allait pas la laisser se faire enlever sans réagir. A sa grande surprise, Tristan se porta volontaire avant de disparaître. Il reconnaissait qu’il se battait très bien, qu’il avait la maîtrise du combat, ça c’était certain.

Le grand Nordique avait alors commencé à faire les comptes. Méthodique, il vérifiait que tout le monde allait bien, formait des petits groupes qui devaient passer de maison en maison pour rassurer les habitants. Il entendit que Tristan était Cheistam et pas n’importe lequel, un commandant. Le Friholdien n’était pas surpris. Pourtant chez eux, ils n’aimaient pas les Cheistams car ceux-ci voulaient fourrer leur nez dans des affaires qui ne les concernaient pas. Ils avaient tenté, à une époque, de faire une alliance, même de les gouverner, soit-disant à cause de la menace des Kaärs. Mais les Nordiques n’avaient pas besoin d’aide, trop fiers et ils souhaitaient quand même garder une certaine indépendance. Or aujourd’hui, Tristan était normal et lui aussi. Dans le sens qu’ils devaient mettre de côté leurs différends. Et puis il ne lui avait encore rien fait. Enfin il y avait Cassidy. Mais si même il avait couché avec elle, il n’avait rien à dire, ça faisait partie des règles qu’il avait établi avec la farouche demoiselle.

Les parents de Cassidy arrivèrent, inquiets. Il les mit au courant de la situation et expliqua que Tristan était déjà parti. Marilyn semblait défaillir, Jordeth la soutenait. Jilian comprenait un peu pourquoi Cassidy avait été si réticente à revenir ici. Ses parents, comme tout parent, s’inquiétaient beaucoup pour elle. Normal, apparemment elle avait l’air d’avoir changé pour eux alors que lui l’avait toujours connu comme ça. Ils posaient des questions mais il était obligé de cacher la vérité pour ne pas les effrayer, les alarmer, ça ne changerait absolument rien. En gros, c’est comme si la jeune femme les protégeaient de la vérité. Car ils ne pourraient pas s’empêcher de se faire du souci pour elle. Les gens de Kalendaar étaient bien plus sensibles que les Friholdiens. Bien sûr chez eux aussi la famille passait avant tout mais ils savaient passer au dessus des évènements tragiques… A côté les Kalendaariens paraissaient bien plus fragiles.

Cassidy elle, était en mauvaise posture. Pourtant elle avait gardé son esprit rebelle. Elle s’en fichait bien qu’on la traine dans la poussière, qu’on la batte. Jamais elle ne montrerait le moindre signe de peur, de terreur. Car les Kaärs s’en nourrissaient. De la peur. Et elle n’allait pas leur donner ce plaisir. La jeune femme était hargneuse mais son énergie était presque vide. Elle ne sentait plus ses forces. Pourtant utiliser son pouvoir ne la mettait pas au bout du rouleau non ? La jeune femme ne comprit pas ce qui lui arrivait et pourquoi on avait changé son mode de transport. Il y avait quelqu’un qui arrivait, pourquoi prendre tant de précautions ? Un fou suicidaire qui s’était perdu. Jilian peut être ? Oh il en était bien capable après tout… Elle aurait voulu l’avertir, lui dire de partir et de revenir plus tard seulement, la bestiole l’emporta dans les airs.

Cassidy ne la vit pas. En même temps, quand cette dernière l’avait agrippé, la jeune femme avait la tête dans la poussière, tournée du côté opposé. Seul un cri à glacer le sang laissait imaginer l’horreur qui allait la transporter. L’odeur était intenable. Heureusement qu’elle n’avait rien dans l’estomac, ça lui évitait de vomir son petit déjeuner. Cependant la demoiselle soupirait, pas le moins du monde impressionnée. Elle fit même une tentative provocante pour qu’il la fasse descendre, bien qu’elle savait pertinemment que ça ne servait à rien du tout. Elle soupira.

En dessous d’elle, le vide. Ca aussi ça pouvait être effrayant. Cassidy n’était pas fan de ce mode de transport non plus. Avec ses mains liées et sa tête qui regardait vers le bas, ce n’était pas la position des plus confortables. Elle pensa à autre chose. Pourquoi cherchait on à l’amener quelque part ? On voulait la réduire en esclavage ? Sûrement possible… Sauf qu’elle ne se laisserait pas faire non plus. Pourtant elle n’eut pas trop le temps de se poser des questions que l’horrible créature stoppa net dans les airs comme si quelque chose pouvait la déranger.

Son ouïe développée entendit des agitations d’ailes nerveuses, deux rugissements. Celui du monstre et un autre encore plus impressionnant. Ah ben génial quoi manquait plus que ça ! Une autre créature qui venait défendre un morceau de steak ou se chamailler. La demoiselle grommela.

« Si vous voulez vous battre grouillez vous moi j’aimerais bien partir hein »

Pas impressionnée. Mais c’est peut être parce qu’elle n’avait pas encore vu qui était l’autre créature. C’était quand même étonnant qu’elle se manifeste d’ailleurs mais c’était peut être une histoire de territoire, elle en savait rien et s’en fichait à vrai dire. Puis la créature voulut passer, à chaque fois, elle se retrouva bloquée contre l’autre qui voulait absolument la retenir. La jeune femme s’agita un peu en plus, commençant à trouver cette situation pénible.

« Lâche moi ! »

Et puis elle le vit. Noir et rouge, de grandes ailes, un air reptilian. Elle sut tout de suite de quoi il s’agissait et écarquilla les yeux. Un dragon… un dragon… La jeune femme commença à trembler, ses poignets de force la brûlaient. Elle ferma les yeux pour oublier la douleur. Que diable fichait un dragon ici ? Pourquoi ? Il voulait la bouffer lui aussi ? Et puis le dragon disparut avant de porter un coup à son adversaire. Cassidy fut larguée dans le vide et même en chute libre, elle grogna, ce qui aurait pu être comique vue la situation.

« Ah ben enfin c’est pas trop tôt ! »

Quelle personne normale aurait réagi de cette manière ? Elle aurait du se contenter de hurler bêtement en pensant à mourir mais elle n’était pas comme ça. Difficile à deviner ce qui lui passait par la tête à ce moment là. Elle ne resta pas longtemps en chute libre. Les mains toujours menottées, difficile de faire des mouvements. Une forme se plaça en-dessous d’elle. Elle tomba dessus un poussant un petit bruit étouffé, le souffle coupé. C’était le dragon. Whoooo… Ok… Bon il voulait pas la bouffer apparemment, ni la laisser s’écraser au sol. Drôle de dragon…

Puis elle entendit une voix dans sa tête. Celle de Tristan. Dans l’action la jeune femme fut surprise mais à moitié étonnée. Elle le savait déjà. Etrangement elle ne semblait pas avoir peur de lui, ni le détester. Alors qu’elle aurait du le taper, lui hurler dessus, qu’il la laisse tomber ça ne la dérangeait pas. Non, et c’était bien ça qui était étrange.

*J’essaie mais pas facile quand on a les mains prises !*

Elle ne savait pas si il pouvait l’entendre aussi, surtout que sa phrase aurait pu avoir une autre signification si les choses étaient différentes. La jeune femme savait pourtant quoi faire. Cassidy était cependant épuisée et cela perturbait un peu sa position. Elle s’était très instinctivement penchée en avant, bassin en arrière et avait légèrement serré les flancs du dragon avec ses cuisses pour s’adapter à ses déplacements. Du moins c’est un peu comme ça qu’il fallait faire. Ses mains étaient en avant, posées sur son encolure. Elle ne criait pas, ça pouvait le déconcentrer. Mais elle savait également qu’en tant que dragon, avoir un cavalier sur son dos, ce n’était pas forcément bien. Les dragons détestaient les humains, ils étaient fiers, et se croyaient supérieurs aux autres. Alors avoir quelqu’un sur son dos forcément, ça ne devait pas plaire.

Dans l’action, elle ne réfléchit à rien d’autre qu’à se concentrer pour tenir.

Et puis un nouveau choc. Elle fut déséquilibrée et chuta dans le vide. Dos face au sol, elle pouvait voir ce qui se passait en haut. Sauf que la demoiselle gardait son sang froid et était concentrée sur autre chose ou sinon elle allait s’écraser. Les yeux légèrement plissés, serrant les dents, elle essayait de faire un truc avec ses mains. Des étincelles apparurent, comme si elle tapait sur un morceau de fer avec un marteau. Elle insista plusieurs fois, mais la fatigue l’empêchait de se concentrer. C’était ces menottes qui la mettait dans cet état ?

« Allez… dépêche… dépêche… »

Elle insistait. Plusieurs fois. Sans se concentrer sur le combat qui faisait rage face à elle. Elle insista encore, s’énerva. Et plus elle insistait, plus son énergie la quittait. Soudain elle sentit son dos rentrer en contact avec une autre surface. Nouvelle exclamation alors qu’elle perdait sa respiration une fois de plus. Instinctivement elle se tourna sur le côté pour tenter de se raccrocher à lui. Mais son énergie était bien trop faible, elle glissa une nouvelle fois. Il tenta une nouvelle approche. La demoiselle avait les yeux mi clos alors qu’elle sentit qu’on l’attirait. Il avait raison, si elle était totalement réveillée, Cassidy aurait été dans un drôle d’état. Mais il s’était retransformé et ce n’était que ses bras chauds qu’elle sentit.

Elle rouvrit doucement les yeux, sentant l’absence de vent. Ils avaient atterrit. Mais le visage qu’elle vit n’était pas celui qu’elle attendait. Cassidy ouvrit doucement la bouche mais il la déposa au sol en lui expliquant la situation. La demoiselle fronça les sourcils. Oh qu’il se calme ! Pas besoin de lui faire un rapport sur un ton si froid ! Cela lui fit l’effet d’une gifle. Et ça faisait mal… Elle voulut riposter mais n’en eut pas le temps. Tournant la tête, elle vit la créature sortir de la forêt, en piteux état mais toujours prête à se battre. Tristan avança et elle le vit se transformer en dragon. Oui c’était bien lui… c’était bien ce qu’elle pensait… Quelle surprise…

Pourtant Cassidy détourna la tête en se bouchant les oreilles. Ses poignets de force brûlaient, elle sentait la douleur aïgu qui se propageait dans ses avant bras. Des souvenirs ressurgirent. Des cris, des larmes… un appel à l’aide… le crépitement des flammes. Elle se rappelait… Elle se rappelait…La jeune femme se mordilla la lèvre inférieure. Du calme… Du calme… Tristan aurait pu la bouffer à n’importe quel moment, elle était vulnérable quand même… même quand ils étaient à leur village. Il ne l’avait jamais fait. Elle se concentra sur son regard, son regard de désir, son regard sincère. Rien à voir avec le dragon… Rien à voir avec l’autre… C’était différent…

Elle ne savait pas encore comment réagir face à cette nouvelle mais lorsque la demoiselle se tourna, il avait fini et était couvert de sang. Lorsqu’il s’approcha d’elle, encore une fois ils n’eurent pas le temps de s’expliquer. Les bruits des sabots les avertirent du danger imminent. Tristan s’approcha d’elle et déchira sa tunique pour lui faire un bandage de fortune. Elle le regarda. Il n’avait plus rien à voir avec ce qu’elle avait vu de lui ces derniers jours. Ca ne lui plaisait pas du tout mais alors vraiment pas. Son cœur semblait se déchirer. Il posa ses mains sur son visage et semblait tout à fait sérieux. Elle le comprenait tout à fait. C’était sa hantise d’ailleurs. Que pouvait-elle faire avec lui ? Maintenant ou plus tard elle ne pourrait pas le rejoindre. Car il était un Cheistam… car c’était un haut gradé. Et le moindre sentiment à son égard pouvait entraîner sa chute… Elle s’en doutait après tout. On pouvait très bien l’utiliser elle pour lui faire du mal à lui. Et elle serait tellement égoïste de l’arracher à son rêve.

Alors elle ne riposta pas, ne broncha pas, et se cacha dans un coin entre plusieurs buissons, se tenant accroupie. Ses forces étaient un peu revenues mais ce n’était pas suffisant. Elle entendit le hurlement du dragon. La demoiselle gémit en se bouchant les oreilles. Ca par contre c’était encore dur à entendre. Elle ne voulait pas le voir. Car si elle le voyait elle risquait de s’inquiéter et foncer pour lui prêter main forte. Alors elle restait dans son coin, yeux fermés, mains sur les oreilles.

Et puis finalement, le boucan qui perçait quand même de temps à autre malgré le fait qu’elle avait les mains sur les oreilles s’arrêta. Cassidy rouvrit lentement les yeux. Mais Tristan ne revenait pas. Elle s’inquiéta et se redressa. Pas moyen qu’il soit mort !

« Tris’ ? »

Voix hésitante alors qu’elle marchait un peu au hasard à travers les buissons et les larges plantes qui lui gênaient un peu le passage. Elle entendait sa respiration, il était épuisé aussi. Elle s’approcha de lui, le voyant un genou à terre, en train de murmurer des paroles. Les cadavres étaient étalés autour de lui. L’odeur du sang frais lui parvenait jusqu’aux narines, c’était écoeurant. Pourtant elle s’approcha de Tristan, avec hésitation, le regardant. Il ne disait rien. Elle le fixa. Longuement, sans rien dire. Quoi dire après tout ? Qu’elle n’aimait pas les dragons ? Qu’elle les détestait ? Mais il avait l’air différent…

Elle le fixait. Il était si froid et distant… Encore une fois il ne lui laissa pas le temps de parler, lui déclarant qu’il fallait rentrer. Elle se laissa faire, encore sur le choc. Il l’aida à monter à cheval et monta derrière. Ils n’étaient pas très beau à voir. Couverts de sang, d’eau, de sueur. Elle ne disait rien alors que le cheval marchait doucement. Elle hésita, mais ils devaient bien parler et crever l’abcès un moment ou l’autre.

« Je le… savais… enfin… je m’en doutais… pour toi… tes livres… dragon hein… »

Il ne répondit pas. Elle sentit sa tête se cogner sans retenu sur son dos. La demoiselle se crispa, ne comprenant pas ce qu’il cherchait à faire. Elle posa une main sur la sienne, voulant le faire réagir mais son cœur s’arrêta quand elle le vit tomber de cheval, sans aucune retenue. Tournant la tête vers lui, elle semblait s’être arrêté de respirer, réalisant difficilement qu’il était à terre et inconscient. Elle l’appela alors. Il ne répondit pas.

Faisant passer son autre jambe au dessus de l’encolure du cheval, elle glissa. Mais elle aussi était épuisée et ses jambes ne la rattrapèrent pas alors qu’elle s’étalait lamentablement au sol, la respiration coupée. Heureusement qu’il n’était pas loin. Elle rampa vers lui en gémissant.

« Pas moyen… »

Puis elle s’agenouilla à côté de lui, prenant son corps dans ses mains. Ses blessures étaient énormes. Il y avait du sang partout. La demoiselle tremblait. Son monde semblait s’arrêter, elle était en état de choc. Elle prononça son surnom… comme un murmure au début puis elle insista, de plus en plus fort, comme un cri de détresse. Puis elle tenta de lui parler.

« J’en ai rien à foutre que tu sois un dragon d’accord ? Ca n’a aucune importance ! »

Elle devait être en train de délirer pour dire ça. Puis elle caressa doucement ses cheveux.

« Tu ne dois pas mourir… tu ne dois pas… je refuse… je refuse que ça t’arrive… »

Puis elle murmura pour elle-même.

« Ne me laisse pas… »

Soudain, sans qu’elle ne réalise ce qui lui arrivait, des larmes chaudes se mirent à couler le long de ses joues et touchèrent le torse ainsi que le visage du jeune homme. Elle était ridicule… Mais elle n’arrivait pas à se retenir cette fois. Vraiment pas. Cassidy tenta de se reprendre et lui asséna une gifle monumentale.

« Oy ! Réveilles toi crétin ! Cpas le moment de faire une sieste ! »

Il ne répondit pas. Elle le jurait devant les dieux, il n’allait pas mourir ! Pas ici, pas maintenant ! La demoiselle se mit à réfléchir. Rien ne marchait… Elle repensa à son livre qu’il lui avait passé. Un truc obscur sur les sentiments qui pouvait faire de la magie… guérir enfin elle n’en savait trop rien. Elle tenta de se concentrer mais rien ne vint. Puis elle hurla, pour qu’il l’entende !

« Tu vas guérir oui ! Parce que t’as pas le droit de me laisser dans cet endroit ! »

Il ne réagissait pas. Elle se mordilla la lèvre puis sans réfléchir, se plongea en avant et l’embrassa. C’était un baiser de désespoir auquel se mélangeait ses larmes salés. Elle avait doucement soutenu sa tête pour ne pas qu’il se fasse mal. Son énergie à elle revenait petit à petit. Elle prolongea son baiser. C’était rassurant dans un sens. Puis elle le sentit bouger. La jeune femme s’écarta un peu de lui. Il avait ouvert les yeux. Les joues de la jeune femme avaient des sillons tracés par les larmes. Ses yeux étaient brillants. Elle le regardait alors qu’il était si proche. Mais ce dernier avait sorti son masque avant de se redresser, perturbé. Il marmonna un truc comme quoi ils devaient rentrés.

Elle ne comprenait pas son petit jeu, ou du moins ne voulait pas comprendre. Alors la jeune femme se redressa et se plaça devant lui, le fixant avec un mélange de douceur et d’appréhension. Prenant doucement ses mains dans les siennes, les serrant légèrement, elle tenta de de le raisonner.

« Tris’ c’est moi… S’il te plaît… arrête d’avoir cette tête… s’il te plaît… Redeviens normal… »

Il se fit poli, lointain et rétorqua qu’on les attendait. Elle secoua la tête.

« Non… regarde toi… faut d’abord qu’on te soigne… doit y avoir un coin d’eau proche d’ici… ils attendront encore un peu… »

Tristan était catégorique. Cassidy fronçait les sourcils. Elle prenait sur elle, faisait des efforts, malgré sa haine des dragons, malgré sa distance, son regard froid, elle essayait d’être gentil et il se conduisait comme le toutou Cheistam qui rentrait de mission ? Pas avec elle ! Elle lâcha ses mains et se détourna de lui en parlant d’un ton sec et cassant.

« Très bien ! Fais ce que tu veux j’en ai rien à foutre ! C’est pas mes affaires après tout. Merci cher COMMANDANT de m’avoir sauvé… Mais je suis une grande fille alors je rentrerais seule, rompez soldat votre mission est terminée ! La demoiselle en détresse est saine et sauve ! »

Puis sans dire un mot de plus, elle marcha loin de lui. Avisant un arbre, elle chercha une branche tombée au sol et la prit. Cassant les brindilles, elle se fabriqua un bâton de marche et commença à avancer, dans une direction au hasard, sans plus faire attention à ça que lui. Après tout il pouvait rentrer tout seul aussi. Elle se mit à réfléchir en avançant. Finalement ils n’étaient pas si loin que ça du village. Lorsqu’elle arriva, on poussa des murmures autour d’elle. Où était Tristan ? Jilian se dégagea vite de la foule et la prit dans ses bras. Elle s’écarta de lui.

« Ca va je vais bien… »

- Où est Tristan ?

« Pas loin derrière… en tout cas il va bien et je m’en fou… »

Elle avança vers sa maison où sa mère eut le même réflexe que Jilian, tout en la serrant encore plus fort contre elle. Cassidy grimaça.

« M’man ! Je suis couverte de sang et de poussière… J’ai juste besoin d’aller me laver. »

- Tristan n’est pas avec toi ?

« C’est dingue ! Qu’est ce que vous avez tous à vous inquiéter pour lui ? Oui il ne doit être pas loin… Mais il va bien hein ! Si ça peut te rassurer ! »

Puis sans un mot, elle rentra chez elle. Un bon bain, c’est tout ce dont elle avait besoin.

Cassidy ne sut pas ce qui se passait autour d’elle. Si Tristan était revenu en héros, si il avait été félicité. Bouarf après tout il avait bien fait son travail. Elle soupira en se laissant glisser contre le rebord de la baignoire tout en fermant les yeux. Il était un dragon… Ca aurait du l’embêter… mais il ne se conduisait pas comme le dragon qu’elle avait rencontré… et ça la choquait. Cassidy ne pouvait pas totalement être répulsive aux dragons. Elle n’avait qu’un seul mauvais souvenir de l’un d’entre eux. Ce n’était pas un acharnement de plusieurs mais juste d’un. Alors elle réagissait pas si mal que ça au final.

Ses souvenirs se plongèrent dans les derniers évènements. Il avait essayé de l’appeler. Elle n’oublierait jamais son regard si froid, si vide et distant alors qu’elle tentait de le dérider. Ca lui faisait d’autant plus mal qu’il se conduise comme ça. Mettre de la distance entre eux ? Bien sûr, ça pouvait être pas bien… Mais… elle n’était pas mariée à Jilian ! Et Tristan ne faisait rien pour lui faire comprendre que peut être il aimerait aller plus loin. Aucune promesse, rien…

Et puis il s’était réveillé. Elle ne savait pas pourquoi elle était si inquiète pour lui, comme si on lui arrachait une partie de son cœur si il venait à mourir. Le traumatisme de le voir mourant avait réveillé en elle des sentiments qu’elle pensait perdus. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Et puis en l’embrassant il s’était réveillé. Mais aucune taquinerie, pas le moindre mot, même pas quelque chose pour la faire sourire, RIEN ! Et puis elle n’avait rien fait au final. L’espoir qu’elle avait de la magie en elle, elle n’y croyait pas. C’était sûrement ses pouvoirs draconiques qui l’avaient sauvé. Elle soupira en regardant son entaille. Cette dernière avait arrêté de saigner et se refermait un petit peu. La mousse et le savon la piquait un peu mais ce n’était pas dérangeant.

La jeune femme finit par sortir après un moment. Elle ne voulait pas voir les autres villageois, rester et dormir oui c’était le mieux à faire. La jeune femme était retournée dans sa chambre, s’adossant contre le rebord. Jilian était rentré derrière elle, voulant vérifier que tout aille bien.

« Jilian ? »

- Hum ?

« On rentre demain, j’ai fais ce que tu voulais… »

Le nordique hocha la tête. Il pouvait la comprendre après tout… Elle avait vécu quelque chose d’horrible. Oui partir d’ici était la seule solution… Partir loin de lui… Elle n’avait pas oublié son regard froid et distant… Ca la hantait. Rentrer était le seul moyen d’oublier toute cette aventure.
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Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 3 Mar - 21:00

Les épées s’entrechoquaient, les coups pleuvaient. Tout ce qui pouvait servir d’arme était utilisé. La bataille faisait rage… Je ne réfléchissais pas. Je ne réfléchissais jamais réellement quand je me battais. Tout le monde admirait mes stratégies ou ma manière d’affronter mes adversaires mais ça n’était qu’un mécanisme bien huilé dû à des heures et des heures d’entrainement. Rien de plus.
Je devais les tenir éloignés d’elle, à tout prix.

Ce n’était pas une histoire de Cheistam. Ce n’était pas une histoire de fierté ou je ne sais quel sentiment pour gonfler mon ego et me faire bien voir par les habitants de mon ancien village. Ce n’était pas pour la gloire. Ce n’était pas pour plaire. Je voulais juste la protéger. Je DEVAIS la protéger. Ils l’avaient enlevée, ce n’était pas sans raison mais je n’étais pas en état de me poser des questions. Je savais qu’elle s’était battue, qu’elle avait défendu des villageois contre des Kaärs et qu’elle s’était même sacrément bien battue. Enfin bien… Sauvagement. Bien c’était autre chose…
Elle avait massacré ses adversaires. Mais ça ne m’avait pas dégoûté. Surpris oui, un peu j’avoue. Mais je n’étais pas tellement pris au dépourvu qu’elle sache se défendre d’une manière ou d’une autre. Elle avait bien dû apprendre. Le peu qu’elle m’avait révélé sur elle montrait que sa vie avait été difficile lorsqu’elle s’était lancée à la poursuite de ses rêves. Les conséquences en avaient été terribles. C’en était peut-être une, de conséquence.
En tous les cas il y avait de la magie en elle, je l’avais vu et j’étais suffisamment au courant des agissements des Kaärs pour savoir qu’eux aussi l’avaient remarqué… Eux avaient vu ce qu’elle refusait de voir. Pourquoi, autrement, lui aurait-il mis ces menottes anti-magie ? Ca aussi je connaissais bien… Combien avait tenté cela sur moi mais si cela bloquait mes sens, floutait ma perception du monde, ça ne m’affaiblissait que peu… contrairement aux mages qui basent leur énergie sur une utilisation exponentielle de magie. Elle était affaiblie… Rien que le fait qu’elle reprenne des couleurs, presque instantanément, lorsque je lui avais ôté ces menottes était un signe de plus. Un signe qu’elle ne connaissait pas évidemment. J’espérais ne pas lui avoir fait trop mal en les enlevant. Même si j’avais pris grand soin de ne pas serrer le métal sur ses poignets, ni de griffer ceux-ci avec les éclats je craignais de la blesser. La voir blessée d’ailleurs n’avait fait qu’augmenter la haine qui noircissait mon coeur et ma raison.

Je savais que j’agissais de manière inconditionnelle avec elle. Je n’étais pas idiot non plus. J’avais bien remarqué que j’étais totalement différent avec elle. Que j’arrivais à être moi. A faire taire les règles. A faire taire la bonne conduite. A oublier les mensonges. A exister… Mais je n’avais pas le droit d’être avec elle ainsi. Du moins pas autrement que comme si nous étions de simples camarades. Des amis peut-être. De bons amis… Des confidents. Mais je ne pouvais pas retenir les élans d’attirance que j’avais pour elle et tenter d’être honnête, de sourire. C’était un package en quelque sorte.
Ce que j’avais pour elle c’était ça en fait… Des élans. D’honnêteté. De tendresse. De douceur. D’intérêts. De curiosité. De désir… Un désir si intense qu’il ne devrait pas être permis… Vraiment pas… Comment pouvais-je être juste à moitié avec elle ?
Bien sûr, je m’étais retenu jusque-là et plutôt bien d’ailleurs, je n’en étais pas peu fier. N’importe quel humain qui aurait vécu les sensations que je vivais n’aurait pas eu ma retenue, je le sais bien. J’aurais dû être fier de moi… Fier de résister… Je ne ressentais que dégoût.

Le dégoût d’avoir cédé… d’oublier qu’elle avait un compagnon. De lui permettre d’agir ainsi parce qu’en rentrant son jeu je lui donnais un accord en quelque sorte. Mais ce dégoût-là… c’est ce qui me dégoûtait justement, je ne le ressentais pas vraiment. J’avais envie d’être avec elle. J’avais envie d’être près d’elle. Me chamailler avec elle. L’écouter me parler de ses tristes mésaventures. La prendre dans mes bras et la rassurer. Lui dire que jamais je ne laisserai ça arriver de nouveau. Que je la protégerais. Que je ferais tout pour qu’elle ne souffre pas. Que je ne la traiterais jamais mal. Que je ferais tout pour qu’elle se sente bien avec moi. Et c’était ça le hic. Nous n’étions pas ensemble. Elle avait quelqu’un et moi… enfin moi… j’étais incapable d’être avec quelqu’un. On nous l’avait expliqué. Ca ne marchait pas ainsi. Nous trouvions une demoiselle humaine de temps à autre, apte à porter notre progéniture, nous la fécondions… Ca s’arrêtait là. Enfin c’est ce qu’ils disaient. J’avais tellement de mal à imaginer cela… Vouloir un enfant c’était vouloir en avoir un avec une personne qui comptait, non ? Ah oui… j’oubliais. Nos gênes sont tellement puissants que le bébé naissait dragon ou mourrait… et généralement emportait sa mère avec lui… quand les deux survivaient, le premier était arraché à sa génitrice… Mais c’était rare. Les dragons préféraient rester entre eux… J’espérais qu’il n’y avait pas que ça. C’était assez glauque tout de même…

Ah oui.. Le dégoût surtout, j’en avais pour moi-même à présent… Comment en aurait-il pu être autrement quand on voyait cet adorable visage plein de colère et de rancune… Ses yeux emplis d’une espèce de peine derrière le mépris si évident que je lui inspirais…

Je m’étais battu oui, pour la protéger. Sous couverture d’être un Cheistam dont c’était le maitre mot, la devise, de protéger. Qu’en avais-je à faire au juste d’être un Cheistam ? Si j’avais choisi cette voie-ci ce n’était pas parce que je voulais jouer au héros. Ce n’était pas pour qu’on m’acclame. Ce n’était pas pour les grades et le statut. C’était parce que j’avais un sens aigu de la justice, que je ne supportais pas l’insécurité de notre monde, parce que justement l’injustice que subissait chaque jour les femmes me révoltait au plus haut point. Parce que je voulais protéger mon prochain, même si j’étais très différent de tout le monde, de tous ces humains, de toutes ces créatures, même si j’étais un dragon qui n’aurait dû penser qu’à lui… J’aimais me battre. J’aimais l’adrénaline, le sang, le goût de la bataille… J’aimais empêcher des personnes de faire du mal à d’autres… Alors oui, j’étais très égoïste, je ne faisais finalement que ce que j’aimais…

Mes ennemis étaient tombés. Mais la fatigue était là, l’épuisement à cause de ma précédente perte de sang, ma bataille dans les airs et sur terre alors que ces foutus menottes me donnaient une insupportable migraine. L’étourdissement était là aussi. Parce que j’étais en colère… qu’ils s’en soient pris à elle. Parce que j’étais frustré… par elle, pour elle. De ne pas pouvoir la toucher… Je détestais mon sens de la justice et a minima de ma morale. J’aurais voulu n’en avoir rien à faire. Céder à mes pulsions simplement qu’elle soit d’accord ou non et cette simple idée me dégoûtait d’autant plus de moi-même. C’était tellement faux. J’en serais incapable… Incapable de la forcer à quoi que ce soit. Incapable de vouloir voler mon plaisir au sien. Incapable de me contenter qu’autre chose que de ses soupirs et de son extase. J’avais eu beau essayer de me vider la tête, de me vider le corps des sensations que j’éprouvais pour elle, ça avait été inutile. Ca m’avait épuisé. Pour rien. J’étais plus frustré encore. Parce qu’aucune, je le savais, ne pouvait faire illusion. C’était comme si… quelque chose me reliait à elle. Plus je résistais, plus ce truc devenait fort, plus il me reliait à elle, comme des chaines, comme pour me rappeler que non, je ne m’échapperais pas, non… elle ne sortirait jamais de ma tête, jamais…

Elle m’avait rejoint alors que je murmurais une prière pour les hommes que j’avais tué. Je faisais toujours cela. Même pour des monstres comme les Kaärs. Certains trouvaient ça drôle, d’autres stupides, d’autres hypocrites. Mais je ne le faisais pas pour eux, je le faisais pour moi et le monde. Je suis un dragon… Je ressens le monde, son énergie et sa magie. Je rendais une forme d’énergie à la terre, à l’air, au monde. J’en étais conscient. Mes prières n’étaient peut-être pas entendues… peut-êtres pas écoutées, peut-être inutiles. Mais elles me rassuraient un peu… Il avait bien fallu que j’apprenne à refouler la culpabilité d’avoir pris une vie les premières fois… J’étais un peu différent des autres après tout. Je ressentais beaucoup de choses… Beaucoup plus peut-être. Je n’arrivais pas à faire écran comme mes camarades. J’avais appris, mais ce n’était pas naturel au départ.
Je l’entendis arriver et pourtant je mis du temps à me retourner… Parce que je n’avais pas envie de mettre ce masque avec elle. Parce que je ne voulais pas être distant avec elle. C’était même tout le contraire. J’avais envie d’aller la prendre dans mes bras, lui dire que j’avais eu peur pour elle, lui demander s’ils lui avaient fait mal, me blottir contre sa poitrine en y trouvant un réconfort qui n’était pas pervers, appréciant ces caresses qu’elle faisait si bien dans mes cheveux et qui étaient si douces, trouver le réconfort dans la douceur de ses lèvres aussi… Si douces, si délicieuses. Lui dire que jamais je ne les aurais laissé l’emporter, quitte à en mourir. Je voulais voir la fureur dans son regard, sentir la sécheresse d’un coup qu’elle me porterait pour souligner mon idiotie mais voir aussi, encore, ce léger sourire, cet éclat dans ses yeux, comme de la reconnaissance, comme si j’étais le premier à lui dire ces mots en les pensant avec la plus grande sincérité du monde.

Mon coeur battait vite… tellement vite. Ce n’était pas à cause du combat. Peut-être que c’était à cause de mes blessures. J’en avais reçu beaucoup, je saignais… Je saignais même trop pour rester très longtemps stoïque mais quelle importance ?
Sa voix… Je me tournais vers elle mais j’évitais consciencieusement de la regarder. C’était trop risqué. Et trop douloureux. Mon masque m’allait si bien d’ordinaire. Mais jamais il n’avait été un si grand mensonge. J’avais réussi à le tenir dans la clairière dans laquelle nous avions atterri… Mais je ne pourrais pas le garder indéfiniment devant elle. Je le devais. Mais c’était si difficile. Bien plus que mes entrainements, bien plus… que tout le reste.

Derrière elle, sur le cheval, je le relâchais un peu, juste un peu. J’avais mal… Je savais que c’était plus grave que ce que je voulais admettre mais j’étais si concentré à rester « distant » que je ne prenais pas vraiment le temps de m’en rendre compte. Etre aussi proche d’elle, l’entourer de mes bras même si c’était pour une raison « utile » était difficile. Elle sentait le feu et le sang et pourtant je sentais encore l’odeur sucrée de sa peau, celle de son shampoing, de son savon… Mon estomac se tordait dans tous les sens… Je ne sais pas si c’était à cause de la proximité… ou parce qu’une lame me l’avait presque perforé.

Elle parla mais je n’entendais pas. Je saisis juste le terme « dragon ». La culpabilité m’assiégea d’autant plus alors que je pensais ne pouvoir me concentrer que sur mon brusque tournis, la perspective de mon évanouissement. Je n’aurais pas dû lui dire, lui montrer. Je n’aurais pas dû la mettre dans cette situation. Je l’avais impliquée… C’était un secret tout ce que je lui avais montré. Je n’avais pas le droit de le révéler ainsi, aussi… bêtement. Pour son sauvetage c’était obligé d’accord mais pas pour le livre. J’avais été si idiot et imprudent. Mais je voulais qu’elle sache. Je voulais lui dire… Ce que j’étais. Pourquoi j’étais ainsi. Et aujourd’hui pourquoi je devais me tenir loin d’elle. Elle m’en voulait ? Le ton de sa voix n’était pas agressif, au contraire. Ca me rassura. Je voulais parler, lui dire de garder ses mots, qu’on discuterait… ou pas, comme elle voulait, lui dire que je n’entendais plus mais j’avais eu ce malaise et la sensation de l’herbe sous moi m’avait fait comprendre que j’étais tombé de cheval. Je n’étais pas conscient à ce moment-là. La douleur de mon épaule qui avait heurté le sol s’ajoutait à celle des myriades de coups que j’avais reçu. Je sentis son souffle, les battements de son coeur. C’est sa proximité qui me ramena je pense. Je n’arrivais pas à vraiment me réveiller mais j’étais conscient. Vu la douleur qui me traversait le corps j’étais même très conscient. Mais incapable d’ouvrir les yeux, incapable de répondre.
Tout était confus. J’entendais encore vaguement sa voix mais je ne comprenais pas ce qu’elle disait… Il y avait de la détresse et de la colère. De la peur aussi… Je croyais qu’elle n’avait jamais peur… Je sentis quelque chose d’humide et de chaud, de salé… Certes elle était trempée pour une obscure raison qui m’échappait mais cette odeur était celle des larmes. Pourquoi pleurait-elle ? Ce n’était pas si douloureux. Et puis je sentais sa peau contre la mienne. Ca aurait pu être pire… J’avais senti ses mains aussi relever ma tunique, sacrément trouée je l’avoue, son exclamation de surprise. Je savais que ce n’était pas très joli. Je ne pensais pas que c’était à ce point. En même temps, je m’étais battu comme un bourin et je n’avais pas d’armure contrairement à mes adversaires…
J’avais envie de lui dire que j’allais bien…
De la rassurer et de chasser ses larmes et en même temps j’étais très égoïste, vraiment, j’étais content qu’elle les ait pour moi… C’était cruel non ?

Sa gifle fut beaucoup mais alors beaucoup moins agréable. Elle aurait ramené un mort à la vie. Elle eut le bon ton de me secouer et de raviver les battements ralentis de mon coeur, faisant circuler le sang dans mes organes certes atteints mais qui en avaient cruellement besoin pour fonctionner. Je repris conscience et ouvris les yeux sur le plus étrange spectacle qui soit.
Tout s’enchaina très vite finalement mais quand mes yeux s’ouvrirent ce fut pour voir son visage très proche du mien, trop proche et sentir la douceur de ses lèvres contre les miennes. Elle m’embrassait ? C’était un bien agréable moyen de dire adieu. Pourtant ce fut extraordinairement plus efficace que tout le reste et bien plus que la gifle. Brusquement ce fut comme si elle chassait la mort loin de moi. Pour l’avoir très souvent côtoyée celle-là, je savais reconnaitre son souffle glacial sur ma nuque… mais Cassidy la chassa.

Mes yeux étaient ouverts mais je n’en avais pas besoin pour ressentir la vague de magie qui l’entoura à l’instant où nos lèvres se touchèrent. Je me retrouvais bêtement à loucher sur son visage collé au mien, remué… pas à cause de mes blessures, pas à cause de sa proximité même si elle y était pour beaucoup. A cause du spectacle. Pour des yeux humains, elle était normale probablement, j’avais appris à faire la distinction et à comprendre ce que voyaient les autres. Pour eux, elle était normale, un peu pâle peut-être, sacrément ébouriffée. Mais pour moi c’était tout autre chose. C’était comme encore une fois si la magie qui nous entourait entrait en résonance avec elle, comme des aimants, des cristaux qui seraient sur la même fréquence de vibrations. Je sentis la magie de la terre, en sommeil, se réveiller sous moi et m’entourer de son étreinte au goût de terre et d’herbe. Mon corps était chargé de magie, énormément, puisque je faisais une espèce de ressource à moi tout seul, mais c’est comme si… Enfin ce n’était rien par rapport à elle. Alors que ça semblait si infime, si léger pour elle, la preuve, elle ne s’en rendait même pas compte. Ma perception de la magie se fissurait. Je ressentis le monde avec d’autant plus d’intensité. Je sentis une vague d’énergie mêlée à la magie me submerger et faire disparaitre la douleur qui m’abrutissait. Je sentis avec une netteté effrayante mon sang qui s’écoulait hors de mon corps cesser de me quitter, mes blessures guérir, intérieurement tout du moins, mes organes se refermer et guérir, ne laissant nulle trace du passage des lames sur eux alors que ma peau restée trouée et déchirée mais cessait d’être sanguinolente.
Elle était en train de me soigner…

J’ignorais comment elle faisait cela. Jamais je n’avais lu ou entendu parler d’une chose pareille. Les mages guérisseurs ont la faculté de guérir les blessures mais ils ont besoin de canaliser leur magie, d’utiliser des réceptacles, des objets-guides, d’avoir recours à des supports: potions, objets enchantés etc. guérir au seul contact d’un corps était extrêmement rare, seuls quelques uns possédaient réellement un don de guérison et il était tout de même minime, du moins pas aussi rapide… Ce qu’elle faisait là sur moi dépassait les lois que je connaissais de la magie. C’était effrayant… mais c’était magnifique…

Elle me guérit… Et curieusement, elle semblait se nourrir aussi de mon énergie car les couleurs revinrent sur ses joues, la chaleur revint dans son corps, les mains qu’elle avait posées sur moi étaient glacées après tout une seconde plus tôt. J’eu encore plus envie de l’embrasser. J’eus encore plus envie de la prendre dans mes bras. Pas par reconnaissance même si je lui devais probablement de vivre mais… parce qu’elle était belle. Parce qu’elle m’avait profondément ému sans même s’en rendre compte. Parce qu’elle était magique. Parce qu’elle était incroyable. J’avais envie de lui montrer, de lui raconter, de lui dire… De m’extasier en lui prouvant que ses rêves n’étaient pas vains. Mais pourquoi m’aurait-elle cru ? Et puis je n’avais pas le droit de faire toutes ces choses. Je déteste ces notions de droit et de devoir.

Je me redressais et elle avait l’air si soulagée… Je me mis à détester davantage la distance que j’étais obligé de mettre entre nous, parce qu’elle n’en mettait pas justement. Je dus détourner les yeux d’elle. Son corps était encore illuminé d’un halo doré et violet que j’étais le seul à voir et qui s’estompa comme dans un soupir…
Elle avait vraiment pleuré. J’avais vu les sillons qui traçaient des arabesques de ses yeux à sa mâchoire. Je ne devins pas froid mais glacial… Parce que c’était d’autant plus dur… Que je devais être dur avec elle. Pour qu’elle s’éloigne de moi… J’avais l’impression que je l’avais mise en danger. Que je n’avais pas assez fait. Que je n’avais pas pu empêcher qu’on la blesse. Que j’agissais mal avec elle. Que je risquais de briser sa relation avec Jilian. Ce gars était un chouette type. Ca se voyait. Je ne voulais pas qu’ils se séparent à cause de moi… et de mon égoïsme, de mes pulsions, de ce que j’éprouvais pour elle. Parce que j’éprouvais des choses… que je n’aurais pas dû ressentir.
Je m’étais fait vraiment distant, me redressant en m’éloignant d’elle comme si sa proximité m’était intolérable. En réalité elle était douloureuse… tant l’envie était grande. J’avais encore de profondes blessures mais elle m’avait sauvé, et ce n’était pas si grave. Mes gènes feraient le reste quand je me serais suffisamment reposé. Me tenir loin d’elle, ne pas la regarder, réciter froidement que nous devions rentrer, que les autres s’inquiétaient. J’avais l’impression qu’un autre parlait à ma place. Et je détestais cet autre. Elle prit mes mains mais je les dégageai.

Alors elle me parla. Et les dégâts qu’elle causa… étaient irrémédiables. Parce qu’elle me fit du bien et de la peine en même temps, tellement. Je ne savais pas que ça pouvait aller ensemble. Ca me surprenait beaucoup… Sa voix était si douce, si gentille, si posée alors que j’étais si distant. Comme si nous nous équilibrions. Elle agissait comme j’avais agi avec elle. J’étais devenu le farouche et froid personnage, elle n’avait qu’élan de bonté et de chaleur envers moi. Qu’elle me dise « s’il te plait » était nouveau. Mais que ces mots étaient doux. Ils me procurèrent un frisson que je réprimai tant bien que mal. Comme j’aurais aimé entendre ces mots sous la pression de nos deux corps, comme j’aurais voulu les entendre dans la supplique que j’arrête de la tenter et m’occupe de son corps tremblant si sublime à regarder, si délicieux à toucher ! Comme j’aurais voulu entendre ces mots sous nos baisers pour plus, tellement plus, les entendre sous mes coups de reins ou sa chevauchée sur moi car son côté dominatrice ne me déplaisait pas, pour m’en demander plus… Comme j’aurais voulu y répondre avec tendresse et passion, lubricité et pointe de moquerie…
Mais plus encore d’autres mots, d’autres mots tellement plus extraordinaires. Normal… Elle voulait que je redevienne normal. Je lui tournais le dos, heureusement, à ce moment-là. Mon regard devint trouble, mon coeur chanta. Elle avait remarqué ? Elle avait vraiment remarqué qu’avec elle j’étais différent ? Elle avait remarqué qu’il n’y avait qu’avec elle ? Elle avait remarqué mon masque ? Elle avait différencié le forcé du réel ? La première… La toute première. Elle l’avait vu… Et elle voyait que j’étais différent. Que ce n’était pas parce que j’étais blessé. Que ce n’était pas parce que j’étais en colère…  C’était autre chose mais elle le voyait…
Je n’étais même pas réellement surpris. Mais j’étais heureux… Une seconde tout du moins, me rappelant la suivante que je ne devais pas y répondre, que je devais être encore plus froid, encore plus distant… Que je devais lui faire du mal.

J’aurais voulu avoir la force de l’insulter, de me moquer d’elle, de lui dire que je m’étais bien amusé avec elle jusque là mais qu’elle ne m’amusait plus. J’aurais voulu avoir la force de l’insulter et peut-être même de me moquer du secret qu’elle m’avait révélé… Mais elle s’ouvrait à peine et je ne voulais pas lui faire du mal. Pas à ce point, c’était impossible. De toute manière… Je n’aurais jamais réussi à être ainsi… Je crois… que lui faire du mal, volontairement, m’est intolérable… Pourtant je lui en faisais du mal… Tellement.


Je ne vois pas de quoi tu parles. On nous attend. Il faut rentrer…

Froid, distant, je parlais presque par monosyllabes, ma voix était glaciale et sans intonation réelle, presque robotique oui.
Elle insista…Elle voulait s’occuper de moi, me soigner. Le nouveau frisson qui me parcourut était indécent. Outre le fait que je me doutais de la manière dont je voulais que finisse ces « soins » parce que malgré ma fatigue et ma perte de sang nul doute que mon corps saurait pallier le problème très vite, l’intérêt qu’elle me portait, l’intérêt à vouloir prendre soin de moi me donnait l’impression d’exister et de compter, réellement. C’était bizarre comme impression. Ca non plus je ne connaissais pas vraiment. C’était agréable… Alors que je ne faisais qu’être méchant… Tellement méchant.
Il me fallut une énergie de titan et un courage inimaginable pour me tourner vers elle après avoir trituré tout ce temps la selle du cheval et la fixer des pieds à la tête, haussant légèrement un sourcil, froid comme ce nord qu’elle avait quitté à tort.


Arrête ça Cassidy. Ta famille t’attend. Tout le monde s’inquiète. On rentre c’est tout. Je vais bien. Je n’ai pas besoin de soins.

Elle avait repris mes mains avec douceur, comme pour ne pas me brusquer. Dieux qu’elles étaient douces. Je voulais les couvrir de baisers. Et tout son corps. Chaque centimètre. Jusqu’à le connaitre par coeur. J’apprendrais très lentement… j’oublierai chaque jour pour réapprendre. Tant elle le méritait. Je voulus lui dire d’arrêter de faire la gamine mais je n’y parvins pas. Je voulus lui dire que je n’avais pas besoin d’elle mais c’était un mensonge si monstrueux qu’il ne franchit jamais mes lèvres se transformant en « soins » alors même que oui, j’en avais besoin… mais bien moins que d’elle.
Je la regardais aussi froidement, aussi durement que possible. Et ce que je vis me déchira. Son regard si doux, si plein de compassion et de douceur, de compréhension et de patience, qui avait fait un écho terrible dans mon esprit alors que l’image de la fillette qu’elle avait été se mettait à danser à ses côtés, fantôme d’un passé révolu qui semblait remonter à la surface… Ce regard magnifique s’obscurcit. Les si belles attentions qu’elle me portait disparurent dans un nuage de peine et de colère, beaucoup de colère… Cette colère qui cachait beaucoup plus, qui cachait le mal que je lui faisais… Mais je savais que je le lui faisais… Je le savais plus que je n’avais su quoi que ce soit en ce monde.

Brusquement elle redevint froide, cassante, agressive et revêche, se détournant de moi comme si je n’étais rien. Je crois qu’une lame avait atteint mon coeur qui s’en était bien tiré jusque là… Car je sentis vraiment celui-ci se déchirer et saigner… Se vider de sa substance, me vider de ma vie et de mon énergie. Mon cerveau devint creux, mon esprit devint vide, mon coeur se déchira et si tant est que je puisse avoir une âme, elle pleura…
Parce qu’elle s’était détournée en me disant des choses horribles. Que ces choses horribles étaient pires que toutes ces gentilles révélations, même diffuses qu’elle m’avait involontairement faite. Parce que la douleur de refuser sa gentillesse n’était rien à côté de celle d’encaisser son mépris et sa colère. Enfin non, elles se valaient bien toutes les deux et s’additionnaient merveilleusement bien d’ailleurs !


Rien à foutre.
Pas mes affaires.
Cher commandant.
Rompez soldat.
Mission terminée.
Demoiselle en détresse.


Je préférais « messire Parfait ». De loin, de très très loin.
Elle me planta là, totalement abruti par ce coup que je n’avais pas vu venir alors que je savais qu’il devait venir. Par la violence de son impact qui n’aurait pas dû m’ébranler de la sorte. Mes blessures me refirent mal alors qu’elle s’éloignait mais ce n’était rien comparé au déchirement de la voir partir, au déchirement provoqué par ses mots. Elle pensait que j’avais fait ça par devoir. Qu’elle n’était qu’une demoiselle parmi d’autres. J’aurais dû me réjouir. J’avais réussi à l’éloigner de moi et elle était sauve. J’avais réussi à creuser le fossé entre nous que nous avions tout juste commencé à combler… C’était comme s’il y avait un ravin entre nos deux vies… Qu’en quelques jours, malgré la peur, malgré les doutes, nous avions tendus des cordes, posé des planches en travers de ce ravin pour nous rejoindre au milieu et étreindre timidement les mains de l’autre… Mais moi je m’étais éloigné du milieu du ravin, j’avais fait demi-tour. Alors elle était venue me chercher… Mais je n’étais pas revenu. Elle m’avait appelé. Mais je ne m’étais pas retourné. Alors elle était repartie… mais elle avait fait tomber les planches et avait tranché les cordes pour que le ravin revienne. Sombre et profond, infranchissable.

Je ne me sentis pas tomber glisser par terre, ne me rendis compte qu’après un incroyable temps de retard que j’étais assis au sol, que j’avais relevé mes genoux vers moi et y enfouissait mon visage en sanglotant…
Je n’étais pas censé réagir ainsi.
Je savais que je l’avais fait. Dans ma vie d’avant. Dans ces souvenirs flous. Je crois que c’était quand j’étais parti avec ma mère de ce village. Je crois que c’est quand le ravin avait commencé à se creuser entre nous…

Il me fallut longtemps pour me calmer. Vraiment longtemps. Mon corps me faisait mal, ma tête me faisait mal, mon esprit était vide et meurtri. Je finis par bouger, laisser à mon corps le soin de gestes bien connus pour me soulager un peu du poids des meurtrissures. J’empilais les corps, récupérais les équipements, les cartes, les ordres de mission mais il y en avait peu, mis les épées dans les fourreaux que j’attachais aux chevaux, brûlais les corps, dont celui de l’horrible créature… pour ne pas laisser la forêt s’en occuper seule. Je réunis les chevaux et je rentrai au village, lentement.
Oui je fus accueilli comme un héros. J’en avais l’habitude. Je crus que sourire serait difficile mais c’était d’autant plus simple que je me sentais vide. Mon masque se renforça, devenant encore meilleur, bien plus efficace qu’avant. Je m’excusai, arguant que je m’étais occupé de mes « cadavres » et que j’avais récupéré de quoi armer le village a minima. A mon sens aucune maison ne devait être dépourvue d’une épée. Mais c’était peut-être parce que j’avais vu trop d’horreurs à défaut d’en vivre réellement.

Je fus assailli par des félicitations, des sourires, des applaudissements, des remarques et des inquiétudes, des demoiselles encore plus minaudantes qui devaient être ravies de la présence de Jilian, qui devaient être ravies que Cassidy soit rentrée fâchée. Oui parce que j’appris qu’elle était bien rentrée. Ca me soulagea un peu… Un tout petit peu. Je laissais le soin de s’occuper des chevaux aux villageois, accueillant ma mère qui me sautait au cou en essayant de cacher à quel point elle avait eu peur…  Elle pressa mes blessures et j’eus du mal à réprimer une grimace. Elle comprit aussitôt, en tâtant mes flancs et hoqueta en soulevant ma chemise. Pourtant c’était bien moins grave qu’avant. Cassidy m’avait soignée, qu’elle accepte de le croire ou non… Moi je le savais. Je l’avais vu et senti…

Mon beau-père surgit à mes côtés et vint me soutenir. Les conversations animées et joyeuses le furent un peu moins tout à coup alors qu’ils semblaient tous comprendre, plus ou moins, que je n’en étais pas si bien sorti. Mais c’était mon métier après tout. Je fus vite de retour chez moi et ce fut au tour d’Arès de m’accueillir. J’avais mon masque, j’étais distant mais souriant, mon très joli masque. Je ne pensais pouvoir ressentir rien d’autre que l’énorme ravin dans mon coeur, pourtant quand je vis la bouille de ce gamin aux yeux bouffis d’avoir trop pleuré, je ressentis un élan de tendresse, certes minime, mais que j’aurais cru impossible. En me voyant, il se remit à pleurer et me fonça dessus. Mon pauvre corps vécut mal l’impact de son corps d’enfant contre mes blessures mais je restais droit et stoïque. Ce gosse pouvait être un abruti… mais je savais qu’il me portait de l’admiration et énormément d’affection. Je comprenais aujourd’hui ce que mon rejet pouvait lui faire… J’étais désolé…

Jamais encore je n’avais eu ce geste envers lui mais je lui tapotais gentiment la tête à la surprise de ma mère avant de lui pincer fort une joue, tirant dessus pour l’éloigner de moi en lui lançant un regard aussi sévère que possible.


Eyh ! T’es un homme ou un bébé ! Arrête de chialer morveux !
J’suis un homme !!!!

Il reprit si vite de sa combativité, bombant le torse et tentant de carrer les épaules pour se faire plus impressionnant que j’aurais pu en sourire sincèrement si je n’avais pas été aussi désarmé et désarçonné par les méandres de mes ressentis. Je lui fis un sourire de mon masque, c’était déjà bien et le rassurai en lui disant que ça allait, que j’avais juste besoin de me reposer, répondant aux questions qu’il n’osait pas poser, parce que je ne lui avais jamais répondu, parce que je ne lui avais jamais porté le moindre intérêt. Comment avais-je pu être aussi horrible… Ce gamin était certes un crétin parfois… mais il était gentil… et c’était… mon petit frère.

Jamais je n’avais pensé à lui comme un petit frère. C’était un peu réconfortant. Mais je ne comprenais pas. Sous la douche je me délassai de mon sang et de celui de mes adversaires. Je dus reprendre la douloureuse séquence de soin que j’avais apprise au fil des années, me lavant vigoureusement et glissant mes doigts savonneux dans les plaies, les déchirures de mon corps, nettoyant l’intérieur des chairs mordues par les lames et qui resaignèrent un peu sous mes gestes insistants. Mais je désinfectais… Je complétais le tout en glissant le goulot d’une bouteille d’alcool fort dans chaque blessure, serrant les dents… la légère mousse qui s’échappait de mes blessures prouvait au moins l’efficacité de la chose. Je puais l’alcool à présent, mais c’était mieux que de laisser tout ceci s’infecter. Je descendis plusieurs rasades pour faire passer la douleur, moins celle de mes blessures que l’autre, beaucoup plus grave, dont je n’avais décidément pas l’habitude. Ma mère m’attendait dans ma chambre mais je ne l’avais pas remarquée au début et elle poussa une exclamation en se retournant alors que j’avais fait tomber ma serviette. Oui bon effectivement, j’étais tout nu mais quand même… C’était ma mère non ?
Je n’étais pas très pudique après tout. Je mis un boxer et elle prit tout son temps pour me badigeonner d’un onguent qui réussit presque à masquer l’odeur de l’alcool tant il sentait fort. Ca brûlait un peu mais ça calmait la douleur. Elle avait l’air inquiète. Je lui dis doucement que ce n’était pas grave, que j’avais l’habitude, son regard ne s’en voila que davantage… Ma mère s’occupa de moi, comme si elle voulait se faire pardonner de ne pas l’avoir fait ces dernières années. Je compris le message sans mal et je ne dis rien, ne voulant pas la blesser… Je lui avais fait suffisamment peur comme ça. Elle posa des compresses sur mes plaies et banda mes blessures. J’étais heureux dans un sens qu’elle ne les ait pas vu avant que Cassidy ne les soigne grandement. Je pense que j’étais en train de mourir… j’en étais presque certain en fait… A présent j’étais juste bien blessé, mais rien de vraiment gênant ni handicapant. Impressionnant pour quelqu’un qui n’avait pas l’habitude de voir des blessures de guerre. Pas pour moi.
Je me retrouvais un peu… très enrubanné. Du bas de mes pectoraux à la fin du V de mes abdominaux, j’étais entouré de bandage, l’une de mes épaules aussi, le bras opposé et ma cuisse là où une lance avait failli me la transpercer. Je m’en sortais plutôt bien…

Elle me poussa sur mon lit en douceur, me demanda de fermer les yeux et de me reposer. Je souris, promis. Elle avait l’air triste… J’essayais d’être normal, honnête… Mais je devais garder mon masque. Autrement elle n’aurait vu que peine et désolation… Je pense.
Elle m’embrassa sur le front, chose qu’elle n’avait pas faite depuis… longtemps, c’était doux et agréable… un peu rassurant. Elle sortit de ma chambre après avoir fermé mes volets pour que je me repose. Quelques instants plus tard, j’entendis le chant de son piano… Je crois que c’était sa manière de m’apaiser et de me rassurer. Malgré mon état, malgré la peine et les mensonges, je m’endormis presque aussitôt, certes pour un monde de cauchemars mais au moins mon corps trouva t-il l’énergie d’utiliser mes gènes de dragon pour cicatriser grandement mes blessures…
Je me réveillai peu après, j’avais mal dormi, j’avais eu des sueurs froides et mon corps était plein de courbatures mais il était grandement reposé et je sentais les tiraillements de ma peau qui m’indiquaient que j’avais déjà bien cicatrisé… Je ne savais trop quelle heure il était… mais j’étais mort de faim et je me levais pour réclamer pitance, reprenant ce merveilleux masque qui semblait être mon seul point d’attache.
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 4 Mar - 3:09

Ebranlée, voilà ce qu’elle ressentait. Cassidy était couchée dans son lit, Jilian dormant à côté. Il était descendu tout à l’heure pour annoncer la nouvelle à ses parents. Ses derniers étaient un peu peinés mais comprirent que leur fille avait certainement eu un traumatisme suffisamment grand pour vouloir rentrer. Elle était restée presque une semaine, ce n’était pas si mal que ça.

Les yeux grands ouverts, Cassidy réfléchissait. Et finalement n’y tenant plus, parce qu’elle avait trop chaud sous le duvet et que la nuit n’était pas trop fraîche, elle se leva discrètement pour se planter devant sa fenêtre ouverte, s’accoudant à celle-ci et regardant les étoiles, songeuse.

Son cœur brûlait, il avait été déchiré en mille morceaux. Tristan… ce mec… ce Drakkari… enfin non ce dragon… il jouait avec elle comme si elle était sur des montagnes russes. Capable du pire comme du meilleur. Elle n’avait pas oublié. Comme il l’avait repoussé froidement alors qu’elle s’ouvrait à lui, qu’elle voulait être gentille, attentionnée. Ce n’était peut être pas grand-chose mais elle avait espéré, au fond d’elle, le faire changer. Oui elle se doutait que Jilian y était pour quelque chose malgré lui. Aux yeux de tous, c’était mal de tromper son compagnon. Et que si elle voulait avoir une histoire avec Tristan, elle devait le quitter. Mais ça la demoiselle s’y refusait. Jilian avait été là pour elle pendant trois mois. Trois mois à vivre ensemble. Oh bien sûr, il partait très souvent en mission. Parfois ça durait une semaine entière et elle ne savait pas pourquoi il se donnait autant dans son métier. Il rentrait parfois fourbu, éreinté. Mais elle le comprenait un peu. Après tout entre eux, c’était juste une sorte de contrat. Il lui offrait le gîte, le couvert et le sexe. Bien sûr, ils discutaient un peu mais… couple ? Non ce n’était pas le genre de petit couple tendre à s’enlacer chaleureusement. Parce que même avec lui elle avait eu du mal. Même si il était gentil elle craignait les hommes.

Elle se rappelait encore de leur rencontre. Fermant les yeux, la demoiselle se remémora ce moment.

Ouvrant faiblement les yeux, Cassidy regardait autour d’elle. Un plafond, de la lumière, installée dans un lit. Elle fronça les sourcils et redressa les coudes sur son lit, son visage se posant des questions sur le lieu dans lequel elle se trouvait. Grimaçant à cause des courbatures, la jeune femme s’inquiétait. Qui l’avait installé là ? Une serviette humide avait été posée sur son front. Soudain la porte s’ouvrit et Cassidy s’apprêtait déjà à filer le plus loin possible. Mais c’est une petite grand-mère aux cheveux grisonnants qui rentra.

-Tu es enfin réveillée ? Les dieux soient loués ! Ca fait trois jours que tu dormais sans manifester le moindre signe de réveil

Cassidy bafouilla un moment. Elle ne comprenait pas. Levant un bras, ses poignets de force déjà présents, elle remarqua une sorte de pâte bizarre et quelques bandages qui avaient été posé sur ses blessures les plus récentes. La jeune femme posa une main sur son poignet de force, inquiète.

- Ne t’inquiète pas, j’ai juste soigné tes petites blessures. Tu as fais une sacré chute quand même…

« Vous… vous avez vu ? »

- Oui mais je ne dirais rien, sois tranquille.

Cassidy la dévisagea du regard, méfiante. Cependant l’inconnue semblait tout à fait naturelle et pas du tout du genre à raconter les secrets. La petite demoiselle se redressa encore plus pour se relever.

- Ooooh doucement ! Ne bouge pas sinon tu vas rouvrir tes blessures jeune fille. Je ne laisserais pas ma patiente filer sans être sûre qu’elle ait complètement récupéré.

La grand-mère s’était approchée rapidement et avait posé ses mains sur les épaules de la demoiselle, pour la forcer à s’adosser contre les oreillers.

« Où suis-je ? Qui êtes vous ? »

L’inconnue se mit à sourire tout en prenant un verre qu’elle tendit à Cassidy.

- Je m’appelle Asanie, je viens de Frihold. Nous sommes à Rearthac, une petite ville de Kalendaar, dans une auberge. Tiens bois ça, ça devrait te faire du bien et te redonner des forces.

Cassidy prit la mixture et renifla. Ca sentait un mélange de plantes, une décoction bizarre, elle grimaça. Asanie se mit à sourire, rassurante.

- Je suis guérisseuse, c’est mon métier de soigner les gens alors ne t’inquiète pas, il n’y a ni poison ni chose dangereuse

Cassidy but le contenu tout en continuant de discuter.

« Que faites vous loin de Frihold ? C’est rare de voir des gens de ce royaume par ici… »

- J’avais besoin de plantes spéciales pour mes remèdes. Malheureusement à Frihold, certains remèdes nécessitent des ingrédients que nous ne trouvons pas chez nous. Alors je suis venue faire mes emplettes ici. Mon petit-fils Jilian m’accompagne. Il dort là mais il a veillé sur toi pendant les trois jours d’avant.

Cassidy ne semblait pas du tout emballée. Elle grimaça, le goût était infect. Elle tourna le reste de la mixture d’un air distrait.

« Ah… »

- Oh c’est un gentil garçon, tu ne risques rien avec lui. Surtout que Messire est garde du corps. C’est son métier de protéger.

« Bof… »

Asanie n’insista pas et demanda à voir les bandages de Cassidy. La grand-mère ne lui posa aucune question gênante. Ni sur sa provenance, ni sur ce qu’elle faisait. La blonde se détendit. Elle lui donna juste son prénom. Soudain la porte s’ouvrit à nouveau et un grand guerrier vêtu d’une tenue ample entra tout en se frottant les cheveux. Asanie se retourna.

- Jilian ! Je t’ai dis de te reposer pour l’amour des dieux !
- Désolé mais j’ai entendu du bruit dans la chambre d’à côté, alors je voulais vérifier que tout allait bien.


Il s’approcha gentiment de Cassidy puis lui fit un beau sourire, pas du tout pervers, pas du tout intéressé, juste sincère.

« Salut ! Moi c’est Jilian ! »

« … »


Cassidy fit une grimace. Elle se rappelait très bien de cette première rencontre. Normalement les hommes elle les draguait, les mettaient dans son lit et repartait. Mais Jilian l’avait vu différemment. Bon c’est sûr il était beau et grand mais il ne l’intéressait pas plus que ça… A part pour une partie de jambes en l’air. Il s’était passé bien des choses par la suite. Un bon mois entier avant qu’elle ne daigne le rejoindre.

Et c’est pour ça qu’elle détestait d’autant plus Tristan ! Parce qu’il avait TOUT remis en cause. Elle pensait avoir quelques sentiments pour Jilian, oui mais… pas comme Tristan ! Enfin bon c’est pas comme si elle était amoureuse de ce sale dragon mais… les sentiments étaient tout à fait différents. Elle était furieuse, meurtrie, blessée dans sa propre chair. C’était injuste ! En même pas quelques jours elle s’était ouverte à ce mec, lui avait dit des choses qu’elle n’avait JAMAIS dit à personne, elle croyait en lui, un peu quoi et lui… il s’éloignait maintenant ! Bon dans un sens, elle ne lui avait jamais dit pour Jilian. Et elle se doutait bien que plus rien ne serait pareil. Sauf qu’elle ne pouvait pas… et que c’était bien compliqué cette histoire au final.

Elle poussa un soupir tout en soufflant contre le rebord de la fenêtre. Non seulement les souvenirs agréables passés avec Tristan la torturaient mais en plus il l’avait laissé sur sa faim. Oui ! Après lui avoir offert de délicieux préliminaires, le reste n’était qu’un beau fruit défendu qui n’était pas accessible parce que Messire gardait ses principes à la noix. Bon en même temps, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Mais elle lui en voulait de se comporter ainsi avec elle. Etait-elle égoïste ? Blessée dans sa fierté qu’un homme lui tienne tête ? Elle pourrait très bien le tenter mais… ce n’était pas ça qu’elle voulait… c’était autre chose étrangement.

Cassidy repensa à leur dernière altercation. Elle avait été gentille avec lui, patiente, peut être même qu’une explication était nécessaire mais il n’avait de cesse de la repousser, de plus en plus froidement, se retournant pour éviter son regard. Ca lui faisait mal. Et quand Cassidy avait mal, elle contre attaquait avec hargne, quitte à blesser. Sauf qu’il n’avait pas l’air de s’en être rendu compte mais… elle avait encore freiner ses paroles acerbes. Elle aurait très bien pu le traiter de gros dragon moche et hideux. De monstre… SURTOUT après ce qui lui était arrivé, la dernière confrontation avec un membre de son espèce. Et pourtant elle était restée tout à fait polie, l’appelant par son titre et non pas la découverte de ce qu’il était. Elle aurait pu s’en servir, mais elle ne l’avait pas fait. Parce que peut être qu’au fond d’elle, dragon ou humain, ou drakkari, aucune importance. C’était LUI, sa personne, et pas la race à laquelle il appartenait.

Toute la nuit elle ne dormit pas. Torturée par de sombres pensées, réfléchissant encore et encore à des sentiments inconnus pour elle jusqu’à présent. Elle repensa aux étoiles… A cette soirée si pleine d’émotions entre eux. Encore une fois ses yeux brillaient. Elle s’en voulait d’avoir pleurer devant lui, de s’être montrée si faible tout à l’heure. Sa faiblesse… pour un homme. C’était comme si elle avait offert quelque chose de précieux et qu’il piétinait avec force. Elle ne le comprenait pas, vraiment pas.

Finalement elle retourna se coucher mais ne dormit pas pour autant.

Le lendemain, jour de leur départ, ils commencèrent à ranger leurs affaires. Normalement ils partiraient en début d’après midi, le temps de passer encore la matinée avec les parents. Jilian était parti avec Jordeth à la boutique et Cassidy… bah Cassidy était restée dans sa chambre, boudant dans son lit. On toqua doucement à la porte.

- Cassy c’est moi… Je peux entrer ?

Cassidy grogna. Sa mère n’allait certainement pas la laisser tranquille. La porte s’ouvrit et la mère de famille s’approcha de sa progéniture.

- Dis tu veux bien m’aider à faire la vaisselle ?

Cassidy grogna, peu emballée par cette perspective.

- C’est ta dernière journée, j’aimerais bien voir encore un peu ma fille avant qu’elle ne parte.

Cassidy s’étira et finit par se lever pour rejoindre sa mère. Alors que Marilyn passait de l’eau sur les couverts, Cassidy essuyait distraitement ce qu’elle lui tendait avant de les poser sur le plan de travail à côté.

- Dis moi tu n’as pas l’air très en forme ces derniers jours…

« La journée d’hier n’était pas reposante… »

- Ne serait-ce pas à cause de Tristan ?

Le verre qu’elle essuyait distraitement des doigts et glissa au sol, se brisant en mille morceaux. Dans le mille ! Cassidy s’énerva.

« Quoi ce crétin ? Nonnonono ! Paaaaaaaaaas du tout ! »

Marilyn avait prit sa pelle et balayette calmement pour ramasser les bouts de verre brisés.

- Cassy, ma chérie. Tu as beau avoir changé mais je sais quand tu mens… Tu semblais si proche de lui il y a quelques jours et dès que Jilian est arrivé…

La jeune femme se crispa. Sa mère n’était pas bête non plus. Aïe…

« Ce… c’est… pas ce que tu crois »

Marilyn se redressa et jeta les morceaux dans la poubelle avant de regarder sa fille droit dans les yeux.

- Et si tu étais un peu plus sincère hein ? Tristan… tu réagis tellement fort pour lui. Alors que tu semblais si distante mais lui il te rend… vivante.

Cassidy ouvrit des yeux ronds, choquée.

« Vivante ?! »

- Oh il suffit qu’on parle de lui, en bien ou en mal pour que tu réagisses… Et une mère sait très bien reconnaître certaines choses… Est-ce que tu n’as pas l’impression d’être passée à côté de quelque chose ?

La petite demoiselle attrapa une assiette pour essayer de se dérober au regard maternel.

« J’en sais rien mais… il y a Jilian… jpeux pas détruire tout ce que j’ai construit comme ça… »

- Ma fille, je comprends tout à fait ton raisonnement mais… parfois dans la vie, il faut savoir prendre quelques risques, sinon tu vas amèrement le regretter. Tu pars dans quelques heures, ne serait-ce pas le moment pour… discuter avec ton… camarade avant de repartir ?

Cassidy ne répondit pas. Marilyn n’insista pas. La pile de vaisselle fut terminée et Cassidy retourna dans sa chambre. Sauf que les paroles de sa mère l’avait marqué. Elle réfléchissait. Que perdait-elle au final ? Oh elle allait encore se prendre un rejet mais ça… ça lui ferait doublement mal mais… elle s’y attendait peut être au final. Finalement elle se releva et sortit de la maison, partant en direction de celle de Tristan.

Elle ne mit pas beaucoup de temps à le trouver. Il était dehors en train de désherber le jardin. Cassidy le dévisagea. Le jeune homme avait enfilé une tunique, on ne voyait plus ses blessures, bien dissimulées dessous. Elle s’approcha un peu de lui puis resta crispée. La fenêtre sous le jardin était ouverte mais tout semblait calme et silencieux. Bien évidemment, il la dévisageait froidement, lui demandant ce qu’elle fichait ici. Aïe… La jeune femme hésita sur ses mots et ferma les yeux. Elle n’était pas douée pour la discussion.

« Pourquoi ? Je… Enfin tu… »

Aïe ça ne sortait pas !

*J’ai peut être des sentiments pour toi ! Mais je sais que c’est mal ! Je sais qu’il y a Jilian ! Mais s’il te plaît fais moi un signe, un geste, pour me dire que ce n’était pas rien pour toi tout ce qui s’est passé entre nous. J’hésite… je sais que c’est peut être pas sympa pour Jilian mais tu ne connais pas notre couple… je ne ressens pas la même chose pour toi et lui… toi… j’en sais rien je suis en train de découvrir… Ca me fait mal pour Jilian… mais je veux tenter quelque chose avec toi… je sais pas si c’est de l’amour, de la camaraderie mais je n’ai pas envie que de coucher avec toi. Je veux juste que tu me prennes dans tes bras, que tu me protèges. Je veux découvrir ton monde et promis ça me dérange pas que tu sois un dragon. Même si ils m’ont fait du mal… Je veux plus de toi… Je suis perdue… perdue… je me doute que tu me repousses à cause de ça mais je pensais… que tu te BATTRAIS pour moi… un ptit peu… mais tu restes si froid… Je t’en veux Tristan, je t’en veux pour ces sentiments que tu me fais ressentir pour toi ! Et que tu me les arrache comme ça… Mais j’ai juste envie de rester avec toi…*

Bien sûr elle ne dit rien. Il rétorqua quelque chose. En effet elle était silencieuse et restait plantée bêtement là. Et ce fut le coup de tonnerre. Son regard changea, plus sévère, plus féroce.

« Ca suffit maintenant ! »

Elle tendit le doigt vers lui.

« Tu n’as pas le droit de faire ça ! Tu n’as pas le droit d’être comme ça avec les autres ! Prendre cette tête toute souriante, suivre tes putains de règles à la con, tout ça pour faire Messire pas de vague, Messire je me comporte bien avec tout le monde et je me fais apprécié »

Elle le regarda avec défi et colère, les yeux dans les yeux.

« Ce n’est pas toi ! Tu n’es qu’une poupée, un mec ridicule qui veut faire plaisir à tout le monde alors qu’au fond de toi ça va pas. Même avec ta propre mère t’as un balai coincé dans le cul ! C’est du respect pour toi ça ?! »

Cassidy marqua une pause, un silence, le fixant toujours avec défi et provocation.

« Moi j’appelle ça de la lâcheté… »

C’était comme si le tonnerre avait répondu, comme si la demoiselle était vraiment à bout et craquait. Qu’il se réveille un peu !

« Réveille toi et agis comme t’en as envie pas comme les autres le veulent. Les personnes qui t’accepteront tel que tu es auront BEAUCOUP plus de valeur que ces pseudos relations remplies de mensonges et faux semblants. »

Elle n’attendit pas qu’il réponde, elle ne savait pas pourquoi tout ça était sorti, elle ne voulait même pas vouloir son visage qui la dévisageait. Pour qui elle se prenait elle pour lui faire la morale ? Elle qui était si éloignée des autres ? C’est justement parce qu’elle avait trop joué aussi sur les règles qu’elle agissait ainsi comme bon lui semblait. Il allait être en colère elle s’en fichait royalement. Cet après midi elle ne le verrait plus… Mais elle n’était même pas sûre qu’il ait compris son message.

La jeune femme rentra chez elle. Lorsqu’elle ouvrit la porte, Marilyn et Jilian étaient en grande discussion. Cassidy était furieuse. Elle les regarda un instant puis se dirigea vers l’escalier qui menait à sa chambre. Elle monta quelques marches et puis… une chaleur étouffante l’enveloppa. Sans comprendre ce qui lui arrivait, elle ferma les yeux et tomba à la renverse dans les escaliers, inconsciente. Il n’y avait plus que les ténèbres autour d’elle.

Marilyn se mit à hurler en accourant vers sa fille. Jilian la suivit, mais bien moins inquiet bien que surprit. La mère de famille prit sa fille dans les bras, tremblante, voulant qu’elle se réveille. Elle était brûlante et semblait avoir de la fièvre, d’un coup, comme ça.

- Hem… elle a juste fait un malaise, ça lui arrive de temps en temps.
- Comment ça un malaise ? C’est quoi cette histoire ?
- Je vais vous expliquer mais on ne peut pas la laisser comme ça. Laissez moi la porter dans sa chambre, allez chercher Jordeth et une bassine d’eau avec une serviette. Pas de quoi s’affoler, je vous assure, je vais tout vous expliquer, mais ce malaise est déjà arrivé.


Marilyn se calma un peu puis sortit de la maison pour filer à la boutique. Lorsqu’elle revint en compagnie de Jordeth et d’une bassine, Cassidy était dans son lit, sans couverture. Jilian tendit un parchemin à Jordeth.

- S’il vous plaît, allez me chercher ces ingrédients chez l’apothicaire. C’est un remède qui la remettra en forme une fois qu’elle sera réveillée. Ne vous inquiétez pas, il vient de ma grand-mère. Marilyn si vous pouviez passez la serviette sur les membres de Cassy, jambes bras et tête, ça aidera un peu à redescendre la température

Les Herediane obéirent sagement. Marilyn semblait très inquiète. Jilian prit une chaise pour s’asseoir à côté d’elle, Ecko veillant fidèlement à côté du lit.

- Je suis désolé de ne pas vous avoir dit plus tôt… et encore plus désolé de ne pas avoir pris le remède avec moi…
- Qu’est ce qui se passe Jilian ?
- Disons que Cassidy fait des malaises de temps à autre. On ne sait pas vraiment pourquoi. Il n’y a rien qui serve d’élément déclencheur. D’habitude elle sent le malaise venir et se couche, se réveille après quelques heures un peu barbouillée mais elle va bien.
- Elle a vu un guérisseur ?
- Ma grand-mère l’a examiné. Mais comme elle n’utilise pas la magie, difficile de dire de quoi son corps est atteint…


Marilyn poussa un soupir. Cassidy était très discrète et il était normal qu’elle ne veuille pas parler de ça. Mais quand même…

- Mais le don de ma grand-mère, c’est de ressentir les états du corps. La fatigue… le poison… ou déceler la moindre trace de maladie, sans savoir précisément ce que c’est. Et Cassidy… disons que c’est spécial. C’est comme si son corps était déséquilibré.
- Déséquilibré ?
- Oui, en fait, un corps humain est équilibré… pour être en bonne santé. On le voit avec l’énergie, parfois la magie mais comme Cassy ne pratique pas la magie, on ne peut pas la tenir pour responsable. Sauf que c’est comme si quelque chose lui était arrivé et avait chamboulé l’équilibre de son corps. Ca lui entraîne ces malaises avec une montée de température, des sueurs. Rien de grave, ça part au bout de quelques heures. Mais pour le moment on n’en sait pas plus…


Il allégeait la vérité. La réalité c’est que son corps avait été considérablement affaibli. Jilian ne savait pas où elle trouvait la force pour se lever, pour être aussi dynamique alors que son corps ne devrait pas suivre du tout. Il l’admirait car elle gardait son caractère et ne se plaignait jamais de sa douleur. Sa grand-mère lui avait dit… c’était sérieux, très sérieux. C’était comme si elle dansait sur le fil de la vie et qu’il pouvait être coupé à tout moment. Elle avait prévu un remède justement, pour lui donner des forces, tenter de rééquilibrer son corps mais ce n’était qu’une solution temporaire. C’est pour cette raison que Jilian travaillait autant. Il rassemblait de l’argent pour réunir les meilleurs guérisseurs, pour la soigner, l’aider. Bien sûr, il ne savait pas si ceux là pourraient faire quelque chose, après tout le cas de Cassidy avait l’air spécial. Mais il ne perdait pas espoir. Cependant le jeune homme ne disait rien, absolument rien. Les parents ne devaient pas savoir, sinon ils ne laisseraient pas partir… ou ils ne pourraient pas s’empêcher de vivre avec la peur au ventre de voir leur petite fille enlevée par le spectre de la mort.

Marilyn épongeait doucement le front de Cassidy, couvert de sueur. Elle était inquiète même si Jilian semblait un peu plus confiant, du moins en apparence. Jordeth revint rapidement avec un petit sachet à Jilian.

- Ils n’ont pas de Valeera

Jilian fronça les sourcils.

- C’est embêtant ça, sans cet ingrédient, le remède ne fonctionnera pas. Quelle est la ville la plus proche ?
- Elnios mais il faut environ 5 heures pour se rendre là bas.


Le nordique se releva puis attrapa sa cape.

- Dans ce cas il n’y a pas une minute à perdre. Ecko va rester ici. D’ici quelques heures Cassy sera réveillée. Je devrais être rentré demain. Continuez à lui passer de l’eau sur le corps, ça aide pour la température…

Et il sortit de la maison, enfourcha son cheval, partant en direction de la ville voisine.

Cassidy finit par se réveiller. Marilyn était à son chevet et une discussion s’engagea. La jeune femme était peu bavarde mais elle décida de parler un peu, pour rassurer ses parents.

« Je vais bien… bon j’ai un sacré mal de tête à cause de la chute mais ça finira bien par passer »

La soirée passa, Cassidy mangea un peu, les parents se relayaient pour lui tenir compagnie, lui raconter des histoires. La jeune femme ne broncha pas. Ca l’embêtait que ses parents soient aussi attentionnés mais elle pouvait comprendre leur peur. Ce qui l’inquiétait juste c’est qu’elle ne s’était pas sentie partir pendant le malaise mais ça… c’était autre chose.

Finalement Marilyn et Jordeth partirent se coucher et la jeune femme tenta également de dormir dans son coin. Mais difficile de dormir avec toute cette chaleur. Elle se réveilla très tôt le lendemain mais ne se sentait pas encore prête pour bouger. On lui avait dit que Jilian était parti chercher un ingrédient et ses parents ne seraient pas contents si elle sortait du lit.

Jordeth était parti à la boutique pour se changer les idées et avait conseillé à Marilyn de se reposer car cette dernière avait très mal dormi cette nuit. Sauf qu’alors que la mère de famille se préparait un café très fort, on toqua à la porte. Elle alla ouvrir. Eve se trouvait toute souriante à la porte, tenant une corbeille de croissants frais, Tristan derrière elle.

- Salut Marilyn ! On passait et…

Elle s’arrêta en voyant la tête pâle et les cernes de son amie.

- Oula… c’est la petite forme ce matin, qu’est ce qui se passe ?
- Cassy a fait un malaise…
- QUOI ?! Pauvre enfant… Quand ? Comment ?


Marilyn se poussa de la porte pour qu’Eve entre. Tristan hésita mais sa mère lui jeta un regard qui ne souffrait d’aucune réplique. Elle se demandait même si il n’était pas responsable de l’état de la jeune femme. Enfin pas directement bien entendu.

Ils s’installèrent autour de la table. Eve partit de quoi se faire plusieurs cafés forts alors que Marilyn touillait le sien avec sa petite cuillère.

- Alors raconte. Elle va bien au moins ?
- Oui elle a repris des couleurs. Enfin… hier elle est rentrée et en voulant monter dans sa chambre, elle est tombée dans les pommes. Jilian est au courant. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Il parlait de l’équilibre de son corps qui a été perturbé par quelque chose. Pour lui ce n’est pas très grave, ça arrive de temps en temps mais bon quand on ne s’y attend pas…


Eve compatissait, elle se tourna vers Tristan et lui demanda d’apporter quelques croissants à Cassidy, manger lui ferait sûrement du bien. Le jeune homme s’exécuta, mécaniquement. Elles restèrent toutes les deux à papoter.

Cassidy était tranquillement assise sur son lit. De la sueur perlait encore sur son front mais ça commençait à passer. Elle était plongée dans le livre sur les dragons que Tristan lui avait ouvert. On toqua à la porte. S’attendant à sa mère, la jeune femme soupira en lui priant d’entrée. Sauf que ce n’était pas sa mère. Elle écarquilla les yeux de surprise en voyant le visiteur et eut un début de réflexe de planter son libre sous… heu pas de duvet en même temps là… même si elle était habillée. Elle se racla la gorge, tenta de rester digne. Le livre sur la magie était également présent sur le lit, c’était comme si elle avait pris la peine de lire.

« Qu’est ce tu fiches ici toi ?!? »

Elle s’attendait pas vraiment à le voir après tout ce qu’elle lui avait balancé hier. Ecko était parti faire un tour dehors. Elle vit les croissants alors qu’il répliquait, assez poliment. Elle fronça les sourcils, n’aimant pas son ton et soupira avant de reprendre sa lecture comme si de rien n’était. Le jeune homme ne savait pas quoi faire. Il posa la corbeille de croissants à côté d’elle puis s’assit sur la chaise à côté. Elle semblait absorbée par sa lecture, haussant les sourcils par moment comme si elle n’était pas d’accord, faisant parfois des grimaces.

A un moment, elle tendit naturellement la main vers la bassine d’eau sur le chevet à côté d’elle et plongea la main dedans. L’eau commença à glouglouter et de la vapeur s’en échappa. Le plus marrant dans la situation, c’est que Cassidy avait l’air de trouver ça tout à fait normal alors qu’elle continuait de lire, adossée sur son lit et ses jambes repliées contre son corps, maintenant le livre où elle tournait les pages. Il resta un moment sans rien dire. Puis elle referma le bouquin, étant arrivée au bout. Elle enleva sa main de l’eau puis prit les deux livres avant de le lui tendre.

« Tiens j’ai fini… même si je suis pas d’accord avec tout ce qui se dit sur les dragons… y a certains trucs un peu faux… pas en mal hein… mais pas précis du tout… en même temps ça vient d’un humain alors… »

Alors déjà c’était un scoop. Elle lui parlait à peu près normalement et en plus, elle ne disait rien de mal sur les dragons. Rien… pas même qu’elle n’aimait pas ça ni quoi que ce soit. Alors que son avis de deux jours était tout à fait différent. Il prit les livres, se mettant debout, dos à elle, avant de revenir à la charge, lui rendant. Elle fronça les sourcils.

« T’es sûr ? Mais y a tes annotations là dedans… »

Elle n’allait pas insisté non plus. Il semblait vouloir parler mais la porte finit par s’ouvrir, Jilian venant d’apparaître, Ecko sur ses talons. Il n’était pas surpris par Tristan puisqu’il avait croisé Eve et Marilyn en bas qui lui avaient dit. Par contre il regarda les livres que Cassidy tenait dans ses mains et là par contre son visage changea un peu.

- Salut… Désolé j’espère que je ne dérange pas

Tristan déclara qu’il allait sortir mais Jilian le suivit avant de refermer la porte de la chambre soigneusement derrière lui.

- Je voulais te remercier. D’abord de l’avoir sauvé… et la deuxième chose pour les livres… Ca a l’air banal pour toi mais ça ne l’est pas.

Son regard se perdit dans le vide, un sourire crispé sur le visage.

- Quand Cassy a emménagé chez moi, j’avais peur qu’elle s’ennuie. Alors je lui ai apporté des livres pour l’occuper. Il y avait un peu de tout, magie… histoires… compréhension du monde et de ses habitants… Elle n’en voulait pas… Elle disait détester la lecture, détester les livres, que ça lui plaisait pas. Je l’ai vu ouvrir un de tes livres y a même pas deux jours… Alors que les miens si je ne les avais pas retenu, elle les aurait jeté dans la cheminée

Puis il se mit à sourire.

- Enfin je suis content qu’elle lise. Alors merci… je sais pas ce que t’as fait mais tu lui as donné envie alors… fin cette fille mérite d’être heureuse. Ca fait plaisir.

Jilian ne savait pas du tout comment Tristan le prenait. Il venait de lui donner un indice énorme au final. Il se gratta un instant la tête.

- Bon tu m’excuses mais je dois lui donner son remède, merci d’être passé en tout cas.

Puis il rentra dans la chambre, laissant Tristan là avec ses réflexions.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 6 Mar - 0:57

J’étais plus fatigué que je ne l’aurais cru. Ca m’avait épuisé.
Pas de me battre. Pas de tuer. Pas de lutter contre la perte de sang et probablement la mort même si j’abordais ce sujet avec trop de légèreté. Mais de la repousser. De rester froid devant elle, de rester fermé. De mettre ce masque.
Pourtant, il n’y avait rien de plus naturel pour moi que ce masque justement. J’avais tellement eu l’habitude de l’avoir, de le porter et de n’être réellement moi-même que près de mes frères dragons et encore… jamais totalement puisqu’il y avait des choses que je devais garder cacher… que ce masque au final c’était moi. Ca me définissait. Pourtant avec elle… Elle redéfinissait tout et c’était vraiment effrayant. J’avais l’impression qu’il ne tenait plus, qu’il glissait. J’avais l’impression de respirer. De pouvoir être moi. Bien sûr, j’avais peur aussi de ses réactions parce qu’elle ne savait pas qui j’étais ou plutôt ce que j’étais. Mais avec elle… je pouvais jouer, la taquiner, la provoquer. Arrêter la politesse… Et être moi, apparemment c’était aussi autre chose. C’était être tendre, plus respectueux encore que je ne l’avais jamais été avec une femme et les dieux savent comme je les respecte d’ordinaire. C’était avoir spontanément envie de bien faire. Spontanément envie de plaire, pas parce que c’était ainsi que je devais agir, juste parce que j’avais ENVIE d’agir ainsi. Avec elle c’était… croire.
En fait avec elle je crois que j’étais un moi… dont je ne soupçonnais même pas l’existence. J’avais eu l’étrange impression, vraiment inquiétante, de pouvoir tout lui dire. J’avais eu celle délicieuse, de pouvoir, de vouloir écouter chacun de ses mots avec une patience qu’on ne prêtait pas à mon espèce. Mon attirance pour elle, cette chimie extraordinaire, inutile d’en parler, elle était… enfin, inexplicable tout bêtement.

Rester stoïque devant elle… C’était épuisant et probablement le plus gros mensonge que j’ai eu à proférer ou laisser paraitre.
Ca avait été difficile. Parce que je savais, je SENTAIS que je lui faisais du mal. Et pourtant je m’étais promis en quelque sorte de ne jamais lui en faire. J’avais envie de la protéger. Quelle ironie ! Pour la protéger, je devais la blesser ! Je m’en voulais tant. Je m’en voulus encore plus à ses paroles. Je lui en voulus parce que c’était difficile aussi. Dans un sens j’aurais voulu qu’elle comprenne pourquoi j’agissais ainsi. De l’autre, je voulais juste qu’elle me déteste et s’éloigne.
Je m’étais retrouvé, prostré sur moi-même, à pleurer. Je ne pleurais jamais. Mais j’avais déjà pleuré deux fois pour elle. Quand j’avais cru la perdre près du lac. Et là alors que je la perdais justement. Mais comment peut-on perdre quelque chose qu’on ne possède pas ?

Je ne savais pas que quelque chose de si doux pouvait faire si mal.
Parce que ces jours passés près d’elle, même s’ils étaient une torture physique, sexuelle, inimaginable, avaient été empreints de tendresse. Je ne pensais pas être capable de ce genre de chose. Je ne savais pas que c’était si merveilleux. Je me sentais tellement bien près d’elle. En fait j’avais aimé chacun de ces moments, même lorsque nous étions interrompus, même lorsque le désir que j’éprouvais pour elle, me rendait bourru… Les paroles que je lui avais sorties dans cette grotte, dans ce bassin chaud et en dehors étaient pure vérité. Je ne mentais pas sur le fait que je voulais que ça se passe bien, que j’attendrais, que je ne lui ferais rien qu’elle ne souhaiterait pas. Je le voulais avant ses révélations, j’en avais encore plus envie maintenant.
J’étais en colère envers tous les hommes.
J’étais en colère contre Jilian. Je détestais cet homme. Parce qu’il lui convenait parfaitement. Il était gentil et respectueux, combatif et adorable. Il laissait probablement passer ses caprices, il ne la provoquait pas, ne la cherchait pas, la laissait faire ce qu’elle voulait… Il était bien… voilà tout.  J’aurais voulu que ce ne soit pas le cas. Peut-être que j’aurais alors eu le droit de la lui arracher. J’aurais peut-être eu le droit de me battre contre cet homme, de prendre Cassidy dans mes bras. J’aurais eu le droit de l’embrasser, de la caresser, de la déshabiller, sans honte et sans regret. J’aurais eu droit de céder à l’appel chantant de son corps, de répondre au désir dans son regard et à ces pulsions si énormes qu’elle laissait transparaitre de temps à autres qui ne semblaient jamais avoir été comblées comme il se doit. J’aurais voulu avoir une raison de détester Jilian. Du moins une raison valable. Autre que celle de lui en vouloir parce qu’il était son compagnon. Que c’était quelque chose que j’étais censé respecter. Autre que le fait de détester l’idée qu’il la prenne dans ses bras. Qu’elle lui sourie comme elle m’avait souri… L’idée qu’ils couchent ensemble aussi… alors que moi, je n’avais pas pu… Je crois qu’on appelle ça de la jalousie. Mais je ne suis pas censé être jaloux. Je suis un dragon… Les dragons éprouvent fortement les choses c’est vrai. Mais les dragons prennent ce qui leur plait, égoïstement puis continuent leur chemin. J’avais tellement envie d’être égoïste…



Le grand jeune homme s’était réveillé au bout de quelques heures, fourbu mais vivant et était descendu manger. La nuit était tombée, avec elle le calme. Pourtant les humains s’étaient agités à l’extérieur durant toute la journée, pour brûler les cadavres, distribuer les armes récupérées, réparer les dégâts qu’ils soient matériels ou émotionnels. Eve avait accueilli son grand garçon d’un sourire mais elle avait remarqué à quel point il avait l’air ailleurs. Il mangeait toujours beaucoup et ce soir ne dérogeait pas aux autres.
Mais après avoir discuté un moment avec sa mère et son beau-père il était retourné dans sa chambre et avait travaillé un peu, essentiellement pour ne pas penser à la jeune femme… Même si malheureusement ça n’avait pas duré longtemps. Il s’était vite recouché et avait cauchemardé des récents évènements…

Le lendemain, levé tôt le jeune homme commença à s’occuper de la fenêtre brisée qu’il avait explosé avec l’un des Kaärs la veille. Il avait demandé qu’on le laisse s’en occuper, histoire de se faire un peu pardonner en quelque sorte. Son beau-père étant debout ils travaillèrent tous les deux dessus. Si ce dernier tentait de converser avec son beau-fils il devait bien se rendre à l’évidence, Eve, Marilyn avaient raison, le jeune homme n’était pas sincère et se cachait derrière ses beaux sourires. Pourtant son masque s’effritait… Car aujourd’hui il semblait lointain et un peu triste en quelque sorte. Il ne l’avait jamais vu ainsi et ça le surprenait pas mal.
Pour s’occuper et sachant que de toute façon jamais sa mère ne le laisserait aller suffisamment loin pour voler, Tristan s’était proposé pour aider dans le jardin. Il était accroupi en train d’arracher une énième touffe de mauvaise herbe quand une ombre avait obscurci son champ de travail. Relevant lentement les yeux, il avait vu Cassidy. Haussant un sourcil, il s’était redressé de toute sa haute taille en essuyant machinalement ses mains sur son pantalon, la fixant en remettant bien vite son masque et chassant la tristesse qui l’abattait peu avant et risquait d’être bien trop identifiable.

Eve qui était en train d’aérer les pièces et cuisinait, prête à mettre un gros gâteau sur le rebord de la fenêtre s’arrêta en voyant Cassidy. Elle avait failli la saluer d’un grand sourire et d’un signe de main mais son instinct lui intima le silence et elle se plaqua dos au mur, l’oreille près de la fenêtre ouverte pour écouter.
Tristan la fixait assez froidement, du moins autant qu’il le pouvait.

Qu’est ce que tu fais là ?

Bon c’était froid d’accord et ça tombait comme un cheveu sur la soupe, en même temps il lui en voulait un peu pour les mots qu’elle avait eu la veille. Mais autant le dire, il s’en voulait de ne pas être plus virulent, même si elle se crispa tout de même davantage.

Elle avait hésité, légèrement bafouillé…
En la voyant légèrement maladroite, différente de la furie qui m’avait envoyer bouler à raison hier, je sentis une douce chaleur m’envahir. J’avais envie de la prendre dans mes bras, de demander pardon pour mes paroles. Et en même temps il y avait le souffle glacé de ma raison qui me faisait rester muet alors que jamais je n’aurais dû l’être.
Elle semblait réfléchir, son regard se perdant dans le vide alors qu’elle se mordillait la lèvre inférieur d’une manière adorable… qui était aussi terriblement excitante. Ne pas y penser, ne pas y penser, ne pas y penser !!!!
J’aurais voulu voir ce qui se passait dans sa tête. Je la sentais… troublée. Ca me troublait encore plus. Son coeur battait vite, je l’entendais, c’était étrange. Le mien aussi se mit à battre vite, comme pour répondre au sien. Ca aussi c’était étrange. Ca me faisait un peu mal. Je me rendis bêtement compte que j’avais des tiraillements dans mes blessures depuis ce matin, et même un peu mal mais que dès que je l’avais vu, ça n’avait plus été le cas. Et puis même si j’étais triste et même… morose je crois, maintenant j’avais envie de sourire. Ma mâchoire me faisait mal tellement j’avais envie de sourire et de lui parler. Je ne sais pas trop de quoi, mais de lui parler, de lui dire quelque chose de drôle pour la voir sourire. J’avais envie de l’entendre rire… Vraiment…

Mais je n’avais pas le droit… J’étais censé l’éloigner de moi, pas lui sourire comme un idiot et ce même si à ce moment-là mon sourire n’était qu’intérieur. Je devais l’éloigner. Je ne sais pas pourquoi elle revenait alors qu’hier j’avais été si dur… Mais ça n’avait pas été assez apparemment. Oh… dur je l’avais été… une bonne partie de la nuit d’ailleurs… A cause d’elle encore une fois. Source intarissable de fantasme, jolie demoiselle. Je m’égare là…


Tu veux voir ma mère ? Elle est à l’intérieur, inutile de rester plantée là…

J’étais aussi créatif qu’un animal mort en fait. Mes paroles auraient dû être blessantes, très blessantes pour la repousser mais elles avaient le côté creux de tous mes mensonges. Je n’avais pas de répartie…
Elle se rebella brusquement. Et devant moi, alors que j’étais bouche bée, elle me fit un magnifique déballage de ma bêtise, de tout ce qu’elle avait remarqué de moi… de tous mes faux-semblants, de tout ce qui me résumait à cet instant. Elle était de nouveau d’une vulgarité assez… expressive. Je n’aimais pas spécialement ces vilains mots qui sortaient d’une trop jolie bouche dont je n’aurais souhaité entendre que de doux gémissements tels ceux dont je m’étais délecté…
Elle avait raison pourtant…
Même si je tiquai sur ma prétendue lâcheté. Lâche ? Elle se trompait sur ce point. Elle n’avait pas conscience du courage qu’il m’avait fallu pour m’être en place ce masque et protéger ma famille de ce que j’étais devenu. Elle n’imaginait pas à quel point ça aurait été facile d’être « normal » comme l’entendaient beaucoup de dragons… Mais à quel point cette normalité-là aurait fait du mal aux gens autour de moi.
Mais je comprenais pourquoi elle utilisait ce mot. Dans un sens elle n’avait pas tort. J’étais lâche de ne pas assumer ce que je ressentais. Mais pour la lâcheté… je ne la voyais qu’envers elle. Elle était la seule à me donner cette impression. Parce qu’elle était la seule chose qui captait réellement mon intérêt peut-être.

Je la regardai, mais cette fois le masque froid avait été remplacé par un peu de sincérité. J’avais de la peine. Ca me rendait triste… qu’elle pense tout ça de moi. J’étais triste pour la veille aussi, toujours. Qu’elle pense n’être qu’une parmi d’autres, qu’elle pense être ma bonne action ou mon petit acte héroïque du moment. Ca me faisait vraiment mal qu’elle pense ces choses-là, qu’elle dise ces choses-là. Parce qu’elle avait raison et tort à la fois. Parce qu’elle avait tort mais que je devais lui donner raison pour qu’elle s’éloigne. Parce que je devais lui mentir plus que je n’avais menti à qui que ce soit. Et que ça… ça me faisait vraiment mal.
Mais heureusement je n’eus pas à répliquer et c’était vraiment un soulagement parce que j’ignorais ce qui risquait de sortir de ma bouche. J’étais partagé entre la colère de son jugement, la tristesse de ces paroles, la pointe de joie qu’elle m’en veuille tant et ainsi s’éloigne, l’excitation aussi… parce qu’elle était incroyablement sexy quand elle s’énervait. Et ça c’était vraiment curieux. Etre aussi excité alors que j’étais si triste… Franchement c’était assez contradictoire.
J’aurais pu la retenir et la prendre dans mes bras, l’embrasser à pleine bouche, la pousser dans un buisson, lui arracher ses vêtements et répondre à ses paroles de la plus passionnée des façons. J’en crevais d’envie… Etre honnête ? Si j’étais honnête je la retiendrais, je tabasserais son mec, je me transformerais et l’enlèverais avec moi pour aller loin des oreilles qui pouvaient nous entendre, je lui ferais l’amour autant que nécessaire pour combler son corps et la caresserait comme aucun homme ne le ferait jamais, je lui montrerais par mes gestes ce que je ne savais exprimer par les mots, ce que je n’arrivais pas à comprendre mais que tout mon corps savait apparemment expliquer, je l’embrasserais, la câlinerais, glisserais mes mains sur son corps, la masserais parce que ça c’était nouveau, j’embrasserais chacune de ses cicatrices pour les adoucir à ses yeux de mon absence de dégoût… Alors non, je ne pouvais pas être honnête demoiselle… Vraiment pas.



La demoiselle s’était vite éloignée et c’était tant mieux pour le grand jeune homme apparemment perturbé et qui eut l’air d’autant plus triste et amer qu’il pensait ne pas être observé. Eve pourtant s’était glissée dans l’encadrement de la fenêtre pour mieux les entendre alors que ni l’un ni l’autre ne la remarquait. Elle entendit chacune des paroles de Cassidy et intelligente, comprit qu’il s’était bien passé quelque chose entre eux. Rien de sérieux sans doute mais suffisamment tout de même pour que Cassidy en sache autant sur lui, assez pour qu’elle ait l’air furieuse de son actuelle distance, pour qu’elle ait l’air triste aussi derrière sa colère. Eve fronça les sourcils, ayant l’impression d’entendre pas un appel à l’aide de la part de la jeune femme mais une espèce d’appel à ce qu’il se réveille. Elle lui tendait une perche en quelque sorte, comme si elle voulait qu’il fasse ce qu’il souhaitait et comme si ce qu’il souhaitait c’était la retenir, elle, et qu’il avait le droit de le faire, comme si elle lui donnait un droit, celui de vouloir être avec elle… C’était étrange mais parce qu’elle avait tant espéré les voir ensemble Eve interprétait tout à sa façon. La manière dont Cassidy s’était comportée jusqu’alors montrait bien qu’elle n’était pas indifférente à son fils, bien loin de là justement… C’était injuste de sa part de la faire languir de la sorte.

Finalement Cassidy était partie vite, sans même préciser qu’elle s’en allait et quand d’ailleurs. Heureusement qu’elle fit un malaise car autrement, quand le lendemain matin arriva, les deux Konogan auraient eu l’air bien bête si la petite demoiselle était déjà partie comme c’était prévu…

Quand Tristan rentra, il se fit arrêter par Eve qui l’observait étrangement. Elle agit avec douceur avec lui, ayant compris qu’il était bien facile de le braquer, bien trop facile justement… Elle parvint à le faire asseoir et à l’appâter avec de la viande séchée. Et ils parlèrent… longuement… Enfin elle parla tandis que son fils restait silencieux tout du long.

Tristan arrête… Je t’ai dit que j’ai entendu votre conversation. Je sais que ça ne se fait pas mais… Enfin que s’est-il passé avec Cassidy ? Tu ne peux pas nier qu’il s’est passé quelque chose. Elle a l’air de mieux te connaitre que quiconque et de savoir trop de choses que j’ignore… Elle a tout de suite remarqué que tu sonnais faux et… elle a raison. Moi aussi je l’ai vu. Mais tu es mon fils… Personne d’autre ne l’a remarqué… Dis moi ce qui s’est passé… Je sais que vous avez passé beaucoup de temps ensemble ces derniers temps… Est-ce qu’elle te… plait ? Pas besoin de me regarder comme ça. C’est une très jolie fille ! Il n’y a que les aveugles pour le louper… ou les idiots… Tu sais, elle n’a pas vécu des choses faciles… Enfin je me doute que toi non plus mais… Ce n’est pas sans raison qu’elle a autant changé. Ne lui en veux pas… Elle était si douce, si souriante… vous aviez une telle, enfin… comme une alchimie lorsque vous étiez enfants… Je vois bien qu’il y a quelque chose entre vous et j’ai compris que tu n’en parleras pas… Mais… Elle a l’air d’avoir de la peine… Je croyais que tu traitais mieux les femmes que ça…

Le jeune homme se crispa finalement, marmonna qu’il était désolé et sortit de la maison pour aller voler… Il ne sut rien du malaise de Cassidy mais lorsqu’il rentra sa mère le sermonna encore et encore gentiment, l’incitant à aller la voir et à discuter avec elle. C’était d’autant plus difficile qu’il en avait naturellement envie. Vraiment.

Le lendemain matin, elle le trouva assis dehors, en tailleur, dans l’herbe et lorsqu’elle vint le rejoindre, il lui marmonna qu’il n’avait pas très bien dormi avec cette histoire. Contente de réussir à le perturber à ce point elle insista pour qu’il vienne avec elle rendre visite aux Herediane et leur apporter des viennoiseries. Politesse oblige, le jeune homme accepta… Mais avec beaucoup plus de facilité et d’entrain qu’elle ne l’aurait cru. S’il trainait les pieds et semblait assez contre l’idée de voir Cassidy, ce n’était qu’une façade de plus parce que justement… il souhaitait la voir… et qu’en un sens il était donc bien content que sa mère insiste autant.


J’aurais dû lui en vouloir.
Je crois que je lui en voulais en fait dans un sens.
Pas à ma mère. A Cassidy.
Enfin je crois que je devais et je crois que je lui en voulais. Ce que j’éprouvais était assez contradictoire. Dans un sens, j’étais content que ma mère insiste et me fasse la moral. Pourtant c’était déjà bien assez dur. Mais elle me manquait… Depuis que son petit ami était là, j’avais perdu cette étrange amitié complice plus qu’ambiguë. Ca me manquait. Elle me manquait…
Je savais que je ne devais pas y aller, que je devais à tout prix éviter de la voir parce que c’était déjà bien assez difficile de seulement penser à elle. Mais à côté de ça… Ne pas la voir m’était insupportable alors qu’elle était encore si proche. Je voulais qu’elle parte pour ne plus être tenté. Je voulais qu’elle ne s’en aille jamais. J’étais pris dans une bipolarité complète de désirs et de souhaits. Je ne savais même pas ce que j’étais réellement censé penser finalement. Ce qui était bien… c’était quoi au juste ? Est-ce que c’était bien qu’elle me manque ? Est-ce que c’était bien que j’aie envie de la voir ? Est-ce que c’était mal de souhaiter la voir même si elle serait en colère, même si elle me repousserait ?

Je n’avais que peu dormi…
Parce que j’avais écrit. C’était idiot mais j’avais besoin que ça sorte. J’avais écrit sur ce qui nous était arrivé, relatant tout ce qui s’était passé entre nous ces derniers jours. Et à part, j’avais écrit sur elle. Sur sa magie que je voyais… Alors quand ma mère avait insisté, que j’étais allé m’habiller, me coiffer, j’avais hésité. J’avais pris cette feuille que j’avais rédigée et qui parlait de magie. J’avais envie de lui dire mais je savais qu’elle ne m’écouterait pas. Si nous avions été seul. Si j’avais eu plus de temps pour la connaitre. S’il n’y avait pas eu Jilian. Si je n’avais pas eu à repousser la première, l’unique femme qui me faisait me sentir bien et vrai dans ce monde… J’aurais peut-être pu lui dire avec mes mots, en regardant ses beaux yeux sombres et en laissant transparaitre dans mon regard toute l’honnêteté, la sincérité dont j’étais capable. Mais je ne pouvais pas… Et j’avais envie qu’elle sache.
L’amertume de sa voix quand elle avait parlé de ses rêves brisés… Rien que son souvenir me serrait la gorge. J’avais envie de réveiller ses rêves… Lui dire qu’ils n’étaient pas vains. Qu’elle avait de la magie ! Peut-être pas des plus normales, certainement pas comme celle des autres… mais qu’elle en avait… J’avais envie de voir l’espoir renaître des cendres de ses souffrances… Mais je n’avais pas vraiment le droit d’y assister. Pas vu comme je la traitais. Alors peut-être que si je lui laissais lire ceci… Oui… peut-être… qu’elle me croirait un peu. Qu’elle lirait à défaut de m’écouter.



Eve avait toqué chez les Herediane, attendant le retour de son fils à côté de la maison alors qu’il revenait avec une corbeille chargée de croissants, de pains au chocolat et de… brioches. Elle fronça les sourcils en voyant son choix. Elle savait bien qu’il ne mangeait plus de sucre mais… il n’était donc pas vraiment censé faire attention au choix… Elle avait également rapporté une tarte au citron meringuée pour la petite famille. Marilyn ouvrit, l’air si épuisée qu’Eve resta en arrêt, franchissant aussitôt le seuil pour s’approcher de son amie et venir lui tâter le front.
Quelques mots échangés. Cassidy avait fait un malaise. Tristan qui souriait gentiment mais semblait un brin crispé se tendit d’un coup, tous ses muscles se contractant dans un léger claquement sonore. Il était si tendus que sa mâchoire formait un angle droit et il était devenu… livide. Les mamans étaient occupées à discuter pourtant son brusque teint pâle n’échappa ni à l’une ni à l’autre. Eve foudroya son fils immobile du regard pour le forcer à rentrer et il obéit… mais comme un automate, si raide dans sa démarche que son habituelle aisance qui lui donnait des pas aériens malgré sa carrure avait totalement disparu!
Tristan suivit donc et se retrouva assis à table, arborant un masque plus inquiet mais qui cette fois ne semblait pas feint alors qu’il demeurait d’un silence total, fixant les deux mères l’une après l’autre, les mains posées sur la table autour de son café qu’il ne touchait pas, attendant des nouvelles sans oser les demander.

Un malaise… Elle avait fait un malaise.
Mon coeur tambourinait dans ma poitrine quand j’avais entendu ces mots. Personne à cet instant ne pouvait se douter du combat intérieur que je menais. Je savais qu’extérieurement des choses avaient transparu. J’avais dû pâlir, j’avais dû me raidir. Mais ce n’était rien ça… Tellement rien. Je n’avais envie que d’une chose, me précipiter à l’intérieur en expédiant tout obstacle sur mon passage, filer à l’étage, ouvrir sa porte, la voir de mes yeux, bien ou mal, m’approcher d’elle… Etre près d’elle. Etait-ce à cause de moi ? J’avais senti la magie qu’elle avait utilisée, je l’avais vu. Je ne savais pas vraiment ce que c’était mais c’était puissant et elle n’en avait même pas conscience. S’était-elle mise en danger pour me sauver ? Mais alors pourquoi n’avait-elle pas fait ce malaise la veille ? Etait-ce quand elle était venue me parler ? Etait-ce parce que j’avais été l’abruti que je voulais être avec elle pour la repousser ? Est-ce que le mal que je lui avais fait en était devenu physique ? Etait-ce à cause de son combat ? Parce qu’elle s’était battu près de l’école ? Etait-ce le tout ?
Ma tête bourdonnait et me faisait mal. Mon coeur battait vite et me faisait mal. J’avais juste envie… De la prendre contre moi et de m’assurer qu’elle allait bien…
A cette table, j’avais l’impression de n’être que cet être vide et inutile qui ne servait à rien ni personne. L’envie de la voir me démangeait d’autant plus que je m’inquiétais pour elle à présent… J’écoutais ma mère et la sienne discuter mais j’avais l’impression de ne pas vraiment entendre, je me concentrais pour essayer d’entendre les battements de son coeur. J’y parvins finalement… Ils étaient calmes et seuls. Jilian n’était pas là ? J’entendis les paroles de Marilyn qui déclarait qu’heureusement que ce n’était pas arrivé dans l’après midi, pendant qu’ils rentraient.
Je me pris une formidable baffe mentale. Elle devait partir hier ? L’information tournait à vide dans ma tête. Mon coeur se serrait alors qu’il battait toujours si fort. Je suffoquais…alors que pourtant l’air emplissait mes poumons. Alors qu’extérieurement je devais avoir l’air presque… calme et indifférent. J’étouffais… j’étouffais vraiment !

Pourquoi… Elle allait partir. Sans même me le dire. La tristesse qui m’envahit à ce moment-là… elle était pire que celle qui m’avait assailli quand elle m’avait traité de commandant, que celle lorsqu’elle m’avait jugé, lorsqu’elle avait cru qu’elle n’était qu’une demoiselle secourue parmi d’autre. Pire que savoir qu’elle avait un compagnon. Pire que savoir que je n’avais pas le droit. Pire que savoir qu’elle n’était pas à moi. Pire… Tellement pire… J’avais juste envie de me rouler en boule dans un coin, de plaquer mes mains sur mes oreilles et d’attendre que la douleur reflue… Parce que la douleur était réelle. Celle qui avait envahi chaque centimètre de mon corps et me donnait l’impression d’être martelé au burin, sans répit… Cette phrase qui tournait en boucle dans ma tête. Je savais qu’elle partirait… je le savais… Mais qu’elle parte sans me le dire. Qu’elle parte tout court…

Malaise… Jilian… Apparemment il savait comment gérer ça… Elle parlait d’un équilibre. Mais je n’arrivais pas vraiment à écouter. Je me sentais mal…
Jusqu’à ce que ma mère me mette un coup de coude pour me réveiller. Je tournais bêtement la tête vers elle, un peu ahuri. Apparemment elle venait de me dire d’aller la voir. Je n’avais même pas entendu. Je n’avais pas envie. Et en même temps j’avais envie. Je me levai pourtant sans réfléchir, pris une assiette sur laquelle je déposais un croissant, une grosse brioche aux pépites de chocolat que j’avais choisie exprès pour elle sans même faire attention à la boulangerie, pris le chocolat chaud que lui avais préparé sa mère et je montai les escaliers. Mon coeur battait fort, un peu plus à chaque marche et l’envie de m’enfuir en courant me démangeait.
J’entrai dans sa chambre après son acceptation… J’avais peur de ce que je pourrais voir. Elle devait aller bien. Je l’avais vu si forte… Cassidy ne pouvait pas être autrement que forte et fière… Elle avait un côté fragile et maladroit que je trouvais absolument adorables. Mais elle était forte. Elle ne pouvait pas être malade… elle ne le devait pas. Je saurais encore moins comment agir. Je ne pouvais pas la repousser encore alors que… c’était peut-être à cause de moi qu’elle avait été mal. Je tremblais et il me fallut toute la maitrise que j’avais acquise ces dernières années pour calmer le mouvement involontaire de mes mains et entrer dans sa chambre. Le regard qu’elle me lança me fit mal. Pas autant que ses paroles.

Je m’étais arrêté d’un coup. Planté sur place, au milieu de sa chambre, tourné vers elle, pris de cours. La sécheresse dans sa voix, l’agressivité. J’eus du mal cette fois à retenir les tremblements de ma mâchoire et y parvint de justesse mais je baissais aussitôt les yeux au sol, culpabilisant, alors que j’étais incapable de tenir un masque de distance. Je devais avoir l’air triste, peut-être blessé, inquiet… très inquiet. Mais je ne la regardais pas. Je m’entendis bafouiller sans aucune virulence.


Je t’apportais juste à manger… Désolé… je m’en vais si tu veux…

Elle m’ignora… Si encore elle m’avait chassé, j’aurais su quoi faire mais… là, je restai juste planté sur place. Je n'osais rien dire...Je m’approchais légèrement de son lit alors qu’elle lisait et je la vis se crisper mais je ne fis que poser l’assiette et la grosse tasse sur sa table de chevet avant de me reculer de plusieurs pas, nerveux, détournant les yeux. Elle était bizarre. Je n’arrivais pas à sortir. Elle faisait des choses bizarres avec la bassine entre autre… Mais je n’arrivais pas à sortir. Elle m’ignorait totalement, lisant en faisant beaucoup de grimaces. Mais je n’arrivais pas à sortir. Je l’examinais par de brefs regards. Un peu pâle mais elle avait l’air d’aller bien. Je voulais me concentrer sur elle, essayer de sentir sa magie, son être tout simplement mais impossible de me concentrer. J’étais trop mal à l’aise.

Puis elle me rendis mes livres avec un étrange commentaire, plus du tout agressive… Etrange… Elle me rendais mes livres… J’y vis l’unique occasion qui me restait… Elle allait partir. Si elle devait partir hier, maintenant qu’elle allait bien, nul doute qu’elle allait repartir, probablement aujourd’hui. Je pris les livres de ses mains, évitant de les toucher des miennes, ne sachant que trop bien quel frisson électrique risquait de me parcourir autrement. Les faisant tourner dans les miennes, je me mis à marcher lentement dans sa chambre, observant ses étagères, sa chambre en général, glissant sans un bruit le feuillet que j’avais sorti de ma poche dans l’un des livres, celui de magie je crois, pas celui des dragons et le refermai doucement alors que rien ne laissait entendre que j’avais pu y apporter la moindre modification. Je finis par me retourner vers Cassidy et lui faire un sourire presque sincère derrière mon masque de tristesse et de distance que j’essayais de tenir.


Garde les.

Je les lui avais tendus avant de me raviser, ne sachant que trop bien à quel point elle pouvait être buté, les posant sur son bureau, c’était plus facile pour l’obliger à ne pas me les rendre. J’haussais les épaules à son commentaire, elle avait l’air plus douce, moins en colère. Ca m’apaisa un peu et je pus respirer un peu mieux, beaucoup mieux même, mes épaules se décrispant aussitôt, mes courbatures disparaissant dans l’instant.


Ils te seront plus utiles qu’à moi. Je ferai d’autres annotations… Et puis c’est l’un des rares trucs dont je me souviens… par coeur alors je les recopierai. S’il te plait, garde-les…

Elle avait l’air un peu surprise. Et de voir à travers ma carapace, comme si j’étais un livre ouvert face à elle, toute la tristesse que je ressentais à ce moment là, la petite victoire aussi d’avoir pu mettre ce papier dans ces livres. Elle le verrait. Pas tout de suite mais elle le verrait… Et peut-être que ça l’encouragerait à recommencer. Même si le chemin semblait être difficile tant elle était persuadée de n’avoir aucune importance, aucune magie. J’aurais voulu lui dire qu’elle avait. Enfin pour moi en tous les cas.
Sa porte s’ouvrit sur son petit ami, ma rappelant ma dure place…
Je remis aussitôt mon masque, totalement et souris à celui-ci en faisant juste un signe de tête à Cassidy et un léger sourire.


Rétablis toi bien… Et bon retour.

J’avais dû m’arracher ces mots. Oui, même les premiers. J’aurais voulu être à côté d’elle pour être sûr qu’elle se rétablissait. Bon retour… c’était lui dire qu’elle pouvait rentrer. Que ça ne me faisait rien. Bon retour. Comme si je voulais qu’elle s’en aille !
J’avais envie de me frapper la tête contre les murs. Mais j’étais obligé de les dire ces putains de mots ! Obligé…
Je voulais juste qu’on me foute la paix maintenant et qu’on me laisse ruminer… Mais bien sûr ce Jilian me collait aux basques. Dieux que l’envie de le frapper était grande. Faire disparaitre son sourire bien poli et pas faux, lui, de son visage ! Lui briser les bras ! Ces bras qui se serraient sur MA Cassidy… J’étais vraiment qu’un pauvre con… Un pauvre imbécile… Penser ainsi c’était… juste minable. Je me composai un sourire d’autant plus amical que je détestais cet homme…
Il me remerciait… J’étais vraiment un enfoiré. Comment je pouvais en vouloir à ce type. Il était vraiment super! Ca aurait pu être l’un de mes amis, sans la moindre difficulté… Dans d’autres circonstances. Ca me brûlait la tête de l’avouer. Il était super… Et moi j’étais un enfoiré. Me remercier pour Cassidy… C’est lui qui était con… Il croyait que j’avais fait ça pour lui ? Pour ses parents ? J’avais fait ça pour moi ! J’avais fait ça pour elle ! Les autres je m’en fichais ! Pour les livres ? Ce n’étaient que des livres. Apparemment pas.
Apparemment elle détestait lire d’ordinaire et brûlait ou détruisait les livres. Mais pas les miens. Il m’apporta un petit ensoleillement dans mon monde de ténèbres, de pluie et de grêle. J’avais au moins fait une bonne chose. Je me contentais d’hausser les épaules, pour ne pas montrer que ça me touchait, pour ne pas songer que ça me touchait, parce que ce n’était pas censé me toucher… j’étais juste son ancien camarade non ?
Mais si elle relisait… J’étais… un peu content. Un nouveau flash, un nouveau souvenir. Je ne sais pas d’où il venait mais j’avais la certitude qu’elle lisait tout le temps quand elle était petite. C’était dommage qu’elle ait perdu ça. Alors si j’avais modifié un petit quelque chose, d’une façon ou d’une autre… ça me rendait heureux. Il le fallait. Il fallait que j’en retire quelque chose de bien. Pourtant je me sentais juste tellement mal. Elle partait… Je ne voulais pas être là… Je ne voulais plus être là.
Il s’excusa, je souris puis je l’arrêtais d’une main ferme sur son bras, très ferme… Ca aurait été si facile de le lui briser…


Cassy… Elle est incroyable… Prends soin d’elle. Et rends la heureuse.

Il me dévisagea, apparemment surpris ou reconnaissant ou je ne sais quoi mais je l’avais déjà lâché pour me détourner et descendre rapidement l’escalier. Sortir, je devais sortir.
Nos mères parlaient toujours et elles me sourirent quand je les rejoignis mais j’étais encore plus fermé, encore plus grave. Je consultais fébrilement mon cristal que j’avais toujours dans une bourse à ma ceinture tout en marchant dans la maison, je fronçais les sourcils avant de m’adresser à ma mère.


Je dois y aller, j’ai un ordre de mission. Je n’en ai pas pour longtemps mais ne m’attendez pas avant demain en début ou fin d’après-midi je ne sais pas encore. Je ferai vite.
Quoi ?! Tristan ! Tu n’y penses pas ! Tu es blessé ! J’ai vu dans quel état tu étais après tes combats ! Tu ne peux pas…
Ce n’est rien maman, vraiment, c’est un truc de routine. Je prends juste mes affaires, mon cheval jusqu’au prochain portail puis je fais l’aller-retour, tout se passera bien.
Mais… mais tu.
Excuse moi… Pardon Dame Herediane aussi… Je suis navré de partir aussi précipitamment… D… Dites au revoir à Cassidy et Jilian pour moi s’il vous plait.
Mais tu…

Sans leur laisser le temps de dire quoi que ce soit il prit une mine grave, probablement celle qu’il avait chez les Cheistams et sortit rapidement de la maison pour courir chez lui s’équiper, préparer son cheval et filer effectivement jusqu’à la ville voisine, sans se retourner. Il y laissa son cheval mais ne prit pas de portail s’enfonçant dans les bois avant de se transformer et de s’élever en silence dans les airs, filant à vive allure, plus vite que n’importe quel animal, plus vite que le plus rapide des chevaux ne le serait jamais. Il était triste… et en colère… Tellement en colère. Il était un menteur. Il n’avait rien reçu du tout… Si ce n’était les premières informations qu’il attendait avec tellement d’impatience. L’adrénaline lui ferait du bien. Utiliser son corps, ses deux corps lui ferait du bien. Tuer lui ferait du bien. Pour oublier un peu. Pour l’oublier un peu…
Direction Helehëne…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 6 Mar - 16:09

Cassidy était tiraillée. Tiraillée à cause de Tristan. Elle ne savait pas comment réagir avec lui. Et pourtant elle avait juste appris à mordre quand elle avait mal. Pour pas montrer sa douleur, sa tristesse. Elle avait essayé de faire des efforts, mais son masque sur le visage, l’impactait sérieusement. Bien sûr qu’elle voulait lui dire qu’elle allait partir. Mais comment s’y prendre ? Comment faire au juste ? Elle repensait à tout ce qui s’était passé entre eux. Il ne pouvait pas faire comme si RIEN ne s’était passé justement. Et pourtant il y arrivait. Elle croyait voir de la tristesse dans ses yeux par moments mais n’était pas sûre. Après tout elle n’avait jamais été très douée avec les hommes.

Elle était alors le voir, sur les conseils de sa mère. L’accueil avait été des plus froids. En temps normal, elle l’aurait déjà planté et serait repartie en le snobant, comme si elle n’en avait rien à faire de lui. C’était une première pour la jeune femme. Jamais elle n’était retournée vers un homme pour discuter, pour essayer de parler. Et pourtant, les hommes en seraient plus que ravis. Mais lui non. Oh elle se doutait bien qu’avec ses principes à la noix, qu’avec Jilian, elle comprenait son comportement. Mais il aurait pu lui demander, être plus combattif. Et puis elle pensa au dragon. Un dragon c’est têtu, ça prend et ça part. Il était bizarre car il ne correspondait pas vraiment à ça. Un peu heureusement pour elle d’ailleurs.

La jeune femme ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. Elle tenta quelque chose mais dans sa tête, sans chercher à lui dire ouvertement. Parce qu’elle avait peur de sa réaction, parce que ça ne se faisait pas et qu’il lui dirait certainement qu’elle reste avec son homme qui la traitait déjà bien. Qu’elle avait sûrement de la chance qu’on s’occupe bien d’elle. Mais elle explosa et les mots sortirent tout seul. Elle regretta chacun de des mots amèrement, regretta de lui faire du mal mais elle voulait lui dire aussi, qu’il devait être plus naturel avec les gens, que justement au moins, ceux qui s’approcheraient de lui en l’acceptant tel qu’il est seraient bien plus précieux à ses yeux que ses pseudos relations.

Elle pensait à elle en disant ça. Bordel quoi qu’il s’en rende compte ! Elle était en train de lui dire de manière détournée que ça la dérangeait pas sa manière d’être et même qu’il soit un dragon ! Elle aurait du être dégoutée, haineuse envers un des représentants de celui qui avait bouleversé sa vie à tout jamais, si cela était encore possible. Elle aurait voulu lui dire ce qu’on lui avait fait. Peut être qu’il s’en ficherait, peut être qu’il ne blâmerait pas un de ses frères et ça ferait encore plus de mal à Cassidy. Comment réagirait-il au final ? Les humains encore il avait l’air de vouloir la protéger mais les dragons ? Ca lui faisait mal, extrêmement mal. Elle ne le laissa pas riposter, car tout ce qui sortirait de sa bouche n’annoncerait rien de bon. Au lieu de ça elle lui tourna les épaules, oubliant de lui dire qu’elle partait, oubliant le tout. Après tout il avait l’air de s’en ficher non ?

Et puis tout bascula. Elle ne comprit pas pourquoi un malaise arrivait maintenant. C’était le tout sûrement. Trop épuisée, trop battue, trop… trop de choses. Normalement elle arrivait à se diriger jusqu’à son lit ou une chaise mais là c’était trop.

Lorsqu’elle se réveilla ses parents étaient à côté inquiets. Heureusement que Jilian avait raconté quelque chose à ce sujet. Parce qu’elle aussi aurait menti, elle aussi aurait caché la vérité pour ne pas inquiéter. Mais c’était différent… Tristan n’était pas en danger de mort. Du moins pas de ce qu’elle sache. Elle ressentait bien ces douleurs, au quotidien. Multiples petites piques qui s’enfonçaient dans sa peau, désagréables. Elle aurait préféré mourir à ce moment là ! Bien sûr, elle avait réussi à faire avec et ignorait la douleur, parce qu’au final à force elle s’y habituait, ce n’était pas extrême non plus. Mais ça le devenait quand elle faisait un malaise.

On la veilla, s’occupa bien d’elle mais la jeune femme était pensive. Elle devait calmer son cœur, calmer les élans qui l’agitaient et ne plus penser à Tristan. La jeune femme ne dormit pas beaucoup cette nuit là encore, parce que les cauchemars étaient remplacés par d’autres rêves aussi tristes et si proches de la réalité. Comment elle pouvait penser autant à lui ? Pourquoi ? Elle devrait être heureuse avec Jilian non ? En réalité, elle avait toujours gardé un ton cordial avec le grand garde du corps et jouait un peu la comédie quand ils étaient dehors. Pour ne pas qu’on s’approche d’elle, pour qu’on lui fiche la paix. C’ était un peu ça sa vie ? Certes, elle savait qu’elle pouvait faire du mal au Nordique mais après tout, la jeune femme n’avait jamais été douée pour… aimer… tous ces gestes tendres, attentionnés, elle n’y arrivait simplement pas. C’était impossible. Mais avec Tristan… son cœur se tordit rien qu’à la pensée du Drakkari, elle avait été différente, elle avait été bien, naturelle même, plus que ce qu’elle n’avait jamais été. Et elle ne comprenait pas ce qui la poussait à agir ainsi avec lui.

Le matin était arrivé, elle était seule dans sa chambre. La jeune femme avait entreprit de lire les livres qu’il lui avait passé. Car ça l’occupait dans un sens. Elle regardait les récits sur les dragons, les rumeurs qui s’en disait. C’était un fanatique car tout avait l’air rose dans les différentes descriptions. On les vénérait. Comme si c’était eux les véritables rois du monde. La jeune femme fit une grimace. Il y avait aussi un passage très intéressant sur les différentes « espèces ». Là elle manqua carrément de rire. Certaines phrases étaient fausses. Au final, ce livre lui donnait plus de description sur ce qu’ils étaient mais pas vraiment toute la psychologie qu’ils pouvaient avoir. Leur façon de diriger les choses, peut être même le dégoût des humains… Le sentiment d’être supérieur à eux… Elle ne comprenait pas Tristan, si il était comme eux, qu’est ce qu’il fichait chez les Cheistams, haut gradé en plus, à sauver les plus démunis ? Pourquoi agissait-il ainsi alors qu’il devrait être comme les autres ? Son comportement était bizarre. Et puis elle l’avait vu sous un autre jour pendant quelques temps, pendant la fête, pendant les jeux. Alors lui en vouloir pour ce qu’il était, ça aurait été le cas si il n’avait pas été comme ça avec elle. Mais plus maintenant… parce qu’elle avait vu autre chose derrière le masque.

Et puis, Tristan entra. Elle s’attendait à sa mère mais lorsqu’elle vit la silhouette du Drakkari, son premier réflexe fut de cacher le bouquin. Après tout elle n’était pas censé lire ! Bon il ne le savait pas, donc ça ne changeait absolument rien à la situation mais elle lisait le bouquin sur les dragons quand même ! Elle faisait cet effort là. La jeune femme ne savait absolument pas quoi lui dire et lui sortit la même phrase qu’il lui avait déclaré la veille « Qu’est ce qu’il fichait là au juste ? ». Il parlait de lui apporter à manger, elle se crispa un peu quand il se rapprocha. La jeune femme le snoba. Pas qu’elle ne voulait pas lui parler non, mais elle ne savait pas quoi lui dire ! Comment faire la discussion ? Et puis il n’était pas certainement venu de son plein gré après tout… Elle s’en doutait un peu. Se concentrer sur la lecture était le meilleur moyen d’éviter de penser. Sa main la démangeait… Elle n’allait quand même pas lui montrer un spectacle qui allait encore le laisser abasourdi. Tranquillement elle posa sa main dans l’eau, sans plus se soucier de lui.

Et pourtant c’était tout le contraire ! Lire les mots était difficile, elle n’arrivait plus à se concentrer. Jetant un regard vers lui, elle le vit triste et inquiet même si il essayait tant bien que mal de garder ce fichu masque. Elle pencha la tête légèrement sur le côté. Qu’il parle enfin ! Mais il ne le fit pas. Elle referma finalement le livre et lui tendit les deux. Pas qu’elle voulait s’en débarrasser mais c’était à lui après tout et elle n’avait aucun droit de les garder égoïstement. La demoiselle tenta de se radoucir un peu même si elle sortit une phrase étrange sur les dragons. Elle ne croyait pas à tout ce qui était écrit dans le bouquin. Un signe pour qu’il lui explique ? Lui en dise plus ? Elle avait peut être dit ça comme ça mais ça pouvait tout aussi bien lancer un début de conversation. Il n’y avait aucune animosité dans le regard de la demoiselle. Tristan prit juste les livres. Il avait le dos tourné, comme si il réfléchissait, surprise. Pendant ce temps, elle attrapa la grosse brioche aux pépites de chocolat. Cela la rendit un peu triste aussi. Il avait l’air de connaître ses goûts… et Jilian… bah Jilian était très gentil mais il ne faisait rien pour elle, de peur qu’elle monte sur ses grands chevaux. Cela la rendit étrange et perdue pendant un moment alors qu’elle tenait la brioche dans ses mains.

Tristan se retourna finalement en lui tendant les livres, disant qu’il lui donnait. Elle ne comprit pas pourquoi il se montrait gentil comme ça, il n’était pas obligé au final. Le jeune homme posa les livres sur le chevet, elle répliqua un peu plus doucement encore, sûrement encore perturbée par la brioche.

Puis Jilian rentra. Cassidy grommela. Elle ne savait pas pourquoi au juste. Son petit ami avait couru plusieurs villes pour aller chercher son remède et elle pensait égoïstement qu’il avait rompu le moment ? Elle s’en voulait de son comportement… vraiment. Tristan sortit quelques mots, puis parla du retour. La jeune femme se figea complètement. Il acceptait ? Vraiment ? Sans rien dire ? Sans aucun signe ? La demoiselle baissa la tête lentement, les mains tremblantes, fixant toujours la grosse brioche. Certes il y avait Jilian ! Oui elle s’en doutait ! Mais… Mais… elle avait du mal à supporter…

Les deux hommes discutèrent, enfin surtout Jilian. Il expliqua à Tristan que Cassidy ne lisait pas, n’avait jamais lu. Il aurait voulu en savoir plus sur ce Drakkari qui faisait des petits changements pour sa compagne, alors qu’au bout de plusieurs mois de vie de couple, il n’avait jamais constaté la moindre évolution venant de sa part. Elle était si distante… Le genre de femme interdite qui avait trop souffert pour montrer de la tendresse, de la douceur. Il se doutait qu’elle avait vécu des choses malheureuses, et il était impuissant face à ça… Impuissant de ne pas réussir à la faire changer.

Et puis Tristan dit quelques mots, de la rendre heureuse. Jilian ne savait pas comment réagir. Comment s’y prenait-il lui ? Depuis qu’il était arrivé il avait bien remarqué le changement de comportement de la petite demoiselle. Enfin elle ne s’était jamais intéressée à un homme à ce point ! Il était son camarade certes mais il sentait qu’il y avait plus que ça… et puis les remarques de la fille il y a quelques jours, comme quoi ils auraient couché ensemble… Elle n’était pas du genre à s’accrocher à un de ces gars ! Mais Tristan avait l’air d’être quelqu’un de bien, malgré cette espèce d’attitude qu’il avait. Après tout il l’avait sauvé…

Jilian rentra dans la chambre. Cassidy tenait toujours sa brioche dans les mains. Elle avait le regard vague et une larme coulait le long de sa joue. Jilian s’approcha, ne comprenant rien. C’était… enfin il n’avait jamais vu de larmes dans ses yeux… jamais… elle était très forte et pourtant aujourd’hui elle semblait si vulnérable. Le Nordique ne savait pas quoi faire. Elle reprit ses esprits et le regarda alors qu’il la dévisageait. La jeune femme tenta de reprendre un ton plus neutre.

« C’est rien… juste une poussière dans l’œil »

Elle se frotta la joue. Il ne dit rien et prépara le remède.

Finalement, ils descendirent, leurs affaires prêtes. Eve était toujours là même si au départ elle avait voulu partir pour laisser la petite famille se dire au revoir. Marilyn avait insisté pour qu’elle reste. Jordeth était venu, Jilian parlait avec assurance aux parents. Cassidy s’était approché de Eve, alors que ses parents étaient occupés à écouter Jilian qui parlait de leur plan de route.

Cassidy resta un moment silencieuse, triturant ses doigts de manière pensive.

« Eve ? Vous pourrez passer un message à Tristan s’il vous plaît ? »

La mère de famille semblait surprise. La veille Cassidy était énervée contre lui et aujourd’hui elle voulait lui dire quelque chose ? Elle sentait bien, au ton de la voix de la demoiselle que celle-ci choisissait ses mots avec attention, comme si elle avait peur de brusquer. Cassidy détourna la tête, le regard triste. Elle ne voulait pas qu’on la voit mais rien n’échappait à la mère de famille qui ne dit rien, juste l’encourageant à lui dire et qu’elle transférerait le message. Cassidy hésita pendant un instant, puis les mots sortirent de sa bouche alors qu’elle évitait toujours son regard, les yeux brillants.

« J’aimerais qu’on aille regarder les étoiles… ensemble… »

Eve fit un beau sourire, certaine de le rapporter à Tristan. Elle avait vu l’hésitation de Cassidy mais c’était le plus beau message qu’elle lui envoyait là. Le revoir… Elle voulait le revoir. Souvenir de la soirée passée ensemble… Souvenir de leurs rires, leurs sourires, la tendresse qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre. Souvenir de ces danses au milieu de lucioles scintillantes encouragés par une jolie mélodie. Souvenir de tout ce qui s’était passé entre eux avant que Jilian arrive. Cassidy s’inclina en la remerciant, Eve la prit dans ses bras et lui demanda de prendre bien soin d’elle avant de sortir de la maison.

Puis il y eut les embrassades avec ses parents, les dernières recommandations pour la route et enfin ils finirent par partir…

Jilian et Cassidy avait fait un long voyage. Celui-ci dura trois jours mais heureusement que les portails existaient. Et lorsqu’ils étaient rentrés chez eux, Cassidy se sentit… vide, extrêmement vide. Elle n’avait jamais ressenti ça auparavant. Prétextant vouloir se coucher, Jilian la laissa partir dans sa chambre. Il ne revint que le soir pour lui apporter à manger, se doutant bien qu’elle souhaiter rester seule. Et alors qu’il lui apportait un plateau, le jeune homme décida de faire la conversation, pour lui changer les idées, un journal sous le coude.

- Bon sang ! Il ne fait pas bon vivre à Helehëne en ce moment !

Elle ne répondit pas. Jilian avait ouvert le journal. Bon ce n’était pas une nouvelle des plus réjouissantes mais il cherchait à l’occuper.

- Il y a eu un véritable massacre dans une maison close… Beaucoup de morts… et deux disparus…

Cassidy sursauta. Non ce n’était pas… Elle lui arracha le journal fébrilement des mains pour voir d’elle-même. Sur l’image, elle reconnaissait le lieu où elle avait été esclave… Comment oublier cet endroit sale et mal famé ? La jeune femme commença à lire. Ca parlait de massacre… on ne savait pas si c’était des chevaliers Cheistams qui avaient donné l’assaut… On ne savait pas quel était le mobile des assaillants… Deux disparus, les patrons de la maison close… Et certains témoins disaient avoir aperçu un grand et beau jeune homme pas loin.

La jeune femme lâcha le journal, tremblante. La tête lui tournait… Mais pourquoi… pourquoi… il voulait la venger ? Jilian appela doucement la jeune femme qui était totalement figée, tremblante. Il tenta de la dérider un peu, la trouvant bien sensible pour ce genre de choses. Elle ne disait rien… et puis la demoiselle inspira profondément. Se changer les idées… Elle regarda le grand Nordique. Elle devait oublier Tristan, par tous les moyens.

Sans lui laisser le temps de réagir, elle se jeta sur ses lèvres.

Le lendemain matin, la jeune femme se réveilla, boudeuse. La nuit avait été formidable… enfin… Jilian était un très bon partenaire quand même. Il savait s’y prendre et essayait de faire durer les choses. L’image de Tristan l’avait hanté alors qu’elle s’était fondue dans le beau Nordique. Plus elle pensait au Drakkari, plus elle se montrait vigoureuse… pour tenter de l’oublier. Jilian n’était pas en reste mais il savait qu’elle aimait mener la danse. Des flashs devant les yeux à Cassidy. Elle ne retrouvait pas cette sensation mais pourtant ne disait rien.

C’est donc un peu courbaturée, une semaine d’abstinence quand même, qu’elle se réveilla. Jilian était déjà parti travailler. Alors elle se dépêcha de manger, prit sa planche et partit dans la montagne. Mais encore une fois, il était très difficile d’oublier Tristan. La montagne était belle, tout ce sable brillant qui luisait à la lumière du soleil. Elle pensait qu’elle aimerait partager ça avec lui. Mais rien… c’était douloureux… En plus ses pulsions revenaient à la charge. Jilian ne l’avait pas entièrement satisfaite et ça c’était une nouvelle !

Alors la jeune femme continua de surfer, songeuse. Elle s’était ensuite rendue en ville pour observer les passants d’un œil expert. Un beau gosse, il lui fallait un beau gosse. Elle ne prenait que les hommes célibataires et changeait toujours. Car aucun ne la satisfaisait vraiment. La demoiselle s’attarda sur un beau blond. Quelques minutes après un petit jeu de drague, quelques paroles échangées, ils se rendirent à l’auberge où il logeait pour une autre partie de jambes en l’air. Son coup du jour était bon… mais ça ne suffisait pas. Elle prit un peu son pied quand même mais ce n’était pas suffisant. Et puis il avait joui bien trop vite à son goût… La demoiselle le remercia pour le moment puis retourna dehors. C’était pas possible, elle devait bien trouver quelqu’un ! Alors elle enchaina… plusieurs hommes…

Frustrée, elle rentra chez elle, se rendant compte qu’elle avait passé tout l’après midi à courir les hommes pour se satisfaire et tenter d’oublier l’image de Tristan… C’était dur, vraiment dur.

Jilian se rendait bien compte que Cassidy était bizarre ces derniers temps. Il avait discuté avec sa grand-mère, qui elle, habitait dans la ville voisine, avait une de ses consoeurs tenant une boutique de potions et remèdes, qui aurait certainement d’un coup de main en ce moment. La saison était rude, il lui fallait une personne pour aller récupérer certaines plantes dans les hauteurs et gérer l’arrière boutique.

Le Nordique en avait parlé à Cassidy et à sa grande surprise, cette dernière avait accepté. Elle devait donc se rendre à la boutique pour assister, ranger les différents remèdes, ordonner les ingrédients et mettre de l’ordre le lundi et mercredi matin. Les autres jours elle gérait comme elle voulait, le but étant de réapprovisionner les ingrédients manquants en allant chercher ce qu’il fallait dans les montagnes et bois.

La jeune femme s’était faite à ce nouveau travail. Ca l’occupait un peu.

Et puis il y eut un autre évènement marquant. Elle n’avait pas touché aux livres de Tristan. C’est un jour où elle faisait du ménage dans la chambre, Ecko à ses côtés qui dormait sur le lit, qu’elle fit une étrange découverte. Elle avait fichu les livres dans un coin sans savoir quoi en faire. Le fenrÿr s’était réveillé, avait posé son regard sur les livres et sans qu’elle n’ait le temps de réagir, Ecko avait prit le bouquin de magie dans sa gueule et tournait la tête de gauche à droite comme si il voulait le déchirer. Cassidy changea tout de suite d’expression, comme si on l’avait poignardé. Elle s’approcha du fenrÿr, sa voix tremblait.

« Ecko ! Lâche ça tout de suite ! S’il te plaît… »

Le fenrÿr continuait en grognant. Cassidy tenta de s’approcher de lui mais pas évident de faire face à ce genre de créature. Il laissa alors tomber le volume et prit la couverture dans ses crocs, délicatement avant de secouer à nouveau la tête. Un parchemin tomba. Cassidy semblait paniquée.

« Voilà t’as déchiré une page ! »

Pourtant Ecko couina en reposant le livre puis aboya en posant sa patte sur le parchemin qui était soigneusement plié. Cassidy fronça les sourcils.

« Qu’est ce que c’est que ça ? »

Elle prit le bout de papier dans ses mains et commença à lire. Son cœur se serra quand elle reconnut l’auteur. Tristan… Il parlait de magie… de sa magie… Elle fronça les sourcils. Certes les dragons sentaient la magie mais… Dans ses mots il marquait beaucoup l’insistance qu’elle devait réessayer. La jeune femme soupira un moment avant de se tourner vers le fenrÿr qui remuait la queue, tout content de lui.

« Non mais t’y crois vraiment ? Que j’ai de la magie en moi ? »

Il aboya joyeusement. Cassidy secoua la tête puis sortit son petit cristal de sa main pour le montrer au fenrÿr.

« Regarde bien Ecko ! C’est un cristal d’apprentissage. Ca permet d’apprendre à manipuler sa magie, à l’activer, la faire sortir… J’ai essayé un nombre incalculable de fois mais ça ne marche pas… Je ne sais même pas pourquoi je garde ça… »

Puis elle se concentra sur le cristal mais celui-ci ne décolla pas. La demoiselle soupira. C’était bien beau ce que disait Tristan mais elle n’avait pas la force de tenter encore une fois pour échouer. Ca ne marchait pas, tout simplement. Ecko se mit à aboyer plusieurs fois et poussa le bras de la jeune femme de sa tête comme elle était accroupie à côté de lui.

« Qu’est ce que t’essaie de me dire ? »

Puis elle regarda pensivement le cristal.

« Je croirais vraiment en la magie le jour où il reviendra… »

Elle était perdue… et savait au plus profond d’elle que Tristan ne viendrait jamais ici.

Des jours avaient passés… et puis finalement, tout arriva dans une petite taverne de Kalendaar, non loin de Galaden. L’animation était présente, les gens joyeux. Tristan était installé seul à une table et buvait une chope de bière tranquillement. Mais il ne resta pas plus longtemps seul. Une silhouette s’approcha de la table, un peu à l’écart, et s’installa en face de lui. La personne était vêtue d’une longue cape noire qui la recouvrait entièrement, son visage était également dissimulé par l’ombre de la capuche qui était rabattu sur sa tête. Tristan se montra poli et demanda ce que voulait l’inconnu.

C’est une voix féminine et intrigante qui lui répondit.

- Avant de parler affaires, le demandeur doit avoir la politesse d’offrir un verre à son invité

Elle leva le bras pour appeler le serveur.

- Garçon, servez donc à cet homme votre meilleure boisson, c’est moi qui offre

Il s’inclina respectueusement avant d’aller chercher le nécessaire. A entendre la voix de la demoiselle ou dame, Tristan fit un sourire. Etait-ce une demoiselle soupirante à la recherche d’un homme pour occuper sa nuit ? Sauf qu’elle le surprit.

-Du tout beau garçon… Je ne viens pas pour mon plaisir personnel… J’ai une mission que j’aimerais te confier.

Le serveur arriva et servit deux verres. La dame but tranquillement une gorgée avant de reposer son verre.

- Allons droit au but. Je viens de Frihold. Récemment des Kaärs se sont introduits sur notre territoire, on ne sait pas de quelle manière mais ils ont réussi à passer par la montagne. J’ai besoin d’une personne discrète, qui a l’habitude du combat et très important… qui n’est pas un humain.

Tristan avait l’air un peu dérouté. Un sourire se dessina sur les lèvres de l’inconnue.

- Tes prouesses parviennent même aux oreilles des Friholdiens. J’ai besoin du meilleur pour cette mission très sensible. Tu as l’habitude de pourfendre des Kaärs et ton titre n’est pas donné sans raison. Alors Tristan Konogan, quelle est ta réponse ?

Elle connaissait son titre et son nom. La femme avait l’air bien renseigné. Puis au bout d’un moment, elle se redressa.

- J’ai encore quelques affaires à traiter dans le coin. Si tu acceptes cette mission, rejoins moi demain à l’aube à la sortie de cette ville.

Puis elle sortit d’un pas assuré et aérien de la taverne. C’était une femme d’une taille plutôt grande mais comme elle était enroulée dans sa cape, personne ne fit attention à elle.

Finalement le lendemain, Tristan la rejoignit. Elle était toujours vêtue de sa cape, ne dévoilant pas son identité. Pourtant elle semblait contente de le voir. Ils empruntèrent un portail pour aller plus vite en direction de la frontière. En se rapprochant de Frihold, le temps commençait à se refroidir, les flocons de neige apparaissaient. Ils arrivèrent devant une chaine de montagne impressionnante. Seul quelques chemins avaient été dégagés, pour permettre l’accès aux montagnes. Des galeries avaient été creusés à même la roche et seulement quelques passages étaient libre d’accès. Cependant ceux-ci étaient étroitement gardés par des Friholdiens. Personne n’entrait ici comme il le voulait… et sans avoir une raison.

Lorsqu’ils arrivèrent à l’entrée du tunnel, les gardes les arrêtèrent.

- Halte ! Déclinez votre identité

L’inconnu rabattu alors sa capuche en arrière. Une cascade de cheveux rouges tirant vers le roux, des yeux de la même couleur, un air audacieux et assuré, c’était un très beau brin de femme qui se tenait devant eux. Plus âgée que Tristan mais pas de loin certainement dans la trentaine. Elle souriait. Une Drakkari sans aucun doute… Les gardes changèrent d’expression, toute méfiance était envolée et ils s’inclinèrent respectueusement devant elle.

- Veuillez nous excusez…
- Ce n’est rien. Vous voyez cet homme avec moi ? Gardez bien son image en mémoire. Il est libre d’aller et venir sur notre territoire quand bon lui semble.
- Oui bien sûr…


Elle leur souhaita alors une bonne journée avant de rabattre sa capuche sur sa tête et d’ordonner à son cheval d’avancer. Tristan ne disait rien à côté. Et la dame n’était pas très bavarde. Ils empruntaient le long tunnel qui était allumé grâce aux torches accrochées aux parois rocheuses.

- C’est incroyable ce qui s’est passé à Helehëne ces derniers jours…

Elle marqua une pause.

- D’habitude les nouvelles venant des autres royaumes restent assez inaperçu mais ça… c’est assez exceptionnel. Qui sont donc ces personnes capables de faire un massacre complet dans une maison close ?

La dame était curieuse en disant cela.

- En tant que Cheistam, tu n’as pas eu des retours ?

Nouvelle pause, puis la dame fit un geste pressé de la main.

- Bah j’imagine que ça doit rester confidentiel

Le silence se réinstalla entre eux. Le tunnel était long, bien long. Et puis l’inconnue continua de parler.

- Au fait Tristan tu as une petite amie ?

Elle était curieuse cette dame, voilà qu’elle lui demandait si il était pris ? Il ne sut pas si elle l’observait ou pas. Il répondit alors et elle haussa les épaules d’un air pensif.

- J’imagine que tu as du choix de toute manière. Un bel homme comme ça, ça ne court pas les rues après tout…

Elle ne dit rien de plus. Ils arrivèrent à la sortir du tunnel, lui aussi tenu par des gardes. L’inconnu enleva une nouvelle fois sa capuche, présenta Tristan puis ils sortirent. La neige avait tout enseveli. Ils avançaient doucement sur un sentier puis arrivèrent finalement à une intersection. L’inconnue arrêta son cheval puis montra la direction vers la gauche à Tristan.

- Continue sur cette route et tu arriveras à une ville appelée Eraktar. Passe chez l’aubergiste et demande lui une chambre de ma part pour une durée indéterminée. C’est un ami, dis lui que c’est Asyria Kaltaran qui t’envoie.

Elle tourna ses rennes vers la droite.

- Bien c’est ici que nos chemins se séparent. Quand tu auras fini ta tâche, dis le à l’aubergiste, il me préviendra comme ça

Asyria allait partir quand elle se retint pour dire une dernière chose à Tristan.

- Ah au fait, pendant que j’y pense. Fais ce qui te semble être bien pour toi… et pas pour les autres...

Elle rajouta alors, car il n’était pas sûr de comprendre, dans un sourire bourré de mystère.

- Après tout, nul ne sait qu’elle est la meilleure méthode pour châtier les Kaärs… Bonne chance !

Puis elle talonna son cheval et celui-ci partit en galop dans une direction, ne laissant qu’un nuage de neige derrière elle.


Cassidy était à la boutique. Elle avait bientôt fini son temps de travail, midi approchait. Seule ce matin car Ninna était partie pour faire quelques affaires dans la ville voisine. Ninna c’était l’apothicaire. C’était une femme mûre, très douce et qui ne semblait pas embêtée par le comportement de Cassidy. A vrai dire la petite demoiselle faisait du très bon travail, malgré son air renfrogné et cette distance qu’elle gardait. L’apothicaire ne s’en offusquait pas.

La petite blonde était dans l’arrière boutique et remettait en ordre les différents ingrédients dans les étagères. Elle ne connaissait pas tout encore, cela faisait juste la deuxième semaine qu’elle était ici. Mais cela l’occupait pas si mal que ça. Jilian était encore parti pour une longue mission de six jours. Il lui avait dit hier qu’il partait pour un moment. Elle s’était renfrognée. Déjà qu’elle n’arrivait pas à satisfaire ses pulsions avec les voyageurs et hommes du coin, si Jilian partait ça allait encore être pire ! Etre seule ne la dérangeait pas, elle avait l’habitude. Mais devoir partir à la chasse d’un homme potable ça c’était une autre histoire !

Elle soupira un instant, pensant à son programme de l’après midi. Surfer… regarder le soleil, se perdre dans la nature, oui bon programme… Comme tous les jours en fait. La jeune femme n’avait pas oublié son séjour chez ses parents. Mais elle essayait de faire comme si de rien n’était même si la cicatrice ne s’était pas refermée, et qu’elle ne se refermerait jamais. En parlant de cicatrice, celle de son bras était presque guérie. Ca la soulageait un peu, elle récupérait si mal des blessures d’habitude…

Cassidy était occupée à transporter un plateau de fioles vides pour la changer de place quand le carillon sonna. Fronçant les sourcils, elle se demandait qui venait alors que la pancarte « fermé » était disposée à l’entrée. D’habitude Ninna était là, car Cassidy préférait rester dans l’arrière boutique pour ne voir personne (et peut être pas ses conquêtes d’un soir) mais elle s’exclama d’une voix grincheuse.

« Y a personne ! T’as pas lu la pancarte ? Boutique fermée ! »

Elle tendit l’oreille pour voir si la personne partait mais aucun bruit de pas, rien. La jeune femme soupira. Un gros lourd qui n’avait pas l’air de comprendre le mot « fermé ». Toujours avec sa plaquette de fioles, elle franchit l’encadrement de la porte pour dire à l’inconnu d’aller se faire voir chez les Kwaks mais aucun mot ne sortit pas de sa bouche. Elle le reconnut. Et la surprise la paralysa sur place alors qu’elle ouvrait la bouche tout en lâchant sa plaquette sous l’émotion. Un bruit de verre au sol.

Tristan… heu… il faisait quoi là ? C’était pas un Cheistam ? Les Cheistams n’étaient pas les bienvenus à Frihold non ? Qui l’avait fait rentré ? Et pourquoi ? Elle ne comprenait pas… Et elle ne l’imaginait même pas venir de lui-même pour la voir. Après tout il voulait la laisser tranquille avec Jilian non ?

Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Devait-elle l’insulter ? Ou autre chose ? Alors elle décida de le surprendre encore plus que jusqu’à présent. La jeune femme se précipita vers lui d’un pas assuré, contournant les morceaux de verre brisés. Puis elle le prit dans ses bras. Rien que ça. Pas parce qu’elle était en manque, pas parce qu’elle crevait d’envie de coucher avec lui. Juste une étreinte… Mine de rien il lui avait manqué, même si elle savait qu’il n’en avait que faire. Elle avait trop réfléchi sur lui… beaucoup trop… Et puis il y avait eu ce massacre à Helehëne.

« Crétin ! Tu m’as fait peur ! »

Oulà il n’avait pas l’air de comprendre. Elle tâta alors son corps à la recherche de blessures, comme si elle s’inquiétait un peu pour lui. Puis elle détourna le regard en s’écartant un peu de lui.

« Le massacre à Helehëne hein… J’ai cru que… enfin… rien… »

Elle ne savait pas quoi lui dire et retourna à ses morceaux de verre pour les ramasser. Juste le besoin d’avoir une étreinte, de le sentir près d’elle. Elle s’était sentie si bien pendant un moment, apaisée. Avant de s’arracher de lui. Au final, c’était comme si ils ne s’étaient jamais séparés.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 7 Mar - 23:06

Vengeance de clients insatisfaits ?
Attaque de Cheistams dans ces territoires Kaärs de tous les vices ?
Sabotage d’un autre établissement rival ?

Autant vous le dire mesdames et messieurs, il n’a été question que de cela ces derniers jours ! Si d’ordinaire Helehëne sait rester discrète quant aux activités qui se trament dans ses rues pour la simple et bonne raison que toute l’indécence, la brutalité et la violence, les pires au monde, sont permis, rien ne laissait présager ce qui s’y est tramé dans cette nuit sanglante.
Les meurtres, la drogue, les viols, oh les habitants connaissent et la plupart s’en vantent sans mal. Pourtant tous ont été profondément choqués par la boucherie qui s’est déroulée dans une maison close, une des plus puissantes et des plus vastes de la région, Sombre Fantasme. Bien connue pour être l’une des plus grande filiale du coin, plaque tournante de drogue, d’esclaves et de filles de joie trop souvent contraintes, une seule nuit a suffi a anéantir ce puissant empire.
Nous n’avons que peu eu accès aux lieux mais les habitants témoignent. Le carnage se serait déroulé vers 3h du matin. Un grand vacarme de combat aurait été entendu, des hurlements d’agonie, de détresse, d’hystérie également. Beaucoup racontent la fuite éperdue de demoiselles trop dénudées parvenant enfin à échapper à un sort que les autorités continuent désespérément d’ignorer par l’accord territorial précédemment passé! Plusieurs hommes auraient également tenté de fuir, des gardes de la maison mais réa-attiré à l’intérieur par leur bourreau qui n’aurait laissé aucun homme survivant.
Ce ne sont pas moins de 8 gardiens, 3 vigiles, 17 clients masculins pour la plupart dont la réputation n’est plus à faire dans les environs, qui ont été retrouvés morts, parfois proprement tués et d’autres fois si sauvagement attaqués qu’ils sont restés difficilement identifiables! 6 femmes sous le choc, hystériques et qui semblaient finalement apprécier leur sort tel l’agneau s’attachant à son loup de geôlier ont tenu des propos qui demeurent encore incompréhensibles: prétendant qu’un individu seul aurait commis ce carnage.
De plus les deux propriétaires de Sombre Fantasme sont toujours, au demeurant, portés disparus. Si ces individus puissants ont toujours fait peser le poids de leur suffisance et de leur pouvoir sur les habitants de ce lieu de débauche, leur apportant opulence et l’apparent meilleur service « féminin » qui soit, leur perte ne déplait certainement pas à la maison close rivale.
Qui que soient les intervenants, ils ont pris soin de mettre le feu à l’établissement comme l’avertissement brutal d’un changement à venir.

Nos envoyés spéciaux ont pu recueillir les propos de gradés Cheistams qui se défendent de toute attaque de leur part, respectant scrupuleusement les traités territoriaux.
Ils déplorent également les croyances qui s’installent sur l’intervention d’une unique personne, leurs experts déclarant cela impossible vu la courtesse de l’attaque ne permettant pas l’intervention de quelconque renfort. Ils ont également précisé qu’aucune recherche ne serait entreprise de leur part pour les deux portés disparus qui s’ils venaient à être retrouvés hors territoire neutre seraient immédiatement exécutés.

Certaines personnes présentes soutiennent la possibilité de l’unicité d’un individu vengeur, soulignant à quel point magie maléfique et puissances occultes règnent dans les parages. Si beaucoup songent à la maison rivale qui ne se défend que peu de cet exploit, s’en servant pour gonfler sa notoriété, quelques esclaves et filles de joie des environs témoignent toutes d’un individu peu ordinaire croisé au détour d’une ruelle ou d’une place. Habituées aux créatures mal famées et rustres en tout genre, des plus marqués au plus discret, elles saluent la politesse d’un « gentleman » « beau garçon » les ayant aidé à décharger quelques caisses de victuailles la veille et qui posaient d’étranges questions sur Sombre Fantasme.

Chevalier vengeur ou groupes opposants ? Attaque démentie des Cheistams ou élimination d’un rival par une maison peu partageuse ? Le demeure reste entier mesdames et messieurs…



Je lisais les lignes écrites dans le journal avec une certaine gêne. A mon grand dam ils en avaient parlé. D’ordinaire pourtant ce qui se passait à Helehëne restait à Helehëne.
J’avais tout de même un léger sourire aux lèvres. Après tout, cet endroit me répugnait. J’ avais une vague connaissance de tous les vices qui y sévissaient. Quand, encore innocent, j’avais appris le traitement qu’on réservait là bas aux femmes, la prostitution, la drogue, les maltraitances diverses et variées, l’esclavage, ça m’avait rendu fou de rage. Encore plus en comprenant que personne n’y faisait rien. Que les Cheistams n’agissaient pas.
Mes rêves enfantins avaient vite été étouffés.
A la base, même si je ne me souviens pas de mon enfance, je sais que mon souhait de rentrer chez les Chevaliers était un rêve d’enfant. Faire parti de ceux qui protégeaient les plus faibles. Mais je devais me rendre à l’évidence, c’était bien moins glorieux que ce que j’imaginais. Je pensais qu’un chevalier portait toujours secours, que c’était dans ses veines en quelque sorte. Peu importait le danger, il courait devant ce dernier et le défiait, quitte à en mourir. Mais appartenir à ce camp c’était aussi, surtout malheureusement, de la politique. Et ça, ça ne me plaisait vraiment pas. Les Kaärs avaient leurs territoires… leurs bienfaiteurs. Et nous n’avions pas le droit de nous mêler de leurs affaires. Alors mes supérieurs fermaient les yeux face à de telles horreurs. C’est aussi pour cette raison que je gravissais les échelons… je voulais changer cela. Si ma vie entière je devais me battre contre le mal alors ce serait de la bonne façon et pas en ignorant mes principes sous prétexte de textes de lois, traités ou je ne sais quoi. S’il y avait des gens qui souffraient alors… on devait faire quelque chose non ?


Le grand jeune homme ferma un instant les yeux. Il était dans une taverne.
Après son départ précipité, son mensonge sur un ordre de mission, il avait filé à Helehëne, crier vengeance, puis il était rentré. A son retour dans leur village, évidemment Cassidy n’était plus là. Et bien malheureusement les remontrances de la jeune femme ne semblaient que peu avoir eu d’effet. Fermé, distant, souriant et poli mais l’air ailleurs, bien qu’un peu… apaisé depuis son retour, le Drakkari avait esquivé toutes les invitations plus ou moins subtiles de demoiselle bien contente de ne plus avoir la curieuse petite blonde dans les pattes. Il était resté deux jours de plus histoire de ne pas s’enfuir comme un voleur, aider un peu au village. Sa mère avait remarqué sa gêne pour se servir de son bras gauche, comme s’il ne pouvait pas le lever entièrement au dessus de sa tête, comprenant bien qu’il avait été blessé. Mais il demeura vague, prétextant que ce n’était rien évidemment. Il n’allait pas non plus dire ce qui s’était réellement passé.
Eve lui avait tout de même parlé du départ de Cassidy et l’espace d’un instant, elle avait vu son regard se voiler d’une tristesse sincère alors que l’instant suivant il était joyeux. Comme elle s’en doutait, il y avait bien quelque chose entre eux. Quelque chose qu’ils essayaient de repousser peut-être. A tort. Ca ! Ca méritait des conversations interminables avec Marilyn ! En tant que mères, elles avaient bien vu quelle sincérité entouraient leurs deux enfants quand ils étaient l’un avec l’autre les jours précédents, leur changement de comportement également… En tant que mères, elles avaient vu les indices d’un espoir qu’elles ne perdaient finalement pas. Ils se plaisaient… et il y avait de quoi !
Tristan était un jeune homme magnifique, carrure athlétique qui aurait fait verdir de jalousie les dieux grecs, physique entretenu, beau garçon qui plus est, yeux d’ambre pâle, étranges marques dorées qui lui donnaient un petit air unique, cheveux quasi toujours en bataille et pourtant jamais emmêlés, tout doux, pas de barbe, quasi imberbe d’ailleurs, un comportement de gentleman, poli et bien élevé.
Cassidy qui derrière son air bougon, ses tenues masculines, ses insultes, ses mises à distance et son côté asocial était une jeune femme sublime, pleine de surprises, pleine de rêves brisés qui ne demandaient qu’à être recollés. Si son corps était atteint de trop nombreuses cicatrices mais que ses parents et son entourage n’en avaient vu que celle de son oeil, sa peau pâle était une invitation aux caresses, ses cheveux d’or liquide et ses yeux sombres cachaient une malice certaine derrière trop de répulsion… Ils allaient merveilleusement bien ensemble… Et Eve ne cessait pas d’espérer. Parce qu’elle s’en voulait terriblement. Elle se souvenait trop bien du traumatisme que leur départ avait provoqué à son fils. Ses longs silences rancuniers, le prénom qu’il avait trop longtemps marmonné dans son sommeil…

Tristan était finalement reparti chez les Cheistams. Mais s’il était commandant il avait tout de même une grande liberté de mouvement. Ca avait été l’une de ses conditions après tout et il aimait bien superviser de petites missions ou en faire d’autres en solo. Se retrouver seul l’apaisait bien souvent car le contact constant avec les humains n’était pas toujours l’idéal pour qu’il reste maitre de ses pensées et parfaitement « calme ».
Après quelques jours agités parmi les Cheistams car sa petite aventure à Helehëne avait provoqué quelques… tensions, il avait encadré une petite mission de routine puis s’était vu confier celle qu’il préférait… Aller à travers le royaume et faire des vérifications sur les armements, les capacités d’accueil de troupes, la sécurité, veiller au grain et répondre à des ordres de missions. En fait on l’envoyait là dedans pour le punir en général. Certains généraux se doutaient un peu de ce qui s’était passé, même s’ils en ignoraient la raison, ils connaissaient bien les capacités de leur jeune protégé. Mais pour lui ça n’avait rien d’une punition, bien au contraire.

Il avait déjà vérifié des petits villages et deux villes plus conséquentes et se reposait dans une taverne, sirotant une énorme pinte de bière en essayant de ne pas penser à l’ombre qui obscurcissait sa vie et son jugement. Cassidy. Ou plutôt le vide énorme qu’elle avait laissé…
Le jeune homme soupira… Rien que de penser à elle, peu importe la manière, et il était de nouveau bon pour se promener avec une barre de fer dans son boxer pendant au moins une heure. Et comble de l’exaspération ça ne passait pas si facilement ! Il avait essayé de se calmer tout seul, de se satisfaire avec un défilé de demoiselles plus désirables les unes que les autres mais rien à faire. Aucune n’avait son grain de peau, aucune n’avait sa voix, aucune… Les femmes s’étaient toujours pressées près de lui. Ca n’avait pas changé. Pourtant il restait le seul, l’unique vrai problème qui le hantait. Elles n’étaient pas elle.
Il aurait finalement préféré être impuissant ! Ca serait tout de même moins douloureux !
Mais alors qu’il fermait les yeux, son aventure à Helehëne refit surface derrière ses paupières closes.



Il avait volé, longtemps, vite, sans avoir besoin de faire de pause. Et pourquoi en aurait-il fait ? Il avait un objectif… Un objectif primordial, qu’il ne pouvait décemment repousser. Elle allait partir de toute manière. Elle était partie. Ca ne changerait rien. Elle ne pensait pas à la vengeance. Elle avait de la chance. Lui ne songeait qu’à cela. Il était arrivé près d’Helehëne, l’odeur des marécages l’avait fait grimacer. De nouveau humanoïde il avait avalé une potion qui avait légèrement changé les traits de son visage, fait disparaitre ses marques dorées et teint ses cheveux en châtains, couleur on ne peut plus ordinaire. Le jeune homme s’était glissé parmi les badauds, recherchant des informations, les collectant par de beaux sourires et de bonnes manières auprès de femmes qui avaient été tant et si bien maltraitées que la surprise et l’espoir qui filtra dans leur regard lui fit maudire tous les hommes odieux de leur monde. Comment pouvait-on… maltraiter une femme au juste ?
Couplant ses informations à celles qu’il avait eues par d’autres biais il finit par en savoir assez sur cette maison close, Sombre Fantasme, quel nom pourri. C’était assez annonciateur de la couleur. Il savait qu’il ne devait rien faire de compromettant. Rester calme. Il entra après avoir passé plusieurs gardes et les vigiles. Il les compta soigneusement et mémorisa leur emplacement. L’intérieur le dégoûta d’emblée. Des surfaces plus ou moins confortables, des petites pièces isolées, des chaines et des menottes, des attirails plus que douteux. L’odeur de sexe qui régnait là malgré les bougies parfumées et les encens lui souleva le coeur. Il entendait des soupirs, des râles de plaisirs d’hommes à l’étage, dans d’autres pièces, des cris de douleurs de femmes… ou simplement le silence équivoque de souffrances tues. Il se mit à trembler, fermant les yeux, essayant de calmer la colère. Non… Cassidy n’avait pas pu être dans un de ces endroits salaces… C’était impossible…

Une voix lui fit rouvrir les yeux sur un homme d’une quarantaine d’années, bien conservé, les cheveux noirs mêlés d’argent, souriant. Il n’était pas très beau mais avait un petit quelque chose de séduisant malgré l’ombre de sa barbe. Il lui parlait, l’accueillant avec cérémonie, lui demandant si monsieur avait des goûts particuliers, qu’il ne s’en fasse pas, ici on concrétisait les plus inavoués fantasmes. Son fantasme… Il n’incluait pas des chaines ni un fouet. Il n’incluait pas d’attacher une femme, de la soumettre, d’être brutal, violent et égoïste, il n’incluait pas un jeu masculin… Il n’incluait qu’elle… Son sourire plein de fossettes, l’éclat de ses dents dont ses canines légèrement pointues quand elle lui grognait dessus, ses yeux pétillants de provocation, mieux, pétillants de plaisir… Son fantasme ? Il n’incluait qu’elle. Et toute la douceur, le respect, la tendresse qu’il pourrait lui porter. Ces choses qu’elle lui inspirait sans même s’en rendre compte… Le jeune homme fit un sourire poli.

- Oh… je suis venu de loin. Un… ami m’a parlé de cet endroit qu’il a connu il y a de ça un moment… et d’une vraie tigresse blonde qui aurait satisfait tous ses… désirs. Il me l’a décrite comme petite, joli brin de fille… A peu près cette taille… Très provocante. Les yeux marrons. Il a dit qu’elle avait des cicatrices dans le dos… beaucoup… Que c’était excitant… et qu’elle se débattait des fois… Ah et qu’elle était marquée comme une catin, que sous la marque en question vous aviez inséré sur le sceau vos initiales je crois, pour la montrer comme votre propriété.

Il détesta tous ces mots. Il avait eu beau préparer ce petit discours et se le répéter en boucle, il se donnait envie de vomir…
Le visage de l’homme s’assombrit puis il lui sourit et sortit un crystal, faisant défiler des portraits de jeunes femmes avant de lui en montrer un. Cassidy… Le jeune homme se crispa… Dans son regard il y avait encore l’espoir et la détresse, la douleur. L’artiste était doué… Il avait très bien reproduit son coquard d’ailleurs ! Les…

Je vois. C’est elle non ?
Oh… elle ressemble en effet bien à ce qu’il m’en a raconté.
Je regrette mais elle n’est plus parmi nous malheureusement…
Oh…
Mais je peux vous proposer un jouet très proche… très experte… très… douée…
… Non, je suis déçu… c’est elle que je voulais… J’aurais payé un très bon prix…
Voyons monsieur… Il y a tant de belles femmes à couvrir ici… Nous avons tout ce qui pourrait vous plaire, tout ce qui hante vos rêves. Les préférez-vous cougars ? Entreprenantes ? Coquines ? Soumises ? Plutôt à violenter ? Quel type de jeu vous intéresserait ? J’ai même une jeune vierge, nouvellement arrivée et prête à servir…

Le jeune homme faillit s’étouffer. Le discours de l’obscur personnage le dégoûtait mais il avait buté sur la fin… Qu’est ce que… Une vierge ?! Mais quelles espèces de… Quoique… C’était la couverture idéale… Il se composa un visage intéressé et un immense sourire.

Une vierge ? Oh… Vous m’intéressez… Elle est obéissante ?
Oh nul doute qu’un grand et costaud gaillard comme vous saurait la faire obéir mais… enfin ce n’est pas très raisonnable de ma part de vous proposer cela… Les vierges coûtent… très cher. Elles ne servent qu’une fois après tout et…


Tristan lui mit dans la main une lourde bourse, vraiment lourde… L’homme écarquilla les yeux en la soupesant et l’ouvrit avant de déglutir et de lui faire le plus charmant des sourires.

Pour ce prix là… Vous pouvez l’utiliser toute la soirée et toute la nuit monsieur… Je vais vous indiquez une pièce ? Plutôt isolée ? A l’étage… oh très bien. Mon ami va vous y conduire… Amusez-vous bien !!!

Et déjà il se retournait pour compter ses gains en fredonnant ravi.
Tristan fut conduit dans une chambre confortable, là encore des barreaux aux fenêtres, des chaines aux cadrans du lit, du vin, beaucoup de vin. Une demoiselle lui fut amenée quelques instants plus tard, sanglotante, portant la tenue la plus découverte que le jeune homme ait jamais vu… Ah oui… quand même. Ce n’était qu’une gamine… 17 ans à tout casser… Bien formée, plutôt jolie. Les joues ruisselantes de larmes. Elle ne voulait pas rentrer, l’homme qui la faisait avancer leva la main. Tristan l’arrêta aussitôt.

N’abimez pas mon jouet voulez-vous…
Obéis !


C’était une autre voix d’homme… Un Drakkari, grand, derrière le colosse, eunuque, qui menait la jeune fille en lui broyant presque le bras. Il se présenta comme le deuxième patron et lui dit de prendre du bon temps. Tristan referma la porte. La jeune fille s’était réfugiée dans un coin du lit et sanglotait toujours. Elle portait des marques de coups… Il s’approcha doucement et vint s’asseoir sur le lit mais à bonne distance d’elle. Sans doute surprise par cette absence d’insultes ou de violence elle finit par le regarder et sembla surprise. Il ne ressemblait pas du tout aux habitués de la maison… Il lui fit un gentil sourire.

Bonjour…
…B… Bonjour.
Comment t’appelles-tu ?
…T… Tiana…
Salut Tiana…

Tu es une très jolie fille Tiana alors ne le prends pas mal mais je ne compte rien te faire, ne t’inquiète pas…
…q… Quoi ?
Je ne te toucherai pas. Je ne suis pas là pour ça. Mais j’ai quand même besoin de toi. Tu vois, j’ai payé pour t’avoir. Et tu es vierge n’est-ce pas ?

Elle devint cramoisie, comme si c’était une honte. Il trouva cela mignon et très triste. Posant doucement une main sur une des siennes il continua.

Tu vois… ils ne traitent pas bien les femmes ici… Et ils s’attendent à t’entendre hurler de douleur très bientôt. J’imagine que tu as déjà entendu ce type de cri ici…
… Oui.
Très bien… J’ai besoin que tu cries de toutes tes forces.
Hein ?
Que tu fasses semblant. Ils doivent croire que je m’amuse beaucoup avec toi. Comme ça eux ne te feront rien, moi non plus.
…Mais… mais… Je ne comprends pas.
Tiana… Je ne suis pas ici pour te faire du mal ni faire du mal aux filles ici… Par contre je compte démolir les salopards qui tiennent cet établissement et pour ça j’ai besoin que tu m’aides. Ils doivent croire que je suis très occupé jusque tard dans la nuit… jusqu’à ce que les rues soient moins fréquentées. Si tu veux bien m’aider, je te promets de te faire sortir d’ici.

Elle pleurait de nouveau, à chaudes larmes, n’osant y croire sans doute. Il se moquait d’elle n’est-ce pas ? Ce n’était qu’un mensonge. Elle lui demanda, tremblante de promettre. Il promit. Elle se jeta dans ses bras en sanglotant de plus belle et il la berça une seconde. Puis la repoussa doucement. Elle prit une profonde inspiration puis à son signal poussa un cri déchirant qui fit presque trembler les murs.
Le stratagème marcha parfaitement et elle cria longtemps, fit quelques pauses. Il lui servit de grands verres d’eau pour reposer un peu sa voix, fit brutalement bouger le lit pour sa part et elle dut se plaquer la main sur la bouche pour ne pas rire tellement il la faisait gigoter dessus. Pendant un instant, elle oublia où elle était et oublia ses craintes.
Si Cassidy n’avait pas eu de prince charmant pour la sauver… alors il serait celui de beaucoup d’autres… Et il la vengerait.

Un peu plus tard il lui dit de s’allonger et de reposer, de prendre des forces. Il ressortit pour saluer ses hôtes et promit de vite revenir sauter la jeune femme délicieusement étroite, partant juste se dégourdir les jambes dans le jardin. Il en profita pour vérifier ses comptes des gardes, remonta retrouver sa protégée, la laissa dormir un moment. Puis il passa à l’attaque. En silence, sortant son épée de son fourreau, beaucoup en avaient ici, pour ne pas dire tout le monde et il avait insisté pour ne pas la laisser dans les vestiaires. Il passa dans les chambres adjacentes et tua les porcs qui malmenaient des jeune femmes. Elles ne comprenaient pas mais à chaque fois il les fit taire avant qu’elles ne puissent hurler, leur demandant de se rhabiller et de partir dans la chambre 17, de rester enfermée avec Tiana. Pour rentrer il fallait toquer trois coups brefs et deux longs. Lentement il ramena ainsi des jeunes femmes dans une seule et même pièce, s’attaquant aux suivantes. Sauf qu’il tomba aussi sur quelques… dégénérées. Dans ce drôle d’endroits il y avait aussi des sadomasochistes, des femmes qui adoraient être malmenées ou malmener les hommes, nymphomanes d’une vulgarité époustouflante qui le punirent d’avoir tué leurs amants… Ah… d’accord. Il eut droit à un lot d’insultes et de coups impressionnants, surtout vu qu’il ne frappait pas les femmes, il finit par refermer brutalement la porte et à bloquer celle-ci mais leur cris alertèrent les gardes et le vrai combat commença…


Tiana se serrait contre lui. Elle pleurait de nouveau. Pour se moquer gentiment il la traita de pleurnicheuse et elle acquiesça. Il n’avait pas pu tenir le compte des femmes qui s’étaient enfuies sans demander leur reste en profitant de la confusion. D’autres avaient cru Tania… qui croyait en lui, lui seul contre tous. Elle avait attendu longtemps avant de voir le jeune homme émerger, leur dire de sortir. Elles avaient toutes obéi… Il y avait des cadavres partout… Quelques femmes, seulement les nymphomanes de la maison, ces espèces de folles qui pouvaient frapper encore plus fort que les hommes leurs congénères… Il avait tué tous ces gens ?! Il les avait fait sortir et avait enflammé la maison, apparemment il avait disposé de l’alcool fort partout pour accélérer la combustion. Il les entraina à sa suite un peu plus loin, entrant dans les marrées. Il avait scellé un cheval plus loin sur lequel reposait deux hommes, assommés, les crapules qui les avaient enfermées. Toutes celles restantes furent prises de rage mais il les arrêta.

Mesdemoiselles… S’il vous plait. Rien de ce que vous pourrez leur faire ne changera ce qui s’est passé et croyez moi, vous ne leur ferez jamais autant de mal que moi. Je vais m’occuper d’eux… J’ai récupéré le coffre, cet argent vous appartient. Il ne compensera jamais vos souffrances ni vos larmes mais c'est le mieux que je puisse vous offrir... Servez vous et partez vite avant que quelqu’un n’arrive…

Elles se calmèrent, comprenant vite et obéirent. Tiana ne comprenait pas, le fixant avant de s’approcher et de le prendre dans ses bras en le remerciant, se remettant à sangloter. Il la berça une seconde en murmurant tout bas qu’il lui avait préparé un cheval plus loin… il en avait préparé pour plusieurs, elles se relaieraient, voyageant ensemble pour ne pas être vulnérables. Il leur distribua même des armes et des vivres… Son organisation était assez incroyable. Tout fut très vite réglé, quelques minutes à peine, personne ne les avait encore vus. Il leur disait déjà au revoir, leur demandant de prendre soin d’elles, d’oublier cet endroit et de vivre… Il eut droit à une étreinte et parfois un baiser même de chaque femme présente, certaines le trouvaient très mignon… mais il faudrait du temps pour qu’elles n’aient plus peur des hommes. Personne ne sut vraiment quelle était sa motivation mais elles partirent, obéissant, quittant cet horrible endroit…

Tristan s’était retrouvé seul avec les brutes et étaient parti loin, le plus loin possible avant de trouver une grotte correcte. Ses prisonniers se réveillèrent sur le jeune homme qui avait retrouvé son vrai visage. Un cube d’obsidienne scintillait doucement au sol. C’était l’un de ces outils magiques qui créait un champ de protection, de sourdine. Ceux qui en avaient étaient généralement… des professionnels en torture. Et il savait merveilleusement bien s’y prendre… Enfin horriblement bien pour le coup vu leurs hurlements. Extrêmement doué dans ce domaine, le jeune homme devait sans nul doute arracher n’importe quel information à ceux qui passaient sous ses mains. Il arrachait les ongles, cassaient les dents, fendaient les commissures des lèvres et pratiquaient des dizaines et des dizaines de petites entailles douloureuses qu’il rinçait abondamment d’alcool pimenté.  

Si le Drakkari était plus résistant son compagnon était beaucoup plus intelligent et fit finalement le rapprochement. Pour déconcentrer le jeune homme vengeur il se mit à lui parler de Cassidy, de tout le mal qu’ils lui avaient fait, de ses cris… Tristan résista. Mais en apprenant qu’elle était vierge quand ils l’avaient violée… il perdit tout son calme, toute sa maitrise et toute son assurance. Sa première fois… s’était faite dans la douleur… Par ces enfoirés… Et pire… Un drakkari ! Il était bien placé pour savoir que ceux-ci étaient bien montés… et assez virulents au lit. Il poussa un hurlement de rage en se jetant sur le brun et le frappant violemment de ses poings. Ce n’était qu’une diversion… Son sbire avait libéré sa force, brisé ses chaines, de celles dont ils faisaient tant étalage dans leur « maison » et attrapant l’épée du jeune homme il la lui plante entre le cou et l’épaule, l’enfonçant directement le plus possible. C’était intelligent. Les chances pour tuer un homme en quelques secondes étaient presque de 100% et c’était extrêmement douloureux. Malheureusement pour lui Tristan n’était pas que Drakkari mais aussi dragon et la lame ripa sur ses écailles, sauvant son coeur, l’empêchant de se faire transpercer mais il fut sérieusement blessé pourtant. La douleur ajoutée à la rage terrible qui le submergeait acheva le jeune homme et il perdit la raison.

Quand il avait rouvert les yeux, cligné de son regard clair perdu, il était toujours dans la caverne mais les murs de celle-ci étaient éclaboussés de sang. Lui aussi… Ses mains étaient trempées. Il avait senti le goût dans sa bouche. Du sang et de la chair. Ecarquillant les yeux d’horreur il savait déjà ce qui allait se passer avec sa reprise de conscience. Il hurla en tombant à genoux au sol, se tenant la tête dans les mains. Il détestait ça… Tous les souvenirs de ces salopards se mirent à défiler en accéléré dans sa tête, impossible à suivre mais essayant de se faire siens alors qu’il les repoussait de toutes ses forces. Sa température avait augmenté d’un coup, tant et si bien que son corps semblait légèrement fumer, mais il n’y avait personne pour le voir. Et puis parce qu’il pensait à elle… parce qu’il pensait toujours à elle, la torture se fit focalisée. Tous les souvenirs de ces ordures qui concernaient la jeune femme se mirent à défiler devant ses yeux… Il assista, impuissant, aux souvenirs de ce qu’ils lui avaient fait. A ses espoirs et ses rêves piétinés, à son corps violenté, à sa virginité arrachée brutalement… A ses cris, à ses larmes, à sa naïveté et son incompréhension, aux coups qui pleuvaient, trop nombreux…
Il avait déjà dû affronter ce phénomène. Mais jamais ça ne l’avait concernée. La douleur fut insupportable, les souvenirs furent insupportables, les joues ruisselantes de larmes le jeune homme se figea brusquement avant de s’écrouler, évanoui.


Je repris mes esprits, clignant des yeux dans cette taverne.
Ces souvenirs là risquaient de me hanter encore un bon moment. Cassidy ne pouvait pas se douter que je partageais tellement plus son secret d’ordinaire. J’avais puni les ordures qui avaient maltraité cette si extraordinaire jeune femme. Ca m’avait apaisé un peu même si les tuer comme je l’avais fait avait apporté son lot de souffrances. Ca n’avait pas diminué néanmoins les affres du manque d’elle que je ressentais. J’étais plongé dans mes pensées quand une femme s’était assise en face de moi, couverte, m’empêchant de deviner son identité. Elle tint un bien étrange discours et je la trouvais intéressante, appréciant l’idée de pouvoir peut-être chasser un peu l’image de la belle blonde qui me hantait, de mon esprit, pour quelques instants. Mais elle n’était apparemment pas intéressé par moi ce qui me vexa un peu, je l’avoue.
Son discours était étrange, mais intéressant et l’idée d’aller botter les fesses aux Kaärs, surtout s’ils avaient réussi l’exploit de rentrer en Frihold m’intéressait grandement. Elle était étrange… Elle me connaissait. Ca ça aurait dû me mettre mal à l’aise… Mais ce n’était pas vraiment le cas. En fait encore une fois, rien ne me faisait vraiment peur. Son aventure me tentait un peu… Seul bémol… Frihold… Cassidy… Mais le pourcentage de chance pour que je la vois était minime… Et puis… en fait j’avais une bonne excuse pour me rapprocher d’elle.

Je ne dormis pas de la nuit… sans pouvoir m’expliquer pourquoi alors que ma décision était déjà prise. Le lendemain, à l’aube, nous commencions notre voyage qui fut absolument horrible. Pourquoi les humanoïdes utilisaient-ils les portails ?! J’étais à l’aise partout, tout le temps, mais pas quand je prenais un portail ! Ces saloperies me rendaient malades. J’étais tout pâle à chaque fois et du coup peu réceptif à mon entourage.
Mon étrange inconnue ne parlait pas beaucoup et ça m’arrangeait bien parce que j’étais encore moins bavard qu’elle. Je finis par découvrir… une Drakkari. Décidément ça en faisait beaucoup en quelques jours. Je n’étais pas habitué à croiser autant d’enfants du feu… Apparemment elle avait une sacrée autorité dans le coin parce que ses gardes lui obéissaient au doigt et à l’oeil. Intéressant. Je ne savais toujours rien d’elle et je ne poserai pas de questions. Elle avait demandé quelqu’un de discret. C’était ne pas venir en tant que Cheistam… c’était aussi ne pas poser de questions. Ca ne me dérangeait pas plus que ça.

Mais elle semblait décidément bien me connaitre. Assez pour que je ne sois pas plus que ça surpris qu’elle parle d’Helehëne. Encore une fois les subtilités de la langue humaine m’échappaient un peu et je n’arrivais pas à saisir si elle me demandait réellement des informations à ce sujet où si elle se doutait que j’y étais pour quelque chose. Je répondis sagement que les Cheistams ne savaient pas ce qui s’était passé ni qui était le coupable. Sans m’engager. Après tout, je ne parlais pas de moi… Parce que moi je savais… Evidemment.

C’était assez incroyable les endroits où nous passions. Déjà mon esprit cartographiait les lieux quand elle me surprit avec une question… vraiment inattendue. Une… petite amie ?!. Ma mâchoire se serra mais je ne tournai pas la tête vers elle, me contentant d’un « non » qui se voulait poli. J’aurais pu développer. J’aurais peut-être dû… Dire que j’avais toutes les femmes que je voulais et n’avais que faire d’une petite amie. Ou dire qu’aucune n’était assez… imprudente pour s’engager avec moi. Mais rien d’autre ne sortit de ma bouche. Elle répliqua seule… Ce n’était pas plus mal. Elle était étrange... Elle tenait des propos étranges. J'avais l'impression que c'était à double sens... Mais je ne comprenais pas en quoi. Ni... pourquoi.

Nous finîmes par arriver et elle me donna des indications avant de disparaitre au galop. Je me retrouvai un peu bêtement seul et me rendis compte à cet instant du spectacle magnifique de neige et de froid et… Par Asgard ce que ça caillait !!!!!!!!!
Si j’avais rangé soigneusement mon armure, même si elle n’était pas frappé à l’effigie des Cheistams et n’était donc pas reconnaissable, et si je portais ma cape, les tenues que j’avais avec moi étaient adaptées à l’été. Parce que c’était censé être l’été !!! Ils étaient au courant ou pas?! Apparemment pas ! Il faisait toujours froid ici quoi ! Génial… Je sentis une brusque perte d’énergie. J’avais oublié cet autre détail… J’aurais besoin d’un temps d’adaptation. Le froid polaire n’était pas spécialement la tasse de thé des dragons. Nous aimions le soleil !!!! Et en tant que voltigeur j’avais le cuir bien moins épais que mes camarades. D’accord, j’allais me transformer en glaçon.

Tout du long de ma chevauchée vers le village indiqué je pensais à cela… Parce que franchement j’avais froid et que franchement j’avais été idiot là. Bon, il fallait que je m’équipe sur place et vite ! Ils avaient ici les meilleurs vêtements chauds qui soient. Je savais qu’ils travaillaient des matières fines mais extrêmement chaudes et je ne rêvais que d’un bon feu et de soleil et… mon regard levé vers le ciel bas et couvert me fit gémir. D’accord… pas de soleil. J’allais vraiment devenir un glaçon !!!!
J’arrivai heureusement vite au village indiqué mais impossible de trouver l’auberge… Enfin en même temps je n’arrivais pas à bien me concentrer. Malgré la température de mon corps j’étais en train de tomber en hypothermie et ce n’était pas très bon pour moi. Je risquais de perdre connaissance. En même temps, je ne portais qu’une fine tunique, je m’attendais à quoi ?!
Incapable de réfléchir plus longtemps, j’attachais mon cheval dehors et voulus continuer à pied pour me réchauffer quand mes yeux accrochèrent l’enseigne d’un apothicaire.

L’idiot fini que j’étais était parti, dans la précipitation, sans sa potion pour calmer ses pulsions… Il m’en fallait une rapidement. Ca pouvait attendre d’avoir trouvé l’auberge. Surtout que c’était fermé et… Mais mon instinct avait pris le dessus et j’étais entré. La porte n’était pas fermé. A l’intérieur il faisait chaud… Je frissonnai en m’ébrouant, me débarrassant des flocons qui s’accrochaient déjà à mes cheveux. Ils avaient une fourrure intégrée ces habitants… Ce n’était pas possible autrement et…
Une voix. Que je connaissais. Mon esprit embrumé peinait à faire le chemin. Mon odorat, sauvegardé du froid, reconnut son odeur. Car quand je me retournais pour lui faire face, je savais que mes yeux se poseraient sur la mince silhouette que je ne pouvais oublier. Je n’entendis qu’avec un temps de retard le fracas du verre. Et je savais que ce n’était pas qu’à cause de l’engourdissement du froid. J’ouvris la bouche, sans savoir quoi dire, je tremblais encore un peu. J’avais froid, j’avoue… Mais sans que je comprenne ce qui se passait elle s’était jetée dans mes bras.
D’accord elle avait la peau chaude. Mais ça n’aurait pas dû me réchauffer instantanément ! Pourtant ce fut le cas. Mon coeur ralenti par le froid se mit à battre fort alors que je réalisais finalement la vérité. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi mais je me retrouvais devant elle et… et… non, elle m’avait manqué ! Je devais le lui dire ! Je devais… Mais elle parlait. Alors c’était bien. Parce que moi je n’y arrivais pas. J’étais un idiot ? Euh… Elle me tripotait là… C’était agréable. Sauf quand elle pressa la blessure entre mon cou et mon épaule, ce qui me fit légèrement grimacer, mais je lui souris aussitôt. Pas avec ce masque, pas avec distance. Je prenais l’excuse du froid et de ma faiblesse passagère pour les oublier l’un et l’autre. C’était mieux. Elle parla d’Helehëne. Elle savait. Mon coeur se gonfla… de tristesse et de fierté, d’une pointe de honte et d’une envie de clamer mon acte parce que je ne l’aurais fait que pour elle… je ne l’avais fait que pour elle. Je posai doucement une main sur l’une de ses épaules, m’empêchant de la poser sur sa joue même si c’était ma première intention. Je lui fis un sourire complice.


Je ne vois pas de quoi tu parles…

Elle ouvrit la bouche, se détourna pour ramasser ses débris de verre. Je me baissais aussitôt pour l’aider, elle voulut me dire de la laisser faire alors que j’insistais et nous nous cognâmes brusquement le front l’un contre l’autre. Ouie…
Je me massais le front alors qu’elle marmonnait quelques mots en reprenant son petit nettoyage. Je ne savais vraiment pas quoi dire, ni quoi faire. Je ramassais les deux trois petits éclats qu’elle n’avait pas vus et les lui tendit alors qu’elle me demandait de but en blanc ce que je faisais dans cette boutique… Pourtant, sa question semblait plus vouloir demander ce que je faisais là… mais je devais me faire des idées.
J’hésitais quelques longues, très longues secondes avant de lui expliquer mon problème. Elle répliqua évidemment et j’esquissai un sourire. C’était bon de la retrouver… De retrouver ça… Elle prit la commande pour moi en précisant bien que c’était parce que j’avais l’air d’un pauvre petit chien abandonné. Sympa… Je souris encore. Merde… J’avais oublié à quel point ça faisait du bien de sourire. J’avais vraiment une mauvaise endurance au froid ! Il me faisait faire n’importe quoi.
Elle était en train de noter ce que je lui avais dit dans un grand cahier et prenait note de mon insistance pour un ingrédient pour lequel il fallait forcer la dose. Heureusement ce n’était pour tout de suite… mais j’allais en avoir besoin rapidement…
J’hésitais, ne sachant pas quoi dire alors qu’après avoir fini, m’avoir fixé une seconde, elle se mit à tripoter différentes fioles, comme si elle voulait les ranger… mais elles étaient déjà rangées non ?


Dis… tu… je ne connais absolument pas le coin, je suis paumé et frigorifié… Je dois me rendre dans une auberge et prendre une chambre et trouver une boutique de vêtements chauds… et j’aimerais bien visiter un peu…Enfin après avoir retrouvé les sensations dans mes orteils… tu… tu veux bien que je t’invite à déjeuner ? Un bon repas chaud, où tu veux et ensuite… me guider… un peu ? Tu ne me laisserais quand même pas errer et me transformer en glaçon... si ?

Ok là j’étais con… Je croyais quoi ? Qu’après la manière dont je l’avais tenue à distance et tout elle allait m’écouter et me tomber dans les bras. Bon elle n’était pas censé me tomber dans les bras. Mais moi je n’étais pas censé lui sourire… pas sincèrement ! Je n’étais pas censé enlever doucement ce masque de mon visage et le laisser tomber au sol comme s’il n’avait jamais existé…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 8 Mar - 16:29

Les jours à Frihold se ressemblaient. Partir en montagne pour surfer ou se promener, discuter avec Jilian, apprivoiser son nouveau travail,  draguer des beaux mecs et finirent dans leurs bras pour tenter de faire disparaître l’image d’un certain Drakkari… Mais Cassidy le reconnaissait, elle s’ennuyait. Ayant accepté le travail que Jilian lui proposait, cela lui permettrait de se changer les idées tout en gardant une très grande liberté.

Avant de partir à la boutique, la demoiselle était étalée sur le grand lit où elle dormait avec Jilian. Le journal d’il y a quelques jours reposait sur son ventre, elle avait les bras derrière la tête et fixait le plafond, songeuse. Plusieurs fois elle avait relu la coupure soigneusement pliée de ce drame qui s’était produit. Un massacre total. Trop de coïncidence pour que cela soit un inconnu certain. Rien n’avait été laissé au hasard, rien… Elle se rappelait de cet endroit, ces douloureux souvenirs refirent surface comme les coups de fouet, l’alcool qu’elle buvait pour oublier, sa résistance qui pliait de jour en jour. Elle ne savait même plus comment elle était avant… Son innocence… sa naïveté. Tout s’était envolé dans cette maison close. On l’avait traité comme un objet, comme un jouet.

Certes elle n’était pas assez forte pour se venger. Certes, elle devait laisser le passé derrière elle… mais jamais elle aurait cru, à aucun moment, que quelqu’un agisse à sa place. Et ce quelqu’un c’était Tristan. Elle revoyait le sourire sincère du garçon quand encore ils étaient complices. Elle poussa un soupire puis posa une main sur sa tête, comme lassée. Il avait voulu la venger d’accord… Mais à quoi ça servait si il ne venait pas ? Les jours avaient passé, elle ne croyait pas le revoir… Après tout, il avait fait son devoir non ? Il avait montré ses intentions de punir ceux qui lui avaient fait du mal.

La demoiselle ne savait pas quoi penser. Voulait-il chasser tous ses démons ? Reprenant le journal, elle lut la coupure pour la énième fois. Cela n’avait pas empêché tout ce qu’elle avait vécu, mais ça l’apaisait un peu, quand même, un tout petit peu. Mais il n’était pas là.

Elle se battait pendant ces derniers jours, se battait contre ses pulsions et le manque qu’elle ressentait pour lui. C’était horrible… savoir que quelqu’un lui manquait et qu’elle ne pouvait rien faire, absolument rien. Il était libre, et ils s’étaient séparés dans de mauvaises circonstances. Elle avait eu mal, très mal. La douleur était présente. Même si elle avait essayé de combler ça par le sexe, avec Jilian, avec des hommes sélectionnés selon des critères de qualité, elle n’arrivait pas à retrouver ce petit plus qu’il y avait chez Tristan.

La demoiselle se trouva stupide. Bien sûr ! C’était un dragon ! Le Messire pouvait attirer n’importe quelle femme rien qu’en agitant ses hormones. Et il avait l’air de savoir comment s’y prendre. Alors elle n’était sûrement pas la seule à penser comme les autres ! Et la jeune femme se maudissait, elle se maudissait tellement de penser encore à lui, qu’il lui manque. Après tout, les hommes elle les lâchait si facilement. Pas lui… Elle se rappelait encore avoir hésité devant une potion d’oubli il y a quelques jours à la boutique. Pour apaiser sa douleur. Et puis finalement, elle ne l’avait pas prise. Car la jeune femme s’en voudrait certainement. Etait-elle sado maso ? Aimer souffrir de la perte de quelqu’un qui avait éclairé sa vie il y a quelques jours ?

Cassidy s’était relevée du lit, se préparant. Jilian était parti tôt ce matin. Elle ne savait pas pourquoi il partait aussi loin à chaque fois. Bon après tout ils étaient comme des colocataires et la jeune femme n’était pas du genre à poser des questions. Mais le jeune homme était toujours gentil avec elle, supportant ses crises, sa distance, il supportait tout sans broncher. Et elle… bref, la jeune femme se trouva bien incorrecte. Tout lui paraissait si normal avant de rencontrer Tristan. Cet homme l’avait profondément impacté et ça l’énervait encore plus.

Après avoir enfilé une tunique chaude et un pantalon, la jeune femme sortit un cristal, songeuse, qu’elle maintenant toujours dans sa poche. Elle se rappelait du mystérieux message de Tristan. Il insistait sur sa magie. Bon, elle le croyait, un tout petit peu, mais alors pourquoi ça ne marchait pas comme dans les livres ? Et les autres mages alors ? N’avaient-ils pas vu sa magie si différente de la leur ? Ou… ils ne voulaient pas qu’elle l’apprenne ? Pour une raison qui lui paraissait obscure. C’était difficile de savoir mais si personne ne pouvait l’aider alors comment pouvait-elle faire ?

Elle aurait voulu poser des questions à Tristan. Lui qui avait un si bon rapport avec la magie, il verrait peut être ce qui coince… Il lui donnerait peut être des conseils pour qu’elle l’active. Parce que bon, c’était bien gentil de lui dire ça mais comment pouvait-elle faire ? Après tout elle avait lu son livre sur la magie. Elle avait bien essayé de marmonner des paroles incompréhensibles en pointant une armoire du doigt mais rien n’avait bougé. Juste Ecko qui l’observait faire en penchant la tête sur le côté, d’un air curieux. Non il lui manquait clairement quelque chose et elle ne savait pas quoi. Et tant qu’elle ne verrait pas ça de ses propres yeux, elle aurait bien du mal à y croire.

Il y avait aussi son pouvoir qui pouvait être considéré comme de la magie. Mais pour elle ça sonnait plus comme une malédiction, quelque chose qu’on l’avait forcé à mettre. Tout comme les petites choses spéciales qu’elle pouvait faire. Rien ne venait d’elle… Elle se rappelait encore de la peur des gens quand ses oreilles avaient changé d’apparence, ses canines s’affutant. Elle se rappelait avoir été traité comme un monstre. La jeune femme s’était braquée, renforcée, mis des couches de carapace. Si ils voulaient la traiter comme elle alors pas de souci. En même temps… le jour où elle changea complètement avait été extrêmement douloureuse. Elle se rappelait de l’odeur du sang à écoeurer n’importe qui. Ses mains en était couvertes tout comme ses habits. Elle se rappelait des cris de détresse et de panique alors qu’elle s’enfonçait dans la forêt, loin, très loin de cette ville. Non, Cassidy n’avait pas fait quelque chose de bien ce jour là. Elle n’avait rien contrôlé du tout. Et la conséquence était très lourde. Au moins ici, personne ne la jugeait pour ce qu’elle était. Et puis elle avait fini par se maîtriser, maîtriser toute cette violence, cette haine qui grandissait en elle.

Plutôt que de la laisser prendre le dessus, elle la contrôlait. Ce n’était pas simple mais comme elle était consciente, plus facile à faire quand même. Elle avait accepté qu’elle ne serait jamais humaine, accepté qu’on puisse la traiter de monstre, accepté tout ce qu’on pouvait lui reprocher. Elle n’en avait que faire. Et pourtant si Tristan venait à découvrir la vérité, si il se détournait d’elle, alors la blessure serait terrible. Cassidy secoua la tête en remettant dans sa poche le cristal. A quoi bon s’en inquiéter ? Elle ne le reverrait plus !

La jeune femme était sortie dans le froid Friholdien. Elle s’était habituée à cette température. Certes quand c’est l’été à côté, difficile d’y être indifférent mais le froid mordant n’avait rien à voir avec l’hospitalité des habitants. A Frihold, les gens étaient accueillants, aimables. Mais ils savaient aussi garder leurs distances quand une personne voulait être tranquille. Un calme qu’elle appréciait grandement. Quand Jilian l’avait amené ici, la jeune femme avait été surprise par le contraste avec Kalendaar.

Vêtue d’une cape, elle entra dans la boutique. Ninna était occupée à préparer un sac, s’affairant. La Nordique devait avoir la quarantaine mais c’était une personne bienveillante qui acceptait Cassidy comme elle était, avec sa distance, ses défauts et l’absence de sourire. La jeune femme avait ôté sa cape pour l’accrocher à un crochet dans l’arrière boutique. Il faisait bon ici. A Frihold, les habitants se chauffaient tous avec une pierre Frÿt. C’est un caillou plus ou moins gros, que l’on trouvait surtout près des sources chaudes, et qui réchauffait une pièce en un clin d’œil. Ninna s’agita, marmonnant des paroles pour elle-même.

« Bonjour… »

- Oh salut Cassidy ! Tu vas bien ?

« Ca va… »

La petite blonde était un peu curieuse par toute l’agitation de la Friholdienne. Elle l’observait alors que cette dernière rangeait un calepin, quelques provisions dans son sac.

- Aujourd’hui je vais à Kaldorac. J’ai des courses à faire. Ne t’inquiète pas la boutique est fermée donc personne ne viendra te déranger. J’aimerais juste que tu me tries les dernières potions et remèdes que j’ai fait hier dans les étagères correspondantes. Ah pense aussi à mettre les commandes à part avec des étiquettes pour que je puisse mieux me repérer quand les clients viendront chercher leur commande. Et également un petit coup de balai. C’est fou comme la poussière s’entasse ici !

Cassidy hocha la tête. Ninna était très douce mais aussi chaleureuse. Elle parlait beaucoup, contrairement à Cassidy. La dame enfila alors son manteau, salua Cassidy et sortit.

Puis la demoiselle se mit au travail. Même quand il y avait des clients elle restait dans l’arrière boutique, jamais elle ne se montrait ouvertement. La table de travail derrière était un vrai foutoir. L’apothicaire avait l’habitude de tout laisser en plan. Certes Cassidy était pareille mais comme elle avait le temps là, elle s’occupait de ranger les choses. Un gros chaudron bouillonnant trônait au milieu, il servait à préparer les potions. Car Ninna avait deux spécialités. Les remèdes à base de plantes et les potions. Le terme de potion était utilisé pour parler des ingrédients considérés comme magiques. Cassidy resta songeuse. Après tout, les potions elle ne les supportait pas très bien. Etait-ce à cause de sa magie bizarre ?

La demoiselle avait pris beaucoup de temps pour ranger, tout remettre en place. Or, rien ne laissait présager la rencontre qu’elle allait faire. D’abord agacée de savoir qu’une personne s’était introduite sans permission dans la boutique, la demoiselle avait grogné, sans pour autant se montrer. La personne censée allait rebrousser chemin, pas besoin qu’elle ne montre sa tête. Mais l’inconnu ne bougea pas. Là ça l’énervait vraiment.

Elle sortit de l’arrière boutique et ses yeux se posèrent sur l’enquiquineur. Sous le choc de la surprise, elle lâcha sa plaquette de fioles. Ah ben ça pour une surprise. C’était un rêve non ? Qu’on la gifle là parce que… parce que… c’était la dernière chose à laquelle elle s’attendait à vrai dire ! Ses cheveux rouges avaient encore quelques flocons rebelles qui se baladaient, son teint était bronzé, doré. Des marques dorées  sur ses joues, reconnaissables entre mille.

Tristan… Cassidy n’en revenait pas. Ses yeux étaient écarquillés par la surprise, elle ne bougeait plus et semblait bien avoir oublié toute sa colère, toute la distance, tout ce qu’elle lui avait dit de mal. Elle ouvrit légèrement la bouche. Elle ne rêvait pas… enfin pas sûr. Alors elle s’approcha de lui très rapidement, sans aucune hésitation. Après tout si c’était un rêve, l’image allait s’envoler non ?

La jeune femme se jeta dans ses bras, voulant sentir sa présence, qu’il était bien réel. C’était bien lui. Elle sentit que sa peau était plus froide qu’à l’ordinaire, à cause du froid. Etrangement ça lui fit du bien d’être contre lui. Elle l’avait entouré de ses bras pour le serrer un peu plus contre elle. Oubliée la rancœur, les mots trop durs… Il lui avait manqué… Oh par les dieux elle était incorrigible mais il lui avait vraiment manqué. Pourtant, elle ne savait pas quoi lui dire et sortit la première chose qui lui vint par la tête. Qu’elle avait eu peur pour lui.

La jeune femme avait fait une petite inspection du corps du jeune homme, le touchant par endroit sur sa tunique, vérifiant que ses anciennes blessures étaient bien parties et qu’il n’en avait pas des nouvelles. Elle en sentit une entre le cou et l’épaule qui elle, était nouvelle. Fronçant les sourcils, elle n’avait pas l’air très profonde heureusement et elle était très loin de se douter qu’il avait encore frôlé la mort de peu.

Enfin, elle s’écarta un peu de lui pour lui bafouiller au sujet d’Helehëne, ne sachant pas quoi lui dire en fait. Le remercier ? En fait elle ne savait pas ce qui était le plus adapté à la situation. Alors il avait posé une main sur son épaule en sortant une phrase d’un air taquin. Mais elle ne vit pas son masque cette fois là. C’était différent. Pourtant la jeune femme se renfrogna un peu, peut être boudeuse qu’il ne veuille rien dire de plus à ce sujet. Elle se tourna et reparti près du comptoir pour ramasser les bouts de verre brisé. Il voulut l’aider, elle lui demanda de la laisser faire pourtant leurs fronts se rencontrèrent. La jeune femme émit un petit bruit de surprise en se frottant le front. En fait elle cherchait à s’occuper pour ne pas réfléchir à la raison qui le poussait à être ici et surtout pour ne pas être trop troublée par son regard.

Il lui tendit les derniers morceaux restants et elle ouvrit la bouche pour s’exprimer.

« Bon tu fais quoi dans cette boutique au juste ? »

Il avait certainement un objectif. Après tout elle n’était guère très bavarde avec les autres habitants donc il ne pouvait pas savoir qu’elle se trouvait ici. Mais oui sinon elle voulait également connaître la véritable raison de sa visite dans ce coin de Frihold, ce qui l’intriguait énormement.

Elle le dévisagea du regard, légèrement insistante alors qu’il hésitait. Elle l’encouragea alors un peu du regard et quand il commença à parler, la demoiselle haussa un sourcil. Il parlait de ses petits soucis de dragon, de pulsions bien plus fortes que d’habitude à cause du cycle de la lune. Tristan n’était pas du genre à confier son « secret » sur les dragons au premier venu alors ça lui faisait un peu plaisir qu’il lui en parle comme ça, sans passer par des détours. Oh bien sûr, elle se doutait que d’autres personnes étaient au courant, comme peut être ses supérieurs… mais pas sa famille par exemple…

La jeune femme soupira et se retourna en jetant les débris dans la poubelle puis le regarda avec un air de défi, prenant un air faussement embêté.

« Je vois je vois… C’est vrai que ça m’embêterait beaucoup si toutes les nanas de la ville s’amusaient à te courir derrière… »

Elle rosit légèrement avant de se tourner pour cacher son trouble et chercher le cahier de commandes que Ninna rangeait dans un tiroir accroché au comptoir. La jeune femme prit un air bien plus sérieux, quoique toujours teinté de cette provocation pas méchante mais si spéciale qui la caractérisait tout en attrapant la plume posée sur le comptoir et la tremper dans l’encre.

« Bon c’est bien parce que c’est toi et que tu me fais penser à un pauvre petit chien abandonné. »

Elle commença à tracer des lettres, laissant un petit message à l’attention de Ninna pour lui expliquer la situation, parlant d’une commande particulière pour un a… heu là elle s’arrêta ? Ami ? Heuuuu… La jeune femme se mit à rougir un peu. Elle ratura la lettre et plaça « connaissance » à la place. Bon c’était bien plus qu’une connaissance mais… elle était un peu embarrassée quand même. Après tout, elle n’était pas censée prendre les commandes, il fallait expliquer pourquoi. Elle rajouta quand même « connaissance qu’elle aimait bien ». Cassidy semblait très concentrée et se trouvait stupide de faire autant de manières pour quelque chose d’aussi simple.

Elle releva alors vers Tristan, toussotant un coup pour cacher sa gêne et prenant le ton le plus détaché possible.

« Huuuum…. Faut que tu me donnes les ingrédients. J’imagine que c’est assez spécial »

Il lui énuméra alors et insista fortement sur la dose d’un ingrédient. Elle le regarda avec insistance, comme si elle cherchait à comprendre quel était ce fameux ingrédient et l’effet qu’il produisait. Pourtant elle ne lui posa pas de questions et traça deux gros traits sous l’ingrédient en question en écrivant « forte dose » à côté.

Puis elle posa le cahier derrière elle pour que Ninna le repère bien avant de fixer Tristan une seconde. Troublée, elle retourna à l’arrière boutique pour continuer à ranger, même si ses fioles étaient toutes impeccablement placées. Il la suivit et parla. La jeune femme semblait très surprise et manqua de faire tomber un flacon alors qu’elle écoutait sa proposition. Son cœur battait un peu plus vite… une invitation ? pour manger ensemble ? Elle se mit à sourire mais se ressaisit bien vite en se tournant vers lui, prenant un air très songeur et hésitant, les yeux levés au ciel et le doigt posé sur son menton comme si elle réfléchissait… pendant très longtemps.

« Huuuum… attends laisse moi réfléchir, je vais voir si j’ai un peu de place dans mon programme de la journée… »

En fait elle était heureuse… même très heureuse. Ca devrait la surprendre après tout elle ne devait rien attendre de lui mais rien que de savoir qu’il avait besoin de son aide, lui faisait chaud au cœur. Cependant, la demoiselle prit son air de défi et s’approcha dangereusement de lui tout en posant une main sur sa tunique et la faisant glisser avec provocation de haut en bas, dans un geste très long et un regard plein de sous entendus.

« Frigorifié hein… J’ai bien une technique pour te réchauffer si tu as trop froid »

Elle retira alors sa main et prit un autre air un peu plus enjoué, comme si elle avait oublié ce qu’elle avait dit un peu avant.

« Bon c’est d’accord ! »

Il avait l’air surprise.

”Pour la visite guidée et le repas…”

Ah ben oui forcément. Elle vit qu’il avait l’air plus sincère alors il n’y avait aucune raison pour qu’elle le traite mal non ? C’était comme si ils étaient en train de prendre un nouveau départ. La jeune femme enfila alors sa cape et l’invita à sortir.

Elle l’entraîna d’abord dans une boutique de vêtements. C’était la première chose qu’elle voulait faire. En effet le laisser là à se geler n’était pas non plus très bien. La jeune femme prit son rôle très au sérieux. C’était une boutique grande, aérée. Il y avait plusieurs styles, faites de matières toutes plus chaudes les unes que les autres, aussi bien pour les hommes que les femmes.

La demoiselle se sentit bizarre, elle n’avait pas l’habitude de faire les courses… avec qui que ce soit. Et se fichait bien de sa tenue vestimentaire. Et pourtant là elle se sentait inspirée et prit plusieurs choses qui lui plaisaient bien et mettraient en valeur le beau Drakkari tout en lui assurant un confort appréciable. Des tuniques ajustées, plusieurs styles de pantalons, surtout des choses… assez moulantes surtout au niveau du torse, un manteau discret et pas mal d’accessoires comme des chaussettes, des bottes fourrées…

Il avait une pile de choses à essayer et semblait bien surpris par l’engouement de la petite demoiselle. Elle le poussa sans ménagement vers une cabine d’essayage. Mais lorsqu’il commença à se déshabiller, la demoiselle chipie tira le pan du rideau pour pousser un grognement appréciateur, légèrement taquin. Il leva la tête, lançant une petite phrase provocante, elle se mit à sourire et entra dans la cabine pour regarder d’un peu plus près.

« Allons fais pas ton timide ! Je vérifie juste que tes blessures guérissent bien… »

Elle l’invita à se tourner et contint un hoquet de surprise lorsqu’elle vit des griffures fortement enfoncées dans sa peau.

« Jolies blessures de guerre… »

Cassidy avait dit ça sur un ton mi ironique mi taquin avant qu’il ne se retourne vers elle et qu’elle croisait les bras, légèrement boudeuse mais ne perdant pas son ton de provocation. Bon oui boudeuse… parce que d’autres femmes avaient eu l’occasion de faire des choses avec le beau Drakkari et pas elle.

« Je vois que Messire a pris du bon temps… J’espère qu’elles étaient satisfaisantes »

Oh bien sûr, elle espérait tout le contraire ! Etait-ce une forme de jalousie ? Des doutes ? Pourtant aucun signe de trouble ou de blessure n’apparut sur le visage de la demoiselle, même si elle était un peu… eh bien ça lui faisait quelque chose quoi ! L’imaginer prendre son pied avec d’autres… ça l’écoeurait en fait. Elle secoua la tête, se trouvant stupide, puis le laissa se changer en retournant l’attendre dehors, voulant cacher son trouble.

Il finit par faire son choix sur quelques tenues. Seulement, alors qu’ils allaient pour payer, le jeune homme remarqua une jolie robe qui se démarquait. Il s’arrêta devant et se fit bien plus provocant, pensant que Cassidy ne serait pas capable de la porter. Elle semblait complètement avoir mordu à l’hameçon, fière comme elle était.

« Pas capable ? Non mais tu vas voir toi… »

Elle prit la robe et partit fièrement dans une cabine. Lui aussi en profita pour regarder à travers le rideau alors qu’elle se déshabillait. Réactive, il n’eut le temps de rien voir. En effet elle lui avait envoyé son pantalon sur la tête dans un grognement.

Finalement, elle lui dit que c’était bon. Le jeune homme la regarda et elle semblait encore un peu mitigée. Pas vraiment confiante dans ce genre d’habits et pourtant il avait l’air enchanté. La jeune femme enleva alors la robe pour remettre ses habits. Ils allèrent payer. Lui avait déjà enfilé une des tenues pour ne plus avoir froid dehors.

Ils sortirent et elle lui demanda alors pour l’auberge. Il lui expliqua que sa contact lui avait dit qu’il fallait qu’il se présente à un aubergiste. Cassidy fronça les sourcils. Encore une femme ? Le souci c’est qu’il n’y avait pas qu’une auberge dans cette grande ville. Mais lorsqu’ils donnèrent le nom à un aubergiste, celui-ci les envoya vers une autre auberge, confirmant que le gars qui travaillait là bas connaissait bien cette femme.

Les deux jeunes gens sortirent alors et partirent à l’autre auberge qu’on leur indiquait. Il s’agissait d’une petite auberge tranquille, qui accueillait surtout des aventuriers. Cassidy connaissait toutes les auberges. Après tout, elle passait parfois la nuit avec un de ses soupirants donc… L’aubergiste confirma et donna la clé d’une chambre à Tristan, lui disant qu’il était le bienvenu aussi longtemps qu’il le souhaitait.

Puis ils se mirent à la recherche d’un endroit pour manger. Cassidy, qui connaissait les goûts de Tristan pour la viande, se permit même de lui conseiller un endroit. Elle ne connaissait pas… Mais ses oreilles se baladaient partout et si elle donnait l’air de s’en fiche du monde, cela ne l’empêchait pas d’écouter les conversations des gens.

« Je te propose d’aller Au chasseur rouge. C’est une petite taverne et il paraît que leurs plateaux de viande sont vraiment exquis. La cuisson est particulièrement soignée. En plus ils s’adaptent aux demandes de leurs clients. Bon bien sûr, ils ont aussi des plats diversifiés. »

Elle ne se comprenait pas. Au contraire elle aurait du choisir n’importe quel coin pour manger ! Et là elle lui proposait carrément un endroit POUR lui, ayant observé ses goûts pour la viande et connaissant maintenant son secret. La jeune femme regardait sur le côté, un peu perdue dans ses pensées. Finalement ils se dirigèrent vers cet endroit.

C’était un endroit convivial avec des petites tables soignées. L’originalité de la maison était que les clients pouvaient demander une sorte de petite plaque chaude, pour réchauffer soi-même sa viande, pour avoir la cuisson parfaite même si il y avait également le choix de laisser faire le cuisinier. Ils s’installèrent à une table à peu à l’écart. Tristan versa galamment de l’eau dans le verre de Cassidy. Un serveur vint prendre commande. Tristan regarda la carte et indiqua son choix puis le serveur se tourna vers Cassidy, lui faisant un grand sourire.

« Et pour votre compagne ? »

Elle était en train de boire mais avala de travers en entendant les paroles du serveur. Toussotant et crachotant légèrement, les yeux légèrement humides alors que Tristan venait lui tapoter gentiment le dos, elle reprit rapidement sa voix.

« Heuuuu plat du jour ! »

Puis elle se tourna vers Tristan, tentant de garder tant bien que mal son calme, légèrement rouge et un peu perturbée.

« Tu…m’excuses… je… je vais me rafraîchir… aux toilettes ! »

Puis elle se redressa, manqua de se prendre les pieds dans sa chaise et était tellement perturbée qu’elle se cogna contre un des piliers qui soutenait le plafond, trop perdue dans ses pensées. La demoiselle grommela avant de s’engouffrer derrière la porte. Elle revint quelques instants plus tard, le visage aspergé d’eau, le teint toujours un peu rouge mais elle semblait calmée. Alors qu’elle se rasseyait le jeune homme en profita pour dire quelque chose. Cassidy grommela en levant les yeux au ciel.

Puis les plats arrivèrent. Cassidy se sentait un peu intimidée. Certes elle avait déjà mangé en famille… avec Jilian… mais là… ça pouvait ressembler un peu à un rencard. En plus le serveur l’avait complètement perturbée. La jeune femme ne disait rien, ne sachant pas comment engager la conversation, intimidée.

« Hum… ca va le froid ? »

Elle replongea la tête dans son assiette. Il répliqua quelque chose, parlant du manque de soleil. Alors elle répondit d’un ton dégagé tout en tournant la tête.

« Si tu veux du soleil, essaie de te rendre au mont Krar. Tu sais c’est une grosse montagne au nord d’ici en forme de harpon. Pas facile d’accès mais il paraît que si on arrive à atteindre les hauteurs, la vue est magnifique. Surtout au lever du soleil… et la nuit c’est sympa aussi… »

Elle rougit tout en continuant à manger. A son tour, il essaya de parler un peu. Elle répondit du mieux qu’elle pouvait. Décidément, ce n’était pas évident de discuter même si ils étaient là pour manger. Puis elle posa une question qui lui brûlait les lèvres depuis le début.

« Tu… tu restes combien de temps… ici ? »

Il répondit également et elle ne dit rien. Non pas qu’elle voulait qu’il reste le plus longtemps possible… enfin si… mais… Il parla alors de Jilian, elle fit un petit signe désinvolte de la main.

« Oh il est parti pour six jours là… Son travail quoi… »

Elle ne disait rien de plus, parler de Jilian devant Tristan, ça la dérangeait en fait.

Finalement après avoir plus ou moins parler et manger, ils sortirent de la taverne.

La jeune femme le guida dans la ville. Lui montrant tous les endroits intéressants. C’était une ville bien animée et il y avait beaucoup de choses qui se faisaient. Des animations de rue, des passants, et même des aventuriers. Il n’y avait pas de gardes car la plupart des habitants étaient quand même baraqués, la majorité savait très bien se défendre.

Elle lui fit faire un tour dans l’allée marchande où plein de boutiques s’étalaient à perte de vue, proposant plein de choses intéressantes, hormis des boutiques de magie. Ensuite, elle le fit passer par un petit pont qui scindait la ville en deux. La vue était plutôt jolie, on voyait les montagnes bien plus loin.

La jeune femme semblait prendre très à cœur son rôle de guilde. Elle lui montra tous les coins intéressants comme la bibliothèque, un petit salon de thé très convivial, des bains thermaux publics (même si elle lui glissa qu’il existait des sources chaudes en pleine nature à l’abri des regards indiscrets), un large terrain d’entraînement où les guerriers s’entraînaient… Il y avait de quoi voir et faire.

Pendant leur visite, un homme qui approchait regardait Cassidy en souriant, d’un air évocateur. La jeune femme fronça les sourcils puis sans laisser le temps à Tristan de réagir, elle lui prit étroitement le bras et se colla contre lui, pour bien faire comprendre à l’homme, qu’elle était prise, na ! Celui-ci semblait déçu et continua son chemin. La jeune femme déclara d’un ton dégagé.

« Oh un ancien amant… rencontré et testé il y a à peine trois jours »

Tristan semblait se crisper. Elle lui donna un petit coup de coude avec un grognement évocateur.

« Y a pas que les dragons qui ont des pulsions à satisfaire… »

Bah oui et en plus, elle était tout à fait correcte avec lui ! L’envie de le chauffer était grande mais… enfin elle ne voulait pas que ça avec lui… et pour la première fois ça lui faisait plaisir de se balader avec un homme, autrement que pour l’intérêt du sexe.

Ils continuèrent leur marche et s’arrêtèrent à une fontaine. L’eau n’avait pas gelée. Une pierre Frÿt se trouvait au fond du bassin et l’eau s’écoulait paisiblement alors que Cassidy s’asseyait sur le rebord. La journée était passée très vite… mais elle voulait rester un peu avec Tristan encore…

« On a fait le tour… alors si tu veux aller te reposer… vaquer à ta… mission ou autre… enfin voilà et… »

Elle baissa la tête lentement. Mais quelle idiot e ! Elle lui disait clairement qu’ils avaient fini là.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 10 Mar - 23:28

J’y avais pensais bien sûr… A la revoir. Ce ne serait évidemment pas de ma faute ! Je ne pouvais rien contre le destin après tout. Ce n’était pas sans raison qu’une dame de Frihold était venue à ma rencontre et sollicitait mon aide contre des Kaärs. J’étais cependant surpris. Les friholdiens ne voulaient pas que l’on se mêle de leurs affaires. Engager un Cheistam était donc une bien étrange idée, fortement contradictoire. Il y avait des mercenaires très doués non ? Et puis même sans cela, qu’est ce qui garantissait à cette drôle de personne que je n’enquêterai pas pour le compte des Cheistams ? Qu’est ce qui lui garantissait mon efficacité ? Comment pouvait-elle en savoir autant sur moi ? Pourquoi demandait-elle un non humain ? et vu tout ce qu’elle semblait savoir sur moi parlait-elle du fait que je sois un drakkari ? Ou que je sois un dragon ?
J’avais beaucoup de questions à poser à cette drôle de femme qui se révéla être un drakkari, pourtant je n’en posais aucune. Peut-être qu’au fond je n’avais pas vraiment envie de de savoir et puis… Elle voulait de la discrétion. Je savais être discret et me taire, réaliser simplement les ordres. C’était d’ailleurs ce que je faisais le mieux et cette routine retrouvée me permettait de moins penser dans un sens.

Mais je me disais que je pouvais la croiser, Cassidy. Après tout c’était là bas qu’elle était non ? Mais le Frihold était immense. La traquer avec mon odorat ? Je pouvais bien tenter. Je ferais comme si de rien était. Je la retrouverais seule. Elle aurait largué son petit ami et alors je pourrais. Je me faisais encore des films étranges. Ils étaient nombreux à s’être bousculé dans mon esprit malgré tout mon investissement et toute mon énergie pour m’en dépêtrer.
J’avais pensé à elle chacun des putains de jours qui s’était écoulé.
C’était horrible. 
Je détestais cela.
Enfin penser à elle en soi n’était pas vraiment désagréable et une fois de plus elle était une intarissable source d’inspiration pour mes fantasmes les plus… exotiques. Si ce n’est le désir un peu gênant qui en résultait et le triste constat que je ne pouvais m’en débarrasser seul… Et qu’aucune fille ne se révélait réellement à la hauteur.

Je n’avais pas revu Kayla. Mais j’avais croisé deux dragonnes durant l’un de mes vols. J’avais été très occupé pendant de longues heures de profondes satisfaction et ces demoiselles étaient merveilleusement douées et endurantes mais… il me restait un goût amer de regret. Comme si… Rien ne suffirait plus dans un sens.

Je n’avais pas envie de me poser plus de question que ça non plus sur cette étrange femme qui m’avait amené ici, ni sur le fait qu’elle semble très connue dans le coin. Mais c’était tout de même étrange. Comme le fait que mon instinct et le froid polaire me poussent à entrer dans cette boutique d’apparence fermée.
J’avais senti son odeur. 
Quel était le pourcentage de chance au juste ?
Zéro ? Je commençais à avoir des doutes. Du moins j’aurais dû en avoir… Mais je ne réfléchissais plus vraiment. Son odeur avait chassé le reste de mes pensées, le moindre de mes soucis. J’avais eu des soucis ? Je ne me souvenais plus. Combien de jours s’étaient écoulés ? Je ne me souvenais plus.
Elle était là, en face de moi. Aussi surprise que moi. Non… plus surprise que moi. Parce que j’avais senti son odeur, parce que ça m’avait préparé un peu, un tout petit peu, au choc de la voir. Mon coeur rata un battement, ou deux, ou trois, je ne savais pas. Il se serrait très fort, ça faisait mal et en même temps c’était très agréable. Je la fixais, totalement immobile. Qu’aurais-je pu faire d’autre ? J’étais celui qui avait instauré cette distance entre nous, à mon grand dam, maudissant tous mes principes et maudissant cette espèce d’affection que je ressentais pour elle et qui me poussait d’autant plus à ne pas céder à mes désirs… Si nos derniers mots n’avaient pas été antipathiques, ils étaient loin de l’extrême complicité qui nous avait liés pendant quelques surprenants jours. Ca me manquait… Elle me manquait. Je ne le réalisais pleinement qu’en la voyant devant moi.
Elle avait l’air un peu fatiguée. Son regard était troublé, pas que par moi, comme par souci qui pesait sur elle depuis un moment. Sous ses beaux yeux sombres s’étalaient de légers cernes visibles sur sa peau de porcelaine. Ses lèvres me semblaient plus rosées, presque rouges. Probablement parce qu’elle avait déjà perdu le faible bronzage acquis chez ses parents.

J’avais envie de lui attraper la main, de la prendre dans mes bras, de l’embrasser et de lui dire qu’elle m’avait manqué.
Il était temps de me rendre à l’évidence. La distance et les jours n’avaient malheureusement rien changé. C’était décidément anormal et très inquiétant. Je savais que je n’étais pas censé ressentir ce genre de chose. Alors pourquoi ?

Ma rage face à ses bourreaux m’avait fait commettre un geste que je redoutais. Peut-être était-ce dû plus à ma jeunesse qu’autre chose. Peut-être à ma fascination pour les êtres humains aussi, je ne sais pas. Je ne devais pas les… « manger », même si je n’avais réellement dévoré personne… enfin un peu quand même. L’ingestion de chair humaine et d’une trop grande quantité de sang pouvait me provoquer ces… « visions ». Parfois ça ne me faisait rien, c’était généralement lié à quelque chose de fort, une profonde colère… Mais quand ça se déclenchait c’était vraiment horrible et je n’aurais souhaité cela à personne. Je ne savais pas si je devais maudire ce que j’avais vu ou en être heureux. Dans un sens je n’étais pas parvenu à me débarrasser de ces images, de cette douleur, de ses cris, de toutes les souffrances que cette si belle demoiselle avait vécu à cause de la folie, de l’égoïsme, de la cruauté de certains êtres… Dans un sens j’étais heureux de mieux partager encore ce secret. J’avais la conviction qu’elle n’en avait pas parlé à grand monde… Et je comprenais parfaitement pourquoi. Elle aurait pu me dire… qu’il lui avait volé sa première fois. J’ignorais pourquoi elle ne l’avait pas fait. Par honte peut-être. Elle ne pouvait pas prétendre que ce n’était pas important. Mais vu la distance qu’elle mettait avec le reste du monde, vu le jeu sexuel auquel elle s’était adonné avec cet abruti de notre village qui méritait tout juste de pouvoir la regarder, jamais de la toucher, je me doutais qu’en un sens elle essayait de rendre ça… sans importance. De faire comme si c’était moins grave, comme si ça ne l’avait pas totalement détruite.

Dans un sens, ces visions s’étaient emparées de mon coeur, du moins c’était l’impression que j’en avais eu, pour le broyer. Les regrets que j’avais ressentis, de ne pas avoir été là pour elle, de ne pas l’avoir sauvée, étaient réels. Ce n’était pas le fruit d’un égoïste désir chevaleresque. J’aurais préféré endurer mille souffrances pour qu’elle ne vive pas cela. J’aurais voulu que cela n’arrive jamais. Je comprenais mieux sa distance. Je comprenais mieux sa sécheresse. Je comprenais mieux sa hargne. Qu’elle avait pourtant laissé tomber avec moi, quelques jours, juste quelques jours. Je ne voulais pas que ses rêves soient brisés… J’espérais qu’elle avait trouvé ma lettre…


Alors que Cassidy était devant le jeune homme, celui-ci demeurait immobile, extérieurement impassible, intérieurement désolé et honteux de la trouver si belle.
Ce fut elle qui franchit l’espace entre eux pour l’enlacer et ce fut un véritable soulagement pour le grand jeune homme un peu sous le choc qui n’eut pas le temps de la réagir et donc pas le temps de resserrer ses bras sur elle qu’elle s’éloignait déjà. Loupé !
Ah ben non en fait… Il avait bien resserré ses bras sur elle. Sauf qu’il n’en avait jamais donné l’ordre à son corps. Ca avait été la chose la plus simple et la plus naturelle au monde. D’ailleurs il en était lui-même surpris, la fixant avec autant de surprise de la voir, que de surprise de se sentir réagir autant près d’elle. Sa proximité éveilla plus de choses encore que sa simple vue. Son coeur se mit à tambouriner dans sa poitrine. Il se sentait brusquement très grand et très maladroit lui qui maitrisait pourtant le moindre de ses gestes. Il sentit à la fois la joie de la revoir, pleine d’une tendresse qu’il ne comprenait pas, et le désir bestial qui ne l’avait jamais quitté. Sa simple présence, ses hormones, le contact physiologique de sa peau contre la sienne, réveillait des choses impossibles…
Elle l’observait, à la recherche de blessure. La pauvre risquait d’être désemparée par celle de son épaule si elle venait à la voir et pourtant le temps et son puissant processus de guérison avaient réparé le plus gros déjà. Sa blessure qui datait de peu après son départ, juste quelques heures, elle, était vraiment, vraiment pas jolie à voir. Il avait frôlé la mort une fois de plus en effet. Parce que celui qui l’avait attaqué en traitre était un Drakkari et qu’il aurait dû quasiment le fendre en deux vu la puissance qu’il avait mis dans son attaque.


Son inspection était agréable même si je compris très vite ce qu’elle faisait. Ses mains frôlaient juste mon corps, tâtant mon torse à travers ma tunique trop fine pour le froid extérieur. Je frissonnais… Pas à cause du froid. De mini-impulsions électriques passaient dans mon corps. Je n’étais pas vraiment sûr de mon corps avec ce froid qui me l’avait insensibilisé mais j’avais la furieuse impression de déjà commencer à bander… juste à cause de ses effleurements, juste à la voir… Dieux qu’elle était petite et qu’elle était belle quand elle levait son adorable minois vers moi. J’avais vraiment l’impression d’être un roc invincible contre lequel elle pourrait s’appuyer, celui qui pouvait la protéger et qui se dresserait entre elle et tous les dangers et… Ah oui, simplement la voir et mes pensées tournaient court… Elle sentait si bon… Je ne me souvenais pas qu’elle sentait si bon… C’était encore plus agréable que la dernière fois… Etait-ce parce qu’elle m’avait manqué à chaque instant ? Etait-ce parce que je m’imaginais en train de coucher avec elle quand je sélectionnais une demoiselle pour me distraire ? J’avais envie de la reprendre dans mes bras. Ca n’avait pas duré assez longtemps, je les avais à peine serrés sur elle de peur de la brusquer, de lui faire peur… Je… me sentais tellement bête et ralenti.

Elle me remerciait pour Helehëne. Mon coeur battit plus vite. Ainsi elle savait ? Elle ne m’en voulait pas trop ? Parce que même si elle ne comptait pas se venger, ces souvenirs et sa colère lui appartenaient. Bien sûr je n’avais pas cherché à amoindrir ce qu’elle avait vécu en agissant de la sorte et je ne cherchais pas à mener cette vengeance par pitié. Je détestais juste ceux qui lui avaient fait ça. Et je comptais les punir pour avoir ainsi malmené une si merveilleuse jeune femme, pour l’avoir tant et si bien brisée que les cicatrices sur son corps n’étaient que l’infime partie visible des dégâts qu’ils avaient commis. Je l’avais beaucoup fait pour moi, cette vengeance. Parce que ça me rendait dingue ce qui lui était arrivé. Même si ça m’avait dégoûté une fois sur place et mis en colère ce n’était tellement rien face à la rage que je ressentais par… pour elle. Ils devaient payer. Mon coeur s’apaisa un peu qu’elle sache parce que j’avais envie de lui dire. De lui dire que je l’avais vengée, pas parce que je considérais qu’elle ne pouvait pas, juste parce que… c’était à moi de le faire, je  ne sais pas pourquoi. J’avais envie qu’elle sache et qu’elle ne m’en veuille pas trop. J’avais envie que ces horribles souvenirs deviennent justement des souvenirs et qu’ils puissent s’estomper, mourir, comme ses bourreaux. J’étais heureux qu’elle sache, même si je ne réalisais toujours pas ce que j’avais fait et avec quelle violence je l’avais fait, même si je réalisais encore moins où j’étais, et que j’étais de nouveau près d’elle.

Pourtant j’avais sorti une phrase étrange. Je ne voyais pas de quoi elle parlait. Ce n’était pas pour rien… Parce que j’étais un Cheistam à la base et que ce que j’avais fait allait bien à l’encontre de mes serments. J’avais désobéi à un ordre direct, donné à tous les miens, qui était de ne rien faire contre les Kaärs, de ne rien faire à Helehëne, même si cela nous révoltait. Je l’avais fait pour elle. Et en même temps, je disais aussi ces mots pour lui dire que ce n’était rien. Que je devais le faire. Que c’était notre secret… J’espérais qu’elle le comprendrait ainsi…
Nous avions échangé des mots et des regards et un choc frontal assez violent qui me sonna, mais c’était peut-être davantage la proximité de son visage du mien que le choc en lui-même.


Elle lui avait finalement demandé ce qu’il faisait là et il avait bafouillé une réponse à laquelle elle avait donné un commentaire des plus surprenants. A propos des femmes du coin qui pourraient lui courir après. Le jeune homme haussa les sourcils, surpris, ne comprenant pas, encore moins lorsqu’elle se mit à rosir. Enfin bien sûr que ce serait embêtant si elles lui couraient après, il n’était jamais sûr des réactions des femmes après tout. Mais pourquoi rougissait-elle ?
Ne venait-elle pas de dire que ça l’embêterait ? Il esquissa un léger sourire amusé.
Elle finit par prendre sa commande. Il ne vit pas ce qu’elle griffonnait mais ça lui prenait beaucoup de temps et elle eut de drôles d’expressions qui se succédèrent: froncement de sourcils, rosissement, mordillage de lèvre inférieure qui la rendait toujours aussi diablement sexy !!!
Elle lui demanda les ingrédients. Il les connaissait par coeur à force de les énumérer. D’ordinaire il se fournissait toujours à la même adresse où on ne lui posait pas de question. Quand besoin était il pouvait se fournir ailleurs et il donnait toujours un bon prix pour qu’on ne lui pose pas de questions. Généralement les gens étaient surpris, le trouvaient bien prétentieux. Personne jusque là n’avait fait le lien entre cette potion pour atténuer l’effet de ses hormones et sa possible véritable identité. Il était un dragon.
Mais Cassidy savait et c’était quelque chose de simple et de merveilleux de ne pas craindre de faire une bourde.

En y repensant elle ne l’avait pas repoussé. Elle aurait pu mais elle ne le faisait pas. Pourtant elle savait ce qu’il était. Peut-être ne le voyait-elle que comme un bon ami mais au moins n’était-elle ni effrayée ni dégoûtée par sa nature. Du moins elle ne le montrait pas.
La commande prise il n’y avait aucune raison pour qu’il reste plus longtemps. Avouer ses faiblesses était quelque chose de très rare venant du garçon. Il se débrouillait toujours très bien seul et n’avait besoin de rien ni de personne en général. Pourtant il cherchait une raison pour rester à la boutique, enfin près d’elle. Il pouvait très bien trouver l’auberge seul mais il n’en avait pas envie. L’inviter à manger ? Solliciter son aide ? C’était une bonne idée, si elle disait oui du moins, pour passer un peu de temps avec elle. Et puis… il ne tenait pas. Son masque n’avait pas survécu à leurs retrouvailles. Il se sentait un peu bête et peu efficace dans ses résolutions mais… après tout à quoi bon ? Il pouvait bien se tenir sans lui faire la gueule pour autant. 
Les paroles de la jeune femme avaient bien longtemps tourné dans sa tête. Il ne voulait pas qu’elle pense qu’il lui en voulait ou une autre idiotie de ce genre, pas du tout… il avait envie d’être près d’elle au contraire…

Sa demande avait pourtant été prononcée si simplement, comme s’il n’y avait aucun trouble possible. Là encore elle répondit étrangement, même s’il comprit aussitôt son manège. S’il fut amusé, ce fut très vite bien moins le cas quand elle vint presque se coller à lui, glissant sa main sur sa tunique. Très bien, finalement il se réchauffait vite… très très très vite !!!!!
Elle avait tort d’agir ainsi, elle semblait inconsciente de ce qu’elle risquait de réveiller. Le regard du jeune homme s’était en effet assombri et heureusement qu’elle s’était détournée de lui à cet instant car il ignorait s’il ne l’aurait pas brusquement plaquée contre un mur pour l’embrasser passionnément, lui arracher ses vêtements et… Sa voix le ramenait à la raison mais c’était bien moins simple qu’il n’y paraissait.

La première étape fut une boutique de vêtements et le jeune homme n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait qu’il se retrouvait déjà poussé dans une cabine, les bras chargés des choix de la petite demoiselle. Apparemment c’était elle qui l’habillait pour le coup. Un peu surpris par son côté autoritaire, il obéit de bon coeur, elle s’y connaissait mieux que lui après tout.

Je n’avais que peu eu le temps de lui demander réellement son aide. Elle s’y pliait avec une joie, un enthousiasme vraiment surprenant. Mon coeur battait fort alors que je la regardais s’affairer et choisir mes nouveaux vêtements. Quand j’étais parti, quand elle allait quitter le village, elle n’avait pas cette joie dans les yeux. Elle était si sombre et éteinte. J’étais heureux de la revoir aussi dynamique, taquine et… surprenante. Oui, ça me rendait heureux. Dans la cabine j’avais dû rapidement me déshabiller et j’avais été très surpris de la voir passer la tête, pas discrètement du tout pour me voir. J’avais marmonné sans me départir de mon calme et de ma maitrise que la vue semblait lui plaire mais que ce n’était pas très bien de me regarder ainsi. Elle avait aussitôt répliqué. J’avais adoré. Encore plus ou encore moins quand elle m’avait rejoint. Combien d’images horribles et déprimantes avais-je dû me passer devant les yeux, y songeant trop fort, pour calmer la brusque excitation qui me gagna. J’étais quasiment nu, elle était entrée dans la cabine. L’espace restreint me poussait à sentir la chaleur de son propre corps se mélanger à la mienne, la brûlure dans mes reins…
Je détournais les yeux pour me concentrer sur les vêtements mais c’était vraiment vraiment difficile. Une épreuve que je ne souhaitais décidément à personne ! J’enfilais un pantalon qu’elle m’avait choisi. J’avais vite remarqué le choix, très bon de ses tenues, et le fait qu’elle semblait me choisir les tuniques les plus moulantes du magasin !!!
J’étais torse nu quand elle me demanda de me tourner, prétendument pour vérifier la tenue du pantalon mais j’étais certain que c’était pour me mâter les fesses… Je ne pouvais que peu râler par contre, je n’avais cessé de me rincer l’oeil sur les siennes. Elle les agitait un peu trop sous mon nez dans sa recherche de tenues adaptées en même temps ! Mes yeux étaient faits pour voir après tout !!!!
Drôle de bruit de sa part et étrange commentaire.
Je la regardais, surpris. De quoi parlait-elle ? Ma blessure ? Elle avait bien guéri pourtant, j’espère qu’elle ne savait pas vraiment ce qui avait failli arriver et… Apparemment non. Je me souvins des griffures et un sourire étira mes lèvres. Elle semblait bouder. Ca la rendait vraiment craquante… Vraiment très craquante. J’haussai les épaules.


Satisfaisantes ? Si tu parles des furies que j’ai aussi libérées… où tu sais… et qui elles n’avaient vraiment pas été libérées et qui m’ont sauté dessus comme si elles voulaient me déchiqueter vivant… sans doute ont-elles été satisfaisantes. L’une d’elle a bien failli me scalper d’ailleurs tellement elle m’a tiré les cheveux… Sacrés ongles…

Il n’avait pas dit « tes anciennes camarades » ou toute autre parole maladroite qui aurait pu réveiller de douloureux souvenirs mais il lui fournit tout de même des explications sur l’était de son dos. En effet, le pauvre avait de sacrés griffures même si certaines étaient réellement dues à des amantes passionnées. Il n’était pas resté inactif ces derniers jours… mais la plupart de ses marques n’étaient pas voulues non…

Elle ne répliqua pas, mais je crus voir un certain soulagement dans ses yeux.Je finis par sortir après de nombreux essayages et au moins autant d’avis de la part de mon étrange guide. J’avais déposé le tout sur le comptoir quand je vis une robe que je n’avais pas remarquée en entrant. Elle venait d’être installée. Elle était magnifique, dans les tons argentés et bleus et l’envie de voir Cassidy avec m’arrêta immédiatement. Elle suivit mon regard et fronça les sourcils alors que je me tournai vers elle en lui disant qu’elle devrait l’essayer. Elle répliqua aussitôt que c’était hors de question, que ça ne lui irait pas du tout. Je savais qu’elle se trompait mais elle non. Elle semblait craindre une fois de plus d’être… vulnérable. Du moins était-ce l’impression qu’elle me donnait.
Je la rejoignis pour payer, me glissant derrière elle, près, très près, trop près, nos corps se frôlaient alors que j’effleurais l’une de ses oreilles de mes lèvres.


Trouillarde… T’es pas cap’ en fait…

Ohhhh les mots à ne pas lui dire. C’est furieuse et le regard brillant de défi qu’elle répliqua aussi sec et partit essayer cette robe. Elle ne pouvait pas me donner raison après tout. Elle était si gamine parfois. C’était absolument adorable…
Elle ne me laissa pas me rincer l’oeil comme elle l’avait fait elle-même, ce qui était fort injuste, mais bien raisonnable pour mon excitation déjà trop grande.
Et puis elle reparut tel un ange. Mon coeur s’emballa. Elle ne semblait décidément pas en avoir conscience mais elle était absolument sublime. Bon elle n’avait pas réussi à bien attacher cette robe seule, quoi de plus normal avec tant de laçages dans le dos mais… Cette couleur lui allait à ravir. Tout lui allait bien je crois.
Je la préférais en robe même si les tenues masculines lui allaient bien et étaient plus pratiques. Ainsi, elle ressemblait vraiment à une petite princesse sortie tout droit de l’imaginaire… Et elle me donnait d’autant plus envie de la protéger. Je souris et je m’entendis la complimenter, lui disant qu’elle était magnifique, sans même me souvenir d’avoir autorisé cet acte à mon cerveau. Elle sourit alors que je confirmais qu’elle gagnait… Elle avait été capable après tout. Elle me prévint de l’attendre près du comptoir tandis qu’elle se déshabillait et allait reposer la robe. Je me doutais de cette réaction à vrai dire mais j’obéis sagement. Déjà cela me permit de payer mes vêtements en l’attendant, ensuite, cela me permit encore et surtout de demander au vendeur de me mettre ladite robe de côté immédiatement… Je reviendrai la chercher discrètement plus tard. J’avais envie de lui faire un cadeau. J’avais envie de la couvrir de cadeaux, d’attentions.



Le jeune homme semblait avoir occulté Jilian même s’il restait excessivement correct et poli, ne tentant rien envers la jeune femme même si l’envie était… incommensurable !
Elle lui trouva l’auberge et il installa son cheval dans l’étable et déchargea ses affaires dans sa chambre. Elle l’aida d’ailleurs à les monter alors qu’il ne lui confiait évidemment que le plus léger.
La chambre était très bien, plutôt grande, un grand lit deux places, deux tables de chevet munies de cristaux, une belle salle de bains, sa propre cheminée, ce qui était vraiment un confort énorme, un petit bureau dans un coin… Il pouvait rester un moment ici en effet ! Se retrouver seul avec elle dans une chambre et ce même si la porte était ouverte sur le couloir fut un moment assez difficile pour le jeune homme.
Il se sentait étrange et un peu perdu. Il ne pensait pas la revoir. Il se souvenait avec quelle véhémence il avait repoussé ce qu’il ressentait pour elle et toutes ces choses qui leur étaient arrivé, par souci pour le bien être de la jeune femme et pour son avenir. Mais alors qu’il se retrouvait près d’elle après seulement quelques jours, trop de jours, il oubliait tout et se rendait compte de l’apaisement que lui provoquait sa simple présence, entre chaque montée d’adrénaline et de phéromones tout du moins… Qu’elle ne soit pas surprise si des femmes lui couraient après ! Pour le coup ce serait uniquement de sa faute ! Ce n’était pas correct de mettre au supplice ainsi un homme !!!!

Ils allèrent manger et ce fut elle qui lui proposa un restaurant qui semblait effectivement tout désigné pour le jeune homme. Il se rendit aussitôt compte qu’elle faisait cela pour lui et sourit, reconnaissant. Il avait besoin de compenser la perte d’énergie et sa légère fatigue par un repas conséquent!
C’était un endroit très agréable et la nourriture semblait succulente même si Cassidy sembla sacrément troublée par les paroles du serveur. Il avait parlé de… compagne… En effet ils n’étaient pas ensemble. Cela fit sourire le jeune homme. Il trouvait cela assez amusant dans un sens qu’elle réagisse aussi fort à des mots malheureux. Mais pourquoi au juste le faisait-elle ? Trouvait-elle cela ridicule ? Ou y avait-il autre chose ?

Ils mangèrent de bon appétit et discutèrent de plusieurs choses alors qu’elles lui donnaient différents conseils et astuces du coin, lui expliquaient le mécanisme de certaines coutumes ou habitudes du coin pour qu’il ne se sente pas déphasé ou pire qu’il insulte les nordiques sans le vouloir. Ils étaient très tolérants mais tout de même. En la voyant parler de diverses choses, un peu souriante, le regard pétillant, Tristan la trouva belle et lui fut d’autant plus reconnaissant de son choix de restaurant. C’était délicieux en effet et il se promit de lui offrir en contrepartie, à un moment ou un autre, un repas uniquement de choses sucrées. Il se disait que ça pourrait lui plaire et il adorerait lui faire plaisir en fin de compte. Non, il ne pensait toujours pas à Jilian.
Il était en train de faire passer une énorme bouchée de viande par une rasade d’eau quand elle posa LA question.

Je continuais de mâcher tranquillement et pris mon temps pour avaler. Que répondre à cela ? Je l’ignorais mais je sentais dans sa question une crainte qui semblait répondre à la mienne. Elle aussi trouvait cela étrange ? Je ne savais pas que je me sentais aussi mal sans elle avant de la revoir et à présent… Enfin je ne voulais pas partir tout de suite. De plus il me fallait du temps pour m’habituer au froid, ce n’était pas pour le quitter dès le lendemain ! Je la regardais sérieusement et lui fit un léger sourire, essayant d’être le plus sincère possible.

Je ne sais pas… Mais je ne compte pas partir avant un moment… un bon moment je pense.

Bon la fin je ne l’avais pas prévue… Si je lui avais dit que je ne voulais pas m’éloigner d’elle, pas maintenant que je l’avais retrouvée… ça n’aurait pas été moins ridicule. Plus honnête mais pas moins ridicule !
Et puis je ne sais pas pourquoi c’est le moment que choisit mon cerveau pour me rappeler que peu importe ce que je faisais, peu importe notre complicité, peu importe notre proximité, le temps que je resterais, elle appartenait déjà à un autre. Ah oui… Jilian.
La simple pensée de cet homme me donna l’impression d’avoir mordu dans un citron. Son petit ami… Comment j’avais pu oublier.
Je serrais les dents en détournant les yeux, posant une question dont je ne voulais pas entendre la réponse.


Et sinon, comment va ton petit ami ?

J’avais envie de lui demander comment ça allait AVEC lui. J’avais envie qu’elle me dise que ça n’allait pas, qu’elle ne pensait qu’à moi. J’avais envie qu’elle me regarde dans les yeux et me demande de lui faire l’amour, là, devant tout le monde. Oh je lui aurais obéi. Je voulais bien être son esclave sexuel pour mieux la réconcilier avec ce sexe trop longtemps contraint et aujourd’hui… je ne sais trop quoi pour elle. J’avais envie qu’elle me dise qu’elle couchait avec lui mais que c’était nul. Qu’elle voulait un homme un vrai. J’avais envie qu’elle me dise qu’il l’ennuyait et qu’elle préférait s’occuper avec moi. J’avais envie qu’elle me dise qu’elle pensait à moi, autant que je pensais à elle, qu’elle n’arrivait pas à se sortir de la tête nos préliminaires parce que ça avait été pour moi aussi fort et merveilleux que pour elle, même si elle ne me croirait probablement pas. J’avais envie… Qu’elle me dise qu’il ne comptait pas. Que mes principes étaient stupides… J’avais envie qu’elle les envoie à la poubelle et les redéfinisse, j’avais envie… De tellement de choses.
Sa réponse était à des années lumière de ce que je voulais entendre et pourtant cela fit naitre un espoir dans mon coeur qui me donna aussitôt honte. Est-ce que j’étais vraiment en train de penser que c’était le moment idéal pour essayer de me rapprocher d’elle puisque son mec n’était pas dans les environs ? Je m’en voulus aussitôt. J’étais nul de penser ainsi… Et pourtant je n’y pouvais rien.


Ils finirent de manger sur cette note gênante, il partit payer et ils se retrouvèrent dehors. Ses nouveaux vêtements aidaient le jeune homme à garder son homéostasie et il s’habitua très rapidement au froid finalement une fois équipé. La neige était magnifique, partout et recouvrait tout. Ce n’était pas un spectacle dont il avait l’habitude et il trouva cela magnifique. Elle lui fit visiter les recoins de la petite ville et ils se promenèrent un bon moment en parlant de tout et de rien mais ni de dragon, ni de magie, ni de petit copain, sujets gênants ou trop difficiles.

Si elle lança quelques allusions et que le jeune homme les comprit, il n’y répondit pas autrement qu’en souriant, un peu taquin. Car même s’il n’avait pas remis son masque froid il était toujours un peu troublé de cette proximité et savait que ce n’était pas très… correct. Ils se promenèrent un moment mais pas assez, le temps filait vite, trop vite.
Un jeune homme plutôt mignon croisa finalement leur route et l’étrange comportement de Cassidy et la réponse de l’inconnu n’échappèrent pas à Tristan qui l’interrogea aussitôt du regard. Elle parla d’un ancien amant, de pulsions à satisfaire. Rien que cela suffit à ranimer chez lui le souvenir de son corps nu et frémissant sous ses caresses. Plus de problème de froid, il crevait de chaud et avait les reins de nouveau en feu, elle était diabolique pour ses nerfs et sa santé mentale. Ils continuèrent de marcher alors qu’elle l’achevait en ajoutant quelques mots à mi-voix, plus pour elle-même qu’autre chose… ou alors elle cherchait peut-être à lui envoyer des signaux.

Enfin… ex d’il y a trois jours…

Le jeune homme tiqua.
Elle était toujours avec Jilian… Mais apparemment elle couchait avec d’autres hommes. Qu’elle ait couché avec l’un des hommes de leur village l’avait surpris mais après tout pourquoi pas sauf qu’apparemment elle ne s’en tenait à aucune règle et agissait selon ses envies et ses besoins. Mais… Elle n’était pas en couple ? Enfin si apparemment mais… Etait-ce un couple libre ? Il savait que cela arrivait chez les humains, de temps à autres, mais c’était toujours sur l’initiative de l’homme qui voulait se satisfaire avec d’autres femmes. Or Jilian avait l’air d’un mec adorable incapable de tromper sa petite amie. Qu’est-ce que c’était encore que cette histoire ?! Ils seraient dans une relation libre ? Comme lui et Kayla ?! Mais alors… ils avaient le droit de…

Il faillit abandonner tous ses principes ainsi, d’une seconde à l’autre, rien qu’à cause de cette pensée. A quel point désirait-il cette femme pour devenir amoral de la sorte ?


Pas que des dragons qui ont des pulsions à satisfaire ?
Que voulait-elle dire par là ? Oh j’avais bien remarqué la délicieuse sensibilité de son corps, les frémissements de celui-ci et son apparente sacrée endurance. Même si j’avais fait durer les choses pour augmenter son plaisir j’avais bien vu comment elle avait tenu face à l’épuisant orgasme que je lui avais provoqué et qui aurait totalement assommé plus d’une femme. Avait-elle des besoins aussi importants que les miens ? Rien que la nouvelle pensée de nos corps nus l’un contre l’autre me fit hérisser les cheveux du bas de ma nuque sur celle-ci. Comme j’avais envie d’elle… Même juste en marchant. Juste en discutant… J’étais vraiment un obsédé… J’avais décidément envie d’elle comme au premier moment. Bien plus en fait. Envie de m’endormir avec elle dans mes bras, comme sous les étoiles… C’était tellement bien ce moment-là.

D’accord, j’avais un peu honte mais elle parlait seule depuis quelques minutes tant j’étais perdu dans mes pensées à cause de ce qu’elle venait de me dire. Qu’elle était avec d’autres hommes… me donnait l’envie, l’espoir insensé qu’elle pouvait vouloir aussi… avec moi… J’eus du mal à me reprendre mais finis par y parvenir pour l’entendre clore notre visite. Ca me dit mal au ventre qu’elle parle de se séparer en quelque sorte. Je ne sais pas ce qui me prit, j’avais la tête toute embrouillé, l’esprit troublé. Je l’entendis parler d’aller me reposer mais tout ce que je trouvais à y répondre fut de prendre sa main et de la serrer doucement dans la sienne en la regardant droit dans les yeux, baissant mon visage pour rencontrant son regard qu’elle avait posé sur le sol.


Tu essaies déjà de te débarrasser de moi ? C’est bien cruel… Tu crois que je vais me contenter de si peu ?


Bon d’accord, le si peu… n’était pas vraiment innocent et ne désignait pas que sa visite guidée dans ma tête. Enfin si, si elle incluait la visite guidée de son corps superbe et nu que j’explorerais avec le plus grand des plaisir qui… je m’égare encore. J’avais vite oublié à quel point me concentrer près d’elle était difficile… était impossible… J’essayais de me rattraper, comme je pus.

Si tu es d’accord, j’aimerais bien visiter aussi la forêt, les endroits sympa en dehors de la ville parce que… ce n’est pas spécialement ce que je préfère… les villes.

Oui bon bien sûr, j’étais un dragon donc forcément je préférais la nature… Mais je voulais juste lui faire comprendre que j’avais envie de continuer la visite avec elle, je ne voulais pas déjà arrêter ! Elle si ? Cette pensée me bouffa aussitôt le moral. Eh bien oui, en effet, elle souhaitait probablement juste rentrer… Mais je n’avais pas envie moi. Je n’avais pas envie qu’elle s’en aille…
Je ne lui laissais même pas le temps de répondre, enchainant, parce que je ne voulais pas qu’elle me réponde tout de suite je crois, parce que je ne voulais pas lui laisser l’occasion de me repousser et de me dire qu’elle allait chercher un beau nordique pour s’occuper une fois de plus de ses pulsions, peut-être même du gars que nous avions croisés, alors que j’étais là moi, prêt à répondre au moindre de ses caprices… Je ne sais pas pourquoi mes principes me semblaient voler en éclat. Probablement d’autant plus qu’elle ne me montrait pas la moindre… attirance. Enfin je n’avais pas l’impression. Vite, enchainer… Ne pas la laisser parler.


J’ai entendu dire qu’ils font une drôle d’activité ici… un truc avec une planche pour glisser sur la neige, ou deux planches, une à chaque pied pour d’autres. Tu connais ? Tu en fais ? Tu me montres ? Tu peux m’aider à m’entrainer aussi ! Je pourrais te monter sur mon dos en haut d’une côte et tu redescendrais en glissant et… euh…enfin… faut que je reste en forme tu sais, c’est juste que… On pourrait juste… enfin continuer de se promener si tu veux bien… et… et après… on a mangé beaucoup de viande pour moi ce midi donc aller dans un endroit avec tout plein de sucré pour toi… non ? Ca me ferait plaisir si tu faisais… choisissais un truc pour toi tu sais… et je… enfin… J… J’ai pas envie que tu t’en ailles tout de suite…

Je n’avais pas ajouté le « mais si tu veux y aller… » mais il était sous-entendu… Non… Nos retrouvailles commençaient à peine, je ne pouvais pas la lâcher maintenant. Et puis je devais me rendre à l’évidence. J’étais de plus en plus attiré par elle malgré mon esprit embrouillé par le froid et l’altitude… Et si vraiment, si vraiment, comme je l’avais compris, comme je voulais le comprendre, elle et son compagnon entretenait une relation libre… alors j’avais le droit de la courtiser non ? Et de répondre à l’appel de son corps qui était bien le seul que j’entendais à cet instant…
Je voulais juste... être avec elle...
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 11 Mar - 17:06

La jeune femme n’en revenait pas. Elle en avait rêvé des jours, elle avait pensé à lui chaque jour qui passait, comme une torture, comme quelque chose d’impossible et pourtant il était bien là, en chair et en os, devant elle. C’était bien la dernière chose à laquelle elle s’attendait ! Certes elle avait beaucoup pensé à lui, mais pas parce qu’elle voulait coucher avec lui mais juste différemment. Son parfum lui manquait, ses sourires aussi, ses petites répliques quand il rentrait dans son jeu, bon son corps aussi car il fallait le reconnaître, c’était un bel homme. Mais il n’y avait pas que ça… une multitude de petits détails. Elle en avait eu peur car Cassidy n’était pas du genre à s’attacher à ses « conquêtes ». Et elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Pourquoi lui et pas un autre ? Pourquoi lui et pas Jilian ?

Elle le vit et son monde s’écroula. Car elle ne s’attendait pas à sa visite. Quelle étrange coïncidence qu’il entre dans cette boutique fermée sans savoir qu’elle s’y trouvait. C’était un coup des dieux forcément ! Que cherchaient-ils à faire ? La jeune femme avait eu un temps d’hésitation, réfléchissant sur son action à faire. Continuer à lui lancer des paroles froides et sèches ? Elle n’avait pas oublié comment il s’était comporté avec elle avant de partir. Ou s’adoucir un peu et laisser le temps faire les choses ? Elle choisit la deuxième solution en lui sautant dans les bras. Et c’était quand même bien plus apaisant que de l’envoyer paître !

Puis elle se fit plus amicale, comme les premiers jours avec lui. C’était payant ou pas car il ne se révéla pas distant pour un sou et surtout, il souriait… un peu lui aussi. Comme si il était content de la revoir également. Cela la marqua. Que cachait-il donc ? Pourquoi avait-il l’air content alors qu’il était si froid les derniers jours avec elle ? Il savait bien qu’elle était en couple. Rien n’avait changé depuis quelques jours. Alors pourquoi était-il plutôt tranquille ? La jeune femme écouta sa demande avec attention puis prit un gros cahier pour noter dedans. A aucun moment elle ne montra de dégoût ou de haine, préférant plutôt être curieuse par rapport à ce qu’il était. Après tout, les dragons n’étaient pas pareils et même si elle était encore sous le choc d’apprendre qu’il en faisait partie, la demoiselle ne pouvait pas non plus le bouder ou le repousser pour ce qu’il était. Même si elle aurait eu des bonnes raisons de le faire.

En revanche, elle se posait des questions à son sujet. Il était gentil, attentionné, souriant mais… elle savait également que les dragons pouvaient se montrer égoïstes, cruels, hautains, impatients… A quel moment allait-il arrêter de renier ses envies ? Certes il pouvait avoir autant de femmes qu’il voulait mais un dragon pouvait rester aussi focaliser sur une proie jusqu’à obtenir ce qu’il désirait. Cela lui fit d’autant plus mal intérieurement, elle avait peur d’être déçue et au final, la jeune femme le connaissait bien peu à rapport à lui qui avait découvert des choses dont elle ne se doutait même pas. Cassidy se promit de discuter avec lui un peu de ça. Gentiment, sans vouloir le brusquer. Mais on n’aborde pas un dragon comme on aborde un autre humanoïde. Elle avait un peu peur qu’il s’écarte d’elle une fois l’acte accompli. Et pourtant elle était pareille ! Mais avec lui c’était différent car il faisait tomber toutes ses barrières, tous les murs qu’elle avait édifiés entre elle et les gens. Elle ne savait pas pourquoi elle penser ainsi… et vouloir discuter avec lui de sa particularité la surprenait tout autant.

Il partageait un secret avec elle, enfin pas qu’un mais deux maintenant. Après tout elle avait compris, en entendant le ton de sa phrase, qu’il la taquinait gentiment et que le massacre qu’il avait commis ne devait rester qu’entre eux d’eux. Elle semblait comprendre. Après tout ce n’était pas monnaie courante chez les Cheistams, elle avait compris qu’il y avait des consignes à respecter et même si elle haïssait profondément les Kaärs, une certaine entente subsistait entre les deux factions, justement pour éviter qu’Ascadian ne se retrouve à feu et à sang. Il y avait aussi cet aveu, qu’elle avait soufflé si honteuse. Non elle n’en avait parlé à personne à part lui. Personne ne savait rien sur son passé, pas même ce qui lui était réellement arrivé. Même Jilian ne savait rien. Tristan avait raison sur sa réflexion. Elle n’avait jamais rien dit à personne, pour ne pas montrer ses faiblesses. Passer pour une fille forte, qui jouait avec les hommes, qui maîtrisait le jeu. Elle s’en fichait de coucher à droite et à gauche, ça n’avait pas d’importance. Coucher avec quelqu’un ? Bah c’était une activité comme ça. On lui avait montré à quel point c’était quelque chose… de naturel ? qui ne laissait pas la place aux sentiments ? Elle ne savait pas, elle était tellement naïve et ne savait rien des rapports entre les hommes et les femmes, apprenant à ses dépens. Avec une telle expérience, son comportement était des plus logiques. Et pourtant elle avait réussi à en parler à Tristan, alors qu’elle n’aurait pas du. Elle lui donnait des armes… il était un dragon quand même ! Il pouvait très bien faire des choses auxquelles elle ne s’attendait absolument pas. Elle ne lui avait pas dit qu’elle était vierge. Sûrement pour éviter de rendre les choses encore plus dramatiques à ses yeux.

Pourtant elle lui faisait un peu confiance, sans savoir pourquoi. Et malgré cela elle ne lui avait pas marqué des autres évènements marquants de sa vie. Après tout elle n’allait pas tout lui déballer d’un coup, même si lui parlait du dragon qui lui avait fait du mal ne serait peut être pas une bonne chose pour lui. Après tout, il avait quand même voulu la venger. Même si il ne pourrait pas la venger pour tout… Ses malheurs avaient été variés. On lui avait fait du mal mais elle en avait fait aussi. A des personnes innocentes qui n’avaient rien demandé.

Pour le moment elle était occupée à noter sa commande, lui déclarant qu’il pouvait venir la retirer demain. La jeune femme avait pris du temps pour inscrire quelque chose et fait nouveau, elle rougissait, se mordillant la lèvre inférieure en notant les différentes informations. Et puis elle rougissait aussi car quand elle s’était jetée sur lui, ses bras s’étaient légèrement refermés sur elle et ça Cassidy ne s’y attendait absolument pas ! La jeune femme, si sauvage, aurait pu se dérober mais elle resta un petit moment contre lui, si troublée par ce qui lui arrivait, avant de s’écarter, si innocente et bredouillante. Jilian la prenait dans ses bras aussi, c’était un geste amical, tendre. Enfin elle ne connaissait rien à la tendresse !

Et puis elle s’affaira dans l’arrière boutique. Il avait eu ce qu’il voulait donc, en toute logique, Cassidy pensait que Tristan voulait sortir pour vaquer à ses occupations et la raison qui le poussait à être ici. Pourquoi d’ailleurs ? Elle avait du mal à cerner son objectif. Les Friholdiens n’avaient pas besoin d’un Cheistam pour s’occuper de leurs affaires. C’était peut être une mission personnelle qui sortait de son cadre professionnel. Mais alors quoi ? Et pourquoi ici ? La petite demoiselle était perplexe, en effet elle ne connaissait rien du beau garçon et aucun indice sur ce travail. Il n’était pas dans cette ville, à cet endroit par hasard. Peut être qu’un habitant avait besoin de son aide. Mais pourquoi ? Difficile à dire…

Tristan la coupa dans sa réflexion en lui faisait une proposition à laquelle elle n’était pas indifférente et même très surprise. Il avait besoin de son aide ? Dans un sens, elle en était heureuse. Vraiment. Elle ne pouvait pas le forcer à rester à côté d’elle mais si c’était lui qui invitait alors elle se voyait mal refuser. Il lui avait manqué après tout et heureusement que ses oreilles ne sifflaient pas… ou encore elle aurait été très surprise d’apprendre que lui aussi voulait rester un peu avec elle. Si elle entendait ses pensées, cela aurait été un moment très spécial. Parce que malgré nous, même si ils ne se disaient rien entre eux, ils étaient un peu sur la même longueur d’ondes, se tournant autour, mais reculant parfois, se rendant compte que c’était mal ce qu’ils faisaient. Elle avait quelqu’un, il était libre mais indépendant. Elle ne voulait pas être à sa merci, il ne voulait peut être pas qu’elle lui enlève sa liberté. Ils ne comprenaient pas leurs sentiments. Etait-elle amoureuse de lui ? Cassidy ne connaissait rien à l’amour, surtout quand il s’agissait d’elle. Bien sûr elle avait déjà vu des couples, ses parents étaient amoureux, mais c’était différent… Alors ils étaient vraiment mal barré car aucun des deux ne savait à quoi s’attendre, ni mettre un mot sur leurs sentiments. Même Tristan, si il essayait d’en parler aux dragons, n’aurait peut être pas des bons conseils. On essaierait peut être de le raisonner, en déclarant qu’un dragon n’avait pas à tomber amoureux d’une autre humaine.

Alors elle était contente, au fond d’elle, que ce soit lui qui fasse ce premier pas. La jeune femme était entraînante tout en se trouvant bizarre dans le fond. Elle n’avait jamais été aussi investie dans une mission, elle qui pourtant, se fichait très bien du monde qui l’entourait. Elle n’était jamais sortie avec une homme pour faire des emplettes, lui faire visiter les lieux. Bon quand même avec Jilian elle était déjà allée manger à un restaurant, fait des achats avec lui mais tout semblait l’ennuyer. Pourquoi avec Tristan c’était différent ? Le manque peut être. Ou la fatigue ! Oui la fatigue l’empêchait de réfléchir correctement.

Ils étaient entrés dans une boutique et elle s’était improvisée conseillère. Lui prenant des tenues « adaptées ». Parce qu’elle voulait qu’il soit bien. C’est donc très impliquée qu’elle lui trouva différentes affaires et le conduisit sans lui laisser le temps de protester dans une cabine d’essayage. Mais la demoiselle, en attendant dehors, ne pouvait pas s’empêcher de fantasmer sur le magnifique homme qui se trouvait de l’autre côté. Alors elle passa la tête à travers le rideau sans aucune discrétion et répliqua avant de rentrer avec lui. La cabine était petite, ce qui rendait vraiment les contacts…plutôt faciles. Oh elle ne pensait pas à faire l’amour avec lui dans la cabine même si l’étroitesse était une bonne raison de s’y mettre d’ailleurs, tout comme leurs pulsions qui agissaient en cœur. Elle le détaillait, l’observer, posait parfois une main sur sa hanche, faisant mine de vérifier qu’il n’était pas trop « serré » au niveau des jambes bien sûr ! (bande de perverses ><) si il n’était pas trop rigide. Cela lui faisait quelque chose de le toucher, sa peau restait douce malgré tout. Et elle aimait aussi comment il était, l’absence de pilosité était aussi un plus. Elle n’aimait pas les hommes trop poilus et puis on voyait mieux la forme de ses muscles qui se dessinaient comme ça.

Elle lui demanda alors de se tourner et vit tout de suite les griffures, certaines plus marquées que d’autres. Elle avait poussé un hoquet de surprise, se doutant très bien de ce que c’était. Après tout, elle avait appris que certaines femmes dans sa maison close aimait griffer certains clients, laissant ainsi une marque d’appartenance ou tout simplement pour montrer à quel point elles prenaient leur pied. La demoiselle s’était renfrognée, boudeuse, se permettant de balancer une petite phrase… rajoutant un bout de provocation. Elle détestait être en dessous des autres. Mais encore plus avec Tristan. En fait c’était très spécial ce qui lui arrivait. Certes il avait le droit de coucher avec qui il voulait mais le simple fait de l’imaginer en train de gémir et orgasmer avec une autre nana, ça la rendait… vraiment sur les nerfs en fait. Comme si il n’avait pas le droit de lui faire ça. Pourtant elle ne devrait pas être jalouse ni possessive, il vivait sa vie ! Elle ne comprit pas et se contenta de bouder, même si elle cachait plutôt mal la frustration qu’elle ressentait. Il répliqua quelque chose par rapport à son massacre, qu’il y avait certaines femmes qui ne voulaient pas être sauvées.

Cassidy avait croisé les bras et tournait la tête, une petite moue boudeuse sur le visage. Elle se rappelait très bien de ce genre de folles qui restaient par plaisir à la maison close. Certaines lui avaient même dit qu’elle finirait par apprécier le sexe. Ce n’était pas vrai. Quoiqu’avec Tristan ça pouvait changer… parce qu’il ne lui avait pas laissé prendre les devants, parce qu’il s’était occupé de son plaisir avant tout et qu’elle ne s’y attendait pas. C’était tout nouveau pour elle. Rien que de penser à sa langue qui… Elle ferma les yeux. Oui bon d’accord ! Elle grogna un coup quand il lui répondit et se détendit un peu même si elle n’était pas dupe et qu’il avait sûrement du prendre des camarades de jeu comme elle l’avait fait de son côté aussi.

Il termina finalement et porta son choix sur plusieurs tenues qu’elle approuva. Mais lorsqu’il alla payer, son regard fut attiré par un vêtement. La jeune femme suivi son regard et aperçut la magnifique robe bleue et argentée. Elle était vraiment très jolie. Loin des robes de princesses mais il y avait un certain charme. Cependant, elle ne pensait à aucun moment se retrouver dedans, ce n’était pas son style, du moins elle n’en voulait pas. Lorsqu’elle vit que Tristan semblait réfléchir tout en lui jetant un coup d’œil, la demoiselle ouvrit la bouche en grand, catégorique. Ah non, cette robe ne lui irait pas, qu’il n’essaye même pas de la forcer à la mettre, c’était non, nada, niet !

Et pourtant, il fit quelque chose de surprenant. Glissant à son oreille une petite phrase remplie de défi. Elle pas capable ? Elle fronça les sourcils. D’habitude qu’on la défit ne la dérangeait pas, elle ignorait tout et tout le monde et ne rentrait certainement pas dans les petits jeux des uns et des autres. Ca l’ennuyait et elle n’y voyait pas d’intérêt. Pourtant lui, c’était différent. Elle avait peut être envie de lui prouver quelque chose, de réagir par rapport à ce qu’il disait et faisait. Alors elle s’avança vers la robe en grommelant et s’engouffra dans une cabine. Il passa la tête, elle répliqua par instinct tout en poussant un nouveau grognement de défi. Qu’il ose seulement ! Et pourtant elle s’était bien rincée l’œil le moment d’avant. La robe n’était pas trop difficile à enfiler, par contre le mécanisme de lacets derrière la laissait perplexe. Elle se demandait comment une femme pouvait faire pour attacher tout ça. Elle n’avait pas des bras à rallonge quand même ! Mais elle se rappela, un peu douloureusement, que chaque habitant sur Ascadian possédait un brin de magie en lui pour les tâches courantes. Lacer une robe devait en faire partie. Heureusement que les manches étaient évasives pour laisser passer ses poignets de force qui lui couvraient tout l’avant bras. Elle refusait d’enlever cette partie… C’était… enfin encore plus que son dos, c’était quelque chose de plus visible et très choquant, lui rappelant sans cesse ce qui s’était passé. Les extirper de sa vue était la meilleure chose que la petite demoiselle avait fait.

Elle tira le rideau, hésitante. Tout dans l’expression de son visage montrait qu’elle n’était pas à l’aise. Oui fragile et vulnérable il avait raison. Avec cette robe, elle sentait qu’elle pouvait attirer les regards des plus honnêtes et plus malintentionnés. Et qu’elle ne pourrait pas se défendre toute seule. Avec cette robe, elle ne pouvait pas courir, fuir, comme elle le voulait. Et puis, même si le reflet du miroir lui renvoyait une jolie fille, quoique elle avait toujours les cheveux attachés par une couette, elle ne se sentait pas… spéciale. Il lui fit un compliment. La jeune femme semblait beaucoup plus intimidée. Quoiqu’il en dise, elle réagissait à ses compliments. Ca prenait du temps pour qu’elle se fasse à cette idée. Mais il y arrivait, petit à petit.

Cassidy déclara alors qu’elle allait retirer la robe. Déjà elle n’avait pas les moyens de se l’offrir. Et puis elle ne savait pas trop quoi en faire et quel intérêt de la mettre. C’était bien moins pratique qu’une tenue masculine. Elle se déshabilla pour reposer la robe avant de le rejoindre.

Ils finirent par trouver l’auberge en question. Elle était du côté Nord de la ville, près d’un groupe d’habitations et de quelques commerces comme une boulangerie, une taverne. L’endroit n’était pas vraiment à l’écart et semblait plutôt spacieux. Elle insista pour prendre quelques affaires afin de l’aider à s’installer. Asyria… un nom étrange qui ne disait rien à Cassidy. Elle ne savait pas ce que cette femme avait dit ou fait à Tristan. Elle ne savait pas ce qu’il pensait. Pourtant elle ne lui en parla pas. L’aubergiste leur parla d’une chambre. L’auberge était composée de plusieurs étages, il était au dernier. C’était pas plus mal. Ils entrèrent dans la chambre et elle posa les quelques affaires sur le bureau. L’endroit était chaleureux, agréable, de quoi rester un bon moment pour y être à l’aise. Cela lui faisait bizarre à elle aussi. Bien sûr, elle passait souvent dans une auberge mais juste pour coucher avec un homme, pas observer les détails des lieux. Et pourtant la chambre de Tristan était bien… Elle resta un peu perdue en regardant la cheminée.

« C’est un joli endroit ici, tu devrais être bien installé… »

Son imagination lui joua des tours. Elle visualisa Tristan qui ramenait des femmes pour les mettre dans son lit. Son regard fut attiré vers celui-ci. Grand, confortable. Il lui semblait même entendre les murmures des demoiselles soupirantes dans ses oreilles. La demoiselle serra les poings tout en fermant les yeux. Elle ne devait PAS être jalouse. Il était libre… libre. Bon sang il fallait qu’elle se le répète combien de fois ? Hein ? Combien de fois avant d’accepter le fait qu’elle n’était pas la seule avec qui il pouvait coucher ? Finalement ils sortirent sans rien faire. Surtout que ce n’était pas les idées qui manquaient à la demoiselle. Elle avait déjà repéré le bureau, la baignoire, un creux dans la paroi de la cheminée… Hum… Autant penser à autre chose.

Encore une fois, elle le surprit avec le choix du restaurant. Quelque chose spécialement à son intention. Elle n'aurait pas du… Et pourtant sa réaction était bizarre. C’était comme si elle essayait de se comporter différemment avec lui, comme si elle cherchait à lui montrer qu’elle s’intéressait à ce qu’il était, peu importe son identité, peu importe ce qui s’était passé. Elle avait tenu compte de ses goûts pour lui proposer cet endroit et cela la choqua intérieurement. En effet Cassidy n’était pas du genre à être aussi attentive à qui que ce soit.

Ils entrèrent dans le petit restaurant et le repas avait failli mal débuter. Le serveur la considérait comme SA compagne. Elle était surprise. Ca crevait les yeux ou quoi ? Etait-ce le regard qu’elle posait sur le beau Drakkari ? L’expression de son visage ? Si ils étaient bien assortis ? Pourtant le contraste était énorme. Il était très grand elle était petite. C’était un guerrier elle était… une vagabonde ! Il avait du sang de Drakkari aux yeux de tous, elle était une humaine chétive. Pourquoi ? Ou c’était peut être de la politesse. Elle se cogna un peu partout en s’excusant.

Arrivant dans les toilettes, elle se passa de l’eau sur son visage pour cacher la rougeur de ses joues. Ca lui avait fait un petit quelque chose quand on l’avait considéré pour la compagne de Tristan. Mais elle ne devrait pas y réfléchir, il était libre, elle était prise. Et pourtant, elle s’était sentie à sa place pendant un très bref instant. Ca la dérangeait, la perturbait, la troublait. Quels étaient ces putains de sentiments qui l’agitaient ? Oh bien sûr elle n’était pas indifférente à Tristan. Mais à ce point là ? Et pourtant la demoiselle repoussait une vérité bien étrange.

Elle revint vers lui, calmée. Ils commencèrent à manger et la demoiselle avait bien du mal à faire la conversation. Elle ne savait pas par quoi commencer. Parlant du froid en premier. Puis elle refit des pauses. En fait, tout le repas était entrecoupé de pauses. Cassidy n’avait pas l’habitude de parler, ça se voyait. Elle était loin d’être une bavarde, assurément. Et puis elle entreprit de lui expliquer les coutumes d’ici, comment se comporter avec les Nordiques. Il était vrai qu’il y avait des choses à dire. Mais elle allait toujours à l’essentiel, sans tourner autour du pot, ce qui rendait ses phrases brèves et pertinentes.

Son plat du jour était une viande de cerf accompagné de légumes du coin. Heureusement à Frihold, il y avait aussi des cultures qui poussaient sous de grandes serres, alimentées par magie. On y faisait pousser toutes sortes de choses et c’était impressionnant le système mis en place. Elle mangeait doucement, tout en lui expliquant plusieurs choses. Enfin, elle resta silencieuse alors qu’une question lui brûlait les lèvres. Il était là c’est bien mais pour combien de temps ? Un jour ? Deux jours ? Il n’était pas arrivé à destination ? Elle redoutait cette question et semblait bien plus crispée et hésitante en lui parlant.

Il mit un petit moment pour réfléchir, ce qui lui semblait interminable. Avant de lui répondre sur un ton détaché une réponse qui rassura la demoiselle. Un long moment… Elle ne savait pas si c’était pour elle, si c’était par rapport à sa mission mais Cassidy se sentait soulagée. Car rien que le fait de penser à son départ lui tordait l’estomac et la nourriture n’y était pour rien. Ce fut à son tour de poser une question, d’un ton crispé, détournant les yeux. Ah Jilian… Elle se demandait à quel moment il allait aborder la question du garde du corps.

Elle avait frotté son verre du bout de son doigt, pensive. La jeune femme semblait plutôt insensible à l’évocation du Nordique, et ne montrait pas vraiment ce qu’elle pensait. Lui disant qu’il était parti quelques jours. Dans un sens ça l’arrangeait… Mais dans l’autre sens ils avaient une relation libre… Enfin si elle restait tout le temps avec Tristan, Jilian risquait de voir ce qu’elle refusait d’admettre. Que le beau Drakkari n’était pas uniquement le coup d’un soir, ni l’amant régulier. Il percerait directement les sentiments de la petite blonde. Il verrait que Tristan ne la laissait pas indifférente et qu’il était capable de la faire changer. Et pour la connaître depuis six mois, il savait qu’elle ne changeait pas si facilement que ça. Alors ça l’arrangeait oui.

Ils sortirent finalement sur cette note et commencèrent leur balade en ville. Cassidy ne trainait pas souvent en ville, ce qu’elle préférait, c’était l’extérieur. Mais elle devait quand même bien montrer les lieux importants à Tristan, bien qu’elle se dirigea vers quelques ruelles pas vraiment nécessaires. Juste pour faire durer un peu plus longtemps le moment. Elle n’avait pas vraiment envie de le quitter et ce qui devait être une balade courte se révéla bien plus longue à cause des petites ruelles qu’elle empruntait. Elle comblait un peu la conversation, quand elle sentait que le silence s’installait entre eux. Mais ce n'é’ait pas évident pour elle qui n’était pas si bavarde que ça au final. Pourtant elle s’en sortait bien. Pas un moulin un parole mais elle se permettait des petites phrases à des moments opportuns.

En passant près d’une rue animée, elle aperçut un de ses anciens amants dont elle ne se rappelait plus le prénom mais pas d’importance. La jeune femme avait par réflexe agrippé le bras de Tristan, passant hautaine. Mais elle se garda bien de montrer que ce simple mouvement lui donnait un bon prétexte de se rapprocher de lui. En fait, elle ne le lâcha même pas, tout en parlant d’un dégagé. Elle était bien à faire la visite avec lui, légèrement plus collée contre son corps, même si elle jouait un peu l’indifférente, son corps lui réagissait beaucoup ! Elle se sentait à l’aise, détendue.

Et puis, elle parla de la fin de la visite. Ca elle ne voulait pas. Mais la jeune femme n’allait pas le monopoliser toute la journée alors qu’il avait sûrement des choses à faire et sans elle. Cassidy évitait le regard de Tristan, elle ne voulait pas le voir partir. Mais soudain, elle sentit la main de Tristan prendre la sienne. A vrai dire, elle ne s’y attendait pas. Il s’était baissé pour la regarder et semblait vraiment très sérieux pour le coup. Cassidy ouvrit légèrement la bouche, surprise. Sa phrase avait un double sens et elle le perçut très bien, mais que ce soit lui qui fasse encore le premier pas était très encourageant.

Elle ne lâcha pas sa main, à aucun moment. Il disait qu’il n’aimait pas trop la ville. Encore un point commun avec elle, après tout elle était plus à l’aise dans la nature. Et il voulait voir les alentours également, en sa compagnie. Cassidy n’avait pas le temps de dire quoi que ce soit, de broncher qu’il enchaîna à sa grande surprise sur son activité qu’elle cachait aux yeux de tous. La glisse sur neige. Il disait qu’il voulait apprendre, que ça l’intéressait. C’était comme si il se doutait qu’elle pratiquait pourtant elle ne lui avait rien dit ! Et il parla ensuite de l’emmener dans un endroit où il n’y aurait que des plats sucrés, pour elle.

La jeune femme était perplexe. Les mots sortirent sans qu’elle n’arrive à les retenir de sa bouche alors qu’elle le dévisageait avec une énorme surprise.

« C’est vrai ?! »

Elle poussa un juron dans sa tête. Elle espérait qu’il comprenne pour le restaurant sucré ! Pas qu’elle donnait son accord pour qu’ils restent encore un moment ensemble ! Parce que ça faisait bizarre ! Ils n’étaient pas censés… passer autant de temps ensemble ! Bon, elle avait une tête mélangée par l’espoir, la joie, que du positif en fait. Mais elle ne comprenait pas son intérêt de rester avec ce garçon aussi longtemps. Elle bredouilla alors pour tenter de se rattraper.

« Je veux dire… heu… oui ça me dérange pas. Enfin je pense comme toi, je préfère les alentours de la ville à la ville en elle-même…. C’est plus reposant… et puis… la nature ne juge pas au moins elle »

Etrange fin de phrase qui sonnait beaucoup avec ses expériences passées. Elle garda la main dans la sienne pour le conduire d’abord chez elle, déclarant qu’elle devait récupérer quelque chose. La demoiselle le fit alors entrer dans la maison de Jilian puis lui demanda d’attendre dans le salon alors qu’elle montait à l’étage pour chercher sa planche. Elle redescendit avec « l’engin ». C’était une planche en bois tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle semblait avoir beaucoup servi, usée par le temps et pas forcément la plus attirante. Des attaches fixées au milieu permettaient de maintenir ses pieds par un système ingénieux. La demoiselle avait enlevé sa cape pour mettre une tunique plus chaude et une sorte de harnais avait été accrochée par elle-même. Un harnais avec un emplacement pouvant accueillir la planche, à l’arrière de son dos. Elle sortit aussi des bottes bien plus solides que celles qu’elle portait pour les enfiler.

Tristan regardait avec curiosité sa planche qu’elle tenait dans ses bras. Elle ne comprenait pas pourquoi mais se sentit obligée de se justifier.

« Oh heu… fais pas attention ! Je l’ai récupéré, pas achetée. Elle était sur un tas d’objets, tu sais, cet endroit où on brûle les choses qui ne sont plus utiles… Mais pourtant je trouve qu’elle est toujours en état alors… »

Elle marmonna, ne sachant pas quoi lui dire puis mit les bottes et l’invita à sortir. Sa planche solidement attachée grâce au harnais dans son dos, cela lui permettait de se balader, sans être encombrée. Système bien ingénieux et pratique. Alors, elle commença par lui faire visiter les alentours et semblait encore plus enthousiaste que la ville. Lui montrant des jolis endroits, des jolies choses qu’on ne verrait pas au premier coup d’œil. Il y avait des endroits à escalader, mais c’était juste des pierres à enjamber pour passer de l’autre côté.

Elle lui montra la nature différemment. De la grande forêt qui s’étendait à l’est, aux montagnes au nord, des petites clairières ainsi que des cavernes mystérieuses. Cassidy lui montra même plusieurs endroits spéciaux, pas facile d’accès quand on ne sait pas où chercher. Un de ces endroits, il fallait escalader un peu pour passer derrière un ensemble de parois qui s’étendaient, empêchant le passage. Une sorte de clairière avec des cristaux lumineux, éclairant l’endroit. La beauté était magique. Elle lui montra aussi un endroit dans la forêt avec une cascade où l’eau s’écoulait paisiblement, un autre petit coin de paradis. Tous les coins d’eau n’étaient pas gelés à Frihold, car certains avaient des propriétés magiques.

Elle lui montra également les sources chaudes. Pas faciles d’accès elles non plus, dissimulées derrière une barrière naturelle d’arbres gigantesques et touffus. Il fallait connaître le bon endroit pour passer.

Puis elle lui désigna la montagne qui permettait d’avoir accès au soleil et aux étoiles. Effectivement l’endroit semblait très difficile d’accès. Certains Frihodliens étaient d’excellents grimpeurs mais cet endroit paraissait vraiment hors d’atteinte.

Enfin, elle le conduisit bien plus loin, dans un endroit dégagé, bien plus loin loin de la ville. Une petite pente glissait doucement. La demoiselle sortit alors de son sac une corde étrange qu’elle attacha à un arbre avant de remonter vers un autre arbre bien plus haut. Une autre corde était suspendue à celle-ci, avec un système spécial qui lui permettait de glisser en haut et redescendre doucement quand la personne la lâchait.

« On utilise ce genre de chose pour monter et descendre sans se fatiguer. C’est alimenté grâce à la magie et c’est plutôt pratique… »

Elle se garda bien de lui dire qu’elle ne se contentait pas que de monter et descendre mais partait souvent dans les hauteurs pour faire toute la descente d’un coup, faisant des choses un peu plus acrobatiques. Mais chaque chose en son temps. Ils n’étaient pas pressés après tout. La jeune femme monta à pied avec lui puis lui expliqua pour la planche qu’elle venait de décrocher tout naturellement de son dos.

« En fait les deux planches que tu dis, c’est une autre sorte de glisse, mais je n’aime pas trop, ça laisse moins de liberté. Avec cette planche, tu contrôles tous les mouvements, la vitesse. Ce qui est important, c’est l’équilibre du corps, le centre de gravité… »

Tiens donc, la demoiselle semblait plus bavarde. Après tout, elle s’était découverte une passion dans cette activité alors forcément il avait marqué un point en s’intéressant à ça. Mais il était très loin d’imaginer qu’elle aimait faire ça. La jeune femme s’assit sur un tronc d’arbre et accrocha la planche à ses pieds. Elle lui expliqua le mécanisme qui collait littéralement les pieds à la planche. Et le rassura que si il tombait, la planche partait d’elle-même, pour lui permettre de mieux gérer sa chute. Elle osa même adapter son explication.

« En fait c’est pas comme le vol. Je pense que quand tu voles bien sûr tu fais attention à la position de ton corps mais les ailes te permettent de gérer tes déplacements, faire des figures. Ca c’est complètement différent, ce qui est le plus important c’est le poids du corps qui te permet de changer de direction, de te maintenir en équilibre. Tes jambes accompagnent le mouvement, tu dois rester souple. Et enfin il faut que tu te serves de tes bras pour suivre le mouvement »

Elle se redressa alors, un pied sur la planche, l’autre au sol.

« C’est un peu difficile à expliquer la théorie mais je pense que c’est la même chose que voler. Rien ne vaut la pratique pour s’améliorer et comprendre ce qu’il faut faire et ne pas faire. Par contre, tu risques de douiller… les courbatures ne sont pas très agréables au début… »

Elle tira malicieusement la langue, pour le taquiner. La jeune femme se servit de son pied libre pour se diriger vers la pente.

« On peut avoir un pied libre pour s’orienter sur la descente. Puis quand tu es bien placé, il suffit de donner une impulsion. Petite au début pour commencer, afin d’incliner la planche. Tu reposes ton pied dans l’encoche et hop t’es lancé. Comme ça ! »

Cassidy donna une petite impulsion pour commencer. La planche s’inclina et glissa. Ca se voyait qu’elle maîtrisait le truc. L’inclinaison de son corps, sa position parfaite. Elle arriva cependant rapidement en bas et freina. Avant de prendre la corde pour remonter. Tiens étrange ça allait plus vite que d’habitude. Elle décolla un de ses pieds de la planche pour se rapprocher de lui.

« Tu as un peu compris ? Attends je te remontre histoire que tu visualises bien les mouvements »

Elle recommença la descente. Puis remonta et déclara que c’était son tour maintenant. Il semblait très sage et désireux de bien faire, elle lui donnait d’autres instructions. En fait oui c’était une passion pour elle. Lui donnant un petit coup sur la tête quand il positionna mal son pied. Elle lui proposa d’abord de s’habituer à la planche et avoir les deux pieds collés, sans glisser. Et d’ailleurs elle en profita pour se coller contre lui, afin de l’aider à trouver son centre de gravité. Apaisante, elle se mettait soit devant, soit derrière lui, attendait qu’il se place bien. Mais la proximité n’arrangeait rien à leurs pulsions. Elle ne savait pas pour lui mais elle ça la démangeait et sérieusement.

*Yaaaaaaaaaaaaaaaaa ! Nan Cassy pas maintenant ! Je sais que je suis en manque, que j’ai des pulsions innasouvies. Tout ce que j’ai envie c’est de le jeter par terre et baiser dans la neige comme ça mais… mais non ! Hum… son corps est chaud… Aaaaah y a une bosse ! Je la sens ! Punaise Tris’… ça va pas là. On est pas censé… enfin j’en ai envie aussi… mais…mais… enfin quoiiiiiiii Cassy ! Réveille toi quoi ! T’es pas en chasse là ! Juste un truc différent ! Mais j’ai envie de lui…. Rhaaaaaaaaaa le dilemme quoi !*

Elle s’écarta alors de lui, troublée, lui disant d’une voix qui peinait à reprendre son calme qu’il avait l’air de trouver ses repères et qu’il devait essayer de glisser. La première fois il s’en sortit plutôt bien. Ca manquait de style mais il avait l’air de comprendre le truc. Il remonta et elle l’encouragea, lui disant que c’était pas si mal que ça pour un début. Se permettant même de poser une main sur son torse, juste comme ça. Il voulut redescendre une nouvelle fois. Difficile de dire si c’était elle qui lui faisait de l’effet ou autre, si il avait la tête en l’air mais cette fois il perdit l’équilibre et il tomba au sol, roulant dans la neige. Tout de suite, elle vint près de lui, un peu inquiète, courant dans sa direction.

Mais en voulant le rejoindre, la demoiselle s’emmêla dans ses pieds… et tomba directement dans ses bras sans lui laisser le choix. Il l’avait rattrapé mais elle était collée contre lui là. La demoiselle marmonna une excuse. Fichue maladresse. Pourtant quand elle se redressa un peu, elle hésita à se retirer. En effet, il n’avait pas fait que la retenir, il l’avait enlacé. Alors elle ne bougea plus, respirant doucement, attendant que ce soit lui qui rompe le charme. En fait elle était très bien installée et ferma les yeux un instant. La demoiselle se serait peut être endormie sur lui si il n’avait pas bougé un peu, alors qu’il parlait tout en se redressant. Elle le dévisagea un instant, ouvrant la bouche, perdue. L’envie de l’embrasser était grande… l’envie de rester dans ses bras.

Elle toussota, ne sachant pas quoi faire. Mais le début de la nuit les arrêta. A force de crapahuter un peu partout, la lumière commençait à disparaître, laissant place à l’obscurité. Cassidy murmura qu’il était temps de rentrer, même si ces mots avaient été dit à contrecoeur. La jeune femme parlait beaucoup moins sur le chemin du retour. Elle était encore troublée par cette journée… Très troublée.

Il avait toujours cette idée de l’emmener vers un endroit qui proposait que des plats sucrés et elle lui en proposa un. C’était un petit endroit chaleureux, accueillant. Toutes sortes de petits plaisirs étaient à la carte, passant des gâteaux imposants à des assortiments de mignardises. Elle fit son choix parmi un assortiment et ils s’installèrent à une table. Il prit un thé mais elle semblait un peu gênée de manger alors que lui n’avait droit à rien. Mais il ne semblait pas regretter. La jeune femme gourmande mangea avec bon appétit. Elle aimait les choses sucrées, gourmande comme elle était. Voulant revenir à une note plus taquine.

« Je suis curieuse de te voir demain avec tes courbatures… J’espère que tu n’as rien prévu comme… acrobaties cette nuit. Ca risque d’être pire »

Encore une fois elle parlait du fait qu’il pouvait très bien se trouver une amante d’un soir, pour faire passer ses pulsions. Mais elle tentait de garder un ton détaché, bien qu’on pouvait remarquer la très légère pointe de jalousie qu’elle essayait de cacher avec peine. Il répondit sur le même ton, elle grogna tout en faisant style de ne pas avoir entendu, s’attardant sur un morceau d’un chou à la crème.

Ils finirent par rentrer à l’auberge. Il faisait nuit. Les plus fêtards se regroupaient déjà dans les auberges où les activités marchaient même la nuit. D’autres restaient dehors à discuter tranquillement. Mais une chose était sûre, dans cette ville, l’activité ne s’arrêtait jamais. Les fêtards étaient de sortie. Cassidy et Tristan s’arrêtèrent contre un mur de l’auberge, un peu à l’écart. Elle ne pouvait pas passer la nuit avec lui, même si elle en avait envie. C’était horrible en fait… Elle voulait rester un peu plus longtemps mais à part pour coucher, elle n’avait… enfin ça ne serait pas normal qu’ils passent la nuit ensemble alors qu’ils n’étaient pas officiellement en couple et que se regarder dans le blanc des yeux toute la nuit, ça ne se faisait pas.

Pendant un instant, elle sautilla d’un pied sur l’autre, embarrassée, fermant les yeux. L’envie de lui dire bonne nuit en déposant un baiser sur ses lèvres était grande et pourtant… si elle le faisait ça risquait de raviver ses pulsions. Et pourtant elle ne voulait pas qu’il pense qu’elle était indifférente et détachée par cette journée. Cassidy prit alors doucement la main de Tristan dans la sienne, lui donnant une petite pression.

« Bon ben… bonne nuit alors… »

Elle lâcha sa main et se détourna de lui, murmurant une phrase pour elle-même, qu’il pouvait entendre si il voulait.

« Ca m’a fait plaisir de passer la journée avec toi… »

Il se passa un truc de sa part ou rien du tout.


Cassidy rentra à la maison. Elle laissa tomber son regard si détaché et semblait en panique. Il ne la laissait pas indifférente loin de là ! La jeune femme était troublée. Elle voulait plus… bien plus et pas seulement coucher avec lui ! C’était ça qui la rendait dans cet état. Elle se dirigea vers la douche pour en prendre une bien froide, afin de se remettre les idées en place.

Cette nuit elle ne se mit pas en chasse. Car elle pensait trop à Tristan… car elle ne voulait pas d’un autre… elle le voulait lui… même si ils n’avaient pas le droit… Et une autre chose la tracassa. Après tout, elle ne voulait pas coucher avec lui comme elle le faisait avec les autres. Elle voulait que ce soit différent. Sa première fois avait été prise de force certes… mais pas sa première fois véritablement sincère. Parce qu’elle le voulait et pas que pour coucher. Parce qu’elle se sentait bien avec lui. Bon elle se sentait bien avec Jilian mais c’était toujours elle qui menait la danse et jamais elle ne se montrait vulnérable.

Mais Tristan… une première fois parfaite… voilà ce qu’elle voulait avec lui en fait. Le désir, l’envie, une nuit entière… lui qui prenait le dessus, elle qui prenait le dessus. Les préliminaires de l’un et l’autre. Et recommencer… encore et encore… sans se lasser. Et puis ses pulsions ne disparaissaient pas au contraire ! Elles ne faisaient que s’amplifier quand il était proche… C’était très difficile à tenir et elle avait peur de se jeter sur lui comme une affamée. Elle n’allait pas le nier, ils allaient faire quelque chose. Quand elle ne le savait pas… Mais elle ne voulait pas… laisser ses pulsions prendre le dessus, pas cette fois.

Tourmentée, elle finit par s’endormir et heureusement d’ailleurs. Même si ses rêves n’avaient rien de reposant…


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 13 Mar - 20:36

Tristan était allongé sur son lit et fixait le plafond de sa chambre noyée d’ombres mouvantes par l’éclat que jetait le feu de cheminée dans la pièce. C’était joli et apaisant. Le crépitement avait quelque chose de vraiment agréable dont il ne parvenait pas à se lasser. Mais pas du tout dans une admiration pyromane, juste le crépitement sage d’un feu de camp ou de cheminée. La pièce était baignée de chaleur alors qu’à l’extérieur il neigeait… Il neigeait… C’était pourtant la fin de l’été dans les autres régions mais le Frihold était dans les montagnes et à l’extrême nord… Le climat… y était aussi sauvage et imprévisible, aussi rude et changeant que ses habitants.
Allongé, en boxer, les bras croisés derrière la tête, le jeune homme réfléchissait et se laissa gagner par la vague d’apaisement qui l’entraina dans un état proche de la méditation, suffisant pour que tous les récents évènements de cette journée lui reviennent en mémoire et passent devant ses yeux dans les ombres de la pièce.


Il y avait eu tant en si peu de temps.
Quelques heures ensemble qui avaient filé comme des secondes. Du moins pour moi… J’avais été soulagé qu’elle accepte de me servir de guide. Je sais bien que j’aurais pu demander à n’importe qui, que bien des demoiselles auraient été ravies de m’aider d’ailleurs. Je sais bien que j’aurais dû demander à n’importe qui mais surtout pas à elle. Parce que justement j’avais envie d’être près d’elle. Elle m’avait manqué, je le savais bien, même si je tentais vainement de me convaincre du contraire. Je ne pensais pas qu’elle m’avait autant manqué. Dès que je l’avais vue j’avais été pris entre deux feux contradictoires. Un profond soulagement, un apaisement, une certaine paix oui, rien qu’à la voir, rien qu’à la sentir, rien qu’à l’entendre et mieux encore rien qu’à la toucher… Enfin rien que… la toucher était de loin le sens que je préférais près d’elle. Enfin pas de loin, je me délectais de tout mais j’aurais pu être aveugle, sourd, dépourvu d’odorat, le simple fait de toucher sa peau m’aurait apporté une paix extrême, je le savais bien. Et en même temps mon coeur s’emballait, ma tête se vidait et fourmillait de milliers de questions et d’informations, ma libido remontait en flèche et je me sentais aussi pataud qu’un jeune premier débutant, un tout jeune adolescent innocent. C’était difficile de calmer mes pulsions, il m’avait fallu des années pour pouvoir rester réellement calme et ne pas me laisser déborder même s’il m’arrivait de craquer, surtout parce que je savais que mon corps avait de dangereux besoins… Mais elle remettait tous les compteurs à zéro et c’était effrayant. Avoir en même temps une telle tension, une telle envie, une telle montée d’adrénaline et me sentir aussi calme. Pas distant. Je n’y arriverais plus… J’avais épuisé tout mon capital, toute ma force dans notre village, à tenter de la tenir loin de moi par des paroles parfois… douloureuses, un masque que je n’avais pas naturellement avec elle. Parce qu’elle avait un copain… Parce que je n’avais pas le droit… parce qu’il y avait nos familles aussi… L’énergie que j’avais dû mettre pour cela… je ne l’avais plus. Ni l’envie d’ailleurs. Le fait d’être loin de notre village, je crois que je m’en servais comme excuse, intérieurement pour m’autoriser à refermer légèrement mes bras sur elle, à lui sourire et à être bien plus honnête même si bien sûr je ne l’étais pas totalement. Après tout le regard que j’aurais posé sur elle si je l’avais été l’aurait brûlée, transpercée tant il était plein de désir et de sensations qui se heurtaient violemment en moi. Je lui en voulais tellement de me chambouler de la sorte ! Elle ne semblait se rendre compte de rien. Ca avait l’air tellement simple pour elle. Elle venait juste près de moi, m’entourait de ses bras, tâtait mon corps… C’était simple, naturel, c’était elle, bien qu’un peu maladroit parfois, un peu insistant aussi, juste un effleurement plus appuyé qu’un autre… Alors que moi je devais me faire violence pour me contrôler un minimum. Je l’enviais… Une caresse envers elle, même juste avec le sourire… je ne pourrais pas m’en contenter… Si je levais la main sur elle, en douceur évidemment, je ne pourrais que recommencer ce que nous avions commencé. Ses gémissements me manquaient, son corps nu me manquait, il s’imprimait derrière mes paupières closes chaque fois que je fermais les yeux. J’aurais voulu qu’il n’y ait que ça. Un fantasme, un désir violent que je pourrais combler avec une autre femme. Mais si nue soit-elle dans mes excessifs fantasmes qui exerçaient plus qu’exponentiellement son apparente endurance et une souplesse que je lui attribuais, des plus délectacles, mon esprit ne pouvait pas s’en contenter. J’imaginais sans mal la corolle de ses magnifiques cheveux lâchés, entourant son visage alors qu’elle avait la tête sur un oreiller. J’imaginais sans mal ses sourires, soupirs, sa manière si excitante et si mignonne en même temps de se mordiller la lèvre tandis que j’éprouvais son corps de mille caresses, simple et faible avant goût de toute la volupté que je souhaitais lui procurer… Ses yeux sombres qui se posaient sur moi plein de défi et de morgue alors même qu’ils étaient enflammés de désir… Je les imaginais sans mal. Ses si douces lèvres dont la simple caresse était la drogue la plus addictive qui m’ait été donné de goûter. Je fantasmais de juste l’embrasser. Ca n’avait rien d’habituel, ça n’avait rien de tout simplement… normal.

Quand elle avait été devant moi, près, très près, trop près… j’avais tellement failli me baisser sur elle pour l’embrasser, je l’espérais doucement mais le manque d’elle me laisser penser que ce serait plus impatient et imposé que je ne le voulais, que je ne savais toujours pas comment j’étais resté simplement sage et immobile. Mon corps ne cessait de m’envoyer des signaux pour me pousser vers elle et je tentais faiblement de résister… un peu. Elle avait dit oui. Nous avions été dans cette boutique de vêtements et honnêtement je ne savais plus vraiment ce que j’essayais. Déjà elle avait fait de très bons choix qui me correspondaient et j’étais assez amusé et ravi de constater que mes choix de tenue semblaient aussi en quelque sorte les siens, du moins ne pas lui déplaire. Et encore et surtout… elle était proche, trop proche. Elle était rentrée dans la cabine et me frôlait, me touchait sans cesse. Je devais vraiment me faire violence pour rester sage et j’avais peur qu’à tout moment mon anatomie trahisse mon attirance pour elle. J’avais peur de passer pour un gros porc égoïste alors que jamais attirance envers une demoiselle ne m’avait paru si justifiée, si honnête et si… désespérément vraie. J’avais dû penser à bien des choses tristes et sérieuses pour calmer mon bas-ventre qui semblait avoir son propre code de reconnaissance pour détecter la proximité de Cassidy… Les essayages étaient un peu flous dans ma tête à cause de cela même si ça avait été agréable, en particulier quand elle vérifiait de près, très près l’ajustement de mes vêtements.
Ses mains étaient douces et plus chaudes que la normale. Enfin c’est l’impression que cela me faisait mais je me demandais si ce n’était pas mon corps qui le détectait ainsi… Quand j’avais dû me retourner, la main qu’elle avait posée au bas de mon dos avait fait se tendre presque tous mes muscles dorsaux. Des choses tristes… Penser à des choses tristes. Il y avait eu mon explication pour les griffures. Nous avions échangé un regard… qui n’était plus juste boudeur et juste moqueur, plus juste plein de défi et d’agacement… Il y avait la honte dans ses yeux, juste un peu, le reflet de la mienne en quelque sorte. Parce que nous savions tous deux qu’il nous avait fallu nous combler avec d’autres partenaires… et que se lancer des piques était facile, se le dire réellement… était autrement plus difficile. Enfin elle avait son Jilian… Son Jilian qui avait le droit de poser tous les jours ses mains sur elle, de l’embrasser et de la faire sienne. J’espérais qu’il savait la combler comme elle le méritait, et en même temps cette pensée me donnait la nausée.

J’avais pu la convaincre, d’une manière peu orthodoxe, d’essayer la robe… Elle était si belle que je bénie mes sens de me donner un si bon équilibre tant mes jambes me semblèrent mollirent quand je la vis. L’excitation monta d’un cran. Encore ce drôle de mélange d’admiration et de désir. Je la trouvais belle, terriblement attirante et jamais je n’aurais commis de geste irrespectueux vers elle, bien que j’en crève d’envie… J’avais remarqué les lacets non attachés, sa mine légèrement ailleurs. Je ne sais pas pourquoi mais je l’identifiais d’une curieuse manière. Comme si… comme si elle était triste malgré tout, ou du moins dégoûtée. Certains vêtements s’enfilaient plus facilement grâce à la magie et pourtant si cette robe me plaisait beaucoup c’était aussi parce qu’à mon sens c’était à une autre personne, à un homme de nouer doucement chaque attache, doux effleurements, caresses. Une image s’était imposée à mon esprit, je me voyais le faire, glisser mes mains dans son dos, ne pas résister au besoin de déposer de doux baisers dans sa nuque tout en attachant sa robe, la sentir fondre sous mes caresses, prendre l’une de mes mains qu’elle serrerait contre son ventre, défaire aussitôt ces attaches que je resserrai, la laisser se tourner vers moi et l’observer faire glisser le vêtement doucement, sans me lâcher des yeux sur son corps sublime, m’entendre gémir devant le spectacle qu’elle m’offrait et ma propre faiblesse, ne pas oser bouger, me pencher sur elle pour l’embrasser finalement, me redresser en la portant alors qu’elle s’accrocherait à ma nuque…
Heureusement qu’elle partit ôter sa robe en marmonnant. Mon esprit s’était emballé et j’avais besoin d’un instant sans la voir et la sentir pour calmer le feu de mes reins. Discuter avec le vendeur, payer et lui demander de mettre de côté la robe me fournit une échappatoire… un peu…

Il y avait eu l’auberge, le restaurant… Bien des choses intéressantes même si j’avais du mal à saisir toutes les nuances des comportements des personnes qui nous entouraient et surtout les siennes. Pourquoi donc avait-elle rougi de la sorte avant de s’éclipser ? Je ne me souvenais plus vraiment de ce qui se passait à ce moment-là. J’étais en train de me concentrer sur mon futur repas pour faire taire ma libido… un peu, encore un peu…
Elle m’avait fait visiter, gentiment, tenant plus que largement ses engagements de guide. Elle donnait des informations générales mais pertinentes, elle me semblait un peu gênée toujours, un peu…  bloquée. Comme si ce n’était pas quelque chose dont elle avait l’habitude… Discuter ne lui semblait jamais très facile en réalité… J’avais l’impression que la plupart des choses l’ennuyaient et qu’elle taisait son avis sur les autres ou l’exprimait au contraire avec une véhémence intimidante…
Elle était pourtant avec moi d’une patience qu’elle n’avait témoigné avec personne d’autre. Elle faisait réellement des efforts, je le voyais bien. Même si je ne comprenais pas ce que j’avais pu faire pour mériter pareil honneur. J’espère que ce n’était pas sa manière de me remercier pour nos petits égarements dans les buissons parce que…
Quelle idée stupide ! Pourquoi je m’étais mis à penser à ça une fois encore. Certains de ses mots m’échappaient tant je mettais d’énergie à discipliner mon esprit. C’était pire avec les lunes montantes, c’était pire avec elle si proche. Comme j’aurais voulu réitérer mon expérience et tester encore et encore la sensibilité exacerbée de son corps superbe… Comme j’aurais voulu plus aussi… tellement plus… A l’auberge ça avait été limite à un moment. J’avais vu le lit, elle aussi, nos regards s’étaient croisés et détournés. Je ne sais pas à quoi elle pensait mais moi… oh je ne pensais qu’à elle, là, maintenant, tout de suite, que j’attraperais et jetterais sur le lit pour lui arracher ses vêtements et goûter à la plénitude de ses gémissements sous mes caresses. Bon d’accord… je n’étais qu’un horrible obsédé ! Elle était gentille avec moi, prenait sur elle, prenait sur son temps au lieu de… bon pas de retrouver son Jilian puisqu’il était absent mais du moins sur son temps et moi je ne pensais qu’à mes pulsions d’obsédé !

Nous avions marché dans la ville et il y avait eu ce type qui était passé près de nous et l’avait littéralement dévorée du regard. L’envie de la prendre contre moi et de sortir les crocs, métaphoriquement parlant, avait été grande. L’envie de défier cet humanoïde pour montrer que j’étais le plus fort, à elle, surtout à elle… Un comportement assez instinctif, assez animal je l’avoue… Mais si je m’étais crispé, c’était elle qui m’avait pris le bras et si elle n’avait pas vu mon visage, le sourire narquois que j’avais lancé à mon « rival » valait pourtant le détour. Incontrôlable ce sourire une fois de plus… Elle ne me lâchait pas… C’était agréable et je lui laissais mon bras avec joie, appréciant la pression de l’une de ses mains sur ma peau pourtant couverte. Par contre elle m’avait appris beaucoup… Plus que je ne pouvais l’assimiler sur le moment. Un ancien amant… Mais un ancien amant pour le moins récent. Mon cerveau s’était mis à tourner à plein régime alors que je tentais de saisir cette nouvelle information. Elle était toujours avec Jilian oui. Mais apparemment elle s’occupait… avec d’autres. Je me souvenais du gars de notre village, mauvais choix, je me souvenais aussi de son absence totale de honte ou d’inquiétude lorsque nous nous embrassions et nous tentions. Enfin je n’avais pas vraiment honte non plus mais je ne voulais pas qu’elle commette un impair irréparable. Sauf… que ce n’était apparemment pas un impair… Quelle était donc sa relation avec Jilian ? Un couple libre ? Ca arrivait bien sûr oui, mais c’était rare… Je n’osais pas demander… J’avais trop peur de sa réponse parce que l’espoir qui venait de me gagner, à la fois pervers et trop… eh bien heureux et en même temps en colère de savoir que plus d’un homme la touchait… régulièrement, me tournait la tête. Elle avait ajouté quelque chose par rapport à ses pulsions, nous comparant un peu, se justifiant aussi. Rien que son ton à la fois moqueur et sérieux, si sérieux, suffit à m’enflammer les reins… Oh… je n’avais aucun doute sur les exigences de son corps… Aucun… L’entendre le dire était… excitant néanmoins. Très excitant et de nouveau ma tête avait été envahie d’images passionnées…
Heureusement nous nous étions assis, elle avait terminé la visite à la fontaine. Mais je n’étais pas vraiment de cet avis ! Pas du tout même ! Hors de question que nous nous arrêtions maintenant. Je voulais encore passer du temps avec elle, j’étais loin d’avoir comblé tout le manque qu’elle m’avait fait éprouver par son absence ! Je parlais vite aussitôt, bafouillant un peu, très maladroit je crois, cherchant désespérément quelque chose pour que nous passions encore du temps ensemble. Extérieurement j’avais probablement l’air très confiant, sûr de moi et tout… mais avec elle, ce n’était décidément… qu’extérieur… et encore pas tout à fait… Pourtant mes mots étaient sincères. Je voulais en savoir plus sur elle, je voulais voir ce qui lui plaisait et j’avais trop remarqué son choix de restaurant ! Hors de question que je la laisse sans sa dose de sucre en compensation… d’un autre plaisir que je m’interdisais de lui donner… Enfin… autant que je pouvais…

Mais mes paroles firent mouche et je vis son visage s’illuminer ce qui était en soi très très déstabilisant… Elle m’avait même pris la main pour m’emmener chez elle. Ce qui n’arrangeait toujours pas ma libido… Enfin savoir que c’était aussi chez Jilian parvint à me doucher suffisamment pour l’écouter davantage. J’avais observé sa planche alors qu’elle m’expliquait comment elle se l’était procurée. Ca ne m’enchantait pas beaucoup. J’avais déjà entendu des gens en parler, j’en avais lu quelques trucs ici et là… J’étais quasi persuadé que sa taille n’était pas adaptée à ma petite amie… enfin… mon amie petite… enfin Cassidy ! Pourquoi j’avais pensé ça déjà ?… Ca m’avait un peu empêché de réfléchir encore mais bon… je commençais à prendre l’habitude à côté d’elle. Non, la taille n’allait pas vraiment, trop grande pour son petit gabarit… Voilà que je ne pensais plus qu’à la planche… Que les dieux me viennent en aide ! Cette demoiselle réveillait un véritable démon de perversion en moi !
Elle s’était changée aussi.
C’était assez… agaçant de voir qu’elle était craquante peu importe ce qu’elle portait. Pendant une seconde je l’avais imaginée porter l’une de mes tuniques… et uniquement ce vêtement… difficile de dire si la brusque étroitesse de mon tout nouveau pantalon était due à l’imaginer justement ainsi habillée ou si c’était en déduire l’activité précédemment pratiquée pour qu’elle en vienne à être habillée de la sorte.

J’avais tellement envie de l’écouter, d’être attentif à tout ce qu’elle pouvait dire et faire… Pourtant c’était bien difficile de ne pas ressentir ce désir brûlant qui m’empêchait de penser. J’étais vraiment égoïste…
Nous étions partis de la ville et ça avait tout de suite été… bien plus agréable. Pour moi oui, c’était certain mais j’étais assez content de voir qu’il en semblait de même pour elle. Elle était moins… sur la réserve. Enfin elle n’agissait pas vraiment avec réserve d’habitude mais j’avais remarqué ses efforts justement, là ça semblait… beaucoup plus facile. J’avais eu raison de croire que cette activité pouvait lui convenir. Cassidy… Eh bien… C’est une femme forte et courageuse et tête brûlée et… enfin elle n’est pas du genre trouillarde du tout !

Elle semblait bien connaitre le coin. Elle s’était probablement beaucoup baladée ici. C’était magnifique. Malgré le froid, je découvrais un univers que je connaissais peu. Chaque lieu a ses spécificités certes mais elle savait rendre tout… beaucoup plus beau en quelque sorte.
Elle me montra aussi comment elle pratiquait son « sport », son étrange corde magique et comment elle se débrouillait sur la neige une fois sa planche attachée. Comme je m’en doutais elle n’avait pas la position idéale à cause de sa petite taille par rapport à la planche et elle avait rapproché les cales pieds au maximum… Malgré son équipement elle se débrouillait extrêmement bien et je n’osais imaginer le nombre de chutes qu’il lui avait fallu pour trouver la position la plus correcte possible. Je notais chacun des détails qu’elle me donnait dans un coin de ma tête, je l’observais avec une attention certaine et pas le moins du monde motivée par l’apprentissage de sa technique, oh non… Pour ma défense je comprenais la merveilleuse fermeté de son corps, c’était un sport physique… et ce pantalon lui faisait vraiment des fesses sublimes et… je m’égare encore. Je n’étais pas très à l’aise à chaque fois qu’elle changeait de carre. Sa planche n’était pas en si bon état qu’elle voulait bien me le faire croire. J’aurais bien voulu courir lui en acheter une sur le champ mais avec sa fichue fierté elle était capable de croire que je faisais ça par pitié et me la renvoyer en plein visage… De la pitié… Je n’avais pas de pitié, c’était juste… enfin, de l’amitié, de la gentillesse, de… bon je ne sais pas trop ce que c’était mais certainement pas de la pitié !

Je l’avais observée tout du long de sa démonstration… Elle était encore plus impressionnante et encore plus… Elle semblait dans son élément. J’étais tellement content qu’elle me parle avec tant d’enthousiasme que je ne m’étais même pas offusqué qu’elle compare cet étrange sport au vol… Rien n’était comparable au vol. A la rigueur peut-être pour d’autres spécimen mais certainement pas pour moi, voltigeur, personne ne pouvait rivaliser avec moi dans les cieux… Rien n’était plus naturel… Marcher était tellement complexe, tellement difficile, tellement à programmer par rapport au vol… Mais je comprenais ce qu’elle voulait me dire. Je n’avais pas répondu, me contentant de sourire, de la regarder. Mais je sentais bien que la magie des lieux réagissait à ma présence…et à la sienne aussi je pense même si elle ne pouvait pas le voir. Il n’y avait certainement pas souvent de dragon dans le coin et surtout… eh bien… elle me mettait un peu la tête à l’envers… ce qui n’arrangeait pas vraiment l’énergie que je renvoyais au sol. J’avais un peu peur de rompre un équilibre fragile sans le vouloir. D’ailleurs c’était étrange, dans la cabine d’essayage, j’avais eu l’impression que mes marques étaient… plus brillantes que d’ordinaire…

Et puis elle m’avait proposé d’essayer. Honnêtement je n’avais pas spécialement envie, je craignais un peu d’être ridicule sur ce machin de bois, à ses yeux, malgré tout mon entrainement physique. Mais je n’allais quand même pas me dégonfler devant elle ! Après tout c’était beaucoup moins impressionnant que le vol… Sauf que pour le vol je contrôlais tous les paramètres, là c’était… beaucoup plus hasardeux… Je n’avais jamais fait ça non plus et j’étais beaucoup moins attentif à ses explications auparavant qu’à l’observation au sens stricte du terme de cette magnifique jeune femme en pleine… « action ». Sauf qu’elle commença à me conseiller, m’expliquer à l’arrêt, me replaçant, corrigeant ma posture… Problème… Enorme problème… Et je ne parle pas de celui dans mon boxer ! Enfin il était aussi en cause mais là… J’avais un peu honte. Moi qui étais si… si… impassible d’ordinaire. Le moindre de ses effleurements me faisait vibrer. Je n’étais pas fou, ce n’était pas que moi… Il y avait comme de minuscules décharges électriques entre nos peaux à chaque fois que celles-ci entraient en contact, parfois même à travers nos vêtements !
J’avais beau essayer de me concentrer sur n’importe quoi elle était trop proche… Elle sentait bon… Et je ne pouvais pas faire un seul pas en arrière, déjà parce que j’avais les deux pieds attachés ensemble à une planche… Elle s’était même mise face à moi, m’enlaçant de ses bras et me poussant à m’appuyer sur elle pour éprouver les carres de la planches alors que pour supporter mon poids elle avait glissé une jambe de l’autre côté de la planche, passant entre les miennes… Alors forcément sa hanche buta contre mon entrejambe déjà beaucoup trop réveillé. Ca aurait dû me faire mal… Bon ça me faisait mal mais juste parce que j’avais des pulsions grondantes à assouvir ! Je serrais les dents en essayant de penser une fois de plus à tout autre chose mais sa proximité ne m’aidait pas. Elle avait dû remarquer parce qu’elle me lâcha et se recula légèrement. Je m’en voulais… Ce n’était pas ma faute si mon corps réagissait au sien. Bon un peu… Mais était-elle vraiment indifférente ? J’en doutais, j’avais bien vu l’effet que je lui faisais à notre village. Ca n’avait pas changé… si ?

Elle me poussa à descendre la pente et c’était une merveilleuse idée même si j’étais crispé et raide comme un piquet sur sa planche… entre autre à cause d’une autre raideur qui me gênait beaucoup et peinait à passer !
Je profitais d’arriver en bas et d’échapper légèrement à sa vue pour attraper une grosse poignée de neige et la mettre dans mon pantalon, la douleur me fit gémir… Je remontais, un peu calmé, juste un peu. Mais la revoir me fit vite oublier le calme.
Elle m’avait touché avant que je redescende… C’était doux, mais catastrophique pour ma concentration et je ne sais pas pourquoi mais mon corps refusait de réagir alors que je me retrouvais à faire n’importe quoi et à me gameller brusquement. Et pas un peu, pas en douceur non… je fis plusieurs roulades sérieuses avant de me retrouver étalé sur le dos, le souffle coupé, ouh, la neige était dure par ici… Je n’eus qu’à peine le temps de rouvrir les yeux qu’une pauvre petite demoiselle, sans doute inquiète de m’avoir cassé avec son jeu, me tombait dessus. Par réflexe je l’enfermais dans mes bras pour ne pas qu’elle glisse sur moi et continue sa descente sur le ventre. Pour ma défense ça glissait beaucoup et… voilà… J’avais les cheveux plein de neige et j’étais un peu sonné mais au moins j’avais de bons réflexes. Mais encore une fois, nous nous retrouvions dans une fâcheuse posture qui aurait nécessité que là, tout de suite, nous fassions l’amour dans la neige et foi de Tristan, j’aurais fait des prouesses pour cette femme, même en gardant les deux pieds attachés à cette planche qui était presque moins adaptée à ma taille qu’à la sienne. J’étais beaucoup trop grand… Elle était si petite. Dieux qu’elle me donnait l’impression de pouvoir la protéger du monde entier quand elle était dans mes bras !

Je me mis à toussoter, rompant notre contact en me redressant lentement. En même temps elle était si proche que je craignais de me remettre à bander à tout instant, ce qui serait délétère pour la toute nouvelle amitié qu’elle me tendait… Non ?
J’aurais vraiment voulu toussoter et me redresser en fait. Mais je restais juste totalement immobile sous elle, resserrant un peu plus mes bras, craignant de rompre l’instant… Ses cheveux s’étaient un peu détachés, je les sentais plus libres, ils venaient me chatouiller le nez… Je glissai timidement une main jusqu’à eux pour les effleurer doucement.
Ce fut elle qui mit fin à ce moment gênant en parlant de la nuit que je n’avais même pas remarquée… Nous étions rentrés. La nuit tombait vite, tôt dans cette partie d’Ascadian… Le soleil n’était jamais à son zénith même s’il réchauffait bien dans la journée.
Je tins ma promesse pour le goûter sucré… Ca me donna l’occasion de la regarder une fois de plus, de voir ce sourire gourmand sur son visage et d’essayer de comprendre un peu ce qui me prenait et ce qui s’était passé… Mais je ne comprenais pas grand chose à vrai dire.
Elle m’avait même parlé de mes courbatures alors que je tournais une cuillère dans ma grosse tasse de thé. Un sourire m’échappa alors que je la regardais droit dans les yeux. Mes mots m’échappèrent…


Sans vouloir te vexer ma chère… Il en faut beaucoup, vraiment beaucoup pour éprouver mes muscles au point de me donner des courbatures…

Je me sentis aussitôt idiot. J’avais presque l’impression de l’inviter à venir le tester elle-même par des acrobaties autrement plus éprouvantes que celles de cet après midi même si j’étais très crispé sur sa planche ! Oh mais j’aurais adoré chercher son seuil de tolérance à la douleur… et au plaisir…
Pourtant dans un sens j’imagine que mes paroles pouvaient sous-entendre une quelconque activité nocturne éprouvante. Je n’étais pas contre… On pouvait commencer tout de suite là d’ailleurs. La table était plutôt haute, la hauteur de mon bassin… c’était parfait… Putain… Elle était une source inépuisable de fantasmes interdits !
J’avais besoin de me vider sérieusement les couilles pour calmer mes pulsions moi…
Je ne savais pas quoi répondre d’autres. Je n’étais sûr de rien… J’avais des pulsions… et assez violentes quand elle était dans le coin, les faire taire était bien difficile…
Il me fallait trouver rapidement une demoiselle pour réchauffer ma chambre… très vite…

Elle me raccompagna à l’auberge et le silence qui s’installa entre nous était à couper au couteau. Horriblement désagréable. J’avais envie qu’elle vienne avec moi dans ma chambre, juste pour un peu plus de temps ensemble… Mais plus les heures passaient plus ma fatigue était grande et avec elle le manque de contrôle de mes pulsions… plus je me sentais faiblir, plus l’envie d’elle devenait forte. Bien sûr il n’y avait pas que le désir et c’était bien ça le plus troublant, il y avait juste l’envie d’être avec elle aussi… Mais je ne savais pas trop ce qui pouvait arriver si elle venait dans ma chambre… Vraiment pas… Enfin si je savais un peu trop bien en fait parce que mon foutu cerveau avait des tas de scénarios tous plus croustillants les uns que les autres à me soumettre !
Elle avait l’air bizarre elle aussi. J’espérais que ce n’était pas à cause de moi. Elle prit ma main, me souhaita bonne nuit, je serrai la sienne, m’interdisant de le faire fort… mais c’était vraiment dur. Elle s’éloigna mais prononça quelques mots qui firent bondir mon pauvre coeur… Je me fendis d’un immense sourire, sachant qu’elle ne se retournerait pas…


Moi aussi… A demain Cassidy… Bonne nuit.

A demain, parce que j’avais bien l’intention de la revoir.
Depuis… Eh bien je m’emmerdais sur mon lit… J’aurais eu besoin de compagnie féminine… beaucoup… Les femmes du nord étaient réputées pour leur appétit et leur endurance et j’avais bien envie de tester dans un sens… mais d’un autre côté, je pensais à la journée que je venais de passer, la meilleure depuis longtemps… et je pensais à elle… Et j’étais incapable de sortir de ma chambre pour partir séduire une demoiselle. J’aurais pu, j’aurais dû… mais l’inspiration qu’elle me fournissait… hum… pouvait être suffisante. Je pris pas moins de sept longues et brûlantes douches dans la soirée et finalement Cassidy pourrait rire de mes courbatures… au poignet. Je grimaçais en fixant le plafond… Je bandais encore… décidément… bon… huitième douche alors… Je n’avais même plus la force de me lever et finis par me tourner sur le côté en espérant que cette foutue gaule parte d’elle-même… Je devais être plus fatigué que prévu car je m’endormis presque aussitôt en serrant un oreiller contre moi, me remémorant son odeur pour imaginer que c’était elle que je serrais dans mes bras…


Le lendemain le jeune homme semblait pris de nouvelles résolutions. Ou plutôt de céder un peu plus, d’anéantir son sens moral. La patronne de la boutique était rentrée dans l’après-midi la veille après tout et Cassidy lui avait dit de passer le lendemain… Elle n’avait pas précisé quand mais lui avait livré par mégarde la détestable information qu’elle travaillait le matin.
Pauvre petite demoiselle… qui avait passé une bien vilaine nuit sans être satisfaite face à ses dévorantes pulsions… Quand elle entra chez l’apothicaire en effet, le carillon tinta et elle fut saluée par un concert de gloussement. Tristan était là, nonchalamment accoudé d’un bras au comptoir, faisant de sublimes sourires à Ninna et apparemment en grande conversation avec elle avant que Cassidy n’arrive. Il devait lui avoir dit une quelconque plaisanterie ou était peut-être en plein numéro de charme, difficile à dire. Il était beau garçon, trop beau garçon et trop de femmes y réagissaient de différentes manières, rire était bien la meilleure puisqu’elle permettait de détendre et de prendre un peu de recul sur ses pulsions en général… Au son tintinnabulant, le grand jeune homme tourna la tête et se figea en voyant Cassidy, une seconde, juste une, avant que son visage ne s’illumine… presque littéralement d’ailleurs parce que ses marques dorées semblaient accrocher les rayons de soleil qui passaient à travers le verre de la devanture.

Cassy ! …B… Bonjour, tu vas…

Il ne finit pas… Peut-être pensait-elle qu’il draguait sa patronne. Peut-être pensait-elle qu’il n’avait été gentil la veille que pour se procurer plus vite son foutu remède mais il avait l’air étrange, tout crispé malgré son magnifique sourire… Elle semblait encore plus crispée que lui… probablement parce qu’elle l’imaginait avoir passé une nuit bien plus agréable que la sienne, en charmante compagnie… Mais ce fut Ninna qui coupa court ce nouveau détestable moment.

Bonjour Cassidy. Ton ami nous a apporté le petit déjeuner ! J’espère que tu as faim, il a pris de quoi nourrir un régiment !
Euh… je… c’est juste que je ne savais pas vraiment… ce qui pouvait… vous plaire donc je…

Il voulait lui apporter le petit déjeuner… Mais comment le faire sans paraitre lourd et envahissant ? Sans lui laisser entendre qu’il attendait quoi que ce soit en retour ? Eh bien l’apporter à son travail… pour elle et sa patronne… Il avait encore dévalisé la boulangerie apparemment, et c’était tout récent puisque le sac posé effectivement sur le comptoir fumait encore. Il la regardait à présent, de toute sa haute taille, déglutissant avec peine.

… Je… Je dois y aller… Mais… j’ai pris des brioches au chocolat et… enfin voilà… à tout à l’heure peut-être… passe une bonne journée.

Encore un magnifique sourire alors qu’il avançait d’un pas vers la sortie, qu’elle voulut s’écarter mais qu’ils se retrouvèrent à s’écarter pour livrer le passage à l’autre chacun du même côté, se retrouvant constamment face à l’autre, gênés et maladroits. Ce fut elle qui dut poser ses mains sur son torse pour le pousser à rester immobile et le contourner. Il avait dû s’entrainer tôt ce matin car ses muscles étaient particulièrement saillants à travers sa tunique très ajustée. Déjà que ça se voyait… ça se sentait encore plus !
Ninna lui lança avant qu’il sorte de ne pas oublier de repasser dans l’après-midi ou le lendemain et il sourit, acquiesçant, sortit vite en manquant passer à travers la porte tant il semblait… énergique.

Oui son remède est plus long à faire que prévu. Je fais macérer deux ingrédients ensemble pour que ce soit plus efficace. Etrange tout de même cette commande… Enfin bref… Cassidy… Comment vas-tu ? Bien dormi ? Tu as des cernes jusqu’au menton ! Sympathique ton ami… Beau garçon…

Elle lui fit un sourire assez taquin. En même temps personne ne pouvait dire le contraire… Ah ça non… Et vu toutes les ratures sur le cahier de commandes et les différentes annotations de la demoiselle elle avait de quoi largement la charrier… surtout en remarquant à quel point elle avait semblé très différente de ces derniers jours, rien qu’en langage non verbale quand elle avait vu le garçon… Mais ce qui se passait entre ces deux femmes, ça Tristan n’en sut rien.

La journée passa très vite et les deux jeunes gens ne se virent malheureusement pas. Tristan avait commencé à prendre des renseignements et à faire quelques explorations, laissant ses sens affûtés le guider même s’il aurait préféré commencer par survoler le coin il s’abstint pour le moment…
Finalement il rentra, un dessein bien précis en tête.
Elle était probablement allé surfer… ou défouler son corps de toutes les pulsions qu’elle accumulait ces dernières heures, en particulier à cause d’un vilain garçon qui n’avait même pas l’attention de l’entrainer dans une ruelle pour lui faire sauvagement l’amour contre un mur et… fantasme, fantasme quand tu nous tiens… En tous les cas elle rentra chez elle alors que l’obscurité tombait une fois de plus, tôt… Seulement il y avait un mot accroché à sa porte… mis dans l’après midi…

« Ne m’en veux pas d’être entré s’il te plait, ce n’était que très innocemment… Promis, je n’ai pas fouillé dans ton tiroir de petites culottes… bien que celles roses soient particulièrement… Bon j’arrête promis!
Damoiselle, vous êtes cordialement invitée ce soir à me rejoindre près de la fontaine (auprès de laquelle vous avez désespérément essayé de vous débarrasser de moi hier) à 19h pour un diner. N’ayez pas la cruauté de me laisser attendre seul dans le froid… ou je risquerais d’avoir bien du mal à me réchauffer.
J’espère que tu viendras… A tout à l’heure.
Tristan »


C’était son écriture, c’était sa manière de la taquiner aussi, pleine de provocation et d’aisance à manier la langue (qu’il savait outrageusement bien manier de trop de manières) et ça lui était totalement adressé. Il s’excusait d’être entré… En effet, mais il n’était pas allé loin, se contentant de poser sur le meuble de l’entrée un long paquet rectangulaire qui s’avéra contenir la robe qu’elle avait essayée la veille… et un petit flacon contenant de petites particules argentées. Il y avait un autre mot qui y était accroché.

« Ceci pour t’aider à l’attacher si tu acceptes de la porter ce soir… Tu dois bien visualiser les attaches de la robes avant donc regarde les bien avant de l’enfiler, te concentrer, verser un peu de poudre argentée sur tes mains et les frotter en visualisant que les lacets se nouent tous seuls… La poudre fait le reste mais elle a besoin du biais de ton esprit. Pas d’excuse demoiselle, j’ai pu le faire avec ma braguette tout à l’heure, donc ça marche ! Ne pense pas trop fort à moi quand même ! Ca ne me déshabillera pas !!!»

Il lui donnait de quoi s’habiller seule aussi du coup… ne lui laissant pas la moindre excuse de se débiner pour la robe… Enfin elle le pouvait mais apparemment elle n’avait pas de magie à faire de son côté, elle ne pouvait pas faire obstacle tout du moins, il y avait pensé… Surtout qu’il y avait un dernier mot avec un dessin d’un petit dragon stylisé en train de tirer la langue… Juste quelques lettres: « pas cap’ de la mettre ! »
Cela suffit probablement à faire voir rouge la jeune femme et à la convaincre… Elle ne vit pas du coup ce qu’il avait écrit de l’autre côté, laissant les mots dans le carton… et c’était probablement mieux qu’elle ne le voit pas, pas tout de suite: « …et de montrer à quel point tu es belle… »

Qu’était-il arrivé au jeune homme ? Il devenait… plus entreprenant dans son comportement et ce n’était pas qu’au niveau de cet étrange cadeau… oh non…
Quand elle le rejoignit près de la cascade ce soir-là, le jeune homme était assis au bord du bassin. Il devait avoir un peu froid tout de même car il ne portait que le nouveau manteau qu’ils avaient achetés ensemble, ses autres vêtements étaient bien plus estivaux, mais indéniablement pas par hasard. Pantalon noir, hautes bottes, grosse ceinture, chemise à manches longues bouffantes mais ajustée à son torse, rentrée dans son pantalon, chemise… argentée, que l’on voyait en partie grâce à sa veste ouverte, comme s’il avait cherché à s’assortir avec la jeune femme. Il sifflotait tout bas, les yeux fermés, le visage offert aux étoiles, profitant de la chaleur de la pierre de la fontaine.
Il dut la sentir arriver ou l’entendre car un magnifique sourire illumina son visage alors qu’il rabaissait le menton pour la fixer. Encore une fois, ses yeux luisaient dans la pénombre. Il s’était coiffé… ou plutôt avait réussi à se coiffer, mettant ses cheveux en partie en arrière en dégageant son front par miracle même si ça ne durerait probablement pas ! Il sauta délicatement au bas de la fontaine là où toute personne normale avec ses bottes aurait glissé sur le verglas qui se formait avec les températures. Il s’avança vers elle, s’arrêtant en la regardant… Quel honneur elle lui faisait…

Tu es magnifique Cassidy… Vraiment… Et heureusement cette fois, ta robe est attachée, parce que dans la cabine… C’était assez… déroutant tout de même…

Elle portait une cape par dessus mais le peu qu’il voyait… suffisait à lui faire dire qu’elle était magnifique. Elle avait détachée ses cheveux pour son plus grand plaisir… Elle ouvrit la bouche mais il l’arrêta immédiatement, rapprochant trop, beaucoup trop près son visage du sien, venant juste poser un léger baiser sur l’une de ses joues mais beaucoup plus près de ses lèvres qu’il ne l’aurait dû. Ca se voulait probablement amical mais rien que ce contact envoya du courant dans leur peau.

Ne dis rien s’il te plait… Tu me gronderas plus tard, tiens…

Il tritura sa ceinture pour en détacher un bracelet de satin auquel était fixé une jolie rose des neiges, qu’il vint fermer doucement sur son poignet droit. L’instant d’après il se mettait à côté d’elle et lui tendait le bras.

Mademoiselle, si vous voulez bien me faire l’honneur…

Et non, il ne la laissait décidément pas répliquer… En même temps elle ne devait vraiment pas avoir l’habitude d’un traitement pareil. Le jeune homme semblait vraiment savoir s’y prendre et il l’emmena dans un petit restaurant, pas du tout le même que la veille dans lequel on servait aussi bien de grosses portions qui tenaient bien au corps que de petits assortiments divers et ils avaient une excellente cuisinière spécialisée dans les desserts dont la liste était désespérément longue… A peine à l’intérieur et ayant donné son nom, on les mena à une petite table à l’écart et il vint lui-même l’aider à ôter sa cape et lui tirer sa chaise. Quelqu’un avait commandé un gentleman pour redonner foi envers les hommes à une petite demoiselle ? A quel point le jeune homme était-il devenu… entreprenant ? Il était déjà bien différent de la veille et à des années lumières de l’homme qu’il était quand ils s’étaient quittés. Il prit même sa main  dès qu’il fut assis à son tour et lui sourit. Il avait demandé à être à côté de la cheminée, c’était joli… ils y avaient installé des cristaux ce qui rendaient les flammes de toutes les couleurs et leurs chaises étaient décidément très confortables. On vint leur proposer des apéritifs et il demanda un vin sucré léger pour eux deux qu’on leur apporta rapidement mais qu’il demanda à servir lui-même à la jeune femme. La main posée sur celle tellement plus petite de la jeune femme il leva son verre pour porter un toast, ne la lâchant pas des yeux comme s’il craignait qu’une malédiction ne leur tombe dessus s’il le faisait…
A quel point était-il différent ? Son discours en donna une vague idée.

Ce soir, tu es à moi…

Euh… oui certes c’était une entrée en matière appétissante… Manière un peu polie de dire qu’il avait bien décidé de lui ôter lui-même sa robe ou…

Tu commandes ce que tu veux! Si tu ne veux manger que des desserts j’en ai parlé à la chef et elle est d’accord et sinon eh bien… comme tu préfères. Ensuite, je t’amène danser à la taverne et scander des chansons paillardes, et tu ne couperas pas à une promenade digestive sous les étoiles, je suis ressorti faire un tour hier soir dans la neige et c’était tellement magnifique que non demoiselle, vous n’y couperez pas… Et si tu essaies de t’échapper… oh eh bien je serai forcé de te courir après… et je n’ai vraiment pas les bonnes bottes pour ça… Tchin tchin Cassy… Comment s’est passée ta… journée ?

Il avait lâché sa main, trinquant avec elle, buvant une gorgée qu’il sembla apprécier avant de reposer son verre, de mettre ses coudes sur la table et son visage dans ses paumes et de la regarder en souriant, attendant qu’elle parle et bien décidé à l’écouter… et à écouter tout ce qu’elle voudrait bien lui dire… et ce même si elle était bien trop jolie pour laisser ses neurones s’en sortir tous indemnes…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 14 Mar - 21:24

Elle sortait de la douche. Frustrée, perturbée, Cassidy avait le cerveau complètement retourné. La jeune femme ne savait pas quoi penser de cette journée et la douche chaude ne changea absolument rien. Et quelle journée d’ailleurs ! Tout s’était enchaîné vite… Trop vite à son goût. Elle ne savait plus pourquoi, pourquoi elle avait ressenti un bien être énorme en le regardant, pourquoi elle se sentait un peu plus triste quand il faisait mine de s’éloigner parfois même si c’était pour pas grand-chose. Elle était complètement perdue. Le jeune homme lui retournait le cerveau.

Jamais elle n’aurait imaginé le voir ici. C’était comme si ses pensées avaient été entendues. Cassidy ignorait ce que pensait Tristan. Si ça se trouve il voulait juste être gentil après ce qui s’était passé dans le village de leur enfance. Après tout ils ne s’étaient pas quittés en de bons termes. Et pourtant il y avait des signes qui ne trompaient pas. Et elle était bien incapable de les détecter. Elle qui était si observatrice en temps normal, qui comprenait si vite les choses, avait l’inspiration d’un poisson. La jeune femme n’avait jamais été très douée pour reconnaître des signes de l’amour. Oh et puis Jilian… on ne le répètera jamais assez mais elle pensait bien l’apprécier mais l’aimer… Elle ne savait pas trop quoi dire.

Cassidy était sortie de la salle de bain, un linge enroulé autour de sa taille et ses cheveux, grincheuse. Tristan… ce simple prénom l’apaisait autant qu’il la tourmentait. Elle n’arrivait pas à bien le cerner. Bon d’accord il était un peu plus… détendu qu’avant, enfin tout dépend dans quelle position on se place bien sûr ! mais il était plus agréable avec elle. Et cela ne l’aidait pas vraiment. Parce qu’elle était vraiment contente de passer la journée avec lui. Alors qu’elle ne devrait pas… Elle ne savait pas ce qui lui arrivait. Après tout, les hommes elle ne s’amuse pas à les charmer de cette façon. Quand elle a un homme en tête, c’est des petits sourires appuyés, un regard insistant et ça se conclut en même pas quelques heures…

Alors que là elle lui faisait visiter la ville, l’aider dans son choix de vêtements, manger au restaurant avec lui, trouver son auberge. Rien que ça ?! Elle n’en faisait pas autant pour les autres. Parce qu’elle n’en voyait pas l’intérêt. Et la demoiselle cherchait bien la raison qui la poussait à être aussi serviable, aussi patiente avec lui. Elle pourrait penser tout simplement qu’elle lui en devait une. Pour ce qu’il avait fait. Mais non… Jilian l’avait sorti de galère plus d’une fois et il leur avait fallu un moment avant qu’elle ne daigne le suivre chez lui et se montre gentille. Ca excluait déjà cette raison. Il y avait le fait qu’il était séduisant. Or au début, lorsqu’elle l’avait croisé dans leur village, il était certes séduisant mais elle n’en avait absolument rien à faire. Au contraire, voir un mec qui s’exhibe en public, qui attire tous les regards, c’était pas son truc pour elle qui cherchait à rester si discrète et éloignée du reste du monde. Alors il restait quoi ? Ce n’était pas un coup de foudre non… Ou alors le souvenir du petit garçon ? Non plus…

Elle grommela en se couchant sur le lit, le ventre sur la couverture de celui-ci, alors qu’elle agitait nerveusement ses jambes en l’air. Alors c’était quoi alors ? Il n’y avait aucune raison apparente. Le pire c’est qu’elle n’aurait pas du être si proche de lui. Le fait de savoir qu’il était dragon aurait du la repousser. Elle aurait du le détester, le haïr, comme tous les autres de son espèce. Mais elle n’y arrivait pas…

La demoiselle mordilla nerveusement son pouce, le regard songeur. Il y avait eu ensuite cette balade dans la nature. Elle l’avait senti un peu plus détendu, dans son élément. Après tout ça lui semblait normal, il paraît que les dragons aimaient les grands espaces et pas rester dans des endroits clos. Elle se demandait à quel moment il avait su… pour le dragon. Après tout il avait beaucoup changé depuis son départ du village. Ca pouvait être n’importe quand… à n’importe quel moment. Et elle ne savait pas ce qui s’était passé. Elle ne savait pas ce qui pouvait changer en lui. A part qu’il avait un goût prononcé pour la viande de qualité, qu’il n’aimait pas le sucre, et qu’il se plaisait à se conduire selon les normes de la société humaine. Or les dragons étaient orgueilleux, prétentieux. A moins que ce peuple là faisait des efforts pour cacher leur couverture. Comment différencier le dragon de l’humain ou du Drakkari ? Les oreilles étaient un bon indicateur. Mais peut être que certains les camouflait, pour éviter qu’on ne se pose trop de questions. Après tout, elle avait lu pas mal de livres sur les peuples d’Ascadian. On retraçait avec une grand précision les différents physiques établis et les humains avaient toujours eu les oreilles rondes. Seuls les elfes et sirènes se démarquaient en fait…

Mais Tristan n’avait pas l’air d’être gêné par la forme de ses oreilles. Peut être qu’on ne le dérangeait pas avec ça. Sauf que pour elle, ça avait été différent. Lorsque son corps avait commencé à changer, oh pas de grands changements non plus, on l’avait tout de suite regardé différemment. En même temps, elle n’avait rien à dire pour sa défense, elle l’avait bien cherché.

Ils s’étaient baladés, elle lui avait montré des coins qui lui plaisaient bien. La vallée aux cristaux était un endroit difficile d’accès, mais le mieux c’était d’y aller un soir de pleine lune. Le spectacle y était magnifique. Un sourire rêveur s’étira sur ses lèvres alors qu’elle secouait la tête, tentant de se reprendre. Lui montrer ? Elle y avait pensé un instant. Lui partager ce moment. Sauf qu’elle ne savait pas comment il le prendrait. Il n’avait pas l’air de se moquer d’elle et semblait intéressé par tout ce qu’elle racontait. Il souriait souvent, ça se voyait qu’elle lui faisait plaisir et elle n’en était que plus fière quand elle arrivait à lui faire décrocher un sourire et ça lui retournait l’estomac d’ailleurs. Mais la jeune femme avait encore un petit blocage. En effet, elle n’avait pas l’habitude des hommes. Et elle avait trahi par certains d’entre eux. Alors forcément, la demoiselle était sauvage, difficile à apprivoiser.

Mais avec lui, ça commençait à aller mieux. Elle ne savait pas encore comment lui parler, de peur d’être maladroite dans ses paroles. En fait, elle réfléchissait beaucoup avant de lui parler. Etant sûre de prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas le froisser, pour ne pas porter les choses à confusion même si elle adorait le taquiner et lui faire du rentre dedans avec ses paroles et ses gestes.

En parlant de rentre dedans, ça aussi c’était injuste ! Elle avait envie de lui. Et pas qu’un peu. Tout son corps le réclamait, comme un aimant attiré par un morceau de fer. Elle ne devrait pas pourtant… Vraiment pas. Enfin elle ne savait plus quoi penser. A de nombreuses reprises il aurait été si facile de le plier à sa volonté et pourtant… elle se maintenait. Elle repoussait ses pulsions envers lui. Pas qu’elle n’avait pas envie de faire l’amour de lui, loin de là ! Mais la jeune femme agissait très inconsciemment avec un peu de conscience quand même. Elle ne voulait pas coucher avec lui comme elle le ferait avec n’importe quel homme.

Tactique de drague, estimation de la bosse du pantalon, caresses, baisers enflammés et bingo c’est dans la boîte ! Ou plutôt dans le lit. Mais avec lui, elle ne voulait pas s’y prendre de la même façon. Il méritait bien mieux que de le prendre sauvagement dans une ruelle. Et elle avait peut être envie de faire l’amour différemment. Oh bien sûr le sexe est le sexe, du moment qu’on prend son pied, c’est du tout au même. Sauf qu’il y avait tout autour qui pouvait l’amplifier ou le diminuer. Vite envoyer l’affaire, c’était satisfaire ses besoins primaires et uniquement ça. Une fois le tout sorti, elle disparaissait rapidement, laissant l’homme soupirant dans le lit. Parfois on avait essayé de la retenir, mais elle était toujours catégorique. Ca n’allait pas plus loin. Sauf Jilian. Mais ça c’était normal car ils vivaient ensemble.

Augmenter le plaisir, elle ne connaissait pas. Tristan lui avait montré un bref aperçu mais elle sentait qu’avec lui, rien ne pouvait être pareil. Tout était différent. Il avait une façon de faire les choses unique. Il s’adaptait à sa partenaire et pensait uniquement à son plaisir. La demoiselle grogna et enserra un coussin de ses mains, légèrement énervée. Le nombre de femmes soupirantes et satisfaites qu’il avait laissé. On le touchait… on l’embrassait… comme si c’était normal. Cassidy ferma les yeux un instant. L’imaginer aux mains d’autres demoiselles était absolument i-n-c-o-n-c-e-v-a-b-l-e. Oui carrément ! Bon elle avait Jilian, elle ne pouvait pas lui dire d’arrêter de coucher avec d’autres uniquement parce qu’ELLE le voulait. C’était pas son copain, ni son compagnon, pas même un fiancé. Un amant/ami mais officiellement ils n’étaient rien de plus. Et pourtant, elle avait du mal à l’imaginer prendre son pied ailleurs. Ca la frustrait ! Et puis… laissait-il les femmes s’occuper de lui ? Vu comment il était avec elle, si attentionné, elle se demandait si il avait laissé n’importe quelle fille prendre personnellement les choses en main…

Sauf qu’avant de penser au sexe, il  y avait plus que ça. Les regards qui faisaient monter petit à petit la température. Des caresses très légères, d’abord sages, sans aucune arrière pensée. Une nuit et pas vingt minutes hein ! fantastique… et le plaisir de se retrouver le matin dans ses bras. Elle grogna une nouvelle fois ! Non mais quelle idée ! Bien sûr elle voulait aussi le prendre dans toutes les positions inimaginables. Son esprit sacrément perverti avait eu de sacrés idées. Quand elle lui avait montré les sources chaudes, son esprit vagabondait.

Elle lui faisait de l’effet, elle savait. Et lui aussi ! A chaque fois qu’ils se touchaient, elle ressentait des petits chocs électriques, pas désagréables du tout. Vraiment très bien… Ca donnait envie d’en faire plus. Et la bosse qu’elle avait senti derrière son pantalon neuf était loin de la laisser indifférente. C’est pour cette raison qu’elle le poussa un peu plus fort la deuxième fois, un peu trop perturbée. Le voir descendre lui permettait de se remettre les idées en place, un peu. Et puis elle l’avait vu chuter.

Inquiète, la jeune femme avait couru dans sa direction. La piste était glissante et elle tomba directement dans ses bras. Bien sûr, il était solide mais elle ne pouvait pas s’empêcher de ressentir une pointe d’inquiétude, pour lui. Il ne l’avait pas repoussé. La tenant dans ses bras, elle se sentait bien. La jeune femme avait presque arrêté de respirer, comme si elle avait peur que souffler trop bruyamment romprait la magie de l’instant. Il était chaud. Plus chaud que Jilian. Bon il y avait la bosse aussi mais pour le moment elle n’y pensait pas. Cassidy avait paresseusement fermé les yeux à ce moment là. Elle aurait pu rester comme ça un moment… et faire l’amour après ! Elle avait hésité en se redressant. Ses yeux avaient fixé ses lèvres avec un mélange d’hésitation et de crainte. Elle aurait pu en profiter ! Lui sauter sauvagement dessus, s’emparer de ses lèvres et qu’il la prenne contre un arbre, la faisant jouir plusieurs fois. Elle aurait pu… mais elle se refusait pour l’instant. Il valait mieux que ça… il valait mieux que ce style d’échange. Ca devait être différent forcément.

Elle s’était finalement redressée à contre cœur, parlant du jour qui tombait. Une fois que la nuit tombait, les températures chutaient. Et encore ils étaient en été alors c’était beaucoup plus doux que l’hiver hiver en fait.

Et puis, ils étaient entrés dans ce petit restaurant. Elle avait commandé un assortiment de choses, déçue de ne pas pouvoir partager avec lui. La jeune femme se permit même une petite pique, pour détendre l’atmosphère. C’était dit en toute innocence, ou pas. Oh elle s’attendait bien à ce qu’il aille courir la demoiselle une fois qu’ils se seraient séparés. Il a des besoins lui aussi, en plus comme il lui avait dit vaguement que ça serait pire les prochains jours… bon il allait avoir sa potion donc elle ne se faisait pas de souci. Mais encore une fois, le savoir au lit avec une autre, la rendait bien plus crispée et ça c’était difficile à contrôler !

Alors elle répliqua avec le même air de défi que lui, finissant de manger sa boucher d’un éclair au chocolat. Le regard pétillant, mais restant très digne (malgré le chocolat qu’elle avait au coin des lèvres), Cassidy fit ce qu’elle savait faire de mieux, le provoquer.

« Oh vraiment ? J’espère que tu es à la hauteur alors… J’aime bien les acrobaties… »

Bon d’accord c’est vrai. Mais elle avait beaucoup appris des hommes. C’est même un peu malheureusement que toute son expérience elle la devait à cette maison close. Les femmes discutaient entre elles après tout. Elles parlaient de différentes postures, plus ou moins excitantes et jouissantes. Et puis, il y avait aussi ces bouquins. Les seuls auxquels elles avaient droit. Des illustrations très détaillées afin de satisfaire au mieux la clientèle suivant leurs envies et fantasmes. Il y avait des postures pour la femme également, accentuer son plaisir, mais c’était plus rare.

Dans cette phrase remplie de défi, elle l’avait directement provoqué. Il parlait d’endurance, il allait être servi. Parce qu’elle n’était pas du genre à s’arrêter non plus. Et qu’il lui fallait sa dose. Oh il pouvait parler d’autre chose également comme le surf de tout à l’heure… et elle aussi. Lui dire si il était à la hauteur pour se débrouiller aussi bien qu’elle et également pour faire des acrobaties, choses qu’elle ne faisait pas. Elle avait bien essayé mais la planche ne suivait pas. Il y avait juste une chose qu’elle pouvait faire et la sensation était absolument grisante mais ça elle se cachait bien de lui en parler.

Elle s’était finalement levée de son lit pour enlever sa serviette et mettre son bandeau pour la nuit. Oui il faisait chaud chez elle et dormir uniquement avec ce simple morceau de tissu ne la dérangeait pas du tout. Etrange quand on sait que la demoiselle est si farouche pour montrer ses formes.

Ils s’étaient ensuite quittés. Elle ne savait pas comment dire que c’était l’heure. Dans un sens, elle aurait bien voulu rester plus longtemps avec lui. Un peu plus longtemps encore. Elle aurait pu l’embrasser là, tout de suite. Il aurait répondu, ils seraient allés dans sa chambre et puis… faire des choses complètement bien… Et pas patienter d’un bout à l’autre du lit. Seulement elle ne savait pas et elle qui était si entreprenant d’habitude avait perdu de sa superbe face à lui. Difficile de faire quoi que ce soit. Sans passer pour une perverse intéressée que par le sexe avec lui.

Alors elle se tourna, lui serra doucement sa main, premier contact encore une fois avant de balancer une phrase si sincère. Ca lui avait réellement fait plaisir. Lorsqu’elle était partie, son cœur avait bondi dans sa poitrine. Lui aussi… Cependant elle ne lui montra rien.

Et maintenant elle était là, plantée pitoyablement devant son lit, soupirant. Elle aurait du couché avec lui ! Fichues pulsions ! Elle aurait du partir en chasse cette nuit. Trouver un homme suffisamment intéressant pour combler le manque de la journée. Après tout elle ne passait pas une journée sans sexe. Et encore plus en ce moment avec ce fichu manque ! Malheureusement il avait écarté ses habitudes d’un seul revers de main. Elle se voyait très mal courir derrière un homme, sachant qu’il n’était pas loin et… bizarrement ça lui faisait quelque chose. Qu’il la découvre avec un autre… c’était comme si elle se mentait.

Alors la demoiselle préféra se coucher sans rien faire et tant pis pour ses pulsions. Elle ne dormit pas beaucoup cette nuit, encore tourmentée par la journée, cherchant des indices là où il n’y avait rien ou elle tournait autour du pot sur ce qui aurait pu être une évidence pour bon nombre de personnes.

Le lendemain matin, la demoiselle avait une sale tête. Grincheuse, elle s’était levée du pied gauche. Merci Tris’ ! Très sympa ! Entre toutes les pensées érotiques et rembobiner en boucle la journée de la veille, il lui était difficile de trouver le sommeil. Aujourd’hui elle devait partir en chasse d’ingrédients. Comme elle ne travaillait que le lundi et mercredi à la boutique, aujourd’hui, mardi, c’était naturellement son jour à l’extérieur. Ninna n’avait pas tant besoin que ça d’elle. Après tout la poussière ne revenait pas tous les jours et c’était aussi… assez ennuyant de rester dans une boutique à trier des potions. Le faire tous les jours ne pouvait pas fonctionner bien sûr, elle n’aurait plus rien à faire très rapidement. C’est pour ça qu’elle passait la majorité de son temps de travail à dénicher des plantes. Il y avait une grande variété d’ingrédients et ça parait plutôt vite. Sans compter que certains devaient sécher pour avoir toutes leurs propriétés, ou encore les tremper dans un bol avec un mélange spécial pendant quelques jours… Tout n’était pas si facile.

Sauf que Ninna voulait qu’elle revienne aujourd’hui. Comme elle était partie faire ses courses la veille, il y avait pas mal de stock à ranger. Et comme Ninna s’occupait d’abord des commandes, Cassidy était derrière pour le rangement. La jeune femme avait la mine renfrognée. Elle ne pensait pas vraiment à Tristan. En fait c’était peut être ça le souci. Maintenant qu’il avait eu ce qu’il voulait, elle ne s’attendait pas à le revoir. Il n’avait rien dit sur sa mission mais cela pouvait plus concerner une sorte d’exploration que de jouer au détective dans la ville.

Elle était entrée dans la boutique et s’arrêta aussitôt sur place. Heureusement qu’elle n’avait rien dans les mains parce que sinon, ça serait tombé comme les fioles hier. Cassidy regarda Tristan. Ninna semblait être sous le charme de ce bel homme. Quoiiiiiiiiiiii ? Il draguait sa patronne ?! Sous son nez en plus ? Elle était ridicule… Bien sûr qu’il devait passer pour sa potion. La jeune femme le regarda un instant, droite comme une statue, un mélange étrange sur le visage. Il commença par lui parler, un peu bredouillant mais s’arrêta bien vite.

Ce fut Ninna qui prit les devants, se rendant compte du malaise qui agitait les deux jeunes gens. Elle parlait de quoi là ? Petit déjeuner ? Petit déjeuner ?! Cassidy écarquilla les yeux. Visiblement elle ne s’y attendait pas. Elle regarda le sachet. Une bonne odeur s’en dégager. Cassidy ne savait pas quoi dire. Encore une fois c’était gentil de sa part et totalement imprévisible… Il parla alors de brioches au chocolat, assez hésitant, lui sortant quelques mots. Elle le dévisagea. Il semblait… plutôt naturel. Pas avec son masque quand il était au village et malgré le fait qu’il y avait Ninna à côté.

Il voulut sortir. C’était plutôt drôle car chacun avait exactement la même réaction sous les yeux d’une Nordique bien amusé par le comportement des deux jeunes gens qui semblaient si intimidés l’un envers l’autre. Finalement Cassidy posa ses doigts sur le ventre de Tristan. Elle le regarda un bref instant et capta ses marques qui étaient encore plus marquées qu’à l’accoutumé. Mais elle baissa vite la tête, rougissant pour passer.

« Merci… toi aussi… »

Phrase dite dans un murmure, comme si elle hésitait. Ses marques l’intriguaient aussi. Elle aurait bien aimé lui en parler mais comment aborder la chose ? Bon d’accord elle ne s’intéressait à personne en temps normal. Mais… lui… enfin elle voulait apprendre à le connaître plus, c’est tout. Finalement il sortit, manquant de se prendre la porte et Cassidy s’approcha du comptoir, feignant un peu l’innocence même si Ninna n’était pas dupe.

Ninna la sortit de ses pensées en parlant du remède, que c’était un peu étrange comme type de potion, enchaînant avec des questions plus habituelles. Cassidy était occupée à bailler puis elle sursauta, encore un peu perdue.

« Ah oui oui ! »

Ninna leva un sourcil.

« Heu nan ! Enfin… pas beaucoup dormi… mais… ça va ! et heu… enfin oui… il est beau… enfin un peu… enfin… »

Elle déglutit, visiblement mal à l’aise.

« Je le connais depuis longtemps, Tris’ a toujours eu besoin de ça. Sûrement parce qu’il est Drakkari »

Elle ne parla ni du dragon ni quoi que ce soit d’autre qui pourrait le mettre mal à l’aise. La demoiselle prit une grosse brioche et mordit dedans. Mais c’était mal connaître Ninna. Comme toutes les Nordiques, elle était franche et si quelque chose la marquait, elle n’hésitait pas à en parler. Surtout quand on s’habitue à côtoyer quelqu’un.

- Il ne te laisse pas indifférente en tout cas ce beau Drakkari…

Cassidy manqua de s’étouffer avec sa brioche. Elle était si expressive et vulnérable, surtout quand on parlait de Tristan.

« Je ne vois pas de quoi tu parles… c’est juste un… ami d’enfance ! »

Ninna la regardait d’un air amusé tout en tapotant du doigt sur le cahier où elle avait raturé par mal de choses sur Tristan pour attirer son attention.

-Mais oui mais oui… c’est un… ami que tu aimes bien c’est ça ? Ma chérie… un philtre d’amour aurait presque eu le même effet… je dis bien presque ! Tu le regardais… pas comme un simple ami en tout cas.

Cassidy leva les yeux au ciel. Amant alors ? Bon ils n’avaient rien fait ! Elle ne savait pas quoi penser et bredouilla. Philtre d’amour ?! Non mais elle allait bien ? Ninna avait passé trop de temps au dessus des effluves que dégageait son chaudron pour dire de telles choses ! L’apothicaire ne l’embêta pas plus que ça. Après tout, elle avait bien reconnu les marques d’un amour naissant mais Cassidy était si fermée qu’il lui était impossible de la faire changer d’avis. Elle parla alors de son nouvel arrivage.

La demoiselle finit par sortir. Elle avait gardé une brioche pour midi avant de rentrer chez elle pour se préparer un petit truc à manger puis ressortir avec sa planche. Il fallait qu’elle se défoule sur quelque chose, pour se sortir ce fichu Drakkari de sa tête ! Marmonnant, grimaçant, elle dévala de nombreuses fois la pente, puis elle partit dans les montagnes pour sa petite marche quotidienne.

Quand elle rentra le soir, la jeune femme constata que quelque chose était différent. Il y avait un mot accroché sur la porte. Elle fronça les sourcils, se demandant quel amant osait faire ça, sachant qu’elle était en couple. Elle arracha le mot et reconnut l’écriture de Tristan. Après tout elle avait déjà vu sa lettre pour la magie… La demoiselle entra dans la maison tout en fronçant les sourcils. Il avait quoiiiiiiiiii ? Il était entré ?! Oh le gredin ! Il parlait de culottes puis d’un rendez vous.

C’était bien lui. Un peu d’humour, un peu de provocation, les changements de forme entre le vouvoiement et le tutoiement. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. C’était bien encore un rencard ça non ? Encore un ? Mais qu’est ce qu’il lui trouvait à la fin ? Il ne voulait pas… aller se satisfaire ailleurs ? Mais elle n’eut pas le temps de se remettre de sa surprise qu’un autre gros paquet trônait sur un meuble, à l’entrée. Elle resta silencieuse un moment. Puis prit le paquet, curieuse, et s’installa dans le salon pour l’ouvrir.

Un chatoiement bleu et argenté… Elle poussa une exclamation de surprise. Oh ! Il n’avait quand même pas osé ?!?! La robe d’hier ? Sérieusement ? Mais elle lui avait dit que… enfin elle ne porte pas ce genre de chose alors… Il cherchait à faire quoi en fait ? Elle aperçut la petite fiole puis lut le mot. Accepter de porter la robe ce soir ? Elle haussa les yeux au ciel. Il parlait de la poudre qui pouvait lacer la robe. Elle se mit à sourire largement en lisant la fin puis manqua de rire, pouffant. Il avait presque réussi à la faire rire. Non mais… provoquant… audacieux… Normalement elle ne s’y risquait pas. Et pourtant avec lui elle devait reconsidérer la chose.

Oh bien sûr, elle était en colère. En colère qu’il soit entré dans la maison, en colère qu’il lui apporte une robe et pourtant… son mot l’avait bien fait rire et désamorçait toute tentative de lui tomber dessus. Sauf que la demoiselle n’avait jamais reçu de cadeau. Bien sûr, Jilian avait essayé, mais elle montrait un tel désintérêt pour toute chose qu’il lui était difficile de la satisfaire. Mais pour Tristan, elle se sentait un peu différente. Même si elle n’arrivait pas à comprendre la raison qui le poussait à faire ce genre de choses. Elle était un peu attirante ? Oui ça elle s’en doutait ? Mais pourquoi faire autant de manières ?

Oh bien sûr, ça lui plaisait… beaucoup même. Elle ne connaissait pas et pourtant ce n’était pas désagréable ce sentiment. Elle aurait voulu sortir pour le provoquer encore une fois. Le réchauffer hein ? Elle était partante elle ! Surtout qu’elle était sûre de faire monter la température même dans la nuit la plus froide.

Elle hésita en s’adossant dans le fauteuil, soupirant, la tête en arrière. Que faire ? Elle ne pouvait pas ignorer son appel. Mais mettre la robe ? Vraiment ? Et puis son regard fut attiré par un dernier mot posé sur la robe avec un dessin de dragon. Pas cap ? Cassidy se mit à sourire, malicieuse. Pas cap elle ? Il commençait à la connaître. Elle attrapa la robe et fila dans la salle de bain. Cela lui prit un long moment mais elle avait pris le soin de se laver, consciencieusement et pas à la va vite comme elle le faisait d’habitude. Ses cheveux mettaient un peu de temps à sécher mais heureusement il existait aussi des pierres spéciales qui émettaient un rayonnement capable d’accélérer le séchage. Elle enfila alors la robe tout en respectant ce qu’il avait dit.

Puis la demoiselle se regarda un instant dans le miroir de pied de la salle de bains, indécise. Encore une fois, elle gardait ses poignets de force, même si ceux-ci étaient cachés. Peu importe la tenue, elle ne les enlevait jamais… Elle s’examina, ne se reconnaissant pas. Ses cheveux étaient lâchés, elle n’avait pas encore eu le temps de faire sa couette. De longues minutes elle hésita en s’attachant les cheveux, puis les relâchant. C’était quoi le mieux ? Puis elle repensa à son regard le soir au village. Il avait l’air de préférer quand elle avait les cheveux détachés. Alors exceptionnellement elle lui ferait plaisir, sans trop savoir pourquoi en fait. Cassidy entreprit de coiffer ses cheveux, qui encadraient son visage. Elle n’avait plus l’habitude de se voir comme ça. Ca faisait des années qu’elle n’avait pas porté de robe et elle avait encore du mal à s’y faire. Surtout l’absence de mouvements, ça la dérangeait un peu.

L’heure tournait. Elle était hésitante, angoissée et nerveuse. Elle allait finir par être en retard mais jusqu’au dernier moment elle hésita à sortir. Puis la demoiselle prit sa cape et se décida enfin. Elle commença par longer les murs. Personne ne l’avait vu comme ça et… elle n’avait pas vraiment l’habitude en fait. Et elle se sentait vulnérable, très vulnérable. Avançant très discrètement, elle traversa la ville, même si certaines personnes se retournaient dès son arrivée. Elle les ignora et continua son chemin vers la fontaine, son cœur battant un peu trop fort au fur et à mesure qu’elle approchait.

Et elle le vit. Il avait la tête en l’air, observant les étoiles. La jeune femme resta silencieuse, s’approchant un peu. Il l’avait remarqué car il baissa la tête et le sourire qu’il lui donnait était vraiment le plus beau qu’elle avait vu depuis le début qu’elle l’avait revu. Il se permit un compliment. Suivi d’un air taquin. Elle fronça les sourcils, voulant répliquer. Déroutant ? Oh elle allait le dérouter encore plus alors !

Mais il s’était redressé et déposa un baiser près de sa bouche. Un frisson s’empara de son corps alors qu’elle se mit à rougir, avant de détourner la tête, troublée. Il ne lui laissa pas l’occasion de parler, trop rapide. Parlant qu’elle devait le gronder plus tard. Elle baissa la tête vers ce qu’il lui montrait. C’était un magnifique bracelet. Simple mais… whaaaa… Elle écarquilla les yeux. Ca aussi elle ne s’y attendait pas non plus ! Troublée, les jambes lourdes. Il était très beau lui aussi. Elle avait remarqué la tunique argentée qui dépassait de son manteau.

Gentleman, presque un prince. Normalement elle n’aimait pas ça. Pas du tout… Mais… enfin difficile à dire.

Il la conduisit dans un petit restaurant chaleureux. On les installa à une table près de la cheminée, les cristaux donnaient une ambiance assez… romantique ? Et ça n’avait pas l’air d’être le premier restaurant vu la qualité du service. Il y avait beaucoup de couples aussi. Ca lui faisait bizarre. Il lui tendit la chaise, l’invita à s’installer. Parfait… un début de soirée parfaite. Elle n’en revenait absolument pas ! Non ce n’était pas possible ! Elle rêvait là… Il prit du vin pour en verser dans son verre et avait posé la main sur la sienne, elle ne se dérobait pas.

Et puis cette petite phrase, un brin possessive. Un brin provoquante. Elle aurait voulu répondre sur le même ton mais il continua et la surprit encore plus. Il lui laissait le choix et semblait très enthousiaste par le programme de la soirée. Manger comme ils voulaient, des desserts… taverne et danser puis promenade sous les étoiles. Un parfait programme. Elle n’en revenait pas, encore abasourdie par son comportement. Il trinqua puis la dévisagea.

La jeune femme bredouilla, ne sachant pas quoi dire. Il la troublait, bons dieux qu’il la troublait ! C’était pas possible d’être aussi… Elle n’avait jamais eu autant… enfin elle continua de bredouiller, regardant le verre de vin, cherchant un truc à dire.

*Mais il fait quoi là en fait ? C’est tellement… enfin c’est pour les princesses ça ! Et moi… enfin je suis pas sa copine… Et… pourquoi ? pourquoi moi ? Il pouvait inviter n’importe qui non ? Alors qu’est ce que j’ai de plus que les autres ? J’ai peur… j’ai envie de connaître sa réponse et ne pas la connaître… Tris’… pourquoi tu fais ça ? Bien sûr ça me fait plaisir ! T’as de la chance crétin j’ai failli pleurer ! Et pourquoi pleurer d’ailleurs ? Parce que c’est toi ? Est-ce que je peux tomber amoureuse de toi ? Non pourtant… S’il te plaît fais attention, on va s’engager sur un chemin que je ne connais pas… et je ne peux pas deviner mes réactions… *

Perdue oui. Il attendait. Elle regardait le verre, puis le regarda… puis regarda le verre, puis le regarda.

« Baaaaah… heu… enfin…. »

Elle toussota un coup.

”Bien ! Enfin je suis tombée sur les fesses en me promenant tout à l’heure et maintenant j’ai un gros bleu à la fesse droite”

Heu certes… Plus ridicule tu meurs ! C’était ça qu’il attendait ? Certainement pas ! Elle bredouilla encore une fois et but une gorgée de son verre. D’habitude elle ne buvait pas. Ca la rendait très vite pompette. Mais la chaleur de l’alcool lui donnerait un peu plus de courage. Il répondit alors, taquin, mais sans se moquer méchamment. Elle eut une expression gênée. Alors la jeune femme changea de discours, s’accrochant à ce qu’elle savait faire de mieux, prenant un air pensif tout en faisant tourner le liquide dans le verre.

« Je suis à toi ce soir ? Ca reste encore à voir Messire… Je ne suis pas femme facile à satisfaire… »

C’était vrai, même si elle s’était pliée de bonne volonté à son invitation mais cela ne faisait pas tout. Encore une fois il répliqua. Et elle prit un air très dégagé en buvant une nouvelle gorgée, même si elle cherchait à se faire taquine.

« A ce propos… tu invites beaucoup de femmes au restaurant pour partager un bon repas ? »

Elle attendit sa réponse et ça semblait la satisfaire. Difficile de parler pour Cassidy. Heureusement un serveur vint et elle se concentra sur la carte. Commandant un plat du jour et une sorte de tiramisu à la framboise comme dessert pour changer du chocolat ! Tout semblait si luxueux en fait… C’était plutôt chouette, elle appréciait même si elle était gênée car elle n’avait jamais mangé ici. On les laissa de nouveau seuls. Cassidy réfléchissait.

« Hum pas trop courbaturé de la nuit dernière ? »

Encore une question si lourde de sens alors qu’elle commençait à manger machinalement son morceau de pain. La jeune femme pianota sur la table. De quoi lui parler… de quoi lui parler… Elle n’avait pas beaucoup de discussion après tout ! Il décida de l’aider un peu en parlant des paysages de Frihold qui étaient magnifiques et qu’il n’était jamais venu dans ce royaume. Là elle semblait étonnée mais pas trop.

« J’aime bien cet endroit en fait… La glisse c’est sympa… Et puis les gens sont vraiment sympathiques ici. Ils te laissent être qui tu veux… Et ça ne dérange personne. Bon après je ne sais pas comment ça se passe dans les très grosses villes ni même la capitale. Mais c’est reposant. »

Il lui demanda alors des renseignements sur les différentes coutumes. Elle le regarda un peu perplexe. A vrai dire, elle ne s’intéressait pas trop à ça. Mais elle fit l’effort pour lui donner des indications. Le vin aidant bien et elle commença à se détendre. Souriant parfois, posant sa main sur la sienne. Les plats arrivèrent et ils commencèrent à manger. Alors elle lui parla du paysage de Frihold, des lieux importants pour les amoureux de la nature et pas qu’aux alentours de la ville. C’était un dragon il pouvait aller là où il voulait. Et puis, elle mangea.

« Tu sais… j’ai pas grand-chose à raconter sur moi… Et rien de très… passionnant. Certes je… lisais beaucoup à un moment mais… enfin… j’ai un peu voyagé aussi… enfin… tu vois quoi… »

Ca la gênait de parler d’elle. Parce qu’elle n’avait rien d’intéressant à dire et c’était la vérité. Si elle pratiquait la magie, elle pourrait en parler avec lui. Même parler de dragons lui semblait impossible, elle avait peur de manquer de tact. Cependant, elle se fit songeuse avant de balancer une petite phrase.

« Enfin tu commences à me connaître… du moins mon histoire mais je ne sais pas grand-chose de toi… »

Phrase qui lui envoyait un signal pour qu’il s’ouvre un peu plus. Après tout, elle le faisait bien elle. Mais à part qu’il était un dragon… et qu’il avait de sacrés pulsions… et qu’il était Cheistam (la version officielle bien sûr), elle ne connaissait pas son passé, ni même ses douleurs, ni ses faiblesses, ni ce qui lui plaisait en fait à part la viande, le sexe, les jolies filles, la nature et le vol. Elle voulait le découvrir un peu plus, derrière la version officielle que tout le monde ou presque connaissait. Les dragons savaient tout de lui. Et elle rien… Bien sûr, il lui restait encore des secrets à découvrir à son sujet, Cassidy ne lui avait pas tout dit mais quand même.

Puis lorsqu’ils eurent mangé, il l’entraîna à une taverne. La musique était joyeuse, des éclats de voix et des rires s’élevaient dans les airs. Et le petit couple entra. Certains tournèrent la tête. On n’avait jamais vu Cassidy comme ça alors elle passait pour une inconnue. C’était une fille très discrète et elle n’attirait pas l’attention. Mais ce soir elle était méconnaissable. Quelques sifflements dans sa direction. Cassidy se crispa un peu puis serra fort la main à Tristan. Ce dernier souriait et la prit contre lui, passant carrément un bras autour de ses épaules, se faisant passer pour le petit ami du soir. Ils s’installèrent au comptoir, on leur servi quelques digestives. La chaleur commençait à monter chez Cassidy qui ne tenait pas bien l’alcool, bien qu’elle restait maîtresse de ses actions. Et puis Tristan l’entraîna sur la piste de danse joyeux.

Ils enchaînèrent les danses. Et puis finalement, l’alcool aidant bien, elle commença à se détendre, être plus naturelle. Les danses devenaient de plus en plus osées, ils se cherchaient, parfois ils redevenaient plus sages. Savant équilibre entre la tentation et la discrétion. On les regardait, les encourageaient. Et puis, sans que rien ne le présage, Cassidy avait empoigné Tristan par la tunique, le forçant à se pencher en avant, et l’embrassa, passionnément. Elle ne l’avait plus embrassé depuis l’arrivée de Jilian. Et ce baiser… ravivait tout. Les souvenirs, la tentation, le désir qu’ils avaient entre eux. Elle sentit la chaleur l’envahir et pensa que c’était l’alcool. Il ne se démonta pas et l’embrassa à son tour sous les hoquets des demoiselles et les exclamations d’autres hommes alors que d’autres personnes les encourageaient. Caresses, danses plus langoureuses. Cassidy avait le rouge aux joues mais ils devaient bien s’arrêter à un moment. Il déclara qu’ils devaient sortir, après tout il faisait chaud dans cette taverne et la marche sous les étoiles serait bien.

Le ciel était dégagé ce soir. Les étoiles brillaient dans le ciel. Les lunes éclairant les alentours, on avait pas besoin de torche pour s’éclairer. Elle lui tenait le bras, se collant à lui, parlant avec entrain des danses, se faisant parfois plus franche, n’hésitant pas à dire qu’elle avait bien senti quand il lui avait frôlé les fesses. Il répliqua également. Le ciel était magnifique ce soir, ça les calma un peu.

« Au fait tes marques… pourquoi tu as ça ? On dirait que c’est de la magie »

Elle était surprenante. Voulant certainement changer de sujet, surtout qu’à force de se tenter ils allaient finir par se trouver, elle décida de trouver quelque chose de moins… évocateur. Il répondit un peu et elle n’enchaina pas dessus.

La neige était encore fraîche. Seuls leurs pas qui s’enfonçaient résonnaient autour d’eux. Certains endroits semblaient comme attirés par la magie. Et puis, alors qu’elle s’était avancée un peu, lui parlant des cristaux qui rentraient en résonnance avec les décors et que ça donnait parfois un effet style arc en ciel. Il était derrière elle et avait dégagé quelques cheveux pour déposer un baiser déroutant dans sa nuque. Surprise, ne s’y attendant pas, elle poussa un gémissement. Aaaaaah qu’il arrête il lui faisait de l’effet là ! Elle sentait la chaleur dans son bas ventre. En plus deux jours sans rien faire, ce n’était pas très bon pour elle en fait… ça ne faisait que relancer ses pulsions. Alors elle s’écarta de lui joueuse.

« Me méritez vous Messire ? Je ne me laisserais faire que si vous parvenez à m’attraper… »

Alors elle s’enfuit. Dans la forêt juste derrière eux. Malheureusement sa robe ne l’aidait pas des masses mais il semblait vouloir jouer car il lui laissait du temps et ne fondait pas sur elle. En même temps son jeu était ridicule, il était un dragon, il pouvait la retrouver n’importe où. Finalement elle sortit dans une clairière et se cacha derrière des rochers. Elle l’entendit arriver et finalement il s’approcha derrière elle tout en déposant un nouveau baiser sur ses lèvres, parlant de récompense. Elle se dégagea rapidement. Il lui donnait trop chaud !

Et puis elle ne vit pas la branche et tomba à plat ventre dans la neige. Poudreuse la neige. Aaaaaaaaaaah froiiiiiiiiiid ! Bon là pour le coup elle n’avait plus chaud. Il se rapprocha d’elle, riant un peu et déclarant que c’était vrai qu’il commençait à faire froid et qu’en tant que bon gentleman, c’était son devoir de l’emmener dans un endroit où elle pourrait se réchauffer.

Même qu’il la portait comme une petite princesse. Elle se fit un peu plus amusée quand elle se rendit compte de la destination.

« Ta chambre… Huuuuum j’espère que le lit est bien douillet ! Enfin je veux dire ! Le feu dans la cheminée bien chaud. »

Elle se tut. L’alcool lui faisait dire des bêtises. Il arriva à sa chambre et la déposa près du feu, s’affairant ensuite à son bureau. La jeune femme regarda un instant les flammes qui dansaient dans l’âtre. C’était rassurant. Il déclara alors vouloir lui faire un massage et l’invita à s’asseoir sur le lit. Le jeune homme, qui avait sûrement les idées aussi déplacées que les siennes, préféra y aller en douceur. Après tout ils ne faisaient que se tenter et il ne pouvait pas savoir ce qu’elle pensait, même si elle lui avait envoyé plusieurs messages.

Cassidy le laissa faire. C’était agréable. Elle ferma paresseusement les yeux. Mais voilà la demoiselle voulait quand même être un peu plus active. Alors elle se tourna vers lui, le regardant avec provocation et défi. Elle fit parcourir une main sur son épaule, caressant doucement son bras, puis le fit basculer sur le lit, le dominant de sa hauteur, un sourire malicieux sur le visage. Sa phrase suivante n’était pas comme une résignation mais plutôt… qu’elle comptait bien lui faire certaines choses et qu’il n’avait pas son mot à dire.

« C’est à ton tour maintenant… »

Elle ne le laissa pas répondre puis déposa sur ses lèvres un baiser plus qu’enflammer. Il hésita un moment puis répondit. Elle ne le laissa pas prendre de la hauteur, le forçant à rester en dessous d’elle. Caresses légères sur la tunique, elle frottait parfois légèrement son corps contre le sien, sentant la bosse, bien présente. Elle le dévisagea avec une certaine de tendresse mais aussi de la passion, de l’envie. L’alcool aidait bien même si elle était tout à fait consciente de ses agissements. Elle avait envie de lui… Elle avait envie de l’entendre gémir, se crisper sous ses doigts. Elle voulait qu’il murmure son surnom… Elle voulait sentir son corps répondre au sien… Elle voulait plus… Elle voulait voir la passion dans ses yeux, les légers essoufflements lorsqu’elle aurait terminé avec lui.

Caresses légères, parfois plus insistantes, elle dévora son cou en déposant des suçons, mordillant très légèrement sa peau. Puis elle l’invita à se redresser. Il allait poser une main sur sa poitrine mais elle le bloqua en attrapant sa main, l’autre sur ses lèvres.

« Shhhhh ! Interdiction de toucher pour le moment. Tu me laisses faire »

Elle lui enleva alors sa tunique, soupirant devant le beau corps qui lui était présenté. Et elle recommença ses légères caresses. De plus en plus impliquées, de plus en plus sensuelles. Elle aimait chaque partie de son corps et c’était un délice de le sentir sous elle. Elle sentit sa peau qui se crispait à chaque touché, elle le sentait retenir quelques gémissements. Alors la demoiselle insista. En douceur, gentiment, patiemment. Faire monter le désir même si il semblait se retenir un peu. Sacrés pulsions quand même. Il ne voulait peut être pas lui montrer à quel point il était en manque. Par fierté peut être. Alors elle fit son chemin, toujours patiemment, murmurant quelques mots prononcés d’une voix chaude à son oreille. Ses mains s’attardèrent sur la bosse de son pantalon. Il était très à l’étroit et c’était cruel de le laisser comme ça. Elle le prit par les mains. Il était toujours allongé mais elle le tira pour l’inviter à se mettre debout. Puis elle déboucla sa ceinture, fit tomber son pantalon. Il était à elle ce soir… rien qu’à elle.

Elle s’attarda un moment sur son boxer, caressant la bosse, faisant une petite remarque comme quoi Messire était bien membré. Puis elle continua de déposer des baisers sur son torse tout en enlevant le boxer. Tenir son membre dans ses mains, comme ça, doucement, c’était une sensation très agréable. Elle grogna un instant d’un air dominant puis le poussa de nouveau vers le lit tout en l’embrassant, afin qu’il soit un peu plus à sa hauteur et que ce soit plus facile à faire.

L’allongeant, elle cibla son membre de ses mains, commençant un mouvement bien caractéristique. Elle le sentit se dérober un peu sous elle, comme si son corps réagissait, comme si il n’attendait que ça. Elle se mit à sourire, changeant de cadence, observant les mouvements de son visage pour voir le rythme qu’il préférait. Ca semblait lui plaire, alors elle continuait. Inlassablement. Ses gémissements l’excitaient et elle semblait prendre son pied rien qu’en voyant le pouvoir qu’elle avait sur lui. Lentement, doucement, changeant parfois le rythme, la cadence, ne s’arrêtant jamais sur un même mouvement, ne lui laissant pas le  temps de s’habituer. Elle le laissa essoufflé, le laissant au bord de l’orgasme. Il la trouva bien cruelle.

Mais elle ne le laissa pas parler davantage. S’attardant sur ses lèvres et son torse une nouvelle fois, elle finit par redescendre en passant la tête entre ses jambes. Il s’était servi de sa langue ? Il allait voir qu’elle savait bien se servir de sa bouche aussi ! Et elle ne le laissa pas protester. Caresses sur ses abdos alors qu’elle était concentrée sur sa tâche aucun instant de répit lui était accordé. Elle aimait le sentir gémir, son corps qui réagissait. Ca l’encourageait encore plus. Alors elle continua un moment. Il avait une sacrée exigence quand même.

Elle semblait s’adapter à lui. Et puis il se lâcha plus… elle le sentit tout proche et continua sur sa lancée. Puis finalement, elle lui donna le coup de grâce et redressa la tête. Il semblait encore sous l’effet de ce qu’elle lui avait procuré. La demoiselle s’approcha alors de lui. Son corps était ruisselant et elle était encore tout habillée de son côté, appréciant ce qu’elle venait de lui faire. Cela se voyait sur son visage, elle était vraiment bien. De voir qu’il réagissait. Elle caressa doucement ses cheveux, qui s’étaient remis en bataille avec tout ça.

« Ouuuuh… mon petit dragon a l’air un peu fatigué… »

Cassidy avait adoré. Elle se sentait mieux maintenant. Elle ne l’avait pas fait pour le remercier mais juste parce qu’elle en avait envie. Et le voir à sa merci était totalement jouissif même si elle aimait tout autant quand c’était lui qui s’occupait d’elle. La demoiselle remit un peu ses cheveux en arrière, s’étirant un instant, avant de continuer de lui caresser les cheveux. Ce n’était clairement pas juste… pour lui. Elle l'examina un moment, puis l'envie de tester sa réaction était grande. Alors elle lui susurra à son oreille quelques mots.

"Mais comme t'as l'air essoufflé, je vais te laisser tranquille. Faut que tu te reposes aussi... Bonne nuit"

Elle s'était redressée du lit, faisant mine de se diriger vers la porte.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 18 Mar - 0:12

Réfléchis vite, réfléchis bien…
Bon vite ce n’était pas gagné. Je retournais la situation dans ma tête, dans tous les sens, essayant de remettre en place des pièces de puzzle pourtant pas si éparpillées mais que je me refusais d’associer. Probablement par trouille.
Oui voilà, moi Tristan, le grand guerrier, le dragon, sans peur et sans reproche, j’étais mort de trouille. Pour une femme ou à cause d’une femme. Même si elle est bien plus qu’une femme évidemment…

Cassidy m’avait guidé dans toute la ville. Elle avait toujours la petite explication pertinente, simple et concise à donner. Je m’inquiétais un peu des silences entre nous pourtant. Je ne savais pas comment les meubler et je craignais vraiment de faire une boulette d’une façon ou d’une autre. Et puis elle m’avait fait visiter l’extérieur de la ville, m’avait montré son activité et son visage s’était illuminé. Elle semblait moins… compromise en quelque sorte. Comme si auparavant elle faisait des efforts, pour moi, du moins c’est l’impression que j’en avais mais que tout ceci l’intéressait bien peu. J’étais bien conscient de tous les services que je lui demandais et je comptais bien l’en remercier… Pour être honnête c’était encore la meilleure excuse pour passer du temps avec elle que de devoir la remercier.
Elle m’avait même fait essayer sa drôle d’activité… C’était plutôt bien même si je préférais de loin le vol, de très très loin. Une envie impulsive me prit et heureusement que je restais muet suite à notre chute… Parce que j’avais envie de lui montrer… Bien sûr elle m’avait déjà vu en dragon et elle avait eu un très vague et faible aperçu de ma voltige lors de mon pseudo sauvetage… mais ce n’était pas vraiment ça. J’avais envie de lui faire découvrir le vol. Avec moi. S’il y avait bien un truc que j’avais retenu de l’égocentrisme de mes frères c’est qu’ils ne portaient pas les humains, jamais… et qu’en en voyant un tomber d’une falaise à moins qu’il soit vraiment vraiment important et qu’ils puissent en retirer un quelconque bénéfice, ils le laissaient s’étaler comme une crêpe… Mes gênes devaient me pousser à ne jamais avoir ce type de pensée donc… Et pourtant… Enfin j’avais bien compris depuis le temps qu’avec elle je ne pensais pas tout à fait… rationnellement.
J’essayais de comprendre, de tout rassembler…

Nous étions allés dans ce petit restaurant ou salon de thé je ne sais trop pour ce goûter sucré que je lui avais promis et la voir sourire et si gourmande m’avait ravi plus que je n’aurais été capable de le dire. Un fourmillement dans mon estomac, je me sentais lui sourire aussi. Etais-je devenu idiot ? Peut-être un peu…
Nous n’avions pas arrêté de nous envoyer quelques piques, plus ou moins discrètes. C’était mieux, c’était comme avant. Je préférais. Je crois que je n’arrivais vraiment plus à faire semblant devant elle, ce n’était plus possible. Elle avait remporté la palme avec ces histoires de courbatures, en me parlant de son goût pour les acrobaties. Je sais bien que j’aurais dû répliquer mais pendant un instant, une fois de plus, son corps nu s’était imprimé derrière mes paupières et je n’avais rien réussi d’autre que d’esquisser un sourire en coin, haussant légèrement un sourcil, intéressé, je l’avoue par ce discours et surtout par le sens que je voulais lui donner secrètement. Ca ne concernait pas sa planche, ça ne concernait pas la glisse. Ca ne touchait qu’au sexe… Et dieux qu’elle était douée pour faire naitre des fantasmes d’un seul regard… Un simple… regard.


Je réfléchissais…
Il n’y avait que ça de vraiment… bien à faire.
Je ne pouvais pas aller courir après d’autres filles, pas cette fois. Pourtant j’en avais besoin… Les besoins de mon corps, parfois je les trouvais étranges, parfois je me disais que ce n’était pas juste. Mais au final qu’est ce qui l’était ?
Non, je ne pouvais pas aller courir après d’autres femmes… Je pensais trop à elle et à tous ces signes… Entre ses gestes, sa gentillesse, notre complicité, ses allusions, l’envie que je sentais également chez elle, son pseudo aveu pour ce tout récent amant, j’avais fini par accepter ce que je n’osais pas voir de peur d’être… déçu. Pas par elle, juste… si je me trompais. Elle était libre. Libre de faire ce qu’elle voulait. J’enviais un peu cette liberté dans un sens. C’était stupide… Personne n’est plus libre qu’un dragon non ? Pourtant j’étais de loin le plus enchainé… Enfin bref… Elle était libre. De faire ce qu’elle voulait, avec qui elle voulait. Et j’avais envie, vraiment envie de briser cette chaine de bienséance… Celle qui me poussait à toujours être correct, à respecter les règles, et à ne pas fréquenter une demoiselle déjà prise sauf ordre explicite donné. Juste cette chaine là… Juste pour elle.

Elle était libre…Et qui plus est son petit copain n’était pas dans le coin. Je pouvais l’avoir à moi seul pour quelques jours. Je ne voulais pas perdre de temps. Je ne voulais plus perdre de temps. J’avais l’impression d’avoir perdu… une vingtaine d’années. C’était stupide comme idée. Mais c’était réellement l’impression que j’en avais. 
Et je ne voulais pas juste être son ami, cette espèce de pseudo-confident qu’elle avait trouvé en moi. Je ne voulais pas qu’elle se soit confiée ainsi parce que nous étions amis. Je voulais plus. Je voulais son amitié bien sûr… Mais infiniment plus. Son ami, son amant… celui qui la protégerait, de tous les dangers ! J’affronterai une armée pour la sauver, sans la moindre hésitation… Ca oui, je le savais…


Réfléchis bien, réfléchis vite. C’était tout réfléchi. Je ne voulais plus laisser au hasard ce qu’il y avait entre nous. Je voulais retrouver ce qui s’était passé dans notre village avant l’arrivée de son petit ami. Et je voulais plus… J’ignorais encore à quel point je voulais plus, à quel point je pouvais tenter plus… Mais je ne me contenterai pas de cette politesse…


Alors le lendemain, l’opération était lancée par le jeune homme. Le jeu commençait. Puisqu’il avait le droit d’espérer, puisqu’il avait droit de tenter de la séduire, il allait le faire, à sa manière, peut-être un peu particulière… mais la traiter comme elle le méritait, comme une vraie petite princesse. Mais pas une princesse fragile et maniérée. Oh non, un autre type de princesse qu’il avait décidé d’inventer rien que pour elle. Ce serait son terme, rien qu’à elle… Une femme forte mais fragile, belle à en mourir mais qui l’ignorait, sarcastique, piquante de hargne et en dehors de tout stéréotype, mais si pleine d’un espoir qu’il voulait voir refleurir. Si le jeune homme avait dû se satisfaire seul la nuit précédente, ce qui n’était pas franchement sa tasse de thé, il avait surtout beaucoup réfléchi et peu dormi. Mais à vrai dire il s’en fichait bien.
Pourtant, le début avait été timide, très timide. C’est qu’entre agir naturellement un peu taquin et se découvrir le droit de « plus » il y avait tout un fossé. Il ne voulait bien sûr pas faire de manière, ni se forcer à quoi que ce soit, encore moins qu’elle ait l’impression qu’il se forçait à quoi que ce soit d’ailleurs, mais c’est vrai qu’en la voyant, son assurance s’était un peu effritée et il avait été pris de mille doutes. Et s’il avait mal interprété sa gentillesse ? Si elle ne faisait qu’être gentille avec un ancien camarade et son tout récemment sauveur ? Si elle ne voulait rien de plus ? S’il la heurtait ? Pouvait-il réellement tenter… Autant y aller doucement. De toute façon il ne voulait rien brusquer ! Il n’allait pas se jeter sur elle comme un affamé et ce même s’il était sérieusement affamé… Elle méritait infiniment plus… Le petit déjeuner. Il avait apporté le petit déjeuner à son travail, prétextant vouloir récupérer son remède… Sauf qu’il était entré avec ledit petit déjeuner… et un sourire à réveiller une morte et la faire tomber en pamoison direct !
Pauvre petite demoiselle… Elle eut l’impression qu’il draguait sa patronne ? Pas du tout, il était en train de la mettre plus ou moins dans la confidence de son plan diabolique. Enfin plus moins que plus à vrai dire puisque c’était un peu maladroit et qu’il lui demandait simplement quel restaurant était le mieux pour un diner… tranquille. Il n’avait pas précisé avec qui mais à voir leur maladresse…
Il n’avait pas de masque. Il ne semblait plus en vouloir… Il n’en voulait plus du tout entre eux en fait.

Maladresse entre eux, puis il était parti, sans dire où ni pourquoi, les laissant juste travailler et allant un peu enquêter de son côté, discrètement, utilisant ses sens pour traquer d’éventuelles pistes de Kaärs et l’odeur âcre de magie noire qui lui soulevait toujours le coeur. Seulement il n’était toujours pas adapté au climat qui lui faisait un énorme changement météorologique et si son corps acceptait mieux le froid son odorat lui était encore sacrément engourdi !
Mais il s’était surtout concentré sur ce qui l’intéressait réellement et ça c’était déjà beaucoup plus honnête. Le jeune homme, entre deux expéditions dans la forêt avait organisé leur soirée qu’il espérait la plus parfaite possible. Il était passé dans l’après midi chez Cassidy, ayant très bien remarqué son manège et où elle cachait sa clé, pauvre petite demoiselle, le jeune homme avait des yeux partout, surtout sur elle à vrai dire et ça n’avait donc pas été difficile de mettre la robe au chaud à l’intérieur. Il ne s’était pas aventuré dans la maison, beaucoup trop respectueux pour cela… Contrairement à ce qu’il prétendait dans son petit mot qui n’était qu’une bravade de plus.


Une longue douche chaude pour me débarrasser des restes éreintants de mon entrainement, nécessaire pour conserver ma forme même si je l’avais allégé tout de même vu mes nombreuses et intenses escapades en forêt. Une longue douche pour me détendre et tenter de mettre en place une méditation pour rester calme face à elle et rester d’autant plus serein si elle ne venait pas. Cette idée me tordait l’estomac et cette fois ça ne faisait vraiment pas du bien ! Si elle ne venait pas ? Si j’avais mal interprété ? Si elle ne voulait pas me voir ? Si… elle avait prévu de passer la soirée, la nuit avec quelqu’un d’autre. C’était douloureux. Ca me faisait mal au ventre, j’avais du mal à respirer quand je pensais à ça…
J’avais pris du temps pour me préparer, encore et surtout parce que j’avais longuement hésité sur ma tenue. Certes j’allais l’attendre dans le froid mais déjà mon corps commençait à s’adapter et surtout par la suite nous serions à l’intérieur, dans un restaurant tout d’abord, près de la cheminée sur ma demande et puis nous danserions, je préférais être plus à mon l’aise dans des vêtements dont j’avais davantage l’habitude même si ceux qu’elle m’avait choisi étaient parfaitement adapté, du moins pour des escapades à l’extérieur.
J’attendais. J’étais en avance comme toujours. Une habitude qui n’avait pas grand chose de dragon d’ailleurs puisqu’apparemment mes confrères aiment se faire désirer. Encore une de mes chaines j’imagine, ou un simple principe de respect, je ne sais pas mais j’attendais. J’étais trop en avance… Déjà il faisait un peu frisquet et surtout je craignais de plus en plus que mon audace ne soit récompensée que par un lapin… Et pas la bestiole… juste l’absence de la demoiselle que j’attendais désespérément.

J’avais fini par me perdre dans la contemplation des étoiles, la seule chose qui me calmait réellement quand j’étais stressé, ce qui était tout de même… assez rare depuis quelques temps, quand elle arriva. Je la sentis. Mon odorat fonctionnait assez bien pour reconnaitre son odeur sans mal.
Mais en baissant les yeux, je remerciais le ciel de m’être assis un peu plus tôt. Elle me sciait les jambes, presque littéralement là. Elle était… éblouissante. Je savais bien qu’elle n’avait pas ou plus l’habitude de ce genre de tenue, mais la voir un peu plus féminine, un peu moins fermée au monde, ça me remplissait de joie et elle était… rayonnante. Cette robe ne faisait que relever un peu ce que tant de monde ne pouvait voir, parce que mes yeux voyaient bien plus que ceux des autres. Elle était belle, réellement… Elle éclipsait même les étoiles…
Elle avait lâché ses cheveux et rien que ça aurait suffi à me rendre heureux je crois. Dieux qu’elle était infiniment plus belle sans cette queue de cheval si stricte, qui risquait fort d’abimer ses beaux cheveux à la longue d’ailleurs… Bon les attacher pour des ébats, je pouvais comprendre, ça pouvait être gênant, quoique mais…
Je m’égarais encore… Et nous venions juste de nous retrouver.
J’étais… scié. J’étais… bien, merveilleusement bien ! Elle portait ma robe ! Elle portait ma robe !!! Je ne savais pas si c’était parce que mon cadeau l’avait touchée ou si c’était le seul fait de ma provocation mais toujours est-il que j’avais une vraie princesse pour m’accompagner ce soir et que je ne la traiterais jamais moins que comme telle !
Léger baiser. J’avais failli l’embrasser tellement j’étais tête en l’air, heureusement que j’avais rectifié ! Mais ce n’était tout de même pas ma faute si ses lèvres étaient aussi… attirantes… Ah et le bracelet, petite idée comme ça vite fait. J’avais eu du mal à trouver un joli ruban comme je le voulais, pour la fleur ça n’avait pas été compliqué… mais coudre les deux ensemble m’avait valu plus de trous dans les doigts que je ne pensais en avoir fait dans le tissu ! Oui bon… j’étais plus du genre à taper sur les méchants moi… La délicatesse… ce n’était pas tellement  mon point fort…

Au restaurant on nous installa selon ma demande et je me détendis un peu une fois installé en face d’elle. Bon, je n’avais pas fait ni dit de bêtise, je me comportais bien, je crois, enfin j’avais envie de me comporter comme ça. Je ne faisais pas semblant, je ne me forçais pas. Jamais je n’avais eu autant envie d’être serviable et… gentleman. C’était vraiment agréable avec elle de faire ça… Vraiment.
Je me permis même un nouveau geste, ma main sur la sienne, pas longtemps mais disons que je tâtais un peu le terrain l’air de rien… un peu…
Elle avait l’air un peu surprise par mes phrases ou mes gestes ou mon comportement je ne sais pas trop. Je craignais d’en faire un peu trop mais je voulais faire toutes ces choses avec elle… Et puis la simplicité de la situation me frappa. Elle était tout simplement surprise de mon revirement ! Après tout c’était moi qui l’avais repoussé dans notre village. Etait-ce pour cela ? Alors que j’étais distant comme si elle n’était rien pour moi je m’étais montré amical la veille et là… un peu.. euh… séducteur en quelque sorte… Etait-ce tout simplement ça ? Peut-être… La surprendre… Ca me plaisait bien…

Elle semblait… différente elle aussi. Comme si tout ceci l’intimidait… Je découvrais une nouvelle facette d’elle, beaucoup moins bravache, un peu fragile et ça… ça agitait pas mal mon pauvre estomac qui devait mourir de faim ! Elle bredouillait un peu, me parla de ses fesses. Cruelle demoiselle… Je les avais vues ces jolies fesses, leur vue me manquait grandement d’ailleurs… J’adorais son choix habituel de tenue pour cette raison, quel cadeau pour les regards indiscrets ! J’haussai pourtant déjà un sourcil, lui faisant un sourire en coin, je me sentais… aussi assuré et bravache qu’elle était intimidée… Peut-être parce que je voulais la rassurer. Elle n’avait rien à craindre de moi après tout…
Ca n’avait rien de ridicule…


Tu m’en vois navré… Enfin j’imagine que ça ne gâche… rien. Enfin… il faudrait peut-être… équilibrer ça.

Au niveau de la vue.
Bon d’accord ça ne volait pas haut et j’avais eu mieux comme répartie !
Elle répliqua et me tordit l’estomac. Ouh… Bravache… Provocante. Terriblement sexy aussi… Je dus me mordre la langue pour calmer le nouveau flot d’idées et d’images…  Penser à des choses tristes… Penser à des choses tristes et totalement asexuées de préférence ! Elle me demanda une nouvelle chose… Surprenante. Je souris, une fois de plus.


J’y ai été amené en effet dans des missions confiées par mes supérieurs. Mais pour ce qui est de mon propre chef… pas vraiment… non… Pas besoin de faire cette tête !!! Pourquoi j’inviterais des filles d’abord ! Je n’ai pas envie de passer du temps avec elles et… enfin… hum… Je veux dire que… euh…

Boulette.
Méga boulette.
Ultra méga boulette.
Je sentais bien que je rougissais. Par chance chez moi c’était relativement discret mais je ne savais plus quoi dire et je bafouillais. Je repris pied en me sauvant grâce à mon verre, que je vidais, en profitant pour reprendre mes esprits et dire le plus naturellement du monde avec un sourire ravageur.


J’aime passer du temps avec toi et je suis un gars très très tenace et très très envahissant, va falloir t’y faire…

Si elle fut surprise ou gênée, je ne saurais le dire, elle enchaina alors que le serveur prenait nos commandes. Je ne compris pas, haussant une nouvelle fois les épaules en fronçant les sourcils.


Ce n’est pas la chute d’hier ou mes crispations musculaires qui risquaient de me donner des courbatures… Faudrait que tu vois un de mes entrainements un jour !


Il n’avait pas compris… Du tout mais au moins ça pouvait rassurer la jeune femme car il n’aurait pas manqué de la taquiner si justement il avait eu d’épiques courbatures pour signer sa première torride nuit dans le coin. Si elle avait été respectueuse envers lui sans le savoir, il avait fait de même, même si de son côté il avait dû passer trop de fois par la case branlette pour se vider un peu l’esprit…
Ils se mirent un peu plus à discuter, se détendant, enfin c’était elle surtout qui parlait, à la demande du jeune homme qui semblait écouter chacune de ses paroles avec une grande attention, pas du tout occupé à se demander quel sous-vêtement elle avait pu mettre ou avec combien de verre il pourrait la mettre dans son lit, oh non… loin, très loin de là…
Et puis elle balança une phrase, avec légèreté mais qui portait une réelle souffrance. Pourtant elle était réelle… Il ne lui avait que bien peu parlé de lui… Presque… pas du tout. Mais si elle ne savait pas comment il allait réagir, Tristan ne répondit que d’un nouveau sublime sourire qu’il semblait décidé à lui dédier entièrement ce soir et une petite pression de sa main sur la sienne.

Eh bien… Tu as raison.

Ah les mots magiques que tout homme devrait savoir dire à une femme. Son sourire se fit plus doux, moins taquin, beaucoup moins taquin.

Que veux-tu savoir ? Dis moi… je te raconterai tout ce que tu veux.

Pour se livrer il se livrait là !
Pourtant que ce soit par respect ou par crainte de le brusquer elle ne se fit que peu curieuse pour commencer, ne lui demandant rien réellement de suite sur les dragons, lui posant des questions sur ses voyages pour commencer. Il se fit un plaisir de lui répondre et finalement toute gêne disparut. Sacrément doué pour raconter des aventures, comme s’il lisait un livre il lui décrivait des paysages époustouflants… grâce à sa différence justement. Parce qu’il pouvait voir beaucoup de choses que d’autres ne voyaient pas. Il aborda même avec délicatesse le sujet de la magie mais juste en le survolant vaguement, ne sachant trop comment elle réagirait et le risque de la blesser alors qu’elle était encore si fragile sur ce sujet quoi qu’elle veuille bien en dire !
Et il fit bien plus, énormément plus. Son sourire disparut alors qu’il se faisait beaucoup plus grave. Personne ne les écoutait et de toute façon le feu crépitant couvrait sa voix pour les autres mais il parla un peu moins fort. Son regard était devenu sombre et la colère y flambait. Pas à cause d’elle évidemment… Mais il commença à lui raconter ce qui s’était passé à Helehëne, tout, dans les moindres détails. Parce qu’il voulait qu’elle sache ce qu’il avait réellement fait. Il parla en toute honnêteté et ne cacha rien même s’il fit garde à ses mots quand il évoqua les souvenirs des bourreaux de la jeune femme. Pour ce récit là par contre c’était la tristesse qui l’emportait sur la colère, une tristesse énorme qui ne ressemblait pourtant en rien à la pitié. Sa voix tremblait légèrement. Il était décidément bien sensible pour un prétendu égoïste de par son espèce ! Cela suspendit un peu leur repas, mais c’était un moment important, de complicité et d’honnêteté… Et qu’il ne voulait pas lui cacher. Avec elle… Il voulait juste être vrai, être honnête… Il craignait un peu qu’elle le prenne mal mais elle ne montra pas de honte, ni de colère. Il s’attendait presque à ce qu’elle se lève en l’insultant, utilisant sa bravache pour cacher les souvenirs douloureux, pour cacher le passé et le mal qui lui avait été fait, le mal aussi que cela réveillait forcément un peu. Au contraire… Elle fut… Exceptionnelle. Ce fut elle qui le réconforta, serrant doucement ses deux mains en lui souriant avec une telle douceur, une telle bienveillance qu’elle réchauffa son âme frigorifiée de peur en un instant. Il se mit aussitôt à lui sourire. Elle ne dit rien. Elle n’avait pas besoin de parler pour tout réparer… Au moins en partie. Il récupéra ses mains alors que le serveur revenait avec le dessert de la jeune femme et une assiette de fromage pour son compagnon. Celui-ci se frotta discrètement les yeux, se permettant une phrase à demi-voix.

T’es vraiment pas croyable toi…

Et dans sa bouche c’était un compliment énorme…
Ils repartirent sur un sujet plus léger, à savoir s’amuser à observer les couples présents et à essayer de deviner ce qu’ils se disaient en inventant des discours complètement loufoques ! Ils allèrent danser… Il marqua son territoire de son simple bras autour d’elle, carrant les épaules, prêt à affronter tout adversaire. Mais personne ne chercha à les embêter. On était simplement surpris voilà tout. Mais ils dénotaient tellement tous les deux en même temps…
Les digestifs du coin auraient ramené un mort à la vie ! Décidément les hommes du nord était de sacrés gabarit ! Tristan resta très digne mais même lui trouva cela… fort, et se retint de tousser au premier verre, surpris mais c’était vraiment pour son honneur d’homme et de compagnon du soir de la petite demoiselle. Autrement il se serait descendu une cruche d’eau là tout de suite ! Pas fort !!!! Il s’était foutu de lui le barman bah tant pis ! Il ne le laisserait pas se moquer !
Ils avaient dansé et c’était vraiment bien. Ils semblaient se connaitre comme personne, semblant anticiper le moindre mouvement de l’autre avec une facilité déconcertante et leur danse… ressemblait presque à de la magie tant elle était aisée et… unique, légère et inimitable !
Et puis elle l’avait embrassé. Brusquement… Il avait tout de suite répondu malgré la surprise immense, parce qu’il n’attendait que ça… Tout se réveilla entre eux. L’étrange alchimie de leur corps n’était pas faite pour être contenue de la sorte, bien au contraire et tenter de la faire taire ne l’avait rendue que plus bouillonnante ! Beaucoup plus ! Si danser était simple, s’embrasser était… vital alors tellement c’était d’un naturel automatique. S’ils tentaient vaguement de rester sages, de ne pas perdre les pédales le monde autour d’eux c’était arrêté…


Des lumières dansaient devant mes yeux mais j’étais aveugle. J’entendais des feux d’artifices crépiter à mes oreilles, le tonnerre tonner comme jamais et la foudre s’abattre et pourtant j’étais sourd… Tout mon corps, tout mon être réagissait au sien, d’un seul baiser… J’avais entendu un tintement, comme celui d’une cloche… Je n’avais pas besoin d’ouvrir les yeux pour savoir que la magie autour de son corps était de nouveau là… invisible pour les mortels, tellement visible pour moi…
Nous dansions encore, sans même nous en rendre compte, nos dents s’entrechoquaient quand nous nous embrassions. Pour une fois je n’aimais que peu ma haute taille qui me séparait tant d’elle mais je me surpris à la porter à plusieurs reprises alors qu’elle-même s’était mise sur mes pieds… Je n’avais rien senti pour se hausser un peu plus vers moi. Trop mignonne…


Ils étaient sorti prendre l’air et surtout se séparer un peu, de tous ceux qui les encourageaient et d’eux-mêmes qui voulaient encore s’embrasser mais qui ne pouvaient espérer plus devant tant de personne. Sortir pour se calmer… Sortir pour… davantage ? Dilemme. Elle l’avait taquiné sur ses « fesses », il répliqua en sifflotant innocemment, assurant que ce n’était qu’un examen médical pour son fameux bleu… Elle parla de ses marques, il s’arrêta, cherchant ses mots puis lui sourit.

En fait… On ne sait pas vraiment. Ce n’est pas vraiment courant. En fait je suis le seul. Certains ont des particularités plus ou moins marquées comme la couleur de leurs cheveux, la présence de petite cornes sur leur corps, même humanoïde, des branchies aussi pour les dragons d’eau. Il n’y a pas beaucoup de voltigeur comme moi en fait à la base déjà… C’est peut-être un truc de ce sous-groupe… Je ne sais pas. En tous les cas tout le monde était assez surpris, ça ne m’a pas vraiment rassuré quand c’est apparu, peu après ma première transformation. Certains aimaient bien me taquiner avec ça en disant que c’était mon « marquage » pour signaler que je n’étais pas comme les autres, pour mettre en avant mon côté « trop sensible »… parce que j’aime bien les humains et que je ne les prends pas de haut, et que leurs histoires me touchent et tout… enfin tout ça quoi… Je sais qu’elles signalent plus ou moins ma forme et mon état… Quand je suis sévèrement blessé elles disparaissent presque et au contraire quand je suis en pleine forme elles brillent ! Le pire que j’ai eu c’est quand mon meilleur ami s’est amusé à ajouter un ingrédient à ma potion et qu’elles sont devenues phosphorescentes… Ca a beaucoup fait rire… Ah et c’est une des raisons pour lesquelles mon surnom est « le tigre » chez les cheistams mais aussi chez mes frères dragons…


Il lui avait dit qu’il ne lui cachait rien et le jeune homme tenait clairement parole…
Décidément cette promenade sous les étoiles était la meilleure partie de cette soirée. Ils étaient loin du bruit et des lumières, juste tous les deux, ça allait très bien au jeune homme. Il n’y avait personne d’autre dehors à part eux. Du moins de ce qu’ils en voyaient. Mais ils ne faisaient guère attention…
Et puis il y avait eu la course poursuite qui n’en était pas une, un jeu de plus, une tentation de plus, un baiser de plus, des mots susurrés à son oreille si différente de celles des autres, elle s’éloignait, éternel jeu de tentation… Et puis ce qui aurait dû être une fuite délicate mais sauvage, effrontée mais tentatrice se mua en une maladresse de plus. Comme il eut du mal à ne pas rire ! Mais bon prince, le jeune homme se portait déjà à son secours, maitrisant son fou rire alors qu’elle le frappait sur le torse pour le punir de son sourire goguenard lui marmonnant de ne pas se moquer. Il la porta, elle avait de quoi avoir froid ! Non seulement elle était tombée dans la poudreuse mais celle de l’arbre lui avait également glissé dessus, la transformant en un très sexy bonhomme de neige certes mais très inadapté bonhomme de neige tout de même !


J’aurais pu retourner à la taverne. Je sais que j’aurais dû mais je ne voulais pas retrouver les autres, je voulais la garder encore un peu rien qu’à moi. Je ne savais pas comment j’étais censé clôturer cette soirée. Je ne voulais pas qu’elle s’achève. Je savais que j’étais censé la raccompagner chez elle et si ça n’avait pas nécessité de la porter trop longuement dans le froid je l’aurais probablement fait… Enfin probablement. Retourner au restaurant. Là non plus je n’étais pas tout seul avec elle…
Avant que j’aie pu m’en rendre compte mes pas m’avaient guidé à l’auberge et devant ma chambre, je rougis alors qu’elle se permettait une petite phrase. J’étais beaucoup plus gêné que je le laissais paraitre !
Après l’avoir déposée dans un confortable fauteuil que j’approchais au plus près des braises du feu, je remis plusieurs grosses bûches qui brûlaient lentement et je partis lui chercher une serviette. Après quoi l’idée était de me tenir loin d’elle le temps de remettre mon cerveau à l’endroit. Après tout nous étions seuls, le soir, dans ma chambre, j’avais quand même pas mal bu et je sentais mes résistances fondre comme neige au soleil. Dieux que j’avais envie d’elle… Au moins de l’embrasser encore un peu! Après tout elle l’avait fait ! Elle aimait bien donc, non ? Ou alors c’était dans le feu de l’action quand nous dansions ou… Gentleman ! Je lui proposais un massage mais sans chercher le moins du monde à la déshabiller, juste à travers ses vêtements, un peu maladroitement du coup, mais je n’osais trop toucher directement sa peau ! Elle voulut me rendre la pareille, je crois… et c’est là que tout partit de travers…



Surpris de se retrouver sur le dos sur le lit, le jeune homme l’avait fixée, trop près de son visage, voulant articuler que ce n’était pas vraiment comme ça qu’on faisait et… rien du tout parce qu’elle l’embrassait et c’était vraiment… magique ! Si ça ce n’était pas de la magie alors rien dans ce monde n’en était. Mais alors qu’il ne s’attendait qu’à des baisers passionnés le laissant sur sa faim le jeune homme la sentit se coller davantage à lui, à califourchon sur ses hanches ce qui était en soi très agréable et très peu aidant pour son anatomie qui réagissait un peu trop bien à l’excitation provoquée.


Elle me regardait bizarrement alors que j’étais un peu essoufflé, ne comprenant trop ce qu’elle attendait de moi. Etait-ce le signal pour… déchainer ma passion ? Je voulais bien moi ! Je ne voulais que ça en fait mais… Alors qu’elle m’arrachait un nouveau gémissement en m’embrassant le cou, ne manquant pas de me mordre, que je tentais de venir caresser sa poitrine délaissée à travers le tissu de sa robe je fus ramené à l’ordre et la fixais bêtement la bouche entrouverte sans comprendre. Pourquoi disait-elle cela ? Que disait-elle au juste ? Mon cerveau avait du mal à suivre… Je compris. C’était ainsi que j’avais agi quand j’avais… Oh non… non non non non non non… Elle ne comptait tout de même pas… Bon j’espérais un peu c’est vrai… Bon d’accord beaucoup mais… Ce n’était pas une très bonne idée de m’exciter davantage, vraiment pas… J’obéissais sagement, me redressant quand elle me le demanda, restant immobile, docile, vraiment docile. Peut-être aussi parce que je voulais lui donner ce pouvoir qu’elle n’avait pas eu sur les hommes la première fois… et probablement aussi beaucoup des fois suivantes. Les hommes sont égoïstes et prétentieux… Et ils n’aiment que peu laisser une femme dominer, encore moins l’avouer… J’avouais complètement qu’elle me dominait entièrement. Qu’elle ordonne, j’obéissais. Coeur et poings liés…
J’aimais bien qu’elle me touche… C’est vrai que je n’en avais que peu eu l’occasion… Ses mains étaient merveilleusement douce et provoquait mille décharges sur ma peau et dans mes muscles… Je bandais tellement que j’en devenais engourdi en fait me demandant si j’avais encore une quelconque circulation sanguine dans les jambes tant elle semblait avoir pris une toute autre direction !
Effleurements, baisers, caresses, soumis et appréciant plus que je n’aurais su le dire je gémissais doucement de temps à autre tout en essayant de rester… un peu digne et de cacher à quel point j’étais vulnérable. Pas que je cherche à lui cacher quoi que ce soit ou à faire l’indifférent. C’est juste que moi-même je ne savais pas ce qui m’arrivait !!!!
Paroles à la fois sensuelles et tellement crues à mon oreille… Certaines étaient tellement provocantes qu’elles auraient dû être censurées pour les moins de… de 40 ans !!!

Et puis elle m’avait mis debout. Je ne savais même pas comment je tenais debout. Je ne sentais qu’à peine mes orteils… Je me souvins avoir enlevé mes bottes et lui avoir ôté les siennes également car elles étaient trempées par la neige, les avoir laissées près du feu. Me concentrer sur quelque chose de concret me sauva disons… cinq secondes… Le temps que je sente ses mains sur ma ceinture qui déjà baissaient mon pantalon. Oh putain oh putain oh putain !!!!!!!!!
Elle me parla mais là encore mon cerveau mit bien deux minutes à comprendre ce qu’elle disait. Bien mem… quoi ? Je compris, rougis malgré moi… D’ailleurs je ne vois pas comment il pouvait encore y avoir du sang au niveau de mon  visage vu que celui-ci semblait totalement dirigé vers l’objet qu’elle-même visait. Dans un sens jamais je n’avais été aussi fier du cadeau de mère nature que je savais manier aussi bien que mon épée… Je n’étais pas qualifié de bretteur exceptionnel que pour la lame d’acier dira t-on. Et en même temps j’étais terrorisé… De son jugement. De… ne plus savoir faire. De ne pas savoir quoi faire d’ailleurs ! Mais je n’avais rien à faire toujours. Car elle ne me laissait rien faire. Sa main, même à travers le tissu me semblait de braise tant elle était chaude et je gémissais au moindre effleurement. Et puis je m’étais retrouvé tout nu… Je ne sais trop quand ni comment… Enfin comment je sais… je n’avais juste pas vraiment remarqué tout obnubilé que j’étais par ses baisers et le feu de mes reins qui me donnait la vague impression qu’on était en train de me scier le dos en deux !!!! J’ouvris la bouche, voulant bafouiller quelque chose, n’importe quoi comme « pas toucher », « trop sensible » parce que je ne comprenais même pas ce qui se passait. Je n’étais pas aussi réactif d’ordinaire et mes mots moururent en une bouillie labiale incompréhensible, une espèce de son entre l’ébauche phonétique et un gémissement étouffé. Bon ben… ok, là je ne pouvais fuir nulle part. Elle ne me tenait pas littéralement par les couilles mais elle tenait plus intéressant… Beaucoup plus intéressant…

Bon… Je devais reprendre mon estimation. Elle avait vraiment de petites mains… Peu importe à quel point elle serrerait elle ne pouvait pas faire le tour, vraiment pas et… Ah tiens j’étais de nouveau allongé. Etais-je tombé ? A voir le regard dominant qu’elle me lançait… non. Plus soumis encore qu’un instant plus tôt je me rendis compte que je la fixais d’un air implorant. Bon d’accord j’étais carrément prêt à la supplier là… Pas de faire l’amour, mais de faire quelque chose. Rien qu’elle me tienne c’était bon alors… Pas besoin de demander apparemment. Ou elle avait eu pitié ou ses idées étaient déjà très claires sur le sujet…


Si le jeune homme avait réagi à ses caresses et ses baisers, gémis un peu… Il devint brusquement beaucoup plus expressif, arrêtant de tenter de se maitriser, en étant tout à fait incapable et totalement à sa merci, plus que totalement même. Il était sacrément expressif tout de même et s’il s’était émerveillé de sa réactivité et de sa sensibilité tactile il n’était pas en reste de son côté non plus. Sauf qu’il semblait totalement surpris sur ce point, comme s’il le découvrait à l’instant ! Pourtant le jeune homme n’était pas puceau, loin de là il avait même une sacrée expérience derrière lui mais sous ses caresses il devenait… pas un autre, disons juste différent. Encore plus vrai, encore plus honnête. Comme s’il y avait quelqu’un depuis tout ce temps derrière ce mur de bonne manière, quelqu’un qu’il avait fini par oublier lui-même. Ou quelqu’un qui ne pouvait exister que pour elle…
Le jeune homme gémissait doucement le nom de la jeune femme de temps à autres, étouffait faiblement d’autres gémissements incompréhensibles le reste du temps ou de longs soupirs. Ah pour être douée elle était douée… Incroyablement même. Incapable de penser il ne pouvait que vivre l’instant présent avec une surprenante intensité. Respectant scrupuleusement ses ordres, malgré son envie de lui rendre la pareille, de l’exciter et de la torturer de plaisir comme elle le faisait avec lui, il ne la touchait pas, se contentant de maltraiter le drap sous lui en serrant ses mains dessus et avec sa poigne de fer autant dire que le pauvre drap était sacrément malmené !


Je sentais sa satisfaction en découvrant tout le pouvoir qu’elle avait sur moi. J’entendais vaguement l’écho de son esprit répondre au mien tellement sonné. Je ne savais pas ce qui se passait, pourquoi je réagissais comme ça et autant surtout. Les dieux m’en soient témoins je ne simulais rien du tout ! Elle était exceptionnelle… Ce qui avait entre nous était différent, je n’étais pas fou n’est ce pas ?!
A ma propre surprise elle m’amena au bord de l’orgasme en un temps record ! Enfin pour elle c’était probablement super long mais pour moi c’était record… Combien de femmes avaient-elles tenté pareil « échauffement » et y avaient-elles laissé leur poignet ???! Elle s’arrêta… Je ne pouvais pas lui en vouloir ! C’était fatigant, la pauvre, même si j’étais un peu frustré que ce moment épique et novateur cesse ainsi, un grognement de dépit m’échappa malgré moi alors que je me redressai sur les coudes pour lui sourire, le regard plein de reconnaissance et pouvant respirer un peu pour reprendre ma bravade et lui conter vengeance mais… elle m’embrassa. Je frémis contre ses lèvres tant elles étaient douces, sucrées par la liqueur des digestifs que nous avions pris, sous ses caresses, je voulus la prendre dans mes bras mais ils me servaient de support à l’heure actuelle et je ne pouvais que davantage tendre le cou pour l’embrasser mais elle s’éloignait déjà… MAIIIIIISSSS EUUUHHHH !!!!! Sauf qu’elle continua de caresser mon torse, mes abdominaux qui semblaient décidément la fasciner, j’en étais fier pour le coup, mes cuisses et… c’était quoi ce regard au juste ? La provocation venait d’être humainement incarnée dans un seul regard… Pourquoi elle… Je compris beaucoup trop tard. En fait je ne compris pas. En fait mon cerveau partit en vacances, ou il se débrancha, je ne sais pas trop ! J’aurais voulu lui dire qu’elle n’avait pas à faire ça. Mais de toute façon mademoiselle n’en faisait qu’à sa tête et elle avait bien compris, j’espère, qu’elle faisait ce qu’elle voulait avec moi et accessoirement ce qu’elle voulait de moi vu ma position…
Nos dieux existaient. J’en avais la certitude à présent… Doter une seule personne d’un tel talent de ses mains était déjà extraordinaire. Si je me gaussais de savoir utiliser ma langue pour amener ces dames au septième ciel elle m’équivalait au moins… en fait elle me dépassait, probablement… Putain mais elle faisait quoi avec sa bouche bordel de… ???!!!!!
Je m’étais crispé je crois, d’un coup. Ca l’avait fait sourire. En même temps là, oui je pouvais la sentir sourire sans la voir… J’avais lâché un juron terrible, sacrément grossier d’ailleurs… J’avais voulu l’arrêter, gémissant vaguement des « attends, non, ne… », « C.. Cassy arrête, je… » Mais ça c’était arrêté là et pire, je crois que ça l’encourageait ! Oh pour mon plus grand plaisir, ça j’en témoignais mais s’il me restait une quelconque fierté disons qu’elle était quelque part avec le reste de mon honneur, de ma compréhension, de ma distance et de ma retenue… J’arrachais complètement le dessus de lit en me débattant légèrement tellement mes muscles se contractaient et se décontractaient spasmodiquement! Merveilleuse torture ! Elle voulait me rendre la pareille ? Elle gagnait… totalement. Dieux qu’elle était douée avec sa bouche ! Même si elle continuait d’utiliser ses mains et que le duo était probablement le plus beau moment de ma courte vie… Je serrais les dents et gémissais, m’étranglais à moitié en voulant respirer…
Malgré le plaisir une pointe d’inquiétude persistait. Je la sentais peiner un peu malgré un talent immuable qui méritait qu’on lui édifie le temple de la perfection… Ma demoiselle était petite, j’étais grand, son nouveau jouet aussi quand même, sans fausse modestie et dans les respects tout de même du « normal ». Elle allait se disloquer la mâchoire si elle continuait comme ça ! Mais elle avait la même endurance que moi et la même exigence à satisfaire son partenaire. Enfin je crois. Je ne pensais pas vraiment, cette réflexion vint plus tard…

Et puis l’orgasme…
J’en avais eu pourtant des orgasmes. Des tas. Heureusement qu’ils n’étaient pas corrélés à mon endurance sinon je ne pourrais jamais être satisfait et j’avais pris l’habitude de me contenter de peu finalement. Mais j’en avais déjà eu… Surtout avec Kayla. Elle… Elle était formidable évidemment mais Cassidy… Ce qu’elle me faisait là était considéré comme des préliminaires pour beaucoup… probablement parce qu’ils ne pouvaient se contenter, parce qu’ils ne pouvaient les pousser aussi loin… Eh bien dans ce simple « préliminaire » elle m’offrit plus qu’aucune autre, rivalisant avec Kayla… Et Kayla était une dragonne ! C’était encore mieux en fait ! Parce que je n’avais rien vu venir, parce qu’elle était étourdissante de surprise, parce que… parce que…
La meilleure branlette de toute ma vie. La meilleure pipe aussi… Ah… C’était un ange du sexe ! Je ne voyais que ça. J’étais de nouveau capable de penser… Intérieurement ça pouvait aller même si j’avais l’impression de flotter sur un petit nuage d’extase complète… J’étais bien content d’être un dragon et une fois de plus de ne pas éjaculer à chaque jouissance, ça n’avait pas été le cas là heureusement, je trouvais ça monstrueusement dégradant pour les femmes… Ca m’aurait beaucoup gêné… Bon d’accord, apparemment non ça n’est pas dégoûtant de ce que j’ai compris… Enfin je ne sais pas trop comment ça se passe, c’est juste un peu je crois… L’équivalent de la première excitation des humains, un truc comme ça, j’avoue que je ne suis pas allé vérifier chez d’autres hommes… C’est ce que mes partenaires surprises m’ont toujours dit… Que c’était différent… Pas mauvais… je n’ai pas vraiment cherché à comprendre… Mais elle avait compris. Pourtant elle ne devait pas vraiment savoir pour ça… Ce n’était pas vraiment indiqué sur notre front ou notre sexe puisque c’était lui l’intéressé… Je ne sais pas comment elle avait compris mais elle avait compris. Elle m’avait même mordu à la fin… comme je l’avais fait avec elle. Ca faisait mal et en même temps ça ne pouvait pousser le plaisir qu’un cran au dessus. Techniquement impossible vu le niveau atteint mais j’avais bien compris que les barrières du possible n’étaient qu’un vague concept pour elle… J’étais mort… Essoufflé, la respiration sifflante, le corps luisant de transpiration comme si je m’étais entrainé alors que paaaas du tout ! C’était plutôt elle qui m’avait entrainé et… Bref… Etourdi, des étoiles plein les yeux, je respirais fort, ma poitrine me brûlait tellement, mes poumons brûlaient, mon corps était parcouru de milliers de frissons.

Sa main dans mes cheveux… Je m’entendis gémir faiblement en appuyant aussitôt ma tête davantage contre sa main, incapable d’autre chose, pitoyablement vautré de tout mon long, les jambes toujours dans le vide. D’ailleurs j’étais tellement grand que mes pieds touchaient sans mal par terre, même dans cette position. J’avais envie de la prendre contre moi, de la remercier, de l’embrasser et de lui demander une seconde pour me remettre de ce merveilleux moment avant de me venger. Mais mes bras étaient plus lourds que le monde et je n’arrivais même pas à ouvrir les yeux. Elle se moqua de moi. Pas méchamment bien sûr mais elle avait raison… J’étais un peu fatigué là ! A cause d’elle. Là aussi j’eus envie de répliquer, qu’elle ne s’inquiète pas, je récupérais vite, même après ça… mais aucun son ne pouvait passer mes lèvres, je devais avant tout respirer ! Combien de temps j’étais resté en apnée au juste ?!
En fait j’avais les yeux ouverts… Petit à petit le monde redevint clair alors que l’orgasme m’avait rendu aveugle. Il faisait sombre dans ma chambre, enfin juste une pénombre tamisée… La cheminée lançait de jolies couleurs partout, sur elle notamment. J’esquissais un sourire mais elle ne le vit pas, trop occupée à se lever et me balancer la plus cruelle des phrases.



Ce n’était que de la provocation évidemment, pour le tester un peu. Pour tester peut-être aussi sa capacité de récupération qui pouvait promettre ou non une nuit mémorable. Si le pauvre messire était chaque fois totalement démuni et mettait des heures à se remettre c’était mal barré mais si… Pauvre petite demoiselle. Elle avait posé la main sur la porte et l’avait légèrement ouverte quand une grande paume s’abattit sur celle-ci, la refermant avec une telle force que malgré son épaisseur elle trembla dans ses gonds. Respiration sifflante… bras tendu au dessus d’elle, l’empêchant de quitter la pièce Tristan s’était redressé bien vite finalement puisqu’entre le moment où elle avait détourné les yeux de lui et où il l’avait rejointe il s’était à peine écoulé quelques secondes. Trois à tout casser… La pièce était pourtant grande. Elle se retourna lentement vers lui, si grand et si nu surtout et de nouveau… très excité apparemment… Très très excité…
Sa voix était plus grave que d’ordinaire alors qu’il posait un étrange regard sur elle. Ses yeux étaient presque totalement noirs tant ses pupilles étaient dilatées, seul un fin anneau d’ambre persistait autour…

Tu veux vraiment partir ?

Sa voix était trop sérieuse pour qu’elle joue… Pour qu’elle le provoque. Il était carrément intimidant. Il n’avait pas l’air méchant ou de lui vouloir le moindre mal, seulement ses yeux semblaient scruter son âme. Ce fut un « non » très bas qui fut prononcé par la jeune femme. Il sourit alors.

Tant mieux…

L’instant d’après il lâchait la porte pour jeter ses mains autour de son visage et l’embrasser avec une passion qu’il avait jusqu’alors contenue. Ne lui laissant même pas le temps de se remettre de sa surprise il la souleva de terre et la plaqua sans ménagement contre la porte, remontant un peu sa robe pour qu’elle mette ses jambes autour de ses hanches. Il n’était pas brutal… mais il n’agissait pas comme si elle était fragile, une petite poupée en sucre. Le support de la porte lui donna tout loisir de glisser ses mains sous sa robe et de lui caresser les jambes alors que déjà, de nouveau il s’éloignait de la porte, envoyait valser toutes ses affaires de son bureau et l’y posait avec une facilité déconcertante. Elle ne semblait rien peser pour lui. Dévorant sa bouche de la sienne, il la libéra pour mieux se jeter sur son cou, sa gorge, ses doigts habiles défaisant déjà sans les abimer les lacets de l’arrière de sa robe. Bien vite elle se retrouva de nouveau debout cette fois pour qu’il fasse glisser lentement le tissu du vêtement sur son corps mince. Sa passion impatiente se calma aussitôt. Non pas qu’il n’ait plus envie d’elle ! C’était même tout le contraire mais il se recula légèrement pour la contempler!
Il se rapprocha vite d’elle néanmoins pour la débarrasser de ses sous-vêtements cette fois-ci et au final en moins de temps qu’il ne faut pour le penser, elle se retrouva totalement nue devant lui. Pourtant, il se maitrisait totalement… Il lui sourit en s’approchant d’elle, se baissant pour l’embrasser.

Dieux, que tu es belle…

C’est tout… Et dit avec toute la plus grande honnêteté, la plus belle sincérité du monde. Déjà de nouveau ils s’embrassaient, elle nouait ses bras autour de sa nuque, il la soulevait, ils se tentaient. Leurs corps nus l’un contre l’autre étaient la plus grande tentation qui soit et les rendaient d’autant plus impatients tant ils semblaient crever de désir l’un pour l’autre… Il bandait encore plus que lorsqu’elle s’était savamment occupé de lui et elle était bien assez trempée pour lui confirmer qu’elle n’irait nulle part… Pourtant il n’avait pas abandonné son idée de vengeance et c’est avec un sourire en coin qu’il l’amena à son tour à s’allonger sur le lit, s’agenouilla au sol sur une couverture, se glissant entre ses cuisses et commença à la couvrir de caresses et de baisers entre l’infinie tendresse et l’éhontée passion. Il prit tout autant son temps qu’elle avait pris le sien avec lui. Plus encore. Parce qu’elle était une femme. Qu’elle avait besoin de plus de temps. Qu’il ne voulait rien bâcler et que si ça s’arrêtait là… même s’il en serait déçu, profondément, il ne voulait pas avoir de regret, pas pour ça. Chaque caresse était plus violente pour l’un comme pour l’autre tant elle apportait son lot de frissons. Et quand finalement il finit par délaisser le reste de son corps de ses baisers tant les légers tremblements qui agitaient la demoiselle se faisaient insistants bien qu’elle s’obstine à résister et ne pas appuyer sur sa tête cette fois, pour glisser son visage entre ses cuisses, se fut à elle de jurer… Ah… Malgré tout, on oubliait vite… Très vite. Trop vite même. Ils ne s’étaient écoulés que quelques trop longs jours mais il semblait que des lustres les séparaient de cette dernière… activité si suave. Habile demoiseau, de sa langue et de ses mains qui semblait bien décidé à rappeler à la demoiselle qu’il avait été le premier à jouet à ça !


C'était merveilleux… Son corps… Son corps était sublime. Même dans mes plus fous fantasmes, malgré ma mémoire exceptionnelle la concernant, elle n’était pas restée aussi belle. J’avais oublié finalement, la douceur singulière de son corps… Quand elle s’était mise à briller contre la porte, ça ne m’avait même pas surpris. C’était déjà normal pour moi… Ca ne faisait que m'exciter davantage, rien d’autre… J’avais oublié sa réactivité, la sensibilité de son corps, ses soupirs, sa façon assez… expressive d'exprimer sa satisfaction… Quoique j’avais rivalisé avec elle plus tôt... Elle m’avait rendu dingue… Je lui devais le change ! Sous mes doigts et ma langue je la sentais se tordre et se tendre et c'était une sensation vraiment extraordinaire… Unique… Jamais je n’avais connu ça. J’espérais qu’elle non plus dans un sens… Vraiment… Mais sous l'exploration plus que perfectionniste que j’expérimentais je devais me rendre à l’évidence… Mamamia ! Elle était vraiment vraiment sacrément étroite ! Normale vu ses hanches minces mais… Je pouvais vraiment… « rentrer » ? J’avais un peu peur à présent…. De lui faire mal… On n’était pas vraiment des gabarits adaptés à la base tous les deux… pas pour la baise en tous les cas ! Pourtant jamais ça n'avait été aussi bon… Son corps répondait tellement au mien… Ca pouvait être un peu… serré au début mais… C’était assez égoïste comme pensée… Peut-être que nous n’allions rien faire de plus. C’était déjà énorme… Mais personnellement les pulsions qui m’agitaient étaient… énormes. Ce n’étaient même plus des pulsions à ce niveau là… Elle avait fait éclater ma libido !!!!
Peu importait… Me concentrer sur l’instant présent… En fait je pouvais penser… me délecter de ses soupirs et de ses crispations… et agir en même temps tant c’était facile, tant c’était naturel avec elle… Cassy… Tu es… Il n’y a vraiment qu’avec toi que c’est comme ça, j’ai envie de te le dire mais c’est ridicule non ? Je ne veux pas que tu crois que je le dis juste parce que j’ai aimé ce que tu m’as fait… Si tu savais…
Je pris tout mon temps pour faire monter son plaisir, la faire flirter avec de mini orgasmes pour mieux en atteindre un exceptionnel que j’eus l’impression de vivre avec elle. Je pris sur moi pour l’accompagner et l’aider à perdre doucement pieds… Elle était aussi essoufflée que moi. Peut-être même plus que je ne l’avais été. Je quittais doucement la douce moiteur de ses cuisses pour me redresser, prêt à l’attendre à mon tour ou juste… à la contempler, me glissant lentement à côté d’elle, sur le flanc en la regardant. Pris d’une inspiration soudaine, alors qu’elle peinait à reprendre ses esprits, je la poussais doucement à venir entre mes bras dont je l’enveloppais aussitôt. L’une de mes mains se serrait sur ses épaules, l’autre caressait son dos de bas en haut et de haut en bas, son étrange lueur semblait tressauter au rythme de sa respiration saccadée.


Doucement princesse, reste avec moi…

Ravi de provoquer autant chez elle qu’elle avait provoqué chez moi je me contentais de la câliner voilà tout… Attendant qu’elle se remette et qu’elle décide pour nous deux ce qu’elle voulait… Car j’obéirais oui au moindre de ses désirs. Je serais ravi si ce n’était que l’entrée en matière d’une nuit de passion. Mes pulsions s’agitaient et j’avais l’impression de sentir les siennes… ou alors j’avais envie de les sentir, je ne sais pas… D’un autre côté, j’étais prêt à m’endormir en la tenant dans mes bras… Moi oui, mon désir… beaucoup moins…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 18 Mar - 23:12

Ce que Tristan ne savait pas, c’est que Cassidy avait longuement hésité. Elle n’avait pas l’habitude de tout ça. La jeune femme était une solitaire après tout. On ne s’était jamais occupé d’elle, jamais. Et les avances, elle les avait déjà repoussé il y a bien longtemps, quand elle travaillait encore dans une bibliothèque de Galaden. La jeune femme ne savait même pas ce que c’était. De la politesse sans doute. Et puis ses voyages n’avaient rien arrangé du tout. Elle pensait que tous les hommes étaient sournois. Que derrière des sourires, une belle apparence, ne se cachaient que des humains égoïstes. Que l’amour ça ne pouvait pas exister. Pas pour elle en tout cas. Qu’elle n’avait été qu’un objet. Elle en avait trop vu… il y a avait eu des bons moments bien sûr, tous ne pensaient pas comme ça. A commencer par ce petit groupe de pèlerins qui faisaient un voyage initiatique. Mais elle ne s’était pas mélangée à eux. Ils faisaient route ensemble mais… jamais elle n’avait ressenti ce besoin de se rapprocher, de discuter. Ce n’était pas pour elle.

Et puis, elle s’était mise à jouer avec les hommes. Elle les utiliserait comme ils l’utilisent. Elle pensait que c’était comme ça que ça marchait. Qu’il n’y avait ni sentiments, ni amour, ni… rien. Juste de l’égoïsme, juste des actes pour se vider et oublier l’ennui du quotidien. Il y en avait eu certains, qui voulaient voir un peu plus loin chez Cassidy. Plus loin qu’une amante. Certains avaient tenté des cadeaux mais elle pensait toujours que c’était trop intéressé pour être vrai. Alors elle s’était réfugiée avec Jilian, parce qu’au moins on lui ficherait la paix une bonne fois pour toutes.

Enfin il y avait Tristan. Au début elle avait pensé que c’était un grand dadais inintéressant et ennuyant. Séduisant certes mais… trop « propre » pour être vrai. La jeune femme ne retrouvait pas ce gamin qui avait animé son enfance, la bousculant peut être bien mais toujours… assez expressif. Il cachait déjà des choses à l’époque mais au moins il se manifestait. Alors que là… elle ne savait pas quelle mouche l’avait piqué. Trop poli, trop… trop quoi ! Alors elle ne voulait lui accorder aucun de ses regards, il n’était rien à ses yeux. Un homme de plus. Rien… Et puis finalement elle avait commencé à changer d’avis. Peut être parce qu’il s’intéressait à elle. Peut être parce qu’il réagissait, petit à petit à sa présence.

Il y avait eu tant de choses, tant d’évènements. En fait elle ne s’en était pas vraiment rendu compte et il lui était bien difficile de savoir poser une raison censée sur son brusque intérêt envers lui. Il avait des arguments allant en sa faveur mais pas que… c’était lui, ça ne pouvait être que lui… et sans aucune raison ! Sans rien ! C’était comme si ils étaient faits pour être ensemble. Cassidy avait trouvé ça stupide, vraiment. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui lui arrivait.

Finalement ils s’étaient retrouvés dans sa ville, par le plus grand des hasards… ou pas. C’était quand même bizarre qu’il apparaisse comme ça. On lui avait confié une mission. Mais quel genre de mission ? Enfin, cela eut du bon car le jeune homme semblait se débarrasser de son attitude si froide des précédents jours. Et elle aussi d’ailleurs. Elle ne faisait pas des efforts pour le remercier mais juste elle agissait un peu plus naturellement que d’habitude. Et s’ouvrait à lui… ça aussi c’était important.

Mais lorsqu’elle vit les délicates attentions qu’il avait envers elle, le petit déjeuner, la robe, la soirée… La demoiselle sentit son monde si tranquille s’écrouler. Il n’était pas comme les autres décidément. Il osait, même en sachant pertinemment qu’elle pouvait le repousser à n’importe quel moment. Il était bien téméraire cet homme ! Heureusement que Jilian n’était pas là. Le grand blond aurait tout de suite fait le rapprochement. Il aurait compris ce que Cassidy ne voulait pas voir. Il aurait compris que la jeune femme le prenait bien plus que pour un ami, un amant. Il aurait vu tout de suite qu’elle était en train de tomber amoureuse de cet homme. Et il aurait agi en conséquence.

Elle regardait pensivement la robe que Tristan lui avait laissée. Ce n’était pas dans ses habitudes de céder aux avances d’un homme. Ce n’était pas dans ses habitudes d’accepter un rendez-vous galant. Elle ne l’aurait pas fait. Mais c’était Tristan. Juste revoir son sourire… son côté espiègle… cet espèce de regard qui tordait son ventre de mille façons… il lui manquait un peu trop. Alors elle arrêta de se poser des questions, de se dire qu’il finirait bien par repartir et voulait profiter juste un peu avec lui. Mais la jeune femme décida de lui obéir cette fois. Mettre cette robe et même les cheveux lâchés. Elle n’avait pas de maquillage chez elle alors elle ne s’y risqua pas. Et puis le résultat risquait plus d’être comique qu’autre chose.

Ils s’étaient retrouvés. Lui aussi était vraiment très beau et pendant un instant, elle ne put s’empêcher de rester plantée sur place, le dévisageant. Malgré la tenue choisie, il semblait simple, naturel et pas le moins du monde en train de jouer à un quelconque jeu de séduction. Enfin ce n’était pas comme si il avait un intérêt déplacé, c’était juste… bon d’accord elle ne comprit pas pourquoi il tenait absolument à ce qu’elle partage un repas avec lui. Après tout Cassidy ne connaissait pas la notion de « passer du temps ensemble ». Et même avec Jilian ils ne s’étaient jamais risqués à ce genre de choses. Peut être parce que Cassidy lui avait dit d’entrer qu’elle n’aimait pas le monde, qu’elle n’aimait pas les restaurants, qu’elle n’aimait pas trainer en ville au bras d’un garçon. Ca Tristan n’en savait rien. Et cela l’aurait peut être rendu fier de savoir qu’il était le premier à qui elle accordait ce genre de choses.

Elle avait caché son trouble en détournant la tête, il lui avait offert un petit bracelet. Le baiser lui donna des frissons et pendant un moment, elle faillit dévier son visage, pas pour s’écarter mais pour que leurs lèvres finissent par se rencontrer. La demoiselle se mit à rougir.

Puis elle le suivit et on les installa dans un joli petit restaurant. Une fois que tout fut en place, Tristan la fixa, semblant attendre qu’elle raconte sa journée. Cassidy ne savait absolument pas quoi dire. Elle n’avait rien d’intéressant à lui raconter après tout. Sa vie n’était pas faite de folles aventures palpitantes. Alors elle se contenta de la première chose qui lui traversait l’esprit, sa chute. Et elle insista pour dire qu’elle avait un gros bleu à la fesse. Sexy, glamour… Elle se renfrognit un moment.

Mais Tristan enchaîna, parlant de rééquilibrer ça. Elle poussa un grognement avant de changer du tac au tac. Ce n’était pas la première fois qu’il invitait une fille non ? Par intérêt ? Pour mieux la séduire ? Alors il répondit qu’il y était forcé parfois à cause de ses supérieurs. Elle haussa un sourcil. Voilà un truc qu’elle n’aimait pas. Les ordres. Comment faisait-il pour obéir sagement ? Un repas pour une mission ? Elle l’imaginait bien en train de séduire la demoiselle pour lui soutirer des informations ou la convaincre pour le bien du royaume… un truc comme ça. Il enchaina alors de manière curieuse. Il n’a pas envie de passer du temps avec les filles. Pendant un moment elle eut l’impression de revoir le petit garçon d’autrefois.

Elle le sentit perturbé par ses propos. Ah ? Si il n’aimait pas les filles pourquoi l’invitait-il alors ? Le jeune homme se mit à sortir une phrase bien placée et surprenante. Ah ! Tenace et envahissant ? Effectivement elle avait remarqué qu’il était envahissant… Tenace… Elle ne savait pas trop quoi dire. Ce n’était que le deuxième jour et bon… pour la repousser à leur village il ne s’était pas montré si tenace que ça. Mais elle était surprise en écoutant sa phrase. Tellement surprise qu’elle ne lui répondit pas, rougissant un peu et cherchant à retrouver un peu de contenance.

Alors elle lui parla d’autre chose. Courbatures… par rapport à sa nuit bien sûr ! Elle ne pensait pas qu’il resterait seul, surtout avec ses pulsions de dragon à satisfaire. Dans un sens elle était jalouse, son estomac se tordait de colère. Imaginer une autre femme dans les bras, elle avait du mal à se l’imaginer. La jeune femme serra un peu plus fort son verre mais resta totalement calme face à lui. Il n’avait pas l’air de comprendre et parlait des courbatures. Ah bon ? Rien fait ? Bon elle ne pouvait pas vraiment savoir en fait.

Le temps passait, ils mangeaient mais le jeune homme voulait entendre. Elle se forçait un peu c’est vrai. Elle ne savait pas quoi lui raconter. Sa vie était loin d’être palpitante et pourtant il semblait ne pas se lasser de l’écouter parler. Encore, si elle était une mage reconnue, il était certain qu’elle lui parlerait de ses voyages magiques, de ce qu’elle avait fait, comment elle aidait les gens. Mais rien de ça. Sa vie n’était pas rose, ce n’était pas la vie rêvée. Et pourtant elle se forçait. A parler de choses comme de la pluie et du beau temps, des trucs sur les coutumes. Elle ne voulait pas lui parler de ses autres secrets. Pas qu’elle ne voulait pas mais juste… qu’elle ne savait pas comment l’aborder. Et ce n’était pas le genre de chose qu’on déballe pendant un repas romantique.

Alors elle lui déclara qu’il n’en disait pas assez. C’était vrai, elle ne savait rien de lui, ni ce qu’il était devenu, ni comment il pouvait réagir. Cassidy hésita un peu. Ca aussi c’était une nouveauté chez elle, elle éprouvait ce besoin de curiosité envers lui. Elle avait envie de le connaître bien mieux. Ce qu’il avait vécu, fait… bon peut être pas toutes ses anciennes amantes hein ! Et si elle entendait parler de Kayla il y avait de très fortes chances que sa jalousie se réveille mais heureusement ce n’était pas le cas. Il pressa doucement sa main de la sienne, faisant un beau sourire qui lui retourna l’estomac.

Il le reconnaissait. Restant un instant silencieux, Cassidy ne s’attendait absolument pas à sa réponse. Il s’ouvrait à elle. Elle manqua de sursauter et tomber de sa chaise. Alors là pour le surprendre, il la surprenait ! Oh elle aurait envie de savoir tellement de choses. Si c’était douloureux d’être devenu un dragon, comment ça s’était passé, ce qu’il était devenu après avoir quitté le village, ses aventures, ce qu’il préférait, si il avait une autre activité à part voler… plein de choses… mais aussi ce qui pouvait l’agacer, pourquoi il avait une jambe plus pâle que l’autre, pourquoi il avait des marques un peu partout sur le corps… juste lui… Elle mâchonna un bout de pomme de terre, songeuse, avant de parler d’une voix timide.

« Hum…parle moi de tes voyages… »

Alors il se lança dans une grande explication. Cela semblait lui faire plaisir de parler avec elle de ce genre de choses. Il ne lésina pas dans les détails et se révéla être un grand conteur, rendant chaque moment de son récit intriguant, surprenant. Il savait tenir en haleine son public. Elle le découvrit très curieux de son environnement et surtout il semblait prendre très à cœur son rôle de sauver les gens, rendre service tout comme il avait l’air de s’intéresser aux humains. Tristan était un dragon pourtant. Il ne lui avait jamais vraiment dit comment c’était arrivé mais… il devait forcément avoir rencontré d’autres dragons même si il ne lui avait jamais dit, des dragons qui l’embrouillerait, le retournerait contre les autres. Le façonner à leur image, c’était bien comme ça que ça avait l’air de fonctionner non ?

Cependant elle souriait en l’écoutant, les coudes sur la table, encadrant le visage de ses mains, passionnée par ce qu’il disait. En fait elle ne se rendait pas compte de son sourire et agissait tellement naturellement qu’elle aurait bien du mal à se reconnaître. Il aborda ensuite la magie, enfin surtout ce qu’il rencontrait, comment il la ressentait. La jeune femme se crispa un peu. Sujet sensible en effet. Mais il ne s’attarda pas et s’approcha d’elle pour parler d’autre chose tout bas. Il voulut lui raconter son massacre dans son ancienne maison close. De la haine, de la colère dans son regard. Elle semblait surprise de le voir aussi véhément pour elle.

Il expliqua qu’il avait sauvé bien du monde ce soir là. Comment il avait fait, offrant à chacun la mort qu’il méritait. Cassidy était surprise. Il n’était pas obligé. Et puis il parla de ses bourreaux en choisissant bien ses mots. Elle comprit qu’ils avaient subi une longue et douloureuse torture. Tristan semblait triste. Il tremblait. Il lui expliqua qu’il avait vu des choses de son passé. Elle écarquilla les yeux. Les souvenirs revinrent frapper fort dans sa tête. Mais Tristan l’avait un peu apaisé… car tout ceci était terminé. Une page était tournée, elle avait été vengée. Il expliqua également qu’il s’était transformé et avait mangé en parti les horribles tortionnaires, ce qui avait entraîné ces souvenirs. Et qu’il avait été blessé aussi, la grosse marque qu’elle avait vu n’avait rien d’innocent.

La demoiselle se mit à réfléchir un instant. Il semblait tellement peiné pour elle, tellement… enfin elle avait du mal à comprendre pourquoi il prenait si à cœur ses soucis personnels. Mais l’essentiel, c’était qu’il avait agi non ? Il avait fait ce que personne n’avait jamais osé faire, s’en prendre directement à un fragment de son passé, et le faire disparaître totalement. Cassidy ne savait pas comment réagir face à cette réaction. Il semblait tellement déterminé quand même, dans son regard, dans son comportement. C’était comme si il voulait la protéger de tout, comme si il voulait exorciser ses vieux démons pour qu’elle puisse avancer. Cassidy ne savait pas quoi dire. Quoi qu’elle aurait dit, la demoiselle se serait sentie ridicule. Elle n’était pas habituée à ce genre d’attentions, il allait bien falloir qu’elle s’habitue. Alors elle réagit instinctivement. La demoiselle prit ses mains chaudes dans les siennes en les serrant doucement tout en le regardant profondément avec un sourire. Juste un sourire. Il pourrait l’interpréter comme il le souhaitait, ça ne la dérangeait pas.

Cependant, une question subsista dans sa tête. Une fois qu’il aurait chassé tout ça de sa tête, allait-il l’abandonner ? Partir ? Ils n’étaient pas ensemble… Et elle ne voulait pas le voir comme un ami. Si elle était un peu plus sûre de lui peut être aurait-elle fait le choix de vivre avec lui. Mais elle se reprit aussitôt. Elle ne pouvait pas être aussi égoïste. C’était un Cheistam ! Un commandant ! Et elle commençait à comprendre qu’elle pouvait représenter sa faiblesse… une énorme faiblesse… si on l’enlevait, si on lui faisait du mal, il risquait d’intervenir en fonçant tête baissée, sans faire attention au danger. On pouvait l’attraper comme ça. Le cœur de la petite demoiselle se noua. Au final c’était assez compliqué. Et même si elle voulait commencer un début d’histoire avec lui, elle risquait de l’entraîner dans sa chute. Et cela elle se l’interdisait ! Pas qu’il ne l’intéressait pas au contraire ! Mais elle avait peur de le perdre… comme quand il était blessé. Ca l’avait beaucoup marqué cette histoire. A ce moment là elle s’était rendue compte qu’il comptait énormément pour elle. Se remémorant sans cesse cette scène où il s’était réveillé, alors qu’il était profondément blessé.

Elle chassa ces pensées de sa tête. Il répondit à son sourire puis lâcha ses mains avant de murmurer quelques paroles. Cassidy avait entendu et le regarda en penchant légèrement la tête sur le côté. Pas croyable ? Dans quel sens ? Puis ils commencèrent à regarder les couples et les deux jeunes gens semblaient bien s’amuser à se moquer des autres. Cassidy manqua de pouffer de rire en écoutant Tristan mais elle avait aussi du répondant. Cela les amusa bien.

Bien repus, ils passèrent à une taverne assez joyeuse. Au départ ils ne dansaient pas et puis finalement, grâce à l’alcool, les deux jeunes gens se mirent sur la piste de danse. C’était unique, magique. C’était comme si elle arrivait à deviner ses moindres pas, la direction qu’il prenait. Mais aucun des deux ne dirigeait réellement, ils allaient dans le même sens, ensemble. Cela troubla Cassidy. Déjà elle n’avait pas l’habitude de danser mais en plus danser de cette manière comme si c’était totalement inné, c’était un exploit ! Elle finit par l’embrasser. Son estomac se tordit, son cœur tambourina fort dans sa poitrine. Elle ne décrocha pas de ses lèvres. On les encourageait mais elle n’entendait rien. Les lèvres de Tristan étaient douces, tentatrices. Elle passa les bras autour de son cou pour insister un peu plus. Le sentant prolongé son baiser, elle se colla un peu contre lui. Dieux que c’était bon ce qu’il faisait ! Elle planait sur son petit nuage. Et toutes ses pulsions qu’elle tentait désespérément de museler revenaient au grand galop. Comme si elles répondaient à Tristan, comme si ils devaient faire quelque chose ensemble.

Elle était aussi sonnée que son compagnon. C’était comme si une force irrésistible la poussait vers lui. Elle frissonnait alors qu’il faisait chaud. Plusieurs fois le beau jeune homme la porta et elle en profitait bien pour l’embrasser à nouveau. Parce qu’elle aimait ça et que c’était agréable. Les gens autour d’eux les dévisageaient. On disait tout bas qu’ils formaient un beau couple. Parce que les autres voyaient ce qu’ils refusaient de voir. Parce que l’amour naissant semblait petit à petit pointer le bout de son nez.

Ils continuèrent de danser avant de sortir pour se rafraîchir un peu. Elle tenait étroitement son bras tout en marchant avec lui. De la buée s’échappait de sa bouche doucement. Elle se sentait bien à côté de lui, comme si il pouvait la protéger de tout et toute chose. Mais la jeune femme n’aimait pas son silence pesant alors elle lui demanda des informations sur ses marques. Il s’arrêta un instant silencieux, elle l’observa puis écouta ses paroles. Il n’avait pas l’air de savoir d’où ça venait. Que c’était arriver après sa première transformation. Il expliqua alors qu’on savait qu’il s’intéressait beaucoup aux humains. Dans un sens elle lui en aurait voulu si ce n’était pas le cas. Sa mère était humaine. Il n’était pas tout à fait franc avec elle mais… elle l’adorait, ça se voyait. Et voir Eve un peu perdue parfois à cause du comportement de Tristan, ça faisait mal… Il parlait aussi de son meilleur ami, ce qui lui donna un autre renseignement. Frères dragons hein… Au moins il n’était pas seul dans son cas lui.

Elle s’était arrêtée et traçait des lignes dans la neige avec son pied, songeuse. Ses paroles lui donnaient de nouvelles questions. C’était quoi cette histoire de transformation ? Comment c’était arrivé ? Et puis, cela lui fit penser qu’il n’était pas seul. Il avait des amis lui. Des amis qui l’attendaient. Elle ne pouvait pas le contraindre. Oh Cassidy n’avait jamais eu d’amis. Si on comptait Jilian c’était un ami/petit ami. Mais elle n’avait jamais ressenti le besoin de discuter, d’être prise d’affection pour quelqu’un. Enfin pas depuis longtemps. Et puis au final quand elle était petite, encore dans leur village, des amies… elle n’en avait pas vraiment eu. On l’admirait oui. Mais c’était la chouchou des profs. On la jalousait, on l’enviait, on la fréquentait pour avoir de bonnes notes… parce que la demoiselle se pliait de bonne grâce pour rendre service. Mais c’était généralement… intéressé. Elle fit un rapprochement avec ses marques à elle qui étaient noires quand elles apparaissaient. C’était rare, très rare mais rien à voir avec lui. Délicates courbes qui recouvraient habilement son corps et son visage, traçant de larges arabesques, c’était pourtant quelque chose de maléfique. Et ça n’arrivait que très rarement heureusement.

La jeune femme ne posa pas d’autres questions et se contenta de sourire tout en continuant son chemin. Au moins il semblait aller bien, il semblait être à sa place dans ce qu’il était… c’était bien. Alors qu’elle se posait un million de questions sur son origine.

Ils continuèrent et elle voulut s’amuser. Courant un peu partout, la demoiselle n’avait pas des yeux aussi affutés que ceux de son compagnon. Et cette robe… décidément elle n’était pas à l’aise dedans. S’étalant de tout son long, elle le vit approcher et l’éclat des lunes montra son sourire amusé alors qu’il l’a pris dans ses bras. Elle grogna et lui tapa le torse, ordonnant d’arrêter d’être comme ça.

Elle se laissait conduire et ne résista pas, commençant à prendre du plaisir à se faire transporter de la sorte. C’était reposant, très reposant. Et puis il la conduisit à l’auberge. Elle n’aurait pas du être dupe. Pourtant l’alcool la détendait bien plus. Oh qu’on se rassure, elle ne se serait pas laisser violée sans rien dire, sa conscience étant toujours présente. Mais… elle et lui… dans sa chambre. La jeune femme se laissa déposer devant le feu qui brûlait dans l’âtre de la cheminée.

Les flammes dansaient à l’intérieur. En fait elle était fascinée par ce spectacle. C’était rassurant… comme destructeur… un contraste énorme. Elle faillit tendre la main pour la plonger dans les flammes, habitude machinale qu’elle prenait mais… elle se rappela rapidement que Tristan était à côté. Et qu’il ne savait pas qu’elle résistait au feu. Il se serait demandé pourquoi… un don ? Elle n’en avait pas. A moins d’être dragon, Drakkari ou d’avoir un don, il y avait peu de choses qui pouvaient expliquer ce phénomène, même si la magie est toujours mystérieuse et qu’il est difficile de tout deviner. Beaucoup de zones d’ombres encore planaient sur Ascadian.

Tristan s’approcha de Cassidy et proposa tout innocemment un massage sur le lit. Elle se laissa faire, se retrouvant la tête sur le coussin, les yeux fermés, appréciant ce qu’il lui faisait. Mais elle avait peut être d’autres desseins pour ce soir. Elle le retourna, le dévisageant de toute sa hauteur. Il n’avait pas l’air de comprendre, ou peut être ne voulait-il pas comprendre tout simplement. Oh elle allait vraiment l’aider. Et se venger de toutes ces fois où il l’avait complètement soumise, lui laissant un plaisir inimaginable. Alors elle commença, tout doucement, gentiment. Entendant ses gémissements, cela la confortait dans son idée.

Puis elle le déplaça, le déshabilla alors qu’il semblait vraiment… comme paralysé par ce qu’elle lui faisait. Elle enleva alors son boxer et lui fit un petit compliment. Il semblait perdu, sans savoir ce qui lui arrivait. Mais la demoiselle continuait, à force de caresses et de baisers, le coucher sur le lit et commencer à agir avec sa main. Elle était patiente, très patiente. S’adaptant à ses gémissements, elle changeait de vitesse. Cela lui plaisait, sentir qu’il était totalement à sa merci, qu’il ne résistait pas et le bonus suprême, il semblait beaucoup apprécier. Cela lui donne encore plus envie de continuer. Son poignet ne lui faisait pas mal, c’est qu’elle savait s’y prendre la bougresse pour économiser ses forces.

Elle voyait qu’il avait totalement changé de comportement. Tristan se lâchait et pas qu’un peu. La demoiselle se mit à sourire. C’était très excitant de le voir comme ça. Il prononça son surnom. Pendant un instant elle faillit arrêter tellement elle en était surprise. Contente, heureuse de le voir prendre son pied, la demoiselle se sentait bien. En fait c’était même la première fois qu’elle était aussi contente de voir un homme réagir à ses caresses et ses actions. Cassidy décida après un moment de s’arrêter, une autre idée en tête. Oh elle n’était pas du tout fatiguée, elle n’avait pas mal au poignet mais voulait juste le surprendre encore plus ce soir. Elle porta la bouche vers son anatomie. Bon d’accord elle n’avait pas l’habitude de cette largeur mais… c’était pas si mal que ça. Ses crispations légères, son corps qui s’arc boutait à chaque pique de plaisir. Cela l’encourageait à insister, à faire encore plus, à redoubler d’intensité. Elle entendait sa voix lui demandant d’arrêter. Alors elle continuait tout en utilisant ses mains.

Et puis pour une raison inconnue, son instinct lui souffla qu’elle arrivait à son orgasme. La jeune femme n’était pas peu fière de sa performance. Contente en l’entendant gémir, pousser un soupir de satisfaction totale, elle se recula un peu pour mieux le regarder, sourire sur le visage. Son regard était également illuminé et toute appréhension avait disparue. Juste le plaisir restait. En fait Cassidy avait toujours eu peur de ne pas être à la hauteur, à la hauteur de ses exigences à lui. Mais voir son visage complètement détendu, le corps en sueur, les draps broyés et maltraités, prouvait qu’elle avait bien fait. Elle le sentait encore crispé et à la fois si apaisé. Pendant un instant elle hésita à lui demander comment c’était. Mais les expressions de son visage parlaient pour lui. Alors elle se redressa, s’assis sur le lit à côté de lui pour caresser doucement ses cheveux. Ca aussi il aimait bien. Quelques mèches étaient collées sur son front, elle s’amusait à les écarter avec une douceur qu’elle ne se connaissait pas.

Elle aimait le voir comme ça. C’était la plus belle des récompenses. Jamais encore elle n’avait été aussi à l’aise avec un homme, aussi en confiance. Sauf que Cassidy avait l’habitude des hommes rapidement essoufflés et elle souhaitait le tester un peu, pour voir si il était prêt pour un autre round ou pas. Elle se redressa et se dirigea vers la porte.

Sauf que lorsqu’elle posa la main sur la poignée, Tristan apparut et ferma la porte. Elle baissa les yeux. Ah ben apparemment il récupérait plutôt bien. Puis elle le regarda à nouveau dans les yeux. Il semblait très sérieux cette fois, elle ne l’avait jamais vu comme ça. La demoiselle l’écouta puis répondit négativement à voix basse. Partir ? Oh si il était encore en forme elle ne disait pas non d’elle. Et soudain, tout changea. Cette fois c’était lui qui prenait les devants en l’embrassant et un baiser étourdissant, à réveiller un mort ! Elle se retrouva dans ses bras alors qu’il la plaquait contre la porte. Ses mains qui passaient sous sa robe lui donnaient des millions de décharges électriques. Trop rapide… Elle se mit à briller mais ne s’en rendit pas compte.

L’embarquant sur la table, il commença à la déshabiller, défaire les lacets. Elle répondait à ses baisers enflammés, s’agrippait à sa nuque, était complètement au bord du manque d’air. Puis il la remit debout et il fit glisser la robe. Plus facile à enlever qu’à mettre pour lui apparemment ! Tristan marqua une pause. Elle resta un peu suspendue en pleine action, le regardant, reprenant son souffle, sa poitrine se soulevant légèrement au rythme des gorgées d’air qu’elle avalait. Et puis il revint à l’assaut pour enlever les sous vêtements. Elle se crispait un peu, comme toujours. Après tout, elle avait couché avec d’autres avant qu’il ne revienne et ses réflexes étaient vite revenus. Pourtant il prononça une petite phrase, un compliment. Il la trouvait belle. C’était très rare qu’un homme lui dise ça pendant les préliminaires. En général on se passait de commentaires pour passer directement à l’acte.

Il ne perdit pas de temps et elle ne savait pas comment elle s’était retrouvée sur le lit. Rapidement après quelques baisers enflammés, il se dirigea vers l’intérieur de ses cuisses. Elle mouillait déjà beaucoup, un peu trop même. Ses fantasmes, ses envies en pensant à lui le soir… Ses envies quand elle couchait avec un autre en imaginant que c’était lui. Elle se mit à gémir. Ses jambes tremblaient. Un peu. Il prit tout son temps et elle lui en était reconnaissante. Certes elle avait tout oublié mais les souvenirs revinrent bien vite. En fait c’était même meilleur que les premières fois. Parce que là personne ne pouvait les surprendre. Parce que là il n’y avait pas leurs parents, personne du village et ils étaient dans un endroit tout à fait normal et adapté. Elle poussa de nouveaux soupirs, gémissements. Mouillant énormément. Ca allait crescendo alors qu’elle attrapait à son tour les plis du drap qu’il avait fait pour serrer fort à son tour. Murmurant son surnom d’une voix excitante, à travers ses soupirs, légèrement essoufflé.

Bon il la tenait sa vengeance parce que c’était tout simplement divin. Son corps s’arc boutait de plaisir. Elle sentit des mini orgasmes en poussant un petit cri. Il ne lui laissa pas un instant de répit. S’y prenant avec douceur, maniant comme un chef le tempo qu’il faisait avec sa langue, elle était en train de se perdre là. Son cerveau court-circutait. Jamais elle n’avait eu pareil sensation avec lui… pour lui. Alors elle se lâcha un peu plus, encore un peu plus, pour être totalement détendue.

Et puis l’orgasme. Il était arrivé sans crier gare et pourtant elle l’avait senti monter. Bon il se débrouillait très très bien. C’était parfait. Elle avait poussé un puissant gémissement, tout son corps se crispant d’un coup. Le bonheur, le paradis. Que demander de plus ? Elle ne serait plus le drap, enfonçant ses ongles dans sa peau. Tentant de reprendre contenance, elle inspira profondément, le corps en sueur, sa lueur toujours présente pourtant. Reprendre un peu son souffle, fermer les yeux et savourant le moment. Son esprit divaguait un peu. Il lui avait offert les meilleurs préliminaires de sa vie et de loin ! C’était troublant quand même.

Il se redressa et vint se coller contre elle, l’invitant à venir contre lui. C’était agréable, c’était chaud. Elle poussa un soupir de plaisir. Il n’avait rien vu mais pendant tout ce qu’il avait fait elle était vraiment une autre femme. Comme si cette fois elle ne cherchait pas à se retenir et à se lâcher, juste avec lui. Faire l’amour… Il murmura quelques paroles d’une voix tendre, la surnommant princesse. Elle se mit à sourire puis très peu de temps après, se retourna vers lui.

C’est qu’elle récupérait très vite elle aussi. Ses doigts touchaient son torse avec douceur, puis elle plaça ses bras dans son dos avant de se coller à ses lèvres une nouvelle fois pour l’embrasser passionnément, sa vigueur étant revenue. Elle frotta le nez avec le sien tout en le regardant malicieusement.

« Oh je n’avais pas l’intention de partir… c’est malpoli de s’échapper après l’entrée… »

Elle l’embrassa à nouveau pour lui faire comprendre qu’elle avait bien récupéré. Alors il obéit, rentrant dans son rythme. S’embrassant d’abord sur le côté du lit, ils roulèrent finalement sur celui-ci, l’un au dessus l’autre en dessous, inversant les rôles. Elle le caressait, il en faisait de même. Sa lueur continuait de briller un peu plus. Une expression de défi passa dans son regard. La demoiselle était chaude, bien chaude. Elle mouillait terriblement et n’hésita pas à lui faire remarquer tout en s’asseyant sur son torse.

Puis à force de se tenter, elle se sentit prête. Ils avaient encore échangés de place et elle se trouvait au dessus. Elle s’était penchée en avant pour mordiller son cou avant de glisser quelques mots soupirants à son oreille.

« Fais moi l’amour comme je ne l’ai jamais senti… »

On ne pouvait pas être plus clair. Un étrange regard apparut dans le visage du garçon. Il la fit basculer de nouveau sous lui, se retrouvant au dessus. Encore des embrassades, encore une nouvelle fois. Il prenait son temps. Elle le regardait légèrement suppliante mais un drôle de regard, comme si ce qu’il allait faire était très important pour elle. Comme si elle prenait très au sérieux ce moment, comme si cette fois elle ne se braquait pas et qu’elle semblait être prête à ce qu’il se fonde en elle.

Et puis finalement, à force de caresses et de douceurs, il ne fit qu’un avec elle. Cassidy poussa un long gémissement. Bon d’accord c’était bien plus gros que tout ce qu’elle avait senti. Elle s’agrippa à son dos, enfonçant ses ongles dans sa peau, se crispant un peu. Il prenait son temps, y allait doucement, petit à petit, déposant des baisers sur ses lèvres, caressant un instant sa poitrine pour l’aider à se détendre.

Il commença de petits va et viens, pour estimer un peu ce nouvel espace. Elle ferma les yeux et se mit à déglutir. Ca commençait à aller… de mieux en mieux. Elle le sentit prendre plus d’assurance alors qu’elle le guidait et l’encourageait d’une voix douce, prononçant son surnom, posant ses mains sur ses hanches pour lui montrer le mouvement à faire. Et puis ils prirent plus d’assurance et commencèrent à se lâcher. Le plaisir arriva. Il était doué c’était certain. Elle gémissait de plus en plus fort et si les préliminaires étaient un délice, ça c’était encore mieux ! Elle aimait ce qu’il faisait, elle se sentait bien. Oui décidément c’était le meilleur. Le meilleur…

Et puis au bout d’un moment, l’orgasme encore une fois. Il sortit pour se poser à côté d’elle. Encore une fois elle reprit son souffle. C’était comme si elle n’avait pas ressenti ce genre de choses depuis très longtemps… ou bien même jamais. Elle avait été très expressive pendant l’acte, jamais son visage ne paraissait aussi bien, prendre autant de plaisir avec un homme. Elle l’avait beaucoup encouragé aussi. Mais ce n’était pas terminé. Encore une fois elle s’était redressée pour recommencer. Toute la nuit si il le fallait… Ils avaient du temps perdu à rattraper et pas qu’un peu !

Au final, ils n’avaient que peu dormi… Elle avait somnolé un petit peu après la énième fois et les courbatures, c’était certain qu’elle en aurait. Il s’était finalement calé contre elle et ils s’étaient fait plus sages, jusqu’à ce qu’elle soit complètement rassasiée. Pour lui elle ne savait pas. Mais ça avait bien duré toute la nuit. La chambre était sans dessus dessous. Ils avaient tout testé. Lit, paroi de la cheminée, bureau, porte, fauteuil, tapis… Parfois elle se mettait au dessus aussi, ils changeaient de position, testaient de nouveaux trucs, se découvraient. Elle était un peu épuisée mais vraiment très satisfaite.

Il glissa quelques mots à son oreille alors qu’elle marmonnait un petit peu, resserrant son bras contre elle. Tristan déposa un baiser dans son cou avant de sortir de la chambre. Il avait parlé de petit déjeuner. Un cri féminin résonna dans le couloir. Cassidy ouvrit un œil puis le referma. Quel homme quand même… Elle ne voulait pas partir en fait. Et puis les petits câlins c’était très bien aussi. Lorsqu’il revint elle n’avait pas bougé et avait même la couverture sur la tête. Il posa alors un plateau sur le lit avant de la rejoindre, apparemment très enthousiaste. Elle se retourna vers lui en souriant, encore sous le coup de l’euphorie elle aussi. Touchant ses lèvres du bout de ses doigts, elle souriait.

« Salut bel homme… »

Finalement, après avoir boudé comme quoi elle ne sortirait pas de ce lit qu’elle était trop bien et qu’elle voulait encore profiter de la matinée avec lui, ce qui était rare, la demoiselle finit par manger avec appétit avant de se diriger vers la salle de bain, manquant de se prendre la porte. Elle était à peine posée que son regard fut attiré par le miroir. Se retournant, elle fronça les sourcils. Elle examina un instant son dos pour observer ses cicatrices. Les plus profondes semblaient se résorber. Pourtant elle les regardaient tous les jours, rien ne semblait bouger. Mais pas aujourd’hui… La jeune femme se mit à réfléchir puis sortit, complètement nue, pour jeter un coup d’œil à Tristan.

« Triiiiiis’ »

Voix pas inquiète, juste surprise et perplexe. Il fit une remarque sur le fait qu’elle était toute nue, elle ne se démonta pas pour autant avant de se placer dos à lui.

« Dis voir, t’as pas des pouvoirs guérisseurs de dragon ? J’ai l’impression que mes… vieilles cicatrices sont moins marquées… »

Il examina la peau, posant doucement ses doigts dessus avant de dire qu’il n’en savait rien. Elle se retourna vers lui en soupirant. Bon le fait qu’elle soit nue devait pas l’aider à réfléchir alors d’un air gêné, elle repartit dans la salle de bain pour prendre une douche en haussant les épaules. Qu’est ce que c’était encore de cette histoire ?

Elle avait remis la robe d’hier, n’ayant pas d’autres vêtements sur elle avant de le rejoindre, grommelant sur les lacets de la robe.

« Dis voir ! Tu pourrais pas m’aider s’il te plaîiiiiiit ? C’est vraiment de la m… enfin de la crotte ces machins ! »

Il obéit. Un vrai petit couple. Puis il lui parla de magie, très prudemment. Cassidy se retourna vers lui. Elle semblait très pensive puis le regarda très sérieusement en inspirant profondément.

« Je veux bien te croire mais tu es sûr que c’est pas de la magie… externe ? Parce que bon… comment t’expliquer… »

Elle se gratta un instant la tête, mordillant sa lèvre inférieure.

« J’ai un moyen pour… détecter la magie… et je n’arrive pas à le faire fonctionner. »

Cassidy baissa les yeux, se rappeler de cet échec la rendait triste. Il lui proposa alors de jeter un coup d’œil pour voir si il pouvait l’aider. Elle le regarda un instant. Après tout il avait l’air d’être plus sensible qu’elle à la magie alors. Elle acquiesça d’un signe de tête.

« Si tu veux… »

Puis elle semblait réfléchir… Elle ne voulait pas le quitter mais… elle devait aller chercher des plantes aujourd’hui pour la boutique alors dur de lui demander de l’accompagner surtout qu’il avait sûrement à faire de son côté. Alors elle eut une idée.

« Hum… je dois aller chercher des plantes pour la boutique ce matin… mais… ça te dit qu’on aille manger… ensemble à midi ? Et après on passe l’après midi ensemble et je te montrerais… »

Elle baissa la tête tout en rougissant, évitant son regard. Il accepta et cela la rendait toute heureuse. Elle sauta à son cou tout en déposant un baiser tendre sur ses lèvres, le regardant chaudement mais pas comme un amant…plutôt comme si il était son petit ami.

« Bon ben travaille bien alors… on se voit tout à l’heure… »

Elle lâcha sa main mais mit un peu de temps quand même, avant de sortir toute guillerette dans le couloir.

La matinée passa longuement quand même. En fait elle avait hâte d’être à midi pour le revoir. Et puis il fallait le dire, elle repensait à la veille. Courbatures qui se réveillaient mais c’était tellement bon. En fait, Cassidy était même prête à recommencer ce soir. Ses pulsions étaient assouvies mais elle sentait que rien qu’en se chauffant un peu elles seraient de retour… et elle ne voulait aucun autre homme que lui. C’était rare ça…

Ils se retrouvèrent à son auberge, juste près d’un mur. Elle lui avait demandé de l’attendre là. Cette fois elle arriva la première et semblait d’excellente humeur tout en le voyant arriver. La jeune femme avait récupéré son habituelle tenue masculine mais elle tenait à lui faire plaisir, pas parce qu’ils avaient couché ensemble non ! juste parce qu’il savait qu’il aimait bien alors elle avait laissé ses cheveux détachés.

« Je t’ai pas trop manqué ? »

Entreprenante, elle s’était approchée de lui pour s’accrocher à son cou pour l’embrasser. Cassidy avait beaucoup changé… enfin il avait sûrement débloqué un truc en elle et elle se conduisait beaucoup plus agréablement avec lui, même bien plus osée.

Elle lui prit le bras pour l’emmener dans un autre restaurant, lui demandant ce qu’il désirait manger aujourd’hui, si il avait des goûts particuliers. Il voulait juste quelque chose de nouveau alors elle le conduisit dans un autre restaurant. Sur leur passage, des filles commençaient à dévisager Tristan avec intérêt. Cassidy ne le loupa pas et grogna en resserrant sa prise sur lui. Non mais qu’est ce qu’elles avaient ?! Et puis elle se rappela…

« Hum… j’espère que ta potion sera prête aujourd’hui… risque d’y avoir des meurtres sinon… »

Phrase dit d’un ton détaché mais où la pointe de jalousie se faisait clairement ressentir.

Ils allèrent manger et le repas fut plutôt agréable. Ils parlaient un peu l’un et l’autre de sujets légers mais elle n’abordait pas avec lui l’histoire des dragons encore.

Puis elle le conduisit en forêt pour l’amener dans un de ses coins inaccessibles, là où elle était sûre qu’on ne viendrait pas les déranger. Elle sortit alors son cristal de sa poche pour lui montrer.

« Tiens voilà, c’est un cristal d’apprentissage. C’est un mage qui me l’a donné quand je faisais mes… voyages. Il me disait que si j’arrivais à faire fonctionner ce truc, alors c’est que j’ai de la magie en moi. Mais jusqu’à présent je n’ai jamais réussi à le faire changer d’état… J’ai encore essayé après ton… message, ça ne fonctionne pas… »

Et pour lui faire une démonstration, elle fixa son attention sur le cristal tout en se concentrant. Rien ne se produisit. Alors Tristan, après avoir regardé, observé, s’approcha d’elle. Il pouvait la guider. Il pouvait voir que sa magie se dispersait et qu’elle n’arrivait pas à la canaliser correctement. Il essaya de lui donner quelques conseils, s’approchant d’elle, touchant son bras et s’écarta un peu avant de lui demander de recommencer.

Elle l’écoutait attentivement et se concentra comme il disait. Faire le vide, visualiser un flux de magie. Et puis… le cristal commença à bouger. Au début lentement puis il s’éleva de quelques centimètres au dessus de sa paume. Cassidy semblait abasourdie et ouvrit doucement la bouche. Et puis, le choc.

Une petite détonation retentit, le cristal se retrouva propulser contre un arbre mais ce n’était pas le truc le plus troublant. Cassidy était tombée à terre, les genoux heurtant la neige. Heureusement qu’elle était un peu molle. Elle serra les deux en fermant les yeux. Tristan avait du le ressentir. Si il voyait la magie, il avait sûrement vu cette poussière violette timide qui apparaissait, aussitôt remplacée par une poussière bien plus noire qui l’envahissait totalement. De la magie noire… bien plus puissante… bien plus imposante. Qui tournait autour d’elle. Ca faisait parti d’elle et c’était plutôt assez… développé.

Cassidy avait eu mal. Elle s’était mordu à la lèvre en se faisant mal, ne comprenant pas, encore sous le choc. Mais ce n’était pas une douleur capable de la faire tomber dans les pommes. Juste quelque chose de désagréable comme si on lui avait donné un coup directement pour lui couper la respiration. Il s’était déjà approché d’elle, très inquiet, regardant si tout allait bien. Elle prit sa main pour se redresser.

« Ca va… J’ai peut être pas l’habitude c’est tout… »

Elle ne pouvait pas savoir mais bon c’était un peu embêtant si ça se reproduisait à chaque fois qu’elle essayait non ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 23 Mar - 18:02

Un sourire béat au visage dont je ne pouvais me départir, j’attendais ma commande effectuée auprès de la boulangère. Elle avait rougi en me voyant, moi, mon sourire, ma bonne humeur, le bonheur qui devait rayonner autour de moi… Impossible de faire semblant, impossible d’avoir le moindre masque, impossible d’être autrement. J’étais bien, euphorique. J’étais… heureux.
Quand je m’étais réveillé, le soulagement que j’avais ressenti en sentant sa peau contre la mienne avait été immense. Je craignais, sans le savoir jusque là, de me réveiller seul. J’avais ouvert les yeux sur le bonheur d’être près d’elle, d’avoir cette sublime jeune femme blottie contre moi, endormie. Une vague de chaleur avait fait frissonner mon corps et un serrement puissant avait étreint mon coeur de la plus délicieuse des manières. Doucement, j’avais resserré ma prise sur son corps mince, enfouissant mon nez dans ses cheveux d’or, ne comprenant pas pourquoi j’avais les larmes aux yeux, probablement la fatigue, alors que je la pressais contre moi en me demandant si je serais capable de la relâcher… A mon grand plaisir, elle ne s’était pas réveillée et j’avais donc tout loisir d’aller lui chercher le petit déjeuner. Pris d’une brutale énergie alors que j’étais si épuisé par notre nuit, j’eus aussitôt envie d’agir pour voir son magnifique sourire plein de gourmandise. Je déposai de doux baisers dans sa nuque et sur l’une de ses épaules en lui murmurant de ne pas « s’envoler », que je revenais tout de suite. Elle me répondit par un léger grognement adorable qui ne m’aidait guère à savoir si elle dormait ou non.
Doucement, je me dégageai d’elle, m’extirpai des couvertures et sortais dans le couloir… Ah flûte ! J’avais oublié mes bottes ! Courant d’air… Pas que mes bottes. Je baissai bêtement les yeux sur mon corps totalement nu et que je remarquais soudainement… extrêmement courbaturé, quand la porte de la chambre en face s’ouvrit sur une dame d’un certain âge qui poussa un glapissement aigu. Pour ma défense ça n’avait vraiment pas l’air d’un glapissement de dégoût.
Désolé, je rentrai immédiatement dans ma chambre. Ah oui… un pantalon… Ce serait mieux. Je m’habillais en vitesse et ressortis aussi vite en faisant le moins de bruit possible, sans même prendre la peine de mettre une chemise, refermant simplement ma veste sur mon torse aux muscles encore congestionnés par un entrainement des plus délicieux. Au rez-de-chaussée je demandai au patron s’il avait un plateau. Apparemment il y avait pas mal de gourmandises préparées pour le petit déjeuner mais je voulais chercher des brioches pour ma douce demoiselle.
Me voilà qui attendais à présent à la boulangerie. Je récupérai rapidement ma commande et je rentrai à l’auberge. Je pris un plateau immense sur lequel je disposais dans une corbeille du pain frais et des viennoiseries, le reste du plateau fut couvert des confitures, du chocolat à étaler, du beurre, des oeufs et du bacon pour moi, un grand bol de café et un grand bol de chocolat chaud fumant, des cuillères, des serviettes, un jus d’orange. Le plateau était assez impressionnant et semblait réservé pour des ogres mais après la nuit que nous avions passée… quoi de plus normal d’avoir faim.
Alors que je remontai prudemment l’escalier pour rejoindre ma chambre et la princesse endormie dans mon lit, la soirée de la veille repassa dans ma tête.

Ca avait été une soirée très agréable au commencement: restaurant, danse, apéritifs, promenade, jeu du chat et de la souris… Et puis tout avait commencé à déraper. Nous avions fini dans cette même chambre et si je m’obstinais à garder mes pensées innocentes je fus bien forcé d’admettre que Cassidy était bien moins timorée que moi à ce propos. Edifiante demoiselle, entreprenante, terriblement excitante elle m’avait fait subir de tels extraordinaires préliminaires que je peinais à réaliser que c’était vraiment arrivé. Avais-je rêvé tout ceci ? Je devais absolument lui dire que c’était formidable… Sauf qu’elle ne m’en avait pas laissé le temps, essayant de partir et insultant potentiellement ma virilité. Que croyait-elle donc ? Que je me satisferais de si peu ? Même si elle avait un coup de main à tomber, sans mauvais jeu de mots et qu’elle savait merveilleusement bien se servir de sa bouche de bien des manières, même si ça avait été extraordinaire… Je ne pouvais pas me contenter de ça… pas seulement… Plus maintenant. Enfin, je ne la forcerais jamais à quoi que ce soit évidemment mais je ne pouvais décemment pas la laisser partir sans lui avoir laissé goûter au nirvana elle aussi ! Je n’étais pas un sadique ! Enfin un peu… mais juste pour jouer… Heureusement elle n’avait pas réellement l’air de vouloir partir et j’avais ressenti un profond soulagement. Je ne voulais pas qu’elle parte, vraiment… Je ne le voulais pas en temps normal, je le voulais encore moins maintenant. J’avais un peu peur des pulsions qu’elle éveillait chez moi. Jamais elles n’avaient été aussi énormes et… violentes. Et pourtant jamais je n’avais eu autant envie, besoin de satisfaire une femme, autant besoin de son accord, autant besoin de ses soupirs. Elle s’était mise à briller très vite. De nouveau cette étrange chose. Je vis l’espace d’un instant, en me concentrant fort, la magie qui irradiait de son corps et qui semblait vraiment s’harmoniser avec celui-ci, comme si elle était dans une espèce de communion entre son corps justement et cette magie dont elle s’obstinait à se croire dépourvue, à cause de trop d’aveugles… Moi je voyais. J’avais envie de lui dire tout ce que je voyais. Mais je n’arrivais pas à parler, si ce n’est pour sortir ces vérités sur sa beauté, murmurer son surnom d’une voix étranglée comme si je rendais les armes devant tant… de beauté, d’excitation, de désir… Pas comme si en fait. Je rendais les armes… Totalement…

A mon tour de la torturer, tant de baisers, tant de caresses pour lui rappeler qu’à ce jeu-là, j’étais pas mal doué moi aussi. Pour la remercier aussi, pas pour ce qu’elle avait fait même si je voulais bien lui édifier un temple là, mais plus… d’être là, de m’accorder cette chance, d’être plus proche d’elle, de devenir cet amant que je fantasmais devenir pour elle. Pourquoi les autres et pas moi après tout ? Je ne prétendais pas connaitre tous les hommes évidemment et il y en avait forcément des débrouillards et des gentils, des respectueux et peut-être même quelques doués mais jamais, oh grand jamais, un humain ne la traiterait comme je comptais le faire. Humain ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Aucun homme… J’avais déjà eu l’impression d’être utile, de servir à quelque chose, défendre, servir, protéger, risquer ma vie, risquer de la perdre bien souvent aussi… Ca avait toujours été mon souhait. J’avais trouvé une quelconque place dans ce monde. Pourtant elle avait tout remis en question, par morceaux… Mais faire l’amour avec elle ? Pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression d’être exactement où je devais être, avec la bonne personne, pas au bon moment, j’en avais perdu tellement des bons moments, mais… d’exister. Par elle. Pour elle.

Je m’étais délecté de tous ses soupirs qui m’encourageaient au moins autant que les miens l’avaient fait avec elle. Quel plaisir de découvrir à quel point nous étions sur la même longueur d’onde, à quel point nous aimions satisfaire notre partenaire. A quel point ce soir, avec cette personne c’était important. Je ne savais pas comment elle était avec les autres. Mais je pouvais lui jurer, jamais je n’avais été ainsi avec une femme. Je la sentais confiante aussi, tellement confiante, comme si elle savait que quoi que je sois, jamais je ne lui ferais le moindre mal. Ca m’avait ému. Pourtant elle n’avait rien dit. Mais je le sentais c’est tout. Longs, tour à tour doux et torrides, préliminaires je m’étais extasié devant son plaisir, devant les crispations de son corps, l’harmonie de celui-ci, la beauté de sa peau pâle, s’hérissant avec la chair de poule que je lui provoquais, la beauté de tout son corps, celle encore plus grande de tout son être. Jamais amener femme à l’orgasme ne m’avait paru si simple et si merveilleux, de simples caresses, parfois un peu timides, moi qui ne l’avais jamais été… Je la caressais tendrement en l’observant reprendre son souffle que je lui avais si facilement volé, mon coeur battait vite et à mes lèvres se pressaient des absurdités que je ne savais prononcer. Dans mon corps un feu ardent ne demandait qu’à être assouvi et pourtant, au moindre froncement de sourcil de sa part, à la moindre crainte, la moindre dénégation, je l’aurais éteint, je le jure !

Sa peau était merveilleusement douce malgré ses cicatrices. Je caressai doucement celles presque invisibles qui marbraient ses cuisses, dont les souvenirs de leur torture s’imprimaient avec force dans mon esprit. Mais c’était surtout celles de son dos. Ca l’avait profondément marquée elle aussi. J’avais envie de lui dire, encore cette envie, qu’elle était belle malgré elles, lui dire que je voulais effacer chacune d’elles par plus de douceur et de tendresse qu’aucun homme n’en serait jamais capable. Parce que j’étais doux et tendre. Ce n’était pourtant pas l’adage des dragons. Et c’était aussi assez nouveau pour moi… Mais je n’étais personne d’autre que Tristan cette nuit…
Quelques mots pour la garder près de moi, pour lui dire indirectement aussi que je voulais qu’elle reste. Elle m’avait embrassé après s’être tournée avec une lenteur qui électrisait mes sens. Son baiser avait le goût du bonheur. Qu’elle frotte son nez contre le mien, ce petit côté joueur, me plut immédiatement alors que j’haussais légèrement un sourcil à sa petite provocation. Ne pas partir après l’entrée ?
Je me penchais sur son oreille, la mordillant doucement en murmurant avec toute la sincérité du monde.

Tu veux dire que c’est malpoli de s’échapper après « l’apéritif » j’imagine…

Si elle voulait jouer à ça, elle avait un adversaire avec lequel rivaliser et pas qu’un peu. Et puis c’était franchement honnête ! Je ne voyais ceci oui, que comme l’apéritif. Parce que je voulais immensément plus. Parce que je ne pouvais me contenter de ces simples gémissements. Parce que je voulais lui plaire et gémir avec elle aussi longtemps qu’elle l’accepterait.

L’instant d’après nous nous embrassions passionnément. Au début c’était certes passionné mais peu tentateur, puis nos mains se glissèrent rapidement dans ce nouveau jeu… La tendresse était toujours là mais un peu en recul, comme spectatrice amusée de toute cette chimie qui s’agitait autour de nous. Il n’y avait qu’elle. J’étais incapable de penser autrement, de penser à quoi que ce soit d’autre qu’à elle… Cassidy…
Elle m’avait pourtant fasciné au premier regard, j’aurais dû comprendre qu’elle avait quelque chose de différent et que m’approcher d’elle était terriblement dangereux pour nous deux. Comment avais-je pu ignorer presque jusqu’à son existence pendant toutes ces années. Comment avais-je pu l’oublier? A ses sourires de la soirée s’étaient superposés ceux de la fillette qu’elle avait été et dont je n’aurais pas dû me souvenir. C’était étonnant. C’était effrayant. Je ne comprenais pas comment je pouvais me souvenir avec une telle netteté d’elle. Alors que tout le reste était si obscur. Pour être honnête je ne pensais, heureusement, plus guère à ladite fillette à présent. Ces jeux-là ne permettaient pas que s’imposent les souvenirs de notre enfance, ou alors j’aurais été encore plus pervers et vu l’obsession véritable que j’avais pour elle… Enfin… C’était déjà bien assez ainsi.

Nous nous chamaillons, nous poussions, nous tentions. Etrangement, ces préliminaires semblaient nous avoir ôté tous deux d’un poids immense, celui de la peur de mal faire même si la mienne restait latente. Je voyais bien dans ses yeux sombres le plaisir qu’elle avait pris à me voir totalement soumis à ses caresses, si obéissant et si réceptif… Je comprenais vaguement qu’elle avait craint ne pas pouvoir me satisfaire. Rien que pour ça, j’avais envie de la punir. Comment pouvait-elle craindre une chose pareille ?! Elle était assurément extrêmement douée, ce qui étrangement, me déplaisait aussi un peu. Combien d’hommes l’avaient caressée de la sorte ? Combien d’hommes avait-elle comblé ? Combien lui avaient-ils rendu la pareille ? Combien l’avaient forcée ? Elle chassa mes furieuses pensées d’un seul baiser. Si facilement. Kayla était merveilleuse certes, la plus douée de toutes… Nous étions faits pour être ensemble. Pourtant, jamais elle n’avait vidé mon cerveau comme elle, elle pouvait le faire, totalement. Je ne pouvais plus penser qu’à elle, respirer pour elle, n’embrasser qu’elle. Je ne comprenais pas et je ne voulais pas comprendre. J’avais bien mieux à faire.

Joueuse, taquine et tellement provocante, Cassidy était… différente, même différente de la jeune femme si joyeuse que j’avais retrouvée dans ces contrées gelées. Je la sentais si sincère, si entière, si sensible aussi. Comme si elle jetait sa carapace pour moi, juste pour quelques minutes, pour quelques heures. Elle me soufflait des paroles crues à l’oreille, j’y répondais du même ton, parfois juste d’un vague grognement tant elle me surprenait… et m’excitait davantage, j’avoue. Je m’amusais particulièrement de sa remarque selon laquelle elle était… excitée. Non… je n’avais pas remarqué… du tout…

Vraiment ? Je ne comprends pas pourquoi…

J’avais à peine réussi à susurrer ces mots à son oreille. Parce que je voulais la provoquer aussi bien sûr mais que l’entendre… ça me plaisait vachement en fait. Elle me mordit pour se venger et fort en plus ! Et puis nos piques provocantes s’étaient espacées, raréfiées, nous nous essoufflions sous nos baisers et nos caresses qui rendaient hommages aux mots tentateurs. Alors que j’étais tout occupé à câliner sensuellement sa poitrine trop délaissée à mon goût et qui avait toute mon attention, elle avait réussi à nous retourner, ce qui ne changeait absolument rien à mon objectif, bien au contraire, ça libérait mes mains au moins. Ravi j’étais donc très très occupé quand elle m’avait soustrait cette vue superbe en se collant à moi, ce qui était en soi… très agréable aussi ! Et puis ces mots… Des mots que je ne demandais pas et que je n’attendais pas, une supplique presque dans sa voix que je rêvais d’entendre évidemment et dont je m’en voulais aussi. Je la fixais, totalement immobile. Le désir m’enflammait et pourtant… pourtant, je lui étais tellement reconnaissant… je ne voulais rien brusquer, rien casser, rien…  manquer. Mais elle m’avait hypnotisé. Totalement… Et puis je nous avais retournés, je l’avais embrassée, caressée avec d’autant plus d’insistance et de tentation que je savais que c’était moi qu’elle voulait, juste moi. Mon coeur chantait, il chantait à tue tête ce con ! Je n’arrivais pas à parler et pourtant j’avais envie de lui dire tellement de chose. Je m’arrêtais entre deux caresses, l’observant avec une attention dont ma libido me maudissait. Elle avait l’air si sûre d’elle, si bien et si impatiente en même temps, si inquiète aussi, un peu… oui, il y avait un peu d’inquiétude derrière toute cette confiance, derrière tout ce désir qui jouait avec nos sens. Je m’entendis lui demander tout bas si elle était sûre… En temps normal je me serais détesté, surtout vu l’attirance que je ressentais pour elle mais au contraire, j’étais si fier de dire ces mots, si heureux d’en être capable. Je caressais tendrement l’une de ses joues comme si elle était faite de porcelaine qu’un simple souffle pouvait briser, la regardant dans les yeux avec une sévérité que je ne me connaissais pas.

On peut arrêter à tout moment hein ? Tu… Tu le sais n’est ce pas ? Si c’est… si je je te fais mal tu… tu m’arrêtes d’accord ?

J’avais la bouche sèche et je sentais mes joues s’enflammer… J’étais… intimidé, totalement. L’impression d’être un adolescent inexpérimenté face à l’élue de son coeur me heurta de plein fouet. Avais-je donc l’air aussi pataud et timide ? Ou n’était-ce pas juste… le souci d’elle, juste le souci que tout soit… parfait.
J’avais repris mes caresses, elle m’en rendait beaucoup aussi. La peur et l’excitation emballaient mon coeur… Et puis avec toute la douceur dont j’étais capable et dont je ne me croyais absolument pas pourvu, je m’étais glissé en elle. Bonne nouvelle ça passait tout s… ah non flûte… bloqué… Nom de… elle était sacrément étroite ! Bien plus que je ne l’avais imaginé et j’imaginais sans mal le peu d’endurance qu’un homme devait avoir dans si doux, si chaud et serré espace. Sauf que… bah… là ça bloquait un peu… et qu’il me restait quand même une sacrée marge et qu’elle s’était crispée et était en train de transformer mon dos en griffoir ! J’étais étourdi par la sensation de fusion de nos deux corps, jamais je n’avais eu d’impression si vivace avec une autre, oh grand jamais ! Immobilisé par souci de son bien-être ce qui était un autre comportement inhabituel, je finis par l’aider doucement à se détendre, l’embrassant, lui demandant si ça allait, si je lui faisais mal, caressant doucement sa peau du bout des doigts. Elle frémissait, se détendait, je bougeais légèrement selon son aisance et puis finalement je me glissais totalement en elle. D’accord… Certes. Je ne voulais plus jamais quitter cet endroit na ! C’était… le paradis ! J’étais mort hein ?!

Les sensations ? Extraordinaires. Mais bien moins que celles qui suivirent. Mon corps réagissait tellement au sien et elle me rendait la pareille à un point inimaginable… En fait son corps semblait s’adapter au mien et ça c’était encore un truc bizarre de plus à agiter sur l’interminable liste que j’entreprenais de dresser. Elle se détendait doucement mais un coup de reins, même léger de ma part suffit à provoquer ses crispations, les miennes et nos soupirs. Wah… Ca promettait…
Et c’était au delà de tout ce que j’avais pu imaginer…
Pourtant je l’avais fantasmé cet instant, de bien des manières, dans des scénarios les plus improbables. Mais celui-ci était parfait. Si passion et tentation étaient au rendez-vous la douceur qui nous unissait était vibrante, malgré mes coups de reins, malgré son déhanché à mourir. Dieux qu’elle était douée ! Nous nous provoquions encore, nous encouragions, un regard complice, un mordillement, un soupir plus fort… Ce fut tendre et violent, parfois presque sage d’une douceur extatique, d’autres si brusques que si elle ne m’avait pas prouvé son endurance j’aurais craint de la briser en deux. Endurante… Elle l’était, au delà de toutes mes plus folles espérances. Chaque tentative était soldée par une avalanche de sensations, par la beauté de notre plaisir, exponentiel, qui enflait chaque fois davantage. Nous récupérerions si vite, affamé l’un de l’autre. La première fois qu’elle m’avait sauté dessus avec une provocation délicieuse j’avais ri, à mon tour surpris de sa récupération. Ô sublime demoiselle, quand cesseras-tu donc de me surprendre ? Elle était encore plus douée que je ne l’avais imaginé et si j’avais adoré que nous nous occupions l’un de l’autre pendant ces préliminaires ce n’était rien à côté de… Ca… Parce que nous étions ensemble. Parce que faire l’amour… c’était partager physiquement le plaisir de l’autre. Ses crispations m’entrainaient avec elle, nous nous accordions parfaitement comme deux instruments résonant aux mêmes fréquences.

Pauvre pièce… Elle subit les conséquences de nos désirs et de nos tentations restés trop longtemps inassouvis. Chaque recoin était un recoin à caresses et à passion et jamais je n’avais autant travaillé mes muscles, c’est qu’elle en redemandait et puis… c’est que je la portais longtemps aussi, debout ça lui plaisait… beaucoup ! Moi aussi… Enfin n’importe comment en fait et n’importe où ! Mademoiselle était une fois de plus merveilleusement endurante !
Cette nuit avait vraiment l’odeur, le goût, la sensation du bonheur et ceux encore plus grands d’un rêve interdit. Je ne sais pas ce que j’imaginais en ouvrant les yeux. Que je serais seul ? Que j’avais rêvé cet instant ? Me réveiller près d’elle ne me faisait pas peur. Je me fichais de ce qu’on pourrait dire. Ici je n’avais pas besoin de me cacher… J’avais un peu honte de m’être si vite endormi quelques trop courtes heures plus tôt. Parfaitement satisfait et d’autant plus comblé que je sentais qu’elle l’était je n’avais guère pu longtemps la couvrir de doux baisers et de caresses, je m’étais endormi très vite en la pressant contre moi, épuisé… Elle était là… Elle n’était pas partie…


En entrant dans ma chambre, je fus frappé par le chaos qui y régnait. Tout avait été déplacé, renversé… Le bureau était carrément à l’envers ! Quand au lit s’il ne touchait aucun mur à la base, plutôt centré nous l’avions hum… « poussé » jusqu’à un mur contre lequel il avait cessé de se déplacer. A mes oreilles résonnaient encore nos gémissements mêlés, ses encouragements, les miens… Mon coeur battit fort rien qu’en la voyant sous les draps que nous avions arrachés et dans lesquels elle était juste blottie…Rien qu’en la voyant…



Le jeune homme avait rejoint la petite demoiselle, posé le plateau, l’avait réveillée de baisers doux et d’euphorie et il l’avait tendrement embrassée quand elle l’avait salué, lui murmurant un vague « bonjour bel ange ». Ils n’avaient pas parlé de ce qui s’était passé. Peut-être que l’un comme l’autre craignait ce qui serait dit. Que c’était bien, que ça ne recommencerait pas. Que ce n’était pas si bien… Enfin ça, quel fou l’aurait prononcé ? Toute l’auberge pouvait attester de leurs activités et réussite de celles-ci et ce malgré les murs extrêmement bien isolés ! Ou peut-être simplement n’y avait-il rien à dire. Il la câlina un moment, riant franchement en l’entendant bouder, ronchonner et préférer le lit, la taquinant en arguant que si elle appréciait tant le lit il allait les laisser seuls alors, ce à quoi elle répondit d’un grognement plus fort en s’arc-boutant à lui. Il finit par s’asseoir sur le lit et la prit entre ses jambes, dos contre son torse. Heureusement qu’elle s’était enroulée dans la couverture. Car s’il s’était débarrassé de ses bottes et de sa veste en entrant il n’aurait guère tenu, probablement, en touchant sa peau… Elle semblait avoir faim, quoi de plus normal après toute l’énergie dépensée. Etrangement malgré leurs ébats, les cheveux de la jeune femme étaient presque coiffés alors que ceux de son compagnon était dans un désordre apocalyptique !
Elle grimaça tant et si bien en se levant qu’il fut aussitôt sur ses jambes, inquiets, avançant déjà les mains pour la retenir mais elle se contenta de lui tirer la langue et de lâcher d’une voix qui demandait clairement qu’il la plaigne malgré la pointe de surprise et de ravissement qui y perçait « courbatures ». Il répondit d’un immense sourire en jouant l’innocent et se laissa retomber sur le matelas en répondant que lui aussi, histoire de bien lui faire comprendre qu’elle aussi avait bien réussi à l’éprouver ! Profitant très largement de la vue, il l’observa aller jusqu’à la salle de bains même si sa démarche était moins aérienne que d’ordinaire. La pauvre, si elle avait les mêmes douleurs musculaires que lui il comprenait grandement, mais une fois chauffés ses muscles ne la tirailleraient plus autant.
Rêveur, il la regardait oh oui, tout son saoul, un peu perturbé encore, réalisant tout juste ce qui s’était passé entre eux. Nulle culpabilité, nul regret… Aucun.
Et puis elle l’appela et il la rejoignit rapidement alors qu’elle sortait de la salle de bain, il dû avouer son ignorance bien qu’étant profondément intrigué. Que racontait-elle au juste ? Pourtant elle avait raison, il pouvait l’attester ! Ses cicatrices, les plus profondes du moins, étaient moins marquées, pour son plus grand plaisir d’ailleurs, il les caressa du bout des doigts avec un sourire.

Non, vraiment je ne sais pas… Je n’ai jamais entendu parler d’une chose pareille… Ou alors c’est tous mes baisers… Ca mérite vérification…

Il se baissait déjà, commençant à déposer des baisers dans sa nuque et le haut de son dos mais ayant très bien compris son manège elle le chassa rapidement, pourtant son sourire ne montrait aucun agacement… Elle avait bien compris que sa nudité ne l’aidait pas à réfléchir… Et probablement elle non plus d’ailleurs !
Il valait mieux qu’il prenne sa douche… après, bien après…
Il l’aida pour sa robe en souriant, ne s’offusquant pas de ses paroles et de son agacement, bien au contraire.

C’est surtout que cette robe comme beaucoup d’autres a été conçue de manière à ce que tu ne t’habilles pas seule… Mais c’était peut-être trop… « subtil »…

Elle lui renvoya aussitôt une tape, à son tour de tirer la langue !
Ils parlèrent de sa magie. Il hésita mais en la voyant à la fois si tendue et si… prête à accepter ce nouvel espoir comment pouvait-il lui cacher quoi que ce soit.
Elle parlait d’un machin pour détecter la magie, il haussa un sourcil.

Cassy… Je sais ce que j’ai vu. J’aimerais te montrer ce que mes yeux voient sur le monde quand je me concentre assez, je vais essayer hein… mais c’est difficile de ce que j’en sais et je ne sais pas trop comment m’y prendre… Tout ce que je peux te dire c’est que ta magie… enfin ça n’est pas comme chez les autres, ça c’est sûr, elle est différente. Mais il y en a, je l’ai vu et euh… euh.. comment dire… hum… N… Ne le prends pas mal hein… Ce… C’est juste que… tu te souviens de la poudre argenté d’hier ? Enfin… voilà… En gros tout le monde a plus ou moins de magie en lui ou autour de lui. Quelques créatures en sont dépourvus, quelques mages déchus entre autres qui ont perdu toute leur magie après une quête de pouvoir de ce que j’en ai lu et… bah dans ce cas la poudre ne fonctionne pas… Mais s’il y a une infinie capacité magique chez quelqu’un ça réagit… Sachant que tu as… enfin que tu n’y crois pas j’ai pris la poudre dans ma main avant de la remettre dans le flacon, histoire de doper un peu ses propriétés, au cas où… mais… ce n’est pas moi qui ait fait réagir ce truc… c’est certain, d’une manière ou d’une autre tu ne peux pas être dépourvue de magie, pas totalement… Et encore moins de ce que j’en ai vu et mon discours est super confus, je suis désolé… J.. J’aimerais vraiment regarder ton truc… si tu veux bien… Je ne te ferai jamais miroiter de faux espoirs Cassy, pour tromper ta confiance ou quoi que ce soit, ce n’est pas… je… je veux juste que tu ne perdes pas tous tes espoirs c’est tout…

Il avait tellement hésité avant de lui dire. Il avait peur qu’elle soit en colère, parce qu’il l’avait un peu manipulée. Pourtant il n’avait pas vraiment menti puisque effectivement c’était le fonctionnement de la poudre. Mais en voulant juste charger l’élément magique de son énergie draconique il avait, sans le savoir, fait la plus intéressant et meilleure expérience qui soit la concernant… Lui ne pouvait rien savoir et elle non plus évidemment… Mais la poudre oui, s’était imprégnée de son énergie, de sa signature de dragon, en quelque sorte de son « empreinte » magique unique, quand elle avait touché la peau de Cassidy, leurs deux énergies s’étaient retrouvées, comme à chaque fois qu’ils se touchaient ou s’embrassaient. Peut-être était-ce ce qui avait réellement libéré suffisamment de magie étrange du corps de la jeune femme pour lui permettre de réaliser cette tâche a priori banale.
Il attendit la claque, qui ne vint pas. Elle avait l’air surprise, par son action, par son culot, peut-être aussi à cause de toutes les possibilités que cela sous-tendait. Il prenait un air si penaud qu’il était impossible de lui en vouloir aussi… Et puis il y avait ça surtout. Cet étrange… changement de comportement entre eux. Il n’y avait pas de masque, il n’y en avait plus, encore moins après cette nuit et oui, ils agissaient comme un couple, avec une vitesse hallucinante. Ca n’avait rien d’un coup d’un soir, rien d’un besoin d’assouvissement de pulsions… Mais ni l’un ni l’autre ne semblait en prendre réellement conscience.

Elle enchaina, heureusement, chassant la gêne du grand jeune homme qui lui fit aussitôt un sourire reconnaissant. Sa proposition rassura Tristan. Elle voulait passer du temps avec lui… Son coeur manqua un battement et un deuxième. Il hocha la tête avec un sourire un peu intimidé avant de se rappeler que vu qu’elle ne le regardait pas… elle ne pouvait pas comprendre. Il posa doucement une main sur l’une de ses épaules, la faisant glisser jusqu’à sa main droite.

J’adorerais oui…

Wah… C’était sympa comme récompense ! Quel baiser !!!! Il la serra un instant contre lui mais déjà elle s’échappait à son grand dam et partait sur une note plus légère alors qu’il lui faisait un signe de la main et son sourire en coin.
La matinée fut agitée pour le jeune homme. Prenant son courage à deux mains il mit de l’ordre dans la chambre, ce qui lui prit heureusement peu de temps et après avoir avisé le lit il se dit qu’autant le laisser contre le mur, ils ne le feraient que moins bouger la prochaine fois… prochaine fois… Bon cette fois ce serait douche froide alors ! Il avait des forces à préserver !!!!
Par la suite il mena de nouveau l’enquête discrètement et passa chez l’apothicaire qui, désolée, lui dit que sa potion avait encore un peu besoin de mijoter à cause des doses plus fortes, s’amusant de le voir rougir de manière atrocement sexy quand elle lui dit que Cassidy n’était pas là et que bêtement il se trahit par un « oui, je sais elle m’a dit… » heureusement qu’il n’avait pas ajouté le « en sortant de ma chambre… » hem…
La potion devrait donc attendre… Mauvais point les lunes semblaient s’aligner rapidement, et il commençait à se demander si la neige  ne risquait pas d’accentuer leur effet par réverbération. Il croisa plusieurs filles gloussant sur son passage et serra les dents, appréciant encore moins que d’ordinaire. Pourtant son sourire revint vite, en particulier au souvenir de sa douche et de l’examen minutieux du récent marquage imprimé par la jeune femme: suçons, griffures, elle l’avait fait sien, totalement… Pourtant lui aussi avait été surpris en examinant la large cicatrice entre son cou et son épaule, elle s’était presque totalement résorbée, de même que toutes les griffures autrement plus profondes des folles de Helehëne… qui avaient pourtant été sacrément gravées dans sa peau et refusaient jusqu’alors de disparaitre. Voilà qui en satisferait une…

Quand il arriva, elle était déjà là, le jeune homme fronçait les sourcils suite aux informations qu’il avait récoltées au sujet de sa mission mais en la voyant, tout cessa d’avoir de l’importance, ses soucis disparurent. Décidément il aimait bien la voir vêtue ainsi. Tout lui allait désespérément bien et puis… elle avait les cheveux détachés… Il le remarqua immédiatement. Ca donnait un caractère tellement moins dur à sa tenue qu’il adora d’autant plus. Savant mélange entre pratique et féminité. Oh mais elle pouvait s’attacher les cheveux hein ! Seulement qu’est ce qu’elle pouvait faire stricte sa queue de cheval !
Elle le crocheta au cou, l’embrassa, susurrant quelques mots contre ses lèvres. L’ayant aussitôt réceptionnée et soulevée du sol, il répondit à son baiser, lui mordillant la lèvre avant de reculer la tête, la fixant avec un sérieux surprenant.

Atrocement…

C’était vrai… Elle lui avait atrocement manqué !!!!
Bien plus qu’il ne l’aurait imaginé et les heures s’étaient écoulées avec une lenteur assassine. Il se dirigeait vers un restaurant quand elle se mit à grogner, à propos d’autres filles. Surpris, le jeune homme releva la tête, semblant tout juste les remarquer, apercevant avec netteté la jalousie dans les prunelles sombres de la petite demoiselle,  il sourit, serrant sa main.

J’espère aussi… Mais ne t’inquiète pas j’ai l’habitude, je sais courir vite au besoin. Et puis… J’aime bien que toi tu n’y sois pas sensible en fait…

Il l’avait bien remarqué…
Cet étrange phénomène qui semblait affecter toutes les demoiselles n’influait pas sur la petite blonde et d’ailleurs elle aussi sembla en prendre conscience à ce moment-là. Son attirance pour le jeune homme n’était clairement pas une histoire d’hormones exacerbées, il n’y avait décidément pas besoin de ça ! Mais il pressa un peu plus fort sa main, se faisant taquin en l’observant.

Seriez-vous jalouse gent demoiselle ? Je demande car je serais grandement vexé que vous me pensiez capable de céder à ces femmes alors que je suis… si bien accompagné.

Manière détournée à son tour. De dire qu’il était très bien avec elle et n’avait pas l’intention d’avoir ailleurs… Déjeuner tranquille, ils parlaient de tout et de rien jusqu’à ce que le jeune homme se crispe un peu et commence à se fermer. Ce n’était pas de la faute de Cassidy… Pas directement tout du moins. Mais elle le crut évidemment… Alors qu’ils en étaient venus à se taquiner gentiment, les évènements de la veille avaient été réabordés, l’air de rien… Et ils avaient timidement abordé le sujet de leur nuit ensemble… peut-être parce qu’ils avaient quand même un peu besoin d’en parler, de se rassurer… sauf qu’il s’était crispé et ça en soi, ce n’était pas bon, pas bon du tout… Car mille et un scénarios pouvaient passer dans la tête de la pauvre petite demoiselle en face de lui. Que ce soit qu’il n’avait pas aimé, qu’il ne voulait pas recommencer, que ce n’était qu’un moment pour satisfaire ses pulsions, qu’il était ainsi avec toutes les femmes. Elle pâlit, il le remarqua alors même qu’il avait baissé les yeux sur son assiette et les releva brusquement sur elle, comme s’il sentait son changement d’humeur, comme s’il entendait ce que disaient ses pensées. Il se mit à bafouiller, attirant son attention en lui attrapant une main, l’autre restant près de son assiette.

… Ah… Nan… Mais nan ! Attends ! Ce n’est pas… C… C’est… Je voulais juste… mais j’ai peur que tu le prennes mal et… et je…

Ca n’arrangeait pas grand chose… Prenant son courage à bras le corps sa main libre disparut sous la table avant qu’il n’agrippe la deuxième main de la jeune femme et y dépose un objet… ou plutôt deux objets accrochés, se reculant aussitôt sur sa chaise en la lâchant, la regardant, encore plus crispé… Dans sa main ? Une clé et un petit panneau de bois, comme c’était toujours le cas des clés d’auberge. Le numéro de sa chambre. C’était… le double de ses clés ?

Euh… J.. Je… Je me suis dit que… Enfin si… tu étais fatiguée après le travail et euh… comme… comme tu habites plus loin… tu… pouvais vouloir te reposer… Quand tu veux !… ou… ou venir me voir, si tu as envie peut-être… et euh… j’ai rangé notre chambre alors hum… ça va maintenant et… et voilà…

Notre chambre ? Il ne semblait même pas s’être rendu compte de son énorme coquille !
Ses pommettes se colorèrent légèrement alors qu’il détournait la tête en s’ébouriffant les cheveux, un peu gêné, carrément gêné en fait.

… Désolé… Je… je n’ai pas vraiment l’habitude de dire ce genre de chose… P… Pas du tout en fait donc je ne sais pas vraiment… quoi dire et… et ne pense plus jamais qu’hier ce n’était pas bien ! C’était… je… je… euh… quand j’aurais trouvé un mot suffisamment… fort, je te dirai…

Rassurée demoiselle ? Pauvre Tristan. Lui qui était si assuré, faisait montre d’un calme olympien peu importe la situation, sauf quand elle était en danger évidemment, perdait tous ses moyens devant elle face à ces sujets… un peu plus sérieux. Ou du moins quand ça la concernait… Mais que d’aveux ! Il lui confiait sa clé. Il lui disait qu’elle pouvait venir quand elle voulait, il utilisait un « notre » si proche du « nous », avouait qu’il n’avait pas l’habitude de tenir ce genre de discours et donc qu’elle était la première femme avec laquelle il était ainsi et un peu moins indirectement, qu’il avait adoré leurs petits jeux, plus qu’adoré… De quoi gonfler un peu l’égo d’une petite demoiselle inquiète alors qu’auparavant plus rien n’avait d’importance pour elle.
Heureusement, elle ne lui tint pas rigueur de son état. Peut-être parce que ça lui faisait quelque chose de le voir ainsi, peut-être parce qu’elle aussi ressentait pas mal de choses en conséquence… Elle finit quand même par le taquiner comme quoi elle n’avait jamais vraiment eu de massage bien qu’il lui ait dit bien savoir en faire pourtant ! Le visage du jeune homme s’illumina alors qu’il lui faisait un magnifique sourire, attrapait l’une de ses mains et la portait à ses lèvres pour y déposer un baiser.

Promis, je t’en fais un tout à l’heure ! Un vrai ! Tu verras, ça va te plaire…

Après manger ils étaient partis et elle lui avait montré son étrange objet quand ils avaient été sacrément éloignés de la petite ville, loin, personne ne pouvait les voir et les déranger ici… Il écouta attentivement ses explications et entendit la tristesse dans sa voix, même si elle la cachait décidément très bien. Sa démonstration fut soldée par un échec mais il fronça aussitôt les sourcils. Effectivement, pas de magie. Pourtant il savait ce qu’il avait vu plus tôt et puis la poudre argentée n’avait pas pu réagir juste par son contact avec un dragon. Il avait envie de rester près d’elle et de la toucher, ne comprenant pas pourquoi ça lui semblait encore plus important à ce moment-là. Il ne le fit pas mais l’effleura doucement après lui avoir dit de se calmer et de se concentrer, de respirer lentement, de se focaliser sur sa voix, d’imaginer que son énergie s’écoulait d’elle quand elle se sentait prête pour se focaliser sur ses mains… juste sur ses mains… Mais il l’avait touchée, plus longtemps que nécessaire… Elle ré-essaya et… il se passa quelque chose. Le cristal bougea, s’éleva. Tristan aussi se concentra pour le voir, la lueur violette étrange qui s’était mise à émaner d’elle. Mais ça ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait, il en était à présent certain… C’était différent… De tout… Mais tout bascula… Les ténèbres entourèrent la jeune femme, flottant autour d’elle comme des chapes de nuit, tellement inquiétantes, poisseuses de promesses macabres. Elle s’écroula alors qu’il comprenait rapidement ce qu’il voyait pour l’avoir bien souvent vue cette magie là. De la magie noire ? Ca y ressemblait en tous les cas… Ca restait… accroché à elle, comme si ça chassait sa magie, la vraie… celle à laquelle lui croyait. Elle s’était écroulée et peu importe ce qu’il voyait, il s’était aussitôt porté à sa hauteur en l’appelant d’une voix où perçait trop d’inquiétudes pour un simple « ami d’enfance ». Elle se redressa avec son aide, quelques paroles rassurantes. Lui ne la lâchait pas des yeux et sans prévenir il l’entoura de ses bras puissants, la pressant contre lui. Il tremblait légèrement. Il avait clairement eu peur pour elle…

Il la relâcha finalement doucement, écartant ses cheveux avec tant de précaution pour un si grand gaillard, effleura la cicatrice de son oeil, se pencha sur elle et l’embrassa tendrement, puis moins timidement, approfondissant leur baiser. Pourtant il finit par se reculer en se faisant violence tant elle réveillait de choses chez lui.

Viens…

Il l’entraina à sa suite pour qu’elle s’assoit sur un rocher. Il ramassa son cristal et le lui rendit avant de s’accroupir devant elle dans la neige en la regardant avec une attention toute particulière. Ca les mettait presque à la même hauteur…
Il prit un temps pour réfléchir puis, bien décidé à ne rien cacher à cette demoiselle, il lui expliqua ce qu’il avait vu, ce qui s’était passé, dans les moindres détails… La magie violette, timide, chassée par celle des ténèbres…

Est-ce que tu sais d’où vient cette magie ? J’ai été assez… confronté à la magie noire pour savoir la reconnaitre et… ça en est… Et… ça m’étonnerait que ça te soit complètement inconnu. Cassy, je ne te demande pas de m’en parler obligatoirement, c’est juste que je suis là si tu le veux et… je… je veux t’aider. Il s’est passé quelque chose, il y avait une autre magie, une vraie magie, je te le jure, la tienne, elle était différente d’accord, je n’ai jamais rien vu de tel ! et… Ce qui est le plus étrange c’est qu’elle n’entoure pas ton « organe sens » et ça c’est bizarre… Ah… euh… oui c’est vrai pardon… On m’a appris que la magie se concentre différemment selon les gens, selon ce qui marche le mieux en quelque sorte chez eux, s’ils utilisent plus leurs mains, leur tête parce que ce sont des pensants, leurs yeux etc. et je l’ai vu en tant que dragon, nos yeux nous permettent de voir comment ça se concentre, d’où ça part en quelque sorte… Mais toi… Enfin ce n’est pas… habituel qu’elle soit aussi… eh bien… diffuse déjà et difficile à faire apparaitre mais… elle venait… de toi, entièrement… tout ton corps, comme si…  eh bien la magie venait de partout te concernant… Je n’ai jamais rien vu de tel… Elle est là… je… te jure que… Mais la magie noire l’a chassée ! Je… je ne sais pas comment, je n’y connais pas grand chose, je suis désolé mais je…

Bon bon… ça faisait beaucoup de choses à ingurgiter là…
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Cassidy Herediane
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Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 24 Mar - 23:13

Réveillée par les premières lueurs de l’aube, Cassidy avait ouvert un œil encore endormi pour s’informer de la situation. Un lit bien chaud et moelleux, des bras qui l’entouraient doucement… Elle se rappelait. Cette nuit avait été mémorable. Jamais elle n’avait pris autant de plaisir en un homme, en une seule soirée. Mais la logique des choses voulait qu’elle s’enfuie comme elle le faisait d’habitude, avec tous ses amants, ne leur laissant que le mystère d’une nuit agité. Elle n’aimait pas rester avec un homme au réveil. Pour quoi faire ? Se regarder ? Faire comme si de rien n’était ? Ou encore, avoir le droit à des questions très gênantes ? Non elle n’aimait vraiment pas.

Pourtant cette fois c’était différent. Elle n’avait pas envie de bouger. Prenant le prétexte qu’elle ne pouvait pas enfiler sa robe toute seule… ou encore qu’il faisait froid dehors. Un prétexte, un énorme mauvais prétexte. La véritable raison ? Il n’y en avait pas ? Elle n’avait pas réfléchi bien longtemps, grognant en s’adossant un peu plus contre lui. Tristan avait resserré un peu sa prise autour d’elle mais sans lui faire de mal non plus. Elle avait souri, avant de se rendormir, apaisée. Cette nuit là avait été très réparatrice et même si elle n’avait dormi que quelques heures, il n’y avait pas de cauchemar, rien. Très apaisant… vraiment… Mais elle ne réfléchissait pas, juste savourer le moment et que celui-ci ne s’arrête pas.

Elle avait alors senti de légers baisers dans sa nuque peu de temps après. Une voix douce, qu’elle n’avait pas l’habitude d’entendre. Non elle ne rêvait pas en fait. Tristan lui demandait de ne pas s’envoler. Elle grogna pour la forme. Elle était bien ici et à moins qu’une météorite s’écrase elle n’avait pas l’intention de bouger d’un pouce. Et pourtant, lui ne savait pas, mais c’était tout à fait son style de fausser compagnie. Le glapissement lui avait fait ouvrir un œil curieux alors qu’elle décalait un peu sa tête pour soulever le duvet et ainsi essayer de voir ce qui se passait. Elle vit Tristan passer devant elle, nu comme un ver, apparemment la tête ailleurs. Cassidy manqua de rire. Elle imaginait très bien la scène. Oh et puis de toute façon elle n’avait pas à être jalouse car elle pouvait se rincer l’œil aussi longtemps qu’elle le désirait. Il finit par sortir.

La demoiselle soupira un instant avec délice tout en s’étirant dans le lit, devenu bien trop grand pour elle toute seule. Bon, elle avait un peu mal à la tête à cause de l’alcool. Mais quelle nuit… non elle n’était pas du tout inconsciente de ses gestes et ne semblait pas vraiment inquiète ni troublée par son comportement. Chaque chose, chaque geste, elle le voulait. Avec plaisir elle reposa la tête sur l’oreiller tout en se remémorant les évènements de la veille. Elle ne savait plus d’ailleurs comment ça avait commencé. Il voulait lui faire un massage mais elle désirait bien plus. Et surtout elle n’avait pas oublié à quel point il s’était occupé d’elle quand ils étaient encore dans leur village. Alors cette fois, elle était sur son territoire et il n’avait pas l’intérêt de broncher.

Pendant un instant elle avait eu très peur. Peur qu’il trouve ça nul, peur qu’il la repousse. Après tout, même si elle se doutait que Jilian était malgré lui responsable du comportement de Tristan, le Drakkari n’était pas obligé de céder à ses avances. Et puis un dragon quoi… pas n’importe quoi… un dragon… le niveau d’exigence était extrêmement élevé, bien plus qu’un humain, un peu plus qu’un Drakkari ou même les autres peuples. Alors elle tirait une grande satisfaction de voir ses gémissements, ses soupirs, le désir se dessiner au fond de ses yeux alors qu’elle s’occupait de lui. Il ne voulait pas être en reste et si elle avait joué au départ, le mettant au même niveau que les autres, qu’un petit plaisir et c’était terminé, et qu’elle pouvait désormais rentré, il l’avait surpris par sa capacité de récupération.

Si il était sérieux dans ses mots, si elle espérait le voir revenir, elle n’aurait pas vraiment cru que la suite soit aussi… fantastique. Effectivement, il savait très bien se débrouiller aussi. Elle avait été en manque. Elle voulait retrouver cette sensation. Quand il s’occupait d’elle, c’était comme un merveilleux feu d’artifice dans sa tête. Elle ne s’était pas retenue. A aucun moment. Parce qu’elle se sentait étrangement en confiance, parce qu’elle savait qu’il ne lui ferait rien de mal. Et puis ses pulsions étaient très élevées. Sensible à la moindre caresse de sa part… enfin juste les siennes quoi. Elle n’était pas aussi réceptive avec d’autres hommes et ça la surprenait. Lui en même pas quelques secondes il arrivait à la faire mouiller et sacrément. Bon bien sûr, elle appréciait qu’il prenne son temps mais disons que son plaisir à elle en était totalement décuplé. Elle aimait ce qu’il faisait et ne cessait de se crisper au moindre pic de plaisir.

Le plaisir ne faisait qu’augmenter et même si il l’avait amené bien au-delà de toutes ses espérances, bien au-delà de ce que chaque homme était capable avec elle, la demoiselle en voulait encore plus et ne pouvait vraisemblablement pas se satisfaire de ces préliminaires. Il allait être surpris… Elle était endurante et savait parfaitement mener la cadence elle aussi. Ne pas se contenter de si peu. Elle se sentait prête en fait. Prête pour aller plus loin avec lui, prête pour faire ce qu’elle redoutait autant. Et pourtant elle non plus n’était pas une débutante. Pourtant avec lui, c’est comme si elle reprenait sa première fois mais selon des règles beaucoup plus agréables.

Les baisers enflammés ne faisaient qu’attiser le désir, un feu qui ne pouvait plus s’éteindre une fois qu’il était aussi bien lancé. Et pourtant il l’avait comblé. Un orgasme profond, puissant. Elle s’était tournée un peu, réfléchissant, avant de revenir à la charge. Il l’avait corrigé. Apéritif. Ah oui effectivement cela montrait le niveau. Juste des amuses gueules pour le début… les choses sérieuses pouvaient commencer. Enfin elles avaient déjà commencé mais… encore plus. La demoiselle frissonnait de plaisir. Elle ne voulait plus jamais se décrocher de lui, plus jamais…

Et puis elle s’était mise à penser. Il était extrêmement efficace dans ses gestes. Caresses expertes et appuyés, baisers de plus en plus vertigineux, ils maltraitaient le duvet sous eux qui devenait de plus en plus désordonné. Faisait-il la même chose qu’avec toutes les autres ? Pensait-il qu’elle n’était qu’une parmi tant d’autres ? Elle ignorait l’existence de Kayla et bien heureusement d’ailleurs. Car toute la confiance de Cassidy aurait disparu. Elle se serait moins lâchée, elle aurait peut être peur de ne pas être à la hauteur, surtout quand une dragonne, comme LUI, agissant de la même manière, connaissant tout de lui, d’une expérience affolante pour lui donner les meilleures soirées. Elle y pensait… mais heureusement il l’aida à oublier. Comment penser à autre chose quand on se fait embrasser de cette façon ?

Cassidy se reconcentra sur lui. Ils se chamaillaient, se poussaient, changeant de position, de place. C’était un moment de découverte, chacun partait à l’exploration de l’autre, pour comprendre ce qu’il aimait, décodant les signes du plaisir et du laisser aller. Elle ne se rendait même pas compte que toutes ses réserves avaient disparu, que ses sourires apparaissaient sur son visage, qu’elle était véritable avec lui. C’était le plus beau des cadeaux qu’elle pouvait faire à un homme… donner sa confiance, montrer la vraie Cassidy, celle qui sourit, celle qui se laisser aller au plaisir, celle qui n’expédie pas les affaires sans un mot, juste un « c’est bon t’es satisfait ? ». Non… et elle était bien la dernière à s’en rendre compte.

Il l’excitait, énormément. Alors elle chuchotait quelques mots au creux de son oreille. Il souriait en répliquant. Elle aimait, cette espèce d’alchimie entre eux et aussi le fait qu’il réclame son du. Il lui laissait le choix et elle s’en rendait bien compte. A aucun moment il n’avait écarté ses cuisses, ne tenant plus. A aucun moment il ne lui montrait une facette pressée, intéressé par l’acte en lui-même. Non, il y avait tout qui gravitait autour aussi. Et puis elle prononça les mots, le signal. Elle ne savait plus dans quel sens ils étaient mais… elle était prête, définitivement prête. Il s’était retrouvé au dessus et pendant un bref instant, elle hésita à parler. Lui dire ce qu’elle ressentait, que c’était important pour elle que ce soit lui… qu’en fait c’était la première fois où elle prenait son temps et qu’elle se lâchait… Elle voulait lui dire qu’une fois qu’ils auraient fait il n’y aurait plus de chemin arrière possible. C’était bizarre ce à quoi elle pensait. Faire l’amour c’était si banal pour elle. Un exercice quotidien, un besoin à cause de ses pulsions, une obligation même… Mais là ce n’était pas que ça… Avec lui ça n’avait rien d’une obligation… Avec lui c’était… impossible de mettre un mot là-dessus. Mais ça avait beaucoup d’importance pour elle.

Il hésita un peu, inquiet. Elle ne pensait pas le voir réagir comme ça encore une fois. Il aurait du obéir et commencer sa manœuvre et au contraire, il semblait vraiment soucieux de son état. Elle le regardait en le dévisageant, sa poitrine se gonflant et s’affaissant au rythme de sa respiration. Pendant un instant elle était aussi très sérieuse. Hochant doucement la tête, caressant ses joues, murmurant une petite phrase pour le rassurer, elle faillit lui dire quelque chose de bien plus… perturbant.

*Ne t’inquiète pas, c’est avec toi. Tu es mon premier avec qui je veux vraiment le faire…*

Il aurait peut être arrêté en plein milieu. Ce n’était peut être pas banal. Enfin elle pouvait très bien penser que beaucoup de femmes lui sortaient le même discours également, elle ne savait pas trop au final.

Elle attendait. Un peu anxieuse. Il se mettait en position au dessus d’elle. Elle semblait un peu craintive, pas qu’elle avait peur qu’il lui fasse du mal mais surtout comment ça allait se passer. Caresses légères, ils semblaient s’être ralentis, se concentrant tous les deux. Elle pour l’accueillir, lui pour éviter d’être trop pressé. Au début ça allait. Il fallait dire qu’elle mouillait beaucoup donc ça glissait plutôt bien. Et puis il se bloqua. Ah ben en effet ce n’était pas comme les petits jouets qu’elle avait l’habitude d’avoir en même temps !

Elle ferma un instant les yeux. Ses ongles s’enfonçaient dans son dos alors qu’elle prenait son temps pour respirer. Ce n’était pas aussi violent que sa première fois mais c’est toujours le risque quand on change de… calibre on va dire. Il décida de jouer la carte de la prudence. Lui aussi avait remarqué et plutôt que d’insister comme un bourrin, Tristan attendait juste qu’elle se détende. Ses caresses lui faisaient beaucoup de bien, cela lui permettait de mouiller un peu plus, pour le laisser passer. Elle hochait doucement la tête, caressant son dos. Il devait sentir qu’elle se détendait car ses ongles semblaient bien moins ancrés dans sa peau. Elle poussa un premier soupir alors qu’il bougeait un peu à l’intérieur pour évaluer la zone. De nouvelles caresses, des paroles rassurantes. Ses muscles se détendirent peu à peu et finalement, il devait sentir qu’elle était plutôt bien car il entra entièrement. Elle poussa un profond soupir de satisfaction et pourtant il n’était qu’au début. Bon sang… Non mais c’était… juste à peine… et déjà elle était si… enfin c’était bon. Plus que bon même… inqualifiable. Elle avala sa salive avant qu’il ne commence, au début lentement. Elle poussa de petits gémissements, ses mains se serrant sur le drap qu’elle tordait. L’encourageant, lui disant qu’il faisait bien. Gémissements timides se transformèrent en des exclamations plus poussées. Elle ne simulait pas. Son corps se crispait alors qu’elle lui répondait, accompagnant le mouvement. Son corps était couvert de sueur mais c’était trop bon.

Jamais elle n’avait connu pareil sensation, pareille envie. Il prit plus d’assurance, elle en redemandait, n’étant pas si inactive que ça de son côté. Son orgasme mit du temps à venir, non pas parce qu’elle n’avait pas envie, au contraire, tout son corps réclamait mais surtout parce que ce qu’ils faisaient était savamment dosé. Elle reprit un peu son souffle après et le surprit en réclamant. Bon ça c’était l’entrée ! On passe au plat principal ?

Jamais elle n’avait eu autant envie de faire l’amour avec un gars. Et lui aussi réclamait à son plus grand plaisir. Elle sentait les variations dans ses coups de rein, le plaisir qui montait aussi de son côté. Il lui fit découvrir de nouvelles positions, ça ne se résumait pas à un lit et elle aimait beaucoup quand il la soulevait alors qu’elle était collée contre le mur. Des encouragements, des baisers, elle lui mordillait un peu sauvagement le cou parfois, témoignant de son plaisir. Elle ne voulait pas que la nuit s’arrête. Malheureusement celle-ci était passée bien trop vite et ils finirent par se poser dans le lit.

Satisfaite ? Pas qu’un peu… En fait elle ne se voyait même pas faire l’amour avec un autre homme avec ça… Comment oublier ? Tout allait lui paraître si fade…

Elle s’était retournée dans le lit. Bien sûr ils allaient sûrement discuter de tout ça… peut-être qu’il ne voulait plus… peut-être… enfin elle ne savait pas trop. Il était revenu très discrètement alors qu’elle avait la tête sous la couverture, grognant quand il arriva, mais en le taquinant, juste pour la forme. Il répliqua et elle réagit inconsciemment tout en l’attrapant. Y avait de la place pour deux dans le lit ! Et puis ça permettait des contacts très rapprochés. La demoiselle grogna une nouvelle fois alors qu’il dégageait un peu le drap pour la voir avant de venir s’installer, elle dans ses bras juste devant. Tiens ça aussi elle n’avait pas l’habitude. Jamais fait avec Jilian en tout cas. Mais elle devait avouer que c’était bien confortable.

Il avait raison. Heureusement que le drap séparait leurs corps parce que sinon… leurs idées ne seraient pas très claires. Elle avait écarquillé les yeux en voyant le plateau repas, ne s’attendant pas à autant en fait. Il lui avait pris beaucoup de choses différentes et semblait avoir remarqué qu’elle aimait beaucoup les brioches au chocolat. Encore un peu endormie, Cassidy ne put s’empêcher de faire un petit commentaire.

« Wha… quel festin… c’est pas tous les jours que je vois ça… »

Elle balbutia puis se mit à rougir. Inconsciemment elle lui avait fait comprendre que Jilian n’avait pas ce genre d’attention. Bon si il l’avait déjà fait mais pas aussi soigneusement préparé. Tristan semblait avoir apporté un soin particulier à la disposition des aliments et en plus il tenait compte de ses goûts même si… ils n’avaient jamais fait de petit déjeuner ensemble.

Cassidy mangea de très bon appétit, goûtant un peu de tout. Elle s’amusa même à lui donner une tartine en se tournant vers lui, le présentant à sa bouche, avec un peu de beurre dessus. Ce n’était pas sucré le beurre non ? Moment complice même si ils ne parlaient pas de la veille, de ce qu’ils avaient fait. Elle était reconnaissante. La tête encore dans le brouillard, elle ne savait pas vraiment quoi lui répondre et quoi lui dire. Elle avait un peu besoin de réfléchir au final. Parfois quand il avançait la main elle caressait son bras, poussait un soupir de bonheur en s’adossant un peu plus contre lui. Un vrai petit couple… Et elle ne s’en rendait même pas compte !

Finalement la jeune femme voulut se lever et ne semblait pas gênée d’être nue devant lui. Oh c’est bon ça va ! Il avait eu le loisir de lorgner dessus plusieurs fois alors elle n’allait pas faire l’effarouchée non plus… Bien que… et ça elle ne lui disait pas, avec les autres hommes elle se rhabillait plutôt rapidement… bon il ne savait pas…

Elle se plaignit de courbatures et eut tout le plaisir de lorgner sur lui quand il déclara que c’était pareil. Le regard de Cassidy s’illumina. Pourtant la demoiselle ne répliqua pas à cela même si elle était bien guillerette en se dirigeant vers la salle de bain. Pourtant elle passa à un examen approfondi de son corps avant de passer sous la douche. C’était devenu un rituel un brin sadique. Elle avait pris l’habitude de regarder ses marques, pour toujours se rappeler de sa première fois. Là elle aurait pu l’oublier mais le miroir en face d’elle ne semblait pas d’accord. Et lorsqu’elle tourna son dos, ses yeux se froncèrent. C’était la lumière qui était mauvaise ? Il lui semblait que ses marques qui creusaient son dos semblaient plus blanches, moins profondes… Elle ne comprenait pas vraiment. Pendant plus de sept ans ça n’avait pas bougé et là… c’était la lumière non ? Et puis elle se rappela comment Tristan avait guéri la dernière fois… et grâce à la lecture de son livre. Ils avaient des facultés de récupération. Pour un peu le fait qu’il soit collé à elle, ça pouvait agir.

Elle ne savait pas. Mais elle tenait bien partager avec son « compagnon » cette étrange découverte. C’est donc d’une voix comme si elle l’avait pris sur le fait qu’elle revint dans la chambre, parlant à voix haute pour lui expliquer la situation. Il était au courant ? C’était normal ? Elle se mit même devant lui pour lui montrer son dos afin qu’il constate. Il se peut que la lumière lui joue des tours. Nouveau comportement. Elle partageait ça avec lui. Déjà qu’elle n’était pas très… partage alors là si elle lui montrait son dos, sans la moindre crainte ni dos, et qu’en plus elle lui parlait d’un changement, c’était plutôt une bonne chose et assez encourageant quant à ses progrès avec lui au final.

Elle frémit quand il posa ses doigts sur ses cicatrices. Mais ce n’était pas un frémissement de crainte, juste que ça lui faisait du bien quand il touchait son dos de cette façon si douce, si tendre. Il répliqua d’une bien étrange façon, parlant de ses baisers, ce qui la fit sourire alors qu’il commençait son inspection en l’embrassant. Elle se mit à frémir encore plus. Bon ok… mais là ils allaient recommencer et elle avait du travail aujourd’hui. Alors la demoiselle se tourna pour le regarda d’un air malicieux. Elle ne voulait pas le repousser brutalement. Mais il n’avait pas les idées en place alors…Elle le poussa gentiment en tirant la langue avant de repartir sous la douche.

La jeune femme ne mit pas beaucoup de temps avant de sortir, en même temps elle ne passait pas un temps fou dans la salle de bain pour se préparer, se pomponner, ce n’était pas vraiment son truc à vrai dire… Elle était ressortie avec sa robe et s’approcha de lui, un peu grincheuse, parlant de la difficulté de l’attacher. Et là, il balança une petite phrase innocente qui ne manqua pas de la faire rougir alors qu’elle avait le dos tourné. Il parlait de subtilité. La demoiselle qui était très rarement subtile avait grogné en le regardant d’un air rempli de défi puis en tapant sur son torse, faisant une petite moue qu’elle voulait autoritaire mais la rendait bien plus adorable qu’autre chose.

Il parla alors de magie. Elle répliqua après un moment de silence, réfléchissant bien à ce qu’elle allait lui dire. Ce n’était pas évident de lui parler de ce genre de choses. Et puis finalement elle se lança, parlant d’un objet en sa possession qui lui permettait de voir sa magie et qu’elle n’avait rien vu justement. Pourtant elle croyait Tristan… mais le croire lui reviendrait à détester tous ces mages qui n’ont jamais cru en elle et n’avaient fait que la repousser inlassablement. Elle avait encore du mal à y croire. Pourtant, le jeune homme se fit plus sérieux, même assez déterminé au départ malgré le fait qu’il bredouillait sur la fin. Il disait qu’il avait fait exprès de prendre une poudre qui ne pouvait s’utiliser que si on avait de la magie et que même si il l’avait un peu boosté, ça avait réagi. La demoiselle ouvrait légèrement la bouche. Il parlait d’espoir, qu’il ne voulait pas lui laisser croire qu’il faisait ça pour mieux se moquer d’elle, il était assez attentif en fait. L’espoir… elle l’avait perdu depuis longtemps. Mais lui la faisait renaître. Sauf qu’étrangement si magie il y avait elle semblait se réveiller au contact du beau jeune homme. Après tout même cette lumière dorée était nouvelle. Etait-il responsable de cet exploit ? Avait-il réveillé sans le vouloir les capacités latentes de la demoiselle ?

Elle avait ouvert légèrement la bouche en apprenant la vérité. Il était bien sot de croire qu’elle pouvait le frapper ou quoi que ce soit. Tout ce qu’il avait essayé de faire, c’était d’utiliser quelque chose à son insu pour qu’elle finisse par s’en rendre compte, inconsciemment. Il semblait tout gêné. Comment lui en vouloir alors que LUI au moins s’intéressait à elle ? Il ne la voyait pas comme un échec, une recalée. Il croyait en elle, elle le sentait. Cassidy avait le vertige. Comment pouvait-il croire en elle après tout ce qui lui était arrivé ? Surtout qu’elle n’était pas si innocente que ça ? Comment pouvait-il s’intéresser à une fille comme elle ? Alors qu’il y en avait des tas plus gentilles, plus belles, plus fortes, plus intelligentes, plus… qu’elle ? Elle ne savait pas ce qu’il pensait. Bon oui d’accord depuis qu’il avait enlevé cet horrible masque de son visage, elle le voyait plus sincère dans ses réactions. Mais à moins qu’on ne lui dise franchement les choses en face (et encore pas sûre qu’elle y croit).

Alors elle changea de sujet. Peut-être parce qu’elle ne savait pas quoi dire. Peut-être parce qu’elle ne trouvait pas de conclusion valable. Quoiqu’il en soit, son cerveau carburait pour trouver une solution. Elle voulait vraiment lui montrer son truc, pour qu’il constate par lui-même et donne son avis si il le souhaitait. Il verrait peut-être ce que les autres ne voyaient pas. Et puis… elle n’avait pas envie de passer la journée loin de lui, pas après ce qui s’était passé entre eux. Cassidy avait envie de mieux connaître cet homme étrange qui lui ne semblait pas repoussé par sa présence. Il l’acceptait telle qu’elle était et c’était un beau cadeau qu’il lui faisait là.

Elle n’avait pourtant pas beaucoup d’argent. Ses économies restantes quand elle travaillait à Galaden s’étaient évaporées il y a bien longtemps et les petits boulots ingrats qu’on lui avait confiés suffisaient juste pour s’offrir la suite du voyage, un logement dans des auberges mal famées et un ou deux repas par jour, ce qui était assez frugal. Mais depuis qu’elle travaillait chez l’apothicaire, elle s’était faite une première petite paye… qu’elle voulait partager avec lui. C’est sûr, ça ne rivalisait pas avec le salaire d’un commandant Cheistam et il devrait voir à quel point l’argent était quelque chose qu’elle ne gaspillait pas sans raison.

Cassidy avait un peu hésité. Elle avait peur qu’il refuse et détournait vraiment la tête, toute gênée et s’attendant peut être à un refus de sa part. Pourtant il posa une main sur son épaule et prit sa main avec une phrase qui fit s’envoler le cœur de la petite demoiselle. Soulagée et heureuse oui. Elle retint un large sourire alors qu’elle sautait vers lui en l’embrassant tendrement, le plus naturellement du monde, comme si le simple fait qu’il accepte un repas en sa compagnie la rendait particulièrement enthousiaste. Un beau baiser… bon elle se calma rapidement pour s’éloigner parce que sinon ils allaient peut être s’embrasser avant de recommencer là où ils s’étaient arrêtés cette nuit.

Elle était rentrée chez Jilian, enfin chez elle plutôt pour changer de tenue et de décor. Une tenue bien plus masculine pour lui permettre de crapahuter dans les montagnes et forêts sans être privée de ses mouvements. Cassidy poussa un soupir de soulagement en enlevant la robe. Bon d’accord, c’était plus drôle qu’autre chose et elle comprit ce que Tristan voulait lui dire. Besoin d’un homme pour lui enlever. Parce qu’elle avait passé une bonne demi-heure à défaire les lacets, ses bras étant trop petits pour les atteindre. Grognements, air ronchon, elle avait à peine quitté Tristan qu’elle serait bien retournée le voir. Ah ben attends tu peux me défaire ma robe parce que là j’y arrive pas et bon je vais pas rester toute la journée dans cette tenue non plus ! Mais non elle devait essayer de se débrouiller seule. Tirant les lacets, elle poussait des soupirs, toute rouge, encore sous l’effet des courbatures.

Finalement elle poussa un cri de victoire quand la dernière lanière tomba et se jura d’apporter des affaires de rechange la prochaine fois qu’elle irait dormir avec Tristan. Tiens elle pensait déjà à une prochaine fois ? Rougissante, la demoiselle chassa son trouble en rangeant sa robe puis en prenant une tenue plus décontractée. Elle hésita pour s’attacher les cheveux mais finalement cette fois elle voulait faire un effort… de féminité.

Cassidy était alors sortie du village. Au départ il lui était très dur de se concentrer sur les plantes. En fait c’était autre chose qui monopolisait tout son esprit. Le beau Drakkari dragon… Un air rêveur apparaissait sur son visage alors qu’elle errait plus qu’elle ne cherchait, son sac sur le dos restant désespérément vide. Elle secoua la tête. Penser à lui ne ferait pas avancer les choses et puis Ninna ne serait peut-être pas comprendre de voir son assistante revenir bredouille. Elle prit alors son temps pour débusquer plantes, ingrédients, tout ce qu’il fallait réapprovisionner et qu’elle pouvait trouver dans la nature. Certaines plantes étaient très accessibles. D’autres par contre lui demandaient d’accomplir des prouesses et heureusement que son corps était aguerri à ce genre de choses. Escalader une petite colline, grimper en haut d’arbres vertigineux. Il est vrai que la magie faciliterait le travail et grandement… Mais au moins elle travaillait son physique et son endurance, au grand plaisir de son « compagnon ». Elle ne semblait même pas se rendre compte qu’elle pensait à lui, pour la moindre chose, le mettant en scène, le prenant à témoin. Cela lui semblait normal alors que ça ne devrait pas l’être.

Elle avait aussi beaucoup râlé sur les courbatures. Aucun homme ne l’avait éprouvé à ce point… Pas évident de se concentrer au final…

L’heure tournait et finalement elle redescendit en ville après avoir déposé les ingrédients chez Ninna. Cette dernière en profita pour souligner la mine radieuse de Cassidy et cette dernière marmonna… en fait pas grand-chose parce qu’elle ne trouvait pas d’excuse valable pour expliquer sa bonne humeur. Parler de Tristan mettrait la puce à l’oreille de l’apothicaire et elle n’hésiterait pas à la charrier avec ça. Cassidy était sortie de la boutique et marchait en direction de l’auberge de Tristan.

En fait, elle redoutait carrément de le voir. Peur que le charme soit rompu, peur qu’il redevienne un peu plus distant… Elle tapotait doucement la neige de son pied, enveloppée dans une longue cape jusqu’à ce qu’elle relève la tête pour le voir arriver. Au début hésitante, elle plissa les yeux pour observer son visage. Il avait l’air un peu soucieux mais elle ne lui en tenait pas rigueur alors qu’elle s’approchait de lui, contente de le voir avant de lui balancer une petite phrase taquine et pourtant… Il répondit d’un ton sérieux mais par l’affirmative. Bonne réponse. Elle l’embrassa sans se ménager. Retrouver le goût de ses lèvres était rassurant.

Puis elle le conduisit à travers la ville et remarqua très rapidement les demoiselles qui jetaient des regards assez insistants au beau jeune homme. Cassidy avait froncé les sourcils. Elle n’aimait pas ça… Elle n’aimait pas qu’on lorgne sur son petit ami… heu…grand ami ! comme ça sans aucun scrupule. Non mais… elle savait qu’il y avait l’histoire des hormones mais quand même. La jeune femme espérait vivement que la potion soit bientôt terminée. Elle ne supporterait pas qu’on le touche et n’hésiterait pas à envoyer au tapis toute femme un peu trop entreprenante. Oh non elle ne le laisserait pas entre leurs griffes c’était certain !

Il répliqua et elle sentit une pression dans sa main. Il parlait de courir vite, oh ça elle avait bien remarqué… Et puis il souligna qu’elle n’avait pas l’air sensible à ça elle. La jeune femme le regarda un instant étrangement. Sensible à quoi ? Puis l’information remonta à son cerveau. Ah les hormones… Bah… ça devait faire quoi au juste ? A vrai dire elle ne savait pas trop. Elle devait se jeter sur lui ? Le regarder avec des yeux de merlan frit ? Pourtant elle n’en ressentait pas le besoin. Certes elle avait une attirance pour lui mais ce n’était pas…bestial et primaire au contraire… c’était léger, timide…parfois complice. Et puis il prononça une autre phrase taquine. Jalouse, elle ? Heu… Sauf que la suite était très flatteuse pour elle. Cassidy grogna avant de détourner la tête, ne prononçant plus un mot. Elle n’avait pas de réparti pour ça.

Les deux jeunes gens mangèrent. C’était plutôt convivial et léger. Elle agitait son verre devant elle en prenant un air profondément frustré.

« Si tu savais le temps que j’ai mis pour enlever cette fichue robe ! Impossible ! J’ai bien passé une bonne heure pour attraper les lanières ! »

Il répliqua et elle s’attendait vraiment à cette réponse, le regardant d’un air taquin. Ils discutèrent ensuite d’autre chose et elle lui parlait justement de son travail. Qu’elle parcourait la montagne et la forêt à la recherche de plantes, d’ingrédients. Elle lui expliquait qu’elle n’avait pas encore tout mémorisé mais que Ninna lui avait donné un carnet de notes avec la représentation des différents ingrédients qu’elle devait ramener. Elle raconta ses péripéties quand elle escaladait un pan abrupt et rocheux ou encore qu’elle grimpait au sommet d’un arbre. Il semblait un peu inquiet mais ne disait rien. Alors que le repas était déjà bien avancé, le sujet qui brûlait les lèvres fut abordé.

« Tu sais… en fait pour hier… soir… dans ta chambre… »

Elle déglutit, ne trouvant pas ses mots. Lui dire que c’était formidable ? Qu’elle avait hâte de recommencer ? En fait elle avait oublié qu’il n’était peut être pas d’accord avec elle. Cassidy observait Tristan, les coudes posés sur la table avant de les reposer de part et d’autre de son assiette. Il semblait un peu trop sérieux, fermé d’un coup. Intérieurement elle paniqua et s’imagina mille histoires. En fait il aimait pas, en fait il voulait juste qu’elle reste une bonne amie, en fait il avait trouvé mieux, en fait…en fait… Cassidy bredouilla, devenant blanche, se sentant très stupide. Il attrapa sa main avant de bredouiller des explications mais cela n’arrangeait rien.

Il parlait qu’elle pouvait mal le prendre. Elle ne jouait pas cette fois, elle n’avait aucune réplique à lui balancer, perdant de sa superbe et de sa fausse assurance qu’elle mettait devant elle pour éviter de montrer que certaines choses la touchait. Son autre main était sur sa jambe et il parlait tout en mettant deux objets dans sa main, avant de se reculer. Elle fronça les sourcils avant de sentir sous ses doigts les étranges objets qu’il lui avait laissé. Une clé… et… ça ressemblait à un écriteau en bois. Elle ne comprit pas ce qu’elle pouvait faire avec une clé. Et puis il s’expliqua. Se reposer après le travail, venir le voir… en gros prendre ses aises chez lui… enfin dans sa chambre d’auberge plutôt !

Elle semblait interdite, le regardant avec des yeux ronds. Elle ne tilta même pas sur le « notre », comme si c’était tout simplement normal… Normal ? Non… Mais elle ne le remarqua pas tout de suite. Il avait détourné la tête et ne pouvait pas voir que la petite demoiselle était si émue face à ses paroles, pourtant si dures à dire. Il continua en expliquant qu’il n’avait pas l’habitude, affirma que c’était loin d’être nul hier et qu’il n’avait pas de mot pour définir cette sensation.

Pendant un instant, elle resta silencieuse. Son cerveau cogitait à toute vitesse. Pas l’habitude ? C’était bien ? Un double des clés ? Elle n’allait pas aussi loin elle non plus. Serrant la clé dans sa main, elle se permit de sourire très timidement et horriblement gênée. Se raclant la gorge, elle cherchait ses mots, lui dire quelque chose, n’importe quoi ! un truc gentil… Ce fut tout autre chose qui sortit de sa bouche alors qu’elle bredouillait aussi pour le coup, très maladroite.

« Ah heu… bah… merci pour… la clé ! Comme ça… je pourrais déposer… quelques affaires ça sera…plus pratique ! Ah et aussi te surprendre quand tu es sous la douche et arriver à l’improviste ça me plairait bien ! »

Aveu aussi de son côté. Elle comptait s’installer ou quoi ? Ayant pensé à l’histoire de la robe, ça lui paraissait logique mais… ce qui ne l’était pas, c’est qu’elle ne reprenait jamais le même partenaire… ou du moins ne repassait pas chez lui régulièrement. Elle replaça une mèche de cheveux blonds derrière son oreille, continuant sur sa lancée et lui offrant des informations importantes.

« T’inquiète pas…j’ai…pas…l’habitude… moi non plus… Enfin je veux dire ! C’est pas mon genre de m’attarder chez un homme et revenir le voir ! Enfin avec toi si ! Je compte revenir ! Et plein de fois ! Ta chambre est confortable… Et…et… »

Ah mais là ça devenait carrément ridicule en fait… Elle n’était pas mieux que lui au final. Finalement Cassidy prit une grande inspiration. Ils devaient sortir de cet état gênant et elle minauda avant de ranger la clé dans sa poche.

« Au faaaaait ! J’ai jamais eu droit à un vrai massage hein… Et j’ai encore pleiiiiin de courbatures… »

Il prit une de ses mains pour la porter à ses lèvres, ce qui la fit frémir avant de la rassurer et lui dire que ça lui plaira.

« Oh j’espère bien… »

En fait elle n’avait pas l’habitude des massages. Elle n’aimait pas qu’on lui tripote le dos, ni la tripote tout court. Et pourtant… enfin ça aussi c’était plutôt bien. Ce n’était pas faire l’amour mais c’était très agréable. Elle découvrait et c’était même plutôt bien.

Enfin ils sortirent de table et elle le conduisit dans un de ses coins tranquilles, éloigné de toute route, chemin et des chemins des différents habitants. Après tout avec son ouïe développée, elle avait pris le temps d’inspecter les lieux et comme elle passait beaucoup de temps dans la nature, rien que pour observer, restant assise sur un gros rocher, elle connaissait les endroits où elle était sûre qu’on ne les embêterait pas.

Elle prit alors son cristal et le présenta à Tristan. En fait, même si elle avait beaucoup lu la théorie, la pratique était bien différente et elle était bien incapable de dire comment ça fonctionnait réellement. La jeune femme se plaça face à lui, se concentra sur le cristal, souhaitant le faire décoller. Elle resta quand même cinq minutes dans cette position, cherchant un semblant d’espoir. Pourtant rien ne vint. Cassidy soupira tristement tout en baissant la tête. Pourquoi ça ne marchait pas alors ?

Le jeune homme intervint. Il parlait d’une voix apaisante, la touchait, lui expliquait ce qu’elle devait faire en la conseillant. Il lui demandait de se concentrer sur sa voix. C’était apaisant… calme… En fait il arrivait bien à la détendre alors qu’elle semblait si crispée la minute d’avant. Cassidy respira lentement. Elle sentit le contact de sa main sur son bras avant qu’il ne la relâche. Inspirer calmement… se concentrer sur l’énergie de ses mains… la sentir… Elle regarda de nouveau le cristal… La voix de Tristan parvenait à ses oreilles même si il ne parlait pas. Elle essaya de sentir un quelconque flux d’énergie et cherchait à la diriger vers les paumes de ses mains. Une douce chaleur commençait à se répandre et pourtant il faisait bien froid. Elle redoubla de concentration. Très lentement, avec hésitation, le cristal tremblotait dans ses mains. Des petits coups, puis il finit par s’élever dans les airs. Elle garda sa concentration même si elle était ébahie. Il n’y avait pas que ça… Elle sentait quelque chose d’autre… quelque chose de rassurant… qui l’enveloppait… elle sentait quelque chose émaner de Tristan.

Mais ce fut trop rapide et alors qu’elle ouvrait la bouche, encore sous le coup de la surprise, tout bascula. Le cristal s’envola et elle tomba au sol. Aïe ! Ca faisait mal ! Le souffle court, elle tentait de reprendre sa respiration. Son corps réagissait étrangement comme si il cherchait à repousser cette magie ou du moins… comme si l’adaptation était difficile. Elle avait pourtant entendu des récits de jeunes mages. Au départ ce n’était pas évident et les effets variaient pour les uns et les autres. Mais avoir mal comme ça ? Heureusement elle ne se combina pas avec l’autre douleur, celle qui était toujours présente, peu importe l’heure et le moment. Elle inspira profondément et ne semblait plus s’occuper de Tristan. C’était comme si elle cherchait à se calmer, à calmer cette douleur. Comme elle l’avait si souvent fait… seule.

Et puis, sa voix la sortit de sa douleur. En fait même elle oublia la douleur alors qu’il l’aidait à se relever avant de l’entourer de ses bras protecteurs. Cassidy était surprise. Ca non plus elle n’avait pas l’habitude… l’habitude qu’on soit aussi attentionné et soucieux envers elle. La jeune femme semblait encore un peu sous le choc. Il passa alors sa main dans ses cheveux. Elle ferma les yeux. C’était si agréable. Puis il l’embrassa. Au début surprise elle ne répondit que peu, mais encouragée par lui elle finit par répondre à son baiser en le prenant maladroitement dans ses bras.

Il s’écarta un peu et l’invita à venir, l’emmenant sur un rocher pour qu’elle puisse s’asseoir et remit le cristal dans ses mains. Le jeune homme semblait un peu hésitant. Pourtant elle lui avait dit que ça allait. Et alors… il parla… de quelque chose dont elle ne se doutait pas. Elle ne s’attendait pas vraiment à ça et l’écouta avec beaucoup d’attention. Il parlait de magie noire… si elle savait… qu’il voulait juste l’aider et ensuite que sa magie était visible tout autour d’elle et qu’il y avait deux magies… mais qu’il n’y connaissait pas grand-chose.

Le regard de la demoiselle devint très vague alors que les souvenirs revinrent en elle. Oh… elle avait bien une petite idée sur la chose maintenant. Ca ne pouvait être que ça… Mais à croire que c’était de la magie. C’était le moment des révélations, de la confession. Elle inspira profondément et tapota sur la roche à côté d’elle, pour qu’il vienne s’asseoir. Ca risquait d’être long.

Elle avait réfléchi dans la matinée. Lui cacher son espèce de truc obscur et maléfique, elle ne voulait pas. Il était trop proche d’elle et puis… il méritait de savoir. La jeune femme avait balancé ses pieds, anxieuse, alors que le silence autour d’eux était plein d’un suspens intenable. Elle semblait avoir des difficultés à se confier. Peur du jugement… peur qu’il la repousse… peur de ne pas trouver les bons mots… Elle n’était pas douée pour ça. Et puis finalement, elle se mit à parler, après avoir pris une bonne inspiration.

« Je pense savoir ce que c’est… mais crois moi… je ne pensais pas qu’il s’agissait de magie noire… je pensais plus à une espèce de don… enfin non pas un don… une malédiction. »

Elle marqua une pause. C’était vraiment un moment très…pesant pour elle. Il ne semblait pas vouloir la contraindre mais elle lui prit la main tout en le regardant avec sincérité.

« J’avais l’intention de te le dire ! Je ne voulais… rien te cacher ! Parce que je tiens à toi et que je préfère que tu saches… parce que tu as le droit de décider… et me repousser… pour ce que je suis… ce que j’ai fait… »

Ca commençait assez étrangement. Elle semblait avoir un peu chaud comme si elle était mal à l’aise avant de déglutir. Par où commencer ? Ce n’était pas son truc de raconter des histoires.

« Comme je t’ai expliqué, j’ai beaucoup voyagé… énormément. J’ai fait des bonnes rencontres… et des mauvaises rencontres… très mauvaises… Il y a environ deux ans… Celle là était éprouvante… Mais c’était un accident… je… je ne voulais pas…enfin si ! mais non ! »

Oula… Elle avait du mal à s’exprimer apparemment. Cassidy ferma les yeux un instant avant de les rouvrir en fixant l’horizon, évitant soigneusement le regard de Tristan.

« Je voyageais en charrette avec d’autres voyageurs. On empruntait un sentier dans une forêt et puis… la charrette s’est arrêtée. Il y avait un tronc d’arbre au milieu de la route. Nous n’avions le temps de rien faire. Des brigands sont sortis des fourrés et nous ont encerclés. Bon tu sais comment c’est, ils voulaient nos possessions, de l’or… et puis… tu sais… enfin ils m’ont vu et… se sont dit qu’ils pouvaient bien prendre un petit bonus… »

Elle se crispa. Pas de peur, pas de crainte… juste de la haine, toujours cette haine, au fur et à mesure qu’elle donnait les instructions.

« Je ne voulais pas… pas encore une fois… j’avais gagné ma liberté et aucun homme n’avait le droit de me toucher… j’étais écoeurée. Ils m’ont demandé de descendre, je n’ai pas voulu. Alors ils m’ont attrapé et m’ont trainé. Personne ne bougeait. Mais que ferait des voyageurs face à des brigands expérimentés ? J’ai commencé à me débattre, à hurler, à les supplier que je leur donnerais tout ce qu’ils voudraient. Ils n’écoutaient pas… déchirant ma tenue… me frappant… j’ai commencé à les menacer… qu’ils allaient le regretter… »

Ca restait dur d’en parler. Elle inspira profondément une nouvelle fois.

« On m’a jeté à terre… Personne ne pouvait me sauver… J’avais imploré les dieux… de multiples fois… pourquoi moi… qu’est ce que j’avais fait pour accepter ça ? Et puis j’ai commis l’irréparable… »

Là elle semblait très mal à l’aise et parlait à voix basse.

« J’ai invoqué le dieu du chaos… Balthar… »

Elle n’avait pas peur… mais semblait très perplexe et puis se replonger là dedans était particulièrement douloureux.

« Je lui ai demandé de me donner la force et le pouvoir d’écraser ces insectes… de les faire souffrir comme je pouvais souffrir… Je voulais les tuer… tous les tuer… me délecter de leurs cris quand ils comprendraient ce qui leur arrive… enfin bref… »

Elle avait fini par lâcher sa main, extrêmement honteuse.

« Juste après avoir pensé à ça… tout bascula. Mon corps se tordait… je sentais une douleur que je n’avais jamais ressenti jusqu’à présent. C’était pire que tout… c’était comme si je changeais… comme si quelque chose changeait en moi… comme si quelque chose n’attendait que ce moment pour se pointer. Mon corps s’étirait dans tous les sens, je sentais mes muscles qui devenaient plus fermes… mais pas que… un autre truc au fond de moi qui se réveillait… J’ai hurlé… j’avais mal… j’avais peur… je ne comprenais pas ce qui m’arrivait… et je me sentais… seule… j’allais mourir sûrement, en tout cas j’en était persuadée. »

Particulièrement douloureux, elle serra fortement son propre bras, comme si elle voulait éviter d’être trahie par l’émotion.

« Je me suis évanouie à cause de la douleur… mais quand je me suis réveillée, j’étais debout… en face de moi il y avait une des voyageuses… Elle pleurait en me regardant… en me suppliant d’épargner sa vie. Je ne comprenais pas. J’ai regardé mes mains… Elles étaient couvertes de sang… Et puis autour de moi, une montagne de cadavres… un véritable carnage… digne d’une bête ou je ne sais pas quoi… »

Elle ferma les yeux une nouvelle fois. Il avait de quoi être surpris par ces étranges révélations.

« Il n’y avait pas que les brigands… mais les autres voyageurs… tous… sauf cette femme… étrangement… je n’ai ressenti aucune pitié pour personne, les méchants comme les gentils… ça me semblait normal. Ca me surprit. J’aurais du avoir de la peine pour ces gens qui n’avaient rien demandé. Mais la vue des cadavres… me… me donnait envie d’en faire plus. Je m’écoeurais. Je ne savais pas quoi dire. Je ne savais pas qui avait commis ça. Mais je l’ai su très rapidement. La voyageuse m’a regardé… j’ai vu de la haine et de la détresse dans ses yeux. Elle m’a traité de monstre, de démon… que j’avais aucune pitié… que j’avais enlevé des vies innocentes. J’aurais du m’en vouloir ! j’aurais du me sentir mal… rien du tout… je n’avais même pas peur de ce que j’étais… ce sentiment avait disparu de moi… »

Cassidy secoua la tête tout en croisant ses doigts les uns contre les autres.

« J’ai pas cherché à comprendre. Je ne voulais pas la tuer… enfin si… enfin… je sais plus… elle a commencé à hurler… à appeler des secours… j’ai voulu levé la main sur elle mais je me suis retenue au dernier moment, avant de m’enfuir dans les bois… »

La jeune femme fit une pause… il ne parlait pas à côté. Elle ne voulait pas le regarder. Pour un Cheistam elle avait volontairement fait un crime, elle avait tué des innocents et ne semblait même pas s’en vouloir. Du moins si elle s’en voulait, ce sentiment n’apparaissait ni sur son visage, ni même dans son cœur. En fait elle racontait l’histoire comme ça, plus gênée et honteuse comme si elle avait juste piqué quelques friandises chez le marchand.

« J’ai couru sans savoir où j’allais. Etrangement… j’ai couru beaucoup… et longtemps. J’avais appris à fuir mais là… c’était comme si mon corps s’était adapté, qu’il était plus endurant, plus apte à ce genre de choses… bon j’ai failli me prendre un arbre quand même. J’ai fini par m’arrêter près d’une source pour me débarbouiller. J’avais du sang partout… sur le visage, les vêtements, les mains… je n’en revenais pas. Je n’avais aucun souvenir de ce qui s’était passé. Et puis dans l’eau, j’ai vu… que mes oreilles avaient changé de forme… Imagine le choc que j’ai eu alors que je ne comprenais même pas ce que j’étais, ce qui m’était arrivé. Est-ce que c’était à cause de l’appel à ce dieu ? J’en sais rien au final… peut être que ça dormait en moi… peut être que c’est Balthar qui a fait quelque chose… »

Elle soupira un instant avant de continuer.

« Depuis ce jour, j’ai remarqué que pas mal de petites choses avaient changé chez moi. Je ne ressentais plus la peur… malgré le danger, impossible de ressentir quoi que ce soit. J’étais devenue très endurante aussi, des choses que je n’arrivais pas à faire avant devenaient évidentes pour moi. La course, grimper dans les arbres. Enfin je suis toujours maladroite, ça ça ne change pas. Et je ne sais pas trop comment ça marche. Je te parle même pas des horribles douleurs quand j’ai compris aussi que mon ouïe s’était développée. Au départ j’entendais précisément toutes les conversations d’un village alors que j’étais dehors… horrible… finalement j’ai réussi à canaliser ça. »

Elle regarda un instant la paume de sa main, perdue.

« Et puis il y avait ces pulsions… j’avais envie de… heu… enfin tu vois… les hormones quoi…Il fallait que je trouve un homme pour satisfaire un besoin. Au départ je ne comprenais pas. J’avais toujours ressenti que haine et dégoût pour cette activité… je m’étais promis de ne plus jamais touché un homme… et puis finalement… après cinq jours à tenir, à errer, j’ai craqué. Je n’arrivais plus à réfléchir, je ne pensais qu’à ça… il fallait que je vérifie… même si ça me répugnait. J’ai chopé un homme pas trop mal et bon… enfin voilà quoi… ça m’a calmé… un peu… c’est bizarre non ? Ce qui me dégoutait le plus mon corps en réclamait ? »

Cassidy toussota un moment avant de continuer son récit.

« Et puis… ce massacre, ça s’est reproduit… J’ai tué des innocents. Comme pour le sexe, j’avais besoin de sang… j’avais besoin de me sentir puissante ou je ne sais trop quoi… et puis si j’étais en colère c’était pire… enfin quand j’étais vraiment très en colère, je changeais totalement. Ma force était décuplée, mes réflexes meilleurs… au début j’étais inconsciente. J’ai fini par éviter les grandes villes… et je me suis totalement refermée sur moi-même. Si le monde m’indifférait alors pas de colère, pas de colère, pas de dégénérescence. J’ai fini par maîtriser à peu près le truc même si c’est un peu dur… surtout les soirs sans lune… ça… heu… en fait vaut mieux que je m’occupe autrement parce que bon… hum… et c’est pas du tricot hein… et je suis très exigeante aussi pour le sexe… »

Elle se mettait à réfléchir.

« Je pense que si magie noire il y a, ça vient de là… Je suis une tueuse, un monstre, ce que tu veux. Une ennemie des Cheistams… un truc rempli de magie noir qu’il faut éliminer… tu…comprends pourquoi… tu ne dois pas…rester avec moi ? »

La jeune femme semblait triste. Elle ne voulait pas lui faire du mal. Elle ne voulait pas le rendre malheureux… Elle voulait lui laisser le choix même si après ses révélations, il allait certainement être… dégouté d’elle. Mais elle ne pouvait pas lui cacher la vérité. Personne ne le savait…

« Autre chose. Ce n’est qu’une hypothèse mais… j’ai pensé aux démons »

Elle le sentit se crisper à côté d’elle.

« Il y a plusieurs types de démons… des mineurs, des majeurs… certains ont des spécialités… les trucs de pacte et tout… et il y a un truc qu’on dit sur les démons… les péchés les rendent plus forts. Si c’était le cas pour moi, c’est la colère qui déclenche cette espèce de…force ou magie si tu préfères… Elle me rend insensible à toute attaque magique et si je maîtrisais un peu la magie alors… le carnage pourrait être pire… C’est qu’une hypothèse hein ! »

Cassidy se mordilla la lèvre inférieure.

« Mais j’ai l’impression que mon nouveau comportement est le bon… ca fait parti de moi… et puis… mon arrière grand père a été adopté. On ne connaît pas ses…parents. »

C’était comme si elle avait passé beaucoup de temps à réfléchir sur ce genre de choses. Comme si elle avait réfléchi, maintes et maintes fois.

« Depuis que je suis ici, ça va mieux… j’ai moins de colère en moi… enfin comme j’ignore les gens, et qu’on m’ignore, ça marche bien… et puis t’inquiète pas, j’arrive à me contrôler maintenant… du moins pour les pulsions sanguinaires… tant qu’on m’embête pas. Et puis ça marche qu’une fois par jour une fois que c’est utilisé ça ne marche plus… et puis j’ai aussi la capacité d’envoyer valser mes adversaires avec une onde d’énergie… ça aussi ça en fait partie. Ca m’épuise mais… enfin voilà… »

Elle hésita à dire autre chose mais se lança finalement.

« Ah et… j’ai ressenti la peur récemment… ça m’a fait bizarre… et je la ressens toujours… en ce moment »

Nouvelle pause alors qu’elle finit par cracher le morceau.

« J’ai peur pour toi… j’ai eu peur quand tu étais blessé… j’ai peur de tes réactions envers moi… j’ai peur de ne pas être à la hauteur pour toi… enfin… voilà… »

Elle sauta au bas du rocher avant de se détourner de lui.

« Voilà tu connais la vérité… Sache que je voulais te le dire… je ne me suis pas forcée… je voulais que tu saches… parce que tu comptes pour moi et ça me semblait important… et personne d’autre ne le sait… Je te laisse réfléchir… tu n’es pas obligé de rester avec moi, je comprendrais… »

Cassidy commençait à partir. Un poids sur les épaules s’envolait. Ca lui faisait du bien, elle n’était plus seule à avoir ce lourd secret en elle. Lui en tant que dragon avait des frères… être un dragon c’était normal. Elle ce n’était tout simplement pas normal. Et elle n’avait personne avec qui discuter de ça. Mais elle était fière d’avoir agi ainsi. Fière de lui avoir dit. Pas fière de son comportement mais… elle avait ressenti le besoin de se confier, juste à lui.

Et puis finalement il la rattrapa.

Longue discussion… ou pas… il agissait.

Au bout d’un moment, elle semblait surprise de son comportement, qu’il l’accepte aussi facilement.

« Ah bon ? Tu me surprends enfin…je suis pas le genre de fille fréquentable… et puis y en a des plus gentilles que moi… qui ont pas ce genre de…chose… »

Il répliqua.

Finalement ils avaient bougé. Il lui avait proposé son massage et elle avait alors parlé de son coin de sources chaudes. Il faisait froid, ça leur ferait du bien.

Alors qu’ils marchaient, la demoiselle se sentait plus en confiance.

« J’aimerais que tu me parles de toi… enfin toi… le Tristan tout entier… je commence à connaître le Drakkari mais pas le dragon… »

Il ne semblait pas réticent à la discussion.

« Je veux tout savoir ! Comment tu as découvert ça, si c’était pas trop… douloureux comme moi… ce que tu aimes en tant que dragon… ce que tu détestes… là où je dois faire attention… enfin j’ai pas envie de te froisser sans le vouloir parce que je ne connais pas cette partie de toi… comment c’est de voler pour toi, si tu as vécu des moments difficiles… ce que tu peux ressentir… comme des capacités spéciales quoi… et tout ce qui te semblerait utile de me dire… Je veux juste… enfin j’ai juste envie que… m’intéresser à toi… pour mieux te comprendre aussi… c’est… c’est très important pour moi… »

Elle n’avait pas tout révélé. En même temps ça faisait déjà un sacré bout à avaler, sans mauvais jeu de mots ! Alors il déballa aussi et semblait bien bavard finalement. Elle apprit beaucoup de choses et semblait se réjouir de le voir aussi impliqué.

Finalement ils arrivèrent aux sources chaudes et elle se déshabilla. La demoiselle semblait un peu plus détendue. Avoir dit la vérité la mettait un peu plus à l’aise, même si elle attendait encore de voir comment il allait réagir. Il la rejoignit rapidement même si ils avaient gardé leurs sous vêtements pour rester… sages. Après tout avec ce qu’il savait maintenant, il ne pouvait plus ignorer les pulsions de la demoiselle même si elle semblait quand même calme… et maîtresse de ces nouvelles choses qui s’agitaient en elle. Bien sûr elle avait dit qu’elle avait des pulsions mais à force de les voir venir, elle n’était pas non plus une dalleuse sautant sur le premier venu ! Et elle savait très bien résister aussi, patienter… même si avec Tristan c’était bien plus dur que les autres.

Elle s’était tournée dos à lui et il commença à la masser. La demoiselle émit un petit couinement ravi… ils étaient bien là et elle se détendait. Quoi demander de plus ?



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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 28 Mar - 8:55

Cassidy… Quelle étrange magie l’avait enveloppée ? Celle violette avait un petit quelque chose de doux, d’apaisant, de timide certes mais aussi… de fort, qui inspirait la confiance. Cette magie-là n’avait rien d’agressif. Les volutes sombres qui semblaient sortir de son corps et se tortiller autour d’elle telles de noires chapes de brumes étaient tout le contraire, inquiétantes, dangereuses, violentes, effrayantes… Elles la tenaient, l’emprisonnaient… Tristan avait pris son temps pour tenter d’expliquer à la jeune femme ce qu’il avait vu, pour lui donner la description la plus fidèle possible. Il ne s’était pas brutalement éloigné d’elle en voyant qu’il s’agissait plus que probablement de magie noire.
Quand il l’avait relevée et prise dans ses bras, elle s’était heureusement calmée. Parce qu’elle avait l’air de souffrir et pas qu’un peu et qu’il avait été extrêmement inquiet pendant un instant. La presser contre lui, c’était s’assurer un peu qu’il pouvait agir en quelque sorte et la voir réagir ainsi à son contact le rassurait.
A sa grande surprise, la petite demoiselle décida d’elle-même de pousser davantage encore la confiance qu’elle lui accordait en lui dévoilant un peu plus sur elle et sur son passé.

Tout du long, le jeune homme l’écouta, sans jamais l’interrompre ni laisser transparaitre d’émotion particulière sur son visage, pour ne pas la brusquer. Mettre un masque, il savait faire et même s’il ne le souhaitait pas le moins du monde avec elle, il voulait rester le plus calme, le plus impassible possible, pour ne pas entacher les efforts de la demoiselle. Elle en faisait en effet, il le voyait bien, l’observant avec beaucoup trop d’attention pour l’ignorer. Le fait qu’elle semble aussi mal à l’aise, maladroite, qu’elle évite de le regarder, les légères intonations différentes dans sa voix, sa manière de presser ses mains l’une contre l’autre, de se mordiller la lèvre inférieure à cause de la nervosité. Tant de gestes qu’il avait l’impression de connaitre par coeur…
Il ne dit rien, pas à un seul moment une parole ne lui échappa. Quand elle parla des brigands qui avaient voulu la violer, ses muscles se contractèrent dans un bel ensemble qui aurait probablement valu le coup d’oeil s’il n’avait pas été habillé, mais ce fut sa seule réelle manifestation. Il ne dit rien quand elle parla du sang, des massacres, ni quand elle avait commencé à parler de Balthar, son souhait de pouvoir se venger, le changement de ses oreilles, ses nouvelles capacités… Elle avait beaucoup souffert, en particulier de ne pas comprendre ce qui lui arrivait. Il demeura silencieux toujours, ne l’interrompant pas, quand elle parla de ses souffrances même s’il se crispa de nouveau, et une fois de plus quand elle parla de ses pulsions sexuelles. Ceci expliquait probablement son appétit… impressionnant et son endurance également. Bizarrement cette pensée l’attrista un peu, penser que c’était quelque chose qu’au fond elle ne souhaitait pas vraiment… Et donc qu’au fond, coucher avec lui, n’était probablement qu’une manière d’éteindre ce feu en elle, pas une réelle et sincère envie… Mais il repensa à leur nuit, ce qui s’était passé, à quel point tout était simple et extrêmement compliqué en même temps. A quel point c’était beau et bon, fantastique, inconcevable. Il peinait lui-même à y croire… Ses soupirs, ses sourires, ses gémissements, ses baisers plein de passion mais également parfois d’une grande douceur, plein… d’émotions, comme si elle pouvait fondre en larmes à tout moment tant les émotions justement qui les avaient submergés étaient puissantes…

Elle avait encore tué. L’explication de sa distance au monde, à tout, son indifférence qui pouvait passer si facilement pour de la moquerie, du mépris. Autre détail étrange… Ses pulsions étaient exacerbées les nuits sans lune alors que lui produisait davantage d’hormones pour les lunes pleines. Exigeante pour le sexe ? Elle n’avait pas besoin de le préciser ça par contre… Ce détail là lui tira un léger sourire amusé qui disparut à ses propos suivants qu’il n’apprécia guère.
Et puis elle parla des démons, ça par contre, c’était un sujet sensible pour lui, à fortes raisons ! D’autres informations encore, sur elle, un grand-père adopté… Du côté de son père ou de sa mère ? Depuis combien de temps tout ceci la hantait-il ? Deux années, deux longues années sans personne à qui en parler… Et ça l’avait travaillée, beaucoup, sa réflexion en témoignait pour elle. Ce n’était pas le discours de quelqu’un qui ne se soucie pas de ce genre de « problème » ou qui vient de le découvrir. Pourquoi n’avait-elle rien dit à personne ? Pourquoi lui disait-elle tout ça ? Alors qu’il était celui auquel elle devait le moins se confier techniquement. Parler de meurtres à un Cheistam… Les détails qu’elle avait donné progressivement ramenèrent à la mémoire du jeune homme ceux d’affaires non résolues dans Kalendar et ses environs. Serait-ce elle ?
Encore et toujours des révélations, tellement d’un coup, il en avait la tête qui tournait…
Elle parla de peur aussi, un sentiment qu’elle n’était plus censée ressentir, mais qu’elle ressentait de nouveau et avait ressenti. A cause de lui. Déjà elle sautait du rocher et s’éloignait sur d’étranges paroles qui, si elles se voulaient simples et douces, avaient bien plus d’impact encore que les précédentes. Comme il s’en doutait, personne d’autre ne savait. Mais il comptait pour elle, c’est ce qu’elle venait de dire. Ca, c’était important, très important. Elle s’éloignait d’un bon pas, sans même prendre la peine de le regarder, peut-être parce qu’elle ne voulait pas voir le dégoût sur son si beau visage. Elle risquait pourtant de le chercher longtemps, le dégoût…
Tristan poussa un léger soupir, se redressa pour sa part simplement et la suivit sans un mot, la rattrapant facilement vu ses grands pas et… lui colla une sacrée fessée. En fait, sa main vint brusquement rencontrer la fesse droite de la jeune femme, vu qu’elle était tombée sur la gauche et qu’il avait eu tout loisir d’observer son joli bleu de la veille, pas violemment, ni au point de la faire tomber, mais bien assez fort pour la surprendre et faire retentir un sacré claquement.
La pauvre se retournait déjà vers lui alors que le jeune homme prenait un air très intéressé, trop intéressé, son léger sourire pervers dévoilant ses dents trop bien alignées.

Eh bien eh bien… Je vais finir par croire que tu aimes les fessées ma belle… Entre hier soir, j’avoue inspiration du moment soulignée par un bien profond soupir de ta part et le monceau de conneries que je viens d’entendre qui mérite bien une punition… que cette petite fessée… Hum, tu vas finir par me donner d’étranges idées.

Elle ouvrit la bouche aussitôt, pour répliquer ou se défendre ou l’insulter copieusement vu qu’il semblait vouloir jouer mais il l’interrompit en se rapprochant beaucoup trop près d’elle et en l’embrassant fougueusement, emprisonnant son visage dans ses paumes brûlantes. Il se recula finalement doucement pour la laisser respirer, l’observant alors qu’elle avait l’air un peu abasourdie et troublée par ses réactions pour le coup, il sourit, caressant ses pommettes de ses pouces dans de légers effleurements puis poussa un soupir à fendre l’âme.

Je vais avoir pas mal de boulot on dirait…

A ses côté, il était d’une grande sincérité et savait oublier sa politesse légendaire, comme le prouvait son vocabulaire et ses gestes. Mais ledit vocabulaire montrait surtout une chose, elle l’avait mis en colère, et elle devait bien s’en rendre compte. Il prit l’une de ses mains et la ramena à son rocher pour la faire asseoir. Sauf que cette fois, il s’accroupit dans la neige et y resta, la forçant gentiment à le regarder dans les yeux, parce qu’il voulait qu’elle y voit ce qui se passait dans ses yeux clairs, qu’il ne faisait pas semblant. Parce qu’il voulait qu’elle sache que ce qu’elle avait dit, ce qu’elle avait fait… il en était conscient. De son importance et de tout ce que ce qui en incombait.
Il demeura pourtant silencieux quelques secondes alors qu’elle semblait gênée pour le coup. Il caressa l’une de ses joues en repoussant une mèche rebelle de ses longs cheveux d’or.

Tout d’abord… Merci. De m’avoir dit tout ça. Je pense que c’est important de commencer par là. Savoir que tu n’en as jamais parlé à personne me rend d’autant plus fier que ça… m’attriste d’imaginer que tu as tant enduré pendant si longtemps sans personne à qui te confier, sans personne pour te soutenir. Je te remercie. Vraiment. De m’accorder suffisamment de confiance pour me dire tout ça. De m’en faire l’honneur aussi. Ca me touche. Vraiment. Je t’ai écoutée sans jamais t’interrompre. Alors j’aimerais que tu en fasses de même avec moi à présent.

Il la regarda, vérifia qu’elle lui obéirait et sourit doucement.

Je n’ose imaginer tes souffrances et je ne m’en prétendrai jamais capable. Tu as tellement souffert pendant trop longtemps. Je me doutais bien que la maison close n’était pas ton seul « malheur » mais pendant un temps, je l’ai vraiment souhaité de toutes mes forces. Car rien que ça, ça pourrait démolir n’importe qui. Mais tu es forte… Bien plus que tu ne veux bien le croire toi-même. J’ignore si tes prières ont été entendues par Balthar, si des démons ont profité de ta haine et de ta faiblesse face à la cruauté des hommes. Je n’y connais rien. Et à vrai dire je m’en fiche. Ni l’un ni l’autre ne me feront changer d’avis sur toi. Tu avais tellement le droit d’être en colère et effrayée de ne pouvoir rien faire et de voir que personne ne te venait en aide. Quoi qu’il soit arrivé ce jour-là, quelque chose… s’est déclenché en toi et t’a donné la force, la puissance de tuer, la soif de sang, oui aussi malheureusement… Ce que je vais dire, c’est très égoïste et je le sais. Ce n’est pas le Cheistam qui parle, celui-là est devenu sourd quand tu lui as confié ça parce que jamais je ne le laisserai agir en conséquence. Non, c’est moi qui te parle, Tristan… Et égoïstement je suis content que ce soit arrivé… Je ne me réjouis pas de tes souffrances Cassidy, que tu aies dû tuer me désole, ce n’est pas une épreuve facile à vivre, la culpabilité qui peut en découler… fait beaucoup de mal. Je ne suis pas heureux que tu sois capable de tuer des innocents sans les différencier de ceux qui méritent la mort. Mais je sais que c’est ce qui t’a sauvée jusque là de ceux qui auraient encore pu te faire du mal. Ces brigands t’auraient violée, c’est certain, ils t’auraient probablement battue à mort pour t’être débattue, ils t’auraient peut-être revendue à une autre maison… Peu importe qui t’accompagnait. A mes yeux un homme qui n’intervient pas quand une femme se fait violenter ne vaut pas mieux que les brutes qui lui font du mal, ma notion de justice dans ce cas-là est comme tu le comprends… très sévère. Ensuite… j’imagine que tu as été agressée plus d’une fois oui, et que ça t’a sauvée. Alors oui, peut-être que tu as tué des gens innocents, je ne cherche pas à minimiser ceci, mais c’est probablement ce qui t’a aussi permis de sauver tant de monde dans le village de notre enfance, ce qui t’a permis de survivre jusque là… Alors égoïstement, j’ai envie de dire que ce n’est pas si grave, même si je sais que ça l’est… Même si je me doute que cette part de toi doit être très difficile à vivre, surtout la perte de contrôle et ce même si tu me dis que tu t’en sors maintenant…


Il s’interrompit un instant. Parler autant ne lui était pas familier et il semblait être un peu dérouté mais pourtant, alors qu’il s’agissait d’elle, il se faisait prolixe oui… Et pas qu’un peu ! Il continua, se voulant moins sérieux pour davantage la rassurer et surtout, surtout… la faire sourire.

Tes nouvelles capacités… t’ont sauvée… Quant à tes pulsions. Hum… J’avais cru remarquer ton exigence en effet… Même si celle-ci est loin de me déplaire. Aucune femme ne m’a jamais tenu tête avec autant de vigueur et de… talent, je dois bien l’avouer…

Ses mains serraient doucement celles de la jeune femme alors qu’il la regardait à présent droit dans les yeux, beaucoup plus sérieux.

Cassidy… Je n’ai pas l’intention de m’éloigner de toi. Encore moins avec ce que tu m’as dit, au contraire. Je veux… Si je le peux, je veux t’aider, un peu… Que tu aies peur pour moi… enfin… ne crains rien, d’accord ? Tu es à la hauteur de bien des façons différentes… Dont celle de la franchise, de l’honnêteté, de la confiance que tu m’accordes. Je suis conscient de tout ça tu sais… Et de la chance que j’ai… Et puis si jamais tu as besoin de te défouler, je suis un bon… hum… tricot non ?

Le sérieux n’avait pas tenu longtemps, vraiment pas. Il lui sourit doucement et avança doucement son visage du sien cette fois. Avec une douceur immense, comme s’il pouvait la blesser d’un simple souffle il posa tendrement ses lèvres sur les siennes et l’embrassa, longtemps, voulant faire passer un message que de simples mots ne pouvaient dire. Il la remerciait encore dans ce baiser, il saluait son courage d’oser se confier ainsi, d’oser tant lui dire, il lui disait qu’il voulait être là pour elle de bien des manières et dans bien des rôles. Il voulait l’aider avec sa magie, avec son problème, avec son appétit sexuel aussi apparemment. Il voulait être là. Et il n’était plus le commandant Cheistam à ses côtés, ça par contre c’était un pas indéniable vers elle…
Quand il se recula, peut-être était-elle trop surprise, peut-être voulait-elle minimiser l’impact de ces mots sur son pauvre petit coeur qui n’avait jamais goûté au romantisme et à la douceur d’un homme sincère, mais elle sortit quelques mots au jeune homme alors qu’elle se relevait. Il plissa les yeux et cette fois ce furent ses deux mains qui s’abattirent, bien faiblement, sur ses fesses, et y restèrent bien plus longtemps que nécessaire.

Décidément… Tu aimes les fessées. Attention aux bêtises que tu dis Cassy…

Rien de plus. Juste ces mots, juste ces gestes pour justifier l’absurdité à ses yeux de ses paroles. C’était une manière comme une autre de l’exprimer. Mais il était différent pour beaucoup de choses. Il ne hurlait pas. Il l’acceptait apparemment et sa manière de se fâcher était bien étrange finalement. D’ailleurs il se permit même une petite remarque, une petite pique complaisante, selon laquelle elle pouvait bien continuer de dire des bêtises finalement, car il adorait ses jolies fesses. Un petit compliment détourné, l’air de rien…
Sur ses paroles il lui proposa son massage, pour la détendre un peu et elle retint l’idée en soumettant celle des sources chaudes dans lesquelles ils pourraient se réchauffer tous les deux et se déshabiller sans craindre le froid. Ils se mirent aussitôt en route alors qu’il lui prenait la main tout naturellement sans même sembler avoir réfléchi à son geste.
Mais alors qu’ils marchaient elle se fit plus curieuse.


Elle voulait en savoir davantage sur moi. C’était important pour elle… Un peu surpris je lui souris en tournant la tête vers elle, lui demandant ce qu’elle voulait savoir alors. Mais il se passait encore cet étrange phénomène. Je me sentais bien, mon coeur s’était mis à battre un peu plus fort avant de se calmer, comme apaisé. Quelques éléments semblaient vouloir se faire plus prégnant dans mon esprit. Le fait qu’elle m’en dise autant, le fait qu’elle veuille tant savoir de moi, l’inquiétude qu’elle avait ressenti pour moi, de ce que je pourrais penser d’elle… Toutes ces petites choses qui devaient me dire qu’elle tenait à moi oui, d’ailleurs elle l’avait dit elle-même… Et puis parmi tous les sourires, les taquineries et l’entente qui nous unissait il y avait cette nuit… Je n’avais pas rêvé n’est-ce pas ? C’était la nuit la plus extraordinaire de mon existence et je peinais encore à y croire. Je n’avais pas assez bu pour halluciner mais je craignais tant de me tromper. Une chose nouvelle de plus… Apparemment j’avais eu de bien malheureuses paroles car la petite demoiselle semblait avoir toute une liste en tête, non exhaustive qui plus est. Impressionné par tous ses questionnements et l’intérêt pas le moins du monde dissimulé qu’elle me portait et qui me faisait plutôt… plaisir je souris en détournant la tête, fixant l’horizon alors que nous marchions tranquillement, pressant sa main dans la mienne.

Je vois que tu as déjà bien des idées… Ca risque d’être long… Mais soit. Je veux bien te dire… tout ce que tu veux. 

Nous risquions d’en avoir pour un moment oui. J’essayais de mettre un peu d’ordre dans mes idées alors que des images passaient dans mon esprit, puis je me lançais…

Tout d’abord il est important que tu saches que ce que je suis a un gros impact sur ce que j’ai été… Entre autre le petit garçon que tu as connu. Je ne dis pas que je suis quelqu’un d’autre, juste que je ne sais pas qui il était. Mes souvenirs précédant mon « élévation » ont été effacés en quelque sorte. Pas totalement mais disons que je n’y ai plus accès. « Elévation » est le mot qu’ils emploient pour expliquer la prise de conscience de ce que nous sommes et le début de notre « éveil » en tant que dragon. Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. Je ne me souviens ni de mon école, ni du temps de mon enfance, ni de notre village. Je ne suis censé me rappeler de rien réellement. Pouvoir mettre vaguement des visages sur des noms d’après des informations formelles mais sans sentiments, sans émotions et sans vécu évidemment. Enfin c’est la théorie… Etrangement, quand j’ai lu ton nom sur la lettre de ma mère qui attendait ma venue.. Ca a fait comme un flash dans ma tête et je savais qui tu étais… Je savais à quoi tu ressemblais à l’époque alors que je suis totalement incapable de me souvenir de mon dixième anniversaire ou des pièges que je posais pour chasser ou de mes bagarres à l’école. Ma mère m’a raconté tout ça évidemment mais ça n’évoque rien… Toi, pour une raison que j’ignore… je me souviens par bribes, de temps en temps, je n’ai pas besoin d’y réfléchir, de penser quoi que ce soit, ça vient, ça repart… 

Lui aussi semblait décidé à parler de sujets importants en effet. Il ne semblait pas le moins du monde gêné, comme s’il racontait quelque chose d’extrêmement banal alors que c’était tout sauf banal… Dans un sens c’était très triste qu’il ne se souvienne pas de son passé et de l’autre très surprenant et porteur de question que seul le souvenir de la fillette qu’elle avait été persiste. 

J’ai été placé dans un internat quand nous avons été en ville avec ma mère. Je commençais à devenir menaçant et violent avec mon tout nouveau beau-père. Je l’ignorais mais la présence d’un autre « mâle » dans ma vie bien rangée déjà devenue bien bordélique, la jalousie, devoir partager ma mère et probablement bien d’autres choses que je devais ressentir à l’époque ont activé mes gênes endormis. En fait c’est plus l’internat qui est venu à moi que le contraire. Un homme s’est présenté à ma mère un jour, lui en a parlé, j’ai accepté pour nous. C’était un endroit pour entrainer les jeunes à devenir des guerriers, préparer des recrues pour faciliter les chances d’avoir un maitre etc. Je voulais juste être ailleurs j’imagine. Ma mère a accepté et tout a commencé là bas. Un internat que de garçons, je te laisse deviner l’ambiance… Il y avait des humains, des elfes, des nains, des demis… et des dragons même s’ils étaient les moins nombreux. Enfin… ils n’étaient pas vraiment tendres et la loi du plus fort régnait. Les plus âgés menaient la vie dure aux plus jeunes et ils s’y passaient… des choses que les professeurs ou plutôt… les « éducateurs » laissaient faire, pour nous endurcir, éliminer les plus faibles. C’est là bas que j’ai rencontré Zack… Enfin Zackari, mon meilleur ami. C’est un dragon lui aussi, mon aîné d’un an et quelques. Il a essayé de me protéger un peu en quelque sorte, mais il ne pouvait pas se protéger lui-même… Enfin bon… On est vite devenus amis et j’ai rapidement compris que je pouvais égaler les plus âgés et les plus forts. Ca m’a permis de changer quelques trucs… et de me changer moi-même aussi. Zack savait beaucoup sur les dragons. En fait il en savait plus que n’importe qui. Peut-être que ça aurait dû me surprendre tout ce que j’apprenais mais je crois qu’au fond, je le savais depuis toujours et que c’est ma différence qui m’avait le plus effrayé jusque là… Comme moi sa mère était humaine. Il m’a appris notamment qu’avoir un parent humain n’avait pas la moindre importance quand nos gênes étaient prédominants. Lui savait déjà que j’étais un dragon. A l’odeur. Ca m’a pris plus de temps pour pouvoir le percevoir… En gros, si les humaines sont fécondées par des dragons, soit le bébé est non viable et meurt, soit il est non dragon, ce qui est très rare et a généralement une faible espérance de vie, soit il deviendra dragon, dans ce cas, ses gênes humains sont progressivement dévorés par ceux dragons beaucoup plus puissants et en quelque sorte… nous n’avons rien d’humain… Mon cas était plus particulier dans le sens où mon père était Drakkari, porteur de gênes dragons trop endormis pour se réveiller chez lui… Enfin voilà… Les initiations que j’ai connues dans mon internat m’ont poussé petit-à-petit à éveiller davantage ces gênes, ça n’a été l’affaire que de quelques mois pour que je « m’éveille ». Les premières fois sont douloureuses. On ne comprend rien de ce qui nous arrive et ça fait peur et mal… Pour que notre transformation soit effective il faut en quelque sorte que tout notre être se disloque pour prendre son autre forme. Tel que tu me vois aujourd’hui, ça ne me prend qu’un instant, un battement de coeur, ça va trop vite pour faire mal… Mais quand on commence… Ma première transformation m’a pris cinq heures. Et donc cinq heures pendant lesquelles tous mes os se sont brisés et ont tenté de se ressouder, parfois mal, où mon corps a changé. J’étais sacrément nul à cet exercice au début… Mais on s’habitue vite. Zack m’a beaucoup aidé à vrai dire… Nous avons… Enfin les dragons ont des pratiques et des manières d’être particulières… Une fois ma première transformation passée je n’ai plus été qu’avec des dragons, entrainé par les plus grands guerriers parmi eux et quelques rares humains à avoir leur confiance et pouvoir rivaliser avec eux. J’ai vécu parmi les dragons pendant des années alors que ma mère était toujours persuadée que j’étais à l’internat, puis dans un camp d’entrainement et j’en passe… Pour mes marques, c’est un peu… particulier. Zack adorerait probablement te parler de ses théories farfelues auxquelles je n’adhère pas tellement. C’est un sacré excentrique mais un ami extraordinaire et je remercie les dieux de l’avoir mis sur ma route…


Il s’interrompit, ça faisait déjà… Beaucoup !

Ce que j’aime en tant que dragon… Tout je dirais. Mais après je ne connais plus que ça… J’adore voler mais c’est aussi dû au fait que je suis un Voltigeur… Chez les dragons il y a quatre grandes classes de « seigneurs » qui suivent les quatre éléments du monde: les Nageurs sont les seigneurs de l’eau, amphibies ils peuvent vivre sous l’eau s’ils en ont envie, apportent la vie partout sur la planète et veillent à l’équilibre du monde en évitant les sécheresses etc. Ce sont des pacifistes. Ils vivent souvent parmi les humains, certains se font traiter comme des demi-dieux mais ils n’en abusent pas, vivent essentiellement dans le désert où ils permettent une vie impossible sans eux. Les Marcheurs sont les seigneurs de la terre, tout ce qui pousse ils peuvent le voir, le contrôler en partie, le sentir et lui parler. Ce sont les maitres des montagnes et des boucliers vivants. Leurs écailles sont les plus résistantes au monde et personne de censé n’irait combattre un Marcheur… Si certains sont de grands combattants très bourrins qui veulent dominer les humains d’autres n’aspirent qu’à la paix et l’harmonie, comme c’est le cas de Zack. Ensuite il y a les Brûleurs, ce sont les seigneurs du feu et les plus puisants des dragons. Ce sont eux qui veillent sur le secret de notre espèce et sur nous, ils protègent de ceux qui pourraient nous vouloir du mal et nous protègent encore et surtout de nous-mêmes car chacun peut sombrer dans la folie et devenir dangereux pour ses pairs. Ils sont courageux mais très entêtés et protocolaires, la majorité déteste les humains et refuse leur approche et notre fraternisation, pour eux nous dominons toutes les espèces. Enfin il y a les Voltigeurs qui sont les seigneurs des cieux. Si tous les dragons volent nous sommes pourtant les meilleurs des meilleurs, nous volons plus vite que tout ce qui vit et nous sommes capables de cascades aériennes époustouflantes, nous sommes les « rigolos » qui provoquons souvent la colère des Brûleurs par notre insouciance et notre constante envie de faire la course et de nous amuser. Enfin… Ca ce sont les quatre grandes catégories, il y a plein de sous-catégories parmi celles-ci partant donc de chaque élément pour donner des dragons plus différents les uns que les autres. Mais les vrais représentants des quatre « classes » sont rares. Ce sont ceux qui sont dotés d’un vrai « don » pour cet élément même si tous les dragons ont plus ou moins de facultés. Les représentants sont surnommés les « Seigneurs » et c’est en général la compétition pour savoir qui est le meilleur dans un domaine et mérite de s’appeler ainsi. Les voltigeurs sont les moins nombreux des dragons… Pour certains ce serait moi le Seigneur Voltigeur, car je bats tout le monde à la course… S’il est vrai que malgré ma carrure je peux sauter à peu près n’importe quelle distance, léviter pendant les méditations et éventuellement faire bouger des objets, je suis loin d’avoir la puissance et les dons qu’on attend de moi… Mais bon, ça c’est encore une autre histoire… Bref… Voilà… Voler pour moi c’est… Enfin il n’y a rien de comparable. Je suis totalement libre. C’est peut-être encore plus naturel que respirer car c’est ancré au plus profond de mes gènes…

Eh bien ! Elle en apprenait des choses…
Il sourit, sans toutefois tourner la tête vers elle.

Tu n’as pas à craindre de me vexer. Là en y réfléchissant, je ne vois pas ce que tu pourrais dire qui risquerait de me blesser… Enfin… J’avoue avoir été gêné par tes propos quand tu me trouvais parfait et tout…Mais c’est surtout parce que je suis loin de l’être et puis en quelque sorte, ta véhémence… enfin ça me faisait quelque chose je crois. Ah oui, point important effectivement. Les dragons ne ressentent rien. Nous avons des pulsions, des envies etc. Mais nous n’avons pas d’affection, pas d’inquiétude etc. C’est la théorie du moins. J’ai toujours eu quelques doutes à ce propos. Il est vrai que les dragons sont extrêmement narcissiques et égoïstes, qu’ils se croient supérieurs aux humains et j’en passe mais je crois être hors catégorie à ce sujet vu mon intérêt pour l’humanité… Enfin la bonne humanité. Les humains sont capables de beaucoup d’horreurs et ceci me plait beaucoup moins tu t’en douteras… Ah si tiens quelque chose pouvant me vexer mais que tu ne peux pas provoquer toi-même… Tu as dû remarquer mon profond respect pour les femmes et celui qu’on leur doit à mes yeux… Je ne supporte pas l’injustice, encore moins le machisme et mets moi un goujat maltraitant une femme devant moi, inutile d’attendre, mes beaux principes de calme et de discrétion voleront en éclat et le gars se retrouvera vite sans dents. C’est instinctif ça aussi… Je ne le contrôle que très mal… Et en général si je détourne les yeux c’est à cause d’une mission, pour faire bonne figure ou autre, ce qui ne m’empêche pas de revenir officieusement… plus tard… Que dire d’autre… J’en aurais beaucoup des choses à te dire… Vraiment beaucoup… Mon premier vol, ma première relation sexuelle, heureusement bien moins tragique que la tienne, mes premières missions quand je suis devenu Cheistam… J’ai tué moi aussi tu sais… Des dizaines et des dizaines de personnes… Et j’ai commis… quelques dommages collatéraux sur des innocents qui me hantent encore… J’ai fait beaucoup de mal aussi tu sais… Chez les Cheistams… J’ai été vite chargé des interrogatoires des prisonniers, autant dire les vrais mots, j’étais celui qui les torturais… Parce que je n’ai jamais boudé un ordre, j’ai été « éduqué » ainsi, parce que je pouvais les faire hurler pendant des heures, que rien ne me dégoûtait contrairement à mes camarades humains obligés de dégobiller leurs tripes trop rapidement. Enfin… j’imagine que c’était couru d’avance. Nous ne sommes rien censés ressentir après tout… Les humains captaient d’une manière ou d’une autre leurs souffrances, mais nous… enfin… Voilà… Je suis aussi devenu rapidement Commandant parce qu’on avait besoin de moi. Pas que je sois exceptionnel ou quoi que ce soit… J’ai une belle gueule, je suis bien foutu… Ca sert… Pour convaincre quelques veuves éplorées de laisser leur soutien aux Cheistams, pour adoucir la méfiance des baronnes ou obtenir leur aide… Enfin voilà… Mes supérieurs y ont vu un certain côté… pratique en quelque sorte… Enfin… Sinon euh… Oui bien sûr que j’ai vécu des choses difficiles mais… enfin ce n’est pas particulièrement intéressant…

Ce n’était pas tellement drôle ce qu’il racontait surtout sur la fin, avouant avec une simplicité extraordinaire qu’on se servait clairement de lui pour le sale boulot et pour séduire des femmes puissantes, qu’il devait son grade à son physique, pas facile à vivre pour n’importe qui ça… Mais ça l’indifférait. Comme il l’avait dit… En tant que dragon il ne devait rien ressentir de particulier…


En marchant à ses côtés et en lui parlant un peu de moi je revoyais ce passé de dragon dont je me souvenais, toutes ces choses qui faisaient de moi ce que je suis aujourd’hui. Et je revoyais aussi d’autres choses, qui la concernaient. Lorsque je lui avais donné ma clé ce midi-là, j’avais été… maladroit en quelque sorte. Je ne savais absolument pas comment je devais agir et je crois que je craignais un peu sa réaction qu’elle n’en veuille pas, que je n’ai été qu’une distraction parmi d’autres. Au fond je crois que j’avais même peur qu’elle me dise ne pas avoir aimé ces moments entre nous qu’ils soient sages ou… aussi agités que la nuit qui nous avait emportés, alors que je savais pertinemment qu’elle n’avait pas simulé… Son corps était d’une réactivité inimaginable et je pestais toujours intérieurement du manque de soin que devaient y apporter les autres pour qu’elle semble si surprise de l’effet de mes caresses. J’avais vraiment eu peur de lui faire mal… Mais si nous avions tous les deux étaient surpris par ce changement de gabarit qui n’était pas à sens unique car j’avais bien peu l’habitude de jouer avec si petite demoiselle aux hanches si fines, d’ailleurs ça aussi c’était bizarre, certes elle n’était pas pulpeuse comme bien des femmes, ce qui était loin de me déplaire, mais elle avait des formes sublimes, plus discrètes, plus légères et qui étaient un trésor de découverte quand on la déshabillait… Enfin… ça n’empêchait pas qu’elle était très très très étroite et j’avais même craint… de rester bloqué ! Mais son corps répondait au mien, l’inverse aussi, de la plus délicieuse des manières. Heureusement pour moi, l’exciter davantage était d’une facilité déconcertante et bien rapidement sa crispation plus de surprise face à la nouveauté que de réelle gêne s’était mue en détente et puis mademoiselle mouillait… beaucoup. Alors ça avait été facile, vraiment facile… La première fois avait été la plus douce même si sous ses encouragements j’avais pris plus d’ampleur dans mes coups de reins, plus de vitesse aussi. Sa manière de me regarder, de tordre le drap ou d’enfoncer ses ongles dans mon dos, mes bras, ma nuque… j’adorais. Ses gémissements se mêlaient aux miens. Si le plaisir avait été là immédiatement nous l’avions dépassé, puis le suivant, cherchant à atteindre des sommets jamais découverts pour l’un comme pour l’autre. Notre premier orgasme avait été à la fois doux et violent et nous nous étions souri bêtement, hébétés tous les deux, tellement surpris par nous-mêmes et par l’autre. Elle en avait voulu encore… A mon plus grand plaisir. J’en voulais aussi plus, beaucoup plus… En fait… Je n’avais pas débandé de la nuit tellement elle me… transportait à des milliers de kilomètres. Je ne voulais en rien manquer à mon devoir et je ne voulais pas que ça cesse, jamais. Ce n’était qu’un acte, parmi tant d’autres, du sexe, rien de plus, une manière de se satisfaire. Pourtant dans ses frissons, ses gémissements, la sueur qui perlait à nos corps, la moiteur de ses cuisses et l’intensité de notre plaisir, dans ses yeux sombres et ses soupirs, ses sourires, j’avais découvert quelque chose que je ne connaissais pas. Mon coeur battait fort alors que je la regardais, qu’elle avait voulu prendre le dessus, se glissant à califourchon sur mes hanches et s’empalant d’elle-même sur moi avec un peu trop de vigueur… son corps s’était déjà habitué à moi… un peu surprise elle aussi avant de commencer un déhanché à mourir tant c’était… extatique. Pendant un instant, j’avais vu la crainte dans ses yeux sombres, juste un instant, comme si elle avait peur que je refuse, que comme tant d’hommes je veuille asseoir ma suprématie de mâle en la dominant, continuellement. Je m’étais redressé sur un bras, en gémissant à cause du changement d’angle, pour m’emparer de ses lèvres, sans la forcer un instant à se retourner, enfouissant mon visage dans sa gorge en l’encourageant d’une voix cassée. Incapable de tenir très longtemps dans cette position tant elle me faisait trembler et tant l’absence de caresses me frustrait, je m’étais rallongé pour pouvoir caresser ses jambes, son sexe, son ventre, sa poitrine, magnifique demoiselle. Les mains appuyées à plat sur mon torse, elle se servait de moi comme support et les crispations de ses doigts sur mes abdominaux… ça aussi c’était bon… Tellement bon… Mon coeur battait fort. Pas seulement parce que j’étais essoufflé, pas qu’à cause de l’extase qui nous fit gémir toute la nuit durant. Il y avait quelque chose d’autres… Ca n’avait jamais été autre chose pour moi. Ca n’était jamais censé être autre chose. J’étais un dragon… Pourtant malgré notre passion assez… bruyante et propre à déranger la pièce, il y avait une tendresse surprenante dans nos gestes et nos regards, des échanges que je ne comprenais pas vraiment mais que j’aimais bien alors qu’on se souriait, s’embrassait… J’avais envie de recommencer bien sûr… Enormément envie…

Mais je ne voulais pas qu’elle pense qu’il n’y avait que ça pour moi… D’ordinaire il n’y avait pourtant que ça… Le sexe, c’est tout, rien de plus. Pas avec elle. Juste la tenir dans mes bras et humer l’odeur de ses cheveux… c’était agréable. Je ne connaissais pas…
La clé… J’avoue que je ne savais pas comment elle prendrait mon geste. J’avais un peu peur de sa réaction… Quand j’avais compris qu’elle croyait tout autre chose, que j’allais la repousser probablement, j’avais été pris d’une véritable colère. L’envie de me lever d’un bond et de hurler avait été grande. Mais qu’aurais-je hurlé alors ? Qu’elle était idiote ? Que c’était merveilleux ? Qu’elle n’avait pas le droit de croire autre chose ? J’aurais été encore plus ridicule…  Pourtant ça n’avait pas été simple d’être calme. Je m’étais permis une remarque pour lui montrer ce que j’en pensais tout de même. Elle avait répondu. Elle était encore plus maladroite que moi, sacrément plus maladroite en fait. C’était adorable… Elle voulait déposer des affaires… Elle avait compris que je l’invitais à rester avec moi, ça me soulageait un peu parce que mon discours n’était pas forcément très… clair. Et elle parla de la douche, j’haussai un sourcil surpris. La demoiselle cherchait-elle à me reluquer ? Je n’avais rien contre, oh non… Mais un sourire pervers étira mes lèvres alors qu’elle prenait tout un soin à ne pas me regarder… Et puis elle avait dit encore plus et j’avais dû me mordiller la langue pour ne pas rire tant elle était mignonne… Pourtant j’étais content de ce que j’apprenais, qu’elle n’avait pas l’habitude non plus et qu’elle ne restait pas avec un homme. Mais elle voulait revenir me voir, souvent apparemment. L’excitation me fit frissonner. Elle s’emmêlait les pinceaux… Chambre confortable ? J’avais eu plutôt l’impression que c’était une chambre « pratique » vu comme nous nous étions attelés à en tester les recoins…

En marchant je repensais à tout cela et un sourire plus large étira mes lèvres alors que je pressais sa main. Je venais juste de finir mon discours et j’espérais qu’elle en était satisfaite. J’étais prêt à répondre… à toutes ses questions.
Nous étions arrivés aux sources finalement et effectivement, les sources sauvages étaient infiniment mieux que celles en ville. Chacun se déshabilla de son côté même si nous lorgnions régulièrement l’un sur l’autre. J’étais allé tester la profondeur de l’eau, m’assurant qu’il n’y avait aucun risque pour elle. Elle était délicieusement chaude et avec le froid glacial de l’extérieur c’était vraiment agréable. Je tendis les bras à Cassidy pour qu’elle s’approche, la saisit par la taille et la soulevai sans mal à bout de bras pour la faire descendre lentement dans l’eau en face de moi. L’eau lui arrivait légèrement au dessus des épaules, bien plus bas pour moi donc mais il faisait tellement chaud que ce n’était pas un problème. Je lui souris, caressant doucement ses cheveux avant de lui demander de se retourner. La laissant trouver un coin contre lequel s’appuyer sans se faire mal j’en profitais pour deviner ses formes sous l’eau et déglutir difficilement et ce même si nous portions nos sous-vêtements. Je la rejoignis alors qu’elle me tournait le dos apparemment bien installée et je commençai à la masser. Elle se détendit vite sous mes doigts. Je prenais tout mon temps pour faire disparaitre les noeuds et courbatures dus à ses inquiétudes précédentes mais encore et surtout… qu’elle me devait. Navrée demoiselle. Je ne me contentai évidemment pas de son dos et fis glisser mes mains sur ses cuisses sans arrière pensée aucune, voulant juste la détendre. Je la sentais somnoler à moitié. Et puis j’avais glissé doucement mes mains sur son ventre, le caressant du bout des doigts puis les remontant jusqu’à sa poitrine en la débarrassant lentement de la bande qui lui ceignait les seins. Une fois encore aucune connotation dans mon geste… Des caresses douces pouvaient y être extrêmement agréables sans être sexuelles pour autant. Cela la surprit néanmoins un peu, que je le fasse déjà et de se rendre compte justement que ce n’était pas qu’une zone érogène. Je maudis d’autant plus ceux qui l’avaient malmenée et n’avaient pas traitée cette surprenante petite demoiselle comme une reine…

Je ne sais trop comment ça avait débuté, j’avais senti l’une de ses mains presser doucement l’une des miennes sur sa poitrine mais je ne me souviens plus si c’était avant ou après les baisers que j’avais commencé à déposer dans sa nuque et sur le haut de ses épaules… Elle m’avait fait face, repoussant mes mains, nous nous étions regardés, sans rien dire, je m’étais penché sur elle en même temps qu’elle se haussait sur la pointe des pieds et nous nous étions embrassés, simplement… Ses mains qui serraient ma nuque me tiraient davantage à elle et je gémis quand elle mordit ma lèvre mais répondis à son baiser de bonnes grâces, à peine conscient que mes mains se faisaient baladeuses… Bon d’accord… Je n’étais pas resté sage très longtemps ! Mais comment lui résister ?! C’était la femme la plus attirante que je connaisse, que j'aie jamais rencontré... Elle se colla contre moi et sentit aussitôt mon érection, en même temps pour la manquer celle-là... Je me sentis rougir légèrement et détourner les yeux en bafouillant.



D… Désolé.

Depuis quand je m’excusais moi ? Décidément... Mais elle n'aurait jamais dû me parler de ses insatiables passions, ça ne m'aidait pas à me... calmer près d'elle.
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Cassidy Herediane
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Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 29 Mar - 16:32

C’était un moment très important. Si ce n’est le plus important de ces dernières semaines. Cassidy était chamboulée de voir ce maudit cristal qui décollait enfin. Elle se doutait que Tristan y était pour quelque chose. Après tout peu importe le nombre de fois qu’elle avait tenté par le passé, ça n’avait pas fonctionné. Cet homme était étrange… Il avait permis tellement de choses en peu de temps et elle n’était pas si naïve que ça. Il y avait des choses qui ne s’expliquaient pas. Cependant, il lui parla de magie noire.

Au début, elle s’était mise à réfléchir longuement. Même si cette décision était déjà prise, la demoiselle avait encore du mal à s’exprimer. Magie noire elle ? Bon d’accord elle savait qu’il y avait quelque chose qui clochait chez elle. Elle avait déjà pensé à la magie mais on lui avait tellement répété qu’elle n’était pas apte à utiliser la magie, que Cassidy pensait tout simplement qu’il s’agissait d’autre chose, n’importe quoi qui pourrait justifier son état.

Et puis elle s’était exprimée. Cassidy ne regardait pas Tristan, à aucun moment. Alors qu’il soit surpris, dégoûté, elle n’en savait rien car elle ne le voyait tout simplement pas. Les souvenirs remontèrent dans son esprit. C’était comme si elle revivait tout une deuxième fois. Comme si elle reparlait de ces douloureux moments, qui l’avaient forgé, qui l’avaient fait devenir ce qu’elle était aujourd’hui, une femme méfiante, indifférente. Un mystère subsistait quand même. Avec tout ce qu’elle avait vécu, n’avait-elle jamais eu envie d’en finir une bonne fois pour toute ? Pas de personne sur qui se raccrocher, être traité comme un monstre, errer de ville en ville sans but… Car au bout d’un moment, elle avait fini par arrêter de croire en la magie. Au bout d’un moment, son principal but n’existait plus. Que pouvait-elle faire alors ? A part errer sans but ? Sans chemin ? On ne l’utilisait que pour les travaux ingrats. Elle n’avait personne sur qui compter encore… Comment avait-elle réussi à tenir avant de rencontrer Jilian ? Un autre mystère mais qui ne sera pas abordé cette fois ci.

Cassidy ne nia rien, ne lui cacha rien. Elle se dévoila comme elle était réellement. Et très loin derrière cette image de la fille si désinvolte. Il avait raison, c’était la dernière personne avec qui elle devait parler de ça ! Et pourtant… En fait, elle-même ne savait pas pourquoi elle lui disait toutes ces choses. Il n’y avait aucune raison, rien qui pouvait expliquer son comportement. Pourquoi lui ? Il était Cheistam. Elle ne le connaissait pas tant que ça. C’était un amant désormais. Et en plus un dragon ! Elle n’aurait pas du et n’arrivait pas à poser une explication sur ce comportement. Mais elle avait décidé, cette fois, d’agir à l’instinct, peu importe ce qui se passerait ensuite.

Lorsqu’elle avait abordé ses pulsions, comme le besoin de manger, de respirer, qu’elle était forcée, elle ne se doutait pas qu’il était un peu triste. Pourtant il lui suffisait de lui demander. Elle n’avait pas coucher avec lui par besoin. Bon si un peu quand même… mais autre chose était passé au premier plan. Ce n’était pas le besoin, la pulsion qui la guidait cette fois. Non elle voulait faire quelque chose avec lui. Faire l’amour mais dignement. Savant mélange d’envie, de plaisir, et de joie. Elle n’était pas encore sûre de ce nouveau comportement qui l’animait. Une chose était claire dans sa tête, elle agissait differemment avec lui. C’était malheureux pour Jilian qui faisait tant d’efforts pour elle mais après tout les sentiments ça ne se commande pas.

Mais au moins elle ressentit un poids en moins dans son cœur à la fin de la discussion. Certes il allait sûrement être dégouté, choqué mais au moins elle lui avait dit la vérité. Et si il décidait, quand bien même, de rester près d’elle, alors au moins elle était sûre qu’il savait ce qui était important à savoir. Pourtant elle s’était déjà éloignée, voulant lui laisser le loisir de discuter. Après tout ce n’était pas évident à avaler et elle redoutait sa réaction.

Elle ne l’avait pas entendu arriver. Par contre la claque sur les fesses oui. Cassidy s’était retournée, choquée, surprise. Qu’il lui en veuille oui. Qu’il décide de partir d’accord. Mais la taper comme ça sur la fesse, c’était bien la dernière chose à laquelle elle s’attendait ! La demoiselle l’observa pendant un moment. Elle reconnut bien son petit regard quand il lorgnait trop sur sa paire de seins ou elle toute entière. Il jouait ou quoi ? Elle fronça les sourcils, un peu vexée.

Il parlait de la veille et elle se mit un peu à rougir en détournant les yeux puis le jeune homme parla de conneries. Conneries ?! Là elle ouvrit légèrement la bouche… Heu d’accord… Non elle ne s’attendait pas du tout à ça. Pour lui c’était comme si elle racontait n’importe quoi, ou qu’il n’en avait que faire. Elle était tellement troublée à cause de ce moment si douloureux que sa répartie sauvage ne vint pas. Et même il ne la laissa même pas agir, lui court-circuitant le cerveau.

En un instant il s’était approché sans qu’elle ne s’en rende réellement compte. Le jeune homme avait posé ses lèvres sur les siennes. Si le baiser lui court-circuita l’esprit, cela la calma également, enfin, cela réveillait aussi ses envies mais elle cessa de voir ses souvenirs obscurs. Un baiser fougueux mais tellement… enfin ça avait un goût d’acceptation, elle ne savait pas trop quoi en fait. Il s’écarta alors qu’elle rougissait, la bouche légèrement ouverte, encore choquée par sa réaction.

Il disait qu’il allait avoir du travail. Cassidy le regarda avec surprise, sans comprendre, fronçant les sourcils. C’est vrai quoi… Il parlait de quel travail ? Impossible de deviner ses pensées. Il avait l’air en colère. Sauf que Cassidy était incapable de voir ce qui agitait les pensées du jeune homme. Elle se laissa même guider quand il la conduisit de nouveau vers le rocher pour qu’elle s’installe à nouveau. Dans un sens, ce n’était pas négatif. Il n’avait pas l’air de vouloir s’éloigner, de fuir. Elle ne comprenait pas… C’était mal ce qu’elle faisait non ? Alors pourquoi agissait-il ainsi ? Le jeune homme la força alors à la regarder. La demoiselle se mordilla la lèvre. Au début elle ne voulait pas. Et puis elle finit par céder. Ce n’était pas du dégoût… ce n’était pas de la haine… juste une sorte de compréhension. Enfin elle n’arrivait pas à le cerner mais elle ne reconnut pas la haine de la voyageuse.

Sa main se porta à son visage. Elle aimait ce genre de contact. Ca la calmait et la rassurait beaucoup. Alors il commença à parler. D’abord pour la remercier, ensuite lui parler de la confiance. Elle avait confiance en lui ? En fait Cassidy était bien incapable de mettre des mots sur ses états, ses actions et il interprétait pour elle. Tristan semblait également très sérieux, il ne voulait pas qu’elle parle. Elle le regarda, l’air grave, avant d’hocher la tête en guise d’affirmation.

Il commença d’ailleurs par être compatissant envers elle. Puis déclara qu’elle était forte. La demoiselle fronça les sourcils. Si il savait qu’elle avait tenté de mettre fin à ses jours… bon ça ça serait pour une autre fois parce que il y avait autre chose en jeu et bon… elle ne pouvait pas lui en parler maintenant. Son cœur se serra mais pas de tristesse mais de joie. Il lui faisait comprendre qu’il ne changerait pas d’avis sur elle… peut être dans le sens qu’il la traiterait toujours de la même manière, et même si elle était bien différente, même si elle n’était pas totalement humaine. Rien que ça c’était énorme et elle ne s’y attendait absolument pas. Il disait également qu’il n’agirait pas en tant que Cheistam. Ca rassura la demoiselle. Il semblait également content de ce qui lui arrivait et Cassidy fronça les sourcils. Etre content de ça ? Il lui disait alors qu’en fait cette chose qu’elle avait lui permettait de se protéger d’un peu tout. Pendant deux ans… mais elle était sur la route depuis ses 18 ans… enfin oui ça l’avait sauvé sur la fin, c’est sûr. Il semblait donc plutôt content que ça l’ait sauvé d’autres choses qui auraient pu être pire.

La demoiselle ne souffla pas un mot, il avait l’air de vouloir vraiment l’aider. Doux dans ses paroles, sérieux, investi… Elle ne connaissait pas ça mais ça l’aidait. Bon il fallait dire qu’elle s’était habituée à son nouveau elle. A ses oreilles et ses dents qui avaient changé… comme tout son corps. A ses sautes d’humeur, sa colère… ses pulsions meurtrières et sexuelles… c’est peut être pour ça qu’elle contrôlait aussi bien. Elle ne se battait pas contre ce qu’elle était. Elle ne battait pas contre son changement. Elle avait fini par se résigner, accepter. Et puis il parla de quelque chose qui lui faisais plaisir et la rendait fière. Lui tenir tête avec talent. Là elle s’était un peu redressée et souriait. C’est fou le manque de confiance qu’elle pouvait avoir tellement elle était intimidée par lui.

Puis il lui prit les mains pour les serrer avant de continuer de parler. Et la petite demoiselle semblait extrêmement touchée par ses propos Il la complimentait même si la fin était plus drôle quand il parlait de tricot. Mais elle était rassurée… elle ne savait pourquoi elle arrivait à le croire mais il n’allait pas partir à cause de ce qu’elle était. Pendant un moment, elle manqua de lui sauter dans les bras, tellement soulagée. Elle avait fait le bon choix cette fois. La jeune femme semblait quand même perplexe. Pourquoi elle hein ? Ca elle ne comprenait toujours pas.

Elle se redressa en essayant de lui faire comprendre mais il frappa de nouveau ses fesses alors qu’elle poussa un grognement mécontent et qu’il répliquait qu’elle disait n’importe quoi encore une fois. Mais la demoiselle se sentait mieux. Bien mieux.

Finalement, ils décidèrent de se rendre aux sources chaudes, ça leur ferait du bien. Et puis l’eau chaude était excellente pour les courbatures. Ils marchaient main dans la main. Cassidy était pensive. Tristan l’avait accepté sans broncher. Elle avait encore une histoire à lui raconter. Pourtant celle là était la pire. Pas pire dans le sens que ça avait le niveau des viols et compagnie. Mais pire parce qu’elle le concernait.. indirectement. Une histoire avec des dragons. Très douloureuse elle aussi. Elle craignait que si elle lui racontait ça trop rapidement, il y avait de grandes chances qu’il s’éloigne un peu. Il était peut être encore jeune pour un dragon. Jeune et expérimenté. Il ne connaissait pas tout et encore moins leur mode de fonctionnement, les attitudes des uns et des autres… normal dans un sens ça avait l’air d’être sa famille. Et elle ne pouvait pas lui reprocher.

Cependant, elle lui avait avoué, sans la moindre hésitation, ce qu’elle était. Alors elle se devait de le connaître également. Et pas que le Tristan Drakkari. Mais aussi le dragon. Parce que elle ne savait pas comment agir avec lui au final. Elle ne savait ce qui pouvait le contrarier, l’éloigner. Elle avait peur d’être maladroite. Enfin si ça avait été un homme, un Drakkari, elle aurait été maladroite aussi. Mais elle avait cru comprendre que les dragons ne voyaient pas les choses de la même manière, ne ressentaient pas pareil que les humains… qu’ils étaient différents. Elle n’avait pas peur de lui… et c’était plutôt une bonne chance.

Elle bénit sa nature de ne pas montrer la moindre peur envers ce qu’il était, envers ses révélations. N’importe quel humain qui avait vécu ce qu’elle avait vécu aurait été traumatisé… à vie. Et heureusement pour elle, ce n’était pas le cas. Bon encore, elle s’en doutait un peu et encore une fois il avait été intelligent de lui donner des pistes. Ca l’avait beaucoup aidé… à éviter de vouloir lui faire du mal pour ce qu’il représentait. Un bon gros cauchemar qui ne s’arrêterait jamais.

Alors elle s’exprima. Lui demanda de tout lui raconter, dans les moindres détails. Il ne pouvait pas comprendre sa brusque curiosité mais le jour où elle lui expliquerait… il comprendrait. Rien ne trahissait le ton de sa voix. Elle était plutôt curieuse, détachée, voulant en apprendre plus à son sujet.

Il commença d’abord par lui expliquer qu’il n’avait aucun souvenir de son passé. Elle ne dit rien mais se doutait qu’il y avait un truc bizarre. La première fois qu’ils s’étaient revus, il était trop… poli… La demoiselle se mit à sourire. Elle ne l’avait pas oublié non. Elle pouvait tout à fait penser qu’il avait grandi et n’était plus là pour l’embêter mais… non… il y avait un trop grand contraste. Elle le sentait. Son instinct du à ce qu’elle était ? Après tout elle ne savait pas tout ce qui avait changé chez elle. Au départ elle était un peu triste de le savoir mais il attira son attention en disant qu’il se rappelait d’elle et cela lui fit un peu plaisir au moins. Il n’avait pas tout oublié d’elle. Vraiment ? C’était étrange comment ça fonctionnait… Un serrement au cœur de la demoiselle. Elle avait de la peine pour Eve. En effet la mère de famille n’en savait rien. Elle connaissait son fils, elle savait qu’il avait changé… mais… Cassidy avait de la compassion pour cette femme qui avait beaucoup aimé son petit garçon. C’est comme si les dragons l’avaient arraché. Bon, personne n’y était pour rien… c’était comme ça… mais c’était triste…

Il parla ensuite de son déménagement, l’internat, tout ce qui avait changé. La révélation, ce qu’il était vraiment. Elle l’écoutait patiemment, sans paraître effrayée, ni craintive. Elle ne semblait pas être dégoutée non plus par ce qu’il était. Après tout c’est toujours étrange de voir que la personne qu’on a toujours considéré comme tel était en fait… si différent. Il lui parla de son meilleur ami… des choses qui étaient juste dragon. Il parlait de sa transformation qui était douloureuse et de ses gênes, expliquant pourquoi il était entièrement dragon. Elle comprenait un peu… quand il parlait d’os qui se modifiaient et tressaillit pendant un instant sans qu’il ne sache vraiment pourquoi.

Pour ses marques il ne savait pas trop. Elle avait réfléchi un peu de son côté aussi car ce n’était pas normal mais n’étant pas très portée sur la pratique et les expériences, impossible pour elle de deviner quoi que ce soit.

Il parla de ce qu’il aimait en tant que dragon. Il n’avait pas vraiment compris. Enfin si mais il parlait uniquement du dragon et pas de ce qu’il aimait autrement… ses goûts surtout… la viande d’accord. Mais les dragons n’aimaient pas les beaux paysages ? Des trucs en particulier ? Elle n’en savait trop rien. Il parlait ensuite de voler puis des différentes classes par rapport aux éléments en expliquant bien les différences. Par contre lorsqu’il aborda les dragons de feu elle ferma les yeux un instant, songeuse. Il parlait ensuite des seigneurs, qu’il était le meilleur à la course mais qu’il n’avait pas d’autre don. Il expliqua alors le sentiment de liberté.

Elle voulait l’écouter… vraiment. Sauf que quelque chose semblait la perturber. Elle fronça les sourcils, semblait perdue dans ses pensées pendant un instant. Il se tourna vers elle et ne comprit pas ce qui lui prenait d’un coup. Peut être pouvait-il penser qu’elle avait du mal à accepter tout ça. Malgré le fait qu’il semblait vraiment passionné par tout ce qu’il racontait. Elle le regarda un instant alors qu’il semblait hésitant et elle secoua rapidement la tête, un peu en panique.

« Heu nan attends ! C’est très passionnant ce que tu dis ! C’est pas ça ! Mais rhoooo fichtre ! Mais… hum… donne moi une minute s’il te plaît… je dois… remettre mes idées en place ! »

Cassidy semblait songeuse, les yeux fixés sur le sol alors qu’elle semblait en proie à un débat intérieur. Elle et ses démons sûrement. Enfin c’était difficile à dire. Elle redressa ensuite en le regardant, sourire gêné puis se massa la tempe de son autre main.

« Voilà désolé… un petit mal de tête, ne t’inquiète pas. Ca n’a rien à voir avec tout ce que tu dis. Au contraire, continue… s’il te plaît… »

Il continua alors sur sa lancée. Parlant de ses propos quand elle le trouvait parfait et qu’il le démentait. Il parla aussi des sentiments qu’il ne devait pas avoir. Cela fit mal au cœur de Cassidy. En effet la petite demoiselle se doutait bien qu’il ne ressentirait absolument rien quand il partirait d’ici… Qu’il reprendrait sa vie… qu’elle n’était qu’un visage parmi tant d’autres… Elle ravala sa tristesse et chassa ces mauvaises pensées de sa tête avant de l’écouter. Il parlait des femmes aussi et de son boulot chez les Cheistams. Elle semblait un peu plus… agacée de le voir ne pas réagir quand il disait se plier à la volonté de ses supérieurs pour tuer ou bien pour séduire.

La demoiselle ressentit un électrochoc dans son cœur. Quelque chose qu’elle n’avait jamais ressenti avant. Il semblait indifférent à ça. Elle n’était pas d’accord. Il se laissait manipuler… Ca lui plaisait ? A côté elle était libre elle… Fréquenter qui elle souhaitait… aller où elle voulait… pas de compte à rendre… Et puis le fait qu’il couche pour obtenir des informations… ça l’écoeurait en fait ! Y avait tellement d’infiltrateurs, d’espions, on utilisait les potions, la magie d’illusion et de contrôle… pourquoi lui laisser faire le sale boulot ? C’était… sadique… La magie permettait bien des choses… Mais lui ne semblait pas s’offusquer, ça lui semblait normal.

Elle avait tressaillit quand même, s’était crispée. Donc il ne ressentait rien… et laissait les femmes abuser de lui… Jalousie… Encore une fois elle semblait s’être livrée à un nouveau débat intérieur, beaucoup plus long cette fois encore. Elle fronçait les sourcils, faisait la grimace, tournait la tête d’un côté même et se mit également à rougir. Il ne devait rien comprendre…

Cassidy semblait sortir une nouvelle fois de ses songes. Elle voulait lui répondre mais ne savait pas quoi dire. Elle avait peur de le vexer alors qu’il était très gentil de lui raconter tout ça. Elle ne savait pas quoi lui dire. Si il ne ressentait rien, il ne risquait pas de mal prendre les choses non ? Mais ça lui faisait mal… à elle ! Sans qu’elle ne sache pourquoi. Pourtant il semblait ressentir des choses… quand ils avaient couché ensemble… quand ils étaient ensemble… il souriait… à moins que cela ne lui semblait normal ?

Elle baissa la tête, inspirant doucement, laissant la bué s’échapper de sa bouche. Elle ne comprenait pas tous les mystères. Elle ne s’était jamais intéressée au monde. Ni à l’existence des dragons. Elle n’était qu’un grain de poussière dans cet espace infini, une petite fille qui avait perdu ses rêves, son avenir. Lui ne ressentait rien… comment pouvait-on être dragon et ne rien ressentir. Il avait ce qu’il voulait après tout… une famille… il pouvait voler… il avait un poste que n’importe quel homme voulait. Des femmes qui se pavanaient à ses pieds. Etait-ce la lumière et elle les ténèbres ? Il lui avait lâché la main alors qu’elle avançait un peu toute seule, se tenant l’avant bras, souhaitant avoir un petit moment de réflexion.

Parce qu’elle ne savait pas quoi lui dire, qu’elle ne savait pas comment réagir avec lui. Cassidy s’accroupit dans la neige pour ramasser un petit tas de neige dans sa main pour l’observer attentivement. La neige se mit à fondre très rapidement pour devenir de l’eau. Elle semblait ailleurs pendant un moment, fermant les yeux comme pour mieux visualiser les choses, se remettre les idées en place. Elle finit par rouvrir les yeux avant de secouer la tête et revenir vers Tristan.

Elle lui prit les mains avant de les serrer en le regardant sérieusement.

« Merci… c’est très important tout ce que tu me dis. J’espère juste être digne de cette confiance que tu m’accordes également… »

Elle semblait satisfaite de ses réponses et marcha avec lui jusqu’à arriver aux sources. Ils se changèrent chacun d’un côté, même si Cassidy s’en fichait d’enlever ses affaires devant lui. Après tout elle n’était pas vraiment pudique. Cela ne l’empêchait pas de le regarder. Enfin elle était quand même légèrement intimidée. A vrai dire, si elle jouait, elle se serait amusée à lui enlever ses vêtements elle-même. Mais ce n’était guère prudent pour les deux jeunes gens. Ils devaient rester sages.

Tristan était descendu dans le bassin pour évaluer la profondeur. Il était toujours attentionné et cela tira un sourire à Cassidy qui s’approcha du bord, confiante, avant qu’il ne la prenne pour la mettre dans l’eau. Effectivement le contact était très agréable. De l’eau en tout cas… Excellent pour les courbatures. Elle poussa un soupire de plaisir tout en fermant les yeux avant qu’il ne lui propose de se tourner vers un des bords pour qu’il puisse la masser. La jeune femme rouvrit les yeux avant de choisir son coin. Elle posa ses bras sur la surface des pierres, lui présentant son dos sans le moindre problème.

Visiblement leurs petites discussions ainsi que leur brusque rapprochement avaient beaucoup aidé la jeune femme. Elle semblait moins farouche avec lui. Lorsqu’il posa ses mains sur son dos et commença à masser, elle poussa un petit gémissement adorable avant de poser sa tête sur ses bras, fermant paresseusement les yeux. Il massait divinement bien. Et son dos appréciait. Les courbatures de la veille semblaient se délier sous ses doigts experts. Et puis elle sentit qu’il fit glisser ses mains bien plus bas, avant de les poser sur ses cuisses sous l’eau. Cassidy ouvrit un œil, surprise par ce geste. Elle pensait que les massages c’était dans le dos… Mais elle le referma, s’endormant à moitié. C’était agréable… Ils étaient bien ici… la chaleur était juste comme il faut. Il remonta ses mains sur son ventre. Elle n’avait pas l’habitude qu’on la touche… enfin qu’on la touche tout court mais elle ne semblait pas être en colère, ni se crisper sous ses doigts. Elle ne sut même pas à quel moment son bandeau était tombé… enfin qu’il lui avait ôté, avant qu’elle ne sente le contact de ses mains nues directement sur ses seins.

Elle poussa une petite exclamation de plaisir. Mais c’était bien loin de ces envies et toutes ces pulsions. Même sous l’eau il avait les mains douces. Il avait quelque chose de… magique. Jamais elle n’aurait cru que sa poitrine pouvait être traitée de cette manière. Bon d’accord, Tristan l’a traitait toujours avec douceur. Mais là c’était différent. Il n’y avait pas de chaleur qui lui enflammait le bas ventre. Juste une sensation de bien être… Elle se sentait bien… totalement détendue. Complètement à sa merci. Et puis il y eut autre chose.

Au départ c’était agréable. Elle avait senti ses lèvres se poser dans sa nuque et ça lui tirait des petits frissons pas désagréables. Il continuait de lui caresser la poitrine avec douceur. Toujours ces petits baisers dans le cou. Ca faisait du bien. Elle poussa une autre exclamation de plaisir, appréciant le moment. Et puis, sans savoir ce qui lui prenait, elle avait mis une main dans l’eau. Avant de la porter à une de ses mains, toujours occupée à détendre sa poitrine. Elle fit une légère pression comme si elle désirait qu’il accentue son mouvement. Il devait le deviner car il mit un peu plus d’insistance. Elle poussa un autre gémissement appréciateur… c’était bon ce qu’il faisait…

Et puis elle se retourna vers lui, complètement réveillée, comme si quelque chose l’avait attiré. Les baisers dans le cou et ses mains sur sa poitrine n’aidaient pas la demoiselle à avoir les idées claires. Elle regarda Tristan, inspirant doucement, silencieuse mais d’un étrange regard, rempli de tendresse, de passion, de désir…

Et puis il se pencha alors qu’elle se mit en avant et d’un commun accord, leurs lèvres se rencontrèrent et elle déposa sur ses lèvres un baiser vertigineux. Elle sentit ses mains devenir plus baladeuses et lui mordit la lèvre, dans un geste de défi. Il répondit avec passion. La jeune femme commençait à ressentir cette chaleur si caractéristique. Elle n’était pas en manque pourtant ! Ils avaient eu de multiples orgasmes hier et elle se sentait bien mais… il avait éveillé quelque chose en elle. Elle se colla puis rougit en sentant la grosse bosse contre son entrejambe. Ah ben ça allait vite quand même… Elle ne se doutait pas lui faire autant d’effet en si peu de temps.

Il n’avait pourtant pas bougé, ne s’était pas écarté, murmurant un désolé. Les yeux détournés, il semblait très timide, ce qui le rendait mignon. C’était comme si il se rendait compte qu’il était de nouveau tenté par elle. Oh elle était très intéressée elle aussi. Ses mains qui s’étaient faites baladeuses peu de temps avant ne l’aidaient pas. Elle fit redescendre ses mains pour caresser doucement les mains du jeune homme. Elle ne savait pas quoi lui dire.

« Oh moi je trouve ça flatteur… »

Manière de dire qu’elle aimait bien l’effet qu’elle lui faisait. La demoiselle hésitait tout en faisant la moue et continuant de caresser ses bras. Sentir la bosse contre son entrejambe l’excitait également. Tout son corps réagissait déjà même si elle restait plutôt calme pour l’instant. Devait-elle jouer avec lui et utiliser ses mains sur son jouet ? Ou bien le laisser tranquille ? Elle ne savait pas trop quoi faire. Dans un sens elle allait passer pour une grosse vorace du sexe si elle ne montrait pas un peu de retenue mais il fallait dire qu’il avait éveillé ses envies quand même.

Cassidy décida alors de s’écarter de lui un instant.

« Il fait un peu chaud ici… »

Elle évoluait dans l’eau, parcourant du bout de ses doigts la surface. Et puis sans crier gare, elle se mit dans son dos et se colla à lui, sa poitrine rentrant en contact avec sa peau. Il semblait un peu se crisper, et frissonner. Bon normalement elle devrait être un peu plus distante, pas pour s’éloigner non mais pour lui donner un léger manque. Sauf qu’elle avait l’impression aussi qu’elle avait du retard à rattraper… enfin elle voulait surtout vérifier que la veille n’était pas un stupide rêve. Elle aussi s’était mise à caresser son ventre avec douceur avant de descendre ses mains un peu plus bas… pour caresser autre chose. Elle l’entendit gémir. Pourtant elle était très gentille, elle n’y allait pas franchement mais à sentir l’effet qu’elle lui faisait sur sa bosse, ça ne le laissait pas indifférent.

Il finit par se retourner avant de la dévisager et lui dire à quel point elle était vilaine de le torturer de la sorte. Elle se faisait innocente en lui demandant de quoi il parlait, elle ne voyait absolument pas ce qu’il voulait dire. Alors il posa de nouveau ses mains sur ses seins, pour bien lui faire comprendre. Après tout il avait le droit, elle avait bien fait monter la température d’un cran. Elle avait reculé alors d’un pas, lui demandant si il méritait de toucher cette partie. Il comprit rapidement qu’elle jouait, le faisait languir mais les yeux de la demoiselle montraient parfaitement ses envies. Il se rapprochait, elle reculait, jusqu’à heurter un bord de bassin. Ils se regardèrent un moment, intimidés, n’osant plus respirer.

Elle était bien plus petite que lui et ne pouvait pas faire grand-chose, surtout que lui attendait le signal, ne voulant pas la forcer à réveiller des envies. Et surtout parce qu’on se demandait si c’était bien raisonnable au final. Il se pencha alors en avant, pour déposer un baiser sur ses lèvres. Elle lui rendit, un peu plus intensément, passant ses bras autour de son cou. Ils étaient tellement timides. Savoir quoi faire mais ne pas oser le faire. Alors elle se rapprocha un peu plus de lui. Sentant l’énorme bosse en bas, cela l’excitait encore plus. Elle se détachait de ses lèvres pour mordiller doucement son cou. Il poussa un gémissement avant de lui mordiller une oreille. Elle commença alors à caresser son torse, de manière plus suggestive.

Il n’était pas en reste non plus et semblait vouloir s’adapter à elle. Se provoquant, se touchant… Elle gémissait un peu plus et il lui mit la main aux fesses. Finalement elle se mit à briller devant lui. Bien sûr, Cassidy avait constaté que la lumière autour d’elle changeait d’intensité, curieusement à chaque fois qu’elle voulait aller plus loin. C’était étrange quand même. Elle regarda un instant sa main, pensive, avant de lui dire quelques paroles avec malice.

« Et ça ? C’est quoi comme magie ? »

Finalement ils décidèrent de sauter le pas, l’un et l’autre se désirant ardemment. Tant pis si on l’entendait, ce n’était pas grave. Ils sortirent du bassin tout en s’embrassant avant de se poser sur une surface bien plus lisse. Baisers fougueux, enflammés, caresses multiples, les bois ne tardèrent pas à être les témoins des gémissements de la petite demoiselle alors qu’elle s’agrippait à son compagnon. Ils s’habituaient l’un à l’autre, ça devenait de plus en plus facile, presque instinctif. Un plaisir divin.

Après avoir fait quelques galipettes, ils finirent par se redresser. Bien sûr ils se tenaient chauds mais étant nus avec le froid qui sévissait, ce n’était pas très agréable non plus. Cassidy était bien. Elle souriait et ne cessait d’être de plus en plus proche de Tristan. Bien sûr, elle ne perdait pas ses habitudes et le taquinait mais c’était bien.

Ils rentrèrent en ville. Le jeune homme avait essayé de recoiffer la petite demoiselle qui avait les cheveux… un peu désordonnés. Il est vrai qu’avoir les cheveux détachés n’était pas pratique pour ça. Un peu d’action ou d’agitation et ça devient un bazar pas possible. Ils marchaient dans les allées, réfléchissant ensemble à la suite de leur programme, ce qu’ils pouvaient faire ensemble. Ce n’était pas évident non plus. Tristan aimait voler, elle surfer… Et puis ils ne devaient pas avoir l’habitude, ni l’un, ni l’autre, d’autres activités plaisantes à faire en ville, préférant la nature. Le jeune homme proposa quand même d’aller chercher des gourmandises pour le goûter puis flâner de boutique en boutique, de prendre un bon repas puis de finir la soirée dans une taverne pour danser.

Ca ressemblait fortement à la journée de la veille sauf qu’ils étaient bien plus bavards entre eux et n’hésitaient pas à se questionner pour mieux se connaître. Même si Cassidy n’avait rien de follement passionnant à raconter. Ils essayaient de se découvrir et se découvraient eux même à travers leurs questions.

Le jeune homme s’était rendu dans une boutique en lui demandant d’attendre dehors car il voulait lui faire la surprise ou peut être qu’il avait prévu d’autres choses pour plus tard et qu’elle ne devait pas être au courant. Cassidy attendait tranquillement en regardant les passants devant elle lorsqu’un grand blond bien musclé s’approcha d’elle, sourire sur le visage. Cassidy fronça les sourcils. Non mais il savait pas encore qu’elle ne recouchait jamais deux fois avec le même homme ? Elle repensa à Tristan… bon lui c’était un cas à part et puis elle ne couchait pas avec lui uniquement pour ses besoins mais aussi… bon c’était ridicule là ! Elle secoua la tête et son visage se durcit.

- Salut Cassy !

« Hum… Salut… »

Il était un peu trop proche d’elle et elle chercha à se tasser contre le mur. Non mais si il la cherchait il allait apprendre à voler. Elle tenta cependant de rester digne.

« Désolé mais j’ai pas trop le temps de discuter là et… »

- Oh je voulais juste te proposer quelque chose… Je n’ai pas oublié notre dernière nuit ensemble… Magnifique… Et je me disais qu’on pourrait retenter…

Il s’était penché au creux de son oreille alors qu’elle n’avait aucune solution pour s’échapper. Non mais il délirait là ! Elle était à deux doigts de le frapper. Son visage était dégoûté, fermé. Elle ne voulait rien faire avec lui. Pourtant la demoiselle restait calme, si ce n’est qu’elle répondait d’un ton agacé.

« Désolé ça ne m’intéresse pas. Et puis je suis en couple avec Tristan, t’as oublié ? »

Gaffe… Enorme gaffe. Elle n’avait pas dit Jilian… La demoiselle se mit à rougir avant de balbutier, cherchant à changer ses mots. Ca la déstabilisait énormément.

- Ca te va bien les cheveux détachés… Plus féminine et désirable…

Cassidy détourna la tête, serrant le poing. Non mais quel lourdaud ! Heureusement Tristan était sorti, s’approchant d’eux. Il y eut un échange musclé entre les deux hommes et finalement le blond partit mais un peu agacé de s’être fait remballé de la sorte. Cassidy poussa un soupir de soulagement avant de s’affaisser contre le mur. Tristan lui demanda si ça allait et elle leva les yeux vers lui.

« Ca va merci… Je devrais peut être me rattacher les cheveux… j’attire trop l’attention là… »

Elle hésita un instant avant de le regarder avec curiosité.

« Dis tu crois que moi aussi mes hormones attirent les hommes ? Comme toi avec les femmes ? »

Drôle de question. Cela semblait le surprendre. Ils reprirent leur chemin puis il s’amusa à lui parler de couple alors que le blond n’avait pas hésité à lui demander si ils étaient bien en couple. Cassidy détourna la tête et devint cramoisie, balbutiant.

« Heu… bah… enfin… jvoulais… qu’il me fiche la paix tu vois ! Et puis… enfin… on est ensemble quoi ! Enfin je veux dire… On traine ensemble ! Donc voilà un truc comme ça… »

Elle attrapa une grosse brioche qu’elle mangea pour s’occuper la bouche justement et éviter de répondre. Ca la troublait énormément tout ça au final. Ils continuèrent à flâner le long des boutiques. On trouvait un peu de tout dans cette ville. Sauf des affaires magiques. Il faut dire que Cassidy avait mal choisi son royaume. Les Friholdiens n’étaient pas adeptes de la magie. Bien sûr chaque humain avait un don mais ils ne cherchaient pas à développer leurs capacités, préférant se concentrer sur la force physique. Bien sûr dans les plus grandes villes on croisait des utilisateurs de magie et même des boutiques en rapport avec ça même si c’était bien moins spécialisé que sur tout le continent. Certains utilisaient des petites touches magiques pour combattre ou renforcer leurs armes. Pour le quotidien aussi mais ce n’était jamais très abusé.

Ils passèrent devant une boutique qui vendait des armes en tout genre. Cassidy qui faisait la discussion à Tristan fit une allusion.

« Tiens ça me fait penser. J’ai beau utilisé de la… magie ? pour me battre mais je suis incapable de manier une arme. Jilian a bien essayé de m’apprendre mais ça tourne rapidement à la comédie. J’ai aucun équilibre et puis… bon je suis peut être endurante mais je ne contrôle absolument pas mes coups. »

Il tenta de lui faire comprendre qu’elle avait l’air d’avoir des bases quand elle avait fait ce tournoi au village de leur enfance. La demoiselle s’était tournée vers lui tout en posant ses mains sur son torse, le regardant droit dans les yeux avec malice.

« Oh ça c’est différent… Ce sont des paysannes… On est au même niveau. J’ai juste un peu plus de force et puis… on va dire qu’une petite voix m’a soufflé les mouvements de mes adversaires… »

Voix mystérieuse, elle ne le laissa pas répliquer. Ses mains étaient passées discrètement sous le pull pour caresser doucement ses abdos comme pour lui court-circuiter les pensées. Elle avait ensuite repris sa main pour marcher innocemment dans la ruelle. Elle fit mine de s’extasier à la boutique suivante qui proposait toutes sortes d’inventions loufoques.

Ils continuèrent leur petite marche et elle était un peu plus loin de lui en regardant quelques tenues pour femmes masculines lorsqu’elle porta son attention vers Tristan. Des femmes lui souriaient et s’approcher de lui, minaudant quelques phrases comme quoi elles voulaient voir ses abdos, voulant lui tâter les muscles. Cassidy fronça les sourcils. Un courant désagréable lui traversa le corps. Elle lâcha la tunique qu’elle inspectait avant de pousser les femmes sans ménagement et prendre les mains de son bel homme, le regardant droit dans les yeux avec insistance.

« Tout va bien chéri ? »

Elle avait une voix douce mais où perçait clairement une pointe de jalousie. Non mais oooooh ! Pas touche quoi ! Puis Cassidy crocheta Tristan à la nuque pour le forcer à se pencher en avant en s’emparant de ses lèvres dans un baiser fougueux et vertigineux qui semblait durer une éternité. Des hoquets de surprise s’élevèrent de la foule. C’est que Cassidy ne faisait pas semblant. Elle voulait apparemment affirmer son territoire et était vraiment très… investie dans cette tâche.

Puis elle lui prit à nouveau la main pour qu’ils se dégagent de la petite foule, formulant un « excusez-nous » très digne avant de râler plus loin.

« Non mais sérieusement pour qui elles se prennent celles-là ? Pas honte ? Juste sous mon nez en plus… »

Elle grommelait plus pour elle-même sous le regard amusé de Tristan. Cassidy n’avait pas l’air de se rendre de son propre comportement ni même de la jalousie qui l’étrennait un petit peu. Tout ce qu’elle voyait, c’est qu’elle avait de plus en plus de mal à supporter ces demoiselles si insistantes. Ca lui faisait quelque chose. Et même si Tristan n’avait pas l’air si intéressé que ça par les autres, Cassidy était quand même assez… disons qu’elle n’aimait pas partager… cet homme là en particulier.

Le temps passa et le soir arriva. Cassidy avait alors pris des affaires chez Jilian pour déposer le tout dans la chambre de Tristan. Il n’y avait pas grand-chose, quelques tenues masculines de rechange, une cape, la robe et le bracelet qu’il lui avait offert. D’ailleurs elle était avec lui dans sa chambre et se changeait dans la salle de bain. La jeune femme était revenue vers lui pour qu’il lui noue les lacets de sa robe. Elle avait accepté très facilement cette fois-ci et lorsqu’il la taquina en lui faisant remarquer, elle grommela une excuse.

« Non mais… comme ça au moins si je suis un peu plus visible on ne t’approchera pas… Et la première qui le fait je lui apprends à voler… »

Ca le faisait rire et il semblait assez ravi de la décision de la demoiselle, même si il se doutait au fond de lui qu’elle n’avait pas que cette raison là.

Ils étaient installés à une table et discutaient avec animation de tout et de rien. Elle lui racontait des anecdotes, un peu plus joyeuses de ses voyages, pour lui faire comprendre que ce n’était pas tout noir. Elle lui parlait de ses compagnons avec qui elle était restée quelques mois. Il y avait un barde plutôt doué et que c’est ça qui l’avait convaincu de se mettre au chant. Que les veillées étaient plutôt agréables, couronnées de rires, d’histoires racontées, de défis farfelus. Elle disait qu’elle restait toujours à l’écart mais ça ne l’empêchait pas d’écouter. Elle lui raconta aussi que ces joyeux compagnons avaient connu un amour naissant entre un ménestrel et une cartographienne au sein de leur petit groupe.

Et puis elle aborda un autre sujet, l’air pensif et un peu hésitant.

« Au fait, je me demandais… si un jour… tu pouvais me montrer ta forme de dragon. Enfin si ça te dérange pas bien sûr. »

Elle semblait intimidée et baissait la tête.

« Enfin c’est surtout pour me familiariser à toi. Faut dire que la première fois c’était plutôt surprenant comme apparition. »

Elle était très sérieuse. Même si elle n’aurait pas peur de lui, elle voulait le voir comme il était. Enfin… c’était important également pour elle. La jeune femme avait besoin d’exorciser ses démons pour mieux l’accepter. Parce que c’était lui. Et peut être se rendre compte que l’accident qu’elle avait eu n’était qu’une erreur de parcours et que finalement tous les dragons ne sont pas comme celui qu’elle avait rencontré. Elle resta pensive en observant la flamme de la bougie alors qu’il répondit.

Puis ils revinrent sur une note plus joyeuse. Le dessert avait été apporté. Tristan qui avait bien bu, la taquinait et trouvait que cela avait l’air bien appétissant. Elle rentra dans son jeu et prit un petit morceau avec sa cuillère qu’elle lui tendit. Il n’hésita pas une seconde et mangea en se léchant les babines avec gourmandise. Cassidy souriait, attendrie. Elle était contente de partager son morceau de gâteau avec lui. Puis une horrible pensée la frappa.

La jeune femme devint pâle. Gâteau ? Sucre ? Elle laissa tomber sa cuillère et se leva précipitamment pour prendre Tristan dans ses bras, se fichant des autres clients, voulant lui éviter toute chute. Sa voix était très inquiète.

« Tris’ ! Ca va ? Désolé… j’ai oublié… que tu pouvais pas manger de sucre… désolé… »

Elle culpabilisait beaucoup. Enormément hier. Et ça se voyait parce qu’elle tremblait. Le souvenir quand il était au sol, impuissant, l’avait profondément marqué.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 9 Avr - 12:02

Etranges confidences… Surprenants aveux.
Je m’attendais pourtant à beaucoup venant d’elle. En même temps, je me disais que plus rien ne pourrait me surprendre. Car j’avais eu la plus grande des surprises. Cette nuit. Cette certitude. Elle était unique. Ce que j’avais ressentis… Enfin ce n’était pas que de la satisfaction. Ce n’était pas le plaisir à l’air bestial dont j’étais habitué. Malgré tout mon respect des femmes et mon extrême contrôle sur moi-même, je savais que mon intérêt pour le « sexe faible » était également mû par mon espèce et ses pulsions exacerbées. Ce que nous ressentions était toujours très fort. Le plaisir… était grand, vraiment grand, la colère aussi, la faim… je n’en parle pas… Tout était grand, tout était fort… Le sexe c’était… enfin je sais bien que c’était naturel, rien de plus naturel me dira t-on… un simple acte. Prendre son pied autant que faire se peut même si heureusement je me souciais toujours du plaisir de ma partenaire, parfois un peu moins selon mon état du moment…
Mais avec elle… Tout avait perdu son sens.

Mon coeur battait si fort, pas qu’à cause de nos épreuves des plus sportives. Je me sentais aussi fourbu qu’invincible en la plaquant contre l’un des murs de ma chambre. Elle m’avait provoqué à plusieurs reprises, arguant qu’elle s’ennuyait, mimant un bâillement, odieuse provocation, je voyais bien le plaisir dans ses yeux aux pupilles presque aussi dilatées que les miennes, le plaisir dans la contraction de ses muscles qui semblaient m’attirer davantage contre elle. J’avais rétorqué d’un si brusque coup de rein que je l’avais fait hoqueter, rire d’un ton léger sous la surprise, un rire bref, qui m’avait chaviré l’être… Je n’avais même pas peur de lui faire mal. Je ne lui ferais jamais mal, c’était impossible, c’était trop… trop puissant, trop parfait… trop… trop…
Les orgasmes, nous les avions enchainés… Mais il y avait quelque chose d’inattendu derrière tant de plaisir, quelque chose que je ne pensais même pas possible. Prendre totalement son pied… en même temps. C’est quasiment impossible d’atteindre un plein orgasme en même temps, il y en a toujours un légèrement en avance sur l’autre ou qui en profite plus que l’autre. Mais ce n’était pas le cas. Pas avec elle… Le premier, même si nous l’avions senti venir de loin, tellement loin, nous avait ébranlés…Enfin elle, je ne sais pas, mais moi… oui, énormément. J’avais enlacé ses doigts des miens, serré fort la main que je tenais ainsi. J’aurais pu lui briser les os… Pourtant, si je m’étais lâché, me laissant aller, serrant fort, ma force n’était que celle d’un homme à cet instant-là, celle d’un amant… qui ne ferait jamais de mal à telle incroyable demoiselle.
Il s’était passé quelque chose, j’ignorais quoi… Mais ça n’avait pas été que physique. Le physique je connaissais, je ne vivais que par ça. Je ne connaissais pas. Je ne savais pas que ça existait. Je m’en doutais bien sûr, de ce que j’avais observé. Mais je ne savais pas que moi aussi je pouvais connaitre… ça…

J’étais surpris par notre nuit. Je n’avais jamais été aussi surpris. Et en même temps jamais rien ne m’avait paru si merveilleusement simple et naturel. Je ne pensais pas qu’elle pouvait encore me surprendre, pourtant elle l’avait fait avec d’étranges révélations sur elles. Des révélations qui devaient peut-être me dégoûter. Voulait-elle m’éloigner d’elle ? Ce n’était pas vraiment l’impression qu’elle me donnait, c’était même tout le contraire qu’elle m’évoquait… Alors je l’avais vite rattrapée quand elle s’était éloignée… Pourtant, je ne savais absolument pas quoi dire, ni quoi faire pour rendre moins… sérieux, grave, dramatique, tout ce qu’elle m’avait raconté. Faire comme si de rien était ? C’était impossible. Je ne voulais pas ignorer son discours. Je devais lui dire merci de me faire confiance. Je devais surtout faire disparaitre l’extraordinaire pesanteur sur ses épaules et entre nous. Alors je lui avais claqué les fesses. Sur le coup ça ne me paraissait pas un si mauvaise idée… Le petit plaisir sadique que ça me procura me fit vite comprendre que c’était probablement davantage encore l’envie de la toucher qui avait guidé mon geste un brin indécent. Conneries oui… Pas ce qu’elle m’avait raconté évidemment… Mais de s’éloigner. De vouloir que je réfléchisse. De dire…ces choses mauvaises sur elle. Ca me faisait mal de voir sur son visage des expressions que je ne connaissais pas, des expressions que je ne voulais pas voir… Je savais qu’elle avait revu des bribes de son passé. Je ne les voyais pas moi… Pourtant une vague de honte m’avait submergé, de la tristesse, de l’incompréhension, de la solitude. Ce n’était pas ce que moi-même je ressentais, je le savais. Je ne comprenais même pas pourquoi ses simples expressions m’évoquaient cela… Mais j’avais eu plus envie que tout de la prendre dans mes bras et de la consoler. Savoir toutes ces choses sur elles… Je ne savais pas si j’étais réellement heureux qu’elle me fasse confiance pour me confier ceci… ou si ça n’était pas une mauvaise chose… Ca me faisait mal tout ce qu’elle avait vécu. Ca me rendait triste. J’avais encore plus envie de la prendre dans mes bras, de la protéger, de briser la carapace qu’elle avait érigé entre elle et le monde, de lui prendre la main, de la guider sans jamais la lâcher. Très curieuse impression… complètement stupide oui !

J’avais parlé longtemps… C’était nécessaire. J’avais parlé beaucoup. Bien plus que ce à quoi j’étais habitué et bien plus que ce dont je me sentais capable. J’avais évoqué beaucoup de choses sans même avoir besoin de me forcer. J’avais fait un peu attention à mes mots, mais la regarder m’avait fait oublier toute prudence, toute réserve, j’avais parlé en toute sincérité, sans mentir, sans cacher. Etrangement, oui étrangement, rien de ce qu’elle ne me révélait ne m’effrayait. Pourtant j’aurais dû l’être, je sais bien que j’aurais dû l’être… Elle sortait de l’ordinaire et rassemblait un comportement dont j’ignorais tout. L’espèce à laquelle j’appartiens n’aime pas être prise au dépourvu…Enfin c’est ce qu’on m’a enseigné tout du moins. Or, elle me prenait au dépourvu et pas qu’un peu. Mais ça ne me gênait pas vraiment. Etais-je encore trop sonné de notre nuit ? Je ne pense pas… si ?

Sur le chemin des sources chaudes elle m’avait questionné, me demandant de lui raconter un peu ma vie à mon tour. Assez surpris je m’étais plié de bonne grâce à sa demande. Non que je n’ai rien à cacher. Je ne parlais pour ainsi dire jamais de moi d’ordinaire ou en circonstances exceptionnelles… Mais je n’avais pas envie de ça avec elle. Et puis ça ne me dérangeait pas le moins du monde de répondre à ses questions. Bien au contraire, j’avais bien compris que c’était sa manière de s’intéresser à moi. J’appréciais l’effort…
J’essayais de choisir correctement mes mots pour ne pas dire n’importe quoi mais mes explications n’étaient pas des plus claires je le savais… Tout d’abord je ne savais encore que bien peu de choses sur mon espèce, à cause de mon jeune âge tout d’abord, de quelques jalousies, du clivage dans lequel je me retrouvais pour porter un intérêt aux humains… Il y avait bien des raisons… Mon âge en était le principal facteur. J’avais à peine la bouteille d’un tout jeune adolescent face à mes aînés, je n’avais ni leur confiance, ni leur respect. J’aurais pu en apprendre davantage, plus vite si je l’avais désiré réellement mais ça signifiait abandonner davantage ma personnalité pour les laisser me façonner comme ils l’entendaient, ceux qui arguaient avoir un « projet » pour moi, je n’étais pas sûr d’être prêt pour cela…

Je lui racontai un peu tout ce à quoi je pensais sur le moment de ma vie, le plus honnêtement du monde. Elle m’avait énormément confié de son côté… Je ne comptais pas manquer de respect à cette si surprenante demoiselle. Elle méritait que je lui rende la pareille. Et puis il était certain que je me sentais bien en sa présence… Autrement jamais je ne lui aurais révélé ce que j’étais… Et puis je ne laissais jamais mon masque tomber d’ordinaire. Avec elle… je ne savais plus du tout où je l’avais mis… et je ne chercherai pas.
Pourtant alors que je me confiais, pour la première fois à une non dragonne, à défaut d’être totalement humaine, elle sembla ailleurs, à plusieurs reprises. Son regard se perdait dans le vide, elle semblait en plein débat interne… Elle avait été bizarre, vraiment… L’air totalement ailleurs. Je m’étais arrêté pour la regarder alors qu’elle me sortait un drôle de discours. Besoin de remettre ses idées en place ? Ce que je disais était donc si choquant. Sans que je comprenne réellement pourquoi son attitude me peina… Je crois que c’était de la peine. Mon ventre se serrait… Pas comme quand je l’avais contemplée nue, pas comme quand elle m’embrassait… Non… Ca faisait mal… Comme une crampe… ça faisait ça aussi à mon coeur, comme quand son copain s’était pointé dans notre village. Son copain… Cette idée enfla l’étrange mal-être que je ressentais à ce moment-là. C’est vrai qu’elle avait quelqu’un… Et que j’étais la distraction du moment. Je l’avais… oublié pendant un instant. Je savais que j’aurais dû être content… Que c’était déjà formidable ce qui se passait. Après tout, pour une fois, je n’aurais pas à repousser une femme qui attendait plus de moi… Ca arrivait que les demoiselles voient en moi plus qu’un extraordinaire amant, oui parfois ça arrivait, les repousser était toujours douloureux… En général elles avaient juste envie d’une distraction ou si elles commettaient une infidélité face à un mari peu attentionné ou une rupture momentané, elles retournaient vers l’élu de leur coeur. Moi j’étais juste le bon coup de passage. Ca m’avait toujours beaucoup arrangé. Pourtant là… Ca ne me plaisait pas vraiment. Ca me faisait quelque chose que je ne connaissais pas. L’idée qu’une fois Jilian rentré… elle ne m’approcherait probablement plus me tordait l’estomac. L’idée aussi, encore plus forte, que je ne devrais plus l’embrasser…

Pourtant je m’étais remis à parler quand elle me l’avait demandé mais la joie étrange que j’avais ressentie en me confiant à elle s’était quelque peu fanée. Le sujet que j’abordais n’était de toute manière pas des plus réjouissants… Je chassai tant bien que mal mon malaise, je me doutais que j’interprétais mal… Il y avait trop de gentillesse et d’intérêt dans ses yeux sombres, à milles lieux de tout ce qu’elle avait laissé exprimer dans notre village et envers tous les autres… Je me doutais, sans savoir comment, que j’avais quelque chose d’autre avec elle, quelque chose de privilégié… je décidai de la croire pour son mal de tête, puisque c’était ce qu’elle voulait que je crois, mes propos redevinrent plus limpides, moins… forcés.

Je lui avais parlé de beaucoup de choses, pourtant j’avais senti sa main se crisper énormément dans la mienne quand je parlais de mes « missions ». Ca n’avait pas l’air de lui plaire. Je ne comprenais pas pourquoi. Etait-ce à cause de la torture ? Je savais qu’elle même avait été plus que maltraitée… Mais je savais également qu’elle était adulte et intelligente et savait faire la part des choses entre l’immonde injustice qu’elle avait vécu et la torture due à la guerre, que je ne réalisais évidemment que contre les ennemis de la paix et contre des ordures monstrueuses, jamais sur des jeunots enrôlés bêtement après avoir cru au pouvoir et à l’argent… Ou alors c’était ce que je disais sur moi… Ma promotion, pour mon physique. A vrai dire ça ne me dérangeait pas. J’étais assez fier de ce que j’étais, fier d’être beau et d’entretenir mon corps, elle n’allait pas dire que ça par contre ça lui déplaisait, je l’avais bien vu lorgner mes abdominaux !!!! Les femmes alors ? Il fallait bien que je serve d’une manière ou d’une autre… Pour beaucoup oui, c’était de l’exploitation, peut-être même de la prostitution… C’était surtout la guerre…

Elle se reperdit dans ses pensées, j’attendis patiemment qu’elle en sorte. J’avais fini de discuter pour le moment. Sans questionnement, je n’avais que bien peu à dire selon moi… De quoi lui parler ? Mes blessures ? Ce que j’avais subi ? J’avais déjà bien assez plombé l’ambiance !
Elle s’éloigna, sembla marmonner toute seule, revint, me prit les mains, dit quelque chose… D’étrange… J’haussai simplement les épaules en retour. Si j’avais un quelconque doute à son égard je ne lui aurais rien dit… N’en avait-elle pas conscience ?

Et puis nous étions arrivés aux sources, nous étions déshabillés avant de finir dans l’eau et ce qui était un simple massage plein de bonnes intentions avait fini par… dérailler complètement… C’était probablement obligatoire, inévitable même… Son corps répondait au mien. Un frisson, un courant électrique. Comme si nos deux peaux, une fois en contact ne pouvaient que réagir. Etait-ce normal ? Je n’en étais vraiment pas certain…
Je m’en voulus un instant, je m’en voudrais longtemps. De ne pas être capable de faire abstraction. Je l’avais pu jusque là. Je l’avais pu jusqu’à ce que nous couchions ensemble… Je connaissais son corps désormais même si je comptais encore l’explorer longuement… Mon corps connaissait l’appel du sien, y avait goûté, avait savouré chacun de ses extatiques contacts… Et ne pouvait plus y résister réellement sans doute, pas sans un contexte pour nous arrêter. S’il y avait eu du monde, s’il y avait eu quelqu’un pour nous surprendre, j’aurais été différent… Je crois… J’espère du moins… Mais nous étions seuls…
Mes caresses se voulaient douces pourtant au départ. J’avais encore tellement de choses à lui montrer. Je voulais lui montrer à quel point son corps pouvait ressentir de la douceur sans que ce soit excitant, ni un avant goût de l’acte passionné dont nous avions déjà longuement fait état… Sa main, mes baisers… Rapidement nous nous étions tentés différemment… Je m’étais excusé faiblement pour mon érection, intimidé je l’avoue. Je n’avais pas l’habitude d’avoir si peu de contrôle sur mon corps mais le simple souvenir de notre nuit avait achevé de m’apprêter à recommencer au plus tôt ! Elle s’était échappée, m’avait enlacé, caressé, torturé réellement alors que je gémissais faiblement sous ses petites mains pourtant horriblement adroites. Tentations mais hésitations, comme si chacun de nous craignait de brusquer l’autre, de ne laisser penser… qu’il n’y avait que ça qui nous intéressait… Pourtant c’était tellement n aturel, tellement simple d’être autant attiré par elle. Comment aurais-je pu faire autrement ?

Finalement, je l’avais prise dans mes bras et j’étais sorti du bassin en la serrant contre moi. Elle fit exprès de resserrer ses jambes sur mes hanches, si fort qu’elle m’en fit mal. Je compris le message d’impatience et … possessif qu’elle me lançait et en profitait pour dévorer sa bouche de la mienne. Autour du bassin, la neige était totalement fondue et l’herbe était d’un vert émeraude à cause de l’humidité constante. Je m’y étais agenouillé, penché en avant pour la faire doucement glisser dessus, elle m’avait fermement agrippé et attiré contre elle… et même en elle d’ailleurs. Nous avions lâché une espèce de glapissement de surprise, les yeux ancrés dans ceux de l’autre… Dingue… Son corps s’était déjà tant que ça habitué au mien pour qu’il n’y ait plus la moindre résistance ? Pas l’ombre d’une douleur ? Je demeurais immobile, n’osant bouger, mais elle me foudroya du regard, me fit un sourire taquin plein de provocation, plein de défi et me gratifiant d’un « déjà fatigué » qui me fit lâcher un léger grondement et engager un coup de rein qui la fit aussitôt taire sous un gémissement. J’étais l’homme, fort ! Impitoyable ! Ca aurait été parfait si je n’avais pas lâché le même gémissement de plaisir qu’elle, en plus grave évidemment, enfouissant mon visage dans son cou en me tordant la nuque mais peu importe…
Ce fut long, ce fut intense, ce fut éblouissant… Sa lumière semblait scintiller, mes marques dorées y répondre… Nous nous étions contentés d’une seule fois… Mais une longue, longue et merveilleuse fois… Nous avions roulé dans ces herbes étranges qui malgré les sources étaient froides à cause… eh bien du froid polaire qui nous entourait. Nos corps étaient entourés d’un léger halo de buée du fait de la différence de température. Nous nous encouragions, nous provoquions laissant tour à tour l’autre dominer. Parfois nous étions juste silencieux, incapables de prononcer un mot… Des échanges de regard, d’étreintes, de gémissements. Une fois de plus un merveilleux orgasme me secoua des pieds à la tête, parfaitement synchrone avec le sien. Le bonheur que cela me procurait était… inconcevable. J’étais au dessus d’elle à ce moment-là, je faillis perdre conscience tant c’était puissant et étourdissant et je ne devais qu’à mes muscles de ne pas lui tomber dessus. Elle dut le comprendre ou peut-être était-elle dans le même état que moi, je l’ignore… Mais elle m’attira contre elle, davantage, ses bras se serrant autour de mon cou et du haut de mon dos. Elle ne semblait pas craindre que je ne l’écrase. Relâcher mes muscles me fit un bien plus grand encore alors que je mettais vite sur le flan pour ne pas lui couper la respiration, l’attirant tout contre moi, déposant des baisers dans ses cheveux en désordre. Nous ne disions plus rien, trop occupé à chercher notre souffle… Puis nous nous étions levés, habillés, moi en la reluquant pas mal, je l’avoue, assez surpris qu’elle ne semble absolument pas gênée, physiquement, par nos pourtant assez… physiques parties de jambes en l’air… Vraiment… son corps semblait s’adapter au mien. Je ne la jugeais absolument pas… Par rapport à son appétit sexuel. Celui-ci me plaisait énormément pour être honnête. Et puis… nous avions du temps à rattraper… d’importants besoins… Je ne voyais pas ce qu’il y avait… de honteux là dedans !

Plus calmes, pour ne pas dire apaisés, nous semblions tous les deux clore également les sujets difficiles de notre passé que nous avions abordés. Enfin surtout elle, c’était tout de même beaucoup ce qu’elle m’avait révélé… Je tentais de l’aider avec ses cheveux mais quand elle se retourna pour me rendre la pareille, je la vis se mordre la lèvre inférieure pour ne pas rire. J’imaginais sans mal le désordre qui devait régner dans mes cheveux rouges vu comme elle les avait… sacrément ébouriffés pendant nos ébats. Je tirai simplement la langue, me recoiffant grossièrement à deux mains…
Nous étions retournés au village…



Le jeune homme sortait de la boulangerie-pâtisserie quand il vit Cassidy face à un grand blond… Enfin face… Il était quasiment sur elle ce vautour. Le Drakkari fronça les sourcils, n’appréciant pas mais alors pas du tout cette proximité. Pourtant alors qu’il la rejoignait il sentit une crainte qu’il ne connaissait pas… La crainte de la voir en train de sourire à cet homme, de toucher son torse du bout des doigts comme elle l’avait fait avec lui, que son regard plein de charme et de tentation soit posé sur le grand blond… Mais ce qu’il vit, c’était le dégoût, la colère, peut-être une pointe de détresse aussi mais il n’en était pas sûr… Il se rapprocha rapidement. Le grand blond avait quasiment plaqué la jeune femme contre le mur et profitant de sa haute taille avait appuyé l’un de ses bras au dessus de la tête de Cassidy, penché sur l’une de ses oreilles, se redressant avec la probable intention de l’embrasser… Sauf qu’il y avait un autre homme dans le coin, guère partageur… et qui n’aimait pas voir la petite demoiselle aussi tendue, ah ça non… Enfin si… mais juste pendant l’orgasme ! Là pas de problème !!!! Elle pouvait être tendue autant qu’elle voulait… Il donna un coup sec dans le poignet du blond de la tranche de sa main ce qui fit totalement lâcher son appui et il tomba aussitôt sur Cassidy… Sauf qu’une main se retrouva sur son visage, un pouce lui rentrant sacrément dans une joue en lui faisant mal alors qu’il se faisait sèchement repousser en arrière.

Trop près.

C’est ce que Tristan avait soufflé entre ses dents, son autre main tenant un sac qu’il tendit aussitôt à Cassidy, sans même la regarder, alors qu’il se plaçait devant elle. Croisant les bras sur son torse, ce qui faisait évidemment d’autant plus ressortir ses impressionnants biceps, Tristan décocha un magnifique sourire au blond, pourtant ledit sourire était… glacial.

Je peux t’aider peut-être ? J’imagine que tu n’avais qu’une courtoise discussion avec ma compagne… Pour lui demander l’heure peut-être… ou une adresse je pense… S’il en était autrement et que tu étais en train de seulement essayer de l’embêter d’une manière ou d’une autre sans lui témoigner le respect qu’elle mérite je serais contraint de te démolir la gueule évidemment…
C’est toi son copain ?


Il était d’un calme tout à fait impressionnant… Mais un calme qui n’avait rien de bon, bien au contraire. Cassidy derrière lui devait bien voir la tension dans sa nuque et celle qui avait tendu tous les muscles de son dos, assez flagrant vu le soin qu’elle avait porté à lui choisir la tunique certes chaude mais la plus moulante du magasin… Il était prêt à se battre, pas qu’un peu. Il était en colère lui aussi… Et elle ne le savait pas évidemment, mais pouvait peut-être le ressentir. Mais il valait mieux l’entendre crier et sortir de ses gonds, c’était bien préférable que de le voir calme… Car en général son adversaire ne finissait pas bien… vraiment pas bien… Les deux hommes se défièrent un instant du regard avant que finalement le blond semble comprendre que la petite demoiselle, si douée, était réservée par le grand dadais pas commode. Il s’éloigna en marmonnant. Tristan finit par se détendre et se retourner vers la jeune femme qui s’était à moitié laisser glisser contre le mur. Elle parla de ses cheveux et il fronça les sourcils mais acquiesça avec un « si tu veux oui », juste avant qu’elle ne lui pose une question… déstabilisante… Il n’y avait même pas pensé mais à voir ceux qui lui tournaient autour… Enfin pour lui elle était très attirante malgré ce qu’elle semblait croire, malgré ses tenues de garçon… il pensait juste qu’elle était trop craquante pour qu’on l’ignore mais peut-être avait-elle raison. Désarmé il haussa les épaules en signe d’ignorance, ne sachant quoi lui répondre d’autre qu’un « peut-être »…

Il n’avait pas répondu quand on l’avait interrogé sur leur « couple », il avait été surpris qu’il lui pose la question…

Pourquoi il m’a demandé si j’étais ton copain le gros bourrin là ?

Elle perdit complètement ses moyens à la grande surprise du jeune homme qui sourit bien rapidement, attendri avant de lui caresser le dos doucement en continuant de marcher, s’arrêtant un court instant alors qu’elle terminait, la fixant en fronçant les sourcils alors que la pauvre n’avait plus l’air de savoir où se mettre. Il lui fit pourtant un sourire ravageur, se penchant doucement sur elle, sans répondre, prenant son visage entre ses mains pour l’embrasser tout doucement, sans égoïsme, sans brusquerie, un simple baiser, très doux… Lui reprenant doucement le sac ils se mirent à vaquer d’une boutique à l’autre.
Devant la boutique d’arme elle se mit à parler… d’elle et il se fit aussitôt très attentif. Il parla du tournoi, elle répliqua encore plus mystérieusement. Une voix ? Il fronça les sourcils, ouvrit la bouche, mais elle le tripotait la vilaine et s’échappa quand il essaya de l’embrasser… Ils marchaient de nouveau tranquillement quand il finit par parler.

Je peux t’apprendre si tu veux… pour les armes… Je ne prétends pas que Jilian s’y est mal pris mais… ce n’est pas simple à enseigner… Si tu veux apprendre… je peux t’aider peut-être…

Rien de plus… C’était une activité comme une autre à faire ensemble après tout…
Elle regardait des tenues quand le pauvre s’était fait alpaguer… Bah oui, il aurait dû y penser en même temps… Entre les lunes et les extraordinaires parties de jambes en l’air qu’elle lui avait offert, ses hormones devaient crever le plafond ! La preuve, les demoiselles approchaient de loin, certaines comme hypnotisées. Le jeune homme se crispa. Il était vraiment temps qu’il prenne cette foutue potion… Heureusement Cassidy veillait au grain et vint rapidement à son secours, voix douce, féminine, possessive, des mots étranges aussi, « chéri », baiser encore plus possessif, vertigineux et extrêmement excitant… Elle en fit rougir plus d’une alors que le jeune homme abasourdi louchait sur son visage, fermant bien vite les yeux pour mieux en profiter. Ca permit au moins de faire comprendre à quelques unes que le demoiseau était très très occupé avec une jeune femme en particulier ET qu’elle ne partageait pas… Pourtant quand elle l’entraina à l’écart, elle devait bien sentir qu’il était différent, déjà il semblait crispé, encore plus que lorsqu’elle l’avait secouru… Elle râla, ce qui était très mignon, ça il le remarquait mais quand elle leva les yeux vers lui, elle remarqua bien qu’il était un peu pâle et semblait toujours aussi crispé, qu’il détournait aussitôt les yeux pour ne pas la regarder… Aie… Il lui en voulait ? Il préférait plaire aux femmes ? Il préférait peut-être avoir un harem à sauter… De quoi faire beaucoup de mal. Pauvre petite demoiselle… Qui plus est, il se détournait d’elle, l’air vraiment mal à l’aise… Pauvre, pauvre Cassidy… Pourtant elle eut le courage de lui demander ce qui se passait d’une voix blanche, il se crispa davantage… Ouie ouie… Il valait mieux qu’elle remette sa propre carapace et lui réplique sèchement qu’il pouvait retourner auprès des glousseuses s’il préférait… Elle dit quelque chose du genre, qu’il n’entendit qu’à demi-mot tant il se sentait ridicule mais quand elle fit mine de s’éloigner, il lui agrippa fermement le poignet, se tournant vers elle, ses pommettes pourtant bronzées légèrement rouges. Fixant toujours le sol il s’exprima avec la voix d’un petit garçon pris en faute, tellement moins grave que sa voix habituelle…

… Ton bisou m’a rendu encore tout dur… Méchante Cassidy…

… Ceci expliquait cela. La situation était plus comique qu’autre chose et en comprenant qu’il ne lui en voulait pas le moins du monde et qu’il ne semblait rien en avoir à faire des autres femmes mais plutôt être pris au dépourvu par les réactions de son corps forcément elle fut amusée. Que ce soit à cause de sa voix, du côté un peu ridicule, du soulagement, peu importe, ou le combo de tout ceci, elle se mit à rire d’un ton léger et même à le taquiner, se rapprochant, provocante, pas mécontente apparemment d’être capable de tant l’exciter d’un seul baiser… Elle lui demanda s’il avait besoin d’un « coup de main », le cherchant encore plus. Le jeune homme la foudroya du regard en marmonnant un « ahah » absolument pas amusé, arguant qu’il avait une autre idée… L’instant d’après il l’attirait contre lui, la serrant tendrement dans ses bras et enfouissant son nez dans ses cheveux. Effectivement elle l’avait sacrément excité, pourtant, en respirant son odeur, il semblait se calmer et finit par doucement la lâcher en marmonnant. Elle le fixait, interdite. Il soupira…

C’est bien ce que je pensais… Tu peux aussi bien m’exciter à mort que m’apaiser totalement.. C’est vraiment bizarre…

Il sourit, lui prit la main, apparemment plus du tout gêné et ayant tout de même bien joué de la situation pour réussir à la faire rire… Ce rire qu’il voulait absolument continuer d’entendre… L’après midi s’était achevé par le passage de la jeune femme chez elle alors qu’elle lui demandait d’attendre à l’auberge, ce qu’il fit…
Quand elle arriva et qu’il lui ouvrit, un sourire aux lèvres, elle put constater, un qu’il avait bien rangé la chambre effectivement, deux qu’il devait avoir chaud car il était encore torse nu et apparemment occupé à son bureau couvert de parchemins et de quelques livres, avant son arrivée.
Il lui avait dégagé de la place dans son armoire et rien que ce geste, rien que le fait qu’elle mette ces tenues dans cette armoire aurait dû leur faire comprendre que quelque chose, qu’ils ne connaissaient pas, était en train d’arriver. On ne s’installe pas sans raison chez une personne, si ? Pourtant… inconscients de ce qui les ébranlait ou voulant demeurer inconscients, ils ne remarquaient rien…

Il l’aida pour sa robe, remarquant qu’elle la portait bien cette fois-ci, sans réelle demande, sans défi surtout… C’était quand même plus agréable que ce soit lui qui la noue… Il en profita pour déposer de petits baisers dans sa nuque et rit quand elle lui expliqua la raison de ce vêtement, murmurant à son oreille un « bien sûr » qui ne semblait pas vraiment convaincu… et donna lieu à une mini bataille sur le lit qui acheva d’ébouriffer les cheveux de la demoiselle. Ils s’embrassèrent plus sagement, se taquinant alors qu’il arguait que si elle n’était pas plus sage il irait relever sa robe et lui ferait chanter son nom de bien des manières. Probablement très intéressée par ladite menace mais ne l’avouant pour rien au monde, après tout, il ne fallait pas montrer à ce gredin le pouvoir qu’il avait sur elle, Cassidy le repoussa et alla se recoiffer alors qu’il en profitait également pour préparer ses affaires puis prendre sa place dans la salle de bains, ressortant les cheveux légèrement humides, habillé, séduisant peu importe ce qu’il portait: ahhh l’injustice…

Au restaurant, il l’écoutait parler en sirotant quelques verres, commentant avec entrain ses paroles, la questionnant d’autant plus. Honnêtement intéressé par tout ce qu’elle racontait, Tristan semblait collecter toutes les informations qu’elle lui donnait pour mieux la découvrir et la comprendre. Oui… Il s’intéressait sincèrement à elle… Et alors ?
Elle lui parla même de l’amour naissant qu’avaient connu deux membres du petit groupe avec lequel elle voyageait. Il sourit.

L’amour des humains est quelque chose d’absolument fascinant… Zack pourrait t’en faire une analyse immédiatement… Ca avait l’air d’être de bonnes personnes et de bons moments…

Sauf qu’elle enchaina sur un sujet… totalement différent. Sa forme de dragon… Elle lui parlait de sa forme de dragon ? Sa timidité, le rouge qui lui montait aux joues la rendaient diablement plus attirante ce qui ne manqua pas de faire rager le jeune homme…
Pourtant il lui sourit, prenant ses mains par dessus la table en les pressant doucement.

Ce sera avec plaisir Cassy… Vraiment… Je ne voulais pas te gêner avec ça… mais si ça ne te dérange pas, je serais ravi de te montrer… évidemment…

Comme si c’était une évidence oui. Peut-être en était-ce une…
Pourtant le jeune homme se raidit de nouveau alors qu’elle le regardait en souriant gentiment. Il avait l’air beaucoup plus sérieux d’un coup et lâcha ses main pour bien s’adosser dans sa chaise, la regardant avec beaucoup trop d’intensité alors que l’espèce de tourbillon bleuté semblait tournoyer dans son regard… Il ne semblait même pas ciller…Regard un peu déstabilisant et air beaucoup trop sérieux pour une soirée si légère et agréable.

Je… repense à ce que je t’ai dit tout à l’heure et je crains de ne pas m’être bien exprimé… Ca m’arrive souvent. Je me trompe peut-être mais dans le doute… Enfin… Je t’ai dit ce que je savais des dragons, ce qu’on m’en a transmis ou que j’ai découvert. Je sais que j’en sais encore bien peu et il y a probablement des choses plus ou moins vraies dans ce que je t’ai raconté. Je t’ai dit par contre que les dragons ne ressentent pas vraiment les mêmes émotions que les humains et c’est vrai. Bien sûr ils m’émerveillent devant les belles choses, bien sûr ils ressentent une certaine affection mais je ne suis pas sûre qu’on puisse faire une comparaison avec les humains… Ils ne s’attachent pas vraiment de ce que j’en sais. Enfin bien sûr ils sont très attachés aux leurs, à ceux de leurs espèces mais pas aux autres espèces… pas vraiment du moins… Ca c’est ce que j’en sais… la théorie tout du moins… Mais j’espère que tu as compris que je ne collais pas très bien à la théorie… Si c’était le cas je n’aurais pas autant pensé à toi depuis ton départ de notre village, tu ne m’aurais pas… manqué… parce que je pense que c’est ça ce que j’ai « ressenti », je l’ai compris quand je t’ai revu, enfin je crois… ça me l’a fait aussi quand tu es simplement partie dans la salle de bain.. mais je pense que c’est surtout parce que je comptais aller te mater sous la douche mais que tu as fermé la porte, vilaine !!!

Tristan reprenait ce qu’il avait dit et faisait d’étranges révélations dont lui-même ne semblait pas mesurer l’importance, peut-être à cause de l’alcool, peut-être à cause de l’ignorance. Il finit tout de même sur une touche drôle et perverse, parce qu’il ne voulait pas rester trop longtemps sérieux. Pourtant, si ça n’avait pas été important pour lui, il n’aurait pas pris la peine de lui dire ceci… Il le faisait… Ce n’était pas sans raison…
Et puis il y eut le dessert… Ils se chamaillaient et difficile de dire comment c’était parti au juste mais il avait fini par happer la cuillère qu’elle lui tendait, couverte d’un peu de son dessert. Un geste qui allait lui coûter cher. Elle fut vraiment beaucoup plus rapide que lui, faisant fi des autres, faisant fi du reste du monde en venant immédiatement le soutenir alors que des excuses se pressait à ses lèvres, sa voix de nouveau, trahie par un trémolo et des notes aiguës d’inquiétude… De la peur… Une fois de plus. Elle qui n’était plus censée la ressentir. Le jeune homme releva la tête vers elle, la fixant sans comprendre, puis compris et porta simplement la main à ses lèvres en fronçant les sourcils. Un magnifique sourire vint éclairer son visage alors qu’il attirait la jeune femme vers lui et l’embrassait avant de murmurer tout bas.

On dirait que tu as encore plus de magie que ce que j’imaginais…

La pauvre… Un choc de plus !
Il se fit rassurant, lui promettant qu’il allait bien et pour lui prouver se servit une nouvelle cuillère de son gâteau, arguant qu’il était délicieux, sans avoir le moins du monde de crise. Voilà qui allait grandement faciliter son idée… et renversait complètement son plan machiavélique…
Il lui fallut du temps mais la jeune femme finit par retourner s’asseoir même si elle le surveillait toujours. Il se mit à rire, un rire franc, la trouvant adorable à froncer ainsi les sourcils et promit de ne pas prendre plus de dessert au cas où, la regardant manger avant de s’assombrir.

… Ah… Oui, c’est vrai. Je t’ai menti pour ça… Je suis désolé… enfin pas pour la crise évidemment c’était réel mais pour la raison… Je ne suis pas le moins du monde diabétique… C’est juste que… Je sais pas… Enfin j’ai eu un combat… pas des plus sympa quand j’étais plus jeune, une histoire vraiment pas drôle pour un diner donc je ne la raconterai pas ici… mais après ça… à chaque fois que je mangeais du sucre je revivais des tortures que j’avais infligées comme si je les vivais moi-même parfois… Sinon c’était quelque chose de pire, qui arrivait beaucoup trop souvent… J’ai très peu souvent perdu réellement face à ma partie plus sauvage, mais à chaque fois que c’est arrivé j’ai tellement massacré mes victimes que j’y suis allé aux poings et aux dents… et que j’ai bu accidentellement du sang ou avalé un morceau de chair… Tes… bourreaux c’était la première fois que je pétais les plombs à ce point là… Mais enfin bref… Les souvenirs de ces gens sont quelque part dans ma tête et quand je prenais du sucre en gros certains souvenirs revenaient devant mes yeux, très rapidement déjà, passant trop vite, suite incessante de son, d’image, de sensations et surtout c’est comme si je vivais chacune des souffrances qu’ils infligeaient à ce moment-là et malheureusement pour moi les gens que j’ai… assimilé en quelque sorte accidentellement n’étaient vraiment mais alors vraiment pas des bonnes personnes… Je t’ai dit que ça arrivait parfois et parfois pas… Ca c’est un mensonge aussi. Ca arrivait à chaque fois… D’où ma phrase… Je ne sais pas comment mais j’ai la certitude que d’une manière ou d’une autre tu changes quelque chose… Hum… désolé… ce n’est pas très drôle non plus comme histoire, mais je ne voulais pas te mentir là dessus plus longtemps… tu comprends ?

Ils changèrent de sujet parce qu’il savait bien qu’elle ne croyait que moyennement à sa magie. Pourtant quand il lui avait fait cette révélation, il avait vu de l’espoir dans ses yeux sombres, une pointe de fierté aussi. L’espoir qu’elle l’aide réellement… La fierté de changer quelque chose pour lui, de pouvoir le soulager…
Mais il ne pouvait pas rester sérieux évidemment.

Il n’empêche que je te remercie pour la formidable opportunité que cela me donne… Que tu y crois ou non.

Opportunité ? Elle fronça les sourcils, se fit curieuse mais il était décidé à ne rien avouer, elle devait attendre. Ils finirent de manger, allèrent se promener un peu puis dansèrent un moment, profitant d’une soirée bien différente de la veille… Peut-être parce qu’ils savaient comment celle-ci se terminerait et qu’ils avaient hâte d’y être… Seulement ce soir-là beaucoup avaient trop bu et si Cassidy se fit plusieurs fois embêter par de jeunes hommes la trouvant extrêmement sexy, ce fut aussi le cas du grand jeune homme abordé par un troupeau de demoiselles. Ils décidèrent d’écourter les danses et de rentrer mais un peu déçu, le jeune homme lui demanda si elle pouvait demander une bouteille au patron de l’auberge, qu’il lui avait demandé pendant qu’il montait ranger ses paperasses. Elle devait bien se douter de quelque chose, mais probablement pas de ce qui l’attendait… Quand Cassidy ouvrit la porte de leur chambre Tristan achevait d’allumer une énième bougie… Parce qu’il y en avait beaucoup, réparties dans la pièce, qu’il avait jusqu’alors caché… on ne sait où… Elle vit le sac qu’il avait avec lui en sortant de la boulangerie-pâtisserie attenante d’une autre boutique… Il y avait quelque chose à côté, un autre pot…
Il lui sourit et vint la rejoindre, il avait mis des pétales de fleurs sur le lit…ça sentait bon… La porte de la salle de bain était poussée, probablement un bon bain chaud les y attendait-il également. Il vint la rejoindre et prit doucement la bouteille de ses mains, déposant un baiser sur son front.

J’ai choisi un vin sucré léger… promis, je ne te saoule pas…

Il parlait comme si de rien était, pourtant malgré ses grands airs de parfait gentleman qui savait ménager son petit effet il l’observait attentivement. Parce qu’il n’avait pas, mais alors vraiment pas du tout l’habitude de faire ce genre de choses et qu’il espérait ne pas avoir commis d’impair… Pauvre petite demoiselle, décidément c’était la journée des traumatismes… même si celui-ci avait vraiment un sens agréable… Il se glissa dans son dos et lui enleva doucement sa cape alors qu’elle était restée totalement immobile. Doucement, il commença à défaire les lacets de sa robe, effleurant l’une de ses oreilles de ses lèvres…

J’ai besoin que tu me fasses confiance… Tu as vécu des choses que je veux te faire oublier… Tu l’as bien vu… Alors j’ai eu une nouvelle idée… J’aimerais que tu me laisses faire… Parce que je me doute que tu en as vécu… une partie et que cette partie là devait être traumatisante… cassy… Je ne te ferai jamais le moindre mal, je te le promets…

Elle ne devait pas comprendre mais se tourna vers lui, son regard exprimait de la confiance justement… Elle lui faisait confiance, même si elle ne comprenait pas. Elle ne lui demanda même pas… Elle était intelligente, elle avait bien compris qu’il ne lui répondrait pas… Sauf qu’elle ne voyait probablement pas où il voulait en venir. Rien de ce qu’il avait préparé ne pouvait lui évoquer les horribles moments de la maison close… Il se pencha sur elle, l’embrassa doucement, la déshabilla lentement sans lui laisser le loisir de le déshabiller. Elle se laissa faire gentiment, elle avait bien compris que c’était ce qu’il voulait. Il la serra dans ses bras, la caressa doucement, toujours debout puis la souleva de terre pour l’allonger sur le lit. Le parfum de fleurs s’accentua dans la pièce quand elle écrasa ainsi plusieurs pétales… Puis le jeune homme se mit à trifouiller quelque chose sur les barreaux du lit et là évidemment elle comprit parfaitement de quoi il voulait parler. Des menottes ????Les gros bracelets de fer du type de ceux qu’il y avait dans chaque pièce de cette maison close et qui servait à attacher les plus récalcitrantes ou satisfaire les bas désirs de domination totale de quelques monstres de passage ou habitués ?!
Il la sentit immédiatement se raidir… Il s’en doutait un peu. Mais il se baissa aussitôt sur elle, parsemant son visage de doux baisers, lui répétant de ne pas s’inquiéter, qu’il ne lui ferait pas de mal, de lui faire confiance…
Tristan était décidé à chasser bien des traumatismes… En tuant ses bourreaux il tuait un peu le souvenir de cette horrible et douloureuse première fois, mais aussi lui permettait de tourner un peu le dos au passé… ce dos qui avait été beaucoup trop meurtri. S’il l’attachait à présent, ce n’était absolument pas pour asseoir sa domination, il lui avait bien prouvé que dominant ou dominé, avec elle, il adorait les deux. Ce n’était pas non plus pour lui faire du mal en lui rappelant un passé terrible… Non… C’était pour calquer un nouveau souvenir sur ces objets qui n’avaient été que de torture et d’humiliation… Mais il ne lui disait pas, il savait qu’elle le comprendrait seule. Il la caressait doucement, sans rien tenter de particulier, l’embrassant doucement, jusqu’à ce qu’elle se détendre un peu… Tout aussi prudemment il lui ôta ses sous-vêtements, réitérant ses tendres caresses… Puis il se leva, ôtant sa tunique, restant juste torse nu, débouclant tout de même sa ceinture pour être plus à l’aise mais sans montrer une fois de plus le moindre désir pervers… Sauf que le désir pervers revint dans sa main… sous la forme d’un bocal… de chocolat liquide… et d’un pinceau… Qu’est ce qu’il fichait avec ça. Il l’avait bien installée, la tête sur un moelleux oreiller donc elle le voyait très bien et il la vit froncer les sourcils. Un petit sourire timide étira les lèvres du garçon.

A la base c’était juste pour toi pour le petit déjeuner… Mais grâce à ce que tu m’as fait d’une manière ou d’une autre… j’ai eu une nouvelle idée… Qui te fera peut-être… beaucoup râler… Mais je pense que tu arrêteras vite…

Elle fronçait de nouveau les sourcils sans comprendre. Il la rejoignit, s’allongeant à ses côtés et se pencha doucement sur l’une de ses oreilles qu’il mordilla…

Demoiselle… Je compte déposer des sillons, que dis-je des filets de chocolat sur votre corps… Il me faudra bien les faire disparaitre… Grâce à vous à présent, ma langue me semble le meilleur des outils et vous savez à quel point j’aime m’en servir sur vous… J’aime m’assurer de la sorte que vous ne m’échapperez pas et serez toute attentive à votre unique plaisir et pas occupée à tenter de me rendre la monnaie de ma pièce… Je vous promets de vite vous libérer… Mais pas avant d’avoir comblé votre corps de toutes les caresses qu’il ne cesse de m’inspirer… Cassy… Concentre toi juste sur toi s’il te plait… S’il te plait…


Vouvoiement énonciateur du plan qu’il comptait mettre à exécution, murmure de nouveau tutoiement, une demande, presque une supplique alors qu’il relevait un étrange visage vers elle… Il y avait dans ses yeux le désir évidemment, mais la tendresse y prenait une place infiniment plus grande à cet instant. Réellement décidé à rendre ce moment-là spécial lui aussi, il lui sourit, l’embrassa avec une infinie tendresse et commença son odieux manège… Pouvait-on être torturé de plaisir ? Oui… Ce qu’il lui avait fait subir jusque là en était-ce par rapport à ce qu’il comptait à présent faire ? Si peu… si peu…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 9 Avr - 21:55

Elle avait attendu sagement à côté de la boulangerie. Ne faisant pas attention aux passants dans la rue, la jeune femme réfléchissait. Trop de bouleversements ces derniers jours… Il est vrai qu’elle n’avait pas pour habitude de s’attacher à un homme et même Jilian, on ne pouvait pas dire qu’elle était si…attachée que ça au final. Cassidy réfléchissait, se remémorant de ses merveilleuses dernières expériences au lit… et pas que dans le lit. Jamais elle n’avait ressenti ça pour personne. Elle ne savait pas ce que c’était. Et puis, elle était étonnée quand même de remarquer que leurs orgasmes se faisaient simultanément. Cela ne lui avait pas échappé. Elle voyait très bien la tension chez le garçon, ce visage de satisfaction intense même si elle était aussi très occupée de son côté. Maintenant qu’elle pouvait réfléchir ça ne l’avait pas marqué sur le coup mais elle constatait désormais que c’était… assez troublant à vrai dire. Avec les hommes ça allait plutôt vite en général et puis elle n’avait jamais eu le temps de prendre son pied véritablement. Cela ne la frustrait que davantage. Parfois Jilian essayait de se retenir mais cela lui donnait des airs très concentrés sur sa tâche, il ne se lâchait jamais réellement pour qu’elle puisse prendre du plaisir et elle s’en était toujours contenté.

Mais avoir la satisfaction de satisfaire un homme et se satisfaire en même temps, au même moment, c’était tout simplement incroyable. C’était comme si son corps réagissait à celui de Tristan. Trop troublant, trop perturbant…

Il y avait eu la longue discussion ensuite. Elle était soulagée de savoir qu’il ne comptait pas fuir malgré toutes les horreurs qu’elle lui avait sorties. Cela lui donnait un espoir… un espoir fou… peut être finalement qu’on pourrait l’accepter telle qu’elle était. Peut être que finalement elle se posait trop de questions. Peut être que finalement être une sorte de fille bizarre avec de la magie noire ça passait. Qu’on l’accepterait. Enfin elle s’en fichait des gens. Ca ne l’intéressait pas d’avoir des contacts plus approfondis. Ca ne la dérangeait pas d’être seule. Ou peut être avait-elle été tellement déçue dans le passé qu’elle ne voulait plus se mélanger aux autres, ne voulant pas subir une énième déception ? Elle n’aimait pas les gens, elle les repoussait, se tenait loin d’eux. Ca ne lui viendrait même pas idée de faire ami avec quelqu’un. Elle ne connaissait pas ce mot au final. Sa signification. Tristan lui avait parlé d’un meilleur ami, c’était quoi au final ? Une personne à qui on confie tous ses secrets ? Quelqu’un sur qui s’appuyer ? Dans ce cas, il était un ami alors ! Elle ressentait quelque chose pour lui de plus fort qu’avec n’importe qui d’autre. Même si il l’avait séduite, parce que bon, elle n’était pas bête, partager un repas au restaurant vêtue d’une jolie robe, c’était un rencard ! Comme ce qu’elle pouvait voir des amoureux. Mais elle n’était pas amoureuse de lui… Du moins elle n’en avait aucunement conscience.

Son corps agissait et répondait pour elle. Elle souriait à Tristan, se faisait proche, parfois protectrice, parfois jalouse… Et pourtant sa petite tête refusait d’admettre la vérité. Elle était en train de tomber amoureuse… Pourtant l’amour c’est pour les faibles… Bon ses parents étaient amoureux mais ce n’était pas la même chose ! Mais elle n’en savait rien et seule une personne externe pourrait bien lui balancer dans la face ce qu’elle ne voyait pas. Elle était amoureuse… c’était certain…

Apprendre qu’il était un dragon aurait du la perturber. Elle aurait du éviter le sujet. Après ce qui lui était arrivé et ce qu’on lui avait fait, même si elle avait appris à vivre avec, jamais elle n’aurait du insister, montrer de l’intérêt. L’absence de peur avait bon dos… Mais ses questions, ses déclarations envers lui, le soin qu’elle montrait pour mieux le connaître sous cette forme là, c’était loin d’être anodin. Elle aurait du fuir… même si elle ne connaissait pas grand-chose, l’impact qu’avait eu ce malheureux évènement était grand. Et pourtant, pour une raison inconnue, elle restait à côté de lui. Elle voulait se renseigner, mieux le comprendre.

Lorsqu’elle s’était isolée dans ces pensées, plutôt agacée, elle ne semblait pas se rendre compte de la déception de Tristan. Sauf que bon, parler de dragons pouvait bien réveiller des choses et des soulèvements impulsifs, indépendants de sa volonté. Elle se maîtrisait bien pourtant. Mais il fallait reconnaître qu’elle n’avait pas souvent l’occasion de passer du temps avec quelqu’un, alors son comportement pouvait paraître bizarre. Elle s’était vite reprise, balançant une excuse banale en voyant son regard. Le Drakkari semblait être un peu refroidi et elle avait pris un air plutôt inquiet, cherchant la meilleure façon pour lui dire les choses sans trop en dévoiler. Oui c’est vrai, c’était un gros mal de tête. Ca lui faisait parfois mal mais elle s’y était habituée. Mais lui dire ce qui lui valait ce mal de tête n’était pas une bonne idée, pas tout de suite en tout cas. Elle devait lui montrer d’abord… elle devait se familiariser à lui, lui montrer qu’elle pouvait l’accepter peu importe ce qu’elle avait vécu…

Et une fois qu’elle se sentirait prête, elle lui expliquerait. Il n’y avait pas de mensonge, elle ne voulait rien lui cacher. Mais parfois ça pouvait aller très vite. Quelle ironie du sort… A vouloir fuir ces créatures, il s’avérait qu’elle s’entendait le mieux avec l’un d’entre eux ! Le destin est bien joueur parfois. Mais elle voulait continuer à en apprendre plus sur lui. C’était important à ses yeux, terriblement important. Et puis elle réfléchissait encore au meilleur moment pour lui dire qu’elle avait encore quelque chose à lui révéler mais qu’il fallait qu’elle prenne son temps et que même si elle avait confiance en lui, c’était quelque chose qui ne devait pas être balancé comme ça au détour d’un bon repas. Encore moins que le reste. Ca le concernait indirectement alors…

Si elle avait entendu une seule seconde les pensées de Tristan, il se peut que la petite demoiselle le prenne très mal. Un coup de passage ? Non pas vraiment… Et elle avait même l’intention de dire à Jilian qu’elle allait prendre un peu de « recul » avec lui, histoire de… bah en fait très égoïstement pour passer du temps avec Tristan. C’était cruel… très cruel. Elle savait pourtant qu’elle n’avait rien à attendre de cette aventure. Que ce n’est pas parcequ’elle couchait avec lui, lui dévoilait ses secrets, qu’il l’emporterait sur son beau cheval blanc (plutôt sur son dos que sur un cheval pour le coup ici) et vivre avec lui jusqu’à la fin de ses jours, avoir beaucoup d’enfants… Bref non… C’était triste et dramatique. Elle passait du temps avec Tristan, repoussant toujours un peu plus l’échéance, quitte à se faire du mal. Et lui après tout il n’aurait aucun sentiment sur son départ… Elle ne pouvait pas le savoir. Leur histoire était condamnée d’avance. Il était un dragon, un Cheistam haut gradé. Et elle était une sorte de fille bizarre, avec des caractéristiques non humaines… pas réputée… pas très forte non plus.

Ils n’avaient rien à faire ensemble au final ! Mais Tristan lui avait fait comprendre une chose. Elle mentait à Jilian. Certes c’était lui qui avait proposé de la prendre sous son aile. Histoire qu’on lui fiche la paix, histoire qu’elle ait un toit, un endroit où vivre et retourner chez ses parents était hors de question. Mais elle restait avec Jilian parce qu’elle l’appréciait… mais surtout pour le gîte et le couvert. Et surtout qu’on arrête de lui tourner autour. Un bouclier, une excuse. Où pouvait-elle aller sinon ? Reprendre sa vie de vagabonde ? Errer de ville en ville ? Prendre un travail, dans une autre ville et vivre sa vie ? Oui mais ça recommencerait… On viendrait la déranger. On lui tournerait autour… Et elle savait qu’il lui était si facile de tuer un homme un peu trop insistant. Ca l’épuisait… Elle ne pouvait pas se mêler dans une communauté humaine sans ennui. Elle ne savait pas comment réagir.

Au final, elle était prisonnière… prisonnière de son corps. Prisonnière de ce qu’elle était… prisonnière de ses sentiments négatifs, de ses pulsions… Avec Tristan, elle s’était sentie à sa place et… libre. Comme si tout était naturel, comme si cela ne la gênait pas de vivre avec lui. Mais elle n’avait aucune raison qui pouvait expliquer ce sentiment nouveau chez elle.

Et c’était égoïste pour Jilian. Il pourrait tomber amoureux d’une fille, vivre avec. Il était coincé à cause d’elle. Généralement elle s’en fichait mais là son cerveau réfléchissait un peu trop. Avant d’arriver aux sources, elle aurait voulu en savoir plus mais ils avaient le temps, elle avait le temps pour lui poser d’autres questions, un peu plus tard.

Et puis elle se mit à rougir en repensant à leur petite baignade dans les sources chaudes. C’était quand même étrange. Elle l’appréciait beaucoup, elle voulait des câlins, rester dans ses bras pendant des heures, mais elle n’arrivait pas non plus à chasser cette attirance qu’elle éprouvait pour lui. Quand ils se touchaient c’était encore pire. Il lui plaisait… Elle n’arrivait pas à l’expliquer. Pourquoi… Elle n’aurait pas dû… Ce n’était pas son genre d’insister avec un homme.

Finalement, de fil en aiguille, la tentation devenait plus palpable. Elle le tentait, s’amusait de de le voir aussi réceptif. En même temps, ça devait être le cas avec toutes les autres femmes non ? Et puis aussi à cause de la pleine lune qui approchait. Elle ne le jugeait pas pour ça. Il avait compris ce qu’elle désirait et lorsqu’il l’avait porté hors de l’eau, elle n’avait pas bronché. La garce en profitait même pour déposer de légers baisers dans le cou, le mordillant, tout en entourant fermement son torse de ses jambes. C’est vrai, elle avait été un peu impatiente et avec une autorité certaine, l’avait directement agrippé pour qu’il se fonde en elle. En fait, c’était instinctif. Mais elle n’avait pas oublié que la première fois ça coinçait. Pourtant là rien. C’était merveilleux et délicieusement bon. Elle avait poussé un petit gémissement, surprise, le dévisageant un instant pour voir si il pensait à la même chose qu’elle. Mais il n’avait pas l’air de savoir quoi faire et hésitait encore. Elle le foudroya du regard avec défi. Un seul coup de rein déclencha un gémissement. Elle avait vu juste, ça passait très bien… Elle en était surprise. Tristan était loin d’avoir quelque chose de discret… Il aurait fallu plusieurs tentatives avant que ce ne soit parfait. Deuxième fois ? Sérieusement ?

Cependant, elle n’avait pas plus réfléchi que ça. Prendre son pied avait été encore meilleure que pendant la nuit. Que du plaisir, de l’envie… Il réagissait à elle, elle réagissait à lui. C’était magnifique, intense… Un moment exceptionnel et les moments où elle ne s’accrochait pas à son dos, elle avait les mains dans l’herbe qu’elle accrochait avec insistance. Parfois même, elle posait ses mains sur ses hanches, pour lui montrer ce qu’elle attendait. Pour les mouvements, la cadence… Il pouvait le voir, le plaisir qu’elle ressentait avec lui. Ils avaient finalement eu un nouvel orgasme, ensemble. Elle semblait se rendre compte de son état et l’avait doucement attiré à elle. Pas pour recommencer non, juste pour être contre lui, se reposer un peu… Se serrer l’un contre l’autre… C’était bien ça aussi. Cassidy avait repris sa respiration. Elle était aussi troublée que lui. L’orgasme avait été très puissant et c’est bien la deuxième fois qu’elle ressent ce genre de chose. C’était vertigineux et ses jambes tremblotaient encore, témoins d’un plaisir tellement intense et si bon.

Finalement ils s’étaient relevés. Déjà elle reprenait vite contenance et il y avait fort à parier qu’elle aurait pu réenclencher une autre galipette. Mais la demoiselle se faisait sage. Elle savait qu’ils avaient tout leur temps… et qu’avec lui elle ne voulait pas se contenter de galipettes… mais d’autres activités ensemble. Elle avait presque ri en voulant lui recoiffer les cheveux. C’est vrai qu’ils étaient beaux à voir et qu’un œil averti aurait tout de suite compris que le petit « couple » profitait bien… Quoi de plus normal après tout ?

Elle était tellement plongée dans ses réflexions qu’elle n’avait pas vu le grand blond qui s’approchait. La jeune femme avait froncé les sourcils. Elle n’aimait pas qu’on vienne la voir et encore moins pour insister. En fait elle n’avait pas l’habitude. Lorsque Jilian partait pour quelques jours, elle sortait soit hors de la ville et elle passait faire des courses aussi mais ne restait pas souvent en ville. Sauf quand elle était en chasse.

Le Nordique était bien trop proche d’elle. Ce n’était pas une bonne chose du tout… Elle n’aimait pas et s’apprêtait déjà à lui balancer quelques phrases bien placées, qu’il ne l’intéressait pas. Quitte à dire qu’il était vraiment ridicule au lit et qu’il retourne jouer avec des ados. Tristan se trompait, Cassidy était très loin de vouloir jouer avec un homme, de minauder autour de lui en rentrant dans son jeu. Elle savait ce qu’elle voulait et ne voulait pas, et ce qu’elle détestait bien, c’est qu’on lui force la main.

Mais elle n’eut le temps de rien faire. Le blond chuta mais une main l’éloigna de la petite demoiselle prisonnière. Une voix sourde, un avertissement. La jeune femme ne s’attendait plus à le voir arriver. En fait elle avait tellement eu l’habitude d’être seule et de se défendre que par elle-même, qu’elle l’avait totalement oublié pour le coup. Cassidy prit le sachet mais regarda l’altercation entre les deux hommes. Enfin pas grand-chose puisque Tristan s’était placé devant elle, tel un rempart. Pourtant elle ne loupa pas une miette de leur échange.

Elle semblait surprise. « Ma compagne ? » Cela la fit rougir et elle manqua de faire tomber son petit sachet. Un avertissement de Tristan et l’autre répliqua. Son copain ? Ah ben ça… heu… comment dire… En fait tout le monde avait l’air de les prendre pour un couple au final. Non sérieusement, ça se voyait tant que ça ? Elle vit la tension dans le dos de Tristan et étrangement, elle sentait une colère qui ne lui appartenait pas vraiment… Il semblait calme pourtant. Cassidy aurait voulu prendre Tristan dans ses bras, l’enlacer par derrière, pour qu’il se calme. Mais sa prudence l’en empêcha alors qu’il s’éloignait.

Cassidy se laissa s’adosser contre le mur en poussant un soupir de soulagement. Elle n’aimait pas ça… Peut être que s’isoler en ermite dans les bois lui éviterait ce genre de désagrément. Alors elle posa une question directe et franche à Tristan. Il ne répondit pas vraiment. Pourtant il devrait le savoir ! Enfin… ils avaient une attirance l’un pour l’autre mais qu’est ce qui faisait que Tristan voulait être avec elle ? Après tout elle n’en savait rien. Et puis après ce qu’il lui avait raconté sur les dragons, les pulsions, les hormones, le manque de sentiment…

Cependant ils continuèrent à marcher et Tristan posa une question très destabilisante. La demoiselle ne savait plus où se mettre ni quoi lui répondre. En fait elle était censée être en couple avec Jilian… Et puis Tristan ne semblait pas comprendre non plus ce que lui n’arrivait pas à interpréter non plus. Sauf qu’après son explication, il se pencha vers elle sans avertissement et posa un baiser sur ses lèvres, ce qui la fit encore plus rougir. Un baiser valait mieux que mille mots non ? Elle bredouilla un peu. Ils décidèrent d’oublier ce qui s’était passé et parlèrent de choses et d’autres.

La jeune femme aborda autre chose. Elle avait été aidée au tournoi. Mais c’était un peu trop mystérieux. Dans un sens elle voulait lui faire comprendre que seule, elle ne valait rien et que ses exploits elle ne les devait pas qu’à elle mais plutôt à ses étonnantes rencontres et évènements. Seule, elle ne valait rien. Il l’aurait sûrement encore tapé sur les fesses si il l’avait entendu. Elle le déstabilisa en le touchant, s’éloignant quand il voulait l’embrasser. Et puis il déclara quelque chose qui la surprit. Il voulait l’aider et lui donner des leçons. Elle reposa un morceau de tissu qu’elle examinait par curiosité en le regardant puis lui donna un petit coup de coude en souriant.

« Vraiment ? Tu ferais ça pour moi ? Enfin tu sais je suis une vraie maladroite ! J’ai beau taper sur un mannequin en bois je finis toujours par me prendre le contrecoup. Boooon… une fois j’ai aussi pété l’épée en bois en frappant parce que hum… enfin j’étais un peu en colère… Mais c’est vrai que ça serait utile. Je dois arrêter de me reposer sur mon…ma… capacité. Enfin… magie plutôt non ? »

Elle le regarda avec hésitation, attendant son approbation. Il avait parlé de magie noire, elle pensait que c’était un pouvoir, une capacité. Le fait qu’elle lui déclare officiellement et qu’elle s’habitue à prononcer ce mot tabou montrait qu’elle progresser un peu non ?

Et puis, il y avait eu cette foule… La jeune femme avait agi d’elle-même, instinctivement. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris mais la jalousie s’était réveillée et pas qu’un peu ! Elle semblait fière d’elle après que les plus courageuses lui tournent le dos. Il faut dire que le regard de la petite demoiselle était noir et assez… convaincant. Elle prit sa main pour l’entraîner à l’écart et respirer un peu, pestant contre les femmes qui ne pouvaient pas tenir en place et maîtriser leurs pulsions. Pourtant, lorsqu’elle jeta un regard sur Tristan, il semblait ailleurs.

La jeune femme fronça un sourcil en l’observant. Il détourna aussitôt les yeux. Une sensation désagréable se figea dans son corps. Il faisait quoi là ? Il aimait la foule ? Les filles qui lui sautent dessus ? Il était en colère ou gêné qu’elle soit intervenue ? Cassidy resta silencieuse, baissant les yeux au sol. C’est vrai.. il n’allait pas se contenter que d’une femme après tout… Son corps réclamait plus et elle ne pouvait pas l’emprisonner dans ses bras. Cassidy était perturbée. Ca faisait mal… Elle n’était pas la seule… Elle hésita… lui gueuler dessus comme elle avait l’habitude de le faire quand elle était blessée ? Malheureusement la jeune femme n’en avait pas la force. Elle murmura quelque chose à voix basse, comme quoi il était libre de retourner auprès des pintades, qu’elle était désolée d’être intervenue avant de commencer à partir mais il la retint par le poignet. Cassidy s’arrêta mais ne se retourna pas pour le regarder non plus.

Et puis il parla. Ce fut la chose la plus surprenante, bizarre qu’elle ait entendu. La voix penaude mi enfantine, le choix des mots. Elle comprit et semblait flattée, soulagée… tellement de choses à la fois. Cassidy fut agitée par de légers tremblements avant de se mettre à rire, un petit rire court mais tellement rassurée. Après la dégringolade, la montée. Décidément il s’amusait à la faire jouer aux montagnes russes. Mais elle préféra rentrer dans son jeu, sortant quelques phrases pleines de sous entendu, pour cacher ses véritables sentiments, le soulagement qu’elle avait ressenti quand elle s’était rendue compte qu’elle se trompait sur son comportement et de la fierté… Fierté avec lui.

Il l’attira contre elle et elle se sentit bien, apaisée. Etrangement, il déclara tout haut ce qu’elle pensait tout bas. S’exciter et s’apaiser. Venant de sa part c’était étonnant. Elle avait un tel effet sur lui ? Pourtant il semblait si sincère dans ses paroles qu’elle ne pouvait pas croire qu’il cherchait à lui faire plaisir, à la rassurer en mentant. La jeune femme ferma doucement les yeux, inspirant son odeur qui était imprégnée sur sa tunique neuve, se calmant à son tour. Tristan finit par la prendre par la main pour l’entraîner. Elle n’avait rien dit pour répondre à ses paroles. Que pouvait-elle dire ? L’embêter avec ça ? Elle avait perdu ses moyens. Difficile de dire quoi que ce soit. Et puis au fond d’elle… elle ne voulait pas jouer avec ses paroles cette fois ci.

Ils continuèrent leur petite tournée avant qu’elle ne lui demande d’attendre à l’auberge, le temps qu’elle aille chercher quelques affaires. La jeune femme avait pensé à ca naturellement. Elle ne s’était posé aucune question, si ce n’est que ça serait plus « pratique » pour elle, plutôt que de faire des allers retours chez Jilian. Au final, elle ne s’était jamais vraiment intégrée. Même sa planche de surf avait été récupérée. Elle n’avait que très peu d’affaires mis à part quelques tenues de rechange, un sac de voyage, une cape, des rubans pour attacher ses cheveux. Elle ne voulait pas s’installer. Elle ne voulait pas montrer son appartenance à quoi que ce soit. Parce que la jeune femme n’avait jamais eu d’objectif dans la vie à part la magie. Mais aujourd’hui elle avait aussi deux livres que Tristan lui avait offert.

Alors quand elle arrivait à l’auberge en toquant doucement à sa porte, jamais elle n’aurait pensé une seule seconde qu’en fait elle était en train de déménager… ou s’installer au choix. La robe dans ses mains et son sac sur le dos qui contenait ses tenues de rechange, elle regarda un instant Tristan, s’attardant sur son torse. Aaaah qu’il était cruel de se présenter dans cette tenue.

« Sympa la tenue d’accueil… Tu as pris tes marques on dirait »

Sourire malicieux alors qu’elle rentrait. En effet, à Frihold il faisait froid. Heureusement que les maisons étaient bien chauffées même si il était quand même très dévêtu pour l’occasion. Elle jeta un coup d’œil à son bureau. En effet, il s’étalait. C’était marrant de voir que le petit garçon, pas studieux pour un sou, était si appliqué dans son travail actuel. Elle lui fit d’ailleurs la remarque.

« Tu es devenu bien sérieux dis donc… quand tu étais à l’école, ça t’intéressait vraiment pas de lire et de remplir des parchemins entiers… »

Il se faisait silencieux et attentif alors qu’elle ouvrait son sac pour prendre ses tenues et les poser dans l’armoire.

« Tu préférais dessiner… ou m’embêter ! »

Tristan ne pouvait pas se rappeler mais elle voulait quand même lui en dire un peu plus. Oublier… c’était comme perdre une partie de son identité. Même si elle avait détesté certains évènements de sa vie, pour rien au monde elle n’aurait voulu… l’oublier. Même si il l’embêtait, même si il la charriait… Elle ne l’avait jamais compris à l’époque pourquoi il avait autant de mal avec l’autorité… Et même si elle n’en savait rien, savoir qu’on cherchait à modeler Tristan maintenant qu’il était un dragon par les siens l’aurait encore plus énervé. Il était libre de faire ses propres choix… peu importe ce qu’il était. Elle pensa avec amusement qu’ils avaient bien changé tous les deux. C’était lui le plus respectueux des règles et elle… la rebelle.

Il avait ensuite proposé de prendre un repas ce soir et elle semblait tout à fait pour. Où était passée la jeune femme si rebelle et exclue de la société, qui n’aurait jamais accepté le moindre rendez vous ? Aux abonnés absents apparemment… Elle partit dans la salle de bain pour enfiler sa robe bien plus naturellement que la première fois. Parce qu’elle était consciente qu’elle lui faisait plaisir en faisant ça même si elle avait sorti une excuse des plus fausses et qu’il ne semblait pas dupe. Etouffant ses gémissements lorsqu’il avait déposé des baisers dans sa nuque, les deux jeunes gens commencèrent à se chercher. Elle l’embrassa pour se venger, il répondit. Sourires complices, débuts de rires, il l’acheva avec une phrase alors qu’elle grogna en le repoussant, prenant un air faussement hautain, comme pour lui faire comprendre qu’elle n’était pas si facile que ça.

Le séjour dans la salle de bain fut court, après tout, elle n’était pas très douée pour se recoiffer. Quelques coups avec ses doigts dans ses cheveux blonds et c’était terminé. Elle attendit sagement de son côté. Enfin presque… Elle avait sorti les livres qu’il lui avait offert et lorsqu’il sortit elle était occupée à les ranger dans la petite commode près de son lit. Il ne fit aucun commentaire mais semblait bien amusé par la situation. Elle ne voulait pas lui rendre non, en fait elle avait peut être l’intention de les relire, de voir certains points avec lui… quand ils seraient couchés le soir avant de s’endormir. Pour discuter un peu…

Elle le trouvait toujours aussi beau et lorsqu’ils sortirent, elle se pendit sans aucune gêne à son bras. Ils étaient rayonnants tous les deux… Et étaient bien trop aveugles.

Au restaurant, elle lui parla de son groupe de compagnons. Pour lui dire qu’elle n’avait pas vécu que des moments tristes dans sa vie. Il parlait de l’amour, de fascination, surtout pour son copain. Elle fronça les sourcils.

« Fascinant ? C’est bizarre oui. Je sais pas mais enfin… je ne sais pas vraiment ce que ça fait d’aimer une personne. En quoi c’est différent de l’amitié ? Qu’est ce qui donne le petit plus ? J’ai beau avoir observé leur comportement, j’ai toujours eu du mal à comprendre les petits gestes qui ne trompent pas. Fin bon… je me tiens assez éloignée de la société donc… j’en sais rien. »

Elle but une gorgée d’eau. Ce qu’elle ignorait c’est qu’inconsciemment elle lui disait qu’elle ne ressentait rien pour Jilian avec qui elle était en couple officiel. Ce n’était pas rien. Tellement à l’écart qu’elle avait oublié tous ces sentiments positifs des humains. L’amour, l’amitié, la bonté, la générosité… Et le pire c’est qu’elle ne semblait se rendre compte de rien avec Tristan. Elle réfléchissait beaucoup… mais n’avait aucune certitude.

« Oui ils étaient bien… pas embêtants… ils ne m’avaient posé aucune question sur moi et me laissait les suivre sans attendre quoi que ce soit en retour. »

Cassidy ne savait pas ce qu’ils étaient devenus. Peut être que le petit couple s’était installé dans un village. Au bout d’un moment on finit par arrêter les voyages pour se poser définitivement. Alors elle changea de sujet, quelque chose d’un peu plus délicat. Ce n’était pas évident de demander ce genre de chose, surtout que c’est quelque chose d’assez personnel. Surtout pour lui, c’était une sorte de secret aux yeux des humains. Elle voulait lui faire comprendre qu’elle était prête à l’accepter, sous ses deux formes. Encore une fois elle ne pouvait pas expliquer pourquoi elle le faisait. Mais c’était un premier pas, alors c’était bien qu’il soit attentif.

Elle s’attendait peut être à un refus, à ce qu’il dérive. La jeune femme regardait à côté mais il posa ses mains sur les siennes avant de lui répondre. Il parlait de la gêner et elle releva la tête aussitôt vers lui, l’air très sérieux.

« Tu ne me gênes pas du tout… Je veux apprendre à te connaître. Mais connaître uniquement ton côté humain, ce n’est pas vraiment apprendre à connaître la personne. Je voudrais te connaître toi… entièrement… ce qui fait que c’est toi. Mais ne penses pas que tu me gênes, que ce soit bien clair pour toi… »

Elle était un peu confuse dans ses paroles mais semblait réellement investi. C’était important pour elle. Il n’y avait aucun dégoût, aucune hésitation. Elle espérait que le message était passé et qu’à l’avenir il ne se sente pas gêné de parler de ce genre de choses, qu’il fallait qu’il apprenne à lui confier parce qu’elle était là aussi pour ça…

Et puis il se fit bien plus sérieux tout en se recalant sur sa chaise. L’écoutant avec attention, il voulait reformuler ses paroles. Elle avait compris qu’il ne collait pas vraiment à la théorie oh et bien sûr… on lui avait soufflé que certains de ses comportements n’étaient pas normaux pour un dragon. Ce qui, dans un sens, était plutôt positif. Elle semblait chamboulée par ses paroles. Elle lui avait manqué ? C’est ça ce qu’il essayait de dire ? C’était plutôt rassurant et énormément déstabilisant. Il termina par quelque chose de plus taquin et elle grogna en lui donnant un coup de pied sous la table.

L’air de rien, ça l’impactait beaucoup. Sérieusement ? Elle lui avait manqué ? Un peu ? L’espoir était peut être permit au final…

Finalement le dessert arriva et ils se chamaillèrent. Avec l’alcool et tout le reste, Cassidy avait sa méfiance endormie. Loin de là l’idée de l’empoisonner ! Ce n’était pas du tout son attention. Elle avait oublié son petit handicap. Pourtant quand il avait avalé la bouchée, elle réagit presque aussitôt. Rien à faire qu’on la dévisage, rien à faire si elle se donnait en spectacle ! Elle était suffisamment mal à l’aise pour sa maladresse et déjà elle se trouvait aux côtés de Tristan, prête à le soutenir et à le serrer contre elle pour l’aider. De la peur… pour lui… ça l’effrayait aussi mais elle n’y pensait pas. Tristan l’embrassa et ne semblait pas le moins du monde en train d’agoniser. Elle ne comprit pas et le dévisagea.

Encore une fois il parlait de magie. Hein ?! Mais elle n’avait rien fait du tout ! Elle n’était pas guérisseuse… Et puis la guérison magique c’est complexe non ?! Il lui fallut un moment avant de se rasseoir à sa place, lui faisant les gros yeux. Protectrice elle ? Un peu avec lui. Bon d’accord pas qu’un peu. Elle ne semblait pas vraiment rassurée et attendit d’être entièrement sûre, s’attendant à le voir agoniser sous ses yeux. Il éclata de rire et semblait aller tout à fait bien. Quand il avait pris une nouvelle bouchée, elle avait failli lui enlever la cuillère des mains.

Il s’expliqua alors. Déclarant qu’il avait menti. Oh ça elle s’en doutait déjà à l’avance mais le fait d’apprendre la vérité lui faisait vraiment plaisir, même si c’était assez dramatique. Elle comprit alors qu’il revoyait des images de souvenirs de ses adversaires. Il expliquait que ça lui était déjà arrivé de péter un câble, comme avec ses bourreaux. La demoiselle avait tilté. Certes elle commençait à comprendre Tristan, l’envie de rendre justice, c’était dans sa nature (bien étonnant cependant quand elle repensait au petit garçon turbulent). Pour qu’il perde contrôle totalement, ses anciens bourreaux devaient avoir été très loin. Elle ne pouvait pas savoir et même si il lui en avait un peu parlé, elle n’était pas là pour voir la scène… La jeune femme repensa au coup de poignard, la cicatrice qu’il avait dans l’épaule. Comment ça c’était passé ? La colère… Il y avait eu de la colère, pour elle. Il ne devrait même pas s’en occuper, même si il lui disait qu’il n’était pas n’importe quel dragon, qu’est ce qui expliquait son comportement envers elle ? Après tout elle ne lui avait rien promis, ni rien fait pour lui… Elle était juste elle… Cassidy savait bien ce qui pouvait se passer quand on se laissait déborder par la colère mais elle n’était pas là pour le juger car elle savait que c’était bien difficile à maîtriser. Elle en savait quelque chose… Ironie du sort encore une fois, ils avaient plus de points communs que ce qu’elle croyait. Malgré leur différence de nature.

Le sucre était quelque chose qui faisait un effet chez lui. Enfin avant… avant qu’ils ne fassent plus ample connaissance. Il disait qu’elle l’avait aidé. Elle haussa les sourcils. C’était bizarre. La magie est quelque chose d’inexplicable pour elle. On ne sait pas quand ça intervient, pourquoi ça intervient. Les mages étudient ça pourtant… il y avait pourtant des éléments déclencheurs… Cassidy posa un coude sur la table, songeuse tout en hochant la tête. Elle était quand même un peu contente que son problème soit réglé même si elle avait un peu de mal à croire… mais elle y croyait… des évènements bizarres se passaient autour d’eux. Entre sa lumière qui s’allumait quand elle était très excitée et la magie qui s’activait autour d’elle… il n’y avait pas de doute à avoir, Tristan était responsable. Pourquoi maintenant ? Il était l’élément déclencheur. Alors elle pouvait le croire à moitié qu’elle ait agi. Toute une théorie s’agitait dans sa tête mais elle n’eut pas le temps d’y penser qu’il changeait de sujet.

Cassidy cligna un instant des yeux tout en le regardant, intriguée. Opportunité de quoi ?

« Opportunité ? Sur quoi ? Rhoooo allez diiiiiis »

Mais sa phrase suppliante ne perturba pas le jeune homme qui tenait à garder le mystère. Elle fit mine de bouder tout en détournant les yeux. Finalement, ils partirent danser dans une taverne plus loin. La jeune femme s’amusait bien, enfin surtout avec lui. Mais lorsqu’ils se posaient pour souffler un peu, surtout que ça fait mal aux pieds à force, ils étaient bien embêtés. La jeune femme prenait un air antipathique pour chasser les « prétendants ». Elle n’avait pas l’habitude d’être autant courtisée, et du moins, sans être en chasse. Cela était plus marrant qu’autre chose parce que Cassidy était loin d’être la jeune femme timide, muette. Au contraire, elle rentrait dans le tas, ce qui semblait charmer les hommes. Après tout, on aimait bien les femmes de caractère par ici…

« Non désolé pas de danse ! Ca m’intéresse pas. Retournez draguer les pintades, nom d’un Pivio ! »

Elle semblait également contrariée de voir autant de femmes autour de Tristan et la demoiselle se retenait à grand peine d’envoyer valser tout le monde. Pendant un instant utiliser son espèce de pouvoir bouclier pour éjecter tout ce monde de SON Tristan était une idée séduisante mais… elle risquait de l’éjecter aussi puisqu’elle ne contrôlait rien du tout.

Ils étaient sortis et Tristan avait demandé à Cassidy de chercher une bouteille de vin. Elle obéit de bonne grâce avant de revenir dans la chambre et fut… époustouflée. La bouche légèrement entrouverte, elle semblait figée sur le pas de la porte. Les nombreuses bougies donnaient des airs romantiques à la chambre, une ambiance tamisée des plus agréables. L’odeur de rose qui s’élevait, délicate. Elle remarqua quelques pétales sur le lit mais avec l’obscurité, un peu difficile pour elle de voir de loin. Elle ne semblait même pas le voir arriver, toute occupée à observer cette chambre qui prenait de nouvelles allures. Son baiser sur le front la réveilla alors qu’elle le regardait avec surprise. Il parlait du vin innocemment.

Elle semblait impressionnée, émerveillée, découvrant des choses qu’elle ne connaissait pas. Il vint se placer dans son dos pour la débarrasser de sa cape et elle ne bougeait pas. Difficile de dire ce qu’elle pouvait ressentir en ce moment. De la surprise, de l’étonnement face à ce lieu qui prenait des allures magiques ? Elle le sentit dans son dos alors qu’il délaçait sa robe. Il parlait de confiance, qu’elle devait se laisser faire. Et puis si il avait revu le passé de ses bourreaux… il savait… là ils partageaient un lien vraiment privilégié en fait. Il savait d’elle plus que n’importe qui… C’était affolant.

Voix douce et rassurante qu’il avait, Cassidy se retourna vers lui en le regardant avec beaucoup d’attention. Il ne savait pas… qu’elle ne se laissait pas toucher facilement, encore moins se laisser faire. Ca ne se passait pas comme ça. Pourtant avec lui, elle ne ressentait pas le besoin de lutter. Oh elle aurait pu lutter pour s’amuser mais elle sentait grâce à la magie du moment, que c’était important. Cassidy posa doucement ses mains sur les bras du jeune homme, pas pour l’arrêter, juste le caresser avec douceur. Ses yeux montraient de la confiance, oui elle avait confiance en lui. Même si elle ne savait pas du tout ce qui l’attendait.

Ce nouveau jeu prenait des allures nouvelles. Ils ne se jetaient pas dessus comme la veille. Il y avait bien plus de douceur, de tendresse. Elle obéit et se laissa faire, sans intervenir, frissonnant au moindre de ses baisers. Ce n’était pas encore une énième pulsion de sa part. C’était différent. Bon elle avait toujours très envie de lui, mais là elle était plutôt calme. A le voir, elle comprit qu’elle ne devait pas le déshabiller, qu’elle devait entièrement se laisser faire. Elle se plia de bonne volonté, surtout qu’il était très doux, attentionné… Elle aimait ce qu’il faisait et ferma les yeux pour mieux apprécier.

Il l’allongea sur le lit et le parfum envoûtant des roses enveloppa la demoiselle. Mais lorsqu’il ramena ses mains en arrière pour les clipper dans un petit bruit caractéristique, ses yeux s’arrondirent de surprise et tout son corps se crispa. Il faisait quoi là ? Il savait parfaitement qu’elle était traumatisée par ce genre de chose. Elle le regarda sans comprendre, avec un peu de réticence. Pas de peur dans son regard, juste elle tira un peu les chaînes. Elle détestait être attachée, ça réveillait sa colère envers les bourreaux, ce qu’elle avait vécu et ce n’était pas une bonne chose. Trop de souvenirs remontaient à la surface. Pourtant Tristan réagit rapidement tout en déposant des baisers sur son visage. Elle se détendit un peu. Il répétait qu’elle devait lui faire confiance. La jeune femme ferma un instant les yeux pour faire le vide dans son esprit avant de les rouvrir et d’hocher doucement la tête, légèrement réticente mais bien décidée à lui accorder sa confiance, même si elle trouvait ses actions bizarres. Elle respirait doucement. Enlever les souvenirs n’était pas si évident. Il lui enleva ses sous-vêtements puis l’embrassa à nouveau.

Ca lui faisait pas mal d’effet quand même. Il l’aidait bien à oublier… Ses muscles se décontractèrent un peu alors qu’elle le fixait toujours avec curiosité. Ses baisers, ses caresses, ça lui avait presque fait oublié qu’elle était enchaînée. Et puis il lui montra un petit pot qui contenait du chocolat. Cassidy ne comprit pas et fronça les sourcils. Il veut faire quoi ? Lui faire manger des tartines de chocolat ? Drôle d’idée…

Quand il se rapprocha pour mordiller une de ses oreilles, elle réprima un frisson. Son discours était assez particulier. Vouvoiement très poli, il lui expliqua son plan. Heuuuuu il était sérieux là ?! Du chocolat sur son corps ? Et sa langue pour… ah ben d’accord ! Elle se mit à rougir violemment. Curieuse idée. Il recommença à la tutoyer, comme pour la supplier d’accepter. Elle le regarda un instant mais ne voulut pas rompre ce moment en sortant une bêtise. Sa poitrine se soulevait doucement alors qu’elle hochait timidement la tête.

Il mit alors son plan à exécution et cela semblait beaucoup l’amuser de « tartiner » sa compagne. Oh d’ailleurs il en mis une bonne couche sur sa poitrine aussi. La sensation était bizarre. Cette espèce de pâte sur son corps, elle n’avait pas vraiment l’habitude. Et puis, il passa à l’action. Le seul contact de sa langue sur son corps lui fit pousser un petit gémissement. Et ce n’était que le début… Il semblait très doux dans ses gestes, remontant parfois pour l’embrasser. C’était étrange… très différent de tout ce qu’elle avait eu l’habitude de faire et de subir. Sa langue passait sur son corps, s’attardant par endroits. De cette manière il put comprendre les zones les plus sensibles chez la petite demoiselle. Elle ferma les yeux.

Le contact de la langue sur son corps, qui glissait doucement, ses gémissements de moins en moins étouffés… Petit à petit, elle se détendait. En fait c’était un très bon jeu… elle appréciait. Il devait le remarquer qu’elle était réceptive. Elle poussait parfois un juron. Le jeu dura longtemps. Il prenait son temps. Aucune partie ne fut négligée. Elle put ressentir de la tendresse, de la douceur, un plaisir immense et langoureux qui l’entourait d’une chaleur apaisante et excitante. Parfois elle se tordait un peu sous les pulsions de plaisir. Et puis le gredin devenait de plus en plus insistant. Il savait quoi faire et insistait bien sur les endroits les plus sensibles. Profitant aussi pour balader ses mains, appréciant le corps qu’il avait sous les doigts. Elle se mit à briller bien évidemment et le resta jusqu’au bout.

Cela dura un long moment… un moment bien trop rapide pour la petite demoiselle même si ça avait duré longtemps. Il avait fini de lécher et elle avait prononcé d’une voix faible qu’elle se vengerait. Mais dans ses yeux brillait une lueur nouvelle. Quelque chose qui la rendait différente. Elle avait apprécié, assurément. Encore toute étourdie par ce moment, la demoiselle n’avait pas la force de se lever, même si il avait détaché les menottes. Elle les avait complètement oublié finalement…

Il la porta jusqu’à la salle de bain. Un peu avant il avait fait couler de l’eau chaude avant de la déposer dans la baignoire et la rejoindre.. Elle peinait encore à reprendre ses esprits. Il s’était placé devant elle, pour ne pas la perturber. Après tout à chaque fois qu’ils se collaient les pulsions se réveillaient et pour lui ça passait difficilement inaperçu. Bon, la jeune femme était toujours en train de briller et ça n’avait pas changé du tout jusque là. Ils décidèrent alors de se faire un shampoing, se laver ensemble, même si c’est lui qui en profita le plus tout en faisant mousser le corps de la demoiselle, insistant sur certains endroits alors qu’elle poussait de nouveaux gémissements. Et puis finalement, elle voulut lui rendre la pareille. Elle avait bien profité, beaucoup d’ailleurs. Le plaisir qu’il lui avait procuré était inconmensurable. Elle ne voulait pas l’exciter pour le remercier, juste qu’elle en avait envie, sans raison que ce soit son tour.

Alors elle avait plongé les mains sous l’eau, sous la mousse et s’était emparée d’un jouet bien étrange. Elle le sentait au bout de ses doigts assez réveillé et s’amusa bien avec. Il ripostait avec sa poitrine, ce qui avait pour effet de la faire gémir. Ils se rapprochèrent dans l’eau, au départ timidement puis s’embrassèrent avec beaucoup plus de conviction. Elle était du côté de la sortie dos et tira finalement le bouchon qui retenait l’eau avant de fondre sur lui tout en l’embrassant à nouveau. Heureusement que la baignoire était large ! Etourdies, essoufflées, elle lui donna le coup de grâce en se plaçant au dessus de lui avant de se fondre entièrement en poussant un gémissement de plaisir. Remuant légèrement ses hanches elle se remit à l’embrasser sans arrêter son mouvement. C’était bon… qui aurait cru que faire l’amour était quelque chose d’aussi délicieux ? Elle ne faisait pas semblant, ne se retenait pas. Leurs corps se mélangeaient et chacun prenait du plaisir, pour l’autre et avec l’autre. Finalement, l’orgasme vint et encore une fois ils étaient parfaitement synchros. Elle était sortie de lui et s’était posée sur son torse, haletante, reprenant sa respiration avec peine tellement chaque nouvel orgasme était de plus en plus haut. Jusqu’où allaient-ils s’arrêter ?

Mais elle n’aimait pas que l’acte en lui-même. Elle aimait tout avec lui… du début à la fin… des caresses plus sages, des câlins, aux choses plus sérieuses. Elle aimait sa façon de faire, ça la retournait totalement. Après avoir repris des forces, ils sortirent de la baignoire et se séchèrent avant de s’installer dans le canapé près du feu, enroulés dans une grosse serviette. En fait la nuit se résuma à moments de câlins, de tendresses, parfois coupés par l’envie de recommencer. Curieux de se connaître, de s’apprivoiser l’un l’autre, de rattraper le temps perdu… leur adolescence volée… elle ne savait pas pourquoi mais ils étaient totalement égaux. Et puis elle prenait parfois ses mains pour le guider, pour lui montrer des endroits qu’elle aimait bien, particulièrement bien. Elle lui demandait aussi de faire la même chose avec lui, voulant le comprendre et le connaître sur le bout des doigts. Elle voulait tellement s’ancrer dans sa chair… qu’il n’y avait qu’elle pour lui, juste elle… et qu’aucune autre femme ne lui offrirait le plaisir qu’elle était capable de lui offrir.

Elle le voyait bien au fond de ses yeux et cela l’encourageait encore plus. De la confiance, du respect… Elle ressentait tellement pour lui. Un véritable festival de saveurs et sensations. Elle n’arriverait jamais à décrire ça parce que c’était indescriptible.

Et puis finalement, après un énième câlin, elle finit par s’endormir dans ses bras, sans la moindre envie de s’éloigner de lui. Dormir était bien plus agréable à ses côtés, c’était tellement reposant. Pendant toute la nuit qui restait elle ne s’était jamais détournée de lui et finalement il était venu se placer dans son dos pour l’enlacer.

Le lendemain matin elle s’était réveillée doucement. Son corps portait encore les courbatures de la veille et elle s’étira en grimaçant. Il était à côté d’elle lorsqu’elle ouvrit les yeux. La jeune femme se mit à sourire et caressa doucement une de ses joues. Elle n’avait nullement l’envie de partir comme une voleuse cette nuit là encore. Ils plaisantèrent un peu, déjeunèrent au lit et elle lui fit remarquer qu’elle ne verrait plus le chocolat de la même façon maintenant en plaisantant.

Cassidy expliqua à Tristan qu’elle ne pouvait pas traîner aujourd’hui, elle devait être à la boutique et elle ne manqua pas de lui donner tous les détails. Les jours où elle travaillait, et les heures d’entrée et de sortie. Il semblait un peu bouder d’ailleurs et elle le trouvait attendrissant. La jeune femme avait posé une main sur sa joue tout en l’embrassant tendrement, déclarant que la matinée passait vite quand même.

Elle était partie s’habiller dans la salle de bain. Encore une fois ses marques au dos la troublèrent. Ca avait encore un peu disparut… troublant. Cependant Cassidy avait besoin de parler, besoin de s’exprimer et partager ses idées. Elle était ressortit de la salle de bain, songeuse, alors qu’elle attachait sa ceinture.

« Dis tu sais les marques au dos… ça commence à partir… c’est pas non plus phénoménale mais j’ai jamais vu ça… »

Elle fit une pause.

« Tu ne penses pas qu’on a un lien ? Enfin je trouve ça bizarre, normalement devrait rien avoir ! T’es un dragon, je suis… à peu près humaine. Mais je repense, c’est bizarre que ton problème de sucre disparaisse et moi que ce soit mes cicatrices qui partent comme ça… et je pense pas que ce soit le don de régénération… »

Il ne savait pas quoi penser et même si il ne disait rien, elle avait quand même abordé un point important. Il y avait peut être un lien entre eux. Elle n’eut pas le temps d’en dire plus à cause de l’heure et se dépêcha de filer pour aller au travail, ne manquant pas de l’embrasser avant de partir.

Elle arriva, de bonne humeur à la boutique et Ninna l’accueilli chaleureusement.

- Cassidy ! Tu es vraiment rayonnante aujourd’hui !

La jeune femme posa sa cape et regarda l’apothicaire avec une surprise polie.

« Heu… comme d’habitude, je n’ai pas changé… »

Ninna émit un petit rire, ce qui fit froncer les sourcils de la petite blonde, ne comprenant pas où elle voulait en venir.

- En tout cas, ça fait plaisir de te voir comme ça. Je suis contente de voir qu’il y ait un homme qui te redonne le sourire.

Cassidy se mit à rougir et ouvrit la bouche pour protester.

« Heu… »

Ninna lui coupa la parole en lui tendant une caisse sans lui laisser le temps de s’expliquer.

- Tiens amène ça dans la réserve ! Ce sont les nouveaux ingrédients de la journée…

Finalement Cassidy ne resta pas longtemps à la boutique. Ninna déclara que la jeune femme devait aller livrer certaines commandes. En effet certains habitants ne pouvaient pas se déplacer. Soit parce qu’ils étaient trop vieux, soit parce qu’ils ne pouvaient pas. Elle était donc en mission ce matin. Et comme par hasard, Tristan passa au moment où la jeune femme faisait sa tournée. Ninna avait enfin terminé la potion de Tristan. Quant à ce qui s’est dit entre les deux, cela resta un mystère.

Lorsque Cassidy revint, Ninna expliqua que le beau jeune homme était passé. Elle remarqua l’air déçu de la petite blonde mais décida de ne pas l’embêté avec ça. Il n’y avait pas grand-chose à faire à la boutique aujourd’hui, alors Cassidy sortit plus tôt que prévu.

Vadrouillant dans la ville, elle se mit alors à la recherche de Tristan. Après tout, elle ne savait pas ce qu’était sa mission. Si c’était dans la ville ou hors de la ville. Ne le trouvant pas, malgré qu’elle ait demandé des informations autour d’elle (ce qui était une nouveauté), elle finit par remonter à l’auberge. Il n’y était pas non plus. Elle vit les parchemins en vrac sur son bureau mais préféra ne pas regarder. Après tout elle n’était pas non plus une fouineuse et elle se devait de respecter son espace. Elle récupéra le livre sur la magie puis sortit de la ville.

Pour aller dans son coin secret, pas besoin de se déplacer trop loin. C’était surtout l’accessibilité qui était plus contraignante. Elle se posa dans sa petite clairière aux yeux de tous et sortit son cristal. Le fixant intensément, elle se concentra pour le faire léviter. Mais rien ne vint. Soupirant, la jeune femme s’assit sur un rocher et lut les pages. Ca parlait de méditation, de vider son esprit pour manipuler les flux magiques. Elle se rappela aussi des paroles de Tristan et réessaya une nouvelle fois. Le cristal se souleva et une décharge d’énergie résonna. Cassidy fut comme repoussée et l’impact la fit rouler le long de son rocher, sans trop de mal. Elle ressentit aussi cette douleur qui l’avait étrenné la première fois, ce que Tristan appelait de la magie noire. Haletante, la jeune femme respira un peu avant de recommencer sa tâche, lisant parfois distraitement son livre.

Elle n’avait pas vu le temps passer. C’était assez difficile pour elle car elle avait l’impression de se vider de son énergie et elle était obligée de prendre des pauses.

Qui avait dit que la magie était simple à maîtriser ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 20 Avr - 20:31

Il avait tiqué quand elle avait parlé de ses aptitudes au combat, apparemment médiocre. Ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd mais il fut surpris par son excessive réaction. Faire ça pour elle ? Il était prêt à beaucoup plus...  Il sourit tout de même. Parce qu'elle avait accepté de parler de magie et qu'il appréciait l'effort. Il se pencha sur elle pour déposer un baiser sur le bout de son nez.

Eh bien nous verrons, mais on dit que je suis bon professeur... Ce sera à toi d'en juger. Et frapper sur un mannequin en bois est totalement inutile... J'ai bien mieux.

Il sourit en lui faisant un clin d'oeil. Il y avait eu l'histoire avec la foule de fille, l'étrange réaction du jeune homme qui avait tant peiné la jeune femme avant sa déclaration totalement absurde. Un si grand gaillard qui parlait comme un enfant, avec un choix de mots assez... particulier qui plus est... Il parvint au moins à la faire rire, même si elle le chahuta juste après. Elle avait un beau sourire aux lèvres, un sourire qu'il ne lui connaissait pas... Le câlin leur avait fait du bien à tous les deux, immanquablement et il avait dit une autre chose surprenante... Ce qu'elle pensait mais ne disait pas... Sauf qu'il l'avait dit de la manière la plus naturelle du monde... Comme si c'était une évidence...

Elle était partie chercher ses affaires pour les mettre à l'auberge... Jilian serait bien surpris le jour où il rentrerait de ne plus voir d'affaires de la jeune femme chez lui... Son geste qui se voulait pratique avait finalement bien d'autres aspects. Celui de vouloir se rapprocher de Tristan. Celui de vouloir s'éloigner de Jilian. Eux ne s'en rendaient pas compte évidemment, pourtant bien des gens auraient eu à dire sur leur comportement...
Quand il l'accueillit à moitié nu, trop sexy et trop souriant, l'air ravi de la voir, forcément il y avait de quoi rester en arrêt. Le sourire du jeune homme était sincère... totalement sincère... Il était content... Elle lui fit une remarque alors qu'il haussait innocemment les épaules, lui disant qu'il avait l'habitude de cette tenue, mais si ça la dérangeait il pouvait bien s'habiller... Sacrément impressionnant... la vitesse à laquelle le regard de la jeune femme était passé d'un intérêt et d'une certaine... joie à une menace à peine voilée...

Elle lui fit une remarque sur son travail et il fronça les sourcils. Elle parlait du passé, de toutes ces choses qu'il avait oublié. Elle était occupée à ranger ses affaires quand il se glissa dans son dos, enlaçant sa taille et déposant des baisers sur ses épaules après avoir écarté ses cheveux, respirant un instant en silence.

Tu me raconteras ?

Il n'attendit pas sa réponse, s'écartant d'elle en allant ranger des parchemins, plutôt pour donner moins d'importance à sa demande... Après tout, il lui disait plus ou moins qu'il voulait en savoir davantage sur lui, sur elle, sur leur enfance... Il s'intéressait à tout ceci. Alors qu'il ne le devait pas normalement... Que ce n'était pas sans raison qu'il avait oublié... Qu'il cherche à évoquer le passé... ça aussi c'était nouveau. Comme tant de choses depuis qu'il l'avait revue...

Et puis ils avaient commencé à passer la soirée ensemble, comme une bonne partie de la journée. Sauf qu'au restaurant, le jeune homme tiqua une fois de plus. Il était attentif à tout ce qu'elle disait. Il ne faisait pas semblant de s'intéresser à elle, c'était sincère. Elle était en train de lui déclarer qu'elle ne savait pas ce que ça faisait d'aimer... Elle n'aimait pas Jilian ? Ce qu'elle lui disait était étrange... Surtout qu'il ne pouvait pas vraiment répondre à ses questionnements, lui qui s'y connaissait si mal... Mais il avait remarqué... Cette étrange chose et s'il ne dit rien le jeune homme en fut tout de même surpris...
Elle avait parlé de sa forme puis avait ajouté avec un sérieux certain qu'elle voulait le connaitre, entièrement. Il avait souri, s'était levé, penché sur la table, l'avait embrassée et s'était rassis comme si de rien était...
Il lui avait dit qu'elle lui avait manqué... comme si c'était une chose vraiment facile à dire... La pauvre demoiselle en semblait pourtant très perturbée, sauf qu'il ne le remarqua pas vraiment. Ils étaient sacrément aveugles, l'un comme l'autre quand il s'agissait de ce qu'ils ressentaient.

La soirée continua, le diner avec l'accident du dessert qui permit une découverte surprenante. D'une façon ou d'une autre, elle était en train de le guérir... Ce qui donnait une bien dangereuse idée au jeune homme. Idée qu'il refusa de révéler. Ils partirent danser et elle fut sacrément embêtée tout de même. Mais quoi de plus normal. C'était une très belle femme qui s'habillait de manière à mettre en avant, enfin son corps magnifique et surtout... elle était rayonnante... Et son beau sourire aurait fait fondre un caillou ! Mais cela donna à Tristan l'occasion de rouler un peu des mécaniques et de se faire d'autant plus attentif à elle. Ce qui ne semblait décidément pas déplaire à la petite demoiselle...


Ses yeux pâles ne la quittaient pas, un sourire mutin étirant ses lèvres. La jeune femme endormie contre lui souriait dans son sommeil. La soirée avait été une fois de plus... mouvementée.
Ce qui s'était passé aux sources, il le souhaitait certes mais il ne pensait pas réellement que ça arriverait... Peut-être parce qu'il songeait l'avoir bien assez éprouvée comme cela... Après tout, la nuit avait été formidable, agitée, ils en avaient tous les deux eu des courbatures... Ca lui avait plu, énormément. Il ne pouvait ignorer l'alchimie entre eux et ne le souhaitait de toute manière pas.
La soirée s'annonçait bien... Découvrir qu'il ne semblait plus torturé par le sucre l'avait surpris mais bien moins que ça n'aurait réellement dû être le cas. Peut-être son esprit savait-il déjà ce qu'il n'avait pas encore compris: qu'elle engrangeait chez lui des changements... Indéniables
Et s'il n'avait pas été très surprise, surtout... surtout, ça lui avait donné une nouvelle idée, qu'il devait mettre en place immédiatement.

Quand Cassidy l'avait rejoint après avoir récupéré la bouteille de vin elle avait été surprise. A la base, il avait préparé les bougies dans un tiroir et il ne restait qu'à les installer. Les menottes aussi, de lourdes menottes qu'il avait avec lui à chaque mission dans le cas où il devrait menotter un prisonnier avant de le ramener au camp. Il comptait bien leur donner une toute nouvelle utilité des plus sensuelles ! Ce n'était pas du sadisme, loin de là et pas le moins du monde dans ses habitudes, mais de un elle semblait pouvoir alimenter nombre de fantasmes, de deux... Il savait tous les traumatismes qu'elle avait connus... Malheureusement... Il savait ses souffrances, toutes les fois où elle avait été forcées, moments qui ressemblaient bien trop à des viols supplémentaires... Mais au final toute la période qu'elle avait passée là bas, aux mains de ces monstres, aux yeux du jeune homme, c'étaient tous des viols... Elle s'était forcée, pour éviter les coups, pour qu'on la laisse tranquille, mais jamais... Jamais elle n'avait été consentante...

Les souvenirs restaient, quoi qu'elle dise ou essaie de faire, ancrés... Comment les faire réellement mourir ? En attachant de nouveaux souvenirs au sexe, à ces objets maudits... Tristan l'avait attachée oui mais rassurée, embrassée, câlinée avec tant de douceur... Il montrait une fois de plus qu'il était différent des autres et il y avait plus encore, bien plus... Ces objets là ? Un objet de haine et de souffrance, d'humiliation et de sadisme... Avant... Il la torturait pourtant... Mais seulement de plaisir ! Caresses, baisers... Il n'avait pas lésiné sur la dose de chocolat même s'il n'en laissait filer que de fins sillons sur le corps de la jeune femme, s'amusant a tracer de jolies arabesques. Longs baisers... Parfois il la chatouillait de sa langue et elle se tortillait légèrement en tentant de lui échapper, parfois elle lâchait un gémissement appuyé, même un juron surpris alors qu'il récupérait, joueur, du bout de sa langue le délice sucré. Régulièrement il remontait embrasser tendrement ses lèvres, les barbouiller de chocolat aussi pour qu'elle y goute également. Ils riaient... Se chamaillant même si elle était soumise à ses caprices pour le coup, entravée comme elle était... Pas à un seul instant il ne lui laissa croire que justement elle lui était soumise... C'était même tout le contraire... Il donnait bien plus l'impression de la vénérer qu'autre chose...
Oui elle était attachée, mais ça prenait une toute autre connotation. Il lui avait déjà beaucoup montré, en si peu de temps, à quel point il se souciait d'elle et s'attachait au plaisir de la jeune femme. Pour lui c'était important... C'était même beaucoup plus que ça.
Il avait joué longtemps, la surveillant tout de même, au cas où... Car si malgré tous ses efforts elle en était venue à paniquer, se sentir trop mal, il aurait évidemment arrêté immédiatement. Il pensait dans un coin de sa tête, le reste étant trop occupé à penser à elle, que ça la rassurerait aussi peut-être que ce soit lui qui soit attaché, qu'elle n'ait à craindre aucun geste, aucun acte de barbarie... Mais comment associer à ce si doux jeune homme le moindre acte de barbarie justement? En la surveillant, il vit naître dans les yeux de la jeune femme une pointe de désir, incandescente, qui ne cessait de croître sous ses caresses, qui chassait les restes brumeux de souvenirs plein de douleurs. Alors même qu'elle était toujours attachée il s'était hissé sur les coudes et les genoux au dessus d'elle, les mains de chaque côtés de son visage. Il caressait ses joues et ses pommettes de ses pouces, tout en douceur, la fixant avec une tendresse certaine, qui n'aurait probablement pas dû exister. Il l'embrassa avec la même douceur avant de mordiller l'une de ses oreilles.

Je pense t'avoir assez fait attendre comme ça...


Sans autre réel indice, il déposa des baisers papillons sur son visage avant de se glisser sur son corps et entre ses cuisses, prenant tout son temps pour la faire frémir sous des caresses... bien moins, tellement moins sages. Il ne manquerait plus qu'elle oublie un instant à quel point il était doué... C'était nouveau pour elle après tout. Et elle aimait bien de ce qu'il avait pu voir... Décidément, le jeune homme semblait éprouver un plaisir sadique dans ce jeu-là.... Ca lui plaisait même un peu trop. Les légers frémissements de la jeune femme se muèrent rapidement en gémissements et tremblements. Cette fois il ne perdait que peu de temps bien malheureusement pour la pauvre petite demoiselle qui fut vite surprise par un violent orgasme. A peine quelques minutes... Décidément... Autant pouvait-il faire durer un plaisir longtemps, autant pouvait-il rendre ces préliminaires extrêmement brefs... Enfin c'était une juste récompense après l'avoir taquinée de la sorte... mais un peu trop rapide peut-être... S'il était ravi de son pouvoir sur elle il n'en fit pas le moins du monde étalage, ni discours pompeux, ni paroles salaces... Pas son genre... pervers certes, provocant certes mais extrêmement respectueux... Elle se mit à tenter de l'insulter copieusement alors qu'elle tremblait encore, marmonnant sa vengeance alors qu'elle peinait déjà temps à respirer. Amusé, il se glissa à côté d'elle, entre autre pour la détacher et sans non plus que rien ne le présage, l'enlacer doucement en murmurant à son oreille.

Si j'ai bien compris la prochaine fois je devrais prendre... plus de temps... Je le retiens, promis...

Elle marmonna des mots inintelligibles. Il sourit, se leva, la prenant contre lui en la portant jusqu'à la salle de bain, la gardant blottie contre lui le temps que l'eau se réchauffe avec un nouvel apport bouillant. Il la déposa dans l'eau, la laissant s'installer, ajoutant des sels de bains parfumés, alla chercher d'autres bougies à côté pour les mettre dans la salle de bain. Bon, elle éclairait déjà beaucoup la pièce à elle seule ! Il faut dire que sa lueur était quand même sacrément brillante, un vrai ver luisant !
Dans la baignoire au départ, il voulait rester sage, gentil, calme... Mais l'avoir si près de lui... Il ne pouvait s'empêcher de vouloir la toucher, la caresser... Tout le temps. Il voulait un contact avec elle. C'était plus qu'un voeu, c'était un... besoin. Alors il le cachait un peu... en faisant le pitre, en la tentant, en la tripotant, mais ce qu'il vivait près d'elle était bien réel. Baisers tendres qui virèrent vite en plus passionnés...

Et puis c'était elle qui avait pris les choses en mains... Au sens propre comme au figuré d'ailleurs puisqu'elle s'était emparée sans complexe de la virilité du jeune homme aussitôt au garde-à-vous. Tristan fit un petit sourire d'excuse une fois de plus. Comment lui cacher quoi que ce soit quand son corps le trahissait à ce point ? Enfin le sourire d'excuse disparut vite sous le grognement du jeune homme alors qu'il fermait les yeux en respirant lentement pour se maitriser un tant soit peu.
Il chercha à riposter, un peu faiblement au départ, avec plus de convictions aux gémissements de la jeune femme. Ils se tentaient, se caressaient, se mirent à s'embrasser... Craquèrent une fois de plus... Le brusque glougloutement de l'eau fit sursauter le jeune homme sacrément aux aguets mine de rien et prêt à réagir, en bon soldat, mais elle le rassura en l'attirant contre elle, dévorant ses lèvres. Il comprit, gémit tout contre elle, légèrement tremblant, plus à cause de ce qu'elle lui faisait subir qu'à cause de l'impatience.
Mais que ce soit à cause de ce qu'il lui avait fait subir juste avant justement ou parce que mademoiselle avait décidé que c'était à son tour de mener la danse, ce qu'il acceptait... et adorait d'ailleurs, il comprit bien vite alors qu'elle le poussait en arrière et se glissait à califourchon sur ses hanches ce qu'elle avait en tête. Une fois de plus elle le surprit par sa rapidité, lui arrachant sans mal un gémissement entre la surprise, le plaisir indicible et la reconnaissance, tellement de reconnaissance.

Le déhanché de la jeune femme lui fit implorer les dieux que ça ne cesse jamais... Il se cogna plusieurs fois la tête contre la baignoire, se cogna les coudes en voulant la soutenir et épargner un peu ses genoux mais il ne ressentait aucune douleur... aucune...
Il n'y avait que le plaisir... Et elle était beaucoup trop douée pour ses pulsions et son coeur prêt à éclater dans sa poitrine. Haletant, répondant à ses baisers, aidant la jeune femme par ses mains sur sa taille, mains bien souvent plus occupée à la presser plus contre lui ou à la couvrir de caresses, il se demanda lui aussi ce qui leur arrivait... Kayla était douée pourtant... Tellement douée... Mais elle... Il n'y avait aucun mot pour ce qui se passait quand ils faisaient l'amour ensemble... D'ailleurs "faire l'amour" n'avait jamais eu de sens avant ce jour, avant de la connaitre, avant de le faire avec elle... Jamais...

L'orgasme qui les saisit les fit trembler tous deux des pieds à la tête et il faillit bien perdre connaissance... Il la laissa s'allonger sur lui, l'entourant de ses bras, étroitement alors qu'ils avaient  tous les deux tant de mal à reprendre leur souffle. Il se mit à rire d'un ton léger alors qu'il avait pourtant les larmes aux yeux et fut content qu'elle ait le tête enfouie contre son torse pour ne pas le voir si vulnérable. Il avait envie de lui parler... Il avait envie de lui dire. Peu importe ce qu'elle en penserait... Peu importe les risques...

Toi... T'es vraiment... incroyable... Par tous les dieux... wahou...

Alala... Que de nouvelles choses pour la demoiselle... Un amant extraordinaire sans complexe, un jeune homme d'une grande gentillesse, doux et entièrement tourné vers elle, qui commentait ce qu'ils faisaient... avec de gentils mots, qui la traitaient avec tout le respect du monde, qui s'intéressait à elle, à ce qu'elle faisait, lui parlait, prenait le temps et la patience de l'écouter... Ca c'était nouveau...
Autant en profiter...

Il l'embrassa doucement puis en se redressant, la gardant contre lui, il alluma l'eau et laissa couler le jet chaud sur le dos de la jeune femme et sur lui par la même occasion. il caressait doucement sa nuque et son dos de son autre main une fois rallongé dans la baignoire, profitant de la chaleur agréable de la pièce mais aussi de l'eau. Ils finirent par se redresser. Il sortit et alla chercher des serviettes, s'amusant à tenter de sécher les longs cheveux de la jeune femme. Elle en fit de même avec lui et il dut s'asseoir sur la baignoire pour lui permettre d'atteindre sa crinière rouge. Ils se mirent à rire alors qu'il essayait de lui échapper et de l'embrasser et qu'elle gardait un sérieux impressionnant.
Il l'enveloppa dans une grande serviette tandis que lui en prenait une plus courte, la nouant simplement autour de sa taille... bas sur sa taille... bien trop bas... prenant une fois de plus un plaisir sadique à exposer ses abdominaux et le V du bas de ceux-ci aux yeux de la jeune femme.
Il l'embrassa sur le front, passa remettre du bois dans la cheminée, dans la chambre en attendant qu'elle le rejoigne. Il repassa dans la salle de bain en vitesse avant de revenir vers elle alors qu'elle s'était installée dans le canapé.


J'avais récupéré un peigne et une brosse, que je venais d'acheter, et je pris mon temps pour m'asseoir à ses côtés alors qu'elle fixait les flammes dans la cheminée. Je me sentis timide et pataud... Je ne l'avais jamais été... Avec personne. J'avais l'habitude des regards plein de reconnaissance, des femmes en pâmoison, de ma distance ou de la leur... J'avais l'habitude de ne pas me soucier plus que cela de mes conquêtes même si j'étais un gentleman. Je ne craignais pas de faire la moindre erreur. Avec elle pourtant... J'entendis ma voix, hésitante, tellement hésitante comparée à d'ordinaire.

Cassy ?... Euh... Tu veux bien que je te coiffe ?

Plutôt qu'elle le fasse elle-même... Il faut dire que je lui en faisais des noeuds la pauvre. Elle avait l'air surprise mais de me faire confiance. Je fis très attention... Je n'avais vraiment pas l'habitude et un peu peur de lui faire mal à vrai dire. Pourtant elle avait l'air d'apprécier. Ses cheveux... semblaient incroyablement disciplinés sous mes doigts alors qu'ils m'avaient donné l'impression inverse. Très vite, trop vite, c'est une cascade d'or qui coulait entre mes doigts, sans noeuds et d'une douceur enchanteresse. Je fis pourtant comme si ce n'était pas terminé... Je voulais continuer encore un peu... Ca ne m'avait pourtant jamais intéressé ça...
Je finis par arrêter, me lever, aller chercher les petits chocolats que je lui avais achetés plus tôt et la bouteille de vin sucré que j'avais laissé sur le rebord de la fenêtre pour qu'elle demeure fraiche. Je disposais le sac plein de chocolats entre ses mains alors qu'elle me fixait avec surprise, que je venais me caler dans le canapé en l'attirant entre mes bras. Je lui tendis rapidement un verre mais elle demeura sage face à la boisson, grignotant ses chocolats alors que nous fixions le feu, sans rien dire, que je déposais des baisers sur ses épaules nues.

C'était un moment doux, agréable... nous nous câlinions en douceur... Elle caressait ma main dont mon bras l'entourait et la pressait toujours contre moi... Et puis j'avais essayé de lui piquer ses chocolats, nous nous étions chamaillés, notre jeu de mains virant trop vite en un jeu autrement plus sensuel... Nouveaux ébats intenses... Le canapé permettait certaines positions... très agréables après tout. C'était à la fois si intense et si doux. C'était inexplicable. Lorsque je me fondais en elle, j'étais à ma place... C'était doux et brûlant, tendre et passionné... J'adorais la sentir autour de moi, ressentir le moindre de ses frémissements jusqu'au plus profond de ma chair. J'aimais entendre ses soupirs, ses gémissements, lorsqu'elle me mordait pour se venger et ne pas trahir son plaisir, lorsqu'elle mimait un ennui totalement feint... Mais les jeux pour mettre l'autre en colère, le taquiner... Ca ne durait jamais... Trop de plaisir pour réussir à faire semblant et résister... l'un comme l'autre...  J'adorais qu'elle me guide... J'en faisais de même mais nous n'avions pas vraiment besoin de cette aide je crois... Peut-être que nous devinions tout chez l'autre... Alterner câlins, douceur, passion, ébats... La nuit avait été moins... disons moins affamée que la précédente mais tout aussi passionnée... Moins active pourtant. Nous nous connaissions déjà... Chaque ébat était parfait... mesuré, passionné... Chaque orgasme nous court-circuitait... Ceux-ci devenaient vraiment violents d'ailleurs... Certes nous prenions notre temps, savourant notre plaisir mais ils nous fauchaient chaque fois un peu plus... Pouvais-je en avoir une crise cardiaque, je n'étais pas loin de croire que oui...  Il nous fallait beaucoup de temps pour récupérer... mais ils nous donnaient une satisfaction que je n'avais jamais connue... L'un comme l'autre je crois que nous aurions pu nous contenter d'un seul... Mais peut-être que c'était trop bon, peut-être voulions nous rattraper tout ce temps... peut-être... ne voulions-nous pas que ça s'arrête... Je l'avais longuement câlinée et elle avait fini  par s'endormir sur l'extase du dernier qui m'avait fait douter du reste du monde, de l'univers, de tout... Je ne savais plus ce qui était vrai et faux, ce qui existait, ce qui était irréel... Il n'y avait qu'elle...



Le jeune homme finit par s'endormir après l'avoir longuement câlinée alors qu'elle se tournait doucement entre ses bras. Bien sûr, il avait pris grand soin de ramener la couverture sur elle alors qu'ils avaient fini dans leur lit pour leur dernier ébat. Dans cette position, il épousait son corps du sien et ils étaient ainsi si étroitement blottis l'un contre l'autre qu'ils semblaient ne jamais vouloir se lâcher... Il l'enveloppait de ses bras et elle tenait l'un de ses avant bras entre les siens, un sourire apaisé éclairant son si joli visage.
Elle se réveilla avant lui pour le trouver probablement aussi bien et à l'aise qu'elle l'avait été. Le jeune homme avait un air si apaisé et détendu qu'il en semblait rajeuni, ce qui était accentué par son absence de barbe. Certes ses muscles donnaient un meilleur indice sur son âge car aucun adolescent ne pouvait avoir une musculature pareil mais décidément... il faisait bien adorable lui aussi, non ?
Il frémit quand elle le caressa et réagit aussitôt, inconsciemment en cherchant à prolonger le contact. Elle l'avait caressé et doucement embrassé et il avait fini par ouvrir les yeux sur un spectacle à se damner: elle... Ils s'embrassèrent, se câlinèrent, jouèrent un peu et faillirent... repartir pour un tour de folle passion... Heureusement que la jeune femme devait partir travailler. Il grogna alors qu'elle parvenait à le repousser et poussa un nouveau grognement alors qu'elle sortait du lit et exposait son corps à sa vue, dans cette chambre illuminée par le soleil. Pour se changer il alla chercher le petit déjeuner tandis qu'elle s'étirait et ils déjeunèrent rapidement. Elle lui expliqua qu'elle devait partir justement et il se mit à grogner, l'entourant de ses bras en enfouissant son visage dans sa poitrine, arguant qu'il n'était pas d'accord, boudant. Elle l'embrassa, lui raconta comment ça se passait et il se leva pour aller noter ce qu'elle lui disait. Heureusement pour lui elle avait enfilé des sous-vêtements pour éviter de le perturber davantage et il avait un pantalon pour descendre chercher le petit déjeuner. Quand elle haussa un sourcil, surprise qu'il prenne note il haussa les épaules nonchalamment.

Eh bien je fais en sorte de savoir quand je peux être avec toi... Voilà tout... Enfin au moins ça va me pousser à travailler un peu...

Il poussa un soupir à fendre l'âme.

Puisque tu m'abandonnes... tout seul... esseulé... Après m'avoir agité sous le nez ce corps sublime... Pfff...

Elle le taquina une fois de plus. Ils s'embêtèrent... Ils étaient vraiment aveugles... de ne pas voir ce qui se tissait entre eux.
Elle partit dans la salle de bains et eut la mauvaise idée de revenir alors que le jeune homme était en train de faire des pompes au sol, faisant jouer les muscles de son dos et de ses bras. Il se redressa quand elle lui parla et s'approcha d'elle, les sourcils légèrement froncés, posant ses mains sur sa taille en l'observant. Il fronça les sourcils oui, l'observant avec attention. Ce qu'elle disait était juste... Sauf qu'il ne comprenait pas. Ca n'avait pas vraiment de sens... Il voulut dire quelque chose, n'en eut pas le temps parce qu'elle devait partir et il profita de son baiser, arguant qu'elle l'abandonnait, histoire de la faire culpabiliser un peu... juste un peu.

Tristan profita de son absence pour s'entrainer rapidement, juste quelques mouvements, après tout leurs éprouvantes parties de jambes-en-l'air l'avait sacrément fait travailler... Bonjour les abdominaux !!! Puis il fit un peu de cartographie et partit en exploration pour essayer d'en savoir davantage sur le groupe de Kaärs. Il ne devait pas perdre de vue sa mission après tout...

Il passa à la boutique de l'apothicaire. Officiellement pour récupérer sa potion. Officieusement pour voir la jeune femme, peut-être la bloquer dans un coin de la réserve, glisser sa main sous sa tunique et... Non ça pas bien par contre. Heureusement sans doute, elle était absente... Il en fut déçu, ce qui n'échappa pas à l'apothicaire qui lui tendait un lot de fioles à l'étrange teinte. Il aurait bien voulu dire à Cassidy où il allait et ce qu'il comptait faire pour ne pas qu'elle s'inquiète ou quoi que ce soit. Néanmoins, l'absence de la jeune femme avait le bon côté de ne pas le rendre bafouillant et maladroit ce qui avait été clairement observable. Elle lui demanda s'ils avaient passé une bonne soirée et bêtement il se laissa prendre, un beau sourire en coin éclairant son visage alors que ses yeux se perdaient dans le vague... avant de se souvenir qu'il était l'amant... de la petite demoiselle.
Il finit par partir, prenant tout de suite une potion pour être tranquille, déposant les autres dans sa chambre.

Le jeune homme s'éloigna ensuite beaucoup de la ville, finissant par se transformer discrètement et s'élever très vite très haut dans le ciel pour n'avoir l'air que d'un gros oiseaux, parcourant les kilomètres pour explorer par le ciel les environs. L'air glacial n'était pas des plus agréables pour ses ailes mais il s'habituait vite heureusement. Il vit plusieurs endroits susceptibles de cacher des traces de passage, en particulier des canyons dans lesquels un groupe pouvait facilement circuler... et se cacher. Mais son odorat ne lui fit sentir que l'odeur du froid et de la nature, ni hommes, ni chevaux, ni celle âcre du fer. Néanmoins un bon mage pouvait cacher toutes les odeurs d'un groupe sans problème et étouffer leurs bruits également même si c'était beaucoup plus complexe.

Il passa un long moment à l'extérieur, ne voyant pas le temps passer, entre autre parce que le vol lui procurait des sensations lui faisant tout oublier... Il eut la bêtise de se dire que c'était également le cas de Cassidy, ce qui manqua de lui faire louper son looping de peu. Il descendit au sol plusieurs fois, sous sa forme humanoïde, pour explorer deux canyons et plusieurs grottes qui ne comportaient que des animaux. Il restait cependant discret, prêt à se battre mais aussi à déguerpir s'il devait faire face seul à une petite armée.

Tristan finit par rentrer, heureusement pas totalement bredouille. Il avait trouvé des traces à la frontière, des odeurs perduraient... Or il y avait des centaines de galeries sous les montagnes... Nul doute que les Kaärs aient trouvé un passage, d'une manière ou d'une autre...
Il chercha Cassidy à son tour mais ne la trouvant pas, se fia à son odorat pour retrouver sa trace. Il finit par y arriver et la retrouver sacrément éreintée dans sa petite clairière. Y accéder n'était franchement pas aisé et il était bien content d'être aussi bon grimpeur même si sa taille n'aidait pas toujours... surtout pour les zones escarpées... Elle était allongée dans la neige, un nuage de buée s'échappant de sa bouche après un énième essai qui l'avait épuisée et fait souffrir aussi... sans doute... Elle dut l'entendre arriver car elle se redressa, ne l'ayant pas encore reconnu. Il lui fit un signe de main de loin et la rejoignit rapidement. Avisant du regard le livre et le cristal, il comprit sans mal ce qu'elle faisait, déplorant un peu qu'elle l'ait fait seule aux vues des souffrances qu'elle avait éprouvé la veille... Enfin ça lui donnait une bonne raison de l'interrompre. Elle avait les réflexes bien amoindris... et semblait sacrément fatiguée. Il ouvrit rapidement les bras pour l'enlacer en arrivant devant elle et elle se blottit bien vite contre lui. S'il en avait été autrement, il s'en rendait compte, il en aurait été peiné... Mais non... ils étaient juste heureux de se retrouver. L'instant d'après ils s'embrassaient, toujours incapables de se rendre compte de leur étrange comportement... qui n'était pas celui de simples amants.

Salut toi...

Il avait murmuré tout bas contre ses lèvres. Elle sourit. Il la gronda gentiment pour la forme...parce qu'il l'avait cherchée un peu partout quand même, sans se douter qu'elle avait fait de même... Et puis la gronder aussi de faire tant d'efforts magiques qui semblaient à présent payants alors qu'il n'était pas près d'elle... C'est qu'elle le méritait un peu quand même. Il ajouta que comme il était gentil il lui avait quand même apporté à manger mais qu'elle avait tout intérêt à souffler à présent. Elle avisa le sac qu'il portait en bandoulière... Effectivement il avait récupéré un pique nique... même si l'après midi était déjà bien avancé. Ils s'installèrent sur son rocher et il sortir des sandwich copieux, nécessaire vu la température, une gourde avec du thé et une boite pleine de petits gâteaux. Il se souciait d'elle et prenait soin d'elle l'air de rien.... Enfin... pas l'air de rien, ça se voyait clairement...
Elle le remercia d'un baiser, dévorant son repas, c'est que l'air froid et l'exercice ça creusait. Elle vint pourtant bien vite se blottir contre lui, après tout il faisait un très bon dossier pour manger non ?
Elle lui raconta sa matinée et après une hésitation, il en fit de même, lui expliquant la raison de sa présence, faisant attention à ses paroles en sachant à quel point elle détestait les Kaärs... Il ne voulait pas qu'elle se lance dans une campagne vengeresse... Et en même temps... il voulait qu'elle sache pourquoi il était là...


Je ne voulais rien lui cacher après tout. Elle semblait contente que je lui raconte, que je lui explique et je sentis un feu agréable m'emplir d'une douce chaleur en voyant son sourire plein de reconnaissance et de douceur. Etre près d'elle me fit ressentir autre chose... Le manque... Elle m'avait manqué, vraiment... Ne pas l'avoir trouvée quand j'étais revenu... ça m'avait fait quelque chose aussi... J'avais dû passer aussi chez l'apothicaire, après une grosse hésitation pour lui demander si elle avait vu Cassidy... Je savais que mon comportement pouvait être louche et qu'elle aurait ce sourire qu'elle avait effectivement eu et qui m'avait fait me sentir comme un petit garçon en faute mais je ne voulais ignorer aucune piste. Finalement je l'avais retrouvée ma petite rebelle, dans un coin de la forêt, très agréable, jolie vue... Maintenant que j'étais près d'elle, je me rendais compte à quel point je m'étais senti vide... loin d'elle. Sensation étrange. Dont je n'avais pas l'habitude. Est-ce que j'étais en train de tomber malade ? Je l'étais très rarement... vraiment très rarement, pourtant... Ca y ressemblait tant...
Nous avions mangé tranquillement même si je l'avais sentie se tendre contre moi alors que je lui racontais ce que j'avais fait ce matin. Mais c'était ma profession... J'avais l'habitude d'aller au devant du danger même si je me surpris à lui murmurer tout bas que j'étais prudent, que je ne prenais pas de risque. Je me rendis compte que c'était vrai... Sauf que je n'avais jamais été très prudent... jusqu'à maintenant du moins...

Une fois qu'on eut terminé de manger, alors que je la câlinais gentiment, je lui proposais avec une pointe d'hésitation de me transformer... Je voulais lui montrer que je n'avais pas oublié sa demande et que j'y accordais évidemment de l'importance... J'avais aussi envie de lui dire merci... D'accepter ce que j'étais... Lui dire que je voulais partager les sensations extraordinaires que me provoquait le vol avec elle... Mais je ne savais pas comment. Comment pouvait-on dire ça ? Et... pourquoi ? Pourquoi en avais-je tellement envie... besoin ?
Elle avait accepté... avec enthousiasme... Je me sentis bien... Pris de l'espace et devins la grande créature que rien n'égalait dans les cieux... Ce qui me gênait un peu mais me servait aussi beaucoup... c'était le fait d'être beaucoup moins effrayant que mes congénères. Avec mes grands yeux oranges, malgré ma carrure, je faisais certes créature fascinante et impressionnante mais plus fascinante qu'effrayante justement. Par respect, pour qu'elle n'ait rien à craindre de moi je me couchais dans la neige, étalant mes ailes démesurément grandes de chaque côté de mon corps. Avec ma transformation mes sens s'aiguisaient davantage... avec eux mes pulsions... Mais je maitrisais... La potion aiderait à calmer celles des femmes autour de moi. D'ailleurs j'avais vu son sourire quand je lui avais dit que je l'avais prise... C'est qu'elle n'avait pas l'air d'apprécier les femmes qui me tournaient autour. Dans la neige, j'attendais qu'elle s'approche de moi, la fixant de mes yeux orangés.
Après ça... je comptais bien lui apprendre à se battre... Moi vivant elle le devait !!! Elle devait savoir se battre, et correctement ! Enfin... me battre au corps à corps avec elle risquait bien de faire démarrer un nouveau jeu de chahutage... Mais quelle importance ! Tant que je passais du temps avec elle...


Immobile, le somptueux dragon attendait, d'épais nuages de buée se formant autour de sa gueule qu'il gardait close pour ne pas montrer son impressionnante dentition beaucoup moins rassurante elle !
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 21 Avr - 19:51

C’était vrai ! Elle était une vraie quiche pour se battre ! Jilian avait essayé, par bien des moyens et de la patience, de lui enseigner les bases du combat. Pourtant la petite demoiselle s’était toujours lamentablement loupée. Peut être qu’elle n’était pas à l’aise avec lui au final. Tristan semblait rassurant et sûr de ses capacités. Il la laisserait juger de cet entraînement. Elle semblait intriguée et songeuse. Jilian ne lui avait pas appris uniquement à taper sur un mannequin en bois. Il avait aussi essayé de lui montrer quelques techniques plus rapprochées et elle s’entraînait uniquement sur ce genre de jouet quand elle était seule. Mais la jeune femme avait rapidement abandonnée. Alors même si elle faisait confiance à Tristan, Cassidy avait du mal à voir comment il pourrait dérouiller un cas désespéré comme elle.

Et puis finalement, il y eut l’installation. Effectivement, ça ne passait pas inaperçu. C’était même original pour la petite demoiselle qui ne déposait pas ses affaires comme ça sans raison. Elle n’avait vu que le côté pratique mais oubliait un peu trop rapidement à quel point elle ne voulait pas s’installer définitivement chez un homme. Cassidy semblait bien aveugle et pourtant c’est très machinalement qu’elle avait rejoint son beau compagnon. Elle s’était arrêtée dans l’encadrement de la porte. L’accueillant torse nu, Tristan avait de quoi troublé la petite demoiselle. Elle avait ouvert la bouche, rougit puis sortit rapidement une réplique pour ne pas montrer qu’elle perdait ses moyens. N’importe quelle femme aimerait être à sa place, c’était certain… Et si on l’apprenait, elle risquait d’éveiller beaucoup de jalouses. Après tout, Cassidy ne savait pas grand-chose de la vie amoureuse de Tristan.

Pour sa mère, il était toujours célibataire. Pour lui, il trainait à droite à gauche. Mais Cassidy n’avait jamais vraiment observé la jalousie féminine. Oh si un peu dans leur village d’enfance… Mais c’était différent car Tristan n’avait couché avec personne. Si elle se retrouvait dans son monde, avec ses connaissances autour, il y avait de forts risques à parier que les regards envieux et jaloux cibleraient la petite demoiselle. Comment réagirait-elle ? Bizarrement sûrement. Elle n’aurait pas l’habitude de ce genre de regards. Elle ne comprendrait pas. Pour elle sa relation avec Tristan lui semblait tout à fait naturelle, aussi naturelle que de respirer ou dormir. Pourquoi lui en voudrait-on si elle s’installait chez lui ?

Oui Cassidy n’avait pas eu cette habitude. Etre courtisée par un homme déjà bien trop courtisée. Et puis, elle ne connaissait pas encore Kayla mais si les deux femmes devaient finir par se rencontrer, cela serait extrêmement…explosif. Du moins pour Cassidy. Déjà qu’elle prenait à peine la confiance, de plaire à un homme, autrement que par le sexe. Alors qu’une dragonne débarque, cela pourrait créer beaucoup de problèmes… et de jalousie assurément. Elle rangeait distraitement ses affaires, quand Tristan répliqua innocemment une petite phrase comme quoi il pouvait se vêtir un peu plus. Elle s’était retournée si brusquement en le regardant, regard lourd de menaces et d’avertissement. Ah non hors de question qu’il change ! Sa tenue était parfaite comme ça ! Bien agréable pour les yeux. Elle signait tout de suite et il pouvait se balader comme ça aussi longtemps qu’il le pouvait. Après tout, ce n’était pas tous les jours qu’on voyait un si bel homme. Bon peut être que Jilian aussi… Mais ce n’était pas pareil. Elle éprouvait une attirance bizarre pour Tristan, qui n’avait rien à voir avec ses hormones mais il y avait quelque chose de différent.

Et puis, un élan de nostalgie et de tristesse avait envahi la petite blonde. Elle était la rebelle. Il était le discipliné. Elle se rappelait, avec un peu trop de douleur, qu’il ne se souvenait de rien de leur passé. Elle y fit une petite allusion, gentille, sans trop savoir pourquoi à vrai dire. Mais elle ne s’attendait pas à sentir sa présence derrière elle. S’arrêtant dans son geste, une tunique dans la main, elle cligna un instant des yeux. Baisers tendres sur les épaules alors qu’il s’affaissait un peu contre elle. Une simple phrase, une demande. Il voulait savoir. Elle écarquilla les yeux, ouvrant la bouche mais il s’était déjà écarté, l’air de rien.

C’était bizarre quand même… Quand on perd la mémoire, on cherche absolument à découvrir la vérité, curiosité étrange, que ce soit bon ou mauvais. On a toujours cette petite envie de savoir qui on était par le passé. La jeune femme réfléchissait à toute vitesse alors qu’elle rangeait ses affaires les unes après les autres, prenant tout son temps alors qu’il n’y avait pas grand-chose. Tristan n’avait pas l’air de vouloir savoir qui il était auparavant. Pourquoi les dragons perdaient la mémoire ? Elle n’avait pas le souvenir que son passé était si triste que ça… Il était aimé par sa mère. Malgré son comportement dissipé, il était la fierté d’Eve. Elle le savait bien… Quand la mère de famille passait à la maison pour prendre le thé, il n’y avait rien de négatif qui sortait à son sujet. Un petit garçon éveillé, qui boudait les cours, la tête dans les nuages… mais absolument pas méchant. Ils se chamaillaient beaucoup aussi… Il aimait dessiner. Il semblait aimer aussi se perdre dans ses pensées parfois même si cela ne durait jamais trop longtemps.

Eve disait même qu’il avait un faible pour elle, quand ils étaient petits. Ca elle avait du mal à y croire… Mais souvent, très souvent, elle se demandait pourquoi il agissait ainsi avec elle. Etait-ce parce qu’elle était trop disciplinée ? Qu’elle ne savait pas s’amuser ? Qu’elle passait sa vie à lire plutôt que de jouer, grimper aux arbres ? Parce qu’elle était agaçante à vouloir jouer la miss parfaite ? Miss parfaite… c’est comme ça qu’il l’appelait parfois. Comme un écho à la première phrase qu’elle lui avait sorti en le retrouvant. Messire Parfait… Un pied de nez parfait. Elle n’était pas parfaite à l’époque et lui non plus ne l’est pas aujourd’hui. Ils le savaient bien, pourtant l’un comme l’autre ne pouvait s’empêcher de le clamer haut et fort. Parce qu’ils voulaient se faire remarquer. Parce qu’ils se jugeaient différemment des autres.

Mais elle se demandait pourquoi. Pourquoi les dragons oubliaient. Et pourquoi ils ne cherchaient pas à reprendre leurs souvenirs ? Comme les gênes, le dragon prenait le dessus sur l’humain ? Alors il fallait oublier cette partie, oublier d’être ordinaire. Juste être un dragon entier. Du mépris pour les humains, un air hautain, l’impression de tout savoir mieux que les autres. Les dragons étaient formés, disciplinés. Elle n’avait rien reconnu du Tristan du début. Il existait encore un peu… quelque part. Elle le voyait quand il se faisait plus taquin, ou rentrait dans son jeu. Il ne se laissait pas toujours faire, il savait répliquer et ne lui balançait pas des phrases qu’elle voulait entendre pour lui faire plaisir. Il semblait aussi beaucoup plus sincère avec elle, bien plus naturel. Et sinon, si c’était par rapport à leurs pulsions ? Se rappeler du passé pourrait peut être lui faire du mal. Le rendre moins malléable et plus… rebelle ? Difficile à contrôler ? A contrôler pour les autres ou pour lui-même ?

Il agissait bizarrement. C’est comme si il voulait savoir parce que dans son passé, elle y était. Mais son repli stratégique laissait penser à Cassidy qu’il y avait peut être quelque chose qui ne devait pas être normal pour lui. Les dragons n’ont pas des sentiments comme les humains. Tous les dragons ne s’intéressaient pas aux humains et heureusement qu’elle avait une petite expérience à ce sujet pour pouvoir mieux réfléchir. Mais elle n’approuvait pas. Tristan, ce n’était pas uniquement Tristan le dragon. Il était Drakkari et dragon. Un mélange des deux. Elle était humaine et… autre chose, une chose sur lequel il était impossible de placer un mot connu par-dessus. Et pourtant, elle avait appris à vivre avec, seule. Chaque acte qu’elle avait commis, elle s’en rappelait. Sauf la première fois où elle avait perdu connaissance. Pourtant si un jour on lui disait qui elle était vraiment, jamais elle n’oublierait d’où elle venait. Vivre avec ces deux parties. Même si elle était une démone ou quoi que ce soit de maléfique, elle s’accepterait. Elle n’avait pas peur après tout de ce qu’elle pouvait être. Son avenir était toujours aussi flou. Elle ne pensait pas rester avec Jilian encore des années… mais après ? Et Tristan ? Il avait sa place chez les dragons non ? Jamais il ne déciderait de… s’installer avec elle. Et pourquoi d’ailleurs ? Ils n’étaient pas amoureux. Elle aimait beaucoup sa présence, beaucoup de choses chez lui mais… et elle ne se voyait pas vivre chez les dragons, ça c’est sûr !

Et puis finalement, elle avait terminée, ils avaient mangé ensemble dans un restaurent et parlaient de tout et rien. Oui c’était bizarre ce qu’elle racontait. En fait elle lui faisait un énorme aveu sans s’en rendre compte. Et c’était dit si spontanément qu’il ne pouvait pas croire qu’elle mentait. Elle n’aimait pas Jilian. C’est vrai elle n’avait jamais parlé de l’étrange relation qu’ils partageaient. Mais ça changerait quoi au final ? A la fin de son travail, Tristan repartirait. Qu’elle aime Jilian ou pas, rien n’évoluerait. Tristan n’allait certainement pas la prendre avec elle… Il ne pouvait et ne devait pas.

Cassidy était cependant bien songeuse au sujet de sa relation avec Jilian. Tristan lui avait un peu ouvert les yeux. Elle restait avec le nordique par intérêt mais c’est tout. Et ce n’était pas correct. Même si c’était lui qui avait insisté, elle était toujours dépendante de lui. Mais le quitter ? Pour aller ou et faire quoi ? Et attendre quoi ? Espérer que Tristan vienne la chercher ? Elle ne voulait pas l’admettre, mais c’était une pensée inconsciente. Qu’il l’accepte… qu’elle vienne vivre avec lui. Egoïstement oui encore une fois… mais pas pour les mêmes raisons.

Lorsqu’elle semblait prendre très au sérieux son côté dragon, il n’avait rien dit. Juste un baiser. Elle semblait surprise mais ne répliqua pas. Après tout c’était un sujet un peu délicat.

Et puis la soirée s’était enchainée. Danses et un jeu très spécial. Elle n’avait rien compris au début. Certes mettre des bougies, c’était plutôt joli. Par contre… lorsqu’il lui avait passé les menottes, elle semblait perplexe, prise au dépourvu. Beaucoup de pensées, de souvenirs, tournaient dans sa tête. Elle n’avait pas peur. La seule chose qu’elle ressentait c’était de la haine. Son esprit s’embrouillait. Tristan, menottes. Torture ? Elle était réticente au début, sur les nerfs et il le remarqua bien rapidement. Petit à petit, il tentait de lui faire oublier sa situation.

C’est qu’il était sacrément doué le gredin ! Et pervers en plus de ça ! Il la rendait dingue. C’était parfois amusant, parfois extrêmement agréable. Elle n’avait pas l’habitude de tout ça et son petit jeu était marrant. En fait elle se détendait plutôt bien et ça faisait bizarre. Puis, alors qu’elle était déjà très remontée, il murmura une phrase à son oreille avant de descendre. Autre habileté de sa part alors que sa langue semblait avoir délaissé le chocolat. Un plaisir intense. Un peu trop d’ailleurs. Elle ne mit pas beaucoup de temps avant d’être poussée à l’orgasme. Rapide mais bien mieux que tous les hommes qu’elle avait croisé. Même si elle trouvait ça trop rapide.

Déjà elle marmonnait des paroles alors qu’il la détachait pour la prendre dans ses bras avant de prononcer quelques mots. Prendre plus de temps ? Ah ben c’est sûr… Mais bon ils allaient certainement recommencer dans peu de temps alors… La demoiselle grommelait des paroles, grognait mais elle cherchait surtout à reprendre sa respiration. Les jambes encore tremblantes, la respiration saccadée, elle tentait de reprendre des forces. Il y avait encore des courbatures de la veille mais elle s’en fichait à vrai dire. Parce qu’elle était bien et qu’ils avaient du temps à rattraper. Elle avait un peu compris où il voulait en venir avec les menottes, sans être vraiment sûre. Mais au moins avec lui, elle avait franchi une nouvelle étape, celle de commencer à accepter son passé pour mieux vivre le présent.

Ils se rendirent ensuite dans la baignoire… ensemble. De toute manière, Cassidy n’aurait pas pris son bain toute seule. C’est bon elle était habituée à lui maintenant ! Et même si chaque rapprochement, chaque léger frôlement, leur donnait des envies qu’ils ne pouvaient pas contrôlés. Elle voyait bien qu’il faisait le pitre dans la baignoire et elle agissait de la même manière. Parce que elle non plus n’avait pas l’habitude de… tout ça ! Trop de rapprochements là. Entre les sources chaudes, la baignoire, le lit, le fauteuil… et les danses, les chamailleries… bon il fallait le reconnaître, ils étaient comme deux aimants attirés l’un vers l’autre en permanence.

Elle s’amusait à lui envoyer un peu d’eau sur le torse, riait quand il faisait des grimaces, de la mousse sur les cheveux et le visage. Parfois il se rapprochait d’elle pour déposer un baiser sur ses lèvres, elle n’était pas en reste et ripostait. A un moment il prétexta de vouloir l’aider à se laver… Mettre du gel douche sur sa poitrine et masser avec insistance, des épaules jusqu’à son ventre, tournant autour de ses formes, faisaient pousser quelques gémissements incontrôlés à Cassidy. Oh et puis à force de l’exciter de la sorte, elle allait se venger et pas qu’un peu ! Elle s’était avancée vers lui, prenant en main ce qui se cachait sous la mousse. Cassidy avait tout de suite constaté avec grand plaisir qu’il n’était pas si innocent que ça. Un sourire vengeur apparut sur le visage de la jeune femme.

Ils se tentaient un peu trop. Et elle avait aussi envie de le faire ici. Encore une fois… Lorsqu’elle tira le bouchon et que le bruit se fit entendre, elle ne manqua pas le sursaut de Tristan et l’embrassa avec passion, le caressant, comme pour le rassurer. Une fois l’eau disparut, et qu’ils se retrouvaient nus comme des vers dans la baignoire, la demoiselle se montra bien plus autoritaire. D’un geste précis de la main, elle le fit basculer en arrière. Malgré les courbatures et sa récente activité, Cassidy avait encore des ressources et ne manqua pas de lui prouver. Lorsqu’elle se plaça au dessus pour se fondre en lui, c’était encore plus naturel que les premières fois. Aucun blocage… Rien… Pas de crispation. Tout rentrait parfaitement. Elle poussa même un gémissement alors qu’elle redescendait sur lui, se mordillant la lèvre inférieure, appréciant bien ce moment. Et puis, elle attendit un peu avant de faire de petits mouvements…. Et devenir plus sérieuse par la suite. Elle prenait autant de plaisir que lui dans cette action. Elle appréciait, haletait. C’était magique et tellement intense. Baisers, caresses ne faisaient que les encourager à aller encore plus loin.

Cassidy n’avait jamais éprouvé un sentiment aussi violent, intense. Elle n’avait jamais vécu ça avec personne. Tristan était un tout pour elle, il lui permettait de repousser toutes ses limites, ses émotions, de la plus négative à la plus positive. C’était indescriptible ce qui se passait entre eux. C’était ça vraiment faire l’amour à un homme ? Lorsqu’il répond ? Lorsqu’il gémit ? Lorsqu’on a l’impression qu’il n’y a plus deux personnes mais une seule qui prend le meilleur des deux. Une harmonie parfaite ou vers la voie de la perfection. Elle adorait et semblait vraiment très expressive, bien plus libérée qu’avant. Et puis l’orgasme. Violent, poignant. Elle était au-dessus de lui et ne le quitta pas, car elle était bien incapable de faire un mouvement brusque à cause du tremblement qui l’agitait. C’était surnaturel. Finalement il la soutint quand elle se redressa pour sortir et mieux se poser contre son torse, haletante. Non bien sûr elle ne pouvait pas voir les larmes couler de ses yeux. Il aurait pu lui dire, elle était aussi surprise que lui et la demoiselle était bien incapable de le juger après tout ce qui s’était passé.

Elle aurait été intriguée, pourquoi pleurer ? Il l’avait l’habitude de faire ça non ? Elle n’était pas la seule… Il en avait eu d’autres… Il avait eu des dragonnes correspondant bien plus à ses exigences. Elle n’était pas unique. Et pourtant il se risqua à dire une petite phrase, entre deux respirations saccadées. Elle était incroyable. Dans sa voix résonnait une profonde sincérité. Elle aurait voulu le charrier, lui demander incroyable par rapport à qui ? Si elle était au dessus des autres ? Après tout elle prenait très à cœur ses moments avec lui…. Et voulait le satisfaire plus que n’importe qui. Parce qu’il n’était pas n’importe qui.

Elle reprenait sa respiration et ne disait rien. Mais venant de sa part, cela sonnait comme un magnifique compliment. Elle se mit à sourire doucement avant de frotter doucement sa tête contre son torse. Il refit couler de l’eau et ils restèrent un moment comme ça. Elle avait les yeux fermés et repensait avec plaisir aux dernières sensations éprouvées. Tellement agréables… Tellement… Non il n’y avait pas de mot.

Finalement ils sortirent et enfilèrent une serviette. Elle grogna quand elle constata qu’il la descendait très bas. Messire aimait montrer la marchandise en toute occasion. Bon elle louchait sur ses abdos avant de secouer la tête, se raclant la gorge et marmonnant une phrase comme quoi il était bien trop fichu pour qu’on reste sain d’esprit face à ça. Il commença à remonter la serviette, elle réagit aussitôt en donnant une gifle sur sa main et un regard qui en disait long.

Elle avait ensuite essuyé ses cheveux mais il avait dû s’asseoir sur la baignoire. Il était bien trop grand après tout. Impossible de remettre de l’ordre là dedans et elle râlait pour la forme alors qu’il s’échappait pour tenter de l’embrasser. Il avait fait la même chose aussi. Ce qu’il ignorait, c’est qu’elle ne se laissait pas approcher pour ça non plus. Elle n’aimait pas qu’on l’approche, qu’on la touche, qu’on soit attentionné envers elle. Du moins, elle gardait une distance. Mais là elle se laissait faire, parce que c’était lui.

Finalement elle était retournée dans la pièce d’à côté, s’installant avec grâce dans le canapé. Les flammes dansaient dans l’âtre. Elle regarda un instant ses poignets de force. Il n’avait pas encore posé de question là-dessus. Malgré le fait qu’elle les portait tout le temps. Il devait bien se douter qu’elle cachait quelque chose mais ne disait rien, ne se faisait pas curieux. Elle était pensive. A quel moment lui parler de ça ? Est-ce que ça allait tout remettre en cause ? Est-ce qu’il la jugerait pour ça ? Elle n’était pas si innocente que ça, lui cachant la vérité, lui cachant le fait qu’elle avait déjà eu un contact avec des dragons et pas vraiment agréable non plus. Comment lui dire qu’elle luttait contre ce traumatisme… pour lui ? Elle n’attendait pas de la pitié, ni de la compassion. Elle n’attendait rien en fait. Juste qu’il l’accepte… Et que pourrait-il faire en apprenant la vérité ? Rien… Absolument rien… Il n’y a aucun moyen d’effacer ce souvenir atroce. A moins qu’elle rencontre un charmant dragon de feu et encore… Comment lui dire qu’elle avait une histoire avec les dragons ? Et quand surtout ?

Elle ne l’avait même pas entendu s’approcher, trop occupée à regarder les flammes qui brûlaient, perdue dans ses réflexions et se massant délicatement le morceau de cuir qui recouvrait son avant bras. Cassidy cligna des yeux et la voix de Tristan la ramena au présent. Il proposait de la coiffer. Elle le regarda avec surprise, penchant légèrement la tête sur le côté. La coiffer ? En fait, la jeune femme prenait guère soin de ses cheveux. A force de les attacher avec un ruban, les pointes étaient usées, même si elle passait parfois un coup de ciseaux rapide, comme une guerrière. Après tout, lorsque les cheveux étaient attachés, on ne voyait rien. Et puis qui se souciait d’elle ?

Elle acquiesça cependant d’un signe de tête avant de se placer dos à lui. Il commença alors son travail. C’était agréable. Cassidy ferma paresseusement les yeux. Sa tête s’inclinait légèrement d’avant en arrière. Il semblait un peu hésitant, un peu maladroit avec elle, ne voulant sûrement pas lui faire de mal. C’était bien différent de son geste à elle. Un gros coup pour dégrossir et enlever les nœuds, un geste assez dynamique et pressé et on n’en parlait plus ! Le moment semblait magique et il continuait encore, même si il n’y avait plus de nœuds.

Il se leva peu après et prit la bouteille ainsi que les chocolats. Elle le regarda avec étonnement, déposa la bouteille sur la table basse. Mieux valait ne pas être pompette et rester un peu plus sage. Elle ne broncha même pas quand il l’attira vers lui. Aucune parole, personne ne voulait casser la magie de cet instant. Elle grignotait, même si sa nourriture principale était toute autre en ce moment. Pourtant elle adorait le chocolat ! Mais il n’avait pas autant de saveur que ce qu’elle pouvait ressentir pour Tristan.

D’ailleurs, elle frissonnait à ses légers baisers déposés en toute discrétion sur ses épaules. Et puis il avait commencé à piocher dans ses chocolats. Elle avait grogné et pesté en voulant lui cacher. Il riait et insistait. Bien vite sa main dérapa et ce n’était pas un chocolat qu’elle tenait. La jeune femme fit mine de s’écarter de lui avant de se rapprocher pour lui mordiller une oreille avant de s’éloigner de lui sur le canapé. Il s’était rapproché, l’avait embrassé… Comment c’était arrivé ? Un jeu, je m’éloigne tu te rapproches et vice versa. A un moment elle était tombée au dessus de lui, le plaquant sur le canapé, voulant affirmer sa suprématie. Mais il l’embrassa et fit fondre sa défense. Le jeune homme la retourna et se retrouva au dessus d’elle, elle avait enroulé instinctivement ses jambes autour de son bassin. De plus en plus chaud, de plus en plus d’envie. Finalement les serviettes tombèrent et ils expérimentèrent de nouvelles positions. A chaque fois, la petite demoiselle prenait son pied et voyait mille et une lumière devant les yeux. C’était confortable… c’était agréable. Elle était si bien avec lui. Que le temps ne devait plus s’arrêter. Qu’elle voulait passer le reste de sa vie avec lui avec toutes ces choses différentes. Mais il fallait le reconnaître, le sexe avait pris une autre saveur depuis qu’ils couchaient ensemble. Elle ne ressentait pas le besoin d’aller voir ailleurs. Evènement rare. Juste le faire encore et encore avec lui. Juste le connaître parfaitement. C’est tout ce qu’elle désirait.

Elle lui lançait des regards, de plaisir, d’envie. Elle n’avait jamais regardé un homme comme elle le regardait lui. Epuisée mais heureuse, elle s’était finalement endormie dans ses bras, comblée par leur journée si animée. Encore une fois, le sommeil arriva vite, il n’y eut ni cauchemar, ni réveil en sursaut.

Le lendemain matin, c’est en forme que Cassidy se réveilla. Elle se retourna vers Tristan, le regardant dormir. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Il était vraiment adorable… Décidément le jeune homme avait un panel très diversifié d’expressions. Elle le regarda un petit moment alors qu’il respirait doucement. Elle ne pouvait pas s’en lasser justement. Le regardant encore et toujours, oubliant presque son travail. La jeune femme hésita puis posa doucement une main sur sa joue. Il réagit aussitôt. Puis elle l’embrassa avec douceur pour se réveiller. Il ouvrit les yeux et… répondit directement à son baiser. Leurs câlins, caresses, étaient brûlantes. Ils seraient bien reparti pour une nouvelle activité passionnante. Et pourtant elle le repoussa, parlant de travail, se faisant un peu plus sérieuse. Elle se leva du lit et lui tira la langue quand elle entendit le petit grognement qu’il poussait alors qu’elle se dévoilait, sans aucune pudeur devant lui. Ca lui plaisait aussi de lui faire de l’effet. Et puis il fallait bien qu’elle se venge non ?

Il décida d’aller chercher le déjeuner alors qu’elle enfila quelques sous vêtements. La jeune femme lui expliqua alors ses horaires, où il pouvait la trouver. Elle s’arrêta de parler en le voyant écrire une note sur un bout de papier et quand il expliqua la raison, elle rosit en détournant la tête. Elle ne s’attendait peut être pas à ce qu’il soit aussi consciencieux dans son planning. Il dit alors que ça l’obligerait à travailler et un petit pincement au cœur se repercuta dans le corps de Cassidy. C’est vrai… il n’était pas là pour elle à la base… Et une fois qu’il aurait fini. Elle ne laissa cependant rien paraître et commença à prendre ses affaires pour s’habiller alors qu’il déclara d’une voix où sonnait l’injustice.

Elle se mit à sourire malicieusement puis prit un air faussement innocent.

« Oh très bien… Je ne savais pas que ça te dérangeait à ce point. Je peux enfiler une chemise de nuit pour moins te…perturber »

Echo qui résonnait avec celui de la veille, lorsqu’il avait parlé de passer une tunique. Elle lui tira la langue. Il répliqua. Elle se dirigea alors vers la salle de bains et encore une fois ses cicatrices la perturbèrent. Lorsqu’elle revint vers Tristan, la demoiselle semblait un peu déboussolée, perdue par ce qui lui arrivait. Elle ne semblait même pas surprise de le voir faire des abdos de bon matin. Nan normal après tout… La jeune femme lui expliqua la situation alors qu’il se redressait et balança d’étranges phrases, voulant avoir son avis. Après tout c’est lui qui ressentait la magie ! Il y avait pas une magie bizarre qui agissait entre eux ? Elle sentait parfois qu’il se passait quelque chose mais sans savoir ce que c’était.

Comment devaient-ils le prendre ? Et qu’est-ce que ça changerait ? Elle paniqua à cause de l’heure et l’embrassa avant de partir et qu’il déclarait qu’elle l’abandonnait. Elle râlait pour la forme. Oh oui il allait la faire culpabiliser à force.

La matinée se passa plutôt bien pour Cassidy même si elle était parfois distraite et que Ninna lui faisait bien remarquer. Elle ne faisait que repenser aux évènements des derniers jours et ne manqua pas de casser une fiole, le regard perdu dans le vide alors qu’elle réfléchissait. Malheureusement, elle n’était pas à la boutique quand Tristan passa, à son plus grand malheur. Oh mais peut être qu’il valait mieux pour eux. Encore ensemble ils se lâchaient mais devant d’autres personnes, ils étaient bien plus timides et réservés, ne sachant pas vraiment sur quel pied danser.

Lorsque Cassidy rentra, elle semblait très déçue de ne pas avoir croisé Tristan ce qui n’échappa pas à Ninna. Pourtant cette dernière ne fit aucun commentaire, même si ça crevait les yeux leur comportement. Ils étaient quand même mignons à se chercher.

Elle avait cherché Tristan mais ne le trouvant pas, un peu déçue, elle décida de rejoindre son petit coin tranquille pour… réfléchir ? Vérifier un peu pour sa magie ? Ce n’était pas si évident que ça. Elle avait beau lire son livre, elle ne trouvait pas vraiment d’aide à l’intérieur. Alors elle chercha à refaire cet étrange exploit avec le cristal. Cela la vidait totalement et parfois elle tombait même à la renverse dans la neige. La jeune femme avait décidé de s’asseoir, comme ça elle ne tomberait pas plus bas mais là encore une force étrange la propulsait gentiment dans la neige, ce qui la faisait rouler.

Parfois elle s’arrêtait et regardait le ciel en pensant à Tristan. Après tout, elle s’inquiétait pour lui. Où était-il passé ? Elle ne l’avait pas trouvé en ville malgré le fait qu’elle ait demandé des indices aux habitants. Elle pouvait imaginer le pire ou bien qu’il était parti bien trop loin en dragon. Alors elle redoublait d’efforts avec son caillou. Ca la vidait tellement qu’elle ne réfléchissait plus, ce qui était une bonne chose.

Après une énième tentative, elle s’était allongée dans la neige, regardant le ciel d’un air distrait. Ca faisait mal aussi. Des petites décharges comme si tout son corps refusait de laisser cette magie respirer, se dévoiler. C’était comme si la magie noire en elle, repoussait l’autre. Quoi de plus normal après tout ? On raconte toujours dans les histoires que les ténèbres cherchent à recouvrir la lumière… Elle était pensive. Soudain un bruit de pas se fit entendre bien plus loin. On marchait dans sa direction. Fronçant les sourcils, sur ses gardes, la demoiselle se releva en toute hâte, même si ses jambes ne la portaient plus. Elle cligna des yeux pour mieux apercevoir cet individu qui venait dans sa direction. Une jambe en arrière, elle s’apprêtait à décamper si c’était un ennemi. Mais il semblait plutôt amical… Rapidement elle reconnut la couleur rouge des cheveux de Tristan. Un grand sourire s’élargit sur son visage. Ah le gredin il allait l’entendre ! Elle n’avait pas eu de nouvelles de lui ! Elle s’approcha de lui et tomba presque dans ses bras. Inspirant avec plaisir son odeur qui lui avait tant manqué, elle ferma les yeux paresseusement mais se sentant revivre. Elle ne savait pas comment il faisait mais le simple fait d’être dans ses bras lui redonnait plein d’énergie. La jeune femme se sentait requinquée. Sa voix si douce lui avait manqué, c’était certain.

Cassidy se mit à sourire contre lui. Il la gronda déclarant qu’il l’avait cherché, qu’elle s’entraînait sans lui pour la magie. Elle semblait surprise et peut être même qu’elle culpabilisait un peu de ne pas l’attendre. Mais il fallait bien qu’elle s’occupe ! La jeune femme était un peu plus hésitante et baissa la tête un instant. C’est vrai avec tout ce qu’il avait fait pour elle, elle ne l’attendait même pas. Cependant il lui releva la tête, l’embrassa tendrement sur le front puis parla d’un goûter qu’il avait apporté. Elle avait ouvert de grands yeux étonnés. Cassidy ne pensait jamais à elle, lorsqu’elle se baladait ou restait dehors, elle n’emportait jamais rien à manger. Alors cela surprenait. Mais elle ne se rendait compte de rien, et encore moi que cette petite attention pouvait s’apparenter à quelque chose d’un peu plus profond. Un petit couple qui s’ignorait ? Ils avaient besoin d’aide et clairement !

Elle le suivit sur le rocher, surplombant un peu le milieu de la clairière et il lui montra alors ce qu’il avait apporté. Un grand sourire apparut sur les lèvres de Cassidy et elle l’embrassa pour le remercier. Tout naturellement… Heu attendez une minute, on n’embrasse pas pour remercier d’un goûter non ? C’était réservé aux amoureux ça ? Apparemment Cassidy ne se doutait de rien. Elle se cala bien dans ses bras, cherchant sa chaleur et mordit avec appétit dans un sandwich. Cela lui faisait du bien et elle se régalait. La jeune femme commença alors à parler de sa journée même si ça restait assez banal. Après tout, faire du rangement n’était pas une tâche très intéressante. Elle parla aussi de ses commandes à livrer et que c’est pour ça qu’elle n’était pas là ce matin. Sans dire qu’elle avait été déçue de ne pas l’apercevoir.

Il prit alors la parole, lui donnant l’objectif de son travail ici. Cassidy était vraiment très intéressée par ses paroles. Tristan avait expliqué ce qui l’amenait, sans qu’elle ne lui demande. Elle en était touchée et ravie et buvait ses paroles avec plaisir. Il parlait de Kaärs qu’il devait arrêter. Qu’ils étaient établis on ne sait pas trop où à Frihold. Tristan semblait prendre très à cœur sa mission, enfin dans le sens où il ne voulait pas que ces gens malintentionnés ne blessent les habitants de Frihold. Pendant un instant, Cassidy fronça les sourcils. Depuis qu’elle était ici, elle savait que les Friholdiens était un peuple très fier, indépendant, refusant toute aide extérieure pour gérer leur royaume. Et encore moins des Cheistams qui, pour eux, voulaient imposer leur suprématie sur Ascadian. Avoir des règles identiques pour tout le monde, un conseil harmonisé. Non, les Friholdiens n’ont pas spécialement envie de se plier à la volonté. Pourtant, il y avait toujours des relations diplomatiques entre les différents royaumes, notamment pour l’échange des ressources. Les Cheistams n’insistaient pas, et on trouvait quand même chez les Friholdiens certains matériaux assez rares pour les autres royaumes. Les Cheistams étaient donc un peu obligés de rester en de bons termes, et surtout ne pas se mêler de leurs affaires.

Alors elle était très surprise de ce que lui racontait Tristan. Qui lui avait proposé cette mission ? Il devait quand même être réputé parmi les Cheistams. Commandant ce n’est pas le grade réservé aux concierges. Il y a une certaine réputation et plus encore, ils avaient peut être le devoir de tenir informé leurs supérieurs de toute activité non ? Mais pourquoi un Friholdien appellerait Tristan pour gérer un problème de Käars ? Une personne influente pour le faire rentrer dans le royaume sûrement, ça c’était une évidence… Et une personne qui n’était peut être pas totalement originaire de Frihold… un ancien Kalendaarien ? Difficile à dire… Mais elle pensait qu’un Friholdien pur souche n’aurait jamais demandé de l’aide extérieure.

Elle était silencieuse, buvant une gorgée de thé. Ou bien… on voulait peut être détruire Tristan ? Pour une raison qu’elle ne connaissait pas. Cette simple pensée lui creusa l’estomac. L’envoyer lui tout seul face à des Kaärs ? Sans savoir combien ils étaient ? Le laissant gérer lui tout seul ? On le prenait pour un Drakkari mais ce n’était pas un surhomme non plus… Malgré ce qu’il avait prouvé pendant son enlèvement. Sa main se serra un peu plus fort sur la gourde de thé. Elle devait vraiment être tendue car il la rassura en disant qu’il était prudent. L’image de ses blessures remonta à la surface de la mémoire de Cassidy. Elle murmura quelques mots, d’une voix basse, tentant de contrôler son inquiétude même si on pouvait très bien savoir ce qu’elle ressentait.

« T’as intérêt à faire attention parce que …. Parce que… »

Parce que quoi d’ailleurs ? Elle l’aimait bien ? Elle ne voulait pas le revoir souffrir même si c’était son métier ? Qu’elle ne voulait pas le perdre… pas une nouvelle fois ? Trop de raisons, mais qu’il ne comprendrait peut être pas… ou ne voudrait pas comprendre. Elle inspira profondément, secouant la tête mal à l’aise. Une idée vite !

« Parce que sinon je te mords les fesses ! »

Ah ben ça pour un avertissement… Il se mit à rire mais sans se moquer d’elle. Cassidy était tellement chamboulée qu’elle avait balancé la première chose qui lui venait à l’esprit. Mordre ses fesses. Super la menace ! Ah ben bravo ! Il répliqua alors, la rassurant, elle grommela.

« Jveux plus te voir avec ces grosses blessures… Débrouille-toi mais reviens pas trop amoché… Ah et surtout pas le visage ! »

…dit la demoiselle qui portait fièrement une cicatrice à l’œil droit. Il répliqua une nouvelle fois. Elle montrait qu’elle lui portait de l’intérêt et pas qu’un peu… Réagissant directement en l’avertissant et le plus important… « reviens… ». Revenir près d’elle… Elle n’avait pas fait exprès bien sûr mais ça voulait dire beaucoup de choses.

Elle continua de manger son sandwich et boire le thé, regardant le paysage autour d’elle. Un peu plus tard, alors qu’elle observait les alentours, pensive, il lui proposa de se transformer. Cassidy se tourna vers le beau jeune homme, le regardant d’abord avec sérieux. Il n’avait pas oublié apparemment. Puis elle lui fit un sourire enthousiaste en hochant la tête, que oui elle voulait le voir sous sa deuxième forme. Enfin si ça le dérangeait pas bien sûr. Cassidy était cependant un peu fébrile alors qu’il descendait du rocher pour prendre un peu plus de place. Après tout, elle luttait bien contre sa haine des dragons. Elle l’avait vu un peu mais ça restait toujours pas très évident à regarder.

Curieuse cependant, son visage ne changeait pas et révélait une profonde curiosité en attendant. Et puis, la neige se souleva alors que le vent semblait se lever autour de Tristan. Elle mit instinctivement son bras devant son visage, pas pour se protéger, juste pour éviter les projections de neige dans les yeux puis cligna un instant des yeux. Devant elle se tenait un dragon noir et rouge. Pendant un instant, son corps se mit à réagir. Rappel d’une chaleur cuisante, étouffante… Mais l’absence de peur lui allait bien. Elle n’avait pas l’air traumatisée. Cependant, elle avait l’air très concentrée, le regardant du haut de son rocher, l’examinant. Contrôlant parfaitement ses émotions, elle détaillait le jeune dragon. Une chose la rassurait, il n’avait rien à voir avec l’autre. Plus petit, des écailles lisses, pas de piques, pas de cornes. Rien de particulièrement effrayant. Il se coucha alors sur le sol, comme pour se tasser, comme pour lui montrer qu’elle n’avait rien à craindre.

Cassidy descendit de son rocher et s’approcher lentement de lui. Elle l’observait, curieuse. Les deux grandes ailes autour de lui semblaient puissantes. C’était étrange d’imaginer telle chose. Bien sûr, les druides se transformaient aussi en animaux et certains humains avaient également ce don. Mais personne ne se transformait en dragon. Lui aussi la regardait. Mais elle ne pouvait pas savoir ce qu’il pensait. Elle restait silencieuse pendant un moment. Il n’y avait pas de dégoût sur son visage, ni de peur, ni de haine. Juste de la curiosité et une énorme envie de se familiariser à cette forme. C’est alors qu’elle eut une idée.

« Essaie de parler comme la dernière fois dans ma tête… J’ai réussi à t’entendre… Ca serait plus simple si on arrive à communiquer »

Il tenta alors quelque chose et elle l’entendit. Pas beaucoup de mots. Mais cela suffit pour faire sourire la petite demoiselle alors qu’elle hochait la tête. Et puis elle fit encore quelques pas, se rapprochant de sa tête alors qu’il était vraiment soumis, ne bougeant pas pour ne pas la frustrer. Elle prenait son temps pour l’observer, se familiariser à lui. Elle ne disait pas qu’il était super ni quoi que ce soit et elle ne savait pas vraiment comment lui dire qu’elle l’acceptait comme il était. Puis elle eut une nouvelle requête.

« Je… je peux te… toucher ? »

Le dragon semblait d’accord, en tout cas elle entendit sa réponse mentale.

Lentement, avec douceur, elle s’approcha, s’accroupit près d’un de ses flans et approcha la main vers ses écailles. Après un moment d’hésitation, elle le toucha. C’était chaud et doux. Elle sentait les légers mouvements qui l’agitaient, témoins de sa respiration très calme. Sa cage thoracique se soulevant doucement. Il n’avait rien à voir avec l’autre dragon… Il n’avait pas cette folle envie meurtrière de l’attaquer… Il ne lui ressemblait pas, loin de là. Il était même plutôt rassurant et ça c’était troublant mais en même temps normal. Tristan ne lui avait jamais rien fait de mal. Que ce soit sous sa forme de dragon ou humaine. Elle avait confiance en lui… Et ce sentiment, bien ancré au fond d’elle, l’aidait à affronter sa haine des dragons. Parce qu’elle croyait en lui. Toujours silencieuse, elle fit glisser sa main sur son dos, ses doigts rencontrant les bosselures des petites écailles.

Pendant un instant, elle songea à voler. Sa main parcourait doucement la courbe de son dos. Mais jamais elle ne le lui aurait demandé. Ce n’était pas à elle de s’imposer impérieusement. De lui dire qu’elle voulait voler avec lui. Elle avait fait le premier pas, celui de vouloir le connaître. Mais elle ne le faisait aucunement pour profiter de lui. Et si jamais il voulait l’accepter sur son dos, alors elle ne dirait pas non. La jeune femme avait eu un très bref aperçu… mouvementé et sans les menottes ça aurait été bien plus agréable. Mais elle ne cherchait pas à le contraindre. Même si il allait peut être accepter. Elle l’attendait. Il fallait que ça vienne de lui. Et si il ne pensait pas alors elle ne lui en tiendrait pas rigueur. Cassidy était loin de se douter que cette même idée agitait l’esprit de Tristan.

Elle continuait de lui caresser le dos avant de faire le tour et de revenir s’agenouiller en face de lui. Pendant un instant, elle se perdit dans son regard orangé. Toujours de la douceur dans son regard, une acceptation de sa forme de dragon. Le temps semblait durer une éternité mais la jeune femme sentait quelque chose d’étrange… Comme si quelque chose le reliait à lui. Elle ne comprit pas mais elle se sentait attirée par lui. Pas sexuellement bien que oui elle était toujours attirée par lui pour ça mais… autre chose.

Doucement, elle rapprocha la main de sa tête alors qu’il la posa doucement sur sa paume, émettant un grognement timide. La jeune femme se mit à sourire doucement. C’était Tristan… pas n’importe qui. C’était bien lui et jamais il ne lui ferait de mal. Elle murmura alors un merci. Elle était émue, touchée et troublée par ce contact avec lui. Finalement il reprit son apparence humaine et s’approcha d’elle. Elle allait bien. Il lui dit quelques phrases et la jeune femme prit doucement sa main pour la serrer dans sa paume, puis la conduire à son cœur, instinctivement.

Finalement, il rompit le charme en parlant de combat. Qu’il allait l’entraîner. Elle le regarda avec étonnement. Le jeune homme commença sa leçon en lui parlant des différents coups et gestes qu’on pouvait faire. Il expliquait qu’il n’y avait pas besoin d’arme et qu’on pouvait très bien désarmé.

S’ensuivit une très longue leçon où il lui montrait plusieurs techniques. Ca les rapprochait beaucoup beaucoup… Elle essayait de l’écouter, de lui obéir mais avec toute cette proximité, difficile de penser à autre chose. A chaque fois qu’il la touchait elle frissonnait. Surtout il voulait lui montrer une prise où ils étaient… très collés serrés. Ce qui n’était pas une bonne idée en soi.

Finalement il lui montra un coup où on pouvait balayer la jambe de son adversaire pour le faire tomber à la renverse. Elle avait obéit, avec un peu trop de volonté et il bascula en arrière. Cassidy, si douée, fut entrainée dans sa chute et il la rattrapa. Ils se mirent à rire alors. Puis elle au dessus, elle le taquina en déclarant qu’elle avait d’autres méthodes pour le désarmer, bien plus efficaces ! Baisers, caresses, elle le tentait comme un beau diable. Au départ il voulait rester un peu plus sérieux mais force est de constater qu’elle était bien trop forte pour qu’il reste stoïque face à ses gestes. Baisers de plus en plus enflammés, ils roulaient dans la neige en riant. En fait même le froid ne les dérangeait. A force de se chauffer, de se tenter. Mais quand on commence à enlever les pantalons… ça douillait sévère. Elle se redressa et le conduisit un peu plus loin. Il y avait une sorte d’abri creusé dans la roche à l’abri du froid.

Puis malicieuse, elle recommença à l’embrasser. Ils avaient posés leurs manteaux par terre pour ne pas se faire mal. Enlevant quand même juste leurs pantalons. Passionnés, amoureux, la demoiselle devenait folle à l’attendre. Et pourtant il prenait tout son temps. Ce qu’elle adorait aussi. Pourvu que personne ne passait dans le coin parce que quand même, à entendre leurs gémissements, n’importe quel couple les aurait envier. Un long moment, délicieux. Elle semblait de jour en jour apprécier ce qu’elle faisait avec lui. Faire l’amour avec lui c’était simplement incroyable. Cela leur prit un moment et ils prolongèrent le plaisir à leur maximum.

Et puis, après avoir repris leur souffle, ils se rhabillèrent du mieux qu’ils purent pour rentrer, la nuit commençant à apparaître. Fourbus mais heureux, main dans la main. Les deux jeunes gens se rendirent à leur chambre, pour aller prendre une bonne douche. C’est qu’ils avaient bien transpiré !

Cassidy passa la première mais Tristan ne tarda pas à la rejoindre, boudant et réclamant sa présence, surtout qu’il n’avait pas eu l’occasion de profiter dans la neige de ses superbes formes, à cause de leurs vêtements qu’ils devaient garder un minimum pour éviter la crise de froid. Sauf que la douche était étroite… Elle râla pour la forme et lui tourna le dos. Mais il s’était collé à elle. Elle ne pouvait que sentir sa virilité et émit un hoquet de surprise alors que ses mains devinrent plus baladeuses. Elle l’avait fait craqué sous la neige, il la ferait craquer sous la douche ! Mais quand allaient-ils s’arrêter ?

C’est le ventre de Cassidy qui les rappela à l’ordre alors qu’elle gargouillait horriblement, ce qui faisait bien rire Tristan. Ils finirent par s’habiller pour aller au restaurant. La jeune femme tenait absolument à choisir le premier dessert officiel de son beau compagnon. Elle était très concentrée sur le menu, prenant beaucoup de temps pour réfléchir, si bien qu’il la taquina à son sujet. C’est alors qu’elle eut fait son choix.

« Alors ça sera une tartelette aux fruits pour moi et une mousse à la fraise pour mon compagnon »

Elle souriait en rendant le menu, sans se rendre compte de l’énorme gaffe qu’elle avait encore commise. Mais la jeune femme semblait enthousiaste. Ils parlèrent un peu de tout et rien, puis elle se fit plus pensive en mangeant une bouchée de son plat avant de poser une question un peu plus sensible.

« Dis… quand tu es sous forme de dragon, ça t’es déjà arrivé de… faire du mal à quelqu’un qui ne t’avait rien fait ? Sans le vouloir vraiment ? »

Elle pensait notamment aux pulsions, au côté un peu animal et parfois instinctif. Après tout, il avait déjà mangé ses bourreaux alors… peut être que des émotions fortes le faisaient déraper mais elle voulait en avoir le cœur net. Elle ne demandait pas ça méchamment pour le juger, juste, et il devrait peut être le comprendre, même si il est très gentil et qu’elle lui faisait confiance, la demoiselle préférait avoir une réponse de sa part. Elle lui prit doucement la main.

« Ne t’inquiète pas… J’ai bien vu tout à l’heure que je n’avais rien à craindre de toi. Mais je repensais aux émotions fortes… et je me demandais si ça pouvait faire déraper un dragon… n’importe lequel, pas forcément toi »

Il semblait bien choisir ses mots mais elle fut satisfaite de la réponse.

Encore une fois, ils se rendirent à une taverne pour danser. Elle appréciait beaucoup passer du temps en sa compagnie et même si elle avouait aimer les parties de jambes en l’air avec lui, tout lui plaisait. Elle ne s’était jamais autant amusée en dansant. Parfois des personnes venaient leur parler, curieux. A un moment, Cassidy prévint Tristan. Elle sortait car elle avait juste un peu chaud mais qu’elle reviendrait rapidement. Il était occupé avec quelques hommes qui voulaient faire un peu la conversation.

La jeune femme sortit à l’extérieur et contourna la taverne pour se poser un peu au calme. Elle se mit à sourire. Oh elle adorait être avec Tristan, c’est juste que parfois ses chaleurs la rattrapait un peu alors, ça lui faisait du bien de sentir l’air frais sur son visage. Elle n’était apparemment pas la seule dehors car deux voix féminines parlaient pas loin d’elle, du côté de la réserve. Elle tendit l’oreille en entendant le mot Drakkari.

-… avec ce Drakkari… Mais cette petite peste ne le lâche quasiment jamais…
- On pourrait peut être la menacer un peu non ? Il faut bien qu’elle comprenne qu’elle a déjà quelqu’un et que prendre un homme aussi beau, qui a l’air célibataire, ça ne se fait vraiment pas.
- Oh c’est vrai qu’il est vraiment séduisant. Je suis curieuse de savoir ce qu’il cache derrière ses tuniques moulantes… En plus les Drakkaris sont réputés pour être… whaaaa…


Cassidy fronça les sourcils et s’approcha des deux femmes d’un pas ferme. Elle remarqua tout de suite qu’elles étaient loin d’être fragiles et plutôt bien entraînées en regardant leurs carrures. Et grande. La jeune femme ouvrit la bouche d’un air sec.

« Personne ne touchera à Tristan c’est compris ? »

Elles semblaient surprises mais intéressées de voir l’objet de leur jalousie se planter devant elles.

- Oh et tu vas faire quoi pour nous en empêcher ? Retourne avec Jilian et laisse les célibataires aux autres. Il est bien trop gentil pour te permettre de coucher à droite à gauche, petite trainée !

La colère commençait à monter dans l’esprit de Cassidy. Elle tenta de garder son calme, les snobant royalement et ouvrit ses doigts d’un air plus menaçant.

« Un, ma relation avec Jilian ne vous regarde pas. De deux vous allez retirer vos paroles tout de suite avant que je me mette en colère »

Elles se mirent à rire. Cassidy serra le poing. Une des femmes se redressa et s’approcha avec un air de défi sur le visage. Elle faisait bien une tête de plus que la petite blonde.

- Sinon quoi ? T’as rien dans le ventre. T’as beau mettre les hommes de ton côté mais ça ne veut rien dire… petite trainée

Cassidy leva le poing. Là c’était trop. Mais l’autre était plus rapide. BAM, le coup vola pile dans le visage de Cassidy qui se retrouva projetée en arrière. Son œil lui faisait mal, elle aurait sûrement un coquard. Elle laissa alors la colère l’envahir tout en se redressant.

« Tu as fais une erreur pintade… Et sache que tu vas le regretter »

Elle avait tapé du pied, voulant utiliser « sa magie noire ». Mais rien ne vint. Quoi ?! Pourquoi maintenant. Cassidy se mit en posture défensive. Magie ou pas elle n’allait pas se laisser marcher dessus quand même ! Mais sans sa magie, elle ne faisait pas du tout le poids. La Nordique l’attrapa par la gorge et la balança contre une caisse. Cassidy étouffa un grognement de douleur. Son dos avait morflé.

- Maintenant tu m’écoutes bien petite trainée. Tu vas laisser ce beau Drakkari tranquille, ok ? Si tu obéis, j’arrêterais

Cassidy était hors d’elle. Des menaces en plus ? Son dos lui faisait mal et pourtant elle trouva la force de se relever, fière et tellement digne. Du sang apparaissait au coin de sa lèvre. Pas une seule fois elle ne montra sa faiblesse, ni sa douleur. Pas une seule fois elle n’abdiqua. Ses jambes tremblantes, elle releva la tête, fixant droit dans les yeux son adversaire.

« Continue de frapper… Je ne laisserais pas Tristan et je ne t’obéirais pas »

Le regard de la Nordique se ferma alors qu’elle déplia son genou pour envoyer un sacré coup dans le ventre de Cassidy, le souffle coupé, elle tomba à terre une nouvelle fois, cherchant à récupérer son souffle. Têtue, elle se roula sur le côté pour prendre appui et se relever une nouvelle fois. Mais la Friholdienne leva le coude comme pour lui donner un coup sec dans le dos, agacée de voir que cette fille qui semblait si fragile lui tenait tête.

Le coup viendra-t-il ? Ou pas ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 22 Avr - 23:52

Je ne comprenais pas…
Ca n’avait pas de sens après tout.
Mon esprit est logique. On me demande d’apprendre, j’apprends. Je dois comprendre, je comprends. Et il y a une logique à toute chose finalement. Même pour la magie ou plutôt surtout pour la magie. Certes elle échappe la plupart du temps aux humains et je ne peux pas leur en vouloir mais il existe des règles voilà tout. En toute chose vit la magie, tout être vivant en contient d’une manière ou d’une autre. Je ne sais pas évidemment ce qu’il en est pour tous les dragons, je ne les connais pas. Je sais que j’en ai beaucoup aussi, ma transformation en est la preuve, elle serait impossible autrement après tout… Enfin… En toute chose demeure une logique. Pourtant, Cassidy, elle, elle n’avait absolument rien de logique. Bien sûr elle agissait selon sa logique et sa manière d’être était logiquement liée à tout ce qu’elle avait vécu, en elle-même, elle était logique. Mais sa magie ou plutôt ce que j’avais vu se manifester n’était pas logique, pas avec ce que je voyais, ce que je sentais et ce que je savais d’elle… Sans doute pas assez tout simplement.
Mais le vrai illogisme la concernant ? Il s’attachait à deux points. Le premier, celui que je ne comprenais que trop mal c’était l’apaisement et l’énergie extraordinaires que je ressentais près d’elle. Je me sentais bizarre quand elle était près de moi… J’avais l’étrange impression d’avoir tout à lui prouver et je me sentais pris de l’envie de me battre et de faire tout un tas de trucs extravagants pour l’impressionner… J’avais vu tant d’humains se pavaner devant de jolies femmes de cette manière, j’avais toujours trouvé cela stupide et incompréhensible. Je savais bien sûr que c’était dans un souci de plaire plus qu’un autre à la demoiselle en question… Mais ce n’était pas vraiment… Enfin je ne m’étais jamais comporté de la sorte et surtout qui affronter ? J’étais pourtant seul avec elle ! Et ça ce n’était rien par rapport au sommeil. Nous ne dormions pas énormément après tout et nous dépensions… beaucoup… vraiment beaucoup… Son appétit sexuel était pour me ravir mais je pensais être repu et surtout épuisé pour ma part. Bon… pas repu… La vue de ses jolies fesses suffisait à elle seule à me remettre sur la béquille ! Mais disons épuisé oui… Sauf que je n’avais jamais été aussi reposé… Sauf après mon coma évidemment mais ce n’est décidément pas une référence… Et elle aussi avait l’air reposée… Pourtant le nombre d’heures de sommeil que nous avions était… en dessous de ce qu’il faut d’ordinaire et très en dessous de ce qu’il nous aurait fallu vu notre dépense d’énergie !… Etrange… Illogique…

Le deuxième point justement c’était le sexe… C’était le pire… Rien de moins logique ne pouvait exister. Honnêtement, je suis grand, très grand et elle est beaucoup plus petite que moi, déjà en ça… nous n’allons pas du tout ensemble ! Physiquement il y a aussi… Enfin… je me répète dans mes pensées certes mais elle a les hanches diablement étroites, ce qui est un putain de merveilleux délice, sérieusement, je comprends ses amants ! Même un gars beaucoup moins bien monté que moi devrait jouir en quelques coups de reins seulement tellement c’est bon d’être serré de la sorte… Et c’est qu’elle maitrise aussi ses muscles pour ça… Mh… Enfin voilà… Techniquement ça ne passe pas. Bon d’accord, les femmes accouchent et leur incroyable capacité à donner la vie montre que leur corps est… sacrément déformable mais quand même ! Du peu que j’en sais ça fait super mal !!!! Enfin je ne suis pas en train de comparer mon sexe à la tête d’un bébé ! Loin de là ! La pauvre… Seulement… Enfin… Je ne comprends pas qu’elle n’ait pas mal… A part des courbatures elle semble aller tellement bien… et c’est comme si son corps s’adaptait au mien mais… super vite. La première fois ça a un peu coincé d’accord mais si peu de temps et surtout… enfin c’était génial, juste génial ! Et ça l’est de plus en plus mais ça non plus ça n’est pas logique. D’accord on se connait, on sait ce qui plait à l’autre mais… Pourquoi… Comment est-ce que ça peut être chaque fois mieux ? Comment ça peut être si… parfait ?

Je m’étais mis bêtement à penser à tout ça alors qu’elle se préparait. J’avais besoin de m’occuper l’esprit… Et de trouver un sens à ce que je voyais… D’ailleurs la regarder… Mauvaise idée. Je lui aurais bien enlevé ses vêtements là et… Décidément je passe pour un bel obsédé… Qu’elle doive si vite partir, ça me faisait quelque chose… J’avais l’impression de louper un truc, je ne sais pas… Comme si… c’était important de rester avec elle, un peu plus, juste un peu plus. Je me permis une remarque pour rendre la situation plus drôle, moins… cérémonieuse en quelque sorte et moins pesante surtout. J’avais commencé à faire ça sans m’en rendre compte, plaisanter sur tout, la taquiner sur tout. Je ne savais pas trop pourquoi. Je crois que c’était parce qu’elle souriait à chaque fois. Que j’adorais la voir sourire. Enfin elle souriait presque tout le temps quand elle était près de moi mais… c’était un autre sourire, amusé, fugace, un petit… je ne sais pas un petit truc en plus qui le rendait unique, chaque fois unique. Elle eut le culot de tenter de m’agacer comme je l’avais fait avec elle la veille en proposant de me vêtir davantage si je la gênais. D’ailleurs sa réaction avait été sans appel et m’avait… ravi. Je lui plaisais… J’adorais cette idée… Bref! Elle avait tenté de me rendre la monnaie de ma pièce mais je ne pouvais pas me contenter de la plagier même si mon avis était le même. Je me contentais d’un léger haussement d’épaules et d’un ton tout ce qu’il y a de plus sérieux, allant dans son sens.

Oui, tu peux…

Elle pouvait la mettre sa chemise de nuit, je n’y voyais aucune objection, du moins… Mon regard devint clairement d’une lubricité déstabilisante alors que je continuais de parler calmement et très sérieusement qui plus est !

Après tout les chemises de nuit ça s’arrache très facilement…

Ce que je comptais faire ? Sans nul doute… Je m’étais déjà bien trop habitué au plaisir de la vue de son corps nu et du plaisir plus grand encore de la sensation de ce dernier contre moi… Que ce soit pour faire l’amour… ou simplement un câlin d’ailleurs…
Elle s’était éloignée après m’avoir tiré la langue mais son regard en disait long, j’y avais bien vu la pointe de provocation et celle du désir qu’elle essayait de faire taire.
Quand elle revint vers moi c’était pour me soumettre une étrange théorie qui me permit de dire qu’il y avait encore plus de choses illogiques la concernant justement…
C’est vrai… Ces guérisons, les siennes, la mienne, mon problème avec le sucre qui disparaissait spontanément. Je parlais de magie, pour moi ça en était mais le fonctionnement en lui-même et la raison de celui-ci… encore une fois: illogique. Elle parlait de lien entre nous deux. Ce mot… Je ne sais pas pourquoi mais quand elle le dit ça me fit quelque chose. C’était à la fois agréable et dérangeant. Je ne comprenais pas pourquoi.
Quand elle partit je l’observais assez abattu, sans comprendre au juste pourquoi. Ca me faisait bizarre. Ce n’était pas très agréable. Je devais avoir faim… Encore.
Plusieurs fois je repensais à notre nuit, merveilleuse et langoureuse. A une ou deux reprises j’avais fait un geste vers ses bracelets de force, ses longs protège poignets qui lui couvraient presque tout l’avant bras. Elle s’était crispée, j’avais aussitôt détourné mon geste l’air de rien. J’avais bien vu qu’elle ne les enlevait jamais. Je ne savais pas pourquoi… D’autres coups ? D’autres marques ? Vu qu’elle m’avait exposé son dos très vite sans problème ce devait être bien plus important, bien plus grave et ça ça ne m’enchantait pas des masses. Le cuir était probablement enchanté d’ailleurs ou alors c’était du travail d’elfes car il semblait très fin et bien respirant alors qu’un travail grossier d’un artisan quelconque lui aurait valu d’étouffer et de faire courir des risques pour la peau délicate de ses bras… Après tout… Elle avait besoin de respirer non ? Que cachait-elle ? Et pourquoi ? Je ne lui demanderais pas évidemment. Elle ne savait pas tout de moi non plus. C’était normal après tout. D’ailleurs je ne savais même pas pourquoi je lui avais tant dit… J’aimais bien lui parler, c’était simple et naturel… mais quand même…



La journée s’était vite écoulée finalement.
Elle n’était pas à la boutique quand j’étais passé chercher ma potion. Mais ce n’était probablement pas si mal dans le fond, même si j’étais un peu déçu je crois. Je pense que si elle avait été là… Enfin je ne sais pas trop comment j’aurais réagit. Autant devant sa patronne je me sentais un peu pataud et pas vraiment à ma place, autant j’étais tellement à l’aise avec elle que je n’étais pas certain de pouvoir tenir compte de la patronne en question…
Je l’avais finalement retrouvée dans son petit coin en suivant son odeur et mon instinct surtout je crois. En fait je l’avais trouvée très facilement, quand je m’étais concentrée sur son souvenir tout du moins…
J’ouvris les bras à temps pour la réceptionner et ne compris pas que je les refermais déjà sur elle. Mon coeur battait fort, sans doute à cause de la marche, la côte était raide pour la rejoindre dans cette clairière mais la vue valait le détour. Enfin j’imagine… Je ne regardais pas vraiment autour de moi, tout occupé que j’étais à la presser contre mon torse. Elle sentait bon… Pourtant nous avions utilisés les mêmes sels de bain, le même savon, mais sa peau gardait une odeur fruité, fleurie, autre… Tellement agréable… Je l’avais un peu grondée mais ce n’était pas pour la faire culpabiliser ni quoi que ce soit. C’était plus facile de la gronder gentiment plutôt que de lui dire… que je préférais être près d’elle quand elle utilisait sa magie. J’avais bien vu le mal que ça lui avait fait la veille. J’avais vu que je la calmais également… Je préférais être là. Je ne voulais pas qu’elle se blesse bêtement… C’était peut-être un peu égoïste, l’envie d’être près d’elle… De lui servir à quelque chose…
Le repas-goûter semblait bienvenu et elle semblait ravie ! Je souris, ravi d’avoir pu lui faire plaisir et me doutant bien qu’elle n’avait pas forcément pensé à manger. Après tout, elle avait dû finir avant midi et était probablement là depuis un bon moment, inconsciente du temps qui filait. Nous mangeâmes tranquillement, je lui parlais de ma « mission »… Je la sentais un peu sceptique… Je me permis d’ajouter après un instant que je n’étais pas là spécialement en tant que Cheistam, plutôt en tant que guerrier. Je n’acceptai pas le travail en échange d’une contrepartie politique… J’aurais pu lui expliquer également que je rendais des comptes à certaines personnes mais pas systématiquement, je pouvais également travailler uniquement pour moi si je le souhaitais… J’avais eu ce droit avec ma promotion… tant que je restais discret on ne me demandait pas de compte. La preuve ? Certains de mes supérieurs devaient bien savoir que c’était moi pour la maison close… et j’aurais peut-être quelques ennuis sur le tard mais je restais tranquille pour l’instant..
Elle ne m’en demanda pas plus, j’en conclus qu’elle ne voulait pas en savoir davantage…

Sauf qu’elle me dit quelque chose de bien étrange… J’avais intérêt à faire attention. C’était bien mon intention oui sauf qu’elle n’avait pas fini sa phrase, cherchant ses mots, bredouillant. Elle était bizarre tout à coup, sans que je comprenne pourquoi au juste. Elle se mit à rougir avant de me sortir une menace… vraiment particulière.


Le jeune homme éclata de rire, un rire franc, tout ce qu’il y a de plus sincère même s’il ne dura guère longtemps. Il ne se moquait pas d’elle, loin de là, mais elle avait réussi à le prendre complètement au dépourvu. Il se pencha sur elle en souriant, la déshabillant du regard.

Si mes fesses t’intéressent tant que ça pas besoin de fausses menaces, elles sont toutes à toi…

Provocant une fois de plus. Pourtant il avait dit quelque chose sans même s’en apercevoir. Quelque chose qui pouvait être interprété d’une manière bien particulière et personnelle… Il se disait un peu tout à elle en quelque sorte là, comme ça, sans complexe ni quoi que ce soit. Peut-être tout simplement parce qu’il n’y avait pas de complexe à avoir, peut-être, plus probable, parce qu’il était encore dans son petit jeu de provocation et que ses mots n’étaient pas à prendre au sérieux.
Mais elle n’avait pas l’air si bien que ça alors il tempéra ses paroles, déposant de doux baisers papillons sur ses paupières en prenant son visage dans ses mains pour qu’elle se tourne vers lui.

Cassy… Je fais attention, je te promets…

Sauf qu’elle répliqua de nouveau et le jeune homme se figea. Elle avait l’air sacrément inquiète pour lui. Elle parla même de son visage. Il aurait dû faire attention et être attentif, peut-être plus sérieux. Mais elle l’avait chamboulé à son tour et il préférait faire l’idiot une fois de plus, même s’il était plus tempéré. Il rapprocha dangereusement son visage du sien.

Je sais que j’ai une belle gueule mais quand même… Tu ne me trouverais pas plus sexy avec une belle cicatrice bien virile ? Ou mieux de la barbe et des poils partout !!!!!

Ca tourna aussitôt en chamaillerie gentille et ils chassèrent le vilain sujet alors qu’il gagnait en l’enlaçant, ce qui avait le don de les calmer tous les deux. C’est sans la regarder qu’il revint sur ses paroles.

Je ne prendrais pas le risque de te causer la moindre inquiétude…

C’était sincère…
Et puis elle aussi y allait dans ses paroles… Elle lui demandait de lui revenir entier après tout. Pas juste de faire attention… Non… de lui revenir entier…
Il lui avait proposé de se transformer et ça avait été un moment d’une grande intensité pour tous les deux.
Il la sentit un peu étrange, un peu tendue même si elle ne laissait rien transparaitre. Le dragon resta parfaitement immobile, attendant, patient, ne voulant à aucun moment risquer de la brusquer. Il aurait pu se montrer joyeux et se mettre à voler pour lui montrer de quoi il était capable mais il restait au sol ce qui ne faisait que peu honneur à ses capacités mais peu importait à vrai dire. Elle lui demanda de lui parler… Il pencha légèrement la tête. La dernière fois c’était plus du hasard qu’autre chose, il ne savait pas vraiment comment il avait fait cela. Il l’avait fait c’est tout. Il se concentra mais il fallut plusieurs minutes pour que quelques mots isolés émergent enfin.

Marche pas… Pas facile… Sympa le décolleté…

Oui évidemment… Pas sérieux très longtemps, néanmoins ce n’était quand même pas sa faute si la petite demoiselle avait délacé le devant de sa tunique pour respirer un peu suite à tous ses efforts magiques. Ca eut au moins l’avantage de la faire sourire et il comprit immédiatement qu’elle l’avait entendu puisqu’elle baissa les yeux vers ledit décolleté mais ne le relaça pas… Ce qui n’était pas pour lui déplaire !!!!
Elle voulut le toucher, il acquiesça et aurait bien voulu avancer directement vers elle mais ne voulant prendre aucun risque une fois de plus il demeura immobile.
Elle le toucha finalement au niveau du flanc gauche.
Effectivement, contrairement à d’autres de ses congénères il avait de toutes petites écailles par millions qui étaient certes plus grandes que celles qui constituaient techniquement une peau humaine mais suffisamment petites et imbriquées pour lui donner un aspect très lisse. C’était bien nécessaire, lui offrant bien peu de résistance au vent et son absence de cornes et de piques n’était pas non plus sans raison. Ca aurait été une force répulsive pour le vent. Celui-ci devait lui glisser dessus et le jeune dragon fendre l’air à une vitesse hallucinante vu comment il était équipé. La taille de ses ailes était également sacrément révélatrice. Pour sa taille ses ailes étaient d’une envergure impressionnante et s’il les écartait il devait pouvoir rivaliser en taille avec bon nombre de ses congénères beaucoup plus imposants ! La chaleur se dispensait bien dans tout son corps et irradiait de ses écailles, une vraie chaudière ! Sous les écailles les muscles étaient puissants, vraiment puissants, les voir au repos prouvait bien la maitrise qu’il devait avoir sur lui-même… Une fois de plus il restait immobile même s’il sentit aussitôt sa main. Ce n’était pas parce qu’il était couvert d’écailles qu’il ne sentait rien, bien au contraire d’ailleurs !
Elle le caressa un instant, c’était agréable et il ferma paresseusement les yeux même s’il restait très attentif à elle. Elle finit face à lui, l’observant. Elle le regardait bizarrement même s’il comprit très vite à son air calme et apaisé qu’elle l’acceptait pleinement tel qu’il était et n’avait pas peur de lui, pas à un seul instant. Ca lui fit plaisir même s’il se rappelait bien qu’elle n’avait peur de rien (ou presque rien). Elle avança la main pour le caresser alors qu’il la fixait de ses grands yeux orange et c’est tout naturellement qu’il vint appuyer le bout de son museau contre sa paume fraîche, il aurait bien ronronné pour le coup…

Il se retransforma alors qu’elle semblait très… émotive et venait même mettre la main sur son coeur. Il ne comprit pas très bien… Sauf que ça avait l’air important pour elle évidemment mais si elle voulait qu’il la tripote… Non ce n’était pas ça, il le savait bien mais quand même… Sans un mot il la prit dans ses bras…


Je l’avais enlacée un moment. Ca semblait important, plus que les autres fois. Je sentais bien qu’il y avait quelque chose, qu’elle était contente que je lui ai montré qui j’étais, enfin l’autre partie de moi du moins. Elle en savait plus que beaucoup de gens sur moi. Je lui faisais confiance après tout…
Alors que je l’enlaçais toujours, agenouillé dans la neige, la pressant contre moi je lui proposais de s’entrainer. Elle se crispa un peu en me regardant avec une mine absolument adorable. En fait dans sa mimique elle m’annonçait déjà la couleur: une grande maladresse malgré un corps grandement capable !
J’eus tout loisir de le vérifier rapidement. Je lui fis procéder à un petit échauffement basique des articulations, ne voulant pas qu’elle se blesse dans un faux mouvement. Ca n’avait rien de bien compliqué et je le faisais en même temps qu’elle pour lui montrer le modèle à suivre. Bien décidé à lui montrer le combat rapproché puisque je n’avais pas apporté d’armes je commençais à lui montrer des mouvements dans le vide mais si elle s’avérait enthousiaste et volontaire elle semblait assez… en difficulté, mes gestes lui paraissant probablement abstraits…


Elle avait du mal à m’imiter quand j’étais en face d’elle et quand je fus à côté ce n’était pas vraiment mieux car elle ne voyait pas aussi bien mes gestes. Je finis par venir me placer contre elle, dans son dos, posant mes mains sur ses bras, ses mains, les guidant dans des gestes fluides qui restaient pourtant encore sacrément robotiques. Fluides c’était la théorie… Je l’aidais à se mettre en garde en faisant reculer l’une de ses jambes, vérifiant ses appuis, lui prodiguant des conseils.
J’étais conscient de changer radicalement. Même si je gardais un ton doux et parfaitement calme avec elle, j’étais beaucoup plus sérieux, je ne riais plus et ne plaisantais pas le moins du monde. Se battre était une histoire sérieuse après tout… Quand je lui faisais faire un mouvement, le répétant un moment en continuant de guider son corps je voyais que ça se passait bien, un peu moins quand je lui faisais de nouveau face et lui demander de refaire ce que je lui avais montré mais il y avait tout de même l’idée principale et je trouvais qu’elle ne se débrouillait pas si mal. Son corps mince aux muscles secs était un avantage dans la rapidité. Quand j’étais contre elle, je la sentais se crisper, surtout quand je me tenais vraiment serré à elle. Au début je ne compris pas, pensant qu’elle se sentait menacée et progressivement je remarquai son étourdissement quand mes mains glissaient sur sa taille, effleurait ses hanches. Je profitai qu’elle me tourne le dos pour sourire. Normalement je ne plaisantais pas avec l’entrainement mais j’avoue qu’elle m’amusait… Si je l’avais observée faire de la magie, nul doute que j’aurais été celui tiraillé par ses pulsions… Cette pensée m’étourdit suffisamment pour qu’elle me déséquilibre suite à la tentative de reproduction d’un mouvement que je venais de lui montrer. Ce n’était pas mal du tout et elle avait réussi à me surprendre. Je l’aurais bien félicité mais son manque d’équilibre était flagrant… Elle me tombait un peu dessus à vrai dire ! Bon… Elle était un petit gabarit. Je ferai mieux de lui apprendre à utiliser le poids de son adversaire contre celui-ci. Elle avait peu de chance de se retrouver face à moins lourd qu’elle… Vraiment peu de chance. Par contre contre une grosse brute, si elle savait se défendre un minimum… ce serait très bien !
J’allais lui proposer de nouveaux mouvements quand elle commença à me taquiner avec des prétendues méthodes plus efficaces. Je ne compris pas avant qu’elle m’embrasse. Là je compris parce que j’oubliais instantanément le petit programme que je lui préparais mentalement.



Ils s’embrassèrent de plus en plus passionnément et il céda bien vite aux avances de la jeune femme, trop content de remettre le couvert en tant que perpétuel affamé. Mais le sol était froid, la neige en même temps n’était pas réputée pour sa chaleur. Elle l’amena à l’écart, une sorte d’abri. Autoritaire, elle se pendit à son cou et il céda immédiatement bien content de lui obéir et assez peu discret physiquement quant à son enthousiasme. Le froid les obligea pourtant à rester en grande partie habillés ce qui n’était pas vraiment au goût du grand jeune homme mais l’impatience les guidait et puis… C’était probablement nécessaire. Avec sa chaleur corporelle et… l’ardeur qu’il mettait à la tâche il ne risquait pas de prendre froid mais elle un peu plus tout de même, non ?
Ca avait été formidable une fois de plus et ils s’étaient regardés comme deux adolescents pris en flagrant délit de polissonnerie alors qu’ils se rhabillaient, se souriant un peu bêtement. Ils avaient pris leur temps pour rentrer, profitant des dernières lueurs du jour et du coucher du soleil sur les montagnes…


J’entendais le bruit de l’eau depuis la chambre, devinant le fluide qui glissait sur le corps mince de Cassidy. Je finis par entrer dans la salle de bain et aviser la baignoire qu’elle avait délaissée pour la petite douche dans un coin, très sommaire, fonctionnelle, mais qui garantissait un lavage plus rapide. J’avais refermé la porte, la détaillant avec un intérêt certain. L’eau qui glissait sur elle épousait parfaitement chacune de ses courbes, s’accrochait à ses longs cheveux d’or pour finir entre ses mignons petits orteils… En même temps tout était tellement mignon chez elle… Je lui signalais ma présence mais elle m’avait déjà repéré, me disant d’attendre un peu, qu’elle avait presque fini. Je n’étais pas d’accord et me déshabillais rapidement pour la rejoindre. C’est qu’elle m’abandonnait une fois de plus et je n’étais pas tellement d’accord et puis… j’adorais la reluquer certes mais mes mains aussi… adoraient…
Elle se détourna pour me montrer probablement que j’avais un comportement bien enfantin mais je l’avais vue rougir quand j’avais fini nu comme un ver. C’étaient mes abdos qui lui faisaient cet effet ? Ou le fait de bander ? Non parce qu’elle allait devoir s’y habituer, elle avait un effet assez radical sur mon corps après tout !


Puisqu’elle voulait m’ignorer, je devais lui rappeler ma présence… Encore sec, j’en profitais pour me coller à son dos et ses jolies fesses. Bon, notre différence de taille était un peu gênante pour ça une fois de plus… Après tout, je collais plus ma virilité contre son dos que contre ses fesses mais peu importe, l’idée était juste qu’elle prenne conscience de mon… intérêt pour sa petite personne. Oh j’avais été très satisfait de notre petit moment dans les bois mais… ça m’avait juste ouvert l’appétit. Et elle était diablement appétissante. Elle voulut résister je crois. Un peu… Juste pour la forme. Ou par défi, je ne sais pas, mais elle avait oublié que je jouais très bien à ce jeu-là. Je ne la laissais pas se retourner, même quand elle essaya pour la huitième fois de me faire face. Je la caressais, la laissant sous le jet d’eau chaude et m’y glissant un peu par la même occasion. Au début c’était presque sage puis je m’étais mis à caresser doucement sa poitrine, plus sensuellement, me délectant de ses soupirs. Et puis alors que je continuais mon manège mon autre main, bien décidée à remplir une toute autre mission était partie à la conquête du reste de son corps, se focalisant vite, très vite, trop peut-être sur son intimité. Pauvre Cassidy… Croyait-elle vraiment pouvoir me résister. Ses soupirs devint gémissements que l’une de ses mains se serrait sur mon poignet, donnant autant l’impression de vouloir m’arrêter que de vouloir me faire continuer mes attouchements. Elle m’insulta tout bas entre deux soupirs, je souris, les lèvres contre sa nuque, écartais mes mains pour la laisser se retourner. Il y avait autant de désir que de fureur dans son regard… A cause de ce que j’avais fait ou parce que je m’étais arrêté, je ne sais pas. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais je ne sus jamais ce que c’était. Je l’avais embrassée fiévreusement, attrapée, soulevée du sol, plaqué contre le mur alors que même si elle était surprise, elle avait le réflexe d’entourer mes hanches de ses jambes. Dans le même mouvement je m’étais glissé en elle, sans avertissement, ça nous fit tous les deux hoqueter de surprise une fois de plus alors que ce même hoquet se muait en gémissement de plaisir. J’enfouis mon visage contre son épaule en commençant un furieux va-et-vient que je ne contrôlais qu’à peine. Je crois qu’au fond nous étions aussi impatient l’un que l’autre. Moi en tous les cas je ne pouvais pas résister davantage. Nous fîmes trembler le mur… En tous les cas mes coups de reins le firent. Cassidy avait une résistance incroyable et une souplesse… délicieuse ! Je faillis glisser sur le savon tombé au sol et l’eau avait fini par s’éteindre très vite alors que nous n’en étions qu’au hors d’oeuvre de plaisir que je nous réservais !

Halètement, gémissements, cris, claquements de chair… Voilà des sons qui prenaient à mes oreilles une connotation toute nouvelle. Je gardais le rythme et une fois de plus un même orgasme nous emporta tous deux. Epuisé et respirant avec peine, je m’étais enfin immobilisé, encore en elle, la soutenant toujours, pas le moins du monde fatigué de la porter. Elle m’avait serré si fort contre elle au dernier moment, j’avais vraiment eu l’impression de ne plus être moi, d’être… autre chose… Je tremblais. Elle aussi. Elle me serra plus fort, se mettant à caresser mes cheveux, comme pour m’apaiser. Ca marchait bien. Fourbu, je me libérais d’elle avant de la redéposer doucement au sol, me sentant tout penaud pour la peine, me demandant si je n’avais pas mal agi mais à voir son regard je n’avais pas d’inquiétude à me faire à ce propos. Ses jambes tremblaient, je la soutenais gentiment en remettant l’eau en route, l’aidant à se laver mais cette fois-ci juste avec douceur, sans retenter quoi que ce soit… Nous étions momentanément repu après tout.

Une fois douché j’en profitais pour m’allonger quelques minutes sur le lit. Je me sentais bien, un peu fatigué mais bien, merveilleusement bien et c’était une nouveauté que j’apprenais à apprécier. Elle vint me rejoindre pour quelques câlins sages avant que son ventre ne se mette à gargouiller dans le silence de la pièce tel un vilain monstre affamé. Le comique de la situation vu sa petite tête toute penaude absolument adorable me fit éclater de rire. Mais elle était trop craquante pour que je résiste à l’envie de l’embrasser…



Ils partirent finalement manger. Leurs activités creusaient tout de même et pas qu’un peu ! Il la laissa de bon coeur choisir son dessert, promettant de partager avec elle, après tout même s’il était très content de pouvoir remanger des choses sucrées il gardait une préférence pour le salé… Il ne dit rien pour le « compagnon » et ne sembla d’ailleurs même pas remarquer la gaffe de la jeune femme. Le serveur par contre y prit grand garde. Après tout ils étaient bien assortis malgré leurs différences, non ? Ils mangeaient tranquillement quand elle lui posa une étrange question. Le jeune homme s’interrompit, l’observant puis reposa sa cuillère, croisant les mains, hésitant. Elle le rassura gentiment et il sourit.

Oui. Ca m’est arrivé plusieurs fois… Particulièrement quand j’ai changé. Je ne contrôlais pas ce nouveau corps trop puissant pour un adolescent assez paumé j’imagine… Je n’avais aucun contrôle sur mes pulsions. Elles étaient extrêmement fortes. Zack se contrôlait bien mieux que moi. En fait je ne l’ai jamais vu perdre son contrôle alors il m’aidait et m’empêchait de faire des bêtises que je pourrais regretter. Il m’est arrivé de blesser des gens sans le vouloir mais il était là pour m’arrêter en général et ça reste des cas exceptionnels. Il n’est… Enfin ce n’est absolument pas un guerrier. Il ne sait pas se battre et n’aime pas particulièrement ça. Mais il a les écailles les plus dures que je connaisse ! Et en tant que dragon de terre il pèse vraiment lourd ! A l’époque de notre changement il lui suffisait de s’asseoir sur moi pour m’immobiliser complètement ! Radical mais efficace ! Voilà… Après oui, ça peut arriver qu’un dragon dérape. Je ne sais pas vraiment comment ça se passe pour les autres, si nous sommes égaux vis-à-vis de nos pulsions quelles qu’elles soient. Les miennes sont assez brutales et j’ai dû apprendre à les contrôler. Mes bracelets m’aident et me coupent d’elles en partie, nécessaire à ma vie parmi les humains, mais il reste certains points sensibles… Je t’ai raconté comment je me suis acharné sur tes… bourreaux. Mais je crois que même si je l’avais pu je n’aurais pas voulu me contrôler là…

Il s’assombrit un peu puis se remit à sourire en la regardant, ne voulant absolument pas gâcher l’instant. Ils partirent sur une note plus joyeuse et il lui raconta spontanément des paysages qu’il pouvait voir depuis les cieux etc. De manière détournée, il finit par glisser qu’elle adorerait sûrement et que ce serait bien qu’elle puisse voir ça elle aussi… Non, ce qu’il faisait de manière détournée c’était l’idée de l’amener voler. Il savait que c’était insensé et qu’il n’avait pas le droit… Il le savait parfaitement… Mais… Enfin… C’était elle… Elle remettait beaucoup trop de choses en question.
Ils partirent finalement danser, s’amuser et ils éblouissaient par leur danse, parfaitement coordonnés et l’air de se connaitre parfaitement, anticipant les gestes de l’autre, semblant communiquer par la simple pression de leurs mains ou le simple échange furtif d’un regard…
Elle finit par s’excuser et sortir prendre l’air et il lui fit un timide signe de main alors qu’il se lançait dans une discussion animée sur les armes. Après tout, chacun des habitants savait en manier une, c’était bien nécessaire, surtout dans les régions nordiques dans lesquelles les animaux sauvages rencontrés n’étaient pas du genre pacifiques et proies mais plutôt prédateurs aux tendances meurtrières. L’arme était dissuasive à défaut de réellement servir.
Tristan discutait, inconscient de ce qui allait se passer dehors, à quelques centaines de mètres de lui, sans doute moins. C’est une curieuse impression de malaise au creux de l’estomac qui le fit s’arrêter en plein milieu d’une phrase sur la comparaison entre hache simple et hache double et se tourner pour chercher du regard la petite blonde. Elle aurait dû rentrer depuis le temps ! Sauf si elle l’attendait dehors pour… disons une promenade digestive… et plus si affinités… Les reins enflammés à la simple idée du regard qu’elle pouvait poser sur lui et qui lui donnait une énergie de titan à la tâche, le jeune homme sourit, s’excusa et sortit. Mais ce qu’il avait pris pour une légère crampe d’estomac due à l’hydromel sacrément fort qu’on venait de lui offrir se répéta… Cette sensation de malaise. Il entendit des bruits, des éclats de voix et fronçant les sourcils se dirigea vers l’origine de tout ceci. Aux vues de la capacité de la petite demoiselle pour s’attirer des ennuis et/ou les provoquer il y avait fort à parier…

Tristan se figea dans la petite ruelle en voyant le spectacle: un groupe de filles simples spectatrices qui soutenaient une meneuse, une grande jeune femme aux cheveux châtains clairs qui levait un coude et l’abattait de toutes ses forces sur le dos de… Cassidy ? Des mots qui résonnaient dans la ruelle étroite, amplifiés par les murs hauts… Enfin non… Les mots, ils les avaient entendus vaguement, avant de les voir. Avant de LA voir.
Ce fut le dos de la main du jeune homme qui vint heurter le dos de la petite demoiselle, le frôlant tout juste, s’appuyant à peine dessus alors que sa main englobait le coude de l’impudente qui osait lever la main sur sa protégée. Les autres filles ne l’avaient ni entendu arriver ni vu passer devant elles. Elles avaient vu quelqu’un certes mais de là à comprendre. La leader s’était figé sur place en apercevant les cheveux rouges et le corps sculpté du jeune homme malgré la semi-pénombre. Ce n’était guère difficile de l’identifier.

Ne la touchez pas…

Il avait l’air calme, excessivement calme une fois de plus alors qu’il gardait obstinément la tête baissée et tournait une fois encore le dos à Cassidy coincée derrière lui. Les autres filles ne gloussaient plus du tout, elles qui avaient affirmé les paroles de la grande meneuse, faisant écho au « petite trainée »… Le jeune homme respirait lentement, du moins essayait alors qu’il haletait et tremblait légèrement. La femme face à lui essaya de se dégager, tout à coup toute penaude et minaudante, très gentille évidemment puisqu’elle voulait probablement prendre le beau garçon dans son lit. Sauf qu’elle n’arriva pas à dégager son coude, au contraire d’ailleurs puis le jeune homme redressa son propre bras, la forçant donc ça redresser le sien alors qu’elle lâchait un gémissement.

T… Tu me fais mal !
La première qui la touche…

Il ne finit pas, relevant juste la tête. Ses yeux brillaient dans la pénombre, plus qu’à l’accoutumée mais cette fois la colère, la rage y flamboyaient, le tourbillon bleuté dans son regard n’avait plus la lente cadence hypnotisante qui donnait à son regard ce petit quelque chose de craquant. Il allait plus vite, avait pris plus de place et était presque… électrique. Il avait l’air prêt à faire du mal. Il relâcha le coude de la fille, se retint de justesse de grogner après elles alors qu’elle allait rejoindre ses copines et que celles-ci s’éloignaient rapidement. Bien malheureusement pour lui, le jeune homme ne risquait pas de perdre son fan club ainsi. A part lui donner un petit air ténébreux, torturé et sauvage son comportement risquait difficilement de les décourager !
Il serrait les poings et tremblaient toujours quand Cassidy vint poser les mains dans son dos, ayant bien compris que leur discussion au restaurant était plus ou moins en train de prendre vie sous ses yeux. Il n’était pas un dragon certes… mais il n’allait pas bien…

Elle eut la bonne idée de l’enlacer de ses deux bras, malgré les coups qu’elle venait de se prendre, malgré peut-être une pointe d’inquiétude à défaut de peur… Il se crispa légèrement et se détendit presque aussitôt, sa respiration redevenant aussitôt calme alors qu’il se tournait vers elle. Son regard était toujours aussi intense, et s’il gardait les yeux ouverts il pouvait se mettre dans la pièce la plus noire on le retrouverait forcément… mais ce n’était pas vraiment effrayant. Ses marques aussi semblaient luire légèrement dans la pénombre comme en retour de ses drôles de yeux.
En tous les cas elle lui avait fait reprendre ses esprits et si son regard continuait, comme d’ordinaire de luire dans la pénombre, il redevint rapidement normal, perdant en intensité et le tourbillon en taille. Il l’enlaça doucement et la soutint en la sentant trembler. Sans un mot, il ploya les genoux pour la porter, telle une petite princesse et s’éloigner rapidement. Elle eut beau dire qu’elle allait bien, il ne répondit pas et continua de marcher, s’arrêtant à leur auberge, montant l’escalier en la portant une fois de plus comme si de rien était. Ce ne fut qu’une fois la porte fermée qu’il la déposa enfin au sol. Enfin sur leur lit tout du moins. Il était pâle, lui qui était toujours si bronzé, la fixant avec inquiétude, s’inquiétant de son état même si évidemment elle niait, minimisait les choses. Mais il n’était pas du même avis qu’elle. Après avoir allumé plusieurs cristaux pour mieux voir il alla chercher une petite serviette et un bol d’eau chaude et vint nettoyer doucement son oeil meurtri. Elle put le voir se tendre comme une corde d’arc, sa mâchoire formant un angle parfait en se contractant sous la contrariété. Déjà la peau délicate de la jeune femme se colorait en effet, à cause du coup qu’elle avait reçu… Elle se teintait de rouge et de violet. Il tamponna un instant avec l’eau chaude, de même avec sa lèvre ouverte puis alla chercher un grand mouchoir dans ses affaires, ouvrit la fenêtre en grand, récolta un gros stalactite sur le rebord de celle-ci qu’il mit dans le mouchoir après l’avoir cassé en plusieurs morceaux et revint vers la petite demoiselle pour l’appliquer avec douceur contre son oeil… Il faudrait également le faire pour sa lèvre si elle ne voulait pas qu’elle gonfle de trop.

Il restait silencieux, l’air incapable de prononcer un mot alors qu’elle ne cessait de lui répéter qu’elle allait bien. Mais à voir son regard si sérieux elle finit par arrêter. Un, il s’occupait d’elle et ça elle allait aussi devoir s’y faire. Deux, il voyait bien que ça n’allait pas alors elle pouvait dire ce qu’elle voulait même si pour elle ce n’était rien pour lui c’était beaucoup et elle devait le comprendre. Trois, il avait l’air de culpabiliser beaucoup trop… Sa voix n’avait plus du tout la moindre once d’amusement ou de plaisanterie quand il parla enfin.

Qu’est ce qui s’est passé ?

Elle ouvrit la bouche pour lui raconter probablement en minimisant le tout mais il l’interrompit immédiatement.

La vérité et les détails s’il te plait.

Il lui avait demandé poliment et pourtant sa voix était si froide… Elle n’avait pas l’habitude de le voir ainsi et il n’avait pas l’habitude d’être ainsi. Elle devait comprendre qu’il n’allait pas bien car elle obéit, lui racontant tout ce qui s’était passé. Il la crut… La preuve, ses épaules se détendirent même s’il semblait toujours désolé… Désolé de ne pas être arrivé plus tôt. D’ailleurs il le lui dit. Il s’excusa l’air penaud… Mais pas comme lorsqu’il jouait et réclamait la vue de son joli corps. Là il avait juste l’air terriblement coupable, alors même qu’il n’y était pour rien. Ce qu’elle chercha évidemment à lui rentrer dans le crâne.
Il n’avait pas l’air de l’écouter mais posa doucement sa main sur la sienne, celle qui pressait le mouchoir contre son oeil. Il s’avançant, caressant une partie de son menton de son pouce et vint déposer un léger baiser sur son front. Il savait bien qu’il avait été à deux doigts de frapper la femme qui s’en prenait à Cassidy. Lui qui ne frappait jamais les femmes… Sans doute pour s’excuser de la frayeur causée, sans doute aussi pour être un peu soulagée elle aussi, elle l’embrassa. Il répondit avec une grande tendresse à son baiser mais ne le fit pas le moins du monde virer en un plus pervers et annonciateur d’une houleuse compensation. Elle tenta pour sa part, pas qu’un peu d’ailleurs, finissant par poser le mouchoir et par caresser doucement le torse du jeune homme à travers sa tunique. Mais il ne répliqua pas cette fois-ci, se contentant de la prendre doucement entre ses bras pour la câliner un instant. Puis il se leva, lui enleva ses chaussures et l’aida à se déshabiller mais même s’il agissait avec lenteur, même si ses gestes étaient d’horribles tentations par les effleurements qu’il provoquait il ne semblait pas vouloir faire l’amour. En fait il en profitait pour examiner son dos… Là aussi un hématome se formait, un très gros, là où son dos avait heurté et une caisse et le mur… Sur son ventre aussi… Le genou de la grande pimbêche avait fait des dégâts. Il se releva alors.

Bon, allonge toi, je vais te faire une tisane.

Apparemment elle n’était pas vraiment du même avis mais obéit, sans doute trop curieuse pour refuser. Il revint effectivement avec un grand bol de tisane à la verveine trop chaud pour être immédiatement bu. Elle réessaya de le tenter mais une fois de plus il n’y semblait pas sensible. D’ailleurs il haussa un sourcil en la regardant à moitié pendue à son cou.

On ne va pas coucher ensemble tu sais…

Pauvre petite demoiselle catastrophée. Il y avait de quoi ne plus rien comprendre. Après tout, le jeune homme lui avait montré son appétit… difficile à satisfaire. Il devait être fâché ! Mais qu’avait-elle pu faire pour qu’il lui en veuille au point de ne pas faire l’amour ? Alors que c’était le meilleur des réconciliateur !!!!
Il vit à sa mine soudain inquiète et son regard fuyant qu’elle comprenait de travers et se contenta d’un beau sourire, caressant ses cheveux.

Tu n’as rien fait Cassy, c’est moi… Je n’ai pas envie de coucher avec toi mais de prendre soin de toi là… Bon ce n'est pas vrai, j'ai tout le temps envie de coucher avec toi évidemment mais disons que je préférerais... prendre soin de toi... Et vu les coups que tu t’es pris le premier objectif c’est de remettre en place ce qui peut l’être et du repos… Je pense que tu as dû te déplacer des vertèbres en tombant. Je vais les remettre en place puis je te masserai, le dos puis le ventre et l’oeil pour essayer de faire circuler le sang et éviter qu’il ne coagule trop et ne forme un hématome trop massif… On va croire que je t’ai battue… Et ensuite quand je serai sûr que tu n’as rien de plus, je te câlinerai jusqu’à ce que tu t’endormes dans mes bras. Ah et je n’accepterai aucune objection…

Elle était intelligente et comprit vite qu’elle n’avait aucune chance vu comme il semblait déterminé. Elle obéit donc sagement, buvant un peu de sa tisane avant de s’installer sur le ventre, les bras croisés sous la tête, légèrement surélévée sur un oreiller. Mais elle avait tout de même réclamé qu’il se mette au moins en boxer. Il obéit de bonne grâce, l’air beaucoup plus calme et détendu, redevenu lui-même malgré son inquiétude. Une fois de plus elle vit la différence de couleur entre ses deux jambes et son regard s’y arrêta un instant même si une fois de plus elle ne dit rien… Tristan par contre le remarqua et se mit à réfléchir en commençant à la masser. Après tout, si elle voulait savoir… Il lui demanda. Elle voulait évidemment… Après tout, elle lui avait bien dit vouloir tout savoir de lui. Il sourit, l’embrassa dans la nuque alors qu’elle se rallongeait après son acquiescement un peu trop passionné. Tout en la massant il se lança alors dans cette histoire…

Je ne raconte pas très bien… Je m’en excuse d’avance… Enfin… bon… Il y a quelques années, quand j’avais 22 ans, que je commençais à bien maitriser mon corps de dragon, du moins davantage et que j’avais acquis un tel niveau en tant que guerrier que j’arrivais à m’imposer j’ai été promu un peu plus. Je commençais à me faire connaitre et mon nouveau grade de capitaine me permettait un accès à des réseaux d’informateurs plus étendus. Je m’en suis servi pour tenter de retrouver la trace de mon père… J’étais encore… jeune et naïf finalement je crois. Dans mon esprit persistait la certitude que ma  mère et lui s’aimaient toujours passionnément et qu’ils devaient être ensemble… qu’il avait été obligé de m’abandonner… C’est la seule chose qui persistait de mon passé, vaguement. Une sorte de sensation que j’avais moi-même créée quand j’étais enfant. Celle de compter pour mon père j’imagine. Enfin bref… Je l’ai retrouvé. Et l’homme que j’avais imaginé, celui qui m’avait transmis mes gènes de dragon et de drakkari n’était pas vraiment ce que je m’attendais à trouver, pas du tout même… Mon père avait versé du côté des Kaärs peu après avoir quitté ma mère… non pas pour une raison de dragon, de drakkari, d’histoire de descendance et d’attachement mais juste parce qu’il avait engrossé ma mère et n’avait pas envie de s’occuper d’un marmot… Il avait toujours voulu le pouvoir, le succès, les femmes… Mais ses gènes de dragon avaient été mis en sommeil et il avait donc autant d’ambition et de perversion que mon espèce peut avoir et plus ou moins refouler, sans avoir les avantages justement de l’espèce en question, le recul mais aussi l’envie de se contrôler et d’être au dessus de tout ceci. Il considérait qu’on lui avait volé ses droits, spoilé son identité. Les Kaärs étaient de son avis et lui avaient promis de l’aide… par les démons et la magie noire. Mais pas de la petite magie noire non… vraiment vraiment de la mauvaise magie… Les démons l’avaient totalement corrompu, anéantissant les derniers restes de bonté en lui et les restes d’amour qu’il avait dû avoir pour ma mère… C’est pour ça que je déteste les démons… Quand je l’ai retrouvé j’ai découvert un homme me ressemblant énormément, charismatique, beau parleur, grand joueur, manipulateur… irrespectueux avec les femmes en général, ce qu’elles semblaient adorer, gémissantes à ses pieds, ce que lui adoraient. Il avait du succès, du pouvoir… Il les frappait… Et violaient les plus jeunes sans la moindre once de pitié… Et physiquement je tiens quand même pas mal de lui ce qui peut peut-être te donner une idée de l’horreur que ça pouvait… devait être. Je ne sais pas ce qui était le pire. Voir mes espérances déçues ou voir un tel concentré de monstruosité chez un seul et même individu. Quand je me suis présenté, que je lui ai expliqué qui j’étais, avec l’espoir peut-être qu’il change… que ça pouvait chasser ses démons il m’a ri au nez et a arraché la robe d’une femme en la jetant sur moi en scandant un « tiens, cadeau fiston, on va voir qui fait le plus gueuler sa putain »… Ca… m’a mis hors de moi… On ne traite pas les femmes ainsi ! Ce n’est pas… Enfin ce n’est pas une histoire de Cheistam… J’étais venu en tant qu’être neutre, je ne m’étais pas présenté comme un Cheistam et même sans ça ce ne sont pas eux qui m’ont appris à penser ainsi, c’est juste que… Son manque de respect, les coups… la colère… Je l’ai provoqué, lui demandant un combat en l’agrippant pour le sortir à l’extérieur. On était dans une petite taverne sur les chemins. Peu de passage, peu de monde… Elle n’était tenu que par un homme, sa femme, ses quatre filles et il y avait aussi des femmes de passages, des artisanes et bergères je crois… Il était passé sur chacune d’elle… La plus jeune était tout juste adolescente… C’est elle qu’il m’avait jeté dessus. En la voyant j’avais compris ce qu’il lui avait fait. Elle avait l’air d’avoir tellement peur… Enfin on est sorti, on a commencé à se battre, à mains nues, il frappait dur mais semblait à peine s’amuser. Moi j’étais sérieux mais même quand je le frappais il ne semblait pas avoir bien mal… J’ai essayé de le provoquer un maximum, je ne sais plus pourquoi, si c’était juste parce que j’étais en colère ou parce que je voulais l’éloigner de cet endroit. Il a fini par en avoir marre de moi… Je l’ai suffisamment provoqué. Et puis surtout il a fini par se rappeler de tout le temps qu’il avait perdu à n’être pas « lui-même » à cause de moi… Parce que les dieux, les autres dragons avaient décidé qu’il y avait trop de risque à ce qu’il en devienne un, que les gènes iraient à son fils… Je lui avais volé ses pouvoirs et son identité en quelque sorte…  C’est ce qu’il m’a dit avant de se transformer. J’ai immédiatement fait de même avant de me retrouver face au plus grand dragon que j’ai jamais vu à l’époque. Il était tellement noir qu’il donnait l’impression d’absorber le soleil, il était couvert de piques, d’écailles tranchantes et arborait trois rangées de dents. C’était une machine à tuer… On aurait dit le croisement entre un dragon de terre et un dragon de feu mais totalement perverti, tellement sombre… A côté, je n’avais pas la moindre chance, je faisais tout juste la moitié de sa taille. J’ai essayé de lutter, de l’emmener dans les airs là où je savais que malgré tout, je pouvais me battre et peut-être même gagner, l’agacer assez pour qu’il s’éloigne de là… Mais… Je n’ai jamais décollé. Je n’aurais jamais cru qu’il pouvait être aussi rapide. En un battement de cil il était passé à l’attaque et m’avait sauté dessus. Il m’a cloué au sol, m’a transpercé les ailes de ses griffes alors que rien n’avait jamais pu les percer pour mieux me maintenir au sol, a ouvert les mâchoires, les a refermés sur ma patte et l’a sectionnée… enfin… plutôt arrachée… sectionnée ça aurait été gentil mais j’imagine qu’il voulait me faire mal… me punir… arracher c’était mieux… ça fait plus de dégât…

Il s’interrompit une seconde. Seule le craquement du feu dans la cheminée répondant à son discours sacrément morbide mais elle voulait savoir… alors elle saurait même si c’était un lourd secret que peu connaissait, même si c’était dur. Même s’il avouait sa défaite… une lourde défaite…

Je me suis réveillé quelques heures plus tard seulement avec la pire douleur que j’ai jamais connue. J’étais un humanoïde de nouveau, incapable de me transformer et encore plus incapable de voler… J’étais seul et j’avais perdu tellement de sang que je n’aurais pas dû être en vie. Il avait tué les autres et brûlé la taverne… Bien sûr il a dû trouver ma jambe à son goût… J’ai réussi à lancer un appel à l’aide aussi bien aux Cheistams qu’aux dragons mais les dragons ont été les premiers. Zack était déjà en route à vrai dire. Il aurait difficilement pu en être autrement. Il m’a sauvé la vie une fois de plus et m’a ramené je ne sais où pour qu’on me soigne. Il y avait des dragons que je connaissais et des guérisseurs, d’autres gens… Ils m’avaient donné des anti-douleurs évidemment mais ça ne marchait absolument pas, je ne sais pas pourquoi, une histoire de venin… Enfin Zackkari est reparti et m’a ramené une pierre magique censée m’aider qu’il avait volé aux dragons ne voulant pas attendre leur avis. On l’utilise dans les cas comme le mien, en cas de perte d’un membre… Chez les dragons ça repousse… si on utilise ce truc, je ne saurais pas t’expliquer ce que c’est… toujours est-il qu’en général on en a besoin pour rester en vie. Si je croyais avoir mal jusque là j’étais très très loin de souffrir face à ce qui m’attendait. Ca a été tel que je suis tombé dans le coma dont je me suis réveillé six mois plus tard… avec une jambe toute neuve et une perte musculaire catastrophique mais en vie… Du coup voilà… Cette jambe fonctionne parfaitement bien, elle est très bien irriguée et j’ai toute ma sensibilité même si des fois j’ai encore quelques ratés… Apparemment de par mon espèce ça aurait repoussé de toute manière mais il aurait fallu des années. Le… caillou a accéléré les choses mais c’était trop lourd pour mon organisme et… enfin il n’a pas fallu longtemps à ma jambe pour se renconstruire mais moi… il a fallu du temps pour que je me réveille. Par contre quand je me suis réveillé… je n’avais pas besoin de réapprendre à marcher ni quoi que ce soit… C’est comme si pendant mon sommeil mon cerveau s’était reconnecté avec cette jambe comme si je ne l’avais jamais perdue… Enfin bref… j’ai juste du bronzage à rattraper quoi…


Pour des confidences… il s’était lâché le petit dragon !
Mais il prenait le temps, la peine de lui révéler énormément sur lui, sur ce qu'il avait vécu également. Pourtant il avait prétendu n'avoir rien eu de bien difficile de son côté... Quelques blessures mais rien de grave... Il faudrait probablement redéfinir "grave". Pourtant, elle était la première personne à laquelle il en parlait... La confiance était là. Malgré l'horreur il racontait le tout très simplement et sans émotion marquante, comme si c'était tout à fait normal et naturel... Si les dragons ne ressentaient pas d'émotion il était en train de le lui prouver à cet instant... Du moins en ce qui le concernait directement. Bon par contre pour qu'elle se détende et s'endorme c'était raté, par contre pour qu'elle reste calme... Là il avait réussi son coup, non ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 23 Avr - 15:51

Il réagissait parfois étrangement. Taquineries, provocations, Cassidy appréciait le jeune homme dans son ensemble. Oui elle avait été inquiète aujourd’hui. Inquiète de ne pas le trouver dans la ville. Après tout, elle ne connaissait pas vraiment son travail ou sa mission. Ca l’avait un peu angoissé. En règle générale, elle ne faisait pas autant de manières pour un homme. Bon bien sûr, il lui arriver de s’inquiéter un peu pour Jilian de temps en temps mais pas de la même manière que pour Tristan.

C’était tout nouveau pour elle et la jeune femme ne savait pas vraiment comment réagir. Surtout qu’elle était impuissante pour le moment et ne pouvait absolument rien faire. Pendant un instant elle cru que c’était lui qui était parti, lui qui s’était enfui. Mais pour quelle raison ? Parce qu’ils étaient trop proches ? Parce qu’il n’avait pas l’habitude lui non plus de faire autre chose que l’amour avec une femme ? Alors, elle avait fait la seule activité qui pouvait potentiellement lui faire penser à autre chose. Essayer d’entraîner cette magie, voir comment ça fonctionnait. Cela lui permettrait de se concentrer justement sur ce truc tout nouveau pour elle.

Mais cela l’épuisait… Enormément. Bien plus qu’elle n’aurait pensé. Mais à part ça que pouvait-elle faire ? Elle ne se sentait pas en état de surfer aujourd’hui. Trop perturbée, elle ne manquerait pas de penser au beau Drakkari et où il pouvait être. Et puis il était finalement arrivé. Elle l’avait accueilli avec enthousiasme, un brin soulagée de constater qu’il n’avait rien.

Ils se mirent alors à manger et le jeune homme lui fit alors une révélation. Pour ne pas qu’elle s’inquiète. Oh mais elle ne manqua pas de réagir à ce propos justement. Maladroite, sans savoir exactement comment elle pouvait tourner sa phrase. Oui elle avait toujours peur pour lui. C’était son métier, mais elle ne se sentait pas très à l’aise de le savoir sur la piste de personnes dangereuses et malveillantes. Elle lui balança une phrase très sérieuse et remplie d’inquiétude. Mais la fin était surprenante. Elle ne savait pas vraiment quoi lui dire, sans que cela ne fasse un peu… bizarre. Qu’il fasse attention sinon elle ne le supporterait pas ? Qu’elle l’appréciait tellement que le perdre serait beaucoup trop intense pour elle ? Qu’elle risquait de perdre les pédales ? Plein de choses au final. Elle ignorait la raison qui faisait qu’elle s’attachait à lui mais si il devait lui arriver malheur, pas sûr qu’elle reste inactive.

Tristan éclata alors d’un beau rire. Elle aimait bien l’entendre rire. C’était agréable. C’était comme si il approuvait ce qu’elle disait. Que ça le faisait réagir. Cassidy se mit à rougir puis il déclara une phrase digne de lui. Ses fesses lui appartenaient ? Elle se mit à rougir encore plus et balbutia quelques paroles inaudibles. Cependant l’inquiétude revint rapidement. Comment lui expliquer ? Elle secouait distraitement sa gourde mais ça se voyait qu’elle n’allait pas bien du tout. Il l’invita à se retourner. Ses baisers lui firent du bien et elle se détendit un peu mais c’est sa voix qui la convainquit finalement. Elle le regarda droit dans les yeux avec une gravité solennelle. Il promettait. Il semblait vraiment sincère dans ses paroles. La jeune femme hocha doucement la tête puis posa une main sur son bras, le serrant un peu plus fort, une étreinte qui voulait dire beaucoup de choses.

Elle lui parla alors de son visage et il répliqua. Mais plutôt que de parler sérieusement, il décida de le prendre à la rigolade. Même si le sujet était important, elle ne semblait pas déçue ou lui en vouloir. Au contraire, elle grogna en lui donnant un coup de coude sur le torse pour la forme mais ne rajouta rien de plus. Cela tourna en taquinerie mais qui s’arrêta bien vite car il avait de nouveau passé ses bras autour d’elle, ce qui eut pour effet de la faire cesser dans ses petits bruits bizarres de fille râleuse et désirant l’embêter. La demoiselle se mit à sourire en posant une main sur ses bras. Quand elle était avec lui, elle voulait que le temps s’arrête. Elle n’arrivait pas à expliquer l’effet qu’il lui faisait mais il n’y avait pas que ses pulsions. Elle le savait, mais ignorait de quoi il s’agissait.

Et puis, il proposa de se transformer. Cassidy semblait tout à fait d’accord même si c’était quand même un moment très important pour elle. Au début, elle était restée un peu distante, se contentant de l’observer. Elle lui demanda après s’être familiarisée à sa forme si il pouvait parler. Le dragon s’exécuta et elle lui fit un sourire encourageant. C’était bien ce qu’elle pensait, elle arrivait à l’entendre mais dans un sens, cela ne l’étonna que très peu. Après tout parler par pensées, elle savait faire. Toujours le mot pour sourire, elle regarda un instant son décolleté et émit un petit grognement adorable, comme si elle hésitait entre le gronder ou le taquiner.

C’est vrai que tout à l’heure elle avait eu chaud. Pour cette raison, elle avait un peu délacé sa tunique afin de mieux respirer. Mais elle ne fit aucun geste vers les lanières de son vêtement. Et puis, après un moment, elle s’approcha de lui. Désirant le toucher, désirant l’apaiser. Elle sentait que c’était aussi important pour elle que pour lui. Cassidy ne savait pas si Tristan avait eu ce genre de contact déjà. Elle ne savait pas trop comment il agissait avec les humains. Après tout c’était son secret. Et puis elle ne savait pas si les dragons se touchaient de forme humaine à forme dragonne. Alors elle voulait qu’il s’habitue aussi à sa présence, posant sa main, pour lui dire qu’elle était bien là.

Ecailles fines… Trop fines… Il disait qu’il évoluait très bien dans les airs mais sa protection était extrêmement… faible. Un seul coup brusque pouvait lui faire du mal. La moindre flamme d’un dragon du feu pouvait infliger de lourds dégâts. Elle se mordilla doucement la lèvre. Faire preuve de contrôle. Elle ne devait absolument pas laisser sortir le feu en elle. Ca demandait un contrôle extrême. Elle aurait dut le repousser, elle aurait pu le repousser. Mais la jeune femme voulait vraiment repousser tout ce qu’on pouvait dire d’elle. Cette fois, elle ne voulait pas fuir. Etait-elle égoïste ? Elle le mettait en danger à n’importe quel moment ! Un dérapage et ça pouvait faire beaucoup de dégâts. Pourtant elle s’apaisa. Il ne bougeait pas donc elle n’avait rien à craindre.

La jeune femme vint se placer devant lui et se mit à sourire doucement, tendant la main en avant. Un contact pour sceller leur secret. Un contact pour dire qu’elle l’acceptait comme il était. Il se retransforma alors et pendant un instant, la jeune femme porta la main à son cœur. Ce n’était pas évident du tout. Mais elle l’appréciait beaucoup et ses efforts, elle les faisait pour lui. Pourtant elle ne fut pas mécontente de se retrouver dans ses bras. Cassidy ferma les yeux, se collant un peu plus contre lui. Elle n’avait pas envie de parler là. Ca faisait beaucoup trop d’émotions pour le moment.

Et puis il décida de changer d’activité, de lui apprendre à se battre. Elle le regarda avec curiosité