AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Un autre monde, une autre histoire

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant
AuteurMessage
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 3 Mai - 19:08

Pourquoi avais-je été si soulagé en ouvrant les yeux ?
D’ailleurs qu’était-ce donc que ceci ? Le soulagement. Cette espèce d’apaisement profond en la voyant… J’avais fini par comprendre qu’il y avait celui, récurrent de la constater à mes côtés, de voir qu’elle n’était partie, qu’elle ne m’avait pas abandonné dans cette chambre. Je ne savais même pas que cette perspective pouvait être aussi… effrayante. Pourtant c’était la situation habituelle, mon quotidien. Enfin c’était plus moi qui partais… Le premier soulagement, la voir… Endormie ou réveillée peu importait finalement. Juste la voir. Près de moi. Le soulagement aussi de ne voir aucun regret dans ses yeux lorsqu’ils s’ouvraient sur moi, ou comme ce matin quand ils me fixaient déjà. Ca aussi ça me faisait peur… Qu’elle regrette. Notre nuit. Nos nuits. Nos jours aussi. Qu’elle regrette de tant m’avoir dit. Qu’elle regrette de moi, tant avoir appris… Mais du regret je n’en avais jamais vu, jamais. Je pense qu’il n’y avait que le mien. Celui à notre village de ce que j’avais fait, inquiet je l’avoue, que ce soient mes hormones les grandes responsables de son fléchissement vers moi… Mais il y en avait un autre de regret qui faisait parfois vibrer mon coeur, douloureux, qui m’étreignait bien souvent quand je posais les yeux sur elle. Le regret du temps… De tout ce temps qui m’avait échappé. Qui nous avait échappé. L’impression d’avoir manqué quelque chose. De l’avoir manqué elle. Le regret aussi de ne pas me souvenir. Mon passé n’avait pas la moindre importance à mes yeux. Enfin avant du moins… Je me demandais comment j’avais pu être assez idiot pour ne pas me rapprocher d’elle à cette époque. Et puis je me souvenais que nous n’étions que des enfants… J’avais un peu honte je crois. Alors oui… Pour moi il y avait du regret.
Regret de tout ce temps perdu.
Regret de la pousser un peu à tromper son Jilian… avant de me souvenir que c’était son choix et qu’elle n’était pas victime justement de mes hormones, que c’était peut-être moi qui était un peu trop sensible aux siennes. Non… Qui était sensible à elle tout simplement…
Regret d’avoir oublié.
Regret de ne pouvoir assez en dire.
Regret de ne pas savoir quoi dire aussi…
Regret de demeurer totalement muet par instant, me demandant comment le monde avait pu faire naitre tant de beauté chez une seule femme: beauté, espièglerie, provocation, un talent incommensurable pour le sexe aussi. Talent qui finalement n’arrivait pas dans mes premières préoccupations. Aucun regret de la voir autrement que comme une bonne partenaire de lit. Aucun regret de vouloir croire qu’elle était infiniment plus.

Soulagement de la voir près de moi. Soulagement qu’elle ne regrette pas. Soulagement de la voir s’ouvrir au monde, s’ouvrir à moi. Soulagement de la voir sourire… Regret qu’elle sourie également… Elle me tordait par ce simple geste l’estomac de telle manière que je pouvais mettre que bien peu de mots dessus. Soulagement d’entendre son rire encore trop bref. Soulagement qu’elle se confie. Soulagement qu’elle m’accepte autrement que comme celui qui pouvait la satisfaire… Parce que ça aussi je le voyais bien. Elle aimait bien mes câlins… Je ne savais même pas que ça pouvait faire autant de bien ce truc… C’était bon… Tellement doux… Quand je la prenais contre moi j’avais l’impression d’être un géant défendant une délicate fleur… aux épines acérées certes mais une fleur, si belle, si fragile, si sensible quoi qu’elle en dise et quoi qu’elle en croie… J’avais l’impression d’être à ma place. Il y avait toujours eu cette espèce de doute, comme un léger vide… Près d’elle il n’existait plus. Du moins je ne le sentais plus, je ne le voyais plus, je ne l’entendais plus. Mais ça c’est peut-être aussi parce que j’étais incapable de me concentrer sur autre chose qu’elle…
Ce matin-là il y avait eu un soulagement de plus pourtant, un nouveau, qui m’avait fait quelque chose d’autre, quelque chose de plus… Celui de voir que son visage ne portait pas les stigmates de son agression de la veille. Parce que son corps en portait bien trop des stigmates à mon goût. Je sais bien qu’elle n’est pas fragile… Cassidy est forte au contraire, tellement forte… Mais ce qu’elle prend avec dérisions, les coups, les blessures, je les « ressens » je crois… je les ressens comme des coups de poignards en plein coeur. Qu’elle ait mal d’une manière ou d’une autre me broie la poitrine dans une douleur bien supérieure à celle de nombreux coups que j’ai pu recevoir. Je ne sais pas. Je sais bien qu’elle n’a pas besoin de moi. Qu’elle n’est pas fragile… Mais l’épargner un peu, la protéger un peu, ne pas vouloir qu’on lui fasse du mal, être incapable d’accepter son auto-dérision… est-ce mal ? Peut-être. Ce n’est pas habituel et à vrai dire je m’en fiche… totalement.



La manière dont le grand jeune homme avait regardé sa curieuse compagne ce matin-là n’avait rien d’anodin. Pourtant il n’y avait que peu de choses en plus par rapport à la veille. Mais il y avait quelque chose en plus… Lui caressant une joue en écartant doucement une mèche de ses longs cheveux d’or son regard trahissait ce que ses seuls mots ne pouvaient dire. Une chose qu’il ne comprenait pas lui-même. Une chose qu’elle était bien incapable de comprendre de son côté. Une profonde tendresse. Ce n’était pas le regard d’un affamé réclamant sa part d’une veille nocturne peu satisfaisante, ni celle d’un homme pressé, encore moins celle d’un homme lassé. Bien sûr il y avait du désir dans ses yeux, il y en avait toujours. Ca se voyait parfaitement à ses pupilles se dilatant toujours un peu, même quand il se maitrisait parfaitement et qu’elle n’était même pas nue devant lui, dès qu’il posait les yeux sur elle. Si elle avait observé attentivement les grands yeux orangés du jeune homme Cassidy aurait été confrontée à une nouvelle curiosité… Une curiosité équivoque pour le reste du monde, pas pour elle évidemment… Car s’il avait tenu une conversation avec une autre femme et avec elle, elle aurait pu voir ces mêmes pupilles grossirent légèrement à chaque regard qu’il lui portait et reprendre leur taille « normale » dès que ses yeux se poseraient sur cette interlocutrice qui le désintéresserait…  Lui-même s’était rendu compte d’un fait troublant, même s’il l’avait plus ou moins révélé à la jeune femme, s’en rendant justement compte en l’énonçant… Il n’avait pas envie d’une autre femme. Il n’avait pas envie de l’excitation de la chasse. Il n’avait pas envie d’une autre… Il ne voulait qu’elle. Ce fait là le perturbait un peu… beaucoup même… Et ce même s’il n’en laissait rien paraître…

Sans que rien ne le présage elle lui avait présenté une bien étrange problématique. Surpris par ses mots mais comprenant qu’il y avait un sens caché il avait répliqué qu’il détestait l’ennui sous-entendant évidemment que jamais il ne choisirait l’option d’un chemin trop facile… Mais il n’était pas certain d’avoir été suffisamment clair à voir le regard perdu dans le vague de la belle blonde entre ses bras. Pourtant assez timidement il n’osa pas revenir dessus. Parce qu’il se savait mal à l’aise avec les mots. Parce qu’il craignait chaque instant, c’est vrai, de dire quelque chose qui éveillerait le regret dans les yeux chocolat de la jeune femme. Ah oui… c’est vrai que ses yeux étaient… noisette chocolat… Elle aimait tellement le chocolat…
Pourtant il avait rajouté une phrase… à cause du moment trop sérieux, trop solennel. Il préférait quand elle souriait et avait bien réussi à lui arracher un sourire et une petite tape sèche sur le torse, tape tout sauf rancunière et punitive. C’était pourtant bien vrai ce qu’il déclarait. La papouillant avec douceur un moment ils furent bien forcés de se dépêcher et d’abandonner l’idée du petit déjeuner au lit, ce qui donna entre autre l’idée au jeune homme d’une espèce de pique-nique pour deux pour le déjeuner tout court ! Enthousiasmé par l’idée il s’était bien caché de laisser filtrer le moindre indice et ils avaient dû marcher vite pour rejoindre le travail de la jeune femme. Pourtant leurs baisers et caresses sonnaient comme un « au revoir » d’amoureux. Pour le peu de passants présents, pour le monde entier, sauf pour eux évidemment.
Il l’avait même provoquée, avait fait mouche. Elle avait rougi.


Tellement étrange.
Pour une femme qui a l’air d’avoir connu tant d’hommes, de gré ou de force. Pour une femme qui a tant d’expériences… Elle rougit de temps à autres. Elle rougit quand je lui propose quelques idées un brin… physiques. Ca me surprend toujours. Pourquoi rougit-elle ? Parce qu’elle sait que je tiendrai parole ? Que je n’aurais de cesse de l’amener à l’orgasme ? Et bien plus ? Que mes paroles ne sont pas simples provocations prétentieuses mais sincères annonces de mes intentions ? Je ne sais pas. Mais elle rougit. J’aime bien quand elle rougit. Ca lui donne un petit quelque chose de pudique… Vu comme je connais son corps, l’impression de pouvoir en modeler de mémoire chaque minuscule détail jusqu’à l’incurvation de la moins marquée de ses cicatrices, jusqu’à l’angle moins prononcé mais tellement sensuel de ses hanches, la simple idée de pudeur semble impossible. Pourtant j’ai toujours l’impression de la découvrir un peu plus. De nouveau. Comme si j’avais tout oublié pour mieux apprendre, me rappeler… J’aime quand elle rougit. Parfois c’est à l’un de mes compliments. J’aime encore plus. Parce qu’alors il y a ce petit sourire… Cette espèce de sourire timide, comme si ce sourire me disait « c’est vrai ? », il est tout petit ce sourire, discret, mignon, adorable, il accompagne ses yeux, ses si beaux yeux plein de questions qui restent muettes, comme des doutes inquiets que je vois s’éteindre de jour en jour… Mais quand je les vois, son rougissement, ce sourire, ce regard… Il y a le désir, énorme, l’impression de ne jamais pouvoir être rassasié d’elle. Et il y a CA aussi. Ce truc tellement bizarre… Un courant électrique qui me traverse la colonne vertébrale et me donne la chair de poule, un frisson à la fois brûlant et glacé qui me provoque parfois comme des mini crampes dans tous mes muscles, toutes petits crampes, une plus importante dans mon coeur, comme s’il n’arrivait plus à battre l’espace d’un instant, si bref, si éphémère. Il est suivi de cet autre truc, très bref, très bizarre. C’est doux et c’est chaud. Après je me sens bien… Tellement bien…


Chacun avait vaqué à ses occupations. Pourtant dans la tête du jeune homme il s’en passait des choses. Des choses qu’il repoussait. Des choses qu’il ne comprenait pas. Comme elle sans doute. Mais elle avait eu trop de désillusions sur les hommes alors peut-être était-elle celle qui avait le plus de mal face à tout ceci. Alors que lui était juste confronté à des choses qu’il ne connaissait pas, qu’il n’avait jamais imaginées, jamais lues, dont il n’avait pas réellement la curiosité.
Entre ces deux êtres si différents pourtant prenait naissance la plus belle de toutes les magies. Aveugles, sourds, handicapés jeunes gens face à la sincérité de leurs sentiments naissants…

Tristan avait finalement rejoint Cassidy dans leur chambre d’auberge. Leurs retrouvailles étaient quelque peu originales, très particulières mais une fois de plus ils semblaient trouver cela parfaitement normal. Pourtant entre baisers et étreintes ils devaient bien se rendre compte du soulagement que c’était. De se voir. Un soulagement de plus. Lui qui craignait de ne pas la trouver, peut-être même de la trouver occupée avec un autre homme, dehors… Elle qui craignait qu’il ne rentre pas. Finalement il faisait renaître le sentiment de la peur chez elle, non ? Ce n’était pas une peur morbide et paralysante, mais une inquiétude si… Un sentiment dirigé vers quelqu’un…

Il avait sorti bien des choses de son sac et semblait enclin à lui faire plaisir une fois de plus, mettant à exécution son plan de petit repas tranquille ensemble. Il avait parlé de bien des choses lui qui n’étaient pas un grand bavard: d’aller se promener dans les petites villes, visiter, etc. et puis… de voler aussi. L’air de rien… Avec lui. La plus curieuse des déclarations et qui aurait fait hurler de rage et de protestation tant de ses congénères. Déjà proposer à une humaine de venir le voir voler c’était limite, lui proposer de voler avec lui. C’était inconcevable ! Se réduire à une simple monture ? Pour une femme ? Mais qu’arrivait-il donc à ce jeune inconscient ?
Cassidy pourtant était heureuse et à la sincérité, l’euphorie de ses baisers, la beauté de son sourire Tristan n’eut plus le moindre doute quant à cette décision. Il avait bien fait de lui demander. Il avait vraiment envie de lui montrer. Ce n’était pas pour être prétentieux. Ce n’était pas pour montrer sa supériorité. Il ne se considérait pas supérieur aux humains après tout. Bon un peu par rapport à l’humain moyen c’est vrai, mais pas parce qu’il était dragon… juste parce qu’il était canon !!!!
Ils étaient bien ces baisers… Ils avaient un goût de soulagement aussi. Soulagement d’être accepté, de confiance… Pour l’un comme pour l’autre d’ailleurs !
Ils mangèrent, se taquinèrent et elle le provoqua même sur une surprenante phrase que le jeune homme ne comprit pas. « Vraiment tout » ? Pourquoi avait-elle ce petit sourire en coin. Il ne comprenait pas. Après tout il saisissait souvent à tort le sens littéral des choses, curieux quand on le voyait si taquin et jouant sur les mots de son côté… Il venait de lui dire qu’il ferait tout, pourquoi lui redemandait-elle ? Elle n’avait pas bien entendu ?

Et puis elle parla de sa patronne et la potion, si elle lui avait dit ce que c’était. Il confirma. Après tout ça n’avait rien de bien surprenant oui. De ce qu’elle lui avait dit, et qu’il avait constaté avec moult plaisir, elle avait un sacré appétit sexuel qui semblait souvent s’avérer une corvée malheureusement, enfin jusqu’à lui tout du moins. Il était normal qu’elle prenne ses précautions surtout si elle était si peu souvent satisfaite par des hommes trop précoces pour son endurance, certains à l’excès d’ailleurs. Elle ne devait certainement pas souhaiter un enfant. De toute manière vu son retrait de la vie « ordinaire » il semblait clair que ce n’était pas le moins du monde dans ses intentions. Il savait comment cela fonctionnait. Lui-même en prenait régulièrement de légères doses adaptées aux hommes en précaution supplémentaire même si c’était universellement répandu… Après tout la population se serait multipliée à l’infinie autrement. Déjà que les humains se multipliaient énormément et à toute vitesse… Pour sa part la fertilité des dragons et la puissance de ses gènes l’obligeaient à être prudent. Il se doutait qu’elle avait dû apprendre également comment tout ceci fonctionnait, ces potions… sur le tas et plus que contrainte… à la maison close. Après tout, une toute jeune et jolie arrivante ne pouvait pas tomber enceinte ! Elle devait « servir »… Cette idée donna la nausée au jeune homme même si extérieurement il ne laissait rien paraître. Pourtant dans un sens il se disait qu’elle avait eu un peu de chance dans son malheur… Pas d’être capturée, traitée comme une esclave et un simple joujou pour le plaisir masculin mais… il savait que dans les terres plus profondes, dans les marécages les plus répugnants, même dans cette capitale certains monstres pratiquaient toujours, discrètement certes mais le pratiquaient tout de même, l’acte le plus ignoble qui soit aux yeux du jeune homme. Il ne lui en avait pas parlé. Après tout, il avait très vite constaté à son grand plaisir qu’elle n’avait pas subi cette horreur-ci… Comment pouvait-on dire à une femme que certains hommes, souvent sectaires, asservis selon les vices de Balthar, prenaient encore plaisir à exciser le clitoris d’une femme pour lui ôter tout plaisir… En la privant de celui-ci, en lui garantissant à vie, d’incommensurables douleurs à chaque coup de butoir de ces monstres abominables.
Y penser faillit provoquer un énorme malaise. Tristan s’était crispé d’un bloc en imaginant des hommes sans visage faire subir telle atrocité à la femme qu’il ai… à Cassidy… L’égarement de sa pensée, la rage qui s’y adjoignait lui firent reprendre conscience. Son long égarement, long cheminement de pensée n’avait pourtant durée que deux secondes et il sourit en l’écoutant, s’apaisant au souvenir que mademoiselle, niveau plaisir était plutôt gâtée vu la sensibilité de son corps. Enfin avec lui du moins…

Mais pendant que lui s’égarait sur de terribles pensées chassées par la réalité tellement plus belle c’était tout le contraire pour la petite demoiselle. Car elle avait eu une pensée toute autre, une pensée d’enfant, de famille, pensée jusqu’alors inconnue, pensée possible avec Tristan, avant de se souvenir de l’impossible de la chose.
Mais elle s’était mise à parler. Parlant d’effets secondaires. Inquiet, le jeune homme se redressa légèrement, l’observant attentivement, prêt à lui dire qu’il pouvait bien forcer sur ses propres doses même si ce n’était pas l’idéal et toujours beaucoup moins efficace que ce qu’elle prendrait de son côté… Sauf que l’effet secondaire qu’elle aborda était… Surprenant. Tristan resta bouche bée, écarquillant légèrement les yeux. L’air surpris lui allait outrageusement bien alors que déjà un sourire étirait ses lèvres, plein de provocation, son regard s’illuminant d’un intérêt croissant.

Sérieusement ? Je ne pensais pas que tu pouvais encore me surprendre ma belle… Enfin encore plus du moins… Vu ton actuel appétit surpassant, je le jure, toutes les humaines que j’ai eu le plaisir de hum… côtoyer et la majorité… non toutes les elfes et les sirènes aussi…  je ne pensais pas que ça pouvait être… plus. Je me porte volontaire et me sacrifie donc à ton entier plaisir princesse. Moi, Tristan Konogan, fait serment, de conquérir ce corps divin malgré et surtout face à ce monstre dopant voulant te soustraire satisfaction ! Et ne dis JAMAIS que ça fait obsédée… Cassy. Tu es une obsédée ! Une perverse impressionnante même si encore assez… impressionnable et une joueuse et… franchement la meilleure de toutes les amantes qui soit… mais j’adore ça moi ! Et je le prouve. Face à cette théorie je propose les travaux pratiques là maintenant tout de suite et promis le preux chevalier que je suis va pourfendre hum… de son épée… hum… ton corps à la recherche de ces vilaines frustrations et libérer tous ces orgasmes de…


Elle avait piqué le plus impressionnant de tous les fards qu’elle avait pu avoir jusque là face à lui. Ses pommettes s’étaient colorées puis tout son visage, son cou aussi légèrement… Elle n’était pas excessivement rouge bien sûr mais ça gagnait du terrain ! Il s’interrompit, goguenard, ravi de son petit effet même s’il s’était rapproché d’elle, murmurant les derniers mots à quelques centimètres de son visage. Elle détourna la tête en posant les mains à plat sur son torse musclé, le tenant ainsi à distance, donnant l’excuse du repas qui était une excuse de un extrêmement bien trouvée, de deux tout à fait juste… Un risque que le jeune homme n’était pas prêt à courir d’ailleurs. Pourtant il n’y avait pas que ça. Du moins il y avait bien des raisons pour qu’il n’y ait pas que ça. Déjà il y avait le côté intimidant du jeune homme avec sa manière si sincère et investie de s’exprimer, ses paroles qui face aux obscénités de tant d’hommes n’étaient rien et qui pourtant faisaient si pervers, si… provocateur… Il y avait les provocations. Il y avait la promesse persistante de se soucier d’elle avant tout. Il y avait le fait qu’il dise adorer ces choses chez elle, ce côté non conventionnel, ce côté obsédé justement, côté qu’elle ne voulait pas lui montrer, peut-être parce qu’elle voulait être correcte à ses yeux, sincère… Peut-être parce que l’avis du jeune homme comptait plus que celui du reste du monde. Et puis il y avait ce petit détail aussi, ce si petit détail qu’il avait sorti sans complexe, qui semblait tellement irréel. La meilleure des amantes… La meilleure… Ce qu’elle n’osait croire, espérer, il le disait un peu plus, un peu plus sérieusement, un peu plus précisément chaque jour… Alors ce n’était peut-être pas que ce qu’elle voulait entendre… C’était peut-être juste vrai… Simplement… Et puis ce n’était peut-être pas seulement pour le repas, le risque de devoir s’arrêter qu’elle l’avait un peu repoussé, gentiment. Même si la raison était excellente. Parce qu’aucun doute que leur étrange fusion aurait brûlé immédiatement leurs calories, s’adaptant en remettant leur digestion à plus tard ou en l’accélérant qui sait… Peut-être juste avait-elle aussi besoin d’un peu de temps pour penser à ce qu’il venait de lui dire. Simplement…

Le jeune homme n’insista pas le moins du monde. Il était ainsi après tout. Sauf dans la douche mais c’est parce que quoi qu’elle dise il avait bien senti qu’elle avait autant envie que lui. Ils remangèrent donc tranquillement et il ne l’embêta même pas au sujet de sa potion alors qu’il aurait eu largement de quoi la taquiner jusqu’à… eh bien jusqu’à ce qu’elle la prenne et ce peu importe quand ! Elle se fit silencieuse et il l’observa. Elle avait l’air de réfléchir à quelque chose. Quelque chose d’important pour le coup avant de lui poser une question. S’il était sûr ? De quoi ? Pouvoir la satisfaire même si elle était boostée aux hormones comme c’était pas permis ? Le prenant comme un défi mais nullement offusqué le jeune homme bomba fièrement le torse en redressant la tête, prêt à déclarer très sérieusement qu’il n’aurait de cesse de la satisfaire et ce même s’il n’était plus qu’une courbature vivante ! Mais elle l’interrompit avant même qu’il ne s’exprime, parlant du vol. Son sérieux et son hésitation firent voler en éclat toute envie d’humour et de provocation chez le jeune homme. Il était conscient que ce n’était pas rien… Et qu’il n’était pas censé agir ainsi… Il le savait très bien ça ! Surpris qu’elle semble si hésitante, si… inquiète presque il l’écouta parler et fronça les sourcils face à son discours surprenant. Plus le temps de rire décidément, plus du tout.

Cassy.

Il reposa sa tartine, s’essuyant les mains en la regardant un instant. Elle était assise à côté de lui depuis un moment… depuis qu’il avait découvert que si elle mangeait entre ses bras il risquait de tapisser ses cheveux de miettes ! Doucement le jeune homme s’approcha, prit son visage entre ses mains. Les pommettes de la jeune femme étaient chaudes, moins que les paumes brûlantes que son compagnon pourtant. Pourtant il semblait à peine l’effleurer. La fixant avec sérieux, bien trop de sérieux, il répliqua enfin.

C’est vrai. Les dragons n’aiment pas partager. Mais je ne suis pas tellement comme les autres. Pas tout à fait. Et surtout… Tu… Tu n’es pas comme les autres toi. Tu es différente. Pour moi. Avec toi j’ai envie de partager ça. Bien sûr tu as raison. Le ciel est mon domaine, c’est même bien plus que ça pour moi, plus que les mots ne peuvent le dire. Et jamais il ne me serait venu à l’esprit de proposer cela. Du moins à quelqu’un d’autre que toi. Je sais que je ne suis pas censé le faire… que ce n’est… pas bien. Mais c’est un peu mon monde… Alors dans un sens je crois que je veux que tu aies un peu de ce monde…

Comment pouvait-il être si sérieux, si poli, si sincère et si doué avec quelques mots tellement aptes à faire mouche alors qu’il croyait obstinément le contraire ? Comment pouvait-il parler avec tant d’investissement mais surtout de naturel comme s’il disait la chose la plus normale, la plus censée au monde ?! Ca n’avait rien de normal, encore moins de censé… Il déclarait beaucoup trop en trop peu de temps. De nouveau les joues de la jeune femme se colorèrent et peut-être fut-elle heureuse. Peut-être parvint-il à faire vibrer ce petit coeur trop meurtri par le passé. Lui n’aurait du le dire, ni l’un ni l’autre car il appuyait son front contre le sien, sans rien faire d’autre, juste le contact de leur peau. Il resta ainsi longtemps, s’apaisant dans ce contact, assez pour que lorsqu’il se recula, elle ait eu le temps de reprendre contenance. Et ce même si elle ajouta une autre phrase d’une voix plus serrée que d’ordinaire, sur ce qui pouvait l’embêter.

La seule chose qui m’embête est que tu puisses croire être une intruse pour moi…

Toujours ce sérieux. Pourtant il parlait doucement, il n’y avait aucune rudesse, aucune froideur dans ses paroles… Comment pouvait-on être si sérieux sans bafouiller ? Parce que c’était juste de l’honnêteté sans doute… et qu’il n’avait pas besoin de masque avec elle.
Pauvre petite demoiselle. Ils finirent de manger ou plutôt elle replongea dans son assiette pour cacher sa gêne et il l’imita, semblant seulement maintenant prendre conscience de tout ce qu’il venait de lui dire en si peu de temps.

Partis se promener ils croisèrent le groupe de filles et la déclaration possessive de la petite blonde assura qu’elle avait puni son agresseur avec les compliments de la maison ! Lui non plus ne dit rien face à son étrange comportement pourtant son attention fut retenue par l’idée qu’elle voulait vraiment le défendre et n’appréciait pas que des filles sans scrupules lui tournent autour. C’est vrai qu’ils se ressemblaient beaucoup…

Ils étaient finalement sortis de la ville pour se promener, profitant du soleil sur la neige et du ciel clair, lui écoutant tout ce qu’elle disait, l’observant de temps à autres.
Elle lui racontait encore tant sur elle, dont ses problèmes avec la magie, même avec des accessoires magiques. Expliquer ce que lui apportait la nature, l’apaisement, la difficulté du rejet et tout ce que ça avait entrainé mine de rien chez elle, ce qu’elle ne disait pas mais ce manque de confiance en elle qu’elle cachait si bien derrière son habituel masque d’indifférence. Doucement le jeune homme pressa sa main sans mot dire. Il n’avait rien à dire de toute manière, comment imaginer ce qu’elle avait pu ressentir ? Lui avait été accepté par les siens après tout. Elle rejetée… par beaucoup trop de gens.
Pour lui changer les idées il parla des différents lieux qu’il avait visités. Par son métier le jeune homme avait énormément voyagé et évoqua avec elle des traversées de mer épiques et des tempêtes d’écume sur les ponts des navires. L’expérience semblait lui avoir beaucoup plu même s’il pouvait parfaitement comprendre que ne sachant pas nager elle aurait trouvé cela peu rassurant…
Elle lui parla de ses recherches de plante et il écouta attentivement. Quoi qu’elle dise ou veuille bien croire sur elle-même il avait bien remarqué que l’apothicaire semblait extrêmement satisfaite de la jeune femme et pour lui ce n’était pas sans raison. Elle faisait bien son travail, plus vite que n’importe qui. Peut-être un peu trop vite d’ailleurs…
Et puis elle avait parlé d’autre chose… Elle ignorait ce qui lui plaisait. Tristan la laissa parler un instant alors qu’elle lui rappelait qu’elle n’avait que courir après un rêve inaccessible, oubliant de vivre…

Il existe plein de petites choses, de jolies choses qui ne t’encombreraient pas trop tu sais. J’ai bien compris que tu n’y connais pas grand chose et c’est justement l’occasion d’en découvrir davantage… Et pour l’argent… ne te préoccupe pas de ça s’il te plait.

Sur ces derniers mots il avait détourné les yeux l’air un peu embêté, hésitant, comme s’il voulait lui dire quelque chose mais n’osait pas. Elle lui parla de princesse. Il haussa un sourcil en se tournant vers elle.

Je te trouve belle. Ca t’irait bien. Peut-être que tu me croirais davantage. Et puis toutes les femmes sont des dames, quoi qu’en dise… Et puis bien sûr il y a des trucs assez inutiles, trop gros et qui ne servent qu’à étaler ses possessions mais je pensais plus à des petites choses fines. Tu es petite et mince, il ne te faut pas des gros trucs…

Elle semblait curieuse mais sourit d’une drôle de manière sur ses dernières paroles, lui tirant la langue. Il soupira, amusé par son audace et ce petit côté lubrique, grognant gentiment pour la forme.

Oui bon tu m’as compris… Je ne parlais pas de ça…

Elle enchaina, parlant de mérite et n’évita que de justesse la fessée qu’il lui réservait alors qu’il la foudroyait du regard déjà. Il la coursa, ils bataillèrent avec la neige et surtout dans la neige. Surtout qu’elle visait extrêmement bien. Le pauvre garçon qui par contre n’avait apparemment que peu l’habitude de ce genre de chose peinait à riposter, du moins à faire des boules de neige correctes. Il en serra une si fort dans ses deux paumes qu’elle devint d’une extrême dureté et heureusement qu’elle ne fit que toucher le rocher derrière lequel s’était réfugiée la jeune femme car vu le bruit de l’impact… ça aurait fait mal, très mal !!! Elle se débrouillait très bien de son côté mine de rien et pour une fois la taille du grand jeune homme n’était vraiment pas un atout. Même un sacré désavantage qui devait le déservir en pleine bataille, non ?

Ils jouèrent au chat et à la souris un moment lui finissant par s’enfuir pour échapper aux rafales de la jeune femme. Elle lui courut après mais se fit avoir un instant car Tristan était monté dans un arbre… Enfin il avait plutôt sauté dans un arbre et sauta juste derrière elle pour la coincer. Malheureusement pour lui la jeune femme avait encore des boules de neige dans les bras et il fut salué par des rafales. Ca dura un moment, jouer en riant ou en se provocant, comme des enfants, comme des adolescents ignorant le lien qui se tissait entre eux et enchainait leur âme l’une à l’autre. Finalement dans la clairière Tristan s’était laissé tomber de tout son poids dans la neige duveteuse. Un petit nuage de neige s’en éleva d’ailleurs alors que le grand garçon, lourd, s’enfonçait quand même beaucoup. Elle le suivit rapidement entrainée par sa main qui serrait la sienne et ils se retrouvèrent haletant dans la neige, le front légèrement moite de sueur après s’être coursés un peu partout, leurs traces de pas prouvant leurs déplacements. D’ailleurs fait étrange, si le jeune homme allongé s’enfonçait beaucoup dans la neige, normal vu le grand dadais que c’était, ce n’était pas du tout le cas quand il était debout et marchait. Il s’enfonçait au contraire très peu, n’ayant pas le moins du monde besoin de raquettes même dans la neige la plus fraiche. Bon elle non plus ne s’enfonçait pas beaucoup mais vu comme elle lui semblait légère Tristan ne s’était même pas posé de question à ce propos.

Comme elle connaissait bien le coin et lui très peu elle avait réussi à le semer à de nombreuses reprises et avait pas mal fait courir le jeune homme mais il semblait en être plutôt content.
Tristan semblait rapidement se détendre, un peu trop rapidement d’ailleurs alors que son visage changeait d’expression. Sa respiration était devenue brusquement plus calme, vraiment plus calme alors qu’il aurait encore dû être un peu essoufflé. Il fixait le ciel d’un bleu magnifique dans lequel quelques nuages défilaient lentement. Un picotement caractéristique parcourait son corps, une voix chantait dans sa tête. En fait ce n’était pas réellement une voix, c’était le souffle du vent qui avait pris une douce mélodie. Il se sentait léger, tellement léger… Oui l’appel du Ciel. Le frémissement de ses muscles, un frémissement d’impatience et d’apaisement en même temps. Là haut était son monde… Voler était aussi naturel que respirer. Apaisé par la simple vue du ciel même si celui-ci lui lançait des appels le jeune homme avait fermé les yeux un instant. C’est alors qu’elle lui avait demandé s’il voulait essayer.


Je m’étais redressé sur un coude quand elle avait formulé cette demande, la regardant le plus sérieusement du monde. Bien sûr que j’avais envie de voler. Et aussi avec elle. Souriant, j’avais acquiescé en me relevant prenant de la place pour me transformer et éteindre mes interminables ailes de chaque côté de mon corps pour les dérouiller un peu même si elles avaient servi il y a encore peu. Elle me caressa un instant, me parlant, j’acquiesçais lentement attentif à chacun de ses gestes. Quand elle était monté sur mon dos j’avais senti un élan de répulsion, l’envie de me dégager immédiatement comme si j’étais emprisonné, comme si elle pouvait me faire du mal. Sauf que c’était faux évidemment. Je me doutais bien que mes instincts me feraient réagir de la sorte et j’y étais préparé. J’avais respiré lentement pour me calmer.
Au final cette tentative n’avait été que légère. Je m’étais contenté de me déplacer avec elle, juste marcher, tentant de m’habituer à l’étrange sensation de porter quelqu’un et à celle dans mon corps qui ne voulait pas cela. Je me tendais encore pas mal, luttant contre l’envie de ruer qui agitait tous mes muscles. C’était étrange. Pourtant j’avais envie de ça, j’avais envie de la porter, j’avais envie de voler avec elle. Ce n’était pas dégradant, ce n’était pas parce que je me considérais comme une monture… Mais c’est ainsi que mon corps réagissait pourtant. De plus si la finesse et petitesse de mes écailles, mon absence d’épines dorsales étaient des atouts de choix pour ne pas faire peur, pour être plus facilement accepté, ce n’était actuellement pas ce qu’il y avait de plus pratique. Car elle n’avait rien pour s’accrocher. Mon corps était fait pour fendre les airs à une vitesse impossible à imaginer pour un être humain. Mes écailles étaient faites pour que la pluie glisse dessus sans me mouiller réellement alors forcément pour s’accrocher, non ce n’était pas l’idéal. Je le sentais bien. Malgré tous ses efforts Cassidy était instable sur mon dos. Ca m’inquiétait. La faire tomber déjà au sol serait d’une grande facilité… Je devais m’habituer à elle et elle à moi.
Elle, elle n’était pas de cet avis, voulant que je vole, comme si c’était ainsi qu’on apprenait. J’avais grogné. Tenter de communiquer en même temps que contrôler mon corps n’était pas ce qu’il y avait de plus évident non plus. Je devais beaucoup me concentrer… J’avais réussi à lui dire qu’elle n’était pas prête. Moi non plus d’ailleurs. Si je la désarçonnais au vol à vrai dire ce n’était pas grave tant que je la rattrapais… Mais il y avait un hic. En serais-je capable ? Certes je l’avais fait pour la secourir, mais c’était dans l’urgence et j’étais tellement groggy de fatigue et de peur que ça avait été… plus facile je crois. Grâce à elle pourtant j’étais en pleine forme et ma forme de dragon encore plus. Les instincts sauvages dans mes veines pouvaient très bien me pousser à la laisser s’écraser comme une crêpe. Je ne voulais pas courir le risque, pas tant que mon corps ne serait pas habitué au sien. Etrange d’ailleurs. Mon corps humanoïde connaissait déjà le sien par coeur… Mais mon corps de dragon ?


Pas voler. Trop tôt. Marcher bien. Marcher pour habitude. Pas voler. Voler dangereux. Toi pas stable. Moi pas sûr. Habituer d’abord. Demande temps.

C’est vrai que c’était haché et assez minimaliste comme message mais elle me comprenait au moins. Je marchais un moment en cercle. Voyant qu’elle semblait bien tenir j’avais tenté d’aller un peu plus vite mais bien rapidement ce fut trop. Je n’étais pas fait pour marcher. Bien sûr je le pouvais sur de brèves distances et je pouvais me battre mais je ne valais pas les dragons plus aisés au sol, toutes les autres grandes espèces en fait, même si ceux de terre étaient évidemment les plus stables. Malgré leur taille démesurée ceux-ci pouvaient se mouvoir au sol comme s’ils ne pesaient rien, mesurant chaque geste, chaque mouvement. Au sol moi j’étais pataud. C’était normal… Comparé aux autres mes ailes étaient immenses. C’étaient mes muscles les plus développés. Elles étaient plus puissantes que celles de toutes les autres espèces et pouvaient me porter plus loin et plus vite que personne… C’était ce que j’étais. C’était mon monde. Le ciel…
Alors marcher forcément je n’étais pas aussi à l’aise qu’en volant et j’avais eu raison finalement. Puisque Cassidy avait fini par relâcher légèrement sa prise hasardeuse sur mon encolure et glisser sur l’un de mes flancs. La pauvre… Au sol j’avait une démarche tellement maladroite et chaloupée… Mes ailes me gênaient beaucoup et me déséquilibraient un peu. C’était amusant tout de même… Dans les airs j’étais la créature la plus habile au monde mais au sol… Enfin je savais bien que je devais m’entrainer un peu sur ce plan mais ça me désintéressait au plus haut point !
Je redevins humanoïde pour la rejoindre un brin inquiet. Je savais en effet que mes écailles pouvaient être extrêmement tranchantes quand je les relevais, du moins pour la chair délicate d’une humaine. En me crispant j’avais craint l’avoir fait sans le vouloir mais heureusement je me trompais. A part ses cheveux et ses vêtements plein de neige elle allait parfaitement bien. Ses yeux pétillaient et son sourire était sincère. J’y répondis timidement mais le coeur y était…  Elle m’embrassa, m’expliquant sa pensée. Je secouais légèrement la tête.


Non… Désolé ce n’est pas comparable. Je suis très maladroit au sol. Dans les airs ça n’aura rien à voir, je te le promets… Mais ce n’est pas facile. Je dois encore accepter ça. Moi je le souhaite bien sûr mais mes instincts ne sont pas aussi d’accord… Ca viendra. Il va surtout falloir trouver comment te garder en selle !

Nous étions rentrés et après une douche, sage cette fois, nous étions partis diner. L’enthousiasme que je voyais chez elle me serrait l’estomac. Elle avait l’air tellement vive, tellement joyeuse. Elle ne feignait rien. Ca lui avait plu… Pourtant je n’avais fait que marcher mais ça semblait déjà tellement pour elle. Je ne comprenais pas… Alors que nous mangions elle tenait absolument à en discuter. Elle semblait déjà avoir beaucoup réfléchi et je l’écoutais avec attention. Elle avait raison, elle n’avait rien pour s’agripper et c’était le principal problème… Nous en avions discuté tout au long du diner… Enfin surtout elle. Elle parlait, je l’écoutais, souriant en l’observant répéter inlassablement comment c’était passée cette première tentative. Nous étions rapidement rentrés cette fois. Tout d’abord il y avait du monde et nous n’avions pas spécialement envie d’aller danser cette fois. Nous nous étions contenté de marcher tranquillement et d’observer les étoiles en silence.

En rentrant par contre elle était directement allée vers mon bureau. Je n’avais pas fait un mouvement vers elle. Je n’avais pas grand chose à cacher après tout. Elle s’était alors mise à griffonner quelque chose. Curieux je la rejoignis pour découvrir que dans ce domaine… elle frôlait le ridicule. Je compris qu’elle me dessinait et si ça n’avait pas été si drôle j’aurais pu être vexé… Je ressemblais à une grosse patate avec des ailes sur ce dessin. Sérieusement !!!! Je faisais partie des dragons les plus élancés ! Pourquoi elle me dessinait en forme de patate ?! Au lieu de me vexer j’en ris, la taquinant.


Ah ben ça y est on a trouvé un domaine dans lequel tu es… vraiment nulle…Ca compense pour tous les autres...

Elle s’excusait en grognant mais je la cherchais encore plus, la taquinant davantage.

Je suis si gros que ça ?

Elle grogna à plusieurs reprises, tentant de rectifier son croquis avant de marmonner que ce n’était qu’un schéma pour que je comprenne voilà tout. Amusé de la voir aussi investie et un brin agacée de remarquer qu’elle n’arrivait pas vraiment à dessiner je l’entourais sagement de mes bras alors qu’elle me tournait le dos et tentait de s’expliquer, rajoutant des lignes et des courbes à son dessin… Ce qui le transforma davantage en espèce de représentation de patate ficelée… Elle dessinait vraiment mal… Mais l’idée était là. L’idée et l’intérêt… J’aimais bien la voir comme ça. Investie, intéressée, passionnée même et ce même si niveau représentation ce n’était pas du tout ça. Je souris en resserrant ma prise. Elle se mit à parler de cuir alors que je comprenais vaguement qu’elle avait pensé à une selle de cheval. J’aurais dû être blessé. J’aurais dû être vexé. La repousser sèchement en grognant que je n’étais pas une monture et ce même si jamais elle n’avait pensé ainsi. Mes instincts auraient dû me pousser à répliquer méchamment, affirmant qu’aucune humaine ne soumettrait un dragon. Dans la théorie, je sais que c’est ce qui aurait dû se passer. Mais ça n’arriva pas. Je n’eus rien à contrôler, rien à maitriser, encore moins à faire semblant. Je la laissais parler. Jamais elle ne me traiterait comme un animal. Je le savais. Ce n’était pas une certitude utopique c’était la vérité simple et pure. Pourtant elle s’interrompit et dans le petit miroir posé sur mon bureau je vis son regard se troubler et ses pommettes s’enflammer. Je ne savais pas vraiment pourquoi elle s’était arrêtée… Se rendait-elle compte que parler ainsi à un dragon était déplacé et dangereux même si ça ne semblait pas le cas avec moi ? Ou était-ce à cause de mes mains qui s’étaient mises à glisser doucement le long de son corps alors que je me collais à son dos. Les doigts de ma main gauche délassait d’ailleurs lentement les lanières de sa robe alors que je ne me rappelais pas avoir engendré ce geste… Me collant un peu plus à elle, je m’entendis souffler tout bas.

Hum… Si j’ai bien compris tu veux me vêtir de cuir, de lanières… Je ne te savais pas ces tendances ma douce…

Elle fit volte face, frissonnant en essayant peut-être de se dérober à mes mains, elle était cramoisie et essaya de dire quelque chose mais je ne la laissais pas parler, la soulevant du sol pour l’asseoir sur ce solide bureau qui avait déjà montré qu’il supportait parfaitement son poids. Ecartant ses jambes pour me glisser sans prétention contre elle j’en profitais pour l’embrasser. Elle y répondit d’ailleurs alors que ses mains passaient dans ma nuque. Pourtant je la sentais différente. Pas vraiment à l’aise. Je m’interrompis donc. La regardant dans les yeux, je ne sais pas comment je compris mais sans quitter ma place je me tournais sur le côté pour attraper une feuille également et tracer rapidement l’esquisse qu’elle cherchait à faire. C’était ma manière de lui dire que j’étais d’accord, que je n’étais pas vexé, que je ne le prenais pas mal, que j’étais content de susciter autant son intérêt et son investissement, qu’elle n’avait pas à s’inquiéter de quoi que ce soit. Pourtant, je fus surpris de voir naitre sous mon crayon un dessin… réussi. Vraiment réussi. Je savais bien que je dessinais des cartes extrêmement précises et réalistes mais je n’avais jamais essayé de dessiner quoi que ce soit d’autre. Ca faisait partie de ce qu’on me demandait alors je ne me posais pas de question…
Mais c’était bien fait… Surpris de ma propre capacité j’observais le dragon que j’avais dessiné, qui même en croquis me ressemblait beaucoup. Sans perdre un instant, de peur que le charme se rompe peut-être j’avais continué de dessiner, ce qui pourrait être une selle. Une pièce de cuir fin et plus épais à placer derrière mon cou pour l’une des attaches, autour des attaches de mes ailes justement. Là je n’étais pas gêné, ce n’était pas une zone sensible ça ne touchant pas d’articulation, zone stable d’équilibre… Je me mis aussi à tracer à côté un peu plus précisément la forme que pouvait prendre la selle. Si elle était plus lourde et imposante d’un côté elle permettait à ma cavalière de bien rester stable en la laissant néanmoins se déplacer, se coucher davantage sur mon encolure ou au contraire se tenir droite, sachant que plus elle serait proche de mon corps moins il y aurait de résistance au vent et plus nous pourrions aller vite évidemment… En parlant d’attache… Un éclair de lucidité me traversa… Si deux morceaux de métal étaient placés tout à l’avant de la selle, enveloppé aussi avec du cuir mais suffisamment dur, d’un côté et de l’autre de mon encolure, là où elle aurait ses mains alors la pression d’une de ses mains qui se tiendrait là pouvait appuyer sur mes écailles suffisamment fort sans me faire mal pour tenter de… me diriger non ? Diriger un dragon… Ca ça pouvait me valoir vraiment des ennuis. C’était bien plus grave qu’accepter de porter une humaine mais je n’y pensais même pas, dessinant en me mordillant la lèvre. Les attaches de la « selle » pouvaient être de longues bandes de cuir adoucies avec lesquelles sangler le tout en place ne serait pas si difficile… Si la selle était assez large et grande alors on pouvait mettre des cales pieds légers quand elle se couchait sur mon dos non ?

Je m’étais arrêté en secouant légèrement la tête, comme si je me réveillais, ne comprenant toujours pas ma brusque inspiration et ébahi, je l’avoue, par le résultat de mon pseudo-délire. Ne voulant pas montrer mon trouble et jouant évidemment comme toujours sur la provocation et la taquinerie, je fis une légère torsion vers ma compagne. J’étais toujours entouré de ses jambes. Elle n’avait rien dit, pas bougé, pas dit un mot tout du long de mon « dessin », semblant attendre patiemment ce que moi-même je ne comprenais pas. Je lui tendis le dessin en lui tirant la langue.


Je dessine mieux que toi nananère.

Elle haussa un sourcil mais semblait plus amusée qu’autre chose alors que déjà le dessin qu’elle avait observé en se tordant à moitié le cou semblait susciter tout son intérêt de près. Il y avait tellement de soulagement dans son regard… Encore du soulagement. Comme si elle avait eu peur que je m’énerve à cause de ce qu’elle disait, de ce qu’elle voulait. Comme si elle craignait me faire de la peine. Mais elle m'avait dit qu'elle n'avait pas peur...

Ca te va ?

J’avais parlé d’une voix plus douce, voulant me faire rassurant… Ne comprenant pas pourquoi elle avait eu cet air comme… inquiet. Ne comprenant pas la pointe de honte dans son regard quand elle avait rougi plus tôt, comme si elle faisait quelque chose de dérangeant. J’avais porté la main à son visage en souriant, lui enlevant doucement le dessin des mains en le posant plus loin, l’embrassant tendrement. J’avais envie de tout ça avec elle… L’avait-elle déjà oublié ? Elle répondit à mon baiser par un autre qui me fit frissonner, un long baiser passionné qui avait un goût de reconnaissance, comme si elle voulait me dire merci mais merci pour quoi au juste ? Un peu chamboulé par le serrement dans ma poitrine j’esquivais une fois de plus en me mettant à la lorgner sans honte, baissant les yeux vers sa jolie poitrine que mettait un peu trop en avant cette robe. Mon sourire en coin de retour et je le savais mes pupilles dilatées trahissant l’éveil du désir qui y flamboierait sous peu, je me mis à parler tout bas.

Demoiselle… Il me semble que vous m’avez parlé d’une vilaine potion et de ses vilains effets… J’ai cru comprendre que vous ne travaillez pas demain…sauf pour chercher quelques herbes de nouveau… je serai ravi d’aller avec vous histoire de vous aider… une fois que vous serez parfaitement rassasiée. Il en va de mon honneur demoiselle… donc si vous comptez prendre ladite vilaine potion…  ne craignez pas de m’épuiser, je me tiendrai à la hauteur de vos exigences même si je dois avaler un tonneau de café !

Fuir… Fuir dans la douceur de son corps, dans la curiosité de ce qu’elle m’avait dit, la curiosité un peu morbide je l’avoue de découvrir les effets de cette potion… Fuir je ne sais trop quoi… Fuir l’idée que je faisais une bêtise en voulant voler avec elle, en parlant de selle avec elle… C’était mal. C’était une trahison. Mais je ne voulais pas voir ça ainsi, c’était tout sauf cela… J’hésitais puis déposais un nouveau baiser sur ses lèvres, qui sonnait un peu comme une excuse... je crois…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 4 Mai - 20:34

Cassidy ignorait tout des pensées de Tristan. Elle ignorait ce qui s’agitait chez lui. Elle ignorait qu’au final il s’attachait. Elle ignorait qu’il y avait des sentiments naissants mais très solides derrière. Elle ignorait tellement de choses au final… Mais le pire, elle s’ignorait elle-même.

Lorsqu’elle avait commencé à fréquenter Jilian, ce n’était rien de tout ça. En même temps, Jilian n’était pas téméraire. Il ne l’avait pas embrassé parce qu’il savait qu’elle était très distante. Il n’avait jamais rien tenté pour la forcer. Mais Cassidy s’était finalement rapprochée de lui. Elle jouait un jeu, et ils le savaient bien tous les deux. Ressembler à un couple à l’extérieur avec un public mais ils étaient bien plus réservés en toute intimité. Il obéissait à ses désirs, il la laissait même coucher avec d’autres hommes. Après tout, pour eux, jamais il n’avait été question d’être officieusement ensemble. Elle s’était habituée à cette situation ennuyante. Elle se mentait, elle ignorait les appels de son cœur. Juste de l’intérêt égoïste, purement égoïste. Avec Tristan, c’était différent. Elle ne se forçait nullement de prendre des initiatives avec lui. Elle agissait bien plus, réagissait à ses paroles, ses gestes, ses actions.

Elle était bien plus que pendant toutes ces années. Elle existait. Aux yeux des autres, aux yeux de Tristan surtout. Pourquoi ? Comment expliquer cette situation ? Ils n’avaient pourtant rien en commun. Ils n’étaient même pas compatibles à cause de leur différence de taille. Et pourtant, ça se passait bien mieux qu’avec Jilian. Les sourires de Tristan, son envie de la combler, sa douceur… tant de petites choses qui faisaient fondre un peu plus la petite demoiselle, même si elle ne s’en rendait pas compte elle-même.

Elle ne réfléchissait pas. Ni sur ses désillusions face aux hommes, ni toutes les blessures qu’elle avait pu avoir. Certes, elle ne se faisait pas confiance et ne faisait même pas confiance aux autres mais avec Tristan, elle n’avait pas particulièrement envie de le repousser. Pas cette fois. Pourquoi ? Difficile à dire et si on lui demandait une explication, la jeune femme aurait bien de la peine pour trouver une raison valable à son comportement. Oui, elle qui était si distante, elle qui ne laissait jamais ses émotions prendre le dessus, elle qui refusait toute avance, qui ne voulait même pas faire plus ample connaissance, elle faisait voler en éclats toutes ces déclarations. Ca ne servait à rien de réfléchir. A quoi bon après tout ? Se dire que oui c’est vrai elle devrait prendre du recul, qu’il finirait par la blesser, d’une manière ou d’une autre ? Qu’elle devrait rester sagement avec Jilian qui lui, après six mois, avait toujours prouvé sa fidélité sans la repousser ?

Elle aurait dû… Elle aurait pu… Mais ne le faisait pas. Tant pis pour la souffrance, tant pis pour la douleur, tant pis si il la repoussait comme une vieille chaussette malodorante, lui préférant soudain les dragonnes à elle. Tant pis si il repartait loin, au-delà de la grande barrière enneigée et montagneuse. Tant pis si il couchait avec d’autres femmes. Tant pis… Mais au moins, elle aura vécu pleinement ces jours. Elle aura découvert une autre facette d’elle, une facette qu’elle ne connaissait pas. Elle aurait partagé ses secrets, était soulagée de savoir que quelqu’un l’acceptait sans la traiter de monstre ou que sais-je.

Ce n’est que pendant l’espace d’un instant, quelques jours, quelques semaines avec un peu de chance. Il partirait… Pour une fois, ce n’était pas elle qui partait… mais lui… il ne pouvait pas rester indéfiniment ici. Elle s’en doutait. Mais ne voulait pas y penser. Car le jour où cela arriverait, il valait mieux que personne ne soit près d’elle. Trop attachée, trop accrochée à lui…

Elle ne savait pas pourquoi elle se permettait toute cette souffrance. Cette échéance qui se repoussait sans cesse. Son esprit ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Un homme, un seul… un seul capable de lui causer autant de joie que de souffrance. Le seul à faire basculer d’un coup le noir ou le blanc… Pour quelle récompense ? Pour quelle envie ? Ce qu’elle ne pouvait ignorer, c’était les réactions de son corps contre le sien. Ces légers frissonnements quand elle touchait sa peau si douce et chaude, son cœur qui battait si fort et si vite quand il plongeait son regard orangé dans le sien, un regard si intense, si profond. Un regard qu’elle avait déjà identifié chez Jilian. Mais avec Jilian, c’était plus léger. Elle ne savait pas ce que c’était. Et puis, il y avait tous ces petits gestes. Quand ils étaient couchés l’un contre l’autre, quand elle entendait sa respiration lente alors qu’il dormait encore. Juste être dans ses bras… Elle se sentait en sécurité.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas enlever sa carapace ? Juste se détendre, ne plus être aussi crispée que ça. Juste prendre une pause dans ses bras, lui faire confiance. Elle dormait bien mieux dans ses bras. Plus de cauchemar, plus de nuit blanche. Une énergie débordante au réveil. C’était un sentiment agréable qu’elle ne voulait jamais voir s’arrêter.

Elle était inquiète, c’est vrai, de ne pas le voir rentrer. Peut être la peur de le voir dans les bras d’une autre, la peur qu’il se soit blessé, la peur que les Kaärs l’ait capturé. D’ailleurs, elle y avait pensé. Si ils étaient proches, peut être que certains allaient venir dans cette ville. Mais pourquoi ? Rien ne les intéressaient à part le pouvoir et la magie noire. Il n’y avait rien de ça ici et un Nordique ne les intéresseraient pas. Il fallait aller dans les grandes villes pour trouver des utilisateurs de magie. Mais les Nordiques avaient également des matériaux très intéressants. Et si jamais ils venaient ici, si jamais ils savaient que Tristan les traquaient, si jamais ils les voyaient ensemble… Alors ça pourrait devenir catastrophique. Quel plan sournois inventeraient-ils pour perturber le beau Drakkari ?

Alors oui il y avait de la peur… pour lui.

Il avait ensuite proposé de venir voler avec elle. La jeune femme était aussi emballée qu’extrêmement touchée. Mais elle ne voulait pas lui faire croire non plus qu’elle voulait lui monter dessus, comme une monture. Non jamais elle ne se permettrait ça ! Parce qu’elle connaissait son côté humain. C’était plus comme évoluer avec lui, voler ensemble mais sans aucun acte de soumission. Elle se rendait compte de la chance qu’elle avait, de l’impact que ça pouvait causer. Et que ça ferait sûrement beaucoup de bruit…

Pendant qu’elle envisageait éventuellement une vie de famille avec Tristan, elle ne se doutait pas qu’il avait des pensées beaucoup plus noires à son égard. Un bref instant elle sentit une haine qui ne lui appartenait pas. Elle fixa son regard sur le jeune homme, mordillant dans sa tartine alors qu’il semblait aller bien. Ca aussi il faudrait qu’elle lui en parle. C’est plutôt étrange non ? Mais elle était assez douée pour savoir ce qui venait d’elle ou pas et ces émotions ne provenaient pas d’elle. Et pourquoi lui d’ailleurs ? Ils avaient un problème ? On leur avait jeté un sort qui les liait ? Trop de choses surprenantes autour d’eux… l’énergie débordante, le déblocage de sa magie, les cicatrices qui disparaissaient, des émotions qui ne lui appartenaient pas. Et de son côté le problème avec le sucre disparu… ses blessures aussi. Il y avait de la magie là-dessous. Même si elle était une vraie ignorante, cela ne l’empêchait pas de réfléchir. Mais qui la croirait ? Tristan la croyait mais il ne savait pas plus qu’elle.

On leur avait jeté un sort, elle ne voyait pas d’autre hypothèse. Mais qui ? Quand ? Comment ? Et pourquoi avec lui ? Pourquoi avec cet homme ? Même si c’était un camarade d’enfance, ils n’ont absolument rien en commun… à part peut être les sensations fortes et la nature. Elle était petite, mince, presque fragile et lui était fort, puissant, un guerrier, un dragon. Plein de choses qu’elle n’était pas. Elle l’aurait plus imaginer avec une femme de caractère, séduisante et sexy, avec de la poigne, de l’assurance. Une dragonne sans doute. Oh ça serait vraiment stupide de penser qu’il n’avait pas croiser de magnifiques dragonnes. Mais elle ne voulait rien lui demander à ce sujet. Parce qu’elle avait trop peur de ce qu’elle pourrait entendre. Tiens encore de la peur ?

La jeune femme se sentit ridicule. Après tout c’était normal pour lui de fréquenter des dragonnes. Non mais elle se prenait pour qui, à s’immiscer dans sa vie et tout chambouler ? Il n’avait rien dit à ce sujet. En même temps elle ne disait pas grand-chose sur Jilian. Ce n’était pas bien officiellement. Et il ne savait rien… mais si elle était libre, cela changerait-il quelque chose ? Elle redoutait ce moment, cet instant. Elle n’était pas sûre du tout. Mais bon il fallait qu’elle décide pour elle et pas pour les autres.

Alors elle avait abordé le sujet de la potion. Elle n’était pas vraiment gênée, juste qu’elle ne savait pas vraiment comment il allait réagir face à cela. Cassidy ne voulait rien cacher à Tristan. Et puis ça, ça pouvait lui plaire. Elle ne se trompait pas. Le discours qu’il tint était loin d’être désintéressé. Il lui disait qu’elle le surprenait encore. Mais un petit hic, il avait parlé des humains, des elfes, des sirènes… mais les dragonnes ? Aïe… Il disait qu’elle était une perverse. Qu’il aimait ça. Qu’elle était la meilleure des amantes. Puis il se fit plus drôle. Oui ça l’intéressait.

La jeune femme avait rougi. Enormément même. C’était un compliment même si il y avait encore quelques zones d’ombre. Il s’était rapproché, elle avait détournée la tête en le repoussant, posant ses mains sur son torse et parla de manger. Il se plia de bonne grâce.

En effet, le fait qu’il accepte cette partie d’elle la rassurait énormément. Elle se pensait obsédée, vorace, une nympho presque. Mais lui ne le voyait pas comme ça. Il avait dit qu’elle était la meilleure des amantes. C’était un beau compliment mais elle ressentit une pointe de déception. Pourquoi ? Amante c’est ce qu’elle était non pour les hommes ? Mais amante, c’était aussi le genre de personne avec qui on a une aventure ou plusieurs, alors qu’on a déjà une personne attitrée ? Officiellement elle était la compagne de Jilian. Officieusement elle avait été l’amante de bien des hommes… Elle se trouvait ridicule de penser à ça… et devrait s’estimer heureuse qu’il l’accepte dans son lit et pour un peu plus.

Cela chamboula la jeune femme. Elle ne devrait pas se poser des questions. Ils étaient des amants, rien de plus. Qu’espérait-elle au juste ? Avec lui ? Qu’il officialise leur union ? Cette pensée la fit devenir encore plus rouge instinctivement et elle manqua de s’étouffer. La jeune femme grogna. Ridicule elle était, on dirait une adolescente en chaleur qui espérait tant de son beau prince charmant. Euh non… non… ou peut être un peu… un tout petit peu au fond d’elle. Vraiment ? Mais c’est ridicule ! Il était libre ! Non… Oui… Perturbant…

Elle se concentra sur sa tartine et chercha un autre sujet de discussion, pour oublier cette fâcheuse réflexion. Lui demander si il était sûr. Pour voler avec lui. En même temps c’était logique. Elle ne voulait absolument pas le contraindre, elle se doutait des risques qu’il prenait même si elle n’y connaissait pas grand-chose. Et pour elle tout simplement… Elle n’avait toujours pas confiance en elle, pourquoi il lui proposait ça ? Alors elle le regarda très sérieusement et lui fit une remarque très importante pour elle à ce sujet.

Il avait prononcé son surnom, d’un air comme si il voulait la gronder un peu, comme si il voulait l’aider à se réveiller. Tristan s’était approché de la jeune femme. Elle avait ressenti un frisson très agréable, rien à voir avec le froid lorsqu’il avait posé ses deux mains sur ses joues. Elle voyait du sérieux dans ses yeux, de la sincérité. Il lui expliqua et ses paroles étaient authentiques, magnifiques. Elle se mit à rougir et se sentit extrêmement bien. Il n’avait pas l’air de se rendre de ce qu’il était en train de faire… et plus encore, chose qu’il ignorait, peut être était-il celui qui la guérirait de sa haine des dragons, de son traumatisme si violent.

Elle ne lui avait toujours rien dit. Toujours par peur, par peur de le décevoir et qu’il la voit différemment en sachant la vérité. Après tout, même elle ne connaissait pas grand-chose. On lui avait parler brièvement de pacte mais… comment cela pouvait être perçu ? La jeune femme décida de changer de sujet et il répliqua. Il ne la considérait pas comme une intruse et cela la touchait beaucoup. Elle peinait encore à comprendre toutes ces histoires avec les dragons mais ça avançait… petit à petit ils apprenaient à se connaître… entièrement et pas seulement une partie.

Finalement ils étaient sortis et elle lui avait expliqué vite fait qu’on ne l’embêterait plus. Une chose qui semblait donner beaucoup de satisfaction et de fierté à la petite demoiselle. Regardez les courir ! Au moins on ne s’approcherait plus de son copain… heu amant plutôt ! Elle grogna.

Ils étaient dans la forêt et elle lui parla alors de son passé. Ils devaient apprendre à mieux se connaître non ? Et puis elle ressentait le besoin de se confier à lui, de lui expliquer, petit à petit, tout ce qui lui était arrivé, même si ce n’était pas joyeux. Cassidy voulait que Tristan comprenne. Comprenne par où elle était passée, ce qu’elle avait ressenti… Il ne pouvait rien faire pour elle à ce moment là. Elle ne lui en voulait pas. Oh bien sûr, elle lui cachait encore le fait qu’elle lui en avait beaucoup voulu le jour où ils avaient déménagés. Ils étaient encore jeunes… Elle pensait que c’était sa faute… que c’était sa faute si sa famille déménageait même si sa mère lui avait dit le contraire.

Sa réaction avait été très contrastée. Le premier jour, elle s’était isolée dans un arbre et n’avait parler à personne de la journée. Elle avait alors compris que malgré leurs différences, malgré leurs conflits, leurs disputes, il lui manquait… Ses répliques lui manquaient, quand il venait la provoquer, n’était-ce pas un signe d’intérêt ? Elle en avait beaucoup souffert, culpabilisant et lui en voulant tour à tour. Elle avait toujours ce petit dessin dans sa chambre, la représentant avec un garçon aux cheveux rouges. Pourquoi avait-elle dessiné ça à l’époque ? La jeune femme ne savait pas. Peut être qu’elle pensait qu’au fond de lui, malgré ses airs provocants, se cachait quelqu’un de sensible. Qu’un jour peut être ils s’entendraient.

Les années avaient tout emporté… Il n’était pas revenu, elle était partie. Elle ne l’avait pas oublié contrairement à lui, jamais. Mais le proverbe qui dit loin des yeux loin du cœur est extrêmement juste. Elle avait fini par ne plus penser à lui, sachant que de toute manière, elle ne le reverrait plus. Et que ça ne servait à rien de se concentrer sur un fantôme du passé.

Elle lui parlait alors de son séjour à Galaden, son renfermement, sa distance avec le reste des gens. Et le fait aussi qu’elle n’était pas vraiment acceptée. Elle sentit sa main se presser contre la sienne, comme si il la soutenait. Alors il parlait des lieux qu’il avait visiter, des traversées en mer et elle n’était pas sûre d’apprécier, elle qui n’était pas à l’aise dans l’eau. Cassidy buvait des paroles les récits de Tristan, elle trouvait ça chouette, bien mieux que ses voyages où elle n’était allée que dans des villes, là où elle pouvait, devant compter sur elle-même pour financer ses voyages, faisant le trajet très souvent à pied… seule la volonté, l’espoir l’avait fait tenir jusqu’à un moment donné.

Et puis elle lui avoua ne pas avoir de préférences, ne pas savoir ce qu’elle aimait. Il répondit alors en parlant de petites choses et qu’elle ne devait pas se préoccuper de l’argent. Ca devait bien gagner un commandant non ? Après tout il l’avait amené dans plein de restaurants en peu de jours, dont un très luxueux (enfin luxueux pour les Friholdiens). Il s’était refait toute sa garde robe, lui avait acheté une robe magnifique et pas donnée non plus… Elle lui parla alors de princesse. Il répliqua. Belle ? Avec sa tenue ? Bon d’accord elle se détachait les cheveux maintenant avec lui mais… pourtant la fin de sa phrase la fit sourire et elle se retint de rire. Ah oui en effet ça prenait un tout autre sens. Il semblait se rendre compte de la portée de ses paroles mais cela n’empêcha pas la petite demoiselle de le regarder d’un air taquin.

Cassidy enchaîna sur autre chose. Elle voulait vraiment savoir en quoi elle était méritante. C’est vrai quoi à part être belle à ses yeux et une bonne amante elle ne faisait rien pour lui. Pas de massage, pas de truc à offrir… pas grand-chose. Elle ne comprenait pas en quoi il lui accordait autant d’importance. Mais elle le savait bien, il ne répondrait pas à cette question. Alors elle esquiva le coup.

S’enchaîna un jeu de bataille de boules de neige. Certes elle visait bien mais n’avait pas plus l’habitude que lui. Ramassant de la neige, la tournant dans ses mains et envoyer la boule. En même temps il était grand et elle petite. Elle s’était cachée derrière un rocher et la boule qu’il avait lancé fit un trop de bruit. La jeune femme fronça un instant les sourcils avant de retourner à l’assaut. Il finit par s’enfuir, comprenant sans doute qu’il ne pourrait pas repousser cette petite guerrière acharnée.

Elle le suivit mais il disparut avant de réapparaître derrière elle alors qu’elle passait sous un arbre. Elle le bombarda alors. Pour la première fois, elle se mit à rire franchement, s’amusant de son impuissance face à ses boules de neiges. Oui deux enfants, deux adolescents… Ce n’était pas que des amants… Les amants ne s’amusent pas comme des gamins… Les amants couchent et repartent… Mais eux, c’était autre chose.

Finalement à force de courir partout ils s’étaient allongés dans la neige. Elle avait écarté les bras et faisait de grands mouvements, comme pour étaler la neige tout autour d’elle, fixant le ciel bleu. Cependant, un nouveau sentiment s’empara d’elle. L’envie d’aller dans le ciel. Ce n’était pas elle… Encore une fois. Et qui pourrait penser à ça ? Tristan… Elle commençait à avoir de plus en plus de preuves. Devait-elle s’en réjouir ? Ou au contraire en avoir peur ? Personne ne disait mot. Elle inspira profondément, laissant le vent frais danser dans ses cheveux, caressant son visage. Et puis, elle se tourna vers Tristan.

Si il avait envie de voler, autant essayer maintenant ? Alors elle lui proposa timidement, comme si elle n’osait pas trop le déranger avec ça. Et pourtant il accepta sans aucun problème.

Un peu fébrile au départ, la jeune femme avait pris son temps pour inspecter le Tristan dragon. L’observer de loin c’est une chose mais monter sur son dos est une toute autre chose ! Elle ne savait pas trop comment se comporter et même si elle avait beaucoup de respect pour lui et ne le traiterait pas comme une monture, d’ailleurs ce n’était pas pour aller d’un point x à y qu’elle voulait voler avec lui, cela n’empêchait pas que la comparaison était tout à fait là. Même si ce n’était pas vrai.

Elle finit par monter sur un rocher avant de monter sur son dos, ne voulant pas lui faire de mal en prenant son élan, même si elle savait qu’il avait l’air solide. Et puis, elle sentit une sensation étrange. Déjà occupée à trouver des appuis pour tenir sur lui mais en plus une sorte de sensation de rejet, la repousser. Elle inspira profondément et instinctivement, murmura quelques paroles à son égard, se voulant rassurante. La jeune femme fit parcourir doucement ses mains sur son encolure, avec lenteur, tranquillement, voulant l’aider à s’habituer à elle, sa présence, son poids. Elle lui rappela qu’à tout moment elle pouvait descendre si c’était trop pour lui mais il ne semblait pas vouloir s’arrêter.

Alors il fit quelques pas. Cassidy n’avait pas vraiment l’habitude de.. d’évoluer de cette façon et le mouvement était assez particulier. Elle voyait bien que ses énormes ailes l’entravaient dans ses mouvements. Après tout, il disait qu’il était un voltigeur pas un marcheur donc elle le comprenait tout à fait. Chaque pas la faisait bouger de gauche à droite et elle devait elle aussi contracter les muscles de ses jambes pour tenter de garder son bassin stable. D’ailleurs son bassin bloquait un peu, il fallait qu’elle accompagne le mouvement mais pour l’instant elle ne faisait que le subir. Gare aux courbatures sur les muscles si peu travaillés…

La jeune femme décida de tenter une autre approche. Qu’il essaie de voler et apprendre durement. Mais Tristan n’était pas d’accord et il réussit à lui parler pour lui expliquer. S’habituer déjà à la présence. Elle avait l’air de comprendre. D’ailleurs, ça ne l’étonnait pas qu’elle puisse entendre ses paroles draconiques ? Ce n’était peut être pas à la portée de tout le monde. Elle avait acquiescé d’un signe de tête, ne cherchant pas à insister.

« Je te fais confiance, fais comme tu le sens… »

Elle lui avait dit ouvertement. Elle lui faisait confiance, sous sa forme de dragon aussi. Cela devait lui faire plaisir. La jeune femme se concentra alors sur sa position, sentir les différents mouvements de son corps contre le sien. Elle essayait surtout de doser son étreinte, pour ne pas lui donner le sentiment de l’entraver, l’étouffer. A force de se concentrer sur sa poigne, elle ne sentit pas le brusque changement d’allure et tomba en arrière, roulant le long de sa queue avant d’atterrir dans la neige.

Tristan revint rapidement, inquiet. Mais elle était souriante, enjouée. Avoir ce genre d’activité avec lui était vraiment bien. En tout cas elle aimait ça même si c’était dur. Elle lui parla alors, rassurante. Il semblait intimidé tout à coup, s’expliquant. Elle hocha la tête en l’écoutant.

« Oh ça je l’ai bien remarqué que tes instincts avaient du mal… »

Il ne semblait pas comprendre et fronça les sourcils. Comment pouvait-elle le savoir ? Pourtant, la jeune femme ne voulait pas garder ça secret pour elle. Alors qu’il l’aidait à se relever, elle lui expliqua sa théorie, même si il n’aurait pas de réponse. Elle ne voulait pas de réponse, mais juste qu’il le sache, qu’elle sentait quelque chose.

« Quand je suis… hum… montée sur ton dos, j’ai ressenti une sorte de rejet… Quelque chose qui me gênait. Mais moi je n’étais pas gênée… alors je pense que ça vient de toi… et c’est pas la première fois que je ressens quelque chose qui ne m’appartient pas… »

Tristan avait l’air perplexe par cette révélation. La jeune femme baissa lentement la tête.

« Non mais ça arrive pas tout le temps hein… par contre quand ça arrive… enfin… ça ne me fait pas mal.. mais j’ai l’impression que c’est intense. Ca ne m’était jamais arrivé avant… »

Puis elle pointa le doigt vers le ciel.

« Au fait, si tu veux aller faire un tour… je sais aussi que tu avais envie de voler tout à l’heure alors… vu que notre première leçon est un échec… enfin… je… je sais que c’est important pour toi d’être dans les airs… hum… »

Elle semblait un peu intimidée en disant cela mais il répliqua alors avec beaucoup de sérieux un tout autre discours, ce qui ne manqua pas de la faire rougir à nouveau. Ils prirent enfin le chemin du retour.

Se douchant plus sagement, la jeune femme avait senti un début de courbature sur ses cuisses. Même si ils n’avaient pas fait grand-chose, son corps n’était pas habitué à ce genre de mouvement. Elle grimaça. Ca sera pire demain. Remettant la jolie robe qu’il lui avait offerte et se coiffant, ils descendirent alors manger au restaurant. Elle semblait très enthousiaste et avait peut être trouvé une activité passionnante… à faire avec lui. Pourquoi ? Elle n’était pas un dragon… Oh elle avait déjà volé mais pas de cette façon. Mais elle aimait le ciel aussi. Bien plus que l’eau ! La sensation de liberté, le frisson du vide, le paysage qui se dessine en dessous.

Elle semblait totalement investie dans ses paroles. Il écoutait beaucoup, amusé. La jeune femme ne savait pas quoi penser. Parfois elle avait l’impression qu’il était juste poli, d’autres fois elle le voyait un peu plus intéressé. Après tout, porter une humaine sur son dos, ce n’était pas commun. Ils sortirent regarder ensuite les étoiles avant de rentrer.

Pourtant Cassidy avait une idée en tête et elle utilisa le bureau pour tenter de dessiner… un dragon. Sauf que Tristan se moqua gentiment d’elle. Elle grogna, gomma quelques traits, tentant d’ajuster le corps qui ressemblait à une patate, tirant plusieurs traits pour les ailes, tirant légèrement la langue, concentrée dans sa tâche. Puis une deuxième réplique. Fière, elle leva la tête et décida de ne pas recommencer pour la énième fois, que c’était juste visuel, voilà tout !

Et puis, elle lui expliqua ce qu’elle voyait, même si ça ressemblait plus à un gribouilli. Alors, elle parla de cuir. En effet, elle avait fait le rapprochement avec une scène de cheval et ça la gêna. Tristan n’était pas un cheval ! Ni une monture ! Elle s’arrêta, honteuse, intimidée. Ca l’embêtait beaucoup… Elle ne voulait pas lui faire croire qu’elle cherchait à assurer sa domination. Intimidée, embêtée, la demoiselle ne savait pas quoi dire pour lui faire comprendre qu’elle ne voulait pas… le comparer à un animal… Mais il avait passé ses mains sur son corps, la faisant frissonner. Elle sentit que son corset semblait un peu moins… tendu. Il répliqua alors avec une phrase, dite sur un ton assez… provocateur et tentateur.

Cassidy se retourna, toute rouge, le regardant alors qu’elle tentait peut être de faire un écart. Perturbée entre les sensations qu’il faisait naître chez elle et sa gêne envers ses dernières paroles, lui mettre du cuir sur le dos, le traiter comme une monture. Alors il la hissa sur le bureau et commença à l’embrasser. La chaleur commença à envahir la petite blonde, elle l’enlaça pour mieux se coller à lui, même si elle était toujours en réflexion sur son sujet. Alors, quelque chose d’étonnant se produisit.

Il s’arrêta, s’écarta un peu et prit une feuille avec un autre crayon. La jeune femme reprenait de l’air du dernier baiser puis le regarda à l’œuvre, bouche bée. Carrément, ça ressemblait vraiment à un dragon. Il semblait troublé, embêté pourtant. Mais il continua, se servant de ses remarques pour dessiner une selle. En fait c’était même quelque chose de surprenant. Deux choses se profilaient. Son don pour le dessin mais aussi son acceptation. Il n’avait pas dit que ça le dérangeait mais dessinait en affirmation à ses propos comme si ça l’intéressait aussi. Un vrai enfant quand il tira la langue pour lui montrer le dessin.

Elle semblait légèrement surprise, amusée, alors qu’il lui posa une question. Cassidy en profita pour lui glisser quelques mots, lourds de sens.

« Il semblerait que tes mains ont gardé la mémoire de ce que ton esprit a oublié… »

C’était magnifique. Il était doué pour le dessin, elle le savait. Et elle comptait bien l’aider à retrouver ça. Ce n’était pas qu’un guerrier, un commandant. Il aimait voler oui… mais dessiner… ça faisait parti de lui quand même ! Elle se rappelait encore quand il était enfin et préférait gribouiller sur ses feuilles plutôt que de prendre les notes de cours, ce qui lui valait de sérieuses remontrances de la part de leur professeur. Elle se rappelait aussi qu’elle l’avait défendu, disant au professeur qu’elle lui prendrait les notes pour lui. D’ailleurs Tristan avait été extrêmement provoquant, piqué au vif. Elle semblait un peu ailleurs tout en regardant le dessin.

Mais la main douce de Tristan sur son visage la ramena à la réalité. Il avait posé le dessin plus loin, l’embrassa. Elle répliqua avec les intérêts. Puis il répliqua au sujet de la potion puis qu’il viendrait l’aider à ramasser des plantes avec elle et se fit même comique sur la fin. Il l’embrassa alors. Elle se doutait bien qu’il voulait changer de sujet, ça ne semblait pas facile pour lui. Mais elle ne fit aucun commentaire à part un regard appuyé et descendre du bureau d’un pas leste.

« C’est vrai, je dois la prendre impérativement ce soir… J’espère que t’es prêt pour toute une nuit… »

Elle attrapa la fiole qu’elle avait posé sur le chevet et but sans hésitation. Sachant pertinemment que les effets ne tarderaient pas à se montrer, la demoiselle ne voulut pas attendre bêtement que ça arrive. Se dirigeant d’une démarche légèrement chaloupée vers Tristan, elle l’attira vers lui et, posa ses lèvres contre les siennes, dans un baiser enflammé.

La nuit allait être active…

Le soleil avait fini par se lever. Ils avaient finalement atterris dans le lit mais aucun des deux n’avait dormi. Haletant doucement, le corps couvert de sueur, Cassidy avait vécu la nuit la plus épique et passionnante qui était. Jamais elle n’avait autant apprécié prendre cette potion. Il était sûr qu’elle avait battu des records avec Tristan. Faire l’amour toute la nuit, ce n’était pas rien ! Il était couché à côté d’elle et semblait très heureux aussi. La demoiselle avait posé sa tête qu’elle calait dans son bras, caressant doucement son torse, avec douceur.

Et pour faire des choses, ils en avaient fait. Essayant énormément de positions, de coins et recoins, rien ne leur avait échappé. Elle était totalement repu et se rappelait avec plaisir les délices de cette nuit. Il lui avait montré de nouvelles positions, elle s’était pliée au jeu. Leurs ébats ne se ressemblaient pas. Parfois bestiaux, parfois plus doux et tendres. En plus de varier les positions, les endroits, ils variaient aussi l’intensité. S’amusant ensuite dans de magnifiques préliminaires. Pour mieux se fondre l’un en l’autre. Elle avait l’impression de le connaître par cœur, mieux que quiconque, ayant repéré les gestes qui lui faisait beaucoup de bien. Ils avaient gémi et heureusement qu’il avait son étrange cube pour enlever les bruits parce que sinon personne n’aurait dormi à l’auberge !

Des courbatures, elle en avait ça c’est certain. Mais elle ne semblait pas fatiguée. Alors, pour s’amuser, elle roula et vint se poser sur son torse, collant son front contre le sien.

« J’ai passé la plus merveilleuse nuit de toute ma vie… Pour une fois cette potion est vraiment bien… »

Elle posa alors la tête sur son torse, écoutant doucement son cœur battre.

« Et puis tu es whaaa… j’ai jamais ressenti ça aussi fort… enfin je suppose que toutes tes amantes te l’ont déjà dit. »

Tristan la gratifia d’une tape sur les fesses et elle grogna tout en le regardant. Bah quoi ? C’est vrai ? Pourtant ce qu’il lui dit la fit rougir et elle reposa vite fait la tête sur son torse.

Ils restèrent encore un moment dans le lit mais aucun des deux n’avait envie de dormir. Et puis elle avait des plantes à chercher. Le jeune homme décida alors de descendre pour chercher le petit déjeuner alors qu’elle se recouchait dans le lit.

« Diiiiiiiiiiiiiis ce soir je pourrais avoir des massaaaaaages ? »

Ca semblait le faire beaucoup rire et il répliqua que si elle était sage elle en aurait peut être.

Il apporta le petit déjeuner qui était royal et ils mangèrent avec appétit. Finalement ils sortirent et après qu’elle ait récupéré quelques affaires, ils sortirent de la ville. La jeune femme lui montra alors les plantes qu’elle devait récolter mais n’était pas au courant des effets de toutes. Il monta même dans les arbres pour aller chercher des feuilles qu’on ne trouvait que dans les hauteurs, ne voulant pas qu’elle prenne le moindre risque, surtout après cette folle soirée !

Ils rentrèrent ensuite, allèrent au restaurant puis ressortir encore dans la nature. La demoiselle voulait savoir si il était d’accord pour tester une nouvelle séance pour s’habituer. Il semblait tout à fait d’accord et puis pour le moment, ils ne volaient pas donc ça ne pouvait pas être dérangeant.

Cassidy remonta sur le dos de Tristan, toujours en s’aidant de pierres à côté. Elle refusait lui sauter dessus, même si il pouvait tout à fait se coucher au sol. Ils retentèrent encore mais il fallait bien reconnaître qu’elle n’était pas stable, bien qu’elle faisait des efforts pour caler son bassin. Cependant avec toutes les galipettes pendant la nuit, ce n’était pas si évident que ça. Ca la tirait partout. La demoiselle tenait bon et ne semblait pas vouloir témoigner de la moindre douleur. Pourtant Tristan lui expliqua qu’ils devaient arrêter là pour aujourd’hui. Qu’il fallait attendre qu’elle récupère un peu. Elle ne broncha pas.


Ils avaient finalement décidé de marcher à travers les bois. Cassidy ne se rendait pas compte à quel point elle avait changé au contact de Tristan. Elle semblait bien plus épanouie, enjouée et lui parlait avec animation alors qu’ils marchaient main dans la main et que le jeune homme écoutait sagement ses paroles. Elle était en train de lui décrire sa revanche contre la grande perche. La colère avait disparu mais elle avait envie qu’il soit fier d’elle.

« Je t’assure, j’ai réussi à utiliser une de tes techniques. »

Il semblait amusé et légèrement intéressé quand elle évoqua le fait que finalement, ce qu’il lui avait appris, elle s’en servait. Il se permit une réflexion à ce sujet. Cassidy lâcha la main de Tristan pour se placer devant lui, l’air très convaincant.

[color=darkblue] « Tu vas voir ! »[color]

Elle commença par lui attraper le bras gauche puis hésita et s’arrêta net.

« Heu c’était quel bras déjà ? Le droit ou le gauche ? »

Hésitante, elle finit par s’intéresser au bras gauche et se positionna… très mal en fait. Ce n’était pas du tout comme ça. Elle fronça les sourcils et le lâcha.

« Je comprends pas… Ca semblait tellement instinctif… »

Elle se mit à réfléchir. Peut être que son pouvoir y était pour quelque chose.

« Attends… peut être qu’avec mon pouvoir je pourrais y arriver plus facilement »

Cassidy tapa du pied au sol mais rien ne vint. Elle soupira, recommença, chercha à se mettre en colère mais rien n’y faisait, ça ne fonctionnait pas. La demoiselle se gratta la tête, puis fit un sourire d’excuse à Tristan.

« Désolé… j’arrive pas à être en colère quand je suis à côté de toi… j’ai pas de raison… »

Elle lui avouait qu’elle n’avait pas de colère avec lui. Bien étrange quand elle lui avait dit, quelques jours auparavant, que la haine et la colère étaient très présentes chez elle. Ils continuèrent alors leur chemin quand Cassidy tendit l’oreille avant de se retourner. Une silhouette animale blanche courait dans la neige. La jeune femme se figea sur place mais avant qu’elle n’ait le temps de réfléchir, l’énorme fenrÿr lui sauta dessus, la faisant tomber dans la neige, entreprenant de lui lécher vigoureusement le visage. Cassidy pouffa un peu.

« Ecko ça suffit. Rhoooo je ne suis pas une glace ! »

Le fenrÿr obéit puis s’écarta d’elle avant d’observer Tristan, qui semblait assez… tendu. La demoiselle se releva. Elle prit un air plus sérieux et pensif. Jilian… elle avait complètement oublié son retour. Raison pour laquelle Ecko était venu la chercher. Il devait s’étonner de ne pas la voir. Depuis combien de temps était-il rentré ?

La jeune femme voulut regarder Tristan mais s’avisa. Elle ne savait pas pourquoi mais elle aussi était très tendue.

« Hum… je dois aller retrouver Jilian. Il doit s’inquiéter. »

Sur la défensive, hésitante, elle ne savait pas quoi dire à Tristan. Attends moi pour le dîner ? Ne fais pas de bêtises ? Elle ne savait pas quoi lui dire car tout était si incertain. Ecko était très sage et attendait. Le fenrÿr avait sûrement senti les sentiments envers les deux jeunes gens. Après tout c’était un animal intelligent.

« Hum… bon… on se retrouve… plus tard alors ? »

Tristan marmonna quelques mots alors. Elle ne lui en tint pas rigueur, voulut prendre sa main, voulant l’embrasser mais sa gorge était serrée. La demoiselle lui fit un petit signe de la main avant de suivre Ecko. Elle n’avait pas de doute, elle savait quoi dire, quoi faire, peu importe ce qui se passerait.

Lorsqu’elle rentra, un bon feu ronflait dans la cheminée. Jilian était occupé à ranger ses affaires quand il se tourna vers Cassidy, très inquiet.

- Cassy ! Je commençais à m’inquiéter ! Qu’est-ce qui s’est passé ? Il faisait froid quand je suis rentré, le lit était fait…

Il s’approcha d’elle pour la serrer dans ses bras, avant de remarquer que ses cheveux étaient détachés. Ne comprenant pas ce changement, il la complimenta quand même.

-Ca te va bien les cheveux comme ça…

Elle le remercia doucement. Alors qu’elle semblait si sûre dehors, voilà qu’elle commençait à flancher. Jilian était gentil, lui annoncer ce genre de chose était… gênant. Alors, la demoiselle le prit par la main et il remarqua aussitôt que ce n’était pas son genre de faire ça, avant de le conduire vers un canapé.

« Jilian… on doit discuter… »

Il semblait un peu inquiet, soucieux pour elle.

- Qui a-t-il ?

Elle croisa ses doigts, l’air très gêné.

« Voilà, j’ai beaucoup réfléchi et… je crois qu’il vaut mieux que je parte »

Jilian ouvrit la bouche. Mais quelle mouche l’avait donc piqué ? En plus elle était différente. D’habitude elle lui sautait dessus dès qu’il rentrait mais là… rien. Le jeune homme semblait perplexe.

- Qu’est ce que tu racontes ? Tu sais bien que tu peux rester ici… Je ne te ferais pas de mal… et je te protègerais de tout…

« Je sais mais j’abuse de toi… Jilian… tu es trop gentil avec moi. On a toujours eu une relation libre. Je pouvais coucher avec qui je veux et tu n’as jamais rien dit… Je sais que je serais peut être en danger mais… ce n’est pas une solution de vivre toujours chez toi… »

Il semblait perdu, abasourdi par la nouvelle.

« Et puis… il n’y a pas que ça… »

Jilian redressa la tête, malheureux. Elle s’en voulait… mais il n’y avait jamais rien eu entre eux, alors pourquoi était-il aussi triste ?

« Tristan est là… »

- Tristan ?

« Le Drakkari de mon village que tu as vu… Mon camarade d’enfance. On a couché ensemble. Pas une fois… Mais toute la semaine. Et je suis avec lui en ce moment. C’est pour ça que je ne loge plus ici. »

Jilian se raidit. Ainsi donc ce fameux jeune homme avait donc bien une histoire avec Cassidy ? Ca lui faisait peur… Jamais elle n’était restée aussi longtemps avec un de ses amants. Un rival et sérieux qui plus est. Seulement, Cassidy avait déjà prit sa décision.

- Tu l’aimes ?

« Quoi ? Non ! Pas comme ça… Enfin je l’aime bien… »

Jilian soupira en baissant la tête.

- Cassy, je suis sûr qu’il n’est pas là pour toi… Et qu’il va te faire du mal quand il repartira. Tu es vraiment sûre de vouloir rester avec lui ?

« J’ai déjà pensé à ça… Je ne pense pas qu’il avait l’intention de me prendre avec lui… Et je sais que ça me fera mal quand il partira. Mais j’ai réalisé une chose grâce à lui. Je ne peux pas continuer à vivre avec toi et jouer cette masquarade. Je sais pourquoi tu l’as fais… Je sais que tu te soucis de ma sécurité. Mais on peut toujours rester amis… et je saurais me débrouiller. J’irais m’installer dans une autre ville, je prendrais un travail. Les Friholdiens sont sympas… Je ne pense pas qu’on me fera du mal. Et puis je viendrais te voir… comme un très bon ami… et puis comme ça tu pourras vraiment avoir une vraie petite amie et pas un arrangement… »

Il ne semblait pas convaincu, bouleversé, même si il ne disait rien. Tristan… cet homme lui avait volé cette femme qu’il aimait, qu’il avait appris à l’aimer. Elle était peut être sauvage, distante, mais il était persuadé qu’elle finirait par changer avec le temps. Mais Tristan était arrivé… il couchait avec elle, profitait de son corps… et allait le jeter une fois qu’il repartirait. Et pire dans tout ça, voilà que Cassidy décidait de partir.

« Je peux encore y réfléchir si tu veux mais ma décision est prise… Et puis j’ai envie de laisser une chance à Tristan. C’est un risque que je suis prête à prendre… »

Jilian n’avait jamais contraint Cassidy. Il ne lui avait jamais dit ouvertement qu’il la voulait en tant que vraie petite amie. Et voilà qu’il laissait passer sa chance, pensant qu’elle n’accepterait jamais aucun autre homme ? Il avait été naïf, et ça l’énervait profondément. Elle se redressa et lui prit doucement la main.

« Hey… c’est bon… c’est pas comme si on était un vrai couple non ? Ca a toujours été un arrangement »

Pour lui, Jilian était un ami. Pas un amoureux. Loin d’imaginer que ce n’était pas le cas de son côté. Pourtant, il fit bonne figure devant elle, se redressant avant de la serrer dans ses bras, jouant au type complaisant.

- Prends bien soin de toi Cassy… Et si tu veux revenir, la porte est ouverte…

Elle se laissa faire puis enlaça Ecko qui couina également. Puis elle sortit de la maison, direction l’auberge.

Fébrile, elle toqua doucement à la porte, ne voulant pas rentrer comme une intruse. Pourtant, personne ne lui répondit. Inquiète, elle toqua à nouveau avant de dévoiler son identité.

« Tris’ c’est moi ! Laisse moi entrer s’il te plaît ! »

La porte finit par s’ouvrir. Le jeune homme était mouillé, il devait être sous la douche, son torse ruisselant de gouttelettes alors qu’il avait une serviette autour de ses hanches. Elle se mit à rougir mais reprit un air plus sérieux.

« Il faut qu’on parle… »

Puis elle insista et rentra dans sa chambre alors qu’il refermait la porte, s’installant dans le canapé à nouveau, apparemment encore un peu sous le choc et hésitante. Elle venait de se rendre compte de ce qu’elle avait fait, plus moyen de reculer maintenant.

« Je n’ai pas été tout à fait honnête au sujet de Jilian et de moi. Tu dois savoir la vérité »

Aïe ça commençait mal… Qu’allait-il apprendre ?

« Je ne veux pas lui faire de mal et cette comédie a assez durée »

Encore mieux maintenant, elle était en train de lui faire comprendre qu’elle avait joué avec lui et que maintenant elle retournait dans les bras de son cher et tendre ? Cependant, elle ne fit pas durer le suspense bien longtemps. Ne le regardant pas dans les yeux, prête à lui dévoiler une énorme révélation, elle lâcha les mots suivants.

« Jilian et moi, nous ne sommes pas un couple, nous n’avons jamais été un vrai couple… »

Il semblait se réveiller et avait de la peine à comprendre.

« Officiellement nous étions un couple pour tout le monde. Officieusement… nous ne sommes que deux… colocataires ? Amis ? Il n’y a jamais eu d’amour entre nous. Je n’ai jamais aimé Jilian. C’est un ami… c’est tout, rien de plus. »

Elle soupira un instant avant de lui expliquer toute l’histoire.

« Nous nous sommes rencontrés par hasard à Kalendaar. Il accompagnait sa grand-mère qui cherchait certaines plantes. Et j’ai été sur leur chemin… Enfin… ils m’ont juste trouvé évanoui… j’ai fait sa connaissance dans une auberge, sa grand-mère, guérisseuse, nous a présenté. Au début, même si il avait l’air gentil, je voulais juste continuer mon chemin. Mais il commença à insister en disant que les routes n’étaient pas sûres… Mais je m’en fichais. »

Elle fit une légère pause.

« Alors il n’insista pas. J’ai continué mon chemin et… disons que j’ai encore fais une mauvaise rencontre. Mon pouvoir ne se déclencha pas et il sortit, de ne je sais où, mettant en fuite mes agresseurs. Il m’expliqua qu’il m’avait suivi, et qu’il avait confié sa grand-mère à un de ses collègues. Et il me proposa de venir habiter chez lui. Même si nous n’étions pas un couple, il ne voulait pas me laisser errer sur les chemins. Que c’était trop dangereux pour moi… Au début, je ne l’écoutais pas. Et puis… j’en avais marre. Marre de ne pas trouver de maître, marre de ne pas avoir de magie et fatiguée de devoir lutter contre ces hommes qui ne pensaient qu’à me prendre par devant ou derrière. J’avais tué assez de monde et je voulais de la tranquillité. Alors j’ai fini par accepté sa proposition. »

Elle tritura une mèche de cheveux blonds alors qu’elle parlait. Cela ne semblait pas si catastrophique que ça.

« Il a toujours été gentil avec moi… jamais il ne me força pour quoi que ce soit. Il me laissait vivre ma vie, accepta tous les amants que je prenais, même si c’était lui le meilleur mais comme il partait pendant plusieurs jours, j’étais bien obligée de me rabattre ailleurs. »

Nouvelle pause alors qu’elle pianotait avec ses doigts.

« Enfin… le meilleur au lit avant que tu arrives… »

Elle fit un silence pour bien qu’il comprenne et pèse ses paroles là.

« J’ai discuté avec lui. Je ne veux plus de ça… J’ai profité… de son logement… de sa nourriture… de son lit… mais ce n’est pas bien. Et je ne l’aime pas comme on peut aimer quelqu’un. J’ai été égoïste. Et il doit bien se trouver une vraie copine, pas un coup, un arrangement, aussi gentil soit-il. Je lui ai dit que tu étais ici, que passer du temps avec toi m’avait fait réfléchir et que je voulais rester avec toi… »

Elle marqua un nouveau silence. C’était très important ce qu’elle lui disait. Surtout la fin. Elle voulait rester avec lui. Vraiment. Sa voix ne tremblait pas quand elle disait ces mots. Pourtant, elle se permit une nouvelle phrase, bien plus timide cette fois.

« Enfin… si tu veux toujours de moi… »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 16 Mai - 21:28

La pointe de fierté… Je l’avais bien vue dans ses yeux sombres. Réponse simple, tellement direct, tellement honnête face à mon compliment. Je n’étais pas très doué là dedans. Faire des compliments, ce genre de choses… Du moins sincèrement… J’avais déjà eu à en faire… Pour des missions, dans des buts bien précis. Complimenter en toute sincérité je l’avais déjà fait bien sûr, également, mais pas sur ce sujet. Jamais. Mais c’était vrai. Elle était la meilleure des amantes. Je voulais qu’elle sache ce que je pensais à ce propos… Pourtant alors que ça sonnait si simple, si vrai, si poli dans ma tête ça me semblait finalement assez grossier et à son regard je compris que ça l’était. Elle avait été contente l’espace d’un instant je crois. Puis son regard s’était voilé d’un… je ne sais quoi difficile à identifier. Mais je ne comprenais pas vraiment en quoi ce que j’avais dit était… mal… Elle avait dû vite se concentrer sur autre chose parce qu’elle m’avait souri et embrassé peu après. Ca aussi elle le faisait divinement bien. Je crois qu’elle fait tout divinement bien…

Elle avait parlé pendant notre promenade. D’elle. De son histoire. De ses épreuves. Je n’avais rien dit, j’avais juste écouté. Premièrement je n’avais rien à dire. Deuxièmement je crois qu’elle avait besoin de parler et besoin que quelqu’un l’écoute enfin… Elle me donnait l’impression de n’avoir jamais dit tout ceci à qui que ce soit, comme un honteux secret alors qu’il n’y avait rien de honteux. Troisièmement… J’aimais… J’adorais l’entendre parler. J’avais déjà remarqué des changements, légers puis plus forts quand nous étions dans notre village, celui de notre enfance. Ils s’étaient accentués depuis que je l’avais retrouvée dans les terres gelées. Son sourire. Qui revenait ponctuer ses discours. Les expressions si longtemps absentes, je pense, éclairaient son visage, le rendant vivant, LA rendant vivante. Elle ne ressemblait plus vraiment à la fille glaciale et acerbe que j’avais croisée près de chez ma mère quand j’étais arrivé… Cette évolution était probablement surprenante, certainement anormale mais à vrai dire… seul l’instant présent comptait… Je remarquais ses changements. Mais je ne m’y arrêtais pas vraiment. Je n’avais pas envie d’y réfléchir. De me dire qu’ils étaient là à cause de moi. Ou pire qu’ils ne s’opéraient pas grâce à moi justement. J’étais contradictoire. Je n’arrivais pas à réfléchir. Je n’avais pas envie de réfléchir. Et pour y arriver… De toute manière avec elle c’était bien complexe. Réfléchir sur elle… je n’y arrivais pas. Dès que mon regard se posait sur elle… je crois que je devenais juste totalement débile. Totalement inconscient. J’oubliais pourquoi j’étais là. J’oubliais le froid. j’oubliais la guerre. Il n’y avait qu’elle. Le centre d’un tout. Le centre de tout…


Elle lui avait parlé d’elle oui. Malgré tout le jeune homme était extrêmement attentif. Il n’écoutait pas pour écouter. Il n’écoutait pas pour avoir le droit de la toucher. Il n’écoutait pas pour pouvoir coucher avec elle en échange. Il écoutait sincèrement, apprenait, retenait toutes les informations, les plus importantes du moins, dans un coin de sa tête. Sa manière de parler de ses voyages n’était pas toujours très joyeuse. Il sentit l’amertume quand elle parla de Galaden. Elle était à la recherche de la magie. Elle était passionnée, investie… Mais personne ne lui avait donné sa chance. Une image s’imposa dans son esprit, si nette, si forte qu’il douta… C’était impossible… Impossible que ce soit si net. Pourtant alors qu’elle parlait d’elle, de Galaden, de ses difficultés avec la magie il avait eu l’image d’une jeune femme blonde. Elle, ses traits, sans sa cicatrice à l’oeil, sans cette froideur dans son regard. Elle avait le visage moins fin à l’époque… Ses joues portaient encore les rondeurs de l’enfance. Ses yeux étaient plein d’espoir, d’enthousiasme, de douceur et de générosité. Elle souriait. Tout le temps. Portait une jolie robe, toute simple, violette, qui mettait bien trop peu aux yeux du garçon, son corps en valeur mais montrait une certaine féminité. Ses cheveux étaient moins clairs… Elle allait moins au soleil à l’époque sans doute, restant enfermée avec ses bouquins. Ca n’était qu’une image… Mais une image parfaite. D’une netteté ahurissante. Et qui n’avait pas de raison d’exister. Elle ne lui avait jamais montré comment elle était… L’aurait-il vue ? L’avait-il croisé un jour ? Fouillant dans ses souvenirs, le jeune homme se rappelait avoir été à Galaden quelques temps dans le cadre de sa formation. L’aurait-il croisée un jour, au détour d’une ruelle. Sans la reconnaitre ? Cette idée lui faisait mal… Etrangement. Très mal… C’était bizarre tout ça. Comme c’était bizarre qu’il ait su qui elle était quand il l’avait vue quelques semaines plus tôt dans leur village. Il n’était pas censé se rappeler. Encore moins savoir comment elle avait grandi. Encore moins pouvoir la reconnaitre. Pourtant il n’avait pas hésité. Pas une seconde. Le jeune homme écoutait toujours mais dans un coin de sa tête il se disait que ce n’était vraiment pas habituel. Même pour lui… qui n’avait pas la vie la plus habituelle qui soit…

Ils avaient discuté achats et le jeune homme semblait bien décidé à lui faire des cadeaux… Il avait bien réussi avec une robe et il comptait la voir en porter d’autres même s’il se sentait un peu macho d’avoir ce type de pensée. Avant de se rappeler que faire des cadeaux à une femme, parce qu’il voulait lui faire plaisir, n’était pas non plus dans ses habitudes. Mais qu’est ce qui lui arrivait au juste ?! Le jeune homme avait vaguement évoqué le fait qu’elle n’avait pas à se soucier de l’argent mais très vite, détournant le sujet rapidement… Comme s’il y avait quelque chose dont il ne voulait pas lui parler, pas tout de suite… ne sachant trop comment elle le prendrait. Et puis il ne voulait surtout pas lui donner l’impression de lui faire des cadeaux en échange de ses faveurs ! Ce n’était pas du tout ça ! Mais elle ne semblait pas mal le prendre heureusement. Elle voulait savoir pourquoi elle méritait tout cela… C’était normal qu’elle veuille savoir. Il aurait bien voulu savoir lui aussi. Qu’est ce qui faisait que le dragon qu’il était… restait coi devant elle ? Il la trouvait magnifique, extraordinaire… Mais quand au juste s’était-il intéressé à une humaine ? si peu humaine soit-elle… Jamais… Il savait qu’il y avait bien des femmes extraordinaires et pourtant c’était la première dont il avait eu envie… de connaitre l’histoire, de s’approcher… C’était pour le sexe. Il avait envie de croire que ça n’était que pour ça. Même au début quand l’attirance pour la jeune femme lui donnait l’impression d’être un débile mental.. Il avait envie de croire que c’était encore pour le sexe… Même s’il y avait plus. Parce que rien que pour ça… Dieux qu’elle était douée… Avec elle, c’était juste… parfait. Et chaque fois meilleur, chaque fois plus intense… Parfois il se retenait de pleurer… Quand leurs deux corps se remettaient à peine de l’extase d’un plaisir indiscipliné, épuisant… parce qu’il était assailli… Assailli par des vagues d’émotions qui lui comprimaient la poitrine et en même temps semblaient le libérer d’un poids terrible, qui lui donnaient l’impression… d’être à sa place, d’être libre…
Ce n’était pas que le sexe…
Mais qu’est ce que ça pouvait être d’autre ? 
Il était un dragon…

Ils avaient joué, s’étaient cherchés, chamaillés avec la neige comme deux enfants… Rattrapant un peu de cette enfance volée. Une enfance durant laquelle, peut-être, si leur monde avait été différent, si les choses avaient été différentes, ils auraient pu apprendre à se connaitre. Dans laquelle il ne l’aurait pas oubliée. Dans laquelle tout ceci, ce truc étrange entre eux, serait arrivé plus tôt…Dans laquelle elle n’aurait pas souffert, protégée par ces bras bien plus frêles à l’époque, qui ne se seraient jamais desserrés…

Ils s’étaient écroulés dans la neige finalement, haletant de leur courses, de leurs jeux… Et puis parce qu’il était tout à fait sérieux, qu’il voulait vraiment voler avec elle, ils avaient essayé. Ils n’avaient pas volé. Pas encore. Ce n’était pas possible, pas tout de suite. Tristan préférait être prudent, ne prendre aucun risque, de la blesser, quoi qu’elle dise, même si elle était solide, même si elle était téméraire. Il ne voulait rien brusquer… Il s’était donc contenté de la porter sur son dos et de marcher même s’il était malhabile au sol. Mais rien que cela… c’était déjà énorme car quel dragon se respectant aurait agi de la sorte ? Comme un simple baudet ? Pourtant son corps la rejetait… Les instincts étaient puissants, ancrés à son esprit et à sa chair et n’appréciaient guère d’avoir une cavalière. Il n’y avait rien de moins naturel que cela… Pourtant il ne la repoussait pas, ne changeait pas d’avis.

Elle ne tomba qu’à cause de son accélération et de la trop grande concentration qu’elle avait jusque-là. Elle était sacrément crispée tout de même et ce n’était pas l’idéal mais comment aurait-elle pu faire autrement alors qu’elle n’avait pas la moindre prise sur ses écailles ? Elle pouvait l’enterrer de ses bras autant qu’elle voulait, ses écailles étaient lisses. Chaudes certes, douces certes mais lisses… Et elles glissaient…
Il la rejoignit, ils discutèrent. Elle semblait sentir des choses… Elle avait « senti » quand il l’avait rejetée inconsciemment. Ca aussi c’était bizarre. Un truc de plus… Sauf qu’elle semblait ressentir d’autres choses, d’autres « ressentis »qui ne lui appartenaient pas. Tristan fronça les sourcils. S’il comprenait bien elle lui disait qu’elle ressentait des choses que lui-même vivait… Il avait aussi eu cette impression à plusieurs reprises mais pensait que c’était dû à sa nature en quelque sorte… Après tout il était un être de magie, il sentait, captait, entendait la magie un peu partout dans leur monde… Or elle… elle en semblait terriblement empreinte, peut-être même prisonnière. Il s’était dit que c’était à cause de ça tout bêtement. A présent il en doutait. Il se contenta pourtant de lui sourire, dédramatisant… Parce que ça l’inquiétait un peu. Parce qu’il ne savait pas pourquoi mais ça lui faisait peur. Peur qu’elle sente des choses quand il était proche d’elle. Peur qu’elle sente comme il se sentait… bien justement. Pourquoi peur ? Aucune idée… Alors il la taquina. Comme à son habitude, profitant qu’elle désigne le ciel pour venir se coller à elle et mordiller l’une de ses oreilles.

J’imagine que tu ressens ça surtout… Cette… attirance… hum… délicieuse.

Pas gêné le dragon, vraiment pas gêné. D’accord ils étaient seuls, d’accord ils étaient portés là dessus, d’accord… il était merveilleusement doué… Mais était-ce une raison suffisante pour s’amuser à le lui rappeler quand elle était tranquille et « rassasiée ». Cruel jeune homme. Elle rougit, grogna en le repoussant et se reconcentra sur le ciel pour masquer ses joues rosies et l’espèce de gêne qu’il voyait flamber dans son regard. Gêne… pas à cause des gestes du jeune homme. Pas à cause de ses paroles. Pas à cause de la tension dans sa voix et a priori dans son pantalon. Il ne faisait rien de méchant. Il ne la forçait pas… Mais peut-être une certaine gêne de se sentir si réceptive à ses contacts. Gêne et agacement que ses taquineries et provocations qui feraient passer n’importe quel homme pour un obsédé machiste et dominateur ne le montrent que comme un diablement séduisant jeune homme plein de respect, de désir et d’admiration pour sa conquête… Décidément être un dragon ça avait du bon !

Elle lui proposa donc de voler en solo et il répliqua très sérieusement qu’il l’avait déjà fait ce matin-là et qu’il n’avait pas envie de la laisser… seule.
Ils rentrèrent, se douchèrent et partirent diner. Son enthousiasme n’échappa pas au jeune homme qui l’écoutait presque sans parler. Elle était différente. Elle souriait. Elle avait l’air… heureuse. Elle accompagnait ses paroles de gestes. Simplicité. Honnêteté. Il ne la connaissait pas encore comme ça. Aussi investie pour quelque chose. Cette Cassidy là… était encore plus belle. Et alors qu’il la regardait harceler l’air autour d’eux de ses couverts en mimant un possible vol, un jour peut-être avec lui, un sourire à se damner sur son joli visage, ses pommettes rougies tant elle parlait vite et semblait… bien, Tristan sentit son estomac se tordre dans tous les sens. Il n’avait pas spécialement faim. Mais son estomac se tordait. Ca faisait un peu mal… mais ça faisait du bien aussi. C’était chaud… doux, apaisant… Comme après un orgasme avec elle. Son coeur battait… Comme après un orgasme avec elle. Juste parce qu’il la regardait ? L’envie de l’interrompre pour l’embrasser était forte, vraiment forte. L’envie de la faire taire pour prendre son visage entre ses mains et dévorer ses lèvres. Pour lui dire simplement « et tu t’étonnes que je te trouve belle… » Cette envie si forte… Pourtant il ne fit rien. Il voulait qu’elle parle encore. Il voulait voir son sourire. Son enthousiasme. Il ne remarqua même pas qu’on leur avait apporté à manger. Ne s’en rendit compte que lorsqu’elle baissa les yeux sur sa propre assiette et commença à manger. Demeuré silencieux il aurait voulu trouver cela étrange, vraiment bizarre et inquiétant. A la place de cela… il n’arrivait pas à se départir de son propre sourire…

Ils étaient rentrés et l’enthousiasme de la jeune femme s’était poursuivi, évoluant dans l’élaboration d’un dessin qui ne ressemblait pour être honnête… pas à grand chose. Ca rassura un peu le jeune homme. C’est qu’elle ne pouvait quand même pas être douée en tout ! Car quoi qu’elle dise il était sûr qu’avec un peu d’aide, beaucoup de patience et… un bon guide, elle pouvait développer sa magie… Celle qu’il avait vue… Et peut-être même… faire de grandes choses. Rien à voir…
Elle dessinait juste… et c’était vraiment nul…

J’en riais… J’en riais vraiment. Je ne sais plus à quand remontait mon dernier rire de la sorte pour une chose aussi… simple. Mais elle dessinait vraiment mal pour ma défense… Je répondis, je la provoquais gentiment… ou presque. Parce que j’avais envie, besoin de la provoquer, de la sentir gênée pour mieux la rassurer. C’était tellement simple. Et puis je l’avais embrassée après l’avoir assise sur ce bureau. C’était si facile de la porter. C’était si facile de l’embrasser. Pourtant quelque chose n’allait pas et sans comprendre ce qu’il m’arrivait j’avais arrêté pour me mettre à dessiner à mon tour. La surprise je l’avais eu. Je ne savais même pas que je pouvais dessiner autre chose que des cartes. Elle me dit quelque chose d’étranges… Que mes mains elles n’avaient pas oublié… Je ne comprenais pas. Je ne comprenais vraiment pas. Pourquoi ? Pourquoi disait-elle cela ? Pourtant je restais silencieux. Avais-je vraiment envie de savoir ? Ce que ma mémoire avait oublié ? Avant de la voir… De la revoir, l’oubli de mon passé, de mon enfance m’importait bien peu… Mais depuis elle… je ne savais trop qui j’avais été. Ca me faisait bizarre. Ca ne m’avait jamais semblé étrange jusque-là… Je ne m’étais jamais posé de questions… Ca m’avait gêné un peu je crois. D’être capable de dessiner comme ça. J’ignorais même que je savais dessiner… Etait-ce une bonne chose ? Pour penser à autre chose je l’avais embrassée. Parce que ça c’était simple. C’était doux. C’était rassurant. Je n’avais pas à faire attention. Pas à craindre quoi que ce soit. J’avais parlé de sa potion… Parce que je préférais être provocant et aussi… c’est vrai… parce que j’étais curieux. Parce que je ne pouvais pas y croire… comment pouvait-elle devenir plus… exigeante ? Plus insatiable qu’elle ne l’était déjà ? Elle surpassait toutes les créatures. Elle pouvait rivaliser avec une dragonne… Comment est-ce que ça pouvait être plus ? Et moi ? Pourquoi je voulais plus ? Comment je pouvais vouloir plus alors qu’elle me comblait plus qu’aucune femme ? Et comment pouvait-elle autant me satisfaire et me frustrer en même temps ? Je découvrais un plaisir indicible à ses côtés et en même temps… en même temps j’en voulais plus… Encore. Que ça ne s’arrête jamais. Nous deux.
Si elle remarqua la lueur dans mon regard, cette lueur d’incertitude qui me hantait elle n’en dit rien et alla boire sa potion sans hésitation. Son assurance me fit frissonner et lorsqu’elle me sauta au cou, je la réceptionnais sans la moindre difficulté ni hésitation, ses paroles résonnant encore dans ma tête, délicieuse provocation.  

L’instant d’après, pour un apéritif mérité je l’avais basculée sur le lit et déshabillée avec la plus grande lenteur possible. A ma grande surprise elle ne mentait pas, pas le moins du monde évidemment mais c’était plus que ça. Je ne sais trop à quoi je m’attendais à propos de cette potion mais son regard avait changé. Elle était incroyablement plus réceptive au moindre de mes effleurements, ce que je ne pensais pas possible, même les plus innocents. Elle semblait ailleurs et en même temps ici… Son corps semblait à peine lui appartenir. Elle en était dépendante. Elle en était la prisonnière… Une certaine fureur m’avait envahie. Une fureur que je ne m’attendais pas à ressentir. Je la sentais… Tendue. Perdue… J’entendais les légères suppliques qu’elle prononçait déjà à mi-voix en m’attirant vers elle, très vite, trop vite. J’imaginais sans mal la dépendance de son corps, sa propre dépendance, sa propre… soumission à ses pulsions contre lesquelles elle ne pouvait rien, prisonnière qu’elle était.. totalement prisonnière. Mais ce n’était pas pour ça que j’étais en colère. J’étais en colère parce que je savais à quel point son corps était magnifique, son plaisir extraordinaire… Parce que j’avais vu tellement de fois la surprise se peindre sur son trop joli visage… La surprise quand je lui arrachais un orgasme, puis un autre, encore un… parce que c’était facile avec elle, tellement facile. La surprise… Cette horrible surprise qui me tordait le coeur à l’idée qu’aucun homme ne s’était jamais occupé d’elle comme elle le méritait, ne s’était soucié de son plaisir comme je le faisais, n’avait pu la combler… comme je le faisais… J’étais en colère contre tous ses partenaires d’avant. Je haïssais tous ceux qu’elle avait embrigadé pour tenter de se soustraire aux effets de cette potion. La certitude de sa frustration me mettait hors de moi, presque, j’étais à deux doigts d’exploser de colère… Juste parce que ça me mettait en colère. Parce que ça me rendait triste… J’aurais dû être juste fier et content d’avoir une femme prête à tenir une nuit de sexe, prête à se soumettre à mes coups de reins. C’est ce que m’aurait dit n’importe qui. Mais je m’en fichais… Ce n’était pas ça l’important…
Je l’avais vu se perdre doucement dans les méandres de ses pulsions et d’un désir si violent qu’il me rappelait le mien pour elle, que je contrôlais à peine… Elle m’avait attrapé par la ceinture, ne me laissant même pas me déshabiller, la débouclant en baissant mon pantalon et mon boxer directement, juste un peu, juste assez pour nous permettre de coucher ensemble alors qu’elle m’attirait sous sa robe. Ce n’était pas du sexe. Ce n’était pas faire l’amour. C’était baiser… Simplement baiser. Comme des sauvages… A cause de ses besoins. A cause de ses envies irrépressibles. Malgré tout le désir que j’éprouvais pour elle je m’étais redressé pour me déshabiller et revenir au dessus d’elle, à quatre pattes sur le lit, déposant de doux baisers sur son adorable visage, la caressant tendrement, essayant de l’apaiser. J’avais presque l’impression qu’elle avait mal… et je la vis surprise, ne pas comprendre, l’air tellement ailleurs alors qu’elle s’accrochait vainement à sa conscience. Ca se voyait dans ses yeux.


Je te promets que tu seras ma reine cette nuit et que je me plierai à la moindre de tes volontés. Que ton plaisir sera mon unique objectif et que je te comblerai tant que tu voudras de moi mais pas comme ça Cassy… pas comme ça… Tu mérites plus… Tu mérites mieux…

Elle avait repris conscience je crois. Un peu. Elle m’avait fixé sans rien dire alors que sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration trop rapide déjà… Je n’étais pas sûr mais je crois que j’avais vu des larmes au coin de ses yeux. J’avais embrassé chacune de ses paupières avant de la déshabiller et de couvrir son corps de caresses pour de sensuels préliminaires qu’elle méritait amplement. Et même si elle était déjà bien assez prête pour m’accueillir, j’avais pris grand soin de lui arracher ses deux premiers orgasmes simplement de mes mains et de ma langue, vite, très vite parce que je la sentais au bord d’un étrange gouffre… Elle s’était apaisée un peu… Juste un peu… Mais elle ne mentait pas… Et c’était bien au delà de tout ce que j’avais imaginé… Elle ne récupérait pas… D’ordinaire nous faisions l’amour ou je m’occupais d’elle et elle récupérait un peu avant que nous recommencions. Là pas du tout… Elle ne pouvait pas arrêter, elle ne pouvait pas s’arrêter… C’était… surprenant, terriblement sexy mais en temps quelle torture ! Si en face d’elle l’homme ne pouvait pas tenir… elle devait souffrir. Vraiment… Je ne la laissais pas s’occuper de moi, à aucun moment, lui faisant bien comprendre qu’il était de mon devoir de me soucier d’elle et qu’elle devait se laisser faire. A ma grande surprise et pour mon plus grand plaisir elle m’avait écouté et j’avais vu un soulagement que je ne m’attendais pas à voir dans ses yeux sombres. Peut-être qu’elle avait peur de mal faire… Parce qu’elle était impatiente. Toujours impatiente de recommencer… Qu’elle ne voulait probablement pas me faire mal non plus… Enfin j’avais dit non quand elle avait posé la main sur ma virilité… mais je fus ravie qu’elle décide d’autorité peu après de me chevaucher… Ah ça quand elle voulait. C’était le pied ! Un pied total ! Une vraie amazone !
Elle se détendit… Je la sentais se détendre malgré le désir qui la crispait très rapidement, malgré le plaisir qu’exigeait son corps. Je la sentais se détendre pas que sous mes coups de reins et nos soupirs communs, pas que sous mes regards qui lui disaient que je n’en avais pas fini avec elle… J’avais l’impression que c’était plus mes paroles. Je m’entendais parler… En toute sincérité. Lui dire qu’elle était extraordinaire. Qu’elle était belle. Qu’elle était sacrément gourmande. Que j’adorais ça. Lui dire que je ferais tout ce qu’elle voudrait. Lui dire qu’elle m’excitait. Lui dire que c’était tellement bon avec elle, tellement bon… Gémir son prénom, gémir son surnom. Me fondre en elle, toujours plus, encore… Ne même pas savoir que je pouvais avoir une forme aussi olympique… J’étais capable d’enchainer les femmes, de prendre mon pied avec plusieurs le même soir. Mais comme ça ? A ce point ? Ne s’arrêter qu’à cause de la brûlure de nos poumons, pour mieux reprendre une poignée de secondes plus tard. Changer l’angle, la cadence, la position mais continuer… Encore… Trop vite le plaisir devint si puissant que j’en perdis à moitié conscience. J’étais toujours là. J’étais toujours avec elle. J’étais moi. Celui qui ne lui ferait jamais de mal mais… je la rejoignais dans cette orgie de plaisir et de fantasmes autorisés… nous n’étions qu’un. Nous n’étions qu’un couple, fusionnel, empêtré dans les limbes du plaisir et d’une luxure des plus délicieuses…



Pauvres voisins… Malgré l’isolement de la chambre, malgré le petit cube magique, les murs avaient tremblé… Pas qu’un peu. Ils avaient déplacé le lit, le bureau, le canapé… Le lit avait carrément fini renversé dans un coin il ne savait plus trop comment au juste. La salle de bains était inondée à cause de leur envie de violentes effusions dans un bain froid pour essayer de calmer leurs corps en feu. Ils avaient testé le moindre recoin de la pièce et dans une brusque inspiration complètement démente avaient même fini sur le toit en commençant un nouveau jeu sur le rebord de la fenêtre. Bien sûr ils avaient glissé… mais ne s’étaient pas arrêté. Pas avant l’orgasme, qui leur avait court-circuité davantage le cerveau. Elle était au dessus à ce moment-là, mettant un sacré coeur à « l’ouvrage » et même s’il avait glissé Tristan n’avait même pas remarqué qu’il finissait les fesses dans la neige… Non… Même pas.

Alors oui… la nuit avait été active, agitée… Merveilleuse aussi. Il l’avait pourtant prévenue. Il était à sa disposition et ne pourrait autoriser une si belle demoiselle à être en manque… et ne pas être comblée…
Leur dernière partie de jambe en l’air ça avait été sur le lit. Enfin plutôt sur le matelas du lit puisque le lit en lui-même était renversé dans un coin. Le matelas à même le sol avait quand même glissé durant leurs derniers ébats pour finir contre un mur. Là, comblés, heureux, totalement abasourdis ils s’étaient séparés… Enfin presque. Allongé de tout son long, haletant, Tristan peinait à réaliser ce qui venait de se passer. Même dans le plus fou de ses fantasmes aucune femme ne pouvait autant donner et exiger… aussi longtemps surtout… Un sourire béât aux lèvres, rompu de fatigue et tellement empli d’endorphines qu’il risquait de ne plus se départir de son sourire, jamais, il planait à moitié… Comme la petite demoiselle blottie contre lui. Si elle aussi était couverte d’une fine pellicule de sueur qui faisait luire doucement son corps superbe par les rayons du soleil filtrant par une fenêtre et accrochant sa peau, ses muscles étaient moins tendus que ceux du jeune homme… Pourtant ils avaient servi, beaucoup, mais il lui devait un entrainement olympique qui ne faisait qu’améliorer sa forme physique. Ah ben là, elle pouvait compter ses abdominaux et jouer aux petits chevaux dessus en prétendant que c’étaient des obstacles !
Elle le caressait doucement et il adorait, ayant refermé un bras sur elle alors que l’autre reposait inerte sur le matelas. Pas de mots. Pas besoin. Ils s’étaient juste regardés, un instant… Leur dernier orgasme leur avait donné cette occasion. Même s’ils étaient épuisés ils s’étaient accrochés à ce dernier moment, tellement facile, tellement merveilleux. Ils s’étaient regardés droit dans les yeux, sans rien dire, heureux, ravis, comblés… plus que jamais…Puis s’étaient blottis l’un contre l’autre. Le bras qui entourait la jeune femme la pressait doucement contre son compagnon et ses doigts décrivaient de légers cercles sur la peau de sa taille et de sa hanche qu’il pouvait atteindre. Il n’y avait rien à dire. Qu’auraient-ils pu dire ?
Il se souvenait qu’au bout de quelques heures elle avait commencé à aller mieux, à pouvoir lui rendre davantage ses caresses, à être beaucoup plus entreprenantes alors qu’elle était surtout exigeante et impatiente, presque suppliante au début. Elle s’était vengée de ses préliminaires. Il s’était vengé aussi… Encore et encore. Il y avait eu les ébats plus tendres, ils se regardaient, gestes lents, intenses, mains enlacées, baisers doux chargés d’émotions… Il y avait eu les bestiaux, les sauvages, presque brutaux, heurtés, violents, impatients, insatiables, emplis de cris, de provocation, de claquement de chair, de griffures et de morsures. Il y avait eu les entre deux. Il y avait eu tellement.
Alors qu’il fermait paresseusement les yeux sans se départir de son sourire, profitant de ses caresses, il la sentit rouler sur lui, tellement petite… tellement mignonne… Elle lui dit plusieurs choses. La première fit battre son coeur, fort, plus fort, trop fort alors qu’il se sentait bomber fièrement le torse. Elle parla des autres. Ca… Ca le doucha un peu et il profita de sa position pour imprimer une légère fessée sur la jeune femme. Bon d’accord, il en profitait beaucoup. Il n’avait pas besoin de ses deux mains après tout… ni de les laisser sur les victimes de sa punition d’ailleurs. Pourtant il les fit doucement glisser dans son dos alors qu’il redressait légèrement la tête pour la regarder. Le sourire béât avait disparu au profit de ce visage tellement sérieux qui ne collait pas à l’image du petit garçon.

… Tout d’abord merci. Ensuite je n’apprécie pas ce que tu viens de dire pour la simple raison que c’était la meilleure nuit de ma vie. Que je ne dis pas ça pour te faire plaisir. Que j’en ai rien à foutre de mes « amantes ». Que c’était exceptionnel. Que TU étais exceptionnelle. Que je m’en serais vraiment voulu de laisser une demoiselle magnifique tellement pleine de désir, insatisfaite. Que tes cris sont la plus douce des musiques à mes oreilles et que merde ! C’était génial alors… si tu crois que j’ai envie de penser à quelqu’un d’autre là, je ne me contenterai pas de te donner une autre fessée, aussi comblé que je sois… Mais je crois que là si je te refais encore une fois l’amour tu meurs direct… Tu sais que personne ne peut tenir un rythme pareil ?!

Tellement sérieux… Même s’il l’avait été un peu moins sur la fin, la foudroyant à moitié du regard alors qu’elle rougissait et remettait vite sa joue contre son torse. Pourtant, foi de Tristan, il était persuadé de l’avoir vu sourire, réellement…
Même s’ils étaient rompus d’épuisement ils n’avaient pas envie de dormir et il alla finalement chercher le petit déjeuner. Injustice à part ? Il ne semblait pas avoir de courbatures mais prenait un malin plaisir à prendre un temps fou pour s’habiller, paradant devant elle. Finalement il revint vite avec de quoi reprendre des forces, bien nécessaire après leur nuit et ressortit les restes des biscuits qu’il avait achetés la veille. Elle lui avait demandé des massages. Ca l’avait fait sourire et alors qu’il installait le vaste plateau sur le lit alors qu’elle avait enfilé l’une de ses tuniques pour se couvrir un minimum, encore imprégnée de l’odeur du jeune homme et beaucoup trop grande pour elle, il vint déposer des baisers sur ses lèvres.

Pour en revenir à ta demande, je ne suis pas d’accord… Je propose plutôt des massages obligatoires pour que ce corps magnifique reste en forme et que je puisse le tripoter tout mon saoul dans cet objectif « innocent »…

Elle le frappa pour la forme. Il rit, l’embrassa, vint se caler derrière elle alors qu’ils petit-déjeunaient et observaient la pièce, semblant tout juste entrevoir les « dégâts » occasionnés. Elle était encore sans dessus dessous… pire que la dernière fois. Ils se regardèrent à moitié effarés, ne se souvenant même pas de quand et comment ils avaient fait ça… puis se mirent à rire tous les deux, simplement… complices.
Ils remirent à plus tard le rangement et partirent en quête des plantes de la jeune femme. Il ne la laissa que peu grimper et la fois où elle prétendit être assez grande il la lorgna avec un sourire mutin. Ah non… Elle n’était pas grande du tout.

Cassy…Si tu peux monter à cet arbre, tu n’as pas besoin de massage, si ?

A partir de ce moment-là même grimper sur un petit rocher semblait lui demander un effort titanesque. Ils se plièrent l’un et l’autre à ce jeu alors qu’il profitait surtout de ce temps ensemble pour l’aider et lui servir un peu à quelque chose… Ils rentrèrent, mangèrent, retournèrent se promener et elle voulut réessayer sa forme de dragon. Ce qui en soi était largement plus éprouvant physiquement que d’attraper quelques plantes en escaladant mais ils firent comme si ni l’un ni l’autre ne s’en rendait compte. Ils essayèrent un peu mais pas longtemps, pour qu’il prenne l’habitude de l’avoir sur son dos surtout…
Ils marchaient tranquillement, mains enlacées alors qu’elle tentait de lui expliquer son mini « combat » avec la folle provocante… Elle essaya même de se mettre en colère pour activer sa magie avant de déclarer que c’était impossible à ses côtés. Conscient que ce n’était pas si anodin que cela, il se contenta de la taquiner.

Comment pourrais-tu être en colère alors que tu as un canon pareil à côté de toi et qu’on a juste pris un pied pas possible ?! Si tu étais en colère, je m’inquiéterais…

Ca n’avait rien à voir évidemment mais il aimait bien l’embêter. Elle lui tira la langue, lui donna une tape sur le torse puis plissa les yeux, comme si elle essayait de se souvenir de quelque chose, commençant à parler.

mh ? Ca n’a pas dû tant que ça me marquer, je ne me souviens plus. Il va falloir recommencer je crois.

Ce qui laissa immédiatement le jeune homme bouche bée, s’arrêtant dans sa marche alors qu’il se tournait vers elle en lâchant un sifflement admiratif entre ses dents, déposant bien vite un baiser sur son front.

Diantre… Je ne vois effectivement pas d’autres solutions.

Nouveau rire léger entre eux. Simplicité. La simplicité d’échanges et de moments complices comme celui-ci… Mais leur instant s’envola. Avec lui la complicité. La douceur. La tendresse… L’affection… Parce qu’une bestiole venait de sauter sur la jeune femme.

Je m’étais aussitôt mis en garde et déjà ma main allait se refermer sur la peau du cou de l’animal pour le tirer en arrière, l’éloigner d’elle. Mais je devais ceinturer sa mâchoire de mon autre main avant car s’il la mordait il pouvait lui arracher la gorge dans ce geste que j’avais pour la défendre. Pourtant je m’étais figé dans mon geste en entendant le nom de l’animal et en reconnaissant le compagnon à quatre pattes de Jilian. La joie… Cette espèce de bonheur débile qui m’entourait de son manteau douillet depuis quelques jours disparut, remplacé par un voile de glace qui me gela les entrailles et m’engourdit les membres et les pensées. Ecko. La bestiole de Jilian. Jilian… le fiancé de Cassidy… Son vrai copain… Le véritable homme de sa vie. Je ne sais pas trop ce qui se passa. Je vis défiler ces derniers jours devant mes yeux comme on voit sa vie défiler devant ses yeux avant de mourir… Ca m’était arrivé suffisamment de fois pour que j’en reconnaisse les signes. Qui avait éteint la lumière ? Pourquoi tout me paraissait si sombre tout à coup ?
Je fixais Cassidy et l’animal qu’elle saluait en riant et se défendant gentiment. Moi je ne pouvais pas rire. Je voulais juste lui hurler qu’elle ne devait pas rire… Je voulais juste… Fondre sur cet animal et lui trancher la gorge, lui arracher les entrailles, le décapiter… le détruire pour tout ce qu’il représentait. Parce qu’il allait l’enlever. Il allait me l’enlever. Je le savais avant même qu’elle ouvre la bouche. Elle me parla… Voir Jilian. Oui c’est ce que je pensais évidemment. Aller voir son compagnon. Normal… Normal. J’étais planté dans la neige, raide comme un piquet, la regardant alors qu’elle, elle ne me regardait pas. Pourquoi ne me regardait-elle pas ? Pourquoi ça me faisait mal à ce point ? On le savait bien pourtant. Je le savais bien. Que je n’étais que l’occupation passagère de ses nuits et de ses jours. Le bouche-trou, sans mauvais jeu de mots, de l’absence de son copain…
Pourtant elle partit. Et ça fit quelque chose… je n’avais pas mal avant. Notre nuit… Quelques tiraillements certes mais c’était génial. Je me sentais bien, tellement bien. Pourtant… ses mots, la voir s’éloigner, observer sa silhouette qui disparaissait… Mon corps s’emplit de douleurs, de courbatures, d’élancements et de déchirures. Les courbatures d’accord. Les élancements aussi. Les déchirures non. Pourtant j’avais l’impression de n’être qu’un bout de steak sauvagement tailladés.
Je ne sais pas quel automatisme j’étais rentré à l’auberge mais c’était mieux ainsi. Si je m’étais transformé… A combien de centaines de kilomètres aurais-je repris conscience de moi-même ? J’étais rentré et par automatisme j’avais rangé… Peut-être parce que j’étais un soldat. Que l’ordre était la première chose qu’on nous inculquait, à force de coups et d’insultes. Que l’ordre était devenu ma façon de réagir quand quelque chose ne se passait pas comme prévu. Organiser son espace quand on ne peut organiser sa vie… était-ce si absurde. J’avais tout rangé… Je ne savais pas ce que Cassidy disait, faisait… Faisait… L’idée qu’elle fasse quelque chose me ramena au souvenir de notre nuit, de toutes nos nuits. L’idée suivante, que c’était ce qu’elle faisait maintenant avec son Jilian me frappa comme un monstre en charge et soudainement je ne pus plus respirer. Comme si quelque chose m’avait vraiment frappé. J’avais juste glissé au bas d’un mur en crispant ma main sur mon torse alors que j’aspirais désespérément de l’air mais que mon corps le refusait. Ma poitrine me brûlait. Ca faisait mal. Tellement mal. Des images que je ne pouvais m’empêcher d’imaginer. Que je ne voulais pas voir… Je me tins la tête en serrant fort mes tempes, sentant les os de mon crâne en craquer légèrement. Je savais très bien ce qui allait se passer. J’étais préparé. Je n’étais que de passage. Je n’étais qu’une occupation passagère. Je le savais… Alors pourquoi j’allais si mal ?

Me rappeler ce que j’étais me calma. Je finis par laisser les instincts de mes origines remonter en moi. Le dragon était calme, pragmatique. Le dragon ne s’embarrassait pas de sensations inutiles. Il me demandait, moqueur, comment moi j’avais pu me laisser prendre à ce bête jeu-là. Tout devint plus simple. Les images disparurent, les brûlures aussi, mon rythme cardiaque reprit sa cadence habituelle… La douche acheva de me détendre…



Tristan ignorait tout de la conversation de Cassidy avec Jilian. Alors que le dragon n’était rien censé ressentir il s’était pris à avoir ces mouvements, ces sensations qu’il ne connaissait pas. Et s’il avait connu le bonheur à ses côtés, le retour était en conséquence d’une douleur extrême. Heureusement il se calma, remettant par la même le masque froid et impersonnel qu’elle lui avait reproché de porter, qui le coupait du reste du monde… Ce masque de faux semblants et de faux sourires, ce petit masque de beau garçon parfait qui ne ressentait rien… jamais.
Elle toqua mais personne ne répondit. Elle recommença… Il finit par ouvrir sur l’homme si beau mais si peu honnête qu’elle avait retrouvé dans leur village. Trempé, sorti de la douche rapidement sans doute, ses cheveux rouges qui parvenaient pour certaines mèches à continuer de défier la pesanteur, même mouillées, il portait simplement une serviette autour de sa taille. Beaucoup beaucoup trop bas, dévoilant bien plus que de raison le V parfaitement symétrique de ses abdominaux. Il s’effaça pour la laisser entrer. Il avait tout rangé, parfaitement, déposé leurs affaires à la laverie, mis de l’ordre… vraiment. Le lit était fait et tiré à quatre épingles. Même les vêtements qu’il comptait porter étaient parfaitement plié sur une chaise en attendant qu’il les enfile. Elle lui annonça qu’ils devaient parler ce qui en soit était une phrase très désagréable à attendre mais le jeune homme ne dit rien. Il demeura silencieux quand elle s’installa dans le canapé alors qu’il restait face à elle, debout, un peu en retrait. Elle ne le regardait pas. Pourtant il restait immobile, silencieux tandis que les mots glissaient entre ses lèvres. Elle disait ne pas avoir été tout à fait honnête avec lui. Il ne dit rien. Elle ne voulait pas lui faire de mal. La comédie avait assez duré.
Il allait bien pourtant. Il n’avait pas mal. Jusqu’à ce qu’il la voit du moins. Quand il avait ouvert la porte, le masque était tombé. Il avait essayé, vainement, de le maintenir en place mais c’était impossible. Pas après lui avoir tant dit, tant montré. Alors il ne disait rien. Il semblait vaguement impassible. Extérieurement tout du moins. La fuite du regard de la jeune femme ne lui échappa pas et lui fit mal. Ses quelques mots lui donnèrent l’impression que tout son être se déchirait en deux. Ca faisait mal. Tellement mal. Décidément… Elle était bien pire que lui pour parler…
Pourtant il s’était promis de rester silencieux. Il n’avait rien à dire. Ils s’étaient mis « d’accord » au départ. Ce n’était que pour le fun. Ce n’était que parce qu’ils avaient des besoins à satisfaire… Ce n’était que parce qu’ils étaient curieux et qu’entre deux c’était… bon… Mais ça faisait mal…


Je savais que lorsque Jilian rentrerait tout changerait. Ca ne redeviendrait pas comme avant. Ca ne pouvait pas redevenir comme avant. Rien ne serait plus jamais comme avant. Pourtant j’avais tout fait pour ne pas y penser. J’avais tout fait pour éviter de penser à cette idée délicieuse, délectable que son compagnon se fasse éviscérer par un sanglier, tombe dans un piège à ours, perde sa jambe dans un piège à loup et se vide de son sang, périsse sous la lame de dizaines de bandits. C’était horrible. C’était égoïste. Je n’avais pas tellement l’habitude d’être égoïste d’ordinaire. C’était un trait des dragons que je ne connaissais peu. Peut-être car tout m’indifférenciait tant que je pouvais faire régner la justice… Mais il était revenu. L’imaginer avec lui. Ca me faisait un truc. Ca me faisait un truc que je n’aimais pas du tout. Tellement mal. J’avais du mal à respirer. Et alors qu’elle était en face de moi, l’air stressée, je n’y arrivais plus. A respirer… L’air entrait dans mes poumons, en ressortait. Mais il ne m’apportait plus rien. Comme si je n’étais plus à même de respirer réellement. Comme si le souffle de la vie m’échappait. Elle voulait parler. Je savais bien ce qu’elle dirait. Qu’il était temps d’arrêter. Que j’avais été une bonne distraction… J’espérais au moins un compliment… Mais c’est sans me regarder qu’elle lâcha une bombe… Je m’attendais à tout, même qu’elle prétende que je n’étais rien pour elle, que j’étais nul au lit, pour que ce soit plus facile… je ne sais pas pourquoi. Mais pas à ces mots. Ils tournaient en boucle dans mon esprit alors que je ne parvenais pas à les assembler. La langue des dragons me bloquait. Peut-être parce qu’à ce moment là je souhaitais être un dragon, vraiment, pour ne rien ressentir. Je ne comprenais pas. Je ne pouvais pas comprendre. Pourtant ils tournaient ces mots dans ma tête, avec leur sens tellement lourd. Couple. Jamais. Jamais été un couple. Je secouais la tête, fronçant les sourcils, j’avais mal compris, c’était impossible. Restant pourtant à ma place, je l’interrogeais du regard et ce même si elle évitait le mien. Officiellement. Officieusement. Amis. Colocataires. Jamais aimé. Qu’un ami. C’est tout. Les mots tournaient, plus vite, étourdissants, frappant mon crâne comme autant de coup de gong. Mon coeur se mit à battre la chamade, j’avais encore plus de mal à respirer. Mais… qu’est ce qu’elle racontait ?! C’était impossible… Tout le monde… Elle me raconta son histoire, leur histoire. Il avait été un sauveur, un ami, un réel ami même s’il était clairement plus. Un ami avec les avantages, de gros avantages… C’était réel ? Je… C’était impossible non ? Elle était avec lui. Ses parents étaient tout heureux qu’elle soit avec lui et… Ce n’était qu’une mascarade ? Une façade pour qu’on lui fiche la paix. Ca collait à Cassidy. Ca collait à son personnage trop harcelé par les hommes et qui cherchait un peu de paix. Ca collait… Ca collait mal, c’était irréel, insensé, pourtant j’y crus immédiatement comme si c’était la plus immuable des vérités. Tout devint plus simple, plus léger, plus doux. Respirer ne faisait plus mal… Respirer… Sentir son odeur ne faisait plus mal… Sauf qu’elle me balança qu’il était le meilleur au lit. QUOOOOOIIIIII ?!!!! Elle osait prétendre ça ? Je songeais déjà à lui arracher ses vêtements pour la faire mentir quand elle continua, m’acheva. Le meilleur avant moi ? C’était moi le meilleur ? Je savais que j’étais le meilleur. Vraiment… Toutes me l’avaient dit. J’étais assez modeste pourtant, n’en faisant pas tout un foin. Ca n’avait rien d’exceptionnel. Dragon de nature j’avais pour moi l’endurance, mon plaisir passait parce celui de ma compagne donc normal que je sois bon… Normal… Pourtant quand elle le dit… Ca me fit tellement du bien. J’avais l’impression que rien n’était plus vrai… Rien au monde. Impossible de retenir mes zygomatiques qu’un grand sourire venait étirer mes lèvres, mon sourire en coin, taquin le remplaçant vite alors que je la fixais avec une pointe de défi complice. J’avais croisé les bras sur mon torse dès qu’elle s’était installée. Les serrer un peu plus fort me permettait de me tenir. Sauf qu’alors que j’ouvrais la bouche pour parler elle reprit la parole. Elle avait discuté avec Jilian. Elle voulait arrêter. Il savait que j’étais ici. Elle avait parlé de moi… Elle lui avait parlé de moi. Nouvelle pointe de fierté. Elle voulait rester avec moi. Ca par contre… Un liquide bouillant venait de courir dans mes veines, me faisant frissonner. J’avais bien entendu là ? Elle lâchait la sécurité de son pseudo-copain pour passer du temps… avec moi ? Je n’aurais pas dû…
Je sais que je n’aurais pas dû. Ni répondre. Ni être content. Ca allait à l’encontre d’une bonne demi-douzaine de nos règles. Mais je n’en avais rien à foutre… Tellement rien à foutre. Ses derniers mots m’avaient achevé. Qu’ils aillent tous se faire foutre !!! Il n'y avait qu'elle...



Il ne répondit pas à ses derniers mots qui étaient les plus empreints de sens et qui pouvaient tout faire basculer. Parce qu’elle lui demandait en quelque sorte si elle avait bien fait d’abandonner la sécurité pour l’incertitude à ses côtés. Elle lui avouait les risques qu’elle avait pris sans savoir si en retour le jeune homme serait prêt à en prendre pour elle… Aucun mot ne vint saluer le courage de la jeune femme, seulement des bruits de pas sur le sol de bois. Elle n’avait pas relevé les yeux de tout son discours ni au début ni à la fin. Pourtant elle y fut bien forcée quand deux mains brûlantes vinrent encadrer son visage, englobant ses joues de leurs paumes. Avec une douceur et une lenteur infinie, il l’invita à relever le visage vers lui alors qu’il ployait un genou qu’il mettait en terre, mais même ainsi restait plus grand qu’elle. Il la regarda droit dans les yeux en lui maintenant le visage de cette manière. Puis il s’avança, sans brusquerie, ne fermant les yeux, comme elle, qu’à la toute dernière seconde pour l’embrasser de la plus étrange des manières. C’était un baiser passionné et en même temps d’une douceur infinie, sans brusquerie, sans incitation… pourtant il enflammait leurs corps. Désir et apaisement en même temps… Un seul baiser. Qui ne dura que quelques secondes et qui sembla pourtant leur octroyer une éternité de douceur. Lentement il recula pour la regarder de nouveau.

Tu viens de sauver ton honneur…

A son tour de froncer les sourcils sans comprendre. Surtout qu’il ne lui répondait pas. Il ne l’engueulait pas de lui avoir caché tout ceci. Il ne s’énervait pas de son « mensonge ». Il ne s’agaçait pas de son initiative. Ne lui riait pas au visage d’être revenue à ses côtés, en rampant, comme n’importe quelle fille. Il aurait pu avoir tant de paroles cruelles. Pour la tenir à distance. Parce qu’eux deux c’était juste un moment, juste passager… Il ne répondait même pas… Pourtant son baiser répondait lui… Un peu… Un tout petit peu. Il sourit, enleva une de ses mains pour la glisser dans ses cheveux d’or, continuant le plus honnêtement du monde.

Je me faisais violence. Je me cherchais des raisons de ne pas le faire mais… crois moi ça aurait beaucoup moins honorable pour toi quand je serais venue défier ton mec, lui éclater la tronche parce que je suis bien meilleur combattant et te ramener sur mon épaule comme trophée. Non que je te considère comme un objet, loin de là, tu l’as bien compris mais disons que ton copain aurait passé un sale quart d’heure pour que je reste encore un peu avec toi. Quitte à te retenir contre ta volonté. Oui… Je crois que j’aurais pu être ce monstre-là…


De un il voulait être encore avec elle.
De deux il était prêt à aller massacrer Jilian pour la récupérer de gré ou de force.
De trois lui qui prônait l’égalité et le respect aux femmes était prêt à la garder égoïstement même en s’opposant à ce qu’elle souhaitait parce qu’il voulait être égoïste pour une fois ? Lui qui pensait toujours aux autres en premiers, en tant que chevalier, en tant que dragon assez bizarre… Il voulait être égoïste. Pour elle. A cause d’elle.
Elle écarquillait les yeux surprise. Il la fixait toujours sérieusement. Pourtant les muscles de son visage se détendaient alors que la tension qui semblait habiter ses muscles depuis des heures se relâchait enfin. Sans rien dire il vint juste mettre son deuxième genou au sol et glisser son visage entre son cou et sa poitrine. Un tremblement agitait légèrement son corps alors qu’il passait doucement, hésitant, les bras autour de la jeune femme, soufflant tout bas sans la regarder.

J’ai eu peur… de ne plus te voir… de ne plus te toucher…

Sa voix s’était éteinte sur ses derniers mots comme s’il avait la gorge serrée. Il demeura immobile alors que mue d’un instinct excellent et tellement tendre Cassidy passait doucement l’une de ses mains dans sa nuque tandis que l’autre se perdait dans ses cheveux qu’elle caressait doucement. Une vive émotion s’était installée dans la pièce. Douloureuse et en même temps tellement pleine de soulagement. C’est qu’ils avaient eu des peurs l’un comme l’autre. Des peurs intenses, des émotions vives, quoi qu’en pense le jeune homme et que ça les avait achevés. Le pauvre jeune homme était dans un sacré état lui qui semblait si fort et fier constamment. Et c’était dû à elle… Il se détendit dès qu’elle commença à lui caresser les cheveux et gémit tout bas. Alors elle tira doucement sur sa tête pour le pousser à se redresser et venir s’allonger sur le canapé. Elle prit une meilleure position, se calant confortablement et il se blottit contre elle, reprenant sa place et gémit de nouveau sous les caresses dans ses cheveux, marmonnant en articulant mal qu’il se vengerait et la masserait jusqu’à ce qu’elle gémisse pareillement… Pourtant terriblement détendu, enfin apaisé le jeune homme s’endormit en quelque secondes… Mais les bras serrés autour de la petite demoiselle il ne semblait ni prêt verbalement, « émotionnellement » et encore moins physiquement à la laisser s’éloigner…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 17 Mai - 20:57

Heureuse… Depuis combien de temps n’avait-elle pas été heureuse ? Un simple sourire, un rire… Elle ne se rappelait plus à quand remontait la dernière source de bonheur. Pour elle c’était si simple, si naturel avec Tristan. Elle ne se forçait pas, elle ne faisait pas semblant. Sans savoir ce qui l’attirait en lui, chez lui. Elle était devenue beaucoup plus calme, elle la fille si dégoutée du monde. Elle la fille si froide et désintéressée, colère au visage, haine dans le cœur. Et pourtant, il avait chassé ses démons. Sans trop savoir pourquoi, comment.

Cassidy ne se rendait pas compte de son changement de comportement. A vrai dire, elle avait arrêté de se poser des questions sur le quoi et pourquoi ? Elle arrêtait de se demander si c’était normal de sourire, si c’était normal de rire, si c’était normal de se sentir si bien avec lui. Elle arrêtait… tout simplement.

Ils s’étaient amusés dans la neige. Tristan s’était transformé en dragon et ils avaient essayé de s’habituer l’un à l’autre. Elle restait la même mais lui… c’était différent. Pourtant elle ne lui en voulait pas. Car il n’était pas ce monstre qui lui avait fait du mal. Car il était différent. Petit à petit, elle se familiarisait avec sa nature, pour ne garder que le meilleur. Elle n’aurait pas dû, c’était irréel, illogique. Rien de plus. Et pourtant…

Elle s’était habituée à lui et voulait lui faire partager ce qu’elle ressentait. Des choses qu’elle n’aurait pas dû ressentir. Pourtant la demoiselle n’en savait pas plus. Elle connaissait si peu de choses sur la magie. Connaître la théorie ne voulait pas dire connaître l’essence même de ce truc, si spécial dans leur monde. Alors elle lui avait dit, à demi-mots, désirant connaître son avis, voir si c’était normal, si il connaissait ce genre de chose. Mais il était resté très taquin, guère sérieux à ce sujet. Elle tressaillit quand il mordilla une de ses oreilles.

Trop occupée à regarder le ciel, la demoiselle n’avait pas vraiment entendu son approche. Il balança une petite phrase, comme quoi elle n’était pas insensible à lui. C’était vrai en même temps. Elle qui tenait tant à s’écarter des hommes, restant distante, avait finalement craqué pour lui. Pourquoi ? Pourquoi lui ? Jilian était très gentil, c’était un homme qu’on pourrait qualifier de parfait. Un métier qui faisait rêver bon nombre de femmes, une stature entretenue et soignée, un regard doux et attentionné, l’absence de barbe puisqu’il se rasait, sa délicatesse… Il avait toujours été gentil… il était humain… Friholdien. Les Friholdiens étaient réputés pour leur loyauté et le très grand respect envers les leurs.

Et pourtant elle préférait Tristan. Un dragon, un être qui ne devait pas aimer, qui n’avait pas de sentiments, pas d’émotions. Du moins c’est ce qui se disait. Un être égoïste et jaloux qui prend, possède, avant de repartir sans penser à une relation plus stable, plus solide. Court terme oui mais long terme… non… définitivement pas. Etait-elle tombée amoureuse d’un homme qui ne ferait que la blesser une fois qu’il aurait fini de s’amuser ? Finirait-elle par le lasser ? Il avait beau répété qu’elle était la plus belle, qu’il ne voyait personne d’autre, qu’il ne voulait personne d’autre et pourtant… Non, ça ne pouvait pas durer éternellement. En plus il avait son clan de dragon, son métier… lui, tout abandonner pour elle ? Difficile à imaginer, difficile à croire.

Elle l’avait regardé, légèrement rouge, grognant des paroles inaudibles mais sûrement qu’il était incorrigible, le repoussa alors qu’il était si près et qu’elle était si… sensible à ses contacts. Cassidy refixa son attention sur le ciel. Oui… elle faisait peut être une sacré erreur de s’accrocher à lui, de penser à lui. La chute n’en serait que plus dur et pourtant… pourtant elle plongeait la tête dedans. Elle était faible tellement faible. De se laisser charmer comme les autres femmes. Elle était comme les autres… ayant un faible pour un dragon. Pour lui ça devait être tout à fait normal. Vraiment. Il avait l’habitude que les femmes se jettent sur lui alors…

Cherchant à se changer les idées, elle lui proposa de voler. Mais il prétexta ne pas en avoir besoin. Pourtant elle n’était pas stupide, elle avait bien ressenti un appel pour aller voler. Mais apparemment il ne voulait pas la laisser seule. Là aussi c’était à ne rien y comprendre. Lui qui pourtant avait des instincts de dragon, qui pour lui le ciel était son élément, il préférait rester au sol avec elle ? Cassidy ne comprenait pas.

Ils étaient ensuite allés manger. Elle était intarissable et semblait avoir trouvé quelque chose de bien à partager. En même temps elle avait déjà volé, d’une certaine manière. Mais ce n’était pas la même chose, c’était différent là. Cassidy semblait enthousiaste de ce partage avec Tristan même si il ne disait pas grand-chose à part l’écouter. Elle ne s’en rendait même pas compte et faisait la discussion pour deux.

Puis il y eut ce moment où ils étaient rentrés. Elle était bien décidé à lui faire part de ses réflexions mais cela tourna plutôt à la rigolade, parce qu’elle ne savait pas vraiment dessiner. Il l’avait alors prise sur le bureau, semblant se désintéresser totalement de ses paroles, pour commencer à la chauffer. Pourtant il s’arrêta. Oh elle n’était pas pour arrêter non plus, la demoiselle s’adaptait même si elle ressentait une pointe de déception. C’était comme si il l’avait écouté et pour se rattraper, il avait dessiné à sa place.

Cependant, alors qu’elle l’observait, il était bizarre. Le regard perdu en admirant son œuvre, il ne semblait plus savoir ce qui était bien ou pas. La jeune femme ne fit aucun commentaire même si elle se doutait que ça n’allait pas vraiment. Alors il changea de sujet, lui parlant de sa potion. Elle n’était pas réticente et obéit de bonne grâce, se permettant même une phrase provocante à ce sujet. Qu’on se le dise, elle n’avait jamais accepté cette condition bizarre de son corps. Mal réagir aux potions, c’était vraiment spécial et particulier quand on y pensait.

Au début, lorsqu’elle avait commencé à prendre cette potion, la demoiselle ne comprenait pas les besoins de son corps. Oui prisonnière c’était un peu ça. Comme elle n’aimait pas plus que ça coucher avec les hommes et qu’en plus son corps la tirait dans l’autre sens, ça en devenait assez bizarre comme relation. Tellement bizarre qu’elle en avait perdu la saveur, l’intérêt. Ca la faisait agir et au-delà de ce qui était normal.

Cassidy avait commencé à embrasser Tristan puis se faisait de plus en plus pressante, impatiente. Pourtant alors qu’elle débouclait sa ceinture il s’écarta pour finir le travail, sous les grognements de la petite demoiselle insatisfaite. Il ne lui en voulait pas, se rapprochant d’elle, au dessus, pour venir l’embrasser. Elle se sentait perdre pied dans ses pulsions si sauvages à dompter. Quelle femme pouvait avoir aussi cruel destin ? Pourtant il ne lui fit rien, il ne la prit pas pour se fondre en elle comme elle lui laissait entendre. Il ne commença pas à faire le déhancher de leurs corps. Il se contenta d’une phrase, une simple phrase. Pas comme ça… Il voulait le faire mais pas en la laissant subir sa potion.

Cela semblait la réveiller un peu alors qu’elle cligna des yeux pour le regarder, cherchant à comprendre le sens de ses paroles. Alors, elle se laissa faire et ce fut bien la première fois qu’elle apprécia autant ce passage si gênant. Cependant la jeune femme reprenait aussi les devants pour se positionner à califourchon au dessus de lui pour varier les plaisirs. Il murmurait tant de choses, tant de paroles douces, réconfortantes, qu’il aimait ça. L’entendre prononcer son surnom dans un murmure lui faisait du bien, elle se sentait encore plus en confiance, plus vivante, lui souriant alors qu’ils testaient de nombreuses choses.

Effectivement, rien n’avait été laissé au hasard. Chamboulant la chambre, ils avaient eu le temps d’explorer tous les coins et recoins. En y repensant, ça la faisait rire. Et puis finalement ils s’étaient calmés, enfin elle surtout. Rassasiée, comblée par tant de façons, la jeune femme avait l’impression d’être dans un rêve. Jamais elle n’avait autant fait avec un homme. Pas en si peu de temps. Pour ça il était parfait, endurant et lui convenait tout à fait. Difficile de trouver mieux…

Haletante, elle s’était posée à côté de lui, le caressant doucement, dans un geste machinal, reprenant à peine son souffle, se remettant à peine de ses émotions. Des petites phrases dites en toute sincérité, en toute franchise puis une phrase bien plus sérieuse. Elle parlait de ses autres amantes. En même temps c’était un peu normal. Dur rappel à la réalité qu’il en avait d’autres. Tristan se contenta de lui donner une fessée et elle le regarda d’un air grincheux. Quoi ? C’était vrai non ?

Et puis il se mit à parler avec beaucoup d’implication, la rassurant encore, voulant lui faire rentrer dans le crâne une bonne fois pour toutes qu’elle était vraiment la meilleure à ses yeux, qu’il avait passé la meilleure nuit avec elle et qu’il s’en fichait du reste. Un peu d’espoir, un peu plus d’assurance, elle se déroba à son regard en reposant sa joue contre son torse, écoutant les battements de son cœur avec attention pour se distraire.

Tristan était ensuite sorti pour chercher de quoi manger. Elle s’était relevée du matelas au sol en s’étirant. Aïe ! Courbatures ! En même temps ils n’avaient pas fait semblant là et leur endurance aurait de quoi rendre jaloux tout un tas de personnes. Pourtant la jeune femme souriait. Elle était bien, elle se sentait apaisée et chaque jour passé avec Tristan était une journée illuminée et merveilleuse. Elle fouilla alors dans l’armoire pour prendre distraitement une des tuniques à Tristan avant de passer dans la salle de bain pour se débarbouiller le visage un peu, se mettant un peu de frais afin de faire passer la rougeur qui s’emparait de ses joues un peu trop souvent ces derniers temps.

Elle retourna s’installer sur le matelas en l’attendant, s’occupant de passer ses doigts dans ses cheveux, comme pour tenter de remettre de l’ordre dedans. Il ramena un petit déjeuner fumant et bien appétissant mais non pas sans lui avoir déposé un baiser sur les lèvres. Une vraie scène de couple… Amoureux ? Il y avait de quoi se poser des questions ! Elle l’embêta en lui parlant de massages, à cause de ses courbatures et ses muscles qui la tiraient dans tous les sens. C’est que Cassidy commençait à beaucoup apprécier les massages après tout ! Pourtant il semblait otut à fait d’accord et déclara même une petite phrase, pour la gêner encore plus. Elle lui tapota le torse alors qu’il l’embrassait pour la forme. Toujours un mot montrant ses intentions.

Mais elle ne semblait pas vexée ni en colère. Après tout elle aurait dû l’être. Il disait ouvertement qu’il voulait encore la tripoter. Mais c’était un bon accord entre eux d’eux, il n’y avait rien de forcer et même il pouvait la tripoter autant qu’il voulait du moment qu’elle pouvait faire la même chose avec lui. Alors ils se concentrèrent sur les dégâts et Cassidy semblait perplexe, se permettant des petites phrases curieuses, soulevant l’absurdité de la chose de voir une chaise renversée et comment diable le lit s’était-il retournée ? Cela les fit beaucoup rire.

Ils sortirent ensuite à la recherche de plantes et elle voulait encore insister pour monter aux arbres, ne voulant pas passer pour une femme faible. Pourtant il se permit une petite phrase qui fit beaucoup grogner la petite demoiselle. La menace de ne pas avoir de massages était trop grande et elle en profita même pour le solliciter davantage, lui parlant des rochers et qu’il devait l’aider à monter dessus. Elle se cala même dans son dos une fois pour qu’il la porte, sous forme humaine bien sûr, afin d’avancer plus vite.

Ils avaient mangé un peu, reprenant des forces avant qu’elle ne lui propose de refaire une tentative sous sa forme de dragon. Cependant les courbatures étaient bien présentes, ça ne servait à rien de se forcer, surtout qu’elle devait vraiment solliciter tous ses muscles pour tenir sur lui, en attendant de trouver mieux. L’histoire de la selle était une bonne idée mais qui serait assez fou pour en faire une sans se poser de questions quant à son utilité ?

Finalement marcher était bien plus sage. Elle voulut lui montrer toute fière quelle prise elle avait utilisée sur la pimbêche mais difficile de s’en rappeler. Pourtant elle aurait juré que c’était très simple ! Alors Cassidy pensa que seule sa magie étrange lui permettait d’être plus concentrée plus attentive mais l’utiliser devant lui n’avait pas l’air si évident que ça. Cela avait l’air de la décevoir, pour une fois qu’elle faisait quelque chose de bien, ça ne marchait pas. Elle lui balança une petite phrase lourde de sens. Elle qui était en colère contre la terre entière n’arrivait pas à lui montrer cet état.

Il répliqua, d’une phrase qui pouvait être teintée d’arrogance, cependant il n’en était rien. Parce que sa voix n’avait rien d’arrogante. Il restait simple et elle se doutait bien qu’il la taquinait. Alors elle le tapa en tirant la langue puis répliqua une autre phrase à laquelle il répondit, simple petit geste de déposer un léger baiser sur son front.

Et puis tout bascula. L’arrivée du compagnon de Jilian sonnait beaucoup de choses. Cassidy adorait cet animal, il avait toujours été gentil avec elle et préférait bien plus sa compagnie plutôt que celui des humains. Combien de fois s’étaient-ils baladés dans les grandes plaines glacées de Frihold ? Combien de fois avait-elle fait la course avec lui mais abdiquait toujours lorsque le Fenrÿr était trop rapide pour elle ? Elle l’aimait bien cette bestiole et aurait été certainement déçue du comportement de Tristan. Parce que Ecko n’était pas un animal ordinaire. Il restait avec Jilian certes mais il n’y avait pas une relation de maître/animal. Ce n’était pas un chien, ce n’était pas un loup. C’était entre les deux. Et puis c’est bien ce même animal qui avait, on ne sait trop comment, aidé Cassidy à découvrir la lettre de Tristan. De plus, il ne semblait même pas avoir peur ni vouloir défendre les intérêts de son maître, malgré le fait que sa copine se trouvait dans les bras d’un autre.

Et pourtant, alors que Cassidy se redressait, le Fenrÿr sentit que quelque chose ne tournait pas rond. Si il n’avait rien contre Tristan, les émotions qui ressortaient de cet individu n’étaient pas très agréables. Il se mit légèrement sur la défensive, lançant un grognement s’élevant de sa cage thoracique. Attention petit dragon… Pourtant Cassidy ne s’en rendit pas vraiment compte. Jilian… elle l’avait oublié… complètement… carrément. Et ne semblait même plus se soucier de son existence.

L’heure était grave. Elle hésita. Mais que pouvait-elle dire à Tristan ? Se retourner et lui faire un beau sourire en lui disant que tout irait bien ? Ce n’était pas vrai et même elle ne pouvait pas savoir, ne pouvait pas se douter une seule seconde de l’avenir. Elle ne pouvait pas le faire espérer si il n’y avait rien. Mais elle refusait de le regarder pour la même idée. Ne pas lui causer de tort. Elle-même ne savait pas ce qui allait lui arriver. Alors elle se fit beaucoup plus sérieuse, ne lui laissant que peu d’informations, sans se douter tous les sentiments qui agitaient le beau Drakkari. Elle ne pouvait pas savoir après tout.

Pourtant, le simple fait de s’éloigner de lui, la rendit bizarre. C’était comme si toute la réalité l’avait rattrapé, le poids de ses mensonges, le poids de ses secrets. C’était comme si elle se sentait tout à coup bien plus fatiguée. Ecko trottinait doucement à côté d’elle mais elle prenait son temps pour marcher. Une longue marche bourrée de réflexions, de souvenirs, de devoir prendre une décision. Se voyait-elle reprendre sa vie avec Jilian ? Non. Devait-elle le faire ? Oui. Mais allait-elle le faire ? Rien n’était sûr… Tout se mélangeait dans sa tête et le visage de Tristan réapparut dans sa tête. Elle se rappelait. Il était en mission. Il l’abandonnerait forcément. A quoi ça servait de repousser la limite ? Toujours plus loin ? Ils n’avaient rien en commun… C’était un dragon. Elle une humaine. Elle reprendrait sa petite vie tranquille, couchant à droite à gauche, se contentant de Jilian et sa frustration grandissante. Elle errerait au hasard dans la forêt, sans personne avec qui parler, avec qui se confier. C’était ça la suite ? Elle n’était plus sûre…

Jilian semblait très inquiet en l’a voyant arrivé. En effet le jeune homme était au courant de ses malaises, il aurait pu croire qu’elle s’était évanouie en pleine nature. Mais rassuré. Pourtant il ne le fut pas longtemps. En effet la jeune femme voulait parler, avec son cœur. Depuis quand discutait-elle autant avec lui ? Il remarqua bien le changement, les cheveux détachés, malgré sa tenue garçonne. Et elle lui dévoila quelque chose qui le fit tomber de haut. Tristan ici… se séparer… arrêter cette histoire.

Bien sûr, il tenta de la convaincre, que c’était de la folie pure de vouloir s’accrocher à un homme qui n’avait que faire d’elle. Il ne comprenait pas pourquoi elle voulait plaquer leurs six mois ensemble pour un opportuniste ! Aussi beau était-il ! Cela le dépita profondément. Le jeune homme ne savait plus quoi penser, plus quoi faire, il était penaud. Pourtant, Cassidy pensait qu’il était juste triste de son départ mais qu’elle restait dans le coin. Juste un ami.. Pas amoureux. Il ne le prendrait pas si mal non ?

Elle était sûre de son choix, sûre de sa folie, sûre de vouloir tenter quelque chose. Bien consciente de retourner aux pieds de Tristan comme une demoiselle bien élevée, bien consciente qu’elle allait lui demander cette fois l’hospitalité. Cassidy sourit timidement à Jilian avant de sortir. Le jour était déjà tombé. Elle avançait d’un pas léger dans les ruelles, se rendant compte de ce qu’elle avait fait, de son choix. Réalisant encore à peine qu’elle quittait la sécurité, pour le doute.

Rapidement elle se rendit à la chambre de Tristan. Il ne répondit pas tout de suite. Croyant par inquiétude qu’il ne voulait même pas avoir de discussion, la jeune femme se sentit un peu sur la défensive. Après tout, si Tristan la repoussait, cela lui ferait beaucoup de mal… énormément même. Elle ne connaissait même pas sa réaction. Il finit par lui ouvrir, après une attente qui lui semblait une éternité et elle rentra avec un peu d’hésitation tout de même, déclarant le besoin de parler. Elle avait rapidement regardé son visage et il semblait très distant. Pendant un instant elle regretta sa décision. Lui voulait redevenir normal ? Après tout ce qu’ils avaient vécu ? Cela lui faisait un peu mal et décidément elle ne comprenait rien aux comportements des humanoïdes.

Pourtant elle ne fit aucune remarque à ce sujet, se posa sur le canapé et déballa son récit. Elle ne voulait rien lui cacher. Semblant plus affirmée en disant qu’elle avait abandonné Jilian, que c’était lui qu’elle choisissait, sans connaître les conséquences, sans connaître la vérité. Tant pis si il la repoussait au moins pour une fois elle était fière d’avoir choisi pour elle, pour quelque chose qui lui tenait à cœur, bien loin de la magie.

Elle ne savait pas comment il allait le prendre, si il allait s’énerver, si il allait la repousser pour cette trahison, après tout elle lui avait fait croire qu’ils étaient ensembles avec Jilian, elle l’avait fait douté, jouant sur cette corde sensible, comme quoi c’était qu’un jeu eux deux, un moyen de satisfaire leurs pulsions avec le partenaire idéal. Elle était hésitante, croisant ses doigts, se mordillant la lèvre et termina son discours, si il voulait encore d’elle. Pourtant il resta silencieux, ne dit pas un mot.

L’ambiance était pesante et il lui semblait que le temps s’écoulait très lentement. Réfléchissait-il au moyen de la mettre à la porte ? De lui dire que pour lui tout n’était qu’un jeu ? Qu’il s’en fichait d’elle ? Que c’était une bonne distraction ? Elle redoutait ses paroles. Son cœur semblait s’être arrêté dans sa poitrine alors qu’elle attendait que la sentence tombe ? Mais rien de tout cela. Il s’était avancé devant elle, accroupi et avait doucement relevé sa tête. Elle soutint son regard, se demandant ce qu’elle pouvait y trouver à l’intérieur. Une sorte de reconnaissance ? Un regard intense ? Pourtant il ne dit rien et déposa les lèvres sur les siennes. Ce baiser avait un drôle de goût, le goût de l’acceptation, le goût de la confirmation, qu’elle avait fait le bon choix cette fois.

Il aurait pu la blesser, lui faire beaucoup de mal en la repoussant mais il ne fit rien de ça, s’écartant doucement de ses lèvres, elle le fixait avec beaucoup de curiosité et de crainte. Mais son sourire l’apaisa alors qu’elle le regardait. Il s’expliqua alors, qu’il voulait venir défier Jilian, qu’il voulait la ramener ici, qu’il la voulait elle… encore un peu plus. Rien de plus rassurant pour la petite demoiselle. Elle sentait qu’elle avait fait le bon choix. Et puis il se colla à elle, prononçant des mots beaucoup plus forts, remplis d’une émotion certaine. Il avait eu peur… peur de ne plus pouvoir la toucher. Elle devrait en être contente, d’avoir une telle emprise. Mais la jeune femme se mit à sourire. Elle avait eu peur de le perdre aussi… peur qu’il ne l’accepte pas…

Et pourtant… Elle le prit dans ses bras avant de mieux s’installer dans le canapé, voulant le calmer, voulant le bercer et le rassurer. Ne se rendant pas compte de la chance qu’elle avait… Bien sûr qu’elle s’en rendait compte ! Oui ! Il aurait pu l’abandonné, il avait tant de raisons de la repousser… et pourtant il lui avait prononcé quelques paroles… peur… de plus la voir… ne plus la toucher. Les dragons n’ont pas de sentiments… pourtant il avait eu peur… pourquoi ? C’était un jeu entre eux d’eux ou quelque chose de bien plus fort ? Elle n’en savait rien. Jilian avait vu ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre. Elle aimait Tristan. Mais quant à lui annoncer cette vérité, c’était la pousser directement dans les bras du Drakkari et il voulait encore espérer un peu.

Espoir… ce qui animait le cœur de la jeune femme à l’heure actuelle. Elle le berçait tendrement, et puis elle vint se poser devant lui observant le plafond. Oui c’était un infime espoir qu’elle ressentait. L’espoir qu’il voit plus loin, l’espoir qu’eux deux ils continueraient à être ensemble… l’espoir auquel elle se raccrochait aujourd’hui, celui qui la rendait meilleure, celui qui la rendait plus humaine… pour lui… simplement pour lui. Il avait enroulé ses bras autour d’elle et comme lui, Cassidy s’était rapidement endormie.

Le lendemain, aucun des deux n’avait changé de place. Le soleil commençait à percer timidement à travers la vitre de la fenêtre. Chatouillant le visage de la demoiselle endormie qui bailla en s’étirant. Ils n’avaient rien fait hier mais ça ne la dérangeait pas le moins du monde. Ses courbatures partaient et elle se sentait en pleine forme. Souriante, contente d’avoir pris la bonne décision, la jeune femme se retourna doucement pour se placer sur le torse du jeune homme (après tout il était toujours torse nu avec une simple serviette autour de sa taille et elle encore habillée avant de lui chatouiller le visage avec ses mèches blondes.

Puis elle passa ses doigts sur ses joues, tout doucement, ce qui le fit sourire alors qu’il avait toujours les yeux fermés. Très délicatement elle s’empara de ses lèvres pour déposer un magnifique baiser, avant de s’écarter. Il ouvrit les yeux, elle le salua timidement tout en touchant du bout de ses doigts ses joues et ses étranges marques dorées. Le jeune homme avait retrouvé son sourire sincère.

« Bien dormi ? »

Il la taquina, elle lui donna un petit coup dans le ventre. Peut être un peu gênés tous les deux. Elle d’avoir pris cette décision qui allait chambouler sa vie. Et lui… d’être toujours avec elle, de l’avoir accepter sans la repousser, sans lui dire de retourner voir Jilian, que tout ça n’était qu’une erreur. Un peu gênés tous les deux, personne ne disait un mot alors qu’elle avait cette fois passé la main dans ses cheveux rouges. Le silence… le crépitement du bois dans la cheminée.

« Au fait, tu me dois toujours un massaaaaaaaaaaaage »

Elle tira la langue. La jeune femme voulait un peu sortir de cette ambiance un peu religieuse qui s’était emparée d’eux. Il sourit et semblait d’accord mais pas avant un bon petit déjeuner d’abord. Soulevant la jeune femme comme si elle ne pesait rien du tout, il la posa délicatement sur le lit avant de sortir de la pièce. La demoiselle s’étira dans les couvertures avant de se plonger dessous le temps qu’il revienne. Comme d’habitude, il lui apportait toujours un plateau royal.

La jeune femme semblait très intéressée et attendit qu’il s’installe à côté d’elle avant de manger.

« Huuuum que fait-on aujourd’hui ? J’avais pensé à une petite séance dragon puis peut être aller dans une autre ville pour… prendre un peu l’air, voir autre chose. Ou bien l’inverse. Je sais pas combien de temps ça peut prendre. Ah et puis des massages aussi plein de massages. Enfin… si tu n’as rien d’autre à faire hein je veux pas t’embêter non plus dans ton programme… »

Il semblait d’accord pour le vol mais pas pour aller dans une autre ville. En effet, le temps de trajet était plutôt long, il aurait fallu partir tôt pour espérer ne pas rentrer trop tard et ce n’était pas possible. Sage, elle acquiesça doucement d’un signe de tête.

Puis il se mit à la masser alors qu’elle appréciait tout particulièrement en poussant des petits gémissements appréciateurs. C’est qu’elle aimait bien le contact sur son corps et il en était devenu un expert.

Bien rassasiés, ils sortirent de l’auberge puis de la ville. A force de se balader ils avaient trouvé un petit coin tranquille pour pouvoir s’entraîner tous les deux, sans éveiller les soupçons et suffisamment loin du sentier pour ne pas être trop visibles. Le jeune homme avait fini par se transformer en dragon et elle était montée sur son dos, bien concentrée. Heureusement elle avait moins de courbatures que la veille.

Petit à petit, Cassidy arrivait à suivre les mouvements du dragon, arrivant à bloquer ses jambes mais laissant aller son bassin, pour accompagner le mouvement et pas le subir. Cependant le fait de chercher à s’accrocher, étant couchée n’était pas une position des plus pratique. Ca irait mieux en vol quand il effectuerait des montées et descentes mais pour l’instant, difficile de trouver une position. Quand elle sentait que ça allait elle demandait à Tristan d’accélérer un peu et même si il devait le faire que sur une courte distance pour éviter de la désarconner, on sentait que c’était de plus en plus fluide et aisé.

Au bout d’un moment d’entraînement, ils décidèrent d’arrêter et encore une fois elle lui proposa de se dégourdir seul si il le désirait. Encore une fois il n’en ressentit pas le besoin, du moins il lui expliqua qu’il avait tout le temps pour aller voler mais que pour l’instant il s’en passait. Elle lui adressa un sourire chaleureux en mordillant dans une barre de céréales, une des nombreuses qu’ils avaient apporté. L’entraînement ça creuse ! Ils se chamaillèrent même, lui voulant pertinemment lui voler ses barres, approchant la tête pour croquer dedans. Elle le gronda, le menaça de l’enterrer sous un tas de neige et finalement elle se jeta sur lui pour prendre le dessus. Mais c’est que Tristan était un vrai pilier, solide comme un roc, elle ne risquait pas de le déplacer. Même en l’embrassant ça ne suffisait pas.

Après avoir finalement roulé dans la neige, l’éparpillant un peu autour d’eux, la jeune femme décida de se concentrer à son autre activité, la magie. Elle avait apporté sa pierre et s’était assise en tailleur en face de Tristan qui la regardait. Celui-ci essayait de lui donner des conseils, comme essayer de se détendre, de faire le vide et il l’encourageait. Elle avait posé bien à plat la pierre dans sa main et fermait les yeux tout en se concentrant avant de les rouvrir, cherchant à guider le flux d’énergie et le canaliser dans sa paume.

Ca marchait, le cristal se soulevait paresseusement, difficilement mais ça marchait. Ce que Tristan remarqua, c’est que la magie si noire qu’il avait vu quelques jours auparavant était toujours présente mais bien plus éparpillée comme si ça changeait. Des minuscules paillettes dorées étaient apparues, même si elles étaient encore rares. Cassidy laissa retomber la pierre en inspirant profondément. C’est que ça lui demandait beaucoup d’énergie.

Elle retenta plusieurs fois et Tristan venait la soutenir, il la laissait faire mais quand elle prenait une pause, il posait sa main sur la sienne, ce qui lui redonnait de l’énergie. La jeune femme avait encore du mal à croire à ce qu’elle était en train de faire.

« C’est dingue quand même… »

Cassidy regardait avec attention la pierre tout en parlant.

« J’ai lu tellement de choses sur la magie… J’ai vraiment cru que… enfin j’avais lu des trucs sur ce style de pierre, comment il fallait faire, tout ça. J’avais la théorie pourtant mais je n’ai jamais été capable de montrer la moindre parcelle de magie… ça ne venait tout simplement pas… »

Elle était songeuse, très songeuse. Et surtout pas bête.

« Soit les mages me mentaient sur ma magie… à cause peut être de ma nature enfin non quand j’ai commencé à suivre cette quête, je n’avais pas encore… sombré. Enfin je me comprends. Donc ils m’ont peut être menti pour une raison obscure ou bien… cette magie en moi était bloquée… et je pense que tu es responsable du déblocage… »

La jeune femme serra le poing et le regarda avec beaucoup de sérieux. Il ne savait pas trop comment réagir et décida d’adopter sa technique quand il était un peu gêné, la taquiner puisqu’il ne savait pas quoi répondre. Elle grogna en détournant la tête puis fit un sourire malicieux avant de se pencher sur ses lèvres pour l’embrasser passionnément.

« Et ça c’est plus parlant ? »

Puis la demoiselle s’était un peu écartée de lui. Il l’avait quand même rattrapé avant de la faire tomber dans la neige, se plaçant au dessus d’elle pour l’embrasser avec de la vigueur, profitant de poser un peu ses mains sur sa tunique, pour vérifier si tout allait bien voyons !

« Hum… dans la neige ce n’est pas très agréable… »

Finalement, c’est un estomac gargouillant de la jeune femme qui les rappela à l’ordre, ce qui la fit rire. Après tout l’heure du repas approchait. Ils rentrèrent en ville mais Tristan voulait faire quelque chose de différent cette fois. Pour être honnête, peut être voulait-il éviter que Cassidy croise Jilian, au restaurant, dans la rue et que la tension se crée entre eux. Il avait peut être prévu un repas à l’improviste dans leur chambre. Quoi qu’il en soit, il lui demanda de rentrer, qu’il allait lui faire une surprise, un truc comme ça.

Elle obéit de bonne grâce tout en l’embrassant avant de prendre sagement le chemin vers l’auberge.

Sauf que sur le chemin de Tristan, il croisa Jilian seul. Le jeune homme blond semblait songeur, pensif. Il aperçut Tristan et l’interpella en s’approchant de lui, cherchant à contrôler le ton de sa voix.

-Salut… Tu veux bien me suivre ? J’ai à te parler…

Aïe… que voulait-il lui dire ? Pourtant Tristan obéit sagement, se laissant entraîner dans une ruelle sombre et déserte. Nul doute que ça n’allait pas être agréable. La ruelle menait à une impasse et Jilian se tourna vers lui, mélangé entre la colère et la douleur.

- Cassy m’a dit beaucoup de choses… qu’elle voulait te rejoindre… et… j’ignore pourquoi tu es là mais j’imagine que c’est pas pour ses beaux yeux…

Tristan ne disait rien, ne parlait pas.

- T’as bien profité d’elle hein Drakkari ? Après tout vous êtes réputés pour votre faim insatiable et votre exigence. Tu l’as bien sauté ? Combien de fois ? Combien ?

N’y tenant plus, la douleur se lisant dans les yeux, il lui flanqua une sacrée droite. Tristan ne riposta pas, ne se défendit même pas. Il encaissa le choc sans rien dire.

- Pourquoi tu t’es approché d’elle ? Pourquoi tu as fait ça ? Tu n’es rien qu’un profiteur ! Tu vas lui faire beaucoup de mal quand tu partiras d’ici. J’étais là avant toi ! Je l’ai soutenu ! Depuis le début ! Tu parles d’un ami d’enfance ! Aucun honneur… Aucun respect. Que lui as-tu fait bon sang ?!

Il le roua de coups, tapant de plus en plus fort, déversant sa rage, déversant sa colère, cette image de gentillesse et de douceur pourtant qu’il avait devant Cassidy. Mais Jilian aimait la petite demoiselle. Avec passion, avec amour. Il se rendait compte que Tristan avait tout cassé et même si Cassidy était distante avec lui, il avait toujours espéré, il avait toujours supporté qu’elle couche à droite à gauche.

- Je l’ai toujours soutenue… Même si elle couchait avec d’autres hommes, même si elle n’en faisait qu’à sa tête ! J’aurais voulu la voir sourire… Mais tu me l’as enlevée…

Il le tapa encore et encore avant de s’arrêter, épuisé.

- Maintenant écoute moi bien. Tu vas dire que tu ne l’aimes pas, tu vas la repousser et la convaincre de revenir… Et ensuite tu partiras d’ici. Tu ne l’as mérite pas… Elle n’est pas faite pour toi. Si il te reste un semblant d’honneur… agis en conséquence…

Situation assez tendue il fallait le reconnaître.

Cassidy ne se doutait rien de ce qui se tramait. Si elle avait su pour Jilian, la jeune femme aurait été extrêmement énervée. Après tout, elle ne supportait pas qu’on fasse du mal à Tristan et à choisir entre les deux, elle avait pris sa décision. Assise sur la chaise du bureau, la demoiselle était occupée à regarder le croquis du dragon. Tristan dessinait bien. Mais elle ne savait pas trop comment l’aider à le pousser pour développer ce talent qu’il avait. Après tout il semblait en avoir peur même si il n’y avait rien de mal.

Pensive, elle regarda le croquis, les reliefs se reflétant dans la lumière du soleil. Puis elle se leva pour faire quelque pas. Arranger un peu le lit, faire du ménage même si ce n’était pas nécessaire. Il mettait du temps à revenir… beaucoup de temps. La jeune femme s’impatientait. Heureusement elle ne ressentait pas la douleur et les coups de Tristan. La jeune femme était occupée à tourner autour de la table basse devant la cheminée, prenant son livre de magie qu’elle avait laissé dessus pour se poser dans le canapé sans doute, quand soudain, tout bascula.

La chaleur qui était dans son corps en permanence se fit plus violente. D’un coup. Celle qu’elle cherchait à réduire avec tant de mal, celle qu’elle supportait tous les jours. Se réveillait. Aussitôt son corps devint brûlant et elle devint extrêmement pas, des bouffées de chaleur l’empêchant de respirer. Elle tenta de reprendre de l’air avant de faire un peu pour se diriger vers le lit.

*Non… pas maintenant… s’il te plaît…*

Mais elle avait du mal à se contrôler. Finalement, son corps bascula en arrière comme si elle était devenue sans vie, sa tête heurtant violemment la table basse avant qu’elle ne tombe sur le côté, au sol, le livre lâché à côté d’elle, évanouie. Le corps fumant, brûlante comme si elle avait attrapé une énorme fièvre. Mais c’était pire que ça… Son corps ruisselait de sueur.

Elle ne sut rien de ce qui se passait. Mais Ninna l’apothicaire oui.

Car elle vit arriver un Tristan paniqué dans sa boutique. Enfin paniqué… Il lui fit comprendre que Cassidy n’allait pas bien. Essayant de lui expliquer la situation car il ne savait pas à qui se confier d’autre. Le regard inquiet à l’idée de l’avoir laissée seule, craignant pour sa vie. Anna tenta d’apaiser le jeune homme alors qu’il était extrêmement anxieux. Sa collègue lui en avait déjà parlé. D’ailleurs c’était elle qui s’occupait de ce remède, que Jilian venait récupérer avant. Mais elle avait vite compris que Cassidy avait décidé de laisser Jilian. Elle ne fit aucun commentaire à ce sujet, ne voulant pas perdre de temps.

- Tu loges où ? Laisse moi le temps de rassembler quelques affaires et j’arrive. Apporte lui une bassine d’eau fraîche et fais redescendre la température. Je me dépêche.

Il sortit en trombe sans demander son reste. Dans son sommeil, Cassidy murmurait le surnom de Tristan. Elle avait l’air de souffrir. Finalement Ninna le rejoignit très rapidement, tenant une sacoche en bandoulière avant d’entrer dans la pièce. Cassidy respirait difficilement, allongée sur le lit. Tristan lui expliqua alors qu’elle s’était cognée aussi la tête. Ninna grimaça. Elle lui tendit un petit sachet où elle déposa quelques herbes mystérieuses dedans en lui demandant de déposer ça contre l’endroit touché, que les herbes diffusées aideraient à réduire la bosse.

Puis elle sortit quelques ustensiles et plantes diverses avant de les mélanger, les broyer, patiemment, sans parler, occupée dans sa tâche. Elle termina bien rapidement et versa le tout dans une coupelle avant de tapoter les joues de Cassidy. Ne voyant aucun signe, elle grommela avant de prendre une deuxième coupelle remplie d’un mélange fumant d’herbes très fortes avant de lui mettre sous le nez. Cela suffit pour réveiller la jeune femme un moment avant qu’elle ne se mette à gémir et ouvrit un œil.

- Eyh jeune fille, ouvre la bouche

Elle obéit et Ninna lui fit boire la mixture. Cassidy toussota mais Ninna lui parla d’une voix rassurante.

- C’est bien… brave fille… ne t’inquiète pas ça ira mieux

Elle posa doucement une main sur sa tête puis prit une petite serviette qu’elle trempa dans l’eau froide avant de la poser sur son front.

- Ne bouge surtout pas avant quelques heures. Enfin tu sais bien…

Cassidy ferma les yeux, se rendormant à moitié. Ninna rangea ses affaires et semblait pensive, alors que Tristan la regardait. L’apothicaire lui fit un signe de tête en l’invitant à la suivre. Il ne voulait pas laisser Cassidy toute seule mais Ninna lui fit comprendre que ça allait s’arranger. Ils fermèrent la porte tout en marchant dans le couloir.

- Je ne sais pas si tu dois t’inquiéter ou non mais apparemment ça arrive de temps en temps. Ma collègue m’en a parlé mais à ce jour rien ne peut la guérir…

Il ne savait pas trop comment le prendre.

- Jilian s’occupait d’elle avant mais si vous êtes ensemble pendant un moment autant que tu sois au courant. On ne sait pas vraiment ce que c’est… ma collègue m’a juste dit qu’apparemment il y a quelque chose en elle qui ne devrait pas être là. Mais elle ne sait pas trop c’est quoi. Son don c’est de détecter les douleurs internes, et apparemment… bon bref, elle est très forte quand même. J’imagine qu’il faudrait aller voir un guérisseur spécialiste pour arranger le problème

Elle inspira profondément puis se fit plus soucieuse.

- Je ne sais pas ce qu’a cette petite mais… je pense que tu lui as fait beaucoup de bien. Elle n’a jamais été aussi heureuse et vivante que depuis que tu es là… Cassidy… un sacré brin de fille. Jolie mais très distante, pas facile à approcher. Enfin occupe-toi bien d’elle et veille à ce qu’elle reprenne ce remède d’ici trois heures. En attendant tu peux toujours essayer de la refroidir un peu, ça ne peut pas lui faire de mal.

Puis elle le salua avant de repartir.

Cassidy mit une bonne heure avant d’émerger. Elle grogna, sa tête lui faisant encore mal, pour voir un Tristan extrêmement inquiet à ses côtés. La jeune femme se mit à sourire, grimaçant presque, ne voulant pas l’inquiéter davantage.

« Quoi ? Tu vas encore me donner la fessée ? »

Elle plaisantait, tentant d’apaiser la situation, lui faire croire que ce n’était rien et qu’elle avait vu pire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 2 Juil - 19:27

J’ignore encore ce qui s’est passé et… je crois que je ne peux pas vraiment l’expliquer. Quand la bestiole de son fiancé est arrivée… Je ne sais pas, c’est comme si j’étais prêt à tuer ce pauvre animal innocent. Tout dragon que je suis, je ne tue pas vraiment pour le plaisir… enfin j’évite. Je sais bien que cela pourrait me faire verser dans une nature que je me refuse et à laquelle s’associerait l’envie de faire souffrir mon prochain. Lorsque je tuais un animal, quel qu’il soit, je l’accompagnais de prières et de remerciements s’il s’avérait être mon repas. Il m’était arrivé d’achever des chevaux grièvement blessés durant une bataille car je me refusais de voir souffrir ces pauvres bêtes. Pourtant les hommes qui m’entouraient semblaient tellement… indifférents à la souffrance qui n’était pas la leur. Et pire si la souffrance touchait un animal ils n’en avaient en général rien à faire. Je n’arrivais pas à comprendre cela. Mais je pense que c’est justement à cause de ma nature. J’accorde de l’importance à toute chose dans ce monde. Peut-être parce que je vois la magie et entrevois l’équilibre fragile de notre monde en toute chose justement.

Si des instincts de cruauté et de bestialité remontaient souvent dans mon être, les balayer était d’ordinaire aisé. Ce ne le fut pas pourtant face au géant lupin et à la joie que je vis chez Cassidy. Cet animal était son ami. Pourtant je le haïssais, pour tout ce qu’il représentait. Pour le retour du fiancé prodigue qu’il signalait. En le voyant je me rappelais que mon flirt avec elle était mal, vraiment mal. Mais que j’avais fait bien pire encore que ce flirt engagé chez nos parents. Tout… Tout ce « truc », cette espèce de bien-être merveilleux qui semblait nous entourer avait été soufflé et avec lui le poids de la culpabilité. Oh bien sûr c’était le choix de la demoiselle et je ne l’avais pas forcée… Mais un instant j’en doutais. De mes hormones, de mes choix… Je savais bien que je ne devais rien en avoir à faire. Mais ce n’était pas le cas.
Toute la simplicité s’était envolée elle aussi et la gêne avait remplacée la complicité. Elle était partie rejoindre l’homme qui partageait sa vie et même si je le savais depuis le début, même si je n’étais que la compagnie de passage, la distraction fort agréable mais éphémère, je m’étais senti… bizarre.

Quelque chose se serrait dans mon ventre, ça faisait mal. Je n’avais plus envie de sourire, pas même pour faire semblant. Je me sentais… vide je crois, complètement vide. Ce n’était pourtant qu’une fille. Tout ça… c’était prévu depuis le début. J’étais rentré en me sentant toujours tellement bizarre. Pourtant j’avais erré longtemps dans les rues, sans réussir je crois à retrouver mon chemin moi qui avais pourtant un sens de l’orientation inné…
Dans ma grande chambre, je m’étais laissé tomber sur le canapé. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais aussi épuisé. Nos nuits après tout avaient été très agitées, ne nous laissant guère le temps de dormir même si ce temps me semblait tout à fait suffisant. Je me rappelais que nous n’avions pas même dormi un instant la veille. Cela me tira un sourire quant à nos performances et les délicieuses exigences de Cassidy. Il faut dire que pour le coup j’avais moi-même découvert que j’avais des limites… et que je pouvais les repousser sans mal ! Je fermais les yeux, repensant à la douceur de sa peau contre la mienne, la chaleur de son souffle contre le haut de mon torse et mon cou quand elle m’attirait tout contre elle, la respiration tellement courte, les frémissements de sa peau, la crispation de ses muscles alors qu’elle se mordait si fort la lèvre pour s’empêcher de crier, me refusant cette satisfaction… juste pour m’agacer, juste parce qu’elle savait comment je réagirais… Ses cheveux qui me chatouillaient le visage quand elle s’allongeait entre mes bras, dos à moi et pressait une de mes mains dans l’une des siennes qui me paraissait si minuscule et si forte en même temps… L’odeur de sa peau. Son sourire. Ses yeux pétillant de défi. Je crois que je m’étais mis à sourire seul, les yeux clos ainsi. Pourtant mon sourire s’effaça quand une autre scène s’intercala devant moi. Je ne sais pourquoi je revoyais son départ avec le gros animal, j’imaginais ses retrouvailles avec son fiancé, leurs baisers, ses mains qui couraient sur sa taille alors qu’elle s’accrochait à sa nuque. Lui qui remontait doucement sa chemise pour… Je rouvris aussitôt les yeux, les crocs allongés comme lorsque j’étais vraiment… en colère. En colère envers moi-même surtout pour imaginer ce genre de chose et voir justement que la scène prenait un malin plaisir à se dérouler sous mes yeux. Elle était à lui pourtant. Je le savais bien mais… ça ne me plaisait pas… Pas du tout.

Je ne sais combien de temps j’étais resté sur ce canapé à me sentir toujours aussi bizarre, assez… « mal » finalement sans pouvoir m’expliquer pourquoi. Finalement je m’étais levé pour me doucher, une longue douche froide pour tenter de clarifier mon esprit… Et parce que je me sentais sale un peu je crois. Les idées de mort étaient revenues et avec elle celle curieuse et difficile à expliquer qui était que je ne voulais pas qu’elle retourne avec lui. L’idée qu’elle couchait en ce moment-même avec lui me donnait la nausée. Et pourtant elle me semblait moins… douloureuse que celle qu’elle ne reviendrait pas puisqu’il était rentré et pourrait de nouveau la satisfaire. Car c’était bien pour ça qu’elle avait passé ces quelques jours avec moi non ? Pour satisfaire ses étranges pulsions... Des images se heurtaient dans ma tête et je maudissais ma faculté à visualiser si facilement toute chose. Je l’imaginais ne même pas revenir… Elle m’avait dit qu’elle reviendrait mais je n’en avais même pas envie. Pas pour qu’elle vienne récupérer ses affaires. Pas… pour ça. J’avais frappé dans une bûche près de la cheminée, fort…Elle s’était fendue en deux. J’étais très fort et je le savais. Pourtant mon poing m’élançait. Ca m’avait fait mal. Ca avait… moins marché que d’habitude. Je ne sais combien de temps une fois de plus j’étais resté sous la douche, la tête inclinée à observer l’eau qui dégoulinait sur mon corps, du moins sur ce que je pouvais en voir. J’y étais resté jusqu’à ce qu’elle revienne. J’avais voulu sourire mais mon visage refusait de m’obéir quand elle avait été face à moi. Pourtant je voulais lui sourire mais… Pouvais-je lui dire que je ne voulais pas qu’elle retourne avec Jilian ? Je n’en avais pas le moins du monde le droit…
Ce malaise quand elle était rentrée… Toutes ces hésitations, toutes ces tensions… Dont celle dans mes reins à sa simple vue. Que m’avait-elle fait au juste ? Certes il s’agissait d’une sublime jeune femme, désirable et délicieusement adroite et sacrément souple contrairement à ce qu’elle prétendait mais… Je m’égare. Elle était passé à côté de moi, s’était assise dans le canapé alors que je restais debout, le corps encore luisant de l’eau de la douche que je venais de quitter. Elle s’était mise à parler et bien malgré moi j’avais écouté chacun de ses mots avec ce qui ressemblait à un espoir dément. J’en avais détesté beaucoup. Et d’autres… avaient chassé tout le mal qu’elle m’avait fait sans le vouloir.

Il y avait effectivement des choses sur lesquelles elle m’avait menti ou qu’elle avait cachées. La plus importante était sa relation avec Jilian mais à vrai dire si c’était censé m’énerver et m’offusquer ça ne me procura qu’un profond… bien-être. Enfin un bien-être rapidement mitigé. Car je me souvenais bien du grand nordique et lui n’avait pas du tout l’air de faire semblant dans cette relation. Il y avait fort à parier qu’il ait des sentiments, comment dit-on ?, amoureux à son égard… et qu’elle ne s’en soit pas rendu compte. Comment alors pouvait-il l’avoir laissé partir ? Et même si effectivement il n’y avait rien entre eux comment pouvait-il l’avoir laissé partir ? Elle était exceptionnelle… Quand enfin elle avait fini de parler, flattant au passage grandement mon ego et mes capacités… hum, disons « sportives », je m’étais retrouvé muet. Je ne savais pas quoi lui dire en fait. Je me sentais tellement… bien et apaisé alors que je m’étais senti si mal quand elle était partie avec la bestiole. Est-ce que j’avais eu peur ? Oui… Oui j’avais eu peur, j’avais eu mal, vraiment… j’avais eu l’impression qu’elle… m’abandonnait. Ces idées m’amusaient. Car elles étaient nouvelles et inattendues. Je ne me rappelais pas qu’une femme, quelle qu’elle soit, m’ait inspiré ce genre de chose…

Je me rendis bien compte que je devais parler mais mon visage restait de marbre et surtout… aucun son ne voulait sortir de ma bouche. Je crois que j’étais un peu sous le choc et que je n’étais pas sûr, pas totalement sûr que ce ne soit pas moi qui interprétait comme je le voulais les mots qui sortaient de sa bouche… Si jolie bouche. Je devais agir au moins. Sauf que j’agissais, sans même l’avoir réellement commandé je crois. Me mettre à sa hauteur, la fixer, relever son visage, l’embrasser, doucement… tout doucement alors que mes pulsions m’inviter à dévorer sa bouche et chaque parcelle de son corps mais… pas maintenant. Maintenant c’était différent. C’était important je crois… La suite fut si simple, lui parler tout bas, lui expliquer ce que moi-même je peinais à réaliser. J’avais un peu envie de lui en dire davantage mais… en fait je ne comprenais pas tout et ça me fichait la trouille alors je voulais juste la serrer contre moi en me persuadant que tout ceci était vrai. Je me rendais bien compte que cette situation était étrange et même pour moi ça n’avait absolument rien d’habituel, bien au contraire… mais, peu importe. Je réfléchirais un autre jour.
Le désir me brûlait toujours les reins, pourtant je n’avais pas envie de l’assouvir ce soir, me contentant de l’enlacer et de savourer chacun de ses contacts, doux et tellement inhabituels par rapport à ceux simples et bestiaux que je devais avoir. Mais j’aimais bien ça… juste ça. Elle me caressait les cheveux. C’était bon… Je m’endormis en me cramponnant à elle, je le sais, de manière assez… peu commune…



Ils n’avaient pas bougé de la nuit, pas même pour se retourner, tant et si bien que le jeune homme n’en avait même pas perdu sa serviette pourtant si dangereusement en équilibre autour de sa taille. C’est d’un baiser qu’elle le réveilla et il ouvrit lentement les yeux en souriant. Dieux que la nature était perverse ! Il ne pouvait pas se réveiller mal coiffé, la marque d’un oreiller sur le visage, la langue endormie et balbutiant en se frottant les yeux ? Non il se réveillait comme il aurait juste ouvert les yeux s’il venait de les fermer. Dormait-il seulement vraiment à ce moment-là ? Les iris si claires fixaient la jeune femme avec une étrange intensité alors que son sourire se faisait plus prononcé et honteusement plus taquin.

- Bien dormi… oui… bien réveillé à présent… Pas que moi d’ailleurs…

Elle fronça ses sourcils blonds, semblant peiner à comprendre l’espace d’un instant s’il parlait d’elle ou de… Indécent jeune homme !!!! C’était quoi ces avances de son corps dès le réveil ? Apparemment son anatomie se réveillait tout aussi rapidement que lui. Elle devint légèrement rouge en le frappant en plein torse et pourtant il était sûr d’avoir vu une pointe de désir dans son regard. Mais il ne tenta rien, se contentant de respirer calmement et de se calmer avec une maitrise de lui-même absolument injuste !
Elle semblait gênée, lui aussi, elle caressa un moment ses cheveux alors qu’il refermait les yeux pour mieux en profiter et semblait presque s’être rendormi… Ce fut la phrase pleine d’enthousiasme de la jeune femme qui les tira de leur gêne respective et le fit sourire.

- Bien sûr princesse... Mais je viens de me rappeler que nous n’avons rien mangé hier soir et… j’avoue avoir assez faim alors… Petit déjeuner d’abord ?

Il se leva, s’habilla en prenant un malin plaisir à ne même pas repasser dans la salle de bains pour enlever sa serviette, peut-être histoire de lui rappeler pourquoi elle le préférait à Jilian. Cruel jeune homme. Il fut rapidement de retour et la rejoignit sur le lit, savourant son énorme bol de café alors qu’elle leur préparait des tartines. Organisant leur journée il proposa la sortie dans une autre ville le lendemain et elle semblait sagement accepter. Finissant par repousser le plateau, le jeune homme incita sa compagne à s’allonger, la déshabilla, soi-disant que c’était préférable pour le massage, ce qui la fit marmonner tout bas. Pourtant il ne tenta rien d’autre et la massa juste longuement, déposant de légers baisers sur sa nuque quand elle s’endormait car elle lui avait bien dit qu’elle voulait en profiter et donc… être éveillée. Finalement ils sortirent.

Elle semblait vraiment vouloir en savoir plus sur le dragon et persistait à vouloir continuer leur entrainement. Elle voulait tenir sur lui et progressait à une vitesse folle. Amusé, le puissant dragon faisait pourtant très attention. L’imaginant sans mal les sourcils froncés et la langue tirée tellement elle devait se concentrer sur les muscles de son corps et ceux de la puissante créature sous elle. Partager ces moments avec elle était… très agréable et pourtant il ne pouvait s’empêcher de garder sa part humanoïde bien plus consciente qu’en temps normal et celle-ci… appréciait beaucoup la pression des cuisses de la jeune femme sur son corps, ses légers essoufflements et… Hum… Il était très vite affamé d’elle apparemment… Ils finirent par arrêter l’entrainement dragon et elle passa à celui de magie après un moment à se chamailler un peu dans la neige…
Elle faisait des efforts énormes mais elle y arrivait et il se produisait quelque chose d’étrange avec sa magie qu’il nota dans un coin de sa tête. Après tout il fallait qu’il lui en parle ou même qu’il cherche à en savoir davantage. Pour une personne dépourvue de magie elle progressait… Un projet fou se dressait dans la tête du jeune homme. S’il lui trouvait un mage acceptant de la former, malgré son âge, accepterait-elle ? Ne le prendrait-elle pas mal qu’il se mêle ainsi de sa vie ? Il espérait que non. Il voyait bien l’espoir fou né dans ses yeux sombres et qui persistaient justement quand elle réussissait à utiliser cette magie qu’on lui avait dit absente jusque là. Ca avait toujours été son rêve, la magie. Sa mère le lui avait expliqué, celle de Cassidy l’avait évoqué également… Accepterait-elle ? Il n’osait pas lui demander. Lui faire une surprise ? Oui… il aimerait bien…
Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle était persévérante malgré toute l’énergie que cela demandait. Pourtant il sentit autre chose d’étrange. En la touchant il sentait de son énergie qui… passait en quelque sorte dans le corps de la jeune femme, il connaissait sa propre signature… mais il ne se sentait pas fatigué pour autant. Etrange, vraiment étrange…

Sauf qu’elle se mit à parler et si le jeune homme était attentif, il haussa légèrement un sourcil sur la fin. Elle pensait que c’était grâce à lui qu’elle parvenait à utiliser sa magie ? Au niveau des dates ça coïncidait certes et puis il y avait ce truc étrange avec son énergie mais… c’était quand même assez fou comme explication. Après tout les liens entre humains et dragons étaient rares pour ne pas dire… totalement inexistants. Etait-ce dû à leur liaison ? Pourtant l’implication de la jeune femme et tout le bien qu’elle lui attribuait étaient… un peu gênant et il repartit immédiatement dans l’humour, comme toujours quand il était un peu désarmé. Faisant son magnifique sourire, il se contenta d’hausser les épaules comme si c’était très simple, logique et naturel.

- Je t’avais bien dit que je massais comme un dieu ! Donc quitte à te débloquer…

Sauf qu’elle s’approcha. Il s’était assis sur une grosse pierre et elle dut donc se pencher pour happer délicatement ses lèvres. Le baiser électrisa le jeune homme et il se rappela pourquoi il avait évité de trop l’embrasser ce jour-là. Il avait… diablement envie d’elle… depuis le matin et si physiquement ça ne se voyait pas tant il parvenait à garder un minimum de contrôle sur son corps, mentalement c’était la déroute totale et ce baiser là avait vaincu toutes ses envies de douceur et de précaution… Parce que par considération il estimait qu’elle avait vécu une journée difficile la veille, du moins une après-midi difficile et il ne voulait pas se jeter avidement sur elle comme un affamé… Elle méritait bien mieux après tout… Et en fait elle embrassait, même juste légèrement comme ça, beaucoup trop bien ! Il voulut lui dire qu’il n’avait pas compris pour qu’elle recommence mais il n’arriva pas à parler, à cause de ce foutu désir qui lui coupait le souffle alors il l’attrapa par le poignet, la retint, se leva, lui fit une prise d’une de ses jambes pour la faire tomber dans la neige alors qu’il la retenait pourtant avec douceur. Avidement il se jeta sur ses lèvres et approfondit aussitôt leur baiser, serrant ses mains fort dans la neige pour calmer la faim grondante qu’il avait d’elle et qu’il ne pensait pas si… importante. Pourtant déjà l’une de ses mains se glissait sur sa tunique alors qu’elle avait nouée ses mains autours de sa nuque. Elle frémit alors même qu’il ne touchait pas directement sa peau et il s’entendit dire d’une voix rauque qu’il vérifiait qu’il n’avait pas débloqué trop de choses…
Il entendit bien la réflexion de la jeune femme et haussa un sourcil, le regard plein de provocation alors qu’il se relevait déjà en la portant pour l’appuyer sans ménagement contre l’épais tronc d’un arbre qui bien que frais n’étais pas enneigé lui… Il mordilla l’une de ses oreilles en souriant.

- Tes désirs sont des ordres…

Sauf que l’estomac de la jeune femme se mit à gargouiller coupant net le jeune homme dans ses provocations tentantes. Un ange passa entre eux avant qu’ils ne se mettent à en rire, d’un ton léger. Elle s’excusa à mi-voix contre ses lèvres. Il sourit et caressa son visage du bout des doigts en la reposant doucement au sol.

- Soit… Ton estomac l’emporte pour cette fois mais… je me vengerai…

Pourtant ses derniers mots n’avaient rien de menaçant. Le regard qu’il posait sur elle était plutôt celui d’une promesse d’un moment mémorable… peut-être encore meilleur que les autres, si c’était possible… Elle ne répondit pas mais il s’amusa de la voir détourner la tête pour « prendre ses affaires », ses joues rouges mais le petit sourire qui planait sur ses lèvres rosées. Ils rentrèrent en ville main dans la main et il lui proposa d’aller directement à l’auberge, qu’il prenait quelque chose à grignoter et l’y rejoignait. Elle ne semblait pas contre et après tous ses efforts et leur bataille dans la neige sembla apprécier de pouvoir aller prendre une douche chaude en l’attendant.

Sauf que Tristan l’observa partir, passa à la boulangerie-pâtisserie pour une commande, puis à l’épicerie et la charcuterie… Pendant que les commerçants lui préparaient ce qu’il avait demandé il se rendit chez un artisan tanneur qu’il avait déjà repéré et en y arrivant sorti un croquis d’une ses poches. Il discuta un moment avec lui, lui expliquant soigneusement ce qu’il souhaitait et lui donnant toutes les mesures nécessaires, les notant avec lui au fur et à mesure sur le croquis. Après tout, il fallait bien la faire construire cette selle et il espérait en faire la surprise à Cassidy… Le tanneur lui assura que ce serait fait rapidement car il donnait certaines pièces à faire à ses apprentis pendant qu’il s’occupait de la principale. Enjoué, le jeune homme alla récupérer ses achats, fit de grands sourires aux vendeuses et ressortit rapidement dans l’air froid friholdien, bien décidé à aller rejoindre une certaine petite demoiselle qui allait finir par se demander ce qu’il fabriquait.

Sur le chemin de l’auberge pourtant il vit Jilian, qui ne l’aperçut que bien après malgré ses cheveux rouges mais à sa défense il n’avait pas la vue d’un dragon. Il l’appela et Tristan s’immobilisa, n’essayant même pas de l’ignorer alors qu’il le rejoignait d’un pas vif. Il lui demanda de le suivre… pour parler.

- Salut… D’accord.

Tristan obéit sagement en suivant le blond parmi les ruelles et se retrouva dans l’une d’elle qu’il ne connaissait pas. Sacrément isolée des autres elle paraissait froide et sombre et se terminait par un haut mur. Le dragon fronça légèrement les sourcils. Ca ne sentait plus vraiment la discussion là… D’ailleurs la tension qu’il sentait chez son interlocuteur le prouvait justement… De la colère. Beaucoup de colère… Justifiée en un sens, non ?

Je retins un soupir et déposais doucement mes sacs au sol dans un coin de mur en me disant qu’il valait bien mieux les mettre à l’abri. Ce n’était pas vraiment pour me libérer les mains, l’homme en face de moi ne m’inquiétait pas plus que cela mais je sentais bien sa colère. Il me haïssait… Je n’avais pas besoin qu’il ouvre la bouche pour comprendre pourquoi. Avais-je vu juste ? Son regard tendait à le démontrer. Cassidy semblait pourtant persuadée qu’eux deux ce n’était qu’une relation de cordialité pour satisfaire leurs pulsions et lui offrir un semblant de stabilité et de sécurité. Un instant je me mis à penser que c’était un peu pareil avec moi… Pourtant j’avais la vague impression que ce n’était pas que ça… Pas que…
Finalement Jilian s’était planté devant moi, se retournant et croisant les bras sur son torse. Même sous sa veste épaisse je devinais sans mal ses biceps contractés. J’avais pu voir que c’était un sacré costaud d’ailleurs, dans notre village, là où les vêtements étaient… bien moins épais. Normal avec sa profession j’imagine mais si ça devait inquiéter bon nombre de gars ça ne me faisait pas grand chose. S’il voulait jouer à un concours de muscles il allait être servi… Il parla de Cassidy et toute la pointe de méfiance qui m’envahissait disparu. La seule entente de son nom semblait capable de m’apaiser. Etrange…
C’est vrai ? Cassidy lui avait dit qu’elle voulait me rejoindre. Même si je ne changeais pas de position je me sentis bomber fièrement le torse avant qu’il ne me rappelle à l’ordre. C’est vrai… Je n’étais pas là pour ses beaux yeux à la base. Mais pour veiller sur la sécurité de ce peuple. Pas même en tant que Cheistam puisque ceux-ci n’étaient pas très bien accueillis dans le coin mais en tant que « mercenaire » en quelque sorte. Mais l’entendre me rappela que je n’étais pas venu pour elle, c’est vrai… Mais… Je pensais qu’ils étaient fiancés et malgré l’attirance que j’éprouvais pour Cassidy je m’étais… effacé. Parce que c’était mal. Apprendre que j’avais bêtement perdu du temps là dessus m’ennuyait un peu tout de même, je n’étais pas toujours très patient. Mais je n’étais pas tout à fait d’accord avec Jilian. C’est vrai… Je n’étais pas là pour elle à la base… Mais c’était différent maintenant, non ? Un peu…
Cependant j’avais bien compris que je ne devais rien dire là dessus. Sans doute parce que je me doutais que ça ne faisait que commencer et que l’homme en face de moi avait bien plus à me reprocher que la conversation qu’il avait eue avec son « ex » la veille. Je lui devais de demeurer silencieux… A Cassidy. Pas à Jilian ! Lui je n’en avais rien à foutre à vrai dire et je ressentais même une joie sadique à me dire que Cassidy m’avait préféré à lui, après tout c’était un beau garçon…
Ses paroles suivantes pourtant me surprirent tellement que j’en restais réellement silencieux… mais de surprise cette fois ! Une sourde colère monta aussitôt en moi. Comment osait-il parler d’elle ? Enfin… Ce n’était pas vraiment d’elle qu’il parlait mais plutôt de moi… de ce que je lui avais fait mais… mais elle n’était pas un vulgaire objet ! C’était une femme forte et elle agissait selon ses désirs… dont un sérieux à mon intention pour mon plus grand plaisir mais… mais ce n’était pas… Non, je n’aimais pas ce qu’il disait vraiment pas. Mais autre chose me surprenait. Ce qu’il disait…Eh bien c’était vrai… J’avais beaucoup profité d’elle et je comptais bien profiter encore un moment. Et oui… j’avais une soif insatiable mais bien supérieure à celle des Drakkaris justement, parce que j’étais un dragon ET un Drakkari mais ça je ne pouvais pas lui dire… Quant au nombre de fois où je l’avais « sautée ». Si le terme n’était guère glorieux, il eut le mauvais goût de m’évoquer nos, hum, délectables activités sexuelles tour à tour si douces et mouvementées et il est vrai que le désir que je refoulais depuis le matin se refit sentir. Merde quoi ! Rien que penser à faire l’amour avec elle et j’étais à moitié rêveur et… très impatient alors que franchement la situation n’était pas du tout permissive à ce sujet ! C’était vrai… Nous avions couché ensemble… beaucoup de fois… Vraiment beaucoup et chacune était… délicieuse… merveilleuse… inavouable… inconcevable.

Je savais que je n’avais pas le droit de répondre davantage qu’avant… Et pourtant c’est bien les pensées assez… hum… déplacées que ses paroles amenèrent qui m’étourdirent suffisamment pour ne voir que bien tard la menace terrible dans les yeux de mon « rival ». Colère… et peine je crois… Beaucoup de peine. De la douleur réellement. C’était intriguant mais ressemblait énormément à ce que j’en avais lu et vu, ce qu’on m’en avait expliqué. Il avait donc bien des sentiments pour Cassidy… J’aurais pu éviter son coup. Mais il aurait fallu éviter le suivant et irrémédiablement j’aurais dû me battre avec lui. Il se serait probablement énervé, m’aurait hurlé dessus et ça aurait attiré des gens… Si je me battais avec lui ce ne serait pas pour de faux. Déjà parce que c’était un combattant et qu’il méritait que je le traite comme tel. Ensuite parce que si je commençais à frapper je le ferais sérieusement. Et aussi costaud et expérimenté qu’il soit, même s’il parvenait à me frapper, je gagnerais… Parce que j’étais un dragon… Parce que j’étais le meilleur combattant de mon régiment… Il avait besoin de se défouler et à vrai dire j’étais prêt à le laisser faire. Parce qu’au final c’est moi qui gagnais… Cassidy l’avait quitté… pour moi… L’idée était tellement… agréable que je me concentrais même pour qu’il ne rencontre que ma peau… Même sous cette forme j’étais capable de moduler les minuscules écailles la composant pour rendre mon corps beaucoup plus solide, plus dur…
Néanmoins je n’avais plus vraiment l’habitude et je dus me rendre à l’évidence, il frappait sacrément dur ce nordique. La droite qu’il me décocha me déboita presque la mâchoire et me fit sérieusement me mordre la langue et ouvrit légèrement ma lèvre inférieure.

Il se mit à frapper, de ses deux poings, tout ce qu’il pouvait atteindre… Il n’épargnait pas le moins du monde mon visage d’ailleurs mais ne s’en contentait pas. Il savait aussi sacrément se servir de ses deux genoux et faillit bien me fracturer une côte tant il était solide lui-même. On voyait bien qu’il savait se battre. Il m’agrippait par le col de ma veste parfois et frappait d’autant plus fort. S’il m’accula contre un mur et en profita pour continuer de frapper il dut être bien déçu de me voir rester campé sur mes jambes. Chacun de ses coups étaient ponctués de paroles et il semblait clairement qu’il avait effectivement des sentiments pour Cassidy. Elle ne devait pas être au courant… Quoi qu’elle en dise, elle était profondément gentille et je ne pense pas qu’elle aurait voulu lui faire du mal de la sorte autrement… Elle l’aurait peut-être quitté si elle avait su pour ses sentiments mais sans lui dire que c’était pour disons… mes beaux yeux…

J’écoutais en encaissant chaque coup. Je crois que c’était un peu pour faire table rase sur ce que j’avais fait et qui n’était pas très moral. Si savoir qu’elle n’était pas vraiment avec Jilian avait un peu allégé ma conscience, conscience que je ne pensais même pas avoir d’ailleurs, les sentiments très nets du jeune homme avaient eu raison de mon bien-être et me culpabilisaient quelque peu. Très étrange aussi. Je ne culpabilisais pas souvent… Ou pour des choses peu… ressemblantes…
Il avait raison… Il lui avait enlevée. Il devait sacrément l’aimer tout de même justement car il avait effectivement supporté qu’elle se satisfasse avec d’autres hommes, ce qui en soit n’était pas forcément très… glorieux.
Il s’épuisa avant moi… Déversant toute sa colère, toute sa rancœur, sa jalousie et ses sentiments qu’il n’avait jamais dû avouer à Cassidy… Bon, pour la peine, je regrettais un peu d’avoir fait « l’humain » face à lui car ça me vaudrait de sacrés bleus et j’avais à peu près mal partout, surtout qu’il m’avait balancé son genou dans les couilles sur ses derniers mots ce con ! Pour le coup j’avais un peu oublié l’idée d’humain. C’est que j’y tenais à cette partie quand même !!! J’avais mal aux côtes et ma tête m’élançait douloureusement. L’un de ses coups m’avait fait heurter le mur en rebond. Je devais avoir un début de cocard et ma lèvre inférieure et mon nez saignaient pas mal même si je ne les sentais pas gonfler pour autant.
Finalement ça se terminait bien…
Sauf qu’il avait quelques paroles en réserve apparemment… Qu’il prononça beaucoup plus calmement mais avec d’autant plus de menace qu’il m’avait roué de coups juste avant. Déjà il voulait que je lui obéisse ce qui était… assez drôle finalement. Pourquoi diable lui obéirais-je ? Pourtant ses paroles suivantes me surprirent. Je m’attendais à des menaces et autres mais il voulait que je lui dise que… je ne l’aimais pas. L’aimer ? Il n’avait jamais été question de ceci… Je fronçais les sourcils, n’arrivant pas à prononcer un mot. Que dire au juste ? Que je ne connaissais rien aux sentiments ? Qu’il avait bien raison puisque les dragons étaient incapables d’en avoir… Ce qu’il n’était pas censé savoir… Qu’il n’avait jamais été question de sentiments entre Cassidy et moi ? Mais c’était quoi aimer au juste ? Pourquoi devais-je lui dire cela ? Qu’est ce que cela changerait ? Elle n’était pas amoureuse de moi et n’attendait rien de moi… Alors pourquoi ? Ces paroles me chamboulaient parce que je m’attendais à toutes les autres mais… pas à celles-ci. Il voulait que je la repousse… Ca par contre je comprenais bien mais c’était hors de question ! Pourquoi ferais-je une telle chose ? La convaincre de revenir ? Où ça ? Avec lui ? Elle n’avait pas de sentiments pour lui ! Pourquoi voudrait-elle revenir ? Elle l’avait quitté justement parce qu’eux deux ce n’était qu’un arrangement, aux yeux de ma belle tout du moins, ne l’avait-il pas compris ? Si bien sûr que si… mais il refusait de l’entendre… Ce qui ne m’arrangeait pas des masses… vu la situation dans laquelle ça m’avait mis. Il voulait que je parte aussi… Ca c’était déjà prévu mais… enfin l’idée de partir ne m’avait pas vraiment effleuré l’esprit jusque là et ce qu’elle engendrait forcément m’était assez… difficile. Je ne la méritais pas… C’est ce qu’il disait. Là j’haussai un sourcil… Parce que lui oui peut-être ? Déjà un dragon pouvait avoir toutes les femmes qu’il voulait alors un dragon méritait toutes les femmes… Bon je ne pensais pas vraiment ainsi mais ça m’arrangeait bien de le croire pour le coup. Je ne sais pas trop pourquoi. Parce que l’idée de mérite ne m’avait jamais effleuré non plus. Est-ce qu’on pouvait « mériter » d’être avec quelqu’un ? On ne faisait que passer un peu de bon temps ensemble… On s’entendait bien. C’était… bien… Qu’y avait-il de mal à cela ? Elle n’était pas faite pour moi… Plusieurs idées naquirent de ces mots là… La première, sensible à l’excitation qu’elle provoquait chez moi était qu’il avait tout à fait raison et que sur le plan physique c’est ce que je croyais, incompatibilité totale avant de découvrir que niveau compatibilité… c’était plutôt optimal… D’ailleurs je ne comprenais toujours pas comment… Nous n’étions pas vraiment du même… gabarit dira t-on… Mais il y avait une autre partie de moi, moins… perverse, qui savait bien que humain et dragon… eh bien disons que les humains n’étaient que les jouets des dragons, jamais le contraire et l’idée qu’elle puisse en être un pour moi me donnait… la nausée. Il parla d’honneur… De l’honneur j’en avais. Beaucoup trop justement… Mais agir en conséquence ? Qu’est ce qu’il voulait au juste ? Si c’était sur ce qu’il venait de dire ce n’était qu’un imbécile et je n’étais pas du tout d’accord… Pourtant j’allais bien repartir justement et… Ca faisait mal... Pourquoi ça faisait si mal ? Pourquoi respirer devenait si difficile ?


Le jeune homme chassa ces images de son esprit et observa son pseudo rival s’éloigner. Lentement il porta la main à son visage pour essuyer le sang qui y ruisselait. Il ramassa ses sacs et se dirigea vers une petite fontaine à eau pour se débarbouiller et atténuer les dégâts. Cassidy ne devait pas savoir… Si elle apprenait que son « ex » avait mis le jeune homme dans cet état elle pouvait être très mal. Il n’avait rien contre le fait qu’elle se mette en colère, ça lui allait plutôt bien, ce côté passionné il le préférait à celui morne et sans vie de la femme qu’il avait croisée dans leur village. Mais il pensait que ça lui ferait de la peine et pire qu’elle s’en voudrait et ça il ne le souhaitait vraiment pas. Se concentrant il parvint à se faire mouvoir légèrement les écailles de sa peau pour faire disparaître le plus gros des dégâts. Il comptait sur son extraordinaire métabolisme pour ne pas avoir à tenir trop longtemps cette « supercherie ». Elle verrait bien qu’il s’était battu mais ça n’aurait l’air de rien… Si Jilian avait réussi à entamer son enthousiasme, il décida qu’il s’en préoccuperait plus tard et penser à la petite demoiselle acheva de lui rendre le sourire, un sourire un peu trop large peut-être. Il rentra rapidement à l’auberge, conscient d’avoir été long et espérant qu’elle ne s’était pas trop inquiétée…
Sauf que si elle n’avait rien ressenti pour lui, il en était de même pour le jeune homme et une surprise de taille l’attendait dans leur chambre. Il la trouva au sol, gisante, de la fumée semblant s’échapper de son corps. Il était pourtant arrivé avec un grand sourire, s’excusant en entrant mais le silence lui répondit. Le silence et la chaleur étouffante qui régnait dans la pièce malgré le feu éteint. Cassidy… Il avait lâché ses sacs, s’était précipité sur elle. En touchant sa peau il l’avait trouvé trop chaude, beaucoup trop chaude. Aucun humain ne pouvait avoir autant de fièvre. Paniqué il avait eu le bon ton, même si ce n’était que très temporaire d’ouvrir la fenêtre et d’attraper deux gros stalactites qu’il plaça sur le corps de la jeune femme et qui commençaient déjà à fondre alors qu’il se précipitait dehors en courant. Il avait rejoint la boutique de l’apothicaire en un temps record, balbutiant des explications que lui-même n’avait pas comprise à propos de Cassidy, évanouie ou assommée et brûlante, le corps fumant, en sueur. Si Ninna chercha à le rassurer ça ne fonctionnait pas vraiment. Il la renseigna sur l’auberge et refila aussi sec pour courir à l’auberge. Sauf qu’en guise de bassine, réfléchissant parfois un peu trop vite le jeune homme fit immédiatement couler un bain glacé, laissant la baignoire se remplir alors qu’il y installait déjà la jeune femme toute habillée. Il recourut dehors pour remonter un énorme seau de neige qu’il déversa aussi sec dans la baignoire. Il fit plusieurs allers retours ainsi… Il installa deux grandes serviettes sur le lit pour l’y allonger toujours toute habillée et trempée, se disant que ses vêtements frais pourraient aider pour la température quand Ninna arriva finalement. Il pressait justement la main de la jeune femme, surpris d’entendre son surnom et lui parlant tout bas, lui disant que ça allait alors que l’inquiétude, une inquiétude qu’il n’arrivait pas à concevoir, faisait trembler ses mains et sa voix. Elle avait une sacrée bosse aussi… là où elle s’était cognée. Il obéit pour le cataplasme sur la bosse et observa l’apothicaire travailler avec attention mais aussi impatience. Il se sentait prêt à exploser d’un instant à l’autre et à malmener la pauvre femme juste parce que… parce que ça n’allait pas assez vite. Il dut se faire violence à de nombreuses reprises, prenant à peine conscience de l’état dans lequel il se mettait.

Elle parvint à la réveiller avec des herbes qui pour un humain étaient très fortes. Pour un dragon ça n’avait pas de nom et Tristan manqua presque se sentir mal tant l’odeur était forte justement. Il s’ébroua plusieurs fois alors que la coupelle n’était pas sous son nez justement mais cela eut tout de même pour effet de le calmer. Un peu. Cassidy obéit avant de se rendormir alors que Tristan ne la quittait pas des yeux. Elle but une étrange mixture avant de retourner dans les vapes. S’il était hésitant, il finit par suivre la femme dans le couloir où elle lui expliqua la situation. Savoir qu’elle était « malade » et ne lui avait rien dit fut désagréable pour le jeune homme, d’autant plus en apprenant que Jilian lui était au courant. Pourtant il demeura silencieux. Sauf qu’elle dit qu’il lui faisait… du bien et le jeune homme la regarda avec surprise cette fois. Vivante ? Heureuse ? Avec lui ? Ca le surprit mais l’apaisa un peu alors qu’il écoutait les recommandations d’une oreille distraite. Pourtant alors que l’apothicaire allait partir il la retint par la main, la fixant de cette étrange manière tellement déstabilisante qui faisait rougir presque n’importe quelle femme.

- Merci… Mais… Est-ce que vous en connaissez ? Des guérisseurs spécialistes ? Pas personnellement mais… des noms je veux dire… Pour les faire venir ou y aller… je…
- Je peux me renseigner mais ça a un coût assez important.

Le jeune homme la lâcha, détournant les yeux en haussant les épaules.

- Ca ce n’est pas un problème. Renseignez-vous je vous prie et… je ferai ce qu’il faut… S’il vous plait…

Il n’avait apparemment pas tant l’habitude d’être aussi impliqué pour quelqu’un car le jeune homme semblait particulièrement… gêné… Il s’éloigna d’ailleurs rapidement pour rejoindre Cassidy… Il se débarrassa de sa tunique pour se mettre torse nu et mieux supporter la chaleur de la jeune femme. Ainsi, il put la prendre dans ses bras en se disant que son contact l’apaiserait un peu… Il retourna dans la salle de bain pour la tremper dans l’eau froide puis la presser contre lui, à plusieurs reprises… Elle se réveilla en tout et pour tout vêtue d’une longue serviette, Tristan en boxer à côté d’elle, tous deux allongés sur le lit, une heure plus tard. Ce fut le visage inquiet de son amant qui l’accueillit mais elle se permit aussitôt une phrase taquine pour le dérider. Une fessée.
Tristan fronça les sourcils et au lieu de sourire il la fixa avec sévérité, son visage devenant dur et presque froid.

- … Pourquoi tu ne m’as rien dit ?
- Hum… je…
- Cassy ! Pourquoi tu ne m’as rien dit pour ce truc ?! Je suis rentré tout à l’heure et je t’ai trouvée là tu… tu étais… et moi je…

Il s’était relevé, se tut en lui tournant le dos… Mais le fait d’être si peu habillé montrait bien toutes les tensions qui tendaient ses muscles. Il avait encore été inquiet, pas qu’un peu… Peut-être… un peu trop. Sans se retourner, il ajouta quelques mots alors que sagement elle restait silencieuse, ne lui répondant pas de suite.

- Je… je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas comment t’aider… Je… je…

S’il ne se retournait pas, c’est encore et surtout parce qu’il était extrêmement vulnérable et n’arrivait pas à le comprendre. Il sentait bien les larmes qui brouillaient sa vue mais ce n’était pas une chose dont il avait l’habitude. Son cœur lui faisait mal et il était partagé entre la joie, l’envie de la serrer dans ses bras, et la colère… Elle dut le comprendre. Elle s’était redressée et posa doucement ses paumes dans le bas de son dos. Sa peau avait enfin refroidi. Mais c’est son contact véritablement qui lui tira un frisson. Elle s’expliqua doucement, à voix basse, calmement alors que la preuve une fois encore sur tout ce qu’elle ignorait sur elle se faisait ressentir… Elle ne savait pas grand chose malheureusement. Elle aurait dû lui en parler… Pour cela elle s’excusa doucement, tout bas en se rapprochant de lui, entourant sa taille de ses bras. Il frissonna d’autant plus, se mordant la langue. C’était agréable… Mais il était en colère… Il était en colère !!!!
Elle prononça son surnom, d’une toute petite voix, s’excusant encore tout bas, la voix légèrement tremblante, comme si elle aussi se sentait mal, vraiment mal… Son estomac se tordit alors qu’il enlevait les bras de la jeune femme de sa taille mais il ne lui laissa pas une seconde croire que c’était pour la repousser tant il se retourna vite pour agripper sa nuque et l’embrasser… passionnément, la pressant fermement contre lui. Le baiser était vertigineux et leur déboitait à tous deux la nuque mais peu importe… peu importe. Il avait un autre goût celui-ci. Peur, inquiétude mais avec autre chose… Ce n’était après tout pas une peur telle celle qu’on ressent pour un ami… Celle-ci était énorme… irrationnelle même. Elle recula doucement vers le lit jusqu’à ce que l’arrière de ses genoux bute contre celui-ci. Maladroite la petite demoiselle bascula, surprise, en arrière, faisant vaguement des moulinets avec ses bras, ce qui eut évidemment pour effet de faire glisser de quelques centimètres sa serviette, dévoilant sa poitrine à son compagnon affamé qui lâcha un léger grognement alors qu’elle relevait les yeux vers lui. Il l’attrapa et la souleva comme si de rien était pour la placer un peu plus en arrière sur le lit avant de s’allonger à moitié sur elle et de s’emparer de ses lèvres. Ils ne parlaient plus… enfin presque. Alors qu’il embrassait sa gorge de mille baisers il l’entendit soupirer et gémir tout bas, tenter de dire qu’elle avait un peu mal à la tête, qu’elle ne pensait pas être très… satisfaisante. Pas qu’elle n’ait pas envie non… juste qu’elle ne voulait pas le décevoir sans doute. Il sourit contre sa peau, s’arrêta, releva le visage.

- Je sais… Tu dois te reposer.

Pourtant il retournait embrasser sa gorge et l’une de ses mains partait déjà à la conquête de sa poitrine. Elle étouffa un petit cri, ne comprenant apparemment pas, et c’était normal, le raisonnement du garçon. Si elle était censée se reposer il devait arrêter ça… parce que c’était de la torture, mais arrêter c’était aussi de la torture justement. Elle marmonna d’ailleurs quelque chose comme quoi il était contradictoire… Il s’arrêta de nouveau et releva la tête, venant frotter son nez au sien avant de la fixer avec un sérieux assez surprenant.

- Tais toi… Je veux juste m’occuper de toi… Alors détends toi, laisse-moi ce plaisir… et… profite…

Cette fois-ci il ne lui laissait pas vraiment le choix mais était-ce vraiment une contrainte ? Conscient que la jeune femme n’était pas au top de sa forme et ne pouvait que bien peu répondre à toutes ses tentations tant elle était groggy mais trop affamé pour rester sage, le jeune homme semblait bien décidé à lui rappeler que question préliminaires il était extrêmement doué, connaissait très bien le corps d’une femme et en particulier le sien et qu’il n’avait pas besoin de se fondre en elle pour la faire crier de plaisir. C’était une manière comme une autre de se détendre.
Pourtant c’était important pour l’un comme pour l’autre… Une chose qui les rapprochait, les unifiait, pour laquelle ils étaient particulièrement doués… quelque chose qui avait pris une nouvelle saveur aussi alors qu’ils étaient ensemble… Et puis il aimait bien lui rappeler aussi qu’elle n’avait pas été bien traitée par les hommes jusque là, que lui au moins savait différer son plaisir ou en prendre rien qu’en s’occupant d’elle. Il aimait lui rappeler que lui savait bien la traiter… Et puis… c’était agréable. Pourtant bon prince s’il la parsema de baisers, de caresses, de préliminaires enflammés, il ne fit que peu durer la torture et s’acharna bien vite à la satisfaire, longuement… Après tout elle le savait qu’il était très doué de ses mains et de sa langue non ? C’était vraiment une excellente manière de se détendre…

Elle se réveilla finalement une nouvelle fois, blottie contre le jeune homme qui lui sourit doucement, apaisé lui aussi… Peut-être avait-il ainsi pu déverser toute son inquiétude… Si c’était sa manière de se défouler quand il était inquiet c’était vraiment un point à développer très très précisément. Elle semblait un peu penaude à cause de ce qu’il avait dit mais il l’embrassa tendrement.

- Excuse moi pour tout à l’heure s’il te plait… Te trouver par terre comme ça… Enfin… J’ai eu peur pour toi et c’est un truc auquel je n’arrive pas à m’habituer… Tu n’as pas dormi longtemps rassure toi… Tiens, l’apothicaire a dit que tu devais boire ça…

Il tendit la main pour attraper la fiole qu’il avait laissé sur la table de nuit et la lui donna en se redressant lentement et en s’étirant. Il avait toujours la lèvres légèrement fendu et l’auréole très diffuse d’un cocard mais rien de plus de son altercation avec Jilian et à sa question il répondit qu’il avait juste eu un accrochage. Il alla vers les sacs de courses laissés en plan et commença à les vider sur la table basse, sortant un énorme sac de biscuits d’ailleurs.

- Tu les as bien mérités après tout ça … Tu as faim ?

Souriant, le jeune homme semblait être redevenu normal même si ses pupilles se dilatèrent considérablement alors qu’elle se redressait pour le rejoindre, oubliant l’espace d’un instant qu’elle était totalement nue vue le peu de temps qu’avait tenu sa serviette, et vulnérable aux yeux du grand jeune homme… Regard qu’il n’arrivait d’ailleurs que difficile à détourner en toussotant alors qu’elle se rendait compte de sa nudité et enfilait une tunique du jeune homme, bien assez grande pour lui faire office de robe courte, ce qui était à peine moins sexy d’ailleurs. Tristan lui avait remis un pantalon mais était resté torse nu et marmonna tout seul, soupirant avant de laisser sa tête aller en arrière contre le canapé contre lequel il s’était assis…

- Ca te dit un massage après princesse ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 3 Juil - 1:21

Cassidy n’en revenait toujours pas. De la situation, de leur situation, de ce qu’elle avait dit, fait. De ses actions. Elle n’aimait plus l’aventure. Elle n’aimait plus prendre des risques. Jilian c’était justement l’assurance de vivre une vie paisible sans qu’on vienne la déranger. Tristan c’était le danger, la peur de se retrouver toute seule, la peur d’être déçue d’un homme. Elle s’attachait beaucoup à lui, bien plus que Jilian. Pourtant elle n’avait jamais réellement été proche d’un homme, elle n’avait jamais eu d’espoir en eux, tout simplement parce qu’à l’époque elle s’en fichait et les ignorait. Mais ses malheurs avaient fait le reste, lui faisant porter un jugement sur les hommes bien négatif.

Avec Tristan c’était différent. De jour en jour elle se rapprochait de lui. Qui l’aurait cru ? Une grande complicité, des secrets à partager, des sourires, des points communs… Oui elle l’appréciait bien et avait bien plus de choses à partager avec lui qu’avec Jilian. Pourtant, il y avait deux choses qui auraient pu la gêner. Il était un homme. Il était un dragon. Deux choses, deux traumatismes. Elle croyait en lui bien sûr, mais le traumatisme du dragon avait été fort lui aussi, bien plus que celui de la main des hommes. Et si il lui arrivait d’en rêver la nuit, heureusement actuellement ce n’était pas le cas.

Tout s’était passé tellement vite en si peu de temps. Dire à Jilian qu’elle le laissait libre, partir chez Tristan pour lui annoncer. Elle avait tellement eu peur d’être rejetée. Jamais elle ne serait rentrée la tête basse chez Jilian. La jeune femme avait déjà pensé à cette éventualité. Si Tristan ne l’acceptait pas, elle serait partie d’ici, tout simplement. Elle aurait refusé de croiser le regard de Jilian une nouvelle fois, qui l’aurait regardé avec un air sûrement de reproche, qu’elle s’était trompée. Et encore moins celui de Tristan !

Pourtant, Cassidy n’eut pas besoin d’en arriver à cette décision. Tristan l’avait accepté, se collant à elle, expliquant en quelques mots ce qu’il ressentait. La jeune femme semblait heureuse et soulagée. De ne pas avoir été mise à la porte. Qu’il lui pardonne ses cachotteries. Il avait sûrement compris qu’elle le faisait pour se protéger des autres. Mais… elle aurait bien pu se poser la question sur la raison qui le poussait à accepter sa présence et aussi ne pas la renvoyer chez Jilian comme il aurait pu le faire auparavant.

Il y avait quelque chose de pas net dans l’histoire mais Cassidy refusait d’y réfléchir. Elle n’aurait jamais mis un sentiment amoureux sur leur relation. Ce n’était pas vraiment de l’amour non ? Juste une sorte de complicité… enfin un peu plus quand même. Il était son amant… enfin l’amant par rapport à qui ? Personne non ? Son coup du moment ? Elle se refusait de l’appeler ainsi ! Alors quoi… C’était peut être un mot qu’elle ne connaissait pas. Après tout la petite blonde se tenait bien éloignée de la société. Les histoires de relation elle n’y faisait pas vraiment attention. Alors bon…

La nuit fut très agréable même si ils ne tentèrent rien avant de se coucher. Les deux étaient suffisamment retournés et plein d’émotions pour décider de faire quoi que ce soit. Mais elle dormit paisiblement et se réveilla même un peu avant lui, se demandant pourquoi ils étaient dans ce canapé. Mais ses souvenirs revinrent vite et c’est rougissante qu’elle le regarda un instant dormir. La nature était injustement faite. Elle était beaucoup plus désordonnée au réveil, ses cheveux rebelles dansant dans tous les sens. Alors qu’il était si mignon posé comme ça. Elle le regarda encore et encore, le contemplant d’un air rêveur. Hors de question de le laisser en compagnie d’une autre ! La jeune femme s’attachait trop oui…

Elle regarda un instant ses zébrures dorées sur son visage et son torse. Le soleil qui entrait timidement par la fenêtre ouverte les faisait briller. La jeune femme trouvait cela un peu étrange. Elle commençait à le connaître par cœur et ça ce n’était pas normal. Comment expliquer que chaque jour qui passait ses marques étaient de plus en plus fortes et visibles ? Ce n’était pas de simples tatouages, il avait dit que ça faisait partie de sa peau, que c’était apparu quand il était devenu un dragon. Mais Cassidy trouvait cela étrange. Si les autres dragons n’avaient pas ce genre de marques, alors pourquoi lui ?

Hésitant un instant, la jeune femme posa ses mains fraîches sur ses zébrures sur son torse. Tristan se mit à sourire dans son sommeil. Elle fronça les sourcils. Si son corps était chaud, la chaleur s’accumulait encore plus dans ces petites zones là. Mais elle n’arrivait pas à mettre un mot dessus. Jamais elle n’avait lu ce genre de symptômes. Il paraît que certains chamans à Frihold avaient ce genre de marques mais c’était bien des tatouages. Un truc pour canaliser la magie ou quelque chose dans ce genre là. Mais Tristan n’avait pas de magie non ? A part son identité de dragon, c’était tout ce qu’il y avait. Alors elle ne comprenait pas tout et n’était pas sûre de comprendre un jour le mystère qui l’entourait. Enfin… elle se mit à faire une grimace. Un jour… on dirait qu’elle voit dans le futur. Mais elle ne savait pas à quel moment cette… « relation » allait s’arrêter. Après tout elle était avec lui mais combien de temps avant qu’il retourne dans son royaume ? Même si il semblait prendre tout son temps pour traquer les Kaärs…

Cassidy arrêta de se poser des questions et posa tendrement ses lèvres sur les siennes, pour le réveiller en douceur. En le regardant s’éveiller, elle lui posa une question oh combien banal. Mais le ton de sa voix était timide, presque gênée d’être ici alors que sa raison lui aurait poussé d’être ailleurs. Elle n’en revenait toujours pas et pensait parfois qu’il la repousserait brutalement. Pourtant il avait juste un grand sourire sur le visage et était tellement… paisible. Enfin en apparence. Il semblait content lui aussi et se permit une phrase qui cassa la gêne qui s’était emparée de Cassidy.

Une seule phrase suffit pour lui faire froncer les sourcils alors qu’elle imaginait… des choses bien déplacées apparemment. En même temps c’est lui qui commençait et la tentait ! C’est vrai ils n’avaient rien fait hier après tout, ce qui ne leur ressemblait pas. Elle était devenue un peu rouge et le frappa au torse mais cette simple petite phrase avait réveillé les ardeurs de Cassidy qui s’imaginait bien des choses passionnantes… autre qu’un petit déjeuner câlin ! Pourtant comme elle était rassasiée en ce moment, et que ses pulsions ne l’embêtaient plus, elle se contrôlait bien mieux même si… elle n’avait pas besoin de pulsions pour désirer le beau jeune homme. La jeune femme passa alors la main dans les cheveux du Drakkari, distraitement. Elle commençait à connaître ce petit contact qui avait pour effet de le calmer, il avait l’air de bien aimer.

Pourtant, c’était bien silencieux… et Cassidy, sans savoir vraiment pourquoi, avait besoin de se rassurer sur leur… « accord » ? « relation passagère » ? « faire comme si de rien n’était ? » Alors elle parla du programme de la journée, ils n’allaient quand même pas rester enfermés ici ! Quoique… pour vérifier que les murs étaient toujours aussi solides… Elle rougit et détourna la conversation. Tristan était bien plus raisonnable, parlant de manger. Mais avant cela il s’habilla, devant elle en plus, lui montrant à quel point il était un vil tentateur injuste ! Elle essayait de se concentrer sur le feu qui brûlait dans la cheminée mais son regard se tournait toujours vers le beau jeune homme, le regardant avec plaisir et une pointe de désir qu’elle avait déjà ressenti quelques minutes plus tôt. Il faisait exprès ou quoi ? Ce n’était pas possible. Elle sentit l’envie revenir mais la jeune femme se leva royalement et vint se poser sur le lit, attendant qu’il ramène le petit déjeuner tout en faisant une moue pensive qui la rendait adorable.

La jeune femme beurra des tartines et elle semblait très enthousiaste à l’idée d’une sortie. Et puis de cette manière, ils ne croiseraient pas Jilian. Après tout ça la dérangeait un peu de le croiser, avec gêne, alors qu’elle était avec Tristan. Pourtant elle s’en fichait mais c’est la première fois qu’elle prenait une décision aussi osée et puis Jilian a toujours été gentil avec elle alors…

Mais Tristan la coupa dans ses réflexions en l’évitant à se coucher mais en insistant pour qu’elle se déshabille. Elle obéit de mauvaise grâce mais c’était plus pour l’embêter avant de se poser la tête sur l’oreiller, confortablement installée au dessus de la couverture. Et le massage lui fit le plus grand bien car il dénouait ses muscles. Tristan devait sentir à quel point elle était tendue. Malgré ses massages, la jeune femme s’était vite recrispée et encore plus la veille à cause de cette discussion assez… importante pour elle. Cependant, Tristan était doué. Pour un dragon… enfin même pour un homme, elle n’aurait pas imaginé que des mains pourraient servir à autre chose qu’exprimer sa force. Bon il les utilisait aussi pour autre chose mais quand même….

Elle semblait sur le point de s’endormir à nouveau, la détente était vraiment bonne quand des petits baisers dans la nuque la firent revenir sur terre alors qu’elle le regardait un peu surprise tout en s’étirant comme un chat. Finalement ils sortirent et elle se dépêcha de trouver un coin pour qu’ils puissent reprendre leurs activités. Et puis même si elle aimait bien faire des « acrobaties » sensuelles avec lui, la jeune femme n’oubliait pas le reste. Oui Cassidy semblait vraiment décidée à apprivoiser le dragon. Ca allait beaucoup mieux. Elle ne sentait pas cette résistance qu’elle avait ressentie la première fois. Comme si quelque chose marchait, qu’ils étaient en train de s’adapter l’un à l’autre. Cela la rendait heureuse.

C’était une cavalière très appliquée même si elle n’avait rien de la cavalière et qu’elle ne se considérait pas comme telle auprès de lui. Partenaire était plus envisageable. Il voulait lui faire découvrir le ciel en sa compagnie, elle appréciait. Leurs mouvements étaient plus fluides, bien moins saccadés et on voyait bien qu’elle avait plus confiance. Pas qu’elle ne l’était pas avant mais elle gagnait de l’assurance et savait un peu anticiper ses mouvements. En volant ça serait encore plus… spécial mais elle s’y préparait déjà. En tout cas elle était très satisfaite de cette séance.

Elle était finalement descendue, enthousiaste et voulant lui parler de ces sensations mais lui pensait à d’autres types de sensations et ils finirent par s’enrouler dans la neige. Avant qu’elle ne parle de magie.

Tristan observait à côté, ne disait pas grand-chose. Cassidy se concentrait vraiment et elle avait encore du mal à imaginer ce qui lui arrivait. Tout allait si vite… Pourtant, elle voulait garder bien jalousement ce secret pour elle et pour lui. Personne n’avait voulu la former ? Tant pis ! Elle était très fière et n’accepterait pas vraiment qu’on l’accepte après tant d’années passées à espérer. La jeune femme voulait se débrouiller par ses propres moyens. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que sa magie qui se réveillait petit à petit, ou bien qui était toujours là mais qu’elle n’avait jamais vu, était bien plus forte que ce qu’elle n’imaginait. Avoir un véritable expert se révélait très important pour éviter de se mettre en danger inutilement. Comme tout jeune mage, mal canaliser sa magie pouvait vite s’avérer… désastreux. Mais ça Cassidy s’en fichait, elle était têtue comme une bourrique et bien malheureux qui arriverait à la faire changer d’avis !

Alors elle parla à Tristan, de ses théories, de ce qu’elle pensait. Elle voulait juste lui faire part de ce fait étonnant. Ou peut être que ce n’est qu’une coïncidence ? Elle ne lui disait pas ça comme si elle espérait que ce soit vrai. Elle faisait juste une hypothèse. Pourtant, si Tristan se montrait sérieux au début, il ne confirma ni infirma son hypothèse. Son sourire se fit bien plus taquin alors qu’il balançait une petite phrase si sûre de lui, qui n’avait rien à voir avec l’importance du sujet. Quitte à rentrer dans son jeu, autant aller jusqu’au bout ! Il n’avait pas l’air de vouloir parler de ça, ce n’était pas elle qui allait lui demander d’être sérieux après tout.

Se rendant compte qu’elle était peut être ridicule à être si sérieuse, elle voulut lui clouer le bec en se vengeant, attrapant ses lèvres et déposant un baiser bien passionné sur ses lèvres, ignorant à quel point le jeune homme avait très envie lui ! Elle sentit alors qu’il répondait avec une ardeur vraiment très importante, ce qui avait pour effet de monter la température d’un cran. La jeune femme commença à se coller à lui, il se leva et sans l’avertir, balaya ses jambes pour la faire basculer en arrière alors qu’il la retenait tout en la coinçant dans la neige froide. Même si il faisait froid, la température ne faisait que montait et elle s’agrippa bien rapidement à sa nuque, réclamant ses baisers, avant que le froid ne la rattrape et qu’elle balança une petite phrase à ce sujet.

Il s’arrêta, et décida de la porter pour l’appuyer contre un tronc d’arbre après une phrase très… enfin qu’il était à son écoute. Malheureusement, elle n’eut pas le temps de monter dans ses envies elle non plus car son estomac se mit à grogner furieusement et cela les fit doucement rire alors qu’elle s’excusa avant que Tristan la repose au sol. Il se permit une phrase comme quoi il se vengerait de cette attente sans doute. Cassidy ne répondit pas en détournant la tête, même si le sourire était présent sur le coin de ses lèvres. D’habitude elle était provocante et ce n’était pas la faim qui l’arrêtait. Elle aurait pu lui balancer une petite phrase pleine de provocation elle aussi, pourtant ce n’était pas le cas et elle récupéra tranquillement ses affaires.

Il parla du fait de rentrer pour manger à l’auberge, elle était d’accord. Une bonne douche lui ferait du bien après tout et elle avait hâte de se « réchauffer ». Pourtant la jeune femme ne se doutait pas une seule seconde qu’autre chose se produirait.

En effet, Jilian avait interpellé Tristan. Le Nordique si bienveillant n’avait plus rien de bienveillant. Ce Drakkari lui avait dérobé la femme qu’il aimait alors qu’il avait tellement de mal à avouer ses véritables sentiments. Et le plus dur, c’est de se faire voler la femme qui partageait sa vie ! Ca il ne pouvait pas l’accepter ! Les hommes acceptent toujours mal les choses. Cassidy avait beau avoir pas mal de défauts, elle n’en restait pas moins une femme superbe et désirable. Alors il se mit à frapper Tristan, lui disant ce qu’il avait sur le cœur, retenant à peine ses mots. Colère, rage, tristesse… Tout y passa.

Tristan ne répondait pas. Dans un sens, Jilian ne savait pas comment le prendre. S’en fichait-il de tout ça ? D’elle ? Ou bien il acceptait la sanction ? Pourtant le Nordique ne réfléchissait pas et continuait de frapper. Ca lui faisait du bien de se défouler. Il lui déclara même d’abandonner Cassidy, de partir d’ici… le plus rapidement possible. C’est ce qu’il voulait. Pour que tout redevienne comme avant. Tristan n’avait pas bronché une seule fois et Jilian repartit bien rapidement, vexé que son adversaire ne soit pas aussi fatigué que lui mais au moins soulagé pour avoir tout déballer. Pourtant, il ne s’arrêterait sûrement pas là et n’hésiterait pas à lui rappeler encore et toujours, dès qu’il le pourrait.

Cassidy de son côté tournait en rond. La douche chaude lui avait fait beaucoup de bien et elle s’était essuyée avant de se rhabiller, hésitant entre la robe ou sa tunique… rougissant quand elle pensa que Tristan pouvait faire bien des choses avec une robe et manqua de glisser sur le sol humide de la salle de bain. Elle avait attendu un moment et grognait d’impatience, roulant sur le lit, regardant distraitement des parchemins vierges, faisant du « rangement » mais ça consistait plus à mettre des affaires en boule dans un coin de l’armoire… Elle avait pris ses livres en s’installant sur le lit pour les feuilleter distraitement avant de soupire d’ennui et de jeter un coup d’œil par la fenêtre. Bon sang ! Qu’est-ce qu’il trafiquait ?

Pendant un instant, l’image d’une femme l’entraînant dans une ruelle traversa son esprit, ce qui lui donna un courant électrique désagréable. Elle manqua de sortir de la chambre pour voir enfin ce qu’il faisait et s’en assurer elle-même ! Quitte à le tirer par le pantalon si c’était le cas ! Pourtant la jeune femme inspira profondément. Elle devait lui faire un peu confiance non ? Jusqu’à présent il ne l’avait jamais « trompé ». Comment peut-on dire ça alors qu’ils ne sont même pas ensemble ? Elle grogna en faisant les cent pas dans la chambre avant de prendre son bouquin et s’installer près du feu sur le canapé pour essayer de se concentrer.

Mais elle tournait en rond dans sa lecture, voilà déjà plusieurs fois qu’elle relisait les mêmes passages et elle commençait à les connaître par cœur.

Se redressant et commençant légèrement à s’inquiéter qu’il lui soit arrivé quelque chose même si elle le savait suffisamment fort pour se sortir de là. Quoique si on essayait de l’endormir ou un truc comme ça c’était plutôt très mauvais. Elle avait l’intention de sortir, lorsque son problème l’arrêta. La jeune femme tenta de lutter pour s’installer sur le lit ou le canapé mais elle n’en eut pas le temps, tombant dans les ténèbres, sentant un énorme choc sur sa tête et puis…. Plus rien.

La suite elle ne savait pas ce qui se passait autour d’elle.

Tristan était arrivé chez l’apothicaire en panique même si elle gardait son sang froid. Elle était tranquillement occupée à préparer une potion quand la porte ouverte à la volée la prévint de la présence d’un client assez pressé. Elle ne se doutait pas voir le grand Drakkari ici, totalement hors de contrôle et marmonnant des explications incompréhensibles, parlant de Cassidy. Ninna avait bien vu ce que ni Tristan ni Cassidy ne remarquait, il y avait quelque chose de très fort entre eux. Cassidy n’avait jamais parlé de Tristan auparavant. Il avait débarqué de nulle part et seuls les dieux étaient au courant de cette coïncidence sûrement. Ce n’était certainement pas un hasard.

Elle avait aussi compris bien rapidement que Jilian n’était plus avec Cassidy. Ca devait arriver un jour ou l’autre même si la petite blonde avait été un peu trop… rapide et sans vraiment réfléchir aux conséquences à son goût. Seulement, elle n’allait pas en vouloir à Tristan pour ça. C’était des affaires qui ne la regardaient pas après tout.

Elle essaya de donner des ordres à Tristan avant de se préparer. Lorsqu’elle arriva, Cassidy était sur le lit. Elle haussa un sourcil pour constater l’ampleur des dégâts, sentant Tristan assez nerveux derrière elle, même si l’apothicaire se voulait rassurante. Cassidy revint à elle très groggy mais elle ne semblait pas savoir ce qui se passait autour d’elle ni comment elle avait atterrit ici. Ses sensations étaient nulles, elle n’eut pas le temps de réaliser qu’on l’avait plongé dans l’eau gelée, neige compris.

Ninna se dépêcha de faire le nécessaire, avec professionnalisme avant d’attirer Tristan dehors et lui expliquer un peu la situation. C’était à lui de gérer ça maintenant. Elle voulut le rassurer en lui expliquant que Cassidy se sentait bien mieux depuis qu’il était là. En effet, elle ne l’avait jamais vu aussi vive et moins renfermée. Pourtant le jeune homme voulait absolument trouver un moyen de guérir sa petite blonde et il parlait de guérisseurs spécialistes. Elle semblait surprise qu’il s’investisse autant alors qu’il ne semblait connaître cette petite que depuis quelques jours. Pourtant il semblait très sincère et cela la perturba un peu. Comment cela pouvait être aussi rapide ? Il était prêt à donner des sommes d’argent pour la sauver ? Ninna n’en revenait pas. Pourtant elle confirma d’un hochement de tête avant de prendre congé.

Bien plus tard, Cassidy ouvrit les yeux faiblement. Elle sentit la grosse bosse à l’arrière de la tête mais encore groggy, la douleur ne la dérangeait pas. La jeune femme sentit un peu la chaleur encore même si ça avait diminué. Elle leva les yeux pour rencontrer le regard inquiet et sérieux de Tristan. Il ne plaisantait vraiment pas là… La jeune femme tenta de dédramatiser, parlant de fessée. Pourtant cela ne le fit pas sourire. Comme pour l’autre fois, il gardait un ton froid, lui demandant ouvertement pourquoi elle n’avait pas parlé de ça. La jeune femme chercha ses mots en baissant les yeux, penaude. Il expliqua alors dans quel état il l’avait trouvé. Ca avait l’air de l’avoir marqué car il se redressa et se mit debout, lui tournant le dos. Ses paroles étaient hachées.

Cassidy essayait de retrouver ses esprits. Non seulement elle n’avait pas l’habitude qu’un autre homme que Jilian s’occupe d’elle mais encore plus elle n’avait pas l’habitude de voir un homme aussi… vulnérable actuellement. Cassidy regarda un instant ses poignets de force, silencieuse, perdue dans ses pensées. Après tout, c’était bien ça… mais comment lui dire sans lui cacher un pan de la vérité ? Le sentant muet et vulnérable, son dos se crispant alors qu’il était tendu, d’infimes tremblements l’agitant, la demoiselle se redressa et vint poser ses mains dans son dos. Sans savoir pourquoi, elle ressentit le besoin de le rassurer. Mais ne savait pas quoi dire. Elle ne voulait pas lui mentir.

Pourtant il avait déjà vu ce qui s’était passé, c’était la même chose que quand elle était chez elle. Mais pourquoi ça le marquait autant maintenant ? Alors qu’elle était sûre que Jilian ou même sa mère lui avait parlé de ce petit problème ? Cassidy n’arrivait pas à comprendre. Juste une présence, pour le calmer ou peu importe, pour lui dire que ça allait mieux.

« Tu as raison, j’aurais dû t’en parler bien plus tôt… Mais… il s’est passé tellement de choses ces derniers temps que je ne savais pas quand aborder ça. Et puis, il y a un rapport avec ce dernier secret que je dois te dévoiler et crois-moi… celui là est encore moins évident à raconter que… ce que ces hommes m’ont… fait. »

Elle ne devrait pas avoir peur de lui parler pourtant. Il lui avait prouvé à maintes reprises qu’il était compréhensif. Mais ce n’était pas par rapport à lui mais surtout par rapport à elle. Maintenant, Cassidy pensait que si elle lui parlait de dragons, de ce qu’on lui avait fait, il serait plus attentif et ne la repousserait pas. Mais lui parler de cet étrange mal qui s’emparait d’elle par moments, résultat d’une « expérience » non désirée. Ce n’était pas facile… Les souvenirs… la douleur toujours présente… les cris… les larmes… beaucoup de cris surtout…. Elle regardait un instant ses poignets de force une nouvelle fois et secoua vivement la tête, chassant de sa tête ces souvenirs destructeurs.

Mais Tristan ne répondait pas. Il restait silencieux.

« Tris’ ? Désolé je… enfin… tu… »

La petite blonde ne savait pas quoi dire au final. Peut être qu’il était vexé parce qu’elle ne voulait pas lui dire tout de suite ? Peut être qu’il lui en voulait de croire ce genre de choses ? Cassidy ne savait pas quoi dire. Et pourtant, il lui enlever ses mains et se tourna vers elle avant de la surprendre, l’embrassant avec une passion nouvelle. Mais ce baiser avait une saveur étrange et particulière. Elle n’avait encore jamais ressenti ça avant. Tellement perturbée qu’elle répondit mais peinant à se concentrer. Il la fit reculer, elle ne vit pas le lit et ses jambes heurtant celui-ci elle tomba en arrière alors qu’il l’avait lâché. Cela eut pour effet de faire glisser la serviette. Elle avait oublié à quel point elle était dévêtit cette fois-ci. Et Tristan qui jetait un coup d’œil intéressé avant de la placer plus en arrière sur le lit et commencer à la couvrir de baisers. La respiration de Cassidy s’emballait, ses pensées étaient plus claires alors qu’il déposait des baisers dans sa gorge, ne se retenant pas de gémir alors qu’elle fermait les yeux. Bien sûr qu’elle avait envie mais là ce n’était pas vraiment le moment et elle avait peur d’être… faible.

« Tris’ ? Hum… Heu… Je… hum… Bobo tête là… Je ne serais pas… enfin top de ma forme… enfin tu vois…“

Il semblait compréhensif et elle se sentit rassurée en entendant sa phrase mais il recommença à embrasser sa gorge alors que sa main s’emparait déjà de sa poitrine et qu’elle poussa un gémissement étouffé, ne comprenant pas son attitude. Il n’allait quand même pas continuer de la tenter de cette manière là non ?

« Qu’est-ce… ? Pourquoi… tu as dis que… t’es contradictoire… »

Tristan s’arrêta pour la regarder une nouvelle fois. Il lui demandait de profiter davantage, qu’elle devait se détendre. Cassidy le regarda avec des yeux ronds, sans vraiment comprendre ce qui se passait alors qu’elle se laissait faire. Oui elle se rappelait à quel point il était un peu trop doué et alors qu’elle cherchait à taire ses gémissements, se sentant peut être un peu honteuse, elle ne put bientôt plus résister à cet appel. Etrange elle était toujours groggy mais… ça allait mieux. Elle se détendait sous ses doigts habiles. Ayant oublié à quel point c’était agréable… Et puis finalement elle finit par s’assoupir, oubliant même la bosse qu’elle avait à l’arrière de la tête.

Et puis finalement elle se réveilla plus tard alors qu’elle le regardait sans vraiment comprendre. Il lui dit quelques paroles avant de lui demander de boire une mixture concoctée par l’apothicaire. Cassidy se fit toute sage avant de regarder le visage de Tristan dans la lumière. Elle n’avait pas vraiment fait attention jusqu’à présent. Elle reposa la fiole puis se redressa un peu pour approcher doucement ses mains du visage du Drakkari. Ses doigts se posèrent doucement sur ses lèvres qui étaient toujours fendues puis elle les posa sur son œil. Cocard ? Lèvre fendue ? C’est pour ça qu’il avait mis du temps à rentrer ?

Elle ne plaisantait plus. Et si Tristan pensait qu’elle serait embêtée et gênée, il ne s’attendait certainement pas à ce qu’elle soit aussi sérieuse quand ça concernait sa santé ou sa sécurité, limite presque aussi froide que lui alors qu’elle prononçait d’une voix menaçante ces quelques mots.

« Qui t’as fait ça ? »

Il ne faut pas oublier que la colère est le pire défaut de Cassidy. Que Tristan était une personne qui lui tenait à cœur. Et qu’elle avait tendance à oublier qu’elle n’était pas un homme et que pour la virilité de ceux-ci ce n’était pas la « copine » qui devait venger son compagnon non ? Pourtant elle s’en fichait pas mal et comptait aller se défouler sur le malheureux qui avait osé abimé le jeune homme. Qui oserait faire ça ? Un compagnon de Jilian ? Un homme jaloux ? Et ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre, Tristan était un commandant d’accord. Les Friholdiens étaient forts mais il était quand même dans l’armée, il était un dragon et il aurait maîtrisé sans aucune difficulté son adversaire. Du moins, elle l’avait vu se battre contre les Kaärs quand il était venu la sauver, ce n’était pas un débutant loin de là ! Alors qui ? Et pourquoi ? Tristan semblait vouloir ne pas y penser et resta assez évasif. Elle aurait voulu en savoir plus mais… ce n’était peut être pas le moment.

Mais il évinça toute question gênante en revenant un sac de biscuits. Elle se leva pour le rejoindre. Et comment ! Cassidy se mit à sourire gentiment tout en commençant à plonger la main dans la sac. Elle ne disait pas non. Mais sa serviette se pencha et il toussa alors qu’elle se mit à rougir en le regardant avant de prendre une de ces tuniques. Elle revint s’asseoir à côté de lui pour manger avec appétit avant qu’il ne parle de massage. Elle acquiesça d’un grand signe de tête, mais n’ouvrit pas la bouche, occupée à manger.

Elle aimait bien quand il l’appelait comme ça. Sans savoir pourquoi, ça lui donnait l’impression d’être unique, importante à ses yeux pour lui. Le reste de l’après midi fut bien sage, tendres moments, massages, complicité… Elle en avait oublié ses blessures à lui.

Parfois Cassidy s’arrêtait et semblait se concentrer avant de partir dans la salle de bain pour refroidir ses mains dans la baignoire, parfois elle semblait un peu plus faible tout en ayant chaud. C’était des sortes de montées de chaleur et elle le regardait un peu honteuse de ne rien lui dire. Elle allait lui dire ! Mais quand ? Maintenant ? Et puis comment lui expliquer ? Comment lui faire comprendre ? Elle ne savait pas trop au final…

La soirée se passa aussi bien et Tristan était bien compréhensif, parce qu’elle s’endormit vite, la mixture de l’apothicaire la laissant groggy.

Le lendemain matin, elle était en pleine forme et ne semblait plus souffrir des séquelles de la veille. La jeune femme se réveilla dans les bras de Tristan et paressa à l’intérieur de ceux-ci. Ils se chamaillèrent, surtout qu’elle lui fit remarquer que ses blessures disparaissaient très vite et que des câlins et bisous étaient un excellent remède contre ça. Elle mit même sa menace à exécution en l’embrassant, lui disant qu’il valait mieux prévenir que guérir. Sauf que titiller le jeune homme de bon matin avec ça n’était pas une très bonne idée et il rentra vite dans son jeu.

Le peu de vêtements qu’ils possédaient tombèrent au sol et ils décidèrent de mettre en pratique de nouvelles galipettes. Jusqu’à ce qu’ils réalisent qu’il fallait se préparer si ils voulaient arriver assez tôt dans la ville d’à côté pour pouvoir en profiter. Tristan insista pour qu’elle porte une robe même si Cassidy râla pour la forme, déclarant que c’était gênant de monter à cheval de cette manière. Il la rassura et lui fit même des compliments et elle accepta un peu boudeuse.

Ils se mirent en route en ville, elle posée à l’avant et il la rassura qu’il la tiendrait bien. C’était agréable de se laisser porter de cette manière.

Tristan n’avait pas mentit. La petite ville dans laquelle ils étaient tombés était très jolie. Ca changeait de ce qu’elle avait l’habitude de voir, et même si la demoiselle n’avait pas l’habitude d’explorer une ville de cette façon. La journée fut magnifique. Ils flânèrent dans les différentes ruelles animées et Tristan la conduisit dans de nombreuses boutiques, voulant faire d’elle sa petite princesse de la journée. Il lui montra différentes tenues, accessoires et même si elle ne voulait pas embarquer, il arrivait à la convaincre comme quoi ça lui plairait bien de la voir avec.

Sauf qu’impatient comme il l’était, le jeune homme n’attendait pas qu’elle sorte et venait se glisser avec elle dans la cabine. Elle avait étouffé un cri plaintif et il la fit taire en l’embrassant, ne se gênant pas pour la torturer un peu dans ces nouveaux vêtements, voulant les « tester » lui aussi, ayant envie de lui montrer qu’il y avait bien des façons de s’exciter avec un morceau de tissu.

Pourtant Cassidy le repoussait en essayant d’être raisonnable, ne voulant pas être vue par d’autres clients.

Mais en la tentant, il avait enclenché un jeu dangereux. La fois d’après il était penché en avant pour chercher des bottes, elle en profita pour passer sa main sur ses fesses l’air de rien. L’autre fois elle était dans une cabine en train d’essayer des tuniques très… ajustées et Tristan demanda à confirmer qu’il ne voyait pas assez bien de là il était. Baisers enflammés, caresses, alors qu’elle se mordait les lèvres pour étouffer les gémissements. Dès qu’il sentait qu’elle allait être plus… bruyante, il la calmait en l’embrassant, ce qui l’empêchait de se manifester.

Et puis ils guettaient les ruelles pour aller se planquer dans un coin à l’abri des regards… avant que Tristan ne l’entraîne l’air de rien dès qu’il entendait des passants approcher. Le désir de Cassidy monta et c’était la même chose pour Tristan. Pendant un instant elle hésita à arrêter de se cacher pour vraiment faire des choses avec lui devant tout le monde, n’y tenant plus. Et puis elle avisa un établissement un peu surprenant où on pouvait avoir des « chambres confortables » utilisables à tout moment de la journée et insonorisées. Elle tira Tristan à l’intérieur pour prendre un de ces endroits. Le patron semblait être content de la somme qui lui était versé alors qu’ils s’enfermèrent dans une des chambres confortables pour profiter pleinement de ce lieu pour… recharger leurs batteries.

Finalement, toutes ces émotions leur avaient donné envie de manger et ils se mirent à la recherche d’un petit restaurant. Tristan était chargé de différents sacs qui contenait des nouvelles robes, des accessoires, des tenues… il avait réussi à convaincre Cassidy d’en prendre quelques unes. Ils mangeaient tranquillement ailleurs quand la jeune femme semblait un peu ailleurs. Le regard perdu dans le vide et ne mangeant pas. Tristan l’appela doucement alors qu’elle le regardait.

« Désolé… J’étais en train de penser… Tu fais beaucoup pour moi… Tu es sûr… que le budget des Cheistams tiendra le coup ? »

Il répondit à ses inquiétudes mais elle avait toujours du mal à s’y faire. Qu’on paye pour elle. Et puis elle regarda les nouvelles tenues, pensive.

« Je vais embarquer comment tout ça ? A l’auberge ça tiendra mais après ? »

Etrange phrase qui était plus pour elle-même que pour Tristan. Sans le vouloir, elle le ramenait à la réalité qu’il n’était pas là pour rester définitivement à l’auberge et elle non plus. Curieux oui…

Ils changèrent finalement de sujet, Tristan lui disant qu’il y avait peut être une librairie avec des livres de magie mais elle secoua la tête en avalant une bouchée de viande.

« Ca m’étonnerait…Les Friholdiens ont très peu de livres sur la magie… sauf si on va dans les très grandes villes… »

Ils se baladèrent ensuite un peu autour de la ville, profitant aussi de la nature qui s’étendait autour d’eux. Cassidy semblait enthousiaste et tenait étroitement le bras de Tristan.

« Et au fait… j’ai pensé. Tu serais pas un prince dragon ? »

Il semblait surpris et manqua de faire tomber un des biscuits qu’il avait mis dans sa bouche, biscuits qu’ils avaient acheté avant.

« Bah… t’as des marques dorées… et ça brille un peu plus fort de jour en jour… »

Cassidy était observatrice, très finement. Il ne semblait pas comprendre mais elle se plaça devant lui en souriant.

« Tu sais je pense pas que t’as ça par hasard. C’est peut être un signe, un symbole. Et si ça brille plus fort… j’en sais rien, c’est peut être une sorte de pouvoir ? Tu sais comme les chamans qui se font des tatouages pour amplifier les effets de leurs sorts ou rituels. Sauf que toi c’est naturel hein, je sais bien que ce n’est pas un tatouage. Et pis si ça se trouve tu es un dragon pas comme les autres ! »

Elle était en train de le troubler et pas qu’un peu là… Comment allait-il réagir ? En la taquinant ? La tentant ? Ou bien en étant plus sérieux ?

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 13 Juil - 14:16

Elle savait… Elle savait ce qu’elle avait, ce qui avait causé son inconscience et surtout cette température si élevée, les souffrances qui semblaient en résulter. Du moins c’est la vague impression que le jeune homme avait, sans certitude. A son réveil il avait voulu être juste calme et gentil mais l’inquiétude avait largement pris le pas sur son calme et ça en soi c’était une manière comme une autre de laisser entrevoir ce qu’elle lui faisait « éprouver ». Eprouver… Il avait bel et bien des ressentis alors qu’il n’était clairement pas censé en avoir, du moins pas de cette importance et encore moins de cette nature. Si la mère de la jeune femme lui en avait parlé quand ça lui était arrivé, y compris que selon Jilian il n’y avait pas à s’en faire le pauvre garçon n’écoutait pas réellement car l’inquiétude qui l’avait gagné ce jour-là non plus n’était pas très rationnelle. Surtout qu’ils étaient « fâchés » tous les deux à ce moment-là. Il ne souhaitait qu’une chose, monter dans sa chambre et la voir, inquiet, oui vraiment, pourtant il avait attendu qu’on lui en donne l’excuse, l’occasion. Les mots qui étaient dits alors, il ne les écoutait pas vraiment. Certains lui étaient parvenus mais il n’y avait pas mis plus de sens que cela…
Le contact de la jeune femme semblait tout de même rassurer le grand jeune homme et quand elle s’expliqua, même si au final elle ne lui apprenait rien, il fut un peu rassuré. Enfin pas à l’idée qu’il pouvait y avoir quelque chose de pire que la maison close mais qu’elle sache ce qu’il en était et qu’elle compte lui dire, pas tout de suite mais lui dire. Ca le soulageait un peu. Il ne voulait pas la presser évidemment mais il préférait savoir ce qui s’était passé et ce qui se passait avec son corps, pas le fond évidemment mais comment l’aider. S’il avait très bien réagi suite à cet incident ça aurait pu ne pas être le cas et il s’était senti si inutile et démuni… Il n’avait pas parlé, se contentant de l’embrasser. C’était une réponse tellement plus simple…
Bon les choses avaient quelque peu dérapé… Mais qu’à cela ne tienne, le grand jeune homme ne sollicitait que peu sa compagne, se délectant de ses soupirs et gémissements sans rien réclamer le moins du monde en retour, se contentant de l’observer quand elle finit par s’assoupir.

Elle avait sagement pris son étrange mixture en se réveillant dès que je le lui avais demandé. Sage… Elle était mignonne comme ça, un peu penaude et pas tellement sûre d’elle, encore un peu groggy de sommeil. Mais elle se réveillait vite et cela fut immédiat quand elle vit mon visage. Aie ! J’avais oublié ce détail. L’altercation avec son ex m’était totalement sortie de la tête à vrai dire tant je m’étais inquiété pour elle. Bêtement je m’étais contenté de sourire alors qu’elle se redressait et posait ses mains sur mon visage. J’aimais bien quand elle faisait ça avant de m’embrasser sauf que là ce n’était justement pas pour m’embrasser !!! Dommage… J’avais l’étrange certitude que rien ne pouvait plus me calmer et m’apaiser réellement que cela. Alors même que l’appel de son corps était si grisant c’est de… tendresse dont j’avais envie.
Son expression avait totalement changé et je vis d’autres, bien distinctes, se succéder sur son adorable minois. L’inquiétude, une espèce de froideur et une sourde colère même alors qu’elle me demandait qui m’avait fait ça. S’il s’était agi de n’importe qui d’autres j’aurais probablement dit la vérité mais il me venait l’inspiration de « mentir » ou plutôt de cacher ce qu’il en était tant je craignais de la blesser.
Enfin la blesser finalement je n’en étais pas si sûr mais disons que si elle se croyait à l’origine de ce léger accrochage elle pouvait répondre de manière… imprévisible. Face à elle, je me demandais justement quelle pouvait être sa réaction, me rendant compte que je la connaissais si peu et depuis si peu de temps... Les récents évènements me rattrapaient. Depuis quand j’acceptais de « vivre » avec une conquête ? Pourtant ce n’était pas réellement effrayant ni quoi que ce soit. Depuis quand j’étais ainsi ? J’étais tellement dans l’espèce d’euphorie qui nous auréolait que je peinais à réaliser mon changement d’attitude. Si j’avais toujours été très galant et poli, voire un parfait gentleman avec certaines c’était très différent avec elle. Déjà il n’y avait pas de raison cachée, c’est à dire celle de l’attirer dans mon lit. Après tout la raison était tout sauf cachée ! Et je me demandais au fond si ce n’était pas elle finalement qui m’avait attiré dans son lit justement. Lui laisser le côté grisant de l’initiative à l’origine de ce que nous vivions ? Ca ne me dérangeait nullement. Je n’avais pas l’impression d’avoir fait grand chose d’autre qu’être charmant… et très attiré par elle… Très très très attiré et d’autant plus susceptible de m’incliner au moindre de ses caprices. Ce qui était un fait tout à fait nouveau pour moi et extrêmement déstabilisant !

Je lui avais doucement répondu que ce n’était rien et en soi ce n’était pas un mensonge car ce n’était réellement rien… Son ex avait beau être un guerrier il en fallait bien plus pour me mettre hors d’état ! Bon il m’avait fait mal quand même, je l’avoue. A ne pas vouloir user de la protection de mes écailles, à lui accorder cette « vengeance » tant méritée, je ne m’étais pas attendu à ce qu’il soit aussi virulent. Mais son regard brillait du même éclat que j’avais surpris entre ma mère et mon beau-père ou entre les parents de Cassidy. Ce devait être de l’amour. Et de ce que j’en savais, quand celui-ci s’en mêlait, en général les limites étaient bien fortement repoussées… Bref, il m’avait assez sonné mais je ne l’avouerais pour rien au monde. J’avais quelque peu regretté mon offre de vengeance suite à ses dernières paroles acerbes. Elles n’étaient que peu aimables et… m’avaient laissé un désagréable goût dans la bouche, métallique, qui n’était pas celui de mon sang… D’ailleurs mon sang n’a pas cette pointe métallique justement, sans doute une particularité de dragon…

Son attitude revancharde était assez craquante malgré tout… A Cassy, pas à son ex. J’aurais probablement dû être vexé qu’elle se mette ainsi à vouloir me protéger et je ne sais quoi mais je trouvais cela plus amusant qu’autre chose. Ses poings me semblaient si petits et inoffensifs… C’était étrange tout de même. Peut-être était-ce le fait d’être moi-même très grand qui me poussait à trouver tout chez elle mignon tant elle était petite… Alors qu’elle ouvrait la bouche probablement pour répliquer j’avais utilisé les biscuits et ça ça avait vraiment bien marché. Pour le coup j’en étais d’ailleurs un peu vexé ! Ses yeux s’étaient mis à briller et ne lâchaient plus ledit sac. J’avais presque l’impression de ne plus exister. Eh bien ! Quelle passion !!!
Bon par contre quand elle me rejoignit sa serviette décida quant à elle qu’elle n’était pas d’accord et la vue était… hum… Beaucoup trop alléchante !
Je me disais pourtant qu’après ce que je lui avais fait et le doux murmure de ses gémissements ma libido serait quelque peu calmée. Apparemment ce n’était pas le cas et si je ne comptais absolument pas passer pour un obsédé il est vrai qu’il était vraiment difficile de lui résister. Elle avait même fini par enfiler une de mes tuniques ce qui était peut-être pire… D’accord elle était plus couverte mais la voir porter une de mes tuniques tellement trop grandes pour elle… ça lui donnait un petit côté sexy… Comme si c’était un lendemain de soirée coquine ou autre… Enfin c’était idiot comme pensée parce que justement nous passions bien des soirées ensemble !
Ma proposition de massage fut bien accueillie et je souris amusé une fois de plus. C’était une autre chose qui semblait être devenue une certaine passion… Et dire qu’il y a quelques semaines encore elle en ignorait ce plaisir… Tout comme un autre que j’adorais lui procurer d’ailleurs et qui… Bon je suis un obsédé, d’accord… Mais pour ma défense… Bon d’accord, je n’ai rien pour ma défense…


L’après-midi avait été calme, câline. Lui avait rédigé quelques courriers, ils avaient lu, parlé de certains passages des livres qu’il lui avait offerts. De temps à autre elle semblait ailleurs, ne plus vraiment l’écouter ou tout simplement l’entendre. Elle se levait, parfois allait contre la fenêtre qui restait ouverte ou filait dans la salle de bains. L’eau qui coulait le renseignait un peu. Apparemment elle faisait baisser sa température ainsi mais elle ne lui en dit pas plus. Plusieurs fois d’ailleurs, le jeune homme qui la surveillait de loin, apprenant vite à ne plus se lever quand elle agissait ainsi un peu précipitamment, surprit à quelques reprises de la culpabilité sur le visage diaphane de la jeune femme. S’il n’en saisit pas la raison il ne semblait pas le moins du monde la presser de révéler son « secret ». D’ailleurs il faisait presque comme si de rien était. Un vrai gentleman.
Finalement, la jeune femme, épuisée finit par s’endormir entre ses bras sur le canapé alors qu’il regardait les flammes qui crépitaient dans la cheminée. Il sourit puis la porta en douceur jusqu’au lit et même s’il ne s’endormit pas de suite il se coucha à ses côtés et la borda. Bizarrement elle n’avait pas enlevé sa tunique et semblait très bien s’en accommoder… Dans son sommeil, la petite demoiselle se blottit contre Tristan qui referma simplement ses bras sur elle en souriant. Finalement… C’était agréable ça aussi…

Cassidy se réveilla la première ce matin-là. Le feu finissait de se consumer dans la cheminée. Tristan s’était relevé dans la nuit pour remettre des bûches et garantir à sa compagne une température à peu près stable. Il avait dû veiller quelque peu car il dormait encore profondément quand elle bougea doucement entre ses bras. Le fait qu’il ne se réveille pas instantanément était d’ailleurs la preuve de son sommeil. Après tout, le jeune homme était généralement sur le qui-vive… continuellement…
Ce devait être au tour de la jeune femme de l’observer dormir, comme elle l’avait fait la veille en s’interrogeant sur les étranges marques qui marbraient son corps. Pourtant elle avait eu tout loisir de les contempler. Elégantes marques qui ressemblaient tant aux rayures d’un tigre en bien plus larges elles s’étendaient sur presque la totalité de son corps. Sur chaque côté de son torse les longs losanges affinés étaient parfaitement symétriques. Un losange plus large s’étalait au niveau de son plexus solaire et entre ses pectoraux. La symétrie se poursuivait sur ses jambes jusque sur ses pieds. Néanmoins les deux situées sur ses hanches étaient plus longues et effilées et semblaient un peu trop suivre et souligner le V parfait des abdominaux du jeune dragon. De même ses bras étaient ceints de zébrures. Sur ceux-ci néanmoins les rayures étaient plus longues et entouraient presque totalement ses membres, les deux pointes n’étant espacées que de quelques centimètres, en particulier pour ses impressionnants biceps. Ses dorures étaient plus courtes pour ses avant-bras étrangement. Sur son visage les marques étaient quant à elle plus fines et élégantes, une longue et délicate zébrure ceignait chacune de ses joues et allait se finir au niveau du lobe de son oreille. Deux autres marques symétriques hérissaient ses tempes mais n’étaient souvent visibles que par leur léger rayonnement quand elles accrochaient la lumière tant les cheveux du jeune homme les couvraient. Une dernière enfin, très courte, prenait naissance sous son menton et venait éclairer ce dernier. Elle était un peu plus large que les autres mais tout aussi brillante et donnait un caractère un peu moins anguleux à sa mâchoire carrée. Etranges marques chaudes que la jeune femme avait eu tout loisir d’observer. Le jeune homme n’était que bien peu pudique comme elle avait eu… tout loisir de l’observer justement. Pourtant il demeurait assez silencieux, c’est vrai, sur ces drôles de marques qui étaient tout de même sacrément… étranges. N’était-il pas plus intéressé que cela par son propre mystère ?

C’est parce qu’elle l’observait avec insistance que le jeune homme dut percevoir son regard d’une manière ou d’une autre et qu’il ouvrit un œil. Décidément, toujours aussi impeccable au réveil… C’était déprimant. Pourtant si la petite demoiselle était loin d’être aussi « présentable » selon ses pensées ce n’était pas le goût de son partenaire qui la trouvait absolument craquante avec ses cheveux en bataille et sa bouille toute endormie, son regard pas vif pour un sou et empli d’une maladresse bien supérieure à celle habituelle et ses bâillements difficiles. Enfin pour le coup elle était beaucoup plus éveillée puisque réveillée avant lui justement mais ses longs cheveux étaient quand même un peu en bataille. Heureusement bien moins, bien bien moins que lorsque leur nuit était quelque peu plus… agitée. Il sourit en la regardant et ouvrit la bouche pour la saluer mais elle déposa presque aussitôt un baiser sur ses lèvres et il se contenta donc de la presser doucement contre lui. Elle essaya de le chatouiller, n’ayant apparemment pas bien retenu que ce geste était inutile avec lui… mais loin de l’être avec elle d’ailleurs. Ils commencèrent à batailler un peu mais le jeu tourna vite en un autre plus affectueux. Il l’avait fait basculer sous lui, profitant de son poids et de sa poigne pour la bloquer et déposer des baisers sur son visage en la chatouillant. Elle l’avait arrêté en se concentrant justement sur ses blessures qu’elle avait tout loisir d’observer tant qu’il dormait. Son cocard était certes encore visible mais à peine et si l’une de ses lèvres était légèrement plus foncée que l’autre elle semblait guérie. De même les ecchymoses sur son corps avaient totalement disparu. Très sérieuse la jeune femme s’était lancée dans une théorie déjà évoquée vaguement sur le ton de la plaisanterie à propos des bienfaits des caresses. En disant cela, elle avait réussi à dégager ses mains et commença à lui caresser la nuque et le torse pour accompagner ses dires. Mais le jeune homme affamé d’elle frémit plus que de raison à ses effleurements et son regard commença à changer. Imprudent il ne la vit que trop tard s’approcher dangereusement de son visage, crocheter sa nuque d’une de ses mains tandis que l’autre s’appuyait toujours sur son torse lorsqu’elle l’embrassa à pleine bouche. Tout grand, fort et musclé que soit le jeune homme il sentit ses bras mollirent et ne plus supporter que difficilement son poids alors qu’elle s’amusait beaucoup trop à le titiller.

Faim… J’avais tellement faim d’elle… Etouffer ma libido à son propos était vraiment la chose la plus difficile que j’aie eu à faire… Je répondis aussitôt à son baiser, me couchant presque totalement sur elle pour mieux l’enlacer, étreindre son corps divin et céder à la volupté de ses lèvres. Mon cœur battait la chamade et mes reins s’enflammaient si vite que ça me faisait mal. Je n’arrivais qu’à peine à penser… J’avais un peu honte en me rendant compte que je n’avais plus du tout la moindre maitrise sur moi-même. Quand nous étions dans notre village d’enfance, qu’elle m’avait tenté à plusieurs reprises, que nous nous étions cherchés tant et si bien j’avais toujours eu avec moi la conscience nécessaire pour savoir que ce que je faisais n’était pas très glorieux et pour pouvoir arrêter. Mais là… Elle devait apprécier mon baiser car elle griffait délicieusement mon dos ce qui eu le don de m’exciter davantage. Elle se mouvait légèrement sous moi et je me soulevais légèrement sur les coudes avec un regard d’excuse me rappelant que mon poids était très loin d’être négligeable… ce qui ne semblait pas tant que ça la déranger quand je… hum… passons… Sauf que la maligne en profitait juste pour écarter les jambes et les nouer sur mes hanches. Ah… putain putain putain… Ce qui en plus faisait remonter ma tunique qu’elle portait toujours, dévoilant la peau diaphane de sa taille et… ah oui, le fait qu’elle ne portait aucun sous-vêtement… Formidable… Formidable. D’autant plus affamé et à la limite du contrôlable je sentais bien mes pupilles se dilater et le désir qui électrisait chacun de mes muscles. Elle dut le sentir car son visage changea quelque peu. Je vis d’abord une pointe de surprise et de culpabilité puis un désir si semblable au mien que cela me donna des frissons. J’avais dégagé ses épaules de ma tunique, sans mal tant elle était menue dans ce vêtement décidément bien trop grand pour elle, déposant des baisers sur chaque parcelle de sa peau que je dévoilais ainsi. Elle crispait délicieusement ses mains sur mes triceps, retenant les légers gémissements qui glissaient entre ses lèvres quand j’effleurais sa peau des miennes. Je l’avais descendu jusqu’à sa taille, poussant un grognement affamé en redressant la tête pour observer son joli minois qui se coloraient de rose. Quand je l’avais finalement totalement déshabillée je m’étais redressé pour la regarder tout mon saoul et je savais que j’en étais d’autant plus excité. Elle en profita pour se redresser promptement, assise, me crochetant à la nuque pour dévorer mes lèvres. Mh… J’adorais quand elle faisait cela… Et puis gardant un bras autour de ma nuque elle avait entrepris de faire glisser mon boxer. Difficile à une seule main… Par contre avec cette seule main elle pouvait… glups… Elle avait cherché à me faire basculer en arrière, j’avais obéis de bonne grâce, de très très bonne grâce… Très vite je m’étais retrouvé aussi nu qu’elle et même si elle était à califourchon sur mes hanches je n’y voyais pas la moindre objection alors qu’elle laissait ses mains parcourir mon torse. D’un bras je la ceinturais pour l’attirer plus contre moi et l’embrasser plus sauvagement que tendrement je l’avoue. Nos sens commençaient sérieusement à s’échauffer quand je la sentis, toujours frémissante contre moi, se raidir légèrement. J’étais alors très occupé à déposer des baisers au creux de sa gorge, mordillant délicatement la peau délicate. Elle était de nouveau en dessous de moi lorsqu’elle avait tenté de me repousser doucement. J’avais grogné, croyant à un nouveau jeu pour le moins… excitant jusqu’à ce qu’elle passe sa paume sous mon menton et me mette la tête en arrière pour me décoller d’elle. Je m’en mordis la langue et la regardais surpris et agacé d’être coupé ainsi jusqu’à ce qu’elle me désigne timidement la grosse horloge suspendue près de l’entrée. Il était déjà si tard ??? Enfin il était tôt mais pas si nous voulions mener à bien notre projet de nous rendre dans la ville proche pour en profiter. Je me sentis aussitôt monstrueusement… frustré… Cassidy le comprit sans mal même si son état ne devait guère être meilleur car elle se redressa et posa sa main dans ma nuque, déposant un très léger baiser sur l’une de mes joues. C’était doux… Son murmure qui disait qu’elle se « rattraperait » parvint à me faire sourire alors que je me redressais en soupirant et lui disant que j’allais me doucher… Prendre une douche froide. Sauf que je pris mon temps pour me lever, la regardant, sublime… La douche devrait être très très froide !!!!

Dans ses mots il disait bien clairement qu’il voulait aller prendre sa douche, seul, et quoi de plus normal vu la température qui devait l’attendre. Aux vues de son anatomie très réveillée, c’était effectivement nécessaire mais il s’amusa tout de même beaucoup du rougissement qui saisit la petite demoiselle alors qu’il paradait à moitié dans la pièce, nu comme un ver. Ils se préparèrent rapidement et il insista effectivement pour qu’elle porte une robe. Devant la réticence de la jeune femme il présenta plusieurs arguments. De un, cela lui allait extrêmement bien. De deux, elle ne craignait rien car il ne laisserait personne lui causer du tort, qu’elle méritait d’être belle et de se sentir belle sans craindre un instant le harcèlement masculin. De trois elle n’avait aucune idée de toutes les possibilités coquines qu’offrait cette tenue. De quatre ce serait bien plus pratique si elle voulait essayer de nouveaux vêtements et elle allait en essayer ça il pouvait le lui garantir. De cinq… elle n’avait aucune idée de toutes les possibilités coquines qu’offrait cette tenue. Certes, deux fois le même argument. Sans doute car c’était le plus fort et marquant. Il semblait tout de même faire mouche celui-ci. Evitant toujours soigneusement de faire étalage de son métier, le jeune homme s’était contenté d’une tenue habituelle puisqu’il avait laissé la majeure partie de ses vêtements portant ses armoiries de chevalier en lieu sûr ou les gardaient enfermés dans son armoire. Inutile de s’attirer des ennuis. Enfin… armoiries de chevalier… Le tigre rugissant qui maculait sa cape et son bouclier lorsqu’il était arrivé au village semblait en faire partie. Même s’il n’avait encore rien dit à ce sujet…
Le voyage en cheval ne parut nullement gêner le grand jeune homme alors que sa compagne était installée devant lui, tout contre son torse. Très vite leur petite journée « touristique » commença…

Il s’amusa de la surprise qui égayait le regard sombre de la belle jeune femme qui découvrait cette petite ville pourtant si proche qu’elle n’avait jamais pris le temps de visiter. Il se mit à penser qu’elle aurait pu faire tout ceci avec Jilian mais de ce qu’il avait cru comprendre la relation qu’elle entretenait avec lui était loin de ce qu’il pensait. Il les croyait après tout en couple, faisant tout ce que faisait un couple, plus ou moins heureux. Mais ce n’était clairement pas le cas et finalement c’est avec lui qu’elle découvrait réellement des choses… Ils agissaient tant comme un couple que tous semblaient penser qu’ils en étaient un justement… Eux deux restant bêtement sourds à leur attitude.
La petite ville enneigée avait su aménager ses espaces avec ses particularités. Des sculptures de glaces étaient présentes un peu partout, plus ou moins réussies et plus ou moins attrayantes elles représentaient tout et n’importe quoi, des sculptures géométriques aux représentations animales, voire même de tentative de représentation des nombreux dieux fondateurs de leur monde. Des cubes de glace étaient même disponibles à certains endroits pour ceux qui voulaient s’essayer à cette activité, les outils généreusement prêtés par la petite ville bien plus touristique que le « village » d’où ils venaient.
Les boutiques étaient beaucoup plus nombreuses également et colorées…
Tristan confia son cheval à une écurie pour les visiteurs et ils partirent se promener. Alors même qu’ils commençaient à marcher l’un à côté de l’autre, en toute innocence, sans même sembler s’en apercevoir, le jeune homme prit la main de la petite demoiselle dans la sienne, enlaçant ses doigts des siens. Il ne lui avait pas jeté un regard, semblant agir totalement… par instinct, ne regardant d’ailleurs même pas où était sa main, comme si la trouver de la sienne était ce qu’il y avait de plus évident au monde. Se tenir par la main, sortir ainsi ensemble, se promener… Ca n’avait absolument rien d’innocent et des activités d’un couple d’amis de coucherie. Pourtant toujours sourds et aveugles se rendaient-ils compte de leur attitude. Probablement pas. Elle, plus humaine et peut-être plus observatrice, plus à même de comprendre sans doute les comportements humains, saisissait peut-être, de temps à autre d’étranges similitudes entre leur attitude et celle des couples qu’ils croisaient.
Pourtant les couples justement, comme les gens seuls se retournaient sur leur passage, surpris. Tristan tellement grand et sa tignasse de feu ne passait jamais inaperçu évidemment. S’il avait été maigrichon peut-être aurait-il moins été imposant par sa présence mais c’était bien loin d’être le cas. S’il se faisait facilement remarquer c’était tout autant le cas pour la petite demoiselle qui tenait sa main. Celle qui semblait d’autant plus petite à ses côtés qu’il était grand, plus blonde que les blés, au teint diaphane malgré la réverbération de la neige avait des airs de princesse dans sa jolie robe. Elle portait d’ailleurs le plus beau des maquillages, le plus féminin, le plus ajusté… Celui d’une joie sincère. Son sourire faisait fendre bien des cœurs sur leur passage, alors qu’elle en semblait totalement inconsciente. Si Jilian les avait croisés à ce moment-là, sans qu’ils le voient, qu’aurait-il vu et pensé ? Serait-il resté aussi aveugle qu’eux ou aurait-il été confronté au désagréable constat de ce sourire si sincère et cette joie enfantine qui lui avaient toujours été inaccessibles ? Car au côté de son nouvel amant Cassidy prenait des attitudes parfois si espiègles que ça n’avait rien de pervers, de tentateur, même si dès qu’il posait les yeux sur elle Tristan se sentait délicieusement tenté… C’était juste de la joie, de l’amusement, quelque chose qu’elle aurait dû connaître, qu’on lui avait arraché si brutalement, qu’elle découvrait petit-à-petit auprès d’un homme bien plus doux que ce qu’il voulait bien laisser croire…

La petite ville était animée. Il y avait une petite fête d’illumination prévue pour la soirée et Tristan formula mentalement aussitôt le projet de rester tard, voire de passer la nuit-là pour y assister. Cassidy quant à elle avait une vue et un odorat à faire blêmir un dragon… dès qu’il s’agissait de trouver une pâtisserie et elle en repéra en moins de deux une d’où s’échappaient des effluves délicieux. Elle en semblait d’ailleurs comme hypnotisée ce qui fit rire son grand compagnon profitant de son immobilité pour mordiller l’une de ses oreilles pointues. Il lui promit de repasser un peu plus tard pour garder ces gourmandises chaudes mais d’abord… boutiques…

Je m’attendais à la voir rechigner un peu mais pas du tout alors qu’elle me suivait de bon gré dans une boutique de vêtements. Je m’arrêtais devant pour lui parler avant d’entrer, profitant qu’il n’y ait personne.

- Tout d’abord… Je veux que tu saches que je te trouve très belle et très désirable. Je ne veux pas te changer et encore moins te forcer à quoi que ce soit… Seulement il m’est difficile de voir une si belle femme se mettre si peu en avant comme tu le fais. D’accord, j’ai bien compris, tu t’es cachée des hommes longtemps et après ce qu’ils t’ont fait je ne peux que le comprendre… Mais… Je suis là maintenant et tu n’as plus de raison d’agir ainsi car le premier qui tente de te faire quoi que ce soit… risque franchement de le sentir passer… Je te dis que je te trouve belle et tu commences à lever un peu moins les yeux au ciel… ça me fait plaisir mais je sais que tu n’y crois pas… totalement, pas tout le temps en tous les cas… J’aimerais que tu te sentes vraiment belle Cassy… Si tu ne veux pas de robe, si tu ne veux pas tout ça, tu peux refuser, mais si tu acceptes d’essayer, juste un peu, j’espère bien que tu finiras par voir ou au moins comprendre un peu ce que je veux dire… D’accord ?

Pauvre petite demoiselle. Décidément le grand Drakkari était bien perturbant. S’il avait eu un regard lubrique après avoir mordillé son oreille seul le sérieux hantait son visage quand il lui avait parlé. La sincérité, si flagrante dans ses mots alors qu’il posait si délicatement une de ses grandes paumes brûlantes sur sa joue, en était presque touchante. S’il n’était pas habitué à parler de la sorte il semblait pourtant tellement à l’aise que c’en était particulièrement injuste une fois de plus. Comment dire non après de telles paroles et surtout à un tel homme. Immobile, il la regardait, la tête inclinée vers elle, grand et beau garçon en réalité dragon et qui semblait trop souvent plus humain que bien des hommes…
Elle s’était mise à rougir un peu, puis carrément plus avant de détourner les yeux de lui, se contentant d’un petit « d’accord, si tu veux », à mi-voix, haussant les épaules. Pourtant il avait surpris sur son visage ce rougissement qui persistait et son sourire si sincère qui s’était transformé en un autre, un tout différent qu’elle avait de temps à autre quand il lui parlait ou l’embrassait, ou la fixait trop intensément. Ce petit sourire plein d’une espèce de bonheur, plus grand encore…

Elle semblait contente… Ravi je l’entrainais avec enthousiasme à ma suite et la laissais regarder quelques tenues, alpaguant aussitôt une vendeuse en lui demandant de l’aide pour ma « compagne », lui disant le plus sérieusement du monde que mon but tout à fait avoué était de trouver ce qui lui irait le mieux et qu’elle aimerait le plus évidemment, peu importe le prix et le nombre de vêtements à essayer. La vendeuse se prêta au jeu et rejoignit rapidement Cassidy qui haussait les sourcils en regardant une tunique que j’appréciais aussitôt… Rapidement elle accepta de se laisser guider par la vendeuse, sans doute parce que je ne les lâchais pas d’une semelle et se retrouva vite avec une pile de vêtements à essayer. Si elle râla un peu pour la forme, elle s’enferma dans la cabine d’essayage et commença à se déshabiller. En bon garde que j’étais je me tenais à l’entrée… mais vite je m’étais tourné vers le rideau, lourd et long qui masquait la petite pièce pleine de miroirs à ma vue. Ecartant doucement un pan je tombais, à mon grand désespoir, sur ses trop jolies fesses qu’elle m’agitait sous le nez alors qu’elle enfilait un pantalon. Je déglutis difficilement, sentant trop vite l’excitation m’envahir, la frustration de ce matin et de la veille me rappelant tout autant ma faim… J’avais laissé retomber le rideau cette fois, pour me laisser le temps de me calmer. Elle l’écarta peu après, l’air toute hésitante et gênée alors que j’en eus le souffle coupé. Je validais, totalement… Elle portait un pantalon d’un rouge bordeaux, moulant ses jolies jambes et une tunique blanche plus ample et bouffante. Une ceinture très large ceignait sa taille fine… La tunique avait des manches longues serrées au niveau des poignets mais surtout prenait naissance au bas de ses épaules, dégageant son cou, sa gorge et quelque peu sa somptueuse poitrine. Elle était absolument sublime. A tomber par terre en fait… Ca lui allait… parfaitement bien… Ses longs cheveux cascadaient sur ses épaules, se perdant dans son dos. J’avais porté une main à ma bouche sans m’en rendre compte, serrant ma mâchoire… Woh… Je la trouvais si excitante que même mes crocs s’allongeaient légèrement… comme à chaque fois qu’on… enfin pas besoin d’un dessin. Je ne sais pas vraiment pourquoi ils s’allongent mais j’ai appris que c’était systématique. Enfin juste avec elle. Un autre truc bizarre… Elle détourna les yeux et se mit à balbutier quelque chose que je peinais à comprendre. Elle était… quoi ? Elle râlait parce qu’elle savait qu’elle aurait l’air… ridicule… Retournant aussi sec dans la cabine en tirant le rideau, elle m’abandonna tout idiot et abasourdi. Elle ne m’entendit pourtant pas arriver alors que déjà je me glissais dans la cabine derrière elle. Elle se retourna pourtant, par instinct sans doute, l’air encore plus gênée, sortant une autre absurdité comme quoi je n’avais pas besoin de « mentir ». Je fronçais les sourcils et attrapais trop fort ses mains je crois, les plaquant sur mon torse, la forçant à me faire face pour la regarder droit dans les yeux.

- Tu penses que je te trouve… ridicule ?
- …

Elle baissa les yeux, peut-être un peu peinée, ou honteuse, je n’en sais rien et remarqua enfin la bosse qui commençait à déformer mon pantalon, du moins à le déformer sérieusement... pourtant j'en avais pris un plus "lâche" aujourd'hui. J’étais un peu vexé qu’elle ne la remarque que maintenant d’ailleurs mais je sentis un frémissement la parcourir, tenant toujours ses mains contre mon torse et ses joues se colorèrent une fois de plus alors que c’est un regard cette fois amusé et qui me semblait même rassuré qu’elle levait vers moi. Elle ouvrit la bouche mais je l’embrassais déjà, la plaquant sans ménagement contre le mur de pierres derrière elle. C’est elle qui avait dû me pousser dehors, gentiment, plus amusée qu’autre chose, même si j’avais bien vu le désir dans ses yeux… Pour sa défense il ne lui restait que bien peu de vêtements de sa nouvelle tenue sur elle quand elle avait réussi à se débarrasser de moi et j’avais laissé un magnifique suçon sur l’une de ses épaules mais… passons. Excité comme un taureau, je m’étais retrouvé chassé de la cabine et j’avais eu toutes les peines du monde à retrouver mes esprits, lâchant un léger grognement de frustration qui sembla d’autant plus l’amuser alors qu’elle essayait d’autres vêtements, me rendant ceux que je lui avais enlevés… La vendeuse vint me rejoindre, surprise de me voir sortir de la cabine et si j’avais déjà remarqué qu’elle m’observait un peu plus tôt, je la vis rougir légèrement à son tour et hausser un sourcil intéressé. Ah ben la faute à Cassidy aussi… Je me raclais la gorge en lui tendant les vêtements et elle sembla surprise de ce retour mais mes paroles semblèrent plus l’amuser qu’autre chose.

- Les mêmes… dans toutes les couleurs que vous avez s’il vous plait…

La vendeuse un peu surprise s’était éloignée amusée sans doute par le regard lubrique qui brillait encore chez le jeune homme. Ravie d’une chiffre d’affaires qu’elle risquait de faire, elle s’empressa d’accéder à sa demande. Tristan rentra plusieurs fois dans la cabine encore, passant parfois juste la tête, effleurant la peau de la jeune femme, l’embrassant… Elle avait parfois bien du mal à le chasser et quelques soupirs lui échappèrent entre deux baisers de l’impétueux jeune homme mais résistante elle parvenait toujours à le faire sortir. Elle commença à le tenter elle aussi tandis qu’il se choisissait des bottes et en prenait aussi pour elle par la même occasion semblant très intéressé par celles ayant un léger talon large et stable. Quand elle le regarda surprise par l’un de ses choix justement il haussa simplement les épaules en parlant de gain de centimètres… et d’optimisation de la vue de ses jolies fesses… Si elle râlait pour la forme quand il venait la tenter et lui rendait la pareille avec des intérêts croissants jamais elle n’avait semblé réellement en colère ou agacée par son comportement, bien au contraire…  Ils firent plusieurs boutiques sous l’insistance du jeune homme : vêtements, chaussures, ceintures, foulards, écharpes, manteau élégant... Le jeune homme, ravi semblait percevoir dans le regard de la demoiselle un début d’acceptation pour ses compliments… Commençait-elle à réaliser à quel point elle était belle ? Il insista pour qu’elle essaie de nombreuses robes même si certaines ne lui allaient pas du tout. Elle ne se vexa jamais, y compris quand elle ressortit avec une robe justement pour laquelle il lui manquait aux bas mots une vingtaine de centimètres. Le problème des robes était plus au niveau… essayage. Car quand le jeune homme faisait les curieux et allait taquiner sa compagne, il glissait avec un côté vraiment sadique ses mains le long de ses jambes, les remontant inexorablement avec une lenteur calculée à l’intérieur de ses cuisses. Il s’amusait de ses apnées soudaines qu’elle devait bien prendre pour éviter d’éveiller l’attention qu’ils avaient déjà beaucoup trop éveillée des vendeurs comme des autres clients, certaines clientes semblant d’ailleurs bien jalouses du manque d’initiative de leur compagnon quand elles en avaient un pour les accompagner… Quand ils sortaient d’une boutique, visitant la ville en attendant d’en trouver une autre plus intéressante. Mais à l’extérieur la tentation devenait parfois plus grande. Si une ou deux fois elle se montra entreprenante, Cassidy était loin encore du côté expansif et tellement chaleureux face au masque parfait, bien droit et poli qu’elle avait cru voir du garçon des semaines plus tôt. Car le masque n’existait plus et le garçon dessous était un sacré galopin qui de bagarreur et plaisantin était devenu passionné et beaucoup beaucoup trop tentateur… et tentant aussi d’ailleurs. Parfois il l’arrêtait simplement pour l’embrasser, à la vue de tous et ils se sentaient bien frémir l’un contre l’autre à celui qui romprait le premier le baiser… C’était un jeu bien dangereux car ni l’un ni l’autre ne semblait vouloir perdre et souvent l’excitation prenait le pas sur le jeu… Ce n’était que les marmonnements de vieilles personnes ou le rire d’enfants qui avaient raison de ces baisers. D’autres fois, provocant, il tirait brusquement sur sa main, la sachant solide, pour l’attirer dans une petite ruelle. Il lâchait alors les sacs qu’il portait pour elle, d’une seule main souvent, et laissait s’égarer ses mains sur ses hanches en l’embrassant passionnément. Ils se sentaient faiblir et prêt à déraper trop souvent… S’il donnait le change en se séparant d’elle avec un air comme si de rien était, elle seule pouvait voir dans son regard orangé le brasier du désir qui ne le quittait pas…
Bien à l’étroit dans son boxer et pas toujours très à l’aise pour marcher même s’il faisait très bien comme si tout allait pour le mieux, le jeune homme fut surpris lorsque ce fut Cassidy qui, la main sur son bras, le tira brusquement vers une bâtisse. C’était plutôt lui qui devait la pousser dans les boutiques et il tourna aussitôt la tête, imaginant sans mal la boulangerie qui devait être à l’origine de cet intérêt. Mais son regard se posa sur la pancarte à côté : « auberge de jour pour adultes ». On évitait les termes trop évocateurs pour les enfants même si tous les enfants devaient bien savoir ce qu’on y faisait… Surpris le jeune homme l’était et pas qu’un peu alors que déjà ils se retrouvaient à l’intérieur et qu’attrapant une poignée de pièce dans la bourse du jeune homme la petite demoiselle payait l’aubergiste amusé. Cette prise d’initiative, aussi coquine qu’inattendue laissa Tristan aussi ravi qu’abasourdi alors que déjà elle lui attrapait le bras et l’entrainait à sa suite après avoir presque arraché des mains de leur hôte la clé libératrice de leur chambre. Malgré ses petites jambes elle grimpa les marches à une vitesse surprenante, son compagnon toujours plus surpris et ravi sur ses talons. L’instant d’après elle refermait la porte à clé et lui faisait lâcher les sacs en se pendant à son cou pour l’embrasser passionnément. Son baiser était d’ailleurs si passionné alors qu’elle glissait immédiatement sa langue contre la sienne que le pauvre garçon faillit en perdre l’équilibre, resserrant ses bras sur elle en gémissant, vaincu. Mais elle était aussi impatiente que lui et pour ça il n’y avait nullement besoin de mots. Pourtant c’est d’une voix hachée qu’elle murmura à son oreille qu’elle venait de mordre, d’oublier les préliminaires… Il l’embrassa, la portant et l’asseyant sur une table qui semblait décidément parfaitement à la hauteur du jeune homme, qui ne put d’ailleurs s’empêcher de sourire, ravi… Délaçant déjà sa robe, il murmura entre deux baisers sur sa gorge.

- … Jamais…

La suite fut sans conteste à la hauteur de leur impatience et de leur frustration. Si leur dernière nuit, épique avec la potion de la jeune femme les avait laissés apaisés, il n’en était qu’illusion. Car très vite l’appel de leur corps était revenu au galop. La demoiselle n’avait pas besoin de subir ses pulsions, celles sadiques et brutales qui l’avaient poussé toutes ces années à coucher avec tant d’hommes pour satisfaire son corps si difficile. Tristan lui avait appris de la plus délicieuse des manières que ces pulsions là étaient une très bonne chose, quand elles étaient traitées correctement. Elles ne dictaient plus sa vie… C’est elle qui les laissait venir à elle. Car le garçon tentateur qui partageait ses jours et ses nuits était après tout un véritable fantasme ambulant ! Et puis comment une chose aussi délicieuse et praticable de… tant de manières… pouvait être mal ?
De son côté Tristan découvrait chaque fois avec délice cette demoiselle insatiable, la seule, non dragonne, à pouvoir tenir tête à ses propres pulsions. Mais elle en faisait naître d’autres, tellement violentes et intenses qu’il se sentait perdre la raison. Son corps l’appelait… c’était étrange, vraiment étrange et il peinait à comprendre mais jamais une femme ne l’avait tant attiré et il en était le premier surpris. Lui qui pensait connaître les femmes, et pour les connaître il les connaissait très bien… anatomiquement parlant surtout, connaître le désir et la passion, le plaisir et la « satisfaction » découvrait tout simplement… Pour lui aussi c’était merveilleux, bien plus que cela d’ailleurs et il avait vraiment du mal à s’y faire… La preuve, sa récupération et son envie de très vite recommencer… Pauvre petite demoiselle qui avait osé imaginer la toute première fois que cet homme n’était peut-être que bien peu plus endurant que les autres… Désillusion apparemment… très agréable.
Leurs gémissements et leurs cris, leurs murmures et halètements étaient autant de preuve surprenantes de leur parfaite compatibilité…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 13 Juil - 14:16

Notre dernier orgasme, simultané une fois de plus, comme toujours, m’avait coupé le souffle et tellement étourdi que j’aurais pu m’évanouir je crois. Cassidy non plus n’avait même pas pu gémir. Nous nous regardions dans les yeux, continuant de faire grimper ce plaisir parfait quand il nous avait saisi, surpris, achevé. Aucun son, rien, juste ce regard entre nous alors que j’avais l’impression, plus forte encore qu’avant de n’être réellement qu’un seul et même être avec elle… Des larmes perlaient au coin de ses yeux… Je savais que je ne lui avais pas fait mal… je ne lui faisais jamais mal… Je sentais aussi ma vue se brouiller, légèrement. Des larmes…ça m’était déjà arrivé avec elle mais pas comme ça… pas aussi fort. Il n’y avait pas de quoi pleurer hein ! Ce n’était pas ça… C’est juste que… Je ne sais pas… Il y avait tellement de choses qui se heurtaient en moi. Je me sentais si bien, si merveilleusement bien. Je crois juste que j’étais heureux. Cette réaction de mon corps, même si elle était surprenante me semblait tellement normale… J’étais bien… Juste bien. Et ça avait été merveilleux, tellement merveilleux. Je pense que ce que les mots ne pouvaient pas dire, nos regards et ces… larmes le montraient. Nous peinions à respirer, nous regardant juste quand elle attira doucement ma tête vers la sienne en pressant l’une de ses mains dans ma nuque. J’obéis en venant appuyer mon front contre le drap qui recouvrait le matelas du lit sur lequel nous avions fini. Si nos positions n’avaient pas toujours été très confortables et parfois même sacrément… athlétiques, nos derniers ébats s’étaient faits dans le lit… Elle m’attira plus contre elle alors que j’étais évidemment au dessus d’elle pour cela. Dans ce moment-là je n’avais pas peur de la gêner avec mon poids, bien au contraire. Même si j’étais lourd, je la sentais s’apaiser justement ainsi. Ses jambes toujours autour de mes hanches, nouées autour de moi avec encore tant de force tremblaient toujours. Je m’en délectais, tremblement si caractéristique de la fin d’un orgasme, si différent de celui qui en précédait un premier… Mes muscles étaient encore crispés mais nous nous détendions lentement l’un comme l’autre alors que je tenais toujours quand même sur mes coudes pour ne pas l’écraser complètement. J’étais toujours en elle, son corps, brûlant me semblait presque en fusion. Nous étions trempés de sueur mais quelle importance ? Ce dont je me délectais également ? La moiteur de ses cuisses, son sexe trempé qui avait accueilli le mien de la plus délicieuse des manières. Si nos ébats étaient merveilleux, plein de surprises et de plaisirs sublimes, si nos corps s’emboitaient à la perfection, son corps ne s’habituait pas tant que ça au mien finalement… Elle était toujours aussi délicieusement étroite et ça… c’était aussi ce qui rendait notre plaisir d’autant plus grand… Je murmurais faiblement un « merci » au creux de son oreille. Je voulais lui dire merci pour beaucoup de choses. Pour son initiative superbe, pour le plaisir immense qu’elle m’avait donné longuement et qui avait comblé toute la fin de cette matinée… pour d’autres choses aussi, tellement d’autres. J’étais heureux qu’elle m’ait entrainé ici. Déjà parce que j’avais peur de ne plus pouvoir tenir dans le jeu dangereux de nos tentations. Ensuite… Parce que jamais je ne l’aurais amenée de moi-même ici… Je savais tout ce qu’elle avait vécu, ce qu’elle avait connu, ce qu’on lui avait fait, ses souffrances, ses « peurs », ses démons, ces violences… On l’avait tant et tant humiliée en tant que femme dans cette maison close que j’avais détruite. Si je la désirais et me plaisais à le lui montrer jamais je ne l’aurais amenée à ma suite pour prendre une de ces chambres. D’accord ça n’avait que peu à voir avec la maison close… Mais là bas aussi il y avait des chambres… pour l’unique plaisir masculin, brutal et bestial. Je ne voulais pas qu’elle pense, une seule minuscule seconde, que seul le sexe me guidait… Il n’y avait pas ça, il n’y avait pas que ça… Je l’aimais bien… C’était… bon d’être avec elle… Bien sûr faire l’amour avec elle c’était juste… enfin je n’avais pas de mots mais être avec elle… J’étais très bien seul. La solitude ne me gênait pas. Jamais. J’aimais être seul. Et pourtant à chaque fois que je m’étais retrouvé seul ces derniers jours… j’en avais souffert… Vraiment… Je me sentais mal, je me sentais vide, je me sentais… comme égaré moi qui ne perds jamais mon chemin… Elle me manquait… Chaque seconde… Penser à elle quand elle n’était pas à côté de moi, ce qui m’arrivait systématiquement quand j’étais seul et inoccupé… ça me faisait tout drôle dans l’estomac. Mon cœur me faisait mal parfois et d’autres fois ça calmait cette crispation désagréable qui ne me quittait plus… C’est comme si j’étais malade. Elle était l’unique remède…

Quand il fit mine, rapidement, de vouloir la « libérer » de lui, Cassidy arrêta son compagnon, les yeux fermés, un sourire plein de satisfaction, tout petit, mais si pur, étirant ses lèvres. Elle lui murmura juste quelques mots, « encore un peu », comme si elle voulait qu’il reste ainsi, immobile, toujours en elle, moment pour prolonger cette étrange fusion qui n’était finalement pas que sexuelle. Il gémit de contentement et obéit avec bonheur. Simplement immobiles ainsi… Finalement il les avait doucement retournés pour libérer ses propres avant-bras et caresser doucement le dos de la jeune femme de ses mains. Elle avait suivi le mouvement passivement et docilement et avait tout naturellement calé sa tête au creux de son cou, écoutant ce cœur puissant qui peinait tant à se calmer… Se rendaient-ils compte à quel point leur situation était aussi inattendue qu’unique ? Quel couple pouvait se gausser d’une telle complicité et d’une telle capacité à satisfaire passionnément l’autre ? Pour le taquiner et peut-être détendre cette atmosphère faite de pure passion fusionnelle, elle râla doucement, lui demandant s’il lui arrivait de « débander » et d’être « satisfait ». Il partit d’un grand rire d’une telle sincérité qu’elle se redressa légèrement sur lui, surprise, se libérant en douceur de la virilité apparemment encore très réveillée du jeune homme. Il la regarda faire la moue, apparemment un peu vexée de provoquer une telle hilarité mais il s’assit, la gardant sur lui et posa ses deux paumes sur ses joues, la regardant d’une étrange manière, comme si elle était… la plus belle chose qu’il ait jamais vue.

- Ne le prends pas mal princesse… Satisfait je le suis, au-delà du possible et le simple fait que tu puisses en douter est en soi très drôle… Tu me combles plus qu’aucune autre femme… que dis-je, plus qu’une dizaine d’autres femmes ensemble le pourraient… C’est tellement bon que je n’ai malheureusement pas de mots pour le dire… Quant à débander. Crois-moi c’est bien assez douloureux souvent comme ça… et si c’est… une chose que je contrôle plutôt bien et dont je suis très fier en général ça devient très difficile, voire totalement impossible avec toi…

Déclaration ? Le jeune homme ne semblait pas le moins du monde s’en rendre compte, parlant avec toute la sincérité du monde. Le lent tourbillon d’argent dans ses yeux d’ambre tournait plus vite comme chaque fois qu’ils faisaient l’amour mais cette fois-ci il était d’une curieuse intensité, tout comme ses étranges marques… Lui même remarquait bien les cicatrices de la jeune femme qui disparaissaient de jour en jour. Celles de ses cuisses avaient presque toutes disparu… Cassidy rougit un peu, puis beaucoup, de plus en plus et ce fut à lui d’être surpris alors qu’elle détournait la tête et se mettait à parler d’une drôle de voix, arguant qu’ils avaient bien besoin d’une douche maintenant. Déjà elle se redressait et allait justement dans la petite salle de bains attenante à la chambre. Surpris, il la regarda s’éloigner puis sourit. Dans le reflet de la glace de la salle de bains, il venait de voir un sourire sur son visage. Celui fugace qu’elle avait parfois… pourtant il était différent, il était plus beau et tellement plus intense alors qu’il n’était pas le moins du monde plus grand. Ses yeux étaient brillants… mais ce n’étaient pas des larmes… Le jeune homme sentit ce pincement étrange, si agréable qui lui étreignait parfois la poitrine se manifester. Ce pincement saisissait son cœur et diffusait une chaleur si agréable dans tout son corps… Il se sentait juste merveilleusement bien… Il la rejoignit en silence et si elle voulut lui parler, peut-être justifier son départ assez… précipité après ces si gentilles paroles pourtant si taquines elle vit bien dans son regard que ce n’était absolument pas nécessaire. Il la rejoignit sous l’eau fraiche sans être froide qui délassa leurs muscles et figea ce moment dans leurs souvenirs… même pour le grand garçon pourtant destiné à oublier… La douche ne fut qu’un moment de calme et de douceur. Ils décidèrent de garder la chambre pour la journée au cas où ils voudraient faire une petite pause câlins. Leurs pulsions profondément satisfaites ils se sentaient apaisés et … affamés de nourriture cette fois ! Etourdis par le désir qu’ils avaient repoussé tôt le matin même et tout au long de la matinée ils en avaient même oublié de petit déjeuner…
Ils se mirent en quête d’un restaurant. Pourtant le regard du jeune homme s’arrêta sur une boutique… Apparemment très intéressante, de sous-vêtements féminins… Il semblait même y avoir un sacré paquet un peu trop affriolant de tenues féminines mais aussi masculines curieusement. Pourtant il ne fit pas le moindre commentaire et se contenta de tourner les yeux et de continuer son chemin. Ils trouvèrent un petit restaurant apparemment émérite dans les desserts et il insista pour y aller alors qu’elle semblait peu convaincue, sachant bien qu’il préférait le salé. La carte extrêmement garnie en mets déculpabilisa heureusement très vite la jeune femme alors que le garçon commandait pour lui un steak si énorme que le cuisinier lui annonça même qu’il le lui offrirait s’il parvenait à le finir. Le pauvre ne savait pas qu’il avait à faire à un dragon affamé… Tristan se régalait, mâchonnant tranquillement quand il remarqua l’immobilité persistante de Cassidy.

- Eyh… Cassy ? Princesse ? Tout va bien ?

Il fronçait les sourcils et sembla brusquement inquiet se rappelant des sacrés coups de butoir qu’elle avait apparemment accueilli avec grand plaisir vu ses cris mais qui lui avaient peut-être finalement fait plus de mal que de bien. Elle le rassura, sans se douter de l’inquiétude réelle qui avait saisi son compagnon. Il sourit à sa raison finalement mais s’il semblait assez taquin une fois de plus, une certaine gêne semblait l’avoir envahi.

- Ne t’inquiète pas pour ça. Mon salaire de Commandant n’est… hum… disons que c’est juste de l’argent de poche. Et puis je suis content de le dépenser ainsi… Ca me change… Et je… enfin j’aime bien te faire plaisir…

Là par contre il avait rosi en détournant les yeux, se massant la nuque d’une main comme souvent quand il cachait quelque chose, ignorant d’ailleurs que la petite demoiselle l’avait très bien remarqué… Elle avait bien sûr tiqué à son histoire « d’argent de poche ». Le jeune homme semblait accorder bien peu d’importance aux ressources et biens matériels. Il sembla se rappeler de quelque chose et sortit justement de la besace qu’il portait toujours en bandoulière dans son dos une petite bourse tout de même sacrément lourde.

- Tiens d’ailleurs avant que j’oublie encore, c’est pour toi. Euh… je… Attends ce n’est pas pour euh… enfin ce n’est pas pour…

Là il devint carrément rouge et sembla brusquement très gêné. Apparemment il avait oublié de la lui donner plus tôt et semblait à présent horriblement gêné de le faire après leurs incroyables ébats. Bafouillant à moitié il se mit à lui expliquer que ce n’était pas pour ce qu’ils venaient de faire, pas du tout et qu’une fois de plus il ne la considérait pas du tout comme telle (à savoir comme la prostituée qu’elle avait été forcée d’être et comme l’attestait la marque dans son dos)…

- C’est juste que… je veux que tu te fasses plaisir, sans que je sois forcément à côté et euh… enfin… c’est… tu n’as qu’à te dire que c’est un salaire bien mérité pour le guide que tu as été et que tu continues d’être dans la ville où nous habitons.

Il semblait brusquement pris d’inspiration pour avoir sorti cette nouvelle excuse. Celle-ci était tant et si bien totalement pourrie qu’elle dérida complètement la jeune femme et parvint à lui arracher un rire sincère. Après tout… Tout labeur mérite salaire… Elle en avait très vite eu un dans l’acquisition d’un délicieux amant mais s’il voulait jouer à cela… Refuser aurait pu le peiner alors elle n’avait finalement que bien peu de choix. Voulant probablement détendre l’atmosphère et un peu râler pour la forme avec tous les achats encombrants elle prononça une étrange phrase… qui devait c’est vrai les ramener à la réalité de leur situation illégitime. Tristan ne resterait pas. Bientôt sans doute elle serait seule, réellement seule… Pourtant le dragon ne sembla absolument pas comprendre cette phrase justement. S’il était si doué parfois pour parler, disant avec tant de sincérité des mots qui étaient si durs à prononcer pour la majorité des humains, s’il plaisantait si facilement et taquinait à outrance, le second degré et tant de formulations lui échappaient bien souvent et il le prouva une fois de plus avec une réplique tout à fait innocente mais qui chantait quant à elle une curieuse mélodie…

- Bah… Moi je porte… Tu as bien vu, non ? Ce n’est pas lourd. Une caisse de rangement serait utile en effet mais il faudra surtout que je te trouve une armoire… ou peut-être deux en fait… A voir selon la taille de l’armoire…

Et elle ? Que pouvait-elle entendre dans ces mots-là ?
Il se remit à manger, pensivement et acheva sans mal son steak énorme ce qui acheva d’impressionner le cuisinier qui le surveillait depuis quelques instants et vint directement lui serrer la main et le féliciter. Sans raison apparente le jeune homme se mit à parler livres auprès de la petite demoiselle même si elle repoussa gentiment son idée. Il hocha simplement la tête, compréhensif. Il chercherait ailleurs…
Voulant un peu de calme face au tumulte des préparations des festivités pour le soir-même ils allèrent se promener dans la forêt environnante, profitant du paysage d’un lac glacé. Tristan était passé, malgré leur dessert, à la boulangerie que Cassidy avait repéré et avait rapporté un sac rempli de… tous les différents biscuits et sucreries de la boulangerie. Si elle avait ri d’un ton léger, la jeune femme avait bien vite montré sa gourmandise en récupérant le sac. Ils étaient assis l’un à côté de l’autre sur un banc de pierre naturel face au lac gelé. Tout naturellement il l’avait attiré contre lui et elle avait fini par appuyer sa tête contre son bras à défaut de réellement pouvoir la poser sur son épaule. Il s’était aussitôt déplacé pour l’entourer dudit bras tandis qu’elle s’appuyait finalement contre son torse, grignotant des biscuits du bout des doigts. Alors qu’il en mangeait également elle le prit au dépourvu avec seulement quelques mots. Il baissa aussitôt les yeux vers elle alors que ses sombres yeux noisette pailletés d’or étaient plein de sérieux et de sincérité. Elle sourit, s’expliquant un peu plus mais il fronça les sourcils. Elle continua sur sa lancée, captant sans mal son attention. Mais pas particulièrement avec le contenu de ses paroles, bien plus… parce que c’était elle qui parlait justement.
Pourtant ce qu’elle disait était empli de sens. Plus que cela c’était même… effrayant de véracité. Fine observatrice effectivement…
Pourtant il se mit à son tour à sourire et posa une main sur l’une de ses joues, la caressant du pouce.

- Décidément tu n’es pas banale toi…

Elle haussa les sourcils.

- Tu t’entendrais vraiment bien avec Zack, tu sais, mon meilleur ami, le dragon… Il pourrait t’expliquer ses propres théories sur le pourquoi je suis, selon lui, effectivement un dragon pas ordinaire… A deux vous seriez effrayant.
- S’il te le dit aussi, pourquoi tu ne le crois pas ?
- Sans doute parce qu’il n’a pas d’aussi jolis « arguments » à me mettre sous le nez pour me convaincre.
- … Pervers ! Tu parles de mes seins là ?
- Ils sont un argument très convaincant…
- Pervers…
- Mais je pensais plutôt à tes lèvres que je n’arrive pas à me lasser d’embrasser…

Elle marmonna, il l’embrassa… longuement mais avec tendresse, ne montrant pas le moindre signe de perversité justement. Il se recula lentement en souriant.

- Plus sérieusement… Je n’en sais rien… Peut-être… Ca expliquerait beaucoup de choses mais… je n’ai pas encore développé de réel… pouvoir. Enfin… Je me débrouille pour certaines choses même si j’évite que ça se sache… mais ces derniers temps il semble que… ça ait changé… Enfin bref… Il faut vraiment que tu le rencontres…

Il se tut, se contentant de fixer l’horizon, ne semblant absolument pas se rendre compte qu’il venait de dire à la jeune femme qu’il voulait lui présenter son meilleur ami… Ou plutôt la présenter à son meilleur ami… Curieux pour une femme de « passage », non ?

J’avais longuement réfléchi à sa théorie alors que nous restions tous deux silencieux à écouter la nature. Curieusement l’envie impétueuse de voler ne se faisait pas ressentir. Elle m’apaisait réellement énormément. Sa théorie, je l’avoue, tenait la route. Je me souvenais vaguement que Zackkari m’avait présenté de pareils arguments, que ceux-ci m’avaient paru totalement absurdes, pourtant dans sa bouche, ils paraissaient tellement vrais, tellement… indubitables. Et puis il y avait autre chose… J’avais bien remarqué que mes marques brillaient de plus en plus. Il y avait aussi cette autre chose. Mon « don » que je cachais tout de même pas mal et qui me permettait de faire des bonds improbables et de temps à autre quelques manifestations « magiques » de l’ordre de l’impossible… je le sentais davantage, de plus en plus, de plus en plus fort, présent, chaleureux et sûr… Et j’avais bien vu que ces deux choses étaient corrélées à un seul et même événement. Elle…
Finalement je lui avais proposé de rester pour la soirée pour voir la fête et elle avait semblé assez heureuse à cette idée même si elle avait vite grimacé quant à la difficulté de trouver une chambre. J’avais avoué avoir un tout petit peu soudoyé notre hôte de la journée pour garder également la chambre cette nuit. Elle avait souri et s’était pendu à mes lèvres en me traitant de « pervers ». La manière dont elle l’avait dit, ce petit air taquin, ce sourire à la fois si doux et… un brin tentateur… cette crispation était revenue… avec elle… l’envie d’elle… Encore… Mais son baiser m’avait calmé, apaisé…

Nous étions retournés en ville et je lui avais proposé de faire quelques boutiques, seule pendant que je réglais deux trois petits détails. J’étais passé déposer nos paquets dans notre chambre et les verrouiller dans l’armoire, confirmant ainsi notre présence et versant à notre hôte une partie de la somme promise s’il faisait cette exception… Je lui avais encore et surtout demandé aussi la plus luxueuse chambre de l’auberge, bien heureux de découvrir un petit bain à remous créés par une pierre peu commune, dans celle-ci… Ce soir il y aurait des illuminations et plein de petits restaurants ambulants, je comptais en profiter pour faire goûter différents plats à Cassidy. Je nous inscrivis pour le « bal dansant », partit régler mon affaire la plus urgente puis je finis par le retrouver près d’une boutique d’armes… ce qui lui ressemblait finalement bien peu. Elle avait quelques petits sacs à la main mais refusa que je les prenne, rosissant légèrement. Je lui promis de ne pas regarder et lui demandais de me suivre, l’entrainant à ma suite rapidement. Ma pauvre petite demoiselle surprise se retrouva confiée aux mains expertes d’une coiffeuse qui désespéra face à la tignasse trop peu chouchoutée de Cassidy et encore plus face à la beauté pourtant impressionnante de ses longs cheveux d’or. Si tant de nordiques étaient blonds, le sien était pourtant… unique… Je demandais à la coiffeuse et ses collègues apparemment expertes dans l’art de la prise de soin des femmes de s’occuper de ma « compagne » et de faire d’elle une princesse. Cassidy avait rougi et m’insultait copieusement pour ce guet-apens mais je m’éclipsais en lui lançant un clin d’œil bien décidé à aller me faire arranger ma crinière de feu moi aussi… Si elle devait être une princesse ce soir, moi aussi je devais être à la hauteur…


Une bonne partie de l’après-midi s’écoula ainsi alors que de nombreuses femmes prenaient grand soin de la petite demoiselle lui expliquant que son compagnon avait prit une formule « complète ». Petite ville certes, celle-ci était une ville qui connaissait énormément de passage et s’était considérablement développée pour les touristes. On venait voir ses impressionnants glaciers et surtout ses fêtes pleines de sculptures de glace et d’illuminations… Tristan avait d’ailleurs prévu d’aller voir les glaciers le lendemain. Le demoiseau profita de l’absence de sa compagne pour écrire une lettre qui partit aussitôt par aigle des neiges pour leur lieu habituel d’habitation, demandant à l’apothicaire de donner une journée supplémentaire à Cassidy, promettant qu’il viendrait travailler avec elle et combler ses absences à leur retour. Et donc la petite demoiselle était prisonnière d'une formule de chouchoutage intensif ! Coupe de cheveux, coiffure, manucure, massages réalisés par une professionnelle habile, tout ce qu'elle acceptait de "subir" était compris...

Il lui avait donné rendez-vous près d’une petite fontaine et l’attendait avec quelques cookies au chocolat et aux noix encore tout chauds. Le grand et beau jeune homme attirait bien des regards tout seul à attendre dans la fraicheur… Son coiffeur avait quelque peu raccourci sa coupe de cheveux et les différentes mèches de différentes nuances de rouge de son épaisse crinière pourtant si douce n’en étaient que plus marquées. Très bien coiffé, le front complètement dégagé par l’espèce de gel qu’on lui avait appliqué son regard si clair n’en était que plus visible ce qui fit manquer quelques battements aux trop nombreuses filles qui le croisèrent. Il attendait patiemment Cassidy, son autre main tenant une housse… celle d’une planche de surf des neiges toute neuve et qui avait été peinte dans l’après midi en bleu et violet, de gros flocons blancs magnifiquement réalisés en peinture mais aussi en gravure sur la partie qu’elle chaussait, seulement en peinture pour celle glissante, qui reposait tranquillement dedans, attendant sa nouvelle propriétaire. Pour qu’elle soit parfaitement ajustée il fallait connaître les mensurations exactes du cascadeur… apparemment les longs tripotages avaient du bon… Une autre housse était appuyée contre le rebord de la fontaine, beaucoup plus grande… Celle de la planche du jeune homme… qui comptait bien la suivre dans la montagne… Restait à voir la tête de la jeune femme face à cette nouvelle surprise et celle tellement étrange de l’investissement supplémentaire du jeune homme pour une installation peut-être pas si… éphémère…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 18 Sep - 17:46

Tant de rebondissements en si peu de temps… Bon d’accord, avoir ce petit souci de chaleur n’était pas nouveau. Elle était d’ailleurs habituée et s’y était résignée même si ce n’était pas agréable. La jeune femme avait été penaude car il lui semblait lire dans les yeux du garçon une certaine inquiétude. Peut être qu’elle aurait du lui dire que ce n’était pas nécessaire. Commençant à le connaître, elle était presque sûre qu’il n’aurait pas réagi comme si c’était rien justement. Lui en parler ? De ce qui provoquait ça ? Pas sûr que ce soit une bonne idée maintenant. Mais elle n’avait pas eu le temps de réfléchir là-dessus puisque les marques et les coups du Drakkari avaient attiré son attention. Cassidy était en colère c’est vrai. Qui avait pu abîmer ainsi son jouet ? Cette simple pensée l’écoeura. Il n’était pas son jouet non… Alors quoi ? Encore une fois elle chassa de son esprit cette réflexion. Amant, camarade, autre truc… au final pas besoin d’avoir un titre spécifique non ? Ce n’était pas important…

Il l’avait distrait avec des biscuits et elle avait décidé d’arrêter de penser à tous ces trucs. Ca ne lui ressemblait pas de se prendre autant la tête. Enfin, depuis qu’elle avait revu Tristan, elle se prenait souvent la tête. Trop de pensées, trop de réflexions, trop de choses… Parfois elle regrettait quand tout était simple. Pas d’émotions, pas de sentiments, rien… juste elle qui observait le monde tourner autour d’elle, vivant chaque jour d’un ennui profond.

L’après midi avait été calme et c’était nécessaire. Parfois la température de son corps remontait et la jeune femme se sentait un peu plus faible. Mais la crise était passée donc elle ne risquait pas de faire une rechute. Quand ça arrivait, elle s’absentait dans la salle de bain, faisant couler l’eau dans le lavabo et laissant ses mains bouillantes refroidir même si ça ne faisait pas grand-chose. Elle avait des bouffées de chaleur, parfois sa peau se perlait de sueur mais elle gardait toujours un air neutre, comme si tout cela était au final très… normal. Pendant ces longues séances de rafraîchissement, la jeune femme ne pouvait s’empêcher une fois de plus. A quoi pensait Tristan ? Etait-il curieux ? Inquiet ? Désireux de savoir ? Elle ne savait pas. A chaque fois qu’elle revenait comme si de rien n’était, un air assez honteux sur le visage, il ne faisait aucun commentaire. Non il se contentait de l’accueillir avec un sourire agréable, lui sortant parfois une petite phrase pour la taquiner ou la détendre. Mais aucune allusion sur son étrange « maladie » ou « état ». Dans un sens, elle lui en était reconnaissante. Parce qu’elle ne savait pas comment lui expliquer, comment lui dire. C’était à cause d’un accident. Un malheureux accident. Elle se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.

Un moment, alors qu’elle se passait de l’eau sur le visage dans la salle de bain, la jeune femme regarda son reflet d’un air grave. Chercher les bons mots, dire ça avec délicatesse… Elle fronça les sourcils. Depuis quand était-elle délicate et calme ? Depuis quand se souciait-elle de la réaction de son interlocuteur ? C’était doublement gênant. Car d’un, elle ne se confiait jamais aux autres. Que ce soit ses douleurs, son état, ses sentiments… Ou du moins lorsqu’elle s’exprimait c’était d’un air vague comme si tout ceci ne l’atteignait pas vraiment. Ou bien lorsqu’elle faisait une remarque c’était surtout dit avec un jmenfoutisme flagrant. De la hargne, du désintérêt. Bref, des émotions bien négatives. Elle inspira profondément en regardant son reflet. Sa peau était rougie par la chaleur et elle était sûre de pouvoir faire de la vapeur si elle se laissait aller.

*Bon écoute Tris’… je dois te dire… Tu sais pour ce malaise. Bah en fait c’est à cause d’un dragon… heu attends faut que je t’explique pourquoi. Enfin… il… heu… rhaaaaa ! j’y arrive pas !*

Son poing se leva vers le miroir et elle manqua de le taper en son centre, résultat de son inquiétude et sa nervosité. Elle soupira. Pourtant peut être qu’il n’y avait rien de choquant. Peut être qu’il ne le prendrait pas mal ? Mais elle ne savait pas. Car ça concernait l’un des siens. Car vu ce qu’il avait vu sur des humains, que ferait-il sur un dragon ? Mais de toute manière il ne pouvait rien faire ! Elle se mordilla la lèvre puis se regarda une nouvelle fois, plongée dans le désarroi.

[color=indigo]*Ma pauvre tu fais pitié à voir… Te prendre la tête avec ce genre de détail… tu lui expliqueras quand tu seras prête… pas te forcer à faire ça. Non mais depuis quand je me soucie de ce genre de chose*

Quand elle était dans la chambre, Cassidy était posée sur le lit, prenant le temps de lire, regardant le plafond d’un air distrait. Parfois elle regardait Tristan d’un discret coup d’œil. Le jeune homme semblait très concentré dans l’écriture de ses lettres. Elle ne savait pas ce qu’il écrivait mais ça la rendait un peu curieuse. Pourtant c’était sans doute des rapports, des choses bien ennuyeuses. Il était bien plus sérieux qu’elle dans le travail. A un moment, une phrase étrange sortie de sa bouche d’un air amusé. Phrase qu’elle pensait mais le dire était une maladresse.

« T’écris à tes admiratrices ? »

Cassidy avait le livre de magie posé sur ses jambes et le rouge s’empara de ses joues alors qu’elle se racla la gorge d’un air honteux et murmura très rapidement quelque chose qui sonnait comme une excuse.

« Oublie c’que j’ai dis… »

En temps normal, elle ne se serait pas gênée pour sortir ce genre de phrase. Après tout, elle l’avait déjà bien fait quand ils étaient à leur village. Le fait qu’il sorte avec d’autres filles ne devrait pas la déranger. Il fallait le reconnaître c’était un beau garçon. La gente féminine il l’attirait sans problème et ça elle l’avait remarqué plusieurs fois. Cassidy aurait du plus le taquiner avec ça. Après tout elle en avait eu des amants aussi… Alors il n’y avait rien de dérangeant à ce qu’il en ait aussi. Et pourtant… ça la dérangeait oui. Pour une fois elle voulait être possessive. Pour une fois elle ne voulait pas que cet homme là aille voir ailleurs. Pour une fois elle voulait être la seule qui compte à ses yeux. C’était étrange ce sentiment, cette émotion. Elle se sentait différente. Alors qu’elle ne devrait pas s’en préoccuper. La jeune femme reprit distraitement son livre pour faire semblant de lire, décidant d’ignorer ce qu’elle avait dit juste avant alors qu’elle ne voyait même pas les lignes.

Cependant ce qu’il sortit la troubla encore plus.

Finalement il vint se poser à côté d’elle et avait apporté une autre assiette de petits gâteaux, la laissant se caler contre lui alors qu’elle lisait un passage sur les sorts mineurs. Tristan l’entourait d’un bras protecteur alors qu’il semblait lire en même temps d’elle. Cassidy semblait songeuse.

« Faire de la lumière ? C’est pratique ça non. Au moins plus besoin de cristal ! »

Elle regarda le sort et ce qu’il fallait faire. Un petit geste en tournant le poignet droit et tendant la main vers le ciel en prononçant un mot de pouvoir. La jeune femme fronça les sourcils et tira la langue avant de tenter de reproduire l’instruction donnée. Juste pour voir comme ça. Mais sa main était saccadée, ça manquait de fluidité et de concentration. Elle prononça le mot magique et une sorte d’étincelle sortit du bout de ses doigts et disparut dans un claquement de fouet. Surprise, elle sursauta, manquant de se cogner contre le menton de Tristan qui était un peu plus grand qu’elle.

« Heu oui d’accord… pas encore au point tout ça »

Tristan lui conseilla gentiment de se préparer peut être un peu plus avant de lancer un sort. Ce n’était pas si simple à mettre en place. Il tourna les pages pour lui montrer un passage, même si elle avait déjà lu. Elle lui fit un sourire coupable.

« C’est vrai tu as raison… je ne prends peut être pas assez mon temps. Et puis comme ça je sens que je suis capable de fiche le feu dans la chambre »

Il sauta sur l’occasion pour dire une nouvelle phrase lourde de sens même si il était plutôt taquin. Cassidy grogna, lâcha le livre et se tourna pour lui donner un coup de son petit poing sur le torse.

« Hey ! C’est pas des choses à dire à une malade ! »

Elle se rendit compte de son mot. Même si elle disait ça sur le coup de la rigolade, elle détestait qu’on compatisse à son état. Elle se rembrunit en baissant la tête un petit peu, les yeux sur… ah non pas son torse, ce n’était pas le moment ! Elle ferma les yeux en prononçant ces quelques mots.

« Enfin je ne suis pas malade, c’est pas ce que je voulais dire »

Cassidy prit alors le deuxième livre sur les dragons. Alors qu’elle tournait les pages, Tristan lui donnait quelques précisions, démentait certaines informations qui étaient fausses. Apparemment les humains idéalisaient les dragons et certaines choses n’étaient pas toujours justes. Il semblait vouloir lui apprendre quelques nouvelles choses sur cette race si méconnue des humains. Sûrement parce qu’elle semblait éprouver un vif intérêt. Après tout elle voulait voler avec lui, elle lisait sans rechigner ce livre même si parfois elle semblait avoir une petite réserve mais c’était très discret.

Alors qu’elle refermait le livre, la jeune femme semblait songeuse.

« Par contre ils ne parlent pas de dragons corrompus là dedans… »

Aïe sujet sensible… Cassidy avait parlé d’une voix assez neutre et Tristan semblait chercher ses mots. Parler de ce genre de dragons n’était pas simple. Après tout l’auteur voulait juste montrer ce qu’il y avait de bien chez les dragons, ce n’était pas un truc très précis non plus. Qu’elle connaisse l’existence de ces créatures n’était pas étonnant. Après tout certains villages étaient dévastés à cause de ces dragons maudits. Heureusement que des aventuriers téméraires affrontaient ces créatures pour en réduire le nombre. Ce n’était pas évident non plus d’en tuer un mais cela était… nécessaire.

Finalement ils changèrent de sujet, parlant de quelque chose de plus léger, comme le programme pour demain. Tristan lui parla un peu de la ville où ils se rendraient avec un enthousiasme certain. Les cristaux Lumis ne faiblissaient pas mais Cassidy, qui résistait quand même à son état, était quand même épuisée. Il la berçait un peu et sans s’en rendre compte, elle s’endormit paisiblement.

Le lendemain matin plus de trace de douleur, plus de chaleur. Même si elle avait encore la tête dans le pâté, Cassidy en profita pour regarder Tristan. Celui-ci ne broncha même pas quand elle remua un peu. Bien sûr, elle ne pouvait pas savoir qu’il était toujours sur le qui-vive et en alerte, prêt à se réveiller au moindre mouvement. Qu’il soit endormi aussi profondément lui semblait… normal parce qu’elle le connaissait juste ainsi. Elle avait prit le temps d’examiner ses étranges marques. Sans savoir pourquoi, ça l’attirait. La jeune femme se trouvait ridicule de penser ainsi. C’était de la magie ? Un mystère ? Il était vrai que cela semblait faire partie de lui comme si c’était tout à fait normal. Mais était-il normal ? Elle ne connaissait pas grand-chose des dragons. Elle n’en avait jamais vu… du moins pas comme on pourrait l’imaginer.

Les formes étaient brillantes, parfaitement symétriques. Elle inspectait doucement avec ses mains avec un air curieux alors qu’il souriait, semblant aimer ça. Pourtant cela ne troublait pas la demoiselle, trop occupée à se poser des questions à son sujet. Une trace de coup attira son attention et elle se rappela qu’il s’était fait frappé la veille. Son sang se glaça et ses mains se crispèrent sur le torse du jeune homme. Le regard de la demoiselle était bien plus froid, parfois on pourrait croire qu’elle était une meurtrière ou une affreuse personne. Si jamais elle retrouvait le ou la responsable de cet état, il allait passer un très mauvais quart d’heure. On ne frappait pas impunément sa… « conquête » du moment. Pourquoi ce besoin de le défendre ? Elle ne le savait pas et ça l’effrayait grandement. Pourtant les marques semblaient disparaître, c’était bien moins précis que la veille. Ici et là les traces de coup se résorbaient, son cocard semblait moins sombre. La régénération de dragon a l’air fantastique quand même… Elle met tellement de temps à cicatriser elle. Enfin… en ce moment son corps semblait être plus réactif pour guérir. Sûrement l’effet ou l’aura du dragon à côté, un truc comme ça.

Elle se toucha doucement la nuque et grimaça. La bosse était encore là bien qu’elle semblait avoir bien diminuée depuis la veille. Elle continua son inspection du bel endormi. Si paisible quand il dormait… pas torturé comme elle. Bien que Cassidy constata qu’elle ne faisait plus de cauchemars depuis qu’elle dormait avec Tristan. Coïncidence ? Sûrement pas ! Elle secoua la tête. C’était pas bon tout ça au final. Elle s’habituait à lui. Quel choc cela fera-t-il lorsqu’il repartirait dans son royaume ! Son estomac se tordit de douleur et la faim n’y était pour rien. Elle avait le regard brillant au moment où lui commençait à ouvrir un œil, un mince sourire s’étirant sur son visage. Alors qu’il allait parler, elle l’accueillit en déposant un magnifique baiser sur ses lèvres.

La douceur de ce geste réveilla bien des sensations et son estomac, qui était un peu douloureux quelques minutes avant semblait vibrer de bien être. Elle ferma les yeux pour mieux apprécier le moment. Une minute, depuis quand embrassait-elle un homme le matin au réveil ?! Heu… elle ne faisait jamais ça avec Jilian. Pourtant là ça lui semblait tellement naturel… instinctif même. Comme respirer, comme manger, comme dormir. Son cœur battait un peu plus fort alors qu’elle se sentait bien. Cassidy se mit à rougir pendant qu’elle faisait ce constat. Ca la troublait tout ça ! Alors pour éviter qu’il s’en rende compte, ou parce qu’elle craignait qu’il dise quelque chose à ce sujet (même si ce n’était pas justifié), ses mains se firent baladeuses alors qu’elle tentait de le chatouiller sur les côtés, espérant le faire rire et le dominer. Cependant, ce n’était pas juste car il ne semblait pas être affecté. Et il ne se pria pas pour se venger alors qu’elle se mit à rire à gorge déployé, lui demandant de stopper tout de suite, que sinon elle allait s’énerver. Sauf que sa menace n’était pas sérieuse du tout alors qu’elle se tordait dans tous les sens, cherchant à se dérober.

« C’est paaaaas juuuuuste ! »

Pourquoi elle était si chatouilleuse ? Il l’avait bloqué finalement contre le lit, se retrouvant au dessus tout en continuant de déposer de multiples baisers sur son visage tout en continuant de la chatouiller ce qui était très étrange. Cependant Cassidy finit par reprendre son sérieux alors que son regard se portait sur son cocard à l’œil. Elle le regarda avec malice, lui parlant de sa facilité pour guérir et surtout que les caresses ça marchait trèèèès bien. Si les chatouilles ne faisaient rien, elle pouvait l’embêter autrement et la demoiselle ne se gênait pas à vrai dire ! Et puis le jeu de complicité tourna à la tentation. En même temps il le faisait exprès. Posé comme ça, au dessus d’elle, lui dévoilant son torse et ses abdos alléchants, comment pouvait-elle rester calme dans ces circonstances ? Impossible non ! Bien malgré elle, son corps l’invitait à tenter Tristan, instinctivement. Mais ce n’était pas la même chose qu’avec les autres hommes. Elle n’avait pas cette faim bestiale, du moins, pas prisonnière de son corps. Elle approuvait ceci bien que le fait d’agir sans la moindre répulsion, sans la moindre obligation, était déroutant.

Cassidy continuait de passer ses mains sur le torse de Tristan, ses bras, un air amusé et tentateur sur le visage. Elle l’observait et voyait bien qu’il n’était pas indifférent. Savoir qu’elle avait une emprise sur lui était grisant. Et au moment où elle le sentait baisser sa garde, la jeune femme se pendit à son cou pour l’attirer à elle afin de déposer un baiser plein de passion, d’envie et d’ardeur. L’embrasser réveillait en elle une faim délicieuse. Il répondit à son baiser avec les intérêts, ce qui faisait faire des bonds vertigineux au cœur de la petite demoiselle. Il lui faisait pas mal d’effet aussi, d’un simple baiser, c’était comme si tous ses sens étaient réveillés. D’ailleurs elle ne put empêcher une de ses mains de griffer le dos de son amant, résultat de la tension (mais agréable) qui l’agitait. Ce geste un peu sauvage pour qu’il reste éveillé même si il l’était totalement maintenant et elle aussi ! Il voulut se reculer un peu. C’était vrai que les deux jeunes gens étaient vraiment collés serrés, Tristan était presque couché sur Cassidy ! Cependant, elle ne voulait pas le laisser s’échapper trop vite et d’un geste habile, elle entoura ses hanches de ses jambes en s’accrochant fermement à lui. La jeune femme observa le Drakkari un instant. Dans le regard de la demoiselle semblait briller un peu de honte mais aussi une envie grandissante car elle ne pouvait pas s’empêcher de vouloir aller plus loin avec lui. Il prit ça comme un signal en l’embrassant à nouveau, lui faisant tourner la tête. Mais la chaleur montait dangereusement et elle aussi commençait à perdre ses esprits. La tunique trop grande de Tristan se souleva, lui donnant une vue des plus agréables. En contrepartie elle le sentit se crisper un peu de partout et se mit à rougir. Les baisers qu’il lui donnait lui tiraient des frissons électriques alors qu’elle cherchait à retenir des gémissements de plaisir. Tout en même temps il avait réussi à lui retirer sa tunique et marqua une pause alors qu’elle le voyait se redresser. Que pouvait-on lire dans ses yeux ? Une sorte d’admiration, de l’envie, peut être une sorte d’étincelle un peu plus bestiale… Elle ne resta pas longtemps à réfléchir et se redressa d’un mouvement rapide pour reporter son bras à sa nuque alors qu’elle l’embrassait une nouvelle fois. C’était torride, c’était passionné. De son autre main elle cherchait à retirer le caleçon mais comme ce n’était pas très pratique, elle le poussa en arrière pour pouvoir mieux le dominer. Il ne montra pas la moindre résistance et cela lui plaisait bien. Bien vite le boxer fut enlevé et il se retrouva nu comme un ver. Tournant et tourbillonnant dans le lit, la couverture sans dessus dessous, elle était en haut puis l’instant d’après en bas. Grognements, gémissements, chacun semblait perdre les pédales alors qu’elle se préparait très certainement encore à aller plus loin. Après tout avec son accident d’hier ils n’avaient pas fait grand-chose.

Qu’on se le dise, Cassidy n’aimait pas les sorties. Ca ne l’intéressait tout simplement pas bien qu’avec Tristan elle faisait des efforts pour se… sociabiliser ? Voir de nouvelles choses ? Et lancée comme elle l’était dans ce tourbillon de baisers et de caresses plus tentatrices les unes que les autres, la jeune femme n’aurait eu aucun souci pour passer à l’acte, au diable leur projet et tout ce qui devait suivre ! Mais alors, qu’est-ce qui l’arrêta en si bon chemin, partie pour atterrir dans les étoiles ? Difficile à dire et elle-même ne le savait pas. Elle n’avait pas peur de Tristan, elle était toujours très attirée par lui. Pourquoi repousser cette sensation qui faisait parti d’elle ? Alors qu’il avait la tête occupée à couvrir son ventre et sa poitrine de baisers, qu’elle se crispait un peu plus à chaque fois en rejetant la tête en arrière, son regard fut attiré par l’horloge. Ils n’avaient pas dit 8 heures pour commencer à se préparer ? Cela la perturba un peu. Alors qu’en temps normal, elle n’en aurait eu rien à faire ! Mais elle repoussa gentiment Tristan alors que celui-ci émit un grognement en souhaitant revenir à la charge. La jeune femme posa une main sur son menton et de sa main elle lui indiqua l’horloge sans dire un mot. Il semblait se calmer un peu mais avait l’air frustré d’être coupé en pleine action. Elle-même ne se comprenait pas. Pourtant elle adorait faire des galipettes avec Tristan ! Se redressant, elle murmura à son oreille qu’elle trouverait bien un moyen de se rattraper et déposa un tendre baiser sur sa joue, se faisant un peu plus calme même si elle peinait aussi à reprendre sa respiration qui était saccadée, son corps luisant de sueur (et ça n’avait rien à voir avec ses chaleurs)

Tristan se leva et elle détourna la tête en étouffant un grognement. Bon il était très emballé lui aussi et son compagnon avait l’air… en excellente forme pour certaines activités. La demoiselle se mit à rougir. Il avait peut être besoin d’une douche très froide mais elle n’était pas en reste ! Alors qu’il était parti dans la salle de bain, Cassidy enfila rapidement une tunique et sa culotte puis se dirigea vers la fenêtre qu’elle ouvrit au large. Le froid lui picota le visage, lui mordant la peau. Aïe ce n’était pas très agréable ! Pourtant elle en avait besoin pour chasser de son esprit les derniers baisers et caresses qui lui donnaient des envies de recommencer. Posant sa main dans la poudreuse qui était tombée sur le rebord de la fenêtre, sa main devint rapidement rouge mais le froid l’aida à conserver ses esprits.

Un moment plus tard, Tristan fini par sortir de la salle de bain, les cheveux qu’il finissait d’essuyer alors que Cassidy avait posé ses affaires… habituelles sur le lit, c'est-à-dire sa tunique ample et un pantalon bien cintré. Cependant Tristan avait prit les affaires qu’elle avait l’intention de mettre et il se prit des grognements de la part de la petite demoiselle.

« Hey ! Rends moi ça vilain »

Lorsqu’il lui exposa son intention, la jeune femme fit la moue. Porter une robe ? Devant tout le monde ? Heu… oui mais nan ! Elle pouvait faire des efforts de temps en temps mais elle n’avait pas spécialement envie de porter ce truc là. Déjà elle avait encore un peu de mal à s’y habituer. Le corset la serrait un peu et elle avait l’impression d’avoir très peu de place pour effectuer des mouvements et bouger. En plus elle devait faire attention en marchant, de peur de se prendre les pieds dans le bas de sa robe. Et puis c’est que ça se coinçait facilement ce truc là ! Elle se rappelait d’en avoir mis une pendant une de leurs sorties et le pan de cette dernière s’était accroché à un buisson. Pas très pratique.

Cependant le jeune homme avait de solides arguments pour la convaincre alors qu’elle faisait la moue en levant les yeux au ciel. Il lui disait que ça lui allait bien et elle se mit à rougir en étouffant un grognement même si elle était, on le voyait, touchée par son compliment. La demoiselle avait bien du mal à se faire confiance. Tristan lui indiqua alors qu’il la protégerait ce qui était bien mignon de sa part. Oh ça elle n’en doutait pas… Enfin… elle changeait ça se voyait. Ce genre d’argument n’aurait eu aucun effet si c’était sorti de la bouche de Jilian. Puis il lui parlait de toutes les possibilités qu’on pouvait avoir avec ce genre de vêtement. Cassidy leva une oreille plus attentive et décroisa les bras alors qu’elle posa son index sous son menton, apparemment songeuse. Il lui disait alors qu’il allait essayer toutes sortes de choses mais elle l’entendit à peine. Ce fut quand il répéta que ça offrait pas mal de possibilités qu’elle se montra plus intéressée. Elle grogna et soupira d’un air résigné et un peu… rebelle comme si elle lui accordait une énorme faveur.

« Bon d’accord d’accord, je vais la mettre cette robe ! Mais c’est bien pour te faire plaisir ! »

Elle le regardait et avait sorti ces paroles le plus naturellement du monde. Là elle était en train de reconnaître qu’elle souhaitait faire quelque chose pour lui. Faire un effort. Peut être que pour lui ce n’était rien et même ordinaire mais pour elle… faire plaisir à quelqu’un n’était pas dans ses habitudes. Cassidy semblait se rendre compte de cela car elle se mit à rougir une nouvelle fois, se mordilla la lèvre inférieure et sursauta même car cela lui faisait mal puis détourna la tête en parlant d’une voix plus saccadée, tentant de se rattraper, avec un air qu’elle se voulait malicieux.

« Je veux dire… hem… j’ai… je… tester de nouvelles… possibilités ! C’est… intéressant… oui ! »

Sans lui laisser le temps de répliquer, Cassidy prit la robe qu’il lui présentait d’un geste rapide et s’enferma dans la salle de bain. Malgré tout, elle avait pris du temps pour se préparer et hésita quand même à se détacher les cheveux ou pas. Elle n’aimait pas trop avoir les cheveux qui partaient dans tous les sens quand elle bougeait beaucoup. Oui quand elle bougeait pour voyager par exemple ! Pas autre chose n’est-ce pas ? Finalement elle décida de lui faire plaisir, même si elle ne comprenait pas elle pourquoi en faire autant pour un garçon qu’elle ne verrait peut être plus jamais par la suite. Chassant de son esprit ce genre de pensées, la demoiselle sortit de la salle de bains. Tristan venait de finir de s’habiller. Des vêtements sombres bien discrets mais forcément… moulants. Elle retint un hoquet avant de détourner la tête en rougissant. Diantre, même habillé comme ça il était tentant. Cela semblait l’amuser.

Finalement ils finirent par partir en direction non sans peine. Cassidy n’aimait pas vraiment voyager sur le dos d’un cheval. C’est même Tristan qui l’aida à monter. Même si la selle évitait un contact direct avec le dos de l’animal, les secousses à chaque mouvement ne lui plaisait pas trop. Le pire c’est quand il passait au trot ! Et un malheureux commentaire sortit de sa bouche.

« T’es quand même plus confortable… »

Avait-il compris ou pas qu’elle faisait allusion à leurs petits séances de dragon ? Cependant elle piqua un fard, même si il ne voyait rien de là où il était et commença à s’emmêler dans ses paroles, souhaitant se rattraper.

« Heuuuu je veux dire… c’est plus agréable avec toi… enfin non… enfin si ! Mais pas comme un animal. Bah… heu… pardon… c’est pas c’que je voulais dire ! »

Elle était en train de bouillonner et c’est presque comme si de la vapeur sortait de ses joues tellement elle rougissait, se confondant en excuses mais sans arriver à trouver une solution. C’est qu’elle manquait sacrément de tact après tout…

Ils voyagèrent donc dans les plaines blanches et glacées de Frihold. Le temps était plutôt beau aujourd’hui. Pas un seul nuage dans le ciel, juste du bleu et un agréable soleil qui éclairait toute la poudreuse autour d’eux. Tristan faisait au mieux pour diriger sa monture sans que la petite demoiselle soit perturbée. De son côté elle restait bien sage et ne tentait rien, bien que le fait qu’ils soient collés l’un contre l’autre pouvaient leur donner des envies déplacées. Cependant leurs capes leur permettaient de ne pas être trop au contact, enfin surtout celle de Cassidy qui faisait rempart dans le torse de Tristan. Il la maintenait bien contre lui, un peu serrée d’ailleurs, pour être sûr qu’elle ne tombe pas.

Ce n’étaient pas les seuls à profiter de ce beau temps et d’autres cavaliers, marcheurs ou bien autres voyageurs dans des charrettes étaient aussi de sortie. Ils croisèrent quelques personnes mais ne s’arrêtaient pas. Le petit vent frais faisait cependant du bien à Cassidy. Elle ne parlait cependant pas, trop occupée à se concentrer sur la cadence du cheval qui parfois lui coupait la respiration. Oui décidément… elle préférait quand même être sur le dos de Tristan. Même si ce n’était pas pareil. Il n’y avait pas cet espèce de partage, ce lien… Enfin Tristan n’était pas une monture mais elle n’arrivait pas à aimer le voyage sur un cheval. C’était peut être parce qu’elle était secouée dans tous les sens.

Finalement ils arrivèrent à destination dans la petite ville. Elle n’avait jamais fait attention à cet endroit. Après tout, en arrivant ici, elle avait suivi Jilian et n’avait jamais ressenti l’envie de se balader ailleurs bien que le jeune homme avait cependant tenté de la faire changer d’avis, sans résultat. A l’entrée de la ville deux imposantes statues de glace représentant des ours qui se dressaient fièrement sur leurs pattes arrières. Le détail était vraiment troublant et frappant. Cassidy avait doucement ouvert la bouche. Elle n’avait jamais vu ce genre de chose et ne pensait pas que cela était possible. En passant dans l’allée principale, Cassidy pouvait constater qu’il y avait beaucoup plus de boutiques que dans leur propre ville. Pourtant l’autre était aussi plutôt grande mais ce n’était pas aussi touristique que cet endroit.

Elle ne disait cependant rien, se contentant de regarder à droite à gauche d’un air curieux. Au début, elle restait plutôt sérieuse, encore mal à l’aise de se balader comme ça, dans un lieu qu’elle ne connaissait pas. Voilà bien longtemps qu’elle n’avait pas voyagé et découvert de nouveaux endroits. Bien longtemps qu’elle avait arrêté de regarder autour d’elle. Mais soudain, elle sentit une main prendre la sienne. Etonnée par ce geste, Cassidy jeta un regard à Tristan qui ne semblait pas trouver cela bizarre lui. Non, lui aussi regardait d’un air intéressé les différentes boutiques qui se présentaient dans la large allée où ils se trouvaient, semblant repérer les lieux. Pourquoi lui prendre la main ? Elle n’allait pas se perdre quand même… Pourtant elle ne rompit pas le contact et fit comme si de rien n’était. Ce n’est que lorsqu’elle vit d’autres personnes main dans la main qu’elle se posa quelques questions. Des couples ? Naaaaan ! Il pensait peut être qu’elle avait froid à la main et puis c’est tout. Il n’y avait rien derrière tout ça.

Le contact de sa main contre la sienne avait quelque chose de doux, de rassurant. Elle qui semblait un peu crispée au début, à cause de la robe où elle avait quelques difficultés à marcher avec, et sa méfiance naturelle, se détendait peu à peu. Le malaise se dissipait. Et puis il fallait reconnaître que quelque chose de cette ville était magique. Rien à voir avec de la quelconque magie… non. Les passants semblaient heureux, enthousiastes même. Leur bonne humeur était communicative à vrai dire. Les enfants s’amusaient aussi dans l’allée, jouant au chat et à la souris, sous les yeux de certains passants affairés autour des boutiques. Certains s’amusaient même avec une luge qu’ils poussaient le long de l’allée un peu en pente. Heureusement qu’elle était assez large pour que tout le monde puisse passer. Il y avait aussi des stands de marchands ambulants qui ramenaient des objets exotiques d’autres endroits des royaumes. Certains s’amusaient à piler la glace des gros blocs qui étaient dispatchés ici et là. On croisait toutes sortes de passants et il n’y avait pas que des nordiques dans le coin. D’autres humains venant des royaumes d’à côté se promenaient avec curiosité pour découvrir les subtilités de cette ville. Cassidy crut même voir des elfes mais difficile à dire si c’était vrai ou pas car la plupart portaient des capuches. C’est qu’il faisait froid quand même. Des sensations, des odeurs comme ce délicieux fumet sucré qui lui chatouillait les narines, des rires, même des chants !

Et puis la jeune femme se dérida petit à petit, se mettant un sourire, se laissant porter par la joie collective des passants et semblait bien plus enthousiaste que tout à l’heure. D’ailleurs elle s’arrêta, ses sens en alerte alors qu’une délicieuse odeur de chocolat vint lui titiller son nez ce qui la fit saliver d’avance. Elle tira Tristan par la main, l’entraînant à sa suite d’un pas pressé, dévalant la pente, tourna dans une ruelle. C’est qu’elle avait de l’énergie quand elle s’y mettait la petite ! Une vraie tornade… surtout quand il y avait quelque chose d’appétissant à la clé. Elle tourna encore dans une ruelle, fonça dans une allée en zigzagant entre les passants, ce qui n’était pas évident pour Tristan qui était bien plus grand et n’avait pas la taille d’une petite souris lui ! Cependant il semblait suivre sans être gênant ni handicapant.

Cassidy pila net devant une petite boutique. Un présentoir en verre montrait des pâtisseries plus appétissantes les unes que les autres. Entre la bûche au chocolat, le gâteau recouvert de sucre glace, les éclairs aux parfums différents, les petites tartelettes faits avec des fruits étranges et tordus qu’elle n’avait jamais vu, il y avait le choix ! Tout un tas de gâteaux différents, originaux étaient présentés à l’avant de la boutique et Cassidy semblait totalement charmé et presque un filet de bave coulait au coin de sa lèvre, salivant à l’avance des milles et un plaisirs gustatifs qu’elle pouvait s’offrir. Cependant un mordillement sur son oreille gauche la fit revenir à la réalité. D’abord surprise mais nullement agressive, elle leva les yeux vers Tristan. La demoiselle se mit alors à rougir. Il savait bien qu’elle était sensible à cet endroit.

Il déclara qu’ils allaient d’abord faire les boutiques mais promit qu’ils repasseraient après. Le regard qu’elle lui lança voulait tout dire. Le jeune homme avait bien intérêt à respecter sa parole. Toutefois Cassidy lui obéit de bonne grâce. Pourtant elle n’était pas très fan des boutiques de base. La dernière fois c’était bien lui qui avait voulu lui acheter cette robe mais elle était encore un peu songeuse. Cependant, souhaitant lui faire plaisir et ne désirant pas gâcher cette journée, la demoiselle le suivit sans rechigner. Après tout elle voyait bien que ça lui faisait plaisir. L’expression de son visage était sérieuse, cela semblait important pour lui. Mais il souriait aussi pour qu’elle se détende. Bon après tout ça n’était pas grand-chose de jeter un petit coup d’œil dans la boutique comme ça.

Mais alors qu’ils arrivaient dans une boutique où de somptueuses robes étaient disposées à l’extérieur pour attirer l’œil des passants, la demoiselle fut stoppée par le beau jeune homme. C’est alors qu’il se lança dans un discours pour le moins déroutant. Il lui disait à quel point elle était jolie, qu’il ne souhaitait pas la changer mais juste qu’elle se mette en valeur, pour qu’elle voit, pour qu’elle comprenne. Il ne la forçait en rien. Mais son discours avait quelque chose de touchant. Rempli de sincérité et de bons sentiments. Oui elle avait raison elle ne se mettait pas en valeur. Et puis elle n’en avait jamais ressenti le besoin. Elle était loin de ces femmes qui cherchaient à mettre en avant leurs formes et courbes afin d’attirer les hommes. Elle était elle, simple et naturelle. Il avait mordillé une nouvelle fois son oreille puis toucher sa joue. Avec une infinie douceur.

Cassidy rougissait. Elle le regarda un instant. Il avait une sorte de regard bizarre qu’elle n’arrivait pas à comprendre. Sérieux mais tendre à la fois. Impossible de mettre un mot dessus. Parfois, Jilian la regardait de la même manière. Alors elle pensait tout simplement que c’était une sorte de camaraderie, comme un grand frère. Elle n’avait jamais eu de frère ni de sœur, elle ne pouvait donc pas voir les liens familiaux qui se tissaient. Cependant elle semblait interpréter ça de cette manière. Elle marqua une pause, regardant la boutique, rougissant légèrement. Ca semblait lui faire plaisir. Et elle aimait bien quand il était comme ça. Quand il plongeait son regard dans le sien de cette manière. Ca la rendait heureuse. Alors elle regarda la porte et murmura quelques paroles, comme quoi elle était d’accord pour essayer. Etrange qu’elle ne se rende pas compte de son propre sourire. Un observateur averti aurait reconnu sans souci une sorte d’amour ou quelque chose du genre. Mais personne n’était là pour voir.

Elle se laissa alors entraîner à l’intérieur de la boutique. Le plaisir de Tristan faisait plaisir à voir, même si Cassidy n’était pas vraiment rassurée par ce qui l’attendait. Il interpella directement une vendeuse pour lui expliquer la situation, la présentant comme sa « compagne ». Elle tiqua au mot. Compagne ? Heu… vraiment ? Il faisait exprès ou quoi ? C’était un mot qu’on utilisait quand on est en couple non ? Elle était occupée à fixer une tunique d’un air dubitatif lorsqu’elle avait entendu ce mot. Après tout elle avait toujours une ouïe très développée. Devait-elle lui dire ? Qu’ils n’étaient pas… un couple ? Oui mais bon en attendant, il n’allait pas dire « amante » ça faisait très… enfin voilà quoi. La vendeuse arriva rapidement, souriante et conseilla tout de suite un ensemble à Cassidy.

« Hem… on peut commencer par les tuniques. Pas trop serré hein… ample, ça me convient très bien »

- Je crois que j’ai ce qu’il vous fait. Si vous voulez bien prendre ceci…

Elle mit une tenue dans les bras de Cassidy et la conduisit dans une cabine d’essayage. Pas trop à l’aise, la jeune femme enleva sa robe qui heureusement était plus simple à enlever pour celle-ci que l’autre et enfila le pantalon. La pauvre était tellement tendue qu’elle n’entendit même pas le rideau se soulever doucement et voir son homme en train de reluquer son derrière. Si elle avait vu ça, il se serait sûrement pris une botte dans la figure… par réflexe. Le pantalon lui collait à la peau d’ailleurs et heureusement que les manches de la tunique étaient bouffantes. A cause de ses bracelets de force qui lui prenaient tout l’avant bras, même si le morceau en cuir était fin, ça rendait ses poignets bien plus denses. Elle se sentait un peu gênée en se regardant sous tous les angles. Ca lui faisait bizarre… c’était flashy. Et dans la neige blanche le rouge pouvait se voir à des kilomètres. Elle qui était si discrète, c’est comme si on la remarquait à l’autre bout de la rue. La demoiselle inspira profondément avant de faire glisser le rideau et regarder Tristan d’un air gêné. Celui-ci avait une réaction bizarre. Il ne disait pas un mot. Bah oui elle ressemblait à… enfin elle donnait l’impression d’avoir un balai dans le derrière là. Comme il ne disait toujours rien, tout occupé à la détailler de haut en bas Cassidy détourna le regard et râler d’un air qu’elle se voulait fort mais qui était bredouillant.

« Mouais… tu as raison… suis ridicule là dedans. »

Elle tourna les talons, ferma le rideau d’un geste plus sec que ce qu’elle n’aurait voulu et posa ses mains sur la ceinture pour enlever rapidement cette horreur. Cependant, entendant du bruit derrière elle, Cassidy se retourna pour faire face à Tristan qui la regardait et était entré dans la cabine à sa suite. Encore une fois elle détourna le regard, les mains toujours posées sur la ceinture qu’elle tentait de déboucler.

« Sors d’ici j’enlève ce truc. Pas besoin que tu mentes pour me dire que ça me va bien… »

Tristan avait prit ses mains pour la forcer à le regarder. La pression était forte. La jeune femme pourrait croire qu’il la forçait, qu’il l’obligeait à faire un mouvement. Cependant avec lui elle avait appris à baisser sa garde. Un autre homme se serait déjà pris un coup de pied dans l’entrejambe. Il semblait si sérieux et imposant. Cassidy cligna un instant des yeux, sans dire un mot, le regardant juste. Il aurait pu lui faire mal en pressant ses mains aussi fortement. Pourtant elle interprétait cela comme une sorte… d’importance pour lui. Elle étouffa un grognement alors qu’il sortit une petite phrase lourde de sens. La demoiselle baissa les yeux pour éviter son regard. C’est qu’elle ne savait plus quoi dire et se sentait très mal à l’aise ! Et alors, elle aperçut la bosse qui déformait son pantalon en écarquillant les yeux, surprise. Ah ben finalement elle lui faisait de l’effet. C’était plutôt bon signe non ? Cela la rassura et déjà Cassidy relevait la tête pour dire quelque chose, peut être le taquiner un peu, c’est ce qu’elle avait l’intention de faire, même si le rouge lui tenait les joues, sûrement encore un peu surprise par voir l’état de Tristan. Mais ce dernier ne lui avait pas laissé le temps de dire quoi que ce soit. La collant contre le mur en pierres derrière elle (heureusement que la roche était chaude), il l’embrassa à pleine bouche, la laissant sans voix. La température remonta d’un cran alors qu’elle était pourtant à moitié déshabillée. La jeune femme avait placé les mains sur le torse de son homme et tira un demi-gémissement surpris qu’elle tenta d’étouffer dans sa gorge quand il mordit avec délicatesse son épaule. Plus sérieuse, elle mit une tension dans ses mains pour le repousser hors de la cabine. Non mais c’est qu’il la perturbait quand même ! Et pas qu’un peu !

Elle tenta de faire de l’ordre dans ses cheveux, loin de son regard. S’examinant dans la glace, elle était vraiment… enfin elle n’avait pas l’habitude de se voir comme ça. Presque déshabillée, les cheveux un peu ébouriffés, le rouge aux joues, un regard qui n’avait rien de morne. Elle ne se reconnaissait pas parfois et c’était bien déstabilisant. Le plus troublant c’était ses cicatrices qui étaient de moins en moins voyantes de jour en jour. Il faudrait être bête et stupide pour ne pas faire un rapprochement avec sa « relation » avec Tristan. C’était une sorte de déclencheur… La magie du dragon sûrement. Eh bien si il guérissait toutes les femmes qu’il mettait dans son lit, il devait être très courtisé et demandé. Cassidy secoua la tête. Penser à ça lui faisait une étrange sensation, comme si elle ne voulait pas justement qu’il aille voir ailleurs. Cependant, elle fut vite dérangée par la vendeuse qui venait lui apporter le même ensemble mais dans des couleurs différentes. Et il tenait à ce que Cassidy essaye le tout. En plus le vilain en profiter pour passer sa tête à travers le rideau pour déposer un baiser dans son cou, passer ses mains baladeuses sur ses fesses et disparaître aussi vite pour qu’elle ne le frappe pas. Perturbant oui… le mot était bon. Elle grommela gentiment. Allait-il attendre sagement ou pas ? Mais cela ne semblait pas faire partie du vocabulaire du Drakkari. Cependant, cela ne dérangeait pas Cassidy. Elle aurait du l’enguirlander bien sévèrement mais elle ne s’en sentait pas capable. C’était plus une sorte de complicité qu’elle appréciait et elle ne se voyait pas être distante avec lui.

Le défilé de couleurs passa et le jeune homme valida à chaque fois. Le vilain en profitait parfois pour ajuster un peu la tunique et ne se contentait pas que de ça. Il déclara alors qu’ils emportaient une bonne partie de cet ensemble. La jeune femme n’en revenait pas. Tout ?! Mais ça coûtait monstrueusement cher ! Et puis elle allait mettre où tout ça ? Se rappelait-il qu’elle n’avait plus de « chez elle » officiel désormais ? Il semblait vraiment insouciant ou inconscient. Cependant il insistait tellement qu’elle décida de ne rien dire. Prenant le temps de se rhabiller, elle le retrouva au coin des chaussures. Bien sûr ils n’étaient pas les seuls clients présents dans cette boutique et devoir se tenter était… dangereux, imprudent mais également excitant. Cassidy avait attendu que les quelques clients présents regardent ailleurs pour s’approcher de Tristan. Il était accroupi et semblait absorbé par le choix de bottes. Elle se colla à lui, s’approcha de sa nuque en se baissant un peu et mordilla dans sa chair délicatement avant de lui laisser un suçon à son tour. Puis elle se décolla en riant et se penchant près de lui, dévoilant légèrement le décolleté de sa robe.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 18 Sep - 17:46

« Des bottes avec talon ? Pas sûre de savoir marcher avec ça… »

Il répliqua comme quoi c’était pour sa petite taille et pour ses fesses. Elle grogna en le tapant sur l’épaule gentiment.

Puis ils continuèrent de faire le tour des boutiques, Tristan ayant eu comme projet de tout voir pour la matinée. Le voyant si heureux, la demoiselle se pliait à ses exigences avec bonne volonté. Des chaussures, des manteaux, des bottes, des accessoires, des robes, des foulards… tout y passait ! Pourtant Cassidy était loin d’aimer faire les boutiques. Bon oui, les séances d’essayage tournaient surtout au jeu de la tentation. Surtout avec les robes. Les boutiques préférées de Tristan. Le gredin se faufilait dans la cabine, sous prétexte de vouloir tester… bah elle ne savait pas trop quoi en final. Si surprise qu’elle ne savait pas comment réagir mais il réveillait en elle des ardeurs nouvelles. Elle tentait de retenir quelques soupirs et gémissements mais c’était peine perdue. Cependant, quand elle sortait de la cabine, certains clients la regardaient, ce qui la mettait monstrueusement mal à l’aise. C’est qu’elle avait plutôt l’habitude d’être discrète.

Ils étaient dans une boutique d’accessoires et chacun fouillait un peu de son côté, lorsque Cassidy, n’y tenant plus, rejoignit Tristan qui observait d’un œil affuté les différents coloris et matières de jolies étoles. La demoiselle parla à voix basse pour ne pas se faire entendre.

« Eh… peux-t-être qu’on pourrait éviter de… enfin tout ça… j’aime pas trop comment les gens me regardent pour… »

Tristan ne l’écoutait pas et la fit basculer derrière une étagère pour l’embrasser une nouvelle fois, ce qui avait pour effet de court-circuiter le cerveau de la jeune femme. Impossible de lui dire quoi que ce soit. Et puis vu son regard il semblait vraiment très… intéressé. Elle grogna et tenta de changer de sujet en parlant des foulards.

« C’est pour les grands-mères ça, comment veux-tu que je porte ça ? »

Après qu’il ait réussi à la convaincre de multiples manières que ce n’était pas que pour les grands-mères et qu’on pouvait avoir d’autres usages de ce bout de tissu, surtout pour crocher un compagnon et le forcer à se pencher en avant, ils sortirent de la boutique. Il y avait tellement de choses et à faire, les yeux à balader partout, que leur petit tour était loin d’être terminé. Cassidy marchait à côté de Tristan. Il avait les bras chargés de sacs contenant des vêtements pouvant rivaliser avec une garde robe bien remplie. Elle était songeuse et observait les passants. Certains les regardaient et étaient surpris de voir ce petit « couple » hors norme. D’autres dames paraissaient jalouses de voir que le compagnon de Cassidy faisait tout pour la gâter. Bref, ils attiraient l’attention et elle avait bien du mal à s’y faire.

La jeune femme commençait à avoir mal aux pieds. Marcher dans la montagne, les forêts et les grandes plaines ça ne la dérangeait pas mais piétiner dans les boutiques c’était un peu plus compliqué. Bien sûr elle désirait toujours faire plaisir à Tristan mais à part des vêtements ils n’avaient rien fait d’autre. Cependant elle aimait voir son regard, son air heureux alors qu’il l’accompagnait sans dire un mot. Elle se tourna vers lui pour parler, demander sûrement peut être de passer chercher les biscuits dans la pâtisserie qu’elle avait repérer ou même faire quelque chose d’un peu plus amusant. Non finalement pas dire de chercher un truc plus amusant, cela lui donnerait l’impression qu’elle n’aime pas ce qu’ils sont en train de faire. Etrange comme elle essayait de calculer ses paroles, de peur de le vexer.

Mais alors qu’elle allait le faire, il lâcha ses sacs à l’embrassa à pleine bouche à la vue de tous. Certaines personnes eurent un hoquet de surprise, d’autres levèrent les yeux au ciel. Cassidy était toute rouge, ils se donnaient en spectacle là et elle se sentait totalement confuse face à cette réaction. Elle sentait bien qu’il avait envie d’aller plus loin, repoussant toujours les limites. Bon elle aussi mais le fait de sentir des regards pointés sur eux la mettait vraiment mal à l’aise. Ce n’est que lorsque les enfants riaient ou que des personnes âgées grognaient que Tristan lâchait Cassidy, avec un air taquin sur le visage. Elle répondit à son sourire mais ne savait pas trop quoi lui dire même si elle était un peu tendue à cause des regards un peu trop curieux et insistants des gens.

Elle feignit alors une ruelle bien tranquille, prétextant avoir repéré une autre boutique pas loin pour se faufiler à l’intérieur avec lui. La jeune femme reprit un regard plus sérieux et même si l’envie était grande, elle maîtrisait plutôt bien ses pulsions sur le coup.

« Bon écoute… j’adore quand tu m’embrasses… tu es un peu trop tentant et c’est mauvais pour ma santé mentale car je perds les pédales mais… tu sais… tous ces gens qui nous regardent, ça me mets mal à l’aise… »

Eh oui, tout ceci était bien nouveau pour elle. On ne passe pas d’une discrétion absolue en un étalage de sa vie amoureuse en un claquement de doigts. Même avec Jilian elle n’avait jamais eu de contact en public. Tristan semblait écouter un peu plus attentivement. Elle redressa une de ses mèches de cheveux blonds derrière son oreille et piétinait d’un pied à l’autre en cherchant avec attention ses mots. Seulement elle était incapable de trouver la bonne tournure pour lui exprimer le fond de sa pensée.

« Oh et puis zut ! Et puis, je ne sais pas si tu sais mais les démonstrations en public de sentiments amoureux… heu non ça nous concerne pas ! mais c’est comme si c’était le cas ! S’embrasser en public, ce sont les couples qui font ça… tu vois où je veux en venir ? »

Elle ne savait pas si elle l’avait touché et qu’il avait compris ou pas. Cependant il argumenta en disant qu’en se faisant passer pour un couple, ça démotivait les voyous de venir l’embêter. Oui dans ce sens là il n’avait pas tort… même si avec Jilian elle n’avait jamais eu besoin d’aller jusque là. Il insista en disant en plus que comme elle se mettait plus en valeur, c’était normal qu’elle attire l’attention. Et que c’était son rôle de se conduire en parfait gentleman pour éviter que des personnes désagréables les accostent. Cassidy marmonna entre ses dents et leva les yeux au ciel, réfléchissant. Elle n’était pas encore sûre de se dévoiler en public même si il y avait de bons arguments. Le temps qu’elle réfléchisse, il s’était déjà approché d’elle, la coinçant contre la caisse qui se trouvait derrière elle et déclarant qu’ils pouvaient très bien faire tout ça ici dans cette rue déserte.

Cassidy se mit à rougir alors qu’il passait ses mains baladeuses un peu partout sur son corps lui soutirant quelques gémissements. Il l’avait même soulevé pour la poser sur la caisse, prétextant qu’elle avait l’air bien tendue et qu’il pouvait arranger ça. Cependant au moment où il allait mettre sa menace à exécution, une personne s’approcha dans la ruelle adjacente. Ni une ni deux, Tristan avait remis Cassidy au sol et récupérait les paquets en prétextant une excuse pour leur… « arrêt ». La jeune femme grogna. Ca devenait de plus en plus pressant.

Alors qu’ils continuaient d’avancer entre les ruelles, deux boutiques attirèrent l’attention de Cassidy. La première était une petite boutique d’où s’élevait un parfum floral. Des fioles qui contenaient de l’huile de massage étaient posées dans la vitrine ainsi que d’autres accessoires « pour la détente ». Oh il y avait d’autres trucs ? La deuxième avait des couleurs chatoyantes et bien plus féminines. Les demoiselles semblaient être les seules à rentrer à l’intérieur. Sur la vitrine différents accessoires comme du maquillage, des jolis objets à accrocher dans les cheveux, des sortes de poudres et lotions étaient disposées à l’avant du présentoir dans un tissu soyeux. Cassidy fronça les sourcils. Maquillage ? Elle n’avait jamais voulu se maquiller. Parce que ça ne servait à rien et qu’elle n’en voyait pas l’utilité. Ils passèrent à côté sans s’arrêter pour autant.

Peut être que c’était à cause de leur proximité, de la ville qui leur donnait des envies plus téméraires mais Cassidy voyait bien le regard de Tristan qui changeait, ainsi que sa démarche bien plus saccadée même si il arrivait à rendre cela discret. Elle était sûrement bien la seule à le voir comme ça. Consciente que ça ne pouvait pas continuer ainsi, et que chacun avait les idées de plus en plus déplacés, la demoiselle regarda autour d’elle cherchant une bonne idée. Si sa mémoire était bonne, il lui semblait que dans certaines villes il y avait des auberges spéciales. Son regard s’illumina lorsqu’elle aperçut le bâtiment imposant, après qu’ils aient empruntés une rue adjacente à celle où ils se trouvaient. Elle tira alors Tristan par le bras d’un air enjoué puis entra dans ce lieu fait pour des plaisirs interdits.

L’auberge ne ressemblait pas du tout à la maison close qu’elle avait connue. Et la petite demoiselle en avait bien conscience. Ce n’était pas la même chose, ni les mêmes circonstances. En fait elle avait tellement envie et était si pressée de sentir le garçon fondre en elle que la jeune femme faisait fi de son passé tout simplement. Elle ne pouvait tout simplement pas réfléchir. Le décor de l’auberge était plutôt agréable. Ca ressemblait à n’importe quelle auberge, chaleureuse et accueillante. On ne pourrait pas imaginer ce qui se tramait dans les chambres en journée. La réception était tout ce qu’il y avait de plus classique, un comptoir, des clés, quelques objets décoratifs et bien sûr l’aubergiste, un homme qui devait avoir la cinquantaine si on faisait attention à ses rides pas encore marquées ainsi que sa barbe grisonnante mais d’une grande taille imposante. Cassidy semblait toute enjouée et adressa un grand sourire au bonhomme.

« Bonjouuuuur ! On aimerait avoir une chambre pour hum… quelques heures… enfin les heures les plus longues possibles ! Et si possible une chambre bien à l’écart ça serait bien. Genre au fond d’un couloir… »

Elle disait ça tout en sortant quelques piécettes de la besace à Tristan, sans se soucier du montant, sous l’œil amusé du patron. Eh bien voilà un étrange couple. De plus Cassidy était fort polie. Rien à voir avec la bûcheronne qui sortait un juron à chaque phrase. Charmante oui. Il se tourna pour prendre une clé et lui donner mais elle lui avait presque arraché des mains en le remerciant hâtivement tout en entraînant Tristan à sa suite. Elle ne savait pas comment il réagissait mais peut être qu’il la trouvait bien téméraire au final !

Grimpant les escaliers quatre à quatre elle semblait avoir des ailes. La chambre était bien au fond du couloir, comme demandé. Toute heureuse, elle ouvrit la porte et la referma aussitôt derrière elle, ne laissant pas le temps à Tristan de souffler alors qu’elle se pendait déjà à son cou. Dans cette intimité elle n’avait aucun souci pour se lâcher. Et il est vrai que le garçon était fort tentant. A force de l’agiter dans tous les sens pendant leur visite, la demoiselle en était toute retournée. Elle entendit les sacs qui tombaient sur le sol dans un petit bruit sourd puis elle se décolla de ses lèvres, haletante, alors qu’il gémissait de plaisir. Alors qu’il la posait sur la table, elle toujours pendue à sa nuque, c’est en lui mordillant l’oreille qu’elle lui demanda de passer tout de suite au plat principal et de zapper l’entrée. Sauf que ce qu’il lui répondit n’allait pas dans son sens.

Et leurs acrobaties furent vraiment… fantastiques. C’est qu’ils en avaient besoin ! Les derniers jours elle n’avait rien pu faire à cause de tous ces évènements entre la fin de sa relation avec Jilian, son malaise… alors forcément les envies étaient réveillées et décuplées. C’était un véritable feu d’artifice et heureusement que le jeune homme avait pensé à sortir son cristal pour éviter qu’on les entende. Sa partenaire se lâchait beaucoup, il fallait le reconnaître. Comment pouvait-on prendre autant son pied, aussi inlassablement ? A chaque fois ? Repartir toujours aussi fort. Tout y passa. La table, les murs, la cheminée, le bureau… De nouvelles acrobaties, positions. Parfois elle se faisait plus dominatrice et d’autres fois il menait la danse. Mais à aucun moment elle ne se sentait mal à l’aise ni crispée. C’était si naturel… comme respirer… comme si… comme si… elle était vide sans ça. Cela l’effrayait. Elle qui n’avait peur de rien se sentait effrayée par les fortes émotions qui l’assaillaient. Mais lorsque son compagnon la fit pousser un autre long orgasme, en même temps qu’elle, la jeune femme ne se posa pas plus de questions.
Ils continuèrent encore un moment. Exigeants l’un comme l’autre, trempés de sueur, pour lui de griffures car elle prenait soin de marquer son dos délicieux du bout de ses ongles, ils ne s’arrêtaient pas. Mais ne se lassaient pas. Seules leurs limites physiques mit un arrêt sur ce qui se passait.
Cassidy était comblée. Vraiment. Son dernier orgasme était sans un bruit mais elle s’était arc boutée en se crispant de plaisir. Ses yeux étaient fermés alors qu’elle haletait, sentant toujours Tristan en elle. Pour un peu elle ne voudrait pas bouger d’ici. Le lit était moelleux et confortable. Elle se sentait bien… que rien ne s’arrête. Apaisée, rassasiée… Il avait raison, il savait parfaitement dompter les pulsions de la demoiselle. Elles ne venaient plus malgré elle, elles venaient parce qu’elle en avait envie… Et c’était vraiment délicieux. Jamais elle n’aurait pensé qu’une telle torture devienne source de plaisir.

Soupirant, haletant, elle ouvrit les yeux et sentit ses yeux humides. Elle pleurait ? Des larmes ? De joie ? De tristesse ? Pas de douleur non, il ne lui faisait pas mal. Elle sentait quand il était en elle et son corps restait toujours étroit. Mais cela décuplait les sensations et elle en était ravie. Et puis, il bougea, juste légèrement. Elle l’attrapa instinctivement par les mains, un sourire mutin sur les lèvres, les yeux toujours fermés, lui demandant de ne pas bouger. Encore un petit peu. Puis ils avaient un peu bougé, elle avait posé sa tête contre son torse. Etre en sueur elle s’en fichait. Jamais elle n’avait autant fait l’amour avec un homme, aussi souvent, aussi régulièrement et sans le moindre dégoût ou réticence. Apaisée, elle ne semblait pas se rendre compte de ce qu’elle vivait. Que ce genre de chose était quand même loin d’être ordinaire. Arriver à être autant en harmonie avec quelqu’un ce n’était pas donné à tout le monde. Bien sûr ils se connaissaient depuis tout jeune mais qui aurait pu croire que cela finirait ainsi ? Après tout, tout les opposaient. Aujourd’hui encore c’était le cas… Mais ils avaient radicalement changé de caractère. Elle, si farouche et rejetant tout, ne faisant confiance à personne, vagabonde et sans vie stable. Lui avec sa petite vie bien rangée, son travail, ses admiratrices… Et puis il était un dragon et elle une humaine avec des caractéristiques bizarres. Humain… Dragon… Les motivations étaient différentes. Tout les opposait oui. Mais ils étaient bien les seuls à ne pas s’en rendre compte… Qu’ils agissaient contre la nature, contre leur vie. Il était fait pour être avec une dragonne. Elle… pour vivre seule sans doute vu qu’elle avait des différences avec les humains. On aurait pu la prendre pour une demi-elfe si elle n’avait pas des crocs en guise de canine. A moins qu’on l’assimile à un croisement entre un elfe et… peut être un Drakkari ? Mais c’était impossible car ses parents étaient bels et bien humains.

Elle inspira profondément. Heureusement que Tristan ne pouvait pas lire dans ses pensées. Il la réprimanderait sinon. Le jeune homme finit par se relever et elle en profiter pour grogner en désignant son entrejambe. Mais il ne s’arrêtait donc jamais ?! Ca la fit bouder un peu comme quoi il avait l’air d’en redemander. Elle s’était un peu redressé et même si elle était fort vaillante, la petite demoiselle avait des courbatures partout ! Demain ça ira sans doute mieux mais en attendant elle ne comptait pas faire de folies supplémentaires. Cependant elle n’avouerait jamais que ses muscles étaient douloureux. Quoique pour un massage en soirée… un massage qui pouvait tourner en… elle se mit à rougir pour le coup. Elle repensa à l’huile de massage et rougit encore plus. Des images très censurées apparurent dans sa tête que cela ferait tourner la tête des plus sensibles. Elle se mordilla la lèvre alors que Tristan se mit à sourire en la prenant sur ses genoux, répondant à sa réflexion sur son débandage. Il lui sortit encore une jolie déclaration comme quoi elle était au dessus des autres et qu’il avait du mal à se contrôler. La demoiselle ne savait plus où se mettre. Que ce soit un dragon qui lui dise comme ça de but en blanc ça avait de la valeur. Mais encore plus que le dragon, c’était lui. Son petit cœur se gonfla d’orgueil et de joie alors qu’elle le regardait avec beaucoup de sérieux. Ses marques semblaient briller un peu plus fort, tout comme l’espèce de tourbillon dans ses yeux qui semblait plus précis. Peut être était ce à cause de la sueur… ou bien de la lumière qui se reflétait à l’extérieur. Elle ne fit pas attention alors qu’elle était figée dans ses paroles. « Tu me combles plus qu’aucune autre femme… ». Voilà de quoi gonfler la confiance de la demoiselle tout en la touchant émotionnellement. Trop d’émotions pour ce pauvre petit cœur aujourd’hui.

Elle avait un fin sourire sur le visage mais déjà s’était redressée, déclarant prendre une douche. Parce qu’il fallait comprendre qu’ils allaient attraper froid comme ça. La jeune femme fit couler l’eau dans la douche. Cela avait un effet agréable après toute la moiteur et la sueur qui se dégageaient d’eux. Juste de tendres câlins, juste ça… elle appréciait autant que faire des galipettes. C’était agréable ce genre de petit moment… Jamais elle n’y avait fait attention jusqu’à présent. Ils se séchèrent mutuellement et l’énergie revint rapidement. A croire que les câlins avaient des propriétés qui reboostaient ! C’est la faim qui se fit sentir, surtout l’estomac de Cassidy qui gargouillait sous le regard amusé de son compagnon. Elle lui donna un coup de coude en grommelant comme quoi c’était un peu sa faute aussi.

Pendant qu’ils passaient dans les rues à la recherche d’un bon restaurant, Tristan s’arrêta devant une petite boutique encore de vêtements. Mais cette fois c’était plus des dessous. Elle se mit à rougir (décidément sa peau était plus rouge que blanche aujourd’hui !). La jeune femme n’avait qu’un bandeau en guise de sous vêtements… seulement ce qu’il y avait à l’intérieur semblait bien intéresser son compagnon même si il ne disait rien. Elle flasha sur un magnifique boxer bien moulant de couleur sombre. Avec ce genre de chose on pouvait bien voir les…formes. Et hop ! Cassidy secoua la tête pour chasser cette gêne et Tristan reprit son chemin comme si de rien n’était.

Le jeune homme s’arrêta devant un restaurant où la carte à l’extérieur affichait tout un tas de desserts les plus appétissants les uns que les autres. D’ailleurs c’était bien indiqué que c’était les meilleurs desserts de la ville ! Pourtant Cassidy ne voulait pas que Tristan soit délaissé, lui qui aimait tant la viande. Il insista quand même et elle finit quand même par accepter. Le restaurant était chaleureux à l’intérieur. Ils s’installèrent rapidement et quand on leur tendit les cartes, Cassidy se sentit soulagée de voir qu’il y avait quand même du choix pour son compagnon. Pour sa part elle commanda de la viande de gibier et des légumes avec une petite sauce forestière.

Se souhaitant bon appétit, ils commencèrent à manger avec bon appétit alors qu’on leur apportait les plats. Mais Cassidy semblait pensive, laissant sa fourchette pendre dans le vide, un bout de carotte accroché dessus. La réflexion sur l’argent lui revint en mémoire car il en avait des frais avec elle ! La petite demoiselle culpabilisait de le faire dépenser autant… surtout pour une fille de passage. Il l’appela doucement et elle cligna des yeux pour sortir de ses pensées avant de lui expliquer ce qui la dérangeait.

Elle le regardait alors qu’il répondait. Quelque chose n’allait pas. Cassidy commençait à bien connaître Tristan et il avait là tous les gestes d’une cachotterie. Il parlait d’argent de poche… comment ça ? Elle n’était pas convaincue et fronça les sourcils alors que lui se mit à détourner le regard, visiblement mal à l’aise. Elle haussa les épaules. Bah, elle lui cachait bien pour ses poignets de force… Enfin elle ne lui disait rien quoi.

Puis il changea de sujet et lui tendit sur la table une bourse qui fit un doux bruit comme si elle était bien remplie. La jeune femme fronça encore plus les sourcils. C’était pour quoi ? Les merveilleux ébats qu’ils avaient eu ensemble ? Il la payait pour la remercier d’être à son goût ? Cela ne lui plaisait pas trop. Pourtant la voix de Tristan était bien hésitante. Et cela adoucit un peu Cassidy même si elle avait émis l’hypothèse qu’il la payait pour ça. Pourtant il déclara un argument tellement pourri qu’elle ne put s’empêcher de rire de bon cœur. Si elle comprenait bien c’est juste qu’il tenait à lui faire plaisir au quotidien. Seulement Cassidy était encore loin d’être autonome pour se faire plaisir. Après tout elle n’avait jamais pensé aux biens matériels. En tant que voyageuse elle avait toujours le strict nécessaire sur elle, ne s’encombrant pas inutilement. Elle ne voyait pas ce qu’elle pourrait faire avec ça. L’idée des sous vêtements sexy pour lui revint à son esprit… Ca lui ferait plaisir de le voir habiller comme cela. Elle repensa ensuite à cette petite boutique d’objets et produits de détente. Peut être aller y faire un tour. En tout cas elle accepta la bourse en marmonnant un merci, ne voulant pas lui faire de la peine.

Enfin, elle aborda un autre sujet tout aussi fâcheux. Le problème de place. Elle serait bientôt seule. Mais il ne semblait même pas en tenir rigueur comme si ce n’était pas dans ses plans. Il parlait de caisse de rangement ou de seconde armoire. Elle fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour lui demander pourquoi ils installeraient une deuxième armoire dans l’auberge où ils se trouvaient sachant que leur passage était éphémère. Elle comptait lui mettre en avant le fait qu’une fois sa mission terminée, il repartirait pour Kalendaar et elle… eh bien elle avait déjà réfléchi un peu à la situation et avait l’intention de bouger. L’argent qu’il lui avait laissé lui permettrait peut être de payer un début de loyer le temps qu’elle trouve un autre travail. Car elle n’avait pas du tout l’intention de rester dans la même ville que Jilian. Ca serait trop… bizarre.

Cependant elle n’eut pas le temps de discuter de cela avec lui car le patron était arrivé. En effet Tristan avait terminé sans souci le steak et cela méritait bien des félicitations. Cassidy resta pensive alors que Tristan changeait de sujet en parlant de livres. Elle ne semblait pas persuader. Du moins il fallait aller dans de grandes villes pour des bouquins plus… évolués sur la magie.

Puis après le repas ils décidèrent de sortir de la ville. Le lac glacé était magnifique et quelques personnes s’affairaient aussi autour de cet endroit. La demoiselle tenait son paquet de biscuits contre elle. Le soleil était encore haut dans le ciel. Sortir de la ville lui faisait du bien, elle entendait le bruit des oiseaux, l’air frais qui la tenait éveillée. Ils s’étaient finalement installés sur une grosse pierre qui leur servait de banc et surplombait l’étendue du lac gelé ainsi qu’une partie de la ville. La jeune femme ferma les yeux un instant et appréciait les biscuits tout chauds. Elle se léchait d’ailleurs les doigts avec gourmandise.

Mais un sujet sérieux lui donnait envie de parler. Parce qu’ils ne parlaient pas souvent de ça au final et puis elle était très curieuse de savoir en quoi Tristan était différent. Mais il l’était déjà à ses yeux. Cependant elle aurait voulu en savoir plus. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle se sentait en contact avec ces marques. Parfois elle sentait des bribes de magie en elle, du moins ça y ressemblait et au même moment les marques de Tristan semblaient répondre… quand elle y faisait attention. Elle parla longuement en regardant l’horizon. Lorsqu’elle eut fini, il posa délicatement une main sur sa joue, déclarant un truc spécial. Elle haussa les sourcils sans comprendre. Il parlait de son meilleur ami, elle répliqua, il continua et d’un sourire amusé elle le traita de pervers… avant qu’il ne l’embrasse ce qui lui tira un nouveau frisson électrique.

Il répondit plus sérieusement et ne semblait pas avoir une seule idée. Elle ne pouvait pas l’aiguiller, ne s’y connaissant pas en magie. Après tout même si la théorie était dans les livres, c’était beaucoup de pratique et de sensations surtout. Tout ne s’expliquait pas dans un bouquin. Il parlait aussi qu’il fallait qu’elle le rencontre. Elle haussa les yeux au ciel, pas vraiment… convaincue.

*Ah parce qu’l va venir ici ? Tu l’as invité ?*

Plus sérieusement, cela commençait à faire beaucoup. Tristan donnait l’impression de vouloir mener une relation plus longue. Enfin la garder sous le coude quoi… C’est comme ça qu’elle le comprenait. Mais à trop insister là-dessus, elle finirait par oublier qu’un jour, il partirait… quand sa mission serait terminée. Sa vie c’était à Kalendaar, pas ici ! Et elle… elle n’avait pas d’endroit où se poser. Cependant elle ne dit rien, ne voulant pas attaquer ce sujet sensible, s’émerveillant juste de la beauté de la nature qui l’apaisait.

Finalement, elle avait fini son paquet de biscuits et cherchait même les miettes dans le fond. Tristan proposa de rester pour la nuit. Il parlait des festivités qui auraient lieu ce soir. Cassidy était bien curieuse bien qu’elle était toujours aussi anxieuse lorsqu’il y avait du monde. Mais cela valait le coup pour une fois. Pourtant elle le regarda avec inquiétude.

« Et pour trouver une chambre ? Tu te rends compte va y avoir du monde… je ne sais pas si… »

Il la coupa en disant qu’il avait déjà réglé ça. Elle sourit, amusée.

« Bien sûr… t’y as pensé avant même que je ne te donne une réponse »

Tristan déclara qu’il pouvait annuler si elle ne voulait pas. Mais elle secoua la tête.

« Par contre je sais pas si tu sais mais demain je bosse… Ninna n’est pas au courant et… »

Il répliqua qu’il l’avait prévenu de lui laisser quelques jours. Cassidy se redressa et se plaça devant Tristan, les mains sur les hanches, d’un air fier et faussement hautain.

« Bon très bien très cher ! Tu as pensé à tout je vois… je ne me vois pas refuser »

Puis elle lui sauta dans les bras et déposa sur ses lèvres un long et doux baiser. Les deux jeunes gens étaient rentrés en ville et il lui disait qu’elle pouvait aller se balader dans les boutiques pendant qu’il règle certaines choses. Cassidy se retrouva donc seule dans la rue et une grosse bourse dans les mains. Avec sa robe, elle n’avait pas de poche… Si un voleur passait on pouvait facilement lui dérober. Elle essaya de tasser dans sa petite main le conteneur en cuir mais sans succès. La demoiselle se dirigea alors vers les boutiques qu’elle avait repéré tout à l’heure, elle avait bien quelques idées et cela la fit sourire d’avance. Une fois ses emplettes terminées, elle continua sa petite tournée et s’arrêta devant une boutique d’armes avant de regarder ce qu’il y avait dans la vitrine. Beaucoup d’épées, de dagues, d’autres armes contendantes… Bon elle n’avait pas besoin de ça pour se défendre, à elle seule c’était une véritable arme vivante.

Cependant elle se rappela que cela faisait bien longtemps que cette espèce de magie noire ne s’était pas déclenchée. Depuis que Tristan était là, elle n’en avait pas l’utilité… Dans un sens elle se sentait soulagée. Il était son garde fou… le seul qui l’empêchait de sombrer dans la folie, dans cet esprit meurtrier… elle avait l’impression de dominer cette partie d’elle. En réalité c’était faux, elle s’endormait. Et si un jour ça se réveillait, alors ce n’était pas dit qu’elle arrive à se contrôler…

Alors qu’elle était plongée dans ses pensées, la demoiselle fit interpellée par Tristan. Elle serra ses petits sacs colorés et secoua la tête quand il demanda galamment de lui prendre. Il semblait très pressé et la conduisit dans une boutique qui était en fait… une sorte de salon. Il y avait une coiffeuse qui râla sur la tignasse de Cassidy. Tristan déclara qu’il voulait une princesse. Elle ouvrit la bouche et râla pour la forme. Décidément il tenait à ce que tout soit parfait aujourd’hui…

Alors, elle se laissa faire. Pomponnée, chouchoutée, Cassidy était patiente alors qu’on s’occupait d’elle. A vrai dire, elle n’avait pas trop l’habitude de ce genre de choses. Et semblait un peu crispée même si on lui proposait un thé pour se détendre, quelques biscuits… On lui fit des massages aussi, un soin de la peau, du maquillage fut posée sur son visage et une robe splendide fut apportée. Bref, une vraie petite princesse. Cassidy n’en revenait pas. Elle finissait par s’y habituer, c’était agréable. Et en se regardant dans le miroir, elle n’avait plus rien à voir avec la Cassidy habituelle. Ses cheveux dorés étaient élégamment relevés au dessus de sa tête et des mèches retombaient savamment dans le vide. Des sortes de petits fils couverts de perles argentées avaient étés accroché sur sa tête pour contraster avec la blondeur de ses mèches et quelques roses étaient disposées sur le côté droit de sa tête. Ses cheveux avaient un peu coupés, brushés, enlevant les pointes. Ils brillaient de mille feux. Une sorte de gel avait été posé à quelques endroits pour donner un côté artistique et finaliser cette coiffure.

Lorsqu’elle regardait son visage, un maquillage fin mais très classe avait été posé sur celui-ci. Ses yeux noisettes étaient mis en valeur avec un joli fard à paupières pailletés, sa cicatrice à l’œil avait été habilement camouflée avec une sorte de poudre magique qui rendait invisible les éléments disgracieux pendant quelques heures. (D’ailleurs Cassidy avait un peu hésité avant qu’on s’en occupe, sentant qu’on s’affairait à cet endroit). Elle avait eu droit à un soin du visage qui soulignait la bonne mine de ses joues tout en lui donnant des couleurs et ses lèvres étaient couvertes d’un délicat rouge à lèvres rosé qui donnerait à n’importe qui l’envie de l’embrasser. Au niveau de la tenue elle portait une robe vaporeuse d’un bleu aussi bleu que le ciel. Le tissu semblait aérien, bien loin des tenues nordiques qu’on avait l’habitude de voir et semblait avoir été tissé par des elfes. Des traits argentés et blancs donnaient du relief au bas de sa robe, les manches de ses bras étaient fluides et amples pour éviter qu’elle ne soit trop serrée avec ses bracelets. Il y avait un léger décolleté mais elle ne portait pas de pendentif actuellement. Un châle argenté avait été posé sur ses épaules et des sandales bien chaudes couvraient ses pieds. Les dames semblaient ravies de leur création.

- Tu es vraiment magnifique !
- Ton compagnon va être sous le charme c’est certain
- Il va avoir une sacré surprise ça c’est sûr…
- Oh ne fais pas cette tête, ne t’inquiète pas voyons, tout se passera bien


Cassidy remercia respectueusement les dames. Elle ne savait pas trop quoi dire. Sentant son visage un peu plus alourdi que d’habitude même si le maquillage était léger. Son cœur battait la chamade. Mais elle prenait tout son temps pour rejoindre son homme. Il est vrai que Cassidy redoutait ce moment… avec un peu d’angoisse. Son cœur lui faisait mal et du bien en même temps. Comment Tristan allait-il le prendre ? Alors qu’elle marchait on la regardait marcher, certains lançaient un sifflement admiratif alors que d’autres auraient bien voulu… profiter de la petite demoiselle. Cependant elle ne fit pas du tout attention et continua sa route en pressant le pas quand même. Elle le vit enfin. Imposant, attendant près de la fontaine, il semblait être seul et lorsqu’elle l’aperçut, elle l’appela, un sourire éclairant son visage et se mit à courir dans sa direction. Cependant avec sa robe et sa tenue elle n’avait pas encore l’habitude de marcher et d’un coup, se mit à glisser et perdre l’équilibre devant lui, battant bêtement des bras pour tenter de se rattraper.

Mais n’ayez crainte gente damoiselle, votre chevalier servant est là pour vous rattraper ! Elle ne toucha jamais le sol. Tristan avait heureusement vite repris ses réflexes et ses esprits en la voyant chuter, juste avant il était ébloui par le petit ange qui venait de se présenter à lui. Elle sourit, ouvrit la bouche pour parler mais il ne lui en laissa pas le temps, l’accueillant avec un baiser rempli de passion et de promesses pour la soirée. Cassidy passa instinctivement les bras autour de son cou alors qu’il l’était à se redresser. Le baiser était délicieux. Puis il lui montra alors la housse et lui tendit. La jeune femme semblait surprise en la prenant, étonnée par le poids de celle-ci.

« Pour moi ? T’as fait quoi encore comme folie ? »

Elle posa la housse sur le rebord de la fontaine et tira sur la fermeture de la housse déballant une magnifique planche de surf des neiges. C’était magnifique et elle cligna des yeux un instant. Heureusement que les cristaux des poteaux à côté de la fontaine éclairaient car avec la nuit qui se levait, difficile de bien voir. Elle resta bouche bée et posa ses doigts sur les gravures. Bleu et violet, ses couleurs préférées… Pourquoi… pourquoi ça… Décidément c’était trop pour le cœur de la demoiselle. Pas habituée à tant d’attentions, pas habituée à tous ces cadeaux, pas habituée non ! Elle détourna la tête, les yeux brillants et Tristan s’inquiéta, pensant qu’elle n’aimait pas.

C’est qu’elle tremblait et qu’elle sentait les larmes qui montaient dans ses yeux… au risque de faire partir le magnifique maquillage qui était loin d’être waterproof, surtout l’encre noire sous ses yeux qui soulignait son regard. Elle voulait s’essuyer les yeux mais pensa au maquillage. Alors elle inspira profondément et parla d’une voix forte et d’un trait en se retournant vers Tristan et le frappant un peu fort sur le torse.

« T’as failli me faire pleurer crétin ! »

Pleurer parce qu’elle n’aimait pas ?

« C’pas ça… C’est que… en un jour tu fais beaucoup pour moi. Je suis pas habituée à tous ces élans de petits gestes romantiques… heu… attentionnés je veux dire. »

Qui à part un amoureux pourrait faire ce genre de chose ? Trop c’était trop. Elle était touchée et émue en même temps mais aussi terriblement décontenancée. Cependant il la prit dans ses bras et la rassura en parlant, lui faisant des compliments, relevant son visage sur le sien pour qu’il puisse admirer le résultat. Et puis, pour changer cette atmosphère, il lui présenta sa planche qu’il avait aussi fait pour lui et elle écarquilla les yeux.

« Tu es sûr ? »

Il ne semblait on ne peut plus décidé !

Elle semblait perdre ses moyens puis elle lui tendit un de ses petits sacs. Il contenait plusieurs boxers et tenues bien affriolantes qui lui étaient destinées, des sous vêtements terriblement tentants. Elle marmonna quelque chose comme quoi elle était curieuse de le voir porter ça… Bon, Cassidy n’était pas douée pour les cadeaux. Il montra les autres sacs, curieux de savoir ce qu’il y avait dedans.

« Ah ça… oh… j’ai pris de l’huile de massage, des sels de bain, quelques élastiques pour m’attacher les cheveux… ce genre de babiole quoi »

Il semblait un peu contrarié qu’elle tienne encore à s’attacher les cheveux mais plutôt amusé par l’huile de massage et les sels de bains bien que les sels de bains, ce n’était peut être pas très bon pour un dragon…

Finalement ils posèrent leurs affaires à l’auberge et elle semblait encore craquer quand elle aperçut la chambre aussi luxueuse qui n’avait rien à voir avec la première. Elle l’enguirlanda copieusement en disant qu’il exagérait, il répliqua que c’était normal.

Enfin, ils se dirigèrent vers l’endroit de la fête. Une large allée étaient envahie de petits stands. De délicieuses odeurs envahissaient les narines des passants. C’était agréable et Cassidy en avait l’eau à la bouche. Des petits cristaux de couleurs différentes attiraient sur des stands ou des autres, un orchestre ainsi qu’une piste de danse était en place sur une large zone centrale. La musique était entraînante, les gens riaient, s’amusaient. Cassidy fut tout de suite attirée par les différents stands. Elle avait très faim et avait qu’une envie, profiter de toutes ces spécialités.

Son regard s’illuminait de joie alors qu’elle attirait son copain vers un stand où on faisait fondre du chocolat chaud dans une fontaine, elle regardait avec gourmandise sous les éclats de rire de son compagnon qui lui indiquait d’autres stands. Après tout, il fallait bien commencer par l’entrée. On offrait des petits plateaux à l’entrée afin de pouvoir piquer sur les différents stands et manger un peu ce que l’on voulait. Cassidy était bien attirée par des brochettes de viande ainsi que de légumes, puis elle embarqua des beignets de poisson croustillants, des petits toasts faits avec des ingrédients bizarres mais qui sentaient bon… Tristan avait bien sûr porté son dévolu sur différents types de viandes. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de lui faire goûter les différentes spécialités, donnant son avis.

Elle remarqua aussi que d’énormes sculptures de glace s’étaient illuminées sur la piste de danse, là où des couples dansaient sous les lumières qui décoraient le ciel. Tout était parfait… bien parfait. Ils continuèrent à flâner devant les petits stands et un en particulier qui vendait des bijoux de toutes formes. Tristan s’arrêta un instant. Il déclara à haute voix qu’il manquait quelque chose pour que sa compagne soit encore plus resplendissante. Il acheta un magnifique pendentif argenté.

« Tris’… tu n’es pas obligé… »

Pas l’habitude d’avoir un tel homme. Un parfait gentleman. Ce trop plein de perfection ne cachait-il pas quelque chose dans le fond ? Pourtant elle accepta avec plaisir son autre présent. Puis il l’emmena sur la piste de danse pour disputer ce fameux gala de danse. Surprise encore une fois, elle voulut l’arrêter.

« Mais… tu sais bien que je ne sais pas du tout danser tu le sais non ?».

Elle ne semblait plus sûre du tout, plus sûre de rien… Et complètement perdue face à une situation qui la dépassait. Bien sûr, elle était contente de faire tout cela avec lui mais il y avait plein de monde… elle n’avait plus l’habitude de tout cela. En même pas une journée elle avait vu plus de personnes qu’en 3 ans réunis. Il fallait comprendre que la pauvre était choquée et que Tristan devrait montrer des trésors de patience pour qu’elle surmonte tout ça.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 8 Oct - 20:10

HS: je sais que normalement, temporellement parlant ça ne colle pas, sauf si on décale un peu les saisons, ce que je me permets grandement… Tu verras pourquoi :p

Imperturbables, distants, mystérieux, inaccessibles… Combien nous définissent ainsi ? Combien m’ont défini ainsi ? Les dragons sont… différents. Distants du monde, ils ne le perçoivent pas de la même manière que les créatures magiques qui vivent dans notre univers et certainement pas de la même manière que les humains, créatures tellement plus fragiles et éphémères que les autres espèces. Pourtant… ils sont fascinants parfois ces humains, par l’intensité avec laquelle ils vivent. S’ils ne ressentent pas le monde comme nous pouvons le ressentir, s’ils sont aveugles, sourds par rapport à nous et nos sens surdéveloppés, ils peuvent agir avec puissance…
Imperturbable, distant, mystérieux, inaccessible, si séduisant, si incompréhensible… J’ai tant de fois entendu ces mots dans la bouche des femmes que je séduisais en tant que chevalier Cheistam ou en tant « qu’homme » aux besoins impérieux. Ils m’ont toujours fait sourire… Extérieurement, je sais que jamais personne n’a vu ce qu’il y avait derrière mes sourires et ma carapace, derrière ce masque parfait, derrière cet uniforme rassurant et tranquille qui n’est pas celui du chevalier mais plutôt de l’homme que je prétend être. Personne n’a jamais vu le masque, la carapace. Personne sauf elle…
Personne n’a jamais vu que le sourire amusé, qui se voulait flatté était mû d’indifférence car c’est ce qui fait de moi ce que je suis, l’indifférence au monde, à ce qu’on peut penser de moi, car je suis différent. Ce n’est pas que je ne ressens rien, seulement c’est différent. Personne à part elle…
En fait je ne ressens rien… Les dragons ne ressentent rien… Pas dans le sens « humain » de ce terme tout du moins. Nous avons des instincts, nous sommes bagarreurs, parfois impatients, bon d’accord très souvent, colériques, beaucoup, passionnés, souvent égoïstes pour ne pas dire tout le temps. Oui c’est ça, nous sommes égoïstes, notre ego est plus massif que nos corps si puissants et notre fierté n’a d’égale que cet égoïsme… Nous sommes attachés aux autres de notre espèce, à notre manière et nous pouvons ressentir une espèce « d’affection », du moins de reconnaissance pour ceux nés d’humains… une reconnaissance teintée d’une vague admiration empreinte de mépris aussi contradictoire que cela puisse être, envers ce géniteur si faible ayant engendré pareille perfection… Car nous sommes tous beaux, tous séduisants, tous déstabilisants, tous trop charismatiques, nous sommes au-dessus, au-dessus du reste du monde et c’est pour cette raison que les humains nous ont vénéré, que d’autres continuent et que d’autres continueront… Nous sommes au-dessus et c’est pour ça que les dieux nous ont donné des ailes, pour voler au-dessus des autres créatures et leur rappeler leur faiblesse face à notre puissance, pour enseigner aux humains à lever les yeux et à rêver, tout en sachant que jamais ils ne nous égaleraient d’aucune manière…
Tout cela je le sais bien, ce qu’on ne m’a pas enseigné par les mots ou les coups, par les leçons ou les sévices, normaux car plus formateurs en s’imprimant dans la chair, tout ce qu’on ne m’a pas dit, je l’ai toujours su, car ancré dans mes veines… Non, plutôt l’encre de mes veines, cette certitude de toute puissance, cette impression fulgurante de supériorité. Qu’un humain meure n’a aucune importance… Mais un dragon… un dragon… c’est un drame pour le monde et ça peut-être que nous sommes les seuls à le percevoir.

Pourtant je ne pense pas ainsi… Je sais toutes ces choses, je les sais bien et parfois je sens leurs morsures s’insinuer en moi et me rappeler que je suis libre de tout, de soumettre et de violenter, car j’ai tous les droits, car je suis au dessus de toutes les lois et de toute la morale. Mais je suis différent… Différent de mes pairs. Peut-être parce que le monde n’est pas pareil pour moi, peut-être parce que je vois des choses qu’eux ne voient pas… J’ai peur de tout ça… Peur d’avouer cette vérité qui m’effraie tant. Je ne suis pas totalement comme eux. Je leur ressemble tant, je suis comme eux et en même temps… différent. Pourquoi ? Je n’en sais rien… Je sais que je ressens la magie différemment… Je sais que je vois en chaque être, en chaque plante des choses que d’autres ne voient pas. Je sais que je vois, ressens dans le monde des choses que je ne devrais ni voir, ni ressentir. Et surtout il y a… CA, cette certitude encore plus effrayante qui je le sais serait totalement incomprise de mes pairs. Je sais que je suis censée être la créature suprême qui fend les airs avec puissance et provoque le lever du regard d’autres créatures. Mais quelque chose en moi me crie que ce n’est pas la soumission, la jalousie, la vénération perverse et meurtrie, la crainte des humanoïdes qui brilleraient dans leur regard… La certitude prégnante qui parfois m’étreint et m’étouffe est toute différente. Je vois le monde et le ciel qui m’appartient, je me vois cesser de cacher celui que je suis réellement et épouser le plein potentiel que je repousse et qui m’effraie tant, je vois les regards levés vers mon corps de titan miroitant sous le soleil. Mais il n’y a pas de crainte, pas de soumission, pas de peur, pas de colère non plus ni jalousie. Il y a la reconnaissance, il y a les cris de joie et d’encouragements, il y a les cris de soulagement. Je ne suis pas celui qui soumet. Je ne suis pas le tyran. Les dieux m’ont donné le corps de puissance, les ailes pour dominer le monde, pour sauver. Je suis le protecteur qui veille et les autres espèces mes protégés. Je pars affronter quelque chose d’horrible mais je ne tremble pas, au contraire, le défi et le danger m’électrisent ! Je suis né ainsi, je suis fait ainsi, je sais que ce que tous ont oublié, ce rôle, cette existence, ces particularités, moi… je me souviens…



Le grand jeune homme fixait l’effervescence autour de lui sans sembler le moins du monde perturbé. Tristan, adossé contre le bord de la haute fontaine contre laquelle il patientait était sourd au monde qui s’agitait. Pourtant, le bruit, la cohue des préparatifs pour la fête avaient de quoi donner la migraine aux plus vaillants. Plongé dans des pensées qui s’enchainaient, se chevauchaient et s’entremêlaient sans sens apparents pourtant il était l’image même de la tranquillité et semblait totalement… étranger au reste du monde.
Il ferma les yeux pour se souvenir…

La veille, quand ils étaient restés dans cette chambre tous les deux, attendant que la petite demoiselle se remette il aurait pu partir à tout moment, vaquer à différentes occupations ou trouver tout simplement une demoiselle plus « pratique » pour satisfaire les pulsions insatiables de son appétit de dragon. Il aurait dû… Pourtant la simple idée ne l’avait pas même effleuré. Parce qu’il voulait rester avec elle, veiller sur elle, un peu… juste un peu…
Elle lui avait sorti une drôle de phrase alors qu’il écrivait différents courriers et il avait tourné lentement la tête vers elle sans saisir l’intonation dans sa voix. Instinctivement, le garçon rebelle, amusé, bagarreur qui s’éveillait à son contact voulut rétorquer.. Oh une petite phrase toute simple, un simple « t’es jalouse ? » qui ne dirait ni oui, ni non à sa question, la provoquerait juste suffisamment pour déclencher une bataille d’oreillers ou de véhémentes réparties… C’est qu’elle était coriace. Mais il n’avait rien dit. Ca le surprenait lui-même… Ce n’était pas parce qu’il voulait faire l’indifférent, le gentleman, le garçon gentil sans histoire qu’il n’avait rien dit… Non avec elle, il n’avait pas besoin de faire semblant et c’était tellement apaisant qu’il peinait à le comprendre lui-même. Non… S’il n’avait rien dit c’est parce qu’il avait craint qu’elle lui dise oui… Car il n’aurait su quoi dire, il ne savait jamais quoi dire. Bien sûr il pouvait sortir des discours époustouflants avec une facilité déconcertante mais c’était uniquement parce qu’ils étaient spontanés et qu’au contraire dès qu’il essayait de réfléchir a minima c’était beaucoup plus… Cafouilleux. Et c’était facile de rétorquer sur le genre de terrain dans lequel elle le poussait… Si c’était quant à ses performances sublimes, son beau visage, le simple fait qu’il la trouve belle, c’était facile, tellement facile… Mais si elle avait dit « oui »…S’il n’avait pas su voir si elle plaisantait ou non… S’il… se retrouvait idiot à ne pas savoir quoi dire. Et puis surtout, surtout… quelque chose s’était serré dans sa gorge. Parce qu’elle pouvait dire oui… et elle pouvait dire non… Et le non… Le non lui ferait du mal. Il ne savait pas pourquoi mais lui ferait mal… Vraiment.
Pourtant elle avait brusquement rougi et semblait… totalement différente, maladroite, ailleurs à son tour, l’air de regretter ses paroles. Il aurait pu la taquiner, la provoquer sur son rougissement… Il se contenta d’un sourire léger et de faire comme s’il ne remarquait pas le feu qui empourprait les joues pâles… Mais d’un ton léger il s’entendit dire comme si ça n’avait pas la moindre importance.

- Ca risque d’être horriblement barbant mais tu peux lire si tu n’as pas confiance.

Il se trouva aussitôt très idiot de prononcer ces mots et en même temps… un véritable génie car ils voulaient tout et rien dire… Elle pouvait les interpréter à sa manière… Mais il voulait lui dire en quelque sorte qu’il n’y avait pas d’admiratrices… ou du moins qu’il ne leur écrivait pas. Néanmoins les mots prononcés étaient très différents. Pas confiance ? Pas confiance en quoi au juste ? En son travail ? En son professionnalisme ? En lui ? En leur… relation ? Pas confiance par rapport à des admiratrices parce qu’il semblait curieusement… exclusif ?

Il l’avait rejointe et elle avait tenté un sort. Fiasco certes mais elle avait fait quelque chose, réellement et elle en semblait toute surprise encore une fois. Il sourit même si ses sourcils s’étaient froncés… Elle était merveilleusement souple, il pouvait en attester de la plus délicieuse et « précise » des manières et pourtant ses gestes avec la magie étaient incroyablement raides, comme si elle était bloquée, le prouvaient ses mouvements une fois de plus saccadés. Etrange… Il le nota dans un coin de sa tête tandis qu’ils parlaient et lisaient ensemble. Elle déplorait son manque de patience, parlait de mettre le feu à la chambre… L’intérêt du jeune homme s’éveilla alors qu’il glissait ses lèvres contre l’une de ses oreilles.

- Mh… Si c’est ce que tu souhaites j’ai bien une autre manière moins littérale mais beaucoup plus… agréable pour… augmenter la température…

Elle sursauta, se raidit contre lui et il aurait pu croire l’avoir inquiétée s’il n’avait pas senti le frisson qui hérissait délicieusement la peau de la jeune femme au contact de l’une de ses mains sur sa taille. Elle fit volte face avec une agilité surprenante malgré son état alité et les yeux plissés lui donna sans vergogne une tape, fulminante malgré le pétillement dans son regard. Elle trouvait que ce n’était pas des choses à dire à une malade, se reprit aussitôt mais Tristan n’avait que très légèrement haussé un sourcil, demeurant imperturbable. Qu’elle soit effectivement malade ou que ce soit un lapsus il ne la forcerait pas à lui dire quoi que ce soit. Elle était libre avec lui… totalement libre de dire et penser ce qu’elle voulait. Elle se reprit très vite, gênée et se plongea dans un autre livre alors qu’il ne disait rien. Il demeura sage quelques instants avant de glisser de nouveaux quelques mots à son oreille.

- Ca me va si tu es… « malade », je veux bien faire le chaman et hum…ausculter…avec... beaucoup de minutie...

Elle eut le bon goût de ne même pas relever, l’ignorant superbement et pourtant il était sûr d’avoir vu un sourire étirer légèrement ses lèvres. Ils parlèrent et lurent sur les dragons alors qu’il donnait des indications et relevaient les faits erronés même si la majorité de ses notes le faisaient déjà au sein de l’ouvrage. Fait curieux, son écriture pouvait être extrêmement… différente. L’élégante et fine écriture inclinée sur la droite pouvait se transformer en une beaucoup plus… hachée, totalement droite, aux lettres non liées, comme si un autre avait écrit… Le fameux Zackari ?

Elle parla de dragon corrompu et dut bien le sentir se crisper dans son dos. Ils étaient tous les deux allongés sur le côté, la tête appuyée sur un bras alors qu’il s’était un peu collé à elle, l’entourant de sa main libre. Elle le sentit se crisper oui et eut le bon sens de poser sa main qui tournait de temps à autres les pages, sur celle, tellement plus grande du jeune homme. Il se détendit un peu mais semblait assez gêné et perdu par rapport au sujet, expliquant que lui-même en savait bien peu, que c’était un fléau à cause de leur puissance et avoua même qu’on ne savait pas vraiment comment et à cause de quoi un dragon pouvait changer de cette manière. Encore et surtout parce que les principaux concernés n’avaient que peu l’occasion d’en parler puisqu’ils étaient généralement exécutés… mis hors d’état de nuire. Mais aussi… parce qu’il semblait que ce soit une idée de corruption de l’âme et que chacun pouvait être sensible sur différents points de différentes manières. Il s’entendait parler et savait qu’il en disait trop. On l’aurait traité de fou, on l’aurait tout simplement salement remis à sa place si on avait su tout ce qu’il disait à une humaine, qui plus est étrange et ce même si elle avait une certaine fascination pour ceux de son espèce, à sa manière, peut-être pas dans le meilleur sens… Il en disait trop, en trop peu de temps… Un dixième de ce qu’il lui révélait pouvait servir des personnes au coeur bien noir… Etait-ce bien raisonnable d’agir de la sorte ? Pourquoi… Pourquoi se sentait-il autant en confiance ? Aussi… Sûr avec elle ?

Le lendemain, leur réveil faillit tourner à un jeu des plus… délicieux aux goûts du garçon. Il fut tout de même surpris qu’elle l’arrête. Non pas qu’il se pense parfaitement irrésistible et bien plus qu’une possible sortie. Il savait même qu’au contraire elle n’était pas vraiment très emballée par ladite sortie à cause de son côté très farouche… Mais elle avait bien dû remarquer qu’il y tenait et elle s’adaptait en conséquence. Même s’il ne dit rien, le jeune homme se fit la remarque justement que la petite demoiselle semblait, à sa manière, se soucier de ce qu’il voulait, même pour quelque chose d’aussi idiot qu’une sortie…
Ils se préparèrent rapidement et elle accepta de porter une robe pour « lui faire plaisir ». Surpris, Tristan haussa légèrement un sourcil alors qu’elle se rattrapait déjà. Il fit comme si cette seconde réplique était la seule qui importait, pourtant un sourire avait éclairé son visage l’espace d’un instant. Il avait bien entendu… elle voulait lui faire plaisir non ? Mais pas l’admettre… Parce que c’était plus facile de ne rien admettre du tout… Il ne la taquina pas une fois de plus, même s’il aurait pu… Peut-être aurait-il dû… Devant son aveu qu’elle cherchait à lui faire plaisir mais à la voir si gênée et se rattraper si vite, même s’il n’était pas humain et ne comprenait pas souvent les réactions de cette espèce à laquelle elle ressemblait autant qu’elle s’en différenciait, il s’abstint simplement, respectueux.
Finalement ils partirent à dos de cheval alors que de nouveaux mots maladroits échappaient à la jolie jeune femme. Oui bien sûr. La comparaison avec l’équidé n’était que maladresse, pas le moins du monde intentionnelle et elle avait raison, il pouvait le prendre mal, très mal. Pourtant ce ne furent que les légers tressaillements du torse puissant contre lequel elle s’appuyait qui la renseignèrent… Il riait, silencieusement.
Plus confortable hein ? Pour quoi ? Ou plutôt pour… quel type de monture. Elle tourna très légèrement la tête vers lui, déjà parce qu’elle essayait de bouger le moins possible tant elle n’était pas à l’aise sur l’animal, ensuite parce qu’elle semblait fuir son regard, si rouge qu’elle semblait rivaliser avec la chevelure de flammes du jeune homme. Si elle s’était retournée c’est peut-être parce qu’elle ne savait pas d’où venaient justement les tressaillements et s’il ne tremblait pas plutôt de colère face à l’insulte mais comme elle ne le regardait que peu, difficile de vérifier. Il profita de ce léger retournement pour déposer un baiser très léger sur une de ses joues, se penchant sur elle en murmurant tout bas.

- J’avais compris… Ne t’en fais pas pour ça.

Elle marmonna mais resta gênée et silencieuse et ce silence fut profitable au jeune homme qui se sentit… perdu. Si ça avait été quelqu’un d’autre… il savait que ça l’aurait vexé, humilié, énervé, énormément. Mais c’était elle…
Après tout, il n’avait jamais pris personne sur son dos de dragon, à part elle… Même si jusqu’alors leurs « essais pour s’apprivoiser » n’étaient que terrestres…
Ils étaient arrivés dans cette ville plus grande, animée et absolument magnifique. Il y avait tant à voir et tant à faire…
Tristan semblait avoir à coeur la mission d’apprêter au mieux sa jolie compagne. Pourtant, maladroit il ne savait pas comment lui dire… Qu’il souhaitait juste qu’elle ait des choses qui lui plaisent et qui la mettent en valeur si elle le souhaitait. Maladroit oui, il n’arrivait pas à lui dire qu’il la trouvait très belle comme elle était, mais qu’il aurait souhaité qu’elle le croie quand il disait ces mots-là, qu’il aurait voulu qu’elle le voie et accepte de se soucier d’elle, égoïstement… Il avait bien réussi à être gentil, doux et à glisser l’air de rien qu’il voulait juste qu’elle se mette en avant. Ce n’était en rien une obligation, bien au contraire. C’était encore, somme toute, très maladroit… Il voulait lui dire qu’elle était belle. Il voulait cesser aussi de voir ce regard. Dans ses sublimes yeux noisette il avait aperçu trop de fois, chaque fois qu’il se promenait à ses côtés, cette lueur alors qu’elle suivait, accrochait le regard d’autrui. Comme si elle ne se sentait pas à sa place près d’un si beau jeune homme si digne, présentable, élégant… Comme si elle voyait dans le regard des autres un reproche qui n’existait pas en réalité. La jalousie oui, ça il y en avait, dans les deux sens mais pas de reproches… La plupart des gens se disaient qu’ils étaient un drôle de couple mais bien assorti au final… Alors qu’elle s’était toujours « plu » à croire le contraire. En comprenant d’où venait ce léger malaise il avait voulu qu’elle se voit « mieux », plus belle et qu’elle puisse comprendre les vrais regards des gens, les vraies pensées…

Ils enchainèrent les magasins et ce n’était pourtant absolument pas la tasse de thé du jeune homme bien au contraire mais il était particulièrement enthousiaste de s’occuper de la petite mage, bien décidé apparemment à la gâter plus que de raison.  Et la pauvre n’était pas épargnée, découvrant avec bien des surprises qu’un homme pouvait la convaincre et se soucier d’elle, vouloir réellement « s’occuper » d’elle d’une autre manière, pas seulement pour un toit et pour une façade de couple puisqu’elle avait cru que Jilian n’y voyait lui aussi qu’une façade. Mais Tristan et elle ne formaient pas un couple. Pourtant sa manière d’agir était tellement particulière… Etait-il ainsi avec toutes ses conquêtes ou seulement les plus agréables, les plus douées ?

Comme pour rendre la portée de ses actes moins importantes le grand jeune homme enchainait tout autant les taquineries, les provocations, les caresses volées et les baisers subtilisés. Ce n’était pas sage, pas toujours très gentil pour le coeur de la pauvre demoiselle qui jouait aux montagnes russes, surtout avec la surprise justement engendrée mais c’était nécessaire. Nécessaire pour que ce soit moins sérieux. Nécessaire pour que ce qu’ils vivaient aient plus un goût de découverte surprenante… Pour que ce soit moins sérieux oui, moins grave aussi, pour moins réfléchir et moins se poser de questions. Pourtant elle s’en posait des questions elle, des tas… Lui aussi… pas du même genre seulement…
Et puis il y avait eu ces moments durant lesquels elle essayait difficilement de lui faire comprendre que ses effusions la mettaient mal à l’aise… Parce que niveau effusion Tristan ne se gênait guerre. Lui pourtant si sérieux et respectueux jusque là se montrait bien trop entreprenant. Etait-ce une vengeance de la frustration de leur réveil ? Drôle de vengeance… Elle essaya de lui dire qu’elle préférait la discrétion et ne se sentait pas à l’aise face aux regards inquisiteurs mais il ne semblait pas l’entendre… S’il l’avait pu il aurait été sacrément surpris tout de même. Si elle appréciait peut-être la discrétion elle n’était pas du genre à se prendre la tête, bien au contraire. De ce qu’il avait vu à leur village elle se fichait totalement de l’avis des autres et ne faisait des efforts que selon son bon vouloir. Elle était égoïste et intransigeante, parce que c’était plus facile de se cacher derrière ce visage-là… Mais elle n’était pas facilement gênée… Pourtant là si… Elle essaya de lui dire, mais il ne l’entendit que trop tard, quand les mots eurent plus de portée… trop de portée.


Je l’avais encore arrêtée l’entourant de mes bras alors que mes mains tenaient les sacs de nos paquets, je m’étais penché sur elle pour lui voler le goût si délicieusement sucré de ses lèvres.
Pour être honnête je ne savais pas trop ce qui m’arrivait. J’étais pris d’une frénésie inconnue. Je sentais bien le grand sourire qui me traversait le visage, plein de sincérité, si si, pour une fois ! Je sentais bien mes zygomatiques me faire mal à force de sourire. Mais j’avais besoin de sourire, j’avais envie, besoin que tout le monde me voit sourire ! Je me sentais tellement, oh tellement bien, c’était… inexplicable. Oui franchement je ne sais pas comment je pourrais l’expliquer, je me sentais juste bien et je voulais qu’elle le sache, que tout le monde le sache. Je voulais qu’on la voit, que les hommes me jalousent, que les femmes la jalousent et tentent de me séduire… Parce que je savais que je ne pourrais pas me détourner d’elle. Dans mon corps il y avait quelque chose de chaud et de doux, tellement doux… Rien n’aurait pu m’arrêter, tout m’était possible… Je savais bien que j’en faisais trop… Enfin je crois. Je faisais, je disais n’importe quoi mais je n’arrivais pas à me contrôler. C’est ça être heureux ? Peut-être. Ca fait tellement du bien…
Je sais qu’elle avait essayé de me parler à plusieurs reprises mais je ne pouvais pas écouter parce que quand elle me parlait, malgré l’attirance terrible que j’avais pour elle je ne fixais pas sa sublime poitrine mais son visage, ses yeux, ses lèvres… Et ses lèvres… ses lèvres… Par les cornes de Zerklan ! Fixer ses lèvres me donnait tant envie de l’embrasser, me rendant sourd au reste du monde, à elle… Ne jamais cesser de l’embrasser… Jamais…
Je ne sais plus trop à quel moment elle m’avait entrainé dans une ruelle. Je l’avais encore embrassée devant tout le monde, arrêtée en marchant par ce besoin impérieux qui n’était pas celui sauvage et sensuel qui me hantait l’esprit… Non parce que les choses doivent être mises au clair, ses lèvres sont délicieuses et attirantes mais tout le reste de sa personne… hmmm… je crois qu’un homme y ayant goûté ne peut plus jamais s’en détourner !
Je souriais un peu bêtement je crois… Enfin j’avais bien remarqué que lorsque j’avais l’impression de sourire bêtement (suite à ses baisers généralement) j’avais juste l’air taquin et provocant… (mon honneur demeurant sauf). Elle m’avait attiré dans cette ruelle et une faim plus animale avait fait gronder mes pulsions. Sauf qu’elle avait dit des mots et… que ça m’avait fait mal… Vraiment mal… L’euphorie stupide que je ressentais et qui m’emprisonnait les sens dans une béatitude que je ne connaissais pas éclata comme une bulle de savon, une grosse grosse bulle de savon persuadée d’être résistante avant de mourir brusquement… Je crois qu’elle m’avait parlé gentiment, calmement mais… sans rien dire de méchant… mais… je ne sais pas… Quelque chose dans sa voix me fit mal, quelque chose dans ses yeux me fit mal, quelque chose…. trop de choses serrèrent mon corps comme dans un étau, surtout mon coeur, j’avais l’impression d’étouffer alors que je respirais pourtant calmement. Je la mettais mal à l’aise. Non, le fait que je l’embrasse. Moi… Ce que j’étais… Ce à quoi nous ressemblions. J’avais envie de lui répondre alors que ses mots résonnaient dans ma tête comme un marteau sur une enclume… Lui dire qu’on s’en fichait des autres… qu’ils pensaient ce qu’ils voulaient. Que c’était ce qu’elle pensait elle qui était important… Je sais que je la fixais comme si de rien était, juste avec attention, intérêt. Pourtant je m’étais refermé d’un coup, je le sentis aussitôt. Je ne sais ce qui m’avait pris de me montrer si ouvert et vulnérable face à elle… ça faisait mal… tellement mal. J’avais envie de crier mais aucun son ne sortait de ma bouche, juste ce sourire débile comme si tout allait bien, comme si je l’écoutais, comme si j’étais d’accord, comme si ses mots ne me faisaient pas mal… Pourquoi j’avais mal au juste ? Ce n’était que des mots… Rien que des mots, en tant que dragon je n’aurais pas dû être « blessé » par des mots et pourtant, ceux-ci… les siens. Elle parla de couple… C’étaient les couples qui faisaient ce qu’on faisait. Qui s’embrassaient comme je l’embrassais. Nous n’en étions pas un. C’est ce qu’elle disait… Mal… Mal… Après tout je n’étais que le joujou du moment… Quand l’avais-je oublié au juste ? Pourquoi l’avais-je oublié ? Comment ? Ca ne m’avait jamais gêné d’en être un pourtant… Jamais…
Je me sentis sourire, de ce sourire qui n’avait plus rien de sincère et de joyeux même si je donnais le change plutôt bien, je m’en rendais compte… Je m’entendis dire qu’au moins ça dissuadait les vilains de s’en prendre à elle, saluant ma répartie et mon intelligence alors que moi, le vrai moi était incapable de réagir, préférant se terrer dans un coin et sangloter sur cette douleur et cette peine que je ne comprenais décidément pas… Sangloter ?… Nouveau ça…
Les automatismes revinrent, provocation, la plaquer contre un mur… taquin, tentateur, mais sans la sincérité outrancière et tellement déstabilisante qui m’avait agité jusque là… Pourtant à toucher sa peau, je me sentis fondre totalement et peine et ressenti s’amenuiser jusqu’à presque s’évanouir… Lui pardonner ? Est-ce que je lui en avais seulement voulu pour ses mots ? oui… Oui je lui en voulais… D’être capable de me faire tellement mal avec si peu…

Pourtant quand j’avais entendu du bruit je l’avais lâchée rapidement en m’éloignant… Me sentant bête, oh oui… tellement bête… Bête de ne pas comprendre ce qui m’arrivait. Bête de ne pas me contrôler mieux que cela. Bête de m’être senti si mal avec ses mots…
Ne tenir que sa main était plus facile et je m’en rendais bien compte. J’étais moins… tenté peut-être… Ne pas la tenir du tout grâce aux paquets que je portais était salvateur ! Mes pensées retrouvaient un ordre plus cohérent et j’essayais de repousser le souvenir persistant des étranges choses qui m’avaient agité juste avant.
Pourtant alors qu’on marchait et que j’avais enfin retrouvé un contrôle sur moi-même préférable, je réfléchissais. Qu’est-ce qui s’était passé au juste ? Cette témérité, cette manière totalement absurde de me comporter… Je n’avais jamais agi comme ça… Les lunes n’étaient pas pleines, je n’étais pas en manque… enfin un peu même si elle était plus satisfaisante que toute autre femme et que c’était assez flippant d’ailleurs… Comment pouvais-je déjà être affamé d’elle ? A ce point ? Pourquoi ? Et puis… enfin il n’y avait pas que ça… Cette espèce de jeu, à la chercher, à la tenter… C’était bizarre. Je ne connaissais pas du tout. Je n’aurais évidemment jamais poussé davantage mes… hem… effusions… Ce n’était que de la provocation… Une saine provocation… Enfin non… très malsaine pour être honnête. A croire que ça m’amusait d’agiter nos pulsions et d’y mettre fin, enfin de nous arrêter avant de déraper… L’arrêter elle ? Arrêter de la tenter pour la frustrer un peu et lui montrer tout le pouvoir que j’avais sur elle. Oui… Je crois que j’aurais bien aimé que ce soit ça… Ca aurait été logique. Ca aurait été… « dragon ». Je déglutis difficilement en marchant. Ma gorge se serrait fort. Etait-ce elle que je tentais, que je frustrais ou… moi-même ? Est-ce que… est-ce que ce jeu-là au final n’était pas pour moi-même ? Je fermai un instant les yeux pour me remémorer mes sensations, nullement gêné du fait de marcher, mes sens m’alerteraient immédiatement si un obstacle se présentait. La sensation de sa peau, le frisson qui la parcourait et qui ne parvenait qu’à m’électriser davantage, le souffle chaud de son souffle qui glissait dans mon cou à cause de sa petite taille quand je m’emparais de ses lèvres avant de lâchement les abandonner, le soupir agacé, frustré presque grognant qui lui échappait alors et qui me donnait l’impression… l’impression que rien d’autre ne comptait, d’être le seul… C’était moi que je cherchais dans ce jeu-là… J’avais… besoin d’être le… seul ? Pour elle ?
Rouvrir les yeux sur ce constat m’agaça autant que ça me gêna. Quelle importance ? Je pouvais avoir toutes les femmes ! Et si ce n’était pas à son goût tant pis ! Je pouvais l’avoir elle, quand je voulais, autant que je voudrais ! Cette pensée m’écoeura plus que jamais… Mais elle serait probablement restée, comme la certitude d’être au-dessus de tous si elle n’avait pas trébuché…
Glissant sur une plaque de glace translucide sur les dalles de pierre de l’allée, elle perdit l’équilibre et se rattrapa à la seule chose possible, moi…
Sauf que… Sauf que je m’étais déjà retourné, ouvrant les bras pour ne pas qu’elle s’accroche à un sac, pour ne pas qu’elle trébuche, pour qu’elle soit juste contre moi… juste contre moi… Sauf que ? Sauf que je n’avais pas réfléchi, je n’avais même pas eu le temps de me rendre compte qu’elle perdait l’équilibre, parce que nous ne nous tenions plus la main à ce moment-là… Elle se retrouva immédiatement contre mon torse. Nos vêtements nous protégeaient, respectivement d’un contact… perturbant mais tout mon corps s’électrisa et son odeur m’enveloppa aussitôt de douceur. J’oubliais tout… Toutes mes réflexions, toute ma colère, toutes mes « pseudo-inquiétudes »… toute ma curieuse tristesse. Mes bras s’étaient refermés sur elle et je la pressais contre moi, en plein milieu de la rue, comme si… comme si elle avait glissé d’un précipice. Parce que j’avais eu peur pour elle. C’est con hein ? Elle ne se serait probablement même pas fait mal… mais j’avais eu peur… Je crois… Mon coeur battait vite, seule la chaleur qui se dégageait de sa peau, pourtant moins importante que la mienne, me rassurait.


- Ca va ?
- Euh… oui oui, pardon je…

Je savais bien ce qu’elle allait dire… Qu’elle était maladroite. Je le savais et pourtant je la regardais comme si je l’ignorais. Mon regard dut la gêner… insistant… ce n’était pourtant pas de la lubricité je le jure… Juste de l’inquiétude, vraiment. Elle me regarda une seconde alors que je la fixais avec trop d’intensité. Elle rougit. Mon coeur rata un battement. Ses pommettes qui s’enflammaient, faisant apparaitre comme par magie les discrètes taches de rousseur sur sa peau d’ordinaire diaphane, avaient ce curieux effet… Elle se redressa aussitôt, s’éloignant de moi en balbutiant comme quoi elle était trop maladroite ou je ne sais plus trop quoi. Le fait qu’elle s’éloigne avait crevé la bulle de douceur qui m’avait entouré… Je voulais qu’elle revienne… S’il te plait… S’il te plait…

- Hum… Tu ferais mieux de te tenir à mon bras, il y a pas mal de verglas… Ca m’embêterait que tu te…blesses… Toute solide que tu sois…


Je sais que j’avais parlé d’un ton assuré et sûrement d’un air intense et tout, sûr de moi, plein de prestance et de dignité… Effet dragon. En vérité j’avais trouvé l’excuse en cours de route, voulant juste avoir un contact avec elle, tout petit soit-il… Putain je suis vraiment qu’un con… L’envahir de la sorte ! Et puis sous-entendre qu’elle était fragile… Enfin je m’étais bien rattrapé en disant qu’elle était solide hein ! Elle l’était sacrément  mais… Enfin c’est vrai que je ne voulais pas qu’elle soit blessée, cette seule pensée me tira un frisson et elle répliqua aussitôt alors qu’elle m’avait gentiment obéi avec un… étrange sourire, qui me plut aussitôt, surtout qu’elle rosissait encore légèrement…

Ah… Euh… Hum… pardon, j’ai le bout des doigts froid, je…
Non non ! J’adore t’inquiète !

Parlé trop vite…
Elle leva un adorable minois plein de curiosité vers moi, l’air franchement surprise… Ok… Cette expression aussi a trouvé un grand fan… J’ouvris la bouche sans trouver quoi dire et je me contenta de reprendre la marche. Pourtant je suis certain d’avoir vu un léger sourire éclairer son visage et ses doigts se serrer plus fermement sur mon avant bras…C’est vrai que j’avais relevé les manches de ma veste, j’ai souvent chaud moi avec mes gênes d’incendiaire… Ce contact… c’était bien…
Par contre ça ne faisait pas bon ménage sur ma libido et ma fichue érection qui refusait de passer… Ca aussi c’était nouveau et je n’appréciais pas des masses ! C’est que ça fait mal à la longue, faut me comprendre ! Et puis c’est pas discret-discret quand même… Des fois je me dis que c’est franchement une plaie d’avoir de tels… euh… attributs… Et puis je me rappelle des gémissements de ces dames et je me ravise… dans le dixième de seconde.
Alors que je m’étais de nouveau plongé dans mes pensées essayant de toutes mes forces de songer à un truc qui aurait douché les plus excités je sentis soudain ma jolie compagne m’attirer fermement à sa suite.



Tristan avait manqué perdre l’équilibre quand Cassidy s’était arrêtée puis l’avait entrainé brusquement dans un bâtiment. Il avait compris et c’est autant impressionné que ravi qu’il l’avait observée prendre totalement les devants de ce moment-là. Polie, elle s’occupa de réserver la chambre et d’illuminer la journée du propriétaire de son magnifique sourire… Téméraire, oui c’était le mot… Dans le meilleur sens qui existe. Le jeune homme sentit de nouveau cette étrange sensation… de l’attendrissement supplanter l’excitation pourtant grandissante. Mais il n’eut guère loisir d’y réfléchir qu’elle l’entrainait à sa suite et se jetait carrément à son cou.
La suite… était très floue. Il se souvenait vaguement avoir lâché les sacs pour l’entourer de ses bras, la presser contre lui le plus étroitement possible, avoir senti le soulagement et la reconnaissance profonde qu’il éprouvait à cet instant en même temps qu’un si vif désir qu’il en avait le tournis, réellement… le chambre dansait autour de lui ! Il se souvenait l’avoir portée jusqu’à la table pour l’y asseoir et dévorer sa gorge de baisers tout en profitant de ses mains libres pour effleurer, paradoxalement, avec la plus grande douceur les courbes tentatrices de son corps à travers le tissu de sa robe, les ayant glissé entre les pans de sa veste ouverte. Il se souvenait de sa demande, de son refus un brin « amusé »… Tout excité qu’il soit, jamais, oh grand jamais il ne lui aurait fait cette offense… Il savait qu’elle était tout à fait prête à l’accueillir, l’ayant tentée suffisamment, à voir ses réactions, mais ce n’était pas assez à ses yeux, vraiment pas assez… Une femme devait être caressée et traitée avec vénération… Et elle… elle tout particulièrement.
Le reste pourtant il ne s’en souvenait pas… De vagues flashs revenaient… Ils s’étaient déshabillés mutuellement, en riant parfois, en haletant d’autre fois… Il y avait la manière dont elle attrapait fermement sa tête, une main au moins dans sa nuque pour l’approcher de ses lèvres, pour qu’il l’embrasse… de crisper ses doigts sur ses avant bras ou mieux, sur ses biceps quand un soupir lui échappait… Il y avait le désir et la passion, ses exigences et les siennes… qui se mêlaient, s’entremêlaient, leurs jeux, leurs tentations qui se retrouvaient dans la même satisfaction orgasmique. Sa manière de glisser son propre visage dans son cou quand il était au dessus d’elle, s’accrochant à son dos si fort qu’elle traçait des sillons profonds sur sa peau, son souffle brûlant… Cette manière de glisser son visage ainsi pour se soustraire à son regard brûlant alors qu’elle s’abandonnait au plaisir de la plus délicieuse des manières et surtout pour être plus proche de lui, tellement plus proche.
Ils en avaient besoin c’est vrai… Lui tout particulièrement. Pas parce qu’il était sur le point de craquer ou d’aller voir ailleurs. Juste parce que certaines interrogations y trouvèrent une réponse qu’il connaissait déjà sans le savoir vraiment. Si elle apprécia… La réciproque était tout à fait, totalement, irrémédiablement vraie. Des mots se bousculèrent aux lèvres du jeune homme… N’en sortirent que ses soupirs et le surnom de la demoiselle qui semblaient y être attaché définitivement… Il aimait bien quand elle menait la danse… Et il en était le premier surpris… D’ordinaire déjà une femme ne tenait guère longtemps de un, de deux c’était beaucoup plus lent généralement, de trois les hommes n’apprécient pas souvent d’être dominés… Lui appréciait, il adorait bien au contraire les cassures de rythme qu’elle leur imposait et les changements surprenants qui le faisaient frissonner et… elle tenait sacrément longtemps et sacrément le rythme aussi… Fière amazone… Et puis point hyper important… Il avait les mains libres ! Et ça… ça c’était vraiment top !



Je respirai son odeur… Elle sentait tellement bon… On aurait dû sentir la sueur, le sexe mais… si les dragons semblent destinés à être toujours « parfaits » en toute circonstance, c’était aussi son cas… L’odeur de son shampoing se mêlait à celle de sa peau, cette odeur douce, sucrée, apaisante, qui me faisait parfois penser à la vanille. Je resserrai mes bras sur elle, pour ne pas qu’elle ait froid… En vérité parce que c’était bon de la sentir aussi proche de moi. Ce qu’on avait vécu là, dans cette drôle de chambre qu’elle avait eu la merveilleuse initiative de prendre c’était… c’était parfait. Et je n’avais jamais connu ça… Et ça me faisait peur… un peu je crois… Je ne voulais pas que ça s’arrête c’est tout. Ca ne s’arrêterait pas hein ?
Mes yeux me piquaient… mais ça ne me surprenait plus vraiment…
J’aurais voulu rester là, dans ce nid, nu pour profiter de sa peau si douce et la caresser jusqu’à m’endormir…



Ils s’étaient redressés, il y avait eu cette étrange conversation sur l’état du jeune homme qui semblait ENCORE en redemander malgré toute l’intensité de leur passion qui aurait laissé sur les rotules n’importe quel couple… rien que dans leurs préliminaires ! Il rit parce que c’était tellement ridicule… S’expliqua et ça paraissait tellement simple et facile à dire pour lui, sans gêne, sans censure, juste de la sincérité. Il avait l’air apaisé et sincèrement heureux oui. Pourtant les mots avaient été « choisis » avec soin… Du moins d’autres avaient été retenus avec véhémence. Mais ça elle ne pouvait pas le savoir. Pourtant c’est vrai, elle avait de quoi être heureuse et flattée… Que lui soit un si extraordinaire amant semblait après tout aller de soi, il était un dragon… même si elle ne pouvait pas comparer… et heureusement, elle aurait probablement été assez surprise elle aussi… Après tout, il n’était pas égoïste, bien au contraire… Mais elle était extraordinaire, du moins à ses yeux… Elle l’aurait vu s’il avait menti…  Il ne mentait pas…
Ils se douchèrent, partirent manger…



A table nous avions discuté, à cause de son air lointain.
Et puis j’avais été encore monstrueusement con…
J’étais décidément incapable de réfléchir plus loin que le bout de mon nez en sa présence !!!!! Je lui avais sorti cette bourse, maladroitement avant de comprendre tout ce que cela pouvait dire.
Franchement, je ne suis pas bon pour comprendre les humains, franchement carrément nul la plupart du temps. Leur humour ne passe pas tout le temps et les allusions demandent un temps de réflexion. Alors ok, c’est vrai, être un dragon me donne un air de réflexion intense souvent, je suis beau mec donc quoi que je dise, quoi que je fasse généralement ça passe tout seul, même mes grimaces me donnent apparemment l’air sexy… Assez mauvais pour l’estime… Rien de surprenant donc à ce que mes pairs se croient au dessus de tout le monde lorsque même en louchant on garde un air craquant… Mais là… là j’avais réfléchi vite quand même, pas assez pour m’éviter ce geste, assez pour comprendre trop vite… Parce que c’était elle je pense et que tout ce qui la touchait… m’intéressait…
Putain mais quel con ! Quel énorme et minable con !
On venait de coucher ensemble bordel ! Sérieux c’était merveilleux, fantastique et totalement… encore meilleur à chaque fois, non mais vraiment hein ! Mais… on venait de coucher ensemble ! Et moi je lui donne de l’argent… Pauvre con ! Pauvre con ! Pauvre con !!!!!
Là tout de suite j’avais juste envie de me frapper la tête contre l’énorme poutre qui soutenait le plafond, sur ma droite… Me fracasser le crâne pas pour être moins ridicule, juste parce que j’avais envie de me faire mal d’être autant… aussi… Ne faire que sous-entendre que je la payais pour coucher avec elle, pour la remercier… j’avais envie de vomir… Je me sentais mal, tellement mal, tellement tellement tellement mal… L’idée de la blesser… L’idée de lui rappeler cette foutue maison close et ces monstres, ces hommes, ces soumissions, ces horreurs… Une météorite là tout de suite c’était vraiment trop demandé ???!!!! Pour arrêter ce moment ???! L’idée… L’idée, la laisser croire une seconde, une seule que je pouvais la considérer ainsi… Je me sentais vraiment mal… Je ne sais pas si je me suis déjà senti aussi mal dans ma vie… Même quand j’ai failli mourir… hum… souvent, disons même quand j’étais vraiment sur le point de crever je ne me suis pas senti aussi mal… Et tout occupé que j’étais à être horrifié de mon geste je me rendais compte aussi que je ne m’étais jamais senti aussi mal, oui c’est vrai… que je me sentais mal pour elle, par rapport à elle, parce que l’idée de lui faire du mal… cette idée… non… JAMAIS !

Je m’étais rattrapé, d’une pirouette, de bêtises, perdant un peu mon air assuré mais reprenant vite mes aises alors qu’en vérité… en vérité je me sentais encore si mal… Son rire guérit la souffrance que je découvrais… J’avais mal ? Je ne m’en étais même pas vraiment rendu compte… Mais avec elle, grâce à elle, ça c’était arrêté. Un profond soulagement m’envahit… Elle acceptait mon excuse bidon, pourrie et aussi nulle que possible… Elle me pardonnait ma maladresse. C’est bête… mais là, j’avais eu encore plus envie de l’embrasser… Plus que toute la matinée. Pas pour la tenter, pas pour revivre ce moment dans l’auberge… Non… Juste l’embrasser, tout doucement…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 8 Oct - 20:44

Après on avait parlé un peu je crois mais j’avoue que je n’avais pas fait plus que ça attention à son histoire de place. Je me sentais mieux et un peu bête… et puis… j’avais besoin de réfléchir un peu à cette envie de l’embrasser aussi.
Après notre promenade elle avait parlé, encore. J’aimais bien quand elle parlait… Et j’étais conscient que c’était rare… On m’avait dit qu’elle était très bavarde enfant, les discussions surprises entre ma mère et la sienne m’avaient appris qu’elle ne l’était plus, qu’elle avait changé, qu’on ne la reconnaissait pas… je crois qu’avec moi elle parle plus qu’avec les autres. Je sais que ça devrait m’agacer, sa curiosité et ses paroles, ses questions et ses suppositions, sur tout et… sur moi. Mais j’aime bien… J’aime bien quand elle parle… Parfois son regard s’allume d’une étrange lueur. Elle est belle quand elle raconte… Enfin un peu plus… Comme si elle pouvait l’être davantage… Assez impensable j’avoue.
Elle me parla de ses suppositions. Elle avait cette étincelle, la bulle de douceur était plus chaude que plus tôt. Je la regardais et je me sentais bien… J’avais répondu, parlé de Zack… Elle avait un drôle de regard. J’avais eu envie de lui dire… Mais je m’étais tu, la regardant juste, elle ou le paysage…plutôt elle, c’est vrai. J’aimerais bien qu’elle rencontre Zack… Etait-ce cela qui la gênait ? Pourtant il était différent lui aussi. Il ne lui ferait jamais de mal. Il adore les humains et j’aurais plutôt tout intérêt à me méfier de lui… Il lui plairait probablement. Pourtant je sentis la colère m’envahir en me disant qu’il lui plairait probablement plus que moi… De la colère ? Envers mon meilleur ami ? Je ne connaissais pas… Etrange…



Il lui avait parlé de rester, argumentant plutôt bien et elle avait accepté… Enfin au début elle n’avait pas l’air très contente et Tristan s’était crispé. L’idée qu’une femme lui résiste ou pire lui désobéisse l’aurait juste fait rire et énervé à la rigueur en temps normal. Là pourtant il ressentit autre chose, s’en voulut une seconde. Mais de nouveau elle balaya tout d’un baiser. Vraiment tout, son cerveau aussi ! Faudrait prévenir ! C’est dangereux ce genre d’attaque !!!!
Finalement en ville ils se séparèrent… Enfin il la retrouva pour mieux l’abandonner à des mains expertes, ayant apparemment décidé qu’elle avait bien le droit de se faire chouchouter un peu…
Elle était apparue, comme une véritable apparition, prononçant son nom avant de « tenter ? » de courir dans sa direction. Il reconnut immédiatement sa voix dans le bruit, tourna la tête vers elle, voyant parfaitement de loin, normal pour un dragon, déglutissant difficilement tant il la trouva… belle… Sauf qu’elle se mit à battre des bras et c’est vrai, l’espace d’une seconde il se demanda si elle cherchait à s’envoler… Car ce qui paraissait probablement ridicule à la demoiselle était loin de l’être aux yeux des passants et en particulier de son compagnon. Elle avait une si piètre image d’elle-même qu’elle n’imaginait pas un instant à quoi elle pouvait ressembler. Il comprit qu’elle glissait, foutu verglas ! Le temps se suspendit ou moins sembla se suspendre. Trop vite il fut tout contre elle, un de ses bras se glissant sous sa taille, sa main opposée venant saisir l’une de celle de la demoiselle, la plaquant contre son torse pour mieux la retenir. Il avait bougé trop vite pour un humain et même pour un drakkari c’était quand même sacrément limite comme attitude… Après tout les drakkaris sont forts, pas des grands rapides… Mais il s’en fichait totalement d’éveiller la curiosité… Ses lèvres s’emparèrent des siennes, tant pour l’accueillir que pour se rassurer d’avoir cru qu’elle se blesserait une fois de plus… Ah et aussi pour se soustraire à la vision qu’elle lui offrait parce qu’elle était… waaaaahooouuuuuuuu !!!!!!!!!!!!!!!
Ils se séparèrent dans un rougissement… partagé et il détourna aussitôt la tête en se raclant la gorge pour masquer sa gêne. Son coeur battait fort, vraiment fort alors qu’il se rendait compte qu’elle apparaissait probablement enfin aux autres telle qu’elle lui était apparue, chaque jour… ça le rendait… jaloux. Il parla de la housse, ça détourna l’attention de la petite demoiselle qui ne semblait pas s’interroger sur les pommettes brûlantes du grand jeune homme… Du moins… ne « semblait pas »…

Alors qu’elle ouvrait la housse il se redressa, carrant les épaules. Il était beau lui aussi… Comme lorsqu’ils s’étaient revus la première fois il avait les cheveux coiffés en arrière, dégageant ainsi son front et ne faisant que trop apparaitre son regard incandescent qui déstabilisait déjà bien assez comme ça sans qu’on en rajoute. Seule une mèche rebelle semblait n’avoir que faire du gel pourtant léger qui n’altérait en rien la texture soyeuse des cheveux du jeune homme, lui donnant un curieux air à la clark kent dans toute sa splendeur. Il avait dû choisir la robe… Car sa tenue y était parfaitement accordée. Son pantalon bleu marine avait des reflets élégants et moulait légèrement ses jambes, en soulignant notamment les muscles puissants. Il portait une chemise bleu argentée légère, moulante, aux manches serrées, qui elle moulait carrément totalement son buste et ses bras de gladiateur. Non mais sérieux, on pouvait décalquer quasiment ses abdominaux là ! Trop moulante !!!!! Il avait laissé sa veste sur le bord de la fontaine, nullement gêné par la fraicheur, son corps s’adaptant apparemment très bien à la température. Les demoiselles du coin non habituées au jeune homme et encore moins à ses trop beaux yeux crurent à tort qu’on lui avait passé un petit coup de rimel !!! Les pauvres… dégager un peu son regard de ses cheveux trop longs avait aussi ce petit effet de les rendre plus visible, y compris ses cils sombres et sacrément longs pour un garçon. Sérieusement il n’avait pas assez d’atout comme ça sans avoir en plus un regard à tomber par terre littéralement ????!


J’avais demandé au coiffeur pour mes cheveux. Cassy m’avait dit d’un air tout à fait détaché, l’air de rien que j’avais « de beaux yeux tu sais »… Aucune fille n’avait jamais pu me dire ça sans bafouiller et/ ou bah… ça n’avait pas vraiment d’importance pour moi. Mais elle l’avait dit elle… Je ne sais plus trop quand, pendant une pause dans nos ébats dans cette auberge je crois alors qu’avec la sueur elle avait sans mal dégagé mon front des mèches trop longues qui tombaient sur mes yeux. Elle avait rougi un peu je crois, à moins que ce soit dû à nos activités. Elle rougissait tout le temps quand on faisait l’amour. Ah et bien sûr pas normalement ! Non parce que une fille… femme normale rougirait de partout, aurait l’air essoufflée et tout… Bah… elle c’est surtout les pommettes, ses si jolies pommettes et elle n’a pas l’air essoufflée, plutôt haletante et… putain ce que c’est sexy… Rien qu’y penser je… bref… Je l’ai entendu souvent ce truc… enfin que mes yeux sont pas mal quoi… Mais c’est la première fois que… j’écoute. Ca m’a fait plaisir. Non mais vraiment ! Je crois que j’ai rougi moi aussi… Alors bon j’ai voulu un peu… être mieux…Et puis comme ça même quand elle me les ébouriffera (elle a l’air de beaucoup aimer ça, et de jouer avec aussi, et de les caresser même mais ça c’est juste trop bon !!!!) ils ne tomberont plus sur mes yeux, enfin plus beaucoup, juste un peu… donc c’est bien. Bref… J’y pensais alors qu’elle ouvrait mon dernier cadeau en date. Ok j’en fais trop, je sais que j’en fais trop mais j’y peux rien ! J’y pense là maintenant ! Je ne veux pas oublier ! Toutes ces petites choses qui pourraient lui faire plaisir alors je lui offre… c’est tout et… bah… voilà… J’aime bien quand elle a ce petit sourire autant ravi que gêné…

Sauf que j’ai merdé… Clairement… Sous mon regard ravi et impatient de la voir sourire, de lui montrer que je pense à elle, que je veux lui faire plaisir… que… que je peux prendre soin d’elle et que j’écoute ce qu’elle me dit, que ce qu’elle fait, ça… ça compte pour moi… bah elle ne réagit pas du tout comme je pensais. Je la vois se crisper, se détourner, ses yeux qui se remplissent de larmes, ses lèvres qui se serrent… Je sais qu’il n’y a aucun bruit différent autour de nous pourtant j’ai l’impression d’entendre un coup de tonnerre… Elle n’aime pas… pas du tout… Ses yeux qui brillent. Je l’ai fait pleurer ? J’ai mal… J’ai mal de lui faire du mal et j’ai l’impression que mes jambes ne vont plus me supporter. Je tends une main vers elle pour la poser sur l’une de ses épaules, enfin j’essaie mais je n’y arrive pas, mes bras ne m’obéissent pas. J’essaie de dire quelque chose mais je ne sais pas quoi dire, pas du tout, à part que je suis désolé, que je voulais juste lui faire plaisir, que je ne suis qu’un imbécile, de ne pas m’en vouloir… s’il te plait, s’il te plait, ne m’en veux pas…

Elle s’est retournée, m’a frappé, je ne comprends pas.
La faire pleurer. Je me sens encore plus nul, je me sens… je ne sais pas, ça fait mal, je me sens mal… vraiment… si elle n’aime pas d’accord mais elle ne doit pas pleurer, non !
Elle s’est expliquée, je me trompais…

Mon coeur fut libéré de l’étau qui l’étreignait et un sourire éclaira, je le sais, immédiatement mon visage. Ca lui plaisait ! En fait ça lui plaisait ! Elle était contente !!!! J’en faisais trop en fait, c’est ça ? Mais peu importe, ça lui plaisait !!!!! Je lui avais montré ma planche mais c’était juste pour dire que je voulais apprendre avec elle et un peu… bah faire passer l’espèce de gêne entre nous alors qu’elle semblait surprise. Mais bon, j’avais envie d’autre chose…  Je me sentis ouvrir les bras pour les refermer sur elle et l’attirer doucement contre moi. Elle suivit docilement le mouvement et son odeur me fit encore plus de bien. Je m’entendis parler sans savoir d’avance ce que j’allais dire.


- … je… Désolé… Je ne voulais pas te… chambouler comme ça. Je suis désolé tu sais… Vraiment… Je… Je n’ai pas l’habitude de faire ça en fait… Enfin… je ne l’ai jamais fait réellement et… et je sais que je peux être maladroit et que… en fait… je… je me doute que j’en fais beaucoup …trop… mais… mais c’est plus fort que moi… J’avais juste envie que cette journée soit spéciale… soit vraiment spéciale, comme toi… et euh… j’a… j’adore quand tu souris alors… bah… égoïstement j’avais un peu envie que tu continues et… et puis… j’aime bien te faire des cadeaux…et… et euh… bah… euh… euh… je sais pas comment… tu les… vois… perçois… Je veux juste que ça te plaise… que… je te plaise aussi et… bah… c… c’est bien si c’est romantique, n…non ? Je croyais que les humaines aimaient bien… ça justement et… mais si ce que je fais te gêne il faut me dire hein ! Et euh… t… tout à l’heure j’ai abusé… enfin ce matin… je… je sais mais… je… je sais pas ce qui m’a pris… je… j’avais vraiment envie… besoin de te toucher… tout le temps… mais c’était pas sympa… je ne voulais pas te gêner tu sais… c… c’est juste que… je… je… Ah euh… tu as trouvé des trucs sympa on dirait ? C’est quoi ces sacs ?

Surprenant… le grand jeune homme s’était livré dans un discours pour le moins inhabituel. De un il n’avait pas du tout l’air à l’aise et sûr de lui comme il l’était toujours. De deux ses pommettes avaient de nouveau rosi alors qu’il avait baissé la tête vers elle mais que son regard était agité, revenant régulièrement sur elle pour mieux s’échapper, comme s’il était gêné. Or… le grand jeune homme n’avait rien pour être gêné si ? Etonnant comme malgré toutes les hésitations dans son discours et certains mots vides sa voix grave était caressante et douce. Même complètement pataud et hésitant il avait presque l’air assuré… Injustice totale…
Il avait désamorcé son étrange discours et le moment encore plus étrange qui s’était tissé entre eux, un moment doux, plein de révélations et pas si innocent, un moment qui laissait aussi percevoir quelque chose d’autre du jeune homme, une vulnérabilité et un intérêt pour la petite demoiselle qu’un dragon n’aurait JAMAIS dû avoir…
Elle semblait toute… perturbée elle aussi et lui tendit les paquets qui firent faire de sacrés yeux ronds au jeune homme. Là, la situation fut totalement désamorcée pour le coup puisque les yeux orangés passaient du contenu d’un paquet à la petite demoiselle avec une surprenante vivacité. Boxers moulants, très moulants ! Il pouvait l’assurer d’un seul coup d’oeil… ok… intéressant… Tenue de chippendale… In… Intéressant… Et… de serveur ?… Certainement pas pour être réellement serveur ou… Le grand jeune homme déglutit difficilement. Et il y avait autre chose aussi… peut-être il ne regardait pas vraiment, il valait mieux éviter de sortir ça en pleine rue mais…  Wahou… Elle était sacrément… culottée… Et apparemment semblait vouloir s’essayer à… d’amusants… nouveaux… jeux… Il parvint à ne pas laisser ses pensées s’égarer mais c’était moins une… Il ne connaissait pas du tout… Savait que ça se faisait dans les couples en général ou… et il en fut un peu surpris, dans les maisons closes justement… Certains clients exigeants pouvaient en effet réclamer que leurs « humaines » agissent selon des scénarios et rôles bien précis… Encore une histoire de domination et de perversité masculine. Seulement la petite demoiselle semblait avoir un autre dessein et même dessin en tête. L’idée qu’elle se venge ainsi de tout ce qu’on avait dû lui infliger là bas ravit Tristan… C’était à elle de décider… à elle de désirer… Et elle avait un homme tout soumis à ses désirs et ses souhaits justement, très très très volontairement il va s’en dire. Il sourit… La gorge étrangement nouée il se plut à imaginer qu’elle n’avait jamais tenté ça avec qui que ce soit, eut l’impression d’être unique… Alors forcément, même si elle ne s’en doutait pas, son cadeau faisait totalement mouche et ré-assura le jeune homme et son sourire en coin. Il en profita pour effleurer l’une de ses oreilles de ses lèvres en se penchant sur elle, murmurant un « avec grand plaisir demoiselle, exige et j’obéis… ». Il ne sut pas si c’étaient ses mots ou le léger courant d’air qui la fit frissonner… Il l’interrogea sur les autres sacs, elle parla d’huile de massage et d’autres trucs (mais les autres il n’écoutait pas vraiment…) et un frisson parcourut cette fois le jeune homme dont le regard s’alluma aussitôt.

- J’espère que j’aurais le droit de les essayer… sur toi… Longuement…

Il sourit en la voyant rougir et détourner les yeux.
Ils rentrèrent à l’auberge et elle sembla surprise par la nouvelle chambre, se figeant de nouveau mais à présent il savait que c’était dans le bon sens. Il sourit, en profita pour déposer un baiser dans sa nuque alors qu’elle feignait bouder face à la cheminée et le feu qui y ronflait déjà. Il murmura si bas qu’il ne savait pas si elle avait entendu… en tous les cas elle ne se retourna pas de suite.

- Laisse moi prendre soin de toi s’il te plait…

Rien de plus…
Ils partirent à la fête et c’était effectivement magnifique et digne d’un vrai conte de fées !
Flânant en goûtant aux différentes spécialités ils furent arrêtés devant un stand de bijoux par Tristan et même si elle tenta de l’arrêter, Cassidy semblait avoir finalement compris qu’elle ne pouvait rien contre l’énergie débordante et l’étrange euphorie qui entourait le jeune homme. Il lui choisit un pendentif tout particulier, marquant bien des hésitations, choisissant celui qui, ressemblant à ceux celtes, formaient d’élégantes arabesques nouées les unes aux autres et ne semblant comporter ni début, ni fin. Malgré sa taille suffisamment petite pour ne pas être gênante ni outrancière, le bijou élégant et d’une grande finesse avait dû nécessiter de vrais doigts de fée pour sa conception. C’est d’ailleurs ce que minauda le vendeur en essayant apparemment d’attirer l’attention de son potentiel client, fort séduisant et très exigeant, sur le bijou probablement bien plus cher que les autres, ce qui ne semblait absolument pas avoir attiré l’attention du grand garçon. Tristan lui jeta un drôle de regard, qui semblait assez agacé et même intransigeant, rappelant justement son côté dragon, assez supérieur, assez je-m’en-foutisme, ce regard qu’il avait parfois, qu’il n’avait jamais avec elle… comme si tout le lassait prodigieusement… Il acheta rapidement celui-ci, parce qu’il lui plaisait, qu’il avait un petit quelque chose d’aussi unique que la surprenante jeune femme qui l’accompagnait et sembla tout heureux et joyeux en le lui apportant pour le lui passer au cou. Il grogna quand même pour la forme alors qu’elle lui tournait le dos pendant qu’il maniait avec dextérité les attaches de la fine chaine d’argent.

- Je n’ai pas choisi celui-ci au hasard, je tiens à le préciser. J’ai bien vu que ton regard avait accroché celui-ci plus longtemps et je savais aussi que si je t’avais demandé de choisir tu ne l’aurais probablement pas pris. Si je me trompe tu peux évidemment le reposer immédiatement et choisir celui qui te convient le plus mais n’essaie pas de me mentir Cassidy… Je fais attention  à ce qui… importe à tes yeux… c’est tout.

Il sourit et prit sa main pour marcher un peu, sans faire attention à l’état de la jeune femme, décidant de la laisser gérer seule, sans observateur, ce qu’il venait de lui dire. Sauf qu’il l’attirait vers la piste de danse et elle l’arrêta aussitôt qu’elle s’en rendit compte. Elle s’y opposa fermement et il vit les doutes dans ses yeux sombres, les doutes et l’incertitude, comme si elle avait perdu tous ses repères d’un coup, contre-coup d’une journée chargée, vraiment chargée.


Je me mis à serrer doucement sa main dans la mienne, elle restait légèrement tiède malgré la fraicheur ambiante qui nécessitait des moufles pour tant de personnes, seule l’extrémité de ses doigts demeurait un peu fraiche. Mes mains étaient plus chaudes, bonne excuse pour serrer les siennes j’imagine. Ce qu’elle avait dit ne m’avait pas blessé ni vexé. Pourtant je sais bien que ça aurait dû être le cas, que ça l’aurait été avec n’importe quelle autre. Mais elle n’était pas n’importe qui… Définitivement !
Je me rendis compte de mes gestes que je ne programmais pas le moins du monde. J’avais avancé vers elle, lâchant sa main pour poser délicatement mes mains sur ses joues, à peine, la caressant tout juste pour qu’elle lève ses grands et sublimes yeux noisette vers moi. Les paillettes d’or dans son regard accrochaient la lumière, elle qui pensait avoir des yeux ordinaires ne se rendait assurément pas compte de l’unicité de son regard… J’eus l’envie, impérieuse, de l’embrasser… Je m’obéis, me penchant pour effleurer ses lèvres des miennes dans un baiser simple qui me frustra un peu mais me rappela sa douceur et ce que ça me faisait, ce simple geste, tellement, oui tellement !


- Cassy… Tu n’en as malheureusement pas conscience mais tu es une excellente danseuse. Du moins quand tu bois un peu… et que tu oublies de faire attention, le regard des autres et toutes ces choses inutiles… Et quand tu oublies eh bien… tu es incroyable… et le regard des autres j’aimerais bien que tu puisses le voir à ce moment-là parce que… tu impressionnes et tu rends jaloux, tu éblouis, vraiment… je ne le dis pas pour te faire plaisir tu sais… je ne sais pas vraiment faire plaisir… enfin à part au lit évidemment mais euh… je le dis parce que je le pense et parce que je le vois… C’est tout… J... J'aimerais bien qu'on danse ensemble moi... si... tu veux bien...

Il vit ses pommettes se colorer au fil de son discours et son regard s’allumer de nouveau de ce quelque chose qui nouait son estomac et faisait s’envoler plein de papillons dans son coeur, ou le contraire... La crainte et la méfiance s’effacèrent peu à peu pour laisser place à quelque chose qui ressemblait à un remerciement, de l’espoir et aussi un certain… plaisir. Elle ouvrit la bouche, voulant apparemment le taquiner vu la lubricité qui avait remplacé ces étranges émotions, probablement en revenant sur ce qu’il venait de dire quant au plaisir au lit… Et encore plus probablement dans des taquineries qui enflammeraient les reins du pauvre jeune homme mais il ne la laissa pas commencer.

- Si tu ne veux pas aller danser alors nous n’irons pas… Si tu as peur de ne pas savoir ou d’être ridicule alors oublie parce que tu ne le seras pas… Viens avec moi sur la piste de danse, oublie les autres, écoute la musique, comme cette nuit-là dans la clairière, ne pense qu’à moi s’il te plait, fais qu’il n’y ait que moi et tu seras extraordinaire.

Et bam… Une flèche de plus dans le coeur de la petite demoiselle. Décidément, Cupidon s’acharnait dans ce coin-ci, histoire de biiiiieeeen faire comprendre à la demoiselle récalcitrante qu’elle avait en face d’elle un homme franchement pas ordinaire, mais alors franchement pas !
Elle se détourna, réagit à sa façon, ronchonna un peu pour la forme mais accepta finalement de le suivre… Enfin c’était très différent en fait. Ils flânaient de nouveau, il n’avait pas insisté. La musique entrainante avait cessé pour reprendre sur une beaucoup plus douce qui fit déserter la piste à bien des danseurs. Elle l’inspira plus, peut-être parce qu’il y avait moins de gens (mais plus susceptibles de les regarder), peut-être parce qu’elle lui rappelait ce moment dans la clairière et qu’elle avait envie de le « remercier » aussi pour ce moment-là qui semblait déjà si lointain… En tous les cas il sentit sa petite main dans la sienne l’attirer tout à coup, un peu brusquement sur la piste de danse. Surpris, il suivit très docilement cependant et se positionna rapidement pour lui donner des repères une fois sur la piste. Sa main tremblait dans la sienne, celle qu’elle posa sur son épaule encore plus… Il raffermit ses doigts sur sa hanche et lui sourit, parlant tout bas, rien que pour elle.

- Il n’y a que nous…

Leurs regards s’accrochèrent et il se passa quelque chose, réellement. Ils ne semblèrent rien remarquer mais il se passa réellement quelque chose. A cause des mots du jeune homme, à cause de l’instant, à cause de toute cette journée, peu importe… Ils se mirent à danser, parfaitement synchrones comme une seule et même entité, anticipant sur l’autre… Ce n’était même pas de l’anticipation non, c’était une continuité. Leurs regards s’accrochèrent et ne se lâchèrent pas, pourtant bien des choses passaient dedans, dont une que n’importe quel spectateur aurait immédiatement pris pour une indicible tendresse et dont ils demeuraient les plus grands sourds et aveugles. La musique semblait s’adapter à leurs gestes et non l’inverse ! Ils évoluaient sur la piste de danse avec une grâce incroyable et rapidement tous les regards se tournèrent vers eux alors qu’ils ne s’en rendaient même pas compte. De la tendresse oui… Et du désir, un désir impétueux et franchement déstabilisant, comme une promesse, comme bien des promesses. L’alchimie qui passait entre eux, d’autres pouvaient la sentir, bien conscients de ce qu’ils ne voyaient pas, bien conscients de la rareté de cet instant et de son côté exceptionnel… Rien d’autre n’existait… Réellement. Ils n’entendaient pas les légers murmures, ni ceux qui retenaient leur souffle, ils n’entendaient pas les soupirs excédés de femmes frustrées de ne pas danser ainsi, de celles qui étaient coupées dans leur élan face à cette danse aux allures de perfection. Leur différence de taille les rendaient magnifiques, la fluidité de leurs gestes, leur cohésion les rendaient uniques… La musique dura, dura, dura, prolongée par les musiciens qui eux-mêmes n’en revenaient pas et trouvaient en cet étrange couple une inspiration sans faille. Ce qui se passait aussi ? Sous le tissu de la robe de la jeune femme, invisible à l’oeil nu, les marques de coups qui avaient marbré son corps trop longtemps s’illuminaient légèrement, très légèrement, discrètes, continuant de guérir, de cicatriser alors qu’elles n’auraient jamais dû pouvoir le faire… Et de manière beaucoup moins discrètes puisque visibles, les curieuses marques du jeune homme, qui elles n’étaient pas des cicatrices brillèrent plus intensément, ne se contentant plus de refléter la lumière mais se mettant à fournir la leur, faible, diffuse, mais bien à miroiter plus intensément. De plus le tourbillon argenté faisait de même dans les yeux du jeune homme alors que l’orangé de son regard s’intensifiait également, ses yeux se détachant ainsi d’autant plus dans la pénombre romantique, comme ceux des chats, plus que ceux des chats… Et elle… les siens s’éclaircissaient, semblaient curieusement tendre vers une couleur plus lumineuse faite d’or ciselé… Ils ne se rendirent compte de rien. Parce que rien ne comptait… Ou peut-être plus mystérieusement et plus incroyablement encore parce que c’était normal, quelque part, dans ce moment presque hypnotique, peut-être que ça leur apparaissait comme… normal…


Finalement la musique s’arrêta enfin et un tonnerre d’applaudissements retentit aussitôt, les faisant sursauter et elle se réfugia immédiatement contre lui, comme s’il pouvait la protéger d’une foule mécontente. Mais la foule était tout sauf mécontente et au contraire on les complimentait… énormément… Ils se surprirent à avoir un peu mal aux pieds… le furent davantage en apprenant qu’ils dansaient depuis plus d’une demi-heure en réalité, sur la même musique, presque une heure  en fait. Wahou… intense le moment ! Assaillis de compliments et de questions ils allèrent se réfugier près d’un stand, se regardant en finissant par se mettre à rire. Ce fut une dame d’un certain âge qui calma le groupe de filles sur-excitées et apparemment fan de la petite demoiselle, qui les rattrapa. Elle demanda du calme et de la discipline et devait être une figure de référence car on lui obéit immédiatement. La laissant entre de bonnes mains même si la petite demoiselle était au centre de l’attention et allait bien devoir répondre à des questions de « filles »… enfin de « femmes » plutôt, Tristan partir leur chercher à boire et une assiette de petits feuilletés et brochettes. Il posa le tout sur la table à laquelle s’était assise Cassidy et vint tout naturellement s’asseoir derrière elle alors qu’elle s’était mise à califourchon sur le banc, l’entourant de ses bras en posant doucement son menton sur une de ses épaules. Personne ne loupa, si ce n’est le garçon, le sourire qui éclaira le visage de la jeune femme…
Pourtant si le tableau semblait plutôt idyllique même si la jeune femme semblait totalement dépassée par les évènements et encore plus d’être apparemment une figure d’admiration, un modèle pour les femmes qui lui posaient des tas de questions et, se calmant sous le regard de la vieille dame, s’étaient mises tout simplement à converser avec elle sur les beautés du coin, les lieux à visiter etc., une ombre se profilait au loin.

L’ombre ? Un groupe de jeunes hommes qui collaient un peu moins au tableau des locaux. Grands barbus aux poils drus et noirs s’ils avaient des nordiques la carrure ce n’était pas le cas de la couleur de leur cheveux et encore moins de leur peau mâte… Des hommes du sud donc… Mais du très très au sud… qui n’avaient rien à faire dans le nord et auraient détonné dans le paysage s’ils n’avaient pas été aussi aimablement accueillis. On avait l’habitude des étrangers et ils paraissaient tout à fait adorables, joyeux, riant à gorge déployées et ayant apparemment un sacré lever de coude plaisant particulièrement aux nordiques. Pourtant ils avaient regardé avec bien trop d’assistance la petite demoiselle sur la piste de danse. Parce qu’elle avait énormément attiré l’attention, parce qu’elle avait des airs de petit ange, de princesse parmi un peuple beaucoup plus grand bien que plutôt beau. Elle était belle… Très belle… Ils appréciaient les femmes belles et encore plus l’idée d’une femme belle, délicate, inaccessible donc… Quoi de plus excitant, pour tant d’hommes, que de dompter, soumettre et posséder une femme de la haute censée leur être supérieure et donc inaccessible ? Quoi de plus excitant que de faire d’une intouchable une victime des caprices de « vrais hommes », forts et bestiaux ?
Mauvais dessein… Très très mauvais dessein. Si bien des désirs restent tus, simples fantasmes inavoués, d’autres se délient dans l’alcool et entrainent des actes méprisables et misérables.


Bien qu’intimidée, Cassy avait accepté de retourner danser, un peu… Il y avait plus de monde et je savais que l’étrange phénomène qui nous était arrivé ne s’était pas reproduit…
Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je ne savais pas que ça arriverait, je le jure… Mais un truc s’est passé, je ne sais pas quoi… Mais c’était beau… c’était fort et intense, très différent de quand nous faisions l’amour hein, mais… vraiment spécial… tout aussi spécial. Je ne m’étais rendu compte qu’à la fin que tout le monde s’était arrêté et nous regardait, que nous étions… différents aussi. Je m’en suis voulu de lui avoir imposé ça mais… à cet instant je l’avais trouvé encore plus belle et j’avais eu envie de l’embrasser. Je l’avais fait sous les applaudissements redoublés et j’avais senti la brusque tension qui l’agitait depuis peu disparaitre totalement alors qu’elle me rendait mon baiser mais d’une manière qui me sonna complètement. Merde… j’oubliais un peu vite à quel point elle embrassait bien.
Bref, nous étions retournés danser et c’était bien même si elle était un peu crispée par moment. Elle finit par se détendre. Je ne sais pas pourquoi mais notre étrange moment, s’il a fasciné tout le monde semble avoir été oublié presque aussitôt… ou plutôt avoir créé autre chose, comme s’il avait inspiré tout le monde. Nous avons presque aussitôt cessé d’être le centre de l’attention. Les filles qui nous parlaient ont vite comme « oublié » leurs questions et leur harcèlement pour être simplement sympa… C’est comme si tout le monde était sorti d’une sorte… d’hypnose. Oui, je sais c’est n’importe quoi mais c’est l’impression que j’en ai eu…
Cassidy semblait rassurée en tous les cas et ça me rendait heureux. Elle avait bu un peu aussi et je pense que ça l’aidait bien. J’avais évidemment choisi un des vins sucrés qu’elle aime beaucoup, j’avais goûté ses lèvres entre chaque gorgée. Ca l’avait fait râler un peu, pour la forme je crois, mais elle avait attendu en plissant les yeux dans une mimique adorable à chaque fois que j’avais tardé à le faire !
Nous avions dansé encore un moment et puis j’étais allé chercher à boire encore. On s’était un peu éloigné pour souffler et quand je revins je vis qu’elle était accostée par quatre hommes plutôt grands et trapus, bien moins grands que moi certes mais bien plus qu’elle évidemment. Ils n’avaient pas l’air menaçant mais insistants et je la sentais… agitée. Je la rejoignis très vite pour m’interposer, entendant peu avant la mention de « mon copain va arriver »-qui me chatouilla le coeur- et celle de « on peut partager »-qui fit allonger mes crocs. Rapidement je la rejoignis, mettant nos verres dans ses mains et me tournant avec un grand sourire vers les gaillards qui l’avaient accostée, prenant bien soin d’enserrer ses hanches d’un de mes bras.


- Bonsoir… Je peux vous aider les gars ?

Ils se raidirent, moi aussi. Ils étaient plus costauds que je ne l’avais cru de loin et d’un coup d’oeil je pouvais juger qu’ils savaient se battre et plutôt bien. Les bras sous les longs manteaux larges étaient noueux et larges, je pouvais en juger d’un seul coup d’oeil. La bagarre pouvait être dangereuse… Car sous ses manteaux je ne savais pas trop quelles armes ils pouvaient camoufler et puis… Cassy était toute proche, trop proche…

- Nan ça va, on parlait juste avec cette demoiselle. Elle semblait… très seule…
- Ce n’est plus le cas.
- Ce n’est pas le genre de femme qu’on délaisse.
- Je ne compte pas le faire…
- C’est peut-être à elle de décider…

Une joute verbale et de regard semblait s’être engagée entre moi et le plus petit du groupe qui avait l’air le plus costaud. Sa barbe était si épaisse que je voyais à peine sa bouche. Elle n’était pourtant pas longue, il était jeune lui, plus que ses camarades qui ne devaient pas avoir plus de 35 ans pour le plus vieux. Il avait une cicatrice sous l’oeil et un gros anneau à l’oreille. Il me rappela les pirates du sud auxquels j’avais eu affaire un jour. Mauvais… très mauvais… Mais aucune chance pour que des pirates justement viennent dans le coin… Sans leur navire ils sont complètement perdus et quasiment inoffensifs… Je sentis Cassidy se presser contre moi et je me dis que cette fille avait vraiment un don incroyable pour me comprendre. Parce que j’étais en train de m’énerver. Des scénarios passaient dans ma tête et ils ne me plaisaient pas du tout !!!! J’allais fracasser ces mecs, tout dragon que j’étais… Elle le sentit, d’une manière ou d’une autre et par sa simple présence qui était… tellement, elle me calma et me fit retrouver immédiatement mon calme.  Je souris alors que le gars et moi étions quasiment à moins de dix centimètres de distance juste avant, nous bousculant légèrement du plat des mains par provocations légères…Ah oui j’avais lâché Cassy et eut cette attitude assez… peu élégante, j’en conviens, mais elle me ramena à l’ordre et je dis donc un clin d’oeil au gars en reculant.

- Désolé les gars, mauvais timing… La vôtre attend peut-être votre arrivée chevaleresque dans cette soirée mais… cette petite demoiselle est ma compagne, ma… petite amie et je ne suis pas du tout… du tout… partageur.

J’avais même été joueur et amusant alors qu’on se provoquait presque… J’avais été… plein de sincérité en parlant d’elle et du fait que je ne voulais pas partager, c’était vrai…totalement vrai… mais ma voix avait été grondante de menace sur le dernier mot, pleine de défi et de promesses violentes… Le petit gars cilla, fronçant les sourcils. Il avait parfaitement compris, pas con le gars… Sauf que s’il se permit un sourire en nous marmonnant un « bonne soirée » je vis que ça ne lui avait pas plu… mais alors pas du tout… Mais à quoi m’attendais-je ? Cassidy était magnifique… normal qu’elle attire l’attention ! Et que d’autres me la jalousent… Totalement normal… Mais je n’avais pas pour autant l’intention de la partager… avec qui que ce soit. Elle ne me dit rien… C’était gentil de sa part. J’espérais qu’elle n’avait pas eu peur. Je m’en voulus de l’avoir laissée seule… Elle n’était pas loin d’autres gens pourtant et on l’avait bien remarquée… mais personne n’avait levé le petit doigt et à voir le teint pâle qu’elle arborait et les traces de pas dans la neige je me doutais qu’on avait guetté mon départ… et qu’ils l’avaient ennuyée bien plus que ce que j’avais vu… Je m’étais arrêté au bout d’un instant de marcher, me tournant vers elle.

- Est… Est-ce que ça va ? Désolé, si j’avais su que… enfin… je ne les aurais jamais laissé te toucher… tu le sais hein ? Mais si tu veux que j’aille leur casser la gueule, c’est avec grand plaisir que…

Elle n’avait plus nos verres… C’est à ce moment-là seulement que je le remarquais, me demandant vaguement où ils étaient. Je m’en rendis compte parce qu’elle avait crocheté mon cou et m’embrassait d’une manière si extatique que j’oubliais de respirer, où je me trouvais et brièvement quel était mon nom… oui, même mon nom. Woh…
Elle sourit contre mes lèvres et se recula légèrement avec un sourire en coin. Je l’incendiais du regard.


- Ca vous amuse de me torturer de la sorte demoiselle ? C’est cruel d’embrasser si merveilleusement un garçon et de le laisser sur l’arrière-goût du « déjà partie ???? Nan mais j’en veux encore moi !!!! ».

Elle échappa aux mains que je tendais vers elle dans un rire léger qui me retourna l’estomac, arguant avec une voix amusée que j’étais « fort exigeant ». Je souris… Elle ne semblait pas plus choquée que ça par ce qui venait de se passer ou peut-être voulait-elle seulement se changer les idées… Nous avons joué un instant au chat et à la souris ainsi alors qu’elle ne se rendait pas compte apparemment que je nous éloignais de la fête vers l’immense lac qui surplombait une falaise et offrait une vue sublime… La lune se reflétait sur la surface miroitante, sa soeur jumelle, plus petite presque invisible face à sa clarté peinait à se lever… Les étoiles étaient magnifiques…La nuit s’était extrêmement rafraichie… En se rendant compte que nous arrivions au lac elle me lança un étrange regard.

- J’espère que tu ne penses pas à un bain de minuit. Je sais bien que tu peux… hum… très bien me… réchauffer mais là…

Ouh… idée sublime mais déplacée… Mon pantalon allait encore me gêner si elle faisait naitre de telles pensées dans mon esprit. Vilaine Cassidy ! Je souris mais je n’étais pas sûr qu’elle le voit très bien puisqu’elle n’avait pas ma vue… la grande lune nous éclairait cependant très bien, vraiment très bien… Sa peau diaphane en accrochait les rayons… Quant à ses cheveux, loin de la fête et de ses lumières, ils avaient sous la lune des airs d’extraordinaires et j’étais heureux d’être le seul à pouvoir contempler ceci…

- C’est une idée intéressante… mais… non… tu sais qu’aujourd’hui… c’est un jour un peu spécial…
- Si tu parles de ce que tu m’as fait tout à l’heure, hum… oui c’était très spécial… et surtout merveilleusement… réussi… enfin… position… assez agréable… vu tout ce que tu pouvais faire avec tes… mains…

Sadique… Sadiqqqquuuue !!!!
Bon… Elle avait l’air d’avoir totalement oublié les types de tout à l’heure… Et que ce soit à cause de l’alcool ou parce que nous étions enfin un peu seuls et que ceci semblait la mettre extrêmement… à l’aise, Cassidy était provocante et… franchement trop tentatrice. En prononçant ces mots elle s’était presque collée à moi… enfin non, elle s’était collée à moi, l’espace d’un instant, faisant habilement descendre l’une de ses mains le long de mon torse de manière merveilleusement sensuelle, s’arrêtant juste à ma ceinture… Grrrrrrrr !!!!!! SADIQUE !!!!!
Déjà elle s’était retournée et éloignée d’un pas sautillant alors qu’elle avait soufflé son souffle brûlant dans mon cou et posé ses lèvres dans l’échancrure de ma chemise, effleurant ma peau qui me sembla s’embraser à son contact. Sadique !!!!
Mais je la retins par la main pour l’arrêter. Saisissant la deuxième avant qu’elle ne puisse répliquer, alors qu’elle ouvrait la bouche, je lui dis que c’était spécial pour autre chose… Lentement je nous avais fait tourner sur nous-mêmes pour nous arrêter, moi dos au lac, elle face à celui-ci, séparé par la distance de nos bras tendus. Le premier craquement me fit sourire et me demander si les dieux étaient avec moi pour que le timing soit aussi parfait… Un autre craquement. Elle avait sursauté en regardant derrière moi mais ce fut dans le ciel que les lumières éclatèrent en de multiples éclats étoilés. Des feux d’artifices…



Dans le silence de la nuit percé par les chants lointains et les bruits de fêtes qui prouvaient qu’il s’était bien éloigné, d’autres bruits et d’autres lumières vint troubler la tranquillité de la nature, mais de la plus belle des manières. Des feux d’artifices éclataient tour à tour, parfois plusieurs en même tête de l’autre côté du lac, proche du précipice… Si Tristan avait effectivement mis très longtemps, trop longtemps pour revenir avec les verres c’est parce qu’en réalité il avait piqué un sprint jusque là pour allumer la longue, très très longue mèche qu’il avait prévue pour les feux d’artifices achetés dans la journée. Il avait préféré se donner le temps d’arriver avec elle et heureusement vu l’altercation et leur petit jeu. Il ne se tourna pas vers les feux d’artifices qui avaient peu de chance d’être visibles à la fête tant elle était éclairée et bruyante. Il se contenta de la regarder elle, de regarder les lumières chatoyantes dans ses beaux yeux tournés vers le ciel.
La silhouette du jeune homme se découpait totalement dans la pénombre, comme un contre-jour occasionné par les jeux de lumière ainsi créés. Et puis les derniers, les plus gros explosèrent et le crépitement dura un peu alors que le silence revenait avec les bruits de la nature et des animaux nocturnes. Elle n’avait pas l’air de comprendre, baissant finalement les yeux sur lui. Il crut voir de l’émotion, beaucoup d’émotion dans son regard mais aussi de l’incompréhension, du doute… pourquoi l’avoir amenée ici ? Pourquoi il n’y avait personne d’autre ? Ce n’était pas prévu ? Ce n’était que lui ? Ce n’était que pour elle.
Alors seulement un sourire, un véritable et magnifique sourire éclaira le visage du jeune homme et même elle pouvait le voir tant la lune se reflétait sur ses dents blanches. Il fut surtout accompagné de quelques mots, prononcés très bas alors qu’il s’avançait d’un pas.

- Joyeux anniversaire princesse…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 2 Nov - 19:18

Le monde était si étrange. Elle ne l’avait jamais vu de cette façon là, avec cette dimension là. Parce qu’elle était différente. Différente d’un humain normal. Voilà si longtemps qu’elle assumait totalement ses travers, cette folie qui s’emparait d’elle, ses pulsions, sa colère. Cassidy savait. Que ce n’était pas normal d’être comme ça. Que ce n’était pas normal d’haïr le monde. Mais qu’avait-elle fait pour en arriver là ? Les dieux voulaient la punir d’être née ? Pourtant d’autres personnes avaient vécu pire qu’elle. Certains souffraient, d’autres étaient toujours prisonniers. Elle, elle était vivante, en bonne santé. Même si elle aurait préféré mourir. Un million de fois mourir plutôt que de vivre ainsi, que de survivre. Qu’était-elle ? Pourquoi tout ce mystère ? Qui pourrait l’aider ? Qui pourrait l’aiguiller ? Pensant que la magie n’était pas pour elle, qu’elle n’atteindrait jamais son rêve, tout son monde s’était écroulé. Ne plus avoir foi en rien, ne plus rien vouloir, ne plus rien attendre.

Qui aurait pu la faire sortir de là ? Qui aurait pu la raisonner ? Elle pensait que ce n’était pas possible, que personne ne la changerait. Qu’elle était condamnée à vivre sur cette terre en attendant l’heure de sa mort naturelle, si encore celle-ci existait. Et puis, une main s’était tendue. Un visage qui se dessinait dans son obscurité. Un sourire chaleureux, naturel, celui auquel on a envie de répondre. Un lien qui se raccroche, petit à petit. Une voix qui appelle. Une voix rassurante, pleine de promesses. Et son monde avait fini par se colorer. Envahi par les ténèbres, celles-ci s’étaient dissipées pour faire apparaître la beauté. Une seule personne avait été capable de cet exploit. Alors même que Cassidy était désespérée, qu’elle n’attendait plus rien de personne. Tristan… Pourquoi ? Avec lui elle se sentait plus en confiance. Avoir la confiance de parler de ses plus sombres secrets et même le pire d’entre eux qui risquait de tout chambouler.

Alors qu’on s’occupait d’elle et que la petite demoiselle se faisait chouchouter au petit salon, elle ne pouvait s’empêcher de penser à tout ce qui s’était passé la veille et aujourd’hui. Plongée dans une profonde réflexion, elle cherchait à placer des raisons à sa provocation, à ses questions. En effet, la jeune femme ne pouvait pas s’empêcher de provoquer Tristan pour avoir des réponses…

Lorsqu’il était en train d’écrire quelques courriers, elle lui avait demandé de manière détachée pour qui c’était. Qu’attendait-elle ? Et comment devait-elle réagir ? Si il avait dit que c’était pour des admiratrices, comment l’aurait-elle pris ? Elle redoutait la réponse au fond d’elle. Si il avait confirmé, elle aurait très sûrement été piquée au vif. Ca lui faisait peur… peur qu’il puisse penser à d’autres femmes qu’elle. Pourquoi ? Mais sa réponse avait été surprenante. Du courrier barbant et qu’elle pouvait lire si elle n’avait pas confiance. Elle n’avait pas trop tilté sur le coup. Mais c’était étrange. Pourquoi aurait-elle confiance ou pas ? Qu’est-ce que ça signifiait pour lui ? Finalement ça n’avait aucun sens. Ils n’étaient pas… un couple. Ils n’avaient pas d’obligation l’un envers l’autre. Alors pourquoi ces paroles ? Sur le moment elle n’avait pas répondu et ne l’avait pas rejoint non plus pour vérifier la destination de son courrier. Parce qu’elle n’avait pas à se mêler de ses affaires, qui était-elle pour s’immiscer dans sa vie ? Ca devenait bien trop sérieux et il ne semblait pas s’en rendre compte.

Elle avait finalement changé d’attitude en tentant d’utiliser de la magie et ça l’étonnait. Bon elle avait déjà réussi à utiliser de la magie par le passé mais c’était très faible. Ronchonne, elle avait avoué à son compagnon qu’elle pouvait mettre le feu à la chambre. Il avait alors répliqué et en l’entendant, elle n’était surprise qu’à moitié même si elle était agréable étonnée par son audace. Pourtant elle avait répondu et il avait encore répliqué, s’enfonçant un peu plus dans ce petit jeu de tentation. Elle s’était mordue la langue pour garder les idées claires et semblait totalement absorbée par le livre sur les dragons.

Ca aussi c’était particulier ! Elle avait posé une question en toute innocence sur les dragons corrompus tout en lisant distraitement les annotations qui semblaient provenir de deux personnes différentes. Ca contredisait pas mal de points sur le manuscrit. Eh bien apparemment l’humain qui avait écrit ce livre était loin de certaines vérités. Mais lorsqu’elle lui avait demandé pour les dragons corrompus, elle l’avait senti se crisper derrière elle. D’un geste doux, elle avait posé sa main sur la sienne, comme pour tenter de le rassurer. Heureusement qu’il ne pouvait pas la voir à ce moment là, car la demoiselle avait une expression bien étrange sur le visage. Le genre d’expression qui n’était pas simple à cacher. Elle avait quelque chose à voir avec ce genre de créature. Mais cette expression peinée et crispée avait disparu de son visage. Il s’expliquait, parlant d’exécution, de corruption de l’âme, qu’ils ne savaient pas comment ça arrivait. Cassidy s’était mordillée la lèvre en fermant les yeux. Les souvenirs avaient ressurgi dans sa mémoire, mélangés par les flammes, la fumée et les cris. Qu’en penserait-il ? Son cœur s’était serré à cette pensée. Tristan ne semblait pas en colère, ni contrarié, ni fâché. Il était juste un peu mal à l’aise. Elle avait caressé doucement sa main sous la sienne, souhaitant le rassurer. Mais la jeune femme culpabilisait et pas qu’un peu. Est-ce qu’elle lui cachait quelque chose ? Non elle l’avait prévenu qu’elle devait encore lui parler d’un gros secret. Même si elle gardait un air impassible, technique qu’elle avait utilisé de nombreuses années, son estomac se tordait de douleur. Pas parce qu’elle avait faim… juste parce qu’elle savait que ce secret là ne serait pas si évident à dévoiler. Elle lui demandait quelques renseignements, pour prendre la température, guetter ses réactions. Pourquoi le faisait-elle ? Au fond d’elle, elle avait peur de sa réaction lorsqu’il apprendrait. Son regard s’était tourné vers ses bracelets de force. Dire ou ne pas dire ? Avouer ? Mais par où commencer ? Tout s’embrouillait dans sa tête. Elle ne devrait pas avoir peur. Ca n’avait rien à voir avec un quelconque désintérêt mais tout simplement qu’elle redoutait sa réaction. La jeune femme inspira intérieurement. Un combat intérieur se livrait dans sa tête. Mais est-ce que ça valait le coup de reporter sans cesse ?

Ils s’étaient finalement couchés mais Cassidy n’avait pas beaucoup dormi. Elle avait beaucoup réfléchi, patiemment. Si elle souhaitait lui parler de ce secret, ce n’était pas sans raison. Pour un humain ordinaire, peut être que ça n’aurait pas été…embêtant. Mais Tristan lui, pouvait se sentir directement concerné. Egoïstement, elle ne voulait pas qu’il se détourne d’elle avec dégoût ou bien en la laissant tomber. Elle ne supporterait pas. Mais lui cacher ce genre de chose n’était pas bon non plus. Si jamais il l’apprenait par hasard, si jamais il se doutait ne serait-ce que d’une petite chose à ce sujet, alors il lui en voudrait d’avoir tant tardé à en parler. Elle avait beaucoup soupiré. Décidément les relations c’était pas facile du tout ! Le jeu en valait la chandelle mais… elle devait ainsi affronter une terrible peur et l’image d’un Tristan déçu ou énervé lui faisait mal au cœur. A force de réfléchir, elle avait prit sa décision. Une fois qu’ils rentreraient de leur escapade, elle lui en parlerait. Elle ne savait pas encore comment elle allait se débrouiller et cette pensée la faisait frissonner mais elle se fit la promesse de lui expliquer. Même si il la repoussait, même si il décidait de l’abandonner. Il valait mieux maintenant. Car plus le temps passait, plus elle s’attachait à lui et plus… la séparation pouvait être terrible et douloureuse. Elle avait eu un pauvre sourire avant de finir par s’endormir. Oui, elle s’en faisait la promesse, il saurait la vérité.

Revenant à la réalité pendant quelques minutes alors qu’on la massait, la jeune femme avait réussi à sortir de ses terribles réflexions. Mais une fois le massage terminé et que les dames voulaient maintenant la préparer, les souvenirs ressurgirent.

Le matin avait été taquin. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait accepté de mettre une robe. Mais après moult réflexion, Cassidy avait compris. C’était sûrement le fait de voir les yeux brillants de Tristan, le regard qu’il posait sur elle comme si elle était une véritable princesse. La douceur qui se dégageait de son regard et qui la mettait au dessus de tout. Devant lui elle ne se cachait pas. Parce qu’elle ne pouvait pas. C’est comme si il insistait pour la regarder alors que la jeune femme avait toujours cherché à se dérober aux regards. Et étrangement, cela ne la dérangeait pas. Parfois, il lui arrivait de repenser à quel point elle le méprisait la première fois qu’elle l’avait revu au village. Mais… c’était différent là. Parce que là il ne faisait pas semblant. Qu’il avait l’air vraiment bien et elle se sentait d’une certaine manière rassurée à ses côtés. Alors oui elle avait décidé de mettre une robe, parce que son sourire était un beau cadeau.


Ils marchaient main dans la main dans la forêt. Cassidy était heureuse, comblée et bien plus qu’elle ne pouvait l’imaginer. C’était magique. Tout était magique. Elle avait l’impression de flotter sur un petit nuage. La main de Tristan était chaude. Pourtant elle ne disait rien. Quoi dire ? Elle n’avait plus l’habitude de tout cela. Plus l’habitude qu’on s’occupe autant d’elle. C’était étrange et une sensation tellement apaisante à la fois. Il faisait froid mais pour l’instant elle avait juste chaud. Pas à cause de son problème mais juste qu’elle se sentait bien. Pour une fois dans sa vie elle ne faisait pas semblant. Tout ça juste pour lui.

Et puis il y avait eu leur départ vers la ville. Elle s’était permise une petite réflexion comme quoi il était plus confortable. Encore une maladresse de sa part alors que ça partait d’une bonne intention au final. Mais le traiter de monture n’était pas la chose la plus adaptée au monde. Chaque monture sur Ascadian était dominée par l’homme. Que ce soit des chevaux, des créatures magiques, on soumettait à la volonté. C’était toujours l’homme qui donnait la direction. Bien sûr, les elfes étaient plus proches de la nature et respectaient les animaux mais cela ne les empêchaient pas de voir des animaux comme des montures eux aussi. Il y avait une sorte de rapport dominant/dominé même si c’était bien plus subtile. Alors comparer Tristan, qui était un dragon, à un cheval en parlant de confort, c’était plutôt mal venu. Cassidy s’était rendue compte de sa gaffe et elle ne savait pas quoi dire pour s’excuser, marmonnant des paroles inaudibles. C’était étrange comme elle semblait prendre à cœur de ne pas offusquer le garçon alors qu’avant elle n’en aurait eu rien à carrer. Bon elle ne l’aurait pas traité de monture quand même pas car elle était loin de se sentir supérieure à lui et cela même si elle savait que justement les dragons avaient un sentiment de supériorité face aux autres humanoïdes. D’ailleurs heureusement que Tristan n’était pas comme ça. Si il avait cherché, ne serait-ce qu’un peu à la plier à sa volonté, à se moquer d’elle, il y aurait eu de fortes chances qu’elle ne soit pas restée longtemps avec lui. C’était évident même. Cependant c’était un léger rire qui l’avait agité face à sa phrase maladroite et il ne lui en avait pas tenu rigueur.

Finalement ils étaient arrivés en ville. Cassidy avait déjà vu de très grandes villes. Bien sûr elle était restée plusieurs mois à Galaden et savait ce qu’était un lieu bien rempli. Mais cette ville dégageait un petit charme naturel vraiment exotique. Entre la population très variée et l’architecture des maisons et structures en bois rustiques mais avec une certaine beauté rendait le paysage vraiment accueillant malgré le froid. Cassidy n’avait rien dit à Tristan mais elle observait. Pas très extravertie, elle avait gardé ses pensées pour elle. Parce que c’était bien la première fois depuis longtemps qu’elle faisait attention à ce qui l’entourait. Parce qu’elle n’avait jamais fait attention à son entourage. Elle s’ouvrait un peu au monde. Mais tout cela c’était grâce à Tristan. Jamais elle n’aurait fait cet effort si le jeune homme ne l’avait pas poussé, n’avait pas insisté… et ne s’était pas tenu à ses côtés. Bien sûr, même si Cassidy y pensait, elle était bien trop fière pour dire quoi que ce soit. Parce qu’elle ne savait pas comment cela pouvait être interprété. Et puis cela prouverait à Tristan qu’il avait quand même un certain contrôle sur elle, même si jamais il ne l’aurait forcé. C’était quand même finement mené. Il lui laissait la liberté tout en lui proposant des choses et elle avait toujours le choix. Mais comme elle voulait lui faire plaisir, la jeune femme acceptait souvent. Comment résister à ce petit regard adorable ? Malgré lui il savait s’y prendre. Elle avait observé les lieux d’un air intéressé. Le décor avait une autre saveur à ses yeux. Peut être parce que Tristan lui tenait la main ? Ils étaient bien comme ça, elle se sentait en sécurité et savait bien qu’il ne laisserait personne gâcher cette magnifique journée. Ca la troublait quand même.

Tristan avait été assez loin de la vérité. Qu’elle soit belle ou pas ne la dérangeait pas du tout. Elle se fichait pas mal de son physique, c’était aussi simple que ça. Son physique n’avait jamais été une arme pour plaire. Et puis après tout, elle savait bien à la maison close que son joli minois attirait. Des compliments des clients qui n’étaient pas si insensibles que ça et de ceux qui repassaient régulièrement. Il y avait eu aussi les gens de Galaden, alors que quelques hommes passaient la voir à la bibliothèque pour entamer une discussion et faire plus ample connaissance, complimentant son physique. Mais Cassidy ne s’était jamais servie de ça. Elle détestait les femmes qui paradaient en mettant en avant leurs attributs physiques. Elle trouvait cela complètement débile. Et puis le fait de s’accrocher à un homme n’était pas une évidence pour elle. N’ayant pas ce besoin de plaire, elle préférait s’habiller de manière confortable. Au moins elle avait remarqué que dans ce genre de vêtements personne ne venait la déranger et c’était tant mieux pour elle. Même si son visage restait ce qu’il était, agréable à regarder. Elle n’en avait jamais éprouvé l’utilité. Il ne fallait pas oublier non plus que la petite demoiselle était avec Jilian avant et marchait à ses côtés… sans faire aucunement attention à son physique. Et les regards des autres ? Eh bien en fait elle ne les regardait même pas. Cela la laissait indifférente et elle préférait regarder un point vide devant elle plutôt que de s’occuper des commérages des uns et des autres. Malgré ce qu’on pouvait dire d’elle. Cela ne l’avait jamais atteinte. Peut être parce que les sentiments qu’elle éprouvait pour Jilian n’étaient pas réels ? Peut être parce qu’elle savait pertinemment qu’elle n’avait pas besoin d’accorder de l’importance à son physique ? Il avait pourtant essayé de lui faire comprendre qu’elle devait se mettre un peu plus en valeur mais la demoiselle était totalement catégorique face à ses gentilles remarques. Alors forcément, que Tristan pense qu’elle se sente mal à l’aise à côté de lui n’était pas totalement vrai. Au final elle était bien plus occupée à regarder ce qui se passait autour d’elle plutôt que son apparence. Même si le fait de voir des gens qui la dévisageaient, parfois sans la moindre discrétion, la mettait mal à l’aise. Et puis, lorsqu’elle remarquait des couples qui passaient dans la rue, elle ne pouvait s’empêcher de constater des similitudes, du moins avec le fait qu’ils se tenaient par la main. Ca la mettait mal à l’aise. Que Tristan veuille qu’elle comprenne les regards des gens, est-ce que ça la ferait changer ? Peut être pas au final. Son monde tournait autour de Tristan et de ce qui se passait devant elle. Mais peut être qu’elle finirait par se rendre compte, petit à petit, que d’être remarqué n’était pas si désagréable que ça. Cependant il y avait du chemin à faire encore.

Et puis, il y avait eu toute cette folle marche pour faire du shopping. Trop de surprises, trop de choses, trop… trop tout simplement. Il fallait comprendre Cassidy. Elle passait d’un état carrément jmenfoutiste, très loin de s’intéresser aux vêtements, d’être solitaire à tout l’opposé. Et mine de rien ce n’était pas évident à gérer. Dans une autre vie, dans une situation différente, elle aurait sûrement été amusée et touchée. Mais là les blessures étaient bien trop profondes. Son style de vie avait été très particulier pendant plus de 10 ans. Elle s’était habituée à cette vie. Solitaire, dénuée de sens, sans saveur. Juste regarder le paysage, surfer et puis c’est tout. D’autres femmes auraient trouvé que c’était un sacrilège d’avoir de telles pensées. Un homme aussi attentionné, aussi charmant, qui faisait vraiment tout pour la combler tout en pimentant leurs actions, c’était ce dont tout le monde rêvait. Et Cassidy elle, semblait ne pas profiter comme il se devait de ces moments. Bien sûr elle faisait plaisir à Tristan. Si elle le suivait dans sa folie de vêtements c’était bien pour lui, si elle se montrait plutôt douce, agréable, c’était justement pour se forcer de ne pas tout gâcher avec ses remarques qui seraient sûrement contradictoires pour Tristan. Ne comprenait-il pas ? Elle faisait déjà un petit pas pour l’accepter, accepter ses demandes, accepter les embrassades en public alors qu’elle avait de plus en plus l’impression qu’ils ressemblaient à un couple et qu’elle cherchait à se cacher de ça justement. Elle aurait pu exploser à n’importe quel moment, de colère, de rage. Ce ne serait pas justifié… De lui dire que non elle n’aimait pas les fringues, que non elle ne voulait pas s’habiller comme une… une de ces femmes qui la faisait vomir à vouloir attirer tous les regards sur elle. Que non elle ne voulait pas faire de longues embrassades au milieu de la rue. Parce que tout ceci était faux ! Parce qu’ils n’étaient pas un couple ! Merde alors si il voulait vraiment que ça aille plus loin tous les deux, alors qu’il le dise ouvertement. Avait-il oublié qu’il partirait ? Dans quel état stupide se mettrait-elle ? Et que dirait les gens ? Il est passé où le beau jeune homme qui l’accompagnait ? Elle s’était faite abandonnée… abandonnée… Ce mot avait résonné dans sa tête et son ventre s’était tordu de douleur à cette évocation. Oui elle se fichait du reste du monde mais là justement ça allait contre tout ce qu’elle croyait, tout ce qu’elle avait l’habitude de faire. En se mettant autant en avant, elle acceptait les commentaires sur sa personne, qu’ils soient bons… ou mauvais.

Elle avait alors pris Tristan à part pour lui confier ses inquiétudes. Là encore la jeune femme avait redoublé de patience. Elle avait bien cherché ses mots, cherchant le moins possible à le blesser. Parce qu’après tout, il était si simple de détruire tout ce qui avait été durement construit jusqu’à présent. Et Cassidy ne voulait pas que Tristan se sente mal. Elle aurait pu exploser et lui dire que ce petit jeu avait assez duré. Cela lui brûlait la langue de lui dire qu’il repartirait bientôt et que cette journée n’avait été qu’une douce utopie pour mieux la planter. Qu’elle était à ses yeux qu’un bon passe temps pendant sa mission. Ca lui faisait mal au cœur. Mais ça sonnait un peu comme un goût de vérité. Il n’avait jamais abordé la conversation de ce qu’il comptait faire après avoir arrêté les Kaärs mais ça semblait logique non ? Il ne vivait pas ici. Il avait un poste important, une… famille dragon et des responsabilités. Il n’allait certainement pas tout envoyer valser pour venir vivre ici avec elle jusqu’à la fin de ses jours. Qu’il l’admette ou non, sur Frihold, c’était lui l’étranger. Elle ça faisait cinq longues années qu’elle vivait ici, si on pouvait appeler ça vivre. C’est peut être aussi parce qu’elle n’avait pas envie qu’il confirme ces dires qu’elle se taisait. Car mine de rien à cause de l’ascenseur émotionnel, il y avait de fortes chances pour que Cassidy redescende encore plus dans la noirceur dans laquelle elle s’était habituée… aller encore plus loin. Faire ressortir son mauvais côté… Il ne serait plus là pour la protéger.
Cassidy avait fait les choses doucement. Etre plus discrets… Oui il avait raison, elle était bien jmenfoutiste avant. Mais à leur village ils avaient toujours été très discrets, surtout avec Jillian à côté. Elle donnait l’air de se ficher de l’avis des autres, du regard des autres. C’était vrai… Du moins tant que ce n’était qu’un jeu. Tant qu’eux d’eux ce n’était qu’une affaire de soulager leurs pulsions communes… Elle avait eu peur… Elle qui n’avait jamais peur pourtant. Parce que ça devenait bien trop sérieux. Et justement si il lui demandait ce qu’elle elle pensait vraiment, elle lui aurait dit les mots suivants. Ils étaient deux personnes qui se conduisaient comme un couple alors qu’ils n’en avaient que l’apparence. Que derrière il ne lui avait fait aucune promesse et que ce n’était pas bon de la faire espérer pour rien. Elle se surprit de sa propre réflexion. Qu’espérait-elle ? Qu’il la prenne sur son dos pour vivre heureux jusqu’à la fin de leurs jours ? Qu’il ne la laisserait pas ? Qu’ils seraient un vrai couple officiel ? Quelle importance après tout ? Mais ça avait de l’importance… Elle avait du mal à savoir pourquoi. Peut être parce que c’était différent de Jilian. En fait c’était même très troublant. Avec Jilian elle avait toujours fait comme si ils étaient un couple mais dans sa tête ça sonnait comme quelque chose de faux, comme une bonne comédie. L’embrasser en public ne l’avait jamais dérangé parce qu’elle n’avait jamais rien ressenti pour lui à part une sorte de protection et d’amitié. Mais pour Tristan… pour Tristan ce n’était pas pareil. Les choses étaient différentes. Et cela lui faisait extrêmement peur. Parce qu’une fois que le point de non retour serait atteint, que se passerait-il ? Elle n’était pas amoureuse de lui pourtant ! Une attirance oui elle avait. Mais la jeune femme était perdue dans ses pensées. Par rapport à elle, par rapport à ses émotions, à sa conduite… Tout se chamboulait dans sa tête.
Alors elle lui avait dit gentiment d’arrêter de la taquiner autant devant tout le monde. Que ça faisait trop couple… Il était d’accord avec elle non ? Ils n’étaient pas un couple, il n’y avait eu jamais d’accord entre eux pour le devenir. Voilà la différence avec Jilian. Et après avoir joué la comédie avec le nordique, elle avait bien du mal à se remettre les idées en place. Pourtant Tristan était resté souriant même si elle sentit qu’il avait un malaise au fond de lui. C’était très léger mais le beau sourire qu’il affichait sur son visage n’était pas tout à fait honnête. Pourtant elle pensait qu’il serait d’accord avec elle. Après tout, tous les deux, ce n’était pas sérieux non ? Et elle ne voulait pas être comme toutes les conquêtes qu’il avait eu, qu’il devait embrasser à outrance devant tout le monde, prouvant qu’il pouvait avoir n’importe quelle femme quitte à briser des cœurs. Peut être aurait-elle du s’exprimer un peu plus et dire ce qu’elle avait sur le cœur. Cela aurait été bénéfique… mais c’est bien parce qu’elle craignait sa réaction qu’elle n’avait pas envie d’en dire plus. Pauvre petite demoiselle, torturée entre ce doux rêve romantique et le dur retour à la réalité. Torturée et faible… Trop faible pour affirmer ses positions. Trop faible pour trancher… Trop faible pour s’exprimer ouvertement envers lui et devenir bien plus sérieuse… Et puis ce n’était ni l’heure ni le moment. Pas besoin de gâcher la journée avec des questions existentielles.

Elle était ensuite plongée dans ses pensées. Sentant que Tristan s’était un peu calmé à côté d’elle. Mais la jeune femme avait peur de l’avoir un peu contrarié. Etait-ce mal ce qu’elle avait dit ? Difficile à dire. Cependant, le fait de penser à ça la rendait vraiment inattentive au monde extérieur. Elle ne vit pas la plaque de verglas devant elle. Son pied avait ripé dessus, la surprenant alors qu’elle tombait en avant. Mais elle ne rencontra jamais le sol. Son parfum, sa chaleur, cette sensation de sécurité énorme. Dans ses bras elle se sentait apaisée, libérée de toute retenue. Il avait parlé d’une voix douce et attentionnée comme si il craignait qu’elle ne se fasse mal alors qu’il n’y avait pas de raison. Elle était restée un moment contre lui comme si elle n’avait pas envie de se dégager, comme si elle voulait encore un peu profiter de sa chaleur, égoïstement. A sa phrase elle avait voulu faire passer en avant sa maladresse. Redressant les yeux vers lui, la jeune femme avait remarqué que Tristan la dévisageait d’un drôle d’air. Ca n’avait rien à voir avec de la perversité, rien à voir avec le regard quand ils faisaient l’amour, on aurait dit une sorte d’inquiétude. Mais il n’y avait pas de raison non. Elle avait rougi parce que oui son regard l’embarrassée. Pas parce qu’elle n’aimait pas ça mais ça lui donnait encore plus envie de s’accrocher à lui et peut être tomber un peu plus sous son emprise à chaque fois. Ou peut être qu’elle avait l’impression d’avoir un sourire niais ou une expression complètement débile sur le visage. Elle avait cherché à se rattraper en marmonnant des paroles à voix basse, évoquant sa maladresse.

Et puis, alors qu’ils marchaient l’un à côté de l’autre, il avait émis une suggestion. Parlant que ça l’ennuierait qu’elle se blesse. Cassidy avait froncé les sourcils. Qu’elle se blesse ? Mais elle était solide et ce n’était pas une petite plaque de verglas qui allait lui faire mal. Elle était restée un instant interdite, sans trop savoir quoi répondre, quoi dire, quoi faire. Accepter ou pas ? Ce n’était peut être qu’un prétexte pour avoir un contact ? Bon il est vrai qu’elle aimait aussi se tenir tout contre lui, ça avait toujours quelque chose de rassurant pour elle. Mais elle avait hésité un instant. Cependant depuis le temps, Cassidy s’était beaucoup adoucie. En temps normal elle l’aurait envoyé bouler, sa fierté en prenant un coup et voulant passer pour une fille forte. Mais les contacts avec lui, aussi petits soient-ils, elle voulait en profiter… aussi longtemps que cela était possible. Un sourire étrange était apparu sur son visage. Elle n’avait pas l’air contrariée et son teint était devenu un peu plus rouge alors qu’elle passait sa main autour de son bras qui était découvert, il avait un peu relevé les manches de sa veste. Sa peau à lui était chaude mais ses doigts étaient glacés. Elle fit une grimace d’excuse et semblait hésitante en prononçant quelques paroles. Il répondit très rapidement d’un air enthousiaste. D’un air étonné, elle le dévisagea mais il ne répondit rien pour expliquer son comportement. C’était quand même étrange. Bon pour sa part elle aimait bien le contact avec son bras, il y avait une petite sensation agréable qui la faisait rosir, même si elle n’arrivait pas à exprimer ses pensées, de peur de paraître ridicule.

Une enseigne avait finalement attiré son attention. Il est vrai que même si elle faisait tout pour rester… neutre, enfin elle n’était pas vraiment neutre, mais pas laisser transparaître ses envies, le besoin était quand même présent. C’était surprenant. Elle avait eu sa dose et était satisfaite pour un long moment là. Mais avec lui, tout était différent. Parfois elle se demandait si il ne faisait pas exprès d’accentuer ses effluves de dragon pour qu’elle veuille encore avec lui. Elle ne savait pas si elle résistait ou pas, si ça venait de lui ou d’elle. Cassidy qui avait toujours détesté cette activité, ne trouvant pas le moindre plaisir ni intérêt là dedans, était devenue bien plus entreprenante à ce niveau là. Son corps le réclamait… à chaque contact avec sa peau elle ne pouvait s’empêcher d’y penser. Même si c’était agréable elle avait envie encore et encore de fusionner leurs corps comme si c’était la meilleure des gourmandises. Peut être parce qu’elle le trouvait parfait et vraiment à son goût. Elle ne lui laissa pas le choix en l’attirant vers l’auberge de jour et elle n’avait pas l’intention de le laisser s’échapper. Elle savait qu’il en avait autant envie qu’elle.

A l’intérieur elle s’était montrée très différente de d’habitude. Polie, respectueuse, pas un seul mot vulgaire. On pourrait croire qu’elle était une femme parfaite. Surtout que le sourire et le regard qui animaient son visage la rendaient bien plus jolie qu’à l’ordinaire. Elle ne savait pas ce qu’en pensait Tristan mais elle allait enfin pouvoir se venger de toutes ces viles tentations qu’il n’avait cessées de faire pendant leur petite balade. Elle l’avait attiré dans la chambre sans la moindre gêne ni résistance de sa part. Et puis cela avait été un tourbillon de sensations, toutes les plus intenses les unes que les autres. Elle ne faisait pas semblant. Pourtant avec tout ce qu’ils étaient en train de faire, la demoiselle aurait pu être éprouvée et fatiguée. Elle avait pourtant le front couvert de sueur, sa peau était rouge. Mais aucune trace de fatigue et c’est comme si elle était prête pour la prochaine fois. Elle se sentait bien, c’était une évidence. Et l’énergie ne semblait pas lui manquer. Des mots, des phrases, des compliments qui la faisaient rosir de plaisir. Tout simplement.

Après cette petite pause… revigorante, ils étaient partis mangés. Et Tristan avait sorti une grosse bourse de sa poche. Il est vrai que Cassidy aurait pu mal le prendre. Elle avait vu le regard fort ennuyé de son compagnon qui avait l’air plutôt mal à l’aise. C’était plutôt mignon. Elle aurait pu faire un scandale et le lâcher là en plein milieu en lui disant qu’elle n’était pas une de ces… femmes qui se faisait payer pour le service. Certes ça pouvait rappeler la maison close où les clients payaient pour profiter d’une demoiselle et cela pouvait très bien revenir à son esprit. Mais la jeune femme ne lui en tenait pas rigueur. Parce que le regard fuyant de Tristan montrait qu’il avait gaffé et même si il cherchait à camoufler celui-ci pour paraître un peu plus sûr de lui ou de rattraper avec une petite phrase évocatrice. Elle avait rit d’ailleurs pour détendre l’atmosphère. Peut être que si ça avait été un autre homme, elle n’aurait pas laissé passer ça. Mais c’était Tristan et juste parce que c’était lui, elle lui pardonnait cette maladresse. Parce qu’elle n’avait pas de raison de lui en vouloir et qu’il n’avait pas l’air, depuis le début, de vouloir abuser d’elle. C’était même plutôt mignon de le voir dans cet état embarrassé.

Finalement, Cassidy était sortie de ses pensées quand une des dames lui déclara que c’était terminé. Pourtant la petite blonde ne se sentait pas très à l’aise dans tout cet… attirail. Sûrement parce qu’elle n’avait pas l’habitude. Elle se crispa un peu en essayant de bouger mais on la mit à l’aise en disant que son compagnon allait adorer, qu’elle était vraiment magnifique comme ça et que c’était bien dommage de cacher une beauté pareille. Pendant un instant, Cassidy se regarda dans une glace. Elle ne se reconnaissait pas. Totalement transformée en quelqu’un d’autre et elle avait même bien du mal à se reconnaître. Bon c’est vrai, son physique était plutôt agréable à voir. Elle s’examina sur toutes les coutures n’étant pas habituée à se voir ainsi. En même temps elle se regardait très peu dans un miroir. Mais même ainsi, ses pensées ne changèrent pas. En se voyant aussi belle, peut être que la jeune femme aurait envie de tourner autour d’autres hommes pour la soirée et s’amuser un peu à les séduire. Après tout, Tristan jouait à un jeu dangereux. Il la rendait belle mais peut être qu’elle chercherait à en profiter pour courir ailleurs et s’amuser avec son pouvoir de séduction. Cependant… Cassidy restait Cassidy. Et ce n’était tout simplement pas elle de tourner d’homme en homme. Déjà parce qu’elle faisait très peu confiance aux autres. Ensuite parce qu’elle avait toujours cherché à se mettre en retrait. Mais c’était uniquement pour Tristan qu’elle acceptait ce soir de revoir son apparence. Parce que si elle voulait plaire à un homme, c’était uniquement lui… Le reste n’avait pas d’importance.

Elle avait marché dans les rues de la ville qui s’animait. Le cœur battant la chamade, un peu gênée par cette nouvelle tenue qui était encore plus serrée que la précédente. Parfois elle redoutait ce moment où elle croiserait Tristan. Bon d’accord elle était très contente de cette petite séance de détente avec massage, habillement, décoration et compagnie. Ca l’avait mis à l’aise même si la pauvre n’avait pas pu s’empêcher de repasser en boucle tous les évènements de la matinée. Et là maintenant ils allaient faire quoi ? Il semblerait que la fête allait bientôt commencer. Tout avait l’air magique et les grandes statues de glaces s’étaient illuminées, donnant à la scène une allure féérique.

Pourtant, elle le vit. Près de la fontaine, attendant patiemment. Le cœur de la jeune femme battait plus fort. Elle avait envie de lui sauter dans les bras, de courir vers lui. L’absence de ces longues heures passées sans lui avait été dure. Elle n’avait pas réfléchi, juste qu’elle s’était mise à courir, sans faire attention à sa robe qui n’était pas faite pour ça, ni sa coiffure qui semblait voleter autour d’elle. Elle courait dans sa direction en prononçant son surnom. Et puis, la chute. Son pied dérapa contre du verglas encore une fois, flaque qu’elle n’avait pas vu trop occupée à courir vers sa cible. Elle battit des bras et se trouva pendant un instant sacrément ridicule. Non mais c’était ridicule oui ! Elle avait l’impression d’être un poulet qui voulait décoller. Mais alors que Cassidy fermait les yeux, prête à chuter, cette dernière ne vint jamais. Très vite elle se retrouva plaquée contre le torse brûlant de son compagnon qui l’accueillit avec plaisir dans ses bras. Il ne lui laissa même pas le temps de souffler, déposant un fougueux baiser sur ses lèvres qui l’enflamma aussi tôt. Aaaaah mais ça allait pas de faire ce genre de chose à une pauvre demoiselle choquée ?! Heureusement qu’il la retenait parce que ses jambes étaient comme du coton et elle serait bien tombée à la renverse si il ne la tenait pas fermement. Le baiser avait une saveur de retrouvailles et c’était vraiment délicieux. Elle apprécia beaucoup et se laissa faire alors qu’elle resserrait ses bras autour de son torse, appréciant avec plaisir la chaleur de ses lèvres contre les siennes.

Il s’était ensuite détourné aussi rapidement, sans lui dire le moindre mot et tenant dans ses bras une grosse housse. Cependant Cassidy n’avait pas loupé les pommettes rouges de Tristan. Tiens étrange, il avait chaud lui aussi ? Elle ne lui en tint pas rigueur ou ne voulait pas le cuisiner là-dessus, regardant avec curiosité cette étrange housse sans comprendre. Ok… après les vêtements, les robes, la séance détente, la bourse, c’était quoi ça maintenant ? La jeune femme ne savait pas trop comment le prendre. Bien sûr, ça l’intriguait. Mais dans un autre sens, elle avait l’impression d’être une princesse qu’on comblait aujourd’hui alors qu’elle n’avait rien fait de spécial. Et cela lui fit se poser des questions. Est-ce qu’il gâtait toutes les femmes avec qui il avait une magnifique aventure au lit ? Parfois elle se posait la question. Et c’est avec horreur qu’elle se demanda si il ne faisait pas exprès justement pour qu’elle puisse continuer à le satisfaire. Enfin elle chassa rapidement cette pensée de sa tête. C’était ridicule ! Il avait l’air honnête alors elle le voyait très mal tenter de profiter d’elle. Du moins c’est ce qu’elle pensait.

Elle était occupée à déballer l’énorme housse sans comprendre de quoi il s’agissait. Curieuse, elle tira la zipette et constata que c’était une magnifique planche de surf. Abasourdie et choquée, voilà l’état de Cassidy à l’heure actuelle. Elle ne s’y attendait absolument pas. Après tout elle n’avait montré qu’une fois à Tristan ses prouesses de surfeuse, enfin lui apprendre surtout mais elle ignorait totalement qu’il avait pris cela autant au sérieux. Cette attention la bouleversa profondément. Jusqu’où irait-il pour elle ? Elle tenait la planche d’un air indécis, passant les doigts sur le bord finement lissé de l’engin. Ca avait l’air d’être du travail de qualité. Cassidy avait les yeux qui se brouillaient, son cœur qui jouait au yoyo. A force elle allait finir par avoir une crise cardiaque avec ce genre de surprise. Elle s’était détournée de Tristan pour ne pas qu’il la voit pleurer. Personne n’avait eu de gentille attention de ce genre ou du moins elle ne les avait jamais acceptées. Alors là, que c’était lui qui prouvait encore une fois à quel point il était aussi observateur, c’était extrêmement touchant. Elle était toute retournée et ne savait plus quoi dire, plus quoi faire, n’arrivant même pas à remettre ses idées en place. Et puis, la jeune femme se tourna vers lui et asséna au jeune homme un sacré coup de poing sur son torse avec une phrase dite sur un ton puissant. Oui ça lui plaisait et oui il était un crétin d’en faire autant pour elle. Ca voulait dire quoi tout ça au juste ? Pourquoi… pourquoi tant d’attentions ? Pourquoi tant de présents ? Pourquoi… tout simplement pourquoi ! Elle n’arrivait toujours pas à comprendre tout cela. Ce n’était pas normal. Il était un camarade d’enfance d’accord, il couchait avec elle très bien mais là… mais là… est-ce qu’une femme pouvait se vanter d’avoir été autant gâté en une journée ? Cassidy n’était pas bête et même si elle faisait la fière en le grondant, même si ça lui plaisait, cela ne pouvait pas l’empêcher de se poser tout un tas de questions. Elle commençait à croire qu’il y avait quelque chose derrière. De l’amour ? Bah nan… mais quoi alors ?

Cassidy n’avait pas regardé Tristan, elle fuyait son regard, toute gênée qu’elle était. Il avait réussi facilement à la dérober à son regard en la prenant dans ses bras tout en parlant d’une voix hachée. Au moins se caler contre lui avait l’avantage de dissimuler sa tête sur son torse et elle aurait très bien pu le mouiller de cette manière là. Mais rester contre lui faisait du bien à la petite mage qui sentait son état se calmer très légèrement. Son odeur parfumée l’apaisait bien et elle respira doucement contre lui. Ses paroles avaient beaucoup de sens. Il disait qu’il était désolé et qu’il n’avait pas l’habitude de faire ça. Donc déjà ça répondait à son hypothèse qu’il le faisait à toutes les femmes. Le cœur de Cassidy bondit de joie. Elle était la première avec qui il avait ce petit genre d’attention et elle se sentit beaucoup mieux d’un coup. Ensuite il déclara que la journée devait être spéciale comme elle l’était. Deuxième réchauffement dans le cœur, c’est comme si il la considérait au dessus de toutes les autres. En même temps, c’était une jolie assurance pour Cassidy. Après tout là il était en train de lui prouver que c’était tout nouveau pour lui et qu’il n’avait jamais fait ça pour une autre. Son cœur dansait la samba. Elle était spéciale à ses yeux… C’était une jolie déclaration quand même. Il disait aussi que c’était romantique et l’affirmait. Qu’il aimait bien quand elle souriait et qu’il voulait lui plaire. Etrangement ces paroles sonnaient bizarrement aux oreilles de Cassidy. Vouloir lui plaire ? Pourquoi ? Encore une question… Oh bien sûr elle était toute heureuse d’attirer son attention et d’être au centre de ses pensées… mais jusqu’à quand ? Une fois qu’elle lui aurait donné son approbation il partirait ? Elle était aussi contente que chamboulée, ne sachant pas trop comment prendre ses propos. Elle était apparemment la première avec qui il faisait autant d’efforts. Alors peut être… peut être qu’il resterait avec elle… peut être qu’ils vivraient ensemble jusqu’à la fin de leur vie… elle allait peut être lui en parler mais il attira son attention sur les sacs qu’elle tenait. Pendant un instant elle l’avait senti si vulnérable dans ses propos mais il avait rapidement dévié de cette magnifique déclaration. Elle était d’ailleurs toute troublée et aurait bien voulu peut être élargir le sujet. Mais déjà il regardait dans les sacs qu’elle avait achetés.

Guettant sa réaction, la jeune femme vit un sourire sur le visage de son compagnon, parfois même de la surprise face à ce qu’elle lui avait préparé. Elle semblait avoir un regard bien plus téméraire pour sa part, attendant ses paroles. Il avait soufflé quelques mots approbateurs dans le creux de son oreille et cela avait bien fait frissonner et rougir la demoiselle. Il avait une voix tellement tentante… Lorsqu’elle aborda l’histoire de l’huile de massage, il répliqua encore une fois. Le simple fait d’imaginer ses mains qui parcouraient son corps avec la plus belle des sensualités ça l’émoustillait vraiment surtout que c’était très agréable. Elle toussota en se détournant de lui, cherchant à effacer le rouge sur ses joues mais il avait réussi son petit effet.

Et puis il l’avait guidé jusqu’à leur auberge. Cassidy était très surprise. C’était une auberge de jour après tout. Alors qu’est-ce qu’il avait fait pour garder leur chambre après tout ? Il n’avait quand même pas fait des choses louches avec le patron ? Oh peut être qu’un bon sac d’or avait réglé le problème. Elle se demandait d’ailleurs comment ça se faisait qu’il ait tant d’argent. Parce qu’avec toutes les dépenses d’aujourd’hui, il en avait bien eu pour son salaire du mois entier. Elle qui pouvait à peine se payer un loyer avec son petit travail… à moins qu’il n’utilisait pas trop son argent et ne s’encombrait pas de trucs inutiles.

Ils s’arrêtèrent dans la chambre et Cassidy était totalement…sous le choc encore. Même si cette fois elle était agréablement surprise par tout ce luxe, cela ne l’empêchait pas d’être amusée. Elle pouvait très bien se contenter d’une plus petite chambre sans problème. Mais Tristan, avec une simple phrase, lui avait fait comprendre qu’il voulait bien s’occuper d’elle. Et apparemment prendre soin de sa personne ça passait par un logement de luxe. Eh bien… Cassidy se demandait même si il vivait dans un château ou un truc comme ça ou un grand manoir avec des domestiques pour s’occuper de lui. Ou bien des femmes… elle se mit à rougir de jalousie et d’envie. Non il n’avait peut être pas un château, cela ne semblait pas être l’homme à avoir des envies de grandeur. Et pourquoi d’ailleurs elle pensait à un logement qu’elle ne verrait donc jamais ?! Elle se gratta doucement la tête, confuse et ennuyée mais Tristan ne lui laissa pas plus de temps pour réfléchir alors qu’il la prenait par la main pour l’entraîner dehors.

Et pour une fête c’était une magnifique fête. Cassidy était totalement conquise par ce paysage de glace qui n’avait rien de froid et qui était tout simplement chaleureux. Des rires, des chants, de la musique qui résonnaient à leurs oreilles. Des petits stands de toutes sortes étaient alignés le long des grandes rues passantes où une foule de personnes se pressaient autour. Cassidy regardait autour d’elle et semblait surtout intéressée par la nourriture appétissante et succulente qui lui donnait bien envie. D’ailleurs ça la rendait toute heureuse et elle voulait goûter de tout. Alors qu’ils marchaient, Cassidy une brochette de chamallows grillés qu’elle dégustait avec plaisir, son regard fut attiré par un stand de bijoux. Elle n’était pas du genre attiré par ce genre d’accessoire mais l’un d’entre eux avait capté son attention. Le regardant très rapidement avec intérêt en le trouvant mignon, elle détourna cependant le regard. D’un elle ne savait pas quoi faire de ça, et de deux c’était sûrement bien trop cher. Cependant l’infatigable garçon s’arrêta alors qu’elle voulait continuer en l’entraînant par la main. Elle le vit bien trop tard partir en direction du stand et elle en fut très surprise. Comment avait-il pu faire attention ? Elle n’avait regardé qu’à peine pendant quelques secondes…

La jeune femme continuait de déguster sa brochette de loin tout en l’observant. Il n’allait quand même pas lui prendre un truc ici parce qu’elle avait tourné le regard dans cette direction. Elle en profita pour détailler un peu le jeune homme de dos sans la moindre gêne. Sa coiffure avait été mise bien en avant en faisant ressortir ses yeux, l’élégante tunique faisait ressortir ses pectoraux ainsi que ses abdos. D’ailleurs elle ne lui avait fait aucun compliment sur son physique mais il n’en avait pas eu besoin. Il avait vu, grâce à son regard, à quel point elle était sous le charme de son apparence et le rouge de ses joues ne pouvait pas le tromper. D’ailleurs elle l’aurait bien déshabiller sur le champ pour faire quelques jeux en retournant à l’auberge tellement c’était un vile tentateur. Une fois encore elle soupira en secouant la tête pour chasser ces envies de son esprit. De longues minutes s’écoulèrent pendant lesquelles Cassidy regarda les passants, les autres stands. Elle saliva en regardant une fontaine de chocolat un peu plus loin et avait bien l’intention d’y goûter. Mais alors qu’elle avait la tête tournée en imaginant toutes les merveilleuses saveurs que lui apporterait du chocolat chaud, Tristan était déjà revenu et tenait dans ses mains le pendentif sur lequel elle avait posé son dévolu à la dérobée tout à l’heure. Cassidy ouvrit la bouche, stupéfaite. Non ce n’était pas possible… Comment il avait su et vu ? Comment avait-il pu remarquer avec autant de perspicacité quel bijou avait attiré son attention ?! Elle n’en revenait pas. Elle voulut dire un mot, ses sourcils se fronçant comme pour lui faire comprendre que là encore il allait trop loin mais le jeune homme n’en fit rien. Il l’invita à se tourner. Elle soutint son regard un instant sans ciller. Ses yeux semblaient l’interroger comme si elle avait voulu connaître la raison de tout cela et surtout lui dire qu’elle n’allait pas trop savoir quoi en faire. Mais il ne la laissa pas répondre et se plaça derrière elle puisqu’elle était apparemment bien bloquée dans la même position sans l’envie de bouger.

Alors qu’elle avait le dos tourné et qu’il s’autorisait à lui passer le pendentif autour du coup, il prononça quelques mots. Des mots qui la chamboulèrent encore plus. On ne pouvait pas être autant surpris, chamboulé, troublé, choquée dans une seule journée car tous ces mots avaient été utilisés plus d’une vingtaine de fois chacun pour décrire l’état et les émotions de Cassidy. Et qu’à ce rythme là, elle aurait le visage figé à vie par la surprise et le choc car c’était les seuls émotions qui revenaient à chaque action. Elle l’écouta attentivement. Il disait qu’il faisait attention à ce qui importait à ses yeux. Sur le coup elle se sentit extrêmement touché et son pauvre cœur faisait des loopings. Crise cardiaque à prévoir avant la fin de la journée. Important pour elle, important pour elle… hum d’accord et si elle lui demandait pour emménager ici il ferait encore attention ? Elle se le demandait bien… Pour l’instant c’était du matériel, des accessoires. Certes cela montrait tout l’attention qu’il lui portait mais peut être attendait-elle plus que des cadeaux même si elel avait du mal à imaginer quoi, quand et comment.

Toutefois, voilà encore un geste qui la laissait pleine de questions. Elle regardait un instant le pendentif, bien que cela l’obligeait à avoir la tête inclinée vers le bas. Des questions… elle était extrêmement touchée et honorée par son geste. N’importe quelle autre fille aurait trépigné de joie en sautant à son cou pour le remercier. Cassidy restait simple, muette, les yeux brillants. Qu’avait-elle fait pour mériter autant ? Toujours la même question qui revenait. Bon là ça devenait grave quand même. Elle perdait la tête et ça commençait à l’agacer de le voir agir ainsi sans qu’elle ne sache pourquoi mis à part que c’était pour lui faire plaisir et qu’elle le méritait parce que… parce que… heu… il avait vu quoi d’elle en fait ? Qu’elle était une fille plutôt têtue, maladroite. Pas vraiment du genre à faire quelque chose pour les autres, désinvolte et jmenfoutiste et bonne au lit ? Elle l’avait peut être soigné une fois mais à part ça heu… elle n’avait pas grand-chose qui réclamait son attention. A part coucher encore et encore… et puis c’était lui le dragon qui voulait bien la prendre sur son dos… elle n’avait rien fait… et ça l’embêtait beaucoup au final. Parce qu’elle était incapable de savoir ce qui lui valait cet honneur. Il aurait beau dire qu’elle était belle, gentille, forte, intelligente, ça ne lui expliquait pas grand-chose. Qu’il voulait lui faire plaisir parce qu’elle n’avait rien eu dans sa vie c’était de la pitié. A moins qu’il l’aime et veuille lui témoigner cet amour avec des présents et… Heu minute là y a un problème ! Elle cligna des yeux comme si cela était une évidence et totalement absurde à la fois.

Pourtant, elle fut interrompue dans sa grande révélation par la piste de danse. Difficile de dire si c’était ce qu’elle venait de penser ou bien la vision de cet endroit qui l’avait arrêté net, la braquant d’un geste en refusant catégoriquement d’avancer. Ok dans leur village c’était une chose mais là elle n’était pas en état ! Pas la bonne tenue, pas le moment, les jambes tremblantes. Bref, c’est avec beaucoup de crispation qu’elle regardait se lit et qu’elle s’y opposait assurément. Trop de monde, trop de lumière, trop de choc, elle n’avait pas envie de danser et danser pourquoi au final ?! Alors, à cause du surplein d’émotions, de tout qui était en trop, la jeune femme ouvrit la bouche d’un ton très vif, un peu aïgu mais sans aucune hésitation.

« Heu tu vas où là ? Je suis désolée Tris’ mais j’ai pas trop envie de danser là. En plus je suis nulle et j’ai pas envie de m’étaler en public tu vois… Si on pouvait juste aller chercher d’autres trucs à manger parce que j’ai encore faim là… »

Faim de lui aussi ? Elle grogna en détournant la tête, s’en voulant de penser automatquement à ça. Alors, avec douceur, il prit ses mains sans rien dire au début. Il caressait doucement son visage. La jeune femme semblait s’apaiser un peu alors qu’il passait ses mains sur ses joues d’un geste tendre. Ses mains étaient toujours aussi chaudes. Cassidy ferma paresseusement les yeux et elle loupa le baiser sur ses lèvres qui avait toute la douceur du monde et lui tira un grand frisson qui lui parcourut l’échine. Elle rouvrit les yeux et pencha la tête de côté pour observer Tristan. Bon, là elle lui donnait toute son attention.

Déjà il lui faisait des compliments comme quoi c’était une bonne danseuse. Ensuite il lui disait d’arrêter de penser au regard des autres. C’est vrai il avait raison et avait parfaitement deviné les raisons de son attitude mal à l’aise. Elle se sentait fragile et totalement vulnérable. Déjà pas très à l’aise dans un vêtement qu’elle ne portait guère souvent (rester plus de 10 ans en tunique et pantalon ça laisse des marques !), et en plus devoir danser comme ça au milieu de tout le monde au risque de se sentir ridicule ou au contrairement sous les yeux des projecteurs ça n’allait pas du tout pour elle. Il disait qu’il aimerait bien qu’elle voit le regard des autres car elle les rendait jalouse, qu’elle les éblouissait. La jeune femme ne comprenait pas et mit la tête sur le côté. Qu’elle l’éblouisse lui ce n’était pas suffisant ? Il fallait que tout le monde soit au courant ? Elle pensait qu’il n’y avait qu’eux… Ca n’allait pas du tout, elle se sentait encore plus perdue. Et attention Tristan… à force de vouloir faire comprendre à Cassidy qu’elle attire du monde, qui ne dit pas que cela se retournera contre lui ? Après tout, elle pouvait bien profiter et devenir une de ces aguicheuses qui s’accroche à tout ce qui bouge et prend plaisir à faire souffrir les hommes en les écrasant par sa beauté. Pas trop le scénario rêvé et très loin de l’état de Cassidy au final.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 2 Nov - 19:18

En fait, dans son regard il n’y avait ni remerciement, ni espoir. Le remercier pourquoi ? Elle avait déjà de la peine à comprendre pourquoi se mettre autant en avant alors qu’un peu avant il lui disait qu’il fallait ne pas faire attention aux autres. Et de l’espoir par rapport à quoi ? Elle ne se sentait pas désespérée, c’est juste qu’elle feignait ne pas vouloir danser pour ne pas paraître ridicule et surtout parce que la danse n’était pas une de ses activités fétiches oh nan ! Elle voulait bien faire plaisir à Tristan en dansant avec lui dans la clairière car ça lui avait fait ressentir des choses mais danser pour danser pour se mettre devant un public… non tout simplement pas. Pourtant, c’était une toute autre chose qui la soulageait dans ses paroles et rien à voir avec ce qu’il imaginait. Encore une fois c’était pour lui… juste pour lui. Parce qu’elle voulait revivre ce moment unique où elle avait ressenti des émotions au-delà de tout ce qu’elle avait ressenti jusqu’à présent. Et que justement le fait qu’il insiste lui donnait une bonne raison de se lancer même si la musique là n’était pas appropriée pour ce qu’elle voulait.

A son évocation du lit, elle se mit à sourire et rosir, ouvrant la bouche pour le taquiner par rapport à ça, il ne lui en laissa pas l’occasion et parla alors de cette nuit dans la clairière. Ah là déjà ça lui parlait un peu plus, bien mieux que de vouloir épater la galerie par ses « talents » de danseuse et crever les yeux des plus fous. La suite de son discours était déjà plus intéressant et la convainquit un peu plus de faire un effort… encore une fois pour lui. Elle s’était détournée pour ronchonner dans son coin par habitude, marmonnant des mots inaudibles. La musique n’était d’ailleurs trop entraînante pour reproduire ce moment à la clairière. Elle attendit encore en marchant à droite à gauche. Son regard était un peu évasif alors qu’elle essayait de garder dans sa mémoire les paroles de Tristan. Se lancer ? Pas se lancer ? C’était difficile pour la petite blonde qui n’aimait pas trop ce genre de choses. Elle pensait juste à cette soirée à la clairière qui avait été magique. Cela avait été un moment exceptionnel qui touchait encore son cœur aujourd’hui. Elle se rappelait avec détail de leurs sourires, de la lueur autour d’eux qui les entourait avec chaleur. Elle se rappelait de cette espèce de sensation inconnue qui lui tordait le ventre, l’envie de l’embrasser, l’impression d’être seule dans ce monde avec lui. Mais la musique du moment, trop joyeuse, n’aidait pas à rappeler ce moment exceptionnel. Enfin, elle changea et l’orchestre entama une nouvelle musique. Quand elle ralentit et devint plus douce et lente, d’un geste, Cassidy attrapa la main du garçon pour l’entraîner d’un mouvement un peu crispé et saccadé vers la piste de danse.

C’était pourtant leur petit moment à eux et savoir qu’on allait les dévisager l’agaçait un peu. A chaque fois elle ne pouvait s’empêcher d’y pencher et ça la perturbait. Alors, Cassidy regardait délibéremment le torse de Tristan pour éviter que son regard ne se pose sur des spectateurs curieux, qu’elle panique et décide de sortir d’ici. Il semblait avoir compris son état pour le peu agité et s’occupa de la placer avec des gestes. Elle déglutit en sentant sa main sur sa hanche. Mais sa voix était rassurante, comme si ils étaient seuls. Alors Cassidy accrocha juste le visage de Tristan, juste ses yeux qui étaient bien dégagés avec une petite mèche rebelle qui venait quand même se mettre devant. Ils commencèrent à danser, tout simplement, tout doucement. Tristan menait la danse au début pour que Cassidy puisse prendre ses repères. Et puis, à force de se perdre dans le beau regard orangé de son compagnon, bercée par la musique, Cassidy réussit à se mettre à son niveau. Elle arrivait à anticiper ses mouvements, ses gestes. Il y avait quelque chose qui rendait ce moment totalement unique mais elle ne savait pas quoi. Etait-ce la douce chaleur qui se dégageait de son corps ? Le frisson qui lui parcourait l’échine à chaque fois qu’il pressait doucement sa hanche pour la faire changer de direction ? C’était très difficile à décrire. C’était comme si le monde s’était arrêté de tourné, comme si ils étaient tous les deux, seuls, devant cette musique. Comme si les dieux approuvaient leur union et leur permettait de voir de la lumière. Le cœur de Cassidy tanguait. A cause de toutes ces émotions aujourd’hui, à cause de ces moments si particuliers. Elle n’arrivait pas à s’arrêter sur une émotion et se demandait ce qui lui arrivait. Car ce qu’elle ressentait c’était chaud et rassurant à la fois. Comme si son cœur guérissait, comme si Tristan était le seul qui pouvait la faire agir de la sorte. Elle aimait bien cet instant, ce moment et ne voulait plus que ça s’arrête. Elle vit les joues de Tristan qui s’illuminaient à la lueur de ses marques ce qui le rendait encore plus beau, plus lumineux que d’habitude. De son regard qui brillait dans l’obscurité à la manière des chats. Elle le trouvait magnifique, comme si il était… comme si elle était totalement en harmonie avec lui. Magnifique et inatteignable ? Non aujourd’hui il était avec elle, pour ce soir, cette soirée. Aujourd’hui c’était spécial… aujourd’hui il y avait quelque chose de plus. Etait-ce toutes les surprises de Tristan, ses sourires, sa joie de vivre, leurs galipettes qui avaient atteint le cœur de la demoiselle ? Etait-ce toutes ces petites choses mises bout à bout qui étaient responsables de l’impact de ce magnifique moment ? Elle sentait sa peau se réchauffer, les endroits où ses cicatrices étaient marquées l’envahir d’une douce sensation. La jeune femme regardait Tristan. Elle aurait voulu l’embrasser, là en pleine danse, un baiser particulier, un mélange qu’elle ne connaissait pas. L’embrasser pour lui dire à quel point il comptait pour elle, l’embrasser pour lui faire partager ce qu’elle ressentait, l’embrasser pour vibrer encore sous les étoiles. Elle suivait ses pas, il suivait les siens. Mais aucun des deux ne menait la danse, c’était comme si ils étaient ensemble, liés. Pas de contrainte, rien d’imposé. Elle se mouvait gracieusement dans ses bras, la musique semblait être faite pour eux. Gracieuse petite demoiselle qui virevoltait tel un ange illuminée par les lueurs que projetaient les cristaux et les projecteurs. Elle ne se rendait pas compte du magnifique spectacle qu’elle offrait aux gens.

Et puis, d’un commun accord qui passait par le regard, ils s’arrêtèrent. Se regardant les yeux dans les yeux. Cassidy ouvrit la bouche pour dire quelque chose même si elle se sentait ridicule. L’avait-il ressenti lui aussi ? Cette sensation comme si ils étaient liés par quelque chose, comme si un aimant ou un truc les reliaient. Mais elle n’eut pas le temps. Un tonnerre d’applaudissements retentit, ce qui fit sursauter Cassidy. Tellement dans son monde, elle avait oublié toute la foule qui s’était rassemblée autour d’eux. Par réflexe, la jeune femme lâcha les mains de Tristan et se cacha derrière son dos comme si elle pouvait se dérober aux regards indiscrets. C’est que ça la mettait mal à l’aise tout à coup. Elle entendit toutefois des félicitations, des compliments. Mais Cassidy n’avait qu’une envie, c’était de rentrer dans un trou de souris… ou bien s’éloigner ! Elle n’avait pas l’habitude de toute cette agitation et le volume sonore était trop…fort pour elle. D’ailleurs cela lui donnait bien mal à la tête et si elle essayait de faire un sourire crispé pour faire bonne impression (ce qui changeait d’ailleurs de ses habitudes où elle aurait envoyé bouler tout le monde, pensant déjà à sa pauvre tête qui vibrait et même si personne n’était méchant), la douleur était bien présente. Dans une autre vie elle aurait été intimidée mais certainement pas aussi distante. Dans une autre vie elle aurait rit, elle aurait été touchée et un peu fière peut être d’être le centre d’attention. Mais cette Cassidy là était différente. Il ne fallait pas oublier que Cassidy, ici, avait une trèèèèèès bonne ouïe, ce qui était source de problèmes lorsque le volume sonore était trop fort, d’un coup. Et là il lui était impossible de contrôler ce qu’elle entendait. Les mains qui applaudissaient, les pieds qui tapaient au sol, les rires et les compliments, les cris enthousiastes des enfants admiratifs… Cela ressemblait à des hurlements peu agréables pour elle à ses oreilles. Tentant tant bien que mal d’adoucir les bruitages, sa tête avait l’impression d’être dans un étau. La jeune femme ferma les yeux pour tenter de se maîtriser mais elle ne se sentait vraiment pas bien. Elle porta la main à son front, gênée et avec l’envie de se mettre à l’écart mais cela semblait bien difficile après ce qu’ils avaient fait. En plus elle avait mal aux pieds et ne s’en rendait compte que maintenant. Les sandales qu’on lui avait donné n’étaient pas des plus confortables, elle n’avait pas l’habitude de porter ce genre de chose.

Tristan comprit à peu près, ou du moins il semblait comprendre. Il attrapa la petite blonde par la main et se réfugia avec elle à côté d’un stand d’objets artisanaux décoratifs. La jeune femme souffla en s’adossant sur un pilier de bois à côté du stand en fermant les yeux. Rire lui semblait difficilement possible. Est-ce que Tristan allait mal le prendre ? Ils avaient certes vécu un moment magique mais aucun des deux ne s’attendait à un tel… vacarme. Peut être qu’il culpabiliserait de lui avoir imposer cela sans s’attendre à ce genre de réaction. Cassidy inspira doucement puis prit doucement la main de Tristan dans la sienne. Elle ne savait pas ce qu’il pensait à ce moment là mais elle se pencha vers lui sur la pointe des pieds en l’attirant à lui pour l’embrasser, comme pour lui faire comprendre que tout allait bien. Puis elle se retira de ses lèvres et caressa doucement ses joues avec un sourire attendri.

« Eyh ça va je vais bien… On ne s’y attendait pas non… alors y a pas à s’inquiéter. Tu étais… éblouissant… »

Elle était sincère tout en continuant de caresser doucement ses joues, se demandant ce qu’il allait bien répondre, espérant juste qu’il ne culpabilise pas trop par cette situation. Après tout elle n’y était pour rien et le contrôle de son ouïe n’était pas encore… au point. Faut dire que depuis son accident elle avait tout fait pour éviter la foule ou les endroits trop bruyants. Du moins lorsqu’elle s’y attendait pas. Si elle arrivait à prévoir le bruit, c’était déjà plus supportable. Il semblait vouloir répondre mais on ne lui en laissa pas le temps. Une foule de filles débarqua et entourèrent la petite blonde, avec de grands sourires. Cassidy, qui pensait être tranquille, allait encore devoir faire bonne impression. C’était un brouhaha incessant, tout un tas de questions, de phrases, de commentaires, rien de méchant et au ton de leurs voix on voyait bien que les demoiselles essayaient d’être gentilles malgré le fait qu’elles étaient… un peu trop envahissantes.

D’ailleurs Tristan s’était éclipsé, laissant la pauvre petite demoiselle devoir répondre aux questions bien trop nombreuses des filles impatientes.

- C’était génial votre danse !
- Magnifique duo !
- Tu t’appelles comment ?
- Vous venez d’où ?
- Tu as quel âge ?
- Tu es absolument ravissante, cette tenue te va à ravir !
- Vous formez un très beau couple.
- Vous allez très bien ensemble
- Vous êtes ensemble depuis combien de temps ?


Cassidy tirait la grimace. Elle essayait tant bien que mal de rester agréable mais la demoiselle devait prendre énormément sur elle pour ne pas envoyer tout le monde se brosser. Pour elle c’était tout simplement trop envahissant et trop curieux. En plus on les considérait comme un couple maintenant. Si elles savaient… si elles savaient que ce n’était qu’une question de jours ou de semaines avant que Tristan reparte. Cassidy n’avait qu’une envie, c’était de hurler qu’on lui foute la paix ! Si elle en avait rien à foutre des autres, alors ça dérangerait pas Tristan qu’elle envoie chier tout le monde non ?! Elle aurait du réagir comme ça… Mais la jeune femme était tout à fait consciente que de cette manière là elle risquait de plomber l’ambiance. Alors elle rongea son frein. Se mordillant la lèvre inférieure, faisant mine de réfléchir alors que les questions, les commentaires ne s’arrêtaient plus. Cependant sa volonté s’effritait petit à petit et ce n’était qu’une question de minutes avant qu’elle ne hurle un beau « STOP » pour qu’on lui fiche la paix. Heureusement, on vint à son secours.

-Mesdemoiselles, laissez cette jeune fille respirer voyons ! Du calme et de la discipline, allez !

C’était une dame plus âgée qui avait prit la parole d’une voix autoritaire. Tout le monde s’était tu et confondu en excuses autour de la petite demoiselle. Cassidy remercia intérieurement sa sauveuse pour avoir fait cesser ce vacarme et elle se détendit un peu. La jeune femme leva la tête et aperçut Tristan qui revenait. Le sourire lui revint, ouf elle était sauvée ! Après une petite inclinaison et un air digne, elle prit congé sans répondre à aucune des questions.

« Veuillez m’excuser, mon copain vient de revenir, je vous laisse ! »

Instinctivement elle l’avait appelé « mon copain », alors qu’elle savait pertinemment que ce n’était pas le cas. Heureusement pour elle, la jeune femme ne s’en était pas rendue compte et elle se glissa à travers toutes les demoiselles sans regarder leur réaction pour rejoindre son homme. Il lui montrait d’un geste de la main une table et elle obéit en allant s’asseoir sur celui-ci. Ses pieds étaient tellement usés que cela ne pouvait pas lui faire du mal. Elle soupira de soulagement en levant les yeux au ciel. C’était trop… Le jeune homme la rejoignit rapidement en se plaçant derrière elle. Alors qu’il plaçait sa tête sur son épaule, un sourire éclaira le visage de la jeune femme. Les battements de son cœur se ralentirent. Il devait la sentir toute crispée encore et en profita ensuite pour masser ses épaules. Cassidy se laissa faire et ne savait pas quoi dire. Finalement les demoiselles ne l’avait pas suivi à son grand soulagement. Elle ne sait pas si elle aurait tenu une autre fois. Mais la jeune femme se rendit compte de quelque chose. Elle était en train de faire bonne impression… qui sonnait étrangement avec le comportement de Tristan lorsqu’il était revenu au village. Donner l’impression que tout va bien, que rien ne la dérange. Elle se crispa un peu plus. Elle était en train de mettre ce masque devant tout le monde et même devant Tristan tout ça… pour ne pas tout gâcher, pour ne pas faire ressortir son si mauvais côté qu’elle avait acquis au fil des années… car oui elle avait déjà eu affaire à des personnes aimables dans le passé. Mais lorsque ça devenait trop insistant, elle le disait clairement et ouvertement, quitte à pourrir l’ambiance.

Que voulait Tristan au final ? Qu’elle passe pour la petite amie parfaite aux yeux de tous ? Qu’elle éblouisse les gens ? Pourquoi vouloir la mettre absolument en avant alors qu’il n’y avait qu’eux ? Décidément elle avait de plus en plus de mal à comprendre et peinait vraiment à adopter une attitude en conséquence. Elle se forçait oui… être avec Tristan ne la dérangeait pas, qu’on les considère comme un couple la mettait mal à l’aise mais elle commençait à s’y faire, mais devoir éblouir toute une assistance comme si elle était parfaite, comme si chacune de ses apparitions devait être un moment de fête n’était pas trop dans son état d’esprit. Elle aspirait à la paix et la tranquilité. A la limite avec quelques bons amis et bien s’entendre avec eux oui cela ne la dérangeait pas. Elle préférait les petits comités. Du moins pour commencer cela était déjà une bonne chose. Un peu introvertie oui cela faisait partie de sa personnalité. Le besoin de se ressourcer loin de la population. Elle ne voulait pas se faire bien voir… Evoluer au milieu de personnes normales, évoluer et interagir avec les gens normalement. Sans feu d’artifices… être acceptée pour ce qu’elle est et même si son comportement était parfois loin de ce qu’on attendait dans la société. Elle ne pouvait pas en vouloir à Tristan, peut être que pour lui qui avait vécu loin de ces villes et dans un monde plus dragon, n’avait pas l’habitude de ce qui était exagéré de ce qui ne l’était pas. Peut être que pour lui c’était quelque chose de normal. Peut être que pour lui la femme qui devait se tenir à ses côtés devait être éblouissante. Peut être et peut être… Tristan ne disait rien. Il voulait peut être la laisser dans ses réflexions. Cependant il se releva pour lui proposer de retourner danser. La jeune femme obéit, encore une fois pour lui faire plaisir… toujours pour lui faire plaisir… mais son plaisir à elle où était-il ? Bien sûr elle ne disait rien. Elle avait mal aux pieds, mal à la tête et voulait quand même lui faire plaisir. Pour ne pas effacer le beau sourire qui animait le visage du jeune homme. Décidément il faudrait avoir une discussion en tête à tête…

Ils avaient encore dansés, plus naturellement cette fois. Cassidy faisait peut être un peu moins d’effort et cette espèce de sensation bizarre qui l’animait tout à l’heure avait disparu. Elle se sentait un peu crispée aussi, bien que l’alcool que Tristan avait versé dans son verre l’aidait à se mouvoir un peu plus facilement. Elle souriait… toujours à cause de l’alcool mais au moins ça la rendait plus aimable et joyeuse. D’ailleurs elle faillit même se resservir pour être bien sûre qu’elle serait euphorique, pour cacher sa gêne, pour éviter de perturber Tristan. Ca la rendait un peu triste… obligée de faire ça pour passer un agréable moment ? Comment Tristan réagirait ? Elle comprenait que Tristan voulait qu’elle soit heureuse, joyeuse, qu’elle profite de l’instant présent, que tout soit une énorme fête. Mais elle n’était peut être pas comme les autres. Beaucoup de filles auraient été enchantées d’être le centre d’attention pendant une soirée. Beaucoup de filles auraient aimé qu’on les regarde avec admiration avec le plus beau des hommes en leur compagnie. Cassidy adorait être avec Tristan mais ce qu’elle préférait, c’était leurs petits moments en toute intimité. Pas avec toute cette foule, pas avec tout ce bruit. Un couple parmi tant d’autres qui profitait du moment. C’est tout… un couple… depuis quand elle parlait de couple ?

Elle avait souri, l’avait embrassé à la fin de la danse. C’était un contact qui la rassurait. Elle aurait bien voulu faire revenir cette sensation étrange à leur précédente danse. Mais ça n’était pas revenu. Pourquoi ? Parce qu’elle avait plus de mal en se sachant observée ? Tristan comprit que Cassidy avait sûrement mal aux pieds. Il l’avait conduit vers une table un peu à l’écart loin des agitations, afin qu’elle puisse se ressourcer loin des personnes trop curieuses.

Cassidy avait inspiré profondément et fermer les yeux. Elle avait réussi enfin à rétablir le volume sonore normal de son ouïe et son mal de tête disparaissait peu à peu.

- Un peu fatiguée par la soirée ?

La petite blonde avait ouvert les yeux. Une voix féminine l’avait interpellée. Cette dernière était espiègle mais le ton de la voix pas trop fort, du moins pas aussi hystérique que les autres de tout à l’heure. A ses côtés, adossé contre la table, une demoiselle qui semblait avoir son âge se trouvait là. Elle était arrivée sans que Cassidy ne l’entende ou du moins elle ne faisait pas attention à ce moment là. L’autre femme était vêtue d’une longue cape de voyage, elle ne semblait pas prendre part aux festivités comme tout le monde. D’une taille un peu plus grande que Cassidy, elle semblait plutôt simple, ses cheveux étaient noirs comme la nuit, son teint moins pâle que les habitants du coin. D’un air désinvolte elle était en train de manger des petits toasts qu’elle avait ramené dans deux assiettes très bien garnies. Son air semblait tout à fait calme et elle ne donnait pas l’impression de vouloir lui poser tout un tas de questions gênantes et curieuses. Cassidy s’apaisa. Elle sentait que cette fille était différente des autres du coin et pas seulement que par le physique. Pourtant la petite blonde ne dit rien et s’occupa à regarder Tristan de loin qui naviguait à travers les stands. Aussitôt un sourire éclaira son visage.

- Sexy ce Drakkari…

Cassidy avait fixé son interlocutrice avec un regard noir. A l’écart, elle se sentait plus en forme pour envoyer balader cette dernière, au moins ça lui ferait du bien tiens ! Mais cette dernière semblait avoir senti le regard inquisiteur posé sur elle et ne semblait pas du tout gênée pour le moins du monde. Elle parlait d’une voix calme tout en mangeant avec délice un des petits toats de son assiette.

- Relax, je préfère les hommes ténébreux.

Le ton de sa voix semblait sincère et cela désamorça l’attitude belliqueuse de Cassidy. Le silence planait entre les deux femmes alors que l’une dévorait avec appétit un à un tous les petits toasts et que l’autre se tordait les doigts d’un air pensif, se demandant bien ce que cette curieuse étrangère lui voulait. Ni tenant plus, Cassidy s’exprima en tournant sa tête et sa voix était un peu plus agressive que prévue.

« Bon qu’est-ce que tu veux ? Me poser des questions sur ma danse ? Me demander d’où je viens ? Me dire qu’on forme un joli couple ? Désolé mais je ne suis pas d’humeur bavarde ! »

L’étrange interlocutrice fit un sourire, ne semblant pas du tout vexée par le ton employé par Cassidy. Elle avala la bouchée du toast sucré qu’elle avait commencé à grignoter et ne semblait même pas tenir compte des paroles de Cassidy.

- Délicieux ce petit toast, tu devrais essayer les roses, le petit goût sucré est vraiment intense…

Cassidy fronça les sourcils. Cette inconnue ignorait complètement ce qu’elle venait de lui dire et surtout qu’elle n’était pas la bienvenue à ses côtés. Mais elle cherchait à faire quoi en fait ? La tourmenter ? Venir la perturber alors qu’elle pensait être seule pour pouvoir respirer ? Pourtant la ténébreuse haussa les épaules d’un air évasif.

- J’avais pas spécialement envie de parler non plus… Et je suppose que tu as eu assez à faire avec toutes ces… questions envahissantes. Spéciales les Friholdiennes, on les entends de loin…

Cassidy était prise au dépourvue. La personne sur laquelle elle comptait se lâcher ne lui facilitait pas la tâche au finale. Cette dernière eut un sourire mutin.

- Y a bien d’autres façons de passer sa colère…de manière plus discrète. Mais ça dépend à quel niveau…

La petite blonde regarda son interlocutrice d’un air étrange. Elle racontait quoi là ? Tout ceci était bien surprenant. Dans un sens, sa mauvaise humeur était dissipée alors qu’elle devenait plus curieuse sur cette étrange femme qui n’avait pas réagit comme les autres et semblait tout à fait désinvolte, calme et sereine. Cela apaisait Cassidy sans qu’elle ne sache vraiment pour quelle raison. Elle se tut alors que l’autre lui tendait une assiette.

- Tiens, goûte les roses je te les conseille.

Cassidy obéit avec une certaine méfiance. Que lui valait tant d’amabilité ?

- Je ne les ai pas empoisonné si c’est ce que tu crois oh…

Elle venait de faire un large sourire intéressé vers un homme aux cheveux bruns, de grande taille qui s’approchait d’elle. Sauf que cette dernière fit un geste autoritaire pour qu’il reste là où il était. Il obéit sagement sans insister.

- Mon compagnon pour la soirée ! Bon sur ce, je te laisse, ton prince charmant ne devrait plus tarder. Passe une bonne fin de soirée !

Air enthousiaste mais pas dérangeant. La demoiselle s’éloigna avec une démarche féline pour se rapprocher de son compagnon, laissant Cassidy seule à nouveau avec son assiette. Elle tenait le petit toast rose dans ses doigts sans comprendre. Elles se connaissaient ou pas ? Sa tête ne lui disait pourtant rien… une ancienne connaissance pendant ses voyages ? Tout cela la rendait bien curieuse au final mais bon elle ne reverrait pas cette inconnue alors elle décida de ne plus s’en préoccuper. Cassidy grogna. Tristan mettait bien du temps à revenir. Elle se sentait un peu seule maintenant… Hors de question de retourner dans le troupeau de filles ça ne lui disait rien. Un mot tournait dans sa tête, un mot qui avait été prononcé bien trop de fois pendant cette soirée. « Petit ami ». Si avec Jilian Cassidy employait ce mot comme si c’était la chose la plus normale du monde, avec Tristan c’était différent… Elle ne savait pas trop pourquoi d’ailleurs. C’était quoi un petit ami au juste ? Après tout ce n’était…

Cassidy écarquilla les yeux et devint pâle. Elle venait de se rappeler d’un très vieux souvenir, qu’elle avait enfoui au plus profond d’elle. Un souvenir qui lui faisait sauter au visage un sentiment qu’elle pensait ne jamais avoir eu…





Un jour comme un autre dans le village d’enfance de Cassidy. Cette dernière était assise devant sa coiffeuse, sa mère derrière en train de la peigner avec douceur. Sur son visage, on pouvait voir qu’elle était devenue une jolie adolescente qui devait faire pâlir d’envie les jeunes du coin. Ses pommettes rouges lui donnaient un air craquant et son regard noisette doux ne devait laisser personne d’indifférent. Cassidy semblait plonger dans ses réflexions tout en regardant le bout de ses doigts.

- J’ai vu que Johann t’avait apporté des fleurs tout à l’heure.

Cassidy se mit à sourire en sursautant un peu en entendant sa mère.

« Oh oui c’est vrai… »

Marilyn semblait avoir envie d’asticoter sa fille, surtout pour la faire changer un peu. En effet depuis qu’ils avaient appris que Cassidy n’avait pas trouvé de maître pour apprendre la magie, ils ne pouvaient s’empêcher d’être peinés pour leur fille et tentaient par tous les moyens de lui faire oublier ça. Le quotidien était ce qu’il était, toute excuse était bonne pour sortir la jeune adolescente de sa terrible déception sur son avenir.

- Il est bien mignon ce garçon tu ne trouves pas ? Attentionné, serviable… un jeune homme beaucoup de qualités. Ca serait un bon petit ami…

Cassidy broncha et soupira. Ce genre de conversation avait l’air de l’ennuyer au plus haut point.

- Tiens à ce propos, je me demande ce que devient Tristan. Il doit être devenu un beau jeune homme lui aussi. Un peu plus… dynamique que Johann mais peut être qu’il s’est calmé avec l’âge

L’expression de Cassidy avait changé. Crispée, son regard était devenu plus fuyant. Elle se tordit les mains d’un air embêté mais tentait de garder un sourire en marmonnant quelques paroles.

« C’était qu’un crétin. Tant mieux qu’il soit parti ça me fait des vacances… »

Mais son ton sonnait affreusement faux et ça Marilyn l’avait bien entendu. Cependant la mère de famille ne fit aucun commentaire. Jusqu’à ce que Cassidy reprenne la parole d’un air un peu dégoûté.

« C’est quoi avoir un petit ami après tout ? Se traîner au bras de quelqu’un, se faire des bisous et vivre ensemble ? Ca m’a l’air d’un ennui total »

Ah… l’adolescence… Marilyn se mit à sourire.

-Oh non tu te trompes totalement. Avoir un petit ami… hum… c’est ressentir une attirance pour la personne. C’est se sentir bien, en sécurité à ses côtés… C’est avoir l’impression qu’il est le seul à exister et que personne ne lui arrive à la cheville. C’est une complicité qui passe par le contact, les gestes, les regards sans avoir besoin d’exprimer le moindre mot. Et quand l’un des deux s’éloignent, on ressent un manque. Le manque de l’autre. C’était comme si l’absence de sa présence rendait la vie sans saveur et couleurs… C’est aussi un sentiment très beau et très puissant qui réunit ces deux êtres. De l’amour… Crois moi ma chérie, un jour tu trouveras un homme qui te fera ressentir ce genre de choses et je le souhaite de tout mon cœur car tu le mérites bien…

Cassidy n’avait rien dit. Son regard était perdu dans le vide. Marilyn avait terminé et s’écarta un peu.

- Et voilà…

Cassidy remercia sa mère avec un sourire puis déclara qu’elle allait chercher des pommes dans le verger un peu plus loin, sagement. Rien n’aurait pu faire croire dans quel état elle se trouvait pour l’instant.

La jeune adolescente était sortie de chez elle mais au lieu d’aller au verger elle s’était dirigée vers la forêt. S’enfonçant loin à l’intérieur, elle s’arrêta dans une petite clairière. Son masque de gentillesse, d’aimabilité et de douceur tomba. Elle était triste, perdue et ses épaules s’affaissèrent.

« Du manque hein… pas possible… pas avec ce crétin pareil… Il me manque pas non !

Mensonge…

« Je le déteste ! »

D’un coup, elle donna un coup dans l’écorce d’arbre en face d’elle. Puis un autre, et encore un autre, et encore un autre. Cassidy poussa un cri de rage. Sa peau s’égratignait autour de ses phalanges, du sang perla dessus mais elle continua, encore et encore, sans s’arrêter, jusqu’à ce que son visage s’épuise. Ses yeux étaient brouillés par les larmes qui tombaient.

« Je ne pleure pas pour lui ! »

Mensonge…

A force de taper, elle finit par s’épuiser et tomba au sol, le visage regardant la terre devant elle.

« T’aurais pas du partir… »

Une voix qui avait trop souffert… il était peut être parti trop tôt… beaucoup trop tôt…



Contrairement à Tristan, Cassidy n’avait rien oublié. Ce souvenir douloureux qu’elle avait enfoui au fond d’elle remontait à la surface maintenant. Un souvenir qu’elle avait voulu oublié. Sans le vouloir à cette époque elle en avait beaucoup voulu à Tristan d’être partie ainsi même si ce n’était pas sa faute. Elle avait toujours fait bonne figure et pourtant… pourtant rien n’allait. Gardant un masque de bienveillance, elle donnait l’impression que tout allait bien. Elle n’avait pas de magie ? Ses proches étaient tristes pour elle mais la jeune femme avait gardé le sourire. Tristan était parti ? Pas grave, il faisait ce qu’il voulait après tout. Mais oui, maintenant elle le reconnaissait, il lui avait manqué. Est-ce que ça faisait de lui son amoureux ? Son petit ami ? Elle n’était sûre de rien… Tout ce qui se passait c’est qu’ils couchaient ensemble, ils faisaient des activités ensemble, ils ressemblaient à un couple… mais tout se briserait dans peu de temps. Que ce soit en jours ou en semaines, il partirait… de lui-même cette fois là. L’aimait-elle ? Si c’était le cas elle était bien idiote… Lui avouer cette pensée ? Elle n’était sûre de rien…

Perturbée, chamboulée, difficile de faire comme si tout allait bien. Cassidy caressait du bout de ses doigts ses phalanges. Les cicatrices étaient heureusement parties bien que ses parents avaient du mal à croire qu’elle se soit blessée en ramassant des pommes. Ce n’était peut être pas le moment de penser à ça… c’était du passé. Et Tristan n’y était pour rien ! Elle l’avait tenu pour responsable mais après tout, à l’époque, il ne l’aimait pas. Enfin il la charriait beaucoup ! Il n’avait jamais montré le moindre signe de… heu… alors pourquoi était-elle attirée à lui à cette époque ? Pourquoi était-elle si mal ? Elle se trouvait vraiment ridicule de s’être rendu malade. Et maintenant ils couchaient et sortaient ensemble ? Quelle ironie… Si Tristan ne se rappelait de rien alors il ne se rappelait certainement pas de tout ce qu’il lui avait fait. De tous ses pleurs, de toutes ses chamailleries, de toutes les fois où il s’était tenu devant elle, la traitant de Miss je sais tout aux yeux de tout le monde, attirant les rires de ses camarades… Elle se rappelait bien qu’elle avait tenté de le raisonner, qu’elle trouvait quelque chose de particulier chez lui. Qu’il n’avait aucune raison de s’acharner autant sur elle. Dans son regard, elle pensait qu’il n’était pas méchant. Mais était-ce parce qu’elle voulait y croire ou bien elle se fourvoyait ?

Difficile tout ça… Elle entendit des bruits de pas dans sa direction, la faisant sortir de ses réflexions.

[color=darkblue] « Tu en as mis du temps ! »(/color]

Sauf que lorsqu’elle releva la tête, des hommes à l’allure patibulaire se tenaient devant elle. Cassidy plissa les yeux. Elle les trouvait moche. L’expression de son visage changea du tout au tout. Il redevint plus fermé alors qu’elle les regardait avec dignité, pas vraiment impressionnée. Dans cette tenue elle se sentait quand même vulnérable, trop vulnérable et peut être qu’elle attirait un peu trop l’attention. Plus aucun sourire sur son visage. Elle espérait que Tristan ne tarde pas. La jeune femme se releva pour aller ailleurs mais on lui bloquait fermement le passage.

- On se sent un peu seule ce soir beauté ?
- Une demoiselle aussi belle que toi ne devrait pas être abandonnée


Cassidy fulminait. Son poing se serra. Elle avait envie, rien que pour ce soir, d’utiliser son pouvoir pour se défendre. Mais rien ne venait, elle en était incapable.

« Tout va bien Messires, je ne suis pas seule, maintenant si vous le permettez, j’aimerais bien passer »

Incroyable, elle était restée polie malgré elle ! Ce fait nouveau la perturba. Etait-ce la robe qui lui donnait ce ton plus digne ? Pourtant ça ne lui ressemblait pas. Le sourire des brutes se dessina un peu plus.

- Eyh, on peut continuer à discuter un peu ensemble. On pourrait te faire visiter un endroit qui pourrait bien te plaire.

« Je pense que vous m’avez très mal compris. J’ai un copain et je ne compte pas venir avec vous. Là je l’attends juste et je ne compte pas discuter. Vous savez que c’est malpoli de forcer une damoiselle à rester contre son gré ? »

Digne, vraiment. On pouvait être fière d’elle là car là elle faisait tout pour faire honneur à Tristan, à sa tenue, alors qu’elle aurait du jurer comme un charretier en piquant un scandale. La jeune femme jeta un regard à droite et à gauche. D’autres personnes continuaient de discuter sans sembler faire attention à elle, ou bien ils avaient trop peur pour intervenir. Son cœur se serra, quelle bande de peureux ! Mince, elle qui pensait que les Friholdiens en avait dans le caleçon, ce n’était qu’une rumeur ? La demoiselle avait le regard de plus en plus sombre, alors qu’un des hommes s’approchait, son haleine sentait l’alcool. Ah ben oui en effet ça n’allait pas arranger les choses. Elle recula et déroba sa main lorsqu’on voulut lui prendre le bras, sa voix se faisant plus sourde de menaces.

« Laissez moi tranquille maintenant ou vous allez le regretter »

Il ricanèrent et ça l’énerva encore plus.

- Que peux faire une magnifie créature inoffensive telle que toi ?

Cassidy ouvrit la bouche et se sentit ridicule. C’est vrai… elle était fragile dans cet accoutrement. Bon sang mais Tristan n’arrivait pas ?! Elle se sentait encore plus minable, elle qui était capable de faire valser un homme et l’éventrer d’un geste de la main si elle activait son pouvoir. Mais le faire ici pourrait provoquer de la panique, surtout qu’elle ne savait pas si elle maîtriserait ses pulsions meurtrières. La jeune femme tenta de se calmer.

- Tu vois… Sois raisonnable et on ne te fera pas de mal…

Cassidy sentit alors une présence rassurante même si elle ne voyait rien à cause des carrures qui lui bloquait le passage. Un air triomphant apparut sur son visage et elle se sentit d’un coup plus soulagée.

« Mon copain arrive »

L’un des colosses répondit du tac au tac.

- Mais on peut partager….

Elle allait répliquer mais Tristan avait accéléré le pas et s’était glissé, on ne sait trop comment, à travers ce mur de testostérone pour venir se coller à la petite demoiselle en lui donnant les verres. Rien que le contact de Tristan contre elle la rassurait. Ouf, elle se sentait soulagée et ses muscles si crispés se détendirent petit à petit alors qu’elle entendait son homme rester tout à fait charmant et innocent avec une petite réplique simple comme si il n’avait rien entendu. La tension était palpable… Une joute verbale commença. Elle resta silencieuse, laissant Tristan gérer la situation même si elle le sentait quand même sur le qui vive, prêt à se jeter sur les autres au moindre geste offensif. Alors elle se plaqua un peu plus contre lui pour lui faire comprendre de garder son calme. Tenant les deux verres d’une main elle avait passé son autre bras autour du dos de Tristan, comme pour l’intimer à rester calme. Elle le sentit un peu se détendre même si il était un peu tendu. Et il y avait de quoi ! Alors Tristan finit par lâcher Cassidy pour mieux repousser fermement ses assaillants avec une petite phrase qui était lourde de sens. Il la défendait et refusait qu’on lui fasse quoi que ce soit. Et le mieux c’est qu’il était resté parfait sans passer pour un rustre qui se mettrait à se battre.

Ses mots lui firent chauds au cœur. Depuis quand appréciait-elle autant d’être sa petite amie ? Elle se sentait toute fière et valorisée. Le vague souvenir de tout à l’heure avait été chassé par cette altercation. Ils avaient finalement bougé et c’est sans un regard que Cassidy était passée devant les hommes, restant même très digne. Elle n’avait pas eu peur car la peur ne faisait pas partie de son vocabulaire, sauf quand ça concernait Tristan. Ne disant rien, la jeune femme avait juste posé les verres sur une table avant de continuer sa marche avec Tristan. Il semblait se radoucir en lui parlant, d’un air rassurant mais lui proposait de leur casser la figure si elle en avait envie. Sauf que Cassidy avait d’autres idées en tête. Pour oublier ce fâcheux évènement, elle avait l’intention de lui court circuité le cerveau. Crochant sa nuque, elle le força à se pencher en avant et déposa un baiser sur ses lèvres très passionné. Le sentant faiblir sous celui-ci, la demoiselle se mit à sourire en reculant, le regard brillant de malice. Il était toujours aussi sensible à ses baisers et ça amusait beaucoup Cassidy de voir la poigne qu’elle pouvait avoir sur lui et c’était totalement jouissif.

Alors qu’il répliquait d’un air boudeur, la jeune femme éclata de rire et s’échappa des mains qui voulaient la maintenir sur place pour qu’il se venge. Mais elle avait de la suite dans les idées et comptait bien faire patienter un peu son compagnon. Elle balança quelques phrases en lui demandant de l’attraper si il pouvait. Au fond d’elle, Cassidy avait juste envie d’oublier ce qui s’était passé il y a quelques minutes. Se retrouver juste avec Tristan, profiter de la soirée même si elle était fraîche, avoir de la complicité entre eux. Elle riait d’ailleurs et courait sur les sentiers, sortant même de la ville et s’écartant de la foule. Lorsqu’il était assez près d’elle elle fuyait un peu plus loin en le narguant gentiment, lui disant qu’il avait encore mal aux pieds à cause de leurs danses. Son air maussade, sa mauvaise humeur et sa gêne face à la foule disparut lorsqu’ils se retrouvèrent à l’extérieur. La petite demoiselle se sentait bien mieux comme plus libre, plus à l’aise dans cet environnement glacé.

Cependant, à force de se courir après, et que Tristan lui bloquait toute sortie, ils se retrouvèrent rapidement à un lac. En voyant celui-ci Cassidy haussa un sourcil légèrement intéressé. Mais à quoi pensait-il donc ? Non parce que même si elle était presque humaine, elle n’avait pas encore l’habitude d’être soumise à des températures aussi froides. C’est donc d’un air curieux qu’elle lui parla, le taquinant et même en réchauffant l’atmosphère faisant penser à un réchauffement très spécial, bien ancré dans son esprit. D’ailleurs il semblait vouloir lui dire quelque chose, lui parlant d’un jour spécial. Ah ben pour un jour spécial c’était un jour spécial ! D’ailleurs l’alcool qu’elle avait bu la rendait plus provocante et sur le coup elle ne pensa qu’à ce qu’ils avaient fait à l’auberge, avec sûrement la folle envie de recommencer.

Sa voix était légèrement minaudante alors qu’elle s’approchait de lui tout en le caressant doucement. Ils étaient seuls, ils pouvaient très bien faire des choses dans la neige là et elle se réjouissait à l’avance de tester une petite zone repérée plus tôt sous un gros rocher. Elle lui souffla dans le cou pour le tenter et passa ses mains sur son torse avec une petite moue tentante, ayant apparemment envie de fêter ce jour spécial dignement. Et puis, il la tourna et elle fut un peu boudeuse alors qu’il déclarait que c’était spécial pour autre chose.

La jeune femme fronça les sourcils. Elle ne voyait pas de quoi il voulait parler après tout. Oui c’était la première fois qu’ils sortaient ensemble officiellement sans de Jilian derrière. Oui effectivement c’était spécial pour ça mais pas… Un craquement au dessus du lac attira son attention alors qu’une gerbe colorée explosa dans le ciel étoilé. La jeune femme ouvrit la bouche, ébahie. C’était quoi ça ? Puis une deuxième gerbe d’étincelles, de rouge et d’or qui explosait et retombait dans le ciel. Un feu d’artifice ? Pourquoi ? Juste pour elle ? D’où ça venait ? Elle ne savait pas trop où il voulait en venir. C’était magnifique oui mais… il avait l’intention de lui faire une déclaration ? Est-ce que c’était par rapport au fait qu’il l’aimait ? Ses réflexions d’avant la danse lui revinrent en mémoire. Et si c’était ça…

Il s’était approché d’elle alors que la jeune femme rougissait et que son cœur battait à cent à l’heure. Il allait… lui dire quelque chose de spécial ? Heu mais elle était pas prête elle ! Elle savait pas quoi répondre ?! Cela la fit transpirer un peu d’ailleurs alors qu’il était tout souriante en tenant ses mains sous le magnifique ciel étoilé. Et puis, il prononça quelques mots. Joyeux anniversaire.

Là elle le regarda étrangement. Son anniversaire ? On était quel jour déjà ? Faut dire que Cassidy ne faisait même plus attention au temps qui passait et encore moins son anniversaire qu’elle avait… complètement fait disparaître de sa vie. Même Jilian ne connaissait pas le jour de sa naissance ! Bouche bée… ah ben ça pour une surprise. Les battements de cœur se ralentirent et la firent plonger dans un drôle d’état. Non elle ne s’y attendait pas. Devait-elle être rassurée ou bien… ah ça devenait difficile là ? Rougissante encore plus, la demoiselle balbutia. Son anniversaire… depuis quand son anniversaire était important ? Et depuis quand se rappelait-il de ça, lui qui disait qu’il avait tout oublié ?! Tout était confus dans la tête de Cassidy. Mais au moins ça expliquait son étrange comportement, son envie de rendre la journée spéciale, tous ces cadeaux, ces danses, cette détente… Tous ces trucs là c’était pour que son jour d’anniversaire soit immémorable à ces yeux. La jeune femme avait bien du mal à voir comment réagir. Elle était extrêmement touchée qu’il y pense même si elle ne s’y attendait décidément pas. Ses yeux brillèrent et les larmes lui montèrent aux yeux. Parce que qui dit anniversaire dit souhait… Pendant des années son souhait d’anniversaire c’était de pouvoir apprendre la magie. Souhait qui ne s’était jamais exaucé… Elle était perdue… baissa la tête, ravalant un sanglot.

Oh bien sûr, tout cela était magnifique, merveilleux. Aujourd’hui elle ne faisait plus ce souhait et elle espérait bien que Tristan la laisse tranquille avec ça. Cependant, le geste du jeune homme, toute cette journée, était entièrement magique… Alors s elle n’avait pas pu faire de magie toutes ces années, Tristan l’avait fait rêvé, pour une journée et même si ce n’était pas le type de magie qu’elle attendait. Il semblait un peu inquiet de son comportement et l’appela d’une voix douce. Elle lui répondit en déposant un magnifique baiser sur ses lèvres, pour le remercier, pour lui faire comprendre qu’elle appréciait. Ses yeux parlaient par pour elle, elle était reconnaissante mais bien incapable de mettre des mots là-dessus.

Puis elle s’assit dans la neige pour admirer le spectacle dans le ciel étoilé. Ca la détendait. Tristan s’était placé derrière elle pour faire un dossier avec son torse tout en la caressant doucement. Cassidy était perdue dans ses pensées mais elle admirait la magie de l’instant. Passer ce jour spécial avec un homme spécial, ce n’était pas le plus beau des cadeaux. Et puis, le feu d’artifice s’arrêta, laissant dans le ciel un nuage de fumée. Cassidy avait du mal à parler, l’émotion la submergeant.

« C’était… magnifique… »

Elle aurait bien voulu savoir comment il avait pu savoir pour elle. Cependant elle ne trouvait pas les mots et même il lui semblait impossible maintenant d’être taquine, provocante, comme elle avait l’habitude de le faire. Ce fut les frissons de la demoiselle qui rappelèrent Tristan à l’ordre. Il était peut être temps de rentrer ou marcher sous cette jolie lune pour se réchauffer, tout simplement.

La neige s’affaissait sous leurs pieds dans un bruit étouffé. La buée s’échappait de sa bouche. Cassidy voulait dire tellement de choses à Tristan. Le remercier ? Il lui était impossible de trouver les bons mots. Elle n’avait jamais été douée pour ça et ça faisait bien longtemps qu’elle ne savait plus comment se comporter face à quelqu’un de normal. Avec Jilian ça avait toujours été différent car il la laissait être comme elle était. Avec Tristan, avec les autres personnes, son comportement était complètement à revoir. Elle avait beaucoup de mal à s’exprimer. Qu’il lui prépare un journée unique pour son anniversaire était magnifique, incroyable mais elle était bien incapable de savoir quoi faire pour lui montrer. Et puis, il y avait autre chose… Elle avait pensé, pendant un bref instant qu’il… avait des sentiments pour elle. Et que c’était justement le but de cette journée. Lui dire… Son cœur se sentait un peu triste alors qu’il ne devrait pas l’être. Pourquoi ? Il n’avait jamais été question de ce genre de choses entre eux d’eux ? Pourquoi avait-elle cru à quelque chose d’aussi ridicule que ça alors qu’elle faisait tout pour laisser ce sentiment bien loin derrière elle ? Fallait-il lui parler de choses sérieuses ? Mais elle ne savait pas par où commencer. Pourtant c’était important. Elle ne s’était jamais pris autant la tête pour un sujet. D’habitude elle s’en fichait pas mal de l’avis des autres.

Elle s’était arrêtée. A marcher un peu au hasard, ils s’étaient éloignés de la ville. La lune perçait à travers les arbres de cette forêt dégagée, apportant de la clarté. Tristan n’avait pas parlé non plus. Il avait l’air de savoir que Cassidy était vraiment dans sa bulle et qu’il ne valait mieux pas la déranger. Et pourtant elle s’était arrêtée. Ce n’était peut être pas le plus approprié pour cette soirée, ça allait peut être carrément tout faire tomber à l’eau. Elle avait envie de lui parler de ses sentiments… au moins pour se rassurer ou être fixée. Elle avait l’art et la manière de tout gâcher, était-ce encore le cas ? Il lui était difficile de parler et elle mettait cela sur le compte du froid qui gelait son esprit, l’empêchant de prononcer de paroles fatidiques.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 2 Nov - 19:18

La jeune femme resta un instant immobile, la tête baissée, les yeux fermés, recherchant les meilleurs mots pour exprimer ses émotions. Lâchant la main de Tristan, elle avait placé celle-ci au niveau de sa poitrine, tout proche de son cœur. Immobile, incapable de parler, elle n’arrivait pas à se lancer.

*Vas-y Cassy... il ne vas pas te manger… Il faut… il faut que j’en sois sûre… Comment peut-on continuer ainsi. Il n’est pas…comme Jilian…*

Alors, le regard plus déterminé, Cassidy ouvrit la bouche pour parler. Seulement, elle n’eut jamais le temps de dire ce qu’elle avait sur le cœur. Une ombre s’était faufilée derrière Tristan. La petite blonde écarta les yeux de surprise. Un son sortit de sa gorge. La lame brillante d’une hache brilla avec le reflet des lunes, bien haut au dessus de la tête de Tristan et s’abattit dans un craquement sinistre qui laissait entendre qu’elle avait atteint sa cible. Ce dernier n’eut pas le temps de réagir et s’écrasa au sol.

Le froid revint d’un coup autour de Cassidy. Une vague de froid l’envahit alors qu’elle se sentait glacée. Comme au ralenti, elle vit la silhouette de Tristan chuter alors que la première action s’était déroulée en accéléré. Son cœur loupa un battement, puis deux. Elle n’en revenait pas et restait immobile. Quelque chose s’était cassé chez elle. C’était arrivé trop vite mais la chute se faisait comme au ralenti. Elle ouvrit la bouche pour hurler. Mais une silhouette derrière elle venait de plaquer une main sur sa bouche et l’empêcha de bouger. Son corps lui faisait atrocement mal tout à coup comme si on l’avait roué de coups. Ses avants bras se mirent à brûlé littéralement à cause de la bête en elle qui essayait de sortir et qu’elle fixait le corps de Tristan d’un air pâle et blanc. Une voix chuchota à son oreille, une voix détestable qu’elle reconnaissait et qui ne présageait rien de bon.

- Pas de bruit ma jolie…

Cassidy ne bougeait plus. Elle regarda le corps inanimé de Tristan au sol. Du sang s’échappait de sa tête alors que le colosse qui tenait la hache la retira dans un bruit sec. Tristan ne bougeait plus. Il était mort ? Il était mort ? Vraiment ? Non… c’était impossible… il ne pouvait pas être mort. Il allait se relever… ou bien c’était un cauchemar, un horrible cauchemar, rien de plus. Ils allaient se réveiller, dans le lit, l’un à côté de l’autre comme si de rien n’était, comme si tout était normal. Ils allaient se réveiller et rire bêtement en se chamaillant. Il lui sortirait une réplique taquine, elle enchérirait. Et puis il la chatouillerait… et s’embrasser… et se regarder dans les yeux en souriant d’un air niais. C’est tout, c’était juste ça. Cela ne pouvait pas être réel. Son monde semblait s’effondrer autour d’elle. Ses sens s’engourdirent, sa bouche devint sèche. Même si elle avait pu bougé rien n’aurait changé. Son regard fixait encore et ncore le corps inerte alors que dans sa tête l’horrible scénario se redessinait.

Mais le froid glacial envahit le corps de Cassidy. Un froid glacial, très mauvais présage d’une tempête. Elle semblait étourdit, comme si le monde n’existait plus, comme si tout ce qui se passait autour d’elle n’avait plus de sens. De fines lames invisibles semblaient s’enfoncer dans sa peau mais elle ne grimaça pas, elle ne poussa pas le moindre gémissement. On la tira en arrière sans ménagement et elle revint à la réalité en regardant le corps étendu au sol. Un tremblement s’empara de son corps. Violent, choquant, mauvais. Une secousse. Rien qu’une. Mais cette secousse lui fit voir des étoiles alors qu’elle ne semblait plus maîtriser son corps. Tristan était mort ? Une nouvelle secousse plus violente que la précédente envahit son corps. Les voix autour d’elle semblaient comme confinées comme si elle entendait mal. Mais une phrase ressortie plus nettement.

-Fais gaffe, ne la casse pas en deux. J’ai bien envie d’en profiter…

Elle entendait. Ces hommes qui parlaient de profiter d’elle. Mais ça elle s’en fichait pas mal. Son regard était rivé sur la silhouette immobile au sol. Elle n’arrivait pas à réaliser. Il allait se relever ? Il devait se relever ! On l’empoigna fermement pour l’éloigner du corps. Grosse erreur… Ce fut comme un coup de tonnerre. Elle se débattit comme une furie dans les bras de son assaillant, sentant une énorme colère incontrôlable tout au fond d’elle, une colère qui ne cesserait pas. Une douleur fulgurante envahit son corps. Horrible, poignante, transpercante. Une rage sans nom s’empara d’elle. Elle haïssait ces hommes. Elle voulait les massacrer. Les faire souffrir comme jamais. Ils n’auraient pas du… ils n’auraient pas du…

Sa silhouette fut envahie d’une aura noire malveillante. Ses canines se développèrent, la surface où se trouvaient ses bracelets de force se mit à chauffer. Le tissu se déchira, laissant apparaître ces accessoires de cuir fin. Sa peau fut couverte d’arabesques noires sur son visage, son corps entier, lui donnant un air tribal et sauvage. A ce moment là, elle ne réfléchissait plus. Tout ce qui comptait pour elle c’était de tuer le plus de personnes présentes possibles. Elle avait mal, terriblement mal.

-C’est quoi ce bordel ?!

Cassidy attrapa l’homme qui la retenait par le col et le fit voler en avant. Il s’écrasa contre un arbre en poussant un gémissement. Les autres à côté semblaient halluciner. C’est qu’elle n’avait pas l’air de plaisanter la demoiselle et l’aura noire qui l’entourait était puissante. De la rage, de la haine. Elle n’était que haine… Plus de questions, plus le temps de se raisonner. Elle avança en direction des hommes avec la ferme intention de tuer. Sa main se tendit en avant et une sorte de fumée noire en sortit, entourant un homme qui fut soulevé du sol. La fumée entoura son cou et il semblait suffoquer, battant bêtement des jambes au sol, le teint rouge. Cassidy tenait la main en l’air. Ses yeux étaient complètement noirs. Sa poigne se resserra sur une forme invisible et la brute étouffait alors que ses compères ne savaient pas comment réagir. Une des brutes empoigna sa hache et courut en direction de Cassidy. De son autre main, elle balaya l’air devant elle. Une énorme décharge d’énergie noire se manifesta et l’homme fut projeté en arrière et roula dans la neige pour atterrir contre un arbre.

Pourquoi ? Comment était-elle arrivée à ces limites ? Tout lui semblait flou… Elle n’était pas en danger pourtant. Mais Tristan… la silhouette de Tristan au sol lui faisait peur, la rendait tellement triste. C’était comme si on l’avait personnellement atteinte. Comme si la hache avait touché sa tête, comme si c’était elle qui avait été assommée… Des larmes coulaient le long de ses joues alors que son regard était si froid et haineux en même temps. Elle faisait peur et personne n’aurait voulu se tenir en face d’elle à ce moment là.

Et puis, un bruit se fit entendre au sol avec un gémissement. Son regard redevint moins monstrueux alors que ses yeux se tournèrent vers la silhouette de Tristan étendue. La main de celui-ci bougeait faiblement. Cette action la coupa dans son élan et tout objectif de meurtre fut stoppé net comme si il était bien le seul à l’heure actuelle à la faire réagir. L’homme en train de s’étouffer retomba au sol brusquement et il hoqueta. Mais la jeune femme n’avait pas fait attention. Sans contrôler son corps, elle courut en direction de son compagnon et tomba au sol à côté de lui en l’appelant par son surnom d’une voix déchirante.

D’une main, elle le retourna sur le dos. Du sang poisseux s’écoulait de sa tête, il respirait faiblement. S’agenouillant, Cassidy hissa Tristan vers elle et posa sa tête sur sa robe, se fichant du sang qui coulait abondamment. Elle tremblait de tout son corps même si sa voix était redevenue humaine et moins sombre.

« Tris’… Ne…ne m’abandonne pas… »

Egoïste oui… Elle ne savait pas quoi faire… Impuissante, elle passa une main sur le front du Drakkari pour essuyer le sang. Paniquée, sans savoir quoi faire. Et puis, une idée totalement absurde traversa son esprit. Elle tint avec beaucoup de douceur sa tête et se recula un peu. Puis elle se pencha en avant et posa ses lèvres sur les siennes. Un baiser… puissant… mais celui-ci avait un goût bizarre. C’était comme si elle le suppliait de ne pas s’évanouir, de ne pas mourir. Des larmes salées coulaient le long de ses joues et tombèrent sur la peau de Tristan, ses mains tremblaient alors qu’elle le tenait. Ses lèvres étaient cependant douces, chaudes bien qu’elles auraient du être froides et glacées. Cependant, un éclat de lumière les enveloppa. Cassidy s’éloigna de la tête de Tristan, surprise et un peu effrayée. Son énorme blessure à la tête se résorba d’un coup. Elle fronça les sourcils, sa voix s’étouffant dans sa gorge. Qu’est-ce que c’était que ça ? D’où ça venait ? On dirait de la magie mais elle était incapable d’en connaître la provenance.

Tristan bougea un peu les mains puis il se redressa. Avant même de dire quoi que ce soit, faire quoi que ce soit alors que la jeune femme avait le teint d’un mort comme si c’était elle qui avait pris le coup fatal, il avait posé ses mains sur son visage et l’embrassait à son tour avec passion. C’était chaud, c’était rassurant. Cassidy aimait bien ça même si elle avait du mal à comprendre. Etait-ce un rêve ? Où était la réalité ? Pourtant le baiser de Tristan était tout ce qu’il y avait de plus réel. La demoiselle, sans savoir ce qui lui arrivait, enserra de ses bras le corps de Tristan, le serrant contre elle alors qu’il se détachait de ses lèvres. Plus rien n’avait d’importance pour elle et elle avait complètement oublié les grosses brutes abasourdies par ce spectacle. Il devait être mort alors pourquoi bougeait-il comme si de rien n’était ?

Malgré ses marques noires qui s’étalaient sur son visage, Cassidy était triste. On voyait bien qu’elle avait pleuré car malgré ses yeux sombres, des sillons s’étaient creusés le long de ses joues. La jeune femme s’était pourtant arrêtée de pleurer et ses larmes s’étaient transformées en fins morceaux de glace à cause du froid. Elle regardait Tristan comme si elle venait de voir un revenant, comme si ce n’était pas possible. Une hallucination ? Il avait l’air de sourire pour ne pas l’inquiéter mais cela ne la rassurait pas pour autant.

« T’es vivant ? vraiment… »

Elle était tellement abasourdie et même le baiser qu’il lui avait donné avant n’avait pas eu un effet énorme sur elle. Parce que la jeune femme était bien torturée. En plus elle n’était pas censée rester aussi calme alors que son sombre côté s’était déclenché. A l’intérieur de son corps, c’était la folie. Des montagnes russes, des pics de douleur et une sensation d’être rassurée alors qu’elle voyait que Tristan allait bien. Cassidy ne faisait attention à rien et elle n’avait pas vu l’un des hommes qui s’approchait d’elel dans son dos, alors qu’elle ne voyait rien.

Le regard de Tristan avait changé. Lui au contraire, il avait bien vu. Il s’était écarté de la demoiselle en arrière tout en la poussant sur le côté gentiment mais sans rien dire. Cassidy ne comprit pas. Son cœur semblait un peu mal au point. Venait-il se rendre compte de quelque chose à son propos ? La pauvre fille était complètement perturbée, traumatisée et elle avait bien de la peine à coordonner ses pensées. Il s’était éloigné d’elle. Pendant un instant la jeune femme avait eu mal au cœur. Et puis il se transforma en dragon sous ses yeux.

Ca non plus elle ne comprit pas. Un cri de terreur résonna juste derrière elle. Cassidy se tourna pour voir les hommes qui restaient interdits devant ce spectacle. Immobiles, ils regardaient l’énorme créature menaçante qui s’agitait devant eux. Mais le dragon fixait juste Cassidy. Dans son regard, il semblait lui dire de venir. D’ailleurs il s’était un peu penché comme pour l’inviter à monter sur son dos. Décidant d’arrêter de réfléchir, la jeune femme avait marché dans sa direction même si sa démarche était complètement saccadée. Elle posa ses mains sur le dos du dragon et se hissa sur celui-ci.

Tristan prit alors son élan et décolla. Etre sur son dos avait quelque chose de rassurant. Elle s’accrocha bien à lui et heureusement que son pouvoir lui donner la force de rester sur son dos, force qu’elle n’aurait pas eu sinon. Elle avait bloqué ses cuisses contre les flancs de la créature. Ils s’étaient élevés bien haut dans le ciel et Tristan semblait faire attention pour ne pas qu’elle ne tombe. Malgré ce qui s’était passé, la vue était magnifique et cela calma Cassidy même si elle n’avait pas complètement retrouvé son état normal.

Le dragon glissait à travers le vent et semblait lui partager un peu de ce moment si spécial pour lui. Elle se sentait libre et comme libérée d’un poids. Tout allait mieux… Mais avait-elle rêvé ou pas ? Elle semblait faiblir et ne tiendrait certainement plus longtemps à ce rythme là sur son dos. Tristan avait atterrit dans une petite zone sur le flanc d’une montagne, niché au creux de sapins et d’arbres typiques de la région. Elle descendit de son dos et il reprit une forme humaine alors qu’elle le regardait avec des yeux hallucinés. Trop d’émotions pour le moment.

Il voulut s’approcher. Mais elle le stoppa d’un geste de la main et se mit à trembler. Son corps n’était pas revenu comme avant. Elle sentait la frustration de n’avoir achevé personne, l’absence du sang. Tout son corps lui faisait affreusement mal et elle tomba à genoux en fermant les yeux et serrant les dents. Pourquoi… pourquoi maintenant. Elle ne maîtrisait plus rien du tout et elle avait très peur de faire du mal à Tristan sans le vouloir.

« Ne t’approche…pas… de moi ! »

Il lui fallut un effort surhumain pour prononcer ces paroles et elle avait beaucoup de mal à s’exprimer. La peur de lui faire du mal était bien présente. Pourtant il s’approcha encore d’un pas et elle le sentit, rouvrit les yeux et le regarda d’une voix suppliante de ses yeux noirs.

« Je ne veux pas te faire de mal ! »

Elle avait hurlé ces mots d’une voix puissante, prenant sur elle pour maîtriser tous les problèmes de son corps. C’était difficile et elle peinait vraiment à récupérer. Que devait-elle faire ? Tristan avait décidé de désobéir et s’approcha d’un pas vif dans sa direction. Elle voulut s’enfuir, le traitant de crétin et d’inconscient. Mais il l’avait prit dans ses bras tout en l’embrassant. Alors qu’elle était si crispée, Cassidy finit par se détendre et ses petits poings qui voulaient le repousser retombèrent de chaque côté d’elle. Elle semblait s’apaiser. Ce baiser avec quelque chose de doux, qui n’avait rien à voir avec les violentes pulsions qui l’agitaient. On aurait dit que la tempête qui s’était emparée de son cœur s’était calmée. Cassidy s’apaisa. L’aura noire avait disparu, ses yeux redevinrent normaux et les marques noires sur tout son corps s’étaient enlevées.

Elle inspira doucement alors qu’il s’éloignait un peu de son visage, plongeant son regard dans le sien. Trop d’émotions pour aujourd’hui pour Cassidy qui avait les larmes aux yeux. Elle s’était remise à pleurer tout en lui parlant.

« T’es vraiment… t’es vraiment… j’ai cru que tu étais mort moi ! Tu sais même pas l’effet que ça m’a fait quand je t’ai vu comme ça… c’était… je ne veux pas que tu meurs ! je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose ! Parce que je… parce que je… »

Elle s’arrêta net dans son discours, semblant se rendre compte de ce qu’elle était en train de dire. Lui dire qu’elle l’aimait… comme dans une mauvaise pièce de théâtre. Mais non elle ne devait pas lui dire ça… pas maintenant… et pourquoi elle l’aimait ? Juste parce qu’elle l’avait presque vu mourir ? La vache, son cerveau déconnait sérieusement. Trop d’émotions pour aujourd’hui elle le savait ! Ca la rendait complètement perdue et elle n’avait plus la réalité du sens des mots. Alors pour éviter de sortir ce genre de choses, la jeune femme sortit ce qui lui passait par la tête, quitte à ce que ce soit ridicule.

« Parce que je ne veux pas que tu vives plus ! »

Ca ne voulait rien dire mais Cassidy était troublée. Elle tenait des propos incohérents et son teint pâle retrouva des couleurs même si au fond d’elle elle était toujours aussi triste à cause de ce qui s’était passé.

Un peu plus loin à côté d’eau, on entendait le bruit d’une cascade. A travers les arbres et de la roche, il y avait une petite entrée qui menait à une sorte de crique étrange à travers le paysage. De la fumée s’échappait de l’eau qui coulait dans une sorte de bassin, les roches et les arbres environnants conservaient une sorte de chaleur. C’était une sorte d’endroit chaud et agréable. Après les émotions et le sang de l’un et l’autre, peut être qu’une petite détente dans ce lieu hors du commun serait appréciable pour se remettre de ces émotions ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 3 Déc - 11:21

J’ai eu tort… J’ai vraiment eu tort je crois… Je suis vraiment le roi des cons… Ce que je fais là… Tout ça avec elle, ça n’a aucun sens, ça ne sert à rien, ça… ça n’est pas moi. Je suis un dragon… Je suis un dragon. Je me fiche pas mal des autres. Que je m’intéresse vaguement aux humains, leur portant une curiosité amusée est une chose, une erreur de jeunesse, une erreur tolérée par mon esprit un peu différent et « perturbé », une erreur tolérée de mes pairs pour ces mêmes raisons. Que je me soucie de mes conquêtes ne regarde que moi… Que je me soucie de leur bien-être, de leur plaisir n’engage que moi. Chacun est libre après tout, de faire montre de sa supériorité comme il le souhaite. Que ce soit en forçant une femme mariée à se soumettre devant des phéromones extraordinaires que nous émanons, ou face à nos corps bien plus séduisants que la moyenne, que ce soit en séduisant, que ce soit en brutalisant… Rares sont les dragons à utiliser cette dernière…méthode… Nous n’en avons pas besoin, nous pouvons séduire si facilement. Nombreux sont ceux à demeurer égoïstes même si nos capacités « hors normes » nous rendent tout de même bons amants… Je fais ce que je veux de ma sexualité. Elle ne regarde que moi… et mes partenaires, comme c’est le cas pour chaque dragon… les intérêts, orientations des uns et des autres n’ont que notre sincère tolérance, c’est étrange, pacifique… Il n’y a même pas d’homophobie parmi nous… comme on en trouve pourtant encore tant parmi la race humaine… Non ça nous regarde. Mais ce que je fais… Ce que je fais là ce n’est pas normal, ce n’est pas dragon. Je suis un dragon… Je suis un dragon… Je suis un dragon mais ce que je fais n’est pas dragon… Pas dragon comme on me l’a montré, enseigné, entré dans le crâne de gré ou de force… alors pourquoi est-ce que mes instincts ne m’ont jamais paru aussi puissants ? Pourquoi mes sens me semblent-ils plus exacerbés que jamais? Je me sens plus entier, plus puissant, je me sens capable de plus, je me sens capable de croire en moi et de croire en un autre que j’ai toujours craint… Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça n’arrive que près de toi Cassidy ? Pourquoi ça n’arrive que maintenant ?

Si j’ai eu tort… Si je me sens si con ce n’est pas par rapport à tout ça, même si je ne sais pas trop ce que c’est au juste que ce « tout ça », même si je continue d’avancer à l’aveugle en souriant et en faisant comme si tout allait bien, comme si tout était pleinement normal, comme si j’avançais en terrain connu… Je le fais parce que je ne veux pas que tu doutes de moi. Je ne veux pas avoir l’air perdu, surtout pas devant toi… Pourtant je me sens tellement… vulnérable quand tu lèves tes grands yeux sombres vers moi. Je sais que de ma bouche ne sortent que des vérités, des choses qui semblent faciles à dire, prononcées en toute simplicité, sans hésitation, sans fioritures, de la drague, de la séduction, de la perversité, du sérieux, des compliments, je ne flanche jamais dans mes mots, je suis sûr de moi, quoi que je fasse, quoi que je dise, même quand c’est maladroit, même quand ils s’enchainent mal. J’ai l’air de tout gérer. C’est ce que mes mots montrent… Mais à l’intérieur tu sais, je ne suis pas comme ça du tout, en fait c’est peut-être ce sérieux, cette confiance apparente, cette maitrise de tout qui me rassurent et me permettent de savoir quoi faire et comment agir… Parce que d’un côté, je ne comprends pas ce qui se passe, je ne comprends pas tout ça… Mais d’un autre, quand je suis face à toi, je dois être inébranlable je crois. Pas que je veuille te cacher quoi que ce soit, je t’ai dit plus sur moi que je l’ai fait pour n’importe qui, que je ne le ferai jamais… juste que près de toi, face à toi, je me sens aussi vulnérable que puissant, aussi inébranlable que fragile… Comment puis-je être les deux à la fois ? Comment un dragon peut-il être fragile ? Et pourquoi mon coeur se serre t-il comme ça quand tes yeux sombres me fixent, qu’un léger sourire étire tes lèvres ? Pourquoi se serre t-il si fort que je n’arrive plus à respirer l’espace d’un instant, que je sens mes poumons, mes cellules se vider de leur air quand il y a cette lueur, si éphémère dans ton regard ? Pourquoi ça ne me le fait que de temps en temps, quand tu as cet air là, si fragile, si éphémère oui ? Pourquoi est-ce toujours quand nous sommes seuls ? ou qu’il y a du monde mais que tu ne regardes que moi ? Pourquoi n’est ce pas quand nous faisons l’amour ? Ou alors juste après l’orgasme qui nous assomme, quand tu me regardes, comme si j’étais différent de tout, comme si j’étais unique. Je me sens tellement bien quand tu me regardes comme ça… Pourquoi est-ce que j’ai la certitude que ce n’est pas lié au sexe, le seul truc qui puisse vraiment provoquer des « émotions » à un dragon ? Pourquoi est-ce que lorsque tu fais ça, j’ai autant envie de toi que de ne surtout pas te toucher, de peur de briser cet instant ? Pourquoi est-ce que j’ai tellement envie de te prendre dans mes bras ? Pourquoi ai-je peur ? Pourquoi ai-je tellement peur que tu ris et repousses mon étreinte comme dans un jeu ? Pourquoi ai-je la certitude que ça briserait mon âme et mon corps plus qu’aucune arme ne pourra jamais le faire ? Pourquoi Cassidy ?

Si je me sens con c’est surtout parce que cette journée était importante… et que j’ai l’impression de te la gâcher… Parce que je vois qu’il y a des moments qui ne te plaisent pas… A cause de ce que je fais, de ces contacts que je ne peux m’empêcher d’avoir. A cause de mon attitude, qui est maladroite je le sais, moi qui n’ai jamais, oh grand jamais été maladroit… A cause de mon envie, mon besoin de t’embrasser, de te serrer contre moi devant tout le monde pour que personne ne vienne t’enlever à moi… A cause de ce que je voulais faire aujourd’hui… c’est maladroit… c’est mal… C’est mal… Mais je ne sais pas comment faire… Je ne sais pas faire Cassidy… je ne sais pas faire… Pardonne moi je t’en prie… Je sais que tu as souffert. Tu m’as dit plus que tu n’as jamais dit à personne toi aussi. Je sais que tu as souffert, que ta vie a été différente de ce que tu imaginais et souhaitais, que tu as horriblement souffert et puis que tu t’es enfermée dans cette indifférence, dans ce je m’en foutisme du monde, alors qu’il a encore tant à t’offrir… j’ai voulu rattraper trop de ce que tu as manqué. Trop en une fois… Mais j’avais besoin de le faire Cassidy… J’avais besoin de te montrer…
J’avais besoin de te dire…
J’avais besoin… tellement besoin de rattraper un peu de tout ce malheur…
Je n’ai pas pitié de toi Cassidy…
Je ne fais pas ça par compassion même si j’ai mal… j’ai tellement mal à cause de ce qu’on t’a fait. Alors que je ne suis pas censé avoir mal… Je suis censé comprendre oui mais pas avoir mal pour quelqu’un… Ce n’est pas dragon… Je suis encore tellement en colère… J’aurais tant voulu te protéger… Même si tu aurais probablement été moins forte que tu ne l’es aujourd’hui. Que je te trouve belle, courageuse, forte… Tellement forte… Et comme ça me fait mal de te voir si forte parce que je sais que c’est dû à tes souffrances… C’est égoïste, je ne suis qu’un égoïste… un égoïste qui ne sait pas ce qu’il veut… Te vouloir forte mais sans avoir souffert… J’aurais voulu t’épargner tout ça. J’aurais tant voulu te protéger… J’aurais voulu être à tes côtés, chasser ces cauchemars vivants… J’aurais voulu te sortir de cette ignoble maison close… avant qu’on ne te touche, avant qu’on ne te traite ainsi… Ou au moins intervenir avant que le désespoir ne consume ton coeur. Pardonne-moi de ne pas avoir été là, je t’en prie…

Je ne fais pas ça par charité…
Pour mettre honnêtement des mots dessus, je ne sais pas vraiment pourquoi je le fais… je le fais parce que j’ai envie de rattraper le temps qu’on t’a volé, les plaisirs qu’on t’a arraché… J’ai envie de frapper ce monde qui t’a fait du mal… J’ai envie de te prendre contre moi et de te dire que je ne laisserai plus jamais rien t’arriver de mal. Cassy… Je veux juste te protéger et te garder à moi, rien qu’à moi… C’est égoïste. Je le sais…Ca c’est moi, ça c’est le dragon… Egoïste, égocentrique, l’être « supérieur » qui croit pouvoir tout avoir, tout savoir, tout faire… Je veux te protéger… Je n’ai pas peur de toi. Je n’ai pas peur de ce truc sombre en toi… Je n’arrive même pas à comprendre pourquoi ça ne m’inquiète pas, pourquoi ça ne me dégoûte pas… Je ne suis pas attiré par ta magie, même si je la trouve magnifique, elle qui est pour l’instant tellement « pervertie » et l’autre si belle si éphémère. Je veux rattraper ce temps que tu as perdu… pardonne moi, pardonne moi ma maladresse, je t’en prie… Pardonne moi de ne pas savoir faire… Pardonne moi de trop en faire. Mais je ne sais pas faire Cassidy… je ne sais vraiment pas faire… Je n’ai aucun contrôle, aucune limite… Parce que je n’ai jamais fait tout ça Cassidy… Je n’ai jamais pris le temps, l’envie de m’intéresser réellement à une femme. Je n’ai jamais eu l’envie de lui faire des cadeaux, pas honnêtement, pas sans une certaine « obligation morale »… Ces cadeaux, ce « trop » que je vois dans tes yeux, je sais que c’est mal, c’est… c’est juste trop… mais je veux encore te voir sourire… je veux encore sentir mon coeur se serrer quand dans tes yeux il y a ce sourire, ce plaisir, la surprise et la timidité qui me tordent le ventre et me remplissent de ce truc brûlant et tellement doux. Je ne connais pas… Je ne sais pas ce que tu fais… C’est de la magie non ? Je ne connais pas… Je ne sais pas… Mais j’adore ça… C’est trop… je sais que c’est trop. C’est mal… Je fais mal, je ne sais pas faire Cassidy… je ne sais pas faire… je suis désolé… Si je fais tout ça… si je fais tout ça je crois que c’est aussi pour te montrer que même si je suis totalement différent je peux faire des trucs… d’humain… Je peux faire des trucs comme eux… j… je peux me tenir à côté de toi comme l’a fait Jilian… Je peux être autre chose que cet amant extraordinaire qui te comble à chaque caresse… Ca je maitrise, ça je sais faire… Je peux être autre chose… le gars qu’on regarde près de toi, celui qu’on prend juste pour un drakkari, dont l’identité réelle est un secret c’est vrai, mais dont les actes sont vrais. Je peux faire comme Jilian… mais pas comme lui… Mieux que lui… Pas pour de faux… Cassidy… je peux prendre soin de toi… je veux prendre soin de toi… Je ne sais pas ce qui m’arrive. Je ne sais pas pourquoi je tremble. Je suis égoïste Cassidy… Je suis un dragon, je suis un dragon… Je ne te veux rien que pour moi. S’il te plait… s’il te plait… Je ne sais pas pourquoi je crains chacun de tes mots qui pourraient me faire tant de mal. Je sais juste ça… Cassidy… Cassidy, pardonne moi mon égoïsme, pardonne moi mon impatience, pardonne moi ma maladresse, pardonne moi mon enthousiasme exacerbé, pardonne moi pour ce que je ne suis pas, pardonne moi de ne pas être humain… Mais laisse moi être meilleur, laisse moi être honnête près de toi… Aide moi à comprendre…



Il était une fois, un jeune dragon vivant sous deux formes: celle humanoïde et celle draconique. L’une comme l’autre faisaient parties de la même entité, appartenaient au même être. Pourtant l’une attirante, l’autre animal et effrayante semblaient dramatiquement opposées.
Il était une fois un jeune dragon perdu face à des sensations que ni l’une ni l’autre forme n’était censée éprouver, car l’unique entité n’était pas faite pour les ressentir. Les questions qui se bousculaient dans l’esprit de Tristan, tout comme cette détresse qui le paniquait et dont il ignorait tout, tournaient en boucle dans son esprit sans lui laisser de répit. Au cours de la journée il s’était montré particulièrement… démonstratif envers la jeune femme pourtant si renfrognée et si distante envers le monde entier, qui s’ouvrait un peu, juste un peu, parfois pourtant tellement, pour un seul et unique homme. Un homme qui n’en était pas du tout un et qui pourtant faisait plus preuve d’humanité que ces créatures si simples qu’il était censé mépriser.
Au cours de la journée, il avait senti qu’elle était parfois « bien » et d’autres « mal »… Il ne s’expliquait pas comment il le savait mais il le sentait, dans la crispation de son corps, dans l’odeur qui se dégageait d’elle, faisant varier le parfum délicat de sa peau… Chaque créature a une odeur bien particulière, plus ou moins appréciée par ses congénères… Lui néanmoins, en tant que dragon, en tant qu’espèce ultra-sensible en sentait toute la variété et la richesse. Son odeur lui était merveilleuse, à la fois électrisante et calmante… Inexplicable mais tellement envoûtante. Alors il savait qu’elle était contente parfois et d’autres beaucoup moins, beaucoup beaucoup moins. Mais il ne parvenait pas à freiner son enthousiasme tout neuf, cette euphorie qui le gonflait d’énergie lui qui d’ordinaire affichait simplement politesse et intérêt de connivence… Il ne savait pas faire tout simplement. Il voulait trop faire, beaucoup trop et il était maladroit… A la fois fou de désir pour elle, tentateur et pervers, foufou et impatient de tout faire, tout voir, la gâter, la gâter comme aucun homme ne l’avait jamais fait, comme s’il cherchait à rattraper toutes les erreurs de tous ses amants, ça en faisait des cadeaux si c’était pour ça…
Ce qu’elle lui avait dit à ce moment-là dans cette ruelle, pour le calmer, pour les calmer, parce qu’elle ne comprenait pas son attitude, parce qu’elle avait peut-être peur au fond d’elle de tout ce que ça évoquait, parce qu’elle avait peur de ce « mensonge » qui ne l’avait jamais dérangée avec Jilian parce que Jilian… n’était pas Tristan; ce qu’elle avait dit, blessa profondément le jeune homme. S’il minimisa, s’il sourit, se fit sage, raisonnable, s’il sembla oublier même la frustration et la blessure dès qu’elle lui sourit, la blessure, elle, s’ancra dans sa chair plus sûrement que si elle l’avait tailladé d’une lame aussi tranchante que les griffes qui pouvaient se matérialiser au bout des doigts du jeune homme si l’envie lui en prenait. Quelque chose de nouveau, de tellement fragile chez le jeune homme s’ébranla, se déchira, comme un tissu délicat, trop fragile, beaucoup trop fragile. Lui-même ne s’en rendit pas vraiment compte. Il ne pouvait pas comprendre, il n’était pas fait pour comprendre. Ce tissu-là n’aurait tout simplement pas dû être là… Il ne comprit pas et ne parvint qu’à étouffer la douleur qui brusquement lui donnait mal dans chaque fibre de son être. Mais la douleur reflua vite… Comme toujours… Les dragons n’étaient après tout pas moins sensibles que les humains à la souffrance physique, bien au contraire. Tous leurs sens étant accrus, il est tout à fait normal qu’à blessure égale la douleur n’en soit que plus intense, c’est la rançon de nerfs ultra sensibles. Seulement ils guérissent vite, sont solides, résistants… Et ils oublient… Car se souvenir peut être douloureux. Et que leur corps est fait pour guérir…
Cassidy comprit qu’elle lui avait fait du mal, sans le vouloir, mais c’était déjà bien trop tard… Et de toute façon qu’aurait-elle pu changer ? Elle-même n’avait fait que se protéger du danger qu’il représentait… Elle l’avait caché ce beau jeune homme, derrière le masque de l’amant temporaire, derrière le masque de l’homme indifférent, égoïste qui profitait d’elle comme elle profitait de lui, qui repartirait. Il ne l’abandonnerait pas, parce qu’elle n’avait pas besoin de lui… On ne peut pas être abandonné quand on n’a pas besoin de l’autre, si ?

Pourtant elle s’était bien rattrapée avec cette auberge…Est-ce qu’elle cherchait à se rattraper ou à se rassurer ? Etait-ce vraiment à cause de ses pulsions ? Qu’à cause de ses pulsions qu’elle l’avait entrainé là dedans ? Avec impatience et désir, trop de désir, avec cette lueur aussi dans ses yeux, timide, coupable. Il n’était pas sûr de comprendre, pas sûr que ce soit pour lui. Son instinct pourtant lui souffla que c’était lui, juste lui, juste pour lui et la blessure guérit, même si la cicatrice était toujours là. Dans la moiteur de ses cuisses et les crispations de son corps divin, Tristan retrouva l’assurance et oublia, oublia réellement la souffrance qu’une seule et « simple » femme lui avait fait éprouver l’espace d’un instant…Il se dit juste que c’était normal, égal à tout le plaisir qu’elle pouvait lui apporter. C’était plus simple que de parler. C’était plus simple que de chercher les mots pour s’excuser, pour s’expliquer. Et qu’expliquer au juste ? Qu’expliquer l’un et l’autre de ce qui leur arrivait ? Même pour de simples amants cette histoire n’avait pas de sens. Au début ça avait été presque violent… Non c’était violent, bestial, emprunt de frustration, de désir, d’une passion enflammée et animale, peut-être parce que c’était leur état d’esprit, et puis les gestes étaient devenus plus doux, de plus en plus doux, tendres, lents sans même qu’ils ne s’en rendent compte, sans même qu’ils l’aient « souhaité ».


Le reste de la journée avait filé entre repas et boutiques, d’autres surprises mais un enthousiasme plus poli de la part du jeune homme. Il n’avait plus été un instant taquin et pervers, se contentant d’être sage. Son attitude calme était sans nul doute possible due à l’apaisement certain qu’il devait ressentir suite à leur intimité… intense. Le contraste important, colossal même, ne laissait qu’entrevoir davantage les besoins dont pouvait être victime un jeune dragon vigoureux… Si la petite demoiselle était apparemment d’une satisfaction merveilleuse, il s’affamait bien vite de son corps et de ses sensations… Trop vite…
Il n’y avait eu réellement que l’épisode maladroit de la bourse pour montrer qu’il était « différent ». Son état d’esprit n’avait pas vraiment changé depuis le matin, seulement il le montrait moins et il avait moins « faim »… Ca aidait quand même pas mal. Il avait même un peu honte de son comportement… Oui c’était trop… Il savait qu’il en faisait trop mais il essayait, volontairement ou non de prouver quelque chose et d’en rattraper beaucoup d’autres. Ils s’étaient séparés pour mieux se retrouver près de la fontaine. Elle avait glissé et il l’avait recueillie contre lui, tout contre lui. Pourtant, dans les gestes parfaits et les réflexes excellents du jeune homme il y avait eu une latence, une latence surprenante qui le déboussola. Il avait failli ne pas réagir en la voyant tomber. Non pas qu’il souhaite la laisser choir et se blesser, juste parce que la véritable vision qu’elle avait représenté en apparaissant devant lui, sublime jeune femme, lui avait tordu l’estomac, court-circuité le cerveau alors que l’air qui emplissait à cet instant ses poumons était aussi brûlant que de la lave. Il avait l’impression de rougir, de s’enflammer littéralement alors qu’il n’en était rien. C’était à cause d’elle, à cause d’elle, seulement elle… Parce que leur instant l’un sans l’autre lui avait laissé le temps d’oublier la sensation de sa présence… Si elle était apparue en tenue cavalière, plus masculine, il se rendit compte qu’il n’en aurait pas été autrement… Ce n’était réellement qu’elle, ni ses vêtements, ni la coiffure, ni le parfum qui masquait trop son odeur mais lui allait si bien… Effrayant… Le baiser… il n’avait pu l’éviter, vraiment pas. Il n’avait même pas commandé cet acte à son corps. Elle ne lui avait pas donné l’air d’un poulet dans sa perte d’équilibre et ses bras battants l’air, juste d’une princesse délicate, une danseuse qui perdait pieds dans un monde trop instable… C’est qu’elle le faisait devenir poète la vilaine !
Il y avait eu la planche de surf et l’incroyable vulnérabilité dans laquelle ça les avait plongé tous les deux… Trop de choses, beaucoup trop de choses en une seule journée mais celle-ci était particulière puisque témoignant de l’intérêt qu’il lui portait à elle et ses centres d’intérêts justement… Ne se contentant pas de faire comme « pour toutes les filles », cherchant ce qui pouvait lui faire plaisir, à elle, seulement à elle… Pauvre petite demoiselle. Elle avait bien de quoi se poser des questions. Pour ça, pour tous ses gestes, pour la brusque timidité et vulnérabilité du jeune homme, pour ses paroles si sincères mais hésitantes, pour ses baisers trop enflammés, pour ses attentions trop nombreuses… Personne ne faisait ça !

Et puis il y avait eu la fête. Encore trop de choses, trop de monde, trop de bruits… Il y était clairement plus habitué qu’elle. En fait ça ce n’était pas vraiment difficile. Il ne disait pas grand chose de sa vie « habituelle » mais avec l’aisance dont il faisait preuve en toute situation il ne pouvait pas y avoir que le charme naturel des dragons et celui exacerbé de ce beau garçon. Il semblait familier des manières d’être et d’agir. Elle l’avait bien vu dans leur village, sa manière de se comporter, d’agir, impeccable en toute circonstance, ce sourire parfait, ce masque poli n’avait pas été façonné simplement parce qu’il était un dragon. Il avait été habitué, éduqué à tout ceci… A danser, à bien se comporter, à avoir de la conversation en toute circonstance… Comme un homme censé plaire aux dames, comme tout ce qu’on pourrait attendre d’un jeune noble. Tous les dragons étaient-ils ainsi ? Cela collait plutôt bien avec leur image de supériorité… Mais où avait-il appris tout « ça » ? Dans son école ? Uniquement masculine ? Avait-il été plus ou moins dressé de cette façon ? Chez les dragons quand sa mère la croyait encore à l’internat ? Et de quelle manière alors ? Chez les Cheistams ? Il ne lui disait rien de son quotidien, de ce qu’il faisait d’ordinaire, en mission et hors mission. Qui était-il lorsqu’il n’était pas près d’elle ? Il ne le disait pas mais elle ne demandait pas non plus… Pourtant, ça aurait probablement répondu à beaucoup de ses questions. Elle aurait peut-être pu y « voir » plus clair…

Cassidy s’émerveillait un peu devant tout ce qui se passait et ces spectacles qu’elle ne connaissait pas mais elle n’était clairement pas à l’aise, pas habituée à tout ce monde et toute cette effervescence étourdissante et puis son ouïe trop sensible n’était pas forcément une aide pour ça non plus. Tristan, lui, avait appris à gérer ses sens… Il aurait probablement eu beaucoup à lui apprendre à ce propos… Il y avait eu le pendentif et d’autres mots qui ne dévoilaient que d’autres secrets. Oui, il faisait attention à ce qui comptait pour elle mais comment ? Elle l’avait bien pensé elle-même. Son regard avait accroché le pendentif choisi trop brièvement. Déjà qu’un homme « humain » aurait eu besoin d’une énorme pancarte pour comprendre même avec des allusions clairement exprimées, qu’il comprenne lui des allusions rapidement d’accord, même si les jeux de mots et subtilités de langage lui échappaient parfois, quant aux expressions, il en comprenait peu… mais elle n’avait rien dit du tout… rien montré… si ce n’est ce trop bref regard, ce léger éclat dans son regard, trop léger, trop fugace… Alors il devait avoir un décodeur pour femme ! Voilà tout… Sauf que s’il avait eu ce fameux décodeur il aurait compris l’état d’agitation dans lequel il la mettait, les questions qu’il soulevait et toute la torture mentale qu’il lui infligeait, les doutes, les craintes, la colère aussi, celle qui cachait si bien la peur terrible d’abandon qu’au final la petite demoiselle ressentait au plus profond de sa chair sans même l’avoir encore réellement compris et accepté.

La danse était une preuve qu’il n’avait pas de décodeur. Car il la força un peu à sa manière, la manipulant d’une certaine façon, avec ses belles paroles et son sourire à se damner… Elle avait raison… Pourquoi avait-il besoin d’étaler leur apparence de « faux couple » devant tout le monde ? Pourquoi avait-il besoin de montrer, d’étaler devant tout le monde cet odieux mensonge sur eux deux, sur cette complicité, ce faux amour auquel tout le monde croyait si facilement ? Pourquoi semblait-il vouloir la montrer à la hauteur de lui-même ? C’était blessant, difficile, douloureux.
Et pourtant c’était encore une grande maladresse de la part d’un jeune homme qui n’aurait pas dû avoir le moindre intérêt pour tout ceci… Il voulait qu’elle se sente belle, éblouisse tout le monde, pour qu’elle comprenne ce qu’elle était, ce qu’elle pouvait être, tout ce qu’elle pouvait être si elle s’en donnait les moyens, si elle acceptait de se faire confiance. Car il avait senti d’une manière ou d’une autre le gouffre infini qu’était le coeur blessé de la jeune femme par toute l’horreur de ce monde et de ce qu’elle avait vécu. Ce coeur qu’elle avait enfermé, verrouillé, trop blessé qu’il était par tout ce qu’elle avait perdu, par la perte énorme qu’avait incombé le fait de ne pas suivre la voie magique sur laquelle elle s’était toujours vue… Il avait senti derrière la hargne, derrière le côté belliqueux et sans peur, la jeune femme fragile, blessée, brisée, qui n’avait jamais eu confiance en elle et se complaisait dans ce je m’en foutisme, dans cette provocation, dans ce sadisme qu’elle avait envers elle-même, dans ce dégoût qu’elle avait d’elle-même, de se satisfaire d’un homme puis d’un autre, encore un, détester son corps, détester le sexe qui lui était pourtant nécessaire avant de connaitre le jeune homme, maltraiter son corps comme elle le faisait ou pire accepter que d’autres le maltraitent parce que… parce que se flageller était plus facile que d’espérer et de se relever, parce qu’elle ne pouvait pas se relever seule… Il voulait juste éveiller cette flamme d’espoir, lui montrer comme elle pouvait plaire aux autres, pas que pour le sexe, comme elle pouvait provoquer de la jalousie positive, de l’admiration, de l’envie, elle qui pensait n’attirer que des sentiments négatifs… Il voulait lui montrer qu’elle était différente, unique, qu’elle était belle, forte, qu’elle était autre chose, bien plus, tellement plus. Il voulait éveiller sa confiance en elle car sans elle, elle ne pourrait pas avancer réellement. Il voulait qu’elle cesse d’avoir ce regard quand il lui faisait un compliment, ce regard plein d’ironie même alors qu’il savait qu’il lui faisait plaisir. Qu’elle arrête de chercher pourquoi il s’intéressait à elle, qu’elle voit un peu justement le peu de raison qu’il avait de ne pas s’intéresser à elle. Il voulait qu’elle voit tout le champ des possibles, que la confiance renaisse des flammes de son passé et lui donne l’espoir même dans cette voie qu’elle voulait oublier. La magie lui était-elle inaccessible ? Réellement ? Il en doutait… Mais pour cela, il fallait encore voir ce qu’elle en voulait, ce qu’elle en attendait. Et si… Espoir fou il pouvait faire renaître son vieux rêve d’enfance ?… C’était trop, c’était utopique, c’était étrange… comme une manière de la tester, de s’assurer qu’elle pouvait être à sa hauteur, le mériter… Mériter de se tenir auprès d’un dragon… Et pourtant il vérifiait aussi quelque chose dont elle ne pouvait pas se douter.

Malgré son beau discours elle n’osa pas, pas tout de suite puis se montra timide et téméraire à la fois, pleine de nouvelles convictions.
Et puis ils s’étaient regardés et ils avaient dansé, juste dansé… Pourtant ça n’avait rien d’une danse, ça y ressemblait mais ce n’était pas une danse, pas aux yeux des gens qui semblèrent hypnotisés par le spectacle. Ce moment avait des allures de magie, d’une magie différente, puissante, étourdissante, empreinte de douceur et de bonheur… Ils n’entendaient plus la musique, ni Tristan, ni Cassidy, et ils ne s’en étaient même pas rendu compte… Une bulle d’harmonie, de silence et de douceur semblait s’être formée autour d’eux, complètement invisible. Ni le temps, ni la température n’avait d’emprise sur ce qui se passait. Il n’y avait qu’eux et l’espace d’un instant il se passa réellement quelque chose d’étrange. Elle, malgré son ouïe extraordinaire ne pouvait pas le percevoir parce qu’elle n’avait pas appris à remarquer ce genre de chose. Tristan était trop concentré sur elle et pourtant il eut l’impression, fugace mais intense, que l’univers s’était mis… à chanter, à vibrer sur une même note et ses harmoniques. Totalement impossible.
Les marques du jeune homme s’illuminaient, le tourbillon bleuté dans ses yeux changeaient. Mais il ne remarquait rien, elle elle voyait…, comme elle ne remarquait pas, comme personne ne pouvait voir l’aura dorée qui se formait autour d’elle, sa peau pâle qui semblait miroiter du même pâle éclat que celui des marques du jeune homme et que seul lui pouvait voir. Un grésillement le parcourut lentement, à la fois douloureux et tellement merveilleusement agréable…
Et puis ils avaient arrêté et le monde entier les avait rattrapés avec une trop grande agitation qui gâchait l’unicité de ce moment, qui gâchait l’isolement doucereux dans lequel ils s’étaient plongés. Pauvre petite demoiselle.

Tristan reprit son masque de convenance, ses bonnes manières impeccables mais elle, elle était si mal à l’aise… Elle mentit pourtant, se cacha derrière un masque si semblable au sien et à cause du bruit, à cause de l’étrange sensation qui habitait le jeune homme suite à cette danse unique et qui semblait particulièrement le perturber il ne remarqua pas à quel point il faisait du mal à la petite demoiselle. S’il s’était rendu compte de ses pensées… Qu’elle se forçait pour lui, oubliant son propre plaisir, il en aurait réellement souffert… Ca n’aurait pas dû se passer ainsi… Mais il y avait trop de gens. Il y avait trop vraiment trop…


On avait dansé encore mais je la sentais ailleurs. Je crois que j’avais fait une bêtise… Je m’en voulais beaucoup… Je n’aurais peut-être pas dû, je n’aurais probablement pas dû espérer, qu’elle comprenne et que je comprenne moi-même. Ca ne semblait pas lui plaire plus que ça… Ce n’était pas ce que je voulais, bien au contraire ! Je pensais que la soirée serait bien, lui plairait. Que tout ça c’était un peu ce qu’elle voulait, ce qu’elle regrettait. Toutes les femmes avaient l’air d’adorer… je voulais juste qu’elle aime bien, qu’elle ne se sente pas différente, exclue. Mais c’était… enfin je ne sais pas, je sentais bien qu’elle était un peu tendue par moment… Je ne comprenais pas… Qu’est ce que j’avais mal fait au juste ? Il fallait qu’elle m’aide, je n’y connaissais rien moi !


Le jeune homme avait finalement mis fin aux danses pour que Cassidy se repose un peu et s’était éloigné, loupant l’étrange échange avec la demoiselle inconnue. Tristan loupa l’inconnue mais pas que… aussi l’air de la petite demoiselle esseulée qui repensait à de biens étranges souvenirs, anciens, torturés souvenirs… Parce qu’elle, elle n’avait pas oublié et que finalement l’absence de son homologue si dissipé avait laissé un grand vide dans la vie de la fillette puis de l’adolescente qu’elle était devenue. Qui aurait pu croire ce qui se tramait dans cette petite tête blonde. La mère de la jeune femme semblait, elle, avoir vu ce que sa fille n’avait pas compris. Après tout, les mères sont assez douées pour ce genre de choses. Ou alors l’espérait-elle… Il est vrai que lorsqu’ils étaient bébés, Marylin et Eve en voyant leurs deux enfants si beaux n’avaient eu de cesse de fantasmer sur un projet d’amour qui unirait leur deux familles. Ah non mais c’étaient les mères ça ! Complètement hystériques et perdues dans leur utopie romantique elles s’étaient dit que leurs enfants grandiraient ensemble et se plairaient mais au final ça n’avait pas été le cas… Quoique…

Tristan était loin quand Cassidy s’était sentie perdue… Peut-être aurait-ce été bien qu’il la voit ainsi, dans cet état vulnérable et triste d’un passé disparu. Il lui aurait probablement posé des questions, aurait sagement écouté ce qu’elle aurait accepté de lui dire. Peut-être au final aurait-il fait plus… Bien plus que ce qu’elle attendait de lui, acceptait d’attendre de lui, en s’empêchant de trop espérer… Il loupa le début de l’altercation. Altercation c’était ce qui s’était passé entre elle et ces hommes étranges qui la cherchaient d’un peu trop près, beaucoup trop près.


Le sang battait à mes tempes. Fort, fort… Comme chaque fois que l’adrénaline monte, trop vite et que me démange l’envie de me battre, de frapper… Normalement l’envie vient de me défendre, je musèle celle assez sadique de toute puissance propre à mon espèce. Là pourtant elle est libre… L’envie de faire mal, mal, mal à ces hommes trop près d’elle, trop près, beaucoup trop près. Elle est à moi !
Je fais face aux espèces de… mâles peu ragoûtants qui se sont permis d’asticoter ma trop jolie compagne. Je regrette qu’elle leur semble si belle, sans doute trop attirante avec sa tenue, son port de tête altier quoi qu’elle en dise, ses airs de princesse malgré tout ce qu’elle prétend, mais en même temps qui, vraiment qui, pourrait ne pas la trouver belle ? Trop attirante…
Leur haleine sent fort, l’alcool et la fumée, la pipe probablement et pas des plantes les plus légales, encore des humains croyant pouvoir fumer les mêmes herbes que les elfes ! Eh oh les gars ! eux sont des êtres lumineux et plein de sagesse, ça leur ouvre l’esprit ! Ca abrutit complètement les humains et trouble le leur, ne faisant qu’exacerber des comportements souvent déviants. Je n’aime pas ça… odeur forte, haleine puante et celle de l’homme ne prêtant que peu d’attention à son hygiène personnelle… Berk ! C’est d’autant plus flagrant pour le dragon que je suis et mon odorat trop sensible. Je me sens plisser le nez, relever aussi légèrement la lèvre supérieure sur mes dents trop blanches, alignées dans mon beau sourire mais tellement moins menaçantes que mes énormes crocs de dragon. Pourtant avec ces dents « humaines » et mes quatre canines bien plus affutées qu’il n’y parait je pourrais aussi en faire des dégâts. Je lui arracherai bien la tête celui-là, ou juste lui déchirer la gorge, c’est déjà pas mal… il continue de lorgner Cassidy derrière moi, mais je suis sûr qu’il doit avoir un goût aussi immonde que son odeur. Berkkkkk !
Ma voix est restée calme, douce, menace légèrement voilée, ferme, autoritaire, celle d’un homme qui sait ce qu’il veut et pas le moins du monde impressionné par le nombre. Pourtant je bouillais intérieurement… Parce que je n’aimais pas leur regard… Ne la regardez pas comme ça !!!!! Ce sont des pervers dégueulasses ces mecs ! Ils n’ont pas le droit ! Pas le droit de te regarder ma jolie princesse, vraiment pas le droit… Je me sens serrer les dents forts pour me contenir, le sang qui continue de battre à mes tempes. Je me contiens, je dois avoir l’air sacrément sûr de moi, très impressionnant. Mes muscles roulent sous ma tunique, l’étirant, plus apparents et je le sais, très impressionnants… C’est que j’en ai des sacrément costauds… des muscles… Je ne fais même pas exprès… La testostérone appelle la testostérone et j’en ai biiiiien plus qu’eux !!! Mon corps réagit sans même que je n’y pense, au danger, à la jalousie qui m’hérisse les poils trop fins et clairs de mon corps qui me donnent des airs d’imberbe. Non parce que techniquement j’ai de la barbe hein ! C’est juste qu’elle est tout blonde, très… diffuse et ne mesure qu’un demi-centimètre… pas très viril je le conçois, j’ai compensé avec les muscles- et d’autres éléments qui eux sont très très virils hein !-… Au concours de barbe ils gagnent, au concours de muscles je gagne et si on compare autre chose pour savoir qui a la plus… bon d’accord j’arrête…
Les provocations, répliques, s’enchainent et se heurtent et je sais que je ne dois qu’à Cassidy de rester calme, à l’étreinte douce autour de ma taille. Son parfum m’entoure, m’enivre et fait disparaitre l’odeur désagréable des autres, chasse la colère, la remplace par une pointe d’excitation… j’ai un peu honte, enfin de la gène par rapport à ma situation… je me retrouve excité même dans cette situation, ça en devient vraiment déraisonnable demoiselle !
J’avais un peu honte aussi de prononcer ces mots avec tant de sincérité. J’avais affirmé ma position, auprès d’elle… Je savais bien que pour elle ça ne voulait pas dire grand chose. Et je ne comprenais pas vraiment cette sensation de honte. Je savais que c’était un malaise, je ressentais un malaise, envers moi-même. Donc ça devait être ça non ? Elle me calma oui et nous nous éloignâmes mais je ne pus m’empêcher de remarquer avec quelle dignité, quelle force de caractère elle ignorait ses casses-pieds. Elle ne s’en rendait vraiment pas compte… Etait-ce à cause de sa petite taille, de son apparente fragilité qu’elle marchait si fièrement, si dignement, port de tête haut, droite mais pas crispée, juste… souveraine. Comment pouvait-elle avoir une si piètre image d’elle-même ? Comment pouvait-elle ignorer ce qui sautait aux yeux du monde et d’autant plus avec cette tenue si… femme… Une reine… une véritable reine… Elle n’avait rien de maladroit bien au contraire… Tout au contraire… Elle avait des airs de dragonne…
Je me sentis fier de son comportement, de son choix de dédaigner ces hommes plutôt que de les insulter, pourtant un seul de ses mots et je leur cassais la gueule, vraiment !!!!
Sauf qu’elle décida d’autre chose. J’aimais beaucoup cet « autre chose »… Elle m’embrassa. L’excitation, le désir embrasèrent mes reins si vite que j’en eus le tournis alors que je me calmais instantanément. Disparus les restes épars de ma colère, disparu mon égoïsme mal placé. Oh tentante demoiselle… Cours… Cours vite, que je ne t’attrape car j’ai bien l’intention de me venger… froisser ta jolie robe sous mes caresses et éprouver ta peau de mille baisers avant que tu n’implores ma grâce de te satisfaire… T’entendre réclamer, m’appeler, moi ton libérateur et celui qui se gorge de te satisfaire plus qu’aucun autre, m’amuser de mon « pouvoir » sur toi, de mes sourires et de ma provocation pour ne pas que tu vois, surtout pas, que je suis celui qui est le plus au supplice… Tu veux me tenter ? Ne joue pas… ne joue pas avec moi… Tu me tentes déjà bien trop d’un seul baiser. Tentatrice, vilaine demoiselle, superbe princesse, cours vite loin de moi…



Tristan semblait mis à mal et ce n’était pas peu dire. Pourtant son objectif resta ancré dans son esprit et il parvint à contenir le désir et l’impatience qui se chamaillaient la primauté. A l’origine, il y avait autre chose, une autre raison… Pas juste la courser comme ça… Museler ses pulsions alors qu’elle se jouait de lui de la sorte paraissait difficile au jeune homme même s’il le cachait bien. Sa sensibilité à la demoiselle souleva de nouvelles questions, de nouvelles inquiétudes…
Il l’entraina dans leur jeu jusqu’au lac et malgré leurs échanges verbaux pour l’un tentateur, pour l’autre empreint d’un romantisme caché, la raison réelle de leur présence finit par éclater. Littéralement… Dans un craquement et la déchirure du ciel en mille éclats de lumière. Des feux d’artifice et quelques mots tout simple, tout bas. « Joyeux anniversaire »…
Ainsi, cette journée n’avait eu de cesse d’être spéciale pour le jeune homme car… il y avait toutes ces choses, toutes ces choses à propos d’elle, de tout… tout ce qu’elle avait pu manquer, mais encore et surtout, l’occasion de tout ça… de tout dévoiler. Son anniversaire. Il était au courant. Comment diable pouvait-il savoir cela alors que même elle avait oublié son propre anniversaire ?!
Oui c’était une belle surprise… Une belle manière de conclure cette étrange journée même si nul doute n’était permis… il devait rester quelques « cadeaux »/« plaisirs » que le jeune homme pouvait faire ce soir et qu’il avait tout intérêt à faire d’ailleurs histoire de rassurer la jeune femme dans la complaisance rassurante de leurs deux corps.
Mais alors qu’il pensait vraiment qu’elle serait contente, Tristan vit avec horreur les beaux yeux de la jeune femme se remplir de larmes et se détourner. Extrêmement mal à l’aise il se sentit perdu, ne sachant comment réagir. Elle n’aimait pas ? Il avait fait une bourde ? C’était son anniversaire ! Il ne s’était pas trompé, il le savait ! Il ne pouvait pas se tromper, il en avait la preuve, absurde mais la preuve… Alors pourquoi ? Il l’appela doucement, inquiet, elle ne dit rien, attrapa si vite sa nuque que même lui ne vit rien venir et se haussant sur la pointe des pieds, tirant sur son cou quitte à le lui arracher elle s’empara fiévreusement de ses lèvres… Enfin fiévreusement… l’espace d’une seconde… Les lèvres gourmandes devinrent douces, calmes, tendres, légèrement tremblantes. Il ne recula pas, ne dit rien, entourant juste la mince silhouette de ses bras, approfondissant leur baiser mais avec douceur, tendresse, sans impatience, sans brusquerie. Elle se recula, il la regarda, ils ne dirent plus rien.
Blottis l’un contre l’autre dans la neige, ils regardèrent le ciel traversé de lumières puis les ténèbres revenir avec le silence, percé seulement par le chant des animaux nocturnes et les douces lueurs des cieux. Elle prononça quelques mots, sa voix tremblait, ses épaules aussi, légèrement. Tristan resserra ses bras plus fort sur elle, toujours dans son dos et appuya son visage contre les cheveux d’or de la demoiselle, en inspirant l’odeur. Il voulut parler, se rendit compte qu’il en était incapable, la gorge nouée et tellement sèche, se contentant de son étreinte et de la chaleur qui passait de son corps à celui de la jeune femme.
Ses frissons le poussèrent à se lever et à l’entrainer vers la ville, s’éloignant de ce petit coin de nature et de calme si loin du reste. Elle se crispa une seconde et il sourit, se tournant vers elle.

On va juste marcher un peu si ça te va et si tu n’as pas trop mal aux pieds… puis on rentrera à l’auberge… Assez de… vacarme et d’agitation externe aujourd’hui, non ? Mais promis, un massage t’attend dans notre chambre. Ta journée est encore loin d’être terminée princesse… Ne fais pas cette tête !!!! Promis on ne retourne pas danser !

Il se mit à rire, un rire franc, bref, mais léger et plein de sincérité alors qu’elle rougissait en marmonnant. Mais marmonner semblait être la seule chose dont elle était capable. Elle semblait perdue dans ses pensées. Il ne dit rien, se contentant de sourire et de la regarder un instant avant d’initier leur marche. Ils se promenèrent ainsi un bon moment, respirant l’air de la nuit, marchant lentement. Il cala son pas sur le sien pour ne pas la fatiguer inutilement. Il avait récupéré sa veste avant l’altercation, l’avait posée sur les épaules de la jeune femme sans qu’elle ne lui dise quoi que ce soit… Ils marchaient main dans la main… Il lui avait pris la main en fait, tout naturellement, geste si simple, trop simple… De temps en temps il sentait la paume plus fraiche que la sienne tressaillir et se tendre légèrement. Elle semblait en proie à ses pensées. Il ne dit rien, respectant ces instants, prêt pourtant à répondre à ses questions si elle lui en posait… Et puis elle s’était arrêtée.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 3 Déc - 11:22

Elle était immobile là, dans le froid, au milieu de toute cette neige, les yeux clos, comme concentrée. Elle avait lâché ma main, je me sentis soudain très seul et très vide… Surtout à la regarder là, aussi seule, peut-être aussi vide que moi… J’avais envie de la prendre dans mes bras mais je craignais de la brusquer. C’était très étrange… Avant si j’avais certaines intentions avec les femmes, les respectant je n’aurais jamais craint ça… Mais avec elle… Elle était à la fois si proche et si éloignée, si fragile et forte… Tellement contradictoire et mystérieuse demoiselle… Elle avait l’air différente. Elle sentait une certaine… pointe de peur. L’odeur de la peur est pourtant très désagréable… Pourquoi pas chez elle ? Pourquoi sent-elle toujours aussi désespérément bon ? J’avançais très légèrement près d’elle, juste quelques centimètres, centimètre par centimètre, n’osant la toucher mais ne pouvant supporter la sensation de cet éloignement. A la voir ainsi en face de moi, j’avais tellement envie de l’embrasser… Encore plus que d’habitude… Habitude… C’était vraiment devenu une habitude…l’embrasser…
Et puis elle ouvrit les yeux, les releva vers moi. Ils étaient plein d’un étrange émoi que je ne comprenais pas, ses lèvres délicieuses tremblaient légèrement. Avais-je mal agi encore ? Lui avais-je fait de la peine ? J’ouvris la bouche mais ne dit rien, remarquant la difficulté d’amorce qu’elle avait elle-même, du mal à laisser échapper les mots qui la taraudaient. Mon coeur battit fort tout à coup, parce que je ne voulais pas mal faire… Je ne voulais pas qu’elle soit triste ou mal à l’aise à cause de moi. Je n’osais rien dire et en même temps je ne supportais pas cette détresse pourtant si légère dans ses yeux, ses si beaux yeux aux trop nombreuses nuances… Je levais une main pour la poser sur sa joue mais je ne pus que l’effleurer. L’hésitation dans son regard fut brusquement remplacée par de la terreur, ses yeux s’écarquillant trop vite. Je ne compris pas. Aurais-je pu comprendre ? Aurais-je dû comprendre ? Seul me parvint le choc atroce, la douleur insoutenable, le bruit, ce bruit ignoble de la lame rencontrant les os, rencontrant la masse molle, vulnérable de mon cerveau, la douleur atroce, atroce, atroce, le liquide brûlant qui dégoulinait dans ma nuque, mon dos, ruisselant sur mon torse, ça chatouillait… Le monde était devenu noir et silencieux, pourtant je ressentais encore l’équilibre de mon corps, le froid de la neige contre ma gorge alors que je n’avais pas conscience d’être tombé, en fait non, il n’y avait plus que la douleur et le silence…



Le choc avait été d’une incroyable violence alors que la lame de la hache s’abattait avec trop d’élan sur le crâne du beau jeune homme. Cet outil était fait pour fendre des bûches. Nul doute que ne pouvait pas lui résister même une tête bien solide et bien remplie. Une manière barbare mais radicale pour tuer quelqu’un, très radicale… Tristan s’écroula en un instant, tel une poupée désarticulée. Son bourreau retira la hache faisant entendre un ignoble bruit de craquement et de succion. Un rire gras et victorieux… Les avides mâles malpropres qui avaient décidé de s’octroyer très radicalement la petite demoiselle… Et pourtant malgré tout ce qui s’empara du coeur de la jeune femme à ce moment là, dont l’énorme déni qui repoussait cette image, cette notion insoutenable qu’était la mort du jeune homme, malgré la détresse profonde dans laquelle elle fut plongée elle leur donna un sacré fil à retordre ! Devenue à moitié folle, envahie d’une rage inqualifiable elle aurait pu tuer et aurait probablement dû le faire. Du moins si un gémissement incertain ne l’avait pas arrêtée.


Il y avait des mouvements d’air autour de moi… Ca voulait dire que des gens se déplaçaient. Je comprenais ce qui m’arrivait. J’avais assez combattu, assez fait la guerre pour comprendre même le cerveau en bouillie. Je sais bien que ça n’a rien de normal et de rationnel. Ca ne l’est pas du tout. Aucune créature ne peut survivre à un tel coup évidemment. Mais bon je ne suis pas n’importe quelle créature. Je suis un dragon… Alors oui bien sûr je peux mourir hein ! Etre suffisamment blessé, trop blessé pour survivre et c’est clair que si on détache ma tête de mon corps je suis clairement fichu. Mais pas comme ça… Parce que mon corps peut guérir, oui c’est assez fou, totalement taré en fait mais mon corps est si extraordinaire qu’il peut guérir. Oserais-je rappeler que j’ai quand même retrouvé une jambe coupée… On ne me l’a pas greffé, faites une pause, elle a REPOUSSE ! Mais bon il y a des règles évidemment. Déjà l’arme ne doit pas rester dans la blessure. En règle générale sinon bah on ne cicatrise pas. Dans le pire des cas on cicatrise par dessus et là bonjour les dégâts. Une fois j’ai cicatrisé avec un tisonnier dans le bras, une horreur à retirer sérieux ! Mais je m’égare… Et ça dépend évidemment de la gravité de la blessure, de notre état aussi de fatigue et d’autres petits paramètres. Malgré toute ma bonne volonté autant le dire, je suis mal barré… Je perds trop de sang, les sens que j’ai perdu d’un coup m’alertent quant à la gravité de ma blessure. Et pourtant je ne perds pas connaissance, pas complètement. Je n’ai juste plus aucun contrôle sur mon corps, plus aucune prise avec le monde « réel »… Ca fait mal et c’est épuisant… J’ai juste envie de lâcher prise pour que ça arrête de faire mal. Je ne raisonne pas vraiment, ce sont plus des pensées comme ça qui s’entrelacent et se heurtent. Je pense beaucoup trop en fait quand je n’ai pas de gestes pour canaliser mon énergie.
j’aimerais lâcher prise mais mon cerveau même abimé analyse… Qui pourrait s’en prendre à nous ? Des Kaärs ? Les mecs bourrés de tout à l’heure ? Jilian et son irrépressible amour pour ma jolie princesse ? Dans tous les cas ce n’est pas bon pour moi et c’est très mauvais pour elle.
Oui je sais c’est encore plus déraisonnable. Vu mon état je devrais un peu penser à moi là… Mais je n’arrive pas à faire autrement. Je pense à elle… Ce n’est pas dragon… je pense à elle et je sais que c’est son image, son visage qui s’imprime dans les ténèbres qu’est devenue ma vue, qui m’empêche de perdre connaissance. L’idée qu’on lui cause du tort me rend malade. Je veux la protéger. Je dois la protéger ! Et ce n’est pas en restant au sol comme ce grand machin immobile et tout mou que j’y parviendrai…



Même s’il raisonnait à peu près Tristan ne se rendait effectivement que peu compte de la gravité de sa blessure. Il aurait dû être mort. Tout dragon qu’il était, il aurait réellement dû être mort. Et pourtant il survivait… Avec des pensées étranges, sacrément désorganisées et plus que certainement dues au sacré choc sur sa tête mais il pensait. Il pensait surtout à elle, à Cassidy, bien moins en danger que ce qu’il pouvait croire mais en danger de laisser son corps commettre encore des meurtres et laisser cette sombre aura s’enraciner un peu plus en elle…
Comment expliquer qu’il respire toujours, même si à cet instant c’était trop faiblement pour être perçu ? Difficile à dire mais peut-être, oui peut-être que l’étrange lueur qu’ils avaient partagé en dansant n’y était pas étrangère, ça et la chaleur, cette chaleur si douce qui accompagnait le bonheur qu’ils avaient d’être ensemble même s’ils n’osaient se l’avouer…
Il ne sut rien de l’état presque de transe dans lequel avait été plongée Cassidy envahie d’une rage inhumaine… Seulement à force d’essayer de reprendre connaissance et pieds dans la réalité, le garçon parvint à produire un son… si ce devait être un rugissement puissant et annonciateur d’une vengeance bien méritée ce ne fut qu’un faible gémissement, pourtant injustement encore très viril… Non mais sérieusement il ne pouvait pas faire comme tout le monde dans pareille situation et gémir pitoyablement en se tordant par terre ? Non, c’était entre le gémissement et le grognement et franchement ça aurait presque pu être sensuel… A croire que les dragons devaient vraiment être attirants en toute circonstance. Il parvint à bouger sa main droite crispant ses doigts dans la neige qui fondait à son contact. Ce fut assez pour Cassidy.


Bon… J’avais espéré me relever d’un bond, je pense que j’avais tout juste réussi à remuer les orteils et les doigts. Hum… pas si en bon état alors. Merde…
Sauf que mes sens semblèrent se réveiller un peu. La douleur était toujours là, absolument atroce mais je pus sentir… les odeurs, son odeur alors qu’elle semblait être tout à coup près de moi et me manipuler. Le contact de ses mains était apaisant. J’avais moins mal… Tellement moins mal… Hum… son odeur… c’était bien elle oui… Même avec l’odeur de mon sang qui semblait partout autour de nous je l’aurais reconnue. Qu’est ce qu’elle peut sentir bon… Mh… Je crois qu’elle me parle ou qu’elle crie, je ne sais pas… Il y a des mouvements d’air légers, des vibrations fortes, sa voix résonne dans tout son corps et comme elle me touche, elle passe dans le mien… Elle sent la peur encore… la colère aussi et la violence… Mais elle s’accroche à moi. Que ses mains sont douces !
Et puis je commençais à bouger… non elle me bougeait et ce fut le sol qui entra en contact avec mon dos… J’étais face contre terre depuis tout à l’heure ?! Ah nan mais avec ma taille de géant et la violence de l’impact j’avais dû me fracasser la figure par terre ! Si ces gars ont abimé ma belle gueule je les fais frire avec des oignons dans cinq minutes ! Allez… six… pour leur laisser de l’avance… Nan merde j’ai mal… ça tourne !
Elle a posé ma tête sur ses genoux je crois, je sens le tissu. Les vibrations continuent, je crois presque entendre sa voix… Je l’entends dans ma tête… Ou alors je l’imagine… J’imagine sa détresse. C’est horrible mais ça me rend… heureux qu’elle soit dans cet état à cause de moi. Je suis décidément un monstre d’égoïsme. Putain ce que j’ai mal…



Déraisonnable toujours le jeune homme semblait pourtant avec les contacts de la demoiselle retrouver progressivement ses sens… Et puis l’instinct de la demoiselle la guida et décida du meilleur. Au moment où elle pencha son visage sur le sien, légèrement tremblante de peur et d’espoir, le garçon retrouva la vue. C’était flou, presque que des ténèbres mais elle était là, elle… Il la voyait, clairement, ses beaux cheveux dorés qui encadraient ses joues brillantes de larmes. Elle se pencha sur lui et l’embrassa avec toute la ferveur que seule la peur du pire pouvait réellement laisser entrevoir. Les larmes gelaient avant d’atterrir sur la peau du jeune homme et de fondre aussitôt, leur goût salé avait envahi celui des lèvres de la jeune femme. Ce baiser fut très bref, trop bref et pourtant il y eut comme un coup de tonnerre et un éclat entre eux. Tristan sentit ses poumons se remplir d’un air chaud et revigorant alors que tous ses sens se rallumaient trop intensément. Ca l’étourdit à moitié. La douleur de sa blessure refluait alors que lui ne pouvait pas voir l’éclat de lumière qui entourait sa tête et s’amenuisait à mesure que sa blessure, gouffre profond, se refermait. Comme elle s’était reculée brusquement après s’être tordu la nuque à se pencher de la sorte sur lui, il ne la heurta pas… il aurait pu parce qu’il se redressa si brusquement, tel un mort revenu à la vie, prenant de grandes goulées de cet air glacé qui semblait lui avoir tant manqué. Papillonnant, la vue encore très floue, il se retourna de côté pour la fixer, elle et ses yeux grands écarquillés, ses yeux devenus plus sombres que tout ce qu’il connaissait, sa peau de marbre étreinte par toutes ces étranges marques sombres, ses joues rougies par les sillons de ses larmes que la température glacée avait figé sur son visage.
Il vit tout… Parce qu’il était un dragon… Mais il ne fit qu’une chose. Le besoin d’elle était plus pressant que les questions, que la rage. La faiblesse revenait. Il avait mal et besoin d’elle, besoin de sa magie, besoin de sa tendresse, de cette chose étrange liée entre eux qui entrelaçait la magie cachée en elle et celle si puissante et présente du dragon. Alors il s’était retourné de côté oui, pour mieux finir à genoux dans la neige, gérant sans mal son équilibre, attrapant fermement la demoiselle trop avachie par la tristesse, se collant à elle en s’emparant avec fièvre de ses lèvres dans un baiser si passionné qu’il en devenait indécent. Ses grandes mains avaient glissé sur son visage, le maintenant contre le sien et essuyant de ses pouces les marques de ses larmes tandis qu’il glissait sa langue contre la sienne dans un ballet parfait. Deuxième coup de tonnerre, très ténu, assourdi mais aussi… aussi… deuxième sensation d’harmonie du monde. Il recula son visage, sonné, sans comprendre, la regardant, elle et ses marques, elle et sa noirceur. Ses propres yeux étaient presque noirs tant ses pupilles s’étiraient dans l’orangé de son regard… Mais ce n’était pas dû à l’excitation. Seulement à la douleur. Il avait mal… tellement mal. Même si elle l’avait guéri, sans même le savoir et encore moins le comprendre… Soigné… Elle l’avait soigné… Comment ? Pourquoi ? Qu’est ce qui se passait au juste ? Il la regarda alors qu’elle ne semblait voir que lui et être plus perdue que jamais. Par ses sens il vit le danger qu’elle était trop hébétée et trop centrée sur lui pour voir arriver. Brusquement il l’avait repoussée en se redressant d’un bond. Tournis, douleur…


Merde ! Merde ! Merde ! J’ai trop mal, ça tourne… Trop de sang… Pas le choix…


Non, il n’avait pas eu le choix. Le danger était toujours là et il n’était pas à même de la protéger correctement, pas sans prendre des risques et si son ego pouvait être sacrément massif il ne l’était pas au point de préférer la bagarre à la sécurité de la jeune femme. Tristan sentit sa propre surprise, celle de préférer protéger une demoiselle, la protéger elle plutôt que de sauver son honneur… Son honneur, malgré ses voeux de chevalier, était toujours passé en premier, peu importe les risques encourus. Là… non… Surtout pas.
Alors il s’était transformé, réfléchissant vite et bien. Le magnifique dragon avait remplacé en l’espace d’un instant le jeune homme bien plus petit qui se tenait debout dans la neige. Ses écailles miroitaient sous la lune et il ouvrit une gueule béante dardée d’impressionnant crocs, écartant ses ailes pour paraitre plus massif… Parce qu’il n’était décidément pas le plus grand des dragons, ça c’était une certitude. Alors bien sûr les hommes ne comprirent pas et s’affolèrent… Qu’ils mettent cela sur l’alcool, l’herbe ou une présence mystique ça n’engageait à rien de bon, tout comme le grognement d’outre-tombe qui montait du large poitrail de la créature. Le dragon sortait et rétractait ses énormes griffes dans la neige, grognant en fixant sans ciller les humanoïdes… avant de tourner la tête vers Cassidy, la fixant avec insistance mais très différemment, se couchant lentement dans la neige pour lui faire comprendre ce qu’il attendait d’elle, la longue queue battant la neige telle celle d’un chat prêt à attaquer un jouet appétissant.

De part son intelligence, malgré son état hasardeux, la demoiselle comprit vite, le rejoignit, grimpa sur son dos et il s’envola. Il oublia la gêne et la peur de la désarçonner, la prudence dont ils étaient censé faire preuve avant d’en arriver là dans cette expérience. Il repoussa violemment le dégoût et la haine qui montait en lui, voulant que la créature supérieure qu’il était ne soit pas une vulgaire monture. Mais à sa grande surprise la véhémence de cet élan était bien moindre que tout ce qu’il prévoyait. Comme si ce n’était qu’un enseignement, comme si au fond lui-même l’acceptait… Il n’avait pas décollé aussi rapidement qu’il l’aurait fait seul car toute musclée et adroite qu’elle soit, toute agrippée qu’elle soit, elle aurait été totalement et irrémédiablement désarçonnée. Elle se cala au mieux sur lui mais les prises n’étaient pas évidentes et son idée de selle semblait décidément sacrément appropriée…


Je faisais des efforts pour résister à l’appel du ciel qui voulait me voir faire moult figures aériennes… Je risquais de la perdre. Mais l’envie égoïste et impérieuse de lui faire connaitre cela, un jour… s’imposa à moi. Si je pouvais vraiment être sûr qu’elle reste sur mon dos, j’aimerais lui montrer mes prouesses aériennes et mes capacités aussi… Lui montrer que je ne mens pas en prétendant être rapide… Je suis… extrêmement rapide !
Là je volais droit le plus stable possible et lentement. Ses jambes se serraient contre mes flancs, la sensation était loin d’être désagréable… Elle avait dû se pencher sur mon encolure pour affronter le vent et relever sacrément sa robe pour me chevaucher de cette manière. Elle aurait vite froid. Mais de toute manière mon but n’était pas de lui faire visiter, juste de m’éloigner. J’aperçus vite un point de chute pouvant servir de refuge, de la vapeur formait de petits nuages de brumes, il devait y avoir des sources de chaleur naturelle près d’une zone d’eau, là, sur le flanc de cette montagne. A force de voler, j’avais appris à repérer ce genre de zones. Je m’y rendis rapidement en faisant de larges virages descendants pour ne pas risquer de la perdre, qu’elle glisse de mon dos. L’instant d’après je reprenais ma forme humanoïde et les vertiges s’accentuèrent. Ma transformation m’avait fatigué et j’imaginais les marques sur mon visage presque aussi blême que moi… C’est toujours le cas quand je suis mal en point… Heureusement qu’il y avait cet endroit, je n’aurais guère tenu plus longtemps ! Elle s’était éloignée de quelques pas, je voulus la rejoindre, elle m’arrêta et je sentis un poing glacé m’étreindre la poitrine… était-ce à cause du vol ? Ca lui avait déplu ? C’était trop brutal ? Mais elle tomba à genoux et pâlit, tremblant, me marmonnant des mots qui n’avaient… aucun sens. J’avais retrouvé mes sens de mon côté, mon ouïe, ma vue, mon odorat, mon toucher… Malgré elle j’avais avancé et elle avait dit d’autres mots qui avaient encore moins de sens. Je l’entendais mais je ne l’écoutais pas, peu importe ce qu’elle dirait là… il n’y avait qu’une solution possible, c’était tellement évident.



L’instant d’après, le jeune homme s’était laissé tomber à genoux dans la neige devant la petite demoiselle et l’avait prise étroitement contre lui, l’entourant de ses bras puissants qui frissonnèrent à son contact, la bloquant contre lui alors qu’elle avait le visage relevé et qu’elle lui exposait ainsi bien trop ses lèvres dont il s’empara avec force et autorité… qui laissèrent vite place au calme et à la douceur. Enormément de douceur, de prudence, de gentillesse, de… tendresse. Et de la même manière qu’elle avait apaisé son âme il fit de même avec elle alors qu’elle retrouvait une forme plus « normale ». Il ne fut pas surpris de voir les étranges arabesques sur son corps disparaitre, ses yeux retrouver leur couleur. Il ne dit rien… Se contentant de fixer la petite demoiselle qu’il avait cessé d’embrasser.
Et puis le drame, les larmes qui venaient brouiller le regard noisette et se mettaient à couler, intarissables sur les joues rougies par le vent. Tristan, surpris, écarquilla les yeux sans relâcher son étreinte, la fixant, sans voix alors qu’elle se mettait à parler… Elle sortit des mots vrais, sincères mais qu’il n’écoutait qu’à peine, trop chamboulé par la détresse terrible qu’il entendait et ressentait dans sa voix et son corps tremblant contre le sien. Elle s’interrompit, comme s’il y avait un problème, reprit avec des mots très surprenants et qui ne suivaient que peu le sérieux de son début de discours. Les larmes roulaient toujours sur ses joues diaphanes…
Le regard du jeune homme devint d’une profonde détresse à son tour alors qu’il semblait vraiment mal, le peu de couleur qu’il avait récupéré disparaissant totalement. Brusquement il l’attira de nouveau contre lui, fort, trop fort, la pressant tant et si bien contre lui qu’il les empêchaient tous deux de respirer correctement.

Non… Non s’il te plait… J… Je… Cassy… Cassy, princesse, je suis désolé, je suis désolé… Je te demande pardon, pardon, pardon… Je… ne pleure pas, s’il te plait… s’il te plait…

Il parlait tout bas, dans un murmure étouffé, la voix hachée par une étrange pression alors qu’il relâchait brusquement celle de leur étreinte, posant ses deux mains sur son visage pour essuyer les larmes qui débordaient de ces trop jolis yeux. La mâchoire du jeune homme tremblait et il semblait vraiment désarçonné et dépassé par la situation, continuant de s’excuser tout bas, de la supplier de ne pas pleurer, ne remarquant pas le moins du monde les mots qui avaient failli s’échapper des lèvres de la jeune femme.


Bien sûr il n’y pouvait strictement rien… Mais il s’excusait quand même. Bien sûr il n’était absolument pas responsable de la situation… Mais il s’excusait quand même. Il commença à l’embrasser. Avec douceur puis plus de ferveur et ses mains glissèrent vite à l’arrière de sa robe, délassant avec une dextérité aberrante les attaches du vêtements pour faire glisser celui-ci des épaules de la jeune femme, jusqu’à sa taille, dégageant tout le haut de son corps alors qu’elle était passivement consentante à cette impatience. Mais en sentant effectivement le vêtement descendre sur elle, elle se crispa légèrement alors qu’il la relâchait pour ôter rapidement sa tunique trempée de sang, dévoilant son propre torse parfait avant de se coller aussitôt à elle. Elle se crispa davantage cette fois alors qu’il glissait ses mains brûlantes dans son dos. Elle comprit son impatience, ayant vu les pupilles dilatées par l’excitation, ayant senti contre sa gorge les baisers brûlants qu’il déposait en l’effleurant de ses lèvres. Elle mit à plat ses mains sur son torse, le poussant faiblement en murmurant ce « non » incertain, refusant ses avances, surtout si rapides, surtout si exigeantes et impatientes. Il raffermit son étreinte, faisant glisser ses mains dans son dos, y imprimant légèrement la trace de ses mains. Elle le repoussa plus fort sans parvenir toute fois à se libérer, parlant plus fort, affirmant davantage un « non, tris ! je ne veux pas… » qui mourut en une bouillie liquide de mots quand il s’empara de ses lèvres. Il recula légèrement son visage pour la regarder, comme un petit garçon pris en faute, sa voix soudain très mal assurée.

Je… ce n’est pas… je… je veux juste sentir ta peau contre la mienne, s’il te plait… C’est tout, je te jure…

Sans lui laisser le temps de répondre il s’était relevé, la relevant en même temps, restant debout en se cassant à moitié le cou pour la serrer plus fort contre lui et il ne mentait certainement pas… Nulle érection ne venait déformer son pantalon. En même temps avec tout son sang perdu ça aurait tenu de la folie. Il respirait étrangement, apparemment très chamboulé par les larmes de la demoiselle, la pressant contre lui, fort, l’entourant totalement de sa chaleur qui ne cessait de remonter depuis qu’elle l’avait soigné. Sa peau reprit sa température habituelle…

Lequel eut l’idée de l’eau chaude au juste ? Ils avaient tous les deux aperçu les nuages de vapeurs, entendu le glougloutement de l’eau… A force de rester blottis contre l’autre dans le froid ils commencèrent tout de même par se sentir un peu mal. S’il en eut l’idée elle le devança en prenant sa main, apparemment bien décidé au moins à le débarrasser de tout le sang coagulé qui rappelait trop le drame qu’ils venaient de vivre. Ils s’enfoncèrent dans la forêt, découvrant l’étrange crique et l’herbe apparente, non couverte par la neige grâce à la chaleur qui restait constamment ici. L’herbe elle-même était presque tropicale… D’un commun accord, ils se débarrassèrent de leurs vêtements, gardant leurs sous-vêtements avant que Tristan n’aille éprouver la profondeur du bassin. Elle le rejoignit vite et entreprit de le débarrasser de tout ce sang. Le pauvre malgré sa guérison semblait dans un sale état. Du sang maculait presque tout le haut de son corps malgré sa tunique qui en avait épongé une bonne partie. Ses cheveux étaient presque tous collés par le sang séché, seules quelques mèches rebelles y avaient échappé. Des traces sanguinolentes marbraient sa nuque, ses épaules, le haut de son torse et de son dos… Autant de preuves des dégâts vécus, autant de preuves qu’il n’aurait pas dû être debout devant elle…  Ca prit beaucoup de temps et le crâne du jeune homme était encore sensible mais une fois ceci fait, quand il recommença à ressembler à un homme qui n’avait pas failli mourir l’instant d’avant, il vit le regard de la demoiselle s’apaiser enfin… Juste un peu…
Elle avait été d’une infinie douceur avec lui, comme pour compenser la violence de ce moment où elle avait cru le perdre. Alors qu’elle avait pied, elle avait pressé ses épaules forts pour qu’il se penche puis se mette à genoux devant elle. Sérieuse, concentrée, investie, elle avait exposé devant ses yeux un regard et une attitude qui avaient depuis bien trop longtemps déserté son visage. Elle se mordillait la lèvre inférieure tout en capturant de ses deux mains de l’eau qu’elle laissait glisser sur les cheveux du jeune homme pour les laver de tout ce sang. Autour d’eux, l’eau se teintait de rouge. En lui faisant face, obéissant et soumis, Tristan surprit ce regard et fronça légèrement les sourcils. Un écho résonnait dans son esprit, de l’époque révolue de leur enfance. Ce visage qu’elle avait presque toujours petite quand elle était concentrée sur une tâche, donnant plus que nécessaire de sa personne. Pendant un instant, encore, l’image de la fillette sembla danser tout près de la jeune et belle adulte qu’elle était devenue. Un léger sourire étira les lèvres du garçon, une sensation d’apaisement inexplicable.
Consciencieuse mais d’une grande douceur, la jeune femme prit longtemps pour débarrasser son compagnon de toutes les traces du sang qui rappelait l’horrible instant qu’ils avaient vécu. Plusieurs fois, son regard s’était troublé et elle avait fermé les yeux, comme pour chasser les souvenirs horribles de cette scène atroce qui s’imposait à ses yeux.
Ni l’un ni l’autre ne parlait. Quand elle arrêta et se recula légèrement Tristan crut voir une pointe de honte et une distance certaine s’installer dans le regard de la jeune femme, distance qu’il ne comprenait pas et qui avait tout à voir pourtant avec lui… avec ce qu’elle avait pu ressentir en le croyant mort… Ce qu’elle n’était pas censée ressentir pour un amant de passage, tout ami d’enfance qu’il soit… Et parce qu’il ne supportait pas cette chose-là, le grand jeune homme se redressa lentement et prit doucement la petite demoiselle dans ses bras avant de l’emprisonner fort, vraiment fort contre son torse, comme pour couper court à cette distance et à ses doutes… Quoique…
Tout bas il lui murmura encore qu’il était désolé… Elle y répondit en entourant son torse de ses bras. La pression qu’elle exerça remplit le garçon de bien-être alors qu’il enfouissait son visage dans ses cheveux. Ils restèrent un moment enlacés avant que finalement ce soit lui qui propose doucement de rentrer…
Parce que sans comprendre au juste comment il ressentait sa fatigue, une fatigue énorme qui n’était pas due uniquement à sa peur précédente. Pour lui c’était une certitude, ce n’était pas du tout étranger à la magie qu’elle avait utilisé d’une manière ou d’une autre pour le guérir, pour le sauver. Mais aussi vrai qu’ils s’étaient perdus de vue, il savait qu’à cet instant elle n’accepterait pas ces mots s’il les disait, elle ne le croirait pas… Pourtant il avait envie de lui dire, de lui donner cette preuve supplémentaire que la magie vivait en elle, une belle magie… et bien plus forte que ce qu’il pensait au départ, plus forte que bien des magies qu’il avait pu voir. Elle était fatiguée même si elle ne semblait pas s’en rendre compte elle-même, mettant tout sur le coup des émotions alors qu’il y avait tellement plus… Quoique les émotions jouaient énormément mais ça ni l’un ni l’autre n’était probablement prêt à l’entendre.

Il sortirent de l’eau et s’habillèrent. Il ne remit pas sa tunique, la nouant juste autour de sa taille en la roulant au mieux pour cacher un peu la vue de son sang à Cassidy… Même si vu l’état de sa robe, elle avait de quoi s’en souvenir de son côté. Alors qu’il s’éloignait pour se transformer, elle attrapa sa main et il se retourna alors qu’elle le fixait droit dans les yeux d’une étrange manière. Elle se rapprocha vite, se haussa sur la pointe des pieds et crocheta sa nuque fort, se pendant à moitié à celle-ci avant de poser sur ses lèvres un baiser qui avait un tout autre goût que les précédents, plein de douceur et en même temps de force, plein de reconnaissance, mais pas une reconnaissance timide. Elle murmura un merci contre ses lèvres alors que tout troublé le jeune homme faisait certes bonne figure mais devait subir les battements violents de son propre coeur. Elle ne dit rien de plus mais en la fixant droit dans les yeux il comprit de quoi elle parlait. Ce n’était pas pour la soirée qu’elle disait ça… Elle s’en était rendu compte et elle avait décidé de lui dire… Ils avaient volé ensemble. Il l’avait prise sur son dos, lui le dragon… Et elle était tout à fait consciente que ça n’avait rien de naturel, que c’était important… Elle lui disait, doucement, à sa manière. Elle s’éloignait d’un pas pour le laisser se transformer mais il retint sa main. Le silence s’installa alors qu’il la regardait sans rien dire avec une drôle d’expression entre la souffrance et la peine… Plutôt comme s’il voulait dire quelque chose et le retenait en même temps de toutes ses forces. Le trouble se voyait bien chez lui, à sa manière de carrer sa mâchoire et à ses yeux étrangement plus lumineux. Sans lâcher sa main il s’approcha d’un pas d’elle, assez pour se retrouver à quelques centimètres à peine de la demoiselle qui devait lever désespérément les yeux pour le regarder en face. Il porta sa main libre à son visage et posa sa paume brûlante contre sa joue. Il sembla vouloir dire quelque chose plusieurs fois, mais s’interrompre à chaque ébauche, puis il inclina la tête pour poser son front contre le sien.

C… Ca m’a plu… de voler avec toi.

Murmure, comme un aveu terrible. Aveu qui aurait fait hurler tant de ses pairs… Il releva le visage pour déposer un baiser éphémère sur son front et murmurer tout bas qu’il la ramenait vite… Lui-même ne semblait pas capable de faire face à ce « merci » pourtant si simple. C’était important, terriblement important. Et s’il savait remplir des missions dangereuses et décisives, ça… ça le désarmait totalement.

Ils rentrèrent rapidement aux alentours de « l’auberge », le jeune homme atterrissant dans un bosquet proche. Son grand corps reptilien se fondait parfaitement dans la nuit et personne n’aurait pu remarquer sa présence tant il était en mesure de voler sans faire le moindre bruit, pas un claquement d’ailes, rien, une véritable ombre pourtant si redoutable… Le vol n’avait pas duré, ce n’était après tout qu’un premier vol d’essai et surtout dans un contexte très particulier. De plus le jeune homme n’était pas dans sa meilleure forme. Ils étaient déjà tous les deux bien surpris de voir de quoi il était capable et lui-même ne se l’expliquait que mal. Qu’elle le guérisse d’accord, qu’elle éveille chez lui assez d’adrénaline pour mettre un troupeau de rhinocéros en marche passe encore mais qu’il semble aussi « en forme » ? Clairement ce n’était pas normal… Et il sentait bien le contre-coup arriver rapidement.
Silencieux ils montèrent jusqu’à leur chambre alors que l’auberge habituellement de jour était totalement déserte. Une fois dans leur grande chambre le jeune homme se débarrassa de sa tunique en l’envoyant directement dans un coin de la pièce, s’étirant l’instant d’après, exposant un peu trop son torse qui heureusement n’avait subi aucun dommage. Cassidy semblait ailleurs, agissant par automatismes, des cernes sombres se creusant sous ses yeux. Il ne dit rien mais le nota dans un coin de sa tête, c’était bien dû à la magie alors… Elle s’était déshabillée aussi pour se débarrasser comme lui de sa robe tachée de sang, trop de sang. Elle se mit légèrement à trembler en observant le vêtement, en se rappelant sans doute ce qui s’était passé. Il vint lui enlever des mains et la presser doucement contre lui, elle se laissa faire, posant sa joue contre son torse et semblant écouter le coeur puissant battre dans la poitrine du jeune homme.

Je vais bien princesse… je vais bien…

Cassy… Je sais que c’était impressionnant et horrible mais je…
Pourquoi ils t’ont touché ?
Hein ?

Elle releva les yeux vers lui, des yeux brouillés de larmes qu’elle contenait difficilement, détournant presque aussitôt le regard, marmonnant entre ses dents, ce qui ressemblait à des reproches et qui était plus la somme de toutes ses peurs à son sujet.

Tu es un guerrier… Et tu es fort de ce que tu m’as fait comprendre alors comment ces minables ont pu…
Ils n’auraient pas dû c’est vrai. En temps normal ils n’auraient pas pu m’avoir…

Elle se crispa aussitôt. Il le sentit bien puisqu’il avait passé ses bras autour d’elle et que d’un coup tous les muscles de la petite demoiselle s’étaient tendus violemment. Elle releva les yeux vers lui, des yeux encore trop plein d’inquiétude, de colère qu’elle n’avait pas réellement calmée finalement, de honte, tellement de honte.


J’eus l’impression d’entendre le cheminement de ses pensées. Etrange ça… Je peux me gausser de comprendre les raisonnements des gens certes mais pas à ce point, pas sur ce genre de détails. Pourtant elle… J’ai presque l’impression d’entendre sa voix dans ma tête, d’entendre des mots isolés qui lui échappent et s’entremêlent. Est-ce parce que j’ai l’impression de la connaitre ? Est-ce parce que je VEUX la connaitre ? J’ai l’impression d’entendre l’accusation virulente qu’elle formule à son encontre. Elle se croit responsable, elle se sent responsable… De mon manque d’attention, de mon manque de réflexe. Parce que je me focalisais sur elle, parce que je n’écoutais qu’elle. Pour y couper court aussitôt tant une pointe de douleur et d’horreur semblent s’y mêler, je me penche vers elle pour l’embrasser mais elle me repousse fort, de ses deux mains à plat sur mon torse… Elle me repousse alors que j’essaie de l’enlacer. Je ne sais pas si elle parle vraiment, si les mots sont dans ma tête, j’entends la panique, j’entends les regrets. Mais je suis tellement plus fort qu’elle, je la plaque contre mon torse et mordille une de ses oreilles, ce qui a le bon goût de la calmer un peu, au risque d’éveiller d’autres sensations et de la rendre plus réceptive aux mots qui se bousculent à mes lèvres.

Tu n’y es pour rien Cassy… Navré de te décevoir princesse, tu es magnifique, très intéressante et on ne peut plus attirante mais tout focalisé que j’ai été sur toi, mes sens m’auraient alerté en temps normal… Là c’est juste que… Je pense que mes soupçons sont fondés et qu’il s’agit de pirates même si j’ignore ce qu’ils viennent faire par ici… J’en ai affronté assez pour savoir que la plupart se font placer des implants magiques sous la peau ce qui les rend quasi indétectables aux pressentiments réflexes… Les animaux ne les voient et ne les sentent pas. Les dragons y parviennent s’ils sont très concentrés… les humains ça dépend… Enfin ce n’est pas voir au sens de la vue… c’est plutôt… les détecter. S’ils se font remarquer on les perçoit très bien, sinon ça devient plus compliqué… Ca en fait des voleurs redoutables et des assassins de talents… heureusement peu supportent ce truc alors il n’y en a pas beaucoup… Ca n’a rien à voir avec toi ce qui s’est passé Cassy… Même si j’avoue que j’étais très focalisé sur toi… parce que… je n’avais envie de penser à rien d’autre tout simplement… Crois-moi s’il te plait… Tu ne m’as pas rendu moins fort ou… je ne sais quoi… Bien au contraire.  Et… je… je suis désolé vraiment… Ce n’est pas comme ça que je voulais fêter ton anniversaire… je… désolé…

Elle semblait surprise. Ses grands yeux sombres relevés sur moi étaient plein de surprise, comme si elle ne comprenait pas que je puisse deviner une telle chose, le cheminement de ses pensées, et en même temps comme si ça lui paraissait naturel que je le fasse.
Nous avons échangé quelques mots, tout bas… Elle est passée dans la salle de bains, sans moi, en est ressortie, les pommettes rouges, simplement en sous-vêtements avant de se glisser sous la couverture du lit. Je me suis empressé de l’imiter… Mais quand j’ai attrapé l’huile de massage pour m’occuper un peu d’elle après toutes ces émotions, elle m’a arrêté, s’est blottie contre moi, respirant profondément, comme pour mieux sentir l’odeur de ma peau. Ses lèvres bougent doucement pour me dire « non »… de me reposer, que j’ai eu un sacré choc quand même et qu’elle préférerait que je récupère, que j’aurais tout loisir de me rattraper plus tard, le tout dit avec ce sourire mutin qui me tord l’estomac de mille noeuds… Je souris, interrompant mon mouvement pour mieux m’installer. Le matelas est confortable, le lit bien trop grand vu comme nous sommes enlacés, elle à moitié sur moi… J’adore. C’est doux, chaud, la pression de son corps contre le mien a quelque chose de merveilleusement apaisant. Je la sens pas tout à fait à l’aise pourtant et c’est tout naturellement que ma main vient détacher le léger soutien-gorge qu’elle porte encore. Elle se crispe légèrement alors que je lui murmure qu’elle sera plus à l’aise ainsi. Elle lève vers moi un regard suspicieux qui semble m’accuser de lubricité. Pas faux… Mais j’ai bien compris que ce n’était pas ce qu’elle souhaitait… Et en un sens j’en suis soulagé. Honnêtement je crains que mes performances soient tout à fait minables ce soir et si j’avais senti la moindre envie chez elle je me serais contenté de nos brûlants préliminaires qui pouvaient tout à fait la satisfaire. Pas du tout envie de lui donner une image de gros incompétent !!!! Elle se calme, se détend en voyant que je ne tente rien. Ses crispations, même très légères m’ont fait mal. Non que ça me gêne qu’elle me repousse, même si ça m’aurait énormément frustré en cas de pleine possession de mes moyens, mais elles me rappellent à quel point elle a souffert des hommes et à quel point ces crispations n’ont jamais dû être réellement écoutées et acceptées. Elle s’installe mieux contre moi, sa poitrine me frôle douce, chaude, comme sa peau, comme tout son corps et tout son être en vérité. Je gémis tout bas, caressant d’une main son dos et sa hanche que je peux atteindre, m’enivrant de son odeur. Nous nous apaisons l’un contre l’autre, nos respirations diminuent. Une de ses mains caresse doucement mon torse au rythme parfaitement égal de la mienne sur son dos, même si ses mouvements sont moins amples. C'est doux... J'aime quand elle fait ça. Juste quand elle me touche comme ça... ce n'est pas du sexe... Suis-je censé aimer ça ? Malgré tout ? Malgré moi ? J’ai fermé les yeux, je me sens mieux… Je me sens bien. Et puis des mots prononcés tout bas. Sa voix n’est pas endormie même si elle est ensommeillée, elle est plutôt… basse, diffuse comme si elle n’osait pas vraiment poser la question. Je ne comprends pas pourquoi… Est-ce à cause de ce que je pourrais dire en réponse ?


Comment tu as su pour aujourd’hui ?… enfin… mon anniversaire.

Je décale légèrement mon visage appuyé contre ses cheveux pour me reculer un peu et la regarder. Elle détourne les yeux et je caresse doucement sa hanche pour attirer son attention et l’inviter à me regarder, à voir le sourire qui étire mes lèvres et toute la sincérité de mes aveux.

Je ne sais pas… Je ne pourrais pas vraiment l’expliquer je crois… En fait je ne comprends pas trop parce que je n’ai jamais vécu ça et que clairement ça n’a rien de normal ce qui m’arrive… Depuis que je t’ai retrouvée ici… je… j’ai commencé à… me souvenir de certaines choses… de beaucoup de choses de mon passé… De…notre enfance… Des souvenirs que je ne suis plus censé avoir, qui sont censé avoir totalement disparu… Et… d’ailleurs je suis désolé… Je t’ai quand même… pas mal embêtée quand nous étions enfants…mais… hum… apparemment j’avais… de bonnes raisons… Enfin je… Ces souvenirs te concernent majoritairement… et il y a notamment ton anniversaire, la date… Et… tu vas trouver ça complètement bizarre parce que je suis encore moins censé m’en souvenir mais… j’ai l’impression… enfin j’ai « vu » le souvenir de la première fois que je t’ai vue… J’étais dans les bras de ma mère et on visitait tes parents… Les premiers jours qui avaient suivi ta naissance personne n’avait pu venir parce que ça n’avait pas été facile et le médecin voulait que ta mère reste au calme. Ta mère était dans sa chaise à bascule et te berçait, elle avait l’air heureuse même si tous les visages des adultes sont flous dans mon esprit… Pas le tien... Tu étais enveloppée dans une grande couverture mauve, toute emmaillotée, les yeux fermés. Quand nous nous sommes approchés tu as ouvert les yeux et tu m’as regardé… et tu as souri…


Moment de révélation importante, chargé d’émotion… Comment le jeune homme pouvait-il se souvenir d’un passé qui lui avait été arraché et plus encore comment pouvait-il se souvenir de ceci… Alors qu’il n’avait que quelques mois ? Comment la petite Cassidy avait-elle pu lui sourire, même très ouverte et réceptive pour un nouveau-né ? Le moment, chargé d’émotion, n’était pas la tasse de thé du grand jeune homme qui n’y était décidément pas à l’aise. Il avait aussi l’étrange impression qu’à cette époque, même s’il s’en souvenait mal, les oreilles de la petite demoiselle n’était pas aussi rondes et humaines qu’elles auraient dû l’être… Mais vu que tout était flou il ne se posait pas plus de question que ça. Un peu gêné, mal à l’aise et ayant tendance à tout dédramatiser il se permit quelques mots qui lui valurent une tape sur le torse mais aussi un sourire amusé qui tordit un peu, lui aussi, son estomac.

Heureusement que tes cheveux et tes dents ont poussé depuis… Ne te rase jamais la tête princesse… Ah ça m’embêterait trop.
Pourquoi tu aurais l’impression de faire des choses indécentes à un bébé ?
Hum certes… mais ton corps lui n’a rien de celui d’un bébé… C’est surtout que j’adore tes cheveux… ils sont… magnifiques.


Elle arrêta de le tapoter et de se moquer, le regardant avec sérieux alors que c’était à lui de détourner pudiquement les yeux. Elle sourit, ne releva pas par rapport à toutes ses révélations, probablement parce qu’il valait mieux qu’elle cogite un peu avant de lui poser des questions… Etait-ce normal qu’il se souvienne de tout cela ? Clairement pas… Etait-ce lié à elle ? Totalement… Qu’avait-elle de plus, de différent alors ? Probablement tout…
Alors qu’elle devait se poser mille questions tout de même, bien que l’esprit sérieusement embrumé de fatigue, elle dut bien sentir la main de son compagnon survivant se faire de plus en plus lourde dans son dos. Il s’endormit vite contre elle, très vite. Comment le sut-elle ? Sans doute quand sa main cessa de la caresser pour mieux la serrer contre lui et qu’un gémissement endormi lui échappa.

Mnhn… Cassy…

Apaisé, un sourire aux lèvres, le jeune homme sombra dans un sommeil sans rêve, réparateur et nécessaire malgré sa guérison miraculeuse…
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 3 Jan - 20:41

Cassidy n’avait pas peur des dragons. Elle n’était pas effrayée par eux. Non, juste une profonde aversion pour ces créatures si différentes des humanoïdes. Tristan en étant un. Elle connaissait l’orgueil des dragons, le sentiment de supériorité. Elle en avait entendu des choses. Tout en fronçant les sourcils, tout en détestant ce type de vision des choses, de comportement. Après tout, elle était libre. Personne ne la forçait à faire quoi que ce soit à part son maudit corps dans lequel elle se sentait parfois emprisonnée. Pendant un instant en découvrant la véritable nature de Tristan, elle pensait qu’il était comme…lui. Cependant il se comportait plutôt bien contre toute attente. Il n’avait pas l’air de la trouver inférieure à lui. Il ne semblait pas vouloir montrer une domination. C’était étrange quand même cette différence. Elle n’aurait jamais dû s’approcher de lui. Le repousser car ils étaient bien trop différents tous les deux. Et pourtant, quelque chose au fond d’elle l’attirait à lui. Au final, elle n’avait jamais réussi à chasser ses anciens démons. Le petit garçon qui l’intriguait tant quand elle était petite, avec qui elle aurait voulu nouer une relation plus cordiale. Son départ l’avait affecté, elle en avait souffert et pourtant elle se trouvait là à côté de lui. Sans savoir qu’il se posait aussi tout un tas de questions pour sa part. Des questions, un raisonnement qui l’aurait intrigué. Elle n’avait pas confiance en elle. Et même si il disait qu’elle était extraordinaire, au final tout ceci c’était quoi ? Juste du vent ? Passer du bon temps ? Elle ne croyait pas en l’amour, elle ne croyait pas en un rapprochement plus important. Alors si il lui avait soumis ses pensées, peut être qu’elle aurait été surprise, peut être qu’elle lui aurait ouvert un peu plus la porte, qu’elle aurait eu cet espoir fou d’attendre quelque chose de magique. Mais les contes de fée ça n’existe pas… C’est impossible. Une histoire de sentiments et d’amour peut toujours mal se terminer. Et lorsqu’on s’attache à la personne, qu’on s’accroche à elle en s’ouvrant, se reposant dessus, il suffit juste d’être abandonné pour que le monde autour de soit s’écroule. Les sentiments font mal… extrêmement mal. La douleur est tellement forte qu’on ne sait plus où on se trouve. Elle n’avait jamais rien éprouvé pour personne. Peut être se faisait-elle des idées. Comment réagirait-elle si Tristan l’abandonnait ? L’ignorance ? La colère ? La tristesse ? Elle ne savait ? C’était étrange de penser à un abandon. Il ne l’abandonnait pas pourtant ! Ils n’étaient pas un couple, juste deux vieilles connaissances qui se retrouvaient le temps d’une mission, pour profiter d’un peu de bon temps. Et pourquoi ressentait-on un abandon ? Parce qu’on avait besoin de l’autre ? Mais elle n’avait pas besoin de lui ! Elle s’était toujours débrouillée toute seule et aujourd’hui sa mauvaise magie lui permettait de se tirer de mauvais pas. Quoique en ce moment ce n’était pas fameux.

Parfois, Cassidy observait Tristan. Il semblait souriant, heureux et extrêmement joyeux. Il semblait n’avoir aucune faiblesse, aucun défaut. Trop parfait peut être ? Pas assez vulnérable ? Parfois il semblait un peu vulnérable. Quand il parlait sans croiser son regard, cherchant ses mots de manière plus lente mais arrivant toujours à être assuré. Parfois elle le voyait rougir quand il prononçait certaines paroles. Peut être avait-il un peu chaud, pour un dragon ça peut être normal la chaleur, elle le savait bien. Mais elle, comment se comportait-elle avec lui ? Oh elle tentait de faire un peu bonne impression, elle faisait des efforts par rapport à son jmenfoutisme, son langage fleuri. Elle essayait de ne pas parler quand elle se sentait mal à l’aise pour ne pas le blesser, pour ne pas voir la tristesse ou la déception dans ses grands yeux orangés. Pourtant ce n’était pas du tout dans ses habitudes ! Elle se fichait des gens ! Elle n’en avait rien à faire d’ouvrir sa bouche pour blesser. Elle était franche et parfois blessante, farouche. Depuis trop longtemps elle avait oublié ce qu’était de se comporter correctement en société. D’avoir le plaisir d’avoir des conversations. Elle n’aimait pas aider, elle n’aimait s’occuper des autres. La jeune femme était devenue bien égoïste ou plus désintéressée par ce qui l’entourait. Alors qu’elle fasse aussi attention à ce que pouvait penser Tristan était bien une première pour elle. Parfois Cassidy se rendait compte que son comportement n’était pas normal. Elle n’aurait jamais dû se poser de questions à son sujet. Elle ne devrait pas agir ainsi. Difficile de savoir ce qui l’animait, surtout qu’elle agissait vraiment très instinctivement, comme si cela était tout à fait normal. Enfin, elle semblait toujours aussi distante avec le monde et n’avait d’yeux que pour son beau Drakkari. Les sourires n’étaient pas non plus très fréquents mais comparé à la première fois où ils s’étaient revus, il y avait du progrès. Oui elle faisait des efforts, même si elle n’aimait pas tout et surtout cette foule toujours plus immense à chaque fois qui lui donnait envie de disparaître loin parfois. Elle faisait des efforts…

Si seulement elle avait entendu les pensées internes de Tristan, comment la demoiselle aurait-elle réagi ? Peut être serait-elle tombée dans les pommes. C’était même probablement sûr ! Elle n’aurait jamais accepté un tel discours, une telle… vénération de la part de son… heu son quoi déjà ? Amant ? Même ce mot sonnait mal dans sa bouche. Non… Alors quoi ? Elle n’aurait toujours pas compris pourquoi elle méritait de telles paroles. Ca serait trop beau pour être vrai. Et ensuite elle l’aurait sûrement grondé, elle lui aurait dit qu’elle ne méritait pas qu’on la traite ainsi, qu’on lui parle ainsi. Bien têtue demoiselle… et surtout très aveugle… il lui arrivait d’avoir des moments de lucidité. Mais en fait là c’est comme si elle se forçait à ne pas voir, à ne pas réfléchir. Elle qui donnait l’impression d’être indifférente au monde pouvait s’intéresser au mouvement gracieux des feuilles dans les arbres, aux flocons de neige qui tombaient délicatement au sol, de ces grands paysages glacés et scintillants. Ca l’apaisait d’une certaine manière. Voir la nature. Le silence, le calme ou à la limite le chant des oiseaux qui n’étaient que de passage.

Elle ne restait que très rarement en ville, préférant vagabonder à l’extérieur, laissant Jilian s’occuper des courses. Parfois elle observait les gens, de temps en temps mais il n’y avait rien d’intéressant. Cette ville bien animée changeait tout à fait de ses habitudes. Et fait exceptionnel encore, elle tenait le bras d’un homme. Devant tout le monde, comme si ils étaient un vrai couple. Après tout, on ne se balade pas main dans la main avec son amant non ?

Il est vrai que Tristan en faisait beaucoup. En effet, Cassidy allait de surprise en surprise et ne savait pas quand cela s’arrêterait. Plusieurs fois elle s’était posée la question de ses bonnes manières. Il était bien loin du petit garçon turbulent de son enfance. Mais même la première fois dans son village il avait été comme ça, poli… trop poli, trop… parfait. Là il l’était encore mais il semblait y avoir une sorte de spontanéité qu’elle détectait. Il ne semblait pas jouer avec elle, pas avoir ce faux sourire sur le visage. Mais savoir pourquoi et comment il se conduisait comme ça ? Comme si il sortait directement d’un conte de fées ? Comme un prince ? Bah… à vrai dire, elle ne lui posait pas la question parce que ça lui semblait un peu évident. En tant que haut gradé, il devait avoir affaire à tout un tas de mondanités. Des demoiselles à courtiser ? Une image à montrer ? Est-ce qu’on lui demandait de faire des missions diplomatiques ? Avec son beau minois il n’aurait aucun problème pour soutirer toutes les informations nécessaires, à condition de ne pas se conduire comme un rustre. On devait lui avoir appris les bonnes manières quand il est monté en grade. Oui c’était certainement ça ! Et puis, Cassidy n’était pas trop curieuse. Pourquoi s’intéresser à la vie d’un homme qui ne faisait que croiser sa route, à un instant donné ? Ca ne servait absolument à rien ! Et puis qu’est-ce que ça lui apporterait ? Bon d’accord elle avait été curieuse pour sa jambe d’une autre couleur, curieuse sur les dragons mais au sujet de sa « vie » ? Non elle ne se voyait absolument pas lui demander. Ce n’était pas nécessaire même si parfois elle se posait des questions là-dessus. Pas besoin d’en faire une discussion.

La foule était bruyante, elle avait mal aux oreilles, pas habituée à tout ce remue-ménage. Certes, elle aurait eu beaucoup à apprendre de lui. Malheureusement, Cassidy n’était pas du genre à demander de l’aide de quiconque. Même pour sa magie elle ne lui demandait pas de l’orienter. Elle essayait… toute seule. C’était tellement ancré en elle que la demoiselle n’avait aucunement le réflexe de demander quelque chose. Et encore moins pour apprendre ! Ca elle avait déjà donné. Avec le nombre de mages qu’elle avait croisé, se prendre la même réponse négative dans la gueule ne faisait jamais plaisir. Alors elle ne demandait plus… n’attendant rien de personne. On est jamais mieux servi que par soi-même, voilà un proverbe qui s’appliquait bien à cette jolie blonde.

C’était difficile pour Cassidy de voir que Tristan se conduisait tout à fait comme un homme amoureux. En effet, elle n’avait jamais eu de vraie relation. Du coup cela ne lui venait même pas à l’esprit que c’était le cas. De la maladresse ? L’envie de la rendre éblouissante aux yeux de tous ? Elle ne comprenait pas grand-chose. Une autre femme aurait tout de suite tilté. Devinant que le beau jeune homme ne cherchait qu’à mettre sa compagne sous les feux des projecteurs. Pour qu’elle se sente désirée et désirable, pour qu’elle étale sa beauté au grand jour. A quoi bon ? Cassidy se sentait bien ordinaire malgré les regards posés sur elle. On avait beau lui dire tout et n’importe quoi, elle ne comprenait pas toute cette agitation, tout ce spectacle. Alors pour lui elle acceptait de danser mais juste pour lui rendre la pareille dans la clairière mais uniquement pour ça, pas pour tortiller son derrière devant des badauds qui profitaient du spectacle !

Encore une fois cela aurait été plus simple de parler. Mais parler pour quoi dire ? Qu’elle ne se sentait pas à l’aise au milieu de cette foule ? Qu’elle aurait préféré danser dans l’ombre ? Ce n’était pas sûr qu’ils soient sur la même longueur d’ondes, ou bien qu’ils avaient un peu de mal à voir comment procéder. En effet, Tristan essayait de faire des choses par rapport à ce qu’il connaissait des humaines sûrement. Il pensait peut être qu’une femme aimait être admirée, flattée, être reconnue. Le genre de fille qui attire la galerie, populaire pendant l’adolescence, qui séduit les garçons et se fait des copines qui veulent des conseils. Cassidy, elle, de son côté, avait bien du mal à voir comment se comporter avec un garçon. Elle ne s’était jamais vraiment intéressée aux hommes jusqu’à présent, elle n’avait jamais ressenti le besoin de séduire, se faire désirer. Un peu inconsciemment, la jeune femme essayait de ne pas blesser Tristan, chose qu’elle n’aurait jamais réussi à faire en temps normal. Elle essayait de rentrer dans son jeu, d’accepter. Ses sourires se faisaient un peu plus naturels, du moins ils l’étaient toujours. Soit elle ne souriait pas, soit c’était simple. Pas de sourire forcé. Cependant, pour arriver à la changer, il faudrait un peu de temps. Elle n’était pas devenue aussi distante du monde en quelques jours. Et pour la demoiselle, cela faisait beaucoup, beaucoup de choses à assimiler depuis ces quelques semaines. A tel point que cela en devenait étourdissant.

Il y avait quelque chose dans cette danse qui la faisait se sentir bien. C’était comme si elle n’éprouvait pas le besoin de s’isoler. Comme si pour la première fois dans sa vie, son cœur avait envie de partager quelque chose. Il lui était difficile d’expliquer cette sensation étrange qui la prenait par les tripes, quelque chose de puissant, comme une énergie qu’elle n’avait jamais éprouvé auparavant. Cassidy ne se sentait pas fatiguée mais extrêmement bien comme si elle aurait pu danser de longues heures sans avoir mal. Ce n’était pas une danse, c’était une sorte… de langage, de plus profond que des mouvements exécutés sur une musique. Pour rire, on pourrait penser à une sorte de parade amoureuse. Elle voyait bien que les yeux de Tristan changeaient, sans savoir exactement ce qui provoquait ce phénomène, sans savoir ce qui se passait. Magie ? Ou autre chose ? Ou simplement ça arrivait comme ça de temps en temps ?

Cependant, lorsque le moment fut rompu, et que la foule explosa dans une ovation étourdissante, Cassidy ferma un bref instant les yeux. Elle se cacha derrière un masque sans trop le vouloir. Elle ne voulait pas faire penser à Tristan que tout ceci la mettait mal à l’aise. Et pourtant, lui le ressentait que trop bien. Pourquoi ne voulait-elle pas lui parler franchement ? Eh bien déjà, essayez de réfléchir avec un gros mal de tête en se concentrant pour faire partir le volume qui était extrêmement élevé. Ensuite, tout ce monde qui se tassait autour d’eux et surtout d’elle ne l’aidait pas à se réfugier dans un coin avec son compagnon. Et puis, elle ne voulait certainement pas passer pour une de ces filles qui gâchent l’ambiance. Heu ça par contre c’était nouveau chez elle. Elle s’en fichait après tout de gâcher les choses. Mais elle voyait bien que Tristan se donnait du mal, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Pourquoi les gens avaient applaudi ? Ils les voyaient comme un couple ? Elle attirait les regards ? Bon d’accord… Mais trop… trop de monde…

Elle s’était isolée dans un coin et une autre femme s’était approchée mais nullement avec l’intention de l’embêter, ce qui l’apaisa un peu après tout ce défilé qu’elle avait croisé. Cassidy avait juste froncé les sourcils en la voyant partir. Elle n’était pas une Friholdienne ça c’était certain. Mais la ville attirait bien du monde et même si Frihold était un territoire où les entrées et sorties étaient strictes et contrôlées, cela n’empêchait pas les voyageurs de se regrouper par ici pour profiter de cette ville touristique. Cependant Cassidy oublia vite fait cette inconnue. Après tout ce n’était qu’une personne de passage, tout comme la ribambelle de demoiselles qui l’avaient harcelé, pas de manière méchante mais dérangeante.

Et puis, alors qu’elle était perdue dans ses réflexions, et ses souvenirs bien douloureux, une ombre se dessina au tableau. Cassidy n’avait pas peur de ces grosses brutes et elle était très loin d’être la petite demoiselle esseulée, faible et fragile qu’elle montrait dans cette robe si délicate qu’on pourrait croire que c’était une petite princesse sortant de son château uniquement pour les fêtes sans connaître la dureté de la vie. Cependant, elle restait calme, posée même si elle serrait ses poings dans son dos, se faisant mal car la douleur l’aidait à garder contenance. De plus, elle connaissait ce genre de brutes et les avait toujours soigneusement évité quand elle était devenue plus prudente. Le genre de gars qui pouvait violer une femme sans ménagement. Elle était même presque sûre que cela avait déjà été le cas… En plus ils étaient moches, sentaient pas très bons… Elle plissait le nez d’un air irrité pour éviter de respirer ces infâmes effluves qui lui donnait envie de vomir.

Heureusement que Tristan avait vite rappliqué, même si il y a eu un petit échange entre eux, suffisamment courtois et sans en venir aux mains et parce que Cassidy arrivait à se tenir. Elle s’était cependant réfugiée à côté de lui, un peu en retrait, le laissant gérer la situation, même si elle aurait bien aimé coller une patate à celui qui lorgnait avec un peu trop d’insistance sa paire de seins. Se mordillant la lèvre inférieure, Cassidy ferma les yeux un instant pour laisser les hommes s’expliquer verbalement. Cependant, elle sentait que l’air devenait un peu plus électrique autour des hommes. Le corps de Tristan se crispait sous sa main et même si sa voix restait calme et courtoise, physiquement il avait l’air de bouillir. Comme si il ne supportait absolument pas que des hommes la regarde avec autant de perversité et de malfaisance dans le regard. Ce qui était tout à fait compréhensible. Cependant, il était inutile de se battre là maintenant, même si Cassidy aurait bien voulu leur donner une leçon. Encore une fois elle était loin de la fille fragile qu’il fallait défendre. Quoique elle ne devait sa force qu’à son espèce de malédiction et la jeune femme se sentirait vraiment ridicule si elle n’arrivait pas à déclencher son système d’auto défense. D’ailleurs c’était déjà arrivé plusieurs fois et cela depuis que Tristan avait croisé son chemin. Etait-il responsable de cette défaillance ? Elle ne savait pas trop en fait. Mais ça coïncidait plutôt bien. Alors, elle avait juste serré avec douceur mais fermeté la taille de son compagnon pour l’intimer à rester sage et même si elle aussi, avait eu des envies de répliquer par la force, Cassidy s’était contenter de reprendre son chemin avec Tristan, pour s’éloigner de ces énergumènes. Qu’aurait pensé Tristan si il avait su qu’elle aurait très bien pu leur casser la figure ? Ou du moins qu’elle en avait l’intention ? Il ne la verrait peut être pas comme une souveraine, une femme forte mais une bien bonne bagarreuse comme ce qu’elle avait été il y a de cela plusieurs années et encore jusqu’à quelques semaines.

Pour éviter que le silence ne soit trop dérangeant entre eux, Cassidy avait fait le choix d’embrasser son compagnon. Cela les détournerait ainsi de cette petite altercation pour le moins déplaisante. Elle n’avait pas eu d’autres idées que de se faire plus mutine, sentant que son compagnon était pour le moins tendu et même si il ne le montrait pas, elle se doutait, par intuition, qu’il n’était pas vraiment calmé. C’était quand même étrange qu’elle arrive à deviner un peu ses émotions alors qu’elle n’aurait pas dû. Mais Cassidy ne se posait pas la question, à vrai dire, elle n’était pas du tout en train de réfléchir là. En plus le baiser l’avait un peu court-circuité aussi et pendant un court instant elle s’était sentie comme sur un petit nuage, la discussion peu agréable il y a quelques minutes oubliée et elle s’amusait à le faire courir un peu même si la demoiselle avait quand même mal aux pieds.

Cependant, elle ignorait qu’il avait des pulsions et qu’il avait bien du mal à se contenir. Sans savoir pourquoi. Après tout, elle n’avait jamais connu de dragon qui revêtait une forme humanoïde et malgré ses connaissances accidentelles, elle n’avait que bien peu d’informations sur eux et surtout, connaître leurs sensations, leurs ressentis. Cassidy aurait été bien étonnée de savoir qu’il se contrôlait d’une manière ou d’une autre. Et ça par contre elle ne se doutait d’absolument rien.

Et puis il y eut ça. Ce moment au lac, ce feu d’artifices qui éclate. L’incompréhension… totale. Il était censé avoir tout oublié non ? Alors elle ne comprenait pas pourquoi il pouvait se rappeler de cette petite date, tellement insignifiante parmi tant d’autres. Une succession de chiffres, un jour, un mois… Elle ne comprit pas et ses yeux se remplirent de larmes, à cause du trop plein d’émotions. Ils avaient bien besoin d’avoir une personne externe à qui parler… parce que là elle n’agissait clairement pas comme n’importe quelle personne heureuse qu’on pense à elle le jour de son anniversaire. Alors, elle se réfugia dans un baiser. Peut être pour le remercier, peut être pour oublier cette sordide déclaration d’amour qui lui était venu à l’esprit l’espace d’une seconde… elle ne savait pas si elle devait se sentir soulagée ou déçue. Non, il était plus facile d’effacer tout ça avec un baiser. Parce que peut être que cela lui faisait quelque chose mais tout s’embrouillait dans sa tête.

Elle inspirait profondément en regardant le ciel étoilé qui se couvrait de lumières de toutes les couleurs. Du bleu, du vert, du rouge, du doré… Chaque petite lumière sillonnait dans les airs et explosait dans le ciel en de nombreuses autres lumières qui retombaient en fines particules. Quelques mots à peine sortir de la bouche de Cassidy mais Tristan était resté muet. L’embarras régnait au-dessus de ce petit duo, dans cette intimité exceptionnelle. Mais quoi dire de plus ? Elle ne savait pas trop au final. Ce fut lui qui la poussa à se relever et il est vrai qu’il commençait à faire froid malgré la chaleur corporelle et si agréable qui passait d’un corps à l’autre.

Tristan semblait avoir retrouvé une assurance, il faisait comme si de rien n’était et était beaucoup plus enjoué. La demoiselle peinait à comprendre ses changements de comportement. Elle n’avait pas l’habitude elle ! Pas l’habitude de comprendre les aléas d’un homme, d’une personne tout simplement. Elle avait bien du mal à se familiariser à ces différentes façons de réagir, de se comporter. Et la jeune femme faisait de gros efforts pour comprendre et s’adapter à l’autre justement. Cassidy pencha légèrement la tête de côté en l’écoutant parler de marcher, d’agitation externe. Ca aussi ça la surprenait. Il s’en était rendu compte qu’elle avait du mal ? Il parlait de massage et que la journée était loin d’être terminée. Sur le coup, elle ouvrit des yeux ronds, s’attendant au pire. Il comptait faire quoi maintenant ? La soumettre aux yeux des autres ? Pas sûre que cela lui plaise. Apparemment, cela devait bien se voir car il déclara que ce n’était pas de la danse. Il se mit à rire. Elle aimait bien ce rire. Ca avait quelque chose de chaleureux, d’agréable à entendre. Certains hommes avaient des rires gras, d’autres forcés, mais lui, il avait un très beau rire, ni trop peu, ni trop exagéré. Cela la fit changer d’attitude et elle marmonna dans sa bouche des paroles inaudibles mais au final c’était juste un grognement pour la forme.

Ils commencèrent leur marche et c’est vrai, Cassidy pensait à tout un tas de choses à cause de cette journée qui était si spéciale. Il y avait trop de choses et elle aurait bien aimé mettre les choses au clair, surtout que c’était tout, sauf normal. Quitte à être plus virulente, plus franche. Lui faire plaisir ? Provoquer un attachement ? Pour après partir ? Des sentiments amoureux ? C’était soit ça soit… en fait elle était même paniquée dans sa tête. Paniquée car incapable de savoir quoi répondre à un sujet aussi sérieux si elle le lançait, paniquée de ses réponses, de ses réactions. Paniquée pour tout un tas de choses auxquels la demoiselle ne pensait absolument pas. Elle s’était arrêtée, avec la ferme intention de dire quelque chose, que ça fasse mal ou pas.

Et puis, une ombre s’était dressée derrière Tristan. La lame étincelante qui brillait à la lueur de la lune et tenue bien haut au dessus de la tête. Les yeux qui s’agrandissaient d’effroi. Tout semblait aller si vite mais aussi si lentement. Elle aurait pu le prévenir. Il n’avait rien senti, rien vu venir. Pour un général, c’était quand même… étonnant de ne pas avoir de réflexes face à un ennemi. Pour quelqu’un qui avait une ouïe si fine, c’était étonnant de ne pas avoir entendu les bruits de pas qui se rapprochaient de l’horrible bourreau. Cassidy n’aurait pas pensé ça possible. Et pourtant il n’y avait aucune hésitation dans le bras, dans le geste qui était là… pour tuer. Elle vit la hache fendre le crâne dans un écrasement morbide. Le sang qui s’écoulait, à la lueur de la lune, si pâle et si rouge qu’il dégoulinait le long du visage de Tristan. Une vision d’horreur, un rêve qui se transforme en cauchemar. Rien que ça. Pendant l’espace d’un instant, Cassidy était restée figée, comme si le monde s’était arrêté, comme si elle ne croyait pas à ce qui venait d’arriver, comme si… comme si Tristan n’était qu’un personnage de son imagination qu’elle s’était inventé dans son monde solitaire pour se sentir moins seule. Le froid revenait, glacial, mordant. Mais la rage qui avait envahi le cœur de Cassidy n’avait aucune limite. Elle ne savait pas ce qui lui arrivait et la jeune femme aurait bien peur d’elle si il lui était possible de prendre du recul avec la situation.

C’était comme si on lui avait arraché un morceau de cœur, comme si on lui avait brisé un moment si unique, comme si toutes ses émotions négatives ressurgissaient. Oui des émotions… fortes… violentes… inarrêtables… Des émotions qu’elle n’avait jamais éprouvées auparavant. Des émotions par rapport à une personne en particulier… des émotions refoulées depuis si longtemps. A force de se tenir en retrait du monde, à cause de ce jmen foutisme, elle n’avait fait qu’éviter, qu’ignorer des émotions qui étaient bien trop violentes pour elle. Et tout éclata. Les brutes épaisses ne comprirent pas ce qui se passait. Elle respirait la magie noire et son aura, son regard, ses marques, pouvaient faire penser qu’elle était ensorcelée. Ses canines qui s’étaient allongées et ses oreilles pointues lui donnaient des airs de créature humanoïde qui n’avait rien à voir avec l’humain classique. Enragée… elle en repoussa certains et par une force invisible, semblait prête à broyer la nuque du malheureux qui flottait dans les airs. Le faire mourir à petit feu, voir la surprise et la douleur dans les yeux de ce dégoûtant personnage. Elle se délectait de cette sensation alors qu’elle resserrait un peu plus son emprise.

On lui enlevait le seul homme pour lequel elle éprouvait quelque chose…quelque chose d’unique ? Eh bien soit ! Mais ils allaient le payer… Et puis, un gémissement, qu’elle entendit malgré sa folie, malgré sa haine profonde et sa rage, malgré son cerveau qui était rempli d’une soif sanguinaire à l’heure. Etrange à quel point elle s’était arrêtée. Alors qu’elle n’aurait même pas dû l’entendre. Cela aurait pu être l’homme suffoquant qui gémissait de douleur. Mais non… Comment cela pouvait être possible ?

D’un geste Cassidy relâcha sa poigne invisible, faisant tomber l’homme à terre et heureusement que la neige amortissait la chute même si elle n’avait pas été délicate. De cette espèce d’énergie, de magie sur laquelle la demoiselle n’avait aucun contrôle, elle se stoppa totalement et regarda un instant le corps si grand et imposant étendu au sol. Observatrice, elle vit une main bouger très faiblement, du bout des doigts mais laissant sous entendre qu’il était toujours conscient. Cela suffit pour la jeune femme qui laissa complètement tombé son combat ou plutôt son début de massacre et couru en direction du beau Drakkari étalé dans le sol, le cœur cognant dans sa poitrine, le sang battant à tout rompre contre ses tempes, ayant du mal à comprendre comment cela était possible. Elle avait bien vu la hache s’abattre, le sang dégouliner le long du front du jeune homme. La soif de sang qui s’était emparée de Cassidy était toujours présente, mais toute son attention était portée sur Tristan, l’éloignant de ses pensées macabres. Elle l’avait appelé, retourné, secoué doucement mais sans vouloir trop en faire. Cassidy peinait à comprendre et se demandait si elle ne rêvait pas. C’est bien trop étrange comme rêve ! Elle s’agrippa à ses vêtements, tremblante, des larmes coulant le long de ses joues, la peur qui lui retournait les tripes. Peur… elle avait peur… elle qui n’avait jamais peur, elle ressentait cette émotion pour quelqu’un… pour lui. Cassidy réfléchissait et se sentait tout à fait ridicule. Il était en train d’agoniser ! Mais elle n’avait rien d’un guérisseur, elle ne connaissait rien à la magie blanche. Que pouvait-elle faire ?

Elle avait même ignoré les hommes qui regardaient avec prudence cette demoiselle ressemblant plus à une démone qu’à une humaine et même dans cette apparence là elle gardait une certaine… noblesse, beauté, loin de la bête hideuse qu’elle pensait être. Parce qu’elle faisait peur mais était aussi très intrigante. Beaucoup de femmes étaient fortes, avaient du caractère mais cette petite là était un peu comme un mélange de noir et de blanc. Belle et fragile comme un ange mais aussi fougueuse et impulsive comme un démon. Elle ne semblait pas possédée par une quelconque entité, c’était bien elle au fond.

Cassidy ne savait pas comment réagir. Son cerveau pédalait dans la semoule. Paniquée par la blessure de Tristan, elle voyait un peu de fumée s’échapper du coin de ses lèvres même si il gardait les yeux fermés. Il avait l’air de souffrir. Et elle implorait les dieux pour qu’on lui donne une solution pour l’aider ! Mais personne ne lui vint en aide… Alors elle trouva l’action, le geste le plus ridicule qui était. Un baiser… ce n’était pas un baiser d’adieu non… c’était un baiser comme si elle voulait qu’il se réveiller, qu’il guérisse. Pendant un instant quelque chose de chaud et apaisant s’empara d’elle. Mais l’embrasser pour le faire guérir c’était ridicule ! Complètement ridicule… Il fallait être atteint pour oser espérer que ça marcherait. Le conte de la Belle au Bois dormant remixé n’existait pas ici. Mais Cassidy n’en avait que faire. Et pendant qu’elle l’embrassait, toutes ses pensées se canalisaient que vers un seul être, Tristan… Lui donnant son énergie, lui donnant la force de se relever. Inconsciemment elle lui transmettait son énergie à elle, sa magie même si elle doutait en avoir.

Il y avait quelque chose dans ce baiser qui n’avait rien à voir avec les autres. Elle le sentit bouger un peu sous ses genoux et s’écarta en le regardant avec curiosité. Tristan qui se redressait malgré le coup qu’on lui avait porté, malgré ce teint glacé qu’il avait quelques secondes auparavant. Cassidy clignait des yeux, n’en revenant pas. Ca non plus ce n’était pas normal ! En même temps la normalité ne faisait pas partie de leur aventure après tout. Il s’était un peu décalé pour mieux reprendre contenance. La défense de la demoiselle s’était amenuisée. Tellement hébétée par ce qui se passait, elle avait complètement oublié qu’ils étaient encerclés. Et même à ce moment là, elle aurait été incapable de réutiliser son pouvoir même si elle le désirait. C’est que son cœur jouait aux montagnes russes ! Tristan se tourna alors pour la regarder, pour la dévisager. Elle avait oublié son changement physique et puis elle ne pouvait se voir. Cependant, Cassidy détourna les yeux, honteuse de… on ne sait pas trop quoi en fait. Peut être lui montrer une telle image de peur, de pleurs, de visage ravagé par les larmes et la pâleur de sa peau comme si elle avait vu un cadavre qui se redressait. Elle était forte d’habitude ! Cela ne lui faisait rien. Peut être pas pour lui…

Elle ne vit pas son regard, elle ne prit pas la peine de regarder son visage, se dérobant à lui et tordant ses doigts d’un geste anxieux, du sang plein la robe et les yeux fixés au sol. Et pourtant, il s’approcha et l’embrassa à nouveau. Cassidy ne comprit pas et elle était encore trop sonnée pour réfléchir et même si le baiser avait un goût d’énergie, de promesse qu’il était bien vivant. Elle le laissa faire et lui répondit, se sentant fléchir même si elle était à genoux. Mais il la repoussa sur le côté, une fois « rassasié ».

Cassidy avait complètement oublié les autres et se sentit un peu… prise au dépourvue. Elle ouvrit la bouche pour lui parler mais il se transforma en dragon sans qu’elle n’ait le temps de réagir. Des cris de surprise résonnèrent autour d’eux. Les hommes qui étaient déjà surpris par la force cachée de Cassidy n’étaient pas au bout de leur surprise ! Voilà maintenant qu’un dragon apparaissait devant eux. Ils s’étaient vraiment attaqués au plus mauvais couple de leur vie…

Pourtant la jeune femme regardait Tristan avec curiosité. Peut être voulait-il intimider ces hommes mais ce n’était guère très… prudent. Il la regardait aussi et si il se faisait très menaçant près des brutes, il semblait se radoucir près d’elle. Du moins c’est comme ça qu’elle le comprenait. Le fait qu’il se couche presque lui faisait penser à leurs « entraînements » pour s’habituer l’un à l’autre. C’était comme si il l’invitait à monter. Malgré son état, Cassidy cherchait peut être un moyen de se mettre à l’abri. Et puis ses forces la quittait petit à petit. Ils marcheraient sûrement dans les plaines…

Cassidy s’installa bien sur son dos et elle remarqua qu’il attendait avec patience qu’elle prenait bien ses prises avant de prendre de l’élan et de décoller dans les airs. Elle sentit la vitesse alors qu’il courrait un peu plus vite et déployer ses larges ailes. Instinctivement, elle serra les cuisses sur ses flancs et ses mains empoignèrent l’encolure tout en se penchant en avant. La demoiselle aurait bien voulu lui crier et lui demander à quoi il jouait, elle n’allait pas tenir longtemps comme ça et il n’était pas assez fort pour la transporter dans ses griffes. Ca bougeait sérieusement mais une fois qu’ils se retrouvèrent dans les airs, elle sentit un mouvement de fluidité et de grâce. Il volait mais planait aussi. Ses larges ailes battaient l’air gracieusement, entrant dans des courants d’air. Les cheveux de la demoiselle s’agitaient partout dans le vent. Elle se sentit à l’aise sur son dos et n’avait pas toute cette défiance que lui pouvait ressentir à son égard à cause de ses gênes de dragon.

Malgré son esprit perturbé, c’était beau, elle se sentait libre, comme si tout un poids s’envolait. Pour un dragon c’est normal de voler. Elle avait déjà volé quelques fois mais de manière bien plus brouillonne que ça et pas sur le dos. Mais là ça avait quelque chose d’apaisant et magnifique, qui contrastait beaucoup avec la noirceur de sa magie. L’air était frais mais cela ne faisait que la rendre plus vivante, comme si elle se réveillait d’un mauvais rêve ou qu’elle rêvait encore. Cela l’aida, la calma mais elle faiblissait vite et sa position, même si elle arrivait à rester stable, n’allait pas tenir très longtemps.

Tout doucement elle vit que le dragon perdait de l’altitude pour se poser dans un coin dégagé, sur le flan d’une montagne. L’atterrissage se fit en douceur et elle ne sût par quel miracle il était possible de tenir encore sur son dos alors qu’elle sentit une légère secousse quand il se posa dans la neige. Cassidy glissa rapidement du flanc du dragon. Ses jambes étaient encore un peu flageolantes car elle était éprouvée mentalement par tout ce qui s’était passé aujourd’hui, aussi bien en bien qu’en mal. Et c’était beaucoup beaucoup beaucoup TROP ! Et on pouvait bien la comprendre. Elle s’était écartée de lui, ne le regardant même pas, peinant à respirer, à cause de cette énergie dévastatrice qui s’emparait d’elle et réclamait son lot de sang. Elle tomba à genoux et tenta de faire du vide dans sa tête. Les manches de sa robe étaient déchirées, laissant voir ses bracelets de force qui ressortaient. Ses mains étaient posées dans la neige et elle inspirait alors que la neige sous ses mains fondait petit à petit. Il fallait qu’elle fasse le vide. Mais à chaque fois elle revoyait cette image, cette attaque par derrière, sous la lune qui n’avait plus rien de chaleureux mais d’une froideur sans nom. Cette image dansait dans sa tête dans un cycle sans arrêt.

Elle l’entendit s’approcher d’un pas volontaire près d’elle. Mais c’était trop dur à supporter pour la petite demoiselle qui avait très peur de lui faire du mal dans cet état encore une fois. Alors, Cassidy préféra le repousser, d’une voix forte et claire, ne voulant pas qu’il la voit comme ça. Pourtant, malgré son insistante, il ne l’écouta pas et s’approcha d’elle, pas vraiment inquiet par ce qui pourrait lui arriver. De ses bras il l’entoura d’une poigne rassurante. La demoiselle tressaillit à ce contact comme si elle n’était plus du tout habituée à lui. Elle se crispa si fortement en relevant la tête, lui tendant un visage tendu mais lui ne voyait qu’une invitation à l’embrasser. Cassidy se laissa faire et d’un coup, tous ses muscles si tendus se décrispèrent. Elle oublia cette soif de sang, elle oublia tout ce qui se passait. Ca avait un pouvoir étonnant sur elle et elle se laissa faire même si celui-ci était fugace. Elle sentit son corps plus apaisé, comme si la tempête était passée.

Cependant, elle cligna des yeux en le regardant comme si c’était un revenant. Les larmes se mirent à couler de nouveau sur ses joues alors qu’elle tentait de dire quelque chose même si son fil de pensée était très décousu et qu’elle lui sortait des paroles vraiment… surprenantes venant de sa part. Elle le connaissait peu au final et pourtant tout dans ses paroles montrait à quel point elle s’était attachée à lui et que sa prétendue mort lui avait fichu un gros coup au moral. Le pire c’est qu’elle ne se rendait absolument pas compte de la portée de ses mots. Bon bien sûr, Cassidy n’était pas une indifférente… elle aurait très mal réagi aussi si Jilian venait à mourir ou au seuil de la mort mais peut être n’aurait-elle pas été aussi émotive et expressive.

Mais là elle ne s’arrêtait pas, se rendant compte à quel point elle aurait été dévastée si Tristan était vraiment… brrrr, mieux valait ne pas y penser. Elle continuait sur sa lancée et faillit prononcer des mots d’une portée très différente et s’arrêta juste à temps, se rendant compte du ridicule de la situation. L’aimer… eh bien… elle était tombée vraiment bas pour oser dire ce genre de choses. Juste parce qu’ils couchaient ensemble et… oh non il y avait bien plus que ça ! Tristan serait tout à fait choqué qu’elle l’assimile juste à un partenaire de lit. Sauf que hum… comment pouvait-on penser ce genre de choses alors qu’ils ne faisaient pas que coucher ensemble ? Comme sa petite sœur ? Quelqu’un à protéger ? Elle avait pensé qu’il était peut être amoureux pour qu’il s’occupe aussi bien d’elle. Il avait beau dire qu’il n’avait pas de la pitié ni de la compassion sur son passé mais comment pouvait-elle le croire ? A quoi rimait tout ce fichu comportement ? Cependant, en parlant, il fit taire ses pensées.

Il réagit en la serrant fort contre lui, tellement fort alors qu’elle hoquetait et que ses larmes continuaient de rouler le long de ses joues, intarissables. Le jeune homme la serrait dans ses bras fort comme si il avait peur qu’elle disparaisse, se volatilise, comme si c’était LUI qui avait peur de la perdre. Et il prononçait des mots à voix basse, loin de toute cette assurance qu’il avait eu pendant la journée. Parfois il était un peu hésitant mais il y avait quelque chose de différent dans sa voix. Il s’excusait et elle ne comprenait pas ce qui lui valait des excuses. Après tout, il n’avait rien fait de mal non ? Elle hoqueta encore un peu mais les tremblements de son corps semblaient se calmer alors qu’elle fermait les yeux, poussant un soupir d’épuisement à cause du trop plein d’émotion de la journée. Epuisée et vidée par toutes ces émotions. Alors que la demoiselle fermait les yeux, elle sentit les lèvres douces et délicates du jeune homme s’emparer des siennes comme si il ne savait plus trop quoi dire et que le seul moyen de la calmer était de l’embrasser. Se laissant faire, trouver un certain réconfort et apaisement dans ce baiser qui faisait bien penser à Cassidy que Tristan était vivant, elle se crispa néanmoins lorsque celui-ci tira avec plus de brusquerie sa robe sur ses épaules pour lui dégager le haut du corps. Non mais ce n’était pas le moment là ! D’accord peut être qu’il voulait lui faire comprendre d’une manière ou d’une autre qu’il était vivant, mais elle était épuisée, lessivée, pas bien dans son assiette. La jeune femme tenta de se dérober à lui et rouvrit les yeux lorsqu’elle le vit ôter sa propre tunique pour une raison qui lui était obscure. Alors Cassidy se fit plus ferme dans l’intonation de sa voix. Cependant il l’embrassa à nouveau et elle se crispa encore plus suite à cela. Non mais là elle ne pouvait pas et elle n’avait pas suffisamment de force pour le repousser. Pourtant, il se recula de lui-même et tenta de s’expliquer. Elle haussa un sourcil, il avait bien d’étranges manières pour un presque mort. Sentir sa peau ? Mais pourquoi maintenant ? Elle-même ne comprenait pas cette envie bien étrange pour la situation actuelle.

Elle avait ouvert la bouche pour répliquer, pour lui dire que ce n’était pas le moment de faire ce genre de choses car elle était suffisamment éprouvée par cette soirée qui avait tourné au drame mais encore une fois il l’avait pris un peu plus dans ses bras en la serrant, limite à lui comprimer la cage thoracique, pour lui montrer qu’il voulait juste la tenir contre lui. Cassidy peinait à comprendre. C’était lui le mourant pas elle ! Elle peinait à comprendre cette attitude qu’elle ne jugeait pas normale du tout. Bon c’est vrai, elle n’avait pas l’habitude des hommes mais est-ce que celui-ci était normal ? Il s’était pris une hache dans la tête et plutôt que d’agoniser, de se reposer ou peu importe, tout ce qu’il voulait c’était se coller à elle pour ressentir sa chaleur.

Cependant, Cassidy n’avait rien dit. Elle le laissait faire car elle entendait que dans le ton de sa voix, il avait BESOIN d’être contre elle. Etait-ce une coutume dragonne ? Un instinct un peu spécial ? Faisant un léger sourire qui ressemblait plus à une grimace, elle écarta ses bras pour mieux l’enlacer et le tapota dans le dos, comme ça, tout simplement. Dans leur position, et à cause du froid qui mordait la peau de la petite blonde malgré la chaleur corporelle, elle avait remarqué des nuages de vapeur épais qui montaient vers le ciel un peu plus loin. Cassidy avait l’habitude de ce genre de phénomènes ici. Dans ce royaume, on pouvait voir de multiples sources d’eau chaudes dissimulés dans les montagnes ou des endroits difficiles d’accès. Cela tombait à pic ! Ni une, ni deux, Cassidy n’avait pas trop tardé à réfléchir et elle avait tiré Tristan par le bras, mais avec douceur, pour le conduire vers cet endroit plus agréable. Il avait apparemment la même idée car ce dernier ne semblait pas surpris qu’elle le conduise ici, du moins il n’y avait rien sur son visage qui exprimait l’étonnement.

L’endroit était très joli et si ils n’étaient pas autant éprouvés, peut être auraient-ils encore plus apprécié ce petit coin de paradis tout à fait étonnant. Ca ressemblait à une crique avec un large bassin central et d’autres plus petits, un peu empilés les uns sur les autres. Les vapeurs qui se dégageaient rendaient l’espace un peu brumeux. De la végétation singulière recouvrait les lieux avec de la verdure qui se dégageait du climat enneigé et rendait cet endroit si particulier. De l’herbe rendue verte grâce à la chaleur du lieu, de grandes plantes comme des fougères apportaient un charme certain à ce petit endroit magique. Cependant, Cassidy ne pensait pas trop à admirer le paysage, elle avait bien d’autres soucis pour le moment.

La demoiselle avait regardé Tristan puis s’était détournée un peu de lui.

« On devrait garder nos sous vêtements quand même pour le moment… »

Sa voix était neutre et détachée et elle s’efforçait de faire en sorte que Tristan ne comprenne pas mal cela. En même temps, ce n’était pas le moment pour se chauffer et se tenter mutuellement, l’heure n’était pas à ce genre de… détente. Cassidy enleva donc sa robe en la faisant passer par le haut d’un mouvement rapide. Bon, elle n’était pas encore bien habituée aux robes et enlever celle-ci sonnait comme une libération pour son corps. A force de porter des tuniques amples et des pantalons confortables, les robes lui semblaient être très gênantes à côté. Elle la posa sur une grosse pierre en hauteur à côté. Tristan qui avait moins à enlever, était déjà parti dans le bassin. Cassidy se retourna, détachant ses cheveux qui s’étaient naturellement mis sens dessus dessous à cause de son petit pétage de câble. Des mèches étaient sorties de sa coiffure bien compliquée et elle ne ressemblait plus à rien. Puis elle se dirigea vers le bord du bassin et jeta un regard interrogateur à Tristan. La vue du sang sur son front et son beau visage lui faisait tellement de mal et elle inspira un coup pour éviter de montrer à quel point elle était… chamboulée et que la vue du sang lui rappelait ce qui s’était passé. Un seul regard lui permit de comprendre qu’elle pouvait avoir pied ici et cela la rassura. Elle s’installa sur le bord et s’immergea doucement dans l’eau. La chaleur lui fit beaucoup de bien, contrastant avec le froid à l’extérieur.

Tristan s’était un peu penché, se mettant sur les genoux pour permettre à la petite demoiselle de s’occuper de lui. Elle avait grimacé en le regardant. Pas qu’elle le trouvait moche avec tout ce sang mais que ça lui faisait une sensation étrange… sur lui. Ce n’était pas la première fois qu’elle le voyait salement amoché. Mais une chose était sûre, le voir dans cet état la rendait bien moins indifférente d’avant. Elle se souciait réellement de lui et ses grands yeux noisette montraient bien qu’elle ne se fichait pas de lui. Que se passait-il dans sa petite tête ? A quoi pensait-elle ? Pendant un instant, Cassidy ferma les yeux et soupira. Elle se sentait fautive, elle avait eu tellement peur, ce sentiment qu’elle ne devait plus ressentir pourtant. Se mordillant la lèvre inférieure, elle repensait à sa rage sortie de nulle part, pour LUI. Alors qu’elle ne devrait pas ! Qu’elle s’était jurée de ne pas se soucier de ce qui se passait autour d’elle. Au fond, Cassidy avait très peur. Peur de son propre comportement, peur des changements qui opéraient en elle et qui n’auraient pas dû être présents. Du bout de ses doigts elle effleura la surface de l’eau alors que celle-ci lui arrivait jusqu’à la poitrine. Puis elle rouvrit doucement les yeux et entreprit de nettoyer tout le sang humide qui recouvrait le haut du corps du beau Drakkari. La jeune femme ne disait rien, elle était silencieuse, lavant méticuleusement ces traces qui se mélangeaient avec la couleur de ses cheveux. Elle n’était pas écoeurée par le sang, ayant l’habitude d’en voir. Enfin avant… quand elle perdait le contrôle. Mais là… là c’était différent. Bien sûr, les hommes se prennent toutes sortes de blessures, quel soldat se vanterait d’être indemne en s’enrôlant ? Et pourtant, égoïstement, Cassidy ne voulait pas que Tristan soit blessé, surtout parce qu’elle était à côté de lui !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 3 Jan - 20:41

Douceur, lenteur, elle ne lésinait pas sur ses gestes et se concentrait dans sa tâche, comme si la jeune femme avait peur de lui faire du mal, ce qui n’était pas le cas bien évidemment. Elle grimaça une nouvelle fois en s’attelant à ses cheveux, passant une main avec douceur et délicatesse dessus, regardant l’entaille qui pourtant aurait dû être profonde, déjà en train de guérir. Il était un dragon, il pouvait se régénérer plus facilement qu’un humain alors quoi de plus normal ? C’était quand même impressionnant ce dont il était capable. A aucun moment elle n’aurait pensé qu’elle était en partie responsable de sa guérison aussi rapide. Cela lui paraissait totalement saugrenu. Elle s’était inquiétée pour rien, voilà tout ! Parfois des flashs de cet accident repassaient en flash dans sa tête. Cassidy ferma les yeux. A ceux-ci vinrent se supposer d’autres flashs de ses propres souvenirs. Elle se mordilla la lèvre inférieure et porta instinctivement la main droite à son poignet opposé. Oui elle était vraiment éprouvée, silencieuse et ne disait rien, rien… elle s’était totalement isolée dans le silence, ne sachant pas quoi dire, ayant peur de la propre portée de ses mots qu’elle pouvait dire sans vraiment s’en rendre compte. Et se sentir encore plus pitoyable… Le monde était dur, le monde était cruel… cette leçon, elle la connaissait par cœur. Ne pas se laisser atteindre, ne pas montrer ses émotions… mais au final elle n’était qu’une piètre comédienne. Préférant fuir les gens plutôt que de les affronter, se cacher, vadrouiller dans la nature et surtout, surtout, éviter tout contact. Là elle était en quelque sorte un peu obligée. Et devoir montrer ce genre de visage ne lui plaisait pas vraiment… Parce qu’elle ne devrait pas.

Alors qu’elle pensait à tout ce qui s’était passé ce soir là, elle continuait de frotter le corps vigoureux du Drakkari, s’appliquant même à enlever les dernières traces, même si c’était inutile d’en faire plus. L’eau qui se teintait en rouge sous le reflet de la lune… Elle espérait que cette couleur disparaisse de ce petit bassin. Elle inspirait profondément, pressa ses épaules, regardant parfois ailleurs comme perdue par ses pensées… Heureusement qu’elle était plus calme et que son esprit semblait moins enragé. La tempête qui dansait à l’intérieur de son corps était difficile à maîtriser… s’isoler des gens lui permettait de se calmer. Troublant de savoir que Tristan avait un effet sur elle…

Elle ne disait rien, et même lorsqu’elle eut fini sa tâche, la petite demoiselle continuait de prendre de l’eau dans ses mains pour asperger le torse du Drakkari machinalement. Il semblait se rendre compte de son état et la prit dans ses bras pour la serrer encore fort contre lui, comme si Tristan voulait lui faire comprendre, une bonne fois pour toutes, qu’il était bien en vie et que tout ceci n’était qu’une horrible image qui s’effaçait déjà. Plusieurs fois il murmurait qu’il était désolé. Mais désolé de quoi ? De lui avoir causé une frayeur ? Ce désolé sonnait bizarre pour elle. On ne peut pas être désolé sans avoir rien fait de mal… On s’excuse lorsqu’on a fait une bêtise, c’est toujours comme ça que ça fonctionne. Ou qu’on a eu un comportement désagréable qui blesse ou peine l’autre. Alors oui elle ne comprenait pas ce qu’il fallait interpréter dans ce désolé, dans ces excuses. Elle aurait bien voulu lui dire, qu’il n’avait pas besoin de prononcer ces mots, que c’était elle qui était désolée, qu’elle n’attirait que les ennuis. Si elle ne s’était pas habillée comme ça, jamais ça ne serait arrivé… Si ils ne s’étaient pas donné en spectacle, ces badauds n’auraient rien vu… surtout pas une jeune femme éclairant la piste de danse de mille feux… Non… et cela lui donnait envie de se cacher encore plus, de ne pas faire tous ces efforts pour attirer le malheur sur elle. Lâche ? Oui un peu… Néanmoins, elle se contenta de garder le silence, tourmentée comme elle était et avec des gestes un peu saccadés, Cassidy redressa les bras pour garder le contact avec Tristan. La demoiselle répondit en l’enlaçant à son tour, bien plus grande que lui comme ça dans le bassin, elle posa doucement sa tête contre son épaule et ferma les yeux. Autour d’eux, les bruits étaient apaisants. Le glougloutement de l’eau qui faisait parfois quelques bulles, le petit air frais qui lui refroidissait le visage et soufflait dans les larges feuilles autour des bassins, la lune qui les éclairaient, silencieusement. Le rythme cardiaque de Cassidy ralentissait, petit à petit, elle se sentait mieux.

Ce fut Tristan qui rompit le contact avec douceur. Leurs mains commençaient à rider à force de rester dans l’eau et même si cela était fort agréable, il fallait bien penser à sortir, ils ne pouvaient pas rester éternellement ici. Elle le suivit sans opposer la moindre résistance. Si elle savait à quoi il pensait… elle aurait bien ri… enfin plutôt faire une grimace pour le coup. Elle aurait trouvé ça ridicule et il avait absolument raison, jamais elle ne l’aurait écouté. Elle n’y croyait tout simplement pas et il faudrait certainement des preuves plus… voyantes pour qu’elle finisse par constater le potentiel qu’elle avait. Mais pourquoi ? Alors que des mages bien expérimentés avaient toujours prétendu qu’elle n’avait aucune dose de magie en elle, que c’était ancré dans sa tête depuis de nombreuses années, pourquoi lui dire que sa magie était puissante ? D’accord, elle commençait un tout petit peu à s’y faire mais jamais, oh grand jamais, elle ne pensait avoir quelque chose d’impressionnant en elle. Peut être un peu de magie, car tout le monde peut utiliser la magie pour des tâches courantes. Allumer une chandelle, faire un nœud… mais ceux qui devenaient mages avaient un potentiel un peu plus conséquent… on naît avec cette dose de magie qui permet de faire de grandes choses et tout le monde n’est pas égaux face à ça. Les elfes ont une grande affinité avec la magie, surtout celle de guérison. Mais elle… ça devait être quelque chose de ridicule, très mince et pas vraiment impressionnant. Elle était aussi fatiguée et vidée à cause du surplus qu’elle avait utilisé en voulant se battre. Tenant à peine sur ses jambes mais trop fière pour admettre une quelconque faiblesse, bien que son esprit vagabondait toujours ailleurs.

Ils se rhabillèrent. Elle remarqua qu’il ne remettait pas sa tunique. Sur le coup elle trouva ça très bizarre. Tout dragon qu’il était, il allait attraper froid de cette manière. Elle l’observait après avoir enfilé sa propre robe et ouvrait la bouche pour lui dire qu’il pouvait tomber malade comme ça mais ses paroles se perdirent dans sa gorge. Cela montrait encore une fois qu’elle se souciait de lui. Et puis peut être qu’il était à l’aise comme ça. Elle ne pensait pas que c’était pour la soustraire à la vue du sang, même si, si elle avait réfléchi un peu, cela était une bonne initiative de sa part pour lui éviter de se remémorer la tragédie de la soirée.

Toute occupée et encore chamboulée, elle l’entendit néanmoins dire qu’il allait se transformer et qu’il la prendrait sur son dos pour redescendre. Là aussi elle était surprise, s’attendant à marcher pour revenir en arrière. En même temps ça irait bien plus vite par la voie des airs. Son esprit tilta à ce moment là. C’était vrai qu’il avait volé avec elle. Pas au meilleur moment, pas au top de sa forme, on pouvait mettre ça sur le coup des émotions. Cependant il avait quand même accepté de la prendre sur son dos, faisant fi de ses gênes de dragon, de cet orgueil qu’il pouvait avoir. Et ça c’était aussi un beau cadeau. Cassidy avait cependant la tête dans le pâté. Elle peinait toujours à réfléchir et elle fit la chose la plus ridicule, peut être pour oublier le reste, peut être pour se concentrer sur quelque chose de plus positif. D’un geste, elle le retint par la main, le forçant à ne pas bouger et s’agrippa lestement à sa nuque pour l’embrasser doucement. Un petit « merci » sortit de sa bouche. Le remercier pour la balade ? Pour l’avoir accepter ? Est-ce que cela comptait pour elle ? La jeune femme arrêta de réfléchir purement et simplement. Agissant à l’instinct et tant pis si ça paraissait déplacé. C’était certainement aussi important pour lui et pas du tout ordinaire. Elle le fixa intensément et n’attendait pas vraiment de retour. Le visage de Tristan semblait montrer de la peine ou de la douleur. Qu’elle ne comprit pas mais soit elle n’allait pas le forcer à parler. Pourtant, il posa sa paume de main contre sa joue, encore un petit geste, tendre et apaisant. Elle voyait bien qu’il voulait dire quelque chose, se résigner, retenter… Patiente et immobile, elle attendit qu’il réagisse, que ce soit en partant ou bien en crachant le morceau.

Les mots qui sortirent de sa bouche la firent devenir rouge et elle bafouilla. Mais aucun mot, juste des bredouillements comme si elle cherchait à minimiser un peu l’importance du moment. Son cœur cognait fort dans sa poitrine. Pourquoi ? Pourquoi cette impression de fierté ? Elle ne pensait pas du tout à ce que les humains pouvaient se dire. Voler et dompter un dragon, voler SUR un dragon. N’importe quelle créature humanoïde se sentirait puissante de cette manière là. Sauf que Cassidy éprouvait un profond respect pour Tristan et ne le traiterait jamais comme une monture, comme une sorte de domination. C’était voler ensemble, en symbiose et malgré ce qui lui était arrivé et ce qui la repoussait des dragons, c’était aussi très important pour elle. Léger baiser sur le front alors qu’elle baissait les yeux, désarçonnée, sans savoir quoi répondre, sans savoir quoi dire… elle se racla doucement la gorge, voulut dire que cela lui plaisait aussi de voler avec lui mais les mots se perdirent dans sa bouche, alors qu’elle était pourtant si heureuse et touchée au fond d’elle. Mais incapable d’en dire plus, totalement vidée…

Elle l’avait suivi et attendit qu’il se transforme avant de monter sur son dos, avec un peu plus d’hésitation cette fois là. Même si ils avaient marché de nombreuses fois, même si elle avait volé avec lui tout à l’heure, Cassidy avait peur que le charme n’opère pas ou bien qu’elle tombe. Après tout, elle n’avait plus sa force, elle était assez fatiguée pour le moment. Le dragon avait émis un grognement rassurant pour l’encourager à venir. Elle avait obéi. Contrairement à ce qu’elle redoutait, il ne se passa rien de spécial. Le trajet fut bien court et Tristan planait plus, évitant de trop agiter ses ailes et semblait glisser dans les airs, en évitant les changements trop brusques d’altitude. Pour Cassidy, elle semblait surprise de tenir aussi bien en l’air même avec son manque de force.

Le vol avait été très court et lorsqu’il se posa dans un bosquet, la jeune femme glissa le long de son corps et atterrit sur le sol en pliant légèrement les jambes. Elle ignorait qu’il était autant en forme et même elle semblait éprouver quelques difficultés à se déplacer, malgré le fait qu’elle avançait plutôt bien. Ne se doutant pas que Tristan avait l’air en forme, elle ne fit aucun commentaire. Malgré tout, des passants déambulaient encore des les rues. L’heure était tardive mais certains profitaient encore un peu pour marcher à droite à gauche. Heureusement, il y avait moins de passage que tout à l’heure, et c’était pas plus mal. Cassidy, avec sa robe en sang, aurait soulevé bien des interrogations. Et voir un homme torse nu par ce temps aussi !

Ils étaient montés dans la chambre et Cassidy se mit à bailler à s’en décrocher la mâchoire, même si elle mit poliment la main devant. Avec des automatismes, elle se dépêtra de sa robe une nouvelle fois et râla pour la forme comme quoi ce genre de tenue était loin d’être pratique. Elle porta la robe devant elle et loucha sur les taches de sang. A la lueur de la lune, elles paraissaient plus sombres mais ici avec la lumière des Lumis et le feu de cheminée, elle avait tout le loisir de voir cette couleur écarlate qui avait dégouliné contre les pans de sa robe. Elle cligna une fois des yeux… un flash… puis une deuxième fois, nouveau flash. Elle ferma les yeux et se mordilla la lèvre inférieure en soustrayant son regard. Pourquoi ça faisait si mal ? Pourquoi était-elle si choquée ? C’était passé maintenant ! Mais la demoiselle avait bien du mal à passer outre. Tristan compris et rapidement il lui enleva la tenue des mains avant de prendre ses mains dans les siennes en les pressant avec douceur, parlant d’une voix rassurante et apaisante comme si il était déjà… rétabli.

Elle s’en voulait, elle se sentait responsable de ce qui s’était passé. Se mordillant une nouvelle fois la langue en l’écoutant. Une question brûlait sur ses lèvres. Elle n’arrivait pas à comprendre. Lui qui était un général, ce n’était pas rien après tout ! Alors les mots sortirent, brutaux, légèrement agressifs, en colère contre elle-même. Il ne semblait pas comprendre alors elle développa. Il répliqua, disant qu’effectivement on ne pouvait pas l’atteindre en temps normal. Elle se crispa et se sentit encore plus responsable. Si ils n’étaient pas sortis, si elle n’était pas habillée comme ça, si elle n’était pas avec lui… beaucoup de si…

*Tout est de ma faute… on aurait jamais dû sortir, je n’aurais jamais dû être avec lui… je vais lui faire du mal, beaucoup de mal… ça sera quoi la prochaine fois ? une épée plantée en plein cœur ? Pourquoi… pourquoi je pense comme ça ? Pourquoi je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose ?! Mais merde Cassy réveille toi bordel ! Tu croyais honnêtement pouvoir passer un moment sans catastrophe ? Et si…*

Cassidy sentit la pression de Tristan qui souhaitait encore l’enlacer. Mais cette fois elle était sérieuse ! Et il n’allait pas se dérober avec des câlins sans rien dire. Alors, elle le poussa avec ses mains, fermement, tendue et crispée. Il insista et la serra contre lui. En temps normal, la jeune femme aurait encore insisté, se serait débattue, aurait mordue. Elle ne supportait pas du tout qu’un homme ait une emprise, quelle qu’elle soit sur elle. Il lui mordilla l’oreille et Cassidy se mit à grogner tout en secouant la tête. S’ensuivit alors un très long discours fort étonnant, qui la fit rougir et la calma un peu. Il expliqua une histoire sur des implants magiques, qu’il ne pouvait rien faire face à ça et que même un guerrier aguerri aurait bien eu du mal à détecter ce genre d’individus. Elle grogna une nouvelle fois et baissa la tête avant de le regarder avec un mélange d’étonnement et de doute. Comment savait-il ce qu’elle pensait ? Ce n’était pas normal ça non plus… Elle n’avait pas parlé à voix haute. Cela la troubla au plus haut point et toute cette histoire l’effrayait. Qu’il soit maintenant capable de lire dans ses pensées, elle envisageait pas des meilleures choses. Et si il surprenait quelque chose par hasard qu’elle ne voulait pas qu’il apprenne sur le coup ? La jeune femme se mordilla la lèvre inférieure et pendant un bref instant dans son regard une sorte de crainte apparut même si elle fut remplacée très rapidement par une surprise franche.

Il s’excusait encore. Cassidy inspira profondément et s’écarta un peu de lui car il lui était difficile de discuter de cette manière là, sans pouvoir le regarder en face à face. Voix hésitante, un peu bredouillante alors qu’elle cherchait ses mots.

« Sois pas désolé, t’y es pour rien, tu n’as rien fait de mal et… c’est pas grave hein, ce sont des choses qui arrivent… »

Bon, elle était encore chamboulée car sa réplique était pour le moins maladroite. Elle baissa très rapidement les yeux et ne voulait absolument pas qu’il réponde, se confonde en excuses, dire que ça avait de l’importance. Pour l’instant, tout ce qui comptait pour Cassidy, c’était de se débarbouiller un coup, et enlever tout le maquillage qui avait coulé et rendait son visage digne d’un panda.

« Bon, je vais me laver… je reviens.. »

Peut être pas utile comme phrase mais elle le voyait ouvrir la bouche et avant même qu’il ne l’attrape par le bras, avant même qu’il lui bloque l’accès, la demoiselle avait fait volte face et avec une démarche de chat, elle s’était rendue dans la salle de bains. Pendant un instant, la demoiselle se laissa glisser contre un des murs, s’asseyant sur le carrelage proche du lavabo. Elle inspirait doucement. Tout ce qu’elle voulait, c’était passer un peu de temps seule, pour se remettre les idées en place. Elle aimait beaucoup Tristan, néanmoins la solitude était un passage presque obligatoire pour elle, du moins pour faire du tri dans ses pensées, se poser, écouter le silence… Elle était bien là même si le carrelage était un peu froid, la tête posée en arrière en inspirant doucement, tentant de… comment ça s’appeler déjà ? Méditer pour faire le vide. Mais ce n’était pas facile pour elle, car les images revenaient à l’esprit, toujours la même, toujours ce cri d’effroi. Elle sursauta un moment, un peu en sueur, le cœur battant à tout rompre.

Se passant la main sur la tête en grimaçant, elle s’essuya doucement le front et se relever. Elle se dirigea vers le grand miroir au dessus du lavabo et regarda son visage, pâle, boueux, le maquillage noir se répandant sur ses joues, le rouge à lèvres avait presque disparu de sa bouche. Cassidy fit couler l’eau et avec du coton, elle commença à enlever tout le maquillage. Si vous saviez le temps que ça mettait pour une personne pas habituée ! Entre le fond de teint, le far à paupières et vérifier qu’il ne restait plus rien, ce n’était pas évident. Un comble pour cette impatiente de base qui détestait perdre son temps dans des futilités. Elle tirait la langue pour mieux viser et il lui fallut plusieurs bouts de coton pour venir à bout du maquillage récalcitrant. Cela étant fait, elle se regarda dans la glace en faisant la moue, juste les sous vêtements ça irait, de toute façon, elle n’était pas d’humeur à faire des galipettes et Tristan devait se reposer.

Elle sortit enfin de la salle de bain et se glissa sous les couvertures sans demander son reste, bien plus calmée et ayant eu son moment de tranquillité. Tristan la rejoignit rapidement sans dire un mot de plus. Alors qu’il se couchait, elle le vit attraper le flacon d’huile mais la jeune femme se redressa pour stopper son geste, agrippant son bras. Elle parlait d’une voix inquiète et attentionnée à la fois, avec beaucoup de douceur. Le massage pouvait attendre.

« C’est bon Tris’… tu as eu de sacrés émotions pour aujourd’hui, je préfère que tu te reposes ce soir, on verra ça un autre moment d’accord ? Détends toi un peu… »

Oui se détendre, c’était la meilleure des choses à faire. Elle lui avait souris gentiment et il s’était exécuté en reposant le flacon, se calant un peu plus. Cassidy en profita pour caler sa tête dans le creux du torse du jeune homme, écoutant doucement les mouvements du cœur, les yeux ouverts, un peu perdu dans le vague à cause de ses pensées. Mais elle était bien fatiguée et tout s’embrouillait dans sa tête. Cette folle journée où elle avait été tirée partout, les danses, les feux d’artifices, l’ac… l’accident… elle se crispa une nouvelle fois. Et puis il profita du moment pour poser doucement sa main sur son épaule et commença à faire glisser la bretelle. Cassidy qui était en train de s’assoupir, se crispa d’un bond et releva la tête pour le regarder d’un air inquisiteur. Pourquoi diable voulait-il enlever son soutien-gorge ? Elle n’était pas trop d’humeur, il ne le savait pas ? Il répondit sincèrement qu’il voulait juste qu’elle se sente à l’aise. Bon c’est vrai, elle avait plus l’habitude de porter son bandeau qu’un soutien gorge fortement ajusté et même si sa poitrine était plutôt petite. Il s’était arrêté dans son geste et la jeune femme s’était calmée alors qu’il finissait de lui retirer ce sous vêtement. Cassidy ne broncha pas et ferma les yeux pour mieux se détendre. Tristan caressait doucement son dos et cela était bien agréable. Elle aurait pu s’endormir mais ses pensées étaient encore agitées tout comme une nouvelle question qui lui brûlait les lèvres. A force de se refaire le film de la journée, la demoiselle se demandait comment Tristan pouvait connaître la date de son anniversaire. Après tout, il lui avait bien dit qu’il ne gardait aucun souvenir de son enfance non ? Ce dur rappel lui fit comme un coup de poing dans l’estomac et elle se sentit bien mal à l’aise. Mais comment pouvait-il savoir ? Sans le vouloir, cette question sortit toute seule de sa bouche. Aussitôt Cassidy se sentit très mal à l’aise et se recroquevilla un peu plus contre lui. Cependant il la regarda et alors qu’elle détournait les yeux, gênée par sa question, il l’intima à le regarder à nouveau, souriant. Sa réponse était pour le moins surprenante et elle releva les sourcils si hauts sur son front. Il disait qu’il était désolé de l’avoir autant embêté mais il avait ses raisons. Elle fronça les sourcils. C’était marrant de l’embêter à la faire tourner en bourrique ? Elle n’était pas certaine d’apprécier au final. Il disait aussi qu’il l’avait vu quand il n’était encore qu’un nourrisson. Alors là, Cassidy restait perplexe. Il semblait si sûr de lui mais c’était impossible ! Comment pouvait-il avoir un souvenir en étant aussi petit ? A moins de faire de la magie, ce n’était pas possible… La magie permettait de dépasser les limites humaines. Mais il ne faisait pas de magie non ? C’était bien obscur et presque surréaliste. Le silence s’était installé entre eux alors que Cassidy tentait de digérer cette information qui n’avait rien de logique pour elle. Cependant, Tristan se permit de faire une réflexion encore pour le moins saugrenu mais qui eut le mérite de détendre l’atmosphère. Elle répliqua du tac et au tac et il répondit qu’il aimait ses cheveux. Cassidy qui le regardait d’un air moqueur se ravisa. Pourquoi il parlait de ses cheveux maintenant ? Là aussi ça la gênait…

Pourtant, il grogna et prononça son surnom tout en s’endormant, sa main se faisant plus lourde, comme apaisé.

Cassidy avait gardé les yeux ouverts. Elle réfléchissait encore une fois à cette révélation qui lui faisait peur pour l’instant. Pourquoi ? Elle devrait se sentir flattée qu’il se souvienne de ce genre de choses. Mais comment ? Pourquoi ? Il n’aurait sûrement aucune réponse à lui apporter pour ce genre de… phénomène. Des doutes elle en avait. Y avait-il une sorte de lien entre eux ? Elle fouilla dans sa mémoire si elle n’avait pas lu quelque chose de ce genre. Des âmes sœurs ? Heu nan pas possible… absolument impossible ! Ils n’avaient rien en commun du tout. Fallait bien avoir des ressemblances et lui c’était un dragon et elle… une non-humaine voilà ! Elle se crispa une nouvelle fois puis le regarda dormir. Un sourire s’étirait sur ses lèvres.

Cassidy resta encore un petit moment à veiller, se refaisant le scénario de la journée, de ce qu’elle avait appris. Mais le sommeil finit par l’emporter car elle était bien épuisée elle aussi.

Le lendemain matin, la demoiselle fut la première à se réveiller. Elle s’étira et posa instinctivement une main à côté, vérifiant la présence de son… compagnon. Pendant un instant, elle eut du mal à cerner la réalité du rêve ou du cauchemar. Mort ? Pas mort ? Là ? Pas là ? Mais sa main rencontra un torse chaud au toucher. Tendant les oreilles, elle entendait sa respiration tranquille, signe d’un sommeil lourd. La demoiselle s’étira et cligna des yeux avant de rester dans le lit. Très rapidement, tout ce qui s’était passé la veille lui revint en mémoire comme une bonne claque et elle se rendit compte de la chance ou du miracle qui s’était produit. Une chose était sûre, elle avait eu très peur et ne voulait pas perdre Tristan, du moins, pas de cette façon !

Elle serait restée encore un bon moment au lit avec lui, cependant, à force de réfléchir, ça commençait à l’agacer et prendre l’air lui ferait le plus grand bien. Tout doucement, comme une couleuvre, elle se glissa d’entre ses bras et roula discrètement près du bord du lit. Il grogna et attrapa un oreiller qu’il serra contre lui en prononçant son surnom. Un mince sourire apparut sur les lèvres de Cassidy. Il était quand même adorable comme ça… Elle espérait cependant qu’il ne se réveille pas entre temps, la jeune femme était presque persuadée qu’il serait déjà sur le qui-vive et dans la rue à la chercher partout. Cette impression fut un peu bizarre pour elle. Etait-elle sûre qu’il agirait comme ça ou bien c’était dans ses habitudes ? Bon il est vrai que lorsqu’elle quittait ses amants, certains de ces derniers la cherchaient. Mais elle avait toujours réussi à se faufiler et partir loin de la ville où elle faisait une halte.

S’habillant rapidement, elle enfila une tunique et un pantalon ample, poussant un soupir de soulagement et de bien être. On ne devient pas une princesse du jour au lendemain, surtout quand on passe plus de 6 ans à porter des tenues confortables. Une rapide couette, une cape et elle se faufila à l’extérieur.

Aujourd’hui, le temps était au beau fixe. Un grand soleil éclairait la petite ville dans laquelle ils se trouvaient et le ciel était d’un bleu clair magnifique. Il ne faisait pas trop froid malgré la saison. Cassidy inspira de l’air. Ces petits moments pour s’isoler lui étaient encore nécessaires et cela lui permettait de se ressourcer. De plus, dans cette tenue, elle passait inaperçue même si son beau minois ne laissait personne indifférent. Les gens étaient enthousiastes dans les ruelles alors que l’on rangeait déjà le matériel de la veille. La bonne humeur régnait et cette dernière était communicative. Pendant un instant, elle oublia ses soucis de la veille. Bien que certains endroits lui rappelaient des bribes de souvenirs, comme ce magasin où elle avait testé tout un tas de tenues, cette ruelle où ils s’étaient embrassés à l’abri des regards. La jeune femme se mit à rougir en repensant à ces moments et l’image de Tristan s’imposa à son esprit. Pendant un instant, la chaleur de ses bras lui manquait et elle aurait bien aimé se reblottir contre lui, comme un besoin impérial. Cassidy secoua la tête. Elle avait besoin de s’aérer l’esprit.

Marcher sans être coincée dans sa robe avait quelque chose de libérateur. Elle n’avait pas la démarche chaloupée des autres dames et ressemblait plus à une paysanne qu’à une princesse et au moins, cela lui évitait bien des regards. Elle déambulait à droite à gauche, flânant à travers les boutiques, regardant les gens qui se croisaient et prenaient le temps de discuter entre eux, les voyageurs qui traversaient la ville, les marchands qui remplissaient ou déchargeaient leurs chariots. C’était bien animé. Soudain, un doux fumé attira son attention et elle en eut l’eau à la bouche. Tournant la tête, elle aperçut une boulangerie et à l’odeur qui se dégageait, le pain devait être tout chaud et croustillant. Le ventre de Cassidy se mit à gargouiller. Portant la main à sa ceinture, elle se rendit compte qu’elle avait machinalement prit la bourse que Tristan lui avait passé. Voilà qui allait être bien utile. Ni une ni deux, elle entra dans la boulangerie d’un air entraînant, prête à dévaliser les stocks. Elle ressortit les bras chargés de petits pains chauds, croissants, pains au chocolat… puis elle retourna à l’auberge et demanda un plateau au gérant amusé par le manège de la demoiselle.

Tout doucement, elle rentra dans la chambre et déposa le plateau sur le chevet du côté de Tristan. Heureusement, ce dernier dormait comme une masse et il n’avait rien entendu venir. Elle s’était appliquée à faire du café, un grand bol de chocolat et avait disposé les diverses victuailles autour. Puis elle enleva ses vêtements qu’elle posa… au milieu de la chambre en vrac pour se reglisser sous les couvertures.

Cassidy regarda Tristan dormir encore un petit moment. Elle passa doucement la main dans ses cheveux et il fit des bruits de satisfaction. Puis elle entreprit de le réveiller en déposant de légers baisers sages le long de sa mâchoire, remontant jusqu’à ses joues. Il ouvrit un œil, puis l’autre et c’est avec un grand sourire que Cassidy l’accueillit.

« Salut bel endormi… »

Il grogna une nouvelle fois en l’attirant vers lui, faisant une petite réplique qui la fit rire. Cependant, elle ne lui laissa pas le temps de parler et lui montra le plateau.

« Je… je t’ai ramené quelques trucs… j’espère que ça te conviendra… »

Cependant, Tristan pensait à un autre type de petit déjeuner. Il semblait en pleine forme et aussi… un brin intéressé par le sublime corps à côté de lui plutôt que la nourriture. D’un geste, elle attrapa une des brioches et le fourra dans sa bouche, le faisant loucher.

« Hey ! D’abord tu reprends des forces, ça va refroidir sinon ! »

Sa voix était bien autoritaire et ne souffrait d’aucun répit. Il obéit sagement en mangeant sa brioche. La demoiselle était cependant un brin embarrassée, même si elle était de bonne humeur et fortement soulagée de voir que Tristan allait bien. Après tout, ça comptait pour elle… mais lui dire ? Ca elle n’était pas encore prête ! En même temps elle ne savait pas quoi lui dire pour faire la conversation. Alors qu’elle était occupée à caresser ses cheveux, elle inspecta sa cicatrice qui se refermait très vite. Eh bien sacrément rapide la guérison !

« Les dragons cicatrisent vite. C’est pas plus mal… »

Il la regarda d’un air plus sérieux mais elle lui coupa la parole, ne le laissant pas parler.

« Non mais c’est vrai, tu as eu beaucoup de chance. Un humain normal ne se serait jamais relevé avec un tel coup… »

Mais il la regardait toujours avec insistance. Pourquoi ne le laissait-elle pas parler ? Peut être parce qu’elle ne voulait pas entendre qu’elle était en partie responsable de sa guérison, ce qu’elle ne croyait pas et cela dur comme fer ! Alors elle changea de conversation.

« Tu as prévu des choses aujourd’hui ? Faudrait pas qu’on rentre trop tard non plus… si je veux travailler demain, j’aimerais avoir une bonne nuit de sommeil sur place, je ne récupère pas aussi vite que toi ! »

Un léger rire sorti de sa bouche et elle semblait toute intéressée par des tartines beurrées qu’elle s’était préparée dont une qu’elle mangea tout en l’écoutant faire ses propositions. Elle était bien d’accord avec toutes ses idées et se réjouissait d’avance de faire tout ça. Pendant la nuit, Cassidy avait réfléchi, elle allait se faire un peu plus présente et vraiment profiter de ces moments. Au diable les interrogations ! Elle détestait se prendre la tête ! Et pour le moment tout ce qu’elle désirait, c’était profiter voilà !

Il l’avait taquiné, tourné sur le lit une fois le déjeuner englouti, souhaitant commencer par une petite entrée des plus agréables, voulant profiter de son beau corps. Cependant, la jeune femme était plus sage et raisonnable. Elle l’avait doucement embrassé sur le front avant de se dérober et sortir du lit rapidement.

« Oh là ! Laisse toi le temps de récupérer jeune homme ! Et puis je ne veux pas te… casser alors que tu as prévu tant de choses… sportives pour aujourd’hui tu ne crois pas ? »

Il ne semblait pas d’accord et voulait lui prouver qu’il avait de l’énergie à revendre mais déjà elle s’était enfermée dans la salle de bain en riant. En ressortant, Cassidy portait une tenue plus masculine, bien qu’elle lui allait très bien tout en moulant ses fesses, ce qui lui donnait le plus beau des effets. Ses cheveux étaient détachés et elle avait un sourire mutin sur les lèvres. Tristan s’était aussi préparé de son côté.

Finalement ils sortirent de l’auberge. Assez rapidement pendant qu’ils marchaient, la demoiselle avait pris Tristan par le bras volontairement, comme le ferait un couple. Elle semblait plus joyeuse et lui parlait de choses et d’autres, de feux d’artifices, lui demandant comment ça fonctionnait. Elle se montrait curieuse aussi. Cependant, alors qu’ils traversaient une rue, ils se retrouvèrent nez à nez avec des personnes qu’ils n’auraient pas voulu croiser… Cassidy reconnut bien rapidement les pirates de la veille.

D’un coup, tout lui revint en mémoire, elle se crispa et serra si fort le bras de son compagnon qu’elle risquait de le broyer. Son regard se fit plus haineux alors qu’elle jetait un coup d’œil à ces hommes qui allaient lui gâcher sa journée ! Et cependant, un fait étrange était observable devant leurs yeux surpris. Les rustres se tenaient étrangement. L’un s’appuyait sur un bâton, un autre avait le bras bandé… ils étaient couverts de bleus et de cocards. L’un d’entre eux avait la lèvre fendue. Et tous n’avaient… plus de barbe ! Ou du moins elle avait été sauvagement rasée et sciée sans aucun ménagement. Un des goujats ne semblait pas être là non plus… Lorsqu’ils virent le petit couple, leurs yeux devinrent effrayés, ils sursautèrent et rebroussèrent chemin, du plus vite que leur permettait leurs blessures.

Cassidy était abasourdie et clignait des yeux en les regardant détalés puis en observant Tristan.

« C’est toi qui… »

Son visage exprimait aussi de la surprise. A moins qu’il soit somnambule, il n’avait pas l’air au courant de cette altercation. Cassidy se gratta la tête, un instant surprise. La rage et la haine avaient été remplacées par de la perplexité. Puis elle haussa les épaules. Ils s’étaient peut être battus contre un groupe plus fort qu’eux et n’avaient eu que ce qu’ils méritaient. Cela consola la petite demoiselle qui y vit là une vengeance parfaite. Tout se paye un jour ou l’autre…

Elle continua son chemin avec Tristan et ils arrivèrent à une place où les gens s’amusaient à sculpter des formes dans la glace et même des enfants se prêtaient au jeu avec des morceaux de glace plus petits. Cassidy retrouva son côté entraînant et attira Tristan vers un morceau de glace qui n’était pas pris.

« Oh allez tu pourrais bien essayer ! »

Tristan ne semblait pas vraiment convaincu. Alors elle utilisa la manière forte en l’embrassant passionnément, et devant tout le monde tout en faisant tourner les têtes et pousser des hoquets de surprise à certains.

« Juste pour moi… étant doué de tes mains pour… certaines choses, je suis sûre que tu ne rencontreras pas de difficulté à manier un marteau et le burin ! »

Phrase totalement provocante et sourire qui s’élargissait. Elle s’était reculée, tenant ses mains sur ses hanches et le regarda avec défi.

« Mais si tu veux pas, je peux bien essayer… ou bien tu préfères que je serve de modèle ? »

Elle lui tira la langue avec un air malicieux et un regard rempli de complicité. C’est qu’elle avait bien envie de le voir se prêter au jeu !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 22 Jan - 20:23

Elle avait l’air perdue, égarée. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Tout semblait irréel, même pour moi qui peinais à récupérer mes sens et à m’appuyer dessus pour me relever, exister. Mais le soldat en moi ou le dragon, je ne sais pas, peut-être les deux… ou peut-être que le dragon était plus fort encore que le soldat, lui, il restait calme. Il restait calme parce qu’il savait se comporter dans la bataille, agir… Mes instincts se réveillaient avec ceux de la soif de tuer, de crier vengeance.

Le dragon haïssait le défi de ces êtres inférieurs qui avaient défié un roi du ciel. Qui étaient-ils donc, ces misérables vers de terre qui défiaient ma suprématie ?! Qui étaient ceux à s’opposer au règne de mon espèce sur la magie et la vie, les terres, les mers, les cieux ?! C’est vrai, le sang qui coule dans mes veines est bouillant, bouillant comme la lave des volcans, le magma en fusion qui éclate et ravage tout sur son passage. Il parait que c’est normal… A cause de ma jeunesse, à cause de mes origines. Le sang des dragons mêlé à celui si faible et diffus à côté, des Drakkaris, peuple belliqueux pour ne pas dire barbare, dont la couleur des cheveux reflète si bien la soif insatiable qui les anime, la soif de sang. Le sang de dragon a dévoré depuis longtemps, alors même que j’étais toujours dans le ventre de ma mère, celui humain, la moitié du génome qui m’a pourtant fait exister. Mère… Comment pourrais-je te dire qu’au final je ne suis même pas vraiment ton fils… Celui-ci est mort dans ton ventre. Tu l’as senti je crois… D’une façon ou d’une autre, tu l’as senti cette nuit-là, quand tu t’es réveillée en sursaut, moite de sueur, les joues ruisselantes de larmes. Je te demande pardon… Je ne te renie pas tu sais… Je tiens tellement à toi. Plus que je ne le devrais, je le sais bien. Je dois le cacher, j’ai peur de ce qu’on pourrait te faire si mon attachement à ton égard était perçue. Je pense que tu détesterais davantage mon père, que tu haïrais les dragons… Mais ils ne font pas exprès tu sais… C’est ainsi… Nous sommes ainsi. A l’origine, nous étions autre chose, je le sais, je le sens… Mais il y a eu… Je ne sais pas ce qu’il y a eu, quelque chose s’est brisé, nous a contaminé. Nous ne sommes pas méchants tu sais… Mais avant, je sais que nous ne percevions pas les humains comme c’est le cas aujourd’hui… Ton fils est mort dans ton ventre et pourtant tu as aimé de toutes tes forces l’enfant dragon que tu as mis au monde. A l’époque je n’en avais pas l’air, je le sais. J’étais seulement humanoïde, ressemblant juste énormément à mon Drakkari de père, le lâche, l’ordure inhumaine qui t’avait abandonnée en prétendant te protéger alors qu’il s’était juste lassé de toi et de la moiteur de tes cuisses. Il est dangereux… Tellement dangereux. Je suis pourtant soulagé qu’il soit parti depuis si longtemps, qu’il t’ait « oubliée ». Je craindrais trop de le voir surgir dans ta vie autrement et te faire du mal. Je m’inquiète trop pour une humaine, c’est anormal je sais, je le cache, ils ne sauront rien. J’aurais voulu tout te dire, tout te raconter, tout t’avouer… Te parler de mes hormones qui se sont réveillées et ont fait naitre ces pulsions malsaines qui ont nécessité que tu m’envoies dans cette école… Te raconter la découverte, la peur, cette peur terrible qui me tordait le ventre en comprenant que tout ce que je savais ou pensais savoir était faux. Te parler des découvertes, des mutations, de la douleur, de l’oubli, cet oubli donnant tellement l’impression d’une seconde naissance et d’une mort tout aussi prégnante. Te raconter les entrainements, tous, quels qu’ils soient, si difficiles… la découverte de ce monde différent, de ces personnes, de mes semblables, de mon peuple… Tu aurais écouté, parce que tu as toujours été une bonne mère, même si je ne m’en souviens pas, je le sais… Je crois que ce que ma mémoire a effacé, mon corps l’a ancré au plus profond de ma chair. Tu aurais écouté mais tu n’aurais pu rester forte et stoïque, tu aurais pleuré comme tu as pleuré mon père pendant des années, persuadée que je n’entendais pas tes sanglots. Ca non plus mon corps ne l’a pas oublié, j’ignore pourquoi… Mais je crois que tu m’aurais aimé malgré tout… Mais si j’avais été cette chose différente dès le début ? Si le bébé que tu avais mis au monde s’était transformé en dragon devant tes yeux ? Qu’à la place de la peau délicate se serait retrouvé le cuir épais et si solide de mes écailles qui sont pourtant si bizarrement douces au toucher ? Si tu avais mis au monde un bébé dragon ? M’aurais-tu aimé quand même ? Ou aurais-tu mis fin à la vie du monstre que tu avais engendré ?

J’aurais dû être mort, je le savais… Ce n’était pas la première fois que cela m’arrivait. Enfin ce cas-ci ne s’était encore jamais présenté. J’avais connu les embuscades, une guerre sanglante, des bourreaux atroces, des chutes, des accidents de toute sorte mais me faire ainsi totalement anéantir alors que j’étais avec une demoiselle non. Mon honneur en prenait un coup terrible d’ailleurs !
Là où plus rien n’aurait dû exister j’avais pourtant gémi. Oui j’aurais dû être mort, ce crétin n’avait pas juste éclaté les os de mon crâne, il avait touché mon cerveau mais apparemment pas assez, dommage pour lui… J’avais gémi mais j’étais trop faible, il faisait froid, j’avais mal tellement mal dans chaque fibre de mon corps. Et puis il y avait eu le contact de ses lèvres brûlantes contre les miennes gelées. Son corps était pourtant beaucoup moins chaud que le mien d’ordinaire mais à cet instant, la vie m’avait presque quitté… Il se passa quelque chose, je ne sais pas, la chaleur qui m’envahit était si rassurante et apaisante, la douleur reflua tant que je crus être mort.


Sans comprendre ce qu’elle faisait, ce qu’elle était capable de faire, d’autre que tuer alors que tant de noirceur s’étalait sur sa peau, Cassidy avait activé quelque chose. Elle avait activé sa magie, une bonne magie, une magie puissante et régénératrice mais pas seulement. Elle avait activé quelque chose chez Tristan…
Il se redressa, l’embrassa à son tour, avec tant de force, tant de hargne de vivre que ce n’était décidément pas le baiser d’un être agonisant. Il s’était redressé, relevé, prêt à faire face à leurs adversaires. Mais elle pouvait être en danger s’il se battait… Même s’il avait vu les marques sur son corps, son air de démon sorti des livres d’histoires. Il n’eut aucun geste de recul, aucun comportement laissant paraitre un quelconque dégoût. Il était juste debout humain… puis dragon…

Ma tête me faisait atrocement mal et pourtant je m’étais relevé, vivant, enfin plus ou moins.
Je rassemblais mes esprits tandis que les gestes automatiques revenaient. J’allais me battre, j’aurais pu me battre. Je l’aurais fait si j’avais été seul je crois. Mais il y avait des risques pour elle que je n’étais pas prêt à courir. Je m’étais transformé, elle avait compris, nous nous étions enfui par la voie des airs. Le reste demeure flou. Malgré ma façade de bien-être, de sérieux, mon corps ne guérissait pas sans conséquence. Les évènements qui arrivaient risquaient de demeurer flous et les souvenirs quelque peu instables. Tant qu’il ne se passait rien de grave ou d’important, ce n’était rien. L’avantage d’être un dragon des airs, du ciel, plus fait pour le vol que pour toute autre chose est sans équivoque la puissance explosive de mes muscles, la taille de mes ailes. Je n’ai pas besoin de courir sur une distance longue ou courte d'ailleurs pour prendre de l’élan et mon envol, je peux le faire certes, et je le dis là, le temps d’éprouver mes muscles, préférant le faire avant que de me rendre compte de leur faiblesse en plein vol… Mais je n’en avais pas réellement besoin. J’étais même capable de décoller sans bouger de ma place, enfin disons en faisant une poussée puissante sur mes pattes pour sauter. Cette faculté est tout de même très pratique, aucun risque d’être coincé dans une forêt ou une route trop escarpée… Mais je suis par conséquent beaucoup plus léger que mes camarades, moins résistant… Je compense par mon corps d’humanoïde, heureusement !

De ce dont je me souviens j'avais donc un peu couru, pour être sûr de mes forces, je m'étais envolé, nous avions volé loin de ces fous, ces énergumènes que j’aurais tant voulu tuer… Il y avait cet endroit, un havre de sécurité le temps que je récupère. La douleur persistait même si je faisais la sourde oreille. Cassidy n’allait pas bien. Outre les manifestations magiques qui l’entouraient et qui étaient tellement sombres il y avait dans son regard cet égarement, cette folie tellement normale… Elle m’avait vu mourir… ou tout comme. Et même si je n’étais pour elle qu’un agréable camarade de jeu capable de lui apprendre les merveilleux plaisirs de la chair, je me disais qu’au fond, je comptais pour elle. Pas parce que je lui avais fait ces cadeaux, tellement trop ce jour-là c’est vrai… mais je ne sais pas, c’était une certitude, à cause de la manière dont elle me regardait. Comme si elle me détestait, comme si elle me détestait tellement de lui avoir fait si peur, comme si elle me détestait de lui avoir laissé croire qu'elle allait me perdre.


Je crois me souvenir du choc de son corps qui se rebellait, la magie encore cette magie puissante qui faisait vibrer l’air autour d’elle, la peur de me faire du mal aussi. La douleur et l’étourdissement de ma convalescence me rendaient peut-être plus débile que de raison, je l’avais prise dans mes bras envers et contre tout, consolée comme je pouvais. Je crois que j’avais parlé aussi, je crois me souvenir de mes lèvres bouger tout près de son oreille alors que je la serrais fort contre moi mais je ne me souviens plus de ce que j’ai pu dire… Je me souviens de la vue de ses bracelets de force aussi… Ca m’avait tout de suite intrigué c’est vrai qu’elle les garde. Mais je n’avais jamais posé de question. Je me disais qu’ils cachaient probablement d’autres marques du calvaire qu’elle avait vécu et qu’elle pouvait ainsi dissimuler. Je savais qu’elle les enlevait quand elle était seule, complètement seule, enfin elle le devait, autrement sa peau finirait par en être trop abimée… Ca m’avait surpris mais je n’avais rien dit… Qu’elle y tienne n’avait rien de surprenant, pour ce qu’ils devaient cacher surtout. Et puis… pour être tout à fait honnête, quand elle était totalement nue, si magnifique, si… superbe, ne portant plus que ces hauts maintiens de cuir sur ses avant-bras, elle avait un côté femme guerrière, amazone terriblement sexy. Ca ne devait laisser indifférent aucun homme… Absolument aucun !

On s’était réchauffé dans les sources je crois, un peu et puis nous étions rentrés. Elle m’avait retenu à un moment pour m’embrasser il me semble, mais je n’en étais pas totalement sûr… J’avais pu voler malgré ce que je pensais. Je guérissais plus vite que d’ordinaire, vraiment plus vite et je me doutais que son baiser n’y était pas étranger. La magie qu’elle m’avait transmise, je l’avais ressentie ! Tout restait pourtant instable, irréel, étouffé par la douleur et le caractère fantasque de ce qui nous arrivait. Cassidy semblait différente. Elle avait pris soin de moi, nettoyant ma plaie qui devenait déjà une cicatrice, me débarrassant du sang qui me barbouillait, mais elle était ailleurs. Perdue. Crispée… Prête à craquer, se retenant à je ne sais quoi pour rester debout. Certes elle avait craquée et sangloté longuement dans mes bras mais il y avait autre chose. Elle ne s’en remettait pas. C’était trop d’un coup. Elle avait eu peur, tellement peur…
J’avais envie de la rassurer mais j’étais plus fatigué que je ne le pensais… J’avais tellement sommeil et tellement besoin de dormir, je le savais, pour récupérer mes facultés… Mais elle n’allait pas bien. On avait parlé encore je crois. Je me sentais prolixe, capable de tenir de longs discours cohérents et clairs, moi qui en temps normal avait tant de mal à être sincère là dedans… Un comble…


Elle m’avait repoussé à plusieurs reprises, pas méchamment… mais elle me repoussait. Ca me faisait mal au ventre… Quand elle était partie dans la salle de bain, je m’étais retrouvé seul avec la douleur et l’étourdissement. Mon envie de m’allonger sur le lit et de fermer les yeux était forte, vraiment et j’y aurais accédé avec plaisir si je n’avais pas eu l’étrange sensation que je devais l’attendre, qu’elle n’allait pas bien, toujours pas, malgré mes explications. Parce qu’on avait parlé… Mais les mots m’échappent.
Elle m’avait rejoint et nous nous étions glissé sous les couvertures. Elle m’avait arrêté alors que je voulais la masser et même si elle avait raison, quelque part, ça me fit mal. J’étais un peu surpris de ce besoin impérieux que j’avais eu de la toucher près des sources, de ce besoin que j’avais encore. Je sentais bien les pulsions qui commençaient à agiter mon corps, mais je les maitrisais sans difficulté, grâce à la fatigue sans doute. J’obéis, cachant ma déception en comprenant qu’elle ne cherchait qu’à être gentille ou à me repousser encore l’air de rien, je ne sais pas. Elle s’était allongée tout contre moi et j’avais oublié instantanément cette frustration, respirant l’odeur de sa peau et celle de ses cheveux, celle du savon doux qu’elle avait utilisée pour se démaquiller… Je me sentais bien… Mais j’avais remarqué le soutien-gorge qu’elle avait gardé au lieu de l’ôter et d’enfiler une nuisette ou une tunique, bien plus agréable pour dormir. Sans la brusquer j’avais cherché à l’en débarrasser. Pas pour la tripoter, loin de là ! Juste parce que ce n’était pas très confortable et qu’elle risquait d’en avoir mal demain… Mais elle se crispa si violemment que j’eus l’impression de me brûler. La manière dont elle me regardait… Comme si… comme si j’étais l’un de ces monstres qui lui avait tellement fait de mal, l’un de ces enfoirés qui l’avaient forcé à se soumettre à leurs caprices et leurs désirs bestiaux. Ca me fit mal, tellement mal, tellement, tellement mal… Mais c’était ma faute… Je n’avais pas vu la barrière qu’elle avait dressé entre nous même en se blottissant contre moi. Quelque chose s’était passé cette nuit, quelque chose qui avait fait que j’étais différent à ses yeux, que le jeu prenait fin. J’aurais dû m’en douter… Quand j’avais voulu me déshabiller pour la prendre contre moi aux sources elle s’était tant crispée, m’avait repoussé… Bien sûr j’aurais eu envie d’elle d’un seul baiser trop passionné, je le savais, je l’avoue, je suis faible, mon corps lui est particulièrement faible…  Mais ce n’était pas dans mes intentions et même si des étreintes passionnées auraient été savoureuses pour se rassurer, je me savais assez amoché pour risquer de la décevoir… Qu’elle ne soupçonne chez moi que des pensées lubriques, même si elles l’étaient très largement en général, ça me blessait… Là, dans le lit que nous partagions, je crois que j’eus plus mal l’espace d’un instant que ce que cette hache m’avait infligé. L’horreur dans son regard, cette horreur qu’elle chassait immédiatement au profit d’une lueur juste colérique, blasée et lassée, pour ne pas montrer la faiblesse de la peur qui s’attachait encore à tout son être… Quoi qu’elle dise, même si elle jouait la carte de la fille insensible, aux besoins impérieux, il restait la peur de ce que les hommes pouvaient lui faire, de ce qu’ils lui avaient fait… Je comprenais à quel point elle devait haïr son corps, de toutes ses forces, pour ce qu’il l’obligeait à faire, satisfaire ses pulsions alors qu’elle devait haïr les hommes et les trouver si monstrueux. Je me sentis mal, misérable, méprisable. L’étourdissement encore présent de ma blessure me faisait agir comme si de rien n’était, avec douceur, mais en vérité, j’encaissais tout ça, blessé, tellement blessé de ce que je découvrais. Je ne valais pas mieux que les autres finalement à ses yeux. J’étais même peut-être pire… Mais qu’espérais-je au final ? Ca ne changeait pas grand chose… Je n’étais ici que de passage, je n’étais qu’une distraction passagère qui s’en irait bientôt pour elle.
On parla encore… Elle en avait besoin. Les mots venaient facilement ce soir-là, je disais tout avec tellement de facilité, d’honnêteté… J’en venais à craindre ses questions et de ce j’y répondrais. Certaines choses… ne devaient pas être demandées.
Mes compliments semblaient la gêner encore. Je souris. Pourtant ça me rendait seulement triste.


Le jeune homme s’était réveillé au cours de la nuit.
Il faisait sombre dans la pièce même si ça ne gênait pas sa vision nocturne. Il observa un instant la jeune femme blottie contre lui, apaisée, enfin dans son sommeil, récupérant d’une journée harassante, pleine de stress et de désespoir, de peurs, de craintes… de malaises. Il tourna machinalement la tête vers la grande fenêtre de son côté qui donnait sur la forêt. L’auberge étant légèrement surélevé et comme ils se trouvaient au dernier étage, la vue du ciel était relativement dégagée. Voir le ciel le rendit nostalgique. Rien n’était plus simple, plus naturel que de voler. La vie humaine, qu’il jalousait secrètement, lui semblait finalement bien plus compliquée que prévue.


Etant seul avec mes pensées, je regardais l’extérieur en me rendant vaguement compte de l’absurdité de ce qui nous arrivait. Pauvre Cassidy… Je l’avais entrainée dans cette ville et même si j’étais animé des meilleures intentions je me rendais bien compte que j’en avais fait beaucoup trop… et qu’elle était loin, très loin de l’image que je me faisais d’elle. Derrière la façade de la demoiselle effarouchée, blessée par la vie et le monde, j’étais persuadé que se cachait une jeune femme belle, douce, sensible, pas faible loin de là, mais une fille… parce qu’il existe une fille derrière toutes les guerrières, qui aimerait mes attentions, mes cadeaux, qui aimerait ces trucs de filles que je ne comprenais pas toujours. Une véritable princesse... Pourquoi... pourquoi est-ce que l'image de cette jeune femme m'était apparue. Elle, juste, elle, en robe parfois, en tenue plus cavalière mais si séduisante, ce regard de joie, ce sourire étourdissant de beauté, cet apaisement, cette détente dans sa manière d'être. Une princesse... Derrière l'effarouchée, derrière la sauvageonne, je jure avoir vu une princesse qui ne se cacherait pas derrière des propos grossiers, tellement masculins, camouflant si bien sa voix, sa magnifique voix de cristal, claire, pure, si féminine, pas faible, juste femme... Au lieu de ça… J’avais essayé de lui apporter trop de ce qu’elle ne souhaitait absolument pas. Je l’avais forcée… J’avais essayé de la changer… alors qu’en réalité je ne voulais que la gâter, la faire demoiselle de conte de fées elle qui avait été si injustement ébranlée par de mauvaises choses, si mauvaises choses…Les robes, les bijoux, la danse, la fête, tout ça… Ca appartenait à mon monde, pas au sien. Un monde certes agréable, confortable, idéal de l’extérieur mais bien plus complexe que ce qu’en imaginaient les jaloux, bien plus difficile, bien plus cruel et macabre. Un monde de faux-semblant et de bonne image, un monde de mensonge, de complot… Et je l’avais forcée, malgré moi, à ressembler à un idéal dans lequel elle était la belle demoiselle à mon bras pour ces horribles soirées ennuyeuses. Une demoiselle, que beaucoup me jalouseraient, et pour laquelle je n’aurais pas à faire semblant… Faire semblant d’être bien, d’être parfait quand je n’en aurais aucune envie. Avec elle, j’aurais un peu moins menti, un idéal dans lequel la femme qui m’accompagnerait ne serait pas un mensonge de plus dans ma vie tortueuse… Mais Cassidy n’était pas ainsi, ça ne lui plaisait pas. Je l’avais compris… Avec un temps de retard, parce qu’égoïstement j’espérais me tromper. J’étais un imbécile d’égoïste… Comme tous les dragons… La soirée… Elle en avait détesté la majeure partie. Elle n’avait pas aimé la danse, elle n’avait pas aimé les regards des autres, elle n’avait pas aimé être mise en valeur, elle avait détesté apparaitre si belle, elle avait haï l’image que je renvoyais d’elle, cette image de femme. Et moi, tout content, auprès de ma poupée parfaite, je n’avais pas vu le mal que je faisais. Toutes ces choses… Ca ne lui avait pas plu… Ca m’avait plu, ça avait plu à mon fantasme tordu. Ca avait plu à mon imbécile de cerveau qui voulait voir tellement dans cette fille si belle, si forte. J’avais envie de rester près d’elle, je me sentais bien… Mais mon monde… elle le détesterait. Je n’avais pas le droit de lui imposer ça. Cette idée me coupait le souffle, j’avais mal au torse, une boule énorme m’empêchait de respirer, une autre comprimait mon estomac et je sentis un vent de panique gagner mon corps qui se tétanisait. Je fermais les yeux pour me détendre, respirant lentement. Nous n’avions rien convenu réellement… Mais je n’étais qu’un amant de passage pour elle. J’avais tendance à l’oublier. Mes réflexions précédentes me revenaient avec celle si désagréable du souvenir de son corps crispé contre le mien, pas de plaisir mais de refus. Elle m’avait repoussé, plusieurs fois au cours de cette soirée. Ca me faisait mal… vraiment mal… Oui… J’étais probablement comme tous les autres. J’étais probablement pire que les autres…

Malgré ses pensées sombres et d’une profonde tristesse, Tristan s’était lentement détendu. Il était un dragon et le dragon avait appris à repousser tout ce qui pouvait l’atteindre. Le début des émotions ressentis fut étouffé rapidement. Parce qu’il n’était pas censé ressentir tout ceci. Il ne pouvait pas être malheureux d’aimer une demoiselle puisqu’aimer lui était impossible…
Le lendemain, les douces caresses de la jeune femme l’éveillèrent et il avait alors tout oublié de sa torture mentale, pour l'instant, qui ne datait que de quelques heures plus tôt. Il ouvrit paresseusement un oeil puis un autre, un sourire magnifique venant éclairer son visage alors qu’il la voyait. La lumière qui s’engouffrait par la fenêtre venait illuminer ses marques dorées et réduire ses pupilles à de minuscules têtes d’aiguilles, rendant son regard plus clair, plus ambré encore que d’ordinaire. Qu’elle était belle, la petite demoiselle appuyée sur un coude à côté de lui, qui caressait doucement, du bout des doigts, l’angle de sa mâchoire qui n’avait toujours pas l’ombre d’une barbe. Il vint passer un bras autour d’elle pour l’attirer contre lui en marmonnant.

Mh… Voilà un réveil intéressant…

Il frissonna au contact de sa peau contre la sienne, soulevant légèrement la couverture qui les recouvrait. Il vit les bandages qui ceinturaient la poitrine de la demoiselle de nouveau et la lubricité qui envahit son regard de l’envie de les lui ôter trahit aussitôt son appétit… peu alimentaire.
Il l’entendit bien parler d’un petit déjeuner et il fit l’effort d’y jeter un bref regard mais c’était bien difficile de résister à l’appel de son corps. Un peu trop difficile.

Je suis en effet… affamé…

Sauf qu’il ne disait pas ça en regardant le plateau mais en déposant un baiser dans son cou, faisant glisser l’une de ses mains sur sa taille. Heureusement qu’elle était vive et réactive et fit cesser rapidement les avances du jeune homme, connaissant sans doute trop bien l’effet de ses caresses. Il grogna pour la forme mais obéit tout de même sagement, conscient qu’elle s’était donné du mal. Elle réaborda l’histoire de leur mésaventure, de sa blessure mais ne le laissa pas pour autant parler de la magie dont elle avait fait preuve. Même s’il s’attendait à ce que ce sujet la bloque quelque peu, il fut surpris de l’évitement acéré dont elle faisait preuve. Soit… il ne l’embêterait pas…
Pendant qu’ils mangeaient elle parla de rentrer et de ce qu’il avait prévu. Il mâchonna tranquillement, prenant son temps pour répondre, lui proposant différentes idées selon son envie. Quelque part les traces de sa réflexion de la nuit se réveillèrent, pas pour ses sombres pensées, plutôt pour l’idée de lui imposer certaines choses qui ne lui plaisaient pas…

Il y a pas mal d’activités aujourd’hui avec la fête… On peut aller se promener, il y a des petites randonnées très jolies, des cascades gelées à voir apparemment… Il y a aussi des concours durant la journée pour s’amuser, de lancer de boules de neige, de bonhomme de neiges, de sculptures sur glace, de luge… auxquels assister ou participer. Pour le retour ne t’inquiète pas, j’ai déjà réglé les détails, on ne rentrera pas tard.

Elle semblait plutôt enthousiaste. Il reposa doucement le plateau sur la table de chevet après leur petit déjeuner et se tourna vers elle, lui attrapant doucement une cheville pour la tirer dans le lit en position allongée et plus assise comme une seconde plus tôt. L’une de ses mains brûlantes vint se glisser contre sa hanche alors qu’il se pressait contre elle, s’emparant fiévreusement de ses lèvres au goût chocolaté, glissant lentement son visage dans son cou qu’il couvrait de baisers en chuchotant.

J’ai aussi une très bonne manière de commencer la journée… par des échauffements… hum… efficaces… très efficaces.

Sauf qu’elle s’esquiva habilement, glissant entre ses bras, roulant sur le lit et en sortant  rapidement. Tristan fixa un peu hébété le vide entre ses bras puis la demoiselle debout qui lui souriait en mettant fin à ses idées lubriques. Elle tint alors des propos pour le moins… encore plus abrutissants pour le jeune homme qui écarquilla les yeux lentement au fil de son discours pourtant bref.
… Elle était en train de le traiter de pré-pubère ou quoi ?!!!!! Elle le sous-estimait là ! C’était même carrément une insulte ?! Du temps pour récupérer ?! Du temps pour récupérer ?! Il était en pleine forme ! Il pouvait faire des pompes avec une pierre de son poids sur le dos même ! Il tenait une forme herculéenne, était débordant d’énergie et chaud comme la braise.
D’ailleurs il se redressa sur le lit, envoyant valser la couverture, se tenant à genoux sur le matelas, le regard plein de défi et d’une pointe d’amertume, comme s’il était vexé… comme s’il était très vexé en fait. Mine de rien, il exposait de manière éhontée son torse superbe, comptant a priori beaucoup dessus pour séduire la demoiselle.

Je suis en pleine forme ! Je te le prouve, là tout de suite ! J’en ai de l’énergie tu vas voir, toi par contre j’espère que tu es…

Sa voix mourut dans sa gorge alors que la porte de la salle de bain se refermait sur le visage amusé de la jeune femme. Celui de son compagnon se décomposa, le laissant bouche bée. Aucune femme ne lui résistait… Ou plutôt aucune femme connaissant ses… performances ne le repoussait… JAMAIS !!!!!! Il grogna de frustration, tant à cause de la douleur que laissait le désir enflammé dans ses reins que de l’affront qui le vexait au plus haut point. Quelque part dans sa tête une petite voix, bien cruelle, lui murmura qu’elle le repoussait encore mais il était trop vexé pour l’écouter. Elle le trouva assis sur le lit qu’il avait fait au carré, habitude militaire sans doute, vêtu d’un pantalon, une tunique sur ses genoux et en train de bouder, les bras croisés sur son torse. Il lui jeta un bref regard, plissant les yeux, toujours vexé puis prit sa place à la salle de bain, exhibant encore une fois un peu trop son torse en passant même si cette fois ce n’était pas fait exprès. Il mit un moment avant de ressortir et avait les cheveux encore humides quand il la rejoignit. Il ne boudait plus mais détourna vite le regard qu’il posait sur elle en se mordant la lèvre inférieure. Quand elle effleura l’une de ses mains, elle dut bien sentir la température trop froide de sa peau… Pour quelqu’un qui avait la peau si chaude à quelle température avait-il donc pris sa douche pour que sa peau en ressorte si froide ? C’était pourtant bien nécessaire pour calmer ses pulsions et celles qu’elle avait réenflammées rien qu’avec sa tenue pourtant presque innocente !
Il marmonna quelque chose par rapport aux filles trop jolies qui tentaient les pauvres mecs fous de désir… Elle comprit très vite, parce qu’elle était intelligente et qu’elle parvenait tout de même trop bien à le comprendre, son malaise, du moins en partie. Elle comprit qu’il était vexé qu’elle le repousse mais qu’il ne l’obligerait à rien. Elle ne comprit pas autre chose pourtant, elle n’aurait pas pu… Après tout il ne lui avait rien dit, rien expliqué… Il était dangereux de délaisser un dragon excité… et douloureux… vraiment douloureux.

Il se détendit progressivement alors qu’elle avait pris son bras et semblait si enthousiaste. Il l’écoutait parler. Ca lui plaisait quand elle parlait autant…
Sauf qu’ils croisèrent les monstres qui les avaient attaqués la veille. Cassidy se crispa certes… Mais Tristan l’était tout autant et cette fois le dragon avait très envie de sortir et de s’amuser. Il avait d’ailleurs déjà fait un pas en avant plaçant légèrement Cassidy en retrait derrière lui, difficile de se placer totalement devant elle puisqu’elle était en train de lui massacrer le bras mais c’était un bon début. Cependant l’état des pirates était… tout à fait surprenant. Ils semblaient avoir été tabassés et pas qu’un peu. Tristan fronça aussitôt les sourcils. Lui-même avait un bon niveau pour se battre et faire face à ce genre d’individus très loin d’être faibles au combat et malgré leur acte répréhensible de la veille, loin d’être des lâches face à l’action… Tout le monde n’était pas en mesure de les combattre. Même si les nordiques étaient d’excellents combattants ils n’étaient pas habitués aux techniques peu orthodoxes de combat de ce type d’individus… Les hommes qu’ils avaient combattu devaient être… sacrément coriaces ! De plus, en les voyant… ils s’enfuirent, l’air terrorisé…
Cassidy l’interrogea et même s’il avait parfaitement compris la question il répondit en plaisantant, parce qu’elle avait bien vu qu’il n’en savait rien…

Je ne me suis pas coiffé d’accord mais de là à être aussi effrayant que ça…

Il soupira en se passant une main dans les cheveux, tenant des propos fort injustes pour un groupe de jeunes qui passaient et qui auraient probablement tué pour être aussi séduisants sans être « coiffés ». Ils reprirent leur chemin et elle s’extasia plus ou moins sur les sculptures sur glace, trépignant, l’incitant à essayer alors qu’il fixait le morceau de glace d’un air dubitatif. Pourtant l’instinct lui souffla qu’elle avait raison. Ce n’était pas de la fierté mal placée mais il sut à cet instant qu’il était tout à fait capable de réaliser une sculpture, sans l’avoir jamais fait et de manière probablement impressionnante. Il ignorait d’ailleurs d’où venait cette certitude, ce sentiment limite de suprématie… Il resta pourtant stoïque, ce à quoi elle répondit de la plus horrible des manières… Se pendant à son cou en se haussant sur la pointe des pieds, le forçant à se pencher en avant elle se jeta sur ses lèvres, passionnément, tentatrice trop douée. Lui-même en hoqueta de surprise alors que ses yeux se fermaient aussitôt et que ses bras venaient se serrer sur elle, ses genoux se plier pour infliger moins de douleur à leur nuque. Mais même s’il était bien plus grand qu’elle et bien plus fort, elle menait totalement la danse, le tenant complètement à sa merci, ne le laissant à aucun moment reprendre l’initiative du baiser, seulement y répondre, sans lâcher les rênes. Il gémit contre ses lèvres, un gémissement implorant alors qu’elle chatouillait sa langue de la sienne, s’amusant beaucoup trop du gémissement qu’elle étouffait de ses lèvres. Le désir aurait pu faire totalement flamber le cerveau du jeune homme et s’il y avait des personnes assez surprises et sous le choc de cette démonstration de passion, pour sa part il ne s’en rendait pas du tout compte. Les reins enflammés de nouveau, il rouvrit les yeux, ses pupilles rondes, énormes dans ses yeux orangers, trop grandes malgré la luminosité qui faisait plisser tant de regards. Il avait le souffle court d’un homme fou de désir et mis au supplice et le sourire qu’il lui renvoyait, carnassier était plein de provocation et de promesses… Elle allait passer un moment… dont elle se souviendrait toute sa vie, ça il pouvait le jurer.

Sauf qu’elle lui parlait, provocante, terriblement provocante, honteusement provocante, se détachant de lui en se tenant à bonne distance, bien consciente du regard brûlant que le jeune homme posait sur elle avec tant d’insistance qu’il semblait vouloir voir à travers le tissu de ses vêtements, bien consciente du désir qu’elle avait allumé chez lui et du frisson qu’elle avait provoqué avec ses quelques mots. Doué de ses mains… certes… Le burin ? Oh il le maniait très bien mais pas avec un marteau et… La sadique… L’horrible, insupportable sadique. Soufflant bruyamment, le jeune homme s’était crispé pour tenter de se maitriser. Elle allait trop loin… Agir ainsi s’il n’était pas dévoré par ses pulsions n’aurait rien eu de difficile… vraiment il maitrisait. Mais il avait appris à ses dépends deux choses très désagréables… Ses capacités de contrôle étaient excessivement abaissées quand il s’agissait de cette demoiselle. Ensuite… Il n’arrivait pas à être rassasié de son corps, de sa voix, de ses gémissements, de leurs ébats, vraiment pas… et il avait envie d’elle, tellement envie d’elle. Ce n’était plus avec le feu qu’elle jouait… mais avec beaucoup plus dangereux…
Elle ne semblait pas vraiment comprendre qu’elle le mettait au supplice et que ce qu’elle assimilait à de la provocation, des préliminaires un brin sadiques était bien plus difficile à vivre pour le jeune homme. Pourtant il aimait les défis et elle venait de lui en donner un sans le vouloir ou peut-être le voulait-elle au final… elle était bien plus maligne qu’elle ne voulait bien le laisser croire. Puisqu’elle voulait jouer la provocation.
Il grogna, acquiesçant, le regard allumé d’une nouvelle lueur pas forcément très rassurante.

Ah elle voulait jouer ! Ah ça l’amusait ! D’accord… Alors on allait jouer ! Je ne suis pas le dernier en ce qui concerne la provocation et la séduction, loin de là, je suis même sacrément doué ! Et elle m’avait donné une occasion en or… Doué de mes mains ? Je suis très doué oui, je le sais, sans fausse modestie. Il était temps de le lui rappeler.


L’air de rien, il lui demanda de s’asseoir sur un petite souche d’arbre présente plus loin qu’il avait déplacée. Elle lui obéit, s’installant de profil comme il le demandait, les jambes croisées, en appui sur l’une de ses mains, un bras placé derrière elle, droit pour lui garantir appui et stabilité sans être trop fatigant, son bras d'appui sur une partie de la souche, l’autre quasiment tendu passait devant elle et sa main venait se poser sur sa jambe croisée du dessus, le visage offert au ciel et au soleil, le corps légèrement arqué. Elle obéit oui, apparemment amusée par son initiative et assez curieuse. La position était élégante sans être désagréable à tenir… Néanmoins la position de sa tête l’empêchait évidemment de voir ce que faisait le garçon. Après avoir fini de la placer il se dirigea vers un gros bloc de glace presque aussi grand que lui, saisit des outils et rapidement le claquement et crissement du burin sur la glace, le martèlement sec du marteau se firent entendre. Les coups étaient rapides, brefs, probablement très précis… Trop précis pour un novice mais il jouait le jeu. Il travaillait dur… Les coups durèrent un moment. Il ne disait rien mais le souffle rapide du jeune homme se faisait entendre, témoin de ses efforts physiques et de sa concentration. Il allait vite… Vraiment vite… Et ce qu’il réalisait n’aurait certainement pas été aussi physique s’il s’était donné plus de temps. Plusieurs fois elle fut tentée de regarder ce qu’il faisait mais à chaque fois un grognement du jeune homme prononçant son surnom venait la reprendre. Comment diable faisait-il d’ailleurs pour le remarquer alors qu’il était si concentré ?
Des pas commencèrent à se faire entendre et elle vit bien le mouvement de gens qui se rapprochaient d’eux, les légers murmures des passants entre eux, les « wahou t’as vu ça ? », quelques sifflements aussi. Les coups de marteau s’espacèrent progressivement puis s’éteignirent, un bruit d’eau à présent… Les sculpteurs présents semblaient l’utiliser pour lisser les contours anguleux de leurs statues et leur donner plus d’élégance, moins d’angles, les rendant lisses comme des miroirs, utilisant un pinceau, un morceau de tissu. Plus aucun bruit de marteau, seulement les murmures de la foule, les sifflements, les commentaires… Que ce soit à cause de la curiosité naturelle qui l’animait ou de celle accentuée que lui avait fourni les arrivants divers et variés en s’arrêtant à leur hauteur Cassidy finit par ne plus tenir et par se redresser et tourner la tête dans la direction de Tristan bien décidée à voir ce qu’il faisait, ce qu’il était capable de faire et ce qui impressionnait tout ses gens. Elle comprit aussitôt qu’elle n’avait plus besoin de tenir la pose et que le jeune homme aimait un peu trop le goût de la vengeance.

Elle s’attendait peut-être à ce qu’il se débrouille… mais certainement pas à ça.
Tristan était consciencieusement plongé dans les derniers détails de sa statue de glace. Il s’était débarrassé de son manteau et avait relevé les manches de sa tunique moulante. Son torse tendait d’autant plus le tissu, se soulevant par à coups rapides, témoin de ses efforts, faisant saillir ses muscles davantage. Son front était légèrement humide de sueur, quelques mèches de cheveux retombant devant ses yeux. Les sourcils froncés, il était si beau concentré ainsi sur sa tâche que les demoiselles présentes étaient probablement plus intéressée par lui que par la statue, lui… et ses gestes…
Sous ses mains était née une véritable oeuvre d’art, reproduction absolument parfaite de la petite demoiselle, au centimètre près, qui lui servait de modèle, reproduction gelée aux reflets bleutés, comme s’il la connaissait parfaitement, totalement… A quelques exceptions près… La statue, elle, était nue… complètement nue, les yeux clos, le visage offert au ciel, un sourire mutin aux lèvres et à la fois si pudique, ne portant que les bracelets de force qu’elle ne quittait jamais. Bien sûr ses jambes croisées cachait sa nudité réelle et le bras qu’elle posait sur ses jambes très légèrement sa poitrine… ou alors la mettant d’autant plus en avant, à voir. Ses cheveux cascadaient dans son dos, il avait réussi à sculpter ceux-ci de telle façon qu’ils semblaient légèrement agités par une brise imaginaire et recouvraient cependant la cicatrice entre ses omoplates qui aurait dû se trouver là mais qu'il n'avait évidemment pas réalisée. Il avait reproduit chacune des cicatrices qui marbrait son dos, ses cuisses, ses bras, son ventre… mais en les transformant sur sa statue en la représentation d’une sorte de liane, de ronce aux épines menaçantes et pourtant invitation à la tentation. C’était artistique, d’une beauté aussi époustouflante que le modèle qu’il avait choisi et digne d’un artiste extraordinaire… Mais il ne s’arrêtait pas là… Il n’utilisait ni pinceau, ni morceau de tissu pour lisser les contours de sa statue, seulement ses mains qu’il passait dans le seau d’eau près de lui et faisait glisser d’un geste expert sur les contours qui s’arrondissaient, prenant le galbe parfait, sublime des courbes féminines, délicates, tentatrices, damnatrices, de la jeune femme. Il était incontestablement doué… et en profitait. Il releva légèrement les yeux, croisant son regard et son visage plein d’étonnement et d’un rougissement naissant, rabaissa aussitôt les yeux sur son oeuvre pour sa part continuant son « lissage »… lentement, très lentement, glissant ses mains, ses doigts sur l’oeuvre gelée représentant la demoiselle qu’il semblait avoir très envie de couvrir du même type de caresses.
L’une de ses mains glissa le long du dos de la statue, arrondissant les angles et arêtes de glace encore trop prononcées, arrondissant les muscles légèrement tendus qu’il était parvenu à reproduire, jusqu’au bas de son dos, contournant les légères boucles formées par ses cheveux, alternant du bout des doigts, faisant très légèrement crisser ses ongles sur la surface si froide, comme il l'aurait fait avec sa peau. Son autre main plongea de nouveau dans l’eau pour venir suivre le contour de l’un de ses genoux et remonter trop sensuellement le long de sa cuisse, glissant à la suivante en marquant un léger temps d’arrêt à leur jonction. Ses deux mains repartirent dans leur travail un peu trop perfectionniste et plus que certainement provocant, saine provocation, défi éhonté qu’avait lancé la demoiselle sans s’en rendre compte… ou en ne sachant que trop bien à quel point il pouvait avoir du répondant. Ses doigts glissèrent le long de son ventre, suivant la ligne marquée et délicate des fins abdominaux de son ventre plat, remontant jusqu’à sa poitrine qu’il avait représentée encore une fois avec une minutie absolument… indécente ! Elle pouvait un peu admirer dans un sens ce que lui voyait, autrement qu’un miroir que ses yeux déformaient par la honte et les regrets… Les seins de la statue semblaient d’ailleurs passionner tous les hommes présents. Pas énormes c’est vrai mais loin d’être aussi petits que ce qu’elle semblait croire, ronds, fermes, invitation aux caresses, galbés comme tout son corps sculpté par ses expéditions, ses marches, ses cascades en surf… La taille fine, les hanches un peu plus marquées bien que peu larges comparées aux femmes aux formes généreuses du Nord, ce qui était probablement d’ailleurs responsable du plaisir de bien des hommes… en corrélation directe avec ses performances sexuelles… La statue était vraiment magnifique… Et c’était bien des ronces qui représentaient ses cicatrices, des roses étaient en effet disséminées ici et là sur son corps dont l’une juste au dessus du croisement de ses jambes comme pour protéger sa pudeur des regards des passants, tout en soulignant la beauté et la pureté de sa nudité…. Des roses on pouvait en compter chaque pétale. Tristan releva de nouveau les yeux, n’écoutant absolument pas les soupirs des demoiselles présentes à chaque fois qu’il glissait ses doigts sur les courbes de la statue, n’écoutant absolument pas les souffles courts qu’il provoquait par ses simples gestes. Son regard s’était de nouveau levé vers elle et uniquement vers elle, plein de défi, un léger sourire en coin, ce sourire tellement craquant et provocant de mauvais garçon qu’il prenait parfois alors qu’il faisait courir ses doigts sur la surface glacée, ne semblant voir, n’entendre, ne respirer que pour la Cassidy faite de chair, de sang, d’os qu’il provoquait, tentait, essayait d’enflammer par ses gestes…
Au jeu de la provocation et de la tentation… elle oubliait un peu vite qu’il était un maitre… quitte à accepter ce défi, quitte à sculpter alors qu’il ne l’avait jamais fait, se fichant bien du rendu final, tout occupé à laisser entendre le traitement qu’il souhaiterait bien lui infliger…
Cruel garçon…
Son sourire s’élargit alors qu’il la fixait, déstabilisant et que les quelques personnes présentes se rendaient un peu trop compte de la tension qui s’était installée entre les deux jeunes gens, tout le monde se dispachant rapidement, bien décidés à revenir admirer l’oeuvre plus tard.
Ses lèvres bougèrent lentement alors qu’il murmurait pour ne pas être entendu des autres sculpteurs pas loin.

Crois-moi... je ne t'ai pas encore montré jusqu'à quel point je suis doué de mes mains...A ton tour princesse...

Assurément il ne parlait pas de sculpture… pas du tout !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Cassidy Herediane
Directrice de l'Académie Hysandra
avatar

Messages : 851
Date d'inscription : 26/02/2012
Age : 29

Feuille de personnage
Race: Humain Ascadian
Royaume: Territoire Neutre
Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 29 Jan - 17:53

Cassidy n’avait jamais été chamboulée de toute sa vie. Enfin si… le jour où son innocence lui avait été arrachée sans aucune culpabilité. Le jour où sa naïveté touchante avait été piétinée violemment, sans lui laisser le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Le jour où on l’avait frappé, encore et encore, riant de ses sanglots, de ses supplications, de son air de femme enfant. Elle sortait à peine de l’adolescence… Se refermant sur elle-même, petit à petit. Ca l’avait rendu plus forte, ça lui avait forgé le caractère mais à quel prix ? Le prix de ses sourires… le prix de sa bienveillance… le prix de son honnêteté… pour ne devenir plus que l’ombre d’elle-même. Elle en avait souffert… énormément. Mais avait ravalé sa salive, ses larmes, elle s’était redressée. Seule contre ce monde, dévastée mais tenant debout contre vents et marées. Ca n’avait pas été facile non… vraiment pas. Mais c’est ce qui lui avait permis de vivre…survivre même si parfois elle était toute proche du saut dans le vide.

Cependant, de toute son aventure, elle ne s’était jamais plus inquiétée pour personne à partir de ce moment là. Déjà très discrète, rêveuse et introvertie, c’était devenu pire. Elle observait mais n’éprouvait plus la moindre compassion, pas la moindre once de bienveillance pour les personnes qui l’entourait. Et puis quoi ? Elle n’était qu’une pauvre fille… au début si faible et fragile. Puis devenu un monstre aux yeux des gens. Elle avait l’impression que c’était écrit sur son visage. Repliée sur elle-même, ne trouvant du réconfort qu’en regardant un paysage ou bien les animaux qui vivaient. Elle s’était promis de ne plus jamais montrer des émotions de douleur sur son visage. Car ce n’était qu’une faiblesse, une faiblesse qui nourrissait les ténèbres. Douleur qu’elle a transformé en rage, carapace bien forgée et inébranlable… jusqu’à aujourd’hui.

Alors c’était peut être à cause du trop plein d’émotions de la journée, des précédents jours, voire même de la semaine. C’était excusable… C’était peut être à cause de LUI. LUI qui était responsable de cet état, ce chamboulement. LUI qui faisait des cadeaux, des sourires, des… enfin c’était trop ! Il avait tellement joué avec ça… Elle qui ne s’était approchée de personne. Elle qui avait toujours repoussé ceux qui voulaient l’aider. Elle qui refusait de se laisser aller et de baisser sa garde. C’était un visage douloureux et meurtri qu’elle montrait comme si c’était elle qui avait reçu le coup de hache. Ca n’allait pas… vraiment pas… elle n’aimait pas ça. Elle n’aimait pas ce qu’elle devenait. Trop sensible, trop fragile… pour un mec qui partirait une fois sa mission accomplie ! Il faisait ça… et malgré tous ses beaux discours, elle ne savait toujours pas si elle devait le croire ou pas. Après tout, il ne parlait pas de son départ. Il vivait l’instant présent, tout comme elle. Il repoussait le moment où tout ça s’arrêterait. Et cela avait énormément impacté Cassidy, l’air de rien.

La suite de la soirée était totalement confuse. Elle avait divagué… beaucoup. Son mauvais côté s’était réveillé, cet espèce d’aura démoniaque qui l’entourait et qui n’avait pas lieu d’être. A cause d’UNE personne. Et ce n’était pas elle. Et ça l’effrayait au plus haut point. Elle était complètement effrayée d’être dans ce flou complet. Effrayée d’éprouver des choses… Se demandant si il était amoureux d’elle mais non ce n’était pas le cas. Elle l’aimait ? Non… Elle le considérait comme un grand frère ? Heu… on ne couche pas avec son grand frère voyons ! Du moins même si Cassidy avait toujours été jmenfoutiste des règles, il y avait certaines choses qu’elle respectait. Son amant ? On ne parle pas de sujets aussi profonds avec son amant ! De ses souvenirs traumatisants du passé. Mais quand il serait parti, à quoi s’attendre ? Bref, il l’avait calmé et elle n’aimait pas qu’il ait une emprise aussi forte sur elle. C’était doux et appréciable mais… plus dure serait la chute.

Et puis ils étaient rentrés. Elle s’était faite distante, comme dans un autre monde. Elle avait besoin de recul pour mieux gérer la situation, remettre son…masque ou son comportement d’indifférence. Même si elle n’était pas indifférente avec lui. Non, surtout c’était qu’elle ne voulait pas qu’il ait d’emprise sur elle. C’était le cas actuellement… elle réagissait en fonction de lui. Et ça l’énervait, l’angoissait, elle n’aimait pas ce nouveau elle qui lui rappelait ce qu’elle avait été autrefois. Il pensait qu’elle avait peur des hommes ? Qu’elle le cachait sous ses airs fiers ? Oh non… elle n’avait plus peur. Mais vraiment plus du tout. Depuis son accident, depuis cette magie noire, quelque chose s’était réveillée en elle. Quelque chose de mauvais… elle n’avait pas peur des hommes… elle l’avait prouvé à de nombreuses reprises. Et si son pouvoir se déclenchait, alors elle était capable de faire un carnage, sans états d’âmes. La peur… non… la haine, la rage, une rage qui la rongeait et la consumait petit à petit. Elle s’était crispée dans les bras de Tristan, sans craindre quoi que ce soit de sa part car dans son état, un manque de maîtrise pouvait la faire replonger et l’envoyer valser à travers la pièce, tout homme fort et robuste qu’il était, mais surtout par rapport à ses stupides pensées qu’elle avait en ce moment et qui étaient totalement décousues ! Comme si on cherchait à la faire penser autrement…

Elle s’était mordillée la langue et tout ce dont elle avait besoin pour l’instant, c’était qu’on la laisse définitivement tranquille. Le temps qu’elle se calme et tente de remettre de l’ordre dans ses pensées.

La jeune femme ne savait absolument pas ce que pensait Tristan, mais elle aurait été bien surprise d’apprendre quelle torture s’infligeait son compagnon. Elle l’aurait vraiment réprimandé si il lui venait une seule de ces pensées à l’oreille. Mais vraiment… Elle l’aurait même giflé pour qu’il se réveille et arrête de penser ainsi, qu’il ne devait pas inverser les choses. Pour une raison qu’elle ignorait, IL était venu dans sa ville. Elle n’avait rien demandé ! Ni à le revoir ni quoi que ce soit… Et c’était encore LUI qui s’était rapproché… Messire qui voulait passer un agréable moment le temps que sa si importante mission se termine. D’ailleurs pourquoi lui ? Y avait plein de soldats, de chasseurs, de professionnels qui pouvaient enquêter sur les Kaärs. Pourquoi faire venir un général tout seul dans cet endroit et dans SA ville ? Des réponses auraient été appréciables… Ou il l’avait traqué sans lui dire ? Non… il était aussi étonné qu’elle… C’est sur ces pensées qu’elle finit par s’endormir, épuisée, mais non sans avoir des doutes.

Elle ignorait que Tristan s’était réveillé la nuit. Et bien surprise aussi d’apprendre ses pensées et que là-dessus il n’était pas loin de la vérité. Et que malgré tout il savait même si il n’avait rien fait pour en discuter. On ne pouvait pas lui en vouloir, c’était un dragon. Il avait vécu dans un pensionnat pour garçons, puis chez les dragons… au final il ne connaissait que peu de choses des humains… il ne savait pas que le style de vie qu’il avait était rêvé par tout le monde… Il n’était sûrement pas souvent venu à Frihold car ces histoires de souverains, haute noblesse et compagnie, ce n’était pas la même façon de faire ici. Des princes et des princesses il y en avait mais la mentalité était bien différente des royaumes de l’ouest et du sud. Ne l’avait-il pas remarqué ? On n’étalait pas ses richesses, on vivait plus simplement. Certains avaient quand même une certaine noblesse mais c’était très loin de tous ces jeux de cour qu’on pouvait voir à Kalendaar par exemple. A part peut être à la capitale de Frihold où c’était plus représenté et dans ses alentours. Ils auraient dû en parler mais là, chacun s’enfermait dans ses croyances. Elle qui ne voulait pas le brusquer essayait de dire oui à ses moindres propositions. Elle cherchait à le comprendre, à accepter ce qu’il lui faisait découvrir même si parfois c’était épuisant pour la jeune femme qui peinait à suivre ce tourbillon de trucs tout nouveau les uns comme les autres pour elle. Elle essayait réellement, pour lui… même si cela ne lui plaisait pas des masses, jamais Cassidy n’aurait fait ça, pour personne. Quand Jilian souhaitait la faire sortir, elle avait toujours refusé.

Cependant ils manquaient de communication. Et il ne comprenait pas que la jeune femme avait bien changé depuis l’enfance et qu’elle était bien différente de ces demoiselles soupirantes qu’il avait certainement l’habitude de fréquenter. Elle c’était plus… une aventurière. Une voyageuse à la recherche de liberté, à la recherche de ses origines, à la recherche… d’un but à poursuivre.

Retournons un peu dans le passé… Il était une fois… toutes les histoires commençait par ce célèbre début de phrase. Les histoires magiques et magnifiques que les mamans racontent à leurs enfants pour les aider à s’endormir et faire de beaux rêves. Douces princesses, preux chevaliers, pauvre paysanne qui rencontre un prince charmant et tombe follement amoureuse, des décors somptueux, un palais couvert d’or et de richesses, des gens heureux et ne manquant de rien… du courage, de l’amour, de la bonté, de la joie de vivre… toutes ces histoires que l’on raconte. La fille a toujours été la demoiselle à secourir, la princesse destinée à un chevalier aimant… destinée à vivre dans un grand palais ou une riche maison et… tourner en rond ? faire des enfants et puis c’est tout ? … et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… voilà comment se terminait une histoire.

Minute papillon ! Ce ne sont que des histoires… Comme toutes les petites filles, Cassidy eut aussi son lot d’histoires palpitantes, racontées par sa maman. Mais ce que personne ne sait, c’est qu’elle trouvait les princesses ennuyeuses… Une question qu’elle posait « Elles font quoi les princesses et les filles quand elles ont trouvé le grand amour et vivent dans leur palais ? Elles ne trouvent pas le temps trop long ? ». Déjà petite, Cassidy avait une vision bien à elle. Elle préférait les grandes aventures, les voyages dans des contrées inconnues, les découvertes, la recherche de la connaissance, l’ouverture sur le monde mais surtout…surtout la magie. « Pourquoi les filles ne font pas de magie dans les histoires maman ? Elles n’ont pas le droit ? ». Marilyn avait été surprise à cette époque. Elle ne s’attendait peut être pas que sa fille s’intéresse à autre chose que ce que la plupart des petites filles aiment. Alors elle avait adapté ses histoires. Plus de princesse ennuyeuse, plus de paysanne aspirant au grand palais luxueux non… des aventurières, des voyageuses qui parcouraient le monde, des magiciennes à la recherche de savoir et destinées à faire le bien et rendre les gens heureux… amener le bonheur, les sourires… et bien sûr, le grand amour… qui n’était pas un preux chevalier, qui n’était pas un prince sorti tout droit d’un conte de fée. C’était un homme… normal… peu importe ce qu’il était. Parfois c’était un elfe… parfois un Neko.. ou encore même un beau Drakkari, téméraire, fougueux et sans peur… tiens donc…

La jeune fille grandissait mais n’avait jamais changé sa vision des choses. Elle aimait la magie… elle voulait parcourir le monde… elle avait ce besoin de liberté. Le départ de Tristan l’avait dévasté bien qu’elle n’avait rien dit parce qu’elle ne voulait pas y croire. Elle voulait trouver dans l’apprentissage de la magie un certain réconfort. Et pourtant… cela n’arriva pas. Aimant lire, pendant un moment elle était restait à Galaden, se plongeant dans les livres, avide de savoir et de connaissance. Mais à quoi ça servait si on ne pouvait pas mettre en pratique ? Alors elle avait voyagé… pensant trouver la bonté des gens… pensant trouver un mage capable de lui apprendre. Dans toutes ces jolies histoires, sa maman lui avait appris qu’une demoiselle déterminée, courageuse, avec de la bonté arrivait toujours à obtenir ce qu’elle voulait. Qu’il fallait rester bienveillant, serviable… qu’un sourire attirait un sourire. C’était vrai… en partie. Mais ce que Cassidy ignorait, dans cette famille qui la couvait, protégeait, elle n’avait jamais appris la dureté de la vie. Elle pensait que toute personne pouvait devenir bonne… que les vilains étaient terrassés, que le bien gagnait toujours et qu’un sauveur pouvait débarquer de n’importe où pour aider une personne en danger.

Foutaises ! Grosses foutaises ! Ses parents avaient fait une erreur ? C’était fort probable. Mais peut être qu’ils ne pensaient pas Cassidy capable de partir seule sur les routes. Ils la pensaient en sécurité à Galaden pendant tout ce temps. Elle jouait si bien la comédie… Ce faux sourire sur son visage qui ne la quittait jamais, comme si tout allait bien. Douceur, gentillesse… ne pas inquiéter ses parents, jouer la fille parfaite… leur prouver qu’elle était comme les filles de ces histoires, à voyager à travers le monde et vivant de passionnantes aventures… Mais tout ceci s’était envolé… elle avait ravalé ses larmes, mis dans le placard ces histoires trop parfaites. Lorsqu’elle avait rencontré Jilian, l’occasion était parfaite pour se poser à un endroit sans qu’on ne vienne la déranger… un toit où dormir, manger… sa seule activité c’était surfer dans les montagnes, les longues ballades aux alentours mais après plusieurs années, elle s’était lassée.

Tristan avait réactivé quelque chose. Ils avaient volé ensemble. Et le besoin de liberté, de voyager était revenu. Le besoin de s’émerveiller devant de nouveaux paysages… Le besoin de trouver quelque chose qui lui conviendrait… de chercher encore et toujours sa voie et même si c’était pas la magie, y avait sûrement autre chose qui la ferait vibrer ? Du plus profond de son âme, malgré toutes les déceptions, malgré tout ce qui s’était passé, Tristan avait fait quelque chose. Elle ne serait sans doute pas cette fille qu’il attendait, cette poupée qu’il pouvait brandir devant tout le monde. Mais Cassidy pouvait être autre chose. Quoi ? Elle ne savait pas encore. L’avenir lui dirait. Mais peut être qu’il était temps de faire bouger les choses… Elle ne resterait pas indéfiniment dans cette ville.

Le lendemain elle s’était réveillée et la nuit avait été agitée même si la jeune femme avait réussi à dormir. Angoissée par la soirée d’hier, peur… peur de le perdre ? Agacée de penser de cette manière, agacée par ce comportement qui changeait de son quotidien, Cassidy était sortie pour prendre l’air, se ressourcer et réfléchir. Tristan à côté d’elle, cela lui semblait impossible. Il perturbait ses pensées rien qu’avec sa simple présence. Oh pour sa part elle était encore bien rassasiée, la faim si anormale qui la prenait parfois semblait… s’être calmée à force de faire des galipettes.

La bonne humeur des gens la calmait un peu. Cela lui faisait un peu oublier cette horrible soirée d’hier et c’était pas plus mal. Alors qu’elle flânait dans les rues, la jeune femme réfléchissait à ce qui lui arrivait. Tiraillée entre deux états d’esprit, sans arriver à prendre le dessus ni sur l’un, ni sur l’autre. D’un côté elle était encore très impressionnée par cette guérison, ce miracle qui n’aurait pas dû se produire. Etait-ce un signe ? Tristan aurait dû mourir. Mais ce n’était pas le cas. Etait-ce une chance justement pour elle d’arrêter de repousser tous les hommes les uns après les autres ? Devait-elle s’ouvrir à quelqu’un ? Il était gentil, serviable, attentionné… MAIS il en faisait trop… beaucoup trop… et malgré ses airs sincères, car elle le sentait sincère et honnête, que se passerait-il ensuite ? L’avenir, les doutes… Il n’avait jamais été sérieux avec elle, vivant l’instant présent sans se préoccuper du lendemain. Et en plus c’était un dragon. En plus de son passé catastrophique avec la rencontre d’un être de cette espèce, il y avait aussi le fait que la mentalité des dragons était différente. Du moins… c’est ce qu’on lui avait soufflé. Pas du genre à s’attacher, à rester. Pas qu’une seule femme, pas qu’un seul endroit.. et puis une perte de mémoire quand même. Etait-elle prête à ce point ?

Là on arrivait au deuxième point de réflexion. Elle n’était pas prête. Malgré tous ses beaux discours, ses sourires… elle ne savait pas si elle devait le croire ou pas. Et même si Cassidy faisait d’énormes efforts, elle restait méfiante. Tristan n’avait plus rien à voir avec le petit garçon d’autrefois. La soirée d’hier était un parfait exemple. Bien sûr, il avait tout fait pour qu’elle soit chouchoutée, comblée, admirée mais… elle sentait un malaise. Parce que sa vie n’avait jamais été ça. Parce qu’elle avait une vagabonde, sur les routes et là elle passait d’un petit quotidien tranquille, dans la nature à devoir affronter une foule énorme. Elle n’était pas prête. Mais n’avait rien dit à Tristan. Peut être qu’au fond d’elle, la jeune femme ne voulait pas lui faire de la peine. Peut être qu’elle ne voulait pas voir disparaître de son beau visage son sourire enthousiaste. Là on la reconnaissait bien comme avant… toujours à faire passer les autres en priorité… avant ses propres envies et besoins. Combien de temps cela allait-il durer ? Combien de temps avant qu’elle ne craque malgré sa gentillesse ? Combien de temps avant qu’elle n’aborde sa mission et son retour dans son royaume ? Cassidy était soucieuse et tracassée. Trop de questions… pas de réponses. Ca lui plaisait pas. Elle qui aimait sa petite vie pépère tranquille, avait l’impression d’être très lunatique ou versatile en ce moment.

Heureusement, sa réflexion s’acheva avec le passage à la boulangerie qui lui coupa toute question supplémentaire. Bon, ce matin elle lui ferait plaisir ! Un peu d’attention ça ne fait pas de mal, surtout pour une personne qui revient d’entre les morts. Cassidy était d’humeur attentionnée. C’était étrange de sa part d’agir ainsi mais d’une façon, elle souhaitait le remercier pour hier… bien que la meilleure partie avait été le vol en dragon et de loin. Pas qu’elle n’aimait pas sa forme humaine, mais il y avait quelque chose qui était… étrange avec le dragon. Un ressenti, une émotion, quelque chose de différent. Alors elle s’était dit que ça serait pour plus tard les questions. Juste profiter de la journée et ce magnifique soleil… juste oublier tout ce qui s’est passé hier.

Etre attentionnée, ce n’était clairement pas dans ses habitudes. Pas du tout même. Même avec Jilian elle ne s’était pas conduite de cette manière. Alors pourquoi avec Tristan ? C’était étrange oui… d’une certaine manière, Cassidy en ressentait le besoin, sans savoir pourquoi exactement. Pourtant elle n’aurait pas dû. Et pas avec un homme ! Le comportement de la demoiselle était bien complexe…

Pourtant, elle avait le sourire en revenant avec le petit déjeuner. Voir Tristan dans le lit, dormant d’un sommeil confortable, sa présence, ça lui tirait un sourire. Là aussi c’était surprenant de sa part. Elle n’était pas du genre à s’attacher à qui que ce soit. Les amants d’un soir… la neutralité dans son regard, le jeu parfois… Le regardant un instant tout en préparant le petit déjeuner, la jeune femme était replongée dans ses réflexions. Pourquoi ? Pourquoi agissait-elle ainsi ? Lui apporter le petit déjeuner… naturellement. Non ! C’était juste parce qu’il avait reçu un gros choc hier et qu’elle voulait être gentille c’est tout ! Mais sinon elle ne l’aurait jamais fait… Elle se serait juste levée le matin, aurait fait un tour en ville, manger un bout… peut être qu’elle se serait acheté un bouquin le temps qu’il se réveille…

Encore une fois elle eut une réaction qui était contraire à son comportement. Le réveiller en lui faisant de lentes caresses, une voix douce pour le saluer, de légers baisers même… non, ne dites pas qu’elle était indifférente ! Il avait passé son bras autour d’elle, se contentant d’une petite réplique, parlant de réveil intéressant. Mais au son de sa voix elle comprit qu’il ne dormait pas d’un sommeil lourd et profond. Alors qu’il l’attirait contre lui et qu’elle rougissait, la jeune femme chercha à détourner la conversation. Parlant du petit déjeuner, d’un air enthousiaste parce qu’elle avait envie de lui faire plaisir. Pourtant la phrase qui suivit était lourde de sens. Et le ton sur laquelle il l’avait sorti montrait bien à quel point il avait l’air sérieux. En plus, le gredin accompagnait cette réflexion d’une action. La demoiselle étouffa dans sa gorge un gémissement, clignant des yeux. Comment réagir ?

Depuis hier, il y avait eu une sorte de cassure. Elle ne savait pas pourquoi mais le traumatisme causé l’avait un peu… refroidit sur leurs ébats. Bon d’accord, c’était un merveilleux amant, il la faisait grimper aux rideaux comme personne, capable de répondre à ses exigences très hautes… serait-elle pareille avec un autre dragon ? est-ce que tous les dragons étaient comme ça ? Peut être bien au final… Mais là, elle n’avait tout simplement pas envie. Même si elle avait bien récupéré, même si elle était pleine d’énergie, il y avait toujours cette rage, ce cri puissant qu’elle avait sorti, sa transformation… jamais elle ne s’était vue comme ça. La soif de sang s’était amoindrie, grâce à lui mais elle ne voulait pas vraiment faire des galipettes là ce matin. C’était peut être pas bien, peut être qu’elle accepterait dès que son corps réclamerait mais pour l’instant non.

Alors d’un geste habile, elle se faufila pour s’écarter, surtout qu’elle savait très bien ce qui se passerait si il insistait. Elle n’était pas capable de lui résister aussi longtemps. Et puis, Cassidy lui demanda de reporter son attention sur le VRAI petit déjeuner. Non sans rire, elle s’était donnée du mal pour faire tout ça… la moindre des choses c’est qu’il apprécie au moins ce moment qui était rare. Naturellement, elle chercha à vérifier la blessure qu’on lui avait fait dans ses cheveux rouges. Bien surprise de ne voir qu’une petite cicatrice. Elle savait que les dragons cicatrisaient très bien, qu’ils avaient des facultés de régénération surprenante, bien plus que n’importe quelle créature sur Ascadian… Mais là… c’était pas une petite blessure quand même ! Pourtant, elle avait ses raisons de penser ainsi… de penser qu’il s’était régénérer tout seul, sans son aide… Et elle ne voulait pas qu’il insiste encore avec cette histoire de magie.

D’accord, Cassidy avait admis qu’elle avait un peu de magie en elle, un peu comme la majorité des habitants sur Ascadian. Mais de là à avoir une magie suffisamment puissante pour le remettre sur pieds, non ! De mémoire, elle avait lu beaucoup de choses sur la magie, quand elle s’y intéressait encore. Il y avait la magie « pratique » qui demandait des années d’entraînement. Une concentration extrême, ne faire qu’un avec les flux d’énergie qui flottaient dans les airs, prononcer des paroles et faire des gestes. Là c’était de la magie de guérison… et ceux qui étaient capable de telles choses, avaient bien plus d’expérience qu’elle. Il y avait aussi une autre forme de magie, innée celle là. Les humanoïdes autres que les humains avaient plus de facilité à la manipuler. C’était faire corps avec la magie, l’utiliser par instinct, sans passer par tout type de rituels. Certains mages humains très puissants en étaient capables aussi. Mais ces personnes étaient très rares… on en parlait dans les livres et certains disaient qu’ils étaient bénis par la déesse de la magie. Mais elle… elle qui avait été repoussée de toute part, elle qui avait vécu une vie misérable pendant de longues années… elle ne pouvait pas dire qu’elle était chouchoutée par les dieux. C’était impossible… c’était juste un destin cruel, des embûches régulières. Là encore avec Tristan même si il était vivant, ce n’était pas passé loin du tout. Et elle semblait avoir été bénie par le dieu des conflits, des ténèbres et de la mort… rien que ça. Quelle ironie…

Alors oui, elle avait très vite évité ses explications, parce qu’elle ne voulait pas entendre encore une fois qu’elle pouvait apprendre la magie. Devenir un mage… un vrai. Même si il l’avait convaincu, un petit peu, même si il disait qu’elle avait de la magie… ce n’était pas de la bonne magie. Dans son délire d’hier, elle se revoyait soulever un homme dans le vide en le faisant léviter. C’était peut être de la magie oui… mais elle était mauvaise… elle se revoyait en train de repousser les hommes sans pour autant les toucher. Une sorte de télékinésie… mais ce n’était pas bien. Elle était capable d’avoir une force surhumaine, des réflexes aiguisés… mais était-elle juste une arme de destruction ? Compliqué tout ça… il n’avait pas vu… ce qu’elle avait fait.

Cassidy prit aussi un petit pain brioché dans lequel elle croqua tout naturellement, faisant dévier la conversation vers les activités de la journée. Après tout, la jeune femme avait bien compris qu’il voulait qu’elle profite. Donc il avait sûrement prévu tout un tas de trucs plus fous les uns que les autres. Il avait mis du temps pour lui répondre. Réfléchissant et peut être moins dynamique que la veille, plus calme et posé. En même temps c’était un peu normal puisqu’il se réveillait lui aussi d’un accident. Il donna plusieurs idées. Bon, même si il lui avait dit, s’asseoir sur un banc et attendre elle aurait trouvé ça magnifique et intéressant. Elle aurait dit n’importe quoi pour essayer de paraître un peu plus « normale ». Il est vrai que hier elle semblait parfois ailleurs, parfois réticente. Elle voulait faire des efforts… n’importe quelle autre fille serait aux anges alors elle devait profiter de la chance d’avoir un homme galant, serviable, attentionné… enfin peut être un peu trop de qualités oui. Cependant, malgré sa bonne volonté, parfois ça ne suit pas. Parfois on prend une bonne résolution, on se promet d’être plus comme ci plus comme ça, mais le naturel revient rapidement au galop.

Pourtant elle paraissait sincère en lui répondant. Des randonnées, des cascades gelées, des concours différents… En théorie, participer à des concours elle ne voulait PAS. Pas se mettre en avant encore une fois alors qu’ils s’étaient quand même distingués hier. Et elle était pratiquement sûre que toute la ville la reconnaitrait maintenant. Aïe… pourtant, Cassidy voulait essayer. Se forcer, ce n’était jamais bon mais vraiment, elle cherchait à apprécier ces moments… Il parlait du retour aussi, comme quoi il s’était occupé de tout. La jeune femme avait écouté, elle était très enthousiaste c’est vrai, souhaitant lui montrer une autre partie d’elle. Ce n’était pas vraiment… proche de ce qu’elle était d’habitude mais elle se devait de faire quelques efforts. La jeune femme avait terminé son petit déjeuner et elle s’était régalée. Un lait chocolaté, quelques brioches, des petits pains au chocolat. Il n’était pas le seul à avoir bon appétit…

Mais alors qu’elle comptait se préparer dans la salle de bain, il la tira par la cheville, la surprenant et la faisant glisser sur le lit. Tristan ne lui laissa pas la moindre chance de riposter, de parler ou de râler, main sur la hanche, baiser enflammé qu’il lui tordit le creux des reins et fit louper à son cœur un battement. Elle se sentit faiblir pendant un instant, à cause de l’intensité du baiser qui la perturbait. Pendant un instant, son idée était intéressante et elle comprit où il voulait en venir avec sa phrase pleine de sous entendus. Mais son regard redevint plus déterminé et d’un geste rapide, elle se retira sans forcer et se remit sur ses deux pieds, se tenant plus éloignée de lui. Sortant l’excuse qui lui venait à l’esprit et qui était tout à fait adaptée à la situation. Sauf que la jeune femme ignorait que l’ego d’un homme pouvait être froissé et aussi sa fierté. Ca elle n’en savait rien. Oui elle cherchait à être attentionnée et lui parlait de récupération, d’y aller en douceur et puis…

Son regard changea du tout au tout. Elle le vit bien vexer suite à sa déclaration alors qu’il envoyait tout valser, bombant le torse en avant. Heu… là par contre il se rendait ridicule comme un coq qui faisait le fier. Pendant un instant, elle le revit au village. Trop parfait… trop d’assurance par rapport à ses performances. Il était bon et il manquait de modestie. Bon d’accord, parfois ça lui arrivait à elle aussi mais c’était toujours sur le coup d’un jeu. Alors que là… il semblait vraiment très sérieux et piqué au vif. Elle le regarda s’exciter tout seul dans son coin, fit un sourire amusé et rempli de malice puis tira la langue pour le provoquer encore plus avant de fermer la porte de la salle de bain d’un geste vif.

Ah oui… pour l’ego de mâle on repassera. Elle ignorait à quoi il pensait et peut être que ça l’aurait… changé. En refermant la porte de la salle de bain, elle poussa un soupir puis se frotta le menton. D’accord il était bien drôle à agir ainsi mais… bon c’était un homme après tout. Cependant, il ne vint pas la rejoindre dans la salle de bain. Peut être qu’un autre aurait insisté. Un bon point qui la rassura et l’empêcha d’être de mauvaise humeur…

Elle se changea assez rapidement, hésitant… mettre une robe n’était pas une bonne idée. Pour faire un effort encore, elle choisit une des tenues qu’ils avaient achetées ensemble hier. Pour lui faire plaisir… encore une fois. Cassidy n’avait pas l’air de se rendre compte de la situation. Dans sa tête, elle ne voyait que faire des efforts pour attirer son sourire, sa bonne humeur, pour le remercier en quelque sorte. Mais d’un point de vue externe, d’un point de vue observateur, on pouvait voir qu’elle se forçait même si elle n’en avait pas du tout l’impression. Après tout, c’était Tristan qui avait choisi la majorité de ses tenues. Bon en même temps elle ne semblait être intéressée par rien du tout. Préférant la modestie, la discrétion… alors que là cette tenue qu’elle tenait était vraiment faite pour attirer l’attention. Rouge et noire, chemise bien cintrée, pantalon moulant… En même temps toutes les tenues étaient comme ça… En temps normal, si elle jouait, elle n’aurait pas eu la même réflexion. Elle se serait amusée à lui mettre les fesses sous le nez, à prendre des positions tentantes, à jouer… Là elle ne voyait ça que comme un effort à faire et n’était pas sûre… de vouloir jouer aujourd’hui.

Pourtant elle ressortit rapidement de la salle de bain et le retrouva boudeur, lit parfaitement fait. Cassidy grogna. Quelle était cette idée de vouloir faire un lit au carré ? Tendu comme un string ? Pas besoin d’en faire tout un cirque surtout que le soir, ça serait déballé. On reconnait bien la bordélique qui parle et qui n’a jamais pris beaucoup de temps pour faire du rangement… En même temps quand on a pas une vie bien rangée et un vrai habitat, il est difficile de briller en faisant du rangement. Cependant, elle se mit à sourire, toujours amusée. Il la regarda un instant mais sa mine boudeuse n’avait toujours pas disparue. Il passa devant elle sans un mot, mais le torse toujours bombé. Oui un vrai coq… vexé de ne pas avoir eu sa dose matinale de câlins et autres acrobaties en tout genre.

Normalmeent, Cassidy aurait réagi. Mais là elle se contenta d’ignorer ses pensées et attendit sagement sur le lit, tortillant une mèche de cheveux autour de son index, la mine songeuse. Il ressortit au bout d’un moment et vint se planter devant elle. Lorsqu’elle se redressa pour croiser son regard, il détourna le sien aussitôt. Elle chercha à lui prendre doucement la main qui était très froide et fronça les sourcils. Il expliqua quelque chose de manière détournée et cela ne fit que confirmer les pensées de Cassidy. Il avait envie mais ne voulait pas la forcer. Dans un sens, elle le remercia. Pas qu’il n’était pas un bon amant au lit, loin de là ! Mais elle ne se voyait pas faire ça maintenant. Alors, pour tenter de lui faire « oublier » ce petit accrochage même si s’en était pas un, elle se montra enthousiate et enjouée, le prenant par le bras pour l’emmener à l’extérieur.

La ville était encore plus animée que lorsqu’elle était passée, tôt dans la matinée. Elle essayait de se faire plus bavarde qu’hier. Il est vrai que la veille, la jeune femme avait été très discrète, le suivant dans toutes ses folies mais sans vraiment s’exprimer. Alors que là elle animait la conversation. Lui demandant des explications sur les feux d’artifices, lui parlant aussi du fait que c’était une jolie ville bien vivante bien que différente de celle où elle logeait actuellement. Elle disait aussi qu’elle aimerait bien visiter d’autres endroits… et même…le problème c’est qu’en essayant d’entretenir une conversation et parler de tout et de rien, certaines paroles peuvent dépasser la simple pensée. Et Cassidy était tellement concentrée pour parler qu’elle n’avait pas fait attention aux répercussions que cela pouvait apporter.

« Ca me manque aussi de voyager… enfin j’ai toujours voyagé parce que je voulais trouver quelqu’un pour m’apprendre la magie et puis j’ai peut être pas fait des bonnes rencontres au bon moment… »

Elle étouffa un petit rire nerveux.

« Mais je pense que j’ai jamais vraiment apprécié le voyage. Quand j’étais à Galaden, j’ai vu plein de cartes, des livres sur les mythes et légendes de notre monde, l’économie de chaque royaume, les particularités de chacun… les vestiges du passé à explorer… les différents peuples et leurs coutumes. J’ai jamais pris le temps de bien voyager, alors peut être que je devrais regarder un peu plus et… »

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Parce que leurs bourreaux étaient apparus devant eux, alors qu’il passait par une rue. Cassidy se crispa aussitôt au bras de Tristan. L’envie de tuer revenait au galop, cette sombre pensée noire qui agitait son esprit. Elle voulait en finir, ici et maintenant ! Ses sourcils étaient abaissés, lui donnant un air peu fréquentable. On aurait dit qu’elle retenait son corps de se jeter dans un massacre bien mérité. Mais avant qu’elle n’ait pu décider quoi que ce soit, l’apparence des bandits la surprit. Ils n’avaient plus aucune virilité et semblaient dans un piteux état. Pas le temps de les apostropher, de les menacer, de leur taper dessus car ils étaient partis très rapidement, un air effrayé sur le visage comme si ils avaient vu un fantôme. Cela eut pour effet de la calmer aussitôt alors qu’elle se montrait plus curieuse en regardant Tristan.

Cela ne l’aurait pas étonné qu’il se lève la nuit pour aller se venger personnellement de cette humiliation. Cependant, Tristan avait un visage aussi étonné qu’elle et ne semblait pas comprendre ce qui se passait. Il répondit simplement en plaisantant, comme d’habitude. Si elle n’était pas aussi choquée, ça l’aurait bien amusée ce genre de réplique.

Ils avaient repris leur marche et la demoiselle était un moment songeuse. Cette histoire lui restait en travers de la gorge. Qui diable aurait bien pu faire une bagarre digne de ce nom ? Un Drakkari ou plusieurs ? Après tout ils sont réputés pour avoir le sang chaud… et avoir une force herculéenne, repoussant les lois de la physique humaine. Et… pourquoi ? Une discussion qui avait mal tourné ? Une vengeance ? Mais cela n’expliquait pas pourquoi ils avaient fuit… Quoique… avoir vu un dragon et un humanoïde baignant dans la magie noire, ça se croisait pas tous les jours. Mais Cassidy chercha à chasser ce petit bémol de la journée et tira Tristan par le bras en lui montrant les grandes sculptures.

Certains étaient vraiment doués et on avait l’impression que les choses représentaient semblaient vivantes. Animaux, humains, art contemporain, symboles, on pouvait croiser de tout. Cassidy était surtout enthousiaste sur les animaux. Elle s’extasia un bon moment sur ce gros ours qui se tenait sur ses pattes arrière avec une tête vraiment convaincante. En plus avec le soleil, la glace brillait de mille feux, comme des diamants, c’était magnifique. Cela donna une idée à la jeune femme. Elle était presque persuadée que Tristan était capable de réaliser quelque chose… le souvenir d’un petit chat sculpté dans le bois lui revint en mémoire. Lorsqu’ils étaient plus jeunes, elle l’avait vu une fois en train de tailler ce genre d’animal avec beaucoup de patience. Il pensait être seul mais ce n’était pas le cas puisqu’elle l’avait observé depuis un buisson, pas loin de lui. Elle n’avait jamais cherché à lui en parler, se doutant bien qu’il mentirait ou bien qu’il lui dirait gentiment d’aller se faire voir. Mais aujourd’hui, c’était bien l’occasion d’essayer de lui faire faire autre chose. Et de le voir au travail.

Il n’avait pas l’air convaincu lorsqu’elle lui proposa l’idée. Sauf que Cassidy savait s’y prendre pour faire accepter un jeune homme réticent. Elle avait souri, amusée, puis s’était pendue à son cou sans la moindre gêne et déposant sur ses lèvres un magnifique baiser, le chauffant un peu trop. A aucun moment elle ne le laissa prendre le dessus même si elle le sentait impatient. Elle avait une poigne ferme mais douce, jouant avec sa langue et caressant doucement sa nuque. Elle le sentit se crisper à un moment, entendre son gémissement qu’elle fit taire en redoublant d’ardeur. Lorsqu’elle recula son visage du sien, il vit son regard… ça voulait tout dire. Encore une fois elle jouait avec elle et même si le baiser l’avait aussi rendue bien rouge, la jeune femme arrivait à garder une certaine contenance, faisant quelques pas en arrière pour ne pas lui laisser le temps de riposter.

Avec provocation et entrain, elle le mit au défi, et sa phrase était à double sens. Oui une provocation comme une autre, après tout, qui tentait l’autre ? Elle le vit vraiment concentré, comme si il cherchait à se reprendre. Elle avait les mains dans son dos, tout sagement, et ses pieds basculaient d’arrière en avant, attendant sa décision. Il finit par accepter mais le regard qu’il lui lança sonnait mystérieusement. On dirait qu’il avait une idée bien précise derrière la tête et pas forcément une bonne. Elle se laissa néanmoins guidée de bon cœur, apparemment il était inspiré en lui montrant une souche et lui demandant de tenir une position bien précise. La jeune femme s’exécuta, non sans pas une certaine curiosité de ce qu’il était capable de faire. Elle attendit alors et l’entendit gratter. Pas d’hésitation, un mouvement régulier, il savait ce qu’il faisait. Son souffle lui faisait comprendre qu’il était concentré. Pour sa part, elle admirait le beau ciel bleu, les oiseaux qui passaient. Bon, c’était quand même très lassant et parfois la jeune femme avait envie de tourner la tête même si sa position était plutôt agréable.

Mais dès que c’était le cas, il émettait un grognement, comme si il savait qu’elle bougeait ou en avait l’intention. Les sourcils de la demoiselle se plissèrent, lui donnant un air interrogateur. Il travaillait rapidement même si elle avait l’impression que c’était long. Bien sûr qu’elle entendit des bruits de pas, des murmures, des sifflements. Mais quelle œuvre d’art avait-il sculpté ? Elle était de plus en plus curieuse et trépignait sur sa souche, surtout que les bruits de la foule la rendaient encore plus impatiente. La jeune femme souffla et se tourna pour voir ce qu’il était en train de trafiquer. C’est qu’elle n’en pouvait plus. Ce qu’elle vit lui fit écarquiller les yeux de surprise. Choquée oui… La statue était de toute beauté et elle n’en revenait pas. Où avait-il appris ça ? Parce que ça demandait quand même des années et des années de pratique ! Quand elle avait commencé à jouer du piano il lui avait fallu une bonne année entière et régulière avant d’être un petit peu à l’aise… pareil pour le chant.

De plus, le brigand en profitait un peu trop ! Il passait ses mains pour arrondir les angles et montrait à quel point il pouvait lui faire subir le même traitement. Il avait représenté ses cicatrices par des épines de rose, peut être inconsciemment. Mais ce qu’il ne savait pas, c’est que les épines d’une rose sont acérées… et si il voulait reproduire les marques de son passé… chaque épine était une menace de ce qu’elle était, de son comportement, de sa façon d’être… Elle aurait pu être amusée certes… et son visage resta figé dans cet étonnement alors que son cerveau carburait à toute vitesse. Elle ne vit pas ce qu’il voyait… Elle voyait la foule et cela réveilla quelque chose en elle. Elle revoyait les profiteurs, elle revoyait les pervers… Même si ce n’était pas vrai… mais dans une foule il y a toujours des pervers… les brigands de la veille était une preuve qu’il y en avait partout. On la voyait nue… alors qu’elle n’aimait pas se montrer… elle l’avait provoquée oui.. elle s’était brûlée… elle avait oublié à quel point elle détestait exposer son corps. Des souvenirs remontèrent dans sa mémoire… Ce jour où dans cette maison close, on l’avait trainé sur la place publique… on l’avait déshabillée, devant TOUT le monde, telle une marchandise, un animal de foire, de la publicité…

Tristan ne pouvait pas savoir… Ses bracelets… n’avait-il jamais remarqué qu’elle les dissimulait toujours sous des manches ? Qu’elle détestait CE souvenir. Que ça faisait partie de SON jardin secret. Qu’elle partageait avec lui.

Son cœur loupa un battement, puis deux. Elle n’aurait pas dû mal réagir. Pendant un instant elle s’arrêta de respirer comme si elle cherchait à éviter la tempête qui pouvait suivre. Elle se mordit si fort la langue que le goût du sang lui arriva dans la bouche. Saveur amère…

Il balança une phrase qu’elle n’entendit même pas, les yeux perdus dans le vague. Si Tristan avait toujours peur de mal faire, là c’était une véritable catastrophe… elle appréciait son talent mais PAS du tout le regard que les gens posaient sur ELLE. Même quand ils étaient dans leur village ça n’avait jamais été aussi loin, par respect pour leurs parents. Elle lui avait DIT qu’elle n’aimait pas se montrer en public, qu’elle aimait la discrétion. Alors peut être qu’il avait perdu la tête, peut être qu’il avait agi sans réfléchir… peut être que ce n’était qu’un cruel jeu qu’il lui rappelait. L’exposer aux yeux des autres… prouver qu’il la connaissait par cœur. Il s’en fichait peut être… pas elle.

*Calme toi Cassy, caaaaalme toi… c’est rien…*

Difficile de garder un semblant de contrôle dans ces conditions. Elle serra les poings, sentant la chaleur lui monter au visage. Elle se mit à sourire mais c’était un sourire crispé. Pourtant la demoiselle garda un air très digne, blessée dans sa fierté mais digne. Elle se releva gracieusement et passa à côté de lui pour « admirer » la statue, admirer son propre corps qu’elle avait bien trop vu… et même si c’était extrêmement beau et digne d’un artiste, elle n’aimait pas cette exposition public.

« C’est du beau travail… Un peu voyant à mon goût…»

Elle regretta de l’avoir tenté. Mais tout jeu à une fin… la jeune femme posa ses mains sur le dos de la statue. Celle-ci se mit à fumer et la glace se transforma en eau devant une foule surprise ou déçue pour certains. Il aurait pu rester sage… elle l’aurait applaudi, elle aurait souri, l’aurait complimenté. Mais la glace se mit à fondre sous ses mains qui devaient être extrêmement chaudes pour faire cet effet. Elle regarda sa statue fondre avec un sourire d’excuse en regardant Tristan et en lui murmurant quelques mots.

« Il y a encore des innocents par ici… tu n’as pas vu les enfants qui jouent un peu plus loin ? »

Très bonne observation, très bonne excuse qu’elle avait trouvé si rapidement. C’était vrai, plus loin des enfants construisaient un bonhomme de neige et certains avaient regardé avec curiosité à cause de tout cet attroupement qui finit par s’éparpiller, le spectacle étant terminé. Même si elle ne mentait pas, elle ne disait pas tout… elle ne parlait pas de ce souvenir qui était aussi douloureux pour elle. Peut être qu’il n’y était pour rien… mais quelle femme aurait accepté d’être mise à nue sur la place publique, aussi belle soit-elle ?

Elle resta cependant silencieuse et même si elle souriait, il y avait quelque chose de figé en elle. Cassidy secoua la tête d’un air calme.

« Désolé, je pense pas que je sculpte aussi bien que toi. Tu as bien vu, apparemment je suis plus une spécialiste pour casser ce qui est construit… »

Léger rire nerveux alors qu’elle plaçait les mains dans son dos. La jeune femme tentait de faire le vide dans son esprit mais ces souvenirs, ces images de maintenant qui se superposaient. Ces gens qui la dévisageaient… elle n’aimait pas vraiment mais gardait un calme… avant la tempête ? D’un geste, Cassidy attrapa Tristan par le bras pour qu’ils changent de place.

« Viens… si on faisait une de ces balades maintenant… j’ai bien besoin de me dégourdir les jambes… »

Cependant, dans ses paroles, elle semblait se contenir. Si elle était joyeuse tout à l’heure, à présent la demoiselle paraissait bien plus préoccupée. Ce changement d’état ne fut pas manqué par Tristan et même si il ne disait trop rien pour l’instant, il acceptait de la suivre sagement. Peut être avait-il eu envie de la prendre dans des buissons ?

Ils marchaient sur le sentier menant à une petite balade en dehors de la ville. Des décorations avaient été mises pour rentre le chemin encore plus joli. Des couples et autres marcheurs flânaient tout simplement. C’était apaisant mais Cassidy était ailleurs. Elle n’arrivait pas à faire partir cette image de sa tête et bien qu’elle tenait le bras de Tristan et marchait contre lui, il était certain qu’elle n’appréciait pas vraiment le paysage. La mine lointaine, elle ne profitait pas. Apparemment la petite blonde s’était renfermée sur elle-même très rapidement. Ses bonnes résolutions s’étaient envolées et son naturel revenait un peu trop rapidement au galop. Sauf que là elle ne faisait plus vraiment d’effort, perdue dans des pensées connues d’elle seule.

Cassidy s’arrêta soudain sur place. Puis elle regarda Tristan, cherchant à prendre une expression la plus douce possible même si ça ressemblait à une grimace.

« Hum… tu m’excuses mais… j’ai besoin de… marcher un peu seule… je… »

Elle ne savait pas comment expliquer qu’elle voulait prendre du recul. Juste un peu de recul. Et que lui montrer cette tête là, elle n’appréciait pas vraiment. Lui lâchant le bras, elle recula un peu, faisant un sourire même si ça lui donnait un air bien crispé. Puis elle fit demi-tour et s’éloigna de lui, en espérant ne pas être suivie.

Une fois hors de vue, Cassidy se mit à courir. Mais au lieu de retourner dans la ville, elle s’enfonça dans les bois un peu plus loin. Courir, se défouler, s’épuiser… Il était difficile de chasser ces horribles images de sa tête, ses sentiments… cette image qu’elle acceptait de moins en moins. Mais Tristan était maladroit mais ce n’était pas méchant… elle le savait. Pourtant, la jeune femme espérait qu’il comprendrait… ou peut être pas.

Elle courait et sa cape la dérangeait un peu. Elle se prit une branche qui accrocha un bout de tissu et la freina. Mais la jeune femme continua son chemin en l’arrachant presque. Ses pensées se bousculaient, tout était si confus et si difficile à comprendre… elle ne devrait pas réagir comme ça… et pourtant. Une fois qu’elle fut épuisée, la demoiselle s’arrêta et continua de marcher. Sans savoir où elle allait mais elle n’avait pas l’air de réfléchir pour l’instant. Trop compliqué… De la buée s’échappa de ses lèvres alors qu’elle regardait autour d’elle. Tout était blanc et la neige se mit à tomber, tout doucement à travers les arbres. Elle grimaça et continua sa route. Marcher lui faisait du bien…

A force d’errer à droite et à gauche, il était difficile de savoir combien de temps s’était écoulé. Elle atteignit la fin de la forêt et soupira un bon coup en fermant les yeux. Son comportement était ridicule… vraiment. Secouant la tête, Cassidy regarda autour d’elle. Une falaise s’étalait non loin, il n’était pas possible de continuer sa route. Ce n’était pas son intention de fuir comme une voleuse, elle allait revenir. Avoir couru, même si cela l’avait bien fait transpirer, était libérateur pour elle.

« Enfin Cassy ce que tu es ridicule parfois… »

Elle s’en voulait. De lui avoir imposer quelque chose sans réfléchir aux conséquences, le fait d’être partie comme une voleuse… comment lui expliquer maintenant ? Il comprendrait sûrement mais… peut être pas le fait qu’elle soit partie comme ça…

Cassidy s’était rapprochée de la falaise, s’accroupissant non loin du bord, prenant une poignée de neige dans ses mains. Le contact frais sur sa main lui fit du bien, elle qui était si chaude tout à l’heure. Elle devait faire demi-tour et vite rentrer avant qu'il s'inquiète. Cette simple pensée lui tordit l'estomac.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ascadian.forumgratuit.org
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
avatar

Messages : 600
Date d'inscription : 09/05/2012
Age : 25

Feuille de personnage
Race: Drakkari
Royaume:
Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 1 Fév - 16:39

Je ne connaissais pas… Je ne connaissais pas… Je ne savais pas.
Mal… J’avais tellement mal. Mon torse me brûlait si fort alors que je me sentais si… glacé. Autour de moi, les bruits m’échappaient, m’étourdissaient, martelaient mon crâne. Tous mes sens exacerbés, tellement exacerbés échappaient à mon contrôle, complètement et ça faisait si mal… Le moindre froissement d’ailes d’un oiseau à une dizaine de mètres me déchiraient les tympans, le sang qui battait à mes tempes m’aveuglait tant son bruit était violent… Le froid glacé apportait son lot d’odeurs, toutes celles autour de moi, agréables comme désagréables, remplissant ma bouche de trop de stimuli gustatifs qui me donnaient la nausée… Mes yeux ne voyaient plus que des taches noires et blanches imprécises qui dansaient en rai de lumière et d’obscurité autour de moi, renversant l’équilibre de toutes choses, l’équilibre de mon propre corps, l’équilibre, l’instinct le plus primaire de mon dragon… Mon sens du toucher était un univers de douleur. Je ressentais tout, absolument tout: le souffle du vent pourtant légère brise, sur ma peau, m’aurait fait hurler si la certitude que le goût du froid, rajoutant à la torture de mes papilles, ne m’avait pas fait retenir ma respiration. Le froid était une lame de feu qu’on passait sur mon corps, s’insinuant à travers mes vêtements et étreignant mon épiderme, mes organes, mes sens, de ses doigts meurtriers. La douleur était insupportable, la trouille de la perte de mes instincts, du contrôle de mes sens, le premier de mes apprentissages… La trouille qui martelait elle aussi mon estomac, crachotant ses acerbes paroles dans mon esprit endolori et son écho aussi douloureux que s’il me faisait heurter un mur de briques acéré d’épines à chaque syllabe…

« Tu ne contrôles rien, tu ne contrôles rien. Je contrôle tout, je contrôle tout. Ressens-moi, crains-moi. Je suis le chaos de ton âme et la terreur de tout ton être. Je suis plus fort que tout et ton pire cauchemar. Je te broierai jusqu’en enfer et ne laisserai de toi que poussière. Crains-moi, fuis-moi tant que tu le peux. Je suis l’assassin de ton espèce. Tu ne peux rien contre moi. Je peux tout contre ton monde. Je suis le Pouvoir. Tu n’es rien face à moi. Confronte-moi, défie-moi, j’ai tant envie de te faire souffrir… »

La terreur, une terreur incommensurable broyait mes organes.
Mais les instincts, puissants en moi, cette force de combat qui bouillait dans mes veines, plus puissante que tout ce que je connaissais repoussa au loin cette peur inconnue, ce tourbillon d’étourdissement dans un grognement plein de provocation, de défi, terrible, terrifiant pour toute espèce, pourtant aucun son ne franchissait mes lèvres. Le hurlement déchirait les méandres de mon âme, le silence de mes songes, nullement la réalité… La petite voix devenue tempête disparut dans un souffle, souvenir incertain, fugace d’un moment d’absence inexpliquée… Je rouvris les yeux, inconscient de les avoir fermés, retrouvant l’aplomb propre à mon espèce, propre à moi-même, la fierté, l’ambition, relâchant la poigne ferme et sans appel de ma main sur le tronc de l’arbre qui m’avait soutenu. Seules les marques profondes de griffes qui en lacéraient l’écorce et entaillaient la chair tendre étaient les garants que ce que je venais de vivre était bien réel… Déjà mon esprit repoussait le souvenir douloureux et la sensation de terreur qu’il lui avait associé. Que s’était-il passé ?



Tout avait commencé avec une simple provocation, des mots, un baiser… Ce baiser plein d’ardeurs volées avait ôté plus que la raison au jeune homme… Ses limites, sa prudence, sa retenue si curieusement volage depuis peu, sa manière si particulière de cacher le vrai sous les faux sourires et cet air parfois martyr, trop sérieux, trop gentil, trop parfait, eux aussi avaient volé en éclat. Pour un seul baiser, un simple baiser, appuyé, vigoureux, électrisant, diabolique de tentations et de promesses. Ce n’était pas censé arriver. Ca n’aurait jamais dû arriver. Le bouclier du jeune homme, son apparence, son personnage, mûrement réfléchi, tant travaillé, disparaissait sous les traits d’un être d’instincts et de spontanéité, les traits… d’un adolescent rebelle, provocateur, tempétueux, caractériel, les traits de l’enfant qu’il était en réalité malgré son âge… Adulte, mature, il n’en était pas moins un tout jeune, si jeune dragon… au contrôle qui aurait dû être assis par la maitrise, la discipline imposée. Contrôle qui pour une femme, une seule demoiselle, disparaissait dans un nuage de malice.
Il n’aurait pas dû agir ainsi. Jamais… Pourtant Tristan avait répondu à la provocation de la petite blonde qui le piquait tant au vif. En temps normal, il ne se serait pas prêté au jeu, il serait resté stoïque, face à toute autre femme, jamais il n’aurait flanché. Pas même par curiosité, il n’aurait tenté de sculpter et surtout d’obéir… Pas même pour son honneur il n’aurait relevé le défi. Pas même par frustration et bouderie, envie de vengeance il n’aurait sculpté cette statue trop sensuelle pour n’importe quel mortel… Mais elle n’était pas toute autre femme.
Les instincts qui avaient poussé le jeune homme à agir étaient pourtant créatifs, pas primaires, pas violents, créatifs. Derrière l’homme, très enfoui, très caché, effacé, brisé, il y avait encore le petit garçon, peut-être sans souvenir mais toujours présent dont le regard sur le monde était si particulier… Ce petit garçon qui ne savait pas que ses sens n’étaient pas normaux, que sa manière de voir le monde, sa manière de percevoir, déjà tout jeune, les débuts de la magie en toute chose façonnait son esprit, lui permettant d’envisager toute perspective d’un objet, une visualisation dans l’espace époustouflante et la faculté de voir de la beauté dans la plus terne des matières. Le petit garçon qu’il avait été avait un goût prononcé pour l’art… Pas qu’il soit particulièrement artiste de base, juste une faculté à voir le monde, à percevoir le monde autrement et à pouvoir voir ce que chaque matériau voulait devenir, pouvait devenir. Il n’aurait pas dû être capable de sculpter de cette manière, tel un artiste accompli maitrisant son art et ses outils. Mais il voyait des choses que les autres ne pouvaient pas voir… D’ailleurs il aurait pu réussir le plus gros de sa sculpture les yeux fermés parce que voir lui était presque inutile. Ce n’était pas avec ses yeux qu’il créait, pas seulement. Et il était fort, incontestablement. Les années d’un entrainement intensif, douloureux, répétitif, avaient forgé son corps, ses muscles, pas seulement dans la force mais aussi dans la finesse… S’il montrait un goût indéniable pour le combat brutal et quelque peu frontal il pouvait effectuer une lame à la main, un véritable ballet face à n’importe quel adversaire. Alors manier avec force ces outils qu’il ne connaissait pas et les manier avec adresse, au final, ce n’était pas si compliqué. Son corps savait faire, son esprit le guidait juste…
S’il avait réellement accordé la moindre importance au rendu final de son expérience, aurait-il été surpris ? Probablement oui. S’il avait vraiment fait attention, il se serait arrêté sur cette réalisation, comme il l’avait fait pour le dessin qu’elle avait fait naitre quelques jours plus tôt en le sollicitant. Ca aurait peut-être suffi à le sortir de sa torpeur, sa provocation, son défi… Il aurait probablement réalisé l’erreur de son geste. Assez tôt pour le réparer, en partie du moins.

Mais que ce soit flatteur ou une erreur d’autant plus grande, son attention n’était focalisée que vers la jeune femme, que pour la jeune femme. S’il n’avait pas fanfaronné, fait le fier-à-bras face aux murmures, aux soupirs des jeunes femmes présentes qui l’observaient, suivant le tracé puissant de ses muscles sous sa tunique au moindre de ses gestes, c’est parce qu’il ne voyait réellement personne à ce moment-là. Il n’y avait qu’elle.
Mais ça ne dura pas…

Sous les paroles pleines de véhémence, de provocation, pourtant prononcées d’une voix grave, douce, caressante, sensuelle, cette même voix qu’il avait lorsque l’appel de leur corps les poussaient l’un vers l’autre, il l’avait vu quitter la souche qui lui servait de support. Elle, par contre, n’avait rien vu comme lui. Elle n’était pas une dragonne. Elle ne « ressentait » pas ce qu’il ressentait et aurait bien été incapable de comprendre le centième de ce qui était passé par l’esprit du jeune homme à ce moment-là. Si elle pensa à de la provocation, de la vengeance, le rappel douloureux de la manière dont on l’avait traitée, de l’exhibition, peut-être même une manière très cruelle d’exposer un peu de son secret, de leur secret, de leur intimité au monde, si le coeur de la jeune femme endura la douleur des souvenirs, la colère de cette exhibition, la colère de l’incompréhension, l’esprit du jeune homme n’avait jamais été aussi… vide. Il n’y avait que l’instinct, l’art, la provocation, l’admiration. Il se sentait empli d’instincts puissants et en même temps si apaisé que la réflexion était inutile… Car il aurait pu juste agir en provoquant et sculpter n’importe quelle femme, pour lui faire du mal, la rendre jalouse. Mais il n’avait d’yeux que pour elle et le monde autour de lui n’existait plus. La raison encore moins. Etait-il à blâmer pour ses actes ? Oui bien sûr que oui… Ce qu’il avait fait était mal, irrespectueux, preuve d’un manque de sensibilité et de compréhension de son prochain, d’elle surtout… Et pourtant… ce n’était qu’un oubli, un abandon, de principes, de prudence. Une imprudence… Une énorme imprudence, une faiblesse, une faille qu’il ne s’imaginait pas avoir…
Il vit bien son regard qui avait changé, empli de choses qu’il ne comprenait pas et qui firent résonner comme un gong dans sa tête… Il demeura immobile, incertain, soudain tellement plus conscient quand elle vint tout près de lui, effleura la statue, murmura quelques paroles avant de faire fondre son incroyable travail de ses mains qui semblaient de nouveau brûlantes.
Les murmures d’incompréhension des personnes autour d’eux lui parvinrent enfin et lui firent prendre conscience de toutes les personnes qui s’étaient approchées et qu’il remarquait seulement maintenant. Un frisson parcourut son échine. L’impression d’avoir laissé voir aux autres la chance de son plaisir, l’éclat de son admiration pour la jeune femme mais aussi, c’est vrai, l’empreinte timide de son trop grand intérêt pour elle le rendirent l’espace d’un instant aussi fier et orgueilleux que jaloux et rancunier. Elle était à lui ! Personne n’avait le droit de la regarder comme lui ! Et pourtant si elle venait de faire disparaitre l’objet de sa convoitise, soignant son honneur, dissimulant sa propre pudeur elle entacha forcément cette empreinte timide et fragile d’un jeune dragon qui perdait un peu trop facilement les pédales pour une simple « humaine ».
Il observa, hébété, le fruit d’un travail intensif de longues minutes qui avait laissé les jointures de ses doigts blanches et gelées, réduit à néant en l’espace d’un instant, la demoiselle fermée, blessée, il le sentait bien, profondément blessée, atteinte par son geste… Elle sortit une excuse qu’elle n’avait pas besoin de trouver, parlant d’enfants… Allons bon… Les enfants d’ici devaient tous connaitre le corps de leur mère au moins, la pudeur n’était pas le propre des êtres impulsifs du Nord… Elle répondit finalement à sa provocation, le douchant davantage, parlant de destruction alors qu’il ne l’écoutait plus vraiment. Immobile, silencieux, figé plus qu’autre chose, le jeune homme laissait ses yeux courir d’elle aux restes de la statue, de cette dernière aux quelques personnes qui se dispersaient bien vite malgré une curiosité malsaine pour la dispute qu’ils espéraient voir éclater: ça ferait de l’animation après tout.

Il avait fait une bêtise, une énorme bêtise… Il l’avait bien compris même s’il ignorait ce qui lui avait pris. Désolé, navré d’avoir blessé la petite demoiselle, de lui avait fait du mal de cette manière aussi… stupide, détournée et pourtant si désagréable, il se promit de ne plus jamais toucher de tels outils, de ne plus jamais tenter quoi que ce soit de ce genre. A tout ceci pourtant s’ajoutait également la profonde incompréhension… Qu’est-ce qui lui avait pris… Il était fier de son contrôle, de son joli masque d’indifférence, il avait bien remarqué que pour elle, le faire tomber était si simple et si agréable. Mais il se contrôlait toujours… Pourtant là…Pourtant le mal avait déjà était fait. Il n’avait pas l’habitude de ce malaise qui s’insinuait en lui et lui donnait juste envie de disparaitre dans un trou. Honteux, attristé, Tristan faisait l’expérience d’une honte virulente et d’un regret tout aussi violent. Mais regretter quelque chose c’était après tout y accorder de l’importance… Et il n’accordait d’importance qu’à bien peu de choses… et surtout à bien peu de personnes…Seulement… Jamais il ne s’était senti aussi mal… Pas même dans leur village quand elle l’avait repoussé, quand il y avait eu Jilian… Sa langue s’était faite de plomb dans sa bouche alors qu’il aurait voulu s’excuser. Aucun mot ne franchissait ses lèvres alors qu’il se contentait d’agir comme un automate et d’obéir à la requête de la demoiselle qui voulait marcher. Ses gestes étaient pourtant extrêmement raides, crispés, figés par rapport à sa souplesse et fluidité habituelles qui lui donnaient tellement l’air d’un tigre, prédateur guettant une appétissante proie…
Difficile de savoir, finalement, lequel des deux était le plus chamboulé par ce qui venait de se passer. Elle ? Qu’il avait trahie et blessée, envahie, mise à nue devant tant d’inconnus, oui trahie…  Et ce même s’il avait tout de même, dans cette statue conservé une grande pudeur chez la demoiselle… N’importe quel amoureux de l’art se serait arrêté devant la fabuleuse réussite d’une nudité si bien dissimulée alors que tant exhibée, devant l’innocence qui émanait de ce corps glacé et immobile… Ou Lui ? Qu’elle avait tenté, descellé, provoqué, diabolisé, culpabilisé ? Honteux, le jeune homme restait silencieux, évitant le regard de la demoiselle, mais de toute façon elle ne le recherchait pas.
Elle ne fut pas longue à déclarer avoir besoin d’être seule et il se contenta de baisser la tête, la laissant s’éloigner sans chercher un instant à la retenir. Il resta immobile alors qu’elle s’éloignait, puis toujours aussi raide, crispé, se tourna dans la direction opposée pour s’éloigner. La douleur de son éloignement s’ajouta à la honte et la détresse de lui avoir causé de la peine, préjudice, et il s’écroula, se retenant tant bien que mal à un arbre, la respiration hachée, pris d’un vent de panique inconnu et effrayant.


Reprendre contenance ne fut pas long au jeune homme même si son moment de détresse lui semblait avoir duré une éternité. Le constat de l’impact de la petite demoiselle sur lui vint heurter ses certitudes et entacher ses connaissances. Ce n’était pas normal, il le savait. Ce n’était absolument pas une bonne chose. Quelque part, son souci d’elle, à prendre soin d’elle, son engagement impulsif auprès de la jeune femme qui lui avait fait commettre tant d’erreurs ces dernières heures, sonnait le glas du danger. Cet intérêt, si vif, qu’il lui portait était la pire des choses, la pire des erreurs. Le dragon était… perdu face à elle, vulnérable, plein de curiosités, de sensibilité, de douceur et de maladresse adolescente. Ce n’était pas normal. C’était effrayant de perdre ainsi le contrôle de tout son être. Il n’était pas censé être ainsi. Faire le constat de la situation fit froncer les sourcils du jeune homme alors qu’il se redressait et réfléchissait. Etait-ce pour cela qu’il n’était pas censé accorder de l’importance aux humains ? Les écouter ? Si attacher ? Etait-ce donc si facile de rendre un dragon vulnérable ? De lui faire commettre des erreurs ? Tous les humains avaient-ils un tel pouvoir sur eux ? Etait-ce pour cela que son intérêt pour eux était si mal vu par ses pairs ? Qu’il en avait été si souvent puni quelques années plus tôt ? Non… Ca ne collait pas… Il n’avait jamais été confronté à cela… Seulement face à elle… Avait-elle un pouvoir particulier ? La capacité de son corps et surtout de ses mains à produire une insoutenable chaleur qui pouvait l’affecter grandement et la mettre à mal l’avait déjà interloqué, il pensait que c’était cela son pouvoir. Tout un chacun en possédait un, aussi infime soit-il et même elle qui prétendait être dénuée de magie, acceptant tout juste depuis peu d’en avoir une infime quantité devait en posséder un… Et puis il y avait le mal sombre autour d’elle, puissant, tellement puissant qui collait à son corps et noircissait son coeur… Etait-ce cela ? Qui l’avait atteint ? Etait-ce pour cela qu’elle arrivait à mettre à mal le dragon ? De cette façon ?


Carrant les épaules sous ma veste, je fermais les yeux, faisant le vide dans mon esprit. Les exercices de relaxation ne représentaient aucune difficulté pour moi, bien au contraire… Ils avaient probablement été le plus efficace rempart à la folie furieuse qui grondait en moi dans mes jeunes années. Etait-ce lié à mes marques ? Je l’ignorais mais toutes les épreuves auxquelles j’avais été soumis avaient interpellé mes aînés et alerté sur mon potentiel. J’étais instable, plus soumis que les autres à mes pulsions, plus impulsif oui, aux sens aussi apparemment plus prégnants, plus fort. Oh pas de beaucoup ! Mais suffisamment pour que je sois… un peu différent. J’avais dû travailler plus dur que les autres pour apprendre à me maitriser… Ce souvenir fit écho avec la situation du matin-même. Le désir qui vrillait mes reins rien qu’à la sensation de son baiser, de sa peau sous la mienne, la vue de son corps en partie dénudé. Je me contrôlais trop peu, bien trop peu. Où était le maitre dans l’art de la dissimulation et du mensonge ? J’étais trop vrai près d’elle, beaucoup trop vrai, beaucoup trop impulsif. Oh je ne lui aurais jamais fait de mal évidemment ! Mais l’attirance que j’avais eu pour elle aurait dû m’alerter d’autant plus qu’elle criait le danger de mon devenir. Je devais me calmer, respirer, me maitriser, remettre en place mes protections, mes barrières… D’accord mes pulsions étaient assez… insatiables, je l’avoue mais normalement je m’en contentais très bien. Pourquoi pas avec elle ? Pourquoi pas près d’elle ?

Je m’étais allongé sur un arbre mort, étendu dans la neige, pendant de longues minutes, les yeux clos, détendant mon corps et mon esprit en laissant mes instincts et mes sens, calmés et contrôlés m’aider à reprendre conscience de chaque fibre de mon être. Lentement la détresse que j’avais ressenti quand j’avais commencé à songer au mal que j’avais fait et à la distance qu’elle mettait entre nous à cause de la déception que je lui avais inspiré, s’effaça… Le risque que je devienne assez glacial, distant et aussi démonstratif qu’un caillou restait important mais nécessaire à courir. Les sensations revenaient dans mon corps, l’équilibre de toute chose, la sensation de contrôle, parfait… Je n’étais pas non plus assez stupide ou prétentieux, hypocrite pour prétendre que ma mauvaise attitude était due à ma blessure de la veille. Celle-ci, bien que dramatique, n’avait fait, au mieux, qu’accélérer ma décadence, mettre davantage en exergue mes erreurs.
Je finis par me redresser lentement, apaisé, détendu. Le ciel m’avait parlé, avait parlé au dragon en moi, lui murmurant son savoir et ses sensations si apaisantes. Des fois, je me disais que c’était ce qu’un enfant, tout jeune, devait ressentir dans les bras de sa mère après une frayeur, une douleur… Le ciel avait toujours été là pour me rassurer. Parfois j’oubliais juste d’où je venais, de l’écouter… Il était de bon conseil, jamais rancunier… Il me pardonnait toujours l’impétuosité et l’ignorance de ma jeunesse. Bien sûr il ne parlait pas réellement, pas avec des mots du moins. Il faisait juste naitre des sensations chez moi, dans ma peau, s’accordant à toutes mes terminaisons nerveuses. Zack m’avait dit que ça lui faisait toujours pareil avec la terre… Il m’avait dit aussi que ceux de ma « grande » espèce ne ressentait cette sensation réellement qu’en volant, éventuellement perchés, en ne touchant pas le sol… Je ne comprenais pas vraiment. Le ciel avait beau être loin au dessus de ma tête, l’air qui nous entourait lui appartenait et étendait ses terminaisons partout. Le ciel était peut-être partout en fin de compte… Peut-être que c’était dû à ma façon de percevoir mieux les choses qui faisait que les autres ne le sentaient pas comme moi…


Etirant mon corps puissant en reprenant conscience de chacun de mes muscles et de la force palpitante qui les habitait je fus un peu frustré par l’impossibilité à réaliser mon habituel rituel. Normalement j’accomplissais ce petit rituel uniquement en boxer, pour mieux sentir l’air sur ma peau. Avec ce froid polaire c’était bien plus difficile. D’ailleurs l’air me semblait plus capricieux et cassant. Le froid ne lui réussissait décidément peu ! Normalement j’aurais dû étirer mon corps quasiment nu et commencer à stimuler mes muscles par l’entrainement, intensif, salvateur, libérateur. Connecté au monde qui m’entourait j’aurais accordé la puissance de mon espèce à celle de ce corps humanoïde que j’aimais pourtant tant… Ce serait pour une autre fois. Sans m’en rendre vraiment compte je me mis à marcher dans la forêt. Les regrets étaient toujours là et à ceux-ci vinrent s’ajouter ceux qui avaient désenchanté ma nuit. Je ne faisais pas ce qu’il fallait avec Cassidy. Le pouvoir qu’elle avait sur moi était… effrayant. Mon manque de contrôle l’était tout autant. Mes erreurs venaient s’additionner dans ma tête et faire le décompte de mon ignorance et de mon errance. J’agissais mal envers elle… Vraiment mal. J’essayais de me souvenir quand j’avais commencé à devenir aussi… nul. Je crois bien que c’était en venant ici, visiter cette petite ville. J’avais commencé à vouloir la couvrir de cadeaux, parce qu’on m’avait dit que c’était ce que les femmes aimaient, alors même que moi-même je n’aimais guère passer du temps dans des magasins… J’avais été possessif, exhibitionniste envers elle et les autres, affichant mon plaisir d’être à ses côtés… Même si je lui avais réellement fait plaisir avec la planche, c’était bien la seule bonne chose que j’avais faite. Le reste n’était qu’un savant algorithme d’égoïsme, de choix imposés, d’ignorance et de bêtise. Pourtant je cherchais juste à lui faire plaisir. Seulement j’étais vraiment nul à ce jeu-là… Je n’avais jamais eu à le faire, jamais de mon plein gré tout du moins. J’étais mauvais, vraiment mauvais.
Même si ma relaxation m’avait détendu, je me sentais de nouveau mal et attristé. Pauvre Cassidy… Nous n’aurions jamais dû venir ici. La pensée que j’avais détruit notre complicité et sa confiance m’effleura et me brûla la gorge. Ce n’était pas pour rien qu’elle me repoussait… Au lieu de me dire que j’avais réussi à calmer les pulsions de son corps, à défaut des miennes, là où tout autre homme avait échoué, je me disais juste que mon attitude lui déplaisait et instaurait une barrière entre nous. Nous… Ce simple mot me faisait frissonner et apaisait un peu la brûlure dans mon torse, tout en la ravivant d’une certaine manière. Etrange…



A force de marcher, sans faire réellement attention vers où, évitant une branche basse là, une pierre ici, alors même qu’il ne regardait pas où il allait et faisait confiance à ses sens, le jeune homme se rapprocha, inconsciemment de l’endroit où Cassidy avait fini sa propre errance. Inconscient des pensées tumultueuses de la jeune femme et de la profonde tension qu’elle vivait elle aussi avec ses doutes, ses incertitudes, ses craintes également pour un homme capable de tant de bien et de tant de mal envers elle, il s’était rapproché. Une large rivière, torrentielle avait creusé son lit par ici… Il en entendait les remous fracassants, violents et glacés et pourtant l’eau elle-même demeurait invisible. La surface était totalement gelée, témoin du froid glacial des lieux qui avait pu glacer l’eau mouvante en surface. Mais sous l’épaisse couche d’eau figée, elle était liquide, mouvante, probablement dangereuse puisque empreinte d’un courant d’autant plus important que sa surface figée imposait la forme de goulée à son écoulement. Le jeune homme en observa la surface, s’accroupissant près d’un rocher et caressant de sa main la surface gelée. Elle était tellement épaisse qu’elle en était opaque. Mais il ne se risquerait pas à y poser le pied. Après tout, même si d’apparence il n’en avait que peu l’air il pesait un sacré poids, il fallait dire qu’ils étaient lourds tous ces muscles ! Pas que…
Curieux devant la nature, il s’était redressé, bien décidé à remonter la rivière. Pour qu’elle soit aussi tumultueuse il devait y avoir une cascade… et il adorait les cascades ! Leur chant était un son dont il ne lassait décidément jamais ! Il remontait la berge tranquillement quand son regard fut attiré bien plus haut et bien plus loin vers le sommet d’une falaise. C’était de là d’où jaillissait la cascade, d’une grotte fendant la falaise, proche de son sommet. La hauteur était impressionnante bien que loin encore des records qu’il avait pu voir au cours de ses voyages. Le son bien que tempétueux, devenait cristallin quand une partie des trombes d’eau venait éclabousser la glace qui se formait un peu plus loin de l’impact de la cascade. L’eau avait l’air sacrément froide par ici… Des rochers imposants encadraient les pieds de la cascade mais ils étaient en grande partie polis par les eaux et les ans. Pourtant si le spectacle était de toute beauté ce n’était pas ce qui avait attiré le regard du jeune homme, plutôt l’éclat du soleil sur une chevelure blonde, longue avec laquelle le vent jouait légèrement. Cassidy était proche du bord de la falaise, pourtant elle ne semblait pas l’avoir vu, tournant le dos au vide… Sauf qu’elle ne quittait pas le bord de cette falaise… Qui tournait le dos au vide, si proche du bord d’une falaise aussi haute sans s’en éloigner ?!


L’air me manqua quand ce que j’avais pris pour un amas de neige bougea en direction de Cassidy. Je voyais mal d’ici le sommet de la falaise et pourtant j’étais assez loin pour en avoir un léger angle de vue. Je voyais mal malgré ma vue perçante mais mes sens pallièrent aussitôt mon incompétence, mon cerveau analysant vite la situation. La créature se redressait, imposante, terriblement imposante. Oh putain !!!! Un yéti !!!!!
Je n’avais rien pensé, rien décidé et pourtant je courais déjà à toutes jambes en direction de cette falaise, obligé de la contourner en partie pour en gravir la pente. Je ne pouvais pas me transformer. Trop d’arbres autour de la rivière et de la cascade, trop d’obstacles, trop peu de temps et de marge de manoeuvres. J’aurais hurlé son nom si la certitude que ma voix, tout comme la carrure du dragon risquant d’énerver la créature ne m’avaient pas freiné. J’étais incapable d’y penser, j’agissais par instinct, expérience. Même moi je n’avais jamais fait face à cette créature. En même temps je n’étais pas un grand amateur du Nord et de ses températures. Elle n’était pas très bonnes pour mes ailes… J’étais assez fier de ma vitesse. Je pouvais courir comme je volais… VITE ! Et je battais à la course tous mes congénères, ce qui n’aidait pas trop mon ego, je l’avoue. Mais là, l’atout que cela représentait était… essentiel… Pourtant je n’avais jamais eu l’impression d’être aussi lent. Une sourde inquiétude vrillait mon estomac, pour elle alors que j’essayais de me rapprocher au plus vite. Je jetais de brefs coups d’oeil à sa silhouette, souhaitant plus que tout qu’aucun mal ne lui soit fait. Mais au cours de mon ascension je remarquais une chose surprenante. Alors qu’elle aurait dû être morte de trouille devant la montagne de poils couleur neige de la créature grognante en face d’elle Cassidy demeurait stoïque, les traits crispés, les poings légèrement tremblants mais sans qu’un son ne passe la barrière de ses lèvres. Je l’aurais entendue même avec le grondement de la cascade ! Mais ce n’était pas la trouille qui la rendait muette… Elle n’appelait pas au secours, elle ne suppliait pas. N’importe qui l’aurait fait pourtant… L’écho revint dans ma tête, celui de ses mots, de sa manière de faire état, d’un air blasé, de son passé tortueux. Elle avait toujours été seule, sans soutien, sans aide, sans personne sur qui compter et le peu de fois où elle avait demandé de l’aide, aux mages ou aux hommes, elle en avait subi la trahison… Autre impression… celle que la créature face à elle l’effrayait bien moins que le vide… enfin pas le vide, plutôt ce qu’il y avait plus bas dans ce vide, l’eau… Evidemment… Je courais si vite que mes muscles hurlaient sous l’effort et que mes poumons me brûlaient. Le yéti était plus grand que moi et presque aussi large que haut… Il avançait encore vers elle, créature dangereuse et bien trop sanguinaire, alors qu’elle reculait légèrement, les talons au bord du vide, tenant dans un équilibre pour le moins incertain… Il avait balancé, avec lenteur, une énorme patte griffue dans sa direction et elle l’avait évitée maladroitement, mais évitée. Un grondement sourd s’échappait de son large poitrail poilu alors qu’il découvrait des dents jaunâtres plus longues que mes doigts et pour certaines horriblement pointues ! Je les perdis de vue en entamant mon ascension finale de la pente raide de la falaise.



Le jeune homme ne sut rien de ce qui s’était passé jusqu’à ce qu’il voit la petite demoiselle sur cette falaise et rien de ce qu’elle avait pu voir et encore moins ressentir à la vue de la créature cauchemardesque qui lui faisait face et l’avait débusquée. D’ordinaire les Yéti ne s’aventuraient jamais aussi proche des villes. Mais eux deux s’en étaient éloignés avec leur « dispute » et plus encore l’odeur de la nourriture de ces derniers jours de fête avait dû faire sortir cette créature de sa tanière, surtout les grandes grillades de viande marinée. Il était immense, hirsute, d’âge moyen sans doute comme le prouvait son imposante taille et la courbe encore droite et solide de sa jeune colonne vertébrale. Ses yeux étaient deux points rouges injectés de sang dans son visage de fourrure. S’il demeurait immobile dans la neige il pouvait devenir totalement invi