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 Un autre monde, une autre histoire

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AuteurMessage
Tristan Konogan
Professeur Initiation et Maniement des Armes
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Feuille de personnage
Race: Drakkari
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Vocation: Guerrier

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 7 Fév - 14:59

Je ne savais pas… J’ignorais que quelque chose qui pouvait faire si mal pouvait aussi faire tellement de bien. Mes convictions étaient ébranlées… J’avais toujours su que j’étais différent même si je minimisais les choses. Enfant, je savais bien que chez moi, il y avait… quelque chose d’anormal. Cette certitude m’avait rattrapé depuis que je « fréquentais » Cassidy. A ses côtés des sensations, des bribes anciennes, si anciennes, de souvenirs venaient effleurer ma mémoire. Aujourd’hui encore, je faisais comme si ce n’était pas « à ce point »… Comme si mes différences n’étaient dues qu’à une espèce d’excentricité… Nous étions plusieurs à être et penser différemment… Mais je l’étais plus aux dires de Zacckari. Il avait toujours été là pour moi… Et je me rendais compte à l’instant de ce qui me différenciait vraiment de cette belle jeune femme qui attirait tous mes sens. J’avais eu un ami sur lequel compter, un ami pour me guider quand j’avais été victime de mes changements et de ce tournant extraordinaire dans ma vie, un ami qui m’avait protégé mais aussi appuyé et sans lequel, probablement, je n’aurais pas été celui que je suis aujourd’hui. Cassidy n’avait eu personne… Cette pensée me faisait si mal que j’avais du mal à respirer… Ma mère m’a dit à plusieurs reprises durant ma récente visite que Cassidy était toujours « craquante » et je n’allais pas la démentir même j’avais bien d’autres adjectifs en tête plus… hum… exotiques. Elle m’a dit que Cassidy avait toujours été appréciée et à sa façon de parler, j’avais compris qu’elle la trouvait changée même si jamais ces mots-là ne lui avaient échappé. Elle m’avait évoqué les souvenirs d’une petite fille douce, d’une gentillesse si extrême qu’elle en devenait risquée pour elle, d’un altruisme inconditionnel, d’un amour pour les livres, la curiosité, les rêves… Même si j’avais fait comme si de rien était, l’aidant simplement à faire la vaisselle- oui parce que même si nous n’avions encore jamais abordé le sujet Cassidy et moi, je n’étais pas le genre d’homme à se faire servir par une femme sans lever le petit doigt, même si j’avais souvent été obligé de le cacher- j’avais écouté, imaginé… Et c’est trop clairement que j’avais eu l’image d’une petite blondinette naïve, beaucoup plus petite que les autres d’ailleurs, d’un sourire à fendre l’âme… Aujourd’hui encore elle était plus petite que la moyenne et même si j’avais de quoi la faire désespérer avec ma taille de géant, jamais je n’avais trouvé femme plus belle qu’elle… Sa taille me plaisait. C’était difficile à expliquer… Peut-être que ce qui me plaisait c’était ce côté plus « adolescent » alors qu’elle était- oh par tous les dieux oui- tellement femme… Serais-je un monstrueux pédophile ? Je ne pense pas… Je n’avais pas un regard pour les adolescentes… même les plus charmantes et les plus précoces… Après tout, malgré ma réputation de Don Juan et mes facilités insultantes pour séduire les règles sont les règles…
Je pensais à elle… Et en fermant les yeux je comprenais sans mal pourquoi la sculpter m’avait paru si facile. Son image dansait derrière mes paupières closes, d’une précision si… magnifique… Les quelques taches de rousseur, discrètes autour de son nez, qui ressortaient légèrement au soleil, se manifestaient encore plus quand elle rougissait… Ca faisait un énorme creux dans mon estomac et en même temps, à mon grand dam, ça réveillait ma libido… Finalement je devais être un satyre…


La douleur de nouveau… d’imaginer ce manque dans sa vie… Repenser au peu qui était tant, qu’elle m’avait raconté sur elle… L’imaginer à la recherche de ses rêves, repoussée et déçue par tant de personnes et pire, par elle-même… Ca me donnait envie de hurler… Si elle avait eu quelqu’un à ses côtés, et ce même si cette idée me tordait les entrailles de cette sensation violente et incendiaire que j’avais dès qu’un homme la regardait de travers… ou dès que je l’imaginais avec Jilian, peut-être les choses auraient-elle été différentes, à commencer par cet enlèvement… ce qu’on lui avait fait dans cette maison close… Ce n’était pas de la pitié et je n’étais pas le moins du monde dégoûté d’elle. Mais je n’arrivais pas à chasser ces images, cette pensée de ma tête, imaginant trop bien, tout en étant si loin je le sais, ce qu’elle avait pu endurer. Ils avaient brisé ma princesse… Ma princesse… Que ces mots sonnaient doux dans mon esprit, ils entouraient mon corps de douceur… J’aimais bien…

Tout cela, j’y avais pensé dans le court laps de temps entre mon discours plus ou moins enflammé qui se voulait si honnête et la répartie de ma jolie compagne. Enfin enflammé… Morose serait probablement plus juste. Parler ne m’avait jamais semblé si difficile mais je l’avais tout de même fait. Ses mots m’avaient fait mal et profondément attristé et en temps normal je sais que je me serais fermé comme une huître ou pire que j’aurais approuvé ses horribles pensées… Mais avec elle… Oh je n’agissais tellement pas normalement. Et puis derrière sa phrase vindicative, presque cruelle, j’avais cru sentir quelque chose…. Peut-être n’était-ce que l’écho de ce qui m’envahissait mais j’avais cru percevoir une profonde tristesse et une plus profonde encore détresse. Je ne pouvais pas lui faire encore du mal… D’une façon ou d’une autre je devais faire cesser ce mal que je lui avais fait. Je lui avais parlé comme je n’avais jamais parlé à quiconque… J’avais parlé de ma peur… L’avouer avait un effet aussi effrayant que rassurant… Elle m’avait écouté, comme la première fois, sans m’interrompre. Je lui en étais reconnaissant… Surtout que si elle m’avait dit quelque chose d’un peu… brusque, je crois que j’aurais été incapable de poursuivre. Les mots peinaient tant à sortir de ma bouche. Je n’étais pas habitué à être si honnête…
Ils étaient sortis pourtant alors que cette barrière constante entre mes réelles pensées et ce que je formulais ne semblait plus exister. Les mots étaient vrais, ma peur les retenaient juste un peu… Je ne m’étais jamais dévoilé de la sorte… Enfin bien sûr mes amis dragons me connaissaient un peu mais à aucun d’eux je n’aurais pu tenir un tel discours, je le savais bien… La suite me montra que j’avais eu raison d’agir de la sorte… J’avais évité la majeure partie du temps de la regarder, sauf à un moment, pour lui témoigner, je pense, de la véracité de mes dires.


Mais j’avais si peu l’habitude d’être sérieux et je lui en voulais tellement dans un sens d’avoir pensé ça de moi, et ce même si je le comprenais parfaitement, que j’avais essayé… voulu être ironique, sarcastique, une chose que je maitrisais fort mal d’ailleurs… Je comprenais sa pensée oui… parce que pour toute autre femme ça n’aurait été que ça… une distraction… qui m’aurait laissé un agréable souvenir probablement vite effacé mais une simple distraction sans le moindre engagement. Je n’étais que de passage, j’étais un beau garçon… oui elle ne pouvait être que ma distraction… Alors je comprenais qu’elle le pense mais je lui en voulais aussi… j’étais assez contradictoire je l’avoue. Je lui en voulais parce qu’elle ne semblait pas avoir remarqué comme j’étais bien et différent près d’elle. Mais comment l’aurait-elle réellement pu alors qu’elle ne m’avait jamais vu avec une autre ? J’agissais comme un petit garçon capricieux, comme un homme je crois, blessé… Mais je me disais aussi qu’un homme blessé… vu comme les hommes peuvent être des monstres… l’aurait probablement frappée, et ça… ça me révulsait… J’avais voulu reprendre ses mots pour dire que je me justifiais probablement pour mieux coucher avec elle… Oui c’était sarcastique, je voulais exprimer la pensée qu’elle n’avait pas dit clairement… Mais j’y arrivais mal… Parce que le sarcasme n’était pas mon fort, surtout pas avec elle… parce que rien que de formuler ces mots je me donnais envie de vomir… Et peut-être qu’au fond j’avais envie de lui montrer que même en mentant, même en étant sarcastique, j’étais incapable d’être le monstre qui l’abandonnerait et qu’elle pensait percevoir en moi… Et puis une autre certitude vint m’ébranler… Etait-ce vraiment ce qu’elle pensait de moi ? Ou était-ce ce qu’elle s’obligeait à penser… pour ne pas avoir l’espoir d’autre chose ? Rationaliser, s’accrocher aux faits pour ne pas choisir l’espoir et de rêver ?… Cassidy…


Elle finit par lui répondre doucement mais elle semblait presque aussi hésitante que lui. Il déglutit difficilement, évitant toujours de la regarder, s’attendant un peu, c’est vrai, bêtement, à ce qu’elle se moque de lui… Mais le remerciement le rassura un peu et le jeune homme releva ses yeux orangés vers elle. Avec l’éclat du feu, ils brillaient de nouveau dans la pénombre, comme ceux des chats, renforçant ce caractère irréel chez lui, qui devait tellement peu l’aider à se fondre dans la masse… et à s’intégrer. Le silence était pesant mais il l’écouta à son tour sans jamais l’interrompre quand elle reprit, se contentant juste de répondre à ses questionnements…
Plutôt que d’être réellement concentrée sur le fond des paroles du jeune homme elle s’accrocha au détail ce qui était en soi tout à fait normal mais également preuve de sa gêne et de sa tentative pour répondre tout de même à la sincérité du jeune homme. Oh et évidemment c’était un signe assez évident que sa proposition l’intéressait et lui plaisait mais il n’était pas suffisamment observateur quand ça la concernait pour le remarquer… Elle parla de son grade et un très léger sourire vint flotter sur le visage du garçon en la voyant ainsi bafouiller… Il aurait pu être offensée de sa confusion mais pas du tout, se contentant de parler avec douceur.

Je suis Commandant… et ma situation est assez… particulière… Mes supérieurs sont au courant de ce que je suis… Nous sommes plusieurs dragons… Les missions qui nous sont données sont différentes et nous sommes en général assez libres de choisir parmi un certain… panel. Je fais beaucoup de cartes pour ma part ce qui nécessite de voyager… Et… j’ai choisi de faire beaucoup de contrôles, de vérification, de missions de mon côté… Je ne suis pas toujours très à l’aise parmi trop de soldats… même s’il m’arrive aussi de commander des troupes pour mener de plus grosses missions ou quelques batailles… Et même si je dois parfois participer à des réunions effectivement, je ne suis pas enfermé dans un « bureau » comme beaucoup de mes supérieurs… Bien au contraire… Enfermer un dragon est assez… déconseillé… Et puis…

Assez clair dans ses explications, en révélant toujours plus, le jeune homme s’interrompit sur la fin, devenant beaucoup plus sombre, ses mâchoires se crispant…

Comme je te l’ai dit… Je ne dois que peu mon statut à mes faits d’armes… malheureusement… Je n’aurais donc, de toute manière, même sans être dragon, pas les mêmes fonctions que mes camarades…

Il semblait un peu amer soudainement, plongé dans ses souvenirs, le regard vague… Apparemment un souvenir pas des plus agréables. Pourtant il releva les yeux vers elle, fronçant légèrement les sourcils. Devait-il le lui révéler ? D’un côté ça les rapprocherait… de l’autre… elle risquait d’avoir une image encore pire des chevaliers. Mais elle pouvait aussi découvrir que derrière l’image parfaite qu’il lui avait tant de fois renvoyé, de vie parfaite notamment, se cachaient des évènements beaucoup moins reluisants… Mais ce qui l’intéressait surtout était de partager quelque chose d’assez secret, de très personnel… qu’une seule personne à part lui connaissait… Peut-être oui… Elle l’interrompit cependant dans ses pensées en reprenant même si elle avait l’air un peu surprise, en bien, qu’il lui réponde aussi sincèrement… Pourtant elle ne semblait pas totalement convaincue. Un nouveau léger sourire étira ses lèvres au cours du discours de la jeune femme, il ne pouvait qu’admirer son esprit de déduction et son souci du détail. Quoi qu’elle dise elle était loin d’être une tête brûlée qui ne se souciait que de peu de choses… Bien au contraire, elle organisait tout dans sa tête comme le prouvait la pertinence de ses questions d’ailleurs… Quelque chose lui souffla dans sa tête qu’elle ressemblait beaucoup ainsi à la petite fille qu’il avait connue, très douée pour organiser les plannings de classe, les sorties… Cette simple idée, peut-être simple rêve éveillé, lui fit du bien…
Elle s’inquiétait pour lui… C’était vraiment agréable même s’il s’en voulait de penser ainsi, c’était assez égoïste… mais savoir qu’elle s’inquiétait pour lui, la voir poser toutes ces questions, répondre ainsi, éveillait chez lui la sensation qu’elle non plus ne voulait pas que tout ça se termine ainsi… Il aurait eu envie de la prendre dans ses bras et de l’embrasser doucement pour la rassurer. Pourtant il ne bougeait pas, ne voulant ni l’effaroucher, ni lui donner l’impression de se soustraire à ses questions.

Quand je suis en mission ou que je voyage pour moi j’évite de trop étaler le fait que je suis un Cheistam… et un Commandant. Je l’ai fait dans notre village mais le contexte était assez particulier… Et même si mon visage est assez… connu, je cache mon identité la plupart du temps… avec… euh… un sort… Mais tu soulèves un point important auquel j’ai déjà beaucoup réfléchi… Pour commencer, vu la raclée que tu avais apparemment commencé à mettre à nos agresseurs hier soir je ne dirais pas que tu es sans défense… Mais de toute manière, il est hors de question que tu te promènes avec ou sans moi sans… protection… J’ai l’intention de t’apprendre à te défendre… au mieux. Ta taille, ta vitesse et ta… souplesse sont des atouts qui pourraient, bien utilisés, te permettre de rivaliser avec la plupart des individus malintentionnés… Je suis patient… et je doute que tu sois aussi mauvaise que tu le prétends…

Ils avaient déjà abordé ce sujet, de lui apprendre à se battre, ce qu’avait tenté, sans résultat Jilian de son côté… Mais Tristan avait une pédagogie un peu différente après tout et il était tout à fait sincère en déclarant que c’était dans ses intentions. Son regard s’était obscurci à la mention de protection… Il ne digérait pas du tout ce qui s’était passé la veille et de l’avoir mise en danger par toute cette mise en avant et pour s’être fait bêtement surprendre dans cette embuscade. Néanmoins c’est une mine bien plus craquante que soucieuse qu’il avait eu à la mention de sa « souplesse »… Car le feu de la demoiselle illuminait bien assez la pièce pour montrer les pommettes brusquement rougissantes du garçon qui détournait les yeux aussitôt, l’air de se morigéner sérieusement et d’avoir surtout quelques pensées fort intéressantes ! Là encore il aurait voulu la prendre dans ses bras. Pas pour la souplesse hein ! Même s’il aurait adoré éprouver celle-ci, l’heure était à la discussion et il ne voulait pas négliger ceci, ayant bien compris que son incapacité à communiquer clairement et leur incapacité à se dire quand ça n’allait pas, était responsable de la situation. Non, il aurait voulu la prendre dans ses bras, pour être présent et rassurant mais il était aussi conscient, comme elle semblait l’être, que ce geste leur ferait certes du bien mais éviterait les mots… Parce que physiquement ils communiquaient énormément… Ils n’avaient pas besoin de parler quand il tenait sa main, la pressant doucement… Mais parler, réellement, avec des mots, était important et ils en avaient clairement besoin…

Le jeune homme devint de nouveau beaucoup plus sombre quand elle parla des dragons… Ses traits se crispèrent d’un coup, tous les muscles de son corps se tendirent brusquement, comme si ce sujet-là par contre ne lui plaisait pas. Il respira lentement pour se calmer, soupirant en se passant la main sur les yeux.

Oui c’est vrai… Enfin c’est plus que… certains s’en ficheront, d’autres peuvent simplement m’ignorer, me faire la morale ou autre… mais je sais qu’il y a quelques… extrémistes qui peuvent être violents et eux… je préfère que tu ne les approches pas. Je te protégerai évidemment ! Mais… enfin… je n’ai pas envie de te faire courir le moindre risque. Alors il est vrai que je vais parfois rendre visite à mes congénères mais je ne vis pas… constamment avec eux… Certains discours et mentalités me déplaisent alors… j’évite c’est tout. Je ne suis pas le seul, les jeunes aimant prendre leur indépendance en général ce comportement parait normal à mes pairs… Les dragons que je considère comme mes amis, eux, ne sont pas comme les autres… Crois moi… Ils pourraient vraiment te surprendre… Mais… j’aimerais beaucoup au moins te montrer certains des monuments dans lesquels nous vivons sur les montagnes… C’est très difficile, voire pour certains totalement inaccessibles pour les humains… Seule la voie des airs permet de s’y rendre.

Il se tut, un léger sourire aux lèvres, détournant pudiquement les yeux après ce sous-entendu presque innocent sur son souhait de voler avec elle… Il est vrai que la veille avait malgré tout été une réussite !
Le silence se réinstalla entre eux, pesant mais bien moins qu’un peu plus tôt alors qu’ils évitaient de se regarder, chacun perdu dans ses réflexions…
Pourtant après un temps de silence elle se leva et vint s’asseoir près du jeune homme. Tristan se sentit instantanément beaucoup mieux et rassuré, fermant même les yeux pour savourer sa proximité et l’odeur de sa peau qu’il percevait mieux. Que cette odeur lui plaisait ! Son coeur battait plus fort et il le fit se calmer comme il put, essayant de rester neutre alors qu’il constatait, un peu honteux, qu’aussi heureux et apaisé de la voir se rapprocher, elle éveillait aussi bien trop vite ses pulsions. Beuh… jamais il n’avait été en manque d’une femme aussi vite. Elle était décidément… hors normes…
Elle enroula ses jambes de ses bras, ne le regardant pas et se remettant à parler. Surpris il tourna légèrement la tête vers elle mais refixa aussitôt les flammes, restant immobile pour ne pas la perturber, l’écoutant, patiemment…


Je restais silencieux et elle ne tarda pas à se remettre à parler, à ma grande surprise, d’un sujet auquel je ne m’attendais absolument pas. Par respect pour elle je restais aussi silencieux qu’elle l’avait été pour moi… Parce que j’étais bien conscient que parler d’une chose sérieuse n’avait rien de facile mais aussi… parce que j’étais curieux et… bien plus encore, c’est vrai… parce que j’adorais le son de sa voix, même si à cet instant il était un peu haché, mélancolique, voire douloureux. Elle me parla de son passé, des robes… L’image de la petite fille revint danser devant mes yeux, un léger sourire étirant aussitôt mes lèvres. Ce beau sourire à son visage, cet air innocent, plein de douceur, sans cassure, sans brisure, j’aurais voulu  le voir chez elle… Elle me parla et j’écoutais, avide de mieux la connaitre, avide d’elle tout simplement… Vide… c’était exactement ça, j’étais un vide qu’elle remplissait… Les robes inconfortables… j’étais bien d’accord avec elle ! Certes ce sont de jolis vêtements, féminins, élégants mais certainement pas des vêtements pour l’aventure. Pour être honnête je la trouvais tellement jolie quoi qu’elle porte que je lui aurais bien dit ma pensée… Pour moi, elle portait parfaitement bien le pantalon et ses tenues cavalières étaient loin de me déplaire, bien au contraire d’ailleurs ! Même si les pantalons moulants qui fluidifiaient ses mouvements avaient tendance à rendre les miens beaucoup plus étroits un peu trop vite… Mais mes gentilles pensées, peu raisonnables je l’avoue, furent interrompues par une douleur terrible qui me broyait de l’intérieur. Elle avait continué de parler… Et elle avait parlé de la maison close… Mon rythme cardiaque s’emballa tant que des points de lumière dansèrent devant mes yeux… On la forçait, maquillage, tenues dévergondées… J’imaginais… et c’était loin de m’exciter ! Bien au contraire ! La rage qui enflait dans mon torse me donnait des envies de meurtre… Mais l’horreur de ce que j’avais fait étouffait tout ça. Merde… Merde ! Mais quel crétin ! Je lui avais rappelé tout ça ! Avec mes intentions, certes gentilles mais totalement inadaptées, je lui avais rappelé ces horreurs. Mes yeux me piquaient de nouveau… La culpabilité me rendit encore plus silencieux, hésitant à seulement respirer…Pourquoi j’avais écouté ces femmes ? Pourquoi avais-je ignoré mon instinct ? Je ne pensais qu’à la planche, un restaurant, des promenades, un pique-nique, un joli bijou c’est vrai si j’en trouvais un pour lui plaire… j’avais aussi un peu égoïstement pensé à une arme pour lui apprendre à se défendre, parce que j’adorais les armes et que l’idée de me coller à elle pour guider ses mouvements me rendait… heureux et là excité, j’avoue… J’avais été tellement stupide… Je tournais tristement les yeux vers elle, juste un peu alors qu’elle continuait, ignorant mon regard ou ne le remarquant tout simplement pas. Le fait qu’elle dise qu’elle savait que ce n’était pas la même chose était un peu rassurant… Mais seulement un peu… Repousser ce corps, cette féminité, ce corps-objet qui plait tant aux hommes… Je ne me sentis pas coupable pour ça par contre… Malgré mon attirance plus qu’insistante et virulente pour elle je savais que je ne l’étais pas que par son corps, c’était nouveau pour moi ça, ça me faisait du bien de perdre un peu de cette superficialité… Même si je savais qu’au fond c’était ce qui nous avait poussé l’un vers l’autre dans un premier temps… Le physique… Parce que physiquement, je savais que je lui plaisais pas mal… et ça ça me rendait fier comme un paon !!!!!

Malgré mon envie de répondre, je restais silencieux pour l’écouter… Je m’étais rapproché, juste un peu, quelques millimètres tout au plus mais ça me permettait de frôler légèrement son bras du mien quand nos respirations étaient coordonnées… Ca faisait du bien…Elle me complimenta sur la statue et j’en fus sincèrement surpris… J’attendais le « mais » et il ne tarda pas, me faisant davantage regretté mon acte stupide bien qu’initialement seulement un peu trop… passionné… Bon… J’étais pire que ce que je croyais. D’abord je lui rappelais la maison close avec mes présents… Mais ma statue avait fait mieux ! Elle l’avait fait replonger dans l’horreur… de… de QUOIIIIIII ?! Les mots ne venaient même plus effleurer mes pensées. On l’avait exhibée ?! Nue ? Devant tout le monde ????!!! La rage d’un peu plus tôt n’était rien face à celle qui flambait dans mon coeur à cet instant !!!! J’aurais voulu que les responsables soient toujours en vie pour les tuer bien plus lentement et de manière bien plus sadique… J’aurais voulu les maintenir en vie pour les torturer aussi longtemps qu’il l’avait torturée ! Qu’ils avaient osé toucher, humilier, violer, battre, juste regarder ma jolie Cassidy ! Elle était à MOI !!!!!! Personne ne lui ferait plus jamais de mal ! JAMAIS !!!!!!! Oui je sais j’étais égoïste et possessif mais la colère qui m’avait envahi me faisait perdre les pédales. Je ne sais pas si elle le sentit ou si elle avait juste un instinct hors du commun mais elle effleura de nouveau mon bras du sien et le contact avec sa peau nue me calme énormément… d’un coup… Court-circuit… Une marchandise… Ca me rendait malade !!!! Déjà que je haïssais ces pratiques et que j’essayais de les faire cesser dès que je le pouvais mais là… ça la concernait et parce que ça la concernait… c’était beaucoup plus important!

Le pire fut probablement le fait qu’elle s’en excuse… Elle s’excusait d’être traumatisée ?! Non mais c’était une blague là… J’hésitais… Est-ce que je me sentais d’autant plus mal ? Est-ce que j’avais envie de la secouer, quitte à crier, qu’elle n’avait pas à dire ça ? Est-ce que j’avais envie de la prendre dans mes bras et de la serrer fort en lui promettant que ça n’arriverait plus jamais… et en parlant aussi bien de ce que j’avais fait que de ce qu’on lui avait fait ? Est-ce que j’avais envie de tuer ces monstres, oui même ceux qui ne faisaient que « regarder » et qui étaient à mes yeux peut-être pire…? Je crois que c’était un peu tout ça à la fois… Je me sentais triste et coupable et en même temps tellement heureux de tout ce qu’elle me disait…
J’avais aussi envie de lui dire… qu’elle m’avait provoqué c’est vrai, que j’avais mal réagi… que je proposais de reprendre cette provocation… cette façon d’être et de faire… mais seulement quand nous serions seuls, pour m’éviter de déraper comme je l’avais fait… pour lui dire aussi quel effet dingue elle avait sur moi. Mais je restais muet… Elle ne semblait pas avoir fini, je ne voulais pas l’interrompre. En la regardant pourtant je mesurais l’ampleur du malaise que je lui avais fait vivre, la force, le calme dont elle avait fait preuve en agissant simplement comme elle avait fait alors que je l’avais tant fait souffrir… Je crois que j’aurais préféré qu’elle crame la statue et me frappe… plutôt que d’avoir eu ces phrases simples, ce silence et ce malaise… Mais la pensée de ses petits poings frappant mon torse me remplissait tellement d’amusement et de… tendresse que ce n’était guère mieux… Je continuais de me sentir mal et c’était assez contradictoire… Pour elle, avec elle, je me sentais si bien et si mal en même temps… Je n’avais pas l’habitude de sensations aussi extrêmes… Même si la douleur avait quelque chose d’agréable… parce que grâce à elle, j’en apprenais plus de cette jolie fille avec laquelle je me sentais si bien et grâce à elle… je découvrais que je pouvais avoir vraiment mal… et que ça devait donc être normal… que je me sente aussi si bien… quand j’étais près d’elle. Parce que tout s’équilibre dans notre monde… Et que mes ressentis ressemblaient quand même beaucoup à tout ce que j’avais lu sur les… émotions…
Etait-je capable d’en avoir ? En étant près d’elle… j’avais envie de croire que oui…


Il se passait quelque chose d’autre… Le fait de la voir si triste, si vulnérable… Ca me faisait… un truc… J’avais l’impression de me « réveiller »… Soudain je n’étais plus ce grand dadais maladroit et vraiment peu doué… J’étais le grand et fort dragon sur lequel je voulais qu’elle s’appuie, qui serait là pour la réconforter, la protéger…


Et en effet le jeune homme commençait à se tenir plus droit, ses épaules s’étaient redressées, l’air d’enfant fautif disparaissant de ses traits pour être remplacées par la force virile du guerrier pourtant empreint de douceur… C’était comme si le poids des secrets de la jeune femme, même s’ils restaient légers, de ses aveux, lui redonnait la force de porter ses propres fardeaux… et de l’aider à supporter les siens. Il resta silencieux malgré son désir brûlant de parler… Jamais il n’avait eu autant envie de parler d’ailleurs. Le silence ne lui avait jamais posé problème, bien au contraire. Mais là, il aurait eu tant à lui dire…
Elle continuait de parler et lui avoua qu’elle le pensait différent, qu’elle avait du mal à réaliser tout ce qui se passait et il la croyait sur parole, lui jetant un regard plein de compréhension. Lui-même avait du mal à suivre… Et il était un dragon, donc plutôt réputé pour ne pas trop se poser de question… Quand quelque chose lui plaisait il le faisait d’ordinaire, c’était tout, sans se poser de questions, sauf si ça allait à l’encontre de ses principes. Alors oui, il comprenait… Il ne bougeait toujours pas malgré l’envie… Et grand bien lui prit car elle continua encore un peu… Tellement honnête, douce quoi qu’elle en pense, vulnérable, sincère… Elle lui disait beaucoup et il mesurait bien sa chance, conscient de la fragilité et de la rareté de l’instant… Un petit côté macho se réveilla en lui alors qu’il pensait avec fierté qu’elle n’avait probablement jamais dit ces choses à Jilian, et ça ça le rendait vraiment heureux… Au fond, il n’était pas si sûr de lui, même face à un humain pourtant bien moins séduisant, fort, puissant que lui… Comme quoi… Les apparences peuvent être trompeuses.
Le silence dont il la couronnait pour lui montrer sa patience et sa compréhension avait la qualité d’aider certains mots à sortir… Elle en disait beaucoup oui et peut-être en disait-elle un peu trop malgré toutes ses barrières et ses souffrances, s’ouvrant plus que de raison au jeune homme, plus qu’elle ne pensait en être capable…
Sauf que cette fois-ci aussi elle en dit probablement un peu trop… Dans un très bon sens si ce n’est qu’elle grilla complètement le cerveau de son pauvre compagnon. Bon point à noter, apparemment il n’y avait pas qu’en le tentant physiquement qu’elle en était capable. Probablement était-ce dû à la pression, l’intensité du moment mais Tristan fut totalement incapable de respirer pendant son dernier discours. Un sourire franchement stupide, bien qu’injustement craquant, vint étirer ses lèvres alors qu’il fixait les flammes et se donnait vaguement l’impression d’être complètement… nigaud ! Son coeur s’était emballé tellement fort que le sang battait à ses tempes, l’empêchant presque d’entendre les doux murmures de la demoiselle. Sans faire exprès réellement, dans ses confessions pleines d’aveux et de gentillesse, d’ouverture pour lui, elle le gâta plus que de raison… Et cette fois-ci la mention de Jilian ne vint même pas troubler la joie euphorique qui envahissait le jeune homme. Oh il ne comprenait absolument pas ce qui lui arrivait pour le coup, ce qui lui prenait et pourquoi c’était si fort mais là il aimait ! Il aimait même beaucoup ! C’était quand même super chouette comme sensation ! Elle ressentait des choses pour lui, elle avait peur aussi, elle était bien avec lui, elle voulait mieux le connaitre ou tout comme… Et puis son coeur l’AIMAIT BIEN !!!! Youhouuuuuu !!!!! Ces mots, ces simples mots, même s’ils étaient adorables, n’auraient jamais dû avoir un tel impact sur le grand jeune homme… sauf apparemment s’ils venaient d’elle…


J’avais mal au torse tellement mon coeur battait fort… Il avait vidé l’air de mes poumons. C’était tellement bon… et pourtant je savais que j’étais censé avoir mal mais… J’en étais totalement incapable ! Elle s’était finalement arrêté de parler et sa tête s’était posée contre mon bras. Je ne réfléchis même pas, le dégageant doucement pour le passer autour d’elle alors qu’elle se retrouvait à s’appuyer contre le côté de mon torse. Ses cheveux me chatouillèrent, son souffle chaud fit frissonner ma peau, son odeur emplit l’air autour de moi… Mh… C’était… tellement doux… J’avais l’impression que ça… ce tout petit geste, c’était bien mieux, bien plus beau qu’avant, même avant que nous venions dans cette ville… Fallait-il que nous nous fassions du mal pour nous découvrir un peu et que ça devienne… mieux ? Apparemment… Mais je préférerais désormais réaliser l’expérience avec le moins de souffrance possible. Instinctivement encore, je courbais la nuque pour effleurer le sommet de ses cheveux de mon visage… Elle sentait le froid et la neige… en plus de son odeur naturelle si douce et fruitée…
Je m’entendis parler, d’une petite voix, comme un enfant timide alors que mon bras puissant d’adulte la pressait plus contre moi.


Ca veut dire que je suis pardonné ?

Je parlais pour son geste vers moi évidemment. Elle me répondit d’un très bref rire, trop bref, mais qui fit chantonner mon coeur bêtement. Sa voix semblait plus amusée alors qu’elle déclarait qu’elle allait y réfléchir, taquine… Je souris contre ses cheveux, parlant d’autant plus bas avec le besoin de ne pas laisser ses paroles sans écho… Pas après tous ses beaux efforts… J’avais envie de lui dire tellement de choses… dont celle que je voyais tous ces efforts justement, que je l’en remerciais… ça me rendait… heureux. Je murmurais donc tout bas, contre ses cheveux… Parce que j’avais un peu l’impression que si je parlais plus fort, ce ne serait pas pareil. Je ne voulais être entendu que d’elle et ce même s’il n’y avait personne autour de nous… Ma voix était plus grave, finie celle du petit garçon prise pour l’amadouer, celle de l’homme, grave, sensuelle, qui plaisait tant aux femmes de ce que j’avais compris, reprenait du service… Enfin ce n’était pas joué hein ! C’était ma voix tout simplement… mais je ne voulais quand même murmurer que pour elle… Je m’entendis enfin redire ses surnoms… que j’aimais tant !

Merci pour tous tes mots princesse… Je suis heureux que tu me dises tout ça… et je prendrai soin de tes confidences… Je te demande encore pardon… Bien sûr que je n’ai jamais voulu te faire tout ce mal mais ça n’empêche que je suis sincèrement désolé de te l’avoir causé… Et d’autant plus maintenant que j’en connais la portée. Jamais… Jamais je n’ai souhaité te rappeler tout ça… Et si tu savais comme je hais ces hommes… comme je regrette de ne pas avoir été là… comme je regrette de ne pas avoir pu t’éviter tout ça… Encore une fois tout à l’heure… je ne sais pas pourquoi, c’est bête hein… mais il n’y avait que toi à mes yeux… et je n’ai pas vu ces gens… Je ne le dis pas pour me justifier… mais… quand j’ai vu qu’ils te regardaient… enfin heureusement que tu as fait fondre la statue, je les aurais démoli sinon… je crois… enfin… je n’aime pas quand on te regarde mal… vraiment pas… je suis peut-être trop possessif… mais ça me rend un peu…comment vous dites déjà ?… jaloux je crois… Oui… jaloux…

Il sourit, soupirant doucement… oui il l’était et pas qu’un peu d’ailleurs… Mais l’admettre, ça c’était nouveau…

Cassy… Tu ne dois pas laisser ce que t’ont fait ces hommes juger ainsi de ton corps… Je comprends pourquoi tu réagis comme ça, repousser ta féminité et tout… A cause de ce que ces monstres, ces abrutis t’ont fait… et c’est mieux que tu te méfies des hommes c’est vrai… mais… mais en t’obligeant à t’oublier de la sorte, tu leur donnes encore plus de pouvoir qu’ils n’en ont eu trop longtemps sur toi… Ce que je veux dire… c’est que tu dois être celle que tu veux… En te méfiant un peu oui. Mais sans t’étouffer. Si tu n’aimes pas les robes n’en mets pas… Si tu n’aimes pas le maquillage, les trucs de filles alors n’en porte pas. Mais si de temps en temps tu as envie de te « montrer », attention je dis bien montrer pas « être », plus femme… alors sois fière de celle que tu es… Tu es belle Cassidy… pas que physiquement contrairement à ce que tu crois. Il y a quelque chose qui ressort de toi… Et peut-être que je suis le seul à le percevoir réellement mais je pense que tout le monde le ressent… Tu… irradies… Il y a vraiment quelque chose de beau en toi… et je ne dis pas ça parce que je suis un pauvre dragon atteint en plein vol par ledit quelque chose hein !… Après entre nous… tes tenues cavalières un peu garçonne… hum… sont très loin de me déplaire… bien au contraire alors… Sois celle que tu veux, pas celle que la société ou un crétin fini maladroit t’imposent… Je suis là… Je te protégerai de ces monstres… et de tes cauchemars si tu le veux bien… et je vais t’apprendre à botter les fesses des plus embêtants ! Moi compris !

Elle l’écouta de nouveau parler, une oreille recevant réellement son discours oral et l’autre davantage les vibrations de sa voix à l’intérieur de son corps. C’est qu’appuyée ainsi contre son torse elle devait bien sentir les vibrations de sa voix oui… Il la sentit sourire doucement… Peut-être était-elle simplement contente de retrouver le garçon polisson, taquin, qui plaisantait si facilement près d’elle et dédramatisait tout… Le discours passait plus doucement et détendait cette atmosphère d’émotions. Il bougea doucement la tête pour déposer un simple baiser sur l’une de ses joues, très doux…
Doucement il se détacha d’elle, la voyant toute ensommeillée bien qu’attentive à ce qu’il disait. Il s’éloigna de quelques pas… Après tout lui ne s’était pas débarrassé de son pantalon trempé et ça tenait quand même froid ce truc. Si elle s’appuyait contre elle ne se réchaufferait jamais ! Se débarrassant du vêtement et de ses bottes en ne gardant que son boxer, il étira ses bras au dessus de sa tête, faisant craquer ses articulations puis vint la rejoindre sans aucune pensée lubrique, l’incitant doucement, par gestes lents à s’installer sur la pierre de la grotte, réchauffée où ils étaient par le feu… La laissant face au feu il s’allongea doucement derrière elle, encore une fois sans geste brusque, ne voulant pas lui laisser croire, une seconde, qu’il ne s’intéressait à elle que pour le sexe et glissa un bras sous sa tête. Elle semblait l’attendre et avoir compris mais elle se retourna pour s’installer contre lui alors qu’il se mettait sur le dos et l’entourait doucement de ses bras de nouveau brûlants. Il réappuya son visage contre ses cheveux en soupirant, un soupir lourd, profond, de bien-être.

Tu sens bon…

Ils restèrent silencieux quelques instants, somnolant à moitié alors qu’il s’était mis à caresser son dos d’une main, sans jamais descendre plus bas que le creux de ses reins. Puis il bougea légèrement.

Cassy ?
Mh ?
Je… Tu sais ce que tu m’as dit… par rapport à ton corps que tu détestais à cause des pulsions qui t’obligeaient… à être avec les hommes alors que… enfin… tu les détestes…

J… Je veux juste te dire que je crois que je comprends… un peu… un tout petit peu ce que tu veux dire… Enfin c’est assez compliqué mais si tu veux bien… je peux te montrer.

Cette fois-ci elle s’était légèrement redressée, un peu curieuse, fronçant les sourcils dans la pénombre, sérieuse aussi, comme pour lui dire gentiment qu’il n’arrêtait jamais d’être obsédé lui… Mais en le voyant aussi gêné elle ne dit rien et alors qu’elle voulait se redresser il lui dit qu’elle pouvait rester comme elle était contre lui… Il se mit à triturer l’un de ses bracelets d’argent finement ciselé. Elle avait bien remarqué qu’il en portait toujours au moins un ou un collier, tour de cou celte ne gênant nullement leurs ébats ou ses déplacements… Parfois il en mettait un moins volumineux à sa cheville… Le peu de fois où il n’en portait pas il semblait néanmoins… tendu… De son bracelet il libéra une pierre de la taille d’un ongle, bleutée, qui l’ornait joliment et qui semblait en fait avoir une toute autre fonction.

C’est une pierre de souvenir. Il en existe de toute forme et de toute taille. La plupart des dragons aiment bien en avoir une, surtout les plus jeunes, ça nous aide à revoir certains moments importants nous concernant… Il faut évidemment que nous l’ayons portée avant pour qu’elle se souvienne du moment que nous recherchons et elle réagit à son porteur pour suivre ses indications et demandes… Je sais que certains sont capables de guider les pierres des autres pour voir leurs souvenirs mais personnellement je n’ai jamais rencontré ce type de personnes… En temps que guerrier c’est d’autant plus pratique quand j’ai besoin de faire des rapports notamment… Je l’ai eue à mon entrée à l’internat pratiquement… C’est aussi grâce à elle que mes souvenirs ont arrêté de m’échapper à cette période même si j’aurais bien aimé l’avoir avant du coup… Euh… que les choses soient claires Cassidy… Je ne veux en rien minimiser ce que tu as vécu, bien au contraire, ça me rend dingue… Et je ne dis pas non plus que je sais ce que tu… ressens, seulement que je peux un peu le comprendre et donc… percevoir cette difficulté que tu ressens… et… à quel point ça a dû être… difficile pour toi…

Même s’il était adorable comme tout et très volontaire pour lui en révéler davantage sur sa vie il était un peu flou et maladroit. Faisant tout de même bien plus d’efforts pour exprimer sa pensée et éviter les quiproquos il lui sourit doucement et prit sa main dans la sienne pour qu’elle ait un contact avec lui alors qu’il fermait les yeux, tenant toujours sa pierre. Elle l’imita. L’effet fut immédiat… La sensation n’était pas des plus agréables, ressemblant un peu à celle ressentie en prenant un portail même si elle n’était pas gênée par ceci contrairement à lui… Les sens mettaient un peu de mal à retrouver leur équilibre.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 7 Fév - 15:00

Ils voyaient et pouvaient se déplacer librement alors qu’ils étaient toujours allongés au sol, tels des esprits libres dans un passé très révolu. Les couleurs autour d’eux étaient un peu ternes, témoins qu’il s’agissait effectivement d’un souvenir. Les voix par contre parvinrent claires.

Dame, je vous prie sincèrement d’excuser cet entretien pour le moins brutal… Nous n’avions pas prévu de faire escale de la sorte et de venir vous présenter notre requête ainsi mais…
Il suffit Général ! J’ai bien compris que ces méthodes n’étaient pas celles souhaitées. Néanmoins si je me dois de vous porter assistance, ne pensez pas que je tolère ces agissements et soyez assuré que vos requêtes ne m’intéressent guère !


Deux personnes venaient de surgir devant eux alors que le paysage se confirmaient, comme une mise au point d’appareil photo ou de caméra. Un homme mûr, les cheveux grisonnant et ayant la tête de l’emploi niveau lèche-botte, en uniforme, clopinait à côté d’une femme d’une trentaine d’années bien avancée aux cheveux auburn. Elle portait de son côté une robe fuselée révélant un corps qui alléchait clairement son lèche-botte même s’il évitait de le laisser paraître. Le médaillon autour de son cou était l’un des emblèmes de la haute société de la cour. Ils avançaient dans un grand jardin alors que plus loin un imposant manoir se dressait fièrement. Ils avançaient encore et surtout vers un regroupement de jeunes gens plus loin qui avaient l’air épuisés. Tout laissait paraitre qu’il s’agissait de jeunes recrues, de jeunes soldats, partis pour un entrainement et probablement pris par le temps et quelques créatures sauvages, peut-être des Trolls, leur ayant causé quelques dommages. Certains avaient l’air un peu hagard et vraiment peu en forme. Ils avaient trouvé refuge par ici, avec un besoin de refuge oui, de calme pour reprendre des forces avant de repartir pour leurs premières missions et entrainements. Mais apparemment le lèche-botte devait venir voir plus tard la Grande Dame qu’il suivait à la trace, ne tarissant pas d’éloge sur sa générosité passée, vantant aussi les mérites de leur armée qui nécessitait son soutien, notamment en mages qu’elle avait à son service. Sa mission de dignitaire représentant était quelque peu faussée par la présence des jeunes recrues sous sa coupe… A priori il n’avait pas dû recevoir que des éloges de son côté pour se retrouver à la tête des entrainements de gamins… Plus loin deux énormes colosses qui devaient avoir du sang de Trolls vu leur taille et leur vilaine tête tenaient à l’oeil les jeunes gens… Ah… la discipline…
En voyant leur chef et leur hôte arriver ils se redressèrent tous et se mirent en ligne au garde à vous, très sérieux et disciplinés. Un sourire passa sur le visage de la Dame qui s’était arrêtée en les regardant, pas méchant, juste amusé…
Elle s’adoucit.


Je vois que vos garçons sont bien élevés… mais ça ne change rien au fait que…

Elle parlait en longeant la longue file de garçons, uniquement de garçons quand elle s’arrêta brusquement devant un groupe. Deux garçons qui ne sortaient que peu du lot, l’ombre d’une moustache naissante portée fièrement… A côté d’eux… un avorton ! En effet, juste à leur côté se trouvait un jeune homme beaucoup plus petit aux cheveux châtains bouclés, aux traits d’une rare finesse qui lui donnaient carrément l’air d’une fille, de grands yeux d’un vert clair ahurissant et des cils à faire pâlir de jalousie bien des dames… Ah oui, lui il ressemblait à une fille. Assez pour que celle qui l’observait soit interloquée et le fixe un instant. Il n’était pas bien large d’épaule et semblait assez faiblard par rapport à ses compagnons. Son uniforme avait dû être sacrément ajusté… Mignon comme il était pourtant il avait quelque chose de vraiment craquant… bien que beaucoup trop féminin… Ses camarades devaient lui mener la vie dure. D’ailleurs l’un des garçons à ses côtés cracha tout bas un « gonzesse » blessant. Le garçon qui ne disait rien face à l’examen visuel de leur hôte se crispa légèrement, pas de colère… plutôt d’une pointe d’agacement, d’inquiétude peut-être… Pourtant dans le rang parfait une tête se tourna et c’est un regard furibond qui foudroya l’impertinent. La dame releva la tête vers ce « sorti du lot » qui osait briser la respectueuse discipline qui ordonnait de ne pas bouger. Il était séparé du mignon garçon par un jeune homme sans prétention, en plein dans l’adolescence et ses caprices. Si elle était surprise, elle le fut d’autant plus en venant se planter, devant Tristan qui avait reprit sa position et fixait devant lui comme s’il ne la voyait pas, les traits de sa mâchoire légèrement crispé.
C’était Tristan oui… Un Tristan beaucoup plus jeune. Ses cheveux rouges étaient un peu plus longs, bouclant également, attachés bien que quelques mèches rebelles viennent se disputer sur son front. Il était plus petit évidemment bien que déjà très grand, plus que certains de ses camarades qui semblaient avoir tous entre 16 et 19 ans. Son visage était beaucoup moins carré qu’à présent, moins viril, c’était un tout jeune adulte… Enfin il paraissait tout jeune adulte. Ses épaules déjà larges pour son âge, les muscles secs sous ses vêtements qui se tendaient légèrement sous sa respiration. Il respirait la force et l’impertinence de son jeune âge. Lui aussi avait les cils sacrément longs pour un garçon… sauf que ce qui faisait clairement efféminé sur son camarade ne faisait que séduisant et plus doux chez un jeune homme aux airs déjà si virils… Prometteur pour la suite. Un sourire plus large étira les lèvres de leur hôte alors qu’elle le détaillait des pieds à la tête longuement. Le Général était devenu blême quand Tristan avait bougé et qu’elle l’avait remarqué et il ne semblait pas beaucoup plus à l’aise mais un peu rassuré tout de même qu’elle ne l’ait pas encore pris à parti.


Comment t’appelles-tu ?

Le jeune homme eut ce léger mouvement de contraction des mâchoires, cette légère tension qu’il avait toujours quand quelque chose le gênait ou autre… Il fixa cette fois son regard sur son interlocutrice qui l’autorisait de cette manière à lui répondre mais aussi à la regarder… Ceci donnait également l’autorisation l’air de rien aux regards de trop nombreux jeunes hommes de se poser sur l’élégante silhouette.

Tristan,  Ma Dame…
Tu es sacrément grand Tristan… Tu dois être plus vieux que les autres… malgré une pilosité clairement déficiente.

Quel âge as-tu ?
Quinze ans, Ma Dame…

Elle fronça les sourcils, cherchant la confirmation du Général qui semblait soudain bien plus à l’aise. C’était bon signe si elle témoignait de l’intérêt à ses jeunes hommes… Et elle n’avait pas choisi le plus ordinaire.

C’est vrai Dame… Tristan est un peu… particulier. Il est très grand pour son âge et plus fort que tous ses camarades.
Tiens donc… Tu es effectivement… plutôt grand pour 15 ans…


Sans que rien ne laisse présager son geste, elle porta brusquement la main à l’entrejambe du jeune homme, le faisant très légèrement sursauter et d’autant plus contracter les muscles de sa mâchoire. Certains garçons autour d’eux refixèrent leur regard devant eux malgré l’esquisse d’un sourire. Seul l’avorton avait incliné légèrement la tête en serrant les poings. Tristan ne bougeait pas, le regard de nouveau fixe alors que le sourire de la dame qui le tripotait sans vergogne, serrant d’ailleurs un peu fort sa poigne pour lui montrer son pouvoir sur lui, s’élargissait. Elle avait toujours eu un faible pour les jeunes garçons et leur côté encore enfantin avant que barbe et pilosité quelque peu écoeurante ne viennent les transformer en gros bûcheron…
La vigueur de la jeunesse lui plaisait énormément… mais il était rare que ces jeunes garçons soient des plus performants. Celui-ci par contre, malgré son jeune âge semblait en avance, très en avance même… Ses muscles n’étaient clairement pas ceux d’un garçon de 15 ans et ce qu’elle tripotait depuis quelques secondes, non plus… Un Drakkari… De cet âge ? Jamais testé… S’il était aussi passionné que ses pairs…

Eh bien… quel grand garçon dis moi… Général, je crois que nous avons finalement trouvé un point d’entente… Profitez de mes terres, reposez-vous, mes mages vont soigner vos blessures et il vous sera porté de quoi vous restaurer… J’offre le festin de ce soir, profitez bien… Nous discuterons des demandes de vos supérieurs demain, selon… disons mon humeur concernant votre… jeune Drakkari… A tout de suite… Tristan…

Sur ce, elle fit demi-tour de manière très élégante et leur accorda la vue sur sa démarche un moment. Même si elle était une femme, elle était une femme de pouvoir et aucun homme présent ne se serait seulement permis de lui manquer de respect ou d’avoir le moindre geste déplacé envers elle. Certains vinrent claquer le dos du jeune garçon en le traitant de veinard et en mimant avec force témoignages bourrus d’adolescents prétentieux, ce qu’ils feraient à sa place. Le plus petit d’entre eux s’approcha à son tour, levant un air désolé vers son, malgré les apparences, cadets.

Tristan je…
Tristan !

C’était le général qui interrompait l’échange qui n’avait même pas commencé. Il vint passer un bras autour des épaules du jeune homme. Contrairement à tous les jeunes gens, lui n’avait pas la moindre égratignure de leur précédente bataille… Il avait dû batailler… de loin, que par les ordres… Le jeune homme tourna la tête vers lui, l’air toujours aussi… impassible, bien que sacrément figé et crispé. Des bleus s’étalaient sur ses mains et sous son menton… il s’en sortait bien comparé à d’autres.

C’est magnifique ! Dame Aurore adore les jeunes hommes. Assure avec elle et tu ne le regretteras pas mon petit… Défoule-toi et profites-en, à ta place je ne la lâcherais pas avant qu’elle me supplie d’arrêter… enfin… j’espère pour toi que tu es performant ! Avec ta belle gueule et ton physique t’es pas puceau toi au moins !

Combien de femmes tu as déjà tringlé dis moi ?

Le jeune homme tourna cette fois un regard assassin vers l’homme, supportant très mal le vocabulaire imagé de celui-ci.

J’ai eu des rapports avec une femme… une fois. C’est tout.

L’âge correspondait… Il parlait forcément de son dépucelage chez les dragons… Curieux tout de même qu’il ne s’y soit pas sérieusement adonné depuis… Les dragons et leurs pulsions étaient précoces avec son sang bouillant il aurait dû être plus… appliqué. Son général eut l’air soudain très déçu.

Une seule fois ? Merde… Bon ben assure gamin ! Si c’est pas le cas c’est tout le régiment qui en pâtira.
Vous me menacez Général ?
Non je te motive ! Allez va ! On sera en pensée avec toi !


A moitié mort de rire et pas plus inquiet que ça, ravi d’avoir obtenu autant déjà alors que c’était si mal parti, il poussa le garçon en avant vers le manoir. Après tout, il avait bien vu tous ses protégés dans les douches communes et si le petiot ne savait pas se servir de qu’il avait entre les jambes et bien celle qui l’invitait à rejoindre sa couche saurait en faire bonne usage.
Crispé Tristan jeta un regard vers ses camarades, leur fit un sourire suffisant, les narguant de quelques paroles, se détourna et se dirigea vers le Manoir.

La scène se flouta et ne redevint nette que pour être plongée dans une semi-pénombre, comme si les deux actuels spectateurs pouvaient voir de la même manière que les dragons, tellement bien dans la nuit. C’était une nuit sans lunes, les étoiles étaient magnifiques au dessus d’eux et un immense feu ronflait au milieu du camp qu’avaient monté les soldats. Tristan rentrait en marchant du manoir. Il était très tard, certains sommeillaient, après avoir trop bu suite à la générosité de leur hôte, au coin du feu. D’autres le virent arriver et l’interpellèrent. Il avançait tranquillement, torse nu, sa tunique sur l’épaule, les mains dans les poches de son pantalon. Il les rejoignit rapidement, un sourire victorieux aux lèvres alors que déjà on le harcelait de questions, dont son Général, qui écoutait plus qu’il ne demandait.

Alors alors ?! C’était comment ? Tu t’es occupé d’elle ? Elle était satisfaite ? Raconte !
Je peux juste vous dire qu’il va falloir ménager Dame Aurore ces prochains jours… je crains qu’elle n’ait quelques… difficultés à se déplacer.
Ahhhhh salaud ! Et regardez ! Putain mais elle t’a tailladé le dos mec ! Merde tu vas pas me dire que tu baises si bien !
Si vous aviez moins gueulé comme des putois pendant que d’autres « travaillaient » vous l’auriez entendue… Je ne savais même pas qu’une femme pouvait gueuler si fort !
T’es le meilleur Tristan !
Merde je suis trop jaloux !
Remarque heureusement qu’on doit pas passer après ça !
Allez viens t’asseoir et boire un coup et manger ! Tu l’as mérité !
Merci les gars mais après toute cette activité j’ai surtout besoin de  marcher si je veux éviter les courbatures demain. Et puis franchement, j’ai pas du tout faim, faut que j’entretienne mon corps de rêve moi ! Fanstamez pas trop ! A plus tard.
Ahahah marche bien ! Spèce de salaud !


Tristan leur fit un sourire provoquant, carnassier, étirant ses muscles en envoyant bouler sa tunique sur ses affaires un peu plus loin et partit marcher tranquillement dans le vaste domaine. Un seul garçon ne s’était pas approché et l’avait observé de loin, lui emboitant rapidement le pas.
La scène se flouta de nouveau. Tristan était plus loin, dans une clairière de la grande forêt du domaine, le visage offert au ciel, immobile, debout… L’instant d’après il se pliait en deux se rattrapant à un arbre comme il pouvait en vomissant tout ce qu’il avait dans l’estomac… c’est-à-dire pas grand chose… ce qui expliquait notamment son refus de nourriture. Alors qu’il respirait par à coups, une main se posa sur son épaule et il releva les yeux, sur la défensive avant de se calmer instantanément.

Zack ?
… Tiens, bois un peu d’eau, ça ira mieux…

Il lui tendait une gourde. Tristan inclina la tête, se redressant et obéit sagement, buvant à longues gorgées. Il rendit la gourde dans un remerciement à peine audible. Zacckari, puisque c’était bien lui, son aîné, tellement plus petit qui lui arrivait tout juste au dessus de l’épaule, lui attrapa fermement le bras et l’entraina à sa suite. Malgré sa taille et son gabarit peu impressionnant il semblait avoir une sacrée force… ou Tristan ne plus en avoir du tout. Il l’entraina plus loin jusqu’à une grande pierre et grimpa dessus, l’invitant à le suivre… Le besoin des dragons d’être en hauteur… flagrant… Assis l’un à côté de l’autre, Tristan s’était fermé, crispé, la tête baissée…

Tu as bien fait de parler comme ça… Ils ne t’auraient pas lâché autrement… Surtout pas si tu leur avais fait la morale sur leur vocabulaire…

Quoique ce côté prétentieux ne te va pas si mal…
Qui te dit que je ne pense pas tout ce que j’ai dit ?!


Zacckari releva ses yeux verts qui brillaient dans la nuit, haut, vers son camarade, un air assez moqueur au visage et pourtant, tellement compatissant…

Arrête Tristan c’est bon… C’est moi.



C’était si horrible que ça ?

Tristan demeura silencieux et Zacckari attendit jusqu’à ce que la respiration un peu lourde de son camarade se transforme en légers reniflements. Il posa une main sur son bras et brusquement le grand garçon si solide s’écroula dans les bras de son si petit aîné en sanglotant.

Pourquoi Zack ?! Pourquoi ?! C’est horrible ! Pourquoi ?! C’est dégoûtant ! Dégoûtant ! C’est… pourquoi ils font ça ?! Je voulais pas ! Pourquoi mon corps réagit comme ça ?! C’est… c’est… Je voulais pas moi… mais je…
Je sais Tristan… je sais…
C’est pas juste… c’est pas juste… Je suis… je suis…
Qu’un gamin… je sais… Mais ton corps a grandi trop vite Tristan… Tes pulsions aussi… Ton esprit lui est encore trop en retard… Alors ils ne sont pas d’accord…

Ton corps est déjà attiré par les femmes, le sexe, il en a envie… vraiment, essayer d’y résister va te faire vraiment mal à force tu sais… on n’est pas fait pour être frustrés… Mais tu as raison, tu es encore un enfant… et mentalement… tu n’étais pas prêt… Je l’ai bien compris la première fois… tu fuis les femmes comme la peste depuis…
J’aimerais jamais ça !


Cette fois-ci le brun se mit à rire, un rire franc, fort alors qu’il tapotait les épaules de son camarade.

Sois pas con non plus… Te connaissant, vu comme tu te développes tu adoreras bientôt ça.
Même pas vrai !
Tristan…
… Ca me fout la trouille…
Tu as peur des femmes ?
Elles sont… effrayantes…
Ahahaha rappelle moi de te la ressortir celle-là ! Tristan… c’est l’affaire que de quelques mois, tout au plus… Bientôt ton corps et ton esprit auront fini de s’harmoniser et tu oublieras complètement tout ça, tu adoreras le sexe…
Mouais… J’ai des doutes.
Ai-je toujours raison ?
… Oui
Alors fais moi confiance… Tu tiens le coup niveau douleur ?
Je préfère avoir mal que de faire ce truc dégoûtant !
Pfffff… Tris ?
Mh ?
Ne traite jamais les femmes comme les autres le font… Tu vas mûrir et ça va te démanger sérieusement mais…
Là c’est toi qui es con…
… Je veux juste dire que tu ne dois pas changer complètement…

Elle a été… gentille ?
… Oui… au début... Enfin après elle m’a hurlé dans les tympans mais… oui… elle a été gentille…
Ca veut dire que tu as dû sacrément lui plaire quand même… C’est bien.
Jaloux ?
T’as pas idée…


Cette fois les deux jeunes hommes se mirent à rire sincèrement. Les paroles et les gentilles remontrances de son camarade semblaient avoir sacrément apaisé le jeune Tristan, loin d’être accro au sexe à l’époque… C’était même tout le contraire. Il avait peur des femmes et ne comprenaient pas ce qui arrivait à son corps devenu adulte bien avant son esprit… C’était un peu triste mais il semblait le prendre au jour le jour, au mieux… Et Zacckari avait raison, il finirait par oublier ces désagréables moments assez traumatisants… Prisonnier de son corps et de ses pulsions le jeune homme n’avait que peu matière pour agir… Ils s’étaient finalement redressés pour se bagarrer et pas du tout de manière légère, y allant même sérieusement. Malgré sa toute petite taille et ses muscles quasi inexistants en apparence le petit dragon semblait… extrêmement fort, envoyant valdinguer son camarade à l’autre bout d’un chemin alors qu’ils rentraient et ne bougeant pas d’un millimètre quand celui-ci lui rentra dedans et s’échina à le soulever de terre… comme s’il pesait une tonne, le visage rougissant sous l’effort alors que Zacckari restait moqueur. Ils finirent par s’arrêter plus loin et Tristan se vautra de tout son long dans l’herbe en haletant, déclarant qu’il restait son meilleur entrainement. Un sourire étira les lèvres de son acolytes qui s’assit à côté de lui et tenta de l’achever… en passant la main dans ses cheveux.

Ca va mieux ?
… Merci Zack.
Bof… tu m’as encore défendu tout à l’heure donc c’est le moins que je puisse faire…

Tu sais que ta jolie performance risque de te faire toute une réputation ?
N’importe quoi !
Tristan: le chevalier de ces dames ou de leurs jupes…
T’es con !
Le chevalier orgasmique !
Nan mais arrête !
Peut-être même qu’on te donnera un titre !
Carrément, je pourrais monter en grade !
Nécessaire pour côtoyer toutes ces dames pourvues de maris impuissants ou défunts !
Ahaha et…

Ils plaisantaient sur un avenir qui arriverait pourtant bien vite. La scène disparut sous leurs rires et leur complicité. Tristan avait là un ami formidable bien qu’assez… excentrique et dont le mignon physique cachait assez bien le comportement bien trempé. Oui pendant un temps il n’avait pas été le Don Juan ravi des pulsions insatiables qui le dévoraient…

Les temps avaient changé… Pourtant il avait voulu partager ce moment important, intime avec la petite demoiselle… Pour lui montrer au fond qu’il pouvait un peu comprendre, mais aussi qu’il lui faisait profondément confiance. Parce que ça… il ne l’avait dit et montré à personne…
Reprenant corps dans la réalité ils se retrouvèrent tous deux toujours allongés. Tristan remit sans un mot la pierre dans son encastrement et se tourna légèrement sur le côté pour mieux refermer ses bras sur Cassidy, lui cachant un peu son visage, et la timidité qui s’y était installée…


- Tu vois… je ne suis vraiment pas parfait… surtout pour les dragons…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mer 8 Fév - 23:30

Que de révélations aujourd’hui ! A croire que ce petit chamboulement tombait à pic… Coincés dans une caverne à cause de la tempête qui faisait rage, ils n’avaient pas d’autre choix que de rester l’un à côté de l’autre. Impossible de s’éloigner, impossible de prendre de la distance. Le hasard faisait bien les choses quand même. C’était un moment de confessions, lourd en secrets et révélations. Cassidy avait décidé de lâcher son sac et encore, elle n’avait pas été aussi virulente qu’elle aurait dû l’être. A cause de la fatigue, à cause de toute cette course effrénée puis de ce combat contre le yéti… Oui elle était moins hargneuse alors que tout ce qui s’était passé jusqu’à présent l’avait juste bien agacée. D’ailleurs, Cassidy se demandait même comment elle avait pu être aussi patiente jusqu’à présent. Ce n’était pas dans sa nature de prendre sur elle.

Moment très important, elle n’en revenait pas… De la portée des mots de Tristan, de son expression, son comportement. Il se dévoilait encore plus que d’habitude. Cette fois il était sérieux. Ca perturbait la jeune femme qui avait ressenti une agréable chaleur à sa proposition. Oui elle était heureuse… mais très inquiète en même temps. Car en disant oui, ça signifiait faire un pas en avant. En disant oui elle acceptait de voyager à ses côtés, d’être… un compagnon de voyage ? C’est tout oui ? Rien de plus ? Et pourtant, tout au fond d’elle, Cassidy savait pertinemment que ce ne serait pas qu’un simple compagnon. Il y avait autre chose. Oh bien sûr, le fait de se rassasier l’un et l’autre de leurs pulsions respectives était appréciable. Il était quand même plus doux que bien des hommes, très attentionné, le partenaire de lit idéal… Mais cela l’écoeura de penser ainsi. Il n’y avait pas que ça… Un ami ? Comme Jilian ? Un très bon ami ? Sauf qu’elle ne le considérait pas tout à fait comme Jilian. Car elle n’avait jamais dit à Jilian certaines choses, elle ne s’était jamais autant confié. Avec Tristan elle ne se forçait pas. On pouvait avoir l’impression qu’elle avait du mal à sortir les mots mais c’était plutôt encourageant quand elle lui parlait. Un confident… oui c’était sûrement ça… quelqu’un à qui on peut tout raconter car on se sent bien, on soulage un peu le fardeau qui traînait depuis tant d’année sur les épaules. Quelqu’un avec qui on peut coucher en prenant du plaisir, tout simplement, sans se forcer, sans se dire qu’il FAUT le faire.

Cependant, Cassidy avait encore de nombreuses questions. Elle n’avait pas refusé sa proposition. Et pire encore, ces questions montraient à quel point elle s’intéressait à tout ça. Ainsi qu’aux conséquences… Se soucier de lui oui… même si cela ne lui venait même pas à l’esprit. Pour elle, c’est comme si elle réglait des modalités ou qu’elle sortait des arguments pour le… tester de façon inconsciente. Elle voulait savoir si il renoncerait malgré tout ou bien si il insisterait en trouvant les bons mots, prouvant qu’il avait déjà pensé à tout.

Alors à sa première question il s’expliqua. Effectivement elle n’aurait pas pensé qu’il était possible pour un haut gradé de se balader comme ça dans tout Ascadian. Elle était d’ailleurs très surprise que les humains soient au courant de ça… A force de réfléchir et d’observer, Cassidy avait été dégoûté un peu par la nature humaine. Il lui arrivait de temps à autre de prendre le journal pour lire l’actualité. Des sujets de politique barbants, de la cupidité, l’envie d’avoir le pouvoir… les humains… elle avait tellement l’impression que même si les relations restaient cordiales entre les royaumes gérés par les Cheistams, il y avait cette envie d’être plus fort que son voisin… conflits politiques, transactions, problèmes de diplomatie. Si il n’y avait pas eu les Kaärs, peut être que chacun se battrait pour avoir la suprématie sur Ascadian. Elle pensait que les hommes étaient cupides, orgueilleux, tout comme les dragons. La jeune femme ne comprenait pas cette entente entre ces deux peuples qui étaient extrêmement différents. Certes les dragons sont puissants mais de là à les accepter dans le rang, c’était une autre affaire. Peut être qu’on les trouvait sages ? Cassidy peinait à comprendre comment un tel accord avait pu être conclu. Surtout que les dragons corrompus étaient toujours en liberté et que ça ne donnait pas une très bonne réputation à ceux qui restaient sains d’esprits. Surtout pour les chasseurs de ces bestioles là qui devaient vivre ça au quotidien. Et encore plus pour les habitants de villes et villages, surtout ceux qui avaient survécu de la folie d’un dragon corrompu. Non, là elle ne voyait pas vraiment.

Mais quelque chose tilta dans son esprit. Tristan parlait de cartes. Il était possible qu’à force de voler, il repèrait des endroits très intéressants et stratégiques, des endroits qui n’étaient pas atteignables pour les humains normaux. Cela pouvait être très avantageux pour les humains qui pouvaient planifier une stratégie de bataille en conséquence. Oui peut être qu’il y avait eu des accords. Mais dans ce cas pourquoi les dragons proposaient cela ? Pour avoir une sorte de poigne sur les humains ? Pour tirer les ficelles dans l’ombre ? Dans ce jeu de dupe et de mensonges, qui était le meilleur acteur ? Qui remportait la partie ? Tout ceci était bien compliqué et jamais oh grand jamais Cassidy ne voulait se mêler de ce genre d’affaires. Elle n’en avait rien à faire que les humains se battent entre eux et que les dragons mènent la danse, soufflant et chuchotant ce qu’il fallait faire. Mais Tristan n’avait pas l’air de montrer quoi que ce soit. Alors peut être que c’était ses supérieurs dragons qui lui donnaient des ordres au sujet des humains…

Elle l’observait en train de parler au-dessus du feu. Concentré et sérieux, honnête. Cependant elle ne loupa pas son changement de visage et surtout son regard qui était devenu plus sombre en évoquant d’autres paroles. Pas un statut par les faits d’armes… pas les mêmes fonctions que ses camarades. Cassidy pencha la tête sur le côté, curieuse et intriguée. Elle ne connaissait pas grand-chose à toutes ces histoires militaires, bien loin de se douter réellement de la vérité. Cela semblait l’impacter d’y repenser car il resta un instant silencieux, plongé dans ses réflexions. La jeune femme laissa planer le silence sans chercher à insister. Après tout elle n’allait pas le forcer à parler si il n’avait pas envie.

Après quelques minutes de réflexion, elle lui parla de son rang, de elle qui pouvait représenter un lourd handicap pour lui. En effet, cela lui semblait vraiment dangereux. Bon, le danger, elle s’en fichait royalement car le pire était déjà arrivé. Rien… jamais rien… ne serait comme ce qu’elle avait vécu avant. Et puis elle s’était suffisamment endurcie pour faire face à toute situation même la plus extrême. Elle savait serrer les dents face à la douleur, elle ne pleurait jamais… très loin d’être une pauvre princesse qui n’aurait jamais quitté son palais doré et geignait au moindre ongle cassé. Cependant il avait encore la réponse et elle écarquilla les yeux en l’écoutant. Qu’il arrive à rester discret c’était une chose, mais qu’il lui apprenne à se défendre s’en était une autre ! Elle se mordit la langue, se retenant de rire. Pas qu’elle se moquait de lui mais elle ne croyait absolument pas à tout ça. Oui effectivement, elle avait commencé à mettre une raclée à leurs agresseurs hier mais il ne fallait pas oublier que c’était cette espèce de pouvoir qui avait beaucoup aidé. Elle n’avait fait que les balancer au loin machinalement avec une force invisible.

La jeune femme porta son attention sur ses mains. Elles étaient un peu pâles à cause du froid même si la couleur commençait à revenir, grâce au feu dans lequel elle avait plongé ses mains quelques instants auparavant. Songeuse… il ne comprenait pas. Il parlait de vitesse, de souplesse et de taille qui étaient de gros avantages. Heu oui certes… des avantages pour rejoindre une troupe de troubadours en tant qu’acrobate. Ah oui peut être que dans ce cas là ça pouvait fonctionner. Ironique, pas vraiment convaincue même si la demoiselle restait impassible. Les seules fois où elle avait pu s’en sortir c’était grâce à son pouvoir qui lui donnait une force totalement démesurée qui faisait pâlir de jalousie ceux qui entretenaient leur force physique. Pouvoir enfoncer sa main dans le corps de son adversaire et la faire ressortir comme si c’était du beurre était une de ces attaques… et quelque part au fond d’elle (ce qui l’écoeura), la demoiselle appréciait ce sentiment de puissance, d’ôter la vie de cette manière. Les doigts de sa main droite se crispèrent alors qu’elle pensait à ça. Malheureusement ou heureusement, depuis que Tristan était là, rares étaient les fois où ça se déclenchait. Elle se sentait devenir beaucoup plus faible et cela l’énervait… Cependant Cassidy était totalement partagée. Entre ce pouvoir qui était mauvais mais lui assurait une certaine assurance (même si elle pouvait se faire avoir par une attaque par surprise) ou devoir s’entraîner elle-même pour se défendre.

Tristan allait avoir du mal pour l’entraîner. Car en effet, si la jeune femme se disait maladroite, elle était tiraillée entre deux états d’esprit très différents. L’envie de tuer et l’envie de juste mettre hors d’état de nuire. Elle savait qu’avec une arme elle serait bien plus dangereuse et aurait des difficultés à se contenir. Tout ce qui avait une lame pouvait être une arme redoutable dans ses mains. Et la demoiselle ne savait pas ce dont elle pouvait être capable avec ce genre de chose après tout. Malgré elle, tout au fond de son cœur, Cassidy avait la rancœur tenace et ceux qui payaient aujourd’hui récoltaient les trop nombreux incidents de son passé. Cependant, elle ne disait rien, restant silencieuse, réfléchissant. Se défendre oui mais comment ?

Et puis, elle changea de sujet, sans lui répondre à cette proposition d’entraînement, préférant rester sur une réponse silencieuse plutôt que de rentrer en conflit avec lui pour dire que non, il n’arriverait pas, pédagogie différente ou pas. En même temps quand on est bornée… difficile de faire changer d’avis en quelques paroles. Cela faisait partie des choses que Cassidy avait beaucoup de mal à accepter.

La question sur les dragons valut une certaine obscurité dans les yeux de Tristan. Bingo elle avait vu juste ! La petite blonde remarqua les muscles tendus du Drakkari, sa respiration qui était un peu plus rapide qu’il arriva à calmer assez rapidement. Il s’expliqua à ce sujet en déclarant qu’il ne les fréquentait pas tant que ça. Mais lorsqu’il lui dit de ne pas les approcher, les yeux de Cassidy devinrent sombres laissant sous entendre bien des choses. Elle ne disait rien, cependant son regard était lourd de sens, comme si elle voyait très bien ce qu’il disait. Pendant un instant elle serra ses poings tout en se mordillant la lèvre inférieure, mal à l’aise. Elle ne l’entendit presque pas quand il parla de dragons différents qui pouvaient surprendre, toute obnubilée qu’elle était par un souvenir fort désagréable.

Et pourtant il parlait ensuite de visiter des monuments. Cassidy ne semblait pas intéressée par voir des monuments de dragons. Elle s’intéressait à eux car Tristan en était un et elle cherchait à changer sa vision des choses mais ça n’allait pas plus loin ! Enfin, là aussi il y avait du travail à faire… Prenant une petite pierre sur le sol, Cassidy s’amusa machinalement avec un instant, plongée dans ses réflexions, ingurgitant toutes ces informations. Ce n’était pas une petite décision prise à la légère non ! Ca allait vraiment impacter sa vie pour les prochaines semaines… Pendant un instant, Cassidy ne disait rien puis elle lâcha sa pierre pour venir s’asseoir à côté de Tristan.

Tout d’abord silencieuse, c’est petit à petit qu’elle commença à s’exprimer. Il avait fait beaucoup d’efforts pour dire tout ça et la demoiselle lui en était vraiment reconnaissante de s’être autant révélé. Il lui semblait que le Drakkari ne s’était jamais confié à personne… qu’il n’avait jamais été aussi sincère. Ce n’était qu’une impression mais elle se sentit un peu privilégiée par rapport aux autres. C’était très étrange ce qui se passait car jamais elle n’aurait imaginé une seule seconde partager autant de moments et d’émotions avec une seule personne. Alors pour le remercier un petit peu de s’être confié, elle décida d’être honnête à son tour avec lui. Il ne disait rien, elle le remerciait pour cela. Elle n’avait pas besoin qu’il s’énerve pour ce genre de choses, c’était passé, et le passé ne pouvait pas être changé. Au moins qu’il comprenne pourquoi elle agissait ainsi, pourquoi elle avait autant de mal avec toutes ces choses qui pouvaient plaire à une femme qui avait eu une vie assez… normale et loin des tracas. Elle lui devait bien une réponse non ?

Lui en parler sonna comme une délivrance. Parce qu’au final, peut être qu’elle n’avait pas besoin de cacher ce genre de choses. Parce que, il avait deviné tout seul et semblait plus triste de lui avoir imposé certaines choses, avec une bonne excuse qu’il voulait voir avec les autres dames pour essayer de reproduire la même chose. Elle parlait… beaucoup. Sans savoir toutes les émotions qui passaient par Tristan. Un dragon ne ressentait rien, c’est bien ce qu’il lui avait dit non ? Mais comme il ne communiquait pas sur ses émotions, elle ne pouvait rien en savoir. Quoique… elle sentait parfois une profonde rage, de la tristesse, de l’euphorie qui ne lui appartenait absolument pas. Cependant Cassidy fit comme de rien n’était. C’était peut être tout simplement les émotions qui étaient survoltées à cause de tout ce qui se passait en ce moment.

Nouveau silence alors qu’elle regardait toujours le feu qui brûlait dans le foyer. Elle avait fini de parler et cela l’avait épuisé. Bien que libérateur et qu’elle sentait un bout de son fardeau s’envoler, raconter tout ça n’était pas si simple. Et puis elle lui avait dit qu’elle était d’accord pour voyager avec lui. Lorsqu’elle avait sorti cette confirmation, Cassidy avait parlé d’un trait, très rapidement, comme si elle voulait faire passer rapidement le message. Comme si cela la gênait un peu de voyager avec un homme alors qu’elle s’attendait à être en solitaire. Voilà la demoiselle était compliquée et jamais satisfaite ! Elle voulait voyager mais seule, ensuite elle voulait vivre avec Tristan mais pas habiter dans une maison où elle s’ennuierait à mourir. Et puis, c’était une impression de sauter dans le vide, de se dévoiler un peu plus… Elle était avec Jilian depuis 2 ans… mais elle avait l’impression de plus être proche de Tristan en quelques semaines qu’avec Jilian. Curieux non ?

Tristan avait ensuite passé un bras autour de ses épaules, il ne disait rien mais son geste était réconfortant, rassurant. La jeune femme se mit à rougir doucement, bien qu’elle gardait la tête bien en face, fixant le feu qui ronronnait paisiblement. C’était agréable. Elle ferma paresseusement les yeux, en profitant pour se caler contre lui. Maintenant qu’elle avait fini de parler, tout était moins tordu… elle ne ressentait plus ce malaise ressenti tout à l’heure. La voix de Tristan s’éleva et sa question la fit rire alors qu’elle tournait la tête vers lui. Il lui demandait si il était pardonné.

« Huuuum… je sais pas encore, c’est à voir… »

Il s’était penché dans ses cheveux et elle le laissait faire puis il murmura encore de très longues paroles qu’elle écouta avec beaucoup d’attention. Il s’excusait encore de ne pas avoir été là. Il se faisait gentil, doux et rassurant, lui donnant raison pour la statue. Elle fronça légèrement les sourcils. Le passé c’était le passé, il ne faut pas regretter et aller de l’avant. Bon, plus facile à dire qu’à faire parce qu’elle regrettait… heu en fait elle ne regrettait rien au final. Ne pas pouvoir apprendre la magie n’était pas de sa faute. Elle s’était donnée à fond. Patiente, déterminée, une volonté très forte, elle avait parcouru Ascadian à la recherche d’un mage qui lui apprendrait la magie. Malgré les embûches sur la route, malgré les pleurs, la douleur… malgré des horribles accidents. Pour autant, aurait-elle continué sa petite vie tranquille à Galaden ? Non… pas vraiment. Elle s’ennuyait comme un rat mort là bas. Les journées se ressemblaient toutes et elle n’était pas heureuse même si c’était une ville vraiment très intéressante où on rencontrait toutes sortes de personnes toutes plus singulières les unes que les autres.

Tristan avait parlé de jalousie comme si il ne savait pas trop ce que c’était. « dites vous quoi ? ». Elle fronça les sourcils. Nan mais les contacts avec les gens c’était pas son truc voilà ! Jalousie de quoi ? Elle avait été jamais jalouse elle… pas des gens… quoique… l’image d’une mage qui passait devant elle avec son maître lui revint en mémoire. Aussitôt, elle se crispa, serra les dents et se mordilla la lèvre inférieure en secouant la tête. Quand même oui, ça c’était bien de la jalousie oui… Mais ce n’était pas la même chose ! Là c’était par rapport à son objectif, pas qu’elle était jalouse pour un homme. Ca non, que Jilian aille voir ailleurs, ça ne l’avait jamais dérangé. Et puis elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi il parlait ainsi de jalousie. Possessif ? Elle fronça les sourcils. Elle n’était pas un objet ! Ca elle lui avait déjà dit non ?

Il continua alors qu’elle s’était couchée un peu contre lui, tentant de la convaincre qu’elle était jolie, qu’elle irradiait. Hum… Le discours devenait un peu plus soporifique à son goût. Peu importe si il parlait en elfique ou autre chose, elle n’aimait pas vraiment qu’on lui rappelle. Il y avait quelque chose en elle qui était bien trop bloquée pour qu’elle n’y prête réellement attention. Certes elle négligeait sa tenue, oui elle n’aimait pas le maquillage et tout ce qui allait avec, oui elle s’en fichait un peu de ses vêtements du jour parce que… quand on vagabondait à droite à gauche ce n’était pas la préoccupation principale. Il termina sur un ton plus taquin en parlant de la protéger et de lui apprendre à se défendre. Un sourire amusé se dessina sur les lèvres de la demoiselle alors qu’elle l’écoutait parler et partait dans l’auto dérision en se citant comme personne embêtante. Elle ne répondit pas mais le sourire qui se trouvait sur son visage montrait que ses paroles l’avaient déridé un peu pour changer de toute cette atmosphère très lourde en révélations.

La jeune femme somnolait doucement sur le torse de Tristan, profitant de sa chaleur, écoutant les battements de son cœur qui parfois étaient réguliers et à d’autres moment accéléraient. Il déposa un léger baiser sur sa joue avec tout plein de douceur avant de se dégager et lui faire comprendre qu’avec son pantalon trempé, ce n’était pas très agréable. Elle obéit en se redressant un peu. Même pas qu’elle le regarda enlever son pantalon car elle était en train de s’endormir à moitié, trop chargée par les émotions de la journée et aspirant juste à se reposer, même sur la surface dure et froide de la caverne. C’est ainsi qu’elle ne profita pas du charmant spectacle qu’il lui offrait et l’entendit uniquement craquer ses articulations avant de la rejoindre. Cassidy ouvrit un instant les yeux en le regardant s’installer puis suivi avec un air de robot le mouvement en se recalant contre lui. Il parlait de sa odeur corporelle qu’il appréciait mais la jeune femme s’endormait déjà. Cependant, il l’interpella et elle ouvrit doucement un œil.

Il commença à lui parler de ses pulsions, des hommes. La jeune femme soupira un coup. Ah il n’allait pas parler de ça maintenant ? La réveiller pour lui parler de ce genre de choses, ce n’était pas très délicat surtout qu’elle n’y pensait pas pour l’instant et que ce n’était pas un sujet très simple à rappeler. Il était très hésitant en lui parlant en disant qu’il comprenait et qu’il voulait lui montrer un truc. Cassidy se redressa alors en étirant ses bras droit devant elle tout en faisant une petite grimace, tel un chat qui essayait de soulager ses muscles endoloris. La jeune femme avait bien du mal à saisir ses propos. Il comprenait quoi ? Ca ne lui semblait pas clair. Elle le regardait, à moitié endormie, alors qu’il triturait un bracelet pour sortir une petite pierre vraiment très fine.

La jeune femme pencha la tête sur le côté avec curiosité. Elle n’avait jamais vu ce genre de truc là. Cependant il lui expliqua, que c’était un truc magique pour se souvenir d’évènements en particulier. Il l’avertit également et la demoiselle écouta attentivement. Même si il restait très calme et bien plus bavard, moins haché en lui expliquant, il y avait une certaine gêne dans son regard, qu’elle avait l’impression de voir. Cassidy hocha doucement la tête puis il lui demanda de fermer les yeux, s’exécutant.

Elle se sentit attirée par quelque chose puis lorsqu’elle rouvrit les yeux, tout était différent. Un autre paysage. Cassidy regardait autour d’elle et entendit des voix. Elle fronça de nouveau les sourcils. C’était un souvenir de Tristan et elle ne le voyait nulle part. Regardant à droite et à gauche, la demoiselle chercha à comprendre ce qui se passait. Le cadre était magnifique, un grand manoir, une de ces maisons de noble certainement.

Ensuite, elle observa toute la scène, de l’inspection de la dame qui ne lui inspirait rien de bon. Encore une de ces pintades qui se pavanait… Puis l’espèce de petite confrontation. Elle aperçut Tristan qui avait attiré l’attention de la dame qui semblait tout un coup intéressée. Il n’avait pas cet air charmeur et séducteur. Plutôt sérieux, droit dans ses bottes même si on voyait bien qu’il couvait de regard un des autres garçons. Le prénommé Zack dont il lui avait parlé peu de temps avant ? Lorsqu’elle porta sa main à l’entrejambe de Tristan, Cassidy sursauta, ne s’attendant pas du tout à ce genre de choses. Son visage exprimait de l’horreur, du choc et elle retint un hoquet de surprise. C’était un peu… comment dire… ça se faisait souvent ça ? La dame semblait avoir changé d’avis alors que peu avant elle ne voulait surtout pas laisser ce petit groupe s’installer sous son toit. Mais rien qu’en s’intéressant à Tristan cela l’avait fait changer.

La suite du discours avec le chef l’écoeura en plus au point et elle grimaça. C’était quoi ce bazar ? Ca se faisait souvent ? Après tout la jeune femme n’y connaissait rien du tout et elle était scandalisée par ce qui se passait sous les yeux. L’échange pour le moins cru, la révélation de Tristan qui n’avait couché qu’avec une seule femme. La scène se flouta sur cet échange et réapparut plus tard avec un Tristan très tranquille. Oh elle le reconnaissait bien cet air là ! Limite nonchalant comme si tout allait bien, jouant un jeu. Cassidy croisa les bras. Elle détestait… encore plus la réponse de Tristan. Elle pensait qu’il jouait la comédie mais il était si… fort là dedans qu’elle pensait aussi que ça pouvait être vrai. Ce genre de remarque et d’habitude qu’elle détestait. Cela lui donnait la nausée.

Ils suivirent le Tristan adolescent qui s’arrêta à un arbre pour…vomir. Le garçon chétif était sorti de dont ne sait pas où, en tout cas Cassidy n’avait pas vu grand-chose. Un autre échange débuta, d’abord assez froidement. Puis elle fut vraiment surprise et étonnée par la suite, de voir Tristan aussi vulnérable. Ils parlaient de sexe bien évidemment et lui non plus n’avait pas l’air de comprendre, il n’aimait pas ça. Pour une raison ou une autre, ça ne lui plaisait pas et qu’il était aussi victime de son corps. L’atmosphère semblait se détendre, ils combattirent, assez violemment quand même pour des jeunes. Et puis ils continuèrent à plaisanter et cela fit tilt dans la tête de Cassidy. Oh d’accord… alors peut être que c’était pour CA qu’il était un commandant. Parce qu’il pouvait approcher plus facilement les femmes. En termes de diplomatie, on a plus tendance à prêter de l’attention à un haut gradé qu’un petit soldat. Pour mieux faire passer certaines décisions, conseils, paroles…

Cassidy avait croisé les bras, tentant de comprendre un petit peu tout ça, faire de l’ordre dans sa tête. Il était vrai que cet évènement était très spécial. Elle était touchée par cette confession qui n’avait rien d’ordinaire, bien consciente que peu d’hommes parlaient de leurs premières fois. Encore plus un dragon qu’elle imaginait trop fier de ses performances. Effectivement ça soulevait une grosse zone d’ombre.

Cassidy s’était redressée après cette vision alors que Tristan venait la prendre dans ses bras en lui disant qu’il n’était pas parfait. La jeune femme le laissa faire, tout simplement. Elle ne savait pas trop quoi dire, pas trop quoi faire encore sous le choc de ces révélations qui étaient loin d’être anodines.

« Merci… »

Elle comprenait un peu mieux ou pensait comprendre. Un tout simple merci, sans s’étaler, sans rien dire de plus, parce qu’elle ne savait pas quoi développer et elle était encore en état de choc par rapport à cette scène qui était tout simplement cruelle et écoeurante, témoignant de jeux de faux semblants complètement ridicules. Tristan n’était pas vraiment en accord avec les besoins de son corps et il les repoussaient même fermement, même si ça signifiait avoir mal. Finalement ils avaient une petite ressemblance, pas une positive mais s’en était une. Par contre, elle avait encore du mal à tout calculer.

« Tu…tu dis que tu es pas parfait pour les dragons… parce que tu faisais pas… enfin que tu voulais pas… mais ça a changé… comme l’a dit ton copain, tu t’es peut être calé physiquement et mentalement avec le temps ? »

Bah oui, avec le temps, peut être qu’il pensait différemment maintenant même si c’était un mauvais à passer sur l’instant. Elle ne pouvait pas tout savoir de lui après tout. Alors il lui expliqua encore une fois et sa réponse semblait satisfaisante puisque Cassidy n’avait rien à redire.

Elle resta alors silencieuse, repensant à ce fameux Zack, une personne qui avait été là pour Tristan, dans les moments où ça n’allait pas. Pour sa part, elle n’avait jamais eu personne à qui se confier. Ami ? A quoi ça pouvait bien servir ? Quand est-ce qu’un ami le devenait ? Tellement focalisée sur sa recherche de maître, elle avait perdu tout contact avec les autres. Même la troupe de voyageurs elle ne les avait jamais considérés comme des amis. Et puis… elle était bien différente. Tristan était un dragon, il avait quelqu’un qui pouvait le comprendre. Mais elle, qui le pouvait ? Oh bien sûr, Tristan était un très bon confident, elle se sentait rassurée à côté de lui, bien dans ses bras. Elle avait l’impression d’être un peu plus libre avec lui, comme si il faisait déjà beaucoup pour lui ôter d’un poids ses tracas. Même si bien sûr elle ne lui dirait jamais en face… parce que ça faisait bizarre tout simplement. Cependant, elle était différente d’un dragon. Et différente d’un humain. Il lui aurait fallu une personne pour l’aider à comprendre ce qui lui arrivait. A comprendre… elle se savait différente d’un humain. Elle avait des pulsions qui n’étaient pas normales. Soit c’était une malédiction, soit c’était autre chose. Mais rien n’avait été répertorié sur Ascadian comme ressemblant à elle. Enfin… lorsqu’elle était très investie dans ses livres, jamais elle n’avait entendu parler d’un être humanoïde avec des crocs, des pulsions meurtrières et sexuelles, des oreilles plus pointues que les humains… bon déjà c’était pas une démone. Les démons avaient des cornes sur la tête apparemment. Mais c’est ce qu’on racontait dans les livres car ceux qui croisaient la route de démons… ne restaient pas en vie suffisamment longtemps pour en parler. On parlait même de possessions, que les démons étaient doués pour ça alors bien difficile de reconnaître le faux du vrai.

Est-ce que cela la dérangeait de n’avoir personne avec qui parler ? Parfois elle s’en fichait, parfois ça lui manquait. Peut être dans ces instants où elle broyait du noir, déprimée, à regarder les heures passer sans faire grand-chose. Pas très joviale comme pensée…

Cependant, la demoiselle était bien fatiguée et elle finit par s’assoupir dans les bras de Tristan. Après tout, ça faisait bien assez d’émotions pour la journée.

Cassidy se réveilla plusieurs heures après en s’étirant. En face d’elle, le feu continuait de crépiter sans perdre aucune intensité, toujours aussi fort qu’à la première minute où elle l’avait allumé. Elle jeta un regard à Tristan qui ne semblait pas avoir dormi car il plongea son regard dans le sien avant de le détourner rapidement.

« Hem… »

Elle déglutit, encore embarrassée et gênée. C’est que la demoiselle avait beaucoup parlé tout à l’heure ! Et là maintenant elle était un peu plus calme. Beaucoup de révélations, pas pour lui déplaire au contraire ! Il s’était passé beaucoup de choses dans cette caverne… enfin verbalement ! Peinant encore à réaliser qu’ils allaient voyager ensemble (rien que cette évocation la faisait rougir), de tout ce qu’elle avait appris en très peu de temps. Aussi rassurée de voir que Tristan n’était pas du tout pour toutes ces choses qu’il l’avait forcé de faire. Tout cela était bien inconnu pour elle et cela n’allait pas s’améliorer du jour au lendemain. Cassidy avait fait d’énormes efforts encore mais il restait encore beaucoup de chemin à faire.

Elle bailla un instant. Tendant l’oreille, elle comprit rapidement que la tempête s’était calmée dehors.

« Tiens on dirait qu’on va pouvoir sortir d’ici… »

La jeune femme se redressa, encore intimidée par tout ce qui avait été dit jusqu’à présent. Elle avait bien assez parlé pour aujourd’hui et souhaitait un peu de calme. Que faire maintenant ? Quelle heure était-il ? C’était peut être le moment de rentrer…

La jeune femme s’étira en tournant le dos puis attrapa ses vêtements qu’elle remit sur elle. Ils étaient encore un peu humides mais les deux jeunes gens devraient être assez vite de retour dans cette ville pour ne pas qu’elle attrape froid. Alors qu’elle tournait le dos à Tristan, Cassidy se mit à regarder la lumière qui filtrait à travers l’espace restreint laissé par le gros rocher. C’était tout blanc vu d’ici.

« Au fait… »

Elle hésita un instant et se mordilla la lèvre inférieure. Quelque chose la démangeait depuis tout à l’heure. En fait depuis qu’elle avait vu cette scène qui l’avait beaucoup fait réfléchir mine de rien. Son cœur se mit à battre un peu plus fort et elle se tordit les doigts d’un air gêné, toujours sans regarder Tristan. Cassidy inspira profondément puis finalement elle se retourna vers lui et le dévisager avec fermeté, même si une pointe de douceur apparaissait dans ses beaux yeux noisette.

« Tu disais que… tu n’étais pas haut gradé par des faits d’armes. Ne serait-ce pas pour… ce quej e viens de voir là ? Que tu as dû reproduire ça… »

Il lui fit comprendre d’une certaine manière que c’était bien le cas. Cassidy se frotta doucement le menton tout en levant les yeux au ciel, cherchant bien ses mots.

« On va voyager ensemble… que feras-tu si on te demandait de faire ce… genre de mission ? »

Elle croisa les bras en attendant sa réponse. Dans un sens, la demoiselle était curieuse de connaître son attitude mais de l’autre, si il acceptait ce genre de mission, elle ne put empêcher de réprimer un sourd grognement qui s’élevait de son corps, comme si elle n’était PAS vraiment d’accord avec ce genre de mission. Ca lui faisait bizarre de penser ainsi. D’habitude que les hommes aillent coucher à droite à gauche elle s’en fichait mais avec Tristan c’était quand même quelque chose de différent. Elle ne savait pas pourquoi mais le simple fait de le voir coucher avec une autre femme, même si c’était pour jouer la comédie, la dégoutait.

Il ne répondit pas tout de suite et s’était distraitement approché du feu comme pour chercher à l’éteindre. Puis comprenant qu’il ne pourrait arriver à rien sans eau, le jeune homme se dirigea vers la sortie pour pousser le lourd rocher et revint avec des poignées de neige qu’il jeta dans le feu pour tenter de l’éteindre. Cependant, celui-ci n’avait pas trop envie de s’éteindre pour le coup. Cassidy regarda lentement ce qui se passait. Elle était encore un peu déboussolée et voyant que Tristan n’y arrivait pas, la jeune femme se plaça à côté de lui, fronçant les sourcils.

« Mais comment ça s’éteins ce truc là ? Faut prononcer une formule ou quoi ? »

Elle semblait un peu en colère et très embarrassée par la situation. Visiblement c’était la première fois qu’elle réussissait à faire ce genre de chose ou du moins avec autant d’efficacité. La jeune femme s’accroupit et plaça la main dans le feu, comme pour tenter de contrôler la chaleur. Non mais là elle était fortement embêtée. L’allumer c’était une chose, mais l’éteindre c’était autre chose. D’accord très bien… bon il fallait partir à la pêche aux réponses maintenant.

Cassidy ferma les yeux comme si elle cherchait à se concentrer. En vrai elle était en train de chercher la réponse à sa question. Grimaçant, fronçant les sourcils, la demoiselle semblait imperturbable. Elle laissa tendu sa main délicatement dans le feu, soufflant et inspirant doucement comme si elle cherchait à se détendre petit à petit, perdue dans sa bulle alors qu’elle tentait d’éteindre son feu qui était loin d’être normal. Finalement, son intensité se réduisit, petit à petit, avec beaucoup de difficulté, jusqu’à disparaître complètement. La jeune femme rouvrit les yeux, souriant doucement face à ce qu’elle avait réussi à faire. Après tout, elle s’attendait à mettre beaucoup plus de temps donc cela la soulageait bien.

Elle se redressa et se tourna vers Tristan, se demandant si il l’avait observé ou non. En même temps, même si il ne disait rien, cela ne l’empêchait pas d’être curieux. La demoiselle se fit alors très sérieuse, comme si elle devinait ses pensées silencieuses et posa son doigt sur ses propres lèvres, comme si elle était tout à fait catégorique.

« Pour info, ce n’est pas du tout ce que tu crois… »

Rien de plus, rien que ça. Pas assez pour lui donner plus de précisions mais assez pour lui faire comprendre que ce n’était peut être pas de la magie.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 13 Fév - 22:07

Seul Zacckari savait… Parce qu’il était là, comme il avait été là sur les plus grandes parties de ma vie alors que j’évoluais, changeais en dragon. Cette nuit-là était importante pour moi. Je ne la reniais pas dans une pseudo-fierté, seulement c’était quelque chose de très personnel que je n’avais jamais révélé… Pas même à Kayla.
Je n’avais jamais trouvé la scène particulièrement choquante… Peut-être était-ce de l’avoir vécu, déjà revue plusieurs fois ou bien d’avoir été habitué à tout ceci, ce monde étrange de manipulation. Mais je ne réalisais réellement que ce que j’avais vécu n’était pas habituel que lorsque je vis Cassidy… Je l’avais évidemment accompagnée dans la visualisation de mon souvenir mais je ne m’intéressais que peu à ceci. Je tenais sa main dans cette espèce de fausse réalité, ces fantômes du passé, pour la guider. J’en profitais pour la sentir réagir. Ses crispations, sa manière d’écarquiller les yeux, de sembler si furieuse au départ, me firent vite comprendre que malgré tout ce qu’elle avait vécu elle s’indignait de ce que j’avais plus ou moins subi… Et pourtant j’étais un garçon… Les garçons sont réputés pour être plus précoces que les filles, elle n’aurait pas dû réagir de la sorte. Mais avec elle, je n’étais pas vraiment surpris. Elle avait senti que quelque chose n’allait pas, d’une manière ou d’une autre. Peut-être l’attribuait-elle juste à la colère de cette situation mais je pense, qu’au fond, elle avait remarqué dans ce début de mon passé, que quelque chose chez moi était différent et que cet honneur, coucher avec une si belle femme pleine d’expérience, qu’on me faisait n’en était pas réellement un.

J’imagine que j’aurais dû me sentir honteux de me montrer si vulnérable par la suite, éclatant en sanglot dans les bras de mon aîné que je dépassais de pas mal de centimètres. Pourtant je n’avais pas vraiment honte d’avoir pleuré, d’avoir eu peur de tout ceci… Mon passé était ce qu’il était après tout et il avait construit mon présent, un présent dans lequel… elle était là… Je savais que je lui en révélais beaucoup sur moi en lui montrant cette part de moi mais c’était le but… Je n’avais pas toujours été cet adulte adepte de sensations fortes et accro au sexe… J’avais aussi été, malgré mes muscles, malgré mes capacités extraordinaires, un adolescent effrayé… Et même si par la suite j’avais été amené à recommencer sans que ça me plaise réellement, mon corps y trouvait satisfaction. Pour elle… ça n’avait jamais été le cas dans cet horrible endroit. Je ne digérais vraiment pas ce qu’elle avait vécu. Je ne sais pas pourquoi ça me rendait aussi… furieux. J’aurais été en colère pour toute femme, mais pour elle… Je l’imaginais. Je la revoyais à cause des souvenirs que j’avais reçu des monstres qui l’avaient torturée, son visage pâle, d’adolescente naïve, pleine d’espoir, effrayée… son visage et son corps, plein de coups, de marques, de bleus, violenté par ces hommes qui l’avaient violée tellement de fois et contrainte toutes les autres… Elle ne me l’avait pas dit mais je l’avais vu… Ils s’étaient acharnés sur elle… Même quand elle avait essayé de se couper du monde, de la conscience pour ne pas trop souffrir, beaucoup trop intelligente pour supporter ce qu’on lui faisait… J’avais vu… Quand le matin venait illuminer l’établissement et faire cesser les horribles activités, que le repos était enfin accordé à ces femmes traitées comme des objets, les patrons aimaient en sélectionner une ou deux pour se satisfaire avant d’aller eux aussi se reposer… Ils jetaient souvent leur dévolue sur elle, sous le prétexte de la dresser, parce qu’elle était différente… Parce qu’elle leur plaisait, parce qu’ils aimaient marquer sa peau diaphane de coups, de leur manière violente de la posséder…

J’y pensais encore alors que nous reprenions pied dans la réalité, les souvenirs de la pierre s’estompant. J’espérais juste qu’elle ne penserait pas que je comparais mon passé au sien. Ce n’était en rien le cas, seulement une tentative pour lui dire que je comprenais un peu et que… elle pouvait d’autant plus me parler. Elle n’avait eu personne, aucun ami, aucun confident. Mais moi j’étais là et j’espérais pouvoir soulager un peu sa conscience et sa mémoire… Sa voix douce s’éleva dans la caverne, juste pour me remercier… J’aimais bien quand elle était ainsi, quand elle ne jouait pas avec les mots. Déjà parce que je ne les comprenais pas toujours, ensuite parce que les paroles un peu… bourrues qu’elle sortait parfois pour bannir encore plus son image de femme ne collait vraiment pas avec sa voix. Je me doutais bien que personne ne pouvait entendre ses intonations et le grain du chant de ses mots comme un dragon mais elle avait une très jolie voix… Et si j’appréciais beaucoup son caractère bien trempé, son vocabulaire me choquait parfois… parce qu’il sonnait comme un mensonge, décalage terrible, carapace cruelle que lui avait forgée son passé… Son remerciement me fit du bien et pourtant il forma un noeud dans mon estomac. C’était peut-être l’entendre me remercier ou la prise de conscience que j’avais été capable de partager ça avec quelqu’un… réellement… Elle continua cependant après quelques secondes, me posant une question. Elle avait l’air curieuse mais aussi… embêtée. Elle était vraiment mignonne comme ça, hésitante, comme si elle craignait de me voir me refermer aussitôt. Je souris doucement en me détachant d’elle pour la regarder et lui répondre.

On parle plutôt d’harmonisation. Mais oui… En effet, ça c’est réglé en quelques mois. Cela arrive que les dragons subissent une espèce de scission entre leur développement physique et mental mais chez moi c’était assez…enfin c’était trop. Mon corps a fait de moi un presque adulte avant l’heure, vraiment… j’étais fort, endurant, performant, très performant apparemment pour un garçon si peu… expérimenté, c’était instinctif et facile et…euh… disons que ça avait… bien poussé… assez vite…  mais c’était trop d’un coup et dans ma tête… moi je n’avais pas envie de faire tout ça… Le plus gros problème a été que mes premières transformations, ma maitrise de mon corps de dragon étaient déjà complexes, à cela s’est rajouté un corps qui grandissait trop vite… Un adolescent qui grandit trop vite est forcément maladroit, il ne sait pas quoi faire de son corps et tout… pas moi… mais disons que c’était ça… cette distance monstrueuse entre mon esprit et mon corps… Les besoins de mon corps ne cessaient de grandir et c’était d’autant plus effrayant… Mais j’ai eu… loisir, on va le dire comme ça, de reproduire l’expérience suffisamment pour ne plus avoir peur et ne plus être autant dégoûté… Finalement tout s’est harmonisé d’un coup au bout de quelques mois et ça a complètement bousculé ma vie aussi… Ca a été très difficile à gérer d’ailleurs, mes pulsions sont devenues encore plus fortes… insatiables…  Alors oui pour les dragons… j’étais encore plus bizarre…  Zack avait raison, je n’ai pas tardé à être « réglé » et j’ai découvert que le sexe était en réalité génial… et j’ai adoré ça… il avait raison… Mais malgré tout, je n’ai jamais manqué de respect ou de courtoisie envers une femme… On nous enseigne tout de même quelques petits… trucs… en tant que dragon… Un dragon passionné, égoïste, peut vite en faire… trop pour une « humaine » et la blesser… ou pire. J’imagine que c’est aussi pour ça que la déesse nous a donné d’un tel charme et d’une telle capacité de séduction… pour que nous attirions toujours nos conquêtes et qu’elles ne soient jamais réellement… contraintes. Après je connais mal l’histoire de mon peuple mais… Enfin de base je crois que je suis incapable de penser autrement… Vous les femmes… vous êtes ce que la nature fait de plus beau et vous méritez notre respect, notre gratitude et notre dévotion, cela passe par une attitude courtoise… Mais apparemment mes idéaux sont quelque peu en décalage avec les rustres manières des humanoïdes…

Elle semblait contente que je réponde et de manière aussi claire. Elle apprenait à me connaitre et j’étais assez ravi de lui montrer que je n’étais pas le monstre reptilien qu’elle pouvait voir en mon espèce. Si elle avait d’autres questions elle ne s’attarda pas dessus. Nous nous étions allongés plus confortablement. Sa tête avait trouvé sa place sur le creux de mon épaule et elle avait légèrement relevé ses jambes contre mon flanc, les réchauffant contre ma peau qui se réchauffait de minute en minute, et encore plus avec elle à proximité ! Allongée sur le côté elle avait le regard dans le vague, les yeux plus ou moins posés sur l’une des marques de mon corps, l’une des zébrures qui semblait onduler de lumière avec l’éclat du feu. Elle semblait pensive oui et je me demandais ce qui occupait ainsi ses pensées alors que progressivement elle semblait glisser vers le soleil. Timidement j’avais recommencé ma caresse légère dans son dos presque nu. Elle m’avait laissé faire alors j’avais continué, jusqu’à ce qu’elle s’endorme, paisible… Sa respiration se fit lente. Elle dormait. Moi par contre je ne dormis pas, me contentant de la regarder en réalisant progressivement tout ce qui nous était arrivé et ce que je lui avais proposé… Elle allait venir avec moi ? Vraiment ? Nous allions rester… proches ? Je ne le réalisais pas vraiment et pourtant, je ne pouvais retenir le sourire idiot qui étirait mes lèvres.


Les heures passèrent et Tristan ne dormit pas, occupé à penser au début puis profitant de son immobilité pour se plonger en Eveil, en méditation. Sa courte séance plus tôt lui avait fait du bien mais il réalisait bien ses récentes négligences. Il avait besoin de calme et de se ressourcer. Amusé il se demanda si elle pouvait comprendre et si elle voudrait essayer s’il lui montrait ? Pouvait-il effleurer sa conscience de la sienne de dragon ? Il l’aurait souhaité… pour lui montrer ce qu’il voyait, ce qu’il sentait, lui montrer le monde à l’échelle des dragons… Il pensa à leur vol en catastrophe de la veille, à l’envie de le reproduire mais pas en urgence cette fois… Accepterait-elle ? Elle finit par s’éveiller bien plus tard et même s’il ne la regardait pas, il ouvrit les yeux et les tourna vers elle alors qu’elle quittait le sommeil, comme s’il l’avait sentie quitter le monde des rêves. Il sourit légèrement mais détourna vite les yeux pour ne pas la gêner, demeurant immobile contre elle, ne tentant… rien. Elle parla de la tempête et il répondit d’une voix calme, sans crainte, sans hésitation, contrairement à plus tôt.

En effet.

Elle se leva et il ne la retint pas, ne tentant toujours rien… Par rapport à son attitude du matin même il était très calme et même réservé, ne faisant étalage d’aucun désir ardent… Il se releva également et s’étira mais loin de ses manières provocantes, juste pour s’étirer, attitude purement fonctionnelle. Elle s’habilla et il fit de même, se détournant, ne cherchant même pas à se rincer l’oeil. Leurs vêtements humides n’étaient décidément pas agréables à enfiler et risquaient de provoquer un sacré choc thermique une fois à l’extérieur. Cassidy eut particulièrement du mal avec son pantalon qui était presque aussi horrible à mettre qu’il avait été à enlever, collant à ses jambes. Sans un mot, Tristan la rejoignit et se mit à genoux devant elle alors qu’elle s’était assise sur une grosse pierre, faisant lentement glisser le vêtement sur sa peau, tentateur, dans une caresse légère. Pourtant il n’y avait pas la moindre provocation dans son regard… Il se redressa d’ailleurs rapidement, retournant s’habiller. Elle l’interpella doucement, hésitante et il l’écouta.

C’est vrai… Au début c’était ça… Après j’ai pu m’illustrer sur le terrain… Mais oui… On m’a pas mal utilisé quand j’étais jeune…


Elle continua cependant, sa véritable question émergeant enfin. Tristan fronça légèrement les sourcils, assez surpris. C’était étrange mais il lui semblait qu’elle était… jalouse… Une impression fugace certes mais prégnante. Comme si elle le testait l’air de rien et peut-être même, probablement, sans s’en rendre compte elle-même. Comme il avait commencé à essayer d’éparpiller les bûches embrasées dans l’espoir d’éteindre ainsi le feu brûlant il préféra se concentrer sur cette tache même si sa question tournait en boucle dans sa tête. Il comptait y répondre pourtant mais le feu nécessita rapidement toute son attention. Surpris de ne pas parvenir à grand chose, il s’était lentement redressé puis dirigé vers la sortie. Contractant les muscles puissants de son corps il eut tôt fait de repousser le lourd rocher, le faisant crisser sur le sol. Il avait neigé fort pendant leur enfermement et un paquet de neige d’une trentaine de centimètres était venu recouvrir l’immensité neigeuse déjà présente. Aie… Marcher dans la poudreuse risquait de leur prendre un bon moment… Soucieux, il prit plusieurs grosses brassées de neige et alla les faire tomber sur le feu. Mais celui-ci semblait décidément fort capricieux et ne moufta pas davantage à cette forme d’eau qu’aux précédents gestes du jeune homme. Cette fois bien plus intrigué il répéta l’opération plusieurs fois sous le regard de la petite blonde, fronçant de plus en plus les sourcils en marmonnant que ce n’était pas normal…

Finalement, elle vint le rejoindre et il fut fort surpris par ce qui se passa. Il l’avait déjà été et pas qu’un peu en la voyant capable d’allumer ce feu brûlant qui aurait fait baver de jalousie les forgerons ! Voilà qu’en plus de cela elle parvenait à le contrôler et à le faire disparaitre ! Enfin c’étaient de bien grand mots car pour le coup elle n’avait absolument pas l’air de savoir ce qu’elle était en train de faire !
Ses capacités en tous les l’intriguaient d’autant plus, même s’il n’osait pas lui en demander davantage, il espérait pouvoir progressivement lui poser la question et avoir quelques réponses. Peut-être… Il l’observa faire alors qu’elle aussi s’échinait à éteindre le feu qu’elle avait fait naitre. C’était étrange, vraiment et il fronça davantage les sourcils, bien conscient cette fois encore de ne pas vraiment remarquer cette étincelle autour d’elle qu’il avait cru voir quand elle avait initié sa magie devant lui quelques jours plus tôt. Si ce n’était pas son pouvoir ? Qu’était-ce au juste.
Finalement elle remit sa main dans le feu. Ce n’était pas vraiment rassurant et bien malgré lui il eut l’ébauche d’un mouvement vers elle, conscient à cet instant à quel point le fait qu’elle se blesse lui était… douloureux…

Elle parvint à éteindre le feu et il ne la quitta pas un instant du regard. Oui, vraiment, le phénomène était… étrange…
Déjà qu’elle lui semblait assez particulière… Cet évènement ou cette capacité était à ajouter à la petite liste qu’elle lui montrait de jour en jour et sur laquelle se trouvait déjà son apparente excellente ouïe, ses oreilles différentes et ses petites canines franchement peu humaines… Ce qu’il remarqua également c’est que lorsqu’elle parvint finalement à contrôler et éteindre ce feu ardent, elle semblait… assez satisfaite, comme si elle se savait capable de le faire au fond, peut-être pas si vite mais de le faire. Oui… elle aurait quelques explications à lui donner…
Elle se redressa, le regardant. Bien sûr qu’il l’avait observée ! C’était quand même assez fascinant ce qu’elle parvenait à faire ! Il avait pris ça pour de la magie et il y croyait encore pas mal et puis même sans ça pourquoi ne l’aurait-il pas regardée ?
Sauf qu’elle n’avait pas l’air d’être prête à lui expliquer… Il sourit à sa petite phrase qui était si porteuse de sens et pas de celui qu’elle voulait, comprenant évidemment, parce qu’elle, elle était forte pour lui faire comprendre et il ne savait d’ailleurs que peu comment elle s’y prenait…

Pas ce que je crois ? Je me disais surtout… qu’il n’y avait rien de plus normal à ce que tu parviennes autant à m’enflammer les sens vu comme tu y arrives avec du bois… au sens le plus stricte du terme.

Petite plaisanterie, ton léger… Il avait retrouvé son habituel comportement de dérision. C’était aussi pour lui donner une échappatoire et lui dire qu’il ne demanderait rien, ne la forcerait à rien si elle ne voulait pas lui en parler… Et puis il avait trouvé la formule amusante et assez… honnête. Elle haussa légèrement un sourcil alors qu’un fin sourire étirait ses lèvres. Pourtant, elle marmonna en articulant trop peu pour qu’il comprenne autre chose qu’un « idiot » dit sur un ton assez amusé, ses pommettes légèrement rougissantes. Elle lui avait même donné une petite tape sur le bras en se détournant. Il n’insista pas mais sourit et ils se dirigèrent vers la sortie.

La tempête avait déposé son manteau de neige poudreuse, légère, immaculée sur le sol et les arbres. Malgré son poids léger elle s’enfonça de pas mal de centimètres et marmonna de plus belle. C’est sûr qu’ils risquaient d’avoir du mal à rentrer et à avancer vite vu les conditions…
Tristan la quitta un instant, escaladant le monticule de rochers qui leur avait servi d’abri pour se percher au sommet. Il huma l’air un instant et observa le ciel. Finalement il sauta au bas du promontoire en souriant. Pourtant aux vues de son poids mais aussi de la hauteur de son point de saut, il aurait dû s’enfoncer… bien davantage ! Enthousiaste il se tourna aussitôt vers Cassidy.

Bon la marche  ne va pas être de tout repos, il y a beaucoup de poudreuse et on va pas mal s’enfoncer mais heureusement notre… plongeon nous a énormément rapproché de la ville avec le courant. Nous ne sommes pas bien loin et il va falloir faire vite à cause de la température et l’état de nos vêtements mais ça devrait aller.

D’où son enthousiasme… Effectivement, les villes étaient généralement proches des cours d’eau et celle-ci n’y faisait pas exception. La falaise d’où ils avaient chuté était, elle, bien éloignée mais le courant était si fort qu’en très peu de temps il leur avait fait parcourir une distance considérable… Finalement, il se rendait compte de la chance qu’il avait eu de la retrouver sous la glace et du peu de choses auxquelles s’étaient joué leurs vies. Il aurait fallu si peu… si peu pour qu’il la perde. Cette idée lui fit atrocement mal.
Elle avait l’air de tout à fait comprendre et se tourna même naturellement dans la bonne direction pour continuer leur escapade. Cette attitude le fit sourire. Son volontariat, quoi qu’elle en dise, mais aussi son incroyable sens de l’orientation malgré tout le laissait plutôt impressionné.
Alors qu’ils commençaient à marcher, s’enfonçant dans la neige, heureusement jamais plus de trente centimètres, ce qui aurait été le cas si la neige précédente, dans laquelle ils s’enfonçaient déjà un peu, n’avait pas été progressivement figée par le froid et surtout tassée par cette nouvelle couche de poudreuse, il attrapa doucement sa main pour la retenir. Ôtant son manteau, il le lui déposa sur les épaules. Elle ouvrit aussitôt la bouche pour répliquer qu’il allait attraper froid, qu’elle allait bien et ce même si sa peau avait déjà un peu pâli et qu’il la voyait serrer les dents pour ne pas montrer que l’air trop froid sur ses vêtements mouillés était comme la piqûre de milliers d’aiguilles sur sa peau. Il ne la laissa pas parler, attrapant son visage entre ses deux paumes encore si chaudes et déposant un long baiser sur ses lèvres, chaste et pourtant vertigineux, restant doux.

Chut… ne dis rien s’il te plait… Il te protégera juste un peu plus du vent… Il est mouillé mais il coupera un peu le vent… Assez pour que ça aille jusqu’à la ville. Je vais bien. Mon homéostasie est bien plus élevée que la tienne et par rapport aux entrainements que j’ai connu, franchement c’est de la rigolade, ne t’inquiète pas… Marcher va me réchauffer de toute façon…

Il lui fit un de ses sourires qui devait donner des raisons aux femmes de croire qu’un homme pouvait être vraiment parfait et surtout bien trop craquant. Elle essaya bien de répliquer tout de même mais il fit la sourde oreille en se remettant à marcher d’un bon pas et elle dut s’affairer à sa suite pour ne pas se faire distancer. Marcher vite leur garantissait de moins s’enfoncer dans la poudreuse et de compenser un peu l’effet du vent glacé. Ce fut elle qui vint lui prendre la main au bout de quelques minutes et quand il tourna la tête vers elle, un peu surpris mais ravi, il faillit perdre l’équilibre devant sa tête. Craquante, les joues rosies par le froid et la gêne, les cheveux en bataille, ses grands yeux noisettes pailletés d’or qui se détournaient pudiquement. Il sentit bien son coeur se serrer et pressa doucement sa paume contre la sienne, enlaçant ses doigts. Se tenir la main en marchant vite n’était franchement pas des plus pratiques d’ordinaire mais ils avaient cette fois la meilleure des excuses car cela leur permettait, l’un et l’autre, de garder l’équilibre quand la neige craquait et s’enfonçait sous leur poids. Encore une fois Cassidy fronça les sourcils en regardant son compagnon, semblant remarquer qu’il s’enfonçait bien peu par rapport à son poids… Mais une fois de plus elle ne dit rien. Après tout, toutes les confessions énoncées entre eux étaient déjà de lourdes paroles à penser et digérer sans y rajouter de nouvelles questions… Et puis si Tristan se montrait très honnête, sincère et ouvert, ayant apparemment décidé de reprendre ses bons débuts de confession, il n’était probablement pas encore prêt à tout révéler sur lui, même si la preuve de confiance qu’il accordait à la petite demoiselle était considérable.
Pourtant au bout de quelques longues minutes il se mit à parler...

Pour ce que tu m'as demandé tout à l'heure... Je voudrais que ce soit clair... C'est vrai que lorsque j'étais jeune... enfin on s'est pas mal servi de moi c'est vrai et puis très vite, je m'en fichais... Mais quand j'ai commencé à montrer mes capacités de guerrier, de meneur d'hommes... j'ai été respecté. Avec l'âge et le côté... mâture, adulte, si sûr de moi et tout... C'est plus devenu... un jeu de séduction. Du moins c'est ce qu'on me demandait. Je n'ai jamais servi les intérêts d'un seul mais les intérêts des plus nombreux et aujourd'hui, c'est vrai, je suis souvent amené à séduire certaines dames qui aiment simplement se faire courtiser par des beaux jeunes hommes... La plupart sont très honorables et ne tromperaient jamais leur époux et encore moins leur morale... C'est un jeu... Comme un peu tout... On pourrait me demander de réaliser ce genre de mission, c'est vrai... Je peux les refuser si je le souhaite. Mais... pourquoi tu m'as demandé ça ? Qu'y a-t-il ? La demoiselle ne serait-elle point partageuse ?

Il lui fit un sourire taquin alors que la fin de son petit discours qui n'était que peu clair finalement, lui valait un joli coup de coude dans l'estomac et quelques marmonnements encore moins clairs. Il se tut. Dans un sens, il espérait que c'était pour cela qu'elle l'avait demandé... Parce qu'elle ne voulait pas le partager... Qu'elle lui demanderait... de ne pas être sérieux avec d'autres femmes, de ne pas les toucher, et encore moins comme il la touchait elle. Peut-être espérait-il qu'elle lui demanderait cela... En déclarant que c'était donnant-donnant et qu'elle-même... ne le ferait pas... Oui peut-être était-ceci qu'il espérait réellement...


Nous marchions vite, sans parler, mais le silence n’était que peu gênant. Je pense qu’il nous aidait à nous retrouver un peu. J’avais bien compris que Cassidy était une solitaire. La manière dont elle avait vécu ma douloureuse maladresse le montrait bien d’ailleurs. Plutôt que de m’en retourner une, ce que j’aurais tout de même sacrément mérité, elle avait préféré s’éloigner et… être seule. Son côté indépendant me rendait un peu triste… Alors que je l’admirais d’être si forte et capable de suivre ses pensées. Elle était rebelle, loin des convenances, loin de ces choses auxquelles j’avais été si longtemps forcé que ça m’était devenu… habituel. En marchant, je repensais à ce qui s’était passé dans la grotte, entre nos confessions et surtout… cet étrange phénomène qui venait d’elle… Ca m’intriguait… Mais il était trop tôt pour lui demander et… je craignais un peu qu’elle ne veuille pas me répondre pour être honnête. Après tout mon déballage, ça m’aurait blessé… je pense.

Finalement nous étions arrivés proches de la ville, bien inconscients du paysage probablement magnifique que nous avions traversé pour rentrer. Après tout, notre objectif était bien de ne pas ralentir, pour ne pas tomber en hypothermie. Malgré mes beaux discours, j’avais froid… vraiment… Et nous grelottions tous les deux lorsque nous étions finalement arrivés. Heureusement que le chemin en lui-même n’était guère long. Pourtant il m’avait semblé durer une éternité. J’aurais bien tenté de voler mais ça aurait été pire que tout pour elle. Le froid du vent pendant mon vol, si tant est qu’elle puisse tenir comme l’urgence et la nécessité l’avaient voulu la veille, l’aurait à coup sûr rendue malade, mise en danger… Il n’y avait pas que l’idée du froid… Le froid en lui-même, dangereux, trop intense pouvait entrainer une somnolence, la crispation des muscles… qu’elle ne tienne pas sur mon dos et chute. Cette idée me fut frissonner d’horreur et mon attentive camarade tourna aussitôt la tête vers moi, l’air inquiète… Cet air soucieux, même si j’en ai honte, me ravit… J’aimais qu’elle se soucie de moi…
Nous avions dû passer devant l’endroit où d’autres personnes sculptait encore des blocs de glace. Je la sentis se crisper à son tour et pressais d’autant plus sa main dans la mienne, désolé d’être contraint de lui rappeler mon erreur et culpabilisant encore pas mal je l’avoue. C’était bizarre… Je n’avais pas l’habitude de m’en vouloir pour quoi que ce soit, encore moins de ce que je faisais, de ce que je faisais par rapport à une autre personne. Sans doute était-ce dû à mon éducation dragon et le fait qu’ayant des principes j’avais toujours… contourné les remords, d’une manière ou d’une autre. Mais là près d’elle… Enfin près d’elle il y avait beaucoup de choses nouvelles, trop sans doute et même si ça me terrorisait, j’aimais beaucoup les sensations qu’elle faisait naître en moi… Même cette intolérable frustration… Peut-être parce qu’au fond, je savais que l’attente ne rendrait le plaisir que plus grand… Que toutes les choses négatives que je « percevais » n’étaient que bien peu de choses face au positif qu’elle faisait naître. Sans même s’en savoir capable, sans même s’en apercevoir… Bêtement je me rendais compte que beaucoup de mon comportement devait lui laisser entendre que j’étais ainsi normalement… Même plus ouvert, que c’était trop naturel pour être nouveau, que j’étais un beau-parleur aussi mais trop à l’aise pour être réellement dans une situation nouvelle et inconfortable parce qu’effrayante. J’aurais eu envie de lui dire qu’elle se trompait. Que tout était au contraire nouveau et inhabituel… Mais peut-être qu’au fond elle s’en doutait un peu, ou elle l’espérait, comme j’espérais être le premier pour lequel elle se dévoilait de la sorte…


Plusieurs passants nous regardèrent étrangement. Avec notre teint pâle et notre air grelotant nous ne devions pas payer de mines mais les gens se désintéressent vite de ce qui ne leur apporte pas un lot de ragots suffisant… Rapidement nous nous étions dirigés vers l’auberge. A l’état du soleil au dessus de nous j’estimais que nous étions en début d’après midi. Finalement nous n’aurions que peu profité des festivités de la ville aujourd’hui mais après mon erreur je pense qu’elle aurait été incapable d’apprécier ce qui pouvait s’y faire… et encore moins la foule !
Nous finîmes par l’atteindre et nous précipiter à l’intérieur. Un peu vite sans doute… Le propriétaire nous regarda passer en haussant un sourcil, nous prenant probablement pour de sacrés énergumènes… Entre le fait que nous étions venus la veille pour un moment… hum… d’une intense communion et que c’était ma jolie compagne qui avait pris les devants avec politesse, que nous avions voulu rester séjourner ici contre une belle somme et que maintenant nous rentrions en ayant l’air frigorifié… Décidément il y avait de quoi nous prendre pour des fous. Rapidement nous fûmes dans notre chambre et nous purent voir avec soulagement que le feu dans la cheminée brûlait toujours. Cassidy s’y dirigea alors que je la délestais de mon manteau et du sien, rendus d’autant plus lourds avec l’humidité qui les imprégnait. Je les suspendis à un porte-manteau que je plaçais près de la cheminée en espérant qu’ils sèchent avant notre départ. Sans rien dire, je me dirigeais aussitôt vers la salle de bain pour faire couler un bain brûlant. Cassidy me rejoignit en silence.



Ses pas étaient si furtifs qu’il faillit ne pas les entendre. Elle posa une main sur son épaule. Il en sentit le froid glacé malgré sa tunique. Et pourtant, comparée à la température qu’elle venait d’affronter sa main… n’était pas si glacée… Il fronça les sourcils. C’était… étrange.
Le jeune homme se releva lentement, surprenant le regard très intéressée de la jolie blonde pour la surface brûlante de l’eau qui s’écoulait et remplissait la baignoire. Il lui sourit doucement et prit ses deux mains dans les siennes, enlaçant doucement ses doigts des siens pour les réchauffer. Lui aussi avait les mains froides malgré ce qu’il affirmait mais tout de même moins.

Réchauffe-toi et prends ton temps… Je

Il s’éloignait déjà mais elle le retint par le bout de sa tunique, la tête légèrement inclinée vers le sol, sans le regarder, comme un peu timide tout à coup. Pourtant quand elle releva les yeux, elle avait l’air sûre d’elle et un peu… de n’en avoir que peu à faire.

Toi aussi tu as besoin d’une douche chaude.
Euh… oui… mais je pensais que…

Elle haussa un sourcil, ce qui lui donnait un air décidément trop sérieux, arguant tout bas qu’il semblait bien timide pour un guerrier, le provocant, juste un peu, mais ne pouvant probablement pas s’en empêcher… Un peu… Il sourit en retour même s’il avait très légèrement rougi, reconnaissant, qu’elle le cherche et lui demande de rester. Pour être honnête, il avait froid et attendre à côté aurait été difficile… Reconnaissant surtout qu’elle cache ses brusques hésitations et sa trop grande sauvegarde dans une idée de timidité, même si ce n’était pas des plus flatteurs…
Son sourire se fit plus taquin alors qu’il se penchait sur elle, les yeux légèrement brillants dans la lumière tamisée de la pièce.

Je vais devoir te faire mentir alors…

Pourtant il ne tenta rien. Chacun se retourna pour se déshabiller même si lui-même en profita pour la lorgner du coin de l’oeil à trop de reprises. Il se sentit un peu faible en constatant que cette fois elle était totalement nue, bien décidée à prendre un bain brûlant et à revêtir des vêtements chauds et secs. Il l’imita et se morigéna pour ne pas laisser transparaitre l’attirance qu’elle suscitait chez lui. Heureusement tant qu’elle ne l’embrassait pas, il se contrôlait plutôt bien.
Chacun se prélassa de son côté du bain, en silence encore une fois. Néanmoins Tristan sortit plutôt rapidement, prétextant qu’il allait chercher leur moyen de transport et ranger leurs affaires si elle ne voulait pas rentrer trop tard. Cassidy se contenta d’hocher la tête, le regardant sortir puis se sécher alors que lui-même lui demandait de réellement prendre son temps… Il lui demanda ce qu’elle voulait porter afin de ranger ses autres affaires, plutôt prévenant et assez pratique…
Finalement il la laissa seule dans l’appartement le temps d’agir comme annoncé.
Quand elle sortit de la salle de bains, enroulée dans une serviette, elle trouva les vêtements qu’elle avait demandé sur le lit. Leurs affaires étaient rangées dans la malle qu’il avait acheté, notamment suite à sa demande involontaire. Leurs planches de surf, respectives, étaient appuyées contre un mur, prêtes à être déplacées.
Tristan revint peu après avec des pains fourrés aux fromages et champignons fumants et un petit sac de biscuits. Il proposa de manger avant de partir… Après tout le froid brûlait sacrément les calories dans ces contrées nordiques et leur petite chute et aventure les avaient considérablement fatigués…

Ils parlèrent de tout et de rien alors qu’ils mangeaient et il lui montra quelques livres qu’il venait d’acheter sur le retour à un marchand ambulant apparemment. Certains semblaient très anciens. Il lui proposait gentiment de les lire si ça l’intéressait…
Il lui proposa évidemment de trier ses affaires et d’aller rendre tout ce qui ne lui plaisait pas pour le changer contre ce qu’elle aimerait réellement. Il ne posa pas de question et la laissa juste s’absenter de nouveau tandis que lui-même avait apparemment encore quelques affaires à régler. Ils s’étaient donné rendez-vous peu de temps après devant leur lieu de séjour… Il ne demanda rien, la laissa juste ranger ses affaires sans regarder puis les descendit alors qu’elle l’aidait en portant sa planche…

Finalement ils rendirent la chambre et chargèrent les affaires dans la charrette qu’il avait demandée. Un gros cheval de trait attendait tranquillement, renaclant alors que le puissant destrier de Tristan semblait le lorgner d’un air assez supérieur. Pourtant le grand animal était attaché à la charrette et semblait avoir bien compris qu’il devait suivre le rythme du patapouf, ce qui ne devait guère l’enchanter. Tristan monta la malle dans la charrette, la calant dans un coin. Ce n’était pas une grosse charrette de transport mais plus que largement suffisante pour eux deux. Qu’il l’ait demandé ou non, le fond de bois était recouvert de paille fraiche et une grosse couverture toute propre pour garantir le confort des passages y était installée également dans un coin. Il cala leurs deux planches puis se tourna vers Cassidy, sautant au bas de la construction de bois plutôt haute. Les bords étaient d’ailleurs bien assez hauts pour sous-entendre le transport régulier… d’enfants !

Le cheval connait la route, il la fait régulièrement. Nous n’aurons pas à nous en occuper. Le cousin du propriétaire récupérera l’attelage quand nous arriverons et le ramènera ici plus tard dans la semaine quand il n’en aura plus besoin de son côté. Installe-toi confortablement, ce cheval a le pied plus sûr mais moins rapide que le mien, il nous faudra plusieurs heures avant d’arriver dans ton village… Mais ça sera beaucoup plus confortable qu’à l’aller pour toi… Du moins j’espère.

Après tout, il avait retenu qu’elle n’avait que peu apprécié le voyage à l’aller. Il avait bien noté son manque d’aisance en équitation et comptait bien y remédier… Si elle l’acceptait. Ce serait quand même beaucoup plus pratique s’ils voulaient voyager si elle était capable de tenir en selle sans problème.
Ils auraient pu rester plus longtemps dans cette ville mais entre les mauvais souvenirs qu’elle inspirait et le temps nécessaire pour rentrer, si effectivement elle travaillait le lendemain, il valait mieux ne pas trainer.
Tristan était repassé par la boulangerie et lui tendit un petit paquet de cookie en venant s’installer proche d’elle dans la charrette. Elle semblait sacrément surprise de le voir dans le véhicule plutôt que sur son cheval et l’interrogea aussitôt pour cela.

Je ne vais pas te laisser voyager là toute seule… Et puis là au moins mon cheval suit le rythme, si je le chevauchais il voudrait piquer des sprints. Ca ne me dérange pas d’être dans une charrette tu sais… Enfin après si tu ne veux pas que je vienne à côté de toi...


Elle lui jeta un regard noir et tira la langue. Il sourit, se rapprocha et en profita pour déposer un baiser sur l’une de ses joues. L’air de rien il voulait juste être près d’elle pour le voyage même si pour lui c’était probablement moins agréable que la liberté dont il avait l’habitude en volant mais aussi simplement en chevauchant. D’autres personnes quittaient la ville et empruntèrent le même chemin qu’eux avant de bifurquer dans d’autres directions, les saluant de la main. Bientôt ils se retrouvèrent seuls sur la route, seul le martèlement des lourds sabots du cheval des neiges et du vent dans les branches enneigés venaient troubler la quiétude de l’instant.

Apparemment décidé à se faire plus que pardonner ses erreurs mais à se racheter, Tristan restait dans son coin, plus du tout tentateur, même si les regards qu’il jetait de temps à autre à la petite demoiselle laissait sous-entendre qu’il n’était pas aussi tranquille qu’il le laissait croire… Il était à moitié en train de lire un des livres apparemment ancien, à la couverture craquelée, fronçant légèrement les sourcils, à moitié en train de dessiner distraitement les derniers lieux qu’ils avaient visité, sans faire exprès mais aussi ceux de la veille dans la nuit, reproduisant avec une fidélité hallucinante les échelles des zones en question. Apparemment niveau topologique sa mémoire était assez exceptionnelle. Entre eux il y avait la pile de livres divers et variés. Certains portaient sur la faune et la flore de certaines zones d’Ascadian, d’autres sur la magie puisque c’était apparemment un sujet qui intéressait le jeune homme mais dans une langage ancien. Parmi eux il y avait aussi un livre, qu’il avait choisi pour la demoiselle sans le lui dire, pour ne pas la brusquer, par rapport à ce qu’elle lui avait dit… C’était un livre d’aventures… qui racontait les péripéties d’un groupe de voyageurs, des femmes et des hommes, égaux… le genre de livres qui aurait probablement ravi la petite fille qu’elle était à l’époque et qui rêvait d’aventures… Ce qu’il essayait, l’air de rien de lui laisser entendre… Après tout, il n’était pas trop tard, si ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 14 Fév - 22:51

Cassidy comprenait que c’était un privilège d’avoir vu ce moment du passé de Tristan. Un moment rare, un moment de faiblesse, pas quelque chose qu’on aurait envie de raconter à tout le monde. Elle pouvait s’en douter un petit peu. Ce n’était pas quelque chose où on pouvait se parader fièrement. Vomir après avoir eu des rapports sexuels… Mais si elle n’avait pas quitté la scène des yeux, ayant eu une réaction des plus choquées, la demoiselle observait la réaction du vrai Tristan parfois. Cela n’avait pas l’air de lui faire un quelconque effet. Peut être que le souvenir était suffisamment ancien pour qu’il se soit habitué et ait accepté cette partie de son passé. Mais elle pensait, que pour un homme, ce n’était peut être pas évident d’en parler à une autre personne. Cassidy avait beau être une camarade d’enfance, une amante et pourtant, ce n’est pas quelque chose qu’on raconterait à n’importe qui. Peut être que de cette manière là, il voulait juste prouver qu’elle pouvait lui faire confiance et qu’il lui accordait la sienne. D’accord, c’était sympa de sa part. Même si elle était tout à fait choquée par cette scène, son cerveau avait de la peine à réfléchir encore par ce qu’elle venait de voir.

Est-ce que c’était vraiment comparable entre eux ? Pouvait-il ressentir ce qu’elle ressentait ? C’est ce qu’il avait dit non ? Elle n’était pas sûre. Parce qu’après tout, aujourd’hui, il aimait ça, quoi qu’il en dise. Parce qu’apparemment pour lui c’était normal. Elle… elle n’avait jamais trouvé ça normal. Peut être qu’elle n’avait pas été précoce, peut être que cela avait été fait plus tard que lui. Elle sortait presque de l’adolescence après tout même si elle gardait une certaine naïveté. Depuis combien d’années supportait-elle ça ? Les abus de son corps ? 6-7 ans ? Et l’accident n’avait rien arrangé au contraire, car après avoir haï cet acte voilà que son corps lui, réclamait. Cette chose qui la dégoûtait, qui l’écoeurait… Trop d’années étaient passées… trop de temps.

Cassidy était sortie de sa réflexion. Que fallait-il faire maintenant ? Le bon sens demandait un remerciement. Alors elle le fit. Sans s’étaler, sans rien dire de plus. Peut être qu’un merci en dirait assez ? Peut être que c’est ce qu’il attendait ? Qu’elle témoigne une sorte de reconnaissance ou de compréhension. Car si Tristan lui avait montré ça, c’était bien pour qu’elle réalise qu’il était passé par là. Alors juste un remerciement. Par politesse ? Par respect pour lui ? Qu’on ne se méprenne pas ! Elle appréciait beaucoup le geste surtout que celui-ci n’était pas simple mais dans un sens cela lui rappelait un peu ce qu’elle avait vécu et continuait à vivre même si la situation s’était beaucoup améliorée.

Son caractère trempé était ce qu’il était. Elle vivait comme ça. C’était son passé, ses événements qui l’avaient rendu ainsi. Pourtant bien élevée par ses parents, sage comme une image, serviable, obéissante et respectueuse, elle avait changé oui… Après tout, ça s’était fait vers la fin de son adolescence. Tant qu’elle était restée dans les remparts sécurisés de Galaden, elle ne craignait rien. On ne venait pas trop la déranger. Parce que les gardes arrivaient à maintenir l’ordre dans la cité et qu’elle était suffisamment proche de la bibliothèque pour ne pas passer par des chemins douteux. Mais après, tout avait changé. Le vocabulaire fleuri de ses bourreaux et des clients, la réalité du terrain quand elle avait commencé à voyager. Il y avait des personnes polies, d’autres plus crues. Elle avait été une vagabonde, peut être pas une voleuse mais une fille qui trainait sous les ponts. Elle s’était peut être fait une carapace mais cela faisait partie intégrante d’elle aujourd’hui. Car elle avait pris cette habitude. Et si elle témoignait un certain respect avec Tristan, c’est bien parce qu’elle cherchait à maîtriser son langage. Ecoeurant… Se forcer à paraître pour quelqu’un d’autre. Elle pouvait le réaliser à tout moment et retomber dans ses mauvais travers. Parce qu’elle était comme ça et que cela lui plaisait. Parce que cela lui donnait l’impression d’être au dessus du reste. Qui ne pousserait pas un juron bien placé face à une situation agaçante ? Qui ne s’emporterait pas dans un moment de colère ? Les Drakkaris avaient l’habitude de pousser des jurons, d’avoir un langage des plus fleuris sous le coup de l’énervement. Les vrais Drakkaris. A l’opposé il y avait les elfes. Toujours très courtois, respectueux, le verbe bien placé et le vocabulaire parfois hautain. Les humains, ça dépendait des personnes, des castes, du style de vie. Et Cassidy avait bien passé dix ans à parler et agir ainsi, pourquoi imaginerait-on qu’il s’agissait d’une façade ? D’un masque ?

Elle s’était frotté doucement le menton, demandant une confirmation qui lui brûlait les lèvres. Ca avait changé depuis. Ce n’était peut être le temps que de quelques mois. Il était gentil en s’expliquait patiemment, sur ce qu’il avait ressentit, d’un adolescent perdu. Un peu comme elle au final. Par contre, la fin de son discours lui fit froncer les sourcils. Il revenait sur un besoin de se justifier, de dire qu’il ne manquait pas de respect à une femme, qu’il y avait des petits trucs qu’ils pouvaient mettre en place. Un compliment sur les femmes. Quoi ? C’est beau ? Heu… elle ne pensait pas vraiment de la même manière. Il y avait bien ces vieilles grands-mères rompues par les années, bossues et le visage ridé. Il y avait bien celles qui avaient un défaut si voyant que cela ne les rendaient pas vraiment belles. Un nez trop gros, des dents écartées, une tache à un endroit bien visible, un trop grand front. Toute femme n’était pas forcément belle, ce n’était qu’une métaphore, un compliment passe partout. Oh, elle reconnait bien là le discours mielleux des chevaliers. Par contre, Tristan semblait le penser réellement. Mais elle trouvait cela un peu déplacée. Elle ne voyait pas de beauté dans les hommes elle, dans tous les hommes on entend bien. Le vrai émerveillement qu’elle avait c’était pour la nature… la beauté de ce que le monde leur réservait, les paysages magnifiques, les coins cachés… oui parce que même dans la nature tout n’est pas beau. Il y a des endroits qui sont plus jolis que d’autres… Qu’est-ce qu’être beau au final ? Il y a des choses que l’on trouve belles et d’autres que l’on trouve moche, c’est comme ça.

C’est un sourire amusé qui apparut sur les lèvres de Cassidy. Elle apprécia l’explication mais était partie dans une grosse réflexion interne par la suite. C’était des idéaux que Tristan avait oui… Mais serait-il capable de trouver belle une femme lépreuse ou touchée par de la mauvaise magie ? Bon… elle n’allait pas le contrarier avec ça et resta assez neutre en acquiesçant d’un simple signe de la tête. Cependant, la demoiselle ne fit aucun commentaire supplémentaire et revint se poser contre lui, estimant qu’elle avait eu assez d’émotions fortes pour la journée. Les envies bestiales qui la tiraillaient ne se manifestaient pas. Sans doute parce qu’elle était suffisamment sonnée mentalement pour que cela apparaisse. La caresse que Tristan faisait dans son dos était agréable. C’est tout naturellement qu’elle s’endormit sans faire de bruit. Elle ne fit pas de rêves pendant son sommeil. Si Tristan envisageait de lui envoyer sa conscience de dragon, ce n’était pas vraiment une très bonne idée. Car il comprendrait rapidement qu’elle était peut être un peu réceptive ou bien… habituée. Et trop d’indices soulevaient des questions, des hypothèses, il finirait par comprendre de lui-même, même si cela lui semblerait improbable ou impossible.

Elle s’était réveillée apaisée néanmoins. Faisant une remarque sur la tempête qui s’était calmée par laquelle il répondit d’une voix plus assurée, comme si les émotions de tout à l’heure avait disparues, comme si il semblait plus solide, plus confiant d’un coup. Pourtant elle ne tenta rien avec lui, semblant plus préoccupée par la météo et le temps qu’ils avaient passé ici que de vouloir faire des galipettes à côté du feu. Tristan restait silencieux pour sa part, semblant toujours un peu en retrait, comme si il ne souhaitait pas la déranger. Elle le remarqua bien et cela lui tira un sourire. Malgré ses pulsions de dragon, il arrivait à faire des efforts, c’était quand même pas ordinaire.

La demoiselle grogna en tentant de remettre ce pantalon. Elle trouvait ça trop serré, trop moulant, trop…. Bon en même temps ce n’était pas tous les jours qu’on tombait dans l’eau. Mais cela la mis de mauvaise humeur, surtout que ce n’était pas très agréable. Tristan s’était approché d’elle pour remonter son pantalon. Elle se retint. La situation était drôle quand même. Il essayait de lui remonter le pantalon même si celui-ci était froid, la matière tendue qui avait du mal à glisser sur les cuisses. Plutôt marrant. La jeune femme ne dit rien, surtout qu’il s’était relevé rapidement après avoir un peu tiré, ce qui fit mal à Cassidy, sa peau s’échauffant rapidement et tirant. Après réflexion, les robes étaient quand même plus pratique à ce niveau là…

Elle se racla la gorge, gênée, puis décida de changer de sujet en parlant sur ce qui lui revenait en tête depuis qu’elle s’était réveillée. Ah apparemment c’était au début uniquement qu’on l’utilisait pour ça. Mauvaise compréhension de sa part. Sauf qu’il était monté en hiérarchie comme ça. La demoiselle pensa, un peu amusée, que si elle était aussi jolie qu’il le disait, eh bien elle pouvait très facilement accéder à un grade supérieur elle aussi contre quelques… arrangements. Et tout ce qu’elle voulait. Cependant, ce n’était pas son but, ça ne l’intéressait tout simplement pas. Tant de femmes devaient profiter de leurs charmes pour se propulser dans la hiérarchie et pourtant… non ce n’était tout simplement pas possible pour Cassidy.

Elle resta un instant silencieuse avant de se retourner vers lui, une autre question l’échauffant. D’ailleurs elle le regretta aussitôt après l’avoir prononcé et marmonna en se tournant sur le côté pour enfiler la chemise. Là elle délirait complètement ! Avec Jilian, il y avait toujours eu une entente, il pouvait aller où il voulait avec qui il voulait, jamais elle n’avait été… possessive. C’était un marché. Et là elle était presque en train de dire à Tristan qu’elle le voulait pour elle toute seule ? Ridicule ? Cassidy serra le poing en grinçant des dents. L’imaginer avec une autre femme au lit même pour des raisons professionnelles, ça ne passait pas ! Et elle se dégoûta encore plus de penser ainsi… Finalement peut être que ce n’était pas une bonne idée de partir avec lui ? Pour avoir cette pensée à chaque instant. Elle secoua la tête. Impossible ! Pourtant ça lui faisait peur. Vraiment. D’être… dépendante de quelqu’un, de ne pas le supporter dans les bras d’une autre femme. Pendant un instant, Cassidy hésita à changer d’avis. Elle avait peur de ce qui pouvait se passer ou même peur de ses propres émotions. Si c’était pour être tendue à chaque instant, elle préférait voyager seule ! Aaaah les joies du cerveau qui pédalait dans la semoule.

Cependant, sa réflexion fut vite détournée à cause du jeune homme qui tentait d’éteindre le feu. Elle fronça les sourcils en le regardant faire, sans arriver à quoi que ce soit. Bon d’accord, elle avait allumé un feu peu ordinaire et c’était bien la première fois qu’elle y arrivait mais… ça ne s’éteignait pas ? Vraiment ? La jeune femme regarda ses mains dans le silence. Qu’avait-elle fait ? Tristan semblait vraiment surpris par le phénomène et cela ne devait pas être courant.

Partant à la pêche aux informations, Cassidy chercha mentalement ce qu’il fallait faire. Ah oui carrément, reprendre le feu ? Génial… de quoi s’afficher encore plus… Comme si ce n’était pas suffisant. Elle hésita un instant à dire qu’il s’éteindrait bien tout seul mais la jeune femme savait pertinemment que ce ne serait pas le cas. Tristan allait se poser encore plus de questions à son égard. Elle savait déjà qu’il l’observait en silence, alors là… Pourtant, elle marcha dans sa direction et sans se préoccuper de lui, elle s’agenouilla près du feu. Ce n’était pas quelque chose d’évident à faire et cela lui demandait tout un tas de concentration et de calme. Au moins ça l’occupa et évita de penser à autre chose en attendant.

Elle sentit le mouvement de Tristan lorsqu’elle plongea sans hésitation les mains dans le feu. Un grognement agacé sortit de la bouche de Cassidy. Non mais ça va, il avait bien vu hier qu’elle ne se brûlait pas… Ca l’exasperait un peu et la jeune femme ne comprit pas pourquoi. Peut être qu’elle aurait du lui cracher au visage la vérité, au moins elle serait tranquille. On l’avait mis en garde, son secret était loin d’être bien. Elle pouvait attirer la colère des dragons, le dégoût… un blasphème… même si elle n’avait rien demandé elle ! Pas sûr que ce soit bien perçu au final… Pourtant elle se désintéressa de lui pour se concentrer à nouveau sur le feu. Faire le vide dans son esprit, attirer la chaleur à elle, tout doucement, sans brusquer. Tel un animal que l’on apprivoise. Et cela fonctionnait ! Elle n’en revenait pas. C’était rassurant et en même temps… tellement étrange comme sensation. La demoiselle regarda un instant une de ces mains, songeuse. C’était pas vraiment de la magie mais si ces flammes étaient aussi destructrices qu’on le disait, si elle arrivait à maîtriser, alors elle serait un peu plus tranquille.

Néanmoins, la demoiselle sentit le regard de Tristan posé sur elle. Sans le regarder, elle lui sortit une toute petite phrase, qui voulait dire beaucoup. Il répliqua et pas vraiment de la façon dont elle attendait. Mais intérieurement elle le remercia pour ne pas avoir pris cela au sérieux, ne souhaitant pas s’étendre sur le sujet pour l’instant. Même si la confiance était là, CA c’était d’un autre niveau et la jeune femme le savait très bien. Elle le traita d’idiot, parce qu’elle ne savait pas quoi lui dire d’autre en attendant. Et juste pour ne pas paraître trop bête à rester là sans rien dire. Cependant, elle ne fit aucun commentaire supplémentaire

Elle sortit dignement de la caverne, quoique sa démarche était un petit peu bancale, à cause de la matière du pantalon collante et figée. Cassidy grogna pour la forme mais elle ne s’étala pas dessus. En arrivant dehors, la demoiselle cligna des yeux. Tout était blanc, lumineux. C’était quand même étrange qu’une tempête soit arrivée aussi vite malgré le magnifique temps visible en début de journée. A croire que les dieux aimaient s’amuser à torturer de pauvres âmes. La poudreuse avait tout recouvert, et la neige qui se trouvait devant eux était bien plus haute qu’avant même si la jeune femme n’avait pas eu le temps de voir grand-chose lors de son arrivée précédente. Elle posa un pied qui s’enfonça aussitôt dans le sol. Eh bien ! Devait y avoir au moins 30 cm de neige là dedans ! Elle avait étendu ses bras, surprise par cette perte d’équilibre mais la jeune femme se rétabli rapidement. Il n’y avait pas besoin d’être un expert pour se douter que marcher là dedans allait être difficile. Cassidy apprécia avoir mis des bottes car au moins elle ne se retrouverait pas avec le bout des pieds gelés. Pas comme avec les espèces de sandales qu’elle avait du porter hier.

Elle ne vit pas Tristan à côté d’elle. A vrai dire elle était tellement concentrée par son inspection que la demoiselle n’avait pas remarqué son départ. Il atterrit devant elle, venant dont ne sait où. Fait étonnant, lui ne s’enfonçait pas dans la neige. Manque de délicatesse pour une demoiselle qui elle, avait la neige qui s’enfonçait jusqu’à une bonne partie de ses mollets. Elle n’y était pour rien et lui non plus, mais ça lui donnait l’impression d’être très lourde à côté de lui. Cependant, elle ne s’en étonna pas. Lui aussi avait quelques secrets. C’était un pouvoir un peu comme le sien… ou peut être que si ce qu’on racontait était vrai et que chaque dragon pouvait maîtriser un élément, du moins les confirmés, alors peut être qu’il y avait un rapport avec le fait que son poids était plume contrairement à une personne normale. Peut être que c’était ça, peut être que c’était autre chose. Là-dessus elle avait une bonne longueur d’avance sur lui, étant suffisamment renseignée sur les pouvoirs de dragon, enfin un en particulier, pour comprendre un peu le fonctionnement.

Il confirma d’un air enthousiaste la réflexion qu’elle s’était faite il y a quelques minutes plus tôt, plus pour faire la conversation qu’autre chose sans doute. Il avait montré hier qu’il la respectait et ne la trouvait pas bête. Alors elle ne le voyait pas vraiment faire ce genre de remarque prévoyante en la prenant pour une débile. Après tout, ça faisait 4 ans qu’elle vivait dans ce paysage enneigé, les températures froides, la neige, les tempêtes, elle connaissait parfaitement et c’était plutôt elle la spécialiste dans le domaine. Tristan à côté, ne devait pas être souvent sollicité ici, les Friholdiens détestaient faire appel à des étrangers pour des…missions. Ce qui rendit son regard bien plus évasif en repensant à ce point. Qui diable avait donc appelé Tristan ? Ce n’était pas logique pour elle ! Certes la plupart des Friholdiens utilisaient de la magie rustique, pas comme les grands mages qu’on pouvait trouver sur les autres continents mais quand même, ils étaient bien trop fiers pour demander de l’aide à un étranger. Des Käars ? Cachés dans les montagnes ? Personne ne peut aussi bien les traquer qu’un Friholdien. Alors laisser un étranger se salir les mains peut être ? Eviter les pertes… pourquoi Tristan ? Pourquoi ? Ca n’avait pas de sens… vraiment pas. Du hasard ? Non pas possible !

Pendant un instant, Cassidy pensa à un complot monté contre elle. Mais qui la connaissait pour la nuire ? Bon ok, c’était une nuisance plutôt agréable mais… il y avait un but à tout ça… Trop étrange, trop de coïncidences… non décidément ça n’allait pas vraiment. Et pourquoi diable Tristan ?! Il y avait des mercenaires partout, alors pourquoi lui ? Cassidy plissa un instant les yeux. Le demandeur devait très bien le connaître alors. Mais que ce soit un Friholdien… ça elle avait du mal à y croire. Alors on cherchait peut être à faire du mal à Tristan ? Cette simple pensée lui fit serrer les dents de manière peu agréable. Qui serait assez bête pour envoyer un mercenaire contre un groupe de Käars, seul en plus sans douter de ses capacités ? Oui ce n’était pas logique. Comment pouvait-elle avoir autant d’assurance dans ses propos alors qu’elle montrait qu’elle se fichait du monde extérieur ? Tout simplement parce que Jilian avait beaucoup parlé de ça. Elle ne se montrait pas particulièrement curieuse mais le garde du corps aimait discuter… parce qu’à côté de coucher ensemble, ils ne se regardaient pas dans le blanc des yeux toute la journée. Il lui avait expliqué la mentalité des Friholdiens, ce côté un peu fier et sauvage, dépendant. Que leur souverain refusait de voir des Cheistams sur son territoire, qu’il n’y avait pas besoin d’aide. Juste des échanges commerciaux. Qu’ils étaient indépendants et vivant comme bon leur semblait, que les règles ici étaient bien plus floues, ce n’était pas une armée bien sagement disciplinée mais plus des bandes de sauvages, qui avait une certaine cohésion mais bien différente des autres royaumes. La manière de se battre n’était pas la même non plus. Jilian lui avait aussi appris à se débrouiller dans la nature. Il n’appréciait pas vraiment qu’elle se balade toute seule dans les bois mais il lui avait appris à se repérer. A partir de la mousse sur les arbres, la direction du soleil, la direction du vent, les empreintes des animaux. Pour qu’elle puisse être silencieuse, discrète et ne pas attirer l’attention. Elle avait aussi une sacré mémoire lorsqu’elle s’y mettait mais la jeune femme semblait se fiche de tout alors…

« Bien sûr que ça ira… ça fait un moment que je vis ici quand même et avant que tu n’arrives, je passais beaucoup de temps à l’extérieur… »

Cassidy ou l’art de casser l’ambiance en même pas une minute. Silence où elle cligna des yeux un instant en soupirant. Avait-il encore fait une gaffe ? Peut être en avait-elle assez de faire l’ignorante. Peut être ne voulait-elle pas qu’on soit gentil avec elle. Bon c’était vraiment très louche ça par contre. Pourquoi se braquer face à une personne qui se montre gentille ? Après tout, ils avaient passé un moment à s’échanger des confessions alors… et puis elle ne disait pas grand-chose, lui laissant le soin de comprendre par lui-même, ce qui n’arrangeait absolument rien.

Cependant elle acquiesça d’un signe de tête d’un air gêné puis tenta de changer, du moins de commencer à marcher pour faire passer le malaise. Elle plissa les yeux, sous le coup de la réflexion.

*Hum voyons voir… si la rivière est comme ça alors il faudra suivre le cours d’eau mais… il y avait pas plusieurs branches justement ? J’ai cru voir une intersection… hum alors dans ce cas il faudrait regarder par rapport au soleil et… flûte ! rhaaaa ! quel côté ?*

En fait, elle se tourna au pif dans une direction, il n’y avait absolument rien de glorieux là dedans. Autant elle arrivait à réfléchir très bien quand elle se concentrait mais là elle n’avait jamais vu cet endroit, elle était arrivée à moitié dans les vapes et même si elle repartait de la falaise, la jeune femme serait bien incapable de retrouver son chemin. Elle se gratta doucement la tête puis marcha dans la direction avec assurance, faisant passer ça pour Tristan à une excellente orientation et observation des lieux. Mais la réalité était tout autre…

Cassidy commença à marcher dans la neige en faisant des grands pas. Elle avait bien récupéré et malgré sa petite taille, ses jambes étaient suffisamment solides pour marcher sans risque de se déséquilibré. Par contre, il était vrai que le froid ralentissait sa marche. Il pénétrait dans ses vêtements encore humides. Aaaah si seulement elle avait l’option chauffante en plus, ça serait génial. Mais bon, elle risquait plus de crâmer ses vêtements et se retrouver nue dans la neige, un peu bête pour le coup. Cette scène la fit sourire et elle se retint de rire toute seule, surtout que Tristan ne comprendrait rien. Elle l’imaginait même en train d’ouvrir des yeux ronds et tourner pudiquement le regard. Ca risquait de poser problème. Bon, se retrouver nue dans le froid ne serait pas drôle du tout non plus mais on s’amusait comme on pouvait.

Alors qu’elle était perdue dans cette situation drôle, la demoiselle fut rattrapée par la réalité du froid. Bien trop fière, elle n’ouvrit pas la bouche pour se plaindre. La douleur lui prouvait juste qu’elle était vivante et puis le village n’était pas si loin non ? Elle hésita même à courir dans la neige mais cela ne serait pas vraiment bien.

C’est alors que la main de Tristan rencontra la sienne et la força à s’arrêter. Cassidy, trop concentrée, faillit lui dire que ce n’était pas le moment de faire une pause si ils ne voulaient pas se transformer en bonhomme de neige avant d’arriver en ville. Pourtant c’était autre chose qu’il tenait à faire. Il venait de retirer son manteau pour le poser sur ses épaules. Cassidy fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour répliquer, agressive et véhémente. Non mais elle gérait totalement ! Il faisait froid mais elle n’avait pas besoin d’une couverture supplémentaire sur les épaules. Tiens d’ailleurs rien que marcher dans autant de neige la réchauffait déjà. Pourtant il déposa sur ses lèvres un baiser, posant ses paumes chaudes sur ses joues, lui clouant ainsi le bec et l’empêchant de répliquer.

Juste quelques paroles pour lui dire qu’il souhaitait la protéger, qu’il avait plus l’habitude qu’elle ce qui la fit hausser un sourcil. On les entraînait à rester des heures dans un bassin rempli de glaçons ? Non parce qu’elle ne voyait pas vraiment ce qui pouvait être pire… Cependant, son baiser eut le bonheur de la faire dévier de sa mauvaise humeur. Elle bredouilla en détournant le regard, se concentrant sur la neige devant elle, incapable de trouver les mots. Cela la fit même se figer sur place alors qu’elle avait encore du mal à réaliser ce qu’il venait de faire. Cassidy secoua la tête pour se remettre les idées en place, puis elle reprit sa marche. Lente, bourrée de neige… C’était une habitude pour elle… il lui était déjà arrivé de trouver un petit abri plus d’une fois lorsqu’elle se baladait. Faut dire que comme elle restait souvent dehors, elle avait eu l’occasion de s’adapter à n’importe quelle situation et caprice du climat bien qu’elle se montrait raisonnable et restait sagement dans la maison de Jilian quand la tempête était trop forte.

Cependant, c’était loin d’être pratique et Cassidy n’était pas totalement remise, malgré toute sa bonne volonté pour avancer. Parfois, c’était limite. Elle s’était surestimée au niveau de la marche, pensant pouvoir gérer mais au final non. Tristan avançait sagement devant et elle remarquait qu’il s’enfonçait peu dans le sol alors qu’elle faisait de très grandes traces, s’enfonçant presque jusqu’au genou parfois, c’était sportif. Elle râla pour la forme, s’approcha de lui en faisant de plus grandes enjambées encore et arrivant à sa hauteur, elle le prit par la main en détournant la tête l’air de rien. Prendre sa main avait quelque chose de rassurant. Il réagit aussitôt en la serrant doucement dans la sienne, doux contact pour lui montrer qu’il était là.

Marchant toujours dans la neige, la demoiselle ne pensait à rien, trop occupée à lutter contre les monticules de neige qui s’amassaient par endroits et veillant à ne pas tomber bêtement. Elle piquerait bien le secret de Tristan pour avoir cette marche presque aérienne à côté. Ok, c’était elle la lourde et cela la vexa comme un pou même si bien sûr, personne n’y était pour rien. Mais avouez, voir un bel homme bien en chair et en muscle presque pas s’enfoncer dans le sol à côté d’une demoiselle qui était plus fine et plus légère, c’était quand même une situation originale ! Cependant, quoi que cela puisse être, la demoiselle ne lui posa pas de question. Parce qu’il en avait suffisamment dit et même si il n’avait pas répondu à sa dernière question, au final Cassidy n’attendait pas vraiment de réponse à celle-ci.

Pourtant, il se mit à parler, après un moment. Peut être que cela lui revenait en mémoire finalement. Et la réponse ne lui plaisait pas des masses en fait. Servir les intérêts des autres ? Courtiser des dames ? Heu… d’accord, elle ne comprenait RIEN du tout à ce monde et pourquoi des dames auraient envie d’être courtisées alors qu’elles possèdent un mari. Enfin, on ne sait pas trop… mais Cassidy n’avait aucune connaissance des mariages forcés ni de l’ennui dans les hautes sphères. C’était peut être un jeu, une coutume, une habitude, peu importe comment ils appelaient ça mais elle ne comprenait décidément pas… En plus avec Jilian, il ne s’était jamais amusé à courtiser les dames… disons que ce n’était pas vraiment dans l’habitude des Friholdiens. Ils accordaient beaucoup trop de respect et d’importance à la famille, au couple, pour aller voir ailleurs. Tromper son mari, même pour un jeu de séduction, était très mal vu ici. Il termina par une question qui fit presque sursauter Cassidy. Elle s’arrêta, écarquilla les yeux, son rythme cardiaque s’étant accéléré et le rouge lui montant aux joues. Elle pas partageuse ? Elle possessive ? Hein ? Et si c’était vrai… et si elle était véritablement jalouse ? Cependant cela raviva la réflexion précédente de Cassidy. Elle avait peur de ça, elle avait peur de s’attacher, elle avait peur que ça devienne trop sérieux. Cette simple question ne lui plu pas vraiment et elle préparait déjà sa vengeance verbale. C’est d’un air ennuyé que Cassidy lui parla, un air plutôt évasif mais plein de sens.

« Ho je vois… Disons qu’ici ce n’est pas très courant de… jouer la séduction. Les Friholdiens sont très attachés aux liens de famille et… de couple »

Un air de lui dire que si dans les autres royaumes c’était monnaie courante, ici les règles étaient différentes. Bien entendu, cela ne la concernait pas. Sa relation avec Jilian avait toujours été fictive. Ils avaient parlé évasivement de fiançailles mais tant qu’on ne s’unissait pas devant les dieux, il n’y avait aucun contrat entre les deux partenaires. Cassidy continua sur un ton assez haut, feignant la réflexion.

« Jilian n’a jamais fait ça non plus… et pourtant un beau garde du corps qui protège ces dames, c’est sûrement très… excitant »

Elle croyait tout à fait Jilian, le nordique était bien trop honnête pour avoir couché avec quelqu’un d’autre et surtout il lui en aurait parlé. Cassidy avait insisté sur le mot « beau » pour voir la réaction de Tristan. Après tout elle avait raison, Jilian était loin d’être un homme banal. Il dégageait un certain charme, de la douceur. Ses yeux se perdirent dans le vide alors qu’elle poussa un soupir de nostalgie.

« Tiens en plus, si je pars d’ici je ne le reverrais plus sûrement. Il faudrait peut être que j’aille lui dire au revoir… qu’en penses-tu ? »

Le dernier mot était lourd de sous entendus. Elle avait insisté dessus et son ton laissait entendre que ce ne serait pas un au revoir classique, une embrassade, une poignée de main serrée. Elle bluffait bien évidemment car ce n’était pas son genre de coucher avec un homme par intérêt ou par jeu mais elle cherchait juste à voir la réaction de Tristan. Voir si cela le perturbait comme elle avait été perturbé. Pas de raison que ce soit uniquement elle qui se sente mal à l’aise. En plus, la garce lui demandait son avis. Et si cela n’était pas assez clair, Cassidy serait certainement plus explicite.

La jeune femme était restée silencieuse après ça. Elle ignorait que Tristan se posait encore des questions. Pourtant elle avait fait un gros déballage aussi, elle avait parlé de ses sentiments, ses émotions, tout ces trucs là quoi. Ce n’était pas facile pour elle. Et ce secret était bien trop rapproché de lui pour qu’elle ne lui en parle tout de suite justement. Ils étaient finalement rentrés et Cassidy était soulagée de rentrer en ville. Pas que ça lui manquait mais marcher dans le froid sans trop savoir quoi dire ni quoi faire, c’était un peu gênant. Ils étaient repassés par la place aux statues et Cassidy avait accéléré le pas instinctivement. Cet endroit la dérangeait beaucoup et même si Tristan n’y était pour rien, elle n’avait pas envie de retomber sur des personnes en train de se rincer l’œil sur l’œil non pas vraiment !

Ils étaient rentrés dans la taverne et la jeune femme n’avait pas vraiment fait attention à l’aubergiste. Tout ce qu’elle désirait, c’était se tenir à côté d’un bon feu bien chaleureux pour se réchauffer. Elle s’était rapidement posée à côté du feu, les mains en avant et appréciant la chaleur de l’antre qui se dégageait. Se frottant les mains, elle ferma paresseusement les yeux. La marche l’avait quand même fatigué, même si elle avait une très bonne endurance. Mais n’étant pas encore remise, la petite demoiselle avait bien du mal à récupérer. Elle entendit qu’on faisait couler de l’eau dans la pièce d’à côté. Tristan préparait sûrement un bain pour avoir plus chaud. Il est vrai qu’actuellement, elle était frigorifiée et parfois quelques petits tremblements l’agitaient silencieusement. Elle se redressa et le rejoignit dans la pièce. Il était accroupi. Curieuse, Cassidy s’approcha de lui et posa la main sur son épaule. C’était surtout pour s’excuser un peu d’avoir parler si rudement tout à l’heure. Cela lui arrivait de temps en temps, la fatigue ne la mettait pas dans de bonnes conditions et parfois, elle parlait avant de réfléchir, ce qui n’était pas idéal. Il s’était redressé et avait pris ses mains dans les siennes. Elle sentit la fraîcheur de celles-ci. Il commença à parler puis relâcha ses mains et commença à partir.

Cassidy ne sait pas ce qui lui arriva. Elle avait attrapé la tunique du bout de sa main instinctivement et se mit à rougir… à cause de la vapeur qui se dégageait de l’eau. Vraiment gênant. Cependant, la demoiselle ne voulait pas perdre la face et laisser montrer une quelconque gêne ou malaise. Elle reprit de l’assurance et prononça d’un trait une phrase d’un ordre impérial. Il semblait hésitant mais elle joua la carte de la provocation. Il répondit alors et resta.

Se déshabillant rapidement en poussant un juron à cause de la difficulté à enlever son pantalon, elle le jeta dans un coin et s’installa dans le bassin. A peine le pied posé elle poussa un petit soupir de satisfaction. L’eau était bien agréable et ça faisait du bien après avoir été glacée jusqu’aux os. La jeune femme se laissa bien aller dans le bassin mais resta très sage. En fait, elle évitait même de regarder Tristan et s’était adossée contre le bord de la baignoire, afin de se détendre un peu. Et puis si elle le regardait, nu comme il était, elle serait sans doute très intéressée par son corps et ses pulsions se réveilleraient. Et ça la jeune femme ne voulait pas vraiment. Il était silencieux lui aussi, plongé dans ses pensées. Elle l’entendit sortir de l’eau et la demoiselle ouvrit un œil pour le regarder avant de hocher la tête. Après tout, il y avait une sorte de malaise donc il valait mieux faire autre chose.

Il lui posa une question à laquelle elle souffla. Même si c’était prévenant et attentionné, la demoiselle n’avait jamais eu l’habitude de choisir entre telle et telle tenue.

« J’en sais rien… un truc confortable ! »

Décidément elle n’arrivait pas à changer de ses habitudes. Et puis en même temps, Cassidy n’avait pas trop l’habitude de se soucier de ses vêtements donc pour elle, que ce soit la tenue x ou y, c’était la même chose. Tant qu’elle se sentait bien dedans c’était l’essentiel. Cela changeait beaucoup de son quotidien où elle avait quelques tenues tout à fait ressemblantes, des choses très discrètes qu’elle portait sans réel intérêt.

« Désolé… »

Une excuse, parce qu’elle se trouvait encore un peu brusque de lui parler sur ce temps. Cassidy continua de se détendre dans le bain. La chaleur lui faisait beaucoup de bien et déjà la fraîcheur n’était qu’un lointain souvenir. Malgré tout elle avait eu bien froid, surtout ses jambes, ce qui lui avait donné une démarche assez saccadée. Cassidy manqua de s’assoupir dans le bain et elle bailla longuement.

Le temps passa et elle finit par sortir en prenant une serviette puis pénétra dans la chambre pour s’habiller rapidement. Très rapidement, la jeune femme remarqua la malle. Décidément, Tristan ne laissait rien au hasard et il était bien organisé, tout le contraire d’elle qui était en train de se demander comment trimballer tout ça. Elle était seule dans la chambre, en train d’examiner d’un air nostalgique les planches. Pourquoi avoir fait un tel cadeau alors qu’il n’y avait pas souvent de neige à Helehëne ? Ce n’était pas trop logique… et puis comment déplacer ça si ils voyageaient ? La jeune femme peinait à comprendre l’utilité de garder un tel objet. C’était quand même assez encombrant, ils n’allaient pas faire du surf dans l’herbe non plus. Alors qu’elle se massait doucement le menton en réfléchissant, Tristan rentra dans la chambre avec quelques affaires supplémentaires. Le jeune homme parlait de manger avant de partir et Cassidy acquiesça d’un signe de tête. Il est vrai que le dernier repas remontait à ce matin et elle mourrait de faim ! La demoiselle s’installa sur le lit en tailleurs et commença à manger. Parler de tout et de rien était un bien grand mot. En effet Cassidy ne savait pas trop quoi raconter de plus. Quoi dire ? Il avait l’air de tout connaître ! Elle ne l’étonnait même pas…

Il eut une idée en lui montrant quelques livres et la jeune femme le regarda, curieuse. Tristan avait rapporté un paquet de bouquins. Elle était surprise d’ailleurs que certains avec une allure ancienne étaient détenus par un simple marchand ambulant.

« Je verrais… »

Tristan changea de sujet en lui disant qu’elle pouvait tout échanger contre ce qu’elle aimait. Et finalement elle se dirigea dans les allées un peu au hasard. Sauf que Cassidy ne rentra pas dans les boutiques. A vrai dire, elle ne savait pas quoi prendre, elle ne savait pas ce qui pouvait lui plaire. N’ayant jamais eu d’envie de porter des vêtements différents et se contentant de peu, l’inspiration n’était pas vraiment au rendez vous. Elle se contenta de passer dans une ruelle et de s’asseoir sur une grosse caisse pour réfléchir un coup. Cassidy était perdue. Ca allait beaucoup trop vite pour elle. Il lui demandait de choisir des affaires alors qu’elle n’était que peu intéressée par ça. Si elle voulait séduire les hommes, la demoiselle aurait déjà eu plus d’idées mais elle ne pensait pas vraiment à ça. Alors il y avait tellement de choix que ça en devenait vertigineux. Trop tôt… beaucoup trop tôt…

Puis elle revint tranquillement l’air de rien alors qu’il était occupé à charger les affaires dans une charrette qu’il avait préparée, un autre cheval étant là. Elle regarda un peu curieuse même si ce n’était pas la première fois qu’elle voyait une charrette de sa vie. Il sauta hors de la charrette et parla un peu en déclarant que le cheval était un habitué, que tout était prévu pour que tout se passe bien. Il disait qu’ils mettraient plus de temps pour arriver à la ville. Il précisa même que ce sera plus confortable. Cassidy grogna.

« Ca va, c’était supportable quand même, c’est juste que je suis pas vraiment habituée à monter sur un cheval… »

Bon d’accord, là elle était clairement en train de montrer qu’elle n’était pas en sucre. Peut être ne voyait-elle pas toutes ces petites attentions, qu’une autre demoiselle avait apprécié. Cassidy… était bien loin de tout… tellement habituée à ne rien attendre des autres, à se débrouiller toute seule, à douiller en silence, que les réflexes étaient encore présents. Ce qui était étrange, c’est qu’elle se montrait un peu plus… véhémente. Serait-ce à cause de cette histoire de voyager avec lui qui la mettait dans tous ces états ? Elle refusait à y croire mais il semblerait que depuis qu’il y avait eu cette révélation, Cassidy semblait vraiment tendue. Et lorsqu’elle était tendue, elle se montrait un peu moins agréable, retombant dans ses mauvais travers.

Elle s’installa dans la charrette et commença à se caler contre la paroi en bois, assise, lorsqu’elle vit Tristan qui la rejoignait. Ecarquillant les yeux, la question lui échappa.

« Tu n’es pas sur ton cheval ? »

Il déclara qu’il ne voulait pas qu’elle voyage seule. Là il comprit rapidement à son regard noir qu’elle risquait de répliquer, se trouvant bien grande et pas besoin d’une nounou pour voyager et alors il précisa autre chose au sujet de son cheval puis une dernière petite réplique avant de déposer un bisou sur sa joue et de se mettre sagement dans son coin.

Cassidy haussa les yeux au ciel puis s’installa plus confortablement. Les jambes repliées, un coude posé sur une de ceux-ci et la tête reposant paresseusement dans sa main, la jeune femme regardait dans le vide, ne souhaitant pas bouger. Mais elle finit par se lasser rapidement de cette position et observa Tristan. Il était sage dans son coin, lisant, dessinant quelques trucs même si elle le sentait peut être un peu…nerveux.

Peut être qu’une discussion détendrait l’atmosphère ? Après tout elle n’avait cessé d’être abrupte avec lui et Cassidy s’en voulait un peu. Il cherchait juste à bien faire et là il venait de se heurter à une drôle de demoiselle qui n’avait pas les réactions attendues. De toutes les dames qu’il avait côtoyé, elle semblait sans doute la plus bizarre. Alors elle se redressa et s’assit sur le bord de la charrette, regardant autour d’elle, cherchant un sujet de discussion. Mais de quoi parler ? De la pluie et du beau temps ? Du paysage ? De la ville ? Du futur ? En réalité, rien ne lui faisait envie. Parler de dragons peut être ? Elle ne savait pas trop. Cassidy soupira en balançant ses pieds devant elle. C’est qu’elle s’ennuyait.

*Allez Cassy fais un effort pour discuter ! n’importe quoi ! t’es sérieusement douée… il est gentil, pas rentre dedans, attentionné et toi tu l’envoies bouler comme si de rien n’était. Alors maintenant tu trouves un sujet de discussion, maintenant !*

Elle se tourna vers Tristan, hésitante.

« Heu… on mange quoi ce soir ? »

*Superbe idée ma vieille ! Quel sujet de conversation ridicule…*

Il répondit un peu taquin et ses paroles avaient une drôle de tournure. Cassidy fronça les sourcils. Peut être qu’il n’y était pour rien, peut être que pour un dragon, se retenir devenait dur. A moins qu’elle se trompait totalement et qu’il était juste maladroit dans ses propos. La jeune femme décida de changer d’activité. Elle ne savait pas quoi lui dire vraiment… tous les sujets avaient été épuisés. Elle aurait pu se montrer plus curieuse sur leur futur voyage mais ayant voyagé par le passé, ça n’avait absolument rien de nouveau pour elle. Cassidy soupira. Décidément, devoir faire des efforts lui était bien difficile !

Elle attrapa le livre sur le groupe d’aventuriers et retourna s’asseoir sur le bord de la charrette. Cassidy n’aimait pas trop être en bas même si c’était plus confortable. Voir les alentours était important pour elle. Surtout qu’elle avait l’impression d’être cloisonnée et cela la mettait très mal à l’aise. Distraitement en tournant les pages, Cassidy tenta de lire le début de l’histoire. Elle fronça les sourcils, soupira, n’arrivant pas à se concentrer. Car elle se sentait mal à l’aise. Ce n’était pas simple de dire pour quelle raison la demoiselle était aussi anxieuse. Un massage la tenterait bien peut être. Dénouer ses muscles tendus et ses crispations.

Jetant un coup d’œil à Tristan, celui-ci semblait toujours aussi calme, du moins en apparence. Cassidy avait une tenue très sage, toujours un pantalon avec une tunique, rien qui ne pouvait l’exciter davantage. Elle soupira, ce bouquin ne l’intéressait pas vraiment. Ou plutôt, elle avait la tête ailleurs et il ne lui était pas possible de se concentrer dessus. Alors Cassidy se releva et se dirigea vers la caisse, tournant le dos à Tristan, sûrement pour ranger le livre.

Soudain, la roue de la charrette heurta un caillou un peu plus gros, dissimulé dans la neige. Pas assez gros pour casser la roue mais suffisamment pour faire bouger la charrette. Surprise, cela déséquilibra Cassidy et elle tomba en arrière. Par réflexe, Tristan s’était couché pour la réceptionner afin qu’elle ne se fasse pas mal et que son dos ne heurte pas le fond de la charrette. Elle atterrit pile sur son torse et il referma instinctivement ses bras sur elle, comme pour la protéger.

Sauf que le jeune homme semblait avoir quelques difficultés à se contrôler. Ses bras étant à proximité de sa poitrine, il les avait dessus. En plus la charrette n’était pas trop grande non plus et il ne pouvait pas déplier ses bras d’un coup, à moins de les mettre en haut car derrière c’était vide. Cependant il la serra contre lui un instant alors que la jeune femme semblait un peu sonnée, surprise d’avoir perdue l’équilibre aussi facilement. Il voulut déplacer ses bras tout en douceur pour les positionner de chaque côté de son torse sauf que le bout de ses doigts passèrent sur la poitrine de la demoiselle. Pas fait exprès du tout et on pouvait bien comprendre que même si il était très sage, certains mouvements restaient inévitables. Cela ne toucha que le tissu mais un frisson parcourut le corps de Cassidy, remontant dans son dos et lui donna bien chaud. La demoiselle se mordilla la lèvre. Ce n’était qu’un tout petit geste, qu’un petit contact… mince quoi ! pourquoi cela avait ravivé ses sens de cette manière… il n’y avait rien… stupides pulsions.

La jeune femme ferma les yeux pour chercher à se détendre malgré le fait qu’elle repensa à de très agréables préliminaires faits il y a quelques jours. Se mordillant fermement la langue, elle refusa d’y penser et chercha à bloquer ses envies. Pourquoi… coucher avec un homme était si simple avant. C’était naturel… pas vraiment voulu mais naturel. Peut être que là elle cherchait à avoir vraiment des envies qui venaient d’elle et pas que ça vienne de son corps. Cependant la main de Tristan était douce et agréable et aaaaaaaah !

Il lui demanda si ça allait. Elle répondit d’une voix plus aigüe qu’à l’ordinaire.

« Oui oui tout va bien ! »

Se dégager d’ici… rapidement et faire comme si de rien n’était. La jeune femme était gamine quand même. Elle tenta de se relever mais une roue heurta un autre caillou, secouant la charrette. Instinctivement Tristan referma ses bras. Enfin c’est ce qu’il pensait, parce que là il venait carrément de poser ses mains sur ses seins, les pressant avec douceur. Cependant cela ne dura à peine que quelques secondes car il avait très rapidement retiré ses mains en s’excusant très rapidement. Sauf que ce simple geste avait un peu court circuité le cerveau de Cassidy. C’était agréable… elle en voulait encore. Encore l’envie de faire des choses s’imposa à elle. Quelle torture physique…

Elle ne parlait plus, déglutissant doucement, le souffle court. Tristan semblait s’inquiéter et lui demanda une nouvelle fois si ça allait. Peut être qu’elle avait eu un vertige qui sait. Cassidy ne savait plus quoi faire. Tiraillée entre l’envie d’avoir de doux préliminaires et le fait de lutter et faire comme si de rien n’était. Sauf que la deuxième option lui semblait bien difficile à ce niveau là. Caresse un peu trop tentatrice même si il n’y était pour rien. Il fallait qu’elle se rende à l’évidence. Elle avait envie de lui, là maintenant. Oh en fait, cela faisait depuis un moment déjà qu’elle avait envie de lui, leurs derniers ébats remontaient… à hier ? Heu oui c’était court hier quand même mais bon. C’est peut être pour cette raison qu’elle s’était montrée un peu distante avec lui encore bien perturbée par tout… ça. Et là rien que ce simple contact avait ravivé des plaisirs bien trop appétissants.

Cassidy ne lui répondit pas. Elle souffla un coup puis attrapa les bras de Tristan et les posa avec assurance sur ses seins tout en murmurant d’une voix faible :

« Continue... s’il te plait… »
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 18 Fév - 15:09

Cassidy était sèche, cassante, agressive à certains moments, à la limite presque blessante envers le grand jeune homme pourtant si bien intentionné à son égard. Mais était-ce réellement de sa faute ? Non, certainement pas… Elle n’avait que peu eu l’occasion de croire en la sincérité des hommes et la majorité l’ayant déçue ou dégoûtée elle n’avait aucune raison de s’y attacher. Si ce n’était son histoire avec Jilian, Cassidy ne comptait sur personne d’autre qu’elle. Elle avait appris à se débrouiller, à ne plus faire confiance, à se méfier… Ses méthodes, ses façons de parler, contamination de sa vie difficile étaient certes en contradiction avec ce qu’on pouvait attendre de ce joli minois, même avec cette cicatrice, mais elle avait survécu…
Elle avait appris… A vivre, à survivre… Elle avait ses habitudes depuis quelques temps déjà dans les royaumes du Nord, son train-train, pas toujours si folichon, dont celui si complexe à vivre de devoir trouver, en cas d’absence de Jilian, un homme pour la satisfaire, régulièrement… Elle avait appris à vivre en retrait… Voilà que du jour au lendemain, un énergumène débarquait dans sa vie et pas n’importe lequel ! C’était un dragon… Un dragon avec ses grosses pattes qui mettait les pieds dans le plat et faisait trembler le sol de son univers et de ses habitudes… Un dragon… qui prenait soudainement tellement de place dans son quotidien… Il y avait l’excuse de son départ proche pour amenuiser leurs rapprochements, cette proximité, tout ce temps qu’ils passaient ensemble. Il y avait cette excuse pour rendre ce qu’ils vivaient tellement plus fort à cause de l’imminence de la fin. Une excuse pour expliquer ce coeur battant, ce besoin pressant, cette félicité qu’offrait un seul baiser… Une excuse pour excuser la jalousie, la possessivité, les erreurs aussi…
Mais voilà que le dragon et ses grandes pattes maladroites chamboulaient encore plus sa vie… Après avoir chamboulé toutes ses habitudes et un peu, juste un peu, ce qu’elle était, voilà qu’il changeait son futur, lui en proposant un tout autre et chassant l’idée de son abandon prochain. Cassidy avait de quoi être perturbée, plus que de quoi… Et en plus de toutes ces choses, il y avait les maladresses et les erreurs de ce grand dadais qui voulait juste lui faire plaisir mais au fond ne savait pas se comporter avec elle et peut-être encore moins en société quand il ne portait pas son masque de beau chevalier. Il y avait cette distance entre eux, creusée par les peurs, les révélations… la peur de l’autre… et des mots cruels qu’il pourrait prononcer…

Tristan se rendait bien compte du changement assez radical de la petite demoiselle. Il s’en voulait d’autant plus et se voulait plus gentil encore, pour s’excuser un peu c’est vrai, parce qu’il se sentait bien avec elle aussi et… voulait lui faire plaisir, tout simplement… Par des petits gestes, simples… Il était même décidé à parler davantage puisqu’elle avait l’air d’apprécier. Grand mal lui en prit…
Sa première réflexion fut lorsqu’il fit un commentaire sur la neige et leur retour… Non pas qu’il la pense incapable, ignorante ou quoi que ce soit, seulement… qu’il voulait faire un peu la conversation et essayer de la rassurer un peu sur le trajet et ce même si elle semblait bien s’orienter et n’avoir peur de rien… Du moins c’est ce qu’il crut. Mais sa remarque maladroite fut mal accueillie et il se crispa légèrement à sa réponse. La partie le mentionnant comme « avant qu’il n’arrive » lui fit serrer les mâchoires et détourner les yeux. Bon, apparemment, elle n’avait pas apprécié et il choisit de se taire.
Ils se mirent à marcher et il est vrai que le jeune homme ne s’enfonçait pas autant dans la neige qu’il l’aurait dû aux vues de sa carrure mais surtout de son poids… Après tout, elle avait posé sa tête sur ses genoux quand il avait été blessé la veille, elle avait senti le poids, important, de son corps pressé contre le sien durant leurs ébats… Tristan était loin d’être léger ! Et pourtant il ne s’enfonçait que peu dans la neige, du moins à ce moment-là… Mais elle ne pouvait pas le savoir. Lui-même semblait assez surpris même s’il le cachait plutôt bien, se crispant un peu plus. Apparemment ça avait décidé de se manifester maintenant… Il aurait bien porté la petite demoiselle pour lui faciliter la tâche car ce n’était vraiment pas évident d’avancer dans la poudreuse… Mais il ne voulait ni l’infantiliser ni lui donner l’impression qu’il la croyait faite de sucre… Une nouvelle incompréhension, joli quiproquo, s’était installée entre eux. Il ne remarqua même pas qu’elle était vexée de s’enfoncer autant dans la neige comparée à lui… Et puis même s’il s’était autant enfoncé qu’elle, vu sa haute taille ça n’aurait été que bien peu gênant…

Il se contenta de marcher en silence à ses côtés un long moment… Mais le silence entre eux gênait le jeune homme, et ce même s’il n’y avait que peu de raison de parler. Elle n’avait pas semblé trop mécontente de son initiative pour le manteau, même si elle l’avait regardé avec de gros yeux… Il cherchait depuis quelques instants un sujet de conversation jusqu’à ce qu’il se rappelle ne pas avoir répondu à son étrange… questionnement. Même si le sujet ne lui plaisait que peu et qu’il n’était pas spécialement fier de ce qu’il avait dû faire et faisait il accepta sans mal de répondre… Tout simplement parce qu’il avait envie de lui parler, d’entendre sa jolie voix en réponse, de chercher un peu, à diminuer le gouffre qui se creusait entre eux et qu’il n’arrivait pas à combler, se sachant responsable et ignorant comment faire. Il en dit un peu, beaucoup, puis trop. Ce n’était pas méchant, ce n’était qu’à peine de la taquinerie… Il avait terminé de cette façon, l’embêtant un peu, espérant retrouver cette merveilleuse complicité faite de tentations et de sous-entendus qu’ils avaient eue au début et qui lui manquait tant. Et puis… C’était si simple de tourner ce genre de question en dérision… C’était si simple de dire en plaisantant ce qu’il voulait vraiment demander… Est-ce que ça le gênait ? Est-ce qu’elle ne voulait pas qu’il approche d’autres femmes ? Est-ce qu’elle refusait qu’il soit à une autre ? Si oui… Alors si oui, c’était normal que lui-même pense ainsi, non ? Mais il n’était que peu doué avec elle, c’était même tout le contraire et si la taquinerie aurait probablement marché avec beaucoup de femmes, celle-ci était bien différente, trop éprouvée et… chamboulée par tout ce qu’elle ressentait en trop peu de temps, tout ce qu’elle affrontait. Il la vit sursauter, puis rougir… Son coeur se mit à battre fort et quelque chose se contracta si fort dans son ventre qu’il eut du mal à reprendre son souffle, elle était vraiment belle quand elle avait ces réactions là aussi et il ne s’y attendait pas. Il l’attaquait sur un point sensible, sans faire attention… S’il avait été différent, s’il lui avait dit ce que lui-même… vivait, tout aurait été différent et elle se serait peut-être moins inquiétée de ce qui lui arrivait. Mais tout arrivait beaucoup trop vite et… elle avait peur. Alors elle mit de la distance, peut-être sans le vouloir… Et elle fit des dégâts, bien involontaires… Quand elle aborda d’un air légèrement réprobateur son comportement, le comparant à la morale des friholdiens il comprit qu’il devait se sentir honteux et malgré lui, sourit gentiment, murmurant tout bas:

C’est… bien…

Honnêtement il trouvait cela bien mieux… Les friholdiens étaient beaucoup plus sincères et simples. Ce n’était pas la vie de la cour malheureusement… Elle continua en parlant de Jilian… Deux mots l’écorchèrent. Le « beau » et le « excitant ». Il se crispa un peu, fronçant les sourcils même s’ils avançaient toujours, son corps se raidissant, montrant bien trop clairement sa contrariété… D’ailleurs ses mâchoires se serraient de nouveau, fort, faisant saillit le muscles masseter qui reliaient ses tempes à sa mâchoire… Elle aurait dû s’arrêter là, mais peut-être était-elle trop perturbée elle-même pour comprendre… Peut-être était-elle trop en colère contre elle-même et contre lui qui provoquait tant chez elle. Peut-être voulait-elle juste lui conter vengeance…  Elle lui rendit la monnaie de sa pièce avec les intérêts. Ses mots n’avaient rien de spécialement méchants, bien au contraire… Ce n’était que des sous-entendus, ce qu’il avait recherché après tout, ce jeu de séduction qui existait bel et bien entre eux alors que cette simple idée la dégoûtait s’il le jouait avec d’autre. Il avait cherché la taquinerie… C’était sa faute. Mais ces sous-entendus là… firent beaucoup de mal au jeune homme. Il comprit sans mal ce qu’elle voulait dire, vraiment sans mal et l’imagina. Son coeur se serra si fort, si longtemps que de nouveau, des lumières dansèrent devant ses yeux. La colère s’insinua en lui, sombre, tourmentant son âme et éveillant ses instincts meurtriers. Le garçon s’était arrêté d’un coup et si sa main libre s’était serrée en un poing hermétique, l’autre s’était si crispée qu’il devait lui faire mal en serrant la sienne ainsi. Tendu comme la corde d’un arc il ne semblait plus avoir un seul muscle relâché et ses yeux fixaient un point invisible… qu’ils essayaient apparemment de tuer, d’un seul regard ! Il se força à fermer les yeux, rejetant lentement la tête en arrière vers le ciel en essayant de respirer calmement, articulant des mots en silence qui n’étaient pas dans la langue qu’ils parlaient ensemble. Elle devait sentir le sang battre dans ses veines, même dans la main qu’elle tenait et qui s’était mise à trembler. Il resta silencieux une petite poignée de secondes, toujours aussi crispé, essayant de se calmer, d’apporter l’apaisement à son âme. Finalement il rouvrit les yeux et les baissa sur elle alors que son corps s’était progressivement détendu. Son regard n’était plus colérique mais soudain très… vide… La main qui serrait si fort celle de la petite demoiselle, presque à lui faire mal, s’était tellement relâchée qu’elle semblait sans vie. Il ne lui tenait même plus la main, c’était bien elle qui le faisait, ses doigts avaient cessé d’enlacer les siens pour pendre dans le vide, mornes. Il ouvrit la bouche, parlant lentement comme si chaque mot lui était difficile, sans la regarder, ayant détourné les yeux…

Ne… m’énerve… pas… s’il… te plait…

Semi-aveu… Elle l’avait mis profondément en colère avec ses sous-entendus. Assez pour qu’il semble prêt à perdre le contrôle à tout instant et soit tellement obligé de déployer son énergie à se contenir qu’il en semblait à présent épuisé…
Le fossé resta profond et plus aucun d’eux ne parla.

Malgré son aisance à marcher, Tristan demeura considérablement… ramolli et tout juste capable d’agir par automatismes en marchant par la suite, se dirigeant plus comme un automate que comme un être de chair et de sang forgé par les entrainements et les combats.
Ils arrivèrent finalement à rentrer au village et à finir très vite dans un bain brûlant. Qu’elle accepte sa présence réconforta un peu le jeune homme qui sembla retrouver vigueur dans l’eau brûlante, renversant la tête en arrière dans la baignoire, les yeux fermés. Chacun restait sagement de son côté, sans tenter l’autre… En même temps avant de faire quelque acrobatie que ce soit ils auraient bien besoin de se remettre de leur coup de froid et des efforts physiques extrêmes que cela avait nécessité, tant pour leur survie dans la rivière, que le froid affronté pour arriver dans la grotte et celui, pire encore car plus long, pour rejoindre la ville.
Tristan sorti et s’occupa de leurs affaires et il est vrai qu’à sa question pourtant très simple, Cassidy répondit une fois de plus un peu sèchement… Malheureusement la question du garçon était bien celle… d’un homme. Il avait bien compris qu’elle n’aimait pas trop porter des robes et qu’elle préférait ce qui était plus confortable mais leur vision du confort n’étant peut-être pas la même il voulait simplement lui montrer sa compréhension et qu’il avait bien compris en la laissant faire ce qu’elle voulait… tout en rangeant leurs affaires. Mauvaise idée apparemment… Heureusement que sa légère excuse fut prononcée juste après, d’une voix bien différente, pas timide… mais moins… agacée, presque neutre… Tristan s’était crispé et cela parvint à le détendre de nouveau. Il ne répondit pas et se contenta d’essayer de trouver ce qu’elle pourrait toujours trouver confortable et de poser les vêtements sur le lit pour ranger le reste.

Au retour du jeune homme ils avaient mangé et une fois de plus Cassidy se trompait… Tout ce qu’elle aurait pu dire l’aurait étonné après tout… Il était bien loin de tout connaitre et c’était bien elle l’érudite demoiselle dans leur enfance. Aujourd’hui il savait juste davantage exprimer ce qu’il voyait et expérimentait, ce que l’enfant au tempérament un peu trop trempé ne savait pas faire… Ils se retrouvèrent finalement pour le départ et il remarqua bien que ça n’allait que peu mieux entre eux. La distance était là, importante, profonde, vertigineuse depuis qu’il lui avait parlé de voyager ensemble. Le dragon était égoïste, sans coeur… Tristan pourtant était bien attristé, interprétant ceci comme un refus déguisé et surtout inconscient… Elle avait trop vite accepté sa proposition, sans se laisser le loisir de réfléchir. Peut-être finalement réalisait-elle que c’était une mauvaise idée… Et elle n’osait pas le lui dire… Pour ne pas le vexer de trop, cherchant comment le lui faire comprendre…


Nous avions quitté la ville depuis près d’une heure et le silence entre nous était plus pesant que l’air glacé qui nous entourait. S’il n’y avait eu les sons réguliers des chevaux qui soufflaient régulièrement, le craquement des roues sur la neige, le bruit léger du vent dans les arbres, j’aurais cru être dans un tombeau. Pour ne pas déranger celle que je semblais finalement tellement « ennuyer » je m’étais mis dans un coin et je ne bougeais pas, m’interdisant de la regarder. Cela s’avérait bien plus compliqué que prévu d’ailleurs. A croire que la regarder devenait un besoin… viscéral… Me plonger dans le travail et la réflexion avaient le bon goût de m’apaiser et de faire un peu taire le malaise qui avait envahi tout mon être. Je sais… Qu’en tant que dragon je n’aurais jamais rien dû me reprocher, que j’aurais dû être fier et tout rejeter sur elle, me sentir supérieur et n’être que peu intéressé par elle, la délaisser au contraire parce qu’elle allait à l’encontre de ce que je voulais et tout… mais j’en étais incapable. Ca me faisait un peu peur, c’est vrai… Tout ceci me faisait peur, ce que j’avais, dans tout mon corps quand j’étais près d’elle, ce truc tellement étrange qui faisait qu’un seul de ses sourires me transportait, plus léger que l’air, et que ce regard fuyant, cette tension entre nous, me meurtrissait et me donnait l’impression d’être enterré vivant… Ca me faisait peur… Je n’avais pas l’habitude de ça…
Je me sentais mal… Je n’aimais pas être ainsi avec elle. J’aurais voulu que rien ne change. C’était bien avant… J’adorais la façon dont elle me regardait, la manière dont on se taquinait, dont on se provoquait, le naturel qu’il y avait dans la manière dont nous étions attiré l’un vers l’autre… L’alchimie entre nous si puissante qui permettait d’exprimer bien plus que ce que nos mots auraient pu dire. Et puis avec les mots j’aurais encore tout gâché de toute façon. J’aimais ce désir enflammé et mutuel qui permettait à tout le reste d’être aussi simple en retour. Discuter était simple, facile, de tout et de rien, autant sur ce que nous aimions manger, que sur notre passé, quand ce n’était pas trop douloureux, sur les voyages. Tout était simple alors… C’était… ça me manquait… J’avais gâché tout ça… Avec… tout ce que j’étais… J’avais voulu être vrai et honnête avec elle… Mais la vérité, c’est que j’étais… un fonceur et un énorme maladroit… Pas physiquement mais dans mon attitude. Et au lieu de l’attendrir avec mes erreurs je n’avais fait que l’éloigner de moi. Ca me rendait tellement triste… Si c’était vraiment ça être triste, et ça y ressemblait, je détestais ça !


Je me disais que si je la laissais suffisamment tranquille alors peut-être que ça redeviendrait un peu comme avant… C’était… bien avant. Je ne sais pas ce que j’attendais… Qu’un mage passe par là sans doute !
Mes yeux fixaient depuis quelques minutes les mêmes mots sur le papier. J’essayais de m’intéresser à mon livre mais je n’y arrivais pas… Je repensais à ce qu’elle avait dit quand nous rentrions à la ville, sur Jilian… Rien que d’y songer une douleur terrible serrait mes poumons et je sentais mes yeux me piquer. Je ne sais pas qui de la rage ou de l’inquiétude gagnait à cet instant en moi. Ses mots m’avaient fait tellement mal et m’avaient… mis tellement en colère. L’espace d’un instant j’avais vraiment cru que j’allais perdre le contrôle. Jamais ça ne m’était arrivé. Jamais juste avec des mots. Après ça… je crois que plus rien n’avait vraiment d’importance. Tout était douloureux. Respirer, marcher… Avoir sa main dans la mienne était aussi douloureux que réconfortant. Tout ça… tout ça… c’était bizarre et ça faisait mal. J’aurais tué Jilian s’il avait été près de nous, je le savais bien… Je l’aurais tué…


Je me forçais à me détendre mais c’était bien plus difficile que d’ordinaire. Cassidy s’agita près de moi et attira même mon regard l’espace d’un court instant mais je me forçais à me reconcentrer sur ce que je lisais, pour ne pas trop la regarder… pour ne pas trop penser à elle et pour faire taire cette putain d’attirance qui me donnait tant envie d’elle… Elle finit par m’adresser la parole pour me demander… ce qu’on mangeait ce soir. Ca me surprit tellement que j’en avais la bouche pâteuse, incapable de lui répondre. Puis les mots vinrent tous seuls, simplement, naturellement, une pointe d’amusement venant alléger ma culpabilité…

… Mh… Eh bien… ça dépend de ce dont tu as envie…

Bon… Je devais être encore plus en manque que je ne le pensais. Je le jure, mes intentions lorsque j’avais prononcé ces mots étaient tout à fait innocentes. Et pourtant le ton sensuel de ma voix qui était descendue un peu plus dans les graves, caressante, presque chuchotante livrait un bien autre message. J’ouvris la bouche pour m’en excuser, immédiatement mais comme elle ne relevait pas, j’avais préféré la refermer, détourner les yeux et essayer de m’engueuler… et de trouver comment avoir les idées un peu moins… bizarres !
Le fait qu’elle demeure silencieuse me gênait un peu mais me facilitait la tâche de ne pas la regarder et je m’apaisais un peu, me remettant à griffonner des schémas de cartographie. Elle se rapprocha de moi mais je n’y fis pas plus que ça attention, considérant que tant qu’elle ne m’adressait la parole je ne devais surtout pas me mêler de ses affaires, j’avais bien assez fait de bêtises… Mais il y eu un cahot sur la route, assez virulent pour me faire bouger ! Et là pour l’instant j’étais de nouveau sacrément lourd. Alors normal que le cahot en question fasse chavirer ma pauvre compagne d’infortune. J’avais lâché mes deux livres, celui qui me servait pour dessiner, celui que je lisais, pour étirer mon corps sur le côté et tenter de la réceptionner au mieux. J’avais craint qu’elle ne tombe le dos contre la malle et ses arrêtes dures… ou contre le sol de la charrette, encore plus bas… Ce fut le mien qui le heurta mais peu fort et donc sans douleur alors qu’elle me tombait dessus. Apparemment je visais… plutôt bien. Sauf pour mes bras… J’avais refermé mes bras sur elle pour ne pas qu’elle glisse, et… bon c’est vrai, c’était juste totalement par réflexe ! Je me mordis la langue, fort en sentant la souplesse de sa peau… Ah non… ce n’était certainement pas sa taille ça… c’était… hum… merveilleusement moelleux et j’étais loin d’avoir oublié cette sensation avec elle. Sa poitrine. Et merde. Je me figeais, n’osant plus bouger puis écartant lentement mes bras pour ne pas avoir de geste malheureux et surtout pour contrôler mes pulsions qui me hurlaient là, tout de suite, de lui arracher ses vêtements et de lui faire passionnément l’amour dans cette charrette. Mes pulsions étaient vraiment perverses… Juste parce que je l’avais touchée ? Allons bon. Mais y aller doucement fut pire, je l’effleurais davantage. Etrangement pourtant cela me rendit… mon aplomb. Bizarre…
Mais je la sentis frissonner et un frisson me parcourut l’échine en retour, très agréable oui. J’avais éloigné mes bras d’elle. La sentir réagir à mes contacts, certes très involontaires mais contacts quand même, me rassurait et me rendait confiance… en nous.


Cassy ? Ca va ?

Bah je demandais quand même parce qu’elle ne bougeait pas des masses alors qu’elle aurait déjà dû se redresser là… Oh je n’étais pas contre un contact bien au contraire et simplement la tenir dans mes bras m’aurait beaucoup plu, si elle acceptait…Elle me répondit vite, trop vite et sa voix était étrange, étranglée, aiguë, pas aussi… claire et naturelle que d’ordinaire, comme si quelque chose la gênait. Je fronçais les sourcils alors que mon instinct s’amusait à me souffler que j’en étais responsable… Ca m’aurait plu c’est vrai.
Finalement elle bougea et se redressa légèrement entre mes bras, prenant appui sur le sol de la charrette, s’appuyant légèrement sur moi, la main quelque peu en appui sur mes abdominaux. Le contact n’était pas désagréable. Néanmoins sa position était plus que risquée puisque très peu équilibrée. Après tout, elle essayait de se redresser, un bras en arrière en appui sur moi, l’autre cherchant à accrocher le bord de la malle pour l’aider… Les dieux semblaient vouloir se mêler de nos affaires car un autre cahot, encore plus virulent que le premier vint nous secouer. Qu’elle reste en équilibre était totalement impossible, même moi je n’étais pas sûr que j’aurais pu me réceptionner là… Elle glissa de nouveau et je refermais de nouveau mes bras sur elle, protecteur. Depuis sa première chute, seules quelques longues secondes s’étaient réellement égrainées…


Bug… Gros bug… Mon sang devint de feu dans mes veines. Hum… Juré ! Vraiment juré ! Je n’avais pas fait exprès mais mes mains s’étaient posées sur ses seins… Promis, je n’avais pas fait exprès, mais comme elle s’était redressée et était retombée, elle avait chuté plus bas sur mon buste et alors qu’un instant plus tôt mes bras étaient quand même mieux… positionnés, là mes mains… flirtaient merveilleusement avec ses seins. Certes il y avait le tissu et son sous-vêtement en dessous, une espèce de brassière, une couche de tissu en plus, et pourtant je ressentais la souplesse de sa peau. Je déglutis, ôtant immédiatement mes mains comme je le pouvais vu notre équilibre, me contentant de garder les bras pressés contre ses cotes et de seulement décoller mes mains de sa poitrine. Mais bon… forcément, comme elles étaient déjà en hauteur sur celle-ci, je ne pouvais pas non plus les relever des masses, l’articulation de mes poignets ne me le permettant que peu et je continuais de presque frôler le tissu.
Pourtant avec la proximité de nos corps et le feu ardent qui embrasait mes reins venait un curieux et délicieux, diffus, parfum d’apaisement. Je me sentais moins frustré, moins… sur le qui-vive, pas moins excité… Mais étrangement moins… impatient, vraiment moins impatient. Je ne craignais pas mes gestes, je ne lui ferais jamais de mal…
Cassidy s’était sacrément crispée de nouveau et je ne savais pas trop… quoi faire. Je ne pouvais pas l’aider à se redresser au risque de la retoucher… Et je ne savais pas vraiment si elle le voulait… ou pas.


Désolé… je… Cassy ? Est-ce que ça va ?

Je fus surpris de ma voix, calme, assuré malgré la lenteur entre mes premiers mots. Ma voix avait juste l’air lente, chuchotante, je semblais plus murmurer, une pointe de provocation dans la voix alors qu’une fois de plus je ne l’étais pas, provoquant je veux dire, pas du tout même !
J’avais beau être patient, son absence de réponse me fit un instant penser qu’elle s’était cognée la tête contre mes écailles. Parfois celles-ci se manifestaient et rendaient ma peau sacrément solide et… je contrôlais très mal encore cet effet, surtout quand mes réflexes étaient en jeu. Peut-être s’était-elle assommée en fait. Mais elle bougeait légèrement alors elle ne pouvait pas être inconsciente, si ? Sa respiration était… un peu irrégulière…


Cassy ?


Elle ne me répondit pas mais je sentis soudain la caresse de ses doigts qui me cherchaient. Ses mains trouvèrent avec une lenteur exécrable mes avant-bras puis glissèrent sur mes poignets, se posant à la limite entre l’articulation de cette partie de mon corps et le dos de mes mains. Et là… Elle les fit lentement redescendre sur sa poitrine. Je ne bougeais pas, respirant à peine malgré l’envie d’agir, dévorante. Ses doigts glissèrent sur le dos de mes mains, se posèrent sur mes doigts pour les inciter à plier légèrement et recouvrir sa poitrine de mes paumes brûlantes… D’ailleurs ma peau était si chaude là que je suis sûre qu’elle pouvait en ressentir la chaleur même à travers le tissu. Sa bouche s’ouvrit pour laisser glisser quelques mots qui m’électrisèrent !

Je n’étais mentalement pas prêt à ce que la situation tourne à ce point en ma faveur et une perfection aussi idyllique. Pendant une seconde je me demandais même si je ne m’étais pas endormi sur mon livre, parce que là ça tenait du fantasme quand même, surtout vu le malaise entre nous juste avant. Par tous les dieux que sa voix était excitante quand elle prenait ce ton là, chuchotant, légèrement grave alors que ses mots eux, étaient plein d’une demande !!!
Et pourtant, encore plus, à cet instant je me sentis sûr de moi et incapable de faire le moindre faux pas. Je retrouvais tout mon aplomb, tout mon contrôle, j’étais incapable d’être maladroit par mes pulsions et le désir insatiable qu’elle éveillait chez moi. J’étais maitre de moi-même. Pour elle. Retrouver cette sensation de facilité malgré le désir dévorant qui brûlait en moi me fit frémir, plein de reconnaissance. C’était toujours là…


Je ne répondis pas même si l’écho de ses paroles résonnait en moi d’une manière absolument délectable, cette demande, si troublante, si excitante, si parfaite… Je ne répondis pas non et retirais même lentement mes mains mais juste pour bouger un peu. Non parce que juste pour le préciser, j’étais toujours à moitié couché et la position était plus qu’inconfortable ! Si j’avais gardé une parfaite immobilité malgré un coin de livre qui me rentrait dans le dos et de la paille qui me chatouillait le cou j’étais bien décidé à rendre l’instant… très appréciable et donc confortable.

Un de mes bras la ceintura pour ne pas qu’elle m’échappe tandis que de l’autre je me soulevais sans mal et avec elle sur moi pour me redresser suffisamment pour me glisser contre l’un des hauts bords de la charrette, en appui sur l’un des sacs que le propriétaire m’avait demandé de transporter avec nos affaires. Mh… La chance était avec nous, ce devait être des grains car il était plutôt confortable dans mon dos. Je le calais bien derrière moi et tenant toujours Cassidy, l’installais sur mes jambes pour combler un peu le trop grand espace qu’instaurait notre différence de taille. Elle n’avait pas moufté une seconde, restant silencieuse, peut-être un peu gênée par sa demande et les exigences naissantes de son corps. Lentement, avec des gestes précautionneux je remis mes mains doucement sur sa poitrine, comme elle m’avait demandé de le faire, volontairement cette fois, totalement volontairement… Même si je l’aurais fait très volontiers avant aussi… L’assurance grondait en moi, ça… ça je savais faire ! Ca je savais parfaitement faire et avec ça… je pouvais lui montrer à quel point je tenais à elle et à quel point je pouvais prendre soin d’elle. Pour ça… pour ça je n’étais jamais un crétin, un maladroit… Je serrai légèrement mes mains, juste un peu, sur sa poitrine et elle réagit aussitôt en se tendant, les muscles de son dos se contractant et faisant tressauter celui-ci contre mon torse, elle avait eu un sursaut dans sa respiration aussi…  Sa sensibilité me fit frémir et appuyer doucement mon front contre le sommet de son crâne… Je commençai à jouer de mon pouce sur la couche de tissu et elle frémit, se cambra légèrement. Nous n’étions pas dans un lit et ses mains ne pouvaient pas trouver un drap ou le matelas à torturer, au lieu de quoi elle avait mes avant-bras pour se défouler et elle le comprit très vite, en recherche ou par instinct. Ses mains vinrent se poser dessus, se crispant sous mes caresses pourtant si légères et innocentes pour l’heure. C’était encore plus excitant. Sa tête se renversait légèrement en arrière contre mon torse alors qu’un bref soupir lui échappait de temps à autre, venant tinter l’air autour de sa jolie bouche d’un nuage blanc plus concentré…
Je courbais la tête vers elle. Comme elle était sur mes jambes c’était plus facile et moins douloureux même si ça imposait qu’elle sente l’effet grandissant qu’elle me faisait avec ses légères contorsions et ses soupirs. Ah non, je n’étais pas indifférent et je me sentais bien durcir pour elle, très vite, trop vite mais ce n’était pas douloureux. Je serais patient… toujours… Mes lèvres glissèrent sur le côté de son cou que j’atteignais. Je soufflais doucement sur sa peau en remontant jusqu’à son oreille que je me mis à mordiller doucement. Elle se tendit comme une corde d’arc et un soupir plus prononcé lui échappa. Je fermais les yeux pour m’en délecter, ressentant l’écho qu’il imprimait dans ma chair… L’effet qu’elle avait sur moi était inimaginable…
 

Tous tes désirs sont des ordres ma douce…

J’avais murmuré à son oreille, d’une voix basse, chuchotant à peine, d’une voix que moi-même je trouvais terriblement sensuelle. Ce n’était pas de la provocation, j’étais très sincère. D’ailleurs ma voix était plus rauque, comme toujours quand le désir prenait le pas sur la raison. Elle frémit de nouveau mais sans répondre. Elle n’avait pas besoin de parler. Ses désirs justement passaient aussi et surtout par la crispation de ses mains sur mes avant-bras.

Mes lèvres ne cessèrent de parcourir sa gorge et de mordiller son oreille. Parfois je changeais de côté, pour ne pas lui laisser de répit, pour qu’elle détende un peu sa nuque aussi. Aux crispations de ses mains sur mes avant-bras j’avais commencé à bouger un peu les miennes sur sa poitrine, obéissant comme je l’avais dit, la serrant doucement, puis plus fort, la caressant à travers le tissu. Je voulais qu’elle ressente tout le pouvoir qu’elle avait sur moi même alors que c’était moi qui m’occupais d’elle et qu’elle se laissait doucement aller au plaisir de mes caresses. Je voulais qu’elle sente à quel point je lui étais dévoué et à quel point je voulais lui faire oublier toute la brutalité des hommes en étant celui qui obéirait à toutes ses exigences et ne la forcerait jamais à rien. Cette idée me rendait extrêmement fier. Sans doute parce que je n’avais jamais autant été attiré par une femme et que lui résister était d’autant plus difficile et pourtant si simple. Tant de contradictions qu’elle faisait naitre en moi… Lentement je décollais mes mains de sa poitrine pour les descendre sur son ventre et elle me laissa faire…


Elle gémit quand je me mis à déboucler la ceinture qui serrait sa tunique sur sa taille, la lui enlevant lentement pour la poser à côté de nous. Mes mains continuèrent de descendre pour se glisser sous ladite tunique et je la sentis cesser de respirer quand ma peau rencontra la sienne. L’une de ses mains quitta l’un de mes avant-bras, partant en arrière alors qu’elle la passait dans ma nuque, m’attirant plus près d’elle, contre l’oreille que je mordillais doucement. Elle renversait plus la tête en arrière et j’en profitai pour m’emparer de ses lèvres, doucement encore une fois, avec lenteur, tendresse… Elle me rendit mon baiser mais semblait vouloir plus que de la douceur vu comme elle força, elle cette fois, le barrage de mes lèvres pour venir investir ma bouche de sa langue et m’embrasser d’une telle façon que je me sentis totalement… ailleurs l’espace d’un instant. Ce baiser était vertigineux, merveilleux et acheva d’embraser mes reins et de rendre mon pantalon et mon boxer vraiment inconfortables… Mais peu importait, c’était si bon… Elle relâcha son emprise, m’attirant doucement de nouveau contre son cou pour que je continue les caresses de mes lèvres sur sa peau, le mordillement de son oreille qui la faisait frissonner et se tendre par à coups légers et j’obéis bien évidemment, comme je l’avais annoncé.

Mes mains continuèrent leur ascension sous le tissu, glissant lentement sur son ventre magnifique, effleurant son nombril, remontant sur les légères cicatrices, dont celles qui avaient marqué ses cotes, mes paumes si chaudes tout juste précédées de mes doigts qui l’effleuraient à peine dans une caresse que je savais aussi douloureuse que pleine de plaisir. Sa brassière, différente de la bande de tissu qu’elle avait précédemment nouée autour de son buste n’étaient qu’une formalité et mes doigts se glissèrent aisément dessous pour aller titiller sa peau et la douceur de sa poitrine parfaite. Cette fois-ci ce fut un véritable cri, pas fort mais un cri quand même, qui lui échappa quand mes paumes brûlantes vinrent couvrir sa poitrine et la main toujours sur mon avant-bras y planta ses ongles avec véhémence. Encore plus excitante… si c’était encore possible ! Je me décollais de son cou pour la regarder. Ses pommettes se coloraient de rose de manière merveilleusement sexy. Elle avait les yeux clos, comme pour mieux apprécier les sensations. Elle était magnifique… et excitante au possible. Je me mis à penser l’espace d’un instant qu’elle ne songeait peut-être pas à moi, peut-être à son… Jilian puisqu’elle avait parlé de lui tout à l’heure, mais comme si elle l’avait deviné, presque au même moment, mon surnom franchit la barrière de ses lèvres dans un soupir qui me vrilla les organes, prononcé de sa voix douce, presque implorante alors qu’elle ne demandait rien. Je fermais les yeux pour mieux l’écouter et calmer les battements frénétiques de mon coeur, effleurant sa poitrine du bout des doigts, coupant sa respiration. Elle se laissait faire et me donnait accès à son corps, tout en me demandant plus. Gémissant doucement contre son oreille moi aussi, très bas, je continuai mes lentes caresses sur sa poitrine. Elle avait l’air d’aimer… Et beaucoup même. Elle haletait de plus en plus difficilement dans le froid qui nous entourait. C’était si simple, tellement simple. Les frissons qui la parcouraient passaient très vite dans mon propre corps. C’était bon… tellement bon… de la sentir, de la voir comme ça…

Cassy…

Je gémissais son prénom d’une voix rauque, pleine d’idolatrie, continuant les caresses de mes lèvres sur sa peau, les effleurements de mes mains sur son corps. Ses deux mains étaient toutes deux de nouveau sur mes avant-bras et se crispaient puis se relâchaient par intermittence. Je continuais de câliner doucement sa poitrine, la titillant de plus en plus je l’avoue, d’une main. L’autre, je la redescendis doucement sur son ventre, lentement pour lui laisser tout loisir de me repousser si elle le souhaitait. Sa main suivait mon bras, tremblant légèrement dessus, mais elle ne me retint pas. Je continuais mes caresses et ma descente jusqu’à atteindre la limite de son pantalon, je m’arrêtais mais si elle tremblait cette fois, toute entière, légèrement, elle ne me retint toujours pas. Pour être honnête, la joie euphorique qui m’envahissait était assez… excessive. Je souris, mordillant le lobe de son oreille, glissant ma main dans son pantalon, très lentement, horriblement lent, je le sais. Elle se tendit de nouveau brusquement quand je glissais mes doigts sous le tissu de sa culotte mais pas dans une crispation de rejet, bien au contraire, elle gémissait et retenait sa respiration en même temps et le résultat ne lui laissait que peu de répit. Je lâchais moi aussi un profond soupir proche de son oreille. Elle écarta légèrement les jambes pour moi et je  grognais doucement de contentement. Hum… Rectification… Son corps semblait vraiment adorer mes caresses en fait… Elle était sacrément excitée ma jolie princesse ! Elle était au moins aussi trempée que je bandais de mon côté. Et ce n’était probablement pas très confortable, à cause de moi, contre le bas de son dos d’ailleurs mais elle n’avait pas l’air de s’en plaindre. Je m’arrêtais dans mon exploration, voulant la torturer un peu et elle siffla, véhémente entre deux halètements impatients:

… S… Salaud ! C… Conti…


Je ne la laissais pas parler. Elle avait détourné la tête, essayant de me cacher ses pommettes rouges d’excitation, de plaisir, ses pupilles dilatées, son impatience, son désir. Ca me tordait l’estomac… Je profitais de ma haute taille pour m’emparer de nouveau de ses lèvres, me tordant douloureusement le cou mais c’était sans importance. Mes mains avaient repris leur exploration et leur caresse et j’étouffais son long gémissement de mes lèvres scellées aux siennes. Elle tremblait maintenant sous mes mains sous le jeu de mes doigts et j’étais vraiment ravi de l’effet que je lui faisais et du plaisir sincère que je semblais lui procurer. J’étais parfaitement calme. Malgré mon propre désir je restais totalement maitre de moi-même. J’avais envie de lui dire qu’elle était incroyable, que c’était différent d’avec n’importe quelle femme, que c’était bien mieux, que je ne voulais plus en voir d’autre qu’elle, que je pourrais me satisfaire de ses soupirs, vraiment, sans avoir besoin de combler les besoins impérieux de mon corps tant la voir prendre du plaisir me faisait du bien… Mais j’allais probablement encore faire des bêtises alors je ne disais rien, essayant de lui montrer juste… juste un peu. Mes caresses se firent plus fortes, plus tentatrices, plus emplies de torture aussi. Je pressais plus fort sa poitrine, alternant sur ses seins pour ne pas lui donner l’impression que j’en délaissais un… Ma main dans sa culotte subissait l’assaut de la sienne sur mon avant-bras qu’elle serrait et éraflait de ses ongles de plus en plus fort ! Ses gémissements s’étaient faits heurtés, montre de son plaisir alors qu’elle suffoquait de temps à autre et se tortillait légèrement sous l’assaut de mes doigts. De temps en temps une légère insulte filtrait entre ses gémissements, parce que je ralentissais ou cessais de la toucher et que frustrée elle réclamait plus de caresses, encore plus… Souriant, apaisé vraiment, je fis cesser mes attouchements. Elle se crispa après avoir flirté avec trop de plaisir pour être délaissée de la sorte et se tourna même légèrement pour me jeter un regard plein de reproche. J’en profitais pour l’embrasser encore et passer le barrage de ses lèvres.

Patiente juste quelques secondes princesse…

Je vis son regard s’allumer de compréhension et elle relâcha finalement mes avant-bras qu’elle serrait d’autant plus fort en représailles. Reconnaissant, je retirais mes mains et mes bras pour glisser à côté d’elle et elle prit ma place contre le gros sac de grains, sa poitrine se soulevait encore fort et elle avait les cheveux légèrement en bataille, même si elle ne bougeait pas vraiment.  Je n’aurais pas beaucoup d’espace mais c’était assez. Dépliant la grosse couverture je la déposais sur elle et si elle fronça les sourcils, elle comprit aussitôt que je voulais la protéger du froid et d’éventuels regards. Déjà je me glissais dessous, contre elle, pour l’embrasser et glisser une main sous sa tunique pour de nouveau toucher sa poitrine. Elle gémit. Je soulevais légèrement le vêtement pour y glisser ma tête et venir effleurer de mes lèvres sa peau et la couvrir de baisers. Elle se mit à rire d’un ton léger et cristallin sous la chatouille de mes cheveux et j’accueillis ce son avec volupté une fois de plus. Son rire mourut sur ses lèvres au profit d’un soupir sous mes caresses. Je la sentis de nouveau se tortiller légèrement maintenant que je pouvais lui faire face et si elle résista longtemps, une main sur l’une de mes épaules, l’autre dans ma nuque, me pressant contre sa peau et les caresses que lui procuraient mes lèvres et ma langue, je la sentis impatiente de nouveau. Une légère et hésitante pression, de sa main sur mon épaule, semblant me pousser vers son ventre me donna envie de crier ma joie, franchement… Ca lui plaisait vraiment alors hein ?! Ce n’était pas moi qui fabulais!!! Je grognais doucement, d’une manière encore plus virile que prévu, en adoration devant son corps.

Coquine…

Elle tenta de siffloter d’un air innocent mais gémit quand l’une de mes mains se pressa sur sa poitrine. Ca marchait de nouveau, c’est ce que nous étions… simples, complices, taquins… Nous échangions. Loin de toutes mes erreurs. Je lui étais tellement, tellement reconnaissant pour ce moment. Elle glissa doucement sur le sol de la charrette, dans une position semi-redressée pour me faciliter le descente de mes caresses sur son corps et aussi peut-être pour me regarder la vénérer et la couvrir d’attentions doucereuses. Je cessais mes caresses pour prendre ses jambes entre mes mains, l’une après l’autre, la caressant à travers le tissu de son pantalon, lui ôtant ses bottes avec une lenteur sadique. Pour mon dessein la simple ouverture de son pantalon m’ayant précédemment permis mes caresses, n’était plus suffisante à présent. Elle me laissa faire, me surveillant sous la couverture qui nous recouvrait, enfin surtout elle et le haut de mon corps. Ca avait des airs de cabane, de cachotterie et d’interdit… C’était différent d’avant mais aussi bien ! Je fis glisser son pantalon sur ses jambes pour l’en débarrasser et de même avec sa culotte. Elle me foudroya du regard en remarquant mon sourire victorieux, clairement taquin en la constant aussi disons… réceptive. Je me rapprochais pour l’embrasser alors que mes mains parcourais ses cuisses et elle me laissa faire même si elle grogna doucement contre mes lèvres de nouvelles insultes. Je ris à mon tour, me baissant pour caresser de mes lèvres sa gorge. Cette fois, sans gêne, elle mit ses mains sur ma tête et me poussa entre ses jambes. Non mais j’étais quand même censé lui obéir !!!!

J’étais ravi ! C’est tout ce que j’attendais ! Qu’elle se montre exigeante ! Qu’elle exige et qu’elle comprenne que j’obéirais, que seul son plaisir me motivait. La pousser à agir était probablement la seule manière pour lui montrer ma totale sincérité. Je ne résistais donc évidemment pas une seconde, c’est que j’avais attendu ce moment moi, et glissant une main dans la chute de ses reins je la soulevais légèrement du sol pour me faciliter la tâche. En réponse elle mit aussitôt ses jambes sur mes épaules. Parfait!!! L’instant d’après elle étouffait de sa main un gémissement si profond qu’il fit renâcler les chevaux. Une de ses mains fourrageait dans mes cheveux, tirant dessus, se crispant, comme elle l’avait fait avant avec mes avant-bras, me donnant plus d’indices encore de ce qu’elle souhaitait que les réactions brusques de son corps ne me le montraient déjà. Finalement elle ôta la main de sa bouche après avoir réussi à attraper le petit cube insonorisant dans ma poche et l’avoir mis en marche…Une mains dans mes cheveux, l’autre passée par le col de ma tunique pour presser mon épaule musclée, fort, tellement fort sous ses vagues de plaisir… Cette main là, à chaque crispation, m’excitait davantage !!!!! Retrouver le plaisir de jouer de mes doigts et de ma langue sur sa peau était encore mieux que ce que j’avais imaginé et je me perdis dans la volupté de l’instant, la poussant à s’abandonner toujours plus. Un orgasme profond l’avait secouée et laissée frémissante et gémissante mais je ne l’avais pas épargnée pour autant, continuant, pour son apparent plus grand plaisir, ne la laissant pas vraiment redescendre, bien décidé à l’amener encore plus haut et j’espérais davantage encore pour le suivant ! Je n’en avais pas fini avec elle, oh non !!!! Elle flirtait avec le second qui commençait à l’étreindre de ses bras de plaisir et d’abandon quand une voix s’éleva et nous figea tous deux.

Ah ! Regarde ! Une charrette ! On a de la chance ! Oh Eh !!!!!



Tristan se figea dans ses gestes et redressa la tête sous la couverture. L’instant d’après il se dégageait doucement, recouvrant Cassidy qui lui lançait un regard qui était un surprenant mélange entre « reviens ici tout de suite salopard » et « je vais tuer cette personne, je te jure que je vais tuer cette personne ! Reviens là !!!!!!!! ». Elle ne dit rien mais ses joues s’embrasèrent quand il lui jeta un regard terriblement coquin en se léchant les lèvres, ayant apparemment plus qu’apprécié… et lui faisant comprendre qu’il aurait bien… continué ! Ah ben carrément… L’animal !!!! La laissant sous la couverture qui protégeait totalement sa quasi nudité aux éventuels regards et la possibilité de se rhabiller rapidement, Tristan se redressa dans la charrette pour ne pas attirer davantage l’attention des curieux.
Il s’avéra qu’il s’agissait de voyageurs égarés qui se rendaient dans le même village qu’eux mais ne savaient plus où se trouvait leur chemin et en effet, la route se divisait avant et peu après en bifurcations. Les convenances et la nécessité poussèrent le grand Drakkari à leur proposer gentiment de faire le chemin avec eux. C’était un couple et une petite fille, toute jeune, également dans une charrette que conduisait l’homme, guidant un gros cheval, tout emmitouflés dans de chauds vêtements, des frileux apparemment. Cassidy finit par se redresser également, rhabillée et leur faire un vague signe de tête poli sans plus. Tristan tourna plusieurs fois les yeux vers elle alors qu’ils étaient tous deux silencieux et que l’homme faisait clairement la conversation tout seul. Elle le foudroya de nouveau du regard à plusieurs reprises malgré les siens d’excuse… Il avait la vague impression qu’elle boudait un peu ou essayait de faire taire les pulsions qu’il avait réveillée chez elle… Au choix. Ils finirent heureusement par arriver assez rapidement tant l’ambiance était désagréable pour eux deux, au village et se séparèrent de la petite famille sous une pluie de remerciements. Tristan mena l’attelage jusqu’à leur auberge et ils commencèrent à décharger et monter les affaires. Cassidy était de nouveau très silencieuse. Le voyage avait duré effectivement bien plus qu’à l’aller puisque la nuit commençait à tomber. Un peu gêné, Tristan profita d’un instant où la demoiselle était occupée à ranger ses affaires dans l’armoire pour se glisser dans son dos et l’entourer de ses bras, venant déposer un baiser dans sa nuque, parlant tout bas.

Je me rattraperai… Je te le promets…

Il lui sembla qu’elle frémissait légèrement et se laissait faire tout du moins. Il la relâcha vite cependant pour ne pas l’agacer et lui proposa de choisir le repas du soir, prenant un enthousiasme sincère: oui même que des desserts si elle le souhaitait !!!
Le temps de déballer et ranger leurs affaires dans la grande chambre d’auberge, d’installer la grande couverture toute douce sur le canapé (qu’il avait déclaré coin à câlins trop important pour ne pas avoir une couverture pareille), de rallumer un feu, ce qu’il lui demanda gentiment de faire vu qu’elle était bien plus douée que lui, la nuit était tombée. Il ne l’avait pas retentée et n’avait fait aucune remarque sur son incroyable réceptivité à ses caresses, son excitation et son plaisir tentateurs. Ils ressortirent finalement et marchèrent un peu dans les rues bien plus calmes et plus étroites. Elle lui demanda de l’attendre alors qu’elle allait faire un tour à la boutique d’apothicaire, sa patronne concoctant ses potions dans l’arrière-boutique, pour lui demander ses horaires du lendemain. Tristan avait proposé de venir l’aider, ne serait-ce qu’une heure pour combler un peu son absence, l’aider à préparer les rayonnages ou à faire des étiquettes, etc. Mais ce n’était pas sûre que la jeune femme veuille l’avoir dans ses pattes… Il attendit patiemment et ils marchèrent côte à côte jusqu’au restaurant qu’elle avait choisi. Leur moment d’intimité et de plaisir apparemment partagé pourtant avait laissé un arrière-goût d’inachevé… de très inachevé pour la pauvre petite demoiselle encore interrompue dans son plaisir et la gêne était encore un peu présente… Pourtant elle était très différente. Ce qui s’était passé dans la grande ville semblait être de plus en plus occulté pour ne laisser place qu’à la gêne de ce moment inachevé justement et le plaisir sourd, le désir meurtri dans lequel il les laissait tous les deux…

Tristan proposa alors qu’ils attendaient leurs commandes qu’après le travail de la demoiselle et ses propres contrôles, ils aillent faire du surf le lendemain, prétendant qu’il adorerait apprendre avec elle maintenant qu’ils étaient équipés, qu’elle était un bon professeur, qu’ils pouvaient faire une pause quand ils voudraient pour commencer à voir comment lui apprendre des techniques de défense. Il ne mentait pas, ce n’étaient pas des paroles en l’air, il voulait vraiment apprendre et lui apprendre. Elle répondit et il sourit… Mais la gêne était toujours là, différente, la gêne qui revenait de ce qui s’était passé là bas. Ils n’avaient pas encore eu leurs assiettes. Il en profita pour venir poser une main sur l’une des siennes, doucement, chaleureux.

Cassy… Je voudrais retirer ma proposition.

Elle releva les yeux vers lui, apparemment surprise et il sourit.

… De partir ensemble. De voyager ensemble. Je suis… enfin ce que je suis ne doit pas excuser mon tempérament. Je suis un vrai bourrin, un fonceur. Quand quelque chose me plait, je ne me pose pas vraiment de question, je fonce… Et être avec toi me plait, l’idée de voyager avec toi me plait alors je t’ai imposé mon idée d’un coup et… je sens bien que depuis tu n’es pas très à l’aise… Si tu ne veux pas, je le comprendrai tu sais… Mais d’ici là… Je retire ma proposition… Nous ne partirons pas et ne voyagerons pas ensemble…

Sa main caressa doucement celle de la petite mage alors qu’il prenait son air taquin, enfantin, qui ressemblait tellement à ses airs de petit garçon, il y a si longtemps.

Enfin… De mon côté je vais réaliser ma mission, partir et revenir. De mon côté je vais espérer pouvoir passer encore du temps avec toi si tu m’acceptes près de toi et je l’espère aussi à te couvrir de caresses car une telle félicité auprès d’une femme si unique crée vite le besoin et le manque et que… de mon côté je n’ai jamais vécu ça et que ça me plait… De mon côté, je vais détester ce temps loin de toi et je n’aurais envie de toucher aucune autre femme je le sais, même si mon envie de toi vient me torturer… De mon côté je resterai quelque temps ici pour être près de toi si tu l’acceptes et rendre ce départ moins précipité… De mon côté j’aimerais bien que tu m’accompagnes chez moi d’abord pour te montrer que je ne suis pas qu’un beau parleur plein de fausses promesses. De mon côté, j’espérerai que tu penseras à moi et que tu voudras bien voyager un peu avec moi… et… voler avec moi… Mais je retire ma proposition… Nous ne voyagerons pas ensemble… Enfin je retire ce que j’ai imposé plutôt… J’ai envie de tout ça mais il y a des tas d’étapes et beaucoup à accepter… Tout reste à choisir, pour toi et uniquement pour et par toi. Et je respecterai tes choix quels qu’ils soient. Tu… comprends ce que je veux dire ? Ou… je m’exprime mal encore une fois ?

Sa dernière phrase avait été dite terriblement timidement par rapport à son assurance précédente. Il lui déclarait qu’il retirait sa proposition. Pas qu’il le fasse réellement mais juste pour lui dire que pour lui il agirait toujours comme prévu mais lui laissait le choix et surtout le temps de réfléchir, de s’habituer, de se retourner et de changer d’avis à tout moment. Pas attentionné le petit dragon ? Bien au contraire… Il faisait plus qu’attention à elle et bien assez pour se rendre compte qu’il l’avait dérangée et pouvait la soulager, un peu, ainsi… Après tout, elle n’avait plus aucune pression de ce côté à présent. Malgré son beau sourire charmeur il avait légèrement rougi et détournait les yeux, ayant lâché sa main, tout gêné de se montrer aussi vulnérable et de lui avouer encore une fois tant de choses… Qu’il voulait être près d’elle, qu’il avait bien des espoirs et des envies… Qu’il n’avait pas envie d’une autre femme qu’elle… Et qu’il ne comptait pas en toucher une autre en étant loin d’elle, sourd aveu tellement timide et révélateur chez ce grand séducteur…
Le serveur arriva à ce moment là pour déposer deux belles assiettes devant eux et détourner un peu leur attention de ce moment assez fort encore une fois…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 19 Fév - 23:08

Cassidy était nerveuse c’est sûr. Et cela se répercutait fortement sur sa façon de parler. Elle semblait bien plus agitée et ne faisait pas attention à sa façon de parler. Trop angoissée à l’idée de voyager avec quelqu’un, enfin avec Tristan justement. C’est vrai, elle ne voulait pas d’une coupure trop brutale, car s’attachant à lui, elle se sentait un peu mal à l’aise à l’idée de ne plus avoir sa présence et de retourner à son quotidien très tranquille. Cependant, elle peinait à se comprendre. Pourquoi donc penser ainsi ? Elle se faisait des idées, si ça se trouve c’était juste parce qu’elle s’était habituée à lui et une fois qu’il serait parti, elle arriverait à surmonter ça. Après tout, la demoiselle n’était pas en sucre. Alors c’est vrai, elle agissait pour l’instant plus avec nervosité et camouflait cela en envoyant des pics… un peu malgré elle. Il lui était impossible d’avoir une voix douce, avenante. C’était vraiment étrange. Si quand elle était jeune, la douceur, la bonté se dégageaient de sa voix sans se forcer c’était tout à fait le contraire aujourd’hui. Elle était inversée. Se forçant à parler aimablement pour ne pas paraître trop sauvage et parlant naturellement comme une rustre, quelqu’un qui n’en avait rien à faire de ce qui se passait autour d’elle.

C’est vrai, lorsqu’il avait parlé de la neige, qu’ils n’étaient pas loin, cela avait agacé Cassidy. Il lui était impossible de comprendre les efforts de Tristan, son envie d’essayer de parler. Peut être aurait-elle préféré qu’il lui demande, si elle savait où ils se trouvaient ou bien juste lui demander ce qu’ils pouvaient faire maintenant. Après tout, c’était elle LA guide dans ce royaume et pas le contraire. Elle était sur son terrain de jeu donc il aurait été plus sage de lui demander ce qu’ils pouvaient faire maintenant plutôt que faire des constats. Elle détestait déjà tout ce qui avait un rapport avec les soldats, les chevaliers. Elle détestait la discipline, cette espèce de bride, de muselière, de personne trop bien entraînée qui pensait trop en savoir. Cela lui fit penser à un autre souvenir.

Quand elle était encore à Galaden, il y avait ces espèces d’officiers qui se pavanaient dans les rues. Pour le peu qu’elle en voyait. Elle se rappelait de ces personnes pompeuses qui étalaient devant les demoiselles leur palmares, et patati et patata. Qui donnaient l’impression de savoir tout faire, tout connaître, avoir tout vu. Et que ces charmantes dames succombaient à cet étalage de hauts faits, de ce pedigree. Cela écoeurait Cassidy. Elle trouvait cela tellement stupide… Pas étonnant qu’elle n’ait pas du tout apprécié de voir Tristan à l’armée, à ce grade là. Parce que mine de rien cela lui rappelait des scènes qu’elle avait déjà vu. Et même si Tristan n’était peut être pas pareil, qu’il avait une certaine modestie en lui et n’étalait rien du tout, elle n’appréciait pas. Ou peut être qu’elle réagissait comme ça avec tous les hommes. Ils se croyaient beaux, forts, intelligents. Le sexe fort. Si Tristan disait qu’il fallait respecter les femmes, que c’était comme des déesses, qu’elles étaient capables de mener des hommes, ce n’était pas grâce à leurs actions au final… mais à leur charmant minois, leur sourire. En gros, pour Tristan, la femme était une œuvre d’art, qui apportait bien du plaisir au lit, qui illuminait le cœur des hommes pour les rendre plus courageux… prendre des décisions, ne pas se frotter à l’action.

Il y avait heureusement des femmes qui sortaient du lot et qui n’hésitaient pas à endosser des carrières qu’on pensait réservés aux hommes. Elle avait déjà vu une forgeronne et était admirative face à sa détermination, face à son envie de vivre comme elle le souhaitait et non pas comme la société pensait qu’il fallait vivre. Alors peut être que Cassidy se trompait, peut être qu’elle interprétait très mal les paroles de Tristan. Mais il fallait le dire, la demoiselle avait surtout envie de se distinguer par des actions et pas parce qu’elle avait un joli corps…

Elle était songeuse alors qu’ils marchaient et elle s’attarda sur sa capacité à ne pas s’enfoncer dans le sol. Elle se doutait un peu qu’il ne faisait pas vraiment exprès et à voir l’expression de son visage, cela avait l’air de le déranger un peu. Néanmoins il ne parlait plus. Pourtant, elle se sentit encore agacée de le voir marcher l’air de rien. Encore une de ces mauvaises habitudes. Alors qu’ils marchaient et que Cassidy était perdue dans ses réflexions, il souhaita répondre à sa question plus tard. Encore quelque chose que la demoiselle n’apprécia que bien peu. Elle avait réagi tellement farouchement, d’un air réprobateur et sans réfléchir aux conséquences de ses paroles. Il est vrai que Cassidy partageait la vision des Friholdiens. Après tout ce qu’elle avait vécu, vivre ici avait quelque chose de reposant. Oh bien sûr il existait quelques loups affamés qui rôdaient mais c’était plutôt dans les grandes villes ça. Ici, une femme qui se faisait agresser par un gros lourd trouvait toujours un Friholdien prêt à intervenir. Et puis, la plupart des demoiselles ici savaient quand même se défendre, avaient des réflexes et ne se laissaient pas marcher sur les pieds.

Alors elle avait parlé de ça, mettant les pieds dans le plat, oubliant totalement sur le coup qu’il avait quand même fait un énorme effort pour lui parler de tout ça même si cela ne lui plaisait pas vraiment. Elle avait complètement oublié et s’était refermée sur son propre intérêt personnel, son propre malaise, ses propres réflexions. En vérité, c’était tout à fait logique ce qu’elle racontait, sauf que son ton était presque avec reproche. Cassidy était scandalisée… elle n’arrivait pas à concevoir ça et cela n’arrangeait en rien sa mauvaise humeur. Pourquoi agissait-elle ainsi ? Elle devrait être contente, rassurée qu’il se montre aussi honnête avec elle. Il n’y était pour rien après tout… il avait fait ce qu’on lui demandait. Et puis bon il aimait ça maintenant alors ça ne devait que peu le déranger de satisfaire ces dames dans leur ennui mortel à la cour.

Il avait dit quelques paroles, sur le ton du murmure mais avec beaucoup d’hésitation comme si cela le mettait très mal à l’aise. Alors Cassidy força encore plus en parlant de Jilian, lui comparant à lui, lui disant clairement que lui avait été toujours très… droit. Du moins, de ce qu’elle connaissait de lui. Elle avait utilisé des mots assez forts, peut être en espérant faire réagir Tristan, peut être pour éveiller une sorte de… jalousie ou de voir si ça lui faisait quelque chose. Après tout il l’avait quand même bien agacé avec ses sous entendus ! Dire qu’elle n’était pas partageuse ! D’accord ! Cela ne lui était JAMAIS arrivé. Elle ne s’était jamais intéressée aux autres relations de ses amants d’un soir. Même Jilian. Mais Tristan lui avait activé quelque chose de bien trop… dangereux. Il l’avait mis devant le fait accompli qu’elle ne VOULAIT pas qu’il aille coucher ailleurs. Et elle était en colère… contre elle… contre lui qui la torturait de la sorte et lui rappelait des choses qu’elle n’était pas censée éprouver ! Ca faisait mal… Ca lui faisait peur. Alors pas étonnant qu’elle lui rende la monnaie de sa pièce en balançant une pique, lui parlant de rendre visite à Jilian mais avec une voix suffisamment manipulatrice pour lui faire comprendre que ce serait des adieux… épiques.

Tristan avait réagi mais pas de la façon dont elle avait imaginé. Plutôt que de le voir taquin… après tout jouer entre eux était normal non ? Il semblait s’être refermé comme une huître. Cassidy le sentit très en colère, en train de perdre sa maîtrise. Il s’était arrêté, le visage offert au ciel, marmonnant des paroles et serrant si fort sa main qu’elle sentit son sang comprimé à l’intérieur de la poigne puissante.

Autant le dire tout de suite, si il parlait en draconique, elle aurait tout à fait compris. Cependant, même si c’était le cas, elle ne fit aucun commentaire là-dessus.

Pendant un instant, Cassidy se crispa aussi. Il lui faisait mal là et elle n’avait qu’une envie, c’était de se dérober de lui et de se mettre à marcher dans son coin. Là ça devenait carrément désagréable. Un bon coup de pied dans les noix et elle aurait repris sa marche. Comment ça Messire n’aimait pas qu’on parle de Jilian ? Pourquoi ? Cela la rendait aussi intriguée que curieuse. Après tout, ils n’avaient aucune relation tous les deux non ? Enfin… rien de sérieux en tout cas. Cassidy était partagée. Entre son esprit tellement habitué à se dérober à la moindre gêne, menace, ou malaise et entre son cœur qui se serrait, consciente qu’elle lui avait fait un peu de mal mine de rien avec ces paroles.

Par respect cependant, elle resta silencieuse, un air de défi sur le visage. Attendant qu’il réagisse d’une manière ou d’une autre. Il avait relâché si brusquement la main qu’elle se mit à souffler d’un coup, surprise par le manque de pression. Elle le regarda un instant alors que son regard paraissait vide puis il détourna les yeux en prononçant quelques mots. Elle était en train de l’énerver ? Oh mais savait-il au moins que c’était lui qui avait commencé ? La jeune femme se rembrunit. Tout ceci ne lui plaisait pas du tout. Elle se mordit la langue pour éviter de lui balancer quelques paroles acerbes. Après tout c’était LUI qui lui avait montré ces souvenirs, proposé de voyager ensemble, mit sur un piédestal qu’elle ne voulait pas. Elle avait posé une question c’est vrai. Et cette question voulait dire qu’elle ne souhaitait pas qu’il couche ailleurs. Enfin… elle voulait surtout savoir à quoi s’en tenir. Pourquoi ? Elle n’aurait jamais du rien dire ! Elle se retint et ferma les yeux pour éviter de répliquer, de faire un geste, une action qu’elle pourrait regretter. De lui balancer des mots sur le pourquoi il était aussi énervé qu’elle parle de Jilian, qu’elle aille lui dire au revoir ? Après tout ce n’était pas logique pour quelqu’un qui n’avait aucune attache avec elle. Il devrait s’en ficher complètement. Elle hésita à appuyer encore plus fort en lui répondant un « Parfait, si ça te dérange pas alors, je ne vois pas pourquoi j’éviterais de rendre visite à mon ancien amant ». Encore quelque chose qui aurait pu faire beaucoup de mal. Mais pourquoi pensait-elle ainsi ? Pourquoi cela lui ferait du mal ? Elle ne savait pas pourquoi mais l’intuition lui soufflait qu’il n’apprécierait vraiment pas. En même temps, Cassidy était déçue. Elle aurait voulu qu’il réponde, qu’il lui dise quelque chose, que ce soit en la taquinant ou en s’opposant fermement à ce qu’elle aille voir le garde du corps. Oui déçue…

Cassidy haussa les épaules mais n’ouvrit pas la bouche. Rien de bon n’en sortirait. Alors elle avait continué sa marche, cette réaction l’ayant quand même marqué. Elle en venait même à se demander pourquoi ils faisaient tout ça ! Pourquoi il tenait à la garder près d’elle et pourquoi elle semblait aussi… contente au fond d’elle qu’il lui ait proposé. Les souvenirs dansèrent devant ses yeux. Lorsqu’ils s’étaient revus dans le village de leur enfance, ce qui les avaient rapprochés c’était bien toutes ces occasions bizarres où ils s’étaient retrouvés ensemble. Que ce soit pendant les jeux, les danses, la fête, les parents… et puis elle n’avait jamais rien montré de… enfin à part jouer avec lui c’était tout…

Oh c’est sûr, elle avait trouvé une oreille attentive à ses côtés, elle s’était soulagée en parlant de quelques morceaux de son passé. Elle se sentait bien à ses côtés pour une raison qu’elle ignorait. Et pour la fière et indépendante petite blonde, ce n’était vraiment pas normal. Quand elle était lancée, cela lui semblait tout naturel, comme respirer, dormir. Un truc qui se faisait par instinct. Une envie de se tenir à côté de lui, de parler un peu plus, d’être en sa présence. Mais une fois que la réflexion arrivait, alors là c’était un tout autre état d’esprit qui entrait en jeu. Elle aurait bien eu besoin d’une amie ou une confidente pour lui expliquer ce qu’elle peinait à comprendre. Etrangement, c’était quelque chose qu’elle ne pouvait pas dire à Tristan. Il était peut être un confident sur certaines choses mais il y avait des réflexions qui ne pouvaient pas être dites directement vers le concerné, cela était plutôt logique. Sauf que discuter avec une amie, c’était pas demain la veille. Cassidy refusait tout contact avec les humains et même avec l’herboriste jamais elle ne tiendrait ce genre de question. Cela demanderait trop de temps, un apprivoisement certain. Il fallait quelqu’un pour lire dans sa tête, pour la comprendre mais ça ne risquait pas d’arriver. Malheureusement, tant que ce n’était pas le cas, Cassidy n’évoluerait pas, n’ouvrirait pas les yeux. Elle avait besoin de quelqu’un de suffisamment ferme pour lui faire entendre les choses mais délicat aussi pour ne pas la faire fuir. Non décidément, la situation n’était pas prête d’évoluer.

Ils étaient arrivés en ville et elle avait rapidement accepté qu’il prenne un bain avec elle. Malgré tout ce que la demoiselle avait dit, elle cherchait peut être dans un sens à briser la glace. Car ce n’était pas du tout agréable cette ambiance où chacun était de son côté. Cependant le bain était silencieux. Elle pouvait comprendre Tristan, le pauvre n’osait peut être plus parler à cause de cette sécheresse dont elle avait fait preuve un peu plus tôt. Et là encore elle gaffa. Alors qu’il demandait, attentionné, ce qu’elle souhaitait porter, elle l’envoya sur les roses. Encore une fois la solitaire Cassidy avait frappé. Après tout, elle n’avait eu besoin de personne jusqu’à présent pour l’aider à ranger ses affaires, à lui choisir une tenue. Il voulait sûrement se rendre utile, comme n’importe quel homme le ferait. Encore une fois il ne pouvait pas comprendre qu’elle avait eu l’habitude, jusqu’à présent, de ne porter que des affaires… identiques, sans aucun goût. Un pantalon ample, une tunique, une ceinture et des bottes voilà qui lui suffisait bien. Là lui demander le choix de la tenue lui semblait à des années lumières de ce qu’elle avait l’habitude de faire au quotidien.

Elle se trompait sans doute mais il ne lui disait rien. En fait, Tristan ne lui posait aucune question. Il affirmait les choses c’est tout. Lui demander par exemple comment elle faisait pour s’orienter, si elle avait déjà vu certains beaux paysages, enfin lui poser des questions sur ce royaume qu’elle connaissait… quand même mieux que lui. Sauf que non, ce n’était pas ce qu’il faisait. Alors peut être que c’était dur pour lui de s’intéresser aux autres, après tout les dragons étaient connus pour être prétentieux et orgueilleux. Peut être qu’il ne s’était jamais intéressé aux paroles d’une femme, à ses connaissances.

Il y avait bien une sorte de distance alors qu’elle le rejoignit à la charrette pourtant Cassidy était bien trop préoccupée pour le remarquer. Elle était toujours plongée dans ses réflexions alors qu’ils s’étaient mis en route et était silencieuse. Cela ne la dérangeait pas même si elle se sentait mal à l’aise, pour une raison qu’elle ignorait. Il était vrai que maintenant qu’ils se fréquentaient depuis quelques temps, la nouveauté avait disparue et on rentrait plus dans un petit quotidien avec ses hauts et ses bas. Si Cassidy avait connu les réflexions de Tristan… elle aurait été aussi surprise qu’intriguée. Et puis si vraiment il voulait tuer Jilian, il ne ferait que confirmer ce qu’on disait des dragons…

Pourtant, elle voulait essayer d’être un peu aimable, surtout que le voyage allait être bien long. Une façon de s’excuser. Et pourtant elle ne parla que de nourriture. Pas qu’elle n’avait faim car ils avaient déjà mangé mais c’était la seule chose qui lui était venue à l’esprit, et qui n’échaufferait personne. Une discussion neutre. Sauf que c’était très loin d’être intéressant. Et il avait répondu du tac au tac, mais sa phrase laissait sous entendre bien autre chose. Elle feignit l’ignorance en se tournant dans un autre sens. Il n’était pas malin de dire ça, surtout que ses pulsions se réveillaient un peu. Mais pas maintenant…

Cependant, le destin ou les dieux vinrent ajouter quelques rebondissements dans leur trajet. Elle était debout affairée et l’instant d’après paf, elle s’était retrouvée sur le torse de Tristan. Fichu caillou ! Et merde ! Cette proximité involontaire attisa tous ces sens et un doux frisson lui parcouru le dos alors qu’il glissait les bras de sa poitrine. Tristan s’enquerra de son état et elle répondit bien rapidement, un peu trop même, C’est que Cassidy essayait de maîtriser ses pulsions, ce qui n’était pas simple dans la position où elle était. Cherchant à reprendre ses esprits, la demoiselle tenta de reprendre son équilibre mais cette fichue charrette ne semblait pas d’accord et elle retomba sur Tristan encore une fois ! Retenant un gémissement pas de douleur mais de plaisir lorsqu’il effleura de ses mains ses seins, la demoiselle ferma les yeux. Ce n’était pas le moment… Bon d’accord ils n’avaient rien fait depuis quelques temps mais quand même… Crispée et tendue comme une corde d’arc, elle cherchait à faire partir de son esprit la sensation très agréable qui s’était emparé d’elle et qu’elle souhaitait retrouver en un peu plus approfondi.

Elle entendit à peine Tristan qui s’inquiétait de son état. Pourtant, même si elle était parfaitement consciente de ce qu’elle allait faire, la tentation avait assez duré et les exigences de son corps la rappelaient à l’ordre. Elle avait prit les mains de Tristan pour les poser sur sa poitrine en lui demandant de continuer. Tout doucement, même avec une sorte de timidité qui était bien différente de son attitude actuelle. Il ne répondit pas mais s’exécuta, se déplaçant pour s’adosser contre un sac et la mettre devant elle. Un feu brûlait en elle, qu’elle voulait voir grandir petit à petit.

Il commença avec beaucoup de douceur et aussitôt Cassidy se rendit compte à quel point son corps réclamait ce genre de chose. C’est que ça lui avait manqué quand même. Son cerveau était court circuité et elle ne pensa pas une minute de plus justement à ses réticences, sa méfiance, son envie de ne pas se laisser aller là dedans. Et il fallait le dire, Tristan était un expert là dedans. Soupirs, gémissements, elle semblait beaucoup apprécier tout ce qu’il faisait et elle frissonna quand il répondit à sa requête d’une voix basse. Ils s’étaient embrassés et elle avait montré son impatience et ses exigences en insistant sur le baiser.

Douces caresses, le plaisir qui montait crescendo alors qu’elle enfonçait ses doigts dans ses avants bras. Elle frissonna encore plus quand il passa les mains sous la tunique, touchant sa peau et prononçant son surnom. Elle fut même mécontente lorsqu’il s’arrêta un instant coupant d’un coup les sensations en lui demandant de continuer. Ils continuèrent un moment à se chercher, doux préliminaires et bien malgré elle, elle se montra un peu plus exigeante. Enfin ils passèrent aux choses sérieuses qui lui fit pousser un profond soupir de satisfaction. Haletante, transpirante, c’était presque un supplice pour elle jusqu’à atteindre un orgasme assez fort qui la laissa toute étourdie et encore sonnée. Mais que c’était bien… Atteindre les sommets…

Elle était prête à atteindre un deuxième orgasme, son corps se crispant et ses mains tirant sur le dos du jeune homme lorsqu’une voix inconnue résonna dans le paysage enneigé si silencieux. Elle se crispa et regarda Tristan un instant, un regard vraiment mauvais sur le visage, terriblement contrariée de cette brusque interruption. Il se dégagea néanmoins rapidement à son grand malheur et la demoiselle soupira en reprenant ses vêtements pour s’habiller. La mauvaise humeur était revenue et elle resta tout à fait silencieuse. Sortant la tête de la charrette, elle fit juste un signe de tête pour dévisager les personnes qui se trouvaient à côté.

Puis elle retourna s’installa dans le fond de la charrette, cherchant à faire taire ses pulsions, extrêmement contrariée. Elle entendit à peine l’homme faire la discussion d’un air joyeux avec Tristan, sans savoir qu’il les avait dérangé en pleine… activité intéressante. Cassidy soupira profondément en se laissant tomber dans le fond de la charrette et regardant le ciel. Elle ne savait plus quoi faire maintenant. Penser à des choses tristes ? Sortir de la charrette pour marcher ? Courir ? Cela lui aurait fait du bien.

Elle vit le ciel s’obscurcir alors que la nuit tombait. Finalement ils arrivèrent et ils rentrèrent dans la ville. Cassidy ne fut pas mécontente de rentrer. Elle s’affaira aussitôt avec sa valise pour ranger toutes les affaires dans l’armoire. Néanmoins, n’ayant aucun sens du rangement, elle mit un peu tout en vrac, en boule, soupirant et trouvant qu’elle avait bien trop de choses au final. Surtout si elle devait retourner sur la route, elle ne se voyait pas du tout voyager avec tout ce… bordel. Soupirant, de mauvaise humeur, elle n’entendit pas Tristan qui était arrivé derrière elle. Son baiser dans la nuque la fit un peu sursauter et il parla d’un air rassuré, promettant qu’il se rattrapera avant de s’écarter rapidement.

La jeune femme rangea les affaires distraitement, en essayant de ne pas penser à ce qu’il avait dit. C’était vraiment sadique tout ça ! Le hasard avait voulu qu’ils se rapprochent et là cette petite famille avait tout… gâché. Elle soupira puis partit se débarbouiller dans la salle de bain. L’eau fraîche lui fit le plus grand bien. Lorsqu’elle sortit, Tristan proposa d’aller se balader dans les ruelles, avant d’aller manger. Elle accepta vaguement, sans chercher à vouloir plus.

Il faisait frais encore ce soir là mais les lunes étaient bien hautes dans le ciel, éclairant les ruelles animées de la ville. Les Friholdiens aimaient bien se balader dehors et n’étaient pas vraiment frileux. Cassidy était silencieuse, plongée dans son mutisme lorsqu’elle sortit ces quelques mots.

« Jvais voir pour mes horaires, à la boutique »

En vérité, ses horaires ne changeaient absolument pas. Elle ne travaillait que le matin, soit pour faire du rangement, soit pour aller chercher des plantes à l’extérieur. Cela avait été convenu comme ça depuis le début. Ninna n’avait pas une usine non plus et tout était rangé assez rapidement. De plus, Cassidy avait demandé expréssement à ne pas trop travailler car elle tenait bien trop à ses longues balades dans les forêts et sa liberté. Ce qui avait été accepté. Tristan avait proposé de venir l’aider et tout sauf qu’elle s’était contenté de hausser les épaules. Ouvrant la bouche, elle faillit lui sortir encore une réplique cinglante mais se retint juste à temps. Pourtant c’était la vérité, il n’y avait pas assez de travail pour deux…

La jeune femme était fortement ennuyée. Ses pulsions la lançaient de temps à autre et elle se sentait bien avoir du mal à résister à ça encore une fois. Pourtant, alors que la raison revenait, la colère était également présente. Elle en avait marre… de devoir encore être soumise à ces fichues pulsions. Elle ne savait même pas si c’était elle qui le voulait ou son corps. C’était fatiguant, lassant à la fin. Est-ce qu’elle voulait faire des choses avec Tristan parce qu’elle l’appréciait ? Parce qu’il faisait bien les choses ? Est-ce que ça venait d’elle ou de son corps ? Et ça l’énervait encore plus de penser comme ça.

Elle imaginait bien la situation. Le soir quand ils retourneraient à l’auberge et qu’ils se coucheraient, la proximité voudrait que… Cassidy frissonna et devint rouge alors qu’elle regardait dans une autre direction. La demoiselle secoua la tête pour retrouver ses esprits. Cela ne lui plaisait pas du tout. Ils étaient arrivés à la boutique de l’apothicaire et Cassidy prit congé de Tristan pour aller voir Ninna. Cette dernière était affairée dans l’arrière boutique et l’accueillit avec un sourire.

- Cassidy ! Comment ça va ? Ta sortie s’est bien passée ?

Elle avait un air espiègle sur le visage alors que Cassidy semblait un peu… blasée. Cette dernière s’essuya le front.

« Ca va… hum bon au fait j’aimerais te demander quelque chose… »

Ninna fronça les sourcils, intriguée alors qu’elle reposa la fiole qu’elle tenait dans sa main et l’interrogea du regard. Cassidy ne détourna pas les yeux et parla avec beaucoup d’assurance, comme si elle avait réfléchi longuement à la façon d’aborder les choses.

« J’ai besoin d’un somnifère… et puissant ! »

Ninna haussa un sourcil. Elle se demandait bien ce que Cassidy avait derrière la tête. Cette dernière semblait avoir vraiment bien réfléchi à la situation car elle répondit du tac au tac pour se justifier. Nul doute qu’elle avait suffisamment réfléchi à ça.

« Je n’ai… pas beaucoup dormi ces derniers jours, j’ai un peu de mal à m’endormir donc comme je viens travailler demain, autant me coucher tôt et être en forme dès le matin »

L’apothicaire croisa les bras. Elle était bien au courant que le grand Drakkari avait amené sa petite employée dans une ville à côté, et elle n’était pas née de la dernière pluie. Il y avait fort à parier que les deux jeunes avaient eu des nuits bien mouvementées. Pourtant, même si cela ne la regardait pas vraiment, surtout que Cassidy n’était pas du genre à s’étaler sur sa vie privée et dans les confidences, elle chercha quand même peut être à lui faciliter la chose.

- Tu peux venir travailler l’après midi si tu souhaites prendre un peu de temps pour te reposer

Cassidy secoua la tête en faisant un sourire crispé.

« Non non, je préfère venir le matin, j’aime bien avoir l’après midi de libre pour pouvoir faire autre chose… »

Ninna soupira en levant les yeux au ciel puis se détourna pour regarder dans son stock afin de trouver un somnifère qui conviendrait, sans les effets de dépendance. Un bruit de fioles qu’on bougeait se fit entendre alors qu’elle grommela avant de relever la tête en tendant une petite fiole sombre fermée.

- Voilà ! Je pense que ça devrait faire l’affaire… Avec ça tu devrais t’endormir rapidement sans avoir aucun problème.

« Je te remercie bien ! A demain ! »

Cassidy avait mis la fiole dans sa poche puis était sortie de la boutique, rassurée. Pauvre Tristan… il ne s’attendrait certainement pas à ça. La demoiselle semblait de bien meilleure humeur en le rejoignant. Elle hésita à lui en parler mais au final, ce n’était pas nécessaire. Un, elle n’avait pas envie de se prendre la tête avec ça ce soir, deux elle ignorait sa réaction, trois elle pouvait bien être libre de ses actions sans tout lui dire non ? Et puis, pouvoir dormir sans penser à ses pulsions serait salvateur.

« Je commence demain à 8h »

Il avait répondu puis ils s’étaient dirigés vers un des restaurants de la ville. C’était encore un petit coin accueillant encore une fois. Il y avait foule ce soir, et les serveurs avaient à faire. La chaleur qui se dégageait de l’endroit était agréable et Cassidy se mit à un table un peu à l’écart avec Tristan pour être plus à l’aise. Alors qu’elle avait enlever le manteau pour se poser, le jeune homme commença à faire la discussion en parlant d’aller surfer avec elle puis de lui apprendre des techniques de défense. Elle était en train de boire son verre d’eau quand il lui avait sorti ça et aussitôt, la jeune femme avait recraché l’eau avalée dans son verre. Ok… visiblement ça le faisait sourire mais elle ne l’avait pas remarqué.

Avec une espèce de dignité, elle avait attrapé sa serviette pour s’essuyer la bouche, parce que là elle avait de l’eau qui dégoulinait sur son menton puis leva les yeux au ciel. A vrai dire, elle détestait qu’il rappelle ça. Déjà que Jilian avait suffisamment insisté… en fait Tristan agissait un peu trop comme Jilian. Si elle avait envie d’apprendre à s’entraîner elle demanderait… sauf que là, elle avait juste prévu hier de reprendre un peu ses habitudes, se refamiliariser avec son quotidien… peut être essayer de méditer avec son espèce de pierre pourquoi pas… voir si elle avait de quoi perfectionner ce petit exercice. En vrai, elle voulait passer une journée… seule. Point. Sauf que bien sûr, elle ne souhaitait pas en parler à Tristan. Elle imaginait bien qu’il cherchait à tout faire pour qu’elle soit contente. Sauf qu’il oubliait un peu vite qu’une louve sauvage avait besoin de son indépendance et de ses moments en solitaire. Au début c’était tout beau tout nouveau mais là elle demandait juste à rester seule un moment, de souffler. Pas qu’elle n’appréciait pas Tristan loin de là ! Mais il avait été tellement présent ces derniers temps, que l’envie de prendre de la distance était toujours présente. Reprendre ses habitudes et voir si il lui manquait ou pas… faire une sorte de test. Sauf que bien sûr, elle n’allait pas lui en parler, du moins pas ce soir.

Car elle avait tellement était cassante pendant toute la journée, qu’elle se voyait encore mal l’enfoncer encore une fois. C’était une sorte de petite attention mine de rien. Elle répondit.

« Heu oui on verra… »

Elle avait nonchalamment posé sa main sur le bord de la table et regardait ce qui se passait autour d’eux, fixant son intérêt sur un groupe de personnes joyeuses qui discutaient plus loin. Puis elle sentit la main de Tristan qui se posait sur la sienne alors qu’il prononça une phrase qu’elle n’était pas sûre de comprendre. Retirer quelle proposition ? De l’entraîner demain ? Cela la soulagea alors qu’elle le regardait avec surprise mais visiblement ce n’était pas ça.

Il parla de sa proposition de voyager ensemble, il lui expliqua que c’était sa façon d’être, que ça lui plaisait mais qu’il voyait bien que cela la gênait. Elle écarquilla les yeux. COMMENT il avait encore deviné ? Non mais il y avait un milliards de choses pour lesquels elle pouvait être gênée et il fallait qu’il tape là-dessus. A chaque fois qu’il n’était pas à l’aise, il s’en rendait compte, touchait du doigt là où ça allait pas et cherchait à arranger. Par les dieux, il lisait dans son esprit ou quoi ? Ca semblait trop… trop… Avec son autre main elle se massa le front d’un air lent alors qu’elle l’écoutait en silence.

Compliments touchants, elle sentit son cœur battre un peu plus vite alors qu’il disait et affirmait qu’il ne toucherait personne d’autre, qu’il était bien avec elle, qu’il voulait voler, qu’il voulait la laisser prendre son temps et procéder par étapes. Il demanda si il ne s’exprimait pas mal encore une fois et cela le rendait touchant. Pourtant elle n’eut pas le temps de répondre puisque le serveur venait d’arriver avec deux assiettes bien remplies et fortement appétissantes.

Cassidy se contenta de boire un verre d’eau avant de le reposer tranquillement mais sans pour autant retoucher à son assiette, songeuse.

« Je me demande plutôt si tu ne lis pas dans mon esprit d’une manière ou d’une autre »

Sa voix était douce quoique teintée d’un peu de méfiance. Elle regardait son assiette sans la regarder, ses coudes posés sur la table et le menton dans ses mains alors qu’elle replongea son regard dans le sien.

« N’y vois pas quelque chose de déplacé… c’est juste qu’à chaque fois que quelque chose ne me plaît pas, tu le remarques très bien et tu changes aussitôt ton discours pour essayer de t’adapter à moi. C’est… gentil mais… enfin je sais que j’ai de la chance mais désolé d’être un peu parano… tu sais que certains humains ont un don de télépathie… »

Ce qu’elle essayait de lui faire comprendre, c’est que pour l’instant elle n’était pas habituée à ce qu’on lui témoigne autant d’attention. De plus, elle savait très bien que certaines personnes profitaient de ça pour faire tomber dans leurs filets des naïfs. C’était tellement simple…

« Je ne te crois pas comme ça mais pardonne ma méfiance… »

Elle se retint de justesse de rajouter qu’il avait peut être l’habitude de lire dans l’esprit des dames pour répondre à toutes leurs attentes. Il avait des missions qui lui demandaient de courtiser des demoiselles pour des raisons diplomatiques ou autre non ? Malheureusement, cette réputation s’accrochait à lui-même si il était de très bonne volonté.

Cassidy se mit à se gratter la tête, visiblement un peu gênée.

« Je… je veux pas que tu le prenne mal mais si tu cherches à me comprendre, à être honnête… comprends bien aussi que c’est pas dans mes habitudes d’être aussi proche aussi longtemps avec quelqu’un… »

Elle marqua une pause, visiblement mal à l’aise en tapotant sur la table.

« C’est gentil que tu retires ta proposition et je t’en remercie. En fait je m’attendais pas à ça. J’ai beaucoup d’attirance pour toi, j’apprécie ta compagnie, tous… ces moments passés ensemble mais c’est vrai que comme tu le dis, j’ai besoin d’avancer doucement… »

Elle posa un coude sur la table et énuméra des points tout en dépliant ses doigts.

« Ca fait plus d’uen semaine qu’on est ensemble presque 24h dans la journée, ensuite tu m’emmènes dans une ville très fréquentée alors que j’ai plus l’habitude de traîner en forêt, les cadeaux, les propositions… tout ça. Le prends pas mal hein ! Mais je ne suis pas habituée à ça. J’ai passé 10 ans de ma vie seule… à voyager seule. C’est peut être triste mais je m’y suis habituée et là le problème c’est surtout d’être autant mise en avant. J’aime le calme, j’aime le silence, j’aime observer la nature et ce qui se passe sous mes yeux… ça me permet de me ressourcer. Tu devrais comprendre un peu toi non ? De par ta nature… »

Cassidy ignorait si elle allait trop loin ou pas. Déjà, elle semblait très patiente pour lui expliquer qu’elle était comme ça. Mais dans ses paroles, elle ne donnait pas l’impression de vouloir changer d’attitude. Elle s’ouvrait à lui mais elle tenait toujours à avoir des moments de calme, que ça lui plaisait et elle n’y pouvait rien.

Elle s’amusa avec sa fourchette distraitement, ne sachant pas si elle l’avait piqué au vif et qu’il allait se braquer ou pas.

« Je pense que t’es pas tombé sur la fille la plus facile… »

Dernière petite phrase qui lui était venu à l’esprit qu’elle avait prononcé d’une voix basse et sombre. Au moins elle le reconnaissait.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 23 Fév - 0:55

Oh comme la petite demoiselle, si farouche, se trompait quant aux intentions et aux pensées du grand jeune homme qui était entré dans sa vie de manière si fracassante. Certes, Tristan avait une vision des femmes bien particulière et bien à lui et certes, il aurait été parfaitement d’accord avec elle, la beauté revêtait des critères tout de même. Si toutes les femmes étaient belles à ses yeux, c’était bien dans une idée un peu utopiste de beauté plus large, celle de pouvoir donner la vie. Enfoui au fond de lui, le dragon, admiratif, observait cette magie immuable, venue du fond des âges que seules les femmes pouvaient posséder. En cela il trouvait les femmes magnifiques mais si Cassidy le lui avait demandé, si elle avait vraiment cherché le jeune homme sur ce front-là, elle aurait été surprise certes mais lui aussi, car au final, devant son raisonnement implacable, il aurait été bien forcé d’admettre qu’il ne savait pas lui-même pourquoi il pensait ainsi et qu’elle avait bien raison ! Car il était le premier a être sensible à la beauté d’une femme et que malgré des critères assez souples il était particulièrement réceptif à un beau visage sur un corps attirant. Et puis il était surtout très mal placé pour parler de beauté… Il était bien facile d’affirmer en effet que tout le monde l’était quand on défie de son côté bien des lois et des limites sur ce plan. La nature avait été bien injuste de doter un seul homme de tant d’atouts. Peut-être était-ce pour cette raison qu’elle l’avait fait dragon, créature crainte et difficile, parfois haïe, parfois admirée, jamais considérée comme une égale, au caractère si facilement emportée et si excessif. Peut-être était-ce pour cela qu’elle l’avait fait aussi différent des autres sans qu’il ne réalise lui-même à quel point. Tristan se savait différent et cette certitude l’effrayait même s’il s’était jusqu’alors évertué à le cacher avec talent. Sa différence ne transparaissait que bien peu puisque les faux-semblants, les jeux de la Cour et de tout ce qu’il était, avaient façonné un homme idéal et idéalisé, une armure de perfection protégeant un jeune homme certes merveilleux, d’une gentillesse profonde et d’une innocence encore touchante tant elle était idéaliste, mais d’une profonde maladresse… Le véritable garçon sous l’armure ne s’était pourtant jamais réellement dévoilé. Il se montrait en grande partie devant ses amis car eux-mêmes différaient des autres et que le Pacte entre eux était plus fort que tout. Mais jamais pour une femme il n’avait enlevé cette armure, jamais totalement… Devant Cassidy pourtant, la jolie, si jolie Herediane devenue si farouche et indépendante, si solitaire et amère de la vie, son armure s’était écroulée et le jeune homme qui en avait émergé, tout fanfaron, tout extrême, empli de tendresse pour cette demoiselle qui provoquait l’affrontement de toutes les forces de la nature dans son coeur, empli de sentiments naissants qu’il n’aurait jamais dû être en mesure d’éprouver, se tenait, nu et vulnérable… Tellement vulnérable… Un être fragile qu’elle heurta douloureusement à plusieurs reprises…

Elle était ainsi… La vie l’avait façonnée ainsi. La vie et ses souffrances car en trop peu de temps la demoiselle avait vécu mille horreurs et ne semblait pas prête d’en réchapper.
Pour ce garçon là, elle aussi s’ouvrait, redécouvrait un monde un peu plus coloré et un peu moins barbare. Car ils étaient forts mais chaleureux les bras qu’il passait autour d’elle pour l’envelopper, comme pour la protéger du monde. Car elles étaient douces pour des mains de guerriers celles qu’il posait sur elle avec autant de douceur que de passion, autant de retenue que d’un profond respect. Peut-être aurait-il dû lui dire la vérité. Qu’on lui avait appris à posséder les femmes, de force, à les violenter souvent, pour leur montrer sa supériorité, pas assez pour les blesser sérieusement, assez pour les dresser… Qu’on lui avait appris à retirer les bracelets ou le collier qu’il portait toujours, pour laisser ses hormones violentes, ses pulsions terribles, la magie réelle et si sauvage qui en émanait avoir raison des réticences de toute femme et forcer les plus fidèles à écarter les cuisses… Ce qu’on lui avait enseigné et qu’il avait toujours refusé, toujours… Même alors qu’il était seul, même alors qu’il avait peur et comprenait qu’il n’avait rien d’humain, qu’il devait se tenir éloigné de sa mère pour l’épargner… S’il lui avait avoué ces choses dont la simple pensée le hantait de colère, de fureur, peut-être aurait-elle mieux compris pourquoi il se retenait avec respect et pourquoi il semblait si fier de la manière dont il considérait les femmes. Car malgré toute la pression qu’il subissait, il avait avant tout pensé par lui-même… très jeune.
Alors peut-être que c’était contradictoire et qu’elle n’aurait pas compris pourquoi on lui enseignait la violence tout en le poussant dans les bras de femmes d’âges mûrs alors qu’il n’était qu’un jeune adolescent. Et si elle lui avait posé la question, il aurait eu bien du mal à lui répondre… Car cela impliquait d’autres révélations, trop sans doute, et qu’elle commençait à en savoir bien trop pour qu’il n’en paie pas les conséquences…

Tristan n’en voulait pas à Cassidy pour la manière dont elle lui répondait, de plus en plus abrupte, de plus en plus sèche… Son enfermement dans ses pensées et ses réparties de plus en plus véhémentes allaient crescendo depuis sa demande timide pour qu’elle l’accompagne, qu’ils voyagent ensemble. Bien sûr il y avait aussi toutes les révélations qu’il lui avait faites, encore une fois trop vulnérable face à elle, par souci d’honnêteté, parce qu’il voulait qu’elle sache bien plus sur lui qu’il n’aurait jamais osé le dire, parce qu’il voulait lui dire la confiance qui hantait son être quand il la regardait, et ce truc aussi, qui chatouillait son âme et le rendait si heureux… Il doutait que ses révélations l’aient fâchée… Elle voulait en savoir davantage sur lui après tout. Mais ce qu’il lui avait montré pour la Cour, du rôle qu’on l’avait forcé à jouer puis qu’il avait apprécié, endossé parce qu’il y trouvait son compte, que séduire était naturel, facile, glorifiant, l’avait bien contrariée, il l’avait compris. Il se surprenait de comprendre d’ailleurs. Près d’elle, même les subtilités lui apparaissaient… bien plus clairement et il s’en étonnait beaucoup. Comme si la comprendre était bien plus simple que tout le reste… Enfin un peu, juste un peu… Elle était fâchée et ses questions sur sa sexualité le vexèrent un peu. Mais comme elle avait été très honnête avec lui pour la maison close il se disait qu’il lui devait aussi sa franchise en retour.

Mais c’était un garçon maladroit et sa taquinerie, témoin sonnant de sa gêne et de sa timidité quant à ses réelles pensées pleine de jalousie et d’une certaine possessivité malheureuse, furent si mal interprétées que les débouchées devinrent douloureuses.
Oui, il avait été en colère, très en colère… Et heureusement, elle eut la force de retenir d’autres paroles plus violentes qui auraient vraiment causé bien des dégâts chez le jeune dragon. Oui, c’était lui qui avait commencé et il le savait et il aurait bien demandé pardon, si sa langue n’avait pas été de plomb et si l’amertume dans sa bouche n’avait pas été si forte. C’était maladroit. Juste profondément maladroit. Car la vérité était si différente…
Elle se retint, elle fit bien, elle sauva beaucoup, même sans en avoir pleinement conscience. Qu’aurait-il fait autrement ? Probablement se serait-il transformé. Pour laisser les instincts ancestraux du dragon chasser la naissance des sentiments du jeune être si différent de ses confrères… Pourtant c’est ce qu’il fit en offrant son visage au ciel et en marmonnant vite des mots qui n’étaient ni dans leur langue ni en draconique… En fait ils ne semblaient avoir aucun sens, comme une vieille langue mais aux sonorités étranges, qui ressemblaient au dragon, mais chantait comme la langue des elfes. Autrement, elle aurait compris oui, compris la souffrance de l’instant dans la prière que le jeune homme adressait au ciel, cette prière qui demandait d’arrêter la colère de son coeur, d’apaiser la souffrance de son âme, de le laisser se calmer et avancer dans le monde des hommes… Peut-être comprit-elle certaines parties.. Après tout… Toutes les langues se recoupaient, non ?

Elle aurait été surprise de mille choses si elle avait pu lire dans ses pensées tout ce qui s’y heurtait. Elle aurait notamment su que s’il ne posait que peu de questions, préférant tenter des affirmations, qu’il aurait été ravi d’entendre contester d’ailleurs, ce n’était qu’à cause du comportement de la demoiselle. Car si elle avait par moments, à leur début, répondu avec ardeur, passion et de manière prolixe à ses questionnements, pour bien d’autres, la majorité, elle s’était contenté de réponses si nettes et évasives que ces dernières n’avaient que réussi à rendre bien mal à l’aise celui qui les avait fait naitre. Elle ne parlait pas d’elle. Pas spontanément ou de manière trop rare. Elle ne parlait pas de ses passions et d’ailleurs elle en avait bien peu. Il lui aurait bien demandé comment elle voyait la nature et le surf, le calme, le silence et les plantes mais à part lui répondre qu’elle aimait ça tout simplement, que c’était mieux que tout le reste, lui rappelant encore à quel point il s’était planté avec ses surprises à répétition, elle l’aurait probablement trouvé lourd à l’interroger de la sorte. Et s’il pensait avoir un sujet à toute épreuve: la lecture, avec ses sujets aussi vastes que variés, son aversion pour les ouvrages qu’elle essayait plus ou moins de vaincre n’aidait décidément pas du tout ! Quelle curieuse demoiselle ! Elle ne savait décidément que bien peu ce qu’elle voulait. Qu’il lui fiche la paix mais l’interroge sur ce qu’elle aimait. Qu’il lui demande mais pas trop. Qu’il se confie mais pas trop. Qu’il s’investisse mais pas autant… Une femme dans toute sa splendeur, peine de contradictions… n’était-ce pas le cas pour une personne qui compte ? Un tant soit peu ?… Tristan en avait trop fait et il faisait mal en plus… Même sa manière de parler déplaisait finalement à la jeune femme. Décidément il n’avait que bien peu pour lui plaire.

Le temps glissa sans mesure habituelle. Le silence entre eux, le regard vide du jeune homme et sa poigne comme morte alors qu’il cédait un peu à ses instincts pour reprendre son armure qui le protégeait bien mieux des souffrances… Ils rentrèrent à la ville puis la quittèrent. S’il n’y avait eu les cahots sur la route leur retour se serait probablement fait dans le silence et la gêne. Au lieu de quoi le désir et la passion vinrent jouer avec leurs sens. Tristan demeura pourtant singulièrement sage, ne consacrant une fois de plus, son temps et son contrôle qu’au plaisir de la jolie blonde qui semblait tant le fasciner. Le désir assombrissait son regard mais il n’y céda à aucun moment, trop occupé à essayer de se faire pardonner à travers ses caresses. Car si elle lui avait parlé si durement c’est qu’elle lui en voulait non ? Alors puisque les cadeaux et tout ce qu’il faisait ne marchaient pas, puisqu’il était si mauvais dans ses attentions maladroites, ça… oui ça… peut-être qu’elle le pardonnerait plus facilement. Il ne se retint pas par souci d’être pardonné justement mais juste par souci d’elle, de son plaisir et encore à cause de ce défi personnel et encore une fois si utopiste de la rassurer un peu sur les hommes et surtout sur lui. Il n’était pas comme les autres. Il voulait juste le lui prouver. Jamais il ne la forcerait. Jamais il ne se soucierait de lui avant de se soucier de son plaisir. Jamais il ne lui imposerait quoi que ce soit. Jamais il ne considérerait que c’était donnant-donnant. La douleur que faisaient naître ses pulsions inassouvies s’apaisait en voyant la petite demoiselle si extatique. Il en était si surpris et si heureux en même temps. Le plaisir d’autrui pouvait vraiment apporter tant de bonheur ? Il l’ignorait… C’était agréable comme découverte… Il aimait la crispation de ses mains sur ses avant-bras au début, puis sur ses cheveux et son épaule, les légères griffures sur le haut de son dos, ses soupirs, le rougissement si délicat de ses pommettes, la légère pellicule de sueur qui venait recouvrir son corps offert au plaisir. Dans un sens il espérait que d’autres l’avaient déjà traitée comme il le faisait et d’un autre… il souhaitait si fort être le premier… C’était stupide et égoïste. Mais il s’en fichait. Bien sûr, si l’avenir avait été différent il l’aurait ainsi passionnément torturée autant qu’elle le souhaitait. Si elle l’avait incité par la suite à lui faire l’amour il en aurait été on ne peut plus ravi évidemment… La passion grondante dans ses entrailles ne demandait qu’à se manifester après tout et si son coeur s’apaisait sous les soupirs de la belle demoiselle, ce n’était que peu le cas de ses hormones. Mais si elle s’était contentée de vouloir lui rendre gentiment la pareille pour ces doux puis passionnés préliminaires il ne l’aurait pas laissé faire, préférant qu’elle se laisse aller au plaisir et se détende plutôt que de ne pas en profiter pleinement. Son coeur avait battu fort à cette pensée alors qu’il la couvrait de caresses. Près d’elle… il n’était pas égoïste, intransigeant, demandeur pour le sexe… Ca le rendait… aussi surpris que fier.
Mais ils avaient été interrompus… Pour cette raison, s’arrêter pour lui n’avait pas été si difficile, même s’il avait maudit l’homme assassin venu le couper dans le plaisir qu’il distillait dans le coeur de sa douce. Par contre ça avait été plus difficile pour elle. Etre arrêtée en plein plaisir, juste avant un orgasme pouvait après tout certes être frustrant… mais aussi douloureux ! Pauvre petite demoiselle… La gêne revint les étreindre de ses bras glacés, moins présente qu’au départ mais de nouveau là… Comme si l’intimité, réelle, qu’imposait leur attirance l’un pour l’autre, enfin respectée, était le seul endroit où ce malaise n’était pas réellement présent.

S’il avait su les questionnements que se posait Cassidy, quant à son attirance réelle, la différence entre ce qu’elle voulait et ressentait et ce que désirait son corps, Tristan aurait été blessé… Blessé d’être peut-être juste un mâle de plus apte à l’apaiser un peu… Pourtant c’est assez fanfaron qu’il avait affirmé lui prêter son corps au moindre besoin peu avant. Mais au final, il ne savait pas à ce moment-là, qu’il voulait être bien plus…

Ils arrivèrent au village dans lequel le grand jeune homme séjournait pour sa mission. Ils rangèrent leurs affaires et c’est avec une pointe de timidité qu’il l’avait enlacée et pressée doucement contre lui, promettant de se rattraper de ce deuxième orgasme gâché. Les réactions du corps de la demoiselle, la manière dont elle l’avait pressé de s’occuper d’elle, l’avaient rassuré un peu, il se sentait bien, plus serein bien que de nouveau torturé par les pulsions qu’elle éveillait chez lui. D’ailleurs s’il s’était vite éloigné d’elle c’était pour ne pas trop sentir sa peau contre la sienne, son odeur, les courbes de son corps. Ca avait été bien assez difficile à vivre sans brocher dans le bain !
Elle partit à la boutique et il la regarda s’éloigner sans un mot, se contentant d’acquiescer. Elle était de nouveau quasiment glaciale, distante, lointaine, tellement lointaine. Encore à cause de ce qu’il avait demandé non ? Il retournait l’idée dans sa tête depuis de longues minutes, errant dans les ruelles proches de là où elle l’avait laissé, près de la boutique de l’apothicaire. Ca ne pouvait décidément qu’être sa proposition… Rien d’autre ne pouvait la mettre si mal à l’aise… Si ?

Il ne sut rien de la conversation entre Ninna et Cassidy… Autrement, ça en aurait fait encore de douloureuses choses à accepter. Peut-être était-ce mieux qu’elle ne lui parle pas du somnifère… Peut-être était-ce aussi un tort de lui cacher les doutes par rapport à l’attirance qu’elle avait pour lui. Car même si c’était douloureux, ça il l’aurait encaissé… Alors que s’il venait à apprendre ce qu’elle lui cachait, qu’elle avait besoin d’une potion pour se soustraire à lui et éviter d’avoir envie de lui… N’était-ce pas pire ? Mieux valait qu’il ne le découvre… jamais en effet. De quelqu’un d’autre par exemple… Dommage qu’un ex petit ami jaloux ne soit pas là pour se délecter de l’information. Car l’aveu aurait, après tout, été bien plus efficace que les poings…

Comme Cassidy revint beaucoup plus joyeuse Tristan sourit, un brin apaisé, même si réfléchir lui avait fait prendre une bonne résolution quant à sa proposition. Ils allèrent diner et tout enjoué, le grand jeune homme fit une erreur de plus: des propositions pour le lendemain. Décidément, la demoiselle était bien difficile à suivre. Heureusement qu’il n’était pas dans sa tête. Quelques jours plus tôt en effet elle s’extasiait du fait qu’il veuille lui apprendre quelques techniques tout en l’avertissant du désespoir qu’elle avait fait naitre chez son ex. Quelques jours plus tôt elle était si enthousiaste pour ça et qu’il veuille découvrir sa passion pour le surf et s’y essayer même s’il n’était que peu doué sur une planche… du moins sur la neige mais ça elle ne pouvait pas le savoir. Pourtant ce soir-là, elle pensa de bien vilaines choses en comparant le garçon à son ancien amant… Oui, décidément elle ne savait pas ce qu’elle voulait. Mais peut-être était-ce normal… Il l’avait… « saoulée »… Tout ce qu’il lui avait imposé en quelques jours avaient tant submergé la jeune femme que ces simples choses qui lui avaient plu au départ la dégoûtaient à présent… Elle ne souhaitait plus qu’être seule… Alors que ces quelques jours plus tôt, quand elle lui avait sauté au cou en lui demandant si elle lui avait manqué, elle s’était délecté de son affirmation éhontée.
Il y avait le trop plein de tout et aussi le trop vite, le trop rapide de sa demande, de leur relation qui de simple « jeu entre amants » s’était transformée en pseudo-promesse… Le tout alors que le « jeu entre amants » ne convenait plus vraiment à la demoiselle… Leur relation s’avérait décidément bien trop complexe à comprendre et surtout pour eux apparemment.

Tristan avait en tête sa joie précédente et fut singulièrement douché par sa réponse. Si sa mâchoire se crispa, il ne dit rien, faisant bonne figure et un sourire et se risqua même à poursuivre. Le coeur battant la chamade il était terrorisé malgré son apparente assurance parfaite quand il se lança dans sa grande tirade. Retirer sa proposition, il y avait bien pensé et c’était la meilleure chose à faire… Alors il avait réfléchi aux mots pour ne pas dire de bêtises cette fois-ci, pour ne pas être abrupte ou malpoli et pour lui montrer, de son côté, ce qu’il pensait, que c’était toujours important pour lui… Investi, le jeune homme se livra une fois de plus bien plus que de raison et bien trop en réalité. Trop vulnérable, beaucoup trop il révéla plus que ce que ses souvenirs avaient montré, il révéla sur celui qu’il était aujourd’hui… Et il n’était pas le seul maladroit…
Elle le remercia certes, mais bien trop tard, passant d’abord par une tentative d’humour ou de plaisanterie qui n’avait que trop l’apparence du soupçon. Et si d’ordinaire ses paroles auraient fait sourire le garçon d’un air mystérieux, prononcer quelques réparties taquines ou coquines il ne répondit que par le silence. Parce qu’il s’était livré, encore, parce qu’il se montrait devant elle, encore, trop vulnérable, tellement fragile… et qu’elle lui donnait tort d’agir ainsi. Elle avait posé ses coudes sur la table, lui enlevant sa main dans le même geste, un geste tout bête, naturel, innocent, sans arrière-pensée… Pourtant Tristan retira à son tour lentement sa main de là où elle s’était appuyée doucement, sur celle de sa compagne. Ses mâchoires s’étaient de nouveau crispées, durcissant ses traits alors que son regard s’était assombri.
Elle était en train de l’accuser ? De le soupçonner ? La rancoeur vint balayer la confiance et la douceur dans son coeur. Il ne comprenait pas… Qu’avait-il fait ? Il voulait juste être gentil… faire attention à elle… Ses épaules se tendirent alors qu’il se retenait de justesse pour ne pas serrer les poings… Lire dans sa tête ? Et puis quoi encore ? Alors certes elle s’expliqua et s’il avait été dans un meilleur état d’esprit il aurait peut-être mieux compris, mieux accepté ce qu’elle voulait dire. Que ça faisait simplement un peu peur, la manière dont il semblait pouvoir lire en elle. Alors il aurait répondu que justement, pour elle, il faisait attention, il était très attentif, pas très doué certes mais très attentif, qu’il ne l’avait peut-être jamais fait mais qu’il faisait l’effort… avec elle, pour la comprendre… Mais ça, ça aurait été être vulnérable encore une fois… Et l’être ne lui avait rien apporté de bien heureux…

Heureusement, elle essayait d’être gentille, de bien choisir ses mots mais il ne le remarqua qu’à peine. Pourtant elle faisait attention dans sa propre maladresse. Ce n’était pas des mots qu’elle aurait dû dire, pas comme ça, pas dans le contexte. Pourtant elle avait raison d’exprimer sa pensée, tellement raison. Mais peut-être que si elle l’avait juste rassuré, d’un sourire, d’une caresse sur sa main en réponse, tout aurait été différent. Il la regarda dans les yeux alors qu’elle parlait de méfiance… Elle se méfiait de lui. Il eut mal… Vraiment… Et pourtant il resta impassible. Avec une maitrise parfaite et une assurance qui ne promettait rien de bon il se contenta d’une réponse simple, un sourire en coin aux lèvres.

Malheureusement, si je pouvais lire dans ta tête effectivement, ce que j’ignorais possible à vrai dire, je n’aurais pas fait toutes mes récentes… erreurs à ton encontre. J’imagine que ça au moins va te confirmer que je suis donc… incapable de ce genre de pratique.

Les mots étaient bien choisis, le sourire un brin provocant, comme avant mais son regard lui était froid, si loin du brasier qu’il posait sur elle, plein de douceur et de promesses jusqu’alors. Dans la lumière tamisée et intimiste du restaurant, ses pupilles étaient très larges, ses yeux semblaient noirs et à cet instant deux abîmes insondables.
Elle ne comprit pas ou tout simplement refusa de comprendre… Gentiment, bien moins difficile à vivre que plus tôt, au contraire, pleine de bonnes intentions et lui décochant enfin plus de trois mots en un échange, elle s’exprima quant à ses précédentes paroles.

Elle parla de lui qui essayait de la comprendre, qu’elle n’avait pas l’habitude d’être aussi proche de quelqu’un aussi longtemps. TIIIINNNNNGGG ! Mensonge… Elle oubliait vite son Jilian. Après tout l’amant qui servait d’excuse, elle l’avait supporté bien plus longtemps, LUI ! Il haussa très légèrement un sourcil mais ne répondit pas. Quelques minutes plus tôt, il aurait marmonné timidement un « moi non plus tu sais… » mais il n’en voyait plus vraiment l’intérêt. Enfin le remerciement arriva, gentil, délicat alors qu’elle était si mal à l’aise et se montrait très vulnérable à son tour même si c’était beaucoup moins que lui. C’était bien, vraiment bien et un pas énorme en avant. Mais trop tardif. Beaucoup trop tardif… S’il n’y avait eu que ça, s’il n’y avait pas eu tous les efforts du jeune homme dans la journée, toutes ses paroles, toutes ses révélations, toute sa vulnérabilité et les claques qu’elle n’avait eu de cesse de lui renvoyer, ça n’aurait été rien et il aurait écouté chacun de ces mots avec reconnaissance et déférence. Mais elle lui avait fait mal… Vraiment mal…
Il écoutait pourtant. Attentivement.
Mais malgré toute la gentillesse, toute la bienveillance du monde, les mots qu’elle allait dire ne pouvaient pas être bien accueillis. Parce qu’elle énuméra leur temps passé ensemble, qui ressemblait dans sa bouche à une bien dure corvée, ses attentions maladroites qui semblaient être une énumération d’erreurs. Elle eut même la dangereuse aisance nécessaire pour lui parler de sa nature, les comparer… Et si elle avait choisi une table à l’écart, pour l’intimité, pour éviter le bruit justement et la foule qu’il n’avait eu de cesse de lui imposer, le serveur, lui, qui passait entre les tables et leur apportait la choppe de bière commandée par le jeune homme, entendit bien tous ces mots. Il ne fit que passer, déposant la commande mais si Cassidy ne le vit pas, Tristan remarqua immédiatement le petit sourire ravi du serveur. Ca ne devait pas être souvent qu’il voyait un homme se faire rembarrer par une demoiselle du moins pour une affaire apparemment « sentimentale ». Après tout, c’étaient les femmes qui généralement s’emballaient dans les histoires romantiques, non ? Et puis un Drakkari qui plus est, un de ceux considérés comme les plus merveilleux amants de tous les royaumes ! Rembarré ! C’était juste inimaginable comme scandale ça ! Davantage humilié Tristan resta pourtant silencieux. Ses mâchoires ne s’étaient pas détendues, il accusait juste les mots, comme des coups, sans un bruit.
Elle termina par un commentaire plutôt… bien vu pour le coup. Il ne la regardait plus depuis quelques minutes, se contentant de fixer son assiette. Pourtant il releva les yeux, la fixant, toujours en silence. Il ne répondit pas. Il aurait dû plaisanter, la taquiner là dessus, la défier de ses sourires provocants en affirmant qu’il aimait la difficulté. Au lieu de ça, il avait juste l’air coincé tout à coup.

Comme s’il ignorait ses dernières paroles il se mit à parler. De nouveau il avait l’air parfaitement à l’aise, normal oui alors que les muscles de son dos étaient si tendus sous sa tunique. Il la regardait de nouveau droit dans les yeux, comme s’il n’y avait rien dans ses mots pour le gêner, comme s’il n’avait pas souffert de ce rejet véhément qu’elle lui jetait au visage. De la maladresse, juste de la maladresse et de l’incompréhension… C’était tout et c’était déjà trop. Sa voix était douce alors qu’il parlait avec calme, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, mais à vrai dire ce qu’elle ne pouvait pas remarquer, peut-être juste soupçonner, c’est que sa voix était aussi vide que son regard, la joie sincère l’avait déserté, totalement.

On a qu’à faire ça alors… Demain je veux dire… Tu bosses et tu fais ce que tu aimes, ce que tu veux… toute seule. Et moi j’en profiterai pour… faire ce pourquoi  je suis là. Et m’entrainer… Je n’ai pas vraiment l’habitude d’être aussi… casanier. On se retrouve le soir… pour manger, si tu veux.

Après tout il avait bien compris le léger sous-entendu maladroit. Il allait la laisser tranquille. C’était bien ce qu’elle voulait, non ? Elle répondit, essaya même de détendre l’atmosphère en lui parlant d’entrainement puisqu’elle savait que c’était un sujet qui lui plaisait, essayant de savoir ce qu’il allait faire, lui recommandant de ne pas trop s’exhiber devant les filles du coin s’il ne voulait pas être poursuivi par une horde de fans. Peut-être avait-elle senti le malaise et la douleur du garçon, comme lui avait perçu le sien ce qui l’avait fait revenir sur sa proposition, peut-être essayait-elle de rendre un peu de gaieté entre eux… Car si elle avait de quoi être enfin un peu soulagée ce n’était plus du tout le cas du garçon. Il se contenta d’hausser les épaules et de répondre tranquillement qu’il valait mieux éviter en effet. Il semblait si normal, si naturel avec son sourire en coin en disant ces mots. Et pourtant il s’était juste refermé et roulé en boule comme un hérisson, un petit hérisson tellement triste.
Ils mangèrent ou plutôt elle mangea alors que lui tripotait machinalement sa nourriture de la pointe de sa fourchette sans porter grand chose à sa bouche, se contentant de boire sa bière. Au début elle ne dit rien puis le lui fit remarquer. Il lui fit un beau sourire.

Parler d’entrainement m’a rappelé tous mes précédents excès… Il va me falloir bien des heures pour compenser tous les biscuits que j’ai avalé ce midi… Ils étaient très bon… et m’ont bien coupé l’appétit… Tu avais raison, je n’aurais pas dû m’empiffrer… Pfff… je n’ose imaginer le nombre d’exercices et de séries que je vais devoir réaliser pour que ces abdominaux restent au goût de ces dames… C’est que vous êtes exigeantes quand même

Non décidément il n’avait pas du tout l’air différent. Au contraire, il ne semblait plus mal à l’aise, taquin, gentil, provocant, comme avant, quand parler était si facile, quand eux deux c’était tout neuf et sans toutes ses erreurs. Rien dans son attitude ne laissait réellement présager le mensonge qu’il formulait. Il avait faim… Il avait facilement faim après tout, son corps brûlait beaucoup d’énergie et surtout dans le froid, énormément dans le froid. Mais il avait si mal au ventre depuis quelques minutes qu’il craignait de vomir tout ce qu’il se forcerait à manger. Il se força à mâchonner des brocolis, sachant que son corps en avait besoin, mais c’était tout, délaissant même la viande. Là, forcément il n’avait pas faim ! Non ? Et puis… il est vrai qu’il avait englouti tellement de biscuits qu’elle l’avait prévenu qu’il n’aurait pas faim…

Il alla régler leur repas et finalement ils sortirent. La nuit était magnifique ! Le ciel était dégagé et les étoiles brillaient par milliards au dessus de leur tête. Contrairement à la ville dans laquelle ils se trouvaient la veille, ici, les lumières étaient bien moins nombreuses et les étoiles ne s’en voyaient que bien mieux. Il faisait plus froid par contre… Ils n’avaient fait que quelques pas justement, le nez en l’air, sans se toucher, quand Tristan s’arrêta. Un sourire apaisé flottait sur ses lèvres, il avait les yeux fermés et semblait écouter une voix qu’il était le seul à pouvoir entendre.

Mh… La nuit est décidément trop belle. Ne m’en veux pas mais je vais t’abandonner là et aller voler. Le ciel m’appelle et il est plein de promesses ce soir.

Il avait rabaissé lentement la tête vers elle en ouvrant les yeux. Pas de proposition imposée pour la raccompagner, pas d’excentricité, juste de la distance, une excuse sincère. Il était resté bien trop longtemps humain pour elle après tout. Il s’approcha d’elle, proche, très proche, trop proche. Dans l’obscurité, loin de la lumière tamisée, ses yeux brillaient trop intensément.

Ne m’attends pas… Bonne nuit…

Il se pencha sur elle et effleura juste l’une de ses tempes de ses lèvres, posant une main sur l’un de ses bras. C’est tout, rien de plus… Ni baiser vertigineux pour la faire enrager, ni bras protecteur pour l’envelopper. Sa main n’était pas venue presser sa taille de sa poigne conquérante et ses lèvres n’avaient pas cherché à se glisser contre sa gorge ou son oreille. Un simple baiser sur la tempe qui ressemblait plus à une chatouille qu’autre chose d’ailleurs ! Finalement la petite demoiselle ne risquait pas d’être interrogée sur son endormissement soudain avec son somnifère… Si tant est qu’elle en ait seulement besoin pour le coup…
Il ne s’expliqua pas davantage et s’écarta d’elle, lui faisant un signe de la main avant de disparaitre dans une ruelle, contournant le restaurant. Il arriva sur l’arrière de celui-ci, entendit leur serveur discuter avec son frère, le cuisinier, de ce qu’il avait surpris. Son estomac se contracta violemment et il pressa le pas en entendant le premier se moquer… Après tout… Les Drakkaris n’étaient pas des plus appréciés… sauf sur le champ de bataille et même chez des gens aussi accueillants que les friholdiens.


Le lendemain, quand Cassidy se réveilla pour son travail, elle put constater que la place à ses côtés était vide. Tristan n’avait pas fait de bruit en rentrant, pas le moindre d’ailleurs et ses bras chauds n’étaient pas venus l’envelopper dans son sommeil. Et à forte raison… Le soleil essayait paresseusement de se lever derrière les rideaux tirés de la fenêtre. La chambre était vide… Tristan n’était pas là… Pourtant il était rentré. Le prouvait la grande couverture toute douce qu’il avait installée précédemment sur le canapé et qui était un tantinet froissée mais parfaitement repliée dans un coin et l’oreiller qu’il avait pris de sa place dans le lit et installé sur ce même canapé. Apparemment le jeune homme s’était tenu loin d’elle, comme elle le « souhaitait », même pour dormir. Peut-être craignait-il juste ce qu’il pourrait faire en étant trop proche d’elle… Peut-être voulait-il juste qu’elle ait son quota de sommeil avant de travailler. Lui de son côté n’avait apparemment que bien peu dormi. Peu importe quand il était rentré elle devait dormir profondément. Il avait rapproché lentement le canapé de la cheminée et vu la pile de bouquins empilée par terre, il avait probablement lu très tard ! Peu dormi…et était déjà reparti ! En même temps la naissance du jour était le meilleur moment pour sa traque, un feu de camp pouvant être éteint de nuit ou camouflé par des sorts mais libéré juste quelques instants au moment de la reprise de la marche il avait plus de chance de repérer ses ennemis… Il n’avait pas l’air d’avoir déjeuné là puisqu’il n’y avait même pas l’ombre d’une tasse. Pas de plateau de petit déjeuner non plus, ni chocolat chaud, ni thé, ni mot en fait. Ce n’était même pas de la rancune… juste de la distance. Elle voulait de l’espace il lui en donnait… et faisait par la même occasion cesser ses petites attentions… Après tout, il tombait plus souvent à côté qu’autre chose. Ne rien faire semblait la meilleure des options. Pour le coup, elle pouvait même augmenter les critères de son « test » secret. Se tenir loin du garçon pour voir ce qu’elle ressentait, apparemment elle n’avait que peu besoin de s’en soucier car il avait compris son message et s’était sacrément éloigné de son côté. Tant mieux après tout, sans son attitude de petit toutou soumis dans les pattes elle ne pourrait que mieux se retrouver avec elle-même et ses habitudes, son quotidien et ses réflexes rassurant et réfléchir à sa situation. Il était allé bien trop vite et bien trop loin avec elle mais apparemment il n’était pas si idiot et pouvait même bien mieux comprendre qu’il ne le laissait croire.
Comment se déroula sa journée ? Tristan n’en eut pas la moindre idée et ne chercha pas à le savoir.

De son côté, l’après-midi touchait à sa fin. Il s’entrainait depuis des heures, durement, dans le froid et son corps subissait ses exigences avec la douleur rassurante de la persévérance. Torse et pieds nus il avait trouvé une petite falaise bien à l’écart dans la forêt. L’endroit était dégagé en une clairière, laissant sous-entendre que des pierres devaient être disséminées ça et là sous l’épaisse couche de neige et de terre, empêchant ainsi aux arbres de pousser.
Faisant le poirier, en équilibre sur les mains, agrippé au bord de la falaise dans un équilibre dangereux aux airs d’épopée, le jeune homme faisait des pompes qui pouvaient franchement être considérées comme des oeuvres d’art. Le corps puissant et tendu du grand jeune homme restait parfaitement contrôlé alors qu’il descendait sur ses bras, son nez venant frôler le sol. Il repoussait lentement ses muscles, tout en contrôle et en puissance. Les muscles qui roulaient sur sa peau, saillants ne se dessinaient que davantage. Les yeux fermés, la respiration parfaitement calme malgré la sueur due à la difficulté de l’exercice, qui glissait lentement sur son torse et sur son front, venant se perdre dans ses cheveux, il repoussa brusquement le sol de ses mains, se jetant ainsi dans le vide. Un salto trop souple pour un corps en apparence si massif, et une dizaine de mètres plus bas il atterrit au sol dans une réception parfaite, un genou et une main heurtant la terre et la pierre. Le sol d’ailleurs lâcha une plainte, un craquement plaintif alors que le sol qui à cet endroit était dégagé de neige se fissurait un peu plus. Ce n’était pas son premier saut ici. D’ailleurs l’empreinte laissée par son genou et sa main ne cessait de se creuser. Il retombait toujours parfaitement dans ses empreintes, alternant des deux côtés de son corps, creusant davantage le sol. Vu le craquement et le bruit sourd… là il n’était pas du tout léger ! Et effectivement, s’il avait marché aux côtés d’une certaine petite blonde à cet instant, il se serait bien rattrapé de l’affront qu’il lui avait involontairement fait la veille.

Lentement le jeune homme se redressa et étira son corps puissant en faisant rouler ses muscles. Quelques gloussements lui répondirent. Il les ignora… Il avait bien vu quelques demoiselles qui l’avaient interrogé, en le voyant sans Cassidy, sur ce qu’il comptait faire, lui emboiter le pas quand il était parti s’entrainer en milieu de matinée, après être passé dans une taverne boire un café. Il les avait semées sans mal mais à force de le chercher et certainement après s’y être repris à plusieurs fois, certaines l’avaient apparemment retrouvé… Elles étaient plus que certainement repassé au village entre temps et ses derniers exercices qui rendaient ses atterrissages si bruyants n’étaient pas pour rien dans le fait qu’elles l’aient retrouvé… mais ça restait très récent… Il ne les entendait que depuis quelques minutes et ne les avait senti que quelques autres avant, alors qu’elles étaient encore loin… Et il savait le mystère entourant les Drakkaris suffisamment épais pour qu’elles ne s’interrogent pas sur ses capacités et qu’elles se focalisent plutôt sur ses muscles… Ca avait du bon parfois… Parfois…

Il tendait la main vers sa tunique après avoir enfilé ses bottes, bien décidé à rentrer prendre une douche et s’étirer longuement quand un nouveau vertige le secoua. Le monde autour de lui devint trouble et il faillit perdre l’équilibre, sa main gauche venant se crisper sur une grosse pierre, si fort qu’elle émit un craquement, alors qu’il s’y retenait. Son horizon s’était mis à danser, sans dessus dessous, son coeur s’était mis à battre vite et il avait la nausée. Il ferma plus fort les yeux en serrant les dents, se retenant à son rocher en attendant que les effets se dissipent. Ce fut rapide mais moins que les précédentes fois. Il attrapa le cristal dans la bourse de sa ceinture de taille au sol et se mit à le manipuler, blêmissant légèrement.

Merde…

Il secoua la tête, le rangeant tout aussi vite en se rhabillant, préférant éviter de rester torse nu pour ne pas éveiller l'intérêt et les questions sur l'énorme balafre qui lui traversait tout nouvellement la taille. Ses affaires rangées, rhabillé, il se mit à marcher pour rentrer ... Il le savait pourtant… Aux vues de ce qu’elle éveillait chez lui, les effets du manque risquaient de se faire sentir plus rapidement, vraiment plus rapidement… mais il n’aurait jamais cru que c’était à ce point…Tristan serra les dents. Il s'était promis de ne pas penser à elle de la journée... Et il avait lamentablement échoué...
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Cassidy Herediane
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Vocation: Mage

MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 23 Fév - 17:45

Cassidy était vraiment perturbée oui. Son quotidien était totalement chamboulé et ça la mettait en rogne. Elle agissait étrangement en passant de la joie à la colère, à la lassitude, alors qu’il n’y avait rien pour. Ce n’était pas tous les jours qu’on croise un homme aussi gentil, attentionné, prêt à se confier. Sauf qu’elle ne le voyait pas. A vrai dire, si elle avait été séquestrée par un homme qu’elle aimait qui la traitait comme la pire des trainées, là oui, elle aurait pu constater à côté que Tristan était un ange. Certes, il le prouvait car lui la traitait avec beaucoup de respect et de douceur pendant leurs ébats. A aucun moment il ne montrait une pseudo dominance envers elle. Elle le sentait, elle le voyait. Il faisait mais pouvait se rétracter à n’importe quel moment. Bien curieux pour un dragon, qui, lui avait-on dit, cherchait à posséder, à imposer. Ca elle le voyait bien. Mais pour le reste… eh bien c’était comme Jilian au final. Elle avait été habituée à ça. Parce que Jilian était aussi gentil, attentionné, bref sans problème quoi. Sauf qu’elle ne le voyait pas. Elle s’en fichait. Totalement plongée dans son monde, la demoiselle ne se rendait pas compte de la chance qu’elle avait, faisant pâlir de jalousie bien de ses consoeurs certainement. Elle ne méritait pas un homme sympathique… Elle ne méritait rien.

Si elle avait entendu Tristan parler des femmes et de leur capacité à donner la vie, elle aurait bien ri. Cassidy avait tenté plusieurs fois de mettre fin à ses jours, fin à sa vie. Elle en avait assez et par on ne sait trop quel raison, les dieux refusaient à la laisser partir ainsi. Donner la vie alors qu’elle-même souhaitait retirer ? Non décidément… Et puis une femme était-elle une mère pondeuse qui n’était bonne qu’à assurer la prochaine génération ? Non… En fait Cassidy était peut être tellement dans sa bulle, qu’elle ne pouvait pas comprendre, elle refusait de comprendre et ce genre de chose lui aurait hérissé les poils.

Cassidy ignorait avoir fait autant de mal à Tristan. Elle ignorait que ce qu’elle tenait là était très rare, tellement rare qu’il fallait l’apprécier. Ce n’était pas tous les jours qu’un dragon éprouvait une grande sensibilité. Sauf que la demoiselle était incapable de le voir et lui faisait mal. Trop tournée sur elle-même, trop centrée sur ses propres malheurs. En même temps on ne change pas du jour au lendemain. Tellement habituée à être individuelle, indépendante, qu’elle n’appréciait pas les actes de Tristan à leur juste valeur.

Le problème de Tristan, c’était qu’il agissait au mauvais moment. Ce n’était pas de sa faute quand même, peut être qu’il n’avait jamais été comme ça avec personne. Mais comme une fleur a besoin de temps pour pousser et s’épanouir, c’était le cas pour Cassidy. Ajoutez trop d’eau et ça ne sera pas du tout efficace. Des questions oui… mais elle-même ne savait pas ce qu’elle voulait. A vrai dire, elle n’avait jamais fait attention à rien. Et puis, n’avait-elle pas fait un effort en l’emmenant surfer avec elle ? A lui expliquer ? A lui montrer ? N’était-ce pas un premier pas ? Sauf que là il avait commis une grosse erreur, trop d’accumulation. Et au final elle s’était fermée comme une huître et même si elle pensait qu’il pourrait la questionner plutôt que d’affirmer, eh bien peut être que sa réaction aurait été différente. Une vraie girouette. En même temps, Cassidy n’avait pas l’habitude. Elle n’agissait pas du tout naturellement et se perdait dans une… sociabilité qui ne lui plaisait pas oui voilà c’était ça ! Parce qu’elle sentait bien au fond d’elle que Tristan était différent. Et elle voulait essayer d’agir ou de se comporter comme n’importe quel être humanoïde mais c’était peine perdue. Souhaitant faire des efforts, souhaitant se détacher de son côté distant, jmen foutiste, elle essayait d’être plus avenante. Mais impossible, à peine essayait-elle un petit peu qu’elle n’avait plus envie, qu’elle trouver ça soûlant et chiant. Non décidément, la demoiselle était une vraie sauvage, habituée à son monde… Peut être que cela lui ferait quelque chose quand Tristan partirait. Sans doute… ou peut être qu’elle tournerait rapidement la page. Difficile à dire à cause de l’instabilité dont elle faisait preuve en ce moment. Un coup oui, un coup non. Un coup souriante, un coup énervée… Difficile de s’y retrouver pour tout le monde.

En même temps, il aurait été bien que quelqu’un leur dise ce qui se passait. Parce que là aucun des deux ne comprenait vraiment pourquoi ça faisait mal, pourquoi c’était les montagnes russes. Pourquoi du bien et du mal en même temps. Pourquoi…

Et puis il y avait eu un petit accident où ils s’étaient rapprochés, les pulsions ayant fait le reste. Une manière peut être de se consoler, de retrouver un peu ce besoin de chose naturelle, sans réfléchir, juste prendre du plaisir. Et du plaisir il y en avait ! Un peu trop même… Elle se sentait déjà un peu mieux et sa mauvaise humeur avait disparue mais le hasard était bien joueur et on les avait interrompus avant même d’aller plus loin. BAM ! Encore une nouvelle frustration. Cassidy était terriblement en colère. En même temps, elle n’aurait pas pris Tristan pour continuer ses affaires à côté de cette petite famille parce que… eh bien il y a des choses qui devaient rester secrètes.

Rentrés au village, Tristan avait promis de se rattraper. Si au début Cassidy avait eu envie de le taquiner, de le provoquer mais gentiment, comme avant, de jouer, ce n’était pas vraiment le cas désormais. Car elle se rendait compte que son corps devenait un peu trop dépendant de Tristan et cela ne lui plaisait pas vraiment. D’être dépendante comme ça d’un homme mais c’était si agréable. Et pourtant, elle était toujours dépendante des hommes… Elle avait de la chance, il était plutôt beau garçon, bien plus doué que la majorité des autres, attentionné, à l’écoute. Il avait tout pour plaire…et pourtant elle donnait l’impression de se moquer de lui, de l’humilier et de passer pour une fille gâtée et exigeante.

Elle s’était cependant renfermée lorsqu’ils étaient sortis. En effet, la demoiselle peinait à avoir les idées claires. Se laisser aller au plaisir et la détente aurait pu être bien mais il lui était difficile de savoir si c’était ELLE qui le voulait… ou son corps qui lui imposait. Elle avait tellement subi les caprices de son corps, même pour des hommes avec qui elle ne souhaitait pas coucher, qu’il lui était difficile de savoir si c’était la même chose avec Tristan. Elle voulait faire les choses bien et malgré le fait qu’il ne comprendrait pas du tout sa façon de penser, ce n’était que quelque chose d’encourageant. Après tout, elle voulait considérer le sexe comme quelque chose d’important avec lui, qui n’était pas qu’une affaire de corps l’un sur l’autre, de soulager une pulsion. Elle voulait voir ça comme un acte qu’elle acceptait avec plaisir pour lui… et pas parce que son corps en avait envie. La subtilité était là. Ca la tracassait, ça la rongeait et c’est pour cette raison qu’elle avait bien la ferme intention de ne pas se laisser avoir ce coup ci même si cela signifiait prendre un truc.

Et puis en même temps, c’était tout à fait anodin. Elle avait besoin de sommeil, de repos. Son esprit était tellement échauffé, tournant en accéléré, qu’elle se sentait bien incapable de s’endormir avant de longues heures, trop occupée à réfléchir. Ce n’était absolument pas pour le dégoûter même si il le prendrait certainement mal. Et si c’était le cas tant pis ! Elle avait vécu suffisamment de trucs ces derniers temps et la demoiselle ne savait que trop bien que réfléchir en dormant n’était pas une bonne idée. Ce n’était PAS une potion déjà mais un remède naturel aux plantes, pour dormir et récupérer. C’est tout… pas un truc pour calmer ses pulsions parce que sinon elle aurait utilisé cela depuis bien longtemps et peut être que cela lui aurait évité de devoir coucher avec le premier homme trouvé pour assouvir ses besoins donc non. Elle voulait juste dormir un peu… quoi de plus normal ? Ils n’avaient pas beaucoup dormi ces derniers temps, elle était épuisée par le monde, la foule, le bruit, le vertige des découvertes. Elle voulait juste que le monde s’arrête quelques heures… et puis oui en même temps c’était pour éviter de devoir coucher avec Tristan, sans savoir si c’était elle qui le voulait ou son corps.

Elle hésitait à lui en parler mais si c’était le cas, elle ne le ferait pas ce soir. Peut être lui expliquer le lendemain quand il se serait fait étonné de la voir prendre quelque chose pour lui dire pourquoi… même si ça ne lui ferait pas plaisir. Lui dire avec honnêteté, gentillesse mais surtout grosse maladresse. En même temps, Cassidy était loin d’être parfaite, elle faisait des bourdes énormes et gaffe sur gaffe, personne ne lui avait donné un manuel pour savoir comment se conduire avec les autres.

Mais le fait d’avoir ce remède la soulagea et elle avait le cœur plus léger. Dormir sans se poser mille questions, sans se tourner dans tous les sens, sans… profiter de la soirée autrement. Elle en était un peu rassurée car ce qu’elle avait besoin, c’était de repos.

Effectivement lorsqu’il lui fit des propositions pour le lendemain, elle réagit étrangement. Un peu comme la pluie et le beau temps. Sauf que quand il lui avait fait toutes ces propositions, il ne s’était pas passé… TOUT CA ! La tentative de meurtre avait été la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. Tout comme la statue qui même si cela était passé, laissait un goût amer dans la bouche de Cassidy quoi qu’elle en dise. Des bourdes, encore des bourdes… Et puis, il suffit de réfléchir un peu pour qu’on change d’avis. On peut avoir envie de quelque chose un jour et puis refuser le lendemain. C’était humain après tout… et les émotions changent tout comme les pensées. Elle était certes bien difficile mais c’était tout à fait normal pour elle. Du moins, c’est ce qu’elle pensait.

Elle eut cependant une drôle de réaction, montrant pertinemment que ce qu’elle avait accepté auparavant n’était plus à l’ordre du jour aujourd’hui. Du moins, pas tout de suite… Une réponse évasive qui ne laissait que peu de doute sur la gêne que ressentait la demoiselle face à ça. Elle ne savait vraiment pas quoi dire quand même ! C’était dur… Puis vint la déclaration comme quoi il retirait sa proposition. Cela surprit beaucoup Cassidy qui pensa de plus en plus à un complot… un truc comme ça. Maintenant voilà qu’il retirait sa proposition. Bon elle était contente qu’il comprenne mais ça faisait trop de coïncidences, trop de parfait… Ce n’est pas parfait d’avoir un homme qui comprend le malaise de sa compagne et qui est capable de modifier son raisonnement, ses actes, ses paroles sans que cette dernière n’ait rien dit ? Trop bizarre et bien trop louche… Alors elle avait parlé tout bas, pour elle mais il avait bien entendu. Alors qu’elle parlait, elle vit son regard s’assombrir et cela la surprit. Bah quoi ? Il avait pas l’habitude ? Après tout il essayait bien de combler ces dames avec des attentions, en se souciant d’elle pour obtenir ce qu’il désirait pour ses supérieurs.

Alors Cassidy lui expliqua un peu, sans savoir qu’il le prenait très mal. Il était attentif ? Elle faisait TOUT pour cacher sa gêne. Du moins au début. Quand il l’avait invité à danser, les robes, la foule, tout… elle avait gardé un sourire, elle était restée simple. Pas du genre à éclater de joie et rayonner mais elle était quand même tout à fait normal. Même le pendentif qu’il lui avait pris elle peinait à comprendre COMMENT cela était possible pour un homme de capter cela en même pas une fraction de seconde. Qui était capable de faire ça ? Et ça l’embêtait vraiment… C’était trop beau pour être vrai et ça l’agacait que ses efforts ne se voient pas, qu’il devine bien trop facilement en elle ce qui lui plaisait et la gênait. Qu’il arrive aussi bien à se rattraper, par des paroles. T’aimes pas ça au final ? Mais elle ne lui avait rien dit ! Qu’il la laisse un peu s’exprimer bon sang ! Qu’il la laisse dire par elle-même plutôt que d’anticiper ses propres paroles. Même si elle n’en aurait pas parlé tout de suite, ça serait quand même sorti… tout comme ces révélations où elle se sentait mal à l’aise d’être comme une de ces femmes qu’il courtisait avant de repartir. Et savoir qu’il était capable de lire ses pensées, de comprendre ce qu’elle cachait si habilement à tout le monde, c’était vraiment vraiment pas bien. Elle arrivait à se réfugier là dedans. Elle se rappelait de ce petit groupe de voyageurs. Toujours bien. Pas souriante mais polie, respectueuse, une compagnie discrète, pas effacée des autres mais pas mise en avant. Et ça l’agaçait fortement. Alors oui sur la fin elle paraissait plus énervée, stressée, angoissée et il avait sûrement assimilé ça à sa récente proposition mais… voilà quoi.

Pourtant malgré le fait qu’elle voyait qu’il n’appréciait pas trop ses paroles, elle continua. Maladroite, essayant de lui expliquer pourquoi… difficulté à trouver les mots même si ça sortait plutôt facilement. A cette tirade, il semblait avoir repris contenance et le regard si sombre s’était effacé, comme si il cherchait vraiment à regagner une assurance certaine, à lui expliquer qu’il ne pouvait pas lire dans sa tête à cause de ses erreurs. Cassidy resta muette pendant un instant et cligna des yeux. C’était bien ce qu’elle disait non ? Qu’il se trompait la première fois mais qu’il arrivait à comprendre de lui-même qu’il avait gaffé sans qu’elle ne lui ait donné aucune indication sur son état. La demoiselle soupira longuement puis se cala dans le fond de sa chaise, les bras croisés. Elle regarda un instant son repas puis répliqua sur ce qu’elle venait de dire.

«Je me suis mal expliquée. Je disais que certes, tu faisais des erreurs mais tu étais aussi capable de comprendre que ça n’allait pas alors que je fais tout pour ne pas le montrer… tu connais bien ça non ? Etre poli, respectueux, agréable même si ça plaît pas ? Quelqu’un a déjà remarqué ça chez toi ? Non je pense pas ! Et je suis sûre que même si là mes paroles ne te plaisaient pas, je ne sais même pas si tu serais en colère, frustré, que ça te gênerait ou si cela ne te faisais rien… »

Elle soupira une nouvelle fois, les joues rouges, le sang montant à la tête. Sans le savoir, elle avait touché en plein dans le mille. Sauf qu’elle ne l’affirmait pas, elle ne faisait que supposer. La demoiselle était incapable de lire dans l’esprit de Tristan mais elle savait lire en elle au moins. Et elle savait très bien que son comportement en aurait agacé plus d’un… parce qu’elle changeait d’avis, elle n’était pas comme toutes ces filles bien sages qui avaient des envies précises. Elle n’avait… pas vraiment d’envie, pas d’activité. Elle n’était pas bête à ce point pour savoir que son brusque changement d’attitude pouvait surprendre, voire même énerver, blesser. Et rester aussi stoïque, assuré, patient était quand même… étrange. Elle quand on venait la chercher elle ripostait et avec les intérêts, elle laissait aller sa rage. Ca n’avait pas tout le temps été comme ça mais cela avait quelque chose de… défoulant.

Cassidy reprit son verre d’eau pour voir une gorgée, sans regarder Tristan. Après tout il pouvait penser ce qu’il voulait…

« N’oublie pas, j’ai été comme ça aussi… J’ai menti à mes parents en disant que tout allait bien, que j’étais bien à Galaden. J’ai menti à mes employés en restant polie, correcte et respectueuse même si je m’ennuyais et que je rêvais de voyage. J’ai menti à mes compagnons de route, quand ils parlaient, chantaient, en disant que tout allait bien alors que parfois ça me cassait les oreilles, je maîtrisais pas très bien mon ouïe à l’époque… et… personne n’a rien vu, personne ne s’est douté de rien… toi t’arrives tu vois tout. Je suis vraiment une mauvaise comédienne alors pour que tu captes tout de suite quand ça va pas après avoir fait. »

Cassidy posa une main sur son front et le lissa, tentant de reprendre son souffle. Peut être qu’elle s’enfonçait, peut être qu’il n’écoutait plus rien et qu’elle parlait dans le vide.

« Quant à toi, c’était bien simple de constater que ça n’allait pas dans notre village. Ca se voyait à des km que tu jouais un rôle… Attends… je suis passée par là quand même… »

Elle n’était pas sûre qu’il entende, qu’il comprenne, qu’il se soit refermé complètement. Il ne faisait que la fixer avec un sourire, assuré, comme si rien ne l’atteignait. D’un geste, elle porta la main devant les yeux du Drakkari et claqua des doigts comme pour le réveiller en le dévisageant.

« Tu entends au moins ce que je dis ? »

Il répliqua et elle le laissa faire.

Cassidy avait le rose aux joues, le regard farouche. Elle avait déballer pas mal de choses et même si elle avait réussi à contrôler le ton de sa voix pour éviter que toute la pièce profite de cette scène de ménage, sa voix avait quand même était très assurée, nette, précise. Elle savait… même si elle ignorait quand Tristan était bien ou pas. Parce que là ce n’était pas si simple que ça à voir. Elle avait tenté de faire des efforts pour lui au début, efforts qu’elle n’arrivait pas à maintenir parce qu’il ne lui laissait pas le temps d’expérimenter ou de lui dire noir sur blanc ce qui n’allait pas.

Le silence se fit à la table, où chacun ruminait de sombres pensées de son côté. Alors après un moment, alors qu’elle n’avait toujours pas touché à son assiette, la jeune femme tenta de s’expliquer un peu plus, de s’ouvrir. Plus de douceur, plus de calcul dans le choix de ses mots. Elle lui parlait de Jilian. Décidément il n’avait pas compris et ça il ne pouvait pas le comprendre. Elle n’avait jamais eu la même proximité avec Jilian qu’elle l’avait été avec lui. Pourtant, ne lui avait-elle pas dit qu’elle passait son temps à l’extérieur sans plus s’occuper du garde du corps à part pour coucher ensemble ? Ne lui avait-elle pas dit qu’elle avait repoussé toutes ses idées de sorties, petites attentions ? Qu’elle n’en faisait que sa tête et venait le voir quand ça lui chantait, prenant la liberté de repartir aussitôt dès qu’elle en éprouvait le besoin ? Elle n’avaitj amais été autant collée avec Jilian qu’elle ne l’était avec Tristan. Mais bien sûr, lui pensait sans doute qu’ils avaient toujours été…proches.

Elle continua sur sa lancée, pensant qu’il était temps de le remercier parce qu’après tout, il faisait un effort encore même si… elle aurait préféré lui dire de bout en blanc. Mais l’aurait-elle fait ? Oh ça c’était sûr ! Mais elle lui aurait dit le jour du départ… comme on peut se rétracter pendant un mariage par peur, par angoisse, fuir le lieu de culte et refuser de s’unir devant les dieux parce qu’on réalise définitivement ce que tous ces mots signifiaient. Mais il l’avait devancé, il ne lui avait pas laissé le loisir de se tromper, d’y réfléchir… C’était trop simple… Elle ne faisait aucun effort comme ça parce qu’il arrivait à s’adapter. Et ce n’est pas trop ce qui convenait à cette demoiselle qui perdait la tête.

Elle avait parlé de sa nature parce qu’elle pensait, en toute honnêteté, qu’il lui avait dit qu’il appréciait bien quand ils étaient dans la nature. Ou bien elle confondait peut être avec son autre acolyte. Après tout… elle s’était un minimum renseignée elle aussi, même si ça lui coutait. Quelle délicate attention que de se renseigner sur les dragons avec un bourreau alors qu’elle haïssait ces créatures. L’aurait-il compris ? Aurait-il compris l’effort incommensurable qu’elle faisait ? Peut être qu’elle réalisa à ce moment qu’il ne lisait pas dans sa tête et que ça venait d’autre chose. Parce que si c’était le cas, il aurait appris des choses bien étranges… A moins qu’il ne pouvait pas entendre, après tout, elle ne savait pas comment ça fonctionnait.

Alors elle termina en déclarant qu’elle était bien difficile. Cassidy n’était pas bête, elle le voyait bien qu’elle lui menait la vie dure alors qu’il n’avait rien demandé au final. Elle s’était montrée songeuse mais là elle aurait attendu peut être qu’il dise ce qu’il avait sur le cœur, si oui ou non ses changements d’attitude l’agaçait, lui faisait mal ou autre chose. Qu’il lui dise tout simplement. Et son silence était la plus belle des réponses. Elle avait envisagé deux possibilités. Soit il lui aurait dit non, que ce n’était normal, il l’aurait peut être taquiné comme il le faisait avant… ou il lui aurait dit que oui elle était bien difficile et que ce n’était pas simple pour lui de suivre alors qu’il pensait se conduire correctement, qu’il voulait son bonheur et qu’elle devrait peut être plus s’exprimer plutôt que de faire passer sa mauvaise humeur sur lui. Mais cette possibilité, sans savoir pourquoi, par instinct sans doute, elle ne l’attendait pas.

Il était resté silencieux et refusa d’y répondre. Dans un sens ça voulait tout dire. Il ne savait pas comment répliquer. Il ne savait pas si il fallait jouer la carte du mensonge ou de la vérité. Si il devait l’excuser ou bien confirmer qu’elle n’était juste qu’une girouette qui ne savait pas ce qu’elle voulait au final. Cassidy n’avait rien dit mais elle l’observa. Car il la regardait droit dans les yeux avec tellement d’assurance malgré son silence. Son silence qui voulait tout dire alors qu’il avait été si démonstratif avant, si ouvert. Elle le sentait… même si il lui était impossible de savoir si elle avait raison ou pas. De sa main elle pianota contre le bord de la table. Devait-elle insister dessus ou pas ? Lui dire avec désinvolture que si il ne le trouvait pas difficile, elle ne voyait pas de raison d’essayer de changer sa façon de faire. Il lui aurait sans doute dit qu’elle n’avait pas besoin de changer. Elle aurait insisté… peut être que ça aurait tourné en dispute. Alors, elle préféra ne rien dire… du moins pour l’instant.

Encore une fois, elle fut surprise par sa réponse qui n’avait rien à voir avec sa dernière phrase mais il avait sûrement compris son besoin d’être seule, comme elle insistait dessus. Il parlait même d’être casanier. Là elle fronça les sourcils. Non mais est-ce qu’elle avait l’air d’une casanière ? Peut être pas le meilleur des mots à sortir pour une fille qui aimait aussi rester à l’extérieur. Au final, ça prouvait bien que les deux avaient fait des efforts qui changeaient de leur quotidien… vraiment. Il parlait naturellement mais marquait quelques temps de pause dans certaines de ses paroles. Faire ce pourquoi il était là… Ca montrait tout à fait qu’il n’était pas là pour elle en effet. Mais simple petite affirmation y avait pas de quoi s’emballer. Elle hésita à lui dire que si il la pensait casanière il se trompait mais ça n’avait rien à voir.

Cependant, elle sentit que l’atmosphère était un peu tendue et elle se força à parler de choses qui ne l’intéressait pas vraiment. Il allait sûrement le remarquer… mais ne dirait peut être rien cette fois.

« Oh d’accord ! Tu t’entraînes comment ? De la course ? Tu vas faire quoi ? Fais attention de ne pas trop te montrer, un beau guerrier qui s’entraîne, ça attire toujours les demoiselles du coin par ici. Surtout quand il est bien fichu ! »

Ok, elle avait parlé avec un peu trop de spontanéité, les mots étaient sortis tout seuls surtout sur la fin. Cassidy se mit à rougir et détourna la tête en bredouillant. Il réagit… un peu trop simplement, trop… plat. Et ça elle l’avait tout de suite remarqué. Il n’avait pas répliqué, pas vraiment réagi face à son petit compliment… Cependant Cassidy ne fit aucun commentaire de plus. Elle avait commencé à manger et même si l’envie n’y était pas, à cause de tout ce qui se passait, il n’y avait rien de pire que d’avoir un estomac vide ! Surtout avec les très froides températures de l’hiver Friholdien… Elle était bien placée pour savoir ça et même si elle avait mangé pas mal de biscuits elle aussi, manger était vital. Cependant, alors qu’elle était arrivée à la moitié de son assiette, il n’avait toujours pas touché pour sa part. Elle fronça les sourcils en le regardant.

« Tu ne manges pas ? »

Il répliqua en disant qu’il avait fait bien trop d’excès avec les biscuits du midi et que ça ne lui donnait pas faim. Il parla des abdos et que les dames étaient bien exigeantes. Elle renchérit alors sur le même ton amusé que lui.

« Oh ça va tu ne vas pas perdre tes abdos en trois jours, et si tu veux je connais de très bons exercices pour les faire travailler… »

Elle avala une nouvelle bouchée et manqua de s’étouffer quand elle se rendit compte de ses paroles, qui étaient pour le moins étranges et pleine de sous entendus. D’ailleurs elle toussa en fermant les yeux, rouge et reposant sa fourchette comme elle pouvait. La demoiselle se râcla la gorge.

*Mais Cassy ! Qu’est-ce qui te prends de dire ça hein ? Non mais là c’est retourner le couteau dans la plaie… sérieusement ? grrrrrrrr*

Alors elle décida de détourner le sujet en se montrant bien plus sérieuse cette fois-ci, son regard devenant un peu plus… sérieux justement alors qu’elle le fixait avec fermeté. Au moins là elle avait une chance d’étaler ses connaissances.

« Non mais… même si tu t’es bourré de biscuits ce midi, c’est pas une raison ! Avec le froid polaire et tout le trajet qu’on a fait, on a besoin de manger. Je le sais bien ! Quand j’ai commencé à surfer, si j’avais rien dans l’estomac ça passait pas… et surtout de viande, c’est vraiment l’aliment essentiel ici… donc force toi un peu… »

Il obéit pour lui faire plaisir. Mais il fallait bien qu’il se rende à l’évidence, elle se souciait de lui… Peut être maladroitement mais c’était bien le cas. Elle se souciait de son état de santé. Elle le vit manger quelques légumes mais ne toucha pas à la viande. Bien curieux pour un dragon qui ne jurait que par la viande. La mine de Cassidy s’était faite beaucoup plus inquiète quand même puis elle eut une idée.

« Garçon ! Par ici s’il vous plaît »

Le serveur s’approcha de la table puis demanda ce qu’elle voulait. Cassidy fit un beau sourire bien touchant. Peut être qu’elle ne se rendait pas compte de son comportement, peut être que ça devrait un peu rassurer Tristan… ou lui faire comprendre qu’elle était encore plus folle que prévue.

« Mon compagnon n’a plus très faim… Vous pouvez garder cette pièce de viande de côté s’il vous plaît ? Je viendrais la chercher plus tard… »

Elle fit un clin d’œil complice à Tristan. Grâce à certains ustensiles magiques, il était possible de conserver les aliments. C’est avec beaucoup de bonne volonté qu’elle avait pris cette décision. Il aurait sûrement faim plus tard. En plus, elle avait laissé de nombreux indices. Appelé compagnon comme si ils étaient ensemble même si elle n’avait pas remarqué de l’emploi de ce mot. Avoir l’intention de repasser plus tard dans la soirée la pièce de viande pour qu’il puisse manger une fois qu’il aurait digéré ses biscuits. Si ce n’était pas attentionné ça ? Et pourtant, elle était très loin de se douter de la suite de la soirée…

La demoiselle avait réfléchi. Même si elle avait envie d’être seule, de prendre l’air, elle n’était pas non plus dérangée par la présence de Tristan. Du moins, demain, elle pourrait prendre un peu de recul. Mais ils pouvaient très bien passer la soirée à aller regarder les étoiles et les lunes… C’était son petit rituel avant que Tristan n’arrive dans sa vie. Elle restait un long moment dehors même dans le froid à observer le ciel… ou marchait dans la neige, cela avait le don de l’apaiser. C’était totalement contradictoire avec ses précédentes pensées. Mais comme elle voulait aller chercher sa viande après qu’il ait plus faim, cela lui semblait évident de passer un peu de temps ensemble à marcher, parce qu’il n’était pas casanier après tout avant de finir de manger…

Finalement ils sortirent. Le ciel était vraiment magnifique. Et si Cassidy avait eu la bonne intention de vouloir marcher avec lui, en plaisantant sur le fait que là au moins ils feraient quelque chose de beaucoup moins casanier. Qu’ils pourraient admirer les étoiles ensemble… La nature les avait toujours rapproché non ? Mais alors qu’elle se tournait vers lui pour faire une proposition, détendre l’atmosphère, il parla d’aller voler de son côté. Elle le regarda et une pointe de déception passa sur son visage. Elle avait bien compris qu’elle était allée loin… qu’elle l’avait peut être blessé ou bien que ses paroles étaient bien trop douloureuses même si il faisait comme si tout allait bien. Elle voulait peut être juste un peu tenter… et se trouva stupide. Parce qu’elle avait besoin d’espace, d’air et qu’une fois qu’il montrait qu’il répondrait à cette attente elle semblait se rétracter ? C’était à y perdre la tête !

Il n’avait rien dit de plus, de ne pas l’attendre. Pas de contact, juste un petit geste comme ça. Tristan l’avait laissé en plan. Cassidy l’avait regardé s’éloigner, la bouche grande ouverte. Bon au moins là elle était tranquille ! Il appliquait et elle n’avait pas besoin de lui dire qu’elle ne voudrait pas… coucher avec lui et vite dormir ce soir. Cela évitait bien des conversations désagréables. Cependant, elle sentit une petite pointe au cœur en le regardant s’éloigner. Après tout, il avait bien le droit de le faire.

Cassidy avait tourné les talons, la tête baissée au sol. Elle aurait pu être heureuse de se retrouver seule mais… il y avait quelque chose qui la gênait. Sans savoir pourquoi. C’était comme si elle regrettait même si il n’y avait absolument aucune raison de l’être ! Elle fronça les sourcils et secoua la tête. Bah… elle irait chercher sa viande et il la mangera quand il voudra… après tout elle y tenait toujours.

La jeune femme marcha un peu en direction de la forêt mais elle était contrariée sans vraiment savoir pourquoi. Tout cela l’agaçait. Elle sortit la fiole de sa sacoche. Dormir oui…pour oublier. Sauf que là elle avait une furieuse envie de se défouler… même si il faisait très froid. Alors, une idée téméraire effleura son esprit. Aussitôt, son sourire s’illumina et elle courut en direction de l’auberge.

Quand elle en ressortit, elle était équipée et tenait la planche flambant neuve qu’elle avait l’intention de tester. Oui maintenant ! Non mais quelle inconsciente ! En même temps Tristan avait raison, le ciel était dégagé, la visibilité était bonne et grâce aux lunes il était possible de voir où on mettait les pieds. Hop là ! C’est assez rapidement que Cassidy se retrouva en haut de son terrain de jeu, sur une pente bien haute. Elle jeta instinctivement un coup d’œil dans le ciel pour voir si Tristan était là. Mais ce n’était pas le cas. La jeune femme soupira. Pourquoi avait-elle eu ce réflexe ?

Elle accrocha la planche à ses jambes et d’un geste, elle commença à glisser. Les sensations éprouvées étaient merveilleuses. La planche était beaucoup plus précise, elle se sentait plus à l’aise dessus, c’était un plaisir. Plusieurs fois elle remonta pour faire sa descente. Ca lui faisait du bien. Et puis, alors qu’elle était en train de glisser pour la énième fois, elle eut une vision. Pas grand-chose… juste le visage de Tristan…triste. Cela la perturba. Elle ne vit pas le petit rocher qui sortait du sol. Mauvaise visibilité, perte d’attention pendant quelques secondes. Avec la vitesse (parce que Cassidy allait de plus en plus vite à chaque passage), ce fut… catastrophique.

Elle s’envola bien haut dans les airs, battant des bras bêtement pour tenter de trouver un équilibre qu’elle n’arrivait pas à tenir. Craignant mal se réceptionner, elle agit vite pour retirer la planche de ses pieds afin d’atterrir comme elle pouvait. La planche se sépara de ses jambes et partit plus loin. Sauf que la réception fut horrible. Son premier pied rencontra le sol un peu de travers. PAF ! Un craquement sinistre se fit entendre alors que sa jambe forma un angle inquiétant. Cassidy hurla, aveuglée par la douleur. Son autre jambe se replia aussitôt et elle atterrit à plat ventre. A cause de son élan, elle sortit de la piste et se mit à rouler sans rien trouver pour s’arrêter. La nausée lui montait à la tête et elle peinait à garder connaissance. Sauf qu’elle n’avait pas vu la falaise vers laquelle elle fonçait à grande vitesse. Des larmes gelées étaient apparues dans ses yeux… et puis, c’est sans aucune hésitation qu’elle fut jetée dans le vide. Et le noir… elle sombra dans l’inconscience.

Impossible de savoir ce qui s’était passé mais si Tristan était dans le coin, il aurait vu une grande lumière chaude et flamboyante provenant du ravin. On pouvait penser à tort que c’était un de ces phénomènes étranges car Ascadian était une terre pleine de surprises.

Cassidy s’était réveillée bien plus tard. Son corps lui faisait mal partout et il était évident qu’elle avait sûrement bon nombre de bleus et d’égratignure. Elle se trouvait sur le dos et se mit à gémir, la douleur de sa jambe toujours présente. Ouvrant les yeux, elle respirait difficilement, fatiguée et éreintée. En un instant elle avait perdu toute son énergie. Pendant un moment, elle regretta l’absence de Tristan… il n’aurait pas laissé ça arriver. Il l’aurait rattrapé… Tiens curieux qu’elle pense comme ça. Elle poussa un cri de rage. Non mais elle avait l’habitude de se débrouiller toute seule alors c’était pas le moment de pleurer !

La demoiselle inspira profondément et poussait encore des petits gémissements, ayant bien du mal à calmer sa douleur. Elle s’était sûrement brisé la jambe car la douleur était vraiment atroce. D’un mouvement, elle roula sur le ventre pour essayer de voir où elle s’était retrouvée. C’était un petit coin dégagé, toujours dans le ravin. La neige autour d’elle avait fondu et son corps était encore un peu chaud, une protection bien venue qui lui avait évité de mourir de froid ou se transformer en glaçon. Pourtant, alors qu’elle regardait autour d’elle, la jeune femme grogna.

« Tsss ! T’aurais pu me déposer à côté de la ville… »

Remarque non pertinente car elle aurait bien attiré l’attention et de plus, elle ne voulait pas avoir de l’assistance de qui que ce soit. Elle inspira une nouvelle fois en fermant les yeux. Bon ben il fallait bien qu’elle se déplace quand même… Plus loin, il y avait une grosse branche brisée juste sous un arbre. Cassidy regarda celle-ci puis se mit à ramper pour s’approcher d’elle. Si elle arrivait à l’atteindre, elle pourrait sans peine se redresser. Sauf qu’elle était épuisée, sans force.

L’infortunée demoiselle tendit la main en avant vers le bâton qui était à quelques mètres d’elle. La rage s’empara d’elle. Trop c’était trop ! Elle en avait vraiment marre ! Trop d’émotions oui pour aujourd’hui. Alors elle cria, même si le bâton ne pouvait pas l’entendre.

« ALLEZ VIENS ! »

Il se mit à léviter dans les airs et sans qu’elle ne comprenne comment c’était possible, il se jeta sur elle, en plein élan, heurtant son front avant de tomber à côté d’elle. Cassidy poussa un nouveau cri de douleur en se roulant au sol. Non mais ce n’était pas bientôt fini ?! Elle risquait d’avoir une sacré marque maintenant ici aussi… Soupirant, elle attrapa le bâton puis tenta de se mettre debout, se servant de ses muscles de sa jambe valide pour se redresser. Après avoir attendu un instant, elle essaya de poser l’autre jambe au sol mais cela lui tira un nouveau gémissement. Pas le choix, elle devrait y aller à cloche pied.

Le chemin du retour fut très long… une bonne partie de la nuit était passée. Mais elle était vaillante et même en reprenant son souffle quelques fois, Cassidy arriva à destination. Heureusement les rues étaient désertes et tout le monde dormait. A l’auberge elle se traina et jura dans les escaliers qu’elle n’arrivait pas à grimper correctement. Finalement, elle arriva dans la chambre. Tristan n’était toujours pas rentré, parfait pas de questions gênantes. Elle posa son bâton près de la fenêtre et se roula comme une grosse larve dans le lit, sans prendre la peine de se déshabiller. C’était bien la première fois qu’elle était aussi entravée à ce point… Encore une fois elle regretta la présence de Tristan. Il se serait bien occupé d’elle au moins. Dans un soupir, elle finit par s’endormir sans avoir besoin du somnifère.

Le lendemain lorsqu’elle s’éveilla, elle fut surprise d’être seule dans le lit. Tristan n’était pas là. Alors c’était un rêve tout ça ?! Elle essaya de se lever mais sa jambe la rappela à l’ordre. Cassidy grimaça. Bon non, c’était bien réel… Mais où diable était-il donc passé ? Elle avait dormi si longtemps que ça ? A cloche pieds, elle attrapa son bâton puis se dirigea vers la salle de bain pour tenter d’examiner les dégâts. Une énorme marque rouge s’étalait sur son front. Elle n’osait même pas enlever la couverture pour voir les autres blessures… Son corps la tirait de partout. Elle aurait bien demandé à Tristan d’avertir Ninna, qu’elle ne pouvait certainement pas venir aujourd’hui. Mais il n’était pas là.

Cela la mis de mauvaise humeur, alors qu’il n’y était pour rien… Elle l’avait suffisamment repoussé, elle ne faisait que récolter. Très courageusement, elle voulu descendre de sa chambre. Malheureusement son équilibre n’était pas très bon et elle dégringola dans l’escalier. Cela ne passa pas inaperçu et elle attira très rapidement l’attention de l’aubergiste et de quelques clients inquiets par le bruit.

- Bon sang ! Que se passe-t-il ici ?

Des bras soulevèrent la jeune femme du sol.

« C’est bon je vais bien merci »

- Tu vas bien ? Non mais regarde toi…

Pendant un instant, des pensées agitèrent les personnes présentes. Le Drakkari avait-il été trop rude avec la petite demoiselle ? Trop violent ? Nul doute que cela n’allait pas trop en faveur de Tristan malheureusement. Et il y en a un qui pouvait parfaitement le tenir responsable de ça… Après tout, la rumeur allait se répondre et l’aubergiste qui était bavard pouvait en parler à la taverne et … Jilian serait averti d’une façon ou d’une autre.

« J’ai dit que j’allais très bien merci, je… vais aller voir un guérisseur pour arranger ça… »

- … Je peux te porter…

« Ca ira, j’ai l’habitude ! »

Encore une phrase qui portait encore plus à confusion. Cependant elle récupéra son bâton et se remit à cloche pied pour sortir de la taverne. En vérité, Cassidy n’avait pas l’intention de voir qui que ce soit. Elle comptait aller chercher la planche… Celle-ci avait une valeur sentimentale pour elle et Tristan… c’était lui qui lui avait offert. Sa gorge se noua à cette pensée. Mais elle ne devrait pas ressentir ça. Tout le monde la dévisageait dans les rues et elle avait bien hâte de sortir d’ici. Inspirant doucement, elle avait cependant du mal à poser son autre jambe blessée sur le sol. C’était extrêmement douloureux…

La matinée passa… elle marchait avec difficulté, s’arrêta même un bon moment pour récupérer. Assise sur un rocher, elle tenta de méditer, de faire le vide. Cela lui permit de s’apaiser, de faire le vide et d’oublier la douleur. Soudain, elle se rappela qu’elle avait sa pierre d’entraînement. Alors la jeune femme commença à s’amuser avec. Si elle était bloquée ici, autant s’entraîner… pour ne pas être inutile. Et pour faire passer le temps avant de reprendre la route.

Etrangement faire léviter la pierre lui semblait moins compliqué que d’habitude. Ca ne tenait pas longtemps mais elle arrivait quand même à faire bouger la pierre, ce qui lui apportait un certain encouragement. Encore une fois, elle aurait voulu que Tristan soit là pour qu’il regarde avec elle, pour qu’il l’encourage peut être. Ca la rendait joyeuse mais triste en même temps. Joyeuse parce que peut être qu’elle arrivait à faire un ptit truc et triste parce qu’il n’était pas là. Elle chassa cette idée de sa tête puis regarda le soleil. L’après midi touchait à sa fin.

Elle reprit sa route, un peu reposée et finalement, fini par récupérer sa planche qui avait atterrit un peu plus loin. Son pied arrivait un peu mieux à se poser sur le sol même si cela lui tirait des horribles douleurs. Finalement ce n’était peut être pas cassé… Curieuse, elle se rapprocha de la falaise vers laquelle elle était tombée hier et regarda en bas. C’était haut… Elle aperçut quelqu’un qui était en bas. Ses yeux s’écarquillèrent quand elle reconnut des cheveux rouges et une silhouette familière. Ce n’était pas tout le monde…

Un sourire éclaira son visage. Pendant un instant elle avait oublié tous les malaises, sa non présence et elle était heureuse de revoir quelqu’un de familier. Elle chercha à l’appeler pour attirer son attention mais il ne semblait pas le remarquer. Il faut dire qu’avec le vent, sa voix était portée ailleurs. La jeune femme ne se laissa pas démonter. Elle aperçut une petite pente pour descendre de la falaise et se dirigea vers celle-ci.

Sauf que dans son élan précipité pour rejoindre le beau Drakkari et la douleur dans sa jambe, Cassidy se fit encore avoir. Elle glissa et tomba au sol. Lâchant son bâton des mains, elle commença à dévaler la pente qui était… assez glissante quand même. Un cri de surprise sortit de sa gorge. Avait-il entendu ? Ou bien il était tellement mal qu’il n’avait pas remarqué la petite silhouette blonde qui glissait dangereusement de la pente ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 24 Fév - 22:34

Que personne ne les voit… Se chercher, s’attirer et s’éloigner.
Finalement les dieux eux-mêmes devaient s’en arracher les cheveux, enfin l’un deux en particulier.
Cassidy et Tristan étaient foncièrement différents. Pourtant sur beaucoup de points ils se retrouvaient et se complétaient. Elle le dit elle-même, une chose qu’ils partageaient et qu’ils n’avaient pourtant que peu expérimentée: la nature. Ils adoraient tous deux le silence, le calme, les grandes étendues, la nature oui et ses mystères, ses trésors. Avec sa mauvaise humeur, son côté ronchon tellement adorable, son tempérament de feu et sa manière si franche de s’exprimer Cassidy allait bien à l’encontre du tempérament fait de mesure et de maitrise de Tristan. Et c’était une très bonne chose…
Malheureusement le garçon dans un souci de bien faire et dans une infinie maladresse avait bien trop enchainé les situations de malaise. Il avait fait le choix d’écouter d’autres femmes plutôt que de suivre ses instincts ou de demander directement à l’intéressée ce qui lui plairait, mais autrement ça n’aurait pas été une surprise. Parce qu’il voulait faire au mieux et n’avait finalement que fait au pire.
Son investissement soudain pour une seule et même demoiselle, allant jusqu’à lui proposer de voyager ensemble puisqu’elle lui avait soufflé sa nostalgie des voyages, s’était heurté à un mur d’hésitation. La pauvre petite demoiselle ne savait plus que penser de ce qui lui arrivait et de cet énergumène, si grand énergumène qui prenait tant de place dans sa vie d’un seul coup. Elle avait le droit de paniquer, à sa façon, d’avoir peur et de détester s’inquiéter de ce qu’il pouvait lui faire, du manque qu’il engrangeait et de cette étrange impression de dépendance. Car c’est bien ce qu’il faisait non à agir autant si vite… Il allait bien trop vite oui. Il était impulsif lui aussi, pas de la même manière certes mais il l’était et son impulsivité était passée, brièvement, dans son comportement. Tristan avait un côté très égoïste. Ce qui se passait entre eux, ce qu’il vivait près d’elle, lui plaisait énormément et il voulait que ce bien-être perdure. Pourtant, n’aurait-il pas dû lui préciser que c’était juste pour elle ? Qu’il n’avait jamais été ainsi ? Qu’il ne se comprenait pas lui-même ? Peut-être que ça aurait soulagé un peu la jeune femme même si ça n’aurait pas fait taire cette gêne.
Et puis finalement il y avait eu tout cet enchainement. Trop de choses, bien trop de choses… Normal qu’elle craque et… lui aussi.

Toute la journée il avait encaissé la mauvaise humeur de la demoiselle et elle avait d’ailleurs bien des raisons d’être de mauvaise humeur. Après tout il en était responsable. La statue, les attentions maladroites… Il avait enchainé les mauvais choix et les mauvaises actions. Mais la manière dont elle lui répondait le peinait un peu. Le fossé entre eux le rendait triste et il culpabilisait énormément… sans savoir qu’il en était capable, du moins à ce point…
Cet instant d’intimité dans la charrette leur avait apporté paix et sérénité parce que c’était simple et facile. Il ne comprenait pas lui-même comment il pouvait se montrer si doux et patient avec elle alors que la faim terrible qu’elle déclenchait chez lui était bien supérieure à tout ce qu’il connaissait. Mais pouvoir autant se contrôler le rassurait énormément, l’apaisait beaucoup. Si cette fichue petite famille ne s’était pas dressée entre leur plaisir respectif, probablement l’après-midi aurait-elle été très agitée mais aussi apaisante. Ce rapprochement fit malheureusement naitre un nouveau malaise chez la jeune femme: celui de ne pas contrôler son corps et ses pulsions.
S’il avait su ce qui germait dans son esprit, cette interrogation, ce désir de bien faire, Tristan aurait été sincèrement surpris. Il n’aurait probablement pas bien compris au départ et plus que cela aurait découvert beaucoup… Car ce sur quoi elle s’interrogeait, un brin sentimentale peut-être, n’avait jamais effleuré le garçon et il aurait eu bien besoin d’elle pour apprendre que le sexe pouvait être tout autre chose… Même s’il sentait bien qu’avec elle c’était… différent… Faire quelque chose d’agréable avec la personne qu’on aime ? S’abreuver du plaisir de l’autre et de cette communion merveilleuse ? Comment pouvait-il le concevoir alors qu’on l’avait martelé de la certitude que ce n’était que physique ? Que ça ne pouvait jamais être autre chose ? Oui… là il aurait vraiment eu besoin d’elle. Besoin.

Et puis il y eut le restaurant. De nouveau le jeune homme s’était fait gentil, doux, prévenant et investi, essayant de remettre sur le tapis ce qui avait intéressée la jolie demoiselle. Pourtant il ne pensait pas justement à tout ce qu’elle avait enduré avec lui et qu’elle avait besoin de remettre un peu les compteurs à zéro, de faire le vide, d’être seule pour mieux reprendre là où ils en étaient et profiter un peu réellement de tout ce qu’il voulait faire sans se forcer réellement. Il ne comprit pas. Il était très maladroit et elle lui prêtait une connaissance des femmes qu’il était bien loin d’avoir. Il séduisait… Peut-être aurait-il dû tout lui raconter. Sur sa vie, pas sa double vie non, c’était encore bien plus complexe, mais sur sa vie, vraiment particulière. Elle aurait mieux compris que derrière ses airs d’habitué et de fanfaron il y avait juste un garçon qui avait toujours agi derrière un masque et qui en l’enlevant était juste d’une grande maladresse, souvent touchante… bien que pourvu des meilleures intentions.
Même si ses paroles n’étaient pas méchantes, quand elle refusa sa proposition il se sentit triste mais quand après d’autres paroles voulant l’alléger du poids des décisions qu’il avait mis sur ses épaules, elle répondit de cette étrange manière, là, elle fit des dégâts. Il ne la comprenait pas. Ne pas la comprendre un peu d’accord, pourquoi pas. Mais se tromper autant sur elle ?! Elle lui donnait franchement mal à la tête et il ne savait plus du tout ce qu’il devait penser.
Il ne savait même pas que certaines personnes pouvaient être télépathes. Cette idée l’effraya un peu et il comprit bien mieux la nature de ses entrainements. C’était pour cette raison qu’on leur avait appris à enfermer leurs pensées importantes ? Pourquoi ne lui avait-on jamais dit cela ???
Elle parla beaucoup et il se sentit mal. Il aimait l’entendre parler. Il aimait beaucoup quand elle parlait autant. Sa jolie voix lui plaisait. Quelque chose dans sa façon de parler lui faisait du bien et l’apaisait. Pourtant ses mots lui faisaient tellement mal… Il ne savait même pas que des mots pouvaient faire si mal. Lentement le jeune homme avait donc laissé glisser sa conscience. Il entendait toujours très bien ce qu’elle disait mais remit un masque de convenance sur son visage. L’homme qu’il était près d’elle, si vrai et sincère, si maladroit et pataud dans ses intentions, ne faisait que des erreurs… Il faisait les mauvais choix, il réalisait les mauvais actes et il prononçait les mauvais mots. Quand il s’investissait, qu’il essayait, il se plantait… Et même là, alors qu’il avait voulu être gentil, s’adapter à la jeune femme qui ne semblait pas décidée à lui dire en face que sa proposition ne lui plaisait pas, la mettait mal à l’aise, qu’elle avait besoin de temps et d’espace, alors qu’il avait pris les devants par souci de son bien-être en dévoilant beaucoup, beaucoup trop de ce qu’il pensait et voulait par rapport à elle… il se plantait encore.
L’équation était bien simple à comprendre. Le beau chevalier, sûr de lui, mesuré dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses paroles, qui se laissait sans la moindre difficulté hurler dessus puisque tous ses supérieurs l’avaient dressé ainsi, qui se laissait manipuler, utiliser sans rien dire, faisait beaucoup moins d’erreurs lui… Le beau chevalier si séducteur qui plaisait aux femmes dans sa plastique et ses actions parfaites était bien mieux… Autant faire machine arrière alors, se renfermer et mentir. Alors qu’il souriait, calme, posé, donnant l’illusion, trop bien, que tout allait pour le mieux, ce qu’elle remarqua malgré tout, par une déduction et un sens de l’observation équivoques, il se sentait pourtant amer. Peut-être que finalement le garçon maladroit et si vrai était le véritable mensonge… Peut-être se trompait-il simplement sur qui il était. Le plus drôle dans leur « querelle »… était probablement que ce sens incroyable de l’observation, de la déduction, dont elle fit preuve pour remarquer le malaise, pour remarquer qu’il semblait différent alors même qu’il avait l’air si bien et naturel, était justement ce qu’elle était en train de lui reprocher, ce pourquoi elle  avait parlé de télépathie. Douce ironie non ?

Il l’écouta parler, parler tant pour une fois, sans l’interrompre, se contentant de sourire, de faire bonne figure alors qu’un poing lui étreignait l’estomac. Le positif était qu’elle essayait malgré tout de s’expliquer. Elle était maladroite elle aussi mais probablement bien moins que lui. Elle en vint même à passer la main devant ses yeux tant il restait silencieux, souriant, gentil garçon si poli. Le sourire du jeune homme s’effaça légèrement pour qu’il puisse répondre.

Tu es bonne comédienne Cassidy ne t’en fais pas… C’est moi… Toi aussi tu as bien vu des choses chez moi que personne d’autre n’a remarqué… C’est juste que… j’essayais de faire attention à toi, c’est tout…

Et vlan ! Ce n’était pas dit méchamment, ni même sur le ton du reproche, ni sur un quelconque ton d’ailleurs. Le jeune homme se contentait de sourire légèrement, parlant d’une voix neutre, comme s’il parlait de la pluie ou du beau temps. Plutôt de la pluie d’ailleurs… Le revers était dur pour la petite demoiselle. Il avouait faire attention à elle, sans être totalement honnête d’ailleurs. Elle aurait encore à creuser pour savoir comment effectivement il avait pu voir chez elle ses pensées réelles que personne ne soupçonnait. Mais elle avait fait pareil… elle faisait pareil… Et elle venait même de mettre à jour le fait qu’il ne s’énerverait probablement pas là, à table. Elle avait raison sans savoir à quel point. Il voulait juste qu’elle se sente bien, à l’aise, qu’elle n’ait pas à trop se forcer… Parce que même si elle le cachait extrêmement bien, il avait vu justement que certaines choses ne lui plaisaient pas. Il ne se rendait seulement pas compte à quel point il fallait être fin observateur pour le remarquer: la crispation si légère des muscles de son dos quand ils dansaient, son sourire légèrement crispé, la fuite de son regard et l’absence d’éclat dans celui-ci. Pas grand chose… vraiment pas grand chose mais beaucoup pour détecter la vérité. Il voyait ces choses là mais tard, ne pouvant que corriger un peu ses erreurs, pas les éviter. Retirer sa proposition, une correction, avait malheureusement beaucoup trop pris des airs de nouvelle erreur. Il n’arrêterait donc jamais de les enchainer ??? Malgré sa voix calme et ses mots parfaitement contrôlés, Tristan s’était fait davantage distant. Le mal était fait désormais. Il le fut tout autant, davantage sans doute quand elle récapitula ses erreurs. C’était un brin cruel et pourtant ce n’était absolument pas le but premier. Il l’écouta, se contentant d’un commentaire une fois de plus très simple pour lui signifier qu’il allait lui ficher la paix puisque c’était ce qu’elle souhaitait, mais en des termes bien plus polis évidemment…
La mention de Jilian le blessa. Bien sûr, il avait entendu tous ses mots comme quoi Jilian n’était qu’un ami, une excuse. Mais il avait aussi vu que ce n’était pas le cas pour le garde du corps et surtout… surtout… eh bien il l’avait eue rien que pour lui… Ce blondinet ! Il l’avait eue des mois… des… années rien que pour lui et même si elle allait voir ailleurs selon le contrat de leur relation ça l’énervait… Tous ceux avec lesquels elle avait été n’étaient que des visages flous mais ce gars, ce gars très bien… avait un visage, un nom… Et en fermant les yeux il parvenait à imaginer, beaucoup trop bien, le corps nu de la petite demoiselle contre celui musculeux de son amant blond, l’étirement de ses lèvres dans un sourire et un soupir de plaisir alors qu’elle prononçait son nom. C’était froid… tellement froid ce qui coulait dans ses veines et ça lui faisait mal, tellement mal de l’imaginer. Il était jaloux… terriblement jaloux de ce garçon. Alors ses pensées… n’avaient pas grand chose de rationnel malheureusement…

L’idée qu’elle n’appréciait que bien peu les dragons lui était revenu en tête et le jeune homme s’était senti profondément découragé et malheureux. Il avait mal. Son corps lui faisait mal, sa tête lui faisait mal, son coeur se serrait si fort dans son torse que ça lui faisait mal. Et il n’avait pas l’habitude d’être si mal à l’aise, même derrière ses beaux sourires et son calme apparent, derrière son regard vide qui fixait vaguement la salière entre eux.

Heureusement qu’il parlait peu et qu’il avait grandement lâché prise avec la réalité. Autrement il l’aurait vu froncer les sourcils à son mot « casanier ». Il aurait ouvert la bouche, un peu penaud pour lui expliquer cette maladresse qui n’était pas du tout par rapport à ce qu’ils faisaient, même si effectivement ils avaient peu bougé ensemble, mais juste un qualificatif par rapport à ses entrainements. Tout simplement parce qu’il ne s’entrainait plus que bien trop peu alors que son corps était formé à des heures et des heures d’entrainement quotidien. C’était nécessaire pour survivre sur un champ de bataille…
D’ailleurs parler d’entrainement valut une réponse trop brève de la part du jeune homme. Son physique était quelque chose qu’il aimait beaucoup. Loin du contexte narcissique il était juste sûr de son corps, un point rassurant, quelque chose qu’il contrôlait… enfin presque.
Il ne remarqua qu’à peine son compliment ou ne voulut pas le remarquer peut-être.
Elle le chercha encore bien malgré elle en parlant d’exercices pour ses abdominaux. Cela pourtant éveilla une légère lueur dans le regard du jeune homme, un regain d’intérêt et d’amusement sincère. Mais elle était si occupée à se morigéner qu’elle ne put pas vraiment le remarquer, prenant le tout pour l’éclat du cristal dans son regard de braise. Il faut dire que si ses yeux ne reflétaient pas autant la lumière ça aurait été beaucoup plus facile d’y repérer quelque chose !

Il aurait dû être rassuré par l’intérêt qu’elle lui portait, notamment pour son appétit et sa santé. Il aurait dû être heureux de la voir prendre des devants pour lui et s’assurer qu’il mange correctement. Il aurait dû être amusé de sa démarche, flatté par ses propos, la taquiner, l’embêter… Il aurait probablement d’ailleurs eu tout loisir de la chercher davantage… en disant par exemple que la viande en question serait probablement bien plus intéressante sur un autre contenant… comme le corps d’une petite demoiselle, totalement nue, pas pour la viande, juste pour la voir toute nue. Il était sacrément pervers après tout sous ses airs de gentil garçon… Son attitude pour lui, auprès du serveur, ses mots, si gentils mots, auraient dû lui plaire. Mais Tristan s’était tant refermé, en appelant aux sensations des dragons pour protéger son coeur meurtri, qu’il ne prit ces mots que comme des mots, sans sens, sans portée et sans intérêt. Pire, il les prit comme les mots que tant de femmes avaient eu pour leurs serviteurs, pour lui, quand il était si jeune et était chouchouté par ses brèves maitresses. Avec distance, enfermant sa conscience et tout ce qu’il pouvait ressentir. C’était bien dommage. Ils l’auraient tant apaisé…
La pauvre jeune femme faisait les frais de ce qu’il avait pourtant essayé de lui dire. Les dragons n’étaient pas censé ressentir quoi que ce soit. Alors pourquoi celui-ci pouvait se montrer tour à tour si différent ? Et pourquoi, comment, malgré tout, sentait-elle qu’il faisait de nouveau semblant, qu’il s’était de nouveau enfermé dans sa prison de cristal, sa jolie prison de faux-semblant où sous ses airs de chevaliers, derrière ses sourires il n’y avait que du vide et des mensonges ?

Le pire restait pourtant encore à venir car les projets de Cassidy, une promenade dans la nature qui leur aurait fait tellement de bien, les aurait tellement rapproché, tombèrent totalement à l’eau du fait de la distance assez brusque du jeune homme. Même s’il parlait avec beaucoup de douceur, sans avoir l’air ni rancunier ni de lui reprocher quoi que ce soit il s’éloignait d’elle, pour ne pas dire plus simplement qu’il la fuyait. Son baiser sur sa tempe était beaucoup trop sage, beaucoup trop léger alors qu’il lui avait tant laissé voir, déjà, à quel point il avait facilement envie de l’embrasser et à quel point il était très doué là dedans d’ailleurs.
Il s’éloigna vite et de tout le drame de la petite demoiselle il ne sut absolument rien.


J’étais parti, m’enfonçant d’un bon pas dans la forêt. Mon corps était devenu lourd… Je ne sais toujours pas s’il s’agit de mon poids réel ou si même ça c’est un mensonge. Une fois sorti du village et de la neige tassée, une fois sous le couvert des arbres je m’enfonçais profondément dans la neige. Mais là où n’importe quel humain aurait eu des gestes difficiles, patauds, c’était encore une fois très différent pour moi. Ma puissance musculaire m’a toujours semblé… démesurée. Je m’enfonçais jusqu’à la naissance de mes cuisses, au dessus de mes genoux et je ne levais qu’à peine les pieds pour avancer. Cet effort musculaire aurait demandé une énergie de titan mais si mon poids était devenu de pierre l’effort en lui-même n’était pas bien difficile… Il était freinant, rassurant mais pas difficile, certainement pas insurmontable et encore moins suffisant pour me faire transpirer… Je creusais des sillons profonds dans la neige qui heureusement s’écroulaient et se refermaient seuls quand la neige s’écroulait des pseudo-murs que j’avais crée sur mon passage. Son visage apparaissait devant mes yeux, ses beaux sourires… Elle était belle… tellement belle. La cicatrice de son oeil me semblait moins profonde que lorsque je l’avais vue dans notre village… Elle lui donnait un certain charme, un côté « guerrière » que j’aimais beaucoup. Elle n’était pas fragile, elle était forte, indépendante, telle un félin… dont elle me donnait tant l’impression d’ailleurs, surtout nue, encore plus nue… J’aimais bien ça chez elle. Cette force grondante… Mais son regard désapprobateur, la sécheresse de ses paroles, l’amertume sur ses traits, qui apparemment pour elle étaient si durs à voir, qu’elle cachait si bien, et que j’avais eu l’impression de voir plus que tout le reste pourtant, me revenaient aussi. Son beau visage… Elle était belle c’est vrai… Mais la fascination que j’éprouvais pour elle était-elle normale ? Certainement pas… J’étais habitué aux belles femmes. Sans vantardise. J’étais aussi habitué aux dragonnes et à leur charme si dévastateur qu’elles réduisaient à néant les plus rudes des hommes. Jamais je n’avais considéré les femmes comme faibles même si je considère que c’est le devoir des hommes de les protéger, pas qu’elles ne sachent pas le faire seules, juste parce qu’il faut bien que nous servions à quelque chose, non? … Dans les déserts du sud, les femmes sont plus que les égales des hommes, elles sont reconnues et admirées pour leur force et leur caractère. Elles font ce qu’elles veulent… Ce sont des lieux souvent violents, rudes comme les tempêtes de sable. Les femmes ont dû devenir plus rudes encore pour y survivre et se faire une place… Beaucoup considèrent les royaumes des sables comme habités de barbares et pourtant leur manière d’être quant à l’égalité des sexes y est bien meilleure. Cassidy y aurait eu tout à fait sa place… Si ce n’était que sa peau pâle aurait tout de suite été beaucoup trop remarquée parmi ces gens si bronzés. Je voulus penser à Kayla. Pour me rassurer. Parce qu’avec elle c’était plus simple, tellement plus simple. Je pensais à son corps parfait, nos jeux, d’attirance et de répulsion, les certitudes entre nous qui rendaient tout tellement plus facile. Le sexe avec elle était… merveilleux évidemment. Une dragonne… que je ne craignais pas de blesser sous mes coups de reins. Une dragonne qui pouvait m’épuiser… totalement… Et pourtant… A son corps parfait se substitua celui de la belle blonde que j’étais en train de fuir. Parce que j’étais tout à fait conscient de ce que je faisais. Je fuyais oui… Sauf que dans mes pensées, devant mes yeux qui n’auraient dû voir que le paysage, elle, elle n’était pas nue… Pas très habillée je le conçois mais pas nue. Un souvenir me heurta et me fit frissonner. Le contact de sa peau, la douceur de ses lèvres se pressant contre les miennes, la caresse de son souffle alors qu’elle me soufflait un « bonne nuit » si sensuel, elle ne s’en rendait même pas compte d’ailleurs… Le souvenir de son corps blotti contre le mien, de notre étreinte alors que plongeant dans le sommeil je découvrais le plaisir de dormir réellement avec quelqu’un. Kayla ne faisait pas ça… Elle n’était pas câline et moi non plus… Du moins c’est ce que je croyais. Non… c’est ce dont j’étais sûr. Je m’étais arrêté… planté au milieu de nulle part, ressassant… J’aimais… juste la tenir dans mes bras. Seulement ça… J’aurais voulu lui dire… et lui dire à quel point ce n’était pas normal chez nous, ce n’était pas normal chez moi… Mon corps… la proximité ne devaient servir qu’à deux choses: le sexe et le combat… C’est ce qu’on m’avait appris du moins… Etait-ce… faux ?
Les pensées tourbillonnaient dans ma tête et je repensais à cette journée, à ce soir… Elle m’avait rejeté… accusé… Je voulais juste être gentil… J’essayais, j’essayais tellement fort… de faire attention… d’être… moins dragon… Le serveur avait ri de moi… L’humiliation me faisait encore plus mal… Il y avait ma fierté bien sûr mais aussi la certitude qu’il avait raison de se moquer… A quoi je pensais au juste ? N’en avais-je donc pas assez fait ? Je défiais nos lois putain ! J’avais dit bien trop de secrets sur notre espèce déjà… Je lui en révélais trop sur nous, sur moi… Un dragon ne s’attache pas… Pour tout ce que je faisais je méritais tant d’être puni. Au fond je l’espérais un peu. La punition ferait probablement moins mal… Dans ma tête ses paroles s’égrainaient en même temps que l’énumération de mes erreurs. Ah il était beau le fier dragon ! L’être supérieur que rien n’ébranle !!! L’air s’était fait plus froid sur mes joues, sous mes yeux, je portais la main à mon visage avec curiosité, prenant conscience de l’eau qui coulait sur mes joues. Des larmes ? Des paroles dures me revinrent, lointain souvenir, tellement lointain, quasiment oublié. Des paroles dures, une voix de fer, une odeur de métal, les bruits des coups aussi, la douleur, le goût du sang…

«  Un dragon ne pleure pas ! Un dragon n’est pas faible ! Un dragon est un tueur ! Un dragon est un être supérieur à toute créature ! Il tue celui qui se dresse devant lui ! Il prend ce qu’il convoite ! Il n’est qu’être de pulsions et de puissance ! REPETE ! »

Pourquoi diable ai-je pensé à cela ? Je l’ignore… Pour faire taire toutes ces choses dans ma tête je me transforme et je m’envole. Sous cette forme, je suis encore plus fort, encore plus silencieux, encore plus rapide. Sous cette forme rien ne peut m’atteindre… Le ciel m’ouvre ses bras rassurants et je m’y perds avec tout le plaisir que j’y ai toujours trouvé… Tout redevient simple. Voler est la chose la plus naturelle qui soit pour ce que je suis, la seule chose pour laquelle je n’ai jamais fait d’erreur… La nuit est vraiment belle, vraiment…

Mon vol a été long, bien plus que ce que j’avais prévu mais je n’avais pas envie de reprendre ma forme humanoïde. Je l’aime cette forme pourtant… mais jamais elle ne m’était apparue comme un tel fardeau. Je n’ai pas envie de réfléchir… Au cours de mes voltiges alors que mes écailles n’ont fait que renvoyer les lueurs des étoiles, que mon corps puissant s’est fondu si bien dans la nuit que même s’ils avaient eu le nez collé sur moi les humains n’auraient jamais pu me voir, j’ai repéré un feu lointain. Je me suis approché, j’ai fait l’explorateur et l’éclaireur. J’ai trouvé le groupe de Kaärs. Ils sont moins nombreux que ce que je pensais mais ils sont bien là. Il y a un troll également, probablement enchanté. Ils veillent… c’est le mauvais moment. Seule l’aube pourra m’être une réelle alliée si je dois me battre et tuer. L’astre qui chassera la nuit viendra éclairer mes écailles, nourrir mon corps de chaleur et me donner force et courage. Tradition peut-être bête mais je me sens toujours plus fort quand je dois batailler au moment de l’aube… ou de l’aurore.
J’étais rentré à l’auberge et en silence dans notre chambre. Le feu crépitait dans la cheminée, proche de s’éteindre et je l’avais aussitôt réalimenté. Cassidy était sous les couvertures, la respiration lente, endormie. Je ne m’étais que peu approché, pour ne pas être tenté de la rejoindre et aussi car même à cette distance, rien qu’en l’entendant, rien qu’en la sentant… le besoin monte en moi, de la presser contre mon corps, de l’entourer de ma chaleur, de voler ses lèvres et de m’emparer d’elle…  J’ai un problème… Le sommeil ne viendrait pas, je le savais… La méditation m’aiderait mais mon corps se préparait au combat et pour ça, j’étais toujours incapable de dormir.
J’avais lu, je m’étais forcé à me détendre, finissant allongé dans une position qui avait tout pour m’attirer des questions, en travers du canapé, les jambes sur le dossier, la tête dans le vide. Les arches de la magie qui gronde en moi ont eu des airs plus… accessibles.
Je ne suis pas resté longtemps, j’ai lu, je me suis détendu puis je suis reparti, bien avant l’aube. Et j’ai combattu…



Tristan ne sut rien de ce qui était arrivé à Cassidy. Il aurait pu avoir un sursaut, une impression, une prémonition, du danger, de son état, mais il s’était fermé à elle et bien inconsciemment à tous les ressentis qu’elle faisait naitre chez lui, y compris ceux de la magie…
Il ne sut rien de sa chute, il ne sut rien de ses blessures, il ne sut rien non plus de son étrange sauvetage… Par curiosité il serait probablement allé voir ce phénomène magique, il était bien trop curieux après tout, du moins s’il n’avait pas été à mille lieues de là… C’est qu’il volait vite en tant que dragon !!! Il était plus rapide que tous les autres et surtout… il ne se perdait jamais… Tristan ne sut donc absolument rien de ce qui était arrivé à la petite demoiselle et se tint aussi éloigné d’elle que possible, comme il l’avait plus ou moins indiqué. De la même façon il ne sut pas qu’elle ne s’était pas rendu à son travail. Il eut l’étrange impression d’être davantage dévisagé que d’habitude quand il passa prendre un énorme café au village et le regard que lui jeta le vieil homme qui le servit était singulièrement mauvais mais il attribua cela à la neige qu’il avait apporté avec ses bottes dans l’établissement… Il ne pouvait pas savoir l’étrange rumeur qui se répandait déjà comme une trainée de poudre sur lui et une certaine demoiselle qu’il aurait rudoyée… Et puis, ce qu’il y avait de pire avec les ragots, c’était probablement les déformations qu’ils subissaient au fil de leur transmission…
Il repartit vite pour s’entrainer, passant juste prudemment à l’auberge pour se changer. Là encore, il lui sembla que le patron le fixait avec froideur derrière son comptoir mais il n’y prêta pas davantage attention. A l’étage il colla son oreille à la porte mais n’entendant pas de bruit pendant quelques minutes il ouvrit, constatant avec soulagement qu’elle n’était pas là. Elle n’aurait pas aimé le voir. Après tout déjà qu’elle ne voulait pas le voir… Il interprétait assez mal ce qu’elle voulait avec la distance… Ouvrant l’une des sacoches qu’il attachait normalement à son cheval il en sortit une beaucoup plus petite et se dirigea dans la salle de bain. Là ouvrant son manteau et le laissant glisser au sol il défit sa ceinture et ôta lentement sa tunique trempée de sang. Une coupure énorme, profonde, lui traversait le ventre sous le nombril, venant abimer ses sublimes abdominaux. Certaines auraient hurlé pour moins que ça… Outrage à la perfection ! Elle avait abondamment saigné malgré le bandage de fortune qu’il avait installé pour la comprimer fermement. Peu gêné, le corps grandement anesthésié par ses hormones, il se déshabilla pour passer sous la douche, rinça la blessure et la savonna consciencieusement, glissant ses doigts dans l’entaille pour se débarrasser de toutes les impuretés qui avaient pu s’y glisser et tâtonnant les bords irréguliers pour les examiner. Là où n’importe quel humain aurait hurlé de douleur et se serait évanoui plus que probablement il agissait avec un automatisme quelque peu effrayant. S’asseyant sur le rebord de la baignoire il attrapa la sacoche, tira une petite bouteille d’alcool dont il versa une partie du contenu dans sa blessure. Il se crispa, hoquetant de douleur en se plaquant une main sur la bouche mais ne s’évanouit toujours pas. L’instant d’après c’est armé d’une aiguille qu’il désinfecta et d’un fil extrêmement résistant qu’il commença à se recoudre, attrapant le miroir d’appoint pour mieux agir plutôt que de se pencher en avant. Quelques minutes après il avait terminé… Trop efficace. Il se rinça, lava sa tunique puis l’accrocha dans un coin et quelques minutes plus tard il n’y avait plus la moindre trace de son passage.
La blessure bien recousue, nette, ne souffrirait pas de l’entrainement intensif qu’il comptait s’infliger. Les fils étaient bien trop résistants après tout… Il repartit ne remarquant pas le regard assassin du propriétaire de l’auberge et de quelques clients qui discutaient tout bas avec lui.


Mon malaise se dissipait. J’enrageais d’être si faible. Je préférais mettre ça sur le compte de ma blessure mais ça aurait été un sacré mensonge. Je m’étais promis de ne pas penser à elle. Je voulais lui en vouloir pour ses paroles, son attitude, pour ne plus penser à elle… Je n’avais pas arrêté de penser à elle. D’ailleurs j’avais cru entendre sa voix quand je me battais. J’avais cru voir son visage grimacer de douleur devant moi, loin et pourtant si proche. Et comme un con je m’étais fait à moitié embrocher en conséquence. Non parce que face à six gars qui frappent avec toute sortes d’armes il vaut quand même mieux être vachement attentif… Je les avais quand même tué… mais pas sans mal… Mal j’avais eu oui… Me transformer pour rentrer m’avait aidé. Lentement les hormones liées à l’adrénaline s’étaient distillées dans mon corps, amoindrissant la douleur et me faisant planer à moitié. Ah oui… j’étais accro à l’adrénaline, ça je ne l’ai pas précisé…
Je m’étais entrainé tout le reste de la journée et plutôt deux fois qu’une. Quand ma blessure me tirait trop je changeais d’exercice. Je savais bien gérer et je connaissais les limites de mon corps. Elle n’avait pas saignée de nouveau. Je suis plutôt doué dans mes domaines de compétences. très doué même… J’avais fait quelques pas vers le village quand un cri m’avait glacé l’échine. Je n’avais pas besoin de me retourner pour savoir ce que je verrais, pour savoir que c’était elle… Je ne savais pas ce qu’elle faisait là, dans le même coin que moi, je m’en fichais, mon corps hurla le danger. Le sien glissait sur la pente verglacée qui descendait la falaise… mais avec la pente glissante justement elle était trop attirée vers le précipice… Elle allait tomber !!!!!

Il y avait des filles dans le coin. Elles allaient me voir… Mais peu importait. Je m’entendis rugir son surnom sans avoir remarqué que j’ouvrais la bouche. Je vis la paroi se rapprocher de moi sans avoir remarqué que je m’étais mis à courir. L’adrénaline augmenta en flèche dans mon organisme et avec elle le déclencheur de ma puissance. Je pouvais le faire, je le savais, je le sentais. Je courais très vite, trop vite, je ne m’enfonçais plus dans la neige… je courais vers un mur de pierres… c’était stupide non ? Le temps d’escalader elle serait tombée ! Ou alors le fou que j’étais espérait pouvoir la rattraper avant qu’elle ne s’écrase au sol. Il fallait bien viser.
Non… Ce serait un sujet de conversation de plus sur le mystère entourant les Drakkaris. Je bondis, l’un de mes pieds prenant appui sur la falaise, en bas, déjà assez haut par rapport au pied de la falaise, un interstice suffisamment stable. Je bondis comme je le faisais si souvent mais avec plus de puissance que je ne le faisais d’ordinaire. Etait-ce le danger ? La crainte ? La crainte qui m’étreignait de la voir chuter, la certitude que je pouvais l’arrêter ? Je sais juste que la sensation devint doucereuse. Je ne touchais plus le sol, j’appartenais au ciel. Un bond démesuré… vraiment démesuré, même pour moi. Le pire c’est qu’il semblait calculé au millimètre. J’atterris au bord du précipice, à une trentaine de centimètres pour être plus précis et je me jetais en avant. Ma main gauche percuta fortement la couche de glace, l’éclatant alors que j’y plongeais mon poing en une prise indéfectible, j’étais fort, mon autre bras s’étendit et la ceintura, l’arrêtant tout juste dans sa glissade catastrophique et de plus en plus rapide. Son élan nous fit légèrement glisser mais je tins bon. Comme j’avais fléchi les genoux j’étais plus à genoux qu’à plat ventre dans la neige alors qu’elle était étendue sur le dos, les pieds au bord du vide. Mon coeur se mit à battre vite quant au danger qu’elle venait de courir… Elle aurait pu… elle aurait dû… Un frisson terrible, désagréable, horrible me parcourut. Elle était recouverte de neige, les cheveux, les vêtements, le visage et crachotait toute celle qui s’était collée à sa bouche et à son nez dans sa chute. Je détournais les yeux pour ne pas la regarder. J’avais mal au ventre. Ce n’était pas ma blessure…
Elle prononça mon nom, doucement, malgré son souffle court… Elle avait essayé de se rattraper après tout et avait pas mal perdu le souffle dans sa glissade. Elle posa une main sur l’un de mes bras. Le frisson devint agréable, très agréable alors que je tournais la tête vers elle.



Le jeune homme ne se voyait pas mais dans son saut improbable et même là alors qu’il était immobile, les marques visibles sur son corps, étranges, étaient beaucoup plus lumineuses, un éclat bleuté passait dessus et ses yeux étaient légèrement brillants alors qu’il faisait totalement jour encore, le tourbillon argenté qui s’y baignait ayant pris… beaucoup plus de place.
Il avait retourné la tête vers elle alors qu’elle le remerciait entre deux halètements, marmonnant contre sa maladresse quand il remarqua la trace sur son front, qui prenait les teintes d’un sacré bleu !

Tu t’es cognée ? Qu’est ce qui…

Il ne put pas finir. Un crissement sur la neige lui fit relever la tête. La planche de la jeune femme avait suivi celle-ci dans sa chute, avec un temps de retard mais avait pris pas mal de vitesse et fonçait droit sur eux. Il venait tout juste de se pencher un peu plus contre la neige pour prendre un meilleur appui de ses bottes et se redresser. Il n’eut que le temps de la repousser tout en serrant sa main sur sa veste pour l’empêcher de glisser plus loin. Mais le destin était joueur et la planche passa parfaitement entre les bras du jeune homme, éraflant très légèrement son menton pour s’arrêter dans un choc sourd… vraiment mal. Tristan poussa un gémissement trop sourd et trop douloureux pour laisser planer le doute quand à l’arrêt brutal de la planche. L’avant de celle-ci, certes heureusement arrondi mais au bout métallique venait de heurter de plein fouet l’entrejambe du garçon. Elle dut s’accrocher à son bras tant la douleur lui fit desserrer sa prise sur sa veste alors qu’il gémissait oui… mais bien trop aigu pour sa voix si grave ! Elle l’appela d’une voix inquiète et il répondit… encore une fois d’une voix trop aigue.

Un instant… s… s’il te… plait…

Elle s’excusait à répétition, consciente, trop consciente que ça pouvait vraiment faire mal à un homme, essayant de se redresser seule et de voir comment il allait. C’est vrai que le voir étouffer sa douleur en ouvrant et fermant la bouche sur la neige, quitte à manger celle-ci, ce n’était pas courant. Il se redressa à quatre pattes alors qu’elle avait trouvé un appui de son côté et récupérait lentement sa planche. Le garçon avait les yeux plein de larmes de douleur et se plaqua rapidement une main sur l’entrejambe en gémissant de plus belle. Aie.. ça… ça faisait vraiment mal…

Tu… sais… il y a… des manières… plus douces… pour me dire… que tu n’as pas… envie de moi…

Il releva le visage vers elle. Malgré la douleur sur ses traits, il était… rieur, un sourire mutin étirant ses lèvres. Monsieur ne perdait finalement pas facilement son sens de l’humour quelque peu particulier. Elle lui donna une bourrade dans l’épaule en grognant pour le démentir. Mais il avait l’air moins fermé que la veille, beaucoup moins et c’était encourageant. Après tout, il avait dû avoir… sacrément peur pour elle. Comme ils purent ils se redressèrent et s’éloignèrent du bord trop dangereux et glissant de la falaise. Lui s’entrainait sur une arête facilement accessible et surtout dégagée mais ce bord là était beaucoup trop dangereux ! Dès qu’elle se leva il la vit chanceler et plus sautiller qu’autre chose, ne s’appuyant pas sur l’une de ses jambes, du moins le moins possible. Les questions remontèrent alors qu’il venait immédiatement la soutenir.

Cassidy ?! Qu’est ce qui t’est arrivé ???

Vu l’insistance dans sa voix elle fut bien obligée de tout lui dire. Le jeune homme l’avait entrainée près d’une souche pour l’asseoir, essayant de la débarrasser par petites tapes de toute la neige accumulée dans ses vêtements, vidant celle dans la capuche de son manteau. D’un geste trop doux, si hésitant, il avait dégagé celle de son front, les cheveux de son visage pour voir l’énorme marque qui s’étalait au dessus de ses yeux et lui fit écarquiller les siens. Elle avait d’autres bleus… Sur les mains et les poignets de ce qu’il voyait, le cou aussi, le coin de sa mâchoire, à droite. Elle était passée sous une horde de mammouths ou quoi ?! Et elle en avait plus que probablement ailleurs… Et elle boitait !!!!
A mesure de son discours le jeune homme se crispa de plus en plus, son regard se faisant sombre alors qu’il évitait très soigneusement de la toucher. Quand elle lui parla de sa jambe la colère fit flamboyer son regard, colère qu’elle se maltraite de la sorte, ne prenant pas soin de son corps blessé. En même temps il ne pouvait s’en prendre qu’à lui ! S’il avait été là il aurait pu l’empêcher de sortir mais il était loin… C’était ce qu’elle voulait pourtant non ? Il s’en souvint et se crispa davantage. Il ne respectait pas les règles alors qu’il avait dit qu’il la laisserait… Il se redressa rapidement.

Il faut rentrer au village. Je vais te porter.
Non non ça va, je…
Cassidy ! Tu ne vois pas dans quel état tu es ! Tu as l’air épuisée ! Je ne vais pas te laisser t’appuyer sur ta jambe et…
Mais je peux marcher !
NON ! Soit je te porte volontairement, soit je te jure Cassidy Herediane, que je t’attache et te porte de force !

Il avait l’air en colère. La peur dans son regard pourtant le démentait. C’était de l’inquiétude et de la culpabilité, encore… Que ce soit à cause de sa menace qui pouvait prendre de curieux sous-entendus bien plus… coquins, il le lui avait déjà prouvé… ou le ton assuré de sa voix qui lui donnait des airs de conquérant assez sexy lui qui était plutôt du genre à laisser couler jusque là, elle finit par accepter et fit bien car les traits du garçon se détendirent aussitôt alors qu’il la remerciait à mi-voix. Cette pause lui avait permis de se remettre même s’il avait toujours un peu mal de son côté. Pour chasser l’idée de demoiselle en détresse et lui faciliter celle de la porter il lui tourna le dos en lui proposant de s’y agripper. Pour les demoiselles présentes plus loin qui avaient suivi le plus clair sans rien entendre de la conversation, ça prenait plutôt des airs de petit couple amoureux et un petit jeu de portage beaucoup trop mignon ! Les apparences sont souvent trompeuses… Elle passa ses jambes autour de sa taille et s’il grimaça légèrement quand ses jambes effleurèrent sa blessure elle ne put pas le remarquer. Les bras autour de son cou et de ses épaules elle fut bien obligée de se presser contre son dos pour lui garantir le meilleur équilibre. Le corps du jeune homme échauffé par l’entrainement était légèrement plus chaud que d’ordinaire. Il cala sa planche sous l’un de ses bras et ses mains vinrent soutenir les cuisses de la demoiselle… et lui garantir qu’elle ne heurte pas sa blessure mine de rien.

C’est dans un silence gêné qu’il se mit à marcher vers le village. Il ne disait rien, elle non plus au début. Elle devait bien le sentir, tendu, inquiet, silencieux comme la veille, plus fermé encore que la veille. Les retrouvailles n’étaient pas des plus… euphoriques après tout.
Au bout d’un moment elle lui demanda s’il avait passé une bonne journée, d’une voix curieusement hésitante.

… Ca va… J’ai réalisé ma mission.

Aie… Méga aie !!!! Parce que s’il avait réalisé sa mission il n’avait que peu de raison de rester bien longtemps et davantage maintenant qu’ils étaient… en froid. Comptait-il toujours rester comme il l’avait tendrement dit la veille ? Ou était-il douché et bien décidé à s’éloigner au plus loin de la demoiselle ?
Il ne prit même pas la peine de lui demander si elle-même avait passé une bonne journée. Vu son état elle ne pouvait après tout rien d’autre répondre que « pas vraiment ». Elle était très pâle… Marcher sur sa jambe blessée avait dû sacrément l’épuiser mine de rien. Le silence s’était de nouveau étendu entre eux, gênant, tellement gênant. Que dire au juste ? Bien sûr qu’elle aurait eu raison de le chercher, de le provoquer pour le sortir de ce silence si douloureux mais vu comment il était un rien pouvait le renfermer encore plus non ?… Elle eut la patience d’attendre et fit bien. Il se crispa davantage tout à coup, ses muscles se tendant contre elle alors que sa voix devenait hachée.

Ca m’énerve !

Ca m’énerve de ne pas avoir été là ! J’aurais dû… J’aurais pu te rattraper ! Je…
Je sais…

Elle avait murmuré tout bas, la tête posée dans le creux de son épaule. Sa voix ou son souffle firent frissonner le jeune homme qui avait légèrement tourné la tête vers elle et la détourna aussitôt, les pommettes roses. Ses mains s’étaient serrées légèrement sur les épaules et le torse du jeune homme, il ferma les yeux. La sensation était agréable, il se détendit et elle le sentit bien… tout ce pouvoir qu’elle avait sur lui. Elle se mit à plaisanter, rétorquant que c’était sa faute, qu’elle avait fait les cascadeuses et qu’elle préférait autant qu’il ne la voit pas au moment de sa pitoyable réception, qu’elle avait dû avoir l’air d’une sacrée potiche, alors qu’il savait qu’elle surfait si bien. Ca le fit grogner mais elle remarqua bien qu’il ne se crispait pas et que le coin de ses lèvres s’étirait légèrement en un sourire. Ils auraient probablement dû parler de la veille, du malaise entre eux… de ce qu’ils avaient vécu en étant loin l’un de l’autre toute la journée. Mais c’était trop tôt. Le temps semblait différent et ils arrivèrent beaucoup trop vite aux abords du village. Il ne s’arrêta pas pour la laisser descendre.

Tristan laisse moi descendre.
Hors de question !
Tristan !
Je t’ai dit que je ne te laisserai pas marcher sur cette jambe ! Tu es blessée !
Je vais très bien !
Non !
Si !

… Deux vrais gamins !

Les gens n’ont pas besoin de nous voir comme ça !
Ils ont déjà dû voir dans quel état tu es !
Mais…
Pas de mais ! Je t’emmène chez le guérisseur !
Ah non !
Ah si !
Tristan j’ai dit non !
Et moi je te dis que si !

Eh bien… le jeune homme qui jusqu’alors ne s’était jamais vraiment opposé à elle, ne se serait jamais permis de lui tenir tête de la sorte et encore moins après la soirée d’hier était d’une véhémence sans égale ! C’est qu’il tenait bon ! Ferme, intransigeant il refusait d’écouter ses caprices cette fois ! C’est que c’était important. Mine de rien elle pouvait se rendre compte que pour ce qui était vraiment important justement, le jeune homme était… beaucoup moins conciliant ! Et pouvait très bien lui tenir tête. Et même plus que très bien ! Après tout, il était beaucoup plus fort qu’elle !

Tristan non ! Ce n’est pas une bonne idée !
Une bonne idée ?! En quoi amener une blessée chez un guérisseur n’est pas une bonne idée ?!
Mais je… Tristan…
Alors quoi ?!
… j’ai couché avec lui.

Net, direct. Le jeune homme s’arrêta d’un coup, si vite qu’il la secoua légèrement. Ses muscles s’étaient de nouveau sacrément crispés. Ses pommettes devinrent… très rouges tout à coup.

Oh… euh… je…

B… Mais… euh… hum… Tu as vraiment… mais… euh…

Elle aurait peut-être aussi dû préciser quand… Car le malaise qui venait de naître dans le ventre du jeune homme ne fit qu’enfler… Bien sûr qu’elle n’était pas allé fricoter avec ledit guérisseur aujourd’hui, sinon elle aurait au moins été soignée, c’était logique… Mais il aurait vraiment eu besoin qu’elle le confirme… Car là, la logique il l’avait laissée au placard.

Alors… je… je t’attendrai dehors si…

Il en était presque touchant à être tout à coup si maladroit et embrouillé, tout rouge et si gêné. Elle lui parla alors de Ninna et il se détendit, reprenant sa marche dans des foulées bien trop grandes, faisant volte face pour se diriger à la boutique de l’apothicaire. Son engouement brutal et la joie qui transparaissait jusque dans son corps de ne pas aller voir cet amant de la demoiselle réussirent même à faire légèrement rire celle-ci et à les détendre tous les deux, suffisamment pour qu’elle se permette une taquinerie à ce propos, comme quoi il semblait très « embêté » pour un sujet pourtant si facile… Après tout, ils avaient évoqué sans mal leur vie sexuelle quelque peu débridée, non ? Il sourit, son corps tressautant légèrement dans un rire silencieux.

Oh c’est juste qu’on ne sait jamais… S’il est plus beau que moi…

Elle le pinça… La plaisanterie les détendit beaucoup.
Ils arrivèrent finalement chez Ninna. Ils avaient croisé plusieurs personnes en cours de route et des regards… qui semblaient singulièrement désapprobateurs. Tristan ne comprit pas. Il savait les nordiques peu expansifs mais bon… ça n’avait rien d’excentrique de porter une femme blessée, si ? Ils étaient bizarres ces gens du nord quand même…
Il déposa sa planche à l’entrée… Ninna ouvrit des grands yeux quand elle les vite entrer dans la boutique. C’est qu’ils faisaient un bel ensemble tous les deux. Elle était tranquillement en train de siroter un thé derrière le comptoir en lisant un livre d’un célèbre herboriste quand Cassidy entra sur son étrange… monture. Voyons demoiselle… Ce n’était pas ainsi qu’on montait sur un si beau garçon… Passons…
Tristan la laissa enfin et finalement glisser le long de son dos, fléchissant les jambes pour lui faciliter les choses et la soutenant alors qu’elle commençait à expliquer sa mésaventure à Ninna. Celle-ci avait dû entendre parler des rumeurs qui circulaient car elle sembla se détendre. Elle amena Cassidy dans l’arrière-boutique pour l’analyser puisque la demoiselle allait devoir se débarrasser de ses bottes et probablement en grande partie de ses vêtements pour être examinée. Quoique pas sûr qu’elle s’y plie réellement mais là Tristan ne pourrait pas le vérifier puisque tout timide il ne les suivait pas. Il arrêta Cassidy pourtant juste avant.

Euh… C… Cassidy… Je… Ca… Est-ce que ça te ferait plaisir si j’allais chercher… des biscuits ? C’est bien des biscuits non ? Pour euh… pour la douleur ? Avec… des pépites de chocolat… Tu… c’est bien ça, hein ?


Pauvre garçon… Finalement les dégâts étaient plus importants que prévu. Il en venait à présent à lui demander ce qu’il pouvait faire pour lui faire plaisir, pour ne plus faire de bêtise. Aie… Gentiment elle prit la peine d’acquiescer et surtout d’être patiente… il avait vraiment besoin de sa patience et de sa bienveillance. Elle fit bien car en retour elle eut droit à un sourire absolument magnifique qui réussit à faire hausser un sourcil à Ninna. Non parce que le grand machin baraqué là… en plus d’avoir une gueule d’ange, il avait vraiment un sourire à se damner quand il était comme ça !  Il avait toujours l’air un peu crispé et lointain, en grande partie caché derrière son masque mais il agissait tout de même avec une certaine spontanéité, enfin presque et ce sourire là était sincère. Il sortit rapidement de la boutique.
L’auscultation dura longtemps, Ninna fit beaucoup de recommandation et une prescription longue comme un bras… sur laquelle elle spécifia de manière trèèèèès précise l’importance de l’application d’une lotion et d’un baume, sous forme de massage, de tout le corps c’était bien aussi, sur toutes ses bosses, sur tous ses bleus, ses écorchures et surtout surtout… sur sa cheville ! Car mine de rien, la petite demoiselle avait peut-être réussi à échapper à la casse mais elle s’était fissuré l’os de la cheville quasiment sur toute la largeur. Un c’était un miracle qu’elle ne se la soit pas cassé, deux c’était un miracle qu’en marchant comme un bourrin alors qu’elle aurait dû être juste allongée immobile et percluse de douleur elle n’ait pas transformé la fissure en cassure, trois c’était inconcevable qu’elle puisse marcher, même avec un bâton sur cette blessure. Elle avait une tolérance à la douleur de malade ! Elle était shooté aux hormones, à la drogue ou complètement saoule ??! Ce n’était pas possible autrement… Ou alors elle avait eu l’habitude d’avoir mal… trop l’habitude. Mais ça, personne ne voulait y penser évidemment…
Bref, l’auscultation avait duré… Et si la boulangerie n’était pas proche, Tristan mettait décidément trop longtemps à revenir. Il y avait un peu de bruit dehors mais la boutique, comme tous les bâtiments, bien isolés du froid l’était aussi des sons extérieurs… Jusqu’à ce qu’un homme entre en trombe dans la boutique en appelant l’apothicaire.
Les deux femmes étaient sorties de l’arrière-boutique.

Ninna !!!! Prépare tes potions ! Y en a un qui va en avoir besoin !
Quoi ? Mais qu’est ce qui se passe ?!
T’as pas entendu ?
Mais quoi ?!
Jilian est en train de démonter le Drakkari !


Il sembla seulement à ce point s’apercevoir de la présence de Cassidy et fronça les sourcils avant de se crisper en la voyant boitiller, appuyée sur une canne que lui avait prêté l’apothicaire pour le moment.

Putain merde ! Je vais aller l’aider ! Quel connard !

Et sans plus d’explication il ressortit aussi vite. Ninna se tourna vers Cassidy qui était devenue totalement blême et elles sortirent rapidement toutes les deux, elle surtout en train d’essayer d’empêcher la petite blonde de se faire mal… C’est qu’avec son attelle solide à la jambe elle reprenait un peu trop d’assurance malgré sa blessure.

Bien plus loin s’était formé un attroupement. Les deux femmes parvinrent à passer dans la foule et à se diriger vers le centre du cercle formé. La neige se teintait par endroit d’un rouge bordeaux.
Tristan était étendu au sol immobile malgré ses poings serrés sur la neige qui tremblaient légèrement. Au dessus de lui, Jilian, rendu fou de colère était assis à califourchon sur son ventre, le bloquant ainsi, l’empêchant de se relever, puisque sacrément lourd lui aussi avec tous ses muscles, l’empêchant de bien respirer aussi… Le grand blond avait agrippé fermement le col de la tunique du Drakkari, pour lui maintenir la tête suffisamment relevée et il cognait de son autre poing, de toutes ses forces, si fort qu’il s’était ouvert les phalanges sur les dents du rouquin.
Le visage ruisselant de sang, Tristan était toujours totalement conscient malgré son immobilité, son refus de se battre pourtant flagrant. Même si Jilian frappait violemment il n’avait pas réussi à lui casser le nez et si du sang s’écoulait pourtant de celui-ci il n’aurait pas de changement réel de son physique. Les deux arcades sourcilières ouvertes, deux énormes hématomes se formant déjà sous forme de coquards sur ses yeux, les lèvres fendues à cause des coups qui les avaient pressées contre ses dents trop aiguisées. Le blond s’acharnait… et pas qu’un peu. Personne n’intervenait… Comme si c’était normal… Alors que les nordiques avaient un sens si aigu de l’honneur et de la justice, ce comportement n’avait rien de normal, certains, trop même, encourageaient même Jilian… Un cri fusa dans la foule, le nom du Drakkari alors qu’une petite demoiselle surgissait brusquement entre les deux hommes, hurlant tout de suite après à Jilian d’arrêter. Mais dans sa précipitation à sauver son compagnon qui aurait dû répliquer… elle l’avait vu à l’oeuvre, il pouvait tordre le cou d’un homme adulte et aussi musclé que lui à mains nues ! Pourquoi ne maitrisait-il pas Jilian ? Dans sa précipitation elle se mit sur le chemin du poing qui s’était relevé trop haut et s’abattit d’un coup. Jilian se rendit compte de son geste, du danger mais trop tard… Enfin presque.


Son odeur, sa voix. Je la vis derrière le rideau de sang qui m’aveuglait à moitié. J’avais mal au visage mais ce n’était pas grand chose. Mon honneur avait bien plus mal… Je la vis, je sentis le danger. Ce con allait la frapper en essayant de me punir ! Alors que je m’étais interdit de répliquer, interdit de bouger depuis ces quelques trop longues minutes pendant lesquelles il n’avait eu de cesse de me bousculer puis de me frapper, alors que je n’avais rien fait quand il m’avait fait tomber au sol et qu’il avait commencé à me bourrer de coup je réagis au quart de tour. Ma main gauche se releva d’un coup et vint se serrer, englober son poing qui s’abattait, l’arrêtant à quelques centimètres à peine de la tempe de Cassidy. Cette petite idiote s’était jetée sur moi… La chaleur de sa peau contre moi alors qu’elle avait passé ses bras autour de mon cou pour me protéger de son ex. Mais merde quelle idiote ! Pourtant je la trouvais brave… tellement brave. J’avais envie de la traiter d’idiote, de se jeter comme ça sous un poing qui aurait pu être un poignard… Mais elle était si brave… ou totalement folle… Elle était crispée, tendue, tellement tendue, pour moi, à cause de moi. Ma main gauche avait retenu le poing dangereux tandis que du même coup je m’étais redressé sur mon autre bras, tendu. Je dévisageais avec une haine meurtrière, viscérale, Jilian, tremblant qui fixait Cassidy en réalisant l’horreur qu’il avait bien failli commettre. Je cessais d’être inactif. D’une extension puissante je le repoussais fermement… bien trop fort, faisant sans le vouloir état de ma force devant lui et devant toute la foule qui nous avait observé sans rien faire d’autre que l’encourager à me casser la gueule. En fait il décolla du sol. Il aurait mal à l’épaule, cette pensée me réjouissait énormément… Il atterrit contre des gens plus loin qui le retinrent et essayèrent de le retenir au sens propre de me foncer dessus, surtout en voyant l’état de ma sauveuse. Cassidy s’était décollée légèrement de moi alors que le bras qui avait rejeté son ex s’était passé autour d’elle tout naturellement, protecteur et un brin… possessif je l’avoue. Elle regarda mon visage, me regarda. La fureur empli ses jolis yeux, elle en hoquetait, comme si elle ne réalisait pas, comme si elle ne comprenait pas. Elle se mit à hurler sur Jilian en se tournant vers lui… C’est qu’elle pouvait monter dans les décibels, lui demandant trop fort, tout le monde nous regardant ce qui lui prenait, pourquoi il faisait ça, l’insultant… Mh… ça c’était agréable… Je m’étais redressé lentement et elle essayait même de me soutenir alors que c’était elle qui était blessée à la base. J’en éprouvais une joie sadique… Non parce que là c’était quand même moi qu’elle soutenait ! Pas lui ! Moi ! Ca avait eu du bon de ne pas répliquer… J’aurais pu le tuer ce petit con ! Et j’en avais bien envie à vrai dire… Je la retins alors qu’elle avait fait un pas vers lui et qu’il semblait moins véhément, tout comme les hommes qui le tenaient d’ailleurs. Intéressant de voir comme ils étaient tous brusquement intimidés devant une femme forte. Devant MA femme forte… Autre pensée très réjouissante… je l’avoue. Je l’avais retenue… pas par des gestes, par des mots, du moins après avoir craché du sang au sol et une de mes molaires que ce con avait réussi à me casser… UNE DENT !!!! Ce petit con m’avait pété une dent ! Youhou ! Détacher une dent de la mâchoire d’un dragon, tout humanoïde qu’il soit était un exploit sans nom ! D’accord ça repousse super vite mais quand même ! Et ça fait mal en plus ! La seule chose réjouissante ? Mes os étaient si durs (preuve en était mon nez certes un peu gonflé mais intact) il avait dû se péter un doigt ou deux… gniaaaak !!!!!
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 24 Fév - 22:34

… Ils pensent que je t’ai frappée… Enfin... violentée... probablement violée aussi j'imagine...

J’avais parlé au pluriel. Elle se figea, se tournant vers moi. Décidément elle était trop intelligente pour que je précise. Elle avait parfaitement compris que c’était à cause de son état physique…
Ses yeux se posèrent sur notre aubergiste derrière moi. Lui aussi avait des taches de sang sur les phalanges… C’était lui qui m’avait apostrophé le premier en sortant de la boulangerie avec mon sac de biscuits pour un régiment, qui gisait un peu plus loin heureusement intact. C’était lui qui m’avait frappé en plein estomac, une fois, deux fois, trois fois en me hurlant qu’ici on ne tolérait pas les hommes violents avec les femmes et qu’il allait m’apprendre le respect « petite merde »… Le surnom n’était peut-être pas utile… Il était grand, fort, comme tous les nordiques et il frappait bien. Ce con avait rouvert ma blessure, il avait réussi à faire sauter des fils… Merde quoi ! Mon entrainement n’avait rien fait à ces fichus fils ! C’est dire à quel point c’était une grosse brute. Et c’est pour cette raison que je n’arrivais pas à me tenir totalement droit et pourquoi alors que j’étais debout, je comprimais mon ventre d’une main. Ma tunique se tachait de plus en plus de sang… Pas beaucoup heureusement, moins que ce matin… Mais j’avais mal…
Elle était blême, sa mâchoire tremblait alors que ses yeux passaient de moi à l’aubergiste, de lui à Jilian… et aux autres qui n’étaient peut-être pas bien vifs mais commençaient à comprendre que si je disais ça c’est qu’ils s’étaient bien plantés… Merci les ragots !
Hum… là mon instinct me soufflait qu’elle risquait… de vraiment s’énerver… Malgré la joie encore une fois très sadique que j’aurais éprouvé à la voir hurler sur ces imbéciles et sur son ex, non vraiment, j’aurais adoré la voir repousser et insulter son ex… et si elle m’embrassait devant lui c’était encore mieux !!!! Et puis un petit bisou… j’étais sûr que ça chasserait la douleur, beaucoup… malgré tout ça, j’essayais de désamorcer le problème. Tout comme j’avais essayé de le faire en ne frappant pas… Et aussi… c’est vrai… ne pas frapper… je l’avais fait pour lui montrer que je n’étais pas le monstre que ma nature sous-entendait…


Cassy… Ca va… c’est rien… C’était juste un… malentendu…

J’aurais dû me taire… Parce que minimiser les choses, ce qu’elle avait fait elle-même pourtant alors que je la portais, je le compris tout de suite, ce n’était pas à faire là… Parce que pour elle ce n’était absolument pas rien… Oups…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Sam 25 Fév - 17:57

Cette situation était vraiment compliquée. Un coup ça allait, un coup c’était le malaise. Cassidy était bien consciente de son propre comportement mais… elle ne pouvait pas aller à l’encontre de toute cette attitude qu’elle avait développée depuis voilà bien des années maintenant. Et puis il fallait le dire, les relations sociales c’était pas son truc ! Elle en avait eu assez de faire la gentille petite fille qui disait oui à tout. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, elle se comportait plutôt bien avec Tristan… au début. Elle en avait fait des efforts avec lui alors que ce n’était décidément pas sa tasse de thé. Mais peut être qu’il ne pouvait pas comprendre.

Il est vrai qu’elle lui reprochait quelque chose qu’elle-même appliquait. Cependant malgré sa longue tirade, Tristan restait… figé. Il écoutait mais elle sentait peut être que quelque chose ne tournait pas rond au final. Il finit finalement par répondre, d’une voix calme, pas aussi investie qu’avant. Elle l’entendait bien le ton de sa voix, dans la caverne, dans l’autre ville. Ici il disait les choses mais sans relief… Il avait cependant confirmé qu’elle avait vu des choses chez lui que personne ne savait. Et qu’il voulait faire attention à elle. Mais pourquoi ?!

Cassidy fronça les sourcils, l’air de ne pas comprendre. Pourquoi faire attention à elle ? Pourquoi ? Et comment le voyait-il tout simplement ? Les petits détails qui changeaient tout, qui prouvaient qu’elle n’était pas à l’aise. Ce n’était pas normal… Elle le regarda un instant, cherchant à le sonder et lire à travers lui. Oui bon pour le coup ça ressemblait beaucoup à ce qu’elle lui reprochait quelques minutes plus tout. Pour elle ne ce n’était tout simplement pas normal. Il était certes le petit garçon de son enfance, en un peu plus grand bien sûr mais… c’était un homme comme les autres aujourd’hui. Vraiment comme les autres ? Son cœur se serra à cette pensée avec douleur. C’était comme si il n’était pas d’accord avec cette pensée, comme si elle était en train de se mentir. Elle se mordilla la langue et ne fit aucun autre commentaire, bien trop troublée par les sensations qu’elle ressentait à ce moment et détourna lentement les yeux.

Puis elle changea de sujet. Pour chasser cette gêne, elle attaqua de nouveau et énuméra tout ce qui n’allait pas. Si elle savait que Tristan était jaloux, la demoiselle aurait été bien surprise. Jaloux de quoi ? Après tout ils n’étaient pas un couple… et Jilian n’avait jamais été son fiancé. Alors pourquoi s’emporter ? Elle ne le savait pas.

Alors que la situation ne s’arrangeait pas et malgré le mal que le mot casanier ait pu lui faire, Cassidy tenta de plaisanter, de repartir sur une note plus joyeuse. Sauf que seul le silence lui répondit. Un silence qui voulait dire beaucoup de choses. Il ne répliquait pas. Ah, là il devait être sacrément dans son monde, bien différent d’avant pour ne pas riposter ou réagir. Mais peut être qu’il essayait de ne pas être trop lourd en renchérissant. Néanmoins, le silence ne lui allait pas très bien. La demoiselle chercha une nouvelle tentative en parlant de la nourriture. Elle était même très attentionnée pour demander à mettre de côté le bout de viande. Mais Tristan ne réagissait même pas.

Le visage de Cassidy devint plus boudeur et renfrognée. Elle n’était pas réputée pour être très patiente. Enfin tout est relatif. Et désormais il y avait un silence vraiment gênant entre eux. Elle tourna sa fourchette dans ses doigts en poussant un grand soupir d’agacement. Puis ferma les yeux… pour se calmer, pour ne pas piquer un scandale à travers tout le restaurant alors qu’il n’y avait aucune véritable raison. Elle resta silencieuse malgré tout. C’était sûrement à cause de son attitude. Il n’était peut être pas habituée à ce qu’une femme lui parle sur ce ton, lui réponde sèchement alors qu’il faisait tout pour être gentil… Alors elle préféra laisser couler pour cette fois là, se doutant qu’elle avait fait bien trop de dégâts et s’enferma dans un mutisme.

Cependant, elle chercha encore bien vite à chercher à réparer les choses. Sauf qu’elle n’eut le temps de rien dire parce qu’il disait vouloir aller voler tout seul dans son coin. Bien, elle ne pouvait pas lui dire non puisqu’elle-même cherchait quand même à avoir une certaine tranquillité. Tranquillité qu’elle pouvait avoir maintenant alors qu’il prenait le large. Et pourtant ce simple éloignement lui fit mal au cœur. C’était horrible… Elle voulait vraiment essayer de se rattraper un peu, pour ne pas finir la soirée sur une mauvaise note, et il se barrait comme ça sans lui laisser le temps de réagir !

Cassidy était assez énervée par cette attitude. Pas vraiment d’accord, vexée. Mais surtout le cœur meurtri alors qu’elle l’ignorait royalement. Ca faisait mal, ce n’était pas agréable. En fait elle voulait être seule oui mais… son cœur n’était pas d’accord. Il lui faisait ressentir d’étranges sensations qu’elle n’avait jamais éprouvé par le passé… enfin peut être que si mais c’était il y a beaucoup trop longtemps et elle ne s’en rappelait pas forcément…

Contrariée, énervée, Cassidy se voyait très mal rentrer à l’auberge là et aller dormir comme si de rien n’était. D’accord, elle avait son somnifère et elle pouvait toujours aller se rouler en boule, il ferait de l’effet tout de suite et elle dormirait tranquillement. Sauf que la demoiselle avait besoin de faire partir cette gêne qu’elle éprouvait et qui n’était pas du tout agréable pour elle. L’idée d’aller surfer s’imposer à elle tout simplement. Au moins, elle oublierait ses tracas, elle ne se concentrerait que sur la planche et la glissade, ça avait le don de l’apaiser.

Ni une ni deux, elle ne mit pas longtemps à réfléchir et retourna à l’auberge pour s’équiper avant de ressortir rapidement. Après tout, elle aussi avait le droit de prendre l’air ! Tristan n’avait-il pas compris ? Elle était très loin d’être la petite fille sage qui rentre tranquillement se coucher comme si de rien n’était, juste parce qu’il le fallait. Elle aussi avait besoin de sa dose d’adrénaline.

Une fois sur la piste, elle se laissa glisser. Les sensations étaient extraordinaires, bien plus fortes qu’avec son ancienne planche. Celle-ci semblait répondre à la moindre de ses attentes. Une petite inflexion d’un côté ou de l’autre, le balancement du poids du corps, et elle répondait aussitôt avec une grande précision. Cassidy se sentait même capable de faire des figures acrobatiques mais elle s’abstint car il faisait nuit et que sa visibilité était loin d’être très bonne, même si les deux lunes éclairaient bien la neige blanche et les ombres des arbres. Cela l’apaisa beaucoup. Elle oublia Tristan, leurs échanges, sa frustration qui était dû à son corps… Finalement c’était bien mieux. Et elle n’aurait pas pu l’emmener avec lui car il se serait contenter de regarder ou d’apprendre. Oui… un moment pour se retrouver, pour se ressourcer. Seule elle sous la lueur des lunes et personne pour l’interrompre dans son activité.

En plus, cela la détendait et la fatiguait en même temps. Mais une bonne fatigue. Heureusement qu’elle était couverte quand même. Et puis, le drame. Elle était concentrée sur sa descente quand l’image de Tristan s’imposa dans sa tête. Malgré elle, Cassidy resta un bon moment sans regarder ce qui se passait devant. Elle ne vit malheureusement pas la grosse pierre qui sortait du sol et lui offrait une rampe pour décoller. C’est trop tard qu’elle réagit et heureusement que la planche était suffisamment solide pour ne pas rompre ou se briser. Mais dans ses réflexes, elle éjecta la planche, évitant ainsi d’atterrir très mal sur ses jambes. Mais la mauvaise réception se fit alors qu’elle hurla sur le coup de la douleur.

Tout lui fit affreusement mal. Elle se mit à rouler sans aucun espoir de pouvoir se rattraper à quelque chose, le terrain étant dépourvu d’arbres à cet endroit. Elle était sortit de la piste et le saut dans le vide, dans cette falaise, était inévitable. Bien heureusement pour elle, et même si Tristan n’était pas là, il n’était pas le seul à veiller sur elle. Enfin, si on peut appeler ça veiller. Mais tout était confus, tout était flou et elle perdit connaissance.

Lorsque Cassidy se réveilla, elle était en bas de la falaise, faible, transpirante mais saine et sauve. C’était comme si quelque chose l’avait retenu dans sa chute. Oh elle savait très bien de quoi il s’agissait et n’était absolument pas étonnée. Pourtant la douleur était tellement cuisante et forte à ce moment, qu’elle peinait à réfléchir. Cependant elle avait assez de force pour aller chercher un bâton sur lequel s’appuyer pour rentrer. Etrange phénomène qui se produisit qu’elle ne calcula pas. La priorité étant de rentrer.

Si Tristan était là, que se serait-il passé ? Elle se morigéna à cette pensée. Pourquoi cela lui venait-il à l’esprit ? Il était loin en train de voler ! Il ne l’avait certainement pas suivi cette fois-ci. Totalement contradictoire avec la confrontation du yéti. Mais elle l’aurait imaginer faire un sauvetage en volant, ça c’était sûr. Il l’aurait ramené à l’auberge, se serait occupé d’elle… sauf si il était toujours dans cet étrange état où il ne soufflait plus un mot. Mais pourtant il n’y avait personne autour d’elle. Tant pis ! Elle allait devoir se débrouiller toute seule et puis la petite demoiselle n’était pas en sucre, elle pouvait totalement se gérer toute seule sans l’aide de personne !

Pendant sa longue marche, elle eut le temps de réfléchir. Même si elle se concentrait pour éviter d’avoir trop mal et d’arriver à marcher plus ou moins bien, la jeune femme réfléchissait. A tout ce qui s’était passé, à ces semaines qui défilaient et ne se ressemblaient pas… à Tristan. Malgré tout ce qu’il pouvait lui dire, elle n’arrivait pas à imaginer que cela puisse être possible. Quelqu’un capable d’être aussi attentionné ? Alors qu’il n’était pas là pour ça à la base ? Pourquoi ? Pourquoi le destin ou le hasard ou les dieux les avaient placé à cet endroit au même moment ? Tant de choses tournaient dans sa tête… Cette proposition qu’il souhaite voyager avec elle… pourquoi ? Il n’avait pas dit que les dragons ne ressentaient rien ? Ne s’attachaient pas ? Bah là si c’était pas un attachement, qu’est-ce que c’était ? Elle aimerait bien savoir au fond…

Trop de questions, pas de réponses même si il avait quand même répondu à pas mal de ses interrogations. Et alors qu’elle finissait de réfléchir, elle arriva en ville. Heureusement que la nuit était bien avancée et que personne ne pouvait la voir dans cet état là. Cela aurait été très étrange de sortir des bois à cloche pied, le visage plein d’égratignures, le gros bleu qui recouvrait son front. Elle était forte et ne semblait plus avoir mal. Son étrange marche lui avait permis de rester au chaud et d’éviter de se transformer en glaçon. Mais ce que Cassidy ignorait, c’est que cet accident pouvait être interpréter d’une bien autre façon qui ne lui venait même pas à l’esprit.

Cependant, elle fut bien contente de rentrer dans la chaleur de l’auberge, c’était déjà plus agréable. Il n’y avait personne et elle put avancer tranquillement, sautant prudemment sur les marches qui menaient aux chambres. Lorsqu’elle arriva, Tristan n’était toujours pas rentré. Dans un sens, cela l’arrangeait. Elle ignorait combien de temps s’était passé depuis sa « promenade » mais il devait être très tard. Elle s’affala sur le lit et réussit même à tirer la couverture pour se mettre dessous. Avec un peu de chance, peut être qu’il n’y ferait pas attention dans la pénombre. Par contre, elle s’attendait sérieusement à recevoir des questions dès le matin. A moins qu’il soit toujours enfermé dans son mutisme. La demoiselle soupira avant de plonger dans un sommeil très rapidement, qui était réparateur bien heureusement même si cela ne ferait pas partir la douleur de sa jambe.

Pourtant le lendemain matin, elle se réveilla… seule. Cela lui parut bien étrange. Trop habituée à la présence quasi quotidienne de Tristan, la demoiselle fut bien surprise de ne rien sentir à côté d’elle. Aucune présence imposante, pas de bras tourné dans sa direction. Elle fronça les sourcils en se tournant de l’autre côté dans le lit. Personne… Eh bien en fait elle s’était réveillée ? Tout ceci n’était qu’un rêve ? Mais elle n’était pas chez Jilian… Ah peut être qu’elle avait couché avec quelqu’un encore qui était bien matinal ou qui était parti avant elle. Très curieux de se résigner aussi vite. Mais lorsque Cassidy chercha à descendre du lit, la douleur dans sa jambe la tira tellement violemment qu’elle repensa aussitôt à tout ce qui s’était passé la veille. Le retour dans la charrette, le repas, le surf, l’accident…

Ses yeux balayèrent la pièce et elle regarda les affaires de Tristan. Ses parchemins, son sac… une grosse pile de livres près du canapé traînait avec une couverture. Elle avait froncé les sourcils en regardant tout ça. S’était-il couché ici ? Sans venir dans le lit ? Peut être que c’était une bonne chose au final. Ses pulsions pouvaient se réveiller à n’importe quel moment et elle redoutait ce moment… Pas qu’elle n’aimait pas coucher avec lui… Mais elle craignait juste que cela ne soit pas… comme elle l’imaginait. Bestial, des envies de son corps comme une créature en manque. Non elle ne voulait pas !

Pourtant, dans cette chambre, Cassidy se voyait très mal attendre le retour de Tristan. Elle ne savait pas où il était. Sûrement en train de faire sa mission… Et puis, la planche qui lui avait offerte était toujours sur place. Hors de question d’abandonner ça ! Même si elle n’accordait que peu d’importance aux biens matériels, Cassidy se faisait une raison. Il lui semblait important et évident de récupérer cet objet. Parce que si elle ne le faisait pas, elle sentait qu’elle pourrait le regretter. Pourquoi ? Pour ne pas voir la déception sur le visage de Tristan ? Pour ne pas qu’il s’imagine qu’elle avait jeté son cadeau ? Ou bien parce qu’inconsciemment, elle y tenait beaucoup ? C’était sans doute ça… Mais encore une fois elle se refusa à y penser.

Elle avait commencé alors à descendre, tombant d’abord dans les escaliers qui menaient à la salle principale de l’auberge. Un petit attroupement s’était formé devant elle. Attroupement qui la mettait si mal à l’aise. Si Cassidy avait pu disparaître en un claquement de doigts, elle l’aurait fait sans soucis. On la questionna un peu mais elle ne voulait donner aucune réponse. Pas qu’elle cachait la vérité mais cela n’avait jamais été dans ses habitudes qu’on s’attarde sur elle. Bien mal lui en fit car inconsciemment, elle venait de réveiller des hypothèses dangereuses. Elle ne pensa pas une seule seconde que cela pouvait se retourner contre Tristan. Et pourtant, les Friholdiens sont très protecteurs… Un Drakkari est vu comme un être violent, peut être trop brusque, qui pourrait faire du mal… Ils avaient une sale réputation quand même. Mais pas une seule fois elle ne pensa à ça.

La seule chose que désirait Cassidy, c’était de s’enfuir, loin d’ici. Et surtout de ne plus voir tous ses regards qui la dévisageaient avec inquiétude et compassion. Fidèle à elle-même, jamais elle ne demanda la moindre aide ni l’accepta. Elle partit tranquillement en boitillant. On la dévisageait sur son passage mais la demoiselle n’en avait rien à faire. C’était même un peu trop pesant à son goût. Elle détestait attirer l’attention, de quelque manière que ce soit. Et pourtant, c’était bien le cas là maintenant. C’est pourquoi elle accéléra bien rapidement sa marche en boitant, en sautant à cloche pieds. C’est qu’elle était quand même énergique quand elle s’y mettait ! Elle avait de l’endurance, de la force et malgré tout, ses jambes étaient bien résistantes.

Très rapidement elle se retrouva à l’extérieur puis continua son chemin hors de la ville. Cassidy inspira un bon coup. Cela lui faisait du bien d’être enfin dehors, de ne plus voir les regards compatissants se poser sur elle. Elle ne se doutait pas que Tristan allait devoir subir d’autres regards pour le moins inamicaux. Cependant elle n’y pensait pas. Se repérant facilement, elle prit un chemin et continua sa marche d’éclopée. Cependant, ce n’était pas si simple que ça. Même si certains chemins étaient bien dégagés et la neige tassée, il y avait des endroits où il n’était un peu plus difficile de marcher correctement. La fatigue la gagna plus vite et elle devait faire des pauses de plus en plus longues pour reprendre son souffle.

Alors elle décida de s’arrêter sur un rocher, pour récupérer en attendant. Heureusement qu’elle avait pris une bonne cape bien chaude pour éviter d’avoir froid. Mais comme la demoiselle s’ennuyait, elle sortit sa pierre magique et commença à s’amuser avec. C’était bien étrange de voir celle-ci réagir. Elle ne s’y attendait pas. Cela lui fit réaliser à quel point les mages s’étaient trompés sur son compte… Elle pouvait peut être y arriver elle aussi. Sauf que… elle ne voulait pas devenir une apprentie. Tout le monde s’était moqué d’elle. On l’avait repoussé, ignoré. Elle ne voyait pas la raison de revenir. Et puis ça serait une bonne vengeance, si elle arrivait à se débrouiller toute seule pour apprendre la magie. Elle leur prouverait à tous… qu’ils avaient eu tort…

Cependant, son estomac se mit à gargouiller. Elle n’avait rien avalé depuis ce matin… Il était quelle heure maintenant ? La demoiselle regarda le soleil qui commençait à décliner dans l’autre sens. Aussi tard que ça ? C’était un miracle qu’elle arrive à tenir sans rien dans l’estomac. Elle se sentait vraiment bête. Et dire qu’elle avait fait des reproches à Tristan la veille parce qu’il ne mangeait pas grand-chose. Bon, pour elle c’était différent ! Elle ne s’attendait certainement pas à devoir mettre autant de temps pour récupérer sa planche. Mais quand même elle pensait encore à lui et son cœur se serra. Elle se demandait où il était, ce qu’il faisait…

Soupirant, elle se frotta les fesses puis reprit sa route. Heureusement, le trajet se passa plutôt bien et elle retrouva très rapidement sa planche. Mais alors qu’elle eut le réflexe de regarder la falaise, pour voir un peu la hauteur, son attention fut attirée par une chevelure rouge… Tristan. Il était en bas mais ne pouvait pas l’entendre. Il faut dire que le jeune homme avait le dos tourné et était pas très bien visible. Après tout elle n’avait pas une vue d’aigle. Pourtant, elle chercha à descendre pour le retrouver. Pas qu’elle voulait qu’il fasse le coursier ou la monture parce qu’elle ne voulait pas passer la nuit à revenir sur ses pas… Mais juste parce que ça lui faisait plaisir de le voir.

Sauf que le chemin qu’elle avait emprunté était un peu… dangereux. La blessée avait à peine fait quelques pas qu’elle tomba en arrière sur les fesses puis se mit à glisser. Ce n’est pas un cri de peur qui sortit de sa bouche mais de surprise alors qu’elle glissait tout le long. Et mince ! Elle tenta de s’arrêter, ayant lâché sa planche, son bâton mais il n’y avait absolument rien. C’était vraiment très glissant. Les mains en avant, elle allait tomber. Bouarf après tout ça ne ferait que la deuxième fois depuis hier. Dans sa glissade, de la neige vint se poser sur son visage, dans ses cheveux, à cause de la vitesse.

Elle ferma les yeux, s’attendant à faire le saut de l’ange. Soudain, une poigne forte la retint fermement. Tiens ?! Pas d’évanouissement cette fois ? Ouvrant un œil, elle remarqua que Tristan la tenait contre lui fermement. Surprise, elle hoqueta en s’essuyant le visage.

« Tristan ? »

Comment avait-il pu l’entendre d’aussi loin ? Et venir jusqu’ici ? Elle regarda plus bas. Il avait quand même fait un sacré bon pour atterrir ici et surtout très rapidement. Elle le dévisagea étrangement. Il était torse nu, ses marques se voyaient plus, tout comme ses yeux qui semblaient avoir changé un peu de forme. La première chose qui vint à l’esprit de Cassidy, c’était de comprendre pourquoi il était torse nu ici et surtout pourquoi il était à cet endroit. Et plutôt qu’un merci, c’est la première chose qui sortit de sa bouche.

« Tu fais… »

Mais il avait parlé plus vite en la dévisageant, car le gros bleu sur son front n’était pas passé inaperçu. Pourtant il fut interrompu par le bruit de la planche qui glissa et alors qu’il tentait de la réceptionner, elle atterrit en plein sur son entrejambe. Cassidy fit une grimace, compatissante. Elle n’aurait pas aimé être à sa place.

« Outch… »

C’est tout ce qui sorti de sa bouche. Elle était encore bien trop sonnée et n’était pas du genre à s’excuser sur le coup de la panique. En fait, elle restait même parfaitement calme et grognait de son côté, se morigénant à cause de sa longue chute spectaculaire. Après tout elle avait réussi son entrée non ? Il allait la lâcher, elle le sentit et s’agrippa instinctivement à son bras. La situation aurait pu être drôle. Au lieu de sa voix grave, c’était quelque chose de très fluet qui en sortit. Elle se mordit la langue pour éviter de rire sur le coup. Ce n’était pas drôle mais… ça faisait bizarre de le voir parler comme ça.

Il termina par une réplique plutôt taquine et qui convenait bien avec la situation. Elle se mit à rosir et lui donna un coup de coude, glissant quelques mots qu’elle avait marmonné tout bas.

« Cque t’es bête… »

Rien que ça. Pourtant, il n’allait pas rester toute la journée ici… Il l’aida à se redresser et elle suivit du mieux qu’elle pouvait en boitillant, tentant de faire attention quand même. Cependant, elle ne fit pas vraiment attention à son état mais constata que Tristan était déjà… un peu moins gêné qu’hier. On aurait dit qu’il avait réussi à reprendre le dessus. Moins de gêne, moins de crispation. Cependant il remarqua bien rapidement qu’elle ne marchait pas normalement et vint la soutenir aussitôt. Aïe… ça y est il fallait s’y attendre. Une nouvelle question, pleine d’inquiétude, d’insistance. Elle ne répondit pas tout de suite, ne sachant pas comme lui dire même si ce n’était pas grand-chose. Après tout, ce n’était pas une enfant non plus !

Il l’aida à s’asseoir sur une souche d’arbre en l’aidant à enlever la neige qui s’était faufilée dans ses cheveux, la capuche de sa cape… Alors elle inspira et parla assez rapidement alors qu’il était en train d’examiner son visage.

« Oh ça ! Je me suis faite attaquée par un bout de bois ! Y a pas à dire, c’est dangereux ces choses là ! D’ailleurs il a du glisser de la falaise quand je suis tombée… »

Il la regarda avec sévérité et arrêta de la toucher.

« Hum… et en fait hier j’ai voulu aller surfer pour tester ta planche, j’ai pas vu un rocher, et je suis tombée en me réceptionnant sur la jambe voilà. Mais y a pas grand-chose, ça partira d’ici quelques jours ! »

Elle avait minimisé les choses encore une fois. Prétextant qu’il n’y avait rien alors que ce n’était pas le cas. Cassidy omit de parler soigneusement de sa chute de la falaise et de tout ce qui s’ensuivait. Après tout ça, ce n’était pas important… et puis il serait beaucoup trop intrigué. Et puis, ce n’était pas quelque chose qui lui avait fait mal… donc elle ne mentait pas, juste qu’elle oubliait de raconter une partie de l’histoire. Il la fixa d’un air grave, ne parlant pas tout de suite.

Elle se racla la gorge. Après tout elle lui avait bien dit qu’elle voulait être seule.

« En fait hier… j’avais pas prévu de faire ça… enfin d’aller surfer… »

Evitant soigneusement son regard, elle tripota ses doigts d’un air très embarrassé et murmura quelques paroles qu’elle ne souhaitait pas cacher. Du moins, qu’il réalise un peu qu’elle faisait des efforts. Ou peut être qu’il allait encore croire qu’il avait encore mal interpréter ses paroles.

« Je… je voulais juste me balader avec toi dehors avant de rentrer à l’auberge mais t’es parti un peu vite… »

Elle était un peu plus hésitante dans ses paroles. Là il n’allait plus rien comprendre du tout ! Vraiment pas. Il répliqua puis le silence revint alors que Tristan se faisait beaucoup plus silencieux. D’un air déterminé, il déclara qu’il fallait rentrer en ville et qu’il allait la porter. Cassidy le regarda. Non mais elle était pas en mousse non plus ! Ca allait très bien, elle pouvait se déplacer toute seule ! Elle commença à refuser puis il s’emporta un peu, parlant de l’état de sa jambe, de son état épuisé.

Ca c’était un truc qu’elle n’aimait pas. Elle voulait faire la forte, elle voulait montrer qu’elle n’avait pas besoin d’aide et sa voix se fit plus puissante alors qu’elle répliquait avec plus d’insistance. Il s’emporta encore plus et la menaça même de la porter de force. Sa voix tremblait… par la colère. Elle le fixa, surprise de le voir parler de cette manière et de lui tenir tête. Son regard était rempli de peur et de culpabilité. Pourquoi s’inquiéter autant ? Elle marmonna, tourna la tête d’un côté et de l’autre, se tortilla encore plus le bout des doigts par gêne certainement.

« D’accord… si tu insistes… »

Mais plutôt que de la porter devant lui, comme une demoiselle, il lui proposa de monter sur son dos. Bon ce n’était pas la même chose que lorsqu’il était dragon mais au moins cela lui évitait d’être un peu… eh bien elle n’aimait pas trop s’afficher devant tout le monde. De sa position, elle vit les demoiselles qui observaient le petit couple qui avançait. Fronçant les sourcils, Cassidy hésita à questionner Tristan à ce sujet. Il faisait quoi ici avec des dames qui l’observaient ? Difficile à dire… Pourtant la demoiselle ne disait rien, se collant un peu plus contre lui pour mieux profiter de sa chaleur. Elle ne savait pas trop quoi dire et les crispations qu’elle ressentait sur Tristan lui faisaient penser qu’il était assez tendu quand même.

Et puis, elle chercha à détendre l’atmosphère, de parler d’autre chose.

« T’as… passé une bonne journée ? »

Aimable, juste pour faire la conversation tout simplement. Elle ne s’attendait pas à sa réponse et écarquilla les yeux. Déjà ? Aussi rapidement que ça ? Il avait fait comment ? Foncé dans le tas ? Nan parce que… enfin peut être qu’il avait déjà repérer les lieux hier et qu’il avait agit très rapidement. Elle déglutit alors que la jeune femme réalisait avec peine qu’il allait rentrer chez lui, plus rien ne le retenait ici, c’était évident ! Elle s’enferma dans le silence.

Il aurait été surpris si il lui avait demandé. Elle aurait sûrement tourné ça en auto dérision en déclarant qu’elle avait fait du sport elle aussi et que c’était bien dur de marcher à cloche patte ! Elle lui aurait peut être aussi expliqué, d’un ton dégagé, qu’elle s’était entraînée aussi avec sa pierre magique. Et que si il était d’accord, elle lui aurait montré. Sauf que l’atmosphère semblait bien tendue actuellement. Alors elle se perdit une nouvelle fois dans ses pensées.

Et puis soudain, Tristan parla d’une voix forte, ce qui la fit sursauter alors qu’elle sortait de ses réflexions. Elle haussa un sourcil, ne comprenant pas et restant silencieuse. Il regrettait de ne pas avoir été là, de ne pas avoir pu la rattraper. Cela lui fit quelque chose au cœur qui battit un peu plus vite alors qu’elle se délectait de ces paroles. Mine de rien, cela lui faisait quelque chose à la petite demoiselle même si elle ne le montrait que bien peu. Mais au moins ça confirmait ce qu’elle pensait. Si il avait été là, il ne l’aurait pas laissé se blesser. Elle ne sut pas quoi répondre tout de suite, puis juste deux petits mots, qui confirmaient sa pensée. Elle savait… Pour l’aider à s’apaiser, elle posa sa tête sur l’épaule du garçon, cherchant à l’étreindre un peu plus.

« Boh après tout, je l’ai bien cherché… J’ai été un peu trop confiante en mes capacités, j’ai voulu aller trop vite et puis bam ! Au moins t’as évité de voir ça ! Ca t’aurait bien fait rire de me voir me gammeler comme une grosse larve ! Enfin nan ! Mais j’aurais eu la honte quoi !

Il grogna mais elle remarqua qu’il souriait presque avec cette petite parole bien maladroite après tout. Cependant, la ville apparaissait dans leur champ de vision petit à petit et Cassidy se crispa. Elle ne voulait absolument pas qu’on la voit sur le dos de Tristan, ça la gênait horriblement ! Alors elle chercha à lui demander, gentiment, qu’il la laisse descendre. Sauf qu’il redevint véhément et implacable. Elle insista, il répliqua, elle tenta de se montrer plus forte, il refusa catégoriquement. Un vrai dialogue de sourd ou chacun avait du répondant. Elle n’était pourtant pas si vindicative. Elle aurait très bien pu battre des pieds et le forcer à la lâcher. Elle aurait pu taper là où ça faisait mal, verbalement ou physiquement. Et pourtant il y avait une certaine préservation dans ses paroles. Lorsqu’il parla de guérisseur, elle se crispa. Aïe ! Mauvaise idée… Très mauvaise idée.

Elle tenta de s’expliquer mais c’était gênant. Et puis les mots sortirent. Dans son dos elle était devenue toute rouge de honte alors qu’elle ne devrait pas. Mal à l’aise, gênée de savoir qu’elle avait couché avec un autre homme qui la regarderait. Elle ne pouvait pas voir qu’il avait aussi rougi pourtant il pila net, la surprenant et se mit à balbutier d’un ton hésitant, ayant tout de suite perdu toute sa bonne volonté. Comment aurait-elle pu le préciser ? Il ne lui laissait pas le temps d’en placer une ! Et puis pour elle c’était logique que c’était avant qu’ils se connaissent. Elle ne pouvait pas être dans sa tête et qu’il se doute qu’elle avait couché avec lui juste aujourd’hui.

Il commença à dire qu’il attendrait dehors. Heu pourquoi ? Y avait quoi de gênant ? Ils avaient couché ensemble c’est tout. Sauf que Tristan semblait tout gêné d’un coup et elle était très embarrassée elle aussi. Réfléchissant très vite, Cassidy proposa une autre solution.

« Ninna s’y connaît aussi… enfin elle peut regarder »

Ni une ni deux il fit directement demi-tour avec beaucoup de volonté et d’enthousiasme. Cassidy retint un rire, c’est que ça le faisait réagir.

« Eh bien tu as l’air assez gêné par ce simple guérisseur… »

Il répondit par une petite réplique taquine. Ahlala ces hommes… Cela la fit sourire doucement. Il s’emballait beaucoup pour une toute petite histoire qui remontait à loin déjà. Pourtant elle s’abstint de tout commentaire supplémentaire.

En arrivant dans la boutique, Ninna les dévisagea d’un air un peu inquisiteur. Elle avait bien reconnue sa petite employée sur le dos de son grand Drakkari. Oh oui, les rumeurs circulaient vite et on lui avait raconté que la petite blonde marchait très étrangement. Et puis à voir ses coups et ses bleus, certains pensaient que c’était le grand Drakkari qui y était pour quelque chose. Cassidy s’éclaircit la voix alors que Tristan la laissait descendre.

« Heu salut Ninna, désolé de pas être passée ce matin mais… fin voilà… »

Elle se mordilla doucement la lèvre inférieure avant de reprendre la parole.

« Je suis tombée en surfant sur la jambe. Tu pourrais jeter un coup d’œil ? »

Rien que ça, elle ne déballait pas tout puisqu’après tout, pourquoi faire une longue tirade pour un petit problème qu’elle trouvait insignifiant ? Ninna fronça les sourcils mais semblait soulagée de voir que les rumeurs étaient infondées.

- Petite maladroite… allez viens là que je regarde tout ça. Eh bien t’as une jolie tête dis donc…

Alors que Cassidy commença à suivre Ninna dans l’arrière boutique, la voix de Tristan la stoppa net. Il parlait de biscuits. Elle se mit à sourire, rougissant mais ne se retourna pas. Un simple hochement de tête pour lui répondre même si elle était contente de voir qu’il voulait chercher à se rendre utile. Puis elle se dirigea en boitillant dans l’arrière boutique.

- On peut dire que tu ne fais pas semblant toi !

Ninna examinait le visage de Cassidy puis l’aida à retirer ses bottes et remonter le haut de son pantalon. C’est que Cassidy n’avait pas trop envie de se dévoiler là maintenant. Ninna regarda et examina attentivement, tâta la blessure, prononça quelques paroles magiques.

- Tu ne t’es pas loupée Cassidy ! Petite inconsciente ! Marcher avec cette fissure osseuse, ça aurait pu être bien plus grave si tu avais continué ainsi ! Je vais te donner un baume, une lotion, pour que ça parte. A étaler sur tous les bleus, bosses et surtout cette cheville ! Quelques remèdes naturels pour faciliter la récupération et surtout tu bouges le moins possible ! Pas la peine de discuter, c’est niet ! Non mais qui m’a fichu une inconsciente pareille ?

« Heu… oui d’accord… »

Cassidy écoutait d’une oreille distraite et Ninna se mit à soupirer. Elle n’était pas sûre que Cassidy écoute car cette dernière en avait toujours fait qu’à sa tête, et agissait sans écouter personne. Quoique elle soupçonnait le Drakkari d’avoir eu quand même un impact pour la faire venir jusqu’ici. Ca c’était même certain. Si elle ne l’écoutait pas, au moins elle l’écoutera lui.

Elles étaient sorties et Ninna lui avait donné une canne qui trainait dans son bordel ainsi qu’un petit sachet contenant tous les remèdes lorsqu’une personne entra très rapidement dans la boutique. Ca parlait de potions puis la phrase de trop. Cassidy bouche bée manqua de faire tomber son sachet. Pourquoi ? Elle ne comprenait pas… Tristan avait provoqué Jilian ? Elle ne comprenait pas pourquoi le Nordique se mettrait à le tabasser, surtout qu’il n’y avait aucune raison. C’est bien trop rapidement, la peur lui tordant le ventre, qu’elle se dirigea sur la scène de lutte alors que Ninna lui tenait quand même le bras parce que Cassidy faisait complètement fi de la douleur et malgré le fait qu’elle avait mal, elle marchait plutôt vite.

Lorsqu’elle arriva sur les lieux, elle poussa tout le monde avec force, pour passer devant cet attroupement, sans comprendre ce qui se passait. Le sang lui battait aux tempes et elle ne comprenait absolument pas pourquoi ça se passait ainsi. Ce qu’elle vit la glaça de terreur. Du sang dans la neige, Jilian au dessus qui tabassait le grand Drakkari immobile qui ne bougeait plus. Les cris, la foule. Elle ferma les yeux car son ouïe trop sensible lui jouer des tours. Elle se mit alors à crier, espérant se faire entendre.

« Jilian ! Arrête toi bon sang ! »

Sauf qu’il n’entendait rien et continuait sa tâche sanglante. Cassidy secoua la tête, outrée. Elle marcha rapidement en direction de lui, boitillant à moitié puis voulu lui prendre le bras. Peine perdue. Alors elle se plaça dans sa trajectoire, ne sachant pas trop quoi faire et cherchant à se mettre entre les deux hommes. C’était stupide et ridicule ! Comme si cela changeait les choses. Elle était passée trop vite, s’agrippant à Tristan comme si cela pouvait arrêter Jilian. Sauf qu’elle sentit une tension et un coup ne vint pas alors que la foule retenait son souffle. Elle s’écarta juste à temps pour voir Tristan repousser Jilian comme si de rien n’était. Il le poussa même dans la foule avant que ce dernier ne tente de revenir à l’assaut. Mais Cassidy se plaça devant lui, le dévisageant avec surprise et intrigue, secouant lentement la tête.

Mais qu’est-ce qui lui prenait ? Qu’est-ce qui leur prenait à tous ? Ca n’allait pas la tête ? Tristan n’avait rien fait non ? Il allait juste chercher des biscuits, il n’y avait absolument rien de… Cassidy bouillonnait intérieurement. Elle serra fortement le poing, le regard sombre, regardant Jilian avec beaucoup de sérieux, de sévérité, de colère. Pas de haine non… juste une énorme colère. Et soudain, la si silencieuse demoiselle explosa.

« Mais qu’est-ce qui t’as pris de tabasser Tristan comme ça ? T’as fini de faire le con là ?! »

Elle n’en revenait pas. C’était impossible ! Quel démon était passé par ici pour ficher la pagaille à ce point ?

« Vous êtes tous cinglés ma parole ! Il ne vous a rien fait ! Pourquoi… pourquoi toute cette scène ? C’est ça ce que vous appelez du respect ? De l’honneur ? Non mais je rêve ! »

Elle sentit Tristan qui tentait de se relever derrière elle et se déplaça pour le soutenir, l’air de rien, comme si c’était normal. Murmurant d’une voix inquiète à son oreille quelques paroles, non pas qu’elle le pensait faible mais… c’était sorti tout seul.

« Bouge pas trop… il ne t’as pas loupé… »

Cependant, alors qu’elle le soutenait, il sortit une bien étrange phrase qu’elle ne capta pas tout de suite, manquant un battement de cœur. Quoi ?! Il disait quoi ?! On croyait que… frapper… violer… Elle resta interdite, pâle tout en regardant autour d’elle. Son cerveau semblait pédaler dans la semoule alors qu’elle réfléchissait à toute vitesse. Ses blessures… sa chute… Elle remarqua l’aubergiste et observa ses mains. Lui aussi avait frappé. Elle n’en revenait pas…

Mais en même temps elle se sentit très coupable… à cause de son mutisme, à cause de cette fichue fierté. Sans le vouloir elle avait fait penser à toute la ville que Tristan n’était qu’un sale monstre qui avait abusé d’elle. Les Drakkaris avaient une mauvaise réputation et la vie dure… Elle ne pouvait pas leur en vouloir… mais… elle était trop fière pour se démonter là maintenant et présenter ses plus plates excuses pour la confusion causée… Mais en même temps… ils avaient frappé un Drakkari sans lui poser de question, sans sommation… ils n’avaient pas cherché à comprendre. Mais est-ce qu’une femme violée aurait parlé ? Sûrement pas ! La situation était bien compliquée à comprendre.

Tristan tentait de rester calme en poussant une petite phrase timide. Pourtant elle ne l’embrassa pas devant tout le monde, restant silencieuse, sans rien dire avant de parler avec beaucoup de hargne.

« Un malentendu… un malentendu ?! Non mais c’est grave là ! Vous auriez pu me demander avant de l’attaquer ! Sérieusement, vous réfléchissez un peu ? C’est pas parce que c’est un Drakkari que c’est une brute juste bonne à soumettre les femmes et à se battre ! Non ! »

Elle reprit son inspiration alors que tout le monde était bien silencieux.

« Je suis partie surfer hier et je suis tombée suffisamment fort pour me faire très mal. C’est tout ! »

Jilian semblait se rendre compte de sa méprise mais resta quand même bien sombre. L’occasion était très bonne pour taper sur Tristan mais… la raison était mauvaise. La jeune femme ne savait pas quoi dire de plus, elle ne bougeait pas, très crispée, les muscles tendus et la colère qui ne semblait pas avoir quitté son cœur. La situation n’était pas très bien… elle ne savait pas quoi faire pour se dégager de là surtout que le cercle de personnes était bien fermé et que tout le monde la dévisageait. Elle détestait ça.

C’est alors qu’une voix un peu gênée s’éleva de la foule.

- Excusez moi ! Je suis bien à Brumsigdr ? Quelqu’un peut me renseigner ?

Les personnes se retournèrent pour voir une magnifique demoiselle enroulée dans sa cape, sur le dos d’un cheval noir. Ses yeux de couleur foncé fixaient l’assemblée alors qu’elle semblait surprise par tout cet attroupement. Cassidy se figea sur place en dévisageant l’inconnue. C’était cette fille qu’elle avait croisé dans la ville d’à côté. Celle qui lui avait touché deux trois mots mais sans chercher à l’embêter davantage. Cette fille qui dégageait quelque chose de bizarre et mystérieux. Elle n’en revenait pas ! Suivie ou pas ? Difficile à dire. Que fichait-elle ici ? Cassidy était un peu parano mais il n’y avait pas de raison pour voyager à Frihold non ? Même si elle n’était clairement pas Nordique, à cause de sa longue chevelure noir de jais qui descendait jusque dans le bas de son dos.

Aussitôt les Friholdiens s’éparpillèrent, ne souhaitant pas attirer plus l’attention que ça. Mine de rien, cette fille tombait à pic car elle leur offrait une chance de sortir d’ici. Aussitôt, Cassidy prit Tristan par le bras, ramassa sa canne et récupéra le petit sachet que Ninna lui avait gardé en murmurant un merci.

« Viens… »

Elle avait totalement ignoré Jilian en passant à côté de lui, lui en voulant personnellement. Toujours en colère contre lui mais très digne, elle continua son chemin avec Tristan qui avait ramassé le paquet de biscuits qu’il avait laissé tombé.

Très lentement ils se dirigèrent vers l’auberge et elle ne fut pas mécontente d’arriver dans leur chambre pour avoir un peu de tranquillité. Tout doucement, elle aida Tristan à s’installer sur le lit, en attendant qu’il s’asseye, puis l’examina doucement en se posant à côté de lui. Son regard était sévère mais une pointe d’inquiétude se lisait dans ses beaux yeux noisette. Elle tenta de recoiffer ses cheveux en bataille, puis regardant son torse et manqua de tomber en arrière en voyant la grosse blessure.

« C’est quoi ça ? Ce sont eux qui ont… »

Elle était en train de s’enflammer à nouveau et était prête à sortir pour aller frapper Jilian elle-même et lui faire comprendre que c’était très mal ce qu’il avait. Cependant, Tristan démentit et elle le regarda en soupirant. Il avait l’air de savoir comment se soigner, parce que elle, elle était bien incapable de recoudre quoi que ce soit !

Elle soupira à nouveau puis ouvrit le petit sachet de Ninna. Elle en sortit un petit pot, puis se dirigea vers la salle de bain et revint avec une serviette humide. S’asseyant de nouveau à côté de lui, elle resta silencieuse tout en épongeant le sang qui avait goutté. Il semblait peut être un peu réticent, car pour lui il allait vite guérir mais elle sortit bien trop rapidement une phrase qu’elle n’arriva pas à retenir.

« Laisse moi m’occuper de toi ! »

Ah ben ça avait le mérite d’être clair… Lorsque Cassidy se rendit compte de ses paroles, la demoiselle se mit à rougir puis détourna la tête en marmonnant, avant de se concentrer sur le sang qui se répandait sur son torse. De nouveau silencieuse jusqu’à ce qu’elle reprit la parole. C’était de sa faute… Entièrement de sa faute… si elle avait dit tout de suite ce qui s’était passé, tout cela ne serait pas arrivé. Elle se trouvait stupide et culpabilisait beaucoup. Trop fière… impossible de prédire les conséquences. Un regard triste et de regret passa dans ses yeux avant qu’elle ne prit la parole, pour comprendre.

« Pourquoi tu ne t’es pas défendu ? Tu es fort ! Je refuse de croire que tu t’es fait surprendre… »

Elle était suspicieuse et c’était à son tour d’être gêné, alors qu’il répondit quand même. Elle fut étonnée par sa réponse mais n’enchaîna pas dessus, semblant très appliquée dans son rôle de guérisseuse ou d’assistante pour le coup. Soudain, ce fut lui qui prit la parole pour changer de conversation en lui demandant ce que Ninna avait dit.

« Os de la cheville fissuré… repos blablabla… »

Elle ne parla pas de la lotion et du baume qu’elle lui avait donné et qu’elle devait appliquer sur chaque blessure, bleu, bosse. Après tout, elle se débrouillerait. Sauf que Tristan était vif et qu’un seul regard vers les produits qu’il observa attentivement avant de les prendre pour humer l’odeur lui confirma à quoi ça servait. Il se permit une petite réflexion taquine à ce sujet, comprenant qu’il allait pouvoir avoir tout le plaisir de la « soigner ».

Cassidy grogna et lui donna une petite tape sur le haut de son torse.

« Chut ! Un blessé ça ne parle pas… tu vas me déconcentrer et je risque de te faire mal »

Elle lui prit le baume des mains et commença à en appliquer sur son visage avec beaucoup de douceur, bien trop pour une personne qui souhaitait garder ses distances. Il avait fermé les yeux avec paresse, se laissant faire avec plaisir. Soudain un sourire étira ses lèvres puis il se permit une phrase un poil provocante sur la blessure de son torse. Elle fronça les sourcils puis rentra dans son jeu en prenant un air enjoué.

« Oh tiens donc ? Messire a besoin d’un bisou magique pour aller mieux ? »

Elle ne pensait pas du tout à la fois où il s’était redressé d’entre les morts après son baiser. Mais si ça se trouvait, cela pouvait bien se reproduire… Sauf que Tristan était taquin, elle aussi. C’était la meilleure solution pour se dégager d’une situation un peu trop embarrassante et triste. Il n’y avait rien de mieux que de chercher à en rire…

Il avait répliqué et les yeux de la demoiselle brillèrent d’un air de défi. C’est qu’il était en train de la chercher là ! Elle ne sut pas ce qui lui prit de jouer.

Alors, elle accepta son défi. L’adrénaline, l’enthousiasme, le manque de réflexion… la provocation pouvait faire réagir Cassidy instinctivement, surtout avec Tristan. D’un geste, elle le fit basculer en arrière sur le matelas puis se plaça à côté de lui, ne souhaitant pas s’asseoir sur son torse avec cette grosse blessure qu’elle venait de nettoyer.

Elle ne lui laissa pas le temps de parler ni dire un mot mais se pencha sur lui, prenant son visage dans ses mains, et l’embrassa. Passionné… très passionné… trop passionné…
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Lun 27 Fév - 0:04

Les taquineries avaient chassé un peu du malaise instauré entre eux depuis la veille. La première était venue avec la planche de la jeune femme, venant sauvagement s’en prendre à la virilité de son compagnon. Vu son brusque comportement il devait avoir sacrément mal… L’état de la demoiselle sollicita évidemment toute l’attention du garçon et la distance, la pointe de rancoeur de la veille semblèrent s’évanouir. Il était toujours distant évidemment, apeuré par l’idée de faire une autre bêtise, qu’il cachait juste derrière ses silences ou ses phrases trop courtes. Mais son sourire de complaisance avait disparu. Son masque s’était effrité. Il l’aurait bien gardé, ce masque protecteur,  et il avait prévu de l’utiliser mais l’inquiétude qui avait fait monter dans sa gorge cette assurance grondante qui le rendait tout à coup si autoritaire avait totalement chassé cette protection. Il s’inquiétait pour elle, avec toute la sincérité, toute la maladresse d’un garçon qui se sentait terriblement coupable de ne pas avoir protégé celle qui attirait tant toutes ses pensées. Tristan était conscient qu’il n’y était pour rien et il n’avait vraiment pas envie de se sentir coupable, il la savait forte, loin d’être fragile, loin d’être dépendante. En fait son indépendance l’amusait beaucoup, l’effrayait un peu… Pouvait-il vraiment atteindre un peu la petite demoiselle si forte, si fière qui se tenait éloignée de toute personne et plus encore des hommes ? Pouvait-il vraiment toucher chez elle ce qui lui permettrait qu’elle le regarde autrement ?
Tristan s’était donc fait autoritaire, décisionnaire même et ce côté très sûr de lui offrait à la demoiselle un aperçu du chevalier dans toute sa splendeur. Pas en tant que fanfaron, pas en tant qu’officier usant de son titre et de son charme sur les femmes, mais en tant qu’homme d’action, habitué à ce que ses ordres pèsent dans la balance pour la survie de ses hommes. En étant si ferme, si dévoué mine de rien à la jeune femme, il montrait aussi à quel point il n’avait dévoilé qu’un aspect minime de ce qu’il était dans l’armée des Cheistams. Il lui avait brièvement parlé de cartes, il lui avait parlé avec une pointe de honte de comment les atouts de dame nature l’avaient aidé à se faire une place… Mais il ne lui avait pas dit la foudre de guerre qu’il était, il n’avait pas parlé des combats et de la mort, des batailles et de la peur, de ses compétences de meneur d’hommes qui impressionnaient tant ses supérieurs… compétences qu’il préférait mettre à profit dans des expéditions solitaires… Elle n’était pas la seule à être très contradictoire après tout…

Elle lui avait expliqué ce qui lui était arrivé et s’il avait tiqué sur l’histoire du bâton volant, Tristan n’avait pourtant pas rétorqué. Lui parler de magie ? Encore ? Il l’aurait bien souhaité, mais craignait son refus et de la braquer davantage. Même s’il était investi et beaucoup plus bavard que la veille lorsqu’ils s’étaient quitté il était toujours peiné de ce qui s’était passé et pas vraiment prêt à se rouvrir. Pour cela tous les efforts qu’elle faisait, ses tentatives de plaisanteries, son auto-dérision, les contacts aussi involontaires qu’elle avait avec lui alors qu’il la portait, tout cela contribuait, un peu, à guérir le jeune homme. Elle ne lui dit pas tout, par choix et par pudeur sans doute. Parce qu’il était aussi trop tôt pour qu’elle se confie à ce point. Que d’autres questions seraient venues. Ce n’était pourtant pas certain. Tristan avait su se montrer étonnamment silencieux et discret, ne la forçant jamais à lui révéler quoi que ce soit. Il aurait eu bien des questions à lui poser, il les taisait, conscient, trop conscient qu’elle était comme une louve sauvage à apprivoiser… Si elle lui avait parlé de la falaise, il n’aurait pas compris, il se serait inquiété mais si en posant la moindre question il avait vu sa gêne, il n’aurait jamais insisté, détournant au contraire la conversation pour la laisser en paix, et en faisant par la même occasion, la même preuve d’adaptation et d’observation qu’elle lui avait pourtant reproché la veille.

Elle lui avait parlé aussi de la veille. Quand il avait entendu la mention de « hier soir » le jeune homme s’était crispé, preuve trop flagrante que le malaise était loin d’être dissipé, du moins de son côté. Sa manière touchante d’être gênée, de se tripoter nerveusement les doigts, donna une étrange image de fragilité et de douceur de la demoiselle. Tristan y fut… particulièrement sensible. Alors qu’il s’était promis de rester sagement distant, comme elle le souhaitait, alors qu’il ressassait la douleur de la veille pour ne pas succomber au charme trop certain de la jeune femme, la voir ainsi, un brin vulnérable et tellement différente de son agressivité passée, il se rendit bien compte de la vitesse à laquelle ses résolutions fondaient. Bien plus vite qu’elle n’avait fait fondre son horrible statue. Il ne l’écoutait qu’à demi-mots, l’observant de ses yeux d’ambre qui ne clignaient pas à cet instant. Belle et touchante demoiselle… Elle leva brièvement les yeux vers lui pour les détourner aussitôt. La luminosité de la neige rendait ses pupilles minuscules et ses yeux noisette n’en semblaient que plus envahi de paillettes d’or. De ce très bref échange elle fit céder l’armure du garçon et enveloppa son coeur de douceur. Il ne fut alors que plus conscient de ce qu’elle disait. Elle avait voulu se promener avec lui. Il aurait pu mal le prendre, la trouvant encore trop changeante, imaginant avec désinvolture qu’elle cherchait juste à le culpabiliser, cherchant des excuses pour ne pas avouer le malaise qu’il ressentait. Au lieu de quoi, alors qu’il était accroupi devant elle, l’observant, il effleura légèrement l’une de ses mains de ses doigts, à peine, tout juste une caresse alors qu’il murmurait tout bas, très simplement:

Désolé….

Rien de plus… Y avait-il vraiment besoin de plus ?
Il comprenait vaguement qu’elle n’avait pas totalement voulu le repousser et qu’elle tenait quand même à être un peu près de lui, du moins la veille et qu’elle voulait lui dire plutôt que de garder le secret… Elle aurait pu se taire. Après tout, son aveu ne lui apportait rien, pas à elle du moins… Mais Tristan mesura tout à fait cet instant de vulnérabilité qu’elle lui offrait, sa gêne, ses joues roses. Il lui aurait bien dit que c’était gentil mais qu’il n’avait pas pu faire autrement, qu’il se sentait trop mal et trop nul, qu’il avait préféré ne pas lui montrer à quel point il était malheureux à cet instant d’être repoussé et de ne pas comprendre à quel point venant d’elle c’était insurmontable. Mais il n’avait pas les mots et il s’était beaucoup trop livré pour refaire cette erreur. S’il comprenait l’attitude de la demoiselle, s’il bataillait contre ses instincts et surtout sa « formation » de dragon qui exigeaient l’intransigeance, s’il aurait pardonné les maladresses douloureuses, il souffrait encore de la douleur provoquée. Pourtant… rien que dans sa présence et sa douceur, elle était en train de l’en guérir.

La fermeté du jeune homme lui obtint une certaine forme de coopération de sa compagne qui accepta de se faire porter. La porter dans son dos ainsi c’était par sensibilité… Il savait qu’elle n’appréciait pas de paraitre faible, vulnérable et il avait bien compris à quel point elle détestait attirer l’attention sur elle. Ce point l’embêtait quelque peu… Elle était différente: sa taille, ses oreilles, ses canines… Elle attirait déjà pas mal l’attention même en s’habillant de manière très sage, à la garçonne. Elle était magnifique, une très belle femme avec ses traits fins et réguliers et ce même quand elle prenait une mine aussi sévère que possible. Pour ça aussi elle attirait l’attention… Et comble de l’ironie, elle l’avait lui… Disons que si elle ne voulait pas attirer l’attention c’était plutôt loupé !!! Lui, qui avec sa taille défiait les plus grands nordiques, sa largeur d’épaules les plus costauds d’entre eux, qui une fois torse nu faisait baver trop de filles, beaucoup trop, mariées, célibataires, adolescentes trop sensibles à mamies gâteuses ! Lui qui était un drakkari, le comble du manque de discrétion et qui pire encore sous ses apparences déjà très peu discrètes était quelque chose d’encore moins discret ! Non parce que cacher un elfe, pourquoi pas, même si ça tenait du miracle, cacher un gobelin avec un bon sort d’accord même s’il fallait avoir des goûts très étranges pour choisir un gobelin, cacher un neko… déjà plus difficile entre leurs oreilles, leur queue et leur attitude trop féline (qu’elle lui évoquait parfois beaucoup d’ailleurs) restait tout de même réalisable. Mais cacher un dragon… sous sa forme draconique s’entend… Euh… Disons que l’idée du chien de garde ne tromperait personne ! Bref… Pour une personne qui souhaitait rester discrète elle avait déjà bien peu d’attributs discrets, et ce sans parler de son joli physique qui captait beaucoup trop l’attention du grand baraqué qui était en train de la porter… Alors en y ajoutant un drakkari… Qu’elle soit portée ou passe nue dans le village… elle attirerait toujours l’attention…

Il fit quelques pas, entendit les gloussements et soupirs un peu plus loin et se crispa un peu en grimaçant mais les ignora, tout comme elle. Sous sa tunique et son manteau, il sentait le corps de la petite demoiselle pressé dans son dos. Bien malgré lui il se prit à apprécier… un peu trop l’idée de sa proximité. Elle lui avait manqué… plus qu’il ne l’imaginait… Quelques pensées fugaces, téméraires le traversèrent. La porter réveillait chez lui l’ardent souvenir de l’avoir fait, de face, dans leur chambre, pour mieux la plaquer contre un mur, la soulever contre une table. Le désir du souvenir et du manque embrasèrent ses reins mais heureusement le choc de sa rencontre un peu trop intime avec la planche de la jeune femme le calma aussitôt. Aie ! Il avait mal ! A tous les coups il allait avoir… un bleu… Le comble…

Elle lui demanda pour sa journée. Il fut bref, très bref, probablement trop. Elle répondit par un long silence, se rendant peut-être compte d’à quel point leurs instants ensemble étaient éphémères et à quel point… laisser les choses aussi douloureuses et gênées qu’elles l’étaient en ce moment entre eux était mauvais. Après tout, si leur relation se résumait désormais à ce malaise et cette distance, il ne reviendrait certainement pas…
Peut-être aurait-il tout de même dû lui demander pour sa journée. Apprendre pour la pierre, qu’elle veuille lui montrer lui aurait plu et leur aurait peut-être donné un moyen de se rapprocher, d’être moins… gênés. Et puis il s’était exclamé fort de quelques paroles véhémentes. C’était étrange qu’il déblatère d’un coup de cette façon mais il était tendu, très tendu et le fait d’avouer ces quelques mots le soulagea grandement. Peut-être ne savait-elle pas quoi faire mais par son calme, sa voix douce et son geste, se rapprochant de lui un peu plus, elle lui fit beaucoup plus de bien qu’elle ne pouvait l’imaginer, l’apaisant énormément. Elle parla un peu, ils se chamaillèrent légèrement par la suite mais ce n’était pas méchant, c’était plus… eh bien n’importe qui y aurait probablement vu une dispute gentillette de couple. Parce que si elle l’avait vraiment voulu elle serait descendue de son dos, quitte à lui donner des coups de pieds et s’il l’avait vraiment souhaité il l’aurait portée de force, quitte à la balancer sur son épaule et à faire fi de ses grognements et coups… Tristan était autoritaire, il ne s’était jamais vraiment montré ainsi avec elle et par instinct elle sembla comprendre que cette assurance était une preuve un peu maladroite de l’intérêt que lui portait le garçon qui voulait juste la préserver. Peut-être culpabilisait-elle encore un peu du mal apparent qu’elle lui avait fait la veille. Après tout, elle était loin d’être idiote, il était si différent de quelques jours plus tôt et son changement avait été si brutal qu’il n’était pas bien difficile d’imaginer qu’elle en était responsable. Seulement il fallait être intelligente pour l’accepter et se forcer à rester plus… calme et douce. Lui aussi avait besoin d’être apprivoisé après tout.

L’histoire du guérisseur avait pourtant quelque chose de très drôle. Tristan s’était à moitié transformé en statue quand elle avait prononcé les mots fatidiques. Consciemment, il savait qu’elle n’avait pas pu coucher avec cet homme aujourd’hui mais il aurait eu besoin de l’entendre. Après tout… c’était difficile à admettre mais avec elle il croyait étrangement beaucoup moins en son pouvoir de séduction !
Il s’emballa pour aller chez Ninna, trouvant une échappatoire idéale dans la proposition de la demoiselle. Nouvelles taquineries entre eux deux, plaisanteries qui désamorcèrent la situation quelque peu gênante. Ca avait malgré tout quelque chose de mignon… C’était probablement mieux qu’elle ne voit pas ses yeux plein de détresse quand elle lui avait dit avoir fréquenté le guérisseur, après tout, il aurait lui-même été bien en mal de lui en expliquer la raison, du moins clairement…

C’est avec bienveillance qu’il l’avait laissée chez l’apothicaire et que par souci de se rendre utile et par un instinct assez exceptionnel il proposa d’aller chercher des biscuits. Il n’avait aucune idée qu’elle n’avait rien mangé depuis trop longtemps et il l’aurait probablement taquinée par rapport à sa leçon de morale de la veille. Mais elle aimait tant les biscuits qu’il s’était dit que ce serait un doux réconfort, surtout si elle devait être manipulée… Après tout, elle n’aimait pas tellement cela et il espérait en un sens qu’elle n’aurait pas à trop se déshabiller devant sa patronne. Elle lui avait montré ses cicatrices mais il ne la pensait pas prête à les dévoiler à n’importe qui… Mais au cas où il était tout de même sorti. Il aurait, après tout, pu rester avec elles… Seulement quand elle était descendue de son dos et qu’il avait pu la voir, n’étant plus seulement confronté qu’à son odeur il s’était rendu compte du manque qu’elle avait laissé dans cette journée et cette nuit trop longues. Le tiraillement dans son bas-ventre lui avait rappelé son appétit sexuel et son attirance pour elle. Il préférait s’éloigner… Le temps de se calmer aussi.
Sauf que sa gentillesse et sa prévenance n’avaient été récompensées que par un nouveau pseudo-drame.

Tristan avait dévalisé la boulangerie-pâtisserie en cookie, louchant sur l’un d’eux énorme puisque résultant d’une fusion involontaire entre deux cookies normaux. Ravi de sa trouvaille qui ferait, il l’espérait, briller les yeux de la jolie blonde il n’avait que peu fait attention aux quelques regards noirs qui lui étaient lancé, pensant que c’était justement parce qu’il était en train d’embarquer tous les cookies… Il avait vu plusieurs hommes le suivre du regard, s’arrêter dans la rue en le regardant passer mais il n’y avait pas non plus prêté grande attention. C’était triste… vraiment triste mais il avait appris très vite et à la dure que les Drakkaris étaient en général très peu appréciés. Leur tempérament de bagarreurs en faisait la hantise des propriétaires de brasseries, leur caractère volage et séducteur faisaient grincer des dents les hommes, leurs performances sexuelles devenues légendaires attiraient les jalousies et la méfiance d’adultère… Ils étaient connus pour partir au quart de tour, se battre facilement, ne guère hésiter à séduire une femme mariée, et le tout en étant sobre ! Alors après quelques verres de leur incroyable descente… Non les Drakkaris n’étaient pas souvent connus pour leur sympathie. S’il existait évidemment quelques exceptions la grande majorité, beaux garçons trop souvent n’étaient que des brutes braillardes, des séducteurs et des semeurs de troubles… Alors il avait appris à ignorer les regards désobligeants, méfiants, voire haineux, tant et si bien qu’aujourd’hui il ne les remarquait que bien peu souvent. Et pourtant Tristan aurait dû se rendre compte que l’attitude des nordiques avait changé. Après tout, eux et leur ouverture d’esprit l’avaient accueilli avec une sympathie rare… Mais peut-être était-il trop préoccupé par une certaine demoiselle…
A vrai dire elle le préoccupait beaucoup et il se demandait quelle attitude il allait devoir adopter pour respecter ses engagements, la laisser tranquille, alors qu’il avait quand même un peu envie d’être près d’elle et qu’il avait une excellente raison de l’être, à savoir prendre soin de cette petite cascadeuse !

Soudain une voix puissante l’avait apostrophé. Il s’était arrêté et retourné, assez surpris d’entendre « Drakkari » au lieu de son nom mais comme il s’était présenté à bien peu de personnes il n’en était pas plus que cela déboussolé. Mais la haine dans la voix le surprenait. Il connaissait cette fois. Il reconnut l’aubergiste qui venait vers lui, l’air en colère et deux pensées vinrent alors l’effleurer. La première fit gémir son boxer car le renvoya au souvenir coquin de ses ébats bruyants avec la petite demoiselle si exigeante qui ravissait tout son être. Oups… L’aubergiste aurait-il eu des plaintes ? C’était possible… Le cube magique pouvait étouffer les sons après tout pas la vibration des murs et la demoiselle… tenait un rythme absolument… divin… A la gêne vint largement supplanter la fierté et l’orgueil. Il n’était pas spécialement orgueilleux mais l’idée d’avoir laisser planer pour les autres locataires qu’il pouvait pleinement satisfaire la jeune femme le ravissait. La deuxième pourtant obscurcit son coeur… Et si… Et si l’aubergiste venait lui dire qu’ils avaient fait un sacré vacarme… hier soir ou… ce matin… Quand il n’était pas là donc… Si… si elle avait amené un autre homme dans leur lit… Sa confiance disparut totalement et la douleur qui irradia dans son torse lui coupa la respiration. Il se reprit pourtant aussitôt, passant par le raisonnement. C’était tout bonnement impossible ! Elle s’était blessée et de ce qu’il avait vu et cru comprendre il avait dû lui falloir bien du temps, de l’énergie et du courage pour rentrer à l’auberge… Donc pas hier soir et ce matin… vu son état… Et puis une autre pensée, bien plus forte qui venait chasser la logique, qui venait chasser la crainte, une pensée toute bête derrière une certitude puissante: il avait confiance en elle…
Bon alors ça ne pouvait être que la première option… Il attendit donc tout sourire que l’aubergiste le rejoigne d’un pas énergique. Hum… il avait l’air vraiment furieux… Tristan sourit d’un de ses magnifiques sourires, assez sincère pour le coup tant la raison l’émoustillait quelque peu, cherchant à désamorcer le problème avec complaisance et gentillesse, une petite somme d’appoint et de plates excuses devraient suffire. Il ne vit rien venir… Il aurait dû voir le coup. Mais ce coup-là n’avait aucune raison d’arriver… Il n’avait rien fait à cet homme, n’avait séduit ni sa femme, ni sa mère, ni sa tante, ni ses filles, ni sa nièce. Il n’avait pas été impoli, désagréable… Il n’avait rien fait pour mériter les foudres de cet homme et surtout ils étaient en pleine rue, il y avait bien des personnes autour d’eux, aucune raison donc de se faire frapper sans raison, du moins apparente. Mais tout à coup une main énorme se plaquait sur son épaule, l’enfonçant de quelques centimètres dans la neige tandis qu’un poing énorme et puissant lui fracassait l’estomac. Le choc, d’une incroyable violence, cet homme était un sacré gaillard, lui coupa la respiration et envoya une vive décharge de douleur dans tout son ventre. Sa blessure le lança aussitôt, douloureuse, faisant danser des étoiles dans ses yeux tandis que la douleur se répandait jusque dans sa colonne vertébrale. Il dut à un effort colossal de ne pas se transformer en gros dragon en pleine rue, devant tout le monde.
Ayant lâché son sac de biscuits qui était mollement tombé dans la neige, le jeune homme releva un regard noir vers l’aubergiste. C’était de la violence gratuite là et il allait lui demander des comptes sauf que le poing replongeait dans son estomac et malgré ses abdominaux si solides le coup était vraiment douloureux. S’il n’évita pas le coup ce n’était pas à cause de la rapidité de frappe, il était bien plus rapide après tout mais à cause des mots sans sens qui étaient prononcé avec une rage violente.

Ordure ! T’en prendre à une femme !!!!! Je vais t’apprendre le respect petite merde !

HEIN ????! Mais de quoi il parlait le gros lourd là ? Tristan ouvrit la bouche pour mieux la refermer en se mordant la langue sous le deuxième coup… Il lui fit encore plus mal que le premier. Trop abasourdi il se mit à réfléchir vite, trop vite et commença à comprendre. Cassidy ?! Il pensait… Il pensait qu’il l’avait… La colère vint faire flamboyer son coeur mais il était plus abasourdi qu’autre chose et n’évita pas ainsi le troisième coup. Ce fut le pire… Probablement parce que l’homme prenait plus d’aplomb en frappant. Cette fois-ci, il eut l’impression de se faire couper en deux, comme lorsque la lame crantée avait violemment mordu sa chair… La douleur faillit l’assommer. Celle du coup, celle de sa blessure qui se rouvrait légèrement, plusieurs points sautant sous l’impact.. le fil étant un fil spécial, extrêmement renforcé et tendu, le claquage provoqué par le lâchage desdits points vint se surajouter à la douleur initiale. Il suffoqua une seconde, parvint à se mettre hors de portée en un bond réflexe. De nouveau il avait failli se transformer, pas bon…Il se plia presque aussitôt en deux. En sautant en arrière il avait fait une légère extension, se tenant parfaitement droit, par habitude, réflexe, ça avait tiré davantage sur sa blessure et il plaqua sa main comme pour contenir la douleur… Sa tunique rougissait, un peu, à l’emplacement de sa blessure. L’aubergiste avait l’air surpris, après tout, on ne fait pas saigner quelqu’un de cette manière, en frappant au ventre… Il fixait son poing d’un air un peu… hébété. Tristan reprit sa respiration.

Attendez ! Vous croyez que… Y…Il y a… un malentendu… jamais je n’ai…
TRISTAN !!!!!!!!!!!!!!!!

Le jeune homme sursauta, peu habitué à entendre son nom beuglé avec une force de titan… en général son nom, quand il était crié… c’était plutôt par une douce demoiselle qui… passons. Il fit volte face, assez vite pour voir un grand blond à l’air complètement fou de rage lui foncer dessus en courant. Jilian ? Tristan fit aussitôt le rapprochement. D’accord, il ne se trompait donc pas… On le pensait responsable de ce qui était arrivé à Cassidy… Pas difficile de faire le lien. Elle était bien amochée, elle avait été seule toute la matinée… S’ils l’avaient vu rentrer seule hier soir en boitant c’était pire, même si de ce qu’elle lui avait dit elle avait échappé aux regards indiscrets… Il était un Drakkari… Enfin il avait l’apparence d’un drakkari et donc d’un homme rustre y compris avec les femmes et ce malgré ses manières impeccables.  

Tristan n’avait aucune envie de se battre. Déjà… Il n’avait pas envie de faire face à Jilian. Cet homme le mettait en colère rien qu’en existant. Parce qu’il était jaloux… qu’il ait pu avoir si longtemps Cassidy pour lui. Il s’était déjà retenu de le frapper quand celui-ci s’était violemment vengé sur lui de la frustration d’avoir été largué. Il n’était pas sûr de pouvoir se retenir encore. Et il avait aussi envie de le narguer… Enfin ça c’était plutôt avant parce que depuis que Cassidy l’avait repoussé il se sentait vraiment malheureux… Et voir son ex ne l’aidait pas vraiment à se sentir mieux ! Il mit les mains bien en évidence, voulant bien montrer qu’il ne souhaitait pas se battre. Des curieux s’étaient rapprochés, curieux qui n’avaient pas l’air de le porter dans leur coeur. Aie…

Jilian ! Attends ! Ce n’est pas ce que tu crois… Je n’ai…

Bêtement il crut un instant que le grand blond l’avait entendu… et écouté surtout parce qu’il avait ralenti. Mais il se trompait lourdement… Et il le comprit en voyant le regard de demeuré que lui jeta le nordique. Jilian avait l’air fou, fou de colère, fou d’amour aussi. La rumeur était sans mal montée jusqu’à lui et il n’avait eu de cesse de chercher Tristan pour venger la jolie Cassidy… et Cassidy pour la mettre à l’abri de ce malade dont elle s’était entiché, pour lequel elle l’avait… délaissé… Brusquement le blond s’était penché en avant pour tacler avec une sacrée force d’homme du nord le grand drakkari, à la manière d’un rugbyman que rien n’arrêterait. Et le coup valait le détour car tout lourd et costaud qu’il soit Tristan fut entrainé dans le mouvement, le souffle de nouveau coupé et projeté au sol par le grand blond. Il le repoussa et se releva rapidement, mettant toujours les mains en évidence alors que son ventre le lançait davantage.

J… Jilian. Arrête.
TU N’AVAIS PAS LE DROIT !!!!!!

Il lui refonça dessus. Tristan l’évita comme il put mais loin de foncer comme un taureau furieux Jilian avait de la ressource. C’était un très bon combattant et ça se voyait à sa carrure et sa façon de bouger et il avait en lui une énergie destructrice pour le petit salopard qui avait osé violenter la femme qu’il aimait. S’ensuivit un bref instant de feintes et de fuites, Tristan fuyant désespérément le combat en essayant de faire taire le dragon en lui qui était de plus en plus excité par la douleur et l’adrénaline. La foule autour d’eux s’était mise à acclamer Jilian, à insulter le Drakkari, de plus en plus fort, à encourager le combat. Tristan arrêta de bouger, abaissant les mains qu’il levait depuis le début pour repousser son adversaire sans le frapper, serrant les dents pour faire taire le dragon…

Jilian, je ne me battrai pas avec toi, je…

Sauf que le grand blond ne l’entendait pas de cette oreille ou ne l’entendait pas tout court d’ailleurs. Il le percuta de nouveau comme un bulldozer et le plaqua au sol. Dans la chute l’un de ses coudes frappa le jeune homme au ventre, ce qui le fit gémir. Jilian profita de ce temps gagné pour s’asseoir de tout son poids sur son torse et immobiliser ainsi son adversaire. Et il commença à frapper…


Cassidy s’était jetée sur moi. Je ne sais quelle folie l’avait prise d’agir ainsi… J’aurais voulu lui hurler qu’elle était folle, complètement idiote à risquer de prendre un coup pour moi… à cause de moi… Mais en toute honnêteté j’étais admiratif devant son courage, sachant au fond de moi, qu’elle n’aurait probablement pas pu agir autrement. Elle était… tête brûlée et avait un manque de considération flagrant pour sa propre sécurité et son corps. Elle l’avait bien prouvée en devenant à moitié folle, s’en prenant à ceux qui avaient voulu me tuer quelques jours plus tôt… deux seulement. Ca me paraissait si loin… Au moment où je sentis son odeur et ce même avant de sentir sa peau contre la mienne, je me sentis ragaillardi d’une force neuve et puissante qui coulait dans mes veines et éclaircissait mon esprit. Elle avait pris des risques à agir de la sorte… parce que Jilian continuait d’abattre son poing… Mais quand elle avait hurlé, j’avais bien entendu sa voix, ça n’avait pas arrêté son ancien amant. Son poing s’abattait fort sur moi mais au risque de me vanter, il était loin d’égaler ceux qui m’avaient… « dressé ».
Je ne sais pas si Cassidy avait vraiment prévu quelque chose en se pressant contre moi, me protégeant de son corps qui me semblait si petit par rapport au mien… Non mais sérieusement, ses épaules fines, si fines et pourtant fermes… elle ne protégeait pas grand chose. Peut-être était-elle prête à encaisser le coup ou peut-être, consciemment ou… pas, savait-elle que la sentir contre moi éveillerait complètement mon corps. Et que ce soit conscient ou pas justement, elle avait raison. J’avais arrêté Jilian, je l’avais repoussé froidement mais avec force, l’envoyant beaucoup plus loin en faisant montre de l’apparente puissance des drakkaris… C’était faux mais ils devraient s’en contenter pour le moment.

Cassidy parlait… Sa voix était dure et froide et je frissonnai, bien content d’être à ma place et pas à celle des autres pour le coup et ce même si ma mâchoire m’élançait… moins que mon ventre tout de même ! Oulà… Elle leur faisait la morale… Je sais que de base, par honneur, je n’aurais pas dû accepter qu’une femme me « protège » de la sorte. Mais la base je m’en fichais pas mal… J’aimais bien au contraire qu’elle prenne ma défense et quelque chose de chaud coulait en moi en l’entendant s’énerver pour moi, POUR MOI… Et ce n’était pas du sang… Je la regardais en oubliant un instant la douleur. Petite cette demoiselle oui… et pourtant si farouche, si brave… Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds. Son caractère retord éveilla davantage mon admiration. Sa façon d’être… d’agir… me plaisait… J’appréciais… beaucoup… énormément que mon sort ne lui pas égal… Je n’avais pas besoin de soutien, je tenais très bien debout et pourtant j’avais apprécié lorsqu’elle était immédiatement venue me soutenir quand je m’étais relevé. C’était elle qui avait besoin d’une canne, pas moi… Son attention m’arracha un sourire. Ce qu’elle pouvait être craquante. Elle parla tout bas mais je sais que certains nous entendirent. Peut-être y virent-ils un sujet de moquerie, je ne sais pas et je m’en fiche pas mal pour être honnête. Ses mots pouvaient laisser penser qu’elle me trouvait faible et je me rendis compte que venant de n’importe quelle femme j’aurais pu mal les prendre mais venant d’elle… ils étaient juste doux… Je lui fis un sourire en retour, reconnaissant, ne sachant que dire et puis surtout qu’elle s’était remise à aboyer sur les hommes… comme une louve en colère. Une main entre mes omoplates, une sur mon torse. Mon coeur battait vite. Pas à cause de la douleur…

J’essayais de lui expliquer la situation puisque personne ne répondait et je vis trop vite l’horreur envahir ses traits… La peine, la colère et une culpabilité si énorme que je crus me tromper. La colère la fit légèrement trembler, j’essayais vaguement de la calmer… Parce que moi-même je n’étais pas en colère et que je ne voyais pas l’intérêt de m’éterniser sur ce problème. J’avais vécu bien pire et même si c’était profondément injuste ce qui venait de m’arriver, je n’en avais que faire… Et je n’avais pas envie qu’elle s’énerve à cause de moi et qu’elle se blesse davantage. Elle s’appuyait un peu sur sa jambe blessée et pourtant j’étais persuadé qu’elle ne devait pas le faire… vraiment pas… Peut-être mes mots étaient-ils maladroits, je ne sais pas… En tous les cas elle y répondit de manière fort véhémente. Pas envers moi mais envers tous les idiots qui m’étaient tombés dessus et une fois de plus j’étais bien content que sa colère ne soit pas dirigée vers moi. Décidément, j’étais mieux de ce côté de son regard. Les hommes avaient l’air de moins en moins à l’aise et complètement penauds et très embêtés quand elle leur expliqua brièvement ce qui lui était arrivée. En plus elle me défendait encore… C’était chouette… C’est peut-être bête mais finalement toute la douleur de la veille me semblait une bonne chose, parce que le plaisir idiot que j’éprouvais à présent n’en aurait pas été si grand autrement. J’étais sérieusement atteint je crois, tout heureux d’être défendu par la jolie demoiselle alors que j’avais le visage en feu et que j’étais encore en train de tacher une tunique… Pffff…

Je vis Jilian agir différemment des autres. La plupart avaient baissé piteusement la tête et semblaient très gêné… Lui avait certes baissé les yeux mais il restait droit, stoïque… et de ne pas vraiment s’en vouloir. Pendant une seconde j’essayais de me mettre à sa place… Certes Cassidy l’avait quitté et en plus pour être avec moi et il avait l’air d’avoir de sacrés sentiments pour elle donc ça de base ce n’était pas chouette… Mais en plus de ça, imaginer que j’avais frappé cette demoiselle, que je l’avais… forcée à… Je n’eus en réalité aucun mal à me mettre à sa place, c’était bien la première fois, et un frisson d’horreur me parcourut. En fait, heureusement que nos rôles n’étaient pas inversés… Je n’aurais jamais eu sa retenue… Je l’aurais tué…
Cassidy était en colère encore… Personne ne bougeait et la situation ne se désamorçait pas réellement. Je la sentais bien contre moi, si tendue. Elle détestait attirer l’attention et pour le coup elle avait fait fort ! Une voix s’était élevée et avait alors détourné l’attention de tout le monde. J’aperçus une jolie femme un peu plus loin, elle me disait vaguement quelque chose, comme si je l’avais déjà vu quelque part… mais ayant l’habitude de regarder les femmes j’avoue en confondre… beaucoup. Cette distraction nous permit à Cassidy et moi de nous échapper. Elle attrapa son sachet des mains de Ninna à laquelle je lançais un regard d’excuse et nous partîmes. Je la forçais à ralentir quand nous fûmes un peu éloignés pour ne pas qu’elle force trop sur sa jambe. Elle pestait à mi-voix alors je ne dis rien. Une de ses mains se serrait sur mon avant-bras, fort à travers ma tunique et je sentais la tension qui l’agitait. Je serrai de mon bras libre un peu plus fort mon sac de biscuits contre moi…


Je suivis docilement, silencieux et posais le sac de biscuits sur la table basse près du canapé, obéissant quand elle me poussa vers le lit. Je voulus m’asseoir sagement mais elle me regarda avec intensité. Obéissant encore une fois je me débarrassai de mes bottes pour mieux m’asseoir en tailleur sur ledit lit. Elle vit la tache qui commençait à s’étaler sur le bas de ma tunique alors qu’elle m’examinait d’un regard étrange, entre la sévérité et la peine. Elle porta ses mains à mon torse, défit ma large ceinture et je me laissais faire. Elle commença à soulever ma tunique et je l’aidais, l’enlevant seul. Elle passa ses mains sur mon visage, sur les bleus qui se formaient déjà à vue d’oeil sur ma peau. Je frémis en fermant les yeux. Pas parce que j’avais mal… juste parce que c’était agréable… Elle passa une main dans mes cheveux, les dégageant de mon front… La neige avait un peu fondu quand j’étais allongé au sol et j’en avais plein les cheveux. Elle glissa sa main dans mon cou alors qu’elle examinait ma mâchoire, baissa les yeux et je l’entendis lâcher un léger hoquet de surprise. Ce n’était pas difficile de savoir ce qu’elle regardait… Elle se mettait déjà à parler, vite, fort, la colère enflant dans sa voix alors qu’elle se relevait du bord du lit sur lequel elle s’était assise. J’attrapai aussitôt ses mains pour la retenir, m’entendant parler… plus que je ne le voulais, vite, pour la rassurer… pour la garder près de moi…

Cassy, non !… C… Ce ne sont pas eux. C’est ce matin… quand je me suis battu avec… les Kaärs. J’ai été blessé. Ce n’est pas grand chose mais trop profond pour que je cicatrise. J’ai l’habitude… Ce genre de blessure, ça m’arrive… Je dois juste les recoudre. Toutes les cicatrices que tu vois sur moi ce sont des blessures que j’ai ou qu’on m’a recousues… Les autres disparaissent totalement. Les coups ont juste fait sauter des fils et ça saigne un peu mais ce n’est rien… et… je sais que c’est super moche pour l’instant mais c’est juste parce que c’est enflé… Ca… ça va, je te jure…

Trop d’explication… je détournais pudiquement les yeux. Je m’étais pourtant juré de ne plus me confier de la sorte… Elle sembla néanmoins accepter mes explications, même si elles ne l’enchantaient pas et que je l’avais vu écarquiller les yeux quand j’avais parler de « recoudre »… C’était assez impressionnant comme notion mais rien de bien compliqué… Je lui aurais bien dit mais je n’étais pas sûr qu’elle prenne bien mes paroles alors je me tus. Elle semblait inquiète et soucieuse. Elle ouvrit le paquet de Ninna et sortit des affaires, partit et revint avec de quoi me nettoyer de… mon sang. Je me sentis mal à l’aise. Ce n’était pas nécessaire… Je me rendais compte qu’alors que je lui avais dit que je la laisserai tranquille, déjà je ne respectais pas mes paroles et en plus je la sollicitais plus que de raison. Je voulus repousser doucement sa main.

Cassy tu n’as pas besoin de…

Sauf qu’elle me répondit, fort… Véhémente. Tout comme je l’avais été quand je l’avais portée. Dans son regard je crus voir une forme de… détresse. Je devais me tromper mais elle détourna trop vite les yeux, focalisée sur sa tâche, pour que je m’en assure. De nouveau je crus voir quelque chose dans son regard, de la douleur, pas physique… du regret. Devais-je lui dire ? Devais-je la démentir ? Elle n’avait pas aimé, pas du tout, que je le fasse la veille… Mais je n’aimais pas la voir ainsi ! Elle parla… avec une pointe de colère, de reproche… mais ce n’était pas contre moi et je le compris très bien. Sa voix tremblait légèrement et elle évitait de me regarder comme je l’avais fait la veille. Elle releva les yeux vers moi et j’y vis une véritable accusation cette fois. Elle refusait de croire que je m’étais fait surprendre ? J’aurais peut-être dû mal prendre ses accusations une fois de plus mais le fait qu’elle me prête autant de force me plaisait assez à vrai dire… J’hésitai puis posai ma main sur la sienne, sa main droite, qu’elle plongeait dans le récipient coloré de rouge dilué à cause de mon sang qui se mêlait à l’eau qu’elle y avait mis…

J’ai été surpris oui… Mais je ne suis pas fait surprendre tu as raison… C’est juste… que je ne voulais pas me battre… Cassy je… Je suis désolé… Je n’avais pas de raison de me défendre… Je n’avais rien fait et j’espérais que mon absence de répartie les calmerait. C’était sans compter sur Jilian… Il… Il doit beaucoup tenir à toi pour avoir réagi comme ça… Ils ont eu tort c’est vrai… et c’est… mais je ne voulais pas frapper… je suis un dragon Cassidy… C’est facile pour moi de me battre… et c’est facile de faire beaucoup de mal. Je n’avais pas envie de m’énerver… surtout pas… et… j… j’avoue que… J’espérais aussi te montrer un peu… que je ne suis pas le monstre que sous-entend ma nature…

Ma gorge se serrait fort. Eh bien, heureusement que je m’étais promis de ne plus me dévoiler devant elle ! Qu’est ce que ce serait autrement ?!
Je m’entendis poursuivre sans avoir la force ni le courage de m’arrêter. Et puis j’étais honnête… J’espérais vraiment qu’elle puisse le percevoir.


Et… je leur suis assez… reconnaissant en fait…

Là elle me regarda directement et comme si j’étais devenu fou. J’essayais de rester sérieux… Mais le sérieux ne m’allait pas longtemps quand je croisais ses yeux. Je ne sais pas pourquoi j’éprouvais autant le besoin d’y voir de l’amusement, de la douceur et de la légèreté et ce même si ce que je disais état encore une fois tout à fait sincère.

Si… tous les hommes réagissaient de cette manière quand un autre est suspecté de violence sur une femme, ce monde serait beaucoup plus sûr… J’ai tout vu dans mes missions Cassy… J’ai vu ceux faire comme si de rien n’était, ignorer, encourager leurs confrères à frapper des demoiselles qui si elles se rebellaient étaient punies d’atroces manières… J’ai vu… des femmes accepter les coups de leurs compagnons parce qu’elles avaient pour eux des sentiments trop forts ou la peur au ventre de dire quoi que ce soit…

Je parlais tout bas, ayant posé une main sur l’une de ses joues. Sa peau dégageait une douce chaleur et je m’étais légèrement penché en avant. J’avais envie de l’embrasser mais je n’étais pas sûr d’y être autorisé. J’avais vu bien pire horreurs que ce que je disais et j’avais encore bien du mal à m’en remettre… J’étais bizarre de penser comme je le faisais, pour un dragon, je le savais. J’avais envie de lui montrer, encore… que j’étais différent… que je pouvais l’être davantage… pour elle. Mais comme je l’avais dit, le sérieux ne me réussissait pas des masses et j’esquissai un de mes irrésistibles sourires. Malgré son côté un peu fermé et très en maitrise d’elle-même, je vis bien  un éclat dans ses beaux yeux. Elle n’était pas insensible à mes sourires…

Et puis surtout… S’ils n’avaient pas passé leur frustration sur moi je n’aurais pas la plus jolie des infirmières à mon chevet. Etes-vous sûre de faire baisser… ma température jolie demoiselle ?

Un sourire éclaira son beau visage et elle me donna une tape sur le torse en réponse en marmonnant, me traitant d’idiot. Mais dans sa bouche, ça ne sonnait pas du tout comme une insulte. J’avais enlevé ma main de son visage mais j’avais l’impression d’encore sentir sa peau vibrer sous mes doigts. Etais-je le seul ? A avoir ressenti cette infime décharge quand ma peau avait touché la sienne ?
Elle continua de me soigner…

Et… sinon ? Qu’a dit Ninna sur ton état ?

Elle répondit et je fronçais les sourcils. C’était plus important que ce que je pensais alors. J’étais surpris une fois de plus par sa résistance. Bien sûr elle n’était pas femme à sangloter pour un petit bobo, ça je l’avais vite réalisé mais tout de même… Forte demoiselle… Elle ne dit rien de plus et je me demandais si je n’avais pas jeté un froid entre nous jusqu’à ce que mon regard tombe sur son sachet et tous les onguents, baume, lotion qui s’y trouvaient. J’en sentais la plupart des odeurs et ça sentait… vraiment bon. J’aimais beaucoup les odeurs entêtantes des mélanges de la nature. Très curieux je m’en emparais sans la moindre gêne pour les humer. Bien malheureux que je fus, je fermais les yeux, imaginant un instant son corps à recouvrir de ces produits… très nu sous mes caresses et couvert de ces odeurs doucereuses et… mon boxer redevint vachement étroit. Libido 875000, Tristan 0… Penser à un bébé raton laveur mort maintenant… C’est très mignon un bébé raton laveur… Voilà de quoi m’attrister donc, non ? Même pas apparemment. En plus je rétorquais forcément… bah oui… forcément…

Mh… Je vois que tu as… tout un attirail… de crèmes et baumes à appliquer… Je pense que Ninna doit recevoir toute ma reconnaissance… vu tout ce qu’elle me confie pour te… soigner… Y a-t-il… une fréquence « d’applications » que je dois connaitre ?

Merde… je suis vraiment un obsédé. Elle râla légèrement, me retapa gentiment et se permit un commentaire qui ne réussit que peu à me calmer. Mais à vrai dire au moins commentaire de sa part sur mon état j’aurais affirmé que ce n’était absolument pas ma faute mais la conséquence de ma rencontre avec sa planche ! Bah oui ! Moi aussi j’avais une bosse… une grosse bosse. Je sentais bien que mon excuse ne tiendrait même pas le temps de la réflexion ou d’un sourire. Pf… Pauvre garçon… Qu’elle s’occupe de moi me permit néanmoins de me calmer, bien plus que mes pensées macabres. Ses doigts sur ma peau étaient très doux et je fermais les yeux pour mieux apprécier la caresse. Oh je n’avais pas mal de toute façon. C’était bien agréable… J’aurais dû m’en contenter mais l’envie de l’embrasser revenait au grand galop à défaut d’autre chose… Je réalisais autant avec dégoût de moi-même et de ma dépendance qu’avec peine et regret que mon dernier bisou remontait à notre retour en charrette… PAS JUSTE !!!!!
Ma voix prit des sonorités à la fois sérieuses et taquines, affirmées et provocantes… J’avais un sacré aplomb avec elle quand même…


Hum… je doute que tes gentilles caresses n’aident beaucoup ma grosse blessure de guerrier sans peur et sans reproche !…
Mh ?
… Alors que bon… peut-être qu’un baiser… ou plusieurs hein, je ne compte pas évidemment… pourrait rendre la douleur… beaucoup plus supportable…

Sur un malentendu ça pouvait marcher… Et à ma grande surprise ça marcha ! A croire qu’elle ne m’en voulait plus pour la veille !!!!!! Sa réplique me fit frissonner et je me fis d’autant plus assuré, la regardant droit dans les yeux, provocant. Je pensais à sa participation dans ma guérison miracle deux jours plus tôt. Je savais bien qu’elle refusait de l’entendre mais je pouvais jouer là dessus quand même.

Eh bien j’ai le souvenir d’un baiser renversant capable de me faire oublier jusqu’à mon nom… Mais j’imagine que ce n’était pas fait exprès… probablement un hasard, trop difficile à… reproduire. Ou alors… tu risquerais que j’y réponde… pas sûr que tu gagnes…

Ses prunelles s’enflammèrent et je compris à cet instant à quel point le défi pouvait venir s’immiscer entre nous et ouvrir nos horizons respectifs. Elle ne résista pas et je me pris à apprécier d’autant plus qu’elle ne résiste pas. Ses paumes vinrent se poser sur mes épaules et elle me poussa à m’allonger, fermement, fortement. J’obéis, la défiant toujours du regard alors que le sien s’était fait de feu et m’attisait d’autant plus ! Elle se glissa à mes côtés plutôt que sûr moi ce que je regrettai un tantinet malgré mon acceptation de sa prudence. En appui, à genoux sur le lit pour se garantir de l’équilibre, elle encadra doucement mon visage de ses deux mains, me regarda un instant avec une lueur qui disait clairement « tu vas perdre », se pencha sur moi et…

Ses lèvres avaient rencontré les miennes et nous les avions mêlés dans un ensemble de dominé et de dominant dont aucun de nous n’aurait pu affirmer la position. Je crus que le monde se déchirait. Il s’illumina, se mit à briller, la magie, je la sentis avec plus d’intensité, dans chaque chose, dans chaque être, celle puissante si puissante, qui m’effrayait tant, qui bouillonnait en moi me parut presque normale, celle qui hibernait en elle, insondable… Un courant électrique était passé entre nous, crépitant littéralement entre nos deux peaux. Elle avait approfondi le baiser et moi aussi… Ma main sagement posé sur sa taille avait été rejointe par sa consoeur et je les pressais toutes deux dans son dos avec force alors que l’une des siennes était passé dans mes cheveux et s’y pressait avec fermeté. Notre baiser avait dérapé, s’était fait enflammé, brûlant, trop intense pour l’un comme pour l’autre, en l’espace d’une seconde… Au moment où nos lèvres s’étaient touchées l’attirance qui brûlait en moi avait éclaté et j’étais pendu à ses lèvres, répondant avec une passion dévorante au moindre de ses gestes. Elle ne me semblait pas en reste… Un énorme craquement et espèce de « vlouuuusssshhh » très fort nous interrompit et nous fit sursauter alors que je me redressais instinctivement devant elle. Les yeux écarquillés, nous fixâmes tous les deux l’âtre de la cheminée, éteint jusqu’alors qui s’était brusquement embrasé et dans lequel un feu puissant craquait et chantonnait. Mes yeux passèrent de la cheminée à elle. Pour moi, nul doute n’était possible… Elle regardait l’âtre avec curiosité et incompréhension. Je ne dis rien, profitant de son inattention pour venir nicher mon visage dans sa gorge et y imprimer légèrement la marque de mes dents. Elle frissonna.

Tu allumes de sacrés feux dis-moi.
Je n’ai…

Je ne parlais pas vraiment de la cheminée pour être honnête…
Je ne pus la laisser finir. Je m’étais donc redressé assis juste avant et je profitais de cela pour tenter une timide approche, voulant reprendre ce délicieux baiser si étrange. Mais soudain j’avais poussé un cri de douleur en me pliant en deux, la main sur mon ventre. Cassidy sursauta et ses mains vinrent immédiatement me soutenir alors qu’elle m’appelait d’une voix terriblement inquiète. Elle pensait probablement m’avoir fait mal… Ce n’était pas elle mais j’avais atrocement mal en effet, plié en deux, suffoquant, les larmes aux yeux, je vis vaguement que les marques sur mes bras, celles que je voyais, ignorant celles du reste de mon corps, étaient devenus très brillantes et chauffaient. Et puis… plus rien… Je me redressais lentement alors qu’elle continuait de m’appeler de sa voix tremblante. Je levais vers elle un regard d’incompréhension la plus totale, les rabaissant lentement sur mon torse, elle en fit de même. J’écartais alors mes doigts… Mon énorme blessure ne risquait plus de saigner… J’avais toujours une énorme balafre soutenue par les fils de ma couture de « guerrier » mais elle semblait avoir plus d’une dizaine de jours de cicatrisation derrière elle et les bords étaient parfaitement refermés, réguliers… je n’avais plus qu’une boursouflure, des fils un peu gênants et qui me grattaient mais… ma blessure… Ce n’était plus qu’une bête égratignure. Je relevais les yeux vers elle pour la fixer bouche-bée alors qu’elle n’avait pas l’air de comprendre mieux que moi, moins que moi serait d’ailleurs plus juste.
Je me mis à sourire…


Décidément… tu n’es pas ordinaire toi…

Elle ouvrit la bouche pour répliquer je le sais… Elle allait dire qu’elle n’y était pour rien, comme elle l’avait toujours fait jusque là mais je la pris de vitesse. C’est que j’étais sacrément en forme là… Je sentais même que mon visage me lançait beaucoup moins et si je devais avoir un magnifique coquard j’étais sûr d’être toujours très agréable à regarder comme garçon. La provocation reprit sa place dans ma bouche.

Mh… La science a parlé, ta salive doit faire des miracles, il faut que j’explore ça… tout de suite alors.

Et sans lui laisser le temps de me comprendre je la fis basculer sur le lit en m’emparant de ses lèvres. Elle se mit à rire cette fois, peut-être rassurée de cette récupération extraordinaire, et répondit longuement à mon baiser… Mais je l’avais fait bien plus doux que sauvage… Malgré l’envie qui me dévorait, je n’oubliais pas que je n’étais pas le seul blessé. Tendrement je me mis à caresser son visage. Exit la peur et les doutes, j’avais besoin d’être près d’elle.

Et maintenant que je suis le plus en forme demoiselle, m’autorisez-vous enfin à m’occuper de vous et à utiliser de manière très professionnelle bien qu’extrêmement consciencieuse tous ces baumes sur vos malheureuses blessures ? Enfin surtout les baumes évidemment, tout ce qui peut me permettre de te toucher, tu l’as compris je suis un grand pervers !… Et j’ai pas mal de massages à rattraper il me semble. 

Je lui souris doucement, effaçant le désir de mon regard. La manière dont brusquement la tension entre nous avait disparu était comme ma guérison spontanée… probablement due à ce baiser. Je m’interrogeais dessus, beaucoup mais je ne voulais pas l’embêter… En tous les cas je me sentais bien plus en forme et beaucoup plus à l’aise… et j’avais pas mal envie de la tripoter j’avoue !!!! Ne lui laissant que peu loisir de refuser je commençais à détacher à mon tour sa ceinture. Pas d’envie polissonne ! Je n’allais pas la maltraiter ! Elle était blessée… et je pouvais être… quelque peu passionné… Elle résistait un peu… pour la forme sans doute. Je me penchais sur elle pour l’embrasser…Elle y répondit et je me sentis… vraiment bien…


- Il va vraiment falloir que tu revois ton jugement sur la magie… Parce que ça… crois-moi ça en est… Et ça ne vient pas de moi…

Je la vis ouvrir la bouche et j'étais prêt à rétorquer... en l'embrassant de préférence quand on toqua à la porte... Zen... rester... zen...
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Mar 28 Fév - 19:11

Cassidy avait un peu mal pour Tristan. Recevoir une lourde planche de bois dans l’entrejambe, n’importe quel homme aurait peu apprécié. Il était cependant assez calme, peut être un peu moins… qu’hier. Enfin moins quoi elle ne savait pas vraiment. En effet elle était incapable de mettre un mot sur l’état de Tristan. Il était gentil, agréable et absolument rien ne transparaissait dans son comportement. Après tout, il ne tirait pas la tronche non plus. Cependant aujourd’hui elle sentait qu’il était un peu différent et bien sûr, elle ne s’étonnait pas de le voir s’inquiéter à son sujet surtout qu’elle faisait peine à voir avec son gros bleu sur le front et sa jambe qui boîtait.

Cassidy se fichait de tout ce qui touchait à la guerre. Elle n’en voyait pas l’intérêt. Enfin si elle comprenait que les Käars étaient de très méchantes personnes (ça elle avait bien compris) qui cherchaient juste à assurer une domination avec leurs règles de débauche, de violence, sur le reste d’Ascadian. Elle savait que les Cheistams au contraire étaient là pour défendre et faire régner l’ordre, d’un monde harmonieux en accord avec les lois universelles données par les dieux, cherchant à reprendre le rôle des gardiens disparus qui étaient là avant pour veiller sur ce monde. Mais elle n’aimait pas… tout simplement. La guerre l’intéressait que très peu. C’est son côté individualiste qui ressortait encore une fois et elle était bien incapable d’avoir une véritable envie de vouer une admiration envers ces personnes qui mettaient chaque jour leur vie en danger.

Effectivement elle ne parlait pas de la falaise. Mais pourquoi parler de quelque chose qui n’apportait absolument rien ? On pourrait dire que c’était ça se confier. Sauf que même si il n’avait rien dit, elle aurait été horriblement gênée de lui avoir parlé de ça. Parce que ça réveillait bien des souvenirs chez elle. Elle avait aussi une étrange sensation. Parce qu’elle craignait qu’on voit tout haut sur son front le lourd secret qu’elle cachait et que même si il n’aurait rien dit, eh bien elle n’aurait pas pu en parler tout simplement… Pour un tas de raisons bien emmêlé et pas évident à décrypter.

Cassidy avait hésité de parler de ce petit passage qui ne lui apportait rien. Lui dire tout simplement qu’elle voulait se promener avec lui mais que cela n’était pas le cas. Elle cherchait peut être à lui faire comprendre que malgré tous les mots qu’elle avait eu pour lui la veille, la demoiselle n’était pas aussi braquée qu’elle en avait l’air. Cela montrait à quel point elle désirait changer, petit à petit. Mais ces changements prennent du temps et elle était bien farouche quand même. Pourtant, c’était une petite manière de dire qu’elle avait essayé… Même si il ne pouvait pas comprendre la subtilité de cette révélation, il pouvait tout à fait interpréter ce qu’il désirait. Tristan était resté silencieux alors qu’elle détournait le regard. C’était un désolé qui sortit de sa bouche. Rien de plus. En même temps, elle ne s’attendait pas à grand-chose, pas même à un seul mot de sa part. Mais désolé de quoi ? D’être parti trop précipitamment ? De ne pas avoir attendu sa proposition ? Il ne lui devait rien et c’était tout à fait son droit d’aller voleter à droite à gauche si l’envie lui disait. Elle insistait suffisamment pour garder ses moments de solitude alors cela n’aurait pas été trop juste qu’elle lui reproche quoi que ce soit à ce sujet.

Heureusement, Tristan avait été conciliant pour la porter. Cassidy avait été surprise de le voir agir ainsi. Elle ne s’attendait pas à le voir prendre un ton beaucoup plus ferme et sévère pour la forcer à obéir. Cependant, ce qu’il ne savait pas, c’est qu’elle avait accepté de bon cœur. En temps normal si un autre homme avait parlé sur ce même ton, même si ça partait d’une bonne intention, Cassidy ne se serait pas laissée faire. Elle se serait débattue ou peut être un coup bien placé à l’entrejambe pour faire comprendre à l’homme un peu trop soucieux qu’elle n’avait décidément pas besoin d’aide. Non vraiment, il n’y avait pas besoin de s’étaler autant. Jilian en avait déjà fait les frais malgré lui. Si elle ne voulait pas, elle ne voulait pas point. Mais pour Tristan, elle était capable de mettre de l’eau dans son vin et d’accepter de se laisser guider, même si ça ne lui plaisait pas toujours des masses. Surprise par ses paroles oui, par son autorité même si justement, une louve sauvage prend la fuite quand on cherche à la dresser ou lui imposer quelque chose.

Elle attirait l’attention c’est vrai. Mais en règle générale, Cassidy portait toujours une longue cape quand elle voyageait. Capuche posée sur la tête, personne n’aurait pu voir ses oreilles sauf si elle la dépliait. Et puis elle fréquentait très peu les villes depuis son accident qui avait été le déclencheur de ses changements physiques. Nulle doute qu’elle était recherchée… et même si elle avait besoin de quoi s’alimenter et dormir, il faut dire qu’elle ne faisait que le strict minimum. Tout cela l’avait rendu bien débrouillarde, futée. Elle arrivait à sélectionner des hommes isolés quand elle avait besoin d’assouvir ses pulsions. On la voyait comme une mystérieuse inconnue et même si ses oreilles faisaient parler, certains pensaient peut être à un hybride, un croisement entre un elfe et un humain.

Mais elle n’aimait pas piailler et se mettre en avant comme ça… juste pour quelque chose qui n’avait absolument rien à voir avec sa survie. Maintenant c’était encore pire car avec Tristan, il lui était difficile de passer par les ruelles sombres et peu fréquentées pour éviter d’attirer les regards. Elle avait changé c’est vrai, peut être inconsciemment. Sa capuche n’était plus sur la tête mais on était incapable de voir ses oreilles à cause de sa chevelure qu’elle laissait reposer de chaque côté de ses épaules plutôt que de les attacher simplement. Cassidy ne savait pas trop comment réagir face à ce brusque changement, surtout par rapport à Tristan. C’était peut être une raison qui la poussait à vouloir s’isoler… seule. Car elle n’aimait pas attirer les regards, même si elle s’en fichait. Car elle lui avait déjà dit qu’on les regardait trop comme un couple. Elle avait été trop bien dégoûtée dans l’autre ville pour avoir envie de continuer comme ça. Et surtout ça la gênait parce qu’ils n’étaient pas un couple. Il n’y avait rien d’officiel et si Tristan appréciait les règles des dragons, avoir une compagne attitrée et officielle n’avait absolument rien à voir avec leurs mœurs. C’était peut être très mal vu. Pendant un instant, elle était curieuse d’en apprendre davantage. Pas par Tristan mais par sa petite voix intérieure, qui était bien renseignée. Pourtant, il fallait accepter les paroles cyniques, le ton de supériorité trop évident parfois et ça… elle avait encore du mal à s’y faire malgré tout ce temps passé dans ces conditions.

Etre dans son dos était quand même une sensation bien agréable. Pendant un instant la demoiselle avait presque envie de s’endormir. Les bras entourant son cou, inspirant son odeur boisée et fraîche qui lui faisait penser aux grandes forêts, Cassidy se rendit compte à quel point elle ressentait un petit quelque chose. Dans cette position. Elle était pourtant chaudement vêtue mais… ce contact chaleureux était terriblement apaisant. Elle appréciait. Mais tout était bien calme. Hormis les gloussements qui s’élevèrent. Cassidy n’avait pas tourné la tête mais elle avait poussé un grognement pour la forme. Voilà qu’on la remarquait encore !

Le trajet passa et finalement il lui demanda à propos de sa journée. Elle se replongea alors dans le mutisme sans savoir quoi raconter de plus. Rester calme, silencieuse. Ce fut lui qui brisa le silence et elle essaya… de contrôler ses paroles, parce qu’il n’avait certainement pas besoin d’une rustre qui lui rentrerait dedans en balançant tout un tas de répliques pas vraiment utile. Sauf qu’elle ne pouvait pas savoir que cela lui faisait du bien. Après tout il n’en parlait pas.

Si il savait le nombre d’hommes qu’elle avait fréquenté dans cette ville ! Bon il y avait Jilian qui était resté l’officiel mais quand celui-ci s’absentait pendant un long moment, elle choisissait un autre homme qui pourrait faire l’affaire même si elle ne reprenait jamais le même. On notera quand même l’énorme incohérence à ce niveau là. Les Nordiques étant très respectueux, le comportement de Cassidy allait vraiment contre leur vision des choses, elle qui était avec Jilian mais qui couchait à droite à gauche. Cependant, elle essayait dans la mesure du possible de prendre des voyageurs, des personnes qui n’avaient aucune attache. C’était d’autres Nordiques bien sûr car rare étaient les véritables étrangers mais au moins, ceux-ci ne savaient pas pour Jilian et elle comptait sur leur discrétion pour ne pas aller faire du bruit, ce qui était plutôt une bonne chose.

Pour le guérisseur, ça avait un cas tout à fait par hasard. Elle l’avait croisé un jour en train de chercher lui-même des herbes en forêt. Même si il se fournissait chez Ninna, rien n’empêchait d’aller se procurer soi-même. Cassidy ignorait la raison qui l’avait poussé en forêt et elle s’en fichait. Mais en l’apercevant et sentant ses pulsions prendre le dessus, ni une ni deux, elle avait trouvé qu’il pouvait faire l’affaire. Et pour un guérisseur, il s’entretenait plutôt bien ! On aurait dit qu’il prenait très à cœur le fait d’avoir une bonne condition physique et il lui avait même dit qu’il allait très régulièrement s’entraîner ou courir dans les bois pour garder un cœur fort et endurant. Hem… Quand Cassidy repensa à cette histoire, elle grogna en détournant la tête. C’est que ça l’embarrassait maintenant ! Mais pourquoi ? Jusqu’à présent elle avait toujours eu une certaine hauteur par rapport à ses relations. Cela ne la gênait pas et elle avait toujours oublié ses histoires car après tout, elle ne recouchait jamais avec le même homme. Et pourtant là, dans le dos de Tristan, elle éprouvait un profond malaise qu’elle était incapable d’expliquer toute seule. Pourquoi ? Parce que c’était Tristan ? Cela lui donna un coup de poing dans la poitrine. Elle détestait cette émotion parce qu’elle était incapable de savoir de quoi il était question.

Tristan avait cependant interrompu ses réflexions en se comportement avec beaucoup de gêne et de malaise lui aussi. Pourtant il ne devrait pas. C’était un dragon… pour lui ce genre de choses devait être courante et les dragonnes n’hésitaient certainement pas à coucher à droite et à gauche selon leurs envies et préférences. Avoir plusieurs partenaires était bien loin d’être tabou après tout. Et puis il s’était aussitôt arrêté et elle l’avait senti vraiment très tendu et crispé, immobile, comme si elle avait fait une énorme bêtise, ce qui eut le don d’amuser Cassidy. Surtout que quand elle évoqua Ninna il semblait tellement emballé à l’idée d’aller voir l’apothicaire qu’elle se retint d’éclater de rire mais fit quand même une petite réflexion qui ne trouva aucune réponse de sa part.

Ils étaient arrivés en fanfare dans la boutique et Cassidy se sentait extrêmement gênée. Le regard de Ninna était inquisiteur mais la jeune femme n’y prêta aucune attention. Tristan était adorable à vouloir lui rapporter des pâtisseries. Et pendant qu’elle était bien au chaud en train de se faire examiner sous tous les angles, enfin plutôt juste la cheville parce que Cassidy n’avait pas cherché à se déshabiller et heureusement que Ninna la laissa tranquille à ce sujet, Tristan était en train de passer un très mauvais moment. Pourtant la demoiselle ne sentit absolument rien, écoutant distraitement les recommandations de Ninna d’un air ennuyé, comme si cela ne lui plaisait pas vraiment toutes ces contraintes. Par contre quand elle lui parla de lotion à appliquer sur tous les bleus et blessures, Cassidy avait eu un sursaut, à cause de ce que cela pouvait éveiller, voyant parfaitement Tristan remplir ce rôle. Pourtant elle tenta de faire comme si de rien n’était et même si Ninna avait bien remarqué ce brusque changement d’émotion sur le visage de Cassidy. C’est fou, dès que ça concernait Tristan, elle était bien plus expressive. Quelque chose qui amusait beaucoup l’apothicaire, Cassidy n’avait jamais été aussi vivante depuis que Tristan était arrivé dans cette ville.

Elle avait toujours vu une demoiselle effacée, ennuyée et blasée, ne souriant pas du tout, toujours dans son monde et sans faire attention à ce qui l’entourait. Il fallait dire que Tristan contribuait à son épanouissement et ça c’était plutôt très encourageant. Car la demoiselle pouvait avoir un gros potentiel, qu’elle aurait pu être une fille bien agréable et que grâce à Tristan, elle se dévoilait petit à petit même si elle comprenait très bien qu’il ne fallait pas brusquer ce petit oiseau qui a vite fait de voleter sur une autre branche. D’ailleurs, elle ne fit aucun commentaire sur Tristan, ne voulant pas embêter Cassidy avec ça, de peur qu’elle se braque. Même si Ninna était franche et brut de pomme, elle arrivait à faire preuve de diligence quand la situation l’imposait.

Si Cassidy était arrivée plus tôt, elle aurait pu voir à quel point Tristan était posé, malgré une attaque directe alors qu’il n’avait rien fait. Il aurait pu totalement contrôler ses agresseurs mais au lieu de ça, il préférait tenter de parler, d’engager un dialogue mais personne ne semblait accorder de l’importance par rapport à ce qu’il avait à dire et même si il était complètement et hagard de ce qui lui arrivait. En même temps, c’était bien la faute de la petite blonde qui n’avait rien dit et fait planer le mystère.

Lorsque quelqu’un vint les prévenir qu’il y avait du grabuge, lorsqu’elle entendit le nom des protagonistes, le sang de Cassidy n’avait fait qu’un tour. Jilian… le Friholdien n’agissait jamais sans raison. Il avait toujours été très juste, honnête, droit dans ses bottes. C’était inconcevable pour elle qu’il cherche à frapper Tristan pour le plaisir de le taper. Elle l’avait quitté en quelque sorte mais il n’y avait jamais eu de contrat… elle était libre de repartir à tout moment. La jeune femme semblait totalement désemparée, perturbée. Jilian frapper Tristan ? Pourquoi ? Il n’y avait eu aucun engagement, il n’y avait aucune raison.

Elle n’arrivait pas à le croire ni à l’admettre. Que Jilian frappe Tristan… comme ça… pour rien. Mine de rien, elle avait passé suffisamment de temps avec le Friholdien pour penser qu’il était incapable de faire ce genre de chose. C’était un bon gros nounours tout câlin, loin de la grosse brute sanguinaire qui frappe par plaisir… ou par vengeance. La jeune femme voulait le voir de ses propres yeux. Il y avait une erreur sur la personne, ça ne pouvait pas forcément être lui… Quelqu’un qui lui ressemblait.

Pourtant Cassidy s’était presque précipitée, faisant fi de sa jambe blessée et si Ninna n’avait pas été autoritaire en la tirant par le bras pour l’empêcher d’aller plus vite, la demoiselle aurait pu se faire très mal et même avec son attelle, elle était capable d’en faire des choses !

- Un instant demoiselle ! Non mais jte jure ! On va aller voir ça mais arrête de courir ! Vraiment Cassidy je ne plaisante pas !

Elles étaient finalement arrivé pour voir le spectacle de violence gratuite. La foule poussait des acclamations, des rugissements pour encourager celui qui se tenait au-dessus et frappait sans y aller de main morte. Ninna semblait assez mal à l’aise.

- Eh bien eh bien… quelle violence ! Il faudrait que quelqu’un l’arrête…

Même si l’apothicaire savait la vérité, elle n’eut pas le temps de réagir ou bien essayer de calmer les esprits. Ce fut Cassidy qui bouscula la foule sans aucun ménagement pour arriver jusqu’à la scène de lutte. Ou plutôt de massacre. Elle reconnut très facilement Jilian de dos qui se tenait au dessus de Tristan. Là elle n’arrivait pas à comprendre comment cela était-il possible qu’il soit à terre. Au moins qu’il le maîtrise pour s’expliquer.

Cependant avec l’adrénaline, Cassidy avait réagi par instinct. Elle s’était précipitée pour interrompre Jilian, prête à se prendre un coup à la place de Tristan. Elle pensait, en toute honnêteté, qu’il s’arrêterait dès qu’il la verrait. Cependant, le garde du corps était tellement investi, emporté par un élan de rage qu’elle n’arrivait malheureusement pas à identifier, qu’il lui était impossible de s’arrêter. Et alors qu’elle s’était placée au dessus de Tristan, pour faire barrage avec son corps, celui-ci se mit enfin à réagir. C’est qu’elle le croyait mort depuis le temps car il ne bougeait vraiment pas d’un pouce !

Tristan avait réagi et le calme était revenu en voyant justement la fille au centre de tout, celle qui avait provoqué tout cet accès de fureur, se planter au milieu de la scène. Jilian avait été envoyé bien plus loin mais il était toujours prêt à comprendre, le coup ne l’ayant pas arrêté. Et pourtant, c’est de la déception qui se lisait dans les yeux de Cassidy. Elle ne pensait pas que ce genre de chose pouvait arriver. Elle avait été trop naïve… Mais en même temps, elle prouvait encore à Tristan qu’elle se souciait de lui, qu’elle cherchait à le défendre alors qu’elle ne devrait pas. Après tout, Cassidy avait bien montré qu’elle se fichait totalement de ce qui pouvait arriver aux autres. Elle ne s’occupait que d’elle-même…

Le silence… elle respirait avec un rythme saccadé alors que ses yeux fixaient l’assemblée sans comprendre. Ca lui semblait totalement surréaliste ! Vraiment elle était en train de rêver. Un regard sur Tristan qui était bien amoché puis elle parla aux spectateurs, ne se gênant pas pour les traiter de cinglés. Elle avait un ton froid mais on voyait bien qu’elle était énervée, vraiment du genre qu’il ne fallait pas riposter. Elle avait sûrement hérité de ce petit truc Friholdien de sa mère, cette espèce de capacité à parler farouchement, franchement avec beaucoup de détermination et une certaine prestance. Les hommes et les femmes étaient sur le même pied d’égalité et c’est peut être comme cela qu’elle arrivait à bien se faire entendre car personne n’était là pour la contredire.

Et puis Tristan s’expliqua et cela eu le don d’énerver encore plus Cassidy. C’était donc ça ?! Elle trouvait quand même que les nordiques avaient réagi un peu trop promptement. Bon elle ne connaissait pas toutes leurs manières, ne se mélangeant pas vraiment avec les autres mais cela lui semblait vraiment d’un très mauvais goût. Elle se contenta de rester digne et fière, même si on pourrait lui sortir, de façon très juste, que si elle avait tout de suite parler de son état il n’y aurait pas eu toute cette violence.

Cassidy tremblait… de rage. Elle avait regardé rapidement Jilian sans y faire très attention et elle ne savait pas vraiment si il le regrettait ou pas. Elle se contenta donc de cibler un peu tout le monde mais sans en vouloir non plus complètement. Elle ne pouvait pas gifler Jilian car il avait eu une bonne raison d’agir ainsi… par sa faute. Elle était entièrement responsable de l’état de Tristan et même si elle le cachait habilement, pour éviter de perdre la face devant les autres, eh bien elle n’en menait pas large. Mais maintenant le problème c’était de sortir d’ici…

Heureusement, l’étrange fille qu’elle avait déjà vu dans le village d’à côté avait fait irruption au bon moment, ce qui permit à tout le monde de s’éparpiller sans insister plus dans cette histoire. Mais malgré le fait que Cassidy prenne Tristan pour partir, malgré le fait qu’elle était extrêmement en colère, elle ressentait aussi une énorme peine difficile à identifier. Parce qu’elle était responsable… mais hors de question de le montrer aux autres !

Elle avait grommelé sur tout le trajet, faisant la fière, la fille qui ne se laissait pas démonter, comme si c’était les autres qui n’auraient pas du agir ainsi.

« Non mais sérieusement… on discute avant de frapper… vraiment y a des pourritures partout… »

Elle faisait allusion dans un sens général et peut être que Tristan le prendrait pour Jilian, même si elle ne pensait pas à lui pour le moment. La scène avait été suffisamment marquante pour qu’elle ne l’apprécie pas vraiment. Encore une émotion forte… décidément chaque jour ne se ressemblait pas depuis que Tristan était là. On passait facilement du rire aux larmes, de l’ennui à la colère… Pas une journée ne s’enchaînait sans son lot d’émotions fortes, à croire que les dieux s’amusaient beaucoup de là haut à leur mettre des bâtons dans les roues.

Finalement malgré le fait qu’ils se déplacent doucement à cause des blessures de l’un et de l’autre, l’auberge n’était pas si loin que ça. Heureusement, personne n’était venu les questionner sur leur état ou bien leur chercher des noises. Mais la rumeur se répandrait assez rapidement comme quoi il s’agissait d’un malentendu. Cassidy ne pouvait pas savoir que les Drakkaris étaient autant mal vu des humains… après tout elle n’en avait pas côtoyé des masses et le Tristan de son enfance n’était pas une référence non plus.

Une fois à l’intérieur de la pièce, Cassidy poussa un très long soupir qui eut pour effet de la détendre d’un coup. Elle enleva son expression de rage intense qui l’habitait peu de temps avant pour sembler… particulièrement épuisée et fatiguée par les évènements. Cependant, alors que Tristan semblait faire comme si de rien n’était, la demoiselle avait mis les poings sur ses hanches et son regard était devenu plus sévère.

C’était étrange de voir à quel point ils étaient capables de se blesser l’un après l’autre et de se gronder aussi pour chercher à prendre soin l’un de l’autre. Elle l’avait obligé à s’asseoir sur le lit et fit mine de vouloir le déshabiller. Pas pour faire des jeux très appétissants mais bien pour l’examiner et voir si il n’y avait rien d’anormal. Elle n’était pas guérisseuse et ne s’y connaissait absolument pas mais la demoiselle avait besoin… de se rendre utile. Heureusement, ses pulsions ne l’embêtèrent pas, même si elle déglutit un moment quand Tristan se déshabilla et détourna le regard en marmonnant quelques paroles.

« Eh ben… toi aussi tu as l’air dans un sacré état ! »

Elle ne pouvait pas mieux dire ! Après tout, la blessure sur son torse était quand même fort visible mais Cassidy ne la remarqua pas tout de suite. Occupée à inspecter son visage en premier lieu, elle s’occupa de lui enlever la neige qui s’était faufilée dans les cheveux de Tristan. Les marques rouges qu’il avait sur le visage lui donnaient l’air d’avoir été salement amoché par plusieurs personnes et pas avec le dos de la petite cuillère. Cassidy l’avait examiné avec beaucoup de douceur… En fait elle n’était pas guérisseuse, et ne pouvait pas dire si quoi que ce soit était cassé. Pourtant, c’est le besoin d’être rassurée qui la faisait agir ainsi. Parce qu’elle avait besoin de le toucher, de voir que tout allait bien même si elle se sentait totalement responsable et culpabilisant. Etrange comme comportement… Après tout les hommes avaient l’habitude de se battre, les bagarres étaient courantes…

Et puis, elle hoqueta de surprise en voyant la grosse blessure qui s’étalait le long de son torse. Elle ne l’avait pas vu ce matin… et ne pouvait pas se douter une seule seconde qu’il s’agissait des Käars, encore trop ancrée dans la bagarre de tout à l’heure pour penser qu’il s’agissait d’autre chose.

« Non mais quelle bande de cons ! Je vais leur faire passer leur envie d’agir de cette façon ! Ils vont voir ! »

Cassidy s’était déjà redressée et était vraiment très sérieuse. Quand le sang lui montait à la tête, elle était tout à fait inconsciente et agissait de manière bien irréfléchie. Pourtant Tristan l’avait retenu en prenant ses mains dans les siennes et elle s’était arrêtée dans son élan et de son premier objectif. Il s’expliqua rapidement et déballa la véritable raison de cette énorme blessure. Il parlait des Kaärs et elle fronça les sourcils. Non mais là c’était complètement une opération suicide ! Ils étaient combien pour qu’il se fasse avoir si facilement ?! Au torse au plus ! Qui était l’abruti qui l’avait appelé pour ce genre de mission ? C’était inconscient ! Elle était complètement hors d’elle. Tristan avait déjà repoussé un bon groupe de Kaärs au village de leur enfance, il s’était battu seul et plutôt bien de ce qu’elle avait entendu.

« Ils étaient combien ? »

Pourquoi s’impliquait-elle autant pour lui ? Elle serra le point et regarda dans le vide d’un air sévère et glacial.

« La personne qui t’as envoyé faire ça est complètement tarée ! Tu aurais pu… enfin il vaut mieux que je ne croise pas son chemin parce que je l’aurais démonté »

Et elle parlait avec tellement de hargne qu’il y avait fort à parier que cela aurait été le cas. Cependant, elle avait aussi était perturbée par le mot « recoudre ». Il était vrai qu’elle n’était pas habituée à ce genre d’exercice, n’ayant jamais eu de blessure nécessitant de faire cela. Pourtant, elle voulait se rendre utile, surtout pour arrêter de penser à tous ces tracas qui la mettaient hors d’elle. A défaut de pouvoir frapper sur quelqu’un, elle allait plutôt le soigner, même si il n’y avait pas grand-chose à faire.

Mais lorsqu’elle revint avec de quoi s’occuper de lui, le jeune homme semblait plutôt hésitant, comme si il n’y avait pas de raison d’agir ainsi. Sauf qu’elle était terriblement sérieuse et c’est avec beaucoup de fougue que la demoiselle répliqua, d’un ton qui ne souffrait d’aucune réplique. Elle s’en voulait aussi terriblement de ce qui s’était passé… et c’est pour cette raison qu’elle cherchait un peu à apaiser sa douleur. La jeune femme chercha cependant à comprendre ce qui s’était passé, ne le croyant pas capable d’avoir été surpris. Après tout, c’est bien ce qu’il dégageait, cette espèce de confiance, assurance, son instinct qui l’aidait à se sortir de plusieurs mauvais pas. Elle avait été assez sèche malgré elle sans le vouloir.

Cependant, il ne lui en tint pas rigueur tout en posant doucement sa main sur la sienne, ce qui la fit frissonner et louper presque une case. Il parlait d’une fois douce, gentil et cette fois il tentait de s’expliquer le mieux possible. En fait c’était même extrêmement noble de sa part, de ne pas répondre à ces provocations, à ces coups. Au final il était le plus courageux de ne pas avoir cédé ainsi et cela montrait une grande force de caractère. Elle grogna quand il prononça le prénom de son ami. Après tout, elle l’avait trouvé un peu trop violent et démonstratif à son goût.. Bon il avait déjà été comme ça ce n’était pas la première fois. Mais ça touchait Tristan et cela rendait les choses différentes.

Elle était très surprise de voir qu’il cherchait à lui prouver quelque chose, alors qu’elle-même se considérait aussi comme une sorte de monstre. Cassidy ne disait rien, regardant le bol d’eau teintée de rouge, pensive et sans savoir quoi dire. Pourtant il continua sur sa lancée, parlant d’une reconnaissance. Là Cassidy manqua de s’étrangler. Elle avait lâché son chiffon dans l’eau rouge et le fixait avec un air hagard, comme si il avait perdu la tête. Etre reconnaissant de s’être fait tapé dessus ? On lui avait enlevé des neurones aussi au passage ? Il s’expliqua alors et elle était tout à fait d’accord avec ses paroles. Après tout, c’était bien elle qui lui avait parlé de l’honneur des Friholdiens, de leur vision des choses qui lui convenait tout à fait.

« Je sais… faut pas croire mais j’observe beaucoup, j’ai déjà vu des scènes de message et puis… tu sais bien que j’ai quand même… eu des… clients… qui trompaient leur femme et qui semblaient tout fier de le faire… »

Elle avait fait allusion à son passé… qui lui avait quand même appris pas mal de choses. Elle était loin d’avoir vu toutes les horreurs que Tristan avait pu croiser mais quand même. Gênée, elle détourna la tête alors qu’il posait une main sur sa joue. C’était doux et rassurant.

« Les Friholdiens sont biens c’est vrai. C’est pour cette raison que je me sens bien ici, enfin… dans ce royaume. J’ai l’impression que la plupart des gens sont plutôt droits et honnêtes »

Elle le disait encore qu’elle était tout à fait d’accord avec les Friholdiens et c’est pour cette raison d’ailleurs qu’elle culpabilisait tellement de ce qui s’était passé. Après tout, elle avait quand même entretenu cette rumeur sans penser une seule seconde qu’on ferait le rapprochement. Maintenant cela lui paraissait tellement ridicule… si elle avait parlé, si elle s’était expliquée, alors personne n’aurait touché Tristan. Et puis elle n’était pas du genre à parler avec hésitation, ça n’aurait pas posé de problème.

Cependant, il réussit à la dérider en déclarant une petite phrase taquine, parlant d’infirmière et qu’elle ne voulait pas faire baisser sa température. Cassidy grogna et poussa une sorte de pfff même si elle semblait plus amusée qu’autre chose. Cela l’apaisa un peu et lui fit penser à autre chose avant qu’elle ne se remette à s’appliquer pour le soigner avec beaucoup de délicatesse et de douceur.

Puis il aborda son propre état et là Cassidy se ferma un peu plus, détestant parler d’elle-même, même si elle pouvait comprendre qu’il faisait tout à fait la même chose. Mais c’était différent car lui avait été blessé par d’autres personnes alors qu’elle, elle s’était mise dans cet état toute seule et ne désirait pas vraiment s’étendre sur le sujet. Et puis il n’y avait rien d’intéressant à donner les recommandations de Ninna. C’est un air désinvolte qui était sur son visage. Pourtant elle le vit prendre les flacons pour humer l’odeur et faire… une remarque très lourde de sens.

Cassidy grogna en levant les yeux au ciel, cherchant à éviter de penser à certaines choses… de trop agréables. Elle lui répondit sur un air amusé.

« Qui te dit que tu devras me soigner ? »

Elle continua dans sa tâche, faisant comme si de rien n’était même si ça bouillonnait dans son cerveau à l’heure actuelle. Se concentrer sur le sang restant était très bien pour l’empêcher d’avoir des idées plus claires… et même si il n’y avait plus grand-chose à nettoyer d’ailleurs. En même temps, il est vrai que si ils étaient aller se promener hier comme elle avait prévu, il y aurait pu y avoir quelques bisous… mais comme il était parti se balader il n’y avait rien eu. Mais en même temps, pas sûre qu’elle aurait accepté de se faire tripoter après les dernières remarques de la soirée…

Et puis il recommença à parler… de gentilles caresses qui n’aideraient pas beaucoup. Il voyait ça comme des caresses lui ? Mais enfin elle ne faisait pas grand-chose à part nettoyer le sang, c’est tout. Puis il parla de baisers et la jeune femme y vit comme une sorte de défi. Au début elle répondit d’un air faussement ironique, sans penser au baiser assez… impressionnant de la dernière fois. Mais plus comme on dirait à un petit enfant qui pleurnichait pour qu’on le calme. Il parlait d’un baiser renversant et agitait un peu trop ce challenge sous son nez. La dernière phrase l’acheva et la convainquit de s’exécuter tout à fait.

C’est avec beaucoup de volonté et de détermination qu’elle le poussa contre le lit et même si il ne résistait pas vraiment. Ses yeux étaient agités d’une lueur de défi alors qu’elle se penchait sur lui avec la ferme intention de lui faire voir des étoiles ou le faire planer. Elle ne pensa pas une seule seconde à la conséquence de ce baiser qui n’avait absolument rien d’anodin.

Le baiser était très fort. Cassidy n’avait pas pu s’empêcher d’approfondir et lui aussi. Elle se sentait tomber sur lui, comme si quelque chose de très fort passait entre eux. Son corps était devenu chaud, comme si une énergie nouvelle la traverser et que toutes ses courbatures étaient parties. C’était vraiment un baiser qui avait un goût différent, une saveur nouvelle, quelque chose qui ne lui semblait pas avoir eu avant. Comme si cet éloignement le temps de deux jours avait ravivé des sensations inconnues. Mais elle sursauta en entendant quelque chose et une grande lumière.

S’écartant de lui et tournant la tête, elle aperçut le feu qui crépitait dans la cheminée et ouvrit des yeux ronds. Heu c’était possible ça ? Il ne lui semblait pas qu’on lui avait dit que son feu pouvait se déclencher inconsciemment. Sinon ça risquait d’être dangereux. Cassidy se mordilla la lèvre en cherchant à lui répondre mais il avait bougé… puis pousser un cri de douleur. Le visage de Cassidy était passé de la surprise à l’inquiétude.

« Tris’ ! Eyh ça va ?! »

Elle tenta de comprendre ce qui se passait et souhaita le soutenrir mais difficile de dire ce qui s’était passé. Elle remarqua aussitôt les marques sur ses bras qui brillaient bien plus, on ne pouvait absolument pas les louper. Mais il se calma de lui-même et qu’elle le regardait, pas en l’appelant d’une voix tremblante car c’était pas son genre non plus et qu’elle voyait bien qu’il allait bien. Elle restait blanche et pâle en le fixant mais sans rien dire de plus. Mais quand il écarta les mains, elle vit que la blessure n’était plus qu’une cicatrice. Ok d’accord…

Cassidy ouvrit la bouche. C’était lui qui s’était soigné tout seul, ses marques avaient brillé, c’était son corps qui réagissait sans doute. Etrange que cela se soit activé avec un baiser. Il balança une petite phrase et Cassidy fronça les sourcils, voulant lui faire comprendre qu’elle ne voyait pas de quoi il parlait. Il resta même un peu taquin, prétextant que c’était sûrement la salive. Elle le regarda d’un air appuyé mais il ne lui laissa pas le temps de riposter, en profiter pour l’embrasser de nouveau, ce qui la fit frissonner de plaisir alors qu’elle se laissait faire, encore un peu secouée par ce qui venait d’arriver.

Quelques tendres baisers, bien que cela avait quelque chose de sage mais chez Cassidy, son corps en voulait plus. Elle grimaça et tenta de contrôler son esprit pour éviter de se faire plus bestial, même si cela lui demandait pas mal de concentration. Il parlait de magie, que ça venait d’elle tout simplement. Cependant, elle n’eut pas le temps de répondre car on toqua à la porte.

Cassidy soupira.

« Quoi encore ? On peut pas être tranquille ici ? »

Elle grogna puis après avoir jeté un regard d’excuse à Tristan, elle se glissa hors du lit car elle était la plus habillée puis ouvrit la porte. C’était l’aubergiste qui se trouvait là, avec un énorme bouquet de fleurs dans les mains et un gâteau aux fruits des bois. Etrange demande. Elle haussa un sourcil et tenta de parler avec une politesse qu’elle s’efforçait de garder.

« Oui c’est pour quoi ? »

- Je voulais m’excuser pour tout ce grabuge… Quand je t’ai vu ce matin, je me suis dit qu’il t’étais arrivé quelque chose avec le Drakkari alors.. ‘Fin tu comprends je suppose. On aime pas les violeurs, les barbares ici… et les Drakkaris sont quand même réputés pour ne pas faire dans la dentelle. J’en ai parlé autour de moi, on voulait lui casser la gueule pour lui apprendre le respect

Il semblait un peu gêné, ce qui contrastait beaucoup avec sa carrure imposante puis lui tendit les fleurs et le gâteau.

Mais je suis désolé d’avoir tiré des conclusions hâtives. Je sais que c’est pas grand-chose mais si ça peut un peu apaiser ta colère…

Cassidy avait le regard froid et glacial mais qui devenait un peu plus sévère au fil de ses explications. C’était quand même sympa de sa part de montrer une petite attention.

- Il va bien au moins ?

« Oh tu sais c’est un Drakkari, il est solide… »

*Et pas que pour ça… heeeeeeeeeem Cassy reprends tes esprits*

- Bien alors je… je vous laisse tranquille. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas…

Cassidy acquiesça d’un signe de tête puis referma la porte. Tristan semblait très interrogateur mais il avait sûrement bien entendu la voix de l’interlocuteur. Elle ne savait pas si il était embêté parce qu’ils avaient été interrompus ou autre chose. Cependant elle soupira en posant les fleurs dans un vase et le gâteau sur la table basse tout en soupirant.

« C’est bien au moins qu’il se soit excusé… après tout c’est celui qui a lancé les rumeurs. »

Elle marqua une pause puis précisa.

« Je suis tombée dans l’escalier de l’auberge ce matin… c’est lui qui m’a soutenu… et ça explique pourquoi il t’as frappé »

La demoiselle se demandait si Jilian allait s’excuser aussi. Mais le Friholdien n’allait certainement pas venir jusqu’à l’auberge. Il savait à quel point elle n’aimait pas trop discuter dans des lieux fermés et préférait parler au long d’une bonne promenade. Sans doute lui proposerait-il demain pour s’excuser de son comportement même si elle avait été très surprise par celui-ci. Cependant, cette brusque intervention de l’aubergiste avait rompu le charme alors que Cassidy se tenait debout les bras croisés, semblant tout à coup ennuyée.

« On en était où déjà ? »

Oh Tristan allait sûrement parler de caresses ou de baisers particulièrement intéressants mais elle sembla se rappeler de sa dernière réplique et claqua des doigts, l’air songeur.

« Ah oui magie ! Au fait j’ai jamais dit que je n’avais pas de magie… tout habitant sur Ascadian en a… enfin sauf si je suis un cas rare. Sauf que ce que les mages ont dit, c’est que j’étais trop faible, médiocre, qu’on ne pouvait pas développer ce pouvoir chez moi car il n’y avait rien à en tirer »

Elle semblait plus contrariée que triste alors qu’elle marchait tranquillement dans la pièce, ne souhaitant pas rester inactive, et même si cela la faisait boiter un peu.

« Mais je ne suis pas d’accord avec toi ! J’ai jamais soigné mes… amants pendant des galipettes. Si j’avais une sorte de magie de soin, je pense que j’aurais déjà soigné Jilian de tous ses bobos »

La jeune femme toussota et se râcla la gorge en parlant de Jilian, visiblement mal à l’aise. Mais elle ne regarda pas Tristan pour ne pas voir l’expression de son visage.

« Ca ne le fait qu’avec toi… et puis tes marques ont brillées quand tu t’es guéri alors… ça doit être en rapport avec ça. Peut être que les dragons en savent mieux que moi mais j’ai jamais vu personne guérir quand je l’embrassais »

Triste et cruel rappel que ce n’était pas la première fois qu’elle faisait des choses avec un homme. Cassidy fronça les sourcils.

« Mais… j’ai déjà réfléchi à cette histoire de magie. Faut voir où ça peut aller… je me suis entraînée aujourd’hui avec la pierre quand… quand je faisais une pause en cherchant la planche de surf… ça avait l’air d’être plus réceptif et j’étais moins fatiguée alors… peut être… »

Elle s’assit sur le lit à côté de lui, la mine pensive.

« Si je décidais de m’y mettre, j’apprendrais seule. Ca sera une belle vengeance pour ceux qui n’ont pas cru en moi. Mais je suis passée à autre chose… Je voulais faire de la magie pour rendre ce monde plus beau, pour aider les gens mais… je n’en ai plus envie maintenant. Je n’en vois plus l’intérêt »

Elle n’était pas blasée, ni embêtée, juste toute simple, elle ne voyait plus la raison d’utiliser la magie pour soutenir des personnes alors qu’elle avait été si souvent rejeté. Oh bien sûr, elle sentait une certaine affinité au fond d’elle pour cet art, la curiosité d’apprendre comment ça marchait, acquérir des connaissances sur les mystères d’Ascadian mais… actuellement c’était bien une image effacée du passé.

Cassidy soupira en haussant les épaules.

« C’est comme ça… j’ai changé… les rêves d’enfant ne sont plus les mêmes… parfois on ne choisit pas ce qu’on devient et… si personne ne voulait de moi, c’est sûrement les dieux qui l’ont décidé, je ne forcerais plus dans ce sens là… »

Elle semblait songeuse mais pas triste. Juste neutre. Très longue tirade, très longue réflexion sur ce sujet où elle montrait quand même une certaine application et surtout qu’elle y avait beaucoup pensé, même si elle n’en parlait pas des masses. Cependant, cela la dérangeait un peu. La demoiselle passa à côté de lui sur le lit et passa une main dans ses cheveux blonds dorés. Tout ceci la mettait quand même mal à l’aise. Encore une fois, elle chercha à se dérober.

« Je vais prendre un bain. Toutes ces émotions m’ont épuisé… et… »

Elle faillit rajouter qu’il pouvait venir si il voulait mais ces mots ne sortirent jamais de sa bouche alors qu’elle rougissait en marmonnant et détournant la tête, très embêtée. Pourquoi avait-elle voulu proposer ceci ? Peut être une détente à deux ? Cassidy secoua la tête puis se dirigea vers la porte de la salle de bain.

« Je ne verrouille pas la porte… au cas où… »

Ces dernières paroles avaient été prononcé très bas et le rouge s’emparait encore de ses joues alors qu’elle se dépêcha d’entrer pour ne pas voir le regard de Tristan. Bah quoi ? C’était une invitation comme une autre non ?


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 2 Mar - 0:29

Ses lèvres étaient douces, si douces… Quand elle m’embrassa, je crois qu’il n’y avait pas vraiment de mots pour exprimer ce qui se passa réellement en moi. Il n’y avait que cette certitude qui persistait. Son baiser, ses baisers, m’avaient terriblement manqué… Alors qu’elle était penchée sur moi, soudain un peu plus lourde, comme si la perdition qu’elle cherchait à me faire vivre à cause de ma provocation, elle la vivait aussi, je me sentis contradictoire: fort et vulnérable, puissant et si faible en même temps. Son odeur m’enveloppait, celle de sa peau qui semblait toujours florale et celle légèrement fruitée, comme une touche d’agrume qui s’y attachait, sur la fin de mon inspiration. Je manquais d’air et en même temps je n’en avais jamais eu autant. J’avais un peu mal à mon visage à cause des coups de Jilian… Il m’avait bien amoché les lèvres notamment quand elles avaient heurté mes dents sous ses poings. Toutes les petites entailles qui y avait été causées me piquaient et pourtant je n’eus plus mal du tout. J'apprendrais plus tard qu'elles avaient disparu avec la gravité de ma blessure... Sa langue vint trouver la mienne et je ne résistai pas une seconde, pas même une demi-seconde. J’aurais voulu la taquiner, résister, lui résister… mais j’en étais bien incapable tant le manque qu’elle avait laissé, tant le vide que son absence avait crée était… immense. Embrasser ne m’avait jamais fait ça. Ca ne m’avait jamais manqué… D’ailleurs je n’embrassais que peu mes conquêtes. Je ne sais pas pourquoi… J’étais doux, tendre et tout, même si c'était bien moins qu'avec elle... enfin il n'y avait qu'avec elle que j'étais vraiment doux en fait... les autres j'étais plutôt... dur et c'était tout… mais ce n’était pas quelque chose qui m’était nécessaire. Pourtant avec elle… Avec elle, ce geste tout simple avait quelque chose de merveilleux et de… magique. La force grondante qui emplit mon corps d’énergie me donna le tournis. Ou alors c’était juste son baiser, sa proximité… Je ne sais pas vraiment. Je n’arrivais pas à savoir. Je ne faisais que suivre la moindre inflexion de sa tête vers moi, dépendant, accro, dominé et j’étais ravi d’être tout ça… Même si la peur me tenaillait le ventre. Peur qu’elle s’éloigne… Peur qu’elle me repousse. Encore un peu Cassidy… Juste un peu, s’il te plait… Tu m’as tellement manqué… Je n’arrive pas à croire que tu m’aies tant manqué… Et là alors que ta peau frôle la mienne, ce courant électrique qui passe entre nous... Tu le sens ? Ta main qui a glissé sur ma joue et le long de mon cou, qui s’appuie fermement sur l’un de mes trapèzes, ce muscle puissant entre l’épaule et le cou, qui se tend tellement sous tes doigts tant je tends la tête pour garder tes lèvres contre les miennes… Ta main… Tu as senti ? Tu as senti cette impulsion entre nos peaux ? Qui court de tes doigts à mon corps, de mon corps à tes doigts ? Tu as senti ? Cette chaleur entre nos lèvres ? Tu as senti ? Cette puissance qui m’envahit ? Et me fait totalement tien ? Le désir m’entoure et m’obsède parce qu’il s’accroche à ton image et ne veut pas la lâcher. Je te veux tellement Cassidy… Je te veux de toutes les fibres de mon être. Jamais je n’ai voulu une femme comme je te veux toi… Et pourtant, je te promets, je ne bougerai pas, je ne ferai rien de plus. Mes mains n’essaieront pas de te déshabiller, je le jure, elles s'appuieront juste plus sur ton dos pour te garder un peu encore près de moi… je ne te ferai rien, rien que tu ne souhaiterais pas et je t’imposerai jamais le désir insatiable que tu éveilles en moi. Je resterai sage, je ne dirai rien, j’essaierai même de cacher cette fichue manifestation physiologique de mon désir qui me trahit si bien, je la ferai taire… Je ne t’obligerai jamais… jamais… Ne me repousse pas, s’il te plait, s’il te plait… J’ai besoin de ça, de tes caresses, de ta douceur, de tes baisers… S’il te plait, reste contre moi, je veux sentir ton odeur et ton souffle se heurter au mien… Encore un peu... s'il te plait...


Les deux jeunes gens avaient été interrompus par le feu qui s’était soudain allumé dans la cheminée et leur sursaut avait quelque chose de comique tant ils s’étaient tous deux redressés vite, mimétisme parfait, dans l’urgence, sur le qui-vive. Ils n’étaient peut-être pas si différents… Et puis l’instant de surprise passé, il y avait eu la douleur, une douleur terrible qui avait irradié le ventre du jeune homme. Peu habitué à la sensation, Tristan s’était plié en deux. Les marques sur son corps s’étaient activées, illuminées réellement et semblaient même très lentement clignoter au rythme d’un coeur battant… très lentement, comme animées d’une vie propre, leur luminescence décroissant et croissant sur une période allongée. Le phénomène avait pris fin pour augmenter leur surprise et leur incompréhension. Sous les mains que le garçon avait pressé très fort contre son abdomen, car c’est de là qu’irradiait la douleur, il n’y avait plus qu’une vague blessure sans danger… Si sa cicatrisation était rapide, voire exceptionnelle, elle ne l’était certainement pas à ce point…


Je levai les yeux sur elle mais elle n’en savait pas plus, elle en savait même moins et je sais qu’elle m’attribua ce pseudo-miracle, cette guérison éclair. Nos conversations me revinrent aussitôt en tête… Elle avait détesté cette blessure, je l’avais bien vu dans ses yeux quand elle l’avait aperçu. Sa colère faisait vibrer sa voix d’une force peu commune. Oui, elle était furieuse et voulait déjà aller mener vengeance, courageuse, impétueuse demoiselle. J’avais cru ne pas pouvoir la retenir et pourtant quand j’avais pris ses mains, elle s’était faite sage, attentive. J’en étais rassuré… Je ne voulais pas qu’elle aille se mettre les gens à dos pour moi. Et ce malgré sa piètre estime d’elle-même… Sa question résonnait encore dans mon esprit. Elle voulait savoir combien ils étaient… ceux que j’avais combattu… J’aurais pu mentir pour la rassurer ou au contraire pour me donner une image de super guerrier. Mais je n’avais pas la moindre envie de lui mentir. Le mensonge ne m’avait pourtant jamais posé de problème… le mensonge ou cacher la vérité.
J’avais répondu avec un temps d’hésitation… Leur véritable nombre c’était dix-sept… Elle s’était emballée encore plus, criant presque au scandale et sa manière de me défendre et de s’en prendre à celle qui m’avait engagé, même si elle ignorait qu’il s’agissait d’une femme, avait quelque chose d’amusant et de touchant… J’étais un peu penaud pour être honnête et je n’avais pas très envie qu’elle dirige sa colère sur moi mais je l’avais encore tempérée, par souci d’honnêteté…


La majeure partie n’était pas très expérimentée et ça se voyait… Je ne sais pas ce qu’ils fichaient ici… Ca m’inquiète un peu car ils font peu de choses sans raison en général… Mais… Enfin il y en avait bien 5 ou 6 qui se débrouillaient bien… Ils ont été plus résistants que je le pensais à cause de sort de protection et d’armes magiques… Mais le pire c’était le troll qu’il y avait en plus. Je le croyais enchanté mais non… il était parfaitement volontaire et c’était bien pire… Qu’une de ces créature prête ses forces aux Kaärs n’est pas bon signe… C’est en le combattant que j’ai été blessé… Mais ce n’est rien Cassy tu sais… j’ai été habitué à combattre bien pire et à subir… bien pire aussi. Je suis désolé de t’imposer ça… mais je vais bien, je te le promets.

J’avais été sincère, explicatif… la prudence voulait que je sois distant, silencieux… Mais je ne pouvais pas la laisser comme ça… Cette « chose » dans ses yeux sombres. Elle était en colère oui bien sûr, ça, tout le monde l’aurait vu. Mais il y avait aussi de la culpabilité, des regrets. Je n’avais aucun mal à voir ça… Alors que j’avais tant de difficulté chez les autres. Je n’avais aucun mal avec elle puisque moi-même j’avais « ressenti » ça… En apprenant pour sa chute. Est-ce que j’arrivais à me mettre à sa place ? Est-ce que j’arrivais à voir chez elle ce qui m’importait si peu chez les autres ? Je ne sais pas… Mais je détestais cette chose… cette sorte de tristesse dans ses yeux. Ce n’était peut-être pas de la tristesse mais il y avait de la culpabilité, ça j’en étais sûr… enfin je crois.
J’essayais de minimiser les choses et je me rendais compte avec une pointe d’amusement qu’elle avait fait exactement pareil quand elle m’avait raconté sa chute… Peut-être… que nous n’étions pas si différents en fin de compte.



Elle s’était occupée de lui et s’il avait été hésitant elle avait rétorqué d’une telle manière que jamais il ne lui aurait rétorqué quoi que ce soit. Oui, ils se ressemblaient, bien plus qu’ils n’étaient prêts à l’admettre sans doute. Ils se souciaient de l’autre. C’était nouveau et effrayant mais l’investissement était là. Tristan se sentit bien qu’elle se soucie ainsi de lui et veuille s’occuper de lui. Ca, plus que tout le reste, le confortait dans l’idée qu’hier soir était déjà bien loin, qu’elle lui pardonnait, un peu… Elle posa d’autres questions, parce qu’un guerrier comme lui, qui justement avait face à tant de Kaärs, seul, en même temps, ne pouvait pas se faire bêtement taper dessus par des villageois, tout nordiques et costauds qu’ils soient. Elle avait tapé juste, vraiment juste… Et  elle eut raison de « l’attaquer » sur ce front car elle eut encore droit à beaucoup d’honnêteté de la part du jeune homme. Par contre, même s’il se contenta de se crisper, il détesta ce qu’elle dit… Il ne fallait pas croire ? Elle observait ? Quand avait-il laissé entendre qu’il ne la croyait pas capable de voir, d’observer le monde qui l’entourait ?! Elle avait vécu des horreurs et il ne le savait que trop bien, cette pensée le déchirait mais il n’y pouvait malheureusement rien. Il ne pensait pas du tout qu’elle ne réalisait pas, bien au contraire… C’était peut-être maladroit mais il voulait lui dire qu’il y avait des horreurs partout, qu’il s’en rendait compte, qu’il lui donnait raison sur les friholdiens, qu’ils  étaient probablement meilleurs que beaucoup d’autres peuples…
Mais surtout, ce qui lui valut une véritable crispation ce fut lorsqu’elle prononça le mot « clients »… Les mâchoires du jeune homme s’étaient serrées, rendant plus angulaire sa mâchoire, crispant les muscles de son visage et tiraillant sur sa peau tuméfiée. Mais il n’avait pas pu s’en empêcher. « Bourreaux » oui… Clients… Non… Il ne voulait pas qu’elle dise ce mot… Certes c’est ce qui s’était passé… Mais qu’elle le dise, c’était admettre qu’elle avait été la catin de ces hommes. Et il ne voulait pas qu’elle admette cela… Une victime… C’est CA qu’elle avait été… Une femme brutalisée par des hommes, pas une volontaire… Qu’elle admette ce mot, c’était accepter bien trop ce qu’elle avait subi. C’était totalement stupide comme pensée. Mais il ne voulait simplement pas qu’elle pense ainsi, même si ce n’était qu’un mot, un mot malheureux.
Il avait parlé d’infirmière… pour que le sujet soit moins sensible et parce que les yeux de la jeune femme s’étaient obscurci. Il ignorait beaucoup mais il n’appréciait pas. Ses mains étaient douces sur son visage et ses gestes avaient quelque chose de profondément réconfortant. Il parla même de la soigner à son tour, juste retour des choses et il est vrai que l’idée justement de lui appliquer tous ces baumes laissait planer la possibilité de la toucher et il avait déjà bien trop prouvé qu’il était un peu trop doué de ses mains ce vilain garçon même si elle se débrouillait extrêmement bien de son côté, ça devait la changer un peu… Elle lui avait dit découvrir les massages à ses côtés. Il n’avait pas fini de lui apprendre. Pourtant, le garçon ne pensait pas vraiment à quelque chose de trop… sensuel. Il essayait de rester à peu près sage après tout. Elle répliqua un peu, pas méchamment mais il pensa être allé trop loin et ne répliqua donc pas, se contentant de se taire, assez malheureux qu’elle ne veuille pas qu’il s’occupe un peu d’elle en retour. Elle ne s’était pas vue… Avec son énorme bleu et les marques sur son visage et ses bras elle avait l’air d’avoir vécu de sacrés chocs…

Et puis il avait parlé d’un baiser… Et c’est ainsi que tout avait commencé, que tout s’était réellement déclenché. De taquinerie légère le garçon était finalement passé par la provocation et celle-ci sembla faire mouche sur Cassidy. C’est que la demoiselle semblait apprécier les défis.
C’était le feu qui les avait interrompu oui, puis la douleur du garçon et sa guérison miracle. Il émit l’hypothèse que ça venait d’elle. Parce que ça ne pouvait venir que d’elle tout simplement. Elle ne semblait pas vraiment d’accord mais il l’embrassa et ça la court-circuita sans mal. Tristan, surpris, la sentit faiblir sous son doux baiser dans sa gorge. Elle ne le repoussait pas. Il en était heureux… Sincèrement… Elle ne put pas répondre à son affirmation sur la magie car on les interrompit en toquant. Le jeune homme fronça les sourcils, faisant mine de se lever mais la demoiselle le devança. Certes elle était plus habillée que lui mais il n’avait guère de gêne de son côté à aller ouvrir en étant torse nu. Peut-être qu’elle voulait se donner le temps de retrouver contenance aussi…


Je la regardais s’éloigner du lit et se diriger vers la porte. Son petit ton agacé me fit sourire. Son côté véhément, tant qu’il n’était pas dirigé vers moi, m’amusait beaucoup… et m’excitait un peu je l’avoue. En même temps je crois qu’elle était capable de me mettre un peu trop facilement dans un état second. Comme la porte était sur le côté, un peu isolée de la partie « lit » de la chambre, je ne voyais pas de qui il s’agissait mais je reconnus sans mal la voix de l’aubergiste. C’était cette voix qui m’avait interpellé dans la rue pour commencer ce sort étrange qui m’avait mis à mal et qui me valait des soins très rapprochés et la découverte d’une nouvelle curiosité… Je ne pouvais pas me tromper, j’en avais la preuve maintenant, c’était bien elle qui m’avait soigné ou qui avait, plutôt, accéléré ma guérison… de manière spectaculaire. Ca me laissait assez… surpris pour être honnête et j’avais très envie d’en discuter avec elle mais il valait mieux aborder le sujet… prudemment. Allongé sur le dos, en appui sur les coudes donc légèrement relevés, les abdos assez contractés j’observais ma blessure si bien cicatrisée qui me grattait un peu mais ne me gênait plus du tout et surtout ne me faisait plus mal… J’écoutais aussi la conversation. Apparemment l’aubergiste s’excusait, bon point pour lui effectivement. J’appréciais le geste… Il n’y avait probablement que les nordiques pour avoir justement cette attitude, c’était assez admirable et je comprenais davantage ce que Cassidy appréciait tant ici. Oh il y avait d’autres peuples avec cette grandeur d’âme et d’esprit. J’aurais voulu les lui faire découvrir… Même si elle avait voyagé pas mal ce ne serait jamais autant et aussi loin que moi après tout…
Je décidais de ne pas intervenir. Déjà parce qu’elle s’en sortait très bien et que son ton assez froid avait quelque chose d’encore plus amusant car j’imaginais sans mal le malaise de mon pauvre agresseur qui devait non seulement sans vouloir mais se sentir bien mal à l’aise devant ce petit bout de femme pourtant si… imposante par son caractère à défaut d’autre chose.
Le dialogue ne dura pas et je la vis revenir avec des fleurs et un gâteau. Ca par contre ça me refroidit pas mal. Flûte… mes biscuits venaient de se faire sauvagement détrôner !!!!!
Je la regardais, interrogateur, essayant de deviner ce à quoi elle pensait, si j’avais bien fait de l’embrasser, si elle allait revenir près de moi… ou pas. Si je devais être différent ou non…J’avais encore un peu peur de faire une nouvelle boulette qui l’éloignerait de moi. Elle commenta ce que je pensais. Oui, c’était bien qu’il s’excuse et j’esquissai un léger sourire pour aller dans son sens mais elle continua et là, je le sais, mon sourire disparut totalement alors que j’écarquillai légèrement les yeux. QUOI ?????! Elle était tombée dans les escaliers en plus ?!!! Et je ne l’apprenais que maintenant et… comme ça ! Non mais mademoiselle il y a des manières de dire les choses !!!! Je faisais les gros yeux là, me relevant, assis sur le lit.

Quoi ?! Mais tu… Tu… tu vas bien ? Pourquoi tu ne m’as pas dit que…

J’avais l’air inquiet, je le savais, la détaillant avec trop d’attention et je le sais le regard bien trop perçant, comme si j’essayais de voir à travers ses vêtements… Elle devait avoir bien plus de bleus que je ne l’imaginais alors et cette idée me faisait mal… Elle haussa les épaules. J’avais envie de répliquer mais je m’abstins, même si c’était difficile. Je comprenais mieux effectivement la véhémence de l’aubergiste et j’étais encore plus admiratif devant la mentalité de ce peuple… Elle posa une simple question qui me fit légèrement frissonner et réveilla en moi les flammes du désir échaudé. Sauf qu’avant que je puisse répliquer elle avait enchainé et parlait d’elle-même de magie ! Alors évidemment je restais silencieux, l’écoutant avec grande attention, ces moments étaient rares… Elle m’en révélait davantage sur elle et j’en fus assez surpris bien que ravi, m’asseyant plus tranquillement en tailleur alors qu’elle était restée debout, loin de moi pour sa part… trop loin… Je bloquais néanmoins sur ce qu’elle disait. Les termes qu’elle prêtait aux mages… Je fronçais les sourcils, ça ne collait ni avec ce que je changeais sur elle, ni ce que je savais. Etrange… Elle marchait et continuait et si elle raisonnait pas mal, s’expliquant, m’expliquant, ses illustrations… ne me plurent pas du tout ! Non parce qu’elle étaient en train de comparer ce qui venait de se passer à ses aventures et je ne parle pas de celles sur les chemins, plutôt les aventures dans un lit ou ailleurs j’imagine, qui impliquaient de la nudité, du sexe, ses exigences et les performances si humaines de mes congénères masculins. Me parler de ses amants, même si c’était maladroit était une chose mais citer Jilian… Je lâchais un léger et vague grognement. Je n’étais pas content d’entendre son nom dans sa jolie bouche. Non décidément ça ne me plaisait pas ! Je me mordis la langue, fort, pour faire taire la révolte qui grondait en moi. L’entendre parler de Jilian, même si c’était pour dire que ça n’avait jamais fait avec lui ce qui se passait avec moi, cette espèce d’évènement magique et je l’espérais aussi cette douceur, cette… force dans ce qui nous arrivait en nous embrassant et déjà j’espérais ce que j’avais « senti » réciproque… ça faisait gronder en moi une envie de lui faire dire autre chose, penser autre chose. Mon nom, juste moi. C’était égoïste… Je ne voulais pas qu’elle pense à son blondinet… C’était un beau garçon après tout. Je ne voulais pas de rival. Il était humain et moi… tellement pas… Je ne voulais pas qu’elle pense à lui et tout ce que je lui faisais subir, moi… Le dragon… Alors j’avais envie d’être contre elle, là tout de suite, de l’embrasser. Pour qu’elle ne dise plus son nom… J’avais envie de l’embrasser fort et de faire naitre chez elle le désir, pour que ce soit mon nom qui remplace celui de son bellâtre… Putain ce que je peux être con ! C’est stupide… C’est macho… C’est immature… Mais pardonne-moi princesse… je ne peux pas m’en empêcher…

Alors oui, je dus me mordre la langue, me faire violence… pour ne pas bouger et juste l’écouter, essayer de faire taire la douleur que ses mots provoquaient chez moi. Ca aussi c’était bizarre. Parce que j’avais l’habitude de parler de sexe. J’avais l’habitude d’en parler comme je parlerais de la pluie et du beau temps. J’avais l’habitude qu’on m’en parle et que ça ne me fasse rien. J’avais l’habitude que les femmes me parlent de leurs précédents amants, pour me provoquer et me titiller, pour que je les prenne plus fort, plus longtemps. Ce n’était pas nécessaire car ça ne me faisait rien. Pas avec elle… pas avec elle…

Elle continua, parlant même de dragons. Je savais que je devais avoir l’air très crispé. Mais je préférais lui donner cette impression plutôt que de me comporter encore comme un imbécile avec elle. Mon silence l’encouragea peut-être à parler plus je ne sais pas. Où elle était peut-être gênée de rester là dessus car elle continua et je ne regrettais pas de n’avoir rien dit et rien fait. Je n’en revenais pas ! Elle était en train de me dire qu’elle s’était entrainée avec sa pierre, qu’elle avait vu quelque chose ! Elle acceptait l’idée ? Elle acceptait vraiment ? La joie remplaça la colère. Peut-être que je pourrais lui montrer, lui dire… Peut-être que finalement elle pourrait vivre un peu son rêve d’enfant. Elle vint me rejoindre, s’asseyant sur le bord du lit. On ne se touchait pas et pourtant son rapprochement fit de nouveau courir une espèce de courant électrique dans mon corps. Je restais toujours silencieux.

Elle voulait apprendre seule mais ses desseins avaient changé. Ca…Ca ne me plaisait pas. Elle ne devait pas abandonner ses rêves, pas totalement. Mais elle avait changé c’était vrai. Seulement… Je n’étais pas d’accord ou alors je ne voulais pas l’être. Parce qu’il y avait comme un défaitisme dans ce qu’elle disait. Elle n’avait pas l’air gênée ou triste mais… c’était une forme de défaite que d’abandonner l’enfant et les rêves… Pourtant ses souhaits avaient changé de ce qu’elle disait. Sauf que… Avait-elle seulement encore des rêves ? Ou l’avait-on trop brisée ? Pouvais-je la relever ? Pouvais-je lui enlever sa déception du monde et des gens ? Pouvais-je lui faire apprécier chaque petite chose et espérer ? J’avais envie de le croire mais qui étais-je pour le prétendre ?
Sa dernière phrase me fit grincer des dents bien malgré moi et je foudroyais du regard le couvre-lit entre nous, détestant ce qu’elle disait. Si les dieux pensaient ainsi ils étaient stupides. Moi je voulais d’elle. Je la voulais tellement… tellement…


Je restais silencieux parce que je respectais ses paroles et encore plus l’investissement avec lequel elle avait osé me dire autant sur elle, ça me faisait plaisir même si certains de ces mots ne me plaisaient pas et me faisaient mal pour elle. Je m’inquiétais vraiment. Ce qu’elle pensait… ça comptait pour moi, plus fort que je ne le pensais possible. C’était étrange… à quel point j’avais envie de la prendre de mes bras et de la réconforter alors qu’elle n’avait absolument pas l’air d’avoir besoin de réconfort ! Bien au contraire…
Peut-être qu’elle s’en rendit compte et que ça l’embêtait de m’avoir dit tout ça car elle se releva, s’arrêtant à ma hauteur en parlant de bain… j’eus l’impression de me prendre une claque, qu’elle m’éloignait d’elle d’un coup et pourtant elle n’avait rien fait, rien dit dans ce sens. Avais-je été trop envahissant avec mes regards si fixes sur elle ?
Je me contentais d’acquiescer en baissant les yeux pour ne pas la gêner davantage. Elle rougit, je me sentis encore plus stupide. Je la gênais tant que ça ? Elle se dirigea vers la salle de bain et s’arrêta devant la porte pour dire les plus étranges paroles qui soient… Elle rougit de nouveau et se déroba vite en entrant dans la pièce… Je ne comprenais… pas vraiment…



Hésitant, le jeune homme s’était levé au bout de quelques secondes pour se diriger à son tour vers la salle de bain dont la demoiselle avait poussé la porte sans la fermer et sans la verrouiller effectivement. Une autre idée s’était imposée à son esprit. Il était un peu perdu et ne voulait vraiment pas gâcher cette confiance qu’elle lui faisait, cette complicité qui renaissait entre eux, ces gestes, ces envies tendres et pressantes en même temps. Il toqua tout doucement et passa la tête dans l’entrebâillement. Les joues du jeune homme étaient bien roses alors qu’il posait les yeux sur la petite demoiselle qui ne s’était heureusement pas encore déshabillée. Sa voix était devenue toute timide et hésitante, comme un adolescent maladroit, un enfant fautif.

Euh…C… Cassy ? Pardon mais… je… je suis désolé… je… je n’ai pas compris… Ca veut dire… que je peux venir un peu avec toi ou… pas du tout ? Parce que... euh... j'ai... j'ai très envie de venir moi...

Il détourna aussitôt les yeux. Que de gêne entre eux, quelle timidité touchante entre ces deux jeunes gens qui se découvraient. Après le temps des pulsions brutales et de ce qui ne touchait qu’au corps, quelque chose de plus fort en naissait. Elle n’avait pas l’habitude d’être gênée et lui non plus… mais n’était-ce pas normal quand le regard de l’autre comptait si fort ?
Elle eut la meilleure des réponses. Elle ne dit rien, lui sourit simplement et ouvrit mieux la porte pour prendre ses grandes mains dans les siennes et l’attirer dans la petit pièce. Il sourit en retour, rassuré, heureux d’avoir eu cette audace, repoussant la porte du pied pour ne pas que la chaleur s’échappe. Elle avait ouvert les robinets et de l’eau chaude commençait à remplir la baignoire, très chaude, comme elle l’aimait, la buée commençant déjà à recouvrir le miroir. Elle avait lâché ses mains, se retournant, peut-être un peu gênée, par leur proximité ou par tout ce qui s’était passé. Sauf qu’il avait, grâce à elle, reprit confiance et vigueur.
Ce fut à lui de la retenir, une main prenant la sienne qu’il vint poser doucement sur son torse. Son coeur battait fort, elle devait le sentir. L’autre, il la déposa doucement sur sa peau de porcelaine, effleurant son visage du bout des doigts. Lentement il se pencha sur elle et prit doucement ses lèvres entre les siennes, doucement oui… tendrement encore plus. C’était un bisou tout sage, plein de tendresse et de reconnaissance. Il garda sa main contre son coeur, l’autre sur son visage même si elle glissa vite dans l’or de ses cheveux. Il se décolla d’elle pour souffler tout bas, le front appuyé contre le sien.

Merci…

Il ne dit rien d’autre. Peut-être parce que cela englobait trop de choses. Il parlait essentiellement de tout ce qu’elle lui avait dit, mais il y avait aussi le fait qu’elle l’ait soigné, le fait qu’elle s’inquiète pour lui, le fait qu’elle l’accepte près d’elle à cet instant. Le front collé au sien il lâcha sa main et son visage pour faire lentement descendre ses mains sur elles, le long de sa tunique, l’effleurant à peine. Il défit sa ceinture, délassa les fils qui serraient le haut de sa tunique et cachaient la naissance de sa poitrine. Il se décolla de nouveau d’elle pour la regarder, droit dans les yeux… Son regard d’ambre était plein d’assurance et de force mais aussi… de patience et encore une fois de tant de douceur. Il avait vraiment une manière de la regarder si particulière… Il fit lentement glisser sa tunique sur elle pour la lui enlever et elle ne le repoussa pas, se laissant faire, peut-être curieuse de le voir agir, peut-être juste patiente, peut-être un peu dévorée par ses pulsions naissantes aussi… Il porta ses mains à son visage de nouveau, caressa ses joues, les passa dans ses cheveux, sur sa gorge, si doucement qu’il n’y avait aucune menace dans son geste, sur ses épaules, ses bras, glissant sur sa taille, ses hanches, l’effleurant, effleurant les marques qui marbraient sa peau. Marques de coups si anciennes auxquelles se mêlaient celles bien moins grave de ses chutes récentes. Elle avait un bleu énorme sur l’os de son bassin, juste sous sa taille. Sans prévenir, il mit un genou au sol et se baissa avec une lenteur exagérée. Il posa ses lèvres sur l’hématome en question, comme si ça pouvait apaiser la douleur et l’accident. Il ne dit rien, se releva. Ses yeux brillaient… La lumière de la salle de bain n’était pas bien forte, plutôt tamisée de base. Elle rendait le regard du jeune homme bien plus sombre, plus animal. Et pourtant il était plus humain que jamais. Il n’avait rien fait de plus et c’est elle qui se débarrassa avec une point de gêne de sa brassière, détournant les yeux. Elle vit bien le regard du garçon qui s’était fait intéressé et affamé même s’il ne faisait strictement rien pour la mettre mal à l’aise. Peut-être était-ce pour se soustraire à son regard, peut-être en avait-elle juste envie mais elle se blottit rapidement contre son torse. Leurs peaux se rencontrèrent et le courant électrique revint, intense, agréable. Sa poitrine s’appuya contre le buste du jeune homme et il frémit, ayant aussitôt la chair de poule mais se contentant de la serrer doucement contre lui. Ils restèrent ainsi enlacés quelques secondes alors que le bain continuait de se remplir. Il s’attaqua au reste de ses vêtements et elle le laissa faire, sans doute parce qu’elle sentait mieux à quel point il se contrôlait et à quel point il ne ferait jamais rien pour la blesser. Il la débarrassa de son attelle pour pouvoir lui enlever son pantalon et semblait vouloir qu’elle s’asseye mais elle l’ignora, s’intéressant aux sels de bains situés en hauteur sur une étagère pour se défaire de la gêne de sa nudité. Il finit de se déshabiller de son côté, profitant qu’elle soit retournée et vint se glisser derrière elle. Il attrapa le bocal qu’elle visait et le lui donna gentiment. Elle ne dit rien même s’il la vit rougir et se retenir clairement de se retourner. Le bain finissait de se remplir et elle y ajouta donc les sels moussants au dernier moment.

Elle semblait très intéressée par la contemplation du bain et elle avait raison. Se retourner c’était tenter un peu trop ses yeux… Beaucoup trop. Tristan ne disait toujours rien mais il vint soudainement se coller à elle et l’entourer de ses bras brûlants, la poussant à s’appuyer sur lui, légèrement, pour soulager sa jambe blessée. Ce n’était qu’un câlin… Et très sage en plus ! Il n’avait même pas l’air excité… Bizarre ! L’instant d’après ils étaient dans l’eau, chacun d’un côté de la grande baignoire, évitant de trop se regarder, pour ne pas faire naitre l’envie et le désir.
Le jeune dragon finit par prendre la parole pourtant.

Cassidy ?… Je… Je n’ai pas envie… de t’embêter… Mais… j’aimerais te parler s’il te plait…

Il semblait tout hésitant et si penaud, tapotant la surface mousseuse devant lui du bout des doigts.

C’est peut-être stupide ce que je vais dire mais je veux le dire quand même. Tu n’es pas obligée d’écouter… Ca ne va probablement pas te plaire…  Ne sois pas fâchée... s'il te plait...

Il s’arrêta, se mordant la langue, l’air encore plus penaud, soupirant avant de poursuivre.

Pour hier… Ce que tu as dit… Le fait que je lise dans ta tête, enfin que tu le soupçonnes… Non ! Attends ! C’est juste que… Je ne comprends pas bien, je me trompe souvent, parce que je fais des choses avec toi, qui sortent de mon ordinaire et que j’ai vraiment envie de faire, je n’y suis pas contraint… Mais… Enfin… c’est chez toi… C’est… différent… Je n’ai jamais vraiment prêté attention aux autres. A ce qui peut plaire et déplaire, pas volontairement en tous les cas. Je ne suis pas particulièrement attentif et je m’en fiche plus qu’autre chose. Mais… mais toi… Tu ne le sais pas évidemment… Quand quelque chose t’agace ou te gêne, tu te mordilles légèrement la lèvre inférieure, tu la mets très légèrement sur le côté et tu la mordilles, plus avec l’une de tes canines du coup… C’est assez mignon alors que tu ne le fais pas exprès et tes yeux se perdent dans le vide. Tu ne dis rien mais ça ne te plait pas… ou ça te gêne, du moins ça te fait quelque chose. Quand… quand quelque chose te plait… tes yeux s’illuminent. C’est bref, plus un éclat qu’autre chose… Mais c’est là, ton regard accroche la lumière, les paillettes d’or dans tes iris semblent scintiller. Je ne savais pas que je pouvais avoir une si bonne vue pour autre chose que voler ou la nature… Je ne savais même pas que je pouvais voir ce genre de choses… mais avec toi… je le peux… c’est presque… facile… C’est comme ça que j’ai su… que j’étais vraiment… nul avec toi. Que j’avais mal agi… C’est comme ça que j’ai su pour le pendentif. La direction de ton regard n’était pas difficile à déterminer, j’étais tellement proche… C’est comme ça… que j’ai… su… Et je voulais juste que tu le saches, que tu comprennes… J’essaie de bien faire… et je n’ai jamais fait ça… pas… pas pour moi… alors… je suis maladroit… je suis désolé… Mais… mais du coup si je te dis ça c’est aussi parce que… tout à l’heure, tu as eu cette mimique. J’ai cru voir quelque chose dans tes yeux et… j’espère me tromper mais le cas échéant eh bien… c’est juste que… je ne veux pas. Cassidy… c… Ce n’est pas de ta faute ce qui s’est passé cet après-midi. Que tu expliques les choses je suis sûr que ça n’aurait rien changé ! Je suis sûr que ces gentilles personnes auraient pu croire que tu mentais, pour me protéger, que je l’ai exigé ou non. Peut-être que c’était juste censé arriver. Pour moi en tous les cas ça n’aurait rien changé… Et… je ne t’en veux pas, absolument pas une seconde de n’avoir rien dit, d’être fière et de ne pas t’étaler ainsi devant les autres. Etre le seul à savoir au début… en fait, ça m’a bien plus… C’était comme avoir un secret avec toi… en partager un autre… Je… je veux juste dire ça pour ne pas que tu t’en veuilles. S… S’il te plait Cassy… S’il te plait…

Pauvre garçon… Décidément ses résolutions de distance et de secret n’auraient que tenu bien peu de temps ! Il était penaud et pourtant de plus en plus investi, hésitant et en même temps si sûr de lui. Progressivement il avait relevé les yeux sur elle, fort de ses convictions.
Il ne lui laissa pourtant pas le temps de lui répondre, s’étant rapproché lentement d’elle il entoura son visage de ses mains pleines de mousse et l’embrassa tendrement. Peut-être était-ce plus simple de répondre ainsi, de répondre tout court. Ils s’embrassèrent quelques longues et bien douces minutes. Tristan ne tenta absolument rien, ses mains restant sagement sur le visage de la jeune femme. Il s’était rapproché d’elle certes mais sans se coller contre elle et cette absence de proximité rendait la tâche bien malaisée pour savoir si le jeune homme perdait son contrôle ou pas… et celui de ses pulsions.

Il se recula, s’éloignant simplement, se mettant à siffloter tout bas pour combler le silence. Il sifflait bien… avec un certain sens du rythme et inventant de jolies mélodies au fur et à mesure, étrange quand on savait tout le désespoir qu’il avait fait naitre chez sa mère mélomane.
Ne tentant toujours rien, il profita de cet éloignement pour se lever dans la baignoire et se savonner vigoureusement. Euh… Etait-ce vraiment une bonne idée de s’exhiber ainsi devant une demoiselle sensible ? Et ce même si la mousse sur son corps lui donnait une pseudo-pudeur…?
Se rallongeant dans la baignoire il se rinça les cheveux, puis se rapprocha de nouveau d’elle, n’ayant même pas tenté de la laver, rien tenté du tout… il était bizarre pour un jeune homme en manque, non ? Il l’embrassa, encore… doucement… tendrement. Toujours sans rien tenter ? Non mais il était malade là ? Il calmait même ses baisers quand elle les approfondissait un peu trop ! C’était à y perdre la tête ! Ce n’était pas lui qui sur le lit lui aurait arraché ses vêtements et fait sauvagement l’amour avant l’interruption de l’aubergiste ???!

Il se décolla de nouveau doucement d’elle pour la regarder et fit courir l’une de ses mains sur l’une de ses épaules, reprenant d’un ton beaucoup plus taquin un sujet pourtant bien sérieux.

Bon bon bon… par contre, merci pour tout ce que tu m’as dit mais il y a des choses qui me chiffonnent un peu. J’ai vu pas mal de mages au cours de mes missions et voyages et jamais je n’en ai entendu un repousser un jeune apprenti avec des termes aussi… virulents que ceux que tu me dis. Enfin, si c’est arrivé une seule fois, avec une amie dragonne qui voulait se jouer des humains… Quand ils ont senti sa magie, tellement différente, puissante et inconnue pour eux, ils l’ont repoussé violemment, la traitant d’incompétence, d’inapte à la magie… Ca a beaucoup amusé mon amie. Pour elle les mages sont certes forts et admirables, nous sommes attirés vers la magie, mais tout ce qu’ils ne comprennent pas et ne maitrisent pas…ça les effraie. Comme tout le monde je dirais mais… Et si c’était ça chez toi ? Ou si c’était… juste lent ? Je t’embête encore Cassidy… je sais mais…je ne peux pas mentir, je suis désolé. Je sens de la magie en toi, je l’entends et je la vois de temps en temps et ce n’est pas quelque chose d’infime… bien au contraire. C’est bizarre d’accord mais certainement pas infime ! Peut-être que ça a juste mis plus de temps que les autres à se manifester et… et voilà… Alors que tu ne veuilles pas d’un maitre, je comprends parfaitement… Mais dans ce cas, jolie demoiselle, je vais devoir vous rendre très amie avec les livres de nouveau parce que des livres sur la magie j’en ai… de sacrés pavés ! Je pense… je pense que tu ferais quelqu’un d’incroyable dans la magie… C’est tout et je ne souhaite pas que tu abandonnes totalement tes rêves… Ta vision du monde a changé, je le sais, je le vois et je le comprends, je partage ta pensée. Mais si ce monde t’apparait si mauvais et sombre… alors c’est une raison de plus pour essayer de le rendre meilleur, non ?

Un sourire mutin illuminait son visage. Il la fit taire d’un nouveau baiser mais celui-ci… était terriblement sensuel, beaucoup trop tentant, il l’approfondit plus que de raison d’ailleurs en faisant courir lentement ses mains sur le corps de la demoiselle. Pourtant il s’arrêta très vite.

Sur ce… je t’abandonne. Une urgence m’attend. Repose toi un peu, fais ce que tu veux… Mais dans une heure, sois juste habillée et un peu en forme aussi. A tout de suite princesse.

Et sans plus d’explication il sortit brusquement de la baignoire, l’abandonnant là, sortant élégamment et avec beaucoup trop d’aisance et se séchant sans la moindre gêne devant elle. D’accord… là c’était de l’exhibitionnisme !!!!!!!
Peu après, il disparaissait dans la chambre.
Ce que fit la demoiselle il n’en sut rien. Probablement pensa t-elle à tout ce qu’il lui avait dit et au manque de répartie qu’il lui avait laissé… Il ne l’avait pas laissé répondre en effet et pourtant elle aurait eu peut-être beaucoup à dire. Il semblait en tous les cas bien plus à l’aise avec elle et curieusement différent. Quand il était parti, lui lançant avec provocation un baiser à la volée, il avait l’air si sûr de lui et investi d’une mission que cela présageait encore quelque chose… de probablement étrange. Elle dut donc y penser ou peut-être peu… Elle put en tous les cas se détendre un peu car il ne revint pas la déranger. Elle s’habilla néanmoins, se changeant pour quand il le lui demanderait. Il n’avait rien demandé pour sa tenue par contre, la laissant une fois de plus tout à fait libre de ses choix. Le seul point étrange ? Le sac de biscuits avait disparu, il n’avait laissé que le plus gros à côté d’un mot: « J’espère que tu as faim » et un petit visage qui semblait beaucoup lui ressembler, en caricature, un petit garçon aux cheveux ébouriffés qui tirait la langue.
L’après-midi avait fini de toucher à sa fin entre leur temps de retour au village, l’instant de Ninna, l’altercation, les temps de soins, leur discussion et le bain… Il faisait nuit depuis quelque temps et le dernier repas commençait sérieusement à être lointain ! Surtout pour ces zones…

A l’heure dite, le beau jeune homme revint dans la chambre, un sourire radieux aux lèvres.
C’est sans la moindre gêne qu’il la rejoignit alors qu’elle était assise sur le canapé et feuilletait distraitement un livre, très près du feu qu’elle avait, semble t-il, allumé. Il passa ses mains autour de ses épaules et se pencha sur le dossier du canapé pour venir déposer un baiser sur l’une de ses tempes.

Salut princesse… Prête ?
Prête à quoi ?
Surprise !
Tristan…
Tatata ! Tu auras tout loisir de râler, me traiter d’imbécile et me dire à quel point je ne te connais pas et de m’expliquer ce que je dois faire pour te plaire… mais pas tout de suite. Pour l’instant, mets ça s’il te plait…

Il lui avait tendu un bandeau… à mettre clairement sur ses yeux. Elle le regarda assez sceptique bien qu’un sourire amusé vienne éclairer son visage. Peut-être avait-il finalement réussi à piquer un peu sa curiosité…  Elle enfila d’abord son manteau à sa demande et remarqua le gros sac qu’il avait préparé… Etrange et il refusa de lui en dire davantage. Finalement elle mit le bandeau, sagement, peut-être pour être gentille, pour se faire pardonner, pour le remercier de son nouveau comportement bien moins distant. A sa demande elle s’agrippa à son dos alors qu’il avait apparemment décidé de la porter de nouveau. Elle avait de nouveau son attelle mais il ne voulait pas qu’elle marche de trop… Très gentiment elle se plia à ses exigences malgré la légère méfiance dans son regard sombre. Ils sortirent de l’auberge et le jeune homme marcha quelque temps d’un très bon pas, vite. Elle commença à le questionner au bout de quelques minutes, essayant d’obtenir des indices mais il était très taquin et ne lui révélait rien. Elle commença à essayer de lui arracher quelques informations malgré tout et un léger jeu de séduction prit naissance entre eux alors qu’elle serrait un peu plus ses jambes autour de sa taille, ou qu’elle faisait légèrement crisser ses ongles sur sa tunique, dans le col de son manteau.
Il resta pourtant muet sur leur destination et sa « surprise ». Puis enfin il lui demanda de descendre de son dos, sans enlever le bandeau. Elle obéit en maugréant un peu. Bizarrement, même s’ils étaient toujours dehors puisque le vent se faisait entendre et qu’aucun bruit de porte n’était venu alerter la jeune femme, il faisait beaucoup plus chaud, la température était même très agréable. Doucement il vint se placer derrière elle, la tournant dans une direction et enleva son bandeau.

C’était un des nombreux endroits des régions nordiques, près d’une zone de chaleur qui donnait généralement naissance à une source chaude. Il devait y en avoir une proche. Les roches qui s’approchaient de ces zones telluriques étaient chaudes peu importe les saisons et de ce fait la neige ne les recouvrait jamais. La température qui s’en dégageait surtout lorsqu’on était accroupi, assis ou allongé au sol était bien plus agréable et tout à fait supportable alors que plus loin la neige pouvait tout à fait geler dans des températures glaciaires. C’était éloigné du village, suffisamment pour que les lumières artificielles ne viennent pas gêner la vue… La vue, dégagée, sur un promontoire sur lequel il se trouvait, coupé du vent par des pierres plus hautes donnait une vue imprenable sur un paysage de montagnes enneigées et surtout au dessus d’eux un ciel d’une clarté extraordinaire… D’un noir d’encre, envahi de milliards de point lumineux, les lunes se levaient lentement à l’horizon, immenses et aux lueurs jaunes, magnifiques…Elles éclairaient parfaitement les lieux et les rendaient parfaitement visibles…

Sur une grande pierre plate et qui avait l’air si douce au toucher, probablement polie par la neige qui y était tombée et avait fondu, une grande couverture s’étalait. Elle était sur cette zone chaude et toute proche en même temps de là où la neige commençait à se fixer, une zone de chaleur toute proche de la beauté enneigée… Sur celle-ci se dressait tout un éventail de couleurs et de saveurs. Plusieurs petits plats et assiettes comportaient en effet des dizaines de choix gustatifs différents: des légumes cuisinés, à des brochettes recouvertes d’un couvercle dans un plat maintenu au chaud, des mets froids et chauds se disputaient, sucrés comme salés… Dans la neige, une bouteille d’un vin sucré restait bien au frais et les attendait. Un pique-nique ? Aux airs d’amoureux ? Sous les étoiles ? Qui pouvait croire qu’un dragon n’était pas romantique. Tristan était toujours derrière Cassidy et effleura sa taille de l’une de ses mains, murmurant tout bas.

Voilà… ce que je voulais réellement faire… Avec un petit temps de retard, j’espère que ça… ça te plaira un peu… princesse...

Il sourit alors qu’elle se tournait vers lui, dans ce partage de ce qu’ils aimaient vraiment tous les deux, le calme et la nature mais avant qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit, comme pour minimiser l’importance de ses gestes, de son investissement aussi parce qu’il avait dû sacrément courir pour préparer tout ceci en un temps si court, il lui tendit un bouquet qu’il plaça entre eux…
Sauf que si l’aubergiste avait offert à la demoiselle un beau bouquet de fleurs, celui de son compagnon était bien plus… original !!!!
En effet, idée totalement loufoque alliant le côté pratique à la situation il avait récupéré des dizaines de longues tiges, probablement de brochettes… et y avait planté des morceaux de biscuits, des chocolats, des assemblages de morceaux de fruits: raisins, pommes, pêche… le tout en un bel ensemble coloré et surtout bien plus appétissant qu’un bouquet de fleurs.
Décidément, le jeune homme pouvait complètement sortir du lot quand il le décidait… Mais alors complètement ! A l'une des tiges, un morceau de parchemin était attaché "Bon pour des tas et des tas de massages et un homme très attentif et très dévoué à votre plaisir... ET très beau garçon !"
Pas très modeste peut-être mais il lui avait bien prouvé, beaucoup dernièrement que ses provocations cachaient souvent une certaine... timidité, non ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 2 Mar - 18:39

Il y avait quelque chose d’étrange quand ils s’embrassaient. Ce petit quelque chose que Cassidy ne comprenait pas, n’arrivait pas à cerner. Il y avait cette sorte de douceur mais aussi ce courant électrique qui la traversait de part et d’autre. Il y avait cette passion et un mélange de tendresse. Il y avait aussi le côté apaisant, enivrant. Trop d’émotions dans un simple baiser… elle n’avait jamais ressenti ça pour personne. Embrasser les hommes pendant qu’elle faisait l’amour oui, ça lui arrivait mais… . ce n’était pas comme ça. Il était difficile pour Cassidy de comprendre ce qui se passait en elle. Après tout, ce n’était pas quelque chose de courant. Elle était toujours tiraillée entre l’envie de continuer ou s’arrêter. Ce manque… qu’elle ressentait n’était pas toujours agréable. Et pour un homme en plus alors que cela n’avait jamais été dans ses intentions de s’en approcher. Elle ne savait pas.

Cassidy ignorait les pensées de Tristan et ce n’était pas plus mal. Après tout, elle aurait sans doute eu très peur en l’entendant parler d’attirance. Enfin pas peur dans le sens effrayée mais peur de ce qui pouvait arriver. Tout ça ce n’était qu’un jeu au début ! Mais là elle aurait compris rapidement… Le jeu devenait plus sérieux. Ou ce n’était tout simplement plus un jeu. Une grosse attirance, l’envie, le besoin d’être à côté de l’autre… De s’y attacher inévitablement et sans qu’on s’en rende compte. Cassidy aurait eu peur… de ce manque, de ce besoin, de cette attirance. Il était un dragon après tout ! Elle ne devait pas être avec lui. Mais il était peut être un peu trop tard pour avoir des regrets car ils étaient allés beaucoup trop loin et la séparation serait bien trop dure. Tellement perturbant…

Lorsqu’elle avait vu sa grosse cicatrice, la demoiselle avait tout de suite posé une question pour en savoir plus sur le nombre d’opposants dans ce combat. Dix sept ?! Elle manqua de s’étrangler quand elle entendit ce simple chiffre prononcé très naturellement, comme si cela ne lui faisait rien. Dix sept Käars armés ? Non mais là il se fichait d’elle ! C’était totalement inconscient et la colère de Cassidy ne retombait pas. Elle aurait bien voulu rencontrer la personne qui avait engagé Tristan pour lui dire sa façon de penser… Tristan semblait minimiser les choses. Il parlait d’inexpérience et elle l’écoutait d’un air maussade même si il essayait d’expliquer du mieux qu’il pouvait, parlant d’un troll et elle grimaça. Il s’excusa et chercha à la rassurer.

Cassidy avait croisé les bras, les traits de son visage s’adoucissant un peu alors qu’elle poussait un grognement en détournant la tête, comme si elle n’en revenait quand même pas.

* Ouais et si ils avaient été 17 soldats bien entraînés t’aurais fait comment ?*

Cela n’empêcha pas la jeune femme de s’inquiéter malgré elle. Il avait eu de la chance et elle n’était pas sûre qu’il ait calculé ses chances de victoire. Cependant, elle était presque certaine qu’il aurait dit que justement oui, il avait tout bien observé et qu’il l’avait senti, d’une manière ou d’une autre, que sa réussite était à portée. Après tout, il dirait qu’il est général, qu’on lui a apprit… Mais si les Käars étaient entraînés ? La personne qui l’avait envoyé seul était totalement inconsciente. Elle ne mesurait pas le danger que représentaient ces personnes là. Mais peut être qu’à Frihold, les Käars n’étaient pas courant. Après tout il fallait passer par un des tunnels dans la montagne et ceux-ci étaient férocement gardés et surveillés.

Cependant, cet accès de colère surprit Cassidy. De s’inquiéter encore une fois pour lui. De réagir aussi excessivement pour lui. Ca n’avait absolument rien de normal et elle en était bien consciente. Ca l’effrayait. Elle s’attachait, elle agissait un peu trop naturellement quand ça le concernait. Parfois elle ne retenait pas ses mots, ses réactions. Elle s’effrayait de s’investir autant pour un homme. Jilian aussi était parfois revenu couvert de bleus, parfois blessé. Ca arrive même aux meilleurs il paraît. Pourtant pas une seule fois elle ne s’était transformée en infirmière pour le soigner. Juste lui demander amicalement si ça allait. Généralement, il lui parlait de ce qui s’était passé. Un bandit qui l’avait eu par surprise, un coup de malchance… Mais elle n’avait jamais autant tiqué, parlant d’une voix compatissante mais sans s’emporter. Oh Tristan aurait été très heureux de l’apprendre. Après tout, dès qu’il voyait qu’elle réagissait plus avec lui qu’avec Jilian, cela le rendait particulièrement joyeux. Ca elle n’en savait rien et la demoiselle aurait été bien surprise de l’apprendre.

Il lui avait parlé des horreurs qui existaient, elle avait approuvé, donnant même encore une sorte de petite phrase rappelant son passé, montrant à quel point elle était vulnérable quand elle parlait. Ce n’était pas simple pour elle. Oui elle avait parlé de clients, parce que c’était le mot qu’on lui avait martelé dans la tête pendant un long moment. Elle ne les considérait pas comme des clients bien entendu ! Mais Cassidy était très gênée de parler de ça. Alors elle perdait parfois ses moyens et les mots sortaient difficilement. C’était tellement embêtant que plutôt que de laisser un blanc pour trouver un autre mot plus en adéquation avec son ressenti elle sortait cet autre mot qui n’avait que peu de valeur dans sa bouche. Juste pour éviter de laisser un blanc. Et heureusement que Tristan n’avait pas répliqué à ça. Parce qu’elle se serait braquée. Elle aurait répondu sèchement qu’elle ne les voyait pas comme des clients bien entendu ! Et n’aurait rien dit de plus, parce que comment expliquer que sa maladresse dans les mots était juste parce qu’elle avait du mal à en parler et qu’elle s’accrochait à des mécanismes pour finir sa phrase ?

Cassidy avait répondu sur son allusion aux massages de manière assez taquine. Mais elle oubliait vite que les mots pouvaient avoir trop d’impact sur Tristan et qu’il pouvait prendre ça au premier degré. Elle voulait le laisser réfléchir par lui-même, même qu’il riposte d’un air taquin lui aussi en rentrant dans son jeu. Mais au lieu de cela il s’était fermé et tut. Cependant, elle ne cherchait pas à le braquer, mais juste le faire réfléchir par lui-même. Avait-elle envie ou pas ? Inconsciemment on pouvait voir ça comme un moyen de repousser l’autre. Mais elle voulait juste qu’il comprenne que ça ne la dérangeait pas. Heu… ça dépend si il allait trop loin ou pas après tout.

Et puis il y eut ce baiser, cette provocation. Ce petit quelque chose. Peut être que c’était beaucoup plus simple pour elle. Peut être que de cette façon elle dissipait la gêne qu’il y avait entre eux. Confidences, moments de malaise, discussion sérieuse. Parler de baiser était… contradictoire. On embrasse pour se tirer un frisson, parce qu’on est attiré par l’autre… Un baiser ça veut dire beaucoup de choses, même si Cassidy avait complètement oublié cette notion car elle l’avait expérimenté comme une obligation par le passé, comme quelque chose qu’on lui disait de faire parce que ça excitait encore plus les hommes. Sauf que là elle ne pensait pas à ça. Elle pensait naturellement… un baiser pour consoler, un baiser pour rassurer, un baiser pour apaiser… En fait c’était même instinctif. Elle l’avait bien embrassé alors qu’il était sur le seuil de la mort. A ce moment là avec l’adrénaline, elle n’avait pas pensé à tout ce qu’on lui avait appris, à tout son passé. Elle avait pensé peut être à guérir oui… ou à le réveiller… même si c’était d’une étrange manière. Quand elle embrassait Tristan, ce n’était pas pour jouer un jeu, ce n’était pas pour l’exciter, c’était juste… une sorte de besoin, d’envie, aussi simple que de manger des biscuits.

Elle l’avait embrassé et cela avait quelque chose d’apaisant. Mais avec le feu qui s’était embrasé dans la cheminé puis la blessure qui avait complètement cicatrisé, elle était incapable de comprendre ce type de phénomène. Le regardant d’un air halluciné, la blessure complètement guérie ou presque, la demoiselle ne comprenait absolument pas ce qui se passait. Et il était sacrément attentif car il l’avait de nouveau embrassé en faisant ces révélations, comme si il cherchait à la détendre et qu’elle ne réfléchisse pas trop à ce sujet, juste qu’elle accepte.

Cependant, la demoiselle était inquiète. Elle s’était arrêtée et le dévisageait d’un air étrange, comme si elle ne comprenait pas ce qui se passait. Comme si elle ne voulait pas accepter ce qu’il racontait et lui prouver, s’ouvrir, lui expliquer pourquoi elle ne voulait pas parler de magie ou de phénomène du genre. Bien sûr qu’elle en avait mais… il fallait qu’il arrête. Les mages mettaient de longues années avant d’arriver à accomplir ce… genre de tour. Ca ne se faisait pas en claquant des doigts. Et puis elle ne venait pas d’une famille de mages, elle n’avait aucune prédisposition à la magie. A part une espèce d’attirance qu’elle avait ressentit quand elle était petit pour cet Art mais qui s’était dissipé après les premières déceptions et le retour cruel à la réalité.

On avait frappé à la porte et la demoiselle était partie ouvrir, d’un air fortement agacé quand même. Trop de choses dans sa tête. Pourtant, et malgré le fait qu’elle grognait, cela sonnait comme une sorte de délivrance, de moyen de s’échapper de ce moment terriblement gênant qu’elle ne savait pas dans quel sens le prendre. Ou surtout qu’elle ne savait pas vraiment comment réagir. Elle fut surprise de trouver l’aubergiste à sa porte, penaud et même si elle ne laissa rien paraître, sa présence lui fit du bien et lui permit de se détacher des étranges phénomènes qui s’étaient produits. Elle l’écouta, avec un ton un peu maussade c’est vrai. Après tout elle pouvait se le permettre sans souci. Elle avait quand même eu un accident, beaucoup trop d’émotions en peu de temps et en plus, on lui avait offert un spectacle qu’elle avait détesté voir. L’aubergiste comprenait facilement que la jeune femme soit d’aussi mauvaise humeur, même si il avait pensé bien agir. Elle ne l’avait pas non plus agressé mais restait froide et le remerciant quand même poliment.

Elle retourna dans la chambre. Au moins avec le gâteau et les biscuits, elle avait de quoi se nourrir, même si ce n’était pas un vrai plat. Mais c’est vrai qu’elle appréciait le geste. Cela avait le don de la radoucir un peu. Pourtant Cassidy était restée un peu en retrait de Tristan en posant le bouquet de fleurs, désirant juste préciser pourquoi l’aubergiste s’était jeté sur lui. Il comprendrait. Seulement, elle parlait de manière naturelle, comme si tomber des escaliers était normal ou qu’elle n’y accordait que peu d’importance, cherchant à lui dire juste que c’était bien lui qui l’avait vu.

Pourtant, elle remarqua que Tristan réagissait avec une grande surprise sur le visage, comme si il n’en revenait pas. Il parlait en cherchant à voir pourquoi elle ne lui avait rien dit. Cassidy soupira et haussa les épaules. A quel moment aurait-elle pu lui dire ? Ce n’était rien ça… c’était passé, il ne pouvait absolument rien y faire après tout. Elle ne répondit pas à cette interrogation, jugeant qu’il n’y avait rien à dire de plus. Et puis si il avait été là et pas parti comme un voleur de bon matin, il aurait vu… Après tout, il l’avait laissé bien seule dans la chambre à son réveil et c’était un petit tiraillement au cœur qui agitait Cassidy à ce sujet. Se retrouver seule dans la chambre sans lui le matin avait quelque chose … d’étrange. Comme si elle n’était pas habituée à ça et pourtant elle lui avait quand même dit haut et fort qu’elle souhaitait prendre de la distance.

Pourtant, quand on commence à se rendre compte que les choses s’inversent, que la solitude pèse, eh bien… ça fait quelque chose.

Elle préféra changer de sujet et parler de magie. Déjà pour qu’il comprenne que ce n’était pas logique qu’il lui attribue ce phénomène de guérison. Parce que si c’était le cas, elle aurait déjà soigné Jilian plus d’une fois. La demoiselle revoyait le Friholdien qui tapait sur Tristan avec rage et véhémence dans la rue. Elle n’en revenait toujours pas et ne l’avait jamais vu aussi… en colère. Pourtant il n’y avait rien de mal là dedans, il avait juste cherché à la venger d’une certaine façon. Par contre, elle parlait de Jilian tout naturellement et cela, Tristan n’était pas prêt de voir un changement chez elle à ce propos.

Quittant Jilian en bons termes pour elle, Cassidy ne voyait pas la raison de ne pas parler de lui. Après tout, il avait été son protecteur pendant de longs mois. Ils avaient vécu ensemble même si elle avait toujours une forme de distance avec lui. Elle ne pouvait pas faire comme si de rien n’était même si pour le moment elle le voyait plus comme un imbécile qui avait failli la frapper, dans sa rage de vouloir sanctionner le Drakkari à sa manière.

Elle continua sur sa lancée, ne regardant pas Tristan par moments, fixant le feu qui brûlait dans l’âtre de la cheminée d’un air pensif et comme si elle avait déjà réfléchi à tout ça. Tout ce qu’elle avait envie, c’est lui expliquer une bonne fois pour tout que non elle ne voulait plus, oui elle avait été suffisamment déçue et ne souhaitait, en aucun cas continuer. Il avait grogné quand elle parlait de Jilian même si elle ne le remarqua que bien peu, un peu trop perdue dans ses propres réflexions. Elle avait parlé de sa pierre, qu’elle s’était entraîné. Quand elle l’avait fait, la jeune femme avait senti un profond apaisement. S’entraîner, soulever cette pierre avec la force de la pensée, avait quelque chose de rassurant. Elle sentait, elle savait… mais elle voyait surtout cela comme un moyen d’arrêter le cours de ses pensées, le cours du temps.

Il était beau de penser qu’il ne fallait pas abandonner ses rêves d’enfance. Mais lui c’était quoi ses rêves ? Lui c’était pire ! Même si il n’était pas responsable. Il en avait sûrement eu des rêves aussi. Peut être les avaient-ils oublié pendant qu’il était forcé d’accepter sa part de dragon. Son côté dragon. Mais elle voyait d’un TRES mauvais œil quelqu’un qui ne suivait pas lui-même ses rêves. Du moins c’est ce qu’elle lui aurait dit. Au tout début elle pensait que c’était un homme un peu trop pompeux à qui tout réussissait. Les femmes, la célébrité, le succès, le grade… Et ensuite il s’était montré plus vulnérable. Vraiment ? C’était son rêve de coucher avec des femmes pour avoir un bon grade ? Non… sûrement pas non… C’était quoi ses rêves à lui d’enfant ? Alors non, elle n’accepterait pas la parole de quelqu’un qui lui demanderait de poursuivre ses rêves alors que lui-même ne l’avait pas fait… oubli ou… autre chose. Même si elle ne savait absolument rien.

Elle s’était exprimée longuement et aucune pointe de regret, de déception ou d’abandon ne pointait dans sa voix. C’était neutre… absolument neutre… et dans son esprit, elle ne pensait pas qu’elle avait abandonné. Elle pensait qu’elle s’était détournée c’est tout. Cassidy détestait qu’on pense pour elle. Il y avait eu certes un sentiment d’échec au début, au tout début, quand elle avait réalisé que ça ne servait à rien de se battre pour une cause perdue d’avance. Et puis… elle s’était dit que ce n’était pas son chemin. On ne devient pas guerrière en étant une fille, petite et fragile. On ne devient pas aussi agile qu’un Neko parce qu’on le désire ardemment. On ne devient pas un peintre parce qu’on aime la peinture… il y a bien des personnes qui échouent dans leur vie. Qui pensent être fait pour quelque chose mais plus le temps passe, plus ils se rendent compte qu’il n’y a aucune progression. Etre mage… pourquoi ? Elle voulait aider les autres avant… Maintenant plus. La raison qui la poussait à utiliser la magie s’était évanouie. Elle ne voulait pas aider cette bande de personnes cruelles, ces humains égoïstes et avides de pouvoir… Elle ne voulait plus… elle préférait vivre pour elle uniquement.

Non elle ne voulait plus. Lorsque Cassidy s’était arrêtée de parler, elle était gênée et ne voulait pas vraiment que Tristan réplique. Pour cette raison, elle préféra se lever du lit et prétexta prendre un bain. Après tout rien de mieux qu’un bon bain détente pour se remettre des émotions de la journée et de soigner son corps blessé. Enfin plutôt d’apaiser. Elle ne l’avait pas vraiment regardé en prononçant ces mots puis avant d’ouvrir la porte, elle lui déclara juste que la porte ne serait pas verrouillée. Une petite subtilité qu’il ne pouvait pas comprendre mais ça elle l’ignorait bien. Après tout, elle était la reine pour ça.

La jeune femme était entrée dans la salle de bain en soupirant et secouant la tête. Trop de souvenirs, trop de déballage. C’était assez pour aujourd’hui. Il ne fallait pas brusquer les choses, surtout quand on parle avec autant de conviction, de patience. Elle avait posé ses mains dans les cheveux et faisant le geste d’une queue de cheval, pour dégager un peu ses épaules, s’étirant puis grimaçant à cause des courbatures toujours bien présentes. Elle était en train d’ouvrir les robinets pour faire couleur de l’eau chaude, vérifiant la température en passant sa main sous le jet d’eau. Puis elle entendit qu’on toquait à la porte et la tête de Tristan apparut alors qu’il disait ouvertement qu’il n’avait pas compris. Un sourire amusé apparut sur le visage de la demoiselle. Il était plutôt mignon comme ça, un peu pataud et maladroit.

Elle décida de prendre les devants en ouvrant la porte et le prenant par les mains, le conduisant à l’intérieur tout doucement. Elle s’était ensuite détournée de lui, un peu mal à l’aise peut être et se rendant compte qu’elle allait devoir se déshabiller. Même si ça risquait d’être plus drôle qu’autre chose avec toutes ces crispations qu’elle avait.

Elle lui avait tourné le dos, pudiquement, alors que pourtant ce n’était pas dans ses habitudes d’être pudique. Sa respiration s’était faite un peu plus lente, comme si elle était intimidée par l’homme qui avait rejoint l’intimité de ces murs de cette salle d’eau. Tripotant les lacets de son haut de tunique, Cassidy semblait un peu nerveuse. Pourquoi ? Impossible à dire. Tristan avait avancé, doucement, sans chercher à l’effrayer. Il s’était placé en face d’elle en cherchant à capter son regard, pendant que Cassidy fixait les ficelles de sa tunique. Il avait doucement pris sa main pour la poser sur son cœur et elle fronça les sourcils en l’entendant battre aussi fort et aussi vite. C’était comme si quelque chose agitait ce petit cœur sous ce torse. Il bat vite par exemple quand on est effrayé, en colère. Il bat vite quand on ressent des émotions assez fortes… Mais là tout était calme non ? Elle ne comprit pas.

Et pourtant il posa son autre main sur son visage. Cassidy ferma les yeux. Cela avait quelque chose d’apaisant, d’agréable. Elle apprécia et frissonna doucement quand il la fit glisser dans ses cheveux. Ca la détendait un peu et la gêne semblait s’être dissipée. Son front contre le sien, elle l’entendit murmurer un « merci ». Merci pour quoi ? Pour lui avoir parlé ? Pour l’avoir fait rentré dans la salle de bain ? Le soigner ? Merci pour quoi ? Elle aurait voulu lui dire que ce n’était pas la peine de le remercier, que c’était normal. Mais elle se figea à cette pensée. Non ça n’avait rien de normal… Ca n’avait rien de normal pour elle après tout. Comment pouvait-on dire ça alors que ce n’était pas du tout son genre d’aider quelqu’un ? Cassidy se rendit compte qu’elle agissait beaucoup trop à l’instinct. Elle se mordilla la lèvre inférieure.

Pourtant il avait glissé ses mains sur son corps. Trop occupée à réfléchir, elle se crispa instinctivement. Pas que cela la dérangeait mais… déjà elle avait peur de ses propres pulsions qui pouvaient se réveiller à n’importe quelque moment. Ces fichues pulsions qui ne se montraient pas trop, par elle ne savait quel miracle. C’était totalement inespéré qu’elle arrive à se contrôler de la sorte alors qu’elle aurait déjà dû lui sauter dessus en lui ordonnant de lui faire l’amour, là tout de suite, maintenant, comme une prière, pour arrêter ce supplice. C’était contradictoire. Car il montrait qu’il ne voulait pas lui faire de mal mais elle se sentait bien mieux lui résister à lui qu’aux autres hommes. Du moins, elle résistait à l’appel de son corps, de ses pulsions. Cela aurait dû arriver plus vite… et elle ne savait pas à quel moment elle perdrait les pédales.

Tristan avait eu un instant d’hésitation. Après tout elle s’était bien braquée et la crispation n’était sûrement pas passée inaperçue. Pourtant il se contenta de lui enlever la tunique, puis continua de la caresser puis l’examina. Il embrassa son bassin, avec beaucoup de douceur et de délicatesse. Cassidy se mordit très fort la langue, le goût du sang se répandant dans sa bouche. Elle avait failli rire… Pourquoi donc alors que cet instant était assez… mystérieux, important ? Eh bien tout simplement parce qu’elle ne comprenait pas son geste ! Faire un bisou à un endroit de son bassin. En plus elle n’avait même pas vu qu’elle avait un bleu à cet endroit là. Elle sentait que c’était un peu douloureux mais c’est tout. Faut dire qu’elle n’avait même pas pris la peine de se déshabiller hier pour vérifier l’ampleur des dégâts, comme si ça n’avait pas d’importance.

Alors oui, elle retint un rire nerveux qui aurait été très mal venu, surtout que Tristan avait l’air très sérieux lui. Oui Cassidy ne captait pas tout. Elle ne comprenait pas l’important de ce geste. Elle ne comprenait pas qu’il faisait ça juste pour essayer de l’apaiser un peu. Un bisou magique… Ca peut être partout. Sur la joue, la bouche, le cou. Un bisou pour apaiser, calmer. Mais sur le coup, Cassidy avait tellement été surprise par l’endroit où le bisou avait été déposé qu’elle manqua de rire. Alors que n’importe quelle femme romantique aurait apprécié le geste, rougit. Faut dire que la petite demoiselle n’était pas une grande romantique et certaines choses lui échappait. Elle n’avait pas eu l’habitude de languir de ces hommes, d’apprécier un homme… pour autre chose que le sexe. Bon Jilian… Mais c’était juste un ami après tout.

Elle poussa un très long soupir cependant pour faire redescendre la pression. Soupir qui ne passa pas inaperçu dans ce moment si… intense. Cassidy se gratta doucement la tête, l’air gêné en voyant le regard de Tristan. C’était comme si celui-ci avait pensé faire quelque chose de mal. Elle ne savait pas trop quoi répondre. La demoiselle n’allait quand même pas lui dire que son bisou l’avait fait rire ! Même si c’était évident pour elle qu’en ne voyant pas le bleu, elle pouvait se poser des questions sur ce geste, ce n’était pas le cas pour Tristan. Et il pouvait aussi très mal le prendre après tout. Etre déçu, vexé ou bien en ayant l’impression d’avoir encore gaffé.

Cassidy sentit le regard de Tristan posé sur elle. C’était comme si il ne voulait rien faire de plus tant qu’elle n’avait pas dissipé le malaise et ses questions intérieures.

« Désolée…pas habituée… »

Voix gênée. Rien de plus. Cela voulait tout dire et rien dire. Pas habituée d’être traitée de la sorte ? Pas habituée à ce qu’on la déshabille pour une autre raison que coucher ensemble ? Pas habituée d’un baiser posé pour une intention précise qui n’avait rien à voir avec le besoin, l’envie, le désir ? Au moins il pouvait interpréter comme il voulait. Cependant, il ne savait pas trop quoi faire.

Elle se détourna un peu de lui, décidant de retirer sa brassière, ne le regardant pas et ne voyant pas le regard qui s’était posé sur elle. Elle aurait peut être remarqué que malgré les envies qui le tiraillaient, le jeune homme restait plutôt calme et pas envie de lui sauter dessus. Ce qui n’était certainement pas commun pour un dragon.

Pourtant, alors qu’elle sentait une sorte de malaise, à cause peut être de sa crispation passagère, ou bien de sa petite phrase qu’il avait éventuellement mal interprété, elle se retourna vers lui et inspira profondément avant de se coller avec beaucoup de douceur à lui, sa peau rentrant en contact avec la sienne et tirant un frisson très agréable. Cassidy ferma les yeux et serra les dents. Elle cherchait juste à se contrôler, encore et toujours, ne pas laisser les pulsions l’envahirent, ne pas sentir ce corps collé contre le sien comme une invitation à aller plus loin… Tristan, pour détourner l’attention sûrement, enleva les autres vêtements mais chercha à ne pas être trop… tentateur. Avec douceur il lui enleva son attelle et elle ne grimaça pas quand il le fit, cherchant à s’intéresser à autre chose pour détourner ses pensées. Oh les sels de bain avaient l’air très intéressant ! Cassidy n’avait pas l’habitude de mettre des sels de bain quand elle se baignait. Même chez Jilian, elle avait toujours été très simple. Juste une sorte de savon et puis c’est tout. Elle aimait des parfums plus que d’autres, surtout ceux qui avaient un goût sucré ou feutré. La vanille par exemple c’était très agréable. Ca avait quelque chose de doux, d’apaisant, comme une bonne serviette dans laquelle on aime s’enrouler pour se réconforter.

Et puis, alors qu’elle était en pleine contemplation des sels de bain, elle vit Tristan qui passait devant elle pour en prendre une boîte et lui tendre gentiment. Elle se mit à rougir en prenant le bocal puis versa quelques sels dans le bain. Ca avait une odeur un peu marine.

Puis la demoiselle s’installa dans la baignoire, sans dire un mot, gênée. Elle s’était étendue un peu, les bras reposant de chaque côté de celle-ci, cherchant à se détendre un peu. Puis, Tristan prit la parole, avec l’intention de parler, même si il semblait assez hésitant, comme si il avait peur de se prendre encore un refus. Cassidy, qui avait les yeux fermés, les rouvrit doucement pour le regarder avec curiosité. Il disait que ça n’allait pas lui plaire et elle fronça les sourcils, se demandant alors qu’est-ce qu’il avait derrière la tête.

Le jeune homme se lança dans une très longue tirade et refusa de la laisser parler. En effet, il commença à parler de cette lecture dans sa tête. La demoiselle se crispa puis soupira. Allons bon ! Voilà qu’il remettait ça sur le plateau. Elle pensait qu’ils en avaient déjà parlé. Alors il s’expliqua, déclarant qu’il n’avait jamais fait attention aux autres. Ca c’était une grande première, elle pensait être encore comme toutes les dames qu’il avait fréquenté, à part pour coucher ensemble.

Il lui expliqua alors ce qu’il avait remarqué. Ses petits gestes qui lui mettaient la puce à l’oreille, qui attiraient son attention. Il était donc fin observateur. Là elle le regarda avec beaucoup de surprise. Son discours était très touchant. Il parlait de ses yeux, l’éclat qui changeait en fonction de ses pensées. Il essayait de lui donner des exemples de ce qu’il avait remarqué. Que ce n’était rien dans sa tête mais uniquement ses expressions du visage… Il était tellement sincère dans ses paroles et elle le sentait bien. Il se dévoilait. Et puis il expliqua juste qu’il avait remarqué qu’elle culpabilisait pour ce qui s’était passé un peu plus tôt. Il disait qu’elle n’avait pas besoin de culpabiliser, que c’était un secret.

Elle le regarda bouche bée, interdite. Son cerveau pédalait dans la semoule. Pourquoi elle ? Pourquoi s’intéresser à elle ? Ca en devenait vraiment répétitif… Cassidy aurait bien besoin que quelqu’un l’aide à interpréter tout ça. Parce que prêter autant attention à une personne ce n’est jamais anodin. Elle resta silencieuse puis fronça les sourcils, voulant s’exprimer à son tour. Sauf qu’il ne lui en laissa pas le temps, préférant se rapprocher d’elle pour l’embrasser et lui court circuiter le cerveau. Après ce qu’il avait dit, elle avait quand même envie de riposter et le voir agir ainsi, l’empêchant de parler, l’agaça fortement et elle ferma les yeux pour qu’il ne voit rien. Comment pouvait-il l’embrasser ainsi alors que tout était aussi sérieux !? C’était assez grave quand même ! Pourtant il se recula et commença à siffloter en se rinçant. Cassidy soupira. Elle rouvrit les yeux et s’amusa avec l’eau. Elle commençait à le connaître, à chaque fois qu’il se faisait aussi sérieux, il cherchait aussitôt à détourner l’attention avec une distraction, autre chose, pour ne pas entendre la réponse. Et en plus il savait qu’elle était du genre à riposter alors il pensait certainement que le baiser la calmerait, l’empêcherait de répondre.

Elle ne le regarda pas alors qu’il se levait de la baignoire, semblant de trouver très intéressant la mousse devant elle que la demoiselle prenait dans ses mains distraitement. En même temps elle faisait bien ! Parce que le voir se pavaner dans la baignoire et s’étendre de tout son long pour qu’elle admire son sublime corps alors que ses pulsions n’étaient jamais loin, c’était tout simplement de la torture physique. Une nouvelle fois il vint l’embrasser. Mais elle n’approfondissait rien du tout ! Elle était même un peu perdue, gardant en mémoire ce qu’il avait dit, assez inquiète que QUELQU’UN l’observe autant. Ah ben c’est qu’elle était difficile… Pourquoi ? Seule question qui tournait dans sa tête. Elle était donc plutôt assez neutre quand il l’embrassait et sûrement qu’il devait croire encore qu’il avait dit quelque chose de mal. Pourtant ce n’était pas le cas. Elle était pensive, distraite et peinait à comprendre pourquoi il accordait autant d’attention à quelqu’un. Malheureusement, ce n’est pas lui qui pourrait dire pourquoi.

Il s’était de nouveau décollé et avait changé de sujet, répliquant par rapport à la magie. Lorsqu’il parla d’une amie dragonne, elle poussa une sorte de petit bruit désapprobateur en levant les yeux au ciel.

*Amie ou amante ?*

Elle le voyait très mal parler d’une dragonne sans avoir coucher avec celle-ci au moins plusieurs fois au moins. A moins que pour lui ami et amante c’était la même chose.

Elle retourna à ses paroles en l’écoutant alors qu’il déclarait qu’on l’avait repoussé. Que le fait que ce soit inconnu ou lent expliquait qu’on la repousse. Elle n’était pas d’accord mais il était tellement plongé dans ses paroles qu’elle ne put l’interrompre. Il parlait de livres puis qu’elle ne devait pas abandonné ses rêves. Elle tiqua et la réflexion de tout à l’heure lui revint en mémoire. Oh ça par contre il avait sûrement BIEN vu que sa mâchoire s’était crispée. Du moins si il la regardait. Il parlait de rendre le monde meilleure. Cassidy soupira mais il s’approcha d’elle lui déposant un baiser sur ses lèvres, l’air de rien. Ah ben apparemment elle se trompait, il avait rien vu là. Par contre, il parlait de l’abandonner car il avait des trucs à faire. Lui demandant d’être habillée et en forme pour tout à l’heure.

Elle voulut lui parler, lui dire qu’elle en avait rien à faire et qu’elle voulait lui répondre LA, maintenant, parce que forcément TOUT ce qu’il avait dit la faisait réagir mais il ne lui laissa aucune chance de pouvoir le faire, sortant rapidement. Quand il sortit, Cassidy soupira en se rallongeant dans la baignoire, la détente coupée, des pensées plein la tête.

« Pfouuuu ! Mais quel con parfois ! »

Il pensait bien faire mais il partait trop vite. Il ne lui laissait pas le temps de réagir et ça c’était un truc qui agaçait fortement la petite demoiselle. Elle était d’ailleurs de très mauvaise humeur. Il lui avait bien dit qu’elle pouvait lui parler de tout ce qui agitait son esprit non ? Qu’elle pouvait se confier ? Et puis là ça l’énervait oui. D’être abandonnée comme ça avant même d’avoir le temps de répliquer. Non décidément elle ne savait pas ce qu’elle voulait.

Alors oui elle avait une réaction excessive et cela l’agaçait. Elle le laissa partir mais sans rien dire, se contentant de soupirer. Puis elle sortit du bain, pas détendue pour un sou, se sécha et chercha une tenue. Soupirant, Cassidy regarda la pile de fringues dans l’armoire alors qu’elle était entourée d’une serviette.

« Mais quest-ce que tu veux que je mette ? Je sais pas moi… »

Elle tomba nez à nez avec une de ses anciennes tenues et sentit une certaine nostalgie. C’était un peu son… bouclier, son armure, ce qui lui permettait d’être discrète ou de recroqueviller dedans. Son humeur était maussade et elle avait bien besoin de se protéger oui… Sans aucune hésitation, elle attrapa cette ancienne tenue, assez pauvre d’ailleurs car la qualité du tissu n’était pas terrible mais au moins elle se sentait un peu mieux dans celui-ci. Elle attacha ensuite ses cheveux lentement. Un retour aux sources ? Oui elle avait besoin de se protéger…

Il revint alors qu’elle était étendue sur le lit, fixant le plafond, les bras grands ouverts, les yeux fermés. Avant qu’il ne rentre, la demoiselle avait presque hésité à prendre son somnifère. Pour une raison inconnue. Après tout ce qu’il avait dit, elle était encore plus perturbée qu’avant, elle n’avait pas pu répliqué, ni riposté et ses dernières paroles résonnaient dans sa tête alors qu’elle cherchait des arguments pour lui expliquer. Alors oui pendant un moment elle hésita à s’endormir, pour ne pas encore tomber sur ce genre de révélation. Bien que bien venue, elle avait encore beaucoup de mal à comprendre ce qu’elle désirait ou pas. Les deux personnalités de Cassidy s’entrechoquaient furieusement entre celle qu’elle avait toujours été, distante, éloignée et la nouvelle qui cherchait à s’ouvrir un peu.

Il arriva et lui demanda si elle était prête. Elle lui répondit d’une voix maussade, n’ayant apparemment pas l’envie de se déplacer ni faire quoi que ce soit. Cependant il tenait absolument à lui faire une surprise. Elle soupira en l’appelant par son prénom, désirant lui dire qu’elle n’avait pas spécialement envie de faire quoi que ce soit là maintenant. Pourtant il répliqua d’une bien étrange façon.

*Quoi faire pour me plaire ? Bah déjà pas disparaître comme ça alors que je voulais te répondre ! Ca sera un bon début*

Au final, c’était encore lui qui avait gaffé. Elle semblait bien neutre pourtant quand il tendit le bandeau et fit un sourire crispé qui n’avait absolument rien de naturel. Elle se plia à sa volonté de bonne grâce, consciente qu’elle allait encore une fois le braquer, même si elle n’avait décidément pas envie de sortir maintenant alors qu’elle était restée toute la journée dehors à marcher comme une boiteuse.

De ce qui se passa, elle ne vit absolument rien, juste accrochée dans son dos. Elle resta silencieuse, préférant ne pas lui demander où ils allaient, sûrement parce qu’elle ne voulait pas avoir une voix trop sèche pour lui répondre. Finalement il s’arrêta et lui demanda de descendre avant de lui enlever le bandeau. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle reconnut rapidement ce petit coin de paradis. En effet, Cassidy avec ses très nombreuses vadrouilles, avait eu l’occasion de voir tout un tas de lieux les plus insolites les uns que les autres ou magnifiques et enchanteurs. Mais elle n’était jamais venue ici de nuit et la luminosité de ces lieux donnait une ambiance assez feutrée et romantique, même si elle n’en savait rien bien sûr.

Il déclara qu’il espérait que ça lui plaise.

« Bien sûr, c’est un de mes endroits préférés »

Pas étonnant de sa part… si il voulait vraiment l’impressionner, il faudrait changer de décor ou bien explorer des coins en volant.

Un petit repas s’annonçait alors qu’il s’était appliqué à faire tout un tas de choses délicieuses, dans un cadre absolument idyllique. Un petit parchemin avec une attention certaine.

« Eh ben… j’aurais pas pensé à un dîner en plein air, ça a le mérite d’être original »

Cependant la demoiselle se mit à bailler en mettant une main devant sa bouche, un peu fatiguée par toutes les émotions de la journée. Elle ne savait pas si elle devait le remercier, lui dire ce qu’elle pensait… Alors elle s’installa juste pour commencer à manger gentiment. Cependant, il dut bien se rendre compte qu’elle était quand même silencieuse et pas normale. Alors elle décida de prendre la parole.

« Je suis très… enfin ça me fait plaisir que tu aies fait ça… c’est une jolie surprise mais… enfin t’as dit que je pouvais te parler non ? »

Elle ne savait pas par quoi commencer.

« Bah quand tu es parti de la salle de bains, me laissant sur tes dernières paroles, ça m’a un peu frustré, surtout pour un sujet aussi important que celui là »

Elle avait insisté sur le « aussi », lui faisant comprendre qu’elle n’avait pas apprécié son départ, même si c’était pour une bonne raison. La jeune femme regarda la couverture, évitant soigneusement son regard.

« J’ai dit que la magie je m’en fichais maintenant oui… mais après ce que tu as dit, je pouvais pas rester sans rien dire. Mais t’es parti sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit. Bon au moins ça prouve que tu fais pas tout parfaitement »

Elle fit un sourire amusé, même si celui-ci était un peu crispé. Après tout, elle était une vraie girouette cette fille là !

« Alors je me demande… tu vas m’écouter maintenant ? »

Cassidy ne savait pas du tout ce que ressentait Tristan. Il pouvait très bien le prendre comme très mal. Il pouvait être déçu de voir qu’il avait encore gaffé, il pouvait s’en fiche ou paraître compréhensif et attentif. A vrai dire elle n’en savait rien. La demoiselle reposa la brochette dans son assiette et paraissait très sérieuse.

« Hum… par où commencer… eh bien déjà, je ne suis pas d’accord avec toi. Les humains n’ont pas toujours peur des choses qu’ils ne maîtrisent pas… »

Elle releva ses doigts tout en s’expliquant, lui faisant part de ses réflexions.

« Déjà parce qu’il existe des marginaux un peu loufoques qui sont prêts à voir n’importe quoi pour avancer dans leurs recherches. J’en ai vu un une fois à la bibliothèque. Il parlait de… hum je sais plus mais en tout cas, si les humains étaient si effrayés par la magie, comment expliquer que les premiers humains aient réussi à maîtriser cet Art ? Il faut bien quelqu’un d’assez fou pour ne pas avoir peur non ? Et ça expliquerait pourquoi maintenant il y a de très grands mages impressionnants de nos jours… »

Investie, intéressée. Elle montrait qu’elle s’était déjà documentée sur la question et qu’elle avait déjà vu un énergumène à la recherche d’une nouvelle source de magie et qui passait à la bibliothèque pour étudier et trouver des pistes pour ses recherches. Pourtant, le visage de Cassidy s’assombrit alors qu’elle levait un deuxième doigt, n’aimant pas ce qu’elle allait dire.

« La deuxième raison, c’est qu’il existe des personnes qui sont capables de prendre de gros risques juste pour gagner une guerre. Personne n’a vraiment cherché à abuser des dragons ? Cherchant à les contrôler pour prendre leur pouvoir qui pourrait, dans de mauvaises mains, changer le cours d’une guerre ? »

Elle pensa aussitôt à cette forme de contrôle à elle. Si tout le monde savait… mais les dragons eux… savaient peut être. Pas tous, et elle espérait fortement que Tristan n’était pas au courant parce que sinon il ferait le rapprochement. Mais elle était prête à prendre ce risque.

« Quand les Käars ont attaqué notre village, j’ai fait un massacre autour de moi. La plupart étaient effrayés oui. Parce que plonger le bras dans le corps de sa victime et le transpercer de part et d’autre surtout quand on a un physique plutôt… petit c’est toujours impressionnant. Parce que cette force que j’ai peu intéressé… J’en ai tué combien ? Je sais plus… au moins 5 je crois… »

Elle parlait d’un ton très détaché, comme si cela était parfaitement normal, comme si le fait de juste parler de ça était pareil que de parler de la pluie et du beau temps. Elle s’en fichait. Elle se voyait comme un monstre mais… il y avait une certaine incohérence chez elle.

« Mais le chef lui, ne s’est pas démonté. Il a balancé une pierre dans mes pieds et j’ai perdu toute mon énergie d’un coup. Il ne m’a pas tué tu as bien vu. Ce qui fait peur on le repousse… Une fille comme ça, on la laisse pas en vie si on a peur qu’elle peut faire des dégâts… et pourtant j’ai été enlevée, pourquoi d’après toi ? »

Le dîner n’était plus du tout romantique mais il l’avait un peu cherché. Plutôt que de lui laisser le temps de longuement parler dans la chambre, de lui partager tout ça, il avait préféré l’amener ici et la voilà en train de parler d’un sujet peu plaisant actuellement.

« Parce que les hommes recherchent le pouvoir… et si ils sont capables de contrôler quelque chose… avec leurs expériences et tout, eh bien cela peut avoir un gros impact sur leur avancée… Les nécromanciens redressent les morts, pourquoi ? Il existe des magies qui permettent de contrôler mentalement des esprits… pourquoi d’après toi ? Les invocateurs qui sont capables de contrôler des êtres des plans inférieurs et supérieurs… pourquoi ? Pourtant tout ça pourrait faire peur… de ne plus avoir de contrôle, de ne rien maîtriser. Je ne serais pas surprise que certaines bestioles se sont déjà retournées contre leurs maîtres et pourtant, ils le font quand même… »

En se dévoilant ainsi, Cassidy prouvait qu’elle avait passé beaucoup de temps à lire par le passé. Quoi de plus normal pour elle qui avait travaillé dans une bibliothèque et ramené des livres chez elle pour étudier et apprendre un peu tous les soirs ? Que ce soit sur l’histoire d’Ascadian, les mystères non résolus, les différents types de magie, elle connaissait bien des choses. Elle qui n’avait jamais parlé de ça, elle qui avait préféré resté muette, s’étalait. Et le plus contradictoire dans tout ça, c’est qu’elle semblait vraiment affirmer de ce qu’elle disait, sans hésitation, et avec une certaine assurance.

« Alors peut être que ton… amie est tombée sur un peureux, un trouillard, quelqu’un qui ne voulait pas comprendre… mais si elle était tombée sur un plus gros poisson, peut être qu’on aurait cherché à la manipuler ou bien pire… »

Elle murmura tout bas d’une voix sombre.

« Dragons corrompus… »

Qui était à l’origine des dragons corrompus ? Oh elle savait très bien qui en était capable. On voulait contrôler un dragon ? Des tests étaient faits et ça s’en était un. Pendant un très bref instant, elle voulu regarder ses poignets de force mais elle se retint de justesse, pensant que si Tristan était très observateur, il comprendrait qu’elle en avait vraiment croisé un. Et qu’il se demanderait par quel miracle elle tenait toujours debout…

Cassidy secoua la tête et souffla. Discussion pas joyeuse après tout.

« Tu me demande de pas abandonner mes rêves pas vrai ? La petite Cassidy voulait voyager c’était ça son rêve… magie ou pas… et puis… pourquoi parler de rêves ? Ta mère croyait dur comme fer que tu avais un don dans les travaux manuels, la peinture, le dessin… il paraît que tu étais très passionné… mais si c’était un rêve d’enfant… alors aujourd’hui tu n’y penses plus non ? A moins que je me trompe et que ce n’était pas ce que tu voulais faire ? »

La jeune femme avait pris un verre d’eau et buvait gentiment. Là elle lui prouvait qu’elle s’intéressait déjà à lui pour écouter les paroles de sa mère. Ce n’était pas anodin.

« Je comprendrais que tu ne veuilles pas en parler. Je voulais t’en parler tout à l’heure parce que là je peux avoir gâché le repas mais tu ne m’as pas laissé le choix… et si je n’avais rien dit, tu aurais cru encore que tu avais fait une bêtise ou que ça me plaisait pas. Au moins il n’y a pas de mauvaise interprétation. »

Cassidy était décidément très compliquée. Pourtant elle s’était énormément livrée ici. Elle qui ne donnait pratiquement pas son avis, était en train de faire de longues tirades pour lui donner sa vision des choses. Ce n’était peut être pas très joyeux mais au moins, il n’allait quand même pas lui reprocher d’avoir parlé non ?
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 5 Mar - 9:41

Mon coeur battait vite quand j’avais placé sa main sur mon torse. C’était bizarre cette sensation, comme si j’étais essoufflé. Je n’avais pas vraiment l’habitude. Ca tiraillait un peu et pourtant ce n’était pas aussi désagréable que je le pensais. Il y avait le stress évidemment, le stress énorme que je ressentais en la rejoignant. J’avais envie de lui parler et j’allais le faire ! Mais ça me stressait justement… Il y avait le stress qu’elle me repousse, le stress de ne pas me contrôler… Je ne savais même pas comment je pouvais tenir. Le manque devenait plus important de minute en minute. J’étais capable de tenir bien plus longtemps pourtant mais près d’elle… apparemment les choses n’étaient pas vraiment… normales. Sauf que j’aurais déjà dû choisir la facilité, je le sais, fuir la peine et ce foutu stress, fuir la difficulté, aller séduire une femme n’importe laquelle, satisfaire mes pulsions de mâle alpha… Il n’y avait pas de tromperie chez les dragons. Nous étions bien libres d’être avec qui nous voulions après tout. J’avais des pulsions, je devais juste les satisfaire c’est tout. Nul besoin de violenter une femme donc puisque mon charme et l’attirance naturelle que je dégageais auraient tôt fait de séduire les demoiselles. Pourtant j’en étais incapable. Réellement incapable… Incapable de quitter cette pièce où elle était, incapable d’aller me promener en quête d’une « proie », incapable de ne serait-ce qu’imaginer une autre femme entre mes bras. C’était effrayant, déstabilisant… Je n’avais pas l’habitude…

Je n’avais rien tenté… Rien du tout ! A aucun moment et j’ignorais encore ce qui m’avait pris. Ce n’était pas normal. Qu’est ce qui ne tournait pas rond chez moi ?!
Je pouvais prétendre que je n’en avais pas envie mais c’était un horrible mensonge. Je pouvais prétendre que c’était pour ne pas l’agacer et me faire repousser… Mais il n’y avait pas que ça. Oh je craignais qu’elle me repousse, ça c’était bien vrai. Après la veille, malgré toute sa gentillesse récente, je crois qu’elle me faisait sacrément flipper. Ses mots m’avaient fait mal. Et surtout j’avais eu peur du fait qu’elle pouvait me faire aussi mal… Je détestais l’idée aussi de la blesser. Or elle l’était déjà, blessée… Les bleus, les bosses, sa cheville. Son corps devait être bien éprouvé… J’aurais pourtant juré que l’hématome sur son front s’était sacrément résorbé après notre étrange baiser, mais je n’en étais pas si sûr… Il y avait aussi le fait que j’avais l’impression de… sentir qu’elle ne le souhaitait pas… pas vraiment, pas maintenant. Que je sois capable de « saisir » ce genre de chose et surtout d’en tenir compte, franchement ça tenait… du miracle non ?


Le bain avait été sage… Mes gestes avaient été sages. J’arrivais à garder mon calme. Fou non ? Pourtant je m’étais mis à parler, longtemps et beaucoup. Oh j’avais grandement hésité pour être honnête. Mais il fallait que je lui parle. Je crois que c’était important. Pas tant le contenu mais l’idée simple de lui répondre, de ne pas la laisser dire toutes ces choses sans y donner un minimum de répondant. Peut-être était-ce principalement parce que je n’acceptais pas le fondement de ses propos, ce qu’ils sous-entendaient. Peut-être plus encore était-ce parce que je souhaitais réellement lui montrer que je comptais lui dire… Lui parler… Que je ne voulais pas d’elle que son corps, certes divin, mais bien plus… Je n’étais pas comme son ex… Jilian. Il était probablement très bien, probablement mieux que moi… mais il n’était pas bien opposant, ça je l’avais vite compris. Je voulais qu’elle sache que… eh bien même si j’appréciais beaucoup sa présence et tout… je ne me laisserais pas faire avec elle. Je ne la laisserais pas faire… Que son état comptait, que ses pensées comptaient et que je comptais aussi un peu lui montrer. C’est bizarre hein ? Tout ça…

A vrai dire rien de tout ceci n’était censé arriver. Avec la peine et la douleur, j’en venais à regretter de l’avoir vue ici… regretter d’avoir eu la faiblesse de me rapprocher encore d’elle, comme un drogué en manque. Et puis je croisais son regard. Et j’oubliais tout… instantanément.



Le jeune homme avait effectivement été très doux dans ses gestes, très sage et n’avait absolument rien tenté de quelqu’ordre que ce soit. Il était resté patient, hésitant en remarquant les crispations de la jolie blonde et n’avait pas poussé sa chance, pas à un seul instant. Pourtant il aurait pu… En la voyant accepter qu’il la déshabille, il aurait pu tenter une caresse plus appuyée, un baiser trop profond, pour la faire céder, la faire lui céder surtout. Mais non, rien de tout ceci. Décidément, il sortait du lot… A sa façon.
Quel homme pouvait résister à une si belle femme après tout ?
Il s’était crispé quand elle l’avait fait… Il s’était arrêté dans ses gestes bien souvent et le malaise du baiser sur sa hanche semblait l’avoir grandement freiné. Pourtant son geste tout mignon était juste une manière d’essayer de la détendre, de la faire rire, d’être gentil aussi… Elle l’avait soigné avec son baiser étrange. Il voulait juste lui donner un petit bisou magique lui aussi. Quelque part dans sa tête ça lui avait fait écho, comme s’il avait déjà agi de la sorte avec elle, il y a longtemps, très longtemps. C’était très naïf, un peu inutile certes mais tendre… Ca ne semblait pourtant pas au goût de la jeune femme et il s’en voulut un peu pour son excentricité. Elle semblait apprécier son honnêteté et le fait qu’il soit naturel avec elle mais d’un autre côté elle se retrouvait avec le pack ! C’est qu’avec ce comportement vrai il y avait aussi la maladresse, les excentricités, les gestes étranges, ce côté opposant, ses grands discours, son observation attentive quand il pouvait saisir l’espace d’un court instant ce qu’elle pouvait « ressentir ». Ceux-là elle les aimait moins, il l’avait bien vu… A croire qu’elle ne savait pas finalement lequel des deux Tristan elle préférait: le haut gradé aux parfaites manières, au comportement attendu, si secret et qui parlait bien peu ou le jeune homme un peu débridé, honnête, drôle, tellement maladroit dans sa gentillesse ? Difficile de choisir…

Dans la baignoire, malgré ses quelques baisers il était demeuré également sage et n’avait réellement dévié que par ses étranges paroles… qui semblaient quand même sacrément farfelues. Décidément, le garçon devait être bien maladroit et surtout contradictoire. Il révéla à Cassidy comment il pouvait parfois rectifier ses erreurs mais montra par la même occasion, dans sa révélation, que c’était loin d’être automatique, plus du hasard qu’autre chose d’ailleurs. Elle aurait tout de même mérité plus d’explication à ce sujet…
Oui il parla beaucoup, de toutes les choses qu’elle avait dites, en disant probablement trop… avant de s’échapper assez brusquement de la baignoire ! Mais qu’est ce qu’il faisait au juste ?! C’était quoi ce comportement totalement imprévisible ?! Il la plantait là avec l’envie débordante de lui répondre ?! Sans lui laisser ni le temps ni l’occasion de lui montrer à quel point il se plantait à son sujet ?! Et pourtant l’étrange comportement du jeune homme cachait une simple tentative… Qui apporta quelques points négatifs involontaires. Il n’avait pas prévu qu’elle ne se détende plus à cause de lui. Erreur…

Lorsqu’il revint, Tristan était guilleret et mystérieux. Pourtant, il se heurta à un mur d’indifférence et se demanda s’il n’avait pas poussé un peu loin sa tentative… S’il ne s’était pas complètement planté tout simplement. En essayant d’être un peu honnête finalement il s’était encore égaré. Cassidy était décidément bien étrange. Peut-être ne voulait-elle rien au final… Juste un homme pas trop mal, pour combler ses pulsions, qui parle peu et lui fiche la paix. Cette pensée blessa le garçon… Il se rendait bien compte que c’était lui qui avait commencé à dévier… Mais c’était à cause d’elle, elle qui était si différente… Elle qui sortait tant du lot. Elle qui l’attirait tel un aimant. Lui n’avait rien demandé tout simplement parce qu’il ignorait que ce qui se déroulait était possible. Ca allait à l’encontre de tout ce qu’il avait appris, de tout ce qu’il savait… Et si EUX savaient… Le comportement de la jeune femme lui revint en mémoire. Elle n’attendait rien de lui en fait. Il commençait enfin à le comprendre. Ces derniers jours elle s’était faite si distante, si lointaine, il n’avait pas compris tout de suite. Elle préférait probablement avant… Quand il se contentait de lui faire l’amour… Il fronça les sourcils. Oui… sauf que lorsqu’ils avaient été plus ou moins… dans la même chambre, leur première fois ensemble, dès le début c’était différent… Le restaurant… elle aimait bien avant. Parler… C’était elle qui lui posait des questions même ! Elle lui sautait au cou lorsqu’ils ne s’étaient pas vus depuis quelques heures, juste quelques heures… Il se souvenait bien de la sensation que ce geste procurait dans tout son corps. Il se sentait… bien…  Maintenant elle le repoussait… Il le sentait bien. Ca avait commencé avec cette autre ville. Foutue ville !!!! Le léger mieux s’était déjà de nouveau dissipé. Ce comportement commençait à agacer le dragon en lui. Celui-ci était impatient et n’aimait pas, mais alors pas du tout, être tiraillé de la sorte. Il s’efforça de sourire et d’être d’autant plus gai qu’elle était maussade. Peine perdue… Sa mine blasée, son air « je m’en foutiste » firent s’arrêter le jeune homme dans son mouvement pour lui mettre le bandeau sur les yeux… La colère monta, sourde et sournoise, celle qui avait envie de lui hurler « t’es chiante ! », qui avait envie de la planter là et de partir loin, très loin… comme la veille. Voler l’avait apaisé… S’éloigner d’elle l’avait apaisé… Elle l’atteignait trop facilement et bien trop intensément. S’il se crispa, il ne dit rien cependant, se contentant de poursuivre puis de suivre son plan, après tout… C’était lui qui avait provoqué ceci… Même si la frustration de ne pas avoir pu répondre au jeune homme donnait un comportement tout aussi fort chez la demoiselle.
Il avait remarqué pour sa tenue et n’avait rien dit, même pas haussé un sourcil. Il l’avait spécifié non ? Elle s’habillait comme elle voulait, il n’avait rien à dire à ce sujet. Mais constater son choix lui donna l’étrange impression qu’elle le mettait à distance une fois de plus.

Il la porta finalement jusqu’à un petit endroit tout simple peu éloigné du village, tout simplement parce qu’il savait qu’elle n’apprécierait pas de se faire trimballer à droite et à gauche pendant un moment. Elle n’appréciait pas spécialement d’être portée… Mais même s’il se doutait parfaitement qu’elle connaitrait le coin vu toutes ses escapades il fut sacrément douché une fois de plus par sa répartie. Oh bien sûr elle avait tout à fait raison de répondre et ses paroles en elles-mêmes n’avaient rien de particulier, seulement son air si peu surpris et si blasé qu’il ne l’avait pas quittée, un peu plus. Beaucoup plus… Tristan ne répondit pas, se contentant d’un vague hochement de tête en se détournant d’elle. Peut-être essaya t-elle d’être gentille avec sa déclaration suivante, parlant même d’originalité… Mais « original » n’est en général guère un compliment. Là encore il resta silencieux, se contentant de s’accroupir près de la bouteille de vin et de l’ouvrir. Son bâillement confirma qu’il avait bien fait de ne pas aller trop loin mais refit froncer les sourcils au jeune homme. Il faudrait probablement écourter… Il s’installa en tailleur peu après, la regardant faire de son côté puis l’écoutant quand elle se mit à parler. Elle s’était faite silencieuse après tout juste avant et à eux deux ils faisaient si peu de bruit que ça en devenait sacrément gênant. Alors elle se mit à parler… reprenant même ses paroles, comme quoi il voulait l’écouter. Elle parla, beaucoup, pour dissiper le malaise peut-être surtout pour répondre à tout ce qu’il lui avait dit pendant leur bain. Car il avait dit beaucoup et elle n’était pas d’accord avec lui, sur trop de points. Il comptait l’écouter… Depuis le début c’était son but. Il n’attendait cependant pas sa pique « tu vas m’écouter maintenant ? » loin d’être nécessaire et qui le blessa un peu. Pourtant il hocha la tête et l’écouta… sans jamais l’interrompre…

Elle aussi était maladroite… terriblement maladroite et certains de ses mots furent blessants pour le jeune homme malgré toute la bonne volonté qu’elle avait à être claire dans son discours, sacrément prolixe et efficace d’ailleurs, mais il se contentait de son côté de la regarder, sans bouger, semblant tout juste respirer, et encore, lentement, sérieux mais neutre, ne laissant transparaitre sur son visage aucune émotion particulière.
Elle était sacrément sérieuse et investie, lui prouvant que la petite intellectuelle qu’elle avait été n’était peut-être pas aussi loin qu’elle le prétendait. Elle savait énormément de choses et lui en apprenait d’ailleurs pas mal, autant sur sa manière de penser que sur les réelles informations qu’elle véhiculait. Il était d’ailleurs un peu surpris de ce qu’il apprenait et notait certaines de ces informations dans un coin de sa tête. Elle aurait eu bien des choses à apprendre à ses supérieurs ! Ses propos étaient clairs, simples… Or à sa manière justement très claire de s’exprimer il était certains que les livres dont elle tirait beaucoup de ces informations devaient être d’autant plus complexes. Sa capacité à en extraire simplement le principal l’impressionnait et lui montrait bien le sacré travail de reformulation qu’elle était capable de faire, apparemment sans s’en rendre réellement compte d’ailleurs. Il se mit à songer qu’elle aurait été très douée avec les enfants, tous jeunes, pour leur enseigner. Un autre écho résonna dans son esprit, l’image d’une fillette blonde, souriante, douce, appliquée à expliquer les cours à des enfants beaucoup plus jeunes. Il ne parvint pas à se saisir de cette image et de cette impression et elles s’évanouirent en écorchant son esprit.

Quand elle cessa finalement de parler, après un long moment où, de son côté, il avait été bien trop pendu à ses lèvres pour avaler quoi que ce soit, nourriture comme breuvage, un sourire vint éclairer le visage du jeune homme. Ce n’était pas l’un de ses sourires provocants ou pervers, ni ses sourires adorables quand il était un peu penaud, celui-ci était peut-être moins sincère… ou il l’était encore plus peut-être. Etrange comme un beau sourire pouvait paraitre… « triste ». Etait-ce dans ses yeux ? Peut-être. Il la regardait toujours fixement, ne détournant pas le regard, ne l’ayant jamais détourné, même quand elle-même l’avait regardé directement.

- Merci pour tes paroles Cassy, j'apprécie vraiment… Je suis content de savoir ce que tu penses de tout ceci.

Cette fois-ci il détourna enfin les yeux, les levant vers le ciel en souriant d’un air bien plus apaisé, fixant les étoiles au-dessus d’eux en poursuivant tout bas.

- Loin de moi toute idée de manipulation… Mais j’espérais un peu que mon départ précipité tout à l’heure provoque ceci… Tu réponds en général quand je dis certaines… choses. Mais trop vite, sans prendre le temps d’y songer. Tu es forte et… passionnée quand tu fais ça, mais ça ne dure jamais. J’espérais qu’en te laissant le temps de songer à tout ça, tes propos seraient plus… Clairs disons, que je te comprendrais mieux… Pas que tu ne t’exprimes pas clairement, juste parce que je pense qu’il y a certaines choses que… je suis incapable de comprendre. J’ignore si j’avais raison mais je ne regrette pas. Tu m’as beaucoup appris… et tu sais énormément de choses… Bien plus que tu n’as l’air de le croire d’ailleurs. Enfin…

Il lâcha un léger soupir, son torse se soulevant et s’abaissant d’un coup.

- Je te demande pardon… Mon attitude maladroite semble t’avoir causée bien plus de souci que je ne le souhaitais et j’en suis désolé. J’avais beaucoup de choses à te dire moi aussi… Enfin je crois… Et il… me semble que je me suis encore mal exprimé… Je suis d’accord avec beaucoup de ce que tu as dit et pour le reste…tes propos ont éclairci bien des zones d’ombres crois-moi…  J’apprécie le fait qu’on puisse se parler surtout, ne pas être d’accord à la base et se contredire. J’avais envie que tu le saches aussi… Que je n’étais pas de ceux à se taire juste pour faire plaisir. Enfin pas avec toi, mais… Ta manière de penser et de raisonner sur ces sujets est très intéressante… Je n’avais jamais pensé ainsi. Mais… Par contre je maintiens le fait que la différence effraie les créatures, humaines ou non. Je suis d’accord avec ce que tu as dit même si je n’y avais jamais réfléchi ainsi… Mais même si effectivement quelques téméraires ont permis les grandes découvertes et tout, il s’est beaucoup agi de hasard au départ. Bien sûr qu’il y a des excentriques qui repoussent les limite heureusement ou malheureusement… Mais la différence fait peur… Crois-moi… Avoir l’apparence d’un Drakkari te l’enseigne très vite… Mais... tu as raison…

Il se tut un instant, ayant rabaissé les yeux sur la couverture et fixant le verre de vin qu’il avait à la main et qu’il faisait lentement glisser entre ses doigts.

- Je ne cherche pas à te pousser à quoi que ce soit. J’ai entendu nos mères parler de ton désir enfant de magie… Quand je parlais de ne pas abandonner tes rêves… C’était plus dans l’idée d’essayer d’en avoir, de trouver ces choses qui te motivent, qui… te rendent heureuse… et te donnent envie de te démener, de te battre et de progresser. Je me trompe peut-être complètement Cassidy… Je ne demande que ça. Mais que ce soit dans notre village ou ici tu m’as renvoyé et m’a dit toi-même d’ailleurs que rien ne t’intéresse, rien ne t’effraie, tu es neutre, sur la vie et sur le monde, sur ta vie aussi. Tu n’as peur de rien oui… tu t’en fiches d’avoir mal, ça n’a aucune importance pour toi… Ca en a pour moi… C’est quelque chose… de triste. Je crois que je trouve ça triste, je ne suis pas sûr, je ne comprends pas tout de ce que ça…provoque chez moi…  Tu apprécies le surf soit, les promenades, la nature, tant mieux, je le comprends parfaitement, mieux que personne et je t’admire pour ça… mais… c’est tout ? C’est très égoïste, je le sais bien… mais j’aimerais tant que tu sois heureuse… Je ne sais pas si c’est un souvenir qui essaie de remonter dans ma mémoire mais j’ai l’impression qu’il te manque des choses… un sourire, une… flamme de vie peut-être… Je ne te juge pas… Je sais un peu ce que tu as vécu. J’aurais juste voulu que tu sois moins atteinte par la cruauté du monde. Que tu ne veuilles plus de la magie soit, d’un enseignant d’accord, mais j’aimerais… j’aurais aimé voir quelque chose te passionner… mais… enfin … Tu fais ce que tu veux… Ce que tu fais de ta vie… Ca ne regarde que toi. Je n’ai rien à en dire mais je voulais quand même juste essayer de l’exprimer… car j’ai tellement de mal…  quand ce ne sont pas les discours pré-préparés… En ça… mon comportement était… déplacé. Comme tout ce que j’ai fait jusque là…

Il se tut de nouveau. Il avait l’air triste… Pourtant le jeune homme était parfaitement sincère. Il voulait plus pour elle, beaucoup plus. Il voulait qu’elle soit bien et heureuse et se rendait tout à fait compte que ce n’était absolument pas le cas. Alors il essayait… de la pousser vers la magie, vers un objectif, quelque chose qui la motiverait et lui donnerait envie de se battre, d’en faire plus, de vivre aussi… pas juste de survivre comme elle le faisait depuis trop longtemps. Peut-être y avait-il encore les voyages oui. Mais le brusque fossé entre eux lui avait bien fait comprendre que si les voyages l’intéressaient toujours elle n’était pas prête quand il lui avait fait sa proposition et peut-être ne le serait-elle jamais. L’idée faisait lentement son chemin dans son esprit et il commençait à l’accepter. Eux deux ce n’était que ça… Elle n’avait jamais voulu… attendu autre chose. C’est lui qui était venu gâcher l’espèce de bulle de bonheur qui s’était formée autour d’eux. Lui… le dragon… L’être incapable de s’attacher par nature. Quelle ironie… Cet être qui s’attachait à la personne qui attendait le moins du genre masculin, qui vivait dans sa solitude et ses silences, ses souffrances passés et son isolement quotidien. Il en était conscient. Tout avait commencé avec cette ville, quand il en avait fait trop, quand il avait été au comble de sa maladresse, quand il avait été certes excentriques mais tellement vrai, tellement sincère, tellement vulnérable à rechercher à tout prix à lui faire plaisir. Il s’y était mal pris, mais la douce intention initiale lui était revenue en pleine face. Il s’en voulait… Enormément. Et il commençait bien à comprendre aussi que lorsqu’il serait parti… il le serait réellement pour elle. Et qu’elle n’attendrait pas son retour. Cette idée fit naitre quelque chose, un courant, un poing, un torrent glacé dans tout son être… Décidément le diner n’avait absolument rien de romantique, si tant est qu’il ait pu l’être à un seul instant.
Décidé tout de même à être aussi gentil que possible avec elle après tout ce qu’elle lui avait dit, parce qu’il appréciait réellement, il lui refit un beau sourire même s’il avait l’air un brin nostalgique pour le coup. Il commença à parler mais il se passa un nouveau phénomène étrange… Les lunes accrochèrent les marques du jeune homme, les faisant légèrement miroiter mais pas du tout d’une couleur dorée, réellement argentée. Un éclat léger passa, peut-être le vit-elle, peut-être pas, sous ses vêtements… Même les marques sous sa tunique, moins épaisse que son pantalon, semblèrent réagir, de manière « visible » à la caresse des deux lunes. Ce phénomène ne se produit pas immédiatement… Il avait d’abord commencé à parler… Au moment où cela se produisit son regard se perdit dans le vide et il se fit prolixe, beaucoup plus, révélant une chose qu’il n’avait absolument aucune intention de dire…

- Ma mère avait beaucoup de rêves pour moi tu sais, elle me voyait bon en tout et capable de tout faire… Tout le monde au village me l’a bien répété ou fait comprendre. Ah le fils prodige, incroyable, si merveilleux qui fait tant en si peu, le guerrier fort et sans reproche, le chevalier protégeant la veuve et l’orphelin…

Un sourire étira ses lèvres. C’était aussi le discours qu’elle avait eu à sa façon. Ce n’était pas pour se moquer d’elle, loin de là. Il reprenait juste ce qu’on lui avait tant dit… Mais sa mère l’idéalisait tant…

- … Pour une musicienne aussi incroyablement douée c’était horrible pour elle que son fils n’ait pas le moindre attrait pour la musique et absolument aucune oreille d’ailleurs… Je sais que c’était un grand sujet de conversation avec ta mère… Je sais aussi qu’elle a trouvé en toi quelqu’un pour… pallier le manque de fierté et de bonheur que je lui offrais sur ce plan. Elle m’en voulait de n’en avoir rien à faire, même si elle ne l’a jamais dit… Tu sais… Chez elle, dans notre village… Il y a plusieurs cahiers… En en ouvrant un, un jour, par curiosité, j’ai découvert que c’était ses notes sur vos… leçons, quand tu étais jeune… Elle t’adorait… Elle te trouvait extrêmement douée et t’enseigner ce qu’elle savait, pour elle, était un véritable bonheur. Je te remercie pour ça. Je ne me suis pas permis de lire plus évidemment… Ca ne me concerne pas… Depuis quelques jours pourtant… Enfin… Il se passe des choses étranges depuis que je suis près de toi et des souvenirs d’avant ma transformation ont émergé de ma mémoire, ça je te l’ai dit… J’ai… Je sais que tu venais souvent chez ma mère… Pour jouer… Et qu’apparemment, je n’étais jamais loin, quoi que j’en dise…

Il ne disait pas « chez nous »… Comme s’il ne considérait plus la maison qu’il avait habité, même dans le passé, comme la sienne… Ainsi le jeune homme semblait encore avoir des souvenirs d’avant sa transformation en dragon, souvenirs qu’il n’était effectivement plus censé avoir depuis belle lurette ! Sauf qu’il disait une chose étrange, qu’il n’était jamais loin… Or, le petit Tristan, bien des années plus tôt, effectivement détestait la musique. Il trouvait cela horriblement bruyant et désagréable. Comment aurait-il pu savoir à l’époque que ce bruit, qui devenait extrêmement amplifié pour lui avec son ouïe surdéveloppée qui tentait vaguement de se mettre en place pouvait être en réalité si joli ? Il ne savait pas que sa souffrance passagère était anormal… Il avait bien essayé, vraiment jeune, de faire plaisir à sa mère, même si c’était désagréable mais il était une véritable catastrophe ambulante avec un instrument de musique, quel qu’il soit. Tous les enfants au village apprenait à jouer un peu de musique ou à chanter, c’était bon pour leur créativité et très encouragé dans leur école. Cassidy avait un don naturel pour les sonorités musicales et quand Eve s’en était rendu compte elle lui avait bien vite mis le grappin dessus ! Impossible de laisser passer ce joli talent ! Les maladresses instrumentales du jeune homme avaient vite fait le tour du village, sujet de moquerie chez les garçons, d’amusement chez les adultes, de blessure chez un petit garçon qui essayait juste de faire plaisir à sa mère et d’être un peu comme les autres. Finalement, le plus drôle c’était eux deux… Quand ils étaient enfants, Tristan avait été longtemps perçu comme un mauvais garçon, chahuteur, violent, qui agissait comme un cancre à l’école malgré des capacités intellectuelles bien au dessus de la plupart de ses camarades, parce qu’il rejetait les règles, faisait souvent exprès de se tromper, préférant faire le clown que l’intelligent… Il n’était pas très aimé et beaucoup embêté par les plus grands, beaucoup… Cassidy par contre, avec sa douceur, sa gentillesse, sa patience, son intelligence exaltée pour tout, son ouverture pour le monde et les autres et sa maturité qui faisait blêmir l’enseignant, était l’image de la petite demoiselle adorable et parfaite, si sage pas que dans ses actes mais aussi dans ses discours. Tout le monde l’aimait énormément… Et beaucoup, surtout chez les enfants, avaient du mal à comprendre ses tentatives désespérées pour entrer en contact avec son opposé. Elle n’avait jamais eu de cesse d’être gentille avec le petit Drakkari, encore plus quand elle, elle s’était bien rendu compte que finalement, même s’il faisait rire tout le monde en classe, il se faisait beaucoup punir et n’avait pas vraiment d’ami… pas du tout en fait. Et lui n’avait cessé de la repousser. Au jeu, « je te suis, tu me fuis » ils avaient tant joué… L’ironie était là… C’était pareil mais aujourd’hui l’opposition totale. Tristan était revenu, fanfaron, adulte aux allures de perfection, aux manières impeccables, le guerrier magnifique et respecté. Et elle… s’était enfermée dans une attitude qui l’avait transformée en paria aux yeux de leurs anciens camarades. Les enfants sont cruels, souvent par ignorance, souvent par méconnaissance, souvent par maladresse. Les adultes le sont par choix, vanité et sadisme…

Pourtant tout ce discours étrange qui en révélait encore sur le jeune homme n’était pas du tout celui qui devait lui échapper… Il eut un léger sourire, en révélant un peu plus, parlant tout bas…

- L’ironie… c’est que lorsque j’ai… changé… j’ai développé un attrait presque obsessionnel pour la musique et je ne me débrouille pas trop mal au piano aujourd’hui. Mais je ne peux même pas accorder à ma mère ce plaisir-ci… car si elle le savait…elle saurait tout de suite que je ne suis plus… enfin que je suis différent… elle comprendrait… Elle m’a toujours trouvé bien plus extraordinaire que ce que j’étais, ça, malgré moi, je m’en souviens.

Ce n’était pas encore le discours en question, celui qui allait lui échapper et trop en dire… mais il n’y avait peut-être pas tant de mal dans sa transformation finalement et cela expliquait aussi pourquoi il était si bon danseur. Quelqu’un qui n’entend rien à la musique ne peut pas suivre de rythme après tout. Or il était un merveilleux danseur et le lui avait déjà bien assez montré. Ainsi donc il s’était mis à entendre la musique. C’était triste finalement… qu’il n’ait même pas pu accorder ça à sa mère….
L’éclat des lunes glissa juste après sur ses marques. Tout semblait fluide dans son discours même s’il s’était arrêté un long moment, laissant planer la signification de ce qu’il venait de révéler. Sa voix avait pris une sonorité étrangement automatique alors qu’il s’entendait parler sans avoir souhaité le faire juste après cet éclat…

- Tu m’as dit… il y a quelque temps, que je mentais sur moi, à tout le monde, que certaines personnes pouvaient comprendre… méritaient de savoir… Tu as raison… Mais… ma mère a su… Ce n’est pas sans raison qu’elle est revenue dans le village de notre enfance. Je n’allais pas… très bien à cette époque. Mes transformations me faisaient mal, mes pulsions me faisaient souffrir… ma personnalité oscillait… Je m’accrochais désespérément à ma mère malgré que je n’étais pas censé le faire. J’avais peur de devenir un monstre. Tout m’effrayait. J’étais encore… un peu humain à l’époque je pense…  J’ai profité d’une permission… la sachant seule ce jour-là pour venir la voir, lui faire la surprise. Elle était heureuse… Je me souviens qu’elle a tout de suite compris que ça n’allait pas, que son fils… avait changé… Elle a compris pour le sexe aussi, immédiatement… Elle avait l’air si triste… Mais sans une hésitation elle m’a pris dans ses bras, cajolé… Je lui ai raconté… tout… nous sommes allés dans le jardin, je me suis transformé pour lui montrer. Elle n’a rien dit et elle est rentrée à l’intérieur. Je l’ai suivie, je me souviens à quel point j’avais peur ce jour-là… tellement peur qu’elle me repousse…

Tristan s’arrêta, se crispant, la suite lui semblait douloureuse et pourtant il parla d’un ton presque froid, comme si de rien n’était, automatique alors que ses sourcils se fronçaient. Il n’arrivait pas à s’arrêter de parler !

- Elle était dans la cuisine, je l’ai rejointe, l’appelant, ma voix était… bizarre… Elle m’a accueilli d’un sourire, m’a enlacé, me berçant contre elle, me disant de fermer les yeux, qu’elle était là, que tout irait bien, je me sentais bien… Ca suffisait, totalement… puis j’ai senti la douleur… J’ai ouvert les yeux sur son visage ruisselant de larmes, ses lèvres qui articulaient « ne t’en fais pas, tout ira bien, je vais t’aider… je vais t’aider », sa main qui devenait rouge alors qu’elle retirait le couteau à viande qu’elle avait enfoncé dans mon ventre. Ca faisait mal… Je ne sais plus ce qui faisait le plus mal… La voir ainsi, si malheureuse, le couteau… ou l’idée que j’étais un monstre à ses yeux… Elle a dit, je me souviens, qu’elle allait tuer le monstre qui avait dévoré son enfant… Enfin je me souviens assez mal de ça… Ma conscience m’a lâché…  Je sais juste que je l’ai laissé faire. Je n’en revenais pas,  j’avais mal et en même temps c’était probablement la seule chose que je pouvais faire…ne pas réagir. Après tout, si j’étais un monstre à ses yeux alors elle avait raison… Heureusement ou malheureusement, Zack m’avait encore suivi. Il s’est toujours soucié de moi et a toujours remarqué quand ça n’allait pas. Lui… lui a des capacités proches de la télépathie… il l’a arrêtée, assommée… Ma mère est devenue hystérique, a fini à l’asile pendant les quelques jours de l’absence de mon beau-père et d’Arès… A cause de moi… Elle demandait à tuer le monstre… Elle hurlait qu’on lui rende son enfant… On m’a proposé de lui effacer la mémoire avec un cristal. Je l’ai fait, moi-même, par respect, par nécessité… C’était moi qui avais causé ça… C’était à moi de réparer… Pour qu’elle soit de nouveau souriante et heureuse, sachant pertinemment que je l’avais perdue au moment où j’avais dit qui j’étais… enfin ce que j’étais plutôt. Je savais ce qu’elle penserait de moi si elle l’apprenait… Zack… m’a beaucoup répété que c’était parce que l’annonce avait été trop brutale, parce qu’elle n’avait pas eu le temps de s’y préparer… parce qu’elle n’avait pas eu le temps de revoir correctement son fils avant d’entendre cette horrible vérité. Mais tous les deux nous savions ce qu’il en était… J’ai été soigné… et puni pour mon erreur… Ca m’a beaucoup enseigné sur moi et les autres. Par la suite, devenir réellement dragon a été… bien plus simple.


J’avais fermé les yeux en me remémorant cette partie de mon passé. Je ne savais même pas pourquoi je lui racontais ceci… Je voulais juste lui justifier que les rêves d’enfant méritaient d’être poursuivis quand ils venaient de soi et pas des autres… Puis je m’étais égaré sur un moment de mon passé, un terrible moment sans doute, je ne sais pas… Mais qu’est ce qui m’avait pris sérieusement ?! Je n’avais jamais eu la moindre intention de lui dire ça ! C’était mon passé, un passé inutile qui ne me faisait strictement rien ! Je m’en fichais de ce qui s’était passé ce jour-là mais c’était à moi et personne n’était censé le savoir ! Pour un humain j’imagine que ça devait être traumatisant mais on m’avait appris à enfermer ces moments et c’était juste quelque chose de froid, glacial dans mon âme, rien de spécialement désagréable, simplement neutre. Je crois que j’en avais d’ailleurs parlé comme de la pluie et du beau temps. Ca ne faisait rien remonter chez moi. Rien… Je savais que j’étais censé être triste, que c’était anormal… qu’un évènement comme celui-ci ne provoque rien chez moi. Mais c’était ainsi… Enfin si c’était normal, chez un dragon. Un dragon ne ressent rien…
Je me sentais bête de lui avoir révélé ça néanmoins, vraiment bête… Je le regrettais aussitôt et j’avais beau cherché une raison, même la plus absurde à ma brusque révélation, je regrettais plus qu’autre chose… Je comptais pourtant me taire dorénavant et ça… je pense que je ne l’aurais jamais dit de toute manière ! Je n’avais au de cesse de l’embêter. Est-ce que je ne retenais jamais mes leçons ?! Me taire ! Me taire et la laisser partir !

Je l’avais dit à demi-mots d’ailleurs… Mon comportement avec elle avait été beaucoup trop déplacé. Il fallait que cela cesse. J’étais triste de penser à cela par contre. Triste de penser que je devais encore m’éloigner d’elle, triste de penser qu’en fait elle ne voulait pas que je sois près d’elle, que j’avais mal agi, toujours mal… triste de penser que j’étais mieux avec elle qu’avec n’importe qui mais que ce n’était pas réciproque. Je me crispais.


Ecoute… oublie tout ça. Je suis désolé… Je… je sais pas pourquoi je t’ai dit tout ça. Je n’avais absolument aucune intention de te dire… avec ma mère c’est… oublie… Je te demande pardon pour tout ce que j’ai dit et fait et… je vais arrêter désormais, je te promets. Je ne me mêle plus de tes affaires.

Et dire que je comptais lui proposer d’aller voler, de la masser, la câliner… même pas de coucher ensemble en plus ! Là je me sentais froid, froid, tellement froid… Tout mon corps avait froid alors qu’il faisait si doux où nous étions. Quelque chose me serrait la gorge. Le souvenir que j’avais évoqué, devant elle, m’apparaissait bien… triste tout à coup. Comme si j’avais été incapable d’en souffrir avant de le dire… non avant de le lui dire… à elle. Cette situation me rendait triste, la distance entre nous me rendait triste… Triste… je ne savais même pas que je pouvais l’être, vraiment, c’était tellement douloureux comme sensation. J’en appelais à tous mes enseignements et j’enfermais tout ce que je ressentais, ma personnalité de pierre remontant aussitôt à la surface. Tant que j’étais plus dragon… je ne souffrirais pas.
Je me sentis bien sourire, d’un de mes beaux sourires d’apparat et lui tendre mon verre pour trinquer.


A nos vies complexes très chère ! J’espère que tu as faim !

Je détournais la conversation, complètement. Il n’y avait pas vraiment de conversation de toute façon et je ne sais lequel d’entre nous avait le moins envie de parler. Boire et manger était devenu bien plus simple que de parler. Contempler le ciel et la nuit, le paysage et la vie endormie parvinrent néanmoins lentement à m’apaiser, pleinement. J’étais proche d’elle mais pas au point de la toucher et je n’avais eu aucun geste envers elle, ni pour l’enlacer, ni pour l’embrasser, ni pour la chahuter, rien en fait… rien. C’est ce que nous étions censé être l’un pour l’autre, non ?

Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé, si c’était accidentel ou si elle l’avait voulu… Le fait qu’elle communique avec moi, qu’elle me dise tout ce qu’elle pensait en réponse à mes propos dans la baignoire avait fait naitre de la répartie chez moi et beaucoup trop de confidences involontaires. Sa main en tous les cas vint frôler doucement la mienne alors qu’elle ne me regardait pas. Non… ça ne pouvait pas être moi… Moi je restais immobile, sur sa gauche… Parce que j’étais gaucher, elle droitière. Sa main gauche se posa finalement sur la mienne, ma main droite alors que devant nous s’étalait cette vue magnifique. Elle ne dit rien, nous mangions chacun en silence. Pourtant sa petite main qui me paraissait si chaude alors que ma peau, normalement brûlante était devenue progressivement si… froide… pressa lentement ma main, tout doucement, comme si elle s’attendait à ce que je la retire d’un coup si elle faisait un geste brusque. Elle la serra progressivement jusqu’à le faire fort, vraiment fort… Je compris instantanément que c’était à cause de ce que je venais de dire, de cette révélation sur ma mère, sur moi, sur mon secret. Je le sentis alors qu’elle ne me regardait pas, ne disant rien, se contentant de presser ma main, comme pour me dire qu’elle était là, si gentille demoiselle alors que je n’avais pas arrêté de l’embêter avec mes actes et mes mots. Je sus qu’elle agissait ainsi à cause de ce souvenir car celui-ci émergea violemment dans mon esprit et qu’un tremblement m’agita. Ma gorge s’était nouée, fort, tellement fort et je sentis que mes épaules, d’ordinaire si droites s’abaissaient d’un coup. Quelque chose me brûlait quand je respirais, c’était si froid, ça faisait tellement mal… Tout à coup, près d’elle, ce souvenir auquel j’avais pourtant déjà pensé souvent, à chaque fois que j’allais voir ma mère en fait, me paraissait horrible, insoutenable, insurmontable. Alors que je m’étais mis à trembler, elle serra un peu plus sa main sur la mienne, faisant blanchir ses jointures. Elle ne me regardait toujours pas, fixant le paysage mais je vis bien, à son profil qu’elle était tendu. Je ne sais pas ce qui me prit encore une fois mais je me tournais légèrement vers elle, fermant les yeux et venant appuyer mon front sur son épaule. J’avais mal… Je n’arrivais pas à respirer ! C’était douloureux ! Tellement douloureux. Comme si elle savait que ça allait arriver elle avait lâché ma main et passa ses bras autour de moi. Je ne pleurais pas mais je tremblais beaucoup, je respirais par à coups, chaque aspiration me brûlant la gorge et les poumons. Un bras de chaque côté de son corps, je m’appuyais contre elle, un peu lourd je crois, je ne me rendais pas vraiment compte. Elle s’était aussi un peu tournée vers moi, m’accueillant tout contre elle comme pour m’aider à surmonter ce chagrin que je n’imaginais pas posséder. Elle murmura tout doucement mon surnom, plusieurs fois, très bas… Je ne sais pas si elle prononça d’autres mots, je n’entendais pas, humant juste son odeur qui m’apaisait un peu. Dès que j’avais été contre elle, même si ça faisait mal c’était… surmontable. L’une de ses mains vint se glisser dans mes cheveux si ébouriffés. Je fus vaincu…
Je ne sais pas combien de temps cela dura… J’avais l’impression que ça n’avait duré qu’un instant et pourtant… pour elle ça devait probablement être tellement long. Ca me faisait du bien d’être contre elle. J’arrivais à affronter cet aspect de mon passé qui avait fait tant de mal en moi sans que je le sache. Je me redressais pourtant aussi rapidement que possible en me raclant la gorge.
Heureusement que nous avions bien mangé juste avant, je n’étais plus capable d’avaler quoi que ce soit.


Désolé…

Je m’étais refermé d’un coup, je le sais bien, m’écartant d’elle en fuyant son regard, fuyant tout court. Le ciel m’appelait encore… Il y avait trop de détresse à être près d’elle. Alors qu’elle venait tant de m’apaiser je me souvenais que je n’étais pas censé agir ainsi avec elle et que je lui avais encore imposé une part de moi décidément… beaucoup trop faible.

Je… je vais ranger et je te ramène…

La mâchoire crispée, sans en dire davantage, je m’étais déjà retourné vers le grand sac que j’avais pris pour pouvoir ramener tout ce bazar que j’avais trimballé, commençant à poser dedans les petits plats vides de notre repas original et bien trop horrible pour elle, je m’en rendais compte. J’étais vraiment un abruti… La nuit… était pourtant si belle… Alors pourquoi, comment avais-je pu autant la gâcher ?
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 5 Mar - 20:03

Bien sûr que Cassidy préférait le Tristan maladroit, drôle mais honnête, sincère plutôt que cette espèce de pâle figure de chevalier pompeux et beaucoup trop sérieux ! Rien que le deuxième, elle se serait aussitôt éloignée de lui… Mais pour le premier, elle n’était pas habituée… En fait Jilian était aussi un peu comme ça et pourtant, elle n’avait cessé de le repousser à chaque fois… Alors oui décidément ce n’était pas gagné. Peut être que Tristan n’avait pas l’habitude d’être traité de la sorte mais Cassidy ne pouvait absolument rien y faire. Elle était comme ça… et malheureusement, personne ne la connaissait suffisamment pour voir un changement. Oh à part un certain blond… mais il y avait fort à parier qu’il ne dirait rien.

Pourtant encore une fois, elle fit appel à sa frustration lorsqu’il la rejoignit dans la baignoire, parla longuement tout seul avant de ressortir. Elle avait peut être des gros défauts mais la demoiselle préférait réagir à chaud qu’à froid. Parce qu’à froid elle était aussi bien capable d’exploser à n’importe quel moment si on ne l’avait pas laissé parler plus tôt. Difficile et compliqué…

Alors il est vrai, la demoiselle était complètement renfermée, ronchonne. Elle ne comprenait pas pourquoi Tristan était parti comme ça alors que c’était quelque chose de très sérieux, d’important. Pendant un bref instant, elle pensa justement que c’était peut être une maladresse de sa part encore. Mais quand Cassidy voyait rouge, elle était incapable de raisonner correctement. Seule la rancœur l’agitait et elle aurait bien aimé lui dire ouvertement qu’elle n’appréciait pas ! Tellement maladroite… Mais ceci était un comble pour une jeune femme qui était restée très longuement seule et qui ne devrait, à contrario, se ficher totalement des discussions. Cependant, comme c’était tout nouveau pour elle, de discuter avec quelqu’un de sujets sérieux, sans détours, sans chichis, elle acceptait très mal le fait que l’échange ne soit pas entier.

Elle était sortie du bain, encore plus contrariée que tout à l’heure. Ce n’était pas possible de tout faire planter comme ça ! Elle s’était montrée si investie en le soignant, si…proche de lui. Culpabilisant, le défendant, envers et contre tous même si elle savait pertinemment que les Friholdiens avaient eu raison d’agir ainsi. C’était peut être un gros pas en arrière. Si il était resté dans la chambre, elle lui aurait parlé avec plus de douceurs, elle lui aurait peut être fait quelques confidences supplémentaires au sujet d’elle, de la magie, de ce qu’elle ressentait… Elle aurait pu lui dire tant de choses. Peut être qu’il l’aurait écouté patiemment, ils auraient continué à discuter… peut être cherchant une solution… ou peut être qu’elle se serait totalement braqué encore une fois !

On ne change pas d’avis en quelques jours ça c’était certain ! Et Cassidy était quand même une sacrée fichue têtue bornée bourrique. Rien que ça. Elle n’avait plus rien à voir avec cette petite fille souriante, polie, respectueuse, acceptant les remarques avec plaisir, pétillant de malice et de bonheur. Non… tout ceci n’avait été qu’une façade, comme ses parents lui avaient appris. Sois gentille, polie, fais bien les choses et les dieux te récompenseront. Ses fesses oui ! Elle avait essayé… maintes et maintes fois… même quand c’était difficile, même quand elle avait des doutes… Elle avait tellement menti… mettant de côté sa rage, sa colère. Qui avait déjà vu Cassidy s’énerver ? Personne ! Elle pleurait beaucoup aussi le soir… parce que Tristan ne faisait que la repousser… parce qu’elle avait des doutes sur sa façon de se conduire… Elle avait aussi pleuré… quand il était parti. Elle avait beaucoup pleuré… quand personne ne voulait lui apprendre la magie.

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Elle avait tout fait comme il fallait… Elle était appréciée, quoique un peu solitaire. Elle était admirée et tout le monde disait que la persévérance payait un jour. Voilà où ça l’avait mené ! Dans une maison close ! Sur les routes ! Obligée de vendre son corps pour récupérer un peu d’argent afin de voyager… Faisant les tâches les plus ingrates pour recevoir quelques pièces. Pour courir derrière un objectif dont l’espoir se réduisait de jour en jour. Elle avait pourtant tenté de continuer à sourire… Elle se cachait dans une façade. Elle faisait semblant même si c’était de moins en moins habile. Et puis, son accident avait tout changé… Elle avait arrêté de bien se comporter. Elle avait arrêté d’être comme on lui avait appris… Et puis tant pis si on l’appréciait ou pas comme ça. Si quelqu’un le voulait vraiment, il finirait par percer cette enveloppe de rage et de haine, quelqu’un qui arriverait à la faire devenir elle et pas comme on l’avait formé.

Cassidy agissait différemment c’est vrai mais c’était uniquement à cause d’un tout petit truc qui s’appelait : pas lui avoir laissé le temps de parler. Alors elle s’était repliée instinctivement sur elle-même, son humeur étant extrêmement changeante et instable en fonction de ce qui se passait. Mais faire des erreurs, ça faisait partie de l’apprentissage non ? Elle avait pris une ancienne tenue, non pas pour faire quelque chose à Tristan, non pas pour lui faire passer un message mais juste parce qu’elle se sentait un peu plus forte dans ces affaires, moins vulnérable.

Et la vulnérabilité lui faisait mal… peut être qu’elle pouvait comprendre Tristan car lui-même essayait d’être plus ouvert, plus sincère. Sauf que la demoiselle était tournée sur elle-même. Il est vrai qu’elle n’attendait rien de Tristan. Elle n’irait pas jusqu’à dire qu’elle voulait juste coucher avec lui loin de là ! Elle avait apprécié réellement ces premiers moments quand ils allaient au restaurant, quand il partait et qu’elle s’impatientait. Cependant, une fois l’ivresse de la nouveauté passée, la raison revenait au galop et toutes ces réflexions ne l’aidaient pas à agir naturellement. Cassidy avait toujours agit naturellement, elle faisait comme bon lui semblait. Ca allait aussi bien pour les mauvaises choses… que les bonnes choses. Elle ne réfléchissait pas ni se souciait de l’avenir, des quand dira-t-on, de ce qui pourrait se passer. Sauf qu’avec Tristan, la demoiselle s’était mise à réfléchir… beaucoup trop. Et voilà le résultat !

Des périodes de bonheur et plus sombres. Des périodes où elle était euphorique et d’autres où elle se montrait simplement distante. Juste comme ça… C’était effrayant, ça l’effrayait. Alors qu’avant, tout était si simple, si naturel. Et il fallait dire que Cassidy détestait se prendre la tête sur quelque chose. Le gros souci c’est qu’ils étaient bloqués. Parce que Tristan était incapable de savoir ce qui lui arrivait et elle aussi. Elle n’acceptait pas… simplement qu’elle pouvait avoir des sentiments amoureux envers lui. Ce n’était pas possible, absolument ! Elle ne voulait peut être pas le reconnaître car si elle finissait par y croire, seule, elle le repousserait si brusquement que cela pourrait faire des dégâts. Pour ne PAS être blessée, pour ne pas l’entendre dire que les dragons n’aimaient pas, n’avaient pas de sentiments.

Finalement, c’était bien compliqué et ils s’embourbaient dans une situation qui n’était pas très agréable, faisant des pas en avant puis en arrière, sans aucune évolution, à part des petites révélations qui étaient bien venues mais pas suffisantes pour débloquer cette situation.

Tristan était revenu mais la demoiselle était maussade. Encore embêtée d’avoir été abandonnée dans le bain alors qu’il disait des choses si importantes. Elle chercha à riposter, à lui dire peut être qu’elle ne voulait pas mais les mots ne sortirent pas. Parce qu’elle savait déjà que son humeur se voyait comme le nez au milieu de la figure, et qu’il risquait encore de croire qu’il avait gaffé. Alors elle accepta mais pas sans avoir poussé un soupir résigné. Elle le laissa faire sagement quand il lui couvrit les yeux puis la porta.

Cependant la surprise n’en était pas vraiment une et si il avait vraiment la…surprendre, ce n’était pas vraiment le cas. Même sans bandeau elle aurait reconnu rapidement l’endroit. Il y avait juste le fait qu’il faisait nuit et que ça rendait le lieu encore plus magique que d’habitude. Elle tenta d’être… plus aimable même si ça se voyait beaucoup qu’elle se forçait pour le moment. Elle tentait de lui dire que c’était original, qu’elle appréciait mais cela sonnait terriblement faux et la demoiselle s’en rendait tout à fait compte.

Tristan ne disait rien. Elle savait, qu’il croyait encore mal faire. Pourtant Cassidy ne savait pas vraiment par quoi commencer, ce qu’elle devait lui dire. Elle tenta de manger sagement mais la nourriture avait un goût de cendre dans la bouche. Parce que justement, elle n’était pas à l’aise, pas détendue, à cause de tout ce qui lui tournoyait dans la tête.

Il ne disait rien à côté… Elle savait qu’il avait fait d’énormes efforts. Là ça rentrait tout à fait dans ce qu’elle aimait. Un repas au clair de lune, dans la nature, loin des humains. Un petit coin de paradis, romantique à souhait, pour profiter d’une agréable soirée… Elle aurait être dû complètement admirative, de tous ces efforts qu’il faisait. Pourtant Cassidy avait d’énormes défauts et en voilà un.

Consciente que de toute manière, le repas était gâché, car personne ne parlait, elle décida de briser le silence en se lançant dans une très longue tirade. D’abord elle lui expliqua qu’il ne lui avait pas laissé le temps de s’exprimer. Elle avait rajouté un truc, beaucoup trop instinctivement. Ce n’était pas dit sur un ton agacé, elle essayait de se montrer un peu… douce et prévenante mais la demoiselle ne se doutait pas que Tristan pouvait mal le prendre. Et pourtant… si il savait à quel point c’était RARE chez elle de chercher la conversation avec quelqu’un, de répliquer, de répondre. Cela pouvait être mal perçu à ses oreilles et pourtant pour Cassidy, c’était quelque chose de totalement nouveau. En temps normal, elle n’aurait pas bronché, elle se serait fait insouciante et profitant du moment présent.

Là au contraire, ça montrait clairement qu’elle ne s’en fichait pas. Elle parla… Il y avait tellement de choses à dire que la jeune femme ne se concentra pas sur ses premières paroles, quand il lui avait dit qu’il arrivait à voir quand elle appréciait ou pas un truc. Juste par rapport à la magie. Elle lui disait pas mal de choses, parlant avec beaucoup d’ampleur, d’investissement. Sans s’arrêter, sans la moindre pause, la moindre hésitation. Ce qu’il ne savait pas et prenait pour une discussion peut être un peu normale, c’est que Cassidy ne s’était jamais exprimée sur le sujet aussi longtemps… elle ne s’était jamais exprimée tout court envers personne. Et là c’était bien un cadeau qu’elle lui faisait. De pouvoir parler comme ceci, lui montrant que ça l’intéressait bien plus que ce qu’elle ne montrait.

Une fois toutes ses explications faites, elle regarda soigneusement Tristan. Celui-ci avait une expression neutre pendant toute la durée de son discours, sans laisser rien paraître. Que ce soit de l’intérêt ou pas, il ne montrait absolument rien. Cependant un sourire apparut sur son visage, qui lui donnait un air un peu mélancolique, elle ne savait pas trop quoi au final. En même temps ce n’était pas vraiment très joyeux comme discussion.

La jeune femme regarda les brochettes posées dans un grand plat. Elle avait mangé du gâteau tout à l’heure mais la faim était toujours présente. Quand même, le fait de lui avoir parlé de tout ça l’apaisa beaucoup. Sortir les pensées de sa tête était quelque chose d’agréable, de parler avec une personne qui écoutera attentivement. Pendant un instant, elle s’était trouvée assez ridicule. Lui parler de ça alors qu’elle ne savait pas de quoi l’avenir était fait ? Difficile… compliqué…

Cassidy reprit une brochette un peu plus naturellement et croqua dans un morceau de viande. Le goût était légèrement sucré comme si il y avait eu une sorte de marinade qui s’accordait très bien avec. Elle voulut lui dire, que c’était super bon, sauf qu’il décida de répondre à ses paroles. Son morceau qu’elle avala à la hâte, elle le sentit descendre le long de son œsophage et elle fit une grimace.

Dans ses paroles, il semblait content et la remerciait. Bien que le ton de sa voix n’avait rien de… reconnaissant. C’était poli mais loin d’être clairement démonstratif. Il s’expliqua alors en expliquant pourquoi il était parti aussi vite sans lui laisser le temps de parler. Elle en fut un peu outrée par ses paroles, son raisonnement. Il lui disait même qu’elle connaissait plus de choses qu’elle n’avait l’air de le croire. Là Cassidy parut absolument scandalisée. A aucun moment elle n’avait dit que c’était une ignorante non ?! Elle ne s’exprimait pas beaucoup c’est certain mais la jeune femme lui avait bien dit qu’elle travaillait dans une bibliothèque de Galaden. Il lui semblait même lui avoir dit qu’elle avait essayé d’apprendre par elle-même. A moins qu’elle ne l’ait rêvé ?

Il est vrai qu’elle disait détester lire… mais c’était nouveau, c’était à cause de ses déceptions. Elle ne lui avait jamais dit ouvertement qu’elle n’y connaissait rien à tout ça ! Sauf qu’elle ne disait rien au contraire… elle ne dévoilait pas. Parce que toutes ces connaissances qu’elle avait accumulé ne lui servait à rien. Parce que malgré ce qu’elle savait, on s’en fichait. Elle espérait aussi secrètement qu’on lui fasse passer un test écrit à l’époque, qu’on lui pose des questions. Si on remarquait qu’elle s’y connaissait suffisamment bien, peut être que finalement on changerait d’avis pour la prendre comme apprenti.

Encore une fois il se fourvoyait mais c’était bien elle qui avait amené à cette situation. Au moins, cela prouvait qu’elle était tout à fait capable de se faire passer ignorante, on l’interprétait de cette façon. Mais curieusement, encore une fois Cassidy n’appréciait pas. Pas les paroles de Tristan, de la voir comme une ignorante. Peut être qu’elle pensait secrètement qu’il comprendrait qu’elle sait des choses mais le cache. Mais c’était à perdre la tête puisqu’elle ne voulait pas qu’on l’observe, pas qu’on la remarque. La demoiselle retint un soupir las, encore un bon sac de nœuds. Etait-ce possible d’avoir quelque chose de plus simple de plus naturel ? Ils auraient bien besoin de quelqu’un qui pourrait donner des conseils et surtout pour elle. Car actuellement, tout ce qu’elle risquait de faire, c’était de faire fuir Tristan quand il comprendrait que c’était une femme bien trop compliquée, qui soufflait le chaud et le froid de manière exceptionnelle et très rapide.

Elle avait besoin qu’on la guide…

Pourtant Cassidy reporta son attention sur Tristan. Au départ elle voulait protester sur ses paroles mais il ne lui en laissa pas le temps, enchaînant et cherchant à s’excuser. Qu’il lui avait causé du souci tout en ayant plein de choses à lui dire. Il disait apprécier son point de vue, que c’était intéressant. Elle avait froncé les sourcils quand il parlait de hasard. Tsss.. Décidément il en savait bien peu sur la magie… Tiens donc voilà qu’elle se sentait maintenant un peu plus supérieure maintenant ? Cherchant des exemples dans sa tête, elle avait trouvé foule d’arguments et de situations pour le convaincre du contraire sauf qu’il continuait de parler, encore une fois. Parlant des Drakkaris… Bon là elle ne pouvait être que d’accord avec lui, surtout après ce qui s’était passé aujourd’hui ! Cependant, elle avait encore de quoi réagir ici. Mais ne le fit pas car il était lancé dans une longue tirade qui ne pouvait pas s’arrêter.

Elle le regarda, même si elle semblait lui montrer n’être pas d’accord avec lui, comme le prouvait ses sourcils froncés et son air pincé alors qu’elle l’écoutait.

Il disait qu’elle devait se battre et trouver des choses pour avoir envie de progresser. Sauf qu’elle s’était battue oui, elle en avait suffisamment fait et elle ne voulait pas en faire plus. Au bout d’un moment il faut savoir tourner la page… surtout après 8 longues années de recherche, de persévérance. Ce n’était pas lui qui allait lui faire la morale là-dessus. Elle haussa les yeux au ciel quand il déclara qu’elle n’avait peur de rien. Pour l’amour des dieux ! Mais elle n’avait rien demandé elle ! Depuis ce stupide accident qui avait dévoilé ses oreilles et ses dents, elle n’avait plus eu peur de rien… pour une raison qu’elle ne comprenait pas. Ce n’était pas elle qui l’avait voulu ! C’était… ça faisait parti d’elle. Les humains avaient tout un tas d’émotions, les dragons étaient réputés pour n’en avoir aucun. Quand comprendras-t-il ENFIN qu’elle n’avait PAS VOULU arrêté d’avoir peur ? Que ça s’était fait naturellement, comme si ça faisait partie d’elle… de ce qu’elle était. Ses parents étaient humains…

Malheureusement elle n’avait pas pu se renseigner davantage, ayant décidé de s’en foutre totalement mais peut être que si ses parents étaient tout à fait normaux, ce n’était pas le cas de ses ancêtres. Ses grands parents étaient morts de chaque côté de la famille… alors elle ne risquait pas apprendre des choses par ici.

Cassidy avait relâché sa brochette tout en croisant les bras, l’écoutant. Aucune chose n’a d’importance pour elle c’est vrai… mais pas tout… elle avait changé. Pourtant il avait raison sur un point, elle n’avait pas cette petite flamme de vie qu’elle ressentait quand elle était sur les routes. Quand elle avait vu de la magie pour la première fois, c’était comme si elle était attirée par celle-ci… comme si… c’était quelque chose d’extrêmement sérieux et important pour elle. Elle le ressentait au fond d’elle. Aujourd’hui ça ne lui faisait plus rien. A moins qu’elle ait volontairement bridé cette envie… Tristan avait raison. Elle se mordilla la lèvre inférieure mais refusa encore de l’admettre, trop fière trop têtue.

Pourtant il avait éveillé en elle cette possibilité… La possibilité peut être de recommencer. Il voulait juste qu’elle soit heureuse. Il était touchant de sincérité et même si l’expression de Cassidy était très fermée, elle écoutait. Cette possibilité ne demandait qu’à grandir. Et puis lui au moins il croyait en elle… Et mine de rien ça lui faisait quelque chose. Seulement, la jeune femme était quand même très terre à terre. Faire de la magie c’est bien, mais pourquoi ? A part ce petit truc ? Oh si elle pouvait s’en servir elle brûlerait toutes les maisons closes existantes et torturerait tous les bourreaux existants. Voilà qui apaiserait son cœur en peine. Ce n’était peut être pas vraiment… la bonne idée non ?

Elle le regarda quand il termina son discours, il avait l’air triste mais sincère. Le regardant avec beaucoup de curiosité, d’interrogations… Elle ne disait rien, cherchant à garder dans son esprit toutes les paroles, cherchant à recoller les pièces du puzzle. Cassidy ferma les yeux en inspirant doucement, cherchant par quoi commencer. Peut être que c’était le moment de discuter un peu plus ?

Pourtant, il voulait reprendre la parole. Elle observa l’étrange phénomène, cette lueur qui se dégageait de ses marques et elle haussa un sourcil curieux. Tiens… elle avait déjà remarqué que ce n’était pas normal que ses marques brillent. Mais là avec son air tout à fait perdu, on aurait dit que ses marques réagissaient par rapport à son émotion du moment. Il parlait de sa mère. Elle n’avait jamais entendu ce discours, connaissant juste le Tristan assez réservé, timide au début, peut être même un peu secret avant de devenir le voyou qui la charriait tellement au quotidien.

Il déclara alors que Cassidy avait pallié au manque de Tristan… pour la musique. Elle se raidit quand il aborda ce sujet. Souvenir beaucoup trop intense, même pour elle. Aussitôt dans sa mémoire, les images se mirent à défiler… ses anciennes émotions… le pourquoi du comment. Elle était extrêmement crispée et détourna le visage de lui, une émotion mélangée entre la colère et la tristesse. Pas tournée directement vers lui… quoique… elle l’écouta… Il disait que depuis qu’il la côtoyait, ses souvenirs revenaient, alors que ça ne devrait pas être le cas.

Elle se revoyait très bien… avant… cette perfection n’était qu’un leurre… un horrible mensonge. C’était très étrange qu’il parle de ça et les paroles sur sa mère, sur le fait qu’elle le trouvait plus extraordinaire qu’il ne le voyait, avait un bon goût de répercussion de ce qu’il lui disait aujourd’hui. Il lui disait qu’elle était bien, peut être extraordinaire, pas commune… alors qu’elle ne s’en savait pas capable. Ne faisait-il que reproduire les erreurs de sa mère au final ? Cassidy se mordilla de nouveau la lèvre inférieure puis tripota ses doigts. Il disait qu’elle verrait qu’il était différent. Pourquoi ? Au final, ils se ressemblaient… elle était très différente de la Cassidy d’avant. Un goût prononcé pour l’adrénaline et les sensations extrêmes, l’absence de peur… rien à voir avec la Cassidy d’avant. Une fille sauvage capable de courir sur une longue distance, sautant aux arbres et arrivant à grimper grâce à son physique (même si des fois encore elle se cassait lamentablement la figure).

Elle aurait dû être une mage… utiliser la magie pour monter dans les arbres, pour courir plus vite… Elle aurait dû être fragile, sensible, émotive… comme un mage qui a un peu trop peur de se mouiller… elle aurait peut être dû persévérer au piano c’est vrai… Mais elle était tellement différente d’avant. Plus les mêmes objectifs, pas la vie qu’elle imaginait… et puis… ses oreilles, ses dents… elle avait vu le regard effrayé de sa mère, celui abasourdi de son père quand ils l’avaient revu depuis si longtemps… Cassidy avait observé, elle avait senti… que quelque chose ne tournait pas rond, qu’elle n’était pas comme avant et que ce n’était PAS qu’un changement de caractère. Un secret peut être ? Un truc que ses parents avaient dissimulé ?

Et pourtant, la suite par rapport à Tristan correspondait curieusement, bien qu’en plus tragique, à ce qui aurait pu lui arriver… si elle était revenue plus tôt… Oh oui elle se rappelait tellement de sa détresse quand son corps avait changé… elle n’avait pas eu peur d’elle-même mais… il y avait quelque chose qui l’effrayait quand même… elle aurait pu se réfugier chez ses parents, tout raconter. Casser avec fracas cette histoire de fille parfaite… se confier… se faire écouter. Comment ses parents auraient pris le fait qu’elle était devenue une tueuse, accro au sexe, prostituée et sans aucune peur pour plus rien ? La peur… là oui elle était d’accord avec Tristan. Ce qui était différent faisait peur mais ce n’était pas par rapport à la magie… mais par rapport à ce qu’on pouvait être… ou devenir. Pourtant, quelque chose l’avait retenu… quelque chose de très bon conseil à ce moment là qui avait très rapidement compris le danger. Elle s’en était sortie. Pas seule… mais heureusement qu’elle avait eu la bonne chose au bon moment qui avait réussi à apaiser son esprit, à lui faire entendre raison… elle ne savait même pas comment elle avait réussi à l’écouter… mais cela l’avait sauvé d’un destin qui aurait pu être… funeste.

Il parla et sa voix avait étrangement d’émotions, si perceptibles, si puissantes. Quelque chose qu’il n’aurait pas dû dire. Quelque chose qui sonnait comme une véritable révélation. Il disait qu’il avait tenté de montrer à sa mère, il s’était accroché à elle… l’amour d’un fils pour sa mère… et la tragique répercussion face à ce mystère qui avait été dévoilé. Cassidy avait écarquillé les yeux de terreur, d’horreur, de douleur. Difficile de dire quelle émotion s’emparait d’elle mais c’était comme si cela l’avait personnellement touché, et sonnait comme un terrible écho avec ce qui aurait pu lui arriver aussi…

*Tu comprends maintenant ?*

Oh oui elle comprenait… le fait de devoir cacher. Quand elle avait dit à Tristan de tout révéler, elle faisait encore la fière alors qu’on l’avait prévenu à maintes reprises qu’il y avait une bonne raison à ça et qu’elle-même cachait la vérité… On lui avait dit, répété… que ce n’était pas possible. Que les êtres comme eux devaient se montrer discrets… Elle pensait… mais ne respectait même pas ce qu’elle disait elle-même. Horrifiée, choquée, tremblante et presque les larmes aux yeux par cette horrible révélation. Elle avait l’impression de s’y croire et cela lui rappelait tant de choses.

Cassidy était silencieuse, accusant le coup sans dire un mot. Elle se rendait compte à quel point c’était un souvenir douloureux. Il était courageux… très courageux. Car elle, jamais elle n’aurait pu lui confier cela si c’était arrivé. Il était prêt à faire quelque chose d’extraordinaire pour elle, même si il savait qu’elle ne verrait plus sa mère de la même façon après ça.

Et alors qu’elle était sans rien dire, ne sachant pas comment aborder les choses, ne sachant pas si elle devait attendre qu’il s’exprime, l’attirer contre elle ou bien autre chose, il parla une nouvelle fois. Lui demandant d’oublier, qu’il ne voulait pas lui dire au début, qu’il voulait arrêter tout ça et qu’il ne se mêlerait plus de ses affaires. Comment pouvait-elle être aussi… distante après ce qu’il lui avait raconté et qui sonnait étrangement en écho avec sa propre histoire mais en moins tragique ? Elle n’éprouvait pas de la compassion non… mais un énorme respect pour lui. D’avoir affronter ça…même si il disait ne plus éprouver de sentiments.

Elle ne le regardait pas au début. Puis il avait levé son verre et cela avait attiré son attention alors elle le regarda. Sourire… pas sincère, pas après ce qui s’était passé. Il tenta même de plaisanter en parlant de manger. Cassidy le regarder alors qu’il mangeait.

Et puis, la demoiselle s’approcha doucement de lui. Peut être voulait-elle être présente, peut-être voulait-elle juste lui montrer qu’il pouvait laisser aller ses émotions. Cassidy posa sa main sur celle de Tristan. Mangeant sans rien dire de plus si ce n’est que serrer sa main qui était si froide. Elle ne disait rien… Et pourtant Tristan semblait se tasser, comme si il sentait un énorme poids sur ses épaules. Elle voulait lui faire comprendre qu’elle était là. Et puis, elle le prit contre elle, cherchant à le bercer, lui caressant doucement les cheveux. Rien de plus… Juste le bercer, le détendre, l’aider peut être… être une présence sur laquelle il pouvait s’appuyer. Ce qu’il ignorait, c’est qu’elle repensait aussi à tout ce qui lui était arrivé avant et cela sonnait comme quelque chose de semblable.

Il s’excusa puis se braqua totalement avant de se détourner et expliquer qu’il la ramènerait. Cassidy comprit qu’il était temps alors de faire un pas en avant… qu’il comprenne.

La jeune femme se redressa lentement. Tristan lui tournait le dos. Elle inspira profondément, comme prise d’une importante mission dont elle était chargée, et qui ne serait pas facile à accomplir. Résignée. Il y avait dans son regard une lueur étrange… différente de d’habitude. Il lui avait rappelé tellement de choses ce soir là, et il méritait d’en savoir davantage, pour le courage qu’il avait eu. Enfin davantage… un tout petit peu pour commencer.

Elle avança. Il était accroupi et rangeait les affaires assez hâtivement. Elle s’accroupit à côté de lui et l’appela d’une voix autoritaire.

« Tristan »

La demoiselle lui prit d’un geste le sac des mains et le posa à côté d’elle. Il semblait fuir son regard. Alors elle se pencha vers lui et déposa un très léger baiser sur sa joue, comme une caresse, puis elle lui prit les mains.

« Je comprends ce que tu veux dire… »

Elle inspira profondément ne sachant pas par quoi commencer.

« Je devrais déjà te remercier… je te trouve courageux… d’avoir raconté tout ça. En fait je voulais déjà commencer par te réprimander parce que je ne me crois pas… inférieure. Enfin j’ai beaucoup lu dans le passé et malgré ce que je dis… enfin oui je connais beaucoup de choses… j’ai beaucoup retenu… »

Cassidy lâcha ses mains et semblait un peu paniquée, ayant l’impression d’avoir encore gaffé dans ses propres.

« C’est pas ta faute ! Je… je parle pas vraiment avec les gens. Aussi longtemps… pas même avec Jilian. La magie… c’est un sujet sensible chez moi… parce que… enfin je t’ai toujours dit que j’y connaissais rien mais c’est pas vrai…enfin je te l’ai jamais dit ouvertement, mes silences t’ont fait penser ça alors… »

Elle bredouillait, vraiment confuse, ne sachant pas comment s’expliquer et détournait la tête.

« En fait je pensais… que si j’en savais suffisamment, sur plein de trucs, on me prendrait en apprenti. Le travail est toujours récompensé alors si j’étalais des connaissances alors on comprendrait que j’avais vraiment envie de faire ça et pourquoi pas… essayer. Bon je me suis bien trompée, ça n’a absolument rien changé… »

La jeune femme se redressa puis resta silencieuse. Elle s’approcha du bord de leur promontoire. La vue était quand même magnifique, on pouvait voir les lumières de la ville, bien plus loin quand même. Elle ne savait pas par quoi commencer.

« Tristan… nous sommes ce que nous sommes. C’est indéniable… je comprends… pourquoi on peut être effrayé par quelque chose qu’on a pas demandé… pourquoi nos proches réagissent ainsi… mais nous devons l’accepter… »

Elle se retourna vers lui, dos au vide. Inspirant un grand coup.

« Mais tu es toujours… celui que j’ai connu, tu as peut être un peu changé mais… c’est toujours toi ! Et je le sens au fond de moi. Et toi… tu m’as accepté sans être effrayé par ce que j’étais… »

La jeune femme lui montra ses oreilles d’un geste.

« Tout ça… ça fait partie de moi. Comme j’ai des pulsions sexuelles, sanguinaires.. que ma colère me donne envie de tuer… que je peux y prendre du plaisir. Non attends ! C’est… moi. En quelque sorte. Ca fait partie de moi, tout comme l’absence de peur. Je ne peux pas expliquer pourquoi mais c’est quelque chose qui m’appartient… Enfin tu m’as un peu aidé… j’avais quand même des craintes au début… me mettre en avant, t’accepter, c’était prendre le risque de me faire déborder. Et pourtant… je suis incapable de te faire du mal. Du moins physiquement ! Je ne te toucherais jamais pour chercher à te blesser… même si je sais que je t’en fais peut être avec mes paroles. Désolé j’ai pas l’habitude d’être aussi… enfin voilà quoi. »

Elle se gratta doucement le sommet de la tête d’un air pensif. Tout cela était horriblement difficile à dire et pourtant, la jeune femme semblait accepté cette idée.

« Quand j’ai eu cet accident, ma première pensée a été pour mes parents. Parce que je voulais qu’ils me protègent… c’était… normal je pense. Quand on a mal on cherche à se réfugier chez ses géniteurs. Mais on m’a fait comprendre que ce n’était pas une bonne idée… et tu me vois peut être forte… très forte mais… j’ai été aidée… »

Grosse révélation de la part de la demoiselle qui détournait délibérement le regard. Mais elle comprenait mieux pourquoi maintenant… pourquoi il lui avait fait comprendre qu’il ne fallait pas retourner chez les parents.

« Tu crois qu’ils auraient accepté cette fille ? La petite Cassidy si parfaite sous tous les angles ? Qui avait totalement tourné ? Qui était incapable de contrôler ses pulsions ? Non, il valait mieux… attendre. C’était plus sage. Et puis je l’ai bien vu quand je suis rentrée… le regard de ma mère interdite comme si elle n’en revenait pas en voyant mes oreilles, comme si cela ne pouvait pas être possible… Elle savait quelque chose… »

Elle continua sur sa lancée.

« Tu pensais que Cassidy aimait jouer du piano ? Tu te trompes ! Il n’y a qu’une seule raison qui m’a poussé à faire ça… D’abord, c’était pénible d’entendre mes parents tous les soirs me demander d’accepter, que cela ne pouvait être que bien pour moi… Faut dire qu’apparemment j’étais le petit prodige du village à cet âge là… Et mes parents étaient très fiers, ils faisaient tout mais je dis bien tout, pour que je me conduise de cette manière impeccable. Que cela me servirait plus tard ils disaient… Je n’ai jamais osé faire un pli de travers mais je me sentais… bridée… entravée… pas moi-même…

Cette simple pensée la rendit très triste, se rappelant de bien affreux souvenirs.

« Mais toi tu t’en fichais. Je te voyais comme un crétin à l’époque qui me tourmentait mais en y réfléchissant bien… tu étais le seul à me traiter comme il fallait… tu ne me regardais pas comme une statue de perfection, avec admiration. Mais comme quelqu’un de… normal. Tu m’embêtais oui et ça m’agaçait mais je me sentais un peu plus… je sais pas… en fait je m’en suis rendue compte quand vous êtes… partis »

Elle ravala sa salive, apparemment très gênée.

« Si j’ai accepté de jouer du piano… c’était pour espérer te voir un peu plus… tu me rendais curieuse… tu me rendais un peu moi-même… je comprenais pas au début… mais… »

Cassidy inspira un bon coup. Elle avait beaucoup de mal à sortir les mots. Son cœur battait très vite au rythme de toutes ces révélations. Fait étrange, la magie qui semblait s’accrocher à elle, cette aura, semblait devenir beaucoup plus imposante même si elle ne la voyait pas. Comme si le fait qu’elle parle de tout ça maintenant était en train de l’aider… à débloquer quelque chose.

« Ca a été dur de te voir partir… c’était comme si… si il manquait quelque chose tout à coup. Je me suis renfermée sur moi-même, j’ai continué à jouer le jeu même si… »

Elle secoua la tête, tentant de contrôler ses paroles avec rage qu’elle ne voulait pas voir sortir.

« Tu sais…peut être que si je t’avais revu… si tu m’avais dit que tu étais un dragon… j’aurais peut être eu peur au début… mais… au final… je sais pas j’ai le pressentiment que je t’aurais accepté comme tu es. Parce que… c’est toi. Mais tu n’es pas n’importe quel dragon… tu as ce quelque chose… tu as toujours le truc du Tristan enfant… tu as… des émotions. Et tu devrais pas le voir comme une faiblesse mais comme une force… »

Cassidy pointa du doigt un de ses bras.

« Quand tes émotions ont l’air plus fortes ça brille… C’’est joli… plus ou moins fort mais… surtout quand tu as l’air content… surtout quand… quand on s’embrasse. C’est pas n’importe quoi ça Tristan… je suis persuadée que c’est très important et que ça peut te rendre plus que les dragons. Parce que t’as ce truc que la plupart n’ont pas… »

Cassidy était un peu fatiguée, elle ne savait pas si c’était très clair ou pas mais trop d’émotions pour la soirée, ce n’était pas bon non plus pour elle. Elle avait tellement de choses à dire et avait beaucoup de mal à tout retranscrire. Alors… Elle inspira profondément.

« Moi je suis fière de ce que tu es. C’est peut être pas très visible mais… je suis fière de ton côté dragon et ton côté humain… là maintenant… t’as peut être des moments de doute… j’aide pas. Je suis désolée mais j’ai appris à contrôler mes sentiments, mes émotions moi aussi… paraît que je me débrouille bien pour ça… alors je suis pas douée pour dire… pour m’exprimer. Je peux te donner l’impression d’être le jour et la nuit… j’ai peut être besoin d’un peu de temps parce que… »

Cassidy souffla une nouvelle fois, visiblement mal à l’aise.

« Parce que j’ai très mal vécu mon adolescence parce que je pensais à toi ! Parce que j’espérais que tu reviennes ! Parce que… parce que…ça faisait mal ! Alors j’ai dû me fermer… oublier tout ça… l’enfouir dans un coin de ma tête et l’enfermer sans chercher à y penser… parce que je pense que je t’… »

Elle se tut, retenant des mots fatidiques qu’elle n’imaginait même pas arriver ! Euh nan ça n’aurait pas été logique du tout… y a même pas une seconde elle était boudeuse et maussade et le repoussant. Là elle était plus… La magie autour d’elle s’amplifiait lourdement. Forte, puissante, présente. Cassidy ne se rendait compte de rien… Elle ne se rendait pas compte que l’impact de ses sentiments, de tout ce qu’elle enfouissait en elle, tentant de ressortir sous forme de magie. Une magie extrêmement puissante… et dangereuse. La demoiselle baissa la tête, inspirant, se calmant, sans finir sa phrase, complètement déboussolée.

Cassidy le regarda avec un air gêné puis secoua la tête.

« Je suis désolée, je m’emporte. Si… si on revenait à des choses plus simples et naturelles ? Ca serait moins complexe… »

Elle ramena ses mains pour se désigner au moins ou elle prononça les derniers mots.

« …pour moi »

Une onde d’énergie jaillit de ses mains. Cassidy poussa un cri de surprise mais la puissance était trop forte. Elle se retrouva éjectée en l’air, bien haut dans le ciel, planant ou plutôt chutant, toute étonnée d’être arrivée comme ça.

Ah ben pour revenir à des choses plus simples et naturelles, fallait croire qu’utiliser un « petit » sort sans le vouloir, c’était simple et naturel… Et contrairement à Tristan, elle ne lui faisait pas faux bond en le voulant. Non au moins elle, elle se dérobait avec classe… (ou comme un poulet qui essaye d’apprendre à voler).
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Jeu 9 Mar - 22:04

Quel crétin ! Qu’est ce qui m’avait pris au juste ? De commencer à lui raconter… Ca…? Ce truc, cet… évènement n’avait pas la moindre importance ! Je m’en souvenais très bien car ça c’était forcément passé bien après ma première transformation, bien après mes définitives mutations. Mais ça ne représentait rien, ce n’était pas grave… Sur le coup, j’avais eu mal oui, physiquement, c’était douloureux. Je me sentais encore plus « mal » d’avoir avoué ça à Cassidy… Si elle regardait bien, assez proche de moi quand j’étais torse nu, elle verrait bien les trois estafilades blanches, si fines, presque invisibles qui marbraient mes abdominaux, heureusement majoritairement dans les lignes de mes muscles, eux au moins restaient saufs, qui restaient, de cet instant, trois coups de lame… Une marque physique… C’était bien pour ne pas oublier et ne pas refaire la même erreur. Sauf que l’erreur je l’avais refaite… Avouer ce que j’étais… Avec elle en plus. Evidemment lui cacher aurait été bien difficile vu la manière dont elle l’avait découvert la première fois, lors d’un sauvetage assez catastrophique… Ca me paraissait s’être passé depuis des années. Je ne sais pas pourquoi, avec elle, tout me paraissait « là » depuis des années… En fait, la manière dont elle se comportait avec moi, sans gêne, sans a priori, sans… peur… Les seules personnes à être aussi franches avec moi étaient forcément au courant de mon secret et… donc des dragons. Même mes supérieurs qui savaient pour moi, peu heureusement, étaient loin d’être aussi… ouverts. Certains m’avaient d’ailleurs bien fait sentir à quel point ma différence les effrayait… ou les dégoûtait. Je ne réalisais réellement qu’à cet instant que même si Cassidy était elle-même très différente du commun des gens, elle restait, a priori, humaine, une humaine bien particulière mais une humaine non ? Et elle m’acceptait, tel que j’étais… Réellement. Ma gorge se serrait. Bien sûr que je le savais depuis quelques temps mais j’avais l’impression de ne le réaliser pleinement que maintenant, là… tout à côté d’elle, dans les silences de la nuit et le poids de mes aveux. Mais… même si j’avais confiance en elle, parce que j’avais confiance en elle, je n’avais vraiment pas prévu de lui raconter cette histoire… Alors oui qu’est ce qui m’avait pris ? Par quel phénomène bizarre je m’étais retrouvé à lui conter cette histoire sordide ? Je ne voulais aucune pitié, je n’avais rien contre la pitié évidemment mais je ne voulais rien du tout… Je n’étais pas triste moi. Ca ne représentait pas grand chose. Ce n’était qu’une expérience, comme visiter un nouveau lieu, ayant donné des données factuelles. Ma mère ne voulait pas de moi en tant que dragon. Elle savait que j’avais changé mais préférait, très largement, croire que c’était l’école, le grade, la guerre, la vantardise et la fanfaronnade, le célibat à longue durée qui me donnait des libertés volages dont elle n’était absolument pas dupe. Elle préférait croire que sous les dessous du beau garçon aux très bonnes manières, à l’excellent officier, il y avait juste un jeune adulte irresponsable sur les bords, coureur de jupons, séducteur et prétentieux. C’était mieux que de penser que son fils est un monstre. Je peux le comprendre…

Cassy… Tout te dire, comme ça… Pourquoi ? Pourquoi j’ai prononcé ces mots ? J’ai bien senti mon visage, mes muscles bouger, j’ai bien entendu le souffle filer entre mes lèvres et celles-ci articuler lentement toutes ces choses que je n’avais jamais dites à quiconque. Je ne sais pas pourquoi je l’ai fait, ni comment… Les mots sont sortis tous seuls. Tu crois que je me cherchais des excuses ? Pour excuser oui… ce que je suis ? Mes maladresses en essayant d’être moins… dragon ? Pour excuser ma distance avec ma famille ? Pour excuser cette ressemblance qui semble nous étreindre tous les deux ? Toi aussi tu es différente… Tu es tellement différente. Et toi aussi tu fuis ta famille. Je l’ai bien compris… Est-ce que c’est pour ça que je t’ai dit ça ? Est-ce que quelque part mon instinct de dragon m’a demandé de te dire la vérité ? De te montrer à quel point être différent, oui ça peut effrayer notre monde, comme si j’essayais de justifier ce que je disais pour la magie ? Oh tu as raison, il y a des gens extraordinaires, à la recherche constante d’innovation, les mages sont de ceux là en général, à la recherche de pouvoir aussi. Mais la grande majorité des habitants de notre monde ? Non… Eux aiment leur petite vie simple et bien rangée, sans surprise et pleine de stabilité. Des fois je les envie tu sais… Et puis je me rappelle qu’en tant que dragon, je détesterais ça. Je suis fait pour la liberté, vivre, expérimenter… C’est peut-être ça le mot. Les dragons sont faits pour expérimenter le monde… Les femmes aussi. Beaucoup de femmes… Alors pourquoi quand je suis près de toi, cet instinct là disparait ? Pourquoi je ne vois que toi ?

Ce ne sont que des mots. Il n’y a rien derrière Cassidy, ce n’est qu’un évènement… Un simple évènement dans ma vie qui ne représente pas grand chose.
Mais tu es là, tout près de moi. Tu écoutes, tu gardes le silence. J’aime beaucoup le silence tu sais, toi aussi… Pourtant là, il est comme… oppressant. Ta main vient trouver la mienne, douce, chaude… Ma peau est devenue glacée. Ma peau n’a jamais été froide pourtant… Quelque chose en moi se réveille à ton contact. Une douleur, immense me submerge et emplit mes yeux d’images troubles. Je dois les fermer, j’ai du mal à respirer… J’ai mal Cassidy, j’ai tellement mal ! Qu’est ce qui m’arrive ? Tout à coup, tout me revient, avec netteté et une violence que je n’avais même pas remarqué. J’ai l’impression de sentir à cet instant, ce couteau énorme plonger dans mon ventre, déchirer ma chair et toucher une veine. Tout ce sang… Devant mes yeux fermés il y a le visage de ma mère, déformé par la douleur de ce que j’ai fait, de ce que je suis. Je suis un monstre… Je suis un monstre pour elle. Je ne pleure pas… Mais c’est tout comme. Je crois qu’en fait c’est au dessus des larmes. Ce n’est qu’un évènement… Du moins… ce n’était qu’un évènement. Je ne suis pas stupide, loin de là… Je comprends, je crois ce qui m’arrive. Quelque chose s’est débloqué en moi oui, pour me lancer au visage la douleur du rejet, de l’abandon de ma mère, avec les années de latence qui ont fait soupape et qui lâchent tout d’un coup ! C’est une vague, immense, violente, qui veut me noyer et qui s’empare de moi. Je ne veux pas avoir mal comme ça ! J’en appelle à mes enseignements, à mes instincts de dragon ! Repousser la douleur, loin ! L’enfermer pour ne rien surtout rien ressentir. Sauf que ta main serre la mienne et m’enserre dans cette réalité et cette sensibilité. Pourtant la pression de ta main fait bien plus, elle m’entoure et me rassure, elle apaise mon âme tourmentée. Je m’appuie contre toi d’un coup, comme un homme tombé à la mer s’accrocherait à une bouée salvatrice. Oh, je n’ai pas les bras autour de toi, juste de chaque côté de ton corps, les mains appuyées sur la couverture pour me soutenir, m’empêcher de te tomber dessus de tout mon poids. Toi par contre tu m’enlaces et me presse contre toi, fort, si fort, je sens ta respiration et le léger frisson qui court sur ta peau tant je suis proche. Mes pulsions devraient se réveiller, m’emplir de désir pour toi, un désir assoiffé, affamé, presque violent. Elles sont là pourtant… L’envie de toi est là, elle ne me quitte jamais totalement. Mais je veux juste ce réconfort, encore un peu, s’il te plait, ça me fait du bien de te sentir tout contre moi, ça me rassure, ça m’apaise. Tu sens si bon. Ton odeur semble m’entourer d’une protection, tes bras autour de moi qui me caressent doucement et me pressent contre toi, enveloppent mon être de douceur et d’apaisement. Merci Cassidy… Merci…


Je me sépare de toi à regret quoi que j’en dise. Expérimenter l’essence réelle de ce qui m’est arrivé, après tout ce temps, c’est étrange et je ne comprends pas vraiment pourquoi… A part que dès que je suis près de toi, il se passe des choses étranges. Est-ce ta magie ? Ton étrange magie qui se manifeste de manière tellement hétéroclite ou est-ce moi ? Est-ce moi qui près de toi deviens un autre ? Peut-être… meilleur ?
Je fais vite pour m’écarter de toi, cacher ma gêne de m’être ainsi montré si vulnérable devant toi. J’ai un peu honte… Je voulais tant que tu vois en moi un homme fort, puissant… Pas pour faire le fanfaron, je te jure, juste parce que… j’aimerais que tu me vois comme ça, mon ego aime bien j’imagine.
Tu ne te moques pas… Tu pourrais tu sais. Je sais pourtant que tu ne le feras pas mais ça me rassure tellement de ne voir que cette douceur qui t’entoure et vient m’envelopper moi aussi. La lune mère éclaire ton visage que j’essaie de ne pas trop regarder, par pudeur je pense. Ce que tu es belle… Elle vient caresser tes traits de ses rayons d’argent. Comment peux-tu dire que je me trompe sur toi ? Que tu n’as rien d’extraordinaire ? Tu viens de me prouver par ton discours que tu es encore plus intelligente que je ne le pensais et crois moi je faisais une haute estime de toi. Tu viens de me prouver que tu étais tout à fait capable de tenir plus de trois mots sur un discours qui t’intéresse et même si tu m’as déjà parlé longuement j’ai rarement vu cet éclat dans ton regard. Tu n’as pas senti ? Tu n’as pas entendu ? Ta voix a changé quand tu m’as tout expliqué, simplement, concrètement, une voix posée, douce, mais différente de ta voix habituelle pourtant si belle. Ta voix est patiente cette fois, comme si tu étais prête à m’apprendre… Tu n’as pas senti les légères mimiques qui ont agité ton visage ? Ce sourire fugace qui m’a retourné le ventre? Tu es belle Cassidy… Quand tu es calme comme quand tu es en colère. Quand tu es forte comme quand tu es douce… Je crois que je préfère un peu quand tu es calme… Oh j’adore ton tempérament ! Mais quand tu es en colère… j’avoue que ça m’excite pas mal… Je crois que te voir furieuse et agitée m’empêcherait de garder longtemps mon propre contrôle… J’ai eu tellement envie de toi quand nous étions entourés par la foule, alors que ton… hum… ex petit ami m’avait refait le portrait, alors que tu étais si furieuse, ton regard allumé de passion, tes cheveux légèrement ébouriffés par le vent te faisant comme une crinière. Une vraie lionne, une vraie tigresse… Pardonne-moi d’avoir les idées si déplacées s’il te plait…


J’essaie d’excuser ma faiblesse et je fuis mon comportement derrière des banalités et l’idée de te ramener. Je vais tout ranger… C’est moi qui ai amené ce bordel ici et qui t’ai offert cette mauvaise soirée. Je suis ravi de tout ce que tu m’as appris tu sais mais gêné que ma tentative maladroite de te faire soutenir ton discours et de ne pas te contenter de me répondre vivement, violemment, trop vite, trop succinctement, t’ait tant déplue et causé tant de torts. Si j’avais su que je te causerais autant de souci, j’aurais attendu dans la baignoire, quitte à ce que tu m’insultes… Tu crois que tu m’aurais giflé pour mon discours ? Je ne sais pas… Tu as l’air en colère… je t’aurais laissé faire tu sais ? Pour toi… je sais que l’ego du dragon se serait fait tout petit… Je suis tellement maladroit avec toi Cassidy. Peut-être parce que j’essaie d’être vrai, tellement vrai près de toi… et que c’est tout nouveau pour moi. Peut-être parce qu’avec mes deux têtes de plus que toi, je me sens… tellement intimidé face à l’aura qui se dégage de toi… Comment peux-tu fuir mon regard avec ce manque, ce vide dans tes yeux qui me fait penser que tu imagines n’être rien, ne rien valoir ? Comment puis-je avoir cette certitude alors que cette seule pensée me révulse ? Tu es tellement… Alors oui je sais que tu n’as pas eu la formation que tu souhaitais et que ça t’a rendu amère… Je sais que tu as énormément souffert et que tes changements t’ont poussé à te faire distante du monde. Je sais que les hommes t’ont fait du mal et tant maltraitée que tu as fini par croire à toutes leurs horribles paroles et à considérer que le sexe finalement ce n’est rien de bien spécial…  Ca me rend fou tout ça tu sais… Je me rends bien compte que je ne vaux pas mieux que les autres… Je suis attiré par toi de toutes mes forces, je n’arrive pas à résister… Alors que je sais que tu as tant souffert des hommes et qu’alors que tu ne souhaites probablement que t’en tenir le plus éloigné possible tu ne le peux pas, à cause de ces pulsions étranges qui sont nées de tes changements, toi aussi… Et moi… moi j’en profite. Comme tous ces crétins… comme tous ces salopards. Il n’y a pas que ça pour moi Cassy… Je te jure qu’il n’y a pas que ça…


Tristan pensait à bien des choses alors qu’il avait commencé à ranger toutes ces petites affaires qui avaient été nécessaires au diner. C’est vrai, celui-ci n’avait absolument rien de romantique et n’était que bien peu agréable mais il avait apporté beaucoup de révélations et de mots entre les deux jeunes gens. Peut-être finalement, était-ce un premier pas pour mieux se comprendre l’un l’autre. Elle l’avait appelée mais il n’avait pas entendu ou plutôt avait choisi de ne pas l’écouter. Il n’avait pas envie qu’elle lui dise que ce n’était pas de sa faute ou autre gentillesse de ce genre. Il le savait… La seule chose dont il avait envie là, c’était de la serrer contre lui, d’oublier cette douleur qui restait tapie dans l’ombre et ce même si elle l’avait soulagé… Mais elle parvint à l’arrêter, un peu autoritaire, et se mit à parler, longuement, très longuement même ! Son baiser sur sa joue, doux effleurement arrêta totalement le jeune homme et lui fit tourner la tête. Son regard criait son envie et son besoin. Il voulait plus, bien plus et pourtant une fois de plus il ne tenta rien du tout…

Malheureusement, les premières paroles vraiment importantes de la jeune femme trouvèrent un écho bien triste chez le jeune homme. Elle voulait le réprimander car il semblait la considérer comme « bête » auparavant. Tristan écarquilla les yeux d’horreur mais fut tellement scotché sur place, déstabilisé par les mots qui coulaient entre les lèvres de la jeune femme et plus encore par leur signification qu’il fut absolument incapable de dire quoi que ce soit pour la détromper. Pauvre Cassidy… Encore une fois il s’était bien loupé ! Et pourtant, si elle savait…
Malheureux de l’avoir encore blessée, Tristan était donc resté silencieux, sans jamais l’interrompre de peur de la braquer tout d’abord et surtout, surtout… parce qu’elle faisait naitre un battement frénétique de son coeur, parce qu’elle faisait couler un frisson sur sa peau, que tout ce qu’elle disait l’intéressait… Beaucoup trop sans doute !
Elle parla donc d’elle, bougea un peu, se mit à parler d’eux, de leur transformation respective.
Elle disait plus ou moins l’accepter et qu’elle l’aurait probablement toujours accepté et cette idée fit grandement du bien au jeune homme. Elle parlait d’elle aussi… Lui-même l’avait acceptée… Il trouva cela surprenant. En y réfléchissant il pouvait comprendre sa surprise mais d’un autre côté comment aurait-il en être autrement ? Il ne pouvait pas l’imaginer, vraiment pas !
Elle parla un peu d’elle, de ses pulsions sexuelles comme sanguinaires. Il resta tout aussi silencieux et attentif et la voix de la demoiselle ripa plusieurs fois sur ses propres maladresses alors qu’elle essayait aussitôt de s’auto-corriger. Il la regardait, parfois tournée vers lui, parfois face au vide du bord du promontoire, encadrée par la lueur des lunes. Elle avait un quelque chose d’irréel, de magique… Il la trouvait jolie, adorable… Et pourtant il mesurait bien tout le sérieux de son discours et y portait un intérêt certain, bien conscient qu’il était en train d’apprendre des mots secrets sur elle!
Elle parla de son accident, de l’envie qu’elle avait eue de tout dire à ses parents, de rentrer auprès d’eux, en sécurité. Il le comprenait tout à fait et s’il n’avait pas craint qu’elle s’interrompe dans toutes ses révélations dont il mesurait l’importance, à défaut de parler il se serait approché pour l’enlacer et l’embrasser doucement. Au lieu de quoi, il s’était redressé oui mais restait debout, immobile, l’observant.

Sauf qu’au lieu de se contenter de lui parler de ces quelques faits sans en ajouter davantage elle s’ouvrit réellement à lui, lui dévoilant beaucoup sur elle et surtout sur la petite Cassidy du passé, beaucoup pour ne pas dire trop. Tristan ne s’y attendait pas du tout mais il resta immobile, osant à peine respirer, craignant bien trop de l’interrompre alors qu’elle était si bien lancée.
Ainsi elle s’était cachée, elle n’était pas elle-même, elle essayait juste de coller à l’image qu’on voulait qu’elle donne. Même s’il la croyait sur parole il n’était pas tout à fait d’accord. Les images, les souvenirs qui lui sautaient à la gorge depuis quelques jours lui avaient certes laissé entrevoir une fillette trop investie pour les autres et pas assez pour elle-même mais encore et surtout une petite fille souriante et heureuse… Alors peut-être qu’elle cachait des choses, peut-être qu’elle s’était beaucoup forcée mais le fond de bonté et de bienveillance, de joie si communicative, ça c’était vraiment en elle. Il ne dit rien cependant, restant silencieux… Ne surtout pas l’interrompre semblait être son unique but actuel.

Et ses paroles valaient le détour. Il savait qu’il l’avait quelque peu… bousculée quand ils étaient enfants. Sa mère affirmait que c’était parce qu’il avait le béguin pour elle, il n’avait que peu compris  mais la croyait un peu. Après tout, elle était sa mère. Cassidy confirmait à cet instant qu’il ne la traitait effectivement pas comme les autres mais que ce n’était pas plus mal… Elle parlait de piano et son coeur se mit à battre plus vite. L’excès ou au contraire le manque d’oxygène commença à lui donner le tournis. Il n’était pas bien sûr de comprendre mais… elle semblait dire qu’il comptait beaucoup pour elle, qu’elle jouait du piano pour le voir un peu, qu’elle avait été triste quand il était parti. Quelque chose s’était mis à enserrer la gorge du jeune homme. Les émotions qui montaient en lui pour l’étrange jeune femme, qu’il n’imaginait pas le moins du monde pouvoir ressentir, venaient se heurter à ses certitudes et ses défenses. Il n’avait pas peur mais était particulièrement chamboulé par tout ce qu’elle lui disait. Il porta lentement la main à son propre visage quand elle parla de ses marques, fronçant les sourcils… Ah bon ? Ca c’était… « activé » ? Ca expliquerait beaucoup de choses… Elle parlait de s’embrasser… C’était bien vrai qu’il sentait quelque chose dans tout son corps quand ses lèvres rencontraient les siennes, mais pas seulement, même simplement en le touchant elle lui faisait cet étrange effet.

Sauf qu’elle continua, parlant de fierté, le laissant encore plus incapable de parler alors que les pommettes du jeune homme se coloraient légèrement. Elle semblait consciente de la torture mentale qu’elle lui imposait et… vouloir du temps pour s’y faire. Sauf qu’elle ne disait donc pas qu’elle voulait qu’il s’éloigne d’elle, qu’elle ne voulait plus le voir ou autre, seulement qu’elle avait du mal à s’exprimer, un peu comme lui mais à sa manière en quelque sorte. Il apprit dans ses derniers mots que son adolescence lui avait été bien difficile parce qu’IL n’était pas là. Le jeune homme se crispa, ne comprenant pas. Mais… que voulait-elle dire par là ? Alors qu’elle allait probablement bien mieux lui expliquer elle s’interrompit en cours de phrase et le jeune homme en ressentit une profonde frustration. Pourtant malgré sa mâchoire crispée il ne dit une fois de plus rien du tout, se contentant de lui faire un magnifique sourire plein de douceur et de reconnaissance. Il aimait bien la voir comme ça… Et se sentait prodigieusement rassuré. Elle n’était pas en train de l’éloigner de sa vie à coups de pieds aux fesses ! Ca se fête !!!!!


Il avait bien remarqué que l’air autour d’elle se troublait un peu et en se concentrant, laissant ses sens prendre le dessus sur sa raison il commença à percevoir la magie qui entourait la demoiselle et qui semblait suivre la lente et régulière frénésie d’un battement de coeur, s’étirant et revenant au plus proche de son corps. C’était une étrange lueur qu’il était presque sûr de pouvoir percevoir en se concentrant très fort: doré et violette, puissante… et assez peu maitrisée.
Il voulut lui dire d’être prudente, la prendre dans ses bras, la remercier pour toutes ses gentilles paroles mais il n’en eut guère le temps.
Elle se remit à parler, voulant revenir à des choses plus simples, dirigea ses mains vers elle et… une détonation retentit alors qu’elle décolla littéralement du sol, passant par dessus le promontoire, sacrément par dessus même, son corps mince offert au vide et au ciel…

Tristan ne réfléchit pas une seconde. Il ne hurla même pas mais l’instant d’après il sautait à sa suite. Il avait une sacré impulsion pour un « humanoïde », semblant reprendre les exercices qu’il n’avait eu de cesse de faire juste avant de la retrouver, l’après-midi même. Tout se passa très vite. Comme elle avait décollé également en hauteur et chutait depuis plus longtemps que lui, il tendit le bras pour la saisir alors qu’elle arrivait à sa portée ou plutôt que lui arriva jusqu’à elle, la plaqua contre son torse pour la voir, s’assurer qu’elle était bien consciente et du même mouvement la fit glisser dans son dos. Elle comprit sans qu’il n’ait besoin de rien dire et l’instant suivant son corps devenait celui du puissant dragon. Qu’elle soit déjà contre lui ne semblait nullement avoir gêné sa transformation et leur garantit à tous les deux la stabilité. Elle ne chuta pas ainsi durement contre son corps et lui garda l'équilibre de son vol, ayant écarté les ailes de chaque côté de lui pour garantir qu’elle ne glisse pas sur l’un ou l’autre de ses flancs et pour freiner aussitôt leur chute. Mieux, le fait d’avoir procédé ainsi avait permis à la petite demoiselle d’être plutôt bien placée immédiatement sur lui. Comme elle avait eu l’excellent réflexe de s’accrocher à son cou de ses bras, pendant la transformation elle s’était juste retrouvée en train d’enlacer l’encolure de la créature, la joue collée contre les écailles de son échine. Il tourna la tête pour s’assurer de son état et on aurait juré qu’il souriait, poussant un léger grognement qui ressemblait à un rire… Sauf qu’au lieu de descendre immédiatement pour se poser, il commença à battre légèrement des ailes, peu… Une, deux grandes inflexions puissantes, c’est tout… Mais elles étaient si grandes et si puissantes qu’elles les amenèrent en un clin d’oeil bien plus haut, dominant tout le monde enneigé sous eux.
La vue était magnifique. Il s’immobilisa, planant légèrement, son corps pourtant si imposant restant comme suspendu dans les airs.
Un nouveau grognement de sa part sembla prendre l’intonation pour prononcer le nom de la jeune femme qui avait ouvert les yeux et prenait réellement état du spectacle qu’il voulait lui offrir. Ils n’avaient réellement volé ensemble que deux jours plus tôt, par accident bien plus qu’autre chose. Enfin la réelle première fois ça avait été son sauvetage mais c’était plus amortir une chute qu’un vol réel… Après son accident c’était une nécessité d’éloignement qui ne leur avait absolument laissé aucun instant pour profiter de la vue. Mais là, l’instant de peur passé, pour lui en tous les cas puisqu’elle n’avait peur que de bien peu de choses, le monde leur ouvrait les bras et il avait envie de lui montrer le sien…

Tristan aurait immédiatement obéi si Cassidy avait voulu retourner au sol. Jamais il ne lui aurait imposé quoi que ce soit à ce sujet. Même si ça l’aurait probablement blessé, il aurait compris que cette perte de contrôle, cette échappée vers le ciel qui n’était pas un élément pour les « humains » puisse lui déplaire… Mais comme elle ne semblait pas réticente il continua de s’élever dans les airs. Il n’avait pas l’air gêné par son poids ni son corps pressé contre le sien alors qu’elle se redressait pour mieux se positionner. Il sentait la pression de ses cuisses contre ses côtes, la pression de son poids, pourtant si léger, avait quelque chose de rassurant. Et bizarrement il crut, avec une certitude étrange, ressentir une forme de « joie » chez la jeune femme. Ou alors c’était sa propre euphorie de pouvoir rejoindre le ciel ainsi. C’était difficile à dire mais il était presque certain de ne pas se tromper. Elle aimait bien…
Néanmoins, loin de leur petite zone de pique-nique, dans le vent et le froid de la nuit, bien plus importants tous deux que le jour, ce nouveau jeu auquel il aurait tant souhaité s’abandonner, assez impatient de lui montrer sa maitrise des flux aériens, restait un peu dangereux. Elle n’était pas équipée pour affronter le vent et le froid et lui non plus… Physiquement oui mais il ne l’était pas pour lui garantir confort et sécurité. Alors plutôt que de lui montrer la vitesse extraordinaire qu’il pouvait atteindre de ses ailes si immenses par rapport à son corps, il se contentait de planer, de décrire des cercles, de s’élever et de se laisser lentement glisser, stable, sans figures aériennes un peu folles et risquées… C’était un moment doux, complice, agréable alors que physiquement, à cet instant, ils étaient si différents.
Il se souvint avec une pointe de culpabilité que la veille, blessé dans son orgueil et… ses sentiments, il avait eu envie de brûler ce croquis qu’il avait réalisé avec elle, à propos de dragon… Parce qu’il la sentait s’éloigner de lui et qu’il ne voulait plus rien espérer. Pourquoi avait-il espéré quoi que ce soit d’ailleurs ? Comment en était-il venu à espérer quoi que ce soit ? Il était un dragon… Les aventures volages oui, le sexe doux ou violent oui, l’adultère… oui… Une histoire… qui durerait… avec une femme ? Non… Ca ce n’était pas possible. Pas selon tout ce qu’on lui avait appris. Et pourtant quand il était près d’elle toutes ces choses lui paraissaient si stupides…

Ils ne volèrent pas longtemps… A cause du froid dans un premier temps, par crainte de la dégoûter un peu aussi et parce qu’il avait besoin de se rassurer, de s’assurer qu’elle appréciait un peu avant de tenter… autre chose. Finalement ça avait été bref. Tristan redescendit lentement jusqu’au promontoire où la chute de la jeune femme l’avait précipitée dans le vide. Bizarrement la magie qui entourait celle-ci semblait avoir… diminué dès qu’il avait été près d’elle, dès qu’il l’avait enlacée puis portée sur son dos draconnique.
Finalement il atterrit tout en douceur au sol et se coucha au plus près de celui-ci pour lui faciliter la glissade le long de l’un de ses flancs. L’instant d’après, à la place du dragon se trouvait le beau jeune homme qui se redressa lentement sur ses jambes et s’étira un instant avant de se tourner vers Cassidy. Celle-ci semblait à la fois ravie et en même temps… intimidée. Par le sauvetage ou par tout ce qu’elle avait pu lui dire ?


Je regardais ma jolie compagne et son étrange mimique qui lui donnait un air effarouché. Pourtant, je ne lui laissais pas le temps ni d’agir, ni de parler, ni de me fuir. Je m’étais avancé vers elle, décidé, pas le moins du monde distant et encore moins intimidé moi-même. Probablement parce qu’avec tous les mots qu’elle m’avait dit, je me sentais gonflé de fierté et d’orgueil. Je me sentais bien et fort… J’avais le droit de rester près d’elle et elle ne semblait pas me détester contrairement à ce que je pensais. Sans lui laisser le temps d’agir donc je m’avançais brusquement vers elle et passais mes bras autour de son corps mince pour la presser contre moi, une main dans son dos, l’autre derrière sa tête, glissée dans ses doux cheveux d’or. Je la pressais contre moi, pas fort mais avec une espèce d’intensité qui me fit frissonner. Elle était petite contre moi… Le haut de son crâne ne frôlait même pas le bas de mon cou. Je la pressais contre moi en sentant l’odeur de ses cheveux, me penchant sur elle, comme pour mieux l’envelopper de tout mon corps. Mon coeur battait vite et fort. Pas à cause de l’effort puisque ma petite démonstration de « métamorphe » ne pouvait que bien peu me fatiguer… Juste parce que j’avais eu très peur pour elle. Juste parce que toutes les choses qu’elle m’avait dites étaient importantes pour moi. Juste… parce qu’en la serrant ainsi contre moi je faisais l’expérience à la fois des méandres du manque et de mon appétit sexuel débridé et en même temps de la douceur et du calme apaisant que jamais ni personne ni rien au monde n’avait été en mesure de me procurer. Son coeur battait vite aussi je crois… Mais je ne suis pas sûr, ce n’était peut-être que moi. Certains de ses derniers mots me revenaient en mémoire. Elle avait eu l’air sur le point de me dire quelque chose. Intimement j’étais persuadé que c’était quelque chose d’important. Mais elle n’avait pas parlé, elle n’avait pas fini sa phrase et au fond je crois que je savais que je devais m’en contenter. Quoi que ça ait été j’avais vu dans son regard sa prière de ne rien dire, de ne rien demander, d’ignorer l’ébauche de ses mots, le murmure de ses lèvres. Je ne savais pas ce qu’elle voulait dire… Je crois que les mots qu’elle avait gardé pour elle m’auraient pourtant énormément plu. Mais je n’étais pas sûr, ce n’était peut-être qu’une envie. Elle m’avait fait bien assez de bien ainsi. J’attendrais qu’elle veuille me les dire… Car ces mots-là avaient fait naitre aussi dans ses yeux, dans sa voix, une fragilité immense que je n’avais pas comprise… Comme si à tout moment, mon simple souffle pouvait la briser.

Lentement j’avais relâché mon étreinte. A ma grande surprise elle y avait répondu très vite, enfouissant davantage son visage dans ma tunique, ses mains se crispant sur le tissu, dans mon dos et me pressant davantage contre elle. C’était doux et agréable. En me reculant tout doucement, j’avais craint de rompre la douce bulle qui nous avait entourés tous les deux. Dans la nuit, sur le passage d’un nuage qui cachait un peu les lunes, je la regardais en posant une de mes mains sur l’une de ses joues. Ma peau était de nouveau chaude, brûlante même. Ma main se creusa aussitôt comme si ma paume était faite pour englober doucement toutes les parties de son corps, même ses joues. Mon pouce effleurait sa cicatrice. Lentement je lui avais relevé très légèrement le visage vers moi. Ses yeux étaient… comme timides alors que je savais que les miens, brillants dans la nuit, devaient la dévorer du regard… Je pliais les genoux pour descendre un peu à sa hauteur et m’emparer de ses lèvres, doucement, très doucement, sans brusquerie et en lui laissant, je le jure, le choix à tout instant de me repousser. Elle frémit contre mes lèvres, me rendit mon baiser chastement. Je crois qu’elle aurait voulu que je l’approfondisse mais je n’en étais pas certain. J’avais juste la vague impression qu’elle préférait m’embrasser plutôt que de me regarder, comme si mon regard sur elle ou peut-être les questions qu’il risquait d’entrainer, la gênait terriblement.

J’avais compris beaucoup de choses grâce à tous ces aveux et toutes ces choses là m’avaient fait beaucoup de bien même si certaines m’avaient attristé. Je comprenais qu’elle semblait tenir à moi, depuis longtemps. Que cela se répercutait aujourd’hui… Qu’elle était maladroite elle aussi pour s’exprimer, un peu comme moi en fait même si elle s’en sortait vraiment bien mieux. Je semblais… compter pour elle. Cette pensée remplissait tout mon être de douceur et de chaleur. Je décollais mes lèvres des siennes pour l’enlacer, glissant l’une de mes tempes contre l’une des siennes, murmurant tout bas:


Merci pour tous tes mots princesse…

J’aimais bien ce surnom… Je ne sais pas pourquoi il me plaisait tant. Je n’avais jamais appelé une femme ainsi. Avec elle, ça collait bien, quoi qu’elle en dise ! Je voulais la remercier… Parce que j’avais apprécié toutes ces choses là et que je voulais qu’elle le sache. Elle se pressa un peu plus contre moi, se dérobant davantage à mon regard et je souris. Je comprenais… Moi-même j’étais si facilement gêné quand je me dévoilais un peu devant elle… Elle était loin d’être aussi dure, froide et insensible qu’elle voulait le laisser paraitre. Néanmoins ses dernières paroles résonnaient en moi. Elle avait besoin, envie de revenir à des rapports plus simples entre nous. Cette idée me plaisait beaucoup et je savais bien que mes plaisanteries, certaines salaces, d’autres idiotes, la détendaient. Elle me donnait des tapes mais elle souriait… J’adorais la voir sourire. Elle ne me faisait jamais mal et elle ne le souhaitait pas. Je crois que me voir un peu gamin et espiègle lui rappelait un peu ce petit garçon qu’elle semblait avoir finalement regretté.
Même si mon coeur battait fort et que j’avais envie de lui dire bien plus que merci pour tout ça, même en ignorant quoi dire justement et au risque de faire encore une bourde, je fis taire cette envie au profit de celle, tellement plus forte, de la détendre et la voir sourire.
Armé de mon sourire en coin et d’un soupir à fendre l’âme je me séparais doucement d’elle pour la regarder. M’entendre soupirer lui fit aussitôt lever les yeux.


Pfff… T’exagère quand même. Suis-je si repoussant que ça pour que tu essaies de t’enfuir en volant ?

Elle écarquilla les yeux, ouvrit la bouche pour rétorquer et je vis quelque chose dans ses yeux, entre l’inquiétude si vite remplacée par l’agacement amusé. Je m’avançais vers elle, mon sourire de brigand aux lèvres… Enfin ce sourire en coin, charmeur, craquant à souhait, qu’elle disait juste « sourire de pervers » étirait mes lèvres. Je ne la laissais pas parler.

Tu devrais faire attention… Je suis très rapide tu sais et… je ne compte pas te laisser t’échapper ainsi…

C’était une manière de dédramatiser un peu la situation. Non parce qu’elle avait quand même fait un décollage impressionnant là ! Et j’avais eu la trouille pour elle d’accord ?! J’aurais pu lui parler de la magie qui s’était exprimé à cet instant et qui l’avait atteinte, elle pouvait donc se blesser elle-même avec sa magie… Mais je savais que ce n’était pas un sujet dont elle voulait parler, pas maintenant. La journée avait été extrêmement riche en rebondissement et rien que dans la soirée, nous étions tous les deux passés par tant de hauts et de bas que je doutais m’en remettre en une nuit de mon côté. Alors je ne disais rien pour la magie et je suis presque certain, d’avoir vu dans ses yeux une forme de reconnaissance, comme si elle savait que je l’embêterais pas avec ça… J’effleurais de nouveau son visage, du bout des doigts, elle ferma un peu les yeux sous ma caresse. Je sais que mon sourire changea, je me sentais plein… de… douceur pour elle, tellement de douceur, l’envie de la prendre dans mes bras et de la câliner longtemps… des années pour compenser tous ses malheurs et les brutalités qu’elle avait subies.
Elle m’avait donné une tape en marmonnant et ronchonnant doucement. J’avais vu son sourire, il avait fait louper un battement à mon coeur. Je poussais pourtant un nouveau soupir et alors qu’elle s’était décollée de moi, elle me regarda.


Hum… Je crois que je te dois… d’interminables excuses…

Elle me regarda avec surprise cette fois, comme si elle ne comprenait pas et elle ne pouvait pas comprendre sans doute même si je me mis à penser qu’elle trouvait cela normal. J’avais beaucoup de choses à me reprocher par rapport à elle je crois. Ou alors elle craignait encore ce que j’allais dire. Pour être honnête je le craignais un peu. Je ne voulais pas gâcher tout ça. Je relâchais la pression de mes bras sur elle et détournais les yeux, me rendant compte que je me tenais très droit, les bras plaqués le long du corps.

Je… Je suis désolé que mon attitude ou mon discours ait pu te laisser penser que… Evidemment tu tiens bien le rôle de la fille très désintéressée de tout et que peu de choses peuvent… réellement stimuler… Je comprends qu’on puisse penser que tu sois un peu ignorante… Enfin non… en vrai je ne comprends pas du tout… M… moi… je…

Je me tournais légèrement vers elle, la regardant avant de détourner aussitôt les yeux. Une chaleur intense montait dans mon visage, je le sentais bien… Est-ce que je rougissais? Ma voix me paraissait si intimidée tout à coup, je parlais si doucement… plus un murmure qu’autre chose.

Je n’ai jamais pensé que tu l’étais… Au contraire… j’ai toujours cru que tu étais… très intelligente. Non… je ne le croyais pas, je le savais. C’est tout… Je pensais juste que… moi… enfin… ce que je disais, ce que je faisais… rien de tout ça ne t’intéressait… Ca le pouvait, cinq minutes puis tu passais à autre chose… j’ai… cru… que je n’avais pas grand chose d’intéressant pour toi et que du coup…bah… tu n’avais en rien besoin de me répondre… J… Je me rends compte que dans ma façon de te parler pour essayer de t’intéresser un peu à… mon monde, à… à moi tant que j’étais ici… j’ai pu être… paraître condescendant… J’en suis désolé… sincèrement… Le… truc… C’est que tu es… clairement encore plus intelligente… brillante que ce que je pensais… Et j’avais déjà une sacrée estime de toi…Donc…  Toi tu ne t’en rends probablement pas compte. Mais à t’entendre je le vois bien… et du coup… je me sens… vraiment … complètement stupide… J’ai dû te paraitre si horrible, si… condescendant et prétentieux… Je… je suis désolé…

Bon… la chaleur ne quittait pas mon visage… Je devais vraiment rougir alors. Je tournais lentement les yeux vers elle. J’avais autant besoin de la regarder que de m’assurer que ces mots là étaient bien compris et bien interprétés… Ils étaient si sincères… Je la croyais intelligente… Ses mots mais surtout sa toute récente attitude, la maturité dans sa voix, la douceur dans ses intonations m’avaient montré qu’elle l’était bien plus que ce que je pouvais imaginer. Pas que je pense une femme inférieure à un homme intellectuellement parlant. Seulement… je m’étais attendu à ce que son désintérêt constant cache une intelligence importante et différente. Elle était bien plus sensible que ce que je croyais possible. Ca me faisait tout drôle et je me sentais bien bête. A mon grand soulagement, je vis ses pommettes qui étaient rouges elles aussi. Je ne sais pas si c’était parce qu’elle était contente de ce que je lui disais ou si je la gênais ou encore… si elle se rendait compte à quel point j’essayais de faire attention à elle, à quel point j’étais maladroit là dedans parce que je voulais bien faire et que je n’avais pas l’habitude. Un sourire doux étirait pourtant ses lèvres et celui-ci m’assécha la gorge.
Le silence s’installa entre nous alors que nous nous regardions sans dire un mot. Elle n’avait pas besoin de dire quoi que ce soit, juste accepter mes paroles de son sourire était parfait. Nous nous regardions juste… Peut-être le moment devenait-il gênant pour elle ou peut-être, et j’y crois davantage, se mit-elle à ressasser tous les mots qu’elle m’avait dit avant sa chute.
En tous les cas elle se mit à marmonner quelque chose à propos de « trop d’évènements », que ça en faisait des « rebondissements » dans une journée. J’étais d’accord avec elle… Mais apparemment elle disait qu’elle aurait bien besoin de se « défouler » pour faire passer tout ça. Mon regard se fit aussitôt lubrique, oh je le savais bien alors que je lui faisais un sourire en coin… enfin son sourire de pervers quoi !


Ah oui ?

Elle me regarda en haussant un sourcil et je n’arrivais pas à savoir si mon comportement l’amusait, l’intéressait ou l’intimidait… Avait-elle envie que je lui fasse des avances ou… pas du tout? Elle répondit vite… parlant de courir. Oui certes, c’était une excellente idée que je comprenais tout à fait sauf que dans son état, avec sa jambe blessée c’était plutôt mal barré. D’ailleurs je n’eus rien besoin de lui dire car elle avait détourné les yeux de mon sourire d’idiot pour fixer avec colère son attelle, comme si celle-ci était inutile, comme si elle voulait l’enlever ! Ce qui était évidemment hors de question !!!! Je m’approchais d’elle sans me départir de mon sourire, venant effleurer l’un de ses bras. Elle releva un peu vite la tête vers moi alors que je me penchais pour murmurer à son oreille, mon souffle coulant dans son cou.

J’ai bien… une… idée pour t’aider à te défouler si tu as tant que ça d’énergie encore en réserve.

Là elle rougit carrément en fixant ses yeux quelque part sur mon torse, sans doute pour ne pas les lever vers moi. Je me plus à imaginer que c’était l’effet des souvenirs de nos ébats qui la faisait rougir ainsi… Mais avant qu’elle n’ait le temps de me répondre encore une fois je me penchais vers elle pour caresser ses lèvres des miennes, mettant un doigt sur mes lèvres comme pour taire un secret.

Attends moi s’il te plait, j’en ai pour très peu de temps c’est promis…

Je ne lui laissais pas le temps de dire quoi que ce soit d’autre que mon surnom, mais j’espérais que le fait que je m’éloigne la rassure quant à mes intentions totalement innocentes… Enfin mes intentions du moment étaient innocentes, mes intentions générales l’étaient beaucoup moins j’avoue mais elle avait qu’à être moins attirante aussi !!!!!
Je sautais dans le vide en me transformant, filant rapidement vers le village.
Je revins quelques courtes minutes plus tard par la voie… de la terre, en marchant… Ou plutôt en courant à en perdre haleine !
Elle avait fini de ranger toutes les affaires de notre pique nique mais je remarquais aussitôt qu’elle avait laissé la couverture au sol, comme si elle pensait que je pouvais finalement avoir quelques envies… peut-être elle aussi… ou peut-être craignait-elle de trop me repousser. L’idée qu’elle puisse se forcer avec moi me fit mal… Je la repoussais donc loin de moi, très loin de moi pour me concentrer sur la jolie jeune femme qui assise sur la couverture, les bras tendus en arrière, s’appuyait sur ses mains en regardant le ciel.
Mon arrivée rapide et en haletant l’interpella mais elle ne tarda pas à comprendre. J’avais gardé les bras derrière mon dos en arrivant près d’elle, pour l’effet de surprise je pense… Je fis un grand sourire en sortant l’objet de ladite surprise de derrière mon dos…
C’était une grande luge que j’avais piquée à l’un des habitants du village… ou plutôt empruntée, appuyée contre l’arrière d’une maison. Bah… un simple emprunt, je la rendrais en temps et en heure. Elle était grande, large, en bois solide et prête à supporter une sacrée charge.


Tadaaaa !!!!

Passé le moment de surprise de Cassidy, je la vis sourire et même cette fois rire à mon exubérance. Son rire me déchira le ventre et y fit danser des papillons. Son rire était… merveilleux et réveillait quelque chose d’endormi en moi, des instincts, de douceur, de tendresse pour elle. J’eus encore envie de parler, de lui dire, de lui répondre, à toutes ces belles choses qu’elle m’avait dite mais je devais respecter son souhait de passer à autre chose… Et puis je ne voulais pas gâcher tout ça. Un magnifique sourire aux lèvres qui fit naitre un désir vivace dans tout mon corps, elle me taquina aussitôt, me demandant à quoi je pensais et à qui j’avais piqué ce « jouet », que finalement je n’avais pas changé. Je le pris comme un compliment… Elle semblait parler de cet enfant disparu… Et apparemment le jeune Tristan avait beaucoup compté pour elle. Elle avait parfaitement compris que pour pallier son interdiction de courir et même de trop marcher seule j’étais allé chercher cet objet pour lui donner de l’adrénaline, pour nous donner un moment ensemble… Nous donner un moment d’action, à partager cette fois, autre que le vol qui avait été certes merveilleux mais très doux, davantage contemplatif, avant de rentrer nous coucher… pour faire passer toutes ces choses, les laisser se tasser et mieux pouvoir enfin nous apaiser l’un comme l’autre. Oui elle avait compris… Mais elle me taquinait… Et ça aussi c’était plus normal, plus facile, plus naturel entre nous. Ca me plaisait. Ca m’avait manqué. J’haussais un sourcil, la gratifiant de mon sourire cette fois provoquant… mais apparemment tous mes sourires, en coin, provocateurs, taquins et autres avaient pour elle une petite connotation perverse. Je crois qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Je devais la provoquer moi aussi…

Trouillarde ! … Si tu as à ce point peur de ce jouet je vais te choisir une petite pente... Genre plate !…

Elle comprit parfaitement mon message qui n’était pas le moins du monde une insulte mais une provocation tellement plus poussée. Elle se mit à rétorquer aussitôt, m’insultant à demi-mots. J’aimais bien quand elle était comme ça. Là, son langage brut me plaisait bien. La passion dans sa voix, la fureur feinte dans son regard même si je jouais avec sa fierté… Elle était encore plus belle. Elle m’arracha d’ailleurs la luge des mains, bien décidée à aller elle-même, en clopinant sur sa jambe blessée vers l’autre bord du promontoire, un côté bien plus raide que celui par lequel nous étions montés. Apparemment elle n’avait pas prévu le poids de la luge pourtant très grande, prévue pour deux adultes et chancela une seconde. Je la lui repris en douceur, juste parce que je ne voulais pas qu’elle s’appuie sur sa blessure en voulant faire la fière…

Laisse moi donc la porter, ordonnez demoiselle et j’obéirai…

Un autre sourire flotta sur son visage malgré son air suspicieux… Peut-être que mes mots avaient fait naitre d’autres idées dans sa tête, je ne saurais le dire…
Mes souvenirs de ce moment demeurent intenses même s’ils sont flous. Le bonheur procuré est peut-être trop grand pour que je me souvienne des détails. Nous étions allés jusqu’à la pente ensemble. Je m’étais assis et elle s’était placée devant moi, fanfaronnant un peu qu’elle me protégerait si j’avais peur. La pente était sacrément raide… Elle se tenait aux hanses devant la luge et moi au bord, de chaque côté de son corps alors qu’elle était calée en arrière contre mon torse. J’avais poussé la luge de mes pieds… Nous étions descendus comme des boulets de canon. La pente raide ajoutée à mon poids important nous donnaient une vitesse incroyable et le paysage défila devant nous à toute allure. Bon ce n’était rien comparé à ma puissance de vol mais je n’avais jamais imaginé pouvoir aller aussi vite sur terre et c’était très agréable. La neige giclait derrière nous et la poudreuse nous sautait au visage alors que nous dévalions la pente. Je suivais les inflexions de Cassidy qui nous guidait, elle se penchait contre l’une de mes épaules ou l’autre pour me dire sur quel bord m'appuyer pour diriger… En fait c’était elle qui dirigeait, j’étais juste ses muscles… Son rire résonne encore dans mon coeur, un rire magnifique, plein de joie… Comme si ça… c’était ce qu’elle attendait sans savoir qu’elle l’attendait. Je riais aussi… Incapable de faire autrement. L’adrénaline montait en moi, le plaisir immense procuré par sa joie, davantage encore. Nous avions dévalé la pente et nous l’avions remontée. Elle était perchée dans mon dos, je tenais la luge sous mon bras, elle me scandait des ordres en disant des « hue » et « plus vite mollasson », « et ça se dit guerrier », voire plus provocateur avec son murmure à mon oreille de « je t’ai connu plus… endurant »… Elle me provoquait, j’aimais ça… Je montais presque en courant cette pente raide, pas le moins du monde gêné par elle dans mon dos. Au contraire, ça me faisait faire de l’exercice, ça m’aidait à calmer un peu mon corps. Je ne sais pas si elle l’avait vu ainsi mais quand je m’étais accroupis au sol elle avait tout de suite compris. Combien de fois avions nous monté et descendu cette pente ? Je l’ignore… Ca me paraissait tellement… génial…
Finalement, nous étions remonté une dernière fois, riant, comme des enfants polissons, récupérant nos affaires pour rentrer. Elle prit le sac dans son dos pour me faciliter la tâche, sans rien dire, simplement par attention. J’appréciais sa gentillesse et son attention envers moi…
Nous étions arrivés très doucement près de la maison où j’avais emprunté la luge et j’étais reparti à moitié en courant, elle, secouée de légers sursauts en se retenant de rire, accrochée à mon dos… Des enfants oui…


Finalement nous étions arrivés à l’auberge. Une bonne partie du village était endormie… J’étais monté jusqu’à notre chambre et je l’avais laissé glisser le long de mon dos. Ayant tout de même un peu transpiré sous les efforts exigeants de ma jolie compagne, ce qui m’avait fait le plus grand bien, je me penchais doucement sur elle pour l’embrasser, lui murmurant que j’allais prendre une douche. Elle ne me retint pas, elle fixait le lit et j’avais l’impression de la voir se crisper, comme si quelque chose n’allait pas…
Je revins vite et elle n’avait que peu bougé, s’étant débarrassée de son manteau et de ses bottes, pieds nus au sol, se contentant de fixer le feu. Je la rejoignis, torse nu et vins l’enlacer. Elle frissonna et se retourna vers moi, louchant sur mon torse. Je souris puis me baissais sur elle pour l’embrasser. Elle répondit à mon baiser, longtemps. Mes mains s’égarèrent sur elle et commencèrent à faire glisser ses vêtements. Je sentis son baiser aussitôt comme… « heurté » quand elle s’en rendit compte. Je me reculais lentement.


Ce sera quand même mieux sans toutes ces couches de vêtements pour ton massage tu sais…

Elle me regarda avec ce qui ressemblait à de la surprise de nouveau et je lui souris, essayant de faire passer gentiment le message, qu’encore une fois, je ne la toucherais jamais si elle n’en avait pas envie… Et en plus le massage était VRAIMENT mon intention initiale ! Malgré mes envies, à cause de ses récentes blessures je préférais éviter… des rapprochements trop sensuels… Ils risquaient bien trop vite de devenir charnels et avec le manque que j’avais pour elle, j’avais un peu peur de perdre le contrôle, juste un peu, et d’être plus… brusque. Alors oui c’est vrai qu’elle tenait la distance et la cadence et semblait autant apprécier la douceur et la lenteur que l’acte dans une version bien plus… bestiale mais je ne voulais pas risquer d’aggraver sa blessure ou simplement de ne pas faire attention… dans un moment de faiblesse. J’attendrais… Même si j’espérais ne pas avoir à lui expliquer en ces termes et qu’elle le devinerait rien qu’à ma façon d’être avec elle.
Je me penchais doucement sur elle de nouveau, la regardant, près de son visage, tout près puis l’embrassant tendrement sur le front.


N’y voyez aucune offense jolie demoiselle mais j’ai bien l’intention de vous masser longuement pour détendre votre corps endolori… J’espère vous apaiser assez pour vous faire glisser progressivement vers le sommeil mais soyez assurée que je vous câlinerai de toute manière jusqu’à ce que vous soyez profondément endormie.

Je lui fis un clin d’oeil complice alors qu’elle détournait les yeux en marmonnant et me donnait une petite tape sur le torse. J’en profitais pour l’enlacer…


Dernière édition par Tristan Konogan le Ven 10 Mar - 22:58, édité 1 fois
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Ven 10 Mar - 21:47

Cassidy s’était beaucoup confiée. Plus qu’elle ne l’aurait crû. Au début ce n’était pas prévu. Elle voulait juste dire deux trois petits trucs, peut être plus pour le rassurer qu’autre chose. Elle n’avait pas l’intention de déballer autant. Mais il avait besoin de savoir. A aucun moment elle ne l’avait fixé, elle n’avait pas regardé ses réactions. Elle parlait… beaucoup, jusqu’à presque dire quelque chose d’assez fort qu’elle n’admettrait jamais.

Parce que je … t’aime ? T’apprécie bien ? Cela était impensable pour Cassidy ! C’était ridicule, stupide… Oui elle l’appréciait bien et oui il lui avait fait du mal en partant même si il n’y était pour rien du tout… Oui ils n’avaient pas eu de chance, sans pouvoir se retrouver, sans pouvoir s’expliquer plus tôt. Elle avait failli dire des choses qui auraient eu trop d’impact, sans pouvoir les retenir. Mais le plus dur dans tout ça, c’est que la raison n’y était pas. Ca lui faisait peur.

Alors, elle se rendit compte qu’elle avait peut être gaffée, qu’elle lui en avait trop dit. La meilleure des choses restait le repli stratégique. Ce déballage d’émotions était bien trop complexe et elle peinait à faire de l’ordre dans ses idées. Il fallait revenir à des choses plus simples, plus faciles. Arrêter de se torturer l’esprit pour des sentiments et des émotions. La demoiselle n’était pas sûre de ce qu’elle vivait, éprouvait. Elle était partagée, tiraillée entre son envie de tout garder pour elle ou au contraire de se dévoiler un peu. Mais quand ça arrivait, elle ne contrôlait rien. Ni le débit de ses paroles, ni le sens de ceux-ci.

Revenir à des choses plus simples comme… la magie ? En effet elle avait tendu les mains vers elle, sans se douter une seule seconde que quelque chose s’était activé en elle. La demoiselle s’était envolée dans les airs dans un cri de surprise. Elle avait bien sentit la décharge qui n’avait rien d’ordinaire. Ca venait bien d’elle. Pourtant pour l’instant Cassidy était bien incapable de réfléchir. Elle se laissa planer mais sans aucune peur de se retrouver dans le vide. Dans tous les cas il ne pouvait rien lui arriver.

Elle sentit Tristan qui avait bondit avant de la plaquer contre lui, la mettant sur son dos. Aussitôt la jeune femme comprit qu’il allait se transformer. En effet c’était haut et ils pouvaient s’écraser au sol si personne ne faisait rien. Le fait de se transformer comme ça était assez impressionnant pour Cassidy. Passer d’une forme à une autre, même si il était plus petit. Elle devait reprendre ses appuis et instinctivement elle serra les jambes contre ses flancs comme une tenaille pour lui assurer une certaine stabilité.

Le fait que ses mains étaient autour de son cou aidait aussi à éviter de glisser en arrière. Très étrange comme sensation pour elle qui n’était pas habituée à la magie. Ou à tout type de transformation. Pourtant, il ne revint pas à la terre ferme gentiment. Au contraire il continuait de s’élever dans les airs. Cassidy ne savait pas trop pourquoi mais elle appréciait bien cet espèce de déplacement. C’était si naturel, aisé, comme si elle avait fait ça depuis toujours. Rien à avoir avec le fait de monter sur un cheval.

Les mouvements étaient fluides, gracieux. Il flottait dans les airs, battant le vide de ses larges ailes. La jeune femme put avoir le temps de regarder le paysage qui était encore plus magnifique vu d’ici. L’adrénaline, le vent qui se balançait dans ses cheveux, la sensation de liberté… de ne pas être cloué au sol, de voir le monde différemment. C’était une sensation merveilleuse et énergisante. Au final, la fatigue était partie bien vite alors que la demoiselle appréciait ce moment si rare et unique. Elle n’avait pas peur bien sûr mais surtout elle n’était pas dégoûtée ni réticente. Un beau moment qui ne dura malheureusement pas assez longtemps. Quand quelque chose plaît, on a toujours l’impression que le temps passe beaucoup trop vite et on a hâte d’être à la prochaine fois.

Il y avait eu quelque chose de spécial dans ce vol qu’elle n’arrivait pas à identifier. C’est que la demoiselle était surtout soucieuse par tout ce qui lui arrivait ! Tristan s’était couché pour la laisser descendre de son dos. Il ne fallait pas abuser non plus. C’était tout nouveau comme elle comme pour lui. Et il fallait continuer à s’apprivoiser petit à petit.

Cependant la jeune femme évaluait très mal ses forces. Elle s’était laissée glissée, les jambes flageolantes, encore trop concentré par le fait de devoir serrer ses jambes pour rester stable sur le dos de Tristan. Elle ne mesurait pas vraiment sa force ni les efforts qu’elle faisait. Après tout, le corps de Tristan était lisse et même si il planait, même si elle était couchée légèrement en avant, cela ne voulait pas dire qu’elle était à l’aise et la demoiselle devait redoubler d’efforts pour fixer son bassin face aux très légères fluctuations et changements de direction.

Elle était descendue mais au lieu de se poser au sol avec douceur, elle eut le malheur de s’appuyer sur sa cheville blessée et ses chevilles se dérobèrent sous elle, la laissant tomber la tête dans la neige, ses genoux heurtant le sol. Heureusement que la neige n’était pas trop dur par ici. Elle poussa un petit rugissement de colère, rompant directement le charme, s’en voulant de ne pas avoir fait attention. Posant les bras de chaque côté de son corps, une simple pression l’aida à se redresser. Tristan n’avait pas eu le temps d’intervenir.

En effet Cassidy était bien trop rapide et dès qu’elle pouvait se redresser elle le faisait.

Elle soupira un bon coup tout en époussetant ses vêtements, secouant ses cheveux où quelques flocons s’étaient accrochés.

« Eh bien pour descendre c’est pas encore ça ! »

Cassidy parlait naturellement comme on pouvait parler de la pluie et du beau temps, comme si c’était normal. Encore une fois elle s’était refermée sur elle-même, malgré le beau cadeau qu’il lui avait fait. Peut être aurait-elle dû réagir avec plus de douceur, le remercier,  être reconnaissante ou encore troublée. En fait elle n’avait ni émotion ravie ni intimidée sur le visage. Une fois que ceci était passé, la demoiselle était plutôt soucieuse par ce qui venait de se passer. Parce qu’il y avait trop de choses à dire, à faire. Parce qu’elle ne savait plus où elle en était.

Revenir à la simplicité, voilà qui avait quelque chose de bon. Elle pensait que ça serait bien de rentrer… peut être aller se défouler. La demoiselle avait cruellement envie d’aller courir un peu, ce qui avait le don de l’apaiser. Elle fronçait les sourcils puis secoua la tête. Il valait mieux oublier ce qu’elle avait failli sortir. Surtout que ce n’était pas logique. Déjà elle n’en revenait pas de lui dire qu’elle avait eu mal quand il était parti… Elle n’aurait jamais dû lui dire.

Elle aurait dû se contenter de le taper, de l’ignorer… se rappelant à quel point elle avait souffert de son départ même si ce n’était pas sa faute. Souffert de sa présence qui n’était plus là… Elle aurait dû lui faire la même chose, le snober. Pourtant tout ce qu’elle avait fait, c’était de lui dire qu’elle se fermait bien, qu’elle n’éprouvait aucune émotion, qu’elle avait bien du mal à s’exprimer elle aussi. Un comble pour la petite demoiselle, une situation extrêmement contradictoire. Il y avait des moments où elle avait envie de parler, où ça venait tout seul et d’autres où elle préférait être dans son coin.

Elle ne vit pas Tristan qui approchait d’elle en venant la prendre dans ses bras. Cela la fit sursauter. Trop plongée dans ses pensées, ses réflexions, elle ne l’avait pas vu venir. Et puis la fatigue était revenue à grande vitesse. En fait elle était à moitié en train de bailler quand il s’était approché pour la prendre dans ses bras. Cassidy avait des petits yeux qu’elle clignait difficilement. Il la tenait contre lui et la demoiselle était persuadée que cela devait être… important. Qu’il réagissait par rapport à tout ce qu’elle lui avait dit avant et cela la gêna encore plus alors qu’elle se crispa, sans savoir vraiment comment réagir, se comporter.

Il avait relâché son étreinte et Cassidy avait fait un pas en arrière, une main en l’air, l’index pointé vers le haut avec une expression assez étrange sur le visage.

« Attends… »

Attends quoi ? C’était ridicule de dire ça ! Non elle ne s’était pas jetée sur lui… non elle ne s’était pas rapprochée. Cassidy, aussi rapidement qu’elle s’était confiée, avait voulu prendre du recul même si c’était apaisant d’être dans ses bras. Revenir à des choses simples… c’est ce qu’elle lui avait dit. Ne pouvait-il pas comprendre que tout ce qu’elle lui avait balancé était le fruit d’un énorme effort ? Qu’elle ne savait pas vraiment comment réagir et que la seule solution pour elle de reprendre contenance était de souffler ? Non… apparemment il n’avait pas l’air de comprendre.

Il s’était approché une nouvelle fois.

*Mais mince quoi ! T’as pas compris ? Je t’ai dis que j’ai du mal avec les émotions et toi tu cherches encore à insister ? J’en ai pas assez dit ?*

Elle avait soupiré alors qu’il avait posé ses mains sur ses joues, mains très chaudes au passage qui avait une sorte de douceur… quelque chose d’agréable. Revenir à des choses simples… Ca c’était pas simple ! Ca c’était compliqué ! Ca faisait battre son cœur un peu trop fort, très injustement, tellement fort qu’elle en avait mal à la poitrine. Il était silencieux, ne disait rien alors que la demoiselle se mordilla la lèvre, souhaitant lui dire qu’il devait s’arrêter là et qu’ils feraient mieux de rentrer.

Elle avait ouvert la bouche pour commencer à parler, extrêmement mal à l’aise, le regard fuyant, le poids de ses révélations sonnant maintenant comme une sorte de grand fardeau. Cela la gênait… De ne pas avoir pu se contrôler… et elle cherchait à revenir à des choses plus… pas distantes mais là c’était trop pour le moment. Elle voulait lui dire juste deux trois trucs, qu’elle était désolée, que là elle avait juste besoin de se défouler un peu, que ça faisait beaucoup pour elle en peu de temps et qu’elle avait besoin de s’effacer un peu… enfin encore tout un tas de mots maladroits. Il ne lui laissa pas le temps en l’embrassant. Cassidy se crispa aussitôt.

Non ce n’était pas le moment… Non elle était encore rebelle, sauvage et extrêmement lunatique. Son baiser avec une sorte de douceur mais ça se voyait qu’elle n’appréciait rien du tout. Peut être parce qu’il n’avait pas voulu écouté quand elle lui avait demandé d’attendre… d’attendre qu’elle finisse sa phrase. Oui elle s’en voulait encore plus de ne pas avoir contrôlé sa bouche et s’enguirlandait intérieurement.

Ses poings étaient serrés, elle était raide et tendue et il dut le remarquer plus rapidement car il s’était écarté. Elle en profita pour détourner complètement le regard. Parce que tout cela la gênait. Un pas en avant, deux pas en arrière. Oh il embrassait toujours aussi bien, il y avait quelque chose de très appréciable dans son baiser mais c’était un truc en trop, un truc qu’elle n’avait pas besoin là maintenant. Elle lui avait dit qu’elle s’était sentie suffisamment mal quand il était parti… Et Cassidy se rappelait avec beaucoup de précision tous ces moments… toute cette douleur. Elle n’avait pas la tête à l’embrasser, à être tendre… pourquoi d’ailleurs ?

C’était du passé ! Rien que du passé ! Aujourd’hui tout était différent ! Cependant la jeune femme se mentait. Elle se dérobait encore une fois et refusait d’aller plus loin. Pire encore ! Elle était même presque prête à faire un pas en arrière, comme si elle souhaitait lui dire qu’il ne s’habitue pas à ce… genre de paroles. Qu’elle avait juste eu besoin de se justifier auprès de lui… Qu’elle n’avait pas mesuré la portée de ses paroles… et si elle avait voulu l’achever, elle lui aurait dit qu’elle s’était tellement fermée que cette sensation de douleur n’était plus du tout présente. Que là aussi elle était passée à autre chose et qu’elle ne l’attendait pas ou plus. Qu’il soit là ou pas cela lui était égal. Mensonge… Ce n’était pas vrai et son cœur criait du contraire. Pourtant Cassidy resta silencieuse. Les mots suivants auraient eu bien trop d’impact, ils auraient fait d’énormes dégâts.

Il l’avait remercié alors… l’affublant même d’un surnom qu’elle trouvait peu adapté à la situation. Il la voyait comme une princesse ? Mais elle n’avait rien à voir avec une princesse ! La princesse casse pieds oui ! La princesse des rues… Pfff… Rien en commun avec ce genre de personnage et elle ne voulait pas ressembler à ces demoiselles soûlantes qui n’avaient jamais vu la réalité de la vie, préférant se pavaner dans leurs châteaux…

Elle avait froncé les sourcils alors à cette évocation et même si il la tenait toujours contre lui, Cassidy ne souriait pas. Elle était surtout pensive, se demandant ce qu’elle allait pouvoir dire maintenant qu’il était un peu plus… à l’écoute ou attentif ? Pourtant il commença par faire une réplique plutôt amusante, qui fit ouvrir des yeux ronds à Cassidy. Au moins il détendait un peu l’atmosphère avec ce genre de phrase. Un sourire un peu crispé apparut sur le visage de la demoiselle alors qu’elle ouvrit la bouche pour répliquer mais encore une fois il ne lui laissa pas le temps de s’exprimer.

Il parlait de sa rapidité, de ne pas qu’elle s’échappe. Elle avait haussé un sourcil puis croisé les bras d’un air de défi. Oui ce n’était pas de la douceur qui agitait Cassidy mais plus une envie de se dérober là maintenant tout de suite ! L’envie de courir s’imposa de nouveau à elle encore une fois. Elle maudit sa cheville presque cassée, maudit le fait de ne pas pouvoir se déplacer aussi vite.

« Oh vraiment ? Je suis rapide moi aussi… et je sais très bien me cacher. Si vraiment je voulais t’échapper, je saurais exactement comment faire car je connais ces bois comme ma poche ! »

Un petit clin d’œil amusé alors qu’elle tentait vraiment de lui faire comprendre que là, ça suffisait. Le trop plein de tendresse et de rapprochement avait été atteint pour la journée. Là tout ce que la jeune femme désirait, c’était de faire autre chose de différent. Trop d’enlaçades, trop de révélations, trop trop de trucs… En fait elle ne pensait même pas à la magie à ce moment précis, ayant suffisamment de choses à penser, cela ne lui effleura même pas l’esprit.

Il avait juste fait une petite caresse, comme si elle cherchait à l’apprivoiser, alors que Cassidy avait les yeux perdus dans le vide. La caresse avait quelque chose de réconfortant, de rassurant, même si elle se refusait de la laisser avoir une quelconque influence sur elle. Trop faible… trop fragile face à lui… trop accro peut être ? Elle n’était pas encore prête à de tendres moments… il y en avait eu assez aujourd’hui. Il s’était finalement écarté et elle le regarda avec curiosité pendant qu’il parlait d’excuses.

*Ah parfait ! Tu as finalement compris que j’avais besoin de faire autre chose là maintenant ?*

Pas de surprise, juste de la curiosité alors que la demoiselle se demandait à quoi il allait penser. En fait, il parlait surtout de ce qu’elle lui avait tout à l’heure, quand elle avait pensé qu’il la traitait comme une ignorante. Ah ben nan apparemment il avait pas vu son malaise actuel et de son gros pas en arrière qu’elle était en train de faire, se rendant compte à regret qu’elle en avait peut être trop dit… sauf qu’elle ne pouvait pas se contrôler.

Il déclara qu’elle était très intelligente. Une flatterie peu utile. Elle se savait perspicace mais jamais elle n’aurait osé employer ce mot. Intelligente… dans ce cas elle ne serait peut être pas dans les rues comme une vagabonde à la recherche d’un maître. Dans ce cas si elle était si intelligente que ça jamais elle ne se  serait retrouvée dans une maison close. Elle aurait réussi à s’enfuir toute seule. Si elle était si intelligente, elle n’en serait pas réduite à ce stade… Peut être se considérait-elle juste comme une personne qui avait soif d’apprendre, qui se passionnait pour les mystères, les légendes et les histoires sur la magie. Mais intelligente bah ! Non… si elle était aussi intelligente que ça elle arriverait à contrôler sa force. Elle aurait déjà compris ce que ça signifiait.

Lui il la voyait comme quelqu’un de très intelligente mais elle ne l’avait jamais prouvé réellement. Ou du moins, elle était persuadée de ne rien avoir fait de sensationnel qui méritait qu’on la voit si intelligente que ça. Il était assez confus dans ses paroles et la demoiselle n’était pas sûre d’avoir tout à fait compris ce qu’il racontait. Elle le regardait, les bras toujours croisés, la tête penchée sur le côté comme si elle cherchait à le comprendre. Il était hésitant et cela rendait le discours difficile. Il s’excusa, d’avoir été condescendant. Il la flatta encore plus en disant qu’elle était encore plus intelligente ce que ce qu’il pensait. Il disait qu’il le voyait, qu’il s’excusait d’avoir été prétentieux.

Cassidy l’avait écouté sans dire un mot de plus, patiente mais les sourcils froncés comme si elle n’était pas vraiment convaincue par elle-même au final. Elle, intelligente ? Pourtant il avait l’air d’y croire dur comme fer. C’était assez flatteur dans un sens mais encore une fois, la jeune femme se dénigrait. Elle hésita un très long moment avant de prononcer quelques mots.

« Hum je vois… je ne pensais pas que tu me voyais… comme ça… enfin… je suis pas sûre de tout avoir compris mais merci »

Oui, elle était fatiguée et bailla une nouvelle fois. Cela ne la gênait pas qu’il parle de ça, elle pensait juste qu’il se trompait et la voyait peut être un peu trop… enfin un coup il la traitait presque d’inculte et l’autre coup il l’idéalisait au maximum. Les opposés… Il n’y avait pas de gris, pas de juste milieu. Cassidy peinait à comprendre tout ça. Parce qu’elle en avait bien assez fait aujourd’hui. C’est donc un visage neutre qu’elle lui tendit, peut être un peu aimable, poli mais pas de grande gêne à ce niveau là car elle ne se considérait pas extrêmement intelligente.

Ses yeux avaient envie de se fermer, et plusieurs fois elle cligna des paupières et secoua la tête pour se tenir éveillé. Il n’y avait que deux façons de lutter contre la fatigue, soit aller dormir soit bouger. Le premier cas ne l’intéressait pas vraiment, elle n’avait pas trop envie de se poser dans un lit pour aller dormir là maintenant, avec tout le flot de pensées qui l’assaillait. Courir lui semblait être la seule solution pour tenter de faire le vide de son esprit, et de remplacer cette mauvaise fatigue, pleine d’ondes pas très agréable en une bonne fatigue physique. Mais ce n’était pas possible dans son état actuel.

Cassidy grogna en détournant la tête, pas vraiment de bonne humeur. Cependant elle décida quand même de lui dire ce qui la préoccupait, d’un air très embêté, évitant son regard et retombant dans cette espèce de distance qui la caractérisait bien.

(color=darkblue] « Ca m’énerve… »[/color]

Elle soupira un coup, peu convaincue et ne sachant pas comment aborder les choses sans que ce soit mal perçu. Mais elle lui avait fait comprendre qu’elle avait du mal à s’exprimer peu avant, alors pourquoi prendre tant de pincettes ? Après tout elle voulait revenir à des choses plus simples… On allait pouvoir voir si il était capable de l’accepter dans cette espèce de simplicité.

« S’est passé trop de choses aujourd’hui, je suis fatiguée ! »

Elle se gratta doucement la tête puis jeta un coup d’œil sur lui, mais d’un air plutôt renfrogné.

« J’ai pas envie d’aller me coucher tout de suite… Toutes ces émotions sont bien trop mauvaises pour moi… elles me fatiguent mais ça m’empêche de bien dormir… »

Elle soupira puis regarda sa cheville avec beaucoup de colère, les sourcils froncés et pas vraiment de bonne humeur.

« Fichue cheville ! Si je n’avais pas ça, je pourrais aller courir ! Ca m’aide toujours bien… pour me défouler… Je vais sûrement devoir le faire à cloche pieds. »

Cassidy semblait embêtée. Il répondit d’un air assez provocant, juste une petite interrogation. Que voulait-il dire par là ? Ah oui ? Ah oui quoi ? Il allait la laisser aller à cloche pieds ? Elle croisa les bras sans comprendre.

« Courir… juste courir un peu… ça m’agace… »

Pourtant la demoiselle était vraiment très ennuyée et cela avait le don de la mettre de mauvaise humeur malgré elle, sans savoir que le pauvre Tristan devait subir ça. Il parla avec lenteur d’une idée pour l’aider à se défouler si elle avait suffisamment d’énergie encore. Au début, Cassidy n’avait pas compris le rapport. Il lui pressait le bras et elle avait bombé la poitrine, se redressant fièrement, parlant avec une pointe d’assurance dans la voix.

« Tu me prends pour qui ? Bien sûr que j’ai encore de l’énergie ! J’en ai même à revendre. C’est pas parce que je baille que je vais m’endormir tout de suite »

Ce n’était pas dit sur un ton où elle le prenait de haut, pas vraiment en tout cas. Cependant, sa phrase avait tourné dans la tête de la jeune femme et semblait comprendre où il voulait en venir. Elle écarquilla les yeux en le regardant. Il ne pensait quand même pas à ça ?!

« Heu… tu veux qu’on baise dans la neige ? Je pensais pas vraiment à ce genre de chose pour se défouler à vrai dire… »

Crue, les mots étaient sortis seuls. Trop cru… peut être un poil blessant. Mais elle n’avait vraiment pas fait exprès à vrai dire, cela était venu tellement instinctivement. Et puis, Cassidy n’avait jamais été gênée ou intimidée quand il était question de sexe. Là elle lui avait dit vouloir revenir à des choses simples, c’était surtout sa façon de parler qui était plus simple… Et puis elle voyait toujours le sexe comme un truc obligatoire à cause de son corps. Heureusement, elle se félicita de ne pas se jeter sur lui tout de suite maintenant. Ses pulsions avaient l’air plutôt sage et c’était tant mieux.

Elle allait dire autre chose, pensant à une idée de ce qu’elle pourrait faire à  la place mais il ne lui laissa pas vraiment prendre une nouvelle fois prendre la parole. Peut être craignait-il qu’elle sorte encore une énormité sans le vouloir. Il lui demanda d’attendre et la jeune femme se mit à soupirer, sans vraiment savoir ce qu’l avait l’intention de faire. Il s’était jeté dans le vide et elle le regarda s’éloigner.

« Eh bien… je suis curieuse de voir ce qu’il va me trouver »

C’était la vérité, elle n’avait aucune idée de ce qu’il avait l’intention de faire. Et à voir son air, ça n’avait rien à voir avec faire des galipettes dans la neige. D’ailleurs pourquoi serait-il parti si c’était vraiment ça ? Cassidy n’était pas sûre d’avoir tout compris au final. Pourtant il allait revenir. Elle se détourna et s’intéressa alors aux affaires qui n’étaient pas encore rangées. S’occuper de quelque chose lui permettrait de se passer les nerfs.

Lorsqu’il revint, la demoiselle n’avait pas encore rangé la couverture. Pas qu’elle avait pensé qu’ils coucheraient dans la neige, elle n’en avait pas eu le temps c’est tout. Et puis elle en avait profité pour manger quelques biscuits qui trainaient encore au pasage.

Elle l’entendit revenir en courant, non pas par la voie des airs mais par le chemin qui amenait jusqu'au promontoire. Sourire malicieux, il cachait quelque chose dans ses bras. Cassidy fronça les sourcils en se redressant pour le regarder, un peu intriguée et curieuse par ce qu’il avait trouvé comme truc. Mais le suspens ne dura pas très longtemps. Il tendit une grande planche en avant avec un air jovial et enthouasiame.

Les yeux de Cassidy s’écarquillèrent alors qu’elle inspectait la luge. Heu… il était sérieux là ? Elle se gratta la tête.

« Ah d’accord ! Heu… tu veux faire quoi avec ça ? C’est pas une luge magique qui va te suivre en volant »

Cassidy avait beaucoup de peine à réfléchir pour le moment, elle tirait la langue en examinant la luge sans comprendre ce que ça pouvait faire… C’était un truc pour les gamins ça ! Trop sécurisé à son goût. Pourtant, elle tenta de le taquiner, se rendant compte qu’elle se fermait un peu trop à nouveau, changeant son comportement du tout au tout.

« Serais tu donc redevenu un enfant ? C’est trop lent ce machin, y a pas de danger en se laissant conduire là dedans… »

Du danger, le sentiment d’adrénaline, elle montrait clairement qu’elle était à la recherche des risques, de se faire des frayeurs même si elle ne pouvait pas avoir peu. Cependant, il ne se démonta pas et proposa une réplique sur une autre approche. Cassidy avait les bras croisés, il la mettait carrément au défi là.

« Très bien ! Laisse moi faire alors, mais je vais choisir ma pente ! Une bien rude ça m’irait tout à fait, je veux pas du plat c’est pour les petits joueurs ça ! »

Non en fait il se trompait totalement. Elle n’était pas du genre à avoir peur de ce genre d’objet, la seule chose qui l’ennuyait, c’était de ne pas éprouver suffisamment de sensations. Pourtant Cassidy était étrange. Elle essayait de faire des efforts mais apparemment le quota d’efforts avait été atteint pour la journée ! Elle ne faisait plus attention à sa manière de parler, encore moins à voir si elle le blessait ou pas, ou si il n’allait pas devenir fou à force de se heurter à une lunatique pareille.

Elle avait prit la planche dans ses bras et poussa un juron en essayant de se déplacer avec, la laissant retomber lourdement sur le sol. Trop lourde pour elle. Heureusement elle avait retiré son pied très rapidement, évitant ainsi de se faire mal car la barre de la luge tombait en direction de son pied. Il ne serait pas très bien de se faire encore plus mal de ce qu’elle avait déjà.

Pourtant Tristan avait repris la luge avec une petite phrase faussement serviable. Cassidy se contenta de pousser un « pfff » en levant le nez en l’air, passant dignement devant lui. Très vite elle lui indiqua une pente bien raide. Seulement, Cassidy n’avait jamais fait de luge. Ce n’était pas quelque chose qui faisait partie de son quotidien et si elle faisait la fière, c’était pour ne pas perdre la face devant lui ! Et surtout pas se démonter. Il avait posé la luge, puis s’était assis dedans alors qu’elle vint s’asseoir dignement devant lui.

Mais quand il poussa la luge, elle ne fit rien. Ne sachant pas comment ce machin fonctionnait, Cassidy n’avait rien dirigé du tout. Il semblerait que Tristan était beaucoup plus instinctif qu’elle car c’est bien lui qui dirigea le tout. En même temps c’est lui qui avait eu cette idée là… elle ne lui avait jamais dit savoir conduire une luge mais sans lui dire non plus là qu’elle se défilait parce qu’elle n’y connaissait rien.

Cependant, la sensation était assez grisante. Ca ne remplaçait pas un bon défouloir en courant un peu au hasard mais au moins la vitesse était vraiment bien, c’était même plus rapide que sa planche, quoique… La seule chose que Cassidy regrettait, c’était d’être assise et passive sans pouvoir rien faire. Elle adorait utiliser son corps pour faire obéir sa planche. Elle adorait courir car cela lui donnait l’impression d’être active et épuisée pour une bonne raison.

Pourtant elle apprécia ce moment passé avec lui mais fit une bêtise. En effet, à force de monter et descendre, la demoiselle commençait à prendre l’habitude et c’était trop… gentil, trop sage. Elle avait remarqué qu’il appuyait à droite ou à gauche pour diriger cette grosse luge. La jeune femme attendit qu’ils aient suffisamment de vitesse en déboulant sur la grande piste pour appuyer fortement d’un côté de la rambarde. Malheureusement Tristan avait appuyé en même temps. Sous la pression, la luge pivota et se planta à l’horizontale dans la neige, les faisant basculer sur le côté et roulant dans la neige.

Heureusement, cette dernière n’était pas trop dur, et les cailloux pas présents, ce qui leur évitait de se faire trop mal même si Tristan l’avait instinctivement pris dans ses bras pour éviter qu’elle ne se fasse trop mal. Lorsqu’ils s’étaient arrêtés, la demoiselle avait relevé la tête, haletant et encore surprise par ce déroulement qu’elle n’avait pas prévu.

« Je n’aurais pas pensé qu’à nous deux on puisse faire pencher le poids de cet engin ! »

Pourtant elle éclata de rire et prit de la neige entre ses doigts, formant une boule, puis l’envoyant pile sur la tête de Tristan. Il grogna et chercha à se venger. Cependant, la demoiselle s’était très rapidement redressée en courant, faisant fi de sa cheville blessée. Il se montra alors beaucoup plus autoritaire et déclara forfait, se rendant compte qu’elle allait se blesser bien stupidement si il rentrait dans son jeu. Car Cassidy n’en faisait vraiment qu’à sa tête. Cheville blessée ? C’était comme si ça n’existait pas !

Il déclara que c’était l’heure de rentrer et finalement ils se dirigèrent vers la ville.  Rentrant à l’auberge, ce n’était pas de refus que Cassidy se laissa tomber à ses pieds, poussant un grand soupir de soulagement et s’étirer longuement en grimaçant. Bonjour les courbatures ! Il l’embrassa alors qu’elle avait juste envie d’aller dormir, bien épuisée par la journée et surtout leur dernière chute. Il prétexta aller prendre une douche.

Elle regarda un instant le lit qui l’attirait, non pas pour faire des trucs mais surtout pour aller dormir oui ! Cassidy bailla une nouvelle fois. Epuisée, courbaturée, elle n’avait qu’une envie, retrouver la chaleur du lit. Elle se déshabilla et c’était bien plus pratique car portant une cape et ses vêtements amples, il lui était plus facile de se déshabiller. Pourtant il avait fait très vite et alors qu’elle était penchée en avant, examinant attentivement son attelle, il vint se placer derrière elle pour la prendre dans ses bras avant de la retourner et l’embrasser. La jeune femme somnolait et tenait à peine debout, elle aurait pu s’endormir à n’importe quel moment alors qu’il l’embrassait de nouveau (ou plutôt qu’il embrassait un légume amorphe actuellement) tout en cherchant à la déshabiller.

Il s’arrêta, se recula alors qu’elle ouvrit un œil.

« Hein ? »

Cassidy avait à peine entendu sa phrase. Il parlait de massage. Elle pencha la tête de côté puis le regarda.

« Ca peut pas attendre demain ? Je suis épuisée… »

Cependant il semblait lui faire comprendre qu’il avait envie de la masser quand même, que ça ne pouvait que l’aider à s’endormir plus paisiblement. A ses dernières paroles, Cassidy se mit à rougir, détourna la tête, semblait avoir plusieurs expressions qui passaient sur son visage puis se fit plus sérieuse en soupirant, tout en s’asseyant sur le lit.

« Tu sais… je t’ai demandé de revenir à des choses plus simples non ? »

Elle essayait de bien choisir ses mots, luttant contre le sommeil pour pouvoir lui parler.

« Figure toi que tes paroles me font des trucs bizarres et j’aime pas trop ça ! Enfin… je sais pas j’ai pas l’habitude de rougir et tout et à chaque parole de ta part, je ne comprends plus mon corps. Je sais pas pourquoi t’es comme ça avec moi mais hum… oui je sais pas en fait ce que je veux. Là pour le moment j’ai juste envie de dormir. Je… j’aurais pas dû te dire tout ça. Parce que ça me fiche mal à l’aise. Je sais même pas pourquoi je t’ai raconté tout ça… peut être pour te montrer que tu n’étais pas seul… peut être pour te dire que je regrettais pas ce que tu étais et que je comprenais… »

Cassidy avait beaucoup de mal à s’exprimer. A moitié endormie, elle peinait à parler correctement, à faire des phrases logiques. Tout se mélangeait dans sa tête. Si il la trouvait intelligente, ce n’était pas trop le cas ici car elle risquait plus de lui faire du mal qu’autre chose.

« J’ai parlé un peu sur le coup de l’émotion tout à l’heure… je t’apprécie bien mais… je suis passée à autre chose pour tout et tu le sais… et revenir à des choses simples c’est arrêter toutes ces… choses ! Ces actes ! Ces trucs là… Quand tu m’embrasses je me sens perdue ! Pas dans le mauvais sens mais ça réveille trop de choses en moi que j’ai cherché à étouffer par le passé. Je ne veux plus souffrir, tu comprends ? »

Comment faire le yoyo en même pas quelques heures. Cependant, elle avait dit qu’elle avait besoin de temps.

« Est-ce qu’on peut se conduire juste amicalement ? Parce que… on n’est pas un couple toi et moi… »

Bam, le couperet était tombé, dur, froid, pas simple à accepter. Ils n’étaient pas un couple. Cassidy avait fait un énorme pas en arrière. Trop peureuse par les mots qu’elle aurait pu sortir, elle rebroussait carrément chemin, refusant ainsi de lui dévoiler quoi que ce soit, ou revenant même sur ses paroles.

Elle se caressa doucement les cheveux, le regardant en silence. Puis soupira en agitant une main d’un air agacé.

« Merci pour la luge c’était sympa ! Mais maintenant je suis juste épuisée, j’ai envie de dormir donc… je sors n’importe quoi et mes pensées ne sont pas claires, on verra tout ça demain, d’accord ? »

Cassidy avait tiré la couverture et s’était couchée toute habillée dans le lit. Quelques minutes après, elle commença à somnoler.
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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 12 Mar - 13:24

Le bonheur de l’avoir entendue se confier de la sorte, de l’avoir observée parler, plus vulnérable mais tellement plus coopérative et ouverte avait ouvert chez le jeune homme des horizons qu’il croyait impossible. Bien des pensées se bousculaient dans sa tête et venaient chambouler son corps. Il était resté si silencieux et attentif, conscient de la fragilité de l’instant et qu’un simple mot pouvait briser l’élan de sincérité de la demoiselle. Il avait été heureux, heureux de tous ces mots, heureux d’en apprendre plus sur elle, heureux de découvrir un peu de profondeur chez elle, cette chose qu’elle cachait si bien et si farouchement.

Après tout, les jours passés, si ce n’étaient quelques conversations animées sur la nature, quelques animaux, le surf éventuellement ou les voyages, la jeune femme parlait extrêmement peu. Elle n’affirmait pas ses goûts ou très peu et ne s’étalait absolument pas dessus. Tout le monde a le besoin de parler, de s’exprimer, de communiquer. Trouver une personne de confiance suffisamment patiente pour écouter était une chance. Elle aurait pu en dire beaucoup à Tristan, dès le départ. Cela lui avait pris beaucoup de temps alors que lui s’était si vite confié à elle. Bien trop vite. Elle… elle ne semblait pas ressentir ce besoin. Peut-être que parler ne lui était pas nécessaire. Peut-être avait-elle trouvé meilleur confident.
Tristan avait été patient, honnête… Il avait répondu à ses questions et se souvenait encore de la manière adorable dont elle lui avait dit qu’elle aimerait en savoir plus, le souvenir magnifique qu’elle lui avait fait quand il lui avait proposé de poser les questions qui l’intéressaient. Ce jour-là il ne l’avait pas trouvée curieuse, indiscrète, juste craquante, amusante, intéressée.

A peine le jeune homme était-il arrivé dans ses régions glacées qu’ils s’étaient retrouvés dans un hasard si bien mené et très vite rapprochés, très vite, trop vite peut-être. Mais l’attirance qu’ils avaient l’un pour l’autre, le goût amer de l’inachevé qui leur restait de leur exploration entreprise dans leur village, ne laissait pas le temps à la patience. Attendre ? Impossible… Quelque chose les tirait l’un vers l’autre, inexorablement. Dans un instant de prétention sans nom Tristan s’était autorisé cet écart, parce qu’elle savait pour lui, parce qu’il ne lui mentait pas, parce qu’elle semblait aussi chamboulée que lui. Avaient-ils eu raison ? Leur attirance s’était transformé en un désir insatiable et des exigences tellement, oui tellement, supérieures à la norme que la réponse semblait évidente: ils s’étaient bien trouvés… Elle qui avec ses pulsions étranges était si malmenée par son propre corps toujours à la recherche du sexe et d’un instant de répit, elle qui n’était jamais pleinement satisfaite par ses conquêtes, juste apaisée l’espace d’un instant dans le meilleur des cas… Lui qui ne pouvait certainement pas être comblé par une humaine, victime de pulsions tout aussi démesurées et d’une faim insatiable, constamment sous contrôle et muselé, dont l’extrême endurance et l’intensité des gestes nécessitaient tant de même en retour de ses « victimes ».

Ils avaient craqué, simplement… Et tout était alors très simple mais sans réellement l’être et l’affirmer aurait été se voiler la face. Le désir était peut-être trop intense à ce moment-là pour qu’ils réalisent réellement ce qui se passait. Leur complicité, leurs discours, leur manière d’être avec l’autre n’étaient pas ceux de jeunes gens seulement motivés par les plaisirs de la chair. Autrement il n’y aurait pas eu toutes ces questions et toutes ces réponses, il n’y aurait pas eu les restaurants, les sorties, les danses, les rires, les pitreries. Il n’y aurait eu que deux corps, violents et exigeants et n’importe quelle surface pouvant servir pour leurs ébats.
Alors finalement, est-ce que ça avait été simple à un seul moment ?

Leurs débuts avaient été simples parce qu’ils ne se posaient pas de questions sur ce qui leur arrivait, vivant seulement dans l’instant présent et l’incroyable réunion offerte par le « destin ». Et il est vrai que c’était exceptionnel… Tristan était resté si surpris, ravi évidemment, mais tout de même surpris qu’il peinait encore à le réaliser et se demandait si ses souvenirs n’étaient pas déformés.
Il n’y avait eu que ça, le sexe, dont ils avaient tellement besoin pour réellement entrer en contact avec l’autre, se trouver, se retrouver et s’harmoniser. Ca avait été parfois doux et tendre, parfois bestial et si intense. Mais chacun avait trouvé chez l’autre bien mieux qu’ailleurs. Bien sûr il arrivait à la demoiselle de trouver un compagnon satisfaisant sur une courte période et son ex n’était pas mauvais non plus même si bien moins endurant. Et lui n’avait trouvé cette exigence et cette félicité qu’auprès des dragonnes… C’était étrange…

Les débuts avaient été faciles parce que finalement il n’y avait aucune raison de douter de l’autre. Il y avait eu les pointes de jalousie, les moments où ils se cherchaient et se trouvaient dans un long baiser. Il y avait tout ce qui faisait d’eux un couple aux yeux de tous et qu’eux-mêmes ignoraient, totalement… Elle avait même quitté Jilian pour être réellement avec le jeune dragon et il en avait éprouvé une joie si intense que ça non plus, il n’en revenait pas encore.
Mais à présent… Tout était différent…

Que s’était-il passé au juste pour qu’entre eux, tout change aussi brutalement et radicalement ?
Les questions avaient émergé, des questions effrayantes, des questions de suite et de sentiments. Et ces questions faisaient énormément de ravage. Tristan était le premier fautif… En proposant à Cassidy de reprendre les voyages et avec lui qui plus est, il avait déclenché le minuteur d’une véritable bombe. Pourtant dans ses intentions il n’y avait qu’innocence et gentillesse. Il voulait qu’elle voit qu’il ne souhaitait pas arrêter et qu’elle ne le considère pas comme un coureur de jupons qui une fois satisfait s’éloignerait. Il ne voulait pas qu’elle le voit comme un amant de plus, pas davantage. Il voulait qu’elle voit que même si justement, en tant que dragon et chevalier qui vivait essentiellement au jour le jour, il voulait prévoir avec elle, pour elle, qu’il voulait se projeter même de manière incertaine pour lui montrer qu’elle, elle n’était pas une parmi tant d’autres. Mais sa proposition avait fait naitre la notion de choix, car elle devait choisir, celle d’avenir, celle de questionnement quant à ce qu’elle ressentait pour ce garçon qui en si peu de temps l’avait prise dans sa vie et semblait vouloir l’emmener loin. Cela avait aussi fait naitre trop de questions sur ce qu’il pouvait lui trouver et l’incompréhension due à la dénigration personnelle.

Leur histoire naissante, née du désir et de l’impatience et qui pouvait devenir tellement plus avait commencé à se fissurer à ce moment-là. Tristan redoublait d’efforts, maladroit, peu doué mais volontaire et acharné. Il avait fait celui, tellement difficile, de museler ses pulsions pour elle, bien plus qu’en temps normal. L’attirance qu’il avait pour elle et la faim qu’elle éveillait chez lui l’effrayaient et il ne savait même pas qu’il pouvait si bien résister mais il l’avait fait… Parce qu’elle ne semblait plus particulièrement en demande de son côté et qu’il ne voulait surtout pas, jamais, lui causer du tort ou lui évoquer le danger et l’amertume de ce qu’elle avait vécu dans le passé. L’accident dans la charrette quand ils avaient voyagé vers le village, sur le retour, avait sonné comme une délivrance pour le jeune homme et il était très fier d’avoir résisté au désir pour s’occuper tendrement de la demoiselle. L’interruption lui avait fait mal, physiquement comme mentalement. Il avait l’impression, vague, d’être un véritable toxicomane en manque !

Mais elle restait lointaine et il y avait eu les premières blessures, réelles et profondes… Peut-être aurait-il dû comprendre à ce moment-là et agir simplement en dragon: sourire, rire peut-être, pas se moquer, il était respectueux après tout mais obéir, sans regret et s’éloigner simplement, mettre un terme à tout ceci, se dépêcher d’achever sa mission et disparaitre, avec classe et l’honneur intact. Ses mots n’auraient pas dû lui faire mal pourtant ils l’avaient blessé, les premiers d’une longue liste. Ce soir-là, quand il était parti voler seul, faisant bonne figure mais malheureux, il s’était demandé si les humains pouvaient autant avoir mal… Le lendemain avait, en fin de journée, sonné comme une délivrance. Même s’il avait dû subir ce passage à tabac il s’en fichait bien car Cassidy l’avait de nouveau accepté à ses côtés, elle était douce et gentille. Entre eux, quelque chose avait commencé à guérir et pas seulement l’extraordinaire guérison du jeune homme quand elle l’avait embrassé. Il réagissait à elle, à sa magie, du moins il en était persuadé et… elle aussi… Depuis qu’ils passaient tout ce temps ensemble, les vieilles cicatrices de la jeune femme s’étaient un peu amenuisées et même là il lui semblait que son énorme bleu sur le front avait diminué…

Ca ne pouvait qu’aller mieux et bêtement, tellement bêtement, simplement heureux et rassuré, le jeune homme avait rabaissé ses défenses… Il y avait eu de nouveaux mots douloureux mais il y avait aussi eu toutes ces belles confidences. Il s’était senti réellement heureux l’espace d’un instant et plein d’espoir… Puis il y avait eu la chute de la jeune femme, le vol qui avait duré un peu. Ca elle avait apprécié, vraiment… Ce moment, ce partage mais à peine revenue au sol, elle avait commencé à devenir distance. Il n’avait pas remarqué tout de suite, pensant surtout qu’elle avait un peu froid à cause du vol et sans doute mal aussi. Il avait fait comme s’il ne voyait rien parce qu’il ne voulait surtout pas voir ses crispations alors qu’il la touchait. S’il les avait vu immédiatement, comment aurait-il pu ne pas en souffrir ? Comment aurait-il pu interpréter cela autrement que comme un « je sers de monture et je baise bien, c’es tout »? Il avait été juste gentil, investi, encore si maladroit mais si sincère. Finalement cet homme doux et prévenant, honnête et attendrissant… Elle n’en voulait pas et n’en avait jamais voulu.

Les contacts, à la base, après tout ce qu’elle lui avait dit, c’était pour la rassurer qu’elle avait bien fait, qu’il appréciait, qu’il était avec elle, près d’elle, que c’était… un peu pareil pour lui. Il avait vraiment envie de lui dire ce qui se passait dans son corps et dans sa tête, essayer de mettre des mots sur ce qui lui arrivait, elle pourrait peut-être mieux l’aider…
Il ne le fit pas, sans doute était-ce bien mieux ainsi et la première erreur qu’il n’avait pas commise.

Il y avait eu l’histoire de la luge née de petites taquineries innocentes. Là encore les mots durs de la jeune femme firent hausser un sourcil au garçon. D’accord, ils n’avaient rien fait ces derniers jours et il commençait à se sentir vraiment mal mais un c’était elle qui n’en voulait pas et deux… était-ce une raison pour parler de « baise »? Il n’aimait que bien peu ce mot, du moins oralisé. Il avait une connotation si négative, si brutale, si… animale et c’est tout, rien de plus, rien d’autre. Il ne dit rien mais n’apprécia pas… Ni la manière dont elle l’avait dit ni la jolie remise à sa place qu’elle lui faisait également. Elle n’avait aucune intention telle envers lui. Bon… il s’en contenterait, il attendrait évidemment mais… là ce n’était pas très gentil.
Ses propos pour la luge étaient plus blessants que taquins mais il avait choisi, bêtement encore une fois de les prendre comme des taquineries, de la provoquer, de l’embêter jusqu’à ce qu’elle accepte et finalement ce fut un très bon moment à deux qui venait pallier un peu l’impossibilité de courir de la jeune femme.
Là, en jouant avec lui, dans la neige, sur cette luge, le naturel et la simplicité revinrent et elle sembla aller bien et même être joyeuse, pas comme l’espèce de bulle hermétique qu’elle était depuis ses gentilles paroles…

Et finalement ils étaient rentrés…

Tristan avait fait vite dans la salle de bain et comme d’habitude il n’était qu’à moitié séché, le torse encore luisant de quelques gouttelettes d’eau et la pointe des cheveux légèrement humides. Il faut dire qu’il avait quand même une sacré crinière et que l’asperger un peu était assez inévitable.
Heureux d’avoir pu donner à la jolie demoiselle un instant d’adrénaline pour l’aider à se calmer et à mieux trouver le sommeil il l’avait rejointe sans méfiance. Pourquoi en aurait-il eu d’ailleurs ?
Il remarqua bien qu’elle somnolait à moitié entre ses bras et parla donc avec d’autant plus d’enthousiasme même si c’était tout bas, plus un murmure qu’autre chose, du massage avec lequel il comptait bien la détendre et l’endormir. Il n’avait aucune idée déplacée. Enfin des idées si, très déplacées même mais aucune intention et encore moins en la voyant si fatiguée. Le constat l’amusa un instant… Son corps avait été certes bien éprouvé et elle avait dû se fatiguer énormément à marcher dans la neige pour retrouver sa planche mais il gagnait tout de même haut la main. Il avait dû dormir à peine une heure la veille, avait botté les fesses des Kaärs, s’était entrainé et tant d’autres éléments et il tenait une forme… olympienne. Il ne comprenait pas lui-même d’ailleurs ! D’accord il était habitué à tenir même en dormant très peu tant que cela restait sur de courtes périodes mais de là à avoir une telle énergie, c’était bien la première fois ! Il se plut à penser que c’était pour elle qu’il respirait autant la force, qu’être près d’elle lui donnait une énergie qu’il croyait impossible.
Pauvre petite demoiselle ensommeillée. Animé des meilleures intentions Tristan comptait donc se comporter une fois de plus en parfait gentleman particulièrement attentionné, priant à moitié les dieux pour que certains dragons ne le sachent jamais !

Ce fut suite à sa demande que son château qu’il pensait si solides se révéla fait de cartes et sensible à la moindre brise…
D’abord il y eut la surprise du jeune homme et il se contenta d’un sourire un peu figé, restant patient, puis il y eut ses premiers mots qui repoussaient son massage au lendemain. Ceci en soi ce n’était pas gênant, juste un souhait qu’il aurait respecté mais la manière d’en parler, comme si c’était une corvée donna l’impression d’une claque chez le dragon. Si ça lui déplaisait tant pas de problème il ne lui en ferait pas ! Elle n’avait pas encore compris que malgré toutes ses jolies paroles masser était bien moins sympathique qu’être massé ?! Il n’en retirait pas grand chose lui ! La tripoter ? Il y avait mieux que tripoter un dos. Ces premiers mots embrasèrent un vent de colère chez le garçon et de frustration aussi. Il s’évertua néanmoins au calme, s’expliquant gentiment, ne laissant absolument rien transparaitre sur son visage. Nouvelle erreur… Elle aurait peut-être compris autrement qu’elle venait de le blesser. Et peut-être alors aurait-elle compris que d’autres mots pouvaient faire beaucoup de dégâts sur le jeune homme, à peu près n’importe quels mots à ce niveau de toute manière, n’importe quels mots pouvant le repousser ne serait-ce qu’en partie.

Ce n’était pas la faute de Cassidy… Tristan avait semé le doute en elle, les graines des sentiments qui ne demandaient qu’à germer et s’épanouir. Or la demoiselle avait effectivement beaucoup trop souffert des hommes évidemment, de leur cruauté, de leurs mensonges, du monde monstrueux dans lequel ils vivaient. Car si ce monde connaissait de magnifiques évènements et de très belles personnes il restait sous la suprématie des hommes et de leur toute puissance malgré quelques femmes de pouvoir et de poigne. Les femmes étaient trop souvent perçues comme inférieures ou quand ce n’était pas le cas il y avait toujours des réticences. Bien sûr certains villages et certaines contrées pensaient tout autrement… Mais une femme attaquée n’était néanmoins pas toujours protégée, trop de personnes fermaient les yeux… Elle avait souffert et s’était pris bien trop de claques à propos de ses rêves piétinés par quelques personnes et par la vie. Et puis… elle avait souffert à cause de lui, à cause de ce petit garçon si agaçant qui l’embêtait tant et ne la traitait pas comme les autres, à cause de ce petit garçon qui avait disparu de sa vie trop brutalement et n’était jamais revenu pour elle. Avait-elle gardé espoir, tout en le détestant, qu’il revienne et mieux qu’il revienne pour elle ? Peut-être avait-ce été un fantasme de jeune adolescente à un moment où elle construisait son identité… L’adolescence est bien assez complexe ainsi sans y surajouter une éternelle peine de coeur.

Elle s’ouvrait et s’était ouvert plus que de raison cette nuit, lui en révélant beaucoup trop sur elle sans vraiment comprendre ce qui lui prenait de lui en dire autant. Peut-être se méfiait-elle de ce petit garçon qui pouvait encore disparaitre et lui faire du mal. Peut-être ne voulait-elle plus jamais souffrir même si l’absence de souffrance qu’elle souhaitait exigeait aussi, cruellement, qu’elle soit totalement insensible au monde et reste éternellement seule.
Il était normal de fuir… Elle avait toutes les raisons de le faire et la peur existait bien… Celle qu’il pouvait si facilement faire naitre en elle avec tous les sentiments qu’il faisait émerger ou… ré-émerger. Ca, avec le recul et le temps, Tristan aurait pu parfaitement le comprendre. S’il avait été pleinement un dragon et si donc rien n’avait pu l’atteindre. Mais lui aussi s’était ouvert face à elle, il avait fait cette erreur, cette terrible erreur de laisser toutes ces choses grimper dans son corps et dans son coeur et l’ouvrir à l’impossible: des sentiments, chez un dragon…
Elle n’avait pas voulu le faire souffrir et s’il avait réfléchi il l’aurait compris même en la trouvant bien cruelle, il aurait compris…
Là… il ne comprit pas…

Cassidy parla… Elle s’était assise sur le lit et le jeune homme s’était juste tourné, la suivant du regard, encore si blessé qu’elle prenne si mal ses massages. Elle avait eu une drôle de tête, une suite d’expression sur son visage mais il n’avait pas vraiment compris et encore moins cherché à comprendre. Elle commença à parler et dès ses premiers mots il sentit le vent du danger et de la douleur. Première phrase douce qui n’avait rien de méchant et d’agressif, rien de blessant mais qu’il comprit aussitôt comme l’annonce du malaise qui allait suivre. Et il avait raison… Tellement raison. Il aurait dû remarquer ses efforts, ceux pour ne pas le blesser, ceux encore plus importants qu’elle devait fournir pour lutter contre la fatigue. Peut-être aurait-il mieux valu qu’elle lui dise simplement qu’elle était trop fatigué, qu’ils parleraient le lendemain. Ca aurait été mieux… Oui, sans doute beaucoup mieux. Elle n’aurait pas lutté pour lui, elle n’aurait pas risqué ces maladresses. Lui aurait été juste blessé et vexé mais rien de définitif et au final, rien de vraiment… dangereux. C’était gentil de sa part finalement de prendre le temps comme ça d’essayer de lui parler tout de suite, de mettre les choses les plus au clair possible. C’était attentionné… ou au contraire extrêmement égoïste, cela restait à voir. Cherchait-elle à l’épargner ? Ou ne voulait-elle que se protéger ? Difficile à dire…

Tristan resta planté près de la cheminé lui faisant face alors qu’elle soupirait, assise sur le bord du lit, se frottant légèrement les yeux. Il resta immobile tout au long de son discours, n’ouvrit même pas la bouche pour répliquer. Comment l’aurait-il pu alors qu’il serrait si fort les dents ?

Au début ce n’était pas des paroles désagréables, pas vraiment… Il ne faisait qu’apprendre qu’il provoquait des choses chez elle, sauf qu’elle n’aimait pas cela… C’était blessant mais normal. Elle était farouche, indépendante et n’aimait pas se retrouver brutalement si sensible. Mais elle revint vite sur ses révélations, affirmant qu’elle n’aurait jamais dû le lui dire. Si lui l’avait pensé par rapport à cette sordide histoire avec sa mère, s’il avait amèrement regretté, jamais, oh grand jamais il n’aurait dit ces mots à la jeune femme, trop conscient du mal que cela pouvait provoquer de se voir retirer cette confiance passagère. Elle n’avait pas autant de scrupules ou ne s’en rendait juste pas compte… L’explication était plus douce quoique maladroite mais apaisa le jeune homme. Ce fut de courte durée. Une autre longue tirade pleine des regrets de lui avoir parlé, qui annonçait tant qu’elle avait changé, qu’elle était passé à autre chose, le sous-entendu semblait d’autant plus s’adresser au jeune homme, du moins c’est ainsi qu’il le perçut. C’était comme si elle lui disait qu’alors qu’elle appréciait l’enfant qu’il avait été, elle n’en avait plus rien à faire aujourd’hui…
La lame glacée surgit de nulle part à travers son explication… Elle voulait arrêter toutes ces choses qui ne lui rendaient pas la vie simple. Dedans elle fourrait les massages, les gestes tendres, les attentions apparemment, tout ce qu’il faisait pour elle et même ses baisers… Elle parlait de « ces trucs-là », le tout dit avec tant de fermeté et de froideur. Dans les choses compliquées qu’elle ne voulait plus il y avait… tout simplement lui et tout ce qu’il faisait.

Tristan ne bougea pas, ne dit rien, aucune expression ne passant sur son visage, ni peine, ni tristesse, ni surprise, ni colère. Il écoutait, simplement. La lame était là, il la sentait, le fil tranchant de son corps effleurant sa nuque, lame froide, mortelle…
Elle ne voulait plus souffrir. Il comprenait… Il comprenait surtout qu’elle le considérait, lui et tous ses gestes comme des souffrances. Et puis elle lâcha la corde de la guillotine, abaissa la lame sur la nuque du jeune homme dans un claquement sec. La menace n’avait alors fait que rendre son coeur battant, douloureux. La sentence, elle, était irrévocable.
« se conduire juste amicalement ».
Il l’entendit bien dire qu’ils n’étaient pas en couple, petit ajout tellement cruel, tellement brutal pour compléter ses mots déjà si horribles. Ce n’était pas du tout nécessaire. Elle n’avait pas besoin d’appuyer ainsi, de justifier de cette manière sa sentence, sa décision, sa condamnation. Elle l’avait fait, peut-être par souci de mieux s’expliquer, pour se déculpabiliser de dire ces mots horribles. Ou alors… elle ne se rendait compte de rien, avec la fatigue, la trouille, l’indécision de tout ces sentiments et du refus de ceux-ci… Peut-être ne comprenait-elle pas, ne voyait-elle pas que dans un instant de faiblesse, à cause de la fatigue qu’elle repoussait tant bien que mal, elle avait cette fois, fait des dégâts irréparables.

C’était donc ainsi ? Tout son comportement de ses derniers jours, sa mise à distance progressive n’avait été que pour ce moment ? Se faire jeter comme un vulgaire objet ayant déjà trop servi ? C’était ce qu’elle voulait ? Il lui avait bien servi, été utile… Elle ne voulait pas tous ses cadeaux et ses attentions mais elle en avait tout de même un peu profité, pas d’elle-même évidemment mais elle y avait eu le droit. Ce qu’elle avait voulu de lui ? Finalement que du sexe. Et elle s’en était déjà lassé… De lui et d’eux deux… Il n’avait fait que lui servir à apaiser ses pulsions et alors que cela devenait un peu plus compliqué elle le rejetait purement et simplement ? Elle était comme toutes ces femmes avec lesquelles il avait dû être si gentleman, intéressé, un simple gigolo de riches bienfaitrices et de nobles penseuses. Elle était pire… Parce qu’il était attaché à elle. Et elle non… Parce qu’elle l’avait laissé espérer… la réconciliation et le mieux. Tristan aurait préféré qu’elle dise simplement qu’il était un bon amant et qu’ils devraient rester sur ces compétences là. Il aurait préféré qu’elle lui dise qu’elle s’était lassé de sa présence et qu’elle voulait qu’il la laisse tranquille. Il aurait préféré qu’elle le jette simplement plutôt que de lui demander de se comporter comme un ami. Parce que c’était quoi un ami ? C’était le garçon gentil qui ne la toucherait plus jamais mais qui avait le droit de rester près d’elle et de la regarder séduire d’autres hommes ? Très peu pour lui…

Il était resté immobile, silencieux, sans expression, plus proche de la statue que de l’être vivant… Elle parla bien encore, sur quelques mots… Le remerciant pour la luge, disant qu’elle était épuisée et disait n’importe quoi, qu’ils parleraient demain. Ces mots-là auraient pu être bien plus, signer le possible retour sur ces horribles mots si blessants, signer vraiment une trêve entre eux le temps d’un repos pour mieux en parler. Il ne vit réellement que son signe de main dans le vide, comme si elle le chassait, lui ou l’insecte agaçant qu’il représentait à cet instant pour elle. Et elle se coucha, simplement, épuisée et totalement inconsciente du mal qu’elle venait de faire. Heureusement sans doute… Autrement elle aurait été simplement un cruel bourreau.

Tristan était resté immobile dans la pièce, toujours à la même place. Le feu craqua quelque part dans son dos mais il ne l’entendait pas. Son visage était neutre malgré ses dents si serrées que ses gencives saignaient. De temps en temps, il avalait le sang qui tapissait sa langue. Son sang avait toujours eu un goût particulier, un peu sucré, moins métallique… Il ne bougea pas alors que la respiration de la jeune femme commençait déjà à se faire plus lente.
Son corps se mit finalement en mouvement et c’est en silence qu’il se dirigea vers la salle de bain, referma et verrouilla la porte sans faire de bruit. Il se dirigea vers la petite étagère sur laquelle il avait laissé ses vêtements et la ceinture épaisse pleine de poches qu’il portait peu avant. Il ouvrir une petite sacoche, prit le cube magique et l’activa, entourant l’espace autour de lui d’une bulle insonore hermétique. Gestes lents et mesurés alors qu’il le posait tranquillement sur le bord de la baignoire et se redressait en fixant son reflet. Le miroir lui renvoya l’image d’un beau garçon qui semblait indifférent à tout ce qui pouvait vivre ou mourir, exister ou être imaginé. Lentement il relâcha ses mâchoires et pâlit d’un coup, tant et si bien qu’un vertige le prit alors qu’il se retenait comme il pouvait au lavabo. Tout était devenu noir devant ses yeux. Est-ce qu’il était aveugle ? C’était elle qui lui avait fait ça ? Qui lui faisait ça ? Pourquoi ?! Comment ?!
Comment avait-il pu si vite oublier que plus que ne pas pouvoir avoir de sentiments, c’était surtout qu’il ne DEVAIT jamais en avoir ?

La douleur restée silencieuse tant qu’il était immobile, si crispé et fermé à la connaitre se jeta sur lui comme un prédateur sur la faible proie qu’il était. Tristan tomba à genoux au sol sans même s’en rendre compte alors qu’avec sa haute taille le sol dur aurait dû lui faire mal quand il l’avait heurté de ses articulations. Les bras ceinturés autour de son torse qu’il serrait si fort que ses côtes craquaient sous ses gestes il essaya de la contenir de toutes ses forces. Quelque chose, comme un frisson courut sur sa peau alors que ses veines devenaient presque noires et ressortaient sur sa peau, un incroyable réseau veineux comme une immense carte, comme les incroyables racines d’un arbre… Il hurla… Hurla de douleur au point de s’en déchirer la gorge, se griffant de ses ongles qu’il serrait sur sa cage thoracique pour la retenir, retenir la douleur… Les ongles devinrent griffes et transpercèrent sa peau comme du beurre mais il ne s’en rendit pas compte, ni de ça, ni des minces filets sanglants, parfaitement symétriques qui se mirent à glisser sur ses côtes, sa taille, ses flancs. Secoué de soubresauts violents il se recroquevillait sur lui-même comme un animal blessé et se tendait à d’autres instants, la tête rejetée en arrière. Les marques sur son corps s’agitaient et étaient devenues aussi sombre que ses veines avant de redevenir très claires et d’émettre un crépitement inquiétant. Elles chauffaient tant que des nuages de vapeur se dégageaient d’elle et commençait déjà à recouvrir le miroir de buée. Elles le brûlaient….
Les hurlements continus du jeune homme étaient si forts que sa voix commençait progressivement à se briser. Dans sa tête, les souvenirs intenses de tout ce qui s’était passé avec Cassidy tourbillonnaient à toute vitesse, se heurtaient et se télescopaient en même temps que tous ses ressentis pour elle remontaient à la surface, les sentiments qu’elle faisait naitre chez lui, tellement intense… Tout remontait pour être associé à la douleur et le dresser… Il avait du mal à respirer et pleurait de douleur, continuant de se griffer. Plusieurs fois, son image se flouta, comme juste avant qu’il ne disparaisse en une pluie d’étincelles pour réapparaitre dragon. Il ne se transforma pas mais la transformation s’amorça à plusieurs reprises, le faisant d’autant plus souffrir, chaque fois, son corps partait en éclats et se reconstituait mais tellement plus lentement qu’habituellement… D’habitude c’était douloureux mais si bref qu’il ne s’en rendait jamais vraiment compte, un peu comme un très bref claquage dans une course violente. Là ça durait…
Son coeur lui faisait mal… Tellement mal qu’il avait l’impression qu’on l’avait déchiré en deux, plus qu’en deux en fait. La douleur dura, puis reflua, disparut, laissant le jeune homme allongé sur le flanc sur le sol de la salle de bains, tremblant et sous le choc, profondément choqué oui, hagard, les yeux écarquillés par la terreur. Il attendit un peu puis lentement essaya de se relever. Ses jambes le soutenaient à peine… Il porta la main au miroir et essuya de sa main la buée qui le recouvrait. Son reflet tenait plus du mort-vivant que du gentleman craquant à cet instant. Pâle comme un mort, les traits creusés par la douleur et la fatigue… Il se rendit compte que ses marques étaient devenues extrêmement pâles. Elles avaient presque disparu et il n’avait plus l’habitude de se voir ainsi… sans elles… Ses sourcils se froncèrent pourtant davantage. Ses cheveux… La crinière rouge de ses cheveux s’était teintée de quatre grosses mèches noires, une près de chaque tempe et deux qui partaient du sommet de son crâne et glissaient à l’arrière de sa tête. Bon étant donné la particularité de ses cheveux, ceux-ci défiait la gravité, rebiquant de partout dans un phénomène et un côté un peu ébouriffé constant. C’était aussi le cas des mèches noires. Il porta la main à ses cheveux et se mit à tirer doucement dessus sans comprendre. Qu’est ce que c’était que ça… Mais il eut beau les frotter et les couvrir de savon, elles ne changèrent pas…

N’y comprenant rien Tristan sentit brusquement une nouvelle douleur monter dans son torse. Elle était beaucoup plus faible que la précédente et heureusement, il n’était pas sûr de pouvoir tenir face à la même vague. Son torse le brûlait, à l’emplacement de son coeur. Il baissa les yeux en grognant et gémissant, haletant et dut de nouveau s’accrocher au lavabo. La pointe de douleur avait été aiguë mais extrêmement brève. Il avait l’impression qu’un fer chauffé à blanc venait de le traverser de part en part. Le miroir lui répondit encore. Juste au niveau de son coeur une rune s’était imprimée dans sa peau, brillante. Ce qu’il ne pouvait pas voir c’est qu’elle ressortait également dans son dos, effectivement comme si ce marquage venu de nulle part venait de le traverser… La peau y était comme brûlée, imprimée…Puis la marque rougeoya et disparut totalement alors que sa peau était de nouveau totalement intacte.

Tristan n’avait jamais été confronté à une situation pareille. Il resta assis sur le bord de la baignoire de longues minutes le temps de se remettre, sonné et étrangement… distant avec ce qui venait de se passer, comme si c’était tout à fait normal, comme si ça ne le surprenait pas le moins du monde… Son visage s’était de nouveau fermé. Il n’avait pas peur. Il n’avait peur de rien. Il était un dragon. Comment tout ceci avait-il commencé ? Cassidy… Il pensa à elle, à la jeune femme qui devait dormir paisiblement dans la pièce d’à côté… La tristesse le submergea mais il y resta totalement stoïque, comme si la douleur provoquée restait uniquement interne, rien ne se passa sur son visage, ni dans son corps. Les leçons revenaient dans sa tête. Les sentiments chez les dragons sont impossibles… S’ils provoquaient ce qu’il avait ressenti il comprenait mieux pourquoi ils étaient interdits. Pendant un instant… il avait réellement cru être en train de mourir…
Les dernières paroles de la jeune femme lui revenaient, ancrés dans sa tête comme dans sa chair. Il se releva, éteignit le petit cube, s’habilla et sortit…



Le lendemain matin, Cassidy se réveilla seule dans le grand lit qu’ils avaient initialement partagés. L’oreiller à ses côtés n’était même pas fripé, Tristan ne l’avait donc pas utilisé. Le feu était éteint depuis un bon moment et le jeune homme n’était pas dans la pièce, ni sur le canapé, ni au bureau ni dans la salle de bain dont la porte ouverte ne laissait passer aucun bruit d’eau.
Fut-elle surprise ou non ? Difficile à dire… Le réveil se faisait lentement et il lui fallait du temps pour reprendre ses marques et se souvenirs des éléments de la veille.
Quoi qu’elle pense et quoi qu’elle décide de faire, de dire ou simplement d’être la demoiselle finit en tous les cas par se changer et descendre de leur chambre. C’est que c’était l’heure du petit déjeuner et déjà bien avancée et qu’elle s’était encore fait supprimer l’agréable moment du petit déjeuner au lit. Deux jours de suite… En même temps la veille non plus l’histoire entre Tristan et elle n’était pas vraiment ni claire ni simple. Mais tout de même, n’aurait-il pas pu lui apporter quelque chose ? Ou au moins laisser un petit mot ?
Et puis il y avait aussi ce constat responsable, ou non, de sa descente rapide. La majorité des affaires du jeune homme avaient disparu. Il restait ses livres et quelques uns de ses achats mais ses vêtements, ses carnets et ses armes s’étaient… envolés avec lui !
L’aubergiste en train de remplir des livres de compte et de réservation derrière son comptoir lui fit un grand sourire en la voyant arriver, probablement décidé à être d’autant plus gentil et serviable qu’il était responsable du quiproquo de la veille.

Bonjour Cassidy ? As-tu bien dormi ? Pense à bien te couvrir aujourd’hui. Ce n’est pas habituel en ces mois mais une énorme vague de froid se dirige vers ici et va nous tomber dessus bientôt. On va perdre une quinzaine de degrés en quelques minutes ! Plutôt en fin de matinée apparemment.

Il essayait de faire la conversation mais c’était une histoire de météo, ça ne pouvait que, au moins un peu, l’intéresser étant donné son goût pour la nature et les escapades. Et puis ces grandes vagues de froid avaient beau être dangereuses elles étaient aussi magnifiques car brusquement la neige changeait d’état et accrochait très différemment la lumière. De plus cela pouvait faire brièvement geler les bulles de chaleurs des sources chaudes ou autre et c’était un magnifique spectacle plutôt rare !
L’aubergiste avait délaissé ses livrets pour observer la petite demoiselle et son air vague, perdue qu’elle était dans ses pensées. Il hésita, semblant soudain intimidé, lui qui était une véritable armoire à glaces.

Euh… J… J’espère que ce n’est pas à cause de moi que Tristan et toi vous êtes disputés… Je suis vraiment désolé de ce qui s’est passé hier et…

Elle avait tourné la tête vers lui en fronçant les sourcils. Comment ça « disputés »? C’était nouveau ça… Ils ne s’étaient pas du tout disputés ! Il déglutit difficilement et s’empressa d’ajouter, ne semblant que peu se rendre compte de la situation.

Eh bien… Oui… Hier soir… Quand j’étais avec ma nièce, Lindsay, tu sais la grande, blonde, celle qui a les yeux verts, elle m’aidait pour le ménage et il est descendu, il était tard, pour demander une autre chambre. Il a dit quelque chose comme quoi il ne voulait pas « déranger son… amie ». Je n’ai pas vraiment compris, j’ai cru qu’il attendait quelqu’un sur le coup mais… non. Et… euh… du.. du coup je lui ai donné une autre chambre de votre étage, à l’autre bout du couloir. Il était super froid et sombre mais très poli, il a pris les clés et est monté, s’excusant d’avance s’il faisait un peu de bruit en précisant qu’il allait faire attention… Apparemment il s’est mis à déménager ses affaires et euh… voilà… Lindsay est montée, un peu vite j’avoue, à sa suite pour préparer le lit, aérer la pièce et faire le feu. Faut dire qu’elle n’avait jamais pu lui parler et le voir d’aussi près et qu’il l’intrigue pas mal ce grand gaillard. Comme elle mettait trop de temps à redescendre… et que je ne voulais pas trop en savoir plus…  j’ai fermé et je suis parti puisqu’elle dort ici elle et prépare les petits déjeuners pour le matin… Enfin elle a l’habitude quoi donc voilà… Je n’en sais pas plus. D’où ma question… J’étais un peu surpris du terme « amie » surtout… J’étais persuadé que vous étiez plus ou moins… « ensemble » tous les deux, non ?

Seul le silence lui répondit et il sembla d’autant plus se liquéfier sur place.

Enfin euh… bref… voilà… Je sais pas où est passée Lindsay encore, elle s’est occupée des petits déjeuners et elle est allé retrouver ses copines, c’est atelier cuisine aujourd’hui au « centre » donc j’imagine qu’elles sont déjà dans leurs confections et leurs papotages ! Elle est encore plus bavarde que moi ma nièce, ahahaha !… Si tu cherches Tristan il s’est installé au soleil sur la terrasse pour manger. Il en est à son 4ème broc de café, je suis surpris qu’il ait pas encore la tremblote. C’est un truc de Drakkari de résister autant à la caféine ?

Il continua de parler, un peu dans le vide, lui proposant de se faire un plateau de ce qu’elle voulait manger. Elle s’était levée suffisamment tôt ce jour-là pour qu’il y ait effectivement le petit déjeuner qui n’était pas servi très tard malheureusement et en grande partie assuré par la boulangerie d’à côté. Des petites brioches toutes chaudes attendaient dans une grosse corbeille d’être enfin choisies et il y avait plusieurs types de boisson chaude. Laissé en libre service le buffet était accessible à qui voulait.
Cassidy agit comme elle le souhaitait…
Peut-être avait-elle aussi envie d’aller manger sur la terrasse où la chaleur du soleil de la matinée rendait la température tout à fait supportable et même agréable bien qu’un peu fraiche. Ou alors elle souhait peut-être voir Tristan… Ou un peu des deux, difficile à dire.

Il n’y avait que peu de tables à l’extérieur puisqu’en général, en cette saison il faisait trop froid pour les touristes et ceux-ci préféraient le confort de l’intérieur de l’auberge. Un couple de nordiste avec une fillette et un garçonnet de cinq ou six ans occupaient ainsi la deuxième table. Les enfants riaient en courant autour de la table, puis couraient s’amuser à sauter par dessus la barrière de bois dans la poudreuse, revenant vite quémander des morceaux de brioches tels des petits poussins.

A l’écart Tristan était assis, totalement face au soleil, les manches de sa tunique moulante relevées au dessus des coudes. Toutes les marques de son corps ainsi exposées miroitaient légèrement au soleil comme si elles se gorgeaient de lumière et ce… même si elles étaient bien moins voyantes que d’ordinaire. La chaise à côté de la sienne était vide… Un gros broc capable de garder la chaleur par des isolations magiques très connues et habituelles était sur sa table et une tasse fumante d’un café noir près de sa main gauche. Dans une assiette à sa droite une grosse brioche attendait d’être mangée. Il n’y avait que peu de miettes sur l’assiette, il n’avait pas dû manger grand chose, si tant est qu’il ait mangé quelque chose déjà… Les sourcils légèrement froncés, pas du tout gêné par la luminosité, en particulier sur les pages clairs, Tristan lisait un épais journal. Son visage était fatigué malgré l’absence générale d’expression qui s’y reflétait et des cernes sombres s’étalaient sous ses yeux, fruits de sa nuit de la veille très courte et de celle-ci… qui semblait l’avoir été tout autant !
Il l’entendit bien s’immobiliser près de lui et il ne releva pas tout de suite la tête, se contentant d’un « bonjour, bien dormi ?» aussi neutre que possible, la voix sans la moindre prosodie et étrangement… très rauque, due en réalité à ses hurlements de la veille. Il releva les yeux vers elle finalement, deux secondes seulement après sa question. Dans la luminosité si forte de cette terrasse totalement exposée au soleil et sans ombre ses pupilles étaient celles des chats, deux fentes presque invisibles dans ses yeux qui semblaient si… vides et en même temps tristes, tellement tristes… Pas de sourire aux lèvres, pas cette joie à chaque fois qu’il la voyait, pas son sourire en coin de pervers, pas ses questionnements taquins, aucun élan de tendresse, même pas une étreinte, pas même l’ébauche d’un mouvement pour se lever et lui tirer galamment la chaise si elle souhaitait déjeuner avec lui.

Elle n’avait plus rien à craindre du jeune homme. Elle avait eu peur de ce qu’il faisait naitre chez elle, des sentiments et des souvenirs qu’il faisait renaître, qu’il mettait à jour, de la faiblesse que laissaient émerger toutes ces choses et ce battement de coeur si puissant quand il l’embrassait, la touchait, lui souriait. Elle avait eu peur de l’investissement quasi obsessionnel qu’il avait pour elle, de toutes ses actions si attentionnées, de ce trop-vite entre eux. Elle avait raison, tellement raison. Elle avait bien fait… Elle ne craignait plus rien désormais. Rejeté, le coeur brisé sans même le réaliser réellement, Tristan redevenait un dragon froid et distant et surtout entouré de cachotteries et de mensonge. Le prouva l’ébauche du sourire qu’il lui adressa, ce sourire menteur, ce masque de perfection et de réelle indifférence, ce mensonge qui lui collait à la peau. Elle voulait juste d’un ami ? Un ami dragon ne servait à rien. Les dragons n’avaient pas d’amis… Les dragons n’avaient pas de sentiment… Elle l’avait rejeté, il avait compris et n’attendait plus rien…
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Cassidy Herediane
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 12 Mar - 20:19

Cassidy était extrêmement perturbée. Trop d’émotions sur trop d’émotions. Des journées très intenses, aussi bien dans les paroles que les actes. Pas moyen de souffler peu importe le jour. Et puis même quand on peut penser que ça se calme un peu, il se passe toujours quelque chose qui rend la situation poussée à l’extrême. Que ce soit sa chute de surf, le règlement de compte entre Tristan et Jilian, les émotions intenses, l’envie de coucher, les pulsions… Tout ça n’aidait pas vraiment la jeune femme à réfléchir de manière censée et logique. Et Cassidy était de ce genre, une gaffeuse. Pas habituée à tenir des conversations intelligentes avec le reste de la société, pas habituée à avoir près d’elle quelqu’un… Elle était tout simplement en train de péter un câble, dansant sur un pied puis sur l’autre. Disant des choses puis se reprenant aussitôt, pour ne pas s’enfermer dans quelque chose.

Sauf que Cassidy oubliait quelque chose dont elle ne pouvait pas se douter toute seule. Bien sûr, Tristan lui avait déjà dit qu’il ne pouvait pas avoir de sentiments. Elle l’avait pris au mot ce jour là bien qu’elle voyait qu’émotions il y avait dans le cœur du dragon. Mais le temps effaçait les choses, les paroles… Ce petit duo était tout à fait bizarre car aucun des deux n’était normal.

Alors la jeune femme, après avoir annoncé toutes ces choses, toutes ces révélations, se sentit extrêmement mal à l’aise de se confier de la sorte. Parce qu’elle n’avait pas l’habitude de faire ça, parce que ça lui faisait quelque chose. Elle se sentait vulnérable face à un homme et elle avait peur, qu’en lui faisant confiance, la déception serait présente… Après tout, même si il se montrait très gentil, elle en avait vécu des déceptions… Surtout quand elle était sérieuse sur quelque chose qui lui tenait à cœur.

Tristan représentait son passé… maintenant son présent et peut être son futur ? Mais elle n’oublia jamais à quel point avoir ce genre de sentiments pour lui l’avait détruite. Elle n’oublia jamais le nombre de fois qu’elle l’avait attendu, espérer son retour… que les choses ne pouvaient pas continuer ainsi. Elle pensait qu’une fois plus grand il reviendrait et cela pouvait être le cas, la preuve, il avait eu des permissions.

Sentant qu’il ne reviendrait jamais, elle s’était lancée dans cette quête de la magie. D’abord pour trouver un maître. Ce fut un échec. Puis heureusement que ses parents lui avaient trouvé un poste à Galaden. Un autre paysage, de nouveaux décors, le meilleur moyen pour repartir de zéro. Mais elle ne l’avait pas oublié… Si lui avait tout perdu en tant que dragon, si ses souvenirs étaient devenus plus flous, ce n’était pas le cas de Cassidy. Pensant voir l’ombre d’un garnement au coin d’une ruelle. Et non elle ne l’avait jamais oublié. Ce fier Drakkari de dos qu’elle avait croisé une fois dans une rue de la cité, son cœur s’était serré en imaginant que cela pouvait être lui…

Un fantôme, un truc qu’on n’attend pas revoir mais qui continue de hanter jour après jour. Elle ne comprit pas à ce moment là pourquoi elle pensait autant à lui. Pourquoi… son cœur se serrait à chaque fois qu’elle revoyait avec nostalgie le passé. Pourtant, elle aurait du lui en vouloir… elle aurait dû l’oublier… c’était cruel. Oh bien sûr elle aurait pu prendre une potion d’oubli ou demander à ce qu’on lui jette un sort. Sauf que la demoiselle voulait arriver par elle-même.

Combien d’années s’étaient-elles écoulées ? Pour oublier ? Pour ne plus y penser ? Tellement… Et Tristan qui arrivait, un peu fanfaron, ne pouvait pas se mettre à sa place… Parce qu’il ne savait pas. Parce qu’à ce moment là il avait oublié… Peut être inconsciemment voulait-elle se venger… Lui montrer ce que ça faisait d’être ignoré, de ressentir des choses pour quelqu’un qu’on ne voit plus… Il pensait que la vie était simple, qu’en se conduisant bien cela réparerait le passé. Et puis, il s’était toujours moqué d’elle… et là maintenant qu’il la voyait comme une femme, bonne au lit, belle… il retournait sa veste ? L’excuse de l’oubli était excellente. De cette manière il ne pouvait pas s’excuser même si il l’avait fait à demi mot. Mais comment lui faire confiance alors que les enjeux avaient changé aujourd’hui ? Qu’il était si simple de faire chavirer le cœur d’une femme… surtout qu’il l’avait répété bien longtemps et avec beaucoup de vénération qu’elle était belle… intelligente.

Sauf que c’est tout. Elle était fatiguée et c’était la vérité.

La preuve, elle lui parla sans trop se soucier de ses mots, ne se rendant même pas compte qu’elle pouvait lui faire beaucoup de mal avec des mots. La sagesse aurait voulu qu’elle se taise, qu’elle s’endorme en lui déclarant qu’ils parleraient demain. Cela aurait fait beaucoup moins mal. Sauf que ce n’était pas le cas car Cassidy était loin d’être très réfléchie. Et il la voyait intelligente ? Il se trompait lourdement.

Il n’avait pas répondu, pas répliqué, même pas tenter de la réveiller pour riposter face à ces paroles qui n’avaient rien à voir avec tout à l’heure. Car elle passait du noir au blanc, du blanc au noir. Elle ne faisait pas dans la demi-mesure. Pourtant Cassidy s’était endormie bien rapidement, d’un sommeil profond. Elle aurait certainement beaucoup paniqué si elle avait vu l’état de Tristan, cette énorme douleur qui l’assaillait avec rage et force. Elle se serait rendue compte à quel point ses paroles étaient allées trop loin, qu’encore une fois il ne pouvait absolument rien comprendre. Que c’était aussi complexe pour lui, tout ce débordement qui n’avait rien de normal avec ce qu’il était. Peut être aurait-elle cherché à comprendre pourquoi il agissait ainsi. Avec Jilian c’était plutôt bien passé, ils avaient appris à se connaître en tant qu’amis…

Oui elle ne voulait pas tous ces trucs de couple, parce qu’ils n’en étaient pas un. Et puis elle voyait le couple comme une sorte d’enfermement avec une personne. Bien sûr elle avait joué à ça avec Jilian. Mais elle ne souhaitait pas recommencer avec Tristan. Jouer un jeu avec lui… sans aucune sincérité, juste pour se voir comme un faux couple, recommencer ce qu’elle avait fait avec Jilian, non elle ne voulait plus. Elle ne voulait plus être dépendante d’un homme, d’officialiser les choses en apparence.

Ca faisait trop de mal, c’était faux… Et la demoiselle était avide de liberté, avide de changer les choses. Pourtant son cœur se serrait car elle l’appréciait bien Tristan ! Elle aimait son air doux et sensible. Elle aimait… quand il la prenait dans ses bras pour la bercer avec tendresse. Elle aimait quand il était un peu maladroit, un peu taquin, un peu lui… Mais elle avait tellement peur d’y être aveuglée, de ne plus être logique, de ne plus savoir raisonner. Elle l’appréciait beaucoup trop… et elle s’enfermait avec lui. Il avait de beaux discours, de belles paroles mais… toujours ces doutes. Rien n’était simple ni pour l’un ni pour l’autre. Un avis extérieur ne serait pas de refus.

Alors qu’elle lui avait parlé, c’est vrai que sa voix était plutôt impatiente… agacée. Parce qu’elle avait juste envie de dormir et que tous les efforts qu’elle avait fait jusqu’à maintenant, elle ne pouvait plus… surtout pas avec la fatigue qui rentrait en jeu.

Elle ne sut rien de ce qui se passait pendant la nuit. Pourtant, quand Cassidy se réveilla le lendemain matin, s’étirant de tout son long en poussant un soupir de satisfaction, elle se rendit rapidement compte que quelque chose ne tournait pas rond. Elle fronça les sourcils et tâta l’oreiller à côté d’elle. N’était-il pas censé y avoir un certain jeune homme à ses côtés ? La jeune femme râla pour la forme. C’était la deuxième fois ! Encore ! Elle pesta dans ses dents.

« Sérieusement ?! Après tout ce que je lui ai dit hier ?! Non mais il se fiche de ma tête celui là ! »

Plutôt que de regretter son absence, elle l’incendiait verbalement, comme si cela était tout à fait normal qu’elle se tienne dans le lit à côté d’elle. Plutôt que de se montrer inquiète, elle préférait râler. Parce que cela faisait deux fois, parce qu’elle se demandait ENCORE pourquoi il se montrait distant. La demoiselle bailla et tenta de remettre ses idées en place. Elle se souvenait d’hier et de ses dernières paroles mais elle ne pensait pas que ça l’impacterait à ce point.

Chose étonnante pour la petite demoiselle qui avait tellement l’habitude d’être indépendante. L’absence de la présence de Tristan la rendait nerveuse et agacée. D’un regard elle balaya la pièce et fronça de nouveau les sourcils. Très rapidement Cassidy remarqua que toutes les affaires de Tristan avaient disparu. Il n’avait pas dormi ici et avait tout emporté. De plus en plus bizarre… il était sûrement parti pour de bon.

A cette évocation, son cœur se serra malgré elle. La jeune femme ne pensait pas que ça irait aussi loin… elle avait dit quoi pour qu’il prenne la mouche encore plus facilement. Cela la rendit confuse et peinée alors qu’elle fixait le tissu de son drap d’un air absent. Mine de rien cela lui faisait quand même quelque chose et la demoiselle chercha dans sa mémoire ce qu’elle aurait pu dire qui portait à confusion. Etait-ce ses dernières paroles ? De se conduire plus amicalement ? Mais qu’espérait-il au juste ? Peut être avoir chez elle une bonne partenaire au lit ? Non ! Après ses dernières paroles, il avait prouvé qu’il ne voulait pas que ça…

Cassidy avait un peu mal à la tête et de la peine à réfléchir. Revenir à des choses plus simples… là il complexifiait les choses. Pourtant un nouveau regard sur la pièce vide la fit trembler un peu. Il était parti ? Il était vraiment parti ? Elle se mordilla la lèvre, culpabilisant et regrettant ses dernières paroles. Mais qu’est-ce qu’il pensait au final ? Ils se livraient pour au final que ça se passe encore plus mal ?

*C’était une mauvaise idée…*

Elle sursauta en entendant la voix dans sa tête. Ca non plus ce n’était pas normal, celui qui partageait actuellement son esprit n’était pas censé parler comme ça sans sa permission.

*Tiens… Tu peux parler tout seul maintenant ?*

*Après les derniers évènements, tu sembles un peu plus…m’accepter. Je ne sais pas si je devrais me réjouir ou bien me morfondre de cette nouvelle*

*Tu… tu…*

* Mais je peux me taire si tu veux… enfin si tu n’as pas besoin de l’avis de l’être que tu détestes le plus…*

*J’ai pas dit ça…*

* Dire quoi ? Que tu me détestes ou que tu n’as pas besoin de mon avis ?*

*…*

Cassidy se tut, regarda une nouvelle fois la pièce vide. La présence de Tristan était parti et mine de rien, elle ressentait un petit quelque chose, regrettant ses paroles de la veille. Cependant… qui mieux qu’un dragon pourrait l’éclairer à ce sujet. Elle fit d’énormes efforts pour paraître un peu plus aimable.

*Bon tu voulais dire quoi ?*

*Finalement, ce que tu as dit hier ce n’était pas très vrai… il a l’air de compter pour toi pas vrai. Tu l’as repoussé encore une fois, normal qu’il soit parti sans rien dire*

*Je te rappelle mon cher que c’est toi qui m’as appris à être comme ça. Toi qui m’as appris à faire abstraction de mes émotions.*

* Effectivement et de toute manière je continue à répéter que tu as besoin de te fermer… mais il semblerait que tu sois quand même attaché à lui, suffisamment pour lui sortir de belles phrases d’espoir avant de le repousser encore plus…*

*Bon ça va j’ai compris ! C’est tout ce que tu voulais me dire ?*

* Ce que je ne comprends pas… c’est qu’on dirait qu’il ressent quelque chose pour toi… il te dévoile des choses, des émotions qu’il n’est pas censé avoir pour un dragon et… disons que pour notre race… c’est honteux et très mal vu*

*En gros t’es en train de me dire que je ne devrais rien attendre de lui ? Ca m’aide pas !*

*Est-ce que tu ressens des choses pour lui ?*

*…*

Cassidy se fit silencieuse. Elle serrait encore plus fort le drap dans ses mains, sans savoir quoi dire. Son cœur se tordait de douleur, elle ferma les yeux. Est-ce qu’elle ressentait des choses pour Tristan ? Mais quelles choses ? De la sympathie ? Du respect ? Quelque chose de fort et puissant ? Elle repensa aux moments passés ensemble. Quand il la prenait dans ses bras, les tendres baisers déposés, son sourire… craquant… sincère, un peu maladroit mais tellement fort… La demoiselle se mordilla la lèvre et secoua la tête, les mains tremblantes. Tout un tas de souvenirs défilèrent dans sa tête. Soudain un crépitement résonna dans la pièce et la jeune femme rouvrit les yeux en vitesse. Le feu dans la cheminée s’était allumé ! Comme hier !

*Cassidy Herediane, as-tu des sentiments pour ce dragon oui ou non ?*

Il semblait que Cassidy répondait au prix d’un énorme effort, crachant le morceau.

*OUI j’en ai ! Content ?*

Elle se leva du lit en soupirant, regrettant presque aussitôt ses paroles même si Tristan ne pouvait pas l’entendre puisqu’elle s’exprimait dans sa tête. Elle n’en revenait pas qu’elle l’avait dit au dragon qui partageait son esprit. Etait-elle si faible à ce point pour se raccrocher à lui ?

*De toute façon quelle importance ? Il est sûrement loin d’ici à l’heure qu’il est… j’ai juste à me fermer et l’oublier c’est…*

*Mon instinct me souffle qu’il n’est pas très loin… même si ça peut paraître totalement étrange et illogique pour un dragon*

Cassidy se dirigea vers le feu et utilisa le tison pour remuer les bûches dans l’âtre. Trop de questions dans sa tête. Quand elle avait pensé à Tristan, le feu s’était allumé… son cœur lui soufflait des choses et elle regretta ces dernières paroles de la veille, qu’elle avait prononcée pour se protéger. Tout était extrêmement complexe… ce n’était pas seulement un choix à faire au hasard mais cela déterminerait toute la suite et son avenir. Choisir Tristan ? Ou le regarder partir ? Elle peinait encore à penser, elle se maudissait d’être aussi démonstrative, de balancer des phrases sans penser aux conséquences. Pas étonnant que Tristan perde la tête face à tout ça !

*Trop complexe pour moi tout ça…*

*Ca fait partie de vos… défauts d’humains de chercher la complexité. Au moins les dragons ne se prennent pas la tête pour ce genre de… chose*

*Mais Tristan… a l’air différent*

*Pour une raison que j’ignore, il se comporte très bien avec toi… trop proche… et le retour du bâton ne devrait pas tarder… j’ai entendu d’horribles histoires sur des dragons qui avaient laissé leurs émotions s’échapper… paraît que c’était pas beau à voir… On m’a même chargé d’en tuer certains…*

Cassidy se figea et se crispa en entendant les dernières paroles, lâchant le tison dans le feu. Son visage s’était tordu par la douleur alors qu’elle ferma les yeux une nouvelle fois.

*T’es censé me rassurer ou m’inquiéter là ?!*

*Je te dis la vérité, c’est tout… un dragon n’est pas censé être comme ça… aussi longtemps en tout cas. *

*Génial, donc il ne me reste plus qu’à le repousser brutalement c’est ça et le faire partir ?*

*…*

*Merci de m’embrouiller encore plus… qu’est-ce que je vais faire maintenant ?*

Mais aucune réponse ne lui parvint. Cassidy étant une grosse tête de mule, il lui arrive parfois de faire l’opposé de ce qu’on lui dit… rien que pour embêter son monde. Sauf que là, la personne qui lui parlait avait donné des arguments plutôt… frappants. Est-ce que Tristan avait très mal pris toutes ses paroles ? Est-ce que cela lui avait fait mal ? Elle ne savait pas… Pourtant, elle reconnaissait avoir des sentiments pour lui. Qu’est-ce qu’une fille comme elle pourrait faire ? En fait elle n’avait fait qu’empirer les choses, en bonne girouette qu’elle était. Trop confus… revenir à des choses simples, tu parles !

Elle soupira une nouvelle fois, sans savoir quoi faire. Tristan n’était peut être pas loin… et elle espérait que c’était le cas… pourquoi ? quoi lui dire ? quoi faire ? décidément elle ne savait plus… Elle peinait à comprendre la situation.

La jeune femme décida alors de prendre une douche. Voilà qui l’aiderait à se remettre les idées en place. Elle se dépêcha d’entrer dans la salle de bains et se déshabilla. Se faufilant sous l’eau chaude, elle s’appuya contre le mur et ferma les yeux en laissant les fines gouttelettes tomber sur elle en poussant un soupir de soulagement. L’eau lui faisait du bien. Pourtant, une ombre au tableau… Tristan. Elle se rendait compte qu’elle ne lui donnait aucune indication. Pour savoir comment se comporter avec elle. C’est vrai, elle avait été très brusque la veille, revenant sur ses révélations, lui disant de ne pas trop espérer. Elle avait vraiment fermé toutes ses émotions pour ne pas se laisser aller et puis la fatigue n’arrangeait rien.

Mais au fond d’elle, la demoiselle avait bien du mal à oublier ses émotions. Voir Tristan ou malheureux, en train de souffrir, lui faisait quelque chose. Bien sûr elle n’avait rien vu mais… avec ce que l’esprit lui avait dit, peut être que c’était déjà arrivé. Elle se sentait mal, horriblement mal. Soudain, l’eau devint bouillante sans qu’elle ne touche à rien. Elle lui piqua la peau et le visage et la jeune femme poussa un cri en sortant de la douche en vitesse, glissant sur le sol en sortant et s’étalant de tout son long, à poil. Heureusement que Tristan n’était pas là pour la voir… Elle poussa un grognement. Certaines parties de son corps était déjà rouge, tout comme son visage.

« Génial comme si j’avais pas assez de bleus comme ça… »

Elle repensa alors au massage que Tristan devait lui faire. Il était tellement attentionné… et elle ne faisait que le repousser. La demoiselle soupira. Jamais elle n’avait cherché à prendre soin d’elle. C’était tellement inutile… Et pourtant… lui il voulait. Perdue, Cassidy se redressa et décida de s’intéresser à la douche bouillante. D’abord le feu, puis l’eau… continuer de feindre l’indifférence était complètement stupide… C’était bien des signes de magie… le plus impressionnant était hier quand elle s’était envolée… à chaque fois qu’elle pensait à Tristan, ça se manifestait.

Très étrange… comme lui avec ses marques. Elle aurait bien voulu lui en parler mais… disons qu’il n’était pas là. Autre coup de poignard… Ce n’était pas bon du tout… elle avait lu que les premiers signes magiques se manifestaient à cause des sentiments. Que cela pouvait être très violent. Que pour cette raison les adolescents étaient coupés de tout, le temps qu’ils apprennent à se maîtriser sans faire de dégâts. Oui sauf que Cassidy était adulte… mais avec des émotions énormes… elle craignait ne pas réussir à se contenir…

En parler avec Tristan aurait été rassurant… peut être… Cassidy était encore perdue et ne savait pas quoi faire là maintenant. Rester dans la chambre et se morfondre toute la journée ? Ce n’était pas son genre ! Pourtant avec sa cheville blessée elle n’avait pas un large choix de possibilités. Cassiy râla. Rien n’allait aujourd’hui et elle se sentait d’humeur massacrante ! Même la douche ne l’avait pas apaisé, c’est pour dire !

La demoiselle s’habilla alors. Elle jeta un coup d’œil sur son visage où des petites marques apparaissaient sur ses joues. Eh bien de mieux en mieux… à croire que c’était depuis que Tristan était là qu’elle se faisait mal… Encore quelque chose de négatif envers le pauvre garçon.

Pourtant Cassidy regarda dans ses affaires pour choisir une tenue. Elle les examina longuement, ne sachant pas si elle prenait d’anciens vêtements ou bien ceux que Tristan lui avait acheté. Pourquoi faire d’ailleurs ? Cependant, une sorte d’instinct lui soufflait de faire cet effort, même si c’en était pas vraiment un. Ou bien tout simplement elle souhaitait se rassurer un petit peu ou retrouver quelque chose de plus… enfin elle était incapable de dire ce qui lui prenait.

Elle jeta son dévolu sur une tunique verte émeraude, assez ajustée ainsi qu’un pantalon cavalier noir et moulant. La jeune femme se rappelait très bien de cet achat, Tristan disait que le vert s’accordait très bien avec ses cheveux, et que cette couleur lui allait très bien. Il déclarait aussi en riant que ça la mettait bien en valeur et qu’il serait jaloux si d’autres jetaient un regard sur elle. Alors elle prit cette tenue en soupirant puis s’habillant avant de coiffer lentement ses cheveux, un peu rebelles, qui reposaient de chaque côté de ses épaules.

Finalement elle descendit en boitillant. En arrivant en bas, elle aperçut l’aubergiste qui voulait faire la discussion. Elle s’approcha de lui d’un air distrait et écouta à peine ce qu’il racontait même si il voulait se montrer agréable. Cela était un peu malvenu alors qu’il cherchait à la mettre en garde. Elle attendit patiemment qu’il ait terminé mais sans lui parler plus que ça, s’apprêtant à lui souhaiter juste une bonne journée mais il enchaîna sur Tristan.

En effet, l’homme parlait d’une dispute. Elle se tourna vers lui, l’air interrogateur. Il n’y avait pas eu de dispute non ? Il racontait quoi ? Sauf que ce dernier continuait à parler et cela la surprenait de plus en plus. Tristan l’avait nommé « amie ». Bam ! Nouveau coup douloureux dans le cœur… Elle n’avait quand même pas dit… des rapports amicaux oui mais pas ami. Seulement, cela lui fit du mal et elle se demandait si elle n’allait pas se refermer sur ses émotions comme son esprit lui avait appris… Elle serra fort le comptoir. Mais lorsqu’il continua, il parlait de sa nièce qui était restée… un moment avec lui. Cassidy resta stoïque, interdite. Double bam ! Elle s’imagina tout un tas de choses, surtout l’image de cette grande blonde en train de coucher avec Tristan. Ouuuuh ça faisait mal ça… Cependant elle n’enleva pas son masque de son visage, restant très froide.

L’aubergiste termina par un truc comme quoi ils étaient ensemble. Oui effectivement il avait raison, c’est un peu ce que tout le monde croyait ici… Décidément cela se remarquait bien trop… Mais était-ce vrai ? Ou pas ? Il termina en lui donnant des renseignements bien utiles même si elle feignit ne pas trop écouter. Tristan était toujours là… il buvait beaucoup de café… fatigué ou bien ?

« Merci bien… je vais me servir »

Rien de plus, rien de moins. Elle se contenta de prendre des trucs au hasard puis s’éloigna avec beaucoup de raideur. Puis elle se dirigea vers la terrasse. Très rapidement elle repéra Tristan, qui lui tournait le dos, sans la voir arriver. Elle ne fit pas attention à la petite famille un peu plus loin. Serrant le plateau dans ses mains, elle poussa un profond soupir, tentant de se calmer, puis s’avança d’un air décidé, aussi bien que pouvait lui permettre sa cheville blessée.

Elle posa le plateau dans un bruit sec face à lui. Dessus, une tasse de thé et une petite brioche. A croire qu’elle n’avait pas trop faim ce matin. La jeune femme l’examina alors qu’il parlait d’une voix neutre, pas comme d’habitude. Les dégâts étaient inconsidérables. Et sûrement à cause de ce qu’elle lui avait dit la veille avant de se coucher. Elle répondit d’une voix beaucoup trop sèche, qu’elle n’arrivait pas à contrôler.

« A ton avis ? »

Elle soupira en s’asseyant sans se retenir, se laissant même tomber sur sa chaise. D’un coup d’œil elle repéra ses cernes, ses mèches noires, son air… bien différent de la veille. Son cœur se serra douloureusement alors qu’elle culpabilisait une nouvelle fois à cause des dégâts. Les bras croisés, elle ne toucha pas à ce qu’elle avait apporté.

« Je me suis… un peu in… étonnée de ne pas te voir dans la chambre, encore une fois, ce matin »

Cassidy avait insisté sur le mot encore une fois, comme si pour elle ce n’était pas normal qu’il ne soit pas là. Il se contentait de regarder ailleurs, vraiment pas dans son état habituel, du moins pas comme elle le voyait généralement. Sauf que Cassidy, en tant que bonne maladroite, ne savait pas par quoi commencer, pas par quoi dire !

« Désolé j’étais fatiguée hier… je n’ai pas surveillé mes paroles et je pense que tu n’as pas vraiment compris ce que je voulais dire… je ne voulais pas… que tu quittes la chambre… »

Bah quoi ? Ca arrivait à tout le monde ? Il répliqua quelque chose, lui faisant comprendre qu’au moins comme ça il la laisserait tranquille. Et d’autres choses qui ne plurent pas à Cassidy et fit monter sa tension même si elle ne disait rien.

« Tu as l’air d’être fatigué toi ce matin. T’as fait quoi ? Non parce que j’imagine que ce n’est pas… porter des affaires qui t’as mis dans cet état… »

Elle repensa à ce que son esprit lui avait dit. Peut être avait-il eu mal… peut être pas… ceci expliquerait pourquoi il était parti de la chambre. Cependant, les paroles de l’aubergiste lui revinrent en mémoire et elle se fit beaucoup plus nerveuse, agacée, en colère.

« Il paraît qu’une grande perche est venue dans… ta chambre hier. Et qu’elle est restée un moment… tu peux me dire quoi à ce sujet ? »

Aïe… il ne répondit pas ou plutôt assez évasivement. Elle haussa les épaules mais quelque chose de très mauvais s’empara d’elle. Cassidy ne put cacher sa jalousie, sa colère et sa douleur.

« Je pensais qu’on ne se cachait rien… mais bon soit, si tu veux garder ça pour toi… je sais d’ailleurs pas ce que tu fiches encore ici. Si c’est pour s’éviter… d’accord j’ai été brusque hier ! Moi aussi y a des choses que je comprends pas et je te dis que j’ai BEAUCOUP de mal à m’exprimer. Apparemment c’est pas assez clair… »

Elle tournait en rond. En plus les bruits des gamins l’excédaient au maximum et elle ne savait plus quoi dire, surtout qu’au lieu d’être claire, elle était encore plus… floue.

« Bien bien… je vais te laisser tranquille… apparemment tu parleras pas plus… bonne matinée… »

Et sans toucher plus que ça à son plateau, la demoiselle se leva en raclant la chaise. Elle passa à côté de lui, s’arrêter, hésita, les regrets refaisant surface.

« J’espère… que tu n’as pas trop souffert à cause de moi… sinon désolé d’être un boulet… »

Sans lui laisser le temps de riposter, de répliquer, elle s’éloigna bien rapidement de la terrasse, sans rien de plus dans l’estomac. Mais sa phrase avait beaucoup d’importance. A lui de voir comment il l’interpréterait, mais là elle semblait savoir qu’il avait peut être souffert, d’une façon ou d’une autre.

Cassidy était partie et se dirigea vers le centre de la ville, voulant en avoir le cœur net. Est-ce que Tristan avait couché avec quelqu’un d’autre ? Rien n’était sûr… La jeune femme redoutait ces révélations… Finalement tout était sa faute… si elle avait été plus… moins brusque, peut être qu’ils ne seraient pas là…

Elle se dirigea discrètement vers la structure et passa devant une fenêtre ouverte, passant et regardant dedans comme si de rien n’était. A l’intérieur, la fameuse Lindsay. Cassidy s’adossa contre le mur, faisant en sorte de ne pas être vue ni que cela paraisse bizarre. Puis elle se concentra sur son ouïe pour écouter la conversation.

Ce qu’elle entendit l’acheva… lui fit beaucoup de mal. Elle interprétait ou pas mais les paroles de Lindsey sonnaient comme des coups de poignard… Elle détestait ce qu’elle entendait. Serrant le poing, elle inspira profondément, comme si de l’acier coulait dans ses veines, comme si quelque chose lui faisait énormément de mal. Etourdie, sonnée, elle hésita… sentit l’instinct meurtrier qui s’éveillait en elle et lui donnait envie de tuer… maintenant. Cette insolente qui avait osé…

Soudain, ses poignets la brûlèrent et elle semblait se réveiller.

*Pars d’ici, sinon tu risques de le regretter !*

Effectivement il avait raison. Elle risquait de commettre un meurtre. Sans plus faire de commentaires, Cassidy marcha de la meilleure façon qu’elle pouvait, en boitillant, prenant le chemin de la forêt. Son regard était noir, des larmes solitaires tombaient de ses yeux. Elle bouscula une personne au passage. Sans se soucier de ce qu’elle pouvait dire ou faire, Cassidy disparut de la ville, s’enfonçant dans la forêt. Le problème c’est qu’elle n’avait ni cape ni manteau et si les informations de l’aubergiste s’avéraient vraies, elle risquait de le regretter…

Une inconnue se dirigea vers la terrasse d’un pas plutôt assurée. Elle vint se placer devant Tristan et montra la chaise libre.

- Je peux ?

Elle s’installa. Il s’agissait de la demoiselle qui était arrivée en ville pendant la confrontation avec les autres habitants.

- La petite blonde n’est pas avec toi ?

Pas de réelle réponse.

- Je pensais que vous étiez un couple…

Elle attrapa la brioche et mordit dedans avec appétit alors que Tristan répondait ou pas. La femme émit un soupir en regardant le ciel.

- A voir votre tête à tous les deux, on dirait que ça ne va pas. Je me mêle peut être de choses qui ne me regardent pas mais…elle a l’air de beaucoup tenir à toi…

Tristan semblait avoir une réaction ou pas, pourtant l’inconnue continua de manger sans faire attention.

- Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir… On a eu l’occasion de discuter ensemble. Hargneuse, prétextant que vous n’étiez pas ensemble et pourtant… tout dans son attitude, dans son regard témoigne du contraire. La danse était d’ailleurs magnifique…

Bam, une révélation comme ça, direct, alors que l’inconnue prenait la tasse de thé pour boire tranquillement, l’air de rien. Il pouvait interpréter cela comme il voulait. Il pouvait se demander pourquoi cette inconnue les suivaient de ville en ville, il pouvait ne pas comprendre le message mais elle n’avait pas l’air de s’en soucier.

- Et puis, elle a l’air de te défendre bec et ongles, quand je suis arrivée ici, vraiment pas commode. C’est pas toutes les femmes qui sont capables de tenir tête comme ça face à une horde de citoyens furieux… soit elle est folle, soit c’est autre chose…

Il ne semblait pas convaincu ou du moins, faisait comme si cela ne l’intéressait pas vraiment. Elle soupira.

- Tu as vraiment mauvaise mine, décidément quand elle n’est pas là, je n’ai pas l’impression de voir la même personne. Mais elle n’avait pas l’air en forme non plus

Elle semblait soudait ailleurs tout en parlant.

- En tout cas, je pense que tu devrais aller la retrouver… quand je l’ai croisé elle n’avait pas l’air dans son assiette… le regard de celle qui va faire une bêtise… je suis même presque sûre d’avoir vu des larmes dans ses yeux…

Soudain, le sol se mit à trembler et les tasses sur la table vibrèrent. L’écho résonnait dans la chaîne de montagnes plus loin, comme si un éboulement s’était produit. L’inconnue resta vraiment nonchalante, même si elle regardait Tristan avec un air plutôt mystérieux. Allait-il finir par se lever ou bien rester là ?

Beaucoup plus loin, Cassidy s’était enfoncée dans les bois. Elle avait débouché dans une zone qui était plutôt grande, deux falaises parallèles de chaque côté. La jeune femme était désespérée, agitée par ses sentiments, ses émotions. L’attitude de Tristan lui avait fait beaucoup de mal, les paroles entendues encore plus… Elle était arrivée dans un cul de sac. N’en pouvant plus, elle hurla… pour montrer sa rage, sa colère, pour chercher à s’épuiser les cordes vocales. La magie si instable qui l’entourait résonna face à cette émotion qui déferlait, meurtrière, dévastatrice.

Une vague d’énergie vint percuter les falaises des deux côtés. La roche tomba, provoquant une réaction en chaîne. Cassidy eut à peine le temps de se cacher dans un petit creux du cul de sac, se retrouvant complètement bloquée par les pierres. Elle était prit au piège. Et comme cette imbécile n’était pas couverte, avec le froid qui arrivait… cela risquait de ne pas être bon du tout… surtout qu’à force de crier et avec l’énorme vague de magie qui était sortie d’elle, la jeune femme était devenue fatiguée.


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Tristan Konogan
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MessageSujet: Re: Un autre monde, une autre histoire   Dim 26 Mar - 0:44

Certaines choses pouvaient faire tant de mal…
Dans cette nuit solitaire, Tristan avait été confronté à l’impossible. Parce que ce qui s’était passé dans cette salle de bain… ça ne devait pas arriver, si ? Pourtant c’était devenu quelque chose d’incertain, de flou… Enfermant tout ce qu’il pouvait ressentir, du fait de la souffrance, à cause de trop d’éléments qu’il était bien incapable de comprendre, le jeune homme s’était prodigieusement refermé. Un dragon n’était pas censé avoir de sentiments et ceux qu’il avait commencé à éprouver avaient provoqué de terribles souffrances qu’il ne pensait pas pouvoir ressentir. Pourtant, même s’il tout le poussait à redevenir ce reptile froid, indifférent au monde, le « traitement » censé le sauver n’était pas aussi efficient, efficace, qu’il l’aurait dû.
Il aurait dû oublier cette jeune femme et tout ce qui l’attirait vers elle. Il aurait dû la trouver trop banale et ne pas s’attarder, partir loin d’ici puisqu’il n’avait aucune raison de rester. C’était ce qu’il devait faire. Partir. Simplement. Voler. Loin.

Mais « quelque chose » le retenait. Si tout était devenu flou oui, incertain encore plus, terriblement bancal et un grand miroir déformé ce n’était pas pour autant qu’il avait totalement changé…

Ce matin-là, la température sur la terrasse était des plus agréables pour le grand jeune homme qui prenait un bain de soleil. Celui-ci lui procurait un bien être qui lui était très difficile de qualifier. C’était doux, chaud, rassurant…  Peut-être que ça réchauffait d’autant plus son âme devenue si froide… Et il faisait déborder d’énergie son corps, même quand il était courbaturé au possible. La nuit avait été courte, trop courte et apparemment le manque de sommeil commençait à marquer ses traits. L’aubergiste avait semblé bien surpris par sa demande de deuxième chambre la veille au soir, tard. Et il l’avait regardé d’un bien drôle d’oeil ce matin, sans doute à cause de ses yeux cernés et de son teint beaucoup plus pâle et terne, bien moins lumineux, mais ça c’était encore et surtout à cause de ses étranges marques qui étaient devenues plus claires, comme si elles pouvaient s’effacer. Tristan ne lui avait guère accordé d’intérêt, assez distant de tous ceux qui lui avaient adressé la parole. Il était poli mais dans la banalité de cette politesse plaqué, planqué qu’il était derrière ses bonnes manières.

Il était sorti beaucoup plus tôt pour se procurer un journal, observant le lever du jour, paresseusement installé sur un toit quand il était finalement rentré à l’auberge pour manger quelque chose et boire énormément de café, bien décidé à feuilleter le journal en question apparemment. La veille lui paraissait bien floue, il n’en gardait que peu de souvenirs: étrange… Peut-être était-ce dû au manque de sommeil. Peut-être était-ce ce qui s’était passé avec Cassidy. Il n’arrivait pas à déterminer ce qu’il en était. Il se souvenait vaguement d’avoir ressenti beaucoup de souffrance et si les mots de la petite demoiselle s’étaient ancrés dans sa chair, de manière surprenante, ce qui s’était passé dans la salle de bain échappait progressivement à sa mémoire…

Il était en train de lire un article sur des attaques de villages du sud quand Cassidy vint le rejoindre.
Il sentit son odeur dans l’air froid de la terrasse, bien avant qu’elle ne s’approche. Il n’avait pas relevé la tête, obstinément incliné vers son journal. Après tout, elle pouvait bien faire ce que bon lui semblait, ça n’avait pas la moindre importance. Pourtant alors que son odeur se rapprochait de lui il lui sembla que l’air qu’il respirait, toujours un peu douloureux pour les poumons, était moins froid… Elle aurait très bien pu manger à l’intérieur et ne pas le rejoindre mais elle venait finalement le voir, peut-être temporairement, peut-être pour dire d’autres mots, peut-être… pour redire ces mots. Il ferma les yeux un instant. Quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, ça ne l’importait que bien peu. Sauf qu’il entendit de nouveau ces mots dans sa tête, ces mots et l’interprétation brutale qu’il en avait faite: ils étaient amis, rien de plus. Ils faisaient vaguement écho dans sa tête et même si ce n’étaient que des mots, ils s’acharnèrent à lui serrer la gorge.

Finalement la jeune femme arrive à sa hauteur et posa avec raideur et bien plus de force que nécessaire son plateau sur la table. Le thé oscilla dangereusement à la surface de sa tasse mais ne déborda pas. Tristan la salua simplement, froid, distant, simplement poli alors qu’il relevait son visage sans émotion vers elle. Ses lèvres s’étirèrent dans son sourire de menteur. Peut-être que ce sourire était pire que de ne pas sourire du tout, car il prouvait bien son manque d’honnêteté et surtout son retour brutal en arrière dans leur relation et surtout dans leur confiance mutuelle. Il n’avait pas l’air de faire exprès, du moins, il lui avait bien trop montré ces derniers jours qu’il était bien incapable de faire du mal à quelqu’un de manière exprès. La preuve, il ne s’était même pas défendu face à Jilian, les deux fois durant lesquelles il s’était fait taper dessus, même si elle n’était au courant que d’une seule, pour lui montrer qu’il n’était pas un monstre et parce qu’il ne voulait pas la blesser dans une attitude trop querelleuse… Alors faire exprès de la blesser en souriant comme avant, quand il mentait sur tout et à tout le monde ? Non… Il était juste redevenu… le jeune dragon qui ne faisait qu’observer le monde et les gens, sans s’impliquer pour qui que ce soit.

Elle répondit extrêmement sèchement à sa politesse mensongère, cassante, blessée probablement, peut-être même profondément blessée et inquiète, peut-être un peu aussi, de le voir ainsi. Il haussa un sourcil, ne comprenant que peu s’il s’agissait d’ironie ou d’une réelle question, répondant simplement, très calme, aussi calme qu’elle était agacée d’ailleurs, comme si effectivement elle lui avait posé une question. Apparemment plus il était dragon et moins il comprenait les expressions, métaphores, l’ironie et le sarcasme, bref toute la pragmatique de son langage…

Je ne sais pas. Tu dormais bien quand je suis parti.

Bah… C’était vrai. A son avis ? Eh bien il ne pouvait que peu le savoir puisqu’il n’avait pas dormi dans leur chambre, cruel rappel des faits qui n’avait pas du tout cette intentionnalité encore une fois. Il répondait… sans comprendre. Il but tranquillement une gorgée de café en rabaissant les yeux sur son journal. Il avait remarqué qu’elle portait l’une des tenues qu’il lui avait achetée et que celle-ci lui allait incroyablement bien. D’ailleurs l’homme de la petite famille, à la table d’à côté était bouche bée depuis quelques secondes déjà. Mais Tristan n’avait ni souri en le remarquant ni semblé s’y intéresser plus que cela. Il avait le vague souvenir du jour où elle l’avait essayé et du ardent désir qu’elle avait éveillé chez lui, de la manière dont il l’avait admirée, la gorge sèche, tiraillé entre l’admiration car elle était magnifique et vraiment à son avantage et l’impatience qui lui hurlait de lui arracher ses vêtements… Très contradictoire…

Elle s’assit en face de lui alors qu’il ne la questionnait pas davantage, apparemment tout à fait décidé à la laisser en paix et à ne pas du tout la forcer à parler comme il avait tant semblé le vouloir ces derniers jours. Plus que la laisser en paix il ne parlait pour ainsi dire pas du tout ou juste pour ces mentions… d’une neutralité alarmante. Il ne remarqua pas non plus son regard sur lui et la tristesse qu’il avait éveillé rien que par son étrange attitude. Il s’était juste remis à lire l’encart qui l’intéressait avant son arrivée, tout en buvant son café. Fait étrange, il reposa sa tasse, attrapa le broc de café, énorme et en versa de nouveau dans sa tasse fumante. Jusque là rien de bien surprenant si ce n’est qu’il l’avait fait sans jeter un coup d’oeil ni à la position de sa tasse, ni à celle du broc, ni pendant qu’il versait du café, pas le moindre balayage visuel, même d’une fraction de seconde, comme s’il situait parfaitement l’espace et les choses qui l’entouraient. C’était plus que probablement un fait dragon ou peut-être était-ce… plus particulier à lui. Après tout, ça faisait un peu tour de magie pour le coup, surtout qu’il avait rempli sa tasse à ras-bord… Et apparemment c’était tout à fait normal puisqu’il la prit, le liquide tremblotant légèrement sur les bords, sans en verser une goutte alors qu’il en buvait une gorgée. L’odeur intense du café et sa couleur trop sombre montrait beaucoup trop qu’il l’avait choisi très fort… Comment pouvait-il en boire autant ?

S’il ne parla pas davantage, la petite demoiselle, elle, s’exprima un peu.
Elle s’étonnait de ne pas l’avoir vu dans la chambre. Ceci aurait dû le surprendre, elle l’en avait plus ou moins chassé avec ses paroles après tout, allait-elle encore être contradictoire ? Pourtant il ne ne fit qu’hausser très légèrement les épaules et un sourcil mais cela semblait presque plus s’adresser à sa lecture qu’à elle. Il ne la regardait même pas.
Son absence de répartie entraina d’autres paroles dont des excuses alors qu’elle déclarait ne pas avoir voulu qu’il quitte la chambre. Cette fois par contre il leva lentement les yeux de son journal pour la fixer. Aucune moquerie, aucune taquinerie, aucune rancune sur son visage, rien que de l’indifférence… Non pas de l’indifférence, seulement… rien en fait.

… C’était mieux pour te laisser tranquille.

Comment ça mieux pour la laisser tranquille ? Elle n’avait pas demandé à ce qu’il la laisse tranquille, si ?

… Et plus facile pour moi j’imagine.

Comment ça plus facile pour lui ? C’était plus facile de se barrer ailleurs ? Ou c’était plus facile pour se taper une fille ? Non parce que là c’était plutôt vrai ! C’est sûr qu’elle endormie ce n’était pas l’idéal pour s’occuper de ses pulsions et pour ramener une autre demoiselle mieux valait quand même une chambre vide ! Quelle douce attention…
Et puis pourquoi disait-il « j’imagine » comme s’il n’était même pas sûr de ce qu’il avançait ?
Un léger éclat était pourtant passé dans son regard quand elle avait dit qu’elle ne voulait pas qu’il quitte la chambre. Au fond, peut-être que ces mots parvenaient à l’atteindre… un peu…

Elle ne répondit pas et continua, parlant de son air fatigué. Il n’avait pas rabaissé les yeux sur son journal cette fois mais les détourna quand elle parla de fatigue, se contentant d’hausser les épaules. Evidemment qu’il était fatigué, il n’avait pas fermé l’oeil de la nuit ! Et la veille son sommeil avait été bien trop court également, donc bien sûr qu’il avait l’air fatigué, il l’était… Mais c’était assez inutile de le préciser. Pourtant il répondit, un peu. Même si un dragon n’avouait que peu ses faiblesses, bien trop fier pour ça.

Un peu en effet. J’ai… peu dormi cette nuit.

Ce n’était pas pour rassurer la jeune femme qui avait entendu beaucoup trop d’éléments en défaveur du jeune homme de la part de l’aubergiste. Elle l’interrogea à propos de Lindsay et une fois de plus son regard orangé accrocha son regard noisette alors qu’il ne perdait en rien de sa superbe. Parfaitement à l’aise, le garçon ne semblait éprouver aucune culpabilité, aucun remords non plus.

Mh ?

Il détourna les yeux, les rabaissant sur son journal.

En effet… Il n’y a pas grand chose à dire.

Rien de plus et surtout le tout sans sembler le moins du monde inquiet ni de l’image qu’il renvoyait, ni du mal qu’il pouvait faire, ni de la lueur de jalousie dans les yeux de la jeune femme, ni de son aveu détourné. Pourquoi aurait-il culpabilisé et pourquoi ce serait-il soucié de ce qu’elle pouvait ressentir ? Plus encore pourquoi se priver d’une jolie demoiselle apparemment intéressée alors qu’une autre dormait à poings fermés ?
La jeune femme s’énerva un peu en réponse, beaucoup plus sèche et agressive dans ses propos, simplement blessée par ce qu’elle entendait, énervée, jalouse aussi, cette jalousie qui lui envoyait tant d’indices sur ce qu’elle pouvait ressentir pour ce grand garçon un peu idiot. Avait-elle déjà été jalouse envers un homme ? ou plutôt envers les fréquentations d’un homme ? Et qu’est ce que cela pouvait lui révéler ? Que devait-elle admettre par rapport à cela ? Probablement ce qu’elle avait avoué à cette voix intérieure et bien plus encore… Tellement plus… Ses paroles pourtant ne semblèrent pas davantage perturber le jeune homme et ne provoquèrent aucune réaction de sa part alors qu’il se contentait de la regarder de manière totalement neutre. Quand elle s’arrêta cependant à côté de lui et qu’elle dit ces quelques mots, parlant de souffrance, à cause d’elle, même si elle ne le regardait pas et s’éloigna très vite, il se passa quelque chose, enfin… Ce n’était pas grand chose, juste un éclat dans son regard, ce court instant, il ferma les yeux, secoua la tête comme si quelque chose le gênait, les rouvrit en fronçant les sourcils, les rabaissa sur son journal…

Il ne sut pas qu’elle était torturée par cette horrible supposition, ce sous-entendu de l’aubergiste et que voulant en avoir le coeur net, elle s’était dirigée vers la structure de formation et de travail des jeunes. De nombreuses activités y étaient proposées. Les jeunes femmes venaient souvent travailler des recettes qui servaient ou pour chez elle ou pour les restaurants dans lesquelles certaines faisaient des heures. A cause de la chaleur qui y régnait du fait des fourneaux, l’une des grande fenêtre du bâtiment était ouverte. Elle arriva juste au moment où une conversation semblait prendre de l’ampleur, une conversation qui ne pouvait que trop l’intéresser.

- … Allez ! Lindsay !!!! Je t’en prie tu ne peux pas nous laisser comme ça ! Sérieusement !
- Allez Lindsay ! Ce n’est pas sympa ! Tu ne peux pas nous balancer cette info comme ça et ne pas nous en dire plus.
- Quoi quoi quoi ??? Qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que j’ai loupé ?!!! Les filles purée !!!!
- Ah Magy ! Tu devineras jamais !
- Mais quoiiiiii ?!!!!
- Lindsay s’est retrouvée dans la même chambre que le beau visiteur là, le Drakkari, celui qui est là depuis quelques jours…
- Heinnnnnn ????! Mais c’est quoi cette histoire ?! T’es sérieuse ? Lindsay ! Il a quelqu’un !!!! Ca ne se fait pas ! Tu…
- Bah nan apparemment il s’était disputé avec sa copine donc techniquement… Et puis franchement pour un mec aussi beau je pourrais laisser tout mon honneur et les règles au placard et tromper mon mari… ou le pousser à tromper sa femme… enfin si j’en avais hein.
- Pffffffff t’es bêteeeeeee !!!!! Mais j’avoue que… Non mais alors c’est quoi cette histoire ? Tu as été dans sa chambre ?
- Oui, il est dans l’auberge de son oncle en fait ! Elle ne veut pas nous donner de détails ! S’il te plait Lindsaaaaayyyy ! Si tu nous racontes euh… c’est moi qui fais toute la vaisselle d’aujourd’hui !
- Et moi je fais commis, j’épluche tous tes légumes !
- Et moi euh… euh… bah je sais pas encore mais je vais trouver.


La voix de l’intéressée qui était restée silencieuse jusqu’alors profitant pleinement de petit pouvoir gagné et surtout de l’agitation de ses amies, les observant amusée depuis quelques minutes finit par répondre. Grande blonde plantureuse aux yeux presque vairons, c’était une très belle femme même si ses jolies formes faisaient mentir son jeune âge. Très grande elle avait tressé ses longues cheveux dorés pour dégager son visage pour cuisiner et réaliser ses tâches et sous les tâches de rousseur qui piquetaient ses pommettes un sourire espiègle étirait ses lèvres.

- Vous êtes vraiment curieuses…
- Mais euhhh ! C’est ta faute aussi ! Quand je pense que tu t’es retrouvée toute seule face à ce beau mâle, je…
- Oh… je confirme. Il est très beau.
- … humph…
- Surtout sans vêtement d’ailleurs…
- … QUUUUUAAAAAAA ?????????
- Ahaha, ne crie pas comme ça…
- Non mais attends tu…
- Lindsay !
- Croyez-moi, il faut l’avoir vu torse nu pour comprendre que ses fantasmes peuvent être réalisés. Il est encore plus musclé que je ne le croyais. Et pourtant avec ses tuniques moulantes je pensais qu’on savait tout mais… oh non…
- Eyh ! Mon mec aussi est musclé !!!!
- C’est vrai Magy, je te l’accorde mais à côté, crois moi ton mec fait office d’asticot. Ce Drakkari… on dirait qu’on a sculpté ses muscles dans de la pierre ! Il a un corps ferme au possible ! Il est imberbe en plus, sa peau est super douce… et puis… il n’y a pas que ses muscles qui sont en pierre…
- Oh…
- OHHHHH !!!!!!!
- Sérieuseeeement ?!


Un petit sourire satisfait aux lèvres, contente de son effet, Lindsay, les joues rosissantes parada un instant dans la grande pièce, apparemment très occupée à découper ses légumes et sa viande alors que ses amies trépignaient d’impatience et de curiosité.

- Lindsay !!!! Dis en plus !
- Petites curieuses !
- Bah oui en même temps !
- Eh bien… il embrasse… mh… à la perfection…
- Sérieux ?
- Oh oui…  et il a des mains… il sait s’en servir ça c’est clair !
- Roooohhhh
- J’ai dû un peu trop l’affamer… J’avoue que j’ai pas mal tortillé des fesses en passant à côté de lui et devant lui pour m’occuper du feu et des draps, j’espérais l’émoustiller…
- Et ?????
- Oh… j’ai plutôt bien réussi…
- …. EEEEEETTTTTT ??????
- J’étais penchée sur le lit pour mettre les draps et il est venu derrière moi…
- ……………..
- Il s’est collé contre mes fesses, il avait une de ces gaules !
- Noooooonnnnnn ????!!!!!
- Oh que si et… belle bête… vraiment belle bête.
- Nooooooonnnnn ?!!!!
- J’avoue ça m’a paralysée sur place. Faut dire que j’étais déjà pas mal excitée de l’avoir vu se pavaner torse nu dans la pièce mais là… Il… Il se collait tellement contre moi, c’était hyper excitant de sentir son souffle chaud sur ma nuque et son machin contre mes reins, ça m’a un peu intimidée, j’avais les jambes qui tremblaient !!!! Je me suis redressée pour cacher ma gêne et… enfin rester un peu digne quoi. Il s’est collé encore plus à moi, a mis ses mains sur mes seins et a commencé à jouer avec. Il a bien dû sentir que c’est ce que je voulais parce que je ne me suis pas senti forcée une seconde ! Enfin… j’avoue que là je voulais juste qu’il me prenne bien comme il se doit !

- Oh la vache…
- Comme tu dis. Il a dénoué les attaches de mon tablier, a attrapé les bords du col de ma robe, tu sais, celle avec les lacets, il les a arrachés avec ses grandes mains puissantes ! En quelques secondes j’étais seins à l’air et il jouait avec comme avec son jouet préféré ! Et c’était super en plus ! Et puis il a détaché sa ceinture, m’a poussé les mains sur le lit, bien en avant en remontant ma robe et…
- …. Je meurs je crois.
- Ahahah c’est pas pour les âmes sensibles !
- Sérieux c’est… wah… et et et ?????
- Eh bien… pour épargner vos petites âmes je vais juste dire qu’il m’a défoncé toute la nuit ! Il est super bien monté et a une endurance du tonnerre ! J’ai jamais vu ça et surtout senti ça ! J’ai cru qu’il allait me casser en deux à plusieurs reprises et pourtant des mecs brusques j’en ai eu ! Mais alors lui… quelle énergie ! Et sacré créativité… Il m’a fait tester des positions… mhhhh wahou !
- Noooooooon ?! Sérieuse !!!! Mais c’est pas vrai ! C’est pas juste !
- Et c’était bien ?!
- Tu n’as pas idée… Il est vraiment vraiment doué ce mec… Mais j’ai vraiment cru que je n’arriverais pas à marcher aujourd’hui !
- Pas juuuuussssteeee !!!!
- Attends mais s’il est aussi exceptionnel que tu le dis comment ça se fait que sa copine l’ait laissé sans surveillance ?
- Elle le croyait peut-être trop attaché à elle, que veux-tu que je te dise ?
- Il devait pas trop tenir à elle alors.
- Ou alors c’est ce qu’on nous dit des Drakkaris et il s’en fout, il baise et c’est tout. Mais qu’est ce qu’il baise bien… Et puis honnêtement, pour la défense de sa copine… c’est peut-être juste qu’elle a pas supporté ses assauts… D’accord c’était hyper bon mais là… je crois que je suis morte pour trois-quatre jours ! Aucune femme ne peut subir une… vigueur pareille tout le temps. T’imagines ? Tous les jours ?! Et puis elle est beaucoup plus petite que moi alors… je vois pas trop comment ils peuvent être compatibles pour le sexe enfin bon bref… Après il s’est écroulé et endormi comme une masse, pas longtemps mais pas étonnant qu’il soit complètement crevée vu tout ce qu’il a donné…
- Il a mené ?
- Tout du long ! C’est un dominateur comme je n’avais jamais vu. Il aime mener la cadence et montrer qu’il est le chef et il adore voir qu’il est bon…ça c’est sûr…
- Je suis trop jalouse !!!! Pourquoi ça ne m’arrive jamais ces trucs là…
- Ahahahahah


Toutes riaient, amusées de cette histoire bien qu’assez émoustillées par les détails de leur amie qui sans trop en révéler non plus réussissait à faire l’éloge du jeune homme… Un jeune homme qui apparaissait pourtant bien différent du garçon qu’il était avec la petite demoiselle. Là… il était présenté comme un homme fort, puissant, dominateur, exigeant, un peu brutal, qui exigeait et menait toujours la danse oui, doué, un peu violent même, infatigable… et qui ne perdait que bien peu de temps en préliminaires !

Lindsay ne sut jamais à quel point son long rire et sa fierté de faire l’objet de toutes les attentions auraient pu être bref. Aucune ne remarqua la présence d’une petite demoiselle blonde à l’extérieur, ni l’énergie vibrante et mauvaise qui avait commencé à teinter légèrement l’air autour d’elle, ni la peine qui flambait dans son regard, ni son discours interne qui lui donnait un air si concentré dans la tristesse de la trahison…
Une seule personne la vit s’enfoncer dans la forêt, elle et sa détresse si mauvaise pour la magie, elle et ses sentiments blessés par l’homme qui en était à l’origine…

A l’auberge Tristan continuait de boire tranquillement son café et de lire son journal. Il avait fini par terminer sa lecture et les yeux fermés, exposé au soleil d’autant plus il se réchauffait ainsi quand une voix inconnue s’éleva. Il rouvrit les yeux, hocha légèrement la tête devant son geste pour la chaise mais alors qu’il rebasculait paresseusement la tête en arrière pour profiter de son bain de soleil elle commença à lui parler. Ca agaça pas mal le dragon en lui mais il prit son visage poli pour l’observer. C’était une jolie femme après tout. Elle commença à lui poser des questions, lui parlant de Cassidy, il ne répondit pas, haussant à peine un sourcil. Il n’avait pas touché à la brioche ni à la tasse de thé de Cassidy, celle-ci était froide à présent. Sans faire de chichis l’inconnue se mit à grignoter la brioche et ne partit pas davantage… Bon apparemment elle voulait discuter. Ce n’était pas son cas… Et puis si c’était pour lui parler de Cassidy franchement… Apparemment elle avait remarqué que ça n’allait pas entre eux et elle parla même… du fait que Cassidy tenait à lui. Cette fois-ci par contre, le jeune homme ne resta pas stoïque et son sourire poli se fana légèrement en un autre… entre l’amusement et le sarcasme, un son évocateur s’échappant de ses lèvres, montrant bien l’absurdité de ces paroles.

tssss…

Sauf que l’inconnue l’ignora, continuant… Elle avait discuté avec Cassidy déjà et celle-ci avait sacrément démenti leur relation. Quelque part, cette mention parvint à écorner légèrement son coeur devenu si solide et froid. Mais la femme prétendait qu’elle prouvait tout le contraire. Ca semblait plutôt bien coller avec son récent comportement, comme si elle tenait à lui et faisait vite demi-tour, comme s’il comptait pour elle mais qu’elle ne voulait finalement pas le croire… Il ne réagit pourtant pas davantage, ne comprenant pas vraiment ou plutôt ne voulant pas comprendre. Le compliment sur la danse